Ouragan Harvey: Dieu existe ! Il a puni les islamophobes de Charlie hebdo ! (When all else fails, blame God !)

1 septembre, 2017
On tue un homme : on est un assassin. On en tue des millions : on est un conquérant. On les tue tous : on est un Dieu. Jean Rostand
Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. Esaïe 45: 6-7
Comment un homme aurait-il raison contre Dieu? “Ami” de Job (25: 4-6)
Suis-je vraiment intègre? Je ne saurais le dire (…) Que m’importe, après tout! C’est pourquoi j’ose dire: «Dieu détruit aussi bien l’innocent que l’impie.» Quand survient un fléau qui tue soudainement, Dieu se rit des épreuves qui atteignent les justes. (…) Et si ce n’est pas lui, alors, qui est-ce donc? Job (9: 21-24)
Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. Jean 9: 2-3
Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Jésus (Luc 13: 1-5)
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. Christian Boltanski
These great tragedies and collective punishments that are wiping out villages, towns, cities and even entire countries, are Allah’s punishments of the people of these countries, even if they are Muslims. We know that at these resorts, which unfortunately exist in Islamic and other countries in South Asia, and especially at Christmas, fornication and sexual perversion of all kinds are rampant. The fact that it happened at this particular time is a sign from Allah. It happened at Christmas, when fornicators and corrupt people from all over the world come to commit fornication and sexual perversion. That’s when this tragedy took place, striking them all and destroyed everything. It turned the land into wasteland, where only the cries of the ravens are heard. I say this is a great sign and punishment on which Muslims should reflect. All that’s left for us to do is to ask for forgiveness We must atone for our sins, and for the acts of the stupid people among us and improve our condition. We must fight fornication, homosexuality, usury, fight the corruption on the face of the earth, and the disregard of the lives of protected people. Sheik Fawzan Al-Fawzan (member of the Senior Council of Clerics, Saudi Arabia’s highest religious body and professor at the Al-Imam University)
When we try, however inadequately, to see things from God’s viewpoint rather than our own, things become quite different. There is suddenly nothing unfair about the deaths of any one of us, no matter what the circumstances. God is the sovereign Judge who is totally holy (1 John 1:5). It would therefore be impossible to overstate His utter abhorrence of even the slightest sin. From His perspective, it would be totally lawful and just to wipe out all of us, in whatever fashion. But God is also merciful and loving (2 Peter 3:9), and longsuffering. In the most profound display of mercy and grace imaginable, He stepped into our shoes as a man, God the Son. He came to suffer and die, not in some sort of ooey-gooey martyrdom, but so that His righteous anger against sin could be appeased and the penalty paid for those who place their trust in Jesus Christ and receive His free gift—forgiveness of their sin and admission into God’s family—by faith. (…) A skeptic at one of my talks said publicly that  the Flood would make God “the biggest mass murderer in history.” But murder is defined as the unlawful killing of innocent human life. First, from God’s perspective post-Fall, there is no such thing as an “innocent human”. And second, the concept of murder presupposes a universal law that such things are wrong, which can only be so if there is a Lawgiver, which the skeptic was trying to deny. As Creator, God has decreed that it is unlawful for a human being to take another human’s life, but the Judge of all the earth does not Himself do wrong when He takes a life, which in a very real sense happens whenever any of us die, regardless of what is called the “proximate” cause (whether tsunami, heart attack or even suicide). Carl Wieland
Depuis l’attaque, ‘Hebdo’ a distribué ses coups. Maintenant ils ont peur de l’islam, mais se moquent des victimes de tempêtes. Les terroristes musulmans ont gagné.  Joe Walsh (animateur radio et ancien membre du Congrès américain)
A woman in Alabama claimed to have 5,000 Facebook followers who could send money Tangier’s way. “But she said, ‘Let me tell you something: You need to end your support for Donald Trump. He’s a terrible man. He’s poisoning the ocean.’ The Virginian Pilot
As a political cartoonist, I try to get people to think – to consider the ironies and subtleties of the world we live in. This cartoon went with an extreme example of anti-government types – Texas Secessionists – benefitting from the heroism of federal government rescuers. It of course was not aimed at Texans in general, any more than a cartoon about extremists marching in Charlottesville could be construed as a poke at all Virginians. My heart is with all the victims of Hurricane Harvey’s destruction and those risking their lives to save others. Matt Wuerker
Behold, the collection of lazy Texas stereotypes. Big cowboy hats and boots, a Gadsden flag and a secession banner? All that’s missing are comically oversized cigars and something labelled « oil. » Secondly, the cartoon reveals an understanding of Christian theology that would make even a child laugh. Third, it suggests that Houston, which is still reeling from the catastrophic damage brought on by Hurricane Harvey, is a hotbed of weirdo, backwoods secessionists. This may come as news to the city that voted 54 percent in favor of Hillary Clinton in the 2016 presidential election. Fourth, the cartoon would seem to suggest incorrectly that all rescue efforts are being carried out by the Coast Guard. This is wrong. Houstonians have done an amazing job so far of assisting and rescuing one another, as have outsiders coming from other states. This isn’t to detract from the Coast Guard’s efforts, but only to say that the people of Texas have also made major contributions. Finally, the timing of the political point-scoring here is just – wow. Yes, there are secessionists in Texas, but is this really the moment for a round of self-satisfied grinning by a Washington-based cartoonist? The Washington Examiner

A l’heure où avec l’ouragan majeur Harvey et son lot de victimes (38) et de destructions (une quarantaine de milliards de dollars) …

Nos belles âmes de gauche (excusez le pléonasme) en ont profité, à l’instar de Charlie hebdo fidèle après sa charge contre l’islam de la semaine précédente à sa ligne habituelle d’équivalence morale,  pour se gausser de qui vous savez …

Comment ne pas être frappé de l’incroyable constance avec laquelle athées déclarés comme croyants avérés …

S’accrochent à leur image d’un Dieu tout puissant (si Dieu existait, il n’y aurait pas tout ce mal) …

Et donc nécessairement criminel (à l’instar du Déluge, Dieu se réserve le droit de châtier ses créatures) ?

Une violence divine ?

La croyance en un Dieu unique est-elle la source lointaine de l’actuel regain du fanatisme ? Alors que l’on tue encore, en 2015, au nom de la religion, réflexions sur les relations entre le monothéisme et l’intolérance.

 Nicolas Weill et Nicolas Truong

Le Monde

27.12.2015

Les dieux semblaient s’être retirés de notre Occident désenchanté. Les divinités, s’être sagement éclipsées de notre planète mondialisée. Or voici qu’en 2015 le meurtre de masse au nom de Dieu vient frapper au cœur l’Europe. Les attentats de janvier puis les tueries du 13 novembre en plein Paris, le déchaînement spectaculaire des affrontements sanglants au Proche-Orient ont remis la question du lien entre terreur et croyance au cœur de l’actualité. « Toute religion est fondée sur un bouc émissaire », écrivait le philosophe René Girard (1923-2015) récemment disparu, qui avait mis la question de la violence et du sacré au cœur de sa pensée (Le Monde du 5 novembre 2015).

Les grandes religions monothéistes, celles qui adhèrent à un Dieu unique et universel, se retrouvent désormais sur le banc des accusés. Au-delà des configurations historiques et politiques du moment, ne serait-il pas envisageable que l’idée même d’une puissance supérieure « une » soit à la source des atrocités qui jalonnent souvent l’histoire de la foi. Conquête de Canaan par Josué guidé par le « Dieu des armées », croisades et inquisitions, djihad et terrorisme sont-ils autant de maladies génétiques des confessions révélées ou bien des déviances par rapport à une doctrine monothéiste qui serait en son foyer pacifique et désarmée ?

Pour réfléchir à cette question, en cette période de fêtes endeuillée par l’après-Bataclan, nous nous sommes tournés, non vers les représentants officiels des religions, mais vers des experts, des critiques littéraires, des ethnologues et des sociologues qui scrutent les textes, et notamment les textes sacrés, afin qu’ils nous disent ce qui est fauteur de violence dans le monothéisme.

Vraie et fausse religion

Est-ce la distinction entre vraie et fausse religion que Moïse établit dans le Pentateuque sur le mont Sinaï qui a introduit l’intolérance dans un monde jusque-là foisonnant de divinités non exclusives les unes des autres, s’interroge l’égyptologue allemand Jan Assmann ? Le bibliste Thomas Römer estime plutôt qu’une tradition oubliée de monothéisme ouvert à la pluralité et pacifique est bien présente dans la Bible, parallèlement à une version « ségrégationniste ».

Les écrits sont une chose, leur lecture une autre chose. Ainsi la sociologue Mahnaz Shirali insiste-t-elle sur les dangers d’un « savoir canonisé » qui menace l’islam contemporain, alors que le critique William Marx s’agace de son côté de voir les musulmans « stigmatisés » et enfermés dans une « essence fondamentaliste ». Face à cette guerre des dieux, ne faudrait-il pas, à l’instar de l’ethnologue Marc Augé, chanter le « génie du paganisme », réfractaire au prosélytisme ?

Bible, Coran ou Torah : aucun texte sacré des grandes religions monothéistes n’est exempt de violence. C’est pourquoi le risque réside aujourd’hui dans « la tentation de la lettre brute », insiste l’historien du judaïsme Jean-Christophe Attias, qui en appelle à une « démilitarisation » de l’exégèse. L’adversaire, ce n’est pas le monothéisme, mais le fondamentalisme sous toutes ses formes, résume Jan Assmann. Autant d’invitations à vivre des croyances ouvertes à la pluralité des mondes

A lire sur le sujet:

– Entretien avec Jan Assmann : « La non-violence absolue est la seule possibilité pour la religion dans notre monde moderne », propos recueillis par Nicolas Weill. Il ne faut pas renoncer aux religions monothéistes sous prétexte qu’elles engendrent du fanatisme mais plutôt les relativiser et les subordonner à un vivre-ensemble civique, selon l’égyptologue allemand. Les travaux de Jan Assmann portent non seulement sur l’Antiquité, mais aussi sur la mémoire de l’Egypte, sur l’invention du monothéisme et les rapports de celui-ci avec la violence. Il s’interroge sur les relations entre l’une et l’autre.

Retrouvons la variante pacifique de la foi, par Thomas Römer, philosophe et bibliste allemand, professeur au Collège de France. La Bible contient deux versions du monothéisme, l’une ségrégationniste et guerrière l’autre inclusive. A nous de choisir.

Contre le dogmatisme, faisons l’éloge de la résistance païenne, par Marc Augé, ethnologue, président de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de 1985 à 1995. Le monothéisme a une logique de conquête. Le paganisme, lui, ne connaît pas l’idée d’hérésie. S’il peut être violent, il ne guerroie jamais au nom du prosélytisme.

Démilitarisons notre lecture des textes sacrés, par Jean-Christophe Attias, historien. La Bible est violente, mais ce sont à ses lecteurs de l’humaniser, comme le montre l’exemple des divers usages que les juifs en ont fait à travers leur histoire.

Les fondamentalistes ne sont pas les vrais détenteurs du message coranique, par Mahnaz Shirali, sociologue à Sciences Po. Il faudrait que le Coran fasse enfin l’objet de la critique historique.

L’islam n’est pas terroriste par essence, par William Marx, essayiste, critique et professeur de littératures comparées. Les textes sont une chose, la religion une autre. Le Coran n’a pas le privilège des pages assassines ou sanglantes par rapport à la Bible ou au Nouveau Testament.

Voir aussi:

Harvey : la une de « Charlie Hebdo » scandalise l’alt-right américaine

L’humour de « Charlie Hebdo » ne plait pas à tout le monde aux Etats-Unis, surtout à droite. La couverture du dernier numéro de l’hebdomadaire satirique, consacrée à la tempête Harvey qui a fait au moins 38 morts au Texas, a déclenché une flopée de commentaires indignés.

« Dieu existe ! Il a noyé tous les néonazis du Texas », peut-on lire sur le dessin de Riss qui apparaît en une, où figure des drapeaux avec des croix gammées et où l’on aperçoit aussi des bras, émergents de l’eau, faisant le salut nazi.

Un dessin qui fait notamment écho au rassemblement de suprémacistes américains, qui s’est tenu début août à Charlottesville (Virginie), lors duquel une jeune militante antiraciste a été tuée. Un drame qui n’avait pas empêché Donald Trump de renvoyer dos à dos les deux camps –suprémacistes et militants antiracistes.

Un dessin absolument « dégoûtant »

Sur Twitter, plusieurs internautes et des personnalités américaines, pour la plupart classées très à droite, ont manifesté leur mécontentement, à commencer par l’acteur James Woods. « Assez parlé de Je suis Charlie #traîtresdefrançais », a tweeté le comédien, qui a notamment joué dans le film « Il était une fois en Amérique ».

Pour mémoire, l’acteur avait fait polémique sur Twitter, après les attentats du Bataclan, en publiant une photo de l’intérieur de la salle de concert

Scott Presler, républicain lui aussi, a également manifesté son désaccord avec ce dessin, mais tout en trouvant le moyen en même temps de parler de « l’islam radical ». « Je ne suis pas d’accord avec la couverture de ‘Charlie Hebdo’. Mais contrairement à l’islam radical, je ne vais pas faire du mal à cause de ça », a-t-il tweeté jeudi en fin de journée.

Ancien membre du Congrès, aujourd’hui animateur radio marqué très à droite, Joe Walsh n’a lui non plus pas pu s’empêcher d’évoquer l’islamisme dans sa critique de l’hebdomadaire.

« Depuis l’attaque, ‘Hebdo’ a distribué ses coups. Maintenant ils ont peur de l’islam, mais se moquent des victimes de tempêtes. Les terroristes musulmans ont gagné. »

Après la dévoilement de cette couverture, la critique est aussi venue du Britannique Piers Morgan, ancien présentateur de CNN, qui s’est fendu d’un tweet qualifiant le dessin de « dégoûtant ».

Voir encore:

MÉDIAS

Charlie Hebdo taxé d’islamophobie avec sa Une sur les attentats en Espagne

La couverture du journal, mais surtout la légende qui l’accompagne, ont une nouvelle fois provoqué un tollé sur les réseaux sociaux.

22/08/2017 21:24 CEST | Actualisé 28/08/2017 14:59 CEST

MÉDIAS – Une fois encore, Charlie Hebdo ne fait pas l’unanimité. Dans son édition à paraître mercredi 23 août, l’hebdomadaire satirique fait sa Une sur les attentats en Espagne. Le dessin, deux personnes à terre et une camionnette blanche qui s’enfuit, fait bien sûr écho à l’attaque sur Las Ramblas, qui a fait 14 morts le 17 août. Mais c’est surtout l’association avec la légende qui fait grincer des dents.

« Islam, religion de paix…éternelle », peut-on lire en écriture rouge et blanche. Le dessin est signé de le dessinateur Juin. A l’intérieur, une double page « Tourisme ou islamisme, pourquoi choisir? » illustrée par les dessinateurs.

Sans surprise, dès sa mise en ligne sur les réseaux sociaux, l’image a provoqué de vives protestations, de nombreux internautes reprochant aux journalistes de la rédaction de faire l’amalgame entre islam et terrorisme.

Politico cartoonist revels in Hurricane Harvey

Becket Adams

The Wasington Examiner
Aug 30, 2017
We’ve done it. We’ve found the worst thing on the Internet this week, and it’s only Wednesday. Take a look:This is just so ill-advised.Behold, the collection of lazy Texas stereotypes. Big cowboy hats and boots, a Gadsden flag and a secession banner? All that’s missing are comically oversized cigars and something labelled « oil. »Secondly, the cartoon reveals an understanding of Christian theology that would make even a child laugh. Third, it suggests that Houston, which is still reeling from the catastrophic damage brought on by Hurricane Harvey, is a hotbed of weirdo, backwoods secessionists. This may come as news to the city that voted 54 percent in favor of Hillary Clinton in the 2016 presidential election.Fourth, the cartoon would seem to suggest incorrectly that all rescue efforts are being carried out by the Coast Guard. This is wrong. Houstonians have done an amazing job so far of assisting and rescuing one another, as have outsiders coming from other states. This isn’t to detract from the Coast Guard’s efforts, but only to say that the people of Texas have also made major contributions.Finally, the timing of the political point-scoring here is just – wow. Yes, there are secessionists in Texas, but is this really the moment for a round of self-satisfied grinning by a Washington-based cartoonist? Here’s a thought: Wait until after all the corpses have been retrieved from the floodwaters before taking political cheap shots at an entire state.The cartoonist, for his part, defended himself Wednesday, claiming he meant no offense to the people of Texas, hundreds of whom are still displaced and living without basic utilities. »As a political cartoonist, I try to get people to think – to consider the ironies and subtleties of the world we live in. This cartoon went with an extreme example of anti-government types – Texas Secessionists – benefitting from the heroism of federal government rescuers, » he told the Washington Examiner. »It of course was not aimed at Texans in general, any more than a cartoon about extremists marching in Charlottesville could be construed as a poke at all Virginians, » he added. « My heart is with all the victims of Hurricane Harvey’s destruction and those risking their lives to save others. »

Politico eventually deleted the cartoon from its Twitter timeline Wednesday afternoon, though it’s still available for viewing on the news group’s website.

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Guerre des Six-Jours/50e: Attention, une occupation peut en cacher une autre (Let’s stop the ahistoric occupation nonsense: it was annihilation, stupid !)

10 juin, 2017
https://i2.wp.com/coolisrael.fr/files/2017/06/kotel19672-600x394.jpg
https://i2.wp.com/www.mrdrybones.com/blog/D17605_1.gifSouviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. Exode 20: 8-11
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer. (…) En quoi, pourquoi Israël est-il l’Europe ? Certes par l’origine de ceux qui ont bâti son État, imposé les conditions du rassemblement de son peuple. Mais cela ne suffirait pas, si l’Europe historique, d’où étaient revenus ces revenants, n’avait été elle-même modelée sur l’histoire du peuple hébreu, n’avait repris la mission du peuple de Dieu dans une « chrétienté ». La couronne du Saint Empire portait l’effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France – avant Bossuet, de l’aveu même de Machiavel – était « tirée de l’écriture sainte », et les nations, jusque dans l’hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l’obéissance au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. L’échec final de la Chrétienté en Europe, et de sa « mission » sur les autres continents, rendant apparemment vaine la diaspora, la dispersion du peuple juif, permettant à de modernes empires de prétendre que la croix elle-même avait été vaine, restituait nécessairement aux Juifs leur charge originelle, l’idée de cette charge, transformée par l’aventure de vingt siècles. Échec déjà évident autour de la première guerre mondiale qui justifia la première entreprise sioniste, mais combien plus éclatant et terrible avec la seconde et l’entreprise démoniaque du germanisme hitlérien. Toute l’Europe en fut victime, mais nul peuple, nulle communauté comme les Juifs ; s’ils avaient espéré que l’échec du Christ et de la Chrétienté les libérerait, les assimilerait, si les « libéraux » ou « révolutionnaires », parmi eux avaient contribué puissamment à cet échec selon le monde, bref s’ils étaient souvent restés « Juifs charnels » selon Saint Paul, à mesure que les chrétiens le devenaient, l’atroce massacre désabusait à jamais les survivants, autant que les chrétiens antisémites : la croix gammée avait bien élevé sa prétention abominable contre la croix du Christ, et c’est d’un même Dieu, le Dieu judéo-chrétien qu’elle avait proclamé la mort, avec un sérieux pratique supérieur à toutes les mythologies du marxisme ou de l’existentialisme athées. La création de l’État d’Israël fut la seule rançon, la seule création positive répondant à l’horreur infinie de la seconde guerre mondiale. Cette guerre finalement « victorieuse », libérant quelques-unes des nations opprimées, consacrant ou renouvelant la servitude de beaucoup d’autres, n’a symboliquement et directement produit que cette liberté-là. Elle a donné aux « Européens » qui avaient le plus souffert de l’entreprise contre ce qui restait de la Chrétienté (paradoxalement aux Juifs qui, dispersés, étaient, dans la vraie conception du monde ancien, une part significative de cette Chrétienté, même quand ils étaient persécutés par elle), le droit à exister comme État et dans l’histoire.  Oui l’Europe qui avait, par la première guerre mondiale, perdu sa primauté réelle, devait, par la seconde, en perdre jusqu’aux restes et aux apparences. Et les perdre au profit de deux images d’elle-même accomplies en cauchemar, des deux puissances issues de deux « diasporaï » de l’ancienne Chrétienté, celle des « pères fondateurs » de l’Amérique, pèlerins du Mayflower, et celle des prophètes de la révolution accomplissant, ou abolissant, leur rêve dans la nouvelle Russie. Quelque puissance limitée, au niveau des nations, et quelque ferment de son ancienne grandeur selon l’esprit, lui restaient ; mais non comme Europe, et nullement comme effet de la « victoire ». L’unique nouveauté qui eût son visage, qui ressemblât à ses douleurs, qui réunît ses espérances, ce fut Israël. L’extraordinaire (hors d’un ordre chrétien qui n’avait pas réussi à modeler l’histoire, mais fidèle à l’origine même de cet ordre) n’était pas demeuré impossible. Et les chrétiens de nos antiques nations ne pouvaient voir en ce retour une contradiction à leur espérance en la conversion finale du dernier Juif, qui doit précéder la « parousie » : d’abord parce que l’État d’Israël ne rassemblerait jamais tous les Juifs ; ensuite parce que la nature fondamentalement théocratique de cet État, son enracinement dans le sacré, en dépit de toutes les grimaces laïques et démocratiques, constituaient par eux-mêmes une sorte de « conversion », et une promesse de retour à la source première, où la naissance et le Christ ne s’opposent pas, mais fondent ensemble la « nation », pour les autres peuples enracinés dans l’histoire chrétienne. Pierre Boutang (1er juin 1967)
Israël n’est pas incompatible avec l’existence des peuples arabes, en leur diversité, et qui auraient oublié le principe conquérant de l’islam si quelques démagogues (d’ailleurs inspirés d’un autre islam, celui du germanisme nazi) ne l’avaient réveillé, et réveillé contre les seuls juifs. Pierre Boutang
Comme à l’origine, Israël est signe de contradictions, pierre de touche pour les nations et les empires dont il fait apparaître les contradictions, lui même restant, d’une manière inconnue, le lieu toujours privilégié de la contradiction utile, entre l’homme et son Dieu. (…)  Jérusalem pour des raisons bibliques, mais aussi de très concrètes et proche histoire ne peut qu’être confiée à la garde de l’État et du soldat juifs. La décadence et les crimes de notre Europe, anciennement chrétienne ont conduit à ce châtiment mystérieux, ce signe de contradiction ineffable comme tout ce qui tient à Israël. Pierre Boutang
On est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. Mais je n’ai pas vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois, faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la Seconde guerre mondiale. La colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans: c’est le cas de l’Algérie, de 1830 à 1962. Mais ces mêmes Arabes ont été réduits à l’esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles. La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVe siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans – donc les Arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêté vers le XIe, au plus le XIIe siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’Arabes – pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIe siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIe siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Castorius Castoriadis
Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci: que la spécificité de la civilisation occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Il y a dans l’histoire occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a créé cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre êtres humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime. (…) L’écrasante majorité de la planète ne vit pas l' »égalisation des conditions », mais la misère et la tyrannie. Et, contrairement à ce que croyaient aussi bien les libéraux que les marxistes, elle n’est nullement en train de se préparer pour accueillir le modèle occidental de la république capitaliste libérale. Tout ce qu’elle cherche dans le modèle occidental, ce sont des armes et des objets de consommation – ni le habeas corpus, ni la séparation des pouvoirs. C’est éclatant pour les pays musulmans – un milliard d’habitants -, pour l’Inde – presque un autre milliard -, dans la plupart des pays du Sud-Est asiatique et d’Amérique latine. La situation mondiale, extrêmement grave, rend ridicules aussi bien l’idée d’une « fin de l’histoire » que d’un triomphe universel du « modèle démocratique » à l’occidentale. Et ce « modèle » se vide de sa substance-même dans ses pays d’origine. Castorius Castoriadis
Égorge, égorge, égorge et sois sans pitié,  Égorge, égorge, égorge, et lance leurs têtes Dans le désert,  Égorge, égorge, égorge Tout ce que tu voudras,  Égorge tous les Juifs et tu vaincras. Oum Kalsoum (1967)
L’existence d’Israël est une erreur qu’il faut rectifier ; Voici enfin l’occasion d’effacer la honte qui s’est abattue sur nous depuis 1948 : notre objectif est clair :rayer Israël de la carte. Radio Damas (28 mai 1967)
Notre objectif sera la destruction d’Israël. Le peuple arabe veut se battre. Nasser
Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création. Rabin
En reconnaissance pour sa contribution, Rabin reçut l’honneur de nommer la guerre pour les Israéliens. Des suggestions proposées, dont  « La Guerre de l’audace », « La Guerre du salut » et « La Guerre des fils de la lumière », il choisit la formule la moins ostentatoire, la Guerre des Six Jours, évoquant les jours de la création. Michael Oren
L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme (…) Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Charles De Gaulle (nov. 67)
Définir un ‘peuple’ par deux adjectifs… expliquer l’impérialisme israélien par la nature éternelle, l’instinct dominateur du peuple juif… Les Juifs de France ou, pour mieux dire, du monde entier, ont immédiatement saisi la portée historique des quelques mots prononcés le 28 novembre 1967 par le président de la République… Aucun homme d’État occidental n’avait parlé des Juifs dans ce style, ne les avait caractérisés comme ‘peuple’ par deux adjectifs. (…) Le général de Gaulle a, sciemment, volontairement, ouvert une nouvelle période de l’histoire juive et peut-être de l’antisémitisme. Tout redevient possible. Tout recommence. Pas question, certes, de persécution : seulement de ‘malveillance’. Pas le temps du mépris : le temps du soupçon.  (…) Pourquoi le général de Gaulle a-t-il solennellement réhabilité l’antisémitisme ? Afin de se donner le plaisir du scandale ? Pour punir les Israéliens de leur désobéissance et les juifs de leur anti-gaullisme occasionnel ? Pour interdire solennellement toute velléité de double allégeance ? Pour vendre quelques Mirage de plus aux pays arabes ? Visait-il les États-Unis en frappant les juifs ? Voulait-il soumettre à une nouvelle épreuve l’inconditionnalité de certains de ses fidèles qui ont souffert sous Charles de Gaulle ? Je l’ignore. Raymond Aron (1968)
Une troisième guerre mondiale a-t-elle commencé le matin du 5 juin 1967 ? La Croix (6 juin 1967)
Ceux qui ont montré tant de passion pour soutenir Israël dans la guerre devraient s’employer à convaincre les Israéliens que rendre justice aux Arabes est le meilleur moyen de construire la paix. (…) si Israël ne sait pas dominer sa victoire, il lui faudra recommencer dans dix ans, dans vingt ans. La Croix (7 juin 1967)
Les Israéliens ont eu la vitesse et la force. Les Arabes songent aujourd’hui que, pour leur part, ils auront le temps et l’espace : après avoir perdu la guerre de cent heures, ne pourraient-ils pas gagner la guerre de cent ans ? La Croix (8 juin 1967)
J’ai demandé à des familles aux Etats-Unis de me montrer les lettres que leur envoyaient à l’époque leurs proches vivant en Israël. J’en ai lu près de 500. Presque toutes, en 1966 et 1967, mentionnent la crainte d’un nouvel holocauste. C’est la grande peur, une panique sincère de la destruction imminente, qui s’infiltre dans tous les recoins de la société.  (…) Le conflit était en fait inévitable, car Israël était trop faible pour ne pas attaquer. J’ai établi une chronique de la montée de l’irrationnel. Lors des discussions de janvier 1967 entre le gouvernement et les services secrets du Mossad, on spécule sur les options de Hussein de Jordanie. Mais une conclusion s’impose clairement: en cas de conflit, l’annexion de la rive occidentale du Jourdain et de Jérusalem-Est ne serait pas dans l’intérêt national d’Israël. Le 5 juin 1967, quand les troupes de Hussein attaquent, la raison succombe aux pulsions viscérales. Certes, la guerre est gagnée. Le danger principal, l’Egypte, a été écarté après la destruction de 400 de ses avions. Mais on opte, néanmoins, pour l’offensive contre la Jordanie, pour l’occupation de la rive ouest et surtout celle de Jérusalem- Est. Israël va s’emparer de lieux saints musulmans et chrétiens, un geste aux conséquences internationales immenses. Pourtant, lors de la réunion avec Eshkol, l’état-major et le Mossad, il n’y a même pas eu un juriste pour évaluer les risques. On y va, c’est tout. On ne réfléchit pas. On reste au niveau du fantasme et du rêve. (…) Mais ne soyez pas tenté de voir dans cette décision un calcul politique, une manoeuvre cynique pour résoudre la crise intérieure de l’époque. Nous sommes dans le champ de l’irréfléchi. Je me souviens, d’ailleurs, m’être précipité, à l’époque, pour aller voir Jérusalem-Est, car j’étais persuadé que, dans les jours qui suivraient, nos troupes devraient partir. Tout le monde partageait l’opinion que le cours des événements nous forcerait à revenir au statu quo ante. En fait, Israël venait de passer le point de non-retour. D’après les documents que j’ai obtenus, Hussein était pourtant prêt à une paix durable si on lui rendait Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Mais, politiquement et psychologiquement, il nous était devenu impossible de le faire de notre plein gré. A posteriori, se forgeait le mythe qu’il relevait de la mission, de l’essence d’Israël de détenir tout Jérusalem. C’est étrange car, en fait, hormis le mur des Lamentations, il n’y a pas grand-chose de juif là-bas. Et, d’une manière ou d’une autre, les lieux de prière auraient pu être rendus accessibles sans recourir à l’annexion. (…) Un souvenir personnel de juin 1967: en passant en voiture en Cisjordanie, j’ai voulu prendre une photo d’une colonne de réfugiés sur le bord de la route. Mes camarades ont tenté de m’en empêcher, comme s’ils refusaient de matérialiser leur existence. Tout le monde savait qu’il fallait trouver immédiatement une solution pour les Palestiniens, profiter au mieux du choc initial pour assurer les déplacements de population. L’idée la plus simple consistait à les installer en Cisjordanie. Le plan n’aurait coûté que 40 millions de dollars en dix ans – une misère! – et tous les grands philanthropes juifs, à commencer par les Rothschild français, étaient partants pour financer l’opération. Mais non… Notre gouvernement semble alors incapable de prendre une décision et s’enfonce dans le déni. Il s’en tient à une ligne: c’est à l’ONU de s’occuper des Palestiniens. Et Israël ne peut être tenu responsable de leur sort. Les projets les plus loufoques sont alors débattus, visant à les reloger dans le Sinaï, mais surtout à l’étranger: au Canada. Ou en Irak! En lisant cette dernière proposition, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague, avant de me rendre compte que Eshkol en avait expressément discuté avec le président américain Lyndon Johnson! (…) Johnson était opposé à la guerre, essentiellement parce qu’il craignait qu’elle ne tourne mal pour les Israéliens, qui se seraient alors trouvés contraints de lui demander son aide militaire, alors qu’il est lui-même en plein marasme vietnamien. Mais la CIA, enragée contre Nasser, l’assure que Tsahal remportera une victoire en six à dix jours… L’Amérique donne son feu vert. (…) La victoire de 1967 offre un second souffle au sionisme. Un sentiment de toute-puissance enivre le pays. Longtemps, jusqu’à la grande claque de la guerre du Kippour (octobre 1973), les Israéliens se répétaient cette boutade: «Qu’est-ce qu’on fait à midi? – On envahit Le Caire! – D’accord. Mais qu’est-ce qu’on fait dans l’après-midi?» 1967 a aussi contribué à l’isolement d’Israël, à substituer aux racines européennes et à l’ouverture antérieure au monde un lien exclusif avec les Etats-Unis. (…) Notre jeunesse ne croit plus à la paix. Pragmatique et désabusée, elle se satisferait d’une bonne gestion des hostilités. Et ce qui m’a frappé dans le dernier épisode, l’offensive au Liban de l’été 2006, c’est, plus que l’inanité d’Ehud Olmert – certainement le pire Premier ministre de notre histoire – le fait que notre armée ne sait plus faire la guerre. Tout un symbole. Tsahal est devenue, au fil des décennies, une gendarmerie conçue pour être un outil d’oppression. Tom Segev
Depuis le 15 mai 1967 les menaces de Nasser n’étaient plus verbales, mais s’accompagnaient de déploiement de forces. Les armées de Nasser s’apprêtaient à fondre sur les nôtres, pour nous exterminer. A nouveau la chape de plomb, l’esseulement abyssal. Les radios arabes nous apportaient les hurlements déments des dictateurs arabes ou de leurs porte-parole. C’était en arabe le même déploiement de menaces mortelles que celles qui nous poursuivaient en Europe hitlérienne. Il ne s’agissait pas de nous présenter tels que nous sommes, mais tels que nous devrions être pour justifier les grands massacres que l’on nous promettait au Caire, à Damas, à Amman. « Egorge, égorge, égorge et sois sans pitié, Egorge, égorge, égorge, et lance leur tête Dans le désert, Egorge, égorge, égorge Tout ce que tu voudras,  Egorge tous les sionistes et tu vaincras » chantait, au Caire et à Damas, Oum Kalsoum. Pour que nous soyons égorgeables, sans trop de remords, il fallait que dans l’esprit de nos égorgeurs éventuels nous cessions d’avoir figure d’hommes. Ainsi les colonialistes et les racistes avaient-ils mis au point une technique de propagande très efficace destinée à déshumaniser l’ennemi – celui qu’il faut continuer à exploiter ou qu’il faut assassiner -, au point de le réduire à l’état d’objet, non de personne. Le meurtre alors n’est plus gêné par la mauvaise conscience. Ces recettes avaient fait leurs preuves dans les différents pays d’Asie et d’Afrique où des Occidentaux s’opposaient à des peuples colonisés. Mais, en l’espèce, elles furent utilisées par les dictateurs arabes contre Israël. Pour nous, le blocus du détroit de Tiran décrété par Nasser le 22 mai, les incessantes attaques de notre territoire par les Syriens, le dur bombardement de Jérusalem par les Jordaniens au matin du 5 juin 1967 constituaient des manœuvres agressives caractérisées. Or les chefs arabes continuent de parler de l’agression israélienne. A vrai dire, ils ont raison à leur manière puisqu’ils dénie notre droit de vivre. Le seul fait de notre existence, en tant qu’Etat, introduit un trouble dans l’ordre du monde, constitue une agression permanente contre « leur » paix. Même si nous passions notre temps à chanter, jour et nuit, des psaumes et des cantiques, nous n’en continuerions pas moins notre diabolique agression qui ne pourrait prendre fin qu’avec le terme de notre existence. Nous étions donc persuadés qu’un triomphe arabe réaliserait les prophéties et les ambitions de Choukeïri : l’extermination des survivants des massacres hitlériens. Au terme de la guerre des Six jours, les hommes menacés que nous étions se retrouvaient soudain en position de force : nous étions à la tête d’un Empire plus vaste que nos ancêtres ne l’avaient jamais rêvé ; nous étions des occupants et, par la force des choses, nous devenions aussi des policiers. Etrange destin que celui qui vouait les exterminateurs au rôle de victimes et les candidats au martyre, aux fonctions de bourreau. Soulagement de la victoire : il s’est exprimé chez nous avec beaucoup de pondération. Nous savions que nous n’avions pas fini de gravir notre calvaire. C’était plutôt pour nous le franchissement d’une étape et non le havre souhaité. Israël était devenu l’occupant malgré lui, vainqueur grâce à l’obstination aveugle de ses ennemis. Soudain le problème se compliquait redoutablement ; jadis, la situation était pour nous relativement simple ; il s’agissait d’être ou de ne pas être : les choses étaient claires. Nous remplissions notre rôle vis-à-vis de nous-mêmes et nous correspondions à l’idée que le monde depuis quatre mille ans se faisait de nous : des sursitaires. Au suspense de notre destin, il était possible de prévoir et d’attendre une fin tragique, la continuation de l’œuvre de mort. Après tout, tant qu’il y avait un Juif vivant, il y aurait suffisamment de place pour lui dans les grands cimetières de l’histoire ou la fumée des crématoires. La victoire pipait tous les dés, faussait tous les calculs : le petit Juif du ghetto trichait aux yeux du monde en devenant d’indésirable vainqueur d’une guerre qui constituait sans doute l’insurpassable chef-d’œuvre de la stratégie conventionnelle. Le monde entier pouvait s’attendre avec nous à une fin convenable du trouble qu’Israël n’a cessé d’apporter dans l’histoire depuis la folle aventure d’Abraham : l’effondrement militaire de l’armée juive, les hordes arabes se ruant sur nos femmes, nos enfants, nos foyers, pour parachever splendidement l’œuvre que Hitler n’avait pas su mener à son terme logique. Aux yeux du monde, la victime est devenue bourreau et nous sommes à la tête d’un Empire qui va des pentes de l’Hermon au canal de Suez, du golfe d’Akaba aux rives du Jourdain. Sûrs de nous-mêmes et dominateurs, par cela même faussaires, trublions renversant l’échelle des valeurs. Nietzsche lui-même ne reconnaîtrait plus ses Juifs : d’esclaves, les voici soudain promus au rang de seigneurs. Mais cela même nous a surpris et blessés : nous étions moins en quête de domination que de liberté et de vie. L’image nouvelle de nous-mêmes qui étonnait le monde ne cesse de nous troubler : les uns, d’ivresse, les autres, de nostalgie. La situation nouvelle provoque un universel scandale, le bouleversement de toutes les valeurs, des stéréotypes les plus invétérés. (…) A mesure que la tragédie s’approfondit, que les attentats font davantage de victimes et que la répression sème la peur, les extrémistes se renforcent : Nasser, le grand vaincu de juin 1967, continue de prêcher l’extermination d’Israël. Quelques propagandistes arabes, plus nuancés, essaient de distinguer entre le génocide et ce qu’ils appellent le politicide : il ne s’agissait plus de tuer les Juifs d’Israël mais leur Etat ; comme si ceux-ci pouvaient survivre à celui-là. En face de ces menaces qui nous rappellent certaines voix arabes de 1967 et celles qui, en allemand, annonçaient, aux années 40, de définitifs massacres, nous entendons s’élever quelques voix juives tremblantes d’angoisse qui exigent de l’Etat d’Israël une défense radicale de nos vies par une élimination violente des dangers du terrorisme. D’un côté, on souhaite que la Palestine soit tout entière arabe, tandis que de l’autre on n’attribue de chances de survie à Israël que dans le cadre d’un Etat juif allant des flancs de l’Hermon aux rives du Jourdain et du canal de Suez. André Chouraqui
Cinquante ans après, les poisons que recélait cette victoire inattendue se sont répandus et dans le pays et dans la région. Amos Oz et Avraham Shapira avaient alors effectué une campagne d’enregistrements des soldats vainqueurs. Un film vient de sortir, on les voit aujourd’hui, devenus de vieux messieurs : assis devant des magnétophones qu’on a heureusement conservé de cette haute époque, ils écoutent leurs propres voix d’autrefois. S’ils se déclarent souvent encore heureux d’avoir contribué à sauver Israël de l’anéantissement, certains expriment leur malaise devant les opérations d’occupation et d’évacuation qu’ils ont dû mener. « J’ai vieilli d’un seul coup », dit l’un. Et l’autre ajoute : nous avons cru assurer l’avenir de nos enfants. Mais, avec l’occupation, quel sort avons-nous préparé à nos petits enfants ? France inter
Le 15 mai 1967, c’est le 19 ème anniversaire d’Israël. (…) La capitale d’Israël est coupée en deux par un mur depuis le 29 mai 1948. La légion arabe du roi Abdallah a en effet conquis la vieille ville pendant la guerre d’indépendance et massacré les juifs qui s’y trouvaient. Elle a également pris d’assaut l’hôpital Hadassah et l’université hébraïque sur le mont Scopus, mais aussi profané les cimetières et transformé les synagogues en écuries et urinoirs.
Le Kotel, le mur occidental du Temple, est bien sur interdit d’accès depuis 1948. (…) [Les] Israéliens (…) vivent dans la menace de la destruction de leur pays qui n’a même pas 20 ans d’existence. Israël est un pays minuscule, aussi grand que trois départements français dans lequel vivent à peine 2,7 millions d’habitants. Au niveau de Natanya, le pays est moins large que la ligne de métro 1 à Paris entre le château de Vincennes et alors le pont de Neuilly. Le 1 er juin, Ahmed Choukeiri, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, auquel Yasser Arafat va succéder, ne laisse pas de place au moindre doute. Il hurle : « Il n’y aura pas de moyen terme. Il ne restera pas de survivants juifs ! » Au Caire, à Damas, à Bagdad et dans l’ensemble du monde arabe, les déclarations, les manifestations, les chants, les slogans sont les mêmes : « Avec l’aide de Dieu, nous allons nous retrouver à Tel-Aviv et on les égorgera tous ! » Israël sait qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air. Le colonel Gamal Abdel Nasser amasse les troupes égyptiennes à la frontière. Il a exigé le départ des Casques bleus de l’ONU qui faisaient tampon depuis la guerre du Sinaï depuis 1956. Les troupes jordaniennes sont placées sous le commandement de l’Egypte, le roi Hussein espérant agrandir son royaume à peu de frais. La Syrie, qui depuis les hauteurs du Golan, tire régulièrement sur les agriculteurs israéliens aux abords du Kineret, le lac de Tibériade, est prête à prendre elle aussi sa part au massacre promis. Gamal Abdel Nasser franchit un pas supplémentaire en fermant le détroit de Tiran L’accès à Eilat est désormais bloqué. Israël se sent abandonné par le monde entier. L’Union soviétique soutient et envoie des armes aux Arabes. Les Etats-Unis, empêtrés dans la guerre au Vietnam, ne veulent rien faire. Le général De Gaulle vient de planter un poignard dans le dos, lui qui, il ya quelques années avait affirmé à David Ben-Gourion qu’Israël était l’ami et l’allié de la France. Les Israéliens pressentent que la menace d’anéantissement se rapproche. Le 1er juin, le Premier ministre Israélien Levi Eshkol met en place un gouvernement d’union nationale. Il appelle à ses cotés Menahem Begin, le chef de l’opposition et surtout Moshé Dayan, qui devient ministre de la défense. Israël doit absolument agir pour repousser la tentative d’étranglement. Le 5 juin au matin pendant que les pilotes égyptiens prennent leur petit-déjeuner, l’armée de l’air cloue au sol la presque totalité des avions. Les forces terrestres complètent l’opération .En quatre jours, elles font reculer l’armée égyptienne de Gaza, Sharm-el –Sheik et atteignent le canal de Suez. La Jordanie attaque le 5 juin. Elle n’a pas voulu écouter le message qui lui avait été transmis par Israël : « Ne bougez pas !» Le lendemain, les parachutistes israéliens encerclent le vieille ville de Jérusalem, et le 7 au matin, ils arrivent au Kotel. Tsahal va poursuivre son action de riposte, et va repousser les Jordaniens et dans ce but s’emparer de la Judée et de la Samarie. Le 6 juin, les Syriens lancent des attaques contre Israël, mais Tsahal réagit et s’empare du Golan. Le samedi 10 juin, la guerre est finie. Israël est venu à bout des armées égyptienne , jordanienne et syrienne. Les troupes que devaient envoyer d’autres pays arabes, n’ont pas eu le temps d’arriver. Tsahal a gagné, mais 800 Israéliens sont morts et 4500 sont blessés. Le gouvernement confie à Itzhak Rabin, le chef de l’état-major de choisir un nom pour qualifier la troisième guerre d’Israël depuis sa fondation. « Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création », propose Rabin. Haim Musicant
Le 5 juin d’il y a 40 ans, jour pour jour, j’entendis avec stupeur à la radio que l’aviation israélienne était au-dessus du Caire, ayant cloué au sol son homologue égyptienne… J’étais soulagé et inquiet. Depuis près d’un mois, depuis que Nasser avait bloqué le Détroit de Tiran pour étouffer le port juif  d’Eilat et empêcher Israël de recevoir le pétrole, on assistait à un véritable ameutement des foules arabes, orchestré par les chefs d’Etat et par le chef palestinien de l’époque autour du mot d’ordre: les Juifs à la mer. Même la suave chanteuse égyptienne Oum Kalsoum chauffait les masses du Caire par un hymne dont le refrain était adbah! (égorge!). A l’époque, je faisais une thèse de math et de la philo, cela faisait un an que j’étais au Parti communiste pour combattre l’impérialisme et le capitalisme. J’étais plutôt méfiant envers les chefs israéliens, qui étaient du reste plutôt distants envers « les Juifs », comme s’ils croyaient à leur mythe de créer l’homme nouveau. Mais le spectre de l’Extermination, 22 ans à peine après Auschwitz, était présent dans certaines têtes, dont la mienne. Je quittai donc le PC car son discours sur « Israël tête-de-pont-de-l’impérialisme-américain » ne collait pas avec les faits. Bien sûr, je me raisonnais: « les Etats arabes ne pourront pas comme ça effacer Israël », mais je m’objectais: « Et pourquoi pas? Pourquoi les mépriser d’avance? Ils sont armés et nombreux… » Même les Marocains envoyaient des blindés; il n’y avait pas que la Syrie , l’Egypte, la Jordanie qui ameutaient. L’Irak aussi… (…) Plus tard, on s’est dit qu’Israël n’aurait pas dû être l’agresseur. Mais  la Guerre du Kippour en  73 a confirmé que s’il n’attaque pas le premier, vu sa petite taille, c’est le massacre, et il est vite menacé dans son existence. Des historiens nous disent que cette Guerre des Six jours (dont nos manuels scolaires ne parlent pas) éclata par inadvertance. Un acte manqué, en somme; mais alors, qui révèle le fond des choses: l’humiliation subie par le monde arabe, dans cette guerre, renouvela celle qu’il a subie en 48 à la naissance de l’Etat juif. Un véritable traumatisme, car en principe, dans l’identité islamique instaurée par le Coran, la question juive était réglée: les vrais bons juifs sont musulmans, comme ceux de la Bible , les autres sont des pervers dans l’ensemble, parfois des braves gens isolément; mais l’idée qu’ils aient un jour une souveraineté est exclue. Dès lors, dans la mentalité officielle arabo-musulmane, Israël était à effacer. Même si des Arabes lucides lui vouent une certaine admiration. Mais avec  la Guerre des Six jours, on ne l’effaçait pas, il était victorieux. A partir de là, on observa de curieux phénomènes. D’abord une sorte de greffe: du fait qu’Israël devenait ponctuellement occupant colonisant les territoires conquis, on greffa sur lui ces deux traits et cela le rend globalement occupant et colonialiste; on pouvait donc ameuter contre lui toutes les forces anti-coloniales. Il y eut aussi des surenchères morales chez les Juifs; certains, comme Y. Leibovitch fustigeant Israël comme nouvel Etat nazi, pas moins. Ce qui permit à des cohortes d’humanistes en manque d’indignation d’emboîter le pas: Oui, Ramallah c’est Auschwitz, déclara un prix Nobel de littérature. Autre fait, plus positif: il fallait rendre les territoires. Avant 67, on ne parlait pas de les rendre puisqu’on allait, un jour, libérer toute la Palestine. Mais depuis 67, Gaza, que l’Egypte occupait et n’a jamais pensé à rendre, devint une terre à restituer de même que la Cisjordanie occupée par  la Jordanie qui ne pensait pas davantage à la restituer. Ce fut une sorte de transmutation: ces terres devenaient palestiniennes du fait d’être passées entre des mains israéliennes. Il faut dire qu’avant, même les Palestiniens n’exigeaient pas des Etats arabes d’avoir d’abord Gaza et  la Cisjordanie comme base de départ dans leur lutte contre Israël. Etonnant. (…)  C’est donc curieusement après  la Guerre des Six jours que cette idée a pu devenir assez concrète. Ce qui ne veut pas dire praticable. A preuve, depuis que Gaza a été « restitué », les Palestiniens s’y battent entre eux, les plus fanatiques envoient des fusées sur Israël, retardant la restitution – pourtant prévue – d’une partie de la Cisjordanie : en effet, si celle-ci était rendue, on pourrait envoyer de là des fusées sur Tel Aviv, vu les distances; alors c’est l’existence quotidienne d’Israël qui serait mise en question. Donc, nouveau paradoxe, grâce à la libération de Gaza, et à ce qu’elle a révélé, celle de la Cisjordanie paraît peu probable, pour l’instant. De sorte que même ceux qui réécrivent l’histoire après-coup – et il y en a – n’ont pas la tâche facile. Quand ils disent qu’Israël aurait dû rendre très vite les Territoires, ils oublient qu’un groupe armé quelconque à Ramallah ou à Gaza, s’il veut se réchauffer l’âme et se sentir plus près d’Allah, peut envoyer des bombes (ou des hommes-bombes) sur Israël et redéclencher la guerre. Donc, il faut être bien prétentieux pour s’installer sur un promontoire élevé et juger que, de ci de là, il y a eu « de grosses erreurs ». Ces deux peuples là-bas, quand ils se battent (car il faut reconnaître qu’il y a de longues périodes de paix, et que la seconde Intifada, longue et meurtrière, a fait en tout 3 000 morts des deux côtés, ce qui est tragique mais peu comparable aux 250 000 morts des guerres ethniques dans l’ex-Yougoslavie), quand il se battent donc, c’est pour des raisons qui leur échappent, des raisons inconscientes qu’on hésite à élucider, mais d’où émerge cette question simple: une terre devenue islamique (par conquête) peut-elle supporter de retrouver (par conquête) sa souveraineté juive antérieure? Ou encore: l’islam ayant pris le relais du message hébreu, peut-il honorer sa dette symbolique envers ses sources juives en laissant une part infime de son immense territoire redevenir un Etat juif? (…) Ces problèmes de cohabitation entre islam et monde judéo-chrétien vont peu à peu s’observer bien ailleurs, en Europe, et un jour proche on pourra en parler plus franchement. Autre remarque: c’est la Guerre des Six jours qui instaura la « ligne verte », frontière apparente et improbable entre deux Etats. Elle a eu dans certains discours un aspect intangible, rigide, absolu, comme si elle existait de tout temps. C’est qu’elle incarne une revendication toute autre: effacer l’humiliation de 67. Or celle-ci est captée par une autre humiliation, plus profonde, celle de l’islam conquérant arrêté par l’Occident sur une frontière instable qui va bientôt faire parler d’elle. Daniel Sibony
Pourquoi la guerre a-t-elle eu lieu ? La question se pose parce que, comme la Première Guerre mondiale, personne n’avait prévu ni ne voulait cette guerre. La recherche d’Oren offre un aperçu de son caractère tout à fait accidentel. En novembre 1966, par exemple, après le meurtre de trois policiers israéliens aux mains de terroristes, basés en Jordanie, l’ambassadeur généralement efficace des États-Unis en Israël a attendu quelques jours pour transmettre un message de condoléances du roi Hussein de Jordanie au Premier ministre israélien. Son retard a poussé les Israéliens à se venger, et les représailles à leur tour sont devenues un épisode majeur dans l’escalade de la guerre. Le rôle des évènements fortuits doit être gardé à l’esprit ces jours-ci, alors qu’il y a de la guerre dans l’air à nouveau au Moyen-Orient: Le moindre faux pas pourrait provoquer un éclatement. Comment les Forces de défense israéliennes ont-elles pu gagner de façon si écrasante ? par une pratique méticuleuse et un réalisme absolu, contrairement aux militaires arabes, qui vivaient dans un monde fantastique. Si les Israéliens étaient tous nerveux à l’approche de la guerre – Le chef d’état-major Yitzhak Rabin souffrait d’une dépression – les dirigeants arabes étaient extrêmement confiants. Un général syrien prédisait une victoire sur Israël en quatre jours « au maximum. » Le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne montrait aucun signe d’inquiétude, insistant sur le fait que les Israéliens étaient incapables de monter précisément l’attaque aérienne surprise qu’ils ont en fait réussie. Plus largement, un haut fonctionnaire égyptien a déclaré au sujet du leadership de son équipe qu’il croyait que «la destruction d’Israël était un jeu d’enfant qui ne nécessitait que l’accrochage d’une ligne téléphonique chez le commandant et l’écriture de slogans de victoire. » (Washington, comble d’ironie, a été plus confiant que Tel-Aviv sur une victoire israélienne ; deux semaines avant que la guerre n’ait éclaté, déclare Oren, le secrétaire américain à la Défense avait prédit que si Israël devançait, il battrait ses trois ennemis dans la semaine – précisément ce qui s’est passé.) Comment la guerre a-t-elle affecté la diplomatie israélo-arabe ? – Elle en a fondamentalement changé les termes. Déjà à la mi-mai, quelques semaines avant que les hostilités n’aient commencé, l’influence du Moyen-Orient à la Maison Blanche, Harold Saunders, a suggéré qu’Israël devrait être toléré le temps d’écraser ses ennemis, voyant en ceci « un moyen de régler les frontières et, peut-être même les réfugiés ». Dès le deuxième jour de la guerre, le président Lyndon Johnson avait formulé les grandes lignes de la politique la terre- en échange- de la paix que 35 ans plus tard, la diplomatie américaine conduit encore à l’égard du conflit israélo-arabe: Israël doit restituer la terre conquise en 1967 en échange de sa reconnaissance par les Arabes. Les Américains attendaient l’ampleur du triomphe militaire d’Israël pour montrer aux Arabes l’inutilité de leurs espoirs de détruire l’Etat juif, une analyse qui rencontra l’approbation immédiate chez certains Israéliens (y compris Yitzhak Rabin, plus tard le premier ministre qui a initié les négociations d’Oslo, qui ont été fondées précisément sur cette hypothèse). Mais, comme les événements récents l’ont prouvé de façon si frappante, la prémisse terre contre paix était fausse. A quelques exceptions près (comme le président égyptien Anouar El-Sadate), la bonne volonté d’Israël de faire cet échange a hâté la violence des Arabes contre elle, non pas leur acceptation. Oren montre comment la terre contre la paix est fondée sur des espoirs américains, et non pas sur les réalités du Moyen-Orient ; sa recherche montre que cette politique n’a pas besoin finalement d’être remplacée par une approche plus réaliste. Daniel Pipes
Those who say that we should have evacuated the territories at once need to be reminded what it was like here before the Six-Day War: a country whose border was near the outskirts of greater Tel Aviv, and which was only 15-kilometers wide. Does anyone want to go back to that? With all the problems, our situation today is a thousand times better. Gilad Sharon
I am embarrassed that we started the war in the first place. An unnecessary war that followed 19 years after another unnecessary war that we also lost. I am embarrassed that we let hatred drive our decision to go to war. I am embarrassed that we did not take Israel’s offer right after the war to make peace in exchange for land. I am embarrassed that since then, Egypt’s and Jordan’s realization of the foolishness of war was not matched by the rest of the Arab world, particularly my own country of Lebanon. I am embarrassed that we never made a single credible comprehensive offer of peace to Israel. I am embarrassed that still today, 69 years after our first war against Israel, we still use the Palestinians as pawns in our war of hatred. I am embarrassed that instead of denouncing the hatred, much of the world has joined with us in attacking the Jews’ right to self-determination. I am embarrassed that I, and the few other Arabs who stand up to hatred, cannot do much more than speak up, and that we have not moved to action even our fellow Arabs who live comfortably in the West. I am embarrassed as a citizen of the West because we pay lip service to Israel but we cannot provide substantial support to Israel, for example against the Arab attempts to rewrite the past and erase the Jewish history of Jerusalem. I am embarrassed that we in the West are too beholden to Arab dictators to even take the symbolic step of recognizing that Jerusalem is an indivisible part of Israel. I am embarrassed to ethnically belong to a group that thrives on hatred and to geographically belong to a group that appeases haters. I am embarrassed to belong to a human race that has learned nothing from the lessons of the past and that continues to let antisemitism fester and grow. I am embarrassed that I cannot write these words in an Arab publication or even in a mainstream Western publication because hatred and appeasement are too strong. Fred Maroun
Dès le lendemain de la Guerre des Six Jours, la gauche israélienne a créé son propre “narratif” au sujet de la guerre, dans un livre fameux, Sia’h Lohamim (“Paroles de combattants”) qui s’est imposé dans une certaine mesure comme un discours officiel israélien concernant les événements de mai-juin 1967. Dans ce livre, des soldats issus pour la plupart des kibboutzim des mouvements de la gauche et de l’extrême-gauche (Hashomer Hatzaïr), expriment leurs doutes et leur désarroi après la victoire et relatent les dilemmes moraux auxquels ils ont été confrontés pendant la guerre. Ce document avait été distribué à l’époque par le ministère des Affaires étrangères aux représentations diplomatiques israéliennes à l’étranger, dans le but de montrer le “visage humain” de l’armée israélienne. Mais ce narratif humaniste, souvent émouvant mais pétri de culpabilité, reposait sur un mensonge par omission, qui a été depuis lors exposé au grand jour. Une partie significative des témoignages des soldats recueillis lors de la réalisation de ce document ont en effet été écartés et censurés, car ils ne correspondaient pas aux opinions politiques mises en avant par les auteurs de “Voix de combattants”. Les voix censurées étaient notamment celles de soldats issus de la Yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem, institution phare du sionisme religieux, qui exprimaient leur joie après la victoire miraculeuse, la réunification de Jérusalem et le retour du peuple d’Israël dans le coeur de sa patrie ancestrale. L’occultation délibérée de ces témoignages, non conformes au narratif de la gauche kibboutzique, s’inscrivait dans une tentative d’écriture d’une “histoire officielle” de la Guerre des Six Jours, dans un sens idéologique bien particulier. Comme le rapporte Gilad Zweik, les auteurs de “Voix de combattants”, parmi lesquels l’écrivain Amos Oz, éprouvaient un mépris non dissimulé pour les sentiments de joie exprimés par la majorité des Israéliens au lendemain de la victoire de juin 1967. Evoquant son camarade Micha Heyman, tué pendant les durs combats de la “Colline des munitions” à Jerusalem, Amos Oz déclare ainsi que “de son point de vue, on aurait pu dynamiter le Kotel pour sauver Michi”. Un autre soldat interrogé dans le livre déclare que les “sonneries de Choffar [du rav Goren devant le Kottel libéré] lui faisaient mal à la tête…” On comprend, en lisant ces lignes, que la question de la souveraineté juive à Jérusalem (sans même parler de la Judée et de la Samarie) est tout autant, voire plus, une question intérieure israélienne et juive, qu’une question de droit et de politique internationale. Dans ce contexte, il convient d’observer que la récente condamnation internationale de la “colonisation” par le Conseil de Sécurité des Nations unies dans la résolution 2334 s’est produite quelques semaines après l’intervention devant ce même Conseil de sécurité de deux représentants israéliens des organisations d’extrême-gauche Betselem et La Paix Maintenant, qui ont apporté leur justification morale et politique à la condamnation d’Israël par la communauté internationale. Plus généralement, une large partie de la gauche israélienne a adopté aujourd’hui le narratif jadis minoritaire, défaitiste et auto-accusateur, des combattants de l’Hashomer Hatzaïr. Mais alors que ces derniers, en tant que soldats et patriotes israéliens, exprimaient leurs critiques et leurs doutes à destination du public israélien en priorité, leurs héritiers actuels adressent leurs attaques contre le gouvernement et l’armée d’Israël au public international, se transformant en dénonciateurs de leur propre peuple devant le tribunal des nations. Pierre Lurçat
In June 1967 Arab leaders declared their intention to annihilate the Jewish state, and the Jews decided they wouldn’t sit still for it. For the crime of self-preservation, Israel remains a nation unforgiven. Unforgiven, Israel’s milder critics say, because the Six-Day War, even if justified at the time, does not justify 50 years of occupation. They argue, also, that Israel can rely on its own strength as well as international guarantees to take risks for peace. This is ahistoric nonsense. On June 4, 1967, the day before the war, Israel faced the fact that United Nations peacekeepers in Sinai, intended as a buffer with Egypt, had been withdrawn at Cairo’s insistence; that France, hitherto Israel’s ally, had imposed an arms embargo on it; and that Lyndon Johnson had failed to deliver on previous American assurances to break any Egyptian blockade of the Israeli port of Eilat (…) before we fall prey to the lazy trope of “50 years of occupation,” inevitably used to indict Israel, let’s note the following: There would have been no occupation, and no settlements, if Egypt and its allies hadn’t recklessly provoked a war. Or if the “international community” hadn’t fecklessly abandoned Israel in its desperate hours. Or if Jordan hadn’t foolishly ignored Israel’s warnings to stay out of it. Or if the Arab League hadn’t arrogantly rejected the possibility of peace. A Palestinian state would most likely exist if Arafat hadn’t adopted terrorism as the calling card of Palestinian aspirations. Or if he hadn’t rejected the offer of a state 17 years ago. Or if he hadn’t renounced his renunciation of terror. A Palestinian state would also most likely exist if Arafat’s successor, Mahmoud Abbas — now in the 13th year of his elected four-year term — hadn’t rejected it again nine years ago, and if Gazans hadn’t turned their territory into a terrifying model of Palestinian statehood, and if the United Nations didn’t treat Hamas’s attacks on Israel as a nuisance but Israel’s self-defense as a crime against humanity. (…) The Middle East doesn’t need another failed state in its midst. Israel doesn’t need another Hamastan on its border. Palestinians in the West Bank don’t need it over their heads. In 1967 Israel was forced into a war against enemies who then begrudged it the peace. Egypt, at least, found its Sadat. The drama of the Six-Day War will close when Palestinians find theirs. Bret Stephens

Attention: une occupation peut en cacher une autre !

« Guerre qui n’a rien réglé« , « victoire qui n’en est pas une », « guerre empoisonnée » …

En ce 7e jour où, fidèles à l’injonction du  4e commandement, nos amis juifs se rappellent la création du monde …

Qui se trouve être aussi le 50e anniversaire, jour pour jour, de la fin de la Guerre dite précisément des Six-jours …

Et de la libération de leur capitale et de leurs lieux les plus saints …

Pendant que de Manchester à Londres ou Paris …

Après Jérusalem ou Tel Aviv et en fait un ensemble du Moyen-Orient pratiquement juden ou christianrein …

La religion de paix rappelle à coup de voiture-bélier ou de couteau de boucher  …

Le sort qui attend ceux qui ne s’y soumettent pas

Qui rappelle …

A l’heure où rivalisant de révisonnisme articles après articles …

Nos médias n’ont que le mot « occupation » à la bouche …

Non seulement l’hommage discret à la création du monde qu’y avait alors inscrit le général Rabin …

Mais aussi entre les appels de Nasser à la destruction d’Israël …

Et les refrains de la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum à « égorger les juifs »

La véritable guerre d’annihilation que, 22 ans après Auschwitz, ladite guerre avait alors empêchée …

Comme après la confirmation de la Guerre du Kippour et la série ininterrompue d’ attentats qui a suivi …

La même poursuite de la Solution finale que l’actuelle « occupation » continue de prévenir ?

Six Days and 50 Years of War

Bret Stephens

The New York Times

June 2, 2017

In June 1967 Arab leaders declared their intention to annihilate the Jewish state, and the Jews decided they wouldn’t sit still for it. For the crime of self-preservation, Israel remains a nation unforgiven.

Unforgiven, Israel’s milder critics say, because the Six-Day War, even if justified at the time, does not justify 50 years of occupation. They argue, also, that Israel can rely on its own strength as well as international guarantees to take risks for peace.

This is ahistoric nonsense.

On June 4, 1967, the day before the war, Israel faced the fact that United Nations peacekeepers in Sinai, intended as a buffer with Egypt, had been withdrawn at Cairo’s insistence; that France, hitherto Israel’s ally, had imposed an arms embargo on it; and that Lyndon Johnson had failed to deliver on previous American assurances to break any Egyptian blockade of the Israeli port of Eilat.

On June 5, the first day of the war, the Israeli government used three separate diplomatic channels to warn Jordan — then occupying the West Bank — not to initiate hostilities. The Jordanians ignored the warning and opened fire with planes and artillery. Some 6,000 shells landed on the western side of Jerusalem alone.

On June 19, 1967 — nine days after the end of the war — the Israeli cabinet decided it would offer the return of territories conquered from Egypt and Syria in exchange for peace, security and recognition. The Arab League categorically rejected peace with Israel at its summit in Khartoum later that year.

In 1973 Egypt and Syria unleashed a devastating surprise attack on Israel, puncturing the myth of Israeli invulnerability.

It took a decade after 1967 for the Egyptian government of Anwar Sadat finally to accept Israel’s legitimacy. When he did he recovered every inch of Sinai — from Menachem Begin, Israel’s right-wing prime minister. Syria remains unreconciled.

It took another decade for Yasir Arafat’s Palestine Liberation Organization to recognize Israel and formally forswear terrorism. But its pledges were insincere. Only after the Soviet Union’s collapse and Arafat’s disastrous support for Saddam Hussein in the gulf war did the P.L.O. finally seem to get serious. It led to the Oslo Accords of 1993 and further Israeli withdrawals.

In 2000, at Camp David, Israel offered Arafat a state. He rejected it. “I regret that in 2000 he missed the opportunity to bring that nation” — Palestine — “into being,” was Bill Clinton’s bitter verdict on the summit’s outcome. Within two years Arafat was calling on a million “martyrs” to march on Jerusalem.

In 2005, another right-wing Israeli government removed its soldiers, settlers and settlements from the Gaza Strip. Two years later Hamas seized control of the territory and used it to start three wars in seven years.

In 2008, Prime Minister Ehud Olmert offered a Palestinian state in Gaza and 93 percent of the West Bank. The Palestinians rejected the proposal out of hand.

This is a truncated history. Israel is not a nation of saints and has made its mistakes. The most serious of those is proliferation of West Bank settlements beyond those in historically recognized blocs.

But before we fall prey to the lazy trope of “50 years of occupation,” inevitably used to indict Israel, let’s note the following:

There would have been no occupation, and no settlements, if Egypt and its allies hadn’t recklessly provoked a war. Or if the “international community” hadn’t fecklessly abandoned Israel in its desperate hours. Or if Jordan hadn’t foolishly ignored Israel’s warnings to stay out of it. Or if the Arab League hadn’t arrogantly rejected the possibility of peace.

A Palestinian state would most likely exist if Arafat hadn’t adopted terrorism as the calling card of Palestinian aspirations. Or if he hadn’t rejected the offer of a state 17 years ago. Or if he hadn’t renounced his renunciation of terror.

A Palestinian state would also most likely exist if Arafat’s successor, Mahmoud Abbas — now in the 13th year of his elected four-year term — hadn’t rejected it again nine years ago, and if Gazans hadn’t turned their territory into a terrifying model of Palestinian statehood, and if the United Nations didn’t treat Hamas’s attacks on Israel as a nuisance but Israel’s self-defense as a crime against humanity.

The cover of a recent issue of The Economist purports to answer the question “Why Israel Needs a Palestinian State.” The argument isn’t wrong. It just isn’t wise.

Israel needs a Palestinian state to safeguard its democratic future — in the long term. But the character of such a state matters at least as much as its mere existence. The Middle East doesn’t need another failed state in its midst. Israel doesn’t need another Hamastan on its border. Palestinians in the West Bank don’t need it over their heads.

In 1967 Israel was forced into a war against enemies who then begrudged it the peace. Egypt, at least, found its Sadat. The drama of the Six-Day War will close when Palestinians find theirs.

Voir aussi:

Half a century after the euphoria of the Six-Day War, some Israelis are wondering if it was a victory

Hundreds of guests and dignitaries gathered at the Knesset, the Israeli parliament, for a special session Tuesday marking the 1967 Six-Day War. It was a celebration of Israel’s lightning military victory over Arab armies in the Sinai Peninsula, Golan Heights, West Bank and East Jerusalem that forever changed the landscape of the Middle East.

In an address that waxed nostalgic for the euphoria that swept Israel in the war’s aftermath, Prime Minister Benjamin Netanyahu invoked the biblical history of the Jewish people in Hebron and Nablus, the West Bank cities that were captured during the conflict. “The Six-Day War returned us to the country from where we had been cut off for generations,” he said. “This is our land.’’

Absent from the parliamentary party, however, were legislators from Israel’s pro-peace Meretz party. Not enough attention, they said, was being paid to the consequences of Israel’s unending control over millions of Palestinians who live in the lands occupied 50 years ago this week.

Tamar Zandberg, one of the party’s parliament members, complained that the celebrations ignored the fact that the West Bank has lived under military rule for 50 years.

“This casts the biggest shadow over Israel’s democracy in its history — and for its continued existence,” she said on the parliament television channel. “This reality is really abnormal — it’s distorted, and we need as quickly as possible to reach a solution to this in the form of an agreement.”

The dissonance between the prime minister and the opposition politician highlights the extent to which the anniversary of the war is stirring a debate in Israel over whether one of the country’s most storied military victories planted the seeds of a modern political disaster.

Israel scored a total defeat against Egyptian, Jordanian and Syrian forces, perhaps one of the last moments in the Middle East that a military conflict has been decided so decisively. The victory transformed Israel from a small, vulnerable outpost teetering on the eastern shelf of the Mediterranean into a regional power player with ample territorial buffers against any potential new attacks.

After surviving a traumatic surprise attack in 1973 by Egypt and Syria in an attempt to recover their territories, Israel eventually traded Sinai for a peace accord with Cairo in 1979 and established full diplomatic ties with Jordan in 1994.

But the 1967 war also began Israel’s self-declared military occupation of the West Bank and the Gaza Strip, along with its controversial annexation of East Jerusalem, which formerly belonged to Jordan.

Described as temporary, the occupation gave Israel control over the lives of a Palestinian population that today numbers 4.9 million.

It also opened the door to establishing hundreds of Jewish settlements and outposts in those territories — neighborhoods that many right-wing Israelis, including Netanyahu, now consider an inseparable part of the country.

At official ceremonies and academic symposiums and on the opinion pages of newspapers, the anniversary has become an occasion among Israelis for taking stock of what was gained, and the continuing costs of the country’s failure to turn those 50-year-old military gains into lasting security.

“It’s a moment of clarification that is forcing Israelis to be more honest about where we are heading,” said Ehud Eiran, a professor of political science at Haifa University. “There’s a growing belief that this reflects a permanent reality, rather than the stories we told ourselves that it’s a temporary occupation.”

In a late May survey by the Israel Democracy Institute released this week, about 62% of Jewish Israelis disagreed with the idea that control over the West Bank constituted a military occupation.

Although a two-thirds majority considered control of the West Bank to be a boost for Israel’s security, the survey also found that the public was evenly split over calls by right-wing politicians to annex the territory.

For the religious nationalist leaders who lead the settlement movement, the jubilee anniversary is being hailed as a sign of the settlements’ permanence. Tens of thousands of religious nationalist supporters gathered at the Western Wall plaza on the Hebrew calendar anniversary of the capture of East Jerusalem in late May to celebrate.

“When I am asked about what is the full vision, what is the future of Judea and Samaria in our eyes, I answer that I want to see, with the help of God, one million Israelis living in Judea and Samaria,” Avi Roeh, who heads the Yesha settlers council, wrote on Facebook, referring to the biblical names for the West Bank.

“It used to seem like a far off, impossible dream…. But today, it’s possible to believe that we’re on the right track.”

In an effort to push back against public perception that the Jewish settlements in the West Bank are an asset to security, the Molad center, a left-wing research institute, released a paper based on interviews with former Israel Defense Forces generals arguing that large amounts of resources are being diverted to the protection of settlements.

Israel’s left wing, which has seen its influence and power diminish over the last two decades, has also been focusing this week on the moral implications of continued control over Palestinians in the West Bank and what it means for the country’s democratic values.

“The settlers have succeeded in creating, on the ground, exactly what they wanted. A reality in which it will be very difficult to draw a border line, which will prevent a separation between us and the Palestinians,” David Grossman, a prominent Israeli author, told the daily newspaper Yediot Aharonot.

“This forces us into making a choice between a few tragic options for those who want a democratic state and a Jewish home. In this sense, the settlers create a danger for the future of the state of Israel, they are dragging us into an abyss.”

Writing in the same newspaper, the son of former Israeli Prime Minister Ariel Sharon dismissed such concerns.

“Those who say that we should have evacuated the territories at once need to be reminded what it was like here before the Six-Day War: a country whose border was near the outskirts of greater Tel Aviv, and which was only 15-kilometers wide,” wrote Gilad Sharon. “Does anyone want to go back to that? With all the problems, our situation today is a thousand times better.”

Gerald Steinberg, a political science professor at Bar Ilan University, argued that Israelis on both sides of the political spectrum do agree that the government needs to come up with a definitive policy to end the state of political limbo started in June 1967.
“Whether you’re on the right or left, the continuing uncertainty for 10 or 20 more years is untenable,” he said. The longer the temporary aspect of the situation lasts, the more unhealthy it is for Israel.”

Voir également:

J’ai lu Israël dans la presse bretonne
9 juin 2017

En France, la presse quotidienne régionale – la PQR – est puissante. En Bretagne par exemple, ces quotidiens structurent l’information.

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Leur influence vient de la verticalité des informations qu’ils traitent : infos locales, régionales, nationales, internationales. De ce fait, ils sont naturellement considérés par la population comme neutres, peu politisés et objectifs. Ils participent fortement au bruit de fond collectif.

Ouest France, 1er quotidien français, couvre le Nord Ouest français, a le 9e site d’info le plus lu en France. Né de Ouest Eclair après la guerre, il est le quotidien historique de la démocratie chrétienne et le soutien des industries agroalimentaires, traditionnellement puissantes.

Le Télégramme devance OF en pointe bretonne, il a été élu meilleur quotidien de France deux fois dans les six dernières années : il est reconnu pour son sérieux.

Publi-Hebdo est le troisième grand acteur de l’info avec une panoplie d’hebdomadaires, et des sites actifs chaque jour, très influents localement, ces derniers se consacrant à l’actualité d’une seule ville.

La place d’Israël

Ici, de Quimper, j’ai compté les occurrences apparues entre le 1er janvier et le 1er juillet 2016 dans la PQR. J’ai noté 14 articles dont 13 que j’ai jugés négatifs à très négatifs, 1 neutre : le 7 mai, une page intitulée Repères dans Le Télégramme.

Les pages analysées sont les pages internationales, mais aussi locales – où apparaissent les communiqués locaux d’associations antisionistes haineuses. *

La PQR n’est pas à négliger

Vous en conviendrez aisément, il ne faut pas mépriser la PQR, c’est là où l’on s’informe des résultats de l’équipe de foot de son quartier, de sa commune, où on recherche des visages connus tout en lisant les fraîches nouvelles du monde.

Cependant, défiance et hostilité y ont remplacé sympathie et empathie à l’adresse d’Israël.

Quelles conséquences l’ image d’un pays présenté comme dissident et sulfureux aura t-elle pour l’avenir ?
Le bruit de fond local ose associer désormais aux mots « apartheid, colonies, guerre » un pays démocratique, protecteur de toutes les minorités qui ont exactement et strictement les mêmes droits que la majorité – comme 1,5 millions d’Arabes musulmans israéliens – au milieu d’une région ayant liquidé toutes ses communautés juives et actuellement plusieurs minorités arabes ou chrétiennes.

Faut-il laisser la PQR aux seuls suppôts de thèses antisionistes ?

Dans l’image, dans l’esprit, dans le cœur, le planteur d’arbre, le philosophe humaniste, l’ingénieur, l’architecte inspiré, sont remplacés par le seul uniforme de Tsahal. Israël n’est vu qu’à travers le prisme très biaisé du conflit territorial.

Il faut regagner les cœurs de ceux qui perdent la Raison. En relayant localement le vrai visage d’Israël.
Ceci passera par l’échange physique, par internet mais également par la presse locale. Car nous le savons : la « vérité » de tous est dessinée chaque jour par le consensus, et ne se superpose pas nécessairement à la réalité des faits.

La liberté de la presse est un droit des citoyens, montrer le vrai visage d’Israël est également un droit, et un devoir.
* valeur indicative et non statistique, n’ayant pas pu quotidiennement lire chaque édition locale

** Pour ce qui est de la Bretagne, sa tradition philosémite séculaire est historiquement remise en cause à chaque fois que nous oublions qu’un Breton judéophobe est un Breton qui se trahit ou trahit son histoire.

Voir de plus:

Juin 67 : la guerre des Six jours et la réécriture de l’histoire israélienne
Pierre Lurçat

The Times of israel

25 mai 2017

Dès le lendemain de la Guerre des Six Jours, la gauche israélienne a créé son propre “narratif” au sujet de la guerre, dans un livre fameux, Sia’h Lohamim (“Paroles de combattants”) qui s’est imposé dans une certaine mesure comme un discours officiel israélien concernant les événements de mai-juin 1967.

Dans ce livre, des soldats issus pour la plupart des kibboutzim des mouvements de la gauche et de l’extrême-gauche (Hashomer Hatzaïr), expriment leurs doutes et leur désarroi après la victoire et relatent les dilemmes moraux auxquels ils ont été confrontés pendant la guerre.

Ce document avait été distribué à l’époque par le ministère des Affaires étrangères aux représentations diplomatiques israéliennes à l’étranger, dans le but de montrer le “visage humain” de l’armée israélienne.

Mais ce narratif humaniste, souvent émouvant mais pétri de culpabilité, reposait sur un mensonge par omission, qui a été depuis lors exposé au grand jour.

Une partie significative des témoignages des soldats recueillis lors de la réalisation de ce document ont en effet été écartés et censurés, car ils ne correspondaient pas aux opinions politiques mises en avant par les auteurs de “Voix de combattants”.

Les voix censurées étaient notamment celles de soldats issus de la Yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem, institution phare du sionisme religieux, qui exprimaient leur joie après la victoire miraculeuse, la réunification de Jérusalem et le retour du peuple d’Israël dans le coeur de sa patrie ancestrale.

L’occultation délibérée de ces témoignages, non conformes au narratif de la gauche kibboutzique, s’inscrivait dans une tentative d’écriture d’une “histoire officielle” de la Guerre des Six Jours, dans un sens idéologique bien particulier.

Comme le rapporte Gilad Zweik (1), les auteurs de “Voix de combattants”, parmi lesquels l’écrivain Amos Oz, éprouvaient un mépris non dissimulé pour les sentiments de joie exprimés par la majorité des Israéliens au lendemain de la victoire de juin 1967.

Evoquant son camarade Micha Heyman, tué pendant les durs combats de la “Colline des munitions” à Jerusalem, Amos Oz déclare ainsi que “de son point de vue, on aurait pu dynamiter le Kotel pour sauver Michi”. Un autre soldat interrogé dans le livre déclare que les “sonneries de Choffar [du rav Goren devant le Kottel libéré] lui faisaient mal à la tête…”

On comprend, en lisant ces lignes, que la question de la souveraineté juive à Jérusalem (sans même parler de la Judée et de la Samarie) est tout autant, voire plus, une question intérieure israélienne et juive, qu’une question de droit et de politique internationale.
Dans ce contexte, il convient d’observer que la récente condamnation internationale de la “colonisation” par le Conseil de Sécurité des Nations unies dans la résolution 2334 s’est produite quelques semaines après l’intervention devant ce même Conseil de sécurité de deux représentants israéliens des organisations d’extrême-gauche Betselem et La Paix Maintenant, qui ont apporté leur justification morale et politique à la condamnation d’Israël par la communauté internationale.

Plus généralement, une large partie de la gauche israélienne a adopté aujourd’hui le narratif jadis minoritaire, défaitiste et auto-accusateur, des combattants de l’Hashomer Hatzaïr (2).

Mais alors que ces derniers, en tant que soldats et patriotes israéliens, exprimaient leurs critiques et leurs doutes à destination du public israélien en priorité, leurs héritiers actuels adressent leurs attaques contre le gouvernement et l’armée d’Israël au public international, se transformant en dénonciateurs de leur propre peuple devant le tribunal des nations (*).

(1) Dans son article “Voix de combattants, les bobines oubliées, une manipulation transparente”, Mida 8.7.2015, http://mida.org.il/)

(2) Un recueil de témoignages d’habitants des kibboutz de l’Hashomer Hatzaïr récemment publié en Israël montre comment les jeunes de ce mouvement sioniste-socialiste d’orientation pro-soviétique parvenaient à concilier, non sans difficultés et au prix de contradictions parfois insurmontables, leur admiration pour la “patrie du socialisme” et son dirigeant Joseph Staline, et leur engagement sioniste.

* Sur ce sujet, je renvoie à mon dernier livre, “La trahison des clercs d’Israël”, La Maison d’édition

Voir de même:

Ayelet Shaked contre Breaking the Silence : mettre fin à l’hypocrisie et à la duplicité
Pierre Lurçat

The Times of Israel

9 juin 2017

En demandant au procureur d’ouvrir une enquête contre le porte-parole de Breaking The Silence, Din Issacharoff, qui a déclaré publiquement avoir frappé violemment un Palestinien alors qu’il était soldat dans l’unité du Nahal à Hébron, la ministre de la Justice Ayelet Shaked a exposé au grand jour l’hypocrisie et la duplicité de l’association d’extrême-gauche, qui lutte ouvertement pour ternir l’image de Tsahal aux yeux de l’opinion internationale.

Comme le rapportent les médias israéliens , Issacharoff a été filmé il y a deux mois, pendant un rassemblement de Breaking the Silence, en train de confesser publiquement avoir frappé un Palestinien.

« Le porte-parole de Breaking the Silence se lève et dit qu’il a lui-même commis un crime contre un Palestinien et l’a roué de coups, a dit Shaked. Si c’est vraiment ce qu’il s’est passé, il devrait faire l’objet d’une enquête et être puni. Si cela n’est pas arrivé, l’Etat doit déclarer officiellement que cela n’est pas arrivé. »

La réaction d’Ayelet Shaked est salutaire et bienvenue, n’en déplaise aux éditorialistes du journal Ha’aretz, qui dénoncent une « instrumentalisation politique » de la justice. En réalité, la ministre de la Justice est tout à fait dans son rôle en appelant le procureur de l’Etat à ouvrir une enquête.

De deux choses l’une en effet : soit le porte-parole de BTS dit la vérité, et alors il doit être jugé, selon les normes appliquées par l’armée israélienne et selon les critères moraux que son association elle-même revendique et accuse Tsahal de ne pas appliquer en cas d’atteinte aux droits de l’homme de la part de Tsahal.

Soit il ment, comme l’affirment plusieurs soldats de son unité, et dans ce cas, Ayelet Shaked a raison d’appeler le gouvernement à exposer publiquement la calomnie que constituent ses accusations. Au-delà même du cas spécifique d’Issacharoff, c’est toute la duplicité de son association qui est ainsi exposée au grand jour.

Voilà des années que Breaking the silence, Yesh Din, La Paix maintenant et les autres associations d’extrême-gauche, financées par l’Union européenne et par des fondations étrangères antisionistes, sapent les fondements de la démocratie israélienne et calomnient les institutions de l’Etat, menant ouvertement et sans encombre leur action subversive.

La réaction salutaire d’Ayelet Shaked est l’occasion de rouvrir le dossier de ces associations financées par des pays et entités étrangères pour lutter contre Israël de l’intérieur. L’Etat juif, en guerre permanente contre les ennemis extérieurs aux frontières Nord (le Hezbollah, bras armé de l’Iran) et Sud (le Hamas et l’Etat islamique) ne peut se permettre le luxe de laisser des ennemis de l’intérieur attaquer Tsahal et exposer ses soldats et officiers à des actions judiciaires malveillantes devant les tribunaux internationaux ou étrangers. Il en va de la sécurité de l’Etat et de ses institutions.

* Mon dernier livre, La trahison des clercs d’Israël, est en vente sur le site de l’éditeur, La Maison d’édition et dans les bonnes librairies.

Jacques Benhamou m’a récemment invité à ce sujet dans son émission Côté Cour sur RCJ.

Voir encore:

Juin 1967 : Six jours pour sauver Israël

Haim Musicant
Cool Israel
9 June 2017
Le 15 mai 1967, c’est le 19 ème anniversaire d’Israël.

Le matin, Tsahal défile à Jérusalem.

Le soir a lieu le festival de la chanson au Palais de la Nation.
Une jeune inconnue de 20 ans s’avance avec sa guitare sur la scène.
Elle s’appelle Shuly Natan.
Naomi Shemer lui a offert d’interpréter une nouvelle chanson.
C’est le maire, Teddy Kollek, qui a demandé à la célèbre compositrice d’écrire une ballade consacrée à Jérusalem.

La capitale d’Israël est coupée en deux par un mur depuis le 29 mai 1948.
La légion arabe du roi Abdallah a en effet conquis la vieille ville pendant la guerre d’indépendance et massacré les juifs qui s’y trouvaient. Elle a également pris d’assaut l’hôpital Hadassah et l’université hébraïque sur le mont Scopus, mais aussi profané les cimetières et transformé les synagogues en écuries et urinoirs.
Le Kotel, le mur occidental du Temple, est bien sur interdit d’accès depuis 1948.

Shuli Natan interprète ce 15 mai, une chanson émouvante et triste.
Elle chante Jérusalem, cette ville qui est « prisonnière du rêve, solitaire, avec le Mur enfermé dans son cœur ».
Cette chanson, c’est « Yérushalayim shel zaav », « Jérusalem d’or ».

Quand elle interprète cette mélodie, Shuli Nathan rêve-t-elle un seul instant que quelques semaines plus tard, le 7 juin, Tsahal va libérer Jérusalem ?
S’imagine-t-elle que le grand rabbin de l’armée, Shlomo Goren, va prendre une Thorah à la main, et faire sonner avec l’autre le shofar devant le Kotel, et dire tout simplement « Réjouissons-nous ! »

Mais le retour à Jérusalem, en ce mois de juin 1967, n’est pas dans la tête des Israéliens.
Au contraire, ils vivent dans la menace de la destruction de leur pays qui n’a même pas 20 ans d’existence.
Israël est un pays minuscule, aussi grand que trois départements français dans lequel vivent à peine 2,7 millions d’habitants.
Au niveau de Natanya, le pays est moins large que la ligne de métro 1 à Paris entre le château de Vincennes et alors le pont de Neuilly.

Le 1 er juin, Ahmed Choukeiri, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, auquel Yasser Arafat va succéder, ne laisse pas de place au moindre doute. Il hurle : « Il n’y aura pas de moyen terme. Il ne restera pas de survivants juifs ! »

Au Caire, à Damas, à Bagdad et dans l’ensemble du monde arabe, les déclarations, les manifestations, les chants, les slogans sont les mêmes : « Avec l’aide de Dieu, nous allons nous retrouver à Tel-Aviv et on les égorgera tous ! »

Israël sait qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air.

Le colonel Gamal Abdel Nasser amasse les troupes égyptiennes à la frontière. Il a exigé le départ des Casques bleus de l’ONU qui faisaient tampon depuis la guerre du Sinaï depuis 1956.
Les troupes jordaniennes sont placées sous le commandement de l’Egypte, le roi Hussein espérant agrandir son royaume à peu de frais.
La Syrie, qui depuis les hauteurs du Golan, tire régulièrement sur les agriculteurs israéliens aux abords du Kineret, le lac de Tibériade, est prête à prendre elle aussi sa part au massacre promis.
Gamal Abdel Nasser franchit un pas supplémentaire en fermant le détroit de Tiran L’accès à Eilat est désormais bloqué.

Israël se sent abandonné par le monde entier.

L’Union soviétique soutient et envoie des armes aux Arabes. Les Etats-Unis, empêtrés dans la guerre au Vietnam, ne veulent rien faire. Le général De Gaulle vient de planter un poignard dans le dos, lui qui, il ya quelques années avait affirmé à David Ben-Gourion qu’Israël était l’ami et l’allié de la France.

Les Israéliens pressentent que la menace d’anéantissement se rapproche.

Le 1er juin, le Premier ministre Israélien Levi Eshkol met en place un gouvernement d’union nationale. Il appelle à ses cotés Menahem Begin, le chef de l’opposition et surtout Moshé Dayan, qui devient ministre de la défense.
Israël doit absolument agir pour repousser la tentative d’étranglement.

Le 5 juin au matin pendant que les pilotes égyptiens prennent leur petit-déjeuner, l’armée de l’air cloue au sol la presque totalité des avions .Les forces terrestres complètent l’opération .En quatre jours, elles font reculer l’armée égyptienne de Gaza, Sharm-el –Sheik et atteignent le canal de Suez.

La Jordanie attaque le 5 juin. Elle n’a pas voulu écouter le message qui lui avait été transmis par Israël : « Ne bougez pas !» Le lendemain, les parachutistes israéliens encerclent le vieille ville de Jérusalem, et le 7 au matin, ils arrivent au Kotel.
Tsahal va poursuivre son action de riposte, et va repousser les Jordaniens et dans ce but s’emparer de la Judée et de la Samarie.

Le 6 juin, les Syriens lancent des attaques contre Israël, mais Tsahal réagit et s’empare du Golan.

Le samedi 10 juin, la guerre est finie. Israël est venu à bout des armées égyptienne , jordanienne et syrienne. Les troupes que devaient envoyer d’autres pays arabes, n’ont pas eu le temps d’arriver.

Tsahal a gagné, mais 800 Israéliens sont morts et 4500 sont blessés.

Le gouvernement confie à Itzhak Rabin, le chef de l’état-major de choisir un nom pour qualifier la troisième guerre d’Israël depuis sa fondation.
« Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création », propose Rabin.

Naomi Shemer, elle, change les paroles de « Yérushalayim shel zaav ».Elle ajoute : « Nous sommes de retour…et un shofar retentit sur le mont du Temple dans la vieille ville ».

Voir aussi:

07 juin 2007

2/6/07 – Guerre des Six jours – ou: Les bluffs dangereux

Dans cet article paru dans Libé, Rebonds, du 7/6/2007, vous trouverez en caractères gras les passages qui ont été coupés.

Le 5 juin d’il y a 40 ans, jour pour jour, j’entendis avec stupeur à la radio que l’aviation israélienne était au-dessus du Caire, ayant cloué au sol son homologue égyptienne… J’étais soulagé et inquiet. Depuis près d’un mois, depuis que Nasser avait bloqué le Détroit de Tiran pour étouffer le port juif d’Eilat et empêcher Israël de recevoir le pétrole, on assistait à un véritable ameutement des foules arabes, orchestré par les chefs d’Etat et par le chef palestinien de l’époque autour du mot d’ordre: les Juifs à la mer. Même la suave chanteuse égyptienne Oum Kalsoum chauffait les masses du Caire par un hymne dont le refrain était adbah! (égorge!). A l’époque, je faisais une thèse de math et de la philo, cela faisait un an que j’étais au Parti communiste pour combattre l’impérialisme et le capitalisme. J’étais plutôt méfiant envers les chefs israéliens, qui étaient du reste plutôt distants envers « les Juifs », comme s’ils croyaient à leur mythe de créer l’homme nouveau. Mais le spectre de l’Extermination, 22 ans à peine après Auschwitz, était présent dans certaines têtes, dont la mienne. Je quittai donc le PC car son discours sur « Israël tête-de-pont-de-l’impérialisme-américain » ne collait pas avec les faits. Bien sûr, je me raisonnais: « les Etats arabes ne pourront pas comme ça effacer Israël », mais je m’objectais: « Et pourquoi pas? Pourquoi les mépriser d’avance? Ils sont armés et nombreux… » Même les Marocains envoyaient des blindés; il n’y avait pas que la Syrie , l’Egypte, la Jordanie qui ameutaient. L’Irak aussi…

Israël a donc attaqué le premier, a vaincu les armées arabes en 6 jours et ses soldats ont pu toucher l’élément originaire, le symbole fort: la vieille ville de Jérusalem, le Mont du Temple – sur lequel les troupes islamiques, treize siècles avant, avaient mis leurs emblèmes victorieux, le Dôme et la Mosquée.

Plus tard, on s’est dit qu’Israël n’aurait pas dû être l’agresseur. Mais  la Guerre du Kippour en  73 a confirmé que s’il n’attaque pas le premier, vu sa petite taille, c’est le massacre, et il est vite menacé dans son existence. Des historiens nous disent que cette Guerre des Six jours (dont nos manuels scolaires ne parlent pas) éclata par inadvertance. Un acte manqué, en somme; mais alors, qui révèle le fond des choses: l’humiliation subie par le monde arabe, dans cette guerre, renouvela celle qu’il a subie en 48 à la naissance de l’Etat juif. Un véritable traumatisme, car en principe, dans l’identité islamique instaurée par le Coran, la question juive était réglée: les vrais bons juifs sont musulmans, comme ceux de la Bible , les autres sont des pervers dans l’ensemble, parfois des braves gens isolément; mais l’idée qu’ils aient un jour une souveraineté est exclue. Dès lors, dans la mentalité officielle arabo-musulmane, Israël était à effacer. Même si des Arabes lucides lui vouent une certaine admiration. Mais avec  la Guerre des Six jours, on ne l’effaçait pas, il était victorieux.

A partir de là, on observa de curieux phénomènes. D’abord une sorte de greffe: du fait qu’Israël devenait ponctuellement occupant colonisant les territoires conquis, on greffa sur lui ces deux traits et cela le rend globalement occupant et colonialiste; on pouvait donc ameuter contre lui toutes les forces anti-coloniales. Il y eut aussi des surenchères morales chez les Juifs; certains, comme Y. Leibovitch fustigeant Israël comme nouvel Etat nazi, pas moins. Ce qui permit à des cohortes d’humanistes en manque d’indignation d’emboîter le pas: Oui, Ramallah c’est Auschwitz, déclara un prix Nobel de littérature.

Autre fait, plus positif: il fallait rendre les territoires. Avant 67, on ne parlait pas de les rendre puisqu’on allait, un jour, libérer toute la Palestine. Mais depuis 67, Gaza, que l’Egypte occupait et n’a jamais pensé à rendre, devint une terre à restituer de même que la Cisjordanie occupée par  la Jordanie qui ne pensait pas davantage à la restituer. Ce fut une sorte de transmutation: ces terres devenaient palestiniennes du fait d’être passées entre des mains israéliennes. Il faut dire qu’avant, même les Palestiniens n’exigeaient pas des Etats arabes d’avoir d’abord Gaza et  la Cisjordanie comme base de départ dans leur lutte contre Israël. Etonnant.

[1] . Proche-Orient. Psychanalyse d’un conflit, (Seuil, 2003).

Mon hypothèse, que j’étaie dans un livre[1], est que de façon très spontanée, le monde arabo-musulman avait fait des Palestiniens le fer de lance ou l’emblème de son refus d’Israël, en tant que souveraineté juive; et quand on est un fer de lance ou un emblème, on n’a pas l’idée d’exister pour son propre compte. C’est donc curieusement après  la Guerre des Six jours que cette idée a pu devenir assez concrète. Ce qui ne veut pas dire praticable. A preuve, depuis que Gaza a été « restitué », les Palestiniens s’y battent entre eux, les plus fanatiques envoient des fusées sur Israël, retardant la restitution – pourtant prévue – d’une partie de la Cisjordanie : en effet, si celle-ci était rendue, on pourrait envoyer de là des fusées sur Tel Aviv, vu les distances; alors c’est l’existence quotidienne d’Israël qui serait mise en question. Donc, nouveau paradoxe, grâce à la libération de Gaza, et à ce qu’elle a révélé, celle de la Cisjordanie paraît peu probable, pour l’instant.

De sorte que même ceux qui réécrivent l’histoire après-coup – et il y en a – n’ont pas la tâche facile. Quand ils disent qu’Israël aurait dû rendre très vite les Territoires, ils oublient qu’un groupe armé quelconque à Ramallah ou à Gaza, s’il veut se réchauffer l’âme et se sentir plus près d’Allah, peut envoyer des bombes (ou des hommes-bombes) sur Israël et redéclencher la guerre. Donc, il faut être bien prétentieux pour s’installer sur un promontoire élevé et juger que, de ci de là, il y a eu « de grosses erreurs ». Ces deux peuples là-bas, quand ils se battent (car il faut reconnaître qu’il y a de longues périodes de paix, et que la seconde Intifada, longue et meurtrière, a fait en tout 3000 morts des deux côtés, ce qui est tragique mais peu comparable aux 250000 morts des guerres ethniques dans l’ex-Yougoslavie), quand il se battent donc, c’est pour des raisons qui leur échappent, des raisons inconscientes qu’on hésite à élucider, mais d’où émerge cette question simple: une terre devenue islamique (par conquête) peut-elle supporter de retrouver (par conquête) sa souveraineté juive antérieure? Ou encore: l’islam ayant pris le relais du message hébreu, peut-il honorer sa dette symbolique envers ses sources juives en laissant une part infime de son immense territoire redevenir un Etat juif?

Le peuple juif, lui, se serait bien contenté de l’émancipation, des Droits de l’homme que la Révolution

française a mis deux ans à lui reconnaître; il se serait même bien passé d’un Etat. Mais des forces inconscientes et historiques ayant fait resurgir cet Etat, c’est de façon très aiguë que la question se pose: projet d’anéantissement, ou cohabitation mouvementée?

Ces problèmes de cohabitation entre islam et monde judéo-chrétien vont peu à peu s’observer bien ailleurs, en Europe, et un jour proche on pourra en parler plus franchement.

Autre remarque: c’est la Guerre des Six jours qui instaura la « ligne verte », frontière apparente et improbable entre deux Etats. Elle a eu dans certains discours un aspect intangible, rigide, absolu, comme si elle existait de tout temps. C’est qu’elle incarne une revendication toute autre: effacer l’humiliation de 67. Or celle-ci est captée par une autre humiliation, plus profonde, celle de l’islam conquérant arrêté par l’Occident sur une frontière instable qui va bientôt faire parler d’elle.

En tout cas, là-bas, la paix « définitive » a peu de chance, car pour régler une dette, il faut se reconnaître endetté, et rien ne peut vous y forcer quand la dette est symbolique. Mais il y aura souvent la paix. Et il y aura aussi bientôt une ambiance analogue à celle qui précéda juin 67, si la bombe iranienne est au point, et si les chefs islamiques (non arabes cette fois) orchestrent à nouveau le « haro ».

Car il faut pointer ici un curieux fait psychologique: des chefs tels que Nasser, Saddam Hussein, Ahmadinejad, se lancent chacun dans un grand bluff, mais ils font en sorte qu’on les croie vraiment. Nasser, s’il ne voulait pas attaquer a quand même fait acte de guerre (bloquer Eilat); S. Hussein a fait croire qu’il avait des armes de destruction massive, il ne les avait pas, mais il a massivement massacré les Kurdes. Reste le chef iranien: il menace et prépare l’instrument. L’ironie de l’histoire va-t-elle faire que c’est lui, justement, qu’on choisira de ne pas croire?

Voir également:

Les plaies d’Israël

Par propos recueillis par Philippe Coste

L’Express

05/06/2007

Chef de file des «nouveaux historiens» de l’Etat hébreu, Tom Segev, réfractaire aux épopées officielles, poursuit la chronique incisive, implacable mais profondément humaine, de son pays. Avec son dernier ouvrage, 1967, Six jours qui ont changé le monde*, il décrypte sans concessions les errements et les choix d’une guerre qui – il s’en explique pour L’Express – hante toujours l’Israël d’aujourd’hui.

Ce livre semble être le tournant de votre carrière d’historien. Comment en avez-vous eu l’idée?

C’est le résultat de cinq ans de recherches, en Europe, aux Etats-Unis et bien sûr en Israël. Chez nous, les archives sont plus accessibles qu’en France et, surtout, nos dirigeants ont cette habitude louable d’emporter à leur domicile des dossiers confidentiels, sans jamais les rapporter au bureau.

Aussi le talent de nos historiens se mesure-t-il souvent à leur capacité à approcher les veuves dépositaires de ces écrits et à gagner leur sympathie. C’est ainsi que j’ai déniché des trésors: des comptes rendus entiers de Conseils de ministres ou les rapports détaillés sur les pourparlers avec les Palestiniens après la guerre des Six-Jours.

Venons-en au fond. Votre livre décrit les événements de 1967 moins comme un épisode glorieux que comme l’origine des maux actuels d’Israël…

Les débats d’aujourd’hui, aussi virulents soient-ils, sont la reproduction exacte, au mot près, de ceux de 1967. Comme si aucune nouvelle idée n’avait pu émerger. Comme si, quarante ans plus tard, nous restions figés dans les choix et les erreurs de l’époque, qui conditionnent toujours nos rapports avec les Palestiniens.

Vous consacrez une place énorme à l’avant-guerre, ce moment d’intense désarroi national. Pourquoi?

C’est essentiel pour entrevoir les racines du conflit. Au milieu des années 1960, Israël incarnait une success story unique au monde. Un Etat – une nation – s’était construit, qui avait remporté deux guerres [en 1948 et en 1956] et accueilli 2 millions d’immigrants supplémentaires depuis sa fondation. Tout cela sans freiner un boom sidérant. En 1965, les enfants israéliens avaient remporté les championnats mondiaux de mathématique, battant les petits Américains à plate couture.

On parlait d’un programme spatial israélien. L’écrivain Shmuel Yosef Agnon allait remporter le prix Nobel de littérature [1966]. D’Alfred Hitchcock à Jean-Paul Sartre, les stars venaient du monde entier observer le prodige. Et puis, début 1966, tout s’arrête, tout s’effondre. Commencent à cette période une récession brutale et un chômage désespérant. Les Israéliens quittent alors le pays. A la fin de l’année 1966, le nombre des partants dépasse celui des arrivants. Nul ne peut imaginer pire affront à l’ego sioniste. On se met à débattre du post-sionisme, comme on le ferait aujourd’hui… La cause semble perdue pour les générations futures.

C’est le temps des incertitudes politiques…

L’ère du père fondateur, l’héroïque David Ben Gourion, s’est achevée. Lui a succédé le prosaïque Premier ministre Levi Eshkol, cruellement raillé pour son apparente indécision. L’ambiance est délétère. Pour apprécier l’intensité du malaise, il faut se souvenir de la capacité des Israéliens, tout au long de leur histoire, à passer en un instant de l’extase à la déprime la plus complète.

Pour aggraver la situation, les attentats commencent…

Progressivement, à partir de 1965. Une bombe ici. Un soldat tué là. Un civil blessé ailleurs. Certes, le terrorisme est sans commune mesure avec celui qui frappera dans les années 1970. Mais la tension monte et Eshkol se tourne vers l’armée, qui lui répond qu’elle n’a aucune solution à sa disposition. Afin de régler le problème naissant du Fatah, les militaires n’ont qu’une idée: s’en prendre à la Syrie, accusée de faciliter le passage des poseurs de bombes. Au même moment, la situation se dégrade à la frontière sud avec l’Egypte. A mon sens, l’état de déliquescence du pays et la faiblesse de ses dirigeants rendent les Israéliens psychologiquement incapables de mesurer rationnellement la réalité du danger.

C’est alors qu’apparaissent les premières références à l’Holocauste…

J’ai demandé à des familles aux Etats-Unis de me montrer les lettres que leur envoyaient à l’époque leurs proches vivant en Israël. J’en ai lu près de 500. Presque toutes, en 1966 et 1967, mentionnent la crainte d’un nouvel holocauste. C’est la grande peur, une panique sincère de la destruction imminente, qui s’infiltre dans tous les recoins de la société.

Cette paranoïa est-elle la cause de la guerre?

Le conflit était en fait inévitable, car Israël était trop faible pour ne pas attaquer. J’ai établi une chronique de la montée de l’irrationnel. Lors des discussions de janvier 1967 entre le gouvernement et les services secrets du Mossad, on spécule sur les options de Hussein de Jordanie. Mais une conclusion s’impose clairement: en cas de conflit, l’annexion de la rive occidentale du Jourdain et de Jérusalem-Est ne serait pas dans l’intérêt national d’Israël. Le 5 juin 1967, quand les troupes de Hussein attaquent, la raison succombe aux pulsions viscérales. Certes, la guerre est gagnée. Le danger principal, l’Egypte, a été écarté après la destruction de 400 de ses avions. Mais on opte, néanmoins, pour l’offensive contre la Jordanie, pour l’occupation de la rive ouest et surtout celle de Jérusalem- Est. Israël va s’emparer de lieux saints musulmans et chrétiens, un geste aux conséquences internationales immenses. Pourtant, lors de la réunion avec Eshkol, l’état-major et le Mossad, il n’y a même pas eu un juriste pour évaluer les risques. On y va, c’est tout. On ne réfléchit pas. On reste au niveau du fantasme et du rêve.

Pour vous, il s’agit du moment clef. Peut-on parler d’une erreur fondamentale?

Certainement. Mais ne soyez pas tenté de voir dans cette décision un calcul politique, une manoeuvre cynique pour résoudre la crise intérieure de l’époque. Nous sommes dans le champ de l’irréfléchi. Je me souviens, d’ailleurs, m’être précipité, à l’époque, pour aller voir Jérusalem-Est, car j’étais persuadé que, dans les jours qui suivraient, nos troupes devraient partir. Tout le monde partageait l’opinion que le cours des événements nous forcerait à revenir au statu quo ante. En fait, Israël venait de passer le point de non-retour. D’après les documents que j’ai obtenus, Hussein était pourtant prêt à une paix durable si on lui rendait Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Mais, politiquement et psychologiquement, il nous était devenu impossible de le faire de notre plein gré. A posteriori, se forgeait le mythe qu’il relevait de la mission, de l’essence d’Israël de détenir tout Jérusalem. C’est étrange car, en fait, hormis le mur des Lamentations, il n’y a pas grand-chose de juif là-bas. Et, d’une manière ou d’une autre, les lieux de prière auraient pu être rendus accessibles sans recourir à l’annexion.

C’est aussi le moment où Israël découvre les Palestiniens…

Après avoir trop longtemps nié leur existence! Un souvenir personnel de juin 1967: en passant en voiture en Cisjordanie, j’ai voulu prendre une photo d’une colonne de réfugiés sur le bord de la route. Mes camarades ont tenté de m’en empêcher, comme s’ils refusaient de matérialiser leur existence. Tout le monde savait qu’il fallait trouver immédiatement une solution pour les Palestiniens, profiter au mieux du choc initial pour assurer les déplacements de population. L’idée la plus simple consistait à les installer en Cisjordanie. Le plan n’aurait coûté que 40 millions de dollars en dix ans – une misère! – et tous les grands philanthropes juifs, à commencer par les Rothschild français, étaient partants pour financer l’opération. Mais non… Notre gouvernement semble alors incapable de prendre une décision et s’enfonce dans le déni. Il s’en tient à une ligne: c’est à l’ONU de s’occuper des Palestiniens. Et Israël ne peut être tenu responsable de leur sort. Les projets les plus loufoques sont alors débattus, visant à les reloger dans le Sinaï, mais surtout à l’étranger: au Canada. Ou en Irak! En lisant cette dernière proposition, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague, avant de me rendre compte que Eshkol en avait expressément discuté avec le président américain Lyndon Johnson!

Justement, quelle est la position des Etats-Unis?

Johnson était opposé à la guerre, essentiellement parce qu’il craignait qu’elle ne tourne mal pour les Israéliens, qui se seraient alors trouvés contraints de lui demander son aide militaire, alors qu’il est lui-même en plein marasme vietnamien. Mais la CIA, enragée contre Nasser, l’assure que Tsahal remportera une victoire en six à dix jours… L’Amérique donne son feu vert.

Aujourd’hui, Israël ne vit-il pas toujours dans le contexte de cet après-guerre?

Oui. La victoire de 1967 offre un second souffle au sionisme. Un sentiment de toute-puissance enivre le pays. Longtemps, jusqu’à la grande claque de la guerre du Kippour (octobre 1973), les Israéliens se répétaient cette boutade: «Qu’est-ce qu’on fait à midi? – On envahit Le Caire! – D’accord. Mais qu’est-ce qu’on fait dans l’après-midi?» 1967 a aussi contribué à l’isolement d’Israël, à substituer aux racines européennes et à l’ouverture antérieure au monde un lien exclusif avec les Etats-Unis.

A ce jour, après la terrible déception qui a suivi les accords d’Oslo, quel est le bilan?

Notre jeunesse ne croit plus à la paix. Pragmatique et désabusée, elle se satisferait d’une bonne gestion des hostilités. Et ce qui m’a frappé dans le dernier épisode, l’offensive au Liban de l’été 2006, c’est, plus que l’inanité d’Ehud Olmert – certainement le pire Premier ministre de notre histoire – le fait que notre armée ne sait plus faire la guerre. Tout un symbole. Tsahal est devenue, au fil des décennies, une gendarmerie conçue pour être un outil d’oppression.

Votre père a été tué lors de la guerre de 1948. Vous n’aviez que 3 ans. Cette disparition tragique a-t-elle contribué à faire germer votre vocation d’historien?

Sa mort n’a rien eu d’héroïque. Il est tombé du toit où il montait la garde, lors d’un échange de tirs. Mais je me souviens des lettres officielles que nous recevions à chaque commémoration. Elles étaient signées par une machine. Surtout, en déplorant le sacrifice des soldats, elles assuraient que nos dirigeants ?uvraient inlassablement pour la paix. Ces mots ont fini par m’intriguer. Que faisaient-ils vraiment pour la paix?

Tom Segev

1935
Ses parents fuient l’Allemagne nazie et s’installent en Palestine.
1945
Naissance à Jérusalem.
1948
Son père est tué pendant la première guerre israélo-arabe.Service militaire au collège de la Défense nationale.Etudes d’histoire et de sciences politiques à la Hebrew University.Doctorat d’histoire sur les commandants de camps de concentration nazis, de la Boston University.
Auteur de:
Les Premiers Israéliens,Calmann-Lévy (1998).
C’était en Palestine au temps des coquelicots, Liana Levi (2000).
Le Septième Million,Liana Levi (2003).

Voir de plus:

« Six jours de guerre »
Daniel Pipes
The New York Post
4 juin 2002

Version originale anglaise: [Michael Oren’s] « Six Days of War »
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

La victoire la plus écrasante dans les annales de la guerre a eu lieu en Juin, il y a 35 ans, lorsque les forces israéliennes ont défait les forces armées égyptiennes, jordaniennes et syriennes en seulement six jours. Et ce [mois de ] Juin là est marqué par la publication de Six Days of War : June 1967 and the Making of the Modern Middle East (Six jours de guerre : juin 1967 et la genèse de l’Orient moderne) (Oxford University Press) de Michael Oren, le plus beau livre jamais paru sur ce sujet.

Oren, un chercheur israélien d’origine américaine, raconte son histoire, de manière sobre, directe et palpitante, pleine de citations percutantes.

Six Days of War (Six jours de guerre) bénéficie de sources en six langues et c’ est le premier compte-rendu à s’appuyer sur les archives d’Etat récemment ouvertes, qui permettent au compte-rendu de fournir ce qui jusque-là était inconnu [et qui touche]au coeur de l’histoire, y compris un certain nombre de mesures publiées en exclusivité (telles que les plans pour la conquête arabe en Israël, ou la manière dont les ordres du ministre de la Défense Moshe Dayan pour s’emparer des hauteurs du Golan ont violé son mandat). Pas étonnant qu’il soit un best-seller américain avant même sa sortie officielle.

Plusieurs questions perdurent encore sur la guerre 67, et Oren fournit des informations utiles pour y répondre. Voici trois explications clés:

Pourquoi la guerre a-t-elle eu lieu ? La question se pose parce que, comme la Première Guerre mondiale, personne n’avait prévu ni ne voulait cette guerre. La recherche d’Oren offre un aperçu de son caractère tout à fait accidentel. En novembre 1966, par exemple, après le meurtre de trois policiers israéliens aux mains de terroristes, basée en Jordanie, l’ambassadeur généralement efficace des États-Unis en Israël a attendu quelques jours pour transmettre un message de condoléances du roi Hussein de Jordanie au Premier ministre israélien. Son retard a poussé les Israéliens à se venger, et les représailles à leur tour sont devenues un épisode majeur dans l’escalade de la guerre.

Le rôle des évènements fortuits doit être gardé à l’esprit ces jours-ci, alors qu’il y a de la guerre dans l’air à nouveau au Moyen-Orient: Le moindre faux pas pourrait provoquer un éclatement.

Comment les Forces de défense israéliennes ont-elles pu gagner de façon si écrasante ? par une pratique méticuleuse et un réalisme absolu, contrairement aux militaires arabes, qui vivaient dans un monde fantastique.

Si les Israéliens étaient tous nerveux à l’approche de la guerre – Le chef d’état-major Yitzhak Rabin souffrait d’une dépression – les dirigeants arabes étaient extrêmement confiants. Un général syrien prédisait une victoire sur Israël en quatre jours « au maximum. » Le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne montrait aucun signe d’inquiétude, insistant sur le fait que les Israéliens étaient incapables de monter précisément l’attaque aérienne surprise qu’ils ont en fait réussie..

Plus largement, un haut fonctionnaire égyptien a déclaré au sujet du leadership de son équipe qu’il croyait que «la destruction d’Israël était un jeu d’enfant qui ne nécessitait que l’accrochage d’une ligne téléphonique chez le commandant et l’écriture de slogans de victoire. »

(Washington, comble d’ironie, a été plus confiant que Tel-Aviv sur une victoire israélienne ; deux semaines avant que la guerre n’ait éclaté, déclare Oren, le secrétaire américain à la Défense avait prédit que si Israël devançait, il battrait ses trois ennemis dans la semaine – précisément ce qui s’est passé.)

Comment la guerre a-t-elle affecté la diplomatie israélo-arabe ? – Elle en a fondamentalement changé les termes. Déjà à la mi-mai, quelques semaines avant que les hostilités n’aient commencé, l’influence du Moyen-Orient à la Maison Blanche, Harold Saunders, a suggéré qu’Israël devrait être tolérée le temps d’écraser ses ennemis, voyant en ceci « un moyen de régler les frontières et, peut-être même les réfugiés ».

Dès le deuxième jour de la guerre, le président Lyndon Johnson avait formulé les grandes lignes de la politique la terre- en échange- de la paix que 35 ans plus tard, la diplomatie américaine conduit encore à l’égard du conflit israélo-arabe: Israël doit restituer la terre conquise en 1967 en échange de sa reconnaissance par les Arabes.

Les Américains attendaient l’ampleur du triomphe militaire d’Israël pour montrer aux Arabes l’inutilité de leurs espoirs de détruire l’Etat juif, une analyse qui rencontra l’approbation immédiate chez certains Israéliens (y compris Yitzhak Rabin, plus tard le premier ministre qui a initié les négociations d’Oslo, qui ont été fondées précisément sur cette hypothèse).

Mais, comme les événements récents l’ont prouvé de façon si frappante, la prémisse terre contre paix était fausse. A quelques exceptions près (comme le président égyptien Anouar El-Sadate), la bonne volonté d’Israël de faire cet échange a hâté la violence des Arabes contre elle, non pas leur acceptation.
Oren montre comment la terre contre la paix est fondée sur des espoirs américains, et non pas sur les réalités du Moyen-Orient ; sa recherche montre que cette politique n’a pas besoin finalement d’être remplacée par une approche plus réaliste.

Comme le sous-titre d’Oren le suggère, ces six jours de la guerre ont eu des conséquences vraiment profondes.

Voir enfin:

Lettre à un Ami arabe

Convergences – pages 242 à 253
Lettre à un Ami arabe – Prix Sévigné, 5ème édition, Mame, 1969, réédition J. C. Lattès 1994
ISBN : 2709613808 – 317 pages.

Depuis cinquante ans, Juifs et Arabes se disputent en brandissant les titres qu’ils prétendent avoir à la possession de la Terre sainte. « Terre arabe »; dites-vous, « Terre hébraïque » répondons-nous. Les Juifs se fondent sur la Bible et sur leurs aspirations millénaires à obtenir la réparation du tort que l’impérialisme romain leur avait causé au 1er siècle de notre ère. Aux racines, chez les Musulmans, la conscience aiguë qu’une terre qui a appartenu à l’Islam, à quelque moment que ce soit, reste à jamais terre d’Islam : « D’ailleurs, nous sommes les héritiers des Anglais et des Turcs !  » ; « S’il y a prescription en matière de souveraineté, vous êtes forclos comme vous prétendez que nous le sommes !… » Les thèses s’imbriquent et s’opposent si étroitement qu’on pourrait en discuter jusqu’à la fin du monde : les neuf cent quatre-vingt onze pages du dossier israélo-arabe publié par les Temps Modernes, en juin 1967, ne constituent, malgré son épaisseur, qu’une minuscule partie des millions de pages, des milliards de mots publiés en cette affaire. trois cent soixante pages d’accusations arabes, répondent trois cent vingt pages de justification d’Israël. A chaque argument arabe, la pensée juive oppose dix réponses. A chacune d’entre elles, un esprit délié pourrait trouver cent répliques définitives, auxquelles pourraient s’opposer mille raisons, et ainsi de suite…

Pendant toutes ces années, j’ai suivi pas à pas l’évolution de ta pensée dans les articles que tu publiais dans les revues et les journaux arabes, dans ce que la presse rapportait de tes discours.

Je connaissais la clarté de ton intelligence, la vigueur de ton style, le courage qui te portait toujours au-delà de ce que la prudence, et parfois la raison, pouvaient conseiller. Je savais aussi les liens qui t’unissaient à Israël : ta famille venait d’un de ces villages des monts de Judée où, comme en Galilée, la population n’a jamais été renouvelée. Tu aimais à te proclamer, et avec toutes les évidences de ton côté, un vrai descendant du peuple de la Bible. Comme beaucoup de Palestiniens, tu parlais l’hébreu avec un accent oriental qui me ravissait : tu réhabilitais notre langue déformée par un grand nombre d’Israéliens originaires d’Europe qui renoncent à prononcer les gutturales, comme elles doivent l’être. Tu étais nourri de culture hébraïque, imprégné des idéaux du libéralisme français, ivre aussi de sentir au fond de ton être une puissance qui aspirait à se manifester par la pensée, par l’écrit, par la parole, par l’action enfin. Sans parler des liens affectifs qui t’unissaient à tant de Juifs. Je recherchais dans ton oeuvre une trace de ce qui était pour moi ton vrai visage : il ne restait rien de cette partie de toi qui t’unissait si profondément à moi, à Israël. Tu avais effacé tout le passé judéo-arabe, tu voulais ignorer les réalisations du sionisme israélien, il n’existait pour toi aucune possibilité d’une nouvelle symbiose israélo-arabe mise au service des peuples du Moyen-Orient et de la paix mondiale. Tu étais épris d’idéaux démocratiques : la dictature nassérienne te paraissait cadrer avec la conception nouvelle que tu te faisais du socialisme. Enfin, je voyais naître sous ta plume le Monstre que les propagandes arabes s’efforçaient d’interposer entre nous, un Juif hideux, synthèse repoussante des caricatures proposées par la haine antisémite du Moyen Age et du parti national-socialiste allemand. A te lire, je sentais rnon nez devenir crochu, mes yeux s’exorbiter, mes oreilles se décoller, mes doigts se pourvoir de griffes, mes pieds devenir semblables à ceux du diable. Je me sentais prêt à boire le sang des enfants chrétiens… Rappelle-toi ce dessin qui représente un Juif horrible, au nez aussi crochu que possible, le cou pris dans l’hexagone central du sceau de Salomon, tandis qu’un Arabe chevaleresque et justicier tire très fort la pointe des deux triangles entrelacés. La haine a de ces inventions… Les thèmes de la propagande arabe concernant Israël sont peu nombreux mais constamment ressassés et avec tant de conviction qu’ils finissent par troubler même la bonne conscience de l’honnête homme. Par violence, Sarah obtint d’Abraham qu’il chasse Agar, la servante, et son fils, Ismaël dans les déserts dont il devint le fils. Par ruse, Jacob usurpa d’Isaac la bénédiction qui revenait à Ésaü. Les propagandistes arabes avec fureur disent au monde : « L’histoire biblique continue: par violence et par ruse, les juifs nous ont dépossédés de nos terres, de nos biens, de notre honneur, de notre liberté. Nous n’aurons de cesse que lorsque nous nous serons vengés. » Et de fait la blessure faite à l’âme arabe est profonde. La critique arabe dénie toute ombre de valeur aux thèses sionistes : elle s’évertue avec beaucoup d’ingéniosité, et depuis peu de temps, avec un certain succès, à donner du Juif une image peut-être ressemblante mais dans laquelle nous avons du mal à nous reconnaître. Faut-il revenir sur les thèmes de cette propagande ? Nous sommes des impérialistes, des colonialistes, des voleurs de terre, des usurpateurs qui ont trompé non seulement les nations arabes mais les Nations unies. Nous sommes des étrangers sur notre propre terre à laquelle ni la Bible, ni l’histoire, ni les décisions des Nations unies, n’ont jamais donné aucun droit, des agresseurs assoiffés de sang, des brigands que le Conseil de sécurité n’a jamais cessé de condamner, des racistes qui vouent des minorités au désespoir et à la honte, au déshonneur et à la misère. Nous sommes les metteurs en scène et les profiteurs de la tragédie des réfugiés.

Ces griefs anciens sont considérablement amplifiés depuis la guerre de juin 1967, dont les résultats confirment aux yeux de nos censeurs toutes les accusations dont ils nous abreuvent depuis vingt ans. Après avoir fait à peu près tout ce qu’il fallait pour nous entraîner dans ce beau gâchis, ils se tournent à nouveau vers le monde en criant : « Nous vous l’avions bien dit ! » Un pamphlet, publié par l’ambassade d’Irak à Paris au lendemain de la guerre des Six Jours, résume bien ce point de vue : Israël ne se compose que d’un groupe d’hommes de nationalités diverses venues des quatre coins du monde pour s’emparer des terres et des biens de tout un peuple, le chasser de son foyer, poussés par un mobile fondé exclusivement sur le racisme et faisant table rase du principe du règne de la majorité et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette campagne a un but très évident : effrayer le monde : « Le sionisme est parvenu en utilisant toutes sortes de pressions à dominer la plupart des moyens d’information pour dénaturer à son profit des faits incontestables, ayant pour objectif d’étendre d’une manière définitive sa domination sur le monde. » Les écrivains, arabes ou pro-arabes qui ont versé leur témoignage au dossier israélo-arabe des Temps modernes déploient leur science et leur talent pour analyser ces grands thèmes, les approfondir, les étayer d’arguments fondés en théologie, en en droit, en fait, au regard de la morale, de la justice, de l’humanité. Leur plaidoyer prend même la défense des intérêts du judaïsme et des Juifs qui devraient comprendre d’eux-mêmes l’étendue de leurs torts, demander pardon, plier bagage, et laisser enfin la place aux Arabes, avant que ceux-ci ne les exterminent. C’est ce que me disait une bonne Chrétienne arabe de ce pays, le 3 juin 1967 !… C’est ce qu’écrivaient les meilleurs parmi les penseurs, les philosophes, les juristes, les sociologues arabes ou pro-arabes tel Maxime Rodinson pour qui Israël n’est qu’un « fait colonial ». Mounthir Anabtawi dépasse cette prudence en accusant Israël d’être un « mouvement colonialiste, chauvin et militariste », représentant un danger permanent pour la liberté des peuples et la paix mondiale. Abdul Wahhab Kayyali, que tu connais bien pour son action au Centre des Recherches de l’Organisation de Libération de la Palestine, insiste surtout sur « le caractère expansionniste agressif de l’Etat d’Israël ».

Le problème des réfugiés constitue la source des arguments les plus difficilement réfutables de la thèse arabe, fortifiée encore par la grande pitié des victimes de la dernière guerre. Loufti El Kholi dénonce en Israël un ghetto et un bastion de l’impérialisme. Pour renforcer cette thèse, on a recours à un Marocain généralement mieux inspiré, Abdallah Laroui qui nie le caractère socialiste – au sens scientifique du terme – de l’État d’Israël. Si l’Égypte de Nasser est à ses yeux l’exemple parfait du socialisme appliqué, je me crois prêt, ma foi, à souscrire à son jugement. Un autre Marocain, Tahar Benziane, conclut une longue analyse d’une manière drastique : « Si les Juifs, au contraire, refusent de s’intégrer, la Palestine n’aura d’autre solution que de rejeter ce corps étranger et agressif qui ne veut pas obéir aux lois élémentaires de l’humanité. » Par bonheur, il m’excepte de l’anathème : « Les Juifs originaires de Palestine, eux, en tout état de cause, sont sur leur propre terre qui est celle de leurs ancêtres palestiniens de confession juive. » Si j’avais la moindre envie de polémiquer, je demanderais à Benziane ce qu’il fait des quatre ou cinq cent mille Juifs d’Afrique du Nord qui, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, étaient, en tout état de cause sur leur propre terre qui est celle de leurs ancêtres maghrébins de confession juive et, qui néanmoins, durent partir, dépossédés de tous leurs biens.

Un admirable cri du coeur d’un Égyptien, Ali Alsamman, que tu as dû rencontrer à Paris où il est le correspondant de dant de AI Abram clôture l’exposé des thèses arabes réunies par les Temps modernes : « Je hais ce sionisme qui sépare l’Arabe du Juif. » Cri d’amour et de haine à la fois, peut-on mieux avouer l’impasse où aboutit l’actuel point de vue arabe sur Israël ?

Il y a le sang versé, il y a les souffrances inimaginables des survivants : les veuves, les orphelins, les parents des sol dats tués au front. Il y a aussi les indicibles malheurs des réfugiés.

As-tu lu cet affreux récit publié par le Monde où l’un d’eux raconte comment, mû par le désespoir, il a noyé dans le Jourdain sa fille, un bébé ?

Il y a les dangers de guerre mondiale que le conflit proche-oriental porte en lui. Il y a la flambée des milliards de dollars jetés dans les caisses étrangères des marchands de canon et de… Mirages. Il y a la perte d’indépendance que ce conflit absurde provoque en nous jetant dans la dépendance des grandes puissances qui se servent des Juifs et des Arabes pour leur propre politique à l’échelle de la planète : dans cette perspective, notre conflit fait de nous des pions sur un échiquier.

Mais plus gravement encore, peut-être, à mes yeux, vingt ans de guerre ont fait de nous, qui vivions comme des frères, des étrangers. Je recherche, dans ton visage marqué par la tragédie de ta guerre et de ta défaite, tes expressions d’enfant et d’adolescent, celui que j’ai connu et aimé à Jérusalem, à Paris. Où est la fraîcheur de ton rire, le pli rieur de tes yeux, la confiance détendue de notre étroite amitié : nous n’avions pas de secret l’un pour l’autre, David et Jonathan ressuscités sur les collines de Judée au grand vent de nos promenades ? Je te vois ravagé, intérieurement miné par ta déception personnelle liée au grand drame, aux souffrances inouïes de ton peuple. Au bout de vingt ans, nous sommes devenus des étrangers l’un pour l’autre et pourtant notre ascendance, nos études, les projets que nous faisions, nous préparaient à un même avenir.

Je suis maintenant attelé aux affaires d’un Etat qui n’est pas tien et ta défaite explique ma survie. J’avais grandi en milieu arabe; mon fils, à Jérusalem, n’avait jamais vu d’Arabe avant notre rencontre, et la seule expression de l’arabisme qui soit jamais parvenue à ses oreilles était l’explosion des balles que la Légion arabe tirait parfois sur nos fenêtres.

En Israël, la minorité arabe, victime du conflit qui nous déchirait, vivait repliée sur elle-même et n’avait à peu près aucun contact avec les Juifs. En pays arabes, l’idéal était de faire comme si Israël n’existait pas : on supprimait son nom sur les cartes, sur les placards publicitaires des journaux et même, dans certaines églises du Liban, des Psaumes que les fidèles récitaient. Les surfaces de contact entre Arabes et Juifs qui, voici vingt ans, couvraient toute l’étendue du monde arabe avaient subi le sort de la peau de chagrin ; les ponts sautaient partout : nous ne touchions qu’aux points les plus douloureux et les plus critiques.

En pays arabes, les communautés juives avaient été liquidées sans phrase, en créant des centaines de milliers de réfugiés dont personne ne parle et qu’aucun organisme international n’a songé à prendre en charge: des Juifs tout juste bons à être abandonnés à la charge de la juiverie. Dans toute l’étendue des terres d’Islam, à chaque secousse provoquée par le conflit israélo-arabe, les Juifs abandonnaient les pays dans lesquels ils étaient établis depuis des millénaires, et où ils étaient arrivés souvent avant la conquête musulmane. En Asie, en Afrique du Nord, le triomphe du nationalisme s’est partout accompagné de la liquidation totale ou partielle des communautés juives. La totalité des Juifs du Yemen, quatre-vingt-dix-huit pour cent des Juifs irakiens, d’Aden, tous les Juifs de Jordanie, quatre-vingt-quinze pour cent des Juifs syriens, quatre-vingt-seize pour cent des Juifs égyptiens, quatre-vingt-quinze pour cent Juifs libyens, la plupart des Juifs afghans, kurdes, indiens, une importante partie des Juifs iraniens, turcs, libanais, quatre-vingt-dix pour cent des Juifs tunisiens, quatre-vingt-dix-neuf pour cent des Juifs algériens, près de quatre-vingt-dix pour cent des Juifs marocains ont quitté leur pays natal depuis la création de l’État d’Israël. Leur exode souvent a été dramatique, dans la nuit de la clandestinité où la police les reléguait. Le plus souvent, ils partaient en laissant tous leurs biens, aussitôt confisqués par les gouvernements arabes. Des sommes considérables, représentant des générations de travail et d’économie ont été ainsi perdues pour ces réfugiés dont la plupart refirent leur vie en Israël en partant de zéro. Je préfère passer sur la manière dont les Juifs habitant les pays musulmans ont appris à connaître les bienfaits de la police syrienne, égyptienne ou marocaine ; oui, passons…

La guerre de 1948, les accords d’armistice avaient transformé l’Etat d’Israël en une forteresse fermée hermétiquement du côté des Arabes. Pendant vingt ans, l’abîme s’était creusé si profondément entre Arabes et Juifs qu’il semblait que nous habitions non pas les parties différentes d’un même pays, mais deux planètes. les contacts étaient devenus à peu près impossibles ou inefficaces : en Israël, une frontière sanglante nous séparait. Ailleurs, en Afrique du Nord, en Libye, en Egypte, au Liban, en Syrie, en Irak, en Jordanie, au Yémen, les Juifs qui survivaient au grand exode n’avaient plus la possibilité d’un échange libre.

Le conflit empoisonnait les relations entre Arabes et Juifs partout où ils cohabitaient et ruinait toute chance de dialogue. j’eus souvent pendant cette période l’occasion de parler avec des Arabes. En Israël, leur situation portait à faux : quels que fussent leurs opinions et l’avantage ou le désavantage qu’ils retiraient de notre présence, ils ne pouvaient s’exprimer sans complexe. La frontière qui séparait les pays arabes d’Israël passait à vrai dire par leur cœur, les déchirait, et souvent les torturait. Nous le sentions si bien que nous avions fini par n’en plus parler. Nos problèmes quotidiens étaient suffisants pour nous occuper les uns et les autres. Nous étions voués à la construction du pays. Pendant vingt ans, malgré les incitations venues de l’étranger, la coexistence fut paisible encore que dépourvue de véritables échanges. Chacun couvait sa peine : l’Arabe, sa guerre, le Juif, sa quête du repos ; comme dans les vieux ménages aux disputes sclérosées, on vivait ensemble sans se parler.

La solitude arabe, au fond, était pire que la nôtre, à bien des égards. En Israël, ils étaient les citoyens d’un Etat, dont, pour la plupart, ils n’avaient pas voulu la naissance, et qui était contraint de prendre à leur encontre des mesures de sécurité difficilement supportées. L’Etat d’Israël devait d’abord penser à sa survie : quelle qu’ait pu être sa volonté en ce qui concerne l’intégration des Arabes, il était soumis à des impératifs politiques qui aboutissaient à des mesures, ressenties de la part de la population arabe, comme injurieuses et discriminatoires. L’effort fait par le Gouvernement d’Israël dans le domaine de l’habitant, de l’instruction, de l’hygiène, ne changeait rien au drame vécu par les Arabes d’Israël. Ils pouvaient jouir du plus haut niveau de vie connu dans toute l’étendue du monde arabe, ils pouvaient avoir atteint le plus haut degré de scolarisation pour leur jeunesse, ils pouvaient même voir combien vaine et folle était la querelle de l’Egypte contre Israël : cela ne changeait rien à leur déchirement, intérieur, bruyamment entretenu par les radios du Caire, d’Amman, de Damas, de Bagdad. Je comprenais bien leur drame aggravé par les conséquences du partage, la séparation des familles, le départ des réfugiés, la confiscation ou l’expropriation de certaines terres. L’hébraïsation de l’Etat rendait plus difficile leur intégration : d’ailleurs le principe d’égalité ne pouvait plus jouer dans l’économie de la guerre qui nous déchirait.

Aussi, certains Arabes d’Israël avaient-ils beau jeu de se plaindre de leur sort dans un rapport adressé en 1964 au secrétaire général des Nations unies. Ils se déclaraient les victimes d’une politique d’oppression de discrimination raciale, et en butte à la persécution du gouvernement israélien. Pour eux, celui-ci poursuivait une politique de haine contre les Arabes, et stimulait des sentiments hostiles parmi le peuple juif, les écoliers, les étudiants. Davantage que dans le domaine des sentiments et de la propagande, les Arabes dénonçaient les violations réelles de leurs droits : ils se référaient aux conséquences e la guerre de 1948, à certaines expropriations de terres (Loi sur la propriété des personnes absentes de 1950, critiquée dans son principe même), de certaines destructions de villages, Ikret par exemple, ou d’expropriations légales, mais faites à des prix peu satisfaisants. Toute la législation israélienne promulguée pour faciliter l’hébraïsation de l’Etat, la judaïsation de la Galilée, était âprement dénoncée comme contraire à l’ordre et aux engagements internationaux de l’Etat. Le problème posé par les biens des fondations religieuses (Waqfs), pris en charge par l’administration israélienne, en l’absence de leurs bénéficiaires, était soulevé : les mesures prises par les Juifs étaient dénoncées avec passion.

L’autorité militaire, chargée de sauvegarder l’ordre et la sécurité dans les parties arabes du territoire, était dénoncée comme l’œuvre du diable ; d’après ce rapport, elle ne faisait que « propager la dissension, la peur, la terreur » ; elle ne servait qu’à aggraver la politique de discrimination menée contre les Arabes d’Israël dans tous les aspects de la vie publique et privée.

Ce rapport s’inspirait des revendications du groupe « Al Ard » qui souhaitait pour tous kes Arabes d’Israël la fin de la discrimination et de l’oppression ; l’adoption du plan de partage de la Palestine de 1947, qui à l’époque avait été accepté par les Juifs et refusé par les Arabes ; la reconnaissance du nationalisme arabe, socialiste et neutraliste. Al Ard était persuadé, surtout après qu’il eut été interdit par décision judiciaire, que le Gouvernement d’Israël avait pour but de « créer un état de peur, de désespoir, de soumission (1) ». Les lois d’urgence : toute cette écume que les vagues de la guerre ont fait déferler sur notre pays étaient dénoncées avec violence.

Bien entendu, le point de vue d’Al Ard était partagé par un grand nombre d’Arabes. Pour eux, les promesses du Caire et des autres capitales arabes étaient réelles. Leur situation de minoritaires – même privilégiés par rapport à la situation de leurs frères des autres pays arabes – sur le plan économique notamment, était transitoire. Viendrait le jour de la vengeance et du salut. 1948, 1956 avaient déçu les espérances du nationalisme arabe, mais si deux batailles avaient été perdues, la guerre continuait. Ainsi quand la crise de mai 1967 commença, les nationalistes arabes, d’inspiration nassérienne, crurent arrivé le jour de gloire. « Pourquoi ne quittez-vous pas le pays avant que les Egyptiens ne vous exterminent, me dit l’un d’eux ; vous auriez du moins la vie sauve. » D’autres cherchaient à repérer les maisons qu’ils occuperaient après leur victoire. Certains étudiants arabes conseillaient à leurs camarades israéliens d’acheter des maillots de bain qui, après tout, pourraient ne pas être inutiles lorsque les Egyptiens, les Syriens et les Jordaniens les auraient rejetés à la mer.

Rancœur et esprit de revanche qui n’étaient pas partagés par une grande partie de la population arabe, soucieuse avant tout de paix, ni par les Druzes, profondément intégrés en Israël et conscients d’y jouir d’une pleine égalité des droits et des devoirs.

Depuis le 15 mai 1967 les menaces de Nasser n’étaient plus verbales, mais s’accompagnaient de déploiement de forces. les armées de Nasser s’apprêtaient à fondre sur les nôtres, pour nous exterminer. A nouveau la chape de plomb, l’esseulement abyssal. Les radios arabes nous apportaient les hurlements déments des dictateurs arabes ou de leurs porte-parole. C’était en arabe le même déploiement de menaces mortelles que celles qui nous poursuivaient en Europe hitlérienne. Il ne s’agissait pas de nous présenter tels que nous sommes, mais tels que nous devrions être pour justifier les grands massacres que l’on nous promettait au Caire, à Damas, à Amman.

« Egorge, égorge, égorge et sois sans pitié,
Egorge, égorge, égorge, et lance leur tête
Dans le désert,
Egorge, égorge, égorge
Tout ce que tu voudras,
Egorge tous les sionistes et tu vaincras »
chantait, au Caire et à Damas, Oum Kalsoum. Pour que nous soyons égorgeables, sans trop de remords, il fallait que dans l’esprit de nos égorgeurs éventuels nous cessions d’avoir figure d’hommes. Ainsi les colonialistes et les racistes avaient-ils mis au point une technique de propagande très efficace destinée à déshumaniser l’ennemi – celui qu’il faut continuer à exploiter ou qu’il faut assassiner -, au point de le réduire à l’état d’objet, non de personne. Le meurtre alors n’est plus gêné par la mauvaise conscience. Ces recettes avaient fait leurs preuves dans les différents pays d’Asie et d’Afrique où des Occidentaux s’opposaient à des peuples colonisés. Mais, en l’espèce, elles furent utilisées par les dictateurs arabes contre Israël.

Pour nous, le blocus du détroit de Tiran décrété par Nasser le 22 mai, les incessantes attaques de notre territoire par les Syriens, le dur bombardement de Jérusalem par les Jordaniens au matin du 5 juin 1967 constituaient des manœuvres agressives caractérisées. Or les chefs arabes continuent de parler de l’agression israélienne. A vrai dire, ils ont raison à leur manière puisqu’ils dénie notre droit de vivre. Le seul fait de notre existence, en tant qu’Etat, introduit un trouble dans l’ordre du monde, constitue une agression permanente contre « leur » paix. Même si nous passions notre temps à chanter, jour et nuit, des psaumes et des cantiques, nous n’en continuerions pas moins notre diabolique agression qui ne pourrait prendre fin qu’avec le terme de notre existence.

Nous étions donc persuadés qu’un triomphe arabe réaliserait les prophéties et les ambitions de Choukeïri : l’extermination des survivants des massacres hitlériens. Au terme de la guerre des Six jours, les hommes menacés que nous étions se retrouvaient soudain en position de force : nous étions à la tête d’un Empire plus vaste que nos ancêtres ne l’avaient jamais rêvé ; nous étions des occupants et, par la force des choses, nous devenions aussi des policiers. Etrange destin que celui qui vouait les exterminateurs au rôle de victimes et les candidats au martyre, aux fonctions de bourreau. Soulagement de la victoire : il s’est exprimé chez nous avec beaucoup de pondération. Nous savions que nous n’avions pas fini de gravir notre calvaire. C’était plutôt pour nous le franchissement d’une étape et non le havre souhaité. Israël était devenu l’occupant malgré lui, vainqueur grâce à l’obstination aveugle de ses ennemis. Soudain le problème se compliquait redoutablement ; jadis, la situation était pour nous relativement simple ; il s’agissait d’être ou de ne pas être : les choses étaient claires. Nous remplissions notre rôle vis-à-vis de nous-mêmes et nous correspondions à l’idée que le monde depuis quatre mille ans se faisait de nous : des sursitaires. Au suspense de notre destin, il était possible de prévoir et d’attendre une fin tragique, la continuation de l’œuvre de mort. Après tout, tant qu’il y avait un Juif vivant, il y aurait suffisamment de place pour lui dans les grands cimetières de l’histoire ou la fumée des crématoires.

La victoire pipait tous les dés, faussait tous les calculs : le petit Juif du ghetto trichait aux yeux du monde en devenant d’indésirable vainqueur d’une guerre qui constituait sans doute l’insurpassable chef-d’œuvre de la stratégie conventionnelle. Le monde entier pouvait s’attendre avec nous à une fin convenable du trouble qu’Israël n’a cessé d’apporter dans l’histoire depuis la folle aventure d’Abraham : l’effondrement militaire de l’armée juive, les hordes arabes se ruant sur nos femmes, nos enfants, nos foyers, pour parachever splendidement l’œuvre que Hitler n’avait pas su mener à son terme logique.

Aux yeux du monde, la victime est devenue bourreau et nous sommes à la tête d’un Empire qui va des pentes de l’Hermon au canal de Suez, du golfe d’Akaba aux rives du Jourdain. Sûrs de nous-mêmes et dominateurs, par cela même faussaires, trublions renversant l’échelle des valeurs. Nietzsche lui-même ne reconnaîtrait plus ses Juifs : d’esclaves, les voici soudain promus au rang de seigneurs. Mais cela même nous a surpris et blessés : nous étions moins en quête de domination que de liberté et de vie. L’image nouvelle de nous-mêmes qui étonnait le monde ne cesse de nous troubler : les uns, d’ivresse, les autres, de nostalgie. La situation nouvelle provoque un universel scandale, le bouleversement de toutes les valeurs, des stéréotypes les plus invétérés.

Les plus faibles, sans doute, se réfugient derrière cette victoire pour rêver une solution qui délivrerait à jamais Israël des ses ennemis : garder tous les territoires conquis, se situer en position de force jusqu’à l’effondrement total de la résistance arabe et sa reddition. les autres rêvent de paix, de délivrance messianique : ils ont physiquement besoin de voir le lion brouter en paix aux côtés de l’agneau et gémissent après les visions de chars convertis en charrues. Débats tragiques et dérisoires, débats de Juifs.

A l’intérieur des frontières, nous, Israéliens, nous nous déchirons dans nos contradictions et nos luttes intérieurs, stérilement, comme nos ancêtres épilaient leur barbe aux arguties du Talmud. Notre déchirement aboutit à un débat académique tandis qu’en face de nous, ceux qui devraient être nos interlocuteurs sont bloqués par la peur et par la honte de leur défaite.

A mesure que la tragédie s’approfondit, que les attentats font davantage de victimes et que la répression sème la peur, les extrémistes se renforcent : Nasser, le grand vaincu de juin 1967, continue de prêcher l’extermination d’Israël. Quelques propagandistes arabes, plus nuancés, essaient de distinguer entre le génocide et qu’ils appellent le politicide : il ne s’agissait plus de tuer les Juifs d’Israël mais leur Etat ; comme si ceux-ci pouvaient survivre à celui-là. En face de ces menaces qui nous rappellent certaines voix arabes de 1967 et celles qui, en allemand, annonçaient, aux années 40, de définitifs massacres, nous entendons s’élever quelques voix juives tremblantes d’angoisse qui exigent de l’Etat d’Israël une défense radicale de nos vies par une élimination violente des dangers du terrorisme. D’un côté, on souhaite que la Palestine soit tout entière arabe, tandis que de l’autre on n’attribue de chances de survie à Israël que dans le cadre d’un Etat juif allant des flancs de l’Hermon aux rives du Jourdain et du canal de Suez.

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Note : (1) Le conflit israélo-arabe, Les Temps Modernes, Paris 1967, p. 792


Présidence Macron: Cherchez la femme ! (Face à la révolution des dupes, qui saura réunir la droite populaire libérale et sociale ?)

20 mai, 2017
Et maintenant, John Fitzgerald Macron veut évincer les journalistes politiques
Trop, c’est trop. Ce cirque dure depuis deux ans. Je ne reconnais plus mon quartier. Il est devenu une “zone interdite”. À partir de 18 heures, je n’ose même plus sortir dans la rue avec mon mari. On ne se sent pas en sécurité. Les tentes sont parties mais les migrants et les trafiquants campent encore les trottoirs jour et nuit. Mieux vaut être encerclé par des grillages et des blocs de pierre que de revivre à proximité d’un bidonville. Marie-Christine (retraitée, 78 ans)
Je n’ai pas le choix, je n’ai pas les moyens financiers de me loger ailleurs. Je pensais qu’avec l’évacuation du camp en novembre dernier, la situation s’arrangerait. Mais ce n’est pas le cas. Le quartier est devenu une poubelle géante. Élisa (étudiante, 19 ans)
Les squares et les espaces de jeux ont quasiment tous été fermés pour virer les rats, qui se sont multipliés. Sans parler de l’odeur d’urine qui flotte constamment dans l’air. C’est vraiment invivable. Ces gens ne devraient pas dormir dans la rue. C’est inhumain. J’ai vu qu’il y avait des enfants. Cela m’a brisé le cœur. Ils méritent d’être traités avec un peu plus de dignité. Mère de famille
Ces grilles sont une honte! Elles ont été mises en place dans le seul but d’empêcher les migrants de s’installer. Les rues de Paris sont à tout le monde. C’est une première bataille de gagner. Militante
Le quartier ressemble à une prison et la circulation des piétons dans le quartier est entravée. Il était urgent de rendre les espaces publics de nouveau accessibles aux habitants des quartiers Nord-est de Paris. Anne Souyris (groupe écologiste de Paris)
«Oppressantes», «dérangeantes», «hideuses»… Les grilles métalliques, successivement érigées le long de la voie de métro entre Stalingrad et la Chapelle, ne feront bientôt plus partie du paysage urbain. La mairie de Paris, à la demande de plusieurs élus écologistes, a annoncé leur retrait avant cet été. Le Figaro
Les femmes, une espèce en voie de disparition au coeur de Paris. ll y a les insultes, dans toutes les langues : “Salope, sale pute, je vais te baiser…” ll y a les vols à la tire, les pickpockets, l’alcoolisme de rue, les crachats, les déchets partout, l’odeur entêtante d’urine. Il y a les trafics qui s’enracinent: êtres humains, drogues, cigarettes, vente à la sauvette, ou encore faux documents. Les employés de ces trafics nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants. Désormais la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe de Girard, la rue Marx Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes: plus une femme, dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles. Cela doit cesser. Pétition de femmes du quartier parisien de la Chapelle
Pour une ère nouvelle, c’est une ère nouvelle. Vous vous souvenez des photos du gouvernement, sur le large perron de l’Elysée ? Fini. C’était l’ancien monde. La vieille pensée. Le Système. Le gouvernement Kennedy Macron s’est donc fait tirer le portrait dans une sorte d’entonnoir. On a cherché ce qu’on pouvait trouver de plus étroit : un escalier (le couloir des toilettes n’était pas libre ?). Résultat, cet attroupement de mâles (il faut être sacrément fort, soit dit en passant, pour donner cette impression de pack de rugby, quand on photographie un groupe humain strictement paritaire). A propos, vous voyez la personne, au fond, dont on distingue à peine la moitié du visage ? C’est la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Daniel Schneidermann
Monsieur le Premier Ministre, vous avez déclaré constater « la montée de l’antisémitisme, qui se nourrit dans les quartiers populaires » dont vous affirmez qu’ils seraient « antisémites ».(…) Oui, comme tant d’autres, je me sens visée par vos propos quand vous parlez de l’antisémitisme des quartiers populaires. Non, nous qui venons des quartiers populaires ne sommes pas antisémites. Les gens qui habitent, travaillent, vivent dans les quartiers populaires ne sont pas antisémites dans leur ensemble, intrinsèquement, par essence. Présumer que la lutte pour la liberté du peuple palestinien ne pourrait qu’être de l’antisémitisme caché est un raccourci grossier. Ne peut-on pas lutter contre la politique d’un gouvernement sans être soupçonné de haïr l’ensemble d’un peuple? Lutter contre la politique de Berlusconi a-t-il fait de vous un raciste anti-Italiens? Votre déclaration, monsieur le Premier Ministre, est un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant, contre les quartiers populaires. L’antisémitisme est un fléau, une horreur, une abomination. Il existe en France. Mais les quartiers populaires ne l’ont pas créé et il ne se nourrit pas à Belleville où des athées vont parfois rompre le jeûne du Ramadan avec des Musulmans et des Chrétiens dans un restaurant casher. (…) L’article 1er de la loi de 1905 prévoit que la République « ne reconnaît ne salarie ne subventionne aucun culte ». Ni plus ni moins. Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. L’obligation de neutralité religieuse s’applique d’après la loi de 1905 aux fonctionnaires, représentants de l’Etat, pas aux parents d’élèves qui ne représentent qu’eux-mêmes.Le Président Hollande avait promis dans son programme, par l’engagement 59, de défendre la paix et la reconnaissance de la Palestine (…) A l’exception de quelques extrémistes violents, haineux, sectaires et contre-productifs comme il y en dans tous les bords, dans toutes les familles politiques y compris dans la nôtre, les habitants des quartiers populaires qui ont manifesté, réclamaient simplement l’application de l’engagement 59 de notre président. Marlène Schiappa (22.07.2014)
La diffusion sur France Télévisions – qui est une télévision publique financée en très grande partie par l’argent public -, des messes et différents programmes religieux (…) est une infraction à la laïcité (…). C’est de la théologie et c’est finalement la promotion du fait religieux et de l’oppression des femmes. Marlène Schiappa (future secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes)
Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d’ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes. C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut « partager » des désaccords. Emmanuel Macron
Je suis favorable à une loi qui ouvrira la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Emmanuel Macron
Nous ouvrirons la PMA à toutes les femmes et combattrons l’homophobie du quotidien grâce à des tests aléatoires au travail. Benjamin Griveaux (porte-parole d’En Marche !)
Il [François Fillon] a fait tout ce qu’il a pu. Mais il reconnaît quelques erreurs, notamment de ne pas avoir envoyé assez de signaux vis-à-vis des classes populaires dans son programme. Elu parisien
Le soutien de l’Allemagne ne peut pas se substituer à la politique en France. La France doit prendre ses propres décisions et prendra ses propres décisions. Angela Merkel
Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier, les Français dépensent trop d’argent et ils dépensent au mauvais endroit. Jean-Claude Juncker
Les critères d’attribution des logements sociaux doivent être revus parce que dans certains quartiers périphériques, on risque de créer des ghettos avec un tiers d’Italiens et un tiers d’étrangers hors Union européenne. (…) Le modèle français des banlieues est un échec. (…) Les familles rom qui n’envoient pas leurs enfants à l’école doivent être punies. Et parmi les punitions, on retire aussi le logement. Ce n’est pas une question de racisme, c’est une question de civilisation. Dario Nardella (maire de Florence)
Le monde virtuel a eu beau agir sur le monde réel, la fâcheuse sphère électronique en a limité considérablement les effets. Les foules, sans doute dans leur souvenir confus des meurtres de masse, n’ont pas eu le cœur à faire la liesse. La parenthèse magique et anesthésique va bientôt se refermer. Déjà, dans quelques jours, une autre consultation aura lieu, où la part artistique sera plus congrue. La pleine saison va reprendre pour la délinquance et l’immigration forcée de masse, et l’islam radical comme la dette n’accorderont aucun délai de grâce. Le multiculturalisme n’a pas encore définitivement gagné la partie, mais en dépit de l’opposition d’une majorité du pays, par la grâce médiatique et artistique, il n’a pas perdu. Quand l’heure sera venue de lui dire vraiment non, c’est peut-être parce qu’il sera trop tard. Gilles-William Goldnadel
Tandis que des syndicats lycéens essaient d’attirer l’attention sur le sexisme qui sévit maintenant dans les rapports entre filles et garçons dès le plus jeune âge en organisant ce vendredi 19 mai, une journée de la jupe, l’actualité nous a démontré hier à quel point l’initiative était nécessaire, tant les droits des femmes reculent pendant que les politiques continuent à détourner le regard. À tel point qu’aujourd’hui, dans certains endroits, sortir dans la rue quand on est une femme devient une prise de risque, une provocation et une mise en danger. Et hélas, on ne parle pas ici de Raqqah, Ryad ou Kaboul, mais de Paris. Intra-muros. Dans un reportage publié dans Le Parisien du 18 mai, «Paris: les femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol», Cécile Beaulieu décrit le quotidien des habitantes du quartier, lesquelles ne peuvent plus se déplacer seules, ni porter jupes ou vêtements moulants sans se faire injurier voire agresser. La rue, les trottoirs, les cafés, les bars, les squares leur sont interdits, à tel point que quitter son appartement devient une transgression. Ce territoire est celui des hommes et ils font régner leur loi. Une situation qui tend à s’étendre dans les quartiers les plus populaires. Mais pour choquant que soit pour nous ce contrôle social d’un autre âge, cette véritable oppression qui s’abat sur toutes les femmes dans un pays où l’égalité est inscrite au fronton des bâtiments publics, ce qui est encore plus déstabilisant ce sont les réactions, ou plutôt l’absence de réaction des élus. Être une femme suffit à être en danger dans certains endroits et auprès de certaines populations, car il y a un point commun entre cette situation et celle qui a tant choqué en Allemagne le 31 décembre à Cologne. Des agressions sexuelles massives y avaient été commises et l’enquête avait révélé que celles-ci étaient le fait de réfugiés et de migrants économiques, venant du Maroc et d’Algérie et arrivés au cours de la même année. Que croyez-vous que l’on fit alors? Et bien au lieu de s’interroger sur ce qui pouvait pousser ces hommes à croire qu’ils avaient le droit de se comporter ainsi dans un pays qui les accueille, au lieu d’interroger les références culturelles qui permettent de considérer comme acceptable cette violence faite aux femmes, au lieu d’interroger les obligations qui devraient être liées à l’accueil, on fit le procès en racisme de tous ceux qui dénonçaient le soubassement culturel et cultuel, qui fait de la femme un être inférieur, propriété d’un homme ou de tous si elle a le culot de revendiquer sa liberté, phénomène que la misère sexuelle, que la montée du fondamentalisme religieux renforce et accentue dans les pays du proche et Moyen-Orient. Pour avoir évoqué cet aspect du problème, Kamel Daoud fut cloué au pilori. (…) Le fait que les agresseurs de femmes appartiennent à une population pauvre et marginale, élevée au rang de victime absolue, fait que leur transformation en bourreau paralyse à la fois le discours politique et l’action publique. Ce sont alors les citoyens qui jouent le rôle de variable d’ajustement en voyant leurs droits abandonnés et leurs libertés non défendues. Cela plus qu’une dérive fasciste de la société explique l’explosion du vote FN. (…) Pendant ce temps, vendeurs à la sauvette, dealers, migrants et passeurs tiennent les rues et politiquement correct oblige, on oublie de dire que cette mentalité d’un autre âge, cet obscurantisme dont on constate chaque jour qu’il gagne du terrain, est lié à la volonté de ces hommes d’imposer leur mentalité patriarcale, leur vision étriquée des relations humaines et une conception des rapports sociaux et intimes inégalitaires et contraignants au pays qui les a accueilli. On évite de dire que ces tensions se réveillent aussi parce que ces populations sont la cible des fondamentalistes et des tenants de l’Islam politique qui chauffent à blanc les replis identitaires et font de la remise en cause des fondations mêmes des sociétés occidentales par la revendication identitaire et religieuse, le seul axe d’affirmation politique et sociale des communautés qu’ils influencent de plus en plus. (…) L’enjeu aujourd’hui est de faire vivre nos grands principes pour tout le monde, de faire en sorte que les libertés que la loi garantit ne dépendent pas de notre niveau culturel et social ou de notre lieu de vie. C’est cela le sens même de la politique: garantir les droits de tous ceux qui vivent sur son territoire. Et cela ne se fera pas sans fermeté, ni justice. Aujourd’hui la protection de la loi n’est accordée qu’aux hyperinclus, à ceux qui ont les moyens financiers de choisir leur environnement. Pour beaucoup d’autres, c’est retour au moyen âge: il faut se soumettre à ses voisins et à l’homme de la rue car la protection de la loi ne peut plus s’incarner. (…) Et pendant ce temps, notre nouveau gouvernement prône la libéralité en matière de laïcité tout en promettant de lutter contre l’islamisme. Le problème c’est que l’on ne lutte pas contre qui veut vous détruire en renonçant à ses principes et à ses idéaux et qu’en ce domaine, la libéralité équivaut à livrer les plus faibles à leurs oppresseurs. Il serait dommage qu’à force d’aveuglement sur ces questions, la France devienne un pays qui ne garantit que les libertés de ceux qui ont les moyens de choisir leur voisinage et leur environnement. Céline Pina
Le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale. Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification. Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez. Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète. (…) Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. François Huguenin
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. (…) La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.(…) Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. (…) je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. (…) Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. (…) Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. (…) Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. (…) La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. [la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN]  ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… (…) Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. (…) Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. (…) Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. (…) Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. Marion Maréchal-Le Pen
Contrairement aux «quinze membres maximum» qu’il avait annoncés, le président a nommé un gouvernement composé de dix-huit ministres. Il a également renoncé au «ministère plein et entier des Droits des femmes». (…) «Il y aura un ministère plein et entier des Droits des Femmes», avait également assuré Emmanuel Macron en avril sur Twitter, promettant de faire de cette question une «cause nationale du quinquennat». Il s’est pourtant «contenté» d’un secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, confié à Marlène Schiappa. Le Figaro
Si par droitisation on désigne une demande d’autorité croissante, le phénomène d’opinion que j’ai décrit se poursuit. Plus de 60 % de Français pensent qu’il y a trop d’immigrés, 70 % se disent favorables à l’internement préventif des fichés S, et une majorité voudrait renforcer l’état d’urgence. Alors que les Américains hésitent sur la question des exécutions extrajudiciaires de leurs concitoyens djihadistes sur les terres de l’État islamique, 80 % des Français plébiscitent cette méthode expéditive. Malgré tout, la société française s’est montrée très résiliente après la salve d’attentats qu’elle a traversée en 2015-2016. (…) Aucune ratonnade ne s’est produite en représailles, pas même à Nice ou Magnanville, deux territoires marqués par une très forte ségrégation ethnoculturelle avec un vote FN qui peut varier du simple au triple d’un quartier à l’autre, à quelques centaines de mètres d’écart. Le contrepoids de cette bonne tenue du corps social français peut s’exprimer ainsi : « On ne se fait pas justice nous-mêmes, mais, comme le dit Max Weber, l’État a le monopole de la violence légitime, il faut donc que l’État soit intraitable et que sa main ne tremble pas. » C’est sans doute le message qu’avait compris Hollande au lendemain du 13 novembre 2015, quand il a proposé la déchéance de nationalité. Même Macron, très silencieux sur la question identitaire, a pris Le Drian dans ses bagages pour rassurer sur le plan sécuritaire. (…) Marine Le Pen a pâti des affaires judiciaires qui ont freiné sa dynamique et l’ont placée sur la défensive, mais aussi de ses hésitations sur la ligne idéologique. Son tropisme personnel lui fait manifestement approuver la ligne Philippot à travers l’accent mis sur le social et l’euro. Or l’essentiel des marges de progression du FN se trouve sur la droite. Le climat général a aussi pesé dans la balance. Alors qu’au moment des régionales de 2015 la question du terrorisme était première, loin devant les préoccupations économiques et sociales, à la présidentielle le chômage a légèrement pris le pas sur l’enjeu sécuritaire. Cela a notamment profité à Jean-Luc Mélenchon. Autre élément indépendant de la volonté de Marine Le Pen, l’offre électorale qu’elle avait en face d’elle. En l’occurrence, François Fillon qui a donné toute une série de gages sur le terrorisme, l’islam et l’immigration, avec son insistance sur les chrétiens d’Orient, qui signifiait en sous-texte le refus de la dhimmitude dans notre propre pays. (…) Au sein de l’électorat de Marine Le Pen, la part des pessimistes monte à 70 %, l’exact inverse des macroniens, à 70 % optimistes. Les cartes des votes Macron et Le Pen au premier tour sont le négatif l’une de l’autre au sens photographique du terme, et cela s’est accentué au second tour. On retrouve là le théorème autrichien.  (…) La présidentielle autrichienne ressemblait furieusement à la nôtre, avec un candidat d’extrême droite (qui a obtenu au premier et au second tour un score beaucoup plus élevé que Marine Le Pen) face à un candidat hors parti – soutenu par les écologistes mais qui débarquait de nulle part –, et les deux grands partis de gouvernement éliminés. On a également observé un clivage sociologique très marqué. Les catégories populaires ont massivement soutenu l’extrême droite, les cadres et les bobos votant pour le candidat écolo, et ce phénomène s’est amplifié au second tour. Les deux électorats éliminés (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates) se sont fracturés sociologiquement et culturellement, si bien que les reports sur les deux finalistes se sont opérés sur cette ligne de partage des eaux. Chez nous, Marine Le Pen a rassemblé 40 % des ouvriers au premier tour et 60 % au second…  (…) À mon avis, il n’y aura pas de majorité claire. Emmanuel Macron n’a pas vraiment été élu sur son programme, et le front républicain a beaucoup joué dans sa large victoire. L’inconnue est d’autant plus grande que pour la première fois la loi sur le non-cumul va s’appliquer aux députés, libérant une grande partie des sièges du palais Bourbon. Dans ces conditions, combien y aura-t-il de triangulaires ? Cela pourrait donner un résultat très éclaté avec 150 à 200 députés En Marche !, flanqués de 20 bayrouistes, 20 vallsistes, 20 juppéistes entrant dans une majorité présidentielle face à une droite campant dans l’opposition, le FN à 20 ou 30 sièges, un PS très affaibli et La France insoumise en guerre contre le Parti communiste. Bref, retour vers la IVe République ! Jérome Fourquet
Il existe une différence importante entre le fait d’incarner arithmétiquement la première force d’opposition, ce qui est à ce stade le cas du FN, et incarner, aux yeux des électeurs, l’alternance la plus souhaitée. Sans une stratégie d’union des droites, dont la mise en œuvre ne dépend d’ailleurs pas que de lui, le FN est encore loin du pouvoir. Parce que le mode de scrutin législatif limite le nombre des sièges qu’il peut gagner à un seuil inférieur à son poids réel. Mais aussi parce que, face à une recomposition politique visant a dépasser le clivage droite-gauche, celui qui sera à la tête de l’opposition doit se situer résolument à droite, pas «ailleurs». La constitution d’un groupe parlementaire serait déjà une réussite. Ensuite, si c’est pour que ledit groupe se retrouve, comme en 1986-88, totalement isolé dans le travail parlementaire, cela limite forcément le résultat à une visibilité accrue et a la rétribution symbolique de ceux qui sont élus. À moins que certains élus Républicains acceptent de travailler avec les élus frontistes . C’est possible sur les enjeux identitaires, presque impossible sur la sortie de l’UE. [la «ligne Philippot» a gagné] À court terme, sans doute, puisque c’est celle des deux campagnes. Mais avec un coût, qui est de crédibilité (un débat télévise absolument manqué) et de contestation interne, avec la mise en retrait de Marion Maréchal-Le Pen. Car il ne fait aucun doute qu’elle n’est pas encore sortie du jeu. Elle a une ligne politique, une popularité et le temps devant elle. Nous pourrons mesurer en juin les effets électoraux de son départ dans la région qu’elle avait choisie, et plus tard si elle et ses proches ont l’intention de se préparer pour 2022 en créant une structure propre. Si c’est son choix au moins, elle n’aura pas dégainé la première, puisque Florian Philippot a lancé la sienne. Les changements de nom sont monnaie courante en politique! Ce qui compte, c’est la ligne idéologique, qui peut être soit nationale-républicaine avec l’entourage présent de Marine Le Pen, soit libérale-identitaire avec Marion Maréchal-Le Pen. Sur la base de ce qu’on voit ailleurs en Europe, en Autriche en particulier, c’est le second positionnement qui marche le mieux. Or le FPO n’a pas changé de nom. Son passé et celui de ses dirigeants sont assumés. Et les électeurs suivent. Laurent Wauquiez n’a pas lancé de signaux en direction de Marion Maréchal-Le Pen et (…) n’est pas celui qui tire la campagne des Républicains! La grande implosion de ceux-ci est l’espoir du FN. Il ne se réalise pas pour l’instant car les électeurs de droite croient dans leur majorité, que leur parti est réformable de l’intérieur. C’est bien pour cela que Fillon a gagné la primaire. Jean-Yves Camus
Depuis la parution des «Territoires perdus de la République», en 2002, la situation n’a fait que s’aggraver. Les émeutes de 2005 et 2007, le débat houleux sur l’identité nationale et la diversité au début du mandat de Nicolas Sarkozy, autant d’étapes témoignant d’une fébrilité sur les questions d’identité et de laïcité. Celles-ci sont restées en suspens depuis et n’ont jamais été réellement traitées par les gouvernements en place. Quand on se penche sur les polémiques plus récentes autour du port de la burqa ou du burkini, on mesure que les prémices mais aussi les mécanismes de ces « affaires » étaient déjà annoncés dans notre livre. (…) Il existe un climat de peur au sein de populations qui subissent ces pressions au quotidien, dans une grande solitude. Elles ont été abandonnées par les pouvoirs publics, notamment sur l’autel du clientélisme électoral. S’il concerne tous les partis, ce phénomène touche particulièrement les municipalités d’extrême gauche qui ont enfermé les membres de la communauté musulmane dans leur identité religieuse et les ont confiés à des associations communautaires dont certaines sont de type salafiste. Lors des émeutes de 2005, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, s’est attaché les services d’associations liées à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui tapissaient les quartiers, la gratifiant ainsi d’une légitimité qu’elle n’avait pas : celle de représenter les musulmans de France. Nous en payons le prix aujourd’hui. Des mouvements laïcs se sont retrouvés entre deux feux, entre ceux qui essaient de faire advenir un projet politique religieux de manière habile et le chantage des pouvoirs publics qui invoquent la peur des émeutes. (…)  Nombre de fonctionnaires de police, de l’éducation nationale et des collectivités territoriales ont en effet peur d’être mal vus par leur hiérarchie. On leur demande d’acheter la paix sociale, d’éviter les violences. (…) L’antisémitisme est toujours le signal d’une démocratie en train de se perdre. Idem pour l’atteinte à la liberté des femmes. L’assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, a marqué le basculement dans le passage à l’acte extrêmement violent de cet antisémitisme débridé que nous constations auprès d’une certaine population dans les quartiers dits sensibles. L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France. On parle des Juifs de manière décomplexée et agressive. Dans ces quartiers sensibles, l’activisme virulent du mouvement BDS conforte un grand nombre de jeunes ignares d’un point de vue historique et géopolitique dans leur antisémitisme et leur antisionisme qui n’en est que le faux nez. La parole des pouvoirs publics sur le devoir de mémoire est aujourd’hui inopérante face aux déversements de haine sur les réseaux sociaux, non pas de néo-nazis, mais de jeunes animés par une puissante haine antijuive, haine dont ils sont aussi les héritiers, le travail d’histoire dans le monde arabe sur ce que fut la condition juive avant la colonisation n’existe pas. Ces sociétés sont maintenues dans le culte victimaire et ici, en France, les Indigènes de la République en sont l’illustration. Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol. Barbara Lefebvre
La France qui gagne a gagné. (…) Dans ces conditions, tous ceux qui se pensaient déjà comme des perdants, qui n’adhèrent pas dans l’enthousiasme au grand vent du progressisme mondialisé, ont l’impression d’avoir perdu. Les détromper devrait être l’une des missions prioritaires du nouveau président. (…) Ce sont les gens oubliés ou craignant de l’être par la modernité économique et/ou culturelle, ceux qui redoutent que l’histoire s’écrive sans eux. «Des ploucs et des bourgeois», résume drôlement Finkielkraut. Vincent Tremolets de Villers a parlé du «parti de l’inquiétude». De Whirlpool à Versailles, de l’ouvrier licencié au catho déboussolé, de l’éleveur ruiné au diplômé précaire, beaucoup de Français sont en effet inquiets, parce qu’ils se méfient de l’Europe, qu’ils sont attachés à une certaine conception de l’identité française ou qu’ils ont peur de l’immigration de masse, mais aussi, pour une part, parce qu’ils vouent aux gémonies le grand capital. Quoi qu’il en soit, les raisons de leurs inquiétudes n’ont pas disparu par enchantement. Macron ne guérit pas les écrouelles et, au risque de casser l’ambiance, je ne crois pas que son élection suffira à guérir les fractures françaises. Alors espérons qu’il entende la demande de continuité historique de beaucoup de Français. (…) pour la première fois depuis le référendum sur le traité de Maastricht, un responsable a été élu en portant ouvertement, donc dans une forme presque chimiquement pure, un projet européen et libre-échangiste, ainsi que le progressisme culturel et sociétal bon teint qui va avec. Pour faire court, c’est la banque centrale européenne pour le «dur» – l’économie, la monnaie, les affaires -, et Terranova pour le supplément d’âme, c’est-à-dire, notamment les questions d’intégration et d’immigration. Or, cette politique, enrubannée dans le joli mot «ouverture», plait d’abord à tous ceux qui, protégés des tracas du vivre-ensemble au quotidien par d’invisibles frontières culturelles, bénéficient de la disparition des frontières économiques avec en plus, le luxe de sentir bons et d’aimer l’Autre. Ça ne fait pas d’eux des salauds, plutôt des chanceux. Avant d’être une réalité politique, le macronisme possède déjà une sociologie: relativement homogène dans ses intérêts et dans ses représentations, cette coalition des chanceux a tout d’une classe sociale. (…) à la différence de ses prédécesseurs qui devaient avancer masqués et feindre d’être, un peu souverainistes pour Chirac et Sarkozy, toujours croyants dans la vraie gauche pour Hollande et Mitterrand, Macron joue à visage découvert, ce qui lui confère une grande cohérence idéologique, sur laquelle il a commencé à construire une alliance politique, en rassemblant des européistes des deux bords. (…) Aujourd’hui, le président a toutes les cartes en main (ou il les aura sans doute à l’issue des législatives) pour mettre en œuvre sa politique. La contrepartie, c’est que, si elle échoue, on ne pourra plus nous dire qu’il faut encore plus d’Europe, plus de libre-échange et plus de multiculturalisme. (…) Le progressisme façon Macron, c’est une nouvelle ruse de l’Histoire pour nous faire croire à sa fin dans les heureuses épousailles de la démocratie et du marché. Faites couler l’argent, le reste suivra. Dans les faits, cela risque de ressembler à une liquidation de tout ce qui est un peu trop national sur les bords. Or, contrairement à ce qu’il a dit, qu’y a-t-il de plus national, dans le sens de «situé», «ancré», «hérité», que la culture? Certains de mes confrères s’émerveillent de ce que le Président fasse de nombreuses références à nos grands héros. Ce name-dropping historique ne me convainc guère après qu’il a choisi la culture en France contre la culture française, c’est-à-dire la géographie et le droit contre l’histoire, ce qui est ici et maintenant contre ce qui a été. Mais en plus de cela, on peut craindre que ce progressisme soit la poursuite du déni par d’autres moyens. (…) Il cache, en l’ignorant, la crise grave de l’intégration qui se traduit par la sécession mentale d’une partie de notre jeunesse, il cache l’avancée d’un islam radical et séparatiste qui prétend, là où il est en position de force, imposer sa loi aux corps et aux âmes de nos concitoyens de naissance ou de foi musulmane. Or, non seulement le nouveau président n’a, à aucun moment, semblé prendre la mesure de la gravité de la situation, mais il est allé câliner les enfants d’immigrés dans le sens du poil victimaire en allant, à Alger, expliquer que la colonisation tout entière était un crime contre l’Humanité – merci pour les pères blancs, les instituteurs et la mère d’Albert Camus. Benjamin Stora a expliqué dans Libération que la jeunesse des quartiers avait apprécié l’attention. Ce n’est pas tout. Quand Emmanuel Macron se rend à Sarcelles, il joue au foot, fait des selfies et nous sert un discours gentillet sur la richesse de nos banlieues, mais il se garde de toute allusion aux sujets qui fâchent – fondamentalisme, sexisme, antisémitisme…. Et contre le FN, il sort l’artillerie lourde de l’antinazisme et des heures les plus sombres. Seulement, les antisémites qui pourrissent la vie des juifs ne se trouvent pas au Front national, mais à Sarcelles (ce qui ne signifie nullement que tous les habitants de Sarcelles soient antisémites). Pour avoir parlé sans détours de cette montée, dans les quartiers, de la haine antijuive, Manuel Valls avait pratiquement été traité de raciste par une certaine Marlène Schiappa, la nouvelle ministre de l’égalité des sexes. Alors, ne menons pas de procès d’intention. Peut-être Emmanuel Macron va-t-il découvrir les territoires perdus et lancer le combat culturel qui présidera à leur reconquête. Ce vendredi, le Parisien évoquait le quartier de La Chapelle-Pajol à Paris, où les femmes sont empêchées de circuler sur la voie publique. Quand le choc des civilisations s’invite dans la capitale, on voudrait savoir ce que le chef de l’Etat compte faire pour y faire respecter la loi républicaine. (…) En attendant, permettez-moi de vous rappeler que, outre le karma que lui prêtent les journalistes, Emmanuel Macron a reçu le concours de forces plus terrestres: sans les affaires Fillon et sans le ravissement que sa candidature a suscitée dans nombre de grands médias, vous seriez peut-être en train de louer ma clairvoyance. Par ailleurs, une coalition disparate de refus ne fait pas un projet commun. Le président ne bénéficie peut-être pas de l’adhésion d’une majorité de Français, mais il représente assurément la minorité la plus importante. De plus, si la droite n’est pas aux manettes aujourd’hui, c’est parce que, au moment où le monde devait être repensé et de nouveaux clivages explorés, elle a renoncé à tout travail sur les idées, surfant d’une ligne à l’autre le nez sur les sondages sans jamais se demander s’il n’y avait pas une petite contradiction entre les causes qu’elle chérissait et les conséquences qu’elle abhorrait ou, pour le dire autrement, entre son moi libéral et son surmoi conservateur. Résultat, face au progressisme macronien, il n’existe pas aujourd’hui d’alternative (raisonnablement) conservatrice qui définirait par exemple un protectionnisme tempéré et l’usage raisonnable de frontières dont on ne voit pas pourquoi elles devraient être ouvertes ou fermées. Et l’alternative populiste, qu’elle soit de droite ou de gauche, a échoué à séduire suffisamment d’électeurs. (…) [Marine Le Pen] aurait dû être la porte-parole de l’inquiétude française ; en manquant à la courtoisie la plus élémentaire, elle l’a attisée. Pour autant, je n’ai aucune envie de participer à la curée avec tous mes confrères qui répètent avec gourmandise qu’elle a montré son vrai visage. Elle a lamentablement raté ce rendez-vous crucial et comme l’a noté Finkielkraut, ce n’est pas en faisant du Pétain, mais du Trump. J’ignore quelle sera la suite de sa carrière. Mais je me garderais d’affirmer que le visage pénible qu’elle a montré ce soir-là était le vrai. Elisabeth Lévy
C’est la « révolution » des dupes qui se profile : là où François Fillon voulait interdire les Frères musulmans, Macron évitera l’épreuve de force avec l’islam politique. Sa descente des Champs-Élysées en véhicule militaire tenait  du jeu de rôle. L’optimisme d’État  récuse l’offensive du totalitarisme  islamique, mise sur le compte de la crise  économique et de l’Occident  colonisateur. François Bayrou, ministre  de la Justice, appuie cet angélisme. Pour  Henri IV, Paris valait bien une messe.  Son biographe devenu macroniste  n’est pas loin de penser que la France  de demain vaudra bien quelques sourates. Michel Houellebecq a tout dit  dans  Soumission. Alors que les chrétiens  et les juifs ont eu à se soumettre aux  exigences brutales de l’État, nombreux  sont ceux qui plaident pour un régime  de faveur vis-à-vis de l’islam  conquérant. Cette capitulation, si elle  devait se confirmer, tirerait un trait sur  les territoires perdus de la République. Les Républicains qui appellent  la droite à  « répondre à la main tendue  par  Emmanuel Macron »  cautionnent  peu ou prou ce choix communautariste  d’une nation libanisée prête à acheter  la paix multiculturelle. Parmi eux :  Gérald Darmanin, devenu ministre,  Thierry Solère, Franck Riester, etc.,  dont on comprend mieux les réticences  qu’ils affichaient à soutenir Fillon dans  son désir de  « vaincre le totalitarisme  islamique ».  Néanmoins, Macron a le mérite,  en secouant le cocotier républicain,  d’obliger cette famille de façade  à en finir avec les faux-semblants.  Le courant juppéiste et centriste a toute  sa place dans le camp de Macron, qui  a renoncé à assimiler les minorités  culturelles. Les attentistes qui veulent  prolonger la cohabitation au cœur  de la droite plutôt que d’acter le divorce  rendent illusoire une opposition  structurée. Comment les responsables  qui, comme François Baroin, ont appelé  à voter pour Macron au deuxième tour  peuvent-ils espérer convaincre de voter  massivement pour les Républicains aux  législatives ? (…) La duperie (…) a aussi fait gober  la  « farce  antifasciste » , dont Alain  Finkielkraut craint, dans  Causeur,  que les juifs ne soient les dindons.  Le palestinisme a désormais ses entrées  en haut lieu. Richard Ferrand, ancien  secrétaire d’En marche ! devenu  ministre, a financé France Palestine  Solidarité en 2016. Marlène Schiappa,  secrétaire d’État, soutient la  « lutte  pour  la liberté du peuple palestinien ». (…) Le clivage élitaire et mondialiste qui s’opère derrière Macron, dans lequel  l’horizontalité de la société civile a vite laissé place à la verticalité du pouvoir,  est une aubaine pour la droite populaire  libérale et sociale. Qui saura la réunir ? Ivan Rioufol

Cherchez la femme !

A l’heure où après la farce démocratique et la comédie antifasciste que l’on sait …

Comme le déluge hagiographique qui a suivi …

Nos nouveaux dirigeants redécouvrent, entre sondages trumpiens et rappels à l’ordre européens,  la dure réalité qu’ils croyaient avoir quittée …

Et où, entre plan secret du refus éventuel du résultat des urnes, dénonciation des messes à la télévision ou imposition de la PMA pour tous, le nouveau pouvoir commence à montrer ses vraies couleurs

Pendant qu’à l’instar de la si discrète parité de la photo du nouveau gouvernement, les femmes se voient littéralement exclues de certains quartiers

Comment ne pas voir avec l’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol

Contre la « révolution » des dupes et la capitulation préventive en cours face  au totalitarisme islamique …

Et le fourvoiement gauchisant que l’on sait de la droite nationale-républicaine …

Pour commencer à réunir enfin …

Une droite populaire à la fois et authentiquement libérale et sociale …

L’option qui devrait logiquement s’imposer …

Bientôt débarrassée peut-être de son désormais encombrant héritage …

De la future ex-plus jeune députée de la Ve République ?

La Chapelle & Pajol : Les femmes, espèce en voie de disparition au coeur de Paris

Les femmes, une espèce en voie de disparition au coeur de Paris

ll y a les insultes, dans toutes les langues : “Salope, sale pute, je vais te baiser…”
ll y a les vols à la tire, les pickpockets, l’alcoolisme de rue, les crachats, les déchets partout, l’odeur entêtante d’urine.

Il y a les trafics qui s’enracinent: êtres humains, drogues, cigarettes, vente à la sauvette, ou encore faux documents. Les employés de ces trafics nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants.

Désormais la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe de Girard, la rue Marx Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes: plus une femme, dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles.

Cela doit cesser!

Nous demandons aux autorités, Mairie de Paris, Préfecture de Police, Procureur de la République, de faire enfin respecter lois et règlements, notamment dans les endroits où se fixent les trafiquants, de diligenter des enquêtes sur les filières, de renforcer le nombre et les moyens des policiers affectés à ce secteur
Les femmes de la Chapelle et leurs ami(e)s, compagnons, maris, pères, enfants et voisins des 10ème et 18ème arrondissements

Pétition soutenue par les Associations Demain La Chapelle et SOS La Chapelle

A l’attention de :

Monsieur Emmanuel Macron – Président de la République Française

Monsieur Edouard Philippe – Premier Ministre

Monsieur Gérard Collomb – Ministre de L’Intérieur

Monsieur François Bayrou – Garde des Sceaux Ministre de la Justice

Madame Marlène Schiappa –Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les Femmes et les Hommes

Monsieur François Molins – Procureur de la République

Monsieur Michel Delpuech – préfet de police de Paris

Madame Anne Hidalgo – Maire de Paris

Monsieur Eric Lejoinde – Maire du 18ème arrondissement de Paris

Monsieur Rémi Féraud- Maire du 10ème arrondissement de Paris

Voir aussi:

Femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol : le cri d’alarme de Céline Pina

  • Céline Pina
  • Le Figaro
  • 19/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Alors que les lycées organisent une « journée de la jupe » pour dénoncer le sexisme, Céline Pina rappelle que dans certains quartiers de Paris, sortir de chez elle pour une femme est une provocation, et dénonce l’indifférence des élus.


Céline Pina est ancienne conseillère régionale d’Ile-de-France. Elle s’intéresse particulièrement aux questions touchant à la laïcité, à l’égalité, au droit des femmes, à la santé et aux finances sociales. Elle est l’auteur de Silence Coupable (éditions Kero).


Tandis que des syndicats lycéens essaient d’attirer l’attention sur le sexisme qui sévit maintenant dans les rapports entre filles et garçons dès le plus jeune âge en organisant ce vendredi 19 mai, une journée de la jupe, l’actualité nous a démontré hier à quel point l’initiative était nécessaire, tant les droits des femmes reculent pendant que les politiques continuent à détourner le regard. À tel point qu’aujourd’hui, dans certains endroits, sortir dans la rue quand on est une femme devient une prise de risque, une provocation et une mise en danger.

Et hélas, on ne parle pas ici de Raqqah, Ryad ou Kaboul, mais de Paris. Intra-muros. Dans un reportage publié dans Le Parisien du 18 mai, «Paris: les femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol», Cécile Beaulieu décrit le quotidien des habitantes du quartier, lesquelles ne peuvent plus se déplacer seules, ni porter jupes ou vêtements moulants sans se faire injurier voire agresser. La rue, les trottoirs, les cafés, les bars, les squares leur sont interdits, à tel point que quitter son appartement devient une transgression. Ce territoire est celui des hommes et ils font régner leur loi. Une situation qui tend à s’étendre dans les quartiers les plus populaires.

Mais pour choquant que soit pour nous ce contrôle social d’un autre âge, cette véritable oppression qui s’abat sur toutes les femmes dans un pays où l’égalité est inscrite au fronton des bâtiments publics, ce qui est encore plus déstabilisant ce sont les réactions, ou plutôt l’absence de réaction des élus.

Être une femme suffit à être en danger dans certains endroits et auprès de certaines populations, car il y a un point commun entre cette situation et celle qui a tant choqué en Allemagne le 31 décembre à Cologne. Des agressions sexuelles massives y avaient été commises et l’enquête avait révélé que celles-ci étaient le fait de réfugiés et de migrants économiques, venant du Maroc et d’Algérie et arrivés au cours de la même année. Que croyez-vous que l’on fit alors? Et bien au lieu de s’interroger sur ce qui pouvait pousser ces hommes à croire qu’ils avaient le droit de se comporter ainsi dans un pays qui les accueille, au lieu d’interroger les références culturelles qui permettent de considérer comme acceptable cette violence faite aux femmes, au lieu d’interroger les obligations qui devraient être liées à l’accueil, on fit le procès en racisme de tous ceux qui dénonçaient le soubassement culturel et cultuel, qui fait de la femme un être inférieur, propriété d’un homme ou de tous si elle a le culot de revendiquer sa liberté, phénomène que la misère sexuelle, que la montée du fondamentalisme religieux renforce et accentue dans les pays du proche et Moyen-Orient. Pour avoir évoqué cet aspect du problème, Kamel Daoud fut cloué au pilori.

À Cologne, la Maire conseilla aux femmes de se faire discrètes et de se tenir à l’écart des hommes. Comme si elles étaient en partie responsable des violences qu’elles subissaient. Et aujourd’hui, savez-vous ce que l’on répond, en France, à ces femmes qui, habitant la capitale de notre pays, ne jouissent déjà plus des droits que la loi est censée accorder à tous les citoyens? D’abord que porter plainte ne sert à rien. Donc, en France, on peut vous ôter la liberté de vous déplacer parce que vous êtes une femme dans la plus totale indifférence. Nul ne peut rien y faire, parce que les autorités publiques s’en moquent et que cette question est anecdotique pour le pouvoir. Voilà ce que signifie le «porter plainte ne sert à rien». On parle bien d’opérations de police à répétition dans l’article, plus de 110 depuis janvier mais elles n’ont aucun effet. Pourtant, si celles-ci se traduisaient plus souvent par des expulsions ou de véritables sanctions, nul doute qu’elles changeraient la donne. Mais si les interpellés en sont quittes pour revenir quelques heures ou jours après, cela devient un jeu qui signe plus l’impuissance des autorités que leur utilité et finit par valider ce qu’il est censé empêcher.

Il y a bien une élue citée dans le reportage, l’adjointe à l’égalité hommes-femmes de la mairie de XVIIIeme. Elle conseille d’organiser une marche exploratoire pour faire le repérage des lieux où les femmes sont indésirables et maltraitées. Il parait même que «leurs remarques seront examinées avec la plus grande attention». Je suis sûre que cette personne est consciente du caractère dérisoire de cette injonction qui invite ces femmes à se mettre en danger pour effectuer un tel relevé topographique et qu’elle a conscience que rien ne saurait moins incarner la loi et le devoir de protection qu’ont les élus envers leur population, qu’une telle attitude, mais elle n’a probablement rien d’autre à proposer. Le fait que les agresseurs de femmes appartiennent à une population pauvre et marginale, élevée au rang de victime absolue, fait que leur transformation en bourreau paralyse à la fois le discours politique et l’action publique. Ce sont alors les citoyens qui jouent le rôle de variable d’ajustement en voyant leurs droits abandonnés et leurs libertés non défendues. Cela plus qu’une dérive fasciste de la société explique l’explosion du vote FN.

Pendant ce temps, vendeurs à la sauvette, dealers, migrants et passeurs tiennent les rues et politiquement correct oblige, on oublie de dire que cette mentalité d’un autre âge, cet obscurantisme dont on constate chaque jour qu’il gagne du terrain, est lié à la volonté de ces hommes d’imposer leur mentalité patriarcale, leur vision étriquée des relations humaines et une conception des rapports sociaux et intimes inégalitaires et contraignants au pays qui les a accueilli. On évite de dire que ces tensions se réveillent aussi parce que ces populations sont la cible des fondamentalistes et des tenants de l’Islam politique qui chauffent à blanc les replis identitaires et font de la remise en cause des fondations mêmes des sociétés occidentales par la revendication identitaire et religieuse, le seul axe d’affirmation politique et sociale des communautés qu’ils influencent de plus en plus. Et s’ils se sentent autorisés à le faire, c’est aussi parce que nul ne se soucie, chez ceux qui nous représentent, ni d’expliquer les règles aux nouveaux arrivants, encore moins de les faire respecter. Ceux-ci alors essaient de recréer un environnement qui leur est familier et, marginalisés et sans grandes perspectives, ils se donnent un sentiment de virilité et de prise sur le monde en exerçant leur pouvoir sur les femmes. Ils sont encouragés dans ces attitudes par les prédicateurs bas de plafond dont ils sont la cible et qui ont table ouverte dans notre pays. Alors il ne s’agit pas ici de dire que tous les migrants sont ainsi, ce serait aussi injuste qu’insultant, mais de s’interroger sur notre réticence à défendre ce que nous sommes face à des comportements qui ne sont ni respectables ni tolérables et nous renvoient à un obscurantisme et à une violence intrinsèquement méprisable et face à laquelle nos autorités ne devraient pas être tétanisées.

L’air est connu: souvenez-vous du reportage d’Antenne 2 tourné à Sevran et à Villeurbanne où un homme chassait des femmes d’un café en leur expliquant: «Ici c’est pas Paris, c’est comme au bled».

Ce qui signifie, non seulement cette zone nous appartient et tu dois savoir rester à ta place, donc chez toi. Mais aussi que sur certains territoires, la France n’existe plus et ses lois ne s’appliquent pas. Ainsi, l’espace public n’est plus partagé, commun. Sur certains territoires, il est réservé à ceux qui ont une existence sociale, donc aux mâles, pas à celles qui leur appartiennent et n’existent que dans la sphère de l’intime. Pour avoir dénoncé ces phénomènes dont seuls ceux qui nous représentent semblent totalement inconscients, la journaliste de France 2 et Nadia Remadna de la brigade des mères, ont été violemment attaquées par le Bondy Blog et ceux qui ont relayé ce reportage ont été comme d’habitude accusés de mensonges, de racisme et d’appartenir à la fachosphère. Et ce quand bien même les témoignages de cette tentative d’imposer un apartheid sexuel en France se multiplient.

L’enjeu aujourd’hui est de faire vivre nos grands principes pour tout le monde, de faire en sorte que les libertés que la loi garantit ne dépendent pas de notre niveau culturel et social ou de notre lieu de vie. C’est cela le sens même de la politique: garantir les droits de tous ceux qui vivent sur son territoire. Et cela ne se fera pas sans fermeté, ni justice.

Aujourd’hui la protection de la loi n’est accordée qu’aux hyperinclus, à ceux qui ont les moyens financiers de choisir leur environnement. Pour beaucoup d’autres, c’est retour au moyen âge: il faut se soumettre à ses voisins et à l’homme de la rue car la protection de la loi ne peut plus s’incarner. Une des phrases que l’on entend le plus dans les zones sous influence des islamistes et des identitaires, c’est «chez nous, c’est comme ça» et ce «chez nous» n’évoquent pas la France, alors même que ceux qui tiennent ce discours sont Français, pas même forcément les règles du pays d’origine, mais ce mélange de tradition et de religion dont les islamistes entendent faire le fond d’écran des mentalités qu’ils façonnent. C’est ainsi que les passages à l’acte se multiplient, rite d’initiation du refus de la citoyenneté et de l’affirmation des valeurs patriarcales validées par les représentations religieuses, le tout sur fond d’impunité des agresseurs et de mise en accusation de ceux qui dénoncent l’abandon des autorités comme une faute politique majeure.

Et pendant ce temps, notre nouveau gouvernement prône la libéralité en matière de laïcité tout en promettant de lutter contre l’islamisme. Le problème c’est que l’on ne lutte pas contre qui veut vous détruire en renonçant à ses principes et à ses idéaux et qu’en ce domaine, la libéralité équivaut à livrer les plus faibles à leurs oppresseurs. Il serait dommage qu’à force d’aveuglement sur ces questions, la France devienne un pays qui ne garantit que les libertés de ceux qui ont les moyens de choisir leur voisinage et leur environnement.

Voir également:

Paris : des femmes victimes de harcèlement dans les rues du quartier Chapelle-Pajol
Cécile Beaulieu
Le Parisien
18 mai 2017

Des femmes de ce quartier de l’est de Paris se plaignent de ne pas pouvoir se déplacer sans essuyer des remarques et des insultes de la part des hommes. Ce sont plusieurs centaines de mètres carrés de bitume abandonnés aux seuls hommes, et où les femmes n’ont plus droit de cité. Cafés, bars et restaurants leur sont interdits. Comme les trottoirs, la station de métro et les squares. Depuis plus d’un an, le quartier Chapelle-Pajol, à Paris (Xe- XVIIIe), a totalement changé de physionomie : des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes.

REACTIONS

Révoltées, des habitantes du quartier ont décidé de lancer une vaste pétition pour dénoncer la situation. Et un quotidien de plus en plus oppressant. Celui des jeunes filles, qui ne peuvent plus sortir seules, porter une jupe ou un pantalon trop près du corps sans recevoir une bordée d’injures : l’une d’elles raconte avoir subi un jet de cigarette allumée dans les cheveux.

«Des réflexions incessantes»

«Nous avons toutes droit à un traitement insupportable», souligne Nathalie, 50 ans, qui revendique trente années dans le quartier, et un climat «inédit» ces derniers mois : «Ce sont des injures, des réflexions incessantes. L’ambiance est angoissante, au point de devoir modifier notre itinéraire, notre tenue vestimentaire. Certaines ont même renoncé à sortir de chez elles». A l’image de cette vieille dame de 80 ans, agressée sexuellement alors qu’elle rentrait dans son immeuble, et désormais retranchée dans son appartement.

«Un repaire masculin»

Aurélie, une jeune femme de 38 ans, avoue ne pas reconnaître le quartier où elle vit depuis 15 ans, rue Perdonnet (Xe) : «Le simple fait de circuler est devenu problématique. Le café, en bas de chez moi, un bistrot autrefois sympa, s’est transformé en repaire exclusivement masculin et en permanence bondé : j’ai droit à mon lot de remarques lorsque je passe devant, d’autant plus qu’ils boivent énormément : il y a quelques jours, le simple fait de me mettre à ma fenêtre a déclenché un flot d’injures, et j’ai dû m’enfermer dans mon appartement. Il y a quelque temps encore, j’empruntais le boulevard de la Chapelle depuis Stalingrad, même tard le soir… C’est impensable aujourd’hui».

Le métro Chapelle, Laure l’évite soigneusement. Comme la place du même nom : «Ces dernières semaines, j’ai été prise au milieu d’une bagarre de vendeurs à la sauvette. Affolée, je me suis mise à crier, et deux d’entre eux ont sorti des couteaux pour me menacer. J’ai cru que ma dernière heure était arrivée. Et ça fait des mois que ma fille de 12 ans ne va plus seule au collège, ni nulle part dans le quartier, d’ailleurs».

Porter plainte aurait peu d’effet
Comment lutter contre le phénomène ? Les femmes de La Chapelle le savent : porter plainte aurait peu d’effets. Alors, d’un commun accord, et sur les conseils de Nadine Mezence, adjointe à l’égalité hommes-femmes du maire (PS) du XVIIIe, elles ont décidé d’organiser prochainement une marche exploratoire. Ensemble, elles parcourront tous les lieux du quartier où elles sont indésirables. Puis, rendront compte, aux pouvoirs publics de leurs observations… En espérant être entendues. A la mairie d’arrondissement, on assure que leurs remarques seront examinées avec la plus grande attention.

110 opérations de police depuis le mois de janvier
La question du harcèlement des femmes, et notamment celle de la présence de dizaines de migrants rue Pajol, sera évoquée ce lundi en conseil d’arrondissement par l’élu (LR), Pierre Liscia. Tandis qu’au cabinet du maire (PS) du XVIIIe, Eric Lejoindre, on reconnaît la complexité de la situation : «Les femmes ont un sentiment de vulnérabilité devant cette violence, souvent associée à l’alcoolisation, mais la réponse publique est essentiellement policière».

Précisément, depuis lancement du dispositif «Barbès respire», au mois de janvier, par le préfet de police avec déploiement de renforts sur le secteur, 110 opérations ont donné lieu à plus de 19 000 évictions de vendeurs à la sauvette et 884 personnes ont été arrêtées. Mais les habitantes, elles, veulent des opérations de plus vaste ampleur pour retrouver leur sérénité perdue…
Les femmes, une espèce en voie de disparition au cœur de Paris «Désormais, notre quartier est abandonné aux seuls hommes : plus une femme dans les cafés. Pas un enfant dans le square Louise-de-Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles».

Les habitantes de la Chapelle-Pajol viennent de rédiger une pétition, intitulée «Les femmes, une espèce en voie de disparition au cœur de Paris», qu’elles espèrent voir parapher par de nombreux soutiens et victimes avant de l’envoyer à la mairie, à la préfecture de police et au procureur de la République. Leur demandant de «faire enfin respecter lois et règlement dans les endroits où se fixent les trafiquants, de diligenter des enquêtes sur les filières et de renforcer le nombre de moyens policiers affectés au secteur».

«Il y a les insultes dans toutes les langues, les vols, l’alcoolisme de rue. Les trafics qui s’enracinent, et les employés de ces trafics, qui nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants. Cela doit cesser.»

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«Macron, ou la “révolution” des dupes»
Ivan Rioufol
Le Figaro
18/05/2017

CHRONIQUE – Le courant juppéiste et centriste a toute sa place dans le camp Macron, qui a renoncé à assimiler les minorités culturelles.

Le savoir: Édouard Phillippe, choisi lundi par Emmanuel Macron comme premier ministre, pratique la laïcité flexible. Maire (LR) du Havre, il avait en 2012 fait jeter 8500 desserts destinés aux cantines parce qu’ils contenaient de la gélatine de porc. Plutôt que de s’en tenir à la neutralité républicaine, l’élu s’était soumis à l’interdit alimentaire de la charia (loi islamique). L’anecdote est à retenir: elle laisse craindre d’autres détournements de la laïcité, un des piliers de la civilisation française. Macron, élu par beaucoup pour faire échec au «fascisme» de Marine Le Pen, a promis une «bienveillance exigeante» avec l’idéologie islamique. Ce choix de l’apaisement guide, mezzo voce, la recomposition politique en cours. Philippe, proche d’Alain Juppé, partage avec lui la mondialisation heureuse, l’accommodement raisonnable, la discrimination positive. Le chef de l’État est sur cette même vision « inclusive ». « Je veux accompagner les mutations », a-t-il dit dimanche lors de sa prise de fonctions. Son gouvernement libéral mondialiste accélérera la cadence.

La marginalisation de Manuels Valls, qui voit la laïcité comme rempart à l’islamisme, confirme la stratégie arrangeante du macronisme. La République en marche a refusé son investiture à l’ancien premier ministre socialiste, qui n’aura néanmoins pas de concurrent face à lui. Commentaire de Valls (dans le JDD) : « Macron est méchant (…), il n’a pas de codes, donc pas de limites (…). Autant sur les questions économiques et sociales il n’y a pas de différence entre Macron et moi, autant sur l’identité on a un vrai désaccord. » Malek Boutih (PS), remarqué pour ses alertes contre l’emprise des prêcheurs de haine dans les cités, s’est pareillement vu écarter du parti gouvernemental, qui présentera un candidat face à lui. Durant sa campagne, Macron s’était gardé de désavouer le soutien de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), classée parmi les organisations terroristes par les Émirats arabes unis.

C’est la « révolution » des dupes qui se profile : là où François Fillon voulait interdire les Frères musulmans, Macron évitera l’épreuve de force avec l’islam politique. Sa descente des Champs-Élysées en véhicule militaire tenait  du jeu de rôle. L’optimisme d’État  récuse l’offensive du totalitarisme  islamique, mise sur le compte de la crise  économique et de l’Occident  colonisateur. François Bayrou, ministre  de la Justice, appuie cet angélisme. Pour  Henri IV, Paris valait bien une messe.  Son biographe devenu macroniste  n’est pas loin de penser que la France  de demain vaudra bien quelques sourates. Michel Houellebecq a tout dit  dans  Soumission . Alors que les chrétiens  et les juifs ont eu à se soumettre aux  exigences brutales de l’État, nombreux  sont ceux qui plaident pour un régime  de faveur vis-à-vis de l’islam  conquérant. Cette capitulation, si elle  devait se confirmer, tirerait un trait sur  les territoires perdus de la République.

Les Républicains qui appellent  la droite à  « répondre à la main tendue  par  Emmanuel Macron »  cautionnent  peu ou prou ce choix communautariste  d’une nation libanisée prête à acheter  la paix multiculturelle. Parmi eux :  Gérald Darmanin, devenu ministre,  Thierry Solère, Franck Riester, etc.,  dont on comprend mieux les réticences  qu’ils affichaient à soutenir Fillon dans  son désir de  « vaincre le totalitarisme  islamique » .

Néanmoins, Macron a le mérite,  en secouant le cocotier républicain,  d’obliger cette famille de façade  à en finir avec les faux-semblants.  Le courant juppéiste et centriste a toute  sa place dans le camp de Macron, qui  a renoncé à assimiler les minorités  culturelles. Les attentistes qui veulent  prolonger la cohabitation au cœur  de la droite plutôt que d’acter le divorce  rendent illusoire une opposition  structurée. Comment les responsables  qui, comme François Baroin, ont appelé  à voter pour Macron au deuxième tour  peuvent-ils espérer convaincre de voter  massivement pour les Républicains aux  législatives ?

L’artifice de la théâtrocratie La théâtrocratie que privilégie le chef de l’État, maître des horloges et de ses  gestes, lui permet de demeurer dans  l’ambiguïté. C’est ainsi que la question  identitaire n’arrive pas à être abordée  de face. Les courtisans rappellent  l’homme de lettres et de culture qu’il  est. Son premier ministre ne raffole-t-il  pas de la série des  Trois Mousquetaires ,  qu’il dit relire tous les dix ans ? D’autres  thuriféraires croient reconnaître la  silhouette du premier consul dans son  « regard au profil d’aigle » . N’y a-t-il pas aussi, tant qu’on y est, un Bonaparte  dans cette manière qu’à Macron de  prendre l’oreille de ses grognards ?  Dimanche, Gérard Collomb (devenu  ministre de l’Intérieur) avait les larmes  aux yeux, tandis que le chef passait ses  briscards en revue en leur caressant  nuque et joue. Pour le téléspectateur  distrait, ces scénographies sur la  continuité historique font leur effet.  Il n’empêche : la vigilance devra être  de tous les instants, tant est grande  la tentation du président de voir dans  les  « quartiers  populaires »  l’unique  expression du peuple français et de son  destin. Dimanche, il a d’ailleurs boudé  la grande parade parisienne.

Là aussi est la duperie : dans l’artifice qui s’attache au macroniste quand il  parle de  « clarté » . Elle a aussi fait gober  la  « farce  antifasciste » , dont Alain  Finkielkraut craint, dans  Causeur ,  que les juifs ne soient les dindons.  Le palestinisme a désormais ses entrées  en haut lieu. Richard Ferrand, ancien  secrétaire d’En marche ! devenu  ministre, a financé France Palestine  Solidarité en 2016. Marlène Schiappa,  secrétaire d’État, soutient la  « lutte  pour  la liberté du peuple palestinien » . Quant  à l’exigence de transparence et  de moralité qui ouvre ce quinquennat,  elle pèche aussi par ses exceptions.  Vouloir éviter les conflits d’intérêts en  exigeant des politiques qu’ils dévoilent  leurs éventuelles relations d’affaires est  une bonne chose. Cependant, le chef de  l’État ne dit rien de son réseau d’amis  banquiers, responsables du CAC 40,  créateurs de start-up, hommes  d’influence qui ont financé sa campagne  jusqu’à 15 millions d’euros  (voir mon  blog) . Par qui Macron a-t-il été soutenu  et pour quel objectif ? Question sans  intérêt probablement.

Clivage élitaire-populaire Le clivage élitaire et mondialiste qui s’opère derrière Macron, dans lequel  l’horizontalité de la société civile a vite  laissé place à la verticalité du pouvoir,  est une aubaine pour la droite populaire  libérale et sociale. Qui saura la réunir ?

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Polémique autour du retrait des grilles supposées empêcher l’installation de migrants
Alicia.Paule
Le Figaro
07/04/2017

REPORTAGE – La mairie de Paris va enlever en juin les grillages installés depuis plusieurs mois le long de la voie du métro entre Stalingrad et la Chapelle. Cette décision suscite l’inquiétude parmi les riverains qui craignent l’installation de nouveaux campements sauvages.

«Oppressantes», «dérangeantes», «hideuses»… Les grilles métalliques, successivement érigées le long de la voie de métro entre Stalingrad et la Chapelle, ne feront bientôt plus partie du paysage urbain. La mairie de Paris, à la demande de plusieurs élus écologistes, a annoncé leur retrait avant cet été. «Le quartier ressemble à une prison et la circulation des piétons dans le quartier est entravée. Il était urgent de rendre les espaces publics de nouveau accessibles aux habitants des quartiers Nord-est de Paris», explique Anne Souyris, co-présidente du groupe écologiste de Paris.

Une initiative saluée par plusieurs associations humanitaires dont le collectif Solidarité Migrants Wilson. «Ces grilles sont une honte! Elles ont été mises en place dans le seul but d’empêcher les migrants de s’installer. Les rues de Paris sont à tout le monde. C’est une première bataille de gagner», confie au Figaro une militante.

Parmi les riverains du XIXème arrondissement de Paris, confrontés depuis plusieurs mois à l’arrivée massive de migrants dans leur arrondissement, la décision ne fait pas l’unanimité et suscite de nombreuses inquiétudes. «Elles sont indispensables! Si la mairie les enlève, les campements sauvages vont revenir et ça, ce n’est vraiment pas possible», s’insurge Didier, patron d’un bistrot situé près de la place de Stalingrad, qui a vu son chiffre d’affaires chuté de 12%.

«La mairie peut enlever les grilles, cela ne changera rien au problème. Les migrants reviendront se poser là. Je n’ai rien contre eux. Mais il faut être honnête depuis qu’ils se sont installés dans le coin, c’est devenu l’enfer pour nous. On a dû fermer plusieurs fois la pharmacie après que des bagarres ont éclaté entre eux et les forces de police», confie Myriam, qui travaille à la pharmacie située à l’angle de la rue d’Aubervilliers.

Colère partagée par Marie-Christine, qui habite sur l’avenue de Flandre (XIXe). «Trop, c’est trop. Ce cirque dure depuis deux ans. Je ne reconnais plus mon quartier. Il est devenu une “zone interdite”. À partir de 18 heures, je n’ose même plus sortir dans la rue avec mon mari. On ne se sent pas en sécurité. Les tentes sont parties mais les migrants et les trafiquants campent encore les trottoirs jour et nuit. Mieux vaut être encerclé par des grillages et des blocs de pierre que de revivre à proximité d’un bidonville», affirme la retraitée de 78 ans, membre de l’association Demain la Chapelle.

Élisa, étudiante qui loue une chambre depuis plus d’un an près du métro Stalingrad, estime quant à elle «avoir honte» de vivre dans ce quartier. «Je n’ai pas le choix, je n’ai pas les moyens financiers de me loger ailleurs. Je pensais qu’avec l’évacuation du camp en novembre dernier, la situation s’arrangerait. Mais ce n’est pas le cas. Le quartier est devenu une poubelle géante», confie la jeune fille de 19 ans. Le long des grilles, des débris de verre, des sacs plastique, des restes de nourritures jonchent les trottoirs.

Deux centres d’accueil ouverts

«Les squares et les espaces de jeux ont quasiment tous été fermés pour virer les rats, qui se sont multipliés. Sans parler de l’odeur d’urine qui flotte constamment dans l’air. C’est vraiment invivable», déplore une mère de famille. Pour elle, cette situation n’est pas la faute des migrants mais bien celle des politiques qui ne font rien pour les aider. «Ces gens ne devraient pas dormir dans la rue. C’est inhumain. J’ai vu qu’il y avait des enfants. Cela m’a brisé le cœur. Ils méritent d’être traités avec un peu plus de dignité», ajoute-t-elle.

Depuis le démantèlement de la «Jungle» de Calais en octobre 2016, la capitale a vu l’arrivée de plusieurs milliers de migrants. Ils sont originaires d’Afghanistan, de Syrie, d’Érythrée ou encore du Soudan. Les exilés ont établi des campements sur les trottoirs et sous les ponts de Paris. Leur point de chute: au carrefour du Xe, VIIIe et XIXe arrondissement, où se situe l’association France terre d’asile. Des installations précaires qui sont quotidiennement évacuées par les forces de police.

Face à cette crise, la mairie de Paris a ouvert depuis novembre deux centres d’accueil: l’un situé à Porte de la Chapelle, l’autre à Ivry-sur-Seine. Tout deux déjà dépassé par l’afflux des réfugiés. Amahr, un Syrien de 19 ans qui est arrivé en France il y a six mois, fait la queue tous les jours pour tenter d’avoir un hébergement pour lui et son jeune frère. «Je dors dans une tente juste à côté du centre d’accueil. Chaque jour, j’y vais pour obtenir une place pour mon frère, il n’a que dix ans à peine. Moi, je peux rester dehors, mais pour lui c’est dur», confie-t-il dans un français approximatif lors d’un repas solidaire organisé jeudi par l’association Positive Planet. Aujourd’hui, près de «8000 migrants sont actuellement hébergés en Ile-de-France, dont 90 % relèvent de la demande d’asile», selon les estimations de la préfecture de Paris.

Mais la mesure est jugée «bien trop insuffisante» pour Pierre Henry, directeur général de l’association France terre d’asile. «La situation ne s’arrangera pas tant qu’il n’y aura pas une politique publique adaptée. Il est nécessaire de créer des centres pour migrants plus grands et surtout répartis à travers la France».

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Elisabeth Lévy : «Emmanuel Macron est un adversaire que j’aime déjà combattre»

  • Alexandre Devecchio
  • le Figaro
  • 20/05/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie du dernier numéro de la revue Causeur, Elisabeth Lévy revient pour FigaroVox sur le sacre d’Emmanuel Macron. Son analyse est caustique et sans concession.


Élisabeth Lévy est journaliste et directrice de la rédaction de Causeur. Son dernier numéro consacre un dossier à l’élection d’ Emmanuel Macron


Emmanuel Macron est donc le huitième président de la Ve République. Sa victoire n’est-elle pas un peu votre échec?

En tout cas, la France qui gagne a gagné. Le système est mort, vive le système!, pourrait-on ajouter. En effet, nous n’assistons pas à une révolution, plutôt à un changement de dynastie. Le président de la République incarne, avec talent, et surtout avec clarté, ce qu’on a appelé la «pensée unique», et le «cercle de la Raison», expression inventée je crois par Alain Minc. Il ne prétend pas renverser la table, en l’occurrence la technostructure – économique, administrative, culturelle – qui, derrière les élus, participe à la conduite de la société, il veut la sauver en lui donnant de nouveaux visages. Dans ces conditions, tous ceux qui se pensaient déjà comme des perdants, qui n’adhèrent pas dans l’enthousiasme au grand vent du progressisme mondialisé, ont l’impression d’avoir perdu. Les détromper devrait être l’une des missions prioritaires du nouveau président.

Qu’entendez-vous par «perdants», les pauvres, les chômeurs? Et que devrait faire le Président pour les rassurer?

Ce sont les gens oubliés ou craignant de l’être par la modernité économique et/ou culturelle, ceux qui redoutent que l’histoire s’écrive sans eux. «Des ploucs et des bourgeois», résume drôlement Finkielkraut. Vincent Tremolets de Villers a parlé du «parti de l’inquiétude». De Whirlpool à Versailles, de l’ouvrier licencié au catho déboussolé, de l’éleveur ruiné au diplômé précaire, beaucoup de Français sont en effet inquiets, parce qu’ils se méfient de l’Europe, qu’ils sont attachés à une certaine conception de l’identité française ou qu’ils ont peur de l’immigration de masse, mais aussi, pour une part, parce qu’ils vouent aux gémonies le grand capital. Quoi qu’il en soit, les raisons de leurs inquiétudes n’ont pas disparu par enchantement. Macron ne guérit pas les écrouelles et, au risque de casser l’ambiance, je ne crois pas que son élection suffira à guérir les fractures françaises. Alors espérons qu’il entende la demande de continuité historique de beaucoup de Français.

La France qui gagne, la France qui perd: n’est-ce pas un peu caricatural?

Peut-être, mais pas plus que le score réalisé par Macron à Paris: 90 %! Cependant, rassurez-vous, la frontière entre les deux France n’est pas étanche: même à Causeur, où règne cette aimable pagaille idéologique que l’on appelle pluralisme, il y a quelques macronistes du premier tour et de la première heure (j’espère qu’on s’en rappellera quand nous serons jugés pour dissidence). Ils ont essuyé force blagues pendant nos réunions de rédaction et maintenant, ils se paient notre tête. Ce sont les amusements de la démocratie. Plus sérieusement, pour la première fois depuis le référendum sur le traité de Maastricht, un responsable a été élu en portant ouvertement, donc dans une forme presque chimiquement pure, un projet européen et libre-échangiste, ainsi que le progressisme culturel et sociétal bon teint qui va avec. Pour faire court, c’est la banque centrale européenne pour le «dur» – l’économie, la monnaie, les affaires -, et Terranova pour le supplément d’âme, c’est-à-dire, notamment les questions d’intégration et d’immigration. Or, cette politique, enrubannée dans le joli mot «ouverture», plait d’abord à tous ceux qui, protégés des tracas du vivre-ensemble au quotidien par d’invisibles frontières culturelles, bénéficient de la disparition des frontières économiques avec en plus, le luxe de sentir bons et d’aimer l’Autre. Ça ne fait pas d’eux des salauds, plutôt des chanceux. Avant d’être une réalité politique, le macronisme possède déjà une sociologie: relativement homogène dans ses intérêts et dans ses représentations, cette coalition des chanceux a tout d’une classe sociale.

En attendant, il n’y a rien de très nouveau dans l’incantation européenne.

Sauf que, à la différence de ses prédécesseurs qui devaient avancer masqués et feindre d’être, un peu souverainistes pour Chirac et Sarkozy, toujours croyants dans la vraie gauche pour Hollande et Mitterrand, Macron joue à visage découvert, ce qui lui confère une grande cohérence idéologique, sur laquelle il a commencé à construire une alliance politique, en rassemblant des européistes des deux bords. Le mois dernier, l’excellent Basile de Koch écrivait ceci dans Causeur: «Non seulement il n’y a qu’une politique possible, mais personne n’a jamais réussi à l’appliquer.» Aujourd’hui, le président a toutes les cartes en main (ou il les aura sans doute à l’issue des législatives) pour mettre en œuvre sa politique. La contrepartie, c’est que, si elle échoue, on ne pourra plus nous dire qu’il faut encore plus d’Europe, plus de libre-échange et plus de multiculturalisme.

Au-delà de la synthèse libérale-libertaire réalisé depuis longtemps par des rebelles devenus publicitaires, comment définiriez-vous le progressisme de Macron?

En partie comme une façon de feindre d’organiser les mystères qui nous dépassent, c’est-à-dire d’adhérer au changement qui survient et que l’on tient pour inéluctable. Le progressisme façon Macron, c’est une nouvelle ruse de l’Histoire pour nous faire croire à sa fin dans les heureuses épousailles de la démocratie et du marché. Faites couler l’argent, le reste suivra. Dans les faits, cela risque de ressembler à une liquidation de tout ce qui est un peu trop national sur les bords. Or, contrairement à ce qu’il a dit, qu’y a-t-il de plus national, dans le sens de «situé», «ancré», «hérité», que la culture? Certains de mes confrères s’émerveillent de ce que le Président fasse de nombreuses références à nos grands héros. Ce name-dropping historique ne me convainc guère après qu’il a choisi la culture en France contre la culture française, c’est-à-dire la géographie et le droit contre l’histoire, ce qui est ici et maintenant contre ce qui a été. Mais en plus de cela, on peut craindre que ce progressisme soit la poursuite du déni par d’autres moyens.

Que voulez-vous dire? Que cacherait ce déni?

Il cache, en l’ignorant, la crise grave de l’intégration qui se traduit par la sécession mentale d’une partie de notre jeunesse, il cache l’avancée d’un islam radical et séparatiste qui prétend, là où il est en position de force, imposer sa loi aux corps et aux âmes de nos concitoyens de naissance ou de foi musulmane. Or, non seulement le nouveau président n’a, à aucun moment, semblé prendre la mesure de la gravité de la situation, mais il est allé câliner les enfants d’immigrés dans le sens du poil victimaire en allant, à Alger, expliquer que la colonisation tout entière était un crime contre l’Humanité – merci pour les pères blancs, les instituteurs et la mère d’Albert Camus. Benjamin Stora a expliqué dans Libération que la jeunesse des quartiers avait apprécié l’attention. Ce n’est pas tout. Quand Emmanuel Macron se rend à Sarcelles, il joue au foot, fait des selfies et nous sert un discours gentillet sur la richesse de nos banlieues, mais il se garde de toute allusion aux sujets qui fâchent – fondamentalisme, sexisme, antisémitisme…. Et contre le FN, il sort l’artillerie lourde de l’antinazisme et des heures les plus sombres. Seulement, les antisémites qui pourrissent la vie des juifs ne se trouvent pas au Front national, mais à Sarcelles (ce qui ne signifie nullement que tous les habitants de Sarcelles soient antisémites). Pour avoir parlé sans détours de cette montée, dans les quartiers, de la haine antijuive, Manuel Valls avait pratiquement été traité de raciste par une certaine Marlène Schiappa, la nouvelle ministre de l’égalité des sexes. Alors, ne menons pas de procès d’intention. Peut-être Emmanuel Macron va-t-il découvrir les territoires perdus et lancer le combat culturel qui présidera à leur reconquête. Ce vendredi, le Parisien évoquait le quartier de La Chapelle-Pajol à Paris, où les femmes sont empêchées de circuler sur la voie publique. Quand le choc des civilisations s’invite dans la capitale, on voudrait savoir ce que le chef de l’Etat compte faire pour y faire respecter la loi républicaine.

En attendant, il a gagné. Votre diagnostic sur la société française n’était-il pas complètement à côté de la plaque?

Voulez-vous dire, comme Zemmour l’a lancé à Finkielkraut l’autre soir, que nous sommes devenus désuets, ringards, et que la France, revigorée par un grand bol d’optimisme macronien, n’a que faire des attachements dont nous nous encombrons? Ringard vous-même! On verra si Macron est un antidote à la dépression identitaire. En attendant, permettez-moi de vous rappeler que, outre le karma que lui prêtent les journalistes, Emmanuel Macron a reçu le concours de forces plus terrestres: sans les affaires Fillon et sans le ravissement que sa candidature a suscitée dans nombre de grands médias, vous seriez peut-être en train de louer ma clairvoyance. Par ailleurs, une coalition disparate de refus ne fait pas un projet commun. Le président ne bénéficie peut-être pas de l’adhésion d’une majorité de Français, mais il représente assurément la minorité la plus importante. De plus, si la droite n’est pas aux manettes aujourd’hui, c’est parce que, au moment où le monde devait être repensé et de nouveaux clivages explorés, elle a renoncé à tout travail sur les idées, surfant d’une ligne à l’autre le nez sur les sondages sans jamais se demander s’il n’y avait pas une petite contradiction entre les causes qu’elle chérissait et les conséquences qu’elle abhorrait ou, pour le dire autrement, entre son moi libéral et son surmoi conservateur. Résultat, face au progressisme macronien, il n’existe pas aujourd’hui d’alternative (raisonnablement) conservatrice qui définirait par exemple un protectionnisme tempéré et l’usage raisonnable de frontières dont on ne voit pas pourquoi elles devraient être ouvertes ou fermées. Et l’alternative populiste, qu’elle soit de droite ou de gauche, a échoué à séduire suffisamment d’électeurs.

Les questions identitaires ont été très peu abordées durant cette campagne. Est-ce seulement la faute des journalistes ou intéressent-elles finalement moins les Français que les questions économiques et sociales?

Il est difficile de répondre à cette question de poule et d’œuf mais le résultat est là. J’ai été atterrée par la focalisation de la campagne, en particulier des débats télévisés, sur les questions économiques ou plutôt micro-économiques, comme si on votait en fonction de ses seuls intérêts matériels: combien d’impôts, quelle retraite, quelles charges? Il est normal de se soucier de son niveau de vie et de celui de sa famille, mais la contribution de nos générations à l’histoire humaine sera-t-elle d’avoir inventé un homme qui se nourrisse exclusivement de pain? Que l’économie, c’est-à-dire l’organisation de la production, des échanges et de la redistribution, qui modèle l’ensemble de la société, soit au cœur de l’action publique, c’est légitime. Qu’elle en soit l’unique finalité, le seul critère, est un brin déprimant car cela entretient le feu croisé des ressentiments, chacun étant sans cesse invité à compter ce qu’il n’a pas, donc à recenser ce que son pays devrait faire pour lui. François Hollande a installé comme une évidence l’idée que sa réussite se mesurerait exclusivement à l’inversion de la courbe du chômage. Si, pour vaincre le chômage, la France devait devenir une petite province du marché mondial, parlerait-on de réussite? Pardon de sortir les grands mots, mais l’avenir de notre civilisation ne pourrait-il pas être l’un des horizons de la politique? L’élection présidentielle n’est pas l’entretien d’embauche d’un chef de service.

Emmanuel Macron a plutôt réussi ses premiers pas. Le soir de sa victoire, il a su s’adresser aux perdants de la mondialisation qui n’avaient pas voté pour lui. Lors de la passation de pouvoir, il a également fait preuve d’une verticalité qu’on ne lui connaissait pas. Pourriez-vous être séduite? Et si vous vous étiez trompée sur son compte …

Je serais enchantée d’être déçue en bien, comme on dit en Suisse. Et je ne l’exclus pas. Il faut peut-être rappeler que l’opposition n’a nullement besoin de détestation. Durant l’entre-deux tours, on a assisté à un déferlement de haines concurrentes: des «fachos» – ça c’est un devoir citoyen -, des ni-nistes, traqués comme traîtres à la sainte cause. Emmanuel Macron en a eu plus que sa part, que l’on songe à la tribune dans laquelle François Ruffin, auteur de Merci Patron et héros de la France insoumise, répète avec délectation: «Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï». Et pourquoi tant de haine? Parce que le chef de l’Etat a été banquier, un crime intolérable, et qu’il est «riche» – ce qui est assez relatif et parfaitement autorisé. Au-delà même de son projet, on peut trouver son côté premier de la classe – ou gendre idéal – agaçant et ses tics de langage insupportables. La haine, je n’achète pas.

Mais vous me demandez si je pourrais être séduite. On verra: on ne m’a pas si facilement, avec quelques jolies phrases! Je ne me lasse pas du spectacle de tous ces routiers du pouvoir s’extasiant et s’attendrissant sur la jeunesse et sur les innombrables qualités du jeune prince. Certes, cette jeunesse lui permet d’apprendre vite. De fait, il n’a pas répété au soir du 7 mai les erreurs qu’il avait commises le 23 avril. Et comme la verticalité est largement affaire de rituels, je vous accorde qu’il se verticalise, même si, comme l’observe Régis Debray, en même temps, il s’américanise. Cependant, nous n’allons pas passer le quinquennat à commenter les symboles du Président d’autant plus que, sur ce terrain là, le syndrome «en même temps» joue à plein, il suffit de gratifier chaque groupe de sa petite dose. Allez, je vous fais un aveu. Après François Hollande qui gouvernait sous la surveillance du Monde, que Macron tienne la dragée haute aux journalistes m’amuse beaucoup. Les sociétés de rédacteurs s’étranglent de rage parce que l’Elysée prétend, semble-t-il, choisir des interlocuteurs compétents, ce qui est assez outrecuidant, et, plus généralement, ne manifeste pas à l’égard de la profession la déférence à laquelle elle est habituée. Je trouve cette ingratitude très présidentielle. Et pour le coup passablement verticale.

Marine Le Pen s’est montrée brouillonne, agressive, grossière lors du débat. Ne vous étiez vous pas trompée également sur son compte? Comment expliquez-vous un tel naufrage?

La démocratie, c’est l’espace de l’engueulade civilisée. Ce soir-là, Emmanuel Macron avait l’air de quelqu’un avec qui on peut s’engueuler. Pas elle. Elle aurait dû être la porte-parole de l’inquiétude française ; en manquant à la courtoisie la plus élémentaire, elle l’a attisée. Pour autant, je n’ai aucune envie de participer à la curée avec tous mes confrères qui répètent avec gourmandise qu’elle a montré son vrai visage. Elle a lamentablement raté ce rendez-vous crucial et comme l’a noté Finkielkraut, ce n’est pas en faisant du Pétain, mais du Trump. J’ignore quelle sera la suite de sa carrière. Mais je me garderais d’affirmer que le visage pénible qu’elle a montré ce soir-là était le vrai.

Macron se dit, «Et de droite et de gauche» et refuse ainsi de confondre la gauche avec le camp du bien. Une absence de manichéisme qui devrait vous plaire …

Ah oui, quel grand Président! Blague à part, je sais gré à Emmanuel Macron d’avoir brisé le sortilège sémantique qui obligeait la plupart de ses anciens amis à attester régulièrement la ferveur de leur foi «de gauche». Quand Manuel Valls, cédant à l’intimidation, a longtemps donné des gages de la sienne, Macron, en avance sur ses camarades, se fichait de l’Église et de son clergé. Le plus triste est que la gauche laïque ait disparu dans la bataille: si République en marche ne présente pas de candidat face à Manuel Valls, ce n’est pas grâce à sa singularité laïque, mais malgré elle. Et que Malek Boutih n’ait pas bénéficié du même traitement est de fort mauvais augure. Reste que le mot magique qui a fait la pluie et le beau temps dans la vie intellectuelle – et empêché pas mal de monde de penser -, autrement dit, le mot «gauche», est en passe d’être sérieusement démonétisé. Il ne mordra plus personne. Tant mieux.

Le macronisme a également le mérite de clarifier le débat politique et de révéler les vrais clivages au-delà des petites guerres partisanes…

En effet, la recomposition qui commence est une clarification et je m’en félicite. Après avoir clamé pendant des années que la droite de la gauche et la gauche de la droite partageaient l’essentiel, et menaient, peu ou prou, la même politique dont tous assuraient que c’était la seule possible tout en jurant qu’elle tranchait radicalement avec celle de leurs adversaires, je ne vois pas comment on peut hurler à la trahison au prétexte que Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian, Bruno Le Maire et pourquoi pas demain NKM ou Juppé travaillent ensemble sous la houlette d’Emmanuel Macron. Reste à savoir ce qui se passera dans le reste du champ politique.

L’élection est également un défi pour Causeur et les idées que la revue défend. Sa victoire vous invite-t-elle à vous réinventer? La dérision et la contestation doivent-elles davantage laisser la place à la persuasion et la proposition?

D’abord nous ne pratiquons pas la dérision mais l’ironie et la critique. Nous ne sommes ni cyniques, ni méchants. Ensuite, cette élection et la situation qu’elle crée sont au contraire un puissant excitant pour qui aime réfléchir à la chose publique et au mouvement des idées. La seule question du libéralisme pourrait nous occuper tout le quinquennat. Et puis nous comptons bien jouer un rôle de vigie sur le front de la laïcité, de la République, des territoires perdus. Bref, Emmanuel Macron est un adversaire que j’aime déjà combattre. D’ailleurs, grâce à lui nous avons connu les disputes les plus animées de toute l’histoire de Causeur. C’est un bon début, non?

Voir encore:

Macron a incarné le «dégagisme soft»

Entretien avec le sondeur Jérôme Fourquet

Daoud Boughezala
Causeur

19 mai 2017

Le président élu a su faire fructifier l’aspiration au renouvellement et l’espoir d’un retour à une certaine unité nationale. Mais il aurait tort d’oublier les inquiétudes identitaires des Français.

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Depuis plusieurs années, vous observez la droitisation de la société française. Or les scores cumulés de Marine Le Pen, François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan atteignent à peine 45 % au premier tour…

Jérôme Fourquet.1Si par droitisation on désigne une demande d’autorité croissante, le phénomène d’opinion que j’ai décrit se poursuit. Plus de 60 % de Français pensent qu’il y a trop d’immigrés, 70 % se disent favorables à l’internement préventif des fichés S, et une majorité voudrait renforcer l’état d’urgence. Alors que les Américains hésitent sur la question des exécutions extrajudiciaires de leurs concitoyens djihadistes sur les terres de l’État islamique, 80 % des Français plébiscitent cette méthode expéditive. Malgré tout, la société française s’est montrée très résiliente après la salve d’attentats qu’elle a traversée en 2015-2016.

Qu’entendez-vous par là ?

Aucune ratonnade ne s’est produite en représailles, pas même à Nice ou Magnanville, deux territoires marqués par une très forte ségrégation ethnoculturelle avec un vote FN qui peut varier du simple au triple d’un quartier à l’autre, à quelques centaines de mètres d’écart. Le contrepoids de cette bonne tenue du corps social français peut s’exprimer ainsi : « On ne se fait pas justice nous-mêmes, mais, comme le dit Max Weber, l’État a le monopole de la violence légitime, il faut donc que l’État soit intraitable et que sa main ne tremble pas. » C’est sans doute le message qu’avait compris Hollande au lendemain du 13 novembre 2015, quand il a proposé la déchéance de nationalité. Même Macron, très silencieux sur la question identitaire, a pris Le Drian dans ses bagages pour rassurer sur le plan sécuritaire.

Malgré cette forte demande d’autorité, Marine Le Pen a réalisé une performance en demi-teinte. Faut-il l’imputer à sa stratégie gauchisante ?

Marine Le Pen a pâti des affaires judiciaires qui ont freiné sa dynamique et l’ont placée sur la défensive, mais aussi de ses hésitations sur la ligne idéologique. Son tropisme personnel lui fait manifestement approuver la ligne Philippot à travers l’accent mis sur le social et l’euro. Or l’essentiel des marges de progression du FN se trouve sur la droite. Le climat général a aussi pesé dans la balance. Alors qu’au moment des régionales de 2015 la question du terrorisme était première, loin devant les préoccupations économiques et sociales, à la présidentielle le chômage a légèrement pris le pas sur l’enjeu sécuritaire. Cela a notamment profité à Jean-Luc Mélenchon. Autre élément indépendant de la volonté de Marine Le Pen, l’offre électorale qu’elle avait en face d’elle. En l’occurrence, François Fillon qui a donné toute une série de gages sur le terrorisme, l’islam et l’immigration, avec son insistance sur les chrétiens d’Orient, qui signifiait en sous-texte le refus de la dhimmitude dans notre propre pays.

Passons au tracé de la carte électorale. Pour être élu, notre nouveau président n’a pas séduit que des traders…

Quels que soient les couches sociales et les territoires, Emmanuel Macron a bénéficié d’un matelas minimum d’à peu près 15 % partout, avec des pointes beaucoup plus élevées dans les segments acquis. Cela tient au fait que ce vote s’est appuyé sur des ressorts très présents et assez consensuels dans la société française. On a ainsi un candidat qui se positionne comme l’incarnation du renouvellement. Dans un esprit de « dégagisme soft », il s’agissait avant tout de virer toutes les vieilles badernes. Deuxième élément, les enquêtes d’opinion montrent depuis longtemps qu’il y a une très forte aspiration à ce que tous les humanistes de bonne volonté se donnent la main et forment une grande coalition à l’allemande pour sortir le pays de l’ornière. Grâce au ralliement de socialistes, de centristes, de libéraux, Macron a alors incarné ce que Bayrou n’avait pas réussi à faire par le passé. Troisième élément: il a été le seul candidat à brandir le drapeau européen. Ce n’est pas quelque chose qui est très à la mode aujourd’hui, mais il reste une frange conséquente de la population attachée à l’idéal européen.

Y compris au sein de la France périphérique, que Christophe Guilluy estime très hostile à l’ UE ?

Certainement. Même à Vierzon, certes dans des proportions moindres qu’à Paris, on rencontre des profs qui ont fait Erasmus et trouvent ça génial. Là où je me distingue un peu de Christophe Guilluy, dont la grille d’analyste reste cependant pleinement opérante, c’est que les chiffres que je recueille ne s’inscrivent pas totalement dans une logique de système. Quand on regarde en détail les résultats électoraux, on a rarement du 90 %-10 % mais plutôt du 60 %-40 % ou 70 %-30 %. Même dans la France périphérique, il y a toujours un « résidu » au sens statistique du terme. 50 % des Français pensent que l’avenir du pays est sombre quand 50 % sont optimistes. Or on retrouve des optimistes partout même s’ils sont nettement moins nombreux dans la France périphérique qu’au cœur de Paris. Au sein de l’électorat de Marine Le Pen, la part des pessimistes monte à 70 %, l’exact inverse des macroniens, à 70 % optimistes. Les cartes des votes Macron et Le Pen au premier tour sont le négatif l’une de l’autre au sens photographique du terme, et cela s’est accentué au second tour. On retrouve là le théorème autrichien.

C’est-à-dire ?

La présidentielle autrichienne ressemblait furieusement à la nôtre, avec un candidat d’extrême droite (qui a obtenu au premier et au second tour un score beaucoup plus élevé que Marine Le Pen) face à un candidat hors parti – soutenu par les écologistes mais qui débarquait de nulle part –, et les deux grands partis de gouvernement éliminés. On a également observé un clivage sociologique très marqué. Les catégories populaires ont massivement soutenu l’extrême droite, les cadres et les bobos votant pour le candidat écolo, et ce phénomène s’est amplifié au second tour. Les deux électorats éliminés (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates) se sont fracturés sociologiquement et culturellement, si bien que les reports sur les deux finalistes se sont opérés sur cette ligne de partage des eaux. Chez nous, Marine Le Pen a rassemblé 40 % des ouvriers au premier tour et 60 % au second…

Les législatives arrivent. En marche ! et le président Macron auront-ils une majorité ?

À mon avis, il n’y aura pas de majorité claire. Emmanuel Macron n’a pas vraiment été élu sur son programme, et le front républicain a beaucoup joué dans sa large victoire. L’inconnue est d’autant plus grande que pour la première fois la loi sur le non-cumul va s’appliquer aux députés, libérant une grande partie des sièges du palais Bourbon. Dans ces conditions, combien y aura-t-il de triangulaires ? Cela pourrait donner un résultat très éclaté avec 150 à 200 députés En Marche !, flanqués de 20 bayrouistes, 20 vallsistes, 20 juppéistes entrant dans une majorité présidentielle face à une droite campant dans l’opposition, le FN à 20 ou 30 sièges, un PS très affaibli et La France insoumise en guerre contre le Parti communiste. Bref, retour vers la IVe République !…

Voir également:

Et maintenant, John Fitzgerald Macron veut évincer les journalistes politiques

L’idée n’est pas absurde, mais ce n’est pas au pouvoir d’en décider.

Daniel Schneidermann
Le Nouvel Obs
19 mai 2017

Pour une ère nouvelle, c’est une ère nouvelle. Vous vous souvenez des photos du gouvernement, sur le large perron de l’Elysée ? Fini. C’était l’ancien monde. La vieille pensée. Le Système. Le gouvernement Kennedy Macron s’est donc fait tirer     le portrait dans une sorte d’entonnoir.

On a cherché ce qu’on pouvait trouver de plus étroit : un escalier (le couloir des toilettes n’était pas libre ?). Résultat, cet attroupement de mâles (il faut être sacrément fort, soit dit en passant, pour donner cette impression de pack de rugby, quand on photographie un groupe humain strictement paritaire). A propos, vous voyez la personne, au fond, dont on distingue à peine la moitié du visage ?

C’est la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

Evincer les journalistes politique

Son portrait tiré, le gouvernement ayant manifestement du temps libre, et sans doute pas assez de sujets sérieux à traiter, il s’est mis en tête de réformer le travail de la presse accréditée.

En substance, comme vous l’avez lu ici hier, de décider à la place des rédactions quels journalistes seraient autorisés à suivre John Fitzgerald Macron dans ses déplacements triomphaux. Objectif avoué : évincer les journalistes politiques au bénéfice des journalistes spécialisés (le rubricard santé dans une visite d’hôpital, le rubricard oenologie dans une exploitation viticole, etc).

Objectif, selon le communicant de l’Elysée Sylvain Fort, interrogé par @si : répondre à des questions « plus techniques, plus pertinentes ». Cet évincement des journalistes politiques est un fantasme ancestral des responsables politiques. Précisons : des politiques une fois parvenus au pouvoir. Autant le journaliste politique est indispensable à l’opposant, ou au challenger, pour « exister » médiatiquement, autant il est alors suralimenté en confidences, en offs, en gossips, en dézingages des rivaux, autant il devient encombrant aux yeux de l’homme de pouvoir, qui n’a plus pour objectif que de faire valoriser son « action », ses projets, ses plans, et ses rataplans.

La presse est assez grande

En elle-même, l’idée n’est pas absurde. Le poids des journalistes politiques, dans les rédactions, au détriment de tous les autres spécialistes, est une des raisons (la principale ?) de la superficialité de cette presse. 99 fois sur cent, les reportages sur un voyage ou un déplacement politiques se réduisent à une petite phrase sur la péripétie politicienne du jour, au détriment de l’usine pilote, du quartier réhabilité, de la ferme modèle, du service hospitalier innovant, sur lesquels on voulait attirer l’attention, et qui se réduisent à une sorte de vague décor estompé.

C’est totalement idiot, abêtissant pour les citoyens, et on comprend que ce soit rageant pour le pouvoir. Mais ce n’est évidemment pas au pouvoir d’en décider. Ce n’est pas au pouvoir de choisir le type de traitement médiatique dont il souhaite bénéficier.

Dans la nouvelle ère comme dans l’ancienne, la presse est bien assez grande pour se sauver, ou pour couler, toute seule.

Voir encore:

Non, cher Manuel Valls, les quartiers populaires ne sont pas antisémites
Huffington Post

22/07/2014
Marlène Schiappa Secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité femmes-hommes

Monsieur le Premier Ministre,

Vous avez déclaré constater « la montée de l’antisémitisme, qui se nourrit dans les quartiers populaires » dont vous affirmez qu’ils seraient « antisémites ». Comme vous, j’ai grandi dans des quartiers que l’on qualifie pudiquement de « sensibles » et qui ont l’honneur de passer régulièrement dans des émissions du style: « Dans l’enfer des cités parisiennes où la police ne va plus ». Mon collège se trouvait en ZEP, et j’ai vécu à Lupino, un quartier chaud de Bastia, présenté comme « périphérique, difficile ». Façon polie de dire qu’il est ravitaillé par les corbeaux et que les enfants jouent dans les carcasses de voitures le soir en bas des barres d’immeubles.

Dans Le Livre de la Jungle, Kipling écrit « on peut sortir l’enfant du cœur de la jungle, mais on ne peut pas sortir la jungle du cœur de l’enfant. » Aujourd’hui, on peut sortir l’enfant du cœur du « quartier populaire », mais on ne peut pas sortir le « quartier populaire » du cœur de l’enfant. C’est pourquoi, même après être passée par un lycée du 16e arrondissement de Paris et même après avoir pris l’ ascenseur social jusqu’aux banlieues dorées des Hauts-de-Seine, j’ai toujours continué à travailler avec, pour et dans les « quartiers populaires ». Et quinconque a grandi dans une banlieue, dans une cité, ne peut s’empêcher de répondre quand son quartier est interpellé.

Oui, comme tant d’autres, je me sens visée par vos propos quand vous parlez de l’antisémitisme des quartiers populaires. Non, nous qui venons des quartiers populaires ne sommes pas antisémites. Les gens qui habitent, travaillent, vivent dans les quartiers populaires ne sont pas antisémites dans leur ensemble, intrinsèquement, par essence. Présumer que la lutte pour la liberté du peuple palestinien ne pourrait qu’être de l’antisémitisme caché est un raccourci grossier. Ne peut-on pas lutter contre la politique d’un gouvernement sans être soupçonné de haïr l’ensemble d’un peuple? Lutter contre la politique de Berlusconi a-t-il fait de vous un raciste anti-Italiens? Votre déclaration, monsieur le Premier Ministre, est un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant, contre les quartiers populaires.

L’antisémitisme est un fléau, une horreur, une abomination. Il existe en France. Mais les quartiers populaires ne l’ont pas créé et il ne se nourrit pas à Belleville où des athés vont parfois rompre le jeûne du Ramadan avec des Musulmans et des Chrétiens dans un restaurant casher. Voltaire parlait au XVIIIe siècle des Juifs comme du « peuple le plus abominable de la terre » et, si les Voltairiens évoquent l’ironie, il n’en reste pas moins que les écrits témoignent d’une haine des Juifs en France à son époque. En 1886, Edouard Drumont, alors directeur du journal Le Monde, publie « La France Juive », vendu à plus de 150.000 exemplaires et considéré comme une des bases de l’antisémitisme français. Il affirme par exemple que « La Révolution [française] a profité au Juif. Tout vient du Juif, tout revient au Juif. »

Dreyfus au XIXème siècle, condamné par qui? Par les habitants des quartiers populaires? Sont-ce les quartiers populaires qui gouvernaient sous Vichy? Qui ont édicté, de leur propre chef, des lois comme: Exclure les Juifs de la fonction publique, confisquer leurs biens, les dénaturaliser, les acheminer vers les camps… Non, monsieur le Premier Ministre, ces actes horribles que vous avez vous-même dénoncés hier ne sont pas le fait des habitants des quartiers populaires. Et ne sont pas plus tolérables quand ils viennent des beaux quartiers.

Les quartiers dits populaires sont les plus métissés de France. Dans le quartier des Sablons, au Mans, 27 nationalités vivent ensemble. Les habitants des quartiers populaires n’ont pas créé le communautarisme, ils en sont les victimes. Et quand enfin ils et elles pensent avoir un peu de répit, enfin, une trêve pour eux aussi, une pause dans les insoutenables rejets, refus, stigmatisations; non pas de logement pour vous, non pas de travail non plus, et pas d’entrée en soirées; quand enfin, les habitants des quartiers populaires s’imaginent avoir droit au respect et à une vie sereine, une loi interdit aux mères de famille voilées d’accompagner les sorties scolaires au nom de la laïcité dévoyée!

L’article 1er de la loi de 1905 prévoit que la République « ne reconnaît ne salarie ne subventionne aucun culte ». Ni plus ni moins. Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. L’obligation de neutralité religieuse s’applique d’après la loi de 1905 aux fonctionnaires, représentants de l’Etat, pas aux parents d’élèves qui ne représentent qu’eux-mêmes.

D’après l’Observatoire des Inégalités, le chômage est 2,5 fois plus élevé dans les quartiers populaires que partout ailleurs sur le territoire, atteignant 24% de la population. Les habitants des quartiers populaires subissent la discrimination à l’embauche concernant leur adresse, en plus parfois de leur origine ou de leur genre, voire de leur religion réelle ou supposée: « Français ou immigré, je ne recrute personne qui vienne de quartiers chauds, on va pas se mentir ce sont des fouteurs de merde et leurs RER sont toujours en retard » avait ainsi déclaré le DRH d’une grosse PME en marge d’une conférence sur l’emploi, l’an dernier.

Pour ces raisons ou parce que l’accès à une formation qualifiante y est plus difficile qu’ailleurs, chez les moins de 24 ans, dans les quartiers populaires, le chômage atteint même 45% de la classe d’âge! Le taux de pauvreté y atteint 40% d’après une étude du Centre d’observation et de mesure des politiques sociales pour la Gazette des communes. Et que dire de l’image renvoyée par certains grands médias? Acrimed note ainsi « En dépit de leur diversité, la plupart des médias diffusent une représentation tellement partielle et partiale des quartiers et des classes populaires que celle-ci renforce, en les justifiant ou en les banalisant, les formes d’injustice ou de discrimination dont elles sont par ailleurs l’objet. »

Oui, monsieur le Premier Ministre, les habitants des quartiers populaires vivent dans des conditions matérielles, financières, humaines, extrêmement difficiles; de Roubaix aux quartiers Nord de Marseille. Le Président Hollande avait promis dans son programme, par l’engagement 59, de défendre la paix et la reconnaissance de la Palestine: « Je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine. Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien. » A l’exception de quelques extrémistes violents, haineux, sectaires et contre-productifs comme il y en dans tous les bords, dans toutes les familles politiques y compris dans la nôtre, les habitants des quartiers populaires qui ont manifesté, réclamaient simplement l’application de l’engagement 59 de notre président.

On ne lutte pas contre l’intolérable stigmatisation des Juifs de France en stigmatisant tout aussi intolérablement les habitants des quartiers populaires. Les Roms, les Musulmans, les habitants des quartiers populaires ne doivent pas, pas plus que les Juifs, être désignés comme les ennemis publics de la République. Il devient urgent de nous souvenir de notre dénominateur commun, de ce qui nous fait vivre ensemble dans une République une et indivisible.

Non, monsieur le Premier Ministre, on ne répare pas une discrimination par une autre discrimination.

Voir de même:

Barbara Lefebvre : « L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France »

Co-auteure de « Une France soumise. Les voix du refus*», un recueil de témoignages et d’expertises sur l’offensive de l’islam radical, cette professeure d’histoire-géographie examine la sécession culturelle à l’œuvre sur le territoire.

Actualité Juive : En quinze ans, ce qui était alors des « territoires perdus » de la République se sont étendus plus largement dans le pays. Quelles ont été les dates charnières de ce pourrissement social et idéologique ?

Barbara Lefebvre : Depuis la parution des «Territoires perdus de la République», en 2002, la situation n’a fait que s’aggraver. Les émeutes de 2005 et 2007, le débat houleux sur l’identité nationale et la diversité au début du mandat de Nicolas Sarkozy, autant d’étapes témoignant d’une fébrilité sur les questions d’identité et de laïcité. Celles-ci sont restées en suspens depuis et n’ont jamais été réellement traitées par les gouvernements en place. Quand on se penche sur les polémiques plus récentes autour du port de la burqa ou du burkini, on mesure que les prémices mais aussi les mécanismes de ces « affaires » étaient déjà annoncés dans notre livre.

A.J.: « Une France soumise » décrit par le menu la stratégie de grignotement des islamistes pour accroître leur domination dans les esprits mais aussi sur des pans entiers de territoire. « Une seconde société tente de s’imposer insidieusement au sein de notre République, tournant le dos à celle-ci, visant explicitement le séparatisme, voire la sécession », s’alarme la philosophe Elisabeth Badinter, dans la préface au livre. Comment les « voix du refus » auxquelles vous avez tendu l’oreille résistent-elles à cette offensive ?

B. L. : Il existe un climat de peur au sein de populations qui subissent ces pressions au quotidien, dans une grande solitude. Elles ont été abandonnées par les pouvoirs publics, notamment sur l’autel du clientélisme électoral. S’il concerne tous les partis, ce phénomène touche particulièrement les municipalités d’extrême gauche qui ont enfermé les membres de la communauté musulmane dans leur identité religieuse et les ont confiés à des associations communautaires dont certaines sont de type salafiste.

Lors des émeutes de 2005, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, s’est attaché les services d’associations liées à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui tapissaient les quartiers, la gratifiant ainsi d’une légitimité qu’elle n’avait pas : celle de représenter les musulmans de France. Nous en payons le prix aujourd’hui.

Des mouvements laïcs se sont retrouvés entre deux feux, entre ceux qui essaient de faire advenir un projet politique religieux de manière habile et le chantage des pouvoirs publics qui invoquent la peur des émeutes.

A.J.: La fameuse injonction « pas de vague »…

B. L. : Nombre de fonctionnaires de police, de l’éducation nationale et des collectivités territoriales ont en effet peur d’être mal vus par leur hiérarchie. On leur demande d’acheter la paix sociale, d’éviter les violences.

Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol

A.J.: Ces quinze dernières années ont également vu progresser en France ce que vous qualifiez d’ « antisémitisme décomplexé ». De quelle manière cette judéophobie s’articule-t-elle au phénomène plus global de désagrégation que vous dénoncez ?

B. L. : L’antisémitisme est toujours le signal d’une démocratie en train de se perdre. Idem pour l’atteinte à la liberté des femmes. L’assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, a marqué le basculement dans le passage à l’acte extrêmement violent de cet antisémitisme débridé que nous constations auprès d’une certaine population dans les quartiers dits sensibles.

L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France. On parle des Juifs de manière décomplexée et agressive. Dans ces quartiers sensibles, l’activisme virulent du mouvement BDS conforte un grand nombre de jeunes ignares d’un point de vue historique et géopolitique dans leur antisémitisme et leur antisionisme qui n’en est que le faux nez. La parole des pouvoirs publics sur le devoir de mémoire est aujourd’hui inopérante face aux déversements de haine sur les réseaux sociaux, non pas de néo-nazis, mais de jeunes animés par une puissante haine antijuive, haine dont ils sont aussi les héritiers, le travail d’histoire dans le monde arabe sur ce que fut la condition juive avant la colonisation n’existe pas. Ces sociétés sont maintenues dans le culte victimaire et ici, en France, les Indigènes de la République en sont l’illustration. Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol.

Voir enfin:

Si Le Pen avait été élue… le plan secret pour « protéger la République »

Les pouvoirs publics, qui redoutaient, en cas de victoire du Front national, des manifestations violentes, avaient imaginé un scénario politique totalement inédit. Révélations.

Mathieu Delahousse
Nouvel Obs
17 mai 2017

Le plan n’a jamais été écrit noir sur blanc, mais tout était fin prêt. Son déroulé était si précisément envisagé qu’une poignée de membres du gouvernement, de directeurs de cabinet et de très hauts responsables de l’Etat peuvent encore le décrire de tête, étape par étape. Ce plan, qui pourrait s’intituler « Protéger la République », a été construit de façon informelle alors que la candidate du Front national grimpait dans les sondages et que des remontées d’informations faisaient craindre des troubles majeurs à l’ordre public si elle était élue. Un des hommes mis au courant de ce projet commente anonymement :

« C’était une fusée à plusieurs étages. La philosophie, et la priorité impérative, c’était de maintenir la paix civile en respectant totalement nos règles constitutionnelles. »

Pour en donner les détails, « l’Obs » a recoupé les éléments auprès de trois sources, au sein du gouvernement sortant et d’institutions de l’Etat.

Le pays au bord du chaos

Les stratèges qui ont conçu ce plan B anticipent qu’au lendemain de la victoire du Front national le pays risque de se retrouver au bord du chaos. Etat de sidération, manifestations républicaines, mais surtout violences extrêmes, notamment …

Sondage : Macron et Philippe privés d’état de grâce

  • Tristan Quinault Maupoil
  • Le Figaro
  • 18/05/2017

Le couple exécutif n’a pas la confiance de la majorité des Français au lendemain de sa victoire.

Un premier sondage Elabe pour Les Echos et Radio classique (*) indique jeudi que les Français ne sont pas prêts à faire confiance les yeux fermés au nouveau couple exécutif. Le président de la République bénéficie de 45% de cote de confiance. 46% des Français ne lui font pas confiance, 9% sont sans opinion. Au même stade de son mandat, François Hollande obtenait, en 2012, un meilleur taux de confiance (58%). De même pour Nicolas Sarkozy en 2007 (59%) ou encore Jacques Chirac (61% en 1995 et 53% au début de son deuxième mandat en 2002). «On sent un certain attentisme des Français et face à eux, un président de la République et un premier ministre qui vont avant tout devoir faire leurs preuves», commente Yves-Marie Cann, le directeur des études politiques d’Elabe cité par Les Echos.

Sans surprise, c’est chez ses électeurs du premier tour qu’Emmanuel Macron obtient sa meilleure cote de confiance (92%). Viennent ensuite les électeurs de Benoît Hamon (56%) puis les électeurs de François Fillon (49%). «La double déception, suite à la fois au quinquennat de Nicolas Sarkozy à droite et celui de François Hollande à gauche, fait que les Français ne se contentent plus des promesses et ne s’attendent pas à ce que la situation s’améliore sous le seul effet de l’élection», juge Yves-Marie Cann.

Le score d’Edouard Philippe n’est pas plus positif, loin de là. Le premier ministre obtient seulement 36% de confiance. A noter que 21% des personnes interrogées se disent «sans opinion» à son egard, preuve que le maire du Havre pâtit d’un manque de notoriété. Lorsque Jean-Marc Ayrault est arrivé à Matignon, il bénéficiait d’une cote de 56%.

Issu des rangs de la droite, Edouard Philippe ne parvient pas à obtenir la confiance de tous les électeurs de François Fillon. 45% lui font confiance, quand 40% ne la lui accordent pas. C’est chez les électeurs d’Emmanuel Macron qu’il obtient le meilleur score (73%).

Législatives: la majorité présidentielle en hausse

Si les taux de confiance du couple exécutif ne sont pas très élevés, cela n’empêche pas les électeurs d’envisager de voter pour la majorité présidentielle aux élections législatives de juin. 32% envisagent de le faire selon une enquête Harris Interactive pour France télévisions, publiée jeudi (**). C’est trois points de plus que lors de la précédente enquête du 11 mai et six points de plus que dans l’enquête du 7 mai. Surtout, c’est huit points de plus que le score d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle.

À l’inverse, les Républicains et l’UDI sont crédités de 19% des voix (-3 points par rapport au 7 mai). Un score et une tendance identiques pour le Front national. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon progresse (15%; +2 points) et le Parti socialiste continue sa descente infernale, crédité de 6% des voix (-2points).

(*) Sondage réalisé les 16 et 17 mai auprès d’un échantillon de 999 personnes, par Internet, selon la méthode des quotas.

(**) Enquête réalisée en ligne du 15 au 17 mai 2017 (après la nomination d’Édouard Philippe comme premier ministre, et avant la présentation du nouveau gouvernement), auprès d’un échantillon 5 015 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus comprenant un échantillon de 4 598 inscrits sur les listes électorales.


Chrislam: Attention, un syncrétisme peut en cacher un autre (If you can’t beat them, join them: Welcome to Chrislam, the latest mix-and-match solution to all our problems)

8 août, 2016
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Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici! Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. Genèse 22 :1-2
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime. Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: ‹Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses›. (Ismaël) dit: ‹Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants› (…) Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux.  Le Coran (37, 101-102 & 112)
Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. (…) C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Jésus (Mat 7: 15-20)
The same sun that dries the clothes of Muslims also dries the clothes of Christians. I don’t believe God loves Christians any more than Muslims. Tela Tella (founder of « Chrislam »)
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Je n’aime pas parler de violence islamique : si je parlais de violence islamique, je devrais également parler de violence catholique. Tous les musulmans ne sont pas violents ; tous les catholiques ne sont pas violents. Je crois que dans presque toutes les religions, il y a toujours un petit groupe fondamentaliste. Mais on ne peut pas dire — je crois que cela n’est pas vrai et que ce n’est pas juste — que l’islam est terroriste. Pape François
Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam. L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. (…) Devant l’actuel terrorisme islamiste, il conviendrait de s’interroger sur la manière dont a été exporté un modèle de démocratie trop occidentale dans des pays où il y avait un pouvoir fort, comme en Irak. Ou en Libye, à la structure tribale. On ne peut avancer sans tenir compte de cette culture.  (…) Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité. (…) En Centrafrique, avant la guerre, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et doivent le réapprendre aujourd’hui. Le Liban aussi montre que c’est possible. Pape François
Un passage des propos du pape François attire l’œil: «L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations». Voici le passage évoqué: «Allez donc, faites des disciples (“mathèteuein”, en grec) de toutes les nations, baptisant les gens (…), leur enseignant (“didaskein”) à observer tout ce que je vous ai commandé (Matthieu, 28, 19)». On peut appeler «conquête» la tâche de prêcher, d’enseigner et de baptiser. Il s’agit bien d’une mission universelle, proposant la foi à tout homme, à la différence de religions nationales comme le shintô. Le christianisme ressemble par là à l’islam, dont le prophète a été envoyé «aux rouges comme aux noirs». Mais son but est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir. Les tentatives d’imposer la foi par la force, comme Charlemagne avec les Saxons, sont de monstrueuses perversions, moins interprétation que pur et simple contresens. Le Coran ne contient pas d’équivalent de l’envoi en mission des disciples. Il se peut que les exhortations à tuer qu’on y lit n’aient qu’une portée circonstancielle, et l’on ignore les causes de l’expansion arabe du VIIe siècle. Reste que le mot de conquête n’est plus alors une métaphore et prend un sens plus concret, carrément militaire. Les deux recueils les plus autorisés (sahīh) attribuent à Mahomet cette déclaration (hadith), constamment citée depuis: «J’ai reçu l’ordre de combattre (qātala) les gens (nās) jusqu’à ce qu’ils attestent “Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est l’envoyé d’Allah”, accomplissent la prière et versent l’aumône (zakāt). S’ils le font, leur sang et leurs biens sont à l’abri de moi, sauf selon le droit de l’islam (bi-haqqi ‘l-islām), et leur compte revient à Allah (hisābu-hum ‘alā ‘Llah) (Bukhari, Foi, 17 (25) ; Muslim, Foi, 8, [124] 32-[129] 36)». J’ai reproduit l’arabe de passages obscurs. Pour le dernier, la récente traduction de Harkat Ahmed explique: «Quant à leur for intérieur, leur compte n’incombera qu’à Dieu (p. 62)» Indication précieuse: il s’agit d’obtenir la confession verbale, les gestes de la prière et le versement de l’impôt. Non pas une conversion des cœurs, mais une soumission, sens du mot «islam» dans bien des récits sur la vie de Mahomet. L’adhésion sincère pourra et devra venir, mais elle n’est pas première. Nul ne peut la forcer, car «il n’y a pas de contrainte en religion (Coran, II, 256)». Elle viendra quand la loi islamique sera en vigueur. Il sera alors dans l’intérêt des conquis de passer à la religion des conquérants. On voit que le mot «conquête» a un tout autre sens que pour le verset de Matthieu. Pourquoi insister sur ces différences? Un vaste examen de conscience est à l’œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l’État islamique. Ce n’est pas en entretenant la confusion intellectuelle qu’on les aidera à se mettre au clair sur les sources textuelles et les origines historiques de leur religion. Rémi Brague
Les Chrétiens et les juifs parlent d’un livre «inspiré» par Dieu mais nullement une œuvre de Dieu. Pour les musulmans, le Coran est un «miracle» qui «éblouit le monde», c’est-à-dire une œuvre purement divine, incréée et présente depuis l’éternité. Il est donc par définition infaillible. Il n’a pas à être interprété ou analysé, la Parole de Dieu ne peut l’être, elle ne peut qu’être suivie. (…) Du point de vue coranique, un terroriste musulman n’est pas en contradiction avec les préceptes du Coran et reste donc un bon musulman. D’ailleurs les fatwas touchent des démocrates et tout à fait exceptionnellement des terroristes musulmans, il a fallu attendre jusqu’à mars 2005 pour qu’une fatwa soit lancée contre Oussama Ben Laden, émanant de la commission islamique d’Espagne. Louis Chagnon
 C’est une religion aux préceptes assez simples et convaincants. Un seul Dieu, qui ordonne toute chose dans le monde… Pour adhérer à l’islam, il suffit de prononcer une formule : « J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Mahomet est son prophète. » Avec cela, vous êtes musulman. Il est de coutume de circoncire les nouveaux fidèles. Mais ce n’est pas obligatoire. Si les soldats de Napoléon ne se sont pas convertis à l’islam, c’est que les savants musulmans, en fait très ennuyés par la perspective d’une conversion aussi massive, ont imposé deux conditions : la circoncision et l’interdiction de boire du vin. Cette dernière était inacceptable. Et voilà pourquoi les Français sont chrétiens et pas musulmans.  Maxime Rodinson
D’après les théologiens musulmans, le Coran vient directement d’Allah, il n’a pas changé d’une seule lettre depuis qu’il a été mis par écrit, et sa langue est si somptueusement poétique qu’elle est inimitable par aucun humain. Mohammed l’a récité alors qu’il était analphabète. Avant que le monde ne soit créé, le Coran était déjà présent, ce que la théologie musulmane exprime en disant que le Coran est incréé. Le Coran est en arabe depuis avant la fondation du monde parce qu’Allah parle arabe avec les anges. (…) L’alphabet arabe ne comportait à l’époque de Mohammed que trois voyelles longues : a, i, u, et ne faisait pas la différence entre certaines consonnes. Cette écriture, nommée scriptio defectiva, est indéchiffrable, et ne peut servir que d’aide mémoire à ceux qui connaissent déjà le texte. (…) C’est vers 650, que des collectes ont été faites pour constituer le Coran. Le Coran a donc été primitivement écrit en scriptio defectiva. Vers 850, deux siècles après les collectes, des grammairiens perses qui ignoraient la culture arabe ont fait des conjectures pour passer en scriptio plena, afin de rendre le Coran compréhensible. Cela n’a pas suffi. Il a fallu y ajouter d’autres conjectures sur le sens des passages obscurs, qui concernent environ 30% du Coran. L’édition actuelle du Coran est celle du Caire, faite en 1926. Il a donc fallu 1 300 ans pour la mettre au point. C’est une traduction en arabe classique d’un texte qui est incompréhensible sous sa forme originale. (…) À l’époque de Mohammed, l’arabe n’était pas une langue de culture, ni une langue internationale. Depuis plus de mille ans, dans tout le Proche Orient, la langue de culture était l’araméen. Les lettrés arabes, peu nombreux, parlaient en arabe et écrivaient en araméen. La situation était comparable à celle de l’Europe de la même époque, où les lettrés parlaient dans leur langue locale et écrivaient en latin. Les difficultés du Coran s’éclairent si on cherche le sens à partir de l’araméen. Le Coran n’est pas écrit en arabe pur, mais en un arabe aussi chargé d’araméen que, par exemple, l’allemand est chargé de latin. André Frament
D’après la théologie musulmane, Mohammed, venant à la suite d’une longue suite de prophètes, n’aurait fait qu’un « rappel », rendu nécessaire parce que les hommes oublient. On peut donc penser que des révélations faites aux prophètes prédécesseurs de Mohammed ont du laisser des traces. D’autre part, des historiens pensent que les nouveaux systèmes d’idées se développent à partir d’ébauches antécédentes. Quelle que soit l’hypothèse choisie, il a dû exister une sorte de pré-islam qu’il est intéressant de rechercher. (…) De fait,certaines idées présentes dans l’islam d’aujourd’hui sont également présentes dans les sectes millénaristes et messianiques du Proche Orient, aux premier et deuxième siècles de notre ère. Voir comment ces idées ont cheminé dans cette région du monde a donné un éclairage supplémentaire. Dans le Coran, Myriam, sœur d’Aaron, et Marie, mère du Christ, est une seule et même personne, alors que 1.200 ans les séparent. La Trinité, formée pour les chrétiens du Père, du Christ et du Saint-Esprit, est déclarée dans le Coran formée, du Père, du Christ, et de Marie. Ces éléments, et d’autres de la sorte, font penser que le Coran est formé de plusieurs traditions différentes, comme on peut l’observer pour d’autres livres anciens. (…) Les messianismes juifs se sont formés en trois siècles, de 180 avant notre ère à 150 après. Leur théologie présente cinq idées centrales qui, durent encore de nos jours: · La première est celle d’une guerre menée pour des raisons théologiques. · La seconde est celle d’émigration : les Justes devaient d’abord aller au désert, reproduisant l’Exode de Moïse au Néguev-Sinaï. · La troisième idée était la conquête de Jérusalem. · La quatrième était la libération complète de la Palestine juive. · La cinquième était la conquête du monde entier. Alors que les quatre premières étaient tout à fait générales dans les mouvements messianiques juifs, la dernière n’était acceptée que par une partie des adeptes. Les deux premières idées sont proches de celles de l’islam, et la cinquième reste un rêve que les musulmans ont poursuivi pendant quatorze siècles. (…) Les nazaréens pratiquaient la circoncision, la polygamie limitée à 4 épouses, décrivaient un paradis où les élus trouveraient des aliments délicieux, des boissons agréables et des femmes. Toutes ces idées sont présentes dans l’islam. De plus, un grand nombre de thèses, de conceptions, de dogmes nazaréens se retrouvent à l’identique dans l’islam d’aujourd’hui : ‘Îsâ, le nom de Jésus, le statut du Christ, les récits de l’enfance de Marie, la confusion entre Marie et Myriam, le statut des femmes, la Trinité formée du Père, du Christ et de Marie, la conception du paradis, le vin, interdit sur terre mais présent en fleuves entiers au paradis… (…) Le mot musulman apparaît pour la première fois sur le Dôme du roc, en 691, il entre dans l’usage officiel vers 720, il est utilisé sur une monnaie pour la première fois en 768, et sur papyrus en 775 seulement. La recherche linguistique montre que les mots islam et musulman ne viennent pas de l’arabe, mais de l’araméen, la langue des nazaréens. (…) Le nom de Médine, d’après les documents musulmans, viendrait de madina ar-rasul Allah, la ville du messager d’Allah. Cette étymologie en langue arabe est proposée par l’islam plus de 200 ans après les faits. Or, à l’époque, madina ne signifiait pas ville, mais région. Ville se disait qura. Des textes datant de 30 ans après les faits indiquent une autre étymologie, à partir de l’araméen, impliquant les nazaréens. (…) Il est très douteux que les Arabes du VIIe siècle soient des polythéistes étrangers aux traditions biblique ou chrétienne. Par leur commerce, ils sont, en effet, depuis plus de six siècles en contact avec des juifs et depuis six siècles en contact avec des chrétiens. Ils ne pouvaient pas ignorer la révélation judéo-chrétienne. André Frament
La question de l’Hégire permet d’entrevoir immédiatement ce qui s’est passé. L’Hégire ou Émigration à l’oasis de Yathrib situé en plein désert est un événement très significatif de la vie du Mahomet historique. On sait que, très rapidement, cette année-là – 622 semble-t-il – a été tenue pour l’an 1 du calendrier du groupe formé autour de Mahomet (ou plutôt du groupe dont il était lui-même un membre). Or, la fondation d’un nouveau calendrier absolu ne s’explique jamais que par la conscience de commencer une Ère Nouvelle, et cela dans le cadre d’une vision de l’Histoire. Quelle ère nouvelle ? D’après les explications musulmanes actuelles, cette année 1 se fonderait sur une défaite et une fuite de Mahomet, parti se réfugier loin de La Mecque. Mais comment une fuite peut-elle être sacralisée jusqu’à devenir la base de tout un édifice chronologique et religieux ? Cela n’a pas de sens. Si Mahomet est bien arrivé à Yathrib – qui sera renommé plus tard Médine – en 622, ce ne fut pas seulement avec une partie de la tribu des Qoréchites, mais avec ceux pour qui le repli au désert rappelait justement un glorieux passé et surtout la figure de la promesse divine. Alors, le puzzle des données apparemment incohérentes prend forme, ainsi que Michaël Cook et d’autres l’on entrevu. Le désert est le lieu où Dieu forme le peuple qui doit aller libérer la terre, au sens de ce verset : « Ô mon peuple, entrez dans la terre que Dieu vous a destinée » (Coran V, 21). Nous sommes ici dans la vision de l’histoire dont le modèle de base est constitué par le récit biblique de l’Exode, lorsque le petit reste d’Israël préparé par Dieu au désert est appelé à conquérir la terre, c’est-à-dire la Palestine selon la vision biblique. Telle est la vision qu’avaient ceux qui accompagnaient et en fait qui dirigeaient Mahomet et les autres Arabes vers Yathrib en 622. Et voilà pourquoi une année 1 y est décrétée : le salut est en marche. Dans l’oasis de Yathrib d’ailleurs, la plupart des sédentaires sont des « juifs » aux dires mêmes des traditions islamiques. Et pourtant les traditions rabbiniques ne les ont jamais reconnus comme des leurs : ces « juifs » et ceux qui y conduisirent leurs amis arabes sont en réalité ces “judéochrétiens” hérétiques, qui vous évoquiez à l’instant. Ils appartenaient à la secte de « nazaréens » dont on a déjà parlé à propos de la sourate 5, verset 82. E.-M. Gallez
C’est à la suite de la destruction du Temple de 70 que l’idéologie judéo-nazaréenne se structura en vision cohérente du Monde et de l’Histoire, construite sous l’angle de l’affrontement des « bons » et des « méchants », les premiers devant être les instruments de la libération de la Terre. Le recoupement des données indique que c’est en Syrie, chez les judéo-chrétiens qui refusèrent de rentrer en Judée après 70 et réinterprétèrent leur foi, que cette idéologie de salut – la première de l’Histoire – s’est explicitée. (…) Pour en revenir à l’attente judéonazaréenne du Messie-Jésus, je ne vous apprendrai rien en disant qu’il n’est pas redescendu du Ciel en 638. En 639 non plus. En 640, l’espérance de le voir redescendre du Ciel apparut clairement être une chimère. C’est la crise. (…) Il est invraisemblable que Mahomet ait massacré des juifs rabbanites (orthodoxes ndlr), dont les judéo-nazaréens aussi bien que leurs alliés Arabes avaient besoin de la neutralité, au moins. Mais après 640, on imagine aisément que Umar puis son successeur Uthman aient voulu se défaire d’alliés devenus encombrants. Ironie de l’histoire : les « fils d’Israël » – au moins leurs chefs – sont massacrés par ceux qu’ils avaient eux-mêmes convaincus d’être les « fils d’Ismaël » ! En fait, le problème se posait aux Arabes de justifier d’une manière nouvelle le pouvoir qu’ils avaient pris sur le Proche-Orient. C’est dans ce cadre qu’apparut la nécessité d’avoir un livre propre à eux, opposable à la Bible des juifs et des chrétiens, et qui consacrerait la domination arabe sur le monde… et qui contribuerait à occulter le passé judéo-nazaréen. EM Gellez
Le Calife basé à l’oasis de Médine ne disposait, en fait de « textes » en arabe, que des papiers que les judéo-nazaréens y avaient laissés. Même si l’on y ajoute les textes plus anciens laissés en Syrie, cela ne fait pas encore un choix énorme. Et il fallait choisir, dans la hâte, des textes répondant aux attentes des nouveaux maîtres du Proche-Orient ! Autant dire que, quel qu’il fût, le résultat du choix ne pouvait guère être satisfaisant, même si on choisissait les textes présentant le moins d’allusions au passé judéonazaréen. C’est ainsi que les traditions musulmanes ont gardé le souvenir de « collectes » ou assemblages du Coran divergents entre eux et concurrents – parce qu’ils fournirent évidemment à des ambitieux l’occasion de se pousser au pouvoir. Umar fut assassiné. Son successeur également, et il s’ensuivit une véritable guerre intra-musulmane, aboutissant au schisme entre « chiites » et « sunnites ». Quant aux textes assemblés dans ce qu’on nomma le « Coran », ils continuèrent d’être adaptés à ce qu’on attendait d’eux, dans une suite de fuites en avant : apporter des modifications à un texte, c’est souvent se condamner à introduire de nouvelles pour pallier les difficultés ou les incohérences induites par les premières, etc. Un texte ne se laisse pas si facilement manipuler. Surtout qu’il faut chaque fois rappeler les exemplaires en circulation,les détruire et les remplacer par des nouveaux – ce dont les traditions musulmanes ont gardé le souvenir et situent jusqu’à l’époque du gouverneur Hajjaj, au début du VIIIe siècle encore ! Quand il devint trop tard pour le modifier encore en ses consonnes, sa voyellisation puis son interprétation furent à leur tour l’objet d’élaborations (parfois assez savantes). Ainsi, à force d’être manipulé, le texte coranique devint de plus en plus obscur, ce qu’il est aujoAurd’hui. Mais il était tout à fait clair en ces divers feuillets primitifs c’est-à-dire avant que ceux-ci aient été choisis pour constituer un recueil de 114 parties – le même nombre que de logia de l’évangile de Thomas, nombre lié aux besoins liturgiques selon Pierre Perrier. EM Gellez
Du fait de l’hyperspécialisation, très peu d’islamologues s’étaient intéressés aux textes de la mer Morte qui, particulièrement dans leur version la plus récente, reflètent une parenté avec le texte coranique ; et, en sens inverse, tout aussi peu de qoumranologues, d’exégètes ou de patrologues avaient porté de l’intérêt au Coran et à l’Islam. Or ces deux côtés de la recherche s’éclairent mutuellement, ils constituent en quelque sorte le terminus a quo et le terminus ad quem de celle-ci, renvoyant à une même mouvance religieuse : celle que des ex-judéo-chrétiens ont structurée vers la fin du Ier siècle. On la connaît surtout sous la qualification de “nazaréenne” ; les membres de cette secte apocalyptico-messianiste avaient en effet gardé l’appellation de nazaréens que les premiers judéo-chrétiens avaient portée (durant très peu d’années) avant de s’appeler précisément chrétiens d’après le terme de Messie (c’est-à-dire christianoï ou Mesihayé). Il s’agit évidemment des naçârâ du texte coranique selon le sens qu’y avait encore ce mot avant le VIIIe siècle et selon le sens qu’indiquent certains traducteurs à propos de passages où l’actuelle signification de chrétiens ne convient visiblement pas ; au reste, à propos de ces nazaréens, même certains sites musulmans libéraux en viennent aujourd’hui à se demander si leur doctrine n’était pas celle de Mahomet. À la suite de Ray A. Pritz, l’auteur préconise l’appellation de judéo-nazaréens pour éviter toute ambiguïté ; l’avantage est également de rappeler l’origine judéenne (ainsi qu’un lien primitif avec la communauté de Jacques de Jérusalem, selon les témoignages patristiques). Signalons en passant que l’auteur établit un parallélisme avec une autre mouvance qui prend sa source dans les mêmes années, le gnosticisme ; ceci offre un certain intérêt car les deux mouvances partent dans des directions qu’il présente comme radicalement opposées. L’apparition de l’islam tel qu’il se présente aujourd’hui s’explique de manière tout à fait cohérente dans le cadre de cette synthèse. À la suite de la rupture bien compréhensible avec les judéonazaréens, les nouveaux maîtres arabes du Proche-Orient ont été obligés d’inventer des références exclusivement arabes pour justifier leur pouvoir, explique l’auteur. Ceci rend compte en particulier d’une difficulté à laquelle tout islamologue est confronté, à savoir la question du polythéisme mecquois. Comment les Mecquois pouvaient-ils être convaincus par une Révélation qui leur aurait été impossible à comprendre ? Le détail du texte coranique ne s’accorde pas avec un tel présupposé. À supposer justement que Mahomet ait vécu à La Mecque avant que l’Hégire le conduise à Yathrib-Médine (en 622) : la convergence de nombreuses études, généralement récentes, oriente dans une autre direction. Le travail de recoupement et de recherche effectué par l’auteur débouche sur un tableau d’ensemble ; celui-ci fait saisir pourquoi la biographie du Prophète de l’Islam, telle qu’elle s’est élaborée et imposée deux siècles après sa mort, présente le contenu que nous lui connaissons. M.-Th. Urvoy
Christoph Luxenberg considère (…) que des pans entiers du Coran mecquois seraient un palimpseste d’hymnes chrétiennes. Avant lui, Günter Lüling avait tenté d’établir qu’une partie du Coran provenait d’hymnes chrétiennes répondant à une christologie angélique. Cela me paraît trop automatique et trop rapide. En revanche, Christoph Luxenberg m’a convaincu sur l’influence syriaque dans plusieurs passages du Coran, notamment dans la sourate 100 dans laquelle il voit une réécriture de la première épître de saint Pierre (5,8-9). On reconnaît dans le Coran des traces évidentes de syriaque. À commencer par le mot Qur’an qui, en syriaque, signifie «recueil» ou «lectionnaire». Cette influence me semble fondamentale. D’autre part, Angelika Neuwirth [NDLR spécialiste du Coran, université de Berlin] a bien souligné la forme liturgique du Coran. Et des chercheurs allemands juifs ont noté une ressemblance forte entre le Coran mecquois et les psaumes bibliques. Serait-il un lectionnaire, ou contiendrait-il les éléments d’un lectionnaire? Je suis enclin à le penser. Sans l’influence syriaque comment comprendre que le Coran ait pu reprendre le thème des sept dormants d’Éphèse qui sont d’origine chrétienne? De plus, la christologie du Coran est influencée par le Diatessaron de Tatien et par certains évangiles apocryphes. On peut penser que le groupe dans lequel le Coran primitif a vu le jour était l’un des rejetons de groupes judéo-chrétiens attachés à une christologie pré-nicéenne, avec aussi quelques accents manichéens. Claude Gilliot
Comment a fait Dieu pour revenir dans nos sociétés. C’est le grand paradoxe : grâce aux musulmans. Ce sont les musulmans qui, devenus en Europe une minorité importante, ont demandé de l’espace pour Dieu dans la société. Cardinal Tauran
« 4 ou 5 chapitres du Coran sont assez agréablement tournés, j’en conviens ; mais… qu’est-ce que peuvent faire 5 chapitres pour racheter les prodigieuses niaiseries, les maximes jetées sans ordre, les hiéroglyphes bizarres, les non-sens habituels et les flagrantes contradictions qui remplissent les 114 chapitres de ce tome indigeste ? (…) Dans le Coran je n’ai rien trouvé de bien neuf. Presque tout, excepté les infamies, y est emprunté et contrefait. Ce qui est vrai se trouve dans le Pentateuque et dans l’Evangile ; ce qui est faux, dans le Talmud, dans les légendes arabes ou sabéennes, dans les évangiles apocryphes… Or, on voudrait faire descendre fraîchement du Ciel ce qui est déjà vieux sur la terre, et ce que je rencontre au fond de la boue !  (…) Parce que Jésus s’était choisi 12 apôtres parmi les fidèles, Mahomet en choisit 12 parmi ses sectateurs, ce qui l’a fait appeler par un écrivain du Moyen Age le ’copieur de Dieu’. »… A la place de la simplicité, de la douceur, de la bénignité, de l’esprit de paix et de pardon, de la pauvreté volontaire, de l’humilité, de l’amour des souffrances de Jésus, vous voyez éclater dans Mahomet la duplicité, la cruauté, la soif des jouissances, du butin, de la domination, de la vengeance et de l’orgueil, à leur paroxysme le plus élevé.  (…) Pourquoi suis-je obligé de taire ses 21 épouses qu’il se donne après s’être engagé à n’en avoir que 4, sans compter ses 4 concubines, et cette infâme loi qui lui accorde toute femme musulmane dont le coeur se sentira incliné vers lui », fût-ce une fillette de 8 ans ?… (…) Le Coran exprime, en de pompeuses paroles, les grandes idées des vertus naturelles, et lâche en même temps ouvertement la bride aux penchants les plus violents et les plus sulfureux… Il supprime les remords en introduisant le fatalisme… Mahomet, vaincu par la chair, accepte comme une loi divine sa domination absolue », par ses instincts les plus indignes. (…) Mahomet emprunte à chacune des religions existantes à son époque une portion de ses doctrines, et de cet amalgame incohérent qui prétend ménager le Chrétien, le juif, le sabéen, l’idolâtre, il forme son symbole et lui donne pour suprême couronnement son aphorisme : ’Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète’… Il se fonde sur l’amalgame des doctrines, et se couronne par l’orgueil de la personne »… « Mais la vérité n’est pas une propriété dont on puisse abandonner même une parcelle, dans l’intérêt prétendu de la paix. Monseigneur Louis Pavy (Alger, 1853)
Une certaine bourgeoisie belge traditionnelle n’a jamais vraiment accepté notre modernité capitaliste, individualiste, compétitive. Le prêtre Harpigny, qui fut certainement un bon élève, ne se sent pas à l’aise dans cette société belge laïque où les femmes sont trop libres et égoïstes. Alors, même inconsciemment, il trouve des beautés dans la civilisation musulmane traditionnelle, avec son esprit de partage, la chaleur des relations humaines, les femmes voilées et obéissantes. Et puis, surtout, «les musulmans, eux, ils croient». Et Guy Harpigny, comme tous les prêtres dialogueux massignoniens, estime qu’il vaut mieux croire à quelque chose que de ne rien croire du tout, et ils s’imaginent (ou veulent s’imaginer) que puisqu’ils croient, ils croient à peu près à la même chose. Ils confondent ainsi allègrement foi et religion dans une cécité volontaire ou involontaire. Anne-Marie Delcambre
Before Islam and Christianity arrived in Africa, people here « believed in deities being close » – in gods who resided in trees or rivers and helped or hurt locals daily. You in the West are satisfied with one hour of church on Sunday. But for people in Africa, who he says need so many solutions, « This is about a practical way of life, » about a willingness to combine Christianity or Islam with their own traditions to « see if they can make something new » – something that will help. Kamaldeen Balogun (Olabisi Onabanjo University, Nigeria)
The broader context here is Africa’s dramatic shift in recent decades to Christianity and Islam. During the 20th century, fully 40 percent of Africa’s population moved from traditional religions to « different shades of Christianity, » says Philip Jenkins, a history and religion professor at the University of Pennsylvania. It is, he adds, « the largest religious change that has ever occurred in history. » There are debates about whether Christianity or Islam is spreading faster in Africa, but clearly they’re both on the rise – and sometimes are the source of tension. In Nigeria’s religious city of Jos (short for « Jesus Our Savior ») the government says 50,000 people died between 1999 and 2004 in sectarian clashes. Until a peace deal last year, Sudan’s northern Muslims and southern Christians were at war for two decades. Clearly, the religious revolution is still shaking out. « People are converting rapidly, but they don’t necessarily have instruction » in the details of their faiths, says Boston University’s Professor Robert. Nor have they had « time for their belief system to solidify. » It is, she says, « still shifting. » She argues that eventually the faithful will choose one religion or another, and the hybrids will fade away. (…) Healing is a regularly promised feature of churches across Africa. It’s symbolic of a key element of the continent’s religious explorations – fusing faith and rationality, Professor Balogun says. According to Western thought, with its emphasis on rationality, « Everything that goes up must come down, » he says. But a more African approach is that, « By divine intervention it may not come down. » In fact, his university is initiating a degree focusing on the religion-science nexus. The Christian Science Monitor
L’appel à la violence ne tire pas son origine du Coran, qui est la loi divine, mais exclusivement de la jurisprudence, c’est-à-dire de l’interprétation du Coran, devenue tradition islamique au cours des siècles. Or les radicaux méconnaissent la loi. De même qu’il n’existe dans le Coran ni polygamie, ni injonction de porter le hidjab ou le niqab pour les femmes – autant de traditions pré-islamiques – ni lapidation. La jurisprudence islamique est tout bonnement une nouvelle religion. (…) J’ai lu le livre de Abdallah Azzam, le théoricien d’Al Qaida, sur le djihad. Tous ses arguments sont tirés de la jurisprudence islamique établie par des penseurs du 8ème et 9ème siècle. Cette tradition-là préconise de cultiver la haine à l’égard des gens qui ne croient pas comme eux. C’est malheureusement sur ces interprétations que se fonde la pratique religieuse actuelle. La plupart des imams ne lisent le Coran que pour la prière, et non pour le comprendre. Mon job, c’est de faire le travail qu’ils ne font pas. Car le Prophète a laissé le Coran pour que nous l’interprétions sans intermédiaires. (…) notre problème, c’est qu’à cette tradition issue de l’interprétation des paroles prophétiques a été donnée une dimension sacrée. Moi je prétends qu’elle n’est qu’humaine. Malheureusement, les musulmans n’ont pas compris cela. Comme ils n’ont pas compris qu’elle était instrumentalisée par des pouvoirs politiques. (…) Parce que les Etats arabes tirent leur légitimité de la religion. Raison pour laquelle l’interprétation qu’ils en font renforce leur pouvoir. Quand on ne veut pas d’opposition idéologique, on fait croire qu’il s’agit d’une opposition à Dieu. L’opposant devient un mécréant. C’était déjà le cas au 8ème siècle où les Byzantins avaient été désignés comme des ennemis de l’islam. Puis au temps des Croisades, l’accusation de mécréant s’est dirigée sur l’Occident. Elle y est restée figée depuis. Il ne manquait que la colonisation pour la renforcer encore un peu plus. Alors que si on revient au Coran, on y découvre que l’homme est libre de penser ce qu’il veut. (…) le Prophète n’a pas interprété le Coran, qui a été laissé à l’interprétation selon l’espace et l’époque! Il suffirait d’en faire une lecture contemporaine, et cela fait quarante-cinq ans que je m’y emploie! (…) On me marginalise afin que personne ne m’entende. Beaucoup de chaînes de télévision arabes me boycottent. Pourtant, j’observe que plusieurs de mes livres sont des best-sellers au Moyen-Orient. Ces populations se rendent compte que ces guerres et ces attentats sont le signe que quelque chose dans l’islam ne tourne pas rond. Elles sont en train de se réveiller, de constater la nécessité d’une réforme. Mais elles ne peuvent pas parler. [Mais les musulmans d’Europe] sont tiraillés entre deux forces, la jurisprudence islamique qu’on leur rabâche et la loi civile. Ils sont dans une forme de schizophrénie. Pour les en délivrer, il faut réformer la jurisprudence. Leur montrer que la pluralité est un principe du Coran, qu’il admet le judaïsme, le christianisme et toutes les sectes. Le Prophète a créé une constitution respectueuse des diversités. Il a créé un Etat civil dissocié de la religion. Le christianisme a attendu le 18ème siècle et la Révolution française pour cela. Mais après la mort du Prophète, on a échoué à la mettre en œuvre, à cause de l’esprit tribal de l’époque. Probablement était-elle trop avant-gardiste. Et l’islam a été instrumentalisé. (…) Il ne faut pas faire de concessions sur ce terrain. Seul l’Etat possède des outils de coercition, non la religion. La religion doit être spirituelle et non politique. L’autorité du Coran, c’est la conscience, l’autorité de l’Etat, c’est la loi. Il faut obéir à l’Etat, pas aux muftis. (…) Le salafisme, comme le mouvement des Frères musulmans, a assis son pouvoir sur l’ignorance des peuples. Après les indépendances des pays arabes, trois phénomènes ont obstrué les consciences du monde musulman: Le pan-islamisme, qui jugeait l’Occident comme au temps des croisades, le nationalisme pan-arabe, qui a assis sa haine de l’Occident sur le prétexte colonial, et le marxisme, qui a donné naissance à des gouvernements tyrans. Les deux derniers courants devenus ce que l’on sait, n’est resté que le pan-islamisme pour toute culture. Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée.  Muhammad Shahrour
Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. Anne-Marie Delcambre
Il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux: la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. La Bible = le Coran est un faux-semblant qui suffit à illustrer l’impasse que constitue le « dialogue des civilisations ». Christian Makarian
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les  » juifs » et les  » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard

Après le mariage, la religion pour tous !

En ces temps proprement apocalyptiques

Où pris à son tour sous la directe menace du totalitarisme musulman …

Lui-même emporté par le rouleau compresseur de la modernité et l’incroyable pouvoir dissolvant du judéo-christianisme

L’Occident se voit tenté de trouver des excuses à ses ennemis ou de se plier à tous les accommodements

Quel meilleur exemple de ce sansfrontiérisme devenu fou et de ce syndrome de Stockholm généralisé …

Que ces réformateurs auto-proclamés de l’islam qui  se défaussent de la dimension intrinsèquement violente de leur religion sur la seule jurisprudence post-Mahomet …

Ou de ceux qui  nous présentent comme solution à tout conflit des formes syncrétiques africaines du type Chrislam  …

Face à une religion issue elle-même justement d’un syncrétisme totalement remanié du corpus judéo-chrétien …

A laquelle, comme l’a montré René Girard, il manque l’essentiel …

A savoir le refus de réhabilitation guerrière de la victime que symbolise la croix

Où le Créateur lui-même accepte de donner sa vie pour sa créature ?

«Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée»
Exégète du Coran, le Syrien Muhammad Shahrour appelle à réformer l’islam. Car la jurisprudence islamique porte les germes de la violence. A 78 ans, il espère encore convaincre, même si de nombreux pays arabes ne tolèrent pas son discours

Le Temps

Voilà quarante-cinq ans qu’il tente de faire entendre sa voix. Celle d’un exégète du Coran qui s’inscrit en faux contre les islamistes. Né en 1938 à Damas, professeur de génie civil, Muhammad Shahrour publie en 1990 Le Livre et le Coran, dans lequel il propose une nouvelle lecture de celui-ci. Très critique vis-à-vis de l’interprétation jurisprudentielle du Coran perpétuée dans la tradition arabo-musulmane, il oppose à l’islam politique un islam spirituel. Ce qui lui vaut les foudres des traditionalistes dont certains le déclarent apostat.

Plusieurs de ses ouvrages sont même interdits à la vente dans certains pays arabes, ce qui n’empêche pas l’homme de s’exprimer, y compris sur les réseaux sociaux où il cartonne. Invité par l’Association de l’Appel spirituel de Genève, qui s’oppose à l’abus du religieux comme source de violence, il livre au Temps ses réflexions.

– Le Temps: L’islam porte-t-il en lui les germes de la violence?

– Muhammad Shahrour: Absolument. L’appel à la violence ne tire pas son origine du Coran, qui est la loi divine, mais exclusivement de la jurisprudence, c’est-à-dire de l’interprétation du Coran, devenue tradition islamique au cours des siècles. Or les radicaux méconnaissent la loi. De même qu’il n’existe dans le Coran ni polygamie, ni injonction de porter le hidjab ou le niqab pour les femmes – autant de traditions pré-islamiques – ni lapidation. La jurisprudence islamique est tout bonnement une nouvelle religion.

– Si l’islam n’est que miséricorde et tolérance, comment se fait-il qu’autant de musulmans se fourvoient?

– J’ai lu le livre de Abdallah Azzam, le théoricien d’Al Qaida, sur le djihad. Tous ses arguments sont tirés de la jurisprudence islamique établie par des penseurs du 8ème et 9ème siècle. Cette tradition-là préconise de cultiver la haine à l’égard des gens qui ne croient pas comme eux. C’est malheureusement sur ces interprétations que se fonde la pratique religieuse actuelle. La plupart des imams ne lisent le Coran que pour la prière, et non pour le comprendre. Mon job, c’est de faire le travail qu’ils ne font pas. Car le Prophète a laissé le Coran pour que nous l’interprétions sans intermédiaires.

– Au mépris de cette jurisprudence?

– Oui, car notre problème, c’est qu’à cette tradition issue de l’interprétation des paroles prophétiques a été donnée une dimension sacrée. Moi je prétends qu’elle n’est qu’humaine. Malheureusement, les musulmans n’ont pas compris cela. Comme ils n’ont pas compris qu’elle était instrumentalisée par des pouvoirs politiques.

Pourquoi la réflexion critique sur l’islam n’est-elle pas possible?

Parce que les Etats arabes tirent leur légitimité de la religion. Raison pour laquelle l’interprétation qu’ils en font renforce leur pouvoir. Quand on ne veut pas d’opposition idéologique, on fait croire qu’il s’agit d’une opposition à Dieu. L’opposant devient un mécréant. C’était déjà le cas au 8ème siècle où les Byzantins avaient été désignés comme des ennemis de l’islam. Puis au temps des Croisades, l’accusation de mécréant s’est dirigée sur l’Occident. Elle y est restée figée depuis. Il ne manquait que la colonisation pour la renforcer encore un peu plus. Alors que si on revient au Coran, on y découvre que l’homme est libre de penser ce qu’il veut.

– Mais alors, est-il possible de réformer l’islam de l’intérieur?

– Oui, absolument. Parce que le Prophète n’a pas interprété le Coran, qui a été laissé à l’interprétation selon l’espace et l’époque! Il suffirait d’en faire une lecture contemporaine, et cela fait quarante-cinq ans que je m’y emploie!

– Etes-vous l’objet de menaces?

– Oui, mais indirectes. On me marginalise afin que personne ne m’entende. Beaucoup de chaînes de télévision arabes me boycottent. Pourtant, j’observe que plusieurs de mes livres sont des best-sellers au Moyen-Orient. Ces populations se rendent compte que ces guerres et ces attentats sont le signe que quelque chose dans l’islam ne tourne pas rond. Elles sont en train de se réveiller, de constater la nécessité d’une réforme. Mais elles ne peuvent pas parler.

– Mais les musulmans d’Europe, eux, pourraient le faire!

– Ils sont tiraillés entre deux forces, la jurisprudence islamique qu’on leur rabâche et la loi civile. Ils sont dans une forme de schizophrénie. Pour les en délivrer, il faut réformer la jurisprudence. Leur montrer que la pluralité est un principe du Coran, qu’il admet le judaïsme, le christianisme et toutes les sectes. Le Prophète a créé une constitution respectueuse des diversités. Il a créé un Etat civil dissocié de la religion. Le christianisme a attendu le 18ème siècle et la Révolution française pour cela. Mais après la mort du Prophète, on a échoué à la mettre en œuvre, à cause de l’esprit tribal de l’époque. Probablement était-elle trop avant-gardiste. Et l’islam a été instrumentalisé.

– Faut-il que l’Occident admette les revendications d’un islam politique ou qu’il les combatte?

– Il ne faut pas faire de concessions sur ce terrain. Seul l’Etat possède des outils de coercition, non la religion. La religion doit être spirituelle et non politique. L’autorité du Coran, c’est la conscience, l’autorité de l’Etat, c’est la loi. Il faut obéir à l’Etat, pas aux muftis.

– Pour vous, le salafisme est-il à l’origine de cet islam terroriste?

– Le salafisme, comme le mouvement des Frères musulmans, a assis son pouvoir sur l’ignorance des peuples. Après les indépendances des pays arabes, trois phénomènes ont obstrué les consciences du monde musulman: Le pan-islamisme, qui jugeait l’Occident comme au temps des croisades, le nationalisme pan-arabe, qui a assis sa haine de l’Occident sur le prétexte colonial, et le marxisme, qui a donné naissance à des gouvernements tyrans. Les deux derniers courants devenus ce que l’on sait, n’est resté que le pan-islamisme pour toute culture. Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée.

Voir aussi:

In Africa, Islam and Christianity are growing – and blending
Abraham McLaughlin

The Christian Science Monitor

January 26, 2006

LAGOS, NIGERIA — At first, it seems a surprising sight: inside a two-story mosque in sub-Saharan Africa’s largest metropolis hangs a life-size portrait of Jesus Christ.

Yet worshipers at « The True Message of God Mission » say it’s entirely natural for Christianity and Islam to cexist, even overlap. They begin their worship by praying at the Jesus alcove and then « running their deliverance » – sprinting laps around the mosque’s mosaic-tiled courtyard, praying to the one God for forgiveness and help. They say it’s akin to Israelites circling the walls of Jericho – and Muslims swirling around the Ka’ba shrine in Mecca.

This group – originally called « Chris-lam-herb » for its mix-and-match approach to Christianity, Islam, and traditional medicine – is a window on an ongoing religious ferment in Africa. It’s still up for debate whether this group, and others like it, could become models for Muslim-Christian unity worldwide or whether they’re uniquely African. But either way, they are « part of a trend, » says Dana Robert, a Boston University religion professor.

Amid intense sectarian violence in this half- Muslim, half-Christian country, these groups serve as tolerant peacemakers. Also, with widespread poverty and health concerns here, people are seeking practical, profitable religion more than rigid doctrine.

Before Islam and Christianity arrived in Africa, people here « believed in deities being close » – in gods who resided in trees or rivers and helped or hurt locals daily, explains Kamaldeen Balogun, an Islamic studies professor at Olabisi Onabanjo University in southeastern Nigeria.

« You in the West are satisfied with one hour of church on Sunday, » says Mr. Balogun. But for people in Africa, who he says need so many solutions, « This is about a practical way of life, » about a willingness to combine Christianity or Islam with their own traditions to « see if they can make something new » – something that will help.

Worshipers at the « True Message » mission say unifying the two theologies has made a major difference in their lives.

A slight woman with a quick smile, Kuburat Hamzat says she came here in 1998 with a severe menstruation problem. She was embraced by the mission’s « man of God, » a soft-spoken, bald man named Samusideen Saka. He told her, « Dancing will not kill you » and prescribed 91 laps of « running deliverance » each day. He also explained the commonalities of the great faiths to Ms. Hamzat who had grown up in Islam. That understanding, she says, changed her. « Because I understood that in my mind, I got healed, » she says. Her problem hasn’t recurred, she says. Others say they’ve been cured of barrenness, mental illness, and other troubles.

Pastor Saka explains that his father was an herbalist and that both Muslims and Christians would come to him for healing. Although he grew up Muslim, and has been to Mecca on pilgrimage several times, he couldn’t comprehend Nigeria’s sectarian strife. He now considers himself a Christian, « but that doesn’t mean Islam is bad. »

Quite the opposite. Next to his mosque is a televangelist’s dream – an auditorium with 1,500 seats, banks of speakers, a live band, and klieg lights. On Sundays the choir switches easily between Muslim and Christian songs, and Pastor Saka preaches from both the Bible and the Koran. His sermons are often broadcast on local TV.

The broader context here is Africa’s dramatic shift in recent decades to Christianity and Islam. During the 20th century, fully 40 percent of Africa’s population moved from traditional religions to « different shades of Christianity, » says Philip Jenkins, a history and religion professor at the University of Pennsylvania. It is, he adds, « the largest religious change that has ever occurred in history. » There are debates about whether Christianity or Islam is spreading faster in Africa, but clearly they’re both on the rise – and sometimes are the source of tension.

In Nigeria’s religious city of Jos (short for « Jesus Our Savior ») the government says 50,000 people died between 1999 and 2004 in sectarian clashes. Until a peace deal last year, Sudan’s northern Muslims and southern Christians were at war for two decades.

Clearly, the religious revolution is still shaking out. « People are converting rapidly, but they don’t necessarily have instruction » in the details of their faiths, says Boston University’s Professor Robert. Nor have they had « time for their belief system to solidify. » It is, she says, « still shifting. » She argues that eventually the faithful will choose one religion or another, and the hybrids will fade away.

But the ferment is quite evident on the chaotic streets of Lagos, which is home to some 10 million people. Hundreds of church-sponsored banners scream out, « It’s your day of RECOVERY @ LAST where life’s pains are healed » or « Jesus Christ: A friend indeed! Even in times of need!! »

Healing is a regularly promised feature of churches across Africa. It’s symbolic of a key element of the continent’s religious explorations – fusing faith and rationality, Professor Balogun says. According to Western thought, with its emphasis on rationality, « Everything that goes up must come down, » he says. But a more African approach is that, « By divine intervention it may not come down. » In fact, his university is initiating a degree focusing on the religion-science nexus.

Meanwhile, it’s not just Saka who’s exploring the common ground between Christianity and Islam. Sitting in a wrought-iron throne, swathed in silky white fabric, the founder of « Chrislam » has these words for followers of the two great faiths: « The same sun that dries the clothes of Muslims also dries the clothes of Christians. » Stroking his beard, the man named Tela Tella says, « I don’t believe God loves Christians any more than Muslims. »

His followers calls him His Royal Holiness, The Messenger, Ifeoluwa or « The Will of God. » Since the religion’s founding two decades ago, this small band has been gathering almost daily to hear his message of inclusiveness – that Christians and Muslims, « who are sons of Abraham, can be one. »

Voir également:

Chrislam – the Bottom of the Slide

While Terry Jones wanted to burn the Qur’an there are pastors that want to read the Qur’an in church to their congregations. In response to a local Qur’an burning, Larry Reimer, a minister of the United Church of Gainesville, decided to read Scripture from the Qur’an as part of worship services on September 12, 2010, prodded further about religious relatives. “Christianity, Judaism, and Islam are all part of the Abrahamic tree of faith. We all believe in the same God, and in many aspects we are all trying to accomplish the same goals.”
http://www.freerepublic.com/focus/f-news/2584630/posts

Islam recital in Methodist church http://www.youtube.com/watch?v=ybSAinBMb_g

This GROWING TREND is a natural slide to the bottom for common ground to have a peaceful coexistence. There is a movement saying that other religions are as valid as “Christianity.” Unfortunately the way Christianity is practiced today, there may be some truth to this. But if one were to go by the Bible and live Christianity the way it was originally taught, it becomes as different as night and day (Christianity being the day.

Chrislam is an interfaith movement that is a dialogue with Islam – a syncretistic movement that speaks about “spirituality without boundaries.” These churches, softening John 14:6, are opening the door to allow the conversion of their people. Because to them it matters not what you are anymore. For the most part, the majority of these churches are already removed from the faith, so this is expected in the days we live in.

It was Robert Schuller, pastor of Crystal Cathedral, that began this process by housing the offices for « Christians and Muslims for Peace. » Schuller had told an Imam of the Muslim American Society that « if he came back in 100 years and found his descendants Muslims, it wouldn’t bother him…. » (The Berean Call (April 1998), -What’s Happening to the Faith? by Dave Hunt ). That should bother any authentic Christian, but not those who espouse the “new Christianity” of our modern times.

The assumption is that Christians and Muslims all worship the same God; they, along with the Jews, are all faiths from Abraham. This is something we have steadily warned about for years. When you see people make the name Allah acceptable, that it is suitable for a Christian to pray in his name because it is the same God, or that Muslim converts can continue to go into their Mosques and pray and worship as if nothing happened to them, this is leading Christians toward accepting the Qur’an as equal in inspiration as the Bible (both Old and New Testament) when it contradicts it more than it agrees.

Consider the story of Rev. Ann Holmes Redding, an Episcopal priest for about 21 years, who says, « I am both Muslim and Christian » On Sunday mornings, Redding puts on the white collar of an Episcopal priest. On Fridays, she ties on a black headscarf to pray with her Muslim group. She says both Islam and Christianity are compatible at the most basic level.

Are they? Can one be a Christian and a Muslim at the same time? Islam’s Jesus is not divine in the Qur’an; Jesus is not the only-begotten Son of God, nor the Messiah, God in human flesh; He did not die on the cross for our sins; He did not resurrect. Islam denies the gospel of Christianity – the core reason Jesus came to earth for. This is what these churches want to make peace with!

We have no commonality with Islam. The Bible says, “For what fellowship has righteousness with lawlessness? And what communion has light with darkness. This movement is apostasy in action, and we can expect more of this type of compromise.
A few years ago, 138 Muslim scholars and clerics sent an open letter to leaders of Christian churches, titled “A Common Word Between Us and You.” Many of America’s top Christian leaders and known scholars signed in support to find commonality between the religions, ignorant that it contained a rebuke and an Islamic warning.

Now we have Chrislam, which blends the minimalist parts of Christ with Islam, with the intention of making them as equal faiths. In some churches, the Qur’an is placed in the pews next to the Bible; all of this is promoted under “loving your neighbor,” which was part of this open letter that the unwary undiscerning Christians signed to have peace.

This is part of a Jihad: to expose those who normally would not be interested in the Islamic religion, (of course it will be all the peace quotes). Muslims certainly know how to take advantage of this new openness to convert the kafirs to Islam. Islam condemns the belief in the divinity of Jesus as shirk, so to an authentic Christian –born of the Sprit of God there is no debate in this matter.

But to others who name themselves as Christians but care little of Jesus as the truth, they want a peaceful coexistence with those that demean their religion.
The National Cathedral in Washington, D.C. along with 50 churches in 26 states have already joined the effort, As MORE THAN FIFTY CHURCHES AGREE TO HOLD QUR’AN READINGS “Faith Shared is a project of Interfaith Alliance and Human Rights First.”

My immediate reaction to the first line… is it faith SHARED?
Christian clergy at churches across the country hosted readings from the Qur’an and other sacred religious texts as they welcomed their Muslim and Jewish colleagues on Sunday, June 26, 2011. Their purpose was to counter the Anti-Muslim bigotry. On the website sponsoring this (faithshared.org): “Tensions around Islam in America have erupted throughout the country in the past year, leading to misconceptions, distrust and in some cases violence.”

I have to disagree with their premise. Bigotry is part of Islam, as they have no allowance for other religions, even those they call “people of the book.” Tensions and violence have come from Islam itself, not just in our country but all over the world. This becomes enigmatic when you are including the Jews of whom Islam has an open war with and the religious leaders in their most religious lands vow to eliminate. Are people deaf and blind to what is taking place? Leave it to those who accept everything to ignore the obvious. Liberal thinking rules over all logic and common sense.

So we need to ask: What would Jesus do? We know he NEVER once read or quoted from another religion of his day to promote his teaching. He instructed and rebuked when necessary those of his own religion that spoke incorrectly. Which certainly would be applicable in this case with those who profess to be his followers, who apply his name to themselves and call themselves a church.

 Stahnke, director of policy and programs for Human Rights First, stated, “We want to send a message to the world,” he said, “that Americans do respect religious differences and reject religious bigotry and the demonization of Islam or any other religion.”

If I may make sense of his false argument by allowing reality to intrude … America has always allowed all kinds of religions to worship in our country, including Islam. It is the Islamic countries that do not allow the other religions to freely worship. They have no integration in their lands or culture, and they certainly do not allow any integration with their religion.

We have a conundrum; they are the ones who are intolerant; they have bigotry thriving; but it is implied that we are the bigots and haters because we quote their own sermons and measure their actions.

Are we to intentionally put aside hundreds of statements like this to show we are not bigots?
Narrated Abu Huraira: Allah ’s Apostle said, “I have been ordered to fight with the people till they say, ‘None has the right to be worshipped but Allah,’ and whoever says, ‘None has the right to be worshipped but Allah,’ his life and property will be saved by me except for Islamic law, and his accounts will be with Allah, (either to punish him or to forgive him.)” (Bukhari, Hadith, Vol. 4, Book 52, 196)

It’s not whether we respect them, but do they respect us, or others? Do we see Islam asking for rights of other religions in their own land? Of course not. In fact, in most Islamic countries other religions are OUTLAWED. Once they live by Sharia law it becomes difficult for them to allow anything that is contrary. Let’s not overlook the obvious, which would be the things right in front of your nose in plain view (called the news). Of all the compromises made these days, this has got to be the most asinine, irrational, and ignorant.

We have freedom to worship any way we want in America. Go try to have the same freedom, or promote your interfaith in one of the countries that have Islam as the state religion. This is why the whole matter is self-defeating and an exercise in futility.

The fact is, the only religion that is being used for violence is Islam, so we must ask why? Why are the majority of terrorists throughout the world Muslim? It’s because of the Qur’an, not their ethnicity; it is their religion that can affect their person and culture.

The idea of appeasement may exhibit tolerance to Islam, but it exhibits disloyalty to Christ. It is these people who call themselves a church that are not going to stand up against the tide of persecution. You can’t uphold what you don’t know. They will probably convert, since they are halfway there already. They are Christian in name only because they will not stand up for Christ or his gospel. This shows who the head of their church is. For the Lord is not consulted, they have abandoned the head of the body for spiritual correctness and the way of the world.

This supposedly includes reaching out to the Jews. They want to read from each other’s “sacred texts.” Do we expect the Hebrew or Christian Scripture to be read or spoken well in the Mosques? Is it too much to ask to see them do the same for Israel that they do for Islam and stand up for their right to exist and practice their religion not only in their homeland but in Muslim lands.

The Berean Call: Even Atheists on occasion recognize that the real threat to them is not biblical Christianity, but Islam. Consider the comments below, prompted by an article from the Religion News Service printed in the Salt Lake Tribune.
“More than 50 Churches Agree to Hold Koran Readings!!”

In the past I have stated I am not religious, but my goal is to help educate and unite Atheists and members of non-Islamic religions against a common enemy. That enemy is Islam. The good news is that our voice against Islam is clearly getting louder, the bad news is that far too many Americans who identify themselves as « Christians » are taking the easy way out and bowing down to Islam, in an effort to avoid a conflict that has been raging for 1400 years.

Muslim Hadith Book 019, Number 4366: « It has been narrated by ‘Umar b. al-Khattib that he heard the Messenger of Allah (may peace be upon him) say: I will expel the Jews and Christians from the Arabian Peninsula and will not leave any but Muslim. »
A conflict in which Christians are clearly losing!

[The author then quotes the article from the Salt Lake Tribune.] Pulpit pals: Christians, Jews, Muslims plan shared worship « Religious and human rights activists are asking U.S. churches to invite Jewish and Muslim clergy to their sanctuaries to read from sacred texts next month in an initiative designed to counter anti-Muslim bigotry.

The June 26 initiative, called « Faith Shared: Uniting in Prayer and Understanding, » is co-sponsored by the Interfaith Alliance and Human Rights First. Leaders of the two Washington-based groups said the event hopes to demonstrate respect for Islam in the wake of Quran burnings in recent months….
(Adelle Banks, « Pulpit pals: Christians, Jews, Muslims plan shared worship, » Religion News Service, May 17 2011).

There are some trying to respect a religion that considers itself superior to all religions and challenges the Bible on nearly everything it says, giving untrue alternate stories.

Agenzia Fides (the information service of the Pontifical Mission Societies) Continental News reports an increase in rape and forced marriage to convert to Islam of Christian and Hindu girls in Pakistan, a Muslim nation. This has been taking place at a larger scale in Africa. This is what Islam allows with Sharia law? We see no repercussions for this from Islam. Is this what they want us to respect?

Modern History of the Chrislam Movement

Nigeria, like many other African countries, has been experiencing increased violence between Muslims and Christians; the answer came religiously not politically.

The most popular Chrislam movement in Lagos, Nigeria at present is called Oke Tude: Mountain of Loosing Bondage. The older Chrislam movement is called Ifeoluwa: The Will of God Mission.

Oke Tude was founded in 1999 by a Muslim man calling himself Prophet Dr. Samsindeen Saka who was born in a Muslim family. He believed in Allah and went on a pilgrimage to Mecca four times. “During Saka’s second hajj in 1990, he received a divine call by Allah, telling him that he had to unite Christians and Muslims by enlightening them that they are serving the same God, but in different ways:

“The vision to bring mutual understanding between Muslims and Christians was revealed to me by Almighty God, when I rested near the Ka‘aba. In a dream God showed me pictures of religious intolerance in Nigeria, and He assigned me to bridge the misunderstanding between the two religions, to stop the killings. Initially, I didn’t understand the dream. On New Year’s Eve I called several Muslim scholars to my house. They prayed and afterwards fell asleep. It turned out that they all had the same dream: in their dream they saw me bringing together Christians and Muslims. This is how it started.” (Chrislam: Forging Ties in a Multi-Religious Society)

As far back as January 26, 2006, Christian Science Monitor did an article on this movement stating:

“Pastor Saka explains that his father was an herbalist and that both Muslims and Christians would come to him for healing. Although he grew up Muslim, and has been to Mecca on pilgrimage several times, he couldn’t comprehend Nigeria’s sectarian strife. He now considers himself a Christian, ‘but that doesn’t mean Islam is bad.’ Quite the opposite. Next to his mosque is a televangelist’s dream – an auditorium with 1,500 seats, banks of speakers, a live band, and klieg lights. On Sundays the choir switches easily between Muslim and Christian songs, and Pastor Saka preaches from both the Bible and the Koran. His sermons are often broadcast on local TV.” (In Africa, Islam and Christianity are growing – and blending)

Think about what is being said. That God (Allah) told him that he is the same God of both religions and to stop the killing (which was from the Muslims initially). This new revelation from a Muslim started this new synthetic blend that has become the answer for their conflicts.
This is what is being termed “Muslim-Christian coexistence” to accept the premise and practice of the coexistence movement you must depart from faith in Jesus Christ and what He said in the word of God. These religions are not to be united but to stay separated. Clearly, we have prior examples for us today: “They are turned back to the iniquities of their forefathers, which refused to hear my words; and they went after other gods to serve them”(Jeremiah 11:10). Islam believes Christianity has another God but will feign being of a kindred source when it is advantageous to them.
See: http://www.pbs.org/wnet/religionandethics/episodes/february-13-2009/chrislam/2236/

The Modern Chrislam movement in Lebanon
The main Chrislam organization on the web has a minimal amount of content. On its home page, it has a quote by Malcom X. This organization is more about dialogue and recognition of equality with the Abrahamic religions. But it does have some interesting points made in its agenda. We are told that “The members of the Committee are de facto members of the Arab Group for Islamic-Christian Dialogue, affiliated to the Middle East Council of Churches. Some are founding members of this Group.”

It appears there are two main people involved; Emir Hares Chakib Chehab and Mr. Mohammad As- Sammak. Emir Hares Chakib Chehab is the General Secretary of the Committee. Emeritus President of the Maronite League. Emeritus President of the Union of Christian Leagues in Lebanon. Maronite Syriac Church of Antioch is an Eastern Catholic Church in full communion with the Holy See of Rome.
Emirs Chehab, jurist and lawyer, is a consultant in the field of public relations and the owner of the Arab News Agency, which he founded after leaving his key position in the Ministry of Information.

According to the Maronite Syriac Church, they believe in the human nature of Jesus Christ and the reality of the incarnation of the Son of God for our Salvation; they hold to the divinity of Christ. So how this can be reconciled with Islam that calls this blasphemy is perplexing.

Mr. Mohammad As – Sammak is listed as no.101 on the common word website. Sammaka Political scientist – Secretary General of the Islamic Spiritual Summit in Lebanon member in the National Lebanese Unesco Committee, Editor in Chief of the review Al-Ijtihad and writes in several other newspapers. He represents Dar Al-Fatwa on the Committee, which is a Sunni council upholding Sharia law.

Dar al-Fatwa has commissioned lawyers to prepare a lawsuit against Aoun leader of the Free Patriotic Movement who has taken “stances hostile to Islam and Arabism since he began interacting with public affairs.” They accuse him of inciting tensions among sects in Lebanon and of defamation against the Sunni sect:

http://www.nowlebanon.com/NewsArchiveDetails.aspx?ID=274837#ixzz1PYadEL7x

 http://www.naharnet.com/stories/en/7018-dar-al-fatwa-to-sue-aoun-for-inciting-strife-advises-him-to-treat-himself

Dr. Jean Salmanian is the Chancellor of the Armenian Prelacy of Lebanon, representing the Armenian Orthodox Church.

Mr. Camille Menassa is Director of “L’Orient- le Jour,” newspaper and CEO of the publishing house “L’Orient-le Jour.” He is a professor at Saint-Joseph University, Vice-President of the Arab World Cultural Council. He represents the Greek Catholic Partriachate of Antioch and all the East.

Judge Abbas Selim El-Halabi- Jurist and judge as a background, he is member of the Permanent Secretariat of the Islamic Spiritual Summit and in charge of the key responsibilities in the Druze Community who appointed him as her representative to the Vatican Synod for Lebanon in 1995.
He represents the Druze House of the Community on the Committee

Mr. Michel Elias Abs is Professor at Saint-Joseph University of Beirut, he is the former Chairman of Department and Sociology and Anthropology. He is the former Director of the Lebanon Emergency and Development Program of the Middle East Council of Churches. He represents the Greek Orthodox Patriarchate of Antioch and all the East.

Dr. Ali El-Hassan is the founder of “The Lebanese- German Friendship Society » in Germany, the founder and chairman of « The Graduates of German Speaking Universities » in Lebanon, the Vice-President of the « 5th of June society » and a Co-founder of « AMAL Organization,” Dr. El-Hassan was a close associate to Imam Moussa El-Sader in his various political and social endeavors. He represents the Chiite Islamic Supreme Council on the Committee.
See also: chrislam.org website : http://www.chrislam.org/actions.html

[Moussa El-Sader was a Lebanese Shiite religious and political leader who came from Iran to Lebanon. He founded the Amal Movement the “Brigades of the Lebanese Resistance,” the military wing of the movement of the Deprived, which fought alongside the Lebanese National Movement and the Palestinian Resistance.
Lebanon has a real potpourri of political parties at work. Progressive Socialist Party, Socialist Arab Union Lebanese Communist, Party Syrian Social Nationalist Party, Syrian Social Nationalist Party, Christian Democratic Party, Hezbolla, Islamic Gathering Movement, Islamic Jihad Movement, Union of Muslim Ulama, Free Patriotic Movement, Democratic Secular Party, Arab Democratic Party. Many other parties take part in politics and the landscape is constantly changing as new parties spring up and others become defunct.
On the Chrislam site: Under the link “actions” Islamic-Christian National Dialogue Committee- Unified Working Paper, The Islamic-Christian National Dialogue Committee

“On the basis of the fundamental principles on which the Lebanese are agreed, as enshrined in the Document of National Entente (1989), and which affirm the commitment to Lebanon as the definitive country of all its people in its internationally recognized borders, with its Arab identity and membership of the Arab world;

“As an ample human terrain for freedom and dialogue between the followers of the divinely revealed religions, a land of life shared in common between Christians and Muslims, in which the aspirations and goodwill of all Lebanese come together and interact to build their state and political entity on the basis of a free republican, parliamentary, democratic system, under the protection of complete equality in rights and duties between all the people of one single country;
A state committed to the principle of freedom of religion, thought and information, as well as economic freedom, without monopoly and anarchy.” (underline mine)

What they call Chrislamogy is coming from Lebanon. The Lebanese population consists of 28 percent Sunni Muslim, 28 percent Shi’a Muslim, 5 percent Druze, 22 percent Maronite Christian, 8 percent Greek Orthodox,  and 4 percent Greek Catholic. There are also very small numbers of Jews, Bahai’s, and Hindus.

On the site: 4-Christian-Muslim Dialogue

“The coexistence between all denominations of Muslims and Christians is Lebanon’s greatest value. It is Lebanon’s mission to the world, in that it is a pattern of life, as well as a relationship of constant dialogue between the Christian and Islamic worlds, a link of continuity to enrich the values imprinted on human character by these two divinely revealed messages. To safeguard this formula of civilization and emphasize its credibility are therefore both a Lebanese and a human responsibility. However, since the struggle of power is usually exercised in a way that harms this formula, the establishment of a balanced political system constitutes a bulwark to protect this formula from any evil exploitation.
“National fraternization between Christians and Muslims in Lebanon is not merely a commitment dictated by the essentials of coexistence or a necessity for avoiding sectarian strife, but also a destiny, a choice, and a noble human task which makes Lebanon have a world mission. For this purpose, we have to work to unify national oratory so that it transcends sectarian selfishness, rising to openness and the interest of one country, for all denominations and all Lebanese.

“This requires the establishment of a just and conscious national state, which will open up horizons for emerging national forces to participate in creating a better tomorrow, reassure citizens and encourage them to shift from the shadow of the sect to the protection of the state which is responsible for their security and stability, and for providing them with the essential elements of a life of freedom and dignity.”

We need to pay attention to these next statements:
“These include the necessary guarantees of work, education, medical treatment and other social guarantees. The return of all displaced persons to their villages and houses, and a halt to the exploitation of their agonies and sufferings, are considered an essential basis for strengthening the credibility of the state as the protector of all citizens.” (underline mine)

The coexistence movement is not only interfaith but has strong elements of communism. Those involved in Chrislam make Lebanon sound like a prototype for a new world model.

These concepts are lofty goals under the heading of “moving forward” to forge unity. Yet we need to have a better name for Chrislam – maybe Islam-ity, as it is part of the Islamization of Christianity in America.

Voir encore:

What is Chrislam?

Nick Peters

CARM

In an age of pluralism, it’s not really a surprise to see an attempt to mix Christianity and Islam. This has been attempted by Shamsuddin Saka, a pastor in Lagos, Nigeria. His church is highly unusual in that when one looks on the lectern in it, one will see both the Bible and the Qur’an.

The basis for this is Saka going on the Hajj, the pilgrimage to Mecca. According to Saka, this was nineteen years ago (from the time of this writing) when he was in prayer and told by God to make peace between the two religions. While there is nothing wrong with peace between the two religions, provided they are allowed to disagree and reasonably discuss their disagreements, there is a problem with trying to take two contrary worldviews and put them together.

In the services at Saka’s church, they begin with a Qur’anic prayer. The mood of the prayer is intense and like that of what we’d see in a Pentecostal service. There is nothing wrong with expressive worship of course, but one has to be on guard to make sure one’s mind is fully aware of what is going on and able to deal with the information that is coming in.

After this, the sermon speaks on prayerfulness and the commonality between Islam and Christianity. Of course, there are some similarities between the two religions. Both see Jesus as sinless, sent by God, Messiah, and born of a virgin. Both believe in a God who is omnipotent, omniscient, and omnipresent. It is where they differ that matters, such as Islam’s denial of the deity of Christ and the triune nature of God.

Also noteworthy of what happens in Saka’s church is that Christianity appears to be taught as a Word of Faith Christianity with an emphasis on miracles being done. There are reports of women who say that they were unable to conceive and then came to Saka’s church and conceived.

Saka himself drives a Hummer. While this raises some eyebrows, Saka assures those who question him that it does not come from the money he gets from the ministry, as not much is collected. Instead, this was a gift to Saka from some followers based on an answer to prayer. It is a wonder, however, why it is that those who have an answered prayer give a gift to the pastor instead.

How ought Christians to respond? First, it the major differences that exist between Islam and Christianity should be noted. Of course, each person has the freedom to hold his own views and we do not want to see Christianity spread by the sword. However, we also do not want the faiths to be seen as equally valid paths to the same God. Christians should familiarize themselves with the Qur’an. It would do no harm for many a Christian to actually read Islam’s holy book in order to better be able to dialogue with Muslims.

Second, Christians also need to be wary of people who say, “God told me.” Of course, there’s no denying that God can tell a message to someone if he desires, but that message should be authenticated somehow, be it by checking prior revelation given or by some kind of bona fide miracle, much like Jesus and the apostles did. Of course, we must also remember that according to Deuteronomy 13, doing a miracle is not enough. The checking of prior revelation is more important.

Third, Christians should be aware of the health and wealth gospel taught by the Word of Faith churches. Faithfulness to God is not measured by how much money is in one’s bank account, but about how much treasure one has built up for himself in Heaven, something we cannot see on this side of eternity.

Finally, Christians need to make sure they know the essentials of their own faith and how to share it. What difference does the Trinity make and how can it be demonstrated from Scripture? Why should it be important for a Christian to know that Islam does, in fact, teach the virgin birth? Can a Christian answer the questions that Muslims have for them on topics relevant to Christianity?

At the time, this is a small movement, but Christians do need to be aware of attempts to synchronize contrary faiths. While there are areas of disagreement allowable within Christian circles, Islam denies that which is essential to the Christian faith, so Christians cannot view Islam as a valid path to God.

Sources:

http://www.pri.org/theworld/?q=node/24682
http://www.pri.org/politics-society/religion/chrislam.html
http://www.pbs.org/newshour/extra/video/blog/2009/05/chrislam_combines_christian_an.html

Voir de plus:

Chrislam — What is it?
Chrislam is a modern-day attempt to blend the teachings and practices of Christianity and Islam. Historically, Chrislam began under a Nigerian leader named Tela Tella in the 1970s. It recognizes both the Bible and Qur’an as holy books and reads from both sources during its gatherings. Likewise, both Christian and Muslim holidays are celebrated as equal. God and Allah are considered the same god.

While the number of Chrislam adherents in Nigeria is few, the concepts of Chrislam have spread worldwide in recent years. Many have claimed that the interfaith movements that incorporate both Christian and Muslim teaching in the West are Chrislam, while some Eastern movements have used elements of both religions in blended, syncretistic movements. Some also wrongly confuse Chrislam with Christian-Islam dialogue since the website chrislam.org uses the term in this way in Lebanon. However, dialogue is a different matter than blending Christianity and Islam into one religion.

Both biblical Christianity and traditional Islam reject modern attempts of Chrislam. The Bible teaches there is one God (Genesis 1:1) and that Jesus Christ is the only way to God (John 14:6; Acts 4:12). Islam rejects the idea of Jesus as divine, rejects the Christian view of God as Triune, and rejects the Christian belief in salvation by faith alone. These two religions logically contradict one another in numerous ways. The only way in which these two belief systems can be blended into one is to choose only those beliefs that fit one’s preconceived notions or to reinterpret both the Bible and Qur’an to fit a particular agenda.

Chrislam came into particular spotlight in 2009 following megachurch pastor Rick Warren’s address at the ISNA 2009 gathering (a major Muslim national event). Accusations were made that Warren had preached a message of Chrislam, that both religions were one. Warren soon responded with a clear rejection of these Chrislam accusations and a reaffirmation of orthodox Christianity. However, the events surrounding this controversy led to much attention regarding the definition of Chrislam and its spread throughout America.

Some have begun calling interfaith gatherings in the U.S. that involve combined worship services with Muslim and Christian elements Chrislam. Theologically, this label is accurate, though these participants are not connected with the movement in Nigeria and would likely reject the label.

Ultimately, however, Christians must be aware that the blending of Islamic worship elements with Christian worship is to be rejected (Jude 3). Instead, Muslims need a clear example of Christians who stand firm in their faith, present the biblical view of Jesus Christ, and live the teachings of the Bible. Only then will the biblical gospel message be clear to Muslims who seek salvation.

Voir par ailleurs:

“If They Can Burn It, We Can Read It.”

A UCC Minister’s Response to Burning the Qur’an.

 Zachary

The Creative Seminole

August 19, 2010

There are some things that really get under my skin. One of those things is religious intolerance, be it from Christians, Muslims, Jews, Agnostics, Pagans, Pastafarians, or the like.

Larry Reimer, a minister of the United Church of Gainesville, has decided to read scripture from the Qur’an in worship service in response to a local Qur’an burning. It’s good to know that I’m not the only one, then, who sees Gainesville, Florida’s Dove World Outreach Center’s plan to burn as many copies of the Qur’an as possible a stab in the heart to groups of religious followers that care about tolerance. Larry Reimer is a minister at the United Church of Gainesville, a deep advocate of civil rights, and the man responsible for what seems to be a very intelligent response to Dove’s outlash at Islam.

“If they can burn it, then we can read it,” said Reimer from an armchair across from mine in his office, lined with bookshelves and photos from many events canvassing the years. On a side table next to me, there’s a statue of the Buddha, along with various other spiritually-themed trinkets that seem to indicate that this office does not belong to a spiritually firm-handed man.

Reimer, along with other Gainesville religious leaders, will read scripture from the Qur’an as part of worship services on Sunday, September 12.

When asked about how he came about with the idea, “Almost right away, members of the congregation here asked me, ‘what are we going to do about this?’ Originally, I had the intention of giving [Dove Center] no more attention in the media. But as I thought about it, I asked myself what we could do that would be effective and proactive in promoting cooperation among our religious relatives.”

I prodded further about religious relatives. “Christianity, Judaism, and Islam are all part of the Abrahamic tree of faith. We all believe in the same God, and in many aspects we are all trying to accomplish the same goals. And in Islam, there are things that I think any follower of any other religion could learn from. Take prayer, for example. In Islam, one prays at least five times a day. The discipline to do that? Few of us have it. And like Christianity and Judaism, there is a strong call to love God and your neighbor.”

We chat on for a bit about the differences and similarities that each of the Abrahamic religions have when he says to me, “You know, we learn best from our rival siblings. We might not always agree with them, but they always point out our shortcomings. And in the end, we have the most in common with them. We pull from one another and make each whole.

“Look at FSU and UF, or Michigan and Ohio State. All students who grew up together, went to the same high schools, and in reality should be the most understanding of one another. Now that they’re on opposite sides of the stadium, they act like they have nothing in common. But they do, and if each member stopped for a minute and thought about it, they would realize they’re the same students, with the same dreams, looking and hoping to do the same things when they graduate.”

Then I ask him why he thinks these negative attitudes toward Islam exist. “The average American inherently assumes that Islam is violent and decidedly anti-American because we haven’t taken the time to experience Islam from an individual perspective or as a faith up close. A friend of mine was in Egypt when news of Dove Outreach’s Qur’an burning hit, and he told me that it was represented as mainstream Christianity, much in the same way that the violent acts we hear about here are represented as mainstream Islam. Here, Islam is still associated with terrorism. The acts of September 11th were not acts that were Islamic in nature. They were acts of fanatical extremists. And fanaticism is not confined to any one faith. I think that there’s no better time than September 12th to remind ourselves of this, and to read from Qur’an in worship to point out how much we really do have in common.”

Then I asked him the big one. If you could preach to the members of Dove Outreach Center for even five minutes, what would you say? “The danger to our faith comes not most from outside, but from the shadows within. We must pay attention to our neglect to look at ourselves, instead of automatically pointing the finger elsewhere. God’s call is for constant opening.”

Already, Larry has been interviewed for the New York Times. As of now, Fifteen religious leaders in Gainesville have agreed to share verses from the Qur’an on Sunday, September 12th. And he thinks that more will follow. “I’m not trying to make this a national or international event, but I feel that those who understand that allowing [the Qur’an burning] to pass silently by allows Dove Outreach to win in the fight against tolerance and religious compassion will stand up and share scripture from the Qur’an.”

Not a moment too soon. In the words of German poet Heinrich Heine written in 1820, now enshrined on a plaque at the site of Nazi Propoganda Minster Joseph Goebbels’ book burnings, “There, where they burn books, they will in the end burn people.”

Voir encore:

Le Pape sur les terroristes de Bruxelles: «Ils venaient d’un ghetto»
C. TQ
Le Soir

17 mai 2016

Pour le souverain pontife, le pire accueil que l’Europe peut faire aux migrants est de les « ghettoïser » et préconise l’intégration.

Le 16 avril dernier, le pape François ramenait douze réfugiés de l’île grecque de Lesbos à Rome . Un geste symbolique prônant l’accueil des migrants sur le Vieux Continent. Dans un entretien accordé au journal La Croix ce mardi, le souverain pontife est revenu sur la vague de migration qui touche l’Europe. «  On ne peut pas ouvrir grand les portes de façon irrationnelle. Mais la question de fond à se poser est pourquoi il y a tant de migrants aujourd’hui.  »

« Le pire accueil ? Le ghetto »
Le Pape accuse les guerres au Moyen-Orient et le sous-développement de l’Afrique d’être le problème initial du phénomène migratoire et prône l’intégration pour vivre en harmonie. «  Le pire accueil est de ghettoïser les migrants alors qu’il faut au contraire les intégrer. À Bruxelles, les terroristes étaient des Belges, enfants de migrants, mais ils venaient d’un ghetto. À Londres, le nouveau maire (le musulman Sadiq Khan) a prêté serment dans une cathédrale et sera sans doute reçu par la reine. Cela montre pour l’Europe l’importance de retrouver sa capacité d’intégrer. »

Le Pape s’est également exprimé sur l’éventuelle crainte de certains Européens face à la religion islamique. «  Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam. L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. »

Tenir compte de chaque culture
Il rappelle l’importance du facteur culturel en géopolitique.« Devant l’actuel terrorisme islamiste, il conviendrait de s’interroger sur la manière dont a été exporté un modèle de démocratie trop occidentale dans des pays où il y avait un pouvoir fort, comme en Irak. Ou en Libye, à la structure tribale. On ne peut avancer sans tenir compte de cette culture.  »

Et de conclure : «  Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité. (…) En Centrafrique, avant la guerre, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et doivent le réapprendre aujourd’hui. Le Liban aussi montre que c’est possible. »

Voir enfin:

Rémi Brague : ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme
Par Rémi Brague
Le Figaro
Publié le 01/08/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le pape a déclaré que s’« il devait parler de violence islamique, alors il devait (aussi) parler de violence catholique». Le philosophe Rémi Brague rappelle que les textes sacrés des deux religions ne justifient pas la violence de la même manière.
Le FigaroVox publie de nouveau cette tribune de Rémi Brague, parue le 24 mai dernier. Le philosophe, professeur émérite à la Sorbonne, était alors «perplexe» quand le pape relevait une similitude dans l’esprit de conquête de l’islam et du christianisme. Une perplexité qui fait écho aux propos tenus ce dimanche par le pape Français à propos de la violence islamique et de la violence catholique.

Rémi Brague est un philosophe français, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive. Membre de l’Institut de France, il est professeur émérite de l’Université Panthéon-Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages, notamment Europe, la voie romaine (éd. Criterion, 1992, rééd. NRF, 1999), il a dernièrement publié Le Règne de l’homme: Genèse et échec du projet moderne (éd. Gallimard, 2015) et Où va l’histoire? Entretiens avec Giulio Brotti (éd. Salvator, 2016).

Les déclarations publiques du pape François suscitent toujours l’intérêt. L’entretien accordé par le Souverain Pontife à deux journalistes de La Croix, publié dans ledit quotidien le 17 mai, contient ainsi une quantité de choses excellentes, et même réjouissantes. Par exemple, sa conception du rôle que le christianisme pourrait et devrait jouer envers les cultures, dont l’européenne, ou encore ses réflexions sur les causes de la crise migratoire et son traitement possible, enfin son amusante dénonciation du cléricalisme. Il y a là-dedans de quoi provoquer une réflexion approfondie, et l’on souhaite que nos décideurs en prennent de la graine.

D’autres points sont affaire de goût, et le mien ne coïncide pas toujours avec celui du Pape. Ainsi, nommer sur le même plan Maurice Blondel et Jean Guitton, et plus encore les deux jésuites Henri de Lubac et Michel de Certeau, me fait personnellement un peu sourire. Mais rien ne prouve que ce soit mon goût qui soit le bon…

En revanche, un passage suscite en moi une perplexité certaine, et c’est celui sur l’islam. Là aussi, il contient d’ailleurs de très bonnes choses, par exemple sur l’imprudence arrogante avec laquelle l’Occident a essayé d’imposer son régime politique à des régions mal préparées. Il est juste aussi de dire que la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible, même si les exemples de l’Argentine, avec son 1,5% de musulmans, et surtout du Liban, doivent être pris avec prudence. Tant qu’il s’agit de faire vivre ensemble des personnes, qu’il est déjà maladroit de réduire à leur seule affiliation religieuse, on a le droit d’espérer et le devoir d’agir en ce sens.

L’entreprise devient plus difficile là où l’on compare non plus des personnes, mais des systèmes religieux considérés dans leurs documents normatifs. De ce point de vue, un passage des propos du pape François attire l’œil: «L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations». Voici le passage évoqué: «Allez donc, faites des disciples (“mathèteuein”, en grec) de toutes les nations, baptisant les gens (…), leur enseignant (“didaskein”) à observer tout ce que je vous ai commandé (Matthieu, 28, 19)».

Le but du christianisme est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir.
On peut appeler «conquête» la tâche de prêcher, d’enseigner et de baptiser. Il s’agit bien d’une mission universelle, proposant la foi à tout homme, à la différence de religions nationales comme le shintô. Le christianisme ressemble par là à l’islam, dont le prophète a été envoyé «aux rouges comme aux noirs». Mais son but est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir. Les tentatives d’imposer la foi par la force, comme Charlemagne avec les Saxons, sont de monstrueuses perversions, moins interprétation que pur et simple contresens.

Le Coran ne contient pas d’équivalent de l’envoi en mission des disciples. Il se peut que les exhortations à tuer qu’on y lit n’aient qu’une portée circonstancielle, et l’on ignore les causes de l’expansion arabe du VIIe siècle. Reste que le mot de conquête n’est plus alors une métaphore et prend un sens plus concret, carrément militaire. Les deux recueils les plus autorisés (sahīh) attribuent à Mahomet cette déclaration (hadith), constamment citée depuis: «J’ai reçu l’ordre de combattre (qātala) les gens (nās) jusqu’à ce qu’ils attestent “Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est l’envoyé d’Allah”, accomplissent la prière et versent l’aumône (zakāt). S’ils le font, leur sang et leurs biens sont à l’abri de moi, sauf selon le droit de l’islam (bi-haqqi ‘l-islām), et leur compte revient à Allah (hisābu-hum ‘alā ‘Llah) (Bukhari, Foi, 17 (25) ; Muslim, Foi, 8, [124] 32-[129] 36)». J’ai reproduit l’arabe de passages obscurs. Pour le dernier, la récente traduction de Harkat Ahmed explique: «Quant à leur for intérieur, leur compte n’incombera qu’à Dieu (p. 62)».

Indication précieuse: il s’agit d’obtenir la confession verbale, les gestes de la prière et le versement de l’impôt. Non pas une conversion des cœurs, mais une soumission, sens du mot «islam» dans bien des récits sur la vie de Mahomet. L’adhésion sincère pourra et devra venir, mais elle n’est pas première. Nul ne peut la forcer, car «il n’y a pas de contrainte en religion (Coran, II, 256)». Elle viendra quand la loi islamique sera en vigueur. Il sera alors dans l’intérêt des conquis de passer à la religion des conquérants. On voit que le mot «conquête» a un tout autre sens que pour le verset de Matthieu.

Pourquoi insister sur ces différences? Un vaste examen de conscience est à l’œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l’État islamique. Ce n’est pas en entretenant la confusion intellectuelle qu’on les aidera à se mettre au clair sur les sources textuelles et les origines historiques de leur religion.


Attentat de Nice: L’Apocalypse, c’est maintenant ! (From 9/11 to Nice: Slouching towards the Apocalypse, one massacre at a time)

21 juillet, 2016
https://i1.wp.com/extremecentre.org/wp-content/uploads/2016/07/Nice.jpgTout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde Comme une mer noircie de sang : partout On noie les saints élans de l’innocence …Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt … Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt. La Seconde Venue ! A peine dits ces mots, Une image, immense, du Spiritus Mundi Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert, Une forme avec corps de lion et tête d’homme Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux… La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant, Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar, – Et quelle bête brute, revenue l’heure, Traîne la patte vers Bethléem, pour naître enfin ? Yeats (1919)
Une nation ne se régénère que sur un monceau de cadavres. Saint-Just
For many Israelis, the horrifying images of a truck plowing through crowds for more than a mile in the French resort town of Nice struck a macabrely familiar chord. (…)  Nice was an even more direct, if far deadlier, echo of a 2011 rampage in which an Arab-Israeli man’s truck barreled down a Tel Aviv street for a mile, killing one and wounding 17. These followed a spate of attacks with heavy construction vehicles and cars as weapons in 2008. And since October, according to Shin Bet, Israel’s domestic security agency, at least 32 Palestinians have rammed vehicles into people at bus stops, intersections and military checkpoints. The French prime minister said after the Nice attack, the nation’s third mass killing in 18 months, that France “must live with terrorism.” That is what Israelis have been doing for decades, through the plane hijackings of the 1970s; the suicide bombers of the second intifada, or Palestinian uprising, which began in 2000; and the lone-wolf stabbings and shootings of the past 10 months. In Israel, ordinary citizens, security officials and experts feel they have seen it all and say they have adapted to a perennial, if ever-changing, threat. They speak of constantly staying alert, exercising caution and growing accustomed to what some may find to be intrusive levels of security, but essentially carrying on.  (…) That routine includes opening bags for a check and passing through metal detectors at train or bus stations, shopping malls and movie complexes. At the height of the suicide bombings, customers paid a small surcharge at cafes and restaurants to subsidize the cost of a guard at the door. Hundreds of armed civilian guards have been deployed to protect public transportation in Jerusalem in recent months amid the wave of attacks, which have been glorified by some Palestinians on social media. The guards stand at bus and light-rail stops, and hop on and off buses along main routes, with the same powers to search and arrest as the police. Israel has also invested hugely in intelligence, its tactics evolving as its enemies change theirs. Several psychological studies in Israel have found that people habituate quickly to threats, making adjustments to daily life — keeping children at home, for example, rather than sending them to summer camp — and adopting dark humor about the randomness of the threat. (…) Some Israeli politicians have been disparaging about what they view as European negligence in security matters. After the attacks in March in Brussels, for example, a senior minister, Israel Katz, said Belgium would not be able to fight Islamist terrorism “if Belgians continue eating chocolate and enjoying life and looking like great democrats and liberals.” In a radio interview on Sunday, Yaakov Perry, a former Shin Bet chief now in Parliament, recommended deeper intelligence supervision of neighborhoods “where Muslims, refugees, Daesh supporters of various sorts live,” using an Arabic acronym to refer to the Islamic State. He also suggested that the French police were complacent, referring to news reports that the driver in Nice had told officers he was delivering ice cream. “If the driver says he has ice cream, open the truck and check if he has ice cream,” Mr. Perry said. That the attack occurred at a mass gathering for Bastille Day, France’s national holiday, had Israelis shaking their heads. Micky Rosenfeld, an Israeli police spokesman, said that to secure a major event like Independence Day celebrations, when tens of thousands of people gather along the Tel Aviv seafront to watch an air and naval display, officers gather intelligence for weeks beforehand, and erect a 360-degree enclosure of the area, with layers of security around the perimeter. Main roads are typically blocked off with rows of buses, and smaller side streets with patrol cars. In addition to a large uniformed and undercover police presence, counterterrorism teams are strategically placed to provide a rapid response if needed. For intelligence gathering, Shin Bet has used a “basic coverage” method, which involves homing in on a particular neighborhood or population sector that is considered a potential security risk. The agency then builds an intimate system of surveillance and a network of local informers who can point to any sign of suspicious or unusual activity.(…) But several security experts acknowledged that with citizens in a democracy, including Israel’s large Arab minority, these methods of intelligence gathering — “neighbors informing on neighbors,” as one put it — can be difficult to balance with civil liberties. These measures are also less effective, they say, in trying to prevent individual attacks that are not affiliated with any organization and that at times appear to have erupted spontaneously. The NYT
Even the Sicilian mafia has to deal with the wave of migration from Africa. The neighbourhoods under mafia control have changed profoundly in recent years due to the growing presence of foreigners, especially Nigerians coming on boats. Among them, there [are a small number] of people who want to transfer their illegal trafficking, linked to prostitution and drug dealing, to Sicily. And the mafia was quite happy to integrate them into their criminal business. Leonardo Agueci (Palermo’s deputy chief prosecutor)
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’anti-sémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays,des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
(Le 11 septembre,) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent.
(la Guerre Froide est) complètement dépassée. (…) Et la rapidité avec laquelle elle a été dépassée est incroyable. L’Union Soviétique a montré qu’elle devenait plus humaine lorsqu’elle n’a pas tenté de forcer le blocus de Kennedy, et à partir de cet instant, elle n’a plus fait peur. Après Khrouchtchev on a eu rapidement besoin de Gorbatchev. Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, les oppositions ne se trouvaient plus à l’intérieur de l’humanisme. (…) Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. Nous acceptons de vivre sous la protection d’armes nucléaires. Cela a probablement été la plus grande erreur de l’Occident. Imaginez-vous les implications. (…) Nous croyons que la violence est garante de la paix. Mais cette hypothèse ne me paraît pas valable. Nous ne voulons pas aujourd’hui réfléchir à ce que signifie cette confiance dans la violence. (Avec un autre événement tel que le 11 Septembre) Je pense que les gens deviendraient plus conscients. Mais cela serait probablement comme la première attaque. Il y aurait une période de grande tension spirituelle et intellectuelle, suivie d’un lent relâchement. Quand les gens ne veulent pas voir, ils y arrivent. Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un avenir proche. Ce que je dis aujourd’hui semble complètement invraisemblable, et pourtant je pense que le 11 Septembre va devenir de plus en plus significatif. René Girard
Deux romans français prestigieux, dissemblables dans le temps et le ton, décrivent deux visions influentes de la France dans l’avenir. Non seulement intéressants à lire (et toutes deux traduits en anglais), ils stimulent ensemble la réflexion sur les crises de l’immigration et du changement culturel dans le pays. Jean Raspail (1925-) imagine une invasion raciale venant de la mer par canots et bateaux depuis le sous-continent indien et se dirigeant lentement, inexorablement vers le Sud de la France (…) dans le « Camp des Saints », publié en1973   (…) Michel Houellebecq (1956-) raconte l’histoire non pas d’un pays (la France) mais d’un individu (François) dans « Soumission » (2015). (…) Si le roman de 1973 ne mentionne jamais les mots islam ou musulman, sa contrepartie de 2013 insiste sur les deux – à commencer par le titre : Islam signifie en Arabe soumission. A l’inverse, le premier livre est centré sur la race alors que le second la note à peine (la prostituée favorite de François est Nord-Africaine). Un récit s’achève diaboliquement, l’autre agréablement. Le premier livre est un traité politique apocalyptique déguisé en amusement, le second livre une vue littéraire et sardonique de la perte de volonté de l’Europe sans exprimer d’hostilité envers l’islam ou les Musulmans. Le premier documente une agression, l’autre une consolation. Les romans décrivent deux courants croisés majeurs presque contradictoires d’après-guerre. L’attrait d’une Europe libre et riche pour des peuples lointains et pauvres, en particulier des Musulmans. ; et l’attrait d’un islam vigoureux pour une Europe affaiblie, postchrétienne. Dans les deux cas, l’Europe – représentant seulement 7 % des terres émergées du monde mais la région dominante pendant cinq siècles, de 1450 à 1950 – s’apprête à perdre ses coutumes, sa culture et ses mœurs, en devenant une simple extension, voire une dépendance de l’Afrique du Nord. Les romans impliquent que le souci alarmant exprimé depuis des décennies (des masses de peuples sombres, violents, en colère) est devenu familier et même bénin (les universités du Moyen Orient offrent de meilleurs salaires). Ils suggèrent que le temps de la panique est passé, remplacé par le temps d’une capitulation progressive. « Camp » a éclaboussé la Droite quand il a paru mais les deux livres traitent de préoccupations plus largement partagées aujourd’hui : la réimpression de « Camp » en 2011 a atteint le sommet de la liste des meilleures ventes en France et « Soumission » est devenu simultanément la meilleure vente quatre ans plus tard en France, en Italie et en Allemagne. Quarante-deux ans séparent ces deux livres ; en sautant 42 ans de plus dans le futur, quelle histoire un roman futuriste publié en 2057 pourrait-il raconter ? Des penseurs comme Oriana Fallaci, Bat Ye’or et Mark Steyn s’attendent à un compte-rendu présumant la victoire de l’islam et raconte la chasse des quelques croyants Chrétiens restant. Mais je prédis le contraire pour bientôt : un rapport qui présume le grand remplacement de Camus a échoué et imagine une violente répression des Musulmans (selon les mots de Claire Berlinski) « titubant hors des brumes de l’histoire européenne » accompagnée d’une réaffirmation nativiste. Daniel Pipes

L’Apocalypse, c’est maintenant !

Et si au lendemain de Nice

Sur fond d’israélisation de plus en plus avancée du reste du ronde …

Et sans compter la simple criminalisation

Derrière cette guerre vraiment mondiale rêvée par le communisme …

Et cette tentative de refondation qu’on trouvait autrefois dans le marxisme …

Loin des slogans creux de nos Obama et de nos Hollande …

Comme des Grands soirs ou lendemains qui chantent de nos communistes …

Ou même le grand feu d’artifice final de nos fondamentalistes …

Ce n’était pas ca comme le suggérait René Girard …

La révélation (premier sens du mot apocalypse) qui arrivait …

Ou plutôt qui rampait comme l’avait vu Yeats …

Massacre après massacre …

Ou alors comme Houellebecq …

Soumission après soumission ?

Qui écrira l’avenir de la France?
Daniel Pipes
Washington Times
7 juin 2016

Version originale anglaise: Who Will Write France’s Future?
Adaptation française: Sentinelle 5776

Deux romans français prestigieux, dissemblables dans le temps et le ton, décrivent deux visions influentes de la France dans l’avenir. Non seulement intéressants à lire (et toutes deux traduits en anglais), ils stimulent ensemble la réflexion sur les crises de l’immigration et du changement culturel dans le pays.

Jean Raspail (1925-) imagine une invasion raciale venant de la mer par canots et bateaux depuis le sous-continent indien et se dirigeant lentement, inexorablement vers le Sud de la France. Dans le « Camp des Saints », publié en1973, il documente d’abord la réaction française impuissante, paniquée face à la horde (mot utilisé 34 fois) « continuant de venir rejoindre les foules gonflées ».

Dans une puissante fantaisie dystopique sur la race blanche et la vie européenne correspondant aux peurs décrites par Charles de Gaulle, le politicien dominant de la France d’après-guerre, qui faisait bon accueil à des citoyens français non blancs « à la condition qu’ils demeurent une petite minorité. Faute de quoi, la France ne serait plus la France. Nous sommes après tout, d’abord un peuple européen de race blanche ».

« Camp » anticipe aussi la notion du « Grand Remplacement », conceptualisé par l’intellectuel français Renaud Camus, qui prédit le remplacement rapide « du peuple historique de notre pays par des peuples d’origine immigrée et non Européens dans leur immense majorité ». Globalement la même peur – des immigrants repoussant le peuple français indigène pour s’emparer du pays – inspire le Front National atteignant désormais près de 30 % des suffrages et il poursuit sa croissance.

Michel Houellebecq (1956-) raconte l’histoire non pas d’un pays (la France) mais d’un individu (François) dans « Soumission » (2015). François est un professeur blasé, quelque peu décadent, du mouvement décadent de la littérature française. Il n’a pas de famille, d’amis, ni d’ambition ; bien qu’arrivé seulement à la mi-quarantaine, sa volonté de vivre s’est érodée dans l’ennui d’une nourriture à emporter et d’une procession de partenaires sexuelles interchangeables.

Quand un politicien musulman ostensiblement modéré devient de façon inattendue président de la France en 2022, beaucoup de changements radicaux s’ensuivent rapidement dans la vie française. Dans un mouvement surpris, ce qui commence de façon menaçante (un cadavre dans une station d’essence) se transforme assez vite de façon inoffensive (délicieuse nourriture du Moyen Orient). Attiré par un job satisfaisant et bien payé avec l’avantage d’un accès à de nombreuses étudiantes jolies et couvertes, François abandonne facilement sa vie d’avant pour se convertir à l’islam, qui lui offre les récompenses du luxe, de l’exotisme et du patriarcat.

Si le roman de 1973 ne mentionne jamais les mots islam ou musulman, sa contrepartie de 2013 insiste sur les deux – à commencer par le titre : Islam signifie en Arabe soumission. A l’inverse, le premier livre est centré sur la race alors que le second la note à peine (la prostituée favorite de François est Nord-Africaine). Un récit s’achève diaboliquement, l’autre agréablement. Le premier livre est un traité politique apocalyptique déguisé en amusement, le second livre une vue littéraire et sardonique de la perte de volonté de l’Europe sans exprimer d’hostilité envers l’islam ou les Musulmans. Le premier documente une agression, l’autre une consolation.

Les romans décrivent deux courants croisés majeurs presque contradictoires d’après-guerre. L’attrait d’une Europe libre et riche pour des peuples lointains et pauvres, en particulier des Musulmans. ; et l’attrait d’un islam vigoureux pour une Europe affaiblie, postchrétienne. Dans les deux cas, l’Europe – représentant seulement 7 % des terres émergées du monde mais la région dominante pendant cinq siècles, de 1450 à 1950 – s’apprête à perdre ses coutumes, sa culture et ses mœurs, en devenant une simple extension, voire une dépendance de l’Afrique du Nord.

Les romans impliquent que le souci alarmant exprimé depuis des décennies (des masses de peuples sombres, violents, en colère) est devenu familier et même bénin (les universités du Moyen Orient offrent de meilleurs salaires). Ils suggèrent que le temps de la panique est passé, remplacé par le temps d’une capitulation progressive.

« Camp » a éclaboussé la Droite quand il a paru mais les deux livres traitent de préoccupations plus largement partagées aujourd’hui : la réimpression de « Camp » en 2011 a atteint le sommet de la liste des meilleures ventes en France et « Soumission » est devenu simultanément la meilleure vente quatre ans plus tard en France, en Italie et en Allemagne.

Quarante-deux ans séparent ces deux livres ; en sautant 42 ans de plus dans le futur, quelle histoire un roman futuriste publié en 2057 pourrait-il raconter ? Des penseurs comme Oriana Fallaci, Bat Ye’or et Mark Steyn s’attendent à un compte-rendu présumant la victoire de l’islam et raconte la chasse des quelques croyants Chrétiens restant. Mais je prédis le contraire pour bientôt : un rapport qui présume le grand remplacement de Camus a échoué et imagine une violente répression des Musulmans (selon les mots de Claire Berlinski) « titubant hors des brumes de l’histoire européenne » accompagnée d’une réaffirmation nativiste

Voir aussi:

To France From Israel: Lessons on Living With Terror

JERUSALEM — For many Israelis, the horrifying images of a truck plowing through crowds for more than a mile in the French resort town of Nice struck a macabrely familiar chord.

“We had tractors!” said Ami Zini, 49, who runs a boutique on the shopping street of the leafy German Colony neighborhood of Jerusalem. “One of them flipped over a bus with its bucket.”

He was referring to a 2014 attack, by a Palestinian resident of the city, that killed an Israeli pedestrian. Nice was an even more direct, if far deadlier, echo of a 2011 rampage in which an Arab-Israeli man’s truck barreled down a Tel Aviv street for a mile, killing one and wounding 17.

These followed a spate of attacks with heavy construction vehicles and cars as weapons in 2008. And since October, according to Shin Bet, Israel’s domestic security agency, at least 32 Palestinians have rammed vehicles into people at bus stops, intersections and military checkpoints.

The French prime minister said after the Nice attack, the nation’s third mass killing in 18 months, that France “must live with terrorism.” That is what Israelis have been doing for decades, through the plane hijackings of the 1970s; the suicide bombers of the second intifada, or Palestinian uprising, which began in 2000; and the lone-wolf stabbings and shootings of the past 10 months.

“There were times when we were afraid to stop our cars at a red light next to a bus,” Mr. Zini, whose clothing store is named Rendezvous, to lend an air of French chic, recalled of the years in which buses were a frequent bombing target. “We live with terrorism. But we are not fearful. It is part of our daily routine.”

That routine includes opening bags for a check and passing through metal detectors at train or bus stations, shopping malls and movie complexes. At the height of the suicide bombings, customers paid a small surcharge at cafes and restaurants to subsidize the cost of a guard at the door.

Hundreds of armed civilian guards have been deployed to protect public transportation in Jerusalem in recent months amid the wave of attacks, which have been glorified by some Palestinians on social media. The guards stand at bus and light-rail stops, and hop on and off buses along main routes, with the same powers to search and arrest as the police.

Israel has also invested hugely in intelligence, its tactics evolving as its enemies change theirs.

Several psychological studies in Israel have found that people habituate quickly to threats, making adjustments to daily life — keeping children at home, for example, rather than sending them to summer camp — and adopting dark humor about the randomness of the threat.

“If I don’t get blown up, I will meet you at Dizengoff Center in about 45 minutes,” a Tel Aviv bus rider told a friend over a cellphone, in a conversation overheard by Israeli psychologists researching the aftermath of the second intifada.

The survey of 458 people, led by Yechiel Klar of Tel Aviv University, found that 55 percent had changed their behavior — spending less time outside the house, for instance, or making fewer long trips by public transportation. The other 45 percent said they had made no changes.

A separate study, done in 2003-4 at Ben Gurion University, found that residents close to attack sites — in this case, those living in Israeli settlements then in the Gaza Strip — reported a lower sense of personal threat and stress than those in two other communities, one in a Tel Aviv suburb and one in a larger settlement near the occupied West Bank city of Hebron. The research suggested that the religious fervor of the Gaza residents might have been a key factor.

In a radio interview on Sunday, Yaakov Perry, a former Shin Bet chief now in Parliament, recommended deeper intelligence supervision of neighborhoods “where Muslims, refugees, Daesh supporters of various sorts live,” using an Arabic acronym to refer to the Islamic State. He also suggested that the French police were complacent, referring to news reports that the driver in Nice had told officers he was delivering ice cream. “If the driver says he has ice cream, open the truck and check if he has ice cream,” Mr. Perry said.

That the attack occurred at a mass gathering for Bastille Day, France’s national holiday, had Israelis shaking their heads. Micky Rosenfeld, an Israeli police spokesman, said that to secure a major event like Independence Day celebrations, when tens of thousands of people gather along the Tel Aviv seafront to watch an air and naval display, officers gather intelligence for weeks beforehand, and erect a 360-degree enclosure of the area, with layers of security around the perimeter.

Main roads are typically blocked off with rows of buses, and smaller side streets with patrol cars. In addition to a large uniformed and undercover police presence, counterterrorism teams are strategically placed to provide a rapid response if needed.

For intelligence gathering, Shin Bet has used a “basic coverage” method, which involves homing in on a particular neighborhood or population sector that is considered a potential security risk. The agency then builds an intimate system of surveillance and a network of local informers who can point to any sign of suspicious or unusual activity.

Lior Akerman, a former Shin Bet division head, said that while an attack like the one in Nice could certainly happen in Israel, “it should be emphasized that the French, like the rest of the European countries, do not conduct themselves intelligence-wise in this way at all.”

But several security experts acknowledged that with citizens in a democracy, including Israel’s large Arab minority, these methods of intelligence gathering — “neighbors informing on neighbors,” as one put it — can be difficult to balance with civil liberties. These measures are also less effective, they say, in trying to prevent individual attacks that are not affiliated with any organization and that at times appear to have erupted spontaneously.

“The bad news is that even Israel doesn’t have good experience in preventing lone-wolf attacks,” said Boaz Ganor, who heads the International Institute for Counterterrorism at the Interdisciplinary Center in Herzliya, Israel, “or local network attacks, because traditional intelligence is almost nonrelevant in those cases.”

Many here said that even if Israel’s security apparatus could not have prevented an attack like the one in Nice, they imagine it would have been ended far sooner — with many fewer casualties.

“It would be impossible here because there is good security,” said Muhammad Anati, 18, a Palestinian resident of the Shuafat refugee camp in East Jerusalem.

Inbal Berner, 37, an Israeli school librarian who was sipping an iced coffee at a nearby bus stop, gave voice to the new normal the French may now face.

“I look around; I don’t go to crowded places if I don’t have to,” she said. It has been that way “forever,” Ms. Berner added, or at least since the bus bombings of more than a decade ago. Because while people do get used to terrorism to some extent, she said, “something always remains.”

Voir par ailleurs:

An uneasy alliance exists on the streets of Palermo between the traditional Sicilian mafia and Nigerian migrants encroaching on their illegal trades

Prosecutors in the Sicilian capital of Palermo are warning that a new alliance between the mafia and Nigerian criminal gangs moving in from Libya could herald a new era of organised crime.

“Even the Sicilian mafia has to deal with the wave of migration from Africa,” said Leonardo Agueci, Palermo’s deputy chief prosecutor. “The neighbourhoods under mafia control have changed profoundly in recent years due to the growing presence of foreigners, especially Nigerians coming on boats. Among them, there [are a small number] of people who want to transfer their illegal trafficking, linked to prostitution and drug dealing, to Sicily. And the mafia was quite happy to integrate them into their criminal business.”

In Ballarò, a mafia stronghold market area in the historic centre of the city, a whistle is traditionally used by drug dealers to attract customers, who are offered hashish, marijuana and cocaine. In the past this signal was only used by Italian dealers working for Cosa Nostra, the Sicilian mafia. About two years ago, when Nigerians adopted the whistle, offering drugs at a discount, it was clear that a new criminal organisation had set foot in the city.

State prosecutors in Palermo say the mafia brings in drugs and the Nigerians distribute them among both Italian and African clients.

“It is clear there is a subordinate relationship between Cosa Nostra and the Nigerian clans, with the former controlling the latter,” said Agueci. “If a Nigerian boss tried to rebel against Cosa Nostra, he would probably end up incaprettato [tied up and killed] in the countryside.”

In Ballarò, profits from pizzo – the tax levied on merchants by the Sicilian mafia – are reinvested to buy drugs for resale to Nigerian clans and their dealers. To have better control of their new African partners, Cosa Nostra seems to have made another rule clear: no guns.

“We have reason to assume,” said Agueci, “that the mafia prohibits Nigerians from owning firearms. So when Nigerians have to settle accounts within their community, they do it with axes and machetes.”

Prostitution is thought to be one of the most profitable businesses for the Nigerian clans. According to police data, 90% of prostitutes in Palermo come from Nigeria. Traditionally, Cosa Nostra is reluctant to directly manage this business – according to the old mafia codes of honour, prostitution is considered a shameful activity.

Recent months have seen a spike in violence linked to Nigerian gangs.

In the state court of Palermo a trial against an alleged Nigerian gangster, Austin Ewosa, 32, is under way. His street name is John Bull and he was arrested in September 2014, in a local bar in Ballarò. He stands accused of assault, intimidation, criminal association and attempted murder, charges that could see him jailed for 10 years.

According to the prosecution, Ewosa is the head of the feared Nigerian clan Black Axe, a criminal organisation born as a sort of student fraternity in the 1970s at the University of Benin City.

On the night of 27 January 2014, Ewosa and his thugs allegedly dragged a 27-year-old man called Don Emeka down Via del Bosco, not far from Piazza Ballarò, where they brutally disfigured him with axe and machete blows. Emeka was allegedly one of dozens of Ewosa’s victims and was punished for not having submitted to his power.

The risk of Nigerian criminals operating in Europe was revealed in a letter sent to the Italian prosecutors from the Nigerian ambassador to Rome in 2011.

“I would like to draw your attention to the new criminal activity of a group of Nigerians belonging to secret societies, forbidden by the government because of violent acts,” wrote the diplomat. “Unfortunately, former members of these sects were able to get into Italy where they re-established their criminal organisations.”

According to the prosecutors, some of the Black Axe members, including Ewosa, and also his victims, arrived in Sicily by boat. Most of them were temporarily hosted in the immigration camp at Caltanissetta, in the centre of the island.

Legal and well established Nigerians in Sicily are paying the price for this new criminal alliance between the gangs and the mafia. “Many honest Nigerians live in Palermo,” says Osas Egbon, 35, vice-president of Women of Benin City, an association that tries to take Nigerian prostitutes off the streets. “They work hard and live in fear. These families are victims on two fronts. They are victims of both Sicilian and Nigerian criminality.”

For now, Nigerians and Sicilians live in peace with the Abuja clans at the service of Cosa Nostra. But the equilibrium may not last.

“At the moment,” says Agueci, “it is hard to imagine Nigerians taking over the Sicilians. Cosa Nostra is too strong and can’t be compared to the Nigerian clans.’’

But the old Palermo godfathers have been replaced by young mafiosi who don’t seem to carry the same authority as their predecessors. Meanwhile, the Nigerian gangs are getting stronger.

Voir par ailleurs:

Slouching Toward The Center

Charles Krauthammer

The Washington Post

October 8, 1999

There are a lot of ways to say « becoming decadent » or « losing our moral moorings » or « in steep social decline. » « Slouching toward Gomorrah » is not the one that comes most readily to mind.

But that was precisely the way George W. Bush phrased it in his speech to the Manhattan Institute in New York last Tuesday. « Too often, on social issues, my party has painted an image of America slouching toward Gomorrah. »

Interesting locution. « Slouching Towards Gomorrah » happens to be the title of Robert Bork’s bestseller decrying American cultural decline. And Bush did not just allude to the title. He took exception to Bork’s very premise when he said: « Something unexpected happened on the way to cultural decline. Problems that seemed inevitable proved to be reversible. »

Of course, Bork did not originate the « slouching » image. But Bush was hardly dissing William Butler Yeats. Bush was doing an ever so subtle Sister Souljah on Robert Bork.

You remember Sister Souljah. She is the black rap artist known for inflammatory racial rhetoric whom President Clinton pointedly denounced in a 1992 campaign speech before Jesse Jackson and the Rainbow Coalition. It helped define Clinton as a Democrat who was not a captive of his party’s staunchest constituency, and helped position him as a centrist in the general election.

Bush’s Manhattan Institute speech was clearly meant to distance him from his party’s extremes and position him as a centrist too. Not content just to define his own conservatism as « the creed of social progress » concerned with « human problems » and not « CBO and GNP, » he conjured up a foil with his veiled reproach to Bork and Borkian pessimism.

Just when we thought W. was struggling to get out from under the shadow of dad, it turns out he’s trying to get out from under the cloud of Robert Bork. Bork is a central figure among social conservatives, not just for the valiant way he soldiered through his failed confirmation to the Supreme Court in 1987, but even more so for the moral passion of his subsequent writings excoriating every manifestation of American decline from euthanasia to abortion.

To be sure, the Bush speech was full of specifics and programs on how to improve education. Some very sound ideas, although none of them varied greatly from the general conservative approach of testing, excellence and vouchers–or last-resort « scholarships » as Bush delicately calls them–when the public schools utterly fail.

But Bush’s « slouching » speech will no more be remembered for its content than will Clinton’s Sister Souljah speech.

In the 2000 campaign, issuelessness reigns. Positioning is everything. Indeed, the main function of « issues »–education, health care, Medicare–is not to provide governing programs or even debating fodder. It is to serve as a vehicle for political positioning.

What, after all, are the issues in a time of amazing prosperity at home and tranquillity abroad? The traditional cutting-edge issues of taxes and abortion are both being finessed. Taxes died after the Republican Congress went home this summer and failed to find any resonance in the electorate for a tax cut.

And abortion is being smothered by the vast number of Republicans who do not want it barring their road back to the White House. (Invaluable aid is provided by Pat Buchanan’s imminent defection to the Reform Party, which is indifferent to abortion–making the point that even a pro-life totem such as Buchanan will play down abortion in order to fight for bigger prizes.)

And what, on the Democratic side, are the real issue differences between Al Gore and Bill Bradley?

There is but one overriding issue in this campaign season: electability. Bradley is rising largely because Gore looks–as Pat Moynihan so rudely pointed out–like a loser. And George W. continues his high-wire act–fantastic fund-raising and runaway poll numbers–because he looks like a winner.

How to keep looking like a winner? Slouch toward the center. With electability next November being the main campaign issue, the major candidates are not playing to their extremes–as they traditionally do to win their hard-core party primary voters–later to tack back. They are straddling the center now.

George W. begins by attacking his own party in Congress for a budgetary device that would have delayed paying income support to the working poor. « Balancing the budget on the backs of the poor, » he said with Gephardtian flourish.

Then he triangulates off Robert Bork.

Next thing you know he’ll say he loves the Edmund Morris book.

Voir enfin:

« La Seconde venue »

W. B. Yeats serait devenu, selon un article du New York Times, le poème officiel de la guerre en Irak. A vous d’en juger.

Tournant, tournant dans la gyre toujours plus large,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
L’anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : partout
On noie les saints élans de l’innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt.
Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt.
La Seconde Venue ! A peine dits ces mots,
Une image, immense, du Spiritus Mundi
Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert,
Une forme avec corps de lion et tête d’homme
Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil
Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour
Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux…
La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant,
Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés
Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar,
– Et quelle bête brute, revenue l’heure,
Trâine la patte vers Bethléem, pour naître enfin ?

COMPLEMENT:

Terror, Brexit and U.S. Election Have Made 2016 the Year of Yeats

Amid a bevy of bad news and political upheaval, journalists, commentators and others are turning to W.B. Yeats’s chilling 1919 poem ‘The Second Coming’ with unusual frequency

So long, 2016: the year of the political earthquake

Farewell Barack Obama, David Cameron and Europe: how will this year go down in history?

On the evening of 8 November, the world gathered in front of TV screens for the news. In the early hours of 9 November, it began to dawn on us that what we were watching was no longer news but history. Not since 9/11 could many recall such a sense of incredulous dread, and as Florida fell to Donald Trump, I found myself seized by an eerie premonition. I saw schoolchildren turning over history examination papers in the future, to find a question as predictable and familiar to their generation as one about the origins of the second world war had been to mine: “Identify and analyse the parallels,” it would read, “between the 1930s and the 2010s.”

No one yet knows how 2016 will be remembered, and if Boris Johnson turns out to be right, we will wonder why anyone ever worried about the arrival of another “liberal guy from New York” in the White House. If, however, pupils do one day have to answer that exam question, they might well begin by observing that we were every bit as slow as our forefathers to recognise impending catastrophe.

When David Cameron returned from Brussels in February, brandishing his peace-in-our-time renegotiated EU membership terms – can anyone now even remember what they were? – it looked as if the referendum promised nothing more sinister than the entertaining spectacle of the government tearing itself apart. No one was surprised to see Iain Duncan Smith, Chris Grayling, John Whittingdale and Theresa Villiers side with Vote Leave, but Michael Gove’s defection was a bombshell. When Johnson followed a day later, “after a huge amount of heartache”, the audacity of the pretence that he was acting on deeply held anti-EU conviction fooled nobody. As the columnist Nick Cohen put it after the vote, “There are liars, and then there’s Boris.”

In Johnson’s defence, he wasn’t the only one exploiting Europe for personal ambition. Cameron’s motives for calling the referendum had little to do with principle and everything to do with neutralising Ukip’s threat and silencing internal dissent. Europe had been a toxic nuisance to Tory leaders for 40 years, and back in 2006 Cameron famously blamed “banging on about Europe” for his party’s unpopularity (“Instead of talking about the things that most people care about,” he declared, “we talked about what we cared about most”). By the time the campaign began, fevered speculation about its implications for the Tories left little room for much thought about the damage it could do to the country.

The remain campaign imagined they’d put this right by orchstrating a chorus of hair-raising warnings. Everyone from Mark Carney to Richard Branson, the TUC to the IMF, warned of economic Armageddon. Such a powerful consensus seemed so self-evidently persuasive to remain campaigners that when voters said they were fed up with Project Fear, they refused to believe them and wheeled out President Obama, only to give leave another boost in the polls. “Bring Obama back again!” Nigel Farage gloated gleefully. “Let’s have another visit!” The then Ukip leader was more attuned than most to the new populist mood of anti-elite resentment; and when Gove told us “the people of this country have had enough of experts”, liberals were so quick to ridicule him that few considered the possibility he might, in fact, be right.

In a year when the phrase “post-truth” entered the Oxford Dictionary, and fake news helped win the White House, facts were at best worthless and at worst a liability. Once again, many of us were slow to grasp the implications of this new paradigm. Focus groups of undecided voters told remain’s leaders that their minds would be made up by hard facts – and were taken at their word. Remain duly kept churning out data – Brexit would cost “£4,300 per household”, claimed George Osborne – apparently unaware that no one likes to think, let alone admit, that what really informs their decisions is much more elusive and emotional. In the febrile new mood of 2016, remain’s threat that you would lose “vital EU funding for the farming, scientific and medical research and programmes that make a real difference in your local community” was no match for the potent promise of leave’s “Take back control”.

For a fleeting moment, the campaign seemed almost festive, when Bob Geldof and Farage traded insults across the Thames from rival flotillas. The leave boats had Joey Essex on board, while the 60s soul song The In Crowd blasted out from Geldof’s. The referendum had everyone talking, and optimists could feasibly mistake the national conversation for a unifying moment. But seven days before the vote, the mood darkened. Ukip revealed its infamous Breaking Point poster, an almost exact copy of footage from a Nazi propaganda film; hours later, an idealistic young pro-EU Labour MP was shot and stabbed to death on the street in her constituency by a Nazi sympathiser shouting “Britain first”. Even Farage privately admitted that Jo Cox’s murder would finish off leave’s chances, and liberals, though deeply shaken, assumed such grotesque ugliness couldn’t fail to bring the country to its senses. All the polls agreed.

They were wrong. On 23 June, 52% of us chose instead to vote for chaos; by breakfast the following morning, the prime minister had resigned, and even Johnson and Gove looked shell-shocked. Within days, they would destroy one another in a Shakespearean bloodbath to succeed Cameron. Once Andrea Leadsom’s misapprehension that motherhood qualified her for the job had ruled her out, Theresa May was the only one left standing, and thus became our new prime minister.

But if the Tories’ leadership race was unedifying, Labour MPs could only look on with envy. Incensed by Jeremy Corbyn’s absenteeism during the referendum campaign, more than 60 resigned from the shadow front bench, and days later 172 voted no confidence in their leader. Corbynistas retaliated with a torrent of online abuse, much of it violent and misogynistic, and a brick through leadership challenger Angela Eagle’s window put paid to any hope of a “kinder, gentler politics”. After an inflammatory summer of courtroom battles, allegations of MI5 infiltrators, rock star-style Corbyn rallies and squabbles over a £25 fee to vote, Corbyn was duly re-elected Labour leader, and promptly vanished from view again.

Historians will probably argue for ever about why we voted to leave the EU, but none could conclude that immigration played little part. The 58% spike in hate crimes that followed the vote only confirmed what the result had already told us: our compassion for migrants had curdled into fearful hostility as the crisis in mainland Europe spiralled. Hungary declared a nationwide state of emergency, and Italy replaced Greece as the people traffickers’ destination of choice, with 180,000 reaching its shores this year. The likelihood of drowning while crossing the Med narrowed from the previous year’s record of one in 269, to just one in 88; but sympathy hardened as the crisis became fatally entwined in public minds with the Islamic terror attacks rocking the continent.

Seven of the nine jihadis who attacked Paris late last year, killing 130, were reported to have smuggled themselves into Europe disguised as Syrian refugees. In March, Brussels became the next target, when bombs at the airport and a metro station killed more than 30 and injured 300. But July was to be the deadliest month: Bastille Day celebrations on a balmy night in Nice became a massacre when a Tunisian man drove a truck into the crowds, killing 86 and injuring more than 400. Twelve days later, two 19-year-old jihadis forced an 85-year-old priest to kneel at his own altar in a Normandy church and slit his throat. In Germany, an Afghan asylum seeker ran amok with an axe on a train, a Syrian refugee blew up a wine bar, another hacked a colleague to death with a machete, and a German-Iranian teenage gunman went on a rampage, killing nine. Earlier this week, a Tunisian asylum seeker was was shot dead by Italian police after being identified as the man who drove a truck into a Berlin Christmas market, killing at least 12 people.

Measures that would only recently have been unthinkable were passed with little public protest. Denmark introduced a law authorising the confiscation of jewellery and cash from asylum seekers to pay for their care, undeterred by UN warnings against fuelling “fear and xenophobia”. French seaside resorts imposed a burkini ban, leading to the surreal spectacle of armed policemen ordering Muslim women on beaches to undress, which was reversed not by public revulsion (opinion polls found two-thirds of French people in favour) but a court ruling. When the migrant camp in Calais was bulldozed, Britain agreed to take its unaccompanied minors, only for our tabloids to whip up outrage about arrivals who didn’t “look” under 18. A Tory backbencher proposed subjecting them to dental tests, to determine if they were deserving of British kindness.

The three biggest nationalities pouring into Europe were fleeing conflicts caused by events long predating 2016 and not confined within their borders. Fifteen years after western coalition forces first sought revenge for 9/11, Afghanistan and Iraq remain locked in bloody turmoil, but it was the tragedy of Syria that horrified the world this year. Five years into civil war, the president, Bashar al-Assad, remained undefeated and the international community paralysed, unable to decide which, if any, side to support.

Diplomatic scruples did not inhibit Vladimir Putin, who was all too happy to fill the vacuum. Any hope that Russian airstrikes on Syria would be confined to Isis targets soon faded as Moscow subjected eastern Aleppo to the same ruthless bombardment that had once reduced Grozny to rubble. Cluster and barrel bombs rained down on civilian homes and hospitals, even a UN aid convoy, rendering Aleppo our Guernica and killing more civilians, according to one NGO monitoring the war (the UN-sanctioned Syrian Network for Human Rights), than even Isis has. The world was shaken by footage of a shell-shocked five-year-old boy being pulled from the wreckage of his home, coated in grey dust, dazed – but still it wasn’t moved to act. “All the world has failed us,” a resident of Aleppo despaired. “The city is dying. Rapidly by bombardment, and slowly by hunger and fear of the advance of the Assad regime.” As the year drew to a close, the fall of Aleppo to Assad became inevitable, and from the ruins of one of the world’s oldest cities rose a resurgent Kremlin, restored as a global superpower.

A once faintly ridiculous figure, mocked in the west for his fondness for posing topless, Putin could plausibly claim to be the most influential world leader of 2016. For the first time in history, a Russian president was accused of deploying cyber warfare to influence the outcome of a US presidential election. Putin denied the CIA’s charge, but few in Washington doubted that he was behind the Russian hackers who infiltrated Democratic National Committee email servers and the private email account of Hillary Clinton’s campaign chairman, releasing material calculated to embarrass and undermine their candidate. Her rival had even urged Moscow to hack her account: “Russia, if you’re listening,” he declared at a press conference in July, “I hope you’re able to find the 30,000 emails that are missing.” In the words of one stunned Clinton aide: “This has to be the first time that a major presidential candidate has actively encouraged a foreign power to conduct espionage against his political opponent.”

But it was only one of many firsts in a US presidential election unlike any the world had seen. When Donald J Trump entered the race, few imagined the reality star and property tycoon with four business bankruptcies and two ex-wives behind him stood a chance against the most qualified Democratic candidate in history. This would be the year America elected its first female president, not the first leader of the free world to have never held public office. Pundits shook their heads and laughed back in January when Trump told a rally, “I could stand in the middle of 5th Avenue and shoot somebody and I wouldn’t lose any voters.” Who was he kidding? Every bizarre step he took towards November’s vote was judged by sniggering pundits to be leading him farther from the White House.

Build a wall on the Mexican border to keep out all those Latino rapists? The idea was surely absurd. Punish women for having abortions? Even pro-lifers were appalled. July’s Republican Convention was meant to confer respectability on Trump’s maverick campaign, but unravelled into farce after his wife, Melania, delivered a speech lifted verbatim from one Michelle Obama made eight years earlier. Matters only got worse when Trump launched a Twitter attack on the Muslim parents of a US soldier killed fighting in Iraq. The following week he suggested a Clinton presidency could be dealt with by “the Second Amendment people”, by which he could only mean that they assassinate her.

When a tape emerged of Trump boasting in 2005 about grabbing women “by the pussy” and getting away with it because he was famous, he retaliated by inviting three women who had accused Bill Clinton of inappropriate sexual conduct to the next presidential debate. The tape was nothing but “locker room banter”, Trump scoffed, showcasing his unparalleled gift for post-truth politics with the solemn assertion: “Nobody has more respect for women than I do.” He announced his intention to jail Clinton if he won. Even George W Bush’s former secretary for homeland security was appalled: “It smacks of what we read about tinpot dictators in other parts of the world.”

Trump dismissed as “liars” the 12 women who came forward to accuse him of having acted out his banter. Some, he sneered, weren’t even good-looking enough for him to sexually assault. “Look at her,” he mocked one. Of another: “That would not be my first choice.” In the campaign’s final weeks, what caution he ever had was thrown to the wind, as he led rallies in a mob chant of “Lock her up!”, “Build that wall!” and “Drain the swamp!” Channelling his new best friend Farage, he urged America to make 8 November “our independence day”.

As Noam Chomsky observed, “Every time Trump makes a nasty comment about whoever, his popularity goes up. Because it’s based on hate, you know. Hate and fear,” he warned, “reminiscent of something unpleasant: Germany, not many years ago.” Yet even at the 11th hour, when the FBI reopened its investigation into Clinton’s private email server, the polls still assured the world Trump could not win. And then, on 8 November, a man widely described as a sociopathic bully, grandiose narcissist, dangerous demagogue and pathological liar, who scored higher than Hitler in an Oxford University study of psychopathic tendencies, became the 45th president of the USA. It was indeed “Brexit plus plus plus”, celebrated by America’s white supremacist “alt-right” movement with cries of “Hail Trump!” and rigid one-armed Nazi salutes. In the words of veteran constitutional historian Professor Vernon Bogdanor, Trump’s election was “the most troubling political event in my lifetime. It’s not difficult to arouse nationalist passions. We saw that in the 1930s.”

The world waits to see whether President Trump will govern as he campaigned. So far he has appointed a Texan oilman and Putin ally as secretary of state, put a retired general nicknamed Mad Dog in charge of defence, a climate change denier in charge of the Environmental Protection Agency, and chosen for his chief strategist the head of Breitbart news. His foreign heroes are Putin and Farage, and his preferred medium for conducting international diplomacy is Twitter. At the very moment when America’s system of checks and balances has never been more necessary, his party controls the White House, the house and the senate.

Meanwhile, the global institutions designed to keep us safe are in trouble. The UN secretary general used to be a household name, but Ban Ki-moon’s only discernible achievement in eight years was to make himself and the UN so invisible that most of the world would struggle to recognise, let alone name, his successor taking office in January. (It’s António Guterres.) The head of the IMF, Christine Lagarde, has gone on trial in France charged with criminal negligence, and Nato’s member states have failed to pay their dues for so long that they could hardly be surprised by Trump’s reluctance to carry on bankrolling an “obsolete” institution costing the US “a fortune”. The fourth estate’s future has become increasingly fragile, too, as readers and viewers defected to the raunchier wilds of social media, and politicians from left and right discovered they could escape scrutiny from the mainstream media by simply snubbing it. When Facebook is the primary source of many voters’ news, and a conspiracy theory as crazy as Pizzagate (which linked Hillary Clinton and other Democrats to a child-abuse network run from a Washington pizzeria) can command global attention, how the powerful will be held to account is no longer clear.

If western liberal democracy reached its high point with the fall of the Berlin Wall, by the end of this year its very survival began to look in doubt. As Timothy Garton Ash put it, 2016 was “1989 in reverse”. The far right is on the rise across Europe; Marine Le Pen is a frontrunner in 2017’s French presidential election; and even if Angela Merkel holds on to power next year, the anti-immigration, populist, far-right Alternative for Germany is predicted to win seats in the Bundestag. It is with this fractured and fractious EU that Britain will negotiate the terms of its departure, cheered on by flag-waving tabloids, unconstrained by a functioning opposition, and we will finally find out what “Brexit means Brexit” means.

How did all of this happen? Following David Bowie’s death in January, and Britain’s vote to leave in June, the actor Paul Bettany tweeted one suggestion: “In January I dismissed my mate’s theory that David Bowie was the glue holding the universe together but I don’t know man… I don’t know.” After so many shockwaves and dramas, it was tempting to view the year as a freak surge of ahistorical exceptionalism, analogous to nothing and a law unto itself. History will see it differently. Just as the legacy of the great crash of 1929 took several years to manifest itself, so the consequences of the financial crash of 2008 are only now becoming clear. There was nothing magical or inexplicable about 2016. We were merely reminded of what happens when most of us do not have enough money, and a few of us have much too much.
Additional research by Matilda Munro

Where did it all go right? For a more positive view of the world in 2017, follow the Guardian’s Half Full online series, with reports on innovative ideas and solutions to the challenges of the day. Wishing you all a happier new year.


Attentat d’Orlando: Attention, une victime peut en cacher une autre ! (After Orlando shooting, British male homosexual couple traveling with adopted son on Emirati airline falls victim to South African child protection regulations)

22 juin, 2016
The Blessed Virgin Chastising The Christ Child Before Three Witnesses: Andre Breton, Paul Eluard and The Painter (Max Ernst, 1926)
The Eiffel Tower in Paris, France, shines in the colors of a rainbow to honor victims of Sunday's mass shooting at an Orlando gay club, Monday, June 13, 2016. People brought banners, flags and candles to the Place Trocadero in front of the Paris landmark. (AP Photo/Martin Meissner)Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
J’ai senti que j’essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine au lieu d’essayer de prédire l’avenir… La meilleure chose à faire avec la science aujourd’hui, c’est de l’utiliser pour explorer le présent. La Terre est la planète alien d’aujourd’hui. William Gibson
Mon père m’a battue et m’a dit que si je n’épousais pas cet homme, je serais violée et personne dans ce pays ne m’aiderait. J’ai supplié mon père, ma mère, ma tante : rien n’y a fait. (….) Chaque fois que je voulais jouer dans la cour, il me frappait et m’entraînait dans la chambre à coucher. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le mariage. Je pleurais tout le temps. Il me faisait des choses désagréables. Je courais de pièce en pièce, mais il arrivait à me rattraper. Ensuite, il faisait ce qu’il voulait. Noyoud Ali (Yéménite, 8 ans)
L’âge de la puberté est de quinze ans pour les garçons et de neuf ans pour les filles. Le mariage d’une fille qui se marie pour la première fois est conditionné à la permission du père ou du tuteur ou d’un grand-père … Le mariage avant l’âge de la puberté est interdit, toutefois les contrats de mariage décidés par le père ou le tuteur des fillettes avant cet âge sont validés si les intérêts de la personne sous tutelle sont respectés. Le mariage temporaire est légal pour une durée variant de une heure à quatre-vingt-dix-neuf ans. L’homme peut contracter autant de mariages temporaires simultanés qu’il le désire. Il peut cesser le contrat quand il le veut. La femme ne le peut pas. Constitution de la République islamique (articles 1210, 1041 et 1075)
Oui, le Prophète (…) est tombé amoureux d’Aïcha, la fille de son meilleur ami, quand elle avait 9 ans et a refusé d’attendre qu’elle ait atteint la puberté. Le Prophète a demandé la main de la petite fille à 6 ans et le mariage a été consommé quand elle a eu 9 ans: dans nos sociétés occidentales, c’est ce qu’on appelle un pédophile. Cela ne relève pas seulement de l’Histoire: aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète, ce modèle de moralité. Il est légal d’épouser une petite fille de 9 ans en Iran. Au Pakistan, cela arrive tout le temps. En 2001, le gouvernement marocain a demandé aux autorités néerlandaises d’abaisser l’âge du mariage, pour les filles, de 18 à 15 ans pour être conforme au droit islamique. Ayaan Hirsi Ali
Si vous prenez par exemple la question des droits des femmes, vous seriez surpris de découvrir à quel point Mahomet était loin d’être un prophète plus sexiste que certains pères de l’église. Mahomet a vécu plus tard que les deux précédents prophètes, il était entouré de femmes à fort caractère, comme sa première femme khadija ou sa très jeune femme Aïcha, et il s’est plutôt battu pour certaines avancées dans ce domaine. Caroline Fourest (conférence, Rimini, le 29 octobre 2006)
L’islam n’est pas incompatible avec les valeurs républicaines, pas plus que n’importe quelle autre religion. (…) Quand j’ai lu le Coran, pour les besoins de mes recherches, j’ai souvent été surprise de son contenu souvent plutôt progressiste. Mahomet s’est battu pour que les femmes héritent (au moins la moitié des hommes), que l’excision soit modérée, il a refusé que l’on marie une fille de force, sans son consentement. Bien sûr, il y a aussi des passages très durs, mais comme dans tous les textes sacrés. Ce sont aux hommes de faire le tri et de garder le meilleur. L’islam ne pose en soi aucun problème. Seul l’intégrisme menace les libertés et le vivre ensemble. Caroline Fourest
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Sauf exception – les couples d’homoparents ne sont pas infertiles. Au nom de quoi alors leur refuser la médecine de confort que l’on propose aux couples classiques? Rapport Terra Nova
Aucun maire ne pourra se soustraire à son devoir de célébrer un mariage homosexuel.  C’est juridiquement impossible. (…) Il ne s’agit pas de faire plaisir à telle ou telle catégorie de Français, il s’agit d’offrir à l’ensemble des Français l’accès à un même droit sans discrimination liée à l’orientation sexuelle. Najat Vallaud-Belkacem (ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement)
Je suis personnellement favorable à ce que la PMA soit accessible à tous. Marisol Touraine (ministre de la santé)
La disparition de la paternité risque de générer des situations extrêmement complexes pour tous les époux, de même sexe ou non. Le texte ne dit mot par exemple de ce que devient la présomption de paternité, actuellement fondée sur l’obligation de fidélité des époux. Il en résulte une présomption que les enfants mis au monde par la femme sont les enfants du mari. Mais, comme il est possible que ce ne soit pas le cas, cette présomption peut être combattue et renversée par la preuve que le mari n’est pas le père. Dans le cas d’un conjoint du même sexe, parler de « présomption de parenté » est un non-sens juridique car il y a juste désignation. Comment le juge va-t-il départager un éventuel « conflit de parenté » entre le père et la conjointe de la mère, ou bien entre la conjointe et l’amante de la mère? (…) c’est le mot même de filiation qui change de sens. Les mots mariage et parents sont employés comme si de rien n’était alors qu’ils ne peuvent plus désigner ce que sont les époux et les parents. Pour désigner les parents, on introduit l’arbitraire avec le choix dicté par l’ordre alphabétique entre les noms des adoptants. Aude Mirkovic (maître de conférences en droit privé, Université d’Evry)
Aucune indication, en revanche, sur la refonte inévitable des livrets de famille, dans lesquels le générique de « parents » ne pourra exister: il faudra nécessairement indiquer « parent 1 » et « parent 2 ». Ce qui ouvre là encore une foule de questions symboliques et juridiques: qui décidera comment les numéros seront attribués? La Vie
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est au nom de l’égalité, de l’ouverture d’esprit, de la modernité et de la bien-pensance dominante qu’il nous est demandé d’accepter la mise en cause de l’un des fondements de notre société. (…) Ce n’est pas parce que des gens s’aiment qu’ils ont systématiquement le droit de se marier. Des règles strictes délimitent et continueront de délimiter les alliances interdites au mariage. Un homme ne peut pas se marier avec une femme déjà mariée, même s’ils s’aiment. De même, une femme ne peut pas se marier avec deux hommes. (…) « le mariage pour tous est uniquement un slogan car l’autorisation du mariage homosexuel maintiendrait des inégalités et des discriminations à l’encontre de tous ceux qui s’aiment, mais dont le mariage continuerait d’être interdit. (…) L’enjeu n’est pas ici l’homosexualité qui est un fait, une réalité, quelle que soit mon appréciation de Rabbin à ce sujet (…)  c’est l’institution qui articule l’alliance de l’homme et de la femme avec la succession des générations. C’est l’institution d’une famille, c’est-à-dire d’une cellule qui crée une relation de filiation directe entre ses membres. C’est un acte fondamental dans la construction et dans la stabilité tant des individus que de la société. (…) résumer le lien parental aux facettes affectives et éducatives, c’est méconnaître que le lien de filiation est un vecteur psychique et qu’il est fondateur pour le sentiment d’identité de l’enfant. (…) l’enfant ne se construit qu’en se différenciant, ce qui suppose d’abord qu’il sache à qui il ressemble. Il a besoin, de ce fait, de savoir qu’il est issu de l’amour et de l’union entre un homme, son père, et une femme, sa mère, grâce à la différence sexuelle de ses parents. (…) Le droit à l’enfant n’existe ni pour les hétérosexuels ni pour les homosexuels. Aucun couple n’a droit à l’enfant qu’il désire, au seul motif qu’il le désire. L’enfant n’est pas un objet de droit mais un sujet de droit. Gilles Bernheim
Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses:  les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité;  le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit; les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences. Ces enjeux doivent être clairement posés dans le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Ils renvoient aux fondamentaux de la société dans laquelle chacun d’entre nous a envie de vivre. Gilles Bernheim (Grand rabbin de France)
Il y a, dans la création, une volonté de différenciation des sexes». «Le “mélange” n’est pas biblique, il y a un certain “ordre” des choses, qu’on le veuille ou non. Et il y a bel et bien une différence. Prôner l’égalité à tout prix va à l’encontre de cette volonté de différenciation entre l’homme et la femme. Or, sans différenciation, il n’y a pas de ”vis-à-vis“, pas de dialogue, pas de construction. Le mariage pour tous est donc une fausse égalité.  Claude Baty (président de la Fédération protestante de France)
Le projet du gouvernement est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté gay. Contrairement à ce qu’affirment les médias, cette revendication n’est pas majoritaire chez les homosexuels. La plupart s’en moquent, mais l’influence des associations LGBT [lesbiennes, gay, bi et trans, NDLR] est telle que beaucoup n’osent pas le dire. (…)  Je crois qu’elles étaient à cours de revendications et qu’il leur fallait en trouver une. (…) Je pense que ces associations sont dans une logique de surenchère permanente. (…)  Dès lors que vous êtes contre le mariage, contre l’adoption, les militants LGBT jugent que vous êtes réactionnaire, voire fasciste, et forcément homophobe – ce qui, dans mon cas, est pour le moins paradoxal ! En revanche, ceux qui me connaissent me disent “C’est très bien ce que tu fais” mais ils n’osent pas encore franchir le pas. Beaucoup redoutent de perdre des amis. Ils ont peur de parler. (…)  j’avais l’impression que le gouvernement se servait de ce projet comme d’un paravent, qu’il cherchait à détourner l’attention de l’opinion. Ce qui s’est passé ces derniers jours le prouve : Christiane Taubira en a reparlé juste après l’intervention télévisée de François Hollande et l’annonce de milliards d’euros d’impôts supplémentaires. Je trouve cela choquant. (…) Il est important de faire monter sur scène des personnes qui sont contre ce projet mais qui n’osent pas encore le dire. Actuellement, seuls ses partisans ont accès aux médias audiovisuels. Qu’il y ait des pour, des contre, mais surtout, qu’il y ait un débat ! Xavier Bongibault
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où  » tout  » serait possible : que les hommes soient des  » papas  » et aussi des  » mamans « , les femmes des  » mamans  » et aussi des  » papas « . Un monde comme celui de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. Dans la préface qu’elle a écrite pour le livre d’Eric Dubreuil, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, tenante de l’adoption, écrit ainsi :  » Dans les familles homoparentales, l’enfant devrait en ce sens pouvoir fantasmer de façon positive sur le coparent, l’autre personne qui a participé à sa naissance, comme un personnage “en plus” à la manière d’un “oncle d’Amérique” ou d’une “bonne fée Morgane”.  » Le coparent (« mère porteuse » grâce auquel un homme peut devenir « mère » de l’enfant de son compagnon ou « père donneur de sperme » grâce auquel une femme peut devenir « père » de l’enfant de sa compagne) est donc clairement situé comme la fée de la toute-puissance. Etrange déclaration quand on sait à quel point la toute-puissance est invalidante pour les enfants et à quel point elle les empêche d’accéder à une  » vraie puissance « . Pourquoi se fatiguerait-on à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ? Il est donc clair que si, en permettant son adoption par un couple homosexuel, on faisait de l’enfant l’otage du fantasme de ses « adoptants », si on le mettait en position d’être la preuve vivante que le « tout » dont ils rêvent est possible, on hypothéquerait sa construction et ce, d’autant plus que ce fantasme du « tout » serait, dans le cadre d’une procédure, ratifié par la loi. Claude Halmos
Si la différence des sexes est essentielle à l’enfant en tant que repère symbolique, elle ne peut cependant remplir totalement sa fonction si elle reste un repère abstrait. Pour servir au développement de l’enfant, la différence des sexes doit en effet s’incarner, prendre corps… dans des corps. L’enfant ne se construit pas par rapport à des entités abstraites – homme, femme, masculin, féminin – et il ne se construit pas non plus en référence à n’importe quel autre. Il se construit, par rapport à ces deux premiers  » autres  » que sont ses parents par rapport à leur conscient, leur inconscient, leur corps. Dès les premières heures de sa vie, il ressent avec sa tête et avec son corps ce que ressentent les têtes et les corps de ses parents et tout ce qui circule entre eux (désir, rejet, tendresse, violence…). Devenu adulte, il retrouve parfois, sur le divan de l’analyste, cette mémoire enfouie à la fois dans son inconscient et dans son corps, pour découvrir qu’elle a modelé son rapport aux autres, au monde et surtout à la sexualité. Cette dimension de la construction de l’être humain, dans un  » nouage  » entre le corps et le psychisme, les tenants de l’adoption la nient parce qu’ils oublient le corps. L’univers qu’ils décrivent est un univers de  » fonctions  » abstraites et parfaitement désincarnées. Point n’est besoin, selon eux, d’un corps sexué de femme pour  » faire  » la mère ou d’un corps sexué d’homme pour  » faire  » le père :  » On oublie toujours que les hommes peuvent se comporter en véritables femmes (éducatrices) et les femmes en hommes (gestionnaires) « , déclare dans “l’Evénement”, François Dagognet, philosophe et professeur à Paris III. Et d’ajouter :  » Ne nous arrêtons pas à la première apparence. La transsexualité devrait ici nous ouvrir les yeux et nous éveiller à des définitions plus souples.  » Notons au passage cette notion de  » souplesse  » que l’on retrouve, quasiment élevée au rang de concept tout au long des écrits des partisans de l’adoption, mais remarquons surtout que l’argument de François Dagognet est des plus curieux. Il invoque en effet l’exemple des transsexuels pour justifier que n’importe qui puisse indifféremment  » faire  » l’homme ou la femme alors même que le transsexuel, par sa souffrance, dit exactement le contraire. Il (ou elle) atteste en effet dans la douleur de la nécessité que l’identité sexuelle  » dans la tête  » soit identique à celle que l’anatomie a inscrite dans le corps. Face à ces fonctions parentales réduites à des rôles sans corps, les tenants de l’adoption posent un enfant qui construirait son identité sexuelle lui aussi abstraitement,  » par la tête  » et sans passer par le corps. Pour devenir homme ou femme, il suffirait, à les entendre, de rencontrer des hommes et des femmes et d’imiter ces  » modèles « . Claude Halmos
Aucune famille hétérosexuelle n’est idéale et l’hétérosexualité des parents n’a jamais été, en tant que telle, une garantie de bien-être pour les enfants. Il s’agit seulement que les enfants adoptés aient les mêmes chances (et les mêmes malchances) que ceux qui sont élevés par leurs parents biologiques. Le  » droit à l’indifférence  » que réclament, à juste titre, les homosexuels n’a de sens que s’il n’est pas entendu comme un  « droit à l’indifférenciation ». Claude Halmos
Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation. Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle  » modernité  » le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité. Collectif
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. Jean-Pierre Winter
Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: « If you identify yourself as a boy, this is your toilet » (« Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes »). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de « rejuger » les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de « réécrire » l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique « un homme peut aimer un homme » à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
Although Swedes are shocked that many immigrant girls are subjected to female genital mutilation (FGM), the Swedish government plans to allow hospitals to cut away the perfectly healthy genitals of children who believe they belong to the opposite sex. In 2011, a Swedish study done by Karolinska Institutet showed that the suicide rate among post-op transgender people is far higher than that of the general population. Other studies show that 70%-80% of kids suffering from gender dysphoria lose these feelings after a few years. Yet despite loud protests against this cruel and un-Swedish practice, the government seems to be planning to legislate in favor of another kind of genital mutilation of children: Sex-change operations, or to use a more politically correct term « gender reassignment surgery » (GRS). Ingrid Carlqvist
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Des douzaines d’innocents ont été massacrés, nous soutenons le peuple d’Orlando. L’enquête débute seulement mais il s’agit bien d’un acte de terreur et de haine. Je viens d’avoir une réunion avec le FBI, toutes les ressources du gouvernement fédéral seront mises à disposition. On ne connaît pas les motivations de cet homme, mais il s’agissait d’un homme rempli de haine, nous allons essayer de savoir pourquoi et comment cela s’est passé. Barack Hussein Obama
La différence entre la Manif pour tous et Orlando ? Le passage à l’acte. Jean-Sébastien Herpin (EELV)
Orlando était à la fois une attaque terroriste et une attaque homophobe contre des personnes LGBT. Si un terroriste avec des antécédents de haine et de dégoût des Juifs était entré dans une synagogue et avait tué 50 personnes, nous aurions justement décrit cette attaque comme terroriste et antisémite. Owen Jones
Le pulse est un club gay. Il était fréquenté ce soir là par des gays, des lesbiennes, des bi.e.s, des trans, des hétéros et sans doute plein de personnes qui ne se reconnaissent pas vraiment dans ces étiquettes que je viens de lister. C’est dans un club gay donc, qu’un homme mue par une haine inouïe des LGBT, a décidé de venir lourdement armé pour tuer. Efficace, méthodique et déterminé il s’est, trois heures durant, appliqué à massacrer froidement les gens qui se trouvaient là. Comment ne pas s’étonner alors du silence des médias français qui ont cru bon d’attendre la fin de la journée pour faire état d’un lien possible entre le lieu et l’attaque, entre l’homophobie et le massacre. Comment ne pas s’insurger contre l’incapacité d’une classe politique à utiliser le terme « homophobie »? Et que dire aujourd’hui des titres de la presse nationale qui omettent, à l’exception du journal Sud-Ouest, de mentionner le terme « gay » ou l’expression « club gay » dans les titres de leurs Unes ? Pourtant c’est bien la communauté LGBT de la ville qui a été visée, et au delà toutes les personnes LGBT. Finalement, il demeure l’impression que les médias français traitent l’attentat comme les tueries survenues aux Etats-Unis, sans questionner plus avant ni les faits, ni leurs causes, avec une désinvolture coupable. Il ne s’agit pas ici de plaider pour la concurrence victimaire mais de souligner que la société ne se déshonore pas quand elle reconnait aussi les victimes de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie. Minimiser ce fait n’est pas un exercice anodin, il est le fruit d’une vision sociétale qui peine encore à s’émanciper d’un ancrage culturel profond. Parmi les victimes de ces attentats trop nombreux, il y a des journalistes, des juifs, des musulmans, des agnostiques, des Africains, des Européens, des asiatiques, des Américains mais aussi des lesbiennes, des gays, des bi.e.s et des trans. La violence dont nous sommes les témoins, démontre que la haine homophobe et transphobe peut être aussi un prélude aux massacres de masse. L’invisibilisation de la motivation homophobe de l’attentat, dénoncée par ailleurs dans d’autres tribunes parues aujourd’hui, permet aux plus fervents ennemis des personnes LGBT comme Christine Boutin, Robert Menard, la Manif Pour Tous – et j’en passe – de se parer d’une émotion de circonstance. Bouffis d’hypocrisie, ces dangereux pyromanes semblent marquer une distance avec les assassins qu’ils contribuent à créer. Les tenants de l’ordre moral religieux, qui depuis des siècles font des LGBT des créatures contre-nature, fournissent le terreau idéologique dans lequel les auteurs d’actes LGBT-phobes puisent leur haine. L’état islamique s’est empressé de revendiquer le massacre d’Orlando, qualifiant le tireur de soldat du khalifa. (sic) L’enquête dira bien assez vite quels liens entretenaient le tueur présumé avec l’organisation terroriste mais une chose est certaine : le massacre répond à l’idéologie prônée par l’état islamique. Depuis plusieurs mois des alertes existent, comme ces hommes balancés depuis les toits des immeubles de Raqqa et présentés comme homosexuels. Les personnes LGBT ne sont d’ailleurs qu’une partie des cibles, l’état islamique massacre aveuglement toutes celles et ceux qui vivent selon des règles qui ne sont pas les leurs. Des règles inspirées d’une vision fantasmée, de la religion. Le fanatisme qui en découle touche toutes les religions sans distinction. Toutefois, si les fanatiques peuvent s’inspirer des religions pour promouvoir leur idéologie destructrice c’est bien parce que les religions, dans leur référentiel de valeur, le permettent. Les trois religions structurent la société depuis des siècles, et depuis des siècles leurs dogmes appellent au meurtre des homosexuels. Durant, le débat sur le mariage pour tous, le fait était pourtant évident, peu l’on dénoncé publiquement. De la prière du 15 aout 2013, rédigée par la conférence des évêques de France pour défendre le couple homme/femme comme seul modèle acceptable, à la lettre du Rabin Gilles Bernheim qui faisait état « du préjudice que la loi causerait à l’ensemble de la société », en passant par les propos de Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris qui déclarait sur Europe 1 : « Nous condamnons l’homosexualité, mais nous ne voulons pas être homophobes », tout aura été fait pour humilier les personnes LGBT. La violence des propos, maquillée en débat démocratique légitime n’était finalement que la transposition limpide du dogme. Comment s’étonner alors de la haine dont sont victimes les personnes LGBT quand on sait que les écrits religieux de référence regorgent d’appels au meurtres de celles et ceux dont la sexualité et au mieux considérée comme une abominable déviance. C’est pourquoi les institutions religieuses doivent aussi prendre la pleine mesure de la responsabilité qu’elles portent, siècles après siècles dans la discrimination institutionnalisée de millions de personnes. Il est trop facile d’adopter une posture bienveillante par l’intermédiaire d’un tweet de soutien et d’amour quand on n’a de cesse par ailleurs d’attiser les haines qui conduisent à de tels massacres. Nicolas Rividi (militant LGBT, ex porte-parole de l’Inter-LGBT)
« Pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis », « tuerie en Floride », « Tuerie de masse dans une boite de nuit en Floride ». Ce lundi 13 juin dans la presse française et internationale, un mot semblait manquer à l’appel pour décrire l’attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés: « homophobie ». Comme l’ont fait remarquer plusieurs médias, seul Sud Ouest, en France, parlait sur sa Une de « massacre homophobe ». Aux Etats-Unis aussi, la presse titrait beaucoup sur les victimes ou le tueur, précisant que l’attaque a eu lieu dans un club gay, mais sans forcément la qualifier d’homophobe. (…) Si les motivations d’Omar Mateen, l’auteur de la tuerie, restent encore à préciser, notamment sur ses liens exacts avec l’Etat islamique, une chose est certaine: sa cible, c’était des gays. Le lieu de son attaque, c’était un club gay. Même s’il s’agit d’une attaque revendiquée par Daech, la tuerie d’Orlando, la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, restera pourtant certainement dans les esprits comme un acte terroriste homophobe plutôt qu’islamiste. (…) A l’heure actuelle, il semblerait qu’Omar Mateen soit un « loup solitaire », étant certes inspiré par l’idéologie de Daech mais sans avoir suivi leurs instructions pour mener cette attaque. Barack Obama a affirmé lundi en fin d’après-midi qu’il n’existait pas à ce stade de « preuves claires » que l’attaque ait été commanditée depuis l’étranger. et qu’il était possible que « le tireur ait été inspiré par diverses sources d’information extrémistes sur Internet ». Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’Omar Mateen était capable de se mettre en colère rien qu’à la vue de deux hommes s’embrassant. C’est ce que son père a raconté à NBC: « Nous étions dans le centre-ville de Miami (…). Et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et son enfant, et il est devenu très énervé », a-t-il confié à la chaîne. « Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: ‘Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça' », a-t-il ajouté, assurant que la fusillade de dimanche n’avait « rien à voir avec la religion ». Très clairement, c’est l’homophobie, plutôt que la religion, qui est à l’origine de ce massacre. (…) Au final, comme l’expliquait Owen Jones, cet attentat terroriste est certainement à la fois homophobe et islamiste. C’est aussi ce que souligne le site de CNN, pour lequel la tuerie a pu être « motivée par l’homophobie et l’Islamisme radical » en même temps. Par contre, la perception de cette tuerie, ce que nous en retiendrons, est certainement que c’est une attaque homophobe, ayant visé délibérément des personnes LGBT, dans un lieu LGBT. Après les premières Une de presse focalisées sur le caractère terroriste de l’attaque, c’est en tout cas le tournant que semble prendre l’opinion. François Hollande l’a lui-même qualifiée de « tuerie homophobe ». Aux quatre coins du monde, ce sont bien les couleurs de l’arc-en-ciel qui sont affichées, que ce soit sur la Mairie de Paris, le World Trace Center, la grande roue d’Orlando, la Sky Tower d’Auckland, la mairie de Tel-Aviv ou encore la Tour Eiffel ce lundi soir. Preuve s’il en est que quelque soit le mot final de cette affaire, c’est bien la communauté ciblée par l’attaque, plutôt que les liens de son auteur avec l’EI, qui resteront dans les annales. D’autant plus que, même si les Etats-Unis ne découvrent pas les actes de violence envers les personnes LGBT, c’est la première tuerie homophobe de cette ampleur. Marine Le Breton
Le massacre d’Orlando traîne à être reconnu comme un acte homophobe. Même si la législation de certains pays occidentaux a évolué, la haine des gays, lesbiennes, bi et transexuels reste un phénomène largement répandu, dans les trois religions monothéistes et bien au-delà. Au procès de Nuremberg, aucune mention ne fut faite du meurtre de masse des « triangles roses », les homosexuels. Et pour cause. Les vainqueurs qui organisaient le procès des Nazis poursuivaient dans leur propre pays des politiques hautement homophobes. Le sujet fut passé sous silence et n’apparut dans aucun mémorial ni sur aucun monument aux morts. Les déportés survivants ne purent obtenir ni reconnaissance, ni indemnisation. Le soir du drame d’Orlando, le journal de France 2 annonçait une tuerie dont le mobile n’était « pas connu », après avoir précisé qu’il avait été perpétré dans une boîte « gay » par un homme clamant aux journalistes son dégoût pour un baiser entre deux hommes… Même négation de l’évidence qui dérange. Qu’un intégriste religieux ait perpétré la tuerie d’Orlando n’est donc malheureusement pas une surprise. Juifs, Chrétiens et Musulmans comptent dans leurs rangs des propagandistes de la haine homophobe radicale. Récemment, en France, le Grand Rabbin Sitruk affirmait: « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité » et considérait la Gay Pride de Tel Aviv comme une « tentative d’extermination morale » des Juifs. (…) Du côté de l’Islam, la plupart des pays à majorité musulmane continuent de condamner l’homosexualité (parfois de mort) dans leur code pénal. Quant à l’église, elle reste traversée par de violents courants homophobes, telle la « Manif pour tous ». On se souvient aussi des sorties du cardinal Barbarin, primat des Gaules: « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. » (…) Que Daech s’empare de cette haine ne peut donc nous surprendre. Mais il serait dramatique que l’organisation terroriste serve d’arbre qui dissimule la forêt homophobe. Ainsi, la loi du Mississipi vient d’être modifiée, permettant à un fonctionnaire ou un commerçant de ne pas servir les homosexuels si ses convictions religieuses le lui interdisent. La Caroline du Nord lui a emboîté le pas en mars 2016 et d’autres états suivront peut-être. (…) Le silence de Nuremberg sur le massacre des homosexuels n’était que le prélude à l’actuelle hypocrisie dans laquelle baignent toujours nos pays. Par la honte que leur impose une culture patriarcale, hétéronormée et androcentrée, des homos, bis et transsexuels tombent par milliers: meurtres, suicides, autodestruction. Patric Jean
On se trouve dans l’abîme vertigineux de la sottise islamo-gauchiste dont les Verts français sont les représentants les plus emblématiques. Déjà Clémentine Autain, qui est en principe une féministe intransigeante, avait essayé au moment des révélations de Cologne (quand des femmes allemandes avaient été agressées par des migrants islamiques) de se lancer dans des considérations oiseuses sur la manière dont les femmes avaient été traitées, violées, lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle était tellement préoccupée par le fait de ne pas insister sur la dimension machiste des hommes d’Orient qu’il lui fallait absolument puiser dans un événement de l’histoire pour généraliser. Comme si une situation de guerre pouvait être équivalente avec ce qu’il se passe en temps de paix ; oubliant par ailleurs que lors des viols de masse des femmes siciliennes (plaie toujours vive en Sicile), les goumiers marocains n’étaient pas les derniers à commettre des exactions. Ceci posé, on est toujours dans la même stupidité aberrante lorsque l’on compare un massacre horrible avec des manifestations tout à fait licites. Et il faut rajouter que l’on peut considérer que le mariage homosexuel n’est pas une avancée en soi, que la norme conjugale doit se situer dans le cadre de la procréation naturelle entre un homme et une femme sans être pour le moins du monde homophobe. En conséquence, considérer que tous ceux qui ont participé à la Manif pour Tous sont homophobes, c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit qui n’étonnera pas ceux qui connaissent bien les Verts. (…) On peut parfaitement et valablement dire que de manière générale, les religions regardaient, et pour certaines regardent encore, l’homosexualité comme un vice. Il est vrai que certains dignitaires juifs ou catholiques ne sont pas en reste de condamnation morale. J’ajoute qu’il n’y a pas si longtemps, les freudiens eux-mêmes considéraient l’homosexualité comme une perversion. Ceci fermement posé, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de tuer des homosexuels ? Qu’est-ce que cela a à voir avec la déclaration de l’imam d’Orlando, trois mois avant l’attentat, quand lui aussi déclarait que les homosexuels méritaient la mort ? Qu’est-ce que cela a à voir avec les lois qui sont en vigueur dans la quasi-totalité des pays islamiques, et qui emprisonnent les homosexuels quand ils ne pratiquent pas la peine de mort contre eux ? Lorsqu’on pratique un amalgame aussi grossier, c’est bien évidemment, encore une fois, pour tenter de disculper les criminels. Gilles-William Goldnadel
Quel ne fut pas mon étonnement, lundi 13 juin au matin, d’entendre, sur une radio du service public (France Culture), tout un débat non pas pour dénoncer un acte terroriste et compatir au sort de victimes particulières, mais pour défendre l’idéologie LGBT et incriminer toutes «les postures religieuses patriarcales», dont la chrétienne, qui seraient le terreau de l’homophobie. Caroline Fourest nous a expliqué qu’aux Etats-Unis «le magistère d’homophobie était exercé par les chrétiens intégristes» (alors que le terroriste se réclamait de l’Etat Islamique) tandis que Serge Hefez, doctement, indiquait que la «haine des homophobes» était provoquée par les remises en cause, par l’homosexualité, «des questions de genre et de l’ordre patriarcal». Pour la première, ce que fit d’Omar Mateen avait une différence de degrés et non de nature avec les convictions religieuses chrétiennes. Dans cette lignée Jean-Sebastien Herpin, secrétaire régional EELV, s’est cru autorité à tweeter lundi 13 juin: «la différence entre la manif pour tous et Orlando? Le passage à l’acte». Pour le second, l’homosexualité en tant que telle provoque un ébranlement radical des stéréotypes anthropologiques habituels qui forceraient les petits garçons «à devenir des garçons virils, combatifs et dominants» et les petites filles «à devenir douce, dociles et soumises à l’ordre patriarcal et masculin» L’homophobie serait alors, avant tout, une peur ancestrale que «les hommes ne soient plus assez virils» pour «défendre la Nation». Le problème avec ce genre d’interventions est qu’elles font de ces cinquante victimes des membres de «la communauté LGBT» avant que d’être des personnes et des citoyens américains. D’où, un peu partout, sur la tour Eiffel ou en Australie, des marques de sympathie aux couleurs du drapeau de l’internationale LGBT et non du drapeau américain. Comme si notre compassion, devait, avant que de se manifester, approuver l’idéologie LGBT et abandonner toutes convictions religieuses. Comme si on devait accepter l’idée que ces cinquante personnes auraient été victime de toutes les homophobies religieuses – et dont celle des islamistes serait simplement la moins hypocrite. Nous assistons-là, dans ce genre de débat fermé, à trois types de confusions intellectuelles – qui se retrouvent à l’œuvre dans bien des situations autour des questions de genre ou d’homosexualité. D’une part une extension, au-delà du raisonnable, de «l’homophobie», au point d’incriminer tous les chrétiens à l’occasion du crime horrible d’un fou-furieux islamiste aux Etats-Unis. Tant que le terme «d’homophobie» ne sera pas rigoureusement défini, nous constaterons ces dérives injurieuses. Tant qu’il ne sera pas distingué de la haine meurtrière intolérable ou des possibles et respectables (je le crois!) remises en cause de l’impérialisme de la théorie du genre, toute discussion commune sera impossible. Seconde confusion: une manière de criminaliser tous ceux qui défendraient «l’ordre patriarcal» – bien qu’il soit la chose du monde la mieux partagée sur terre, hormis dans les pays occidentaux – et qui serait, par nature, une incitation, plus ou moins explicite, au meurtre ou à la persécution des homosexuels. Cet amalgame permet d’envoyer les contradicteurs dans l’enfer haineux de ceux qui refuseraient la nécessaire diversité multiculturelle. Nous avions vu cette même posture lors du débat sur le «mariage pour tous». Troisième confusion: celle entre l’homosexualité comme une liberté personnelle, et qui est à préserver, et l’idéologie LGBT qui elle, via la théorie du genre, doit s’imposer à tous et désaffilier les genres et ouvrir le champ des sexualités possibles. Les idéologues LGBT, dont les représentants ont tous leurs rond de serviette dans l’audiovisuel public, ne défendent pas une liberté d’indifférence (celles des sexualités de chacun) mais prônent, volontairement, des révolutions anthropologiques radicales. Ces trois confusions volontaires, conduisent à un coup force permanent, une constante violence intellectuelle dans tous ces débats. Celui qui remet en cause l’un ou l’autre de ces jeux de mikado des sexualités flottantes autant qu’indéterminées est jugé «homophobe». Celui qui garde une conviction religieuse est d’une manière ou d’une autre «homophobe». Celui qui dirait sa solidarité vis-à-vis des victimes d’Orlando et qui serait contre «le mariage pour tous» est un complice du meurtrier. Et plutôt que de renvoyer les sexualités dans la sphère privée, il est toujours et encore question «d’avancées» nouvelles et de visibilités accrues, pour lutter contre les «discriminations». Que nous promet-on maintenant, pour demain? La légalisation du «troisième genre» comme en Allemagne? Une «bataille des toilettes», comme aux Etats-Unis où il est permis, dans certains Etats, pour des personnes transgenres d’aller dans les toilettes de leurs choix? Une crainte apparait alors: une dérive accélérée des continents anthropologiques entre l’Occident et le reste du monde. On préfère ici lutter contre les «assignations sexuelles» plutôt que de lutter, ailleurs, et surtout dans les pays musulmans, contre l’oppression bien réelle des homosexuels et des femmes, leurs humiliations, leurs condamnation à l’invisibilité sociale. Le multiculturalisme est aussi une guerre de civilisation, une manière de rendre l’entente impossible et la réconciliation improbable. Damien Le Guay
Nous étions très heureux de faire ce long voyage pour la première fois avec notre fils Kieran et tout a effectivement été gâché par le personnel d’Emirates. Lee Charlton
Depuis le 1er juin 2015, conformément à la réglementation sud-africaine, toute personne se rendant dans le pays avec un mineur de moins de 18 ans doit prouver sa paternité ou sa tutelle de l’enfant avec lequel elle voyage – tandis que les adultes voyageant seuls avec leurs enfants ont besoin de montrer qu’ils ont le consentement de leur partenaire qui ne voyage pas. Comme toutes les compagnies aériennes, nous devons nous conformer aux lois de chaque pays dans lequel nous opérons, responsabilité que nous partageons avec les passagers qui sont tenus de détenir des documents de voyage valables pour tous les pays inclus sur leur itinéraire. Nous notons que la famille Charlton a poursuivi son voyage à Durban sur le vol Emirates EK 775, conformément à leur réservation. Nous regrettons tout inconvénient que cet incident aurait pu causer, mais devons rappeler que le respect des lois internationales concernant la protection des enfants ne saurait être compromis. Porte-parole d’Emirates

Attention: une victime peut en cacher une autre !

En ces temps décidément étranges de mariage et d’enfant pour tous …

Où la relation ou le mariage d’un homme et d’une femme sont devenus relation ou mariage « hétérosexuels » …

Où la naissance d’un enfant n’est plus le fruit de l’accouplement d’un homme et d’une femme …

Où tout en se mobilisant contre la mutilation génitale ou le mariage forcé des petites filles, on propose d’autoriser dès l’âge de douze voire sept ans les opérations de changement de sexe pour les enfants …

Où les djihadistes (pardon: « terroristes » entre guillemets s’il vous plait !) ne sont qu’un « tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris » …

Où alors que sous la menace djihadiste nos rues et nos vies s’israélisent à vue d’oeil, un seul pays qui la subit depuis des décennies ne semble jamais avoir ses couleurs nationales illuminées sur les monuments du monde …

Et où sur fond de bataille des toilettes, un attentat terroriste par un tueur se réclamant de l’islam n’est plus qu’un acte homophobe ou la faute de la Manif pour tous ou du lobby des armes à feu

Comment ne pas voir …

Le véritable scandale de ce couple d’hommes homosexuels britanniques voyageant avec leur fils adoptif de Dubai à Durban …

Harcelé par une compagnie aérienne émiratie …

Au nom – tenez vous bien ! – de la réglementation sud-africaine… pour la protection de l’enfant ?

Patric Jean Devenez fan Auteur et réalisateur, son dernier livre questionne « Les hommes veulent-ils l’égalité? », dans la continuité de son film « La domination masculine ».
Orlando, l’arbre qui cache la forêt homophobe
Patric Jean
The Huffington Post
13/06/2016

Le massacre d’Orlando traîne à être reconnu comme un acte homophobe. Même si la législation de certains pays occidentaux a évolué, la haine des gays, lesbiennes, bi et transexuels reste un phénomène largement répandu, dans les trois religions monothéistes et bien au-delà.

Au procès de Nuremberg, aucune mention ne fut faite du meurtre de masse des « triangles roses », les homosexuels. Et pour cause. Les vainqueurs qui organisaient le procès des Nazis poursuivaient dans leur propre pays des politiques hautement homophobes. Le sujet fut passé sous silence et n’apparut dans aucun mémorial ni sur aucun monument aux morts. Les déportés survivants ne purent obtenir ni reconnaissance, ni indemnisation.

Le soir du drame d’Orlando, le journal de France 2 annonçait une tuerie dont le mobile n’était « pas connu », après avoir précisé qu’il avait été perpétré dans une boîte « gay » par un homme clamant aux journalistes son dégoût pour un baiser entre deux hommes… Même négation de l’évidence qui dérange.

Qu’un intégriste religieux ait perpétré la tuerie d’Orlando n’est donc malheureusement pas une surprise. Juifs, Chrétiens et Musulmans comptent dans leurs rangs des propagandistes de la haine homophobe radicale. Récemment, en France, le Grand Rabbin Sitruk affirmait: « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité » et considérait la Gay Pride de Tel Aviv comme une « tentative d’extermination morale » des Juifs. Invitant au passage à l’acte, il complétait façon Daech: « J’espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination ».

Du côté de l’Islam, la plupart des pays à majorité musulmane continuent de condamner l’homosexualité (parfois de mort) dans leur code pénal. Quant à l’église, elle reste traversée par de violents courants homophobes, telle la « Manif pour tous ». On se souvient aussi des sorties du cardinal Barbarin, primat des Gaules: « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. »

Dans les trois entités religieuses, des voix contradictoires se font entendre depuis longtemps: l’association Homosexuels Musulmans de France (HM2F créée en 2010), David & Jonathan, mouvement homosexuel chrétien (depuis 1972), et Beit Haverim, groupe juif des homosexuels de France (depuis 1977).

Des intellectuels de toutes ces confessions ont signé des appels contre l’homophobie et la transphobie, comme celui rassemblant le philosophe protestant Olivier Abel, l’essayiste catholique Jean-Claude Guillebaud, le théologien musulman Tareq Oubrou et le rabbin Rivon Krygier, « inquiets des discriminations, des violences et des humiliations dont les homosexuels et transsexuels continuent à être l’objet ». Ils précisaient: « nous avons le sentiment que dans chaque famille religieuse se trouvent des expressions qui appellent au refus de ces violences et de ces humiliations, et d’autres au contraire qui y incitent.

Que Daech s’empare de cette haine ne peut donc nous surprendre. Mais il serait dramatique que l’organisation terroriste serve d’arbre qui dissimule la forêt homophobe. Ainsi, la loi du Mississipi vient d’être modifiée, permettant à un fonctionnaire ou un commerçant de ne pas servir les homosexuels si ses convictions religieuses le lui interdisent. La Caroline du Nord lui a emboîté le pas en mars 2016 et d’autres états suivront peut-être.

Dans la très catholique Pologne, il ne fait pas bon être homosexuel et des représentants de l’église n’hésitent pas à appeler à la ségrégation à l’emploi contre les homosexuels considérés comme déviants. En Russie, le président Poutine a fait voter une loi interdisant toute propagande homosexuelle et de nombreux témoignages démontrent qu’il est toujours extrêmement dangereux de s’afficher publiquement dans ce pays.

Il faut d’ailleurs observer que, parmi les chefs d’Etats qui étaient très « Charlie » le 11 janvier à Paris suite au massacre de 11 personnes, la moitié ne pourrait être autant « Orlando » pour les 50 victimes américaines, car leurs lois ou coutumes nationales le leur interdiraient…

Et il ne faut pas voyager hors de nos frontières pour observer la culture homophobe, même en dehors des religions. Il ne s’agit évidemment pas de massacres comme à Orlando et pourtant… En France, les homosexuel-le-s de moins de 25 ans tentent de se suicider 13 fois plus que les hétérosexuels de leur âge. Ces jeunes adultes souvent rejetés par leurs propres parents sont loin de tous appartenir à des familles intégristes…

Le silence de Nuremberg sur le massacre des homosexuels n’était que le prélude à l’actuelle hypocrisie dans laquelle baignent toujours nos pays. Par la honte que leur impose une culture patriarcale, hétéronormée et androcentrée, des homos, bis et transsexuels tombent par milliers: meurtres, suicides, autodestruction. Combien sont-ils et elles à se cacher parce que leur milieu familial, social ou professionnel ne permet pas un coming-out?

Notre société a besoin d’un grand nettoyage culturel contre la haine des lesbiennes, gays, bis et transexuel-le-s.

Nous, hétéros cis-genre, qu’Orlando ne nous détourne pas de notre responsabilité et nous serve d’avertissement.

Voir aussi:

Nicolas Rividi Militant LGBT, ex porte-parole de l’Inter-LGBT
À Orlando, les racines de la haine
Nicolas Rividi

the HuffPost

13/06/2016

Hier matin j’ai découvert le Pulse vers 10h, via une notification de CNN sur l’écran de mon smartphone. Je n’avais jamais entendu parler de ce club gay d’Orlando, la ville m’était d’ailleurs presque inconnue. Le ciel gris qui accompagnait ce 12 juin 2016 à Paris ajoutait un peu plus à la sensation d’isolement qui vous atteint en pareilles circonstances.

CNN balançait à la chaine de nombreuses images. Elles avaient le bruit de celles du 13 novembre 2015 à Paris. Et puis rapidement les témoignages des premiers rescapés nous sont parvenus, glaçants. Un samedi soir, une fête latinos, la musique et puis les balles. Un témoin raconte que leur rythme suivait au début celui de la musique. Une autre, mère de l’un des clients du club cherche des renseignements, elle sait que le petit ami de son fils a été évacué en ambulance mais pas la moindre nouvelle de son fils. Un autre encore, raconte comment en rampant il a pu s’extraire du night club sous le sifflement des projectiles mortels fendant l’air à la recherche d’une victime.

Pas une tuerie, un massacre homophobe

Le pulse est un club gay. Il était fréquenté ce soir là par des gays, des lesbiennes, des bi.e.s, des trans, des hétéros et sans doute plein de personnes qui ne se reconnaissent pas vraiment dans ces étiquettes que je viens de lister. C’est dans un club gay donc, qu’un homme mue par une haine inouïe des LGBT, a décidé de venir lourdement armé pour tuer. Efficace, méthodique et déterminé il s’est, trois heures durant, appliqué à massacrer froidement les gens qui se trouvaient là. Comment ne pas s’étonner alors du silence des médias français qui ont cru bon d’attendre la fin de la journée pour faire état d’un lien possible entre le lieu et l’attaque, entre l’homophobie et le massacre. Comment ne pas s’insurger contre l’incapacité d’une classe politique à utiliser le terme « homophobie »? Et que dire aujourd’hui des titres de la presse nationale qui omettent, à l’exception du journal Sud-Ouest, de mentionner le terme « gay » ou l’expression « club gay » dans les titres de leurs Unes ? Pourtant c’est bien la communauté LGBT de la ville qui a été visée, et au delà toutes les personnes LGBT. Finalement, il demeure l’impression que les médias français traitent l’attentat comme les tueries survenues aux Etats-Unis, sans questionner plus avant ni les faits, ni leurs causes, avec une désinvolture coupable.

Il ne s’agit pas ici de plaider pour la concurrence victimaire mais de souligner que la société ne se déshonore pas quand elle reconnait aussi les victimes de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie. Minimiser ce fait n’est pas un exercice anodin, il est le fruit d’une vision sociétale qui peine encore à s’émanciper d’un ancrage culturel profond. Parmi les victimes de ces attentats trop nombreux, il y a des journalistes, des juifs, des musulmans, des agnostiques, des africains, des européens, des asiatiques, des américains mais aussi des lesbiennes, des gays, des bi.e.s et des trans. La violence dont nous sommes les témoins, démontre que la haine homophobe et transphobe peut être aussi un prélude aux massacres de masse.

L’invisibilisation de la motivation homophobe de l’attentat, dénoncée par ailleurs dans d’autres tribunes parues aujourd’hui, permet aux plus fervents ennemis des personnes LGBT comme Christine Boutin, Robert Menard, la Manif Pour Tous – et j’en passe – de se parer d’une émotion de circonstance. Bouffis d’hypocrisie, ces dangereux pyromanes semblent marquer une distance avec les assassins qu’ils contribuent à créer. Les tenants de l’ordre moral religieux, qui depuis des siècles font des LGBT des créatures contre-nature, fournissent le terreau idéologique dans lequel les auteurs d’actes LGBT-phobes puisent leur haine.

Les institutions religieuses doivent enfin évoluer sur les sujets LGBT

L’état islamique s’est empressé de revendiquer le massacre d’Orlando, qualifiant le tireur de soldat du khalifa. L’enquête dira bien assez vite quels liens entretenaient le tueur présumé avec l’organisation terroriste mais une chose est certaine : le massacre répond à l’idéologie prônée par l’état islamique. Depuis plusieurs mois des alertes existent, comme ces hommes balancés depuis les toits des immeubles de Raqqa et présentés comme homosexuels. Les personnes LGBT ne sont d’ailleurs qu’une partie des cibles, l’état islamique massacre aveuglement toutes celles et ceux qui vivent selon des règles qui ne sont pas les leurs. Des règles inspirées d’une vision fantasmée, de la religion. Le fanatisme qui en découle touche toutes les religions sans distinction. Toutefois, si les fanatiques peuvent s’inspirer des religions pour promouvoir leur idéologie destructrice c’est bien parce que les religions, dans leur référentiel de valeur, le permettent. Les trois religions structurent la société depuis des siècles, et depuis des siècles leurs dogmes appellent au meurtre des homosexuels. Durant, le débat sur le mariage pour tous, le fait était pourtant évident, peu l’on dénoncé publiquement. De la prière du 15 aout 2013, rédigée par la conférence des évêques de France pour défendre le couple homme/femme comme seul modèle acceptable, à la lettre du Rabin Gilles Bernheim qui faisait état « du préjudice que la loi causerait à l’ensemble de la société », en passant par les propos de Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris qui déclarait sur Europe 1 : « Nous condamnons l’homosexualité, mais nous ne voulons pas être homophobes », tout aura été fait pour humilier les personnes LGBT. La violence des propos, maquillée en débat démocratique légitime n’était finalement que la transposition limpide du dogme. Comment s’étonner alors de la haine dont sont victimes les personnes LGBT quand on sait que les écrits religieux de référence regorgent d’appels au meurtres de celles et ceux dont la sexualité et au mieux considérée comme une abominable déviance.

C’est pourquoi les institutions religieuses doivent aussi prendre la pleine mesure de la responsabilité qu’elles portent, siècles après siècles dans la discrimination institutionnalisée de millions de personnes. Il est trop facile d’adopter une posture bienveillante par l’intermédiaire d’un tweet de soutien et d’amour quand on n’a de cesse par ailleurs d’attiser les haines qui conduisent à de tels massacres.

Les larmes et le combat

Ainsi donc nous pleurons à nouveau les disparu.e.s. Nous nous réfugions dans le silence le temps de nous remémorer les souvenirs heureux. Le deuil passé nous rejoindrons la grande cohorte des vivants. Avec elle nous continuerons d’honorer la mémoire des victimes. Avec elle nous prendrons possession des rues, avec elle nous battrons fièrement le pavé. Nous ne cèderons pas face l’obscurantisme, nous aurons l’audace de vivre encore.

Voir également:

Pourquoi la tuerie d’Orlando restera un acte terroriste homophobe plus qu’islamiste
Marine Le Breton

Le HuffPost

13/06/2016

TUERIE D’ORLANDO – « Pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis », « tuerie en Floride », « Tuerie de masse dans une boite de nuit en Floride ». Ce lundi 13 juin dans la presse française et internationale, un mot semblait manquer à l’appel pour décrire l’attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés: « homophobie ».

Comme l’ont fait remarquer plusieurs médias, seul Sud Ouest, en France, parlait sur sa Une de « massacre homophobe ». Aux Etats-Unis aussi, la presse titrait beaucoup sur les victimes ou le tueur, précisant que l’attaque a eu lieu dans un club gay, mais sans forcément la qualifier d’homophobe.

Un journaliste du Guardian, Owen Jones, a quitté dimanche soir en direct le plateau de Sky News, alors qu’il tentait d’expliquer depuis plusieurs minutes pourquoi cette attaque n’était pas seulement, comme le soulignait le présentateur, « contre des êtres humains », mais « contre des personnes LGBT ». « Orlando était à la fois une attaque terroriste et une attaque homophobe contre des personnes LGBT », écrit-il au lendemain de l’interview. « Si un terroriste avec des antécédents de haine et de dégoût des Juifs était entré dans une synagogue et avait tué 50 personnes, nous aurions justement décrit cette attaque comme terroriste et antisémite », poursuit-il.

Si les motivations d’Omar Mateen, l’auteur de la tuerie, restent encore à préciser, notamment sur ses liens exacts avec l’Etat islamique, une chose est certaine: sa cible, c’était des gays. Le lieu de son attaque, c’était un club gay. Même s’il s’agit d’une attaque revendiquée par Daech, la tuerie d’Orlando, la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, restera pourtant certainement dans les esprits comme un acte terroriste homophobe plutôt qu’islamiste. Pourquoi?

Un club gay emblématique

Le lieu, tout d’abord, n’a pas été choisi par Omar Mateen au hasard. Ce n’est pas « n’importe quel club gay », titre le site USA Today. Le Pulse est une boîte de nuit emblématique pour les personnes LGBT en Floride. Réputé pour ses spectacles de drag queen, faisant la promotion des prochains Gay Games qui doivent se tenir à Paris en 2018, le Pulse est un club apprécié de la communauté, un « safe space » dans lequel gays, trans, bi, peuvent se retrouver sans se soucier du regard extérieur, sans avoir peur de se faire insulter ou agresser.

La date de la tuerie n’est pas non plus anodine. Le mois de juin est celui de toutes les pride (les marches des fiertés en France). Le lendemain de la tuerie avait d’ailleurs lieu celle de Los Angeles où une attaque a été évitée de justesse.

A travers cet acte, Omar Mateen n’a donc pas simplement attaqué un peuple ou un pays, mais bien une communauté.

Des liens avec l’Etat islamique à préciser

Les intentions exactes d’Omar Mateen restent à préciser mais l’homophobie qui le motivait ne fait aucun doute, alors que ses liens avec le terrorisme islamique organisé sont, eux, encore flous.

Daech a bien, quelques heures après l’attaque, revendiqué l’acte, qualifiant encore ce lundi l’homme de « soldat du califat en Amérique ». On sait aussi qu’il avait déjà été interrogé, à deux reprises, par la police fédérale. Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes, souligne aussi que l’EI ne le qualifierait pas ainsi s’il n’était pas « sûr de son cas ». D’ailleurs, pour le massacre de San Bernardino, qui a eu lieu en décembre 2015, le couple d’auteurs de l’attaque n’avait été qualifié « que » de « sympathisant » et Daech n’avait pas directement revendiqué le massacre.

Mais pour Alain Bauer, professeur de criminologie interrogé par France Info, la communauté homosexuelle apparaît plutôt « comme une cible du tueur qu’une cible de l’Etat islamique ». Pour le FBI, qui a ouvert une enquête pour « terrorisme », cet Américain d’origine afghane aurait pu prêter « allégeance » à l’EI au dernier moment, quelques instants avant le massacre.

A l’heure actuelle, il semblerait qu’Omar Mateen soit un « loup solitaire », étant certes inspiré par l’idéologie de Daech mais sans avoir suivi leurs instructions pour mener cette attaque. Barack Obama a affirmé lundi en fin d’après-midi qu’il n’existait pas à ce stade de « preuves claires » que l’attaque ait été commanditée depuis l’étranger. et qu’il était possible que « le tireur ait été inspiré par diverses sources d’information extrémistes sur Internet ».

Énervé par deux hommes s’embrassant

Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’Omar Mateen était capable de se mettre en colère rien qu’à la vue de deux hommes s’embrassant. C’est ce que son père a raconté à NBC: « Nous étions dans le centre-ville de Miami (…). Et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et son enfant, et il est devenu très énervé », a-t-il confié à la chaîne. « Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: ‘Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça' », a-t-il ajouté, assurant que la fusillade de dimanche n’avait « rien à voir avec la religion ». Très clairement, c’est l’homophobie, plutôt que la religion, qui est à l’origine de ce massacre.

Solidarité envers la communauté LGBT

Au final, comme l’expliquait Owen Jones, cet attentat terroriste est certainement à la fois homophobe et islamiste. C’est aussi ce que souligne le site de CNN, pour lequel la tuerie a pu être « motivée par l’homophobie et l’Islamisme radical » en même temps.

Par contre, la perception de cette tuerie, ce que nous en retiendrons, est certainement que c’est une attaque homophobe, ayant visé délibérément des personnes LGBT, dans un lieu LGBT. Après les premières Une de presse focalisées sur le caractère terroriste de l’attaque, c’est en tout cas le tournant que semble prendre l’opinion. François Hollande l’a lui-même qualifiée de « tuerie homophobe ».

Sur les réseaux sociaux, l’image la plus partagée, parmi bien des visuels arc-en-ciel, est celle d’un ruban aux couleurs du drapeau LGBT et des Etats-Unis:

Aux quatre coins du monde, ce sont bien les couleurs de l’arc-en-ciel qui sont affichées, que ce soit sur la Mairie de Paris, le World Trace Center, la grande roue d’Orlando, la Sky Tower d’Auckland, la mairie de Tel-Aviv ou encore la Tour Eiffel ce lundi soir.

Preuve s’il en est que quelque soit le mot final de cette affaire, c’est bien la communauté ciblée par l’attaque, plutôt que les liens de son auteur avec l’EI, qui resteront dans les annales. D’autant plus que, même si les Etats-Unis ne découvrent pas les actes de violence envers les personnes LGBT, c’est la première tuerie homophobe de cette ampleur.

Voir encore:

The sexualities of those murdered in Orlando shouldn’t be glossed over. This was the worst mass killing of LGBT people in the west since the Holocaust

Orlando was both a terrorist attack and a homophobic attack on LGBT people. It was both the worst mass shooting in US history, and the worst targeted mass killing of LGBT people in the western world since the Holocaust. It is possible for an atrocity to be more than one thing at the same time. You are not compelled to select one option or the other. Life – with both its horrors and its joys – is incredibly complicated, and we have a rich language able to capture its complexities.

I am reluctant to dwell too much on my appearance on Sky News last night, because this isn’t about me, so let’s just use it as a case study. In sum, I walked off in disgust during a discussion about the massacre: it was an instinctive reaction to an unpleasant and untenable situation. The presenter continually and repeatedly refused to accept that this was an attack on LGBT people. This was an attack “against human beings”, he said, and “the freedom of all people to try to enjoy themselves”. He not only refused to accept it as an attack on LGBT people, but was increasingly agitated that I – as a gay man – would claim it as such.

If a terrorist with a track record of expressing hatred of and disgust at Jewish people had walked into a synagogue and murdered 50 Jewish people, we would rightly describe it as both terrorism and an antisemitic attack. If a Jewish guest on television had tried to describe it as such, it would be disgraceful if they were not only contradicted, but shouted down as they did so. But this is what happened on Sky News with a gay man talking about the mass murder of LGBT people.

This isn’t about LGBT people taking ownership of the pain and anguish. People of all sexual orientations have wept over this massacre, and all communities should unite in grief. It is highly likely that straight people died in the atrocity. When the neo-Nazi terrorist David Copeland detonated a nail bomb in the Admiral Duncan gay pub in 1999, one of the fatalities was a straight pregnant woman, having a drink with her husband and her gay friends. LGBT people are part of the wider community, and LGBT people and their straight friends party together in LGBT venues. But this was a deliberate attack on a LGBT venue and LGBT people. According to Omar Mateen’s father, the reportedly Islamic State-supporting terrorist had expressed revulsion at the sight of two men kissing. His co-workers have described his anti-gay comments. Omar Mateen could have chosen many clubs, full of people laughing and living, but he chose a LGBT venue. This was homophobia as well as terrorism. It is not enough to simply condemn violence: we have to understand what it is and why it happened.

It wasn’t only Sky News at fault. In the New York Times’ original reporting, it didn’t even point out that a gay club had been targeted. The Daily Mail didn’t bother to put the atrocity – the worst terrorist attack on US soil since 9/11 – on its front page, instead opting to stir up xenophobia over Turkish immigrants and publicising an offer of “free pearl and white sapphire earrings”. This is erasure of LGBT people – pure and simple – after their community was horrifically targeted.

LGBT people are varied, and have different experiences: the life experiences of a young working-class gay black woman and a gay white male multi-millionaire CEO are very different. But we all grow up in a society that still treats us as if we are inferior: we have all repeatedly encountered homophobic abuse, the stress of coming out repeatedly, or the fear of holding hands with a partner in public. To imagine LGBT people who may have endured distress and internalised prejudice – just because of who they are – spending their last moments in terror as a homophobic terrorist hunted them down is just unbearable.

Today, the “we only care about LGBT rights if Muslims are involved” brigade are out in force. As a gay man, I am proud to live in a city represented by a Muslim mayor who has faced death threats for supporting and voting for LGBT people to have the same rights as everybody else. The bigots must not be allowed to hijack this atrocity.

Tonight at 7pm in Old Compton Street – in the heart of London’s LGBT community – LGBT people and straight people will link arms in memory of what happened in Orlando. Let it be a show of solidarity – and defiance against those who hate.

Voir par ailleurs:

Comment l’amalgame entre l’attentat dans une boîte gay d’Orlando et la Manif pour Tous évite de se pencher sur les liens entre l’islam et la haine des homosexuels
En réaction à la tuerie d’Orlando dans un club homosexuel en Floride dimanche 12 juin, beaucoup ont tenté de faire le lien entre l’acte du tueur et les mouvements de contestation du mariage pour tous en France en 2013.

Atlantico

14 juin 2016

Atlantico : « La différence entre la Manif pour tous et Orlando ? Le passage à l’acte« , tweetait lundi matin Jean-Sébastien Herpin, secrétaire général d’EELV de la région Centre, faisant ainsi un parallèle entre le mouvement d’opposition à la loi Taubira de 2013 et le meurtre de 50 homosexuels américains par un terroriste islamiste. Dans quelle mesure peut-on considérer que l’Etat islamique ne fait que mettre en pratique ce que théoriserait la droite conservatrice, notamment française, alors que la Manif Pour Tous a exprimé comme tout le monde son horreur et sa solidarité avec les proches des victimes ?

Gilles-William Goldnadel : On se trouve dans l’abîme vertigineux de la sottise islamo-gauchiste dont les Verts français sont les représentants les plus emblématiques. Déjà Clémentine Autain, qui est en principe une féministe intransigeante, avait essayé au moment des révélations de Cologne (quand des femmes allemandes avaient été agressées par des migrants islamiques) de se lancer dans des considérations oiseuses sur la manière dont les femmes avaient été traitées, violées, lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle était tellement préoccupée par le fait de ne pas insister sur la dimension machiste des hommes d’Orient qu’il lui fallait absolument puiser dans un événement de l’histoire pour généraliser. Comme si une situation de guerre pouvait être équivalente avec ce qu’il se passe en temps de paix ; oubliant par ailleurs que lors des viols de masse des femmes siciliennes (plaie toujours vive en Sicile), les goumiers marocains n’étaient pas les derniers à commettre des exactions.

Ceci posé, on est toujours dans la même stupidité aberrante lorsque l’on compare un massacre horrible avec des manifestations tout à fait licites. Et il faut rajouter que l’on peut considérer que le mariage homosexuel n’est pas une avancée en soi, que la norme conjugale doit se situer dans le cadre de la procréation naturelle entre un homme et une femme sans être pour le moins du monde homophobe.

En conséquence, considérer que tous ceux qui ont participé à la Manif pour Tous sont homophobes, c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit qui n’étonnera pas ceux qui connaissent bien les Verts.

A partir de telles déclarations, il ne faut pas s’étonner que ce parti soit à la dérive. Sans oublier que ceux qui se font les défenseurs les plus vertueux du politiquement correct ne sont pas ceux qui l’appliquent le plus correctement dans la vie de tous les jours. Un récent fait divers illustre assez bien mon propos.

Cette tuerie a été commise par un musulman ayant prêté allégeance à l’Etat islamique, qui se vante par ailleurs de martyriser les homosexuels en Irak et en Syrie. Mais nombre de commentateurs français ont immédiatement fait un lien avec « les catholiques », voire « les religions monothéistes », qui seraient par essence « homophobes » (bien qu’aucun catholique ni aucun juif n’ait été condamné pour acte homophobe en France). Comment expliquer ces amalgames ?

On peut parfaitement et valablement dire que de manière générale, les religions regardaient, et pour certaines regardent encore, l’homosexualité comme un vice. Il est vrai que certains dignitaires juifs ou catholiques ne sont pas en reste de condamnation morale. J’ajoute qu’il n’y a pas si longtemps, les freudiens eux-mêmes considéraient l’homosexualité comme une perversion. Ceci fermement posé, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de tuer des homosexuels ? Qu’est-ce que cela a à voir avec la déclaration de l’imam d’Orlando, trois mois avant l’attentat, quand lui aussi déclarait que les homosexuels méritaient la mort ? Qu’est-ce que cela a à voir avec les lois qui sont en vigueur dans la quasi-totalité des pays islamiques, et qui emprisonnent les homosexuels quand ils ne pratiquent pas la peine de mort contre eux ? Lorsqu’on pratique un amalgame aussi grossier, c’est bien évidemment, encore une fois, pour tenter de disculper les criminels.

Le lien entre islam radical et haine des homosexuels semble gêner certains activistes LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans). Pourtant, le Front National a obtenu des résultats record chez les homosexuels aux dernières élections régionales. Faut-il y voir un décalage croissant entre les homosexuels et les associations qui s’expriment en leur nom sur ce sujet ?

Cela n’est pas nouveau que de constater le décalage entre les prétendues élites parisiennes et le peuple. Bien entendu, ce mot étant évidemment mal connoté dans ce genre d’aéropages.

Voir aussi:

Orlando, homophobie, islamisme : la grande confusion intellectuelle
Damien Le Guay
Le Figaro

15/06/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Après le massacre d’Orlando, les commentaires et les mises en accusation se sont succédé. Mouvements conservateurs et religions monothéistes ont été pointés du doigt. Damien Le Guay considère que l’islamisme est passé au second plan.

Damien Le Guay, philosophe, président du comité national d’éthique du funéraire, membre du comité scientifique de la SFAP, enseignant à l’espace éthique de l’AP-HP, vient de faire paraître un livre: Le fin mot de la vie – contre le mal mourir en France, aux éditions du Cerf.

Une horreur est une horreur. Ce qui est advenu à Orlando est une horreur. Une horreur de masse perpétrée par un fou se réclamant d’une idéologie islamiste terroriste. Et il importe tout autant de condamner ces crimes, de désigner l’adversaire, de manifester sa solidarité vis-à-vis des victimes que de ne pas ajouter de la confusion de sens à la confusion des mots. Deux évidences s’imposent: ces crimes furent faits au nom de l’Etat Islamique ; les victimes américaines sont des homosexuels.

Quel ne fut pas mon étonnement, lundi 13 juin au matin, d’entendre, sur une radio du service public (France Culture), tout un débat non pas pour dénoncer un acte terroriste et compatir au sort de victimes particulières, mais pour défendre l’idéologie LGBT et incriminer toutes «les postures religieuses patriarcales», dont la chrétienne, qui seraient le terreau de l’homophobie. Caroline Fourest nous a expliqué qu’aux Etats-Unis «le magistère d’homophobie était exercé par les chrétiens intégristes» (alors que le terroriste se réclamait de l’Etat Islamique) tandis que Serge Hefez, doctement, indiquait que la «haine des homophobes» était provoquée par les remises en cause, par l’homosexualité, «des questions de genre et de l’ordre patriarcal». Pour la première, ce que fit d’Omar Mateen avait une différence de degrés et non de nature avec les convictions religieuses chrétiennes. Dans cette lignée Jean-Sebastien Herpin, secrétaire régional EELV, s’est cru autorité à tweeter lundi 13 juin: «la différence entre la manif pour tous et Orlando? Le passage à l’acte». Pour le second, l’homosexualité en tant que telle provoque un ébranlement radical des stéréotypes anthropologiques habituels qui forceraient les petits garçons «à devenir des garçons virils, combatifs et dominants» et les petites filles «à devenir douce, dociles et soumises à l’ordre patriarcal et masculin» L’homophobie serait alors, avant tout, une peur ancestrale que «les hommes ne soient plus assez viril» pour «défendre la Nation».

Le problème avec ce genre d’interventions est qu’elles font de ces cinquante victimes des membres de «la communauté LGBT» avant que d’être des personnes et des citoyens américains. D’où, un peu partout, sur la tour Eiffel ou en Australie, des marques de sympathie aux couleurs du drapeau de l’internationale LGBT et non du drapeau américain. Comme si notre compassion, devait, avant que de se manifester, approuver l’idéologie LGBT et abandonner toutes convictions religieuses. Comme si on devait accepter l’idée que ces cinquante personnes auraient été victime de toutes les homophobies religieuses – et dont celle des islamistes serait simplement la moins hypocrite.

Nous assistons-là, dans ce genre de débat fermé, à trois types de confusions intellectuelles – qui se retrouvent à l’œuvre dans bien des situations autour des questions de genre ou d’homosexualité. D’une part une extension, au-delà du raisonnable, de «l’homophobie», au point d’incriminer tous les chrétiens à l’occasion du crime horrible d’un fou-furieux islamiste aux Etats-Unis. Tant que le terme «d’homophobie» ne sera pas rigoureusement défini, nous constaterons ces dérives injurieuses. Tant qu’il ne sera pas distingué de la haine meurtrière intolérable ou des possibles et respectables (je le crois!) remises en cause de l’impérialisme de la théorie du genre, toute discussion commune sera impossible. Seconde confusion: une manière de criminaliser tous ceux qui défendraient «l’ordre patriarcal» – bien qu’il soit la chose du monde la mieux partagée sur terre, hormis dans les pays occidentaux – et qui serait, par nature, une incitation, plus ou moins explicite, au meurtre ou à la persécution des homosexuels. Cet amalgame permet d’envoyer les contradicteurs dans l’enfer haineux de ceux qui refuseraient la nécessaire diversité multiculturelle. Nous avions vu cette même posture lors du débat sur le «mariage pour tous». Troisième confusion: celle entre l’homosexualité comme une liberté personnelle, et qui est à préserver, et l’idéologie LGBT qui elle, via la théorie du genre, doit s’imposer à tous et désaffilier les genres et ouvrir le champ des sexualités possibles. Les idéologues LGBT, dont les représentants ont tous leurs rond de serviette dans l’audiovisuel public, ne défendent pas une liberté d’indifférence (celles des sexualités de chacun) mais prônent, volontairement, des révolutions anthropologiques radicales.

Ces trois confusions volontaires, conduisent à un coup force permanent, une constante violence intellectuelle dans tous ces débats. Celui qui remet en cause l’un ou l’autre de ces jeux de mikado des sexualités flottantes autant qu’indéterminées est jugé «homophobe». Celui qui garde une conviction religieuse est d’une manière ou d’une autre «homophobe». Celui qui dirait sa solidarité vis-à-vis des victimes d’Orlando et qui serait contre «le mariage pour tous» est un complice du meurtrier. Et plutôt que de renvoyer les sexualités dans la sphère privée, il est toujours et encore question «d’avancées» nouvelles et de visibilités accrues, pour lutter contre les «discriminations». Que nous promet-on maintenant, pour demain? La légalisation du «troisième genre» comme en Allemagne? Une «bataille des toilettes», comme aux Etats-Unis où il est permis, dans certains Etats, pour des personnes transgenres d’aller dans les toilettes de leurs choix? Une crainte apparait alors: une dérive accélérée des continents anthropologiques entre l’Occident et le reste du monde. On préfère ici lutter contre les «assignations sexuelles» plutôt que de lutter, ailleurs, et surtout dans les pays musulmans, contre l’oppression bien réelle des homosexuels et des femmes, leurs humiliations, leurs condamnation à l’invisibilité sociale. Le multiculturalisme est aussi une guerre de civilisation, une manière de rendre l’entente impossible et la réconciliation improbable.

Voir aussi:

Gay couple left ‘humiliated’ after Emirates airline staff ask if they are brothers
Lee Charlton says staff laughed at him and partner Jason when they said they were couple
Gabriel Samuels
The Independent

16 June 2016

“We were very excited to travel long distance for the first time with our son Kieran and it was effectively spoilt by the staff from Emirates.

“I came out as gay aged 16 and I have never encountered this kind of behaviour towards my sexuality in the 26 years since.

“The Emirates manager looked at our documents and then said we may not be allowed to travel. He said ‘It’s South Africa, not us’.

“Without a doubt we were treated in an aggressive and demeaning way, and I just don’t understand why Emirates, a huge international corporation, doesn’t give cultural training to its staff overcome these kinds of prejudices.

« I am really not one of these people to jump on a political correctness bandwagon, but I felt I had to say something. »

Mr Charlton filed a lengthy letter of complaint to Emirates last Thursday and is yet to receive any reply from the airline.

He then posted the complaint on his Facebook page, which can be seen below.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FEmirates%2Fposts%2F896572567119160&width=500

Mr Charlton continued: “The most annoying thing about this is that I have to travel to South Africa a lot for work meetings – and I am forced to fly with Emirates.

“The whole thing has really left a sour taste in my mouth and I’d think twice about visiting Dubai again in the future.”

Homosexuality is illegal in Dubai and gay people have been handed jail sentences of up to two years in the past.

An Emirates spokesperson said in a statement: « At Emirates we do our best to provide our passengers with the very best customer service and travel advice and we’re sorry to hear about Mr Charlton’s complaint.

« Since 1 June 2015, according to South African regulations, anyone travelling to the country with a minor under 18 needs to prove parenthood or guardianship – while adults travelling alone with their children need to show that they have the consent of their non-travelling partner.

« Like all airlines, we must comply with the laws of every country in which we operate and this is a shared responsibility with passengers, who are required to hold valid travel documents for all countries on their itinerary.

« We note that the Charlton family continued on Emirates flight EK 775 to Durban, as booked.  We regret any inconvenience caused, however, compliance with international laws concerning child protection will not be compromised. »

Voir par ailleurs:

Suède : changement de sexe pour les enfants

Les Observateurs
03.11.2015

Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans.

Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle.

Le rapport officiel rédigé par le comité « on the Age Limit for Approval of a Change of Gender » et commandé par le gouvernement propose que :

  • les personnes de 15 ans soient autorisées à décider de leur changement juridique de genre,
  • les personnes de 15 ans soient autorisées à se faire opérer pour changer de sexe, avec le consentement des parents (ou l’un des deux, en cas de conflits),
  • les personnes de 12 ans soient autorisées à changer juridiquement de genre, avec le consentement des parents.

Selon Paul R. McHugh, éminent professeur en psychiatrie, dans un article du Wall Street Journal : « Lorsque les enfants qui ont signalé des ressentis transgenres ont été suivis sans aucun traitement médical ou chirurgical, 70 % à 80 % d’entre eux ont abandonné spontanément ces sentiments. »

Voir de même:

Voir enfin:

Un couple homosexuel britannique privé d’hôtel à Marrakech?

COUAC – Un hôtel à Marrakech aurait refusé d’accorder une chambre à un couple homosexuel britannique a rapporté le Daily Mail le mardi 5 mai.

Un épisode désagréable pour Morgan Hughes et Lloyd Innes, âgés de 23 et de 28 ans, qui avaient prévu de passer leurs premières vacances en amoureux dans la ville ocre.

Un mois après avoir réservé leur chambre auprès de l’hôtel Eden Andalou Aquapark et Spa de Marrakech, un coup de fil retentit. C’est la British Airways, compagnie auprès de laquelle le couple a booké sa réservation dans l’hôtel, qui les prévient qu’ils ne peuvent pas loger dans la même chambre et qu’ils doivent, s’ils veulent maintenir leur séjour à l’hôtel quatre étoiles, prendre des chambres séparées.

« On n’a pas reçu la moindre excuse de British Airways et l’hôtel ne nous a pas parlé directement », regrette le couple.

Mais l’hôtel présente une autre version des faits le lendemain, mercredi 6 mai. Il assure dans un communiqué relayé par le site d’information H24 qu' »il n’a jamais posé de questions concernant la sexualité de ses clients ni de leur religion » et nie « tout contact direct avec la British Airways ».

L’hôtel avance que la réservation aurait été faite via « HotelBeds » en Espagne le 17 mars 2015 et annulée par… « HotelBeds » le 9 avril 2015 « sans donner aucun motif ».

Que dit la loi?

L’article 489 du code pénal marocain stipule qu' »est puni de l’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ».

 


Droits de l’homme: Attention, une religion peut en cacher une autre ! (When Western secularism devours its own children)

6 mai, 2016
VraiGénieles-droits-de-lhomme-contre-le-peuple-198x300Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères ? (… ) Une Europe fatiguée et vieillie, stérile et sans vitalité, où les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive ; une Europe en déclin qui semble avoir perdu sa capacité génératrice et créative. Une Europe qui est en train de ‘se retrancher’ au lieu de privilégier des actions qui promeuvent de nouveaux dynamismes dans la société ; des dynamismes capables d’impliquer et de mettre en mouvement tous les acteurs sociaux (groupes et personnes) dans la recherche de solutions nouvelles aux problèmes actuels. Pape François
L’UNESCO est atteinte de deux maux qui risquent de la perdre: le reniement et le déni. Reniement de sa raison d’être en fermant les yeux sur l’éducation à la haine de certains de ses Etats membres, déni de l’histoire en amputant le peuple juif de son identité historique et culturelle. (…) L’Organisation se renie, se fait parjure lorsqu’elle ferme les yeux sur la propagation de la haine dans les manuels scolaires de la plupart des pays arabo-musulmans et de la Palestine. (…) Comment donner crédit à une Organisation qui tout en développant des programmes d’éducation à la paix et à la tolérance accepte que ses Etats-membre profèrent la haine? En rejoignant l’UNESCO les pays signataires ont adhéré aux fondements éthiques de l’Organisation tout en s’engageant à les mettre en œuvre notamment par l’éducation. (…) Reniement de ses valeurs lorsqu’il s’agit des pays arabo-musulmans, mais intransigeance lorsque Israël censure des contenus éducatifs qui appellent à sa destruction. (…) Maison des cultures du monde, de la pensée critique, du dialogue, l’UNESCO, dont un des grands programmes est consacré aux sciences sociales et humaines, joue dangereusement à réviser l’histoire, à se complaire dans un déni de réalité. Dans la pure tradition des révisionnistes, elle a fini par dénier tout lien entre le peuple juif et Jérusalem. Fin octobre 2015, par la décision 185 EX/15, elle a classé le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel comme sites musulmans et palestiniens, et exigé qu’Israël les retire de son patrimoine national. Mais elle vient de franchir un pas supplémentaire dans le négationnisme. Le mois d’avril 2016 pourra être retenu dans son histoire comme le jour où le Conseil Exécutif, en grand falsificateur, a dénié tout lien entre les juifs, le Mont du Temple et le mur Occidental. Cette résolution 199 EX/19 a été adoptée par 33 pays, et parmi eux la France (mais pas l’Allemagne, l’Angleterre, l’Irlande du Nord ni les Etats-Unis, qui ont voté contre). Ainsi nos «Lumières» s’estompent sous un épais voile de fumée. Et l’on se demande s’il ne faudrait pas recommander aux Etats-membres de l’UNESCO de promouvoir maintenant une résolution visant carrément à supprimer dans l’Histoire de l’humanité (éditions Unesco) tous les passages relatifs à la présence juive à Jérusalem et dans le royaume de Judée. Conscience intellectuelle des Nations, l’UNESCO est devenue une organisation sous influence, s’inscrivant dans la pure tradition des totalitarismes du XXème siècle. Perdant ainsi sa légitimité, a-t-elle encore sa raison d’être? Bernard Hadjadj
Le révisionnisme historique va faire son entrée dans l’un des plus prestigieux festivals de cinéma au monde. Le film « Munich: A Palestinian Story » du réalisateur Nasri Hadjadj, libanais d’origine arabe palestinienne, va être projeté lors du prochain Festival de Cannes. Il ne fait toutefois pas partie du programme officiel du festival mais sera projeté en marge, dans le cadre d’un Festival du Film arabe , sous les couleurs de la « Palestine ». Le réalisateur affirme vouloir « montrer cet attentat selon la version palestinienne »!! A titre d’exemple, le film décrit les terroristes comme des « combattants de la liberté » et explique que « tout s’est terminé lorsque les forces de sécurité allemandes ont donné l’assaut, tuant cinq Palestiniens et onze sportifs israéliens ». Nasri Hadjadj explique « vouloir montrer pourquoi un tel attentat s’est produit » (avec les réponses que l’on peut imaginer), et décrit son film comme « la première réalisation documentaire palestinienne sur ces événements, qui jettera de la lumière sur beaucoup de zones d’ombres… LPHinfo
Il est impossible de ne pas être sensible à l’histoire de Khan, qu’on partage ou non ses idées: fils d’un conducteur de bus pakistanais, il a grandi dans une council house (un HLM) et fait son chemin dans l’école d’Etat, gratuite, jusqu’à devenir avocat spécialiste des droits de l’homme. Sa «success story» est exemplaire. Ensuite, la campagne de Khan a elle-même énormément mis l’accent non seulement sur son origine sociale, mais aussi religieuse. Ses prospectus ont parfaitement joué sur ce registre, et ont fait pleurer dans les chaumières comme il se doit. Et je dis cela sans condescendance: je suis la première, à la vue de ces prospectus, à avoir admiré le parcours et l’homme, et senti la force de la méritocratie à l’œuvre… On voit ici la puissance du storytelling moderne. En face de Khan, vous trouviez un conservateur, fils de milliardaire – les commentateurs sceptiques ne manquent pas de le rappeler dès qu’ils le peuvent -, formé à Eton, l’école privée la plus emblématique, arborant toujours le même costume bleu distingué, sa «classe» se lisant sur son visage et dans le moindre de ses gestes. Deux images du Royaume-Unis se sont opposées dans cette bataille, jusqu’à la caricature. (…) dans le même temps, l’ «identitarisation» relative de cette élection a excédé beaucoup d’électeurs. De fait, le soupçon est toujours présent que la gauche joue trop sur les identités, et cela peut avoir des effets négatifs. Par exemple, une petite minorité, au sein du Labour, montre une certaine tolérance à l’égard de l’antisémitisme. Les récentes déclarations de Ken Livingstone, l’ancien maire de la ville, qui a fait de Hitler un sioniste, l’ont bien montré. Même si Khan a aussitôt condamné Livingstone, l’épisode a été dévastateur pour le Labour et a quelque peu nui à la campagne de Khan, d’autant qu’il y a dix ans, Khan et Livingstone avaient des opinions bien plus proches, notamment sur Israël. La politique identitaire est toujours à double tranchant. Les activités professionnelles de Khan – il était avocat spécialiste des droits de l’homme – l’ont, dit-il, mené à côtoyé des représentants de l’islam radical, voire à dialoguer avec eux lors de débats. Mais comment distinguer ses obligations professionnelles d’une possible tolérance indue? (…)  En 2004, il a par exemple participé, en tant que candidat à la députation pour le Labour, à une conférence avec cinq extrémistes islamistes, organisée par Friends of Al-Aqsa, un groupe pro-palestinien qui a publié des travaux du révisionniste (selon les termes du Guardian) Paul Eisen. A cet événement, les femmes devaient emprunter une entrée distincte des hommes! La même année, président des affaires juridiques du Muslim Council of Britain, il a participé à la défense de l’intellectuel musulman Dr Yusuf Al-Qaradawi et nié le fait que celui-ci soit un extrémiste. Il est pourtant l’auteur d’un livre, The Lawful and Prohibited in Islam, où il justifie la violence domestique à l’égard des femmes et soutient les opérations martyres contre les Israéliens. Cependant, pendant la campagne électorale, Khan n’a cessé de condamner l’extrémisme, et demandé la suspension de Livingstone après ses remarques antisémites. Il est aussi haï par certains radicaux car il soutient le mariage gay. Ce changement d’attitude est-il pure tactique ou est-il sincère? Inversement, sa supposée proximité ancienne avec certains radicaux était-elle sincère, où là encore tactique? Dans tous les cas, je ne crois pas que Khan cautionne l’extrémisme. En revanche, il représente une voix assez commune à gauche – surtout dans ce que j’appelle «la gauche du ressentiment» représentée par Corbyn, que Khan a d’ailleurs soutenu en septembre dernier pour son élection à la tête du Labour: celle qui consiste à expliquer les attitudes des extrémistes et des terroristes par la seule et unique faute de l’Occident. Ainsi en 2006, élu député, Khan était l’un des signataires d’une lettre au Guardian qui attribuait la responsabilité des attentats terroristes – comme celui du 7 juillet 2005 à Londres – à la politique étrangère britannique, notamment son soutient à Israël. Cette position et l’ambiguïté passée de Khan ont forcément créé un soupçon en sa défaveur. (…) En Grande-Bretagne, en apparence, tout se passe bien. Les musulmans modérés sont tout à fait intégrés. Ce qui est assez problématique – comme dans d’autres villes européennes -, c’est l’existence de quartiers entiers où le séparatisme identitaire est visible. C’est le cas dans l’Est de London, notamment dans le borough de Tower Hamlets. 30% de la population y est musulmane, concentrée dans des council houses. En 2014, l’ancien maire, Lutfur Rahman, a été limogé après des soupçons de fraude et de favoritisme communautaire. A Tower Hamlets, beaucoup de femmes sont voilées de pied en cap, suivies de près par leurs maris. La difficulté qui en découle est à la fois anecdotique et majeure: vous ne pourriez pas, si vous en aviez envie, engager la conversation avec elles, car ce voile crée une barrière. Situation rare en France, elle est très fréquente ici. Et pourtant ce quartier abrite l’une des meilleures universités de Londres, Queen Mary University, qui brasse des étudiants du monde entier. Les populations se côtoient donc sans se parler, sans se connaître. Difficile d’y voir un multiculturalisme heureux – ni malheureux d’ailleurs: c’est bien plutôt un multiculturalisme de l’indifférence. Le multiculturalisme commence cependant à perdre de son lustre. Deux séries d’affaires retentissantes, depuis 2014, ont bouleversé le pays: d’abord celle du «Trojan Horse» en 2014 et 2015, où furent découvertes des tentatives concertées de mettre en œuvre, dans plusieurs écoles de Birmingham, une philosophie et des pratiques islamistes ou salafistes. Pire, on a mis a jour dans les dernières années de nombreux cas d’abus sexuels sur mineurs, perpétrés par des «gangs» dont les membres étaient d’origine musulmane. Ce fut le cas à Rotherham entre 1997 and 2013, où 1400 jeunes filles ont été violées. Cinq hommes d’origine Pakistanaise ont été condamnés. On a découvert des horreurs similaires à Rochdale, Derby et Telford. Le cas le plus récent est celui d’Oxford, où un groupe de sept hommes, entre 2006 et 2012, a exploité sexuellement 300 mineures, avec une violence parfois épouvantable. La multiplicité des cas est frappante. Surtout, tous les membres des gangs étaient à chaque fois d’origine musulmane, et les jeunes filles – âgées parfois de 12 ans – blanches. C’est pourquoi depuis 2014, date où les premiers rapports officiels ont été publiés, on s’interroge sur une éventuelle motivation ethnique des agresseurs. Par ailleurs, dans de nombreux cas, on a constaté que la police et les conseils locaux avaient tardé à prendre au sérieux les plaintes des victimes, quand ils ne leur riaient pas tout simplement au nez. Aujourd’hui, les autorités émettent sérieusement l’hypothèse que cette timidité et ce déni pourraient provenir de la crainte de la police et des conseils locaux de se voir, à l’époque, accusés de racisme. Ces épisodes sont absolument dramatiques, et en même temps, ils sont peut-être le début d’une prise de conscience salutaire que la tolérance multiculturelle s’est muée, dans certains cas, en aveuglement. Laetitia Strauch-Bonart
Le programme de la haine de soi et de son pays est aujourd’hui devenu la pensée officielle, imposée par le politiquement correct de la religion des droits de l’homme. Les droits de l’homme, inventés par l’Occident pour protéger ses citoyens contre les risques d’arbitraire du pouvoir, sont devenus depuis un demi-siècle une religion séculière suicidaire pour les Occidentaux. Jean-Louis Harouel
Qu’elles veuillent l’admettre ou non, les sociétés occidentales sont chrétiennes. La laïcité est une invention spécifiquement chrétienne. Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est la marque spécifique et le fondement même de la civilisation chrétienne. C’est ce qui rend celle-ci profondément différente des autres civilisations, à commencer par celle qui se pose actuellement comme sa grande rivale : la civilisation islamique. (…) La disjonction chrétienne du politique et du religieux constitue la source du succès de l’Occident. C’est d’elle qu’est née la liberté de l’individu, laquelle est à l’origine non seulement des libertés publiques européennes mais encore de la dynamique occidentale. C’est en effet à la désintrication du spirituel et du temporel, à la dissociation du sacré et du profane, qu’il faut rapporter l’invention par l’Europe occidentale – et non par d’autres grandes civilisations – du progrès technique et du développement économique, dont bénéficie aujourd’hui une grande partie de l’humanité. L’avènement de la science et de la technique moderne est certes un miracle européen, mais plus profondément encore un miracle chrétien. (…) Sans le christianisme, nous piocherions tous la terre comme dans les civilisations anciennes. Celui qui est aujourd’hui ingénieur, cadre commercial, haut fonctionnaire ou général, n’a pas conscience que, sans le progrès technique et le développement économique permis par lui, il serait presque fatalement un paysan vivant durement et pauvrement. (…) Bien que le thème soit relativement peu présent dans la pensée actuelle, le lien entre le christianisme et l’invention du développement économique se rencontre chez plusieurs auteurs importants. Dès les années 1930-1940, le grand historien anglais Christopher Dawson insistait sur l’« importance primordiale [du] facteur religieux » comme explication de la suprématie matérielle des nations occidentales sur le reste du monde. Le fait « qu’un petit groupe de peuples de l’Europe occidentale ait pu acquérir dans un laps de temps relativement court le pouvoir de transformer le monde et de s’émanciper de la dépendance millénaire qui maintenait l’homme soumis aux forces naturelles » ne résultait pas « d’un héritage propre  à un type biologique particulier ». Dawson était parvenu à la conclusion que c’était la religion chrétienne qui constituait la cause de « l’évolution particulière de l’homme d’Occident». Jean-Louis Harouel
Le fait que ce soit la civilisation chrétienne occidentale et non la civilisation musulmane qui ait inventé le progrès technique et le développement économique est d’autant plus étonnant que la première souffrait au départ d’un très lourd handicap par rapport à la seconde, laquelle partait avec une colossale avance. En effet, elle a directement bénéficié d’un prodigieux capital intellectuel, auquel la chrétienté occidentale n’a eu accès que bien plus difficilement et beaucoup plus tard. Car l’islam s’est emparé de la partie restée riche et hautement civilisée du monde antique, tandis que sa partie occidentale européenne avait été appauvrie et désorganisée par les crises politiques et économiques ainsi que par deux siècles de conquête par les barbares. Le christianisme s’est trouvé pour une bonne part cantonné dans la partie barbarisée et déculturée du monde romain. Il se trouvait dans une situation peu enviable au regard de celle de l’islam, qui avait raflé en quelques années toute une série de provinces romaines en bon état de marche, avec leurs élites du savoir et leur vie intellectuelle intactes. Le pouvoir impérial arabe s’est substitué au pouvoir de l’empereur romain d’Orient dans des territoires restés riches et intellectuellement actifs. (…) Mais l’islam ne va pas aller au-delà. Le savoir antique tant européen qu’asiatique fut pour lui un point de départ et un point d’arrivée, dans une version médiévale qui l’enrichit quelque peu. Des « progrès significatifs » furent obtenus dans des domaines « qui n’exigeaient aucune base théorique », tels que « certains aspects de l’astronomie et de la médecine ». Du moins dans un premier temps, car graduellement « même cette forme de progrès cessa ».  (…) Le spectaculaire décollage de l’Occident eut pour conséquence le déclassement de la civilisation musulmane – tout comme d’ailleurs celui des autres grandes civilisations telles que la Chine et l’Inde. Contrairement à l’idée communément admise, il ne semble pas y avoir eu de crise du monde islamique. Il s’est seulement trouvé dépassé par une civilisation chrétienne occidentale qui a connu un progrès fulgurant. Au sein du monde musulman, on a mis beaucoup de temps à en prendre conscience et à l’admettre. Selon Bernard Lewis, il faut attendre pour cela le voyage effectué en Prusse en 1790 par l’ambassadeur ottoman Azmi Effendi : « Le premier, il écrit que la faiblesse de son pays n’est pas due à une décadence morale et religieuse comme le prétendent les mémorialistes ottomans, mais à la force acquise par les Européens. » Il n’y a pas eu de crise du monde musulman, mais une stagnation, une immobilité, conforme à son génie. Cette fixité est à mettre en rapport, souligne Jacques Ellul, avec le fait que « la doctrine tout entière de l’Islam (y compris sa pensée religieuse) a pris un aspect juridique ». Or, « le juridique a une orientation très nette : fixer ». L’immobilité du monde musulman évoque la stabilité millénaire de la civilisation égyptienne, qui fascinait tant Platon. L’islam a manifesté une exceptionnelle aptitude à se mobiliser pour conquérir, et pour conserver ses conquêtes. L’islam est une civilisation conquérante, guerrière, normative. Par la conquête, l’islam a raflé un prodigieux patrimoine matériel et intellectuel. Il en a joui – ce fut la fameuse civilisation islamique classique –, mais il ne l’a guère développé. Il n’y a pas eu de déclin islamique, mais un déclassement islamique. Alors qu’une civilisation progresse spectaculairement comme l’a fait la civilisation chrétienne occidentale, quand les autres civilisations restent immobiles, c’est comme si elles reculaient. Jean-Louis Harouel
 Si on vise ainsi des héritages du christianisme alors même que l’islamisme vient encore de tuer en France, c’est tout simplement parce que le christianisme ne fait absolument pas peur et que l’islam fait très peur. Si on voulait vraiment protéger efficacement la laïcité – ou plus précisément la sécularisation de la société –, on s’en prendrait au foulard islamique (hidjab) qui inonde l’espace public et apporte ainsi une immense visibilité à l’islam. (…) Or, maintenant qu’il est très implanté en Europe et un peu aux États-Unis, l’islam prétend imposer aux Occidentaux cette interdiction de la liberté de pensée et d’expression. (…) l’islam prétend intimider les pouvoirs publics et les médias occidentaux. Il les contraint à une forte auto-censure afin de ne pas offusquer les musulmans. C’est ainsi que la municipalité d’Oxford a abandonné l’usage du mot « Noël » dans les documents émanant d’elle. Ce faisant, les Occidentaux se comportent en dhimmi, en inférieurs qui s’inclinent devant l’islam. Il est décidément moins dangereux de s’en prendre aux vestiges pittoresques et inoffensifs de notre civilisation chrétienne. (…) C’est une stratégie catastrophique. C’est une erreur de considérer l’islam seulement comme une religion. C’est une erreur de définir sa place dans les sociétés occidentales du point de vue de la seule liberté religieuse. À la fois religion et régime politique, l’islam forme un ensemble de règles prétendument divines dont beaucoup sont de nature juridique. Contenu dans la charia, ce code de droit institue l’infériorité juridique des femmes ainsi que celle des non-musulmans, et il cautionne l’esclavage. Si bien que, sur les marchés d’esclaves du califat auto-proclamé d’Irak et de Syrie, on peut acheter une esclave chrétienne pour quelques dizaines d’euros, en toute conformité à la loi divine. Système total, l’islam rejette l’idée de la disjonction du politique et du religieux, principe d’origine chrétienne né du fameux : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Fondatrice de ce qui est appelé en France la laïcité, cette disjonction a été la source d’où a pu naître la liberté de l’individu, avec toutes ses conséquences positives : esprit critique et liberté de l’esprit, tolérance, progrès intellectuel et pensée scientifique, progrès technique et enrichissement de la société. Tout cela est issu de la dualité chrétienne entre les pouvoirs temporel et spirituel. Au contraire, pour l’islam, le sacré englobe le profane. La légitimité de l’État résulte exclusivement de son action au service de l’islam. Et dans les pays musulmans où a été instaurée une sécularisation de l’État – Turquie, Indonésie –, elle est aujourd’hui menacée par une forte réislamisation des esprits. Les religions ont des effets très différents sur la sécularité de la société. Celle-ci n’est nullement menacée par les clochers et les croix des cimetières, les pardons bretons et les bénédictions de navires, les saintes vierges et les calvaires des villages, ni par les jours fériés correspondant à des fêtes chrétiennes. D’ailleurs, la disjonction du politique et du religieux étant une invention chrétienne, la croix pourrait légitimement être revendiquée comme un emblème de la laïcité, et plus généralement de la sécularité des sociétés occidentales. (…) La prodigieuse réussite scientifique, technique, économique et sociale de l’Europe n’aurait pas pu avoir lieu si elle n’avait pas chassé de son sol les dominations musulmanes qui s’y étaient établies par la conquête (Sicile, Italie du Sud, Espagne, France méridionale, Balkans) et repoussé les grandes offensives militaires musulmanes, en dernier lieu devant Vienne voici trois siècles. C’est parce que l’Europe a su rester chrétienne qu’elle a construit des sociétés laïques, libres, tolérantes, économiquement développées, à haut niveau de vie moyen et socialement généreuses. Ces sociétés sont le produit historique de la civilisation chrétienne européenne. Jean-Louis Harouel
Angela Merkel est atteinte, à son tour du syndrome de la Castafiore : « Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! ». Chaleureusement félicitée, l’autre jour, par Barack Obama pour sa politique migratoire, voilà la chancelière allemande qui s’enhardit dans ses prêches moraux contre les populistes. Mardi, au lycée français de Berlin, elle a répondu ceci, à une question d’un élève qui l’interrogeait sur la montée du FN : « Je vais essayer de contribuer à ce qu’évidemment d’autres forces soient plus fortes que le Front national, pour autant qu’on puisse le faire de l’étranger ». Sur la montée de l’afD dans son propre pays, elle a dit : « Nous avons assez de bons arguments pour nous confronter » à eux « sans avoir l’écume à la bouche ». La Belle contre la Bête. Le problème est que Merkel, persuadée de représenter le Bien au point de s’ingérer dans la politique intérieure française, ne voit pas qu’elle est elle-même à la source, avec d’autres « humanistes » fascinés par l’Autre, de ce qu’elle dénonce. Le populisme n’est, en effet, que la réponse des peuples abandonnés par leurs élites aveuglées. (…) En disant non au FN mais oui aux Turcs, la chancelière a ainsi contribué à affermir le pouvoir, autoritaire et dominateur, du sultan Erdogan, qui en est à dicter ses conditions à l’Union européenne, déracinée et soumise. Ce mercredi, la commission européenne a proposé d’entériner une exemption de visas pour les citoyens turcs, sous certaines conditions, en échange d’une rétention des réfugiés sur le sol turc. La Turquie étant devenue la plateforme migratoire du monde musulman depuis qu’elle a elle-même supprimé les visas avec l’Egypte, les pays du Maghreb, la Syrie ou l’Irak, la suite de cet accord est imprévisible. Reste que l’inversion des forces est telle, depuis l’ouverture irréfléchie de Merkel aux migrants, que ce n’est plus la Turquie qui demande son intégration dans l’Europe, mais l’Europe qui quémande la protection d’Ankara. Ivan Rioufol

Attention: une religion peut en cacher une autre !

A l’heure où entre journées du hijab dans nos grandes écoles, interdiction des crèches dans nos mairies et apologie du terrorisme sur tapis rouge à Cannes, nos élites redoublent d’efforts pour délégitimer nos traditions judéochrétiennes et « accomoder » nos sociétés aux usages musulmans …

Et où après celle du premier président américain d’origine afro-musulman de l’histoire, c’est devant l’élection du premier maire musulman d’une grande capitale occidentale que les mêmes nous somment à présent de nous émerveiller …

Pendant qu’entre l’abandon de l’Irak aux mains des djihadistes et l’appel à l’accueil illimité de leurs victimes, des responsables politiques ou religieux qui ont tant fait pour déstabiliser l’Europe se permettent à présent de dénoncer les réactions des populations autochtones qu’ils ont eux-mêmes provoquées

Et qu’après la géographie, c’est à l’histoire d’une des plus anciennes civilisations et seule véritable démocratie du Moyen-Orient que l’on s’en prend désormais sur fond d’épuration religieuse généralisée

Comment ne pas voir avec le l’éditorialiste Ivan Rioufol et l’universitaire Jean-Louis Harouel…
Que les droits de l’homme « inventés par l’Occident pour protéger ses citoyens contre les risques d’arbitraire du pouvoir sont devenus », face à un islam en plein essor à nouveau, une véritable « religion séculière suicidaire » ?
Angela Merkel est atteinte, à son tour du syndrome de la Castafiore : « Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! ». Chaleureusement félicitée, l’autre jour, par Barack Obama pour sa politique migratoire, voilà la chancelière allemande qui s’enhardit dans ses prêches moraux contre les populistes. Mardi, au lycée français de Berlin, elle a répondu ceci, à une question d’un élève qui l’interrogeait sur la montée du FN : « Je vais essayer de contribuer à ce qu’évidemment d’autres forces soient plus fortes que le Front national, pour autant qu’on puisse le faire de l’étranger ». Sur la montée de l’afD dans son propre pays, elle a dit : « Nous avons assez de bons arguments pour nous confronter » à eux « sans avoir l’écume à la bouche ». La Belle contre la Bête. Le problème est que Merkel, persuadée de représenter le Bien au point de s’ingérer dans la politique intérieure française, ne voit pas qu’elle est elle-même à la source, avec d’autres « humanistes » fascinés par l’Autre, de ce qu’elle dénonce. Le populisme n’est, en effet, que la réponse des peuples abandonnés par leurs élites aveuglées. Comme le démontre efficacement l’universitaire Jean-Louis Harouel (1) : « Le programme de la haine de soi et de son pays est aujourd’hui devenu la pensée officielle, imposée par le politiquement correct de la religion des droits de l’homme.« . Or Harouel l’assure, avec raison : « Les droits de l’homme, inventés par l’Occident pour protéger ses citoyens contre les risques d’arbitraire du pouvoir, sont devenus depuis un demi-siècle une religion séculière suicidaire pour les Occidentaux ».
Merkel est un des gourous de cette secte devenue dangereuse. En disant non au FN mais oui aux Turcs, la chancelière a ainsi contribué à affermir le pouvoir, autoritaire et dominateur, du sultan Erdogan, qui en est à dicter ses conditions à l’Union européenne, déracinée et soumise. Ce mercredi, la commission européenne a proposé d’entériner une exemption de visas pour les citoyens turcs, sous certaines conditions, en échange d’une rétention des réfugiés sur le sol turc. La Turquie étant devenue la plateforme migratoire du monde musulman depuis qu’elle a elle-même supprimé les visas avec l’Egypte, les pays du Maghreb, la Syrie ou l’Irak, la suite de cet accord est imprévisible. Reste que l’inversion des forces est telle, depuis l’ouverture irréfléchie de Merkel aux migrants, que ce n’est plus la Turquie qui demande son intégration dans l’Europe, mais l’Europe qui quémande la protection d’Ankara. Merci Merkel ?
(1)  Les droits de l’homme contre le peuple ; Desclée de Brouwer, à paraître le 19 mai

Pourquoi la société française ferait mieux d’assumer son héritage chrétien plutôt que de vouloir combattre l’islam radical par le laïcisme

L’Association des maires de France a récemment publié un manifeste pour la laïcité, dans lequel la religion chrétienne est attaquée. La tendance au durcissement de la laïcité consiste donc à s’en prendre aux plus discrets et pourtant aux fondements de nos racines.

Jean-Louis Harouel

Pater Noster

Atlantico
22 Novembre 2015

Atlantico : Pourquoi viser ainsi des héritages du christianisme alors que c’est avec une partie de l’islam que la laïcité semble rencontrer actuellement une remise en question ?

Jean-Louis Harouel : Si on vise ainsi des héritages du christianisme alors même que l’islamisme vient encore de tuer en France, c’est tout simplement parce que le christianisme ne fait absolument pas peur et que l’islam fait très peur. Si on voulait vraiment protéger efficacement la laïcité – ou plus précisément la sécularisation de la société –, on s’en prendrait au foulard islamique (hidjab) qui inonde l’espace publique et apporte ainsi une immense visibilité à l’islam.

L’islam fait peur, et c’est en premier chef aux musulmans qu’il fait peur. Sauf rarissimes exceptions, des intellectuels d’origine musulmane n’ont pas osé se dresser ouvertement contre l’islam. C’est trop dangereux. Le Coran (XVI, 108) et plusieurs hadiths frappent les coupables d’apostasie de sanctions pouvant aller jusqu’à la mort. Or le musulman qui refuse de s’acquitter de l’obligation légale de la prière est réputé apostat et donc passible de la mort. On ne peut, sans risquer sa vie, rejeter l’islam et encore moins l’insulter, comme l’ont fait tant d’Européens avec les dogmes et les rites chrétiens. Une mécanique répressive de nature terroriste protège l’islam contre la liberté de l’esprit.

Même chez les musulmans les plus libéraux, la liberté de penser et de communiquer sa pensée  pose problème. La Déclaration sur les droits de l’homme en islam n’autorise en effet la liberté d’expression qu’à condition de ne rien exprimer qui soit « en contradiction avec les impératifs de la Charia ».

Or, maintenant qu’il est très implanté en Europe et un peu aux États-Unis, l’islam prétend imposer aux Occidentaux cette interdiction de la liberté de pensée et d’expression. Car la loi divine – la charia – ordonne aux non-musulmans de parler de l’islam avec respect. Lourde de menaces, cette injonction s’adressait jadis aux dhimmi, aux chrétiens et aux juifs tolérés dans le monde islamique sur le mode de l’infériorité juridique et de l’humiliation. Aujourd’hui, l’islam prétend intimider les pouvoirs publics et les médias occidentaux. Il les contraint à une forte auto-censure afin de ne pas offusquer les musulmans. C’est ainsi que la municipalité d’Oxford a abandonné l’usage du mot « Noël » dans les documents émanant d’elle. Ce faisant, les Occidentaux se comportent en dhimmi, en inférieurs qui s’inclinent devant l’islam.

 Il est décidément moins dangereux de s’en prendre aux vestiges pittoresques et inoffensifs de notre civilisation chrétienne.

Est-ce une bonne stratégie de réduire l’influence de la tradition chrétienne sur la société pour faire rentrer l’islam dans la laïcité ?

C’est une stratégie catastrophique. C’est une erreur de considérer l’islam seulement comme une religion. C’est une erreur de définir sa place dans les sociétés occidentales du point de vue de la seule liberté religieuse. À la fois religion et régime politique, l’islam forme un ensemble de règles prétendument divines dont beaucoup sont de nature juridique. Contenu dans la charia, ce code de droit institue l’infériorité juridique des femmes ainsi que celle des non-musulmans, et il cautionne l’esclavage. Si bien que, sur les marchés d’esclaves du califat auto-proclamé d’Irak et de Syrie, on peut acheter une esclave chrétienne pour quelques dizaines d’euros, en toute conformité à la loi divine.

Système total, l’islam rejette l’idée de la disjonction du politique et du religieux, principe d’origine chrétienne né du fameux : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Fondatrice de ce qui est appelé en France la laïcité, cette disjonction a été la source d’où a pu naître la liberté de l’individu, avec toutes ses conséquences positives : esprit critique et liberté de l’esprit, tolérance, progrès intellectuel et pensée scientifique, progrès technique et enrichissement de la société. Tout cela est issu de la dualité chrétienne entre les pouvoirs temporel et spirituel.

Au contraire, pour l’islam, le sacré englobe le profane. La légitimité de l’État résulte exclusivement de son action au service de l’islam. Et dans les pays musulmans où a été instaurée une sécularisation de l’État – Turquie, Indonésie –, elle est aujourd’hui menacée par une forte réislamisation des esprits.

Les religions ont des effets très différents sur la sécularité de la société. Celle-ci n’est nullement menacée par les clochers et les croix des cimetières, les pardons bretons et les bénédictions de navires, les saintes vierges et les calvaires des villages, ni par les jours fériés correspondant à des fêtes chrétiennes. D’ailleurs, la disjonction du politique et du religieux étant une invention chrétienne, la croix pourrait légitimement être revendiquée comme un emblème de la laïcité, et plus généralement de la sécularité des sociétés occidentales.

On ne peut que souhaiter le maintien de la prédominance en Europe des signes religieux chrétiens. Ce sera l’indice que la sécularisation de la société engendrée par le christianisme y résiste encore.

En revanche, tout est à craindre d’un islam rendu redoutable à l’Europe par son poids démographique. La multiplication des signes islamiques dans l’espace public et la satisfaction des revendications vestimentaires, alimentaires et autres des musulmans sont lourdes de menaces pour la laïcité de l’État et la préservation de sociétés sécularisées.

Qu’avons-nous à perdre à gommer toutes les spécificités culturelles de notre société liées au christianisme ? Dans quelle mesure l’imprègnent-elles ?

Nous avons tout à perdre à gommer ces spécificités, d’autant que le vide qui en résulterait serait immédiatement investi par l’islam. Nier ces spécificités reviendrait à nier ce que nous sommes.  Dans la très longue durée, ce qui caractérise fondamentalement l’Europe, c’est son refus de l’islam pour rester un continent chrétien. Si l’Europe était devenue musulmane, le cours de l’histoire en eût été totalement changé. Le monde serait resté sous-développé, le progrès scientifique et technique ne serait jamais intervenu, il n’y aurait pas eu de développement économique ni intellectuel de l’humanité. Il n’y aurait pas eu de liberté individuelle, de liberté de l’esprit. Car tout cela a résulté de la dualité chrétienne entre les pouvoirs temporel et spirituel, et c’est en Europe occidentale que cette dualité s’est le plus pleinement accomplie. Si l’Europe était devenue musulmane, il n’y aurait certainement jamais eu de Révolution industrielle et d’invention du développement.

La prodigieuse réussite scientifique, technique, économique et sociale de l’Europe n’aurait pas pu avoir lieu si elle n’avait pas chassé de son sol les dominations musulmanes qui s’y étaient établies par la conquête (Sicile, Italie du Sud, Espagne, France méridionale, Balkans) et repoussé les grandes offensives militaires musulmanes, en dernier lieu devant Vienne voici trois siècles. C’est parce que l’Europe a su rester chrétienne qu’elle a construit des sociétés laïques, libres, tolérantes, économiquement développées, à haut niveau de vie moyen et socialement généreuses. Ces sociétés sont le produit historique de la civilisation chrétienne européenne.

C’est parce que l’Europe est demeurée chrétienne qu’elle a pu édifier une civilisation intellectuelle et technique apportant une connaissance du réel et une action sur lui qui ont révolutionné la condition humaine. Et non seulement la science née de la civilisation européenne a permis un développement sans équivalent de la puissance et de la richesse matérielles, mais encore elle a su jeter sur sa propre civilisation aussi bien que sur les autres civilisations un regard curieux et objectif qui a permis la construction d’un immense savoir universel. L’Europe a inventé aussi bien l’histoire moderne que l’anthropologie, l’archéologie ou la sociologie. Chose sans précédent, la science européenne a voulu connaître et comprendre les autres civilisations. C’est ainsi que, pour la civilisation née du creuset de l’Europe chrétienne, l’art musulman ou l’art hindou sont un objet d’étude et de dilection, au même titre que son propre patrimoine artistique.

Nous autres, Européens, nous sommes tous – athées, agnostiques, anti-cléricaux et anti-chrétiens compris – le produit historique de près de deux millénaires de chrétienté. Pour ce qui est de l’histoire, de la civilisation, des valeurs, il est bien évident que l’Europe est un héritage chrétien et ne peut le nier à peine de se renier entièrement, de perdre totalement son sens. Si l’Union européenne s’était souciée de la réalité, elle aurait placé, au centre du cercle d’étoiles de son drapeau, une croix pareille à celle du drapeau suisse : une croix qui, pas plus que celle-ci ne serait un signe religieux, mais bien l’emblème de l’histoire et de la civilisation de l’Europe.

Voir aussi:

La laïcité, cette invention spécifiquement chrétienne

Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est le fondement même de la civilisation chrétienne, ce qui la distingue des autres. Extraits de « Le vrai génie du christianisme » (1/2).

Bonnes feuilles
Atlantico
24 Novembre 2012

« Qu’elles veuillent l’admettre ou non, les sociétés occidentales sont chrétiennes. La laïcité est une invention spécifiquement chrétienne. Le christianisme a inventé la distinction du sacré et du profane, du religieux et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cette distinction est la marque spécifique et le fondement même de la civilisation chrétienne. C’est ce qui rend celle-ci profondément différente des autres civilisations, à commencer par celle qui se pose actuellement comme sa grande rivale : la civilisation islamique.

La disjonction chrétienne du politique et du religieux constitue la source du succès de l’Occident. C’est d’elle qu’est née la liberté de l’individu, laquelle est à l’origine non seulement des libertés publiques européennes mais encore de la dynamique occidentale. C’est en effet à la désintrication du spirituel et du temporel, à la dissociation du sacré et du profane, qu’il faut rapporter l’invention par l’Europe occidentale – et non par d’autres grandes civilisations – du progrès technique et du développement économique, dont bénéficie aujourd’hui une grande partie de l’humanité. L’avènement de la science et de la technique moderne est certes un miracle européen, mais plus profondément encore un miracle chrétien.

1. L’identité chrétienne des sociétés occidentales

Le thème des racines chrétiennes de l’Europe n’a pas bonne presse dans l’intelligentsia. Leur évocation suscite, comme l’a noté Jean de Boishue, « une levée de boucliers » de la part de ceux « qui tiennent le christianisme pour une espèce de maladie infantile ». Pourtant, la présence du christianisme dans les sociétés européennes est encore plus forte que cela. Ce n’est pas seulement du passé qu’il s’agit, mais bel et bien du présent. Ce n’est pas seulement de nos racines chrétiennes qu’il s’agit, mais – hic et nunc – de la nature chrétienne de nos valeurs, qui relèvent de manière évidente d’un christianisme sécularisé.

Nous verrons à la fin de ce livre que la sécularisation de ces valeurs d’origine évangélique et surtout la volonté de les traduire en règles de droit n’ont pas été sans les dénaturer, produisant ainsi de graves effets pervers funestes pour les nations concernées6. Mais, pour l’heure, il ne s’agit que d’identifier le caractère indubitablement chrétien des pays européens.

 Le christianisme, matrice des valeurs de l’Occident

Il est désormais bien connu que le christianisme a été historiquement la matrice des valeurs de la modernité démocratique : individualisme, égalité, solidarité, valorisation de la femme, droits de l’homme, etc. Ce sont là des valeurs inventées par le christianisme, qui ont été ensuite sécularisées au fur et à mesure que le monde occidental devenait « laïc et désenchanté », si bien que Luc Ferry considère que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 24 août 1789 « n’est bien souvent pas autre chose que du christianisme laïcisé et rationalisé ». C’est d’ailleurs ce que pensaient déjà à la fin du XIXe siècle les fondateurs de la laïcité française.

 […]

 Le christianisme est à l’origine du développement économique intervenu depuis deux siècles, et donc de l’enrichissement du monde. Certes, rien n’est plus loin des intentions manifestées par le Christ, rien n’est plus éloigné de son refus d’agir sur le monde. Le christianisme est une religion sans projet terrestre, qui n’a en conséquence jamais eu la volonté d’apporter le progrès technique, l’enrichissement de la société, l’élévation des niveaux de vie, le bien-être matériel. Et pourtant, historiquement, il a apporté tout cela.

Sans le christianisme, nous piocherions tous la terre comme dans les civilisations anciennes. Celui qui est aujourd’hui ingénieur, cadre commercial, haut fonctionnaire ou général, n’a pas conscience que, sans le progrès technique et le développement économique permis par lui, il serait presque fatalement un paysan vivant durement et pauvrement. Le grand économiste français Jean Fourastié l’a noté cum grano salis : « Le haut fonctionnaire d’aujourd’hui […], s’il se pense vivant en 1820 […], ne pense pas un seul instant [que], vivant dans une société pauvre, il aurait eu au moins neuf chances sur dix d’être paysan pauvre. » Au lieu de quoi, du fait de l’enrichissement de la société, il est cadre, car « c’est une loi du progrès
technique de multiplier les cadres ».

Le lien historique entre christianisme occidental et développement

Bien que le thème soit relativement peu présent dans la pensée actuelle, le lien entre le christianisme et l’invention du développement économique se rencontre chez plusieurs auteurs importants. Dès les années 1930-1940, le grand historien anglais Christopher Dawson insistait sur l’« importance
primordiale [du] facteur religieux » comme explication de la suprématie matérielle des nations occidentales sur le reste du monde. Le fait « qu’un petit groupe de peuples de l’Europe occidentale ait pu acquérir dans un laps de temps relativement court le pouvoir de transformer le monde et de s’émanciper de la dépendance millénaire qui maintenait l’homme soumis aux forces naturelles » ne résultait pas « d’un héritage propre  à un type biologique particulier ». Dawson était parvenu à la conclusion que c’était la religion chrétienne qui constituait la cause de « l’évolution particulière de l’homme d’Occident».

Voir également:

Le décollage de l’Occident a entraîné le déclassement de la civilisation musulmane
Jean-Louis Harouel explique comment le monde musulman s’est trouvé dépassé par une civilisation chrétienne occidentale qui a connu un progrès fulgurant. Extrait de « Le vrai génie du christianisme » (2/2).
Gagnant-perdant
Jean-Louis Harouel
Atlantico
25 Novembre 2012

Le fait que ce soit la civilisation chrétienne occidentale et non la civilisation musulmane qui ait inventé le progrès technique et le développement économique est d’autant plus étonnant que la première souffrait au départ d’un très lourd handicap par rapport à la seconde, laquelle partait avec une colossale avance. En effet, elle a directement bénéficié d’un prodigieux capital intellectuel, auquel la chrétienté occidentale n’a eu accès que bien plus difficilement et beaucoup plus tard. Car l’islam s’est emparé de la partie restée riche et hautement civilisée du monde antique, tandis que sa partie occidentale européenne avait été appauvrie et désorganisée par les crises politiques et économiques ainsi que par deux siècles de conquête par les barbares. Le christianisme s’est trouvé pour une bonne part cantonné dans la partie barbarisée et déculturée du monde romain. Il se trouvait dans une situation peu enviable au regard de celle de l’islam, qui avait raflé en quelques années toute une série de provinces romaines en bon état de marche, avec leurs élites du savoir et leur vie intellectuelle intactes. Le pouvoir impérial arabe s’est substitué au pouvoir de l’empereur romain d’Orient dans des territoires restés riches et intellectuellement actifs.

Au même moment, le christianisme du Haut Moyen Âge vit sur les ruines du monde antique. La civilisation urbaine a quasiment disparu. L’une des villes mérovingiennes les plus importantes, Reims, n’a que 6.000 habitants. Parallèlement, l’héritage intellectuel antique est quasi perdu. Le christianisme occidental est un monde sinistré, qui repart de très bas, alors que l’islam s’est emparé de la partie du monde gréco-romain restée à un haut niveau de civilisation, avec une civilisation urbaine restée florissante. L’empire islamique va bénéficier de tout cela, l’entretenir, vivre sur ce fabuleux capital intellectuel et scientifique, le compléter et l’enrichir ponctuellement, principalement en complétant la science de la Grèce par celle de la Perse et celle de l’Inde (les fameux chiffres « arabes », etc.).

[…]

Mais l’islam ne va pas aller au-delà. Le savoir antique tant européen qu’asiatique fut pour lui un point de départ et un point d’arrivée, dans une version médiévale qui l’enrichit quelque peu. Des « progrès significatifs » furent obtenus dans des domaines « qui n’exigeaient aucune base théorique », tels que « certains aspects de l’astronomie et de la médecine ». Du moins dans un premier temps, car graduellement « même cette forme de progrès cessa ».

[…]

Le spectaculaire décollage de l’Occident eut pour conséquence le déclassement de la civilisation musulmane – tout comme d’ailleurs celui des autres grandes civilisations telles que la Chine et l’Inde. Contrairement à l’idée communément admise, il ne semble pas y avoir eu de crise du monde islamique. Il s’est seulement trouvé dépassé par une civilisation chrétienne occidentale qui a connu un progrès fulgurant. Au sein du monde musulman, on a mis beaucoup de temps à en prendre conscience et à l’admettre. Selon Bernard Lewis, il faut attendre pour cela le voyage effectué en en Prusse en 1790 par l’ambassadeur ottoman Azmi Effendi : « Le premier, il écrit que la faiblesse de son pays n’est pas due à une décadence morale et religieuse comme le prétendent les mémorialistes ottomans, mais à la force acquise par les Européens. »

Il n’y a pas eu de crise du monde musulman, mais une stagnation, une immobilité, conforme à son génie. Cette fixité est à mettre en rapport, souligne Jacques Ellul, avec le fait que « la doctrine tout entière de l’Islam (y compris sa pensée religieuse) a pris un aspect juridique ». Or, « le juridique a une orientation très nette : fixer »117. L’immobilité du monde musulman évoque la stabilité millénaire de la civilisation égyptienne, qui fascinait tant Platon. L’islam a manifesté une exceptionnelle aptitude à se mobiliser pour conquérir, et pour conserver ses conquêtes. L’islam est une civilisation conquérante, guerrière, normative. Par la conquête, l’islam a raflé un prodigieux patrimoine matériel et intellectuel. Il en a joui – ce fut la fameuse civilisation islamique classique –, mais il ne l’a guère développé. Il n’y a pas eu de déclin islamique, mais un déclassement islamique. Alors qu’une civilisation progresse spectaculairement comme l’a fait la civilisation chrétienne occidentale, quand les autres civilisations restent immobiles, c’est comme si elles reculaient.

Voir encore:

Ce que révèle l’élection de Sadiq Khan à la mairie de Londres
Alexandre Devecchio
Le Figaro
06/05/2016
FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Sadiq Khan, candidat travailliste à la mairie de Londres, est devenu le premier maire musulman d’une grande capitale occidentale. Essayiste française, Laetitia Strauch-Bonnart habite à Londres. Elle décrypte les raisons d’une victoire très symbolique.
Laetitia Strauch-Bonart a été chercheuse dans un think tank français. Elle vit à Londres où elle prépare un PhD en histoire sur les penseurs conservateurs et les questions morales après 1945. Vous avez dit conservateur? est son premier essai.

Sadiq Khan, candidat travailliste à la mairie de Londres est devenu le premier maire musulman d’une grande capitale occidental. Cela est-il un symbole important en Grande-Bretagne?

Laetitia Strauch Bonnart: Cette victoire reflète le profond changement démographique qui s’est opéré en Grande-Bretagne et surtout à Londres depuis les dernières décennies, puisque les musulmans représentent aujourd’hui 12,4% de la population de la capitale, une proportion qui croît d’ailleurs bien plus vite que celle des autres communautés.

Cependant, le fait même de se concentrer sur l’identité religieuse de Khan pose problème: c’est réduire la politique à une «politique d’identités», où l’origine et l’appartenance comptent davantage que les programmes politiques. C’est aussi penser que les électeurs se déterminent en fonction de ces identités, alors que la victoire de Khan a certainement d’autres facteurs, à commencer par la faiblesse de son principal opposant conservateur, Zac Goldsmith. En réalité, dans les derniers mois, la focalisation du débat électoral sur les questions d’origine, voulue ou non, a empêché d’évoquer les vraies questions importantes pour la ville, à commencer par l’immobilier et le manque criant de logements pour une population en constante croissante. Aucun des candidats principaux, que ce soit Khan ou Goldsmith, n’a proposé le semblant d’une solution crédible à ce sujet!

Sadiq Khan est le fils d’un conducteur de bus pakistanais. Ses origines culturelles et sa religion ont-elles joué un rôle dans cette élection? Lequel?

En effet, elles ont joué un rôle, même s’il reste difficile à quantifier. Il est impossible de ne pas être sensible à l’histoire de Khan, qu’on partage ou non ses idées: fils d’un conducteur de bus pakistanais, il a grandi dans une council house (un HLM) et fait son chemin dans l’école d’Etat, gratuite, jusqu’à devenir avocat spécialiste des droits de l’homme. Sa «success story» est exemplaire. Ensuite, la campagne de Khan a elle-même énormément mis l’accent non seulement sur son origine sociale, mais aussi religieuse. Ses prospectus ont parfaitement joué sur ce registre, et ont fait pleurer dans les chaumières comme il se doit. Et je dis cela sans condescendance: je suis la première, à la vue de ces prospectus, à avoir admiré le parcours et l’homme, et senti la force de la méritocratie à l’œuvre… On voit ici la puissance du storytelling moderne. En face de Khan, vous trouviez un conservateur, fils de milliardaire – les commentateurs sceptiques ne manquent pas de le rappeler dès qu’ils le peuvent -, formé à Eton, l’école privée la plus emblématique, arborant toujours le même costume bleu distingué, sa «classe» se lisant sur son visage et dans le moindre de ses gestes. Deux images du Royaume-Unis se sont opposées dans cette bataille, jusqu’à la caricature.

Sauf qu’on ne peut pas fonder son choix politique, à mon sens, sur ces seuls éléments. Or curieusement, l’origine semble avoir aujourd’hui un effet important sur les opinions des électeurs, et un effet en ciseaux: catalyseur de sympathie quand elle est modeste, elle est de plus en plus critiquée quand elle est aisée. Autrefois, l’appartenance à l’establishment aurait suffi pour faire élire Golsmith, et c’est une bonne chose que ce ne soit plus le cas, car en l’occurrence son programme n’était pas suffisamment solide. Cependant, ses origines ont clairement joué en sa défaveur, beaucoup lui reprochant simplement d’être fils de milliardaire. Pour plaire aujourd’hui, il vaut mieux un héritage de déshérité, une histoire personnelle faite de difficultés et d’ascension sociale. Qu’on trouve cela ridicule ou non, c’est l’esprit du temps, et Goldsmith n’est pas du bon côté!

Dans l’ensemble, cependant, les origines de Khan ont joué un rôle autant négatif que positif. Elles lui ont apporté du soutien et de la sympathie chez les électeurs et les médias de gauche ; dans le même temps, l’ «identitarisation» relative de cette élection a excédé beaucoup d’électeurs. De fait, le soupçon est toujours présent que la gauche joue trop sur les identités, et cela peut avoir des effets négatifs. Par exemple, une petite minorité, au sein du Labour, montre une certaine tolérance à l’égard de l’antisémitisme. Les récentes déclarations de Ken Livingstone, l’ancien maire de la ville, qui a fait de Hitler un sioniste, l’ont bien montré. Même si Khan a aussitôt condamné Livingstone, l’épisode a été dévastateur pour le Labour et a quelque peu nui à la campagne de Khan, d’autant qu’il y a dix ans, Khan et Livingstone avaient des opinions bien plus proches, notamment sur Israël. La politique identitaire est toujours à double tranchant.

Sadiq Khan a été accusé d’affinité avec les islamistes. Est-ce le cas? Ce soupçon a-t-il pu jouer en sa défaveur?

Il est très difficile de répondre à cette question. Les activités professionnelles de Khan – il était avocat spécialiste des droits de l’homme – l’ont, dit-il, mené à côtoyé des représentants de l’islam radical, voire à dialoguer avec eux lors de débats. Mais comment distinguer ses obligations professionnelles d’une possible tolérance indue?

On observe surtout un changement d’attitude depuis dix ans. En 2004, il a par exemple participé, en tant que candidat à la députation pour le Labour, à une conférence avec cinq extrémistes islamistes, organisée par Friends of Al-Aqsa, un groupe pro-palestinien qui a publié des travaux du révisionniste (selon les termes du Guardian) Paul Eisen. A cet événement, les femmes devaient emprunter une entrée distincte des hommes! La même année, président des affaires juridiques du Muslim Council of Britain, il a participé à la défense de l’intellectuel musulman Dr Yusuf Al-Qaradawi et nié le fait que celui-ci soit un extrémiste. Il est pourtant l’auteur d’un livre, The Lawful and Prohibited in Islam, où il justifie la violence domestique à l’égard des femmes et soutient les opérations martyres contre les Israéliens.

Cependant, pendant la campagne électorale, Khan n’a cessé de condamner l’extrémisme, et demandé la suspension de Livingstone après ses remarques antisémites. Il est aussi haï par certains radicaux car il soutient le mariage gay. Ce changement d’attitude est-il pure tactique ou est-il sincère? Inversement, sa supposée proximité ancienne avec certains radicaux était-elle sincère, où là encore tactique? Dans tous les cas, je ne crois pas que Khan cautionne l’extrémisme. En revanche, il représente une voix assez commune à gauche – surtout dans ce que j’appelle «la gauche du ressentiment» représentée par Corbyn, que Khan a d’ailleurs soutenu en septembre dernier pour son élection à la tête du Labour: celle qui consiste à expliquer les attitudes des extrémistes et des terroristes par la seule et unique faute de l’Occident. Ainsi en 2006, élu député, Khan était l’un des signataires d’une lettre au Guardian qui attribuait la responsabilité des attentats terroristes – comme celui du 7 juillet 2005 à Londres – à la politique étrangère britannique, notamment son soutient à Israël. Cette position et l’ambiguïté passée de Khan ont forcément créé un soupçon en sa défaveur.

Londres est-elle la ville du multiculturalisme heureux?

Oui et non! Tout dépend ce que vous entendez par multiculturalisme. Si vous pensez à la diversité des nationalités représentées à Londres, il y a en effet quelque chose d’admirable dans cette ville et sa capacité à faire vivre ensemble des personnes d’origines différentes.

Mais quand on parle multiculturalisme en Europe aujourd’hui, on le prend dans un sens plus politisé, celui de la complexe relation entre la population d’origine, chrétienne ou athée à coloration chrétienne, et les populations plus ou moins récentes de confession musulmane. En Grande-Bretagne, en apparence, tout se passe bien. Les musulmans modérés sont tout à fait intégrés. Ce qui est assez problématique – comme dans d’autres villes européennes -, c’est l’existence de quartiers entiers où le séparatisme identitaire est visible. C’est le cas dans l’Est de London, notamment dans le borough de Tower Hamlets. 30% de la population y est musulmane, concentrée dans des council houses. En 2014, l’ancien maire, Lutfur Rahman, a été limogé après des soupçons de fraude et de favoritisme communautaire. A Tower Hamlets, beaucoup de femmes sont voilées de pied en cap, suivies de près par leurs maris. La difficulté qui en découle est à la fois anecdotique et majeure: vous ne pourriez pas, si vous en aviez envie, engager la conversation avec elles, car ce voile crée une barrière. Situation rare en France, elle est très fréquente ici. Et pourtant ce quartier abrite l’une des meilleures universités de Londres, Queen Mary University, qui brasse des étudiants du monde entier. Les populations se côtoient donc sans se parler, sans se connaître. Difficile d’y voir un multiculturalisme heureux – ni malheureux d’ailleurs: c’est bien plutôt un multiculturalisme de l’indifférence.

L’insécurité culturelle que traverse la France est-elle aussi une réalité en Grande-Bretagne?

Les Britanniques ne parleraient jamais, comme nous le faisons, d’ «insécurité culturelle». A mon sens, l’insécurité culturelle à la française vient autant du sentiment d’une menace extérieure que d’une perte de confiance dans notre propre modèle. Les Britanniques, malgré la présence de cette «gauche du ressentiment», sont moins enclins au dénigrement de soi. Ensuite, leur interprétation des faits diverge de la nôtre. Beaucoup de Britanniques ne voient aucun mal à la séparation que je viens de vous décrire – pour eux, il s’agit simplement de l’expression de la volonté de certains musulmans attachés à leurs traditions. Tant qu’ils respectent la loi, pourquoi leur en vouloir? Pendant longtemps, la mise en garde vis-à-vis d’une supposée trop faible intégration des musulmans est restée l’apanage des conservateurs britanniques les plus traditionalistes.

Le multiculturalisme commence cependant à perdre de son lustre. Deux séries d’affaires retentissantes, depuis 2014, ont bouleversé le pays: d’abord celle du «Trojan Horse» en 2014 et 2015, où furent découvertes des tentatives concertées de mettre en œuvre, dans plusieurs écoles de Birmingham, une philosophie et des pratiques islamistes ou salafistes.

Pire, on a mis a jour dans les dernières années de nombreux cas d’abus sexuels sur mineurs, perpétrés par des «gangs» dont les membres étaient d’origine musulmane. Ce fut le cas à Rotherham entre 1997 and 2013, où 1400 jeunes filles ont été violées. Cinq hommes d’origine Pakistanaise ont été condamnés. On a découvert des horreurs similaires à Rochdale, Derby et Telford. Le cas le plus récent est celui d’Oxford, où un groupe de sept hommes, entre 2006 et 2012, a exploité sexuellement 300 mineures, avec une violence parfois épouvantable.

La multiplicité des cas est frappante. Surtout, tous les membres des gangs étaient à chaque fois d’origine musulmane, et les jeunes filles – âgées parfois de 12 ans – blanches. C’est pourquoi depuis 2014, date où les premiers rapports officiels ont été publiés, on s’interroge sur une éventuelle motivation ethnique des agresseurs. Par ailleurs, dans de nombreux cas, on a constaté que la police et les conseils locaux avaient tardé à prendre au sérieux les plaintes des victimes, quand ils ne leur riaient pas tout simplement au nez. Aujourd’hui, les autorités émettent sérieusement l’hypothèse que cette timidité et ce déni pourraient provenir de la crainte de la police et des conseils locaux de se voir, à l’époque, accusés de racisme. Ces épisodes sont absolument dramatiques, et en même temps, ils sont peut-être le début d’une prise de conscience salutaire que la tolérance multiculturelle s’est muée, dans certains cas, en aveuglement.

Voir enfin:

Laïcité : l’AMF demande plus de neutralité aux maires
Bernard Gorce
La Croix
18/11/2015

L’association des maires de France (AMF) présente ce mercredi 18 novembre un « vade-mecum » qui entend éclairer les élus sur leurs relations avec les cultes et leurs réponses aux demandes religieuses.

L’association des maires de France (AMF) présente en fin de matinée, ce 18 novembre, les suites de son travail lancé il y a un an sur la laïcité. Leur « vade-mecum » se veut un mode d’emploi très pratique à l’intention de tous les élus dans lequel sont abordées des questions aussi variées que sensibles, comme les tenues scolaires ou la présence des élus aux cérémonies religieuses.

En juin dernier, le président de l’AMF François Baroin (LR) et le vice président André Laignel (PS) avaient déjà formulé des propositions en faveur de la laïcité, à partir des réflexions d’un groupe de travail dirigé par leurs confrères Gilles Platret (LR) et Patrick Molinoz (PRG).

Lors de cette présentation, les responsables avaient tenu des propos très fermes sur la laïcité, n’appréhendant le fait religieux et la présence des cultes que sous l’angle de la défiance. « Ces dernières années, il y a eu toute une série d’accommodements avec la laïcité qui ont conduit à une dérive, expliquait André Laignel (PS) premier vice-président de l’AMF. Certains de nos collègues sont perdus, ils ont besoin d’être confortés. »

Les élus invités à ne pas manifester leurs croyances

Dans cet esprit, le document présenté aujourd’hui formule un certain nombre de prescriptions très précises. Par exemple, le vade-mecum suggère aux élus quelle attitude adopter à titre personnel : « L’AMF invite les élus, dans leur action publique, à s’abstenir de faire montre de leurs propres convictions religieuses ou philosophiques (…) Dans ce cadre, la participation à des cérémonies religieuses, en tant qu’élu, devra se faire dans le strict respect de la neutralité républicaine, c’est-à-dire sans manifestation de sa propre croyance ou non croyance ».

Le document va loin dans les détails : ainsi il rappelle que le fait de ne pas se déchausser dans une mosquée peut représenter « une offense grave vis-à-vis de cette religion » et donc une « entorse à la laïcité ». Le port d’une kippa dans une synagogue relève en revanche d’un « simple usage », précise le document.

Une passion de Bach

L’association invite aussi les maires à respecter la pluralité de l’offre culturelle : ainsi, « la programmation culturelle d’une commune peut naturellement comporter des moments artistiques à connotation religieuse (exemple, en matière musicale : un concert de musique soufie, de musique juive, de Gospel ou une messe de la passion de Bach.) mais à condition de respecter équilibre et diversité. »

Le document met en garde les maires contre de « potentielles entorses à la laïcité dans le cadre du soutien apporté à des manifestations considérées comme traditionnelles (processions, tromenies (Les pardons en Bretagne NDLR), baptêmes de navire, bénédiction de bâtiments…) ».

Une loi contre les crèches dans les mairies

Enfin sur le dossier de l’installation de crèches de noël dans les bâtiments publics, qui a donné lieu ces derniers mois à plusieurs décisions de justice contradictoires, l’AMF prend une position de principe : leur présence dans l’enceinte des mairies n’est pas « compatible avec la laïcité ».

Sur ce point, constatant qu’une jurisprudence « non concordante (…) nuit à la compréhensionde la laïcité », l’AMF a interpellé le ministre de l’intérieur, en charge des cultes et estime souhaitable « une clarification législative ».

Des « tenues homogènes » dans les écoles

À côté de ces prescriptions, l’AMF formule aussi plusieurs demandes : elle alerte l’Ordre des médecins du problème de certificats médicaux de complaisance délivrés pour permettre à des filles de ne pas participer à certaines activités. Le Vade-mecum « suggère qu’il soit éventuellement fait appel à un avis du médecin scolaire ».

L’association, relevant la difficulté des maires « devant la déscolarisation d’un certain nombre d’enfants, et surtout de filles, dont le nombre irait croissant » a « alerté les pouvoirs publics » pour demander un renforcement des contrôles sur « ce phénomène très préoccupant ».

Le document précise aussi que l’AMF a « évoqué avec le ministre en charge de l’éducation nationale l’idée du port de tenues homogènes marquant l’appartenance à l’établissement scolaire ».

Enfin, concernant la petite enfance, l’AMF a saisi la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) et l’association des départements de France (ADF). Elle s’inquiète d’une application différente des règles de la laïcité pour les assistants maternels selon qu’ils exercent dans une crèche familiale publique (le devoir de neutralité s’impose), une crèche privée ou à domicile (l’obligation de neutralité ne s’exerce pas).

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PLUSIEURS NOUVEAUX OUTILS POUR LES COMMUNES

– Créé à l’automne 2014, le groupe de travail laïcité de l’Amf compte une quarantaine de membres. Le vade-mecum est consultable sur le site www.amf.asso.fr (onglet « dossier »).

– Le Centre national de la fonction publique territoriale a réalisé en juin, en collaboration avec le ministère de l’Intérieur et l’Observatoire de la laïcité, un ouvrage intitulé « Les fondamentaux de la laïcité et les collectivités territoriales » : sur le site www.cnfpt.fr (onglet « s’informer »)

– L’observatoire de la laïcité vient de réactualiser un guide intitulé « laïcité et collectivités locales ». Sur le site  : http://www.gouvernement.fr/observatoire-de-la-laicite (onglet « documents »).

L’Association des maires de France relativise la portée de son « vade-mecum » de la laïcité
M.M avec AFP
La Croix
27/11/2015

L’Association des maires de France (AMF) a tenu à préciser le 26 novembre que son « vade-mecum », vivement critiqué et traitant notamment de la présence des crèches de Noël dans les bâtiments publics, visait « simplement à aider les maires » et qu’il ne comportait « aucune valeur contraignante ».

« Sur ce dossier sensible et complexe (la laïcité, ndlr), la démarche de l’Association des maires de France (AMF) vise simplement à aider les maires en leur donnant toutes les informations possibles et à les alerter sur d’éventuels risques juridiques », a précisé l’association présidée par François Baroin (Les Républicains) dans un communiqué du 26 novembre.

Ces précisions de l’AMF interviennent au lendemain d’une montée au créneau de plusieurs élus LR et de l’extrême droite suite à la publication d’un « vade-mecum » répertoriant les bonnes pratiques en matière de laïcité et demandant davantage de neutralité aux maires.

Ainsi, Xavier Bertrand, tête de liste aux régionales en Nord-Pas-De-Calais Picardie, ou l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer, se sont élevés contre ce texte. « Nous n’avons pas à nous excuser de qui nous sommes », avait notamment déclaré M. Bertrand.

De son côté le maire de Nice Christian Estrosi (LR) avait défendu sa sainte famille vivante sur une place de la ville, au nom d’une « tradition immémoriale ». Au pays des santons, le député LR du Vaucluse Julien Aubert a déposé des propositions de loi pour « défendre le folklore provençal et l’installation des crèches de Noël », au moyen de dispositions devant compléter la loi de 1905. Le député-maire LR d’Ajaccio Laurent Marcangeli évoquant une « tradition séculaire » fera aussi installer une crèche à la mairie.

Une jurisprudence ‘discordante’

À l’extrême droite le maire de Béziers (Hérault) Robert Ménard, proche du FN, avait promis une crèche de la Nativité « encore plus belle » que l’an passé.

Et les maires varois FN de Cogolin, Fréjus et du Luc-en-Provence, respectivement Marc-Etienne Lansade, David Rachline et Patricia Zirilli, avaient annoncé mercredi leur départ de l’AMF qui, selon ces élus, « bafoue la culture et les traditions » françaises.

Une pétition a été lancée par le député Républicain Hervé Mariton pour demander le retrait du vade-mecum. De son côté, Jean-Frédéric Poisson, du parti démocrate-chrétien, a affirmé que la pétition de sa formation politique en faveur de la présence des crèches dans les mairies avait recueilli près de 89000 signatures.

Mais si l’AMF relativise la portée de ses conseils, pas question pour autant de revenir sur le fond. Dans son communiqué, l’Association rappelle qu’elle évoquait dans son vade-mecum « la nécessité d’appliquer la règle définie à l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, qui proscrit “tout signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit” », et ainsi que « la présence de crèches de Noël dans l’enceinte des mairies n’est pas », de son point de vue, « compatible avec la laïcité ».

Le texte « n’a bien évidemment aucune valeur contraignante, chaque conseil municipal étant libre de ses choix », explique le communiqué, il avait vocation à « nourrir un important débat sur la laïcité prévue en ouverture » du 98e congrès de l’AMF.

L’association des maires de France souligne une fois encore que la jurisprudence est « discordante sur ce sujet », ce pourquoi elle avait « interpellé le ministre de l’Intérieur (le 1er juillet 2015) sur l’hétérogénéité actuelle des jurisprudences qui nuit à la compréhension de la règle par les élus et les citoyens. »

Voir par ailleurs:

Résolution de l’UNESCO sur le Mont du Temple : la France complice d’un mensonge

  • Bernard Hadjadj
  • Le Figaro
  • 02/05/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le conseil exécutif de l’UNESCO a adopté une nouvelle résolution condamnant la politique de l’Etat hébreu. La France a voté pour. Un des anciens directeurs de l’organisation, Bernard Hadjadj s’étonne de cette prise de position.


Bernard Hadjadj est directeur de l’UNESCO à la retraite.


L’UNESCO est atteinte de deux maux qui risquent de la perdre: le reniement et le déni. Reniement de sa raison d’être en fermant les yeux sur l’éducation à la haine de certains de ses Etats membres, déni de l’histoire en amputant le peuple juif de son identité historique et culturelle.

On commencera par rappeler la profession de foi de l’UNESCO à travers le préambule de son Acte constitutif et l’article premier de sa Charte:

«Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix.»

«L’Organisation se propose de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations Unies reconnaît à tous les peuples.»

L’Organisation se renie, se fait parjure lorsqu’elle ferme les yeux sur la propagation de la haine dans les manuels scolaires de la plupart des pays arabo-musulmans et de la Palestine.

En Arabie saoudite, à la question (manuel sur le monothéisme, niveau 10, p.10): «Est-il permis d’aimer les juifs et les chrétiens»? La réponse est rédigée comme suit: «Il est interdit de se lier d’amitié avec les infidèles, de les soutenir ou de les aider par un quelconque moyen

Les ouvrages scolaires en Palestine ne sont pas en reste. On y retrouve tous les mythes antisémites. Par exemple, dans un manuel dédié à l’étude du Coran [Grade 11 (1996) p. 116]:

«… pour cette raison, les juifs ont été connus parmi les peuples comme étant avides, avares, lâches, faibles, envieux et humiliés. Si vous pénétrez profondément dans leur âme, vous y découvrirez hostilité, haine, penchant pour la corruption…»

Comment donner crédit à une Organisation qui tout en développant des programmes d’éducation à la paix et à la tolérance accepte que ses Etats-membre profèrent la haine? En rejoignant l’UNESCO les pays signataires ont adhéré aux fondements éthiques de l’Organisation tout en s’engageant à les mettre en œuvre notamment par l’éducation.

La toute première priorité de l’Organisation aurait dû être de s’assurer du respect de sa raison d’être en veillant au contenu éducatif des manuels scolaires de tous ses Etats membres. Hélas, il n’en a rien été, ce qui a ainsi contribué à décrédibiliser une organisation porteuse pourtant de nobles idéaux.

Reniement de ses valeurs lorsqu’il s’agit des pays arabo-musulmans, mais intransigeance lorsque Israël censure des contenus éducatifs qui appellent à sa destruction. Israël est ainsi condamnée em ces termes par la résolution 38C/72 et la décision 197 EX/33 concernant les institutions éducatives et culturelles dans les territoires arabes occupés:

«Le Conseil Exécutif prend note avec une vive préoccupation de la censure pratiquée par Israël sur les programmes d’enseignement scolaires et universitaires palestiniens à Jérusalem-Est, et prie instamment les autorités israéliennes de mettre immédiatement fin à cette censure.»

Maison des cultures du monde, de la pensée critique, du dialogue, l’UNESCO, dont un des grands programmes est consacré aux sciences sociales et humaines, joue dangereusement à réviser l’histoire, à se complaire dans un déni de réalité.

Dans la pure tradition des révisionnistes, elle a fini par dénier tout lien entre le peuple juif et Jérusalem. Fin octobre 2015, par la décision 185 EX/15, elle a classé le caveau des Patriarches et la tombe de Rachel comme sites musulmans et palestiniens, et exigé qu’Israël les retire de son patrimoine national. Mais elle vient de franchir un pas supplémentaire dans le négationnisme. Le mois d’avril 2016 pourra être retenu dans son histoire comme le jour où le Conseil Exécutif, en grand falsificateur, a dénié tout lien entre les juifs, le Mont du Temple et le mur Occidental. Cette résolution 199 EX/19 a été adoptée par 33 pays, et parmi eux la France (mais pas l’Allemagne, l’Angleterre, l’Irlande du Nord ni les Etats-Unis, qui ont voté contre). Ainsi nos «Lumières» s’estompent sous un épais voile de fumée. Et l’on se demande s’il ne faudrait pas recommander aux Etats-membres de l’UNESCO de promouvoir maintenant une résolution visant carrément à supprimer dans l’Histoire de l’humanité (éditions Unesco) tous les passages relatifs à la présence juive à Jérusalem et dans le royaume de Judée.a

Conscience intellectuelle des Nations, l’UNESCO est devenue une organisation sous influence, s’inscrivant dans la pure tradition des totalitarismes du XXème siècle. Perdant ainsi sa légitimité, a-t-elle encore sa raison d’être?


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