Affaire Galilée: Attention, un martyre peut en cacher un autre ! (Guess who in the end got accused of being the enemy of science by self-appointed Enlighteners who themselves played no part in the scientific enterprise ?)

29 décembre, 2019
Galilée et le doge sur le campanile de Venise (fresque de Giuseppe Bertini, Villa Andrea Ponti, Vareselettre autographe de Galilée à Benedetto Castelli en date du 21 décembre 1613Frontispiece and title page of the Galileo’s “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems,” 1632.
Alors Josué parla à l’Éternel, le jour où l’Éternel livra les Amoréens aux enfants d’Israël, et il dit en présence d’Israël: Soleil, arrête-toi sur Gabaon, Et toi, lune, sur la vallée d’Ajalon! Et le soleil s’arrêta, et la lune suspendit sa course, Jusqu’à ce que la nation eût tiré vengeance de ses ennemis. Cela n’est-il pas écrit dans le livre du Juste? Le soleil s’arrêta au milieu du ciel, Et ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour. Josué 10: 12-13
Le soleil et la lune s’arrêtent dans leur demeure, A la lumière de tes flèches qui partent, A la clarté de ta lance qui brille. Habacuc 3: 11
God moves in a mysterious way, His wonders to perform; He plants his footsteps in the sea, And rides upon the storm. William Cowper (1779)
Lives of great men all remind us we can make our lives sublime, and, departing, leave behind us footprints on the sands of time. Longfellow (“A Psalm of Life »)
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevés vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Il est de nombreux passages de l’Écriture qui doivent être interprétés selon les idées du temps et non selon la vérité même des choses. Jérome
L’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on doit aller au Ciel, et non comment va le ciel. Cardinal Cesare Baronio
Qu’on le veuille ou non, les Promoteurs de la science moderne n’étaient ni païens, ni athées, ni même anti-catholiques en règle générale (ne l’étant, d’ailleurs, que dans la mesure où l’Église catholique leur paraissait encore entachée de paganisme). Ce que ces savants combattaient, c’est la Scholastique dans sa forme la plus évoluée, c’est-à-dire l’Aristotélisme restitué dans toute son authenticité païenne, dont l’incompatibilité avec la théologie chrétienne avait été clairement vue et montrée par les premiers précurseurs de la philosophie des temps nouveaux (qui, avec Descartes, essaya pour la première fois à devenir elle aussi chrétienne et qui le devint effectivement par et pour Kant). En bref et du moins en fait et pour nous, sinon pour eux-mêmes, c’est parce qu’ils ont combattu en leur qualité de chrétiens la science antique en tant que païenne, que les divers Galilée petits, moyens et grands ont pu élaborer leur nouvelle science, qui est encore «moderne» parce que la nôtre. Alexandre Kojève
The church at the time of Galileo was much more faithful to reason than Galileo himself, and also took into consideration the ethical and social consequences of Galileo’s doctrine. Its verdict against Galileo was rational and just, and revisionism can be legitimized solely for motives of political opportunism. Paul Feyerabend
And it is of course not true that we have to follow the truth. Human life is guided by many ideas. Truth is one of them. Freedom and mental independence are others. If Truth, as conceived by some ideologists, conflicts with freedom, then we have a choice. We may abandon freedom. But we may also abandon Truth. (…) When sophistication loses content then the only way of keeping in touch with reality is to be crude and superficial. This is what I intend to be. Paul Feyerabend
The falsehood that science required the defeat of religion was proclaimed by such self-appointed cheerleaders as Voltaire and Gibbon, who themselves played no part in the scientific enterprise. Rodney Stark
In many of the disputes that have been conventionally analyzed in terms of some notional relation between science and religion, the underlying issues were principally about neither science nor religion, nor the relationship between them, but were matters of social, ethical or political concern in which the authority of either science, religion or both was invoked (often on both sides) to defend a view held on other grounds… John Hedley Brookes
Au XVIe siècle, le développement de la théorie des marées provient essentiellement des médecins et des astrologues, qui cherchent à établir le lien entre les astres et les phénomènes terrestres. Un médecin de Sienne, Lucius Bellantius, fait le tri parmi les diverses opinions : «  Les rayons par lesquels la Lune agit principalement lorsqu’elle attire et gonfle les eaux de la mer ne sont pas les rayons de la lumière lunaire ; car, au moment des conjonctions, il n’y aurait pas de flux et de reflux, alors que nous les pouvons constater ; ce sont des rayons virtuels par lesquels la Lune attire la mer comme l’aimant attire le fer. A l’aide de ces rayons, on résout facilement tout ce qu’on peut objecter sur cette matière. » Un autre médecin, Frédéric Grisogone, donne une nouvelle description du phénomène des marées, mettant clairement en évidence le double rôle de la Lune et du Soleil : « Le Soleil et la Lune tirent vers eux l’enflure de la mer, de telle sorte que, perpendiculairement au dessous de chacun d’eux, se trouve l’enflure maximum ; il y a donc, pour chacun d’eux, deux maxima d’enflure, l’un au-dessous de l’astre, et l’autre en la partie opposée, qu’on nomme le nadir de cet astre. » La mer se déforme en deux ellipsoïdes de révolution, l’un dont le grand axe s’oriente vers le Soleil, l’autre dont le grand axe se dirige vers la Lune. La combinaison des deux ellipsoïdes explique les variations mensuelles : les deux déformations s’ajoutent au moment des pleines Lunes et des nouvelles Lunes pour donner les marées de vives-eaux et se retranchent dans les quadratures pour donner les marées de mortes-eaux. Les idées des médecins et astrologues se répandent et sont à l’origine d’un redoublement de faveur pour la théorie « aimantique » des marées, selon laquelle la Lune et le Soleil attirent les eaux de la mer. Kepler (1571-1630) la développe fortement, en liaison avec sa théorie de la gravité, qui résulte d’une attraction mutuelle entre deux corps apparentés. Il affirme : « Je suis le premier, que je sache, à avoir dévoilé, dans mes prolégomènes aux Commentaires sur les mouvements de Mars, le procédé par lequel la Lune cause le flux et le reflux de la mer. Il consiste en ceci : la Lune n’agit pas comme astre humide ou humectant, mais comme masse apparentée à la masse de la Terre ; elle attire les eaux de la mer par une action magnétique, non parce qu’elles sont des humeurs, mais parce qu’elles sont douées de la substance terrestre, substance à laquelle elles doivent également leur gravité.» L’idée est visionnaire et prépare l’avènement de la gravitation universelle. Mais elle est loin d’entraîner l’unanimité des savants et, en particulier, elle provoque les moqueries de Galilée (1564-1642). En 1632, il expose : « C’est presque comme si la Lune et le Soleil jouaient un rôle actif dans la production de ces effets [les marées], mais cela répugne entièrement à mon intellect : voyant que le mouvement des mers est un mouvement local, perceptible, d’une immense masse d’eau, je ne puis croire à des lumières, des chaleurs tempérées, à des dominations de qualités occultes et autres vaines imaginations du même genre ; tout cela n’est pas et ne peut être cause du flux, au point même que c’est au contraire plutôt le flux qui en est la cause ; c’est lui qui les produit en des cerveaux plus portés à la loquacité et à l’ostentation qu’à la réflexion et à la recherche des opérations les plus secrètes de la nature.» Ou encore : « Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature [les marées], c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre. » L’intuition de Kepler, par ce qu’elle a d’incompréhensible (comment les eaux de la Terre et la Lune pourraient-elles s’attirer), échauffe les esprits. En 1616 puis en 1632, dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée avance une autre explication pour les marées, à partir de la combinaison de la rotation de la Terre sur elle-même et de sa révolution autour du Soleil. Il expose : « Il est bien vrai que le mouvement de tout le globe et de chacune de ses parties serait égal et uniforme s’il n’y avait qu’un mouvement, le mouvement annuel seul ou le simple mouvement diurne ; de même, il faut qu’en mélangeant ensemble ces deux mouvements, il en résulte pour les parties du globe des mouvements non uniformes, tantôt accélérés, tantôt retardés, selon que la rotation diurne ajoute ou retranche à la circulation annuelle. Si donc il est vrai (c’est bien vrai, et l’expérience le prouve) que l’accélération et le retardement du mouvement du vase font couler l’eau qu’il contient dans un sens et dans l’autre sur toute sa longueur, et la font s’élever et s’abaisser sur ses extrémités, fera-t-on difficulté pour admettre que cet effet puisse, et même doive nécessairement, se produire avec les eaux de la mer ? Ne sont-elles pas contenues dans des vases qui sont soumis à de tels changements ?» En raison du double mouvement de la Terre (annuel et journalier), les points de la circonférence terrestre n’ont pas une vitesse uniforme, puisque les deux mouvements tantôt se conjuguent, tantôt s’opposent (figure 1). Si les eaux des océans réagissent comme des eaux contenues dans une cuvette, qui est tantôt accélérée, tantôt décélérée, alors la réaction inertielle des eaux à l’accélération de leurs bassins provoque immanquablement un flux et un reflux. La théorie de Galilée a un handicap majeur : elle n’explique qu’une marée par jour, et non pas deux. Mais outre cette difficulté sérieuse, où se situe la méprise dans le raisonnement du savant italien ? Dans la compréhension du mouvement orbital. Comme le montrera Newton un demi siècle plus tard, la Terre est retenue sur son orbite par la force gravitationnelle exercée par le Soleil. Or cette force gravitationnelle agit sur toute la matière terrestre, aussi bien sur les parties liquides que sur les parties solides. Les eaux comme les bassins subissent la même force et donc la même accélération, il n’y a plus lieu de les distinguer. Pour le dire autrement, les eaux et les bassins, attirés de la même manière par le Soleil, « tombent » simultanément vers lui : le mouvement relatif, tel que le suppose Galilée, n’existe pas ! Galilée ne connaît bien évidemment pas l’attraction gravitationnelle de Newton. Il ne l’aurait d’ailleurs pas beaucoup aimée. Pas plus que Kepler et que ses contemporains, il ne comprend le mouvement orbital des planètes. Pour lui, le mouvement de révolution de la Terre autour du Soleil est donné et naturel ; il existe sans cause, ce qui relève d’une physique imaginaire. Rien n’y personne ne peut donc l’amener à douter de l’effet de la combinaison des deux mouvements de la Terre et pendant toute sa vie, il reste persuadé du bien fondé de sa théorie. Son explication lui paraît aussi sans doute, et à juste titre, la seule qui soit digne d’intérêt. La théorie de Kepler ne fournit qu’une idée générale, sans expliquer réellement comment les marées sont générées. Sa théorie est toute autre. Il récuse toute astrologie, toute attraction de la Lune sur la Terre et traite mécaniquement du problème des marées. ENS Lyon
Ayant pu avoir accès aux Archives romaines de la Compagnie de Jésus, P. Redondi nous apporte beaucoup d’informations, du plus grand intérêt et souvent originales, sur nombre de théologiens jésuites, spécialement le P. Grassi, déjà mentionné, et sur le Collège romain qui était alors un foyer intellectuel d’un grand rayonnement et où, d’ailleurs, a longtemps résidé et enseigné le P. Grassi. Rappelons que l’opposition entre le P. Grassi et Galilée a son origine dans le Saggiatore où, avec un talent qui a fait de cet ouvrage son chef-d’œuvre littéraire, Galilée s’en prend à la théorie des comètes que le P. Grassi avait exposée dans un ouvrage publié en 1619, à la suite de l’observation de trois comètes en 1618, et où d’ailleurs il affirmait leur réalité alors qu’elles n’étaient pour Galilée qu’une illusion d’optique. François Russo
La préface de Mme Chauviré présente sous un jour considérablement renouvelé la polémique très connue sur le problème des comètes. Car l’auteur a reconstitué pour la première fois le dossier de cette difficile énigme astronomique en remontant aux textes de Mástlin, Kepler et Tycho Brahé, ce qui lui permet de mesurer les dimensions historiques réelles de l’erreur de la thèse défendue dans le Saggiatore et de légitimer ensuite l’analyse critique du problème des raisons profondes d’une telle thèse erronée. Hors de toute tentation hagiographique, comme celle qui fait encore dire à des commentateurs que, malgré tout, Galilée avait peut-être eu moins tort que son adversaire ou, au plus, tout aussi tort que lui, l’auteur fait preuve d’une sensibilité critique avisée en reconnaissant les causes implicites du conservatisme du Saggiatore en matière d’astronomie cométaire. Son explication rejoint d’une manière très persuasive celle déjà avancée par William Shea dans The Galileo’s Intellectual Revolution (mais que l’auteur ne semble pas connaître), à savoir l’hypothèse que Galilée devait tenir pour irrecevable a priori la théorie tychonienne des comètes ayant des orbites abstruses pour maintenir le dogme copernicien des mouvements circulaires et uniformes du ciel- Mais si pour l’épistémologue « le problème essentiel de l’Essayeur » est celui « du choix motivé — et sans doute rationnel — d’une théorie des comètes étrangement fausse et rétrograde » (p. 15), on s’attendrait à voir poursuivre jusqu’au bout la question du comportement méthodologique rationnellement assumé par Galilée pour sauver l’intégralité de la doctrine copernicienne de toute invalidation possible, de toute menace à venir. L’auteur préfère aborder une autre question : « En quoi, apportant une réponse fausse et rétrograde au problème des comètes, l’Essayeur a-t-il pu contribuer efficacement à l’avènement de la science classique ? » (p. 27). Ce ne sera point sur le terrain de la physique qui occupe pourtant tellement de pages du livre. Car le Saggiatore est encore affecté par le concept à l’impetus et surtout par celui d’atome « que Galilée exclura par la suite de son vocabulaire », ces atomes démocritéens, ces « fragments de matière physiquement indivisible qui ne préfigurent que d’assez loin , les indivisibles des Discorsi, qui ne sont indivisibles que géométriquement » (p. 33). Pas plus que l’atomisme, la distinction entre « qualités premières et qualités secondes n’est d’ailleurs philosophique que dans une certaine mesure » (p. 34) ; ainsi la métaphore du livre de l’Univers ne saurait être platonicienne. Pietro Redondi
For many, the Galileo affair was emblematic of Christianity’s inherent antagonism towards science and reason. Galileo was no anomaly; no aberrant outlier in an otherwise contrary arrangement. No, Galileo culminated and crystallized the undeniable and irredeemable pattern of Church/science relations. Other exemplars affirming that pattern are easily discerned: In 415, a reactionary Christian mob brutally murdered pagan mathematician and astronomer Hypatia and burned the ancient world’s great center of learning, the library of Alexandria; In 1277, Doctor Mirabilis (wonderful teacher) and Franciscan monk Roger Bacon was imprisoned for asking too many embarrassing questions; in 1600, Giordano Bruno was burned at the stake for his scientific views; in 1925, Jesuit paleontologist Teilhard de Chardin was exiled and his writings on human evolution were (later) banned — and on it goes. Sadly, the “pattern” theory has a problem. It’s wrong. On it does not go. The above examples pretty much exhaust the “church oppresses science” list, and each entry is either inaccurate or has nothing to do with religion and science. Hypatia’s murder by a crazed Christian mob had little to do with hatred of science or scientific women. In fact, one of Hypatia’s closest friends was Synesius of Cyrene, the neo-Platonist Christian Bishop of Ptolemais. Our earliest historical source, Socrates Scholasticus (5th century), attributes her murder to her involvement with Orestes, the (Christian) imperial prefect of Alexandria who was in a power struggle with Cyril, the Alexandrian Bishop. Christians believed that she was scuttling a reconciliation between the two. Did Cyril instigate the murder? Was it in retaliation for earlier violence on Christians? As best as I can tell historians still debate these and other details. What seems clear is that sectarian violence was rife in Alexandria at the time and Hypatia’s murder was one of many bloody incidents Christians, Jews, and Pagans inflicted upon one another. But it was about politics and power, not science and religion. As for library-burning — the great Alexandrian library was probably burned by Julius Caesar in 48 B.C.E. when he chased Pompey into Egypt. There may have been a small “daughter” library still housed in the Temple of Serapis in 391 C.E. (long before Hypatia’s demise), whose holdings may have been largely destroyed when the temple was raised and converted to a Christian Church. But even if true (a big “if”), it says nothing about Christian attitudes toward science and learning. Instead, all it tells us is that Christians, Pagans, and Jews were doing lots of nasty stuff to each other in Alexandria at this time, something we already knew. As for Roger Bacon: University of Wisconsin-Madison historian Michael Shank sums it up nicely: “The assertion that Bacon was imprisoned (allegedly by the head of his own Franciscan order) first originates some eighty years after his death and has drawn skepticism on these grounds alone. Scholars who find this assertion plausible connect it with Bacon’s attraction to contemporary prophecies that have nothing to do with Bacon’s scientific, mathematical, or philosophical writings.” On Giordano Bruno — no question he was burned at the stake on the seventeenth of February, 1600, in Rome’s Flower Market. But he was burned for his theological heresies, not his scientific beliefs. Bruno refused to recant his disbelief in the Trinity, Virgin Birth, divinity of Christ and other rather non-negotiable items (especially for a clergyman). Yes, his scientific/philosophic studies probably contributed to his fall from orthodoxy, but it was the fall, not the science, that the Church condemned and for which Bruno died. Likewise with Teilhard de Chardin. His popularity with the current Pope notwithstanding, Teilhard strained the patience of his Jesuit superiors not because of his expert paleoanthropological work (he was part of the team that discovered “Peking” man) but because he turned that work into an elaborate, unorthodox, evolutionary-based theology. Luckily for Teilhard, by the 20th century, burning heretics was passé and his theological writings were simply suppressed until his (quite natural) death. Galileo was indeed exceptional. Arthur Koestler pronounced this very verdict over fifty years ago in his well-regarded history of astronomy, “The Sleepwalkers”: “The Galileo affair”, Koestler asserted, “was an isolated, and in fact quite atypical, episode in the history of the relations between science and theology … “ . Even just the few cases cited above hint at Galileo’s singularity. Yes, over the centuries some scholars suffered the Church’s wrath; but is it not equally noteworthy that century after century the Christian Church kept producing superlative scholars? Bacon, Bruno, Copernicus, Teilhard — even Galileo (not a cleric, but faithful to the end) — why did the well not dry up in the face of such incessant intellectual oppression? In his book, “For the Glory of God“, sociologist Rodney Stark identifies 15 clerics of the 16th and 17th centuries whom he considers “scientific stars”. Similarly, Stephen Barr’s brief review easily finds over a dozen clergymen from the Middle Ages to modern times making substantial contributions to mathematics, physics, biology, genetics, and cosmology. Is it possible that Christianity has actually been science’s oldest and dearest friend?  Matt J. Rossano
If you ask many people today what they think about science’s relationship to religion, you are likely to be told that the two have been in conflict for a very long time. There was the trial of Galileo by the Inquisition, for example, the debate between Wilberforce and Huxley, and there is still an on-going dispute over the teaching of evolution in American schools. These usual suspects may be trotted out whenever this topic is mentioned, but are events such as these really typical of the history of science as a whole? Contrary to the impression given by some commentators, the conflict thesis between science and religion is one that has been discredited in academic circles for some time. The rise of science in the West was, of course, a very complicated affair in which many different factors played a part. There were certainly inevitable points of tension, but this does detract from the fact that Europe was a largely Christian continent in which religious individuals and institutions inevitably played a central role in the changes that occurred. This depiction of the Enlightenment, as if it was some kind of clean secular break from the past, persists today, but, as John Coffey points out, it could be more accurately described as a religious process. This is because many of those at the vanguard of the movement were Protestants (though certainly not all orthodox) who sought to fuse religious and philosophical ideas together. This is not to deny the role of certain groups of atheist thinkers, but crucially these were not representative of the Enlightenment as a whole. Furthermore, Dominic Erdozain argues that you can trace a lot of the unbelief of the time back to expressly religious roots. It was a Christian conscience (rather than a secular or pagan one) that drove much of the Enlightenment thought and a poignant example of this was the way in which Voltaire often used Jesus—albeit his own interpretation of him—in order to attack the church. Simon Wenham
Historiquement, l’Église a souvent été un important soutien des sciences. Elle a permis la fondation de nombreuses écoles, universités et hôpitaux et beaucoup de membres du clergé étaient actifs dans les sciences. Les historiens des sciences tels que Pierre Duhem soulignent le rôle des mathématiciens et philosophes catholiques médiévaux tels que Jean Buridan, Nicole Oresme et Roger Bacon comme fondateurs des sciences modernes. Duhem conclut que « la mécanique et la physique, dont les temps modernes sont fières de descendre, par une série ininterrompue d’améliorations rarement perceptibles, sont des doctrines développées au cœur des écoles médiévales ». La thèse du conflit et d’autres critiques mettent en avant les conflits historiques et contemporains entre l’Église catholique et les sciences, citant le procès de Galilée comme preuve. De son côté, l’Église catholique enseigne que la foi chrétienne et la science sont complémentaires, comme l’indique le paragraphe 159 du Catéchisme de l’Église catholique, qui déclare au sujet de la foi et de la science « bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai ». Les scientifiques catholiques ont permis des découvertes scientifiques dans de nombreux domaines. Dans l’ancien temps, l’emphase chrétienne sur la charité pratique a permis le développement d’infirmeries et d’hôpitaux et l’Église reste le plus important fournisseur privé de soins et de centres de recherche dans le monde. Après la chute de Rome, les monastères et les couvents restèrent des bastions académiques en Europe occidentale dans lesquels les hommes du clergé étudiaient la nature, les mathématiques et le mouvement des étoiles (principalement à des fins religieuses). Au Moyen Âge, l’Église a fondé les premières universités d’Europe, formant des académiques tels que Robert Grosseteste, Albert le Grand, Roger Bacon et Thomas d’Aquin, qui aidèrent à établir la méthode scientifique. Durant cette période, l’Église soutenait également l’ingénierie pour la construction de cathédrales modernes. Depuis la Renaissance, les scientifiques catholiques ont été considérés comme les « Pères » de certains domaines scientifiques : Jean-Baptiste Lamarck (1744–1829) a préfiguré la théorie de l’évolution avec le lamarckisme ; Gregor Mendel (1822–84) était un pionnier de la génétique et Georges Lemaître (1894-1966) proposa le modèle cosmologique du Big Bang. Les Jésuites ont également été particulièrement actifs, notamment en astronomie. Le soutien de l’Église dans les sciences continue avec des institutions dont l’Académie pontificale des sciences et l’Observatoire du Vatican. La vision de l’Église comme mécène des sciences est contestée par certains, qui parlent soit d’une relation historiquement variée, qui est passée d’un soutien actif et singulier à des affrontements amers (avec des accusations d’hérésie) – ou un conflit intellectuel permanent entre la religion et la science. Les philosophes du Siècle des Lumières comme Voltaire sont connus pour leurs critiques des avancées du Moyen Âge. Au XIXe siècle, la thèse du conflit émergea pour mettre en avant un conflit intrinsèque ou des conflits entre l’Église et les sciences. L’usage historique original de ce terme impliquait que l’Église était en opposition perpétuelle avec les sciences. Les usages tardifs de ce terme dénote une opposition épistémologique de l’Église à la science. La thèse interprète la relation de l’Église avec les sciences comme conduisant inévitablement à l’hostilité publique, quand la religion remet en cause agressivement les idées scientifiques — comme dans le procès de Galilée. Une critique alternative est que l’Église s’est opposé à des découvertes scientifiques particulières qu’elle ressentait comme mettant en cause son autorité et son pouvoir – particulièrement pendant la Réforme et le Siècle des Lumières. Cette thèse déplace l’emphase d’une incompatibilité fondamentale de la religion per se et des sciences en général à une critique des raisons structurelles ayant entraîné la résistance de l’Église en tant qu’organisation politique. L’Église elle-même rejette aussi la notion de conflit inné. Le premier concile du Vatican (1869/70) déclara que « la foi et la raison s’aident mutuellement l’une et l’autre ». La Catholic Encyclopedia de 1912 établit que « les conflits entre la science et l’Église ne sont pas réels » et déclare que les croyances en un tel conflit sont basées sur de mauvaises assomptions. Le pape Jean-Paul II a résumé la vision catholique de ces relations entre la foi et la raison dans l’encyclique Fides et Ratio, en disant que la « foi et la raison sont comme deux ailes sur lesquelles l’esprit humain s’élève pour contempler la vérité ; et Dieu a placé dans le cœur humain un désir de savoir la vérité – en un mot, se connaitre soi-même – afin que, en connaissant et en aimant Dieu, les hommes et les femmes puissent connaître toute la vérité sur eux-mêmes ». L’astronome papal, Guy Consolmagno, décrit la science comme un « acte de vénération » et une façon d’ « être intime avec le Créateur ». Wikipedia
Galilée est certain que ses découvertes montrent qu’il est dans la vérité. Il condamne ceux qui se servent de l’Écriture pour prétendre que la Lune brille par elle-même et ne reçoit pas sa lumière du Soleil, que les planètes médicéennes autour de Jupiter n’existent pas, puis il affirme qui si de tels auteurs qui ont mal compris les Écritures abusent de leur autorité pour imposer leur interprétation à leurs lecteurs devaient l’emporter, alors ils pourraient interdire toutes les sciences spéculatives. Galilée rappelle que pour ces théologiens, « la théologie est la reine de toutes les sciences et ne doit pas s’abaisser à s’accommoder aux propositions des autres sciences qui sont moins dignes, et qui leur sont inférieures, mais que, tout au contraire, ces autres sciences doivent se référer à elle comme suprême maitresse, et modifier leurs conclusions conformément aux statuts et aux décrets de la théologie ». Pour Galilée, la théologie est la reine des sciences en raison de la sublimité de son objet qui est l’enseignement sur les révélations divines et l’acquisition de la béatitude. Mais la géométrie, l’astronomie, la musique et la médecine ne sont pas traitées de manière plus exacte dans les Écritures que chez Archimède, Ptolémée, Boèce et Galien. Il en déduit qu’imposer aux professeurs d’astronomie de se défier de leurs observations parce qu’elles ne seraient que des sophismes est une prétention inadmissible. Il demande alors aux Pères de considérer les différences qui existent entre les doctrines opinables et les doctrines démonstratives, entre commander à un mathématicien et à un philosophe, entre donner des instructions à un marchand ou à un légiste. Reprenant les passages des Écritures qui posaient problème d’un point de vue cosmologique, il cite saint Jérôme : « Il est de nombreux passages de l’Écriture qui doivent être interprétés selon les idées du temps et non selon la vérité même des choses » (commentaire du chapitre 28 du Livre de Jérémie), et « Il est habituel dans les Saintes Écritures que le narrateur présente beaucoup de questions selon la manière dont on les comprenait à l’époque » (commentaire du chapitre 13 de saint Mathieu). Il est donc normal que pour les hommes du vulgaire la Terre est immobile et le Soleil est mobile car ils sont liés à la Terre et voient le Soleil se déplacer. Cette opinion est naturelle et a été reprise par les Pères et n’a pas été discutée, mais cela n’en fait pas une vérité de la Foi car ils n’ont pas condamné l’opinion contraire car ils ne s’en sont pas préoccupés. C’est parce que Copernic connaissait la force avec laquelle l’idée de la stabilité de la Terre était ancrée dans les esprits qu’il a démontré le mouvement de la Terre autour du Soleil mais a introduit les tables en parlant de lever et coucher du Soleil. Galilée interprète ensuite l’immobilisation du Soleil et de la Lune à la demande de Josué. Dans cette lettre, Galilée, qui a rompu avec l’enseignement d’Aristote, affirme que la science des savants, dûment contrôlée par l’observation et démontrée, pouvait faire autorité sans aucune référence à l’autorité ecclésiastique et des Saintes Écritures. Les théologiens ne doivent pas intervenir sur des sciences qui ne sont pas de leur compétence et qui ne relèvent pas du domaine de la Foi. Galilée se rend à Rome pour se défendre contre les calomnies et surtout essayer d’éviter une interdiction de la doctrine copernicienne. Mais il lui manque la preuve irréfutable de la rotation de la Terre pour appuyer ses plaidoiries. Son intervention arrive trop tard : Lorini, par lettre de dénonciation, avait déjà prévenu Rome de l’arrivée de Galilée et le Saint-Office avait déjà commencé l’instruction de l’affaire. Cherchant toujours une preuve du mouvement de la Terre et pour répondre aux objections du cardinal Bellarmin, Galilée pense la trouver dans le phénomène des marées. Le 8 février 1616, il envoie sa théorie des marées (Discorso del Flusso e Reflusso) au cardinal Orsini. Cette théorie rappelle la relation entre les marées et la position apparente de la lune, qui tourne moins vite autour de la Terre (29,57 jours) que la Terre n’est supposée tourner sur elle-même (1 jour). Malheureusement, Galilée ne peut expliquer ainsi qu’une marée par jour alors qu’il en est couramment observé deux, parfois avec un peu de décalage sur l’heure astronomique (qui ne sera expliqué que plus tard par la Dynamique des fluides). Elle reste en revanche compatible avec le principe d’inertie admis par Galilée. L’influence de la lune sur les marées avait déjà été soulignée par Kepler, mais Galilée n’en avait pas alors tenu compte. Il faudra attendre l’année 1728 et les observations de Bradley sur l’aberration de la lumière pour avoir une première preuve directe du mouvement de la Terre par rapport aux étoiles. L’historien Maurice Clavelin a cherché à justifier le refus de l’équivalence des hypothèses de Galilée. Bellarmin, qui demande à Galilée de présenter l’héliocentrisme comme une hypothèse, le fait sur la base d’un géocentrisme admis et considéré comme vrai. Quand Galilée refuse ce compromis, il refuse que l’astronomie conserve un rôle de subordonné par rapport à la philosophie naturelle traditionnelle (d’Aristote), alors partie intégrante de la théologie catholique. Galilée revendique le statut de philosophe et considère que, non seulement Dieu a donné aux hommes les sens et la raison pour découvrir la vraie constitution du monde, mais que ses observations minent l’astronomie de Ptolémée et justifie son adhésion à l’astronomie copernicienne. Malgré deux mois passés en de nombreuses tractations, Galilée est convoqué le 16 février 1616 par le Saint-Office pour l’examen des propositions de censure. Les 25 février et 26 février 1616, la censure est ratifiée par l’Inquisition et par le pape Paul V. Galilée n’est pas inquiété personnellement mais est prié d’enseigner sa thèse en la présentant comme une hypothèse. Cet arrêté s’étend à tous les pays catholiques. Des rumeurs circulent que Galilée a abjuré et reçu une sévère pénitence. À sa demande Bellarmin lui donne un certificat (26 mai 1616) clarifiant que rien de tel n’eut lieu. Il lui a été simplement notifié que l’héliocentrisme, étant contraire aux Saintes Ecritures, ne peut à ce stade être défendu ou enseigné. (…) En 1618, on observe le passage de trois comètes, phénomène qui relance la polémique sur l’incorruptibilité des cieux. En 1619, le père jésuite Orazio Grassi publie De tribus cometis anni 1618 disputatio astronomica. Il y défend le point de vue de Tycho Brahe sur les trajectoires elliptiques des comètes. Galilée riposte d’abord par l’intermédiaire de son élève Mario Guiducci qui publie en juin 1619 Discorso delle comete où il développe une théorie personnelle sur les comètes, allant jusqu’à émettre l’hypothèse de phénomènes météorologiques d’illusions d’optique. En octobre, Orazio Grassi attaque Galilée dans un pamphlet plus sournois : aux considérations scientifiques se mêlent des allusions religieuses considérées comme malveillantes et dangereuses au temps de la Contre-Réforme. (…) Galilée, encouragé par son ami le cardinal Barberini (futur pape Urbain VIII) et soutenu par l’Académie des Lyncéens, répond avec ironie à Grassi en publiant en 1623 Il Saggiatore (ou L’Essayeur) ; ouvrage important sur la philosophie atomiste, qui est considéré comme un « chef-d’œuvre de l’art polémique ». Il y fait des remarques sur l’atomisme et déclare que l’atome possède bien des qualités premières, qui lui sont propres, mais que ce qu’on appelle les « qualités secondes » ou les « accidents » dans la terminologie aristotélicienne — qui déterminent le goût, le toucher, l’odeur — sont en fait le fruit de l’interaction des objets avec les organes du corps humain. Grassi, l’un des plus grands savants jésuites, est ridiculisé et envoie une lettre anonyme à l’Inquisition dénonçant une contradiction avec le dogme catholique de la transsubstantiation, mais un théologien de l’Inquisition conclut à un non-lieu. (…) Le 6 août 1623, l’ami de Galilée, le cardinal Maffeo Barberini est élu pape sous le nom de Urbain VIII. Le 3 février 1623 Galilée reçoit l’autorisation de publier son Saggiatore qu’il dédie au nouveau Pape. L’ouvrage paraît le 20 octobre 1623. Ce sont d’abord les qualités polémiques (et littéraires) de l’ouvrage qui assureront son succès à l’époque. Il n’en demeure pas moins qu’en quelques mois et dans une atmosphère de grande effervescence culturelle, Galilée devient en quelque sorte le porte-drapeau des cercles intellectuels romains en rébellion contre le conformisme intellectuel et scientifique imposé par les Jésuites. Dans cet ouvrage, il énonce la mathématisation de la physique : « La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l’univers, mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à en comprendre la langue et à connaitre les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langue mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen desquels il est humainement impossible d’en comprendre un mot. » (…) Dans les années 1620, après la censure de ses thèses, Galilée passe un mois à Rome où il est reçu plusieurs fois par le pape Urbain VIII qui a pour lui une grande amitié. Il lui expose le plan de l’étude commanditée par celui-ci Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, ouvrage devant présenter de façon neutre les avantages comme les inconvénients du système de Ptolémée et du système de Copernic. En effet, le pape qui apprécie Galilée ne veut pas qu’il fasse figurer des arguments si peu convaincants notamment à propos de sa théorie sur les marées, conseil dont Galilée ne tiendra pas compte. Wikipedia
Feyerabend (…) ne dit pas que les scientifiques ne devraient pas se servir de la renormalisation ou de quelconques hypothèses ad hoc. Au contraire, il affirme que de telles méthodes sont nécessaires au progrès de la science pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est que le progrès de la science est inégal. Feyerabend explique par exemple qu’au temps de Galilée, l’optique ne rendait pas compte de phénomènes qui pourtant pouvaient être observés par les télescopes. Les astronomes qui se servaient des observations des télescopes avaient déjà recours à des hypothèses ad hoc jusqu’à ce qu’ils puissent justifier leurs suppositions grâce à la théorie optique. Feyerabend a également critiqué toute attitude consistant à juger la qualité des théories scientifiques en les comparant avec les faits connus. Il pensait que les théories précédentes pouvaient influer sur l’interprétation des phénomènes observés. Les scientifiques se servent d’interprétations naturelles, c’est-à-dire d’idées « si étroitement liées aux observations qu’il faut faire un effort spécial pour en prendre conscience », lorsqu’ils comparent les théories scientifiques aux faits qu’ils observent. De telles interprétations doivent être modifiées si l’on veut rendre la nouvelle théorie compatible avec les observations. Feyerabend prenait pour exemple principal de ces interprétations naturelles des phénomènes l’argument de la tour. L’argument de la tour, en effet, constituait l’objection majeure à la théorie tentant de démontrer que la terre tourne. Les aristotéliciens pensaient que le fait qu’une pierre tombant d’une tour atterrisse juste devant la tour prouve que la terre est immobile. Ils pensaient que si la terre effectuait une rotation pendant que la pierre tombait, celle-ci aurait atterri derrière la tour. Si la terre tournait les objets ne tomberaient pas à la verticale mais en diagonale, selon eux. Comme cela ne se produit pas dans le monde physique, les Aristotéliciens en inféraient l’immobilité de la terre. La théorie de Copernic semble bien être réfutée par le fait que les objets tombent verticalement sur terre. Il a donc fallu réinterpréter cette observation pour la rendre compatible avec la théorie de Copernic. Si Galilée a réussi à le faire, ce n’est qu’en se servant d’hypothèses ad hoc et en procédant contre-inductivement. Les hypothèses ont de fait chez Feyerabend un rôle positif: elles permettent de rendre une théorie temporairement compatible avec les faits, en attendant que la théorie à défendre puisse être soutenue par d’autres théories. Toutes ces remarques tentent de justifier l’introduction de théories qui ne sont pas à première vue compatibles avec les faits bien établis. Au-delà, elles rendent nécessaire un pluralisme méthodologique qui implique de faire des comparaisons entre les théories pour améliorer l’articulation de ces théories. De cette façon, le pluralisme scientifique renouvellerait le pouvoir critique de la science. Ainsi, Feyerabend propose que la science ne procède plus par induction, mais bien plutôt par contre-induction. Selon Feyerabend, les théories nouvelles ne sont jamais acceptées pour avoir respecté une démarche scientifique, mais parce que ceux qui la soutenaient se sont servis de toutes les astuces possibles — qu’elles consistent dans des arguments rationnels, des artifices rhétoriques ou dans de la pure propagande — pour faire avancer leur cause. Dès lors, la seule approche qui ne nuit pas au progrès est « tout est bon » (anything goes). « “Tout est bon” n’est pas un principe que je voudrais ériger… », dit Feyerabend en 1975, « mais l’exclamation terrifiée d’un rationaliste qui s’est intéressé de plus près à l’histoire. » Feyerabend pensait également que l’incommensurabilité des théories, c’est-à-dire le fait de ne pouvoir comparer directement les théories parce qu’elles sont basées sur des suppositions incompatibles, pourrait également empêcher l’utilisation de critères généraux pour définir la qualité de théories scientifiques. Il n’est pas de théorie supérieure à une autre, puisqu’en aucun cas les théories scientifiques n’appréhendent le réel à partir des mêmes axes, selon lui. Selon Feyerabend, la science peut être considérée comme anarchiste par essence, soucieuse de son propre mythe, et prétendant à la vérité au-delà de ce que lui permettent ses capacités réelles. Qu’Aristote ait été défendu contre Galilée ou Pouchet contre Pasteur ne relève que d’une controverse scientifique normale, mais que les constatations de Darwin sur la marche de la nature soient interprétées comme prescriptions pour un ordre social n’a plus de rapport avec la science elle-même. Il estime condescendante l’attitude de nombreux scientifiques envers d’autres modes de pensée et de connaissance. Il rappelle entre autres que les opinions négatives sur l’astrologie ou sur l’effectivité des danses de la pluie n’ont pas fait l’objet de réfutations scientifiques, et que le refus de ces phénomènes ne relevait donc plus du rationnel. Pour lui, la science devenait une idéologie répressive après avoir été un mouvement initialement libérateur. Feyerabend pensait utile pour une société moderne de se libérer d’une vision uniquement causale du monde, comme elle l’avait fait des idéologies finalistes. Contestant l’idée de méthode scientifique universelle, Feyerabend affirme déplacée la position dévolue aux sciences dans les sociétés occidentales, et donc le scientisme. Puisque les scientifiques ne peuvent parvenir à adopter un point de vue universel qui garantirait la qualité de leurs observations, il n’y a pas pour lui de raison que les assertions de la science soient privilégiées par rapport à celles d’autres idéologies comme les religions. On ne pourrait donc juger les autres idéologies à partir des visions de la science du moment. En outre, les grands succès scientifiques ont historiquement comportés des éléments non scientifiques. L’inspiration du scientifique lui vient au moins en bonne partie du mythique ou du religieux. En se basant sur cette argumentation, Feyerabend prône alors la séparation de la science et de l’État, de la même façon que la religion et la société sont séparées dans les sociétés modernes séculières. Il envisage « une société libre » dans laquelle « toutes les traditions auraient les mêmes droits et le même accès au pouvoir ». Par exemple, les parents devraient avoir le droit de déterminer le contexte idéologique de l’éducation de leurs enfants, au lieu de n’avoir que des options limitées par la science. Feyerabend va jusqu’à suggérer que la science devrait également être soumise à un contrôle démocratique: non seulement les domaines de recherche devraient être déterminés par des élections populaires, mais les suppositions et les conclusions de la science devraient également être supervisées par des comités populaires. Il pensait que les citoyens devraient se servir de leurs propres principes lorsqu’ils seraient amenés à prendre des décisions sur ces problèmes; l’idée qu’une décision doit être rationnelle est selon lui élitiste, car elle suppose que les philosophes ou les scientifiques sont en mesure de déterminer les critères en vertu desquels les hommes devraient prendre leurs décisions. Or eux aussi sont faillibles, et ont leurs préjugés, qui ne doivent parfois justement rien à la science (thème de son ouvrage Adieu, la Raison). Wikipedia
Au XIIe siècle, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science. (…)  À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques.  Rodney Stark
« Et pourtant, elle tourne ! » Tout le monde connaît cette phrase de Galilée à ses juges de l’Inquisition, qui voulaient absolument lui faire dire que la Terre était plate et que le Soleil tournait autour… Cette phrase choc n’a qu’un défaut : elle est fausse, elle a été inventée au XVIIe siècle et reprise par Bertold Brecht dans sa pièce La Vie de Galilée. Jamais le savant italien n’a déclaré cela à qui que ce soit. Dommage, c’était bien trouvé… L’affaire Galilée est emblématique : c’est le type même de la désinformation fabriquée par les ennemis de l’Église pour la discréditer, et tenter de faire croire qu’elle fut l’ennemie acharnée de la science et de la raison. (…) Quand on regarde les faits avec honnêteté, en effet, on constate que c’est le contraire qui est vrai : l’Église a non seulement permis l’épanouissement des sciences, mais elle a tout fait pour que les scientifiques puissent mener leurs expériences et leurs travaux. Mieux : beaucoup de savants furent des chrétiens fervents, parfois même des prêtres ou des moines. Pour bien le comprendre, un détour par la philosophie s’impose. Comme le rappellent Éric et Émeline Picard dans L’Église en procès, « pour l’Église, il existe deux voies reconnues d’accès à la vérité et donc à Dieu : d’un côté le livre de la Révélation, l’Ancien et le Nouveau Testament, lu dans la foi, de l’autre le livre de la nature déchiffré par la raison et la science dans un mouvement lent, difficile et progressif. » Ils ajoutent : « Dieu étant le créateur de l’un comme de l’autre, il ne saurait y avoir de contradiction qu’apparente entre les deux. » La science fait donc partie des moyens d’accéder à la vérité. Elle est aussi un moyen de mieux connaître les beautés du monde. Le chrétien ne saurait la négliger. L’Église, dès ses débuts, a promu la liberté en matière scientifique – comme sur le plan social, politique, économique – estimant qu’il n’était pas de son ressort de s’en mêler. C’est ce que l’historien Jean-Louis Harouel appelle, dans un livre éponyme, « le vrai génie du christianisme » : « Le royaume de Dieu est céleste et non terrestre, Dieu et l’État sont séparés. D’où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a procuré à l’individu une liberté sans équivalent dans les autres civilisations, en excluant la sacralisation d’un quelconque ordre terrestre. » C’est pour lui la raison du progrès scientifique que l’on observe dans la civilisation chrétienne. La science a pu s’y développer librement. La volonté de découvrir la vérité était le moteur ; la liberté a servi de carburant. « Au XIIe siècle, rappelle le sociologue américain Rodney Stark, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science », poursuit Rodney Stark. C’est l’époque où saint Thomas d’Aquin suit les cours à Paris de son maître allemand Albert le Grand, plus connu comme philosophe que comme scientifique : or ce dernier s’intéresse aux plantes et aux fruits, à la dissection de l’œil de la taupe, au système nerveux de l’écrevisse, à l’alchimie, ainsi qu’aux minéraux et aux fossiles. L’une des idées reçues contre lesquelles s’élèvent les historiens est celle selon laquelle le développement scientifique aurait eu lieu à la Renaissance (le terme même de « renaissance » implique d’ailleurs que la période précédente était sombre et obscure, chrétienne pour tout dire…). La simple observation des faits contredit cette vision simpliste et fausse. Ce que l’on appelle le Moyen Âge est en réalité une période très riche sur le plan scientifique. Les écoles de philosophes et de savants se multiplient en Europe, font valoir Éric et Émeline Picard : « L’école de Chartres, marquée par le platonisme, est emblématique de cette renaissance [des XIe et XIIe siècles, Ndlr] qui cherche à comprendre, à la lumière des Anciens, le lien entre âme et matière, l’homme et le monde. […] L’école d’Oxford, avec Robert Grosseteste ou Roger Bacon, témoigne du renouveau scientifique des XIIIe et XIVe siècles. L’expérience, par exemple en optique, est une manière de confirmer des thèses nées de l’observation raisonnée de la nature. » Mais Galilée ? N’a-t-il pas subi les foudres de l’Inquisition ? N’est-ce pas la preuve que l’Église a exercé une pression sur les savants pour les empêcher de poursuivre et de publier leurs travaux ? Essayons de résumer cette affaire. Galilée, né en 1564, était au départ très bien compris, et même soutenu, par une bonne partie de la hiérarchie catholique – les travaux de Copernic, un siècle plus tôt, n’avaient d’ailleurs causé aucun émoi particulier à Rome. Son premier ouvrage, Le Messager céleste, où il affirme que l’univers est écrit en « langage mathématique […] sans lequel il est humainement impossible d’en comprendre un mot », reçoit à Rome un accueil enthousiaste. Mais certains s’inquiètent de l’orthodoxie de telles affirmations. Rodney Stark replace cette réaction dans son contexte : « À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques. » Ajoutons à cela la personnalité de Galilée, très brillant, très conscient de sa valeur, très porté à la provocation, et l’on obtient un cocktail explosif. En 1632, le savant publie le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, « pamphlet désobligeant », selon le théologien allemand Manfred Lütz, où il soutient de manière péremptoire les thèses coperniciennes (la Terre tourne autour du Soleil) qu’il n’avait aucun moyen de prouver, quand le pontife, avec sagesse, voulait que l’on se contente de les présenter comme des hypothèses. C’était mal connaître le savant qui se permit en outre, dans son ouvrage, de ridiculiser le pape sous les traits de Simplicio (simple d’esprit). « Piège politique, piège théologique, racontent Éric et Émeline Picard, qui pousse Urbain VIII à lancer une procédure exceptionnelle qui aboutit, le 22 juin 1633, à l’abjuration publique de Galilée devant le Saint-Office et à l’interdiction de l’enseignement de l’héliocentrisme dans toutes les universités européennes. » Quelles leçons tirer de cette affaire ? D’abord qu’elle est beaucoup plus complexe que le poncif éculé qu’on nous ressasse depuis des lustres : Galilée l’esprit libre et éclairé l’emporte face à l’Église obscurantiste. Il est arrivé à Galilée de se tromper, et au pape d’avoir raison. Ensuite qu’elle s’explique davantage par des raisons de circonstances – le caractère un peu égotique de Galilée, le contexte de la Réforme protestante – que par des raisons de fond. Reste que ce fut un tort, incontestablement, d’interdire l’enseignement de l’héliocentrisme dans les universités, alors même que les thèses héliocentriques de Copernic, proches de celles de Galilée, ne posaient de problème à personne au Vatican, alors même que l’Église avait toujours encouragé la recherche scientifique. Cette décision allait à l’encontre des principes mêmes qu’elle professait. Cette affaire marquera durablement les relations entre science et foi, « au point qu’il existe un véritable “syndrome Galilée” pour les catholiques, estiment Éric et Émeline Picard. En effet, elle cristallise toutes les problématiques : comment lire le texte sacré ? Comment concilier ce dernier avec les découvertes scientifiques ? Quelle liberté accorder à la science ? » Ces questions se posèrent avec une acuité toute particulière au XIXe siècle quand les découvertes archéologiques de l’époque parurent remettre en cause la vérité des textes sacrés. D’où l’encyclique Divino afflante spiritu (« Sous l’inspiration de l’Esprit Saint »), publiée par Pie XII en 1943, qui autorise les méthodes scientifiques pour étudier la Bible. Benoît XVI poursuivra dans cette voie, notamment dans son livre Jésus, où il prendra ses distances avec la méthode « historico-critique » de certains savants allemands. Charles-Henri d’Andigné
Une lettre rédigée par Galilée lui-même vient de resurgir à Londres après quatre siècles d’oubli. Elle prouve que le savant aurait falsifié sa correspondance afin d’amadouer l’Inquisition dont il redoutait le jugement. C’est un document surprenant qui vient d’être exhumé de la bibliothèque de la Royal Society de Londres, l’équivalent de l’académie des sciences,  où elle dormait dans l’oubli. Rédigée d’une écriture serrée, elle est signée des deux lettres GG, soit Galileo Galilei, le nom du savant italien Galilée et porte la date du 21 décembre 1613, comme l’a révélé la revue Nature. Le contenu de cette lettre, expertisé comme un original de la main du grand scientifique, a de quoi surprendre les historiens ! Elle montre en effet que le mathématicien et astronome, dont la position en faveur de l’heliocentrisme  (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse comme on le pensait à l’époque) était parvenue aux oreilles de l’Inquisition, aurait tenté d’adoucir ses propos -en s’adonnant à ce qui pourrait s’apparenter à une falsification-  et ceci, dans le but d’éviter une éventuelle condamnation. Sans pour autant renoncer à ses idées. Pour comprendre la portée de cette missive de sept pages, mise au jour fortuitement par l’historien des sciences Salvatore Ricciardo et son ancien directeur de thèse Franco Giudice, de l’Université de Bergame (Italie), il faut préciser le contexte dans lequel elle s’inscrit. A savoir une « confrontation entre deux mentalités, précise Francesco Beretta, du Laboratoire de recherche historique Rhône Alpes (LARHRA), à Lyon et spécialiste reconnu de « l’affaire Galilée ». D’un côté ceux qui défendaient une lecture rigoriste des écrits saints, estimant que leur interprétation était réservée aux théologiens ; et de l’autre ceux qui pensaient que les savants pouvaient se pencher sur certains passages de la Bible qui abordent le mouvement des astres dans le ciel, et les interpréter différemment. »  Précisons que si la majorité des ecclésiastiques défendaient le premier point de vue, quelques-uns étaient favorables au second. Galilée était partisan de la vision héliocentrique du monde proposée au XVIe siècle par l’astronome polonais Nicolas Copernic, sans toutefois en avoir de preuves. Pour l’Église en revanche, il allait de soi que notre étoile était en mouvement autour de la Terre puisque la Bible évoquait dans certains récits le « lever » du Soleil. Ce qui s’accordait donc bien avec la conception géocentrique du monde, partagée par la presque totalité des savants de l’époque. Pour argumenter  en faveur de sa position, Galilée soutenait que certains passages bibliques qui évoquaient des astres, devaient être interprétés à la lumière de la compréhension scientifique du monde. A l’époque, la diffusion des idées s’effectuait souvent grâce aux correspondances. Et c’est ainsi que Galilée avait écrit à son ami et élève Benedetto Castelli une  longue lettre exposant ses principes au sujet de l’interprétation de la Bible. Une lettre-manifeste en somme dont plusieurs copies ont circulé et une bonne douzaine d’exemplaires ont été conservés. Or, « en février 1615, l’une de ces copies s’est retrouvée dans les mains de l’Inquisition, à Rome », précise Francesco Beretta.  Mais l’Inquisition n’a pas jugé devoir intervenir sur la base de cette seule copie. C’était alors sans compter sur les adversaires les plus coriaces de Galilée. A peine un mois plus tard, c’est le dominicain Tomaso Caccini qui se rend à Rome pour dénoncer personnellement le savant. Il annonce que l’érudit qui officie à Florence soutient le mouvement de la Terre et, selon Caccini, cette doctrine est hérétique. Sauf que… Entretemps, Galilée apprend par ses amis et disciples que l’inquisition est en possession d’une copie de la lettre envoyée à son ami Benedetto Castelli. Il craint alors la sentence de l’église. C’est là où la découverte de cette nouvelle lettre exhumée à Londres permet d’écrire un épisode inédit. Galilée aurait aussitôt tenté ce que l’on pourrait appeler une « opération de déminage » en modifiant -bien après- l’original de la lettre à Castelli : raturant certains passages, il aurait adouci le propos et aurait fait circuler de nouvelles copies de la lettre en affirmant que c’était la version « authentique ». Une des copies de la lettre à Castelli modifiée  -qui vient de surgir à Londres-  était adressée à Monseigneur Dini, l’un de ses amis romains, afin qu’il joue un rôle d’intermédiaire et la transmette aux autorités ecclésiastiques dans le but de décharger Galilée. Ce dernier aurait ainsi tenté de « racheter » son cas, en quelques sortes, « un peu comme les politiques d’aujourd’hui qui tentent d’amoindrir la portée de leur première déclaration » précise Francesco Beretta. C’est du moins le  scénario que propose Franco Giudice. Il correspond à la reconstitution la plus probable. Aucune certitude cependant, car « au cours des dernières décennies une discussion animée a eu lieu entre spécialistes concernant cette question car les copies conservées ne sont pas toutes identiques…et l’originale est perdue ! » Malgré cela, un point étonnant qui conforte ce scénario est que dans la version adoucie de la lettre, trouvée à Londres « les passages modifiés semblent être précisément ceux mis en évidence par l’expert de l’inquisition » explique Francesco Beretta. Y aurait-il eu au sein même du Saint-Office romain un informateur favorable à Galilée ? Cependant, la lettre « trafiquée » n’a pas évité que le procès prenne une nouvelle tournure à Rome. La dénonciation de Caccini aboutira à la condamnation officielle de l’héliocentrisme en 1616 et à l’interdiction de l’enseigner. Quant à savoir par quel chemin cette lettre a-t-elle pu se retrouver à Londres… nul ne le sait. Sciences et avenir
L’Histoire retient de lui l’image du savant persécuté par l’Église en raison de ses affirmations hétérodoxes. Une image qui mérite d’être nuancée… Galilée s’interrogea d’abord sur la chute des corps et mit en évidence la nature corpusculaire de la matière. Étudiant la gravité, il laissa tomber des objets différents du haut de la tour penchée de Pise et montra que leur vitesse de chute était indépendante de leur masse (il n’est pas sûr toutefois qu’il ait réalisé cette expérience ; il l’a peut-être seulement imaginée). Suite à l’invention de la lunette astronomique en Flandre, au début du XVIIe siècle, il invita le 21 août 1609 le doge de Venise Leonardo Donato et plusieurs membres du Sénat à faire des observations du haut du campanile de la place Saint-Marc. Habile en affaires, il leur fit voir les navires au loin et souligne l’intérêt militaire de l’instrument. Cela lui valut une grasse rémunération. Mais Galilée lui-même préfèrait employer sa lunette à l’exploration du système solaire. C’est ainsi qu’il découvrit le relief de la Lune, les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Performance d’autant plus remarquable que la lunette était à peine plus puissante qu’une paire de jumelles d’aujourd’hui, avec à ses extrémités deux verres grossissant l’un six fois, l’autre neuf fois. Par ses expériences, il prolongea brillamment les travaux scientifiques et philosophiques de Nicolas Copernic comme de ses contemporains Tycho Brahé, Giordano Bruno et surtout Johannes Kepler. En 1610, avant de s’installer à Florence, Galilée publie Le Messager des étoiles, ouvrage dans lequel il relate ses observations. Il montre en particulier que la Lune n’est pas lisse mais couverte de cratères et de montagnes. Il révèle aussi l’existence de quatre satellites de Jupiter qu’il nomme « satellites médicéens » par égard pour son protecteur du moment, le grand-duc de Toscane Ferdinand 1er de Médicis. Ses travaux en astronomie vont faire sa célébrité… et son malheur. Un demi-siècle plus tôt, le chanoine Copernic, soucieux de sa tranquillité, avait su rester discret et il avait publié en latin, la langue réservée aux savants, ses découvertes sur l’héliocentrisme (théorie selon laquelle le Soleil – et non la Terre – est au centre de l’univers). Galilée n’a pas sa prudence. Il a l’audace de publier ses propres théories sur le système solaire en italien, la langue du peuple. Il suscite dès lors contre lui un flot de dénonciations de la part de clercs qui croient y voir la négation des Écritures saintes mais aussi de savants qui lui reprochent de présenter comme des vérités indubitables et non de simples hypothèses ses théories selon lesquelles la Terre et les planètes se placent sur des orbites autour du Soleil. Galilée n’arrange pas ses affaires par son arrogance et ses rapports orageux, voire méprisants, avec ses rivaux demeurés favorables à la vision traditionnelle héritée de Claude Ptolémée. (…) Sur la foi d’une lettre signée G.G., écrite à son ami et élève, l’abbé Benedetto Castelli, le savant pisan est une première fois condamné en 1616 par le tribunal de l’Inquisition qui lui interdit de diffuser ses théories. Le pape Urbain VIII, son ami et protecteur, l’autorise néanmoins à comparer les cosmologies de Copernic et Ptolémée. Il s’exécute sans se faire prier et publie en 1632 ses conclusions, favorables à Copernic, sous la forme d’un dialogue imaginaire entre trois amis : Dialogue sur les deux grands systèmes ptolémaïque et copernicien. Cela lui vaut d’être à nouveau traduit devant la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome. « Eppure, si muove » aurait-il alors murmuré (Et pourtant elle tourne). Son ami le pape réussit heureusement à adoucir ses sanctions. Après sa rétractation, Galilée est banni dans le hameau d’Arcetri en Toscane, avec toujours l’interdiction de diffuser ses thèses. Ses disciples Viviani et Toricelli vont heureusement poursuivre ses recherches. Hérodote

Ni incarcéré ni torturé mais simplement assigné à résidence, moins inquiété pour ses convictions scientifiques que pour sa duplicité arrogante, fâcheuse propension à s’attribuer le mérite d’inventions faites par d’autres (télescope) ou de recherches empiriques qu’il n’avait probablement pas menées (chute des corps de la tour de Pise), présentations truffées d’erreurs (théorie des marées inexplicable sans la gravitation, comètes faussement assimilées à des reflets de vapeur émanant de la Terre),  trahison de la parole donnée en refusant de présenter comme hypothétiques des résultats alors incomplétement démontrés, demeuré profondément chrétien malgré toutes ses gesticulations, lettres trafiquées pour adoucir ses propos et éviter une éventuelle condamnation, ami des plus grands de l’Eglise (pape compris),  Eglise catholique contrainte de surenchérir sur sa fidélité à la Bible face aux accusations protestantes, jugement à son encontre en partie motivé par la volonté d’en finir avec les astrologues et leurs prétentions d’un destin humain régulé par le mouvement des corps célestes …

Attention, un martyre peut en cacher un autre !

Où suite à  la réapparition d’une lettre trafiquée de sa propre main pour adoucir ses propos et éviter une éventuelle condamnation …

Et derrière le mythe du martyr de la science persécuté par l’Eglise …

L’on redécouvre la véritable victime de la fameuse Affaire Galilée …

Qui après avoir inventé l’université et, à travers la plupart de ses grands savants, les fondements de la science elle-même …

Se voit, avec le prétendu obscurantisme du Moyen-Age et depuis près de quatre siècles de désinformation, désignée à la vindicte publique …

Comme pire ennemie de la science …

Par des philosophes des Lumières qui eux-mêmes n’y avaient pris aucune part !

L’incroyable histoire de la lettre retrouvée de Galilée

Sciences et avenir

Une lettre rédigée par Galilée lui-même vient de resurgir à Londres après quatre siècles d’oubli. Elle prouve que le savant aurait falsifié sa correspondance afin d’amadouer l’Inquisition dont il redoutait le jugement.

La lettre retouvée de Galilée

La lettre retrouvée par hasard quatre siècle après avoir été rédigée montre les craintes du savant

C’est un document surprenant qui vient d’être exhumé de la bibliothèque de la Royal Society de Londres, l’équivalent de l’académie des sciences,  où elle dormait dans l’oubli. Rédigée d’une écriture serrée, elle est signée des deux lettres GG, soit Galileo Galilei, le nom du savant italien Galilée et porte la date du 21 décembre 1613, comme l’a révélé la revue Nature. Le contenu de cette lettre, expertisé comme un original de la main du grand scientifique, a de quoi surprendre les historiens ! Elle montre en effet que le mathématicien et astronome, dont la position en faveur de l’heliocentrisme  (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse comme on le pensait à l’époque) était parvenue aux oreilles de l’Inquisition, aurait tenté d’adoucir ses propos -en s’adonnant à ce qui pourrait s’apparenter à une falsification-  et ceci, dans le but d’éviter une éventuelle condamnation. Sans pour autant renoncer à ses idées.

Le mouvement des astres

Pour comprendre la portée de cette missive de sept pages, mise au jour fortuitement par l’historien des sciences Salvatore Ricciardo et son ancien directeur de thèse Franco Giudice, de l’Université de Bergame (Italie), il faut préciser le contexte dans lequel elle s’inscrit. A savoir une « confrontation entre deux mentalités, précise Francesco Beretta, du Laboratoire de recherche historique Rhône Alpes (LARHRA), à Lyon et spécialiste reconnu de « l’affaire Galilée ». D’un côté ceux qui défendaient une lecture rigoriste des écrits saints, estimant que leur interprétation était réservée aux théologiens ; et de l’autre ceux qui pensaient que les savants pouvaient se pencher sur certains passages de la Bible qui abordent le mouvement des astres dans le ciel, et les interpréter différemment. »  Précisons que si la majorité des ecclésiastiques défendaient le premier point de vue, quelques-uns étaient favorables au second. Galilée était partisan de la vision héliocentrique du monde proposée au XVIe siècle par l’astronome polonais Nicolas Copernic, sans toutefois en avoir de preuves. Pour l’Église en revanche, il allait de soi que notre étoile était en mouvement autour de la Terre puisque la Bible évoquait dans certains récits le « lever » du Soleil. Ce qui s’accordait donc bien avec la conception géocentrique du monde, partagée par la presque totalité des savants de l’époque. Pour argumenter  en faveur de sa position, Galilée soutenait que certains passages bibliques qui évoquaient des astres, devaient être interprétés à la lumière de la compréhension scientifique du monde.

Une version adoucie

A l’époque, la diffusion des idées s’effectuait souvent grâce aux correspondances. Et c’est ainsi que Galilée avait écrit à son ami et élève Benedetto Castelli une  longue lettre exposant ses principes au sujet de l’interprétation de la Bible. Une lettre-manifeste en somme dont plusieurs copies ont circulé et une bonne douzaine d’exemplaires ont été conservés. Or, « en février 1615, l’une de ces copies s’est retrouvée dans les mains de l’Inquisition, à Rome », précise Francesco Beretta.  Mais l’Inquisition n’a pas jugé devoir intervenir sur la base de cette seule copie. C’était alors sans compter sur les adversaires les plus coriaces de Galilée. A peine un mois plus tard, c’est le dominicain Tomaso Caccini qui se rend à Rome pour dénoncer personnellement le savant. Il annonce que l’érudit qui officie à Florence soutient le mouvement de la Terre et, selon Caccini, cette doctrine est hérétique.

Sauf que… Entretemps, Galilée apprend par ses amis et disciples que l’inquisition est en possession d’une copie de la lettre envoyée à son ami Benedetto Castelli. Il craint alors la sentence de l’église. C’est là où la découverte de cette nouvelle lettre exhumée à Londres permet d’écrire un épisode inédit.

Galilée aurait aussitôt tenté ce que l’on pourrait appeler une « opération de déminage » en modifiant -bien après- l’original de la lettre à Castelli : raturant certains passages, il aurait adouci le propos et aurait fait circuler de nouvelles copies de la lettre en affirmant que c’était la version « authentique ». Une des copies de la lettre à Castelli modifiée  -qui vient de surgir à Londres-  était adressée à Monseigneur Dini, l’un de ses amis romains, afin qu’il joue un rôle d’intermédiaire et la transmette aux autorités ecclésiastiques dans le but de décharger Galilée. Ce dernier aurait ainsi tenté de « racheter » son cas, en quelques sortes, « un peu comme les politiques d’aujourd’hui qui tentent d’amoindrir la portée de leur première déclaration » précise Francesco Beretta.

C’est du moins le  scénario que propose Franco Giudice. Il correspond à la reconstitution la plus probable. Aucune certitude cependant, car « au cours des dernières décennies une discussion animée a eu lieu entre spécialistes concernant cette question car les copies conservées ne sont pas toutes identiques…et l’originale est perdue ! » Malgré cela, un point étonnant qui conforte ce scénario est que dans la version adoucie de la lettre, trouvée à Londres « les passages modifiés semblent être précisément ceux mis en évidence par l’expert de l’inquisition » explique Francesco Beretta. Y aurait-il eu au sein même du Saint-Office romain un informateur favorable à Galilée ?

Condamnation à Rome

Cependant, la lettre « trafiquée » n’a pas évité que le procès prenne une nouvelle tournure à Rome. La dénonciation de Caccini aboutira à la condamnation officielle de l’héliocentrisme en 1616 et à l’interdiction de l’enseigner. Quant à savoir par quel chemin cette lettre a-t-elle pu se retrouver à Londres… nul ne le sait.

« Mais dans le fond, le propos des deux versions n’est pas bien différent » poursuit Francesco Beretta. La lettre adoucie retrouvée à Londres ne renie en rien les convictions de Galilée qui continue encore pendant 17 ans à observer les astres et chercher les preuves de l’héliocentrisme. Ce n’est qu’en 1633, après la publication du Dialogue des deux systèmes du monde que Galilée sera suspecté d’hérésie et contraint à l’abjuration. « Mais là c’est une autre histoire», conclut Francesco Beretta.

Voir aussi:

Discovery of Galileo’s long-lost letter shows he edited his heretical ideas to fool the Inquisition

Exclusive: Document shows that the astronomer toned down the claims that triggered science history’s most infamous battle — then lied about his edits.

Nature

Close up of Galileo's letter

The original letter in which Galileo argued against the doctrine of the Roman Catholic Church has been rediscovered in London. Credit: The Royal Society

It had been hiding in plain sight. The original letter — long thought lost — in which Galileo Galilei first set down his arguments against the church’s doctrine that the Sun orbits the Earth has been discovered in a misdated library catalogue in London. Its unearthing and analysis expose critical new details about the saga that led to the astronomer’s condemnation for heresy in 1633.

The seven-page letter, written to a friend on 21 December 1613 and signed “G.G.”, provides the strongest evidence yet that, at the start of his battle with the religious authorities, Galileo actively engaged in damage control and tried to spread a toned-down version of his claims.

Many copies of the letter were made, and two differing versions exist — one that was sent to the Inquisition in Rome and another with less inflammatory language. But because the original letter was assumed to be lost, it wasn’t clear whether incensed clergymen had doctored the letter to strengthen their case for heresy — something Galileo complained about to friends — or whether Galileo wrote the strong version, then decided to soften his own words.

Galileo did the editing, it seems. The newly unearthed letter is dotted with scorings-out and amendments — and handwriting analysis suggests that Galileo wrote it. He shared a copy of this softened version with a friend, claiming it was his original, and urged him to send it to the Vatican.

The letter has been in the Royal Society’s possession for at least 250 years, but escaped the notice of historians. It was rediscovered in the library there by Salvatore Ricciardo, a postdoctoral science historian at the University of Bergamo in Italy, who visited on 2 August for a different purpose, and then browsed the online catalogue.

“I thought, ‘I can’t believe that I have discovered the letter that virtually all Galileo scholars thought to be hopelessly lost,’” says Ricciardo. “It seemed even more incredible because the letter was not in an obscure library, but in the Royal Society library.”

Ricciardo, together with his supervisor Franco Giudice at the University of Bergamo and science historian Michele Camerota of the University of Cagliari, describe the letter’s details and implications in an article in press at the Royal Society journal Notes and Records. Some science historians declined to comment on the finding before they had scrutinized the article. But Allan Chapman, a science historian at the University of Oxford, UK, and president of the Society for the History of Astronomy, says “it’s so valuable — it will allow new insights into this critical period”.

Pages from Galileo's letter

The first and last page of Galileo’s letter to his friend Benedetto Castelli. The last page shows his signature, “G. G.”.Credit: The Royal Society

Mixed messages

Galileo wrote the 1613 letter to Benedetto Castelli, a mathematician at the University of Pisa in Italy. In it, Galileo set out for the first time his arguments that scientific research should be free from theological doctrine (see ‘The Galileo affair’).

He argued that the scant references in the Bible to astronomical events should not be taken literally, because scribes had simplified these descriptions so that they could be understood by common people. Religious authorities who argued otherwise, he wrote, didn’t have the competence to judge. Most crucially, he reasoned that the heliocentric model of Earth orbiting the Sun, proposed by Polish astronomer Nicolaus Copernicus 70 years earlier, is not actually incompatible with the Bible.

Galileo, who by then was living in Florence, wrote thousands of letters, many of which are scientific treatises. Copies of the most significant were immediately made by different readers and widely circulated.

His letter to Castelli caused a storm.

Of the two versions known to survive, one is now held in the Vatican Secret Archives. This version was sent to the Inquisition in Rome on 7 February 1615, by a Dominican friar named Niccolò Lorini. Historians know that Castelli then returned Galileo’s 1613 letter to him, and that on 16 February 1615 Galileo wrote to his friend Piero Dini, a cleric in Rome, suggesting that the version Lorini had sent to the Inquisition might have been doctored. Galileo enclosed with that letter a less inflammatory version of the document, which he said was the correct one, and asked Dini to pass it on to Vatican theologians.

His letter to Dini complains of the “wickedness and ignorance” of his enemies, and lays out his concern that the Inquisition “may be in part deceived by this fraud which is going around under the cloak of zeal and charity”.

At least a dozen copies of the version Galileo sent to Dini are now held in different collections.

The existence of the two versions created confusion among scholars over which corresponded to Galileo’s original.

Beneath its scratchings-out and amendments, the signed copy discovered by Ricciardo shows Galileo’s original wording — and it is the same as in the Lorini copy. The changes are telling. In one case, Galileo referred to certain propositions in the Bible as “false if one goes by the literal meaning of the words”. He crossed through the word “false”, and replaced it with “look different from the truth”. In another section, he changed his reference to the Scriptures “concealing” its most basic dogmas, to the weaker “veiling”.

This suggests that Galileo moderated his own text, says Giudice. To be certain that the letter really was written in Galileo’s hand, the three researchers compared individual words in it with similar words in other works written by Galileo around the same time.

Timeline: The Galileo affair

1543 Polish astronomer Nicolaus Copernicus publishes his book On the Revolutions of the Heavenly Spheres, which proposes that the planets orbit the Sun.

1600 The Inquisition in Rome convicts Dominican friar and mathematician Giordano Bruno of heresy on multiple counts, including supporting and extending the Copernican model. Bruno is burnt at the stake.

1610 Galileo publishes his book The Starry Messenger (Sidereus nuncius), describing discoveries made with his newly built telescope that provide evidence for the Copernican model.

1613 Galileo writes a letter to his friend Benedetto Castelli, arguing against the doctrine of the Roman Catholic Church in matters of astronomy. Copies of this letter are circulated.

1615 Dominican friar Niccolò Lorini forwards a copy of the letter to the inquisition in Rome. Galileo asks a friend to forward what he claims to be a copy of his original letter to Rome; this version is less inflammatory than Lorini’s.

1616 Galileo is warned to abandon his support of the Copernican model. Books supporting the Copernican model are banned. On the Revolutions of the Heavenly Spheres is withdrawn from circulation pending correction to clarify that it is only a theory.

1632 Galileo publishes Dialogue Concerning the Two Chief World Systems, in which he lays out the various evidence for and against the Church’s Ptolemaic model of the Solar System, and the Copernican model. The Inquisition summons Galileo to Rome to stand trial.

1633 Galileo is convicted on “vehement suspicion of heresy” and the book is banned. He is issued with a prison sentence, later commuted to house arrest, under which lived the last nine years of his life.

Chance discovery

Ricciardo uncovered the document when he was spending a month this summer touring British libraries to study any handwritten comments that readers might have left on Galileo’s printed works. When his one day at the Royal Society was finished, he idly flicked through the online catalogue looking for anything to do with Castelli, whose writings he had recently finished editing.

One entry jumped out at him — a letter that Galileo wrote to Castelli. According to the catalogue, it was dated 21 October 1613. When Ricciardo examined it, his heart leapt. It appeared to include Galileo’s own signature, “G.G.”; was actually dated 21 December 1613; and contained many crossings out. He immediately realized the letter’s potential importance and asked for permission to photograph all seven pages.

“Strange as it might seem, it has gone unnoticed for centuries, as if it were transparent,” says Giudice. The misdating might be one reason that the letter has been overlooked by Galileo scholars, says Giudice. The letter was included in an 1840 Royal Society catalogue — but was also misdated there, as 21 December 1618. Another reason might be that the Royal Society is not the go-to place in the United Kingdom for this type of historical document, whose more natural home would have been the British Library.

The historians are now trying to trace how long the letter has been in the Royal Society library, and how it arrived there. They know that it has been there since at least the mid-eighteenth century, and they have found hints in old catalogues that it might even have been there a century or more earlier. The researchers speculate that it might have arrived at the society thanks to close connections between the Royal Society and the Academy of Experiments in Florence, which was founded in 1657 by Galileo’s students but fizzled out within a decade or so.

For now, the researchers are stunned by their find. “Galileo’s letter to Castelli is one of the first secular manifestos about the freedom of science — it’s the first time in my life I have been involved in such a thrilling discovery,” says Giudice.

Voir également:

And yet it moves —

Newly discovered letter by Galileo resolves puzzling historical mystery

Letter shows Galileo lightly edited his original words to appease Catholic Church.

The original letter in which Galileo argued against the doctrine of the Roman Catholic Church.

Renowned astronomer Galileo Galilei has been lauded for centuries for his courageous principled stance against the Catholic Church. He argued in favor of the Earth moving around the Sun, rather than vice versa, in direct contradiction to church teachings at the time. But a long-lost letter has been discovered at the Royal Society in London indicating that Galileo tried to soften his initial claims to avoid the church’s wrath.

In August, Salvatore Ricciardo, a postdoc in science history at the University of Bergamo in Italy, visited London and searched various British libraries for any handwritten comments on Galileo’s works. He was idly flipping through a catalogue at the Royal Society when he came across the letter Galileo wrote to a friend in 1613, outlining his arguments. According to Nature, which first reported the unexpected find, the letter “provides the strongest evidence yet that, at the start of his battle with the religious authorities, Galileo actively engaged in damage control and tried to spread a toned-down version of his claims.”

“I thought, ‘I can’t believe that I have discovered the letter that virtually all Galileo scholars thought to be hopelessly lost,’” Ricciardo told Nature. “It seemed even more incredible because the letter was not in an obscure library, but in the Royal Society library.”

Oh more than moon

To  fully understand the significance of this discovery, one has to go back to Claudius Ptolemy around 150 CE, who was the first to synthesize the work of Greek astronomers into a theoretical model for the motions of the Sun, Moon, and planets—all that made up the observable universe at the time. In his Almagest treatise, Ptolemy suggested the Earth was fixed, positioned at the very center of closed, spherical space, with nothing beyond it. A set of nested spheres surrounded the Earth, each an orbit for a planet, the Sun, the Moon, or the stars.

“The aesthetics [of the Ptolemaic model] meshed nicely with the prevailing Christian theology of that era.”

Everyone loved the Ptolemaic model, even if it proved an imperfect calendar. It was so clean and symmetrical—positively divine. That’s why it was the dominant model for 14 centuries. The aesthetics meshed nicely with the prevailing Christian theology of that era. Everything on Earth below the Moon was tainted by original sin, while the celestial orbits above the moon were pure and holy, filled with a divine “music of the spheres.”  It became the fashion for poet-courtiers, like John Donne (a personal favorite), to praise their mistresses as being “more than Moon” and dismiss “dull sublunary lovers’ love” as inferior and base. And it provided a rationale for maintaining the social hierarchy. Upset the order of this “Great Chain of Being” and the result would be unfettered chaos.

Everything changed in the mid-16th century when Nicolaus Copernicus published De Revolutionibus, calling for a radical new cosmological model that placed the Sun at the center of the universe, with the other planets orbiting around it. His calculations nailed the order of the six known planets at the time, and he correctly concluded that it was the Earth’s rotation that accounted for the changing positions of the stars at night. As for planets moving in apparent retrograde motion, he concluded this was because we observe them from a moving Earth.

Frankly, the book didn’t immediately cause much of a stir outside rarefied astronomical circles, perhaps because it was a massive tome brimming with tiresome mathematics. It didn’t make the list of the Roman church’s banned books until 1616. That’s when it was pulled from circulation pending “correction” to reflect that its audacious claims were “just a theory”—an argument all too familiar today with regard to evolution and creationism.

Enlarge / Frontispiece and title page of the Galileo’s “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems,” 1632.
Public domain

Then Galileo came along with his handy telescope (a recent invention), and his observations clearly supported the Copernican worldview. The church started taking notice, because Galileo openly espoused the Copernican system in his papers and his personal correspondence. Things came to a head in 1632 when he published the “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems.” It wasn’t just the science that raised eyebrows. He also had the audacity to question key biblical passages typically offered in support of the Ptolemaic cosmology, insisting that the Bible is for teaching people how to get to heaven, not a scientific treatise for how the heavens move.

The Catholic Church had had enough, and Galileo found himself facing the Inquisition, forced to his knees to officially renounce his “belief” in the Copernican worldview. He was convicted of “vehement suspicion of heresy” anyway, and lived his last nine years under house arrest. He wasn’t officially pardoned by the Vatican until 1992.

Hiding in plain sight

That’s the story as it’s traditionally told. So what has changed? At issue is Galileo’s 1613 letter to mathematician Benedetto Castelli at the University of Pisa. It’s the first known instance when Galileo argued in favor of the Copernican model and that scientific observations should supersede church teaching in regards to astronomy. That letter was copied and circulated widely (a common practice in the 1600s), and a copy found its way into the hands of a tattle-tale Dominican friar named Niccolò Lorini. Aghast at the heretical implications, Lorini forwarded the letter to the Inquisition in Rome on February 7, 1615. It’s currently housed in the Vatican Secret Archives.

Here’s where things get complicated. Galileo asked Castelli to return his original 1613 letter to him. He then wrote to a Roman cleric friend, Piero Dini, on February 16, 1615, claiming that Lorini (in “wickedness and ignorance”) had doctored the copy of the letter forwarded to the Inquisition to make Galileo seem guilty of heresy. He enclosed a different version of the Castelli letter, with notably less inflammatory language, claiming it was the correct version.

Historians were unsure which of the two versions was correct, since the original was deemed lost—until Ricciardo stumbled across it hiding in plain sight in the Royal Society archives. According to Ricciardo, the catalog listed the date of the letter as October 21, 1613, but the actual letter is dated December 21, 1613. This may be why so many prior scholars had overlooked it. It’s also an unusual item for the Royal Society to have in its archives. The Society is currently trying to trace its provenance to determine how it ended up there.

The first and last page of Galileo’s 1613 letter to Castelli, showing his signature, “G. G.”
Enlarge / The first and last page of Galileo’s 1613 letter to Castelli, showing his signature, “G. G.”
Royal Society

The letter provides a strong piece of evidence that Galileo was the one fibbing here and deliberately modified the version he asked Dini to forward to the Inquisition, in hopes of appeasing the church’s wrath. Per Nature:

Beneath its scratchings-out and amendments, the signed copy discovered by Ricciardo shows Galileo’s original wording—and it is the same as in the Lorini copy. The changes are telling. In one case, Galileo referred to certain propositions in the Bible as “false if one goes by the literal meaning of the words.” He crossed through the word “false” and replaced it with “look different from the truth.” In another section, he changed his reference to the Scriptures “concealing” its most basic dogmas, to the weaker “veiling.”

Ricciardo and his colleagues—Franco Giudice of the University of Bergamo and science historian Michele Camerota of the University of Cagliari—conducted their own handwriting analysis. They compared individual words in the newly discovered letter with similar words in Galileo’s other writings from around the same time period. They concluded the handwriting was indeed Galileo’s.

Should we conclude from this that Galileo was not the scientific hero we’ve long thought him to be? Surely not. The changes are minor, mostly regarding his statements about the Bible, not his scientific analysis. It’s difficult for us to conceive just how dangerous a time the 17th century was for scientists and scholars who dared to cross the Catholic Church. Galileo was fortunate not to have been burned at the stake for his claims; thousands of less-fortunate people around the world were executed for heresy over the centuries that the Inquisition existed. Who could begrudge him those last nine years of relative quiet and contemplation? This merely shows the complicated man behind the heroic stereotype—one with sufficient diplomatic skill to soften his words without diluting his science.

Voir de même:

Controverse : ce que la science doit à l’Église

Charles-Henri d’Andigné

Famille chrétienne
Numéro 2181
30/10/2019

Trois essais font la démonstration de tout ce que la science doit à l’Eglise. D’ailleurs, beaucoup de savants furent de fervents chrétiens, voire même des prêtres et des moines.

« Et pourtant, elle tourne ! » Tout le monde connaît cette phrase de Galilée à ses juges de l’Inquisition, qui voulaient absolument lui faire dire que la Terre était plate et que le Soleil tournait autour… Cette phrase choc n’a qu’un défaut : elle est fausse, elle a été inventée au XVIIe siècle et reprise par Bertold Brecht dans sa pièce La Vie de Galilée. Jamais le savant italien n’a déclaré cela à qui que ce soit. Dommage, c’était bien trouvé… L’affaire Galilée est emblématique : c’est le type même de la désinformation fabriquée par les ennemis de l’Église pour la discréditer, et tenter de faire croire qu’elle fut l’ennemie acharnée de la science et de la raison.

Les hasards de l’édition ont fait que trois livres récents, parus en même temps, contrebattent ce cliché attaché à l’histoire de l’Église. Très différents et complémentaires, ces ouvrages abordent notamment, chacun à sa façon, la question des relations entre la science et la foi. Et mettent en pièces le vieux préjugé selon lequel l’Église obscurantiste aurait freiné le développement de la science.

L’Église a toujours favorisé la recherche scientifique

Quand on regarde les faits avec honnêteté, en effet, on constate que c’est le contraire qui est vrai : l’Église a non seulement permis l’épanouissement des sciences, mais elle a tout fait pour que les scientifiques puissent mener leurs expériences et leurs travaux. Mieux : beaucoup de savants furent des chrétiens fervents, parfois même des prêtres ou des moines.

Pour bien le comprendre, un détour par la philosophie s’impose. Comme le rappellent Éric et Émeline Picard dans L’Église en procès, « pour l’Église, il existe deux voies reconnues d’accès à la vérité et donc à Dieu : d’un côté le livre de la Révélation, l’Ancien et le Nouveau Testament, lu dans la foi, de l’autre le livre de la nature déchiffré par la raison et la science dans un mouvement lent, difficile et progressif. » Ils ajoutent : « Dieu étant le créateur de l’un comme de l’autre, il ne saurait y avoir de contradiction qu’apparente entre les deux. » La science fait donc partie des moyens d’accéder à la vérité. Elle est aussi un moyen de mieux connaître les beautés du monde. Le chrétien ne saurait la négliger.

L’Église, dès ses débuts, a promu la liberté en matière scientifique – comme sur le plan social, politique, économique – estimant qu’il n’était pas de son ressort de s’en mêler. C’est ce que l’historien Jean-Louis Harouel appelle, dans un livre éponyme, « le vrai génie du christianisme » : « Le royaume de Dieu est céleste et non terrestre, Dieu et l’État sont séparés. D’où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a procuré à l’individu une liberté sans équivalent dans les autres civilisations, en excluant la sacralisation d’un quelconque ordre terrestre. »

C’est pour lui la raison du progrès scientifique que l’on observe dans la civilisation chrétienne. La science a pu s’y développer librement. La volonté de découvrir la vérité était le moteur ; la liberté a servi de carburant.

Au Moyen Âge, l’Église est à la pointe de la science

« Au XIIe siècle, rappelle le sociologue américain Rodney Stark, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science », poursuit Rodney Stark. C’est l’époque où saint Thomas d’Aquin suit les cours à Paris de son maître allemand Albert le Grand, plus connu comme philosophe que comme scientifique : or ce dernier s’intéresse aux plantes et aux fruits, à la dissection de l’œil de la taupe, au système nerveux de l’écrevisse, à l’alchimie, ainsi qu’aux minéraux et aux fossiles.

L’une des idées reçues contre lesquelles s’élèvent les historiens est celle selon laquelle le développement scientifique aurait eu lieu à la Renaissance (le terme même de « renaissance » implique d’ailleurs que la période précédente était sombre et obscure, chrétienne pour tout dire…). La simple observation des faits contredit cette vision simpliste et fausse. Ce que l’on appelle le Moyen Âge est en réalité une période très riche sur le plan scientifique. Les écoles de philosophes et de savants se multiplient en Europe, font valoir Éric et Émeline Picard : « L’école de Chartres, marquée par le platonisme, est emblématique de cette renaissance [des XIe et XIIe siècles, Ndlr] qui cherche à comprendre, à la lumière des Anciens, le lien entre âme et matière, l’homme et le monde. […] L’école d’Oxford, avec Robert Grosseteste ou Roger Bacon, témoigne du renouveau scientifique des XIIIe et XIVe siècles. L’expérience, par exemple en optique, est une manière de confirmer des thèses nées de l’observation raisonnée de la nature. »

Mais Galilée ? N’a-t-il pas subi les foudres de l’Inquisition ? N’est-ce pas la preuve que l’Église a exercé une pression sur les savants pour les empêcher de poursuivre et de publier leurs travaux ? Essayons de résumer cette affaire. Galilée, né en 1564, était au départ très bien compris, et même soutenu, par une bonne partie de la hiérarchie catholique – les travaux de Copernic, un siècle plus tôt, n’avaient d’ailleurs causé aucun émoi particulier à Rome.

Son premier ouvrage, Le Messager céleste, où il affirme que l’univers est écrit en « langage mathématique […] sans lequel il est humainement impossible d’en comprendre un mot », reçoit à Rome un accueil enthousiaste. Mais certains s’inquiètent de l’orthodoxie de telles affirmations. Rodney Stark replace cette réaction dans son contexte : « À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques. »

Avec Galilée, un cocktail explosif

Ajoutons à cela la personnalité de Galilée, très brillant, très conscient de sa valeur, très porté à la provocation, et l’on obtient un cocktail explosif. En 1632, le savant publie le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, « pamphlet désobligeant », selon le théologien allemand Manfred Lütz, où il soutient de manière péremptoire les thèses coperniciennes (la Terre tourne autour du Soleil) qu’il n’avait aucun moyen de prouver, quand le pontife, avec sagesse, voulait que l’on se contente de les présenter comme des hypothèses.

C’était mal connaître le savant qui se permit en outre, dans son ouvrage, de ridiculiser le pape sous les traits de Simplicio (simple d’esprit). « Piège politique, piège théologique, racontent Éric et Émeline Picard, qui pousse Urbain VIII à lancer une procédure exceptionnelle qui aboutit, le 22 juin 1633, à l’abjuration publique de Galilée devant le Saint-Office et à l’interdiction de l’enseignement de l’héliocentrisme dans toutes les universités européennes. » Quelles leçons tirer de cette affaire ? D’abord qu’elle est beaucoup plus complexe que le poncif éculé qu’on nous ressasse depuis des lustres : Galilée l’esprit libre et éclairé l’emporte face à l’Église obscurantiste. Il est arrivé à Galilée de se tromper, et au pape d’avoir raison. Ensuite qu’elle s’explique davantage par des raisons de circonstances – le caractère un peu égotique de Galilée, le contexte de la Réforme protestante – que par des raisons de fond. Reste que ce fut un tort, incontestablement, d’interdire l’enseignement de l’héliocentrisme dans les universités, alors même que les thèses héliocentriques de Copernic, proches de celles de Galilée, ne posaient de problème à personne au Vatican, alors même que l’Église avait toujours encouragé la recherche scientifique. Cette décision allait à l’encontre des principes mêmes qu’elle professait.

« L’Église n’a pas peur de la vérité »

Cette affaire marquera durablement les relations entre science et foi, « au point qu’il existe un véritable “syndrome Galilée” pour les catholiques, estiment Éric et Émeline Picard. En effet, elle cristallise toutes les problématiques : comment lire le texte sacré ? Comment concilier ce dernier avec les découvertes scientifiques ? Quelle liberté accorder à la science ? » Ces questions se posèrent avec une acuité toute particulière au XIXe siècle quand les découvertes archéologiques de l’époque parurent remettre en cause la vérité des textes sacrés.

D’où l’encyclique Divino afflante spiritu (« Sous l’inspiration de l’Esprit Saint »), publiée par Pie XII en 1943, qui autorise les méthodes scientifiques pour étudier la Bible. Benoît XVI poursuivra dans cette voie, notamment dans son livre Jésus, où il prendra ses distances avec la méthode « historico-critique » de certains savants allemands.

Rappelons enfin une anecdote : quand il fut question, dans les années 1940, d’entreprendre des fouilles sous la basilique Saint-Pierre, à Rome, pour retrouver le tombeau de l’apôtre, certains monsignori, dans l’entourage du pape, s’en émurent discrètement : et si les scavi (fouilles) ne donnaient rien ? Ce fut Pie XII qui trancha : « L’Église n’a pas peur de la vérité ». Et les fouilles furent lancées.

Voir de plus:

Galilée (1564 – 1642)

Un savant qui voit loin

Hérodote

Galileo Galilei, dit Galilée, est né à Pise le 15 février 1564, dans la famille d’un musicien qui va lui transmettre sa passion des instruments de tous ordres. Après des études de médecine, il se consacre aux sciences.

Doté d’une chaire de mathématiques à l’Université de Padoue dès 1592, il comprend combien les mathématiques peuvent être utiles à la compréhension des lois de la physique. Mais il sera avant tout un homme d’observation et d’expérience, un pionnier du Grand Siècle des Sciences (le XVIIe) et un précurseur des chercheurs contemporains. L’Histoire retient de lui l’image du savant persécuté par l’Église en raison de ses affirmations hétérodoxes. Une image qui mérite d’être nuancée…

Naissance de la recherche expérimentale

Galilée s’interrogea d’abord sur la chute des corps et mit en évidence la nature corpusculaire de la matière. Étudiant la gravité, il laissa tomber des objets différents du haut de la tour penchée de Pise et montra que leur vitesse de chute était indépendante de leur masse (il n’est pas sûr toutefois qu’il ait réalisé cette expérience ; il l’a peut-être seulement imaginée).

Suite à l’invention de la lunette astronomique en Flandre, au début du XVIIe siècle, il invita le 21 août 1609 le doge de Venise Leonardo Donato et plusieurs membres du Sénat à faire des observations du haut du campanile de la place Saint-Marc.

Habile en affaires, il leur fit voir les navires au loin et souligne l’intérêt militaire de l’instrument. Cela lui valut une grasse rémunération.

Mais Galilée lui-même préfèrait employer sa lunette à l’exploration du système solaire. C’est ainsi qu’il découvrit le relief de la Lune, les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Performance d’autant plus remarquable que la lunette était à peine plus puissante qu’une paire de jumelles d’aujourd’hui, avec à ses extrémités deux verres grossissant l’un six fois, l’autre neuf fois.

Par ses expériences, il prolongea brillamment les travaux scientifiques et philosophiques de Nicolas Copernic comme de ses contemporains Tycho Brahé, Giordano Bruno et surtout Johannes Kepler.

En 1610, avant de s’installer à Florence, Galilée publie Le Messager des étoiles, ouvrage dans lequel il relate ses observations. Il montre en particulier que la Lune n’est pas lisse mais couverte de cratères et de montagnes. Il révèle aussi l’existence de quatre satellites de Jupiter qu’il nomme « satellites médicéens » par égard pour son protecteur du moment, le grand-duc de Toscane Ferdinand 1er de Médicis.

Ses travaux en astronomie vont faire sa célébrité… et son malheur.

Langue du peuple, langue du scandale

Un demi-siècle plus tôt, le chanoine Copernic, soucieux de sa tranquillité, avait su rester discret et il avait publié en latin, la langue réservée aux savants, ses découvertes sur l’héliocentrisme (théorie selon laquelle le Soleil – et non la Terre – est au centre de l’univers).

Galilée n’a pas sa prudence. Il a l’audace de publier ses propres théories sur le système solaire en italien, la langue du peuple.

Il suscite dès lors contre lui un flot de dénonciations de la part de clercs qui croient y voir la négation des Écritures saintes mais aussi de savants qui lui reprochent de présenter comme des vérités indubitables et non de simples hypothèses ses théories selon lesquelles la Terre et les planètes se placent sur des orbites autour du Soleil.

Galilée n’arrange pas ses affaires par son arrogance et ses rapports orageux, voire méprisants, avec ses rivaux demeurés favorables à la vision traditionnelle héritée de Claude Ptolémée. Pour ce savant grec très réputé, qui vécut à Alexandrie d’Égypte au IIe siècle de notre ère, la Terre devait en effet se situer au centre de l’univers.

Sur la foi d’une lettre signée G.G., écrite à son ami et élève, l’abbé Benedetto Castelli, le savant pisan est une première fois condamné en 1616 par le tribunal de l’Inquisition qui lui interdit de diffuser ses théories.

Le pape Urbain VIII, son ami et protecteur, l’autorise néanmoins à comparer les cosmologies de Copernic et Ptolémée. Il s’exécute sans se faire prier et publie en 1632 ses conclusions, favorables à Copernic, sous la forme d’un dialogue imaginaire entre trois amis : Dialogue sur les deux grands systèmes ptolémaïque et copernicien.

Cela lui vaut d’être à nouveau traduit devant la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome. « Eppure, si muove » aurait-il alors murmuré (Et pourtant elle tourne). Son ami le pape réussit heureusement à adoucir ses sanctions.

Exil et réhabilitation

Après sa rétractation, Galilée est banni dans le hameau d’Arcetri en Toscane, avec toujours l’interdiction de diffuser ses thèses. Ses disciples Viviani et Toricelli vont heureusement poursuivre ses recherches.

Le grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, petit-fils de Ferdinand Ier, se montre plein d’égards pour le génie de Galilée. Il commande un portrait du vieil homme désabusé à Julius Sustermans.

Tout autant épris de sciences, son frère le cardinal Léopold de Médicis fonde en 1657 à Florence l’Accademia del Cimento (Académie de l’Expérience), en hommage aux méthodes galiléennes d’observation et d’expérimentation. C’est la première académie de sciences naturelles en Europe. Elle témoigne de l’extraordinaire bond accompli par les sciences et la recherche au XVIe siècle, le siècle scientifique par excellence.

En 1992, le pape Jean-Paul II a annulé solennellement les conclusions du tribunal de 1633 et réhabilité l’infortuné Galilée.

Voir encore:

Matt J. Rossano
Professor of Psychology, Southeastern Louisiana University
Huffpost

On the morning of June 22, 1633 in the hall of the convent of Santa Maria sopra Minvera in Rome, Galileo Galilei knelt before the Lord-Cardinal Inquisitors-General and publicly abjured his false opinion that the sun was the motionless center of the universe. Thus ended Galileo’s personal trials; but the “Galileo affair,” with its myriad attendant controversies and consequences rippling across the centuries, was just commencing. “Affair” rightly characterizes the tangled personal and political intrigues pervading this particular piece of jurisprudence.

But however thick it was with complicating and mitigating factors, in the end the Catholic Church blew it — something acknowledged centuries later by a Pope proudly nurtured in Copernicus’ homeland: “[Galileo] had to suffer a great deal — we cannot conceal the fact — at the hands of men and organisms of the Church” (Pope John Paul II, Nov. 10, 1979 address to the Pontifical Academy of Sciences). When it came to interpreting scripture in light of scientific findings the Pope observed that “Galileo … showed himself to be more perceptive … than the theologians who opposed him (Oct. 31, 1992 address to the PAS).

For many, the Galileo affair was emblematic of Christianity’s inherent antagonism towards science and reason. Galileo was no anomaly; no aberrant outlier in an otherwise contrary arrangement. No, Galileo culminated and crystallized the undeniable and irredeemable pattern of Church/science relations. Other exemplars affirming that pattern are easily discerned: In 415, a reactionary Christian mob brutally murdered pagan mathematician and astronomer Hypatia and burned the ancient world’s great center of learning, the library of Alexandria; In 1277, Doctor Mirabilis (wonderful teacher) and Franciscan monk Roger Bacon was imprisoned for asking too many embarrassing questions; in 1600, Giordano Bruno was burned at the stake for his scientific views; in 1925, Jesuit paleontologist Teilhard de Chardin was exiled and his writings on human evolution were (later) banned — and on it goes.

Sadly, the “pattern” theory has a problem. It’s wrong. On it does not go. The above examples pretty much exhaust the “church oppresses science” list, and each entry is either inaccurate or has nothing to do with religion and science. Let’s look at them:

Hypatia’s murder by a crazed Christian mob had little to do with hatred of science or scientific women. In fact, one of Hypatia’s closest friends was Synesius of Cyrene, the neo-Platonist Christian Bishop of Ptolemais. Our earliest historical source, Socrates Scholasticus (5th century), attributes her murder to her involvement with Orestes, the (Christian) imperial prefect of Alexandria who was in a power struggle with Cyril, the Alexandrian Bishop. Christians believed that she was scuttling a reconciliation between the two. Did Cyril instigate the murder? Was it in retaliation for earlier violence on Christians? As best as I can tell historians still debate these and other details. What seems clear is that sectarian violence was rife in Alexandria at the time and Hypatia’s murder was one of many bloody incidents Christians, Jews, and Pagans inflicted upon one another. But it was about politics and power, not science and religion (see: David Lindberg’s chapter in “Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion“, R. L. Numbers, ed. Harvard Press or “The Vanished Library” by Luciano Canfora, UC Press or Maria Dzielska’s “Hypatia of Alexandria”, Harvard Press.)

As for library-burning — the great Alexandrian library was probably burned by Julius Caesar in 48 B.C.E. when he chased Pompey into Egypt. There may have been a small “daughter” library still housed in the Temple of Serapis in 391 C.E. (long before Hypatia’s demise), whose holdings may have been largely destroyed when the temple was raised and converted to a Christian Church. But even if true (a big “if”), it says nothing about Christian attitudes toward science and learning. Instead, all it tells us is that Christians, Pagans, and Jews were doing lots of nasty stuff to each other in Alexandria at this time, something we already knew.

As for Roger Bacon: University of Wisconsin-Madison historian Michael Shank sums it up nicely:

“The assertion that Bacon was imprisoned (allegedly by the head of his own Franciscan order) first originates some eighty years after his death and has drawn skepticism on these grounds alone. Scholars who find this assertion plausible connect it with Bacon’s attraction to contemporary prophecies that have nothing to do with Bacon’s scientific, mathematical, or philosophical writings.” (p. 21 from his chapter in “Galileo Goes to Jail”).

On Giordano Bruno — no question he was burned at the stake on the seventeenth of February, 1600, in Rome’s Flower Market (see Jole Shackelford’s chapter in “Galileo Goes to Jail”). But he was burned for his theological heresies, not his scientific beliefs. Bruno refused to recant his disbelief in the Trinity, Virgin Birth, divinity of Christ and other rather non-negotiable items (especially for a clergyman). Yes, his scientific/philosophic studies probably contributed to his fall from orthodoxy, but it was the fall, not the science, that the Church condemned and for which Bruno died.

Likewise with Teilhard de Chardin. His popularity with the current Pope notwithstanding, Teilhard strained the patience of his Jesuit superiors not because of his expert paleoanthropological work (he was part of the team that discovered “Peking” man) but because he turned that work into an elaborate, unorthodox, evolutionary-based theology. Luckily for Teilhard, by the 20th century, burning heretics was passé and his theological writings were simply suppressed until his (quite natural) death (see Amir Aczel’s “The Jesuit and the Skull”).

Galileo was indeed exceptional. Arthur Koestler pronounced this very verdict over fifty years ago in his well-regarded history of astronomy, “The Sleepwalkers”: “The Galileo affair”, Koestler asserted, “was an isolated, and in fact quite atypical, episode in the history of the relations between science and theology … “ (p. 523).

Even just the few cases cited above hint at Galileo’s singularity. Yes, over the centuries some scholars suffered the Church’s wrath; but is it not equally noteworthy that century after century the Christian Church kept producing superlative scholars? Bacon, Bruno, Copernicus, Teilhard — even Galileo (not a cleric, but faithful to the end) — why did the well not dry up in the face of such incessant intellectual oppression? In his book, “For the Glory of God“, sociologist Rodney Stark identifies 15 clerics of the 16th and 17th centuries whom he considers “scientific stars” (pp. 198-199). Similarly, Stephen Barr’s brief review easily finds over a dozen clergymen from the Middle Ages to modern times making substantial contributions to mathematics, physics, biology, genetics, and cosmology (see “Modern Physics and Ancient Faith” pp. 9-10). Is it possible that Christianity has actually been science’s oldest and dearest friend?

Voir aussi:

The RZIM

If you ask many people today what they think about science’s relationship to religion, you are likely to be told that the two have been in conflict for a very long time.(1) There was the trial of Galileo by the Inquisition, for example, the debate between Wilberforce and Huxley, and there is still an on-going dispute over the teaching of evolution in American schools. These usual suspects may be trotted out whenever this topic is mentioned, but are events such as these really typical of the history of science as a whole?

Contrary to the impression given by some commentators, the conflict thesis between science and religion is one that has been discredited in academic circles for some time. The rise of science in the West was, of course, a very complicated affair in which many different factors played a part. There were certainly inevitable points of tension, but this does detract from the fact that Europe was a largely Christian continent in which religious individuals and institutions inevitably played a central role in the changes that occurred.

A number of the popular misconceptions about history are addressed in Ronald Numbers’ book, Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion.(2) One of the most famous examples is the « debate » between Bishop Samuel Wilberforce and T. H. Huxley (1860), which was actually an after-lecture discussion on the merits of Darwin’s work. The alleged clash was largely forgotten about until the 1890s, when it resurrected by those seeking to attack the power of the Anglican orthodoxy. By this point the scientific community had become more professionalized and some of its members realized the debate could be used to promote their already growing autonomy. The event was therefore portrayed as if it had been a portentous victory for science over religion, even though, at the time, neither side was said to have won and the discussion was held on purely scientific grounds.(3)

It is important, therefore, to be aware of how history is sometimes portrayed. Scholars no longer use the term « dark ages, » for example, because the description gives the false impression that this was a period of ignorance during which little development occurred. Rodney Stark suggests that there is a similar problem with the process known as the Enlightenment, because the term itself, coined by Voltaire, was appropriated by various militant atheists and humanists who sought to claim the credit for the rise of science. As Stark points out, « The falsehood that science required the defeat of religion was proclaimed by such self-appointed cheerleaders as Voltaire and Gibbon, who themselves played no part in the scientific enterprise. »(4) This depiction of the Enlightenment, as if it was some kind of clean secular break from the past, persists today, but, as John Coffey points out, it could be more accurately described as a religious process. This is because many of those at the vanguard of the movement were Protestants (though certainly not all orthodox) who sought to fuse religious and philosophical ideas together. This is not to deny the role of certain groups of atheist thinkers, but crucially these were not representative of the Enlightenment as a whole. Furthermore, Dominic Erdozain argues that you can trace a lot of the unbelief of the time back to expressly religious roots. It was a Christian conscience (rather than a secular or pagan one) that drove much of the Enlightenment thought and a poignant example of this was the way in which Voltaire often used Jesus—albeit his own interpretation of him—in order to attack the church.(5)

It is always helpful, therefore, to bear in mind John Hedley Brookes’ comments, when he reminds us that: « In many of the disputes that have been conventionally analyzed in terms of some notional relation between science and religion, the underlying issues were principally about neither science nor religion, nor the relationship between them, but were matters of social, ethical or political concern in which the authority of either science, religion or both was invoked (often on both sides) to defend a view held on other grounds… »(6)

As this suggests, simplistic ways of understanding history honor neither history nor the present.

Simon Wenham is research coordinator for Ravi Zacharias International Ministries in Europe.

(1) Article adapted from Simon Wenham’s, « Making History: The ‘War’ Between Science and Religion, » Pulse, Issue 8 (Summer 2011), pp. 2-4.
(2) R. Numbers, Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion (Boston: Harvard University Press, 2009).
(3) For further reading see J. R. Lucas Wilberforce and Huxley: A Legendary Encounter (available online).
(4) R. Stark, For the Glory of God (Princeton: Princeton University Press, 2003), 123.
(5) J. Coffey and D. Erdonzain, lectures given at The Dark Side of Christian History Conference, St Ebbe’s Church, Oxford, February 5, 2011.
(6) J. H. Brooke, Darwinism and Religion: A Revisionist View of the Wilberforce-Huxley Debate (lecture), at Emmanuel College, Cambridge, 26 February 2001 (available online).

Voir également:

The Death of Irony

Benedict and the Enemies of Reason

Angelo Matera
National Catholic Register
February 3-9, 2008

If irony abounds, but no one notices, does that mean irony is dead? Or does it mean we’re living in the most ironic of all possible worlds?

That’s the question that comes to mind watching the intellectual controversies Pope Benedict XVI has had to confront on the world stage in the past year and a half.

First, there was the Regensburg speech flap, and the irony — willfully ignored by most commentators — of Muslims around the world angrily protesting and issuing death threats against the Pope because he allegedly said Islam was … well, violent. (It’s like the old joke — “There is no Mafia, and we’ll kill anyone who says there is.”)

And now, we have professors and students at Italy’s La Sapienza (the term means wisdom) University angrily protesting against — and forcing the cancellation of — the Holy Father’s visit to the school over Galileo.

The subject the Pope planned to address in the speech that was suppressed: how to encourage dialogue between faith and science.

According to the dictionary, irony “relies on a sharp discordance between the real and the ideal … the perceived notion of an incongruity, or a gap between an understanding of reality, or expectation of a reality, and what actually happens.”

Based on that definition, Benedict has been living in a whirlwind of irony since he was elected in 2005. Look at the “gaps” or “incongruities” between what this Pope is supposed to be like — “God’s Rottweiler,” oppressor of free inquiry and critical thinking — and the reality, which is the exact opposite.

No world figure has spoken out more forcefully than Pope Benedict XVI on behalf of reasoned debate and dialogue on the great issues of the day

The problem is that the people who are supposed to be good at perceiving irony — the young, radical, postmodern intellectuals who dominate most of the world’s universities — have lost their ability to see the irony that’s before their eyes, which means they’ve lost the ability to think straight at all.

That becomes clear when we examine the additional layers of irony that abound in the La Sapienza affair. The whole incident is based on mistakes.

The source of the protests was a 1990 statement about Galileo made by then Cardinal Ratzinger that was extracted — out of context — from a speech entitled “The Crisis of Faith in Science.” The statement read:

“The Church at the time of Galileo was much more faithful to reason than Galileo himself, and also took into consideration the ethical and social consequences of Galileo’s doctrine. Its verdict against Galileo was rational and just.”

The irony is that this statement was not made by Cardinal Ratzinger at all. The cardinal was quoting someone else. And when you read the entire speech, it’s not only clear that the cardinal didn’t say it, he disagreed with it.

Far from using these ideas to exonerate the Church for persecuting Galileo, Cardinal Ratzinger rejected the temptation to do so, and concluded by saying:

“It would be absurd, on the basis of these affirmations, to construct a hurried apologetics. The faith does not grow from resentment and the rejection of rationality.”

But there’s more. The greatest irony is that the words mistakenly attributed to the Pope were uttered by one of the most subversive and controversial postmodern thinkers of the late 20th century, the deceased Austrian philosopher, Paul Feyerabend.

Before considering Feyerabend, we have to briefly define — however inadequately — the term “postmodern,” the philosophy that holds sway over most of the world’s intellectuals.

Put simply, postmodernism is a philosophy that arose from the ruins of World War II and the apparent collapse of Western culture. Postmodernists rejected the “modernist” ideas that originated in the Enlightenment of the 17th and 18th centuries — that man can, without God, know absolute truth and universal values through his reason alone.

While some postmodernists came up with legitimate criticisms of rationality, and especially those situations in which reason was misused to support man-made totalitarian ideologies such as fascism and communism, many others went too far. They became philosophical nihilists, believing in nothing.

These postmodernists — exemplified by the crazed student radicals Joseph Ratzinger encountered during his university teaching days in the 1960s — believe all truth claims are merely propaganda used by the powerful to justify their positions and to oppress the weak.

They reject any form of hierarchy and authority and instead embrace the most radical relativism.

Not surprisingly, for postmodernists, the Catholic Church — and the pope — are the epitome of power and privilege. For postmodernists, the Church must always be opposed, even when it’s on their side on issues of war, social justice and human rights (for different reasons, of course).

It also means condemning the pope, even when he appears to ally himself with a philosopher who was one of the leading figures of postmodernism!

Paul Feyerabend’s motto was “anything goes,” although that’s a bit misleading. He was, despite his reputation, a serious philosopher, which is why the cardinal bothered to quote him at all.

That takes us to yet another irony. While Cardinal Ratzinger, in his 1990 speech, rejected Feyerabend’s critique of rationality and his defense of the Church in the Galileo case, the cardinal and the “pomo” philosopher did share legitimate concerns about science run amok.

In his recent encyclical Spe Salvi (On Christian Hope), Benedict wrote about science:

“Francis Bacon and those who followed in the intellectual current of modernity that he inspired were wrong to believe that man would be redeemed through science. Such an expectation asks too much of science; this kind of hope is deceptive. Science can contribute greatly to making the world and mankind more human. Yet it can also destroy mankind and the world unless it is steered by forces that lie outside it.”

This is the sort of critique that serious postmodernists came close to making, albeit in a reckless way, when they’ve said, for example, that there is a direct path that leads from Galileo to the atom bomb.

There is no doubt that Pope Benedict would reject such a statement; as the statement above makes clear, he believed Feyerabend’s rejection of reason was excessive.

Instead, the Catholic position might agree more with the Church’s most prophetic critic of the Enlightenment, the scientist-mystic Blaise Pascal. He was 10 years old when Galileo was tried for heresy, and would go on to nearly equal the Italian as a scientist, as well as write Pensees, one of the most profound defenses of the Christian faith ever written.

Pascal wrote: “Two extremes: to exclude reason, to admit reason only.”

Of course, such subtleties eluded the protesters at La Sapienza University. Their confusion, and their utter disregard for logic and consistency of thought, perfectly illustrated what the Holy Father has been warning about for decades, regarding the dangers of the “dictatorship of relativism.”

This “dictatorship” makes it impossible for most universities in the West to intellectually engage Pope Benedict XVI’s ideas on how to reconcile faith and reason.

And that may be what’s most ironic of all, especially for serious postmodernists who have legitimate criticisms of systems of thought that leave no room for the mysteries of life and love (for example, scientists who refuse to admit that there are mysteries that can’t be explained by Darwinism or physics).

The best postmodernist thinkers used irony to criticize real-life hypocrisy in Western societies, the gap between the reality of suffering and injustice and the ideals of truth and love. These incongruities, based on distorted reason, led political leaders to incinerate entire cities with nuclear weapons, and scientists to experiment on human beings in laboratories.

But when the postmodernists turned on reason itself, they destroyed the basis for their criticisms, and their humanity. Without a grounding in truth, post-modernism lost the capacity to perceive irony.

And without that perception, they’re now fated to erect new forms of intolerance and oppression that are worse than the power structures they seek to bring down.

And that’s really the ultimate irony. An irony, despite it all, you won’t find Pope Benedict laughing about.

Angelo Matera is editor of Godspy.com

Voir de même:

« How to Defend Society Against Science »

Paul Feyerabend
Practitioners of a strange trade, friends, enemies, ladies and gentlemen:Before starting with my talk, let me explain to you, how it came into existence. 

About a year ago I was short of funds. So I accepted an invitation to contribute to a book dealing with the relation between science and religion. To make the book sell I thought l should make my contribution a provocative one and the most provocative statement one can make about the relation between science and religion is that science is a religion. Having made the statement the core of my article I discovered that lots of reasons, lots of excellent reasons, could be found for it. I enumerated the reasons, finished my article, and got paid. That was stage one. 

Next I was invited to a Conference for the Defence of Culture. I accepted the invitation because it paid for my flight to Europe. I also must admit that I was rather curious. When I arrived in Nice I had no idea what Iwould say. Then while the conference was taking its course I discovered that everyone thought very highly of science and that everyone was very serious. So I decided to explain how one could defend culture from science.All the reasons collected in my article would apply here as well and there was no need to invent new things. I gave my talk, was rewarded with an outcry about my « dangerous and ill considered ideas, » collected by ticket andwent on to Vienna. That was stage number two. 

Now I am supposed to address you. I have a hunch that in some respect you are very different from my audience in Nice. For one, you look much younger. My audience in Nice was full of professors, businessmen, and television executives, and the average age was about 58 1/2. Then I am quite sure that most ofyou are considerably to the left of some of the people in Nice. As a matter of fact, speaking somewhat superficially I might say that you are a leftist audience while my audience in Nice was a rightist audience. Yet despite all these differences you have some things in common. Both of you, I assume, respect science and knowledge. Science, of course, must be reformed and must be made less authoritarian. But once the reforms are carried out, it is a valuable source of knowledge that must not be contaminated by ideologies of a different kind. Secondly, both of you are serious people. Knowledge is a serious matter, for the Right as well as for the Left, and it must be pursued in a serious spirit. Frivolity is out, dedication and earnest application to the task at hand is in. These similarities are all I need for repeating my Nice talk to you with hardly any change. So, here it is. 

Fairytales

I want to defend society and its inhabitants from all ideologies, science included. All ideologies must be seen in perspective. One must not take them too seriously. One must read them like fairytales which have lots of interesting things to say but whichalso contain wicked lies, or like ethical prescriptions which may be useful rules of thumb but which are deadly when followed to the letter.

Now, is this not a strange and ridiculous attitude? Science, surely, was always inthe forefront of the fight against authoritarianism and superstition. It is to science that we owe our increased intellectual freedom vis-a-vis religious beliefs; it is to science that we owe the liberation of mankind from ancient and rigid forms of thought. Today these forms of thought are nothing but bad dreams-and this we learned from science. Science and enlightenment are one and the same thing-even the most radical critics of society believe this. Kropotkin wants to overthrow all traditional institutions and forms of belief, with the exception of science. Ibsen criticises the most intimate ramifications of nineteenth-century bourgeois ideology, but he leaves science untouched. Levi-Strauss has made us realise that Western Thought is not the lonely peak of human achievement it was once believed to be, but he excludes science from his relativization of ideologies. Marx and Engels were convinced that science would aid the workers in their quest for mental and social liberation. Are all these people deceived? Are they all mistaken about the role ofscience? Are they all the victims of a chimaera?

To these questions my answer is a firm Yes and No.

Now, let me explain my answer.

My explanation consists of two parts, one more general, one more specific.

The general explanation is simple. Any ideology that breaks the hold a comprehensive system of thought has on the minds of men contributes to the liberation of man. Any ideology that makes man question inherited beliefs is an aid to enlightenment. A truth that reigns without checks and balances is a tyrant who must be overthrown, and any falsehood that can aid us in the over throw of this tyrant is to be welcomed. It follows that seventeenth- and eighteenth-century science indeed was an instrument of liberation and enlightenment. It does not follow that science is bound to remain such an instrument. There is nothing inherent in science or in any other ideology that makes it essentially liberating. Ideologies can deteriorate and become stupid religions. Look at Marxism. And that the science of today is very different from the science of 1650 is evident at the most superficial glance.

For example, consider the role science now plays in education. Scientific « facts »are taught at a very early age and in the very same manner in which religious « facts »were taught only a century ago. There is no attempt to waken the critical abilities of the pupil so that he may be able to see things in perspective. At the universities the situation is even worse, for indoctrination is here carried out in a much more systematic manner. Criticism is not entirely absent. Society, for example, and itsinstitutions, are criticised most severely and often most unfairly and this already at the elementary school level. But science is excepted from the criticism. In society at large the judgement of the scientist is received with the same reverence as the judgement of bishops and cardinals was accepted not too long ago. The move towards « demythologization, » for example, is largely motivated by the wish to avoid any clash between Christianity and scientific ideas. If such a clash occurs, then science is certainly right and Christianity wrong. Pursue this investigation further and you will see that science has now become as oppressive as the ideologies it had once to fight. Do not be misled by the fact that today hardly anyone gets killed for joining a scientific heresy. This has nothing to do with science. It has something to do with the general quality of our civilization. Heretics in science are still made to suffer from the most severe sanctions this relatively tolerant civilization has to offer.

But is this description not utterly unfair? Have I not presented the matter in a very distorted light by using tendentious and distorting terminology? Must we not describe the situation in a very different way? I have said that science has becomerigid, that it has ceased to be an instrument of change and liberation, without adding that it has found the truth, or a large part thereof. Considering this additional fact we realise, so the objection goes, that the rigidity of science is not due to human wilfulness. It lies in the nature of things. For once we have discovered the truth -what else can we do but follow it?

This trite reply is anything but original. It is used whenever an ideology wants to reinforce the faith of its followers. « Truth » is such a nicely neutral word. Nobody would deny that it is commendable to speak the truth and wicked to tell lies. Nobody would deny that_-and yet nobody knows what such an attitude amounts to. So it is easy to twist matters and to change allegiance to truth in one’s everyday affairs into allegiance to the Truth of an ideology which is nothing but the dogmatic defense of that ideology. And it is of course not true that we have to follow the truth. Human life is guided by many ideas. Truth is one of them. Freedom and mental independence are others. If Truth, as conceived by some ideologists, conflicts withfreedom, then we have a choice. We may abandon freedom. But we may also abandon Truth. (Alternatively, we may adopt a more sophisticated idea of truth that no longer contradicts freedom; that was Hegel’s solution.) My criticism of modern science is that it inhibits freedom of thought. If the reason is that it has found the truth and now follows it, then I would say that there are better things than first finding, and then following such a monster.

This finishes the general part of my explanation.

There exists a more specific argument to defend the exceptional position science has in society today. Put in a nutshell the argument says (1) that science has finally found the correct method for achieving results and (2) that there are many results to prove the excellence of the method. The argument is mistaken_-but most attempts to show this lead into a dead end. Methodology has by now become so crowded with empty sophistication that it is extremely difficult to perceive the simple errors at the basis. It is like fighting the hydra_-cut off one ugly head, and eight formalizations take its place. In this situation the only answer is superficiality: when sophistication loses content then the only way of keeping in touch with reality is to be crude and superficial. This is what I intend to be.

Against Method

There is a method, says part (1) of the argument. What is it? How does it work? One answer which is no longer as popular as it used to be is that science works by collecting facts and inferring theories from them. The answer is unsatisfactory as theories never follow from facts in the strict logical sense. To say that they may yetbe supported from facts assumes a notion of support that (a) does not show this defect and (b) is sufficiently sophisticated to permit us to say to what extent, say,the theory of relativity is supported by the facts. No such notion exists today, nor is it likely that it will ever be found (one of the problems is that we need a notionof support in which grey ravens can be said to support « all ravens are black »).This was realised by conventionalists and transcendental idealists who pointed out that theories shape and order facts and can therefore be retained come what may. They can be retained because the human mind either consciously or unconsciously carries out its ordering function. The trouble with these views is that they assume for the mind what they want to explain for the world, viz., that it works in a regular fashion. There is only one view which overcomes all these difficulties. It was invented twice in the nineteenth century, by Mill, in his immortal essay On Liberty, and by some Darwinists who extended Darwinism to the battle of ideas. This view takes the bull by the horns: theories cannot be justified and their excellence cannot be shown without reference to other theories. We may explain the success of a theory by reference to a more comprehensive theory (we may explain the success of Newton’s theory by using the general theory of relativity); and we may explain our preference for it by comparing it with other theories.

Such a comparison does not establish the intrinsic excellence of the theory we have chosen. As a matter of fact, the theory we have chosen may be pretty lousy. It may contain contradictions, it may conflict with well-known facts, it may be cumbersome,unclear, ad hoc in decisive places, and so on. But it may still be better than any other theory that is available at the time. It may in fact be the best lousy theory there is. Nor are the standards of judgement chosen in an absolute manner. Our sophistication increases with every choice we make, and so do our standards. Standards compete just as theories compete and we choose the standards most appropriate to the historical situation in which the choice occurs. The rejected alternatives (theories; standards; « facts ») are not eliminated. They serve as correctives (after all, we may have made the wrong choice) and they also explain the content of the preferred views (we understand relativity better when we understand the structure of its competitors; we know the full meaning of freedom only when we have an idea of life in a totalitarian state, of its advantages_and there are many advantages_as well as of its disadvantages). Knowledge so conceived is an ocean of alternatives channelled and subdivided by an ocean of standards. It forces ourmind to make imaginative choices and thus makes it grow. It makes our mind capableof choosing, imagining, criticising.

Today this view is often connected with the name of Karl Popper. But there aresome very decisive differences between Popper and Mill. To start with, Popper developed his view to solve a special problem of epistemology-he wanted to solve »Hume’s problem. » Mill, on the other hand, is interested in conditions favourable to human growth. His epistemology is the result of a certain theory of man, and not the other way around. Also Popper, being influenced by the Vienna Circle, improves onthe logical form of a theory before discussing it, while Mill uses every theory in the form in which it occurs in science. Thirdly, Popper’s standards of comparison are rigid and fixed, while Mill’s standards are permitted to change with the historical situation. Finally, Popper’s standards eliminate competitors once and for all: theories that are either not falsifiable or falsifiable and falsified have no place in science. Popper’s criteria are clear, unambiguous, precisely formulated; Mill’s criteria are not. This would be an advantage if science itself were clear, unambiguous, and precisely formulated. Fortunately, it is not.

To start with, no new and revolutionary scientific theory is ever formulated in a manner that permits us to say under what circumstances we must regard it as endangered: many revolutionary theories are unfalsifiable. Falsifiable versions do exist, but they are hardly ever in agreement with accepted basic statements: every moderately interesting theory is falsified. Moreover, theories have formal flaws,many of them contain contradictions, ad hoc adjustments, and so on and so forth. Applied resolutely, Popperian criteria would eliminate science without replacing it by anything comparable. They are useless as an aid to science. In the past decade this has been realised by various thinkers, Kuhn and Lakatos among them. Kuhn’s ideas are interesting but, alas, they are much too vague to give rise to anything but lots of hot air. If you don’t believe me, look at the literature. Never before has the literature on the philosophy o’science been invaded by so many creeps and incompetents. Kuhn encourages people who have no idea why a stone falls to the ground to talk with assurance about scientific method. Now I have no objection to incompetence but I do object when incompetence is accompanied by boredom and self-righteousness And this is exactly what happens. We do not get interesting false ideas, we get boring ideas or words connected with no ideas at all. Secondly, wherever one tries to make Kuhn’s ideas more definite one finds that they are false. Was there ever a period of normal science in the history of thought? No-and I challenge anyone to prove the contrary.

Lakatos is immeasurably more sophisticated than Kuhn. Instead of theories he considers research programmes which are sequences of theories connected by methods of modification, so-called heuristics. Each theory in the sequence may be full of faults. It may be beset by anomalies, contradictions, ambiguities. Whatcounts is not the shape of the single theories, but the tendency exhibited by the sequence. We judge historical developments and achievements over a period of time, rather than the situation at a particular time. History and methodology are combined into a single enterprise. A research programme is said to progress if the sequence of theories leads to novel predictions. It is said to degenerate if it isreduced to absorbing facts that have been discovered without its help. A decisive feature of Lakatos’ methodology is that such evaluations are no longer tied to methodological rules which tell the scientist either to retain or to abandon a research programme. Scientists may stick to a degenerating programme; they may even succeed in making the programme overtake its rivals and they therefore proceed rationally whatever they are doing (provided they continue calling degenerating programmes degenerating and progressive programmes progressive). This means that Lakatos offers words which sound like the elements of a methodology; he does not offer a methodology. There is no method according to the most advanced and sophisticated methodology in existence today. This finishes my reply to part (1)of the specific argument.

Against Results

According to part (2), science deserves a special position because it has producedresults. This is an argument only if it can be taken for granted that nothing else has ever produced results. Now it may be admitted that almost everyone who discusses the matter makes such an assumption. It may also be admitted that it is not easy to show that the assumption is false. Forms of life different from science either have disappeared or have degenerated to an extent that makes a fair comparison impossible. Still, the situation is not as hopeless as it was only a decade ago. We have become acquainted with methods of medical diagnosis and therapy which are effective (and perhaps even more effective than the corresponding parts of Western medicine) and which are yet based on an ideology that is radically different from the ideology ofWestern science. We have learned that there are phenomena such as telepathy and telekinesis which are obliterated by a scientific approach and which could be used to do research in an entirely novel way (earlier thinkers such as Agrippa of Nettesheim, John Dee, and even Bacon were aware of these phenomena). And then-is it not the case that the Church saved souls while science often does the very opposite? Ofcourse, nobody now believes in the ontology that underlies this judgement. Why? Because of ideological pressures identical with those which today make us listen to science to the exclusion of everything else. It is also true that phenomena such as telekinesis and acupuncture may eventually be absorbed into the body of science and may therefore be called « scientific. » But note that this happens only after a long period of resistance during which a science not yet containing the phenomena wants to get the upper hand over forms of life that contain them. And this leads to a further objection against part (2) of the specific argument. The fact that science has results counts in its favour only if these results were achieved by science alone, and without any outside help. A look at history shows that science hardly ever gets its results in this way. When Copernicus introduced a new view of the universe, he did not consult scientific predecessors, he consulted a crazy Pythagorean such as Philolaos. He adopted his ideas and he maintained them in the face of all sound rules of scientific method. Mechanics and optics owe a lot to artisans, medicine to midwives and witches. And in our own day we have seen how the interference of thestate can advance science: when the Chinese communists refused to be intimidated by the judgement of experts and ordered traditional medicine back into universities and hospitals there was an outcry all over the world that science would now be ruined in China. The very opposite occurred: Chinese science advanced and Western science learned from it. Wherever we look we see that great scientific advances are due to outside interference which is made to prevail in the face of the most basic and most « rational » methodological rules. The lesson is plain: there does not exist a single argument that could be used to support the exceptional role which science today plays in society. Science has done many things, but so have other ideologies. Science often proceeds systematically, but so do other ideologies (just consult the records of the many doctrinal debates that took place in the Church) and,besides, there are no overriding rules which are adhered to under any circumstances;there is no « scientific methodology » that can be used to separate science from the rest. Science & just one of the many ideologies that propel society and itshould be treated as such (this statement applies even to the most progressive and most dialectical sections of science). What consequences can we draw from thisresult?

The most important consequence is that there must be a formal separation between state and science just as there is now a formal separation between stateand church. Science may influence society but only to the extent to which any political or other pressure group is permitted to influence society. Scientists may beconsulted on important projects but the final judgement must be left to the democratically elected consulting bodies. These bodies will consist mainly of laymen. Will the laymen be able to come to a correct judgement? Most certainly, for the competence, the complications and the successes of science are vastly exaggerated. One of the most exhilarating experiences is to see how a lawyer,who is a layman, can find holes in the testimony, the technical testimony, of the most advanced expert and thus prepare the jury for its verdict. Science is not a closed book that is understood only after years of training. It is an intellectual discipline that can be examined and criticised by anyone who is interested and that looks difficult and profound only because of a systematic campaign of obfuscation carried out by many scientists (though, I am happy to say, not by all). Organs of the state should never hesitate to reject the judgement of scientists when they have reason for doing so. Such rejection will educate the general public, will make it more confident, and it may even lead to improvement. Considering the sizeable chauvinism of the scientific establishment we can say: the more Lysenko affairs, the better (it is not the interference of the state that is objectionable in the case of Lysenko, but the totalitarian interference which kills the opponent rather than just neglecting his advice). Three cheers to the fundamentalists in California who succeeded in having a dogmatic formulation of the theory of evolution removedfrom the text books and an account of Genesis included. (But I know that they would become as chauvinistic and totalitarian as scientists are today when given the chance to run society all by themselves. Ideologies are marvellous when used inthe companies of other ideologies. They become boring and doctrinaire as soon astheir merits lead to the removal of their opponents.) The most important change, however, will have to occur in the field of education.

Education and Myth

The purpose of education, so one would think, is to introduce theyoung into life,and that means: into the society where they are born and into the physical universethat surrounds the society. The method of education often consists in the teaching of some basic myth. The myth is available in various versions. More advanced versions may be taught by initiation rites which firmly implant them into the mind. Knowing the myth, the grownup can explain almost everything (or else he can turn to experts for more detailed information). He is the master of Nature and of Society. He understands them both and he knows how to interact with them. However, he is not the master of the myth that guides his understanding.

Such further mastery was aimed at, and was partly achieved, by the Presocratics.The Presocratics not only tried to understand the world. They also tried to understand, and thus to become the masters of, the means of understanding theworld. Instead of being content with a single myth they developed many and so diminished the power which a well-told story has over the minds of men. The sophists introduced still further methods for reducing the debilitating effect of interesting, coherent, « empirically adequate » etc. etc. tales.The achievements of these thinkers were not appreciated and they certainly are not understood today. When teaching a myth we want to increase the chance that it will be understood (i.e. no puzzlement about any feature of the myth), believed, and accepted. This does not do any harm when the myth is counterbalanced by other myths: even the most dedicated (i.e. totalitarian) instructor in a certain version ofChristianity cannot prevent his pupils from getting in touch with Buddhists, Jewsand other disreputable people. It is very different in the case of science, or of rationalism where the field is almost completely dominated by the believers. In this case it is of paramount importance to strengthen the minds of the young, and »strengthening the minds of the young » means strengthening them against an yeasy acceptance of comprehensive views. What we need here is an education that makes people contrary, counter-suggestive, without making them incapable ofdevoting themselves to the elaboration of any single view. How can this aim beachieved?

It can be achieved by protecting the tremendous imagination which childrenpossess and by developing to the full the spirit of contradiction that exists in them. On the whole children are much more intelligent than their teachers. They succumb, and give up their intelligence because they are bullied, or because their teachers get the better of them by emotional means. Children can learn, understand, and keep separate two to three different languages (« children » and by this I mean three to fiveyear olds, not eight year olds who were experimented upon quite recently and did not come out too well; why? because they were already loused up by incompetent teaching at an earlier age). Of course, the languages must be introduced in a more interesting way than is usually done. There are marvellous writers in all languageswho have told marvellous stories-let us begin our language teaching with them and not with « der Hund hat einen Schwanz » and similar inanities. Using stories we may of course also introduce « scientific » accounts, say, of the origin of the world and thus make the children acquainted with science as well. But science must not be given any special position except for pointing out that there are lots of people who believe in it. Later on the stories which have been told will be supplemented with « reasons, »where by reasons I mean further accounts of the kind found in the tradition to which the story belongs. And, of course, there will also be contrary reasons. Both reasons and contrary reasons will be told by the experts in the fields and so the young generation becomes acquainted with all kinds of sermons and all types of wayfarers.It becomes acquainted with them, it becomes acquainted with their stories, and every individual can make up his mind which way to go. By now everyone knows that you can earn a lot of money and respect and perhaps even a Nobel Prize by becoming a scientist, so many will become scientists. They will become scientists without having been taken in by the ideology of science, they will be scientistsbecause they have made a free choice. But has not much time been wasted on unscientific subjects and will this not detract from their competence once they have become scientists? Not at all! The progress of science, of good science depends on novel ideas and on intellectual freedom: science has very often been advanced by outsiders (remember that Bohr and Einstein regarded themselves as outsiders). Will not many people make the wrong choice and end up in a deadend? Well, that depends on what you mean by a « dead end. » Most scientists today are devoid of ideas, full of fear, intent on producing some paltry result so that they can add to the flood of inane papers that now constitutes « scientific progress » in many areas. And, besides, what is more important? To lead a life which one has chosen with open eyes, or to spend one’s time in the nervous attempt of avoiding what some not so intelligent people call « dead ends »? Will not the number ofscientists decrease so that in the end there is nobody to run our precious laboratories? I do not think so. Given a choice many people may choose science, for a science that is run by free agents looks much more attractive than the science of today which is run by slaves, slaves of institutions and slaves of « reason. » And ifthere is a temporary shortage of scientists the situation may always be remedied by various kinds of incentives. Of course, scientists will not play any predominant role in the society I envisage. They will be more than balanced by magicians, or priests,or astrologers. Such a situation is unbearable for many people, old and young, right and left Almost all of you have the firm belief that at least some kind of truth has been found, that it must be preserved, and that the method of teaching I advocate and the form of society I defend will dilute it and make it finally disappear. You havethis firm belief; many of you may even have reasons. But what you have to consider is that the absence of good contrary reasons is due to a historical accident; it doesnot lie in the nature of things. Build up the kind of society I recommend and the views you now despise (without knowing them, to be sure) will return in such splendour that you will have to work hard to maintain your own position and will perhaps be entirely unable to do so. You do not believe me? Then look at history. Scientific astronomy was firmly founded on Ptolemy and Aristotle, two of the greatest minds in the history of Western Thought. Who upset their well-argued, empirically adequate and precisely formulated system? Philolaos the mad and antediluvian Pythagorean. How was it that Philolaos could stage such a comeback? Because he found an able defender: Copernicus. Of course, you may follow your intuitions as I am following mine. But remember that your intuitions are the result of your « scientific » training where by science I also mean the science of Karl Marx. My training, or, rather, my non-training, is that of a journalist who is interested in strange and bizarre events. Finally, is it not utterly irresponsible, in the present world situation, with millions of people starving, others enslaved, downtrodden, in abject misery of body and mind, to think luxurious thoughts such as these? Is not freedom of choice a luxury under such circumstances? Is not the flippancy and the humour Iwant to see combined with the freedom of choice a luxury under such circumstances? Must we not give up all self-indulgence and act? Join together, andact? This is the most important objection which today is raised against an approach such as the one recommended by me. It has tremendous appeal, it has the appeal of unselfish dedication. Unselfish dedication_-to what? Let us see!

We are supposed to give up our selfish inclinations and dedicate ourselves to the liberation of the oppressed. And selfish inclinations are what? They are our wish for maximum liberty of thought in the society in which we live now, maximum liberty not only of an abstract kind, but expressed in appropriate institutions and methods ofteaching. This wish for concrete intellectual and physical liberty in our own surroundings is to be put aside, for the time being. This assumes, first, that we do not need this liberty for our task. It assumes that we can carry out our task with a mind that is firmly closed to some alternatives. It assumes that the correct way of liberating others has always been found and that all that is needed is to carry it out. I am sorry, I cannot accept such doctrinaire self-assurance in such extremely important matters.Does this mean that we cannot act at all? It does not. But it means that while acting we have to try to realise as much of the freedom I have recommended so that our actions may be corrected in the light of the ideas we get while increasing ourfreedom. This will slow us down, no doubt, but are we supposed to charge ahead simply because some people tell us that they have found an explanation for all the misery and an excellent way out of it? Also we want to liberate people not to make them succumb to a new kind of slavery, but to make them realise their own wishes,however different these wishes may be from our own. Self-righteous and narrow-minded liberators cannot do this. As a rule they soon impose a slavery that is worse, because more systematic, than the very sloppy slavery they have removed. And as regards humour and flippancy the answer should be obvious. Why would anyone want to liberate anyone else? Surely not because of some abstract advantage of liberty but because liberty is the best way to free development and thus to happiness. We want to liberate people so that they can smile. Shall we be able to do this if we ourselves have forgotten how to smile and are frowning on those who still remember? Shall we then not spread another disease, comparable to the one we want to remove, the disease of puritanical self-righteousness? Do not object that dedication and humour do not go together-Socrates is an excellent example to the contrary. The hardest task needs the lightest hand or else its completion will notlead to freedom but to a tyranny much worse than the one it replaces.

Voir enfin:

Les marées avant la gravitation

Vutheany LOCH
ENS Lyon

18/07/2017

Vincent Deparis

Enseignant
iFé-ENS-Lyon
Publié par

Gérard Vidal

Directeur de la publication
IFÉ ENS de Lyon

RésuméPendant plusieurs siècles, de l’Antiquité jusqu’au milieu du XVIIe siècle, l’explication du flux et du reflux de la mer est restée inaccessible au savant. Que peuvent dire les savants sur l’origine d’un phénomène lorsque le concept qui l’explique leur est encore étranger ? Petit éclairage de l’Histoire sur l’évolution des conceptions sur les marées océaniques.



Introduction :

Avant d’exposer sa théorie des marées, Galilée prévient son lecteur : «  Il est de nombreuses opinions concernant la cause du flux et du reflux ; puisque, pour un seul effet, je sais qu’il n’y a qu’une seule cause véritable et primordiale, je comprends fort bien et suis assuré que l’une de ces opinions au plus est véritable et que les autres ne sont que des fables et des faussetés ; et même peut-être la véritable cause n’est-elle pas parmi celles qu’on a avancées jusqu’à présent ; c’est même le cas, je crois : il serait étonnant que le vrai ait une clarté si faible qu’elle ne transparaisse pas dans la ténèbre des erreurs. [1]  » L’intuition du vrai est cependant bien trompeuse puisque, avant Newton, tous les savants qui se sont essayés à expliquer les marées, se sont soit fourvoyés, soit arrêtés en chemin ! En effet, avant l’avènement de la gravitation universelle au cours du XVIIe siècle, la cause des marées est hors de portée des savants. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des idées. C’est justement parce que l’explication du flux et du reflux de la mer demeure encore inaccessible que la période, qui va de l’Antiquité jusqu’au milieu du XVIIe siècle, est si intéressante. Que peuvent dire les savants sur l’origine d’un phénomène lorsque le concept de base leur est encore étranger ? Quelles solutions proposer, lorsque toute tentative est encore vaine ? Dans l’article, nous proposons une revue des différentes conceptions sur les marées depuis l’Antiquité jusqu’à l’explication proposée par Isaac Newton en 1687 dans ses Philosophiae Naturalis Principia Mathematica. [2]

Une connaissance précise, dès l’Antiquité

Les premières interrogations sur le flux et le reflux de la mer remontent à l’Antiquité. Mais comme les marées sont pratiquement insignifiantes sur les côtes méditerranéennes, ce n’est qu’à partir du récit des voyageurs que les savants grecs peuvent découvrir les lois du mouvement des eaux. Les expéditions d’Alexandre et surtout la navigation des bouches de l’Indus au Golfe Persique, que Néarque accomplit en 325 av. J.-C. sur l’ordre du conquérant, révèlent les marées de l’Océan Indien. Au même moment, le long périple de Pythéas de Marseille, de Gadès au sud de l’Espagne vers les îles britanniques, permet de connaître celles de l’Océan Atlantique. Durant son voyage, Pythéas fait une première découverte fondamentale : les marées sont en quelque sorte reliées à la Lune et il explique «  par la Lune qui devient pleine, les marées montantes et par la disparition de la Lune, les marées descendantes. [3]  » Quelques temps plus tard, Ératosthène (v. 276-194 av. J.-C.), le fameux géomètre alexandrin qui mesura le périmètre de la Terre, explique que les marées présentent deux flux et deux reflux par jour. Les flux surviennent lorsque la Lune passe dans le méridien et dans l’anti-méridien, de l’autre côté de la Terre. Les deux reflux, lorsque la Lune se lève et se couche. Poseidonios (135-50 av. J.-C.) poursuit les investigations et remarque que les deux marées quotidiennes changent d’amplitude avec les phases de la Lune : elles sont maximales au moment de la Pleine et de la Nouvelle Lune (marées de vives-eaux) et minimales aux quadratures (marées de mortes-eaux). Il note encore des variations annuelles, avec des marées plus fortes au moment des équinoxes.

Les diverses caractéristiques des marées ont donc été découvertes très tôt. Mais comment expliquer cette respiration ample et périodique des océans ? Le savant de l’Antiquité ou du Moyen-Age qui veut expliquer le mouvement de la mer fait face à de nombreux problèmes. D’abord les contraintes de l’observation que nous venons de voir : pourquoi les marées sont-elles inexistantes dans certaines mers et très fortes dans d’autres ? D’où viennent non seulement les deux flux et reflux quotidiens, mais encore les variations mensuelles et annuelles ? Une théorie qui ne pourrait expliquer qu’un seul de ces faits ou qu’une seule de ces périodes serait insatisfaisante. Ensuite, la perception même du mouvement de la mer : nécessite-t-il l’apport d’eaux nouvelles, venant d’ailleurs, puis l’enlèvement de ces eaux ou peut-il s’expliquer uniquement par le gonflement des eaux déjà présentes ? Enfin, le lien étonnant qui semble exister entre les marées et la Lune : faut-il, comme les astrologues le font volontiers, demander aux astres d’expliquer le mouvement des eaux par l’intermédiaire d’une qualité mystérieuse ou s’offusquer de telles vertus et tenter une approche plus rationnelle, en invoquant uniquement des mécanismes dont l’expérience est courante ?

Des théories multiples et contradictoires pendant le Moyen-Age

Plusieurs solutions se présentent lorsque l’action des astres est refusée. Puisque le vent a une influence évidente sur la mer, il n’y a qu’un pas à faire pour supposer qu’il est également responsable des marées. De même, les courants marins sont connus et selon Adélard de Bath (v. 1080 – v. 1160), qui reprend une conception de Macrobe (v. 370 – après 430), ce sont leurs rencontres et leurs conflits qui provoquent le mouvement des eaux. Une autre observation est plus troublante, celle du Maelström dans la mer du Nord, dont le tourbillon change de sens lorsque la marée se renverse (les Maelströms correspondent à ce qu’on appelle aujourd’hui des points amphidromiques, lieux où la marée est nulle et autour desquels tourne la crête de la marée). S’appuyant sur ce phénomène, Paul Diacre (720-778), attribue le flux et le reflux à des gouffres chargés d’absorber puis de rejeter périodiquement les flots de la mer.

Mais pour ceux qui veulent mettre en avant l’influence de la Lune, plusieurs possibilités peuvent également être envisagées. La lumière reçue du Soleil montre une interaction évidente entre un astre (le Soleil) et la Terre. La Lune ne pourrait-elle pas elle aussi agir par l’intermédiaire de sa lumière ? C’est le premier mode d’action de la Lune, avancé déjà par Poseidonios et constamment réévalué ensuite. En chauffant modérément les eaux, la Lune les ferait gonfler et entrer dans une sorte d’effervescence ou de bouillonnement. La variation de sa lumière au cours du mois expliquerait le changement dans l’amplitude des marées. Mais Abou Ma’shar al-Balklî (787-886), dit Albumasar, soulève plusieurs difficultés : comment, dans ce cas, expliquer la marée haute quotidienne qui survient lorsque la Lune est sous l’horizon, de l’autre côté de la Terre, ou les grandes marées de la Nouvelle Lune, lorsque c’est sa face sombre qui est tournée vers la Terre ? Robert Grossetête (1175-1253) puis Roger Bacon (1214-1294) font une tentative audacieuse pour expliquer les deux marées quotidiennes : les rayons lumineux de la Lune agissent simultanément des deux côtés de la Terre, soit en arrivant directement, soit en arrivant par réflexion sur la sphère céleste !

Albumasar privilégie un autre mode d’action de la Lune, qui repose sur la symbiose entre les qualités semblables. Dans la croyance astrologique en effet, la Lune est l’astre humide par excellence. Elle domine les eaux et les contraint de croître et de décroître avec elle. Elle soulève donc les océans grâce à son affinité avec toutes les choses humides. Et si certaines mers réagissent moins que d’autres cela ne provient pas d’un empêchement de la Lune mais d’une disposition moins favorable de ces bassins à recevoir l’influence lunaire. Au XIIIe siècle, Guillaume d’Auvergne (1190-1249) présente un troisième type d’action astrale, qui sera fécond et largement repris par la suite : la mer s’élève vers la Lune comme le fer montre vers l’aimant.

Le rôle des médecins et des astrologues au XVIe siècle

Au XVIe siècle, le développement de la théorie des marées provient essentiellement des médecins et des astrologues, qui cherchent à établir le lien entre les astres et les phénomènes terrestres. Un médecin de Sienne, Lucius Bellantius, fait le tri parmi les diverses opinions : «  Les rayons par lesquels la Lune agit principalement lorsqu’elle attire et gonfle les eaux de la mer ne sont pas les rayons de la lumière lunaire ; car, au moment des conjonctions, il n’y aurait pas de flux et de reflux, alors que nous les pouvons constater ; ce sont des rayons virtuels par lesquels la Lune attire la mer comme l’aimant attire le fer. A l’aide de ces rayons, on résout facilement tout ce qu’on peut objecter sur cette matière. [4]  » Un autre médecin, Frédéric Grisogone, donne une nouvelle description du phénomène des marées, mettant clairement en évidence le double rôle de la Lune et du Soleil : « Le Soleil et la Lune tirent vers eux l’enflure de la mer, de telle sorte que, perpendiculairement au dessous de chacun d’eux, se trouve l’enflure maximum ; il y a donc, pour chacun d’eux, deux maxima d’enflure, l’un au-dessous de l’astre, et l’autre en la partie opposée, qu’on nomme le nadir de cet astre. [5]  » La mer se déforme en deux ellipsoïdes de révolution, l’un dont le grand axe s’oriente vers le Soleil, l’autre dont le grand axe se dirige vers la Lune. La combinaison des deux ellipsoïdes explique les variations mensuelles : les deux déformations s’ajoutent au moment des pleines Lunes et des nouvelles Lunes pour donner les marées de vives-eaux et se retranchent dans les quadratures pour donner les marées de mortes-eaux.

L’attraction de deux corps apparentés : Kepler

Les idées des médecins et astrologues se répandent et sont à l’origine d’un redoublement de faveur pour la théorie « aimantique » des marées, selon laquelle la Lune et le Soleil attirent les eaux de la mer. Kepler (1571-1630) la développe fortement, en liaison avec sa théorie de la gravité, qui résulte d’une attraction mutuelle entre deux corps apparentés. Il affirme : « Je suis le premier, que je sache, à avoir dévoilé, dans mes prolégomènes aux Commentaires sur les mouvements de Mars, le procédé par lequel la Lune cause le flux et le reflux de la mer. Il consiste en ceci : la Lune n’agit pas comme astre humide ou humectant, mais comme masse apparentée à la masse de la Terre ; elle attire les eaux de la mer par une action magnétique, non parce qu’elles sont des humeurs, mais parce qu’elles sont douées de la substance terrestre, substance à laquelle elles doivent également leur gravité. [6]  »

L’idée est visionnaire et prépare l’avènement de la gravitation universelle. Mais elle est loin d’entraîner l’unanimité des savants et, en particulier, elle provoque les moqueries de Galilée (1564-1642). En 1632, il expose : « C’est presque comme si la Lune et le Soleil jouaient un rôle actif dans la production de ces effets [les marées], mais cela répugne entièrement à mon intellect : voyant que le mouvement des mers est un mouvement local, perceptible, d’une immense masse d’eau, je ne puis croire à des lumières, des chaleurs tempérées, à des dominations de qualités occultes et autres vaines imaginations du même genre ; tout cela n’est pas et ne peut être cause du flux, au point même que c’est au contraire plutôt le flux qui en est la cause ; c’est lui qui les produit en des cerveaux plus portés à la loquacité et à l’ostentation qu’à la réflexion et à la recherche des opérations les plus secrètes de la nature. [7]  » Ou encore : « Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature [les marées], c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre2.  [8]  » L’intuition de Kepler, par ce qu’elle a d’incompréhensible (comment les eaux de la Terre et la Lune pourraient-elles s’attirer), échauffe les esprits.

La combinaison de la rotation et de la révolution la Terre : Galilée

En 1616 puis en 1632, dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée avance une autre explication pour les marées, à partir de la combinaison de la rotation de la Terre sur elle-même et de sa révolution autour du Soleil. Il expose : « Il est bien vrai que le mouvement de tout le globe et de chacune de ses parties serait égal et uniforme s’il n’y avait qu’un mouvement, le mouvement annuel seul ou le simple mouvement diurne ; de même, il faut qu’en mélangeant ensemble ces deux mouvements, il en résulte pour les parties du globe des mouvements non uniformes, tantôt accélérés, tantôt retardés, selon que la rotation diurne ajoute ou retranche à la circulation annuelle. Si donc il est vrai (c’est bien vrai, et l’expérience le prouve) que l’accélération et le retardement du mouvement du vase font couler l’eau qu’il contient dans un sens et dans l’autre sur toute sa longueur, et la font s’élever et s’abaisser sur ses extrémités, fera-t-on difficulté pour admettre que cet effet puisse, et même doive nécessairement, se produire avec les eaux de la mer ? Ne sont-elles pas contenues dans des vases qui sont soumis à de tels changements ? [9]  » En raison du double mouvement de la Terre (annuel et journalier), les points de la circonférence terrestre n’ont pas une vitesse uniforme, puisque les deux mouvements tantôt se conjuguent, tantôt s’opposent (figure 1). Si les eaux des océans réagissent comme des eaux contenues dans une cuvette, qui est tantôt accélérée, tantôt décélérée, alors la réaction inertielle des eaux à l’accélération de leurs bassins provoque immanquablement un flux et un reflux.

L'origine des marées selon Galilée
Figure 4. L’origine des marées selon GaliléeLe schéma est réalisé dans le plan de l’écliptique, confondu avec le plan de l’équateur, vu depuis le Nord. Le mouvement de rotation et le mouvement orbital s’ajoutent en A (où la vitesse par rapport au Soleil est maximale) et se retranchent en B (où la vitesse est la plus faible).

La théorie de Galilée a un handicap majeur : elle n’explique qu’une marée par jour, et non pas deux. Mais outre cette difficulté sérieuse, où se situe la méprise dans le raisonnement du savant italien ? Dans la compréhension du mouvement orbital. Comme le montrera Newton un demi siècle plus tard, la Terre est retenue sur son orbite par la force gravitationnelle exercée par le Soleil. Or cette force gravitationnelle agit sur toute la matière terrestre, aussi bien sur les parties liquides que sur les parties solides. Les eaux comme les bassins subissent la même force et donc la même accélération, il n’y a plus lieu de les distinguer. Pour le dire autrement, les eaux et les bassins, attirés de la même manière par le Soleil, « tombent » simultanément vers lui : le mouvement relatif, tel que le suppose Galilée, n’existe pas !

Galilée ne connaît bien évidemment pas l’attraction gravitationnelle de Newton. Il ne l’aurait d’ailleurs pas beaucoup aimée. Pas plus que Kepler et que ses contemporains, il ne comprend le mouvement orbital des planètes. Pour lui, le mouvement de révolution de la Terre autour du Soleil est donné et naturel ; il existe sans cause, ce qui relève d’une physique imaginaire. Rien n’y personne ne peut donc l’amener à douter de l’effet de la combinaison des deux mouvements de la Terre et pendant toute sa vie, il reste persuadé du bien fondé de sa théorie. Son explication lui paraît aussi sans doute, et à juste titre, la seule qui soit digne d’intérêt. La théorie de Kepler ne fournit qu’une idée générale, sans expliquer réellement comment les marées sont générées. Sa théorie est toute autre. Il récuse toute astrologie, toute attraction de la Lune sur la Terre et traite mécaniquement du problème des marées.

Les tourbillons de Descartes

Dans ses Principes de la Philosophie, publiés en 1644, Descartes (1596-1650) présente une nouvelle théorie des marées, relativement indépendante par rapport aux théories précédentes. Descartes pense que tout est régi par les seules lois du mouvement, il a une vison mécaniste de l’univers. Pour lui, le vide n’existe pas : dès qu’il y a une étendue, il y a nécessairement une substance qui la comble. Ainsi l’espace entre le Soleil et les planètes est entièrement rempli d’une matière subtile, organisée en d’énormes tourbillons. Le Soleil occupe le centre du tourbillon principal, qui emporte les différentes planètes sur leurs orbites. Les planètes génèrent des tourbillons secondaires, qui entraînent les satellites.

Le principe des marées selon Descartes
Figure 6. Le principe des marées selon DescartesSelon Descartes, les marées résultent d’une pression différentielle exercée par la matière du tourbillon sur les mers (la figure est tirée du traité Le Monde ou Traité de la lumière, éd. Adam et Tannery, Paris, 1974.). ABCD est le tourbillon de matière subtile généré par la rotation propre de la Terre EFGH, de centre T. 1234 représente les mers et 5678 l’atmosphère. En raison de la présence de la Lune en B, le centre M du tourbillon ne coïncide pas avec le centre T de la Terre.

Bien qu’emportée par le tourbillon engendré par la Terre, la Lune ne se déplace pas aussi vite que lui (Descartes n’en donne pas la raison). La matière subtile, gênée par la présence de la Lune, ne peut s’écouler librement et exerce une pression différentielle à la surface des mers, d’où résultent les marées. Si on accepte l’idée de départ des tourbillons, la théorie de Descartes peut paraître cohérente. Mais rien n’est expliqué. C’est, selon les partisans de Newton, une magnifique vue de l’esprit ! A son époque, elle a cependant une grande popularité, surtout parmi ses disciples en France et est souvent adoptée comme la moins mauvaise des théories des marées.

Newton et la gravitation

En 1687, Isaac Newton (1642-1727) donne la solution à la cause du flux et du reflux de la mer dans ses fameux Principia. Il explique que les marées océaniques relèvent de la mécanique (comme Galilée le voulait) et qu’elles sont une conséquence inévitable de la théorie de la gravitation universelle (comme Kepler en avait l’intuition) : elles proviennent des inégalités de l’attraction de la Lune et du Soleil sur les différentes parties du globe. Elles constituent ainsi une confirmation supplémentaire et intéressante de son système de l’attraction universelle de la matière.

Quel a été le cheminement des idées de Newton ? Comment a-t-il découvert la cause des marées ? Si nous nous en tenons à la présentation de sa théorie dans les Principia, son questionnement n’a pas été direct. C’est en faisant le détour par la Lune qu’il atteint la Terre, c’est en passant par l’étude des inégalités du mouvement de la Lune qu’il comprend le phénomène terrestre des marées. Newton a montré que, sous l’influence gravitationnelle de la Terre, la Lune décrit une ellipse dont notre planète occupe l’un des foyers. L’orbite lunaire n’est cependant pas stable mais subit des perturbations (en particulier, les nœuds de son orbite rétrogradent en 18,6 ans environ), qu’il veut expliquer. Il comprend que si l’attraction est universelle, alors la Lune subit également l’influence gravitationnelle du Soleil, ce qui modifie sa trajectoire autour de la Terre.

Newton montre que les forces perturbatrices du Soleil sur la Lune ne proviennent pas de l’attraction totale du Soleil sur la Lune mais de la différence entre l’attraction du Soleil sur la Lune et l’attraction du Soleil sur la Terre. C’est l’étape fondamentale de sa découverte, où il définit le concept de force de marée. Il peut ensuite passer de la Lune à la Terre : le Soleil met l’eau des océans en mouvement de la même manière qu’il perturbe le mouvement de la Lune autour de la Terre. Il reconnaît finalement que la Lune est un autre corps céleste qui, comme le Soleil, est responsable pour une part (et même pour la part principale) des marées.

Dans le raisonnement de Newton, la Lune agit donc d’abord comme un révélateur. Très sensible aux forces perturbatrices provenant du Soleil, elle met en évidence les forces de marées du Soleil qui agissent également sur la Terre. Sa théorie des marées apparaît donc comme un corollaire de sa théorie lunaire. Elle en est en quelque sorte une application supplémentaire et peut-être inattendue. Les ténèbres, dont parlait Galilée, sont-elles pour autant dissipées ? Pas vraiment. On le sait, il faudra un demi-siècle pour que la théorie de la gravitation de Newton soit acceptée et que son aspect déconcertant (comment deux masses peuvent-elles s’attirer à distance) s’efface devant son pouvoir calculatoire.

La force génératrice des marées selon Newton
Figure 8. La force génératrice des marées selon NewtonReprésentation géométrique des forces perturbatrices du mouvement de la Lune (figure 121 du livre I des Principia). S est le Soleil, T la Terre, P la Lune et CADB l’orbite de la Lune. L’attraction du Soleil sur la Terre est représentée par le segment NS et l’attraction du Soleil sur la Lune par le segment LS qui peut être décomposé en deux parties : LM et MS. Les forces de marées solaires sont représentées par les segments LM et MT.

Conclusion

Que nous apprend cette histoire ? Que peuvent dire les savants lorsque le concept de base pour appréhender un phénomène n’a pas encore été découvert ? Beaucoup de choses ! Kepler reste sur le seuil en croyant avoir fait tout le chemin, Galilée se méprend et est persuadé du bien fondé de sa théorie, Descartes invente une « pure fiction ». Qu’il est facile de se laisser abuser ! Mais si ces premières tentatives d’explication sont vaines, la question des marées n’en a pas moins été déterminante. En suggérant un lien possible entre le mouvement des eaux, la Lune et, dans une moindre mesure, le Soleil, les marées ont éclairé sous une lumière légèrement différente le problème de l’attraction mutuelle des astres et préparé la gravitation universelle. En résistant à l’interprétation des savants, elles ont représenté un formidable défi et une puissante source d’interrogations et de recherches. Elles ont également permis de soulever des divergences de points de vue sur l’action à distance d’un astre qui, avec Newton, éclateront au grand jour. Mais pour qu’une solution soit trouvée, il aura fallu une invention déroutante et inattendue : l’attraction universelle de la matière. Est-ce une surprise de ce type qui nous attend avec la résolution des énigmes de l’astronomie actuelle ? L’histoire le dira…


[1] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, Paris, Seuil, 1992, p. 604-605.

[2] L’article repose sur les travaux de Pierre Duhem : P. Duhem, Le Système du Monde., Paris, Hermann, 1958. Tome II, p. 267-390 ; Tome III, p. 112-125 ; Tome IX, p. 7-78 et P. Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, Paris, Riviere et Cie, 1906. Réédition Vrin, 2007. Nous utilisons le texte mis en ligne à l’adresse suivante : http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/philo/textesph/duhem_theorie_physique.pdf.

[3] Germaine Aujac, Strabon et la Science de son temps, Paris, Les Belles Lettres, 1966., p.285, note 3.

[4] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 189.

[5] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 195.

[6] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 191.

[7] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op. cit., p. 633.

[8] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op. cit., p. 652.

[9] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op.cit., p. 612-613.

Voir par ailleurs:

A propos de l’affaire Galilée
René Taton François Russo Pierre Costabel
Revue d’histoire des sciences Année 1984 37-3-4 pp. 313-324
Référence bibliographique

Le 350e anniversaire du procès de Galilée et de sa condamnation par le Saint-Office a suscité en 1983 un vaste mouvement d’intérêt en faveur des recherches sur la vie et l’œuvre du grand Florentin, mouvement d’intérêt illustré en particulier par le grand Congrès international d’Etudes gali- léennes organisé du 18 au 26 mars 1983 à Pise, Venise, Padoue et Florence sur le thème « Novità celesti e crisi del sapere ». C’est ainsi que P. Acloque a évoqué dans notre revue certains aspects historiques du phénomène des marées, principal élément utilisé par Galilée en faveur de la thèse héliocentrique (1). En plus des actes du Congrès italien récemment publiés (2), plusieurs ouvrages importants ont été édités à cette occasion, dont le plus discuté, sinon le plus marquant, est celui de Pietro Redondi, Galileo eretico. En utilisant un document inédit découvert par lui en juin 1982 dans les archives du Saint-Office, cet auteur tente en effet de montrer que la véritable raison de la condamnation de Galilée réside non dans le prétexte évoqué de son copernicianisme militant, mais dans son adhésion à l’ato- misme démocritéen, doctrine jugée par l’Eglise incompatible avec le dogme eucharistique de la transsubstantiation. Cette thèse ayant suscité d’ardentes prises de position, soit pour l’appuyer, soit pour confirmer le point de vue traditionnel, nous avons jugé utile de publier les opinions de deux auteurs ayant une connaissance approfondie de l’histoire des sciences du XVIIe siècle et de l’histoire de la théologie, le P. François Russo et le P. Pierre Costabel. Sans intervenir à nouveau dans ce débat, P. Redondi, à la suite, complète ce dossier en présentant une traduction française, publiée en 1980 par Mme Ch. Chauviré, de l’ouvrage même de Galilée sur lequel s’appuie sa thèse, le Saggiatore de 1623, traduction passée jusqu’alors presque inaperçue.

Enfin, sous l’impulsion de sa plus haute autorité, le pape Jean-Paul II, l’Eglise est à son tour intervenue dans le débat en suscitant la publication de deux ouvrages consacrés à Galilée et aux causes, circonstances et conséquences de sa condamnation par le Saint-Office en 1633.

Le premier de ces ouvrages est un recueil d’articles écrits à la demande d’une commission pontificale créée par Jean-Paul II afin de marquer la volonté de l’Eglise de réexaminer le cas Galilée et de tenter d’apaieer le débat engagé à son sujet depuis trois siècles et demi (3). Voici le sommaire de cet important recueil réunissant à des études de caractère réellement scientifique des articles visant à expliquer, justifier ou minimiser le rôle joué par l’Eglise dans ce drame exemplaire de l’histoire scientifique.

Le second de ces ouvrages est un recueil de textes originaux, en partie inédits, concernant directement ou non le procès de Galilée (4). S’agit-il là de la publication intégrale des documents du procès que tous les historiens attendent avec impatience, publication qui permettrait d’espérer que dans un proche avenir les chercheurs pourraient avoir accès à l’ensemble des archives du Saint-Office ? Ou s’agit-il simplement de la révélation de certains documents parmi d’autres qui resteraient à découvrir? Seule une étude approfondie du dossier et sa confrontation attentive avec l’ensemble des documents déjà connus permettront de juger de l’originalité et de l’importance réelle de cet ouvrage que, pour compléter ce dossier galiléen, nous avons cependant tenu à signaler avant même d’avoir pu le consulter.

Deux opinions sur un ouvrage controversé (5)

1.

D’une part, une large originalité, une très riche et pertinente érudition, d’autant plus digne d’admiration que l’auteur est né en 1950, un grand intérêt des questions traitées au sujet et autour de Galilée, une grande clarté d’exposition. D’autre part, une thèse insoutenable. Telle est l’impression paradoxale que nous a donnée la lecture de cet ouvrage dont, par ailleurs, un titre, assurément « accrocheur », une fois de plus évoque mal le contenu.

Voici cette thèse. La condamnation de Galilée pour son copernicianisme n’est que la couverture d’un grief bien plus grave, savoir une théorie atomiste de la matière, exposée surtout dans le Saggiaîore (1623), qui conduit à nier le dogme catholique de l’Eucharistie. En fait, Galilée a été condamné non pour ce qui n’était qu’une « hérésie inquisitoriale, disciplinaire, mais pour une autre trahison » (p. 413) absolument différente de la condamnation copernicienne qui n’a été qu’ « un accident de parcours, un malentendu » (p. 418).

Si nous refusons radicalement cette thèse, ce n’est aucunement parce qu’elle dérange singulièrement nos vues habituelles sur l’affaire Galilée, mais parce que, tout ce que l’on sait de l’affaire Galilée, et, finalement, on en sait beaucoup, s’y oppose, et que l’argumentation de l’auteur n’est absolument pas convaincante.

Elle réside essentiellement en ces points :

— La question de l’Eucharistie préoccupait alors l’autorité suprême de l’Eglise beaucoup plus que le copernicianisme, dont, en somme, elle était prête à s’accommoder. Pour la théologie officielle de l’époque, qui s’appuyait sur la philosophie aristotélicienne, l’atomisme conduisait nécessairement à la négation de la présence réelle. Ce à quoi nous répondrons que, si, effectivement, Galilée a soutenu dans le Saggiatore une doctrine atomiste, il n’y a pas traité de l’Eucharistie, ce que d’ailleurs reconnaît P. Redondi, et que — hors la question du copernicianisme, alors abusivement considérée comme théologiquement inacceptable — il a toujours manifesté une pleine adhésion à la foi catholique, à tous ses dogmes.

Certes, surtout du fait des thèses protestantes condamnées par le Concile de Trente, l’Eucharistie a été l’un des thèmes majeurs du combat de l’Eglise pour la défense de la foi catholique. Et les jésuites, spécialement tenus par vocation au soutien des autorités romaines, ont beaucoup œuvré en ce sens, notamment le fameux P. Grassi dont nous reparlerons plus loin. Mais cet état de choses n’implique aucunement que le copernicianisme n’ait pas été à l’époque un grave sujet d’inquiétude pour les autorités romaines.

— Dans une lettre adressée à Galilée par un de ses amis, il est dit que les autorités romaines examinent présentement « i vostri libri » (p. 313). Selon P. Redondi, ce pluriel montrerait que ce n’est pas seulement le Dialogo (1632) qui était visé, comme le voudrait la thèse classique sur le procès, mais en plus, et surtout, le Saggiatore où ne se trouve rien sur le copernicianisme, mais où des vues atomistes tiennent une assez large place. A cela nous répondrons que, déjà dans son livre sur les taches solaires (1613), Galilée manifestait sa faveur pour les positions de Copernic, ce qui suffit à justifier ce pluriel qui, d’ailleurs, pouvait concerner également la fameuse lettre à Castelli (1615), elle aussi en faveur de Copernic, et qui, du fait de sa large diffusion, peut apparaître comme constituant un écrit public, donc, d’une certaine manière, être considérée comme un livre. D’ailleurs, il est normal que, même si un seul de ses ouvrages est visé, ceux qui ont à juger la doctrine d’un auteur examinent aussi les autres ouvrages, y compris ceux qui, jusque-là, n’ont pas été soupçonnés de porter atteinte à la juste doctrine.

Finalement, ce « pluriel » ne prouve aucunement que c’est non pas le copernicianisme de Galilée, mais son atomisme qui aurait été la cause véritable de sa condamnation.

— Plus gravement et plus fondamentalement, nous ne voyons absolument pas comment P. Redondi peut soutenir que la mesure prise contre Galilée était dans son expression « purement inquisitoriale et disciplinaire », alors que le texte de la condamnation comporte principalement ce passage .

« La proposition que le Soleil est au centre du monde et immobile d’un nouvement local est absurde, fausse en philosophie et formellement hérétique (c’est nous qui soulignons), parce qu’elle est expressément contraire à la Sainte Ecriture. »

On peut certes reprocher au Saint-Office ses prises de position, mais il est extrêmement difficile de soutenir qu’elles ne sont pas conformes à leur formulation publique, d’autant qu’il s’agit ici de dispositions qui ont été approuvées par le pape. D’ailleurs, tout le contexte historique de l’affaire Galilée manifeste que, dès le procès de 1616 — où Galilée n’était pas directement mis en cause, mais où il l’était cependant indirectement — , le copernicianisme a été considéré par les autorités romaines et leurs conseillers comme une question qui mettait gravement la foi en péril. Aussi ne peut-on conclure, comme le fait P. Redondi, que, lorsque Urbain VIII a déclaré que les thèses de Galilée posaient de graves questions pour la foi, il ne pouvait pas s’agir du copernicianisme (p. 322).

— Si, en fait, le grief majeur du Saint-Office à l’égard de Galilée avait été sa doctrine sur l’Eucharistie, on ne voit pas pourquoi cette instancen’aurait pas condamné Galilée explicitement à ce titre, alors qu’elle l’a fait pour plusieurs théologiens contemporains soutenant les mêmes thèses atomistes, pourquoi elle aurait préféré une « punition indirecte » (p. 415). A ce sujet, P. Redondi ne nous éclaire aucunement.

— P. Redondi fait état d’un document anonyme, demeuré jusqu’ici ignoré, qu’il a été autorisé à consulter en juin 1982 aux Archives du Saint-Office. Ce document, non daté, mais qui est à peu près sûrement de 1624, dénonce le Saggiatore comme un ouvrage mettant gravement en cause le dogme catholique de l’Eucharistie. Or, P. Redondi croit démontrer que cette dénonciation est due au P. Grassi, professeur au Collège romain, qui était un des jésuites les plus en vue à Rome.

Sans doute, ce document, dont la découverte est due à la sagacité de P. Redondi, ne manque pas d’intérêt. Il manifeste l’importance qu’avait à l’époque, du point de vue religieux, le débat sur la question de l’atomisme. Cependant, nous avons bien d’autres preuves de cette importance, lesquelles sont d’ailleurs relevées par P. Redondi. Et nous devons ajouter que, d’une part, une dénonciation au Saint-Office n’entraîne pas nécessairement un procès, et que, d’autre part, P. Redondi semble ignorer que de telles dénonciations ont été et sont aujourd’hui encore monnaie courante. Elles informent certes — bien ou mal — le Saint-Office, qui a maintenant pour désignation « Congrégation pour la doctrine de la Foi », mais, pour une large part, elles ne sont pas retenues. Aussi, finalement, si méritoire qu’elle soit, cette découverte ne nous semble pas constituer un argument en faveur de la thèse de P. Redondi.

Nous espérons que l’auteur ne nous en voudra pas de lui avoir ainsi exprimé notre radical désaccord sur sa thèse, d’autant que, élaborant cet ouvrage pour la démontrer, il a été conduit, mais débordant parfois sensiblement son sujet, à traiter nombre de questions d’un grand intérêt, et ceci de façon claire, pénétrante et juste, ce qui fait de cet ouvrage l’une des contributions récentes les plus remarquables à une meilleure connaissance de la vie et de l’œuvre de Galilée. Parmi ces questions, retenons les plus importantes :

— Les débats sur l’Eucharistie au début du XVIIe siècle et aussi au Moyen Age. Certes, cette question a déjà fait l’objet de nombreux travaux. Mais P. Redondi a le mérite de nous en présenter une synthèse claire et intelligente, dont nous ne connaissons pas d’équivalent et qui comporte un certain nombre d’éléments originaux.

— L’atomisme au XVIIe siècle dans les milieux intellectuels de Rome. Cette doctrine affirmait notamment que la lumière et la chaleur sont dues à des mouvements d’atomes. Mais une philosophie naturelle d’inspiration aristotélicienne a conduit — on l’a dit — la théologie officielle à considérer l’atomisme comme incompatible avec la foi catholique en ce qui concerne l’Eucharistie.

Notons à ce propos que cette doctrine officielle, qui liait si étroitement et, ne craignons pas de le dire, si fâcheusement, la théologie à la philosophie naturelle — et quelle philosophie naturelle ! — , devait fort heureusement être contestée dès cette époque par un certain nombre de théologiens, ainsi le cardinal de Bérulle, comme l’a si bien montré le P. Costabel au Congrès galiléen de 1983 en Italie. Ces théologiens avaient compris, ce qui devait l’être encore mieux par la suite, qu’une saine théologie ne devait certes pas ignorer la philosophie naturelle, mais qu’elle ne devait pas s’y asservir ainsi qu’elle le faisait alors, faute d’avoir exactement reconnu le caractère propre de sa démarche.

— Plus largement, une évocation très vivante et très éclairante, spécialement en ce qui concerne les relations de Galilée avec le milieu romain partisan de la « philosophie nouvelle ». Cette philosophie entendait essentiellement se dégager du cadre aristotélicien et tenir compte des progrès alors si remarquables des connaissances scientifiques. Déjà Favaro avait apporté nombre d’informations à ce sujet. Mais, à plusieurs égards, P. Redondi traite cette question de façon plus complète.

— L’attitude des Jésuites à l’égard de ces doctrines et, à ce point de vue, à l’égard de Galilée. Ayant pu avoir accès aux Archives romaines de la Compagnie de Jésus, P. Redondi nous apporte beaucoup d’informations, du plus grand intérêt et souvent originales, sur nombre de théologiens jésuites, spécialement le P. Grassi, déjà mentionné, et sur le Collège romain qui était alors un foyer intellectuel d’un grand rayonnement et où, d’ailleurs, a longtemps résidé et enseigné le P. Grassi. Rappelons que l’opposition entre le P. Grassi et Galilée a son origine dans le Saggiatore où, avec un talent qui a fait de cet ouvrage son chef-d’œuvre littéraire, Galilée s’en prend à la théorie des comètes que le P. Grassi avait exposée dans un ouvrage publié en 1619, à la suite de l’observation de trois comètes en 1618, et où d’ailleurs il affirmait leur réalité alors qu’elles n’étaient pour Galilée qu’une illusion d’optique. Mais, en fait, la question des comètes est très tôt devenue secondaire. C’est avant tout l’atomisme que professait Galilée qui devait retenir l’attention, entraînant les vives polémiques évoquées plus haut.

Achevant ce compte rendu, nous ne pouvons nous empêcher de comparer le destin de l’ouvrage de P. Redondi à celui de l’in-folio du jésuite Grégoire de Saint-Vincent, Problema austriacum (1647), qui vise la quadrature du cercle, mais où, pour cette fin si vaine, l’auteur a été amené à de nombreuses vues et à des résultats remarquables qui devaient notamment être pris en compte, comme on le sait, par Pascal et Leibniz.

François Russo, s.j.

2.

L’auteur de ce livre suggestif était déjà connu comme découvreur de documents ignorés, historien des sciences et philosophe de l’analyse fine, il le sera désormais pour son talent d’écrivain et l’étendue de sa culture. C’est en quelques mois que, sur la piste ouverte par un texte tiré des Archives du Saint-Office, en juin 1982, il a construit cet ouvrage de 460 pages qui restitue avec art et références l’atmosphère hautement colorée de la société italienne et de l’Eglise romaine dans la décennie où se noue l’affaire Galilée.

Nul doute que le fait d’écrire dans sa langue maternelle a permis à Pietro Redondi de tenir le délai très court pour publier dans l’année où les manifestations diverses, suscitées par le 350e anniversaire du procès de Galilée, favorisaient l’attention, et il est clair qu’U a eu raison de compter avec ces circonstances. Le message de son livre a été mieux entendu et les critiques qu’il a soulevées en témoignent tout autant que les approbations.

Dans la perspective traditionnelle, admise par tous les commentateurs antagonistes, l’affaire Galilée est celle de la cosmologie nouvelle en butte à l’opposition de l’Eglise, et en attendant la publication intégrale des pièces du procès, annoncée par le Vatican, ce que l’on sait de ces pièces ne semble pas indiquer que le débat ait mis en jugement autre chose que la cosmologie et ce qu’elle implique, de près ou de loin. Aussi en révélant que par la publication du Saggiatore (1623) Galilée a été jugé suppôt d’hérésie pour de tout autres raisons que la cosmologie, P. Redondi introduit une donnée nouvelle, intéressante à coup sûr et qui heurte par sa nouveauté même.

Le texte découvert dans les Archives du Saint-Office par Redondi est incontestable, c’est une dénonciation : l’atomisme de Galilée ne fait aucun doute après le Saggiatore et cette philosophie est incompatible avec la doctrine de l’Eucharistie. P. Redondi s’efforce de démontrer que l’auteur de cet argument n’est autre que le jésuite Grassi — en controverse avec Galilée à propos des comètes — et prouve que l’écho de la dénonciation figure dans des ouvrages imprimés en 1626 et 1677. L’éloignement de ces deux dates est significatif : dans les collèges jésuites de Rome et de Florence un argument jusqu’ici inconnu, contre Galilée, a été utilisé durablement. Tels sont les faits indéniables.

P. Redondi a sans aucun doute été moins heureux dans sa quête d’indices qui permettraient d’assurer que le parti Grassi a joué un rôle occulte mais considérable dans l’organisation de la conduite du procès de 1633. Le procès n’a-t-il été qu’une façade ? Le dire constitue une extrapolation audacieuse mais outrancière dans l’état actuel de la documentation. Redondi s’est exposé ainsi à la critique. On peut se demander cependant si le fait d’aller aussi loin dans la conjecture n’était pas en définitive utile pour éviter que les faits ci-dessus mentionnés ne soient trop aisément renvoyés à classement.

La tentation de classer ne manque pas de motifs. Comment espérer après trois siècles et demi faire vraiment la preuve de manœuvres souterraines, lesquelles ne pouvaient en l’occurrence que viser un procès de tendance puisque Galilée n’a jamais rien exprimé au sujet de l’Eucharistie.

Pourtant P. Redondi a ouvert un chantier qui intéresse aussi bien les historiens des sciences que les théologiens. Car est-il bien vrai, d’abord, que l’atomisme de Galilée allait, comme l’affirmait le dénonciateur, jusqu’à concevoir que les particules et leur disposition dans une structure géométrique rendent compte de toute la nature et des propriétés physiques de telle ou telle matière ? Et n’était-ce pas le dénonciateur lui-même qui, paradoxalement, avait une vision prophétique de l’atomisme ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées, et il y en a d’autres pour les théologiens.

Une distinction importante a échappé à P. Redondi. Le dogme tridentin concerne, contre la Réforme protestante, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et la transsubstantiation n’est qu’une explication adjointe que le Concile de Trente a adoptée comme la plus apte, dans un scrutin tourmenté. La proposition d’une explication physique de la présence réelle s’est heurtée à une opposition, minoritaire mais vigoureuse, et il serait bien extraordinaire que cette opposition ait été sans lendemain. Sans aucun doute l’adoption du Canon a durablement réduit à la clandestinité toute expression contraire, et il y a encore trente ans ce n’est que dans un ouvrage hors commerce qu’un théologien jésuite pouvait reprendre les thèses qui auraient dû prémunir le Concile de Trente : celles de saint Bonaventure, que P. Redondi n’a rencontré que sur des questions mineures. Il semble cependant qu’aujourd’hui il devrait être possible d’en discuter ouvertement, et, si le débat concerne au premier chef la théologie catholique, il est évident que celle-ci aurait le plus grand intérêt à accepter un approfondissement de l’enquête historique.

Il y a en effet analogie indéniable entre les problèmes posés par le géocentrisme et la transsubstantiation. Dans les deux cas, c’est le rapport de la foi chrétienne avec le discours rationnel, informé par la philosophie et la science, qui est en cause. Si l’on se réjouit de trouver dans l’histoire motif de dégager la conscience religieuse de connexions étroites et indues, comme cela a lieu dans le premier cas, il importe dans le second cas de se demander si le même désengagement ne s’impose pas.

Dans le Saggiatore, le style du discours scientifique galiléen visant l’effet psychologique et artistique prend tout son éclat, au mépris de l’organisation logique — ce qui provoqua tellement l’irritation de Descartes. Syllogismes, apologues, citations littéraires, allusions personnelles, métaphores denses de tension poétique : un « entrelacement de fils » du discours, ainsi que le définissait Italo Calvino dans un séminaire tenu récemment à I’ehess sur « La métaphore et le récit chez Galilée ».

Les pamphlets et les dialogues de Galilée visent à convaincre le lecteur de la véracité des nouvelles conceptions du monde, mais aussi à éveiller en lui des sentiments nouveaux, peut-être encore imprécis, mais intenses. En le détournant de la mentalité érudite, du culte de l’autorité, ils visent à délivrer le lecteur de l’attitude d’esprit ancienne envers la nature et lui-même.

Cette volonté triomphe dans le Saggiatore sous les allures d’un manifeste intellectuel, mais aussi sous la forme littéraire baroque d’une parodie étincelante des commentaires scolastiques. C’est un pamphlet scientifique et philosophique irrévérencieux contre un adversaire masqué, qui n’était rien moins que le professeur de mathématiques du puissant Collège romain de la Compagnie de Jésus. S’il faut, certes, bien connaître les nuances de la langue toscane et les réminiscences de la littérature italienne de la Renaissance pour savourer et la beauté et la férocité de ce jeu littéraire émaillé de références et d’ironies, certains passages du livre — le Carnaval de Rome, l’apologue du chant de la cigale, la métaphore célèbre du livre de l’Univers — ont une force poétique et conceptuelle immédiate, universellement accessible qui s’est durablement maintenue jusqu’à aujourd’hui.

On ne connaît généralement du Saggiatore que ces quelques passages et les circonstances de la polémique sur les comètes qui suscitèrent cet ouvrage d’humeur et d’exception. Rares ont été, même chez les biographes et les’ commentateurs, ceux qui ont lu l’intégralité de ces 53 paragraphes contenant chacun une section de l’ouvrage cible (la Libra, à savoir à la fois la balance et la constellation de la Balance, de Sarsi, alias le P. Grassi, de 1619) et le commentaire galiléen correspondant. La polémique incessante, les discussions méticuleuses autour de micro-controverses souvent confuses sur des questions allant de l’observation télescopique, à la position et à la nature des comètes, des problèmes de la connaissance à ceux de la constitution de la matière, des ironies aux jeux de mots, font du Saggiatore un amalgame. S’il émerveillait les contemporains, habitués à la prolixité et à l’hétérogénéité des traités de controverses, aujourd’hui, au contraire, on a pris l’habitude de sélectionner. Malgré les mérites du style, en effet, la lecture continue d’un tel pamphlet paraît interminable.

Il faut donc saluer l’effort de Mme Chauviré qui nous livre ici pour la première fois une traduction intégrale du Saggiatore, avec une présentation historique et critique et une riche série de notes bibliographiques. Et il faut d’autant plus féliciter cet effort courageux et stimulant que les études galiléennes en France languissent, au point que même cette première traduction est restée si discrète qu’elle est passée pratiquement inaperçue. Mais l’initiative étant importante et bien conçue, il est souhaitable que cette édition soit davantage connue, peut-être par une réédition améliorée.

La traduction abandonne la structure originale qu’avait le livre, sous l’inspiration de l’édition Favaro {Opere, vol. VI, 19332), mais également d’après le critère adopté par S. Drake dans sa traduction américaine dans Controversy of Cornets of 1618 (Philadelphia Univ. Press, 1960), critère qui consiste à regrouper en tête d’ouvrage les sections de la Libra citées par Galilée. A vrai dire, ce critère ne se justifiait que dans le cas des exigences spéciales de l’édition Favaro. Il est par contre regrettable ici que le lecteur soit artificiellement obligé de réunir à nouveau les textes correspondants, par une consultation que l’absence d’un système de renvois rend encore plus pénible. La réédition italienne la plus récente et la plus rigoureuse donnée par Libero Sosio (Feltrinelli, Milan, 1965) qui reproduit la structure originale du pamphlet et son allure de commentaire telle que Galilée l’avait voulue, aurait pu servir avantageusement de modèle.

Il était difficile de rendre en français certaines caractéristiques du style du Saggiatore, ainsi que le titre — désignant à la fois un trébuchet et un essayeur (voir à ce sujet l’apostille de Galilée, Opere, vol. VI, p. 381) — le révèle à lui seul, et peut-être même impossible à certains endroits. Mais si des lacunes stylistiques étaient inévitables, des défauts philologiques qui touchent à des points délicats du vocabulaire philosophique pourront être facilement éliminés. Ainsi, quand il s’agit du célèbre credo gnoséologique et corpusculaire du 48e paragraphe, la traduction de primi acddenti par « qualités premières », de accidente par « qualité », de particelle minime par « particules infimes », de affezione par « sensation » (p. 242 s.) ne semble pas la plus heureuse.

La préface de Mme Chauviré présente sous un jour considérablement renouvelé la polémique très connue sur le problème des comètes. Car l’auteur a reconstitué pour la première fois le dossier de cette difficile énigme astronomique en remontant aux textes de Mástlin, Kepler et Tycho Brahé, ce qui lui permet de mesurer les dimensions historiques réelles de l’erreur de la thèse défendue dans le Saggiatore et de légitimer ensuite l’analyse critique du problème des raisons profondes d’une telle thèse erronée.

Hors de toute tentation hagiographique, comme celle qui fait encore dire à des commentateurs que, malgré tout, Galilée avait peut-être eu moins tort que son adversaire ou, au plus, tout aussi tort que lui, l’auteur fait preuve d’une sensibilité critique avisée en reconnaissant les causes implicites du conservatisme du Saggiatore en matière d’astronomie comé- taire. Son explication rejoint d’une manière très persuasive celle déjà avancée par William Shea dans The Galileo’s Intellectual Revolution (mais que l’auteur ne semble pas connaître), à savoir l’hypothèse que Galilée devait tenir pour irrecevable a priori la théorie tychonienne des comètes ayant des orbites abstruses pour maintenir le dogme copernicien des mouvements circulaires et uniformes du ciel- Mais si pour l’épistémologue « le problème essentiel de l’Essayeur » est celui « du choix motivé — et sans doute rationnel — d’une théorie des comètes étrangement fausse et rétrograde » (p. 15), on s’attendrait à voir poursuivre jusqu’au bout la question du comportement méthodologique rationnellement assumé par Galilée pour sauver l’intégralité de la doctrine copernicienne de toute invalidation possible, de toute menace à venir.

L’auteur préfère aborder une autre question : « En quoi, apportant une réponse fausse et rétrograde au problème des comètes, l’Essayeur a-t-il pu contribuer efficacement à l’avènement de la science classique ? » (p. 27). Ce ne sera point sur le terrain de la physique qui occupe pourtant tellement de pages du livre. Car le Saggiatore est encore affecté par le concept à l’impetus et surtout par celui d’atome « que Galilée exclura par la suite de son vocabulaire », ces atomes démocritéens, ces « fragments de matière physiquement indivisible qui ne préfigurent que d’assez loin , les indivisibles des Discorsi, qui ne sont indivisibles que géométriquement » (p. 33). Pas plus que l’atomisme, la distinction entre « qualités premières et qualités secondes n’est d’ailleurs philosophique que dans une certaine mesure » (p. 34) ; ainsi la métaphore du livre de l’Univers ne saurait être platonicienne.

En dépit de réponses originales fournies à la physique par ce texte de polémique et en attendant les Discorsi, « c’est bien sur le terrain de la philosophie que l’Essayeur compense ce qu’il perd du côté de l’histoire des sciences » (p. 35). Soumission du réel à la raison mathématique, critique de l’autorité et de la perception brute, dénonciation de l’aristoté- lisme, idée de refonte et de remise en question du savoir. Par ce riche apport philosophique, le Saggiatore apparaît comme le reflet d’une lutte perpétuelle entre les obstacles d’un passé périmé et la nouvelle représentation mathématique qui se fait jour.

Un bilan aussi satisfaisant, pour l’histoire récurrente du « paradoxe » du Saggiatore suscite inévitablement des curiosités pour le cadrage et les détails. Une première curiosité est légitimée par une courte note (p. 56) où l’auteur nous dit rapidement que Galilée voudra par la suite éviter prudemment le terme « atome » pour ne pas tomber dans l’accusation de matérialisme. Evidemment, s’il en est ainsi, la question de l’échec de l’atomisme changerait considérablement, car il s’agirait davantage d’une menace externe, que d’un obstacle interne. Et deuxièmement, pour bien saisir le lien entre « le vrai et le faux » noués dans leur contexte historique précis, ainsi que l’auteur le fait, ne fallait-il pas laisser aussi le droit de réponse au protagoniste direct du Saggiatore, à savoir ce malchanceux adversaire jésuite du Collège romain ? En 1626, il publiera sa réponse, la Ratio ponderum Librae et Simbellae, dûment lue et annotée par Galilée sur le ton le plus injurieux. Mais, comme dans presque toute la tradition critique du Saggiatore, cette dernière pièce de la polémique n’a droit qu’à une citation fugitive.

Galilée ne cesse de persuader ses lecteurs que l’adversaire était, de toute manière, dépourvu de tout argument digne de foi.

Voir enfin:

Rodney Stark et la sociologie religieuse américaine

Une stimulation pour la recherche historique européenne
Rodney Stark and the American religious sociology, A stimulation for the European history research
Frédéric Schwindt
Revue de l’histoire des religions

La réélection de George W. Bush, le développement des courants évangéliques à l’échelle mondiale, les succès d’éditions d’ouvrages sur Billy Graham ou la Bible Belt (voir la traduction de Au pays de Dieu de Douglas Kennedy1), mais aussi en France la question du culte musulman, du voile, de la réforme de la loi de 1905 (après celle jadis avortée de la loi Falloux) accompagnent le retour de Dieu comme thème politique, littéraire ou journalistique. Le sujet tend à devenir un véritable marronnier. En nous limitant seulement à l’hexagone, pas un jour en effet sans que ne soit annoncé un dossier dans un mensuel. Les auteurs les plus en vue, les académiciens, Jean-Marie Rouart2 en premier lieu, donnent le ton. En trois ou quatre ans, plus d’une dizaine de revues ont été lancées, la plupart pour le grand public. À l’exemple du journal Le Monde, avec Le Monde des Religions, certains quotidiens n’hésitent plus à publier une version dérivée. Il y a quelques années, leurs dirigeants auraient eu peur de prendre un tel risque financier, mais aujourd’hui l’opération est devenue très profitable. Enfin, les hommes politiques commencent à se mêler à la discussion suite à l’exemple donné par Nicolas Sarkozy3. Ce début du xxie siècle connaîtrait-il, comme la fin du xixe, une crise de conscience qui avait vu Paul Claudel, derrière son pilier de Notre-Dame, et toute une génération se convertir, de Péguy à Ernest Psichari et de Joris-Karl Huysmans ou Maritain à Jacques Rivière ? Régis Debray ne théorise plus le Foco, le foyer d’insurrection guevariste, mais il accumule les analyses érudites du fait religieux4. Mieux, dans la préface d’un de ses ouvrages, le romancier, historien et ancien ministre Max Gallo raconte son retour à la foi à l’occasion du baptême du fils du précédent 5. On se croirait revenu à la vague de la fin du xixe siècle mentionnée ci-dessus6. On s’interroge, on se félicite ou on s’inquiète sans toujours se rendre compte que ce « revival » avait été annoncé par certains scientifiques alors même que la plupart des spécialistes glosaient sur la « sécularisation » des sociétés modernes. La mort de Dieu avait peut-être été trop vite présentée comme acquise7. En tout état de cause, le sujet est aujourd’hui âprement disputé.

  • 8 Alan Wolfe, The transformation of American Religion: How We Actually Live Our Faith, Chicago, Unive (…)

2Le sociologue Alan Wolfe (Boisi Center for Religion and American Public Life du Boston College) nous décrit une Amérique modérée et en voie de sécularisation, bien loin de l’image renvoyée par les médias ou la personne du président des États-Unis8. Il insiste notamment sur les progrès de l’incroyance ou sur le fait que près des deux tiers des Américains sont incapables de réciter cinq des dix commandements. Il est en effet aujourd’hui possible, aux États-Unis, d’assumer publiquement son incroyance (peut-être parce que cela engendre une « tension » valorisante entre l’incroyant et la société ambiante). Même dans les milieux conservateurs, la religion est du reste de plus en plus conçue sur un mode individuel, une sorte de thérapie ou un outil de réalisation personnelle.

  • 9 Rodney Stark, « Secularization: The Myth of Religious Decline », Fides et Historia 385, 1999, p. 28 (…)
  • 10 Rodney Stark, Exploring the Religious Life, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004.

3Tout aussi critique que lui, Rodney Stark présente une vision complètement inverse, rétive à l’idée de sécularisation et qui insiste sur le temps long9. Au cours des ans, il est devenu l’un des plus importants auteurs anglo-saxons en sociologie et en histoire comparée des religions, ainsi que le chef de le d’une importante école. Il y a peu, il revenait sur une carrière de plus de quarante ans en faisant le bilan de ses recherches dans Exploring the Religious Life10.

  • 11 Rodney Stark & Massimo Introvigne, Dio è Tornato – Indagine sulla rivincita delle religioni in Occi (…)
  • 12 Rodney Stark, One True God: Historical Consequences of Monotheisms, Princeton, Princeton University (…)

4Abondement cité ou combattu au Québec, aux Pays-Bas, en Belgique ou en Suisse – il vient de publier un livre avec Massimo Introvigne en Italie11 – il demeure pourtant largement ignoré en France (même si le dernier rapport parlementaire sur les sectes mentionne ses travaux). Cette méconnaissance sera peut-être palliée par la traduction prochaine d’un de ses ouvrages en français12. La répugnance de la recherche française à son endroit provient surtout de ce que Rodney Stark est le vulgarisateur de deux importantes théories venues des sciences économiques et appliquées par lui et ses élèves à l’étude de la religion. Il utilise en effet largement la théorie du choix rationnel et de l’économie de l’offre, alors que l’Europe et la France demeurent attachées au dogme de la sécularisation irrémédiable des sociétés modernes, mariées à l’irrationalité des comportements religieux.

Rodney Stark

  • 13 Rodney Stark, The Rise of Christianity: A sociologist reconsiders History, Princeton, Princeton Uni (…)
  • 14 Version numérique accessible sur : http://www.religjournal.com
  • 15 Aujourd’hui professeur de sociologie à l’université d’Etat de Pennsylvanie. Pour une bibliographie (…)
  • 16 Rodney Stark, « A Note on the Reliability of Historical U.S. Census Data on Religion », Sociologica (…)
  • 17 Rodney Stark, The Victory of Reason: How Christianity Led to Freedom, Capitalism, And Western Succe (…)
  • 18 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith – Explaining the human face of Religion, Berkeley – Los An (…)

5Né en 1931, ancien journaliste et correspondant de guerre, chercheur à Berkeley où il soutint sa thèse en 1971, Rodney Stark fut professeur de sociologie et de religions comparées à l’université de Washington à Seattle jusqu’en 2004. Il a depuis accepté un poste de professeur de sciences sociales à l’université Baylor du Texas où vient de se créer un très important centre pluridisciplinaire voué à l’étude des religions. Il y retrouve deux de ses élèves, le sociologue Christophe Bader et l’historien Paul Froese (spécialiste des religions dans l’ancien empire soviétique). Président de l’Association pour la sociologie des religions dans les années 1980, puis chef du département des religions à l’Association américaine de sociologie en 1996-1997, Rodney Stark a obtenu de nombreux prix scientifiques et a été nominé au Pulitzer pour son maître ouvrage sur le développement du christianisme dans l’Empire romain13. Il a également fondé l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion14. Il est l’auteur de plus de 150 articles et de 28 livres, traduits dans de nombreuses langues, la plupart en collaboration avec ses élèves, en premier lieu avec Roger Finke, son ancien assistant de Seattle15. Ses préoccupations vont en alternance vers les travaux empiriques et vers de vastes synthèses. Il a ainsi « inventé » une source tout à fait nouvelle pour étudier la question religieuse aux États-Unis depuis l’époque coloniale16 et développé une vieille intuition de Durkheim consistant à rapprocher taux de suicides et foi. Mais Rodney Stark s’est aussi intéressé au monothéisme et il a cherché à dépasser l’idée de Max Weber sur la liaison religion-capitalisme en étendant le propos à l’idée de progrès et aux raisons du succès de l’Occident17. Il est en effet l’un des rares aujourd’hui à tenter de dépasser les enquêtes fragmentaires sur tel ou tel culte, telle ou telle époque et tel ou tel espace géographique au profit d’une vue globale du phénomène religieux18.

L’ancien paradigme : le dogme de la sécularisation

  • 19 Rodney Stark, The Victory of Reason, op. cit.
  • 20 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 52-53.

6Religion et modernité ne feraient pas bon ménage. Dans un ouvrage récent, Rodney Stark a largement contredit cette affirmation19. En effet, le sociologue aime prendre les problèmes à rebours et casser les certitudes. Il y a quelques années, il a ainsi conduit, avec d’autres, une étude sur les convictions religieuses des universitaires américains en partant du présupposé classique que les spécialistes des sciences dures devraient être les plus détachés de la foi, en tout cas les plus sceptiques. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir chez les mathématiciens et les physiciens le plus fort taux d’adhésion (plus que chez certains membres des départements de théologie) et que ce taux décroissait régulièrement vers les spécialités de sciences humaines ou de littérature20 ! Donc l’opposition entre science et foi n’est peut-être pas aussi tranchée que cela.

7Encore faudrait-il examiner les concepts qui ont servi de fondements à cette théorie. Le progrès technique, l’élévation du niveau de vie, le passage des sociétés holistes aux sociétés individualistes, le développement de la démocratie et du libéralisme entraîneraient irrémédiablement un déclin des religions (il faudrait d’ailleurs distinguer religions et sentiment religieux, ce qui n’est pas exactement la même chose). Or, ceci n’est pas une démonstration scientifique mais la simple généralisation de l’expérience vécue par l’Europe depuis les Lumières puis la Révolution industrielle (quoique les historiens remettent aujourd’hui en cause l’idée d’une adhésion unanime des habitants sous l’Ancien Régime). Mais la sécularisation est maintenant présentée comme un dogme, une évolution obligatoire et inévitable, un modèle universel. Dans la ligne droite de Voltaire, le propos historique ou sociologique est fréquemment contaminé par des jugements de valeur : la sécularisation serait liée au progrès et au bien, la religion à l’obscurantisme supposé des siècles passés. N’était-ce pas l’opium du peuple ?

8La réflexion sur ces problèmes est biaisée par des considérations politiques, que ce soit aux États-Unis par la montée en puissance de la droite fondamentaliste, observée depuis les années 1980, ou en France par la question de la laïcité. Pour prendre un exemple dans l’actualité, afin de montrer que ce débat ne concerne pas que les spécialistes, la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne comporte en elle-même une croyance liée à la théorie de la sécularisation. La croissance économique qui suivrait cette adhésion, le développement des classes moyennes et le progrès de la démocratie permettraient d’y réduire l’influence sociale de l’Islam. On ne fait hélas pas attention au fait que, depuis vingt ans, le taux de croissance moyen de la Turquie est le double de celui de l’Europe de l’Ouest et que cela n’a en rien freiné le développement du fondamentalisme. Pour la Turquie, ce raisonnement sous-estime l’impact de groupes religieux d’origine chiite, comme les Alévis, qui sont des facteurs de stabilité et de progrès (par la valorisation du statut de la femme, de l’éducation ou de la liberté individuelle). Il y a donc là le risque d’un raisonnement circulaire : si les choses se sont déroulées apparemment comme cela, c’est qu’elles ne pouvaient que se passer comme cela. D’où des annonces prophétiques, il y a une trentaine d’années, qui promettaient la disparition des religions, d’abord en Europe puis aux États-Unis avant le début du xxie siècle.

  • 21 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy: Exploring European (…)

9Or, les travaux les plus récents montrent le retour des croyances même au sein de la vieille Europe. Rodney Stark et Massimo Introvigne peuvent même parler d’un « revival » italien à l’œuvre depuis le début des années 198021. La croyance en l’existence de l’âme a augmenté de 10 %, celle en la vie après la mort ou aux enfers de 15 % (25 % pour les seuls 18-29 ans). Chez les jeunes, l’idée que Dieu n’est pas important dans la vie est même passée de 19 % en 1981 à seulement 8 % en 1999. On note également un retour en grâce de la prière. L’actualité tend donc à détruire le caractère inéluctable de la sécularisation.

  • 22 Alberto Fukuyama, End of History and the Last Man, Free Press, 2006 (dernière édition en date).
  • 23 Jean-Pierre Bastian, Protestantisme en Amérique latine – Une approche socio-économique, Genève, Lab (…)

10En y pensant bien, la théorie de la sécularisation liée à l’idée de progrès est éminemment religieuse. Monisme axiologique, elle conduit en ligne droite d’un point A à un point B fixé d’avance. Que l’on appelle cela bonheur, société parfaite, parousie et jugement dernier ou même fin de l’Histoire dans la perspective d’Alberto Fukuyama (soit l’établissement général de la démocratie et de la société libérale)22, voire même Révolution (Marx reprend le même schéma linéaire), les différences sont faibles. Auguste Comte, dans sa théorie des trois états, posait déjà les bases d’un tel schéma : état magique, état théologique et état positif. N’oublions cependant pas qu’il affectait une « race » à chaque étape et bien sûr que seule la race blanche atteignait le stade scientifique dans son modèle. Il n’est donc pas inutile d’examiner l’origine et les fondements des concepts que nous utilisons couramment pour débattre, parfois sans y faire attention. C’est d’ailleurs le piège dans lequel tombent de nombreux historiens qui reprennent à leur compte des notions issues des sciences sociales (pas toujours en l’avouant d’ailleurs dans leurs notes) sans s’interroger sur le contexte dans lequel ils ont été conçus. Dans la lignée de la théorie de la sécularisation, la crise de l’Église catholique, la chute de la pratique avec celle des ordinations dans le monde occidental sont généralement analysées comme la conséquence d’une inadéquation à la société moderne. La seule réponse possible consisterait en une série d’aggiornamento remettant en cause le gouvernement monarchique de l’Église, sa structure centralisée, son dogme, sa morale, etc. Or, depuis Vatican II, l’influence du catholicisme continue de diminuer en Europe. Les pays du Sud occupent un poids de plus en plus important, en Amérique latine notamment. Mais même là, le catholicisme est de plus en plus concurrencé par les Églises évangéliques ou les cultes syncrétiques. Or, il apparaît que ces religions nouvelles se développent parce qu’elles remplissent des fonctions que le catholicisme a abandonnées, notamment dans le domaine de l’organisation de la communauté d’habitant ou de la circulation des ressources23. Rodney Stark avance donc l’idée hérétique que le Concile et la volonté d’adapter le catholicisme au siècle n’ont pas freiné le mouvement, mais l’ont au contraire accéléré en réduisant la tension (nous reviendrons plus tard sur cette idée) entre l’Église et le monde.

Une théorie globale du religieux

11Dans Act of Faith – Explaining the Human Side of Religion, paru en 2000, Rodney Stark et Roger Finke reviennent sur trente ans de travaux empiriques et d’études de terrain afin de fournir un modèle en 32 définitions et 99 propositions. Pour eux, la religion s’explique d’abord et en priorité au niveau de l’individu. Ils s’attachent donc à décrire les micro-fondements de la religion, les choix effectués par les fidèles (autour des notions de con version et surtout de réaffiliation), ainsi que la dynamique des groupes.

Le choix rationnel

  • 24 Pascal Boyer, Religion Explained, New York, 2001 ; « De la Religion aux neurones – D’où viennent le (…)

12La recherche partait autrefois (et encore souvent aujourd’hui) du principe que le sentiment religieux est quelque chose de mystérieux, donc d’incompréhensible, et qu’il n’est pas nécessaire, voire impossible, de l’étudier sur le fond. Il appartient au domaine de l’irrationnel et ne relève donc pas de la science qui doit seulement s’intéresser aux structures, aux gestes et aux comportements. À l’inverse, la neurobiologie et les sciences cognitives tendent aujourd’hui à identifier dans le fonctionnement du cerveau une prédisposition à la religion24. Si l’explication se veut rationnelle, elle tend à évacuer le rôle du sujet. En effet, même si elle n’explique que les fondements généraux de la croyance, laissant aux sociétés humaines et à l’histoire culturelle la liberté de faire évoluer les formes de la religion, l’individu reste en quelque sorte victime de son cerveau modelé par des millénaires d’évolution.

  • 25 Laurence R. Iannacone, Rodney Stark & Roger Finke, « Rationality and the Religious Mind », Economic (…)

13Rodney Stark et son école s’appuient au contraire sur l’idée que le croyant agit – le citoyen romain, le paysan européen de l’époque moderne, le bourgeois capitaliste du XVIIIe siècle, comme le pasteur baptiste d’aujourd’hui – d’une manière tout à fait raisonnable et que son adhésion, ainsi que ses choix, sont dictés par tout un processus de réflexion et l’espoir d’un retour. Ceci implique un calcul individuel, personnel afin de maximiser ce retour par rapport aux efforts nécessités par l’acte de foi (c’est ce qu’on appelle en économie un coût). Bien sûr, ce retour est attendu dans un autre monde, mais pas seulement. Le sociologue de l’université Baylor applique donc à l’étude de la religion la notion de choix rationnel conçue par les sciences économiques25.

  • 26 Gérald Bronner est maître de conférence en sociologie à l’université de Nancy II et il cherche à ex (…)
  • 27 Raymond Boudon, « Toward a Synthetic Theory of Rationality », International Studies of Philosophy o (…)
  • 28 Giovanni Levi, Le pouvoir au village – Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Par (…)
  • 29 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 277.
  • 30 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi – Confréries et société dans l’ouest de l’espace lorrain (…)

14La théorie selon laquelle les croyances reposent sur des choix rationnels tend aujourd’hui à se répandre chez les sociologues, moins chez les historiens. En France, les travaux de Gérald Bronner26 et bien sûr ceux de Raymond Boudon27 vont dans ce sens. Dans Le pouvoir au village, son maître ouvrage où il réalise la biographie d’un exorciste du xviie siècle28, le spécialiste de la microstoria Giovanni Levi avance l’hypothèse de l’existence d’une rationalité restreinte. Les philosophes et les sociologues sont eux aussi de plus en plus nombreux à parler de cette rationalité limitée ou subjective. Selon l’historien italien, les croyances et l’irrationalité apparente seraient un moyen de se projeter dans le futur et de planifier un avenir incertain, du moins dans l’environnement mental qui est celui des habitants. Or, il s’agit presque exactement de la définition donnée par Rodney Stark et Roger Finke : “Within the limits of their information and understanding, restricted by avaible options, guided by their preferences and tastes, humans attempt to make rational choices.29” Nous-même avons remarqué que les croyances et les diverses pratiques proposées par la religion permettaient de maintenir l’unité du groupe et de mobiliser la communauté d’habitants vers des actions collectives destinées à assurer la survie, tout en permettant à chaque individu d’y trouver son compte30.

La notion de tension

  • 31 W.S. Bainbridge & Rodney Stark, « Sectarian tension », Review of Religious Research 22, 1980, p. 10 (…)

15Les conceptions de Rodney Stark et de son école reposent également sur la notion de « tension » qui a largement occupé le sociologue au cours des années 1960 et 197031. Un groupe religieux progresse lorsque son mode de vie et les choix moraux qu’il enjoint à ses fidèles s’écartent de la norme acceptée par la société du temps. Sinon, on ne peut expliquer, après 1776, le lent déclin de la Main Line, le groupe de congrégations protestantes (épiscopaliens, congré-gationalistes, presbytériens…) qui dominait la société coloniale nord-américaine, au profit de confessions nouvelles, alors moins politiquement correctes dans leurs pratiques. Les Églises établies critiquent en effet fortement la pastorale des méthodistes et des baptistes, leurs pasteurs non-professionnels ou leurs prédicateurs itinérants, les célèbres circuit-riders dont Francis Ashbury (1745-1816) fut un des modèles. Sont donc visés pêle-mêle les tournées de prédication, les camps d’été où les fidèles se retrouvent, ainsi que le système des free churches. Les sermons prêchés sur un mode dynamique et passionnel par des pasteurs non gradués en théologie apparaissent surtout incorrects et scandaleux au clergé traditionnel de la côte Est.

16Or, lorsque ces nouvelles congrégations se stabilisent et adoptent le mode de fonctionnement des premières (méthodistes et baptistes du Nord à partir de 1850), elles entament leur propre décadence.

17Rodney Stark démontre ainsi, mais il ne fait en cela que suivre l’enseignement de Max Weber, que la secte des témoins de Jéhovah est entrée sur la voie de l’assimilation car une partie d’elle-même commence à transiger avec le monde, en acceptant par exemple la transfusion sanguine. À mesure qu’elle passe du rang de secte (au sens weberien) à celui d’Église, elle perd par contrecoup une part de son pouvoir d’attraction.

18Tout l’intérêt de la notion de tension est qu’elle donne du poids au choix rationnel du croyant en accordant un prix à l’engagement. Choisir telle ou telle confession, mais aussi en changer n’est pas anodin en termes de coût personnel et de capital social (autre notion importante trop ignorée des historiens). Un vieux proverbe communiste, transférable ici, ne disait-il pas que plus on donne de travail à un militant et plus cela lui coûte d’efforts, d’abnégation et d’épreuves (prisons, coups, regard des autres et rejet de la part de la société), plus l’individu demeure attaché au Parti et aux liens qui le relient aux autres adhérents. Les nouveaux convertis iraient donc en priorité vers des cultes à la forte visibilité sociale, ceux dont les exigences sont suffisamment fortes pour les mettre en situation de rupture avec la société ambiante, voire avec leurs propres familles. Ainsi, on note depuis vingt ans une augmentation régulière des conversions d’Américains au judaïsme. Les raisons en sont multiples, mais les efforts demandés ne sont pas sans lien avec l’intérêt de la conversion.

  • 32 Rodney Stark & Reid L. Neilson (Ed.), The Rise of Mormonism, New York, Columbia University Press, 2 (…)

19Notre regard s’est peut-être donc trop attardé sur la religion à la carte et les cultes peu exigeants qui facilitent le zapping et le turn over des fidèles, un mot qui d’ailleurs n’a plus de sens au sein de ces organisations. Ceux-ci auraient caché les vrais mouvements de fond dont on voit seulement maintenant émerger quelques parties, en particulier la face fondamentaliste à rebours de la prétendue sécularisation. Toute une relecture de l’histoire des Mormons, dont Rodney Stark est aussi l’un des spécialistes32, est en train d’être faite à partir de la notion de tension. On pourrait également appliquer le même raisonnement à l’Islam européen et aux nouveaux musulmans, non pas issus de l’immigration, mais des familles de souche. Ceux-ci se montrent en effet souvent « plus royalistes que le roi ».

20C’est donc moins dans le contexte, même si les tenants de la théorie du marché religieux ne l’évacuent jamais, que dans l’économie interne des mouvements qu’il faut chercher les clefs de leurs succès ou de leur déclin.

Un grand livre d’histoire écrit par deux sociologues : The Churching of America – 1776-2005

  • 33 Rodney Stark & Roger Finke, The churching of America – 1776-2005 – Winners and losers in our religi (…)
  • 34 Jeu de mots sur le sens originel qui signifie « relevailles » et l’idée d’encadrement croissant de (…)

21Le plus grand apport du maître ouvrage que Rodney Stark et son élève Roger Finke ont consacré à l’histoire des Églises américaines depuis 177633, est de casser le double mythe du May Flowers et de la Petite maison dans la prairie. Contrairement aux idées reçues, l’Amérique des Pères fondateurs n’était pas une nouvelle Jérusalem constituée de puritains soucieux de construire la cité de Dieu sur terre. Cette vision est une reconstruction a posteriori à laquelle les historiens américains classiques ont donné crédit. Au moment de la guerre d’Indépendance, seulement 17 % des habitants des États-Unis reconnaissaient appartenir à une Église et ce taux, qui a peiné à monter à un tiers de la population après 1800, demeura stable malgré l’immigration dans la deuxième moitié du xixe siècle. La critique rétorquera que croire et adhérer à une Église sont deux choses différentes. C’est pourtant le même argument que celui que l’on oppose aujourd’hui, en Europe, aux partisans de la sécularisation lorsque l’on compare le déclin des cultes organisés, celui des Églises officielles, et le maintien de certaines croyances révélé par les études d’opinion. Tardivement, à partir de 1890, l’Amérique aborde une nouvelle étape de son histoire religieuse avec la croissance régulière et durable de son taux d’encadrement des fidèles, d’où le titre du livre des deux sociologues et l’utilisation du mot churching34. Ce taux passe de 41 % en 1906 à 59 % en 1952 et presque 70 % aujourd’hui avec le phénomène très médiatisé des born again (en raison notamment de la personne du président des États-Unis) qui constitueraient près du tiers des fidèles américains. L’analyse donnée par les deux sociologues a pour nous le grand avantage de replacer les réalités actuelles au sein d’une longue histoire et de montrer sur quoi elles s’appuient.

  • 35 Andrew Greeley, « Ethnic Variations in Religious Commitment » in Robert Wuthnow (Ed.), The Religiou (…)

22Les auteurs prouvent surtout que les réussites ou les échecs des différentes Églises ne sont pas seulement le produit de l’immigration, beaucoup de nouveaux Américains étant au départ détachés de la religion ou bien rompant avec leurs origines. Plus du tiers des immigrants catholiques d’origine européenne ne demeurent ainsi pas fidèles à leur culte maternel. Stark et Finke, à la suite d’Andrew Greeley, montrent également que nombre d’Irlandais venus en Amérique n’étaient pas des catholiques, mais des protestants émigrés des comtés d’Hulster35. D’ailleurs, les deux phénomènes s’additionnant, la majorité des descendants d’Irlandais (mais aussi de Français) qui vivent aujourd’hui aux États-Unis sont protestants. Cette approche s’oppose donc aux idées toutes faites sur les causes du succès catholique aux États-Unis car beaucoup de catholiques actuels, notamment dans le Middle West, ne sont pas des fidèles de souche de l’obédience romaine mais des descendants de protestants. Au bon moment, dans la seconde moitié du xixe siècle, et alors même que la dynamique méthodiste commençait à retomber, l’Église catholique a su faire évoluer son organisation et sa pastorale au contact des mouvements évangéliques en imitant ce qui permettait à ceux-ci de réussir. Ainsi, le père Francis Xavier Wenniger (1805-1888) adopta pratiquement l’existence et les manières de prêcher d’un circuit-rider méthodiste. Active dans la compétition, elle put reprendre à son compte une part appréciable du marché religieux.

23Pour ce qui est des cultes protestants, il est intéressant de noter que les Églises qui se développèrent le plus sont à la fois celles pour lesquelles la rigidité du dogme est importante et celles chez qui demeure l’image d’un Dieu fort. Nous sommes loin des Unitariens qui n’obligent pas même à croire en Dieu. Elles sont les moins centralisées et elles détiennent le clergé le moins bien formé (souvent rien d’autre que l’école primaire) et le moins bien payé (d’où l’obligation d’avoir un emploi). Moins une Église est instituée, plus elle réussit. Et lorsque l’une d’entre-elles négocie avec le siècle, décide d’élever le niveau d’éducation de ses pasteurs, notamment en théologie, en créant lycées, séminaires, et universités, de construire des chapelles fixes et de les fédérer, elle commence à perdre de l’influence. Ainsi s’expliquent, à la n du xviiie ou dans la première moitié du xixe siècle, les progrès du Méthodisme aux dépens de la Main Line, le groupe d’Églises officielles, puis ensuite la montée en puissance des Baptistes. Ceux du Sud progressent beaucoup plus que ceux du Nord, qui ont adopté le mode de fonctionnement dominant et lorsque les Églises méthodistes renoncent à ce qui avait fait leur succès depuis l’époque du Grand Réveil, ils deviennent la première dénomination religieuse aux États-Unis.

L’économie religieuse et la théorie de l’offre

  • 36 Chao Hsing-Kuang, « The Converts in Taiwanese Immigrant Church », Soochow Journal of Sociology 9, M (…)

24Les croyances seraient moins importantes que les organisations, la sociabilité et les phénomènes de groupe qui conduisent les fidèles vers certains cultes et non vers d’autres. C’est pourquoi les enquêtes s’orientent de plus en plus vers l’analyse des phénomènes sectaires. Le sociologue Chao Hsing-Kuang a ainsi démontré que les conversions d’immigrés chinois en faveur d’un groupe sectaire protestant de San Francisco étaient guidées par une revue, mais que ce n’était pas les articles de fond, le dogme et les croyances, mais les petites annonces annexées au journal qui servaient de support à la création de réseaux de soutien mutuel préalables au changement religieux36.

  • 37 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit. Archives départementales de la Meuse 616 PER.

25Au début du xxe siècle, le diocèse de Verdun, dans l’Est de la France, tente une relance organisée de la sorte37. Un journal mensuel, l’Etincelle, tiré à 20 000 exemplaires, sert à faire circuler l’information et à créer des liens entre 360 associations du Sacré-Cœur réparties dans les 550 paroisses. Les confréries regroupent environ 30 000 membres, ce qui est énorme pour un département de moins de 300 000 âmes. L’élite du mouvement est formée de zélatrices qui, comme les Témoins de Jéhovah, livrent la revue aux membres et font la tournée du village pour trouver de nouveaux membres. Le journal donne en exemple les meilleurs prosélytes et propose un service de petites annonces qui permet d’assurer une multitude de services. Par ce moyen, l’Église catholique, loin d’être victime de la loi de Séparation, passe à l’offensive grâce à une stratégie qui lui apporte un sérieux atout « commercial ».

  • 38 Laurence R. Iannacone, « Religious Participation: A Human Capital Approach », Journal for the Scien (…)

26Rodney Stark et ses collègues appliquent donc à la religion le concept d’économie religieuse parfois décliné sur le mode de la théorie de l’offre. C’est une théorie issue directement des sciences économiques, qui s’appuie tout naturellement sur les notions de choix rationnel et de coût présentées plus haut, mais aussi de compétition. Dans cette démarche, le sociologue de l’université Baylor a retrouvé l’économiste californien Laurence R. Iannacone, précurseur des recherches dans ce domaine38. Appeler une théorie « le marché de la religion » a suscité de nombreuses critiques, notamment celle de banaliser la foi en s’abaissant à l’étudier à l’aune de la concurrence. Bien sûr, ces critiques sont surtout venues de ceux qui pensaient que la religion est un fait irrationnel, un reste d’obscurantisme, voire même le symptôme d’une grave psychopathologie. Bien entendu, l’économie religieuse est bien plus subtile qu’une simple description des pratiques commerciales à l’œuvre au sein des Églises américaines, pratiques qui expliquent l’acceptation officielle de la Scientologie comme religion par l’État américain (avec les avantages sociaux afférents). Et puis le vocabulaire employé par Rodney Stark – qui aime provoquer – ne facilite pas toujours l’acceptation de ses idées. Ainsi utilise-t-il le terme de firm pour désigner les Églises en lutte les unes contre les autres pour la captation d’un segment du marché de la religion.

  • 39 Conversion : changement au profit d’une religion issue d’un environnement socioculturel tout à fait (…)
  • 40 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy », op. cit.

27Ce qu’on appelle une économie religieuse, ce sont, au-delà des phénomènes financiers, les mécanismes matériels à l’œuvre dans le fonctionnement des religions ou à l’origine des conversions et des réaffilations 39 du fait même de l’existence d’un marché où les cultes se mesurent et se concurrencent. Ce modèle se décline en de nombreuses variantes selon que le marché est libre ou pas, régulé éventuellement par l’Etat ou par une Église officielle qui provoque une distorsion de concurrence, etc. Un marché libre et une forte concurrence, la liberté ou non de proposer une offre variée qui s’adapte aux besoins des consommateurs (c’est l’application littérale de la théorie de l’offre), le devoir même de s’adapter à la demande pour survivre expliqueraient un fort taux de pratique religieuse, ou tout au moins, d’adhésion aux Églises. C’est en tout cas grâce à ce modèle que Rodney Stark et Massimo Introvigne expliquent le revival religieux italien récent40.

  • 41 Fenggang Yang, « The Red, Black and Gray Markets of Religion in China », Paper presented at the Ann (…)

28Certains apportent pour preuve de l’inanité de ces théories le cas des États musulmans qui possèdent une religion d’État, donc un marché non libre, et un fort taux de pratique religieuse. Reprenant à notre compte le dogme de la sécularisation, nous pourrions invoquer le fait que ces pays sont inégalement avancés dans le processus historique de détachement. Mais la chute importante de la fécondité dans plusieurs d’entre eux, récemment entrés dans la transition démographique, nous en apprend bien plus sur la perte d’audience de la religion officielle que le discours sur le statut de la femme. Ces États, même l’Arabie saoudite, font aujourd’hui face à une vague de conversion au christianisme qui les conduit à réactiver une législation punissant parfois de mort la « trahison » (Afghanistan). Même l’Algérie est en train de voter des lois pénalisant le prosélytisme et la conversion. Il est vrai que les troubles connus par ce pays et le problème des minorités, notamment la question kabyle, ont conduit le marché religieux à une dérégulation de fait. Depuis 1979, l’Iran des Mollahs lui-même n’est pas épargné par des conversions, certes cachées et peu nombreuses numériquement, mais symboliquement marquantes au profit du culte zoroastrien. La Chine Populaire possède également « un marché interdit ». Elle voit pourtant une progression sans précédent de l’affiliation aux Églises et à une multitude de sectes, justifiant l’invention par un chercheur de l’expression de « marché noir » de la religion 41.

Une source d’inspiration pour l’histoire religieuse européenne

  • 42 Hypothèse que nous défendons dans : Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit.

29La théorie de l’offre apporte une stimulation importante à l’étude de certains phénomènes historiques et pas seulement aux problèmes actuels. Les historiens du vieux continent tireraient d’ailleurs un grand profit du rapprochement des concepts, des méthodes et des conclusions de la sociologie américaine actuelle (notamment celles tirées de The Churching of America) avec ce que nous savons de la Réforme catholique des xviie et xviiie siècles ou bien des tentatives de reconquête religieuse du xixe siècle. En effet, la recherche a partiellement expliqué ces phénomènes par le développement des séminaires et donc d’un clergé séculier mieux formé. Mais la plupart des missionnaires et des simples prêtres de l’époque moderne n’avait pas encore bénéficié d’une telle formation. De même, après la Révolution, la France mit plusieurs décennies pour reconstituer son clergé paroissial. Avant que les séminaires ne fonctionnent de nouveau à plein, elle dut pallier les difficultés comme elle le pouv ait. Ainsi, Jean-Marie Vianney (1786-1859), le célèbre curé d’Ars qui attire les foules dans sa paroisse des Dombes, est entré dans les Ordres sur le tard parce qu’on jugeait son bagage intellectuel trop léger. Tant au xviiie qu’au xixe siècle, le début du détachement religieux paraît coïncider avec le moment où les séminaires fournissent des curés à la fois nombreux et au niveau d’éducation élevé. Paradoxe ? À l’aune de l’exemple américain, on peut légitimement se demander si l’élévation du niveau de formation des prêtres n’a pas contribué à une rigidification du clergé, un élément qui a pu provoquer ou accompagner le retrait des fidèles 42.

  • 43 Madeleine Foisil, Le Sire de Gouberville, Paris, Flammarion, 1986.

30Toute une relecture des origines de la Réforme, puis de son éclatement en courants divers, serait à faire autour des notions de choix, de demande et de concurrence. Si l’on n’ignore pas l’angoisse qui était celle des contemporains de Luther, si l’on connaît leur attente d’une religion plus attentive à leurs interrogations ou bien d’un clergé moins corrompu, on a trop insisté sur le rôle des grands réformateurs ou des princes. Sans aller plus avant dans le détail, le livre de raison de Gilles de Gouberville, un petit seigneur normand mort en 1578, nous montre un homme qui hésite entre la messe et le prêche et qui va donc aux deux, le temps de se faire un avis43. Certes, il s’agit d’un gentilhomme, mais l’homme du peuple était aussi capable de décider par lui-même.

31À l’inverse, on imagine fréquemment la Contre-réforme – la Réforme propre au catholicisme qui trouve sa source dans le Concile de Trente (1545-1563) – comme un phénomène massif, frontal et brutal d’acculturation religieuse, la volonté d’appliquer une norme unique à l’ensemble de la société chrétienne. Face à des populations soumises, au mieux passives, la Réforme tridentine aurait envoyé ses milices constituées par des Ordres religieux et monastiques nouveaux ou rénovés, prêts à obéir, à l’image des Jésuites, perinde ac cadaver. Mais, il n’y a jamais eu en fait de plan coordonné, ni de « complot jésuite ». Cette image est une création de la littérature du xixe siècle.

  • 44 La bibliographie devient très importante pour ce sujet. Un des grands apports de la recherche récen (…)

32En revanche, même un peu anarchique, la floraison religieuse des xvie et xviie siècles, et par bien des aspects encore celle du siècle des Lumières, est assimilable à une « relance par l’offre ». La fondation de centaines de couvents, la multiplication des formes de dévotion (Rosaire, Saint-Sacrement, plus tard le Sacré-Cœur…), la réaffirmation du culte des saints, des reliques et des images, la création de milliers de confréries44 ont permis une adaptation des décisions du Concile aux réalités locales et aux fidèles de réaliser de vrais choix parmi cette offre vaste.

  • 45 Par exemple, le public, loin d’être victime de la justice, sait très bien jouer des tribunaux et ef (…)

33Loin du village immobile, et pas seulement dans le domaine religieux, l’historiographie tend en effet aujourd’hui à réhabiliter les habitants qui ne demeurent pas passifs face à la modernité et à l’intrusion dans leur monde du pouvoir royal ou de la Réforme catholique45. La combinaison du choix rationnel et de la théorie de l’offre au sein du modèle de l’économie religieuse permet d’expliquer la complexité d’un mouvement comme la Réforme catholique en insistant sur la rencontre d’une volonté et du terrain. Mieux, la concurrence entre les maisons religieuses ou entre les réguliers et les séculiers, observée à l’échelle urbaine ou à l’occasion des missions, loin d’être la tare dénoncée à l’époque par les visiteurs, est l’une des clefs du système. Du fait de cette compétition, les religieux réalisent de véritables études de marché afin de saisir un segment de la population, donc du marché local, en cherchant un positionnement intéressant, en diversifiant leur offre ou en passant des accords avec d’autres couvents, parfois pour échanger un quartier, une chapelle ou une dévotion. Selon nous, ceci nous rapproche d’une économie religieuse telle qu’elle a été définie par Rodney.

34Stark et Laurence R. Iannacone. La concurrence et l’existence d’un marché ont même été une chance pour l’Église catholique, en tout cas l’une des causes de son succès qu’il nous faut à présent étudier puisque l’Histoire continue.

Notes

1 Douglas Kennedy, Au Pays de Dieu, Paris, Belfond, 2004.

2 Jean-Marie Rouart, Je crois parfois la nuit : Le Libertin chrétien, Desclée de Brouwer, 2004.

3 Nicolas Sarkozy, Thibaud Collin & Philippe Verdin, La République, les religions, l’espérance, Paris, Pocket, 2005.

4 Plus d’une dizaine d’ouvrages sur ce thème pour le président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions (Ecole Pratique des Hautes Études à Paris) dont : Régis Debray, Dieu, un itinéraire, Paris, Odile Jacob, 2001 ; L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque, Paris, Odile Jacob, 2002 ; Le Feu Sacré : Fonctions du Religieux, Paris, Gallimard, 2005.

5 Max Gallo, Les Chrétiens (Tome I : Martin, le manteau du soldat), Paris, Fayard, 2002, p. 11-22.

6 Comparaison des deux vagues dans : Frédéric Schwindt, « De Claudel à Max Gallo : le retour de Dieu ? », Le Géant – Revue du Centre Charles de Gaulle de Nancy, N° 2/2004, p. 5-6.

7 Voir à ce sujet l’évolution du sociologue américain Peter L. Berger : Peter L. Berger, La religion dans la conscience moderne – Essai d’analyse culturelle, Paris, Éditions du Centurion, 1971. Peter L. Berger (Ed.), Le réenchantement du monde, Paris, Bayard, 2001. On remarque que depuis une dizaine d’années, l’homme, défunt en 1968, revient également au centre des préoccupations des philosophes.

8 Alan Wolfe, The transformation of American Religion: How We Actually Live Our Faith, Chicago, University of Chicago Press, 2005. Sébastien Fath présente en revanche une vision beaucoup plus contrastée du président américain et de son entourage : Sébastien Fath, Dieu bénisse l’Amérique – La Religion de la Maison-Blanche, Paris, Seuil, 2004.

9 Rodney Stark, « Secularization: The Myth of Religious Decline », Fides et Historia 385, 1999, p. 286-307.

10 Rodney Stark, Exploring the Religious Life, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004.

11 Rodney Stark & Massimo Introvigne, Dio è Tornato – Indagine sulla rivincita delle religioni in Occidente (God is back: An Inquiry into the Revival of Religions in the West), Casale Montferrato, Piemme, 2003.

12 Rodney Stark, One True God: Historical Consequences of Monotheisms, Princeton, Princeton University Press, 2001 (traduction annoncée à Paris aux Éditions Noesis).

13 Rodney Stark, The Rise of Christianity: A sociologist reconsiders History, Princeton, Princeton University Press, 2001.

14 Version numérique accessible sur : http://www.religjournal.com

15 Aujourd’hui professeur de sociologie à l’université d’Etat de Pennsylvanie. Pour une bibliographie complète de Rodney Stark, voir le site de l’université Baylor : www.baylor.edu/sociology

16 Rodney Stark, « A Note on the Reliability of Historical U.S. Census Data on Religion », Sociological Analysis 52, 1992, p. 91-95.

17 Rodney Stark, The Victory of Reason: How Christianity Led to Freedom, Capitalism, And Western Success, Random House, 2005.

18 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith – Explaining the human face of Religion, Berkeley – Los Angeles – London, University of California Press, 2000.

19 Rodney Stark, The Victory of Reason, op. cit.

20 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 52-53.

21 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy: Exploring European Exceptionalism », Interdisciplary Journal of Research on Religion, volume 1, 2005, Article 5.

22 Alberto Fukuyama, End of History and the Last Man, Free Press, 2006 (dernière édition en date).

23 Jean-Pierre Bastian, Protestantisme en Amérique latine – Une approche socio-économique, Genève, Labor et Fides, 1994 ; « Amérique latine : la vague pentecôtiste », Sciences humaines Hors série N° 41/juin-août 2003, p. 42-44.

24 Pascal Boyer, Religion Explained, New York, 2001 ; « De la Religion aux neurones – D’où viennent le succès de certains concepts religieux ? », La Recherche Hors Série N° 14 Janvier-Mars 2004, p. 48-50.

25 Laurence R. Iannacone, Rodney Stark & Roger Finke, « Rationality and the Religious Mind », Economic Inquiry 36, 1998, p. 189-214.

26 Gérald Bronner est maître de conférence en sociologie à l’université de Nancy II et il cherche à expliquer le maintien des croyances dans nos sociétés dites modernes : Gérald Bronner, L’Empire des croyances, Paris, P.U.F., 2003.

27 Raymond Boudon, « Toward a Synthetic Theory of Rationality », International Studies of Philosophy of Science N° 7, 1993, p. 5-19; Raison, bonnes raisons, Paris, P.U.F., 2003.

28 Giovanni Levi, Le pouvoir au village – Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Paris, N.R.F.-Gallimard, 1989 (« Bibliothèque des Histoires »).

29 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 277.

30 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi – Confréries et société dans l’ouest de l’espace lorrain (xiiiexxe siècles), Thèse d’Histoire de l’Université de Nancy II sous la direction du professeur Louis Châtellier, 2004.

31 W.S. Bainbridge & Rodney Stark, « Sectarian tension », Review of Religious Research 22, 1980, p. 105-124.

32 Rodney Stark & Reid L. Neilson (Ed.), The Rise of Mormonism, New York, Columbia University Press, 2001.

33 Rodney Stark & Roger Finke, The churching of America – 1776-2005 – Winners and losers in our religious economy, New Brunswick – New Jersey, Rutgers University Press, 2005 (version augmentée et actualisée de la première édition de 1992).

34 Jeu de mots sur le sens originel qui signifie « relevailles » et l’idée d’encadrement croissant de l’Amérique par ses Églises.

35 Andrew Greeley, « Ethnic Variations in Religious Commitment » in Robert Wuthnow (Ed.), The Religious dimension: New Directions in Quantitative Research, New York, Academic Press, 1979.

36 Chao Hsing-Kuang, « The Converts in Taiwanese Immigrant Church », Soochow Journal of Sociology 9, March 2000.

37 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit. Archives départementales de la Meuse 616 PER.

38 Laurence R. Iannacone, « Religious Participation: A Human Capital Approach », Journal for the Scientific Study of Religion 29(3), September 1990, p. 297-314; « Social Markets and the Economic of Religion », Social Compass 39(1), March 1992, p. 121-131.

39 Conversion : changement au profit d’une religion issue d’un environnement socioculturel tout à fait différent de celui de l’individu (par exemple du catholicisme vers le bouddhisme). Réaffiliation : changement au profit d’un culte appartenant au même environnement socioculturel que celui de l’individu ou au sein de la même famille religieuse (par exemple d’une Église réformée à une Église évangélique).

40 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy », op. cit.

41 Fenggang Yang, « The Red, Black and Gray Markets of Religion in China », Paper presented at the Annual Meeting of the Society for Scientific Study of Religion, Norfolk, Virginia, 2003.

42 Hypothèse que nous défendons dans : Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit.

43 Madeleine Foisil, Le Sire de Gouberville, Paris, Flammarion, 1986.

44 La bibliographie devient très importante pour ce sujet. Un des grands apports de la recherche récente est constitué par le dépouillement des fonds du secrétariat des brefs réalisé à Rome par Philippe Boutry, Bernard Dompnier et Marie-Hélène Froeschlé-Chopard. Cette étude permet de se faire une idée de la géographie des fondations de confréries à l’échelle de la Chrétienté.

45 Par exemple, le public, loin d’être victime de la justice, sait très bien jouer des tribunaux et effectuer des choix parmi les procédures possibles, voire passer au moment opportun de l’une à l’autre : Hervé Piant, Une justice ordinaire – Justice civile et justice criminelle dans la prévôté royale de Vaucouleurs sous l’Ancien Régime, Rennes, P.U.R., 2006.

Pour citer cet article

Référence papier

Frédéric Schwindt, « Rodney Stark et la sociologie religieuse américaine », Revue de l’histoire des religions, 1 | 2007, 61-81.

Référence électronique

Frédéric Schwindt, « Rodney Stark et la sociologie religieuse américaine », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2007, mis en ligne le 01 mars 2010, consulté le 28 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/rhr/5235 ; DOI : 10.4000/rhr.5235


Historiquement correct: C’est au nom de valeurs chrétiennes que nous critiquons l’Inquisition (When it turns out that one of Western history’s supposedly most frightening and bloody chapters not only spilled very little blood but was a major force in support of moderation and justice)

2 décembre, 2019
 Colportés par eux-mêmes au Moyen Âge, ces clichés sur les membres du clergé avaient pour but de pousser à la réforme de l’Église

Image may contain: one or more people, people walking, text and outdoor

Image result for Spanish flu map

La grippe de 1918, dite « grippe espagnole » est due à une souche (H1N1) particulièrement virulente et contagieuse de grippe qui s’est répandue en pandémie de 1918 à 19192. Bien qu’ayant pour origine probable la Chine pour le « virus père » et les États-Unis pour sa mutation génétique, elle prit le nom de « grippe espagnole » car l’Espagne — non impliquée dans la Première Guerre mondiale — fut le seul pays à publier librement les informations relatives à cette épidémie. Wikipedia
Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos. Deutéronome 5: 15
Le Christ, qui est la Vérité elle-même, qui n’a jamais failli et ne faillira jamais, a dit aux prédicateurs de la foi qu’il choisit pour cet office « Allez enseigner toutes les nations ». Il a dit toutes, sans exception, car toutes sont capables de recevoir les doctrines de la foi.L’Ennemi du genre humain, qui s’oppose à toutes les bonnes actions en vue de mener les hommes à leur perte, voyant et enviant cela, inventa un moyen nouveau par lequel il pourrait entraver la prédication de la parole de Dieu pour le salut des peuples: Il inspira ses auxiliaires qui, pour lui plaire, n’ont pas h ésité à publier à l’étranger que les Indiens de l’Occident et du Sud, et d’autres peuples dont Nous avons eu récemment connaissance, devraient être traités comme des bêtes de somme créées pour nous servir, prétendant qu’ils sont incapables de recevoir la Foi Catholique. Nous qui, bien qu’indigne de cet honneur, exerçons sur terre le pouvoir de Notre-Seigneur et cherchons de toutes nos forces à ramener les brebis placées au-dehors de son troupeau dans le bercail dont nous avons la charge, considérons quoi qu’il en soit, que les Indiens sont véritablement des hommes et qu’ils sont non seulement capables de comprendre la Foi Catholique, mais que, selon nos informations, ils sont très désireux de la recevoir. Souhaitant fournir à ces maux les remèdes appropriés, Nous définissons et déclarons par cette lettre apostolique, ou par toute traduction qui puisse en être signée par un notaire public et scellée du sceau de tout dignitaire ecclésiastique, à laquelle le même crédit sera donné qu’à l’original, que quoi qu’il puisse avoir été dit ou être dit de contraire, les dits Indiens et tous les autres peuples qui peuvent être plus tard découverts par les Chrétiens, ne peuvent en aucun cas être privés de leur liberté ou de la possession de leurs biens, même s’ils demeurent en dehors de la foi de Jésus-Christ ; et qu’ils peuvent et devraient, librement et légitimement, jouir de la liberté et de la possession de leurs biens, et qu’ils ne devraient en aucun cas être réduits en esclavage ; si cela arrivait malgré tout, cet esclavage serait considéré nul et non avenu. Pape Paul III (bulle Sublimis Deus, 1537)
Pour tous les Indiens vivant dans les provinces du Paraguay, du Brésil, et de la rivière de la Plata, ainsi que dans toutes les autres provinces et endroits de l’Inde occidentale et méridionales, et à tous les individus laïques ou clercs, de tout grade et sexe […] Interdisant strictement l’asservissement, l’achat, la vente, l’échange ou le don des Indiens, de leurs femmes, de leurs enfants, de les priver de leurs biens, de les reloger ailleurs, de les priver de leur liberté et de les garder comme esclaves. Pape Urbain VIII (Bulle Commissum Nobis, 1639)
S’il est permis de capturer par la force et la duperie des noirs ou autres indigènes qui n’ont porté préjudice à personne? Réponse : non. S’il est autorisé d’acheter, de vendre ou de faire des contrats en tout respect des noirs ou autres indigènes qui n’ont pas porté préjudice à personne et n’ont rien fait et qui ont été faits captifs par la force de la duperie Réponse : non Si les propriétaires de Noirs et autres natifs qui n’ont porté préjudice à personne et ont été capturés par la force ou la ruse, doivent les remettre en liberté ? Réponse: Oui Si les ravisseurs, les acheteurs et les propriétaires de Noirs ou autres indigènes qui n’ont porté préjudice à personne et qui ont été capturés par la force ou la duperie n’ont pas le droit de leur demander de payer compensation? Réponse : Oui. Congrégation du Saint Office (Sainte Inquisition Romaine, pontificat d’Innocent XI, 1686)
Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. (…) Enjoignons à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu’ils soient, d’observer les jours de dimanches et de fêtes, qui sont gardés par nos sujets de la religion Catholique, Apostolique et Romaine. Leur défendons de travailler ni de faire travailler leurs esclaves auxdits jours depuis l’heure de minuit jusqu’à l’autre minuit à la culture de la terre, à la manufacture des sucres et à tous autres ouvrages, à peine d’amende et de punition arbitraire contre les maîtres et confiscation tant des sucres que des esclaves qui seront surpris par nos officiers dans le travail. (…) Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leur concubinage avec des esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamnés en une amende de 2000 livres de sucre, et, s’ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l’amende, qu’ils soient privés de l’esclave et des enfants et qu’elle et eux soient adjugés à l’hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N’entendons toutefois le présent article avoir lieu lorsque l’homme libre qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Eglise ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen et les enfants rendus libres et légitimes. Les solennités prescrites par l’Ordonnance de Blois et par la Déclaration de 1639 pour les mariages seront observées tant à l’égard des personnes libres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l’esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement. Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s’ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres. Défendons aussi aux maîtres d’user d’aucunes contraintes sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré. (…) Les maîtres seront tenus de faire enterrer en terre sainte, dans les cimetières destinés à cet effet, leurs esclaves baptisés. Et, à l’égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés. (…) Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de boeuf salé, ou 3 livres de poisson, ou autres choses à proportion : et aux enfants, depuis qu’ils sont sevrés jusqu’à l’âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus. (…) Seront tenus les maîtres de fournir à chaque esclave, par chacun an, deux habits de toile ou quatre aunes de toile, au gré des maîtres. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, selon que nous l’avons ordonné par ces présentes, pourront en donner avis à notre procureur général et mettre leurs mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais ; ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres, et, en cas qu’ils eussent abandonnés, lesdits esclaves seront adjugés à l’hôpital, auquel les maîtres seront condamnés de payer 6 sols par chacun jour, pour la nourriture et l’entretien de chacun esclave. (…) Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou cordes. Leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membres, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement. Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave étant sous leur puissance ou sous leur direction et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et, en cas qu’il y ait lieu à l’absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu’ils aient besoin d’obtenir de nous des lettres de grâce. (..) Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari, la femme et leurs enfants impubères, s’ils sont tous sous la puissance d’un même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en sont faites , ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine, contre ceux qui feront les aliénations, d’être privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. Code noir (articles 2, 6, 9, 10, 11, 14, 22, 25, 26, 27, 42, 43 et 47)
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Citez-moi une seule civilisation dont le mythe fondateur n’est pas à sa gloire ? Les Antillais sont nés dans l’esclavage. Cette date, c’est notre combat pour sortir de la honte et de la victimisation. Serge Romana
Nous condamnons l’Inquisition au nom de valeurs chrétiennes. Nous ne pouvons pas la condamner au nom du Mahâbhârata, qui est constitué d’une série de meurtres alternés, à peu près dans le style de l’Iliade ! René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) La sorcellerie n’existe pas (…) on ne passe pour sorcier qu’en vertu d’un système d’accusation. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Il semble en effet inconcevable qu’on puisse être jaloux du bien. Et cependant… Vous connaissez cette histoire de monarchie sacrée au Soudan : renversant les anciennes façons, le nouveau roi et son épouse avaient instauré le régime le plus raisonnable qu’il soit possible d’imaginer, et produisant le plus de bien commun. Une telle envie en était résultée que les voisins s’étaient réunis pour le détruire… Sans aucunement idéaliser notre propre histoire, c’est peut-être la fable du destin de l’Occident… (…) C’est justement ce qui justifie « la repentance », que certains catholiques ont bien tort de reprocher au pape. Certes, les non-chrétiens, qui oublient régulièrement de se repentir, n’ont pas moins de choses à se reprocher (souvent, bien davantage : quand je pense que l’on continue à monter en épingle les abus de l’Inquisition, après ce que l’incroyance a fait au XXe siècle !) Mais grâce à la Révélation, les chrétiens auraient dû avancer, et faire avancer le monde plus vite. Nous avons « les paroles de la vie éternelle ». Or, c’est toujours le petit nombre qui a compris, et vécu de l’esprit du Christ. Seulement, aujourd’hui, je ne vois pas d’autre lieu que l’Église pour faire barrière à cette terrible désagrégation de tout, qu’on appelle parfois l’apocalypse. Est-ce pour cela que cette Église devient comme un ultime bouc émissaire, et qu’on emploie tant d’efforts pour discréditer ou empêcher sa parole, alors qu’elle n’a plus de pouvoir que spirituel ? Et parfois de son sein même… On a l’impression d’une force diabolique d’auto-destruction. René Girard
La paix véritable, globale et durable viendra le jour où les voisins d’Israël reconnaîtront que le peuple juif se trouve sur cette terre de droit, et non de facto. (…) Tout lie Israël à cette région: la géographie, l’histoire, la culture mais aussi la religion et la langue. La religion juive est la référence théologique première et le fondement même de l’islam et de la chrétienté orientale. L’hébreu et l’arabe sont aussi proches que le sont en Europe deux langues d’origine latine. L’apport de la civilisation hébraïque sur les peuples de cette région est indéniable. Prétendre que ce pays est occidental équivaut à délégitimer son existence; le salut d’Israël ne peut venir de son déracinement. Le Moyen-Orient est le seul « club » régional auquel l’Etat hébreu est susceptible d’adhérer. Soutenir cette adhésion revient à se rapprocher des éléments les plus modérés parmi son voisinage arabe, et en premier lieu: des minorités. Rejeter cette option, c’est s’isoler et disparaître. Israël n’a pas le choix. Masri Feki
Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (…) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des chrétiens. Abd Al-Nasser Al-Najjar (Al-Ayyam)
La persévérance du gouvernement français à racheter ces esclaves et à protéger notre marine marchande n’eut d’égale que la mauvaise foi des Algériens dans l’exécution des traités. On en fut réduit, après Pontchartrain, à une politique de conciliation vraiment humiliante ; en 1830, il restait encore 122 esclaves, en majeure partie français, dans les bagnes d’Alger. Il fallait en finir. La présence de ce nid de pirates, à trois jours de Marseille, était une honte pour l’Europe et un reproche pour notre gouvernement. Une dernière insulte faite à notre consul par le dey Baba-Hussein, amena la rupture et décida Charles X à tirer le glaive justicier de la France. On sait le reste : la prise d’Alger le 5 juillet 1830. Aujourd’hui l’odjak des corsaires redoutables a fait place à une grande ville de commerce et de plaisance. A la place des bagnes et des marchés aux esclaves s’élèvent des hôtels somptueux et de florissantes écoles et facultés. Et sur la kasbah, cette bastille des Barberousse, flotte le drapeau tricolore, symbole de liberté, de progrès et de justice. Gaston Bonet-Maury (1907)
L’arrivée des navigateurs européens a été providentielle pour le commerce des Etats riverains du golfe de Guinée, trop éloignés du Sahara pour qu’ils y écoulent leur surplus d’esclaves. Les Etats exportateurs d’esclaves de la côte atlantique de l’Afrique noire considéraient ce trafic comme leur commerce naturel. (…) Dès le haut Moyen Age, le monde musulman est devenu le grand importateur d’esclaves. Dans les premiers siècles de l’islam, de nombreux Blancs d’Asie et d’Europe sont déportés en terre musulmane. En particulier, des Slaves (d’où les termes «esclave», «ex-slave») … Il semble qu’au total, entre le milieu du VIIe siècle et la fin du XIXe siècle, les traites musulmanes aient déporté un nombre de Noirs nettement supérieur à la traite européenne. (…) A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. (…) Le mouvement part d’Angleterre, le pays qui a déporté au XVIIIe siècle le plus de Noirs vers l’Amérique. La force du mouvement abolitionniste anglais repose principalement sur la prédication des pasteurs évangélistes. Il en résulte une interdiction de la traite par l’Angleterre (1806) et les autres puissances occidentales (France, 1817), puis une abolition de l’esclavage lui-même dans les colonies anglaises (1833) et françaises (1848). Décidée par l’Europe, la suppression de la traite atlantique est imposée par elle aux Etats pourvoyeurs d’esclaves de l’Afrique occidentale. (…) Cependant, rien de pareil n’a eu lieu dans le monde musulman. L’esclavage étant prévu par l’islam, il eût été impie de le remettre en cause. Aussi, l’autre grande forme de la traite vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient continua de plus belle au XIXe siècle, qui correspondit à son apogée. Et, parallèlement, des Européens continuaient d’être razziés en Méditerranée et réduits en esclavage à Alger, Oran, Tunis ou Salé (Rabat). D’où l’expédition de 1830 à Alger. Finalement, ce fut la colonisation qui mit presque entièrement fin à la traite musulmane. Jean-Louis Harouel 
Plus de 11 000 femmes nigérianes ont été secourues en Méditerranée l’année dernière, selon l’Office pour les migrations internationales (OMI). 80% d’entre elles faisaient l’objet d’un trafic à des fins d’exploitation sexuelle. “Il y a maintenant des filles qui n’ont que 13, 14 ou 15 ans”, m’a dit un agent anti-trafic de l’OMI. “L’Italie n’est qu’un point d’entrée. De la, elles sont dispatchées et vendues à des mères maquerelles partout en Europe.” Ben Taub
En 2015, le risque de mourir en Méditerranée (0, 37%) était inférieur au risque en France d’une personne de plus de 45 ans de subir un AVC (0, 4$%); en 2016, 363 000 migrants ont traversé la Mare nostrum (…) et 4 576 s’y sont noyés ou ont disparu, soit 1, 3% ou le double du risque de décéder apres une intervention chirurgicale – toutes catégories confondues – dans un pays industrialisé, ou encore le double du risque de mourir d’une anesthésie générale au sud du Sahara. En 2017, entre janvier et fin aout, 126 000 migrants ont traversé la Méditerranée et 2 428 ont été portés disparus, soit 1, 92%, ce qui est légèrement inférieur à la mortalité post-opératoire en chirurgie cardiaque en Europe de l’ouest (2%). Même si le risque est heureusement limité, on se demande évidemment pourquoi il ne cesse d’augmenter alors que les yeux du monde sont braqués sur la Méditerranée et que les secours devraient se perfectionner. La réponse: l’humanitaire est trop bon ! En effet, les bateaux de secours se rapprochent de plus en plus des eaux territoriales libyennes et, s’il y a danger de naufrage, n’hésitent plus à y entrer pour sauver les migrants. Si bien que les trafiquants embarquent un nombre croissant de migrants sur des embarcations toujours plus précaires (notamment des canots pneumatiques longs de 9 mètres, fabriqués en Chine, sur lesquels se serrent 130 personnes). (…) Les trafiquants emmènent donc les migrants à la limite des eaux territoriales, avant de repartir avec le moteur hors-bord dans un autre bateau en laissant les leurs clients dériver. A charge pour les humanitaires … Ceux-ci font bien, voire très bien leur travail, au risque de voir les migrants de moins en moins regardants sur la navigabilité des embarcations choisies par les trafiquants. Au cours des premiers six mois de 2017, quelque 93 000 migrants ont été secourus et transportés vers l’Italie, soit presque les trois quarts du total ayant embarqué pour la traversée pendant cette période. Stephen Smith
[La loi sur l’égalité réelle] revient tout simplement à détricoter la loi Taubira de 2001. Cette loi prend déjà en compte la souffrance des esclaves, honore leur lutte pour l’émancipation et redonne ainsi une place aux ultra-marins dans la République française. Le mouvement initié par Serge Romana milite pour instaurer le 23 mai en mémoire des victimes… Cela revient à dire qu’il y a d’un côté les abolitionnistes et de l’autre les victimes. (…) Prenez les faits : d’un côté, vous modifiez l’intitulé du 10 mai en expliquant qu’il s’agira désormais de « commémoration de la traite de l’esclavage et des abolitionnistes ». D’un autre côté, vous ajoutez le 23 mai, une journée en hommage « aux victimes de l’esclavage colonial ». Traduisez : les abolitionnistes sont presque tous blancs et les esclaves déportés depuis l’Afrique majoritairement noirs. La réalité, c’est que nous sommes en train de racialiser la France et d’entériner une vision racialiste du pays, à un moment où il faudrait tenir un discours d’unité et de cohérence. Si cette loi passe en l’état, nous allons adopter un texte qui définit des communautés – jusqu’alors non reconnues par les lois de la République – et qui entérine une fracture. Ce n’est qu’un symbole, certes, mais c’est très grave. C’est le signe qu’une racialisation subreptice est en train de s’installer au cœur de la société française. (…) Tout simplement parce que cette date ne fait pas consensus et n’a pas de sens collectif. Serge Romana propose le 23 mai en référence à une marche – qu’il n’a pas organisée, contrairement à ce qu’il dit – qui a rassemblé à Paris plusieurs dizaines de milliers de personnes. En vérité, Serge Romana fait de cette affaire une crispation personnelle et refuse le jeu démocratique. Sa date n’est pas choisie ? Il démissionne et œuvre en sous-main pour déstabiliser le 10 mai. L’amendement qu’il avait réussi à faire passer au Sénat est retiré du projet ? Il se met en grève de la faim et s’installe dans une tente devant le Sénat… Un sénateur que personne n’attendait sur ce sujet est arrivé, par simple déduction, à la même conclusion que nous : on ne doit pas instaurer deux dates. La célébration des victimes ne peut pas être une identité porteuse. (…)  Les décisions prises démocratiquement doivent être honorées. C’est une date qui fait consensus. Ce n’est pas celle que j’aurais choisie, mais il faut l’accepter. La commémoration est imparfaite : elle devrait être beaucoup plus ouverte au public, beaucoup plus suivie par des médias nationaux, ce devrait être un moment plus important de la vie politique française… (…) Nous sommes au-delà de l’affrontement, nous assistons à une réécriture de l’histoire par la mémoire. Le discours historique est dévoyé par le dolorisme, c’est une démarche perverse. Au sein de la population ultra-marine qui vit dans des conditions souvent précaires, ce discours rencontre un certain écho. Ce n’est pourtant qu’une manipulation de la souffrance. (…) Les indépendantistes se sont recyclés dans les questions identitaires, tout simplement parce qu’ils ont échoué. Jamais ils n’ont obtenu ce qu’ils voulaient, alors aujourd’hui, la mémoire autour de l’esclavage leur permet de construire une autonomie culturelle. L’identité devient la revendication. Et la mémoire de l’esclavage est dévoyée dans une entreprise politique. Myriam Cottias
Sous les arches de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à deux pas des grilles du Sénat, se joue une drôle de pièce. Tout le monde attend le personnage principal, Serge Romana, président de l’association CM98 (Comité Marche du 23 mai 1998). Ce généticien d’une soixantaine d’années est, ce lundi 16 janvier, en grève de la faim depuis quatre jours. Il entend protester contre l’initiative du sénateur de la Guadeloupe Desplan (PS) qui a supprimé un article du projet de loi sur l’égalité réelle en outre-mer, examiné à partir de ce mardi par le Sénat. Le texte ainsi biffé prévoyait que « la République française institue la journée du 10 mai comme journée nationale de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leur abolition et celle du 23 mai comme journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage colonial ». Une nouvelle date donc – celle du 23 mai – fera peut-être son apparition dans le calendrier républicain pour commémorer l’abolition de l’esclavage. Mais pourquoi ? « Ce n’est pas l’abolition que nous souhaitions honorer, mais la mémoire de nos parents victimes de l’esclavage », expliquent les militants rassemblés autour de la tente de Serge Romana, qui se définit lui-même comme « entrepreneur mémoriel ». L’affaire de la double date agite les historiens et les politiques des départements d’outre-mer. Mais le débat mériterait d’être posé en place publique, tant cette proposition bouleverse les symboles. « Cela revient à instaurer une date pour les Blancs et une date pour les Noirs », explique posément l’universitaire spécialiste de l’esclavage Myriam Cottias, farouche opposante à ce projet de « surenchère mémorielle  » (lire notre interview) ». Pour le sénateur Desplan, responsable de cette ablation législative vécue comme un outrage par Romana, « trop de commémorations banalisent la commémoration ». Et celui-ci d’ajouter : « Introduire la notion de victime sous-entend aussi celle de bourreau. Je préfère que l’on célèbre les combattants. Et puis cette formule, victimes de l’esclavage colonial… que fait-on alors des victimes de l’esclavage non colonial ? Faisons preuve de bon sens, on ne peut pas se réconcilier en racialisant le débat. Et quand bien même on retiendrait l’idée d’une seconde date, celle du 23 mai n’a pas grand sens. » Fermez le ban. Alors, pourquoi cet acharnement sur le 23 mai ? « En 1998, l’État a fêté en grande pompe les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. Malgré des colloques au Sénat, malgré une exposition à l’Assemblée nationale, une manifestation a rassemblé 40 0000 manifestants qui souhaitaient honorer la mémoire de leurs ancêtres esclaves », se souvient Serge Romana avec des trémolos dans la voix. La date correspond donc à un rassemblement parisien commémoratif. Le 23 mai, c’est son combat, son horizon, une obsession dont il ne se sépare jamais. Emmitouflé dans son manteau, bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, l’homme reçoit sous sa tente, assis sur un tabouret, téléphone portable à la main. Il fait montre d’une insatiable envie de convaincre. D’éduquer aussi : « Ne dites pas métropole, cela voudrait dire qu’il y a encore des colonies ! » s’agace-t-il. Il souhaite, dit-il en martelant, « inverser le stigmate de l’esclave, grâce aux commémorations ». Pour cet ancien adhérent d’associations nationalistes guadeloupéennes, la question est aujourd’hui, selon ses termes, « identitaire ». La mémoire des descendants des esclaves serait-elle bafouée par la simple commémoration du jour où la loi Taubira a fait de l’esclavage un crime contre l’humanité ? « Non, bien entendu », explique Françoise, militante venue soutenir le patron de son association, « nous célébrons aussi le 10 mai ». Simplement, pour elle comme pour les militants qui l’entourent, tous préféreraient ajouter une date bien à eux, un petit lopin de mémoire qu’ils cultiveraient sous la protection bienveillante de la République compatissante. Mais, d’ailleurs, le 23 mai n’existe-t-il pas déjà dans les calendriers de l’État ? Un texte signé par François Fillon le 29 avril 2008 s’est penché sur la question. Le Premier ministre du président Sarkozy a alors parafé une circulaire « relative aux commémorations de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions », cadrant les commémorations nationales du 10 mai. Il y précisait en outre, que « de nombreuses associations originaires d’outre-mer organisent le 23 mai une journée commémorative en souvenir de la souffrance des esclaves. Cette date […] sera, pour les associations regroupant les Français d’outre-mer de l’Hexagone, celle de la commémoration du passé douloureux de leurs aïeux qui ne doit pas être oublié. » Serge Romana réclame que cette circulaire soit sanctuarisée par la loi. Lorsqu’il était enfant, raconte-t-il, ses parents ne parlaient jamais de l’esclavage. « Citez-moi une seule civilisation dont le mythe fondateur n’est pas à sa gloire ? Les Antillais sont nés dans l’esclavage. Cette date, c’est notre combat pour sortir de la honte et de la victimisation. » Ce mardi 17 janvier au soir, Serge Romana quittera sa tente pour rejoindre un hôtel proche. Il ne sera de retour sur place qu’à 8 heures du matin, mercredi. « Je ne peux pas faire la grève de la faim et celle du sommeil en même temps. » Il est aussi périlleux de démultiplier les dates que les combats. Le Point
Entre juin 2017 et juin 2019, période couverte par ce document sur les chrétiens opprimés pour leur foi, «la violence islamiste a fortement baissé en Irak et en Syrie». Mais cette amélioration conjoncturelle pèse peu face à la tendance lourde à l’œuvre dans ces pays: l’exode des populations chrétiennes a atteint un seuil critique, voire irréversible. À l’été 2019, ils étaient «bien en dessous des 150.000» en Irak, peut-être même «en dessous des 120.000», contre 1,5 million avant l’intervention américaine de 2003. «En l’espace d’une génération, la population chrétienne d’Irak a diminué de plus de 90%», note le rapport. Même phénomène en Syrie: mi-2017, les chrétiens étaient estimés à moins de 500.000, contre 1,5 million avant le début du conflit en 2011. Pour décrire cet exode massif qui a atteint son apogée entre 2017 et 2018, l’AED n’hésite pas à utiliser le terme de «génocide». L’Égypte, qui compte 10 millions de chrétiens essentiellement coptes, fait preuve d’une meilleure capacité de résilience. Malgré des attaques djihadistes extrêmement violentes – en novembre 2018, une embuscade contre trois bus de pèlerins chrétiens a fait sept morts et 19 blessés —, la fréquence de ces attentats est en baisse notable. En réalité, ce sont les chrétiens d’Afrique et d’Asie qui sont particulièrement visés par les persécutions. «La violence, et notamment la violence islamiste, est en mouvement ; elle se déplace du Moyen-Orient vers l’Afrique et l’Asie», explique le nouveau directeur France de l’AED, Benoît de Blanpré. Passé par plusieurs associations – les Enfants du Mékong, les Apprentis d’Auteuil et le centre Port-Royal -, le successeur de Marc Fromager connaît bien l’Asie du Sud-Est où il a vécu plus de 10 ans ; et c’est précisément dans cette région que «la situation s’est le plus dégradée», note-t-il. Les chrétiens sont confrontés à la violence islamiste, mais aussi au nationalisme agressif de certains États ou au régime totalitaire de la Corée du Nord, détaille Benoît de Blanpré. Le rapport s’attarde sur les Philippines, où se conjuguent la menace islamiste et l’autoritarisme de son président Rodrigo Duterte. En janvier 2019, vingt personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées dans un double attentat revendiqué par l’État islamique contre la cathédrale Notre-Dame du Mont Carmel à Jolo, dans le sud du pays. Un mois plus tôt, le 5 décembre, le président philippin appelait à «tuer les évêques», «ce ramassis d’imbéciles qui ne sert à rien». Le nationalisme agressif touche aussi le Pakistan, où le cas d’Asia Bibi a soulevé une vague d’indignation internationale, et l’Inde, déstabilisée par les nationalistes hindous. Dans ce dernier pays, plus de mille attaques contre les chrétiens ont été recensées entre début 2017 et fin mars 2019, et plus de 100 églises ont dû fermer leurs portes en 2018 selon l’AED. «Les militants de l’hindutva ont accusé les chrétiens d’acte de prosélytisme en violation des lois anti-conversion, en vigueur dans six États», note le rapport. Encore moins médiatisées, les violences djihadistes en Afrique contre les chrétiens restent pourtant «à des niveaux critiques». Des attaques islamistes ont endeuillé les communautés chrétiennes burkinabées et nigériennes. Mais c’est le Nigeria qui compte le plus grand nombre de chrétiens tués (3731 en 2018). Dans ce pays où opère Boko Haram, «il existe clairement un ordre du jour pour islamiser toutes les zones majoritairement chrétiennes», selon Mgr Wilfred Anagbe, évêque de Makurdi situé dans la ceinture centrale du pays. Dans ce contexte, l’AED estime que la communauté internationale «manifeste un intérêt certain» pour les populations touchées. «Mais les réactions sont encore trop lentes et trop faibles pour avoir un réel impact», regrette Benoît de Blanpré qui conclut: «La liberté religieuse est un droit fondamental à faire respecter.» Le Figaro
Hitler’s Pope cannot be understood except as a series of very low blows against the modern Catholic Church, and specifically the papacy of John Paul II. Philip Jenkins
The anti-papal polemics of ex-seminarians like Garry Wills and John Cornwell … of ex-priests like James Carroll, and or other lapsed or angry liberal Catholics exploit the tragedy of the Jewish people during the Holocaust to foster their own political agenda of forcing changes on the Catholic Church today. David G. Dalin
Many readers of The New York Times no doubt believe that Pope Pius XII was Hitler’s Pope. John Cornwell’s bestselling book told them that, and it’s been reaffirmed by Garry Wills, Daniel Goldhagen and other writers since. It’s been said so often in fact that most well-read Church bashers know it for a certainty. The only trouble is: It isn’t true. Not only does it contradict the words of Holocaust survivors, the founders of Israel, and the contemporary record of The New York Times, but even Cornwell, the originator of the moniker “Hitler’s Pope,” has recanted it saying that he was wrong to have ascribed evil motives to Pius and now found it “impossible to judge” the wartime Pope. But there’s something else that has been ignored nearly altogether. Precisely at the moment when Pope Pius XII and the Catholic Church in Rome (and throughout Europe) were saving thousands of Jewish lives, Hitler had a cleric broadcasting from Berlin who called for the extermination of the Jews. He was Hajj Amin al-Husseini, the viciously anti-Semitic grand mufti of Jerusalem, who resided in Berlin as a welcome guest and ally of the Nazis throughout the years of the Holocaust. As I point out in my book, The Myth of Hitler’s Pope, the outrageous calumny directed against Pope Pius XII has not only besmirched the reputation of a man who did more than any other religious leader to save Jewish lives, it has deflected attention from the horrible truth of Hajj Amin al-Husseini— who continues to be a revered figure in the Muslim world. It is possible to trace modern Islamic anti-Semitism back along a number of different historical and intellectual threads, but no matter which one you choose, they all seem to pass, at one point or another, through the hands of Hajj Amin al-Husseini —Hitler’s mufti. In late March 1933, al-Husseini contacted the German consul general in Jerusalem and requested German help in eliminating Jewish settlements in Palestine — offering, in exchange, a pan-Islamic jihad in alliance with Germany against Jews around the world. It was not until 1938, in the aftermath of British Prime Minister Neville Chamberlain’s infamous capitulation to Hitler at Munich, that al-Husseini’s overtures to Nazi Germany were officially reciprocated. But by then the influence of Nazi ideology had already grown significantly throughout the Arab Middle East. Several of the Arab political parties founded during the 1930s were modeled after the Nazi party, including the Syrian Popular Party and the Young Egypt Society, which were explicitly anti-Semitic in their ideology and programs. The leader of Syria’s Socialist Nationalist Party, Anton Sa’ada, imagined himself an Arab Hitler and placed a swastika on his party’s banner. Though he was the grand mufti of Jerusalem, al-Husseini moved his base of operations (and pro-Nazi propaganda) to Lebanon in 1938, to Iraq in 1939 (where he helped establish the strongly pro-German Rashid Ali al-Gaylani as prime minister), and then to Berlin in 1941. Adolf Eichmann’s deputy, Dieter Wisliceny, testified at the Nuremberg Trials that al-Husseini “was one of the initiators of the systematic extermination of European Jewry and had been a collaborator and adviser of Eichmann and Himmler in the execution of this plan. He was one of Eichmann’s best friends and had constantly incited him to accelerate the extermination measures.” At Auschwitz, al-Husseini reportedly “admonished the guards running the gas chambers to work more diligently.” After the defeat of the Axis powers, al-Husseini escaped indictment as a war criminal at Nuremberg by fleeing to Egypt, where he received political asylum and where he met the young Yasser Arafat, his distant cousin, who became a devoted protégé — to the point that the Palestinian Liberation Organization recruited former Nazis as terrorist instructors. Up until the time of his death, Arafat continued to pay homage to the mufti as his hero and mentor. This unholy legacy continues. Hajj Amin al-Husseini has inspired two generations of radical Islamic leaders to carry on Hitler’s war against the Jews, which is why today, as was true 60 years ago it is not the Catholic Church that is the great threat to the survival of the Jewish people, it is Islamofascism. Rabbi David G. Dalin
When Pius XII died in 1958, there were tributes from virtually every Jewish group around the world. Ronald J. Rychlak
John Cornwell’s new book, Hitler’s Pope: The Secret History of Pius XII, turns out to be a deeply flawed attack on Pope John Paul II. That’s right, the final chapter is actually an attack on the current plaintiff. Cornwell is disturbed by John Paul’s « conservative » positions on celibate clergy, women priests, artificial contraception, and abortion. He is especially concerned about the Pope’s opposition to direct political activity by the clergy. Cornwell apparently decided that the easiest way to attack the Pope of today was to go after Pius XII. If he can prove that Pius was flawed, then he establishes that popes can be wrong. If that is the case, then he can argue that John Paul II is wrong about the whole catalogue of teachings that tend to upset many modern Catholics. Cornwell’s thesis is that Eugenio Pacelli–Pope Pius XII–was driven by the desire to concentrate the authority of the Church under a strong, central papacy. Cornwell argues that as Pacelli worked toward that end, he created a situation that was easy for Hitler to exploit. Cornwell denies that Pacelli was a « monster. » In fact, he recognizes that Pacelli « hated » Hitler. His theory, deeply flawed though it may be, is that Hitler exploited Pacelli’s efforts to expand Roman influence. Unfortunately,   many reviews, like those in the New York Post and the London Sunday Times, missed that point. They simply reported that « Pius XII helped Adolf Hitler gain power, » as if the two worked together. That is certainly not Cornwell’s point. Some of the mistakes reported in the press are obvious to anyone who read Cornwell’s book. For instance, The Indianapolis News reported that Pius knew of Hitler’s plan for the Final Solution « in 1939 when he first became involved with the German leader. » First of all, the Nazis did not decide on the course of extermination until 1942. Perhaps more telling, this statement is at odds with two things in the book: 1) Cornwell argues that Hitler and the future Pope Pius XII first « became involved » in the early 1930s, and 2) Cornwell expressly notes that Pius XII’s first reliable information concerning extermination of the Jews came in the spring of 1942, not 1939. Similarly, the New York Post reported in a couple of different editions that « Pacelli… met with Hitler several times. » This is not true. The two men never met, and Cornwell does not claim that they did. The most common error by made reviewers was that of accepting Cornwell’s assertions without checking out the facts. On some of these points, the reviewer’s oversight might be forgiven. For instance, Viking Press has marketed this book as having been written by a practicing Catholic who started out to defend Pius XII. One is always reluctant to say what another person’s beliefs are, so reviewers could be forgiven had they simply remained silent about that issue. Instead, the vast majority took delight in calling Cornwell a good, practicing Catholic. Having decided to report on Cornwell’s religious beliefs, the reviewers might have noted that his earlier books were marketed as having been written by a « lapsed Catholic for more than 20 years » and that reviewers said he wrote « with that astringent, cool, jaundiced view of the Vatican that only ex-Catholics familiar with Rome seem to have mastered. » They might also have reported that during the time he was researching this book he described himself as an « agnostic Catholic. » Finally, it might have been worth noting that in a 1993 book he declared that human beings are « morally, psychologically and materially better off without a belief in God. » Instead, they presented only that side of the story that Cornwell and his publisher wanted the public to hear. The Vatican had not yet spoken, so a reviewer might be excused for not knowing that Cornwell lied about being the first person to see certain « secret » files and about the number of hours that he spent researching at the Vatican. When, however, he claimed that a certain letter was a « time bomb » lying in the Vatican archives since 1919, a careful reviewer might have mentioned that it had been fully reprinted and discussed in Germany and the Holy See: Pacelli’s Nunciature between the Great War and the Weimar Republic, by Emma Fattorini (1992). That letter at issue reports on the occupation of the royal palace in Munich by a group of Bolshevik revolutionaries. Pacelli was the nuncio in Munich and a noted opponent of the Bolsheviks. The revolutionaries sprayed his house with gunfire, assaulted him in his car, and invaded his home. The description of the scene in the palace (which was actually written by one of Pacelli’s assistants, not him) included derogatory comments about the Bolsheviks and noted that many of them were Jewish. Cornwell couples the anti-revolutionary statements with the references to Jews and concludes that it reflects « stereotypical anti-Semitic contempt. » That is a logical jump unwarranted by the facts. Even worse, however, is the report in USA Today that Pacelli described Jews (not a specific group of revolutionaries) « as physically and morally repulsive, worthy of suspicion and contempt. » Again, it is a case of the press being particularly anxious to report the worst about the Catholic Church. Cornwell claims that he received special assistance from the Vatican due to earlier writings which were favorable to the Vatican. Many reviewers gleefully reported this and his asserted « moral shock » at what he found in the archives. A simple call to the Vatican would have revealed that he received no special treatment. If the reviewer were suspicious about taking the word of Vatican officials, a quick consultation of Cornwell’s earlier works (or easily-available reviews thereof) would have revealed that he has never been friendly to the Holy See. (…) Cornwell misses the important point that is so well explained in George Weigel’s new biography of John Paul II, Witness to Hope. John Paul’s political impact came about precisely because he did not primarily seek to be political, or to think or speak politically. The pontiff’s contribution to the downfall of Soviet Communism was that he launched an authentic and deep challenge to the lies that made Communistic rule possible. He fought Communism in the same way that Pius XII fought Nazism: not by name-calling but by challenging the intellectual foundation on which it was based. John Paul has recognized the parallels between his efforts and those of Pius XII, perhaps better than anyone else. He, of course, did not have a horrible war to contend with, nor was he threatened with the possibility of Vatican City being invaded, but given those differences, the approach each Pope took was similar. As John Paul has explained: « Anyone who does not limit himself to cheap polemics knows very well what Pius XII thought of the Nazi regime and how much he did to help countless people persecuted by the regime. » The most disappointing thing is that the modern press seems unable to recognize cheap polemics, at least when it comes to the Catholic Church. Ronald J. Rychlak
The first cause for suspicion is on the cover of Cornwell’s book. The dust jacket of the British edition shows Nuncio Pacelli leaving a reception given for German President Hindenburg in 1927. The photograph, a favorite of those who seek to portray Pius XII in an unfavorable light, shows the nuncio dressed in formal diplomatic regalia (which could easily be confused with papal garments), as he exits a building. On each side of him stand soldiers of the Weimar republic. In front of him stands a chauffeur saluting and holding open the square-looking door, typical of automobiles from the 1920s. Those who do not recognize the differences in uniform details could easily confuse the Weimar soldiers with Nazi soldiers because of their distinctive helmets associated with Nazi-era German soldiers. Use of this photograph, especially when coupled with a provocative title such as “Hitler’s Pope,” gives the impression that Pope Pius XII is seen leaving a meeting with Hitler. Making matters even worse is the caption from inside the dust jacket on early British editions of the book. This caption says that the photograph is from March 1939. By this time, Hitler was Chancellor of Germany, and this was the month Pacelli was made Pope. A fair-minded person reading the caption could easily conclude that Cardinal Pacelli paid a visit to Hitler immediately prior to being elected Pope. The American version of Hitler’s Pope never had the wrong date, but–given that the date might have been an honest error–it is far more revealing about the intentional mis-information that went into the marketing of this book. The U.S. edition uses the same photograph as the British edition, but it is cropped to eliminate two important points of reference: The soldier nearest the camera and the square door of the automobile. Both of those images provide clues to the true date of this photo (1927), and despite his claims in Brill’s Content, Cornwell did not want that known. The photo also has been significantly darkened, giving it a more sinister feel. Even more telling is the intentional blurring of the background. Looking at this cover, Nuncio Pacelli is in focus, but the soldier to his left and the chauffeur are both badly blurred. They are so badly blurred that it is impossible even for a well-trained observer to recognize that the soldier wears a Weimar uniform rather than a Nazi uniform. The chauffeur, due to the blurring and cropping that eliminates the car door, takes on the appearance of a saluting SS officer. Even a civilian in the background could seem to be a military (Nazi) official. Since none of the images on the British edition are blurred, and since Nuncio Pacelli’s face is in focus on the U.S. cover, but the other images are blurred, the only logical conclusion is that the photo was intentionally altered to support Cornwell’s thesis. Ronald J. Rychlak
La sorcière existe-t-elle ? Est-elle bénéfique ou dangereuse, faut-il voir en elle l’héroïque témoignage d’une autre forme d’intelligence, réprimée par les détenteurs du pouvoir, ou une pauvre idiote, une marginale, une vieille folle manipulée ? Quiconque s’est confronté aux textes reconnaîtra ces questions, auxquelles s’impose la nécessité de ne pas répondre trop précipitamment – sauf à simplifier les phénomènes et les textes du passé jusqu’à les rendre inintelligibles, à les enfermer dans une altérité opaque. S’il est impossible d’adhérer au système de croyance à la sorcellerie, comme au système qui guide sa répression, il est nécessaire de tenter de leur restituer une intelligibilité, de comprendre du moins ce qui les a rendus possibles, à quelles questions ou à quelles angoisses ils ont pu apparaître comme des réponses. Ou on ne verra jamais dans cette histoire que des imbéciles féroces s’acharnant à brûler des imbéciles crédules (pour reprendre des mots de Voltaire) ; et on s’étonnera de l’acharnement répressif d’un humaniste comme Bodin (dont Michel Porret analyse ici la réfutation de Jean Wier), avec sa Démonomanie des sorciers, « un des livres les plus attristants de cette époque », écrivait en 1948 Lucien Febvre, dans un article dont le titre formulait nettement le problème qui se pose aux historiens : Sorcellerie, sottise ou révolution mentale ? [10] Et on ne comprendra pas non plus la fascination qu’exercent encore aujourd’hui la sorcellerie, en particulier dans ses versions sataniques, et sa répression. Dans cet effort pour comprendre ce qui révolte (Febvre parlait d’horreur et de dégoût), – mais qui souvent fascine –, on a le choix entre une approche externe, résolument rationaliste et matérialiste, qui verra par exemple dans la sorcière le produit de la misère et de l’oppression subie par le peuple des campagnes, et dans sa répression la volonté d’asseoir de nouveaux pouvoirs (qu’ils soient locaux ou centraux, ecclésiastiques ou laïques), voire de sordides règlements de comptes entre voisins. Et une approche plus empathique, qui cherchera à tenir compte des systèmes de croyance et de représentation du monde, et à penser le sens du recours à la sorcellerie (se défendre contre des forces et des maux angoissants et inexplicables, contre lesquels il n’apparaît pas d’autre remède ; soigner, transmettre des traditions, conserver un lien avec les forces de la nature), voire ce qui fonde le sens de la répression pour les persécuteurs (défendre le Bien, et l’ordre concret et symbolique d’un monde menacé, restaurer ou imposer une hiérarchie nécessaire). L’une et l’autre attitude pourront mettre l’accent sur le collectif, les affrontements et rapports de force sur l’horizon desquels intervient la sorcellerie (guerres de religion, centralisation…), ou plutôt sur l’individuel, en cherchant dans la sorcière (ou le sorcier) le produit d’une histoire singulière et de conflits psychiques. Dans les études concrètes, ces positions ne sont d’ailleurs pas aussi exclusives les unes des autres qu’elles peuvent apparaître en théorie. Le grand livre de Michelet a fait beaucoup à la fois pour la réintégration de la sorcière et de la sorcellerie dans une histoire commune, démarche que l’on peut par certains côtés considérer comme héritière des Lumières, rationaliste, et pré-ethnologique, mais il a fait plus encore pour l’édification d’un mythe – et combien durable ! – qui exalte dans la sorcière le Féminin, le Populaire, le lien à la Nature, les puissances de la vie et de la création persécutées par les pouvoirs mortifères de l’Église. De la défense de la sorcière contre les préjugés et une répression intolérante et cruelle à une réhabilitation qui la constitue en héroïne, – porteuse d’ailleurs de valeurs et de causes variables selon les auteurs et les moments historiques – , il n’y a qu’un pas, souvent franchi. Christine Planté
In ‘The Spanish Inquistion: A Historical Revision, » (…) Kamen (…) reaffirms his contention that an all-powerful, torture-mad Inquisition is largely a 19th-century myth. In its place he portrays a poor, understaffed institution whose scattered tribunals had only a limited reach and whose methods were more humane than those of most secular courts. Death by fire, he asserts, was the exception, not the rule. He further argues that, beyond a few well-publicized autos de fe staged in 1559, the Inquisition was not the principal reason the Reformation did not take hold in Spain. Kamen believes the failure of Lutheran ideas in Spain had less to do with the Inquisition than with the populace’s indifference to Protestantism. As for the Inquisition’s much-vaunted role as Big Brother and its responsibility for intellectual decline, Kamen rejects this hypothesis out of hand, arguing that it was ineffective as a censor and that it failed even to prevent the importation of items listed on its own Index of Prohibited Books. The Inquisition, more interested in religion than science, did little to prevent the circulation of works by Copernicus, Galileo and Kepler. Kamen also dismisses the notion that the Inquisition enjoyed widespread popular support. People grudgingly accepted it, he avers, as an institution they employed to torment their enemies. Similarly, the monarchy, despite complaints that the Inquisitors regularly interfered with the administration of royal justice, supported it as a useful means of getting political opponents out of the way, as it did in 1590 when Philip II turned to this tribunal and its tradition of secret proceedings to silence Lucrecia de Leon, a prophetess in Madrid who had criticized the King and his policies. More controversial is Kamen’s interpretation of its handling of converted Jews, especially during the 1480’s, when, as a  »crisis instrument » created especially to deal with apostasy among conversos, the Inquisition was, by Kamen’s own admission, out of control.  »There is, » he writes,  »no systematic evidence that conversos as a group were secret Jews, » although the evidence for that assertion is ambiguous. Nor does he believe these conversos were persecuted solely out of racial enmity. He admits conversos suffered from a rising tide of anti-Semitism during the 1480’s that eventually led to the expulsion of Spain’s much diminished Jewish community in 1492. The conversos’ troubles, he asserts, were partly self-inflicted: the result of claims to be a  »nation » apart, neither Christian nor Jewish, a reluctance to assimilate (a similar attitude, he claims, contributed to the expulsion of the remnants of Spain’s Muslims in 1609), and also from personal enmities among the converso community, a situation that led to thousands of unwarranted denunciations and trials. Despite this fury, Kamen believes that most conversos escaped unharmed and led a  »relatively undisturbed » life by the close of the 16th century. Richard L. Kagan
Rodney Stark, universitaire américain, explore depuis de nombreuses années les relations entre le christianisme et l’essor de la civilisation occidentale. Dans ce nouvel ouvrage, il examine les préjugés anticatholiques selon lesquels le christianisme aurait été un obstacle au développement de cette civilisation occidentale, de la raison, de la science et des droits de l’homme. Stark montre, à l’aide des plus récentes recherches historiques, que c’est le contraire qui est vrai : la raison fondamentale pour laquelle ces caractéristiques se sont développées précisément en Occident tient au rôle que le christianisme a joué dans notre civilisation. Un renversement de perspective particulièrement stimulant. On lit souvent que l’Inquisition fut l’un des chapitres les plus terribles et sanglants de l’histoire occidentale ; que Pie XII, dit « le pape d’Hitler », était antisémite ; que l’obscurantisme a freiné la science jusqu’à l’arrivée des Lumières ; et que les croisades furent le premier exemple de l’avidité occidentale. Ces affirmations sont pourtant sans fondements historiques. Dans cet ouvrage, l’éminent professeur de sociologie des religions Rodney Stark démontre que certaines idées fermement établies – surtout lorsque l’Église entre en scène – sont en réalité des mythes. Il s’attaque aux légendes noires de l’histoire de l’Église et explique de quelles façons elles se sont substituées à la réalité des faits. Un livre passionnant, écrit « non pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Editeur
The historical view that Stark sets out in Bearing False Witness is that a line of “distinguished bigots”, stretching from Gibbon to the present day, have created a common culture in which widely held assumptions about the Catholic Church are based on “extreme exaggerations, false accusations and patent frauds”. Stark insists that he is not a whitewasher and that he is “simply reporting the prevailing view among qualified experts”. He also reminds his readers that he is not a Catholic. Though never an atheist, he was for some time primarily a “cultural Christian” or, as he has described it elsewhere, “an admirer but not a believer”. And now? “I have not been an agnostic for years. I wrote myself to faith.” The process of writing himself to faith includes books such as The Triumph of Christianity, which records “how the Jesus Movement became the world’s largest religion”; The Victory of Reason, explaining how Christianity led to freedom, capitalism and Western success; and God’s Battalions, an incisive defence of the Crusades. As a fledgling historian in the 1960s, though, Stark was still wedded to notions of the baneful role of the Church in history. In his first year of graduate school at Berkeley, he was asked to prepare a brief of research he had been doing on anti-Semitism to be distributed to bishops attending the Second Vatican Council. According to Cardinal Augustin Bea, this summary was influential in the production of Nostra Aetate, the Council’s statement on the Jews. (…) But over the years, as he carried out more work on ancient and medieval history, he became aware of “the extent to which the Catholic Church had stood as a consistent barrier against anti-Semitic violence”. A long analysis of all known outbursts of anti-Semitic violence in both Europe and the Islamic world from 500 to 1600 forced him to reconsider the entire link between Christianity and anti-Semitism. This was to become the theme of the first chapter of Bearing False Witness. Turning to the current state of the Catholic Church, Stark is typically unequivocal. Shame among Catholics about scandals involving paedophile priests is (in America at least) “limited to a few intellectuals. Otherwise there should have been substantial declines in membership or in Mass attendance. And that hasn’t happened. There has been no decline in membership or mass attendance in the United States. “The commitment of ordinary Catholics seems unaffected. In Latin America, rates of mass attendance have doubled and redoubled during the past 25 years. Catholic membership in the nations of sub-Saharan Africa is very far above that even claimed by the Catholic Almanac and continues to grow rapidly.” But what about Europe? “Europe is a lot more religious than it is said to be or even than it appears to be. I have written a lot about this, most recently in The Triumph of Faith.” Stark has suggested in other interviews that the lack of attendance at church in Europe is down to “ineffective churches rather than lack of faith, since religious belief remains high all across the continent”. This is typically trenchant stuff from someone who has spent decades understanding the past and present of Christianity. So what then does Prof Stark see as the future for the Catholic Church? “Continued strength.” The Age of Reason began in the 2nd century AD. How about that for a claim? Rodney Stark is not a man to equivocate. In his judgment, the Catholic Church has been routinely traduced by “distinguished bigots” – historians who have twisted or ignored the evidence and polluted popular understanding. Hence Stark’s determination to put back by a millennium-and-a-half the dating of the Age of Reason, which really began, he argues, with certain Church Fathers and their decision to conduct theology; that is, formal reasoning about God. Tertullian, Clement of Alexandria, Augustine: they all insisted on the power of reason and its place in God’s plan. St Augustine went into raptures about the “sagacity” with which “the movements and connections of the stars have been discovered”. Man’s rational nature was an “unspeakable boon” conferred on us by God. Hence also Stark’s fury about the term “Dark Ages”. It is remarkable how politicians and journalists wanting to convey disgust these days, whether for the actions of ISIS or for rules about wearing high heels at work, are liable to call such a thing “medieval” or “a return to the Dark Ages”. And this darkness was, of course, the doing of the Catholic Church. Edward Gibbon said so. So did Voltaire. Daniel Boorstin, librarian of the United States Congress, wrote that the Church “built a grand barrier against the progress of knowledge”. Rubbish, says Stark. The Dark Ages are nothing but a hoax invented by intellectuals to glorify themselves and vilify the Church. The period from 300 to 1300 was, in fact, one of the great innovative eras of mankind. Technology was developed and put into use on a scale no civilisation had previously known: water mills, the three-field system, the horse collar, selective plant breeding, chimneys and much more. These things transformed productivity, increased the population, and widened horizons all over supposedly benighted Europe. But high-minded men of letters saw fit not to notice such things. What else? Human dissection for scientific purposes began in medieval universities and without serious objections from the Church. Stark reels off clergymen-scientists who preceded Copernicus and who, among other things, fought and won the battle for empiricism in science. There was moral progress too. The irony of ISIS comparisons, given that group’s recourse to abduction and enslavement, is that most of Europe had waved goodbye to slavery by 1300. Though not cited by Stark, Hugh Thomas, the great modern historian of the Atlantic slave trade, attributed the later resurgence of slavery to the memory of antiquity: “If Athens had slaves to build the Parthenon, and Rome to maintain the aqueducts, why should modern Europeans hesitate to have slaves to build its new world in America?” As for the treatment by some historians of the Church’s record on slavery, Stark accuses them of lying in plain sight. And so, in Bearing False Witness, Rodney Stark takes aim at one “myth” after another about Catholicism. The Spanish Inquisition? A “pack of lies”, originally spread by English and Dutch propagandists. The Inquisition “made little use of the stake, seldom tortured anyone and maintained unusually decent prisons”.  The Crusades? Stark begins by saying, in effect, “the others started it”, and goes from there. He is particularly hot in attacking the idea that the Crusaders were driven by dreams of land and loot. Stark’s style is brusque and clear. He is like a man carefully setting up skittles before firing down bowling balls of fact and argument to send them scattering (though in a couple of cases he is, in reality, rebalancing rather than overturning the debate). All of which means that Bearing False Witness is stirring, compelling, often convincing stuff. Some bits are especially fascinating, as when Stark makes the case for monasteries as the first true capitalist firms. (…) And, of course, the greatest obstacle nowadays to perceiving the Catholic Church as a force for good is not the myth of the suppressed Gospels, or the myth of the Protestant work ethic, or whatever else. It is the anything but mythical abuse scandals. (…) One thing Stark is not, therefore, is a Catholic: “I did not write this book in defence of the Church,” he states, looking possible critics straight in the eye. “I wrote it in defence of history.” Michael Dugan
Le problème n’était pas que le leadership fut silencieux. C’était que presque personne ne l’a écouté.  Quelques auteurs catholiques prétendent que ce ne fut pas avant les années 1890 que l’Église Catholique Romaine condamna l’esclavage. Un prêtre britannique a prétendu que cela n’a pas eu lieu avant 1965. Un Non-sens! Dès le septième siècle, Sainte-Bathilde (l’épouse du Roi Clovis II) devint célèbre pour sa campagne afin de faire cesser le commerce des esclaves afin de les libérer tous; en 851 Saint-Anskar débuta ses efforts pour faire stopper le commerce d’esclaves effectué par les Vikings. Que l’Église baptisa volontairement les esclaves démontre qu’ils furent  considérés comme ayant une âme, et très tôt, Rois et Évêques, incluant William le Conquérant (1027-1087) Saint-Wulfstan (1009-1095) et Saint-Anselme (1033-1109) interdirent l’esclavage des Chrétiens. Puisqu’en faisant exception des petits hameaux, Juifs et Vikings au nord, tout le monde était au moins nominalement un Chrétien,  l’esclavage était effectivement supprimé en Europe médiévale, excepté aux frontières méridionales et orientales avec l’Islam où des deux côtés on asservissait les prisonniers de l’autre. Toutefois, même cette pratique a épisodiquement fait l’objet de condamnation: au dixième siècle, les évêques de Venise ont proclamé une expiation publique pour la participation passée dans le commerce d’esclaves des Maures et ont cherché à empêcher tout Vénitien de participer à l’esclavage. Puis, au treizième siècle, Saint-Thomas d’Aquin conclut que l’esclavage était un péché. Ainsi, une série de papes supportèrent sa position en 1435, année où culminèrent trois déclarations majeures contre l’esclavage par le Pape Paul III en 1537. Il est significatif qu’au jour d’Aquin, l’esclavage était déjà une chose du passé ou des contrées éloignées. En conséquence, il  porta peu d’attention au sujet intrinsèque, prêtant plutôt d’attention au servage, qu’il tint également pour répugnant. Cependant, dans son analyse globale de la moralité dans les rapports humains, Aquin considérait l’esclavage comme étant en opposition à la loi naturelle, concluant que toutes les «créatures raisonnables» ont un droit à la justice. Par conséquent, il ne trouva aucune base naturelle pour prétendre à esclavage de personnes plutôt que d’autres, « de ce fait enlevant toute espèce de justification possible pour l’esclavage basée sur la race ou la religion.» La raison, et non pas la coercition, est la base, morale de l’autorité, parce qu’aucun «homme n’est par sa nature assujetti  à un autre.» Sur cette question, Aquin a distingué deux formes de  «sujétion» à l’autorité, l’une juste et l’autre injuste. La première existe lorsque les dirigeants travaillent pour l’avantage et le bénéfice de leurs sujets. La forme injuste de soumission « est celle de l’esclavage, dans lequel l’autorité contrôle le sujet pour ses propres avantages.» Se fondant sur l’immense autorité donnée à Aquin par l’Église, la position officielle était donc que l’esclavage était un péché. Il est vrai que quelques papes n’ont pas observé l’obligation morale d’opposition à l’esclavage. En 1488, le pape Innocent  VIII accepta un cadeau de cent esclaves Maures fait par le Roi Ferdinand d’Aragon, donnant certains d’entre eux à ses cardinaux. Naturellement, Innocent était un cas à part puisqu’il en est venu à commettre dans sa vie des actions parfaitement immorales. Cependant, la laxité ne doit pas être confondue avec la doctrine.  Ainsi. tandis qu’Innocent engendra beaucoup d’enfants, il n’a en aucun temps changé la doctrine officielle de l’Église comme quoi le clergé devait être célibataire. De la même manière, son acceptation d’un cadeau d’esclaves ne devrait pas être confondue avec des enseignements officiels de l’Église sur l’esclavage, enseignements qui ne changèrent pas. Ceux-ci ont été énoncés fréquemment et explicitement lorsqu’il devenait pertinent de le faire. Lors des années 1430, les Espagnols colonisèrent les îles Canaries et commencèrent à asservir la population indigène. Il n’était pas question de servage mais d’un véritable esclavage de sorte que des Chrétiens et les Maures pratiquèrent longtemps  sur les captifs en Espagne. Quand la rumeur de ces actions atteignit le Pape Eugène IV (1431 à 1447), il publia une Bulles, «Sicut Dudum». Le pape n’y a pas mâché ses mots. Sous la menace de l’excommunication, il donna quinze jours à partir de la réception de sa Bulle pour « restaurer à leur liberté au plus tôt toute personne de l’un ou l’autre sexe qui était par le passé, des résidants de les dites îles Canaries. . . Ces personnes doivent être totalement et perpétuellement libres et doivent être laissées libres sans exaction ou demande de quelques sommes d’argent que ce soit. Le Pape Pie II (1458 à 1464) et le Pape Sixte IV (1471 à 1484) ont poursuivi cette action par des Bulles additionnelles condamnant l’esclavage des insulaires dans les îles Canaries, qui, malheureusement, a quand même continué… Ce que cet épisode démontre est la fragilité de l’autorité papale de l’époque, et non pas une indifférence de l’Église au péché de l’esclavage. Avec le succès des invasions espagnoles et portugaises du Nouveau Monde, l’esclavage des indigènes et l’importation des Africains s’en sont suivis, et quelques esclavagistes ont eu comme raisonnement que cela n’était pas en violation de la moralité chrétienne, prétendant que ces derniers n’étaient pas « des créatures raisonnables» ayant droit à la liberté mais étaient plutôt des espèces d’animaux, et que donc légitimement sujets à l’exploitation humaine. Ce subterfuge théologique par les esclavagistes-commerçants fut astucieusement employé par Normand F. Cantor pour accuser le Catholicisme alors qu’il dit  : « l’Église a accepté l’esclavage… au seizième siècle en Espagne, les chrétiens discouraient au sujet de savoir si les esclaves noirs avaient une âme ou étaient des créations animales du Seigneur.» Cantor ne donna aucune indication comme quoi Rome à plusieurs reprises dénonça l’esclavage dans le Nouveau Monde comme motif d’excommunication. Et pourtant  c’est précisément ce que fit le Pape Paul III (de 1534 à 1549) sur cette question. Bien que membre d’une famille ecclésiastique Romaine, et quelquefois libertin dans ses premières années (il a été fait cardinal à vingt-cinq ans mais n’a pas accepté l’ordination jusqu’à ce qu’il ait eu cinquante ans). Paul se transforma et devint un  pape efficace et pieux qui a pleinement reconnu la signification morale du Protestantisme et lança la Contre-Réforme. Sa Bulle magnifique contre l’esclavage dans le Nouveau Monde (aussi bien que les Bulles semblables par d’autres papes) furent d’une façon ou d’une autre «oubliées» des archives historiques jusque très récemment. (…) Dans une seconde Bulle sur l’esclavage, Paul  appliqua la sanction de l’excommunication à quiconque sans regard pour : « sa dignité,  son état, sa condition, ou sa fonction… qui de quelque façon que ce soit prétend réduire les dits Indiens à l’esclavage ou de les dépouiller de leurs biens.»  Mais rien ne s’est produit. Bientôt, en plus de l’exploitation brutale des Indiens, les bateaux esclavagistes Espagnols et Portugais ont commencé à naviguer entre l’Afrique et le Nouveau Monde. Et comme les missionnaires Catholiques d’outre-mer avaient éveillé Rome afin qu’elle condamne l’esclavage des Indiens, des appels semblables ont été envoyés au sujet des esclaves noirs importés. Le 22 Avril 1639, le pape Urbain VIII (1623 à 1644), sur demande des Jésuites du Paraguay, publia une Bulle  « Commissum Nobis»  réaffirmant la loi de «notre prédécesseur Paul III» pour ceux qui réduisent d’autres à l’esclavage puisqu’étant ainsi sujets à l’excommunication. Par la suite, la Congrégation du Saint Office (l’Inquisition Romaine) a même abordé la question. Le 20 Mars 1686. (…) Le problème ne fut pas que l’Église ne condamna pas l’esclavage; ce fut que peu entendirent et que la plupart d’entre eux refusèrent d’écouter. À cette époque, les papes avaient peu ou à peu près pas d’influence sur les Espagnols et les Portugais puisqu’à ce moment-là, l’Espagne même régnait sur la majeure partie de l’Italie; en 1527, sous la conduite de Charles V, les espagnols ont même saccagé Rome. Si le pape avait si peu d’influences en Espagne ou au Portugal, il en avait à peu près aucune dans le Nouveau Monde et les nouvelles colonies, excepté indirectement par le travail des ordres religieux. En fait, il était illégal même d’éditer les décrets papaux « dans les possessions coloniales espagnoles sans le consentement royal,»  et le roi s’arrogeait le droit de désigner également tous les évêques. Néanmoins, la Bulle d’Urbain VIII fut lue en public par les Jésuites à Rio de Janeiro, avec comme résultat qu’ils furent attaqués à l’université locale des Jésuites avec pour compte qu’un certain nombre de prêtres furent blessés. Dans Santos, une foule a piétiné un Jésuite vicaire-général quand il a essayé de publier la Bulle, et les Jésuites ont été expulsés de Sao Paulo lorsque la rumeur se répandit de leur action pour faire connaître la Bulle contre l’esclavage. Ainsi, la connaissance des Bulles anti-esclavagistes et des décrets postérieurs de l’Inquisition contre l’esclavage ont été généralement limités au clergé, particulièrement aux ordres religieux, ce qui de ce fait a limité leur impact public. Naturellement, les Espagnols et les Portugais n’étaient pas les seuls esclavagistes du Nouveau Monde. Et même si  les Bulles papales furent publiées partout, elles n’eurent aucune force morale chez les Anglais et les Hollandais. Ainsi, il doit être noté que l’introduction de l’esclavage au Nouveau Monde n’a fait l’objet d’aucune dénonciation de personnalités hollandaises ou protestantes anglaises. Cependant, bien que les Bulles papales contre l’esclavage aient été rejetées dans le Nouveau Monde, les vues anti-esclavagistes de l’Église ont eu un effet significatif de modération dans les Amériques Catholiques par les moyens du  « Code Noir » et du « Código Negro Español ». Dans les deux cas, l’Église a inspiré leur formulation et leur renforcement, démontrant de ce fait son opposition fondamentale à l’esclavage et cela en essayant d’assurer « les droits des esclaves et son bien-être matériel,» et en imposant des «obligations aux propriétaires d’esclaves, limitant ainsi leur contrôle sur ces derniers.» Comme Eugene Genovese l’a mentionné : « le Catholicisme a fait une différence profonde dans les vies des esclaves. [ En ] donnant aux sociétés esclavagistes américaines brésiliennes et espagnoles une éthique. . .  celui d’une véritable législation spirituelle.» La prédominance d’anti-religieux, et particulièrement d’anti-Catholique, polarisée principalement dans la relation de l’histoire sur l’esclavage est bien démontrée par la «rubrique» sur  «Le Code Noir dans la Colombia Encyclopedia de 1975»  sous le mot Louisiane nous lisons : « [ Le code Noir adopté en 1724 pourvoit au contrôle rigide de la vie des [ esclaves ] et à la protection des blancs. Des dispositions complémentaires ont établi le Catholicisme comme religion officielle.» Et c’est fait ! Pas la plus légère reconnaissance des nombreux articles conçus pour protéger les esclaves. Il ne s’agissait pas d’une proclamation d’émancipation c’est un fait, mais le «Code des Barbades» n’en était pas un non plus. Comme exemple additionnel de la polarisation biaisée  antireligieuse chez les historiens contemporains, considérez que dans son article sur le Code Noir, Robin Blackburn a écrit « la politique officielle feinte l’encouragement des mariages d’esclaves dans les colonies françaises,» seulement à la fin de sa phrase il admet que cela avait des résultats « limités» mais  des résultats non négligeables. Il cite alors un document de la Martinique rapportant que la moitié des esclaves d’âge à se marier l’était. Puisque la distribution de l’état matrimonial des esclaves est précisée, ceci équivaut en fait au taux de mariage en France à ce moment-là, et il semblerait que selon lui, le soutien au mariage « soit feint.» Également remarquable est le fait que tant d’historiens distingués sur l’esclavage ont à peine mentionné l’existence du Code Noir et ont ignoré le Código Negro Español  si complètement qu’il n’apparaît même pas dans les index de leurs travaux. Mais si beaucoup d’historiens n’ont prêté que peu ou pas d’attention à ces codes, l’Église inspira ces codes, non plus que pratiquement personne a même mentionné le Code des Barbades (sous aucun nom), excepté les quelques historiens se spécialisant dans des lois sur l’esclavage, et quelques auteurs qui ont écrit spécifiquement au sujet de l’histoire de l’esclavage à la Barbade, bien que le code ait été observé dans toutes les Indes Occidentales Britanniques. Je pense que le code des Barbades aurait suscité une attention considérable s’il avait été produit par des Catholiques plutôt que par des Protestants…  Mais peut-être que la plus importante omission à noter dans les écrits sur l’esclavage dans le Nouvel Monde, et particulièrement de l’esclavage et des mauvais traitements faits à des populations indigènes, concerne la République Jésuite du Paraguay. Pendant plus de 150 années (1609-1768), les Jésuites ont administré un secteur de plus de deux fois la taille de la France, localisé au sud du Brésil et à l’ouest du territoire cédé au Portugal par le Traité de Tordesillas(1494).  Là, un petit groupe de Jésuites espagnols ( probablement jamais plus considérable que deux cents) fonda, protégea, éduqua , et conseilla une civilisation remarquable d’environ une trentaine de «réductions,» ou communautés, formée exclusivement  d’Indiens Guarani. Non seulement les arts et l’industrie se sont-ils épanouis dans la république des Jésuites (villes avec des rues pavées et des bâtiments, des orchestres symphoniques impressionnants, des imprimeries), mais encore une véritable tentative fut faite d’un gouvernement représentatif. Leur but en fondant cette république, est expliqué par le Jésuite supérieur Antonio Ruiz de Montoya en 1609, il s’agissait de christianiser et «civiliser» les Indiens de sorte qu’ils puissent être des sujets libres de la couronne, égaux aux Espagnols, et d’ainsi  : « amener la paix entre les Espagnols et les Indiens, une tâche si difficile que, depuis la découverte des Indes Occidentales il y a plus de cent ans, cela n’a toujours pas été possible.» La république s’est épanouie, mais plutôt que de devenir un fondement pour l’égalité et la paix, son existence a offensé beaucoup de fonctionnaires et de planteurs coloniaux, et provoqua des tentatives d’expropriation. Néanmoins, les Jésuites sont parvenus à devancer et contrecarrer ces tentatives pendant plusieurs générations. Mais ensuite, les choses ont commencé à se dégrader. La première étape dans la chute de la république est venue en 1750 quand les Portugais et les Espagnols ont signé un nouveau traité, redivisant l’Amérique du Sud le long des frontières naturelles. Comme résultat, sept des réductions sont tombées sous la juridiction portugaise. Il leur fut ordonné de passer le pouvoir aux autorités civiles, les Jésuites résistèrent et firent appel aux Couronnes Portugaises et Espagnoles pour conserver les réductions libres. Mais leurs adversaires étaient trop forts et sans scrupule, faisant circuler des fausses rumeurs de  conspiration des Jésuites contre les deux Couronnes. Ainsi en 1754, des troupes espagnoles furent envoyées contre les sept réductions de l’Ouest, alors que les Portugais avançaient à l’Est. Les deux forces européennes ont été défaites par les Indiens, qui étaient tout à fait bien entraînées dans la tactique militaire et possédaient des mousquets et des canons. Bien que les Jésuites n’eurent aucune participation dans les batailles, ils ont été blâmés comme traîtres et comme conséquence à cette lutte contre l’esclavage, ils furent expulsés du Portugal et de tous les territoires portugais en 1758. Bientôt, des accusations supplémentaires de complots durent portés contre le Jésuites en Espagne alors que tous les membres de l’ordre furent arrêtés au début de 1667 et expulsés dans les états pontificaux. En juillet, les autorités coloniales étaient prêtes à expulser les Jésuites d’Amérique latine, et le rassemblement  de ces derniers débuta à Buenos Aires et à Cordoue. Mais ce ne fut pas avant l’année suivante que les troupes espagnoles  s’emparèrent des vingt-trois «réductions» restantes et se saisirent des Jésuites demeurant, sur quoi les pères (même très malades et vieux) ont été attachés à des mules et transportés à travers les montagnes par mauvais temps, beaucoup sont décédés. Ainsi, étaient les Jésuites expulsés de l’hémisphère occidental. Bientôt, leur république tomba en ruine et fut pillée par les autorités civiles. Découragés par les mauvais traitements et la perte des «Pères Robe Noire» (les jésuites), les survivants Guaraní s’enfuirent, la plupart dans les villes. Ainsi, périt une brillante civilisation… Bien sûr, parmi les quelques historiens à traiter de la république des Jésuites, certains vocifèrent contre le colonialisme et le Catholicisme, condamnent les Jésuites «fanatiques» pour l’imposition de la religion et de la civilisation aux Indiens païens, et dénoncent des efforts des Jésuites pour soutenir une république comme un cruel paternalisme et une exploitation. Mais même si l’on devait accepter la version la plus extrémiste de ces assertions, on est confronté aux efforts sincères et efficaces des Jésuites pour protéger les Indiens contre les planteurs et les autorités coloniales qui ont souhaité les ramener à l’esclavage ou de les supprimer entièrement. D’avoir réussi à ériger avec les indiens, une civilisation indienne avancée dans ce contexte historique est un exploit tout à  fait extraordinaire. D’ailleurs, nos historiens parlent au moins de cet événement historique important, alors que la plupart des autres historiens l’ont tout simplement ignoré. J’ai pu trouver seulement deux livres sur le sujet en langue anglaise écrits depuis les trente dernières années, l’un d’entre eux traduit du Portugais et tous deux maintenant indisponibles. D’autant plus que j’ai pu découvrir, une seule reconnaissance du sujet dans l’encyclopédie Britannica  autre que cette simple phrase sous le mot : « Paraguay, histoire de » : « Pendant la majeure partie de l’ère coloniale, le Paraguay a été connu principalement comme une énorme mission de Jésuites de 30 reducciones.» Il n’est même pas dit ce que sont les  «reducciones». Quant aux travaux principaux sur l’esclavage dans le Nouveau Monde, qui tous ont des choses amères (et souvent anti-Catholiques) à dire au sujet de l’esclavage et de l’abus des Indiens en Amérique latine: ils conservent un silence absolu sur la république des Indiens du Paraguay. En revanche, une attention considérable a été prêtée par des historiens au fait que pas tout le clergé catholique, incluant  les Jésuites, ont accepté que l’esclavage fut un péché. En effet, parfois au milieu des sociétés esclavagistes elles-mêmes, des membres du clergé  ont eu des esclaves pendant le dix-huitième et tôt durant le dix-neuvième siècle. Les Jésuites dans le Maryland furent  propriétaires d’esclaves. Le reste du clergé était très confus au sujet de cette question. Par exemple, Dominicain Bartolome de Las Casas (1474-1566) a fait une campagne amère et tout à fait réussie contre l’esclavage des Indiens, pendant laquelle il a proposé que des esclaves soient apportés d’Afrique pour les remplacer. Plus tard, il est venu à regretter vivement cette proposition et a exprimé un doute de savoir si Dieu le pardonnerait pour ce péché terrible. Il faut également reconnaître que l’Église, habituellement, n’a pas confronté les gouvernements de front et n’a pas essayé par la  force de faire cesser l’esclavage. Reconnaissant que les papes avaient menacé d’excommunication, mais dans la pratique, l’Église a travaillé à essayer d’améliorer les conditions de vie des esclaves autant que possible. Ainsi, l’église était persistante dans son affirmation que l’esclavage était seulement un état de service, et que ceux qui furent asservis, étaient entièrement humains et pleinement égaux aux yeux de Dieu. Pendant que l’éminent  Cardinal italien Hyacinthe Gerdil (1718-1802) disait que : « l’esclavage ne peut pas être compris comme conférant à un seul homme le même pouvoir qu’un homme a sur son bétail. . . L’esclavage ne supprime pas l’égalité naturelle des hommes… [ et est ] sujet à la condition que le maître prenne le soin qui est dû à son esclave et le traite avec humanité.»Comme déjà mentionné, c’était dans cet esprit que le premier article du « Código Negro Español» exigeait de tous les maîtres d’avoir leurs esclaves baptisés et spécifiait de sérieuses sanctions  pour les maîtres qui n’ont pas permis à leurs esclaves d’assister à la messe ou de célébrer les jours de célébrations. En revanche, l’Église d’Angleterre ne reconnaissait pas les esclaves comme des « êtres humains baptisables.» Ces deux vues ont eu un effet profond, non seulement sur ceux impliqués dans l’esclavage, mais sur des attitudes envers les ex-esclaves et l’affranchissement des esclaves. Ce qui est clair est que l’affirmation commune comme quoi l’Église Catholique a généralement favorisé l’esclavage, n’est pas vraie. En effet, comme il sera vu, quand les Quakers américains initièrent le mouvement abolitionniste, ils  trouvèrent des âmes soeurs non seulement chez d’autres Protestants mais également parmi les Catholiques Romains. Si le monothéisme possédait un potentiel certain de provoquer des doctrines anti-esclavagistes comme cela est avancé par certains, il faut également se demander pourquoi l’Islam ne s’est-il donc pas retourné contre l’esclavage ? En effet, pourquoi l’esclavage persiste-t-il dans certaines régions  islamiques, alors qu’il vient tout récemment de cesser dans d’autres nations musulmanes en réponse à une pression intense de l’ouest (chrétien)? Pour répondre à cette question, nous devons reconnaître que les théologiens travaillent dans des limites intellectuelles définies, non pas simplement en conclusion de fondements culturels particuliers. Par exemple, il serait tout à fait impossible pour les théologiens juifs, chrétiens, ou islamiques de déduire que Dieu n’a aucun intérêt dans le comportement sexuel humain. Les textes révélés ne permettront simplement pas une telle conclusion. Ni les théologiens chrétiens ne pourraient déduire que Jésus a favorisé la polygamie, du moins sans une révélation additionnelle. Le problème fondamental auquel font face les théologiens musulmans vis-à-vis de la moralité de l’esclavage est que Mahomet a acheté, vendu, capturé, et possédé des esclaves. Comme Moïse, le Prophète a conseillé que des esclaves soient bien traités : « Et que ceux qui n’ont pas de quoi se marier, cherchent à rester chastes jusqu’à ce qu’Allah les enrichisse par Sa grâce. Ceux de vos esclaves qui cherchent un contrat d’affranchissement, concluez ce contrat avec eux si vous reconnaissez du bien en eux; et donnez-leur des biens d’Allah qu’Il vous a accordés. Et dans votre recherche des profits passagers de la vie présente, ne contraignez pas vos femmes esclaves à la prostitution, si elles veulent rester chastes. Si on les y contraint, Allah leur accorde après qu’elles aient été contraintes, Son pardon et Sa miséricorde.», également il est possible de gagner la rémission si l’on a tué un compagnon croyant par erreur en libérant un esclave : «Il n’appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant, si ce n’est par erreur. Quiconque tue par erreur un croyant, qu’il affranchisse alors un esclave croyant et remette à sa famille le prix du sang, à moins que celle-ci n’y renonce par charité. Mais si [le tué] appartenait à un peuple ennemi à vous et qu’il soit croyant, qu’on affranchisse alors un esclave croyant. S’il appartenait à un peuple auquel vous êtes liés par un pacte, qu’on verse alors à sa famille le prix du sang et qu’on affranchisse un esclave croyant. Celui qui n’en trouve pas les moyens, qu’il jeûne deux mois d’affilée pour être pardonné par Allah. Allah est Omniscient et Sage.»(4,92). Comme ce fut le cas des règles juives au sujet de l’esclavage, les critiques de Mahomet ainsi que l’exemple ont probablement atténué bien souvent les conditions de vie des esclaves dans l’Islam contrastant avec le monde Romain ou Grec. Cependant, la moralité fondamentale sur le fondement de l’esclavage ne fut pas remise en cause. Tandis que les théologiens chrétiens furent capables de remettre en cause l’acceptation biblique de l’esclavage, ils n’auraient pas pu probablement le faire si Jésus avait possédé des esclaves. Le fait que Mahomet posséda des esclaves fait que pour les  théologiens musulmans, il est impossible en manœuvrant intellectuellement de surmonter ce problème, et cela même s’ils désiraient le faire. Rodney Stark
Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ? Jean Sévillia, journaliste au Figaro, qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès la réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ». Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables. Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ». Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats. En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ». Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante. Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme. Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation. C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. (…) Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne [Dumézil] , nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi. Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle. Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église. (…)  En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier. Jean-Marc Bastière
A propos de la féodalité et du Moyen Âge, l’auteur a beau jeu de rappeler qu’elle ne mérite pas les clichés méprisants du XVIIIe siècle. Les médiévistes contemporains, de Régine Pernoud à Jacques Le Goff en passant par Jacques Heers, ont fait litière de ces préjugés et montré comment, sous l’égide du clergé catholique, les peuples de l’Occident ont jeté les bases de la démocratie, de la laïcité, de l’émancipation des femmes etc. À propos des croisades, Jean Sévillia signale qu’elles furent avant tout une manifestation de foi populaire et une réaction de défense des Européens dans une époque très critique de leur Histoire. Les excès et les massacres qu’on peut leur attribuer ne sortent hélas pas de l’ordinaire de l’époque (et sont plutôt moins choquants que les horreurs du début du XXe siècle). Pire que le Goulag ( *), l’ Inquisition ! Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles. Venons-en au XVIIIe siècle français. «Voilà un aspect des Lumières qui est aujourd’hui soigneusement caché : le racisme», dit fort justement l’auteur de Historiquement correct. Voltaire, le grand Voltaire, écrit dans Essai sur les moeurs et l’esprit des moeurs : «Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différentes». En écrivant cela, le pourfendeur du clergé prend le contrepied de l’enseignement religieux qui, depuis Saint Paul, n’a de cesse de souligner l’unicité de la condition humaine. Malheureusement, aux XIXe et XXe siècles, le triste enseignement de Voltaire sera mieux suivi que celui de Saint Paul. Faut-il insister ? Le Siècle des Lumières fut aussi le grand siècle de la traite atlantique et les «philosophes» ne furent pas les derniers à placer leurs économies dans le trafic d’esclaves. Jean Sévillia a beau jeu de rappeler les crimes commis pendant la Révolution française, sous la Terreur, au nom de la Liberté, mais curieusement ne s’appesantit pas sur Napoléon Bonaparte, dont les actions ont peu de rapport avec la légende. De même, il ne manque pas de rappeler les exactions des Communards de 1871 mais néglige la responsabilité d’ Adolphe Thiers dans cette tragédie.Plus près de nous, Historiquement correct témoigne de la grande confusion idéologique qui a conduit en France les républicains de gauche à se faire les apologues de la colonisation à la fin du XIXe siècle et à défendre la présence française en Algérie après la seconde guerre mondiale. De la même façon, peut-on ignorer la contribution de plusieurs dirigeants socialistes ou communistes au gouvernement du maréchal Pétain (Doriot, Déat, Laval, Belin…), tandis que des officiers catholiques et parfois monarchistes s’engageaient dès les débuts de l’occupation allemande dans la Résistance (d’Estienne d’Orves, Leclerc de Hauteclocque, de Gaulle…) ? Et quel est l’extrémiste qui confie les lignes suivantes à son journal intime, en juillet 1940 ? «J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » C’est le philosophe Alain, radical et pacifiste, grande conscience de la IIIe République. André Larané
The Name of the Rose, wrote a particularly influential manual. There is no reason to believe that Gui was anything like his fictional portrayal. By the 14th century, the Inquisition represented the best legal practices available. Inquisition officials were university-trained specialists in law and theology. The procedures were similar to those used in secular inquisitions (we call them « inquests » today, but it’s the same word). The power of kings rose dramatically in the late Middle Ages. (…) As in other areas of ecclesiastical control, secular authorities in the late Middle Ages began to take over the Inquisition, removing it from papal oversight. In France, for example, royal officials assisted by legal scholars at the University of Paris assumed control of the French Inquisition. Kings justified this on the belief that they knew better than the faraway pope how best to deal with heresy in their own kingdoms. These dynamics would help to form the Spanish Inquisition — but there were others as well. Spain was in many ways quite different from the rest of Europe. Conquered by Muslim jihad in the eighth century, the Iberian peninsula had been a place of near constant warfare. Because borders between Muslim and Christian kingdoms shifted rapidly over the centuries, it was in most rulers’ interest to practice a fair degree of tolerance for other religions. The ability of Muslims, Christians, and Jews to live together, called convivencia by the Spanish, was a rarity in the Middle Ages. Indeed, Spain was the most diverse and tolerant place in medieval Europe. England expelled all of its Jews in 1290. France did the same in 1306. Yet in Spain Jews thrived at every level of society. But it was perhaps inevitable that the waves of anti-Semitism that swept across medieval Europe would eventually find their way into Spain. Envy, greed, and gullibility led to rising tensions between Christians and Jews in the 14th century. During the summer of 1391, urban mobs in Barcelona and other towns poured into Jewish quarters, rounded up Jews, and gave them a choice of baptism or death. Most took baptism. The king of Aragon, who had done his best to stop the attacks, later reminded his subjects of well-established Church doctrine on the matter of forced baptisms — they don’t count. He decreed that any Jews who accepted baptism to avoid death could return to their religion. But most of these new converts, or conversos, decided to remain Catholic. There were many reasons for this. Some believed that apostasy made them unfit to be Jewish. Others worried that returning to Judaism would leave them vulnerable to future attacks. Still others saw their baptism as a way to avoid the increasing number of restrictions and taxes imposed on Jews. As time passed, the conversos settled into their new religion, becoming just as pious as other Catholics. Their children were baptized at birth and raised as Catholics. But they remained in a cultural netherworld. Although Christian, most conversos still spoke, dressed, and ate like Jews. Many continued to live in Jewish quarters so as to be near family members. The presence of conversos had the effect of Christianizing Spanish Judaism. This in turn led to a steady stream of voluntary conversions to Catholicism. In 1414 a debate was held in Tortosa between Christian and Jewish leaders. Pope Benedict XIII himself attended. On the Christian side was the papal physician, Jeronimo de Santa Fe, who had recently converted from Judaism. The debate brought about a wave of new voluntary conversions. In Aragon alone, 3,000 Jews received baptism. All of this caused a good deal of tension between those who remained Jewish and those who became Catholic. Spanish rabbis after 1391 had considered conversos to be Jews, since they had been forced into baptism. Yet by 1414, rabbis repeatedly stressed that conversos were indeed true Christians, since they had voluntarily left Judaism. By the mid-15th century, a whole new converso culture was flowering in Spain — Jewish in ethnicity and culture, but Catholic in religion. Conversos, whether new converts themselves or the descendants of converts, took enormous pride in that culture. Some even asserted that they were better than the « Old Christians, » since as Jews they were related by blood to Christ Himself. When the converso bishop of Burgos, Alonso de Cartagena, prayed the Hail Mary, he would say with pride, « Holy Mary, Mother of God and my blood relative, pray for us sinners . . . » The expansion of converso wealth and power in Spain led to a backlash, particularly among aristocratic and middle-class Old Christians. They resented the arrogance of the conversos and envied their successes. Several tracts were written demonstrating that virtually every noble bloodline in Spain had been infiltrated by conversos. Anti-Semitic conspiracy theories abounded. The conversos, it was said, were part of an elaborate Jewish plot to take over the Spanish nobility and the Catholic Church, destroying both from within. The conversos, according to this logic, were not sincere Christians but secret Jews. Modern scholarship has definitively shown that, like most conspiracy theories, this one was pure imagination. The vast majority of conversos were good Catholics who simply took pride in their Jewish heritage. Surprisingly, many modern authors — indeed, many Jewish authors — have embraced these anti-Semitic fantasies. It is common today to hear that the conversos really were secret Jews, struggling to keep their faith hidden under the tyranny of Catholicism. Even the American Heritage Dictionary describes « converso » as « a Spanish or Portuguese Jew who converted outwardly to Christianity in the late Middle Ages so as to avoid persecution or expulsion, though often continuing to practice Judaism in secret. » This is simply false. But the constant drumbeat of accusations convinced King Ferdinand and Queen Isabella that the matter of secret Jews should at least be investigated. Responding to their request, Pope Sixtus IV issued a bull on November 1, 1478, allowing the crown to form an inquisitorial tribunal consisting of two or three priests over the age of 40. As was now the custom, the monarchs would have complete authority over the inquisitors and the inquisition. Ferdinand, who had many Jews and conversos in his court, was not at first overly enthusiastic about the whole thing. Two years elapsed before he finally appointed two men. Thus began the Spanish Inquisition. King Ferdinand seems to have believed that the inquiry would turn up little. He was wrong. A tinderbox of resentment and hatred exploded across Spain as the enemies of conversos — both Christian and Jewish — came out of the woodwork to denounce them. Score-settling and opportunism were the primary motivators. Nevertheless, the sheer volume of accusations overwhelmed the inquisitors. They asked for and received more assistants, but the larger the Inquisition became, the more accusations it received. At last even Ferdinand was convinced that the problem of secret Jews was real. In this early stage of the Spanish Inquisition, Old Christians and Jews used the tribunals as a weapon against their converso enemies. Since the Inquisition’s sole purpose was to investigate conversos, the Old Christians had nothing to fear from it. Their fidelity to the Catholic faith was not under investigation (although it was far from pure). As for the Jews, they were immune to the Inquisition. Remember, the purpose of an inquisition was to find and correct the lost sheep of Christ’s flock. It had no jurisdiction over other flocks. Those who get their history from Mel Brooks’s History of the World, Part I will perhaps be surprised to learn that all of those Jews enduring various tortures in the dungeons of the Spanish Inquisition are nothing more than a product of Brooks’s fertile imagination. Spain’s Jews had nothing to fear from the Spanish Inquisition. In the early, rapidly expanding years, there was plenty of abuse and confusion. Most accused conversos were acquitted, but not all. Well-publicized burnings — often because of blatantly false testimony — justifiably frightened other conversos. Those with enemies often fled town before they could be denounced. Everywhere they looked, the inquisitors found more accusers. As the Inquisition expanded into Aragon, the hysteria levels reached new heights. Pope Sixtus IV attempted to put a stop to it. On April 18, 1482, (…) Sixtus ordered the bishops to take a direct role in all future tribunals. They were to ensure that the Church’s well-established norms of justice were respected. The accused were to have legal counsel and the right to appeal their case to Rome. In the Middle Ages, the pope’s commands would have been obeyed. But those days were gone. King Ferdinand was outraged (…) That was the end of the papacy’s role in the Spanish Inquisition. It would henceforth be an arm of the Spanish monarchy, separate from ecclesiastical authority. It is odd, then, that the Spanish Inquisition is so often today described as one of the Catholic Church’s great sins. The Catholic Church as an institution had almost nothing to do with it. In 1483 Ferdinand appointed Tomas de Torquemada as inquistor-general for most of Spain. It was Torquemada’s job to establish rules of evidence and procedure for the Inquisition as well as to set up branches in major cities. Sixtus confirmed the appointment, hoping that it would bring some order to the situation. Unfortunately, the problem only snowballed. This was a direct result of the methods employed by the early Spanish Inquisition, which strayed significantly from Church standards. When the inquisitors arrived in a particular area, they would announce an Edict of Grace. This was a 30-day period in which secret Jews could voluntarily come forward, confess their sin, and do penance. This was also a time for others with information about Christians practicing Judaism in secret to make it known to the tribunal. Those found guilty after the 30 days elapsed could be burned at the stake. For conversos, then, the arrival of the Inquisition certainly focused the mind. They generally had plenty of enemies, any one of whom might decide to bear false witness. Or perhaps their cultural practices were sufficient for condemnation? Who knew? Most converses, therefore, either fled or lined up to confess. Those who did neither risked an inquiry in which any kind of hearsay or evidence, no matter how old or suspicious, was acceptable. Opposition in the hierarchy of the Catholic Church to the Spanish Inquisition only increased. Many churchmen pointed out that it was contrary to all accepted practices for heretics to be burned without instruction in the Faith. If the conversos were guilty at all, it was merely of ignorance, not willful heresy. Numerous clergy at the highest levels complained to Ferdinand. Opposition to the Spanish Inquisition also continued in Rome. Sixtus’s successor, Innocent VIII, wrote twice to the king asking for greater compassion, mercy, and leniency for the conversos — but to no avail. As the Spanish Inquisition picked up steam, those involved became increasingly convinced that Spain’s Jews were actively seducing the conversos back into their old faith. It was a silly idea, no more real than the previous conspiracy theories. But Ferdinand and Isabella were influenced by it. Both of the monarchs had Jewish friends and confidants, but they also felt that their duty to their Christian subjects impelled them to remove the danger. Beginning in 1482, they expelled Jews from specific areas where the trouble seemed greatest. Over the next decade, though, they were under increasing pressure to remove the perceived threat. The Spanish Inquisition, it was argued, could never succeed in bringing the conversos back into the fold while the Jews undermined its work. Finally, on March 31, 1492, the monarchs issued an edict expelling all Jews from Spain. Ferdinand and Isabella expected that their edict would result in the conversion of most of the remaining Jews in their kingdom. They were largely correct. Many Jews in high positions, including those in the royal court, accepted baptism immediately. In 1492 the Jewish population of Spain numbered about 80,000. About half were baptized and thereby kept their property and livelihoods. The rest departed, but many of them eventually returned to Spain, where they received baptism and had their property restored. As far as the Spanish Inquisition was concerned, the expulsion of the Jews meant that the caseload of conversos was now much greater. The first 15 years of the Spanish Inquisition, under the direction of Torquemada, were the deadliest. Approximately 2,000 conversos were put to the flames. By 1500, however, the hysteria had calmed. Torquemada’s successor, the cardinal archbishop of Toledo, Francisco Jimenez de Cisneros, worked hard to reform the Inquisition, removing bad apples and reforming procedures. Each tribunal was given two Dominican inquisitors, a legal adviser, a constable, a prosecutor, and a large number of assistants. With the exception of the two Dominicans, all of these were royal lay officials. The Spanish Inquisition was largely funded by confiscations, but these were not frequent or great. Indeed, even at its peak the Inquisition was always just making ends meet. After the reforms, the Spanish Inquisition had very few critics. Staffed by well-educated legal professionals, it was one of the most efficient and compassionate judicial bodies in Europe. No major court in Europe executed fewer people than the Spanish Inquisition. This was a time, after all, when damaging shrubs in a public garden in London carried the death penalty. Across Europe, executions were everyday events. But not so with the Spanish Inquisition. In its 350-year lifespan only about 4,000 people were put to the stake. Compare that with the witch-hunts that raged across the rest of Catholic and Protestant Europe, in which 60,000 people, mostly women, were roasted. Spain was spared this hysteria precisely because the Spanish Inquisition stopped it at the border. When the first accusations of witchcraft surfaced in northern Spain, the Inquisition sent its people to investigate. These trained legal scholars found no believable evidence for witches’ Sabbaths, black magic, or baby roasting. It was also noted that those confessing to witchcraft had a curious inability to fly through keyholes. While Europeans were throwing women onto bonfires with abandon, the Spanish Inquisition slammed the door shut on this insanity. (For the record, the Roman Inquisition also kept the witch craze from infecting Italy.) What about the dark dungeons and torture chambers? The Spanish Inquisition had jails, of course. But they were neither especially dark nor dungeon-like. Indeed, as far as prisons go, they were widely considered to be the best in Europe. There were even instances of criminals in Spain purposely blaspheming so as to be transferred to the Inquisition’s prisons. Like all courts in Europe, the Spanish Inquisition used torture. But it did so much less often than other courts. Modern researchers have discovered that the Spanish Inquisition applied torture in only 2 percent of its cases. Each instance of torture was limited to a maximum of 15 minutes. In only 1 percent of the cases was torture applied twice and never for a third time. The inescapable conclusion is that, by the standards of its time, the Spanish Inquisition was positively enlightened. That was the assessment of most Europeans until 1530. It was then that the Spanish Inquisition turned its attention away from the conversos and toward the new Protestant Reformation. The people of Spain and their monarchs were determined that Protestantism would not infiltrate their country as it had Germany and France. The Inquisition’s methods did not change. Executions and torture remained rare. But its new target would forever change its image. By the mid-16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. King Philip II saw himself and his countrymen as faithful defenders of the Catholic Church. Less wealthy and less powerful were Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England. But they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous « Black Legend » of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil. Although modern scholars have long ago discarded the Black Legend, it still remains very much alive today.  (…) Because it was both professional and efficient, the Spanish Inquisition kept very good records. Vast archives are filled with them. These documents were kept secret, so there was no reason for scribes to do anything but accurately record every action of the Inquisition. They are a goldmine for modern historians who have plunged greedily into them. Thus far, the fruits of that research have made one thing abundantly clear — the myth of the Spanish Inquisition has nothing at all to do with the real thing. Thomas F. Madden
When the sins of the Catholic Church are recited (as they so often are) the Inquisition figures prominently. People with no interest in European history know full well that it was led by brutal and fanatical churchmen who tortured, maimed, and killed those who dared question the authority of the Church. The word “Inquisition” is part of our modern vocabulary, describing both an institution and a period of time. Having one of your hearings referred to as an “Inquisition” is not a compliment for most senators. But in recent years the Inquisition has been subject to greater investigation. In preparation for the Jubilee in 2000, Pope John Paul II wanted to find out just what happened during the time of the Inquisition’s (the institution’s) existence. In 1998 the Vatican opened the archives of the Holy Office (the modern successor to the Inquisition) to a team of 30 scholars from around the world. Now at last the scholars have made their report, an 800-page tome that was unveiled at a press conference in Rome on Tuesday. Its most startling conclusion is that the Inquisition was not so bad after all. Torture was rare and only about 1 percent of those brought before the Spanish Inquisition were actually executed. (…) The amazed gasps and cynical sneers that have greeted this report are just further evidence of the lamentable gulf that exists between professional historians and the general public. The truth is that, although this report makes use of previously unavailable material, it merely echoes what numerous scholars have previously learned from other European archives. Among the best recent books on the subject are Edward Peters’s Inquisition (1988) and Henry Kamen’s The Spanish Inquisition (1997), but there are others. Simply put, historians have long known that the popular view of the Inquisition is a myth. (…) The Inquisition was not born out of desire to crush diversity or oppress people; it was rather an attempt to stop unjust executions. Yes, you read that correctly. Heresy was a crime against the state. Roman law in the Code of Justinian made it a capital offense. Rulers, whose authority was believed to come from God, had no patience for heretics. Neither did common people, who saw them as dangerous outsiders who would bring down divine wrath. When someone was accused of heresy in the early Middle Ages, they were brought to the local lord for judgment, just as if they had stolen a pig or damaged shrubbery (really, it was a serious crime in England). Yet in contrast to those crimes, it was not so easy to discern whether the accused was really a heretic. For starters, one needed some basic theological training–something most medieval lords sorely lacked. The result is that uncounted thousands across Europe were executed by secular authorities without fair trials or a competent assessment of the validity of the charge. The Catholic Church’s response to this problem was the Inquisition, first instituted by Pope Lucius III in 1184. It was born out of a need to provide fair trials for accused heretics using laws of evidence and presided over by knowledgeable judges. From the perspective of secular authorities, heretics were traitors to God and the king and therefore deserved death. From the perspective of the Church, however, heretics were lost sheep who had strayed from the flock. As shepherds, the pope and bishops had a duty to bring them back into the fold, just as the Good Shepherd had commanded them. So, while medieval secular leaders were trying to safeguard their kingdoms, the Church was trying to save souls. The Inquisition provided a means for heretics to escape death and return to the community. As this new report confirms, most people accused of heresy by the Inquisition were either acquitted or their sentences suspended. Those found guilty of grave error were allowed to confess their sin, do penance, and be restored to the Body of Christ. The underlying assumption of the Inquisition was that, like lost sheep, heretics had simply strayed. If, however, an inquisitor determined that a particular sheep had purposely left the flock, there was nothing more that could be done. Unrepentant or obstinate heretics were excommunicated and given over to secular authorities. Despite popular myth, the Inquisition did not burn heretics. It was the secular authorities that held heresy to be a capital offense, not the Church. The simple fact is that the medieval Inquisition saved uncounted thousands of innocent (and even not-so-innocent) people who would otherwise have been roasted by secular lords or mob rule. During the 13th century the Inquisition became much more formalized in its methods and practices. Highly trained Dominicans answerable to the Pope took over the institution, creating courts that represented the best legal practices in Europe. As royal authority grew during the 14th century and beyond, control over the Inquisition slipped out of papal hands and into those of kings. Instead of one Inquisition there were now many. Despite the prospect of abuse, monarchs like those in Spain and France generally did their best to make certain that their inquisitions remained both efficient and merciful. During the 16th century, when the witch craze swept Europe, it was those areas with the best-developed inquisitions that stopped the hysteria in its tracks. In Spain and Italy, trained inquisitors investigated charges of witches’ sabbaths and baby roasting and found them to be baseless. Elsewhere, particularly in Germany, secular or religious courts burned witches by the thousands. Compared to other medieval secular courts, the Inquisition was positively enlightened. Why then are people in general and the press in particular so surprised to discover that the Inquisition did not barbecue people by the millions? First of all, when most people think of the Inquisition today what they are really thinking of is the Spanish Inquisition. No, not even that is correct. They are thinking of the myth of the Spanish Inquisition. Amazingly, before 1530 the Spanish Inquisition was widely hailed as the best run, most humane court in Europe. There are actually records of convicts in Spain purposely blaspheming so that they could be transferred to the prisons of the Spanish Inquisition. After 1530, however, the Spanish Inquisition began to turn its attention to the new heresy of Lutheranism. It was the Protestant Reformation and the rivalries it spawned that would give birth to the myth. By the mid 16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England, may not have been as militarily mighty, but they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous “Black Legend” of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil. (…) In time, Spain’s empire would fade away. Wealth and power shifted to the north, in particular to France and England. By the late 17th century new ideas of religious tolerance were bubbling across the coffeehouses and salons of Europe. Inquisitions, both Catholic and Protestant, withered. The Spanish stubbornly held on to theirs, and for that they were ridiculed. French philosophes like Voltaire saw in Spain a model of the Middle Ages: weak, barbaric, superstitious. The Spanish Inquisition, already established as a bloodthirsty tool of religious persecution, was derided by Enlightenment thinkers as a brutal weapon of intolerance and ignorance. A new, fictional Spanish Inquisition had been constructed, designed by the enemies of Spain and the Catholic Church. Thomas F. Madden

Attention: une chasse aux sorcières peut en cacher une autre !

En cette nouvelle journée internationale pour l’abolition de l’esclavage

Et face aux quelque 40 million de nouveaux esclaves …

Derrière la surenchère et l’emballement mémoriel

L’indifférence, voire la complicité, politiquement correct oblige …

D’un Monde judéo-chrétien qui y a hélas eu sa part …

Mais – qui le rappelle encore ? – , est à l’origine de son abolition

Et à l’heure où, djihad oblige et dans la même indifférence, l’épuration du judéo-christianisme hors de son propre berceau se poursuit …

Retour, après les croisades, à notre petite remise des pendules à l’heure …

Avec la traduction française du dernier ouvrage du sociologue des religions américain Rodney Stark …

Et sa recension des dernières recherches des historiens les plus reconnus …

Comme avec le livre du journaliste du Figaro Jean Sévilla …

Sur les préjugés antichrétiens en général et anticatholiques en particulier …

Et notamment, entre autodafés (à peine 10 exécutions par an pour un total de 2 300 sur 220 ans soit moins de 2% des accusés, et bien moins, sans compter les foules déchainées, que les autorités séculières qui les mettaient à exécution) et incinérations de sorcières (une petite poignée sur quelque 60 000),  la légende noire d’une Inquisition espagnole

Et l’un des chapitres soi-disant les plus terribles et sanglants de l’histoire occidentale …

Qui si l’on en croit les dernières recherches …

A non seulement versé très peu de sang …

Mais au nom même des valeurs à partir desquelles on la critique …

A été une force majeure en faveur de la modération et de la justice …

Et dont la prétendue férocité  …

N’avait en fait à l’instar de la Grande grippe de 1918 200 ans après …

D’espagnole que le nom !

The Real Inquisition

Investigating the popular myth.When the sins of the Catholic Church are recited (as they so often are) the Inquisition figures prominently. People with no interest in European history know full well that it was led by brutal and fanatical churchmen who tortured, maimed, and killed those who dared question the authority of the Church. The word “Inquisition” is part of our modern vocabulary, describing both an institution and a period of time. Having one of your hearings referred to as an “Inquisition” is not a compliment for most senators.

But in recent years the Inquisition has been subject to greater investigation. In preparation for the Jubilee in 2000, Pope John Paul II wanted to find out just what happened during the time of the Inquisition’s (the institution’s) existence. In 1998 the Vatican opened the archives of the Holy Office (the modern successor to the Inquisition) to a team of 30 scholars from around the world. Now at last the scholars have made their report, an 800-page tome that was unveiled at a press conference in Rome on Tuesday. Its most startling conclusion is that the Inquisition was not so bad after all. Torture was rare and only about 1 percent of those brought before the Spanish Inquisition were actually executed. As one headline read “Vatican Downsizes Inquisition.”

The amazed gasps and cynical sneers that have greeted this report are just further evidence of the lamentable gulf that exists between professional historians and the general public. The truth is that, although this report makes use of previously unavailable material, it merely echoes what numerous scholars have previously learned from other European archives. Among the best recent books on the subject are Edward Peters’s Inquisition (1988) and Henry Kamen’s The Spanish Inquisition (1997), but there are others. Simply put, historians have long known that the popular view of the Inquisition is a myth. So what is the truth?

To understand the Inquisition we have to remember that the Middle Ages were, well, medieval. We should not expect people in the past to view the world and their place in it the way we do today. (You try living through the Black Death and see how it changes your attitude.) For people who lived during those times, religion was not something one did just at church. It was science, philosophy, politics, identity, and hope for salvation. It was not a personal preference but an abiding and universal truth. Heresy, then, struck at the heart of that truth. It doomed the heretic, endangered those near him, and tore apart the fabric of community.

The Inquisition was not born out of desire to crush diversity or oppress people; it was rather an attempt to stop unjust executions. Yes, you read that correctly. Heresy was a crime against the state. Roman law in the Code of Justinian made it a capital offense. Rulers, whose authority was believed to come from God, had no patience for heretics. Neither did common people, who saw them as dangerous outsiders who would bring down divine wrath. When someone was accused of heresy in the early Middle Ages, they were brought to the local lord for judgment, just as if they had stolen a pig or damaged shrubbery (really, it was a serious crime in England). Yet in contrast to those crimes, it was not so easy to discern whether the accused was really a heretic. For starters, one needed some basic theological training–something most medieval lords sorely lacked. The result is that uncounted thousands across Europe were executed by secular authorities without fair trials or a competent assessment of the validity of the charge.

The Catholic Church’s response to this problem was the Inquisition, first instituted by Pope Lucius III in 1184. It was born out of a need to provide fair trials for accused heretics using laws of evidence and presided over by knowledgeable judges. From the perspective of secular authorities, heretics were traitors to God and the king and therefore deserved death. From the perspective of the Church, however, heretics were lost sheep who had strayed from the flock. As shepherds, the pope and bishops had a duty to bring them back into the fold, just as the Good Shepherd had commanded them. So, while medieval secular leaders were trying to safeguard their kingdoms, the Church was trying to save souls. The Inquisition provided a means for heretics to escape death and return to the community.

As this new report confirms, most people accused of heresy by the Inquisition were either acquitted or their sentences suspended. Those found guilty of grave error were allowed to confess their sin, do penance, and be restored to the Body of Christ. The underlying assumption of the Inquisition was that, like lost sheep, heretics had simply strayed. If, however, an inquisitor determined that a particular sheep had purposely left the flock, there was nothing more that could be done. Unrepentant or obstinate heretics were excommunicated and given over to secular authorities. Despite popular myth, the Inquisition did not burn heretics. It was the secular authorities that held heresy to be a capital offense, not the Church. The simple fact is that the medieval Inquisition saved uncounted thousands of innocent (and even not-so-innocent) people who would otherwise have been roasted by secular lords or mob rule.

During the 13th century the Inquisition became much more formalized in its methods and practices. Highly trained Dominicans answerable to the Pope took over the institution, creating courts that represented the best legal practices in Europe. As royal authority grew during the 14th century and beyond, control over the Inquisition slipped out of papal hands and into those of kings. Instead of one Inquisition there were now many. Despite the prospect of abuse, monarchs like those in Spain and France generally did their best to make certain that their inquisitions remained both efficient and merciful. During the 16th century, when the witch craze swept Europe, it was those areas with the best-developed inquisitions that stopped the hysteria in its tracks. In Spain and Italy, trained inquisitors investigated charges of witches’ sabbaths and baby roasting and found them to be baseless. Elsewhere, particularly in Germany, secular or religious courts burned witches by the thousands.

Compared to other medieval secular courts, the Inquisition was positively enlightened. Why then are people in general and the press in particular so surprised to discover that the Inquisition did not barbecue people by the millions? First of all, when most people think of the Inquisition today what they are really thinking of is the Spanish Inquisition. No, not even that is correct. They are thinking of the myth of the Spanish Inquisition. Amazingly, before 1530 the Spanish Inquisition was widely hailed as the best run, most humane court in Europe. There are actually records of convicts in Spain purposely blaspheming so that they could be transferred to the prisons of the Spanish Inquisition. After 1530, however, the Spanish Inquisition began to turn its attention to the new heresy of Lutheranism. It was the Protestant Reformation and the rivalries it spawned that would give birth to the myth.

By the mid 16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England, may not have been as militarily mighty, but they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous “Black Legend” of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil.

Protestant propaganda that took aim at the Spanish Inquisition drew liberally from the Black Legend. But it had other sources as well. From the beginning of the Reformation, Protestants had difficulty explaining the 15-century gap between Christ’s institution of His Church and the founding of the Protestant churches. Catholics naturally pointed out this problem, accusing Protestants of having created a new church separate from that of Christ. Protestants countered that their church was the one created by Christ, but that it had been forced underground by the Catholic Church. Thus, just as the Roman Empire had persecuted Christians, so its successor, the Roman Catholic Church, continued to persecute them throughout the Middle Ages. Inconveniently, there were no Protestants in the Middle Ages, yet Protestant authors found them there anyway in the guise of various medieval heretics. In this light, the medieval Inquisition was nothing more than an attempt to crush the hidden, true church. The Spanish Inquisition, still active and extremely efficient at keeping Protestants out of Spain, was for Protestant writers merely the latest version of this persecution. Mix liberally with the Black Legend and you have everything you need to produce tract after tract about the hideous and cruel Spanish Inquisition. And so they did.

In time, Spain’s empire would fade away. Wealth and power shifted to the north, in particular to France and England. By the late 17th century new ideas of religious tolerance were bubbling across the coffeehouses and salons of Europe. Inquisitions, both Catholic and Protestant, withered. The Spanish stubbornly held on to theirs, and for that they were ridiculed. French philosophes like Voltaire saw in Spain a model of the Middle Ages: weak, barbaric, superstitious. The Spanish Inquisition, already established as a bloodthirsty tool of religious persecution, was derided by Enlightenment thinkers as a brutal weapon of intolerance and ignorance. A new, fictional Spanish Inquisition had been constructed, designed by the enemies of Spain and the Catholic Church.

Now a bit more of the real Inquisition has come back into view. The question remains, will anyone take notice?

Thomas F. Madden is professor and chair of the department of history at Saint Louis University in St. Louis, Missouri. He is the author most recently of Enrico Dandolo and the Rise of Venice and editor of the forthcoming Crusades: The Illustrated History.

Voir aussi:

The Truth about the Spanish Inquisition

Thomas F. Madden

Catholic culture

Description

An accurate portrayal of the Spanish Inquisition by a contemporary American historian, this treatment demolishes the Black Legend by providing both the historical context and the historical evidence required to make a balanced judgment. Political, cultural, religious and judicial aspects of the Inquisition are all addressed. The roles of both the Holy See and the Spanish Crown are described. The author is chairman of the Department of History at Saint Louis University.

October 2003

The scene is a plain-looking room with a door to the left. A pleasant young man, pestered by tedious and irrelevant questions, exclaims in a frustrated tone, « I didn’t expect a kind of Spanish Inquisition. » Suddenly the door bursts open to reveal Cardinal Ximinez flanked by Cardinal Fang and Cardinal Biggles. « Nobody expects the Spanish Inquisition! » Ximinez shouts. « Our chief weapon is surprise . . . surprise and fear . . . fear and surprise . . . Our two weapons are fear and surprise . . . and ruthless efficiency . . . Our three weapons are fear, surprise, and ruthless efficiency . . . and an almost fanatical devotion to the pope . . . Our four . . . no . . . Amongst our weapons . . . amongst our weaponry — are such elements as fear, surprise . . . I’ll come in again. »

Anyone not living under a rock for the past 30 years will likely recognize this famous scene from Monty Python’s Flying Circus. In these sketches three scarlet-clad, inept inquisitors torture their victims with such instruments as pillows and comfy chairs. The whole thing is funny because the audience knows full well that the Spanish Inquisition was neither inept nor comfortable, but ruthless, intolerant, and deadly. One need not have read Edgar Allan Poe’s The Pit and the Pendulum to have heard of the dark dungeons, sadistic churchmen, and excruciating tortures of the Spanish Inquisition. The rack, the iron maiden, the bonfires on which the Catholic Church dumped its enemies by the millions: These are all familiar icons of the Spanish Inquisition set firmly into our culture.

This image of the Spanish Inquisition is a useful one for those who have little love for the Catholic Church. Anyone wishing to beat the Church about the head and shoulders will not tarry long before grabbing two favorite clubs: the Crusades and the Spanish Inquisition. I have dealt with the Crusades in a previous issue of CRISIS (see « The Real History of the Crusades, » April 2002). Now on to the other club.

In order to understand the Spanish Inquisition, which began in the late 15th century, we must look briefly at its predecessor, the medieval Inquisition. Before we do, though, it’s worth pointing out that the medieval world was not the modern world. For medieval people, religion was not something one just did at church. It was their science, their philosophy, their politics, their identity, and their hope for salvation. It was not a personal preference but an abiding and universal truth. Heresy, then, struck at the heart of that truth. It doomed the heretic, endangered those near him, and tore apart the fabric of community. Medieval Europeans were not alone in this view. It was shared by numerous cultures around the world. The modern practice of universal religious toleration is itself quite new and uniquely Western.

Secular and ecclesiastical leaders in medieval Europe approached heresy in different ways. Roman law equated heresy with treason. Why? Because kingship was God-given, thus making heresy an inherent challenge to royal authority. Heretics divided people, causing unrest and rebellion. No Christian doubted that God would punish a community that allowed heresy to take root and spread. Kings and commoners, therefore, had good reason to find and destroy heretics wherever they found them — and they did so with gusto.

One of the most enduring myths of the Inquisition is that it was a tool of oppression imposed on unwilling Europeans by a power-hungry Church. Nothing could be more wrong. In truth, the Inquisition brought order, justice, and compassion to combat rampant secular and popular persecutions of heretics. When the people of a village rounded up a suspected heretic and brought him before the local lord, how was he to be judged? How could an illiterate layman determine if the accused’s beliefs were heretical or not? And how were witnesses to be heard and examined?

The medieval Inquisition began in 1184 when Pope Lucius III sent a list of heresies to Europe’s bishops and commanded them to take an active role in determining whether those accused of heresy were, in fact, guilty. Rather than relying on secular courts, local lords, or just mobs, bishops were to see to it that accused heretics in their dioceses were examined by knowledgeable churchmen using Roman laws of evidence. In other words, they were to « inquire » — thus, the term « inquisition. »

From the perspective of secular authorities, heretics were traitors to God and king and therefore deserved death. From the perspective of the Church, however, heretics were lost sheep that had strayed from the flock. As shepherds, the pope and bishops had a duty to bring those sheep back into the fold, just as the Good Shepherd had commanded them. So, while medieval secular leaders were trying to safeguard their kingdoms, the Church was trying to save souls. The Inquisition provided a means for heretics to escape death and return to the community.

Most people accused of heresy by the medieval Inquisition were either acquitted or their sentence suspended. Those found guilty of grave error were allowed to confess their sin, do penance, and be restored to the Body of Christ. The underlying assumption of the Inquisition was that, like lost sheep, heretics had simply strayed. If, however, an inquisitor determined that a particular sheep had purposely departed out of hostility to the flock, there was nothing more that could be done. Unrepentant or obstinate heretics were excommunicated and given over to the secular authorities. Despite popular myth, the Church did not burn heretics. It was the secular authorities that held heresy to be a capital offense. The simple fact is that the medieval Inquisition saved uncounted thousands of innocent (and even not-so-innocent) people who would otherwise have been roasted by secular lords or mob rule.

As the power of medieval popes grew, so too did the extent and sophistication of the Inquisition. The introduction of the Franciscans and Dominicans in the early 13th century provided the papacy with a corps of dedicated religious willing to devote their lives to the salvation of the world. Because their order had been created to debate with heretics and preach the Catholic faith, the Dominicans became especially active in the Inquisition. Following the most progressive law codes of the day, the Church in the 13th century formed inquisitorial tribunals answerable to Rome rather than local bishops. To ensure fairness and uniformity, manuals were written for inquisitorial officials. Bernard Gui, best known today as the fanatical and evil inquisitor in The Name of the Rose, wrote a particularly influential manual. There is no reason to believe that Gui was anything like his fictional portrayal.

By the 14th century, the Inquisition represented the best legal practices available. Inquisition officials were university-trained specialists in law and theology. The procedures were similar to those used in secular inquisitions (we call them « inquests » today, but it’s the same word).

The power of kings rose dramatically in the late Middle Ages. Secular rulers strongly supported the Inquisition because they saw it as an efficient way to ensure the religious health of their kingdoms. If anything, kings faulted the Inquisition for being too lenient on heretics. As in other areas of ecclesiastical control, secular authorities in the late Middle Ages began to take over the Inquisition, removing it from papal oversight. In France, for example, royal officials assisted by legal scholars at the University of Paris assumed control of the French Inquisition. Kings justified this on the belief that they knew better than the faraway pope how best to deal with heresy in their own kingdoms.

These dynamics would help to form the Spanish Inquisition — but there were others as well. Spain was in many ways quite different from the rest of Europe. Conquered by Muslim jihad in the eighth century, the Iberian peninsula had been a place of near constant warfare. Because borders between Muslim and Christian kingdoms shifted rapidly over the centuries, it was in most rulers’ interest to practice a fair degree of tolerance for other religions. The ability of Muslims, Christians, and Jews to live together, called convivencia by the Spanish, was a rarity in the Middle Ages. Indeed, Spain was the most diverse and tolerant place in medieval Europe. England expelled all of its Jews in 1290. France did the same in 1306. Yet in Spain Jews thrived at every level of society.

But it was perhaps inevitable that the waves of anti-Semitism that swept across medieval Europe would eventually find their way into Spain. Envy, greed, and gullibility led to rising tensions between Christians and Jews in the 14th century. During the summer of 1391, urban mobs in Barcelona and other towns poured into Jewish quarters, rounded up Jews, and gave them a choice of baptism or death. Most took baptism. The king of Aragon, who had done his best to stop the attacks, later reminded his subjects of well-established Church doctrine on the matter of forced baptisms — they don’t count. He decreed that any Jews who accepted baptism to avoid death could return to their religion.

But most of these new converts, or conversos, decided to remain Catholic. There were many reasons for this. Some believed that apostasy made them unfit to be Jewish. Others worried that returning to Judaism would leave them vulnerable to future attacks. Still others saw their baptism as a way to avoid the increasing number of restrictions and taxes imposed on Jews. As time passed, the conversos settled into their new religion, becoming just as pious as other Catholics. Their children were baptized at birth and raised as Catholics. But they remained in a cultural netherworld. Although Christian, most conversos still spoke, dressed, and ate like Jews. Many continued to live in Jewish quarters so as to be near family members. The presence of conversos had the effect of Christianizing Spanish Judaism. This in turn led to a steady stream of voluntary conversions to Catholicism.

In 1414 a debate was held in Tortosa between Christian and Jewish leaders. Pope Benedict XIII himself attended. On the Christian side was the papal physician, Jeronimo de Santa Fe, who had recently converted from Judaism. The debate brought about a wave of new voluntary conversions. In Aragon alone, 3,000 Jews received baptism. All of this caused a good deal of tension between those who remained Jewish and those who became Catholic. Spanish rabbis after 1391 had considered conversos to be Jews, since they had been forced into baptism. Yet by 1414, rabbis repeatedly stressed that conversos were indeed true Christians, since they had voluntarily left Judaism.

By the mid-15th century, a whole new converso culture was flowering in Spain — Jewish in ethnicity and culture, but Catholic in religion. Conversos, whether new converts themselves or the descendants of converts, took enormous pride in that culture. Some even asserted that they were better than the « Old Christians, » since as Jews they were related by blood to Christ Himself. When the converso bishop of Burgos, Alonso de Cartagena, prayed the Hail Mary, he would say with pride, « Holy Mary, Mother of God and my blood relative, pray for us sinners . . . »

The expansion of converso wealth and power in Spain led to a backlash, particularly among aristocratic and middle-class Old Christians. They resented the arrogance of the conversos and envied their successes. Several tracts were written demonstrating that virtually every noble bloodline in Spain had been infiltrated by conversos. Anti-Semitic conspiracy theories abounded. The conversos, it was said, were part of an elaborate Jewish plot to take over the Spanish nobility and the Catholic Church, destroying both from within. The conversos, according to this logic, were not sincere Christians but secret Jews.

Modern scholarship has definitively shown that, like most conspiracy theories, this one was pure imagination. The vast majority of conversos were good Catholics who simply took pride in their Jewish heritage. Surprisingly, many modern authors — indeed, many Jewish authors — have embraced these anti-Semitic fantasies. It is common today to hear that the conversos really were secret Jews, struggling to keep their faith hidden under the tyranny of Catholicism. Even the American Heritage Dictionary describes « converso » as « a Spanish or Portuguese Jew who converted outwardly to Christianity in the late Middle Ages so as to avoid persecution or expulsion, though often continuing to practice Judaism in secret. » This is simply false.

But the constant drumbeat of accusations convinced King Ferdinand and Queen Isabella that the matter of secret Jews should at least be investigated. Responding to their request, Pope Sixtus IV issued a bull on November 1, 1478, allowing the crown to form an inquisitorial tribunal consisting of two or three priests over the age of 40. As was now the custom, the monarchs would have complete authority over the inquisitors and the inquisition. Ferdinand, who had many Jews and con-versos in his court, was not at first overly enthusiastic about the whole thing. Two years elapsed before he finally appointed two men. Thus began the Spanish Inquisition.

King Ferdinand seems to have believed that the inquiry would turn up little. He was wrong. A tinderbox of resentment and hatred exploded across Spain as the enemies of conversos — both Christian and Jewish — came out of the woodwork to denounce them. Score-settling and opportunism were the primary motivators. Nevertheless, the sheer volume of accusations overwhelmed the inquisitors. They asked for and received more assistants, but the larger the Inquisition became, the more accusations it received. At last even Ferdinand was convinced that the problem of secret Jews was real.

In this early stage of the Spanish Inquisition, Old Christians and Jews used the tribunals as a weapon against their converso enemies. Since the Inquisition’s sole purpose was to investigate conversos, the Old Christians had nothing to fear from it. Their fidelity to the Catholic faith was not under investigation (although it was far from pure). As for the Jews, they were immune to the Inquisition. Remember, the purpose of an inquisition was to find and correct the lost sheep of Christ’s flock. It had no jurisdiction over other flocks. Those who get their history from Mel Brooks’s History of the World, Part I will perhaps be surprised to learn that all of those Jews enduring various tortures in the dungeons of the Spanish Inquisition are nothing more than a product of Brooks’s fertile imagination. Spain’s Jews had nothing to fear from the Spanish Inquisition.

In the early, rapidly expanding years, there was plenty of abuse and confusion. Most accused conversos were acquitted, but not all. Well-publicized burnings — often because of blatantly false testimony — justifiably frightened other conversos. Those with enemies often fled town before they could be denounced. Everywhere they looked, the inquisitors found more accusers. As the Inquisition expanded into Aragon, the hysteria levels reached new heights. Pope Sixtus IV attempted to put a stop to it. On April 18, 1482, he wrote to the bishops of Spain:

In Aragon, Valencia, Mallorca, and Catalonia the Inquisition has for some time been moved not by zeal for the faith and the salvation of souls but by lust for wealth. Many true and faithful Christians, on the testimony of enemies, rivals, slaves, and other lower and even less proper persons, have without any legitimate proof been thrust into secular prisons, tortured and condemned as relapsed heretics, deprived of their goods and property and handed over to the secular arm to be executed, to the peril of souls, setting a pernicious example, and causing disgust to many.

Sixtus ordered the bishops to take a direct role in all future tribunals. They were to ensure that the Church’s well-established norms of justice were respected. The accused were to have legal counsel and the right to appeal their case to Rome.

In the Middle Ages, the pope’s commands would have been obeyed. But those days were gone. King Ferdinand was outraged when he heard of the letter. He wrote to Sixtus, openly suggesting that the pope had been bribed with converso gold.

Things have been told me, Holy Father, which, if true, would seem to merit the greatest astonishment . . . To these rumors, however, we have given no credence because they seem to be things which would in no way have been conceded by Your Holiness who has a duty to the Inquisition. But if by chance concessions have been made through the persistent and cunning persuasion of the conversos, I intend never to let them take effect. Take care therefore not to let the matter go further, and to revoke any concessions and entrust us with the care of this question.

That was the end of the papacy’s role in the Spanish Inquisition. It would henceforth be an arm of the Spanish monarchy, separate from ecclesiastical authority. It is odd, then, that the Spanish Inquisition is so often today described as one of the Catholic Church’s great sins. The Catholic Church as an institution had almost nothing to do with it.

In 1483 Ferdinand appointed Tomas de Torquemada as inquistor-general for most of Spain. It was Torquemada’s job to establish rules of evidence and procedure for the Inquisition as well as to set up branches in major cities. Sixtus confirmed the appointment, hoping that it would bring some order to the situation.

Unfortunately, the problem only snowballed. This was a direct result of the methods employed by the early Spanish Inquisition, which strayed significantly from Church standards. When the inquisitors arrived in a particular area, they would announce an Edict of Grace. This was a 30-day period in which secret Jews could voluntarily come forward, confess their sin, and do penance. This was also a time for others with information about Christians practicing Judaism in secret to make it known to the tribunal. Those found guilty after the 30 days elapsed could be burned at the stake.

For conversos, then, the arrival of the Inquisition certainly focused the mind. They generally had plenty of enemies, any one of whom might decide to bear false witness. Or perhaps their cultural practices were sufficient for condemnation? Who knew? Most converses, therefore, either fled or lined up to confess. Those who did neither risked an inquiry in which any kind of hearsay or evidence, no matter how old or suspicious, was acceptable.

Opposition in the hierarchy of the Catholic Church to the Spanish Inquisition only increased. Many churchmen pointed out that it was contrary to all accepted practices for heretics to be burned without instruction in the Faith. If the conversos were guilty at all, it was merely of ignorance, not willful heresy. Numerous clergy at the highest levels complained to Ferdinand. Opposition to the Spanish Inquisition also continued in Rome. Sixtus’s successor, Innocent VIII, wrote twice to the king asking for greater compassion, mercy, and leniency for the conversos — but to no avail.

As the Spanish Inquisition picked up steam, those involved became increasingly convinced that Spain’s Jews were actively seducing the conversos back into their old faith. It was a silly idea, no more real than the previous conspiracy theories. But Ferdinand and Isabella were influenced by it. Both of the monarchs had Jewish friends and confidants, but they also felt that their duty to their Christian subjects impelled them to remove the danger. Beginning in 1482, they expelled Jews from specific areas where the trouble seemed greatest. Over the next decade, though, they were under increasing pressure to remove the perceived threat. The Spanish Inquisition, it was argued, could never succeed in bringing the conversos back into the fold while the Jews undermined its work. Finally, on March 31, 1492, the monarchs issued an edict expelling all Jews from Spain.

Ferdinand and Isabella expected that their edict would result in the conversion of most of the remaining Jews in their kingdom. They were largely correct. Many Jews in high positions, including those in the royal court, accepted baptism immediately. In 1492 the Jewish population of Spain numbered about 80,000. About half were baptized and thereby kept their property and livelihoods. The rest departed, but many of them eventually returned to Spain, where they received baptism and had their property restored. As far as the Spanish Inquisition was concerned, the expulsion of the Jews meant that the caseload of conversos was now much greater.

The first 15 years of the Spanish Inquisition, under the direction of Torquemada, were the deadliest. Approximately 2,000 conversos were put to the flames. By 1500, however, the hysteria had calmed. Torquemada’s successor, the cardinal archbishop of Toledo, Francisco Jimenez de Cisneros, worked hard to reform the Inquisition, removing bad apples and reforming procedures. Each tribunal was given two Dominican inquisitors, a legal adviser, a constable, a prosecutor, and a large number of assistants. With the exception of the two Dominicans, all of these were royal lay officials. The Spanish Inquisition was largely funded by confiscations, but these were not frequent or great. Indeed, even at its peak the Inquisition was always just making ends meet.

After the reforms, the Spanish Inquisition had very few critics. Staffed by well-educated legal professionals, it was one of the most efficient and compassionate judicial bodies in Europe. No major court in Europe executed fewer people than the Spanish Inquisition. This was a time, after all, when damaging shrubs in a public garden in London carried the death penalty. Across Europe, executions were everyday events. But not so with the Spanish Inquisition. In its 350-year lifespan only about 4,000 people were put to the stake. Compare that with the witch-hunts that raged across the rest of Catholic and Protestant Europe, in which 60,000 people, mostly women, were roasted. Spain was spared this hysteria precisely because the Spanish Inquisition stopped it at the border. When the first accusations of witchcraft surfaced in northern Spain, the Inquisition sent its people to investigate. These trained legal scholars found no believable evidence for witches’ Sabbaths, black magic, or baby roasting. It was also noted that those confessing to witchcraft had a curious inability to fly through keyholes. While Europeans were throwing women onto bonfires with abandon, the Spanish Inquisition slammed the door shut on this insanity. (For the record, the Roman Inquisition also kept the witch craze from infecting Italy.)

What about the dark dungeons and torture chambers? The Spanish Inquisition had jails, of course. But they were neither especially dark nor dungeon-like. Indeed, as far as prisons go, they were widely considered to be the best in Europe. There were even instances of criminals in Spain purposely blaspheming so as to be transferred to the Inquisition’s prisons. Like all courts in Europe, the Spanish Inquisition used torture. But it did so much less often than other courts. Modern researchers have discovered that the Spanish Inquisition applied torture in only 2 percent of its cases. Each instance of torture was limited to a maximum of 15 minutes. In only 1 percent of the cases was torture applied twice and never for a third time.

The inescapable conclusion is that, by the standards of its time, the Spanish Inquisition was positively enlightened. That was the assessment of most Europeans until 1530. It was then that the Spanish Inquisition turned its attention away from the conversos and toward the new Protestant Reformation. The people of Spain and their monarchs were determined that Protestantism would not infiltrate their country as it had Germany and France. The Inquisition’s methods did not change. Executions and torture remained rare. But its new target would forever change its image.

By the mid-16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. King Philip II saw himself and his countrymen as faithful defenders of the Catholic Church. Less wealthy and less powerful were Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England. But they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous « Black Legend » of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil. Although modern scholars have long ago discarded the Black Legend, it still remains very much alive today. Quick: Think of a good conquistador.

Protestant propaganda that took aim at the Spanish Inquisition drew liberally from the Black Legend. But it had other sources as well. From the beginning of the Reformation, Protestants had difficulty explaining the 15-century gap between Christ’s institution of His Church and the founding of the Protestant churches. Catholics naturally pointed out this problem, accusing Protestants of having created a new church separate from that of Christ. Protestants countered that their church was the one created by Christ but that it had been forced underground by the Catholic Church. Thus, just as the Roman Empire had persecuted Christians, so its successor, the Roman Catholic Church, continued to persecute them throughout the Middle Ages. Inconveniently, there were no Protestants in the Middle Ages, yet Protestant authors found them anyway in the guise of various medieval heresies. (They were underground, after all.) In this light, the medieval Inquisition was nothing more than an attempt to crush the hidden, true church. The Spanish Inquisition, still active and extremely efficient at keeping Protestants out of Spain, was for Protestant writers merely the latest version of this persecution. Mix liberally with the Black Legend, and you have everything you need to produce tract after tract about the hideous and cruel Spanish Inquisition. And so they did.

The Spanish people loved their Inquisition. That is why it lasted for so long. It stood guard against error and heresy, protecting the faith of Spain and ensuring the favor of God. But the world was changing. In time, Spain’s empire faded away. Wealth and power shifted to the north, in particular to France and England. By the late 17th century, new ideas of religious tolerance were bubbling across the coffeehouses and salons of Europe. Inquisitions, both Catholic and Protestant, withered. The Spanish stubbornly held on to theirs, and for that, they were ridiculed. French philosophes like Voltaire saw in Spain a model of the Middle Ages: weak, barbaric, superstitious. The Spanish Inquisition, already established as a bloodthirsty tool of religious persecution, was derided by Enlightenment thinkers as a brutal weapon of intolerance and ignorance. A new, fictional Spanish Inquisition had been constructed, designed by the enemies of Spain and the Catholic Church.

Because it was both professional and efficient, the Spanish Inquisition kept very good records. Vast archives are filled with them. These documents were kept secret, so there was no reason for scribes to do anything but accurately record every action of the Inquisition. They are a goldmine for modern historians who have plunged greedily into them. Thus far, the fruits of that research have made one thing abundantly clear — the myth of the Spanish Inquisition has nothing at all to do with the real thing.

Thomas F. Madden is associate professor and chairman of the Department of History at Saint Louis University. He is the author of numerous works, including most recently A Concise History of the Crusades (Rowman & Littlefield, 1999) and Enrico Dandolo and the Rise of Venice (Johns Hopkins University Press, 2003).

Voir également:

Historiquement correct

Pour en finir avec le passé unique

Nous avons lu : Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique (Perrin, mars 2003, 452 pages, 21,50 euros), par Jean Sévillia, rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine.

André Larané
Hérodote
2018-11-27

Historiquement correct (Perrin) est un pamphlet dédié aux hommes politiques qui traitent de l’Histoire à tort et à travers.

L’auteur, Jean Sévillia, ne cache pas son aversion pour la gauche. Il a la dent dure contre les politiciens qui conjuguent leur ignorance de l’Histoire et leur parti-pris idéologique.

Faut-il des noms ? Ils sont connus de tous les lecteurs de la presse française et l’auteur de Historiquement correct ne se fait pas faute de les rappeler, citations à l’appui.

En journaliste plus qu’en historien, il montre comment on peut déformer l’Histoire pour la mettre à son service ou cacher des vérités troublantes.

Il rappelle le racisme de Voltaire, les crimes commis contre les Vendéens, l’idéologie colonialiste des dirigeants de la IIIe République, la contribution des leaders de gauche au régime de Vichy.

Historiquement correct comporte 18 chapitres qui chacun se rapporte à une phase de l’Histoire. Cela va de la féodalité à la guerre d’Algérie en passant par les Croisades, l’Inquisition espagnole, la Terreur, la Commune, la Résistance et la Collaboration… Autant de sujets polémiques sur lesquels se déchirent les néophytes et les idéologues mais sur lesquels s’accordent la plupart des historiens, attentifs aux faits et aux sources de première main.

Ainsi, à propos de la féodalité et du Moyen Âge, l’auteur a beau jeu de rappeler qu’elle ne mérite pas les clichés méprisants du XVIIIe siècle. Les médiévistes contemporains, de Régine Pernoud à Jacques Le Goff en passant par Jacques Heers, ont fait litière de ces préjugés et montré comment, sous l’égide du clergé catholique, les peuples de l’Occident ont jeté les bases de la démocratie, de la laïcité, de l’émancipation des femmes etc.

À propos des croisades, Jean Sévillia signale qu’elles furent avant tout une manifestation de foi populaire et une réaction de défense des Européens dans une époque très critique de leur Histoire. Les excès et les massacres qu’on peut leur attribuer ne sortent hélas pas de l’ordinaire de l’époque (et sont plutôt moins choquants que les horreurs du début du XXe siècle).

Pire que le Goulag ( *), l’ Inquisition ! Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles.

Venons-en au XVIIIe siècle français. «Voilà un aspect des Lumières qui est aujourd’hui soigneusement caché : le racisme», dit fort justement l’auteur de Historiquement correct. Voltaire, le grand Voltaire, écrit dans Essai sur les moeurs et l’esprit des moeurs : «Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différents».

En écrivant cela, le pourfendeur du clergé prend le contrepied de l’enseignement religieux qui, depuis Saint Paul, n’a de cesse de souligner l’unicité de la condition humaine. Malheureusement, aux XIXe et XXe siècles, le triste enseignement de Voltaire sera mieux suivi que celui de Saint Paul. Faut-il insister ? Le Siècle des Lumières fut aussi le grand siècle de la traite atlantique et les «philosophes» ne furent pas les derniers à placer leurs économies dans le trafic d’esclaves.

Jean Sévillia a beau jeu de rappeler les crimes commis pendant la Révolution française, sous la Terreur, au nom de la Liberté, mais curieusement ne s’appesantit pas sur Napoléon Bonaparte, dont les actions ont peu de rapport avec la légende. De même, il ne manque pas de rappeler les exactions des Communards de 1871 mais néglige la responsabilité d’ Adolphe Thiers dans cette tragédie.

Plus près de nous, Historiquement correct témoigne de la grande confusion idéologique qui a conduit en France les républicains de gauche à se faire les apologues de la colonisation à la fin du XIXe siècle et à défendre la présence française en Algérie après la seconde guerre mondiale.

De la même façon, peut-on ignorer la contribution de plusieurs dirigeants socialistes ou communistes au gouvernement du maréchal Pétain (Doriot, Déat, Laval, Belin…), tandis que des officiers catholiques et parfois monarchistes s’engageaient dès les débuts de l’occupation allemande dans la Résistance (d’Estienne d’Orves, Leclerc de Hauteclocque, de Gaulle…) ?

Et quel est l’extrémiste qui confie les lignes suivantes à son journal intime, en juillet 1940 ? «J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » C’est le philosophe Alain, radical et pacifiste, grande conscience de la IIIe République… (pages 367-368).

Discussions en perspective

Le ton de l’essai est vif. Les thèmes abordés sont aussi passionnants les uns que les autres et bien documentés. De quoi nourrir de passionnants débats entre amis. Mais ne prenons pas au pied de la lettre toutes les analyses de Historiquement correct.

Jean Sévillia se montre trop indulgent pour certains personnages (Thiers, Bonaparte…) et lui-même ne se gêne pas pour occulter des faits qui heurtent ses convictions. L’Histoire n’est ni à droite ni à gauche. Elle est tissée de compromis imposés par les circonstances.

Voir aussi:

Esclavage : « La célébration des victimes ne peut pas être une identité porteuse »

Le choix d’une date pour honorer la mémoire des victimes de l’esclavage et son abolition divise. Explication de texte avec l’historienne Myriam Cottias.

Propos recueillis par Clément Pétreault

Le Point

Pius, born in 1876 as Eugenio Pacelli, reigned as head of the Catholic Church from 1939 until his death in 1958. During the war, the Vatican remained neutral, as required by the treaty with German ally Benito Mussolini that guaranteed church sovereignty over a small sliver of the city of Rome. But the Vatican sympathized with the Allied powers, said William Doino Jr., a Catholic researcher and writer living in western Connecticut and a contributing editor to Inside the Vatican, an international monthly Roman Catholic publication.

Voir par ailleurs:

Lester LITTLE Religious poverty and the profit economy in medieval Europe Londres Paul Elek 1978 xi- 267p

Le thème de la pauvreté volontaire domine histoire de la spiritualité en Occident du xie au xiiie siècle. Il surgit en écho aux profondes transformations de l’économie et de la société: renaissance urbaine, essor des échanges et de l’économie monétaire, renforcement des inégalités sociales. Ces transformations déterminent une crise profonde de l’éthique traditionnelle et de la spiritualité: le vieux monachisme bénédictin se replie sur lui-même et les ermites fuient au désert Au contraire, chanoines réformés, groupes de pieux laïcs et bientôt religieux mendiants relèvent le défi de la ville mais les Pauvres du Christ refusent la propriété individuelle, prônent le travail manuel, se gardent du contact avec l’argent. Leur idéal contredit l’éthique de la ville dont pourtant ils sont nés: aussi ses tenants les plus rigoristes ne tardent-ils pas être éliminés tels les vaudois ou les spirituels franciscains condamnés pour hérésie. Au contraire, ceux qui s’adaptent, dominicains pour qui la pauvreté n’est pas une fin en soi mais un moyen, franciscains conventuels qui usent de biens fictivement possédés par un ami laïc en viennent paradoxalement à forger une éthique justifiant la ville, le commerce de l’argent et l’accumulation des richesses; ils définissent même pour les riches et les puissants une véritable idéologie urbaine.

Bien des aspects de cette évolution ont été depuis une vingtaine années étudiés de manière remarquable notamment par le Chenu, John Baldwin, Le Goff ou Little lui-même qui propose mainte nant et au bon moment une synthèse cohérente de tous ces résultats. La force de son étude tient abord à son immense érudition, elle tient ensuite au propos même de l’auteur qui est d’étudier en même temps l’évolution économique et sociale, une économie de troc, une économie de profit ou encore selon Marc Bloch du premier au deuxième âge féodal et celle de la spiritualité. Sa préoccupation majeure est d’analyser le rapport entre comportements et pensée (il n’use pas du terme mentalités) et société mais sans faire la théorie de ce rapport. De fait, l’empirisme lui réussit mieux que la théorie, sa comparaison finale du système intégré des relations entre guerriers et moines au premier âge féodal et entre marchands et frères des ordres mendiants dans la ville du xme siècle va bien au-delà de ses réflexions préliminaires et elle est moins convaincante sur les niveaux (levels strata) dont serait constituée la vie sociale. Notons aussi des pages lumineuses sur l’attitude traditionnelle de rejet, voire de dégoût à l’égard de la monnaie, comparée aux excréments (34) ou sur les débuts de l’antisémitisme présenté comme un exutoire aux doutes et la à mauvaise conscience des chrétiens au moment où eux-mêmes commencent se mêler du commerce de l »argent (54). En revanche, il me semble que l’étude de l’idéologie définie par les Mendiants aurait pu être poussée plus loin par l’analyse du contenu de leurs sermons: non seulement les religieux valorisent l’image de la ville qui remplace le monastère comme préfiguration terrestre du paradis) et justifient par leur utilité sociale les profits des riches mais ils prêchent la résignation aux pauvres réels. Les Mendiants ont digéré la ville certes mais parce que la ville ou plutôt sa classe dirigeante se les était d’abord ralliés.

Jean-Claude SCHMITT


Historiquement correct: Souvenons-nous des croisades ! (Blame it on the Scotts: guess who actually taught Islam to hate the crusades ?)

24 novembre, 2019
Image result for Rodney Stark Bearing false witness book cover"Image result for Walter Scott The Talisman"
Image result for ridley scott kingdom of heaven film poster Saladin"Ispread_of_religions600l nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. René Girard
Those of us who come from various European lineages are not blameless. Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it. Bill Clinton
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Dès le second siècle de l’Hégire, les Arabes deviennent les précepteurs de l’Europe. Voltaire
Sans Charles Martel (…), la France était une province mahométane. Voltaire
Chanoines, moines, curés même, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu’à dix heures du soir, pendant le mois de juillet, lorsque le carême arriverait dans ce temps ; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine ; s’il vous fallait faire un pèlerinage dans des déserts brûlants ; s’il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres ; si, accoutumés à jouir de dix-huit femmes, on vous en retranchait tout d’un coup quatorze ; en bonne foi, oseriez-vous appeler cette religion sensuelle ? (…) Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite. Voltaire (dictionnaire philosophique 1764)
Sa religion est sage, sévère, chaste et humaine : sage puisqu’elle ne tombe pas dans la démence de donner à Dieu des associés, et qu’elle n’a point de mystère ; sévère puisqu’elle défend les jeux de hasard, le vin et les liqueurs fortes, et qu’elle ordonne la prière cinq fois par jour ; chaste, puisqu’elle réduit à quatre femmes ce nombre prodigieux d’épouses qui partageaient le lit de tous les princes de l’Orient ; humaine, puisqu’elle nous ordonne l’aumône, bien plus rigoureusement que le voyage de La Mecque. Ajoutez à tous ces caractères de vérité, la tolérance. Voltaire
Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran [le Coran] ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées. La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne peut trouver d’exemple dans aucune religion. Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à la religion, le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations et, jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien. Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent : mais la vérité doit les combattre. Voltaire
Le plus grand changement que l’opinion ait produit sur notre globe fut l’établissement de la religion de Mahomet. Ses musulmans, en moins d’un siècle, conquirent un empire plus vaste que l’empire romain. Cette révolution, si grande pour nous, n’est, à la vérité, que comme un atome qui a changé de place dans l’immensité des choses, et dans le nombre innombrable de mondes qui remplissent l’espace; mais c’est au moins un événement qu’on doit regarder comme une des roues de la machine de l’univers, et comme un effet nécessaire des lois éternelles et immuables: car peut-il arriver quelque chose qui n’ait été déterminé par le Maître de toutes choses? Rien n’est que ce qui doit être. Voltaire
Ce fut certainement un très grand homme, et qui forma de grands hommes. Il fallait qu’il fût martyr ou conquérant, il n’y avait pas de milieu. Il vainquit toujours, et toutes ses victoires furent remportées par le petit nombre sur le grand. Conquérant, législateur, monarque et pontife, il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes. Voltaire
J’ai dit qu’on reconnut Mahomet pour un grand homme; rien n’est plus impie, dites-vous. Je vous répondrai que ce n’est pas ma faute si ce petit homme a changé la face d’une partie du monde, s’il a gagné des batailles contre des armées dix fois plus nombreuses que les siennes, s’il a fait trembler l’empire romain, s’il a donné les premiers coups à ce colosse que ses successeurs ont écrasé, et s’il a été législateur de l’Asie, de l’Afrique, et d’une partie de l’Europe. Voltaire
Votre Majesté sait quel esprit m’animait en composant cet ouvrage ; l’amour du genre humain et l’horreur du fanatisme, deux vertus qui sont faites pour être toujours auprès de votre trône, ont conduit ma plume. J’ai toujours pensé que la tragédie ne doit pas être un simple spectacle qui touche le cœur sans le corriger. Qu’importent au genre humain les passions et les malheurs d’un héros de l’antiquité, s’ils ne servent pas à nous instruire ? On avoue que la comédie du Tartuffe, ce chef-d’œuvre qu’aucune nation n’a égalé, a fait beaucoup de bien aux hommes, en montrant l’hypocrisie dans toute sa laideur ; ne peut-on pas essayer d’attaquer, dans une tragédie, cette espèce d’imposture qui met en œuvre à la fois l’hypocrisie des uns et la fureur des autres ? Ne peut-on pas remonter jusqu’à ces anciens scélérats, fondateurs illustres de la superstition et du fanatisme, qui, les premiers, ont pris le couteau sur l’autel pour faire des victimes de ceux qui refusaient d’être leurs disciples ? Ceux qui diront que les temps de ces crimes sont passés ; qu’on ne verra plus de Barcochebas [Shimon bar Kokhba], de Mahomet, de Jean de Leyde, etc. ; que les flammes des guerres de religion sont éteintes, font, ce me semble, trop d’honneur à la nature humaine. Le même poison subsiste encore, quoique moins développé ; cette peste, qui semble étouffée, reproduit de temps en temps des germes capables d’infecter la terre. N’a-t-on pas vu de nos jours les prophètes des Cévennes tuer, au nom de Dieu, ceux de leur secte qui n’étaient pas assez soumis ? Voltaire (préface au Fanatisme ou Mahomet, le Prophète, 1742)
C’est un des plus grands événements de l’Histoire: les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. Chateaubriand
Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. Lamartine (1833)
Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable. (…) Sans l’Islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. Henri Pirenne (historien belge, 1922)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l’événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l’identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l’exclusion de l’Autre. Françoise Micheau et Philippe Sénac (historiens mediévistes)
Recent scholars have suggested Poitiers, so poorly recorded in contemporary sources, was a mere raid and thus a construct of western mythmaking or that a Muslim victory might have been preferable to continued Frankish dominance. What is clear is that Poitiers marked a general continuance of the successful defense of Europe, (from the Muslims). Flush from the victory at Tours, Charles Martel went on to clear southern France from Islamic attackers for decades, unify the warring kingdoms into the foundations of the Carolingian Empire, and ensure ready and reliable troops from local estates. Victor Davis Hanson
Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers. Stéphane Denis (2001)
Aujourd’hui les bicots ont dépassé Poitiers. Tunisiano (groupe Sniper, 2003)
I was stunned that the president could say something so at once banal and offensive. Here we are now two days away from an act shocking barbarism, the burning alive of a prisoner of war, and Obama’s message is that we should remember the crusades and the inquisition. I mean, for him to say that all of us have sinned, all religions have been transgressed, is, you know, is adolescent stuff. Everyone knows that. What’s important is what’s happening now. Christianity no longer goes on crusades and it gave up the inquisition a while ago. The Book of Joshua is knee deep in blood. That story is over too. The story of today, of our generation, is the fact that the overwhelming volume of the violence and the barbarism that we are seeing in the world from Nigeria to Paris all the way to Pakistan and even to the Philippines, the island of Mindanao in the Philippines is coming from one source. And that’s from inside Islam. It is not the prevalent idea of Islam, but it is coming from Islam, as many Islamic leaders including the president of Egypt and many others have admitted. And there needs to be a change in Islam. It is not a coincidence that all of these attacks on other religions are happening, all over the world, in a dozen countries, two dozen countries, all in the name of one religion. It’s not a coincidence. And for the president to be lecturing us and to say we shouldn’t get on our high horse and to not remember our own path is ridiculous. The present issue is Muslim radicalism and how to attack it. (…) From Obama’s first speech at West Point in December 2009, ironically announcing the surge in Afghanistan, you could tell that his heart has never been in this fight, never. Charles Krauthammer
Il est important que nous démontrions que nous croyants sommes un facteur de paix pour les sociétés humaines et que nous puissions ainsi répondre à ceux qui nous accusent injustement de fomenter la haine et d’être la cause de la violence. Dans le monde précaire d’aujourd’hui, le dialogue entre les religions n’est pas un signe de faiblesse. Elle trouve sa propre raison d’être dans le dialogue de Dieu avec l’humanité. Il s’agit de changer les attitudes historiques. Une scène de la Chanson de Roland me vient à l’esprit comme un symbole, quand les chrétiens battent les musulmans et les mettent tous en ligne devant les fonts baptismaux, et un avec une épée. Et les musulmans devaient choisir entre le baptême ou l’épée. C’est ce que les chrétiens ont fait. C’était une mentalité que nous ne pouvons plus accepter, ni comprendre, ni faire fonctionner. Prenons soin des groupes fondamentalistes, chacun a le sien. En Argentine, il y a un petit coin fondamentaliste. Et essayons avec la fraternité d’aller de l’avant. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une sorte de cousin germain fondamentaliste, qui est regroupé. Pape François
La Chanson de Roland n’est pas le reportage détaillé d’un journaliste mais un poème épique rédigé au 11ème siècle et qui traite, 3 siècles après les faits, de l’histoire de Roland de Ronceveaux, un guerrier franc parti combattre l’envahisseur musulman en Espagne aux côtés de Charlemagne. Il s’agissait alors de ralentir l’invasion islamique qui menaçait la Chrétienté d’Occident et la France. Dans ce contexte, on ne peut qu’être stupéfait par la dénonciation bergoglienne des « conversions forcées » de mahométans par les Francs partis porter secours aux Espagnols, les seuls véritablement obligés de se convertir à l’époque. L’intention de l’occupant du Vatican est particulièrement perverse et vise à établir un parallèle surréel entre la campagne de Charlemagne et les massacres de masse perpétrés par les musulmans contre les Chrétiens au 21ème siècle. Les victimes chrétiennes, selon Bergoglio, deviennent les coupables, dans l’Espagne du 8ème siècle tout comme dans l’Europe et l’Orient du 21ème siècle. Cette nouvelle provocation du chef de l’Eglise Catholique s’ajoute à une longue série de propos incendiaires en faveur l’immigration de masse et de l’islam en Europe. Déclarations qui l’ont très largement marginalisé, y compris au sein des derniers pans de la population qui se dit catholique et pratiquante. Caricature du curé gauchiste octogénaire, Bergoglio ne choque plus tant qu’il ne lasse une Europe déjà saturée de sermons iréniques sur l’islam alors que le terrorisme musulman prend toujours plus d’ampleur. Breizato
Le 18 novembre dernier, le pape François a reçu en audience les participants à la réunion organisée par l’Istituto para el Dialogo Interreligioso de la Argentina (IDI), et il a notamment salué trois des dirigeants de cet organisme, le Père Guillermo Marco, le responsable musulman Omar Abboud et le rabbin Daniel Goldman, tous trois vice-présidents de l’IDI. Le Souverain Pontife a prononcé une allocution (…) Il ne s’agit pas là d’une improvisation du pape François, comme il en commet tant notamment en avion, mais d’un texte écrit et publié. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le Saint-Père prend quelques libertés avec la vérité historique et le texte même de la Chanson de Roland, pour appuyer ses affirmations. La Chanson de Roland s’inspire en partie d’un événement historique, l’expédition de Charlemagne en Espagne de 778, le siège avorté de Saragosse, la retraite de l’armée des Francs menacée d’une intervention de l’émir de Cordoue, la prise et le pillage, au passage, de Pampelune, puis le revers de son arrière-garde prise en embuscade, essentiellement par des Basques, à Roncevaux. Il n’est pas inutile de rappeler que cette expédition en Espagne fut décidée à la demande de plusieurs gouverneurs musulmans d’Espagne, en rébellion contre l’émir de Cordoue, et que l’Espagne fut conquise par les musulmans sans que les autochtones les y invitent… La Chanson de Roland n’est évidemment pas une chronique historique racontant des événements, mais un poème épique, une chanson de geste, dont le plus ancien et plus complet manuscrit, rédigé en anglo-normand remonte au tout début du XIIe siècle, quatre siècles après les faits qu’il est supposé raconter… Le souvenir du pape François évoquant la victoire des Francs sur les musulmans, est donc confus, car l’expédition ne fut pas une victoire. Le texte même de cette chanson de geste, ne corrobore pas le souvenir que le Saint-Père en a et qu’il évoque. L’affaire fictive du baptême de force des musulmans supposés vaincus après la prise de Saragosse – qui n’eut pas lieu – n’a rien d’historique mais est une pure imagination du poète. On trouve aux vers 3666 à 3674 cette invention littéraire : Le roi [Charlemagne] croit en Dieu, il veut faire son service ; et ses évêques bénissent les eaux. On mène les païens jusqu’au baptistère ; s’il en est un qui résiste à Charles, le roi le fait pendre, ou brûler ou tuer par le fer [l’ancien français ocire veut dire tuer, massacrer, assassiner pas nécessairement par le fer : il n’est pas question d’un chrétien tenant une épée dans le texte original]. Bien plus de cent mille sont baptisés vrais chrétiens, mais non la reine. Elle sera menée en douce France, captive : le roi veut qu’elle se convertisse par amour. Comment dès lors affirmer que « c’est ce que les chrétiens firent » ? Riposte catholique
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Sir Ridley Scott, the Oscar-nominated director, was savaged by senior British academics last night over his forthcoming film which they say « distorts » the history of the Crusades to portray Arabs in a favourable light. The £75 million film, which stars Orlando Bloom, Jeremy Irons and Liam Neeson, is described by the makers as being « historically accurate » and designed to be « a fascinating history lesson ». Academics, however – including Professor Jonathan Riley-Smith, Britain’s leading authority on the Crusades – attacked the plot of Kingdom of Heaven, describing it as « rubbish », « ridiculous », « complete fiction » and « dangerous to Arab relations ». The film, which began shooting last week in Spain, is set in the time of King Baldwin IV (1161-1185), leading up to the Battle of Hattin in 1187 when Saladin conquered Jerusalem for the Muslims. The script depicts Baldwin’s brother-in-law, Guy de Lusignan, who succeeds him as King of Jerusalem, as « the arch-villain ». A further group, « the Brotherhood of Muslims, Jews and Christians », is introduced, promoting an image of cross-faith kinship. « They were working together, » the film’s spokesman said. « It was a strong bond until the Knights Templar cause friction between them. » The Knights Templar, the warrior monks, are portrayed as « the baddies » while Saladin, the Muslim leader, is a « a hero of the piece », Sir Ridley’s spokesman said. « At the end of our picture, our heroes defend the Muslims, which was historically correct. » Prof Riley-Smith, who is Dixie Professor of Ecclesiastical History at Cambridge University, said the plot was « complete and utter nonsense ». He said that it relied on the romanticised view of the Crusades propagated by Sir Walter Scott in his book The Talisman, published in 1825 and now discredited by academics. (..) Dr Philips said that by venerating Saladin, who was largely ignored by Arab history until he was reinvented by romantic historians in the 19th century, Sir Ridley was following both Saddam Hussein and Hafez Assad, the former Syrian dictator. Both leaders commissioned huge portraits and statues of Saladin, who was actually a Kurd, to bolster Arab Muslim pride. Prof Riley-Smith added that Sir Ridley’s efforts were misguided and pandered to Islamic fundamentalism. « It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. » (…) Sir Ridley’s spokesman said that the film portrays the Arabs in a positive light. « It’s trying to be fair and we hope that the Muslim world sees the rectification of history. The Telegraph
[Ridley Scott’s Kingdom of heaven]  is not historically accurate at all. They refer to The Talisman, which depicts the Muslims as sophisticated and civilised, and the Crusaders are all brutes and barbarians. It has nothing to do with reality. Guy of Lusignan lost the Battle of Hattin against Saladin, yes, but he wasn’t any badder or better than anyone else. There was never a confraternity of Muslims, Jews and Christians. That is utter nonsense. It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. Jonathan Riley-Smith
It does not do any good to distort history, even if you believe you are distorting it in a good way. Cruelty was not on one side but on all. Amin Maalouf
I recently refused to take part in a television series, produced by an intelligent and well-educated Egyptian woman, for whom a continuing Western crusade was an article of faith. Having less to do with historical reality than with reactions to imperialism, the nationalist and Islamist interpretations of crusade history help many people, moderates as well as extremists, to place the exploitation they believe they have suffered in a historical context and to satisfy their feelings of both superiority and humiliation. Jonathan Riley-Smith
For Christians . . . sacred violence cannot be proposed on any grounds save that of love, . . . [and] in an age dominated by the theology of merit this explains why participation in crusades was believed to be meritorious, why the expeditions were seen as penitential acts that could gain indulgences, and why death in battle was regarded as martyrdom. . . . As manifestations of Christian love, the crusades were as much the products of the renewed spirituality of the central Middle Ages, with its concern for living the vita apostolica and expressing Christian ideals in active works of charity, as were the new hospitals, the pastoral work of the Augustinians and Premonstratensians and the service of the friars. The charity of St. Francis may now appeal to us more than that of the crusaders, but both sprang from the same roots. Jonathan Riley-Smith
Within a month of the attacks of September 11, 2001, former president Bill Clinton gave a speech to the students of Georgetown University. As the world tried to make sense of the senseless, Clinton offered his own explanation: “Those of us who come from various European lineages are not blameless,” he declared. “Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees. “I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it,” he concluded, and there is good reason to believe he was right. Osama bin Laden and other Islamists regularly refer to Americans as “Crusaders.” Indeed, bin Laden directed his fatwa authorizing the September 11 attacks against the “Crusaders and Jews.” (…) Most people in the West do not believe that they have been prosecuting a continuous Crusade against Islam since the Middle Ages. But most do believe that the Crusades started the problems that plague and endanger us today. Westerners in general (and Catholics in particular) find the Crusades a deeply embarrassing episode in their history. As the Ridley Scott movie Kingdom of Heaven graphically proclaimed, the Crusades were unprovoked campaigns of intolerance preached by deranged churchmen and fought by religious zealots against a sophisticated and peaceful Muslim world. According to the Hollywood version, the blind violence of the Crusades gave birth to jihad, as the Muslims fought to defend themselves and their world. And for what? The city of Jerusalem, which was both “nothing and everything,” a place filled with religion that “drives men mad.” (…) It is generally thought that Christians attacked Muslims without provocation to seize their lands and forcibly convert them. The Crusaders were Europe’s lacklands and ne’er-do-wells, who marched against the infidels out of blind zealotry and a desire for booty and land. As such, the Crusades betrayed Christianity itself. They transformed “turn the other cheek” into “kill them all; God will know his own.” Every word of this is wrong. Historians of the Crusades have long known that it is wrong, but they find it extraordinarily difficult to be heard across a chasm of entrenched preconceptions. For on the other side is, as Riley-Smith puts it “nearly everyone else, from leading churchmen and scholars in other fields to the general public.” There is the great Sir Steven Runciman, whose three-volume History of the Crusades is still a brisk seller for Cambridge University Press a half century after its release. It was Runciman who called the Crusades “a long act of intolerance in the name of God, which is a sin against the Holy Ghost.” The pity of it is that Runciman and the other popular writers simply write better stories than the professional historians. (…) One of the most profound misconceptions about the Crusades is that they represented a perversion of a religion whose founder preached meekness, love of enemies, and nonresistance. Riley-Smith reminds his reader that on the matter of violence Christ was not as clear as pacifists like to think. He praised the faith of the Roman centurion but did not condemn his profession. At the Last Supper he told his disciples, “Let him who has no sword sell his cloak and buy one. For I tell you that this Scripture must be fulfilled in me, And he was reckoned with transgressors.” St. Paul said of secular authorities, “He does not bear the sword in vain; he is the servant of God to execute his wrath on the wrongdoer.” Several centuries later, St. Augustine articulated a Christian approach to just war, one in which legitimate authorities could use violence to halt or avert a greater evil. It must be a defensive war, in reaction to an act of aggression. For Christians, therefore, violence was ethically neutral, since it could be employed either for evil or against it. As Riley-Smith notes, the concept that violence is intrinsically evil belongs solely to the modern world. It is not Christian. All the Crusades met the criteria of just wars. They came about in reaction attacks against Christians or their Church. The First Crusade was called in 1095 in response to the recent Turkish conquest of Christian Asia Minor, as well as the much earlier Arab conquest of the Christian-held Holy Land. The second was called in response to the Muslim conquest of Edessa in 1144. The third was called in response to the Muslim conquest of Jerusalem and most other Christian lands in the Levant in 1187. In each case, the faithful went to war to defend Christians, to punish the attackers, and to right terrible wrongs. As Riley-Smith has written elsewhere, crusading was seen as an act of love—specifically the love of God and the love of neighbor. By pushing back Muslim aggression and restoring Eastern Christianity, the Crusaders were—at great peril to themselves—imitating the Good Samaritan. Or, as Innocent II told the Knights Templar, “You carry out in deeds the words of the gospel, ‘Greater love has no man than this, that a man lay down his life for his friends.’” But the Crusades were not just wars. They were holy wars, and that is what made them different from what came before. They were made holy not by their target but by the Crusaders’ sacrifice. The Crusade was a pilgrimage and thereby an act of penance. When Urban II called the First Crusade in 1095, he created a model that would be followed for centuries. Crusaders who undertook that burden with right intention and after confessing their sins would receive a plenary indulgence. The indulgence was a recognition that they undertook these sacrifices for Christ, who was crucified again in the tribulations of his people. And the sacrifices were extraordinary. As Riley-Smith writes in this book and his earlier The First ­Crusaders, the cost of crusading was staggering. Without financial assistance, only the wealthy could afford to embark on a Crusade. Many noble families impoverished themselves by crusading. Historians have long known that the image of the Crusader as an adventurer seeking his fortune is exactly backward. The vast majority of Crusaders returned home as soon as they had fulfilled their vow. What little booty they could acquire was more than spent on the journey itself. One is hard pressed to name a single returning Crusader who broke even, let alone made a profit on the journey. And those who returned were the lucky ones. As Riley-Smith explains, recent studies show that around one-third of knights and nobility died on crusade. The death rates for lower classes were even higher. One can never understand the Crusades without understanding their penitential character. It was the indulgence that led thousands of men to take on a burden that would certainly cost them dearly. The secular nobility of medieval Europe was a warrior aristocracy. They made their living by the sword. We know from their wills and charters that they were deeply aware of their own sinfulness and anxious over the state of their souls. A Crusade provided a way for them to serve God and to do penance for their sins. It allowed them to use their weapons as a means of their salvation rather than of their damnation. (…) The Crusader sewed a cloth cross to his garment to signify his penitential burden and his hope. Take away penitence and the Crusades cannot be explained. Yet in the seventeenth and eighteenth centuries Protestants and then Enlightenment thinkers rejected the idea of temporal penalties due to sin—along with indulgences, purgatory, and the papacy. How then did they explain the Crusades? Why else would thousands of men march thousands of miles deep into enemy territory, if not for something precious? The first explanation was that they were fooled by the Antichrist: The Catholic Church had convinced the simple that their salvation lay in fighting its battles. Later, with the advent of liberalism, critics assumed that the Crusaders must have had economic motives. They were seeking wealth and simply used religion as a cover for their worldly desires. In the nineteenth century, the memory of the Crusades became hopelessly entangled with contemporary European imperialism. Riley-Smith tells the fascinating story of Archbishop Charles-Martial Allemand-Lavigerie of Algiers, the founder of the missionary orders of the White Fathers and White Sisters, who worked diligently to establish a new military order resembling the Knights Templar, Teutonic Knights, and the Knights Hospitaller of the Middle Ages. His new order was to be sent to Africa, where it would protect missionaries, fight against the slave trade, and support the progress of French civilization in the continent. Drawing on money from antislavery societies, Lavigerie purchased lands on the edge of the Saharan Desert to use as a mother house for a new order, L’Institut Religieux et Militaire des Frères Armés du Sahara. The order attracted hundreds of men from all social classes, and in 1891 the first brothers received their white habits emblazoned with red crosses. The dust cover of Riley-Smith’s book is itself a wonderful picture of these brothers at their African home. With palm trees behind them, they look proudly into the camera, each wearing a cross and some holding rifles. The Institut des Fréres Armés lasted scarcely more than a year before it was scrapped and its founder died, but other attempts to found a military order were made in the nineteenth century, even in Protestant England. All wove together the contrasting threads of Romanticism, imperialism, and the medieval Crusades. President Clinton is not alone in thinking that the Muslim world is still brooding over the crimes of the Crusaders. It is commonly thought—even by Muslims—that the effects and memory of that trauma have been with the Islamic world since it was first inflicted in the eleventh century. As Riley-Smith explains, however, the Muslim memory of the Crusades is of very recent vintage. Carole Hillenbrand first uncovered this fact in her groundbreaking book The Crusades: Islamic Perspectives. The truth is that medieval Muslims came to realize that the Crusades were religious but had little interest in them. When, in 1291, Muslim armies removed the last vestiges of the Crusader Kingdom from Palestine, the Crusades largely dropped out of Muslim memory. In Europe, however, the Crusades were a well-remembered formative episode. Europeans, who had bound the Crusades to imperialism, brought the story to the Middle East during the nineteenth century and reintroduced it to the Muslims. Stripping the Crusades of their original purpose, they portrayed the Crusades as Europe’s first colonial venture—the first attempt of the West to bring civilization to the backward Muslim East. Riley-Smith describes the profound effect that Sir Walter Scott’s novel The Talisman had on European and therefore Middle Eastern opinion of the Crusades. Crusaders such as Richard the Lionhearted were portrayed as boorish, brutal, and childish, while Muslims, particularly Saladin, were tolerant and enlightened gentlemen of the nineteenth century. With the collapse of Ottoman power and the rise of Arab nationalism at the end of the nineteenth century, Muslims bound together these two strands of Crusade narrative and created a new memory in which the Crusades were only the first part of Europe’s assault on Islam—an assault that continued through the modern imperialism of European powers. Europeans reintroduced Saladin, who had been nearly forgotten in the Middle East, and Arab nationalists then cleansed him of his Kurdish ethnicity to create a new anti-Western hero. We saw the result during the run-up to the Iraq War, when Saddam Hussein portrayed himself as a new Saladin who would expel the new Crusaders. Arab nationalists made good use of the new story of the Crusades during their struggles for independence. Their enemies, the Islamists, then took over the same tool. Osama bin Laden is only the most recent Islamist to adopt this useful myth to characterize the actions of the West as a continual Crusade against Islam. That is the Crusades’ only connection with modern Islamist terrorism. And yet, so ingrained is this notion that the Crusades began the modern European assault on Islam that many moderate Muslims still believe it. In the Middle East, as in the West, we are left with the gaping chasm between myth and reality. Crusade historians sometimes try to yell across it but usually just talk to each other, while the leading churchmen, the scholars in other fields, and the general public hold to a caricature of the Crusades created by a pox of modern ideologies. Thomas F. Madden (Saint Louis University)
In 2001, former president Bill Clinton delivered a speech at Georgetown University in which he discussed the West’s response to the recent terrorist attacks of September 11. The speech contained a short but significant reference to the crusades. Mr. Clinton observed that “when the Christian soldiers took Jerusalem [in 1099], they . . . proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount.” He cited the “contemporaneous descriptions of the event” as describing “soldiers walking on the Temple Mount . . . with blood running up to their knees.” This story, Mr. Clinton said emphatically, was “still being told today in the Middle East and we are still paying for it.” This view of the crusades is not unusual. It pervades textbooks as well as popular literature. One otherwise generally reliable Western civilization textbook claims that “the Crusades fused three characteristic medieval impulses: piety, pugnacity, and greed. All three were essential.”1 The film Kingdom of Heaven (2005) depicts crusaders as boorish bigots, the best of whom were torn between remorse for their excesses and lust to continue them. Even the historical supplements for role-playing games—drawing on supposedly more reliable sources—contain statements such as “The soldiers of the First Crusade appeared basically without warning, storming into the Holy Land with the avowed—literally—task of slaughtering unbelievers”; “The Crusades were an early sort of imperialism”; and “Confrontation with Islam gave birth to a period of religious fanaticism that spawned the terrible Inquisition and the religious wars that ravaged Europe during the Elizabethan era.” The most famous semipopular historian of the crusades, Sir Steven Runciman, ended his three volumes of magnificent prose with the judgment that the crusades were “nothing more than a long act of intolerance in the name of God, which is the sin against the Holy Ghost.” The verdict seems unanimous. From presidential speeches to role-playing games, the crusades are depicted as a deplorably violent episode in which thuggish Westerners trundled off, unprovoked, to murder and pillage peace-loving, sophisticated Muslims, laying down patterns of outrageous oppression that would be repeated throughout subsequent history. In many corners of the Western world today, this view is too commonplace and apparently obvious even to be challenged. But unanimity is not a guarantee of accuracy. What everyone “knows” about the crusades may not, in fact, be true. (…)  In a.d. 632, Egypt, Palestine, Syria, Asia Minor, North Africa, Spain, France, Italy, and the islands of Sicily, Sardinia, and Corsica were all Christian territories. Inside the boundaries of the Roman Empire, which was still fully functional in the eastern Mediterranean, orthodox Christianity was the official, and overwhelmingly majority, religion. Outside those boundaries were other large Christian communities—not necessarily orthodox and Catholic, but still Christian. Most of the Christian population of Persia, for example, was Nestorian. Certainly there were many Christian communities in Arabia. By a.d. 732, a century later, Christians had lost Egypt, Palestine, Syria, North Africa, Spain, most of Asia Minor, and southern France. Italy and her associated islands were under threat, and the islands would come under Muslim rule in the next century. The Christian communities of Arabia were entirely destroyed in or shortly after 633, when Jews and Christians alike were expelled from the peninsula. Those in Persia were under severe pressure. Two-thirds of the formerly Roman Christian world was now ruled by Muslims. (…) The attacks continued, punctuated from time to time by Christian attempts to push back. Charlemagne blocked the Muslim advance in far western Europe in about a.d. 800, but Islamic forces simply shifted their focus and began to island-hop across from North Africa toward Italy and the French coast, attacking the Italian mainland by 837. A confused struggle for control of southern and central Italy continued for the rest of the ninth century and into the tenth. In the hundred years between 850 and 950, Benedictine monks were driven out of ancient monasteries, the Papal States were overrun, and Muslim pirate bases were established along the coast of northern Italy and southern France, from which attacks on the deep inland were launched. Desperate to protect victimized Christians, popes became involved in the tenth and early eleventh centuries in directing the defense of the territory around them. The surviving central secular authority in the Christian world at this time was the East Roman, or Byzantine, Empire. Having lost so much territory in the seventh and eighth centuries to sudden amputation by the Muslims, the Byzantines took a long time to gain the strength to fight back. By the mid-ninth century, they mounted a counterattack on Egypt, the first time since 645 that they had dared to come so far south. Between the 940s and the 970s, the Byzantines made great progress in recovering lost territories. Emperor John Tzimiskes retook much of Syria and part of Palestine, getting as far as Nazareth, but his armies became overextended and he had to end his campaigns by 975 without managing to retake Jerusalem itself. Sharp Muslim counterattacks followed, and the Byzantines barely managed to retain Aleppo and Antioch. The struggle continued unabated into the eleventh century. In 1009, a mentally deranged Muslim ruler destroyed the Church of the Holy Sepulchre in Jerusalem and mounted major persecutions of Christians and Jews. He was soon deposed, and by 1038 the Byzantines had negotiated the right to try to rebuild the structure, but other events were also making life difficult for Christians in the area, especially the displacement of Arab Muslim rulers by Seljuk Turks, who from 1055 on began to take control in the Middle East. This destabilized the territory and introduced new rulers (the Turks) who were not familiar even with the patchwork modus vivendi that had existed between most Arab Muslim rulers and their Christian subjects. Pilgrimages became increasingly difficult and dangerous, and western pilgrims began banding together and carrying weapons to protect themselves as they tried to make their way to Christianity’s holiest sites in Palestine: notable armed pilgrimages occurred in 1064–65 and 1087–91. (…) Desperate, the Byzantines sent appeals for help westward, directing these appeals primarily at the person they saw as the chief western authority: the pope, who, as we have seen, had already been directing Christian resistance to Muslim attacks. In the early 1070s, the pope was Gregory VII, and he immediately began plans to lead an expedition to the Byzantines’ aid. He became enmeshed in conflict with the German emperors, however (what historians call “the Investiture Controversy”), and was ultimately unable to offer meaningful help. Still, the Byzantines persisted in their appeals, and finally, in 1095, Pope Urban II realized Gregory VII’s desire, in what turned into the First Crusade. (…) Far from being unprovoked, then, the crusades actually represent the first great western Christian counterattack against Muslim attacks which had taken place continually from the inception of Islam until the eleventh century, and which continued on thereafter, mostly unabated. Three of Christianity’s five primary episcopal sees (Jerusalem, Antioch, and Alexandria) had been captured in the seventh century; both of the others (Rome and Constantinople) had been attacked in the centuries before the crusades. The latter would be captured in 1453, leaving only one of the five (Rome) in Christian hands by 1500. Rome was again threatened in the sixteenth century. This is not the absence of provocation; rather, it is a deadly and persistent threat, and one which had to be answered by forceful defense if Christendom were to survive. The crusades were simply one tool in the defensive options exercised by Christians. To put the question in perspective, one need only consider how many times Christian forces have attacked either Mecca or Medina. (…) One version of Pope Urban II’s speech at Clermont in 1095 urging French warriors to embark on what would become known as the First Crusade does note that they might “make spoil of [the enemy’s] treasures,” but this was no more than an observation on the usual way of financing war in ancient and medieval society. And Fulcher of Chartres did write in the early twelfth century that those who had been poor in the West had become rich in the East as a result of their efforts on the First Crusade, obviously suggesting that others might do likewise. But Fulcher’s statement has to be read in its context, which was a chronic and eventually fatal shortage of manpower for the defense of the crusader states. Fulcher was not being entirely deceitful when he pointed out that one might become rich as a result of crusading. But he was not being entirely straightforward either, because for most participants, crusading was ruinously expensive. (…) One of the chief reasons for the foundering of the Fourth Crusade, and its diversion to Constantinople, was the fact that it ran out of money before it had gotten properly started, and was so indebted to the Venetians that it found itself unable to keep control of its own destiny. Louis IX’s Seventh Crusade in the mid-thirteenth century cost more than six times the annual revenue of the crown. The popes resorted to ever more desperate ploys to raise money to finance crusades, from instituting the first income tax in the early thirteenth century to making a series of adjustments in the way that indulgences were handled that eventually led to the abuses condemned by Martin Luther. Even by the thirteenth century, most crusade planners assumed that it would be impossible to attract enough volunteers to make a crusade possible, and crusading became the province of kings and popes, losing its original popular character. (…) In short: very few people became rich by crusading, and their numbers were dwarfed by those who were bankrupted. Most medieval people were quite well aware of this, and did not consider crusading a way to improve their financial situations. (…) certainly there were cynics and hypocrites in the Middle Ages—beneath the obvious differences of technology and material culture, medieval people were just as human as we are, and subject to the same failings. However (…) the casualty rates on the crusades were usually very high, and many if not most crusaders left expecting not to return. At least one military historian has estimated the casualty rate for the First Crusade at an appalling 75 percent, for example. (…) It is hard to imagine a more conclusive way of proving one’s dedication to a cause than sacrificing one’s life for it, and very large numbers of crusaders did just that. But this assertion is also revealed to be false when we consider the way in which the crusades were preached. Crusaders were not drafted. Participation was voluntary, and participants had to be persuaded to go. The primary means of persuasion was the crusade sermon, and one might expect to find these sermons representing crusading as profoundly appealing. (…) In fact, the opposite is true: crusade sermons were replete with warnings that crusading brought deprivation, suffering, and often death. That this was the reality of crusading was well known anyway. (…) It worked because crusading was appealing precisely because it was a known and significant hardship, and because undertaking a crusade with the right motives was understood as an acceptable penance for sin. Far from being a materialistic enterprise, crusading was impractical in worldly terms, but valuable for one’s soul. There is no space here to explore the doctrine of penance as it developed in the late antique and medieval worlds, but suffice it to say that the willing acceptance of difficulty and suffering was viewed as a useful way to purify one’s soul (and still is, in Catholic doctrine today). Crusading was the near-supreme example of such difficult suffering, and so was an ideal and very thorough-going penance. (…) As difficult as it may be for modern people to believe, the evidence strongly suggests that most crusaders were motivated by a desire to please God, expiate their sins, and put their lives at the service of their “neighbors,” understood in the Christian sense. (…) Muslims had been attacking Christians for more than 450 years before Pope Urban declared the First Crusade. They needed no incentive to continue doing so. (…) Up until quite recently, Muslims remembered the crusades as an instance in which they had beaten back a puny western Christian attack. (…) Most of the Arabic-language historical writing on the crusades before the mid-nineteenth century was produced by Arab Christians, not Muslims, and most of that was positive. There was no Arabic word for “crusades” until that period, either, and even then the coiners of the term were, again, Arab Christians. It had not seemed important to Muslims to distinguish the crusades from other conflicts between Christianity and Islam. Nor had there been an immediate reaction to the crusades among Muslims. As Carole Hillenbrand has noted, “The Muslim response to the coming of the Crusades was initially one of apathy, compromise and preoccupation with internal problems.” By the 1130s, a Muslim counter-crusade did begin, under the leadership of the ferocious Zengi of Mosul. But it had taken some decades for the Muslim world to become concerned about Jerusalem, which is usually held in higher esteem by Muslims when it is not held by them than when it is. Action against the crusaders was often subsequently pursued as a means of uniting the Muslim world behind various aspiring conquerors, until 1291, when the Christians were expelled from the Syrian mainland. And—surprisingly to Westerners—it was not Saladin who was revered by Muslims as the great anti-Christian leader. That place of honor usually went to the more bloodthirsty, and more successful, Zengi and Baibars, or to the more public-spirited Nur al-Din. The first Muslim crusade history did not appear until 1899. By that time, the Muslim world was rediscovering the crusades—but it was rediscovering them with a twist learned from Westerners. In the modern period, there were two main European schools of thought about the crusades. One school, epitomized by people like Voltaire, Gibbon, and Sir Walter Scott, and in the twentieth century Sir Steven Runciman, saw the crusaders as crude, greedy, aggressive barbarians who attacked civilized, peace-loving Muslims to improve their own lot. The other school, more romantic and epitomized by lesser-known figures such as the French writer Joseph-François Michaud, saw the crusades as a glorious episode in a long-standing struggle in which Christian chivalry had driven back Muslim hordes. In addition, Western imperialists began to view the crusaders as predecessors, adapting their activities in a secularized way that the original crusaders would not have recognized or found very congenial. At the same time, nationalism began to take root in the Muslim world. Arab nationalists borrowed the idea of a long-standing European campaign against them from the former European school of thought—missing the fact that this was a serious mischaracterization of the crusades—and using this distorted understanding as a way to generate support for their own agendas. This remained the case until the mid-twentieth century, when, in Riley-Smith’s words, “a renewed and militant Pan-Islamism” applied the more narrow goals of the Arab nationalists to a worldwide revival of what was then called Islamic fundamentalism and is now sometimes referred to, a bit clumsily, as jihadism. This led rather seamlessly to the rise of Osama bin Laden and al-Qaeda, offering a view of the crusades so bizarre as to allow bin Laden to consider all Jews to be crusaders and the crusades to be a permanent and continuous feature of the West’s response to Islam. Bin Laden’s conception of history is a feverish fantasy. He is no more accurate in his view about the crusades than he is about the supposed perfect Islamic unity which he thinks Islam enjoyed before the baleful influence of Christianity intruded. But the irony is that he, and those millions of Muslims who accept his message, received that message originally from their perceived enemies: the West. So it was not the crusades that taught Islam to attack and hate Christians. Far from it. Those activities had preceded the crusades by a very long time, and stretch back to the inception of Islam. Rather, it was the West which taught Islam to hate the crusades. The irony is rich. (….) Let us return to President Clinton’s Georgetown speech. How much of his reference to the First Crusade was accurate? It is true that many Muslims who had surrendered and taken refuge under the banners of several of the crusader lords—an act which should have granted them quarter—were massacred by out-of-control troops. This was apparently an act of indiscipline, and the crusader lords in question are generally reported as having been extremely angry about it, since they knew it reflected badly on them. To imply—or plainly state—that this was an act desired by the entire crusader force, or that it was integral to crusading, is misleading at best. In any case, John France has put it well: “This notorious event should not be exaggerated. . . . However horrible the massacre . . . it was not far beyond what common practice of the day meted out to any place which resisted.” And given space, one could append a long and bloody list, stretching back to the seventh century, of similar actions where Muslims were the aggressors and Christians the victims. Such a list would not, however, have served Mr. Clinton’s purposes. Mr. Clinton was probably using Raymond of Aguilers when he referred to “blood running up to [the] knees” of crusaders. But the physics of such a claim are impossible, as should be apparent. Raymond was plainly both bragging and also invoking the imagery of the Old Testament and the Book of Revelation. He was not offering a factual account, and probably did not intend the statement to be taken as such. As for whether or not we are “still paying for it,” (…)This is the most serious misstatement of the whole passage. What we are paying for is not the First Crusade, but western distortions of the crusades in the nineteenth century which were taught to, and taken up by, an insufficiently critical Muslim world. The problems with Mr. Clinton’s remarks indicate the pitfalls that await those who would attempt to explicate ancient or medieval texts without adequate historical awareness, and they illustrate very well what happens when one sets out to pick through the historical record for bits—distorted or merely selectively presented—which support one’s current political agenda. This sort of abuse of history has been distressingly familiar where the crusades are concerned. But nothing is served by distorting the past for our own purposes. Or rather: a great many things may be served . . . but not the truth. Distortions and misrepresentations of the crusades will not help us understand the challenge posed to the West by a militant and resurgent Islam, and failure to understand that challenge could prove deadly. Indeed, it already has. It may take a very long time to set the record straight about the crusades. It is long past time to begin the task. Paul F. Crawford
L’historiquement correct, c’est le politiquement correct appliqué à l’histoire : ce n’est pas une lecture scientifique du passé, une tentative de le restituer tel qu’il a été, c’est une interprétation idéologique et politique du monde d’hier, visant à lui faire dire quelque chose pour les hommes d’aujourd’hui, avec les mots et les concepts d’aujourd’hui. L’historiquement correct ne cherche pas à comprendre le passé pour éclairer le présent : il part du présent pour juger le passé. Dans cet état d’esprit, l’histoire devient un écran où se projettent toutes les passions contemporaines. A l’école, à la télévision ou au café du Commerce, l’historiquement correct règne en maître, proposant une histoire tronquée, falsifiée, manipulée. Et c’est ainsi que l’on voit tous les jours traquer l’obscurantisme, l’impérialisme, le colonialisme, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme ou le sexisme à travers les siècles, même si ces mots n’ont pas de sens hors d’un contexte précis : l’historiquement correct s’en moque, car son but n’est pas la connaissance mais la propagande. L’historiquement correct pratique l’anachronisme (les événements d’hier sont évalués selon les critères de notre époque) et porte des jugements manichéens, le Bien et le Mal étant définis selon les valeurs qui ont cours aujourd’hui. Jean Sévillia
Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ? Jean Sévillia, journaliste au Figaro, qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès la réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ». Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables. Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ». Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats. En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ». Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante. Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme. Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation. C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. (…) Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne [Dumézil] , nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi. Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle. Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église. (…)  En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier. Jean-Marc Bastière

C’est la faute aux Scott, imbécile !

Anitsémitisme, persécution des païens tolérants, sombre Moyen-Age, croisades en quête de terres, butin et convertis, monstres de l’Inquisition, hérésies scientifiques, bénédiction de l’esclavage, saint autoritarisme, archaïsme économique …

Moyen-Orient berceau du judaïsme et du christianisme, présence multi-millénaire et cumulée juive et chrétienne, 450 ans d’invasions et d’occupation musulmanes y compris jusqu’à Poitiers et au sac de Rome, décennies de provocations, incinération du Saint-Sépulcre, harcèlement et violences contre un marché pourtant longtemps lucratif de pèlerins chrétiens, « guerres justes » et croisades à la fois pénitentielles et défensives aux coûts humains et matériels prohibitifs, flux financiers massifs mais presque exclusivement dans le sens Europe-Levant, massacres occasionnels mais tout à fait dans les moeurs du temps, absence de tout projet d’attaque ou d’invasion de La Mecque ou Médine …

A l’heure où après un Clinton ou un Obama …

Et tant d’autres de leurs devanciers

Le pape nous ressort d’un poème épique, nouvelle petite merveille d’équivalence morale, les conversions forcées imaginaires de musulmans par des chrétiens pour mieux faire le parallèle avec les actuels égorgements de nos amis islamistes …

Pendant que massacre après massacre en Syrie, Irak ou Iran, l’islam montre son vrai visage …

Petite remise des pendules à l’heure ….

Avec la traduction française de l’ouvrage du sociologue des religions américains Rodney Stark …

Et sa recension des dernières recherches des historiens les plus reconnus …

Sur les préjugés antichrétiens en général et anticatholiques en particulier …

Et notamment comme le rappelle Paul F. Crawford …

Sur l’incroyable ironie dont l’Histoire a le secret …

Qui veut que comme souvent ça pourrait bien être l’Occident lui-même …

Via par exemple les Scott (Walter le romancier du 19e et son émule Ridley le cinéaste du 21e) …

Et leurs innombrables fans que nous sommes …

Qui ont appris à nos actuels Ben Laden à haïr les croisades !

Histoire de l’Église : pour en finir avec les clichés

La Croix

07/11/2019

Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ?

Jean Sévillia, journaliste au Figaro,qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès. La réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ».

Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables.

De l’anticléricalisme au mépris

Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ».

Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats.

En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ».

Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante.

Des préjugés hérités du passé

Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme.

Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation.

C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. Dans le Baptême de Clovis : 24 décembre 505 ?, le médiéviste Bruno Dumézil (voir encadré p. 32) trouve « plutôt pas mal » cette démarche de lutter contre les idées fausses, en tout cas d’apporter de la « nuance ». Le sens de la nuance, que Verlaine applique à l’art poétique, est aussi le maître mot des historiens.

Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne, nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi.

L’Église n’est plus une forteresse

Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle.

Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église.

N’est-ce pas une tâche de Sisyphe, jamais achevée, de combattre des poncifs qui ont la vie dure ? Il est plus difficile, on le sait, de corriger des préjugés que de combler une ignorance. En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier.

À lire
L’Église en procès. La réponse des historiens
, sous la direction de Jean Sévillia, Tallandier.
Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, de Rodney Stark, Salvator.
Le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, de Manfred Lütz, Éditions Emmanuel

Voir aussi:

Protestants et anticatholiques des “Lumières”, responsables des légendes noires contre l’Eglise

Salon beige

On lit souvent que l’Inquisition fut l’un des chapitres les plus terribles et sanglants de l’histoire occidentale ; que Pie XII, dit « le pape d’Hitler », était antisémite ; que l’obscurantisme a freiné la science jusqu’à l’arrivée des Lumières ; et que les croisades furent le premier exemple de l’avidité occidentale. Ces affirmations sont sans fondements historiques.

Dans cet ouvrage, Faux témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, l’éminent professeur de sociologie des religions Rodney Stark démontre que certaines idées fermement établies sont en réalité des mythes. Il s’attaque aux légendes noires de l’histoire de l’Église et explique de quelles façons elles se sont substituées à la réalité des faits. Son travail est d’autant plus méritoire qu’il est lui-même protestant. Et il écrit justement à propos de ces légendes :

Tout a débuté avec les guerres déclenchées en Europe à la suite de la Réforme qui a opposé protestants et catholiques et fait des millions de morts. A la même époque, l’Espagne apparaissait comme la principale puissance catholique. Par réaction, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont alors déclenché d’intenses campagnes de propagande qui décrivaient les Espagnols comme de fanatiques barbares assoiffés de sang. Jeffrey Burton Russel, éminent historien du Moyen Age, écrit :

D’innombrables livres et pamphlets furent édités par les presses du Nord accusant l’empire espagnol de dépravation inhumaine et d’horribles atrocités. […] L’Espagne était décrite comme un lieu de ténèbres, d’ignorance et de mal.

[…] Mais les protestants en colère n’étaient pas les seuls à inventer ces histoires ou à y acquiescer. De nombreux mensonges analysés dans les chapitres qui vont suivre étaient soutenus par des auteurs antireligieux, notamment à l’époque des “Lumières”.

Voir également:

Why is this non-Catholic scholar debunking “centuries of anti-Catholic history”?

An interview with Dr. Rodney Stark, sociologist and author of « Bearing False Witness »

The Catholic world report

Dr. Rodney Stark has written nearly 40 books on a wide range of topics, incuding a number of recent books on the history of Christianity, monotheism, Christianity in China, and the roots of modernity. After beginning as a newspaper reporter and spending time in the Army, Stark received his Ph.D. from the University of California, Berkeley, where he held appointments as a research sociologist at the Survey Research Center and at the Center for the Study of Law and Society. He later was Professor of Sociology and of Comparative Religion at the University of Washington; he has been at Baylor University since 2004. Stark is past president of the Society for the Scientific Study of Religion and of the Association for the Sociology of Religion, and he has won a number of national and international awards for distinguished scholarship. Raised as a Lutheran, he has identified himself as an agnostic but has, more recently, called himself an “independent Christian”.

His most recent book isBearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History (Templeton Press, 2016), which addresses ten prevalent myths about Church history. Dr. Stark recently responded by e-mail to some questions from Carl E. Olson, editor ofCatholic World Report.

CWR: You begin the book by first noting your upbringing as an American Protestant and then discussing “distinguished bigots”. What is a “distinguished bigot”? And how have such people influenced the way in which the Catholic Church is understood and perceived by many Americans today?

Dr. Rodney Stark: By distinguished bigots I mean prominent scholars and intellectuals who clearly are antagonistic to the Catholic Church and who promulgate false historical claims.

CWR: How did you go about identifying and selecting the ten anti-Catholic myths that you rebut in the book? To what degree are these myths part of a general (if sometimes vague) Protestant culture, and to what degree are they encouraged and spread by a more secular, elite culture?

Dr. Stark: For the most part I encountered these anti-Catholic myths as I wrote about various historical periods and events, and discovered that these well-known ‘facts” were false and therefore was forced to deal with them in those studies. These myths are not limited to some generalized Protestant culture—many Catholics, including well-known ones, have repeated them too. These myths have too often, and for too long, been granted truthful validity by historians in general. Of course secularists—especially ex-Catholics such as Karen Armstrong—love these myths.

CWR: The first chapter is on “sins of anti-Semitism,” perhaps the most divisive and controversial of the topics you address. How have your own views on this issue changed, and why? Why do you think there continues to be a wide-spread belief or impression that the Catholic Church in inherently anti-Semitic?

Dr. Stark: When I began as a scholar, “everybody” including leading Catholics knew the Church was a primary source of anti-Semitism. It was only later as I worked with materials on medieval attacks on Jews that I discovered the effective role of the Church in opposing and suppressing such attacks—this truth being told by medieval Jewish chroniclers and thereby most certainly true. Why do so many ‘intellectuals,’ many of them ex-Catholics, continue to accept the notion that Pope Pius XII was “Hitler’s Pope,” when that is so obviously a vicious lie? It can only be hatred of the Church. Keep in mind that it is prominent Jews who defend the pope.

CWR: Why have various historians, such as Gibbons, presented the ancient pagans as either benevolent or mostly tolerant toward Christianity? What was the actual relationship between Christianity and paganism in the first centuries of the Church’s existence?

Dr. Stark: In those days, the safe way to attack religion was to let readers assume it was only an attack on Catholicism, so that’s what Gibbon and his contemporaries did. Perhaps surprisingly, once the pagans were no longer able to persecute Christians, they were pretty much ignored by the Church and by emperors and only slowly disappeared

CWR: How did the mythology of the “Dark Ages” develop? What are some of the main problems with that mythology?

Dr. Stark: Voltaire and his associates made up the fiction of the Dark Ages so that they could claim to have burst forth with the Enlightenment. As every competent historian (and even the encyclopedias) now acknowledges, there were no Dark Ages. To the contrary, it was during these centuries that Europe took the great cultural and technological leap forward that put it so far ahead of the rest of the world.

CWR: What relationship is there between the mythology of the “Dark Ages” and the myth of “secular Enlightenment”? How rational and scientific, in fact, was the Enlightenment?

Dr. Stark: The “philosophes” of the so-called “Enlightenment played no role in the rise of science—the great scientific progress of the time was achieved by highly religious men, many of them Catholic clergy.

CWR: The Crusades and the Inquisitions continue be presented as epochs and events that involved Christian barbarism and the murder of millions. Why are those myths so widespread and popular, especially after scholars have spent decades correcting and clarifying what really did (or did not) happen?

Dr. Stark: I am competent to reveal that the Crusades were legitimate defensive wars and that the Inquisition was not bloody. I am not competent to explain why the pile of fine research supporting these corrections have had no impact on the chattering classes. I suspect that these myths are too precious for the anti-religious to surrender.

CWR: In addressing “Protestant Modernity” you flatly stated that Max Weber’s thesis that Protestantism birthed capitalism and modernity is “nonsense”. What are the main problems with Weber’s thesis?

Dr. Stark: The problem is simply that capitalism was fully developed and thriving in Europe many centuries before the Reformation.

CWR:
 You emphatically state that as a scholar with a Protestant background working at a Baptist university you did not write your book as “a defense of the Church” but “in defense of history.” Why is that significant? And, finally, do you think most Americans actually give more credence to history than to the Church?

Dr. Stark: I think the distinguished bigots will have a hard time accusing me of being a Catholic toady, trying to cover up the sins of the Church. The only axe I have to grind is that history ought to be honestly reported. As to your final point: I don’t think ‘most Americans’ will ever know that this book was written. I can only hope that I will influence intellectuals and textbook writers—maybe.

Related CWR articles:

“The Story of the West: Who, Why, and How” (June 2014): A review of Rodney Stark’s book, How the West Won: The Neglected Story of the Triumph of Modernity | Gregory J. Sullivan

“A Curious Mix of Sophistication, Sin, and Piety” (May 2011): An interview with sociologist Rodney Stark about the Crusades | Mark Sullivan

Voir de même:

An agnostic demolishes anti-Catholic myths

Michael Duggan

Bearing False Witness
by Rodney Stark
Templeton Press, £19

The Age of Reason began in the 2nd century AD. How about that for a claim? Rodney Stark is not a man to equivocate. In his judgment, the Catholic Church has been routinely traduced by “distinguished bigots” – historians who have twisted or ignored the evidence and polluted popular understanding. Hence Stark’s determination to put back by a millennium-and-a-half the dating of the Age of Reason, which really began, he argues, with certain Church Fathers and their decision to conduct theology; that is, formal reasoning about God. Tertullian, Clement of Alexandria, Augustine: they all insisted on the power of reason and its place in God’s plan.

St Augustine went into raptures about the “sagacity” with which “the movements and connections of the stars have been discovered”. Man’s rational nature was an “unspeakable boon” conferred on us by God.

Hence also Stark’s fury about the term “Dark Ages”. It is remarkable how politicians and journalists wanting to convey disgust these days, whether for the actions of ISIS or for rules about wearing high heels at work, are liable to call such a thing “medieval” or “a return to the Dark Ages”.

And this darkness was, of course, the doing of the Catholic Church. Edward Gibbon said so. So did Voltaire. Daniel Boorstin, librarian of the United States Congress, wrote that the Church “built a grand barrier against the progress of knowledge”.

Rubbish, says Stark. The Dark Ages are nothing but a hoax invented by intellectuals to glorify themselves and vilify the Church. The period from 300 to 1300 was, in fact, one of the great innovative eras of mankind.

Technology was developed and put into use on a scale no civilisation had previously known: water mills, the three-field system, the horse collar, selective plant breeding, chimneys and much more. These things transformed productivity, increased the population, and widened horizons all over supposedly benighted Europe. But high-minded men of letters saw fit not to notice such things.

What else? Human dissection for scientific purposes began in medieval universities and without serious objections from the Church. Stark reels off clergymen-scientists who preceded Copernicus and who, among other things, fought and won the battle for empiricism in science.

There was moral progress too. The irony of ISIS comparisons, given that group’s recourse to abduction and enslavement, is that most of Europe had waved goodbye to slavery by 1300. Though not cited by Stark, Hugh Thomas, the great modern historian of the Atlantic slave trade, attributed the later resurgence of slavery to the memory of antiquity: “If Athens had slaves to build the Parthenon, and Rome to maintain the aqueducts, why should modern Europeans hesitate to have slaves to build its new world in America?” As for the treatment by some historians of the Church’s record on slavery, Stark accuses them of lying in plain sight.

And so, in Bearing False Witness, Rodney Stark takes aim at one “myth” after another about Catholicism. The Spanish Inquisition? A “pack of lies”, originally spread by English and Dutch propagandists. The Inquisition “made little use of the stake, seldom tortured anyone and maintained unusually decent prisons”.

The Crusades? Stark begins by saying, in effect, “the others started it”, and goes from there. He is particularly hot in attacking the idea that the Crusaders were driven by dreams of land and loot. Stark’s style is brusque and clear. He is like a man carefully setting up skittles before firing down bowling balls of fact and argument to send them scattering (though in a couple of cases he is, in reality, rebalancing rather than overturning the debate).

All of which means that Bearing False Witness is stirring, compelling, often convincing stuff. Some bits are especially fascinating, as when Stark makes the case for monasteries as the first true capitalist firms. One hopes that, as can happen when the pursuit of truth gets wrapped up in controversy, Stark is not carting more away from the evidence than he should. It would be fascinating to read a riposte.

And, of course, the greatest obstacle nowadays to perceiving the Catholic Church as a force for good is not the myth of the suppressed Gospels, or the myth of the Protestant work ethic, or whatever else. It is the anything but mythical abuse scandals.

Finally, a word on Professor Stark himself. He is co-director of the Institute for Studies of Religion at Baylor, the world’s largest Baptist university, once a hotbed of militant anti-Catholicism. He grew up an American Protestant, “raised on the glories of the Reformation”. More recently, he has described himself as incapable of religious faith, an agnostic.

One thing Stark is not, therefore, is a Catholic: “I did not write this book in defence of the Church,” he states, looking possible critics straight in the eye. “I wrote it in defence of history.”

Voir de plus:

Lies, myths and patent frauds

Michael Duggan
Catholic Herald

‘Europe is a lot more religious than it appears to be’: sociologist Rodney Stark (Baylor University)

They all laughed at Columbus when he said the world was round,
They all laughed when Edison recorded sound.
Ira Gershwin

Professor Rodney Stark grew up in Jamestown, North Dakota, in the 1930s and 1940s. He was, in his own words, “an American Protestant with intellectual pretensions”.

Every October 12 – Columbus Day – he would look on at “throngs of Knights of Columbus members, accompanied by priests, marching in celebration of the arrival of the ‘Great Navigator’ in the New World”. The young Stark found the spectacle absurd. He knew that Columbus had acted in the teeth of unyielding opposition from Roman Catholic prelates who cited biblical proof that the world was flat. Any attempt to reach Asia by sailing west would mean ships falling off the edge of the world, they said.

Years later he found out that the whole story was a lie. Stark recounts all of this – and explains the real story of the opposition to Columbus – in the introduction to his latest book Bearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History (reviewed in the Catholic Herald on June 3).

So how did he get his first direct experience of Catholicism? “I was about 16 when I first attended a Catholic service. I went with a girl I was dating. I found nothing remarkable about it.” Stark was raised as a Lutheran and was used to “highly liturgical services. So I did not find Catholic ritual strange. We stood when Catholics knelt.” He adds: “I don’t know that this had any influence on my historical views.”

The historical view that Stark sets out in Bearing False Witness is that a line of “distinguished bigots”, stretching from Gibbon to the present day, have created a common culture in which widely held assumptions about the Catholic Church are based on “extreme exaggerations, false accusations and patent frauds”.

Stark insists that he is not a whitewasher and that he is “simply reporting the prevailing view among qualified experts”. He also reminds his readers that he is not a Catholic. Though never an atheist, he was for some time primarily a “cultural Christian” or, as he has described it elsewhere, “an admirer but not a believer”. And now? “I have not been an agnostic for years. I wrote myself to faith.”

The process of writing himself to faith includes books such as The Triumph of Christianity, which records “how the Jesus Movement became the world’s largest religion”; The Victory of Reason, explaining how Christianity led to freedom, capitalism and Western success; and God’s Battalions, an incisive defence of the Crusades.

As a fledgling historian in the 1960s, though, Stark was still wedded to notions of the baneful role of the Church in history. In his first year of graduate school at Berkeley, he was asked to prepare a brief of research he had been doing on anti-Semitism to be distributed to bishops attending the Second Vatican Council. According to Cardinal Augustin Bea, this summary was influential in the production of Nostra Aetate, the Council’s statement on the Jews.

Stark glowed with pride. But over the years, as he carried out more work on ancient and medieval history, he became aware of “the extent to which the Catholic Church had stood as a consistent barrier against anti-Semitic violence”. A long analysis of all known outbursts of anti-Semitic violence in both Europe and the Islamic world from 500 to 1600 forced him to reconsider the entire link between Christianity and anti-Semitism. This was to become the theme of the first chapter of Bearing False Witness.

Turning to the current state of the Catholic Church, Stark is typically unequivocal. Shame among Catholics about scandals involving paedophile priests is (in America at least) “limited to a few intellectuals. Otherwise there should have been substantial declines in membership or in Mass attendance. And that hasn’t happened. There has been no decline in membership or mass attendance in the United States.

“The commitment of ordinary Catholics seems unaffected. In Latin America, rates of mass attendance have doubled and redoubled during the past 25 years. Catholic membership in the nations of sub-Saharan Africa is very far above that even claimed by the Catholic Almanac and continues to grow rapidly.”

But what about Europe? “Europe is a lot more religious than it is said to be or even than it appears to be. I have written a lot about this, most recently in The Triumph of Faith.” Stark has suggested in other interviews that the lack of attendance at church in Europe is down to “ineffective churches rather than lack of faith, since religious belief remains high all across the continent”.

This is typically trenchant stuff from someone who has spent decades understanding the past and present of Christianity. So what then does Prof Stark see as the future for the Catholic Church? “Continued strength.”

Bearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History

by Rodney Stark.
Templeton Press, 2016.
Hardcover, 280 pages, $28.

Rodney Stark, while doing research into the history of religion, discovered that the popular history of Catholicism is rife with errors, errors that have been repeatedly exposed as such by serious historians. However, the people who read pop history do not typically read serious historians, and so only a work of pop history can correct the errors in other works of pop history. Thus this book.

Each of the book’s ten chapters addresses a subject concerning which the Catholic Church has been held to have behaved badly. Each chapter begins with a number of examples of writers condemning the Church for some fault, which is useful in showing that Stark is not going after straw men. Nor does he claim that the Church, or those that claim to act in the Church’s name, are uniformly blameless. Rather, his debunk of the more extreme claims has a historiographical purpose: to show that the accusations against theChurch are themselves driven by an anti-Catholic animus rather than scholarly research or factual accuracy.

Stark, a professor of history at Baptist-affiliated Baylor University, first takes up the topic of Jews and the Catholic Church. Stark notes that while Christians sometimes attacked or killed Jews between 500 and 1400, the Church hierarchy consistently defended the Jews. For instance, during the First Crusade, some crusaders decided that, before they went all the way to the Middle East to fight “God’s enemies,” they should “take care” of those enemies who were living next door in Europe (i.e. Jews). And so a certain Emich of Leiningen set out to kill Jews in the Rhineland. Their first stop was Speyer, but:

The bishop of Speyer took the local Jews under his protection, and Emich’s forces could only lay their hands on a dozen Jews who had somehow failed to heed the bishop’s alarm. All twelve were killed. Then Emich led his forces to Worms. Here, too, the bishop took the local Jews into his palace for protection. But this time Emich would have none of that, and his forces broke down the bishop’s gate and killed about five hundred Jews. The same pattern was repeated the following week Mainz. Just as before, the bishop attempted to shield the Jews, but he was attacked and forced to flee for his life.

In the Second Crusade, St. Bernard of Clairvaux rode to the Rhine Valley—apparently the worst place in Medieval Europe to be a Jew—and, as told by a Jewish chronicler Ephraim, said, “Anyone who attacks a Jew and tries to kill him is as though he attacks Jesus himself.”

During the Black Death, rumors arose that Jews were poisoning wells and causing the plague deaths. But, “Pope Clement VI, who directed the clergy to protect the Jews, denounced all claims about poisoned wells, and ordered that those who spread the rumor, as well as anyone who harmed Jews, be excommunicated.” In short, attacks on Jews in the Middle Ages almost always arose from “the mob,” and were resisted by the Church hierarchy.

And so through today. Stark goes on to thoroughly debunk the idea that Pope Pius XII was “Hitler’s Pope,” citing the hundreds of thousands of Jews saved by the Church during World War II, some of them sheltered from Nazis in the Vatican itself. In fact, in the years after the war, a number of prominent Jews, such as Golda Meir, praised Pius for his efforts.

Stark is somewhat less objective when it comes to the so-called “lost gospels.” These gospels are, to a great extent, “Gnostic” in character. The trait that characterizes gnosticism, in general, is that it is neither works nor faith that bring salvation, but knowledge. More specifically, it is usually secret knowledge, available only to spiritual adepts, that saves. And even more specifically, that knowledge is often held to be the knowledge that the physical world is a prison, trapping the adept in his or her body and blocking the adept from realizing the soul’s true nature, as a resident of a better, divine realm. Gnostic texts often set out an elaborate metaphysics of this imprisonment, involving multiple levels of divine beings. In particular, one divine being, the demiurge, had fallen from the Pleroma, the divine realm, essentially gone mad, and created a prison—the physical world—in which he could entrap other spiritual beings and garner their worship. Gnostics often identified this crazed divinity with … Jehovah, the Hebrew God.

This may seem mad or it may seem insightful, but Stark adopts an odd way to describe these beliefs: “[For Gnostics] God is the epitome of evil and the gleeful cause of human suffering.” But no gnostic would likely say that about “God” with a capital G: they always seemed to hold that the god who created the physical world was a distinctly lesser divine being, and that “God,” the ultimate divinity, is good and uniting with him is the true goal of Gnostic practice.

Over the nextfew pages, Stark demonstrates that he understands this quite well, and yet he (or perhaps an editor) continues to call the gnostic demiurge “God” with a capital G. It is as though someone took the fact that orthodox Christians believe that there is a fallen divine being, namely Satan, who epitomizes evil, and claimed that therefore Christians believe that God is evil! Gnostic beliefs seem nutty to Stark, and that is understandable: they have so seemed to many others, including the Church fathers. But the way these beliefs are presented is arguably misleading.

Stark’s next chapter debunks the notion that there were massive “forced conversions” to Christianity in late antiquity. His own work (The Rise of Christianity and The Triumph of Christianity) has shown that the main factors prompting conversions were social and doctrinal: “socially, Christianity generated an intense congregational life” and “doctrinally, in contrast to paganism’s belief in limited, unreliable, and often immoral gods, Christianity presented an image of God as moral, concerned, dependable, and omnipotent.” He demonstrates that the Christian emperors continued to employ large numbers of pagans as consuls and prefects. He quotes the Code of Justinian, from as late as the sixth century, declaring: “We especially command those persons who are truly Christians, or who are said to be so, that they should not abuse the authority of religion and dare to lay violent hands on Jews and pagans, who are living quietly and attempting nothing disorderly or contrary to law.” Of course, this means that there were Christians doing these things, but their acts were not official policy.

In another chapter, Stark shows how the belief in a “Dark Age” is essentially dead among serious historians. He quotes Warren Hollister: “To my mind, anyone who believes that the era that witnessed the building of the Chartres Cathedral and the invention of parliament and the university was ‘dark’ must be mentally retarded.…” And he demonstrates that, contrary to the myth promoted by “Enlightenment” thinkers, almost all of the major figures in the scientific revolution were religious, many of them very devout. Isaac Newton, for instance, devoted more time to biblical scholarship than to science or mathematics. The idea of a “Dark Age” was a piece of Enlightenment propaganda.

Stark relates how recent historical research has revealed the Crusades as largely a response to Muslim aggression in the Middle East. Most of the crusaders were motivated by a religious belief that they were on a mission from God, not by a desire to grab wealth from the Muslims. In fact, crusading was expensive and the Crusader states established in the Middle East had to be constantly subsidized by a flow of silver from Europe. The crusaders certainly committed what wetoday would regard as atrocities, but they were the standard for war at that time, and similar acts were committed by Muslim armies.

Stark next turns his attention to the Spanish Inquisition, today a symbol of oppression and persecution. But as Stark makes clear, by the standards of the day, the Spanish Inquisition was actually fairly innocuous. Torture, for instance, was a standard way of getting confessions at the time, and while the Inquisition employed it, it did so within strict guidelines secular courts often lacked. In fact, the Inquisition’s reputation was so much better than that of the secular courts that defendants would try to get their trials moved to an Inquisition venue.

Stark spends some time blowing apart the myth that having faith means rejecting reason. He quotes various Catholic thinkers, such as Quintus Tertullian: “Reason is a thing of God, inasmuch as there is nothing which God the Maker of all has not provided, disposed, ordained by reason—nothing which he has not willed should be handled and understood by reason.” Or, from Clement of Alexandria, we have: “Do not think we say these things [Christian doctrines] are only to be received by faith, but also that they are to be asserted by reason. For indeed it is not safe to commit these things to bare faith without reason, since assuredly truth cannot be without reason.”

The idea that faith is the opposite of reason is a fairly recent idea, and would have stunned most Christians from the time of Christ through the Middle Ages. It is based on a (willful?) misunderstanding of what was meant by “faith.” So, for instance, when Bertrand Russell writes, “We may define ‘faith’ as a firm belief in something for which there is no evidence,” we should recognize this as another piece of propaganda and not a reasoned philosophical position. In fact, “faith,” properly understood, is every bit as necessary to science as it is to Christianity. We might see Michael Polanyi on this point, or consider this passage:

“I’ve found that a big difference between new coders and experienced coders is faith: faith that things are going wrong for a logical and discoverable reason, faith that problems are fixable, faith that there is a way to accomplish the goal. The path from ‘not working’ to ‘working’ might not be obvious, but with patience you can usually find it.” (Emphasis mine.)

Indeed, this is something I continually have to convey to my own computer science students: they must first believe that our whole enterprise is rational, and will make sense given time, before they will be able to commit to making the effort necessary to overcome all the obstacles to understanding they will face along the way. (Believe that they may know?) In any case, as Alfred North Whitehead has noted, science did not develop in Christian civilization by accident: the faith that creation is fundamentally reasonable was the basis for the whole scientific enterprise.

Stark runs into some problems when he attempts to address more technical aspects of the history of science. For instance, he writes, “To make his system work, Copernicus had to postulate that there were loops in the orbits of the heavenly bodies … However, these loops lacked any observational support; had they existed, a heavenly body should have been observed looping.” What are we to make of this? Copernicus introduced epicycles (Stark’s “loops”) precisely to get his system to fit with the observational data! The “observational support” was that, with the loops, Copernicus could predict where planets would appear reasonably well, but without them he could not. Stark writes that “a heavenly body should have been observed looping,” when in fact, for Copernicus, that is exactly what we are observing all the time.

Thanks to Kepler’s discovery of elliptical orbits, we now have a simpler system for explaining these apparent loops, but the point is that Copernicus introduced epicycles as the only way he could envision to explain the actual observations.

Furthermore, Stark seems to think that “loops” had to be introduced into the planets’ circular orbits to get the orbital period correct: “it would not do for the earth to circle the sun in only three hundred days.” But one can always change the diameter or speed of a circular orbit in one’s model and thus get the orbital period correct. The real problem with positing circular orbits instead of the actual elliptical ones has to do with the relationship of different segments of a planet’s orbit, as can be seen with a visual aid:

In the portions of a planet’s orbit where the ellipse is flatter than a circle, the planet will appear to move too fast for it to have a circular orbit. And in the portion of its elliptical orbit where the ellipse is more curved than a circle, the planet will appear to move too slowly.

So the problem is not that circular orbits show planets having years of too short (or too long) a duration—that problem could be trivially corrected. Instead, the problem is that if we mistakenly assume circular orbits, we are left with having to introduce “loops” to explain why some portions of a planet’s orbit proceed faster than other portions.

Stark next addresses the history of the Catholic Church vis-à-vis slavery. He notes that while slavery was hardly questioned in antiquity, the Catholic Church gradually eliminated it in Western Europe during the Middle Ages. When Aquinas condemned slavery as “contrary to natural law,” this soon became the official Church position. Recent controversies concerning Catholic colleges like Georgetown, which did own and sell slaves, make this a pertinent point, as well as the fact that slavery continues across wide parts of the non-Christian world.

Some Church officials, even some popes, continued to own slaves. (But some popes also engaged in fornication and had children out of wedlock, despite official Church opposition to sex outside of marriage: this shows that popes do not always follow Church doctrine, not that Church doctrine permits fornication.) And the Spanish and Portuguese imperialists often continued to enslave people, despite Church opposition. But when Spain colonized the Canary Islands in the early 1400s and started enslaving the islanders, the action prompted Pope Eugene IV to declare that “these people are to be totally and perpetually free and are to be let go without exaction or reception of any money.”

In the 1500s, Pope Paul II asserted that “the same Indians and all other peoples—even though they be outside the faith … should not be deprived of their liberty or their other possessions … and are not to be reduced to slavery.…” The Inquisition took up the matter in the 1600s, and asked:

Whether it is permitted to buy, sell, or make contracts in their respect Blacks and other natives who have harmed no one and have been made captives by force or deceit?

And it declared, “Answer: no.”

In fact, the papacy denounced slavery in 1462, 1537, 1639, 1741, 1815, and 1839.

Stark’s second-to-last chapter shows that the supposed close link between the Church and authoritarianism is actually rather flimsy; for instance, while the Church supported Franco in the Spanish Civil War, it did so because the Republicans were busily murdering Catholic clergy. Stark’s final chapter denies the link between the rise of capitalism and the Protestant Reformation, arguing that all of the necessary ingredients were already present in Scholastic economics, the large-scale enterprises run by monasteries, and the entrepreneurial Italian city-states.

Stark’s overall thesis, that popular history is frequently anti-Catholic in ways that serious historians today recognize as without factual basis, is certainly correct. And he is correct in suggesting that rectifying this bias is important: far too often, the Catholic argument against, say, abortion “rights” is dismissed with a “well, what does one expect from such a pro-slavery, anti-science, anti-Semitic, authoritarian institution?” But the importance of the project makes it unfortunate that Stark has been sloppy in his research in several sections of this work.


Gene Callahan is a Lecturer in Computer Science and Economics at St. Joseph’s College and a Research Fellow at the Collingwood and British Idealism Centre at Cardiff University, Wales. He is the author of Economics for Real People and Oakeshott on Rome and America.

Voir aussi:

A Baptist Scholar Debunks Anti-Catholic Historical Hogwash

In snappy prose, Bearing False Witness looks at the West’s Christian roots.It’s not exactly beach reading, but for those of a certain mind, Rodney Stark’s Bearing False Witness could prove a page turner. The subtitle — academics invariably include subtitles — makes plain that this is no potboiler: Debunking Centuries of Anti-Catholic History. And true to academic form the book includes more than 20 pages of footnotes and citations. Stark, however, has written a wise and rollicking work of intellectual history that should be read by Catholics, non-Catholics, and, really, anyone who wants to comment on the Catholic Church’s proper place in some 2,000 years of history.

Stark is coordinator of the Institute for Studies of Religion at Baylor University, the world’s largest Baptist University, and the author of several books: The Rise of Christianity; For the Glory of God: How Monotheism Led to Reformations, Science, Witch-Hunts, and the End of Slavery; and One True God: Historical Consequences of Monotheism. In short, he’s a distinguished scholar with impeccable academic credentials, and he is working at the top of his game in Bearing False Witness. Of equal importance, he’s not a Roman Catholic. This is no polemic or tract. Stark’s overriding interest is the historical evidence and the most up-to-date scholarship, and he marshals that evidence and scholarship with a great and subdued power.

It all makes for a snappy and instructive read, because the professor actually writes in English, not academic jargon. He never minces words. He’ll tell you what’s historical hogwash and why, and who promoted anti-Catholic history — and who is promoting it today.

It also says something about Bearing False Witness that Stark does not spare himself scrutiny. Right from the start of the book, from the first chapter on “The Sins of Anti-Semitism,” he lets readers know when his past views were out sync with the historical record. He covers it all. In addition to the alleged anti-Semitism early on up to Pope Pius XII’s fabled complicity with Adolf Hitler and the Nazis, he gives us chapters on the Crusaders and the Inquisition and the Dark Ages.

That is, the so-called Dark Ages, for Stark is at his best in showing how an era or age came by its name and how the vast historical evidence belies the easy — or intentionally hostile — handle. Enter the Dark Ages, which is said to have “fallen” over Europe following the fifth-century collapse of Rome and lasted to at least 1300, a benighted millennium hostile to progress and knowledge, thanks to orthodox Christendom. Even the most educated will be forgiven for accepting this view, which writers from Petrarch to Voltaire, Rousseau to Gibbon advanced for their own purposes. Yet, as Stark points out, “serious scholars” have known for decades that this organizing scheme for Western history is a “complete fraud” and, as Warren Hollister wrote, “an indestructible fossil of self-congratulatory Renaissance humanism.”

The Romans may have called the conquering Goths “barbarians,” but their chieftain (Alaric) had been a Roman commander, and many of the soldiers had served in the Roman army. It’s also the case that the “barbarian North” had been under the rule of Rome. While intellectuals have not been able to appreciate the technological, commercial, and moral progress that took place in the small communities of medieval Europe, that doesn’t mean the advances did not take place. On the contrary, revolutions in agriculture, weaponry, nonhuman power (water and wind power), transportation, manufacturing, education (the first universities in Paris and Bologna), and morals (the fall of slavery) occurred. Scholars have concluded that the flowering of science that followed during the Scientific Revolution in the 16th century was “an evolution, not a revolution.” As Stark writes: “Just as Copernicus simply took the next implicit step in the cosmology of his day, so too the flowering of science in that era was the culmination of the gradual progress that had been made over previous centuries.”

All this progress didn’t happen in spite of the Catholic Church or get started only in the fourth century or the 17th century. According to Stark, the rise of the West began late in the second century because of an “extraordinary faith in reason and progress” that originated in Christianity, which held that human reason could unlock God’s creation.

Bearing False Witness deserves a wide audience. It’s full of spunk and verve, wisdom and scholarship.

Voir également:

Catherine Pepinster sees points scored off historical sceptics

Catherine Pepinster

Churchtimes

16 June 2017

Bearing False Witness: Debunking centuries of anti-Catholic history

Rodney Stark

SPCK £14.99

(978-1-911096-62-7)

Church Times

UNTIL a visit to Louisiana a couple of years ago, I had always assumed that slaves were completely brutalised. But, on a tour of a New Orleans 19th-century home, I discovered that the lady of the house had worked closely alongside her slaves in the kitchen. Then I found out that slaves were forbidden to learn to read, and so their mistress had to read them the recipes. It might have not have been violent, but it was a deeply disturbing form of enslavement. Later, a friend told how the nuns at one of Louisiana’s most exclusive Roman Catholic convent schools, who had schooled the daughters of elite white families at that time, had also secretly taught the slave girls who accompanied them to read.

In reading Rodney Stark’s account of anti-Catholic history — a volume that debunks hundreds of years of prejudice, myth, and false allegations — I could set these stories in context. I now know that RC Louisiana’s treatment of slaves was rather different from the rest of North America’s; for it came under France’s Code Noir, influenced by papal teaching that insisted that Africans and Indians should be afforded the same dignity as anyone else.

Stark, an American sociologist as well as popular historian, guides the reader through some of the most controversial accusations that the Catholic Church has faced: its treatment of Jews, its hostility to learning during the so-called Dark Ages, its part in the Crusades, and the Spanish Inquisition. With each chapter comes a useful list of historians who have explored the issue in more detail and are Stark’s key sources.

Protestants, as well as Voltaire and other Enlightenment intellectuals, are identified as the accusers-in-chief, claiming that the Roman Church suppressed truth and destroyed lives. The Crusades? Voltaire and others say they were caused by Catholic bigotry and cruelty; contemporary historians say that they were a response to Christians’ being robbed and enslaved by Muslims. The Dark Ages? Again, Voltaire and co., and also Bertrand Russell, say it was a time of barbarism and the stifling of learning thanks to the Catholic Church. Not so, says Stark, citing more historians: it was the age of building great cathedrals, developing universities and beautiful prose.

As an apologist, Stark seems on shakier ground over his defence of church treatment of Jews and of Galileo. After all, Pope John Paul II saw fit to apologise for the grievous harm that the Church did to them.

This is a story of a Church more sinned against than sinning. But Stark’s most significant conclusion is that papal authority has never been as strong as both its detractors and its most devoted adherents believe. Popes might denounce slavery and torture, but some powerful Roman Catholic monarchs ignored their teaching and carried out atrocities.

The story today is rather different. The RC Church still has its detractors, but in this ecumenical age, they tend to be ardent secularists rather than other Christians. The heirs of Voltaire, one might say.

Catherine Pepinster, a former editor of The Tablet, is UK Development Officer of the Anglican Centre in Rome, and the author of a forthcoming book on the British and the papacy.

Voir de même:

Inventing the Crusades
Thomas F. Madden
First things
June 2009

The Crusades, Christianity, and Islam 
by Jonathan Riley-Smith
columbia university press, 136 pages, $24.50

Within a month of the attacks of September 11, 2001, former president Bill Clinton gave a speech to the students of Georgetown University. As the world tried to make sense of the senseless, Clinton offered his own explanation: “Those of us who come from various European lineages are not blameless,” he declared. “Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees.

“I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it,” he concluded, and there is good reason to believe he was right. Osama bin Laden and other Islamists regularly refer to Americans as “Crusaders.” Indeed, bin Laden directed his fatwa authorizing the September 11 attacks against the “Crusaders and Jews.” He later preached that “for the first time the Crusaders have managed to achieve their historic ambitions and dreams against our Islamic umma, gaining control over Islamic holy places and Holy Sanctuaries. . . . Their defeat in Iraq will mean defeat in all their wars and a beginning of the receding of their Zionist–Crusader tide against us.”

Most people in the West do not believe that they have been prosecuting a continuous Crusade against Islam since the Middle Ages. But most do believe that the Crusades started the problems that plague and endanger us today. Westerners in general (and Catholics in particular) find the Crusades a deeply embarrassing episode in their history. As the Ridley Scott movie Kingdom of Heaven graphically proclaimed, the Crusades were unprovoked campaigns of intolerance preached by deranged churchmen and fought by religious zealots against a sophisticated and peaceful Muslim world. According to the Hollywood version, the blind violence of the Crusades gave birth to jihad, as the Muslims fought to defend themselves and their world. And for what? The city of Jerusalem, which was both “nothing and everything,” a place filled with religion that “drives men mad.”

On September 11, 2001, there were only a few professional historians of the Crusades in America. I was the one who was not retired. As a result, my phone began ringing and didn’t stop for years. In the hundreds of interviews I have given since that terrible day, the most common question has been, “How did the Crusades lead to the terrorist attacks against the West today?” I always answered: “They did not. The Crusades were a medieval phenomenon with no connection to modern Islamist terrorism.”

That answer has never gone over well. It seems counterintuitive. If the West sent Crusaders to attack Muslims throughout the Middle Ages, haven’t they a right to be upset? If the Crusades spawned anti-Western jihads, isn’t it reasonable to see them as the root cause of the current jihads? The answer is no, but to understand it requires more than the scant minutes journalists are usually willing to spare. It requires a grasp not only of the Crusades but of the ways those wars have been exploited and distorted for modern agendas.

That answer is now contained in a book, The Crusades, Christianity, and Islam, written by the most distinguished historian of the Crusades, the Cambridge University scholar Jonathan Riley-Smith. A transcription of the Bampton Lectures he delivered in October 2007 at Columbia University, it is a thin book, brimming with insights, approachable by anyone interested in the subject.

It is generally thought that Christians attacked Muslims without provocation to seize their lands and forcibly convert them. The Crusaders were Europe’s lacklands and ne’er-do-wells, who marched against the infidels out of blind zealotry and a desire for booty and land. As such, the Crusades betrayed Christianity itself. They transformed “turn the other cheek” into “kill them all; God will know his own.”

Every word of this is wrong. Historians of the Crusades have long known that it is wrong, but they find it extraordinarily difficult to be heard across a chasm of entrenched preconceptions. For on the other side is, as Riley-Smith puts it “nearly everyone else, from leading churchmen and scholars in other fields to the general public.” There is the great Sir Steven Runciman, whose three-volume History of the Crusades is still a brisk seller for Cambridge University Press a half century after its release. It was Runciman who called the Crusades “a long act of intolerance in the name of God, which is a sin against the Holy Ghost.” The pity of it is that Runciman and the other popular writers simply write better stories than the professional historians.

So we continue to write our scholarly books and articles, learning more and more about the Crusades but scarcely able to be heard. And when we are heard, we are dismissed as daft. I once asked Riley-Smith if he believed popular perceptions of the Crusades would ever be changed by modern scholarship. “I’ve just about given up hope,” he answered. In his new book he notes that in the last thirty years historians have begun to reject “the long-held belief that it [the Crusade movement] was defined solely by its theaters of operation in the Levant and its hostility toward Islam—with the consequence that in their eyes the Muslims move slightly off center stage—and many of them have begun to face up to the ideas and motivation of the Crusaders. The more they do so the more they find themselves contra mundum or, at least, contra mundum Christianum.”

One of the most profound misconceptions about the Crusades is that they represented a perversion of a religion whose founder preached meekness, love of enemies, and nonresistance. Riley-Smith reminds his reader that on the matter of violence Christ was not as clear as pacifists like to think. He praised the faith of the Roman centurion but did not condemn his profession. At the Last Supper he told his disciples, “Let him who has no sword sell his cloak and buy one. For I tell you that this Scripture must be fulfilled in me, And he was reckoned with transgressors.

St. Paul said of secular authorities, “He does not bear the sword in vain; he is the servant of God to execute his wrath on the wrongdoer.” Several centuries later, St. Augustine articulated a Christian approach to just war, one in which legitimate authorities could use violence to halt or avert a greater evil. It must be a defensive war, in reaction to an act of aggression. For Christians, therefore, violence was ethically neutral, since it could be employed either for evil or against it. As Riley-Smith notes, the concept that violence is intrinsically evil belongs solely to the modern world. It is not Christian.

All the Crusades met the criteria of just wars. They came about in reaction attacks against Christians or their Church. The First Crusade was called in 1095 in response to the recent Turkish conquest of Christian Asia Minor, as well as the much earlier Arab conquest of the Christian-held Holy Land. The second was called in response to the Muslim conquest of Edessa in 1144. The third was called in response to the Muslim conquest of Jerusalem and most other Christian lands in the Levant in 1187.

In each case, the faithful went to war to defend Christians, to punish the attackers, and to right terrible wrongs. As Riley-Smith has written elsewhere, crusading was seen as an act of love—specifically the love of God and the love of neighbor. By pushing back Muslim aggression and restoring Eastern Christianity, the Crusaders were—at great peril to themselves—imitating the Good Samaritan. Or, as Innocent II told the Knights Templar, “You carry out in deeds the words of the gospel, ‘Greater love has no man than this, that a man lay down his life for his friends.’”

But the Crusades were not just wars. They were holy wars, and that is what made them different from what came before. They were made holy not by their target but by the Crusaders’ sacrifice. The Crusade was a pilgrimage and thereby an act of penance. When Urban II called the First Crusade in 1095, he created a model that would be followed for centuries. Crusaders who undertook that burden with right intention and after confessing their sins would receive a plenary indulgence. The indulgence was a recognition that they undertook these sacrifices for Christ, who was crucified again in the tribulations of his people.

And the sacrifices were extraordinary. As Riley-Smith writes in this book and his earlier The First ­Crusaders, the cost of crusading was staggering. Without financial assistance, only the wealthy could afford to embark on a Crusade. Many noble families impoverished themselves by crusading.

Historians have long known that the image of the Crusader as an adventurer seeking his fortune is exactly backward. The vast majority of Crusaders returned home as soon as they had fulfilled their vow. What little booty they could acquire was more than spent on the journey itself. One is hard pressed to name a single returning Crusader who broke even, let alone made a profit on the journey. And those who returned were the lucky ones. As Riley-Smith explains, recent studies show that around one-third of knights and nobility died on crusade. The death rates for lower classes were even higher.

One can never understand the Crusades without understanding their penitential character. It was the indulgence that led thousands of men to take on a burden that would certainly cost them dearly. The secular nobility of medieval Europe was a warrior aristocracy. They made their living by the sword. We know from their wills and charters that they were deeply aware of their own sinfulness and anxious over the state of their souls. A Crusade provided a way for them to serve God and to do penance for their sins. It allowed them to use their weapons as a means of their salvation rather than of their damnation.

Of course it was difficult, but that is what penance is supposed to be. As Urban and later Crusade preachers reminded them, Christ Himself had said, “If any man would come after me, let him deny himself and take up his cross and follow me.” As one Crusade preacher wrote, “Those who take the cross deny, that is to say renounce, themselves by exposing themselves to mortal danger, leaving behind their loved ones, using up their goods, carrying their cross, so that afterward they may be carried to heaven by the cross.” The Crusader sewed a cloth cross to his garment to signify his penitential burden and his hope.

Take away penitence and the Crusades cannot be explained. Yet in the seventeenth and eighteenth centuries Protestants and then Enlightenment thinkers rejected the idea of temporal penalties due to sin—along with indulgences, purgatory, and the papacy. How then did they explain the Crusades? Why else would thousands of men march thousands of miles deep into enemy territory, if not for something precious? The first explanation was that they were fooled by the Antichrist: The Catholic Church had convinced the simple that their salvation lay in fighting its battles. Later, with the advent of liberalism, critics assumed that the Crusaders must have had economic motives. They were seeking wealth and simply used religion as a cover for their worldly desires.

In the nineteenth century, the memory of the Crusades became hopelessly entangled with contemporary European imperialism. Riley-Smith tells the fascinating story of Archbishop Charles-Martial Allemand-Lavigerie of Algiers, the founder of the missionary orders of the White Fathers and White Sisters, who worked diligently to establish a new military order resembling the Knights Templar, Teutonic Knights, and the Knights Hospitaller of the Middle Ages. His new order was to be sent to Africa, where it would protect missionaries, fight against the slave trade, and support the progress of French civilization in the continent.

Drawing on money from antislavery societies, Lavigerie purchased lands on the edge of the Saharan Desert to use as a mother house for a new order, L’Institut Religieux et Militaire des Frères Armés du Sahara. The order attracted hundreds of men from all social classes, and in 1891 the first brothers received their white habits emblazoned with red crosses. The dust cover of Riley-Smith’s book is itself a wonderful picture of these brothers at their African home. With palm trees behind them, they look proudly into the camera, each wearing a cross and some holding rifles.

The Institut des Fréres Armés lasted scarcely more than a year before it was scrapped and its founder died, but other attempts to found a military order were made in the nineteenth century, even in Protestant England. All wove together the contrasting threads of Romanticism, imperialism, and the medieval Crusades.

President Clinton is not alone in thinking that the Muslim world is still brooding over the crimes of the Crusaders. It is commonly thought—even by Muslims—that the effects and memory of that trauma have been with the Islamic world since it was first inflicted in the eleventh century. As Riley-Smith explains, however, the Muslim memory of the Crusades is of very recent vintage. Carole Hillenbrand first uncovered this fact in her groundbreaking book The Crusades: Islamic Perspectives. The truth is that medieval Muslims came to realize that the Crusades were religious but had little interest in them. When, in 1291, Muslim armies removed the last vestiges of the Crusader Kingdom from Palestine, the Crusades largely dropped out of Muslim memory.

In Europe, however, the Crusades were a well-remembered formative episode. Europeans, who had bound the Crusades to imperialism, brought the story to the Middle East during the nineteenth century and reintroduced it to the Muslims. Stripping the Crusades of their original purpose, they portrayed the Crusades as Europe’s first colonial venture—the first attempt of the West to bring civilization to the backward Muslim East.

Riley-Smith describes the profound effect that Sir Walter Scott’s novel The Talisman had on European and therefore Middle Eastern opinion of the Crusades. Crusaders such as Richard the Lionhearted were portrayed as boorish, brutal, and childish, while Muslims, particularly Saladin, were tolerant and enlightened gentlemen of the nineteenth century. With the collapse of Ottoman power and the rise of Arab nationalism at the end of the nineteenth century, Muslims bound together these two strands of Crusade narrative and created a new memory in which the Crusades were only the first part of Europe’s assault on Islam—an assault that continued through the modern imperialism of European powers. Europeans reintroduced Saladin, who had been nearly forgotten in the Middle East, and Arab nationalists then cleansed him of his Kurdish ethnicity to create a new anti-Western hero. We saw the result during the run-up to the Iraq War, when Saddam Hussein portrayed himself as a new Saladin who would expel the new Crusaders.

Arab nationalists made good use of the new story of the Crusades during their struggles for independence. Their enemies, the Islamists, then took over the same tool. Osama bin Laden is only the most recent Islamist to adopt this useful myth to characterize the actions of the West as a continual Crusade against Islam.

That is the Crusades’ only connection with modern Islamist terrorism. And yet, so ingrained is this notion that the Crusades began the modern European assault on Islam that many moderate Muslims still believe it. Riley-Smith recounts : “I recently refused to take part in a television series, produced by an intelligent and well-educated Egyptian woman, for whom a continuing Western crusade was an article of faith. Having less to do with historical reality than with reactions to imperialism, the nationalist and Islamist interpretations of crusade history help many people, moderates as well as extremists, to place the exploitation they believe they have suffered in a historical context and to satisfy their feelings of both superiority and humiliation.”

In the Middle East, as in the West, we are left with the gaping chasm between myth and reality. Crusade historians sometimes try to yell across it but usually just talk to each other, while the leading churchmen, the scholars in other fields, and the general public hold to a caricature of the Crusades created by a pox of modern ideologies. If that chasm is ever to be bridged, it will be with well-written and powerful books such as this.

Thomas F. Madden is chair of the department of history at Saint Louis University. He is author of The New Concise History of the Crusades and, most recently, Empires of Trust: How Rome Built—and America Is Building—a New World.

Four Myths about the Crusades

This article first appeared in the print Spring 2011 edition of the Intercollegiate Review.


In 2001, former president Bill Clinton delivered a speech at Georgetown University in which he discussed the West’s response to the recent terrorist attacks of September 11. The speech contained a short but significant reference to the crusades. Mr. Clinton observed that “when the Christian soldiers took Jerusalem [in 1099], they . . . proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount.” He cited the “contemporaneous descriptions of the event” as describing “soldiers walking on the Temple Mount . . . with blood running up to their knees.” This story, Mr. Clinton said emphatically, was “still being told today in the Middle East and we are still paying for it.”

This view of the crusades is not unusual. It pervades textbooks as well as popular literature. One otherwise generally reliable Western civilization textbook claims that “the Crusades fused three characteristic medieval impulses: piety, pugnacity, and greed. All three were essential.”1 The film Kingdom of Heaven (2005) depicts crusaders as boorish bigots, the best of whom were torn between remorse for their excesses and lust to continue them. Even the historical supplements for role-playing games—drawing on supposedly more reliable sources—contain statements such as “The soldiers of the First Crusade appeared basically without warning, storming into the Holy Land with the avowed—literally—task of slaughtering unbelievers”;2 “The Crusades were an early sort of imperialism”;3 and “Confrontation with Islam gave birth to a period of religious fanaticism that spawned the terrible Inquisition and the religious wars that ravaged Europe during the Elizabethan era.”4 The most famous semipopular historian of the crusades, Sir Steven Runciman, ended his three volumes of magnificent prose with the judgment that the crusades were “nothing more than a long act of intolerance in the name of God, which is the sin against the Holy Ghost.”5

The verdict seems unanimous. From presidential speeches to role-playing games, the crusades are depicted as a deplorably violent episode in which thuggish Westerners trundled off, unprovoked, to murder and pillage peace-loving, sophisticated Muslims, laying down patterns of outrageous oppression that would be repeated throughout subsequent history. In many corners of the Western world today, this view is too commonplace and apparently obvious even to be challenged.

But unanimity is not a guarantee of accuracy. What everyone “knows” about the crusades may not, in fact, be true. From the many popular notions about the crusades, let us pick four and see if they bear close examination.

Myth #1: The crusades represented an unprovoked attack by Western Christians on the Muslim world.

Nothing could be further from the truth, and even a cursory chronological review makes that clear. In a.d. 632, Egypt, Palestine, Syria, Asia Minor, North Africa, Spain, France, Italy, and the islands of Sicily, Sardinia, and Corsica were all Christian territories. Inside the boundaries of the Roman Empire, which was still fully functional in the eastern Mediterranean, orthodox Christianity was the official, and overwhelmingly majority, religion. Outside those boundaries were other large Christian communities—not necessarily orthodox and Catholic, but still Christian. Most of the Christian population of Persia, for example, was Nestorian. Certainly there were many Christian communities in Arabia.

By a.d. 732, a century later, Christians had lost Egypt, Palestine, Syria, North Africa, Spain, most of Asia Minor, and southern France. Italy and her associated islands were under threat, and the islands would come under Muslim rule in the next century. The Christian communities of Arabia were entirely destroyed in or shortly after 633, when Jews and Christians alike were expelled from the peninsula.6 Those in Persia were under severe pressure. Two-thirds of the formerly Roman Christian world was now ruled by Muslims.

What had happened? Most people actually know the answer, if pressed—though for some reason they do not usually connect the answer with the crusades. The answer is the rise of Islam. Every one of the listed regions was taken, within the space of a hundred years, from Christian control by violence, in the course of military campaigns deliberately designed to expand Muslim territory at the expense of Islam’s neighbors. Nor did this conclude Islam’s program of conquest. The attacks continued, punctuated from time to time by Christian attempts to push back. Charlemagne blocked the Muslim advance in far western Europe in about a.d. 800, but Islamic forces simply shifted their focus and began to island-hop across from North Africa toward Italy and the French coast, attacking the Italian mainland by 837. A confused struggle for control of southern and central Italy continued for the rest of the ninth century and into the tenth. In the hundred years between 850 and 950, Benedictine monks were driven out of ancient monasteries, the Papal States were overrun, and Muslim pirate bases were established along the coast of northern Italy and southern France, from which attacks on the deep inland were launched. Desperate to protect victimized Christians, popes became involved in the tenth and early eleventh centuries in directing the defense of the territory around them.

The surviving central secular authority in the Christian world at this time was the East Roman, or Byzantine, Empire. Having lost so much territory in the seventh and eighth centuries to sudden amputation by the Muslims, the Byzantines took a long time to gain the strength to fight back. By the mid-ninth century, they mounted a counterattack on Egypt, the first time since 645 that they had dared to come so far south. Between the 940s and the 970s, the Byzantines made great progress in recovering lost territories. Emperor John Tzimiskes retook much of Syria and part of Palestine, getting as far as Nazareth, but his armies became overextended and he had to end his campaigns by 975 without managing to retake Jerusalem itself. Sharp Muslim counterattacks followed, and the Byzantines barely managed to retain Aleppo and Antioch.

The struggle continued unabated into the eleventh century. In 1009, a mentally deranged Muslim ruler destroyed the Church of the Holy Sepulchre in Jerusalem and mounted major persecutions of Christians and Jews. He was soon deposed, and by 1038 the Byzantines had negotiated the right to try to rebuild the structure, but other events were also making life difficult for Christians in the area, especially the displacement of Arab Muslim rulers by Seljuk Turks, who from 1055 on began to take control in the Middle East. This destabilized the territory and introduced new rulers (the Turks) who were not familiar even with the patchwork modus vivendi that had existed between most Arab Muslim rulers and their Christian subjects. Pilgrimages became increasingly difficult and dangerous, and western pilgrims began banding together and carrying weapons to protect themselves as they tried to make their way to Christianity’s holiest sites in Palestine: notable armed pilgrimages occurred in 1064–65 and 1087–91.

In the western and central Mediterranean, the balance of power was tipping toward the Christians and away from the Muslims. In 1034, the Pisans sacked a Muslim base in North Africa, finally extending their counterattacks across the Mediterranean. They also mounted counterattacks against Sicily in 1062–63. In 1087, a large-scale allied Italian force sacked Mahdia, in present-day Tunisia, in a campaign jointly sponsored by Pope Victor III and the countess of Tuscany. Clearly the Italian Christians were gaining the upper hand.

But while Christian power in the western and central Mediterranean was growing, it was in trouble in the east. The rise of the Muslim Turks had shifted the weight of military power against the Byzantines, who lost considerable ground again in the 1060s. Attempting to head off further incursions in far-eastern Asia Minor in 1071, the Byzantines suffered a devastating defeat at Turkish hands in the battle of Manzikert. As a result of the battle, the Christians lost control of almost all of Asia Minor, with its agricultural resources and military recruiting grounds, and a Muslim sultan set up a capital in Nicaea, site of the creation of the Nicene Creed in a.d. 325 and a scant 125 miles from Constantinople.

Desperate, the Byzantines sent appeals for help westward, directing these appeals primarily at the person they saw as the chief western authority: the pope, who, as we have seen, had already been directing Christian resistance to Muslim attacks. In the early 1070s, the pope was Gregory VII, and he immediately began plans to lead an expedition to the Byzantines’ aid. He became enmeshed in conflict with the German emperors, however (what historians call “the Investiture Controversy”), and was ultimately unable to offer meaningful help. Still, the Byzantines persisted in their appeals, and finally, in 1095, Pope Urban II realized Gregory VII’s desire, in what turned into the First Crusade. Whether a crusade was what either Urban or the Byzantines had in mind is a matter of some controversy. But the seamless progression of events which lead to that crusade is not.

Far from being unprovoked, then, the crusades actually represent the first great western Christian counterattack against Muslim attacks which had taken place continually from the inception of Islam until the eleventh century, and which continued on thereafter, mostly unabated. Three of Christianity’s five primary episcopal sees (Jerusalem, Antioch, and Alexandria) had been captured in the seventh century; both of the others (Rome and Constantinople) had been attacked in the centuries before the crusades. The latter would be captured in 1453, leaving only one of the five (Rome) in Christian hands by 1500. Rome was again threatened in the sixteenth century. This is not the absence of provocation; rather, it is a deadly and persistent threat, and one which had to be answered by forceful defense if Christendom were to survive. The crusades were simply one tool in the defensive options exercised by Christians.

To put the question in perspective, one need only consider how many times Christian forces have attacked either Mecca or Medina. The answer, of course, is never.7

Myth #2: Western Christians went on crusade because their greed led them to plunder Muslims in order to get rich.

Again, not true. One version of Pope Urban II’s speech at Clermont in 1095 urging French warriors to embark on what would become known as the First Crusade does note that they might “make spoil of [the enemy’s] treasures,”8 but this was no more than an observation on the usual way of financing war in ancient and medieval society. And Fulcher of Chartres did write in the early twelfth century that those who had been poor in the West had become rich in the East as a result of their efforts on the First Crusade, obviously suggesting that others might do likewise.9 But Fulcher’s statement has to be read in its context, which was a chronic and eventually fatal shortage of manpower for the defense of the crusader states. Fulcher was not being entirely deceitful when he pointed out that one might become rich as a result of crusading. But he was not being entirely straightforward either, because for most participants, crusading was ruinously expensive.

As Fred Cazel has noted, “Few crusaders had sufficient cash both to pay their obligations at home and to support themselves decently on a crusade.”10 From the very beginning, financial considerations played a major role in crusade planning. The early crusaders sold off so many of their possessions to finance their expeditions that they caused widespread inflation. Although later crusaders took this into account and began saving money long before they set out, the expense was still nearly prohibitive. Despite the fact that money did not yet play a major role in western European economies in the eleventh century, there was “a heavy and persistent flow of money” from west to east as a result of the crusades, and the financial demands of crusading caused “profound economic and monetary changes in both western Europe and the Levant.”11

One of the chief reasons for the foundering of the Fourth Crusade, and its diversion to Constantinople, was the fact that it ran out of money before it had gotten properly started, and was so indebted to the Venetians that it found itself unable to keep control of its own destiny. Louis IX’s Seventh Crusade in the mid-thirteenth century cost more than six times the annual revenue of the crown.

The popes resorted to ever more desperate ploys to raise money to finance crusades, from instituting the first income tax in the early thirteenth century to making a series of adjustments in the way that indulgences were handled that eventually led to the abuses condemned by Martin Luther. Even by the thirteenth century, most crusade planners assumed that it would be impossible to attract enough volunteers to make a crusade possible, and crusading became the province of kings and popes, losing its original popular character. When the Hospitaller Master Fulk of Villaret wrote a crusade memo to Pope Clement V in about 1305, he noted that “it would be a good idea if the lord pope took steps enabling him to assemble a great treasure, without which such a passage [crusade] would be impossible.”12 A few years later, Marino Sanudo estimated that it would cost five million florins over two years to effect the conquest of Egypt. Although he did not say so, and may not have realized it, the sums necessary simply made the goal impossible to achieve. By this time, most responsible officials in the West had come to the same conclusion, which explains why fewer and fewer crusades were launched from the fourteenth century on.

In short: very few people became rich by crusading, and their numbers were dwarfed by those who were bankrupted. Most medieval people were quite well aware of this, and did not consider crusading a way to improve their financial situations.13

Myth #3: Crusaders were a cynical lot who did not really believe their own religious propaganda; rather, they had ulterior, materialistic motives.

This has been a very popular argument, at least from Voltaire on. It seems credible and even compelling to modern people, steeped as they are in materialist worldviews. And certainly there were cynics and hypocrites in the Middle Ages—beneath the obvious differences of technology and material culture, medieval people were just as human as we are, and subject to the same failings.

However, like the first two myths, this statement is generally untrue, and demonstrably so. For one thing, the casualty rates on the crusades were usually very high, and many if not most crusaders left expecting not to return. At least one military historian has estimated the casualty rate for the First Crusade at an appalling 75 percent, for example.14 The statement of the thirteenth-century crusader Robert of Crésèques, that he had “come from across the sea in order to die for God in the Holy Land”15—which was quickly followed by his death in battle against overwhelming odds—may have been unusual in its force and swift fulfillment, but it was not an atypical attitude. It is hard to imagine a more conclusive way of proving one’s dedication to a cause than sacrificing one’s life for it, and very large numbers of crusaders did just that.

But this assertion is also revealed to be false when we consider the way in which the crusades were preached. Crusaders were not drafted. Participation was voluntary, and participants had to be persuaded to go. The primary means of persuasion was the crusade sermon, and one might expect to find these sermons representing crusading as profoundly appealing.

This is, generally speaking, not the case. In fact, the opposite is true: crusade sermons were replete with warnings that crusading brought deprivation, suffering, and often death. That this was the reality of crusading was well known anyway. As Jonathan Riley-Smith has noted, crusade preachers “had to persuade their listeners to commit themselves to enterprises that would disrupt their lives, possibly impoverish and even kill or maim them, and inconvenience their families, the support of which they would . . . need if they were to fulfill their promises.”16

So why did the preaching work? It worked because crusading was appealing precisely because it was a known and significant hardship, and because undertaking a crusade with the right motives was understood as an acceptable penance for sin. Far from being a materialistic enterprise, crusading was impractical in worldly terms, but valuable for one’s soul. There is no space here to explore the doctrine of penance as it developed in the late antique and medieval worlds, but suffice it to say that the willing acceptance of difficulty and suffering was viewed as a useful way to purify one’s soul (and still is, in Catholic doctrine today). Crusading was the near-supreme example of such difficult suffering, and so was an ideal and very thorough-going penance.

Related to the concept of penance is the concept of crusading as an act of selfless love, of “laying down one’s life for one’s friends.”17 From the very beginning, Christian charity was advanced as a reason for crusading, and this did not change throughout the period. Jonathan Riley-Smith discussed this aspect of crusading in a seminal article well-known to crusade historians but inadequately recognized in the wider scholarly world, let alone by the general public. “For Christians . . . sacred violence,” noted Riley-Smith,

cannot be proposed on any grounds save that of love, . . . [and] in an age dominated by the theology of merit this explains why participation in crusades was believed to be meritorious, why the expeditions were seen as penitential acts that could gain indulgences, and why death in battle was regarded as martyrdom. . . . As manifestations of Christian love, the crusades were as much the products of the renewed spirituality of the central Middle Ages, with its concern for living the vita apostolica and expressing Christian ideals in active works of charity, as were the new hospitals, the pastoral work of the Augustinians and Premonstratensians and the service of the friars. The charity of St. Francis may now appeal to us more than that of the crusaders, but both sprang from the same roots.18

As difficult as it may be for modern people to believe, the evidence strongly suggests that most crusaders were motivated by a desire to please God, expiate their sins, and put their lives at the service of their “neighbors,” understood in the Christian sense.

Myth #4: The crusades taught Muslims to hate and attack Christians.

Part of the answer to this myth may be found above, under Myth #1. Muslims had been attacking Christians for more than 450 years before Pope Urban declared the First Crusade. They needed no incentive to continue doing so. But there is a more complicated answer here, as well.

Up until quite recently, Muslims remembered the crusades as an instance in which they had beaten back a puny western Christian attack. An illuminating vignette is found in one of Lawrence of Arabia’s letters, describing a confrontation during post–World War I negotiations between the Frenchman Stéphen Pichon and Faisal al-Hashemi (later Faisal I of Iraq). Pichon presented a case for French interest in Syria going back to the crusades, which Faisal dismissed with a cutting remark: “But, pardon me, which of us won the crusades?”19

This was generally representative of the Muslim attitude toward the crusades before about World War I—that is, when Muslims bothered to remember them at all, which was not often. Most of the Arabic-language historical writing on the crusades before the mid-nineteenth century was produced by Arab Christians, not Muslims, and most of that was positive.20 There was no Arabic word for “crusades” until that period, either, and even then the coiners of the term were, again, Arab Christians. It had not seemed important to Muslims to distinguish the crusades from other conflicts between Christianity and Islam.21

Nor had there been an immediate reaction to the crusades among Muslims. As Carole Hillenbrand has noted, “The Muslim response to the coming of the Crusades was initially one of apathy, compromise and preoccupation with internal problems.”22 By the 1130s, a Muslim counter-crusade did begin, under the leadership of the ferocious Zengi of Mosul. But it had taken some decades for the Muslim world to become concerned about Jerusalem, which is usually held in higher esteem by Muslims when it is not held by them than when it is. Action against the crusaders was often subsequently pursued as a means of uniting the Muslim world behind various aspiring conquerors, until 1291, when the Christians were expelled from the Syrian mainland. And—surprisingly to Westerners—it was not Saladin who was revered by Muslims as the great anti-Christian leader. That place of honor usually went to the more bloodthirsty, and more successful, Zengi and Baibars, or to the more public-spirited Nur al-Din.

The first Muslim crusade history did not appear until 1899. By that time, the Muslim world was rediscovering the crusades—but it was rediscovering them with a twist learned from Westerners. In the modern period, there were two main European schools of thought about the crusades. One school, epitomized by people like Voltaire, Gibbon, and Sir Walter Scott, and in the twentieth century Sir Steven Runciman, saw the crusaders as crude, greedy, aggressive barbarians who attacked civilized, peace-loving Muslims to improve their own lot. The other school, more romantic and epitomized by lesser-known figures such as the French writer Joseph-François Michaud, saw the crusades as a glorious episode in a long-standing struggle in which Christian chivalry had driven back Muslim hordes. In addition, Western imperialists began to view the crusaders as predecessors, adapting their activities in a secularized way that the original crusaders would not have recognized or found very congenial.

At the same time, nationalism began to take root in the Muslim world. Arab nationalists borrowed the idea of a long-standing European campaign against them from the former European school of thought—missing the fact that this was a serious mischaracterization of the crusades—and using this distorted understanding as a way to generate support for their own agendas. This remained the case until the mid-twentieth century, when, in Riley-Smith’s words, “a renewed and militant Pan-Islamism” applied the more narrow goals of the Arab nationalists to a worldwide revival of what was then called Islamic fundamentalism and is now sometimes referred to, a bit clumsily, as jihadism.23 This led rather seamlessly to the rise of Osama bin Laden and al-Qaeda, offering a view of the crusades so bizarre as to allow bin Laden to consider all Jews to be crusaders and the crusades to be a permanent and continuous feature of the West’s response to Islam.

Bin Laden’s conception of history is a feverish fantasy. He is no more accurate in his view about the crusades than he is about the supposed perfect Islamic unity which he thinks Islam enjoyed before the baleful influence of Christianity intruded. But the irony is that he, and those millions of Muslims who accept his message, received that message originally from their perceived enemies: the West.

So it was not the crusades that taught Islam to attack and hate Christians. Far from it. Those activities had preceded the crusades by a very long time, and stretch back to the inception of Islam. Rather, it was the West which taught Islam to hate the crusades. The irony is rich.

Back to the Present

Let us return to President Clinton’s Georgetown speech. How much of his reference to the First Crusade was accurate?

It is true that many Muslims who had surrendered and taken refuge under the banners of several of the crusader lords—an act which should have granted them quarter—were massacred by out-of-control troops. This was apparently an act of indiscipline, and the crusader lords in question are generally reported as having been extremely angry about it, since they knew it reflected badly on them.24 To imply—or plainly state—that this was an act desired by the entire crusader force, or that it was integral to crusading, is misleading at best. In any case, John France has put it well: “This notorious event should not be exaggerated. . . . However horrible the massacre . . . it was not far beyond what common practice of the day meted out to any place which resisted.”25 And given space, one could append a long and bloody list, stretching back to the seventh century, of similar actions where Muslims were the aggressors and Christians the victims. Such a list would not, however, have served Mr. Clinton’s purposes.

Mr. Clinton was probably using Raymond of Aguilers when he referred to “blood running up to [the] knees” of crusaders.26 But the physics of such a claim are impossible, as should be apparent. Raymond was plainly both bragging and also invoking the imagery of the Old Testament and the Book of Revelation.27 He was not offering a factual account, and probably did not intend the statement to be taken as such.

As for whether or not we are “still paying for it,” see Myth #4, above. This is the most serious misstatement of the whole passage. What we are paying for is not the First Crusade, but western distortions of the crusades in the nineteenth century which were taught to, and taken up by, an insufficiently critical Muslim world.

The problems with Mr. Clinton’s remarks indicate the pitfalls that await those who would attempt to explicate ancient or medieval texts without adequate historical awareness, and they illustrate very well what happens when one sets out to pick through the historical record for bits—distorted or merely selectively presented—which support one’s current political agenda. This sort of abuse of history has been distressingly familiar where the crusades are concerned.

But nothing is served by distorting the past for our own purposes. Or rather: a great many things may be served . . . but not the truth. Distortions and misrepresentations of the crusades will not help us understand the challenge posed to the West by a militant and resurgent Islam, and failure to understand that challenge could prove deadly. Indeed, it already has. It may take a very long time to set the record straight about the crusades. It is long past time to begin the task.

Notes

  1. Warren Hollister, J. Sears McGee, and Gale Stokes, The West Transformed: A History of Western Civilization, vol. 1 (New York: Cengage/Wadsworth, 2000), 311.
  2. R. Scott Peoples, Crusade of Kings (Rockville, MD: Wildside, 2009), 7.
  3. Ibid.
  4. The Crusades: Campaign Sourcebook, ed. Allen Varney (Lake Geneva, WI: TSR, 1994), 2.
  5. Sir Steven Runciman, A History of the Crusades: Vol. III, The Kingdom of Acre and the Later Crusades (Cambridge: Cambridge University Press, 1954), 480.
  6. Francesco Gabrieli, The Arabs: A Compact History, trans. Salvator Attanasio (New York: Hawthorn Books, 1963), 47.
  7. Reynald of Châtillon’s abortive expedition into the Red Sea, in 1182–83, cannot be counted, as it was plainly a geopolitical move designed to threaten Saladin’s claim to be the protector of all Islam, and just as plainly had no hope of reaching either city.
  8. “The Version of Baldric of Dol,” in The First Crusade: The Chronicle of Fulcher of Chartres and other source materials, 2nd ed., ed. Edward Peters (Philadelphia: University of Pennsylvania Press, 1998), 32.
  9. Ibid., 220–21.
  10. Fred Cazel, “Financing the Crusades,” in A History of the Crusades, ed. Kenneth Setton, vol. 6 (Madison, WI: University of Wisconsin Press, 1989), 117.
  11. John Porteous, “Crusade Coinage with Greek or Latin Inscriptions,” in A History of the Crusades, 354.
  12. “A memorandum by Fulk of Villaret, master of the Hospitallers, on the crusade to regain the Holy Land, c. 1305,” in Documents on the Later Crusades, 1274–1580, ed. and trans. Norman Housley (New York: St. Martin’s Press, 1996), 42.
  13. Norman Housley, “Costing the Crusade: Budgeting for Crusading Activity in the Fourteenth Century,” in The Experience of Crusading, ed. Marcus Bull and Norman Housley, vol. 1 (Cambridge: Cambridge University Press, 2003), 59.
  14. John France, Victory in the East: A Military History of the First Crusade (Cambridge: Cambridge University Press, 1994), 142. Not all historians agree; Jonathan Riley-Smith thinks it was probably lower, though he does not indicate just how much lower. See Riley-Smith, “Casualties and Knights on the First Crusade,” Crusades 1 (2002), 17–19, suggesting casualties of perhaps 34 percent, higher than those of the Wehrmacht in World War II, which were themselves very high at about 30 percent. By comparison, American losses in World War II in the three major service branches ranged between about 1.5 percent and 3.66 percent.
  15. The ‘Templar of Tyre’: Part III of the ‘Deeds of the Cypriots,’ trans. Paul F. Crawford (Burlington, VT: Ashgate, 2003), §351, 54.
  16. Jonathan Riley-Smith, The Crusades, Christianity, and Islam (New York: Columbia University Press, 2008), 36.
  17. John 15:13.
  18. Jonathan Riley-Smith, “Crusading as an Act of Love,” History 65 (1980), 191–92.
  19. Letter from T. E. Lawrence to Robert Graves, 28 June 1927, in Robert Graves and B. H. Liddell-Hart, T. E. Lawrence to His Biographers (Garden City, NY: Doubleday, 1938), 52, note.
  20. Riley-Smith, The Crusades, Christianity, and Islam, 71.
  21. Jonathan Riley-Smith, “Islam and the Crusades in History,” Crusades 2 (2003), 161.
  22. Carole Hillenbrand, The Crusades: Islamic Perspectives, (New York: Routledge, 2000), 20.
  23. Riley-Smith, Crusading, Christianity, and Islam, 73.
  24. There is some disagreement in the primary sources on the question of who was responsible for the deaths of these refugees; the crusaders knew that a large Egyptian army was on its way to attack them, and there does seem to have been a military decision a day or two later that they simply could not risk leaving potential enemies alive. On the question of the massacre, see Benjamin Kedar, “The Jerusalem Massacre of July 1099 in the Western Historiography of the Crusades,” Crusades 3 (2004), 15–75.
  25. France, Victory in the East, 355–56.
  26. Raymond of Aguilers, in August C. Krey, The First Crusade: The Accounts of Eye-witnesses and Participants (Princeton: Princeton University Press, 1921), 262.
  27. Revelation 14:20.

Le pape François et la Chanson de Roland

Le Pape François compare la Chanson de Roland au djihadisme et la juge « inacceptable » en raison de sa célébration de la Reconquista

BREIZATAO – ETREBROADEL (19/11/2019) Lors d’une audience accordée à l’Institut pour le Dialogue Interreligieux d’Argentine, l’actuel Pape Jorge Bergoglio s’en est violemment pris aux chevaliers de Charlemagne qui ont prêté main forte aux Espagnols pour stopper l’assaut islamique contre l’Europe chrétienne.

Presse du Vatican (source) :

Dans le monde précaire d’aujourd’hui, le dialogue entre les religions n’est pas un signe de faiblesse. Elle trouve sa propre raison d’être dans le dialogue de Dieu avec l’humanité. Il s’agit de changer les attitudes historiques. Une scène de la Chanson de Roland me vient à l’esprit comme un symbole, quand les chrétiens battent les musulmans et les mettent tous en ligne devant les fonts baptismaux, et un avec une épée. Et les musulmans devaient choisir entre le baptême ou l’épée. C’est ce que les chrétiens ont fait. C’était une mentalité que nous ne pouvons plus accepter, ni comprendre, ni faire fonctionner. Prenons soin des groupes fondamentalistes, chacun a le sien. En Argentine, il y a un petit coin fondamentaliste. Et essayons avec la fraternité d’aller de l’avant. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une sorte de cousin germain fondamentaliste, qui est regroupé.

La Chanson de Roland n’est pas le reportage détaillé d’un journaliste mais un poème épique rédigé au 11ème siècle et qui traite, 3 siècles après les faits, de l’histoire de Roland de Ronceveaux, un guerrier franc parti combattre l’envahisseur musulman en Espagne aux côtés de Charlemagne.

Il s’agissait alors de ralentir l’invasion islamique qui menaçait la Chrétienté d’Occident et la France.

Dans ce contexte, on ne peut qu’être stupéfait par la dénonciation bergoglienne des « conversions forcées » de mahométans par les Francs partis porter secours aux Espagnols, les seuls véritablement obligés de se convertir à l’époque.

L’intention de l’occupant du Vatican est particulièrement perverse et vise à établir un parallèle surréel entre la campagne de Charlemagne et les massacres de masse perpétrés par les musulmans contre les Chrétiens au 21ème siècle.

Les victimes chrétiennes, selon Bergoglio, deviennent les coupables, dans l’Espagne du 8ème siècle tout comme dans l’Europe et l’Orient du 21ème siècle.

Cette nouvelle provocation du chef de l’Eglise Catholique s’ajoute à une longue série de propos incendiaires en faveur l’immigration de masse et de l’islam en Europe. Déclarations qui l’ont très largement marginalisé, y compris au sein des derniers pans de la population qui se dit catholique et pratiquante.

Caricature du curé gauchiste octogénaire, Bergoglio ne choque plus tant qu’il ne lasse une Europe déjà saturée de sermons iréniques sur l’islam alors que le terrorisme musulman prend toujours plus d’ampleur.

Pour rester sur une note positive, on écoutera ou réécoutera la Chanson de Roland qui, n’en déplaise au Pape de l’islam, exalte l’esprit de résistance face à l’invasion du fanatisme islamique.

A Kinder, Gentler Inquisition
A new revisionist study of the Spanish tribunal asserts that it wasn’t as bad as previously thought. Read the First Chapter

Richard L. Kagan

April 19, 1998

THE SPANISH INQUISITION
A Historical Revision.
By Henry Kamen.
Illustrated. 369 pp. New Haven:
Yale University Press. $35.

At the start of this century Henry Charles Lea, a Philadelphia businessman turned historian, published his monumental  »History of the Inquisition in Spain. » The Spanish Inquisition had been studied before, primarily by Protestant scholars for whom it had become the archsymbol of religious intolerance and ecclesiastical power. William H. Prescott, the great Boston historian, likened it to an  »eye that never slumbered, » a malevolent Argus assisted by legions of spies on the lookout for deviance. His disciple, J. L. Motley, thought similarly, and so did Lea, although the Philadelphian was determined to document the Inquisition’s methods and modes of operation. Lea described it as  »an engine of immense power, constantly applied for the furtherance of obscurantism, the repression of thought, the exclusion of foreign ideas and the obstruction of progress. » For him the Inquisition also exemplified  »theocratic absolutism » at its worst, a power that had so weakened Spain that it was helpless in the face of Yankee might to defend what little remained of its vast overseas empire during the Spanish-American War of 1898.

Starting in the 1920’s, Jewish scholars took up where Lea left off. Although the Inquisition was created exclusively for the purpose of dealing with the problem of Judaizing among Spain’s large population of conversos (Jews converted to Christianity), for centuries it had been associated primarily with the persecution of Protestants. Nineteenth-century historians, including the Spanish scholar Amador de los Rios, helped changed this perception. So too did Yitzhak Baer’s  »History of the Jews in Christian Spain, » Cecil Roth’s  »History of the Marranos » and, after World War II, the work of Haim Beinart, an Israeli scholar, who for the first time published trial transcripts of cases involving conversos.

Throughout it all, the Inquisition remained the Spanish antecedent of the K.G.B. Among the first books to challenge this view was  »The Spanish Inquisition » (1965), a pioneering study in which Henry Kamen, a young British graduate student, argued that the Inquisition was not nearly as cruel or as powerful as commonly believed, let alone an institution capable of precipitating Spain’s decline. That book, though controversial, was partly responsible for a surge of quantitative studies, starting in the 70’s, that attempted to classify and measure the extent of the Inquisition’s activities from 1480, the year its first tribunal began work in Seville, until 1834, when it was abolished. These studies indicated that following an initial burst of activity against conversos suspected of relapsing into Judaism and a mid-16th-century pursuit of Protestants, the Inquisition served principally as a forum Spaniards occasionally used to humiliate and punish people they did not like: blasphemers, bigamists, foreigners and, in Aragon, homosexuals and horse smugglers.

This new scholarship also confirmed Kamen’s contention that the Inquisition had relatively little impact on Spanish intellectual life. In fact, during its last two centuries, other than persecuting hundreds of Portuguese conversos who emigrated to Spain in the 17th century, the Inquisition busied itself mainly with cases designed to protect its authority and to exempt its notorious henchmen, the familiares — laymen who served as the institution’s supporters and occasional spies — from the jurisdiction of civil courts. Kamen incorporated these findings in a revised version of his original study published as  »Inquisition and Society in Spain in the 16th and 17th Centuries » (1985).

In  »The Spanish Inquistion: A Historical Revision, » to my mind the best general book on the Spanish Inquisition both for its range and its depth of information, Kamen restates his original argument, supporting it with additional evidence derived from many new monographic studies by other scholars. He reaffirms his contention that an all-powerful, torture-mad Inquisition is largely a 19th-century myth. In its place he portrays a poor, understaffed institution whose scattered tribunals had only a limited reach and whose methods were more humane than those of most secular courts. Death by fire, he asserts, was the exception, not the rule. He further argues that, beyond a few well-publicized autos de fe staged in 1559, the Inquisition was not the principal reason the Reformation did not take hold in Spain. Kamen believes the failure of Lutheran ideas in Spain had less to do with the Inquisition than with the populace’s indifference to Protestantism. As for the Inquisition’s much-vaunted role as Big Brother and its responsibility for intellectual decline, Kamen rejects this hypothesis out of hand, arguing that it was ineffective as a censor and that it failed even to prevent the importation of items listed on its own Index of Prohibited Books. The Inquisition, more interested in religion than science, did little to prevent the circulation of works by Copernicus, Galileo and Kepler.

Kamen also dismisses the notion that the Inquisition enjoyed widespread popular support. People grudgingly accepted it, he avers, as an institution they employed to torment their enemies. Similarly, the monarchy, despite complaints that the Inquisitors regularly interfered with the administration of royal justice, supported it as a useful means of getting political opponents out of the way, as it did in 1590 when Philip II turned to this tribunal and its tradition of secret proceedings to silence Lucrecia de Leon, a prophetess in Madrid who had criticized the King and his policies.

More controversial is Kamen’s interpretation of its handling of converted Jews, especially during the 1480’s, when, as a  »crisis instrument » created especially to deal with apostasy among conversos, the Inquisition was, by Kamen’s own admission, out of control.  »There is, » he writes,  »no systematic evidence that conversos as a group were secret Jews, » although the evidence for that assertion is ambiguous. Nor does he believe these conversos were persecuted solely out of racial enmity. He admits conversos suffered from a rising tide of anti-Semitism during the 1480’s that eventually led to the expulsion of Spain’s much diminished Jewish community in 1492. The conversos’ troubles, he asserts, were partly self-inflicted: the result of claims to be a  »nation » apart, neither Christian nor Jewish, a reluctance to assimilate (a similar attitude, he claims, contributed to the expulsion of the remnants of Spain’s Muslims in 1609), and also from personal enmities among the converso community, a situation that led to thousands of unwarranted denunciations and trials. Despite this fury, Kamen believes that most conversos escaped unharmed and led a  »relatively undisturbed » life by the close of the 16th century.

One weakness of this argument, and indeed of the whole book, is that Kamen, anxious to counter the 19th-century conception of the Inquisition as a monster that ultimately consumed Spain, fails to get inside the belly of the beast and to assess what it actually meant to individuals living with it. Little is said, for example, about the Inquisitors themselves, and what they sought to achieve beyond a confession of a guilt. Recent studies suggest that they were not faceless bureaucrats but law graduates with varying interests and career aims. Some were even capable of fraternizing with the people they investigated. Nor does Kamen lead the reader through an actual trial. Had he done so, a reader might conclude that the institution he portrays as relatively benign in hindsight was also capable of inspiring fear and desperate attempts at escape, and thus more deserving of its earlier reputation. More too might have been said about the lawyers who intervened in the trials and manipulated its procedures, along with the ploys, like bribes and pleas of insanity, that defendants used to bring the inquisitorial machinery to a halt.

In the end, Kamen’s Inquisition is the Inquisition seen from afar, and, despite his attempted revision, his survey is essentially one whose agenda was set long ago by Prescott, Lea and the others that he set out to refute. To make sense of it, a new, more nuanced evaluation is necessary, one that not only gives the Inquisition more of a human face but also examines it from the perspective of its times. Also necessary are studies that actually use its archives — for all its infamy, it kept excellent records — to reconstruct the world of the individuals, converso or otherwise, who became entangled in its net. Otherwise, it is likely that the Spanish Inquisition will forever remain, as Lea conceived it,  »an engine of immense power. »

Richard L. Kagan is a professor of history and the director of the Program in Iberian and Latin American Studies at Johns Hopkins University. His  »Urban Images of the Hispanic World » will be published later this year.

Historiquement correct
Pour en finir avec le passé unique
André Larané
Hérodote

2014-06-16

Nous avons lu : Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique (Perrin, mars 2003, 452 pages, 21,50 euros), par Jean Sévillia, rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine.
Historiquement correct (Perrin) est un pamphlet dédié aux hommes politiques qui traitent de l’Histoire à tort et à travers.

L’auteur, Jean Sévillia, ne cache pas son aversion pour la gauche. Il a la dent dure contre les politiciens qui conjuguent leur ignorance de l’Histoire et leur parti-pris idéologique.

Faut-il des noms ? Ils sont connus de tous les lecteurs de la presse française et l’auteur de Historiquement correct ne se fait pas faute de les rappeler, citations à l’appui.

En journaliste plus qu’en historien, il montre comment on peut déformer l’Histoire pour la mettre à son service ou cacher des vérités troublantes.

Il rappelle le racisme de Voltaire, les crimes commis contre les Vendéens, l’idéologie colonialiste des dirigeants de la IIIe République, la contribution des leaders de gauche au régime de Vichy.

Historiquement correct comporte 18 chapitres qui chacun se rapporte à une phase de l’Histoire. Cela va de la féodalité à la guerre d’Algérie en passant par les Croisades, l’Inquisition espagnole, la Terreur, la Commune, la Résistance et la Collaboration… Autant de sujets polémiques sur lesquels se déchirent les néophytes et les idéologues mais sur lesquels s’accordent la plupart des historiens, attentifs aux faits et aux sources de première main.

Ainsi, à propos de la féodalité et du Moyen Âge, l’auteur a beau jeu de rappeler qu’elle ne mérite pas les clichés méprisants du XVIIIe siècle. Les médiévistes contemporains, de Régine Pernoud à Jacques Le Goff en passant par Jacques Heers, ont fait litière de ces préjugés et montré comment, sous l’égide du clergé catholique, les peuples de l’Occident ont jeté les bases de la démocratie, de la laïcité, de l’émancipation des femmes etc.

À propos des croisades, Jean Sévillia signale qu’elles furent avant tout une manifestation de foi populaire et une réaction de défense des Européens dans une époque très critique de leur Histoire. Les excès et les massacres qu’on peut leur attribuer ne sortent hélas pas de l’ordinaire de l’époque (et sont plutôt moins choquants que les horreurs du début du XXe siècle).

Pire que le Goulag ( *), l’ Inquisition ! Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles.

Venons-en au XVIIIe siècle français. «Voilà un aspect des Lumières qui est aujourd’hui soigneusement caché : le racisme», dit fort justement l’auteur de Historiquement correct. Voltaire, le grand Voltaire, écrit dans Essai sur les moeurs et l’esprit des moeurs : «Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différents».

En écrivant cela, le pourfendeur du clergé prend le contrepied de l’enseignement religieux qui, depuis Saint Paul, n’a de cesse de souligner l’unicité de la condition humaine. Malheureusement, aux XIXe et XXe siècles, le triste enseignement de Voltaire sera mieux suivi que celui de Saint Paul. Faut-il insister ? Le Siècle des Lumières fut aussi le grand siècle de la traite atlantique et les «philosophes» ne furent pas les derniers à placer leurs économies dans le trafic d’esclaves.

Jean Sévillia a beau jeu de rappeler les crimes commis pendant la Révolution française, sous la Terreur, au nom de la Liberté, mais curieusement ne s’appesantit pas sur Napoléon Bonaparte, dont les actions ont peu de rapport avec la légende. De même, il ne manque pas de rappeler les exactions des Communards de 1871 mais néglige la responsabilité d’ Adolphe Thiers dans cette tragédie.

Plus près de nous, Historiquement correct témoigne de la grande confusion idéologique qui a conduit en France les républicains de gauche à se faire les apologues de la colonisation à la fin du XIXe siècle et à défendre la présence française en Algérie après la seconde guerre mondiale.

De la même façon, peut-on ignorer la contribution de plusieurs dirigeants socialistes ou communistes au gouvernement du maréchal Pétain (Doriot, Déat, Laval, Belin…), tandis que des officiers catholiques et parfois monarchistes s’engageaient dès les débuts de l’occupation allemande dans la Résistance ( d’Estienne d’Orves, Leclerc de Hauteclocque, de Gaulle…) ?

Et quel est l’extrémiste qui confie les lignes suivantes à son journal intime, en juillet 1940 ? «J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » C’est le philosophe Alain, radical et pacifiste, grande conscience de la IIIe République… (pages 367-368).

Discussions en perspective
Le ton de l’essai est vif. Les thèmes abordés sont aussi passionnants les uns que les autres et bien documentés. De quoi nourrir de passionnants débats entre amis. Mais ne prenons pas au pied de la lettre toutes les analyses de Historiquement correct.

Jean Sévillia se montre trop indulgent pour certains personnages (Thiers, Bonaparte…) et lui-même ne se gêne pas pour occulter des faits qui heurtent ses convictions. L’Histoire n’est ni à droite ni à gauche. Elle est tissée de compromis imposés par les circonstances.

Contre l’historiquement correct

René Schleiter
Polemia
4 mai 2003

« Quelle époque peut mieux que la nôtre comprendre l’inquisition médiévale à condition que nous transposions le délit d’opinion du domaine religieux au domaine politique ? » (Régine Pernoud).

Pour qui aime l’histoire, ce livre remplit bien son office. L’auteur, Jean Sévillia, est journaliste et critique littéraire. Rédacteur en chef adjoint au très conformiste Figaro Magazine, il sait de quoi il parle quand il rappelle que « le débat public fait constamment référence à l’histoire » et que « les hommes de presse, les polémistes, les gardiens sévères de la bienséance intellectuelle et, en tout cas, les policiers de la pensée cadrent leurs propos par rapport à des représentations du passé qui sont fausses… ». Il fustige les manuels scolaires en réhabilitant le fait historique et en le dépouillant de toute idéologie marxisante. Ne pouvant être exhaustif il limite son étude à « dix-huit points chauds » de l’histoire française et européenne.

Il entre tout de go dans l’histoire avec la Féodalité dont il désamorce un certain nombre de légendes telles que celle du droit de cuissage et surtout rétablit des concepts fondateurs comme celui, élémentaire mais primordial, de l’instauration de la royauté et de la nation par les Capétiens. Il bat en brèche cette vieille antienne chantée encore aujourd’hui aux jeunes Français lors de la Journée d’appel à la préparation de la défense : « La France commence en 1789 ».

Les Croisades : que de choses ont été écrites à leur sujet ! Aujourd’hui, il est de bon ton chez les humanistes de les considérer comme « une agression perpétrée par les Occidentaux violents et cupides à l’encontre d’un Islam tolérant et raffiné », alors que, si l’on en croit Sévillia, les Croisades sont tout bonnement une riposte à l’expansion militaire de l’Islam et une réplique à l’implantation des Arabes et des Turcs en des régions berceaux du christianisme. Cette considération partisane, pense-t-il, ne fait qu’alimenter la culpabilisation de l’Occident vis-à-vis de l’Orient dans le contexte colonialiste.

Un long chapitre est consacré aux rois catholiques d’Espagne et à l’Inquisition. On cite souvent Torquemada comme le modèle de l’intolérance et de la cruauté ; l’auteur, quant à lui, soutient que l’Inquisition au XVe siècle évolue dans un contexte très particulier propre à l’Espagne : « Torquemada n’est pas le fruit du catholicisme mais le produit d’une histoire nationale ». Toujours selon lui, et contrairement à une croyance bien ancrée, l’antisémitisme qui règne en Espagne au temps d’Isabelle la Catholique n’est nullement du fait de la reine mais des masses populaires qui reprochent aux juifs (air connu !) d’être « puissants, arrogants et accapareurs des meilleures places ». Leur expulsion en 1492 aurait une tout autre raison que celle, simpliste, qui est généralement présentée.

Revenant en France, Sévillia prend la défense de l’Ancien Régime contre les instructions de l’Education nationale. Il trouve comme une forme de paradoxe que, durant leur scolarité, les Français ont fort peu l’occasion d’entendre parler du Grand Siècle en cours d’histoire et, quand on leur en parle, c’est toujours sous le couvert de l’absolutisme et de l’obscurantisme. Pourtant, dans l’esprit de ces mêmes Français, l’Ancien Régime est bien vivant : ils adorent aller au théâtre voir jouer Molière, ils sont fous de la musique baroque, ils envahissent les monuments lors des Journées du patrimoine, etc. Comment comprendre, se demande l’auteur, que ces chefs-d’œoeuvre sont le fruit de l’intelligence et de la sensibilité d’une société qui aurait été hébétée par la servitude résultant de l’absolutisme ? Il a toute une série de réponses, fort séduisantes et convaincantes, sur la réalité de cet absolutisme dont le terme même a été forgé par la Révolution.

Sévillia dénonce la vision angélique que nos républicains modernes ont de la Révolution et de la Terreur en considérant la décennie 1790 comme un passage de l’absolutisme à la liberté, la Terreur ne constituant qu’un accident de parcours. Lui, il voit les choses différemment : « Conduite au nom du peuple, la Révolution s’est effectuée sans le consentement du peuple et souvent même contre le peuple ».

Une révolution en chassant une autre, l’historien traverse à pas de géant le XIXe siècle, alors qu’il aurait eu beaucoup à dire sur le Ier Empire et Napoléon fort délaissés par l’Education nationale, et aboutit à la Commune de 1871 dont il place avec clarté les origines dans la nostalgie de 1792 et les souvenirs de 1830 et 1848. Sa question : « Qui est responsable de cette tache sanglante dans l’histoire de France ? Est-ce le républicain Thiers, qui laisse ses troupes mener sans discernement la répression, ou bien sont-ce les communards, dont l’utopie était porteuse d’une violence que plus personne n’ose rappeler ? ».

Tout naturellement, la Commune, phase préparatoire de la IIIe République, amène l’auteur à s’intéresser à la question ouvrière au cours de l’industrialisation du XIXe siècle. Une fois encore, il dénonce un postulat républicain largement répandu dans les manuels scolaires en démontrant par les faits l’absurdité d’une idée bien installée selon laquelle seuls les socialistes ou les révolutionnaires auraient pris en charge le monde ouvrier. Rien n’est plus faux, dit-il : il suffit de faire l’inventaire des lois et des œoeuvres sociales ou de charité pour se convaincre qu’elles furent prises ou créées le plus souvent par des politiques ou des entrepreneurs catholiques.

Pour rester dans ce siècle avant de basculer dans le deuxième millénaire, l’abolition de l’esclavage, grande victoire de la IIe République, n’échappe pas à la loupe de Sévillia. À l’issue d’un long rappel historique, il conclut sur ce sujet par cette phrase laconique : « Qu’un magazine d’histoire, dénonçant un “tabou français”, publie les vrais chiffres de la traite des Noirs, c’est une démarche très légitime. Cependant, il ne serait pas moins intéressant de connaître les vrais chiffres de la traite des Noirs par les musulmans ».

Parmi les plus « chauds » sujets choisis par l’auteur apparaît l’Affaire Dreyfus. Il nous en livre une exégèse toute personnelle et fort intéressante. Selon lui, l’antisémitisme n’explique pas seul l’Affaire Dreyfus. Il va même jusqu’à écrire que « si l’accusé de 1894 n’avait pas été juif, il y aurait quand même eu une Affaire Dreyfus ». En effet, il fait intervenir dans cette alchimie d’autres éléments, notamment le radicalisme naissant, l’antimilitarisme de gauche et l’anticléricalisme, sujets interactifs qu’il développe.

« Ce n’est pas Hitler qui a engendré le nationalisme allemand ». Au risque de passer pour un iconoclaste, Sévillia dénonce trois raisons à ce nationalisme exacerbé : les énormes pénalités du Traité de Versailles, la stratégie exclusivement défensive conçue par l’état-major français en 1929 et le pacifisme des quarante-deux cabinets ministériels (!) en vingt et un ans.

L’entre-deux-guerres aura été la période du fascisme florissant, avec l’Italie et l’Allemagne et, par voie de conséquence, de l’antifascisme. Ce dernier naît en France de toutes pièces le 6 février 1934 quand la République entre en crise et que l’imaginaire politique de la gauche craint « le danger fasciste contre lequel doivent s’allier les forces de progrès ». Sévillia insiste bien sur le fait que le fascisme français des années 1930 représenté par les ligues et quelques petits partis sans aucune envergure est un mythe que la gauche utilise pour mieux combattre ses adversaires.

L’auteur traite les années 1940-1945 d’une façon inhabituelle mais intéressante. Ne voulant pas se plier à la règle qui veut qu’ « aujourd’hui tout concourt à appréhender prioritairement l’étude de la seconde guerre mondiale par le récit des malheurs juifs », il préfère considérer que « sur le plan historique, cette tragédie est survenue à l’occasion d’un conflit mondial dont les enjeux n’engageaient pas que les juifs ». Après un rappel des événements survenus entre le 10 mai et le 10 juillet 1940, Sévillia analyse la période des quatre années suivantes selon un découpage thématique : Vichy n’est pas un bloc ; La tragédie juive : qui est responsable ? ; De Gaulle : de la révolte à la victoire ; Contre les Allemands, des hommes de tous les camps ; Vérités et légendes de la résistance ; Résistants de droite et collaborateurs de gauche.

Pour ce qui concerne la tragédie juive, l’auteur est mesuré dans ses observations : « S’il n’y a pas une faute collective de la France comme l’a affirmé Jacques Chirac le 16 juillet 1995, ses racines plongent jusqu’à la IIIe République ». « Les Français ne sont pas les antisémites que décrit une certaine légende noire », ce qui apporte un démenti à tout ce qui peut être dit sur cette tragédie dans les manuels scolaires et, plus généralement, dans les médias.

Quant à la Résistance et à la Collaboration, Sévillia réduit à néant le manichéisme habituel d’une gauche résistante et d’une droite collaborationniste en s’appuyant là encore sur des faits et en donnant des exemples de personnalités attachées à l’un ou l’autre camp.

Vers la fin de son livre, l’auteur s’intéresse, d’ailleurs avec une certaine sympathie, à la personnalité du pape Pie XII dont l’attitude pendant la guerre est très controversée. Pour les uns, il n’aurait été que le complice tacite du régime national-socialiste en restant silencieux face au martyre juif dont il aurait eu connaissance ; pour d’autres, il aurait été à la fois favorable aux Alliés et secourable aux juifs en organisant le sauvetage de certains d’entre eux. Sévillia, lui, se dit appartenir au camp de ses défenseurs et s’appuie pour cela sur les archives du Vatican que le pape Paul VI fit ouvrir en 1963 pour faire justice des accusations lancées contre Pie XII. On pourra regretter que l’auteur n’ait pas poussé plus avant sa recherche sur la véritable attitude du pape puisque, écrit-il, « Pendant la guerre, ni Roosevelt, ni Churchill ni le général de Gaulle n’ont publiquement accusé l’Allemagne nazie d’exterminer les juifs ».

Jean Sévillia a atteint son objectif. Puisse son livre être lu ! Fort d’une documentation sérieuse, il a la vivacité et la concision d’une oeœuvre journalistique, la précision et la clarté du travail de l’historien.

Cependant, on peut reprocher à Jean Sévillia, bien qu’il s’en défende, de ne pas s’être suffisamment extrait de la Pensée unique et du Politiquement Correct (environnement oblige !). Alors qu’en sa qualité de journaliste, il ne peut l’ignorer, il omet – et en cela il demeure « Historiquement Correct » – de citer tout l’arsenal répressif qui a été mis en place pour protéger une certaine histoire officielle et interdire certains écrits. Ainsi il a passé sous silence les annulations administratives de thèses et de mémoires universitaires, comme à Nantes ou à Lyon, et bien sûr la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990, loi dite « sur la liberté de la presse » qui entrave dans les faits la liberté de recherche historique.
Jean Sévillia, « Historiquement Correct/Pour en finir avec le passé unique », Perrin, 2003, 456 pages, 21,50 euros.

Politique

L’histoire falsifiée

Fabrice Madouas

Valeurs actuelles

22 Décembre 2011

Colonisation, rapports entre l’islam et l’Occident, rôle de l’Église dans les progrès de la civilisation… L’idéologie s’est emparée de l’enseignement de l’histoire. Il est temps de rétablir quelques vérités. Entretien avec Jean Sévillia.

Assurément, les Français ont le goût de l’histoire, écrivait, en mai 2009, l’historien Jean-Pierre Rioux, dans son rapport sur les sites susceptibles d’accueillir un musée de l’Histoire de France. Pour preuve, ajoutait-il, le succès du documentaire sur la Seconde Guerre mondiale, Apocalypse, sur France 2 : 17 millions de téléspectateurs !

Oui, les Français aiment l’histoire, mais, comme ils aiment aussi se quereller, ils adorent se déchirer sur le passé. Le sachant, les plus avisés de nos monarques, républicains compris, ont toujours cherché à refermer nos querelles. « J’assume tout, de Clovis au Comité de salut public », disait Bonaparte.

Pourtant, depuis plusieurs années, la passion paraît l’emporter sur la sagesse. Des feux mal éteints se sont rallumés à l’occasion de l’adoption, sous la pression de communautés diverses, de plusieurs lois mémorielles – on pense notamment à la loi Taubira faisant de la traite négrière transatlantique un crime contre l’humanité, plus de cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage. En 2005, le gouvernement français se tint à l’écart des commémorations de la victoire d’Austerlitz, en raison de la campagne lancée par un écrivain guadeloupéen qualifiant l’Empereur de « despote misogyne, homophobe, antisémite, raciste, fasciste, antirépublicain »…

« Si la manipulation de l’histoire a toujours existé, le phénomène a pris un tour aigu et particulier au cours des dernières décennies, résume Jean Sévillia dans son livre, Historiquement incorrect (Fayard). Le regard contemporain se focalise sur certains épisodes au prix d’indignations sélectives qui ins truisent un procès permanent contre le passé occidental et contre celui de la France. »

Le problème est d’autant plus aigu que l’institution censée transmettre la connaissance de notre passé aux futurs citoyens français, d’où qu’ils viennent, ne le fait plus : l’École a renoncé au récit national, qui fut enseigné par des générations d’instituteurs à des générations d’élèves jusqu’à la fin des années 1950. L’historien Dimitri Casali a raison de souligner que nos “grands hommes” (Saint Louis, François Ier, Louis XIV, Napoléon…) disparaissent progressivement des manuels scolaires.

Sans doute ne peut-on plus raconter l’histoire comme le faisaient les instituteurs de la IIIe République, mais on peut retenir qu’ils surent intégrer à la nation française les hommes les plus divers. Une leçon à méditer pour rassembler et préserver l’unité du pays.

Toutes les époques sont-elles concernées par la falsification historique ? Toutes les époques sont concernées, mais les raisons de ces maquillages varient selon les dominantes idéologiques. Pour faire court, l’histoire est instrumentalisée, en Occident, depuis les Lumières : encyclopédistes et philosophes tressent une légende noire de l’Église, dont ils combattent le pouvoir. Au XIXe siècle, le roman national, tel que l’enseigne l’école jusqu’aux années 1950, s’inscrit dans une veine républicaine qui glorifie la Révolution et caricature l’“Ancien Régime”. L’après-guerre est dominée, jusqu’à la fin des années 1960, par l’histoire marxiste, ce qui s’explique par l’hégémonie culturelle du Parti communiste.

Et par l’influence de l’école des Annales ? À ceci près que Lucien Febvre et Marc Bloch, les fondateurs des Annales, étaient des hommes d’une très grande science, de grands historiens dont les travaux n’ont pas toujours été assimilés par ceux qui les diffusaient ensuite dans les établissements scolaires. Les Annales se sont démarxisées au fil du temps, et bon nombre d’historiens issus de cette école (Georges Duby, Emmanuel Le Roy Ladurie, François Furet, Jacques Le Goff…) sont revenus à une vision classique de l’histoire, parfois à la biographie, voire à l’“histoire-bataille”. Quoi qu’il en soit, le marxisme s’effondre dans les années 1980. Un autre paradigme lui est substitué – les droits de l’homme – , et c’est encore à l’aune de ce paradigme qu’on interprète le passé. C’est cela, l’“historiquement correct” : passer l’histoire au crible de l’idéologie du moment. Ce faisant, on commet un anachronisme préjudiciable à la connaissance historique.

Comment définiriez-vous l’idéologie dominante que vous évoquez ? Elle relègue la nation dans les limbes de l’histoire, condamne les frontières, rejette tout enracinement géographique et spirituel. Elle fait l’apologie du nomadisme. Elle élève l’individu au rang de valeur sacrée et proclame son libre arbitre comme ultime référence. Est considéré comme juste celui qui respecte les droits de l’homme, comme injuste – donc immédiatement condamné – celui qui les viole. Alors que l’histoire est un domaine éminemment complexe, on cède à la facilité manichéenne (les bons et les méchants) et l’on procède à des réductions abusives en braquant le projecteur sur certains événements, au risque d’en laisser d’autres dans l’obscurité. Anachronisme, manichéisme, réductionnisme : ce sont les trois procédés de la falsification historique, qui sont beaucoup plus subtils que ce qui se faisait en Union soviétique…

Un exemple ? La Première Guerre mondiale. On ne perçoit plus ce conflit qu’à travers la vie des combattants de base. Ce qu’ils ont vécu fut atroce, mais on insiste tant sur cet aspect qu’on oublie la dimension géopolitique de la guerre. Comme nous sommes attachés par-dessus tout à nos droits individuels, comme nous sommes dans un moment de concorde européenne, nous ne comprenons plus ce qui les animait, ni qu’ils aient largement consenti à ce sacrifice. Nous ne comprenons plus l’expression “faire son devoir”.

Plusieurs controverses ont éclaté sur des sujets de recherche historique, par exemple sur l’esclavage, après la parution d’un livre de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières. Essai d’histoire globale (Gallimard). Est-ce aussi l’effet de l’historiquement correct ? Absolument. En 2004, cet historien – dont l’ouvrage a reçu plusieurs prix – démontre que l’esclavage n’a pas été seulement le fait des Occidentaux. En 2005, il déclare, au détour d’un entretien à la presse, que « les traites négrières ne sont pas des génocides ». La condition des esclaves était certes atroce, mais l’intérêt des négriers n’était pas de les laisser mourir puisqu’ils tiraient profit de leur vente. Aussitôt, diverses associations lancent une procédure judiciaire et nourrissent une campagne si violente qu’elle provoque la réaction de nombreux historiens : un millier d’entre eux signeront un appel rappelant que l’histoire n’est ni une religion ni une morale, qu’elle ne doit pas s’écrire sous la dictée de la mémoire et qu’elle ne saurait être un objet juridique. C’est à cette occasion qu’est née l’association Liberté pour l’histoire, à l’époque présidée par René Rémond.

De nombreux historiens considèrent que le Parlement n’a pas à s’emparer de ces questions. Qu’en pensezvous ? Les lois mémorielles entretiennent une concurrence victimaire, indexée sur la tragédie que fut la Shoah. Elles ont aussi nourri des revendications d’ordre politique, de sorte qu’on peut craindre une instrumentalisation de l’histoire. Il est tout à fait légitime d’entretenir la mémoire des tragédies, de toutes les tragédies, mais la mémoire n’est pas toute l’histoire.

Autre polémique, celle qu’a provoquée le livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au mont Saint-Michel (Seuil), en 2008… Agrégé d’histoire et docteur ès lettres, Sylvain Gouguenheim enseigne l’histoire médiévale à l’École normale supérieure de Lyon. Il souligne dans son livre que l’Occident médiéval n’a jamais été coupé de ses sources helléniques pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il a toujours subsisté des îlots de culture grecque en Europe. Ensuite, les liens n’ont jamais été rompus entre le monde latin et l’Empire romain d’Orient. Enfin, c’est le plus souvent par des Arabes chrétiens que les penseurs de l’Antiquité grecque ont été traduits dans les régions passées sous la domination de l’islam. Conclusion : si la civilisation musulmane a contribué à la transmission du savoir antique, cette contribution n’a pas été exclusive ; elle a même été moindre que celle de la filière chrétienne. Ce livre a rapidement déclenché la mise en route d’une machine à exclure visant non seu lement à discréditer son auteur comme historien, mais à l’interdire professionnellement !

Pourquoi ? Parce qu’il est couramment admis que l’Occident n’aurait eu connaissance des textes antiques que par le truchement du monde islamique. L’essor de la culture occidentale ne pourrait donc pas s’expliquer sans l’intermédiation musulmane. Quiconque n’épouse pas cette thèse – enseignée dans les collèges – est voué aux gémonies. Il était naguère impossible de critiquer le communisme, il est aujourd’hui presque interdit d’évoquer l’islam. Il est quand même symptomatique que deux journaux français seulement – Valeurs actuelles et le Figaro Magazine – , aient parlé du livre de Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux, qui explique que les populations musulmanes sont en train de redessiner l’avenir de l’Europe… Le système médiatique français reste politiquement très homogène.

Les programmes d’histoire n’échappent pas à la polémique. L’Éducation nationale est-elle à l’abri de la falsification historique ? Je suis navré de le dire, mais l’Éducation nationale est au coeur de ce système. Les commissions des programmes sont constituées d’enseignants qui, pour beaucoup, sont inspirés par le “pédagogisme” ambiant, donc en accord avec l’idéologie dominante. Le retour à la chronologie est infime, l’histoire est toujours enseignée de façon thématique aux enfants. Qu’un agrégé d’histoire fasse du comparatisme entre les sociétés ou à travers les siècles est très intéressant, mais cela n’est guère adapté à des enfants qui n’ont ni les connaissances ni les repères chronologiques nécessaires. Le problème est d’autant plus important que le système scolaire français est très concentré.

Mais l’école de la République, celle d’Ernest Lavisse, diffusait elle aussi un message idéologique… L’histoire républicaine était nationale. Parfois caricaturalement, mais cette approche avait au moins la vertu de donner aux enfants, qu’ils soient bretons ou provençaux, un patrimoine commun, presque un héritage spirituel. “Nos ancêtres les Gaulois”… Les choses étaient scientifiquement contestables, mais elles avaient un sens. L’histoire, telle qu’on l’enseigne aujourd’hui, sort de ce cadre national, car le credo politique actuel est de mettre à bas les nations. D’où le bannissement des grands hommes de notre histoire.

Comment expliquez-vous que la France doute à ce point d’elle-même ? La nation française est une construction de l’État. Or, l’État a été dépossédé – démocratiquement, c’est vrai – des attributs de sa puissance. Au profit de quoi, de qui ? On ne sait pas très bien : de Bruxelles ? De Francfort ? La crise de la nation est évidemment liée à celle de l’État.,

Les choses peuvent-elles évoluer ? Bien sûr. Les générations passent, les idéologies aussi. Mais ne me demandez pas de prédire l’avenir : nous avons assez à faire avec le passé !  Propos recueillis par Fabrice Madouas

Historiquement incorrect, de Jean Sévillia, Fayard, 372 pages, 20 €Voir égalment:

Voir également:

Rencontres

Entretien avec René Girard

L’entretien avec René Girard réalisé à Paris le mardi 30 octobre 2001, fait ici l’objet d’un compte-rendu qui se borne volontairement à quelques points. Si bref soit-il, puisse-t-il diriger l’attention vers le livre à l’occasion duquel il a été réalisé, Celui par qui le scandale arrive, édité cet automne chez Desclée de Brouwer. Kephas se propose de poursuivre régulièrement la réflexion sur une pensée qui a vigoureusement replacé le christianisme au centre de la compréhension de l’homme, à l’heure où philosophie installée et sciences anthropologiques feignaient de n’avoir plus l’usage de cette vieillerie…

Pierre Gardeil *

Janvier–Mars 2002

Pierre Gardeil

René Girard, votre dernier livre se dévore avec un tel bonheur que je viens, en trois jours, de le lire deux fois ! Et j’ai beaucoup de plaisir à y revenir ici avec vous.

Permettez-moi, pour commencer, d’applaudir à votre éloge du cardinal Ratzinger, qui est, dites-vous, pour certains Américains, un personnage épouvantable ! Et vous poursuivez : « Vous rendez-vous compte, le courage qu’il faut à des hommes comme lui pour s’opposer à tout le monde, pour se rendre impopulaire en rappelant aux théologiens catholiques qu’il y a certaines limites qu’il ne faut pas dépasser sans cesser de se dire légitimement catholique ? Il ne peut rien imposer à personne puisque personne ne peut être contraint de rester dans l’Église contre son gré. Il ne fait que répéter ce que l’Église a toujours dit. Il dit aussi son inquiétude relative à ce qui se voit partout. »

On est surpris que cette conduite responsable suscite aux USA tant de haine !

René Girard

Ce n’est pas réservé aux USA, vous le savez. J’ai été frappé par un petit événement ayant suivi la publication de Dominus Jésus. M’appelait de Paris une dame fort résolue, représentant je ne sais quel magazine français, dont je n’ai pas clairement compris s’il était ou non catholique… Elle me demandait « ma réaction » à ce texte, ajoutant (par avance) que la réaction de tous ceux qu’elle avait consultés avant moi était très négative. Je lui dis alors : « S’ils sont tous contre lui, c’est qu’il doit avoir raison ! » J’ai naturellement fait l’éloge du cardinal Ratzinger. Il a dû paraître dans ce magazine, du moins je l’espère.

P.G.

Il a paru, et il faisait tache ! Au milieu des rabbins, des pasteurs, des prêtres (il y avait même un vice-recteur d’Université Catholique), et à côté d’une autorité musulmane appelant le cardinal à la « tolérance », votre approbation tranquille et ferme ouvrait un paragraphe de respiration !

Allons maintenant au centre de votre livre. Quand vous évoquez le processus d’escalade de la violence parmi nous, vous parlez des violences familiales et scolaires, et du terrorisme sans limites ni frontières. Vous concluez : « Il semble qu’on se dirige vers un rendez-vous planétaire de toute l’humanité avec sa propre violence. » Cela était-il écrit avant le 11 septembre ?

R.G.

Oui, et j’aurais dû en dire les circonstances. Dumouchel m’avait demandé ce texte à propos de la commémoration d’un meurtre à l’Université de Montréal, où un type avait tiré sur les étudiants, à peu près comme un autre vient de le faire ces jours-ci à Tours… Le rendez-vous est bien planétaire, en effet. Rien ne fut plus attendu que la globalisation, l’unité de la planète : que de célébrations, que d’expositions internationales ! Eh bien ! cette unité réalisée suscite plus d’angoisse que d’orgueil. L’effacement des différences n’est pas la réconciliation universelle espérée… Naïveté (ou aveuglement) de l’humanisme.

P.G.

Ce constat ne fut-il pas à l’origine du succès de « l’absurde » ?

R.G.

Certes, mais c’est une vue trop courte. Méditez plutôt cette phrase prodigieuse d’Anaximandre, que je cite dans mon livre : « D’où toutes les choses ont leur naissance, vers là aussi elles doivent sombrer, selon la nécessité, car elles doivent expier et être jugées pour leur injustice, selon l’ordre du temps. » S’il y a quelque rationalité au mythe du retour éternel, la voilà.

P.G.

Crise mimétique1 de l’indifférenciation, sa résolution par la violence, installation de différences sacralisées… dès longtemps vous nous avez appris cette chair de l’histoire, au plus loin des études formelles, qui font leurs délices de l’inépuisable analyse des différences… mais qui cherchent en vain à se tenir à l’écart du « réel ».

R.G.

Ou du « référent », comme dit notre préciosité avec ses pincettes linguistiques ! Se borner aux jeux de langage est tellement exigé aujourd’hui… mais les gens sentent bien que c’est la fin. Le réel nous revient dans la figure.

L’innocence des mythes ne peut plus être supposée. On s’en rend compte, et c’est pourquoi – ultime attaque contre notre « ethnocentrisme » – on déclare qu’il faut renoncer à l’analyse quand on n’est pas partie prenante de la société analysée…

P.G.

Vous avez un fameux chapitre sur l’ethnocentrisme, « Les bons sauvages et les autres ». Personne n’a pu oublier la leçon pieusement transmise depuis qu’il y a de l’Instruction Publique en notre pays, à savoir que les peuples vivant sous les douces lois de nature sont bons, purs et heureux. Il est drôle qu’on la doive, avant Rousseau, à Montaigne, généralement plus perspicace. Mais la diffusion pédagogique de ses vues trop rapides sur les cannibales (en l’occurrence les Tupinambas), étrangement indulgenciés, est bien l’œuvre de notre « humanisme ».

R.G.

Oui, à condition, encore une fois, de ne pas en borner l’aire à notre Éducation Nationale. Aux États-Unis, certains musées d’ethnologie amérindienne minimisent, et parfois éliminent, toute violence religieuse et guerrière dans les cultures des native Americans. Pour en revenir aux Tupinambas, il se trouve qu’on est très bien renseigné sur eux. Alfred Métraux a fait le point sur la question, dès 1928, s’appuyant sur plusieurs témoignages distincts de contemporains de Montaigne : capturés par cette peuplade farouche, ils avaient pu s’en sortir, et nous décrivent par le menu les mœurs terribles de ces peuples, qui faisaient des prisonniers afin de se procurer de futures victimes sacrificielles, mises à mort et dévorées après acclimatation à la tribu des vainqueurs ! Métraux ironisait sur le fait que cette tribu fût justement à l’origine du mythe du « bon sauvage » ! Son texte, si contraire à la vague primitiviste qui allait suivre, fut repris plusieurs fois; L’anthropologie rituelle des Tupinambas se trouve aujourd’hui dans Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (Gallimard 1967).

P.G.

Le christianisme comme révélation de la méchanceté du « religieux » : on vous doit cette magnifique clarification, et comme il est légitime d’opposer « le Bon Dieu » aux faux dieux, qui sont, équivalemment, des « mauvais » dieux. L’opposition, toutefois, n’est pas absolument radicale…

R.G.

En effet. D’une part, on a pu trouver chez de vieux auteurs (imparfaitement christianisés !) la justification de l’offrande du Christ à la messe au titre d’une « efficacité » comparable à celle des sacrifices païens qui obtiennent quelques bons résultats, quand c’est, au cœur du salut, l’efficace de l’amour du Fils qui est à l’œuvre… et vous savez que la Rédemption elle-même a pu être interprétée dans des langages discutables.

D’autre part, on rencontre, dans certains rites païens, une espèce d’excuse présentée à la victime, comme si, sachant qu’elle n’était pas vraiment coupable, on lui reprochait seulement son imprudence…

P.G.

C’est le commencement d’un passage du mythique au tragique…

R.G.

Oui. Toute la part esthétique de la religion, cette espèce d’amoindrissement du sacrifice que constitue la cérémonie (par rapport au lynchage), nous ne devons pas la négliger. On pourrait peut-être en dessiner le parcours dans une histoire de la danse, qui montrerait qu’elle va des choses les plus sauvages aux figures les plus sereines… En tous cas, l’apaisement obtenu par un rite sacrificiel de plus en plus symbolique, on aurait tort d’en faire fi trop vite, et d’en détruire sans précaution les usages sous prétexte de « lumières », dans un monde qui cherche fiévreusement des « repères ».

P.G.

C’est, dans la fausse religion, le soupir de la vraie opprimée !

R.G.

En quelque sorte. Mais, dans un sens réciproque, et puisque vous parlez de tragique, savez-vous qu’à Byzance, on jouait Oedipe-Roi comme la Passion du Christ ? Je trouve cela bouleversant; cette lecture naïve illustre, avec une grande force, le regard que le christianisme porte légitimement sur la culture.

P.G.

Vous écrivez (p. 180) : « La vérité mimétique reste inacceptable pour la plupart des hommes, parce qu’elle implique le Christ. Le chrétien ne peut pas s’empêcher de réfléchir sur le monde tel qu’il est, et d’en voir la fragilité extrême. Je pense que la foi religieuse est la seule manière de vivre avec cette fragilité. » Et vous citez Pascal…

R.G.

Oui, je m’intéresse de plus en plus à Pascal. Cette œuvre est si puissante ! Mais, pour appliquer ce que vous dites à ce que nous vivons, n’est-il pas clair qu’on met bien à tort sur le dos de « différences » (traditionnelles, ancestrales, culturelles, religieuses…) des phénomènes enracinés au contraire dans la perte de ces traditions ? L’incapacité – par trop de retard pris – à participer à la concurrence avec l’Occident, dont on rêve, qui fait le tourment unique, et dont on a, par imitation, adopté les valeurs, devient le désir brûlant de briser ce qu’on ne peut atteindre. Peut-être Pascal n’a-t-il pas vu pleinement cet entraînement mimétique; mais comment ne pas admirer la mise en cause du désir qu’il opère à travers la notion de « divertissement » ?

P.G.

Le regard critique sur le désir blesse au cœur la modernité, qui s’est bâtie sur une fausse désacralisation, puisqu’on la faisait jouer au service de ce désir même, supposé autonome et innocent, idolâtré.

Mais rassurez-nous : ce désir, qui fait corps avec notre être, il n’est pas coupable de naissance ? Nous ne fûmes pas créés par erreur ?

R.G.

Certes pas ! J’adhère profondément à l’idée chrétienne que notre âme est une passion du divin. Simplement, quand nous le rencontrons, ce désir, il a déjà manqué son objet, il est dévoyé. Gare aux conséquences !

P.G.

Le monde est sous l’empire de Satan, lequel – on peut en apporter la précision après les lignes que vous lui consacrez ? – est métaphysiquement bon dans la conception chrétienne traditionnelle. Identifié au mécanisme mimético-sacrificiel, il serait injustifiable en tant que nécessité ontologique… ou créature mauvaise.

Si le mal est une absence d’être, moralement cette absence est le fruit d’un choix, toujours contemporain de celui qui le fait. Comme nous-mêmes, Satan est né pour l’amour… Mystère du choix de la haine (« Ils m’ont haï sans raison », dit Jésus, et encore : « Après avoir vu nos œuvres, ils nous ont haïs, le Père et moi »)… mais ce mystère fait l’objet dans la Genèse d’une description psychologique irrécusable; le premier mot du Tentateur est bien mimétique en effet : « Si vous mangez… vous serez comme ».

R.G.

Je ne prétends pas avoir vidé la question dans ce que j’ai publié à ce propos. Je voulais laisser plus explicitement le sujet ouvert; des considérations très matérielles d’édition ont fait sauter une note qui exprimaient davantage cette ouverture… Il semble en effet inconcevable qu’on puisse être jaloux du bien. Et cependant… Vous connaissez cette histoire de monarchie sacrée au Soudan : renversant les anciennes façons, le nouveau roi et son épouse avaient instauré le régime le plus raisonnable qu’il soit possible d’imaginer, et produisant le plus de bien commun. Une telle envie en était résultée que les voisins s’étaient réunis pour le détruire… Sans aucunement idéaliser notre propre histoire, c’est peut-être la fable du destin de l’Occident…

P.G.

Oui. Vous écrivez p. 120 : « Nous condamnons l’Inquisition au nom de valeurs chrétiennes. Nous ne pouvons pas la condamner au nom du Mahâbhârata, qui est constitué d’une série de meurtres alternés, à peu près dans le style de l’Iliade ! »

R.G.

C’est justement ce qui justifie « la repentance », que certains catholiques ont bien tort de reprocher au pape. Certes, les non-chrétiens, qui oublient régulièrement de se repentir, n’ont pas moins de choses à se reprocher (souvent, bien davantage : quand je pense que l’on continue à monter en épingle les abus de l’Inquisition, après ce que l’incroyance a fait au XXe siècle !) Mais grâce à la Révélation, les chrétiens auraient dû avancer, et faire avancer le monde plus vite. Nous avons « les paroles de la vie éternelle ». Or, c’est toujours le petit nombre qui a compris, et vécu de l’esprit du Christ. Seulement, aujourd’hui, je ne vois pas d’autre lieu que l’Église pour faire barrière à cette terrible désagrégation de tout, qu’on appelle parfois l’apocalypse. Est-ce pour cela que cette Église devient comme un ultime bouc émissaire, et qu’on emploie tant d’efforts pour discréditer ou empêcher sa parole, alors qu’elle n’a plus de pouvoir que spirituel ? Et parfois de son sein même… On a l’impression d’une force diabolique d’auto-destruction… Je dis le mot, on ne l’écrira pas.

P.G.

D’accord, on ne l’écrira pas… Mais pourquoi ? N’est-ce pas le mot par excellence qui cherche à se faire oublier ? C’est ça, le diabolique, que le mot n’y soit pas. Mettons-le, si vous le voulez bien.

R.G.

Vous avez raison, mettons-le.

Propos recueillis par Pierre Gardeil

* Professeur de philosophie, puis directeur du lycée Saint-Jean à Lectoure. A publié dans de nombreuses revues (Nouvelle Revue théologique, Études, Itinéraires…) et, chez Ad Solem, quatre ouvrages : Quinze regards sur le Corps livré; Alors le Bon Dieu, c’est fini ?; La Monnaie du pape, éloge des indulgences; Mon Livre de lectures.


  1. La récurrence du terme « mimétique » peut surprendre celui qui n’est pas familier de la pensée de R.G.
    Toute son œuvre en donne la clef… D’un mot, ici : Le désir est spontanément jaloux, il ne porte pas sur l’objet, mais sur l’autre (désirant lui-même ou possesseur, et par là désignant le désirable). D’où rivalité. Quand le conflit des désirs produit un orage social, le groupe refait son unité par la désignation (arbitraire) d’un coupable dont l’injuste sacrifice ramènera, pour un temps, la tranquillité, et installera dans le groupe des différences sacralisées censées émaner de la puissance surnaturelle dont l’exclusion constitue la fausse transcendance. Celle-ci nous menace de son retour violent si nous ne respectons pas les barrières et interdits qui paraissent son « ordre ». À cette fausse religion du mensonge et de la haine, le christianisme est venu opposer le Dieu de la vérité et de l’amour… Désir mauvais : « Mangez ce fruit… vous serez comme ». Désir suprêmement bon : « Mangez ce corps… vous serez un ». De l’être-comme à l’être-un, tel est le processus de la conversion chrétienne, impossible si le Christ ne la fonde.

Voir de même:

Rene Girard on Dostoevsky’s Legend of the Grand Inquisitor

When we consider the seventy years in the twentieth century his country was in the hands of its revolutionaries trying to build a Communist utopia, we cannot fail to discern in the nineteenth-century Russian novelistFeodor Dostoevsky a prophetic dimension — and one in which we may behold an image of our own culture’s controversies even after the fall of communism. The crisis he explored in nineteenth-century Russia’s belated and vexed encounter with Europe foreshadows the critical confrontations of our own time, as we face the decline of traditional religious, political, and epistemological authority while lost in a fog of competing claims about scientific determinism, groundless freedom, and the latest fashionable ideology.

If we cannot imagine Dostoevsky’s adaptation of our culture wars to the debates he stages in the living rooms, taverns, and seminaries of his novels, we haven’t grasped the implications of his work — as René Girard suggests in the concluding essay he has a’ached to Resurrection from the Underground, his twenty-year-old study of Dostoevsky’s work, now deftly translated into English.

The narrator of the Russian novelist’s Notes from the Underground neatly summarizes the far from completely secularized pandemonium in which we can recognize our own nihilistic climate: “Without books and literature, we are entangled and lost — we don’t know what to join, what to keep up with; what to love, what to hate; what to respect, what to despise.”

The famous passage in Dostoevsky’s The Brothers Karamazov — where Ivan Karamazov tells the legend of Jesus Christ returning to the world, only to encounter the Grand Inquisitor — is perhaps the best example ofthe novelist’s own relentless probing into modern culture’s muddled relation to its religious inheritance, the repudiation of which in the name of purely human dominion he views as blindly self-destructive.

But only in Girard’s retrospective comments twenty years after he wrote the book do these elements in Resurrection from the Underground come clear. Here is a reading selection from “Resurrection from the Underground” where Girard deals with the Legend of the Grand Inquisitor:

Dostoevsky begins to explain the freedom that comes from Christ in The Brothers Karamazov. He finally makes his way to this freedom with the aid of Christ and he celebrates it in the famous Legend of the Grand Inquisitor. It is put in the mouth of Ivan Karamazov as he seeks to explain to his brother Alyosha why he, Ivan, must “return his ticket” to a world which is not governed by a just and loving God — if there is a God.

The scene is in Seville in the end of the fifteenth century. Christ appears in a street and a crowd gathers about him, but the Grand Inquisitor comes along the way. He observes the mob and has Christ arrested. That night he goes to pay a visit to the prisoner in his dungeon and shows him, in a long discourse, the folly of his “idea.”

Thou wanted to found thy reign on that freedom that human beings hate and from which they always flee into some idolatry, even if they celebrate it with words. It would be be’er to make humans less free and thou hast made them more free, which only leads them to multiply their idols and conflicts between idols. Thou hast commi’ed humanity to violence, misery, and disorder.

The Inquisitor predicts that a new Tower of Babel will be raised up, more dreadful than the former one and dedicated, like it, to destruction. The grand Promethean enterprise, fruit of Christian freedom, will end in “cannibalism.”

The Grand Inquisitor is not unaware of anything that the underground, Stavrogin, and Kirillov (characters in The Possessed) have taught Dostoevsky. The vulgar rationalists find no trace of Christ, neither in the individual soul nor in history, but the Inquisitor asserts that the divine incarnation has made everything worse. The fifteen centuries gone by and the four centuries to come, whose course he prophesies, support his account.

The Inquisitor does not confuse the message of Christ with the psychological cancer to which it leads, by contrast to Nie-sche and Freud. He therefore doesn’t accuse Christ of having underestimated human nature, but of having overestimated it, of not having understood that the impossible morality of love necessarily leads to a world of masochism and humiliation.The Grand Inquisitor doesn’t seek to make an end of idolatry by an act of metaphysical force, like Kirillov; he wants rather to heal evil with evil, to tie humans to immutable idols and, in particular, to an idolatrous conception of Christ. D. H. Lawrence, in a famous article, accused Dostoevsky of “perversity” because he placed in the mouth of a wicked inquisitor what he, Lawrence, regarded as the truth concerning human beings and the world.

The error of Christ, in the eyes of the Inquisitor, is all the less excusable because “he had adequate warnings.” In the course of the temptations in the wilderness the devil, the “profound spirit of self-destruction and nothingness,” revealed to the redeemer and placed at his disposal the three means capable of insuring the stability, well-being, and happiness of humanity. Christ disdained them, but the Inquisitor and his ilk have taken them up and work — always in the name of Christ but in a spirit contrary to his — for the advent of an earthly kingdom more in keeping with the limitations of human nature.

Agreeing with Dostoevsky, Simone Weil saw in the inquisition the archetype of all totalitarian solutions. The end of the Middle Ages is an essential moment in Christian history; the heir, having reached the age of an adult, lays claim to his heritage. His guardians are not wrong to mistrust his maturity, but they are wrong to want to prolong indefinitely their tutelage. The Legend resumes the problem of evil at the precise point where Demons abandoned it. The underground appeared in this novel as the failure and reversal of Christianity. The wisdom of the redeemer, and especially his redemptive power, are notably absent. Rather than hide his own anxiety from himself, Dostoevsky expresses it and gives it an extraordinary fullness. He never combats nihilism by fleeing from it.

Christianity disappointed Dostoevsky. Christ himself has surely not responded to his expectation. There is, in the first place, the misery that he has not abolished, then the suffering, and also the daily bread that he has not given to all human beings. He has not “changed life.” That is the first reproach, and the second is yet more serious. Christianity does not bring certitude; why does God not send a proof of his existence, a sign, to those who would believe in him, but don’t a&ain this belief? And finally and above all, there is that pride which no effort, no prostration of oneself is able to reduce, that pride which goes as far, sometimes, as envying Christ himself.

When he defines his own grievances against Christianity, Dostoevsky encounters the Gospel, he encounters the three “temptations in the wilderness”:

Then Jesus was led by the Spirit out into the wilderness to be tempted by the devil. He fasted for forty days and forty nights, after which he was very hungry~ and the tempter came and said to him, “If thou art the Son of God, tell these stones to turn into loaves.” But he replied, “Scripture says:

Man does not live on bread alone but on every word that comes from the mouth of God.”

The devil then took him to the holy city and made him stand on the parapet of the Temple. “If thou art the Son of God,” he said, “throw thyself down; for Scripture says:

He will put thee in his angels’ charge, and they will support thee on their hands in case thou hurtest thy foot against a stone.”

Jesus said to him, “Scripture also says:

Thou must not put the Lord your God to the test.”

Next, taking him to a very high mountain, the devil showed him all the kingdoms of the world and their splendor. “I will give thee all these,” he said, “if thou fallest at my feet and worship me.” Then Jesus replied, “Be off, Satan! For Scripture says:

Thou shalt worship the Lord thy God, and serve him alone.”

Then the devil left him, and angels appeared and looked after him. MaÆhew 4:1-11 The translation of Gospel passages follows the Jerusalem Bible except for the use of

the archaic pronouns “thou,” “thy,” “thee.” Dostoevsky evidently made the language of the Inquisitor archaic, and this pronoun usage helps to convey that.

These are indeed the major temptations of Dostoevsky: social Messianism, doubt, and pride. The last one is especially worthy of meditation. Everything that the proud desire leads them, after all, to prostrate themselves before the Other, Satan. The only moments of his life when Feodor Mikhailovich did not succumb to one or the other of the temptations were those when he succumbed to all three at once. So it is therefore to himself in particular that this message is addressed; the Legend is the proof that he finally understands its call. The presence in the Gospel of Ma&hew of a text so adapted to his needs affords him great comfort. There it is, the sign he was seeking, as he tells us in brilliant and veiled fashion by the mouth of his Inquisitor:

And could one say anything more penetrating than what was said to thee in the three questions or, to speak in the language of the Scriptures, the “temptations” that thou rejected? If ever there had been on earth an authentic and resounding miracle, it occurred the day of the three temptations. The very formulation of these three questions constitutes a miracle. Let us suppose that they had disappeared from the Scriptures, that it had been necessary to compose them, to imagine them anew in order to replace them there, and that one had gathered for this all the sages of the earth, persons of state, prelates, scholars, philosophers, poets, saying to them: imagine and compose three questions which not only correspond to the importance of that event, but express in three sentences all the history of future humanity — dost thou believe that this summit gathering of human wisdom could imagine anything as strong and profound as the three questions put to thee by the powerful Spirit? These three questions prove, all by themselves, that one has met here the eternal and absolute Spirit and not a transitory human mind. For they summarize and predict simultaneously all the later history of humanity. These are the three forms in which all the insoluble contradictions of human nature are crystalized. One could not understand it then, for the future was veiled, but now, after fifteen centuries have elapsed, we see that everything had been foreseen in these three questions and has been realized to the point that it is impossible to add anything to them or to remove a single word from them.

The Legend is basically only the repetition and expansion of the Gospel scene evoked by the Grand Inquisitor. This is what must be understood when one wonders, a li&le naively, about the silence that Alyosha maintains in face of the arguments of this new tempter. There is no “refuting” of the Legend since, from a Christian point of view, it is the devil, it is the Grand Inquisitor, it is Ivan who is right. The world is delivered over to evil. In St. Luke the devil asserts that every earthly power has been delivered to him “and I give it to whom I will.” Christ does not “refute” this assertion. Never does he speak in his own name; he takes refuge behind the citations of Scripture. Like Alyosha, he refuses to debate.

The Grand Inquisitor believes he can praise Satan, but it is of the Gospel that he speaks, it is the Gospel that has preserved its freshness after fifteen, after nineteen centuries of Christianity. And it is not only in the instance of the temptations, but at each moment the Legend echoes the Gospel sayings:

Do not suppose that I have come to bring peace to the earth: it is not peace I have come to bring but a sword. For I have come to set a man against his father, a daughter against her mother.

Matthew 10:34-35a

The central idea of the Legend, that of the risk entailed by the increase of freedom for humans, orof the grace conferred by Christ, a risk the Grand Inquisitor refuses to run — this very idea figures in passages of the Gospel which evoke irresistibly Dostoevsky’s concept of underground metaphysics.

When an unclean spirit goes out of a man it wanders through waterless country looking for a place to rest, and cannot find one. Then it says, “I will return to the house I came from.” But on arrival, finding it unoccupied, swept, and tidied, it then goes off and collects seven other spirits more evil than itself, and they go in and set up house there, so that the man ends up by being worse than he was before. That is what will happen to this evil generation.

Matthew 12:43-45

Behind the dark pessimism of the Grand Inquisitor is the outline of an eschatological vision of history that responds to the question Demons left in suspense. Because he foresaw the rebellion of man, Christ foresaw also the sufferings and ruptures that his coming would cause. The proud assurance of the orator allows us to discern a new paradox, that of the divine Providence which effortlessly outwits the calculations of rebellion. The reappearance of Satan does not nullify his prior defeat. Everything must finally converge toward the good, even idolatry.

If the world flees Christ, he will be able to make this flight serve his redemptive plan. In division and contradiction he will accomplish what he wanted to accomplish in union and joy. In seeking to divinize itself without Christ, humankind places itself on the cross. It is the freedom of Christ, perverted but still vital, that produces the underground. There is not a fragment of human nature that is not kneaded and pressed in the conflict between the Other and the Self. Satan, divided against himself, expels Satan. The idols destroy the idols. Humankind exhausts, li&le by li&le, all illusions, including inferior notions of God swept away by atheism. It is caught in a vortex more and more rapid as its always more frantic and mendacious universe strikingly reveals the absence and need of God. The prodigious series of historical catastrophes, the improbable cascade of empires and kingdoms, of social, philosophical, and political systems that we call Western civilization, the circle always greater which covers over an abyss at whose heart history collapses ever more speedily — all this accomplishes the plan of divine redemption. It is not the plan that Christ would have chosen for human beings if he had not respected their freedom, but the one they have chosen for themselves in rejecting him.

Dostoevsky’s art is literally prophetic. He is not prophetic in the sense of predicting the future, but in a truly biblical sense, for he untiringly denounces the fall of the people of God back into idolatry. He reveals the exile, the rupture, and the suffering that results from this idolatry. In a world where the love of Christ and the love of the neighbor form one love, the true touchstone is our relation to others. It is the Other whom one must love as oneself if one does not desire to idolize and hate the Other in the depths of the underground. It is no longer the golden calf, it is this Other who poses the risk of seducing humans in a world commiÆed to the Spirit, for beÆer or for worse.

Between the two forms of idolatry. the one aÆacked in the Old Testament and the other unmasked in the New, there are the same differences and the same analogical relation as between the rigidity of the law and universal Christian freedom. All the biblical words that describe the first idolatry describe analogously the second. This is certainly why the prophetic literature of the Old Testament has remained fresh and alive.

The Christianity that the Inquisitor describes is like the negative of a photograph — it shows everything in a reversed manner, just like the words of Satan in the account of the temptations. It has nothing to do with the metaphysical milk toast that a certain bourgeois piety holds up as a mirror to itself. Christ wanted to make humans into super-humans, but by means opposed to those of Promethean thought. So the arguments of the Grand Inquisitor are turned against him when one understands them as they are intended. It is just this that the pure Alyosha observes to his brother Ivan, the author and narrator of the Legend. “Everything that you say serves not to blame, but to praise Christ.”

Christ has been voluntarily deprived of all prestige and all power. He refuses to exercise the least pressure; he desires to be loved for himself. To reiterate, it is here the Inquisitor who speaks. What Christian would want to “refute” such statements? The Inquisitor sees all, knows all, understands all. He understands even the mute appeal of love but is incapable of responding to it. What to do in this case but to reaffirm the presence of this love? Such is the sense of the kiss that Christ gives, wordlessly, to the wretched old man. Alyosha, too, kisses his brother at the conclusion of his story and Ivan accuses him, laughingly, of plagiary.

The diabolical choice of the Inquisitor is nothing else than a reflection of the diabolical choice made by Ivan Karamazov. The four brothers are accomplices in the murder of their father, but the guiltiest of all is Ivan, for he is the one who inspires the act of murder. The bastard Smerdyakov is the double of Ivan, whom he admires and hates passionately. To kill the father in place of Ivan is to put into practice the audacious statements of this master of rebellion; it is to anticipate his most secret desires; it is to go even further on the road he himself designated. But a diabolical double is soon substituted beside Ivan for this double who is still human.

The hallucination of the double synthesizes, as we have seen, quite a series of subjective and objective phenomena belonging to underground existence. This hallucination, at once true and false, is notperceived until the phenomenon of doubling reaches a certain degree of intensity and gravity.

The hallucination of the devil that Ivan experiences may be explicated, at the phenomenal level, by a new aggravation of psychopathological troubles produced by pride; it embodies, on the religious level, the metaphysical overcoming of underground psychology. The more one approaches madness, the more one equally approaches the truth, and if one does not fall into the former, one must end up necessarily in the laÆer.

What is the traditional conception of the devil? This character is the father of lies; he is thus simultaneously true and false, illusory and real, fantastic and everyday. Outside of us when we believe him to be in us, he is in us when we believe him outside of us. Although he leads an existence useless and parasitic, he is morally and resolutely “Manichean.” He offers us a grimacing caricature of what is worst in us. He is at once both seducer and adversary. He does not cease to thwart the desires that he suggests and if, by chance, he satisfies them it is in order to deceive us.

It is superfluous to emphasize the relations between this devil and the Dostoevskyan double. The individuality of the devil, like that of the double, is not a point of departure, but an outcome. Just as the double is the origin of all doublings or divisions, the devil is the locus and the origin of all possessions and other demoniacal manifestations. The objective reading of the underground leads to demonology. And there is no reason to by astonished by that, for we are really always in this “kingdom of Satan” which is not able to maintain itself, for “it is divided against itself.”

Between the double and the devil there is not a relation of identity but a relation of analogy. One moves from the first to the second in the way in which one moves from the portrait to the caricature; the caricaturist relies on characteristic features and suppresses those that are not. The devil, parodist par excellence, is himself the fruit of parody. For an artist imitates himself, he simplifies, schematizes, makes himself starker in his own essence, in order finally to render ever more striking the meanings with which his work is permeated.

There is no break in continuity, no metaphysical leap between the double and the devil. One moves imperceptibly from one to the other, just as one passed imperceptibly from romantic doublings to the personified double. The process is essentially aesthetic. For Dostoevsky there is, as for most great artists, what could be called an “operational formalism,” from which, however, a formalist theory of art should not be deduced. Perhaps the distinction between form and content, which is always dialectical, is not truly legitimate except from the standpoint of the creative process. It is proper to define the artist by his quest for form, because by form as intermediary he accomplishes the penetration of reality, the knowledge of the world and himself. The form here literally precedes the meaning, and this is why it is bestowed as “pure” form.

In Dostoevsky the devil is thus called forth by an irresistible tendency to bring forth the structure of some fundamental obsessions which constitute the primary subject-maÆer of the work. The idea of the devil does not introduce any new element, but it organizes the old ones in a more coherent and meaningful manner. In fact, this idea is revealed as the only one capable of unifying all the phenomena observed. There is not a gratuitous intervention of the supernatural in the natural world. The devil is not represented to us as the cause of the phenomena. For example, he repeats all the ideas of Ivan, who recognizes in him a “projection” of his sick brain but who ends up, like Luther, by throwing an inkwell at his head.

Ivan’s devil is even more interesting to the extent that Dostoevsky’s realism is so scrupulous. Never, before The Brothers Karamazov, had the theme of the devil contaminated that of the double. Even in the “romantic” period we do not find in Dostoevsky those purely literary and decorative comparisons and connections to which the German writers devote themselves so readily. On the other hand, he had already thought about giving a satanic double to the persona of Stavrogin, but this double is already that of Ivan. It is particularly with Demons(more familiarly known as The Possessed in its first translation), one may recall, that the entire underground psychology appears to Dostoevsky as an inverted image of the Christian structure of reality, as precisely its double. If Dostoevsky temporarily withdrew from his idea, it was not because the novelist within him still held in check a fanaticism to which he gave free rein in The Brothers Karamazov. It is rather because he feared misunderstanding from the public. The interior demand and motivation were not yet mature enough to surmount this obstacle.

With The Brothers Karamazov all things are accomplished. The devil is totally objectified, expelled, exorcised; he must therefore figure in the work as the devil as such. Pure evil is disengaged, and its nothingness is revealed. It no longer causes fear, for separated from the being that it haunts, it seems even derisory and ridiculous, nothing more than a bad nightmare.

This impotence of the devil is not a gratuitous idea, but a truth inscribed on all the pages of the work. If the Inquisitor is able to express only what is good, this is because he goes further in evil than all his predecessors. There is almost no longer any difference between his reality and that of the elect. Indeed, it is with full knowledge that he chooses evil. Almost everything he says is true, but his conclusions are radically false. The last words he states are the pure and simple inversion of the words that end the New Testament in the Apocalypse: for the marana tha of the early Christians — “Come, O Lord” —he substitutes a diabolic “Don’t come back, don’t ever come back, ever!”

This evil that is at once the strongest and the feeblest is evil seized at its root, that is, evil revealedas pure choice. The pinnacle of diabolic lucidity is also extreme blindness. The Dostoevsky of The Brothers Karamazov is just as ambiguous as the romantic Dostoevsky, but the terms of ambiguity are no longer the same. In The Insulted and Injured the rhetoric of altruism, nobility, and devotion covers over pride, masochism, and hate. In The Brothers Karamazov it is pride that comes into the foreground. But the frenzied discourses of this pride allow us to catch a glimpse of a good that has nothing otherwise in common with romantic rhetoric.

Dostoevsky lets evil speak to bring it to the point where it refutes and condemns itself. The Inquisitor discloses his scorn for humanity and his appetite for domination that drives him to prostrate himself before Satan. But this self-refutation, the self-destruction of evil must not be uÆerly explicit for otherwise it would lose all its aesthetic and spiritual value. It would lose, in other words, its value as temptation. This art of which the Legend is the model could indeed be defined as the art of temptation. All the characters of the novel, or almost all, are tempters of Alyosha: his father, his brothers, and also Grushenka, the seductress, who gives money to the wicked monk Rakitin so that he will lead Alyosha to her. Father Zossima himself becomes, after his death, the object of a new temptation as the rapid decomposition of his corpse shocks the naive faith of the monastic community.

But the most terrible tempter is certainly Ivan when he presents the suffering of innocent children as a motif of metaphysical revolt. Alyosha is stunned and upset, but the tempter, once again, is powerless, for without knowing it he works even for the victory of the good, since he incites his brother to concern himself with the unfortunate liÆle Ilyusha and his friends. The same reasons that distance the rebel from Christ impel those open to love toward him. Alyosha well knows that the pain he experiences at the thought of the suffering children comes from Christ himself.

Between the temptations of Christ and the temptations of Alyosha there is an analogy that underlines the parallelism of the two kisses given to the two tempters. The Legend is presented as a series ofconcentric circles around the Gospel archetype: circle of the Legend, circle of Alyosha, and finally the circle of the readers themselves. The aft of the tempter-novelist consists in revealing, behind all human situations, the choices that they imply. The novelist is not the devil but his advocate, advocatus diaboli. He preaches the false in order to lead us to what is true. The task of the reader consists in recognizing, with Alyosha, that everything he has just read “is not for the blame but the praise of Christ.”

The Slavophil and reactionary friends of Dostoevsky did not recognize anything at all. No one, it seems, was really ready for an art so simple and so great. They expected of a Christian novelist some reassuring formulas, some simplistic distinctions between good and bad people, in a word, “religious” art in the ideological sense. The art of the later Dostoevsky is terribly ambiguous from the point of view of the sterile oppositions with which the world is filled because it is terribly clear from the spiritual point of view. Constantine Pobedonos9ev, the procurator of the Holy Synod, was the first to demand this “refutation,” whose absence continues to chagrin or elate so many contemporary critics. There is no need to be astonished if Dostoevsky himself ratifies, in a way, this superficial reading of his work by promising the demanded refutation. It is not the author but the reader who defines the objective meaning of the work. If the reader does not perceive that the strongest negation affirms, how would the writer know that this affirmation is really present in his text? If the reader does not perceive that rebellion and adoration finally converge, how would the writer know that this convergence is effectively realized? How could he analyze the art which he is in the process of living? How would he divine that it is the reader, not he, who is wrong? He knows the spirit in which he has wriÆen his work, but the results escape him, if one says to him that the effect sought is not visible, he can only bow. This is why Dostoevsky promises to refute the irrefutable without ever following through, and this for good reason.

The pages devoted to the death of Father Zossima are beautiful, but they do not have the force of genius found in the invectives of Ivan. The critics who try to bend Dostoevsky in the direction of atheism insist on the laborious character that Dostoevsky’s positive expression of the good always had. The observation is fair, but the conclusions usually drawn from it are not. Those who demand of Dostoevsky a “positive” art see in this art solely the adequate expression of Christian faith. But these are always people who conceive a lame idea either of art or of Christianity. The art of extreme negation is perhaps, to the contrary the only Christian art adapted to our time, the only art worthy of it. This art does not require listening to sermons, for our era cannot tolerate them. It lays aside traditional metaphysics, with which nobody, or almost nobody, can comply. Nor does it base itself on reassuring lies, but on consciousness of universal idolatry.

Direct assertion and affirmation is ineffective in contemporary art, for it necessarily invokes intolerable cha&er about Christian values. The Legend of the Grand Inquisitor escapes from shameful nihilism and the disgusting insipidity of values. The art that emerges in its entirety from the miserable and splendid existence of the writer seeks affirmation beyond negations. Dostoevsky does not claim to escape from the underground. To the contrary, he plunges into it so profoundly that his light comes to him from the other side. “It is not as a child that I believe in Christ and confess him. It is through the crucible of doubt that my Hosanna has passed.”

Voir encore:

L’auteur

Ancien élève de l’ENS (1984), docteur en philosophie (1994) habilité à diriger des recherches (2004) et docteur en science politique (2012), Christian Ferrié enseigne en classes préparatoires aux grandes écoles à Strasbourg. Il a consacré l’essentiel de son travail à la philosophie de langue allemande : deux livres sur l’herméneutique heideggerienne (1998 et 1999), des articles de philosophie politique sur Carl Schmitt et Hannah Arendt (2006-2010), deux ouvrages sur la politique kantienne à publier chez Payot (2015). Parallèlement à ces travaux, il a entrepris un travail de recherche sur l’anthropologie politique de Pierre Clastres qui l’a amené à rédiger un livre (à paraître) : Le mouvement inconscient du politique (essai d’ethno-psychanalyse à partir de Clastres). Dans ce contexte, il a déjà publié une contribution dans le Cahier Clastres (2011), lequel Cahier fait suite au colloque à l’Unesco qui avait été consacré en novembre 2009 à Pierre Clastres : « La dynamique inconsciente du mouvement politique », p.323-339 in Pierre Clastres, sous la dir. de M. Abensour et A. Kupiec, 2011, Sens&Tonka.


À Hélène Clastres

« Des Cannibales » : le titre de l’essai de Montaigne peut paraître paradoxal. L’intention est évidente : cette réflexion sur la barbarie humaine entend rejeter comme unilatérale la condamnation morale et religieuse des pratiques anthropophagiques du Nouveau Monde que les voyageurs et les chroniqueurs ont révélées, en ce XVIe siècle finissant, à une France déchirée par les guerres de religion [1]. Le procédé est tout aussi clair : il s’agit de relativiser le cannibalisme pratiqué en Amérique en le réinsérant dans l’ensemble culturel où il prend sens, tout en éclairant les pratiques de cette nation prétendument barbare par des comparaisons valorisantes à l’Antiquité. Pourtant, le titre de l’essai a ceci d’étrange qu’il semble réduire la nation en question à sa coutume anthropophagique : « cette nation » alliée des Français qui habitait la contrée où le vice-amiral Villegagnon a fondé la France Antarctique – c’est celle dont les relations de Thevet (1557 et 1575) et de Léry (1578) nous entretiennent – n’a pas chez Montaigne de nom propre ; leur cannibalisme en ferait essentiellement des cannibales. Le paradoxe est d’autant plus grand que Montaigne refuse la démarcation sémantique entre les mauvais Cannibales et les bons Amériques, celle même mise en place par la délimitation cartographique du Pays des Cannibales entreprise par Thevet en 1557 à partir du cap de Saint-Augustin [2] : par opposition aux Sauvages des Amériques, lesquels font de manière barbare mourir leurs ennemis pris en guerre en les mangeant (il s’agit des Tamoio de la région autour de Rio de Janeiro), André Thevet dénomme et dénonce ces « Canibales » qui mangent « ordinairement chair humaine » (il s’agit cette fois des Tupi de la région située entre Bahia et le Maranhão [3]). Mais la distance prise par Montaigne avec le cosmographe du Roi suffit à lever le paradoxe apparent du titre.

S’il le fallait, la lecture ethnologique de l’essai de Montaigne à laquelle nous invite sa description, ethnographique avant la lettre, des coutumes de ces « Cannibales » avère ce point. On peut même dire que cet essai annonce la « révolution copernicienne » que Pierre Clastres célèbre dans un article, Copernic et les Sauvages (1969), qui ne porte pas par hasard une citation des Essais de Montaigne en exergue [4]. La conversion du regard qui permet de briser le cercle herméneutique de l’ethnocentrisme – suivant en cela le chemin tracé par l’œuvre de Lévi-Strauss, laquelle a su prendre au sérieux la pensée sauvage –, cette conversion donc trouverait son inspiration dans le voyage de Montaigne au pays des Cannibales : si Jean de Léry écrit bien le bréviaire de l’ethnologue [5], c’est la fraîcheur du regard de Montaigne qui en assure le succès au XVIe siècle [6] et depuis lors. Il s’agirait de proposer une lecture ingénue de son essai, et ce en faisant abstraction de la mise en scène subtile et raffinée des références philosophiques et poétiques qui encadre la présentation par Montaigne des mœurs de cette nation cannibale du Brésil. Cela me semble justifié d’un double point de vue. Dégager les éléments ethnographiques du témoignage de Montaigne en faveur de l’humanité de ces Cannibales du Nouveau Monde ne serait-ce pas rendre justice aux Cannibales de Montaigne tout autant qu’à Montaigne lui-même ?

Les Cannibales sans Montaigne

Les Cannibales qui circulent en France à l’époque de Montaigne et dont parlent les chroniqueurs français du XVIe siècle sont des Tupi-Guarani. Avant la Conquista, ces tribus constituent une population de plusieurs millions : ce qui est un fait tout à fait exceptionnel pour une société primitive ou sauvage [7]. Les tribus tupi-guarani qui vivaient dans la forêt amazonienne et sur le littoral ont une place tout à fait singulière aussi bien d’un point de vue ethnographique que dans une perspective historico-politique : ce sont les Tamoio ou Tupinamba qui servent de modèle à la figure du Cannibale tout autant que du Bon Sauvage ; ce sont des groupes guarani qui, d’une part, frayent aux Espagnols la voie vers l’or inca et, d’autre part, vont être rassemblés dans les missions jésuites des XVIe et XVIIe siècles. L’association entre Tupi et Guarani dans le vocable Tupi-Guarani provient d’une très grande homogénéité culturelle entre ces tribus, remarquable tant au plan de la vie socio-économique qu’au niveau des pratiques rituelles, des croyances religieuses et de la structure des mythes [8]. Les différences culturelles entre ces tribus tupi et guarani sont donc relativement négligeables, en particulier par rapport au cannibalisme, dont le rituel a été observé principalement à partir des Tupi côtiers. Il existe cependant une différence : chez les Tupi, seul le meurtrier changeait de nom alors que, chez les Guarani, tous ceux qui avaient mangé un morceau du corps ou l’avaient touché (les enfants étaient invités à broyer son crâne à la hache et à tremper leurs mains dans son sang) devaient changer de nom [9]. C’est l’occupation du territoire qui semble ainsi constituer la plus grande différence entre Tupi et Guarani : les Guarani à l’intérieur du Paraguay et les Tupi sur la côte brésilienne [10]. Avant la Conquête, les Tupi et les Guarani partagent donc culture et langue, mais ils ne forment aucunement une seule et même nation. Il n’y avait pas plus d’unité politique entre les Tupi qu’entre les Guarani : en effet, les tribus tupi ou guarani se trouvaient bien plutôt dans un état de guerre permanente entre elles comme, par ailleurs, avec les tribus dont elles essayaient de conquérir le territoire suite à leurs propres migrations. C’est en fait le contexte de leur exo-cannibalisme guerrier. Leur pratique pourtant bien particulière de cannibalisme – la capture des hommes et non des femmes est une des « curieuses inversions » notées par Hélène Clastres [11] –, cette anthropophagie rituelle pourtant atypique est paradoxalement devenue avec le temps un classique du genre [12], et ce par l’entremise décisive de Montaigne.

Il y a encore un autre paradoxe, noté par Métraux [13] : le mythe du Bon Sauvage a été forgé en Europe, au sein du milieu calviniste, à partir de la figure idéalisée du Tupinamba anthropophage [14]. C’est que le contexte européen des guerres de religion qui préside à la réception théologico-politique des Tupi-Guarani est au moins aussi important que les stratégies d’alliance des Européens avec les tribus indiennes : les Français avec les Tupinamba, les Portugais avec les Tupininquin [15] et les Espagnols avec les Guarani. En fonction même de ces alliances, les Européens ont une image positive de leurs alliés tupi-guarani avec lesquels ils entretiennent un très bon contact : dans ces conditions, ils peuvent apprécier le commerce avec ces tribus, le soutien militaire des hommes contre leurs ennemis et la beauté des femmes dont ils font des épouses ou des maîtresses (ce qui, en outre, leur assure l’alliance militaire des chefs de famille) [16]. Tout autant de raisons de relativiser leur cannibalisme.

Ces données ethnographiques nous permettent d’aborder en connaissance de cause ethnologique l’essai de Montaigne, lequel pointe tout particulièrement les pratiques guerrières des Cannibales. Mais il est un autre point d’intérêt dont il est également question dans l’essai : c’est l’existence de prophètes chez les Tupinamba. Pour achever cette présentation liminaire des sociétés tupi-guarani, il faut évoquer le phénomène tout à fait singulier des migrations prophétiques, que Nimuendaju (1914) et Métraux (1927) ont étudiées avant que Lowie (1948) et Clastres (1974) n’en fournissent une interprétation. Ce sont ces mouvements prophétiques qui intéressent en premier lieu Pierre Clastres chez les Tupi-Guarani, et non pas leur anthropophagie rituelle. Lire Montaigne à la lumière de Clastres peut, dans ces conditions, paraître aussi téméraire que paradoxal. Risquons ingénument un tel décryptage.

Une lecture ingénue : Des Cannibales de Montaigne

Il s’agit d’éclairer l’évocation ethnographique des mœurs tupi par l’essai de Montaigne en partant du principe que la fiction littéraire construite par Montaigne rencontre la réalité ethnographique. Si l’on fait abstraction des multiples références à l’Ancien monde (et tout particulièrement à la littérature de l’Antiquité) dont Montaigne agrémente la démonstration de l’essai, on peut reconnaître deux moments d’intérêt d’un point de vue ethnographique : le compte rendu par Montaigne du témoignage d’un de ses domestiques quant aux mœurs de cette nation du Nouveau Monde qui pratique notamment le cannibalisme ; le dialogue direct avec trois d’entre eux, lequel porte sur la question du pouvoir socio-politique.

Avant même d’en faire état en deux temps, Montaigne présente le « veritable tesmoignage » d’un homme « simple et grossier », lequel avait « demeuré dix ou douze ans en cet autre monde », à l’endroit même de la France Antarctique de Villegagnon, comme étant d’autant plus authentique et fidèle qu’il a été confirmé par d’autres voyageurs que cet homme simple lui a présentés [17]. Il convient de collecter les informations que ce témoignage ingénu nous apporte, et ce afin de les recouper avec les connaissances ethnographiques qui sont par ailleurs disponibles. Dans un premier temps, les mœurs de cette nation sont présentées d’une double manière. Tout d’abord, il s’agit pour Montaigne de déconstruire l’ethnocentrisme du jugement de ces nations par l’Ancien monde : contredisant leur disqualification comme « barbare et sauvage », il défend cette nation, proche de la nature, contre l’anti-modèle de notre société, artificielle. Mais surtout, il lui faut ensuite faire état de leurs mœurs, et ce afin d’en avérer la simplicité. En fait, tout n’est pas aussi simple qu’il y paraît au premier abord.

Au plan de la civilisation matérielle, leurs « bastimens » sont considérables : une « grangée » de « cent pas de longueur » peut contenir deux à trois cent âmes et constituer un village [18]. Il convient d’apporter une précision ethnographique, laquelle montre un déplacement dans la description de Montaigne. La communauté primitive constitue un groupe local qui réside souvent dans une seule maison (maloca). Mais, chez les Tupi-Guarani, le village est constitué de plusieurs maloca [19] qui abritent en moyenne quatre cents personnes [20]. Par suite, le village étant capable d’abriter mille à trois mille habitants ne ressemble plus à une communauté primitive classique. C’est donc comme si Montaigne projetait sur les villages tupinamba « le modèle primitif habituel » dont ils s’étaient pourtant écartés [21]. C’est le premier déplacement qu’on peut noter, lequel converge avec un second déplacement. Ayant avancé l’idée qu’il n’existe aucune distinction politique parmi cette nation, « nul nom de magistrat, ny de superiorité politique » [22], Montaigne attribue à « quelqu’un des vieillards » la fonction de prêcher toute la grangée le matin [23], alors que ce rôle est traditionnellement dévolu au chef de tribu [24]. Ayant précisé que les gens de cette nation « croyent les ames eternelles », Montaigne affirme que ces prêches quotidiens iraient dans le même sens que les exhortations à la vertu des « prestres et prophetes », dont la « science éthique » se limiterait à deux articles : la résolution à la guerre, où il faut montrer son courage contre les ennemis, et l’affection ou l’amitié envers les femmes [25]. Suivant Léry, Montaigne fait état des grandes fêtes et assemblées solennelles de plusieurs villages qui ont lieu les rares fois où ces Caraïbes, qui demeurent dans les montagnes, en descendent pour se présenter au peuple [26] : leur tâche est de prédire à cette occasion l’issue de la guerre et leur destin de disparaître ou d’être mis à mort s’ils s’avèrent être des « faux prophètes [27] ».

Après un intermède cultivé sur la divination chez les Scythes, la transition est faite pour passer à la question de leurs « guerres contre les nations au delà de leurs montagnes » : armés d’arcs et d’épées de bois, ils vont nus au combat, combat qu’ils mènent sans jamais s’enfuir ni se laisser effrayer ; les guerriers victorieux ramènent comme trophées la tête de l’ennemi vaincu ainsi que des prisonniers, lesquels seront mis à mort et mangés au bout d’un certain temps. Montaigne rend fidèlement compte du rituel qui préside au repas anthropophagique, et ce malgré quelques imprécisions (indiquées entre parenthèses) et quelques inexactitudes de détail [que je m’autorise à corriger] : pendant leur séjour, qui peut effectivement être assez long (jusqu’à quelques années), les prisonniers sont bien traités (même si, lors de leur arrivée dans le village ennemi, ils sont insultés par des femmes et qu’ils le seront à nouveau de temps à autre à l’occasion de fêtes) ; lors de son exécution, le prisonnier est maintenu par une corde attachée [non par les bras, mais] au torse, laquelle corde est tenue par deux autres hommes [et non par le maître et son ami] pendant que son maître [seul] l’assomme d’un coup d’épée-massue ; ensuite, son corps mort est rôti [boucané en fait], puis mangé en commun après une répartition des lots (laquelle a été décidée en amont de la cérémonie) ; tout ce rituel (d’une durée de trois à cinq jours) a pour signification non de satisfaire la faim, mais de « representer une extreme vengeance [28] ». S’il suit fidèlement les chroniqueurs qui, tel Léry, insistent tout particulièrement sur ce dernier point, Montaigne a pour insigne mérite d’avoir parfaitement mis en scène le lien qui unit guerre et cannibalisme [29]. Cette compréhension (pré)ethnologique de la signification de l’anthropophagie guerrière permet à Montaigne de récuser sa condamnation ethnocentriste et, qui plus est, de fustiger le châtiment barbare qui peut être infligé aux cannibales du Nouveau Monde : être livrés à des chiens pour être dévorés vivants [30]. Après cette relativisation de la barbarie cannibale, il est longuement question du sens de leur pratique guerrière et de la signification que revêt dans ce contexte la vengeance anthropophagique.

Montaigne démarque leur manière de faire la guerre, « toute noble et genereuse », d’une guerre de « conqueste de nouvelles terres » et de pillage des « biens des vaincus » : « l’acquest du victorieux c’est la gloire, et l’avantage d’estre demeuré maistre en valeur et en vertu ». Pour étayer cette hypothèse sur le but de la guerre, il rend compte du traitement apparemment ambivalent des prisonniers : si, d’une part, ils sont laissés en liberté et peuvent jouir de toutes les commodités (dont une épouse), c’est pour leur rendre la vie d’autant plus chère et, ainsi, les attacher à la vie qu’on va leur prendre ; d’autre part, les prisonniers sont périodiquement entretenus de leur mort future, des tourments qu’ils vont souffrir et du « festin qui se fera à leurs despens », et ce afin de leur arracher la requête de n’être pas tués et mangés. On leur rend donc la vie agréable tout en leur peignant leur propre mort dans le seul objectif d’abattre leur vaillance :

Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche quelque parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’en fuyr, pour gaigner cet avantage de les avoir espouvantez, et d’avoir faict force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraye victoire [31].

La véritable victoire et, donc, la vengeance suprême contre l’ennemi, ce serait de parvenir à affaiblir la fermeté d’âme et le courage du guerrier vaincu : c’est peine perdue, car « de vray, ils ne cessent jusques au dernier souspir de les braver et deffier de parole et de contenance ». C’est le sens de cette « chanson faicte par un prisonnier » que Montaigne évoque après avoir établi, à travers une incursion savante dans le monde gréco-romain, le sens de la noble guerre : acquérir l’honneur de la vertu guerrière, laquelle consisterait moins à battre qu’à combattre [32]. Le but de cette généreuse guerre ne serait donc ni la conquête territoriale, ni le pillage des biens, ni même la victoire : ce serait uniquement le gain de gloire. C’est comme si l’analyse de Montaigne rencontrait une forme primitive de guerre que les Tupi-Guarani, en fait, ne pratiquaient plus au moment de la Conquista. Car, pendant la période pré-colombienne, les tribus tupi-guarani ont mené de véritables guerres de conquête [33] qui, par exemple, ont permis aux Tupinamba de repousser les anciens occupants de la côte brésilienne dans les forêts : ceux qu’ils appellent les Tapuya [34]. Rien ne permet d’affirmer que, si la Conquista n’avait pas eu lieu, les Tupinamba s’en seraient tenus aux frontières entre provinces que les Européens ont pu constater au moment de leur arrivée : la séparation de la côte brésilienne en provinces est, en quelque sorte, un cliché de l’état du rapport de forces entre les tribus au moment de la Conquête. C’est donc comme si Montaigne avait projeté la pratique primitive de la guerre sur les Tupi-Guarani tout autant, d’ailleurs, que sur les Grecs et les Romains. Mais ce déplacement a permis à Montaigne d’entrevoir l’idéal-type de la guerre primitive, idéal-type que Pierre Clastres a forgé en s’appuyant sur les paroles des guerriers chulupi du Chaco [35] : le moteur de la guerre en sa forme primitive, c’est la quête insatiable de gloire [36]. C’est un des passages les plus captivants de l’œuvre de Clastres : le guerrier est condamné à mort par sa propre tribu qui le pousse à rechercher la gloire [37], et ce afin d’empêcher la logique mortifère de la guerre de l’emporter sur la logique de vie de la société primitive [38]. La vérité de la guerre primitive, ce serait la mort du guerrier en quête de gloire.

Il faut « revenir à nostre histoire » pour bien comprendre que le guerrier vaincu, fait prisonnier, ne perd pas pour autant son honneur. Afin d’attester leur « contenance gaye », Montaigne fait état de la constance des prisonniers, lesquels défient leurs maîtres, accusés de lâcheté et pressés de les exécuter, et vocifèrent même tout leur mépris « jusques au dernier souspir [39] ». Il évoque les gravures qui « peignent le prisonnier crachant au visage de ceux qui le tuent » en l’assommant, et ce juste après avoir restitué la chanson faite par le prisonnier, mais sans préciser la corrélation entre les deux événements. Il y en a pourtant une : cette « chanson guerrière » (comme Montaigne la dénomme par la suite) est, en effet, le discours que le prisonnier fait pendant le rituel de son exécution, et ce juste avant de mourir [40] ; pour que le rituel soit accompli, il est même tenu de le faire de façon à simuler le combat à mort qui, en quelque sorte, autorise sa mise à mort finale et le repas anthropophagique [41]. Sans transition autre que d’en faire un « tesmoignage de la vertu du mary » et de sa « reputation de vaillance », il est ensuite question de la polygynie, laquelle n’est plus chez les Tupi-Guarani l’apanage du chef ou du chaman, mais est partagée par les guerriers valeureux. Le prestige d’avoir capturé des ennemis se double ainsi du droit prestigieux d’avoir plusieurs femmes : à l’instar de leur groupe familial, ces dernières recherchent elles-mêmes les guerriers les meilleurs et donc les plus prestigieux [42]. Montaigne noterait donc, à juste titre, l’accord des femmes avec le dispositif polygamique de la société : « soigneuse de l’honneur de leurs maris […], elles cherchent et mettent leur sollicitude à avoir le plus de compaignes qu’elles peuvent [43] ». C’est pour montrer que ces femmes ne sont pas servilement dominées et abêties par « l’impression de l’authorité de leur ancienne coutume » (polygénique) qu’est invoquée une chanson amoureuse dont Montaigne restitue le premier couplet et refrain.

Il s’agirait d’illustrer une concorde raffinée entre des femmes qui seraient reliées entre elles par une corde de coton. Je risque une hypothèse, anti-poétique au possible : ce ne serait pas un homme amoureux, mais une femme qui s’adresserait à une couleuvre pour la prier d’arrêter son mouvement, et ce afin qu’elle puisse servir de modèle au cordon filé par sa sœur ; ce qui permettrait à cette femme de l’offrir à son amie ; cette corde pourrait être celle qui est mise autour du cou du prisonnier pendant toute la durée de son séjour ou bien le cordon qui servirait à sa mise à mort. Les Tupi ne tissaient pas, mais filaient et tressaient le coton pour en faire des cordons qui servaient à fabriquer les hamacs, lieux des accouplements, tout autant que la corde maintenant le prisonnier lors de sa mise à mort, la mussurana. C’est un terme tupi qui, à l’origine, désigne un serpent cannibale : insensible au venin des serpents venimeux, ce serpent non venimeux se laisse mordre par la vipère, puis l’enlace de ses volutes avant de s’emparer tout d’abord de sa tête et ensuite de l’engloutir complètement ; de même que « le mussurana-serpent attache avec son propre corps la victime au moment de la tuer », de même la corde-mussurana attache le prisonnier à mettre à mort [44]. Il n’y aurait « rien de barbarie dans cette imagination » mienne : une femme offre à une autre un riche cordon filé par sa sœur sur le modèle d’un serpent inoffensif pour l’être humain ; on peut même s’imaginer que cette autre femme est l’épouse transitoire du prisonnier ennemi. Il faut bien, en effet, que la mussurana soit filée par des femmes avant d’être nouée par des hommes : le prisonnier est alors immobilisé comme le serpent venimeux [45] ; l’épouse du captif sacrifié versait des larmes, puis consommait son époux [46] en suivant le modèle du serpent-mussurana. C’est une hypothèse qui ne peut être vérifiée, faute de disposer de la chanson tupi à laquelle Montaigne se réfère pour en affirmer le caractère anacréontique. Mais on peut en supputer plusieurs traits qui se tresseraient ici en une sorte de cordon directeur d’une interprétation polyphonique de la chanson : la métaphore filée par Montaigne, peut-être, parviendrait à relier la symbolique de la couleuvre à l’ouvrage artisanal et à la création poétique, et ce avec une discrétion anacréontique dont André Tournon a révélé la signification raffinée au possible [47]. Comme si la mélodie tupi, « retirant aux terminaisons Grecques », parvenait de la sorte à faire entendre sa composition symboliquement raffinée en contrepoint du chant poétiquement cultivé par Anacréon.

Discrètement, Montaigne passe du témoignage indirect sur les mœurs de cette nation du Nouveau Monde au dialogue direct avec trois d’entre eux sur la question du pouvoir socio-politique : c’est la rencontre mise en scène à Rouen. Il y a deux scènes dialoguées, lesquelles voient Montaigne passer du statut de spectateur à celui d’interlocuteur. C’est bien connu. L’ensemble est placé tout entier sous le signe de La Boétie, et ce d’entrée de jeu puisque Montaigne les juge « bien miserables de s’estre laissez piper au desir de la nouvelleté [48] ». Il faut s’imaginer la première scène : le jeune roi Charles IX leur parle « long temps » ; pourtant, ce n’est pas le long dialogue royal avec eux qui retient l’attention de Montaigne, mais bien les impressions négatives qu’ils ont de la France monarchique. Faussement inattentif, Montaigne a bien noté les réponses interrogatives qu’ils ont faites aux questions posées par « quelqu’un » d’inconnu qui pourrait figurer le fantôme de La Boétie. Car ce sont manifestement les subversives questions de la servitude volontaire face à la division socio-politique qui caractérise l’Ancien monde depuis la malencontre. Ainsi, Montaigne fait apparaître La Boétie en arrière-plan de ces « gens tout neufs » qu’évoque Le Contr’Un :

… si d’avanture il naissoit aujourdhuy quelques gens tout neufs, ni accoustumés a la subjection, ni affriandés a la liberté, et qu’ils ne sceussent que c’est ni de l’un ni de l’autre ni à grand peine des noms, si on leur présentoit ou d’estre serfs, ou vivre francs selon les loix desquelles ils ne s’accorderoient : il ne faut faire doute qu’ils n’aimassent trop mieulx obéir a la raison seulement, que servir a un homme [49]

Suivant l’allusion de son ami La Boétie, Montaigne ne peut qu’écouter ce que ces gens ont à dire de notre monde de servitude comme de leur monde de liberté. Le versant critique de la rencontre, la vision que les Tupi-Guarani donnent de l’ancien monde, précède dans l’essai le versant positif, l’exposition de leur pratique du pouvoir. C’est la seconde scène du dialogue qui voit Montaigne sortir de l’ombre pour devenir l’interlocuteur principal : à son tour, il parla « à l’un d’eux fort long temps », et ce grâce à la traduction d’un « truchement » qui fut cependant d’une trop grande bêtise pour suivre Montaigne. Tout semble donc défavorable à la compréhension mutuelle entre Montaigne et ce « Capitaine » que les matelots appelaient « Roy » : le truchement normand ayant séjourné au Brésil, cela vaut, par extension, de la difficile rencontre entre l’ancien et le nouveau monde sous les conditions de la Conquête. Malgré tout, l’écoute et l’entente semblent possibles : un dialogue authentique peut avoir lieu… du moins dans l’essai de Montaigne. Toute la mise en scène du dialogue direct de Montaigne avec le Capitaine vise ainsi à nous persuader de l’authenticité d’une fiction qui, en substance, rejoint la réalité. Pour répondre aux questions de Montaigne, le Capitaine avance trois éléments : « marcher le premier à la guerre » est l’avantage que lui apporte sa « superiorité » de chef ; en tant que chef de guerre il est suivi de quatre à cinq mille hommes (selon l’estimation de Montaigne) ; « hors la guerre, toute son autorité estoit expirée » à l’exception du fait qu’on lui fraye des sentiers où il peut passer à l’aise pour accéder aux villages [50]. Cette toute dernière précision pourrait être le fait d’une confusion entre chef et chaman [51]. Mais pour le reste, Montaigne rencontre bien la réalité ethnographique de la chefferie amérindienne, et ce à la faveur de quelques déplacements qu’il nous faut prendre soin d’analyser. Pour ce faire, laissons la clarification ethnologique prendre la relève du décryptage ingénu de ce que l’essai de Montaigne révèle d’évocation ethnographique.

Un éclairage ethnologique : la chefferie tupi

L’éclairage ethnologique n’a pas pour objectif d’infliger une rectification positiviste à la description ethnographique de Montaigne, mais bien d’en attester la justesse en cernant la réalité rencontrée par son essai. Tout atteste, en premier lieu, que l’interlocuteur de Montaigne est un chef de guerre : un capitaine donc (comme Montaigne l’avait bien compris), et peut-être bien un fils de roi plutôt qu’un roi (les matelots revenus du Brésil anticiperaient peut-être son statut à venir). Marcher le premier à la guerre : ce caractère a été relevé par Claude Lévi-Strauss, qui l’évoque dans Tristes tropiques (1955), en écho à sa thèse complémentaire sur les Nambikwara (1948) : la référence explicite à Montaigne conforte le constat ethnographique que « le chef marche en avant », en général et non seulement à la guerre [52]. Il y a là, de la part de Lévi-Strauss, une étrange indistinction entre le chef et le chef de guerre. Ce qui enlève en fait tout son mordant à la réponse faite à Montaigne : pour le chef de guerre, il s’agit de risquer sa vie en s’exposant en premier et, par le courage ainsi donné en exemple, d’inciter les autres à le suivre, alors que les mauvaises décisions du chef risquent tout au plus de provoquer une scission du groupe. Lorsqu’il donne l’exemple des Nambikwara étudiés par Lévi-Strauss (1944), Lowie (1948) néglige bizarrement de remarquer cette confusion entre chef et chef de guerre, et ce alors même qu’il entend avérer l’opposition entre l’influence d’un titular chief sans pouvoir de commandement et l’autorité du war leader :

… les Nambikwara illustrent la montée en puissance d’une chefferie relativement stable, comme celle décrite de manière suggestive par Lévi-Strauss […]. Ici émerge un chef titulaire avec une véritable influence, bien qu’encore dépourvu de pouvoir (not a ruler). Par contraste, le chef de guerre a une autorité éphémère mais absolue, comme cela a déjà été remarqué pour de nombreux groupes d’Amérique du Sud [53].

En règle générale, le chef de guerre n’est pas le chef tout court : le stratège et le chef n’ont pas les mêmes attributs et attributions. Selon Lowie, le chef en titre (titular chief), qui assume la direction du groupe en temps de paix (civil leadership), peut être défini, négativement, par son absence d’autorité coercitive et de pouvoir de commander les autres : positivement, il est un pacificateur caractérisé par sa générosité (obligation de munificence) et par ses dons oratoires [54]. C’est le point de départ de Pierre Clastres dans son texte inaugural sur la philosophie de la chefferie indienne (1962), texte qui fait tout logiquement référence à Lowie et Lévi-Strauss [55]. Selon Clastres, la chefferie indienne est instituée dans l’intention sociologique de figurer « l’impuissance de l’institution » d’un chef condamné à être contrôlé et contesté, si besoin est, par la société :

…le chef ne dispose d’aucune autorité, d’aucun moyen de coercition, d’aucun moyen de donner un ordre. Le chef n’est pas un commandant, les gens de la tribu n’ont aucun devoir d’obéissance. L’espace de la chefferie n’est pas le lieu du pouvoir, et la figure (bien mal nommée) du « chef » sauvage ne préfigure en rien celle d’un futur despote [56].

Clastres note que la guerre perturbe cette situation dans la mesure où le chef de guerre doit, lors d’une expédition guerrière, « exercer un minimum d’autorité », et ce en relation avec sa « compétence technique de guerrier [57] ». Pourtant, le chef de guerre ne commande pas à proprement parler. Ce qui reste vrai pour les Tupi côtiers, et ce alors même que des milliers de combattants étaient engagés sur le champ de bataille [58] : suivant Léry, Métraux précise ainsi qu’après avoir suivi le chef qui menait toujours la colonne, les Tupinamba combattaient sans obéir à aucun commandement [59] ; les plus vaillants à la pointe, ils marchaient au combat sans tenir « ni rang ni ordre », pendant que les femmes assuraient l’approvisionnement [60]. Selon Léry, même la mobilisation initiale des troupes n’était pas le fait du chef, mais bien plutôt une œuvre collective résultant de la décision prise par le Conseil des Anciens [61] : c’est la tribu qui décide de la guerre et c’est elle qui mène le combat. En temps de guerre, le chef de guerre dispose donc d’une force de commandement tout à fait relative et, « hors la guerre », il perd tout pouvoir : en temps de paix, il ne jouit en effet que du prestige d’un guerrier ayant tué et mis à mort beaucoup d’ennemis, prestige qui se marque et se remarque par l’accumulation des tatouages et des noms. Mais prestige n’est pas pouvoir : le chef de guerre ne peut pas faire le chef au sens où nous l’entendons, sauf à renverser le rapport de forces entre la tribu et le chef : s’appuyant sur l’exemple de Geronimo, qui s’y essaie, Clastres avance l’hypothèse que « ça ne marche jamais [62] ». Jusqu’à présent, tout paraît congruent à l’essai de Montaigne.

Il y a pourtant un élément dissonant, qui renvoie à l’état bien particulier de la société tupi à l’époque de la Conquête. Parmi les sociétés primitives, les Tupi-Guarani constituent en effet un cas tout à fait exceptionnel : c’est l’exemple singulier d’une montée en puissance des chefs (de guerre) au sein de la société sauvage, dont le célèbre Quoniambec est une illustration exemplaire. Tout en récusant le déterminisme démographique, Clastres a montré l’articulation entre la croissance démographique et la lente émergence du pouvoir politique par l’intermédiaire sociologique de la concentration de la population dans des unités socio-politiques de plusieurs milliers d’habitants :

…les Tupi-Guarani paraissent, à l’époque où l’Europe les découvre, s’écarter sensiblement du modèle primitif habituel […]. Sur ce fond d’expansion démographique et de concentration de la population se détache – fait également inhabituel dans l’Amérique des Sauvages, sinon dans celle des Empires – l’évidente tendance des chefferies à acquérir un pouvoir inconnu ailleurs [63].

En corrélation avec l’expansion démographique [64], l’expansion territoriale et politique, permise par des guerres de conquête [65], assure ainsi l’autorité de certains chefs sur plusieurs villages et même sur une province entière. La tendance centripète à l’unification [66], qui s’était tout d’abord déployée au niveau d’un village rassemblant plusieurs communautés, conduisait en effet les sociétés tupi-guarani à reproduire le même schéma au plan fédéral du rassemblement de plusieurs villages sous l’autorité d’un chef de province [67]. Lorsque les Européens arrivent, le système social était bien loin d’avoir, à ce niveau provincial, trouvé un état d’équilibre. Car cette dynamique politique créatrice de sortes de « royautés » (les guillemets de Clastres indiquent que le terme révèle la perception des chroniqueurs) constituait un processus conflictuel : « à s’étendre en effet, le champ d’application d’une autorité centrale suscite des conflits aigus avec les petits pouvoirs locaux » (par exemple, entre le « Roy » Quoniambec et ses « roytelets ») ; et ce comme si les chefferies locales résistaient à un processus historique qui, à terme, aurait abouti à l’exercice d’une « hégémonie politique » sur plusieurs communautés ou tribus voisines [68]. Constatant qu’il y a « une différence radicale, une différence de nature » (et non pas simplement de degré) entre le chef d’une centaine de guerriers et les grands leaders tupi-guarani menant au combat plusieurs milliers de guerriers [69], Clastres peut en conclure que « les chefs tupi-guarani n’étaient certes pas des despotes, mais ils n’étaient plus tout à fait des chefs sans pouvoir [70] ».

Cet état socio-politique tout à fait singulier des sociétés tupi-guarani permet de mettre en perspective plusieurs faits ethnographiques évoqués par Montaigne. Tout d’abord, l’existence de villages multi-communautaires éloigne les Tupi-Guarani de l’horizon d’une communauté primitive dont le village se limiterait à la dimension d’une grange (maloca). Ensuite, la polygynie n’est plus limitée aux chefs et chamanes, comme c’est en général le cas dans les communautés primitives. Chez les Tupi, elle s’étend aux guerriers valeureux : Montaigne note ce point juste après avoir rendu compte de la bravoure des prisonniers mis à mort, et ce comme s’il entrevoyait une corrélation entre leur glorieuse capture et la polygynie. C’est devenu un fait social chez les Tupi-Guarani : la société accorde désormais le droit d’avoir plusieurs épouses au guerrier prestigieux qui acquiert ce prestige (noms et tatouages) en faisant prisonnier des ennemis et en les exécutant. La guerre à l’origine du prestige entraîne donc la polygynie, et ce avec l’accord de la société : les femmes recherchent les meilleurs guerriers et un clan familial a tout intérêt à donner ses femmes à des hommes de prestige. Le lignage des chefs de guerre tend par suite à devenir socialement plus important que les autres : le grand guerrier a beaucoup de femmes, donc plus de richesses que les autres, plus d’esclaves (plus de prisonniers de guerre), plus d’enfants, une famille plus importante et plus puissante, plus de gendres, etc. Il a donc davantage d’influence sur son groupe local et, éventuellement, sur d’autres groupes locaux. Ce système de la conjonction guerre-polygynie-pouvoir conduit à une différenciation socio-politique. Clastres signale ainsi qu’au sein d’autres sociétés amérindiennes déjà fortement engagées dans un processus de stratification sociale, la polygynie cesse d’être le privilège du chef pour devenir un attribut des guerriers, lesquels réduisent en esclavage les tribus voisines et s’approprient leurs femmes comme épouses secondaires [71].

La montée en puissance des chefferies et la constitution d’armées imposantes seraient le signe qu’à l’époque de la Conquête, les Tupi étaient confrontés à un processus de transformation profonde de leur société [72] que Clastres finit par mettre en rapport avec l’intensification de leur pratique guerrière et la mutation corollaire du sens même de la guerre : le cas des Tupi l’amène ainsi à envisager « la guerre de conquête dans les sociétés primitives comme amorce possible d’un changement de la structure politique [73] ». Ce qu’il appelle par ailleurs l’emballement de la machine guerrière transformerait la guerre primitive en une guerre de conquête : c’est ce qu’avèreraient la conquête précolombienne de la côte brésilienne par les Tupi [74] tout autant que les guerres incessantes entre tribus à l’époque coloniale. Dans La Terre sans mal (1975), Hélène Clastres rappelle, à la suite de Métraux, qu’avant l’arrivée des Blancs, les Tupi-Guarani sont devenues des « sociétés de conquérants » qui mènent des « guerres de conquête [75] », de sorte que des provinces intertribales se sont constituées sur le fondement d’une répartition politique nouvelle entre tribus amies et ennemies : chez les Tupi, le chef de province a autorité sur les chefs de villages alliés qui, assistés désormais d’un Conseil des Anciens, ont autorité sur les chefs des maisons collectives. Ce qui est donc en gestation, c’est l’« évolution politique » et sociale vers une organisation pyramidale de sociétés qui sont devenues conquérantes en corrélation avec leur explosion démographique.

C’est un phénomène décisif qui marque une sorte de perversion de la fonction politique de la guerre primitive. En effet, les guerres de conquête n’obéissent plus à la logique centrifuge de séparation entre les communautés primitives, mais à la logique inverse de l’unification centripète d’un territoire sous la domination d’une tribu et de ses chefs. Habituellement, les communautés se divisent en cas d’expansion [76], et ce grâce à la scission qui peut, au bout de quelques générations, mener à la guerre en raison d’un renversement d’alliances : les anciens beaux-frères deviennent des ennemis. Scission interne et guerre émanent donc de la même force centrifuge. Clastres reconstruit ainsi l’idéal-type de la guerre qui correspond à l’état de la communauté primitive : la guerre de scission [77], c’est la politique extérieure de la communauté primitive [78]. La fonction politique des guerres de scission, c’est d’empêcher la fusion entre les communautés primitives [79] : il s’agit de maintenir l’Autre à l’extérieur du territoire [80], et ce de manière à prévenir la concentration sociale dans des structures multi-communautaires et l’émergence corollaire de chefferies puissantes. De ce point de vue, le glissement fonctionnel d’un raid guerrier qui devient aussi une entreprise de pillage paraît constituer une perversion économique de la guerre, mais il s’agit encore et toujours pour le guerrier de montrer sa bravoure et d’acquérir de la gloire, et non pas de conquérir des territoires ou de s’approprier des biens [81]. La capture des femmes est un des buts inhérents à la guerre de ce type : « on attaque les ennemis pour s’emparer de leurs femmes », et ce de manière à éviter tout échange [82]