Euro 2016: Il est des immigrations heureuses (Model minority: With Portugal’s Euro win, France rediscovers its Portuguese-French community)

11 juillet, 2016

PARIS, FRANCE - JULY 10: Cristiano Ronaldo of Portugal lies injured as teammate Adrien Silva of Portugal (L) checks on him during the UEFA EURO 2016 Final match between Portugal and France at Stade de France on July 10, 2016 in Paris, France. (Photo by Laurence Griffiths/Getty Images)

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Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Jésus (Matthieu 10: 16)
La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (…) On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. Alain Finkielkraut (juin 2010)
 Il y a trente ans, quand je jouais avec l’équipe de France, la Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l’époque, les politiques ne s’intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd’hui, c’est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n’a rien à voir avec le sport. […] Je ne vois pas dans les sifflets qu’on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d’un soir, en l’occurrence l’équipe de France, que l’on veut battre.  Michel Platini (Le Monde, 2008)
Le football était une composante essentielle de ce qu’un sociologue, Nobert Elias, a appelé le ’’processus de civilisation’’. […] Là, nous le voyons depuis un certain temps, un processus de décivilisation est à l’œuvre, et le football, le sport, est l’un de ses théâtres, comme aussi l’école. Et il y a dans tous ces événements une sorte de grand dévoilement qui se produit. On ne peut plus se mentir : on voit l’esprit de la Cité se laisser dévorer par l’esprit des cités. Alain Finkielkraut
Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis [aux JO de Berlin de 1936] l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et L’Auto [ancêtre de L’Equipe] se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite profité. Pascal Blanchard
Les spectateurs étaient surpris. Ils imaginaient l’équipe de France… différente. Lilian Thuram (après un match de l’équipe de France en Afrique du Sud,  2000)
Foot français: les dirigeants veulent moins de noirs et d’arabes Moins de noirs et moins d’arabes sur les terrains de foot ! Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale de la Fédération française de football, dont le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays. Objectif: limiter le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Pour les plus hautes instances du football français, l’affaire est entendue: il y a trop de noirs, trop d’arabes et pas assez de blancs sur les terrains. Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale (DTN) de la Fédération française de football (FFF), dont le sélectionneur des Bleus en personne, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation de la fédération, les écoles de foot du pays, selon une enquête de Mediapart. L’objectif avoué au sein de la DTN, mais inavouable au grand public, est de limiter, en les triant dès l’âge de 12-13 ans, le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Une authentique ségrégation appliquée au football. Mediapart
Même fermement démenties, les intentions prêtées par Mediapart aux instances dirigeantes du football français n’auront malheureusement pas surpris les amateurs de cuir, témoins traumatisés de la crise traversée par les Bleus lors du Mondial sud-africain. Pire que le fond de jeu, fadasse, offert par l’équipe nationale, c’est le fond de sauce, nauséabond, dans lequel elle aura été contrainte d’évoluer qui aura, de fait, durablement marqué les esprits. Le sociologue Stéphane Beaud l’a brillamment déglacé dans un essai récent, réhabilitant du même coup ces «traîtres à la nation» qui avaient osé se mettre en grève. Ce fond de l’air moisi ne date pas d’hier, et dépasse de loin les lignes blanches des rectangles engazonnés. Il est le produit d’une série de dérapages et de tacles, de hors-jeu malsains menés au nom de l’anti-politiquement correct par tous ceux qui voudraient nous faire croire que l’antiracisme est devenu un problème plus grave que le racisme, ou que le racisme anti-Blanc serait désormais autrement préoccupant que celui qui vise les Noirs et les Arabes. Loin d’être l’apanage des classes populaires, le racisme est sans doute l’une des choses les mieux partagées dans ce pays. Et, de ce point de vue, la responsabilité de certains segments des élites politiques, intellectuelles et télévisuelles apparaissait déjà décisive. Si ces révélations se confirment, il faudra se rendre à l’évidence : le football, autrefois creuset efficace et visible de l’intégration à la française, sera devenu une marmite peu ragoûtante. Libération
Je ne retire rien aux propos que j’ai tenus hier. Que certains termes employés au cours d’une réunion de travail, sur un sujet sensible et à bâtons rompus, puissent prêter à équivoque, sortis de leur contexte, je l’admets et si, pour ce qui me concerne, j’ai heurté certaines sensibilités, je m’en excuse. Mais être soupçonné de racisme ou de xénophobie, moi qui suis contre toute forme de discrimination, je ne le supporte pas. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que le débat auquel j’ai participé n’avait évidemment pas pour objectif de « diminuer le nombre de noirs et d’arabes dans le football français » comme voulait le laisser entendre le titre outrancier de l’article, mais uniquement d’envisager le futur du football français et donc d’aborder, par voie de conséquence, le lourd et délicat problème des joueurs à double nationalité ainsi que les modalités de détection/sélection pour un nouveau projet de jeu. Que cela ait des incidences, à moyen ou long terme, sur les différents profils de joueurs en préformation ou en formation, c’est l’évidence, mais il n’y a là aucun lien, strictement aucun, avec une préférence ou un rejet de telle ou telle nationalité. Mon seul souci est d’avoir de bons joueurs pour une bonne équipe de France, qu’ils soient petits ou grands, quels que soient leur lieu de naissance ou leurs ascendances. C’est assez facile à comprendre sauf, apparemment, pour ceux qui, pour des motifs qui m’échappent, mais avec des procédés douteux, mélangent tout et font un mal considérable, et pas seulement au football français. Laurent Blanc
C’est le problème des sélections avec des joueurs à double ou triple nationalité: ce sont des nombres qui augmentent et qui font qu’on ne peut plus assurer le fonctionnement des sélections. C’est bien pour eux de pouvoir choisir, mais ça pose un problème de gestion des effectifs. Quand on voit sur une génération entre 10 et 30% de joueurs de 18 à 21 ans nous quitter, c’est un problème. On a 45% de joueurs dans les sélections qui ont la possibilité de nous quitter, on pense que c’est beaucoup. On veut essayer de le réduire. C’est un problème dans la gestion de l’effectif. (…) L’idée était de dire: ‘Faites attention à ne pas avoir trop de joueurs binationaux’. On s’est aperçu que ce n’était pas une bonne solution: cette histoire nous aurait amenés à éliminer des joueurs d’avenir. On a envisagé de limiter cette situation pour ne pas nous mettre en danger, mais à partir du moment où ce n’est pas une bonne solution, on l’a éliminée. On va travailler sur l’accompagnement relationnel pour évaluer la motivation des joueurs à jouer pour l’équipe de France et les accompagner éventuellement pour faire leur choix. Nous avons abandonné cette idée de pourcentage, mais nous avons demandé d’être vigilants sur la motivation des joueurs. François Blaquart
La FIFA s’est copieusement vendue aux nations africaines. Ce sont des enjeux électoraux. Ces pays se sont débrouillés pour qu’il y ait beaucoup plus de souplesse et d’ouverture au niveau de la réglementation. (…) Actuellement, en moyenne, 50 % des jeunes des sélections nationales sont des binationaux. (…) En France, on reproche aux joueurs de ne pas chanter la Marseillaise. Mais là, ils ne connaissent même pas l’hymne. (…) Ce qui me choque, c’est que nous faisons un gros travail, et ils viennent prendre ce travail tel qu’il est fait. C’est un rôle facile. (…) Un joueur de 20 ans comme Boudebouz qui joue dans un club pro en France va devoir attendre cinq ans pour gagner sa place en équipe de France. Là, le pays l’appelle et lui propose de jouer une Coupe du monde tout de suite. Derrière, il y a aussi l’agent et la famille qui peuvent mettre une pression. (…) Jusque-là, on avait pas trop bougé, parce que les cas étaient particuliers et rares. Aujourd’hui, le système s’amplifie, donc ça nous pose des problèmes. (…) Il faut que l’on travaille avec ceux dont on est sûr. Il s’agit pour nous de réguler l’approche, mais sans être discriminant. (…) C’est très prononcé en France [car le pays] a été une terre d’immigration, à une époque où d’autres grandes nations du foot ne l’étaient pas. (…) Ces dernières années, l’Espagne a accueilli massivement des immigrés marocains et roumains. Et la sélection allemande des moins de 17 ans, par exemple, compte 7-8 joueurs d’origine turque. François Blaquart (directeur technique national)
Vendredi, c’est le nouveau DTN, François Blaquart, qui est venu expliquer une idée qui aurait été mal interprétée. Pour lui, la fameuse formation à la française, encensée du temps où ça rigolait pour les Bleus, se serait en fait fourvoyée, en privilégiant chez les gamins les capacités physiques aux facilités techniques. Dans les centres de formation des clubs, il est de fait interdit de dribbler. D’où la volonté de revenir sur cette doxa. D’autant que les succès de l’Espagne et du FC Barcelone, avec des joueurs de poche, prouvent que l’on peut gagner au foot sans aligner des équipes de Golgoths. En France, les Barcelonais Xavi (1,70 m) et Iniesta (1,69 m) se seraient sans doute vus claquer au nez la porte des centres de formation, a reconnu Laurent Blanc. «Nos critères de sélection doivent désormais être liés au potentiel des joueurs, défend Blaquart. Nous estimons qu’il y a des joueurs qui passent à côté, trop souvent à cause du gabarit et d’une maturité physique moins précoce. Ce retard dans leur formation physique les pénalise. Je rappelle qu’avant l’âge de 16 ou 17 ans, on ne sait rien d’un joueur. Alors imaginez à 12 ou 13 ans… c’est un moment où on leur dit surtout d’être patients… » Libération
Vouloir changer le type de joueur qui sort des centres de formation, très bonne initiative, parce que tout le foot français en a marre des grands bourrins (…) à cause des centres de formations français qui ont pendant des années, après la coupe du monde 98, privilégié ce type de joueur « noir costaud » (la couleur de peau faisant parti du profil (…) suite aux succès des Desailly, Thuram, Viera, Henry, etc) Le petit noir technique il passait à la trappe autant que le petit blanc technique. Ali (forum arrêt sur images)
L’Espagne est fougueuse, l’Espagne joue remarquablement au football (61% de possession du ballon, selon la Fifa), mais l’Espagne ne bat jamais l’équipe de France dans les compétitions qui comptent. L’Equipe (juin 2006)
En France, on s’est aperçu que les clubs s’étaient trop attachés à former des athlètes pour les transformer en footballeurs privilégiant ainsi le physique sur la technique, contrairement à ce que fait le Brésil ou l’Espagne. En se privant de joueurs très techniques qui n’avaient pas un gabarit assez imposant, on a mis à la trappe d’excellents jeunes. En France, Messi ne serait peut-être pas devenu professionnel. (…) On a remarqué, après avoir décortiqué les images à la vidéo, que certains buts de l’Espagne pendant la Coupe du monde en Afrique du Sud étaient clairement d’inspiration futsal de par le jeu de passes rapides, les mouvements et les centres en retrait notamment. Franck Ferrier (FFF)
Depuis vingt ans, une des caractéristiques principales de l’équipe de France est la puissance physique et athlétique de ses joueurs, développée de manière consciente et volontaire dès le plus jeune âge. Un atout unanimement souligné par les observateurs après la victoire contre l’Espagne et ses petits gabarits techniques en huitième de finale de la Coupe du monde 2006. Mais cinq ans plus tard, deux fiascos consécutifs des Français et deux victoires indiscutables de l’Espagne en 2008 et 2010 ont bouleversé les certitudes. Les responsables du football français se demandent désormais si des joueurs comme Xavi ou Iniesta, grands artisans des succès espagnols, auraient eu leur chance dans le système de formation français où le physique est le critère de sélection numéro un. Pour remédier à cette situation, François Blaquart cherche à rendre obligatoire des séances de futsal, discipline très pratiquée chez les jeunes en Espagne et au Brésil et qui fait travailler la technique, au programme des clubs formateurs. Slate.fr
« Islamistes », « gris », « sarrasins »: selon Mediapart, il ne serait pas rare d’entendre ainsi désigner les joueurs maghrébins dans les couloirs de la Fédération. Où, toujours selon le site, nombreux sont ceux qui imputent le fiasco du Mondial aux Blacks et/ou aux musulmans : les Evra, Abidal, Anelka, Ribéry, supposés être les meneurs de la mutinerie. Les problèmes de la FFF avec les Bleus ne sont pas récents. En 2008, après un Euro piteux, la fédé reprochait aux internationaux qui snobaient la Marseillaise, d’être «peu attachés à leur identité française». A tel point qu’on avait même imaginé leur faire signer une charte rappelant «les devoirs qu’impose l’appartenance à une équipe de France et cela dès les premières sélections de jeunes : respect du maillot, de l’arbitre, de l’adversaire, du public, et de l’hymne national. » Libération
Mediapart mêle deux sujets : la question de la discrimination selon des critères ethniques et celle de la binationalité des joueurs et du choix du pays d’origine de leurs parents comme équipe nationale. Ils n’ont, à mon avis, rien à voir. Le fait que la FFF, conformément au vœu tôt formulé par Laurent Blanc, s’empare de ce problème posé par le départ en nombre croissant de jeunes joueurs français très doués, formés dans les meilleurs clubs formateurs français, qui ont joué pour les équipes françaises de jeunes, ne me paraît pas illégitime : ce n’est pas faire preuve de nationalisme étroit que de clarifier cette question, d’encadrer le choix de cette nationalité sportive et de les inciter à jouer pour leur pays de naissance (la France). (…) Cette grève des Bleus a provoqué un séisme non seulement dans le football professionnel, mais pour l’ensemble du football amateur. En 2010-2011, il y aurait 8% de licenciés en moins. C’est considérable. La DTN a dû se demander à la hâte comment, à l’avenir, éviter un tel fiasco. Le vrai problème que doivent aujourd’hui affronter à tous les niveaux (amateur comme professionnel) les dirigeants et éducateurs de foot, ce n’est pas la couleur de la peau des joueurs, mais la difficulté croissante d’adapter ces joueurs, venus pour beaucoup de cités, aux contraintes du football en club. Et c’est un travail de tous les jours, ingrat, difficile, qui renvoie aux conditions de socialisation des jeunes de milieux populaires. (…) J’ai du mal à imaginer que ces personnes qui ont consacré leur vie professionnelle au foot, qui ont passé des heures et des heures avec ces différentes générations de joueurs plus ou moins «colorés» puissent tenir des discours, au sens propre du terme, «racistes». Qu’ils puissent être exaspérés par certains comportements, qu’ils reprennent parfois des expressions discutables («sarrasins», dans quel contexte est-ce dit ?….), certes ! Mais de là à les accuser de racisme, c’est un pas que je ne franchirai certainement pas. (…) si on pouvait cesser d’instrumentaliser le football et surtout de «projeter» à ce point sur cette équipe de France de foot les graves problèmes sociaux et politiques de notre nation en crise… Stéphane Beau
Sans doute même les plus chauds supporters des Bleus étaient un peu gênés, et surtout frustrés : la partie venait de perdre subitement et rapidement le sel du grand affrontement annoncé, le choc des titans, la superbe affiche de gladiateurs placardée sur tous les écrans depuis trois jours : Cristiano contre Antoine, le champion consacré contre le champion naissant, le roi multi-couronné contre le petit prince, l’âme du Portugal contre l’âme de la France. Des commentateurs, plus embarrassés, évoquaient l’hypothèse dérangeante d’un « contrat sur Ronaldo » comme il en existait, paraît-il, jadis au football : éliminer d’emblée le meilleur joueur adverse est évidemment une solution tentante dans un match aussi capital qu’incertain. Mais, juré-craché, ces temps sont révolus… Et la version « footballistiquement correcte » s’est imposée très vite, tant les enjeux commerciaux et nationaux étaient considérables : « Ronaldo sorti sur blessure à la 25ème minute » ; « coup dur pour Ronaldo » etc. Et de verser des larmes de crocodile sur la « sortie prématurée du meilleur joueur du monde ». A entendre ces commentaires, si l’on n’avait pas vu le début de la première mi-temps, l’on pouvait croire à une glissade malheureuse, à un genou tordu dans un crochet manqué, à une chute mal amortie sur ces maudites pelouses… Ah oui certes, il y avait eu un » « gros contact » (sic) avec Payet (et Evra, coutumier des chocs rudes et curieusement oublié dans le récit) à la 8e minute. Un accident sans responsable en somme. La fatalité pour tout dire. En rhétorique cela s’appelle un euphémisme ou plutôt un déni. Déni d’image aussi, tant l’action coupable sera la grande oubliée des innombrables « replay » : toujours et partout le spectacle d’un Ronaldo en larmes ; mais rien sur ce qui les aura causées. Les images – qu’il fallait aller chercher sur les chaînes étrangères –  ne laissent hélas aucun doute sur l’agression caractérisée contre Ronaldo. Le football en donne encore trop souvent l’exemple. Mais l’on croyait au moins que l’arbitre était là pour sanctionner. Eh bien non, rien. Ni carton, pas plus jaune que rouge, ni même coup-franc. L’on ne comprend toujours pas le refus têtu de la vidéo, qui rend tant service au tennis et plus encore au rugby où « les gros contacts » ne manquent pas. A moins que cette absence ne permette justement les grands et les petits arrangements ? L’arbitraire en lieu et place de l’arbitrage, en somme ? En tout cas l’on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait revenir au calamiteux catenaccio d’autrefois, dont cet Euro 2016 semble d’ailleurs annoncer le triste retour. L’affaire laisse un goût d’autant plus amer que la France est hantée depuis plus de 30 ans par le souvenir d’un autre « gros contact », lui aussi non sanctionné : celui de Schumacher avec Battiston lors de la coupe du monde 1982. De ce choc-là, les images continuent à tourner en boucle. (…) En tout cas la fête a été gâchée … le beau football n’est pas revenu avec lui. Comme parti en même temps que l’un de ses héros. Comme si les Dieux du sport se détournaient d’un match qui ne respectait pas les règles. Il est vrai, dira-t-on, que le football n’est pas vraiment un sport mais une forme adoucie de la guerre : l’aveuglement chauvin qui s’est emparé du public et de certains commentateurs pour qui « ce qui est arrivé à Ronaldo fait, hélas, partie du jeu » n’en est-il pas la preuve ? Mais même la guerre a ses règles : Achille ne faisait pas de croche-pied à Hector et David, de tacle par derrière à Goliath. Les Dieux ont donc fini par se fâcher contre la France : en prenant un malin plaisir à dévier les tirs les mieux cadrés ; en accordant leur toute-puissance au gardien portugais qui ne touchait plus terre. Et en donnant in extremis le but de la victoire à l’équipe victime. Christophe de Voogd

Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi. Fernando Santos (sélectionneur du Portugal et précédemment de la Grèce)

Nous avons été simples comme des colombes mais prudents comme des serpents. Fernando Santos
Dans la nuit de dimanche à lundi, sur les Champs-Elysées, la célébration de la victoire du Portugal a été perturbée par divers incidents et marquée par une grande confusion. Après la finale, des centaines de supporters portugais ont afflué vers l’Arc de Triomphe : à pied ou en voiture, ils ont fait retentir leurs chants, brandi leurs drapeaux et allumé fumigènes et feux d’artifice pour fêter le premier titre international de leur équipe. Mais comme un peu plus tôt autour de la fan-zone de Paris, puis près du Trocadéro, plusieurs incidents ont éclaté et les forces de l’ordre sont intervenues à diverses reprises, suite notamment à des jets de projectiles, de pétards et d’engins pyrotechniques ainsi que des incendies de poubelles. D’incessants mouvements de foule ont gâché la fête. Plusieurs individus ont été interpellés, et au moins une personne a été blessée. En plus des supporters portugais, la foule était composée de nombreux supporters français et de groupes de jeunes habillés aux couleurs du PSG et de clubs anglais, certains brandissant des drapeaux algériens et marocains. L’Equipe
Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro. Nestor Subiat
Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française. Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000. On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. (…) Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recruteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français. Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté. (…) La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues. Bruno Roger-Petit
Bravo, mais que c’est laid ! (…) Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. (…) Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe. Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro. Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football. Le Point
S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois. Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides. De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. (…)  Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition. Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Le Figaro
L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. (…) Ils ont de belles barbes (…) Ils ont des coiffures soignées (…) Ils aiment les tatouages et bien se saper. 20 minutes
Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale). L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football. La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été.  Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe. A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé. (…) Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner. Le Temps
Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical. Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait. Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent. (…) À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales. Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau. Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. (…) À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown à Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement. (…) Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence… (…) par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori. (…) Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique. Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine. Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas. Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France. Gilles William Goldnadel
Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort. Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction. N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent. Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes. Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade. Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions. Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens. N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion. Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire. Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains… Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs… Riposte laïque

Où l’on redécouvre qu’il y  a des immigrations heureuses …

Au lendemain du premier trophée européen, acquis dans la douleur que l’on sait, de nos amis portugais …

A l’heure où, comme vient de le démontrer le Brexit, nombre d’Européens n’en peuvent plus du mépris et de l’irresponsabilité de certaines de nos élites européennes …

Et où, de l’autre côté de l’Atlantique, un président post-racial auto-proclamé et chasseur d’ambulances patenté qui ne perd pas une occasion d’agiter la question raciale au premier incident venu (quand il s’agit de blancs) …

Déploie des trésors d’éloquence pour la dissimuler quand elle est indiscutable (quand il s’agit de noirs ou de musulmans) …

Comment bouder son plaisir avec l’avocat Gilles William Goldnadel ou le site Riposte laïque …

Au-delà de l’amère déception de la défaite et après les frasques d’une génération de racailles et de donneurs de leçons …

Devant le talent comme l’humilité bienvenue, après une suspension d’un an pour virée nocturne non autorisée à la veille d’un match perdu, d’un joueur que son gabarit avait contraint à s’expatrier en Espagne …

Mais aussi derrière le « football d’épiciers » tour à tour décrié ou encensé par nos médias (l’effet de l’arrivée de petites nations avec l’extension de la compétition à 24 équipes ?) …

La tranquille fierté d’une « immmigration heureuse » parce que « légale, paisible et librement acceptée par la population d’accueil » …

De toute une génération de Franco-Portugais qui n’ont jamais senti le besoin, eux, toutes les fois qu’ils ont été battus, de siffler l’hymne national, envahir le terrain ou « se venger sur le matériel urbain » ?

Après Dallas, la consternante absence du mot «racisme»
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

11/07/2016

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Pour Gilles-William Goldnadel, le drame de Dallas est révélateur d’une racialisation inquiétante des rapports sociaux accompagnée d’un antiracisme à géométrie variable.
Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.
Ceux qui veulent bien me lire chaque semaine dans ces colonnes savent que je suis de ceux qui pensent que non seulement toute vérité est bonne à dire, mais encore que le mal à dire aggrave la maladie.

Autrement dit, en matière de non-dits, les lois de la psychologie collective sont identiques à celles de la psychologie individuelle.

Commençons par les non-dits de Monsieur Obama. Il est des mots qui lui écorcheraient sa bouche pourtant prolixe.

Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical.

Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant Noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait.

Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent.

C’est dans le creux vertigineux de ce manque que niche une grande partie du drame racial qui enlaidit la vie.

À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales.

Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau.

Le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentialiste de la couleur de sa peau.
Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. Comme le rappelle Guy Milliere dans un article du 9 juillet (Dreuz), Obama s’est appuyé pour cela sur les professionnels de la tension raciale tel Al Sharpton, et a accordé ces derniers mois son soutien à des organisations extrémistes ouvertement anti policières telles que Black Lives Matter.

À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement.

Je ne veux pas caricaturer ma propre pensée: je ne sous-estime pas la violence de la police américaine, à l’image de la société américaine. Je ne sous-estime pas le racisme de certains policiers blancs, pas plus que je ne sous-estime le racisme de certains délinquants noirs.

Mais j’affirme que considérer l’ensemble des faits divers précités comme le résultat d’un racisme évident plutôt que celui de l’instinct de peur ou même de la défense légitime relève d’une spéculation intellectuelle infiniment plus oiseuse que lorsqu’il s’agit de caractériser l’acte d’un criminel qui fait un carton sur des policiers blancs uniquement parce qu’ils sont blancs.

Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence…

De même, je réfute par principe l’évidence propagée ad nauseam de ce que la justice américaine aurait, à chaque fois qu’elle a relaxé un policier mis en cause, fait montre de partialité. Après tout, en France aussi, des politiciens spéculant façon Benoît Hamon ont critiqué des décisions bien fondées en droit comme en fait comme dans l’affaire Ziad et Bounia.

À la suite de ces spéculations médiatiques et politiques, on imagine avec quelle sérénité intellectuelle les prochains juges américains appréhenderont les prochains «dérapages policiers» qui seront déférés devant eux.

L’opinion publique, cette catin, n’a rien à faire dans le prétoire déclarait autrefois mon confrère Moro-Giafferi… C’est loin.

Dans ce cadre intellectuel vicié, un cercle culturel vicieux s’est agrandi sans fin. Bien sûr que la question noire américaine a été mal réglée.

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme. Les stigmates anti- noirs se sont renforcés et ont été traduits en un système de lois et de normes dites «Jim Crow» destiné à préserver l’ordre racial. Interdiction faite aux noirs de voter, d’étudier dans les écoles blanches, d’aller dans les magasins, les restaurants fréquentés par les blancs. Comme l’indique pertinemment Yuval N. Harari (Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Albin-Michel): «au milieu du XXe siècle, la ségrégation dans les anciens états confédérés était probablement pire qu’à la fin du XIXe siècle. Clennon King, l’étudiant noir qui voulut entrer à l’université du Mississippi en 1958, fut interné de force dans un

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme.
asile psychiatrique. Le juge trancha qu’un noir était forcément fou s’il imaginait pouvoir y être admis».

Il n’en demeure pas moins que le sort des Noirs américains, leur situation sociale et culturelle se sont, depuis les années 60, très considérablement améliorés.

J’affirme qu’aujourd’hui, que par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori.

De ce point de vue, Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.

Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique.

Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans

Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.
notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine.

Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas.

Les mêmes qui n’avaient pas de mots assez durs pour Nadine Morano…

Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France.

C’est dit.

Voir aussi:

Quand le football mondialisé réhabilite le patriotisme français
Cyrano

Riposte laïque

10 juillet 2016

Grosse déception, l’équipe de France n’a pas été capable de battre le Portugal, en finale de l’Euro foot 2016, malgré la blessure de la vedette Ronaldo. Même si nombre de lecteurs, voire de contributeurs, de Riposte Laïque, comme Paul Le Poulpe, Josiane Filio ou Gérard Brazon, ont essayé d’expliquer les enjeux de cet Euro 2016 de football, et son instrumentalisation par le pouvoir et ses propagandistes, il est un phénomène incontournable : les Français aiment le foot, et préfèrent voir la France gagner que perdre ! D’où l’énorme déception de tout le pays.

Certains diront, à juste titre, que cette équipe, d’aspect très africaine, ne ressemble pas à la réalité de la vraie France. C’est sans doute vrai, mais elle est proche, hélas, de nombreuses écoles de la région parisienne et de périphéries urbaines. On pourrait, malgré tout, ajouter que ces joueurs, souvent possesseurs d’une double nationalité, ont choisi de jouer pour la France, sont passés par des centres de formation de notre pays, et sont donc tous assimilés, ce qui est devenu tellement rare qu’il faut le faire remarquer. D’autres affirmeront, ce qui n’est pas faux, qu’aucun joueur de cette équipe ne joue en France, à l’exception de Blaise Matuidi, qui joue au Paris Saint-Germain (appelé le Paris Qatar), et de Samuel Umtiti, lyonnais cette année, mais barcelonais l’an prochain. On pourrait encore évoquer les salaires exorbitants des footballeurs français, et constater que ce magnifique sport échappe à présent, dans les stades, aux classes populaires, vu le prix des places. C’est encore vrai. Et les sponsors de l’épreuve s’appellent, entre autres, McDonalds, Coca Cola ou Turkish Airlines… Les Français savent tout cela, mais aux yeux d’une majorité d’entre eux, le plus important, c’est que la France gagne, que les Bleus leur fassent plaisir et les rendent fiers d’une France qui gagne. D’où encore l’énorme déception.

Il n’y a eu qu’une seule période où les Français souhaitaient viscéralement la défaite de leur pays : celle de la période Domenech, quand les islamo-racailles Ribery et Anelka avaient pris le contrôle des vestiaires, avec la complicité d’un sélectionneur, militant de la diversité, entre les années 2006 et 2010. Cela se termina par la mascarade de l’Afrique du Sud. Les années suivantes, celle de Laurent Blanc et des racailles Ribery-Benzema-Nasri, n’arrangèrent pas ce profond désamour.

Historiquement, les Français ont connu trois grands champions : Raymond Kopa, fils de mineur polonais, Michel Platini, fils d’un footballeur italien, et Zinedine Zidane, fils d’un immigré algérien. Tous trois sont nés en France. Mais les deux premiers ont des prénoms français, pas le troisième. Quand les deux premiers rencontraient leur pays d’origine, ils n’y avait aucune ambiguïté, ils étaient français avant d’être polonais ou italiens. Le troisième disait qu’il souhaitait un match nul. Les enfants de Polonais et d’Italiens chantaient La Marseillaise, les enfants d’Algériens la siffleront en 2001, au Stade de France, comme les Marocains et les Tunisiens quelques années plus tard.

Zidane fut champion du monde, en 1998. On parlait, de manière propagandiste, d’une équipe black-blanc-beur. Mais c’était avant tout encore l’équipe de l’assimilation. Les chefs s’appelaient Aimé Jacquet et Roger Lemerre, ils avaient été ouvriers. Sur le terrain, les patrons s’appelaient Didier Deschamps et Laurent Blanc. Les Français se retrouvaient encore en eux.

Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort.

Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction.

N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent.

Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes.

Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade.

Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions.

Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens.

N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion.

Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire.

Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains…

Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs…

Voir par  ailleurs:

Euro : le paradoxe Griezmann, quand la France adore un pur produit du foot espagnol
Bruno Roger-Petit

Les blogs du Figaro

6 juin 2016

Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française.

Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000.

On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. Le grand OL de l’arrogant Aulas n’en veut pas. Et le FC Metz non plus, club qui aura réussi l’exploit de manquer en quarante ans et Platini et Griezmann. Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recuteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français.

Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté.

Oui, en reportant sur Griezmann sa volonté de célébrer un footballeur bien sous tous rapports, la France du football applaudit un chef d’oeuvre issu de l’école espagnole du football. Et acte, par contre coup, que les centres de formation à la française, entre conceptions tactiques à côté de la plaque et incapacité à former des hommes émancipés, ont été à la ramasse. L’Espagne a fait Griezmann, la France a fait Benzema. Ce qui nous inclinerait à penser que Benzema n’est pas le seul responsable de la dérive de Benzema et qu’à ce titre, quelques circonstances atténuantes doivent lui être accordées (ce qui n’excuse pas l’inexcusable).

La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues.

Voir encore:

Euro 2016 : le Portugal a oublié le football
La Selecção das Quinas a déviergé son palmarès hier en faisant main basse sur le trophée Henri Delaunay, au terme d’un parcours éminemment critiquable.
Emmanuel Amma

Le Point

11/07/2016

Bravo, mais que c’est laid ! Le Portugal n’a pas « volé » cet Euro, ni lésé quiconque, sauf peut-être la totalité des amateurs de football et des esthètes du sport. Si la légalité sportive de ce succès paraît indiscutable, sa légitimité demeure contestable pour ceux qui se font une certaine idée du mérite. Quand on prend le parti de mépriser le jeu, on se doit au moins de gagner, même petitement, la victoire étant le seul juge de paix du football s’il y en a un. La troupe de Fernando Santos ne s’est pas embarrassée un seul instant de ces considérations puisqu’elle a trouvé le moyen de mettre la main sur un trophée majeur en remportant à peine plus de la moitié de ses rencontres dans cet Euro. Et il faut voir de quelle façon !

7 matches, 4 victoires
Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. Cette équipe serait, paraît-il, devenue une gagnante cynique pour conjurer son passé de perdante magnifique. Encore faut-il gagner pour mériter cette étiquette. Pour rappel, les coéquipiers de Cristiano Ronaldo se sont hissés en phase finale de la compétition sans compter le moindre succès dans une poule facilissime et grâce à une troisième place étonnamment qualificative. Et il leur a fallu trois électrochocs – l’Autriche, l’Islande, puis la Hongrie – pour commencer à gagner… en prolongation contre la Croatie en huitième de finale et hériter par la même occasion d’une partie de tableau en forme de boulevard jusqu’en finale avec un dernier carré rêvé contre les néophytes gallois.

D’ordinaire, les compétitions internationales exigent d’être performant d’entrée de jeu pour qui prétend à la victoire finale, et il n’y a pas de séance de rattrapage. Le hasard des chiffres et la bizarrerie du système de qualification pour les huitièmes dicté par l’UEFA pour cet Euro ont permis au Portugal de déroger à la norme. Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe.

Le Portugal se prend pour la Grèce de 2004
Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro.

Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football.

Voir de plus:

Les secrets gagnants du pays de Galles
Alexandre Kotowski

Sport 24-Figaro

05/07/2016

Le pays de Galles, l’une des surprises de cet Euro 2016, défie le Portugal ce mercredi à Lyon (21h) et peut légitimement rêver à une place en finale.

S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois.

Une organisation bien huilée
Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides.

De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. Il suffit de voir la triple occasion de la Belgique dans les premières minutes du quart de finale (3-1). Derrière le portier Hennessey sorti devant Ferreira Carrasco, ils sont six quasiment sur leur ligne de but pour empêcher le ballon d’entrer. Le seul point négatif, c’est un temps de cadrage parfois trop long sur le porteur de balle adverse. C’était le cas sur le deuxième but encaissé contre l’Angleterre mais aussi celui contre la Belgique. Une frappe lointaine de Radja Nainggolan, spécialiste du genre et pourtant seul dans l’axe aux trente mètres.

Des individualités qui subliment l’équipe
Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition.

Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Suspendu pour la demi-finale, tout comme le défenseur Ben Davies, il va manquer à ses coéquipiers. Mais c’est l’occasion pour d’autres joueurs de se révéler, à l’instar d’Hal Robson-Kanu, buteur face à la Belgique au prix d’une magnifique feinte, ou du capitaine Ashley Williams. À n’en pas douter, les Gallois n’ont pas fini de montrer leurs talents.

Voir de plus:

Euro 2016: Barbes, tatouages… Pourquoi l’Islande est l’équipe la plus stylée de la compétition
Marc Nouaux

20 minutes

27.06.2016

L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. Avant son match historique face à l’Angleterre (lundi à 21h), on vous explique pourquoi.

Ils ont de belles barbes
Ils n’ont pas tous une pilosité hors du commun mais certains joueurs se distinguent par de belles barbes. Exemple avec le capitaine, Aron Gunnarsson, symbole de la combativité de l’équipe. Derrière sa barbe, le milieu de terrain dégage une agressivité et un côté assez rugueux qui peut avoir tendance à « effrayer » l’adversaire. Du côté de Runar Sigurjonsson ou de Birkir Bjarnason, on n’est pas en reste non plus.

Ils ont des coiffures soignées
Hipsters, les Islandais ? Si on se dégage du mot au sens strict du terme (qui qualifie des habitudes culturelles, vestimentaires, de style ou de consommation…), on peut se dire que les Islandais en ont en tout cas des allures. « C’est sans doute l’équipe la plus hipster de la compétition, sourit Guillaume qui a effectué plusieurs [longs] séjours en Islande. Mais attention, la Belgique aussi c’est pas mal mais l’Islande plus que tout. » A l’image de leurs coiffures telle celle du jeune Hordur Magnusson.

Gunnar, supporter islandais de 30 ans nous éclaire sur cette pratique. « Une grande partie de la jeune génération islandaise suit cette tendance mais ce n’est pas la majorité de la population. » A l’image du vieux, Eidur Gudjohnsen (37 ans), qui lui, préfère rester classique.

Ils aiment les tatouages et bien se saper
Les Islandais ont vraiment de la gueule. Si on a tendance à remarquer que nombreux sont les footballeurs tatoués, en Islande, il y a un vrai phénomène de mode. Les joueurs dégagent un vrai style viking avec leurs tatouages et les affichent sur les bras. Ainsi, Ari Skulason, le défenseur, est plutôt impressionnant.

Le bras tatoué d’Hordur Magnusson, le jeune défenseur de l’Islande. – B. Horvar / AFP
Niveau sape, on aime aussi se démarquer chez les Vikings. « Vous pouvez le voir en France pendant l’Euro. Les Islandais sont avant-gardistes en termes de tenues vestimentaires et de look. Tous les jours de la semaine ils portent des costumes sur mesure. » C’est sûr que ça contraste avec les costards mal taillés de Wayne Rooney…

Voir enfin:

Islande, Pays de Galles, Roumanie… En Europe, ce sont les « petites nations » qui font la loi
Alessandro Pitzus
Eurosport

04/09/2015

QUALIFICATIONS EURO 2016 – Plusieurs équipes inattendues jouent les premiers rôles depuis le début des éliminatoires. L’Islande, le Pays de Galles, la Slovaquie ou encore la Roumanie sont proches d’obtenir un aller direct pour la France en juillet prochain et ils ne l’ont pas volé.
Il fut un temps où se qualifier pour l’Euro était beaucoup plus difficile qu’obtenir sa place en Coupe du monde. Mais ça, c’était avant. En ouvrant la porte à 24 nations contre 16 lors des précédentes éditions, l’UEFA a choisi d’être moins élitiste. Les deux premiers de chaque groupe composteront leur billet, le meilleur troisième aussi et pour les autres trainards, il y aura une séance de rattrapage sous forme de barrages traditionnels.

La nouvelle formule a ouvert la porte mais le règlement novateur n’est pas forcément surexploité par les « petites nations ». Les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne n’occupent pas les premières places de leurs groupes respectifs à trois journées de la fin. Relâchements inconscients, mises en route difficiles, il y a plusieurs raisons pour expliquer les défaillances relatives des grands d’Europe. Ils s’appellent Islande, Pays de Galles, Pologne, Roumanie ou encore Autriche et ils sont proches de décrocher un aller simple amplement mérité pour l’Euro 2016.

L’Islande cartonne devant les Tchèques et les Néerlandais
C’était l’une des grosses côtes au début des éliminatoires et l’Islande joue parfaitement son rôle de trublion dans le groupe A. Quinze points dans la besace, une première place, des succès bien construits, les Nordiques n’en espéraient pas tant. En battant pour la première fois de son histoire les Pays-Bas, l’équipe islandaise, guidée par un irréprochable Gylfi Sigurdsson (4 buts) s’est donnée les moyens de ses ambitions.

Petite particularité : l’Islande est la seule sélection dirigée par deux sélectionneurs. Ce n’est peut-être pas qu’un détail. Le tandem Heimir Hallgrimsson – Lars Lagerbäck pourrait offrir à l’Islande sa première participation à une grande compétition majeure. Une qualification serait synonyme de continuité pour cette équipe qui aligne les bons résultats internationaux depuis trois ans et qui avait échoué en barrages lors des derniers éliminatoires du Mondial.

Pour le moment, le Pays de Galles de Bale effectue un sans faute
Avec la nouvelle réforme, voir le Pays de Galle à l’Euro était une possibilité tout à fait envisageable. Aujourd’hui, elle est en passe de se réaliser. L’équipe de Chris Coleman est toujours invaincue (14 points, 4 victoires, 2 nul). En revanche, pas grand monde n’imaginait les Gallois devant les Belges dans un groupe B où les Bosniens se sont écroulés.
Sous l’impulsion d’un Gareth Bale toujours plus impressionant (5 buts en 6 matches), le Pays de Galles n’enchaine pas les scores fleuves (8 buts marqués) mais il fait le « job » sobrement. Sa dernière victoire contre la Belgique à Cardiff (1-0 but de Bale) lui a permis de faire un pas important vers une éventuelle première qualification de son histoire pour un championnat d’Europe.

Carton plein pour la Slovaquie
Difficile de faire mieux que la Slovaquie (6 victoires). Les hommes de Jan Kozak présentent un bilan parfait en tête du groupe C devant l’Espagne. A défaut d’être spectaculaires, les Slovaques font preuve d’une efficacité redoutable. Leur victoire inattendue contre l’Espagne (2-1) lors de la 2e journée a lancé la machine. Elle ne s’est pas arrêtée depuis.

La grande force de cette équipe est aussi sa plus grande faiblesse : Marek Hamsik. Dans ses bons jours, le milieu offensif napolitain peut faire la pluie et le beau temps (3 buts en 6 matches). Pour l’instant, le joueur de 28 ans est régulier et ça paye.

Invaincue, la Pologne continue de tenir tête à l’Allemagne
L’époque où la Pologne prenait des fessés contre l’Allemagne semble révolue. Son succès contre la Mannschaft (2-0, 2e journée) a complètement décomplexé la bande à Robert Lewandowski. Le meilleur buteur des qualifications (7 buts) a inscrit l’intégralité de ses buts en deux rencontres. Contre Gibraltar (4) et la Géorgie (3).

La Pologne, attaque la plus prolifique des éliminatoires, a suivi l’exemple de son artificier bavarois en marquant 15 de ses 20 buts contre les deux bonnets d’âne du groupe D. Avec un point d’avance sur l’Allemagne, les Polonais auront du mal à conserver leur première place mais ils ont toutes les chances de décrocher un aller simple pour l’Euro.

La Roumanie en position idéale, l’Irlande du Nord en embuscade
Dans le groupe le moins relevé (et le moins attractif) de ces qualifications, la Roumanie et l’Irlande du Nord sont en train de tirer leur épingle du jeu. Pendant que les Grecs et les Finlandais sombraient, les Roumains faisaient le plein (14 points et invaincus) s’appuyant sur une défense de fer (la meilleure de la zone Euro avec un but encaissé).

Côté nord-irlandais (13 points), on s’accroche à Kyle Lafferty. Le buteur de Norwich est impliqué sur 6 des 8 buts de son équipe (5 buts, 1 passe). La formation de Michael O’Neill jouera sa qualification directe contre la Hongrie (3e avec 11 points). Dans le pire des cas, elle passera par la case barrages pour tenter de participer au premier Euro de son histoire.

L’Autriche touche au but
Absente des grandes compétitions depuis 2008 et l’Euro co-organisé sur ses terres, l’Autriche est proche de la délivrance. Son effectif, plus mature, a parfaitement géré l’adversité. Les Autrichiens ont profité des faux pas à répétition de la Suède de Zlatan Ibrahimovic et de la Russie pour s’installer confortablement en tête du groupe G (16 points).

La polyvalence et le leadership de David Alaba (3 buts) sont des atouts précieux. Mais il n’y a pas que ça. Quand le latéral du Bayern s’est retrouvé sur le flanc, les Autrichiens ont pris leur responsabilité, comme Marc Janko (3 buts), afin d’enregistrer deux succès sans leur leader.

L’Albanie a encore son mot à dire
D’habitude, l’Albanie fait de la figuration lors des qualifications continentales. La donne va bientôt changer. Assurée de terminer au moins à la 3e place d’un groupe I qui ne comptabilise que cinq équipes, la bande à Lorik Cana sera au pire barragiste. Un minimum pour une sélection qui présente le même nombre de points que le Danemark (2e avec 10 points) et seulement deux longueurs de retard sur le Portugal (1er).

Les Albanais ne sont pas arrivés là par hasard. La série de matches amicaux face aux Bleus (1 victoire, 1 nul) à montrer à quel point cette équipe était difficile à manœuvrer. Leur victoire contre le Portugal (1-0) en ouverture est là aussi pour le rappeler.

COMPLEMENT:

Le Portugal signe la victoire d’un football sans prise de risque
Peu spectaculaire, remportée par l’équipe qui avait moins le ballon au bout du suspense, la finale gagnée dimanche par le Portugal contre la France a parfaitement résumé le tournoi. Les équipes bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal ont été à l’honneur

Lionel Pittet
Le Temps

12 juillet 2016

«Les Portugais sont champions. S’ils ont gagné ce tournoi, c’est qu’ils le méritent. Après, on peut toujours discuter de la manière dont ils jouent mais ça reste efficace et il faut les féliciter.» Pour le gardien des Bleus Hugo Lloris comme pour ses coéquipiers et leurs supporters, la défaite en finale de l’Euro (1-0 après prolongations, but d’Eder) était difficile à accepter. Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale).

L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football.

La marque de l’Atletico Madrid
La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). L’équipe de Suisse en sait aussi quelque chose. Elle a eu le ballon 55% du temps ou plus lors de chacune de ses quatre rencontres, ce qui n’a pas empêché son élimination en huitièmes de finale contre la Pologne (5-4 aux tirs au but).

Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions.
Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été. «Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro», estimait l’ancien attaquant international Nestor Subiat dans Le Temps, après le premier tour.

Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe

Le paradoxe viking
A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé.

Lire aussi: L’Islande, sensation de l’Euro 2016

«Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi», déclarait le sélectionneur du Portugal Fernando Santos après le huitième de finale chichement gagné par son équipe contre la Croatie (1-0 après prolongations). Ses protégés ont enchaîné avec une qualification via les tirs au but contre la Pologne, puis une victoire contre le Pays de Galles en demi-finale. La seule acquise par les Portugais en 90 minutes lors de l’Euro 2016. Au premier tour, ils avaient concédé trois matches nuls (1-1 contre l’Islande, 0-0 contre l’Autriche, 3-3 contre la Hongrie) qui ne laissaient en rien présager de leur succès en finale.

Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner.


Les émeutes raciales de Chicago: Attention, un racisme peut en cacher un autre (France gets long overdue translation of Sandburg’s 1919 Chicago race riot but still no answer as to why it managed to avoid for so long the anti-black racism it loves to denounce in the US)

7 juillet, 2016

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affiche-expo-coloniale-parisbal negreBanjoRedSummerChicago-race-riotChicago_Race_Riot_Walgreenschicago-race-riot-starts-red-summer-1919-old-newspaper-Slave-tableIf we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursèd lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!
If We Must Die (Claude McKay, 1922)
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Barack Hussein Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation.  Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Drame raciste aux Etats-Unis : les stars dénoncent le meurtre d’Alton Sterling Une vidéo d’une violence inouïe tourne sur la Toile depuis ce mardi 5 juillet. On y voit deux policiers de Bâton-Rouge, en Louisiane, brutalement interpeller un Afro-Américain, Alton Sterling, et lui tirer une balle dans la tête. Des images insoutenables qui ont choqué à travers la planète. En première ligne aux Etats-Unis : Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont réagi. Il y a quelques jours, le discours édifiant de Jesse Williams, acteur de la série « Grey’s Anatomy » avait fait un tollé aux États-Unis. Celui qui dénonçait sur la scène des BET Awards les bavures policières contre les Afro-Américains avait fini par être accusé de racisme anti-blanc. Une pétition demandait même son renvoi des écrans télé. Mardi 5 juillet, la donne avait déjà changé outre-Atlantique, alors que l’on apprenait que la police américaine avait fait sa 558ème victime aux États-Unis (source The Guardian). La victime s’appelle Alton Sterling, âgé de 37 ans, et c’est encore un Afro-Américain. Il a trouvé la mort après une altercation brutale avec les forces de l’ordre. La police avait été alertée sur place par un témoin qui avait assuré que cet homme portant un t-shirt rouge et vendant des CD devant un magasin, l’avait menacé avec une arme à feu. Une vidéo de la scène a été tournée et partagée sur la Toile, on y voit le suspect malmené par la police. Le suspect se débat pendant quelques secondes avant d’être mis à terre et qu’un policier n’ouvre le feu sur lui « à quatre ou six reprises » rapporte la presse. Un « lynchage légal » ont commenté de nombreux internautes horrifiés qui ont repris les mots dièses #AltonSterling et #BlackLivesMatter pour dire toute leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont envoyé leurs prières et ont appelé à une réaction massive du grand public. Public.fr
The offender said, ‘I hate white people’ and threw a punch. There is no evidence either way about what the offender meant or whether . . . she holds or promotes an ideology which would explain why this assault was aimed at this victim. I am not satisfied beyond a reasonable doubt that this offence was, even in part, motivated by racial bias. Provincial court Judge Harry Van Harten (Calgary, Canada)
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
La position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française. Georges Mauco (1945)
Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. (….) Afin d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans, de réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française, un grand plan est tracé […] pour qu’à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré. Charles de Gaulle (3 mars 1945)
Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration. Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments. b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines. c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.  [Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.] d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux. Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables. Général de Gaulle (lettre à Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, 12 juin 1945 – sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle)
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !  Ch. de Gaulle (Conversation rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d’Algérie)
Marseille offrait cependant un charme barbare et international qui incarnait de façon étonnante le grand flux de la vie moderne. Peu étendue, avec une population manifestement trop nombreuse, porte de service de l’Europe, chargeant et déchargeant son commerce avec l’Orient et l’Afrique, port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel. Claude McKay (Banjo)
Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut. Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… » Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable. Marianne (2015)
Banjo: A Story without a Plot was published by Claude McKay in 1929, between the World Wars. In the novel, McKay draws on his personal experiences living in France to depict dockworkers and drifters in the port town of Marseilles. The novel follows one group of “beach boys,” combining semi-autobiographical accounts of their pleasure-seeking lifestyle with their conversations about race relations and race politics, in France and abroad. The men in the novel represent various positions on race politics. Below are the four most prominent categories of positions in the novel—remember that each character nuances his views differently, and there are many distinctions to be made within these categories. (You might recognize some of the oppositions between these positions from later conflicts within the Civil Rights movement; they have some features in common with, for example, the political disagreements between Martin Luther King, Jr., and Malcolm X.) – Black Internationalism—This political culture linked blacks from around the world by connecting struggles against slavery, colonialism, and racism. Many of these connections are made in Banjo, like when Ray notes the similarities between the list of atrocities the French were committing in the colonies and the treatment endured by blacks in the United States. – Racial Assimilationism/Integrationism—During the early 20th century, assimilation was one possible answer to the question of how black people were to recover their full humanity: by being fully integrated into existing white society. Assimilation might include pursuing higher education and joining the professions, two things that were seen as allowing blacks to move out of their marginal position and into the respectable middle classes, as discussed in Banjo. – Black Nationalism—Opposed to assimilationists, black nationalists argued that black people should affirm and fight for their own culture and values, demanding their rights on their own terms rather than gaining a place in the existing system that had excluded them. W.E.B. Du Bois was associated with this position, which reflects the views of many of the characters in Banjo. – Black Separatism and Garveyism—These two positions are subsets of black nationalism that advocate the creation of essentially separate societies for black and white people. Whereas some black separatists thought that these two nations could be created within the United States, Marcus Garvey sought to bring blacks “Back to Africa,” a position represented in the novel by Taloufa. Berkeley university
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France n’a pas fait appel à ses territoires d’outre-mer, colonies et DOM confondus, pour combler son déficit de main-d’oeuvre bon marché. Pourquoi ? la réponse à cette question, rarement soulevée, est moins évidente qu’il n’y parait. Pour sa reconstruction, l’hexagone n’avait-il pas besoin de bras valides, de gens – de préférence francophones – taillables et corvéables ? dès lors pourquoi se priver de la « Force noire », qui venait de faire ses preuves sur le champ de bataille ? En raison d’un présupposé censément « naturel », d’un sous-entendu qui est alors au coeur des débat public sur l’immigration sans remonter à la surfacce explicite du discours: la question raciale. Quand le 3 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, de Gaulle invoque « l’impératif migratoire », quand il précise qu’ « il faut introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française », il n’est pas dit mais entendu que ces « bons éléments » ne sauraient être des Africains ou des Antillais – des Noirs. Géraldine Faès et Stephen Smith
They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history. For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1. Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot. The Chicago Tribune
En avril 1919, les forces de police arrêtent un complot visant à l’envoi 36 bombes à des membres éminents de l’establishment américain politique et économique : JP Morgan, John D. Rockefeller, le juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes ou encore le procureur général des États-Unis Alexander Mitchell Palmer. Le 2 juin 1919, dans sept villes du Nord-Est des États-Unis, huit bombes de fortes puissances ont explosé quasi simultanément à la même heure (une église catholique de Philadelphie étant la cible de deux bombes). L’un des objectifs était la maison, à Washington, D.C., du procureur général Palmer. L’explosion tue le poseur de bombe, qui sera la seule victime, et des témoignages confirment qu’il s’agit d’une organisation radicale d’origine italienne dont l’antenne américaine se trouverait à Philadelphie, mais l’affaire n’a jamais été résolue. C’est après, entre 1919 et 1921, que le procureur général lance les Palmer Raids. Des avocats notables dénoncent l’inconstitutionnalité de ces mesures, dont le futur juge à la Cour suprême Felix Frankfurter (notamment les quatrième, cinquième, sixième et huitième de la Constitution des États-Unis). Palmer perd de sa crédibilité lorsqu’il annonce qu’un risque de révolution est possible, le 1er mai 1920. Dès 1918, le président Woodrow Wilson avait fait pression sur le Congrès afin qu’il légifère contre les immigrés anarchistes (concrétisé par le Sedition Act of 1918 (en)) afin de protéger le moral du pays pendant la guerre. Le 1er septembre 1920, des bombes explosent à Wall Street, près de Federal Hall et de la Banque JP Morgan. Bien que deux anarchistes et des communistes soient soupçonnés d’être responsables de l’attentat, aucun n’est inculpé. On dénombre 38 morts et 141 blessés. En conséquence, l’opinion publique évolue et des organisations de gauche telles que l’Industrial Workers of the World et le Parti communiste des États-Unis perdent plusieurs de leurs militants. Entre 1919 et 1920, plusieurs états ont jugé le syndicalisme « criminel ». Cela implique alors des restrictions de la liberté d’expression. Des procès ont lieu (dont la célèbre affaire Sacco et Vanzetti), ainsi que des déportations hors du territoire américain. Wikipedia
La grande migration afro-américaine est le mouvement qui a conduit six millions d’Afro-Américains du Sud des États-Unis vers le Middle West, le Nord-Est et l’Ouest de 1910 à 1930. Les estimations du nombre de migrants varient selon les repères temporels choisis. Les Afro-Américains émigraient pour échapper au racisme et essayer de trouver du travail dans les villes industrielles. Certains historiens font une distinction entre la Première Grande Migration (de 1910 à 1940), et qui a porté sur environ 1,6 million migrants, et la Seconde Grande Migration, de 1940 à 1970. (…) Entre 1910 et 1930, la population afro-américaine s’accrut d’environ 40 % dans les États du Nord, principalement dans les grandes villes. Des villes comme Chicago, Détroit, New York et Cleveland connurent quelques-unes des plus fortes hausses dans la première partie du siècle. Du fait que cette évolution se concentrait dans les villes, les tensions urbaines augmentèrent à mesure que les Afro-Américains et les immigrants européens nouveaux ou récents, groupes qui tous les deux étaient issus de sociétés rurales, entraient en concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine. Les tensions étaient souvent les plus vives entre les Irlandais ethniques, soucieux de défendre leurs positions, et les immigrants récents et les noirs. Les Afro-Américains migraient individuellement ou en petits groupes familiaux. Ils ne recevaient aucune aide du gouvernement, mais souvent les industries du Nord, comme les chemins de fer, le conditionnement de la viande et l’élevage du bétail, avaient besoin de main-d’œuvre. Le principal facteur de la migration était le climat raciste dans le Sud et la violence généralisée qui se manifestait par des lynchages. Dans le Nord, on pouvait trouver de meilleures écoles et les hommes adultes avaient le droit de vote (ainsi que les femmes après 1920). L’essor des industries montrait qu’il y avait possibilité de trouver des emplois. (…) L’énorme expansion des industries de guerre créa pour les noirs des possibilités d’emploi, non dans les usines, mais dans les postes laissés vacants par les ouvriers appelés à y travailler. La Première Guerre mondiale et la Loi d’immigration Johnson-Reed de 1924 mirent brutalement un terme à l’afflux d’immigrants européens vers les centres industriels qui apparaissaient au Nord-Est et dans le Middle West, ce qui provoqua une pénurie de main-d’œuvre dans les usines. (…) La Grande Migration des Afro-Américains a créé les premières grandes communautés noires urbaines dans le Nord. On estime traditionnellement à 400 000 le nombre de ceux qui ont quitté le Sud pendant la période de deux années allant de 1916 à 1918, pour profiter de la pénurie de main-d’œuvre qu’avait créée la Première Guerre mondiale. (…) En 1910, la population afro-américaine de Détroit était de 6 000. Dès le début de la Grande Dépression en 1929, ce chiffre était monté à 120 000. En 1900, Chicago avait une population totale de 1 698 575 habitants. En 1920 elle avait augmenté de plus d’un million d’habitants. (…) Alors que la Grande Migration aidait les Afro-Américains instruits à obtenir des emplois, permettant à terme de mesurer la mobilité sociale, les migrants se heurtaient à des discriminations importantes. Du fait qu’un si grand nombre de personnes avaient migré dans un laps de temps assez bref, les migrants afro-américains se heurtaient souvent au ressentiment de la classe ouvrière américaine d’origine européenne, craignant que ses salaires ou la sécurité de ses emplois fût menacée par l’afflux de nouveaux travailleurs qui lui ferait concurrence. Les plus craintifs ou les plus hostiles étaient parfois les derniers en date des immigrants du XIXe siècle et les nouveaux immigrants du XXe siècle. Dans de nombreuses villes, la classe ouvrière a essayé de défendre ce qu’elle considérait comme « son » territoire. Néanmoins, les Afro-Américains ont pu gagner suffisamment d’argent dans les emplois industriels, en particulier dans la sidérurgie, l’automobile, la construction navale et les industries de préparation de la viande. Entre 1910 et 1920, le nombre de noirs employés dans l’industrie a presque doublé passant de 500 000 à 901 00010. (…) Les migrants ont découvert la discrimination raciale dans le Nord, même si elle se présentait parfois de façon plus subtile que dans le Sud. La population avait augmenté si rapidement tant chez les migrants afro-américains que chez les nouveaux immigrants venant d’Europe, qu’il y avait pénurie de logements, et les nouveaux groupes devaient rivaliser, même pour obtenir les logements les plus anciens, délabrés la plupart du temps. Les groupes ethniques se créaient des territoires qu’ils défendaient contre le changement. Souvent la discrimination forçait les Afro-Américains à rester dans les quartiers surpeuplés, comme à Chicago. Dans les villes, les populations plus à l’aise avaient tendance à se déplacer vers de nouveaux logements qui se développaient dans la périphérie. Les refus de prêts et les discriminations liées à l’habitat limitaient pour les Afro-Américains arrivés le plus récemment la possibilité de choisir leur propre logement, ou de l’obtenir à un prix raisonnable. (…) Pour de nombreux Afro-Américains cette période a marqué un profond changement dans le mode de vie : de travailleurs ruraux ils sont devenus ouvriers des industries installées dans les villes. La migration a donc eu pour eux un double effet : d’une part ils se sont intégrés de plus en plus dans la société, d’autre part le fait de vivre et de travailler en contact plus étroit avec les Américains d’origine européenne n’a cessé d’élargir le fossé qui existait entre eux. De fait, lors de la migration, les migrants se heurtaient souvent à des discriminations dans l’habitat car les propriétaires de race blanche et les agents immobiliers essayaient de les empêcher d’acheter des maisons ou de louer des appartements dans les quartiers blancs. En outre, quand des noirs allaient s’installer dans de tels quartiers, il arrivait souvent que les blancs réagissent violemment contre ces nouveaux voisins, par exemple avec une foule en émeute qui venait devant leurs domiciles, et qui allait jusqu’au jet de pierres et même jusqu’à l’assassinat. Ces tendances ont contribué à maintenir la « fracture raciale » dans le Nord et peut-être même à l’accentuer. Dans des villes comme Chicago et Omaha, le boom immobilier d’après-guerre a développé la création de banlieues réservées aux populations blanches. Le résultat est qu’à la fin des années 1950 et 1960, les Afro-Américains se sont retrouvés hyper-urbanisés et concentrés de façon beaucoup plus dense que les autres groupes dans les quartiers défavorisés. Du fait que les migrants afro-américaine avaient conservé un grand nombre de traits culturels et linguistiques du Sud, ces différences de culture ont créé chez ceux qui les avaient précédé dans les villes le sentiment qu’ils étaient des étrangers. Les stéréotypes attribués aux personnes noires au cours cette période et pendant les générations remontent souvent aux traditions culturelles rurales des migrants afro-américains, qui s’opposaient à l’environnement urbain dans lequel ils résidaient. Wikipedia
Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers. (…) Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance. (…) De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud. (…) Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion. Carl Sandburg
Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée. (…) Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. Walter Lippmann (août 1919)
Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction. Kenneth Clark (1968)
Sandburg … prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître. (…) mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre. (…) Les émeutes raciales, on le comprend mieux, ne sont pas un passage dans l’histoire américaine. Elles n’ont rien, pas plus hier qu’aujourd’hui, d’un dérèglement passager de l’ordre ordinaire des choses. Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalité, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent. Christophe Granger
Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales. Carl Sandburg prend le parti d’expliquer. Il décrit l’oppression organisée des Noirs, l’immigration imposée, la ségrégation ordinaire, les logements de seconde zone et l’habitude des lynchages. A l’heure où les émeutes raciales tenaillent toujours les Etats-Unis, ce petit livre oublié éclaire l’une des périodes les plus troublées de l’Amérique – celle qui, tenaillée par la question raciale, accompagne la recrudescence du Ku Klux Klan. Il éclaire aussi une pratique journalistique, celle du reportage, qui ne cède jamais au voyeurisme de la violence, d’un auteur et poète qui, par la suite, a obtenu le prix Pulitzer. Babelio

Vous avez dit deux poids deux mesures ?

A l’heure où sort enfin pour la première fois en France avec près d’un siècle de retard …

La traduction des fameuses chroniques de l’écrivain suédo-américain Carl Sandberg pour le Chicago news sur la première émeute noire de l’histoire américaine …

Les treize jours de terreur qui avant de s’étendre à des dizaines de villes dans tous les Etats-Unis (le tristement fameux « été rouge ») feront 23 victimes noires et 15 blanches sans compter les centaines de blessés et dévasteront des quartiers entiers suite à la noyade provoquée d’un jeune Noir au large d’une plage du lac Michigan réservée aux Blancs …

Sur fond de migration massive de noirs issus du sud (500 000 en quelques années), concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine, utilisation de briseurs de grève noirs, surpeuplement suite au doublement de la population noire en deux ans, plus grand activisme de soldats noirs revenus du front « pour préserver la démocratie », série d’attentats anarchistes et grèves massives suite à la Révolution bolchévique

Publication accompagnée comme il se doit des habituels couplets de nos chasseurs d’ambulances patentés sur « les brutalités policières et émeutes qui embrasent toujours aussi fréquemment le pays » et « viennent de rappeler »,  pour ceux qui « aiment se bercer d’illusions sur l’Amérique ‘post-raciale’, « la triste réalité de ce problème sans fin » …

Pendant que mis à part les groupes protégés, la moindre agression ou brutalité policière sont dénoncées comme racistes face à des suspects qui refusent souvent d’optempérer par les mêmes qui font et vivent confortablement de l’apologie de la violence à longueur de séries télé et de films …

Et qu’avec tant le référendum britannique que la candidature d’un Donald Trump le déni de réalité de nos belles âmes et de nos bons esprits et la véritable invasion migratoire qu’ils ont provoquée viennent de recevoir la réponse que l’on sait …

Qui se souvient …

Que la France « négrophile » qui allait célébrer, sur fond d’exposition coloniale et de zoos humains et à moitié nue dans sa ceinture de sauvageonne, l’égérie des cubistes

Ou les bas fonds si pittoresques du port de Marseille décrits comme un « petit Harlem » « de la citoyenneté et du vivre-ensemble » par  le « clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste » Claude McKay …

Et qui ne trouvait pas, loin de ses anciens esclaves parqués discrètement dans ses DOMTOM (1, 6 million quand même: 14% vs. 500 000 pour les Etats-Unis: 4% et 4 millions pour le Brésil: 35% !) et entre deux massacres coloniaux (dans les deux sens), de mots assez durs déjà pour fustiger le « racisme américain » …

Ne comptait alors pas plus de 5.000 Noirs sur son territoire métropolitain ?

Et qui rappelle …

Les raisons pour lesquelles une France saignée 25 ans plus tard par une nouvelle guerre mondiale …

Avait décidé de « se priver » pour sa reconstruction de « la Force noire » de ses territoires d’outre-mer qui « venait de faire ses preuves sur le champ de bataille » …

A savoir, comme l’avait souligné le général de Gaulle lui-même, qu’il fallait « introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française » ?

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919 publiées chez Anamosa
Mohamed
Addict-Culture
9 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919, est le troisième livre de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa. Il s’agit là de la première traduction française (effectuée par Morgane Saysana) des articles que Carl Sandburg a consacré à Chicago avant et après le Red Summer de 1919.

Dans cette série d’articles, Sandburg fait moins oeuvre de journalisme que de sociologie, comme l’indique Christophe Granger dans la préface :

“Il prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître”

Et c’est ainsi que l’on déambule dans les rues de Chicago pour découvrir pas à pas la condition des Noirs Américains.

Depuis 1916 les États-Unis doivent faire face à la Grande Migration des Noirs du sud vers les grandes villes industrielles du nord. Ce mouvement est qualifié par Loic Wacquant comme “le plus important de l’Histoire contemporaine”. Ce dernier écrit par ailleurs :

“Ce transfert de population a alimenté la formation des grands ghettos urbains et la première poussée des revendications pour l’accès à la pleine citoyenneté des Américains de couleurs”.

Il ne dit rien d’autre que ce que Sandburg avait écrit un siècle plus tôt :

“Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers.”

et un peu plus loin :

“Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance.”

Chicago, tout comme d’autres villes du nord, représente pour les Noirs une terre promise loin des agressions raciales et semble aussi incarner une promesse d’emploi.

“De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son  vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud.”

Carl Sandburg constate donc au fil de ses enquêtes que les villes du nord ne sont pas aussi tolérantes que les Noirs eux-mêmes auraient pu le croire. La ségrégation, même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans les villes du sud, n’en n’est pas moins réelle et plus pernicieuse. A commencer dans l’immobilier, où l’accession à la propriété n’est pas chose aisée :

“Vous autres, vous n’êtes pas admis dans notre société. Personnellement je n’ai rien contre eux (…) mais, vous savez on prévoit de rénover les abords du lac, le réseau de chemins de fer de l’Illinois, et pour le reste ; on ne peut pas se permettre de laisser ces gens là s’installer ici. (…)Loin de nous l’idée de lancer des menaces, mais il faut faire quelque chose, nous tenons à le signaler”

Ce sont ici les mots du porte-parole des intérêts immobiliers.

Sur le marché de l’emploi, les Noirs ne sont pas mieux traités. La ville profite de cette arrivée massive de travailleurs pour remplacer ceux qui sont parti en Europe. Cependant ils n’ont d’autres choix que d’occuper les métiers pénibles que les Blancs refusent d’accomplir.

Donc, dès 1919, Carl Sandburg démontre la dimension tragique, à travers cet environnement social des grandes villes, Chicago en particulier, que les Noirs doivent affronter. Il montre que cette communauté cherche à s’implanter durablement dans une société qui ne les désire pas. Ils nous parle des ces personnes de couleurs qui réussissent, certes, mais aussi des marginaux, de ceux qui demeurent dans les pires conditions de vie et ceux qui s’adonnent aux activités criminelles.

Sandburg démontre aussi la responsabilité de la presse qui n’a de cesse de colporter des rumeurs sans réel fondement sur des agressions, alimentant ainsi la haine envers les Noirs :

“Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion.”

Carl Sandburg aborde donc tous les aspects de la vie des afro-américains : de l’emploi en passant par la vie religieuse et associative. Il met l’accent sur une vie qui semble paisible mais qui repose sur un équilibre fragile. Autrement dit, si les Noirs restent à leur place… tout va bien. Il traite aussi les dangers de s’aventurer hors de la “black belt”, ce territoire aux frontières imaginaires et pourtant si bien défini dans la pensée des Blancs. Pour preuve, lorsque le jeune Eugène Williams se retrouve sur un bout de plage qui n’est pas celui qui revient aux Noirs, il est alors assassiné à coup de jets de pierres par la jeunesse blanche. L’équilibre factice est rompu. Toutes ces tensions inhérentes à cette société inégalitaire finissent par devenir de fortes émeutes qui ont pour résultats des centaines de victimes et d’immenses dégâts.

Le travail de Carl Sandburg est particulièrement éclairant sur une situation qui se répète encore de nos jours, non seulement aux États-Unis mais aussi dans d’autres parties du monde où l’étranger est mal ou peu considéré.

Lors d’une allocution devant la commission Kerner sur les émeutes raciales de 1968 à Chicago, le sociologue Kenneth Clark déclare :

“Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction»

Chicago, Washington, New York 1919, Harlem 1935, Harlem 1943, New York 1964, Philadelphie 1964, Watts 1965, Detroit 1967, Washington, Chicago, Baltimore 1968, Los Angeles 1992, Baltimore 2015.

Voilà donc depuis presque un siècle la ritournelle des soulèvements de la population Afro-Américaine et démontre que la question raciale est toujours présente aux Etats-Unis.

Lorsque Walter Lippman  rédige son introduction à propos du travail de Carl Sandburg il en arrive à la même conclusion :

“Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée.”

Carl Sandburg a accompli un travail d’enquête d’une grande justesse, dans un style précis étayé par les chiffres mais aussi une réflexion pleine d’humanisme.

Il parvient à “émouvoir non seulement pour susciter l’indignation, bien que cela soit nécessaire, mais aussi pour faire réfléchir”.

Voir aussi:

LES ÉMEUTES RACIALES DE CHICAGO JUILLET 1919 de Carl Sandburg / Editions Anamosa.
clete

Nyctalopes

juin 2, 2016

Traduction: Morgane Saysana.

Troisième publication de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa spécialisée dans les sciences humaines « les émeutes raciales de Chicago » de 1919 est un bien bel ouvrage inédit puisque l’ensemble des textes de Carl Sandburg n’avait jamais été traduit en français.

Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales.

L’ouvrage qui se décline en plusieurs parties forme un beau livre où préface, texte proprement dit, puis cahier annexe de fin d’ouvrage avec cartes, photographies et mémorial des victimes offrent un panorama complet des tragiques événements de juillet 1919 à Chicago qui ne sont néanmoins qu’une petite partie des émeutes qui ont secoué et endeuillé le pays cet été là.

La partie centrale et majeure du livre est bien sûr l’écrit de Carl Sandburg qui décrit la condition des Afro-Américains à Chicago au sortir de la guerre. Ils arrivent en grand nombre en pensant que la vie au Nord sera moins difficile que dans le terrible Sud où ils ne sont que les descendants d’esclaves et où les droits minimum ne leur sont pas garantis sans compter l’accès au travail et à la même éducation que la population blanche. Cet afflux à Chicago et dans les grandes métropoles industrielles du Nord se fait sans aucune organisation des autorités qui se contrefoutent bien des conditions de vie des arrivants qui seront forcément mieux lotis dans l’ Illinois que dans le Mississipi ou autres états moyen-moyenâgeux où les lynchages sont monnaie courante. Carl Sandburg explique d’ailleurs que chaque cas de lynchage dans un état du sud est suivi d’arrivées massives en gare de Chicago dans les jours qui suivent.

Carl Sandburg va ainsi montrer les différents aspects de la vie sociale et économique de ces arrivants qui s’ils ne sont pas haïs et méprisés comme en dessous de la ligne Mason-Dixon sont néanmoins largement exploités dans leurs conditions de vie,de travail et dans leurs accès à la propriété ou à un logement décent. Cette partie du livre qui date de l’époque fera le bonheur, bien sûr, des historiens et des sociologues mais aussi de toutes les personnes intéressées par l’Amérique, ses maux, ses fractures et ses paradoxes.

Profane, je vais sûrement faire hurler les puristes mais la partie inoubliable, brillante, c’est l’introduction écrite en février 2016 par Christophe Granger historien, membre du centre d’Histoire sociale du XXème siècle qui réussit un formidable travail de didactique pour les béotiens comme moi en démarrant son propos intitulé « L’Amérique et le démon de la race » par cette phrase : « mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre ».Un siècle plus tard, on ne compte plus les émeutes raciales qui ont ensanglanté l’histoire des USA avec toujours les mêmes raisons, la ghettoïsation, les différences économiques entre les groupes, le laxisme des autorités, les inégalités sociales, la volonté universelle de médiocres d’écraser pour montrer qu’ils existent.

Si Sandburg, dans cette compilation d’articles qu’il avait écrits pour le Chicago Daily News à l’époque, explique, démontre les conditions qui ont permis l’horreur, Granger, lui, tout en nous apprenant à apprendre de l’Histoire montre les événements avec le recul de l’Historien et donne ainsi des clés indispensables à la compréhension des écrits de Sandburg et du déroulement des jours d’effroi.

On pourrait se dire que ce n’est qu’un phénomène ricain et pourtant l’universalité des maux saute aux yeux.

« Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. »Walter Lippmann août 1919.

Très belle initiative des éditions Anamosa, ouvrage essentiel.

Voir également:

Les émeutes de Chicago en 1919
Zones subversives

3 Juillet 2016

En 1919, des émeutes raciales éclatent à Chicago. Mais les Noirs se révoltent surtout contre leurs conditions de vie. Cet épisode historique fait écho à la situation actuelle.

Les émeutes de Ferguson et de Baltimore s’inscrivent dans une histoire longue. Celle de la révolte des ghettos noirs des Etats-Unis. Le journaliste Carl Sandburg analyse Les émeutes raciales de Chicago de juillet 1919. Ce texte réédité décrit une situation qui n’a pas changé : misère, ségrégation, violence et injustice sociale. Carl Sandburg ne se contente pas de décrire, il analyse les émeutes et leurs causes sociales.

L’historien Christophe Granger présente le contexte d’un récit qui conserve toute son actualité. Durant le « Red Summer », les agressions racistes se multiplient. Des jeunes Blancs attaquent aveuglement des passants noirs. Les émeutes de Chicago sont déclenchées par la noyade d’un jeune Noir agressé par des Blancs. Le policier présent ne réagit pas. Dans les jours qui viennent, les affrontements se multiplient. Les Blancs et les Noirs se battent, avec des morts de chaque côté. L’émeute prend l’allure d’une « guerre raciale ».

Ce Red Summer s’inscrit dans une histoire longue des violences raciales. Les Etats du Sud ont longtemps pratiqué l’esclavage. Des émeutes raciales éclatent pendant la guerre de Sécession. Dans les années 1870, cette violence raciale participe au maintien de la ségrégation et des rapports sociaux. Ces agressions visent à faire fuir les élites noires.

Dans les années 1910, Chicago devient le centre de la « question raciale ». Cette métropole accueille les familles noires qui fuient les Etats ségrégationnistes du Sud. Mais la « terre promise » devient le ghetto noir de Chicago. La misère, des logements dégradés et des mauvaises conditions de travail installent les Noirs dans une marginalité. Ils intériorisent une infériorité par rapport aux Blancs.

Racisme et exploitation

Au début du XXe siècle, la population noire fuit les Etats du Sud avec leur racisme et leur passé esclavagiste. Les gens de couleurs se réfugient dans les grandes villes du Nord comme Chicago. Ils fuient la misère et le racisme. « Pour beaucoup de ceux qui ont gagné le Nord, la promesse d’un salaire et d’un emploi vient après le désir de fuir les lynchages », décrit Carl Sandburg. Les population noire espère trouver davantage d’égalité et d’opportunités dans les villes du Nord.

Les populations noires ont des difficultés d’accès au logement. Leur arrivée massive peut influencer le prix de l’immobilier. Les propriétaires rénovent les logements pour augmenter les prix. Inversement, l’arrivée massive d’une population noire peut contribuer à la diminution des loyers dans un quartier. Les agents immobiliers peuvent alors s’opposer à la présence des Noirs. Ils instrumentalisent l’antagonisme racial à des fins commerciales.

Les personnes de couleur doivent se contenter d’accepter les emplois les moins qualifiés et rémunérés. Les postes à pourvoir se situent dans les fonderies, les aciéries, le bâtiment et les usines qui demandent en permanence des travailleurs peu qualifiés. Les travailleurs immigrés issus des pays européens aspirent à revenir dans leur pays d’origine pour retrouver leur famille. Pour reconstituer la main d’œuvre à exploiter, le patronat doit désormais puiser dans la population noire. « L’essentiel de ce qu’on considère comme une question raciale est au fond un problème de main d’œuvre », analyse Carl Sandburg. L’accès au marché de l’emploi et l’égalité salariale pour les travailleurs noirs se situent au cœur de la « question raciale ».

Les écrits des personnes de couleur insistent sur l’importance de l’égalité économique pour régler le problème racial. Les gens de couleur insistent sur l’accès à l’emploi et à un revenu décent. « Ils tiennent en horreur la ségrégation dans les transports issue des lois Jim Crow, mais aussi les lynchages et tous les actes de discrimination raciale, parce que derrière cela, ils savent bien que, même dans le Nord, hommes et femmes de couleur ont peu de chances d’obtenir des emplois qualifiés, et même non qualifiés », observe Carl Sandburg.

Race et inégalités sociales

Les femmes de couleur travaillent surtout dans l’industrie manufacturière. « Les chapeaux de poupée, les abat-jour, la mercerie : voilà trois branches de l’industrie manufacturière où la main d’œuvre de couleur s’est introduite dans les usines et s’est aussi mise à travailler à domicile », décrit Carl Sandburg. Les hôtels et les restaurants embauchent également des aides de cuisine, des serveuses et des femmes de ménage. L’industrie de la viande emploie aussi des travailleuses de couleur. Les femmes noires doivent souvent se contenter des travaux mécanisés ou manuels. « Les ouvrières de couleur interviennent aux étapes de fabrication que les femmes blanches refusent d’effectuer », commente un observateur du monde industriel. Les femmes de couleur effectuent les tâches les plus ingrates et les moins bien rémunérées.

Les propriétaires des logements augmentent les loyers lorsque leurs locataires sont noirs. Quelles que soient les causes économiques, « le Nègre à Chicago, moins bien payé que les travailleurs blancs et plus limité dans les emplois qui s’offrent à lui, paie un loyer relativement plus élevé », indique une enquête sur le logement. Des travailleurs noirs s’organisent dans des syndicats et luttent pour l’égalité économique. « Leur hypothèse est que, une fois l’égalité des races admise sur le plan économique, elle s’imposera ensuite sans difficultés aux plans social, immobilier, dans les transports, le logement et l’éducation », souligne Carl Sandburg.

Ce livre montre bien les causes sociales de la révolte. Ces émeutes ne s’expliquent donc pas par une dimension raciale. « On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemble, c’est prendre l’effet pour la cause », analyse Christophe Granger. Une racialisation des relations sociales s’impose. C’est la façon « dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d’organisation, de description et de classification des faits sociaux », observe Christophe Granger.

La race est devenue un problème pour mieux occulter les inégalités sociales. Une enquête sociologique montre au contraire les causes sociales et politiques des émeutes. Le maire de Chicago, lié à la mafia, a mis en place un véritable système clientéliste pour attribuer les logements et les emplois. Ces émeutes s’expliquent également par les gangs de jeunes blancs qui saisissent l’occasion pour se déchaîner. Mais la dimension ouvertement raciste n’est pas évidente.

Révolte sociale contre racialisation

La description de Carl Sandburg tranche avec le bavardage postmoderne des racialisateurs qui dominent désormais l’extrême gauche. Toute une mouvance sous-gauchiste, incarnée par le Parti des Indigènes de la République (PIR), insiste sur une vision raciale de la société à travers une idéologie identitaire. L’esclavage et le colonialisme suffisent alors à expliquer la situation des quartiers populaires. Les « racisés » sont simplement les victimes de représentations postcoloniales. Mais, dans le monde réel, ce sont les inégalités sociales qui expliquent les émeutes dans les quartiers populaires.

Le PIR et ses amis gauchistes gomment les clivages sociaux et les rapports de classe pour ne voir que des différences entre les races. Le PIR comprend surtout une petite bourgeoisie intellectuelle qui a trouvé un créneau pour obtenir des postes de pouvoir et de reconnaissance dans les partis de gauche. Ils n’évoquent jamais les problèmes concrets des quartiers populaires comme la précarité ou le mal-logement. Ils préfèrent pérorer sur une affirmation identitaire. Mais la véritable révolte reste toujours sociale.

L’approche identitaire du PIR ne débouche logiquement vers aucune lutte sociale. Ils proposent uniquement une Marche de la dignité pour affirmer un statut de « racisé ». La posture postmoderne consiste surtout à pleurnicher sur son sort et à cumuler les oppressions pour organiser un colloque sur l’intersectionalité. En revanche, il existe aussi de véritables révoltes comme à Ferguson ou à Baltimore, mais aussi en région parisienne en 2005. Les analyses de Carl Sandburg peuvent s’appliquer également à ces émeutes récentes. La misère, la précarité, le mépris des institutions, le mal-logement, la ségrégation sociale expliquent la colère.

Les émeutes et les révoltes ne relèvent pas uniquement de l’évènement ponctuel voué à l’oubli. « Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalités, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent », analyse Christophe Granger. Des mouvements de révolte spontanée vont éclater à nouveau. Mais cette contestation doit embraser l’ensemble des classes populaires. Les races servent aussi à diviser les prolétaires qui ont pourtant le même intérêt à abattre la société marchande. Une solidarité de classe, au-delà des races, se construit dans les révoltes sociales.

Source : Carl Sandburg, Les émeutes raciales de Chicago. Juillet 1919, traduit par Morgane Saysana, Anamosa, 2016

Voir encore:

Trois romans et quelques centaines de poèmes seulement auront suffi à Claude McKay, écrivain noir américain d’origine jamaïquaine, pour devenir l’une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance, qui dans l’entre-deux-guerres amorça l’émancipation culturelle et politique de la communauté afro-américaine et influença le courant de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut.

Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… »

Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable.

Banjo, de Claude McKay, L’Olivier, 380 p., 14,90 €.

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Etats-Unis : deux Afro-Américains tués par la police en deux jours
Euronews

07/07/16

Les tensions raciales sont une fois encore exacerbées aux Etats-Unis après de nouvelles bavures policières. Deux jours seulement après le drame survenu en Louisiane, un autre Afro-Américain a été tué par la police dans le Minesota. Arrêté après avoir passé un feu rouge, Philando Castile, un homme de 32 ans a été abattu dans sa voiture. Selon sa compagne, qui a commencé à filmer avec son téléphone portable juste après le tir, le conducteur venait d’avertir l’agent qu’il détenait une arme avec licence et cherchait ses papiers.

Dans la ville de Bâton-Rouge, en Louisiane, l‘émotion et l’indignation sont tout aussi fortes. C’est sur le parking d’un centre commercial qu’un vendeur à la sauvette afro-américain a été abattu de plusieurs balles par des policiers. Des dizaines de personnes ont manifesté pour réclamer justice.

“Nous allons prier pour la paix, pour l’unité. Mais je veux que vous sachiez que cela ne s’arrêtera pas là, leur a promis Denise Marcelle, une élue de la chambre des Représentants. Nous voulons que justice soit faite, nous voulons de la transparence. Je n’arrêterai pas jusqu‘à ce que je découvre ce qui s’est passé, et les responsables seront poursuivis.”

Sans attendre une enquête locale, le département américain de la Justice a ouvert une enquête à l‘échelle fédérale pour déterminer les responsabilités des deux policiers, qui ont été suspendus.

Les forces de l’ordre avaient été alertées par un appel indiquant qu’un homme brandissait une arme sur le parking. Interpellé et plaqué au sol, Alton Sterling, un vendeur ambulant de 37 ans, a tenté de résister et a été tué à bout portant.

Dans la vidéo-amateur, on entend l’un des policiers s‘écrier “il est armé !” avant que son collègue n’abatte l’homme de plusieurs coups de feu.

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Un réfugié nigérian battu à mort en Italie lors d’une agression raciste
Europe 1

07 juillet 2016

Emmanuel Chidi, 36 ans, a été pris à partie et battu à mort à Formi par un supporter « ultra » du club de football local.
Un réfugié nigérian, âgé de 36 ans, a été battu à mort lors d’une agression racisteà Fermo dans le centre de l’Italie, a indiqué mercredi le maire de la ville Paolo Calcinaro.

Le maire effondré. « En tant que maire d’une ville accueillante et ouverte depuis toujours à l’intégration, j’ai l’impression de plonger dans un cauchemar », a déclaré le maire peu après l’annonce de la mort de ce jeune réfugié, Emmanuel Chidi. Ce dernier se promenait mardi dans le centre de cette petite ville des Marches, accompagné de sa fiancée âgée de 24 ans, lorsqu’il a été violemment pris à partie par un homme identifié comme un supporter « ultra » de l’équipe de football local, selon l’agence italienne Agi.

Frappé à la tête. Insulté par des propos racistes, lui et sa jeune compagne, il a répondu verbalement à ces provocations, avant d’être frappé à la tête par cet homme dont l’identité n’a pas été révélée. Ce dernier a continué à le frapper alors que le jeune Nigérian se trouvait à terre. Hospitalisé dans un état grave, ce dernier est mort mercredi sans avoir repris connaissance.

Soutenu par une ONG catholique. Emmanuel Chidi et sa compagne se trouvaient à Fermo depuis huit mois, accueillis dans un centre de réfugiés de la Caritas, ONG catholique. Ils avaient fuit leur pays et la jeune femme avait perdu son bébé juste après une difficile traversée de la Méditerranée. Des centaines de réfugiés arrivent presque chaque jour sur les côtes italiennes, dont de nombreux Nigérians.

Sur le même sujet :
Royaume-Uni : les incidents racistes en hausse depuis le référundum
Insultes racistes dans un tram de Manchester, la vidéo qui choque l’Angleterre

Voir enfin:

La France après la guerre

La politique de la France en matière de naturalisation

L’abrogation des lois de Vichy suscite de nombreuses polémiques sur la conception des textes à adopter, sur les critères de leur mise en œuvre et sur la détermination des autorités compétentes. Dans les débats sur la politique d’immigration et de naturalisation, l’approche ethnique reste souvent présente et s’oppose aux conceptions égalitaires.

La loi qui avait permis de déchoir de la nationalité les résistants (dont de Gaulle…) est abrogée dès avril 1943 par la France Libre, et les personnes déchues sont réintégrées. L’abrogation de la loi de dénaturalisation provoque davantage de controverses. Le ministre de la Justice de la France Libre, de Menthon, considère en 1943 que l’annulation des dénaturalisations « pourrait dans certains cas présenter les plus sérieux inconvénients… Les naturalisations trop nombreuses, dans les années qui ont immédiatement précédé la guerre, d’éléments israélites douteux, ont donné prétexte à un antisémitisme qui peut poser au jour du retour un certain problème. Ce ne serait pas y parer par avance que d’annuler a priori toutes les mesures de retrait qui sont intervenues. »

Le Comité juridique de la France Libre adopte début 1944 un texte qui contredit ce point de vue et propose l’abrogation pure et simple des textes de Vichy. Les allers-retours entre les structures débouchent finalement sur un texte le 24 mai 1944 qui va dans le sens du Comité juridique et tous les dossiers de dénaturalisation sont réexaminés.

Les points de vue sur les nouvelles naturalisations sont encore plus contradictoires. Les dossiers s’accumulent (200 000 en 1944) dans les préfectures et le Garde des Sceaux demande leur remontée au ministère. Une Commission interministérielle est créée le 17 mars 1945 pour dégager les principes à adopter.

Se mêlent les débats sur les naturalisations et sur l’immigration. De Gaulle déclare en 1945 que « Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. » Il trace un grand plan afin « d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans … et d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française. » Un Haut Comité consultatif de la population et de la famille est créé en avril 1945. Il est dirigé par Mauco, qui s’est distingué avant et surtout pendant la guerre par ses points de vue racistes et antisémites. Aux principes égalitaires de la politique de l’immigration de la Troisième République, il oppose la nécessité d’un objectif de protection ethnique. Il collabore à L’Ethnie française jusqu’en 1943, où il publie en 1942 un article hallucinant sur les caractéristiques ethniques des Russes, des Arméniens et des Juifs – qui les rendent bien sûr inassimilables1 –, avant de rejoindre les FFI au début de 1944. Il est désormais chargé de mettre en place la nouvelle politique de l’immigration. Il utilise des études anthropologiques pour déterminer l’assimilabilité et donc la sélection des immigrés selon leur origine. Il conclut que puisqu’il est impossible de mener avec certitude une politique d’immigration totalement objective, « la position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française », c’est-à-dire celle de 1881-1891, considérée comme équilibrée ! Le Haut Comité décide que l’entrée des immigrés se fera selon un ordre de « désirabilité » déterminé, selon les nationalités, et des pourcentages sont fixés pour chacune d’entre elles. Les réfugiés politiques et les fugitifs sont considérés comme suspects.

En matière de naturalisation, il prône les mêmes principes. Le bureau du Sceau naturalise en priorité les résistants et les combattants de la France Libre. Mauco envoie une note pour souligner que cela conduit à naturaliser une proportion considérable de Méditerranéens, Arméniens et Israélites russes ou polonais. Il faut au contraire une politique d’ensemble qui privilégie les Nordiques, les travailleurs agricoles et les mineurs. De Gaulle tranche en faveur d’une politique d’ensemble et s’adresse en juin 1945 au nouveau garde des sceaux, Teitgen, « pour que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude de cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. »

Lettre adressée par le Général de Gaulle à Pierre-Henri Teitgen,
garde des Sceaux, le 12 juin 1945

Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration.
Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique.

a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments.

b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines.

c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.
[Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.]

d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux.
Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables.

Ch. de Gaulle

* Sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle.

La Commission interministérielle fixe à 45 000 le nombre de naturalisations, soit 130 000 acquisitions de nationalité en incluant les procédures automatiques ou déclaratives. Cela correspond au nombre de nouveaux immigrés, de sorte que la proportion Français/étrangers reste identique… Elle tente de dégager les principes d’attribution. Chaque ministère pondère différemment les critères de situation de famille, de profession ou de nationalité d’origine. Finalement, les instructions publiques données aux préfectures fixent une priorité pour :

  • Les anciens combattants de 1939-45 et ceux qui ont joué un rôle dans la résistance.
  • Les parents de trois enfants et étrangers et âgés de moins de 25 ans aptes au service militaire.
  • Les parents de deux enfants et étrangers et âgés de 25 à 30 ans aptes au service militaire.

Un critère complémentaire de nationalité d’origine est ajouté.

Une circulaire du Haut Comité demande au ministère de la Justice d’accélérer les naturalisations particulièrement désirables et utiles : éléments nordiques, travailleurs directement productifs, en limitant l’étude des candidatures moins désirables : professions commerciales, libérales, artisanales, urbaines, en particulier des grandes villes.
Circulaires, instructions, notes et réponses traduisent la poursuite des débats entre Mauco, du Haut Comité, et Teitgen, du ministère de la Justice.

Un nouveau code de la nationalité est élaboré en 1945 et remplace celui de 1927. Très détaillé, il reflète les préoccupations démographiques et la volonté de renforcer le contrôle préalable de l’Etat sur les acquisitions de nationalité. Le délai de résidence est porté de trois à cinq ans (sauf exceptions), et quatre critères de recevabilité s’ajoutent : résidence effective, moralité, assimilation et bon état de santé. La gestion des naturalisations est retirée au ministère de la Justice et attribuée au ministère de la Population, créé en décembre 1945.

À cette date, il y a :
200 000 dossiers de naturalisations en instance
500 000 dossiers de déclaration en instance
90 000 dossiers à instruire annuellement
36 000 consultations juridiques
30 000 changements de noms
plus les interventions des cabinets, des parlementaires, etc.

Le rythme des naturalisations s’accélère considérablement : 17 351 en 1946, 83 317 en 1947, année-record, 58 823 en 1948. Le total des acquisitions de la nationalité française atteint 38 869 en 1946, 111 736 en 1947, 70 925 en 1948. Priorité absolue est donnée aux résistants, aux mineurs polonais, puis aux travailleurs agricoles. Mais l’impératif démographique conduit à des naturalisations massives. Les dossiers sont traités par les préfectures, puis transmis au ministère de la Population qui les traite selon l’ordre de priorité établi par le Haut Comité. D’abord ceux des ouvriers mineurs, des combattants et des familles de trois enfants, puis les autres selon l’âge, la situation familiale et professionnelle. En 1947, le taux de décision positive s’élève à 93,3 %. Cette même année, les industriels, commerçants et ouvriers de la petite industrie représentent 42,2 % du total des hommes naturalisés, les agriculteurs et ouvriers agricoles 17,2 %, les mineurs 9 %.

Le rythme se ralentit à partir de 1947-48. Au début des années cinquante, la Guerre froide et la réintégration du critère ethnique (favoriser les ressortissants d’Europe septentrionale) conduisent à faire chuter le taux de décision positive : 80 % en 1950-51 ; 63,5 % en 1952-53-54. À partir de 1953 cependant, de nouvelles directives plus libérales (abandon du critère de l’origine nationale) sont données et le taux d’acceptation remonte.

Les documents sur la naturalisation de Mendel et Mirla Milewski sont visibles dans la section documents.

Sources :
La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Patrick Weil, Folio actuel, 1995.
Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Patrick Weil, Grasset, 2002.

1. Voir Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Grasset, 2002

Voir par ailleurs:

The 1919 race riots

Ken Armstrong

The Chicago Tribune

They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history.

For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1.Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot.

One of the riot’s great mysteries is whether the city’s future boss of bosses, Richard J. Daley, participated in the violence. At the time, Daley belonged to the Hamburgs, a Bridgeport neighborhood club whose members figured prominently in the fighting. In later years, Daley repeatedly was asked what he did during the riots. He always refused to answer.

Voir aussi:

“Chicago and Its Eight Reasons”: Walter White Considers the Causes of the 1919 Chicago Race Riot

History matters

As U.S. soldiers returned from Europe in the aftermath of World War I, scarce housing and jobs heightened racial and class antagonisms across urban America. African-American soldiers, in particular, came home from the war expecting to enjoy the full rights of citizenship that they had fought to defend overseas. In the spring and summer of 1919, murderous race riots erupted in 22 American cities and towns. Chicago experienced the most severe of these riots. The Crisis, published by the NAACP, responded to the Chicago race riot with a major article in October 1919, “Chicago and Its Eight Reasons.” Author Walter White, then assistant executive secretary of the NAACP, described eight causes of the riot and concluded that tensions had increased in the city partially in response to the influx of African Americans. Though sympathetic to the new migrants’ plight, White’s article criticized both African-American newcomers to Chicago and the city’s black politicians. White also concluded, approvingly, that some black citizens, with a newfound spirit of independence, chose to retaliate against the pervasive attacks by white Chicagoans rather than remain passive victims. In this October 1919 article in the Crisis, the NAACP national magazine, the organization’s assistant executive secretary, Walter White, asserts that the black population had been made the scapegoat in the wake of the violence. He lists eight causes for the riot, with “race prejudice” being the foremost.

Many causes have been assigned for the three days of race rioting, from July 27 to 30 in Chicago, each touching some particular phase of the general condition that led up to the outbreak. Labor union officials attribute it to the action of the packers, while the packers are equally sure that the unions themselves are directly responsible. The city administration feels that the riots were brought on to discredit the [William Hale] Thompson forces, while leaders of the anti-Thompson forces, prominent among them being State’s Attorney Maclay Hoyne, are sure that the administration is directly responsible. In this manner charges and counter-charges are made, but, as is usually the case, the Negro is made to bear the brunt of it all—to be “the scapegoat.” A background of strained race relations brought to a head more rapidly through political corruption, economic competition and clashes due to the overflow of the greatly increased colored population into sections outside of the so-called “Black Belt,” embracing the Second and Third Wards, all of these contributed, aided by magnifying of Negro crime by newspapers, to the formation of a situation where only a spark was needed to ignite the flames of racial antagonism. That spark was contributed by a white youth when he knocked a colored lad off a raft at the 29th Street bathing beach and the colored boy was drowned.

Four weeks spent in studying the situation in Chicago, immediately following the outbreaks, seem to show at least eight general causes for the riots, and the same conditions, to a greater or less degree, can be found in almost every large city with an appreciable Negro population. These causes, taken after a careful study in order of their prominence, are:

1. Race Prejudice.

2. Economic Competition.

3. Political Corruption and Exploitation of Negro Voters.

4. Police Inefficiency.

5. Newspaper Lies about Negro Crime

6. Unpunished Crimes Against Negroes.

7. Housing.

8. Reaction of Whites and Negroes from War.

Some of these can be grouped under the same headings, but due to the prominence of each they are listed as separate causes.

Prior to 1915, Chicago had been famous for its remarkably fair attitude toward colored citizens. Since that time, when the migratory movement from the South assumed large proportions, the situation has steadily grown more and more tense. This was due in part to the introduction of many Negroes who were unfamiliar with city ways and could not, naturally, adapt themselves immediately to their new environment. Outside of a few sporadic attempts, little was done to teach them the rudimentary principles of sanitation, of conduct or of their new status as citizens under a system different from that in the South. During their period of absorption into the new life, their care-free, at times irresponsible and sometimes even boisterous, conduct caused complications difficult to adjust. But equally important, though seldom considered, is the fact that many Southern whites have also come into the North, many of them to Chicago, drawn by the same economic advantages that attracted the colored workman. The exact figure is unknown, but it is estimated by men who should know that fully 20,000 of them are in Chicago. These have spread the virus of race hatred and evidences of it can be seen in Chicago on every hand. This same cause underlies each of the other seven causes.

With regard to economic competition, the age-long dispute between capital and labor enters. Large numbers of Negroes were brought from the South by the packers and there is little doubt that this was done in part so that the Negro might be used as a club over the heads of the unions. John Fitzpatrick and Ed Nockels, president and secretary, respectively, of the Chicago Federation of Labor, and William Buck, editor of the New Majority, a labor organ, openly charge that the packers subsidized colored ministers, politicians and Y. M. C. A. secretaries to prevent the colored workmen at the stockyards from entering the unions. On the other hand, the Negro workman is not at all sure as to the sincerity of the unions themselves. The Negro in Chicago yet remembers the waiters’ strike some years ago, when colored union workers walked out at the command of the unions and when the strike was settled, the unions did not insist that Negro waiters be given their jobs back along with whites, and, as a result, colored men have never been able to get back into some of the hotels even to the present day. The Negro is between “the devil and the deep blue sea.” He feels that if he goes into the unions, he will lose the friendship of the employers. He knows that if he does not, he is going to be met with the bitter antagonism of the unions. With the exception of statements made by organizers, who cannot be held to accountability because of their minor official connection, no statements have been made by the local union leaders, outside of high sounding, but meaningless, protestations of friendship for the Negro worker. He feels that he has been given promises too long already. In fact, he is “fed up” on them. What he wants are binding statements and guarantees that cannot be broken at will.

With the possible exception of Philadelphia, there is probably no city in America with more of political trickery, chicanery and exploitation than Chicago. Against the united and bitter opposition of every daily newspaper in Chicago, William Hale Thompson was elected again as mayor, due, as was claimed, to the Negro and German vote. While it is not possible to state that the anti-Thompson element deliberately brought on the riots, yet it is safe to say that they were not averse to its coming. The possibility of such a clash was seen many months before it actually occurred, yet no steps were taken to prevent it. The purpose of this was to secure a two-fold result. First, it would alienate the Negro set from Thompson through a belief that was expected to grow among the colored vote when it was seen that the police force under the direction of the mayor was unable or unwilling to protect the colored people from assault by mobs. Secondly, it would discourage the Negroes from registering and voting and thus eliminate the powerful Negro vote in Chicago. Whether or not this results remains to be seen. In talking with a prominent colored citizen of Chicago, asking why the Negroes supported Thompson so unitedly, his very significant reply was:

“The Negro in Chicago, as in every other part of America, is fighting for the fundamental rights of citizenship. If a candidate for office is wrong on every other public question except this, the Negroes are going to vote for that man, for that is their only way of securing the things they want and that are denied them.”

The value of the Negro vote to Thompson can be seen in a glance at the recent election figures. His plurality was 28,000 votes. In the second ward it was 14,000 and in the third 10,000. The second and third wards constitute most of what is known as the “Black Belt.”

The fourth contributing cause was the woeful inefficiency and criminal negligence of the police authorities of Chicago, both prior to and during the riots. Prostitution, gambling and the illicit sale of whisky flourish openly and apparently without any fear whatever of police interference. In a most dangerous statement, State’s Attorney Maclay Hoyne, on August 25, declared that the riots were due solely to vice in the second ward. He seemed either to forget or to ignore the flagrant disregard of law and order and even of the common principles of decency in city management existing in many other sections of the city.

All of this tended to contribute to open disregard for law and almost contempt for it. Due either to political “pull” or to reciprocal arrangements, many notorious dives run and policemen are afraid to arrest the proprietors.

During the riots the conduct of the police force as a whole was equally open to criticism. State’s Attorney Hoyne openly charged the police with arresting colored rioters and with an unwillingness to arrest white rioters. Those who were arrested were at once released. In one case a colored man who was fair enough to appear to be white was arrested for carrying concealed weapons, together with five white men and a number of colored men. All were taken to a police station; the light colored man and the five whites being put into one cell and the other colored men in another. In a few minutes the light colored man and the five whites were released and their ammunition given back to them with the remark, “You’ll probably need this before the night is over.”

Fifth on the list is the effect of newspaper publicity concerning Negro crime. With the exception of the Daily News, all of the papers of Chicago have played up in prominent style with glaring, prejudice-breeding headlines every crime or suspected crime committed by Negroes. Headlines such as “Negro Brutally Murders Prominent Citizen,” « Negro Robs House“ and the like have appeared with alarming frequency and the news articles beneath such headlines have been of the same sort. During the rioting such headlines as ”Negro Bandits Terrorize Town,“ « Rioters Burn 100 Homes—Negroes Suspected of Having Plotted Blaze” appeared. In the latter case a story was told of witnesses seeing Negroes in automobiles applying torches and fleeing. This was the story given to the press by Fire Attorney John R. McCabe after a casual and hasty survey. Later the office of State Fire Marshall Gamber proved conclusively that the fires were not caused by Negroes, but by whites. As can easily be seen such newspaper accounts did not tend to lessen the bitterness of feeling between the conflicting groups. Further, many wild and unfounded rumors were published in the press—incendiary and inflammatory to the highest degree, a few of them being given below in order to show their nature. Some are:

Over 1,000 Negroes had been slain and their bodies thrown in “Bubbly Creek” and the Chicago River.

A Negro had been lynched and hanged from a “Loop” building overlooking Madison Street.

A white woman had been attacked and mutilated by a Negro on State Street.

A Negro woman had been slain, her breasts cut off and her infant had been killed by having its brains dashed out against a wall.

A white child had been outraged by a colored man.

A white child had been kidnapped by a band of colored men and its body later found, badly mutilated and dismembered.

Immediately following the riots, a white woman was murdered in Evanston, Ill. Immediately the crime was laid at the door of a colored man with whom the woman had been intimate a number of years. Pitiful stories were told of the woman waiting for hours on street corners for “just one look at her Billiken-like, mulatto lover.” played up under headlines such as “Confession Expected Today From Negro Suspect,” « Negro Suspect Rapidly Weakening“ and the like which clearly led one to believe that the colored man was guilty. A few days later, in an obscure item on an inside page, a short account was given of the release of the colored suspect ”because insufficient evidence to hold him » existed. A long period of such publicity had inflamed the minds of many people against Negroes who otherwise would have been unprejudiced. Much of the blame for the riots can be laid to such sources.

For a long period prior to the riots, organized gangs of white hoodlums had been perpetrating crimes against Negroes for which no arrests had been made. These gangs in many instances masqueraded under the name of “Athletic and Social Clubs” and later direct connection was shown between them and incendiary fires started during the riots. Colored men, women and children had been beaten in the parks, most of them in Jackson and Lincoln Parks. In one case a young colored girl was beaten and thrown into a lagoon. In other cases Negroes were beaten so severely that they had to be taken to hospitals. All of these cases had caused many colored people to wonder if they could expect any protection whatever from the authorities. Particularly vicious in their attacks was an organization known locally as “Regan’s Colts.”

Much has been written and said concerning the housing situation in Chicago and its effect on the racial situation. The problem is a simple one. Since 1915 the colored population of Chicago has more than doubled, increasing in four years from a little over 50,000 to what is now estimated to be between 125,000 and 150,000. Most of them lived in the area bounded by the railroad on the west, 30th Street on the north, 40th Street on the south and Ellis Avenue on east. Already overcrowded this so-called “Black Belt” could not possibly hold the doubled colored population. One cannot put ten gallons of water in a five-gallon pail. Although many Negroes had been living in “white” neighborhoods, the increased exodus from the old areas created an hysterical group of persons who formed “Property Owners‘ Association” for the purpose of keeping intact white neighborhoods. Prominent among these was the Kenwood-Hyde Park Property Owners’ Improvement Association, as well as the Park Manor Improvement Association. Early in June the writer, while in Chicago, attended a private meeting of the first named at the Kenwood Club House, at Lake Park Avenue and 47th Street. Various plans were discussed for keeping the Negroes in “their part of the town,” such as securing the discharge of colored persons from positions they held when they attempted to move into “white” neighborhoods, purchasing mortgages of Negroes buying homes and ejecting them when mortgage notes fell due and were unpaid, and many more of the same calibre. The language of many speakers was vicious and strongly prejudicial and had the distinct effect of creating race bitterness.

In a number of cases during the period from January, 1918, to August, 1919, there were bombings of colored homes and houses occupied by Negroes outside of the “Black Belt.” During this period no less than twenty bombings took place, yet only two persons have been arrested and neither of the two has been convicted, both cases being continued.

Finally, the new spirit aroused in Negroes by their war experiences enters into the problem. From Local Board No. 4, embracing the neighborhood in the vicinity of State and 35th Streets, containing over 30,000 inhabitants of which fully ninety per cent are colored, over 9,000 men registered and 1,850 went to camp. These men, with their new outlook on life, injected the same spirit of independence into their companions, a thing that is true of many other sections of America. One of the greatest surprises to many of those who came down to “clean out the niggers” is that these same “niggers” fought back. Colored men saw their own kind being killed, heard of many more and believed that their lives and liberty were at stake. In such a spirit most of the fighting was done.

Source: Walter F. White, “N.A.A.C.P.—Chicago and Its Eight Reasons,” Crisis 18 (October 1919): 293–297.

See Also: »Says Lax Conditions Caused Race Riots »: Chicago Daily News and Carl Sandburg Report the Chicago Race Riot of 1919
« A Crowd of Howling Negroes »: The Chicago Daily Tribune Reports the Chicago Race Riot, 1919
« Ghastly Deeds of Race Rioters Told »: The Chicago Defender Reports the Chicago Race Riot, 1919
« The Problem » and « Family Histories »: Charles Johnson Analyzes the Causes of the Chicago Race Riot

Voir enfin:

Race Riots

Chicago developed a reputation as a cauldron of specifically “racial” conflict and violence largely in the twentieth century. The determination of many whites to deny African Americans equal opportunities in employment, housing, and political representation has frequently resulted in sustained violent clashes, particularly during periods of economic crisis or postwar tension.
Chicago’s most famous race riot of this type occurred between July 27 and August 3, 1919. The violence was precipitated by the drowning of an African American teenager who had crossed an invisible line at 29th Street separating customarily segregated “white” and “black” beaches. Soon, white and black Chicagoans, especially in the South Side residential areas surrounding the stockyards, engaged in a seven-day orgy of shootings, arsons, and beatings that resulted in the deaths of 15 whites and 23 blacks with an additional 537 injured (342 black, 195 white). The police force, owing both to understaffing and the open sympathy of many officers with the white rioters, was ineffective; only the long-delayed intervention of the state militia brought the violence to a halt, and heavenly intervention in the form of rain was probably an important factor as well. The passions of this outbreak were rooted in pent-up tensions surrounding the massive migration of southern blacks during World War I: sometimes hired as strikebreakers, their increased industrial presence was viewed by many white workers as a threat to their own livelihoods, fueling attempts to impose rigid physical boundaries beyond which blacks could not penetrate.

The aftermath of World War II saw a revival of white attacks on black mobility, mostly on the city’s South and Southwest Sides, but also in the western industrial suburb of Cicero. Aspiring African American professionals seeking to obtain improved housing beyond the increasingly overcrowded South Side ghetto, whether in private residences or in the new public housing developments constructed by the Chicago Housing Authority, were frequently greeted by attempted arsons, bombings, and angry white mobs often numbering into the thousands. The 1951 Cicero riot, in particular, lasting several nights and involving roughly two to five thousand white protesters, attracted worldwide condemnation. By the end of the 1950s, with black residential presence somewhat more firmly established, the battleground in many South Side neighborhoods shifted to clashes over black attempts to gain unimpeded access to neighborhood parks and beaches.Since the mid-1960s, the nature of race riots in Chicago (as elsewhere) has significantly shifted. Although violent black/white clashes continued into the mid-1970s, the term’s use shifted during the 1960s to refer to the uprisings of poorer blacks (or Latinos) protesting ghetto conditions, especially police brutality. Chicago has experienced several noteworthy outbreaks of this type, including the confrontation between police and the largely Puerto Rican communities of West Town and Humboldt Park during the summer of 1966, but most notably the massive 1968 West Side riots following the assassination of Martin Luther King. No clashes of this magnitude have occurred since (even following the 1992 Rodney King verdict in Los Angeles), but the continued salience of many of the protesters’ expressed grievances—inferior housing, lack of meaningful employment, and inequitable law enforcement—suggests that the issues surrounding racial violence are by no means a finished chapter in Chicago history.Steven EssigBibliographyGrossman, James R. Land of Hope: Chicago, Black Southerners, and the Great Migration. 1989.Hirsch, Arnold R. Making the Second Ghetto: Race and Housing in Chicago, 1940–1960. 1983.Tuttle, William M., Jr. Race Riot: Chicago in the Red Summer of 1919. 1970.


Josephine Baker Day/65e: La seule femme – et Française ! – à avoir eu droit à son discours aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même (How colonial Paris totem of primeval sex turned March on Washington only woman speaker gave the world its first Rainbow tribe theme park)

20 mai, 2016

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Josephine Baker and the 'rainbow tribe' in the kitchen at Les Milandes
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Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Comment savoir si nous ne sommes pas en train de distraire le public de la même façon que les zoos humains le faisaient ? Intervenant local d’Exhibit B
Comment être certain que ce n’est pas seulement par curiosité de voir des Noirs que viennent les Blancs ? Intervenant local d’Exhibit
What interests me about human zoos is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst. (…)  It’s very difficult to get it right. The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion. (…) People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory. Brett Bailey
Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art « nègre » ou « africain » finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Vous savez, plus l’Etat et nos adversaires se radicalisent, plus on se radicalise. Sihama Assbague
Le programme est construit autour de l’axe du racisme d’Etat et des outils pour y faire face et construire des résistances. Les ateliers et formations serviront à la transmission de connaissances et de pratiques aussi bien pour les militant.e.s d’organisations que pour les personnes voulant s’impliquer de façon plus ponctuelles. Camp d’été décolonial
La logique folle et prétendument «anti-système» qui préside à l’organisation de ce type d’événement [L’organisation de «Paroles non-blanches à Paris 8] est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême droite à l’affirmation d’une France «blanche»: les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des «Ku Klux Klan inversés» où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau. Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. (…) Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe. Alain Jakubowicz
Cette transformation des luttes remonte aux années 1970 aux États-Unis avec une radicalisation du mouvement des droits civiques, qui va se transformer en mouvements beaucoup plus violents, comme les Blacks Panters. Cette radicalité va déteindre sur tous les mouvements gauchistes qui vont revendiquer la lutte au nom d’un critère identitaire. Cette dérive identitaire, qui consiste à penser que certains critères de notre identité sont surdéterminants est commune à l’extrême droite et à l’extrême-gauche, qui s’entretiennent dans une surenchère. C’est le signe d’une déstructuration complète de la politique. Laurent Bouvet
Le principe de «non-mixité» provient directement des études féministes et postcoloniales des universités américaines. Elle doit permettre aux «opprimés» de s’«auto-émanciper» sans l’aide, jugée «paternaliste» des «oppresseurs». Elle se pratique aussi bien dans les milieux dit «antiracistes» que dans les mouvements féministes. Ainsi la commission «féminisme» de Nuit Debout revendique ouvertement la non-mixité. Sont exclus de certains débats les hommes cisgenres (hétérosexuels). Les militantes débattent dans un secteur délimité par des ficelles tendues que n’ont pas le droit de franchir les hommes. (…)«La non-mixité choisie, ce n’est pas pour se retrouver entre femmes mais entre personnes socialement dominées et opprimées, explique au Monde Matt, une des organisatrices de «Féminisme debout». «Il faut des espaces pour que les dominés puissent prendre conscience ensemble des pratiques d’oppression et s’exprimer, sans la présence des dominants.» Eugénie Bastié
Si le fait colonial — premier contact de masse entre l’Europe et le reste du monde — induit encore aujourd’hui une relation complexe entre Nous et les Autres ; ces exhibitions en sont le négatif tout aussi prégnant, car composante essentielle du premier contact, ici, entre les Autres et Nous. Un autre importé, exhibé, mesuré, montré, disséqué, spectularisé, scénographié, selon les attentes d’un Occident en quête de certitudes sur son rôle de « guide du monde », de « civilisation supérieure ». Aussi naturellement que le droit de « coloniser », ce droit d’« exhiber » des « exotiques » dans des zoos, des cirques ou des villages se généralise de Hambourg à Paris, de Chicago à Londres, de Milan à Varsovie… Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire
Le concept de « zoo humain » est apparu au début des années 2000 pour décrire une attitude culturelle qui a prévalu au temps des empires coloniaux (États-Unis inclus) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, attitude qui perdure aujourd’hui mais sous d’autres formes. Il a été popularisé par la publication en 2002 de l’ouvrage Zoos humains ; De la Vénus Hottentote aux reality show, sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire, historiens français spécialistes du phénomène colonial. Sous prétexte d’exotisme, les expositions coloniales, et d’une manière générale, les expositions universelles, ont été l’occasion de présenter aux publics des métropoles occidentales un échantillon des divers peuples non-occidentaux, chacun mis en situation forcée dans leur environnement reconstitué. Le phénomène d’exhibition apparaît dès l’Antiquité (les Grecs ont leurs sauvages, les Égyptiens ramènent des nains du Soudan pour les exhiber) mais le phénomène de spectacle se développe surtout avec les Grandes découvertes. Christophe Colomb ramène en 1492 six Indiens qu’il présente à la cour d’Espagne. En 1550, des Indiens Tupinamba défilent à Rouen devant Henri II, en 1644 des Groenlandais sont enlevés pour être exposés au roi Frédéric III de Danemark. Les ambassadeurs siamois (en) sont présentés comme un spectacle exotique sous Louis XIV en 1686, comme le Tahitien Omai à la cour d’Angleterre en 17743. Le premier « zoo humain », en Amérique, semble avoir été celui de Moctezuma à Mexico, qui, en plus d’exhiber de vastes collections d’animaux, montrait aussi des êtres humains présentant des difformités : albinos, nains, bossus. À partir du XIXe siècle, ces exhibitions ne sont plus réservées aux élites et se démocratisent, devenant extrêmement populaires, sur le modèle des grands spectacles de foire, avec notamment le développement d’attractions calquées sur le plan de la scénographie, sur celui du zoo itinérant des cirques Barnums, puis allant délibérément réinvestir des zoos existants. Les exemples les plus éloquents sont celui du pygmée congolais Ota Benga placé dans le zoo du Bronx en 1906, des Amérindiens employés lors des Wild West Shows) et du « freak show » où furent exhibés William Henry Johnson, et surtout Saartjie Baartman, surnommée la « Vénus hottentote », dont l’exposition marqua un tournant : l’exotisme laisse alors la place au racialisme, lequel s’appuie sur un discours « scientifique ». Une véritable industrie du spectacle se met en place dès cette époque : au bout du compte, plus d’un milliard quatre cent millions de visiteurs ont pu voir 35 000 figurants dans le monde, entre 1800 à 1958, depuis les petites manifestations de cirque jusqu’aux grandes expositions coloniales et universelles pouvant mobiliser plusieurs millions de spectateurs. À la suite de l’exposition coloniale de 1931 organisée à Paris, qui montrait entre autres des villages indigènes reconstitués où leurs habitants étaient obligés d’être leur propres acteurs sous l’œil curieux de millions de visiteurs, des personnalités issues de communautés religieuses et et d’organismes sociaux divers se mobilisèrent et permirent de mettre fin à ces exhibitions que l’on jugeait malsaines. « Le scandale ne tarda pas à éclater. En ce qui concerne les Kanaks, des plaintes se multiplièrent, d’abord de la part des Kanaks eux-mêmes, relayées par tous les familiers de la Nouvelle-Calédonie, les « hommes d’Église, des Calédoniens de Paris et même une bonne partie des Européens de Nouvelle-Calédonie », parmi lesquels on compte le pasteur Maurice Leenhardt, le père Bazin et les Maristes, puis par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, et par le pasteur Soulier, député de Paris. Par contre, « la presse politique demeura en revanche à peu près muette, à l’image de L’Humanité ». Il en fut de même pour Le Canard enchaîné. Seul le PCF, farouche opposant au colonianisme, organisa aux buttes-Chaumont une contre exposition, mais qui n’eut aucun succès. (…) Depuis 1999, avec entre autres l’émission Big Brother, la télévision est devenu le principal vecteur de création de zoos humains contemporains : c’est la thèse que défendent des chercheurs comme Nicolas Bancel, avec son équipe, mais aussi Olivier Razac. Le principe de ces télés réalité est d’enfermer un groupe d’hommes et de femmes observés en direct par le biais des caméras d’une chaîne de télévision. Les « acteurs » de ces shows sont le plus souvent des jeunes peu éduqués, issus de régions ou de milieux « stigmatisés ». (…) En 2014, Brett Bailey présente Exhibit B, une série de tableaux vivants qui évoquent les zoos humains. L’installation-performance de l’artiste sud-africain, qui tourna dans plus de 15 pays européens, a entraîné à Londres puis à Paris une polémique, certaines personnes jugeant l’œuvre raciste et déshumanisante. Le 28 novembre 2013, la télévision nationale japonaise (NHK) a été condamnée à payer 1 000 000 de yens à la fille d’une membre de l’ethnie Paiwan de Taiwan, qui avait été envoyée par le Japon à l’exposition anglo-japonaise de 1910 ; le juge a estimé que l’emploi répété de l’expression « Zoo humain » (…) dans le programme documentaire Asia no Ittokoku d’avril 2009 était diffamant à l’égard d’elle-même et sa descendance. Wikipedia
La France est le seul pays au monde à utiliser le mot «nègre» dans le sens d’esclave littéraire. Ce terme, dont la connotation raciste est tellement qu’évidente que plus personne n’ose l’utiliser au sens littéraire qu’avec des guillemets, fait en effet allusion au statut d’esclave du collaborateur surexploité qui fait le travail d’un autre. Il est apparu au XVIIIe siècle, au moment où la France surexploitait ses colonies en y déportant des millions d’Africains qui mouraient en quelques années. En ce sens, il véhicule la glorification la plus éhontée de l’esclavage et du racisme le plus primaire, car l’expression «nègre littéraire» est également un terme de mépris, correspondant au mépris qu’on vouait aux esclaves et qui s’attache encore trop souvent aux personnes à la peau noire, bien longtemps après que l’esclavage a été aboli. L’expression «nègre» au sens de collaborateur littéraire a été répandue en France en 1845 par Maison Alexandre Dumas & Cie, fabrique de romans, un pamphlet raciste du prêtre défroqué Jean-Baptiste Jacquot qui se faisait appeler Eugène de Mirecourt. Ce texte ordurier et calomnieux, qui visait Alexandre Dumas, a valu à son auteur, à la demande d’Alexandre Dumas, d’être condamné à six mois de prison et à une forte amende, alors que n’existait même pas encore le délit de diffamation à caractère raciste. Mirecourt éprouvait évidemment une jouissance particulière à utiliser le mot «nègre» à propos d’Alexandre Dumas, homme à la peau colorée et fils d’esclave. On a vu récemment réapparaître la même jouissance dans les textes de journalistes racistes qui défendaient le recours à Gérard Depardieu pour interpréter le rôle de Dumas et prenaient un plaisir évident à colporter les thèses de Mirecourt selon lesquelles Dumas n’aurait pas été capable d’écrire ses livres sans l’aide d’hommes à la peau blanche. On sait que ces débordements, qui font appel aux instincts les plus abjects des Français, ont eu pour effet direct de faire monter de plus de deux points les intentions de vote pour le Front national aux élections régionales. Ces dérives doivent à présent cesser. Près de dix ans après que la France a déclaré l’esclavage crime contre l’humanité, il n’est plus supportable que l’expression de «nègre» soit encore utilisée au sens d’esclave dans un film destiné au grand public, alors que l’usage est d’avoir désormais recours au terme de «plume», de «collaborateur», d’écrivain fantôme ou de «ghost writer». Il me semble qu’au XXIe siècle, il est plus que temps de faire entrer dans la tête des Français que le mot « nègre » ne peut plus, en aucun cas, être utilisé impunément pour désigner un être humain qu’on exploite d’une manière ou d’une autre et qui serait méprisé du fait de cette exploitation. Je demande donc au producteur et au distributeur du film The Ghost Writer d’appliquer aux sous-titres et à la version française la même doctrine que celle qu’ils ont appliquée au titre et de s’abstenir de véhiculer gratuitement en France un racisme qui n’est pas dans l’esprit de l’œuvre dont est tiré le film. Faute de rectification immédiate dans ce sens, j’en appelle toutes celles et tous ceux qui luttent contre le racisme a ne pas aller voir ce film et à lui appliquer le même boycott qu’à L’Autre Dumas qui a été un échec retentissant dès la première semaine. Claude Ribbe
Faut-il se débarrasser du mot « nègre » ? Cette question en appelle d’autres : quel mot « nègre » ? Celui de Théodore Canot ou celui de l’abbé Grégoire ? Celui qu’employait Maurice Barrès, celui utilisé par Simone de Beauvoir, ou encore celui que s’est approprié Aimé Césaire ? Expiera-t-on le passé esclavagiste de la France en se débarrassant d’un mot et de tous ses dérivés ? Rappelons que les Noirs ne sont pas plus noirs que les Blancs sont blancs, et que le premier homme à avoir associé une couleur à la peau des Africains ne l’a pas fait innocemment. Le noir n’est pas n’importe quelle couleur. Notre langue est truffée d’expressions héritées des brutalités de l’Histoire. Peut-on mettre fin aux atrocités du passé tout en continuant à parler leur langue ? Claude Ribbe a le mérite d’engager cette réflexion. Peut-être cherche-t-il un peu trop vite à la clore. David Caviglioli
It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name. Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live. My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed. The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. » (…) In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation. Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man. (…) I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out. In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title. I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK? Lawrence Hill
The Book of Negroes is this British, military document, this ledger that the British navy keeps that’s recording details about thousands of blacks who are fleeing Manhattan at the end of the war—the Revolutionary war … and coming to Nova Scotia. This document was just absolutely stunning and riveting and it’s pretty well forgotten. I’m sure there are not more than 50 Canadians who have looked at it. So it’s sitting there waiting to be loved and waiting to be discovered. (…) Some parts of it were totally seductive in their power because the documents spoke for themselves so richly, (…) It’s a history that’s sensational and that’s almost completely unknown and that seems to be what has drawn readers to the story. It’s the story of the black Loyalists who came to Canada after fighting for the British in the American Revolutionary War and who were treated so miserably in Nova Scotia that they turned around and left and went to Africa, forming the first exodus of Africans back to Africa in the history of the world. This was a story I really needed to tell and wanted to tell. … It’s not about attributing blame; it’s about recognizing the drama and the sadness in our own history and bringing it to life. Lawrence Hill
The Eiffel Tower looked very different from the Statue of Liberty, but what did that matter? What was the good of having the statue without the liberty? Joséphine Baker
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.  Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place. And I need not tell you that wonderful things happened to me there. (…) when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means. But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times. So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too. Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural. But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow. (…) And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America? You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I could not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world. So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me. So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it? (…) Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House. I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker. This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now. Josephine Baker
I want you to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt. I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy. Josephine Baker
I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other. I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance. Josephine Baker
 We knew that we were brothers from different countries. [We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible. Jarry Bouillon
La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc.  Akio Bouillon
 Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. Brian Bouillon
Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède. «  Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington. Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. France Dimanche
Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). (…) En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… (…) Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Yves Denéchère
Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity. (…) Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life. Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism. Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. (…) In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure. Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile. She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life. The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself. In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land. She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance. She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind. In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent. (…) Baker (…) took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news. Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children. (…) A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again. Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe. In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection. (…) On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. (…) Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public. On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys. Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection. (…) Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. (…) It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world. (…) Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro. The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects. She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas. None of the children stuck to the plan. (…) She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information. (…) Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud. « It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. » (…) Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men. (…) Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death. He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow. Merlind Theile
Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard. Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today. In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice. No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice. (…) The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. (…),Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse. In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends. (…) All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. (…) The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future. The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. (…) Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes. (…) Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. (…) For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”.  (…) Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. (…) Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past. Matthew Pratt Guterl

Attention: un zoo humain peut en cacher un autre !

Vénus d’ébène et danse sauvage, plumes et ceinture de bananes, sirène des tropiques et léopard, égérie des cubistes et art nègre, Revue nègre et Renaissance Nègre, Théâtre des Champs Elysées et Folies Bergère, jazz et charleston, mata hari et croix de guerre, fausses couches et hystérectomie, château de Dordogne et gouffre financier,  entrées payantes pour venir lorgner, 40 ans avant Angelina Jolie et Madonna, sa petite tribu-arc-en-ciel de petits orphelins, funérailles nationales télévisées et église de la Madeleine …

En cette 65e Journée Josephine Baker

Dans notre série étranges destinées inversées

Où y compris pour désigner des réalité historiques certains mots se voient systématiquement éradiqués du langage …

En attendant notre premier camp décolonial

Qui se souvient …

Que la petite bête curieuse de 19 ans qui avait toute dénudée dans sa ceinture de sauvageonne …

Conquis le Tout-Paris des Années folles et de l’Exposition coloniale …

Assoiffé, loin de ses anciens esclaves parqués eux discrètement dans les DOMTOM, de jazz et de musiques noires …

Et qui avait finit par ouvrir dans un petit château de Dordogne son propre contre-zoo de la diversité …

Avait aussi été dans une terre natale qui l’avait finalement rejetée

Engoncée près de 40 ans plus tard dans son uniforme des FFI et ses décorations d’ancien combattant …

La seule femme – et la seule Française ! – à avoir eu droit à son discours

Aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même ?

Joséphine Baker : “40 ans après sa mort, maman dérange toujours”

Stars inoubliables

Benoît Franquebalme

France Dimanche

26 octobre 2015

La mythique meneuse de “ La revue nègre ”, Joséphine Baker est morte en 1975 d’une attaque cérébrale mettant un terme à une vie de combats et laissant orphelins ses douze enfants adoptés. Souvenirs de deux de ses fils.

Ils nous ont donné rendez-vous à ­l’hôtel Scribe. Quoi de plus normal ? En janvier 1969, ruinée, Joséphine Baker avait installé sa famille dans cet établissement luxueux situé près de l’Opéra Garnier à Paris. À l’époque, la chanteuse et sa tribu viennent d’être expulsées du château des Milandes, leur propriété du Périgord. Magnanime, le Scribe invite l’artiste et ses douze enfants adoptifs.

Grace de Monaco, amie de la chanteuse, leur offrira plus tard l’hospitalité sur le Rocher.

Placés en internat la semaine, les frères et sœurs se retrouvent au Scribe le week-end. « Ici, maman faisait partie des meubles », sourit Akio, dans un couloir du 2e étage, baptisé « étage Joséphine Baker » où trône une grande fresque de la star. « Quand ils ont appris qu’elle était ruinée, ils ont fait un geste. »

La mythique meneuse de La revue nègre commença en effet à fréquenter le Scribe dans les années 50. L’hôtel jouxte l’Olympia où elle connut de si nombreux triomphes.

Confortablement installés dans le bar du palace, Brian (59 ans) et Akio (62 ans) sont là pour nous parler de leur mère, morte il y a quarante ans. Mais par où commencer ?

Née misérable dans le Missouri, Joséphine débarque à Paris en 1925 pour danser dans la scandaleuse Revue nègre. Cinq ans plus tard, elle conquiert définitivement la France en chantant J’ai deux amours (« mon pays et Paris »).

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’ex-maîtresse de Simenon, Hemingway et Colette devient une grande résistante, ce qui lui vaudra plus tard d’être faite chevalier de la Légion d’honneur. Après la guerre, ­l’artiste reprend ses droits (elle était encore sur les planches de Bobino quelques jours avant sa mort) et fonde son incroyable famille.

Ayant subi une ablation de l’utérus pendant le conflit, Joséphine Baker sait qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants. Avec son mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon, ils décident donc de se composer une « tribu arc-en-ciel », pour vivre pleinement leur idéal de fraternité universelle.

Akio est leur premier fils adoptif : « En tournée au Japon en 1954, maman a visité un orphelinat et m’y a trouvé, alors âgé de 18 mois, raconte cet employé de banque. Je ne connais pas mes parents biologiques. Je sais juste que je suis mi-japonais, mi-je-ne-sais-pas-quoi ! » Joséphine rentre en France avec Akio et Teruya, qu’elle a aussi adopté.

Sacré caractère
Dans les dix années suivantes, ils sont rejoints par, dans l’ordre : Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brian et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela) et Stellina (Maroc). Ouf !

« Normalement, les enfants découvrent leurs cadets à la maternité, explique Akio. Moi, je les rencontrais à la gare de Souillac près des Milandes ! La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc. »

« Moi, je suis né Brahim en Algérie en 1956, poursuit Brian, devenu comédien. Elle a appris que mes parents étaient morts dans des combats entre Français et fellaghas et que j’étais venu au monde le même jour qu’elle. J’avais 6 mois, j’ai souri, elle m’a pris. »

Aux Milandes en 1957, Joséphine Baker et son mari Jo Bouillon, entourés par leur ‘tribu arc-en-ciel » dont Akio, l’aîné et Brian dans les bras de sa mère, entre Jo et Joséphine.

Vous l’aurez noté, les huit premiers membres de la fratrie sont des garçons. Rien d’innocent à cela. « Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe, raconte Brian. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. »

Il faut dire que Joséphine Baker – dont Maurice Chevalier disait à Mistinguett : « C’est ta bête noire » – avait un sacré caractère ! Jugeant la carrière artistique trop aléatoire, elle ne dit rien de son passé et de son métier à ses petits, espérant qu’ils deviendront notaires ou avocats.

« Elle s’est plutôt bien débrouillée car je suis le seul artiste, note Brian. Les autres sont hôtelier, inspecteur des impôts, assureur, secrétaire médicale… » À eux douze, ils ont donné naissance à quatorze petits-enfants, dont une Joséphine qui va se marier l’été prochain.

Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède.

« Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington.

Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. « C’est une mauvaise idée, elle l’aurait refusée, tranche Akio. Ce qui est sûr, c’est qu’elle dérange toujours ceux qui combattent ses idéaux. »

En revanche, les deux frères travaillent actuellement à une adaptation pour le cinéma (ou la télévision) de la vie de leur mère. Dans le passé, on a parlé de Beyoncé ou Sonia Rolland pour interpréter Joséphine Baker. Aujourd’hui, ses petits-enfants rêvent plutôt de Rihanna. Une chose est sûre, le mythe reste intact…

Voir aussi:

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère. In « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours« , colloque international organisé par le laboratoire France Méridionale et Espagne: histoire des sociétés, du Moyen Âge à l’époque contemporaine (Framespa) de l’Université Toulouse II-Le Mirail et par le le Centre de recherches historiques de l’Ouest (Cerhio), Toulouse : Université Toulouse II-Le Mirail, 22-23 mars 2012. (Ce colloque de Toulouse constitue la seconde partie d’un double colloque international dont la première partie s’est tenue à Rennes, les 1er et 2 décembre 2011).
Session 4 : Fratrie/fraternité, le lien rêvé, 23 mars 2012.

Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). Deux filles font donc partie de la fratrie, malgré la volonté initiale de n’avoir que des garçons afin d’éviter tout problème de relation entre frères et sœurs d’adoption. De Belgique, Joséphine ramène une petite Rama d’origine Hindoue pour sa sœur Margaret qui s’occupe de toute la famille. Deux générations de frères et sœurs cohabitent donc, l’une biologique, l’autre constituée au fil des adoptions successives.

En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… Après la vente dramatique des Milandes, grâce à la princesse de Monaco, la Tribu Arc-en-ciel va trouver refuge sur la Côte d’Azur.

Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Devenus adultes, les « enfants Arc-en-ciel » ont témoigné des plus belles années de la Tribu, que ce soit dans les médias ou par des livres, ce qui permet d’analyser le lien créé entre eux.

Voir également:

JOSEPHINE BAKER
Enfance pauvre

Joséphine Baker, de son vrai nom Freda Joséphine McDonald, naît le 3 juin 1906, à Saint Louis (Missouri). Elle est métisse noire et amérindienne ; ses parents avaient monté un numéro de chant et de danse. Mais, un an après la naissance de Joséphine, son père quitte le domicile familial ; sa mère, Carrie, aura ensuite trois autres enfants, qu’elle élèvera avec Joséphine dans la pauvreté et la sévérité. Après avoir été placée à huit ans dans une famille blanche pour y travailler, Joséphine s’assume dès l’âge de treize ans en gagnant son pain comme serveuse. Parallèlement, elle s’intéresse à la danse, et remporte son premier concours à l’âge de dix ans. Elle rejoint le Jones Family Band, un groupe de musiciens de rue. Les Jones sont embauchés pour combler le vide à l’entracte du spectacle des Dixie Steppers, une troupe en tournée à Saint Louis. Joséphine fait ses premiers pas sur une vraie scène et le directeur des Dixie Steppers l’embauche… comme habilleuse. La jeune fille suit la troupe à travers le pays et apprend réellement le métier du spectacle. En 1921, elle saisit une opportunité : remplaçant une danseuse blessée, elle intègre la revue pour tenir des emplois de «girl » comique. Mais son très jeune âge la freine encore dans ses ambitions : aussi décide-t-elle de tenter sa chance à New York. Elle finit par intégrer le spectacle Shuffle Along, une comédie musicale à succès intégralement interprétée par des Noirs. Multipliant les singeries, Joséphine Baker impose un personnage à la fois comique et sexy : de 1922 à 1924, elle a atteint une vraie notoriété.

La Revue Nègre

En 1925, c’est la grande occasion qui va permettre à Joséphine Baker d’entrer dans la légende : le Théâtre des Champs-Elysées, à la recherche de nouveaux spectacles, met sur pied la « Revue Nègre », interprétée par des artistes noirs américains (dont Sidney Bechet), qui apportent à la scène française le jazz, le ragtime et la fougue d’une musique que l’on n’appelle pas encore « afro-américaine ». Joséphine, désireuse de passer au-delà des emplois de girl comique, se laisse convaincre de s’expatrier. Le 2 octobre 1925, la Revue Nègre, mélange d’imagerie coloniale et de folklore américain, signe le début de Joséphine Baker sur une scène parisienne : vêtue d’une ceinture de bananes qui restera légendaire, elle danse de manière frénétique sur un air de Charleston – musique alors largement inconnue en France. La nouveauté totale de cette apparition dans l’événement artistique de 1925 apporte à la chanteuse une célébrité éclatante : elle est aussitôt l’attraction des cercles artistiques et intellectuels parisiens, allant jusqu’à faire figure d’« égérie des cubistes ». La danse extrêmement suggestive – et pour l’époque, à la limite de l’obscène – de Joséphine Baker, sa coupe de cheveux à la garçonne, en font à la fois une sorte d’emblème du féminisme et de la modernité, en même temps qu’un objet scénique résolument non identifié en France.

Les Folies Bergère

Elle se signale également par une vie privée quelque peu mouvementée, qui inspirera à son secrétaire, le futur écrivain Georges Simenon, un roman quelque peu égrillard. La Revue Nègre réalise une tournée européenne, à l’issue de laquelle sa vedette va tout simplement laisser tomber la troupe : Joséphine Baker a en effet décroché un contrat de meneuse de revue aux Folies-Bergère. Désormais star absolue de la scène parisienne, Joséphine se rend célèbre par ses apparitions sur la scène des Folies-Bergère. Représentée sur d’innombrables illustrations (portraits, cartes postales), la star à la ceinture de bananes, désormais plus emplumée au dernier degré, est devenue une image incontournable des Années Folles. Sur les conseils de son manager Giuseppe « Pepito » Abatino, Joséphine Baker entretient sa popularité par une tournée européenne qui suscite quelque controverse du fait des tenues légères de la vedette. Revenue à Paris, elle est engagée comme meneuse de revue au Casino de Paris, où  elle fait sensation en promenant sur scène, en laisse, un impressionnant léopard. Elle s’impose en rivale très sérieuse pour Mistinguett sur la scène parisienne. Parallèlement, Joséphine se diversifie et se lance dans la chanson : la célèbre chanson « J’ai deux amours », composée par Vincent Scotto, est un grand succès de l’année 1931.

Avec Jean Gabin

Passer du statut de danseuse à celui de chanteuse lui permet d’abandonner progressivement celui de «petite sauvage » pour une image de diva plus prestigieuse et gratifiante. Elle tourne plusieurs films, mais se révèle une comédienne assez médiocre : sur le plateau du film Zouzou, pour pallier à ses insuffisances, le metteur en scène Marc Allégret fait la part belle au partenaire de Joséphine, un jeune premier nommé Jean Gabin, qui bénéficiera très nettement de cette exposition. Mais Joséphine Baker va connaître une rude rebuffade en 1936 : désireuse de s’imposer dans son pays natal, elle participe aux Ziegfeld Follies, mais les critiques sont désastreuses. Privée, aux yeux des américains, de l’exotisme qu’elle représente pour les européens, Joséphine n’est plus qu’une «négresse aux dents de lapin» et son accent, devenu hybride après tant d’années à l’étranger, déconcerte quelque peu. Malgré le succès d’un club qu’elle ouvre en parallèle à New York, elle finit par rentrer en France pour un nouvel engagement comme meneuse de revue aux Folies-Bergère. Elle acquiert la nationalité française en épousant Jean Lion, un riche marchand de sucre dont elle se séparera assez rapidement.

La Légion d’Honneur

En 1939, à la déclaration de guerre, Joséphine Baker est engagée comme agent de renseignement, chargée de surveiller la haute société, par les services secrets français. Réfugiée au Maroc durant l’Occupation, elle continue de transmettre des messages, parfois cachés dans des partitions musicales, pour le compte de la France Libre et de l’Armée de l’air. Elle se verra décerner la Légion d’Honneur pour ses services. En 1947, elle épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon et achète avec lui un château en Dordogne, le Domaine des Milandes. En 1951, elle obtient enfin le succès dans son pays natal, avec une série de concerts où elle avait exigé que soit autorisée la mixité raciale du public. Très engagée contre les discriminations, Joséphine Baker, fantasque, se laissera cependant aller peu après à des déclarations politiques malencontreuses qui lui fermeront un temps le public des Etats-Unis.

Les Milandes

Joséphine Baker recueille et élève aux Milandes des enfants de toutes origines, qu’elle appelle sa « tribu arc-en-ciel ». Mais le domaine se révèlera malheureusement au fil des années un gouffre financier, où Joséphine Baker engloutira l’essentiel de sa fortune. En désaccord sur la gestion du domaine, Jo Bouillon et son épouse finissent par se séparer. Joséphine multiplie les concerts pour payer ses dettes et renflouer son domaine. Un temps considérée comme has been, elle se produit régulièrement à l’Olympia dans les années 1950-60 et s’impose, diva toujours vaillante, auprès d’une nouvelle génération de spectateurs. Elle obtient un grand succès en 1959 avec la revue Paris mes amours, qui permet à « The Fabulous Joséphine Baker » de retourner se produire aux Etats-Unis. Mais le stress de la gestion des Milandes et l’éducation de ses très nombreux enfants adoptifs a son effet sur la santé de Joséphine, qui ne cesse de se produire à un rythme accéléré pour éviter de devoir vendre son domaine. Elle obtiendra le soutien de personnalités comme Bruno Coquatrix ou Dalida pour maintenir les Milandes à flot mais finira par en être expulsée en 1969. Elle rebondit grâce à son activité artistique : elle se produit à La Goulue, au bal de la Croix-Rouge Monégasque. Avec l’aide de Grace de Monaco, elle s’installe à Roquebrune avec sa tribu. En 1973, elle se produit avec succès au Carnegie Hall de New York. Le 8 avril 1975, elle entame à Bobino, devant un parterre de personnalités et un public venu en masse, un spectacle célébrant ses cinquante ans de carrière. Mais cette apothéose sera brève : le 12 avril 1975, s’étant endormie pour une sieste, elle ne se réveille pas et meurt d’une hémorragie cérébrale. Ses funérailles, suivies par la télévision, attirent un immense cortège.

Diva aujourd’hui statufiée, Joséphine Baker aura contribué à introduire en Europe, de manière fracassante, la musique noire américaine et une forme de sensualité débridée alors inédite pour le grand public. Au-delà de l’image d’Epinal du régime de bananes, Joséphine Baker aura été, plus encore qu’une chanteuse et danseuse excentrique, une authentique personnalité, dont la portée humaine éclipse le mérite artistique. Elle aura été néanmoins au confluent des modes et des imageries, incarnant une vision idéalisée du nègre, puis une nostalgie du glamour hollywoodien, sans cesser avant tout, de représenter jusqu’au bout, un type de femme de spectacle libre et magistral.

Voir encore:

Would the perfect family contain a child from every race?
Josephine Baker thought so – and adopted a ‘rainbow tribe’ of children to prove her point. This is the story of an extraordinary 20th-century experiment
Matthew Pratt Guterl
The Telegraph
19 Apr 2014

Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard.

Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today.

In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice.

No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice.

In early 1953, Le Monde reported that Baker was on the verge of becoming “the mother of a family of all colours”. Speaking to the press from Monte Carlo, Baker described her new family of adopted children, drawn to France from around the world, but especially from the global south — south-east Asia, north and west Africa, and Latin America. Describing Baker as “an ardent proselyte of the antiracial struggle”, the paper emphasised the political function of the family, noting that the children would be “raised like brothers”, though each would “maintain the language, the dress, the customs and the religion of his/her country”.

“I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other,” Baker claimed. “I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance.”

Baker’s autobiography suggests that the decision to adopt had nothing to do with radical politics, at least at first. As her former husband Jo Bouillon explained later, she was on a tour of the Americas after the war when her quest to have a child came to an end. The tour had been a triumphant return to the stage, and she had danced and sung her way from Argentina to Peru. “I think I’m pregnant, Jo!” she said one day, bursting with excitement. Bouillon, worried about her health, tried to cancel the tour, but Baker, ever the self-sacrificing star, reminded him that “a contract’s a contract” before adding that she felt “marvellous”.

The talk of babies had put Bouillon in a reflective mood. There were so many needy children in the world, he mused. “Why not adopt?” Baker asked, newly pregnant but also plotting her future quest for more. “Why not, chérie,” the agreeable Bouillon responded, saying: “What we can’t manufacture, we’ll find ready made.”

The innocent dream of a fairy-tale prince (or princess) and his adopted sibling, Bouillon tells us, ended in Mexico. There, Baker enjoyed a day of singing with children who were members of a travelling French choir. “That night the pains began,” he remembered, and by morning, “her hopes of motherhood had been destroyed, probably for good”.

By the end of 1953, Baker had settled the first of her children into her restored chateau in Castelnaud-Fayrac. The eager partnership of her husband, the pliant and accompanying bandleader Bouillon, made it easier for her to adopt.

Writing to her friend Miki Sawada in May that year, Baker outlined her plans to visit Japan in July. Sawada had become involved in the care and adoption of war orphans – chiefly mixed-race children, assumed to be outcasts in Japan because of their impure birth – and, in 1948, she founded the Elizabeth Saunders Home, named after an Englishwoman who had served as a governess in her family.

After addressing some logistics of the trip, Baker got to the heart of the matter: she wanted Sawada to find her a son. “I want you,” she said, with great specificity, “to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt.” She continued: “I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy.”

A short while later, she was in Sawada’s orphanage, surrounded by “children with straight black hair and dancing, slanting eyes”. Drawn to one young child who was “as supple as a little fish”, she asked about his background and was told that he was Korean and had been “found beneath an open umbrella that sheltered him from the elements”. The child, named Akio, was carrying a decorative plaque “engraved with the precepts of Buddhism”. “You won’t regret it,” Sawada told her, endorsing the selection. “He’s a sweet, loving child.”

Then, turning to leave, Baker spied “a grave-face baby” sitting by a tree. “He was tiny, much smaller than Akio, with solemn eyes,” she remembered. Struck by something in the child’s gaze, she announced: “I’ll take him, too.” Named Teruya, he was part Japanese and of the Shinto religion, a complement to the half-Korean, Buddhist Akio. (Once back in France, however, Baker would change his name to Janot, which she found easier to pronounce.)

As she presented the pair to Bouillon at the Souillac rail station, she was asked by her husband: “Which one is it?” “Both,” she answered. “You were right to order a double helping,” Bouillon replied. After taking a moment to catch his breath, he said: “This way we’ll be twice as happy.”

Soon after adopting Akio and Janot, Josephine found herself on a lecture tour in Scandinavia and hoping for a third child. Miraculously, a “towheaded, chubby, pink- and-white baby boy”, in an orphanage, “kicked back his covers and held his arms out to me”. She had good timing, too, she wrote, because it seemed that the boy was only days away from being turned out of the orphanage.

Another child had been saved. Baker renamed him Jarry and had him baptised a Protestant, then brought him back to Les Milandes. She had great plans to educate the children in their native tongues, but that proved difficult. When Jarry was reunited with his Finnish-speaking birth mother years later, they needed to speak through a translator. Baker’s autobiography gives the story of Jarry’s adoption a veneer of truth. His story, though, was messier than she knew.

One-year-old Jarry had been placed in the orphanage as a temporary matter, a consequence of an infant sister at home who was ill. Baker had been guided to the orphanage by a wealthy friend and driven there by Jarry’s birth father, an ambitious chauffeur in the midst of a marital dispute with his wife. “My father arranged everything,” Jarry later said. He tricked his wife into signing release papers for the boy, presented the infant to Baker as an ideal type and pocketed the cash for the transaction. He made sure that young Jarry was in just the right place at just the right time, ready to kick off those covers and hold out those arms. “I leant over the blue-eyed Finn,” Baker remembered, “certain that he was the one.” Hoodwinked to make her “choice”, she had unwittingly stolen away a child.

The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. “She wanted a doll,” Jean-Claude Baker, a later addition to the Tribe, said.

Soon Luis joined the family from Colombia. Then, in late 1955, the younger Jean-Claude (originally Phillippe) and Moïse arrived. Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse.

In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends.

Then Koffi came from Côte d’Ivoire and Mara from Venezuela. Poor Noël, found in a rubbish dump on Christmas Eve, was brought to Les Milandes in 1959. And the last was little Stellina, the child of a Moroccan émigré to Paris, arriving in 1964. All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. “Akio,” Bouillon later said, summarising the children once they were adults, was a typical Korean, “almond-eyed, sensitive, serious”. Jarry was possessed of “Nordic fairness and stamina”. Jean-Claude (or Phillippe), “our blond Frenchman”, was “blessed with innate equilibrium”. Brahim, “the son of an Arab”, and Marianne, the granddaughter of a pied-noir, captured the two sides at war in Algeria. Luis, the Colombian, was already married with children by that time, a fecund Latin through and through.

The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future.

The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. “We were living in that castle by ourselves, all together,” Jarry said, “and then suddenly everything is open and everyone is on top of my mother and talking to me.”

Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes.

If a family is a collection of individuals, Baker’s assemblage presented itself as something quite distinct. But it also worked differently. “I was one in the family,” Jarry remembered. “There was no independence. It was everybody or nobody.” In Monaco, years after Les Milandes, when the older boys wanted to see a movie, they had to choose a film that would also satisfy five-year-old Stellina.

Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. One morning, she brought them into the dorm for a family meeting. “I adopted you because I cannot have children,” she began. “I united all of you,” Jarry recalled her saying, because “in the world they are always fighting between countries and races, coloured, white and black”. Going around the room, she told each child the reason for their adoption, citing abandonment or, in Jarry’s case, the divorce of his parents. “That is why I want you to be a family,” she continued, turning them into stakeholders in her project. “We knew that we were brothers from different countries,” Jarry said. “[We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible.”

For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”. Sometimes they would be at the big metal gates of the chateau. Sometimes they would sneak away to a lower tier of the garden, though there was often a wall of faces above, watching and taking pictures. Sometimes they would be with their mother inside the brasserie, greeting their public through a glass door. “We grew in Les Milandes like a regular family,” Jarry said. “We had fights. When you are kid, when you are obliged to do things, you go out with your mother and father, and suddenly you have all these people taking pictures, you get tired.” Being a “family” was one thing, he said, but “show business” was different. At Les Milandes, he said, the family was show business. And it was endlessly tiring.

Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. Koffi’s return to Côte d’Ivoire was supposed to last for two years. Arriving from France, he was labelled a “faux noir”, his only connection to the cultures and peoples of his homeland coming from books. Mara, for his part, had not been back to Venezuela since he was two months old. On the flight to Caracas, Baker explained soberly that if Mara wanted “to stay with them” – with his family – she would understand. Landing at the newly opened La Chinita airport, Mara found the runway mobbed with relatives and friends of relatives. Like Koffi, he walked away from the experience with a profound sense of the vast distance between his life and that of his birth family. He noted the “obvious poverty” of his relatives and his shock at their repeated requests for money. “You can’t blame them,” Baker explained, “they’re desperate.”

Jarry’s story was different. When he was discovered one afternoon in the bathtub with another boy, Baker marched the teenager out in front of the Tribe. Raising the problem of “contamination”, she asked for a family vote on whether he could stay, since queerness was a serious crime for Baker. And then, the court martial complete, she shipped him off to Buenos Aires.

The tumultuous Seventies featured a rebelliousness of affect and aesthetic, slogans and symbols. Knowing this, Baker policed her children’s sexuality, homing in on the clothing, moustaches and long hair of the boys. However, they refused to bend to her will. She imported male authority figures, without any luck. She declined to discuss her own youthful rebellions. She drew lines in the sand, fought for authority on every issue and engaged in extreme parental brinkmanship. And eventually, after one too many arguments and fights, she just plain old “gave up”.

Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past.

‘Josephine Baker and the Rainbow Tribe’ by Matthew Pratt Guterl (Harvard University Press, RRP £21.95) is available to order from Telegraph Books at £19.95 + £1.35 p&p.

Voir de plus:

Adopting the World

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

Merlind Theile

Der Spiegel online

10/02/2009

Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity.

He is trying to describe what it was like to grow up here, to trace the vestiges of his childhood, but not much of that remains in this chateau that was once his home.

Today Akio Bouillon, a slight, affable man of Japanese origin, can only serve as a guide through an exhibit that pays tribute to his dead mother. In the former living room, a dozen of her robes are now displayed on headless mannequins, and in the study lies a semi-nude wax figure of Bouillon’s mother, with a string of flowers draped around the neck. The « banana skirt » that made her famous hangs in a glass case; strips of gold material in the shape of bananas are attached to a narrow belt. His mother was the singer and entertainer Josephine Baker.

Bouillon, her oldest adopted son, turned 57 in July. He walks across creaking floorboards and into Baker’s bathroom, with its black tiles and Dior bottles, and then into a series of rooms filled with photos, posters and her jewelry. Somewhere in this labyrinth is the small room where Bouillon slept as a child. Today, the bed is cordoned off from the hallway with a velvet rope, and a sign admonishes visitors not to touch anything.

He stands in front of the bed, smiles faintly and says that it was a nice childhood, for him and his 11 siblings.

Bouillon points to a poster on the wall, made from an old, black-and-white photo. It depicts little Akio, age 6, smiling at the camera, holding a white cat on his arm.

It is the only image visitors see of Baker’s 12 adopted children, and Bouillon is the only one of them who still travels, once a year, to Château des Milandes in France’s southwestern Périgord region. One of his brothers has already died, and the other 10 siblings avoid the chateau, which was purchased by strangers long ago. They don’t want their photos to be exhibited here. They are tired of being put on display.

Vision of a Better Life

Jarry Baker, the third adopted son, hasn’t been to the chateau in two decades. Now 55, he is a short, blonde man of Finnish descent with reddish cheeks. He moved far away, to New York, because it was the place where he could be himself.

Every day at noon, he takes the train from New Jersey to the Port Authority station in Manhattan, and walks a few blocks to « Chez Josephine » on 42nd Street, where he works as a waiter. The restaurant pays tribute to his dead mother, with pictures, photos and posters on its walls. The restaurant is near Broadway, and many of its customers are artists and gays.

Jarry Baker, who is also gay, likes the place. He was the opposite of what his adoptive mother had expected, and that was his undoing.

Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life.

Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism.

Looking for a Way Out

Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. Her life offered her many reasons to yearn for fame and family. Her mother, a black laundress from St. Louis, Missouri, was impregnated by a white man, and she kept his identity a secret. In the United States in 1906, a relationship, let alone marriage, with Josephine’s father would have been unthinkable.

The mother had three more children and raised them on her own. From the age of eight, Josephine had to work, for example in kitchens where she cleaned and washed dishes. At 11, she witnessed race riots directed against African-Americans in which dozens of people were murdered, the sort of thing that was not uncommon in the southern United States at the time. When she was 13, her mother found her a husband so that she would be taken care of.

But Josephine wanted a way out of her life in St. Louis. She had taught herself to dance and sing as a child, and she wanted to be on stage.

She joined a vaudeville troupe at 14, and at 15 she married her second husband, William Baker, the son of a Philadelphia restaurant owner.

She would later keep his name, because she wanted to be known as Josephine Baker. She worked hard, danced on Broadway and was determined to become a star.

The Lust for Pleasure

In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure.

Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile.

She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life.

The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself.

In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land.

Fighting Racism

She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance.

She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind.

In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent.

When Baker traveled to Japan in the spring to pick up her first child, Akio had been in an orphanage for 18 months. He had been abandoned in Yokohama shortly after birth, on a rainy day in September 1952. A woman had walked into a small shop carrying a bundle in her arms and asked if she could leave the baby there for a moment so that she could get an umbrella.

Baker adopted Akio and another baby and took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news.

In that same year, she adopted her third child, a 12-year-old Finnish boy from Helsinki with pale skin and light-blonde hair. His name was Jari, but he would later call himself Jarry after she rejected him.

Child number four was a black baby from Columbia. Child number five: a white baby from France.

Growing Family

Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children.

Then, in 1956, came the sixth and seventh children: a male baby and the first female infant, both from Algeria.

Enough, Bouillon told his wife. Who is going to raise them all? he asked.

A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again.

Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe.

Demanding Affection

In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection.

Jari, the Finn, was a quiet boy, but Akio, the eldest, was the quietest of them all, not speaking at all until he was four.

Today, he knows quite a lot about the trauma of adopted children, and about the special care they need, especially if they are from faraway countries. They are doubly homeless from the beginning, not knowing where they belong, and some crumble under the strain. They are more susceptible to addiction and emotional disorders than children who grow up with their biological parents.

Every adopted child needs the full attention of his or her new parents. By this time, Baker had eight children, and there were more to come.

The ninth child, a black baby from the Ivory Coast, came in 1958.

A Dream Childhood?

On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. Akio remembers that he and his brothers often caught flying beetles and tied them to strings to keep them from flying away. The children carried them around like balloons.

Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public.

On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys.

Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection.

Financial Ruin

Today there are regulations governing international adoptions. Before a child is given up for adoption, authorities must verify that all options to keep the child from being removed from the country have been exhausted. This is always seen as the better solution.

The situation was different half a century ago. Besides, Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. For example, to adopt blonde Jari, the diminutive Finn, she simply paid his parents in Helsinki a few thousand dollars and the deal was sealed.

In 1960, she got child number 11: a white infant from France.

It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world.

In 1964, child number 12, the last child, was acquired: a little girl from Morocco.

Vacations with Castro

Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro.

The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects.

She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas.

None of the children stuck to the plan.

Teenage Rebellion

They rebelled when they reached puberty. Baker had acquired 10 sons, with only seven years separating the youngest and the oldest, and they turned into a horde of hyperactive teenagers — going out at night, falling in love, staying away for days at a time, rattling around the neighborhood on their mopeds, getting drunk, taking drugs, stealing and wearing hippy clothes that their mother didn’t like. But her slaps no longer intimidated them. They were as wild and unruly as a pack of young wolves, and Baker had little experience as a mother.

She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world.

The children went to boarding schools or, like Akio and Jari, moved to Buenos Aires to live with their adoptive father, whose surname most of them have kept. Akio had a falling out with his mother a few months before Baker’s sudden death in 1975. His Christmas present had arrived too late, causing an argument that the two would never resolve. Akio was the only child not to attend the funeral in Monaco, which was hosted by Princess Grace.

‘Nobody’s Perfect’

Akio now lives in an apartment building on the outskirts of Paris, works in a bank, smokes large numbers of cigarillos and likes to watch animated films. He relates information about streets and squares as we walk through the city. He often walks around aimlessly, without any destination in mind, he says.

And he is often alone. He was in a relationship with an alcoholic for 15 years, until she finally left him, and he has been single since then. He knows nothing about his Japanese mother. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information.

A Japanese journalist who recently investigated Akio’s story found the woman who had worked in the small shop in Yokohama where he was left as a baby in 1952. He gave Bouillon the information and suggested that the woman might know something about his biological mother. All he had to do was contact her, perhaps by writing her a letter. Bouillon has been carrying around the address for a year now. He says he doesn’t know how to begin the letter.

Did Baker do the right thing? « She was a great artist, and she was our mother, » says Akio Bouillon. « Mothers make mistakes. Nobody’s perfect. »

Bouillon says that his mother proved that people of different skin colors could live together as equals. « I love my brothers and sisters, » says Bouillon. They all keep in touch by telephone. He says he feels closest to Jarry, because they were together when their adoptive father died in 1984.

Ordinary Lives

The last time all 12 children were together in one place was in 1976, shortly after the death of their famous mother. Even in the last year of her life, Baker, to earn money, performed on a Paris stage, wearing a sequined dress and a towering feather headdress.

The children never wanted to be celebrities. They live ordinary lives — working as gardeners, greengrocers or insurance agents. Child number eight died of cancer 10 years ago. Child number 11 became schizophrenic and now lives in an institution. Some of the siblings married and had children, while others remained single.

None of them adopted children.

« We are completely normal people, » says Akio Bouillon. He and his siblings want to feel like a family, not a project.

Media Spotlight

Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud.

« It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. »

Bouillon feels that his adoptive mother made a great and enduring contribution, and that our impression of Josephine Baker should not be clouded by her weaknesses. She was, as he says, a child of her time, a time when even stricter morals applied. That helps to explain why she and Jari didn’t get along, he says.

The Banished Son

Jarry Baker is sitting in Chez Josephine in New York, talking about his dead mother, a subject that makes him visibly uncomfortable. Although it is still morning and the air-conditioned room is cold, Baker’s cheeks are flushed and his hands are trembling.

« She was too possessive, » he says. « We weren’t allowed to develop the way we wanted to. » He knew he was gay by the time he was seven or eight. When Jari was 15, Baker caught him in the bathtub with another boy. She called together the family, reprimanded him in front of everyone else and sent him to live with his father in Buenos Aires. She was afraid that he could infect his brothers.

Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men.

When asked whether he has forgiven her, Jarry Baker waves his hand dismissively and says: « Yes, who cares. She didn’t want us to grow. Maybe she was afraid that we would out-grow her. » At times he seems almost thankful for having been rejected by his mother. « It was like being liberated. »

Caught in Baker’s Shadow

In New York, restaurateur Jean-Claude Baker gave him a job and a place to stay. Most of all, Jarry was now living somewhere where he could openly kiss his lover on the street. He doesn’t mind working in the restaurant, says Baker. In fact, he says, he is pleased that the owner is preserving Josephine’s memory.

Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death.

He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow.

Child of a Rainbow Tribe

On a hot Sunday in July in New York, the city’s annual Gay Pride Parade slowly makes its way south along Fifth Avenue. At the front of the parade are lesbians on their Harleys, followed by gay police officers, firefighters and doctors, and above it all flies the rainbow flag, the symbol of the gay and lesbian movement.

Jarry Baker, the child of a rainbow tribe, stands on the sidewalk with a flag in his hand. He likes watching the parade — not every year, as he did at the start, but once in a while. He watches the floats, listens to the music and waves to the hooting, beaming parade-goers as they pass by.

He doesn’t know how much longer he will stay in New York. He says he would like to move to Australia or New Zealand and set up a farm. Then he says that he’d like to return to Argentina. And then, later, he says that he feels very comfortable in Finland, where he has family.

A Finnish journalist tracked down Jarry Baker’s mother and his siblings and flew with him to Helsinki. It was 14 years ago. Jarry says that they got along marvelously, and that he felt close to them. He has visited them twice since then. Three visits in 14 years.

The last of the floats pass by. « Those people look so happy, » says Jarry Baker, as he stands on the sidewalk, looking down the street at the parade, waving his rainbow flag.

Translated from the German by Christopher Sultan

Voir encore:

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

To prove that racial harmony was possible, the dancer adopted 12 children from around the globe—and charged admission to watch them coexist.

Rebecca Onion
Slate
April 18 2014

Beginning in 1953, almost 30 years after her first successful performances on the Paris stage, the singer and dancer Josephine Baker adopted 12 children from different countries, ranging from Finland to Venezuela. She installed what she called her “Rainbow Tribe” in a 15th-century chateau in the South of France and charged admission to tourists who came to hear them sing, to tour their home, or to watch them play leapfrog in their garden.

This little-known chapter in Baker’s life is an uncomfortable one. “I would begin to tell the story of Josephine Baker, and people would start to laugh,” says Matthew Pratt Guterl, the author of a new book on Baker’s later life, Josephine Baker and the Rainbow Tribe. “And I would start to wonder what that laughter signified.” Guterl, a professor of Africana studies and American studies at Brown University, has in essence written two books in one: the story of Baker’s family, and a meditation on the meaning of that laughter.

Baker was born in St. Louis but moved to France in 1925. Her danse sauvage, famously performed in a banana skirt, brought her international fame. During World War II, she worked for the Red Cross and gathered intelligence for the French Resistance. After the war, married to her fourth husband, Jo Bouillon, she struggled to conceive a child. Meanwhile, her career waned. Guterl’s book is about this period of Baker’s life, as she built her large adopted family, became ever more active on behalf of the nascent civil rights movement in the United States, and re-emerged into fame.

Baker purchased her estate, known as Les Milandes, after marrying Bouillon in 1947. In addition to the chateau, the property boasted a motel, a bakery, cafés, a jazz club, a miniature golf course, and a wax museum telling the story of Baker’s life. As Guterl makes clear, the place was over-the-top, but its ostentation was a political statement. Les Milandes, with its fairy-tale setting, announced to the world that African-American girls born poor could transcend nation and race and find wealth and happiness.

At the center of the attractions were Baker’s adopted children, from Finland, Japan, France, Belgium, Venezuela. During their school-age years, the 10 boys and two girls grew up in public. Just by existing as a multiracial, multinational family, they demonstrated Baker’s belief in the possibility of equality. They sang songs for paying visitors, appeared in print advertisements, gave interviews to curious press, and played in a courtyard in full view of what Guterl describes as “a wall of faces, watching and taking pictures.”

You can see why this chapter of Baker’s story provokes laughter. First, there’s a deep discomfort at her unapologetic marshaling of children to act out her own utopian racial narrative. Second, we think we understand what’s going on here; we see early incarnations of celebrity eccentricities from our own time. In the big adoptive family, we see Angelina or Madonna; in the celebrity theme park, we see Michael Jackson’s Neverland Ranch. “The language of the strange and famous is readily available to us,” Guterl writes in the book’s prologue. “This same easy familiarity makes it harder to understand Les Milandes, not easier, because we rarely allow celebrity egocentrism to be serious or important.”

What would the Rainbow Tribe look like if we took it seriously? Guterl steps back, seeing the Tribe from Baker’s point of view. Baker was always an activist, wielding her international fame in the service of the civil rights movement in the United States. When she visited the States in the 1950s, she demanded that she be allowed to stay at the best hotels and play to integrated audiences.

Another bit of context: The Rainbow Tribe wasn’t the first, or the only, project of its kind. As Guterl notes, large, public, transracial families were a Cold War phenomenon in the United States. At a time when Americans worried about spreading communist influence in Asia, Africa, and Latin America, these “U.N. families,” featuring members from all continents, showed that “everyone, really, could be brought into the Western system.”

Guterl points to 1951 Life magazine coverage of the family of Helen and Carl Doss, a religious couple who adopted nine children, many of whom were from Asian countries; the story of the novelist Pearl S. Buck, who adopted seven children of different races and became a public advocate for interracial adoption; even the early history of the infamous Rev. Jim Jones, who adopted an interracial group that he nicknamed the Rainbow Family and that formed the core of his utopian cult.

Like these groups, Baker’s Rainbow Tribe was the product of careful planning for symbolic value. Children were renamed and raised in different religious traditions so they could be more typical of the racial and national types that Baker had decided should be represented in the Tribe. Some kids received new backstories. Baker wanted an Israeli child, but the Israeli welfare minister refused (telling her, “We cannot sanction taking a child away from Israel when great efforts are being made to bring children to Israel”). Undaunted, Baker adopted a French orphan, named him Moïse (French for “Moses”), and decided that he would be raised Jewish.

By dressing the children up in strong national, ethnic, and religious identities, Baker could make a political point about the human capacity to get along despite differences. In reading the historical record—Baker’s correspondence, contemporary media coverage, other documentation—Guterl found it hard to discern the children’s individuality. “Their voices were significantly less important,” he writes, “than their performance as an ensemble, their presentation as part of a single object.”

The performance was difficult to sustain, however. As her adoptive children aged, Baker ran out of money and was forced to sell Les Milandes. The last few chapters of Guterl’s book, which tell the story of what happened to the Tribe as they grew older, are tinged with tragedy. Baker struggled with health problems and became less relevant to the American civil rights movement as it moved into high visibility in the late 1960s. She still performed, but any kind of rigorous schedule was a strain, and her career couldn’t generate enough money to sustain the large family she had created.

As Baker’s finances crumbled, she moved the Rainbow Tribe to Monaco to live in a less grand home paid for by Baker’s friend and patron Princess Grace. Here the kids, now entering their teenage years and, in some cases, chafing at their public lives, began to resist Baker’s authority. Baker looked for ways to farm the children out to others. Bouillon, Baker’s husband at the time of the adoptions, was now her latest ex; some of the kids went to live with him. Others went to boarding schools. Baker sent a small group—including Marianne (adopted from France), whose teenage love affairs drove Baker to distraction—to live with a longtime Baker fan in the U.K. In perhaps the saddest and most puzzling outcome, when Baker found out that Jarry (adopted from Finland) was gay, she chastised him in front of his siblings before sending him away to live with Bouillon in Buenos Aires.

But Guterl’s is not a book to read if you want to revel in the downfall of what seems like an ill-conceived experiment. The author, who told me that he grew up in a large, multiracial adopted family himself, is close to the subject matter. “This was a very hard book to write,” he told me. While Guterl did interview three members of the Tribe, he resists offering up all of the gory details.

In Guterl’s book, and in other interviews they’ve given, the grown-up adoptees generally remember their childhoods at Les Milandes with fondness. As for their relationships with their mother, they are reluctant to comment. Interviewed by Der Spiegel in 2009, Jarry said, “She was too possessive. We weren’t allow to develop the way we wanted to.” Akio (adopted from Japan) offered a more charitable assessment: “She was a great artist, and she was our mother. Mothers make mistakes. Nobody’s perfect.”

Voir enfin:

(1963) Josephine Baker, “Speech at the March on Washington”
Josephine Baker is remembered by most people as the flamboyant African American entertainer who earned fame and fortune in Paris in the 1920s.  Yet through much of her later life, Baker became a vocal opponent of  segregation and discrimination, often initiating one-woman protests against racial injustice.  In 1963, at the age of 57, Baker flew in from France, her adopted homeland, to appear before the largest audience in her career, the 250,000 gathered at the March on Washington.  Wearing her uniform of the French Resistance, of which she was active in World War II, she was the only woman to address the audience.  What she said appears below.

Friends and family…you know I have lived a long time and I have come a long way.  And you must know now that what I did, I did originally for myself.  Then later, as these things began happening to me, I wondered if they were happening to you, and then I knew they must be.  And I knew that you had no way to defend yourselves, as I had.

And as I continued to do the things I did, and to say the things I said, they began to beat me.  Not beat me, mind you, with a club—but you know, I have seen that done too—but they beat me with their pens, with their writings.  And friends, that is much worse.

When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.    Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place.

And I need not tell you that wonderful things happened to me there.  Now I know that all you children don’t know who Josephine Baker is, but you ask Grandma and Grandpa and they will tell you.  You know what they will say.  “Why, she was a devil.”  And you know something…why, they are right.  I was too.  I was a devil in other countries, and I was a little devil in America too.

But I must tell you, when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means.

But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times.

So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too.

Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural.

But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow.

And I won’t bother to mention her name, because it is not important, and anyway, now she is dead.

And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America?

You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I cold not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world.

So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me.

So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it?

Friends and brothers and sisters, that is how it went.  And when I screamed loud enough, they started to open that door just a little bit, and we all started to be able to squeeze through it.  Not just the colored people, but the others as well, the other minorities too, the Orientals, and the Mexicans, and the Indians, both those here in the United States and those from India.

Now I am not going to stand in front of all of you today and take credit for what is happening now.  I cannot do that.  But I want to take credit for telling you how to do the same thing, and when you scream, friends, I know you will be heard.  And you will be heard now.

But you young people must do one thing, and I know you have heard this story a thousand times from your mothers and fathers, like I did from my mama.  I didn’t take her advice.  But I accomplished the same in another fashion.  You must get an education.  You must go to school, and you must learn to protect yourself.  And you must learn to protect yourself with the pen, and not the gun.  Then you can answer them, and I can tell you—and I don’t want to sound corny—but friends, the pen really is mightier than the sword.

I am not a young woman now, friends.  My life is behind me.  There is not too much fire burning inside me.  And before it goes out, I want you to use what is left to light that fire in you.  So that you can carry on, and so that you can do those things that I have done.  Then, when my fires have burned out, and I go where we all go someday, I can be happy.

You know I have always taken the rocky path.  I never took the easy one, but as I get older, and as I knew I had the power and the strength, I took that rocky path, and I tried to smooth it out a little.  I wanted to make it easier for you.  I want you to have a chance at what I had.  But I do not want you to have to run away to get it.  And mothers and fathers, if it is too late for you, think of your children.  Make it safe here so they do mot have to run away, for I want for you and your children what I had.

Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House.

I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker.

This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now.

I thank you, and may god bless you.  And may He continue to bless you long after I am gone.

Sources:

Stephen Papich, Remembering Josephine (New York: The Bobbs-Mererill Company, Inc.: 1976), 210-213.

– See more at: http://www.blackpast.org/1963-josephine-baker-speech-march-washington#sthash.uepYA0eM.dpuf

Voir par ailleurs:

Raciste, « Exhibit B » ? Visite guidée d’une œuvre controversée

L’oeuvre de Brett Bailey sur le colonialisme et les zoos humains fait polémique. Mercredi soir, au 104, les spectateurs ont ressenti une véritable gifle.
L’Obs

11 décembre 2014

Ce soir, je suis « Numéro 16″. Comme les autres spectateurs d' »Exhibit B », le spectacle du sud-africain Brett Bailey sur le thème des zoos humains et du colonialisme, je suis devenue un chiffre le temps de la représentation. En silence, j’attends que l’on me convoque pour découvrir l’oeuvre – accueillie au Centquatre du 7 au 12 décembre – qui a fait l’objet de nombreuses critiques et fantasmes depuis son retour en France fin novembre. Une œuvre qualifiée de raciste à l’encontre de la communauté noire, par ses détracteurs, qui ont vainement tenté d’obtenir son interdiction en justice.

Le dispositif de sécurité déployé à l’entrée du Centquatre depuis le début des représentations – en concertation avec la préfecture de police de Paris – plonge le spectateur dans une ambiance anxiogène avant même qu’il ne mette un pied dans l’espace culturel du XIXe arrondissement. Quatre personnes se relayent pour amener le public de la grille d’entrée jusqu’au sous-sol, où a lieu la représentation. Il faut alors se séparer de ses affaires au vestiaire et passer par un détecteur de métaux, semblable à ceux que l’on trouve dans les aéroports.

Derrière, un petit groupe d’une vingtaine de personnes attend les instructions dans la froideur d’une pièce tout en béton. « Sur chaque chaise il y a un numéro. Asseyez-vous sur une chaise et attendez que l’on appelle votre numéro. » J’avance à tâtons dans un bunker obscur, prête à découvrir cette œuvre. L’expérience commence.

« Vous ne pourrez pas revenir en arrière »
La voix solennelle, une femme d’une trentaine d’années, explique à un public intimidé le déroulement de la représentation.

Ne faites pas attention à la personne qui se tiendra derrière vous. Vous pouvez prendre tout le temps qu’il vous faudra. Seul contrainte : vous ne pourrez pas revenir en arrière. »
Le spectateur-numéro évolue à son rythme de performance en performance dans une lumière tamisée. Chaque « tableau vivant » est pensé comme une oeuvre à part entière, racontant les corps d’hommes et de femmes meurtris par l’histoire.

Larmes, visages figés, malaise
La première performance frappe comme une gifle. Sur la droite, dès l’entrée, un homme et une femme sont mis en scène, immobiles, parmi des têtes d’animaux empaillés. Leur regard glaçant, presque défiant, est difficilement soutenable.

Arrivée à la troisième installation vivante, une spectatrice d’une trentaine d’années a les larmes aux yeux. A chaque ligne descriptive qu’elle lit devant l’œuvre, l’effroi fige un peu plus son visage. La violence du silence des acteurs contraste avec les horreurs décrites sur les pancartes.

Parfois même deux mots suffisent. « #Objet trouvé », peut-on sobrement lire devant une performance d’une femme assise sur une chaise, les mains sur les genoux, le regard toujours transperçant.

Les spectateurs sont muets eux aussi, comme abasourdis par ce qu’ils voient.

Une dizaine de performances s’enchaînent sans que l’on puisse s’y habituer. Chaque instant passé devant un acteur est un échange. Certains restent même des dizaines de minutes devant une performance, qu’ils finissent par quitter douloureusement. Des chants namibiens interprétés par des acteurs, invisibles jusqu’à la dernière pièce, occupent l’espace sonore.

Les Noirs ne sont pas en cage
Au fur et à mesure que l’on découvre « Exhibit B », les arguments avancés par ses détracteurs s’effondrent. L’esthétisme de l’oeuvre ne laisse aucun doute sur l’aspect artistique du travail de Brett Bailey, à 1.000 lieux de celui d’un historien.

Pas une seule cage, si ce n’est un grillage ouvert qui entoure le spectateur sur une des performances. Pas d’approximation historique non plus, mais des panneaux explicatifs qui replacent chaque oeuvre dans son contexte. Les Noirs d' »Exhibit B » ne sont pas des sous-hommes mis en cage et réduits au silence. Les acteurs incarnent ces corps autrefois meurtris et déshumanisés, avec une présence telle, qu’il est impossible de considérer qu’ils puissent êtres passifs.

D’ailleurs, s’ils sont silencieux durant la représentation, ils expriment à l’écrit leur démarche artistique, leur analyse de l’oeuvre et les raisons qui les ont poussé à jouer pour « Exhibit B », sur des feuilles disposées dans la pièce qui clôture la représentation. Les descendants des colonisés ne sont pas privés de leur histoire, mais ont au contraire une opportunité de l’incarner pour mieux en mesurer le poids. «  »Exhibit B » est un processus de guérison », explique un acteur noir.

Le spectateur, resté à son tour silencieux pendant toute la performance, peut aussi s’exprimer à la fin du spectacle. Dans la même salle, les visiteurs se servent en papier et en stylos pour laisser couler leur pensée librement et anonymement. « Pour la première fois je me suis rendue compte de la souffrance causée », peut-on lire sur une des feuilles.

Il faut voir « Exhibit B » avant de prendre position
A la sortie, les spectateurs restent muets pendant plusieurs secondes, incapables de verbaliser l’expérience qu’ils viennent de vivre. Après avoir repris leurs esprits, un petit groupe débat. Ils ont entre 13 et 25 ans et font partis du conseil local des jeunes d’Aubervilliers. Tous sont touchés et émus par ce qu’ils viennent de voir.

« Moi qui suis Sri Lankaise d’origine, je suis choquée d’avoir vu le nom d’un Sri Lankais dans la liste des esclaves tués », raconte Subhatha T., une lycéenne de 18 ans.

L’apartheid : on a un petit peu étudié ça en anglais. Mais là c’est différent, on se rend vraiment compte que ça a existé. On se retrouve dans des conditions proches du réel », explique Sheima, 16 ans.
« J’ai appris beaucoup de choses et puis ce n’est pas une question de blanc ou noir, c’est universel », renchérit Samy 24 ans. Le jeune homme considère qu’interdire ce spectacle reviendrait à se voiler la face.

Clément, un graphiste breton de 29 ans venu avec des amis, reconnait avoir ressenti une gêne :

Je me suis positionné en Blanc. J’avais honte. »
« Le spectacle m’a dérangée », affirme quant à elle Khadi Cissaka, une étudiante en marketing et négociations de 21 ans. La jeune femme ajoute :

En tant que Noire, on a du mal à se dire que l’on a fait l’objet d’études destinées à prouver que l’on était moins intelligents que les Blancs. Que l’on a été déshumanisés à ce point. »
« Je comprends les détracteurs », poursuit Khadi. « Moi-même j’y allais avec un peu d’appréhension. Mais je suis partie du principe qu’il fallait que je voie l’oeuvre avant de me rallier à une cause ». L’étudiante conclut :

Je ne pense pas que ceux qui sont contre « Exhibit B » puissent le rester une fois sortis de l’exposition. »

Voir encore:

Edinburgh’s most controversial show: Exhibit B, a human zoo
South Africa’s fearless theatre-maker Brett Bailey has made a career out of tackling the most difficult aspects of race. His new show features black people in cages, in reference to real 19th-century human zoos – and even some of the performers are uneasy about it
Brett Bailey human zoo show Exhibit B

John O’Mahony

The Guardian

11 August 2014

It’s the first Edinburgh rehearsal of Exhibit B and there’s mutiny in the air. The work, a highly controversial installation by the South African theatre-maker Brett Bailey, is based on the grotesque phenomenon of the human zoo, in which African tribespeople were displayed for the titillation of European and American audiences under the guise of “ethnological enlightenment”.

The zoos, which blossomed in the 19th century and continued right up to the first world war, sometimes took place in entirely transplanted tribal villages, but also in the freak show context of local fairs, where the infamous Hottentot Venus, as Sara Baartman was called, was poked and gawked at because of her large buttocks and “exotic” physical form. Perhaps the most extreme case was that of the Congolese pygmy Ota Benga who, in 1906, was put on display at the Bronx zoo in New York alongside the apes and giraffes. Bailey’s installation aims to subvert the premise of the zoos by replacing its exhibits with powerful living snapshots depicting racism and colonialism: a black woman chained to the bed of a French colonial officer; a Namibian Herero woman scraping brain tissue out of human skulls; the slowly revolving silhouette of Baartman.

The only problem is that the young black performers, cast locally at every stop along the tour, aren’t quite getting it. “How do you know we are not entertaining people the same way the human zoos did?” asks one. “How can you be sure that it’s not just white people curious about seeing black people?” adds another. As the temperature in the room begins to rise, the group cries out in unison: “How is this different?”

As a director who has courted controversy at almost every step of his career, Bailey is no stranger to this kind of confrontation. A white South African from an affluent background, his only early contact with his black countrymen was as servants. But after the collapse of apartheid in 1994, he trekked off alone into the rural Xhosa villages where Nelson Mandela had grown up. Living for three months among sangoma shamans, he drew on African ritual and music as the inspiration for his first works: Ipi Zombie, in 1996, based on a witchhunt that followed the death of 12 black schoolboys in a minibus crash; and iMumbo Jumbo, a year later, about the quest of an African chieftain to recover the skull of his ancestor from a Scottish trophy-hunter.

His 2001 work Big Dada, which drew comparisons between the regimes of Robert Mugabe and Idi Amin, marked a shift into darker, grainier territory; and in 2006, with the unflinching Orfeus, he bussed his audience off to a post-colonial underworld of sweatshops and human trafficking. That was when he began to shun conventional spaces. “Theatres feel to me pretty antiseptic,” he says. “Working in a deserted factory or a Nazi concentration camp, the associations are deeper and wider.”

All this has led to a reputation as “Africa’s most fearless theatre-maker”, and eventually to Exhibit B, which will fill the vast cloistered space of the Edinburgh University library, not just with searing visions of past racism, but also with contemporary tableaux that Bailey calls “found objects”. These are representations of refugees and asylum-seekers that link today’s “deportation centres, racial profiling and reduction of people to numbers” to the dehumanising ethos of the human zoos.

Already seen in various European capitals, the work has proved incendiary, particularly in Berlin, where it caused fury among leftwing anti-racism campaigners, who questioned the authority of a white director to tackle the story of black exploitation. Bailey seems to relish the entire spectrum of reaction: “I’m creating a journey that’s embracing and immersive, in which you can be delighted and disturbed, but I’d like you to be disturbed more than anything.”

Back in the rehearsal room, sporting a striped beanie hat and a very pointy, ginger-flecked beard, the director looks somewhere between a new-age wizard and a children’s TV presenter. His entrance is suitably dramatic, sweeping into the room unannounced to fix each performer in turn with a gimlet-eyed gaze. There follows a gruelling programme of psychological exercises to perfect the show’s single dramatic device: the steely stare that each performer locks on to the spectator. “It’s very difficult to get it right,” he explains. “The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion.”

All the while, Bailey is an uneasy, almost abrasive presence, making unhelpful comments about the revealing nature of the costumes and spouting the n-word provocatively in his clipped South African intonation. “He’s a badass! He gets it done,” says Cole Verhoeven, a previous performer, hinting that his spikiness may be a strategy to weed out the non-committal. “His intention is clear. And our intentions had to be clear in order to do the work with any authenticity.”

But when one of the female performers breaks down in tears due to the intensity of the process, Bailey is quick to move in with gentle reassurance. And as the mutinous insubordination and squabbling reach fever pitch, his response is firm and decisive. “What interests me about human zoos,” he tells the group, “is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst.”

To craft each living image in the installation, Bailey conducted intensive research, sometimes taking three months or more to build a single tableau from photos, letters, biographies, official documents, paintings. One of the most harrowing, titled A Place in the Sun, was extrapolated from an account he came across of a French colonial officer who kept black women chained to his bed, exchanging food for sexual services. “It’s a picture of unimaginable suffering,” says Bailey. “She is sitting there looking in the mirror and waiting to be raped. It’s the only way she can feed her family.”

Perhaps the most chilling, though, is Dutch Golden Age, which combined Bailey’s interest in still-life paintings with a court document detailing the horrific punishments meted out to escaped slaves. “Among the overflowing bowls of fruit,” says Bailey, “we have a slave forced to wear a perforated metal mask covering his face and a pin going through his tongue. It is about the silencing of marginalised black voices, the silencing of histories.”

And it was while sifting through thousands of photographs in the Namibian National Archives that Bailey found the subject that would be the climax of his work – the four singing decapitated heads of Nama tribesmen. “After the heads were cut off,” says Bailey, “they were mounted on these strange little tripods that were custom-made. Then I found these songs that referenced the genocide of the 1920s. So it became a set of four heads singing songs and lamentations.”

Bailey does not consider any of the pieces complete without the addition of the spectator – the labels on each work even mention “spectator/s” as one of their “materials”. And they have found audience interaction to be a profound element. “We were playing a festival in Poland,” says Berthe Njole, who had the part of Sara Baartman. “A bunch of guys came in. They were laughing and making comments about my boobs and my body. They didn’t realise I was a human being. They thought I was a statue. Later, they returned and each one apologised to me in turn.”

Bailey is unsure how the piece will go down in the UK, which has its own long and chequered colonial history. Cole Verhoeven certainly believes in Bailey’s right to ruffle feathers in telling these uncomfortable stories. “Exhibit B is monumental,” he says. “And Brett’s whiteness perhaps gives him a degree of distance necessary for wading around in this intensely painful material.”

But, looking back at some of his earlier work, Bailey is now the first to admit that pushing too hard and being too bold is an occupational hazard. “People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory.”

• Exhibit B is at the Playfair Library Hall, University of Edinburgh, until 25 August; then at the Barbican, London EC2, 23-27 September.

Voir de plus:

Why I’m not allowed my book title
It’s called The Book of Negroes in Canada – but Americans won’t buy that term

Lawrence Hill

The Guardian

20 May 2008

It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA.

But I didn’t think it would happen to me. When my novel, The Book of Negroes, came out last year with HarperCollins Canada, I was assured by my American publisher that the original title would be fine by them. However, several months later, I got a nervous email from my editor in New York.
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She mentioned that the book cover would soon be going to the printer and that the title had to change. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name.

Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live.

My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed.

The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. »

In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation.
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Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man.

I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out.

In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title.

I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK?

Voir de même:

La supercherie antiraciste

Lutter contre le racisme, c’est défendre l’universalité de nos valeurs, l’unité du genre humain. A l’exact opposé de l’offensive antirépublicaine actuellement à l’œuvre.

Alain Jakubowicz, Président de la Licra

Libération

11 avril 2016

Il y a encore trente ans, la cartographie de la haine était simple à établir : le racisme et l’antisémitisme étaient d’extrême droite. D’un côté, les héritiers de la Résistance, et de l’autre, ceux de Vichy. L’antiracisme avait son propre «mur de Berlin».

Depuis, le monde a changé, les murs sont tombés, les fronts se sont multipliés. Le mouvement antiraciste est resté figé dans des réflexes et des pratiques datées. Faute d’avoir mesuré ces changements profonds, il a manqué la mise à jour de son logiciel et son adaptation aux nouvelles frontières de la haine. A contrario de ses adversaires, il n’a pas su s’adapter à la révolution numérique. Il a tardé à comprendre que l’extrême droite n’avait plus le monopole du racisme et de l’antisémitisme et a laissé le champ libre à l’expression de nouvelles radicalités. Ce retard à l’allumage tient aussi à la mystification, qui s’est présentée à l’opinion sous les traits d’un antiracisme adapté aux identités plurielles – issues de l’immigration, marquées par la mémoire de l’esclavage, la colonisation – et affilié à la gauche. C’est sous ce masque pervers que la haine a, par effraction, trouvé refuge.

Le 4 avril, Libération consacrait justement son numéro aux «Visages contestés de l’antiracisme». L’éditorial de Laurent Joffrin a parfaitement analysé «le piège grossier» qui nous est tendu. Pourtant, à la faveur de cette «plongée chez les nouveaux antiracistes», on comprend facilement comment l’appropriation d’un combat peut conduire à son détournement et à sa dénaturation. Si l’on n’y prend pas garde, on risque d’attribuer sans discernement à ces faussaires des brevets d’antiracisme. Le moment est venu de bien nommer les choses, de cesser de faire capituler le langage devant des évidences et dire clairement que ces gens-là ne sont rien d’autre que des racistes et des antisémites. Il est temps de rappeler que la politisation de l’antiracisme est une imposture et une impasse derrière laquelle se cachent «l’anticapitaliste, l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme», «l’antisionisme», «la lutte des races sociales». Elle porte en elle les ferments d’un nouveau totalitarisme, reconstruisant des murs que nous avions détruits de haute lutte.

Le racisme et l’antisémitisme ont changé. Face à nous désormais, des cumulards de la haine des juifs, des homosexuels, des Blancs et, d’une certaine manière, des femmes. Désigner «le Blanc» comme symbole dominateur d’un prétendu «racisme d’Etat» qui sévirait en France, c’est être raciste. Quitter une réunion féministe en raison du trop grand nombre «de meufs blanches et assimilationnistes», c’est aussi être raciste. Revendiquer le communautarisme et accueillir à bras ouverts le fondamentalisme religieux pour «guérir la France de l’islamophobie», c’est offrir à l’extrême droite un boulevard pour promouvoir une conception contre-nature de la laïcité.

Une offensive antirépublicaine est à l’œuvre. Elle est puissante car elle bénéficie de la montée des populismes et des communautarismes qui exploitent, chacun de leur côté, le business de la peur et du repli identitaire. Ces deux extrémismes sont les deux faces d’une même pièce, celle de la haine qui conduit à la division et à l’affrontement. Elle appelle la même réprobation et les mêmes réponses.

Etre antiraciste, c’est défendre l’universalité de nos valeurs et l’unité du genre humain. C’est défendre le caractère indivisible de la Nation. Il n’existe pas d’antiracisme à la découpe ou à la carte. Etre antiraciste, c’est savoir être «de la couleur de ceux qu’on persécute» (Lamartine). L’idée qu’il faudrait être concerné par une discrimination pour la combattre est la négation même du combat antiraciste. Le silence assourdissant de ces prétendus «nouveaux visages» face à la condamnation de l’antisémitisme est l’aveu de leur supercherie «antiraciste». Il suffit de les voir applaudir les charlatans du négationnisme ou théoriser le «philosémitisme de l’Etat» pour s’en rendre compte.

Le mouvement antiraciste, le vrai, a désormais fait son aggiornamento en allant, pour reprendre Jaurès, vers son idéal en comprenant le réel. Sur les réseaux sociaux et sur le terrain, aux côtés des victimes, de toutes les victimes, black, blanc, ou beur, juive, athée, chrétienne, musulmane, de banlieue, des beaux quartiers ou d’un village rural, hétérosexuelle ou homosexuelle. Qu’on se le dise une fois pour toutes : l’antiracisme est universel, il vaut pour tous ou il ne vaut rien.

Alain Jakubowicz Président de la Licra

Voir enfin:

« La non-mixité racisée » : un racisme qui ne dit pas son nom

Alain Jakubowicz

14 April 2016

Je dénonçais mardi dans une tribune publiée dans Libération « les nouveaux visages du racisme et de l’antisémitisme ». Nous y sommes. Cette semaine, un nouveau palier a encore été franchi par ces pseudos-antiracistes. En effet, depuis lundi 11 avril se tient à Saint-Denis dans les murs de l’Université Paris 8 un événement au nom évocateur : « Paroles non-blanches : rencontres autour des questions de race. Travail et mobilisation » organisé par le collectif « Groupe de réflexion non-mixité racisée ». Au programme, une obsession de « la blanchité des médias » et de « l’islamophobie », le prétendu « racisme d’Etat », de la République et de l’Ecole, le tout baignant dans une sémantique coloniale absolument délirante.

La logique folle et prétendument « anti-système » qui préside à l’organisation de ce type d’événement est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême-droite à l’affirmation d’une France « blanche » : les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des « Ku Klux Klan inversés » où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau.

Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. L’initiative de ce groupuscule n’est pas acceptable et doit nous faire prendre conscience de la gravité de la situation. Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe.


POLITICS 101: La continuation de la politique par d’autres moyens (German website teaches migrants about entryism)

8 mars, 2016
missionarypositionL’entrisme est une stratégie d’organisation qui consiste à faire entrer de manière concertée des membres d’une organisation dans une autre organisation aux idées proches, mais concurrentes. Le terme entrisme est intrinsèquement lié à l’histoire du léninisme et du trotskisme, mais est aussi employé depuis lors pour décrire des pratiques du même ordre (infiltration, noyautage, etc.). L’objectif est d’influer sur l’orientation et la puissance d’un courant d’idées au sein de l’organisation ciblée, dans le but de parvenir à infléchir la stratégie de l’ensemble de l’organisation. Il existe deux types d’entrisme : officiel (que Léon Trotski appelle « à drapeaux déployés ») et clandestin. Il existe aussi l’entrisme organisé par une direction pour préserver son pouvoir ou se préserver d’une opposition. Le recours à l’entrisme est envisagé lorsque le mouvement trotskyste se sent trop faible et trop peu influent face aux soubresauts de l’Histoire ou, au contraire, face à l’apathie des masses ouvrières qui se tournent plutôt du côté des PC nationaux ou des partis sociaux-démocrates. Pour les trotskystes, la seule voie pour donner une efficacité concrète à leurs idées reste alors de chercher à influer sur des mouvements moins radicaux, mais ayant un rôle réel dans la vie politique. Il a donc été recouru à l’entrisme pendant des périodes relativement courtes, avant que le mouvement ne change une nouvelle fois de stratégie. De plus, son opportunité a fait débat au sein du mouvement, provoquant parfois des affrontements, voire des scissions. Wikipedia
Entryism is a political strategy in which an organisation or state encourages its members or supporters to join another, usually larger, organisation in an attempt to expand influence and expand their ideas and program. In situations where the organization being « entered » is hostile to entrism, the entrists may engage in a degree of subterfuge to hide the fact that they are an organisation in their own right. The French Turn refers to the classic form of entrism advocated by Leon Trotsky in his essays on « the French Turn ». In June 1934, he proposed that the French Trotskyists dissolve their Communist League to join the French Section of the Workers’ International (SFIO) and that it also dissolve its youth section to join more easily with revolutionary elements. The tactic was adopted in August 1934, despite some opposition. The turn successfully raised the group’s membership to 300 activists. Proponents of the tactic advocated that the Trotskyists should enter the social democratic parties to connect with revolutionary socialist currents within them, and steer those currents toward Leninism. However, entry lasted only for a brief period: the leadership of the SFIO started to expel the Trotskyists. The Trotskyists of the Workers Party of the United States also successfully used their entry into the Socialist Party of America to recruit their youth group and other members. Similar tactics were also used by Trotskyist organisations in other countries, including The Netherlands, Belgium, Switzerland and Poland. Entrism was used to connect with and recruit leftward-moving political currents inside radical parties. Since the turn in France, Marxists have used the tactic even if they had different preconceptions of how long the period of entry would last. « Deep entryism » refers to the long duration. Open entrism: some political parties, such as the Workers’ Party in Brazil or the Scottish Socialist Party allow political tendencies to openly organise within them. In these cases the term entryism is not usually used. Political groups which work within a larger organisation but also maintain a « public face » often reject the term « entrism » but are nevertheless sometimes considered to be entryists by the larger organisation.  Wikipedia
Quand on pense dans ces termes-là, effectivement, il n’y a pas d’ »invasion » puisqu’il n’y a pas de nations mais uniquement des individus et puisqu’il n’y a pas d’Etat, pas de pouvoir et donc pas de frontières. Quant aux « migrants », ils ne sont pas considérés dans leur identité puisqu’on ne se soucie que des « droits de l’homme », de l’homme en général et pas des droits des citoyens qui sont toujours citoyens d’un Etat particulier, identifié, etc. L’empaquetage victimaire et compassionnel des faits devient possible et crédible, en puisant dans le meilleur des sentiments humains. Ainsi ce qui se passe ne constitue pas une crise politique et militaire mais humanitaire. Le martyre de la traversée en mer efface le risque pris par les immigrants et la culpabilité des passeurs mais aussi des pays qui les laissent accomplir leurs forfaits. (…) Le chaos identitaire que l’Union Européenne en position de Diafoirus est en train de programmer s’avérera terrible. S’il conforte le pouvoir central sans identité de l’Union, il recèle une explosion atomique dans l’ordre du symbolique et du politique pour les ex-Etats européens, auxquels ces populations poseront demain un grave défi quant à leur continuité culturelle et identitaire. Le mépris que les économistes et technocrates européens témoignent pour la dimension symbolique et identitaire se retournera contre leurs constructions technocratiques décollées de la réalité. A Bruxelles comme à Strasbourg on a perdu le sens du réel, et le réel se vengera. (…) Le chaos européen que je viens de décrire annonce quelque chose d’inquiétant et de monstrueux. Nous sommes les témoins de la fin d’une civilisation et d’un ordre du monde. Shmuel Trigano
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François

Vous avez dit invasion ?

A l’heure où le pape lui-même reconnait les bienfaits de l’invasion arabe à laquelle est actuellement soumise l’Europe et bientôt l’ensemble du monde occidental …

Et où en Allemagne un site officiel se dévoue pour expliquer à nos chers envahisseurs  le BA-ABA de la mécanique et de l’étiquette sexuelle pour assurer la meilleure pénétration possible de ladite invasion  …

Comment en cette journée mondiale de la femme ne pas repenser …

A la célèbre théorie de l’entrisme de nos chers amis trostkistes des années 30 ?

« Invasion arabe », laïcité, argent : ce qu’a voulu dire le pape

Lors d’une rencontre entre le pape François et des acteurs français du christianisme social relatée sur le site de La Vie, certaines citations ont fait réagir. Au-delà de la polémique, quel sens donner aux propos du souverain pontife ? Qu’a-t-il vraiment voulu dire ? Décryptage.

« On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social »

C’est la phrase qui a marqué les esprits : sur les réseaux sociaux, la sphère proche de l’extrême droite a jubilé en faisant largement connaître ce que certains ont pris pour une légitimation papale de leur position anti-immigrants. Pourtant, le pape a enchainé immédiatement : « Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. »

Dans les colonnes du Monde, jeudi 3 mars, le directeur de la rédaction de La Vie a insisté : « Je suis scandalisé qu’on puisse faire semblant de faire croire que le pape appelle au choc des civilisations. Tout l’entretien dit le contraire. Pour lui, avec l’islam, il n’y a qu’une solution, c’est le dialogue. Aucun de ses discours ne prête à la moindre confusion. » Avant d’ajouter : « Il nous a dit que si l’on regardait l’histoire de l’Europe, des vagues migratoires, il y en avait eu, et que non seulement l’Europe les a surmontées, mais qu’elles lui ont été bénéfiques. Il est malhonnête de lui faire dire le contraire de ce qu’il dit depuis le début du pontificat. Le pape de Lampedusa n’est pas le pape du Front national. »

Le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, a d’ailleurs précisé à La Croix jeudi 4 mars : « Le pape n’a pas parlé d’une invasion violente ou préoccupante. » Les autres personnes présentes lors de la rencontre ont aussi témoigné d’un message positif délivré par François, comme le souligne Jérôme Vignon, président des Semaines sociales de France : « En aucune manière, il n’a voulu jeter de l’huile sur le feu pour provoquer une polémique. »

Pour Philippe de Roux, fondateur du courant des Poissons Roses au PS et organisateur de l’entrevue, « le pape a bien dit « invasion » mais s’il a pris ce mot-là, c’est parce qu’il est dans notre imaginaire ». S’exprimant sur Radio Notre-Dame jeudi, il était accompagné de Pascal Margueritte, attaché parlementaire de Bruno-Nestor Azerot, député de la Martinique et membre du cercle politique Esprit Civique faisant partie de la délégation à Rome. « Le pape touche du doigt là où ça fait mal en parlant d’invasion arabe, commente Pascal Margueritte, mais pour immédiatement dire qu’à chaque fois dans l’Histoire, cela a été un enrichissement. Il dit : il y a un problème, donc dépassons-le, prenons-le à bras le corps. »

Ce constat du pape François s’est inscrit dans un échange portant sur l’Europe rappelé vigoureusement par Jérôme Vignon, ancien parlementaire européen : le pape François juge l’Europe unique précisément « par sa manière de faire droit à la diversité tout en recherchant l’unité, par sa manière d’être en chemin, en recherche de cette unité, par le trésor de mémoire qu’elle a accumulé ».

Quant au site musulman SaphirNews, il estime lui-même que la « polémique (…), au bout du compte, fait pschitt, au regard d’abord de la phrase qui a suivi sa déclaration ». « Faut-il mettre l’expression sur le compte d’une maladresse ? Oui selon toute vraisemblance. A l’heure où l’Europe continue de faire face à un afflux des réfugiés venus ces derniers mois du Moyen-Orient, les positions du pape à ce sujet sont claires », ajoute le site.

« La France doit devenir un Etat plus laïc »

« La France a réussi à instaurer dans la démocratie le concept de laïcité. C’est sain. De nos jours, un État se doit d’être laïc. […] Votre laïcité est incomplète. La France doit devenir un pays plus laïc », a déclaré le pape. Voilà qui devrait réjouir les partisans d’une Eglise catholique plus discrète dans les débats publiques !

Et pourtant, de quelle laïcité parle-t-il ? « Une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les différentes traditions religieuses et philosophiques. D’ailleurs même un athée peut avoir une intériorité », a ajouté le pape, accompagnant la parole par un geste de la main qui part de son cœur. « Parce que la recherche de la transcendance n’est pas seulement un fait, mais un droit. »

Philippe de Roux précise encore sur Radio Notre-Dame : « La méthode de François est de retourner les mots pour nous mettre face à eux. Pour lui, la croyance philosophique ou religieuse est bien un droit. Et la République se doit d’être bienveillante à cet égard. »

« Le culte de l’argent est devenu le centre du système mondial »

Reprenant là une vision de l’argent souvent défendue dans ses discours et homélies, le pape François réaffirme le dangereux impact d’une mauvaise répartition des richesses. « Un ambassadeur venu d’un pays non chrétien m’a dit : nous nous sommes égarés dans l’idéologie de l’argent, a-t-il raconté. Voilà l’ennemi : la dépendance au veau d’or. Quand je lis que les 20% les plus riches possèdent 80% des richesses, ce n’est pas normal. Le culte de l’argent a toujours existé, mais aujourd’hui cette idolâtrie est devenue le centre du système mondial. »

Il a insisté : « Les adversaires d’aujourd’hui, c’est le narcissisme consumériste et tous les mots en « isme ». Nous nous sommes enfermés dans une dépendance plus forte que celle que provoquent les drogues, mettant à l’écart l’homme et la femme pour leur substituer l’idole de l’argent. C’est la culture du rejet. »

Le pape a néanmoins laissé entrevoir une lueur d’espoir inattendue dans ce sombre tableau : Christine Lagarde, présidente du FMI, qui, à ses yeux, « pressent que l’argent doit être au service de l’humanité et non l’inverse ».

Dès 2013, en visite pastorale en Sardaigne, et toujours en juillet 2015 en Bolivie, François avait déjà dénoncé « un système économique qui a en son centre une idole qui s’appelle argent ». Récemment, à l’occasion de son voyage au Mexique, à la mi-février, il n’avait pas hésité à s’en référer au « démon » qu’est l’argent : « On ne dialogue pas avec le démon ! Nous savons ce que signifie être séduit par l’argent, la gloire et le pouvoir. »


Agressions de Cologne: Attention, une violence peut en cacher une autre (Guess why there were no New Year’s eve mass sex attacks in Paris)

21 février, 2016
plainte-contre-Fox-NewsBayonneSignS’il faut un village pour élever une femme, il faut aussi un village pour en abuser une. Faux proverbe africain
Turbans of the mind are disallowing and disavowing proper intellectual engagement with Islam. Aldous Huxley once defined an intellectual as someone who had found something in life more important than sex: a witty but inadequate definition, since it would make all impotent men and frigid women intellectuals. A better definition would be a freethinker, not in the narrow sense of someone who does not accept the dogmas of traditional religion, but in the wider sense of someone who has the will to find out, who exhibits rational doubt about prevailing intellectual fashions, and who is unafraid to apply critical thought to any subject. If the intellectual is really committed to the notion of truth and free inquiry, then he or she cannot stop the inquiring mind at the gates of any religion — let alone Islam. And yet, that is precisely what has happened with Islam, criticism of which in our present intellectual climate is taboo. (…) Said not only taught an entire generation of Arabs the wonderful art of self-pity (if only those wicked Zionists, imperialists and colonialists would leave us alone, we would be great, we would not have been humiliated, we would not be backward) but intimidated feeble Western academics, and even weaker, invariably leftish, intellectuals into accepting that any criticism of Islam was to be dismissed as orientalism, and hence invalid. But the first duty of the intellectual is to tell the truth. Truth is not much in fashion in this postmodern age when continental charlatans have infected Anglo-American intellectuals with the thought that objective knowledge is not only undesirable but unobtainable. I believe that to abandon the idea of truth not only leads to political fascism, but stops dead all intellectual inquiry. To give up the notion of truth means forsaking the goal of acquiring knowledge. But man, as Aristotle put it, by nature strives to know. Truth, science, intellectual inquiry and rationality are inextricably bound together. Relativism, and its illegitimate offspring, multiculturalism, are not conducive to the critical examination of Islam. Said wrote a polemical book, Orientalism (1978), whose pernicious influence is still felt in all departments of Islamic studies, where any critical discussion of Islam is ruled out a priori . For Said, orientalists are involved in an evil conspiracy to denigrate Islam, to maintain its people in a state of permanent subjugation and are a threat to Islam’s future. These orientalists are seeking knowledge of oriental peoples only in order to dominate them; most are in the service of imperialism. Said’s thesis was swallowed whole by Western intellectuals, since it accords well with the deep anti-Westernism of many of them. This anti-Westernism resurfaces regularly in Said’s prose, as it did in his comments in the Guardian after September 11th. The studied moral evasiveness, callousness and plain nastiness of Said’s article, with its refusal to condemn outright the attacks on America or show any sympathy for the victims or Americans, leave an unpleasant taste in the mouth of anyone whose moral sensibilities have not been blunted by political and Islamic correctness. In the face of all evidence, Said still argues that it was US foreign policy in the Middle East and elsewhere that brought about these attacks. Ibn Warraq
Nous avons toute la nuit pour violer vos femmes et les enfants, boire votre sang. Même si vous nous échappez aujourd’hui, nous reviendrons demain pour vous finir ! Nous sommes ici pour vous renvoyer à votre Dieu ! Islamiste algérien (cité par Nesroullah Yous, survivant du massacre de Bentalha, 1997)
Il lui fallait quatre filles par jour, vierges de préférence, révèle une chef rebelle que nous appellerons Dina. Et il tenait absolument à être filmé, il voulait que ses gardes, ses collaborateurs le voient. Souvent, il violait un garçon, une fille, tout en discutant avec son entourage. On a retrouvé des cassettes qui dépassent l’imagination… » Paris Match
Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Nazir Afzal
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Violeur pakistanais
L’Arabie Saoudite n’est rien d’autre qu’un Daesh qui a réussi. Éric Zemmour
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud
En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes d’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur (…) lorsque l’information était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles. On dénombre 31% de victimes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de ces victimes (49%) a un emploi, avec une forte représentation de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures. (…)  Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour lesquelles l’information était disponible, 255 étaient intoxiquées au moment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. (…) Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondissement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autres lieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche). L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. (…) On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici. Le Parisien
L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda. Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité. Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. (…) C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ». La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être. Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité. (…) Le sexe est la plus grande misère dans le “monde d’Allah”. A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs “fidèles” : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. (…)  Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité. Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. Kamel Daoud
Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité. Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants. (…) Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens. Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte. Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges. (…) Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.(…) Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée. (…) L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe. Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres. Kamel Daoud
Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans. (…) Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme. (…) Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation. (…) Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant. (…) C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes. Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud. Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles. (…) Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. Encore faudrait-il pouvoir le faire sans réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes. Le fond de l’air semble l’interdire. Collectif d’anthropologues, sociologues, journalistes et historiens
Cher Kamel, il y a quelques jours, une amie tunisienne m’a envoyé une tribune parue dans Le Monde. Ce texte portait la signature de plusieurs universitaires que je connais. Des universitaires un peu bien-pensants, c’est vrai, mais, quand même, des gens qui ne sont pas tes adversaires – qui ne devraient pas être tes adversaires. Le ton de la lettre m’a dérangé. Je n’aimais pas le style de dénonciation publique, un style qui me rappelait un peu le style gauche-soviétique-puritain. Et tu dois savoir qu’en tant qu’ami je ne signerai pas de telle lettre contre toi, bien que je ne partage pas du tout les opinions que tu as exprimées dans cet article, et par la suite, même plus férocement encore, me semble-t-il, dans la tribune du New York Times. Pour moi, c’est très difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit. Ce n’était pas le Kamel Daoud que je connais et dont j’ai fait le portrait dans un long article. Nous avons beaucoup parlé des problèmes de sexe dans le monde arabo-musulman quand j’étais à Oran. Mais nous avons aussi parlé des ambiguïtés de la « culture » (mot que je n’aime pas) ; par exemple, le fait que les femmes voilées sont parfois parmi les plus émancipées sexuellement. Dans tes écrits récents, c’est comme si toute l’ambiguïté dont nous avons tant discuté, et que, plus que personne, tu pourrais analyser dans toute sa nuance, a disparu. Tu l’as fait de plus dans des publications lues par des lecteurs occidentaux qui peuvent trouver dans ce que tu écris la confirmation de préjugés et d’idées fixes. Je ne dis pas que tu l’as fait exprès, ou même que tu joues le jeu des « impérialistes ». Non, je ne t’accuse de rien. Sauf de ne pas y penser, et de tomber dans des pièges étranges et peut-être dangereux. Je pense ici surtout à l’idée selon laquelle il y aurait un rapport direct entre les événements de Cologne et l’islamisme, voire l’« Islam » tout court. Je te rappelle qu’on a vu, il y a quelques années, des événements similaires, certes pas de la même ampleur, mais quand même, lors de la parade du Puerto Rican Day à New York. Les Portoricains qui ont alors molesté des femmes dans la rue n’étaient pas sous l’influence de l’Islam mais de l’alcool… Sans preuve que l’Islam agissait sur les esprits de ces hommes à Cologne, il me semble curieux de faire de telles propositions, et de suggérer que cette « maladie » menace l’Europe… Dans son livre La Maladie comme métaphore (Christian Bourgois, 2005), un ouvrage devenu un classique, Susan Sontag démontre que l’idée de « maladie » a une histoire pas très reluisante, souvent liée au fascisme. Les juifs, comme tu le sais, étaient considérés comme une espèce de maladie ; et les antisémites d’Europe, au XIXsiècle, à l’époque de l’émancipation, se sont montrés très préoccupés des coutumes sexuelles des juifs, et de la domination des hommes juifs sur les femmes… Les échos de cette obsession me mettent mal à l’aise. (…) Kamel, tu es tellement brillant, et tu es tendre, aussi, ça, je le sais. C’est à toi, et à toi seul, de décider comment tu veux t’engager dans la politique, mais je veux que tu saches que je m’inquiète pour toi, et j’espère que tu réfléchiras bien à tes positions… et que tu retourneras au mode d’expression qui, à mon avis, est ton meilleur genre : la littérature. J’espère que tu comprendras que je t’écris avec le sentiment de la plus profonde amitié. Adam Shatz
Nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre; le texte sur « Cologne », j’en avais écrit une partie, celle sur la femme, il y a des années. A l’époque, cela n’a fait réagir personne ou si peu. Aujourd’hui, l’époque a changé : des crispassions poussent à interpréter et l’interprétation pousse au procès. J’avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur succession dans le temps est donc un accident et pas un acharnement de ma part. J’avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de « charité culturelle ». Je suis écrivain et je n’écris pas des thèses d’universitaires. C’est une émotion aussi. Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, pour ce texte, je trouve cela immoral parce qu’ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me servent le verdict d’islamophobie à partir de la sécurité et des conforts des capitales de l’Occident et ses terrasses. Le tout servi en forme de procès stalinien et avec le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux des intérêts des autres indigènes et post-décolonisés. Et au nom des deux mais avec mon nom. Et cela m’est intolérable comme posture. Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition. Je pense que c’est honteux de m’accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens. (…) Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la conséquence de leurs actes et du tribunal sur la vie d’autrui. (…) Comme autrefois, l’écrivain venu du froid, aujourd’hui, l’écrivain venu du monde dit « arabe » est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les médias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l’avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dénoncer. Mais je me retrouve soudainement responsable de ce qui va être lu selon les terres et les airs. Dénoncer la théocratie ambiante chez nous devient un argument d’islamophobe ailleurs. Est-ce ma faute ? En partie. Mais c’est aussi la faute de notre époque, son mal du siècle. C’est ce qui s’est passé pour la tribune sur « Cologne ». Je l’assume mais je me retrouve désolé pour ce à quoi elle peut servir comme déni et refus d’humanité de l’Autre. L’écrivain venu des terres d’Allah se retrouve aujourd’hui au centre de sollicitations médiatiques intolérables. Je n’y peux rien mais je peux m’en soustraire : par la prudence comme je l’ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais. Je vais donc m’occuper de littérature et en cela tu as raison. J’arrête le journalisme sous peu. Kamel Daoud
C’est juste,  que je suis fatigué de tout ça. Je préfère me consacrer à la littérature. Franchement, je préfère écrire des livres, me reposer un petit peu parce que j’ai subi un ouragan pendant les deux dernières années. Et puis, j’ai aussi envie de réfléchir à mes positions et prendre du recul. C’est exactement ça. Ce n’est pas exclusivement lié à ma chronique parue dans le Monde. La décision mûrissait depuis un mois ou deux.  J’ai trop donné. J’ai fait énormément de chroniques depuis des années. Cela fait 20 ans. Et là je suis fatigué, j’ai besoin de repos. (…) Cela fait 20 ans que je subis ces pressions. Je suis arrivé au point où chaque fois que je reçois un prix, j’ai peur. Parce que nous sommes arrivés à une situation de sous culture et de paranoïa où  au lieu d’applaudir un algérien qui parvient à décrocher le prix du meilleur journaliste  en France de l’année, on lui tombe dessus. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça. Je reçois beaucoup de soutien, beaucoup de gens très sympas  mais c’est juste que j’ai envie de me reposer. Je vous jure que faire une chronique pendant vingt ans, ce n’est pas évident. (…) Probablement que j’irai aux Etats-unis pour deux ou trois mois, mais je reviendrai. (…) Je déteste le rôle de l’intellectuel menacé. Je ne le supporte pas. On est tous menacé. On doit tous résister et chacun sait ce qu’il a à faire. Pour la précision, je ne m’attaque pas aux islamistes mais je me défends. Je ne suis pas un militant. J’ai une vie et je la défends.  Je le répète toujours à celui qui ne peut pas mourir à ma place, ne peut pas vivre à ma place. Je ne vois pas pourquoi ça serait à moi d’abdiquer avant les autres. J’ai dit ce que je pense. Maintenant je vais le dire autrement. J’ai envie d’écrire des romans. Ce n’est pas une démission. Ce n’est pas une lâcheté. Ce n’est pas une abdication. J’ai juste envie de changer de mode d’expression. Même si je quitte la presse, Kamel Daoud reste Kamel Daoud. Ce que je pense, je le dis. Je n’ai pas à baisser les yeux. Moi je n’ai tué personne. Que cela soit un islamiste ou encore un imbécile qui croit à la théorie du complot ou alors que je fais ça pour avoir les papiers. Non ! Moi je suis algérien. Je vis en Algérie. Je défends mes idées. Je défends ma façon de voir. Et je défends ma terre et mes enfants ! Les gens n’arrivent pas à croire qu’on puisse être différent et de bonne foi. Tout le monde croit que l’on fait quelque chose pour avoir les papiers, pour s’enrichir, vendre des livres. Je n’ai jamais été comme ça. Ceux qui me connaissent savent que je fonctionne comme ça. Kamel Daoud
Après avoir interrogé près de 300 personnes et visionné 590 heures de vidéos, le procureur de Cologne, Ulrich Bremer, révèle dans une interview à Die Welt que plus de 60% des agressions n’étaient pas à caractère sexuel mais bien des vols. Surtout, sur 58 agresseurs, 55 n’étaient pas des réfugiés. Ils sont pour la plupart Algériens et Marocains installés en Allemagne de longue date, ainsi que trois Allemands. On ne dénombre que deux réfugiés Syriens et un Irakien. (…) L’examen des faits montre aujourd’hui qu’il s’agit d’un problème systémique se posant dès que la foule envahit les rues et que l’alcool coule à flot. D’après le journal Libération, un viol aurait été commis à Cologne et nous savons que plus de 400 plaintes ont été déposées pour des agressions à caractère sexuel. Or l’an dernier, deux viols ont été commis lors des fêtes de Bayonne ainsi qu’un nombre inconnu d’agressions sexuelles. Au point que la mairie se sente obligée de rappeler publiquement lors des fêtes que le viol est un crime… En effet, les attouchements sexuels contre les femmes semblent faire partie des habitudes dans ce type de rassemblement sans que personne, sauf quelques associations féministes, ne s’en émeuve. Au point que le journal Sud Ouest puisse affirmer « qu’aucun incident majeur n’est venu endeuiller les fêtes » pour compléter deux lignes plus bas que trois viols ont été commis… Lors de l’édition 2015 des fêtes de Pampelune, 1656 plaintes ont été déposées (contre 2 047 en 2014), dont quatre pour agression sexuelle. Lors des fêtes de la bière à Munich, deux plaintes sont enregistrées en moyenne chaque année. Mais en 2002, c’est 13 viols qui ont été comptabilisés. Les associations locales estiment que le chiffre doit être multiplié par dix, les victimes ne portant généralement pas plainte. En conclusion, les événements de Cologne démontrent que, loin d’un fait divers lié à la présence de réfugiés particulièrement misogynes, les agressions sexuelles et les viols font partie d’une culture largement partagée et où l’alcool sert parfois de catalyseur. C’est donc à la domination masculine dans son ensemble qu’il faut s’en prendre. Pas seulement à la culture des autres. Patric Jean
Si une très large majorité de ceux qui croient et pratiquent l’islam en France sont tout à fait laïques dans leur manière de comprendre leur religion, une minorité ne l’est, elle, pas du tout et fait pression, de différentes manières, sur les institutions, sur la société, sur les autres musulmans, etc. pour voir reconnaître une certaine pratique de l’islam. Dans le sens d’une radicalisation jusqu’à l’islamisme politique et la contestation de la laïcité elle-même, des lois de la République (celle de 2004 à l’école par exemple). Le fait que ces revendications bénéficient d’un soutien, plus ou moins fort et pour des raisons diverses (instrumentalisation politique, combat dit post-colonial, combat contre la laïcité, combat commun contre la liberté de mœurs…), de la part de tout un tas de non musulmans au sein de la société française, en particulier au sein de ses élites, rend encore plus difficile l’intégration au commun républicain de cette minorité de la population de religion musulmane. Les torts sont donc partagés au regard de la situation actuelle: la pression de l’islamisme politique d’un côté, phénomène international, et les faiblesses ou les calculs au sein de certains milieux français qui conduisent à des formes de complaisance, d’accommodement voire de collaboration pure et simple. (…)  C’est un mécanisme assez classique que l’on a bien connu en Europe avec le totalitarisme, et les procès politiques qu’il entraînait. La haine qui peut alors être déversée sur celles et ceux qui dénoncent ces raccourcis et ces méthodes est impressionnante. Elle fait même parfois peur de ce qu’elle révèle chez certains. Que ces méthodes totalitaires soient utilisées par des militants islamistes, cela s’explique même si on peine à le comprendre. Qu’elles soient en revanche devenues monnaie courante dans le débat public en France, cela m’étonne davantage. Les attaques contre Elisabeth Badinter ou Kamel Daoud, ou encore contre Céline Pina ou Amine El Khatmi récemment, de la part de responsables d’institutions publiques, d’élus politiques, de journalistes ou de collègues universitaires à coup d’accusations d’islamophobie sont pour moi insupportables. Le terme lui-même n’est parfois même plus interrogé. Il est admis comme l’équivalent d’antisémitisme ou de racisme! Des colloques sont organisés sur l’islamophobie sans que le terme soit mis en question. Le CCIF, une association militante qui promeut l’islamisme politique, est même reçue officiellement par les autorités publiques au nom de ce combat contre l’islamophobie dont elle a, habilement, fait son objet. Ce sont des aveuglements et des renoncements qui en disent long et surtout qui risquent de coûter cher. C’est un processus de combat culturel pour l’hégémonie au sens gramscien auquel nous assistons. (…) C’est un chose étrange, décidément, que de penser qu’on peut convaincre quiconque du fait que le djihadisme et le terrorisme islamiste n’ont rien à voir avec l’islam. Les djihadistes, les terroristes qui se réclament de l’islam savent ce qu’ils font. (…) Au-delà, ce genre de propos qui veut détacher le djihadisme de l’islam entend aussi nier la continuité qu’il y a entre l’islamisme politique et le djihadisme, en expliquant notamment qu’il y aurait d’un côté un islamisme «quiétiste» par exemple et de l’autre une forme violente. Que l’on devrait discuter et s’accommoder de la première en combattant la seconde. Ce genre de distinction conduit à nier le caractère idéologique de l’entreprise islamiste, à vouloir à tout prix expliquer la violence terroriste par elle-même, de manière comparable à d’autres formes de violence terroriste. Or, ce que nous ont appris les travaux sur le totalitarisme, en particulier, c’est que l’usage et la légitimation de la violence à des fins politiques reposent sur un ensemble de considérations idéologiques préalables. Que l’origine de celles-ci soient un système de pensée lié à la race et à la nation, à la classe et à la révolution ou à la foi et à la réalisation de la volonté de dieu importe peu. Le mécanisme est le même, et il est chaque fois destructeur de l’humanité de l’homme. C’est aujourd’hui à un tel défi que nous sommes confrontés. Il est plus que regrettable, impardonnable, que des responsables politiques n’en prennent pas conscience et n’agissent pas en conséquence. Laurent Bouvet
Il faut souligner la faible présence de réfugiés syriens parmi les interpellés. Ceux qui ont connu la Syrie avant la guerre savent qu’on y voyait des femmes non voilées et des filles en minijupes, c’est-à-dire des chrétiennes. Les populations savaient cohabiter. Pour les jeunes fraîchement arrivés du Maghreb, cette coexistence est inconnue, et il n’y a pas besoin de concertation pour profiter d’une si extraordinaire aubaine : des jeunes femmes, de nuit, sans défense. Pour la plupart des musulmans du Pakistan ou du Maghreb, une femme dehors de nuit est une prostituée. Une femme maquillée est une provocation sexuelle. Une femme non voilée se désigne comme proie. Habituées de plus longue date que les Allemandes au contact des Maghrébins, les Françaises ont appris à faire profil bas, notamment à troquer la jupe contre le pantalon quand elles doivent traverser des espaces où les musulmans sont majoritaires. Les territoires perdus de la République furent d’abord des territoires perdus pour les femmes, tout un réseau de rues et de places non mixtes, même de jour, et des cafés dont nulle cliente n’ose jamais pousser la porte. Ceux qui découvrent avec « stupeur » le déchaînement des attouchements et des viols qui a marqué la nuit de la Saint-Sylvestre auraient pu se demander comment, en France, des espaces s’étaient progressivement vidés de celles qui auparavant y vivaient librement. La réponse est simple : par le même cocktail d’intimidation et de harcèlement, mais peu à peu, à bas bruit, et surtout sans qu’on le signale. Car c’est le contraire qui captait l’attention. Quand des jeunes des cités se voyaient interdire l’entrée en boîte de nuit, la presse a toujours accusé la stigmatisation de la jeunesse : on ne s’est guère interrogé sur les raisons qui poussaient les tenanciers à se priver d’une clientèle. La consigne de ne pas désespérer Billancourt fut relayée par celle de ne pas offenser le 9-3. Les femmes y ont perdu de leur liberté de mouvement et de leur assurance, dans l’indifférence générale. L’enfer de ce renfermement fut pavé de bonnes intentions. (…) Tous les responsables – intellectuels et journalistes, policiers et magistrats – ont constamment minimisé les « incidents », tétanisés par la peur de réactions racistes, qui du reste existent bel et bien, comme l’ont prouvé les manifestations néonazies de Dortmund. (…) Il paraît inutile d’entonner la rengaine de l’éducation : en France, où les populations maghrébines sont installées de longue date, et donc exposées au système éducatif commun, l’hostilité à la mixité est intacte. Elle ne l’est pas seulement chez les islamistes. Chez l’épicier arabe, le sympathique Djerbien ouvert tard le soir, on ne voit dans la boutique que le patron, ses frères ou ses cousins. Il n’y a pas d’épicière à la caisse. Fort heureusement, quelques individus peuvent s’émanciper des lois de l’appartenance, mais globalement le monde musulman juge que les femmes doivent être respectées, et pour cette raison soustraites aux regards. Nous jugeons que les femmes sont libres, et qu’elles font ce qu’elles veulent de leur corps. Claude Habib

Attention: une violence peut en cacher une autre !

A l’heure où se confirme la sur-représentation non de réfugiés syriens mais de jeunes fraîchement arrivés du Maghreb mis en cause dans les agressions contre des femmes du réveillon de Cologne

Et où pour avoir osé pointer, fort de son expérience algérienne et sa centaine de milliers de victimes comme de la fatwa sur sa tête,  le racisme caché du concept saïdien d’orientalisme, l’écrivain qui avait déjà défini l’Arabie saoudite comme « Daech qui a réussi », se voit, de part et d’autre de la Méditerrannée et même de l’Atlantique, taxé d’ « islamophobie » et de « paternalisme colonial » et poussé à l’abandon du journalisme

Pendant qu’après les écoles ou lieux de culte juifs, c’est sous protection policière ou militaire que vont au lycée nos enfants …

Et que l’on se souvient accessoirement de la véritable culture du viol qu’avait instaurée le feu dictateur libyen

Retour avec une tribune de l’universitaire français Claude Habib …

Sur  une autre violence plus progressive et à plus bas bruit …

Qui avec cependant le « même cocktail d’intimidation et de harcèlement » …

A réussi de fait à quasiment interdire à la gente féminine …

Nombre de nos espaces publics, créneaux horaires ou types de vêtements …

Les leçons d’un réveillon en Europe
Claude Habib (Essayiste et professeur de littérature à la Sorbonne Nouvelle)

Le Monde

30.01.2016

Il y a près de trois siècles, Montesquieu faisait débarquer en Europe des Persans – c’est-à-dire des Iraniens. Le jeune Rica se montrait à la fois charmé par la franchise des Parisiennes et sidéré par leur légèreté de mœurs. D’une plume allègre et caustique, il décrit les avantages et les inconvénients de cet autre rapport aux femmes qui est propre à l’Occident : laisser les femmes se gouverner.

Les graves événements survenus à la gare de Cologne et dans d’autres villes européennes montrent que le choc est toujours le même, quoique certains des nouveaux arrivants soient moins disposés à décrire et comparer qu’à faire main basse et violenter.

Des commentateurs ont avancé l’hypothèse d’une attaque concertée, en raison de la simultanéité des délits et des crimes. C’est absurde : les prétendues preuves d’une telle concertation se résument à des SMS ou à des rendez-vous sur les réseaux sociaux semblables à ceux que les jeunes échangent en fin de semaine pour aller à la pizzeria. La seule simultanéité, c’est la date du réveillon qui a jeté dans les rues des foules composites, et mis en présence des peuples pour qui la signification de la mixité n’est pas la même.

Il faut souligner la faible présence de réfugiés syriens parmi les interpellés. Ceux qui ont connu la Syrie avant la guerre savent qu’on y voyait des femmes non voilées et des filles en minijupes, c’est-à-dire des chrétiennes. Les populations savaient cohabiter.

Coexistence inconnue
Pour les jeunes fraîchement arrivés du Maghreb, cette coexistence est inconnue, et il n’y a pas besoin de concertation pour profiter d’une si extraordinaire aubaine : des jeunes femmes, de nuit, sans défense. Pour la plupart des musulmans du Pakistan ou du Maghreb, une femme dehors de nuit est une prostituée. Une femme maquillée est une provocation sexuelle. Une femme non voilée se désigne comme proie.

Habituées de plus longue date que les Allemandes au contact des Maghrébins, les Françaises ont appris à faire profil bas, notamment à troquer la jupe contre le pantalon quand elles doivent traverser des espaces où les musulmans sont majoritaires.

Les territoires perdus de la République furent d’abord des territoires perdus pour les femmes, tout un réseau de rues et de places non mixtes, même de jour, et des cafés dont nulle cliente n’ose jamais pousser la porte. Ceux qui découvrent avec « stupeur » le déchaînement des attouchements et des viols qui a marqué la nuit de la Saint-Sylvestre auraient pu se demander comment, en France, des espaces s’étaient progressivement vidés de celles qui auparavant y vivaient librement.

La réponse est simple : par le même cocktail d’intimidation et de harcèlement, mais peu à peu, à bas bruit, et surtout sans qu’on le signale. Car c’est le contraire qui captait l’attention.

Ne pas offenser le 9-3

Quand des jeunes des cités se voyaient interdire l’entrée en boîte de nuit, la presse a toujours accusé la stigmatisation de la jeunesse : on ne s’est guère interrogé sur les raisons qui poussaient les tenanciers à se priver d’une clientèle. La consigne de ne pas désespérer Billancourt fut relayée par celle de ne pas offenser le 9-3. Les femmes y ont perdu de leur liberté de mouvement et de leur assurance, dans l’indifférence générale. L’enfer de ce renfermement fut pavé de bonnes intentions.

La sous-information au sujet des violences subies par les femmes est la seule excuse de ceux qui découvrent aujourd’hui le problème. La politique de l’autruche n’est d’ailleurs pas une spécificité française. La police suédoise, confrontée aux mêmes conduites et aux mêmes crimes, dès avant la nuit du 31 décembre, avait pris le parti de dissimuler les faits, comme a tenté de le faire la police de Cologne.

Tous les responsables – intellectuels et journalistes, policiers et magistrats – ont constamment minimisé les « incidents », tétanisés par la peur de réactions racistes, qui du reste existent bel et bien, comme l’ont prouvé les manifestations néonazies de Dortmund. Que faire ?

Tolérance ou répression

Il paraît inutile d’entonner la rengaine de l’éducation : en France, où les populations maghrébines sont installées de longue date, et donc exposées au système éducatif commun, l’hostilité à la mixité est intacte. Elle ne l’est pas seulement chez les islamistes. Chez l’épicier arabe, le sympathique Djerbien ouvert tard le soir, on ne voit dans la boutique que le patron, ses frères ou ses cousins. Il n’y a pas d’épicière à la caisse.

Fort heureusement, quelques individus peuvent s’émanciper des lois de l’appartenance, mais globalement le monde musulman juge que les femmes doivent être respectées, et pour cette raison soustraites aux regards. Nous jugeons que les femmes sont libres, et qu’elles font ce qu’elles veulent de leur corps.

Devant une telle divergence, certains en appellent à la tolérance, et d’autres à la répression. En Autriche, Johanna Mikl-Leitner, la ministre de l’intérieur démocrate-chrétienne, a fièrement déclaré : « Une chose est sûre, nous ne laisserons pas, nous les femmes, notre liberté de mouvement dans l’espace public reculer du moindre millimètre. » Ce sont des rodomontades, car elle a déjà reculé.

Voir aussi:

Nuit de Cologne : « Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés »

Collectif

Le Monde

11.02.2016

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans.

Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par « la droite et l’extrême droite », l’auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme.

Essentialisme

Le texte repose sur trois logiques qui, pour être typiques d’une approche culturaliste que de nombreux chercheurs critiquent depuis quarante ans, n’en restent pas moins dangereuses. Pour commencer, Daoud réduit dans ce texte un espace regroupant plus d’un milliard d’habitants et s’étendant sur plusieurs milliers de kilomètres à une entité homogène, définie par son seul rapport à la religion, « le monde d’Allah ». Tous les hommes y sont prisonniers de Dieu et leurs actes déterminés par un rapport pathologique à la sexualité. Le « monde d’Allah » est celui de la douleur et de la frustration.

Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation.

Psychologisation

Kamel Daoud prétend en outre poser un diagnostic sur l’état psychologique des masses musulmanes. Ce faisant, il impute la responsabilité des violences sexuelles à des individus jugés déviants, tout en refusant à ces individus la moindre autonomie, puisque leurs actes sont entièrement déterminés par la religion.

Les musulmans apparaissent prisonniers des discours islamistes et réduits à un état de passivité suicidaire (ils sont « zombies » et « kamikazes »). C’est pourquoi selon Daoud, une fois arrivés en Europe, les réfugiés n’ont comme choix que le repli culturel face au déracinement. Et c’est alors que se produit immanquablement le « retour du grégaire », tourné contre la femme, à la fois objet de haine et de désir, et particulièrement contre la femme libérée.

Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant.

Discipline

« Le réfugié est-il donc sauvage ? », se demande Daoud. S’il répond par la négative, le seul fait de poser une telle question renforce l’idée d’une irréductible altérité. L’amalgame vient peser sur tous les demandeurs d’asile, assimilés à une masse exogène de frustrés et de morts-vivants. N’ayant rien à offrir collectivement aux sociétés occidentales, ils perdent dans le même temps le droit à revendiquer des parcours individuels, des expériences extrêmement diverses et riches.

Culturellement inadaptés et psychologiquement déviants, les réfugiés doivent avant toute chose être rééduqués. Car Daoud ne se contente pas de diagnostiquer, il franchit le pas en proposant une recette familière. Selon lui, il faut « offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer ». C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes.

Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud.

De quoi Daoud est-il le nom ?

Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles.

Nous nous alarmons de la banalisation des discours racistes affublés des oripeaux d’une pensée humaniste qui ne s’est jamais si mal portée. Nous nous alarmons de voir un fait divers gravissime servir d’excuse à des propos et des projets gravissimes. Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. Encore faudrait-il pouvoir le faire sans réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes. Le fond de l’air semble l’interdire.

Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Voir également:

LETTRE D’ADAM SHATZ A KAMEL DAOUD : « C’est difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit »

Cher Kamel, il y a quelques jours, une amie tunisienne m’a envoyé une tribune parue dans Le Monde. Ce texte portait la signature de plusieurs universitaires que je connais. Des universitaires un peu bien-pensants, c’est vrai, mais, quand même, des gens qui ne sont pas tes adversaires – qui ne devraient pas être tes adversaires. Le ton de la lettre m’a dérangé. Je n’aimais pas le style de dénonciation publique, un style qui me rappelait un peu le style gauche-soviétique-puritain. Et tu dois savoir qu’en tant qu’ami je ne signerai pas de telle lettre contre toi, bien que je ne partage pas du tout les opinions que tu as exprimées dans cet article, et par la suite, même plus férocement encore, me semble-t-il, dans la tribune du New York Times.

Pour moi, c’est très difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit. Ce n’était pas le Kamel Daoud que je connais et dont j’ai fait le portrait dans un long article. Nous avons beaucoup parlé des problèmes de sexe dans le monde arabo-musulman quand j’étais à Oran. Mais nous avons aussi parlé des ambiguïtés de la « culture » (mot que je n’aime pas) ; par exemple, le fait que les femmes voilées sont parfois parmi les plus émancipées sexuellement. Dans tes écrits récents, c’est comme si toute l’ambiguïté dont nous avons tant discuté, et que, plus que personne, tu pourrais analyser dans toute sa nuance, a disparu. Tu l’as fait de plus dans des publications lues par des lecteurs occidentaux qui peuvent trouver dans ce que tu écris la confirmation de préjugés et d’idées fixes.

Je ne dis pas que tu l’as fait exprès, ou même que tu joues le jeu des « impérialistes ». Non, je ne t’accuse de rien. Sauf de ne pas y penser, et de tomber dans des pièges étranges et peut-être dangereux. Je pense ici surtout à l’idée selon laquelle il y aurait un rapport direct entre les événements de Cologne et l’islamisme, voire l’« Islam » tout court.

Je te rappelle qu’on a vu, il y a quelques années, des événements similaires, certes pas de la même ampleur, mais quand même, lors de la parade du Puerto Rican Day à New York. Les Portoricains qui ont alors molesté des femmes dans la rue n’étaient pas sous l’influence de l’Islam mais de l’alcool… Sans preuve que l’Islam agissait sur les esprits de ces hommes à Cologne, il me semble curieux de faire de telles propositions, et de suggérer que cette « maladie » menace l’Europe… Dans son livre La Maladie comme métaphore (Christian Bourgois, 2005), un ouvrage devenu un classique, Susan Sontag démontre que l’idée de « maladie » a une histoire pas très reluisante, souvent liée au fascisme. Les juifs, comme tu le sais, étaient considérés comme une espèce de maladie ; et les antisémites d’Europe, au XIXsiècle, à l’époque de l’émancipation, se sont montrés très préoccupés des coutumes sexuelles des juifs, et de la domination des hommes juifs sur les femmes… Les échos de cette obsession me mettent mal à l’aise.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas parler de la question sexuelle dans le monde arabo-musulman. Bien sûr que non. Il y a beaucoup d’écrivains qui en ont parlé d’une façon révélatrice (la sociologue marocaine Fatima Mernissi, le poète syrien Adonis, même, quoi qu’un peu hystériquement, le poète algérien Rachid Boudjedra) et je sais de nos conversations, et de ton roman magistral, que tu as tout le talent nécessaire pour aborder ce sujet. Il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent en parler avec une telle acuité. Mais après avoir réfléchi, et dans une forme qui va au-delà de la provocation, et des clichés.

Après avoir lu ta tribune, j’ai déjeuné avec une auteure égyptienne, une amie que tu aimerais bien, et elle me disait que ses jeunes amis au Caire sont tous bisexuels. C’est quelque chose de discret, bien sûr, mais ils vivent leur vie ; ils trouvent leurs orgasmes, même avant le mariage, ils sont créatifs, ils inventent une nouvelle vie pour eux-mêmes, et, qui sait, pour l’avenir de l’Egypte. Il n’y a pas d’espace pour cette réalité dans les articles que tu as publiés. Il n’y a que la « misère » – et la menace que représentent ces misérables qui sont actuellement réfugiés en Europe. Comme les juifs le disent pour leur Pâque (et ce que les Israéliens oublient en Palestine) : il faut toujours se souvenir que l’on a été étranger dans la terre d’Egypte.

Kamel, tu es tellement brillant, et tu es tendre, aussi, ça, je le sais. C’est à toi, et à toi seul, de décider comment tu veux t’engager dans la politique, mais je veux que tu saches que je m’inquiète pour toi, et j’espère que tu réfléchiras bien à tes positions… et que tu retourneras au mode d’expression qui, à mon avis, est ton meilleur genre : la littérature.

J’espère que tu comprendras que je t’écris avec le sentiment de la plus profonde amitié.

Voir de plus:

Cologne, lieu de fantasmes »
Kamel Daoud (Ecrivain)

Le Monde

31.01.2016

Que s’est-il passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ? On peine à le savoir avec exactitude en lisant les comptes rendus, mais on sait – au moins – ce qui s’est passé dans les têtes. Celle des agresseurs, peut-être ; celle des Occidentaux, sûrement.

Fascinant résumé des jeux de fantasmes. Le « fait » en lui-même correspond on ne peut mieux au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent.

Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés. Ces derniers sont assimilés aux agresseurs, même si l’on ne le sait pas encore avec certitude. Les coupables sont-ils des immigrés installés depuis longtemps ? Des réfugiés récents ? Des organisations criminelles ou de simples hooligans ? On n’attendra pas la réponse pour, déjà, délirer avec cohérence. Le « fait » a déjà réactivé le discours sur « doit-on accueillir ou s’enfermer ? » face à la misère du monde. Le fantasme n’a pas attendu les faits.

Le rapport à la femme
Angélisme aussi ? Oui. L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme.

En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda.

Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité.

Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir.

« La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme »
Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie.

C’est une conviction partagée qui devient très visible chez l’islamiste par exemple. L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme.

L’islamiste en veut à celle qui donne la vie, perpétue l’épreuve et qui l’a éloigné du paradis par un murmure malsain et qui incarne la distance entre lui et Dieu. La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme. L’islamiste est tout aussi angoissé par la femme parce qu’elle lui rappelle son corps à elle et son corps à lui.

La liberté que le réfugié désire mais n’assume pas
Le corps de la femme est le lieu public de la culture : il appartient à tous, pas à elle. Ecrit il y a quelques années à propos de la femme dans le monde dit arabe : « A qui appartient le corps d’une femme ? A sa nation, sa famille, son mari, son frère aîné, son quartier, les enfants de son quartier, son père et à l’Etat, la rue, ses ancêtres, sa culture nationale, ses interdits. A tous et à tout le monde, sauf à elle-même. Le corps de la femme est le lieu où elle perd sa possession et son identité. Dans son corps, la femme erre en invitée, soumise à la loi qui la possède et la dépossède d’elle-même, gardienne des valeurs des autres que les autres ne veulent pas endosser par [pour] leurs corps à eux. Le corps de la femme est son fardeau qu’elle porte sur son dos. Elle doit y défendre les frontières de tous, sauf les siennes. Elle joue l’honneur de tous, sauf le sien qui n’est pas à elle. Elle l’emporte donc comme un vêtement de tous, qui lui interdit d’être nue parce que cela suppose la mise à nu de l’autre et de son regard. »

« On voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme »
Une femme est femme pour tous, sauf pour elle-même. Son corps est un bien vacant pour tous et sa « malvie » à elle seule. Elle erre comme dans un bien d’autrui, un mal à elle seule. Elle ne peut pas y toucher sans se dévoiler, ni l’aimer sans passer par tous les autres de son monde, ni le partager sans l’émietter entre dix mille lois. Quand elle le dénude, elle expose le reste du monde et se retrouve attaquée parce qu’elle a mis à nu le monde et pas sa poitrine. Elle est enjeu, mais sans elle ; sacralité, mais sans respect de sa personne ; honneur pour tous, sauf le sien ; désir de tous, mais sans désir à elle. Le lieu où tous se rencontrent, mais en l’excluant elle. Passage de la vie qui lui interdit sa vie à elle.

C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ».

La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être.

Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité.

Le problème des « valeurs »
Le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah ». A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka.

L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme.

Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer.

Kamel Daoud est un écrivain algérien. Il est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il est également chroniqueur au Quotidien d’Oran. Cet article a d’abord été publié en Italie dans le quotidien La Repubblica.

Voir encore:

La misère sexuelle du monde arabe
Kamel  Daoud

The New York Times

Feb. 12, 2016

ORAN, Algérie — Après Tahrir, Cologne. Après le square, le sexe. Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité.

Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants.

Le sexe est un tabou complexe. Dans des pays comme l’Algérie, la Tunisie, la Syrie ou le Yémen, il est le produit de la culture patriarcale du conservatisme ambiant, des nouveaux codes rigoristes des islamistes et des puritanismes discrets des divers socialismes de la région. Un bon mélange pour bloquer le désir, le culpabiliser et le pousser aux marges et à la clandestinité. On est très loin de la délicieuse licence des écrits de l’âge d’or musulman, comme “Le Jardin Parfumé” de Cheikh Nefzaoui, qui traitaient sans complexe d’érotisme et du Kamasutra.

Aujourd’hui le sexe est un énorme paradoxe dans de nombreux pays arabes : On fait comme s’il n’existait pas, mais il conditionne tous les non-dits. Nié, il pèse par son occultation. La femme a beau être voilée, elle est au centre de tous nos liens, tous nos échanges, toutes nos préoccupations.

La femme revient dans les discours quotidiens comme enjeu de virilité, d’honneur et de valeurs familiales. Dans certains pays, elle n’a accès à l’espace public que quand elle abdique son corps. La dévoiler serait dévoiler l’envie que l’islamiste, le conservateur et le jeune désoeuvré ressentent et veulent nier. Perçue comme source de déséquilibre — jupe courte, risque de séisme — elle n’est respectée que lorsque définie dans un rapport de propriété, comme épouse de X ou fille de Y.

Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens.

Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte.

Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges.

Ce choix est d’ailleurs parfaitement incarné par l’offre des médias dans le monde musulman. A la télévision, alors que les théologiens font fureur, les chanteuses et danseuses libanaises de la “Silicone Valley” entretiennent le rêve d’un corps inaccessible et de sexe impossible. Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.

Les sexologues sont rares en terres musulmanes, et leurs conseils peu écoutés. Du coup, ce sont les islamistes qui de fait ont le monopole du discours sur le corps, le sexe et l’amour. Avec Internet et les théo-télévisions, ces propos ont pris des formes monstrueuses — un air de porno-islamisme. Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée.

Le sexe est partout.

Et surtout après la mort.

L’orgasme n’est accepté qu’après le mariage — mais soumis à des codes religieux qui le vident de désir — ou après la mort. Le paradis et ses vierges est un thème fétiche des prêcheurs, qui présentent ces délices d’outre-tombe comme une récompense aux habitants des terres de la misère sexuelle. Le kamikaze en rêve et se soumet à un raisonnement terrible et surréaliste: l’orgasme passe par la mort, pas par l’amour.

L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe.

Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres.

Kamel Daoud, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est l’auteur de “Meursault, contre-enquête.”

Voir de même:

Lettre à un ami étranger
Kamel Daoud

Le Qotidien-Oran

Cher ami. J’ai lu avec attention ta lettre, bien sûr. Elle m’a touché par sa générosité et sa lucidité. Etrangement, ton propos est venu conforter ce que j’ai déjà pris comme décision ces jours, et avec les mêmes arguments. J’y ai surtout retenu l’expression de ton amitié tendre et complice malgré l’inquiétude.

Je voudrais cependant répondre encore. J’ai longtemps écrit avec le même esprit qui ne s’encombre pas des avis d’autrui quand ils sont dominants. Cela m’a donné une liberté de ton, un style peut-être mais aussi une liberté qui était insolence et irresponsabilité ou audace. Ou même naïveté. Certains aimaient cela, d’autres ne pouvaient l’accepter. J’ai taquiné les radicalités et j’ai essayé de défendre ma liberté face aux clichés dont j’avais horreur. J’ai essayé aussi de penser. Par l’article de presse ou la littérature. Pas seulement parce que je voulais réussir mais aussi parce que j’avais la terreur de vivre une vie sans sens. Le journalisme en Algérie, durant les années dures, m’avait assuré de vivre la métaphore de l’écrit, le mythe de l’expérience. J’ai donc écrit souvent, trop, avec fureur, colère et amusement. J’ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d’autres grandes questions qui peuvent nous mener à la conscience ou à l’abdication et l’intégrisme. Selon nos buts dans la vie.

Sauf qu’aujourd’hui, avec le succès médiatique, j’ai fini par comprendre deux ou trois choses.

D’abord que nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre; le texte sur « Cologne », j’en avais écrit une partie, celle sur la femme, il y a des années. A l’époque, cela n’a fait réagir personne ou si peu. Aujourd’hui, l’époque a changé : des crispassions poussent à interpréter et l’interprétation pousse au procès. J’avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur succession dans le temps est donc un accident et pas un acharnement de ma part. J’avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de « charité culturelle ». Je suis écrivain et je n’écris pas des thèses d’universitaires. C’est une émotion aussi. Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, pour ce texte, je trouve cela immoral parce qu’ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me servent le verdict d’islamophobie à partir de la sécurité et des conforts des capitales de l’Occident et ses terrasses. Le tout servi en forme de procès stalinien et avec le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux des intérêts des autres indigènes et post-décolonisés. Et au nom des deux mais avec mon nom. Et cela m’est intolérable comme posture. Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition. Je pense que c’est honteux de m’accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens.

L’islam est une belle religion selon l’homme qui la porte, mais j’aime que les religions soient un chemin vers un dieu et qu’y résonnent les pas d’un homme qui marche. Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la conséquence de leurs actes et du tribunal sur la vie d’autrui.

Cher ami.

J’ai compris aussi que l’époque est dure. Comme autrefois, l’écrivain venu du froid, aujourd’hui, l’écrivain venu du monde dit « arabe » est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les médias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l’avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dénoncer. Mais je me retrouve soudainement responsable de ce qui va être lu selon les terres et les airs. Dénoncer la théocratie ambiante chez nous devient un argument d’islamophobe ailleurs. Est-ce ma faute ? En partie. Mais c’est aussi la faute de notre époque, son mal du siècle. C’est ce qui s’est passé pour la tribune sur « Cologne ». Je l’assume mais je me retrouve désolé pour ce à quoi elle peut servir comme déni et refus d’humanité de l’Autre. L’écrivain venu des terres d’Allah se retrouve aujourd’hui au centre de sollicitations médiatiques intolérables. Je n’y peux rien mais je peux m’en soustraire : par la prudence comme je l’ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais.

Je vais donc m’occuper de littérature et en cela tu as raison. J’arrête le journalisme sous peu. Je vais aller écouter de arbres ou des cœurs. Lire. Restaurer en moi la confiance et la quiétude. Explorer. Non pas abdiquer, mais aller plus loin que le jeu de vagues et des médias. Je me résous à creuser et non déclamer.

J’ai pour ma terre l’affection du déchanté. Un amour secret et fort. Une passion. J’aime les miens et les cieux que j’essaye de déchiffrer dans les livres et avec l’œil la nuit. Je rêve de puissance, de souveraineté pour les miens, de conscience et de partage. Cela me déçoit de ne pas vivre ce rêve. Cela me met en colère ou me pousse au châtiment amoureux. Je ne hais pas les miens, ni l’homme en l’autre. Je n’insulte pas les raisons d’autrui. Mais j’exerce mon droit d’être libre. Ce droit a été mal interprété, sollicité, malmené ou jugé. Aujourd’hui, je veux aussi la liberté de faire autre chose. Mille excuses si j’ai déçu, un moment, ton amitié cher A… Et si je rends publique cette lettre aujourd’hui, avant de t’en parler, c’est parce qu’elle s’adresse aux gens affectueux, de bonne foi comme toi. Et surtout à toi. A Oran.

Voir aussi:

Le romancier et journaliste Kamel Daoud :«J’arrête le journalisme sous peu»
Le Temps d’Algérie

17 février 2016

Harcelé, critiqué, menacé… Kamel Daoud a tenu bon jusqu’à il y a deux jours. Dans sa chronique «Raïna Raïkoum» qui paraît sur le quotidien d’Oran, il a annoncé qu’il quittait la presse. «J’arrête le journalisme sous peu», a simplement écrit celui qui a été déclaré par la France meilleur journaliste de l’année. Une déclaration lourde de sens et de retombées. Kamel Daoud, tout le monde le connaît. Beaucoup sont fans alors que d’autres le haïssent, notamment les islamistes. Ces derniers brandissent contre lui une menace mort chaque fois qu’il leur oppose son talent à combattre la xénophobie et le terrorisme. Ce journaliste, chroniqueur depuis une vingtaine d’années, a enchaîné les prix et les distinctions. En retour, il s’est fait lyncher. Il en parle.

Le Temps d’Algérie : Est-ce qu’aujourd’hui vous craignez pour votre vie au point que vous décidiez de renoncez à votre métier, votre vocation première avant la littérature ?

Kamel Daoud : Non ! C’est juste,  que je suis fatigué de tout ça. Je préfère me consacrer à la littérature. Franchement, je préfère écrire des livres, me reposer un petit peu parce que j’ai subi un ouragan pendant les deux dernières années.
Et puis, j’ai aussi envie de réfléchir à mes positions et prendre du recul. C’est exactement ça. Ce n’est pas exclusivement lié à ma chronique parue dans le Monde. La décision mûrissait depuis un mois ou deux.  J’ai trop donné. J’ai fait énormément de chroniques depuis des années. Cela fait 20 ans. Et là je suis fatigué, j’ai besoin de repos.

Vous êtes devenu une personnalité incontournable des médias, pourtant vous abandonnez parce que des gens vous mettent la pression mais c’est l’essence même du  métier de journaliste ?

Cela fait 20 ans que je subis ces pressions. Je suis arrivé au point où chaque fois que je reçois un prix, j’ai peur.
Parce que nous sommes arrivés à une situation de sous culture et de paranoïa où  au lieu d’applaudir un algérien qui parvient à décrocher le prix du meilleur journaliste  en France de l’année, on lui tombe dessus. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça. Je reçois beaucoup de soutien, beaucoup de gens très sympas  mais c’est juste que j’ai envie de me reposer. Je vous jure que faire une chronique pendant vingt ans, ce n’est pas évident.

Donc, vous ne démissionnez pas du Quotidien d’Oran, vous prenez juste un peu de recul. Vous avez peut-être le projet de vous installer aux Etats-Unis ?

Plusieurs mois. Beaucoup même.  Mais non, je n’ai pas envie de quitter l’Algérie.
Probablement que j’irais aux états-unis pour deux ou trois mois, mais je reviendrai.

Est-ce que votre mode de vie a changé ? Faites-vous plus attention quand vous sortez ? Est-ce que vous vous sentez au final plus menacé ?

Je déteste le rôle de l’intellectuel menacé. Je ne le supporte pas. On est tous menacé. On doit tous résister et chacun sait ce qu’il a à faire.
Pour la précision, je ne m’attaque pas aux islamistes mais je me défends. Je ne suis pas un militant. J’ai une vie et je la défends.  Je le répète toujours celui qui ne peut pas mourir à ma place, ne peut pas vivre à ma place. Je ne vois pas pourquoi ça serait à moi d’abdiquer avant les autres. J’ai dit ce que je pense. Maintenant je vais le dire autrement. J’ai envie d’écrire des romans. Ce n’est pas une démission. Ce n’est pas une lâcheté. Ce n’est pas une abdication. J’ai juste envie de changer de mode d’expression. Même si je quitte la presse, Kamel Daoud reste Kamel Daoud. Ce que je pense, je le dis. Je n’ai pas à baisser les yeux. Moi je n’ai tué personne.
Que cela soit un islamiste ou encore un imbécile qui croit à la théorie du complot ou alors que je fais ça pour avoir les papiers. Non !
Moi je suis algérien. Je vis en Algérie. Je défends mes idées. Je défends ma façon de voir. Et je défends ma terre et mes enfants !
Les gens n’arrivent pas à croire qu’on puisse être différent et de bonne foi.
Tout le monde croit que l’on fait quelque chose pour avoir les papiers, pour s’enrichir, vendre des livres. Je n’ai jamais été comme ça. Ceux qui me connaissent savent que je fonctionne comme ça.

Propos recueillis par
Samira Hadj Amar

Voir également:

Cologne, « islamophobie » : ce que révèle l’affaire Kamel Daoud

Alexandre Devecchio

Le Figaro

19/02/2016

Accusé d’islamophobie, le journaliste Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme. Pour Laurent Bouvet, ce terme sert avant tout à disqualifier et à mettre en accusation ceux qui émettent des critiques contre l’islamisme politique et ses alliés.

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’UVSQ-Paris Saclay. Son dernier ouvrage,L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

LE FIGARO. – Après les agressions du Nouvel An à Cologne, l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud n’avait pas hésité à pointer le tabou du sexe et du rapport à la femme dans le monde arabo-musulman.

Laurent BOUVET. – En effet, et c’était, avec d’autres, une contribution très intéressante sur les causalités possibles de cet événement inédit et sidérant. Une contribution venant de la part d’un homme dont la connaissance de la situation algérienne, et au-delà de la situation dans l’ensemble arabo-musulman, m’a toujours parue très fine et très juste.

Face aux accusations d’«islamophobie», il déclare arrêter le journalisme et s’en explique dans Le Quotidien d’Oran. Que révèle cette affaire?

On ne peut que déplorer et condamner ces accusations. Cela révèle d’abord une difficulté voire une impossibilité d’accepter la critique et le débat de la part de ceux qui les décrètent ou les utilisent. Ensuite, qu’il y a de la part de certains musulmans mais pas seulement, une lecture de l’islam univoque et qui voudrait s’imposer aux autres, ce qui me paraît, pour ce que j’en sais, tout à fait contraire à l’islam lui-même. Enfin, cela témoigne du risque, physique, permanent, pour des gens courageux comme Kamel Daoud comme on l’a vu pour beaucoup d’autres, jusqu’à la mort. Le fait qu’il cesse le journalisme est une perte sèche pour tout le monde, une atteinte au travail de mise à jour de la vérité, dans un pays et un monde qui en ont plus que jamais besoin.

Est-il désormais impossible d’aborder sereinement le sujet de l’islam en France? Comment en est-on arrivé là?

Nous ne connaissons pas, heureusement, les mêmes conditions que dans certains pays arabes et musulmans en matière de débat public, et d’expression sur l’islam. Mais la pression existe. A la fois de la part d’une frange extrémiste, radicalisée, dans l’islam, et surtout, de la part de tout un tas de gens, que ce soit dans l’université, dans certains milieux activistes politiques ou associatifs ou même, parfois, au coeur de certaines institutions publiques. Il n’apparaît pas possible de parler de l’islam et, surtout, ce qui me paraît plus important encore, de la place de cette religion dans la République, dans l’espace social et public, de la même manière que des autres, et de manière tout simplement laïque.

Cette dissymétrie vient d’abord d’une difficulté à l’intérieur de l’islam, dont nous n’avons pas, en tant que société sécularisée et laïcisée, à nous occuper. Ce n’est en effet pas à nous, non musulmans, de dire qui sont les bons et les mauvais musulmans, quelle est la bonne ou la mauvaise manière de pratiquer l’islam, etc. Personnellement, je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir. La religion comme pratique et comme vérité de la foi si l’on veut ne m’intéresse pas. Là où tout ceci me concerne, nous concerne, c’est dans sa dimension sociale et politique. Une religion ne concerne pas en effet que les croyants, elle a des effets sociaux et induit des conséquences sur les mœurs, le droit, la politique… dans une société. Il en va de l’islam comme de toutes les religions dès lors qu’elles concernent un nombre significatif de gens au sein d’une société.

Or, le fait que l’islam soit à la fois une religion prosélyte et une religion qui implique un mode de vie particulier pour ses croyants conduit, dans une société où elle n’est pas majoritaire, à des tensions et des questions sur la manière dont elle peut s’articuler aux modes de vie de l’ensemble de la population non musulmane, et aussi à la liberté relative des musulmans de vivre plus ou moins en accord avec les préceptes de leur religion. C’est là que la difficulté de ne pas pouvoir se référer à une autorité incontestable, centrale et édictrice de principes clairs pour tous les musulmans fait défaut, évidemment. Les origines nationales variées et les pratiques différentes de l’islam des Français musulmans et des étrangers musulmans vivant en France impliquent des comportements et des attitudes très divers.

D’autant que si une très large majorité de ceux qui croient et pratiquent l’islam en France sont tout à fait laïques dans leur manière de comprendre leur religion, une minorité ne l’est, elle, pas du tout et fait pression, de différentes manières, sur les institutions, sur la société, sur les autres musulmans, etc. pour voir reconnaître une certaine pratique de l’islam. Dans le sens d’une radicalisation jusqu’à l’islamisme politique et la contestation de la laïcité elle-même, des lois de la République (celle de 2004 à l’école par exemple).

Le fait que ces revendications bénéficient d’un soutien, plus ou moins fort et pour des raisons diverses (instrumentalisation politique, combat dit post-colonial, combat contre la laïcité, combat commun contre la liberté de mœurs…), de la part de tout un tas de non musulmans au sein de la société française, en particulier au sein de ses élites, rend encore plus difficile l’intégration au commun républicain de cette minorité de la population de religion musulmane.

Les torts sont donc partagés au regard de la situation actuelle: la pression de l’islamisme politique d’un côté, phénomène international, et les faiblesses ou les calculs au sein de certains milieux français qui conduisent à des formes de complaisance, d’accommodement voire de collaboration pure et simple.

«Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition.», écrit Kamel Daoud. Le terme même d’ «islamophobie» est-il piégé?

Le terme islamophobie sert précisément d’arme à tous ces promoteurs de l’islamisme politique et à leurs alliés. Sous son aspect descriptif d’une réalité qui existe et qui doit être combattue avec vigueur, les paroles et les actes anti-musulmans, il sert avant tout à disqualifier et à mettre en accusation toutes celles et tous ceux qui émettent des critiques contre cet islamisme politique et ses alliés.

Et lorsqu’il est déconstruit, avec force, récemment encore par Elisabeth Badinter, ou par Kamel Daoud aujourd’hui, il se trouve toujours des militants zélés ou des idiots utiles de la cause islamiste pour les désigner comme coupables d’être anti-musulmans. C’est un mécanisme assez classique que l’on a bien connu en Europe avec le totalitarisme, et les procès politiques qu’il entraînait. La haine qui peut alors être déversée sur celles et ceux qui dénoncent ces raccourcis et ces méthodes est impressionnante. Elle fait même parfois peur de ce qu’elle révèle chez certains.

Que ces méthodes totalitaires soient utilisées par des militants islamistes, cela s’explique même si on peine à le comprendre. Qu’elles soient en revanche devenues monnaie courante dans le débat public en France, cela m’étonne davantage. Les attaques contre Elisabeth Badinter ou Kamel Daoud, ou encore contre Céline Pina ou Amine El Khatmi récemment, de la part de responsables d’institutions publiques, d’élus politiques, de journalistes ou de collègues universitaires à coup d’accusations d’islamophobie sont pour moi insupportables.

Le terme lui-même n’est parfois même plus interrogé. Il est admis comme l’équivalent d’antisémitisme ou de racisme! Des colloques sont organisés sur l’islamophobie sans que le terme soit mis en question. Le CCIF, une association militante qui promeut l’islamisme politique, est même reçue officiellement par les autorités publiques au nom de ce combat contre l’islamophobie dont elle a, habilement, fait son objet. Ce sont des aveuglements et des renoncements qui en disent long et surtout qui risquent de coûter cher. C’est un processus de combat culturel pour l’hégémonie au sens gramscien auquel nous assistons. Certains l’ont bien compris, d’autres non.

Le président de la République lui-même refuse d’employer le terme d’islamisme et prétend que le terrorisme djihadiste n’a rien à voir avec l’islam …

C’est un chose étrange, décidément, que de penser qu’on peut convaincre quiconque du fait que le djihadisme

et le terrorisme islamiste n’ont rien à voir avec l’islam. Les djihadistes, les terroristes qui se réclament de l’islam savent ce qu’ils font. Et comme il ne nous appartient pas de juger si c’est conforme ou non à telle ou telle conception de l’islam, cela n’a aucun intérêt de rentrer dans ces considérations.

D’ailleurs, nos concitoyens ne s’y laissent pas prendre. Chacun constate qu’il s’agit d’actes perpétrés au nom de l’islam sans pour autant faire un quelconque amalgame avec les musulmans dans leur immense majorité. La réaction des Français a été remarquable après les attaques de janvier et novembre 2015 en la matière: ni panique ni fuite en avant ni aucune forme d’accusation générale contre l’islam et les musulmans. Ce sont des risques et des fantasmes qu’entretiennent certains responsables politiques en particulier pour servir leurs intérêts. Cela n’a aucune réalité. Les actes antimusulmans existent bien évidemment, comme les actes antisémites d’ailleurs. Et il faut simplement les combattre avec détermination, sans les utiliser politiquement en lien avec les attentats terroristes.

Au-delà, ce genre de propos qui veut détacher le djihadisme de l’islam entend aussi nier la continuité qu’il y a entre l’islamisme politique et le djihadisme, en expliquant notamment qu’il y aurait d’un côté un islamisme «quiétiste» par exemple et de l’autre une forme violente. Que l’on devrait discuter et s’accommoder de la première en combattant la seconde. Ce genre de distinction conduit à nier le caractère idéologique de l’entreprise islamiste, à vouloir à tout prix expliquer la violence terroriste par elle-même, de manière comparable à d’autres formes de violence terroriste.

Or, ce que nous ont appris les travaux sur le totalitarisme, en particulier, c’est que l’usage et la légitimation de la violence à des fins politiques reposent sur un ensemble de considérations idéologiques préalables. Que l’origine de celles-ci soient un système de pensée lié à la race et à la nation, à la classe et à la révolution ou à la foi et à la réalisation de la volonté de dieu importe peu. Le mécanisme est le même, et il est chaque fois destructeur de l’humanité de l’homme. C’est aujourd’hui à un tel défi que nous sommes confrontés. Il est plus que regrettable, impardonnable, que des responsables politiques n’en prennent pas conscience et n’agissent pas en conséquence.

Voir encore:

Agressions sexuelles de Cologne: un renversement révélateur
14 févr. 2016
Patric JEAN
Le blog de Patric JEAN
Une interview du procureur de Cologne vient de révéler que les agressions de femmes lors du réveillon avaient été relatées un peu hâtivement par la presse internationale. Ces nouvelles révélations prouvent que les agressions sexuelles et les viols qui ont été commis ne sont que la partie visible de l’iceberg de la culture du viol, largement partagée entre toutes les communautés.

Malgré des demandes insistantes, j’avais refusé de relayer toute information à la suite des agressions de femmes lors de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne. La recherche des faits précis buttait toujours sur les mêmes sources floues, des témoignages anonymes, des chiffres très différents d’un jour à l’autre. Il semblait nécessaire de prendre un peu de recul avant de commenter. D’autant que cet événement tombait trop bien pour une extrême droite qui y voyait la preuve que l’accueil des réfugiés syriens et irakiens était une erreur, voire le début d’une invasion. Comme l’a montré récemment Marine Le Pen, les droits des femmes peuvent servir de paravent hypocrite aux plus inavouables pensées racistes.

La première question qui se posait était celle de la comparaison avec d’autres événements afin de voir s’il s’agissait d’un fait exceptionnel ou bien si cette nuit figurait dans la longue liste des événements de foule où ces agressions sont nombreuses. Traiter le 31 décembre à Cologne comme un cas à part permettait de montrer du doigt (c’est une stratégie masculine inconsciente très banale) les « vrais machos », les « vrais dominants », ceux qui ne respectent pas les femmes. A savoir comme à chaque reprise: issus des catégories défavorisées et/ou les migrants. Cela permet d’affirmer par prétérition que les autres hommes sont « les bons », ceux qui respectent les femmes.

Or, voilà que les premières descriptions données par « des sources anonymes de la police allemande » (dont on connaît la proximité d’une bonne partie de ses membres avec l’extrême droite) se révèlent être fausses.

Après avoir interrogé près de 300 personnes et visionné 590 heures de vidéos, le procureur de Cologne, Ulrich Bremer, révèle dans une interview à Die Welt que plus de 60% des agressions n’étaient pas à caractère sexuel mais bien des vols. Surtout, sur 58 agresseurs, 55 n’étaient pas des réfugiés. Ils sont pour la plupart Algériens et Marocains installés en Allemagne de longue date, ainsi que trois Allemands. On ne dénombre que deux réfugiés Syriens et un Irakien.

Dans un second temps, sans doute suite aux réactions qu’aura provoqué son interview, le procureur Bremer ajoutera à la confusion en annonçant que les auteurs de violences « tombent le plus souvent dans la catégorie des réfugiés ». Sauf qu’il y range 57 Marocains et Algériens qui ne sont pas des « réfugiés » contrairement aux quatre Irakiens et trois Syriens.

Or, les agressions de la Saint-Sylvestre avaient provoqué une vague de contestation pour dénoncer la politique du gouvernement allemand face à l’arrivée des réfugiés syriens et irakiens. « Si des demandeurs d’asile ou des réfugiés se livrent à de telles agressions, il s’agit d’une éclatante trahison des valeurs de l’hospitalité et cela doit conduire à la fin immédiate de leur séjour en Allemagne », avait lancé Andreas Scheuer, secrétaire général de la CSU (parti conservateur bavarois). Dans les jours qui ont suivi, des Pakistanais et des Syriens avaient été sauvagement agressés dans les rues, en représailles. On avait aussi crié au complot de migrants s’organisant pour perpétrer leurs agressions coordonnées dans différentes villes du pays à la même heure… En France, le journal Le Monde titrait: « Les violences de Cologne révèlent la face cachée de l’immigration allemande ».

Manifestation de l’extrême droite contre les « réfugiés violeurs »

Il ne s’agit pas de minimiser les faits d’agressions sexuelles qui ont été commis. Au contraire. L’examen des faits montre aujourd’hui qu’il s’agit d’un problème systémique se posant dès que la foule envahit les rues et que l’alcool coule à flot. D’après le journal Libération, un viol aurait été commis à Cologne et nous savons que plus de 400 plaintes ont été déposées pour des agressions à caractère sexuel. Or l’an dernier, deux viols ont été commis lors des fêtes de Bayonne ainsi qu’un nombre inconnu d’agressions sexuelles. Au point que la mairie se sente obligée de rappeler publiquement lors des fêtes que le viol est un crime… En effet, les attouchements sexuels contre les femmes semblent faire partie des habitudes dans ce type de rassemblement sans que personne, sauf quelques associations féministes, ne s’en émeuve. Au point que le journal Sud Ouest puisse affirmer « qu’aucun incident majeur n’est venu endeuiller les fêtes » pour compléter deux lignes plus bas que trois viols ont été commis…

Fêtes de Bayonne

Lors de l’édition 2015 des fêtes de Pampelune, 1656 plaintes ont été déposées (contre 2 047 en 2014), dont quatre pour agression sexuelle. Lors des fêtes de la bière à Munich, deux plaintes sont enregistrées en moyenne chaque année. Mais en 2002, c’est 13 viols qui ont été comptabilisés. Les associations locales estiment que le chiffre doit être multiplié par dix, les victimes ne portant généralement pas plainte.

En conclusion, les événements de Cologne démontrent que, loin d’un fait divers lié à la présence de réfugiés particulièrement misogynes, les agressions sexuelles et les viols font partie d’une culture largement partagée et où l’alcool sert parfois de catalyseur. C’est donc à la domination masculine dans son ensemble qu’il faut s’en prendre. Pas seulement à la culture des autres.

Vaste tâche…

Voir enfin:

Left Media Migrant Rape Cover-Up: HuffPo, Indy, AND United Nations Claim Cologne Attackers ‘Not Refugees’, German Prosecutor: ‘Total Nonsense’

 Raheem Kassam and Liam Deacon

Mainstream media outlets have been blasted for peddling “total nonsense” today as left-wing newspapers coalesced to claim with one voice that “only three” of the suspects involved in Cologne’s mass migrant rape on New Year’s Eve were recent migrants or refugees.

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The Indy’s false article

But Cologne’s prosecutor, Ulrich Bremer, has said that the claim is “total nonsense” after an interview with German paper Die Welt this weekend was misinterpreted and reported in a way that the left-wing outlets wanted, rather than what the truth was.

The Huffington Post, the Independent, the Metro, and Russia Today all jumped on clumsy reporting from liberal outlets on the European continent, going so far as to heavily editorialise their news copy on the issue.

The Huffington Post claimed: “two Syrians and one Iraqi had been detained by police as part of their inquiries, contrary to the hysteria caused by headlines which accused hordes of refugees of masterminding the assault,” while the Independent, which recently announced it was going “online only” due to a slump in newspaper sales, exclaimed: “Majority of suspects are of Algerian, Tunisian or Moroccan descent and none had recently arrived in Germany, police have reportedly said”.

The HuffPo’s tweets were titled: “The Facts Behind Cologne Sex Attacks Make Awkward Reading For Refugee-Bashers”.

But police said no such thing, with the Associated Press clarifying the statement from Bremer, who has clarified: “the overwhelming majority of persons fall into the general category of refugees.”

The papers are thought to have made the error because they do not understand the migrant crisis – thinking that only Syrians and Iraqis count as migrants or refugees, when an overwhelming number of Algerians and Moroccans had been named amongst the Cologne suspects.

But thousands of Algerians, Moroccans, Tunisians, and dozens of other nationalities have arrived in Europe since the migrant crisis began in earnest in early 2015.

And news outlets weren’t the only ones to fall for the shoddy reporting of Mr. Bremer’s comments. The “news” was seized upon by open borders campaigners, broadcasters, and even government agencies.

HuffPo’s Angry Tweets

Chief Communications & Spokesperson at the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) tweeted:

LBC’s James O’Brien said:

While Kenneth Roth, of Human Rights Watch, tweeted:

Sunny Hundal, a journalism lecturer at Kingston University currently being looked at by the Metropolitan Police for racist, anti-white tweets, said:

The Huffington Post‘s article was shared hundreds of times, while the Independent link was shared over 11,000 times. The Indy’s coverage also included a comment piece by Algerian Nabila Ramdani entitled: “Cologne sex assaults: Muslim rape myths fit a neo-Nazi agenda”.

The piece itself would likely make no sense either way, as Tunisian and Algerian migrants are just as likely to be Muslim as Iraqi or Syrians.

Ms. Ramdani writes for the Guardian, the Independent, London’s Evening Standard, the Mirror, the Telegraph, the Daily Mail, the Sunday Times, the New York Times and the BBC and Sky.

The media-wide mishap comes after it took Breitbart London to break the news of the mass Cologne rapes and theft on New Year’s Eve for the English speaking world. Since then, news outlets have rushed to play catch up, posting fake videos, and even blocking their own content in European countries.

Voir par ailleurs:

International
Kadhafi: violeur et obsédé sexuel
Valérie Trierweiler et Catherine Schwaab

Paris Match

17 septembre 2012

Dictateur pendant quarante-deux ans, le tyran se doublait d’un malade du sexe. Ses soldates et ses gardes qui faisaient la joie des photographes étaient en réalité des rabatteuses ou de la chair à consommer. Ses proies, il les faisait kidnapper dans leurs familles ou dans leurs écoles. Pour la première fois, certaines d’entre elles se sont confiées à la journaliste Annick Cojean qui en a tiré un livre choc. Et Paris Match a pu interviewer en exclusivité une chef rebelle qui raconte tout.

Le soldat doit mesurer 1,90 mètre et peser dans les 100 kilos. Il s’acharne, le pantalon baissé, sur un corps minuscule qui ne bouge plus au-dessous de lui. La petite semble morte. Il continue de s’enfoncer en elle avec une brutalité qu’on ne voit même pas dans les films pornos. Il a dû la tuer. Lui et ses camarades en uniforme la défoncent depuis trois jours. Elle a tellement saigné, a tellement été battue, cognée… Soudain, il semble s’apercevoir qu’il est en train de s’acharner sur un cadavre : « Elle est morte. » Près de lui, un chef libyen le rassure : « Finis… T’inquiète pas… » L’autre « finit », toujours avec la même violence.

Fin de la cassette. Il y en avait des centaines, des milliers. Inracontables. Dès l’éviction de Kadhafi, les insurgés en ont brûlé beaucoup. Il en ont trouvé dans toutes les résidences du tyran. Et l’acteur principal en était… Kadhafi. « Il lui fallait quatre filles par jour, vierges de préférence, révèle une chef rebelle que nous appellerons Dina. Et il tenait absolument à être filmé, il voulait que ses gardes, ses collaborateurs le voient. Souvent, il violait un garçon, une fille, tout en discutant avec son entourage. On a retrouvé des cassettes qui dépassent l’imagination… »

Cela, c’était en temps « normal ». Quand, au sommet de sa gloire, il était le « roi des rois » en Afrique, intervenant dans les conflits malien, libérien, tchadien, guinéen, congolais, centrafricain… se créant ainsi un réseau d’influence. Dictateur pervers, pendant plus de quarante ans, il a envoyé ses sbires dans les écoles, les fêtes et les mariages, quand il ne faisait pas les visites lui-même, afin de rabattre les préadolescentes mignonnes. On les enlevait à leurs familles et on les logeait dans les sous-sols humides et nauséabonds de Bab-al-Azizia, à la disposition du « Guide ». « Prépare-la moi ! » ordonnait-il à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Des matrones maquillaient ces gamines, leur faisait porter des strings et des nuisettes que ces ados effrayées n’avaient jamais vus de leur vie. Ensuite, elles les poussaient dans la chambre de « Papa Muammar » qui les déflorait, les battait, les faisait boire, fumer, sniffer, danser pour lui. Comme Soraya qui, sous pseudo, raconte tout à la journaliste Annick Cojean, elles ont été des dizaines, des centaines à se retrouver souillées à jamais, l’école interrompue pour toujours, accros, enrôlées comme soldates au service du chef suprême, ou mariées à un de ses bodyguards. « Très vite, cela s’est su, explique Dina. Alors, les familles, que dis-je, des tribus entières, ont fui le pays. » Car à la moindre résistance, les représailles retombaient sur les proches : père ou frère emprisonné, mère ou sœur violée, etc.

Les violences sexuelles comme arme de guerre… et de paix
Kadhafi ne se satisfaisait pas des enfants de ses sujets, ce malade se servait aussi dans son propre clan. Dina : « Une de ses belles-filles, épouse d’un de ses fils, nous a dit qu’elle avait plus souvent dû céder à son beau-père qu’assurer son devoir conjugal avec son mari. » Et c’est compter sans le droit de cuissage qu’il s’arrogeait pendant la plupart de ses voyages africains. La petite Soraya évoque « des beautés africaines impeccablement maquillées, qui croyaient juste aller saluer le Guide dans ses appartements, et en ressortaient la jupe déchirée et le teint brouillé ». Ce qu’elle ignorait, c’est le cadeau que Kadhafi réservait à ces épouses coopératives : valises de billets ou rivières de diamants. Il aidait les putschistes et les pachas corrompus de l’Afrique, et se servait en retour, côté femmes et côté soldats. On a vu que durant la révolution en 2011, ses mercenaires arrivaient d’une demi-douzaine de pays.

Dès les premières heures du soulèvement populaire, Kadhafi avait décrété que l’arme de guerre majeure contre les insurgés serait le viol des femmes. Il a ordonné de faire livrer par bateau de Dubai des montagnes de Viagra. Et la consigne était martelée non-stop : « Violez-les d’abord, toutes, les vieilles, les fillettes, comme les autres… Ensuite, tuez-les. » Sur une autre cassette, une petite de 10 ou 11 ans est violée devant son père. Et la malheureuse ne crie qu’une chose : « Papa, ne regarde pas, je t’en supplie ! » Insoutenable. Ils sont des milliers de rebelles à avoir reçu ces vidéos sur leurs portables, histoire de faire passer la menace : « Voilà ce qui vous attend. » Et de fait, quand, durant la révolution, Dina s’est rendue dans les camps de réfugiés à la frontière tunisienne, elle a découvert des dizaines d’histoires, de traumatismes quasi insurmontables, sans parler des blessures physiques, des déchirures, des hémorragies chez ces jeunes filles dont la terreur était d’être tombées enceintes.

Mais comment un tel monstre pouvait-il bénéficier de la protection de nos gouvernements occidentaux ? Dina : « Il y a eu beaucoup de tentatives de coups d’Etat durant ces quarante-deux ans. Mais le régime de Kadhafi tenait bon car il était protégé par les Occidentaux qui le trouvaient moins grave que les islamistes. » Selon elle, nos chefs d’Etat européens, américains savaient. Savaient quoi ? « Des esclaves sexuelles de Kadhafi m’ont dit que certains Occidentaux participaient… » On ne peut s’empêcher de se remémorer le « bunga-bunga » de Berlusconi qui fanfaronnait sur ses folles soirées avec le président Kadhafi. Dina : « Lui a participé à ces bacchanales de l’horreur. Les autres, on ne sait pas. »

Aujourd’hui, au bout de quarante-deux ans d’un règne destructeur pour le pays entier, tout est à reconstruire. A commencer par la parole car la honte est terrible dans les familles. Dina : « Beaucoup veulent nous faire taire. On n’a même pas le droit de donner des estimations chiffrées des victimes. Pendant la guerre, elles furent des milliers qui aidaient les insurgés : arrêtées, violées, violentées. Mais pour celles qui ont survécu, c’est souvent la loi du silence. » Deux étudiantes de Tripoli acceptent de rompre ce mutisme : « Capturées, nous avons été conduites, nues, dans une cellule de prison où nous étions 80, toutes nues, pour nous humilier. Un des gardes nous a désignées : “Emmenez ces deux-là au fils, ça lui fera un repas chaud !” Il parlait d’un des fils de Kadhafi (qui sera tué plus tard). Quant aux autres, elles étaient à la disposition de n’importe quel homme, soldat, garde qui passait par là. On n’avait presque rien à manger ni à boire. Certaines sont mortes de faiblesse, de froid, de leurs blessures… » Quand les rebelles victorieux ont commencé à libérer la ville, ils ont ouvert les prisons. Cette porte-là a résisté. « N’ouvrez pas ! Allez d’abord nous chercher des vêtements », criaient-elles affolées. La pudeur plus forte que le traumatisme.

C’est pourquoi Dina a créé un observatoire. « Il ne faut rester dans le déni ! Ce non-dit va pourrir notre vie. Les traces de ce porc vont rester gravées pendant des années. »


Hommage à Anne-Marie Delcambre: L’intégrisme est l’intégralité de l’Islam (Groundhog day: Fifteen years after Bush, Obama pulls another historic mosque visit on us)

3 février, 2016

 
BushMosque
Barack Obama à la mosquée de Windsor Mill, près de Baltimore (Maryland), le 3 février 2016.
ObamaGroundhogDay-2Un jour sans fin ou Le Jour de la marmotte au Québec et au Nouveau-Brunswick (Groundhog Day), est un film américain réalisé par Harold Ramis et sorti en 1993. Il met en scène un présentateur météo sur une chaîne de télévision régionale de Pittsburgh, prétentieux, aigri et imbu de lui-même, nommé Phil Connors. Le 2 février, il part en reportage à l’occasion du Jour de la marmotte, festivité traditionnelle célébrée en Amérique du Nord le jour de la Chandeleur. Mais une fois le sujet tourné, un blizzard le force à passer la nuit sur place. À chaque fois que son réveil sonne, c’est cette même journée qui recommence : Phil semble bloqué dans le temps jusqu’à ce qu’il ait donné un sens à sa vie. Wikipedia
Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. (…) C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Jésus (Mat 7: 15-20)
Si ces livres contiennent déjà ce qui est dit dans le Coran, ils sont inutiles. S’ils contiennent des choses contraires, ils sont nuisibles. Omar (au sujet des livres de la Bibliothèque d’Alexandrie qui serviront à chauffer les bains de ses troupes, 642)
Jamais nation ne nous a brimés, dégradés, avilis et haïs autant qu’eux. Maïmonide
La terreur n’est pas la vraie foi de l’islam. Ce n’est pas la raison d’être de l’islam. L’islam représente la paix (…) Les terroristes représentent le mal et la guerre. (…) Quand nous pensons à l’islam, nous pensons à une religion qui apporte le réconfort à un milliard d’êtres humains. Des milliards de gens trouvent le réconfort et la consolation dans la paix. Et cela permet à toutes les races d’éprouver une grande fraternité. George Bush (Centre islamique de Washington, 17 septembre 2001)
L’Islam a toujours fait partie de l’Amérique. Alors qu’une écrasante majorité des musulmans du monde voient leur religion comme une source de paix, il est indéniable qu’une petite fraction de musulmans propagent une vision pervertie de l’Islam. c’est la vérité. Barack Hussein Obama (Centre islamique de Baltimore, 3 février 2016)
Souvenez-vous des croisades et de l’Inquisition, ces gens qui commettaient de terribles choses au nom du Christ. Dans notre propre pays, l’esclavage a été trop souvent justifié au nom du Christ. Barack Hussein Obama
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
En ces temps de « musulmanophobie » galopante qui s’ancre tous les jours un peu plus en France, il est sans doute opportun de rappeler à ces femmes et hommes politiques, essayistes, polémistes et autres experts du tube cathodique, ce que la France – et l’Europe dans sa globalité – doit aux musulmans. Alors que l’Europe médiévale était entourée de superstition, de fanatisme, de fatalisme, et d’autres irrationalités, le monde arabo-musulman, sous l’impulsion des dynasties Omeyyade et Abbasside, représentait au contraire la bayt al hikma, ou la « maison de la sagesse et du savoir ». Et c’est ce savoir qui a permis aux Européens de sortir des ténèbres de l’ignorance dans laquelle ils étaient plongés, débouchant ainsi sur la Renaissance et les Lumières. (…) Qu’en est-il des musulmans et de leurs liens avec la France depuis un siècle ? Et de ces tirailleurs sénégalais qui combattaient au sein de l’armée française lors de la première guerre mondiale ? Ou bien du rôle des goumiers marocains face à l’Allemagne hitlérienne ? Et que dire aussi de cette immigration du XXe siècle qui contribua activement aux Trente Glorieuses ? (…) La France ne peut pas non plus être dissociée de ces nombreux sportifs français de confession musulmane qui contribuent à son rayonnement en faisant retentir La Marseillaise aux quatre coins du monde. (…) Oui, sans hésitation aucune, la France sans les musulmans ne serait pas la France. A cet égard, il ne faut pas oublier qu’il coule très probablement dans les veines de beaucoup de Français, hommes politiques y compris, quelques gouttes de sang de Boabdil le musulman, qui capitula sous les coups de boutoir de la Reconquista. Abdelkader Abderrahmane
On peut (…) constater l’inconstance de François Hollande, la façon dont il a tourné casaque sans expliquer pourquoi. Il est passé d’un statut de défenseur abstrait des droits de l’homme à un statut de défenseur réaliste des intérêts de l’économie française. Entre la naïveté de départ et le cynisme d’arrivée, il y a sans doute un juste milieu, comme disait Aristote, c’est-à-dire une position juste à tenir. On note, en passant, que cela ne va pas sans poser une nouvelle coupure au sein du Parti socialiste. La gauche va se retrouver écartelée une fois encore. Mais cette fois non pas entre défenseurs de l’entreprise plutôt au centre gauche, type Macron, et sa gauche, type Mélanchon-Taubira. Car une grande partie de cette gauche socialiste soutient le régime castriste depuis le début pour des raisons qui tiennent à son idéologie liberticide. La gauche se trouve cette fois tiraillée entre les défenseurs des droits de l’homme, type rocardiens, et les défenseurs du réalisme en relations internationales. Je me permets de rappeler que la gauche du Parti socialiste était à l’avant-garde de la couardise. Pendant des années, elle a refusé de considérer Cuba comme l’une des pires dictatures d’Amérique Latine. Elle a tenu Che Guevara qui assassinait de sa main jusque dans son propre bureau, pour un héros sous prétexte qu’il se réclamait du peuple et du socialisme. Le même déclarait d’ailleurs, après la révolution : « Les exécutions sont non seulement une nécessité pour le peuple de Cuba mais également un devoir imposé par ce peuple. » Je rappelle qu’encore dernièrement, Danielle Mitterrand, avec son association qui défendait prétendûment les libertés, allait copiner avec Fidel Castro dans la parfaite connaissance que l’on torturait dans les prisons ceux qui réclamaient la liberté. On mettait dans des cellules puantes, exiguës et totalement obscures, des détenus qu’on réveillait toutes les 30 minutes en les éclairant violemment pour les briser. Beaucoup ont perdu la raison après ce traitement qui durait plusieurs mois. Les gardes-côtes lançaient des sacs de ciment dans les bateaux qui partaient de Cuba quand les Cubains essayaient de fuir vers la Floride, ce qui a conduit à des milliers de femmes, d’enfants, d’hommes noyés. La justice privait de leurs droits les familles des dissidents, qui ne pouvaient même pas se faire soigner, dont les enfants étaient roués de coups par des groupes de prétendus citoyens en colère, avec des graffitis sur leur maison. Pendant toute cette époque-là, les socialistes ont continué à fermer les yeux. Indéniablement, les choses ont évolué à Cuba ces dernières années. Les Etats-Unis ont arrêté leur embargo. Nous avons toujours un parti unique, une presse et des écoles muselées, une prostitution très développée, un niveau de vie très faible. Mais il y a beaucoup moins de prisonniers politiques dans les prisons. 53 ont été libérés l’an dernier et il en reste quelques dizaines au lieu des 500, il y a dix ans. Que les processus de terreur se soient arrêtés est une assez bonne nouvelle pour les Cubains. Et cela peut justifier des accords et des investissements économiques. D’autant qu’il me paraîtrait curieux que nous traitions aujourd’hui différemment la Chine, le Vietnam et Cuba. Enfin, si je comprends la vigilance à laquelle appelle Elizardo Sanchez Santa Cruz, animateur de la Commission Cubaine pour les Droits de l’Homme et la Réconciliation Nationale, on peut aussi parier que le développement économique des pays peut conduire à une libéralisation des esprits. L’arrivée d’entreprises privées, et de cet esprit d’entreprise avec elles, peut contribuer à la libération des régimes. Si le processus de libération peut s’accélérer grâce au libéralisme économique et à l’arrivée des entreprises, je m’en réjouirais. Je ne pense pas qu’il soit moralement inadmissible de jouer cette carte-là. On peut espérer un phénomène « à la russe », de perestroïka à Cuba, avec une révolution qui s’opérera à l’intérieur même du parti unique et qui permettra de faire exploser le système communiste cubain, conduit par une partie des communistes cubains eux-mêmes. Cela ne veut donc pas dire que Cuba soit devenu une démocratie. Il est seulement clair que nous avons une chance de donner à la population les éléments de sa libération politique en lui donnant les bases de sa libération économique. C’est cela le juste milieu, le même qu’avec l’Iran : ouverture, oui, vigilance aussi. La contrepartie de l’ouverture c’est la menace de fermeture. (…) Il y a trois camps : le camp des naïfs et des cyniques (qui pensent que tout ira bien à partir de maintenant car on peut vendre nos produits), le camp des moralistes autistes (ceux qui disent qu’il faut absolument tout bloquer et ne pas avoir de relations avec les sociétés dictatoriales), et le camp de ceux qui pensent que tout ce qui permet de faire bouger les lignes et constituer des fractures à l’intérieur du parti unique va dans le bon sens. C’est ma position. En Chine, au Vietnam, en Birmanie, en Iran, dans beaucoup de pays d’Afrique, la même question est posée : comment fait-on pour les faire évoluer vers la liberté ? Peut-être allons-nous réussir par l’entreprise. Quand une société est économiquement ouverte, les produits passent, les signes circulent permettant une communication elle aussi ouverte, et la liberté est en marche. Il est à cet égard facile de constater que les Cubains profitent de l’explosion numérique pour se connecter malgré l’Etat, et qu’ils utilisent les relais satellitaires par exemple pour accéder aux télévisions étrangères. C’est ainsi que le discours de fin d’embargo de Barack Obama qui avait été interdit de diffusion sur les chaînes cubaines a néanmoins été connu de tous par les chaines vénézuéliennes.(…) il n’est pas moralement inacceptable de lier le développement économique de Cuba avec le développement politique et un éventuel adoucissement de la dictature. Et, économiquement, nous ne pouvons pas commercer qu’avec des démocraties libérales. Sinon, cela veut dire que nous arrêtons de commercer avec la Chine, et je vois mal cela arriver… Nous sommes en droit de commercer avec des Etats qui ne partagent pas nos valeurs. A partir du moment où nous indiquons clairement que le régime de ces Etats n’est pas celui que nous souhaitons, et que nous ne défendons pas leurs valeurs. Attendons d’en voir les conséquences. Si cela conduit à raffermir la dictature des Castro, il faudra en tirer les conséquences. A l’inverse, et c’est le plus probable, si cela conduit à développer un peu plus le libéralisme économique et sociétal, ce sera plutôt un bon signe. Il y a un moment où le libéralisme économique signale aux populations la supériorité de la liberté sur l’oppression.(…) Le contrôle de la vie quotidienne est toujours très fort, mais la terreur a reculé. La raison majeure pour laquelle cela a reculé, c’est que le pouvoir politique du parti unique est un pouvoir qui n’a pas tellement de choix, car plus personne à Cuba ne croit au socialisme. Pas même les dirigeants du parti unique cubain. Le problème des dirigeants communistes, c’est comment conserver le pouvoir politique. Le parti communiste de Cuba est un parti qui n’a plus de communiste que le nom. C’est une bureaucratie et administration d’Etat, nationaliste et pour une part corrompue, qui essaie de se maintenir au pouvoir. Elle n’a pas tellement de choix, car la population est mécontente, elle se rend compte que cela bouge énormément autour d’elle et qu’elle ne profite pas des développements mondiaux. Elle réclame le développement économique pour vivre mieux, tout simplement. Le parti suit donc le mouvement pour conserver son pouvoir. Le communisme a affaibli considérablement le pays, il a détruit le commerce et l’industrie, à l’exception du tourisme. La bureaucratie d’Etat appelée « Parti communiste », essaye de prendre la vague libérale et mondialiste sans perdre sa position. C’est une nécessité de la haute administration cubaine pour survivre. On se réclame toujours de José Marti et du marxisme-léninisme, et de l’autre côté on joue la carte libérale. Il n’y a que l’extrême-gauche française pour ne rien comprendre à ce qu’il se passe au point de s’en féliciter alors que c’est la victoire du libéralisme économique qu’elle déteste. Yves Roucaute
Cette histoire a été effacée quand l’Europe a fondé ses relations avec le monde arabo-musulman sur le partenariat politique, économique et culturel. L’Europe a alors élaboré le mythe andalou comme modèle de civilisation multiculturelle, âge d’or des trois religions. Tout ce qui concernait le djihad et la dhimmitude a été éliminé. Bat Ye’or
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
L’Arabie Saoudite n’est rien d’autre qu’un Daesh qui a réussi. Éric Zemmour
L’islam (…) exerce aujourd’hui un pouvoir de fascination à peu près équivalent à celui que le nazisme, le stalinisme ou le maoïsme ont exercé en leur temps. Le désir de soumission, la peur de la liberté, le retour à un modèle patriarcal, sans omettre un zeste de culpabilité lié à un passé colonial, lui ont donné des ailes. La manne pétrolière, de sérieuses assises. Et, par un effet de mode, rien n’étant plus contagieux que la mode, un élan inattendu. L’idée, par ailleurs assez géniale, d’un califat lui a permis de disposer d’une stratégie offensive dont je vois mal ce qui pourrait l’arrêter. En outre, la nature ayant horreur du vide – et la France étant entrée dans l’ère du vide – je parierais volontiers sur la victoire de ceux qui croient encore en quelque chose sur ceux qui ne croient plus en rien. Roland Jaccard
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud
[Le terrorisme est-il vraiment sans lien avec la religion ?] Ce slogan est scandé concernant le terrorisme, comme si [le terrorisme] reflétait une image totalement indépendante de l’affiliation religieuse de ses auteurs, et comme s’il n’existait pas d’objectifs ou de valeurs religieuses l’animant, mais uniquement un état de démence qui déchaînerait ceux qui en sont atteints, les rendrait inconscients de ce qu’ils font ou de ce [qu’ils cherchent] à obtenir par leurs actions, [actions] qui dégoûtent non seulement les êtres humains, mais [même] les bêtes de la jungle. Le terrorisme qui secoue actuellement le monde n’est pas une catastrophe naturelle comme une tornade, une tempête ou un tremblement de terre, et n’est pas perpétré par des tribus sauvages. Il est perpétré par des gens qui s’y engagent [car ils sont] inspirés par une idéologie religieuse. [Ces gens] prônent l’application et la diffusion de cette idéologie, [qui constitue un ensemble de] principes dogmatiques devant être imposés par la force de l’épée, et qui [donnent lieu à] des tueries, des expulsions et des destructions où qu’ils aillent. Depuis ses débuts, ce mouvement terroriste a épousé une idéologie salafiste qui prône l’extrémisme religieux et a lavé le cerveau de gens de tous âges, ralliés autour de sa bannière, [des gens qui ont été] formés à se suicider et à tuer pour atteindre le martyre. Les organisations terroristes qui agissent au nom de la religion sont nées lorsque [les moudjahidines] ont proclamé le djihad au nom de l’islam contre les forces soviétiques en Afghanistan. C’était le cheikh saoudien Oussama Ben Laden qui a posé la pierre angulaire de la première cellule [terroriste], qu’il a nommée Al-Qaïda. Plus tard, il a appelé à lancer une guerre au nom de la religion, et de jeunes croyants, influencés par les fatwas de [religieux] extrémistes, notamment saoudiens, ont afflué [en Afghanistan] depuis les pays musulmans. [Ensuite, Abou Mousab] Al-Zarqawi a créé une branche d’Al-Qaïda en Irak, qui a pris le nom d’ « Etat islamique en Irak », et s’est récemment établie dans la ville de Mossoul, où elle a fusionné avec son homologue syrien. Ainsi, est soudainement apparue une organisation terrifiante [l’EI], qui se présente comme porteuse du message et de la bannière de l’islam. [Imitant les premières] conquêtes musulmanes, cette organisation a envahi l’Irak et la Syrie et nommé un calife pour les musulmans, Abou Bakr Al-Baghdadi, qui s’est installé à Mossoul, et a montré à ses habitants ce que cela signifiait qu’être dirigés par un gouvernement qui [revient] 1 400 ans [en arrière], dans le traitement [qu’il leur inflige] et le pillage de leurs terres. Les envahisseurs ont attaqué la population de Mossoul et de la Syrie orientale, les ont arrêtés par centaines et les ont soumis à leur joug, puis ont isolé les chrétiens parmi eux et leur ont offert deux options : soit se convertir à l’islam, soit payer l’impôt d’allégeance, comme cela était arrivé à leurs ancêtres lorsque les Arabes avaient attaqué leurs pays, à l’époque du calife Omar Al-Khattab [583-644]. Lorsque [les chrétiens] ont refusé cette humiliation, l’EI a confisqué leurs biens, les a chassés de leur foyer ancestral, la province de Ninive, et les a fait errer sous les cieux, démunis, à la recherche de secours et de sécurité. (…) Lorsque les terroristes ont fait exploser le World Trade Center et plusieurs avions, faisant des milliers de victimes, Oussama Ben Laden, entouré des siens, a déclaré à la télévision : « Ceci est une victoire d’Allah ». Et à présent, l’EI se vante d’avoir tué des innocents à Paris, affirmant que cela a été « accompli avec l’approbation d’Allah », et menaçant que la prochaine attaque aura lieu aux Etats-Unis, avec l’aide d’Allah. Et [cheikh Youssouf] Al-Qaradhawi et d’autres de son acabit prient et souhaitent que, dans le sillage de cette vague terroriste, le jour viendra où les musulmans inonderont l’Europe et la soumettront à l’islam. Cela ne suffit-il pas pour [nous] convaincre que le terrorisme a [bien] un lien avec la religion ? Fadel Boula (journaliste irakien)
One wonders why America, a nation of immigrants, can be suddenly so receptive to Donald Trump’s anti-immigration rhetoric. The best answer, so far, is that immigration does not seem to work any more the way it did, at least for certain groups of immigrants. A similar situation has arisen in Europe. In 2009, the American journalist Christopher Caldwell famously characterized the changes that a massive non-European, non-Judeo-Christian, immigration was forcing over Europe as a “revolution.” We may now be on the brink of a counter-revolution, and that can be as violent and far-reaching as revolution itself. Last year’s massacres in Paris (the attacks on satirical cartoonists and a kosher supermarket’s customers in January 2015, then the November 13 killing spree) were a tipping point : the French – and by extension, most Europeans — realized that unchecked immigration could lead to civil war. Then there was the Christmas crisis in Corsica, a French island in the Mediterranean. On December 24, a fire was activated at an immigrant-populated neighborhood in Ajaccio, the capital of Southern Corsica. As soon as the firemen arrived, they were attacked by local youths, Muslims of North African descent. Such ambushes have been part of French life for years. This time, however, the ethnic Corsicans retaliated; for four days, they rampaged through the Muslim neighborhoods, shouting Arabi Fora! (Get the Arabs out, in Corsican). One of Ajaccio’s five mosques was vandalized. Then, there was the New Year’s crisis in Germany and other Northern European countries. On December 31, one to two thousand male Muslim immigrants and refugees swarmed the Banhofvorplatz in Cologne, a piazza located between the railway Central Station and the city’s iconic medieval cathedral. As it turned out during later in the evening and the night, they intended to “have fun”: to hunt, harass, or molest the “immodest” and presumably “easy” German women and girls who celebrated New Year’s Eve at the restaurants and bars nearby, or to steal their money. 766 complaints were lodged. Similar incidents took place in other German cities, like Hamburg, Frankfurt and Stuttgart, as well as in Stockholm and Kalmar in Sweden, and Helsinki in Finland. Here again, the local population reacted forcefully. Support for asylum seekers from the Middle East plummeted – 37 percent of Germans said that their view of them has “worsened,” and 62 percent said that there are “too many of them.” The Far Right demonstrated against immigration in many cities, but liberal-minded citizens were no less categorical. Le Monde, the French liberal newspaper, on January 20 quoted Cologne victims as saying, “Since 1945, we Germans have been scared to be charged with racism. Well, the blackmail is over by now.” Indeed, postwar Europe, and Germany in particular, had been built upon the rejection of Hitler’s mad regime and everything it stood for. Nationalism, militarism, authoritarianism, and racism were out. Multinationalism, pacifism, hyperdemocracy, and multiculturalism were in. This simple, almost Manichean, logic is collapsing now – under the pressure of hard facts. Or rather the Europeans now understand that it was flawed in many ways from the very beginning, especially when it came to multiculturalism, the alleged antidote to racism. What Europeans had in mind when they rejected racism in 1945 was essentially antisemitism. Today, the “correct” antiracist attitude would be to welcome non-European immigrants en masse and to allow them to keep their culture and their way of life, even it that would contradict basic European values. Hence last summer’s “migrants frenzy,” when the EU leadership in Brussels and major EU countries, including Angela Merkel’s Germany, decided to take in several millions of Middle East refugees overnight. European public opinion is now awaking to a very different view. And the political class realizes that it must adjust – or be swept away. Michel Gurfinkiel
À chaque attentat, des citoyens changent d’avis sur l’islam. De leur côté, les musulmans se sentent très forts, et ils vont encore étendre leur influence. La guerre civile, vous l’avez déjà de temps en temps – par exemple, lors des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises. (…) Nous étions face à un phénomène culturel, religieux, communautaire. Une colère nourrie à la fois d’un sentiment de supériorité et d’humiliation de la « nation musulmane ». Le fait est que, depuis, le fossé se creuse entre les musulmans et les non-musulmans. (…) J’ai personnellement visité vingt-huit de ces zones : aux États-Unis, en Australie, en Suède, en Grèce, en Allemagne, en Belgique et particulièrement en France – à Paris, Marseille, Montpellier… Votre gouvernement les appelle « zones urbaines sensibles » et en recense 751. Moi, je dis que ce sont des « no-go zones partielles », des zones d’accès limité : si je m’y rends seul et habillé de façon ordinaire, je n’ai pas de problème ; mais quand je suis allé à La Castellane avec un élu dans une voiture identifiée de la mairie, nous avons reçu une grosse pierre qui a détruit le pare-brise. Nous avons filmé la scène et donné la vidéo aux autorités il y a un an : il ne s’est rien passé. (…) Il y a une guerre civile au sein de l’islam pour savoir ce que c’est qu’être musulman. Chaque religion est amenée à décider, à tout moment, ce qu’elle doit garder et rejeter de la tradition. Par exemple l’esclavage. Ou l’homosexualité : ce que dit la Bible est clair, cela n’empêche pas l’Église d’en débattre. Les musulmans anti-islamistes, ou réformateurs, représentent un courant très faible, mais nous devrions les soutenir. Certains commencent à comprendre qu’ils doivent agir, s’organiser, lever de l’argent. Des dirigeants politiques le font déjà, au Pakistan, en Égypte, en Jordanie, au Maroc, mais il faut aussi des leaders religieux. (…) L’islamisme a deux grandes faiblesses : ses divisions internes (les factions n’arrêtent pas de se battre entre elles) et son impopularité (de l’Iran des mollahs à l’Égypte des Frères musulmans). Donc, soit ce courant politique évolue, à la façon du communisme chinois par exemple, soit il finira par disparaître. Cela prendra peut-être un demi-siècle. Mais l’islamisme est la troisième idéologie totalitaire, après le fascisme et le communisme, et il connaîtra le même sort. (…) Daech constitue l’expression la plus extrême qu’on ait vue de l’islamisme. Jusque-là, on croyait que c’était l’Iran, puis les talibans… Le califat, c’est la restauration d’un modèle disparu depuis onze siècles – un peu comme Mussolini croyait réincarner l’empereur romain. Mais quelle puissance représente-til ? Presque rien, surtout face aux plus grandes armées du monde. Je vois des chances raisonnables que l’EI disparaisse cette année – du moins en tant qu’État, même si son influence continue. Objectivement, l’Iran représente à mes yeux une menace bien plus grande, avec son armée, ses ressources et sa quête de la bombe atomique. (…) Angela Merkel a commis une folie incroyable en invitant tous les Syriens. Son pays et l’Europe vont le payer très cher. Le Liban, la Turquie, la Jordanie sont les terres d’asile naturelles pour les réfugiés. En Europe, c’est de l’immigration illégale. Daniel Pipes
Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. Anne-Marie Delcambre
Dire que l’islamisme n’est pas l’islam, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, est faux. Pour le musulman d’hier et d’aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coran comme il n’y a qu’un seul prophète. L’islamiste est autant musulman que le mystique car il s’appuie sur ces deux fondements. Et dans ces deux fondements il y a l’appel au combat. Ici-bas la guerre pour la victoire de l’islam doit être poursuivie tant que l’islam n’est pas entièrement victorieux. La paix n’est envisageable que si la victoire paraît, pour le moment, impossible ou douteuse (sourate 47, verset 35/37). Mais la paix sera plutôt une récompense du paradis, quand toute la terre aura été pacifiée. Comment passer sous silence que pour les musulmans le monde se partage entre le territoire de l’islam (dâr al-Islam) et le territoire non musulman, qualifié de territoire de la guerre (dâr al-harb)
Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam.
Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle.
En réalité on ne nous dit jamais que les textes grecs ont été traduits par des Chrétiens d’Orient, à partir du syriaque ou directement du grec. (Ni Avicenne, ni Averroès ne connaissaient le grec!).
C’est plutôt curieux pour les Juifs d’Afrique du Nord qui idéalisent leur vécu en terre d’islam. Ils n’ont trouvé la liberté que sous administration française ou dans les pays occidentaux…
Là où l’islam est particulièrement dangereux, c’est qu’il englobe toute la vie du croyant, du berceau jusqu’à la tombe, dans tous les domaines et qu’il n’y a pas de séparation entre le public et le privé, pas plus qu’il n’y a de séparation entre le politique et le religieux. L’islam est total, global, il englobe la totalité car tout comportement obéit à une règle. Mais en même temps chaque règle est une règle de comportement religieux, que cette règle soit dans le domaine juridique, politique ou intime. C’est le religieux qui recouvre tout. Le système pleinement réalisé devrait s’appeler théocratie et jamais «démocratie». On nous ment quand on nous affirme que l’islam serait une foi qui se pratique dans la sphère privée, comme le christianisme. L’islam est à la fois une foi, une loi, un droit (fiqh), lequel est l’application de la Loi qu’est la charî’a. Et cette charî’a a prescrit de combattre l’infidèle (jihâd ou qitâl), de lui réserver un traitement inégalitaire (dhimmî), d’appliquer aux musulmans des peines fixes (hudûd) pour des crimes bien définis (adultère (zinâ), apostasie (ridda), blasphème(tajdîf), vol (sariqah), brigandage (qat’ al-tarîq), meurtre (qatl) et bien sûr consommation d’alcool.
Pour expliquer les attentats, il suffit de se reporter à la vie du prophète, lequel a justifié l’assassinat politique pour le bien de l’islam. De même, faire peur, inspirer la terreur (rahbat) -dont on a tiré le mot moderne “terrorisme” (irhâb)- était la méthode que le noble modèle préconisait pour semer la panique chez les ennemis de l’islam. Anne-Marie Delcambre
Au risque de choquer, il faut avoir le courage de dire que l’intégrisme n’est pas la maladie de l’Islam. Il est l’intégralité de l’Islam. Anne-Marie Delcambre

Vous avez dit « jour sans fin » ?

Au lendemain de ce fameux Jour de la marmotte popularisé par le film d’Harold Remis …

Où à l’instar du héros du film et quinze ans après son prédécesseur, le pire président américain de l’histoire récente nous refait le coup de la visite historique à une mosquée et de l’islam religion de paix …

Pendant que l’autre côté de l’Atlantique sur fond de danse tous azimuts avec les dictateurs de la planète, l’on nous ressort, du largement rêvé « âge d’or » andalou aux Trente glorieuses françaises ou américaines, l’éternel refrain des prétendus apports de l’islam en France

A l’heure justement où, entre actes de barbarie et invasion migratoire, l’islam fait la démonstration sous nos yeux et jusque dans nos rues du caractère intrinséquement guerrier et totalitaire de son idéologie …

Retour avec le site Libertyvox …

Sur l’islamologue Anne-Marie Delcambre qui vient malheureusement de s’éteindre …

Et qui, souvent seule contre tous, avait su garder et nous aider à garder les yeux ouverts …

Tant sur la réalité de l’islam que sur l’imposture de ses nouveaux champions …

Anne-Marie Delcambre nous a quittés

 LIBERTYVOX

Anne-Marie Delcambre. 26 juin 1943 -– 2 janvier 2016

C’’est avec tristesse que nous apprenons le décès d’’Anne-Marie Delcambre survenu le 2 janvier 2016 à Saint-James, dans la Manche, où elle est désormais inhumée. Elle se battait avec courage contre le cancer depuis plusieurs années et s’’était retirée en Normandie.

Elle avait rejoint LibertyVox dès sa création en 2005 et nous resta fidèle jusqu’à l’été 2013 où elle demanda la fermeture de son compte, pour cause de désaccord avec la ligne idéologique dominante du site, trop « droitière » à son goût. Elle se sentait « étrangère » aux propos tenus sur notre forum. Elle refusait la traduction politique de son enseignement.

Nous garderons le souvenir d’une femme extraordinaire, au caractère bien trempé, parfois emportée, mais toujours entière et extrêmement attachante.

Elle laisse une riche production sur l’’Islam : des milliers de textes sur le forum, quelques articles à la Une, des enregistrements d’émissions dans l’’onglet archives de LibertyVox et, bien entendu, ses livres.

Puisse-t-elle reposer en paix.

© Toute l’équipe de LibertyVox

Voir aussi:

« L’Islam des interdits » d’Anne-Marie Delcambre
Rudy Reichstadt
Agora vox

22 janvier 2007

Dans un essai qui aurait tout aussi bien pu s’intituler « Le Côté obscur de l’islam », Anne-Marie Delcambre affirme que c’est la religion musulmane, et non l’islamisme, qui pose problème. Bien qu’elle fasse preuve d’une véritable liberté de ton en s’affranchissant des coutumières allégeances hypocrites au « religieusement correct », elle rend toutefois sa thèse inaudible aux oreilles de ceux des musulmans qui sont ouverts à une critique constructive des dérives de l’islam.
« Au risque de choquer, il faut avoir le courage de dire que l’intégrisme n’est pas la maladie de l’Islam. Il est l’intégralité de l’Islam ». Telle est la thèse, brutale, que défend Anne-Marie Delcambre, docteur en civilisation islamique et professeur d’arabe au lycée Louis-le-Grand. Publié en 2003, L’Islam des interdits est un réquisitoire rapide, formé d’une vingtaine de courts chapitres proposant une étude – sourates à l’appui – des rapports entre l’islam et, pêle-mêle, les femmes, la science, les Juifs, la guerre, la démocratie, la politique, le mysticisme, les chrétiens, les droits de l’homme, etc.Anne-Marie Delcambre est l’auteur d’un Mahomet, paru dans la collection Découvertes-Gallimard et d’un « Repères » sur l’Islam plusieurs fois réédité aux éditions de La Découverte. Si sa démonstration repose sur une lecture partielle du Coran et des hadiths – qui ne sont mobilisés qu’à charge -, il serait donc erroné de la réduire à la diatribe gratuite d’une extrémiste isolée. Il serait également maladroit de qualifier sa thèse d’« islamophobe » – le terme étant au cœur d’une polémique encore trop vive pour que l’on puisse l’utiliser dans un sens parfaitement univoque. Nul remugle de haine ne s’exhale de ce livre, loin s’en faut. On y trouve en revanche le constat d’une inaptitude quasi-congénitale qu’aurait l’Islam à séparer le politique du religieux, à assurer la mixité hommes-femmes et l’égalité des musulmans et des non-musulmans. On y trouve surtout une vive défiance à l’égard d’un corpus de règles strictes dont les musulmans seraient les premières victimes. En effet, le tropisme juridique de l’auteur (qui est également docteur d’Etat en droit) la conduit à ne s’intéresser qu’à un islam littéraliste et maximaliste, c’est-à-dire tel que tout musulman orthodoxe serait idéalement censé devoir le pratiquer. A savoir, un islam de la charia qui autorise – quand il ne l’encourage pas – la polygamie, la lapidation et la guerre sainte !

Religieusement incorrect
A une époque où, sous couvert de « biographie » censée se nourrir aux « sources les plus fiables », Tariq Ramadan réactualise le genre éculé du panégyrique dans un ouvrage consacré à Mahomet (cf. son récent Muhammad, Vie du Prophète), on sait gré à Anne-Marie Delcambre de s’appuyer sur des données historiques, factuelles et vérifiables, souvent très en décalage avec le mythe lénifiant d’un Coran « christianisé » qui ne serait que « message de paix et d’amour ». Mais n’utilisant le terme d’« islam » – qu’elle ne définit à aucun moment – que pour évoquer une doctrine figée dans l’obscurantisme du VIIe siècle après J-C, l’auteur court le risque du malentendu. Comme celle qui a valu à Robert Redeker de recevoir les menaces de mort que l’on sait (cf. « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? », Le Figaro, 19 septembre 2006), la thèse d’Anne-Marie Delcambre a la rudesse de ces opinions tranchées qui engendrent des crispations plutôt qu’elles n’invitent à la réflexion.

Car l’islam « juridique » dont elle nous entretient est aux antipodes des pratiques paisibles et sans histoires qui sont celles de millions de musulmans de par le monde. De sorte qu’un musulman lambda ne peut que se braquer face à une telle charge contre ce qui est constitutif de son identité la plus intime – ce que les sciences de l’information et de la communication appellent une « dissonance cognitive ». Il ne comprendra pas qu’on lui présente en moins de 150 pages les « épines du Coran » sans jamais en évoquer les « fleurs ». Enfin, il sera choqué par cette tendance de l’auteur à minimiser presque systématiquement les apports de la civilisation islamique à l’histoire de l’humanité. Sur ce dernier point, les notes de bas de pages et la brève bibliographie proposées n’étanchent malheureusement pas la curiosité du lecteur.

Islam juridique et islam sociologique
Se concentrant sur l’islam « juridique », Anne-Marie Delcambre passe donc à côté de l’islam « sociologique », c’est-à-dire tel qu’il est vécu par l’essentiel de ses lecteurs musulmans. Soit une religion cantonnée à la sphère privée, où le partage, la droiture et l’hospitalité sont des valeurs cardinales, et où le respect des aînés ainsi qu’une certaine pudeur allant à contre-courant du reste de la société ont encore voix au chapitre. Bref, un islam affable et banal qui s’offusque qu’on lui fasse à longueur de temps tous ces mauvais procès d’intention : nocivité ontologique (le glissement « islam-islamisme-terrorisme »), velléités de domination (le thème de l’« islamisation » cher à Philippe de Villiers), incompatibilité avec le régime laïque, archaïsme, etc.

Mais ces considérations ne doivent pas évacuer le nécessaire débat sur le rapport de l’islam à la violence car si le Coran s’est transformé en succès de librairie les jours qui ont suivi le 11-Septembre 2001, c’est qu’une inquiétude a, depuis lors, saisi de très nombreux Européens : et si l’islam portait en lui la guerre comme la nuée l’orage ? Il n’est jamais sain d’esquiver les questions que tout le monde se pose, le silence imposé par une certaine bien-pensance sur ce sujet n’aboutissant qu’à accroître la suspicion. Ne serait-ce que pour contribuer à crever l’abcès et à dissiper les fantasmes qui ont fini par se cristalliser autour de l’islam. Le problème de la violence mérite d’être pris à bras le corps.

Le problème de la violence
L’islam ne serait donc pas une religion particulièrement pacifique. Certes. Mais connaît-on un seul système de pensée qui, ayant produit des saints, n’a pas enfanté ses monstres ? Qui, de Ben Laden et d’Averroès, incarnent le mieux la « vérité » de l’islam ? Qui, de Torquemada et de Mère Térésa, le « génie » du christianisme ? Les sceptiques rétorquent que l’Evangile – contrairement au Coran – légitime et rend possible la critique des dérives ou des crimes commis au nom du Dieu d’amour. Mais, a fortiori, n’est-il pas scandaleux qu’une religion dont le commandement central est de « tendre l’autre joue » ait pu commanditer ou laisser commettre en son nom les pires barbaries ?

En vérité, il convient de rompre avec le fétichisme du texte. Si une idée s’incarnait purement dans l’Histoire, en d’autres termes, si l’Histoire ne consistait qu’en des manifestations d’essences, alors on n’explique pas pourquoi le « socialisme » par exemple, s’est illustré à la fois par le goulag et les congés payés ! La « République », par la guillotine et l’abolition de la peine de mort, par la colonisation et l’abolition de l’esclavage… On renonce aussi à comprendre la raison pour laquelle des bouddhistes, réputés adeptes de la non-violence, brûlent aujourd’hui des églises au Sri Lanka !

On objectera que l’Inquisition est loin derrière nous tandis que les talibans sont nos contemporains. Cet argument du décalage historique est solide. On est effectivement fondé à se demander pour quelle raison le monde musulman semble vivre, à l’heure actuelle, son Moyen Age, et pourquoi il était à son zénith au moment même où les bûchers de l’Eglise catholique assombrissaient le ciel d’Occident ? Régis Debray nous fournit peut-être une clé d’interprétation de ce chassé-croisé des civilisations : « Toute croyance collective tendra au fanatisme dès lors qu’elle se voit au défi de disparaître, minoritaire ou assiégée. L’intolérance, comme la ruse, est l’arme du faible contre le fort, du périphérique contre le central. Et l’indifférence polie à l’autre que soi, la marque la plus sûre d’une position d’hégémonie. Il est facile de respecter ceux dont on n’a plus rien à craindre. L’Occident d’aujourd’hui prêche urbi et orbi la tolérance d’autant mieux qu’il n’est pas menacé dans ses forces vives, pour l’heure. Car la tolérance, le bien suprême, est d’abord un luxe, lequel dépend des rapports de force. Al Andalus (711-1492) dominait son pourtour. L’Islam de Grenade pouvait sourire à tous. Celui de Kaboul est odieux. Quand la chrétienté elle-même s’est sentie insécure, elle a bâti l’Inquisition en « rempart de la foi », inventé les Croisades et les pogroms. Aucune religion, aucune civilisation n’est vaccinée contre la haine de l’autre, et telle qui prêche à présent la concorde, brandissait hier ses foudres » (in Dieu, un itinéraire, Odile Jacob, 2001, p. 76).

On referme l’Islam des interdits avec ce sentiment de perplexité que nous a déjà inspiré Michel Onfray et sa sévère diatribe dirigée contre les trois monothéismes (cf. son Traité d’athéologie). Une étude de « l’islam juridique » mérite mieux et certainement plus qu’un résumé de 150 pages destiné au grand public qui, dans le contexte de l’après-11-Septembre, acquiert le plus souvent ce type de livres non pour y trouver matière à interrogations mais dans la quête de réponses définitives et de certitudes qui ne manqueront pas, hélas, de conforter ses préjugés.

Anne-Marie Delcambre, L’Islam des interdits, Paris, Desclée de Brouwer, 2003, 146 pages.

Voir également:

« La France sans les musulmans ne serait pas la France »
Abdelkader Abderrahmane

Le Monde

01.02.2016

Depuis de longues années maintenant, la présence des musulmans en France, et leur rôle positif, est régulièrement questionnée, voire remise en cause. Après l’effroyable tuerie de Charlie-Hebdo et de l’épicerie de l’Hyper Cacher, il y a tout juste un an, et plus encore sans doute depuis le 13 novembre 2015, qui a vu de jeunes Français et de jeunes Européens se réclamant lâchement de l’Islam assassiner froidement et aveuglément des innocents en plein cœur de Paris, ces interrogations se multiplient de manière dangereuse et inquiétante.

En effet, pas un jour ne se passe sans qu’un article de presse ou une analyse traitant des musulmans de France ne paraisse dans la presse. Pas une semaine ne se passe non plus sans qu’un commentaire ou une opinion sur ces mêmes musulmans n’émane d’une femme ou d’un homme politique.

Aussi, en ces temps de « musulmanophobie » galopante qui s’ancre tous les jours un peu plus en France, il est sans doute opportun de rappeler à ces femmes et hommes politiques, essayistes, polémistes et autres experts du tube cathodique, ce que la France – et l’Europe dans sa globalité – doit aux musulmans.

La maison de la sagesse et du savoir
Alors que l’Europe médiévale était entourée de superstition, de fanatisme, de fatalisme, et d’autres irrationalités, le monde arabo-musulman, sous l’impulsion des dynasties Omeyyade et Abbasside, représentait au contraire la bayt al hikma, ou la « maison de la sagesse et du savoir ». Et c’est ce savoir qui a permis aux Européens de sortir des ténèbres de l’ignorance dans laquelle ils étaient plongés, débouchant ainsi sur la Renaissance et les Lumières.

Si l’on parle beaucoup aujourd’hui de la nécessité pour l’islam de se réformer (ijtihad), n’oublions pas que les divergences entre les philosophes musulmans tels qu’Al-Ghazali (1058-1111), Ibn Rushd (Averroès, 1126-1198), Al-Farabi (827-950) ou Ibn Sina (Avicenne, 980-1037) existaient déjà à cette époque, produisant ainsi un terreau fertile et dynamique aux débats (ikhtilaf). Critiquant les travaux d’Aristote (384 av. J.-C.-322 av. J.-C.) dès le XIIe siècle, Averroès et Ibn Tumart (1080-1130) furent aussi les précurseurs de la distinction entre la philosophie et le religieux, semant les graines des Lumières et de la rébellion contre l’Eglise.

Le développement de la science était aussi une priorité pour les Arabo-musulmans de l’époque. A titre d’exemple, les travaux des médecins grecs Claude Galien (129-216) et Paul d’Egine (620-690) qui trouvèrent écho en Europe ne furent que le fruit du travail de traduction et de perfectionnement des Arabes, en particulier ceux de l’alchimiste et philosophe Al-Razi (Rhazès, 865-935), auteur d’Al Hawi, une œuvre médicale majeure. Les juifs qui vivaient en harmonie dans l’Andalousie musulmane, et qui durent ensuite fuir la répression de la Reconquista espagnole, emportèrent avec eux ce savoir médical qui a ensuite permis d’élaborer l’étude de la médecine dans des villes comme Montpellier.

Que seraient aujourd’hui les études sociologiques sans l’apport inestimable d’Ibn Khaldoun (1332-1406), le père de la sociologie moderne, dont le concept d’asabiya, ou esprit de corps, influença énormément la notion de virtu de Machiavel (1469-1527) ? Et que dire du mathématicien perse Al-Khawarizmi (780-850), le père de l’algèbre et de l’algorithme, dont les travaux permirent notamment de reconstruire la cathédrale de Chartres qu’un incendie avait presque détruite au XIIe siècle ? La liste est longue. Mais comme l’écrit si justement l’anthropologue Robert Briffault (1876-1948) dans son livre The Making of Humanity, « la science [occidentale et par extension française] doit bien plus à la culture arabe que des découvertes ; elle lui doit sa propre existence ».

Des liens historiques profonds
Qu’en est-il des musulmans et de leurs liens avec la France depuis un siècle ? Et de ces tirailleurs sénégalais qui combattaient au sein de l’armée française lors de la première guerre mondiale ? Ou bien du rôle des goumiers marocains face à l’Allemagne hitlérienne ?

Et que dire aussi de cette immigration du XXe siècle qui contribua activement aux Trente Glorieuses ? Très nombreux sont ces hommes et ces femmes qui ont perdu de leur santé en suant nuit et jour sur les chantiers français, les usines Renault, Peugeot, les mines de charbon, les constructions des routes et cités HLM dans lesquelles ils vivent aujourd’hui dans les conditions que nous savons. Ces hommes et ces femmes qui ont toujours été très discrets, ont constamment remercié la France de leur avoir donné l’opportunité de (re)construire une nouvelle vie. Ils ont aussi fondé des familles dont les enfants font la France d’aujourd’hui.

Pour nombre d’entre eux, ces enfants de confession musulmane sont aujourd’hui des femmes et des hommes dont on ne parle pas mais qui, pourtant, œuvrent tous les jours à la science et aux technologies « made in France«  dans les nombreux laboratoires et centres de recherche à travers l’Hexagone. Ce sont des médecins, des dentistes, des cardiologues, des ophtalmologues, des ingénieurs… Ce sont aussi des coiffeurs pour les plus démunis, des techniciens et des agents de surface, des « Arabes du coin » tenant une épicerie ouverte jusqu’à tard dans la nuit. C’est aussi le travailleur malien Lassana Bathily qui, au péril de sa vie, a sauvé il y a un an des vies humaines en les cachant dans la chambre froide de l’Hyper Cacher. Ce sont aussi ces femmes et ces hommes qui nous sourient tous les jours lorsqu’on les croise dans la rue. Ce sont in fine tous ces (in)visibles qui payent leurs impôts et contribuent activement à l’économie de la France.

Des intellectuels, des sportifs, des symboles qui font la France
De son vivant, l’islamologue musulman Mohammed Arkoun (1928-2010) faisait aussi la France avec ses nombreux travaux académiques qui ont énormément contribué à la compréhension de l’islam. Citons aussi au hasard le philosophe et anthropologue des religions Malek Chebel, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, la réalisatrice Yamina Benguigui ou les journalistes Sonia Mabrouk et Rachid Arhab, ce dernier ayant été aussi membre du CSA.

La France ne peut pas non plus être dissociée de ces nombreux sportifs français de confession musulmane qui contribuent à son rayonnement en faisant retentir La Marseillaise aux quatre coins du monde. Prenons par exemple le judoka Djamel Bourras, champion olympique à Atlanta en 1996, Mahiedine Mekhissi, double vice-champion olympique du 3 000 m steeple, ou encore le marathonien Alain Mimoun, champion olympique à Melbourne en 1956.

Il est important de rappeler qu’aujourd’hui le symbole par excellence de la France à New York, Tokyo, Londres, Cape Town ou Berlin n’est plus le camembert ou la baguette mais Zinédine Zidane, un homme de confession musulmane. En ces temps de musulmanophobie et d’arabophobie nauséabondes, il serait bon de se souvenir aussi que c’est sa tête qui a permis à la France de remporter ce qui demeure à ce jour sa seule et unique Coupe du monde de football, un soir de juillet 1998.

Oui, sans hésitation aucune, la France sans les musulmans ne serait pas la France. A cet égard, il ne faut pas oublier qu’il coule très probablement dans les veines de beaucoup de Français, hommes politiques y compris, quelques gouttes de sang de Boabdil le musulman, qui capitula sous les coups de boutoir de la Reconquista.

Abdelkader Abderrahmane est analyste et consultant géopolitique

Voir encore:

Obama se rend pour la première fois dans une mosquée américaine

 Stéphanie Le Bars (Washington, correspondance)

Le Monde

03.02.2016

Pousser la porte d’une mosquée sur le sol américain lui aura pris plus de sept ans. Barack Obama s’y est finalement résolu, mercredi 3 février, alors que le climat antimusulman a rarement été aussi pesant dans le pays. Pour cette première, le président américain a pris son temps : il a passé plus de deux heures avec divers représentants de la communauté musulmane, dans les locaux du plus important centre islamique du Maryland, un vaste bâtiment surmonté d’un dôme rouge niché au fin fond d’une banlieue résidentielle de Baltimore.

Après des échanges à huis clos, il a pris la parole pour condamner les propos politiques « inexcusables contre les musulmans américains » entendus ces dernières semaines, notamment dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle, et a rejeté « les amalgames entre les actes horribles de terrorisme et une religion dans son ensemble ». M.Obama a de nouveau rejeté l’idée d’un « clash de civilisation entre l’Occident et l’islam », exhortant les jeunes à ne pas choisir entre leur « foi » et leur « patriotisme ». « Vous n’êtes pas musulmans ou Américains, vous êtes musulmans et Américains », a-t-il lancé sous les applaudissements. « Nous sommes une famille américaine », a-t-il insisté.

L’objectif de cette visite, saluée par les organisations musulmanes, visait à conforter cette communauté de quelque 2,7 millions de personnes (moins d’1 % de la population) et à lutter contre « l’intolérance » religieuse, alors que l’année 2015 a enregistré un record de violences islamophobes (71 actes recensés contre 20 à 30 les années précédentes), estime le Council on American-Islamic Relations (CAIR).

Selon la Maison Blanche, l’idée d’un déplacement dans une mosquée s’est imposée à l’automne 2015, après les déclarations antimusulmanes de plusieurs candidats républicains à l’investiture pour l’élection présidentielle. Dans la foulée des attentats du 13 novembre à Paris, et de l’attaque de San Bernardino (Californie) le 2 décembre, au cours de laquelle un couple de jeunes musulmans américains avait tué quatorze personnes, Donald Trump s’était notamment prononcé pour la fermeture des frontières aux musulmans. D’autres candidats républicains s’étaient inquiétés de l’arrivée de « terroristes » parmi les quelques milliers de réfugiés syriens accueillis dans le pays.

Jusque-là, en dépit des demandes réitérées de la communauté musulmane, le président américain s’était montré réticent à une telle démarche. De peur d’accréditer l’idée, toujours répandue dans l’esprit de ses concitoyens, qu’il est lui-même musulman ? Selon un sondage pour CNN de septembre 2015, 29 % des Américains (43 % des républicains) en sont convaincus, alors que M. Obama a toujours revendiqué sa foi chrétienne. Mercredi, il a préféré en rire, rappelant que Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis, avait lui aussi été accusé d’être musulman. « Je ne suis donc pas le premier et je suis en bonne compagnie! »

Au-delà de cette approche conspirationniste, Obama continue d’être critiqué pour son islamophilie supposée. Ses adversaires républicains le soupçonnent de ne pas mesurer l’ampleur du danger porté par l’organisation Etat islamique, critiquant à la fois ses décisions opérationnelles prises en Irak et en Syrie pour combattre les djihadistes et son analyse de la situation.

S’il condamne sans appel les violences de « ceux qui, au nom de leur foi, prétendent combattre pour l’islam mais en fait le trahissent », M. Obama s’applique dans ses discours à distinguer entre les horreurs commises par l’EI au nom de l’islam et la foi musulmane. Prenant le contre-pied de l’antienne républicaine, il a déclaré dans son discours sur l’état de l’Union, le 12 janvier : « l’Etat islamique ne constitue pas une menace existentielle pour notre Nation. »

« Souvenez-vous des croisades »

Un sondage du Pew research center, publié mercredi, alors même que M. Obama faisait route vers Baltimore montre que 50 % des Américains souhaitent que leur prochain président évite les amalgames et ne critique pas l’islam « dans son ensemble » quand il est question de terrorisme islamique. Un appel à la prudence partagé par seulement 29 % des républicains mais 70 % des démocrates, ce qui montre à quel point la question de l’islam est devenue clivante au niveau politique. Deux tiers des sondés (68 %) reconnaissent aussi que le problème de la violence commise au nom de la religion tient davantage aux personnes qu’à l’enseignement des textes religieux encourageant la violence (22 %). En décembre 2015, 46 % des Américains estimaient que l’islam est plus enclin que d’autres religions à promouvoir la violence.

Il y a tout juste un an, M. Obama avait provoqué la fureur des conservateurs en rappelant que le christianisme aussi avait eu ses heures sombres. « Souvenez-vous des croisades et de l’Inquisition, ces gens qui commettaient de terribles choses au nom du Christ. Dans notre propre pays, l’esclavage a été trop souvent justifié au nom du Christ », avait-il lancé, le 5 février, lors d’un petit-déjeuner entre politiques et religieux qui se tient annuellement à Washington. L’édition 2016 de cette rencontre aura lieu jeudi.

Voir de même:

Barack Obama dit « merci » aux musulmans

HISTORIQUE – Barack Obama a mis en garde mercredi, dans un discours passionné prononcé depuis une mosquée de Baltimore, contre la « rhétorique haineuse » visant les musulmans. Le président américain a également remercié les musulmans d’aider l’Amérique à rester unie

Metronews

03-02-2016 21:21

Voir de plus:

Daniel Pipes: « Chaque attentat renforce le rejet de l’islam »
par Marie-Laetitia Bonavita et Philippe Gélie
Le Figaro
2 février 2016

Daniel Pipes, 66 ans, titulaire d’un doctorat en islam médiéval de l’université de Harvard, préside le Middle East Forum, basé à Philadelphie. Il appartient au courant néoconservateur américain.

LE FIGARO. – Vous voyez les tensions entre musulmans et chrétiens dans les sociétés occidentales comme un ferment de guerre civile. Pourquoi ?

Daniel PIPES. – Le rejet de l’islam ne cesse de monter en Europe et aux États-Unis. Cela a commencé en 1989 avec l’affaire Salman Rushdie au Royaume- Uni, et avec le débat sur le port du foulard en France. Aujourd’hui, les partis politiques qui prospèrent sur le rejet de l’islam représentent partout de 20 % à 30 % de l’opinion. Un consensus prétend que ça va s’arrêter là, mais je ne le crois pas du tout. Ces mouvements peuvent grandir jusqu’à prendre le pouvoir. À chaque attentat, des citoyens changent d’avis sur l’islam. De leur côté, les musulmans se sentent très forts, et ils vont encore étendre leur influence. La guerre civile, vous l’avez déjà de temps en temps – par exemple, lors des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises.

Pensez-vous que l’islam était le principal ressort de ces émeutes ?

Nous étions face à un phénomène culturel, religieux, communautaire. Une colère nourrie à la fois d’un sentiment de supériorité et d’humiliation de la « nation musulmane ». Le fait est que, depuis, le fossé se creuse entre les musulmans et les non-musulmans.

« L’islamisme est la troisième idéologie totalitaire, après le fascisme et le communisme, et il connaîtra le même sort »

Vous êtes à l’origine du concept de « no-go zones » (zones qui seraient interdites aux autorités, à certaines catégories de la population, NDLR), dont l’exploitation par la chaîne Fox News avait choqué en France…

J’ai personnellement visité vingt-huit de ces zones : aux États-Unis, en Australie, en Suède, en Grèce, en Allemagne, en Belgique et particulièrement en France – à Paris, Marseille, Montpellier… Votre gouvernement les appelle « zones urbaines sensibles » et en recense 751. Moi, je dis que ce sont des « no-go zones partielles », des zones d’accès limité : si je m’y rends seul et habillé de façon ordinaire, je n’ai pas de problème ; mais quand je suis allé à La Castellane avec un élu dans une voiture identifiée de la mairie, nous avons reçu une grosse pierre qui a détruit le pare-brise. Nous avons filmé la scène et donné la vidéo aux autorités il y a un an : il ne s’est rien passé.

Que pensez-vous de la suggestion de Donald Trump d’interdire l’entrée des États-Unis aux musulmans ?

C’est absurde et impossible. En revanche, on pourrait et on devrait interdire les islamistes, via un processus d’enquête et d’interrogatoires. Je ne supporte pas M. Trump. Il n’a pas de principes, il insulte tout le monde, c’est un néofasciste qui ne veut que le pouvoir. Il ne comprend pas et n’accepte pas le système américain. À cause de cela, il ne sera pas président des États-Unis.

Vous souhaitez que l’islam produise « une façon constructive d’être musulman au XXIe siècle » : qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Il y a une guerre civile au sein de l’islam pour savoir ce que c’est qu’être musulman. Chaque religion est amenée à décider, à tout moment, ce qu’elle doit garder et rejeter de la tradition. Par exemple l’esclavage. Ou l’homosexualité : ce que dit la Bible est clair, cela n’empêche pas l’Église d’en débattre. Les musulmans anti-islamistes, ou réformateurs, représentent un courant très faible, mais nous devrions les soutenir. Certains commencent à comprendre qu’ils doivent agir, s’organiser, lever de l’argent. Des dirigeants politiques le font déjà, au Pakistan, en Égypte, en Jordanie, au Maroc, mais il faut aussi des leaders religieux.

« Il y a une guerre civile au sein de l’islam pour savoir ce que c’est qu’être musulman. Chaque religion est amenée à décider, à tout moment, ce qu’elle doit garder et rejeter de la tradition. »

En l’absence de véritable hiérarchie religieuse dans l’islam sunnite, qui peut discréditer les islamistes ?

L’islamisme a deux grandes faiblesses : ses divisions internes (les factions n’arrêtent pas de se battre entre elles) et son impopularité (de l’Iran des mollahs à l’Égypte des Frères musulmans). Donc, soit ce courant politique évolue, à la façon du communisme chinois par exemple, soit il finira par disparaître. Cela prendra peut-être un demi-siècle. Mais l’islamisme est la troisième idéologie totalitaire, après le fascisme et le communisme, et il connaîtra le même sort.

La guerre menée en Syrie et en Irak contre l’État islamique est-elle la bonne méthode ?

Daech constitue l’expression la plus extrême qu’on ait vue de l’islamisme. Jusque-là, on croyait que c’était l’Iran, puis les talibans… Le califat, c’est la restauration d’un modèle disparu depuis onze siècles – un peu comme Mussolini croyait réincarner l’empereur romain. Mais quelle puissance représente-til ? Presque rien, surtout face aux plus grandes armées du monde. Je vois des chances raisonnables que l’EI disparaisse cette année – du moins en tant qu’État, même si son influence continue. Objectivement, l’Iran représente à mes yeux une menace bien plus grande, avec son armée, ses ressources et sa quête de la bombe atomique.

Vous étiez partisan de l’invasion de l’Irak en 2003 : quelle leçon en tirez-vous ?

Cela a été mal fait : il fallait juste se débarrasser de Saddam Hussein et quitter le pays. On aurait économisé 5 000 vies américaines et 1 000 milliards de dollars. Et on n’aurait pas vu notre influence diminuer autant.

Avec l’afflux de migrants, c’est l’Europe qui est maintenant en première ligne face au chaos…

Angela Merkel a commis une folie incroyable en invitant tous les Syriens. Son pays et l’Europe vont le payer très cher. Le Liban, la Turquie, la Jordanie sont les terres d’asile naturelles pour les réfugiés. En Europe, c’est de l’immigration illégale.

Voir aussi:

Un journaliste irakien conteste l’idée que l’EI n’aurait rien à voir avec l’islam
Dans un article intitulé « Le terrorisme est-il vraiment sans lien avec la religion ? » publié dans le quotidien irakien pro-iranien Al-Akhbar, le journaliste irakien Fadel Boula s’élève contre l’argument, souvent entendu dans le monde arabe et ailleurs, selon lequel le terrorisme de l’Etat islamique (EI) et des groupes de son acabit n’a rien à voir avec l’islam. Il souligne que ces organisations terroristes sont motivées par une idéologie salafiste extrémiste et affirme que leurs atrocités représentent la volonté et les ordres d’Allah.

MEMRI

Extraits : [1]

[Le terrorisme est-il vraiment sans lien avec la religion ?] Ce slogan est scandé concernant le terrorisme, comme si [le terrorisme] reflétait une image totalement indépendante de l’affiliation religieuse de ses auteurs, et comme s’il n’existait pas d’objectifs ou de valeurs religieuses l’animant, mais uniquement un état de démence qui déchaînerait ceux qui en sont atteints, les rendrait inconscients de ce qu’ils font ou de ce [qu’ils cherchent] à obtenir par leurs actions, [actions] qui dégoûtent non seulement les êtres humains, mais [même] les bêtes de la jungle.

Le terrorisme qui secoue actuellement le monde n’est pas une catastrophe naturelle comme une tornade, une tempête ou un tremblement de terre, et n’est pas perpétré par des tribus sauvages. Il est perpétré par des gens qui s’y engagent [car ils sont] inspirés par une idéologie religieuse. [Ces gens] prônent l’application et la diffusion de cette idéologie, [qui constitue un ensemble de] principes dogmatiques devant être imposés par la force de l’épée, et qui [donnent lieu à] des tueries, des expulsions et des destructions où qu’ils aillent.

Depuis ses débuts, ce mouvement terroriste a épousé une idéologie salafiste qui prône l’extrémisme religieux et a lavé le cerveau de gens de tous âges, ralliés autour de sa bannière, [des gens qui ont été] formés à se suicider et à tuer pour atteindre le martyre.

Les organisations terroristes qui agissent au nom de la religion sont nées lorsque [les moudjahidines] ont proclamé le djihad au nom de l’islam contre les forces soviétiques en Afghanistan. C’était le cheikh saoudien Oussama Ben Laden qui a posé la pierre angulaire de la première cellule [terroriste], qu’il a nommée Al-Qaïda. Plus tard, il a appelé à lancer une guerre au nom de la religion, et de jeunes croyants, influencés par les fatwas de [religieux] extrémistes, notamment saoudiens, ont afflué [en Afghanistan] depuis les pays musulmans.

[Ensuite, Abou Mousab] Al-Zarqawi a créé une branche d’Al-Qaïda en Irak, qui a pris le nom d’ « Etat islamique en Irak », et s’est récemment établie dans la ville de Mossoul, où elle a fusionné avec son homologue syrien. Ainsi, est soudainement apparue une organisation terrifiante [l’EI], qui se présente comme porteuse du message et de la bannière de l’islam. [Imitant les premières] conquêtes musulmanes, cette organisation a envahi l’Irak et la Syrie et nommé un calife pour les musulmans, Abou Bakr Al-Baghdadi, qui s’est installé à Mossoul, et a montré à ses habitants ce que cela signifiait qu’être dirigés par un gouvernement qui [revient] 1 400 ans [en arrière], dans le traitement [qu’il leur inflige] et le pillage de leurs terres. Les envahisseurs ont attaqué la population de Mossoul et de la Syrie orientale, les ont arrêtés par centaines et les ont soumis à leur joug, puis ont isolé les chrétiens parmi eux et leur ont offert deux options : soit se convertir à l’islam, soit payer l’impôt d’allégeance, comme cela était arrivé à leurs ancêtres lorsque les Arabes avaient attaqué leurs pays, à l’époque du calife Omar Al-Khattab [583-644]. Lorsque [les chrétiens] ont refusé cette humiliation, l’EI a confisqué leurs biens, les a chassés de leur foyer ancestral, la province de Ninive, et les a fait errer sous les cieux, démunis, à la recherche de secours et de sécurité.

Quant aux yézidis, leur détresse fut et demeure un désastre historique qui leur a été infligé par le calife craignant Dieu [Al-Baghdadi], lorsqu’il a appliqué les concernant le verset sur les infidèles, à savoir le choix entre deux options : [soit] se convertir à l’islam, soit mourir et voir leurs biens, leurs femmes et leurs enfants capturés. Nous voyons sans cesse des images de gens innocents tués et décapités par ces terroristes, qui massacrent leurs victimes aux cris d’ « au nom d’Allah le miséricordieux » et d’ « Allah Akbar ». Tous ces crimes sont perpétrés [prétendument] avec l’approbation d’Allah, et par ceux qui prient Allah jour et nuit avec ferveur et agissent toujours selon Sa volonté.

Lorsque les terroristes ont fait exploser le World Trade Center et plusieurs avions, faisant des milliers de victimes, Oussama Ben Laden, entouré des siens, a déclaré à la télévision : « Ceci est une victoire d’Allah ». Et à présent, l’EI se vante d’avoir tué des innocents à Paris, affirmant que cela a été « accompli avec l’approbation d’Allah », et menaçant que la prochaine attaque aura lieu aux Etats-Unis, avec l’aide d’Allah. Et [cheikh Youssouf] Al-Qaradhawi et d’autres de son acabit prient et souhaitent que, dans le sillage de cette vague terroriste, le jour viendra où les musulmans inonderont l’Europe et la soumettront à l’islam. Cela ne suffit-il pas pour [nous] convaincre que le terrorisme a [bien] un lien avec la religion ?

Note :
[1] Al-Akhbar (Irak), 18 novembre 2015.

Voir également:

The End Of The Multiculturalist Consensus In Europe
Michel Gurfinkiel
President, Jean-Jacques Rousseau Institute

The Daily caller
02/03/2016

One wonders why America, a nation of immigrants, can be suddenly so receptive to Donald Trump’s anti-immigration rhetoric. The best answer, so far, is that immigration does not seem to work any more the way it did, at least for certain groups of immigrants.

A similar situation has arisen in Europe. In 2009, the American journalist Christopher Caldwell famously characterized the changes that a massive non-European, non-Judeo-Christian, immigration was forcing over Europe as a “revolution.” We may now be on the brink of a counter-revolution, and that can be as violent and far-reaching as revolution itself.

Last year’s massacres in Paris (the attacks on satirical cartoonists and a kosher supermarket’s customers in January 2015, then the November 13 killing spree) were a tipping point : the French – and by extension, most Europeans — realized that unchecked immigration could lead to civil war.

Then there was the Christmas crisis in Corsica, a French island in the Mediterranean. On December 24, a fire was activated at an immigrant-populated neighborhood in Ajaccio, the capital of Southern Corsica. As soon as the firemen arrived, they were attacked by local youths, Muslims of North African descent. Such ambushes have been part of French life for years. This time, however, the ethnic Corsicans retaliated; for four days, they rampaged through the Muslim neighborhoods, shouting Arabi Fora! (Get the Arabs out, in Corsican). One of Ajaccio’s five mosques was vandalized.

Then, there was the New Year’s crisis in Germany and other Northern European countries. On December 31, one to two thousand male Muslim immigrants and refugees swarmed the Banhofvorplatz in Cologne, a piazza located between the railway Central Station and the city’s iconic medieval cathedral. As it turned out during later in the evening and the night, they intended to “have fun”: to hunt, harass, or molest the “immodest” and presumably “easy” German women and girls who celebrated New Year’s Eve at the restaurants and bars nearby, or to steal their money. 766 complaints were lodged. Similar incidents took place in other German cities, like Hamburg, Frankfurt and Stuttgart, as well as in Stockholm and Kalmar in Sweden, and Helsinki in Finland.

Here again, the local population reacted forcefully. Support for asylum seekers from the Middle East plummeted – 37 percent of Germans said that their view of them has “worsened,” and 62 percent said that there are “too many of them.” The Far Right demonstrated against immigration in many cities, but liberal-minded citizens were no less categorical. Le Monde, the French liberal newspaper, on January 20 quoted Cologne victims as saying, “Since 1945, we Germans have been scared to be charged with racism. Well, the blackmail is over by now.”

Indeed, postwar Europe, and Germany in particular, had been built upon the rejection of Hitler’s mad regime and everything it stood for. Nationalism, militarism, authoritarianism, and racism were out. Multinationalism, pacifism, hyperdemocracy, and multiculturalism were in. This simple, almost Manichean, logic is collapsing now – under the pressure of hard facts. Or rather the Europeans now understand that it was flawed in many ways from the very beginning, especially when it came to multiculturalism, the alleged antidote to racism.

What Europeans had in mind when they rejected racism in 1945 was essentially antisemitism. Today, the “correct” antiracist attitude would be to welcome non-European immigrants en masse and to allow them to keep their culture and their way of life, even it that would contradict basic European values. Hence last summer’s “migrants frenzy,” when the EU leadership in Brussels and major EU countries, including Angela Merkel’s Germany, decided to take in several millions of Middle East refugees overnight.

 European public opinion is now awaking to a very different view. And the political class realizes that it must adjust – or be swept away.

The Schengen regime – which allows free travel from one country to the other in most of the EU area – is being quietly suspended; every government in Europe is bringing back borders controls. The French socialist president François Hollande is now intent to strip disloyal immigrants and dual citizens of their French citizenship (a move that precipitated the resignation, on January 27, of his super-left-wing justice minister, Christiane Taubira). He is also hiring new personnel for the police and the army and even considering raising a citizens’ militia. Merkel now says that immigrants or refugees who do not abide by the law will be deported. Even Sweden, currently ruled by one of Europe’s most left-wing cabinets, has been tightening its very liberal laws on immigration and asylum.

Most Europeans agree with such steps. And wait for even more drastic measures.

Michel Gurfinkiel a Shillman/Ginsburg Fellow at Middle East Forum and the Founder and President of the Jean-Jacques Rousseau Institute, a conservative think-thank in France

Voir encore:

Merci pour ce moment

Roland Jaccard

5 octobre 2015

Il est vraisemblable qu’un jour proche « Causeur » n’existera plus et ne sera même plus pensable. Chacun d’entre nous sait qu’il est mortel. Et nous avons tous appris à l’école que les civilisations aussi sont mortelles. Nous avons un peu de peine à le reconnaître, mais nous assistons à l’agonie de nos sociétés. Les symptômes sont si nombreux que nous nous abstiendrons de les énumérer. Le premier est que nous avons désappris à lire et à écrire. Et que nous avons oublié que le silence et la solitude sont les conditions de la culture. Bref, qu’il vaut mieux avoir pour compagnons Montaigne, Baudelaire, Amiel ou Proust que Laurent Ruquier, des jeux vidéos ou des professionnels de la compassion.

L’agonie d’une civilisation tient aussi au fait qu’elle a perdu ses défenses immunitaires. Elle ne sait plus comment se défendre, ni même pourquoi elle devrait le faire. Elle est devenue totalement nihiliste, mais d’un nihilisme qui est de l’ordre du renoncement parfois, de la bêtise souvent, de la lâcheté toujours. Au fond, personne ne veut croire que nous sommes en guerre. On privilégie le vivre-ensemble, la tolérance, voire une neutralité bienveillante. Certes, les enfants perdus de la République nous bousculent un peu, mais c’est sans doute que nous n’en avons pas fait assez pour eux. Certes, des musulmans légèrement plus agressifs que d’autres violentent ou massacrent. Mais c’est que nous n’avons pas bien formé leurs imams et pas construit suffisamment de mosquées.

Se poser la question de savoir pourquoi nous n’avons pas de problèmes avec les bouddhistes, les shintoïstes ou les hindouistes, alors que nous en avons tant avec les musulmans, serait indélicat. Dire que l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie, serait d’une grossièreté insupportable. Se demander pourquoi les trois millions de jeunes Égyptiens qui affirment leur athéisme se retrouvent dans des prisons ou des camps de rééducation quand ils ne sont pas obligés de s’exiler, est une question qu’il vaut mieux esquiver. De même que l’éradication des juifs ou des chrétiens dans le Proche-Orient. À la limite, comparer les fous d’Allah aux évangélistes protestants (qui n’ont fait de mal à personne) est acceptable. Le débat s’arrête là.

Or, à mon avis, c’est là qu’il débute. L’islam qui a sans doute aussi de bons côtés – même si je peine à les percevoir et si je préfère les laisser aux Arabes – exerce aujourd’hui un pouvoir de fascination à peu près équivalent à celui que le nazisme, le stalinisme ou le maoïsme ont exercé en leur temps. Le désir de soumission, la peur de la liberté, le retour à un modèle patriarcal, sans omettre un zeste de culpabilité lié à un passé colonial, lui ont donné des ailes. La manne pétrolière, de sérieuses assises. Et, par un effet de mode, rien n’étant plus contagieux que la mode, un élan inattendu. L’idée, par ailleurs assez géniale, d’un califat lui a permis de disposer d’une stratégie offensive dont je vois mal ce qui pourrait l’arrêter. En outre, la nature ayant horreur du vide – et la France étant entrée dans l’ère du vide – je parierais volontiers sur la victoire de ceux qui croient encore en quelque chose sur ceux qui ne croient plus en rien.

Il y a plus de cinquante ans à l’Université de Lausanne presque tous mes amis étaient algériens. Ils avaient fui la France. Aucun d’eux ne lisaient le Coran. Ils se battaient pour une Algérie indépendante et socialiste. Aujourd’hui ils me mettent tous en garde contre l’islam. Et quand je regarde les vidéos d’Aldo Sterone (un immigré algérien qui commente mieux que quiconque l’actualité politique sur Youtube) je me demande : comment en sommes-nous arrivés là ? Eric Zemmour formule quelques hypothèses avec lesquelles je suis souvent en accord. Mais la réponse qui me semble la plus judicieuse est la lassitude. Chacun sent bien que tant sur le plan culturel qu’économique la France est à bout de souffle. Et que les Français, sans oser se l’avouer, attendent les Barbares. Mais même les Barbares seront décevants.

Je suis arrivé à Paris dans les années soixante. C’était sans doute, comme le répétait volontiers Cioran, le lieu le plus rapproché du Paradis. Comme personne ne me croit quand je raconte l’ébullition intellectuelle et artistique qui régnait alors, je préfère m’abstenir. Mais c’est sans regret que je quitterai le lieu le plus rapproché de l’Enfer, même si pour un nihiliste frivole l’enfer présente, lui aussi, un certain attrait. À la condition de disposer d’un climatiseur assez puissant pour ne pas être totalement asphyxié par la débilité ambiante dont je sais gré à François Hollande de l’incarner de façon irréprochable. Je conclurai en lui disant, moi aussi, « merci pour ce moment » !

Voir enfin:

Rapide inventaire des capitulations françaises
Ivan Rioufol

3 février 2016

Et pendant ce temps, l’islamisme s’étend en France comme un feu de tourbe. Tandis que la classe politique monopolise inutilement la parole sur l’opportunité de mettre la déchéance de la nationalité dans la Constitution, la radicalité se propage sans entrave. Ce mercredi, Le Figaro révèle, en appui de chiffres officiels, que 8 250 personnes sont aujourd’hui signalées comme djihadistes. Un chiffre qui a plus que doublé en un an et qui fait évidemment frémir si cette progression devait se poursuivre à ce rythme. Contrairement aux idées reçues, l’Internet n’est d’ailleurs pour rien dans ces embrigadements, qui touchent de plus en plus de mineurs (20%) et de jeunes femmes. « Le déclencheur est dans 95% des cas lié à un contact humain, c’est-à-dire la rencontre avec un intégriste croisé à la sortie du lycée, au pied d’une immeuble ou encore dans une salle de sports », assure l’Union de coordination de lutte antiterroriste (Uclat). Ce n’est qu’ensuite que les réseaux sociaux peuvent prendre le relais en diffusant des vidéos de propagande. Cette réalité, dévoilée en appui de la probable prorogation de l’état d’urgence, rend d’autant plus inopportune la querelle de grands mots, relancée par Christiane Taubira dans un petit livre ampoulé, sur l’évidence qu’il y a à retirer leur qualité de Français aux binationaux qui veulent combattre leurs compatriotes, jusqu’à les tuer s’il le faut. Des expulsions vers les pays d’origine devraient être facilitées en cas de dangerosité avérée. En ce domaine aussi, l’angélisme et l’excuse sociale installent la France en situation de vulnérabilité.

Cette radicalité va d’ailleurs de pair avec la montée de l’antisémitisme musulman, sous couvert d’antisionisme : un fait qui devrait être aussi au cœur du débat politique, officiellement si sensible à la lutte contre le racisme. Il n’en est évidemment rien, tant ce sujet reste inabordable depuis 1980 et l’attentat contre la synagogue parisienne de la rue Copernic. « Les stéréotypes antisémites sont beaucoup plus répandus parmi les populations musulmanes que non-musulmanes », observe l’universitaire américain, Gunther Jikeli, ce mercredi dans un entretien à L’Opinion. Une enquête de la Fondation du judaïsme français, publiée dimanche par le JDD, confirme cette observation. Elle explique, par exemple, l’étiolement des communautés juives en Seine-Saint-Denis et singulièrement dans des villes comme Le Blanc-Mesnil ou Drancy. Or les constants aveuglements des pouvoirs publics, ajoutés aux habituelles indignations de ceux qui dénoncent des stigmatisations, sont des capitulations. Elles font écrire à Nadia Remadna, qui a fondé la Brigade des mères à Sevran (Seine-Saint-Denis) (1) : « Le mal-islam, on l’a laissé entrer partout : dans les mairies, dans les écoles, dans les préfectures (…) Dans cinq ans, pour moi, c’est fini la République si on continue. Ca commence par les madrasas financées par l’argent du contribuable, et, tout le reste, ça va suivre ». Cette femme de terrain, remarquable dans son combat contre l’islamisation des quartiers, appelle à une « chirurgie de guerre ». Les professionnels de la politique ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas.

(1) Comment j’ai sauvé mes enfants, avec Daniel Bernard, Calman-Lévy

Voir enfin:

Jeux de dupes
Perestroïka à Cuba : quel risque prenons-nous à miser sur Raul Castro ?
Alors que Raul Castro est à Paris pour une visite diplomatique à forte teneur commerciale, l’ouverture récente du régime et de l’économie cubaine doit être mise à profit par la France. Mais gare aux jugements hâtifs vis-à-vis d’un pays encore loin d’être une démocratie.

2 Février 2016

Atlantico : En 2003, le premier secrétaire du PS, François Hollande, critiquait vertement les excès du régime de Fidel Castro. Aujourd’hui, la France déroule le tapis rouge à son frère Raul, sur fond d’ouverture du marché économique cubain. Comme philosophe qui n’a pas hésité à aller soutenir, en novembre 1999, les dissidents cubains avec Alain Madelin que vous aviez amené avec vous, qui a été arrêté à cette occasion, et qui a fait une série de conférences en Floride reprises par la presse et la télévision américaine, en particulier en Floride, pour tenter d’unifier la dissidence cubaine, n’en fait-on pas trop pour la venue du leader d’un régime politique toujours très critiquable ?

Yves Roucaute : Afin que l’on ne se méprenne pas sur ma position, merci de rappeler qu’en ce qui me concerne, je ne peux être suspect d’indifférence aux droits de l’homme à Cuba. Tandis que la plupart des intellectuels français feignaient d’ignorer ce qu’il se passait à Cuba, et que d’autres se contentaient de discours, je suis en effet le seul intellectuel français à m’y être déplacé, en 1999, à la demande de groupes de dissidents, pour aller défendre les droits de l’homme. Je l’ai fait discrètement. J’avais demandé à plusieurs hommes politiques de m’accompagner pour une intervention politique sur place, tenue secrète. La plupart ont décliné, quelques-uns parce qu’ils ne pouvaient pas, la plupart parce qu’ils ne le voulaient pas ou par lâcheté. Et c’est finalement avec mon vieux complice Alain Madelin, toujours prêt quand il s’agit de défendre la liberté, que nous y sommes allés. Claude Malhuret, qui devait venir aussi, n’ayant pas pu au dernier moment. Nous avons rencontré en secret une vingtaine de dissidents, dont un prêtre, un médecin, des défenseurs des droits de l’homme, en débranchant les micros dans l’hôtel Nacional où nous étions, en dépistant la police en changeant de taxis à plusieurs reprises, en passant par le fond des magasins pour changer de rues. C’était assez épique. Nous avions amené avec nous des « passeports de la liberté », qui étaient en quelque sorte des viatiques signés par 15 députés européens qui s’engageaient à faire connaître la cause de la personne à qui on donnait ce passeport et, surtout, à le défendre en cas d’agression ou d’emprisonnement. Mes amis cubains avaient organisé à La Havane, avec nous, une manifestation de femmes cubaines qui ont d’ailleurs été arrêtées. Je l’ai été moi-même, et c’est Alain Madelin qui m’a sorti des pattes des geôliers. Défendre les droits de l’homme est donc clairement ma position. Je l’ai d’ailleurs toujours fait partout dans le monde, au risque de ma liberté, comme au Vietnam ou en Birmanie, où je suis allé défendre des bonzes, parfois au risque de ma vie, avec Alain Madelin d’ailleurs, comme en Afghanistan où j’ai été le seul intellectuel au monde à être invité par mes amis de l’Alliance du Nord, de Massoud, pour fêter la libération de Kaboul, en 2001.

Ce point de vue, qui reste le mien, étant posé, on peut en effet constater l’inconstance de François Hollande, la façon dont il a tourné casaque sans expliquer pourquoi. Il est passé d’un statut de défenseur abstrait des droits de l’homme à un statut de défenseur réaliste des intérêts de l’économie française. Entre la naïveté de départ et le cynisme d’arrivée, il y a sans doute un juste milieu, comme disait Aristote, c’est-à-dire une position juste à tenir.

On note, en passant, que cela ne va pas sans poser une nouvelle coupure au sein du Parti socialiste. La gauche va se retrouver écartelée une fois encore. Mais cette fois non pas entre défenseurs de l’entreprise plutôt au centre gauche, type Macron, et sa gauche, type Mélanchon-Taubira. Car une grande partie de cette gauche socialiste soutient le régime castriste depuis le début pour des raisons qui tiennent à son idéologie liberticide. La gauche se trouve cette fois tiraillée entre les défenseurs des droits de l’homme, type rocardiens, et les défenseurs du réalisme en relations internationales.

Je me permets de rappeler que la gauche du Parti socialiste était à l’avant-garde de la couardise. Pendant des années, elle a refusé de considérer Cuba comme l’une des pires dictatures d’Amérique Latine. Elle a tenu Che Guevara qui assassinait de sa main jusque dans son propre bureau, pour un héros sous prétexte qu’il se réclamait du peuple et du socialisme. Le même déclarait d’ailleurs, après la révolution : « Les exécutions sont non seulement une nécessité pour le peuple de Cuba mais également un devoir imposé par ce peuple. » Je rappelle qu’encore dernièrement, Danielle Mitterrand, avec son association qui défendait prétendûment les libertés, allait copiner avec Fidel Castro dans la parfaite connaissance que l’on torturait dans les prisons ceux qui réclamaient la liberté.

On mettait dans des cellules puantes, exiguës et totalement obscures, des détenus qu’on réveillait toutes les 30 minutes en les éclairant violemment pour les briser. Beaucoup ont perdu la raison après ce traitement qui durait plusieurs mois. Les gardes-côtes lançaient des sacs de ciment dans les bateaux qui partaient de Cuba quand les Cubains essayaient de fuir vers la Floride, ce qui a conduit à des milliers de femmes, d’enfants, d’hommes noyés. La justice privait de leurs droits les familles des dissidents, qui ne pouvaient même pas se faire soigner, dont les enfants étaient roués de coups par des groupes de prétendus citoyens en colère, avec des graffitis sur leur maison. Pendant toute cette époque-là, les socialistes ont continué à fermer les yeux.

Indéniablement, les choses ont évolué à Cuba ces dernières années. Les Etats-Unis ont arrêté leur embargo. Nous avons toujours un parti unique, une presse et des écoles muselées, une prostitution très développée, un niveau de vie très faible. Mais il y a beaucoup moins de prisonniers politiques dans les prisons. 53 ont été libérés l’an dernier et il en reste quelques dizaines au lieu des 500, il y a dix ans.

Que les processus de terreur se soient arrêtés est une assez bonne nouvelle pour les Cubains. Et cela peut justifier des accords et des investissements économiques. D’autant qu’il me paraîtrait curieux que nous traitions aujourd’hui différemment la Chine, le Vietnam et Cuba. Enfin, si je comprends la vigilance à laquelle appelle Elizardo Sanchez Santa Cruz, animateur de la Commission Cubaine pour les Droits de l’Homme et la Réconciliation Nationale, on peut aussi parier que le développement économique des pays peut conduire à une libéralisation des esprits. L’arrivée d’entreprises privées, et de cet esprit d’entreprise avec elles, peut contribuer à la libération des régimes. Si le processus de libération peut s’accélérer grâce au libéralisme économique et à l’arrivée des entreprises, je m’en réjouirais. Je ne pense pas qu’il soit moralement inadmissible de jouer cette carte-là. On peut espérer un phénomène « à la russe », de perestroïka à Cuba, avec une révolution qui s’opérera à l’intérieur même du parti unique et qui permettra de faire exploser le système communiste cubain, conduit par une partie des communistes cubains eux-mêmes.

 Cela ne veut donc pas dire que Cuba soit devenu une démocratie. Il est seulement clair que nous avons une chance de donner à la population les éléments de sa libération politique en lui donnant les bases de sa libération économique. C’est cela le juste milieu, le même qu’avec l’Iran : ouverture, oui, vigilance aussi. La contrepartie de l’ouverture c’est la menace de fermeture.

A l’occasion de cette visite officielle, on parle beaucoup d’Alstom, Pernod-Ricard, Alcatel-Lucent, Total… Des sources diplomatiques assurent qu’on parlera également des droits de l’homme. N’y a-t-il pas une certaine hypocrisie de la part de nos dirigeants français ? L’objectif de cette visite, comme celle du président iranien Hassan Rohani, est avant tout commercial et économique.

l y a trois camps : le camp des naïfs et des cyniques (qui pensent que tout ira bien à partir de maintenant car on peut vendre nos produits), le camp des moralistes autistes (ceux qui disent qu’il faut absolument tout bloquer et ne pas avoir de relations avec les sociétés dictatoriales), et le camp de ceux qui pensent que tout ce qui permet de faire bouger les lignes et constituer des fractures à l’intérieur du parti unique va dans le bon sens. C’est ma position.

En Chine, au Vietnam, en Birmanie, en Iran, dans beaucoup de pays d’Afrique, la même question est posée : comment fait-on pour les faire évoluer vers la liberté ? Peut-être allons-nous réussir par l’entreprise. Quand une société est économiquement ouverte, les produits passent, les signes circulent permettant une communication elle aussi ouverte, et la liberté est en marche. Il est à cet égard facile de constater que les Cubains profitent de l’explosion numérique pour se connecter malgré l’Etat, et qu’ils utilisent les relais satellitaires par exemple pour accéder aux télévisions étrangères. C’est ainsi que le discours de fin d’embargo de Barack Obama qui avait été interdit de diffusion sur les chaînes cubaines a néanmoins été connu de tous par les chaines vénézuéliennes.

Nous revenons donc sur ce point : il n’est pas moralement inacceptable de lier le développement économique de Cuba avec le développement politique et un éventuel adoucissement de la dictature. Et, économiquement, nous ne pouvons pas commercer qu’avec des démocraties libérales. Sinon, cela veut dire que nous arrêtons de commercer avec la Chine, et je vois mal cela arriver… Nous sommes en droit de commercer avec des Etats qui ne partagent pas nos valeurs. A partir du moment où nous indiquons clairement que le régime de ces Etats n’est pas celui que nous souhaitons, et que nous ne défendons pas leurs valeurs.

Attendons d’en voir les conséquences. Si cela conduit à raffermir la dictature des Castro, il faudra en tirer les conséquences. A l’inverse, et c’est le plus probable, si cela conduit à développer un peu plus le libéralisme économique et sociétal, ce sera plutôt un bon signe. Il y a un moment où le libéralisme économique signale aux populations la supériorité de la liberté sur l’oppression.

Croyez-vous sincèrement en la réhabilitation politique de la famille Castro ? Les libertés individuelles ont-elles réellement progressé depuis le retrait du Lider Maximo et l’ouverture, au moins officielle, du régime ?
Le contrôle de la vie quotidienne est toujours très fort, mais la terreur a reculé. La raison majeure pour laquelle cela a reculé, c’est que le pouvoir politique du parti unique est un pouvoir qui n’a pas tellement de choix, car plus personne à Cuba ne croit au socialisme. Pas même les dirigeants du parti unique cubain.

Le problème des dirigeants communistes, c’est comment conserver le pouvoir politique. Le parti communiste de Cuba est un parti qui n’a plus de communiste que le nom. C’est une bureaucratie et administration d’Etat, nationaliste et pour une part corrompue, qui essaie de se maintenir au pouvoir. Elle n’a pas tellement de choix, car la population est mécontente, elle se rend compte que cela bouge énormément autour d’elle et qu’elle ne profite pas des développements mondiaux. Elle réclame le développement économique pour vivre mieux, tout simplement.

Le parti suit donc le mouvement pour conserver son pouvoir. Le communisme a affaibli considérablement le pays, il a détruit le commerce et l’industrie, à l’exception du tourisme. La bureaucratie d’Etat appelée « Parti communiste », essaye de prendre la vague libérale et mondialiste sans perdre sa position. C’est une nécessité de la haute administration cubaine pour survivre. On se réclame toujours de José Marti et du marxisme-léninisme, et de l’autre côté on joue la carte libérale. Il n’y a que l’extrême-gauche française pour ne rien comprendre à ce qu’il se passe au point de s’en féliciter alors que c’est la victoire du libéralisme économique qu’elle déteste.

Voir par ailleurs:

Islam is Peace » Says President
Remarks by the President at Islamic Center of Washington, D.C.
Washington, D.C.

September 17, 2001

     THE PRESIDENT:  Thank you all very much for your hospitality.  We’ve just had a — wide-ranging discussions on the matter at hand.  Like the good folks standing with me, the American people were appalled and outraged at last Tuesday’s attacks.  And so were Muslims all across the world.  Both Americans and Muslim friends and citizens, tax-paying citizens, and Muslims in nations were just appalled and could not believe what we saw on our TV screens.

     These acts of violence against innocents violate the fundamental tenets of the Islamic faith.  And it’s important for my fellow Americans to understand that.

     The English translation is not as eloquent as the original Arabic, but let me quote from the Koran, itself:  In the long run, evil in the extreme will be the end of those who do evil.  For that they rejected the signs of Allah and held them up to ridicule.

     The face of terror is not the true faith of Islam.  That’s not what Islam is all about.  Islam is peace.  These terrorists don’t represent peace.  They represent evil and war.

     When we think of Islam we think of a faith that brings comfort to a billion people around the world.  Billions of people find comfort and solace and peace.  And that’s made brothers and sisters out of every race — out of every race.

     America counts millions of Muslims amongst our citizens, and Muslims make an incredibly valuable contribution to our country.  Muslims are doctors, lawyers, law professors, members of the military, entrepreneurs, shopkeepers, moms and dads.  And they need to be treated with respect.  In our anger and emotion, our fellow Americans must treat each other with respect.

     Women who cover their heads in this country must feel comfortable going outside their homes.  Moms who wear cover must be not intimidated in America.  That’s not the America I know.  That’s not the America I value.

     I’ve been told that some fear to leave; some don’t want to go shopping for their families; some don’t want to go about their ordinary daily routines because, by wearing cover, they’re afraid they’ll be intimidated. That should not and that will not stand in America.

     Those who feel like they can intimidate our fellow citizens to take out their anger don’t represent the best of America, they represent the worst of humankind, and they should be ashamed of that kind of behavior.

     This is a great country.  It’s a great country because we share the same values of respect and dignity and human worth.  And it is my honor to be meeting with leaders who feel just the same way I do.  They’re outraged, they’re sad.  They love America just as much as I do.

     I want to thank you all for giving me a chance to come by.  And may God bless us all.

Voir enfin:

Remarks by the President at Islamic Society of Baltimore

Baltimore, Maryland

February 3, 2016

THE PRESIDENT: Well, good afternoon. And, Sabah, thank you for the wonderful introduction and for your example — your devotion to your faith and your education, and your service to others. You’re an inspiration. You’re going to be a fantastic doctor. And I suspect, Sabah, your parents are here because they wanted to see you so — where are Sabah’s parents? There you go. (Applause.) Good job, Mom. She did great, didn’t she? She was terrific.

To everyone here at the Islamic Society of Baltimore, thank you for welcoming me here today. I want to thank Muslim Americans leaders from across this city and this state, and some who traveled even from out of state to be here. I want to recognize Congressman John Sarbanes, who is here. (Applause.) As well as two other great leaders in Congress — and proud Muslim Americans — Congressman Keith Ellison from the great state of Minnesota — (applause) — and Congressman Andre Carson from the great state of Indiana. (Applause.)

This mosque, like so many in our country, is an all-American story. You’ve been part of this city for nearly half a century. You serve thousands of families — some who’ve lived here for decades as well as immigrants from many countries who’ve worked to become proud American citizens.

Now, a lot of Americans have never visited a mosque. To the folks watching this today who haven’t — think of your own church, or synagogue, or temple, and a mosque like this will be very familiar. This is where families come to worship and express their love for God and each other. There’s a school where teachers open young minds. Kids play baseball and football and basketball — boys and girls — I hear they’re pretty good. (Laughter.) Cub Scouts, Girl Scouts meet, recite the Pledge of Allegiance here.

With interfaith dialogue, you build bridges of understanding with other faith communities — Christians and Jews. There’s a health clinic that serves the needy, regardless of their faith. And members of this community are out in the broader community, working for social justice and urban development. As voters, you come here to meet candidates. As one of your members said, “just look at the way we live…we are true Americans.”

So the first thing I want to say is two words that Muslim Americans don’t hear often enough — and that is, thank you. Thank you for serving your community. Thank you for lifting up the lives of your neighbors, and for helping keep us strong and united as one American family. We are grateful for that. (Applause.)

Now, this brings me to the other reason I wanted to come here today. I know that in Muslim communities across our country, this is a time of concern and, frankly, a time of some fear. Like all Americans, you’re worried about the threat of terrorism. But on top of that, as Muslim Americans, you also have another concern — and that is your entire community so often is targeted or blamed for the violent acts of the very few.

The Muslim American community remains relatively small –several million people in this country. And as a result, most Americans don’t necessarily know — or at least don’t know that they know — a Muslim personally. And as a result, many only hear about Muslims and Islam from the news after an act of terrorism, or in distorted media portrayals in TV or film, all of which gives this hugely distorted impression.

And since 9/11, but more recently, since the attacks in Paris and San Bernardino, you’ve seen too often people conflating the horrific acts of terrorism with the beliefs of an entire faith. And of course, recently, we’ve heard inexcusable political rhetoric against Muslim Americans that has no place in our country.

No surprise, then, that threats and harassment of Muslim Americans have surged. Here at this mosque, twice last year, threats were made against your children. Around the country, women wearing the hijab — just like Sabah — have been targeted. We’ve seen children bullied. We’ve seen mosques vandalized. Sikh Americans and others who are perceived to be Muslims have been targeted, as well.

I just had a chance to meet with some extraordinary Muslim Americans from across the country who are doing all sorts of work. Some of them are doctors; some of them are community leaders; religious leaders. All of them were doing extraordinary work not just in the Muslim community but in the American community. And they’re proud of their work in business and education, and on behalf of social justice and the environment and education. I should point out they were all much younger than me — (laughter) — which is happening more frequently these days. And you couldn’t help but be inspired, hearing about the extraordinary work that they’re doing. But you also could not help but be heartbroken to hear their worries and their anxieties.

Some of them are parents, and they talked about how their children were asking, are we going to be forced out of the country, or, are we going to be rounded up? Why do people treat us like that? Conversations that you shouldn’t have to have with children — not in this country. Not at this moment.

And that’s an anxiety echoed in letters I get from Muslim Americans around the country. I’ve had people write to me and say, I feel like I’m a second-class citizen. I’ve had mothers write and say, “my heart cries every night,” thinking about how her daughter might be treated at school. A girl from Ohio, 13 years old, told me, “I’m scared.” A girl from Texas signed her letter “a confused 14-year-old trying to find her place in the world.”

These are children just like mine. And the notion that they would be filled with doubt and questioning their places in this great country of ours at a time when they’ve got enough to worry about — it’s hard being a teenager already — that’s not who we are.

We’re one American family. And when any part of our family starts to feel separate or second-class or targeted, it tears at the very fabric of our nation. (Applause.)

It’s a challenge to our values — and that means we have much work to do. We’ve got to tackle this head on. We have to be honest and clear about it. And we have to speak out. This is a moment when, as Americans, we have to truly listen to each other and learn from each other. And I believe it has to begin with a common understanding of some basic facts. And I express these facts, although they’d be obvious to many of the people in this place, because, unfortunately, it’s not facts that are communicated on a regular basis through our media.

So let’s start with this fact: For more than a thousand years, people have been drawn to Islam’s message of peace. And the very word itself, Islam, comes from salam — peace. The standard greeting is as-salamu alaykum — peace be upon you. And like so many faiths, Islam is rooted in a commitment to compassion and mercy and justice and charity. Whoever wants to enter paradise, the Prophet Muhammad taught, “let him treat people the way he would love to be treated.” (Applause.) For Christians like myself, I’m assuming that sounds familiar. (Laughter.)

The world’s 1.6 billion Muslims are as diverse as humanity itself. They are Arabs and Africans. They’re from Latin America to Southeast Asia; Brazilians, Nigerians, Bangladeshis, Indonesians. They are white and brown and black. There’s a large African American Muslim community. That diversity is represented here today. A 14-year-old boy in Texas who’s Muslim spoke for many when he wrote to me and said, “We just want to live in peace.”

Here’s another fact: Islam has always been part of America. Starting in colonial times, many of the slaves brought here from Africa were Muslim. And even in their bondage, some kept their faith alive. A few even won their freedom and became known to many Americans. And when enshrining the freedom of religion in our Constitution and our Bill of Rights, our Founders meant what they said when they said it applied to all religions.

Back then, Muslims were often called Mahometans. And Thomas Jefferson explained that the Virginia Statute for Religious Freedom he wrote was designed to protect all faiths — and I’m quoting Thomas Jefferson now — “the Jew and the Gentile, the Christian and the Mahometan.” (Applause.)

Jefferson and John Adams had their own copies of the Koran. Benjamin Franklin wrote that “even if the Mufti of Constantinople were to send a missionary to preach to us, he would find a pulpit at his service.” (Applause.) So this is not a new thing.

Generations of Muslim Americans helped to build our nation. They were part of the flow of immigrants who became farmers and merchants. They built America’s first mosque, surprisingly enough, in North Dakota. (Laughter.) America’s oldest surviving mosque is in Iowa. The first Islamic center in New York City was built in the 1890s. Muslim Americans worked on Henry Ford’s assembly line, cranking out cars. A Muslim American designed the skyscrapers of Chicago.

In 1957, when dedicating the Islamic center in Washington, D.C., President Eisenhower said, “I should like to assure you, my Islamic friends, that under the American Constitution … and in American hearts…this place of worship, is just as welcome…as any other religion.” (Applause.)

And perhaps the most pertinent fact, Muslim Americans enrich our lives today in every way. They’re our neighbors, the teachers who inspire our children, the doctors who trust us with our health — future doctors like Sabah. They’re scientists who win Nobel Prizes, young entrepreneurs who are creating new technologies that we use all the time. They’re the sports heroes we cheer for -— like Muhammad Ali and Kareem Abdul-Jabbar, Hakeem Olajuwon. And by the way, when Team USA marches into the next Olympics, one of the Americans waving the red, white and blue — (applause) — will a fencing champion, wearing her hijab, Ibtihaj Muhammad, who is here today. Stand up. (Applause.) I told her to bring home the gold. (Laughter.) Not to put any pressure on you. (Laughter.)

Muslim Americans keep us safe. They’re our police and our firefighters. They’re in homeland security, in our intelligence community. They serve honorably in our armed forces — meaning they fight and bleed and die for our freedom. Some rest in Arlington National Cemetery. (Applause.)

So Muslim Americans are some of the most resilient and patriotic Americans you’ll ever meet. We’re honored to have some of our proud Muslim American servicemembers here today. Please stand if you’re here, so we can thank you for your service. (Applause.)

So part of the reason I want to lay out these facts is because, in the discussions that I was having with these incredibly accomplished young people, they were pointing that so often they felt invisible. And part of what we have to do is to lift up the contributions of the Muslim American community not when there’s a problem, but all the time.

Our television shows should have some Muslim characters that are unrelated to national security — (applause) — because — it’s not that hard to do. There was a time when there were no black people on television. And you can tell good stories while still representing the reality of our communities.

Now, we do have another fact that we have to acknowledge. Even as the overwhelming majority — and I repeat, the overwhelming majority — of the world’s Muslims embrace Islam as a source of peace, it is undeniable that a small fraction of Muslims propagate a perverted interpretation of Islam. This is the truth.

Groups like al Qaeda and ISIL, they’re not the first extremists in history to misuse God’s name. We’ve seen it before, across faiths. But right now, there is a organized extremist element that draws selectively from Islamic texts, twists them in an attempt to justify their killing and their terror. They combine it with false claims that America and the West are at war with Islam. And this warped thinking that has found adherents around the world — including, as we saw, tragically, in Boston and Chattanooga and San Bernardino — is real. It’s there. And it creates tensions and pressure that disproportionately burden the overwhelming majority of law-abiding Muslim citizens.

And the question then is, how do we move forward together? How do we keep our country strong and united? How do we defend ourselves against organizations that are bent on killing innocents? And it can’t be the work of any one faith alone. It can’t be just a burden on the Muslim community — although the Muslim community has to play a role. We all have responsibilities. So with the time I have left, I just want to suggest a few principles that I believe can guide us.

First, at a time when others are trying to divide us along lines of religion or sect, we have to reaffirm that most fundamental of truths: We are all God’s children. We’re all born equal, with inherent dignity.

And so often, we focus on our outward differences and we forget how much we share. Christians, Jews, Muslims — we’re all, under our faiths, descendants of Abraham. So mere tolerance of different religions is not enough. Our faiths summon us to embrace our common humanity. “O mankind,” the Koran teaches, we have “made you peoples and tribes that you may know one another.” (Applause.) So all of us have the task of expressing our religious faith in a way that seeks to build bridges rather than to divide.

Second, as Americans, we have to stay true to our core values, and that includes freedom of religion for all faiths. I already mentioned our Founders, like Jefferson, knew that religious liberty is essential not only to protect religion but because religion helps strengthen our nation — if it is free, if it is not an extension of the state. Part of what’s happened in the Middle East and North Africa and other places where we see sectarian violence is religion being a tool for another agenda — for power, for control. Freedom of religion helps prevent that, both ways — protects religious faiths, protects the state from — or those who want to take over the state from using religious animosity as a tool for their own ends.

That doesn’t mean that those of us with religious faith should not be involved. We have to be active citizenry. But we have to respect the fact that we have freedom of religion.

Remember, many preachers and pastors fought to abolish the evil of slavery. People of faith advocated to improve conditions for workers and ban child labor. Dr. King was joined by people of many faiths, challenging us to live up to our ideals. And that civil activism, that civic participation that’s the essence of our democracy, it is enhanced by freedom of religion.

Now, we have to acknowledge that there have been times where we have fallen short of our ideals. By the way, Thomas Jefferson’s opponents tried to stir things up by suggesting he was a Muslim — so I was not the first — (applause.) No, it’s true, it’s true. Look it up. (Laughter.) I’m in good company. (Laughter.)

But it hasn’t just been attacks of that sort that have been used. Mormon communities have been attacked throughout our history. Catholics, including, most prominently, JFK — John F. Kennedy — when he ran for President, was accused of being disloyal. There was a suggestion that he would be taking orders from the Pope as opposed to upholding his constitutional duties. Anti-Semitism in this country has a sad and long history, and Jews were exclude routinely from colleges and professions and from public office.

And so if we’re serious about freedom of religion — and I’m speaking now to my fellow Christians who remain the majority in this country — we have to understand an attack on one faith is an attack on all our faiths. (Applause.) And when any religious group is targeted, we all have a responsibility to speak up. And we have to reject a politics that seeks to manipulate prejudice or bias, and targets people because of religion.

We’ve got to make sure that hate crimes are punished, and that the civil rights of all Americans are upheld. (Applause.) And just as faith leaders, including Muslims, must speak out when Christians are persecuted around the world — (applause) — or when anti-Semitism is on the rise — because the fact is, is that there are Christians who are targeted now in the Middle East, despite having been there for centuries, and there are Jews who’ve lived in places like France for centuries who now feel obliged to leave because they feel themselves under assault –sometimes by Muslims. We have to be consistent in condemning hateful rhetoric and violence against everyone. (Applause.) And that includes against Muslims here in the United States of America. (Applause.)

So none of us can be silent. We can’t be bystanders to bigotry. And together, we’ve got to show that America truly protects all faiths.

Which brings me to my next point: As we protect our country from terrorism, we should not reinforce the ideas and the rhetoric of the terrorists themselves. I often hear it said that we need moral clarity in this fight. And the suggestion is somehow that if I would simply say, these are all Islamic terrorists, then we would actually have solved the problem by now, apparently. (Laughter.) Well, I agree, we actually do need moral clarity. Let’s have some moral clarity. (Applause.)

Groups like ISIL are desperate for legitimacy. They try to portray themselves as religious leaders and holy warriors who speak for Islam. I refuse to give them legitimacy. We must never give them that legitimacy. (Applause.) They’re not defending Islam. They’re not defending Muslims. The vast majority of the people they kill are innocent Muslim men, women and children. (Applause.)

And, by the way, the notion that America is at war with Islam ignores the fact that the world’s religions are a part of who we are. We can’t be at war with any other religion because the world’s religions are a part of the very fabric of the United States, our national character. (Applause.)

So the best way for us to fight terrorism is to deny these organizations legitimacy and to show that here in the United States of America, we do not suppress Islam; we celebrate and lift up the success of Muslim Americans. That’s how we show the lie that they’re trying to propagate. (Applause.) We shouldn’t play into terrorist propaganda. And we can’t suggest that Islam itself is at the root of the problem. That betrays our values. It alienates Muslim Americans. It’s hurtful to those kids who are trying to go to school and are members of the Boy Scouts, and are thinking about joining our military.

That kind of mindset helps our enemies. It helps our enemies recruit. It makes us all less safe. So let’s be clear about that.

Now, finally, just as all Americans have a responsibility to reject discrimination — I’ve said this before — Muslims around the world have a responsibility to reject extremist ideologies that are trying to penetrate within Muslim communities.

Here at this mosque, and across our country and around the world, Muslim leaders are roundly and repeatedly and consistently condemning terrorism. And around the globe, Muslims who’ve dared to speak out have often been targeted and even killed. So those voices are there; we just have to amplify them more. (Applause.)

And it was interesting, in the discussion I had before I came out, some people said, why is there always a burden on us? When a young man in Charleston shoots African Americans in a church, there’s not an expectation that every white person in America suddenly is explaining that they’re not racist. They can Everybody is assumed to be horrified by that act. And I recognize that sometimes that doesn’t feel fair.

But part of the answer is to make sure that the Muslim community in all of its variety, in all the good works that it’s doing, in all the talent that’s on display, that it’s out there visible on a consistent basis — not just at a certain moment. (Applause.)

But what is also true is, is that there is a battle of hearts and minds that takes place — that is taking place right now, and American Muslims are better positioned than anybody to show that it is possible to be faithful to Islam and to be part of a pluralistic society, and to be on the cutting-edge of science, and to believe in democracy. (Applause.)

And so I would urge all of you not to see this as a burden, but as a great opportunity and a great privilege to show who you are. To use a little Christian expression — let your light shine. Because when you do you’ll make clear that this is not a clash of civilizations between the West and Islam. This is a struggle between the peace-loving, overwhelming majority of Muslims around the world and a radical, tiny minority. And ultimately, I’m confident that the overwhelming majority will win that battle. (Applause.) Muslims will decide the future of your faith. And I’m confident in the direction that it will go.

But across the Islamic world, influential voices should consistently speak out with an affirmative vision of their faith. And it’s happening. These are the voices of Muslim clerics who teach that Islam prohibits terrorism, for the Koran says whoever kills an innocent, it is as if he has killed all mankind. (Applause.) These are the voices of Muslim scholars, some of whom join us today, who know Islam has a tradition of respect for other faiths; and Muslim teachers who point out that the first word revealed in the Koran — igra — means “read” — to seek knowledge, to question assumptions. (Applause.)

Muslim political leaders have to push back on the lie that the West oppresses Muslims, and against conspiracy theories that says America is the cause of every ill in the Middle East. Now, that doesn’t mean that Muslim Americans aren’t free to criticize American — U.S. foreign policy. That’s part of being an American. I promise you, as the President of the United States, I’m mindful that that is a healthy tradition that is alive and well in America. (Laughter.) But like leaders everywhere, these leaders have been offering, and need to continue to offer, a positive vision for progress, and that includes political and economic progress.

And we have to acknowledge that much of the violence in places like the Middle East is now turning into fights between sects — Shia, Sunni and others — where differences are often exploited to serve political agendas, as I said earlier. And this bloodshed is destroying Muslim families and communities, and there has to be global pressure to have the vision and the courage to end this kind of thinking and this approach to organizing political power.

It’s not historically unique. It’s happened in every part of the world — from Northern Ireland to Africa, to Asia, to right here in the United States — in the past. But it is something that we have to fight against.

And we know it’s possible. Across the history of Islam, different sects traditionally have lived and thrived together peacefully. And in many parts of the world they do today, including here in the United States.

Like people of all religions, Muslims living their faith in a modern, pluralistic world are called upon to uphold human rights, to make sure that everyone has opportunity. That includes the aspirations of women and youth and all people. If we expect our own dignity to be respected, so must we respect the dignity of others. (Applause.)

So let me conclude by saying that as Muslim communities stand up for the future that you believe in, that you exhibit in your daily lives, as you teach your children, America will be your partner. We will — I will — do everything I can to lift up the multiplicity of Muslim voices that promote pluralism and peace. (Applause.) We will continue to reach out to young Muslims around the world, empowering them with science and technology and entrepreneurship, so they can pursue their God-given potential, and help build up their communities and provide opportunity. It’s why we will continue to partner with Muslim American communities — not just to help you protect against extremist threats, but to expand health care and education and opportunity — (applause) — because that’s the best way to build strong, resilient communities.

Our values must guide us in this work. Engagement with Muslim American communities must never be a cover for surveillance. (Applause.) We can’t give in to profiling entire groups of people. There’s no one single profile of terrorists. We can’t securitize our entire relationship with Muslim Americans. We can’t deal with you solely through the prism of law enforcement. We’ve got to build trust and mutual respect. That’s how we’ll keep our communities strong and our communities united.

As I was in discussion with the young people before I came in here, I said this will be a process. Law enforcement has a tough job. Some of these groups are specifically trying to target Muslim youth. We’re going to have to be partners in this process. There will be times where the relationship is clumsy or mishandled. But I want you to know that from the President to the FBI Director, to everybody in law enforcement, my directive and their understanding is, is that this is something we have to do together. And if we don’t do it well, then we’re actually not making ourselves safer; we’re making ourselves less safe.

And here, I want to speak directly to the young people who may be listening. In our lives, we all have many identities. We are sons and daughters, and brothers and sisters. We’re classmates; Cub Scout troop members. We’re followers of our faith. We’re citizens of our country. And today, there are voices in this world, particularly over the Internet, who are constantly claiming that you have to choose between your identities — as a Muslim, for example, or an American. Do not believe them. If you’re ever wondering whether you fit in here, let me say it as clearly as I can, as President of the United States: You fit in here — right here. (Applause.) You’re right where you belong. You’re part of America, too. (Applause.) You’re not Muslim or American. You’re Muslim and American. (Applause.)

Don’t grow cynical. Don’t respond to ignorance by embracing a world view that suggests you must choose between your faith and your patriotism. Don’t believe that you have to choose between your best impulses and somehow embrace a world view that pits us against each other — or, even worse, glorifies violence. Understand your power to bring about change. Stay engaged in your community. Help move our country forward — your country forward. (Applause.)

We are blessed to live in a nation where even if we sometimes stumble, even if we sometimes fall short, we never stop striving for our ideals. We keep moving closer to that more perfect union. We’re a country where, if you work hard and if you play by the rules, you can ultimately make it, no matter who you are or how you pray. It may not always start off even in the race, but here, more than any place else, there’s the opportunity to run that race.

And as we go forward, I want every Muslim American to remember you are not alone. Your fellow Americans stand with you — just as Sabah described her friends after she decided that she was going to start wearing a hijab. That’s not unusual. Because just as so often we only hear about Muslims after a terrorist attack, so often we only hear about Americans’ response to Muslims after a hate crime has happened, we don’t always hear about the extraordinary respect and love and community that so many Americans feel.

I’m thinking about the seven-year-old boy in Texas who emptied his piggy bank to help a mosque that had been vandalized. (Applause.) Or all the faith communities that rallied around Muslim Americans after the tragedy in Chapel Hill. The churches and the synagogues standing shoulder-to-shoulder with their local mosques, including the woman carrying a sign saying “We love our Muslim neighbors.” Think of our men and women in uniform who, when they heard that a little girl was afraid because she’s a Muslim, sent her a message — “I Will Protect You.” (Applause.)

I want every American to remember how Muslim communities are standing up for others, as well. Because right now, as we speak, there are Muslims in Kenya who saved Christians from terrorists, and Muslims who just met in Morocco to protect religious minorities, including Christians and Jews. (Applause.) The good people of this mosque helped this city move forward after the turmoil of last year. Muslim Americans across the country helped African American churches rebuild after arson.

Remember the Muslim Americans in Boston who reached out to victims of the Marathon bombing; the Muslim Americans across the country who raised money for the families of San Bernardino; the Muslim Americans in Chattanooga who honored our fallen servicemembers, one of them saying, “in the name of God, the God of Abraham, Moses, Jesus, and Muhammad, God bless our fallen heroes.” (Applause.)

We are one American family. We will rise and fall together. It won’t always be easy. There will be times where our worst impulses are given voice. But I believe that ultimately, our best voices will win out. And that gives me confidence and faith in the future. (Applause.)

After more than 200 years, our blended heritage, the patchwork quilt which is America, that is not a weakness, that is one of our greatest strengths. It’s what makes us a beacon to the world. It’s what led that mother who wrote to me — the one who worries about her young daughter — it led her to end her letter with hope, despite her fears. She said, “I still believe in one nation, under God, indivisible, with liberty and justice for all.” (Applause.)

May God’s peace be upon you. May God bless the United States of America. Thank you very much, everybody. (Applause.)


Violences sexuelles: Attention, une ronde victimaire peut en cacher une autre (From stoning to Taharrush gamea and gang rape: With mass Muslim immigration, Europe rediscovers the violence it thought it had outgrown)

22 janvier, 2016

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Panama City, Florida USA March 2004 Young Americans party in Florida for spring break 2004. A male hard body, bikini, and wet tee shirt contest are held every afternoon in Club La Vela on the beach. Hundreds of kids are worked into a frenzy with the latest music as they drink the afternoon away screaming at those who enter the contest.

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Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Un jour propice arriva, lorsque Hérode, à l’anniversaire de sa naissance, donna un festin à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée. La fille d’Hérodias entra dans la salle; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille: Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Il ajouta avec serment: Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Étant sortie, elle dit à sa mère: Que demanderais-je? Et sa mère répondit: La tête de Jean Baptiste. Elle s’empressa de rentrer aussitôt vers le roi, et lui fit cette demande: Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean Baptiste. Le roi fut attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas lui faire un refus. Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d’apporter la tête de Jean Baptiste. Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Marc 6: 24-28
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Matthieu 12 : 43-45
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Deux exemples : le premier est élémentaire. Voilà des enfants désordonnés dans la cour de récréation. La maîtresse dit : venez, on va faire une ronde en chantant et on va tous s’asseoir. Elle prend son foulard et va le placer derrière un des enfants. Celui-ci doit se lever et courir après elle, qui doit venir prendre sa place. C’est le jeu de la  » chandelle « . Avec un quasi-objet, je marque l’un quelconque du collectif qui devient le bourreau et poursuit celui ou celle qui devient alors victime ; et la victime doit prendre la place du bourreau. Si elle ne le peut pas, si elle est rattrapée avant, alors elle va au centre objet des quolibets, clouée au pilori, et ne peut quitter sa place que si une autre la remplace. Ainsi, depuis le fonds des âges, dans les écoles, nous apprenons aux enfants le mécanisme sacrificiel, et on ne l’avait pas vu. La mémoire de nos rituels se perpétue, y compris dans les jeux les plus innocents de l’éducation. Ce jeu aurait dix mille ans ; on le trouve chez les Berbères et il date du néolithique. Autre exemple : le film la Règle du jeu de Jean Renoir (1939). Dans un jeu de lutte mimétique, valets et patrons se livrent à des jeux d’imitation, jusqu’à ce que la confusion s’en mêle dans le château où tous sont invités, avec des quiproquos, à des jeux de double ; et finalement un coup de feu part , l’un est mort, celui précisément qui était venu de l’extérieur, et cette disparition fait que le collectif va retrouver sa paix. Jean Lambert
Le Mardi gras (…) marque l’apogée du carnaval; un mannequin de paille, incarnant Carnaval, est jugé puis condamné à mort, généralement brûlé dans un grand brasier, parfois noyé ou décapité. Bouc émissaire de tous les maux de l’année passée, sa destruction marque le renouveau de l’année. Encyclopédie Encarta
Carnaval est (…) l’occasion d’expulser ses ennemis: pour les pauvres ce sont les riches; pour les dirigeants, les séditieux. L’arme utilisée est la satire, le monde à l’envers; le jugement du mannequin, puis sa destruction par le feu, est le mal que l’on détruit. (…) Sur les deux rives du Rhône, flambent alors les révoltes de paysans frappés par la misère, dépossédés de leurs terres. Le commerce est déstabilisé par les Guerres de Religion, les artisans romanais du cuir et du drap sont ruinés par la hausse des prix des peaux et de la laine. A ce tableau inquiétant, s’ajoutent les souvenirs de la Saint Barthélémy 1572 : les Protestants (Huguenots) recrutent encore chez ces artisans opposés à une bourgeoisie catholique; les autorités locales dénonçant l’influence des protestants. (…) En 1579, l’explosion paysanne est relayée par les citadins. De la simple diminution des impôts, les révoltés en exigent bientôt la disparition, alors que la noblesse est exemptée et que les riches trouvent des accommodements. Romans patrimoine
L’exemple de Romans fait apparaître le carnaval comme un « outil social » dont disposent les différents groupes au sein d’une collectivité pour exprimer les tensions et les antagonismes qui les dressent les uns contre les autres. Le carnaval n’est pas rite d’intégration ou rite de subversion; il est par essence ambivalent et présente simultanément les deux aspects; seul le contexte dans lequel il se déroule détermine le pôle qui l’emporte. Suzanne Chappaz-Wirthner
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
Les carnavals sont un type de fête relativement répandu en Europe et en Amérique. Ils consistent généralement en une période où les habitants de la ville sortent déguisés (voire masqués ou bien maquillés) et se retrouvent pour chanter, danser, faire de la musique dans les rues, jeter des confettis et serpentins, défiler, éventuellement autour d’une parade. Héritier de rituels antiques tels que les Lupercales et la Guillaneu, ils sont traditionnellement associés au calendrier chrétien et se déroulent entre l’Epiphanie, soit le 6 janvier, et le Mardi gras, une fête mobile entre le 3 février et le 9 mars. (…) Le mot « carnaval » apparaît sous cette forme en français en 1549 pour exprimer le sens de « fête donnée pendant la période du carnaval». Il vient de l’italien carnevale ou carnevalo. Il a pour origine carnelevare, un mot latin formé de carne « viande » et levare « enlever »2. Il signifie donc littéralement « entrée en carême ». (…) Les saturnales des Romains et les fêtes dionysiaques en Grèce sont des précédents historiques du carnaval. Le carnaval est une tradition archaïque liée aux cycles saisonniers et agricoles. L’historien des religions Mircea Eliade écrit : « Toute nouvelle année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie. Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d’éléments qui dénotent qu’à la fin de l’année et dans l’attente du Nouvel An se répètent les moments mythiques du passage du chaos à la cosmogonie »10. Eliade écrit encore : « Alors les morts pourront revenir, car toutes les barrières entre morts et vivants sont brisées (le chaos primordial n’est-il pas réactualisé ?) et reviendront puisqu’à cet instant paradoxal le temps sera suspendu et qu’ils pourront donc être de nouveau contemporains des vivants »10. Eliade souligne que les peuples ont « d’une manière profonde le besoin de se régénérer périodiquement en abolissant le temps écoulé et en réactualisant la cosmogonie ». Dans l’essai Le Sacré et le Profane Mircea Eliade écrit : « L’abolition du temps profane écoulé s’effectuait au moyen des rites qui signifiaient une sorte de « fin du monde ». L’extinction des feux, le retour des âmes des morts, la confusion sociale du type des saturnales, la licence érotique, les orgies, etc. symbolisaient la régression du cosmos dans le chaos ». (…) Les masques prennent les caractéristiques des êtres surnaturels qui sont les démons et les esprits des éléments de la nature, c’est pourquoi le masque a une fonction apotropaïque. À la fin le temps et l’ordre du cosmos, bouleversés pendant le carnaval, sont reconstitués (nouvelle création, nouvelle cosmogonie) par la cérémonie de la lecture du « testament » et par les « funérailles » du carnaval qui souvent consistent en la brûlure du « Roi Carnaval » représenté par un mannequin ou une poupée de chiffon. D’autres fois l’image du carnaval est noyée ou décapitée (à propos de la mort rituelle du carnaval voir Le Rameau d’or écrit par James George Frazer). Wikipédia
Ce que je veux de toi, Paris, ce que je veux, ce sont tes femmes. Ni bourgeoises, ni grandes dames. Mais les autres… l’on m’a compris! Le Brésilien (La Vie parisienne, Jacques Offenbach, 1866)
Une armée de jeunes filles qui sont là pour danser ce divin chahut parisien, comme sa réputation l’exige […] avec une élasticité lorsqu’elles lancent leur jambe en l’air qui nous laisse présager d’une souplesse morale au moins égale. Guide des plaisirs de Paris,1898)
On a donné ce nom à une sorte de danse épileptique ou de delirium tremens; qui est à la danse proprement dite ce que l’argot est à la langue française. Dictionnaire de la danse de Desrat
Ce fut vers 1822 que les jeunes gens qui se rendaient à La Chaumière…, commencèrent à danser ce que l’on appela d’abord la chahut et ensuite le cancan. Le cancan néglige, dédaigne, repousse tout ce qui pourrait rappeler le pas, la règle, la régularité de la tenue ; c’est encore, c’est surtout le dégingandage des danseurs et des danseuses. Le crayon de Gavarni peut plus facilement en fournir l’image que la plume en donner l’idée. Comment de l’état de prohibition policière, de proscription sociale où il resta pendant dix ans, le cancan put-il passer à l’état public, toléré, avoué, recherché même, où il est aujourd’hui ? Comment la police a-t-elle pu permettre de l’exécuter sur les théâtres secondaires ? C’est qu’en 1830, une révolution s’était accomplie, et que, comme toutes les choses de son temps, le cancan s’était trouvé mêlé à la politique. Chahuter n’était-ce pas encore pour les étudiants et les commis faire de l’opposition au pouvoir ? A. Delaforest (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, 1853)
Dernière figure du quadrille, le cancan, ou coincoin, est une danse, un galop exécutée en couple, dans les bals et cabarets, inventée au début du XIXe siècle, qui apparut d’abord sous le nom de chahut ou chahut-cancan. Elle faisait partie des danses très mal vues par les autorités et les défenseurs de la morale traditionnelle. À l’époque, les femmes portaient, sous leurs jupons, des culottes fendues. Par la suite, on a dérivé du cancan une forme touristique et très édulcorée, baptisée French cancan, que les femmes dansent en rang, face au public, en portant des culottes fermées. Comme nombre de danses populaires ses origines sont obscures. (…) Outre plus tard Franz Lehar, si le compositeur Jacques Offenbach écrivit ses œuvres (à la réputation vivace et légère) à cette même époque, les cancans qu’on veut lui attribuer ne sont que des détournements de ses morceaux. Le cas le plus célèbre est celui du galop infernal, issu de son Orphée aux Enfers, que les arrangeurs se permettent souvent de renommer French cancan. Ils le font de manière abusive, car le French cancan (fabrication touristique d’origine anglaise, concoctée à partir du cancan original), n’existait pas quand Offenbach composait. (…) Les règles du cancan, par le fait qu’il est issu de la culture populaire, sont assez souples suivant les danseuses. Il n’y a d’ailleurs pas d’école qui l’enseigne hormis celles de Grille d’Égout et Nini Pattes en l’air : cela ne fait que participer à l’éparpillement des styles, des intentions. Cependant, les figures principales s’installent durablement. On peut ainsi citer celles dont le nom est issu du vocabulaire militaire : le port d’armes, la mitraillette, l’assaut, le pas de charge, ou des jeux enfantins : le saute-mouton, les petits chiens, etc. L’ensemble reste d’ailleurs uniforme : une danse exclusivement féminine, basée sur le célèbre pas, cuisse remontée et jambe vers le bas (…)  Tout le monde peut pratiquer le cancan à condition d’avoir une certaine souplesse. (…) Le cancan cristallise l’image d’une société parisienne frivole et canaille, proche de celle décrite caricaturalement dans La Vie parisienne d’Offenbach. Sur une scène, des femmes montrent leurs dessous, soulèvent leurs dentelles : la provocation mêlée de complicité fait fureur. Les bas noirs, jarretelles et frou-frou prennent des surnoms très imagés et largement connotés sexuellement. Le cancan peut être vu par certains comme symbolisant une première ébauche de libération sexuelle et d’émancipation de la femme, qui est cette fois-ci celle qui séduit. Il peut aussi être vu par d’autres comme un simple aspect annexe et spectaculaire de la prostitution. Quantité de caricatures et textes du XIXe siècle soulignent souvent de manière appuyée le caractère vénal des femmes qui participent aux bals du Carnaval de Paris. Certes celles qui étaient émancipées pouvaient être considérées de façon péjorative comme des prostituées mais la prostitution était certainement également présente dans les bals. (…) Depuis ses débuts, la popularité de cette danse ne s’est pas démentie, de la Russie aux Amériques. En Amérique du Nord elle est surtout interprétée par les artistes de cirque ou dans le cadre de carnavals. Elle est aussi couramment jouée dans les fêtes d’anniversaires et de remises de diplômes, non pas sous sa forme originelle, mais sous une forme très pudique. En Amérique du Sud, elle est très populaire au Brésil, où elle a évolué sous forme de street dance. Elle est interprétée sur scène, dans la revue Formidable, au Moulin rouge, en 2009, les danseuses portent des strings à la place des culottes fendues d’origine, Valentin est toujours présent. En musique plusieurs compositeurs intégrèrent le cancan dans leurs œuvres, comme Franz Lehár dans La Veuve joyeuse (1905), ou encore Cole Porter dans sa comédie musicale Can-Can (1954), dont s’est inspiré Walter Lang pour son film Can-Can (1960). Au cinéma en 2007: Harry Potter, dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix de David Yates (…) on trouve une reprise du Galop infernal (« Offenbach’s Infernal Gallop »). Wikipedia
COMING SOON? Cardio striptease Gyms are hardly fields of dreams, but in New York and Los Angeles many now allow patrons to indulge their fantasies. The traditional workout with a mat and halter top is long gone, replaced by fusion classes such as yoga disco and punk-rock aerobics. In one gym close to New York University, the seductive lighting and suggestive gyrations mark a new arrival « cardio striptease ». A mixture of dance and aerobics, the class uses pounding pop music to whip up a seductive rhythm among 30 young women and a solitary male. Given the scant nature of gym attire, participants don’t exactly have much clothing to strip, so imagination plays a key role. « Touch, touch, touch! » cries instructor Annie Tsarouhis, as she drills her charges in the choreographed gestures and caresses of the striptease art. « Yeah! You’re getting hot! » For one hour, the students whirl towels or shirts above their heads, roll their shoulders, grind their hips and mime removing their underwear in front of a chair seating an imaginary man. « It increases your self-confidence, » Tsarouhis insists. « It’s a way for women not to be ashamed of their sexuality, and may even help them in their personal lives. » Jeff Costa, who invented it and taught it at the West Hollywood Crunch, presents it as an exercise in empowerment: « Your body is a work in progress. This is celebrating you at the moment, » he says. Only the last 25 minutes of each session are devoted to the actual removal of clothes  » also reportedly excellent for stretching and energising multiple muscle groups simultaneously. Even then, nudity is optional  » as are poles and tables. And if US promoters have their way, it will soon be coming to a gym near you. The Age
Le bizutage (Europe), ou initiation (Amérique du Nord), est un ensemble de pratiques, épreuves, traitements ritualisés et imposés, destiné à symboliser l’intégration d’une personne au sein d’un groupe social particulier : étudiants, militaires, professionnels, etc. Ce genre de pratiques a souvent fait l’objet de l’attention des médias, à la suite d’incidents, ou plus simplement de par la nature dégradante et humiliante de nombreux bizutages. Refuser la soumission au bizutage expose parfois à la possibilité de subir de l’ostracisme par la suite. (…) La définition donnée du bizutage, provenant de l’article 14 de la loi du 17 juin 1998, est : « Le fait pour une personne, d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations, ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatif. ». Ainsi, contrairement à l’idée répandue, cette interdiction s’applique également « en cas de consentement de la personne ». Le Code pénal français punit les actes de bizutage de six mois de prison et 7500 euros d’amende. Les peines sont doublées lorsqu’ils affectent une personne fragile physiquement et mentalement3. Ces rites en sont parfois arrivés aux limites de la brimade, voire du racket (« taxe » des 3/2 par les 5/2 en taupe dans les années 1960). Pour désigner le bizutage, les termes de bahutage (Saint-Cyr) ou absorption (École polytechnique) sont également employés. Certains établissements, comme l’École des mines de Nancy, avaient aboli le bizutage-brimade dès 1957, et l’avaient remplacé par une série d’« exploits » que les nouveaux devaient accomplir pour prouver leur esprit débrouillard ou farceur (faire sonner à minuit les cloches de la cathédrale, par exemple). Les filières concernées par le bizutage sont principalement les écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, écoles militaires, facultés de médecine, pharmacie et classes préparatoires. Le bizutage peut aller de la vente de bonbons déguisé en sac poubelle à la bastonnade en passant par l’exhibitionnisme, l’ivresse, l’absorption de liquide peu ragoûtant, l’introduction d’objets dans l’anus ou le traçage de croix gammées sur la peau. (…) Au Moyen Âge, les étudiants novices nouvellement arrivés à l’université de Paris étaient surnommés « béjaunes ». Ceux-ci formaient une confrérie particulière et avaient pour chef l’Abbé des Béjaunes. Le jour des Innocents, cet abbé, monté sur un âne, conduisait sa confrérie par toute la ville. Le soir, il réunissait tous les béjaunes et les aspergeait avec des seaux d’eau. C’était ce qu’on appelait le baptême des béjaunes. On forçait aussi les nouveaux étudiants à payer une bienvenue aux anciens ; on nommait cette taxe droit de béjaune. Un décret de l’Université abolit cet usage, en 1342, et il fut défendu d’exiger le droit de béjaune, sous peine de punition corporelle. Le bizutage ritualisé et prolongé, à la manière des étudiants médiévaux, se réintroduisit au XIXe siècle dans les classes préparatoires des lycées, notamment dans les années 1840 chez les candidats à Saint-Cyr où le terme « bizut », transformation de « béjaune », serait réapparu vers 1843. Depuis 1928, les gouvernements successifs en France ont vainement tenté de mettre fin au bizutage à travers plusieurs circulaires (1928, 1944, 1945, 1954, 1962, 1964) et lois (1998) (…) En 1968, de larges débats ont été consacrés (dans certaines facultés, en particulier Lettres, de plusieurs villes au sein des assemblées générales à la suppression et au boycott des pratiques des humiliations dominatrices et particulièrement sexistes, au moment où le mouvement revendicatif se battait pour obtenir, par exemple, le droit de visite dans les résidences universitaires réservées aux filles. Par la loi n° 98-468 du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs, créée par Ségolène Royal, Ministre déléguée à l’Enseignement scolaire du Gouvernement Jospin, le bizutage devient un délit. Malgré cela, le bizutage reste toujours présent dans une majorité d’écoles sous la forme de « week-ends d’intégration » (WEI) fortement alcoolisés. En 2010, le Ministère de l’Éducation nationale adresse une lettre de rappel à l’ordre à l’ensemble des représentants d’établissement du supérieur. Wikipedia
En Amérique du Nord, un congé d’une durée d’une semaine ou deux a lieu traditionnellement, selon les régions, à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Il est appelé selon les régions congé de mars, congé du printemps, pause de mars, pause du printemps, relâche du printemps, semaine de relâche, vacances du printemps ou vacances d’hiver (March Break, Spring break ou Study Week en anglais). Certains étudiants se rendent dans un pays tropical ou une station de ski alors que de nombreuses familles en profitent pour faire des activités de plein air. (…) Le congé tire son origine d’un entraînement de natation organisé en 1936 à la piscine Casino de Fort Lauderdale par un entraîneur de natation de l’Université Colgate, Sam Ingram. Un premier College Coaches’ Swim Forum est organisé au même endroit en 1938, attirant déjà, selon une source, 300 nageurs. Le film Where the Boys Are, sorti en 1960, a pour sujet des étudiants en vacances à Fort Lauderdale10. Au cours des années 1970 et 1980, des beuveries et toutes sortes d’excès deviennent de plus en plus fréquents10. La situation pousse le maire de Fort Lauderdale, Robert Dressler, à introduire un règlement contre la consommation d’alcool en public dans sa ville et même à annoncer à l’émission Good Morning America que les étudiants en vacances ne sont plus les bienvenus dans sa ville. Cette décision pousse de nombreux étudiants, déjà 370 000 en 1985, à se rendre plus au sud, même dans les Antilles. Des campagnes de sensibilisations ont lieu par la suite contre les problèmes de santé et de sécurité associés aux excès. (…) Son but est officiellement de permettre aux étudiants de s’avancer dans leurs travaux et aux enseignants ou professeurs de corriger les copies. Les élèves n’ont normalement jamais de devoir et profitent de cette semaine pour se relaxer et voyager, ce qui n’est pas vrai pour la majorité des universitaires, qui eux ont des travaux importants et des examens de mi-session au retour de la semaine de lecture.(…)  La destination privilégiée des étudiants nord-américains est le Mexique, avec les villes de Cancún, Acapulco, Puerto Vallarta ou Tijuana et la Floride (Miami). (…) Les excès liés à ce congé ont inspiré le film Losin’ It10 (1983). En 1986, MTV diffuse le premier Spring Break Special en direct de Daytona Beach10. Cette émission annuelle contribue à populariser davantage les beuveries et la sexualité associée à ce congé. Joe Francis produit la série de films Girls Gone Wild (en) de la fin des années 1990 à 2007, lorsqu’une série de scandales, notamment de pornographie juvénile, mettent fin au projet. Le film d’horreur Piranha 3D (2010) se déroule aussi durant le spring break en Arizona. Dans le film Spring Breakers qui est sorti le 6 mars 2013 avec Selena Gomez, Ashley Benson et Vanessa Hudgens, les jeunes filles se payent un spring break avec de l’argent volé dans un fast food ce qui entraîne leur arrestation par la police. Wikipedia
A university in New Mexico is investigating the women’s soccer team after reports that freshmen players were forced to strip naked, guzzle alcohol and were sprayed with urine during an ugly hazing incident Sunday. The University of New Mexico in Albuquerque cancelled the team’s first game scheduled for Friday as it investigates the allegations, which were reported by one of the players’ families, NBC affiliate KOB reports. Two of the players were so intoxicated they needed treatment at a local hospital, the station reports, and at least two players have left the team and dropped out of school since the incident. « We are continuing to interview student-athletes and investigate what happened on Sunday night, » UNM Vice President of Athletics Paul Krebs told the station Tuesday. NBC news
S’il n’y avait qu’une seule phrase à retenir dans toute l’histoire du public rock, ça serait « A POOOOIL ». Confliktarts
Quelqu’un a crié ‘à poil’ et ça a dérapé. Syndicaliste (Air France)
A poil signifie « tout nu, totalement dévêtu, sans aucun vêtement ». Exemple : Lorsque l’organisateur de la soirée cria dans son microphone « Et maintenant tout le monde à poil », les invités se divisèrent en deux groupes : ceux qui se prêtèrent au jeu et ceux qui parurent offusqués. Dictionnaire français (linternaute)
Une formulette d’élimination, ou comptine, est une chansonnette enfantine permettant de désigner une personne, avec un semblant de hasard, dans un groupe généralement constitué de jeunes enfants. (…) Le plouf-plouf (ou pouf-pouf, ou ploum-ploum, ou trou-trou etc.) permet de choisir un joueur en éliminant successivement tous les autres. Un des participants joue le rôle de meneur. Tous les enfants se mettent en cercle, souvent accroupis, avec un pied au centre de façon que les pointes des chaussures se touchent. Le meneur commence par plouffer, en pointant du doigt deux fois de suite vers le centre du cercle, et en disant « plouf-plouf ». Il chante ensuite une comptine, en pointant du doigt successivement tous les enfants du cercle à chaque temps de la comptine. L’enfant désigné en dernier est éliminé, et le processus recommence avec les participants restants. Wikipedia
« Vive les vacances Plus de pénitences Les cahiers au feu La maîtresse au milieu ! » Chansonnette de fin d’année
Lépreux et Juifs eurent à subir, tout au long du Moyen Age, des statuts d’exclusion typiques du racisme. Mais c’est le sort dont furent victimes, en France du Sud-Ouest et en Espagne du nord, les ” cagots “, qui peut passer pour le paradigme du racisme. Delacampagne y insiste : il n’y a pas d’” énigme ” des ” cagots ” : faux lépreux et vrais parias, ces intouchables ne se distinguaient en rien (ils pratiquaient même le catholicisme) des populations qu’ils avoisinaient… Robert Redeker
Les cagots sont devenus des intouchables dans une société organisée sous l’ Ancien Régime selon un authentique système de castes. Annie Quartararo
La lapidation est une nécessité pour conserver la sanctification de la famille. Zahra Shojaii (féministe iranienne, conseillère du président Khatami aux affaires des femmes, juillet 2002)
Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. Human Rights Watch
En général, en Occident, le crime d’honneur varie en fonction de la géographie. Peu coutumier de nos jours dans les régions du Nord, il devient plus intense en descendant vers le Sud (sociétés méditerranéennes et/ou musulmanes, etc..) où les codes d’honneur propres à telle ou telle société traditionnelle ont conservé plus d’importance. C’est ainsi que la vengeance par la justice privée, plus connue sous le nom de vendetta fait partie de la culture de certains groupes ethniques qui se situent dans les Balkans (notamment les régions peuplées d’albanophones), en Turquie (Anatolie, Kurdistan, etc..), le sud de l’Italie et les îles de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète). Avec l’immigration musulmane (notamment pakistanaise, turque/kurde et arabe), les crimes d’honneur sont réapparus en Europe. En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée « trop occidentale ». Hina s’était également opposée à un mariage arrangé. Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être « trop occidentale » et d’avoir une relation avec un Italien11. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 201212. En 2010 à Modène (Italie), un pakistanais, aidé de son fils, « punit » à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures13. En Allemagne, en 2005, Hatun Sürücü, une jeune Allemande d’origine turque, est tuée à Berlin par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande ». En Belgique, en 2007, Sadia Sheikh, une pakistanaise de 20 ans, est assassinée à Charleroi (Région wallonne) par des membres de sa famille pour avoir refusé un mariage arrangé15. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur16. En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation)) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d’une famille ». Wikipedia
Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ». Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces. Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques. (…) La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé. Le Monde
Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Nazir Afzal
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Violeur pakistanais
En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes d’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur (…) lorsque l’information était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles. On dénombre 31% de victimes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de ces victimes (49%) a un emploi, avec une forte représentation de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures. (…)  Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour lesquelles l’information était disponible, 255 étaient intoxiquées au moment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. (…) Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondissement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autres lieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche). L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. (…) On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici. Le Parisien
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu' »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne. Le Monde
Depuis la fin des années 1970 et la révolution iranienne, nous vivons une politisation de l’islam. Celle-ci avait dès le départ un ennemi principal  : l’émancipation de la femme. Quand, maintenant, des hommes de plus en plus nombreux viennent chez nous imprégnés de cette culture et, qui plus est, que certains sont victimes de guerres civiles, cela crée un problème qu’on ne peut pas simplement ignorer.  Alice Schwarzer 
Je suis choquée qu’après Cologne le mouvement féministe allemand dominant ait pris très vite une position xénophobe et antiarabe. Les violences dont sont victimes les femmes lors des fêtes de la bière sont mille fois pires. Mais, ici, ce qui est en jeu, c’est le fantasme du viol de la femme allemande par l’étranger . (…) Je suis violemment pour qu’on puisse porter le voile. Le dogme de la laïcité à la française est le résultat historique de la lutte entre la République et l’Eglise. Cela n’a rien d’universel. Forcer les femmes à se découvrir est une attitude néocoloniale. Ce sont les colons français au Maghreb qui ont commencé.  Barbara Vinken
Contrairement à la France, qui estime ses valeurs universelles, l’Allemagne, depuis le nazisme, ne peut plus se permettre de vouloir imposer sa culture. Les Allemands n’osent même pas critiquer d’autres modes d’expression culturelle . Béatrice Angrand (secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la jeunesse)
Les jeunes féministes allemandes sont d’autant moins enclines à critiquer le voile qu’un certain nombre d’entre elles, musulmanes, le défendent. La rappeuse Reyhan Sahin, par exemple, une spécialiste de la « sémiotique de l’habillement », est détestée par de nombreux musulmans, mais son travail universitaire sur « la signification du voile musulman en Allemagne » a été très remarqué. « Pour elle, le voile est un signe d’émancipation », note Sonja Eismann. Certaines féministes, d’ailleurs, le portent. Le Monde
Si l’on vit assez longtemps, on voit que toute victoire se change un jour en défaite.  Simone de Beauvoir 
Alors que la société allemande s’indigne face au récit terrifiant de la nuit de Cologne, durant laquelle des agressions sexuelles de masse ont été commises sur des femmes par des bandes d’hommes dont la plupart seraient d’origine étrangère, plusieurs voix féministes se sont élevées pour rappeler que la culture du viol n’est pas un phénomène importé mais bel et bien ancré dans la culture allemande depuis des siècles. La Fête de la bière de Munich en est l’un des exemples les plus criants. (…) chaque année, plusieurs dizaines d’agressions sexuelles ont lieu durant l’Oktoberfest. Et ce malgré une présence policière renforcée –300 policiers déployés sur la trentaine d’hectares de la «Wiesn», comme les Bavarois appellent la grande «prairie» verte sur laquelle ont lieu les festivités– et la mise en place il y a quelques années d’une vingtaine de caméras de surveillance et de puissants projecteurs à l’extérieur des «tentes à bière», de manière à ne pas laisser de zones plongées dans l’ombre la nuit venue. (…) Pour les femmes qui se rendent dans ces tentes à bière à l’ambiance surchauffée, les paroles vulgaires, les mains baladeuses, les demandes insistantes font partie intégrante de l’Oktoberfest. «Le viol est seulement la partie émergée de l’iceberg», insiste Maike Bublitz, pédagogue au Frauennotruf München. Il existe même un numéro d’urgence destiné aux femmes victimes de violences. «Il y a bien plus de violations des limites, qui vont du fait de tripoter les femmes aux abus sexuels. Il y a une vaste palette d’agressions sexuelles.»(Le nombre d’agressions sexuelles et de viols est pourtant bien plus élevé que celui que laissent entrevoir les statistiques policières, estiment les représentantes des associations présentes sur les lieux, qui estiment que pour une plainte pour viol déposée, il y a en réalité dix à vingt viols. Beaucoup de femmes continuent à avoir honte de signaler une agression aux autorités ou sont découragées par la perspective d’une longue et douloureuse procédure judiciaire qui n’a de toute façon que très peu de chances de déboucher sur une condamnation. Moins d’1% des hommes coupables de viol sont, en effet, condamnés par la justice allemande, comme le rappelait il y a quelques années une campagne d’information lancée par une association féministe allemande qui réclame depuis des années une réforme du paragraphe 177 du code pénal allemand, qui jusqu’à présent ne reconnaît l’existence d’un viol que dans trois cas de figure –lorsque le rapport sexuel est obtenu par la violence, sous la menace ou lorsque la victime ne peut se défendre. Le fait que l’Oktoberfest attire un public international n’est aussi pas étranger à ce faible taux de plaintes déposées, indique Kristina Gottlöber: «Ces touristes ne savent pas comment fonctionne la procédure judiciaire en Allemagne. Une Américaine peut se demander si elle doit ou pas porter plainte quand elle sait qu’elle rentre le surlendemain aux États-Unis. Doit-elle rester sur place, prendre un avocat, quels sont les coûts? Elles veulent simplement rentrer chez elles et oublier l’agression.» (…) Ni la police, ni les associations qui travaillent sur le terrain estiment que les violences sexuelles dont l’Oktoberfest est le théâtre chaque année sont comparables avec l’ampleur extraordinaire des harcèlements de masse qui ont eu lieu à Cologne durant la nuit du Réveillon. Mais Maike Bublitz signale que ce type de violences commises en groupes ont déjà été rapportées durant l’Oktoberfest: «Il y a eu quelques cas où des femmes ont été encerclées par plusieurs hommes et harcelées, tripotées, touchées à l’entrejambe, comme ce qu’on a pu entendre au sujet de Cologne. Cela nous a été rapporté par des femmes au “security point”.» Les agressions ont lieu partout, de jour comme de nuit, rapportent la police et les associations. À l’intérieur des chapiteaux, dans les toilettes, aux abords des manèges, mais surtout sur la fameuse «Kotzhügel», cette «colline de la gerbe» située en bordure des chapiteaux où les visiteurs alcoolisés au dernier degré ont pour habitude de venir vider leurs estomacs et de piquer un somme, voire les deux en même temps, comme on peut le voir sur les fameuses photos prises sur place par les visiteurs chaque année dont nous vous parlions en 2013. Une pratique consistant à déshabiller et photographier sous leur jupe les femmes ivres endormies sur place est d’ailleurs apparue ces dernières années, rapportent les associations. «Nous savons qu’il y a des hommes qui viennent exprès à l’Oktoberfest parce qu’ils pensent qu’ils auront beau jeu», explique Maike Bublitz.(…) L’Oktoberfest n’est d’ailleurs pas la seule grande fête populaire allemande où des agressions sexuelles ont lieu de manière récurrente. Cologne, justement, accueille chaque année au début du mois de février un des plus grands défilés costumés au monde, qui attire chaque année 1,5 million de visiteur. La maire de la capitale rhénane, Henriette Reker, a d’ailleurs annoncé quelques jours après la fameuse nuit où des centaines de femmes ont été agressées qu’un important dispositif policier allait être déployé cette année pour assurer la sécurité des femmes durant le carnaval de Cologne. Les agressions sexuelles y sont pourtant légion depuis des années. En 2014, des féministes ont d’ailleurs lancé un tumblr baptisé «KonsensKarneval» listant et dénonçant les consignes diffusées à l’attention des femmes par les différentes municipalités et commissariats allemands à l’occasion du carnaval. Leur slogan:«Mon costume n’est pas une invitation. » Slate
Si la culture est un joli mot quand il s’agit de création artistique, c’est un gros mot, pour certains, quand il s’agit de cerner et de corriger des pratiques personnelles – éducation, religion, mode de vie, conception de la famille – qui expliqueraient la difficulté d’une communauté à s’intégrer. Pour preuve, le tollé provoqué par le sociologue Hugues Lagrange quand il a publié son livre Le Déni des cultures (Seuil, 2010). Des artistes qui ont adopté cette approche culturelle ont également été critiqués. La Belge Sofie Peeters, une étudiante en cinéma, a diffusé sur Internet en 2012 son court-métrage Femme de la rue, dans lequel elle est filmée en caméra cachée en train de marcher dans un quartier de Bruxelles, à majorité musulmane. Sur ses pas, on entend « salope », « chienne », « putain »… Les réactions ? Manipulation, stigmatisation, procédé manichéen… Il existe un spectacle de danse dont le titre résume ce débat : Can We Talk About This ? « Pouvons-nous parler de ça ? » Pouvons-nous, Occidentaux, parler des ravages du multiculturalisme sans se faire traiter de réactionnaires ? Michel Guerrin
La cour d’appel de Montpellier a décidé ce jeudi du maintien en détention provisoire des deux hommes, de 18 et 22 ans soupçonnés d’avoir violé cette jeune fille de 18 ans. Tous les deux sont en prison depuis leur mise examen début janvier pour viol et diffusion d’images pornographiques à Perpignan (Pyrénées-Orientales), où une enquête a été ouverte pour viol en réunion et diffusion d’images pornographiques. La vidéo en question, un montage d’un peu moins de 5 minutes diffusé début janvier sur plusieurs réseaux sociaux dont Snapchat et Facebook, montraient une relation sexuelle particulièrement brutale le 2 janvier au soir de deux hommes avec une jeune femme. On y voit les deux hommes, dont on n’aperçoit jamais le visage, en survêtement, boire du whisky et fumer des joints avec leur victime présumée, apathique, qui paraît droguée ou alcoolisée. Les images sont accompagnées de commentaires écrits dégradants sur la jeune femme, tout au long de la relation sexuelle. C’est l’identification de l’un des deux hommes qui avait permis de remonter jusqu’au trio, dans un appartement de Perpignan. (…) Les deux suspect avaient fait appel de celle-ci, niant avoir violé leur victime. Pour sa part, la jeune femme de 18 ans n’a pas déposé de plainte.  Les trois protagonistes, qui se connaissaient, s’étaient réunis pour, selon leurs témoignages rapportés par le parquet «pour faire la fête», au cours d’une soirée particulièrement alcoolisée. Le Parisien
Ce devait être un concours de strip-tease avec un voyage aux Etats-Unis à gagner pour la candidate la moins timide. Le jeu a sordidement viré à l’agression sexuelle et au viol collectif. (…) Ce soir-là, l’établissement organisait un concours appelé American Party en référence au film « American Pie ». Une cliente de 27 ans a remporté le prix en terminant sans soutien-gorge et en string. C’est à ce moment qu’une dizaine de spectateurs l’ont rejoint sur scène. Elle s’est retrouvée plaquée au sol puis violée. Le Parisien (La Réunion, mai 2015)
Une partie de striptease organisée dans la boîte de nuit Le Chapiteau à Montvert les Bas a dérapé. Un concours de striptease organisé dans le but de remporter un billet aller-retour pour les Etats-Unis a vu se succéder sur la scène des jeunes femmes du public. Dans l’esprit de cette « american party », le cadeau allait revenir à la jeune fille la plus entreprenante sur le podium. Malheureusement, l’organisation de la discothèque se serait laissée déborder par les agissements de certains de ses clients à tel point que le propriétaire du Chapiteau indique n’avoir rien constaté d’anormal sur le moment. Ce soir-là donc, après avoir enlevé tous ses vêtements, à l’exception de son string, une jeune femme a été entourée par un groupe d’une douzaine d’hommes. Dans l’attroupement et l’euphorie alcoolisée de cette american party, la cliente, une ancienne gogo danseuse de l’établissement, a été victime d’attouchements sexuels puis de pénétrations digitales. Il était vers 1h30 du matin dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai. La victime a porté plainte contre X pour viol en réunion dès le 1er mai à la brigade territoriale de gendarmerie de Petite Ile mais les investigations ont été transférées aux enquêteurs de la police nationale, compétente pour le territoire sur lequel est intervenue cette affaire. Zinfos 974
Ne crie pas comme ça, on va finir par croire que je te viole. Adolescent congolais
Ces deux affaires sont très similaires, constate Éric Maillaud. Dans les deux cas, on a des victimes qui se mettent en danger, sans avoir conscience du risque qu’elles prennent, en aggravant encore la situation en consommant de l’alcool et des stupéfiants. On ne peut pas vraiment parler de préméditation chez les agresseurs, mais ce qui est sûr, c’est que l’hypothèse que la soirée puisse se conclure par une relation sexuelle est envisagée dès le départ du côté masculin.  Éric Maillaud
Pour expliquer cette coutume, on peut y voir un sous-produit des lapidations rituelles. Lapider une victime, c’esr recouvrir son corps de pierre. Lorsqu’on jette beaucoup de pierres sur un vivant, non seulement il meurt mais ces pierres prennent tout naturellement la forme tronconique du « tumulus » qu’on retrouve, plus ou moins géométrisée, dans les pyramides sacrificielles ou funéraires de nombreux peuples. (…) le tombeau est inventé à partir du moment où la coutume de recouvrir les cadavres de pierres se répand en l’absence de toute lapidation. René Girard
‘Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux D’où parviennent jusqu’ici ces aboiements ?’ Reconnaissons-nous, de même, dans le récit de Théramène, les chevaux emportés qui traînent le cadavre d’Hippolyte sur la plage, écartelé ? Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? Merci, Monsieur, de nous avoir fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d’animaux enragés, nos propres vociférations ; d’avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en cet attelage emballé, en ce noeud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés ; d’avoir révélé, enfin, en ces corps déchiquetés, les victimes innocentes des lynchages que nous perpétrons. Tiré de Racine, ce bestiaire hominien eût pu s’échapper, furieux, de l’Antiquité grecque, où des femmes thraces dépècent Orphée, de la Renaissance anglaise ou de notre xviie siècle classique, où chaque tragédie porte en elle, imagée ou réelle, une trace immanquable de cette mise à mort. Les Imprécations de Camille, chez Corneille, réunissent contre Rome tous les peuples issus du fond de l’univers et dans Shakespeare, les sénateurs, assemblés, plantent leurs couteaux croisés dans le thorax de César. L’origine de la tragédie, que Nietzsche chercha sans la trouver, vous l’avez découverte ; elle gisait, tout offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos signifie, en effet, le bouc, ce bouc émissaire que des foules prêtes à la boucherie expulsent en le chargeant des péchés du monde, les leurs propres, et dont l’Agneau de Dieu inverse l’image. Merci d’avoir porté la lumière dans la boîte noire que nous cachons parmi nous. Nous. Nous, patriciens, au marais de la Chèvre, assemblés en cercles concentriques autour du roi de Rome ; nous, parmi les ténèbres d’un orage parcouru d’éclairs ; nous, découpant Romulus en morceaux, et, la clarté revenue, fuyant, honteux, chacun dissimulant, dans le pli de sa toge, un membre du roi de Rome dépecé ; nous, soldats romains, pressés autour de Tarpeia, jetant nos bracelets, nos boucliers sur le corps virginal de la vestale chaste ; nous, lapidateurs de la femme adultère ; nous, persécuteurs, lançant pierre après pierre sur le diacre Étienne, dont l’agonie voit les cieux ouverts… … nous, bannissant ou élisant tel candidat en inscrivant son nom sur des tessons de terre cuite, souvenir oublié de ces pierres de lapidation ; nous, désignant un chef par nos suffrages, sans nous remémorer que ce mot fractal signifie encore les mêmes fragments, jetés sur l’élu ; de ces pierres assassines, nous bâtissons nos villes, nos maisons, nos monuments, notre Coupole ; nous, désignant roi ou victime, parmi nos fureurs temporairement canalisées par ce suffrage même ; nous, vos confrères, qui, de nos suffrages, vous avons élu ; nous, sagement assis autour de vous, debout, discourant de notre Père Carré, mort. Grâce à vous, je vois pour la première fois le sens archaïquement sauvage de cette cérémonie, les cercles concentriques des sièges, fixés au sol, immobilisés, séparés ; j’entends le silence du public, apaisé de fascination, vous écoutant, vous, élu, debout ; je découvre aussi pour la première fois cette chapelle ronde autour du tombeau de Mazarin, tous deux faits des pierres d’une lapidation gelée, reproduisant, comme en modèle réduit, les pyramides d’Égypte, résultats elles aussi, elles sans doute parmi les premières, d’une lapidation longue, celle du corps de Pharaon, accablé couché sous ce monceau. Les institutions élèvent-elles nécropoles et métropoles à partir de ce supplice primitif ? La Coupole en dessine-t-elle encore le schéma oublié ? Michel Serres
Si nous voulons aborder le « fait religieux » autrement que sous la forme d’une collection de savoirs, forcément émiettés et terriblement lacunaires, une voie peut être l’approfondissement d’un texte assez bien choisi pour qu’il rende le « religieux » intelligible. Ce postulat d’intelligibilité fonde le christianisme par essence. Il ne saurait y avoir contradiction, en toute dernière instance, entre ce message « religieux » et la rationalité, et ce malgré le contentieux historique lourd entre l’Eglise et la philosophie des Lumières. Ce texte en est une illustration magnifique. Il suffit de le lire en oubliant qu’il nous a été transmis par une institution religieuse pour qu’il nous devienne singulièrement utile, et pour commencer sur le plan professionnel. Voilà une situation dite de « conflit » et qui pourrait dégénérer en « violence ». Cette fois c’est l’analyse du philosophe René Girard qui peut servir d’éclairage. Comme F.Quéré, il observe que l’épisode marque une étape dans un drame qui aboutira à l’explosion de violence du Golgotha, lieu où Jésus mourra crucifié. Mais au cours de cette scène qui se déroule au Temple, la spirale de violence est enrayée. Cette spirale, que Girard nomme aussi « l’escalade » est toujours mimétique ; elle procède d’un entraînement mutuel et aboutit dans un cercle fermé, où, comme dans un chaudron, la tension monte, les pulsions violentes convergeant vers une victime placée sans défense « au milieu du groupe ». La réponse apportée par cet artiste de la non violence qu’est Jésus tient ici d’abord à une attitude. « Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer des traits sur le sol ». Les yeux baissés évitent ainsi la rencontre des regards. Or c’est de leur croisement que procède la violence mimétique. Il faut en avoir fait l’expérience pour comprendre à quel point une formule comme « Regarde-moi dans les yeux ! » peut être vécue comme agressive lorsque le maître, outré, croit ainsi provoquer les aveux de l’élève ! Donc, sans regarder cette troupe d’excités, Jésus s’absorbe dans une autre occupation : « il trace des traits sur le sol ». (…) Le verbe « graphein » qui a donné « graphie » pointe aussi bien l’écriture que le dessin. Dommage pour les commentateurs ultérieurs qui y voyaient la relativisation de la Loi de l’Ancien Testament, destinée à être dépassée, puisqu’écrite sur le sable. Mais le terme « gué » n’a pas ce sens : c’est la « terre », ou le « sol », ce socle qui nous est commun, que nous soyons agresseurs ou agressés. Il est possible d’ailleurs que Jésus ait su lire, mais non écrire, ce qui était courant à l’époque. Tout au plus, mais c’est là l’interprétation que me suggère mon enthousiasme, pourrait-on comprendre que l’activité graphique, par la concentration qu’elle requiert, oblige à prendre du recul, et contribue à la résolution du conflit ! (…) Les peintres quant à eux, astreints à rassembler dans une image immobile un développement narratif, anticiperont souvent la suite, et inscriront dans leur représentation la parole de Jésus : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Cette phrase est un coup de génie, parce que c’est aussi la solution la plus simple. D’abord l’énonciation se fait au singulier, sans pour autant désigner nommément quelqu’un. La spirale du « défoulement », toujours collectif, est rompue. Mais avec un grand doigté, par un protagoniste qui prend le risque calculé de l’accompagner : « Allez-y, lapidez-la, mais… ». La phrase reprend très certainement la disposition juridique du Deutéronome relative aux témoins, mais en procurant un éclairage aigu sur son fondement. En matière de lapidation, c’est « commencer » qui est la grande affaire ! Le fait de pointer ainsi la nature du phénomène suffit apparemment à l’inverser : le cercle mortel se défait, et les agresseurs s’en vont, « à commencer par les plus vieux »… Jean-Marc Muller
Les arts ne sont jamais que la reproduction de cette crise-là, de ce dénouement-là, sous une forme plus ou moins voilée.Tout commence toujours par des affrontements symétriques finalement résolus dans des rondes victimaires. René Girard
Le lynchage collectif est l’aboutissement du mécanisme par lequel nous pensons nous débarrasser de la violence en l’expulsant vers l’extérieur. Dans les constructions juridiques des  » païens « , il est ritualisé. Si la Loi d’Israël se différencie de celle des  » païens « , c’est parce qu’elle doit mener à l’intériorisation de la conscience de la violence. À nos propres yeux, nous sommes toujours pacifiques et ce sont les autres qui sont violents. C’est toujours l’autre qui a commencé. Dénoncer les fautes de l’autre est une des formes de la rivalité mimétique qui me permet d’affirmer ma supériorité sur l’autre et de justifier ma violence contre lui. La loi des nations païennes est toujours finalement inefficace parce que la violence expulsée finit par revenir. Tout l’enseignement prophétique consiste à prêcher le renoncement individuel à la violence, seule garantie de son éradication. (…) Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  » la première pierre  » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier.  » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ».  » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne :  » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse  » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de  » bouc émissaire  » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme  » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du  » sacrifice parfait  » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
La loi mosaïque prescrit la lapidation des condamnés à mort. J’interprète ce mode d’exécution, bien entendu, comme l’imitation rituelle d’un meurtre fondateur, c’est-à-dire d’une première lapidation qui, dans un passé lointain, a réconcilité la communauté. C’est parce que la communauté s’est réconciliée qu’elle a fait de cette violence unanime un modèle rituel, un modèle d’unanimité. Tout le monde doit jeter des pierres. C’est ainsi, de toute évidence, que la thèse mimétique doit expliquer l’existence d’une lapidation institutionnelle, telle qu’on la trouve beaucoup plus tard codifiée dans le Lévitique. La lapidation n’était requise que pour les épouses adultères, pas pour les époux. Au premier siècle de notre ère, cette prescription était contestée. Certains la jugeaient trop sévère. Jésus se trouve confronté à un dilemme redoutable. Il est soupçonné de mépriser la Loi. S’il dit non à la lapidation, le soupçon paraît confirmé. S’il dit oui, il trahit son propre enseignement, entièrement dirigé contre les contagions mimétiques, les emballements violents dont cette lapidation, si elle avait lieu, serait un exemple, au même titre que la Passion. A plusieurs reprises, Jésus est menacé de lapidation dans les scènes qui annoncent et préparent la Passion. Le révélateur et le dénonciateur du meutre fondateur ne peut manquer d’intervenir en faveur de toutes les victimes du processus qui finalement aura raison de lui. Si les hommes qui interpellent Jésus ne désiraient pas susciter la lapidation, ils ne placeraient pas la coupable « bien en vue », ils ne l’exhiberaient pas complaisamment. Ils veulent que rayonne sur la foule, sur les passants éventuels, la puissance du scandale qui émane de l’adultère. Ils veulent pousser jusqu’à son terme fatal l’emballement mimétique qu’ils ont déclenché. Pour préparer son intervention, pour la rendre décisive, Jésus a besoin d’un peu de recueillement, il a besoin de gagner du temps, et il écrit dans la poussière avec son doigt. On se demande toujours ce qu’il a pu écrire. Cette question me paraît oiseuse. Il faut la laisser aux entichés de langage et d’écriture. Il ne faut pas toujours recommencer le moyen âge. Ce n’est pas dans le dessein d’écrire que Jésus se penche, c’est parce qu’il s’est penché qu’il écrit. Il s’est penché pour ne pas regarder ceux qui le défient du regard. Si Jésus renvoyait ce regard, la foule se sentirait à son tour défiée, c’est son propre regard, son propre défi qu’elle croirait reconnaître dans les yeux de Jésus. L’affrontement mènerait tout droit à la violence, c’est-à-dire à la mort de la victime qu’il s’agit de sauver. Jésus évite jusqu’à l’ombre d’une provocation. Et enfin, il parle : « Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’afir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une l’autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. » René Girard

Et si emportés par leur zèle dévoyé d’antiracistes, nos Clémentine Autain avaient mis le doigt sur quelque chose ?

Lapidations, crimes d’honneur, jeunes filles condamnées à être violées pour atteinte à l’honneur d’une famille, maroquinades françaises, noir-américaines ou soviétiques, furie de syndicalistes, enfants agressées sexuellement par centaines et en toute impunité par des réseau d’anglo-pakistanais, agressions sexuelles de masse à l’occasion de fêtes religieuses, viol collectif « consensuel » « socialisé » sur internet, concours de strip-tease en boite de nuit ou soirées trop arrosées qui virent au viol collectif, débordements de carnavals, bizutages militaires ou étudiants, concours de teeshirt mouilé des spring breaks américaines, cardio striptease de nos salles d’aerobics, cancans de nos revues pigalliennes, chahuts de nos années lycées, rondes ou jeux d’élimination de nos enfances …

Au lendemain des récentes agressions sexuelles du Nouvel An où une Europe complètement désarmée redécouvre, à mi-chemin entre le viol-châtiment pour des infidèles ne respectant pas le code de l’honneur et  le viol-festif d’opportunité, la violence non plus du Zeus déguisé du gentil mythe de nos érudits mais du taureau de l’immigration musulmane …

Et en cette journée de l’ouverture du salon de l’auto de Bruxelles où, suite à certaines dérives, la Ministre de l’Egalité des Chances belge part en guerre contre les hôtesses trop sexy …

Comment ne pas repenser à ces magistrales analyses girardiennes sur la femme adultère de l’Evangile ou sur la décollation de Jean-Baptiste …

Où le théoricien des systèmes sacrificiels et des phénomènes de bouc émissaire nous rappelait combien …

Nos arts et rituels apparemment les plus innocents pouvaient vite retrouver l’alcoolisation aidant …

Leur vérité jusqu’ici dissimulée ou oubliée de « rondes victimaires » ?

D’où, en nos sociétés déchristianisées et bientôt notre planète livrées à l’irrésistible travail de sape de la mondialisation et donc désormais dépourvues de rituels de remplacement non-victimaires tels que l’eucharistie, le « péril de priver la violence mimétique de tout exutoire » ?

La femme adultère sauvée de la lapidation

René Girard

Quand Ces Choses Commenceront

« […] – On retombe sur le mystère de ce Dieu tout-puissant et omniscient qui laisse sa créature libre… qui fait comme s’Il ne savait pas où elle va… »
– Si je donne l’impression que Dieu joue avec nous au chat et à la souris, ou au tigre si vous préférez, je me suis mal expliqué. Pour essayer de comprendre les rapports entre l’appel qui vient de Dieu d’une part et, d’autre part, le jeu du mimétisme et de la liberté, je vous propose une petite explication de texte. Nous allons prendre un des plus grands récits évangéliques, celui de la femme adultère sauvée de la lapidation. C’est un texte un peu mystérieux, car il ne figure pas dans les plus anciens manuscrits de Jean. Beaucoup de commentateurs pensent qu’il rappelle le style de Luc plus que celui de Jean, et cela me semble assez juste. « De toute façon, dit la Bible de Jérusalem, personne ne doute de sa canonicité ». Le voici :

« … Les scribes et les Pharisiens lui amènent alors une femme surprise en adultère et, la plaçant bien en vue, ils disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous a prescrit dans la Loi de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » Ils disaient cela pour lui tendre un piège, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils insistaient, il se redressa et leur dit : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Et, se baissant à nouveau, il se remit à écrire sur le sol. A ces mots, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? – Personne, Seigneur, répondit-elle. – Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » »

La loi mosaïque prescrit la lapidation des condamnés à mort. J’interprète ce mode d’exécution, bien entendu, comme l’imitation rituelle d’un meurtre fondateur, c’est-à-dire d’une première lapidation qui, dans un passé lointain, a réconcilité la communauté. C’est parce que la communauté s’est réconciliée qu’elle a fait de cette violence unanime un modèle rituel, un modèle d’unanimité. Tout le monde doit jeter des pierres. C’est ainsi, de toute évidence, que la thèse mimétique doit expliquer l’existence d’une lapidation institutionnelle, telle qu’on la trouve beaucoup plus tard codifiée dans le Lévitique.

La lapidation n’était requise que pour les épouses adultères, pas pour les époux. Au premier siècle de notre ère, cette prescription était contestée. Certains la jugeaient trop sévère. Jésus se trouve confronté à un dilemme redoutable. Il est soupçonné de mépriser la Loi. S’il dit non à la lapidation, le soupçon paraît confirmé. S’il dit oui, il trahit son propre enseignement, entièrement dirigé contre les contagions mimétiques, les emballements violents dont cette lapidation, si elle avait lieu, serait un exemple, au même titre que la Passion. A plusieurs reprises, Jésus est menacé de lapidation dans les scènes qui annoncent et préparent la Passion. Le révélateur et le dénonciateur du meutre fondateur ne peut manquer d’intervenir en faveur de toutes les victimes du processus qui finalement aura raison de lui.

Si les hommes qui interpellent Jésus ne désiraient pas susciter la lapidation, ils ne placeraient pas la coupable « bien en vue », ils ne l’exhiberaient pas complaisamment. Ils veulent que rayonne sur la foule, sur les passants éventuels, la puissance du scandale qui émane de l’adultère. Ils veulent pousser jusqu’à son terme fatal l’emballement mimétique qu’ils ont déclenché.

Pour préparer son intervention, pour la rendre décisive, Jésus a besoin d’un peu de recueillement, il a besoin de gagner du temps, et il écrit dans la poussière avec son doigt. On se demande toujours ce qu’il a pu écrire. Cette question me paraît oiseuse. Il faut la laisser aux entichés de langage et d’écriture. Il ne faut pas toujours recommencer le moyen âge.

Ce n’est pas dans le dessein d’écrire que Jésus se penche, c’est parce qu’il s’est penché qu’il écrit. Il s’est penché pour ne pas regarder ceux qui le défient du regard. Si Jésus renvoyait ce regard, la foule se sentirait à son tour défiée, c’est son propre regard, son propre défi qu’elle croirait reconnaître dans les yeux de Jésus. L’affrontement mènerait tout droit à la violence, c’est-à-dire à la mort de la victime qu’il s’agit de sauver. Jésus évite jusqu’à l’ombre d’une provocation.

Et enfin, il parle : « Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose.

La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient.

En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable.

Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire.

La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation.

Cette imitation comporte une dimension authentiquement individuelle. La preuve, c’est le temps plus ou moins long qu’il requiert suivant les individus. La naissance de l’individu est naissance des temps individuels. Aussi longtemps qu’ils forment une foule, ces hommes se présentent tous ensemble et ils parlent tous ensemble pour dire exactement la même chose. La parole de Jésus dissout la foule. Les hommes s’en vont un à un, suivant la différence des temps qu’il faut à chacun pour entendre la Révélation.

Comme la plupart des hommes passent leur vie à imiter, ils ne savent pas qu’ils imitent. Même les plus capables d’initiative n’en prennent presque jamais. Pour savoir de quoi un individu est capable, il faut une situation exceptionnelle, telle la lapidation manquée.

« Les plus vieux » renoncent les premiers. Peut-être ont-ils le sang moins bouillant que leurs cadets, peut-être la proximité de la mort les rend-elle moins stricts avec autrui, plus stricts avec eux-mêmes. Peu importe en définitive. Seule importe la distinction entre les premiers et tous les autres.

Une fois les plus vieux sortis, les moins vieux et même les plus jeunes sortent de la foule, de plus en plus vite à mesure que les modèles se multiplient. Qu’il s’agisse de jeter des pierres ou, au contraire, de n’en pas jeter, le commencement seul a du prix. La vraie différence est là.

Pour les premiers imitateurs de ceux qui ont commencé, on peut encore parler de décision, mais en un sens qui s’affaiblit toujours plus vite à mesure que le nombre des décidés augmente. La décision initiale, dès qu’elle est imitée, redevient vite contagion pure, mécanisme social.

A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements poliques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques.

Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule.

Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’afir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue.

La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse.

Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps.

Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une l’autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté.

Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été.

Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante.

Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents.

Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. »

Voir aussi:

René Girard en vert : « Une seule réponse : le christianisme »

Article rédigé par Entretien, le 18 mars 2005

René Girard vient d’être élu à l’Académie française. Avec lui, c’est un intellectuel chrétien de grande envergure qui rejoint les Immortels. Né en 1923, ancien élève de l’École des chartes, sa première grande étude concernait le mimétisme et la violence du désir chez les plus fameux romanciers européens, de Cervantès à Dostoïevski (Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961).

Une dizaine d’années plus tard, Girard livrait une étude sur la tragédie grecque, et formulait pour la première fois l’hypothèse que l’origine des religions se trouvait dans le phénomène du bouc émissaire (la Violence et le Sacré, 1972). C’est cette hypothèse que Girard n’a cessé d’affiner dans trois ouvrages où apparaît la véritable originalité de la révélation biblique : le mécanisme du bouc émissaire est mis en lumière et par là-même rendu inefficace ; les ordres culturels fondés sur le principe du meurtre fondateur ne résistent pas au jour que jette sur eux le christianisme quand ils entrent en contact avec lui (Des choses cachées depuis la fondation du monde, (1978), le Bouc émissaire (1983), la Route antique des hommes pervers (1985)).

En 2000, René Girard publie ce qu’il assure être son dernier ouvrage, une véritable apologie du christianisme pour notre temps, Je vois Satan tomber du ciel comme l’éclair (Grasset). À l’occasion de son élection à l’Institut, nous sommes heureux de diffuser les extraits d’un entretien accordé à Edouard Husson pour Liberté politique, en avril 2000.

LIBERTE POLITIQUE. – Dans Je vois Satan tomber comme l’éclair, vous récapitulez toute votre œuvre et montrez que même les plus anti-chrétiens des Occidentaux ne cessent d’être déterminés par le souci biblique par excellence, le souci des victimes innocentes de la violence collective. Si la révélation biblique en sait long sur le désir mimétique, elle nous dit beaucoup aussi sur le phénomène du bouc émissaire.

RENE GIRARD. – J’ai travaillé sur la tragédie grecque, en particulier sur le mythe d’Œdipe avant de m’intéresser aux textes bibliques. Il s’est passé là quelque chose d’extraordinaire. Parallèlement à mes propres recherches et sans que nous nous soyons consultés, un jésuite autrichien, le père Schwager, a commencé à travailler sur les Psaumes. Et il a repéré un thème fondamental chez beaucoup d’entre eux : un individu assiégé par ses ennemis appelle Dieu à l’aide. Ou il proclame son innocence ou que seul Dieu est juge de ses péchés — et non la communauté composée de pécheurs comme lui. Schwager, en prolongeant mes analyses de la Violence et le Sacré, mettait le doigt sur la différence fondamentale de la révélation biblique. L’individu des Psaumes ou Job refusent de donner leur approbation au lynchage dont ils sont menacés. Lorsqu’on lit l’Œdipe roi de Sophocle, le poète tragique nous montre une parfaite symétrie de la violence et puis brusquement, Œdipe est chargé de toute la violence qui divise la communauté.

Comme les victimes émissaires du monde entier, il est soudain accusé des forfaits les plus terribles, ceux qui menacent de dissolution l’ordre social tout entier : le parricide et l’inceste et il ne s’y oppose pas. Job se trouve dans la même situation qu’Œdipe : lui qui régnait sur les esprits et les cœurs, le voici accusé par ses  » amis  » des pires forfaits. Ses faux amis veulent en fait qu’il consente au lynchage qu’on lui réserve. Mais Job, à la différence d’Œdipe, ne rentre pas dans le jeu. Il invoque le Paraclet, l’avocat de la défense des victimes.

Les Évangiles achèvent la révélation biblique en ce qu’ils dévoilent définitivement les mécanismes de la violence individuelle et collective.

Le lynchage collectif est l’aboutissement du mécanisme par lequel nous pensons nous débarrasser de la violence en l’expulsant vers l’extérieur. Dans les constructions juridiques des  » païens « , il est ritualisé. Si la Loi d’Israël se différencie de celle des  » païens « , c’est parce qu’elle doit mener à l’intériorisation de la conscience de la violence. À nos propres yeux, nous sommes toujours pacifiques et ce sont les autres qui sont violents. C’est toujours l’autre qui a commencé. Dénoncer les fautes de l’autre est une des formes de la rivalité mimétique qui me permet d’affirmer ma supériorité sur l’autre et de justifier ma violence contre lui. La loi des nations païennes est toujours finalement inefficace parce que la violence expulsée finit par revenir. Tout l’enseignement prophétique consiste à prêcher le renoncement individuel à la violence, seule garantie de son éradication.

Tel est le sens de l’épisode de la femme adultère.

Oui, Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  » la première pierre  » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour.

Jésus réussit à provoquer un bon mimétisme…

Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier.  » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ».  » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne :  » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse  » (Jean XI, 47-50).

Est-ce à cause de ce dévoilement de la  » loi du monde  » que l’évangéliste ajoute :  » Ces mots, ce n’est pas de lui-même qu’il les prononça ; étant grand-prêtre cette année-là, il était inspiré  » ?

Oui, livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité.

Les Évangiles sont donc le contraire des mythes, selon vous : ils disent le meurtre du bouc émissaire tel qu’il s’est réellement passé.

Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de  » bouc émissaire  » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme  » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du  » sacrifice parfait  » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants.

Le christianisme ne dit pas qu’il faut renverser les frontières par la violence. Il respecte les ordres sociaux tels qu’ils sont.

En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme.

Propos recueillis par Edouard Husson. Texte intégral dans Liberté politique n° 12, printemps 2000, « De la violence et du pardon »

Voir par ailleurs:

Clémentine Autain: comparaison et déraison
Doit-on salir les libérateurs d’Auschwitz pour blanchir les salafistes?
Marc Cohen
Causeur
15 janvier 2016

Deux jours après le fameux tweet de Clémentine Autain évoquant les « deux millions de viols » commis par l’Armée Rouge en Allemagne en 1945, pour relativiser les horreurs du Jour de l’An à Cologne, je reste sidéré.

On a beau s’attendre à tout, venant d’une personnalité politique en lutte pour sa reconnaissance sociale, on n’y croit pas. On a tort.

Dans le combat de cette soi-disant « gauche de la gauche » contre la prétendue « islamophobie », tous les coups sont permis.

Au nom de quels objectifs inavouables peut-on comparer des viols commis en temps de paix et des crimes sexuels de guerre?

Au nom de quel dévoiement du féminisme peut-on reprendre au compte du progressisme la petite musique de nuit des nostalgiques du nazisme ? Car ce genre d’excuse comparative est un exercice de première année d’étudiant en rhétorique négationniste. « Il y a eu Auschwitz, dont les chiffres ont été truqués, mais les viols de l’Armée Rouge, ça c’est du lourd ! »

C’est de cette rhétorique réviso chimiquement pure que Clémentine Autain nous a resservi là, et dont elle a osé se servir pour faire taire ceux et surtout CELLES qui s’indignaient de la passivité de certaines pseudo-féministes face aux atrocités de Cologne. Recyclant au passage un argumentaire fantasmatique sorti tout droit du cerveau de Goebbels.

La thématique du « soldat barbare mongolo-juif bolchevik » qu’il faut bloquer à tout prix sur la rive droite de l’Oder pour l’empêcher de violer « nos femmes et nos filles » a été martelée par la propagande nazie dès l’été 1944. Son objectif était double : mobiliser les Allemands face à l’avancée de l’Armée Rouge et bien sûr, entamer le processus de négation des innombrables crimes contre l’humanité commis par les nazis depuis 1933.

Pour les nazis, le vrai et seul coupable, c’est l’Autre, c’est le youdo-rouge ivre de sang pur germanique. Voilà avec quels arguments la « légitime défense » allemande s’est dispensée de toute considération humaine tant vis-à-vis de six millions de juifs d’Europe assassinés que vis-à-vis des populations civiles soviétiques (des milliers d’Oradour) ou des prisonniers de guerre de l’Armée Rouge qu’on extermina systématiquement par les assassinats ciblés, la faim, l’absence de soins et l’esclavage (un traitement de défaveur qu’eurent aussi à subir les prisonniers noirs français ou américains, souvent abattus dès leur capture). Le tout dans l’indifférence générale de 99,99 % des gentils Allemands.

Très malheureusement, cette polarisation hitlérienne sur les deux millions de viols commis par l’Armée Rouge  (il serait plus raisonnable de parler de plusieurs centaines de milliers de crimes, mais sans doute est-ce moins vendeur) fut abondamment relayée dans l’immédiat après-guerre par nombre d’historiens fantaisistes anglo-saxons soucieux avant tout de réintégrer une Allemagne très superficiellement dénazifiée dans le Camp du Bien.

Alors on a écrit de longs chapitres sur les femmes allemandes violées, sur les fameux « Komm Frau ! » lancés par les soldats russes à leurs malheureuses victimes blondes et pulpeuses. Tout comme chez nous, en France, on a droit régulièrement aux lamentos des belles âmes sur les pauvres tondues de la Libération. Ce fut autrefois un exercice très pratiqué par les nostalgiques du nazisme, c’est aujourd’hui un baratin classique du journalisme compassionnel.

Baratin, oui, baratin. Certes, il y a eu plusieurs centaines de milliers de viols de civiles et de militaires allemandes par des soldats de l’Armée Rouge. C’est absolument incontestable et absolument honteux. Comme le sont tous les viols de guerre. Comme a été, est, et sera toujours infâme chaque viol.

N’empêche,  je vais vous dire ma vérité. Les femmes allemandes violées, c’est grave. Les femmes françaises tondues, c’est triste. Mais elles ont survécu. Elles ont eu des dizaines d’années pour exposer l’ampleur de leur ressentiment. Des millions d’autres femmes n’ont pas eu cette chance. Des millions d’autres femmes juives notamment. Elles ne furent que quelques dizaines de milliers à survivre à l’enfer inventé pour eux par les nazis, par les Allemands. Nombre de ces survivantes furent libérées, comme à Auschwitz, par l’Armée rouge. Cette Armée rouge que tu oses salir aujourd’hui, Clémentine Autain, dans ton misérable combat pour empêcher qu’on dise leur fait à tes amis salafistes.

Je ne sais pas, Clémentine Autain, si tu as commis cette horreur par bêtise ou par calcul, par inculture ou par méchanceté. Ce que je sais, c’est que tu n’as plus rien à voir avec le communisme, ni avec l’antifascisme.

À moins, à moins que… Regarde bien cette photo de combattantes volontaires de l’Armée Rouge, Clémentine. Ces femmes te regardent. Salue-les. Implore leur pardon. C’est ta dernière chance de salut ici-bas. Ou alors va jouer aux billes avec tes potes barbus ou si tu préfères avec leurs amis négationnistes qui chantent le même refrain que toi.

Cologne passée au crible culturel
Michel Guerrin

Le Monde

22.01.2016

Après les agressions sexuelles de Cologne, le 31 décembre 2015, un débat est né des violences perpétrées par des hommes arabes. Une musique répandue en Europe, qui repose sur la culpabilité du fort face au faible, de celle aussi liée au passé nazi, vise à relativiser les faits : ce n’étaient pas vraiment des viols, il y a peu de témoignages, les femmes devraient garder leurs distances, la nuit du jour de l’An est folle en Allemagne, stigmatiser revient à donner les clés à l’extrême droite, il y a aussi beaucoup de viols commis chaque année par des Allemands. « Il se passe des choses mille fois pires aux fêtes de la bière », a même osé une féministe allemande (lire notre supplément « Culture & idées »).

Il s’est pourtant passé quelque chose d’ahurissant à Cologne. Nous en sommes à 766 plaintes de femmes, dont plus de la moitié pour délit sexuel – et toutes les victimes ne sont pas allées à la police. Des faits similaires ont été constatés dans d’autres villes allemandes, en Autriche, en Finlande ou en Suisse. Trop d’inconnues entourent cette nuit de la Saint-Sylvestre, aussi des observateurs sévères des sociétés musulmanes, comme l’écrivain algérien Boualem Sansal, restent pour l’instant dans « la sidération ».

Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne.

Désenchantement
On voit bien que l’Allemagne bascule de la générosité vers le désenchantement depuis le 31 décembre. « Je suis secouée dans mes convictions », a confié une féministe dans Le Monde du 14 janvier. Sans doute se dirige-t-on vers une observation plus vigilante des agressions sexuelles par des migrants, dont certaines furent minimisées, voire cachées, comme en Suède en 2014 et 2015, mais sans tomber dans le racisme et la stigmatisation. La voie est étroite. Elle passe par la prise en compte des « pratiques culturelles » des migrants, et la vérification si celles-ci cadrent avec nos modes de vie. Pas simple.

Quand la femme musulmane est souvent assimilée à un butin que l’on cache ou que l’on pille, que l’on bannit de la rue le soir, on imagine le choc pour un migrant qui débarque en Europe. On ne fera pas de dessin. Aussi, la journaliste Astrid Wirtz, du Kölner Stadt-Anzeiger, principal journal de Cologne, appelle les étrangers « à respecter nos valeurs » : ne pas porter le niqab, accepter les critiques de la religion, aller à des cours de gymnastique, participer à la vie publique… « C’est le prix pour la protection que nous leur offrons. » La Norvège a lancé un programme visant à apprendre « les codes culturels européens » aux migrants hommes. La sociologue Chahla Chafiq (Le Monde du 15 janvier) propose « d’intégrer dans l’accueil des migrants, au même titre que dans les autres champs de l’action sociale, la prévention des violences sexistes et sexuelles ».

Oslo a lancé un programme visant à apprendre « les codes culturels européens » aux migrants hommes
Mais la plupart des pays européens rechignent à adopter de tels programmes. Par peur d’être taxés d’islamophobie. Car, si la culture est un joli mot quand il s’agit de création artistique, c’est un gros mot, pour certains, quand il s’agit de cerner et de corriger des pratiques personnelles – éducation, religion, mode de vie, conception de la famille – qui expliqueraient la difficulté d’une communauté à s’intégrer. Pour preuve, le tollé provoqué par le sociologue Hugues Lagrange quand il a publié son livre Le Déni des cultures (Seuil, 2010).

Des artistes qui ont adopté cette approche culturelle ont également été critiqués. La Belge Sofie Peeters, une étudiante en cinéma, a diffusé sur Internet en 2012 son court-métrage Femme de la rue, dans lequel elle est filmée en caméra cachée en train de marcher dans un quartier de Bruxelles, à majorité musulmane. Sur ses pas, on entend « salope », « chienne », « putain »… Les réactions ? Manipulation, stigmatisation, procédé manichéen… Il existe un spectacle de danse dont le titre résume ce débat : Can We Talk About This ? « Pouvons-nous parler de ça ? » Pouvons-nous, Occidentaux, parler des ravages du multiculturalisme sans se faire traiter de réactionnaires ? C’est le sujet de cette pièce conçue par Lloyd Newson et sa troupe, DV8, qui se conclut par le témoignage d’une femme : « Je veux être libre, il vaut mieux que je me taise. »

« Du réfugié, on voit son statut, pas sa culture », affirme l’écrivain algérien Kamel Daoud
L’écrivain algérien Kamel Daoud joue les médiateurs à partir d’une formule choc dans le journal italien La Repubblica du 10 janvier : « Du réfugié, on voit son statut, pas sa culture. » Et d’expliquer : « En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres (…). Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Kamel Daoud en conclut : ne fermons pas les portes aux migrants, car nous irons vers un crime contre l’humanité, mais ne fermons pas les yeux, car nous avons « des valeurs à imposer, à défendre et à faire comprendre ».

Voir aussi:

Enquête inédite sur les viols à Paris

EXCLUSIF.L’étude dévoilée par «le Parisien»-«Aujourd’hui en France» brosse un portrait-robot du violeur, âgé de 34ans et plutôt sans emploi. Les victimes sont en général jeunes et agressées dans les quartiers festifs de la capitale.

C’EST UNE RADIOGRAPHIE inédite d’un crime pourtant grave et répandu que publie cematin l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Les chercheurs ont disséqué toutes les caractéristiques des viols commis à Paris sur une période précise (2013 et 2014) ayant donné lieu à une plainte. En exploitant les données de la cellule opérationnelle de rapprochements et d’analyse des infractions liées (Co-rail) de la PJ parisienne, le rapport dresse un panorama complet de ce crime passible de la cour d’assises.

L’étude se base sur un échantillon de 688 viols (598 sur majeurs et 90 sur mineurs). En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimesd’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur

Sur l’ensemble des faits dénoncés, les services de police ont été en mesure d’identifier 322 personnes : que des hommes. Seules quatre femmes ont été mises en cause mais unique-ment pour des faits sur mineurs.

L’âge moyen du violeur est de 34 ans*. De manière plus globale, 59% des mis en cause ont moins de 34 ans (dont une très faible proportion de mineurs : 3,4% ). Une analyse plus fine indique que, lorsque l’in-formation était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles.

Les victimes, jeunes et éduquées

93 % des victimes de viols (soit 553 personnes) sont des femmes. « Concernant l’âge des victimes, on peut remarquer que plus la tranche d’âge est élevé, moins il y a de victi-mes»,analysel’étude.Silamoyenne d’âge de ces dernières à Paris est de 30 ans, plus de 40% d’entre elles avaient moins de 25 ans au moment des faits. On dénombre 31% de victi-mes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de cesvictimes(49%)aunemploi,avec une forte représentation de la caté-gorie cadres et professions intellec-tuelles supérieures.

Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour les-quelles l’information était disponi-ble, 255 étaient intoxiquées au mo-ment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. « Quand il y a consommation d’alcool, on constate que, si les faits sont contestés, c’est plus difficile de faire tenir les procédures lorsque les victimes sont très alcoolisées », commente Me Martine Moscovici, avocate au barreau de Paris, spécialisée dans ce domaine.

Des quartiers plus dangereux que d’autres

Les chercheurs de l’ONDRP ont pu reconstituer une cartographie du viol dans la capitale. Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondis-sement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autreslieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche).

Souvent des liens avec l’auteur

L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. « C’est beaucoup plus facile de porter plainte contre un inconnu que contre son conjoint. Le viol intrafamilial est un tabou encore difficile à lever », explique la militante féministe Caroline De Haas.

On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici.

TIMOTHÉE BOUTRY * Tous les chiffres qui suivent portent sur les viols sur majeurs.

Inde : un conseil de village condamne deux jeunes filles à être violées

Les deux jeunes filles, qui se sont enfuies de leur village pour échapper à la sentence, demandent la protection des autorités indiennes.
Francetv info

29/08/2015

Le conseil du village veut déshonorer leur famille. Menakhsi Kumari, 23 ans, et sa petite soeur de 15 ans ont été condamnées le 31 juillet à être violées et exhibées nues dans leur village, au nord de l’Inde, rapporte Amnesty International. Les deux jeunes filles se sont enfuies et ont demandé protection à la cour suprême d’Inde, le 20 août dernier, selon le magazine Time (en anglais).

Une pétition en ligne récolte 85 000 signatures
Cette sentence a été prononcée après le départ de leur grand frère, Ravi, qui s’est enfui avec une jeune femme mariée appartenant à une caste supérieure, selon Slate. Ravi Kumari est issu de la plus basse caste indienne, celle des Intouchables. Sa compagne fait en revanche partie des Jasts, largement représentés au sein du conseil du village qui a décidé de punir la famille et de piller leur maison.

Amnesty International a lancé une pétition demandant aux autorités indiennes d’accorder leur protection aux deux jeunes filles. L’ONG qualifie la sentence qui pèse contre elles de « punition abominable et injuste ». La pétition en ligne avait recueilli plus de 85 000 signatures, samedi.

Voir également:

Les événements de Cologne divisent les féministes allemandes
Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant)

LE MONDE CULTURE ET IDEES

21.01.2016

Les violences faites aux femmes durant la nuit de la Saint-Sylvestre semblent l’occasion, pour les jeunes féministes allemandes, de tuer non pas le père, mais la mère. Un manifeste publié au lendemain de cette nuit au cours de laquelle plus de cinq cents femmes ont été agressées, voire violentées, notamment à Cologne, provoque en effet un véritable schisme dans le mouvement féministe. Signé par plusieurs responsables politiques, dont la ministre chargée de la famille et des femmes, Manuela Schwesig (Parti social-démocrate), mais aussi par l’icône de la gauche américaine Angela Davis, ce manifeste dénonce « la violence sexuelle et le racisme. Toujours. Partout. #Sans exception  ».

Ce hashtag (#ausnahmslos) est d’ailleurs le mot-clé de l’appel. Alors que les auteurs de ces attaques semblent tous d’origine étrangère – ce qui provoque d’énormes débats en Allemagne sur l’accueil des réfugiés –, le manifeste est très clair.

« En tant que féministes de différents secteurs de la société, nous nous engageons depuis de nombreuses années pour l’équité entre les sexes et pour une société ouverte et juste, nous nous engageons contre le sexisme et la violence sexuelle. Ce faisant, nous avons appris combien il est important de s’élever également contre le racisme et d’autres formes de discrimination. (…) Il est dommage pour tous que des préoccupations féministes soient utilisées par des populistes pour jeter l’opprobre contre certaines catégories de la population comme cela est le cas dans les débats autour de ce qui s’est passé à la Saint-Sylvestre.
La violence sexuelle ne peut pas seulement être instrumentalisée quand les auteurs sont supposés être les autres, les hommes musulmans, noirs, arabes ou nord-africains, en clair tous ceux que les populistes de droite considèrent comme non-Allemands. Elle ne doit pas seulement attirer l’attention quand les victimes (supposées) sont des femmes blanches. »

Alice Schwarzer, papesse contestée

Lancé par une activiste allemande de 35 ans, Anne Wizorek, le manifeste #ausnahmslos est l’aboutissement d’une longue prise de distance entre des jeunes féministes et celle qui a longtemps été l’égérie de leurs mères. Car ce texte radical est en totale contradiction avec l’analyse d’Alice Schwarzer, la papesse du féminisme allemand. Agée de 73 ans, elle est une véritable star en Allemagne. Ancienne élève de Michel Foucault à Vincennes, proche de Simone de Beauvoir, cofondatrice du Mouvement de libération de la femme (MLF), cette amie de l’actrice Romy Schneider a, dès son retour en Allemagne, au milieu des années 1970, introduit dans ce pays le féminisme français de ces années-là.

Grâce à la revue Emma, une publication fondée en 1977 qu’elle dirige toujours, cette intellectuelle incarne depuis quarante ans la cause des femmes allemandes. La force de ses convictions n’a d’égale que son mépris pour ses contradicteurs. Alice Schwarzer est violemment contre la pornographie, la prostitution et le port du voile. Un triptyque auquel on doit ajouter Les Verts (coupables d’être favorables à une légalisation de la prostitution) et, surtout au fil des années, l’islam. « Depuis la fin des années 1970 et la révolution iranienne, nous vivons une politisation de l’islam, affirme Alice Schwarzer. Celle-ci avait dès le départ un ennemi principal  : l’émancipation de la femme. Quand, maintenant, des hommes de plus en plus nombreux viennent chez nous imprégnés de cette culture et, qui plus est, que certains sont victimes de guerres civiles, cela crée un problème qu’on ne peut pas simplement ignorer. »

Installée à Cologne, Alice Schwarzer a symboliquement implanté sa PME dans une tour du Moyen Age, vestige des remparts qui entouraient la ville. Manifestement, elle n’entend abandonner ni ses positions ni sa position. Mais sa critique de l’islam a été mal reçue, y compris chez des femmes qui, traditionnellement, la soutenaient. « Je suis choquée qu’après Cologne le mouvement féministe allemand dominant ait pris très vite une position xénophobe et antiarabe. Les violences dont sont victimes les femmes lors des fêtes de la bière sont mille fois pires. Mais, ici, ce qui est en jeu, c’est le fantasme du viol de la femme allemande par l’étranger  », note Barbara Vinken, une intellectuelle dont le livre Die deutsche Mutter (« La mère allemande  », non traduit, Piper, 2001) reste une référence pour nombre de féministes.

Pas d’opposition de principe au port du voile
D’ailleurs, durant toutes ces années, Alice Schwarzer a-t-elle vraiment bien défendu la cause du féminisme allemand  ? L’Allemagne n’est-elle pas l’un des pays européens où il est le plus difficile, pour une femme, de concilier vie professionnelle et vie familiale  ? Les écarts de salaires hommes-femmes ne sont-ils pas très élevés  ? L’Allemagne n’a-t-elle pas été un des derniers pays européens à autoriser la vente de la pilule du lendemain dans les pharmacies ? Au fil des années, les jeunes Allemandes se sont en tout cas de moins en moins reconnues dans celle qui a l’âge, pour certaines, d’être leur grand-mère. En 2012, l’essayiste Miriam Gebhardt a d’ailleurs publié un livre au titre ravageur  : « Alice au pays de personne. Comment le mouvement des femmes allemand a perdu les femmes » (DVA, 2012, non traduit).

A vrai dire, la relève avait commencé à apparaître quatre ans plus tôt. En 2008, avec la création d’un trimestriel qui, sans le dire explicitement, se voulait le porte-parole de ce « nouveau féminisme ». Son nom  : Missy Magazine. Créée à Berlin par une bande de copines, cette revue fait inévitablement penser au journal français Causette, même s’il est « davantage axé sur la culture pop », précise Sonja Eismann, l’une des fondatrices. La distance avec Alice Schwarzer saute aux yeux. Si elles sont contre l’exploitation du corps de la femme, elles font remarquer qu’il y a aussi une pornographie féminine. De même, la prostitution est un thème qui fait débat dans le magazine. Enfin, pour Missy, il n’y a aucune raison de s’opposer par principe au port du voile.

C’est sans doute sur ce point que les positions des jeunes féministes allemandes sont le plus éloignées de celles d’Alice Schwarzer. « Je suis violemment pour qu’on puisse porter le voile, tempête Barbara Vinken. Le dogme de la laïcité à la française est le résultat historique de la lutte entre la République et l’Eglise. Cela n’a rien d’universel. Forcer les femmes à se découvrir est une attitude néocoloniale. Ce sont les colons français au Maghreb qui ont commencé. »

De son côté, Béatrice Angrand, secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la jeunesse et auteure de L’Allemagne (Le Cavalier Bleu, 2009), fait observer que « contrairement à la France, qui estime ses valeurs universelles, l’Allemagne, depuis le nazisme, ne peut plus se permettre de vouloir imposer sa culture. Les Allemands n’osent même pas critiquer d’autres modes d’expression culturelle ».

Les jeunes féministes allemandes sont d’autant moins enclines à critiquer le voile qu’un certain nombre d’entre elles, musulmanes, le défendent. La rappeuse Reyhan Sahin, par exemple, une spécialiste de la « sémiotique de l’habillement », est détestée par de nombreux musulmans, mais son travail universitaire sur « la signification du voile musulman en Allemagne » a été très remarqué. « Pour elle, le voile est un signe d’émancipation », note Sonja Eismann. Certaines féministes, d’ailleurs, le portent – c’est le cas de quatre des vingt-deux inspiratrices du manifeste #ausnahmslos et notamment de la blogueuse Kübra Gümüsay, très engagée dans les mouvements antiracistes, qui se définit comme « germano-turque » et « féministe ».

Anne Wizorek, un vent de fraîcheur sur la « scène féministe »

Jusqu’à présent, la plupart de ces jeunes féministes allemandes, à l’exception de l’équipe de Missy, étaient des individualités qui évoluaient hors de toute structure féministe. « C’est vrai que le mouvement allemand est moins militant qu’en France, explique Julia Korbik, 28 ans, auteure de « Stand up ! Le féminisme pour les débutants et les confirmés », un essai remarqué lors de sa publication en 2014 (Rogner & Bernhard, non traduit).

« Beaucoup de jeunes ont même une mauvaise image du féminisme. Elles jugent qu’elles n’en ont pas besoin et reprochent aux féministes d’être agressives vis-à-vis des hommes. Mais il n’est pas impossible qu’Anne Wizorek parvienne à prendre le relais d’Alice Schwarzer. »

Avant le manifeste #ausnahmslos, Anne Wizorek s’était fait connaître par un premier coup d’éclat. En 2013, elle avait remporté un réel succès en lançant le #aufschrei (cri d’indignation) pour inciter les femmes à dénoncer le sexisme au quotidien. Née en 1981 en Allemagne de l’Est, elle dit n’avoir été nullement influencée par Alice Schwarzer. C’est sans doute exagéré, mais il est vrai que les Allemandes de l’Est pouvaient, plus facilement que celles de l’Ouest, concilier vie familiale et vie professionnelle, une réalité dont elles étaient plutôt fières mais qui, au moment de la réunification, fut dénigrée à l’Ouest, où les crèches socialistes ont toujours été regardées avec suspicion. Dans le panthéon d’Anne Wizorek, Simone de Beauvoir occupe une place beaucoup moins importante que les Américaines Jacklyn Friedmann et Jessica Valenti (auteure du blog Feministing) ou que Laurie Penny, une activiste britannique de la scène féministe et altermondialiste, très écoutée en Allemagne.

Anne Wizorek juge les combats d’Alice Schwarzer dépassés. De son côté, Alice Schwarzer juge un peu vaines certaines revendications de ce qu’elle appelle « la scène féministe berlinoise », notamment la bataille pour le Gender-Gap, ce signe qui, dans certains termes comme « politicien_ne », symbolise le fait que certaines personnes ne se reconnaissent ni comme homme ni comme femme. Dans un entretien croisé au Spiegel (du 16 janvier), les deux femmes ont du mal à cacher le mépris qu’elles se portent mutuellement. « Je ne suis pas arrivée au féminisme par Alice Schwarzer. Ça n’a rien à voir avec elle. Elle fait son truc, moi le mien », affirme Anne Wizorek, avant d’ajouter en la regardant  : « Je n’aimerais pas être ton héritière. » La réponse est tout aussi cinglante  : « Me voilà soulagée. » Comme l’a écrit Simone de Beauvoir  : « Si l’on vit assez longtemps, on voit que toute victoire se change un jour en défaite. »

Voir encore:

VIDEO. Viol présumé diffusé sur internet : les deux suspects maintenus en détention
Le Parisien
14 Janv. 2016
Le quartier de Perpignan (Pyrénées-Orientales) où ont été tournées au cours d’une soirée alcoolisée des scènes s’apparentant à un viol diffusées ensuite sur internet.   BFMTV
Ce n’est pas parceque la jeune femme victime du viol  présumé de Perpignan mis en ligne sur internet n’a pas porté plainte que l’affaire n’est pas prise au sérieux.

La cour d’appel de Montpellier a décidé ce jeudi du maintien en détention provisoire des deux hommes, de 18 et 22 ans soupçonnés d’avoir violé cette jeune fille de 18 ans. Tous les deux sont en prison depuis leur mise examen début janvier pour viol et diffusion d’images pornographiques à Perpignan (Pyrénées-Orientales), où une enquête a été ouverte pour viol en réunion et diffusion d’images pornographiques.

Une soirée trés alcoolisée

La vidéo en question, un montage d’un peu moins de 5 minutes diffusé début janvier sur plusieurs réseaux sociaux dont Snapchat et Facebook ,
montraient une relation sexuelle particulièrement brutale le 2 janvier au soir de deux hommes avec une jeune femme. On y voit les deux hommes, dont on n’aperçoit jamais le visage, en survêtement, boire du whisky et fumer des joints avec leur victime présumée, apathique, qui paraît droguée ou alcoolisée. Les images sont accompagnées de commentaires écrits dégradants sur la jeune femme, tout au long de la relation sexuelle. C’est l’identification de l’un des deux hommes qui avait permis de remonter jusqu’au trio, dans un appartement de Perpignan.

Dans son arrêt rendu jeudi, la cour d’appel de Montpellier juge que la détention provisoire est «l’unique moyen d’empêcher la concertation entre les deux auteurs, la pression sur la victime et mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public». Les deux suspect avaient fait appel de celle-ci, niant avoir violé leur victime. Pour sa part, la jeune femme de 18 ans n’a pas déposé de plainte.  Les trois protagonistes, qui se connaissaient, s’étaient réunis pour, selon leurs témoignages rapportés par le parquet «pour faire la fête», au cours d’une soirée particulièrement alcoolisée.

La Réunion : le strip-tease en boîte de nuit tourne au viol collectif

07 Mai 2015

Le Parisien

Ce devait être un concours de strip-tease avec un voyage aux Etats-Unis à gagner pour la candidate la moins timide. Le jeu a sordidement viré à l’agression sexuelle et au viol collectif.

Depuis le week-end dernier, les policiers de la sûreté départementale de la Réunion sont saisis d’une enquête sur les faits qui se sont déroulés dans la nuit du 30 avril au 1er mai au Chapiteau, boîte de nuit de Saint-Pierre, principale ville du sud de l’île.

Ce soir-là, l’établissement organisait un concours appelé American Party en référence au film « American Pie ». Une cliente de 27 ans a remporté le prix en terminant sans soutien-gorge et en string. C’est à ce moment qu’une dizaine de spectateurs l’ont rejoint sur scène. Elle s’est retrouvée plaquée au sol puis violée.

Les enquêteurs ont visionné les bandes de vidéosurveillance et ont récupéré des images tournées avec des téléphones portables pour identifier les agresseurs.

Voir de même:

Enquête sur un viol en réunion à la discothèque Le Chapiteau

Zinfos 974

6 Mai 2015

Les policiers de la sûreté départementale ont en charge une affaire de viol collectif intervenu la semaine dernière dans une célèbre discothèque du sud. Une info du Journal de l’Ile.

Une partie de striptease organisée dans la boîte de nuit Le Chapiteau à Montvert les Bas a dérapé.

Un concours de striptease organisé dans le but de remporter un billet aller-retour pour les Etats-Unis a vu se succéder sur la scène des jeunes femmes du public. Dans l’esprit de cette « american party », le cadeau allait revenir à la jeune fille la plus entreprenante sur le podium.

Malheureusement, l’organisation de la discothèque se serait laissée déborder par les agissements de certains de ses clients à tel point que le propriétaire du Chapiteau indique n’avoir rien constaté d’anormal sur le moment.

Ce soir-là donc, après avoir enlevé tous ses vêtements, à l’exception de son string, une jeune femme a été entourée par un groupe d’une douzaine d’hommes.

Dans l’attroupement et l’euphorie alcoolisée de cette american party, la cliente, une ancienne gogo danseuse de l’établissement, a été victime d’attouchements sexuels puis de pénétrations digitales. Il était vers 1h30 du matin dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai.

La victime a porté plainte contre X pour viol en réunion dès le 1er mai à la brigade territoriale de gendarmerie de Petite Ile mais les investigations ont été transférées aux enquêteurs de la police nationale, compétente pour le territoire sur lequel est intervenue cette affaire.

Voir encore:

Viols collectifs : l’affaire de Rochdale et son équation raciale
Benoît Vitkine

Le Monde

19.11.2012

Elle était aussi seule que peut l’être une adolescente de 15 ans. Peu d’amis, pas de petit copain, des liens distendus avec une famille décrite comme « fragile ». Craintive et seule dans le morne décor de briques rouges du quartier d’Heywood, celui des « petits Blancs » pauvres de Rochdale, ancienne ville ouvrière à une vingtaine de kilomètres de Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Cette nuit d’août 2008, « Girl A », comme elle sera désignée plus tard lors d’un procès dont l’écho continue de faire trembler les fondements du multiculturalisme britannique, avait bu pour se donner du courage. Au Balti House, un petit kebab-épicerie de la grand-rue d’Heywood, le ton monte entre l’adolescente et deux des hommes qui la violent régulièrement depuis plusieurs semaines, Kabeer Hassan, 25 ans, et Shabir Ahmed, 59 ans. Les deux sont des employés du Balti House, et quand Girl A brise la vitre du comptoir de la petite boutique, ils ne craignent pas d’appeler la police.

En garde à vue, Girl A peut enfin parler. Pendant six heures, elle raconte son calvaire. Un mois auparavant, elle a commencé à fréquenter un groupe d’hommes qu’elle retrouve au Balti House ou au Saleem’s Kebab House. Ils sont bien plus âgés qu’elle, souvent pères de famille, chauffeurs de taxi ou employés de fast-foods : des hommes installés. Ils la traitent avec considération, lui offrent des cigarettes, de la nourriture, de l’alcool, piochés dans les réserves du magasin. La nuit venue, ils la raccompagnent en taxi, gratuitement.

Rapidement, vient le moment de « payer ». Shabir Ahmed, le chef du groupe, emmène Girl A, saoûle, dans un appartement abandonné au-dessus du magasin. « Je t’ai payé de la vodka, tu dois me donner quelque chose. » La jeune fille résiste, elle est violée par Shabir Ahmed. Les agressions se poursuivent jusqu’à l’épisode du Balti House, trois semaines plus tard.

CALVAIRE

Cette nuit-là, la jeune fille présente aux policiers ses sous-vêtements, sur lesquels des traces de l’ADN de Shabir Ahmed seront retrouvées. Malgré la précision de son récit, aucune enquête sérieuse n’est menée. Les services du procureur de la Couronne de la région Nord-Ouest ne donnent pas suite. Adolescente perturbée, ayant des penchants pour l’alcool et sexuellement active, Girl A ne saurait être considérée comme « un témoin crédible devant une cour ». Son calvaire reprend alors de plus belle. Elle est violée jusqu’à quatre ou cinq fois par semaine, parfois par cinq hommes différents la même nuit.

Le dossier n’est rouvert qu’à l’été 2009. Lors du procès, qui se tient en mai 2012 à Liverpool, cinq victimes témoignent, sur les 47 identifiées par la police. L’une raconte avoir été violée par vingt hommes la même nuit. Une autre décrit une soirée passée à vomir sur un canapé pendant que deux hommes abusent d’elle.

Une autre encore, 13 ans au moment des faits, que les viols ne cessèrent que lorsqu’elle tomba enceinte d’Adil Khan, 42 ans. Neuf hommes sont condamnés, pour les faits de viol, agressions sexuelles ou conspiration commis entre 2007 et 2009, à des peines allant de quatre à dix-neuf ans de prison pour Shabir Ahmed, considéré comme le chef du groupe, celui-là même qui intimait à ses victimes : « Call me Daddy ! »

A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. Et c’est le procureur grâce auquel le dossier a été rouvert, Nazir Afzal, plus haut magistrat d’origine pakistanaise du royaume, qui s’est fait un nom en luttant contre les mariages forcés dans la communauté pakistanaise, qui donne le ton : « Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. »

« FACTEUR RACIAL »

Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise.

Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %.

Chercheurs et associations rappellent que les agressions sexuelles en général restent le fait d’hommes blancs à 95 %, et mettent en garde contre la faiblesse des échantillons étudiés. Mais les chiffres sont lancés. Et repris en boucle.

En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ».

Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ».

« ELLES SONT PARFAITEMENT ENTRAÎNÉES »

L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. »

Chaque jour, des militants d’extrême droite se réunissent devant le tribunal, brandissant des affichettes : « Nos enfants ne sont pas de la viande halal. » Et quand les médias parlent prudemment de « gang asiatique », les commentaires des internautes trahissent un climat délétère. A Rochdale, le 23 février, 150 émeutiers s’en prennent à la police, à des chauffeurs de taxi pakistanais et aux kebabs d’Heywood.

Rochdale se croyait prémunie contre un tel climat. La ville de 100 000 habitants, sinistrée depuis la fin des industries textiles, cumule des indicateurs sociaux et économiques inquiétants et une population immigrée importante (près de 20 % d’habitants d’origine pakistanaise), mais elle n’a jamais été le théâtre d’émeutes raciales. Rochdale a même élu, dès 2003, un maire d’origine pakistanaise.

Devant le bâtiment de style gothique-victorien de la mairie, réminiscence des années de gloire de Rochdale, un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. »

A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. »

VULNÉRABLES

Race contre classe ? Les violeurs étaient tous pakistanais d’origine, les adolescentes toutes blanches. Mais les agresseurs étaient aussi tous des hommes installés habitant Rochdale même, alors que les victimes venaient toutes de familles pauvres d’Heywood, quartier déshérité. Pour autant, la thèse du « facteur racial » va s’imposer.

L’ancien ministre de l’intérieur Jack Straw s’interroge sur les raisons qui poussent des hommes « d’héritage pakistanais » à considérer les jeunes Blanches comme « de la viande fraîche ». Ann Cryer évoque les mariages arrangés, qui feraient arriver sur le sol britannique de jeunes hommes peu éduqués, arrachés à leurs campagnes du Pakistan. Tous enjoignent aux responsables de la communauté pakistanaise d’agir.

Mohammed Shafiq, 33 ans, est l’un d’eux. Natif de Rochdale, il dirige la Fondation Ramadhan, promouvant le dialogue entre les religions. Dès 2007, il a commencé à parler des abus commis sur des adolescentes par des membres de la communauté pakistanaise, ne récoltant qu’un silence gêné et des menaces de mort. Il a réalisé un documentaire sur le sujet pour la BBC.

Mohammed Shafiq estime qu' »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ».

Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. »

Au Regal Moon, le pub le plus fameux de Rochdale, « Sam », retraité du textile, résume la teneur du débat : « Les premiers mois, on n’entendait que des remarques racistes sur les Pakistanais, et puis ça s’est calmé. On sait tous, ici, qu’une fois l’agitation retombée, on sera bien obligés de vivre ensemble comme on l’a toujours fait. »

Benoît Vitkine

Un rapport gouvernemental accusé de minimiser le facteur racial des agressions

Publié mercredi 21 novembre, le rapport du Commissariat aux enfants sur l’exploitation sexuelle a encore un peu plus alimenté la polémique sur le caractère racial d’un certain nombre d’agressions commises en Angleterre. L’enquête menée par la vice-commissaire Sue Berelowitz montre que 2 409 enfants ont été victimes entre 2010 et 2011 (sur une période de quatorze mois) de crimes sexuels commis par des agresseurs agissant en bandes. Le rapport identifie par ailleurs 16 500 autres enfants susceptibles d’avoir été abusés.

Les statistiques contenues dans le rapport indiquent que les agresseurs, quand leur origine ethnique a été déterminée, sont à 43 % blancs et à 33 % d’origine asiatique. Mais le document estime que la « publicité » donnée à des affaires comme celle de Rochdale a pour conséquence que « les données sont collectées de façon plus assidue lorsque les agresseurs sont identifiés comme ‘asiatiques’, ‘pakistanais’ ou ‘kurdes' ». Mme Berelowitz a été immédiatement accusée par plusieurs personnalités, y compris le ministre de l’éducation, Michael Gove, d’avoir cherché à minimiser cet aspect de la question.

Voir de plus:

ANNECY- Les deux victimes se sont rendues chez leurs agresseurs

Deux soirées trop arrosées se terminent en viols collectifs
C’est en attendant un bus, en centre-ville d’Annecy, qu’une jeune fille de 17 ans et demi a été abordée par trois jeunes et s’est laissée entraîner dans une soirée qui allait virer au cauchemar.

Stéphane Bouchet

Le Dauphiné

05/10/2011 à 06:01

Le mois de septembre s’est tristement terminé, à Annecy. Jeudi et vendredi derniers, deux plaintes ont été déposées pour des agressions sexuelles en réunion. L’une concerne une jeune fille de 17 ans et demi, l’autre une femme de 45 ans. Dans les deux cas, le scénario identique. Avec un point commun central, l’alcool…

La première affaire concerne une jeune fille, venue travailler en alternance dans un commerce d’Annecy.

Jeudi soir, à la sortie de son travail, elle attend son bus, près du centre Courier, lorsqu’elle est abordée par trois jeunes garçons. La discussion s’engage, sympathique.

Originaire d’un autre département, la jeune fille réside seule à Annecy et n’a que peu d’amis. Aussi, lorsque les trois jeunes lui proposent de prendre un verre, elle accepte.

« Arrête de crier, on va croire que je te viole ! »
Mais au lieu d’aller dans un bar, ils la conduisent dans le studio de l’un d’eux. Là, les verres de vodka mélangée à des boissons énergétiques se remplissent et se vident. On fume des “joints”, on met de la musique, on danse… et la soirée vire au cauchemar.

La jeune fille, mineure, aura des relations sexuelles avec les trois garçons. Deux quittent ensuite les lieux, mais le troisième n’en a pas eu assez et décide de recommencer, malgré les cris de la victime, qui ira porter plainte le lendemain. Le locataire du studio sera retrouvé sans problème. Âgé de 16 ans et demi, d’origine congolaise, il est placé sous tutelle du conseil général en tant que mineur étranger isolé.

« Il n’a absolument pas conscience d’avoir commis un viol, explique le procureur d’Annecy, Éric Maillaud. Pour ce jeune homme, la jeune fille qui est venue de son plein gré dans l’appartement et qui a bu de l’alcool était consentante. »

Au point que lors du deuxième rapport, alors que sa victime lui crie ”Arrête, arrête !”, il prononcera cette phrase stupéfiante : « Ne crie pas comme ça, on va finir par croire que je te viole. »

Il a été mis en examen pour viol et placé sous contrôle judiciaire, dans un centre éducatif renforcé. Les deux autres jeunes sont encore recherchés comme témoins.

Alcool, drogue et agression
Vendredi soir, c’est presque le même scénario qui s’est répété. La victime, cette fois-ci, est âgée de 45 ans. Ses quatre agresseurs, deux fois moins.

Là encore, la femme s’est rendue volontairement chez l’un d’eux, rencontré en boîte quelque temps auparavant, pour boire un verre. Là encore, l’alcool a coulé à flots et le cannabis a “tourné”.

Les quatre hommes présents ont ensuite eu des relations sexuelles avec elle, alors qu’elle était noyée dans les brumes de l’alcool. Ce n’est qu’au petit matin qu’elle a pris conscience de ce qui s’était passé et est allée déposer plainte pour viol. Les quatre individus (dont deux mineurs) ont été arrêtés, placés en garde à vue au commissariat d’Annecy puis présentés au procureur Maillaud hier. Pour eux, la victime était consentante au moment des faits. Ils ont tous été mis en examen pour viol en réunion et placés sous contrôle judiciaire.

« Ces deux affaires sont très similaires, constate Éric Maillaud. Dans les deux cas, on a des victimes qui se mettent en danger, sans avoir conscience du risque qu’elles prennent, en aggravant encore la situation en consommant de l’alcool et des stupéfiants. »

« On ne peut pas vraiment parler de préméditation chez les agresseurs, mais ce qui est sûr, c’est que l’hypothèse que la soirée puisse se conclure par une relation sexuelle est envisagée dès le départ du côté masculin. » Et l’alcool, qui désinhibe et abolit le discernement, des victimes comme des agresseurs, est un moyen de faciliter les choses…

Voir aussi:

Bizutage : A l’université du Nouveau-Mexique, des joueuses de l’équipe féminine de football urinent sur les nouveaux membres
Vous pensez le football féminin moins beauf et grossier que celui masculin ? Eh bien, vous avez tout faux.

Melty campus

Dans l’équipe féminine de football de l’université du Nouveau-Mexique on aime aussi jouer au football pour la 3ème mi-temps. En effet, l’université a lancer une enquête sur des incidents de bizutages pour le moins particuliers… Un porte-parole de l’université s’est confié au site de l’Huffington Post. Apparemment, dans l’équipe de football féminine, certaines nouvelles arrivantes étaient forcées de se déshabiller, de boire de grosses quantités d’alcool et… de se faire faire pipi dessus par des joueuses plus anciennes de l’équipe. Le bizutage va beaucoup trop loin. Peut-être que l’équipe sera bannie de l’université, comme l’ont été ces 3 fraternités du Connecticut, suite à des bizutages aussi. La décision tombera dans quelques jours.

L’histoire s’est ébruitée quand, il y a quelques jours, la police du campus a trouvé une étudiante de l’équipe de football féminine complètement ivre et ayant du mal à respirer dans son dortoir. Elle a été emmenée à l’hôpital. C’est une fois hospitalisée et hors de danger que la jeune étudiante à raconter les bizutages qu’elle avait subis. Le porte-parole du département des sports de l’université, prend cette affaire très au sérieux et tient à mener une enquête rigoureuse pour ne pas accuser à tort l’équipe féminine de football. Pour éviter ce genre de bizutage, meltyCampus a la solution ! On se fait un match en attendant ?

Les hôtesses du Salon de l’Auto de Bruxelles adoptent un style plus chic et glamour: voici les filles les plus sexy!
G. Bark

Sudinfo

La présence de jolies filles permet-elle d’augmenter les ventes de voitures ? A en croire les agences de marketing, elle permet, en tout cas, de faciliter le contact entre vendeurs et visiteurs…

Au salon 2016, c’est Suzuki qui joue à nouveau cette carte à 100%. La marque fait appel à une équipe massive d’hôtesses, accompagnées de quelques stewards. Reste que, de façon générale, les tenues sexy qui ont par le passé provoqué la colère de Joëlle Milquet et des envies compulsives chez certains visiteurs, ont été laissées au placard.

Pour l’exemple, chez Suzuki, on a repris la thématique du Far-West et des saloons. Mais cette année, les robes sont longues et couvrent davantage. Reste que parmi l’équipe, on retrouve des stars de la télé. Vous y croiserez notamment Ginie de « Secret Story » ou encore Serena des « Chtis ». « Nos fans s’arrêtent et nous reconnaissent », concède Ginie. « Le salon, ça permet de gagner en une dizaine jours l’équivalent d’un mois de salaire. »

Si les tenues sont moins sexy, cela n’empêchera pas certains visiteurs de déraper. Ainsi, plusieurs hôtesses nous racontent que des pervers tentent de prendre des photos sous les jupes. Notamment… « Nous avons vu certains spécimens l’an dernier », confirme Ginie. « La sécurité reste toujours à proximité et intervient dès qu’il y a un problème. »

Voir également:

Milquet au Salon de l’Auto: les hôtesses n’ont qu’à bien se tenir!
Viktoria Thirionet

7 sur 7
8/01/13

L’an dernier, Joëlle Milquet, qui est également Ministre de l’Egalité des Chances, s’était dite choquée par l’utilisation de jeunes hôtesses en tant que femmes objets au Salon de l’Auto. La ministre se rendra dans les prochains jours au Heysel et gare aux décolletés trop profonds!
Les jolies hôtesses court vêtues font partie du folklore du Salon de l’Auto. L’an dernier, leur charme avait cependant éveillé la libido de deux visiteurs qui avaient cédé à la pulsion d’un plaisir solitaire dans un véhicule d’exposition, une dérive inacceptable pour un évènement auquel assiste chaque année de nombreuses familles.

Joëlle Milquet avait réagi en envoyant une lettre à Pierre Hermant, directeur général du Salon de l’Auto et de la Febiac, appelant à « s’interroger sur l’image que l’on donne de la femme mais aussi le rôle qu’on leur attribue dans notre société ».  « Le Salon de l’Auto est un lieu où l’on se rend en famille, il convient de s’interroger sur la transmission de stéréotypes. Il faut éviter de telles pratiques », avait prévenu la ministre, qui demandait que les exposants signent une charte allant dans ce sens.

S’il a bien été demandé aux exposants de se montrer plus responsables et plus sages, en revanche, il n’y aura pas de code de conduite, indique Joost Kaesemans, porte-parole de la Febiac à Sudpresse. « Tout cela est un non-problème! On ne va pas faire la police! On organise le Salon depuis près de cent ans sans problème. L’an passé, on est tombé sur un malade, c’est tout! »

Chez Suzuki, sur le stand dont les hôtesses avaient justement éveillé le désir des deux hommes, il semble qu’on ait toutefois retenu la leçon. « On veut éviter de choquer Mme Milquet et d’autres personnes. Cette année, nous avons donc prévu de faire travailler des mannequins féminins et masculins. Comment les hôtesses seront-elles habillées? On dévoilera tout ça jeudi », promet le porte-parole de Suzuki qui annonce tout de même une « surprise ».

Du côté de Joëlle Milquet, on attend de voir pour croire: « La ministre ira de toute façon au Salon et verra, par elle-même, s’il faut encore améliorer les choses », indique sa porte-parole Dorothée Klein.

Voir encore:

Joëlle Milquet s’attaque aux tenues sexy des hôtesses
7 sur 7
23/01/12

A la suite d’une série de plaintes pour comportements inappropriés envers les hôtesses, Joëlle Milquet a mis en garde les organisateurs du Salon de l’auto pour ne pas utiliser les femmes comme des objets. « A côté des voitures clinquantes, il y a des femmes bimba », a lancé la Ministre de l’Egalité des chances, qui travaille actuellement à un projet de loi s’attaquant aux stéréotypes entre femmes et hommes.

« Madame Milquet estime que les hôtesses ont leur place à ce genre d’évènements, notamment pour accueillir les candidat-acheteurs. Mais les organisateurs devraient faire attention à leurs tenues sexy. On donnerait ainsi une meilleure image de la femme », explique sa porte-parole. « Il ne faut pas donner une image dégradante de la femme. Je ne suis pas contre le fait qu’il y ait des hôtesses, qu’elles soient bien habillées, mais que l’on n’utilise pas la femme comme un objet, au même ordre que la voiture. C’est un peu dérangeant », a-t-elle commenté dans l’Invité sur RTL TVI.

Lutter contre le sexisme
« Votre numéro de gsm est-il dans le catalogue? », « Faites-vous partie des options? », « Etes-vous à vendre avec la voiture? »… Voilà un florilège des questions raboteuses dont font l’objet les hôtesses du Salon de l’Auto. Dès la première journée, deux personnes ont été arrêtées au stand Suzuki parce qu’elles étaient en train de se masturber devant les demoiselles aux courbes avantageuses.

Ces incidents auraient donc incité Joëlle Milquet à s’attaquer au problème. La semaine dernière, « Madame Non » avait déjà levé le voile sur ses intentions de lutter contre le sexisme. « En ce qui concerne le respect de la femme, cela commence par l’injure, le stéréotype. Il suffit de voir la génération de mes enfants pour mesurer les combats à mener: changer l’image de supériorité de l’homme sur la femme, accepter la culture et la religion de l’autre. Je dois tout le temps rectifier le tir », déclarait-elle dans La Libre Belgique. (mb)

Voir de même:

Les hôtesses du Salon de l’Auto victimes de pervers
7 sur 7
20/01/12

Au Salon de l’Auto, il y a les voitures, mais il y a aussi les hôtesses. Visiblement, certains sont davantage intéressés par les courbes avantageuses de ces dernières plutôt que celles des voitures.

Ainsi, au stand Suzuki, deux hommes ont été arrêtés parce qu’ils étaient en train de se masturber, relate Sud Presse. « J’ai appris par quelqu’un du stand qu’ils ont retrouvé deux hommes dans une voiture qui se masturbaient en regardant les hôtesses », explique un témoin d’un stand voisin. Mercredi, un autre homme a été mis dehors parce qu’il tentait de photographier les sous-vêtements des jolies demoiselles.

Pipi sur un siège
Il n’y a pas que les pervers qui se distinguent au Salon de l’Auto. Chez Volkswagen, on a par exemple retrouvé une voiture avec de l’urine sur l’un des sièges. « Un accident suite à un besoin pressant ou un acte volontaire? Nous n’avons pas pu déterminer les intentions de cette personne qui n’a pas été prise sur le fait. En tous les cas, le siège a été nettoyé puis remplacé par un autre », a indiqué Joost Kaesemans, responsable presse du Salon de l’Auto. (JC)

Comment réagir lorsqu’on vous crie « A POOOOOOIIL » ?
Confliktarts

fx 4

05 Février 2013

Etude et décryptage d’une pratique universelle.

Ce sont sans aucun doute les mots qui ont étés prononcés le plus de fois dans les salles de concerts depuis que les concerts existent. Bien avant les pourtant mythiques « une autre», « pooopoolopopopooooo » et autres «vazy, j’peux jouer un peu sur ta batterie après le concert ?», s’il n’y avait qu’une seule phrase à retenir dans toute l’histoire du public rock, ça serait « A POOOOIL ». Aujourd’hui, je vous propose de décrypter la pratique et de trouver les meilleures manières d’y réagir.

Pourquoi crie t-on « A POOOOOOIL » à chacun de vos concerts ?

1-Parce que votre musique attire les fêtards

On ne va pas se mentir, lorsqu’on crie « A POOOOOOIL » c’est qu’on aime faire la fête. Du coup, si lors de vos concerts, un énergumène vous invite à vous déshabiller, c’est simplement pour vous faire partager son envie de participer à une orgie. Grisé par la proximité de cette foule que vous faites danser dans la sueur et les vapeurs d’alcool, notre ami n’a sans doute qu’une seule envie, celle de vous voir vous dévêtir afin que la salle entière se mette à vous imiter. Alors si l’on vous crie « A POOOOOOIL », c’est parce qu’on pense que vous êtes une sorte de gourou que tout le monde suivra, quoi qu’il fasse. Raël et Shoko Asahara n’ont qu’à bien se tenir, le jour où vous vous mettrez enfin nu sur scène, le monde changera de visage…

2-Parce que vous êtes plutôt sexy

Évidemment, une autre piste pour expliquer l’utilisation du sacro-saint « A POOOOOOIL » en concert, est celle de votre indéniable sex-appeal. Si vous êtes un garçon, vous êtes beau. Si vous êtes une fille, et bien vous êtes belle. Si vous êtes autre chose, vous êtes bizarre, mais on vous en veut pas, on aime tout le monde. Reprenons. Vous étiez en train d’annoncer le titre du prochain morceau lorsque un doux « A POOOOOOIL » est venu chatouiller vos oreilles. Pas de doute, quelqu’un veut avoir la confirmation que vous êtes bien un canon de la beauté, et que, contrairement au reste du peuple, vous n’avez besoin d’aucun artifice pour séduire. Vous êtes l’incarnation d’Apollon, de Vénus (ou d’autre chose de très beau, comme par exemple : une chaise), et l’on vous rappelle à l’ordre : vous n’avez besoin de rien pour inonder le monde de votre beauté, tout vêtement, tout bijou sur votre peau sonne comme une insulte à la douceur de votre physique, alors on vous en supplie, déshabillez-vous pour rendre justice à votre grâce.

3-Parce qu’il y a quelqu’un qui pense être spécial dans la salle.

Vous jouez depuis 7 minutes et 23 secondes lorsque, accoudé au comptoir, un être attentif et plutôt observateur remarque que personne n’a encore crié « A POOOOOOIL » dans la salle. Se sentant donc investi d’une mission céleste pour rétablir l’ordre du monde, il se raclera la gorge pour lâcher un « A POOOOOOIL » des plus salvateurs, non sans esquisser un petit sourire satisfait après coup. C’est ainsi, lorsque personne n’a encore crié « A POOOOOOIL », il y aura toujours un malin qui se sentira spécial en étant le premier à scander la formule. Ce type de personne n’est motivé par aucune envie de vous voir nu, ni aucune intention orgiaque, mais juste par le plaisir d’être premier. Et le soir, lorsqu’il sera rentré chez lui, et lorsque l’extase commencera à retomber, il comblera le manque en commentant « First » sur un maximum de vidéos YouTube.

Comment éviter d’avoir à subir les « A POOOOOOIL »

1-Jouez du jazz

Vous avez déjà entendu quelqu’un crier « A POOOOOOIL » devant les succès de Duke Ellington, les standards d’Oscar Peterson, de Lionel Hampton ou de Scott Hamilton ( salut Michel, si tu nous lis…) ? Et bien non ! Et pourquoi ? C’est parce que le public Jazz n’est pas marrant, il n’est pas rigolo, il n’est pas composé de petits boute-en-train qui pouffent de rire à la seule idée d’un corps dénudé. Non le public de Jazz est bien au dessus de ça. Les plus farceurs d’entre eux crieront « BRAVO », mais attention, ça reste tout de même exceptionnel.

2-Jouez devant personne

La meilleure manière pour éviter les lourdeaux à vos concerts, c’est de tout faire pour jouer devant personne. Alors entraînez-vous à ne faire aucune promo lorsque vous jouez quelque part. Mieux : refusez toute proposition de concert. Bien au chaud dans votre salle de répète vous serez à tout jamais à l’abri des pénibles. Mais attention toutefois, si jamais votre guitariste est un petit clown, il se pourrait qu’il lance un « A POOOOOOIL » impromptu lorsque votre batteur se mettra torse-nu après 2h30 de blast-beat à 320bpm. Dans ce cas, pas le choix, virez votre guitariste.

3-Jouez nu

Analysez la situation : pourquoi crie t-on « A POOOOOOIL » ? C’est uniquement parce qu’on veut que la personne à qui l’on adresse cet ordre se déshabille. Or, si vous ne portez aucun vêtement, personne n’aura de raison de crier « A POOOOOOIL ». Donc pour éviter les balourds, arborez la plus belle des tenues de scène lorsque vous vous produisez en concert. Jouez nu.

Que répondre à quelqu’un qui crie « A POOOOOOIL »

1-Rien

Vous entendez bien « A POOOOOOIL » mais vous n’y prêtez aucune attention, laissant alors l’agitateur dans l’embarras le plus complet. Comme on dit dans le métier : « il se sentira bien con, le con ». Et si par hasard vous êtes le charisme incarné, profitez du silence quasi-religieux qui suit chaque « A POOOOOOIL » pour tétaniser d’un seul regard l’auteur de l’attentat, et puis faites le pleurer de honte, si l’envie vous en prend.

2-« Toi d’abord »

Vous avez vu Les Tontons Flingueurs 23 fois, Les Bronzés Font du Ski 12 fois, bref, vous êtes un champion de la répartie. Vous pourrez donc profiter de votre talent pour entamer un dialogue avec le terroriste. Attention, à ce petit jeu là, vous n’avez ABSOLUMENT pas le droit de perdre sous peine de vous couvrir de ridicule. Il paraît qu’un jour Michael Jackson a répondu « Toi d’abord » à un jeune fan qui lui avait lancé « A POOOOOOIL », et que le jeune fan avait magistralement rétorqué par une attaque en justice pour détournement de mineur. Une sombre affaire. Donc assurez vous d’être en forme, d’avoir une répartie inattaquable et un bon avocat avant de répondre à ce type d’injonctions.

3-« D’accord »

Vous êtes à l’écoute de votre public ? Vous êtes toujours là pour signer un autographe, toujours disponible pour une photo ? Alors lorsqu’il s’agit d’une demande aussi sincère qu’un « A POOOOOOIL » lancée par un membre de votre public, n’hésitez pas une seconde et déshabillez vous sur le champ. Vous gagnerez à coup sur l’estime du reste de l’audience dans ce geste fou et pourtant tellement simple. Faites quand même attention à ne pas prendre froid.

A la fête de la bière à Munich, on boit, on chante, on viole
Annabelle Georgen

Slate

19.01.2016

Alors que la société allemande s’indigne face au récit terrifiant de la nuit de Cologne, durant laquelle des agressions sexuelles de masse ont été commises sur des femmes par des bandes d’hommes dont la plupart seraient d’origine étrangère, plusieurs voix féministes se sont élevées pour rappeler que la culture du viol n’est pas un phénomène importé mais bel et bien ancré dans la culture allemande depuis des siècles. La Fête de la bière de Munich en est l’un des exemples les plus criants.

Six millions de visiteurs annuels, 35 chapiteaux, 107.000 places assises, sept millions de litres de bière à 10,40 euros le litre écoulés chaque année, 878 mètres d’urinoirs… Le site officiel de la Fête de la bière de Munich n’est pas avare de statistiques en tout genre quand il s’agit de faire la promotion de cette immense fête populaire.

Mais il est d’autres chiffres qu’on ne fanfaronne pas: chaque année, plusieurs dizaines d’agressions sexuelles ont lieu durant l’Oktoberfest. Et ce malgré une présence policière renforcée –300 policiers déployés sur la trentaine d’hectares de la «Wiesn», comme les Bavarois appellent la grande «prairie» verte sur laquelle ont lieu les festivités– et la mise en place il y a quelques années d’une vingtaine de caméras de surveillance et de puissants projecteurs à l’extérieur des «tentes à bière», de manière à ne pas laisser de zones plongées dans l’ombre la nuit venue.

Il faut imaginer ces immenses chapiteaux bondés, quadrillés de tables et bancs, où la bière coule à flots dès 10 heures du matin, portée à bout de bras, par chopes d’un litre, par des serveuses accortes revêtues de l’habit traditionnel, au son de la musique à boire des orchestres bavarois. «Il y a certains visiteurs qui sont déjà totalement ivres à midi», explique Kristina Gottlöber, membre de l’association munichoise Imma, spécialisée dans l’aide aux jeunes filles et aux jeunes femmes.

Pour les femmes qui se rendent dans ces tentes à bière à l’ambiance surchauffée, les paroles vulgaires, les mains baladeuses, les demandes insistantes font partie intégrante de l’Oktoberfest. «Le viol est seulement la partie émergée de l’iceberg», insiste Maike Bublitz, pédagogue au Frauennotruf München. Il existe même un numéro d’urgence destiné aux femmes victimes de violences. «Il y a bien plus de violations des limites, qui vont du fait de tripoter les femmes aux abus sexuels. Il y a une vaste palette d’agressions sexuelles.»

Les représentantes des associations présentes sur les lieux estiment que, pour une plainte pour viol déposée, il y a en réalité dix à vingt viols
Ces deux associations sont présentes chaque année à l’Oktoberfest, où elles tiennent une permanence chaque soir entre 18 heures et 1 heure du matin. Le «security point» s’adresse aux femmes victimes de violences ou qui ne se sentent tout simplement pas en sécurité. Baptisée «Sichere Wiesn für Mädchen und Frauen» («prairie sûre pour les filles et les femmes»), cette initiative a été lancée en 2003. L’année précédente, treize plaintes pour viol avaient été déposées durant l’Oktoberfest, se souvient Kristina Gottlöber.

Deux plaintes pour viol déposées chaque année
Ces trois dernières années, deux plaintes pour viol ont été déposées à chaque Fête de la bière, d’après les statistiques de la police de Munich. À ces plaintes se sont ajoutées 18 plaintes pour infractions sexuelles en 2015, 10 en 2014, 14 en 2013. «Insultes à caractère sexuel, attouchements comme le fait de toucher les seins ou l’entrejambe d’une femme, agressions sexuelles…», énumère Gottfried Schlicht, porte-parole de la police de Munich, qui ne cesse de mettre ces chiffres en regard du nombre total d’infractions rapportées durant l’Oktoberfest, qui dépasse chaque année le millier, insistant sur le fait que les vols et les blessures corporelles sont bien plus répandus que les infractions sexuelles.

Le nombre d’agressions sexuelles et de viols est pourtant bien plus élevé que celui que laissent entrevoir les statistiques policières, estiment les représentantes des associations présentes sur les lieux, qui estiment que pour une plainte pour viol déposée, il y a en réalité dix à vingt viols. Beaucoup de femmes continuent à avoir honte de signaler une agression aux autorités ou sont découragées par la perspective d’une longue et douloureuse procédure judiciaire qui n’a de toute façon que très peu de chances de déboucher sur une condamnation.

Lire
Moins d’1% des hommes coupables de viol sont, en effet, condamnés par la justice allemande, comme le rappelait il y a quelques années une campagne d’information lancée par une association féministe allemande qui réclame depuis des années une réforme du paragraphe 177 du code pénal allemand, qui jusqu’à présent ne reconnaît l’existence d’un viol que dans trois cas de figure –lorsque le rapport sexuel est obtenu par la violence, sous la menace ou lorsque la victime ne peut se défendre.

Une Américaine peut se demander si elle doit ou pas porter plainte quand elle sait qu’elle rentre le surlendemain aux États-Unis
Le fait que l’Oktoberfest attire un public international n’est aussi pas étranger à ce faible taux de plaintes déposées, indique Kristina Gottlöber:

«Ces touristes ne savent pas comment fonctionne la procédure judiciaire en Allemagne. Une Américaine peut se demander si elle doit ou pas porter plainte quand elle sait qu’elle rentre le surlendemain aux États-Unis. Doit-elle rester sur place, prendre un avocat, quels sont les coûts? Elles veulent simplement rentrer chez elles et oublier l’agression.»
Enfermées dehors
En 2015, 196 femmes se sont rendues au «security point». Le cas «classique»: elles quittent le groupe d’amis avec lequel elles se trouvent à l’intérieur d’un des chapiteaux pour aller aux toilettes ou fumer une cigarette et se retrouvent enfermées dehors à leur retour, les tentes devant régulièrement fermer leurs portes pour éviter qu’elles ne soient trop bondées. Bien souvent, elles ont laissé leur sac à l’intérieur, avec dedans leur portable, leur argent, etc. Les associations se chargent alors d’organiser leur retour à l’hôtel en toute sécurité, explique Kristina Gottlöber:

«On accompagne les femmes au métro, on peut aussi les ramener en voiture chez elles, à l’hôtel, à la gare ou si c’est nécessaire, les conduire auprès des institutions. Nous travaillons également en étroite collaboration avec une entreprise de taxis munichois, ce qui nous permet de pouvoir être sûre d’obtenir un taxi, ce qui est difficile à l’Oktoberfest en raison du grand nombre de gens. Nous avons des bons pour payer le taxi pour les femmes dont le sac se trouve à l’intérieur d’un chapiteau ou a été volé.»
Ni la police, ni les associations qui travaillent sur le terrain estiment que les violences sexuelles dont l’Oktoberfest est le théâtre chaque année sont comparables avec l’ampleur extraordinaire des harcèlements de masse qui ont eu lieu à Cologne durant la nuit du Réveillon. Mais Maike Bublitz signale que ce type de violences commises en groupes ont déjà été rapportées durant l’Oktoberfest:

«Il y a eu quelques cas où des femmes ont été encerclées par plusieurs hommes et harcelées, tripotées, touchées à l’entrejambe, comme ce qu’on a pu entendre au sujet de Cologne. Cela nous a été rapporté par des femmes au “security point”.»
Un “Stop!” et un “Arrêtez cela!” distincts indiquent que les limites sont atteintes. Il arrive parfois qu’une situation sympa et amusante devienne désagréable
Sur la «colline de la gerbe»
Les agressions ont lieu partout, de jour comme de nuit, rapportent la police et les associations. À l’intérieur des chapiteaux, dans les toilettes, aux abords des manèges, mais surtout sur la fameuse «Kotzhügel», cette «colline de la gerbe» située en bordure des chapiteaux où les visiteurs alcoolisés au dernier degré ont pour habitude de venir vider leurs estomacs et de piquer un somme, voire les deux en même temps, comme on peut le voir sur les fameuses photos prises sur place par les visiteurs chaque année dont nous vous parlions en 2013. Une pratique consistant à déshabiller et photographier sous leur jupe les femmes ivres endormies sur place est d’ailleurs apparue ces dernières années, rapportent les associations. «Nous savons qu’il y a des hommes qui viennent exprès à l’Oktoberfest parce qu’ils pensent qu’ils auront beau jeu», explique Maike Bublitz.

Sur le site de l’action «Sichere Wiesn» sont d’ailleurs listés plusieurs conseils à l’attention des femmes, tels que:

«Fais confiance à ton intuition et n’hésite pas à dire non si quelque chose te semble désagréable. Personne n’a besoin de subir des attouchements ou de se faire draguer lourdement. Un “Stop!” et un “Arrêtez cela!” distincts indiquent que les limites sont atteintes. Il arrive parfois qu’une situation sympa et amusante devienne désagréable. Ici aussi, n’hésite pas à dire “Stop!”.»
Ou encore:

«L’alcool en quantité raisonnable! Bois en quantité raisonnable pour garder la tête claire si tu bois de l’alcool. Note bien que la bière servie à l’Oktoberfest est plus forte que la bière habituelle. Commande de l’eau ou un panaché (moitié bière, moitié limonade) entre deux bières. Tu n’es pas obligée de fournir une contrepartie si quelqu’un offre la tournée.»
Culpabilisation sous-jacente des victimes
Le fait que ces règles de comportement s’adressent aux femmes, donc aux victimes potentielles, et non aux hommes, les coupables potentiels, hérisse bien des féministes. En 2013, une sociologue et une informaticienne munichoises ont lancé la campagne d’information «I frog di» («Ich frage dich», «je te demande» en dialecte bavarois) pour protester contre cette culpabilisation sous-jacente des victimes. Sur les flyers qu’elles ont distribué durant l’Oktoberfest, qui reprenait le motif traditionnel des petits cœurs en pain d’épices ornés d’un message que les visiteurs ont coutume de s’offrir durant les festivités, elle écrivaient notamment:

«Cette année encore, l’initiative “Prairie sûre pour les femmes et les filles” s’engage pour l’autoprotection des femmes concernées. C’est bien et important. Mais la responsabilité d’une agression relève uniquement des agresseurs: personne n’a le droit de toucher l’autre sans sa permission, de l’approcher ou de faire quoi que ce soit que l’autre personne n’aime pas explicitement.»

Il ne faut pas penser que si quelqu’un porte un décolleté plongeant, cela signifie qu’il est permis de dépasser les bornes

Brigit Treml
Suite à cette action, une campagne de prévention s’adressant spécifiquement aux visiteurs masculins de l’Oktoberfest, baptisée «Wiesn Gentlemen», a été lancée par l’association munichoise Condrobs. Elle consiste essentiellement à rappeler sur un ton distrayant quelques règles de savoir-vivre à respecter sur place, telles que «il prend ses distances quand elle dit «non»», «il n’utilise pas la situation quand elle est soûle», «il aide dans les situations difficiles» et «il ne jette pas de chope par terre». «Nous voulons demander à tous ceux qui se rendent à la Fête de la bière, en particulier les hommes, de faire la fête de manière calme, d’être respectueux vis-à-vis des autres et en particulier des femmes. Il ne faut pas penser que si quelqu’un porte un décolleté plongeant, cela signifie qu’il est permis de dépasser les bornes», insiste Brigit Treml, vice-présidente de l’association.

«Mon costume n’est pas une invitation»
L’Oktoberfest n’est d’ailleurs pas la seule grande fête populaire allemande où des agressions sexuelles ont lieu de manière récurrente. Cologne, justement, accueille chaque année au début du mois de février un des plus grands défilés costumés au monde, qui attire chaque année 1,5 million de visiteur. La maire de la capitale rhénane, Henriette Reker, a d’ailleurs annoncé quelques jours après la fameuse nuit où des centaines de femmes ont été agressées qu’un important dispositif policier allait être déployé cette année pour assurer la sécurité des femmes durant le carnaval de Cologne.

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Après Cologne, les conséquences d’une insécurité culturelle devenue réalité

Lire
Les agressions sexuelles y sont pourtant légion depuis des années. En 2014, des féministes ont d’ailleurs lancé un tumblr baptisé «KonsensKarneval» listant et dénonçant les consignes diffusées à l’attention des femmes par les différentes municipalités et commissariats allemands à l’occasion du carnaval. Leur slogan:

«Mon costume n’est pas une invitation.»
Annabelle Georgen

Voir enfin:

Réponse au discours de réception de M. René Girard

Michel Serres

Le 15 décembre 2005

Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux

D’où parviennent jusqu’ici ces aboiements ? Reconnaissons-nous, de même, dans le récit de Théramène, les chevaux emportés qui traînent le cadavre d’Hippolyte sur la plage, écartelé ? Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Merci, Monsieur, de nous avoir fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d’animaux enragés, nos propres vociférations ; d’avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en cet attelage emballé, en ce noeud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés ; d’avoir révélé, enfin, en ces corps déchiquetés, les victimes innocentes des lynchages que nous perpétrons.

Tiré de Racine, ce bestiaire hominien eût pu s’échapper, furieux, de l’Antiquité grecque, où des femmes thraces dépècent Orphée, de la Renaissance anglaise ou de notre xviie siècle classique, où chaque tragédie porte en elle, imagée ou réelle, une trace immanquable de cette mise à mort. Les Imprécations de Camille, chez Corneille, réunissent contre Rome tous les peuples issus du fond de l’univers et dans Shakespeare, les sénateurs, assemblés, plantent leurs couteaux croisés dans le thorax de César. L’origine de la tragédie, que Nietzsche chercha sans la trouver, vous l’avez découverte ; elle gisait, tout offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos signifie, en effet, le bouc, ce bouc émissaire que des foules prêtes à la boucherie expulsent en le chargeant des péchés du monde, les leurs propres, et dont l’Agneau de Dieu inverse l’image. Merci d’avoir porté la lumière dans la boîte noire que nous cachons parmi nous.

Nous.

Nous, patriciens, au marais de la Chèvre, assemblés en cercles concentriques autour du roi de Rome ; nous, parmi les ténèbres d’un orage parcouru d’éclairs ; nous, découpant Romulus en morceaux, et, la clarté revenue, fuyant, honteux, chacun dissimulant, dans le pli de sa toge, un membre du roi de Rome dépecé ; nous, soldats romains, pressés autour de Tarpeia, jetant nos bracelets, nos boucliers sur le corps virginal de la vestale chaste ; nous, lapidateurs de la femme adultère ; nous, persécuteurs, lançant pierre après pierre sur le diacre Étienne, dont l’agonie voit les cieux ouverts…

… nous, bannissant ou élisant tel candidat en inscrivant son nom sur des tessons de terre cuite, souvenir oublié de ces pierres de lapidation ; nous, désignant un chef par nos suffrages, sans nous remémorer que ce mot fractal signifie encore les mêmes fragments, jetés sur l’élu ; de ces pierres assassines, nous bâtissons nos villes, nos maisons, nos monuments, notre Coupole ; nous, désignant roi ou victime, parmi nos fureurs temporairement canalisées par ce suffrage même ; nous, vos confrères, qui, de nos suffrages, vous avons élu ; nous, sagement assis autour de vous, debout, discourant de notre Père Carré, mort.

Grâce à vous, je vois pour la première fois le sens archaïquement sauvage de cette cérémonie, les cercles concentriques des sièges, fixés au sol, immobilisés, séparés ; j’entends le silence du public, apaisé de fascination, vous écoutant, vous, élu, debout ; je découvre aussi pour la première fois cette chapelle ronde autour du tombeau de Mazarin, tous deux faits des pierres d’une lapidation gelée, reproduisant, comme en modèle réduit, les pyramides d’Égypte, résultats elles aussi, elles sans doute parmi les premières, d’une lapidation longue, celle du corps de Pharaon, accablé couché sous ce monceau. Les institutions élèvent-elles nécropoles et métropoles à partir de ce supplice primitif ? La Coupole en dessine-t-elle encore le schéma oublié ?

Que signifie le sujet que nous appelons toi ou moi ? Sub-jectus, celui qui, couché, jeté dessous, jeté sous les pierres, meurt sous les boucliers, sous les suffrages, sous nos acclamations. Et quelle abominable glu colle les collectifs en ce sujet pluriel que nous nommons nous ? Ce ciment se compose de la somme de nos haines, de nos rivalités, de nos ressentiments. Sans cesse renée, mère mimétique de soi-même, marâtre des groupes, la violence, molécule de mort aussi implacablement repliquée, imitée, reprise, reproduite que les molécules de la vie, voilà le moteur immobile de l’histoire. Profonde leçon de grammaire élémentaire et de sociologie politique : vous, sous la boîte noire des pierres, voici le bouc émissaire ; nous, dans la boîte noire de la nuit, voilà, sans qu’ils le sachent, d’anciens persécuteurs. Leçon d’anthropologie et d’hominisation, j’y reviendrai.

D’où provient cette violence ?

Observez nos habits verts. Pourquoi un groupe parade-t-il ainsi, en uniforme ? Pourquoi femmes et hommes suivent-ils une mode vestimentaire, intellectuelle, parleuse ? Pourquoi ne désirons-nous passer pour d’exceptionnelles singularités qu’à la condition de faire comme tout le monde ? Pourquoi ladite correction politique exerce-t-elle tant de ravages sur la liberté de pensée ? Pourquoi faut-il tant de courage pour dire ce qui ne se dit pas, penser ce qui ne se pense pas, faire ce qui ne se fait pas ? Pourquoi l’obéissance volontaire fonde-t-elle les pouvoirs ? Pourquoi nous prosternons-nous devant les grandeurs d’établissement, dont la cérémonie d’aujourd’hui donne un si parfait exemple ?

Vous avez découvert, aussi, cette autre et première glu dont l’adhérence fait une bonne part du lien social et personnel : le mime, dont les gestes et 3 conduites, les paroles, les pensées nous rapprochent de nos cousins les singes, chimpanzés ou bonobos, sur lesquels, Aristoteles dixit, nous l’emportons en imitation. Combien de fois, observant, dans un ministère, une réception officielle, ou, dans un hôpital, la visite d’un professeur de médecine au chevet d’un malade, n’ai-je pas vu, de mes yeux vu, de grands anthropoïdes se livrant aux jeux dérisoires de la hiérarchie, où le mâle dominant parade face aux dominés ou à ses femelles soumises ? L’imitation produit la dominance plus ou moins féroce que nous exerçons ou subissons.

Anthropologique et tragique, le modèle que vous proposez à notre méditation, en illuminant notre expérience, part du mime et du désir qui en découle. Tel aime la maîtresse de son ami ou l’ami de sa maîtresse ; tel autre jalouse la place de son proche voisin ; quel enfant ne s’écrie « moi aussi » dès que frère ou soeur reçoivent un cadeau, et quel adulte peut se défendre d’un même réflexe ? L’état d’égaux crée une rivalité qui, en retour, nous transforme en jumeaux, réattisant à la fois la haine et l’attirance. Le paysage entier des sentiments violents, des émotions de base, divers et coloré en apparence, jaillit de cette gémellité uniforme et pourtant productive. Nous désirons le même, le désir nous fait mêmes, le même fait le désir, qui se reproduit, monotone, sur la double carte de Tendre et de Haineux, que vous dessinez avec le pinceau du mime.

Mieux encore, ce mimétisme jaillit du corps, du système nerveux comprenant ces neurones miroirs, découverts récemment par des cognitivistes italiens et dont nous savons aujourd’hui qu’ils s’excitent aussi bien lorsque nous faisons un geste qu’au moment où nous voyons un autre le faire, comme si la représentation équivalait à l’acte. Ainsi le mime devient-il l’un des formats universels de nos conduites. Nous imitons, nous reproduisons, nous répétons. La replication propage et diffuse le désir individuel et les cultures collectives comme les gènes de l’ADN reproduisent et disséminent la vie : étrange dynamisme de l’identique dont l’automatisme redondant, repliqué indéfiniment, va se répétant.

Vous avez mis la main sur l’un des grands secrets de la culture humaine, spécialement de celle que nous connaissons aujourd’hui, dont les codes envahissent le monde exponentiellement plus vite que ceux de la vie – trois milliards huit cent millions d’années pour l’une, quelques millénaires à peine pour l’autre – parce que ses grandes révolutions – tailles de la pierre au paléolithique, écriture dans l’Antiquité, imprimerie à la Renaissance, industrie de chaînes et de séries depuis quelques siècles, nouvelles technologies, plus récemment – inventèrent toutes, sans exception, des replicateurs, codes ou opérations de codage dont la surabondance envahissante caractérise notre société de communication et de publicité. Ces replicateurs, dont la similitude excite et reproduit le mimétisme de nos désirs, semblent imiter, à leur tour, le processus de reproduction de l’ADN vivant.

Les objets qui nous entourent désormais, voitures, avions, appareils ménagers, habits, affiches, livres et ordinateurs… tous proposés à nos désirs, comment les nommer, sinon des reproductions d’un modèle, à peu de variations près. Que dire, aussi, de ce que l’inculture de nos élites appelle management, pour les entreprises privées, ou de l’administration, pour les services publics, sinon que l’effroyable lourdeur de leur organisation a pour but de rendre homogène et reproductible toute activité humaine et de donner ainsi le pouvoir à ceux qui n’en ont aucune pratique singulière ? Et que dire des marques, partout propagées, dont nous connaissons l’origine : les traces de pas que laissaient en marchant, imprimées sur le sable des plages, les putains d’Alexandrie, révélant ainsi leur nom et la direction de leur lit ? Le long de leur marche dupliquée, ne revenons-nous pas au désir ? Quel président d’une grande marque, aujourd’hui partout repliquée, se sait, – s’il ne le sait pas, je jouis de le lui apprendre – se sait, dis-je, fils de ces putains d’Alexandrie ? Nous avons créé un environnement où le succès lui-même, où la création elle-même, dépendent désormais de la reproduction plus que de l’inimitable.

Le danger majeur que courent nos enfants, le voilà : les fils de putains, à qui je viens de rappeler leur digne lignée, les plongent dans un univers de codes repliqués ; nous les écrasons de redondance. La crise de leur éducation, la voici : fondé naturellement sur l’imitation, l’apprentissage enseigne à devenir des singularités inimitables. Tonitruants, les médias, la publicité, le commerce et les jeux répètent, au contraire : imitez-moi, devenez les véhicules automatiques de la répétition de nos marques, pour que votre corps et vos gestes répétés multiplient en les répétant nos succès commerciaux ; timide et quasi sans voix face à ces potentats, l’éducation leur souffle : n’imitez personne que vous-mêmes, devenez votre liberté. Devenue pédagogique, notre société a donc rendu l’éducation contradictoire. La crise de la création, la voici enfin : dans un univers de replicateurs, de modes et codes reproducteurs, de clones bientôt, l’oeuvre inimitable reste cachée jusqu’à la fondation d’un nouveau monde. Ainsi nous avez-vous révélé comment le désir personnel et la culture humaine amplifient l’un des secrets de la vie, de la naissance, de la nature.

Aveuglés par la monotonie du même, nous voyons mal la répétition. Comprenons-nous, par exemple, comment les techniques, sorties du corps, reproduisent, d’abord, les fonctions simples de nos organes : le marteau frappe comme le poing ; la roue tourne comme les articulations des genoux et des chevilles ; le nouveau-né tète au biberon comme au sein… imitent, ensuite, les systèmes : les machines à feu miment la thermodynamique de l’organisme ; télescopes, microscopes, miment les systèmes sensoriels… miment, ensuite, certains tissus : les réseaux de voies ferrées, maritimes, aériennes, électroniques imitent le tissu nerveux… miment, enfin, l’imitation même de l’ADN… ?

Voilà un autre mimétisme caché : appareillées du corps, les techniques finissent par entrer dans son secret de se reproduire pareillement. Elles se ramènent donc à des bio-technologies. Partis du corps, les appareils, bien nommés, y reviennent aujourd’hui. Leur histoire raconte comment les objets que nous fabriquons explorent, les unes après les autres, les performances de la vie. J’ai appelé cela, jadis, l’exo-darwinisme des techniques ; grâce à vous, je comprends qu’il continue, qu’il imite, culturellement, le darwinisme naturel. Je vous nomme désormais le nouveau Darwin des sciences humaines.

Je veux, par deux aveux, compléter le tableau du mimétisme tel que vous le décrivez : le premier concerne nos psychologies. Si, d’exercice ou de nécessité, nous cherchions, le plus loyalement du monde, ce que nous désirons vraiment, ou ici et maintenant, ou globalement pour notre vie entière, n’entrerions-nous point, pour longtemps, dans une autre boîte noire, intime, où nous nous égarerions, sans trouver, en ce fond sombre de nous-mêmes, le plus petit élément de réponse à cette exigence, immédiate ou large, de plaisir ou de bonheur ? Face à l’inquiétude induite par un tel égarement, nous nous précipitons vers l’imitation parce que nous ne pouvons pas ne pas combler, au plus vite, un vide aussi angoissant.

Aussi difficile que se présente, d’autre part, la morale la plus austère, ne constitue-t-elle pas, elle aussi, un substitut facile à la même absence ? Évidence plus que paradoxe : la route malaisée de la morale, comme le chemin aisé du mime, semblent des voies d’accès plus accessibles que la quête inaccessible de l’authentique plaisir. Puisque je ne sais pas ce que je veux, autant désirer ce que les autres paraissent vouloir ou ce que des normes féroces m’imposent.

Deuxième aveu, plus logique à la fois et plus personnel : il ne se présente pas de cas, dit Karl Popper quelque part, où certaines théories, le marxisme et la psychanalyse par exemple, se trouvent en défaut. Voilà des théories qui ont toujours raison ; mauvais signe, car, exact ou rigoureux, le savoir se reconnaît à ce qu’il connaît toujours des lieux où il défaille. Il n’y a donc de science que falsifiable. Or, çà et là, nous entendons dire que votre modèle, trop universel, tombe sous ce couperet. Il n’y aurait, dit-on, aucune exception à votre théorie du double et de la rivalité mimétique. On ne pourrait que la vérifier ; or, je le répète, pour qu’elle puisse entrer en science, il faudrait la falsifier.

Aussitôt, je m’y emploie. Voici déjà presque trente ans que, me prétendant votre ami, je reçois de vous des marques d’amicale réciprocité. En public, ce soir, je puis jurer les dieux devant les autels du monde, et sans risque de parjure, que je n’ai jamais ressenti ombre de jalousie ni de ressentiment à votre égard, quelque admiration que je vous porte. Veuillez donc me considérer comme un monstre, comme un double sans rivalité, donc falsificateur de votre modèle ; de la sorte, nous pouvons l’admettre dans l’exactitude rigoureuse du savoir. Quoi de plus réjouissant, vous en conviendrez, qu’un ami vrai joue assez au faux ami pour pouvoir démontrer, en la falsifiant, la vérité décrite par son ami ?

Et puisqu’il s’agit là de vous et de moi, pourquoi ne pas avouer, en entrant plus avant dans les confidences, que, cependant, je vous jalouse sur un point ? Vous naquîtes en Avignon, expression qui m’induit, et voilà l’exception, en rivalité mimétique ; car issu, moi aussi, moi toujours votre double, d’une ville dont le nom commence par un A, je ne bénéficie pas, comme vous et certain de nos amis né, par chance, en Haïti, de la préposition en dont l’euphonie évite à vos compatriotes l’hiatus dont l’horreur haïssable hante qui habita à Agen. Je me laisse brûler, là, par les feux de l’envie. Mais si, vous avantageant et me punissant, ce point de grammaire nous sépare, deux ponts, comme il se doit, nous rassemblent : alors que vous dansez sur celui d’Avignon, nous nous enorgueillissons de notre Pont-Canal.

Quasi jumeaux, nous naquîmes donc sous la même latitude, mais seuls les Parisiens, gens de peu d’oreille, croient que nous parlons, avec le même accent, une même langue d’Oc. Alors qu’ils croient la France coupée seulement en Nord et Sud, ils ne la voient pas, comme nous, séparée aussi en Est et Ouest : nous, Celtes et même Celtes-Ibères et, vous, Gaulois latinisés d’Arles ou de Milan, promis au saint Empire romain-germanique ; nous, atlantiques, versés vers un océan ouvert, vous, continentaux d’une mer intérieure ; nous, de la barre pyrénéenne, vous de l’arc alpin ; nous aquitains, gallois ou bretons, humides et doux, vous, méditerranéens venteux, piquants et secs ; nous, Basques ou Gascons, cousins des Écossais, Irlandais, Portugais ; vous, Provençaux, voisins rhodaniens du Rhin et du Pô ; vous, Zola, Daudet, Giono ; nous, Montaigne ; vous, Cézanne ; nous, Fauré.

Si l’espace nous sépare, il nous a unis aussi. À la fin de la dernière guerre, vous avez émigré, terrifié, comme je le fus, des folies criminelles de nations européennes. Pour mieux la penser, sans doute, vous mettiez, instinctivement, de la distance entre votre corps et cette mortelle violence. Et, de même que je parle avec une certaine émotion de la France rurale d’avant la coupure du conflit, vous parlez souvent avec la même nostalgie des États-Unis que vous connûtes alors, pays, comme le nôtre, à culture rurale et chrétienne, avant qu’il ne s’américanise. En cherchant la paix, vous deveniez, parmi les tout premiers, ce que nous devons tous devenir désormais : métis de culture et citoyens du monde.

Je ne vous rejoignis que vingt ans après. Vous souvenez-vous des paquebots, de ces traversées bénies dont la durée ne coûtait au corps aucun décalage horaire ? En le perdant, l’on gagnait du temps, alors que nous en perdons, maintenant, en croyant le gagner, entassés dans des aéronefs. De ce moment, j’ai en partie partagé votre errance de campus en campus et d’Est en Ouest. Vous souvenez-vous des blizzards de Buffalo, des hivers où nous cassions la glace sur la route où les congères, accumulées par la neige des Grands Lacs, nous interdisaient parfois de sortir de nos maisons ? Vous souvenez-vous des automnes lumineux de Baltimore, d’étés indiens où les rouges du feuillage renvoient au ciel une clarté que son azur ne connaît pas ? Vous souvenez-vous des chaleurs humides du Texas, des forêts de Caroline ? Avec quelle tristesse, la vieillesse venue, devrai-je bientôt me passer de vous retrouver, comme depuis plus de vingt ans, sur les bords du Pacifique, entre la baie de San Francisco et l’Océan ?

De même que votre pensée connecte plusieurs disciplines, votre vie traversa lentement cet immense continent. Vous en connaissez l’espace, vous en savez, mieux que personne, les moeurs, les vertus, les excès, la grandeur, les émotions, les religions, la politique, la culture. Jour après jour, j’ai appris les États-Unis en vous écoutant et je souhaite souvent qu’à la suite d’Alexis de Tocqueville, dont j’occupe le fauteuil, vous écriviez demain une suite, contemporaine et magnifique selon ce que j’entendis, de la Démocratie en Amérique. Les souvenirs de votre vie nous doivent ce dernier ouvrage-là.

Vous avez traversé la mer pour vous évader de la violence ; vous, principalement, et moi, votre double dans l’ombre, n’en parlons pas pour rien, en effet. Dès 1936, nous avions tous deux autour de dix ans, je n’en perdrai jamais la souvenance, nous autres, enfants rares issus des rescapés de la première guerre mondiale, recevions déjà les réfugiés d’Espagne, rouges et blancs, jumeaux échappés des atrocités d’une guerre civile qui annonçait la reprise des horreurs subies par nos parents. Souvenez-vous, alors, de la suite en cataracte, souvenez-vous des réfugiés du Nord, poussés par la Blitzkrieg de 39, souvenez-vous des bombardements, des camps de la mort et de l’Holocauste, des luttes civiles entre Résistants et Miliciens, de la Libération, joyeuse mais abominable de ressentiment sanglant, souvenez-vous d’Hiroshima et de Nagasaki, catastrophes pour la raison et le monde. Ainsi formée par ces atrocités, notre génération dut, en plus, porter les armes dans les guerres coloniales, comme en Algérie. Nous partageâmes une enfance de guerre, une adolescence de guerre, une jeunesse de guerre, suivant une paternité de guerre. Les émotions profondes propres à notre génération nous donnèrent un corps de violence et de mort. Vos pages émanent de vos os, vos idées de votre sang ; chez vous la théorie jaillit de la chair. Voilà pourquoi, Monsieur, vous et moi, mêlée à notre corps de guerre, avons reçu dès cet âge une âme de paix.

Un jour les historiens viendront vous demander d’expliquer l’inexplicable : cette formidable vague qui submergea notre Occident pendant le xxe siècle, dont la violence sacrifia, non seulement des millions de jeunes gens, pendant la première guerre mondiale, puis des dizaines de millions autour de la seconde – selon la seule définition de la guerre qui tienne et selon laquelle des vieillards sanguinaires, de part et d’autre d’une frontière, se mettent d’accord pour que les fils des uns veuillent bien mettre à mort les fils des autres, au cours d’un sacrifice humain collectif que règlent, comme les grands prêtres d’un culte infernal, ces pères enragés que l’histoire appelle chefs d’états – et qui, pour couronner ces abominations d’un pic d’atrocité, sacrifia, dis-je, non seulement ses enfants, mais, par un retournement sans exemple, sacrifia aussi ses ancêtres, les enfants de nos ancêtres les plus saints, je veux dire le peuple religieux par excellence, le peuple à qui l’Occident doit, sous la figure d’Abraham, la promesse de cesser le sacrifice humain. En l’atroce fumée sortie des camps de la mort et qui nous étouffa tous deux en même temps que l’atmosphère occidentale, vous nous avez appris à reconnaître celle qui sortait des sacrifices humains perpétrés par la sauvagerie polythéiste de l’Antiquité, celle, tout justement, dont le message juif, puis chrétien, tenta désespérément de nous délivrer. Ces abominations dépassent largement les capacités de l’explication historique ; pour tenter de comprendre cet incompréhensible-là, il faut une anthropologie tragique à la dimension de la vôtre. Nous comprendrons un jour que ce siècle a élargi, à une échelle inhumaine et mondiale, votre modèle sociétaire et individuel.

Derechef, d’où vient cette violence ? Du mime, disiez-vous. Il pleut du même dans les champs du désir, de l’argent, de la puissance et de la gloire, peu d’amour. Il pleut du mime comme il pleuvait jadis, dans le vide, du même, atomes, paroles ou lettres, pour la fondation du monde.

Or quand tous désirent le même, s’allume la guerre de tous contre tous. Nous n’avons encore rien à raconter que cette jalousie haineuse du même qui oppose doubles et jumeaux en frères ennemis. Quasi divinement performative, l’envie produit, devant elle, indéfiniment, ses propres images, à sa ressemblance. Les trois Horaces ressemblent aux Curiaces triples ; les Montaigus imitent les Capulets ; saint Georges et saint Michel miment le Dragon ; l’axe du Bien agit symétriquement, selon l’image, à peine inversée, de l’axe du Mal. Ainsi généralisé, couvrant tout l’espace par l’imitation, le conflit risque de supprimer les guerriers jusqu’au dernier. Épouvantés de cette possible éradication de l’espèce par elle-même, tous les belligérants se retournent, parmi cette crise, contre un seul. Des humains en foule tuent l’humain unique, en un geste d’autant plus répété que les meurtriers ne savent ce qu’ils font.

Jusqu’ici, nous n’avons rien à raconter parce que le récit, redondant, répète toujours la même ritournelle, ce cauchemar monotone de mime et de meurtre que communément l’on appelle l’histoire. Il n’y a rien à raconter parce que, aveugles ou hypocrites, nous cachions, sous les mille circonstances multicolores de l’histoire – le verbe historier signifie ce bariolage enjolivé d’un décor de racontars – cette uniformité d’un message sans aucune information. Du kaléidoscope de ses fureurs, de ses oripeaux d’arlequins, l’histoire couvre son vide d’information, issu de la monotonie repliquée de la violence.

Alors, mais alors seulement commence le récit : celui que racontent à la fois le Livre des Juges (XI, 34-40) ou la tragédie grecque et qu’à mon tour, enfin, je puis relater. Si je gagne cette guerre, supplie Jephté, général des armées, j’offrirai au Seigneur en holocauste la première personne que je rencontrerai. Si les vents se lèvent à nouveau pour virer mes voiles vers Troie, prie Agamemnon, amiral de la flotte, je sacrifierai, sur les autels de Neptune, le premier qui viendra vers moi. Une bonne brise enfle la voilure des vaisseaux de guerre grecs et ce père, roi des rois, voit venir vers soi sa propre fille Iphigénie. L’armée juive écrase les fils d’Ammon et, dansant et jouant du tambourin pour fêter la victoire, sort de sa maison, à Miçpa, la fille de Jephté soi-même courant, joyeuse, vers son père triomphant, mais déchirant ses vêtements. Dans les plaines mornes des batailles et chamailles des mêmes contre les mêmes, tous deux désirant le même, sans nouvelles donc et sans information, montent, alors, et jusqu’au ciel, le plus improbable des messages, le comble de l’horreur et de la cruauté. Les plus nobles des pères deviennent les pires.

La vie, le temps, les circonstances et l’histoire tirent au hasard ces premières venues. Le dieu Baal et le Minotaure terré au labyrinthe de Crète dévorent les premiers nés des notables de Carthage ou d’Athènes. Les fils et les filles, toujours les enfants. La victime de la violence paraît se tirer à la courte paille, mais, toujours, le sort tombe sur le plus jeune, sur le mousse… voilant ainsi le secret, que j’avais deviné, de la guerre : le meurtre de la descendance, dont l’organisation, par ces pères ignobles, se cache sous l’aléa.

En cette deuxième monotonie du sacrifice humain, désormais sans cesse repris, la première vraie nouvelle vint d’Abraham, notre ancêtre, au moins adoptif, qui, appelé par l’ange du Seigneur (Genèse, XXII, 10-13), arrêta son poing au moment où il allait égorger Isaac, son fils. Cela montre, mieux encore, qu’Agamemnon et Jephté avaient sacrifié leur fille de gaieté de coeur et cachaient cette abomination sous le prétexte du hasard et du premier venu, comme d’autres ailleurs, le dissimulaient dans la nuit, à l’occasion d’un orage. La pitié, la piété monothéistes consistent, nouvellement, en l’arrêt du sacrifice humain, remplacé par la vicariance d’une victime animale. L’éclair de la violence bifurque et, miséricordieusement, épargne l’enfant. Au passage, pour venir en aide à votre idée sur la domestication des animaux, aviez-vous remarqué l’enchevêtrement des cornes du bélier dans le buisson ? Cette attache veut-elle dire que la bête avait quitté déjà la sauvagerie ?

La deuxième vint de la Passion de Jésus-Christ ; à l’agonie, celui-ci dit : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ici, la bonne nouvelle porte sur l’innocence de la victime, l’horreur du sacrifice et le dessillement des bourreaux aveugles. La troisième vient de vous, qui dévoilez cette vérité, à nos yeux comme aux leurs cachée.

Moins connue à ce jour, quoique assourdissante, la quatrième exigerait de longs développements. Par l’imprimé, la parole et les images, les médias d’aujourd’hui, reprennent le sacrifice humain, le représentent et le multiplient avec une frénésie telle que ces répétitions recouvrent notre civilisation de barbarie mélancolique et lui font subir une immense régression en terme d’hominisation. Les technologies les plus avancées font reculer nos cultures aux ères archaïques du polythéisme sacrificiel.

Vous dites aussi que le dévoilement du mécanisme victimaire en a usé le remède. De fait, nous ne disposons plus de rituels pour tuer des hommes. Sauf sur nos écrans, tous les jours ; sauf sur nos routes, souvent ; sauf dans nos stades et nos rings de boxe, quelquefois. Mais, j’y pense, cette loi souveraine qui nous fit passer du meurtre à la boucherie, cette loi, dis-je, qui dérive notre fureur de la victime humaine à la bête, notre violence ne la dérive-t-elle pas, aujourd’hui, sur ces objets dont je viens de dire qu’ils sortent, justement, de nos corps, par un processus copié de votre mimétisme ? Voici quelques semaines, nous connûmes en France, pour la seconde fois, des révoltes sans morts, des violences déchaînées sans victimes humaines. Avons-nous vu, nous, vieillards, témoins des horreurs de la guerre et à qui l’histoire enseigna, contre le message d’Abraham et de Jésus, le bûcher de Jeanne d’Arc ou celui de Giordano Bruno ; avons-nous vu les révoltés en question ne brûler, par mimétisme, que des automobiles ; avons-nous observé la police, postée devant eux, épargner aussi les vies humaines ? Je vois ici une suite immanquable de votre anthropologie, où la violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur.

Comme un revenant, le sacrificiel ne cesse donc de nous hanter. Pourquoi ? Enfants, l’on nous enseignait à l’école que Zeus, Artémis et Apollon peuplaient le panthéon des religions antiques. Fausses, ces appellations font oublier qu’aux yeux des anciens existaient seulement les divinités spécifiques des villes. Couverte de seins, l’Artémis d’Éphèse se distinguait de l’amazone chasseresse d’une autre cité ; Apollon régnait à Delphes et Athéna sur la communauté exclusive des athéniens ; ces noms propres unifiaient un collectif local.

Ces ancêtres croyaient-ils aux déités ainsi nommées ? Non. Aucun verbe, dans leur langue, ne désignait une foi. Ils y croyaient, certes, mais seulement au sens où certains, moi compris, participons parfois avec chaleur aux exploits de notre équipe régionale ou nationale de rugby, au sens où un concitoyen confesse sa confiance en la République. Cette créance transit l’appartenance. À l’ombre du Parthénon, Athéna symbolise un territoire éponyme comme une équipe de football ou autres partis désignent d’autres niches. Il arrive que l’on y brandisse un étendard sanglant devant de féroces soldats, dont des paroles racistes disent encore le sang impur. De ces appartenances découle tout le mal du monde. Des conflits perpétuels entre villes et empires éradiquèrent la Grèce, l’Égypte et Rome et, en trois guerres successives, les nationalismes d’Occident faillirent s’en suicider. Par bonheur, notre génération inventa une Europe qui, pour la première fois de l’histoire occidentale, vit en paix depuis soixante ans. Votre polythéisme meurtrier du sacré, je le généralise en religions belliqueuses et militantes de l’appartenance. La Foi les délaisse, usées.

Les polythéismes et les mythes associés collent les collectifs avec une efficacité sanglante, mais cette solution, toujours temporaire et donc à recommencer sans cesse, s’use, pendant que ces sociétés en périssent. L’Antiquité mourut de ses religions. Quand le judéo-christianisme parut, il enracina peu à peu la Foi dans les individus. Avant saint Augustin et Descartes, saint Paul invente l’ego universel.

Il y a deux sortes de religions : les anthropologies et les sociologues épuisent le sens de celles qui fondent l’appartenance, où règnent la violence et le sacré. Inversement, pour celles de la personne, les expressions « sociologie, politique des religions » sentent l’oxymore. La distinction monothéisme-polythéisme ne se réduit point à la croyance en un ou plusieurs dieux, mais désigne une séparation plus radicale entre croyance et foi, entre social et individuel. Quand l’Évangile recommande la dissociation entre Dieu et César, il distingue la personne de son collectif. L’Empereur maîtrise le nous ; Dieu s’adresse au moi, source ponctuelle sans espace de ma Foi en Lui. Je dois l’impôt à la société dominée par le pouvoir impérial ; je sauve mon âme. Pour n’avoir aucune place dans le monde, la nouvelle religion fonde sa sainteté dans l’intime de l’intérieur.

Cependant, elle fonde aussi une Église, qui s’enferme, d’abord, dans les catacombes, à côté des tombes, non pas seulement pour échapper aux persécutions de Rome, mais pour se cacher d’une société violente usée jusqu’à la corde, pour tenter de constituer un collectif nouveau, laissant l’appartenance sacrée pour la communion des saints. Je vois les premier chrétiens, dames patriciennes, esclaves, étrangers de Palestine ou d’Ionie, sans distinction de sexe, de classe ni de langue, ne cessant de focaliser leur regard et leur attention fervente sur l’image de la victime innocente, en partageant une hostie symbolique plutôt que les membres épars d’un lynchage. Si nous comprenions ce geste, ne changerions-nous pas de société ?

Que l’Église ait réussi ou non un tel pari, l’histoire, trop brève, peut-elle en juger ? Je sais seulement que toute société, celle-là autant que les autres, se trouve, aussitôt que née, empêtrée dans la nécessité de gérer sa violence inévitable. Aucun collectif n’échappe à cette loi d’airain, pas même celui des théologiens, philosophes, scientifiques, historiens, académiciens… aussi persécuteur que n’importe quel groupe en fusion. La puissance sociétaire de la violence et du sacré l’emporte sur les vertus douces des individus et dévaste vite la communion des saints. Peut-elle échapper au mimétisme, à la rivalité, aux mécanismes aveugles du bouc émissaire ? Ceux qui prétendent se battre pour Dieu tombent alors et n’assassinent que pour un fantôme de César. Au milieu des guerres de religion, Montaigne notait qu’il ne trouvait pas un furieux sur mille qui avouât tuer pour sa Foi. La violence revient toujours parmi nous et aussi bien parmi le divin. Nous vivons, aujourd’hui encore, le retour de ces revenants.

Considérer la religion comme un fait de société ou d’histoire, loin de caractériser une approche scientifique, fait, au contraire, partie de la régression contemporaine vers les religions sacrificielles de l’Antiquité. Le savoir, là, s’adonne au même aveuglement que les médias ; dans les deux cas, Dieu mort, nos conduites reviennent aux religions archaïques ; depuis que le monothéisme se tait, nous errons, redevenus polythéistes, parmi les revenants du sacrifice humain.

Pourquoi tous les jours, à midi et le soir, la télévision représente-t-elle avec tant de complaisance cadavres, guerres et attentats ? Parce que le public se coagule par la vue du sang versé. Rats pour les autres hommes, nous autres, hommes, béons devant la violence et ses revenants. Le polythéisme sacrificiel colle si bien le collectif que je l’appellerais volontiers le « naturel du culturel ». Les prophètes écrivains d’Israël connaissaient bien ce retour fatal du sacrifice, dans une société qui n’arrive point à vivre la difficulté d’un monothéisme qui l’en prive.

Comme aux temps bibliques, cela nous arrive aujourd’hui. Un prophète seul peut le rappeler ; nous devons vous écouter.

Il y a deux sortes de religions. Presque naturellement, les cultures engendrent celles du sacré, qui se distinguent de celles que ces collectifs mêmes peuvent à peine tolérer parce que, saintes, elles interdisent le meurtre. Rare et difficile à vivre par son exception insupportable, le monothéisme porte la critique la plus dévastatrice des polythéismes courants, sans cesse revenants dans leur fatalité. Le saint critique le sacré, comme le monothéisme l’idolâtrie.

Vous décollez la foi des crimes de l’histoire, y compris de ceux perpétrés au nom du divin, non pas pour justifier la religion, mais pour rétablir la vérité, dont voici le critère : ne jamais verser le sang.

Méditant ainsi, vous portez la raison en des matières de violence qui semblaient l’exclure. Elle n’appartient, de droit, à personne, à aucun savoir, à nulle institution, mais se conquiert seulement d’exercice. Il paraît, certes, aisé de la pratiquer dans les sciences exactes ; or vous l’introduisez dans des domaines autrement difficiles. On entend souvent, aujourd’hui, réduire la religion à un fidéisme fade et irrationnel en dehors de tout rationalisme ; comme si, venue d’un coeur au douceâtre écoeurant, la foi tournait le dos à la raison. Vous renouez, au contraire, avec la plus haute de nos traditions où l’une cherche l’au