Société: Touche pas à mon racisme! (Spot the error when with our activists joining the ranks of multimillionaire organizers à la Obama or Sanders, antiracism ends up promoting the very racism it’s supposed to denounce ?)

18 avril, 2021

Julien-Dray (PS), Jean-Luc-Mélenchon (PG) et Marie-Noëlle-Lienemann (PS)

“Unis pour mettre fin au racisme”, peut-on lire lors d’une manifestation organisée en mars 2017, à Londres.  REUTERS/Neil Hall
Sarah Halimi et son assassin Kobili Traoré déclaré irresponsable par la justice

 

 

 

Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race.  Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
SOS Racisme. SOS Baleines. Ambiguïté : dans un cas, c’est pour dénoncer le racisme ; dans l’autre, c’est pour sauver les baleines. Et si dans le premier cas, c’était aussi un appel subliminal à sauver le racisme, et donc l’enjeu de la lutte antiraciste comme dernier vestige des passions politiques, et donc une espèce virtuellement condamnée. Jean Baudrillard (1987)
Le paradoxe est donc qu’en luttant contre le regard « raciste » qui maintenait l’autre dans son origine et faisait obstacle à son admission dans la société des égaux, c’est-à-dire des semblables humains, l' »antiracisme » a acclimaté la notion de race, et par là une vision panraciale, ou panethnique, ou pancommunautaire de la société, notion et vision naturalisées par les grands appareils de l’État. Paul Yonnet
Les dirigeants noirs actuels en sont réduits à vivre des dernières bribes d’autorité morale qui leur restent de leurs jours de gloire des années 50 et 60. (…) Ce ne serait pas la première fois qu’un mouvement initié dans une profonde clarté morale, et qui avait atteint la grandeur, finirait par se perdre en une parodie de lui-même – terrassé non par l’échec mais par son succès même. Les dirigeants des droits civiques d’aujourd’hui refusent de voir l’évidence: la réussite de leurs ancêtres dans la réalisation de la transformation de la société américaine leur interdit aujourd’hui l’héroïsme alors inévitable d’un Martin Luther King, d’un James Farmer ou d’un Nelson Mandela. Jesse Jackson et Al Sharpton ne peuvent nous réécrire la lettre mémorable de la prison de Birmingham ou traverser à nouveau, comme John Lewis en 1965, le pont Edmund Pettus à Selma, en Alabama, dans un maelström de chiens policiers et de matraques. Cette Amérique n’est plus (ce qui ne veut pas dire que toute trace d’elle a disparu). Les Revs. Jackson et Sharpton sont voués à un destin difficile: ils ne peuvent plus jamais être que d’inutiles redondances, des échos des grands hommes qu’ils imitent parce que l’Amérique a changé. Difficile d’être un King ou un Mandela aujourd’hui alors que votre monstrueux ennemi n’a plus que le visage poupin d’un George Zimmerman. Le but de l’establishment des droits civiques d’aujourd’hui n’est pas de rechercher la justice, mais de rechercher le pouvoir des Noirs dans la vie américaine sur la base de la présomption qu’ils sont toujours, de mille manières subtiles, victimes du racisme blanc. Shelby Steele
Avant les années 1960, l’identité des noirs-américains (bien que personne n’ait jamais utilisé le mot) était basée sur notre humanité commune, sur l’idée que la race était toujours une division artificielle et abusive entre les gens. Après les années 60, dans une société coupable d’avoir abusé de nous depuis longtemps, nous avons pris notre victimisation historique comme le thème central de notre identité de groupe. Nous n’aurions pu faire de pire erreur. Cela nous a donné une génération de chasseurs d’ambulances et l’illusion que notre plus grand pouvoir réside dans la manipulation de la culpabilité blanche. Shelby Steele
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires! Les musulmans, vous êtes allé les voir? Vous les avez regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri même si ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux Mosquées! Charles de Gaulle (1959)
On peut intégrer des individus; et encore dans une certaine mesure seulement. On n’intègre pas des peuples, avec leur passé, leurs traditions, leurs souvenirs communs de batailles gagnées ou perdues, leurs héros. Vous croyez qu’entre les pieds-noirs et les Arabes, ce sera jamais le cas? Vous croyez qu’ils ont le sentiment d’une patrie commune, capable de surmonter toutes les divisions de races, de classes, de religions? Vous croyez qu’ils ont vraiment la volonté de vivre ensemble? L’intégration, c’est une entourloupe pour permettre que les musulmans, qui sont majoritaires en Algérie à dix contre un, se retrouvent minoritaires dans la République française à un contre cinq. C’est un tour de passe-passe puéril! On s’imagine qu’on pourra prendre les Algériens avec cet attrape-couillons? Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris? Vous voyez un président arabe à l’Elysée? Charles de Gaulle
Si une communauté n’est pas acceptée, c’est parce qu’elle ne donne pas de bons produits, sinon elle est admise sans problème. Si elle se plaint de racisme à son égard, c’est parce qu’elle est porteuse de désordre. Quant elle ne fournit que du bien, tout le monde lui ouvre les bras. Mais il ne faut pas qu’elle vienne chez nous pour imposer ses moeurs. Charles De Gaulle
De Gaulle ne souhaite pas la solution de l’Algérie française qui ferait des autochtones des Français à part entière. Etant donné les lois d’aide à la famille et le taux élevé de fécondité des Algériens, ils dépasseraient rapidement la population métropolitaine, ce qui ne les empêcheraient pas de nous cracher à la face une fois leur développement acquis. Amiral François Flohic
Nous devons arrêter de penser le racisme comme simplement quelqu’un qui dit le mot-N. Ce livre est centré sur le contexte colonial occidental blanc, et dans ce contexte, les Blancs détiennent le pouvoir institutionnel. Cela signifie comprendre que le racisme est un système plutôt qu’une insulte; c’est le préjugé plus le pouvoir. Et en Grande-Bretagne et aux États-Unis au moins, il est conçu pour bénéficier et privilégier la blancheur par toutes les mesures économiques et sociales. Tout le monde a des préjugés raciaux mais lorsque vous soutenez les préjugés collectifs d’un groupe par une autorité persistante et un contrôle institutionnel, ils se transforment. Robin D’Angelo
Si vous êtes à Washington, on me dit que cette autoroute fait partie de celles qui ont été construites aux dépens des communautés de couleur dans la région de DC. Il y a des histoires et je pense que Philadelphie et Pittsburgh [et] à New York , Robert Moses a vu clair dans la construction de nombreuses autoroutes. Parfois, vous entendez des gens dire, eh bien, nous avons essayé de trouver une entreprise noire pour soumissionner sur ce projet, mais ils n’étaient tout simplement pas là. Eh bien, si c’est le cas, nous devons assumer la responsabilité des raisons pour lesquelles ils ne sont pas là-bas et créer plus d’entreprises qui existent peut-être, mais elles n’ont pas été certifiées. Peut-être qu’elles n’ont pas été assez grandes pour obtenir le lien ou pour surmonter ces obstacles pour même avoir une chance. Ils soumissionnent sur un projet fédéral. Nous devons travailler sur tout cela. Ce n’était pas simplement un acte de négligence, c’était un choix conscient. Il y a un racisme physiquement construit dans nos routes, et c’est pourquoi le plan pour l’emploi s’est spécifiquement engagé à reconnecter certaines des communautés qui ont été divisées par ces dollars. Pete Buttigieg (secrétaire du transport)
Joe Biden’s radical plan to implement the largest tax hike in American history is a massive giveaway to China, and many other countries, that will send thousands of factories, millions of jobs, and trillions of dollars to these competitive nations. The Biden plan will crush American workers and decimate U.S. manufacturing, while giving special tax privileges to outsourcers, foreign and giant multinational corporations. Biden promised to “build back better”—but the country he is building up, in particular, is China and other large segments of the world. Under the Biden Administration, America is once again losing the economic war with China—and Biden’s ludicrous multi-trillion dollar tax hike is a strategy for total economic surrender. Sacrificing good paying American jobs is the last thing our citizens need as our country recovers from the effects of the Global Pandemic. Biden’s policy would break the back of the American Worker with among the highest business tax rates in the developed world. Under Biden’s plan, if you create jobs in America, and hire American workers, you will pay MORE in taxes—but if you close down your factories in Ohio and Michigan, fire U.S. workers, and move all your production to Beijing and Shanghai, you will pay LESS. It is the exact OPPOSITE of putting America First—it is putting America LAST! Companies that send American jobs to China should not be rewarded by Joe Biden’s Tax Bill, they should be punished so that they keep those jobs right here in America, where they belong. This legislation would be among the largest self-inflicted economic wounds in history. If this monstrosity is allowed to pass, the result will be more Americans out of work, more families shattered, more factories abandoned, more industries wrecked, and more Main Streets boarded up and closed down—just like it was before I took over the presidency 4 years ago. I then set record low unemployment, with 160 million people working. This tax hike is a classic globalist betrayal by Joe Biden and his friends: the lobbyists will win, the special interests will win, China will win, the Washington politicians and government bureaucrats will win—but hardworking American families will lose. Joe Biden’s cruel and heartless attack on the American Dream must never be allowed to become Federal law. Just like our southern border went from best to worst, and is now in shambles, our economy will be destroyed! Donald Trump
If you watched Joe Biden sputter through his announcement of the administration’s $2 trillion ‘infrastructure plan,’ you may have been left with some questions. First, is this really about infrastructure? Bridges? Roads? Airports? Things we could actually use? Or is it yet another weird climate scheme/power grab/race-based redistribution plan? What exactly is this? Won’t that kind of spending cause hyperinflation? If you print money like it’s not worth anything, doesn’t the value of that money decline? Normal people may have had questions like that. (…) The New York Times approached the plan with the calculated enthusiasm of Izvestia applauding yet another record Soviet potato harvest. Well, let’s be clear from the outset that this plan – whatever its merits – will not make your commute easier. Only about 5 percent of that $2 trillion will actually go to roads and bridges. So, 5 percent on infrastructure, 95 percent on social engineering. That’s what Joe Biden calls a once-in-a-lifetime infrastructure bill. He’s right about part of it: It is once in a lifetime. If this bill passes, the next generation will life in a very different country. Before we tell you what’s in the bill, a word about who will pay for it. In fact, we only need one word: You. Taxes are going up dramatically. They didn’t have to, actually. Tax revenues no longer fund the ambitions of our political class… The Federal Reserve funds them. When politicians want something, they just print the money. It’s called Modern Monetary Theory. That includes taxes on individual income and investments, as well as on corporations,” he noted. “This would make this the first major tax hike in 28 years. In 2017 and 2018, Joe Biden and his wife dodged payroll taxes on more than $13 million that they got from speaking fees and book royalties. How did they do that?…The Wall Street Journal reported that the Bidens ‘classified the income as S-corporation profits rather than taxable wages.’ Surprised? Come on. (…) People who believe highways are racist will get tens of billions of dollars as part of this plan. As long as they’re in what the Biden administration calls ‘underserved communities.’ Billions more will go to historically black universities and other minority-serving institutions for research and development, and to “eliminate exclusionary zoning” and “needless barriers to producing affordable housing. And for workplace development to “reduce racial inequities in job training and hiring. (…) What’s going on here? Trillions of dollars changing hands. This is looting. Just as their supporters did in Minneapolis last summer, the Biden people are looting the country. They’ve done nothing to build America. Susan Rice, Barack Obama, Ron Klain, and the rest of these people making these decisions haven’t created a single thing. They’re not creators. They’re takers, and they’ve gotten rich doing it. And when it falls apart, they’ll be gone. In the meantime, welcome to hyperinflation. Tucker Carlson
I think the United States and Europe are facing common challenges, arrays of inequalities and hatred speeches and so on, and tensions in our societies. And race arrives, I would say on top of that, because we didn’t fix this issue. And this is an existing question in our society. In your society, you had segregation and you managed to precisely react and reorganize your society in the 60s with positive and affirmative action and nuclear policies, in order to deal with this phenomenon. Our history is very different because we were colonial states and we are now at the center and we were and we are still countries of immigration with a lot of people coming from former colonies and from, for instance, African continent. And we have definitely this question of race, which is at the very core of our society, and creating a lot of tensions when people basically are victims of discrimination and when people are pushing racist speech, racism or unacceptable speeches. My conviction is that we have to address this issue by first transparency and fair assessment. This is why I launched new platforms to fight against discrimination, racism and so on. Second, a quiet and open dialogue to understand how it happened and in a certain way to deconstruct our own history. But without any confusion, our histories are very different. The way we behaved in the past, the way we built our own trauma are very different, even if we have common phenomena. So I think we need basically to go to the very roots of this phenomenon. But we need to launch new, concrete and determined policies to get rid of racism in our society. This is critical. But third, we have to rebuild the unity of our societies. And one of the big risks today is to be inefficient in dealing with discrimination and to, in a certain way, to push to the fragmentation in all societies by, I would say, encouraging a sort of construction where a nation would be the addition of different races or addition of different minorities. I don’t think so. I think a nation is based on unity with differences, is based on unity of projects, and we should never accept the fragmentation of this project through all this difference and specificities. So what we need in a certain way on both sides of the Atlantic is a policy of recognition, building our unity by being more efficient against inequalities, against discrimination, and working for unity and recognizing all the differences. This is a huge challenge, but this is one of the critical challenges of our generation. Emmanuel Macron
Ma conviction est que nous devons nous attaquer à ce sujet en faisant, premièrement, preuve de transparence et de jugement équitable. C’est pourquoi j’ai lancé de nouvelles plateformes pour lutter contre la discrimination, le racisme, etc. Deuxièmement, un dialogue calme et ouvert pour comprendre comment cela s’est passé et d’une certaine manière déconstruire notre propre histoire. Emmanuel Macron
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La Wokeité est la nouvelle religion, qui grandit plus vite et plus fort que le christianisme lui-même. Son sacerdoce dépasse le clergé et exerce beaucoup plus de pouvoir. La Silicon Valley est le nouveau Vatican et Amazon, Apple, Facebook, Google et Twitter les nouveaux évangiles. Victor Davis Hanson
Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960. (…) Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques. (…) Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. (…) Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas. (…) Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui. (…) Je n’ai pas voté pour Trump. Bien que conservateur, je fais partie des «Never Trumpers». Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale. (…) Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum
SOS Racisme a aggravé le racisme en faisant campagne pour le droit à la différence, pour l’exaltation des racines, contre l’assimilation […] c’est à cause de vous que vingt ans plus tard les uns tapent sur les autres parce qu’ils ne se sentent pas français. Éric Zemmour
Si c’est un groupe de travail consacré aux discriminations dont sont l’objet les personnes noires ou métisses (…) Moi, je ne dis pas qu’il faille que ça soit interdit. Mais si il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, etc, etc, j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le ou la jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectatrice ou spectateur silencieux. Audrey Pulvar (candidate socialiste à la présidence de la région Ile de France)
Aujourd’hui, vous regardez la télé, c’est toujours les mêmes : sur n’importe quelle chaîne, c’est toujours les Blancs, les Blancs, les Blancs ! Amewofofo Adom’ Megaa (dit Rost)
ROST c’est son nom d’artiste est un rappeur de 32 ans qui a fait les 400 coups. Définitivement sorti de l’illégalité, il est devenu un citoyen engagé au service de ses frères des cités. Un itinéraire raconté dans « Rost, enfant des lieux bannis »* juste paru. Pourquoi faut-il le lire ? Parce que Rost décrit une vie agitée de canaille devenue porte-voix de la périphérie sans jamais tomber dans le misérabilisme. Celle d’un gamin, Amewofofo « grand frère de tous » , originaire « d’une des banlieues de la terre, le Togo » qui débarque à 11 ans en France pour y vivre à neuf dans un 28 m 2 « sans salle d’eau » à Belleville. Celle d’un déraciné qui, « pour respirer », se « réfugie aussi souvent que possible dehors ». Celle d’un ado qui, renvoyé du collège, devient un chef de bande spécialisée dans le tag, à la tête du CMP (Comité de la mafia parisienne) capable, en une nuit, de « défoncer les murs » de la station de métro du Louvre. Celle enfin d’un jeune homme sept ans sans papiers, qui, lassé par les embrouilles qui lui valurent sept coups de couteau, perce dans le rap militant avant d’inciter, avec son association Banlieues actives, les « révoltés des técis » à aller voter lors de la dernière présidentielle. Le Parisien
Il fait partie des rares rappeurs « fréquentables » et fréquentés par ceux d’en haut. Amewofofo Adom’ Megaa, plus connu sous le nom de Rost, a été nommé par décret présidentiel au Conseil économique, social et environnemental, en même temps que 54 autres personnalités associées. Rost n’est pas nommé « conseiller » du Cese, mais « personnalité associée ». Il touchera, à ce titre, 940 euros par mois, s’il est présent dans les travaux de la commission, au lieu des 3 700 gagnés par les conseillers. ost n’est pas nommé « conseiller » du Cese, mais « personnalité associée ». Il touchera, à ce titre, 940 euros par mois, s’il est présent dans les travaux de la commission, au lieu des 3 700 gagnés par les conseillers. Né au Togo en 1976, président de l’association Banlieues actives, Rost s’est fait connaître en France par son engagement contre l’exclusion dans les « quartiers populaires ». Il a grandi à Barbès et s’est fait connaître comme taggeur et chef d’une des bandes les plus virulentes des années 1990 avant de reprendre son destin en main en entamant des études de droit, en devenant artiste et producteur, puis porte-parole attitré des quartiers en difficulté. Le Point
En tenant ces propos, Audrey Pulvar franchit la ligne rouge. Elle rejoint le camp des « fous de la race » et devient le symptôme d’un phénomène plus large, au terme duquel pourrait apparaître la justification de l’apartheid au nom de l’antiracisme. Au XXe siècle, les organisations antiracistes prônaient un idéal universaliste et combattaient toute forme de ségrégation, désormais de nouvelles associations ethniques ont pour principe de base de dénoncer les coupables: les hommes blancs et les femmes blanches. Dans cette optique, naître blanc, c’est naître avec un casier judiciaire plein et naître non-blanc c’est naître avec un passeport de victime éternelle. Dans un premier cas, vous êtes coupable d’exister, et dans un second vous pouvez tirer des traites éternelles sur votre statut victimaire. On a vu les effets criminels d’un antiracisme devenu fou, qui invoque le pseudo-délit d’islamophobie pour tuer, celui dont ont été victimes Samuel Paty et les journalistes de Charlie Hebdo. Ici, nous avons affaire à un antiracisme scélérat, qui reproduit ce qu’il est censé combattre tout en se croyant à l’abri de la loi. C’est ce dérapage qu’a effectué récemment Audrey Pulvar, peut-être par inadvertance. C’est en réalité un néoracisme déguisé en son contraire. Ces propos sont inflammables et dans une France déjà fracturée, ils entretiennent un climat d’affrontement. (…) Jean-Luc Mélenchon suppose que toute femme noire est par nature discriminée. Ce qui est faux. Dans mon livre Un coupable presque parfait (Grasset), je dénonce une nouvelle hiérarchisation de l’humanité, qui mettrait l’homme blanc au rang des damnés de la terre et tous les autres peuples au sommet. (…) Le bienfait de cette situation, c’est que les masques sont tombés. (…) Elle rend d’autant plus regrettable les ambiguïtés d’Emmanuel Macron dans L’Express sur le pseudo «privilège blanc» ou de sa ministre Élisabeth Moreno sur le même thème. (…) Toute une partie de la gauche s’est égarée depuis la chute de l’URSS. La race, le genre, l’identité sont devenues les bases d’une idéologie née aux États-Unis, qui entend remplacer le socialisme en crise. Cette gauche, réunissant Europe Écologie-Les Verts, le Nouveau parti anticapitaliste et une partie de La France insoumise, a basculé sans le savoir dans les thèses de l’extrême droite, qui a toujours réduit les individus à leur condition d’origine. Ce qui est terrible, c’est qu’un Blanc ou une Blanche ne peut jamais s’émanciper de sa couleur de peau, pas plus qu’un Noir ou un Arabe, réduit éternellement au statut de paria et nécessairement englué dans son destin. Cette thématique nous rappelle tragiquement l’idéologie coloniale ou la rhétorique des années 1930. (…) Plutôt que de défendre les classes populaires et les conquêtes sociales, elle préfère brandir le thème de la race comme bouée de secours, mais cette bouée va surtout la couler. En reprenant une rhétorique délétère, cette gauche-là dresse le décor de son propre suicide. Pascal Bruckner
Même la littérature pour enfants serait apparemment trop blanche. Le journal La Presse affirmera: «La littérature jeunesse québécoise met en scène des héros presque tous blancs, qui s’appellent plus souvent Tremblay et Gagnon que Wong ou Khan.» Il n’était apparemment pas venu à l’esprit du quotidien qu’il est encore bien plus courant, au Québec, de s’appeler Tremblay que Wong et Gagnon que Khan. Cette dénonciation ritualisée n’est évidemment pas exclusive au Québec. Le journaliste occidental se transforme en adepte de la comptabilité raciale et multiplie ainsi les enquêtes pour voir où en sont les institutions censées s’adapter aux exigences nouvelles de la diversité et quels efforts elles déploient pour se déblanchir. La traque à la société trop blanche est à la mode. Ainsi, en France début 2020, on a pu entendre dire à Aïssa Maïga, au moment de la cérémonie des César: «C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle.» Il s’agissait, sur le mode insolent, de faire le procès d’une salle trop blanche en réinventant le délit de faciès. «Salut les Blancs», avait quant à lui lancé l’humoriste Fary à la 31e cérémonie des Molières avant d’ajouter: «Il faut que quelqu’un leur dise… Euh… C’est trop blanc.» Ces remarques, déjà fréquentes des deux côtés de l’Atlantique depuis plusieurs années, se sont multipliées, comme on l’a vu d’ailleurs en Écosse le 18 août 2020 lorsque le ministre Humza Yousaf a fait la liste de plusieurs figures en position d’autorité en les définissant par leur couleur de peau, pour en conclure que son pays était trop blanc et avait un problème de «racisme structurel». Comme d’autres, il considère que le pays dans lequel ses parents se sont installés est trop blanc, et entend en finir avec cette injustice structurelle. Un regard rapide sur les thèmes privilégiés par la presse confirme la prédominance de cette approche. La gendarmerie, la police, les sciences de la terre, la médecine, les mathématiques, la mode, l’univers du spectacle vivant, l’Opéra, l’univers de la musique classique… seraient trop blancs. On ne se demande plus, en se rendant à un concert, si l’orchestre jouera bien mais à quoi il ressemblera. Il n’est donc plus rare, au-delà des frontières américaines, de voir des inspecteurs mandatés par le régime diversitaire tenir une comptabilité raciale stricte des organisations publiques et privées, pour en arriver à la conclusion attendue que les Blancs y sont encore trop présents et que la diversité peine à s’y faire une place. «Diversité» étant le terme codé pour dire que les Blancs sont trop nombreux dans des sociétés historiquement «blanches», même si elles ne se représentaient pas dans ces termes. Dans le monde occidental du début des années 2020, on peut donc, très ouvertement, reprocher à quelqu’un la couleur de sa peau au nom de l’antiracisme. Mathieu Bock-Côté
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Songeons à la carence de ces avant-gardes qui nous prêchaient l’inexistence du réel ! Il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. (…) Mais ce à quoi nous assistons avec l’islamisme est néanmoins beaucoup plus qu’un retour de la Conquête, c’est ce qui monte depuis que la révolution monte, après la séquence communiste qui aura fourni un intermédiaire. Le léninisme comportait en effet déjà certains de ces éléments. Mais ce qui lui manquait, c’était le religieux. La montée aux extrêmes est donc capable de se servir de tous les éléments : culture, mode, théorie de l’État, théologie, idéologie, religion. Ce qui mène l’histoire n’est pas ce qui apparaît comme essentiel aux yeux du rationaliste occidental. Dans l’invraisemblable amalgame actuel, je pense que le mimétisme est le vrai fil conducteur. Si l’on avait dit aux gens, dans les années 1980, que l’islam jouerait le rôle qu’il joue aujourd’hui, on serait passé pour dément. Or il y avait déjà dans l’idéologie diffusée par Staline des éléments para-religieux qui annonçaient des contaminations de plus en plus radicales, à mesure que le temps passerait. L’Europe était moins malléable au temps de Napoléon. Elle est redevenue, après le Communisme, cet espace infiniment vulnérable que devait être le village médiéval face aux Vikings.(…) J’ai personnellement l’impression que cette religion a pris appui sur le biblique pour refaire une religion archaïque plus puissante que toutes les autres. Elle menace de devenir un instrument apocalyptique, le nouveau visage de la montée aux extrêmes. Alors qu’il n’y a plus de religion archaïque, tout se passe comme s’il y en avait une autre qui se serait faite sur le dos du biblique, d’un biblique un peu transformé. Elle serait une religion archaïque renforcée par les apports du biblique et du chrétien. Car l’archaïque s’était évanoui devant la révélation judéo-chrétienne. Mais l’islam a résisté, au contraire. Alors que le christianisme, partout où il entre, supprime le sacrifice, l’islam semble à bien des égards se situer avant ce rejet. Certes, il y a du ressentiment dans son attitude à l’égard du judéo-christianisme et de l’Occident. Mais il s’agit aussi d’une religion nouvelle, on ne peut le nier. (…)  la montée aux extrêmes se sert aujourd’hui de l’islamisme comme elle s’est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme. (…) Pourquoi la révélation chrétienne a-t-elle été soumise pendant des siècles à des critiques hostiles, aussi féroces que possible, et jamais l’islam ? Il y a là une démission de la raison. Elle ressemble par certains côtés aux apories du pacifisme, dont nous avons vu à quel point elles pouvaient encourager le bellicisme. (…) Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. René Girard
Depuis toujours, dès que la France est affaiblie, les élites ont tendance à sacrifier la France et le peuple français à leurs idéaux universalistes. C’est très frappant. Vous verrez dans le livre. Je remonte le temps. Je suis remonté à l’évêque Cauchon et Jeanne d’Arc. On voit bien que cela a toujours été une tentation des élites françaises. Pour aller vite, depuis 1940, la France est très affaiblie. Et nous avons des élites qui ont décidé de jeter par-dessus bord la France et le peuple français au nom de l’Europe, des droits de l’homme et de l’universalisme. Macron est vraiment l’incarnation de ces élites-là. Il est passionnant, car c’est une espèce de quintessence chimiquement pure. Quand il dit : « Nous avons fait du mal », c’est déjà le discours de Chirac sur le Vel’ d’Hiv’ ou le discours de Hollande sur le Vel’ d’Hiv’ et en Algérie. Paul Thibaud avait écrit un très bon article qui faisait remarquer que, comme les politiques ne maîtrisaient plus rien, ils ont trouvé une posture qui consiste à dire du mal de nos ancêtres pour exister. (…) C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch à la fin des années 70. Il avait très bien vu cela aux États-Unis. C’est évidemment venu chez nous ensuite. (…) Je voulais montrer aux gens que tout cela était lié à une histoire millénaire et qu’il y avait des petites pierres comme dans Le Petit Poucet qu’on pouvait retrouver à chaque fois. Certaines époques nous ressemblent de plus en plus. Je retrouvais la phrase de René Girard dans son dernier livre qui disait : « Nous devons entrer dans une pensée du temps où Charles Martel et les croisades seront plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. » Je trouve cette phrase très frappante. Lorsque je dis cela, on dit que j’ai des obsessions et que je ne pense qu’à l’islam. Pourtant, ces paroles viennent de René Girard. Il a très bien compris que nous étions revenus dans un temps qui est celui des affrontements de civilisations entre chrétienté et islam, des guerres de religion et de la féodalité pré-étatique. (…) Ces pays de l’Est se révoltent, parce que la Hongrie a connu trois siècles d’occupation ottomane. C’est un roi polonais Jean III Sobieski , qui a arrêté les Ottomans à Vienne, en 1683. Il n’y a pas de hasard. Cette Histoire revient à une vitesse folle. Tout se remet en place pour nous rappeler à cette Histoire. (…) il y a effectivement un effet d’accumulation de toutes les crises du passé qui se concentrent aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il y a autant de pessimisme chez moi. L’idée même de roman national est finie. Je n’ai même pas essayé de refaire un roman national. La déconstruction des historiens qui, depuis cinquante ans, nous interdisent de parler de roman national était trop forte. Il n’en reste presque que des ruines. Si j’avais voulu faire un roman national, j’aurais fait une romance nationale. Ce n’est pas ce que j’ai fait. En revanche, j’ai voulu écrire une Histoire de France réaliste, non pas en fonction des idéaux et des populations d’aujourd’hui, mais en fonction de la réalité historique de l’époque. Aujourd’hui, les historiens ont décidé d’inventer une Histoire de France qui correspond à leurs obsessions et à leurs idéologies actuelles. Ils disent que j’ai des obsessions, mais les leurs sont : une histoire féministe, une histoire des minorités africaines et maghrébines, une histoire pacifiste, c’est-à-dire une histoire qui n’a jamais existé. Dans les livres d’histoire d’aujourd’hui, sur la Révolution française, il y a deux pages sur Olympe de Gouges, la grande militante féministe. Quand elle est guillotinée, en 93, par Robespierre, j’ai coutume de dire, pour plaisanter, que Robespierre ne sait même pas qu’il l’a fait guillotiner, tellement elle compte peu. Lors d’une émission sur France 2, mardi dernier, on a vu une grande fresque qui expliquait comment la France a été faite par les immigrés nord-africains et africains avec un grand manitou qui s’appelle de Gaulle. C’est une histoire inventée. (…) Ils sont tellement allés loin dans la diabolisation de Pétain et dans l’invention d’une histoire qui ne correspond plus à la réalité. Lorsqu’on repose le tableau de Pétain, de De Gaulle, de ce qu’était Vichy à l’époque et de ce qu’était 1940, que je dis que tout le monde se moquait, à l’époque, du statut des Juifs d’octobre 40, à Paris, à Vichy ou à Londres, et que les rats qui s’y intéressent disent « il a bien raison », car ils estiment à l’époque que les Juifs ont une responsabilité dans la défaite, j’ai l’impression de blasphémer. C’est tout simplement la réalité historique. On a tellement réinventé une histoire en disant que l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale était la question juive qu’on tombe des nues quand je dis qu’à l’époque, personne n’en parlait. À Londres, ceux qui rejoignent le général de Gaulle sont d’accord avec Vichy là-dessus. Aujourd’hui, la réalité paraît blasphématoire. C’est extraordinaire. C’est pour dire la force inouïe de cette déconstruction historique. Pour moi, c’est le grand effacement de l’histoire pour correspondre au Grand Remplacement des populations. Eric Zemmour
Deux ou trois jours après la mort de Mounir Oubajja, une réunion s’est tenue, chez les Oubajja, il y avait un homme venu de Paris, prénommé Samuel, qui nous demandait de faire des attestations…Leila Ben Saïd
J’avais écrit cette lettre suite à la colère. J’ai jamais entendu de tels propos de la part de monsieur Elie. Mohamed Belaiche
J’y étais, et j’ai pas entendu ça. J’ étais sur les nerfs. Sur le coup, j’avais peur… Youssef Errik
Il n’a rien dit, il a tiré. Samir Ben Saïd
Procès Vauvert : le zèle de SOS racisme Les témoignages recueillis par l’association s’effondrent Le crime de Joël Elie, commis dans la nuit du 16 mai 1999 à Vauvert (Gard), était-il un crime raciste? Quatre témoins l’ont assuré. Noir sur blanc. Ils ont détaillé les injures dans des attestations écrites destinées à la justice, et recueillies sur place, deux jours après la mort du jeune homme, par Samuel Thomas, vice-président de l’association SOS Racisme. Les auteurs des attestations, une jeune femme et trois garçons, ont été appelés à témoigner hier devant la cour d’assises de Nîmes qui juge Joël Elie pour meurtre. Et là, debout à la barre, sous les regards du président, de l’avocat général, dans le silence de la cour, et après avoir juré «en leur âme et conscience» de dire «toute la vérité», aucun des quatre témoins n’était plus certain de rien. (…) Deux jours avant la mort de Mounir Oubajja, le 14 mai 1999, des coups de feu avaient été tirés à Vauvert, qui avaient fait cinq blessés parmi la population jeune et arabe de la cité des Bosquets. Depuis des semaines, une petite guerre opposait ceux de la cité HLM aux habitants de la vieille ville de Vauvert, où on ne voulait pas d’eux, ni sur la place du centre-ville qu’ils squattaient, ni dans les cafés où on ne les servait plus. La nuit, des émeutes éclataient sporadiquement. Les voitures étaient brûlées. Les gendarmes et la police municipale débordés. Ce dimanche 16 mai, à 4 heures du matin, la mort de Mounir Oubajja, arabe, jeune, habitant de la cité HLM et tué par un Blanc, venait en point d’orgue, comme une ultime provocation. Si le crime était raciste, il serait plus tragique encore. Et l’histoire plus édifiante sur les sales moeurs des habitants de Vauvert. (…) «Il ne s’agit pas de faire le procès de SOS Racisme», a ajouté le magistrat. Libération
J’ai tué le sheitan. Kobili Traoré
Une certaine confusion entoure l’intervention des policiers entre le premier appel reçu à 4h25 et la constatation du décès à 5h10. Arrivés devant la porte de l’appartement de la famille D., les forces de l’ordre, qui méconnaissent la configuration de la résidence, sont loin d’imaginer qu’ils vont avoir affaire à deux événements distincts : la séquestration de famille D., au numéro 26, puis l’agression mortelle de Sarah Halimi, au numéro 30. Ils pensent être confrontés à une scène de violences conjugales. Puis, au seuil de l’appartement de la famille D., des prières en arabe leur parviennent derrière l’épaisseur de la porte. Craignant qu’elles ne soient prononcées par un jihadiste, les premiers policiers décident, par mesure de « sécurité », de s’armer et d’appeler des renforts. Il faudra près d’une heure pour que les secours pénètrent dans la cour où Sarah Halimi est retrouvée morte, le visage méconnaissable, le corps disloqué. Même après la défenestration, les équipes en présence ne savent pas exactement de quoi il s’agit. « Si les policiers étaient intervenus immédiatement comme ils se devaient de le faire, madame Halimi serait en vie aujourd’hui », estime Jean-Alexandre Buchinger, l’avocat des enfants de la victime lors d’une conférence de presse, le 18 juillet. Une plainte a été déposée par un membre de la famille contre la police pour non assistance à personne en danger. Depuis le balcon, Kobili T. hurle qu’il va « sauter » et jette des objets trouvés dans l’appartement. Il finit par être arrêté dans l’appartement de la famille D., dans lequel il est retourné, en repassant par le balcon. Plutôt calme lors de l’interpellation, il se montre agité pendant la garde à vue. Selon les rapports de police, il crache et menace de mort les policiers, qui doivent le ceinturer pour le maîtriser. A 13 heures, le diagnostic du psychiatre tombe : « troubles mentaux manifestes », incompatibles avec la garde à vue. Kobili T. est interné dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne. Franceinfo
Le tableau clinique présenté par Kobili Traoré est celui d’une bouffée délirante aiguë survenue sur fond de déstabilisation, car le patient se trouvait dans une phase de mutation existentielle, sommé de s’extirper de son oisiveté, d’affronter de nouvelles responsabilités (il allait se marier avec une cousine, devoir trouver un travail et  affronter la réalité de la vie »). Le début de cette bouffée délirante aiguë a été brutal : angoisse massive, troubles du sommeil, survenue d’idées d’empoisonnement et de sorcellerie. Il faut absolument comprendre que ce type de symptomatologie est plus marquée par le chaos, le bouleversement des repères, l’angoisse. […] Le sujet subit sans comprendre ce qui advient et agit pour se défendre. La thématique délirante, comme c’est classique, est mal structurée, à coloration persécutive, dominée par le mysticisme, la démonopathie, le manichéisme. (…) En dépit de la réalité indiscutable du trouble aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité. Il s‘agit d’une appréciation légale constante. [En revanche], la nature des troubles dépassant largement les effets attendus justifie que l’on considère son discernement comme ayant été altéré au sens du deuxième alinéa de l’article 122-1 du code pénal. Daniel Zagury (expert psychiatre)
La bouffée délirante aiguë n’est pas l’ivresse cannabique. Elle était la réaction psychique, à un moment donné, à la consommation habituelle du sujet. […] Une fois déclenché, le processus délirant agit indépendamment, pour son propre compte, même si la personne interrompt sa consommation.  (…) Les délirants abreuvent leur thématique délirante à partir de l’ambiance sociétale et des événements du monde. Les délires mystiques sont de forts pourvoyeurs d’éléments médico-légaux. En faisant l’hypothèse qu’il partage des préjugés antisémites largement répandus, le sujet a, dans l’univers manichéen de son délire, occupé la posture du vengeur, du punisher (le film qu’il venait de regarder, ndlr) islamiste. Néanmoins, il ne paraît pas possible d’affirmer que Mme Lucie Attal a été délibérément recherchée pour être massacrée parce qu’elle était juive. Par contre, le fait qu’elle soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime. Daniel Zagury
Il s’agit d’une excellente expertise, avec une parfaite maîtrise du dossier et une finesse d’évaluation sémiologique. Nous sommes en plein accord avec le diagnostic d’état psychotique aigu et avec l’analyse qui est faite et la dimension antisémite du geste. Drs. Paul Bensussan, Frédéric Rouillon et Élisabeth Meyer-Buisan
Par son comportement volontaire de consommation de stupéfiants, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité. Procureur de la République
Kobili Traoré (…) avait tôt dans sa vie fait l’expérience de l’oisiveté et de la délinquance. Son casier est chargé de vingt condamnations, pour du trafic de cannabis, des vols et des violences. Depuis l’âge de 18 ans, il avait été incarcéré plusieurs fois. C’est pour cette raison qu’il était craint dans l’immeuble de la rue de Vaucouleurs, dans le XIe arrondissement de Paris. « Il faisait son business, du trafic de drogue, il est connu pour ça et c’est en ça que les gens le craignent. Ils ont vu ses agissements avec la police ou entre jeunes, quand ça dégénère », dit la gardienne de l’immeuble.  (…) Au cours de l’instruction, les parties civiles ont insisté sur le caractère antisémite de ce crime. (…) Le frère de Lucie Attal indiqua également aux policiers que Kobili Traoré, aux dires de sa sœur, l’avait un jour insultée et lui avait craché dessus en raison, selon elle, de sa judéité. Plusieurs membres de la famille de la victime rapportent en revanche un climat hostile à la seule personne juive de la résidence, notamment un « sale juive » proféré par la sœur de Kobili, dix ans auparavant, alors qu’elle était adolescente. D’une manière générale, les enfants et le frère de la victime ont expliqué aux services de police que leur mère et sœur craignait pour sa sécurité et ressentait une réelle hostilité à son encontre, du fait de sa confession juive, et qu’elle avait même cherché à déménager, du moins s’était-elle posé la question. (…) C’est sur la base de ces éléments que le docteur Daniel Zagury, expert psychiatre, a procédé à l’examen de Kobili Traoré, afin de déterminer s’il était atteint d’un trouble ayant altéré ou aboli son discernement. « Le tableau clinique présenté par Kobili Traoré est celui d’une bouffée délirante aiguë survenue sur fond de déstabilisation », car le patient se trouvait dans une phase de mutation existentielle, sommé de s’extirper de son oisiveté, d’affronter de nouvelles responsabilités (il allait se marier avec une cousine, devoir trouver un travail et « affronter la réalité de la vie »). Le début de cette bouffée délirante aiguë a été brutal : angoisse massive, troubles du sommeil, survenue d’idées d’empoisonnement et de sorcellerie. « Il faut absolument comprendre que ce type de symptomatologie est plus marquée par le chaos, le bouleversement des repères, l’angoisse. […] Le sujet subit sans comprendre ce qui advient et agit pour se défendre », écrit le psychiatre. « La thématique délirante, comme c’est classique, est mal structurée, à coloration persécutive, dominée par le mysticisme, la démonopathie, le manichéisme. » Le docteur Zagury explique que ces troubles psychotiques ont été induits par la prise de cannabis. En effet, il n’a, à 27 ans, aucun antécédent psychiatrique et, bien qu’incarcéré quatre fois, il n’a jamais fait appel à un psychiatre ; il a récemment accru sa consommation de cannabis (ce qui est discutable, ndlr) ; la crise eut un début brutal et une résolution assez rapide ; la crise a eu une dimension onirique ; c’est, enfin, l’extrême brutalité des conduites agressives et de la destructivité qui plaide en ce sens. Son diagnostic : « En dépit de la réalité indiscutable du trouble aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité. Il s‘agit d’une appréciation légale constante. » En revanche, « la nature des troubles dépassant largement les effets attendus justifie que l’on considère son discernement comme ayant été altéré au sens du deuxième alinéa de l’article 122-1 du code pénal ». Dans une expertise complémentaire, l’expert explique cette différence entre les effets attendus du cannabis et la psychose survenue chez Kobili Traoré : « la bouffée délirante aiguë n’est pas l’ivresse cannabique. Elle était la réaction psychique, à un moment donné, à la consommation habituelle du sujet. […] Une fois déclenché, le processus délirant agit indépendamment, pour son propre compte, même si la personne interrompt sa consommation. » L’ivresse cannabique n’est donc pas une cause d’irresponsabilité pénale. La loi prévoit qu’elle est une circonstance aggravante, mais seulement en matière délictuelle et non lorsqu’il s’agit de faits criminels. Un acte délirant est-il compatible avec une motivation antisémite ? Les délirants, explique le docteur, « abreuvent leur thématique délirante à partir de l’ambiance sociétale et des événements du monde ». Les délires mystiques sont de « forts pourvoyeurs d’éléments médico-légaux ». En faisant l’hypothèse qu’il partage des préjugés antisémites largement répandus, le sujet a, dans l’univers manichéen de son délire, occupé la posture du vengeur, du punisher (le film qu’il venait de regarder, ndlr) islamiste. Néanmoins, observe l’expert, « il ne paraît pas possible d’affirmer que Mme Lucie Attal a été délibérément recherchée pour être massacrée parce qu’elle était juive. Par contre, le fait qu’elle soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime ». Autrement dit, le crime de Kobili Traoré est un acte délirant et antisémite. Le docteur Zagury a procédé à des expertises complémentaires les 28 octobre 2017 et 8 janvier 2018. Puis un collège de trois experts, composé des docteurs Paul Bensussan, Frédéric Rouillon et Élisabeth Meyer-Buisan a rendu son avis sur l’expertise du docteur Zagury : « Il s’agit d’une excellente expertise, avec une parfaite maîtrise du dossier et une finesse d’évaluation sémiologique. Nous sommes en plein accord avec le diagnostic d’état psychotique aigu et avec l’analyse qui est faite et la dimension antisémite du geste. » Le collège d’experts fait état d’un brief psychotic disorder (au sens du DSM) chez Kobili Traoré et conclut à la dimension psychopathique (ou sociopathique) de sa personnalité. Dans leur rapport, les experts évoquent le rôle possiblement déclencheur de la consommation chronique de cannabis et un possible mode d’entrée dans une schizophrénie en raison de la durée anormalement longue de l’épisode et de sa résistance au traitement. Les experts reviendront sur ce pronostic de schizophrénie mais maintiendront leurs conclusions : « ce trouble pychotique bref a aboli son discernement, car l’augmentation de la consommation de cannabis (augmentation très relative) s’est faite pour apaiser son angoisse et son insomnie, prodromes probables de son délire, ce qui n’a fait qu’aggraver le processus psychotique déjà amorcé. » Une troisième expertise fut diligentée, et les docteurs Guelfi, Pascal et Coutanceau conclurent également à l’abolition du discernement de Kobili Traoré, posant le même diagnostic que leurs confrères (« l’infraction reprochée apparaît en lien direct avec une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique »). Dans les débats menés en première instance, le procureur de la République avait demandé le renvoi de Kobili Traoré devant une cour d’assises, expliquant que, « par son comportement volontaire de consommation de stupéfiants, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité », peut-on lire sur le site du Point. Me Francis Szpiner, avocat de la famille de la victime, rejoint également cette analyse, qui est celle du docteur Zagury, « les choses sont assez simples, à dire vrai : je consomme un produit illicite, je suis comptable des conséquences que cette consommation peut avoir par la suite », dit-il dans le même article. Devant la chambre de l’instruction, l’avocat général s’est rangé à l’avis des juges, qui est celui de l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. La chambre de l’instruction, après avoir relevé que des charges suffisantes d’homicide volontaire avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme pouvaient être retenues à l’encontre du mis en examen, a conclu, le 19 décembre 2019, à l’abolition du discernement de Kobili Traoré et, en conséquence, à son irresponsabilité pénale. La partie civile a annoncé former un pourvoi en cassation, sans plus de précision pour le moment. Dans un arrêt du 12 mai 2010, la chambre criminelle avait rejeté un pourvoi portant sur une décision de non-lieu rendue par la cour d’appel, sur la base d’expertises concluant à une bouffée délirante aiguë ayant eu lieu au moment de la survenue de faits d’homicide volontaire, bouffée délirante consécutive à une consommation de cannabis. Julien Mucchieli
À Eagle Rock, une femme mexicaine-américaine de 70 ans aurait été agressée vendredi alors qu’elle tentait de descendre d’un bus. Des témoins ont déclaré que l’agresseuse avait utilisé une insulte anti-chinoise contre la femme avant de l’agresser. Le nez de la femme a été cassé et ses cheveux ont été tirés, a déclaré son fils à l’Eastsider, ajoutant que les membres de sa famille sont souvent confondus avec des Asiatiques. Yasmine Beasley, 23 ans, a été arrêtée pour crime, a déclaré l’officier William Cooper, un porte-parole du département de police de Los Angeles. Cooper a déclaré qu’il ne savait pas si les procureurs allaient la poursuivre pour attaque raciste. LA Times
Comme le montre clairement le rapport de la Commission sur les disparités raciales et ethniques, [les jeunes blancs de la classe ouvrière] obtiennent de moins bons résultats que tous les autres groupes ethniques du GCSE, sont les moins susceptibles de faire des études supérieures et sont parmi les plus susceptibles de connaître des taux élevés de désintégration familiale. Les dés sont pipés contre eux dès le premier jour. (…) À l’âge de 19 ans, les jeunes blancs de la classe ouvrière sont les moins susceptibles d’être dans l’enseignement supérieur – à peine 22%, contre 45% de leurs pairs noirs et 56% des enfants asiatiques. En effet, la Grande-Bretagne a actuellement son Parlement et son Cabinet les plus ethniquement diversifiés à ce jour – mais simultanément, nous n’avons jamais eu aussi peu de voix de la classe ouvrière blanche dans les couloirs du pouvoir. (…) D’ordinaire, vous pouvez vous attendre à ce que ces conclusions du rapport de cette semaine fassent la une des journaux et soient débattues et discutées. Mais au milieu de la fureur suscitée par le nouveau rapport – qui concluait que si le racisme existe en Grande-Bretagne, le pays n’est pas «institutionnellement raciste» – ils ont été ignorés. Pourquoi? Parce que le fait que ce soient les groupes ethniques minoritaires qui devancent les blancs et ce sont les blancs qui sont souvent au bas de la pile ne correspond tout simplement pas parfaitement au dogme « woke ». De plus en plus, nos écoles, nos universités et nos médias sont infectés par cette nouvelle orthodoxie destructrice et source de division importée des États-Unis (…). Beaucoup de ces idées ont été façonnées par des théories universitaires qui ont émergé dans les années 1960. C’était l’époque du soi-disant «tournant culturel», lorsque de nombreux penseurs de gauche se sont désintéressés de la classe ouvrière blanche parce qu’elle montrait peu d’intérêt pour leur «révolution» marxiste. Au lieu de cela, ils se sont tournés vers une alliance de minorités ethniques, d’immigrants et d’étudiants de la classe moyenne bobo, les appelant à «déconstruire» les «structures de pouvoir», les langues, les institutions et les modes de vie établis des sociétés occidentales. Ces idées se sont depuis heurtées à d’autres théories dans le domaine de la «justice sociale» pour présenter une vision totalement différente et déformée de la société britannique de celle qui était autrefois promue par la gauche sensée. L’obsession de la classe a été remplacée par une obsession de la «trinité» de la sexualité, du genre et de l’égalité raciale. Un livre de règles récent du Parti travailliste contenait 139 mentions de femmes, 43 d’ethnie, 41 de BAME (noire, asiatique et ethnique minoritaire), 26 de sexe et 11 de race – mais seulement deux de classe. Pendant ce temps, nous semblons avoir perdu tout intérêt pour les histoires larges et rassembleuses qui maintenaient autrefois le peuple britannique ensemble, telles que notre citoyenneté commune, la fierté de notre histoire et un fort sentiment d’identité nationale. Prof. Matthew Goodwin
C’est en juillet 2020, suite aux manifestations et émeutes Black Lives Matter, que Boris Johnson crée une Commission on Race and Ethnic Disparities chargée d’étudier la question de la race et des écarts économiques et autres entre les différents groupes ethniques (« ethnic disparities »). (…) Après plus de six mois de travail, les conclusions du rapport sont claires. Certes, le racisme existe dans la société britannique, et la Commission recommande 24 actions concrètes pour lutter contre les préjugés. Mais le terme de racisme « institutionnel », appelé aussi « systémique », ce racisme qui empêche des groupes spécifiques entiers de progresser sur le plan socioéconomique, ne peut plus décrire le Royaume Uni au niveau national. D’ailleurs, l’acronyme « BAME », qui veut dire « Black and minority ethnic », devrait être abandonné, car les différentes minorités ethniques – noirs caribéens, noirs africains, indiens, pakistanais, chinois, roms… – ne peuvent pas être regroupées dans une seule et même catégorie puisqu’elles connaissent des sorts très divergents. Si on les compare les unes aux autres, les résultats sont très variés et les Blancs sont loin d’être systématiquement favorisés. Par exemple, en moyenne, les Britanniques indiens ont des salaires 16% au-dessus de ceux des Blancs, tandis que les Britanniques pakistanais ont des salaires 16% au-dessous de ceux des Blancs. Les Britanniques chinois sont généralement les mieux payés de tout le monde. Le taux d’exclusion scolaire des enfants noirs d’origine caribéenne est plus élevé que celui des Blancs, mais celui des Noirs d’origine africaine est au même niveau. De telles variations démentent la notion d’un racisme systémique inhérente à la culture britannique. Le rapport montre que la majorité des problèmes d’écart scolaire ou économique ne peut pas être expliquée par la discrimination raciale, les inégalités relevant surtout de facteurs géographiques, culturels, religieux ou familiaux. (…) Sans surprise, le rapport a déclenché des réactions plus qu’indignées de la part des professionnels du militantisme anti-racial. Certains sont dans le déni pur et simple, de la syndicaliste qui qualifie le rapport d’« immoral » au leader de l’opposition travailliste, Sir Keir Starmer, qui le trouve « décevant. » Lui qui, l’année dernière, s’est fait photographier dans son bureau en position agenouillée, a basé sa stratégie politique sur la réalité d’un prétendu « racisme institutionnel. » Avec la publication du rapport, le sol se dérobe sous ses pieds. D’autres s’adonnent à des hyperboles indignées, de la porte-parole travailliste sur les questions d’égalité qui accuse les rapporteurs de « glorifier la traite des esclaves » à l’activiste qui se scandalise de la publication d’un tel document à l’heure où « nous nous trouvons au milieu d’une pandémie mondiale de Covid-19 et de racisme anti-noir, d’afriphobie. » (…) Le professeur Kalwant Bhopal, directrice du Centre sur la race et l’éducation à l’université de Birmingham, a exprimé tout simplement son refus de voir des données montrant que, aujourd’hui, les minorités ethniques s’en sortent mieux dans le système d’éducation britannique que les Blancs. La catégorie la moins favorisée sur le plan scolaire est celle des garçons blancs de milieux modestes. Une des catégories qui réussit le mieux actuellement est celle des immigrés récents d’origine africaine. (…) Dans son livre, l’éminente universitaire fait grand cas du fait qu’elle est elle-même l’enfant d’immigrés indiens, sans voir apparemment que son propre parcours qui passe par Harvard et les collèges les plus prestigieux de l’université de Londres – King’s et University – est aux antipodes du tableau sombre qu’elle ne cesse de brosser. (…) L’évêque de Douvres, une femme noire née en Jamaïque – encore une preuve vivante que le Royaume Uni est plus raciste que jamais – insiste que « le vécu » des gens « raconte une autre histoire que celle proposée par ce rapport. » Le ressenti subjectif doit nécessairement primer sur l’objectivité des données. Le vieil adage, « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde), sort de son domaine propre, celui de la théologie, pour entrer dans celui des sciences sociales où il nourrit les délires idéologiques. Depuis la publication du rapport, les médias traditionnels se sont montrés plus favorables à ses critiques, dont l’aveuglement n’a d’égal que l’acharnement, qu’à ses auteurs. Sur les médias dits « sociaux », ceux-ci se sont fait traiter des pires insultes, se trouvant comparés à Judas ou Joseph Goebbels. La grossièreté la plus fréquente est celle de « coon », l’équivalent du mot tabou en n****, qui a la particularité d’être réservée aux Noirs considérés par les antiracistes comme des traîtres. La violence de ces invectives – qui caractérise également les insultes des vrais racistes à l’égard des militants antiracistes – est finalement moins inquiétante que le refus obstiné d’accepter les réalités mises en lumière par le rapport. On pourrait être tenté de croire que la vérité finira par triompher, mais ce serait bien hâtif. Les militants en question ont des solutions bien rodées pour relever ce type de défis. Car il est possible, en temps de pénurie, de fabriquer des racistes à la demande, afin de continuer la lutte héroïque pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche… Jeremy Stubbs
Vers le tournant du siècle, une nouvelle science raciale a été développée aux États-Unis, fondée sur le postulat qu’un Blanc est nécessairement raciste, même à son insu. Cette théorie des préjugés inconscients ou implicites (en anglais « unconscious » ou « implicit bias ») s’accompagne d’un test psychologique, dit d’« association implicite », spécialement conçu pour mettre à nu les impulsions discriminatoires qui grouillent au tréfonds de l’âme d’un Blanc. (…) Pourtant, ce test, malgré l’absence de preuves confirmatoires, continue à être utilisé dans les entreprises, les universités, les institutions politiques et, plus récemment, les écoles. Tout simplement parce que, sans lui, tout un pan central de l’édifice antiraciste s’effondrerait. Afin de convaincre les Blancs qu’ils sont profondément racistes (une technique qui s’appelle « Gaslighting » ou le « détournement cognitif »), il vaut mieux les prendre quand ils sont jeunes et impressionnables. A cette fin, les notions de préjugés inconscients, de privilège blanc et de racisme systémique commencent à être déployées dans les écoles outre-Atlantique et même outre-Manche. Pour illustrer le dévoiement pédagogique que représente cette méthode, il suffit de regarder le documentaire produit par la chaîne britannique, Channel 4, et diffusé en prime time au mois de juin dernier : « The School that Tried to End Racism » (L’école qui essaya de mettre fin au racisme). Acclamé par tous les médias de la gauche et du centre, le film met en scène une vraie expérience conduite sur de jeunes élèves âgés d’environ 11 ans dans une école multiethnique à Londres. Aucune considération n’est accordée à la dimension éthique de l’exercice: peut-on conduire des expériences psychologiques sur des enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de consentement ? Les organisatrices, une professeure de pédagogie et une autre de psychologie, ont la prétention démiurgique de façonner les esprits des jeunes. Selon l’une d’entre elles: « Intervenir à cet âge-là est crucial afin de cibler les attitudes des enfants avant qu’elles ne se cristallisent à l’âge adulte. » La première étape de cette intervention consiste à faire passer à tous les élèves un test d’association implicite. A la fin du processus de rééducation, on leur fait repasser le test pour montrer – chose étonnante ! – que les petits racistes en herbe ont été métamorphosés en antiracistes bien dressés. Depuis la création de la psychologie expérimentale à la fin du XIXe siècle, on sait qu’il ne faut surtout pas que les expérimentateurs suggestionnent leurs sujets en leur indiquant par des gestes ou des paroles indirectes les « bonnes » réponses. Or, les dames qui contrôlent ces expériences ne font que ça. Le manque de respect des protocoles scientifiques de base est à l’image de cette pseudoscience. Ensuite, pour expliquer la notion de privilège blanc, on demande à des élèves, sur le terrain de sport, de prendre place sur une ligne de départ comme pour une course à pied. Selon leurs réponses à des questions portant directement ou indirectement sur leur ethnicité, on leur demande soit d’avancer d’un pas ou deux, soit de reculer. A la fin, ils se trouvent tous dispersés à des marques différentes. On leur annonce que cette différenciation est à l’image du statut plus ou moins privilégié de leur point de départ dans la vie. Sauf que, selon le rapport cité ci-dessus, la réussite professionnelle ou l’ascension sociale d’un individu, quelle que soit son ethnie, est très rarement entravée par des préjugés négatifs à son égard de la part de la majorité blanche des citoyens. Pour comble, on sépare les enfants dans des groupes de discussion selon leur ethnie, afin qu’ils prennent bien conscience de ce qui les sépare de leurs collègues. Une fille métisse se demande dans quel groupe elle doit aller. Un garçon blanc se fond en larmes et quitte son groupe parce qu’on l’a séparé de certains de ses meilleurs copains qui, en l’occurrence, appartiennent à d’autres ethnies. Peu importe la violence qui est ainsi faite aux jeunes esprits. Tout cela sert les objectifs de l’exercice: il s’agit de diviser les gens, les ranger dans des camps opposés et, là où c’est nécessaire, les forcer à choisir le leur. Le but des antiracistes est clair: à partir d’innocents, créer d’un côté des coupables qui se mettent humblement sur le long chemin de la rédemption et, de l’autre, des victimes dont les griefs inventés, exagérés ou exacerbés préparent le renversement de l’actuel ordre social. (…) Le système d’éducation de l’Etat de Virginie est très largement la proie de l’idéologie woke, sans doute en partie parce que son gouverneur démocrate, Ralph Northam, a besoin de faire oublier un scandale de blackface survenu en 2019 et auquel il a miraculeusement survécu. L’idéologie « tous racistes ! » domine dans les écoles et les centres de formation des enseignants. Derrière une façade – ô combien superficielle – d’instruction participative, les professeurs inculquent aux élèves la notion de racisme innée par la bonne vieille méthode autoritaire. (…) ! Le programme des antiracistes militants se fonde sur ce mélange d’autoritarisme et d’absurdité qui, de tout temps, caractérise les dictatures. Jeremy Stubbs
En France où les « groupes de parole » consacrés au racisme, initiés par l’UNEF et défendus par Audrey Pulvar, ont créé la controverse (…) Le fait que ces groupes soient réservés aux non-Blancs ou, si les Blancs sont présents, que ceux-ci soient obligés de rester muets, a choqué la notion d’universalisme à la française. Et pour cause. Ce dont on a beaucoup moins parlé, c’est l’usage potentiellement pernicieux qui peut être fait de ces réunions. Les défenseurs de ces dernières se sont empressés de situer leur origine dans les groupes de parole des femmes, mais les groupes consacrés à la race ont leur propre histoire. La généalogie de ces événements en général où les participants sont invités à « libérer » la parole remonte jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, mais une étape importante arrive dans les années 60. En marge du mouvement de la « psychologie humaniste », certains thérapeutes créent les soi-disant « encounter groups » (« encounter ayant à la fois le sens de rencontre et de confrontation), notamment au centre new age d’Esalen en Californie. Dans ces groupes, les individus réunis pour une période de plusieurs jours sont, non pas invités, mais forcés par des animateurs charismatiques à exprimer publiquement leurs émotions les plus refoulées et, inévitablement, les plus destructrices. Le but est de les décharger de quelque fardeau mental, mais le résultat est trop souvent de provoquer des traumas plus durables que la catharsis éphémère qui résulte de la « libération. » Des époux finissent souvent par divorcer suite à la participation du couple à une de ces séances collectives. Le mot d’ordre de ces groupes – et de leurs héritiers d’aujourd’hui – consiste à demander aux participants, non pas « Qu’est-ce que vous pensez ? » mais « Qu’est-ce que vous ressentez ? » On contourne les systèmes rationnels du cerveau pour donner libre carrière aux émotions brutes. Les dégâts provoqués rendent ces techniques très controversées, et la mode des « encounter groups » sous la forme la plus dramatique se révèle de courte durée. Pourtant, c’est dans ce contexte que des tentatives sont faites pour guérir les blessures du racisme à l’américaine en créant des « encounter groups » composés de Noirs et de Blancs. Le résultat est prévisible : les Noirs expriment leur colère, souvent de manière violente ; les Blancs expriment déni, peur et contrition, de manière aussi agressive et excessive. Le psychodrame exacerbe les lignes de faille déjà connues mais n’apporte pas de solution durable. Le psychiatre afro-américain, Price Cobbs, qui a co-initié ces groupes de parole, a commenté plus tard : « Un des buts était de permettre aux Noirs de découvrir leur colère et aux Blancs de découvrir leurs craintes. À cette époque comme aujourd’hui, je savais que des comportements liés à la colère incomprise sont imprévisibles et ceux liés à des craintes inavouées sont potentiellement explosifs. » Le co-auteur d’un livre important, Black Rage, publié en 1968, Cobbs, un penseur plus profond et subtil que beaucoup de ceux qui ont essayé de lui emboîter le pas, a décidé d’orienter ses interventions autrement. Mais une idée était lancée qui s’alimenterait à d’autres sources : le racisme doit être guéri par la libération des émotions. Le problème, c’est que les émotions sont souvent manipulables. La conviction qu’éradiquer le racisme doit passer par une forme de psychodrame se trouve dans la contribution d’une pionnière de la formation à la diversité, Jane Elliott, qui est toujours portée aux nues par les spécialistes dans ce domaine. À l’origine institutrice, avant de mener une carrière de formatrice à la diversité dans les entreprises et d’autres institutions, elle conçoit en 1968, au lendemain de l’assassinat de Martin Luther King, un jeu de rôles pour ses petits élèves blancs d’Iowa, destiné à leur dessiller les yeux quant à la réalité du racisme. Devenu célèbre par la suite, l’exercice intitulé « Yeux bleus – yeux marrons » sépare la classe en deux groupes selon la couleur des yeux. Déclarant qu’un des groupes représente des gens supérieurs et l’autre des gens inférieurs, Elliott remonte chaque camp contre l’autre. Quelques jours plus tard, elle inverse le statut des groupes et recommence. Comme pour les psychologues britanniques qui ont organisé l’expérience dans le documentaire, « The School that Tried to End Racism », Elliott ne craint pas de violer des normes éthiques en prétendant manipuler les attitudes des très jeunes. Pour débarrasser les gens de leur prétendu racisme, on a apparemment le droit de leur faire subir un véritable psychodrame émotionnel. (…) la tactique adoptée par Elliott consiste à intimider, rudoyer, malmener ses sujets sur le plan émotionnel. C’est ainsi que les deux Blanches, l’une gardant un silence craintif, l’autre essayant de se rebeller, doivent être réduites en larmes et humiliées devant le groupe pour que la leçon concernant leur racisme inné soit bien claire pour tout le monde. Les études menées sur l’efficacité des méthodes de Jane Elliott pour réduire le racisme sont peu concluantes. Tout ça pour si peu ? Sans doute que les groupes de parole et les ateliers sur la diversité de notre époque sont en apparence plus « polis » que ceux du passé, mais leur structure psychodramatique est toujours la même. Ils sont animés comme des séances de thérapie, le plus souvent par des personnes qui ne sont pas des thérapeutes qualifiés. Surtout, c’est toujours le même théâtre émotionnel qui se prête facilement à la création d’un groupe de victimes en colère et d’un autre de coupables contrits. Il faut que les minorités expriment rage et ressentiment ; il faut que la majorité se confesse, demande pardon et se montre docile. C’est un phénomène bien connu des managers : quand on demande au personnel, « Dans notre organisation, qu’est-ce qui ne va pas ? », le cahier des doléances se rallonge sans fin. Focaliser l’attention des gens sur leurs plaintes les amène à voir tout ce qui est négatif dans leur vie, surtout si les individus interrogés collectivement éprouvent une certaine émulation. En ce qui concerne le racisme, des victimes ont très certainement des histoires aussi terrifiantes qu’authentiques à raconter. Le hic, c’est que l’accent est mis par les tenants du privilège blanc sur les « micro-agressions », ces affronts quotidiens que les Blancs infligent aux minorités par des gestes et des paroles qui, de manière presque insensible, remettent les autres à leur place. Ces micro-agressions présentent l’avantage que tout acte, tout mot, peut être interprété de différentes manières : il suffit d’y voir une intention raciste. Un exemple classique se trouve dans un podcast enregistré par Michelle Obama au mois d’août de l’année dernière. Elle raconte comment, voulant acheter des glaces dans une boutique Haagen-Dazs, elle trouve sa place dans la queue usurpée par une Blanche qui, à cause de son racisme inné, n’aurait pas vu la femme du président devant elle. Il nous est arrivé à nous tous de trouver des resquilleurs sur notre chemin dans la vie, mais pour Michelle Obama la motivation en question ne peut être que raciste. On pense à l’éther, cet élément qui, selon les scientifiques du XIXe siècle, était partout dans l’univers mais détectable nulle part. Selon leurs théories un tel élément devait exister – jusqu’à ce qu’Einstein prouve le contraire. Les micro-agressions sont omniprésentes dans la vie. Comment le savons-nous ? Parce que la théorie du privilège blanc l’exige. Dans un livre remarquable, The Rise of Victimhood Culture, deux sociologues américains font une distinction entre trois types de culture. Dans la culture de l’honneur, la moindre offense qu’on reçoit doit être punie, de préférence par la violence. C’est cette France du XVIIe siècle où Richelieu a tenté en vain d’empêcher les duels incessants entre gentilshommes. Dans la culture de la dignité, qui caractérise les démocraties libérales, on fait preuve de tolérance devant les offenses à l’honneur, normalement verbales, pour ne pas encourager la spirale des représailles ; on ne punit généralement que les actes d’agression physique. Aujourd’hui, nous assistons à la montée d’une culture de la victimisation : celle-ci rejette la culture de la dignité en prétendant que toute offense est intolérable et doit être punie ; sa seule différence d’avec la culture de l’honneur, c’est que la violence de la punition n’est pas physique mais prend la forme d’un ostracisme social (« cancel culture ») non moins destructeur à la fin. Cette culture, créant une armée d’accusateurs en colère et une foule de racistes mortifiés et dociles, peut être facilement instrumentalisée à des fins politiques. La culture des victimes est propagée par les groupes de paroles ainsi que par toute une littérature de bestsellers, de la Fragilité blanche de Robin DiAngelo, ou Comment devenir antiraciste d’Ibram Kendi, à la Pensée blanche de Lilian Thuram. Du succès de ces auteurs, on peut dire, en modifiant un mot de Joseph de Maistre, « Ils sont fameux parce que nous sommes abrutis, et nous le sommes surtout parce que nous les avons crus. » Jeremy Stubbs

Cherchez l’erreur !

Quand à l’heure où quand ils n’en inventent pas les prétendues preuves …

Comme ces jeunes poussés pour la bonne cause jusqu’au faux témoignage

Ou en ignorent totalement les contre-preuves …

Comme, psychiatrie ou drogue obligent, l’irresponsabilisation systématique des assassins de juifs d’origine musulmane

Les nombreux cas de racisme anti-asiatique de la part d’individus ne correspondant pas au profil blanc suprémaciste de rigueur

Ce rapport qui, preuves à l’appui, démontre que si la société britannique est encore raciste sur le plan systématique et institutionnel, c’est contre les Blancs des classes populaires

Ou cet ancien clandestin devenu, entre vandalisations et jetons au Conseil économique et social, coqueluche des medias dont il dénonce le blanchisme

Les militants antiracistes se voient, véritable génération de chasseurs d’ambulances, contraints pour justifier leur juteux fonds de commerce…

De déconstruire, statues après statues avec nos dirigeants eux-mêmes, notre propre histoire …

Et d’inventer de toutes pièces, jusqu’aux routes racistes, un prétendu « privilège blanc »…

Pour l’imposer, comme une sorte de nouvelle religion, à coup de stages et ateliers de rééducation idéologique non seulement dans nos entreprises …

Mais jusque dans les écoles de nos enfants ….

Et donc comme l’avait bien vu les sociologues Jean Baudrillard ou Yves Yonnet …

Finissent par réimposer à l’ensemble des seules sociétés occidentales où celui-ci avait largement disparu

Le racisme même qu’ils étaient censés dénoncer !

Racisme au Royaume-Uni: le rapport infernal

La fabrique de racistes, un roman-feuilleton contemporain (1/3)

Jeremy Stubbs
Causeur
9 avril 2021

1ère Partie. Où nous découvrons que rien ne fait rager les militants antiracistes comme la découverte que la société devient moins raciste…


Pour les militants antiracistes autoproclamés, leur légitimité, leur existence même, est fondée sur une supposée omniprésence du racisme dans les sociétés occidentales. Leur machine à dénonciations, qui tourne à temps plein pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche, doit être constamment approvisionnée en preuves et témoignages de racisme. Que faire quand cet approvisionnement devient inadéquat ? Ce dilemme a été mis en relief par un rapport officiel sur le racisme publié au Royaume Uni le 31 mars.

Les cancres de la classe: les Blancs

C’est en juillet 2020, suite aux manifestations et émeutes Black Lives Matter, que Boris Johnson crée une Commission on Race and Ethnic Disparities chargée d’étudier la question de la race et des écarts économiques et autres entre les différents groupes ethniques (« ethnic disparities »). Des dix membres de cette commission – pédagogues, scientifiques, entrepreneurs… – neuf appartiennent à des minorités ethniques. Ou, pour le dire plus crument, il n’y a qu’un seul Blanc. Outre sa composition plus qu’inclusive, cette commission, afin de mener à bien son étude, a pu profiter d’une base de données exceptionnelle compilant un nombre impressionnant de statistiques ethniques catégorisées de toutes les façons possibles. C’est dire que les analyses apportées par la Commission ne sont pas fondées sur des appréciations subjectives.

Après plus de six mois de travail, les conclusions du rapport sont claires. Certes, le racisme existe dans la société britannique, et la Commission recommande 24 actions concrètes pour lutter contre les préjugés. Mais le terme de racisme « institutionnel », appelé aussi « systémique », ce racisme qui empêche des groupes spécifiques entiers de progresser sur le plan socioéconomique, ne peut plus décrire le Royaume Uni au niveau national. D’ailleurs, l’acronyme « BAME », qui veut dire « Black and minority ethnic », devrait être abandonné, car les différentes minorités ethniques – noirs caribéens, noirs africains, indiens, pakistanais, chinois, roms… – ne peuvent pas être regroupées dans une seule et même catégorie puisqu’elles connaissent des sorts très divergents. Si on les compare les unes aux autres, les résultats sont très variés et les Blancs sont loin d’être systématiquement favorisés. Par exemple, en moyenne, les Britanniques indiens ont des salaires 16% au-dessus de ceux des Blancs, tandis que les Britanniques pakistanais ont des salaires 16% au-dessous de ceux des Blancs. Les Britanniques chinois sont généralement les mieux payés de tout le monde. Le taux d’exclusion scolaire des enfants noirs d’origine caribéenne est plus élevé que celui des Blancs, mais celui des Noirs d’origine africaine est au même niveau. De telles variations démentent la notion d’un racisme systémique inhérente à la culture britannique. Le rapport montre que la majorité des problèmes d’écart scolaire ou économique ne peut pas être expliquée par la discrimination raciale, les inégalités relevant surtout de facteurs géographiques, culturels, religieux ou familiaux. Par conséquent, la solution ne consiste pas tout simplement à lutter contre une telle discrimination.

Sans surprise, le rapport a déclenché des réactions plus qu’indignées de la part des professionnels du militantisme anti-racial. Certains sont dans le déni pur et simple, de la syndicaliste qui qualifie le rapport d’« immoral » au leader de l’opposition travailliste, Sir Keir Starmer, qui le trouve « décevant. » Lui qui, l’année dernière, s’est fait photographier dans son bureau en position agenouillée, a basé sa stratégie politique sur la réalité d’un prétendu « racisme institutionnel. » Avec la publication du rapport, le sol se dérobe sous ses pieds. D’autres s’adonnent à des hyperboles indignées, de la porte-parole travailliste sur les questions d’égalité qui accuse les rapporteurs de « glorifier la traite des esclaves » à l’activiste qui se scandalise de la publication d’un tel document à l’heure où « nous nous trouvons au milieu d’une pandémie mondiale de Covid-19 et de racisme anti-noir, d’afriphobie. » La plupart des critiques se concentrent sur la question du racisme « institutionnel » en insistant qu’il existe bel et bien pour de vrai. Sauf qu’ils n’ont pas lu le rapport – ou pas très attentivement – puisque celui-ci ne nie pas l’existence du racisme institutionnel. Selon lui, certaines institutions font preuve de racisme, mais aucune discrimination systématique ne fonctionne au niveau national et n’explique les différents écarts au niveau de l’éducation ou de l’emploi.

C’est vrai parce que je le crois

Voilà le grand problème pour ceux qui tablent depuis longtemps sur une forme de racisme généralisée comme explication unique de tous les maux de la société. La Commission est entrée dans la complexité des choses en faisant appel à la dure réalité des statistiques, approche que même de soi-disant spécialistes n’arrivent pas à accepter. Le professeur Kalwant Bhopal, directrice du Centre sur la race et l’éducation à l’université de Birmingham, a exprimé tout simplement son refus de voir des données montrant que, aujourd’hui, les minorités ethniques s’en sortent mieux dans le système d’éducation britannique que les Blancs. La catégorie la moins favorisée sur le plan scolaire est celle des garçons blancs de milieux modestes. Une des catégories qui réussit le mieux actuellement est celle des immigrés récents d’origine africaine. Dans la revue de tendance conservatrice, The Spectator, James Tooley, président de cette même université de Birmingham, pointe le fait que les mêmes statistiques utilisées par le rapport sont citées dans le livre récent de Mme Bhopal, dont le titre prévisible, White Privilege, est tout un programme (1). C’est justement ce programme et ses ressorts idéologiques qui empêchent l’auteur de tirer les conclusions qui sautent aux yeux mais qui sont en contradiction avec son récit de discrimination systémique. Dans son livre, l’éminente universitaire fait grand cas du fait qu’elle est elle-même l’enfant d’immigrés indiens, sans voir apparemment que son propre parcours qui passe par Harvard et les collèges les plus prestigieux de l’université de Londres – King’s et University – est aux antipodes du tableau sombre qu’elle ne cesse de brosser. Quand les statistiques ne vont pas dans le sens de l’argument des antiracistes, il leur suffit de les ignorer. Il incombait peut-être inévitablement à un membre du clergé d’incarner cette volonté de ne croire que ce que l’on veut croire. L’évêque de Douvres, une femme noire née en Jamaïque – encore une preuve vivante que le Royaume Uni est plus raciste que jamais – insiste que « le vécu » des gens « raconte une autre histoire que celle proposée par ce rapport. » Le ressenti subjectif doit nécessairement primer sur l’objectivité des données. Le vieil adage, « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde), sort de son domaine propre, celui de la théologie, pour entrer dans celui des sciences sociales où il nourrit les délires idéologiques.

Depuis la publication du rapport, les médias traditionnels se sont montrés plus favorables à ses critiques, dont l’aveuglement n’a d’égal que l’acharnement, qu’à ses auteurs. Sur les médias dits « sociaux », ceux-ci se sont fait traiter des pires insultes, se trouvant comparés à Judas ou Joseph Goebbels. La grossièreté la plus fréquente est celle de « coon », l’équivalent du mot tabou en n****, qui a la particularité d’être réservée aux Noirs considérés par les antiracistes comme des traîtres. La violence de ces invectives – qui caractérise également les insultes des vrais racistes à l’égard des militants antiracistes – est finalement moins inquiétante que le refus obstiné d’accepter les réalités mises en lumière par le rapport. On pourrait être tenté de croire que la vérité finira par triompher, mais ce serait bien hâtif. Les militants en question ont des solutions bien rodées pour relever ce type de défis. Car il est possible, en temps de pénurie, de fabriquer des racistes à la demande, afin de continuer la lutte héroïque pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche…

Voir aussi:

La Bande des pédagogues de l’antiracisme

La fabrique de racistes, roman-feuilleton contemporain (2/3)


2e Partie. Où nous découvrons que de faux scientifiques, en faisant subir aux enfants un lavage de cerveau, les transforment en racistes…

Nous avons vu précédemment que les militants antiracistes, pour se justifier, ont besoin d’affirmer que nos sociétés occidentales sont ravagées par des discriminations à l’égard des minorités non-blanches, donnant lieu à des injustices flagrantes en termes de réussite scolaire, de rémunération et d’ascension sociale. Idéalement, pour eux, la tendance raciste irait grandissante. Or, la vraie tendance générale est plutôt vers moins de discrimination, comme le montre un rapport publié récemment au Royaume-Uni. Face à la déception que représente cette pénurie de racistes, la solution de nos militants est d’une simplicité des plus élégantes : quand les racistes se font rares, il faut en fabriquer.

Pour en fabriquer, il suffit de lancer une OPA sur tous les Blancs, en les déclarant tous, volontairement ou involontairement, racistes. Bien entendu, il faut étayer de telles assertions sur des bases scientifiques, ou mieux – puisque la science est incertaine – sur des bases pseudoscientifiques.

Que du gaz – à tous les étages

C’est ainsi que, vers le tournant du siècle, une nouvelle science raciale a été développée aux États-Unis, fondée sur le postulat qu’un Blanc est nécessairement raciste, même à son insu. Cette théorie des préjugés inconscients ou implicites (en anglais « unconscious » ou « implicit bias ») s’accompagne d’un test psychologique, dit d’« association implicite », spécialement conçu pour mettre à nu les impulsions discriminatoires qui grouillent au tréfonds de l’âme d’un Blanc. J’ai déjà parlé dans Causeur de cette imposture qui n’a jamais satisfait aux critères de la science objective.

A lire aussi, du même auteur: Parlez-vous woke?

Pourtant, ce test, malgré l’absence de preuves confirmatoires, continue à être utilisé dans les entreprises, les universités, les institutions politiques et, plus récemment, les écoles. Tout simplement parce que, sans lui, tout un pan central de l’édifice antiraciste s’effondrerait. Afin de convaincre les Blancs qu’ils sont profondément racistes (une technique qui s’appelle « Gaslighting » ou le « détournement cognitif »), il vaut mieux les prendre quand ils sont jeunes et impressionnables. A cette fin, les notions de préjugés inconscients, de privilège blanc et de racisme systémique commencent à être déployées dans les écoles outre-Atlantique et même outre-Manche. Pour illustrer le dévoiement pédagogique que représente cette méthode, il suffit de regarder le documentaire produit par la chaîne britannique, Channel 4, et diffusé en prime time au mois de juin dernier : « The School that Tried to End Racism » (L’école qui essaya de mettre fin au racisme).

Acclamé par tous les médias de la gauche et du centre, le film met en scène une vraie expérience conduite sur de jeunes élèves âgés d’environ 11 ans dans une école multiethnique à Londres. Aucune considération n’est accordée à la dimension éthique de l’exercice: peut-on conduire des expériences psychologiques sur des enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de consentement ? Les organisatrices, une professeure de pédagogie et une autre de psychologie, ont la prétention démiurgique de façonner les esprits des jeunes. Selon l’une d’entre elles: « Intervenir à cet âge-là est crucial afin de cibler les attitudes des enfants avant qu’elles ne se cristallisent à l’âge adulte. » La première étape de cette intervention consiste à faire passer à tous les élèves un test d’association implicite. A la fin du processus de rééducation, on leur fait repasser le test pour montrer – chose étonnante ! – que les petits racistes en herbe ont été métamorphosés en antiracistes bien dressés. Depuis la création de la psychologie expérimentale à la fin du XIXe siècle, on sait qu’il ne faut surtout pas que les expérimentateurs suggestionnent leurs sujets en leur indiquant par des gestes ou des paroles indirectes les « bonnes » réponses. Or, les dames qui contrôlent ces expériences ne font que ça. Le manque de respect des protocoles scientifiques de base est à l’image de cette pseudoscience. Ensuite, pour expliquer la notion de privilège blanc, on demande à des élèves, sur le terrain de sport, de prendre place sur une ligne de départ comme pour une course à pied. Selon leurs réponses à des questions portant directement ou indirectement sur leur ethnicité, on leur demande soit d’avancer d’un pas ou deux, soit de reculer. A la fin, ils se trouvent tous dispersés à des marques différentes. On leur annonce que cette différenciation est à l’image du statut plus ou moins privilégié de leur point de départ dans la vie. Sauf que, selon le rapport cité ci-dessus, la réussite professionnelle ou l’ascension sociale d’un individu, quelle que soit son ethnie, est très rarement entravée par des préjugés négatifs à son égard de la part de la majorité blanche des citoyens.

Pour comble, on sépare les enfants dans des groupes de discussion selon leur ethnie, afin qu’ils prennent bien conscience de ce qui les sépare de leurs collègues. Une fille métisse se demande dans quel groupe elle doit aller. Un garçon blanc se fond en larmes et quitte son groupe parce qu’on l’a séparé de certains de ses meilleurs copains qui, en l’occurrence, appartiennent à d’autres ethnies. Peu importe la violence qui est ainsi faite aux jeunes esprits. Tout cela sert les objectifs de l’exercice: il s’agit de diviser les gens, les ranger dans des camps opposés et, là où c’est nécessaire, les forcer à choisir le leur. Le but des antiracistes est clair: à partir d’innocents, créer d’un côté des coupables qui se mettent humblement sur le long chemin de la rédemption et, de l’autre, des victimes dont les griefs inventés, exagérés ou exacerbés préparent le renversement de l’actuel ordre social.

L’antiracisme enseigné à coups de trique

Quittons le Royaume Uni et le domaine expérimental pour les États-Unis et le domaine de la pratique quotidienne. Le système d’éducation de l’Etat de Virginie est très largement la proie de l’idéologie woke, sans doute en partie parce que son gouverneur démocrate, Ralph Northam, a besoin de faire oublier un scandale de blackface survenu en 2019 et auquel il a miraculeusement survécu. L’idéologie « tous racistes ! » domine dans les écoles et les centres de formation des enseignants. Derrière une façade – ô combien superficielle – d’instruction participative, les professeurs inculquent aux élèves la notion de racisme innée par la bonne vieille méthode autoritaire. Une vidéo chargée sur YouTube le 29 mars se présente comme l’enregistrement d’un échange entre un maître et un lycéen dans le comté de Loudoun, les deux participants masculins restant hors caméra.

Affichant sur un écran l’image de deux jeunes femmes, dont l’une est plutôt noire, l’autre blanche de cette blancheur des rousses, le maître interroge l’élève :

– Que voyez-vous ?
– Deux personnes.

Se faisant insistant :

– Rien d’autre ?
– Deux personnes côte à côte.

L’enseignant commence à fustiger l’élève :

– Je ne crois pas que vous croyez ça. Vous vous dérobez à la question délibérément.
– Je ne comprends pas ce que vous voulez que je dise.

Autoritaire :

– Je pense que vous comprenez très bien.
– Vous voulez que je dise qu’il y a deux races différentes dans cette image ?
– Oui !
– N’est-ce pas aggraver le problème au lieu de reconnaître qu’il y a juste deux personnes normales ?

Très autoritaire :

– Non ! Vous ne pouvez pas regarder ces personnes sans reconnaître qu’il y a des différences raciales.

Autrement dit, l’enseignant commence par inviter l’élève à s’exprimer avant de lui asséner l’interprétation correcte. Il s’agit d’une doctrine fondamentale: la race ne peut pas être « invisible » ; on ne peut pas être « colour blind » (littéralement, daltonien) ; on voit toujours la couleur de peau des autres et – par extension – on est toujours raciste. Toute personne qui oserait nier cette vérité fondamentale est particulièrement raciste et doit le reconnaître de gré ou de force. Paradoxe curieux : un internaute a fait remarquer sur YouTube que l’image utilisée est celle de jumelles. S’il y a deux races ici, elles sont « dans » chacune des deux sœurs ! Le programme des antiracistes militants se fonde sur ce mélange d’autoritarisme et d’absurdité qui, de tout temps, caractérise les dictatures.

Voir également:

Les Victimes au pouvoir

La fabrique de racistes, roman-feuilleton contemporain (3/3)


Suite et fin. Où nous découvrons comment les « groupes de paroles » sur le racisme font partie d’un programme destiné à diviser la société en deux camps: l’un dominé par le ressentiment, l’autre par la contrition, mais tous les deux manipulables à des fins politiques.


Nous avons vu que les militants antiracistes, pour justifier leur militantisme, ont besoin de démontrer la présence dans la société de racistes en grand nombre. Nous avons vu avec quels cris de rage les antiracistes ont salué la publication, outre-Manche au mois de mars, d’un rapport qui, tout en acceptant que le racisme existe et en proposant des actions concrètes pour y remédier, niait – preuves à l’appui – que la société britannique soit raciste sur le plan systématique et institutionnel. Voilà de quoi limiter le fonds de commerce de nos militants. En conséquence, ceux-ci ont développé une méthode pour essayer de pallier de telles difficultés. Il s’agit d’un concept, le « privilège blanc », selon lequel tout Blanc est, par sa blancheur, raciste, même à son propre insu. Un test pseudoscientifique, dit « des associations implicites », le démontre. Aux États-Unis et, dans une moindre mesure, au Royaume Uni, le concept et le test sont déployés dans des ateliers de formation destinés aux entreprises et aux écoles. Dans ce dernier cas, les tranches d’âge sont de plus en plus jeunes. Maintenant il nous reste à traiter un dernier élément dans la panoplie des antiracistes, à savoir des techniques d’interaction permettant de susciter et de canaliser les émotions, surtout à des fins politiques…

Parole, parole…!

Après notre incursion outre-Manche et outre-Atlantique, rentrons en France où les « groupes de parole » consacrés au racisme, initiés par l’UNEF et défendus par Audrey Pulvar, ont créé la controverse. Le fait que ces groupes soient réservés aux non-Blancs ou, si les Blancs sont présents, que ceux-ci soient obligés de rester muets, a choqué la notion d’universalisme à la française. Et pour cause. Ce dont on a beaucoup moins parlé, c’est l’usage potentiellement pernicieux qui peut être fait de ces réunions. Les défenseurs de ces dernières se sont empressés de situer leur origine dans les groupes de parole des femmes, mais les groupes consacrés à la race ont leur propre histoire.

Les groupes de parole de notre époque sont en apparence plus « polis » que ceux du passé, mais leur structure psychodramatique est toujours la même

La généalogie de ces événements en général où les participants sont invités à « libérer » la parole remonte jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, mais une étape importante arrive dans les années 60. En marge du mouvement de la « psychologie humaniste », certains thérapeutes créent les soi-disant « encounter groups » (« encounter ayant à la fois le sens de rencontre et de confrontation), notamment au centre new age d’Esalen en Californie(1). Dans ces groupes, les individus réunis pour une période de plusieurs jours sont, non pas invités, mais forcés par des animateurs charismatiques à exprimer publiquement leurs émotions les plus refoulées et, inévitablement, les plus destructrices. Le but est de les décharger de quelque fardeau mental, mais le résultat est trop souvent de provoquer des traumas plus durables que la catharsis éphémère qui résulte de la « libération. » Des époux finissent souvent par divorcer suite à la participation du couple à une de ces séances collectives.

Le mot d’ordre de ces groupes – et de leurs héritiers d’aujourd’hui – consiste à demander aux participants, non pas « Qu’est-ce que vous pensez ? » mais « Qu’est-ce que vous ressentez ? » On contourne les systèmes rationnels du cerveau pour donner libre carrière aux émotions brutes. Les dégâts provoqués rendent ces techniques très controversées, et la mode des « encounter groups » sous la forme la plus dramatique se révèle de courte durée. Pourtant, c’est dans ce contexte que des tentatives sont faites pour guérir les blessures du racisme à l’américaine en créant des « encounter groups » composés de Noirs et de Blancs. Le résultat est prévisible : les Noirs expriment leur colère, souvent de manière violente ; les Blancs expriment déni, peur et contrition, de manière aussi agressive et excessive. Le psychodrame exacerbe les lignes de faille déjà connues mais n’apporte pas de solution durable. Le psychiatre afro-américain, Price Cobbs, qui a co-initié ces groupes de parole, a commenté plus tard : « Un des buts était de permettre aux Noirs de découvrir leur colère et aux Blancs de découvrir leurs craintes. À cette époque comme aujourd’hui, je savais que des comportements liés à la colère incomprise sont imprévisibles et ceux liés à des craintes inavouées sont potentiellement explosifs. » Le co-auteur d’un livre important, Black Rage, publié en 1968, Cobbs, un penseur plus profond et subtil que beaucoup de ceux qui ont essayé de lui emboîter le pas, a décidé d’orienter ses interventions autrement. Mais une idée était lancée qui s’alimenterait à d’autres sources : le racisme doit être guéri par la libération des émotions. Le problème, c’est que les émotions sont souvent manipulables.

La tyrannie de l’émotion

La conviction qu’éradiquer le racisme doit passer par une forme de psychodrame se trouve dans la contribution d’une pionnière de la formation à la diversité, Jane Elliott, qui est toujours portée aux nues par les spécialistes dans ce domaine. À l’origine institutrice, avant de mener une carrière de formatrice à la diversité dans les entreprises et d’autres institutions, elle conçoit en 1968, au lendemain de l’assassinat de Martin Luther King, un jeu de rôles pour ses petits élèves blancs d’Iowa, destiné à leur dessiller les yeux quant à la réalité du racisme.

Devenu célèbre par la suite, l’exercice intitulé « Yeux bleus – yeux marrons » sépare la classe en deux groupes selon la couleur des yeux. Déclarant qu’un des groupes représente des gens supérieurs et l’autre des gens inférieurs, Elliott remonte chaque camp contre l’autre. Quelques jours plus tard, elle inverse le statut des groupes et recommence. Comme pour les psychologues britanniques qui ont organisé l’expérience dans le documentaire, « The School that Tried to End Racism », Elliott ne craint pas de violer des normes éthiques en prétendant manipuler les attitudes des très jeunes. Pour débarrasser les gens de leur prétendu racisme, on a apparemment le droit de leur faire subir un véritable psychodrame émotionnel. L’approche plus mature de la formatrice se révèle dans la vidéo ci-dessous :

On voit ici que la tactique adoptée par Elliott consiste à intimider, rudoyer, malmener ses sujets sur le plan émotionnel. C’est ainsi que les deux Blanches, l’une gardant un silence craintif, l’autre essayant de se rebeller, doivent être réduites en larmes et humiliées devant le groupe pour que la leçon concernant leur racisme inné soit bien claire pour tout le monde. Les études menées sur l’efficacité des méthodes de Jane Elliott pour réduire le racisme sont peu concluantes. Tout ça pour si peu ? Sans doute que les groupes de parole et les ateliers sur la diversité de notre époque sont en apparence plus « polis » que ceux du passé, mais leur structure psychodramatique est toujours la même. Ils sont animés comme des séances de thérapie, le plus souvent par des personnes qui ne sont pas des thérapeutes qualifiés. Surtout, c’est toujours le même théâtre émotionnel qui se prête facilement à la création d’un groupe de victimes en colère et d’un autre de coupables contrits. Il faut que les minorités expriment rage et ressentiment ; il faut que la majorité se confesse, demande pardon et se montre docile.

Micro-agressions: une culture de victimisation 

C’est un phénomène bien connu des managers : quand on demande au personnel, « Dans notre organisation, qu’est-ce qui ne va pas ? », le cahier des doléances se rallonge sans fin. Focaliser l’attention des gens sur leurs plaintes les amène à voir tout ce qui est négatif dans leur vie, surtout si les individus interrogés collectivement éprouvent une certaine émulation. En ce qui concerne le racisme, des victimes ont très certainement des histoires aussi terrifiantes qu’authentiques à raconter. Le hic, c’est que l’accent est mis par les tenants du privilège blanc sur les « micro-agressions », ces affronts quotidiens que les Blancs infligent aux minorités par des gestes et des paroles qui, de manière presque insensible, remettent les autres à leur place. Ces micro-agressions présentent l’avantage que tout acte, tout mot, peut être interprété de différentes manières : il suffit d’y voir une intention raciste.

Un exemple classique se trouve dans un podcast enregistré par Michelle Obama au mois d’août de l’année dernière. Elle raconte comment, voulant acheter des glaces dans une boutique Haagen-Dazs, elle trouve sa place dans la queue usurpée par une Blanche qui, à cause de son racisme inné, n’aurait pas vu la femme du président devant elle. Il nous est arrivé à nous tous de trouver des resquilleurs sur notre chemin dans la vie, mais pour Michelle Obama la motivation en question ne peut être que raciste. On pense à l’éther, cet élément qui, selon les scientifiques du XIXe siècle, était partout dans l’univers mais détectable nulle part. Selon leurs théories un tel élément devait exister – jusqu’à ce qu’Einstein prouve le contraire. Les micro-agressions sont omniprésentes dans la vie. Comment le savons-nous ? Parce que la théorie du privilège blanc l’exige.

Dans un livre remarquable, The Rise of Victimhood Culture, deux sociologues américains font une distinction entre trois types de culture(2). Dans la culture de l’honneur, la moindre offense qu’on reçoit doit être punie, de préférence par la violence. C’est cette France du XVIIe siècle où Richelieu a tenté en vain d’empêcher les duels incessants entre gentilshommes. Dans la culture de la dignité, qui caractérise les démocraties libérales, on fait preuve de tolérance devant les offenses à l’honneur, normalement verbales, pour ne pas encourager la spirale des représailles ; on ne punit généralement que les actes d’agression physique. Aujourd’hui, nous assistons à la montée d’une culture de la victimisation : celle-ci rejette la culture de la dignité en prétendant que toute offense est intolérable et doit être punie ; sa seule différence d’avec la culture de l’honneur, c’est que la violence de la punition n’est pas physique mais prend la forme d’un ostracisme social (« cancel culture ») non moins destructeur à la fin. Cette culture, créant une armée d’accusateurs en colère et une foule de racistes mortifiés et dociles, peut être facilement instrumentalisée à des fins politiques. La culture des victimes est propagée par les groupes de paroles ainsi que par toute une littérature de bestsellers, de la Fragilité blanche de Robin DiAngelo, ou Comment devenir antiraciste d’Ibram Kendi, à la Pensée blanche de Lilian Thuram. Du succès de ces auteurs, on peut dire, en modifiant un mot de Joseph de Maistre, « Ils sont fameux parce que nous sommes abrutis, et nous le sommes surtout parce que nous les avons crus. »(3) La France saura-t-elle résister à cette culture ? La réponse dans le prochain numéro de Causeur

Au Royaume-Uni, “le racisme institutionnel n’existe pas”

Courrier international

Un rapport commandé par le gouvernement britannique dans le sillage des manifestations Black Lives Matter de 2020 et rendu public mercredi 31 mars qualifie le pays d’exemple à suivre en matière de réduction des inégalités raciales. Ces conclusions suscitent la polémique outre-Manche.

Le Royaume-Uni est-il institutionnellement raciste ? Non, conclut un rapport rendu public le mercredi 31 mars. “Très attendu”, le document de 258 pages va même plus loin, relève The Times : le pays serait en réalité, dans de nombreux domaines, un exemple à suivre en matière de réduction des inégalités raciales pour les États “à la population majoritairement blanche”.

Sont cités, notamment, les bons résultats scolaires des élèves issus de l’immigration, “meilleurs même dans huit matières du brevet des collèges que ceux des enfants blancs”, et un comblement des différences de salaires dans le monde professionnel. Le rapport, commandé par le gouvernement en juillet dernier dans le sillage des manifestations antiracistes Black Lives Matter, “ajoute qu’il existe une diversité grandissante dans les professions d’élite” britanniques.

Un modèle de cohésion

Ces conclusions, Rakib Ehsan les soutient entièrement dans les colonnes de The Spectator. “Aussi imparfait soit-il encore, le Royaume-Uni est devenu en Europe un modèle en matière de cohésion sociale et de justice économique, et en particulier entre les différentes communautés ethniques”, souligne le spécialiste de l’intégration des minorités au Royaume-Uni.

L’égalité raciale est un sujet qui bénéficie dans notre pays d’intérêt et d’attention aussi bien de la part des décideurs politiques, des médias ou du milieu universitaire, ce qu’on voit rarement dans les pays prétendument progressistes du continent.”

Et de citer l’exemple de la France, où la collecte de statistiques ethniques est interdite et où “l’obsession pour le principe de la ‘République une et indivisible’ est telle que le monde politique répugne à aborder de front les questions de discrimination raciale”.

Un rapport “cynique”

D’autres, en revanche, déplorent le “cynisme” du rapport, rédigé par la Commission sur les inégalités raciales et ethniques sous la houlette de Munira Mirza, une influente conseillère de Boris Johnson. Celle-ci “est connue de longue date pour sa critique souvent cinglante des actions menées par les gouvernements précédents pour lutter contre les facteurs structurels à l’origine des inégalités raciales”, rappelle The Guardian.

“Certes, les Britanniques noirs et asiatiques sont confrontés à moins de préjugés que leurs parents et leurs grands-parents”, note Sunder Katwala, du think tank British Future, auprès du journal londonien. “Mais quand vous vivez en 2021, cela vous fait une belle jambe.”

Quand un diplômé de Manchester avec un nom à consonance étrangère a moins de chances d’obtenir un entretien d’embauche que son camarade blanc au CV identique, en quoi devrait-il se réjouir d’être un peu mieux loti qu’il ne le serait à Milan ou à Marseille?”

D’autres militants interrogés par le quotidien prennent pour preuve de l’existence d’un racisme institutionnel le fait ques les Britanniques noirs ont neuf fois plus de chances de se retrouver derrière les barreaux que leurs compatriotes blancs. L’Institute for race relations, un autre think tank, analyse :

Ce rapport tombe à point nommé pour illustrer l’image qu’entend donner le gouvernement d’une nation britannique post-Brexit qui serait un phare de la bonne entente intercommunautaire et un modèle de diversité.

Les discours racistes persistent

Paradoxalement, la commission elle-même juge que le Royaume-Uni n’est pas “un pays postracial”, précise The Times.

Une profonde défiance persiste au sein de certaines communautés issues des minorités, qui restent hantées par un racisme historique, souligne le rapport, et les discours ouvertement racistes restent un grave problème, en particulier en ligne.”

Mais si de nombreuses inégalités persistent, à l’image du risque accru pour les minorités ethniques de mourir du Covid-19, “la commission conclut que les facteurs raciaux deviennent moins déterminants que d’autres, à commencer par la classe sociale ou la structure familiale”.

Voir encore:

Un meurtre sous les yeux des voisins

Kobili T. ressurgit quelques mètres plus loin, devant la porte de ses voisins, la famille D., au 3e étage du 26, rue de Vaucouleurs. Il sonne de façon insistante. Le père finit par lui ouvrir. Kobili T. entre pieds nus, ses baskets à la main et ses affaires sous le bras. « Sans donner aucune explication », il demande à rester dans l’appartement. Le père de famille refuse. Kobili T. insiste, et la situation s’envenime. « A ce moment-là, Kobili a changé de comportement et est devenu très énervé », se souvient la mère D.. Se saisissant des clefs, l’intrus ferme la porte. « Ça va être la mort », lance-t-il.

Effrayés, le couple D. et leurs enfants se réfugient dans la chambre parentale, bloquent la porte avec un meuble et appellent la police. Il est 4h25. Kobili T. reste seul à prier dans le salon pendant « vingt minutes, une demi-heure », récitant des sourates du Coran. Il enfile un jean. Puis sa voix s’éloigne. Il enjambe le balcon pour passer dans l’appartement voisin. « Je ne sais pas pourquoi, je ne me sentais pas en sécurité chez les D. », dira-t-il à la juge.

Lucie Attal, plus connue sous le nom de Sarah Halimi, est réveillée par le bruit. Cette retraitée de 65 ans, ancienne directrice de crèche, vit seule depuis son divorce. Kobili T. la connaît bien, elle habite dans l’appartement juste au-dessus du sien « depuis plus de dix ans ». « Je ne savais pas chez qui j’allais atterrir, assure-t-il à la juge. C’est quand j’ai marché dans l’appartement. J’ai vu une Torah. »

Sarah Halimi est de confession juive. Kobili T. le sait puisqu’elle a « la tenue pour aller à la synagogue » et ses enfants ont « la kippa » quand ils viennent la voir. En chemise de nuit et robe de chambre, elle tombe nez à nez avec l’intrus. « Je lui ai dit ‘appelez la police, on va se faire agresser' », raconte l’intéressé. Sarah Halimi n’en aura pas le temps. Kobili T. se met à la frapper avec le téléphone. Puis avec ses poings. « Je paniquais », dit-il encore.

La suite est décrite par les voisins, dont les lumières s’allument une à une dans la résidence.

J’ai pensé à une scène de ménage. Les bruits me faisaient penser à quelqu’un qui était frappé et à des objets qui tombaient sur le sol.

Un voisin, aux enquêteurs

La scène de violence se déporte sur le balcon. « Ça va aller madame, j’ai appelé la police », lance une voisine à Sarah Halimi. En vain. « L’ensemble a duré entre quinze et vingt minutes, je pense, c’était très long », se remémore péniblement Nicolas. Plusieurs témoins rapportent avoir entendu des insultes et des sortes d’incantations, en arabe et en français, couvrant le bruit des coups et des cris de la victime. « Tu vas payer », « c’est pour venger mon frère », « espèce de pute », « Allah Akbar », « que Dieu me soit témoin », hurle Kobili T. Lui ne s’en souvient pas. Il oublie également avoir crié « elle va se suicider, elle va se suicider » puis « j’ai tué le sheitan ».

Il se rappelle en revanche l’avoir « soulevée et jetée » par-dessus le balcon.

Une certaine confusion entoure l’intervention des policiers entre le premier appel reçu à 4h25 et la constatation du décès à 5h10. Arrivés devant la porte de l’appartement de la famille D., les forces de l’ordre, qui méconnaissent la configuration de la résidence, sont loin d’imaginer qu’ils vont avoir affaire à deux événements distincts : la séquestration de famille D., au numéro 26, puis l’agression mortelle de Sarah Halimi, au numéro 30.

Ils pensent être confrontés à une scène de violences conjugales. Puis, au seuil de l’appartement de la famille D., des prières en arabe leur parviennent derrière l’épaisseur de la porte. Craignant qu’elles ne soient prononcées par un jihadiste, les premiers policiers décident, par mesure de « sécurité », de s’armer et d’appeler des renforts.

Il faudra près d’une heure pour que les secours pénètrent dans la cour où Sarah Halimi est retrouvée morte, le visage méconnaissable, le corps disloqué. Même après la défenestration, les équipes en présence ne savent pas exactement de quoi il s’agit. « Si les policiers étaient intervenus immédiatement comme ils se devaient de le faire, madame Halimi serait en vie aujourd’hui », estime Jean-Alexandre Buchinger, l’avocat des enfants de la victime lors d’une conférence de presse, le 18 juillet. Une plainte a été déposée par un membre de la famille contre la police pour non assistance à personne en danger.

Depuis le balcon, Kobili T. hurle qu’il va « sauter » et jette des objets trouvés dans l’appartement. Il finit par être arrêté dans l’appartement de la famille D., dans lequel il est retourné, en repassant par le balcon. Plutôt calme lors de l’interpellation, il se montre agité pendant la garde à vue. Selon les rapports de police, il crache et menace de mort les policiers, qui doivent le ceinturer pour le maîtriser. A 13 heures, le diagnostic du psychiatre tombe : « troubles mentaux manifestes », incompatibles avec la garde à vue. Kobili T. est interné dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne.

Voir encore:

Affaire Sarah Halimi : cannabis, meurtre antisémite et irresponsabilité pénale

Le 4 avril 2017, Kobili Traoré, après l’avoir tabassée, jette sa voisine Lucie Attal (dite Sarah Halimi) par-dessus la rambarde de son balcon. Le 19 décembre 2019, confirmant la décision de première instance du 12 juillet 2019, la cour d’appel a rendu à l’encontre de Kobili Traoré un arrêt d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental. Cette décision se fonde sur le droit et des expertises psychiatriques ayant, pour deux d’entre elles, retenu l’abolition du discernement et, ainsi, à l’irresponsabilité pénale de l’auteur des faits.

Julien Mucchielli
Dalloz-actualité
30 décembre 2019

Il n’avait jamais ressenti quelque chose de semblable, bien qu’il eût toujours consommé frénétiquement du cannabis, environ quinze joints par jour depuis sa prime adolescence, Kobili Traoré n’avait jamais éprouvé une angoisse d’une telle nature, un sentiment d’insécurité permanente qui lui avait fait perdre le sommeil et l’appétit.

Lorsqu’il avait rencontré la nouvelle aide-soignante de sa sœur handicapée, le lundi 3 avril 2017, au domicile maternel où, à 27 ans, il demeurait encore, Kobili Traoré avait eu peur qu’elle lui jette un sort vaudou, cette pensée l’avait saisi quand il avait vu la femme haïtienne cracher dans une bouteille car elle était enceinte. Il l’avait mise à la porte et avait amené ses neveux chez la famille Diarra, ses voisins du dessous.

Sa sœur a rapporté cette scène aux policiers. Elle leur a dit aussi que, sans raison apparente, il n’avait pas cru son beau-père qui lui avait simplement indiqué se rendre à l’hôpital. Depuis le week-end précédant les faits, « Kobili évoquait le Sheitan partout, il voyait le diable, quand je lui parlais, il riait, il n’arrêtait pas de faire des va-et-vient. Je ne reconnaissais pas mon frère ». D’une manière générale, il n’avait pas l’air d’être dans son état normal. C’était visible à ses yeux qui ne clignaient pas, à sa manière de parler. Sa mère aussi l’avait remarqué. Le 3 avril, elle a même demandé à son ami Kader d’emmener Kobili Traoré à la mosquée, où ce dernier se rendait de temps à autre. La pratique de la religion, chez lui, était régulière, et pouvait s’avérer assidue ou non, selon la période. Sa sœur précisait qu’il connaissait les prières mais pas le Coran. « Il n’était pas trop dans l’Islam. »

Kobili Traoré n’avait jamais aimé étudier, qu’il s’agisse du Coran ou de l’école, il avait tôt dans sa vie fait l’expérience de l’oisiveté et de la délinquance. Son casier est chargé de vingt condamnations, pour du trafic de cannabis, des vols et des violences. Depuis l’âge de 18 ans, il avait été incarcéré plusieurs fois.

C’est pour cette raison qu’il était craint dans l’immeuble de la rue de Vaucouleurs, dans le XIe arrondissement de Paris. « Il faisait son business, du trafic de drogue, il est connu pour ça et c’est en ça que les gens le craignent. Ils ont vu ses agissements avec la police ou entre jeunes, quand ça dégénère », dit la gardienne de l’immeuble. Elle ajoutait qu’il ne lui avait jamais fait de mal, ne l’avait jamais menacée ou dit un mot plus haut que l’autre. Elle décrivait que Mme Lucie Attal, dite Sarah Halimi, était craintive et repliée sur elle-même et qu’elle ne l’avait jamais entendue se plaindre de la famille Traoré.

« Il était effrayant, pieds nus, tendu, avec un drôle de regard. Je ne l’avais jamais vu comme ça. »

Mais le 3 avril 2017, Kobili Traoré n’est plus lui-même. Abdel, une connaissance du quartier, l’a entendu se plaindre de son mal-être : « J’ai trouvé qu’il avait vraiment changé ce soir-là, comme si un autre personnage avait pris possession de lui », dit-il aux policiers le 6 avril. Sofiane, une autre connaissance : « C’était vraiment étrange, il semblait vraiment perturbé », consigne-t-il sur procès-verbal le 4 avril. Son ami d’enfance Kader l’avait trouvé tourmenté, ne l’avait pas vraiment reconnu. Dans la nuit, après s’être endormis devant un film après avoir fumé du cannabis, Kobili Traoré se leva – il était environ 3h30. « Il était effrayant, pieds nus, tendu, avec un drôle de regard. Je ne l’avais jamais vu comme ça. » Il n’avait pu l’empêcher de sortir.

Kobili Traoré est en proie à un désordre psychique important ; il a en vérité déjà perdu contact avec la réalité. Il se présente chez ses voisins, la famille Diarra, ses chaussures à la main et leur demande de rester chez eux. Il est 4h30 du matin. Le père Diarra l’éconduit, ils se bagarrent un peu mais Kobili Traoré reste. Il ne l’a pas noté tout de suite mais, avec sa femme, ils finissent par voir que les yeux de Traoré « partaient dans tous les sens » ; ils avaient alors senti une folie totale, s’étaient barricadés dans la chambre et l’avaient entendu réciter ses prières.

C’est alors que Kobili Traoré décida d’enjamber le balcon des Diarra et de s’introduire chez Lucie Attal-Halimi par la fenêtre. En entrant, il aperçut une Torah, un chandelier, puis Mme Attal, réveillée par le bruit. Kobili Traoré – selon ses dires – lui demanda d’appeler la police car il pensait qu’ils allaient se faire agresser, ce qu’elle avait fait en indiquant le 30, rue de Vaucouleurs. Traoré avait oublié avoir changé d’immeuble en changeant de logement, il pensa la corriger en disant qu’ils étaient au 32, mais elle insista au téléphone, alors, sans qu’il sache pourquoi, il se mit à la frapper, avec le téléphone et avec ses poings. « Tu vas fermer ta gueule, grosse pute, salope… Tu vas payer ! », l’avait entendu crier un voisin, témoin de la scène : « Un homme à la peau noire frappant une femme à genou », avait scrupuleusement rapporté une autre voisine aux policiers. Kobili Traoré avait aussi crié « Allahu akbar, que Dieu me soit témoin », ainsi que « tu vas payer, c’est pour venger mon frère ». Alors, il saisit la femme blessée par les poignets, la fit basculer par-dessus la rambarde du balcon ; Lucie Attal tomba dans les jardins de la résidence. C’est cette chute qui causa sa mort.

Traoré avait tenté de se réfugier chez les Diarra, après avoir hurlé qu’une femme s’était suicidée, puis il fut interpellé.

Son état fut jugé incompatible avec un maintien en garde à vue. Par décision du préfet, il était placé en hôpital psychiatrique, puis en unité pour malade difficile (UMD), où il fit une nouvelle crise le 22 avril, après avoir consommé du cannabis – en cachette. En juin, son état psychiatrique, qui imposait une contention et un isolement du fait d’un comportement imprévisible et potentiellement hétéroagressif, l’empêchait toujours d’être entendu par le juge qui instruisait l’homicide volontaire commis à l’encontre de Lucie Attal, pour lequel Kobili Traoré fut mis en examen le 10 juillet, ainsi que pour séquestration.

Au cours de l’instruction, les parties civiles ont insisté sur le caractère antisémite de ce crime. Le frère de la victime, dont il était proche et qui l’avait vue pas plus de deux mois avant sa mort, a même fait état d’une radicalisation en prison et de la fréquentation d’une mosquée salafiste, mais ces propos sont sans fondement, tout comme celui de la nature islamiste du meurtre. Le frère de Lucie Attal indiqua également aux policiers que Kobili Traoré, aux dires de sa sœur, l’avait un jour insultée et lui avait craché dessus en raison, selon elle, de sa judéité. Plusieurs membres de la famille de la victime rapportent en revanche un climat hostile à la seule personne juive de la résidence, notamment un « sale juive » proféré par la sœur de Kobili, dix ans auparavant, alors qu’elle était adolescente. D’une manière générale, les enfants et le frère de la victime ont expliqué aux services de police que leur mère et sœur craignait pour sa sécurité et ressentait une réelle hostilité à son encontre, du fait de sa confession juive, et qu’elle avait même cherché à déménager, du moins s’était-elle posé la question. Cherchant à objectiver ces témoignages, les enquêteurs ont analysé la tablette numérique de Kobili Traoré, et, sur 3 652 éléments d’historique internet datés du 4 janvier 2016 au 10 mai 2017, ils n’ont retrouvé aucune trace de site antisémite ou djihadiste. Dans sa famille et parmi la famille Diarra (eux aussi désignés antisémites par la victime), personne n’a relevé une attitude hostile envers les juifs chez Kobili Traoré. Il en est de même pour son beau-frère, lui-même juif.

Un acte délirant et antisémite

C’est sur la base de ces éléments que le docteur Daniel Zagury, expert psychiatre, a procédé à l’examen de Kobili Traoré, afin de déterminer s’il était atteint d’un trouble ayant altéré ou aboli son discernement. « Le tableau clinique présenté par Kobili Traoré est celui d’une bouffée délirante aiguë survenue sur fond de déstabilisation », car le patient se trouvait dans une phase de mutation existentielle, sommé de s’extirper de son oisiveté, d’affronter de nouvelles responsabilités (il allait se marier avec une cousine, devoir trouver un travail et « affronter la réalité de la vie »). Le début de cette bouffée délirante aiguë a été brutal : angoisse massive, troubles du sommeil, survenue d’idées d’empoisonnement et de sorcellerie. « Il faut absolument comprendre que ce type de symptomatologie est plus marquée par le chaos, le bouleversement des repères, l’angoisse. […] Le sujet subit sans comprendre ce qui advient et agit pour se défendre », écrit le psychiatre. « La thématique délirante, comme c’est classique, est mal structurée, à coloration persécutive, dominée par le mysticisme, la démonopathie, le manichéisme. »

Le docteur Zagury explique que ces troubles psychotiques ont été induits par la prise de cannabis. En effet, il n’a, à 27 ans, aucun antécédent psychiatrique et, bien qu’incarcéré quatre fois, il n’a jamais fait appel à un psychiatre ; il a récemment accru sa consommation de cannabis (ce qui est discutable, ndlr) ; la crise eut un début brutal et une résolution assez rapide ; la crise a eu une dimension onirique ; c’est, enfin, l’extrême brutalité des conduites agressives et de la destructivité qui plaide en ce sens. Son diagnostic : « En dépit de la réalité indiscutable du trouble aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité. Il s‘agit d’une appréciation légale constante. » En revanche, « la nature des troubles dépassant largement les effets attendus justifie que l’on considère son discernement comme ayant été altéré au sens du deuxième alinéa de l’article 122-1 du code pénal ».

Dans une expertise complémentaire, l’expert explique cette différence entre les effets attendus du cannabis et la psychose survenue chez Kobili Traoré : « la bouffée délirante aiguë n’est pas l’ivresse cannabique. Elle était la réaction psychique, à un moment donné, à la consommation habituelle du sujet. […] Une fois déclenché, le processus délirant agit indépendamment, pour son propre compte, même si la personne interrompt sa consommation. » L’ivresse cannabique n’est donc pas une cause d’irresponsabilité pénale. La loi prévoit qu’elle est une circonstance aggravante, mais seulement en matière délictuelle et non lorsqu’il s’agit de faits criminels.

Punisher islamiste

Un acte délirant est-il compatible avec une motivation antisémite ? Les délirants, explique le docteur, « abreuvent leur thématique délirante à partir de l’ambiance sociétale et des événements du monde ». Les délires mystiques sont de « forts pourvoyeurs d’éléments médico-légaux ». En faisant l’hypothèse qu’il partage des préjugés antisémites largement répandus, le sujet a, dans l’univers manichéen de son délire, occupé la posture du vengeur, du punisher (le film qu’il venait de regarder, ndlr) islamiste. Néanmoins, observe l’expert, « il ne paraît pas possible d’affirmer que Mme Lucie Attal a été délibérément recherchée pour être massacrée parce qu’elle était juive. Par contre, le fait qu’elle soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime ». Autrement dit, le crime de Kobili Traoré est un acte délirant et antisémite.

Le docteur Zagury a procédé à des expertises complémentaires les 28 octobre 2017 et 8 janvier 2018. Puis un collège de trois experts, composé des docteurs Paul Bensussan, Frédéric Rouillon et Élisabeth Meyer-Buisan a rendu son avis sur l’expertise du docteur Zagury : « Il s’agit d’une excellente expertise, avec une parfaite maîtrise du dossier et une finesse d’évaluation sémiologique. Nous sommes en plein accord avec le diagnostic d’état psychotique aigu et avec l’analyse qui est faite et la dimension antisémite du geste. »

Le collège d’experts fait état d’un brief psychotic disorder (au sens du DSM) chez Kobili Traoré et conclut à la dimension psychopathique (ou sociopathique) de sa personnalité. Dans leur rapport, les experts évoquent le rôle possiblement déclencheur de la consommation chronique de cannabis et un possible mode d’entrée dans une schizophrénie en raison de la durée anormalement longue de l’épisode et de sa résistance au traitement. Les experts reviendront sur ce pronostic de schizophrénie mais maintiendront leurs conclusions : « ce trouble pychotique bref a aboli son discernement, car l’augmentation de la consommation de cannabis (augmentation très relative) s’est faite pour apaiser son angoisse et son insomnie, prodromes probables de son délire, ce qui n’a fait qu’aggraver le processus psychotique déjà amorcé. »

Une troisième expertise fut diligentée, et les docteurs Guelfi, Pascal et Coutanceau conclurent également à l’abolition du discernement de Kobili Traoré, posant le même diagnostic que leurs confrères (« l’infraction reprochée apparaît en lien direct avec une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique »).

Hospitalisation d’office

Dans les débats menés en première instance, le procureur de la République avait demandé le renvoi de Kobili Traoré devant une cour d’assises, expliquant que, « par son comportement volontaire de consommation de stupéfiants, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité », peut-on lire sur le site du Point. Me Francis Szpiner, avocat de la famille de la victime, rejoint également cette analyse, qui est celle du docteur Zagury, « les choses sont assez simples, à dire vrai : je consomme un produit illicite, je suis comptable des conséquences que cette consommation peut avoir par la suite », dit-il dans le même article. Devant la chambre de l’instruction, l’avocat général s’est rangé à l’avis des juges, qui est celui de l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. La chambre de l’instruction, après avoir relevé que des charges suffisantes d’homicide volontaire avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme pouvaient être retenues à l’encontre du mis en examen, a conclu, le 19 décembre 2019, à l’abolition du discernement de Kobili Traoré et, en conséquence, à son irresponsabilité pénale.

La partie civile a annoncé former un pourvoi en cassation, sans plus de précision pour le moment. Dans un arrêt du 12 mai 2010, la chambre criminelle avait rejeté un pourvoi portant sur une décision de non-lieu rendue par la cour d’appel, sur la base d’expertises concluant à une bouffée délirante aiguë ayant eu lieu au moment de la survenue de faits d’homicide volontaire, bouffée délirante consécutive à une consommation de cannabis.

Les juges de la cour d’appel ont immédiatement rendu une ordonnance d’hospitalisation d’office, car Kobili Traoré présente une dangerosité psychiatrique extrême, disent les experts, « que nous considérons comme durable en dehors d’un milieu psychiatrique ». Il restera hospitalisé tant que les médecins de son établissement le jugeront utile. S’ils décidaient que ces soins n’étaient plus nécessaires, le représentant de l’État dans le département devra ordonner une expertise conduite par deux experts extérieurs à l’établissement. En cas de consensus sur la possible levée d’une hospitalisation sans consentement, le représentant de l’État ordonne la levée des soins. En cas de désaccord, il devra en informer le directeur de l’établissement, qui saisira alors le juge des libertés et de la détention, qui tranchera.

Voir de plus:

« Je l’ai jetée par la fenêtre »: les déclarations du tueur présumé de Sarah Halimi

EXCLUSIF. Le jeune musulman soupçonné d’avoir défenestré sa voisine juive, en avril à Paris, a été entendu pour la première fois par la juge lundi. L’Express a eu accès à ses déclarations.

Je me sentais comme possédé. Je me sentais comme oppressé par une force extérieure, une force démoniaque », se défend-il, attribuant son état à « la dizaine de joints » qu’il avait fumés. L’homme confirme qu’il ne prenait aucun médicament. Il n’a par ailleurs aucun antécédent psychiatrique.

« J’ai crié ‘Que Satan soit béni' »

C’est la veille du drame que Kobili T. aurait ressenti ses premières « bouffées d’angoisse ». Il se rappelle être allé prier à la mosquée, avoir invectivé l’aide soignante de sa soeur handicapée et s’être endormi chez un ami devant le film The Punisher.

Dans la nuit, à 3h30, il se réveille et se dirige vers l’appartement de la famille D., dont le balcon jouxte celui de Sarah Halimi. « Je ne sais pas pourquoi, glisse-t-il à la magistrate, précisant qu’il avait été affecté par une énième dispute avec sa mère un peu plus tôt. Je me sentais stressé. »

Chez les D, des proches de sa famille de longue date, le tueur présumé affiche une attitude nerveuse. Il reconnaît avoir eu un « accrochage » avec eux, mais nie les avoir séquestrés. « J’ai crié ‘Que Satan soit béni’. Ils s’enferment tous après. […] Moi je voulais rester, je ne sais pas pourquoi. » Prétendant s’être senti « pourchassé », il raconte qu’il s’est mis à « réciter des paroles du Coran » dans le salon. Environ 30 minutes plus tard, Kobili pénètre chez la victime.

« Je l’ai tapée avec le téléphone, ensuite avec mes poings »

Le jeune homme est incapable d’expliquer cette intrusion, mais affirme avoir eu le sentiment de ne pas être en sécurité chez les D. « Je ne savais pas chez qui j’allais atterrir. C’est quand j’ai vu dans l’appartement une Torah, j’ai vu la dame qui s’est réveillée. » Il ajoute: « Je lui ai dit ‘Appelez la police, on va se faire agresser’. Elle a appelé d’un téléphone fixe. » Un combiné ensanglanté, les piles étalées sur le sol, a bien été découvert par les enquêteurs.

Kobili se met alors à frapper Sarah Halimi avec une violence insensée, dont il ne se cache pas. « Je l’ai tapée avec le téléphone, ensuite avec mes poings. Ensuite, je ne sais pas ce qui m’a pris, je l’ai soulevée et jetée par la fenêtre [du balcon, en réalité]« .

Là encore, il ne s’épanche pas sur l’élément déclencheur de son entreprise meurtrière. Tout juste se remémore-t-il un moment de panique et un échange confus au sujet du numéro de l’immeuble avec sa victime. A plusieurs reprises lors de son audition, il se retranche derrière des « je ne sais pas ».

– Des voisins disent avoir entendu « Allah Akbar », lui fait remarquer la juge d’instruction.

– Je ne me souviens pas d’avoir dit ça.

De même, Kobili ne se rappelle pas avoir crié « Tu vas payer ». De nombreux témoins ont pourtant dit aux enquêteurs avoir entendu un mélange de hurlements, de menaces et de références religieuses, en français et en arabe. L’homme est interpellé à 5h35 par trois policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC), arrivés pourtant sur les lieux près d’une heure auparavant. « Je pensais que c’était des démons », répète-t-il devant la magistrate.

« C’est horrible. Je n’aurais jamais dû faire ça »

Interrogé sur ses liens avec la retraitée, le jeune tueur se montre plus prolixe. Oui, il savait qu’elle était sa voisine du dessus, depuis « au moins dix ans ». Oui, il avait connaissance de sa pratique religieuse assidue. Comment? « Sa façon de s’habiller, avec des habits traditionnels pour aller à la synagogue, ou ses enfants quand ils venaient et avaient la kippa. »

En revanche, Kobili nie que la religion de Sarah Halimi ait motivé son geste. « Je ne suis pas antisémite. Ça aurait pu tomber sur n’importe qui », se défend-il, précisant n’avoir jamais eu de problèmes avec la communauté juive. Il consent quelques regrets. « C’est horrible. Je n’aurais jamais dû faire ça, c’est sans doute parce que j’avais fumé trop de cannabis. »

« J’ai le sentiment d’un déni de justice »

A l’issue de son audition, il a été mis en examen pour « homicide volontaire » et « séquestration ». La circonstance aggravante de l’antisémitisme n’a pas été retenue à ce stade, au grand dam des avocats des proches de Sarah Halimi.

« J’ai le sentiment d’un déni de justice, vitupère maître Jean-Alex Buchinger. Ses réponses sont claires, structurées et préparées. Elles prouvent qu’il n’était pas dans un état de démence ni à l’époque des faits, ni aujourd’hui. Il avait conscience que madame Halimi était juive. La connotation islamiste et antisémite de son acte est indéniable. » Maître Gilles-William Goldnadel abonde: « Je trouve cela assez incongru que la justice ne retienne pas la dimension antisémite lorsqu’un islamiste torture quelqu’un pendant une demi-heure en criant ‘Allah akbar' ».

Pour ces avocats, Kobili a la mémoire sélective et n’assume pas « d’avoir ciblé sa victime ». Ils le soupçonnent d’avoir préparé ses réponses en lisant la presse. « Tout ce qu’on essaye de faire passer par les médias, c’est faux », s’est dédouané le jeune homme devant la juge, admettant avoir eu connaissance de l’émoi provoqué par son crime dans la communauté juive. Kobili a été placé sous mandat de dépôt mais reste hospitalisé.

Jérémie Pham-Lê et Anna Benjamin
Voir enfin:

Mort de Sarah Halimi : la Cour de cassation confirme l’irresponsabilité de son meurtrier, qui ne sera pas jugé

Le pourvoi de la famille de la victime, qui espérait un procès, a été rejeté. Les expertises psychiatriques concluaient que Kobili Traoré avait commis les faits au cours d’une « bouffée délirante » sur fonds de forte consommation de cannabis.

Le Monde avec AFP

14 avril 2021

Il n’y aura pas de procès dans l’affaire Sarah Halimi, sexagénaire juive tuée en 2017 à Paris : la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a rejeté le pourvoi formé par la famille de Mme Halimi contre la décision rendue en 2019 par la cour d’appel de Paris, qui avait déclaré l’homme irresponsable pénalement sur la base de trois expertises, selon lesquelles il avait commis les faits au cours d’une « bouffée délirante » sur fonds de forte consommation de cannabis. La Cour de cassation, tout en entérinant le caractère antisémite du crime, a confirmé, mercredi 14 avril, l’irresponsabilité pénale du meurtrier.

Cette décision, qui ne remet pas en cause son hospitalisation psychiatrique ordonnée par la justice, a suscité déception et colère des représentants de la communauté juive. « C’est un drame supplémentaire qui s’ajoute à cette tragédie », a déploré la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme). « Désormais, on peut dans notre pays torturer et tuer des Juifs en toute impunité », a vivement réagi le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Francis Kalifat.

« Les citoyens français de confessions juives doivent-ils aujourd’hui prendre leur propre disposition pour assurer leur propre sécurité ? », est allée jusqu’à déclarer l’une des avocats de la famille Halimi, Me Muriel Ouaknine Melki, annonçant vouloir porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Pour la défense, au contraire, la Cour a maintenu sa jurisprudence « malgré la pression politique ou médiatique » : « On peut comprendre la frustration des victimes en l’absence de procès mais, en l’état actuel, notre droit refuse le jugement des actes de ceux dont le consentement a été aboli », s’est félicité Me Patrice Spinosi.

La polémique

L’affaire, qui suscite la controverse depuis quatre ans en France et en Israël, notamment sur l’antisémitisme qui imprégnerait certains quartiers populaires, remonte au 4 avril 2017. Cette nuit-là, Kobili Traoré, 27 ans, de confession musulmane, fait irruption chez sa voisine de 65 ans, Lucie Attal aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris de « Allahou akbar ! », il la roue de coups en récitant des versets du Coran, avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville, dans l’est de Paris. Le jeune homme, fort consommateur de cannabis depuis l’adolescence, est arrêté et immédiatement hospitalisé.

D’un côté, la polémique s’enflamme et un bras de fer s’engage entre le parquet de Paris et la juge d’instruction sur le caractère antisémite du geste, finalement, retenu par la magistrate en 2018. De l’autre, sept experts examinent successivement M. Traoré : à l’unanimité, ils concluent que le jeune homme était en proie à une « bouffée délirante ».

La charge revenait alors à la justice de décider si son discernement était alors « altéré », ouvrant la voie à un procès, ou bien « aboli », synonyme d’abandon des poursuites. Après un débat public, la cour d’appel de Paris, le 19 décembre 2019, avait déclaré Kobili Traoré irresponsable pénalement et ordonné son hospitalisation assortie de mesures de sûreté pour vingt ans.

« Le besoin de procès est là »

Cette décision avait fait scandale, suscitant de vives réactions politiques à droite comme à gauche. Une initiative sénatoriale était lancée pour changer la loi sur la responsabilité pénale, et la ministre de la justice lançait une mission d’experts. « Le besoin de procès est là », avait commenté le président Emmanuel Macron depuis Jérusalem, récoltant une rare mise au point des deux plus hauts magistrats français sur l’indépendance de la justice.

Le 3 mars, devant la Cour de cassation, les avocats de la famille Halimi avaient demandé de retenir la responsabilité du jeune homme, compte tenu de son intoxication volontaire. A l’inverse, la défense et l’avocate générale avaient défendu la nécessité de maintenir une distinction entre l’ivresse, causée par la prise volontaire de psychotropes (alcool, cannabis…), aux effets prévisibles, et le trouble psychiatrique inattendu. L’ivresse laissant une part de discernement, tandis que le trouble l’abolit.

« Aucun élément du dossier n’indique que la consommation de cannabis par l’intéressé [dont c’était la première crise] ait été effectuée avec la conscience que cet usage de stupéfiants puisse entraîner une telle manifestation [psychique] », a répondu, mercredi, la Cour de cassation. Les dispositions de la loi actuelles « ne distinguent pas selon l’origine du trouble psychique ayant conduit à l’abolition de ce discernement », écrit la Cour, écartant l’hypothèse de retenir une responsabilité pour une faute antérieure au trouble délirant.

Sur le caractère antisémite, la Cour de cassation a validé les décisions antérieures, fondées sur les conclusions du docteur Daniel Zagury : selon le médecin expert, Kobili Traoré avait été pris d’un « délire persécutif polymorphe, à thématique mystique », lors duquel « le simple préjugé » antisémite s’est transformé « en conviction absolue ».

Une pression médiatique et politique

Les avocats du frère de Mme Halimi avaient alors annoncé leur intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. « On peut aujourd’hui fumer, sniffer, se piquer à haute dose au point de provoquer à soi-même une bouffée délirante aiguë, qui a entraîné une abolition du discernement, et l’on va bénéficier d’une irresponsabilité pénale », a dénoncé Me Oudy Bloch. Pour Me Muriel Ouaknine Melki : « C’est un mauvais message passé aux citoyens français de conviction juive. »

La cour « n’a pas voulu changer » sa jurisprudence, « malgré la pression politique ou médiatique dans cette affaire particulièrement sensible », s’est félicité Me Patrice Spinosi, l’avocat de M. Traoré. « On peut évidemment comprendre la frustration des victimes en l’absence de procès, mais, en l’état actuel, notre droit refuse le jugement des actes de ceux dont le consentement a été aboli », a-t-il rappelé.

Le Monde avec AFP


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28 mars, 2021


The number of the beast is 666 (William Blake, 1805)

Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Lettre aux Galates 3: 28)
Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon. Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie. Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes. Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. Jean (Apocalypse 13: 11-18)
L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. Pascal (1670)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton (1908)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King (1963)
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La glorification d’une race et le dénigrement corollaire d’une autre ou d’autres a toujours été et sera une recette de meurtre. Ceci est une loi absolue. Si on laisse quelqu’un subir un traitement particulièrement défavorable à un groupe quelconque d’individus en raison de leur race ou de leur couleur de peau, on ne saurait fixer de limites aux mauvais traitements dont ils seront l’objet et puisque la race entière a été condamnée pour des raisons mystérieuses il n’y a aucune raison pour ne pas essayer de la détruire dans son intégralité. C’est précisément ce que les nazis auraient voulu accomplir (…) J’ai beaucoup à cœur de voir les noirs conquérir leur liberté aux Etats Unis. Mais leur dignité et leur santé spirituelle me tiennent également à cœur et je me dois de m’opposer à toutes tentatives des noirs de faire à d’autres ce qu’on leur a fait. James Baldwin
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian. One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels. And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government? The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state? Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments. (…) Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists. That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head. There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things. Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.” To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century. As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money. And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.  Dennis Prager
Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960. (…) Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques. (…) Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. (…) Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas. (…) Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui. (…) Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale. (…) Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum
On s’attendait à ce qu’avec le gouvernement du président Biden, il y ait un meilleur traitement des migrants. Et cela a poussé les migrants d’Amérique centrale, et aussi de notre pays, à vouloir traverser la frontière en pensant que c’était plus facile de le faire. Andrés Manuel López Obrador (président mexicain)
S’il y a une reprise aux États-Unis, il est plus facile d’y aller et de trouver du travail. Beaucoup avaient peur de Trump et la plupart ne voulaient pas essayer de traverser la frontière. Mais maintenant, nombreux sont ceux qui envisagent d’émigrer aux États-Unis. Adrián Cahun
Je suppose que je devrais être flatté que les gens viennent parce que je suis un mec sympa; c’est la raison pour laquelle cela arrive – que je suis un homme honnête ou quelle que soit sa formulation. C’est – vous savez, c’est pourquoi ils viennent, parce qu’ils savent que Biden est un bon gars. La vérité est que rien n’a changé. Comme beaucoup de gens sont venus – 28 pour cent d’augmentation du nombre d’enfants à la frontière dans mon administration; 31% au cours de la dernière année de – en 2019, avant la pandémie, dans l’administration Trump. Chaque année, il y a une augmentation importante des arrivées à la frontière pendant les mois d’hiver de janvier, février et mars. Cela arrive chaque année. En plus de cela, il y a un – et personne – et, au fait, est-ce que quelqu’un suggère qu’il y a eu une augmentation de 31% sous Trump parce qu’il était un gars sympa et qu’il faisait de bonnes choses à la frontière? Ce n’est pas la raison pour laquelle ils viennent. La raison pour laquelle ils viennent est que c’est le moment où ils ont le moins de chances de mourir de chaleur dans le désert. Joe Biden
C’est juste un monde différent. C’est triste de les voir ainsi lui servir les questions. C’est des questions faciles. Et son entourage prêt à lui arracher le micro si quelqu’un commençait à se montrer un peu désobligeant. Tout ça est ridicule.[Sur la capitale américaine après le 6 janvier devenue une forteresse avec barbelés] Je pense que c’est honteux – il semble que le monde regarde – absolument, c’est une manœuvre politique qu’ils font. Il y avait zéro menace depuis le début , il n’y avait aucune menace. Ecoutez – ils sont entrés, ils n’auraient pas dû le faire. Certains d’entre eux sont entrés et ils embrassent la police et les gardes. Ils avaient une excellente relation. Et pour beaucoup d’entre eux, on les a laissé rentrer sans problème et puis ils sont entrés et ils sont sortis. Ils persécutent beaucoup de ces gens. Et certains d’entre eux devraient être punis, mais quand je regarde les antifas à Washington même, ce qu’ils ont fait à Washington et ce qu’ils ont fait dans d’autres endroits et la destruction et franchement les meurtres et le passage à tabac des gens … pourquoi ils ne s’en prennent pas aux antifas ? (…) [sur HR1] Ils essaient d’obtenir quelque chose sans pièce d’identité pour voter, pas de vérification de signature, on envoie tous les bulletins de vote qu’on peut. Vous n’aurez plus jamais une élection équitable dans ce pays. Comme pour les dernières élections, c’était honteux. C’était une élection du tiers-monde. (…) Il y a beaucoup de choses qui se sont passées que les législatures n’ont pas approuvé. Notre Cour suprême devrait avoir honte. En vertu de la Constitution, tout ce qu’ils ont fait aurait dû être approuvé par les législatures. Donald Trump
Les Américains ont eu un mérite dès l’été 2020, ils ont dit : « On met le paquet et on y va. » Et donc ils ont plus. Ils ont eu plus d’ambition que nous. Et le quoi qu’il en coûte qu’on a appliqué pour les mesures d’accompagnement, eux l’ont appliqué pour les vaccins et la recherche. Nous, on n’a pas été assez vite, assez fort là-dessus. C’est tout à fait vrai et on a pensé que le vaccin mettrait du temps à décoller. (…) Et donc on a sans doute moins rêvé aux étoiles que certains autres. Et je pense que ça doit être une leçon pour nous-mêmes. On a eu tort de manquer d’ambition, j’allais dire de folie, de dire : « C’est possible et on y va. » On est trop rationnel peut-être. Emmanuel Macron
Écoutez, vous avez un ancien président Trump, qui est raciste, sexiste, homophobe, xénophobe, menteur pathologique, autoritaire, quelqu’un qui ne croit pas à l’état de droit. Il est vraiment dangereux. Mais si vous me demandez si je me sens particulièrement à l’aise que le président, à ce moment-là, des États-Unis, ne puisse exprimer son point de vue sur Twitter ? Je ne me sens pas à l’aise à ce sujet. Maintenant, je n’ai pas la réponse. Vous voulez que les discours de haine et les théories du complot circulent dans tout le pays ? Non. Vous voulez qu’Internet soit utilisé à des fins autoritaires et insurrectionnelles, si vous voulez? Non, bien sûr. Alors, comment trouver le bon équilibre ? Je ne sais pas, mais c’est une question à laquelle nous devons réfléchir.  Parce que s’il y a quelqu’un qu pense qu’hier, c’est Donald Trump qui a été interdit, demain, ça pourrait être quelqu’un d’autre qui a un point de vue très différent et je n’aime donc pas donner autant de pouvoir à une poignée de personnes de la high tech, mais le diable est évidemment dans les détails et c’est quelque chose sur laquelle nous allons devoir réfléchir longuement, et c’est ainsi que vous préservez les droits du premier amendement sans faire basculer ce pays dans une mentalité de mensonge et les théories du complot. Bernie Sanders
Les Américains méritent la vérité sur ce qui se passe à la frontière et ils méritent également une évaluation lucide de l’administration Biden sur la façon dont ils vont gérer cela à l’avenir. Mais les événements d’aujourd’hui ont confirmé que l’équipe Biden ne nous dira jamais la vérité sur la frontière et que le flux humain massif entrant dans notre pays ne s’arrêtera pas tant que les Républicains n’auront pas battu les Démocrates à plate couture en 2022. Juste parce que le pauvre Joe Biden perd le fil de ses pensées, ne pensez pas une seconde que les gens qui tirent ses ficelles ne savent pas ce qu’ils font, ils le savent. Ils ont l’intention d’inonder ce pays d’autant de travailleurs à bas salaires et de futurs électeurs démocrates qu’ils le peuvent, et aussi vite que possible. Les Démocrates, tout comme les cartels, exploitent les migrants pour l’argent et le pouvoir. Quant au reste d’entre nous, nous sommes simplement censés nous réjouir du fait que notre pays soit complètement déstabilisé. Laura Ingraham
The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles. Politico
It’s early, but not too early to give Politico the scoop-of-the-year award for this: “The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles.” The hoops you have to jump through — and with your eyes closed! — to reach a sweeping conclusion like that is what makes it award-winning. First, you must, at least temporarily, steel your mind to reject any contrary facts, including that President Biden has not held a press conference, meaning the chance for gaffes and inanities is basically zero because he always gets to read from a TelePrompter. You also have to overlook the fact that he is only slightly more willing to agree to interview requests, which also reduces his chances to screw up. Finally, you have to pretend that he didn’t commit the many gaffes he committed when he did venture to talk with the media. Other than that, good job. That’s how you win the big prizes in Washington. Only later, in an on-the-other-hand sequence, do the Politico writers admit the contradictions that obliterate their opening. The most notable is that they point out that after Biden’s lone interview since taking office, with CBS, the White House “had to clarify his comments on whether Trump would receive intelligence briefings, the fate of the $15 minimum wage, and what Iran needed to do in negotiations surrounding the country’s nuclear program.” No wonder he’s hiding — three major “clarifications” after one interview is a good reason not to do another. But hey, no gaffes, no worries. The story is in some ways typical of the big picture that shows, now that Donald Trump is gone, the media are free to return to trivial pursuits to protect their chosen president. For four years, we were assured that journalism was about saving American democracy. Now journalism is about … nothing. That might be reasonable if there were nothing to cover. But the willful blindness illustrates how most of the Washington press corps has put aside the brass knuckles it used on Trump and taken out the pom-poms to cheerlead for another Democrat in the White House. If they were serious about covering Biden seriously, the media would examine the elephant in the room instead of just mentioning it. Why exactly isn’t the president of the United States available for questions? After all, he just signed one of the largest stimulus bills in history, a $1.9 trillion monster that throws money around like a tooth fairy on a drunken binge. It did not get a single GOP vote in either house despite Biden’s claims he wants bipartisanship. (…) Ten Republican senators got the brushoff when they offered to work with him, and then were insulted by the White House. Does he regret that? (…) The stimulus supporters are making wild claims for what it will achieve, saying it will reduce poverty by a third this year and ultimately cut child poverty in half. Can Biden explain and defend those claims, which seem preposterous on their face? Then there’s the border crisis, which is causing Biden’s team to do mental gymnastics to avoid admitting it’s a crisis. Trump had faced similar problems, but a series of measures, including agreements with Mexico and other nations, finally helped stem the tide of caravans. Biden intentionally broke those agreements and effectively invited all of Central America to come on in. A fair and functioning media would demand to hear the president himself discuss the disaster he created, which has put thousands of unaccompanied children in overcrowded custody facilities. Naturally, the press doesn’t bewail the lockdowns as “kids in cages” as they did with Trump. How about the Mideast — what are Biden’s plans? He wants a new deal with Iran and as a sweetener, removed the terrorist designation Trump slapped on the Houthis, an Iranian proxy group attacking Saudi Arabia from Yemen. The Houthis responded with even more sophisticated missile attacks on Saudi oil installations. And who knows what happened to the Hunter Biden story? This is, after all, the president’s son and the FBI has admitted he is a subject in an ongoing criminal tax case, and maybe more. [or] whether there is any reason to be concerned about Biden’s mental acuity. The fact that he’s been largely invisible tells me there is. To deny that is to glibly assume that everything is fine with a 78-year-old man who is obviously not as sharp as he was just a few years ago and who is being hidden from the public in ways that are unprecedented, especially at the start of a new administration. With its timid acquiescence, the media has participated by treating the president’s absence as no big deal. It is a big deal. A very big deal. Michael Goodwin
Three big things stood out in President Biden’s first press conference. 1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false. 2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable. 3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble. For this sickening spectacle we had to wait 64 days? Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth. This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay. Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border. He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods. Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that. There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding. Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up. The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it. (…) The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico. It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.” He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years. Again, Biden was not challenged. The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working. If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over. So add transparency to the list of things that don’t matter anymore. Michael Goodwin
HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas.  Il contient tellement de mauvaises idées qu’aucune publication ne dispose d’un espace satisfaisant pour les couvrir toutes. Le projet de loi d’accompagnement du Sénat, S.1, pourrait être encore pire. Ces projets de loi réorganisent les relations entre les États et le gouvernement fédéral. La Constitution suppose que les États réglementent leurs propres élections, mais la Constitution ajoute un gros «mais» dans ce qu’on appelle la clause électorale. La Constitution dit, « mais le Congrès peut à tout moment par la loi établir ou modifier de tels règlements. » Pendant plus de 200 ans, le Congrès a rarement utilisé ce pouvoir. Après tout, le pouvoir a été mis dans la Constitution uniquement pour empêcher les États d’étouffer le gouvernement fédéral en ne tenant jamais d’élections fédérales. Ne présumez pas que les projets de loi vont s’enliser toutes seules au cours du processus. On les a nommés H.R.1 et S.1 pour une raison. Les projets de loi sont la priorité absolue des Démocrates nouvellement habilités au Congrès. Insatisfait de l’efficacité du dernier mandat fédéral – la loi sur les électeurs automobiles de 1993 – H.R.1 fait fi de l’idée qu’un Américain devrait explicitement s’inscrire pour voter. En 2020, des États tels que le Nevada et le New Jersey ont envoyé des bulletins de vote par courrier à toute personne inscrite sur leurs listes d’inscription malgré des listes électorales pleines d’erreurs. La Public Interest Legal Foundation a documenté des milliers d’inscriptions non éligibles dans le seul Nevada qui ont reçu des bulletins de vote par correspondance. Certains ont été envoyés dans des terrains vagues, des mines abandonnées, des casinos et même des magasins d’alcools. Les États seraient également bloqués par H.R.1 des procédures de vérification de signature. H.R.1 truque le système pour toute action en justice contestant la constitutionnalité de la loi. Toutes les poursuites ne pourraient être déposées que devant un seul tribunal – le tribunal fédéral du district de Columbia. Et toute opposition devraiit être regroupée en un seul mémoire, un seul avocat étant en mesure d’en faire valoir le bien-fondé. Il accorde également une intervention automatique à tout législateur qui souhaite se joindre à la lutte contre la seule opposition. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes sur les listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes s’empileraient. (…) L’enregistrement automatique universel des électeurs est, depuis des années, une priorité absolue de la gauche institutionnelle. En fait, H.R.1 supprimerait l’inscription réelle des électeurs et ferait plutôt des listes électorales simplement une copie de toute personne déjà inscrite sur une liste gouvernementale – comme les bénéficiaires de l’aide sociale et d’autres bénéficiaires des services sociaux. Les projets de loi s’étendraient bien au-delà des entités fédérales telles que l’Administration de la sécurité sociale, le ministère de la Défense, des douanes et de l’immigration et des éléments de la santé et des services sociaux. Naturellement, une base de données fédérale géante servirait de foyer à cette liste de personnes qui devraient être automatiquement inscrites pour voter, qu’elles le sachent ou non. Imaginez le nombre de bases de données gouvernementales dans lesquelles vos informations sont contenues. Vos noms et adresses correspondent-ils tous? La sécurité sociale sait-elle que vous avez quitté votre état de naissance? Vos noms de mariée et de jeune fille sont-ils différents? Avez-vous obtenu un permis de conduire avant d’obtenir la citoyenneté américaine? Vous pouvez voir les pièges. Une personne serait «inscrite» pour voter plusieurs fois, avec une légère variation dans les noms, et peut-être une plus grande variation dans les adresses de résidence. Faciliter l’inscription électorale grâce à l’inscription automatique à partir de listes gouvernementales peut sembler attrayant, jusqu’à ce que vous envisagiez le désastre du vote automatique universel comme nous l’avons vu en 2020. HR1 et S.1 obligeraient les États à systémtiser les bulletins de vote dans le courrier. Cela créerait du mou dans le système électoral. Les élections décentralisées par courrier introduisent une erreur en raison de listes remplies d’erreurs. Les bulletins de vote par la poste retardent les résultats, créent de l’incertitude et repoussent les élections dans les cuisines et les chambres à coucher où les responsables électoraux ne peuvent observer le processus de vote et ne peuvent protéger l’électeur de la coercition. H.R.1 prend les pires changements de règles d’urgence absolus de 2020 et les consacre en tant que loi fédérale. Finies les exigences relatives aux témoins d’État et aux notaires lors du processus de demande de vote par correspondance. Les États ne peuvent pas non plus édicter d’exigences d’identification de «quelque forme que ce soit» pour ceux qui demandent un bulletin. Cela signifie qu’il n’y a plus d’identification des électeurs en vertu de la loi fédérale. Pire encore, le projet de loi de 791 pages criminalise également (…) quiconque utilise les lois de contestation des États pour remettre en question l’éligibilité des inscrits. La peine peut aller jusqu’à un an de prison par exemple. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes vont s’empiler. (…) Et au cas où il n’était pas clair que HR1 prétendait démanteler le pouvoir de chaque État de tenir ses propres élections, le projet de loi indique clairement: (…) les lois de l’État qui ont le pouvoir constitutionnel de déterminer l’éligibilité au vote de ses résidents, seront soumis à une norme uniforme fédérale. Ce n’est pas tout. Dans tout le pays, les États devront accepter les bulletins de vote par correspondance plus de 10 jours après le jour du scrutin. Les États seront autorisés à ajouter du temps supplémentaire. Plus de jour d’élection. Ce sera la saison des élections, avec un mois de vote anticipé et des semaines de bulletins de vote arrivant et dépouillés. Et bien sûr, la collecte illimitée des bulletins de vote – l’aide d’un tiers pour remplir et rassembler les bulletins de vote, puis les déposer dans un bureau de vote ou un autre bureau désigné – est garantie. La désinformation, les manifestations, les émeutes et même la violence ont tous été des symptômes du traumatisme de 2020. Les groupes d’activistes et les responsables complices en 2020 ont transformé les tribunaux en armes pour transformer les lois de l’État en procédures électorales favorables à un parti en particulier. H.R.1 finirait le travail et fédéraliserait les politiques et les procédures électorales qui ont fait de 2020 un tel gâchis. (…) Il y a un mandat fédéral, adopté au 19e siècle, pour avoir un seul jour d’élection. Les bureaucrates de Washington chargés de faire appliquer cette loi ignorent cette loi. Les mandats fédéraux sont un cliquet politique à sens unique. Ils aident toujours un seul parti politique. La nation a déjà vu cette ligne de pensée. Comme Obamacare avant lui, H.R.1 fait passer notre République fédéraliste à un autre nouveau meilleur des systèmes qui prétend corriger des générations de torts structurels, tout en renforçant en même temps d’autres torts. Unifier les expériences américaines telles que se rassembler pour voter lors d’un seul jour d’élection, régi par des règles adoptées par les législateurs des États, eh bien, aux auteurs de H.R.1, c’est tout simplement démodé. J. Christian Adams
Joe Biden (…) descendant de migrants irlandais catholiques [et Kamala Harris] fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne (…) ont incarné le camp des minorités américaines, marquant une rupture nette avec le mandat de Donald Trump, accusé par certains démocrates d’être le président des suprémacistes blancs. Le plan a fonctionné, Joe Biden et Kamala Harris ont été élus à la Maison-Blanche. Les Noirs américains ont voté pour eux à près de 90 %, les latinos à plus de 65 % et les Asiatiques à 63 %. Ils ont su s’en souvenir au moment de nommer leurs conseillers et les membres du gouvernement. Le Sénat, qui doit confirmer un à un les membres de la future équipe du président, n’aura jamais vu passer autant de candidats issus de minorités. Une ministre de l’Intérieur amérindienne, un ministre de la Défense noir, un patron de la Sécurité intérieure d’origine cubaine, un ministre des Transports homosexuel, une sous-secrétaire à la Santé transgenre… Chaque minorité à son représentant dans cette administration arc-en-ciel, symbole du creuset américain, de sa diversité et de sa richesse. Mais à vouloir servir tout le monde, on en oublie forcément quelques-uns. À tort ou à raison, les AAPI se sentent lésés. Derrière ce sigle sont regroupés les Américains ayant des origines asiatiques ou venant des îles du Pacifique (Asian Americans/Pacific Islanders). (…) Victimes de préjugés raciaux, les Asio-Américains estiment qu’ils sont mal représentés dans les sphères du pouvoir, en particulier dans le gouvernement Biden. C’est la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, d’origine thaïlandaise, qui porte leur combat à Washington, bientôt rejointe par sa collègue de Hawaï, Mazie Hirono. Elles ont signifié à l’establishment démocrate leur refus de voter en faveur de tout nouveau prétendant qui ne serait pas asiatique. De quoi bloquer le processus de nomination au Sénat, puisque la chambre haute du Congrès est plus divisée que jamais depuis les élections de novembre 2020. Elle compte 50 élus démocrates et 50 républicains. Le camp Biden a besoin de faire le plein à chaque fois qu’il veut faire passer une loi ou qu’il souhaite faire valider la nomination d’un officiel. Quand la Maison-Blanche fait valoir aux deux sénatrices que la vice-présidente Kamala Harris est d’origine indienne par sa mère, leur réponse est cinglante. « C’est insultant ! Diraient-ils aux Afro-Américains que Kamala Harris est noire et qu’il n’y a pas besoin d’autres Afro-Américains au sein de l’administration ? » Elles tiennent bon et leur chantage va fonctionner. (…) Sur les 23 membres désignés du cabinet Biden – tous ne sont pas encore confirmés – un seul est d’origine asiatique à ce jour : Katherine Tai, représentante au Commerce, qui a grandi à Taïwan et dont les deux parents sont chinois. Un sur 23, soit environ 4,5 % du cabinet, un nombre assez proche des 5,5 % que les Asiatiques pèsent au sein de la population américaine. Insuffisant pour les leaders d’AAPI. Mais en nommant un nouveau membre d’origine asiatique, le président américain fera passer cette proportion à 18 %… Quelle autre minorité montera alors au créneau en s’estimant sous-représentée ? S’ils permettent de conforter chaque groupe, ces arrangements font peser un soupçon sur l’équipe Biden. Serait-elle davantage un casting politiquement correct qu’une équipe recrutée pour ses compétences ? Ironie de l’histoire, les Asio-Américains comptaient encore récemment sur une porte-drapeau dans l’équipe Biden. Neera Tanden, née de parents indiens, avait été désignée pour occuper la fonction importante de ministre du Budget. Mais d’anciens tweets polémiques retrouvés par la presse ont eu raison de sa candidature. Preuve qu’outre les origines ethniques, les opinions politiques comptent encore en Amérique. Julien Peyron
20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste. L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président. Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux. Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral. Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique. L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump. Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels. La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent: « Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme intérieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela.  » Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la république ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d’inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge ». L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ». Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ». Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « . Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ». Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine. Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible. Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement. Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole. Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés. Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé. Sans surprise, Trump a été acquitté. L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits. (…) Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre. Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. » « Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. » Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  » Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell: « Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. » Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. (…) Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « . Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « . Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie. (…) Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane », et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ». Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État. Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ». Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue. Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer. Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles. Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation ». Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « . Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes. (…) Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française »: Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction », et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir. (…) Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif. Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés. 74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ». La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple », a été adoptée par la Chambre le 5 mars. (…) Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. (…)  Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre. Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite.  (…) L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays. Guy Millière
Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux. Que reste-t-il de leurs valeurs lorsque, sans cesse, sans cesse, ils font cette insupportable danse du ventre aux électeurs du FN à grands coups de ‘race blanche? Cette droite n’a plus grand chose de républicain. Claude Bartolone (candidat PS aux régionales d’Ile de France, 2015)
Cette charte, pourquoi on a fait cette charte ? Parce qu’elle est engageante. L’idée, ce n’est pas de mettre sa signature, c’est de dire comment on s’engage pour l’égalité femme-homme, pour la lutte contre l’homophobie. Est-ce que ça veut dire que dans les prêches, on considérera que deux hommes ont le droit de s’aimer, de se marier, que deux femmes ont le droit de s’aimer, de se marier, comme le disent les lois de la République française? C’est cela que dit cette Charte. Marlène Schiappa
Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. (…) Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la “manif pour tous” ont nourri la recrudescence de violences homophobes : + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. Marlène Schiappa
Il y a tout un pan de cette loi qui vise à protéger la liberté de conscience et lutter contre les dérives sectaires. Par exemple, les certificats de virginité, il y a de plus en plus de famille qui sont influencées par les courants évangélistes venant des Etats-Unis, qui demandent, comme aux Etats-Unis, des certificats de virginité. Marlène Schiappa (France 3)
Nous avons rappelé le principe d’égalité entre tous les êtres humains (…) et nous avons clairement dit que cela impliquait le refus de toute discrimination liée à l’homosexualité. Cette charte est notre affaire et je dénie à un ministre la capacité de dicter les prêches des imams. Que resterait-il de la liberté de religion ? Que resterait-il de la laïcité ? Et puis, il y a une grande différence entre refuser toute discrimination notamment pour un motif d’orientation sexuelle et adhérer au mariage homosexuel. Comme les autres religions monothéistes, l’islam ne reconnaît le mariage qu’entre les personnes de sexe différent. Aucune autorité publique ou politique ne peut dicter une doctrine religieuse. Chems-eddine Hafiz (recteur de la mosquée de Paris)
Le chemin est long en tant que femme noire, le chemin est long en tant que femme grosse, en tant que femme oubliée de la société, oubliée de la culture. Le chemin est long et sinueux, mais on va y arriver. Ça mettra dix ans, ça mettra quinze ans, on ne veut pas nous laisser prendre l’ascenseur, il n’y a pas de souci, on est endurant, on va prendre les escaliers. C’était important de faire cette victoire avec vous, d’être avec des personnes qui me ressemblent, qui sont comme moi, qui m’entendent et qui me comprennent, qui comprennent ma colère. Ma colère qui est légitime, notre colère est légitime, et j’aimerais que ce soir toute la France l’entende. Yseult Onguinet
Nous, les personnes faisant partie des minorités, des personnes racisées, on est dans un délire de devoir quelque chose à la France, mais qu’est-ce que l’on doit en fait ? On leur a pris la dignité, le respect, l’empathie. On est des êtres humains, on a un cœur, je suis une citoyenne à part entière.  Ca me casse les couilles de devoir en permanence être redevable, d’être moi-même dans l’empathie de personnes non-racisées alors que ça devrait être le contraire. Qu’on arrête de nous  chier dessus. Yseult
Au moment de recevoir sa récompense de révélation féminine de l’année samedi 13 février, lors de la 36ème cérémonie des Victoires de la musique, la chanteuse Yseult se lance, sans surprise, dans un discours engagé. La jeune artiste se vit en effet comme l’un des porte-étendard de la lutte contre les discriminations. (…) Épaulée par ses « sœurs » Adèle Haenel, Assa Traoré et Aïssa Maïga, la chanteuse reprend à son compte le vocabulaire et les notions utilisés par le mouvement intersectionnel. Yseult est « woke », éveillée aux enjeux d’une société qui opprimerait systématiquement ses minorités. Si on pardonnera volontiers cette candeur à une chanteuse dont le débat d’idées n’est pas le métier, la sortie d’Yseult aux Victoires de la musique, même pour un spectateur n’ignorant rien de la réalité des phénomènes racistes, sexistes et discriminants, mérite tout de même qu’on s’y attarde. Notamment compte tenu de ses états de service : ancienne finaliste de la Nouvelle Star signée chez Universal, fondatrice de son propre label après le four de son premier album, compositrice pour Jenifer et Chimène Badi, première partie d’Angèle et, finalement, lauréate à 26 ans d’une première Victoire de la musique. On a vu pire chemin de croix. Si bien que, sans minimiser les difficultés qu’elle a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle la camarade Yseult. Ni de souligner que son militantisme dans l’ère du temps, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ». Force est de constater qu’il existe une disjonction entre le discours victimaire qui jalonne la carrière d’Yseult d’une part, et son succès au sein de l’industrie musicale d’autre part. Industrie à ce point oppressive et raciste qu’elle a nommé – peut-être pour se donner bonne conscience – trois femmes noires aux Victoires de la musique : Aya Nakamura, Lous and the Yakuza et Yseult. On nous rétorquera que Nakamura et Lous sont les exceptions, qu’Yseult a raison de s’engager en faveur de ceux que le racisme et le sexisme priveraient de carrière. Certes, mais à l’heure où le récit de soi et la mise en scène de sa singularité sont devenus des dimensions incontournables de la communication d’un artiste, c’est bien de sa personne dont parle constamment Yseult. Dès 2015, cette dernière imputait sa défaite en finale du télé-crochet Nouvelle Star à la société, plutôt qu’au talent de son adversaire ou à ses propres défauts : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement », expliquait-elle. (…) Mais est-ce encore la société qui impose ce regard sur elle-même à Yseult, ou est-ce Yseult qui se présente au monde à travers ce prisme ? (…) Que la chanteuse ait souffert du regard des autres, comme tant et tant d’adolescents, est une première chose. Qu’Yseult ait subi le racisme, la grossophobie et le sexisme, c’en est une deuxième. C’est à elle de le dire, de la manière la plus circonstanciée possible, étant donnée la gravité des faits. Il y a toutefois une troisième dimension dans ses propos, directement déduite des deux précédentes : l’idée, pourtant démentie par l’expérience, selon laquelle « on ne v[oudrait] pas nous laisser prendre l’ascenseur » – comprendre : parce que « nous » sommes femmes, noires ou grosses. C’est ainsi que le décalage entre le parcours d’Yseult et le discours « woke » qu’elle porte maladroitement se révèle cruellement : alors qu’il n’y a de vérité que celle du « je » aux yeux de certains militants, la jeune femme, bien qu’elle se décrive en « oubliée de la culture », n’a pas vraiment de quoi se plaindre personnellement en terme d’intégration sociale. (…) « Je pense qu’il faut aussi reconnaître ses privilèges, et au-delà de ses privilèges, faut aussi aider ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges », concluait Yseult, reprenant à son compte une notion selon laquelle ceux qui bénéficient d’une situation normale dans un Etat de droit – ne pas subir de discrimination en raison de son sexe ou de sa couleur de peau – jouiraient d’un avantage indu. On pourrait toutefois inviter la chanteuse à faire son propre examen de conscience, en la renvoyant au point aveugle de l’immense majorité de ses prises de parole publique : les inégalités économiques. Eh oui, revoilà la lutte des classes. Et Yseult se classe indéniablement du côté des dominés. Fille d’un cadre supérieur chez Land Rover, Yseult a passé sa scolarité dans le privé, à Agen. « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés », racontait-elle en 2015 dans un entretien au magazine suisse Femina. Une enfance plus que confortable, marqué par des voyages en Jamaïque, aux Etats-Unis, en Indonésie, ou encore à Cuba. Louis Nadau
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, écrivait Corneille. Pourtant, Yseult aura étrangement patienté sept longues années, depuis sa participation au télécrochet Nouvelle Star avant d’être opportunément (re)découverte par l’industrie musicale qui vient de la sacrer « révélation féminine » aux victoires de la musique. Pour enfin percer dans le monde de la musique, Yseult a fait de la victimisation son cheval de bataille. Éternelle victime, Yseult est le parfait exemple de ceux qui se vautrent dans la complainte victimaire permanente dans laquelle l’autre est la source exclusive de tous leurs problèmes. Finaliste malheureuse de la Nouvelle Star 2014, Yseult se plaignait (déjà) de l’impossibilité de s’épanouir face à un public qui ne l’acceptait pas. Quand un artiste ne reçoit pas les hommages d’un public, il dispose de deux options : chercher son public ailleurs ou se remettre en question. Mais Yseult a choisi, comme tant d’autres, la carte racialiste et victimaire pour expliquer sa défaite en finale : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement ». Ce qu’elle présentait comme un regret et un handicap en 2014 devient soudain une force et une fierté en 2021. Yseult avait trouvé son crédo : la chanson servirait d’alibi à son militantisme, et son militantisme servirait de faire-valoir à ses chansons. Pourtant, elle avait déjà tout faux. Etre une femme noire n’a jamais empêché le talent de Whitney Houston d’être reconnu, ni Dee Dee Bridgewater, Billie Holiday ou Nina Simone de briller en pleine ségrégation raciale aux Etats-Unis. Etre une femme noire et obèse n’a jamais interdit à Ella Fitzgerald, Ruby Wilson ou Ruth Brown, la Queen du R&B, d’être aimé par un large public. Valeurs actuelles
Si c’est un groupe de travail consacré aux discriminations dont sont l’objet les personnes noires ou métisses (…) Moi, je ne dis pas qu’il faille que ça soit interdit. Mais si il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, etc, etc, j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le ou la jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectatrice ou spectateur silencieux. Audrey Pulvar (adjointe à la mairie de Paris, candidate aux élections régionales d’Ile de France)
Une tuerie s’est déroulée mi-mars 2021 dans un supermarché à Boulder dans le Colorado (États-unis),10 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie. Les médias de grand chemin se jettent-ils sur l’occasion pour informer en fonction des faits ? Ou pour les déformer ? Sur les premières images, le tueur interpellé est blanc. Le massacre de 10 civils se transforme instantanément en un procès de l’homme blanc armé d’un fusil AR-15. Plusieurs personnalités politiques s’en donnent à cœur joie pour faire de la récupération. Et puis… Dans un premier temps, le meurtrier est blessé à la jambe puis interpellé par la police qui l’emmène. Toutes les caméras ne retiennent alors plus qu’une seule chose : le tueur est blanc. C’est l’information principale que décident de relayer plusieurs grands médias tels que RTL, 20 Minutes ou le Huffington Post et d’autres encore. Dès lors, Twitter va se déchaîner. Avalanche de tweets haineux pour dénoncer la violence de l’homme blanc. Meena Harris, la nièce de Kamala Harris (vice-présidente des États-Unis) tweetait « Violent white men are the greatest terrorist threat to our country » (les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays). Elle a par la suite rapidement supprimé son tweet. Un journaliste de l’AFP du service « vérification des faits » avait également tweeté « He was only apprehended and not chocked or shot to death because he was not brown, black or muslim” (il a été appréhendé et non tué parce qu’il n’était pas brun, noir ou musulman). Beaucoup d’autres tweets ont relayé que le tueur était un homme blanc et que s’il n’a pas été immédiatement abattu par la police c’était en vertu de sa couleur de peau. Quelques jours plus tôt, en Géorgie, avait eu lieu une autre tuerie où un meurtrier blanc avait pris pour cible des femmes asiatiques dans leur salon de massage. Toute la presse avait crié au racisme mais le coupable, manifestement dérangé, déclarait qu’il souffrait « d’addiction sexuelle » et qu’il voyait ces salons de massage comme une tentation à éliminer. Certains médias surfent sur cette vague pour relancer la machine avec ce nouvel évènement macabre. Problème : le tueur est en réalité un Syrien musulman âgé de 21ans, anti-Trump, Ahmad Al Aliwi Alissa. L’information est tombée comme un coup de tonnerre et a forcé quelques personnalités à réagir par rapport à ce qu’elles avaient d’abord dénoncé. À titre d’exemple, la militante et écrivain américaine (Amy Siskind — sur Twitter) qui avait participé à la première vague de désinformation a déclaré, en apprenant le nom et la religion du tueur, qu’il ne fallait pas répandre cette nouvelle, ne pas lui faire de publicité. La publicité n’est en effet autorisée que si elle va dans le bon sens. Beaucoup d’autres ont simplement arrêté de tweeter à ce sujet lorsqu’ils ne se sont pas simplement enfoncés dans le mensonge. (…) Le président des États-Unis, Joe Biden, s’est exprimé en appelant le congrès à agir « maintenant » pour limiter la circulation des armes à feu dans le pays. Biden sait bien qu’il n’a pas de majorité pour changer quoi que ce soit à ce sujet, il est douteux qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs, mais il est de bon ton de dénoncer le peuple qui pourrait oser prendre la responsabilité de sa propre défense. In fine, une information passe à la trappe au milieu de ce pugilat médiatique : les dix victimes de cet odieux carnage sont tous des blancs. Observatoire du journalisme
None of them mentioned that he killed two white people as well — a weird thing for a white supremacist to do — and injured a Latino. None pointed out that the connection between the spas was that the killer had visited them. None explained why, if he were associating Asian people with Covid19, he would nonetheless expose himself to the virus by having sex with them, or regard these spas as “safer” than other ways to have quick sex. They didn’t because, in their worldview, they didn’t need to. What you see here is social justice ideology insisting, as Dean Baquet temporarily explained, that intent doesn’t matter. What matters is impact. The individual killer is in some ways irrelevant. His intentions are not material. He is merely a vehicle for the structural oppressive forces critical theorists believe in. And this “story” is what the media elites decided to concentrate on: the thing that, so far as we know, didn’t happen. We don’t know all the nuances of this case. Again, we shouldn’t take a killer’s confession at face value. Or his roommates’ memories. We may yet be surprised by some other factor — including perhaps anti-Asian bias that has so far been missing. (One rumor aired in Korean media, but unconfirmed anywhere else, is that the killer conveniently cried “I want to kill all Asians!” before the murder spree.) But notice how CRT operates. The only evidence it needs it already has. Check out the identity of the victim or victims, check out the identity of the culprit, and it’s all you need to know. If the victims are white, they don’t really count. Everything in America is driven by white supremacist hate of some sort or other. You can jam any fact, any phenomenon, into this rubric in order to explain it. The only complexity the CRT crowd will admit is multiple, “intersectional” forms of oppression: so this case is about misogyny and white supremacy. The one thing they cannot see are unique individual human beings, driven by a vast range of human emotions, committing crimes with distinctive psychological profiles, from a variety of motives, including prejudices, but far, far more complicated than that. There’s a reason for this shift. Treating the individual as unique, granting him or her rights, defending the presumption of innocence, relying on provable, objective evidence: these core liberal principles are precisely what critical theory aims to deconstruct. And the elite media is in the vanguard of this war on liberalism. This isn’t in any way to deny increasing bias against Asian-Americans. It’s real and it’s awful. Asians are targeted by elite leftists, who actively discriminate against them in higher education, and attempt to dismantle the merit-based schools where Asian-American students succeed — precisely and only because too many Asians are attending. And Asian-Americans are also often targeted by envious or opportunistic criminal non-whites in their neighborhoods. The more Asian-Americans succeed, the deeper the envy and hostility that can be directed toward them. The National Crime Victimization Survey notes that “the rate of violent crime committed against Asians increased from 8.2 to 16.2 per 1000 persons age 12 or older from 2015 to 2018.” Hate crimes? “Hate crime incidents against Asian Americans had an annual rate of increase of approximately 12% from 2012 to 2014. Although there was a temporary decrease from 2014 to 2015, anti-Asian bias crimes had increased again from 2015 to 2018.” Asians are different from other groups in this respect. “Comparing with Black and Hispanic victims, Asian Americans have relatively higher chance to be victimized by non-White offenders (25.5% vs. 1.0% for African Americans and 18.9% for Hispanics). … Asian Americans have higher risk to be persecuted by strangers … are less likely to be offended in their residence … and are more likely to be targeted at school/college.” Of those committing violence against Asians, you discover that 24 percent such attacks are committed by whites; 24 percent are committed by fellow Asians; 7 percent by Hispanics; and 27.5 percent by African-Americans. Do the Kendi math, and you can see why Kendi’s “White Supremacist domestic terror” is not that useful a term for describing anti-Asian violence. But what about hate crimes specifically? In general, the group disproportionately most likely to commit hate crimes in the US are African-Americans. At 13 percent of the population, African Americans commit 23.9 percent of hate crimes. But hate specifically against Asian-Americans in the era of Trump and Covid? Solid numbers are not yet available for 2020, which is the year that matters here. There’s data, from 1994 to 2014, that finds little racial skew among those committing anti-Asian hate crimes. Hostility comes from every other community pretty equally. The best data I’ve found for 2020, the salient period for this discussion, are provisional data on complaints and arrests for hate crimes against Asians in New York City, one of two cities which seem to have been most affected. They record 20 such arrests in 2020. Of those 20 offenders, 11 were African-American, two Black-Hispanic, two white, and five white Hispanics. Of the black offenders, a majority were women. The bulk happened last March, and they petered out soon after. If you drill down on some recent incidents in the news in California, and get past the media gloss to the actual mugshots, you also find as many black as white offenders. This doesn’t prove much either, of course. Anti-Asian bias, like all biases, can infect anyone of any race, and the sample size is small and in one place. But it sure complicates the “white supremacy” case that the mainstream media simply assert as fact. And, given the headlines, the other thing missing is a little perspective. Here’s a word cloud of the victims of hate crimes in NYC in 2020. You can see that anti-Asian hate crimes are dwarfed by those against Jews, and many other minorities. And when you hear about a 150 percent rise in one year, it’s worth noting that this means a total of 122 such incidents in a country of 330 million, of which 19 million are Asian. Even if we bring this number up to more than 3,000 incidents from unreported and far less grave cases, including “shunning”, it’s small in an aggregate sense. A 50 percent increase in San Francisco from 2019 – 2020, for example, means the number of actual crimes went from 6 to 9. Is it worse than ever? No. 2020 saw 122 such hate incidents. In 1996, the number was 350. Many incidents go unreported, of course, and hideous comments, slurs and abuse don’t count as hate “crimes” as such. But the theory behind hate crimes law is that these crimes matter more because they terrify so many beyond the actual victim. And so it seems to me that the media’s primary role in cases like these is providing some data and perspective on what’s actually happening, to allay irrational fear. Instead they contribute to the distortion by breathlessly hyping one incident without a single provable link to any go this — and scare the bejeezus out of people unnecessarily. The media is supposed to subject easy, convenient rush-to-judgment narratives to ruthless empirical testing. Now, for purely ideological reasons, they are rushing to promote ready-made narratives, which actually point away from the empirical facts. To run sixteen separate pieces on anti-Asian white supremacist misogynist hate based on one possibly completely unrelated incident is not journalism. It’s fanning irrational fear in the cause of ideological indoctrination. And it appears to be where all elite media is headed. » Andrew Sullivan
La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. (…) Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). (…) Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général (…) Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas… (…) L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous ! Paul Soriano

Mensonges sur l’origine d’un bilan vaccinal lancé en fait par son prédécesseur, mensonges sur l’origine de la crise migratoire actuelle à la frontière mexicaine (plus de 42% d’appréhensions par rapport à 2019) , antisèches, nombre de journalistes – pandémie oblige – limité à 25, liste et photos de journalistes à interroger, nombre de questions limité à 20, refus de répondre aux dernières questions, projets liberticides de supprimer le vote qualifié au Sénat et d’entériner la levée de tous les garde-fous qui apermis …

Au lendemain d’une première et longuement attendue conférence de presse du nouveau président américain …

Qui a vu malgré les antisèches apparentes, les mensonges éhontés et les pénibles bafouillages …

Nos journalistes si pointilleux sur ces quatre dernières années …

Rivaliser de complaisance pour saluer les « premiers pas réussis » …

D’un président qui après le holdup du siècle que l’on sait …

Se voit protégé tant par des médias traditionnels aux ordres et l’implacable censure des plateformes numériques pour ses adversaires …

Que sous prétexte d’une menace terroriste intérieure inventée de toutes pièces

Par une véritable armée de soldats en arme et les barbelés qui vont avec dans une capitale littéralement bunkerisée …

Tandis qu’à l’instar d’un Musulman d’origine syrienne qui abat des clients d’un supermarché

Et contre toutes les statistiques qui montrent la sur-représentation des noirs dans les crimes de haine en général et contre les Asiatiques en particulier …

L’auteur d’une fusillade qui tue non seulement deux blancs et un latino, mais s’avère être un client régulier des spas asiatiques pour un « sexe plus sûr  » est présenté comme un suprémaciste blanc anti-asiatique

Alors qu’à l’instar d’une Administration Biden désormais otage de ses minorités

A la fois, inversant totalement l’ancien rêve du pasteur King, par la couleur de peau…

Mais aussi par les opinions (correctement) politiques …

Nos nouveaux damnés de la terre atteignent, à travers à présent l’ensemble de l’Occident, des sommets dans la geignerie communautaire …

Et dans le vomissement du nouveau bouc émissaire que constitue l‘Homme blanc

Pendant que nos gouvernants prétendent à présent dicter les prêches de nos églises …

Ou réduire au silence les paroles dont la couleur ne leur reviendrait pas …

Comment ne pas voir …

Non sans inquiétude …

Dans ce nouveau meilleur des mondes et cette nouvelle post-vérité qui vont apparemment désormais nous tenir lieu de réalité…

L’avènement à la tête même du Monde libre …

Et bientôt de proche en proche à l’ensemble de nos démocraties …

Prophétisé par Chesterton il y a plus d’un siècle …

A l’image de la fameuse bête de notre Pascal national …

Ou de celle, avec ses cornes d’agneau et sa parole de dragon, de l’Apocalypse ….

De ce « monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles » ?

« Le mouvement woke, dernière croisade : et si on arrêtait enfin de rendre le monde meilleur ? »
Paul Soriano
Marianne
26/03/2021

« L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… » explique, par la médiologie, Paul Soriano.

La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. Au vu du bilan, l’état du monde suggère d’en finir avec l’empire du Bien pour en revenir au seul bien des nations : la vertu civique, tendue vers la paix civile. Une Realpolitik, intégralement « laïque », à l’égard des croyances religieuses avouées ou clandestines (les idéologies).

Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). Ce fut le cas au XVIe siècle dans la Genève de Calvin et en Allemagne, pendant la Guerre des paysans, ou un peu plus tard, en Amérique. Entre autres…

Au XVIIIe siècle, c’est dans toute l’Europe que des hommes éclairés se sont mis à croire en un monde meilleur gouverné par la Raison et tendu vers le Progrès, et ont assigné cet objectif au politique ; car ce siècle de la Raison est aussi le siècle de la Morale : comme dans la philosophie de Kant, la raison « pratique » (morale) suit de près la raison pure. Auparavant on entendait plus modestement gouverner par le sens commun, tendu vers le bien commun, raisonnablement plutôt que rationnellement.

Lutte contre le péché l’originel

Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général : il a le mérite de nous éclairer sur nous-mêmes et sur le bilan de trois siècles de « progrès », deux guerres mondiales, des « crimes contre l’humanité », et des tyrannies comme on n’en avait jamais connu…

Les premiers penseurs de la politique la définissent pour leur part comme une activité destinée à assurer la pérennité de la cité et, à cette fin, la paix civile, face aux divisions qui résultent de la diversité des opinions et des intérêts ; ils ne se préoccupent nullement d’instaurer le règne de la vertu, sinon de la seule vertu civique, requise par ladite paix civile. Cette définition n’est pas amorale, mais elle vise le bien commun plutôt que le Bien (majuscule), et s’inspire du sens commun plutôt que de la Raison (majuscule… L’idée saugrenue de convertir le reste du monde lui est étrangère.

C’est le christianisme qui va tout changer, au risque de subordonner la politique à la morale, le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, inventant du même coup la « théocratie », absente de la liste des régimes politiques recensés par Aristote.

Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas…

L’Empire du Bien

En d’autres termes, alors que la politique selon les Anciens est « laïque » par définition (et n’a donc pas besoin de mot pour le dire), nos libres penseurs fanatisés (radicalisés ?) vont devoir inventer une « laïcité » sur mesure qui ne guette que les signes extérieurs (la croix, le voile, etc.) et ne voit donc pas mais cette religion intériorisée qui vous possède inconsciemment, en dépit des exorcismes critiques ou psychanalytiques ; d’où les difficultés d’application, notamment dans nos vertueuses républiques.

L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous !

La bonne nouvelle, peut-être, c’est que la décomposition accélérée du théologico-politique, la fin de la « fin l’histoire » entendue comme conversion définitive du monde aux « valeurs occidentales », pourrait annoncer un retour de la politique à l’ancienne, la politique tout court, dans un monde multipolaire, où la notion même d’Occident n’aurait plus cours, un monde toujours conflictuel mais assurément moins « fanatique ».

Après la funeste mondialisation, l’inter-national sera enfin le genre humain !

Voir aussi:

Ingraham: Biden press conference a continuation of campaign strategy to protect from tough questions

‘Team Biden will never tell us the truth about the border’

Fox News host Laura Ingraham opened her show « The Ingraham Angle » on Thursday reacting to President Biden’s news conference performance and the White House’s efforts to protect him from tough questioning.

INGRAHAM: The White House used the excuse of COVID, of course, to limit the number of reporters in attendance — never mind that they could have held the event outside in the Rose Garden, wouldn’t have had to worry about any of that. And of course Biden’s handlers didn’t dare open the president up to a question from our own Peter Doocy. So this is basically a continuation of Biden’s basement strategy on the campaign trail — limit the off the cuff interactions, keep him on note cards, stay away from numbers unless scripted.  

Ingraham also slammed Biden for his continued lack of transparency on the immigration crisis at the southern border.

INGRAHAM: The American people deserve the truth about what’s happening at the border and they also deserve a clear-eyed assessment from the Biden administration on how they’re going to handle this going forward. But the events of today confirmed that Team Biden will never tell us the truth about the border and that the massive flow of humanity entering our country will not stop until Republicans beat Democrats like a drum in 2022.  

Voir également:

Biden lies, and the media doesn’t question it

Three big things stood out in President Biden’s first press conference.

 

1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false.

2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable.

3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble.

For this sickening spectacle we had to wait 64 days?

Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth.

This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay.

Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border.

He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods.

Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that.

There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding.

Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up.

The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it.

“I want to get things done,” he said.

Each piece of his party’s planned utopia is unprecedentedly radical in its own way, but not nearly radical enough for the media. Their performance was pathetic not just in what questions they asked and didn’t ask, but how they asked them. The dominant theme was that Biden and his team are not moving fast enough to turn America upside down and inside out.

Why don’t you, when will you, why haven’t you? Over and over, the aim was not to ask a question but to speed up an agenda.

Naturally, this was the complete opposite of the way some of the same people behaved during the Trump presidency. Then the questions were outraged expressions that aimed at stopping the administration. Now they are pleas aimed at pushing this one forward faster.

As such, the 10 people Biden called on generally followed the script laid out in the Washington Post and elsewhere. Columnist Margaret Sullivan had warned reporters not to try to “show how tough” they were being on Biden to please “Trump allies.” She even downplayed the border crisis, suggesting it was getting too much attention.

It got the most attention Thursday, but only in ways that reinforced the idea that it is the milk of human compassion to invite Central Americans to make the long trek north. Violence is rampant and coyotes, human traffickers and the cartels are making a mint, but not a peep about that from the president or his media helpers.

Nor was there any hint that perhaps stricter enforcement was compassionate to Americans in border towns and taxpayers everywhere. Instead, the underlying assumption seemed to be that any suffering experienced by migrants once they got to the border was proof of heartlessness and had to be remedied as quickly as possible.

As for the pandemic, apparently it’s no longer a problem. Pictures showing migrants crowded together in cages and reports that many are released despite testing positive for COVID never came up. No sense spoiling the good vibes.

The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico.

It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.”

He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years.

Again, Biden was not challenged.

The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working.

If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over.

So add transparency to the list of things that don’t matter anymore.

Voir de même:

Men Looking for Work Drive Surge in Illegal Crossings at the U.S. Border

Most of those apprehended are men in search of jobs, with the pandemic easing in the U.S. and fewer opportunities at home

Juan Montes and Alicia J. Caldwell

The surge in illegal immigration across the southern U.S. border is shaping up to be the biggest in 20 years. Unlike migrant surges in 2019 and 2014, which were predominantly made up of Central American families and unaccompanied children, so far this one is being driven by individual adults.

Most of the migrants are Mexicans, often men in search of work with the pandemic easing and the U.S. economy set to boom. Apprehensions at the southern border totaled 382,000 from the beginning of the fiscal year in October through February, up 42% compared to the same period of 2019—a year that saw the highest number of apprehensions since 2007. In 2020, the influx of migrants plummeted due to the pandemic.

Migrants detained at the Mexican border

Single adults account for 82% of the apprehensions so far this fiscal year, according to U.S. Customs and Border Protection data. Some 60% of all single adults apprehended were Mexicans. Border patrol agents say the majority of single adults they catch are men, entering to look for work such as picking fruits and vegetables, roofing and dishwashing.

The influx of children arriving alone at the border has captured broad attention. While apprehensions of mostly Central American families and unaccompanied minors have grown in the past few months, their numbers overall are still much smaller than those of adults.

The number of families caught trying to cross the border rose to 39,000 during the first five months of this fiscal year, from just over 37,000 during the same period in 2020. During the same period in 2019, more than 136,000 families were arrested at the border.

Some are camping out at the border in hopes that the Biden administration will soon allow them the chance to come into the U.S. legally.

José Antonio Cruz had lived in the U.S. illegally for 18 years before he was deported after being detained for speeding in 2018. He left his hometown in central Mexico last week in hopes of crossing the border in coming weeks and restarting his small construction business in Texas.

“The economy is going to reactivate very quickly in the U.S. They are already reopening, so it is a very good moment to be there,” Mr. Cruz, 41, said by telephone from a Catholic shelter in northern Mexico.

It’s unclear how many people are making it into the U.S. by crossing the border illegally. Estimates compared with how many are apprehended vary widely. A 2017 Homeland Security report estimated that between 55% to 85% of immigrants crossing the border illegally in 2016 were apprehended.

During the past seven days, border officials estimated that about 6,500 people evaded detection while entering the U.S., according to a person familiar with the government’s internal estimates. A week ago, border agents had recently averaged about 5,000 arrests a day, according to internal Homeland Security documents reviewed by The Wall Street Journal.

Migrants and immigration analysts offer several explanations for this year’s surge. The U.S. is hiring after a long and brutal pandemic, while Mexico lost some 2.4 million jobs last year.

Additionally, some migrants say there is a widespread perception that it’s become easier—and more inviting—to enter the U.S. under President Biden than under former President Donald Trump.

“Expectations were created that with the government of President Biden there would be a better treatment of migrants,” Mexican President Andrés Manuel López Obrador said at his daily press conference on Tuesday. “And this has caused Central American migrants, and also from our country, wanting to cross the border thinking that it is easier to do so.”

The Department of Homeland Security said in a statement, “There is no change in policy: the border remains closed. Families and single adults are being expelled under Title 42 and should not attempt to cross illegally.” The department added that some families will be released into the U.S. if Mexico doesn’t accept their return and there is no bed space available at Immigration and Customs Enforcement facilities.

Title 42 refers to a public-health law used by the Trump administration at the beginning of the pandemic to turn nearly all single adults back at the border rather than detaining or formally deporting them. That makes it easier to try to cross again—leading to another factor in the increase.

The Biden administration has curtailed many of the Trump administration’s enforcement policies focused on those already in the U.S. Immigration and Customs Enforcement officers and agents have been told to focus their resources on recent border crossers, serious criminals and those who pose a threat to national security or public safety.

The pandemic and stay-at-home policies throughout the region have created pent-up demand to migrate, said Theresa Cardinal Brown, director of immigration and cross-border policy at the Bipartisan Policy Center, a Washington think tank. She said the factors that cause people to migrate, such as poverty, have only gotten worse during the pandemic.

“The policies at the border have come and gone and changed, but the migrants keep coming,” she said.

Adrián Cahun, who came to the U.S. illegally and worked in San Francisco restaurants as a dishwasher and bartender for six years before returning to his rural hometown of Oxkutzcab in 2008, said he plans to again cross the border as soon as the pandemic ends.

“If there’s a recovery in the U.S., it’s easier to go there and find work,” said Mr. Cahun. He had saved enough money while he was in the U.S. to build a house and open a cafeteria in Oxkutzcab. With few affluent customers there, he said, he closed the cafeteria a few years ago. He currently works filling shelves at a supermarket.

“Many were afraid of Trump and most didn’t want to try to cross the border,” he added. “But now many here are thinking of emigrating to the U.S.”

Last March, as the pandemic took hold, the Trump administration invoked a 1944 public-health law, Title 42, to immediately expel any migrant caught crossing the border back to Mexico without processing them at cramped detention facilities, where Covid could spread.

The change, particularly for single adult males, marked a departure from border policies under former presidents since George W. Bush.

Before the 2000s, most Mexicans caught at the border had been allowed to return home with little consequence, and other migrants were typically allowed into the U.S. with orders to report back to immigration authorities later.

Then the U.S. started formally deporting most migrants caught at the border. In some Border Patrol sectors, adult crossers were charged with a criminal offense and often spent weeks or months in jail before being deported. Any further attempt to cross could result in more jail time in the U.S.

During the Obama administration, migrants from Mexico were often sent to border cities far from where they had been caught, or flown to the interior of Mexico. Migrants from countries other than Mexico were often flown back home.

Under Title 42, nearly all single adult migrants remain at the border after being turned away. Many try to re-enter. The percentage of migrants caught at the border who had already been caught once grew to nearly 40% during the past six months, compared with 7% in 2019.

“That’s the wonderful thing now. You have the opportunity to bat again and again. That’s better for us,” said Lucio Portillo, a 44-year-old Honduran migrant who is now in Mexico planning to cross to the U.S. in search of work.

Sara Abdala, who manages a shelter in Altar, a migrant hub some 70 miles from the Arizona border, said she knew a Honduran migrant who recently tried six times in two weeks until he managed to enter the U.S. without being detected.

“The town has come back to life in recent months after it was almost empty during the pandemic. The business of migration has become hot again,” she said.

Victor Manjarrez, a former chief patrol agent in both El Paso and Tucson, said reports from the border remind him of his days patrolling southern Arizona in the early 2000s, when that sector was the border’s busiest. The majority of illegal border crossers then were single adults from Mexico.

“There isn’t that idea of an impact, of a consequence,” said Mr. Manjarrez, now an associate director at the University of Texas and El Paso’s Center for Law & Human Behavior. “That’s what I would be telling my troops—that consequences work.”

The Biden administration hasn’t announced plans for the fate of Title 42. The American Civil Liberties Union has sued the government, arguing the practice illegally blocks migrants from asking for asylum or other protections in the U.S. Both sides are trying to negotiate a settlement.

The Biden administration had initially followed the Trump administration approach of returning families caught at the border back to Mexico, too. But that changed after Mexico’s government, at the request of Unicef, barred the practice of holding the children and families at Mexican federal detention centers, handing them over instead to a family welfare agency that has far less capacity.

Though some families are still being returned to Mexico, most are being released into the U.S., where federal law prohibits families with children from being held more than about 20 days. Space in family detention centers has been limited because of the pandemic, though Immigration and Customs Enforcement announced this week a new $86.9 million contract for about 1,200 beds.

Acting ICE Director Tae D. Johnson said in a statement that the contract includes money for Covid-19 testing and other health screenings.

Most released migrants are given orders to return to an immigration court at a later date and face possible deportation. But because the flow of families has increased in recent weeks, border agents in the Rio Grande Valley are now releasing some families with children age 6 or younger without a court date, leaving them effectively free to move within the U.S.

Analysts often describe factors that “pull” migrants north—such as a strong U.S. economy or lax U.S. immigration enforcement—and “push” factors that drive them out of their own countries, such as poverty and violence.

Illegal immigration from Mexico to the U.S. peaked in 2001 at an estimated 1.6 million, after years of steady growth, according to Border Patrol statistics. But migration began to slow under a combination of stricter border enforcement, a more stable Mexican economy and demographic changes in Mexico that meant fewer younger males entering the workforce every year.

Now, not only is the U.S. economy expected to grow about 6% to 7% this year, but Mexico’s economy is also in particularly bad shape amid the pandemic. The country’s economy contracted about 8% last year. Mexico’s populist president has implemented the smallest stimulus of any major developing economy.

While the U.S. has vaccinated roughly a third of its population, Mexico has inoculated under 5%, which means the pandemic is likely to last far longer.

Illegal border crossings by adult males are often an indicator of a U.S. economic recovery. Over the past three decades, links between communities in Mexico and the U.S. have strengthened through networks of relatives and acquaintances who have emigrated from rural villages. So when a restaurant in San Francisco is hiring, word gets back quickly to Mexico.

Friends and relatives in the U.S. provide lodging to newcomers and help finance the $10,000 that coyotes currently charge for a trip that is likely to cross the Sonoran Desert, which stretches from Mexico through Arizona and California.

Some who settled in the U.S. decades ago and were deported are also trying to reunite with their families.

That includes Mr. Cruz, who said his wife and American-born 9-year-old daughter are waiting for him in San Antonio. He said he has been in regular contact with a dozen relatives in Texas, some of them undocumented, who have encouraged him to come. Two young cousins have recently been hired at a local restaurant after being unemployed for months, he said. A 55-year-old brother-in-law was vaccinated last week and has restarted his work at a shopping mall in Dallas.

He said migration to the U.S. won’t ever change unless Mexico develops economically.

“Your work doesn’t yield much in Mexico,” he said. “In the U.S. you work hard, but you see the benefits quickly. That’s why I want to return.”

Voir de même:

Une tempête sur la République américaine
Guy Millière
Gatestone institute
26 mars 2021
Traduction du texte original: A Storm Over the American Republic

    • L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits.
    • Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menacé, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.
    • Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculee », « L’art du vol » et « Le rapport Navarro ». Ces analyses ont été décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire.
    • Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.
    • Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.
    • Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.
    • Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes electorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste.

L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président.

Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux.

Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral.

Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique.

L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump.

Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels.

La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé.

Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent:

« Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme interieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela. « 

Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la républiqe ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d‘inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge« . L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ».

Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ».

Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « .

Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ».

Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine.

Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible.

Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement.

Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole.

Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés.

Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé.

Sans surprise, Trump a été acquitté.

L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits (ici, ici et ici).

Les actions contre le prétendu « extrémisme intérieur » et le « terrorisme intérieur » – autrement dit les 74 millions de personnes soutenant Trump – se poursuivent. Et les personnes qualifiées d' »extrémistes » et de « terroristes » font face à des menaces constantes. Les avocats de la défense de Trump ont reçu des menaces. Michael van der Veen, par exemple, a déclaré qu’il avait dû engager des gardes du corps armés et envoyer sa famille dans un lieu inconnu. Sa maison a été vandalisée.

Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menace, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.

Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre.

Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. »

« Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. »

Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  »

Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell:

« Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. »

Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculée« , « L’art du vol » et « Le rapport Navarro« . Ces analyses ont décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire (voir ici, ici et ici).

Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « .

Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « .

Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie.

Une dérive inquiétante semble éloigner les États-Unis des institutions qui en ont fait une république et de ce que l’on peut attendre d’une démocratie digne de ce nom. Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.

Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane« , et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ».

Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.

Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ».

Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.

Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer.

Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles.

Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation« . Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « .

Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes.

Le Parti communiste américain n’a jamais réussi à obtenir une large influence politique. Il a semblé gagner du terrain après la Seconde Guerre mondiale, mais a été écrasé dans les années 1950, après que soit découvert le fait que certains de ses membres avaient espionné le pays pour l’Union soviétique.

Un courant politique a pris forme dans les années 1960 et a recouru à une stratégie définie par un activiste allemand, Rudi Dutschke – disciple du marxiste italien Antonio Gramsci – comme « la longue marche à travers les institutions ». Comme l’a écrit l’essayiste Roger Kimball, ce courant s’est progressivement emparé du secteur des sciences humaines dans les universités, puis s’est répandu dans tout le système éducatif, le secteur de la culture, les grands médias, puis la sphère politique.

Il s’est inspiré des écrits du philosophe Herbert Marcuse, qui parlait de la nécessité d’un « grand refus » et d’une « protestation contre ce qui est ». Marcuse suggérait de pratiquer ce qu’il a appelé la « tolérance repressive » – qui consiste en une « intolérance envers les mouvements de droite », menée jusqu’à ce qu’ils soient réduits à l’inexistence. Marcuse ajoutait que les « forces des minorités non intégrées » devaient être utilisées.

Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française« : Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction« , et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir.

Les méthodes utilisées ont été celles du théoricien politique Saul Alinsky, qui recommandait que les radicaux deviennent des « organisateurs de communauté ». « Le travail de l’organisateur de communauté », ajoutait-il, « est de manœuvrer et d’appâter les gens au pouvoir ». Alinsky a publié en 1971 Rules for Radicals, un livre décrivant comment les radicaux peuvent s’emparer du pouvoir en utilisant treize règles. Il disait qu’accuser ses ennemis de ce dont on est coupable peut se révéler extrêmement efficace.

Ce courant a agi pour répandre le « grand refus » défini par Marcuse, a disséminé les idées de la « théorie française » et utilisé les méthodes de Saul Alinsky. Il a recouru à la « tolérance repressive » pour éroder les institutions de l’intérieur et éradiquer l’idée de vérité. Certains de ses adeptes sont devenus des « organisateurs de communauté », ont agi pour abolir les structures de pouvoir et accusé leurs ennemis de faire ce qu’ils faisaient, eux.

Le président Barack Obama, avant d’entrer en politique, a travaillé comme « organisateur de communauté » à Chicago. Peu de temps avant d’être élu président en 2008, il a déclaré: « Nous sommes à cinq jours de la transformation fondamentale des États-Unis d’Amérique ». Il n’a pas dit en quoi la transformation allait consister.

Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif.

Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés.

74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ».

La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple« , a été adoptée par la Chambre le 5 mars. L’ avocat J. Christian Adams, président de la Public Interest Legal Foundation et fondateur du Election Law Center, a noté:

« HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas. « 

Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite. Si le projet est adopté, il pourrait, comme l’a dit l’ancien conseiller principal du président Trump Stephen Miller, « effacer fondamentalement l’essence même de la nation américaine ».

Les propositions économiques telles que l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars, si elles sont mises en œuvre, coûteront des centaines de milliers d’emplois, et créeront d’immenses difficultés pour les petites entreprises déjà durement touchées par les fermetures ayant résulté de la pandémie et pour les personnes non qualifiées qui cherchent du travail. Il en résulterait un moins grand nombre d’emplois disponibles et un plus grand nombre de personnes cherchant un emploi – ce sans compter l’effet du flot potentiel de nouveaux arrivants « sans papiers ».

Ce résultat serait peut-être voulu: il conviendrait aux grands entrepreneurs qui sont aussi de grands donateurs à la campagne démocrate, éliminerait leurs concurrents plus petits qui ne pourraient assumer la charge supplémentaire, et créerait davantage de personnes désespérées continuant à tendre la main vers le gouvernement et dépendant de l’aide qu’ils pourront obtenir de lui.

L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays.

L’essayiste Dennis Prager a déclaré l’an dernier:

« La civilisation peut être détruite en une seule génération. L’Allemagne était le pays le plus avancé d’Europe en termes d’art et de culture. Des gens se demandent comment le pays qui nous a donné Beethoven et Bach et Schiller et Heine a pu nous donner Auschwitz? C’est une question courante. Ce n’est pas une question qui se trouve posée dans les collèges aujourd’hui parce que ceux qui y sont n’ont jamais entendu parler de Beethoven, Bach, Schiller, Heine ou d’Auschwitz. Néanmoins, ceux qui en ont entendu parler posent la question, et la réponse est que ce qui est arrivé peut arriver n’importe où. Nous assistons à la destruction de la liberté aux Etats-Unis en une génération: dans ce cas, par ceux qui se disent progressistes. »

Après la Convention constitutionnelle de 1787, une certaine Madame Powell, de Philadelphie, a demandé à Benjamin Franklin: « Eh bien, docteur, qu’avons-nous, une république ou une monarchie? » Franklin a répondu: « Une république, si vous pouvez la préserver. »

« Une partie de l’Amérique a « déclaré la guerre » et « a l’intention de détruire la société la plus tolérante, la plus inclusive et la plus égalitaire jamais créée », a écrit récemment l’auteur américain David Horowitz. « La bonne nouvelle », a-t-il ajouté, « est qu’un mouvement patriotique s’est levé, et se tourne à nouveau vers l’idée que tous les hommes sont créés égaux et dotés des droits divins à la vie et à la liberté, et sont prêts à les défendre ».

Une tempête plane actuellement sur les États-Unis. Les mois à venir révéleront si le mouvement patriotique ainsi décrit la dissipera.

Voir de plus:

If You Thought the 2020 Elections Were Chaotic, Just Wait
J. Christian Adams
The Gatestone institute
February 8, 2021

  • H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots, voting in precincts where you do not live…. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.
  • In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.
  • States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.
  • H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court — federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits.
  • There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day…. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs.

H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt — the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots and voting in precincts where you don’t live. It includes so many bad ideas that no publication has satisfactory space to cover all of them. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.

These bills rearrange the relationship between the states and the federal government. The Constitution presumes that states regulate their own elections, but the Constitution has a big « but » in what is called the Elections Clause. The Constitution says, « but the Congress may at any time by Law make or alter such Regulations. » For over 200 years, Congress rarely used this power. After all, the power was put in the Constitution only to prevent the states from suffocating the federal government out of existence by never holding federal elections.

Do not assume that the bills will stall and wither in the process. They are named H.R.1 and S.1 for a reason. The bills are the top priority of the newly empowered Democrats in Congress.

Dissatisfied with the effectiveness of the last federal mandate — 1993’s Motor Voter law — H.R.1 dispenses with the idea that an American should go affirmatively register to vote.

In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court – federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits. It also grants automatic intervention to any legislators who want to join in the fight against the lone opposition.

It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.

HR.1 and S.1 are omnibus bills that would change every American citizen’s — and foreigner’s — relationship to voter registration.

Universal automatic voter registration has, for years, been a top priority of the institutional left. In fact, H.R.1 would do away with actual voter registration and instead make the voter rolls merely a copy of anyone already on a government list — such as welfare recipients and other social service beneficiaries. The bills would expand well beyond to federal entities like the Social Security Administration, Department of Defense, Customs and Immigration, and elements of Health and Human Services.

Naturally, a giant federal database would serve as the home for this list of people who must be automatically registered to vote, whether they know it or not.

Imagine the number of government databases in which your information is contained. Do your names and addresses all match? Does Social Security know you moved out of your birth state? Are your married and maiden names different? Did you get a driver’s license before obtaining American citizenship?

You can see the pitfalls. One person will be « registered » to vote multiple times, with slight variation in names, and perhaps greater variation in residence addresses.

Making it « easier » to get registered to vote through automatic registration from government lists might seem attractive, until you consider the disaster of universal auto-mail voting as we saw in 2020.

H.R.1 and S.1 will force states to push ballots into the mail. It builds slack into the election system. Decentralized mail elections introduce error because of error-filled rolls. Mail-in ballots delay results, create uncertainty and push the elections into kitchens and bedrooms where election officials cannot observe the voting process and cannot protect the voter from coercion.

H.R.1 takes the absolute worst emergency rule changes of 2020 and enshrines them as federal law. Gone also are state witness and notary requirements during the mail ballot application process. Nor may states enact identification requirements of « any form » for those requesting a ballot. That means no more voter ID as a matter of federal law.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

It gets worse. The 791-page bill also includes:

  • « Congress can reduce a state’s representation in Congress when the right to vote is denied. » Without qualification or definition, Congress could rely on this sentence unilaterally to cut the number of House members from any state it claims is denying the right to vote.
  • It criminalizes anyone who uses state challenge laws to question the eligibility of registrants wrongly. The penalty is up to one year in prison per instance.
  • It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.
  • It criminalizes publishing « false statements » about qualifications to vote and « false statements » about which groups have endorsed which candidates. Information banned from being published includes false qualifications to vote and the penalties for doing so. What is a false statement will apparently be in the minds of the Justice Department lawyers who bring the charges. And if they do not act, the law provides a private right of action to individual plaintiffs to drag speakers to court. You can be sure this provision would be used as a merciless weapon against political opponents.
  • And in case it was not clear that H.R.1 was dismantling state power to run their own elections, the bill makes it clear: « The lack of a uniform standard for voting in Federal elections leads to an unfair disparity and unequal participation in Federal elections based solely on where a person lives. » In other words, state laws which have the Constitutional authority to determine the voting eligibility of its residents, will be preempted by a federal uniform standard.

That is not all. Nationwide, states must accept mail ballots on Election Day plus 10 days later. States are allowed to add extra time to the window. No more election day. It will be election season, with a month of early voting and weeks of ballots arriving and being counted.

And of course, unlimited ballot harvesting — having a third party « help » to fill in and gather up ballots, then drop them off at a polling station or other designated station — is guaranteed.

Misinformation, protests, unrest, and even violence were all symptoms of the trauma of 2020. Activist groups and collusive officials in 2020 turned courts into weapons to transform state laws into election procedures that were favorable to one particular party. H.R.1 would finish the job, and federalize the policies and election procedures that made 2020 such a mess.

It is no solution to presume that federal rules, even if they were crafted the right way, would solve the problem. When Washington D.C. gets control over elections, the policy always skews in one direction.

I worked at the Justice Department, where career staff ignored federal laws they didn’t like, and only enforced the ones they thought would help advance their political beliefs. Motor Voter, for example, had a federal mandate that states clean voter rolls. Guess what happened after that rule passed in 1993? No private enforcement actions were brought for two decades until I brought one against Indiana.

There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day. The bureaucrats in Washington in charge of enforcing that law ignore that law. Federal mandates are a one-way political ratchet. They always and only help one political party.

The nation has seen this line of thinking before. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs. Unifying American experiences such as coming together to vote on one single Election Day, governed by rules passed by state legislators, well, to the authors of H.R.1, that is just old fashioned.

J. Christian Adams is the President and General Counsel for the Public Interest Legal Foundation and a former Justice Department lawyer. He also served on the Presidential Advisory Commission for Election Integrity and currently is a Presidentially appointed Commissioner on the United States Commission on Civil Rights.

Is Racism Moral Now?

Victor Davis Hanson
American greatness
Whiteness is a public health crisis. It shortens life expediencies, it pollutes air, it constricts equilibrium, it devastates forests, it melts ice caps, it sparks (and funds) wars, it flattens dialects, it infests consciousnesses, and it kills people »… — Damon Young, New York Times contributor
Over the past year, I have, of course, still had to interact with white people on Zoom or watch them on television or worry about whether they would succeed in reelecting a white-supremacist president. But white people aren’t in my face all of the time. I can, more or less, only deal with whiteness when I want to . . . White people haven’t improved; I’ve just been able to limit my exposure to them.
—Elie Mystal, The Nation    
Racism is the deductive bias against, and often hatred of, an entire racial group. It is often birthed by dislike of particular individuals of a given group that supposedly justifies, by extension, disliking or indeed hating all of them. The popular reaction against this widespread toxic pathology shown African Americans birthed the anti-slavery movement, the Civil War, the resistance to Jim Crow, and the modern Civil Rights movement.
But now there grows a strange new ahistorical “antiracism” racism.
One variety encourages holistic hatred, blaming all of one’s own unhappiness, indeed all of the cosmic injustice in the manmade and natural world—the very air, water, and earth—on a white racial collective.
Another constructs a purported racial pathology to encourage segregation and separation from all members of the white race, thereby limiting all “exposure” to a toxic people.
These are not just the idle critical race theory rants of intellectuals. They now are reified in racially segregated graduations and dorms and in systemic racialist reeducation and confessional workshops in government, the military, and private enterprise. In fact, the new antiracism racism is flagrantly directed at “whiteness”—the obsession of an America gone mad.
Barack Obama who, when a senator, filibustered the 2006 Supreme Court nominee Samuel Alito now claims, falsely, the filibuster is a racist relic of Jim Crow, which it predated by at least 30-40 years. On the Senate floor, U.S. Senator Tammy Duckworth (D-Ill.) vowed to block confirmation of nominees based solely on their white skin color.
In violation of the Equal Protection Clause of the 14th Amendment, the mayor of Oakland just announced race-based grants of $500 per month to be given only to poor “BIPOC” (“black, indigenous, and people of color”) families, excluding the white poor.
The latest multibillion-dollar stimulus/farm aid bill is targeted for all those in need—as long as they are not white. The latter are all ineligible.
The new antiracism racism, whatever its original intentions, unfortunately exhibits the historical telltale signs of its noxious genre: an a priori negative stereotyping of all whites that can then be applied to individuals deemed undeserving because they are white. It is a deductive doctrine used to justify racial bias and racial preferences, to enhance careers and profits, and to excuse and contextualize racist language and behavior.
Antiracism’s implicit defense is that the nonwhite have less power to act out their biases than do whites, while it “rights” an historical wrong. Therefore even crude antiracists cannot be harmful racists. Consult the government data on hate crimes, however, and one learns some non-white groups have a greater proportional tendency to commit such crimes against others than so-called whites. And how has a white lower-middle-class generation, born in the post-Civil Rights movement and the age of affirmative action, continued to enjoy so-called white privilege?
The Convenient Vocabularies of Whiteness
Notice how the term “white racism” began metamorphosing into “white supremacy.” The latter is a linguistic means of stating, without evidence, that “they” control everything and thus there is little need for demonstrable examples of white racism.
But “supremacy” itself proves a problematic rubric. What does one do when Asian Americans as a group make far more per capita than do whites? Or the 44th president of the United States was black—as is the current vice president? Or both the recent Democratic and Republican candidates for lieutenant governor in South Carolina, the first slave state to secede from the Union, were black?
After all, a true “Islamic supremacy” state such as Iran or Saudi Arabia, does not allow a Christian or Jew access to such power in their country. A racially supremacist nation such as we see in communist China cannot allow a black or white immigrant to be premier—any more than can North Korea. Even South Korea or Japan may not any day soon see a Korean president or Japanese prime minister of Mexican or Irish ancestry.
And yet “white supremacy” itself is devolving into “white privilege.” The newer term no longer requires proof that all whites are always supreme—only that they all, by use of the collective “white,” enjoyed innately unfair advantages over all others based solely on their race.
But finally “white privilege” will itself prove an unsustainable rubric, given the clear privileges enjoyed by millions of non-white Americans in business, politics, popular culture, sports, entertainment, the professions, and among the elite. Surely one should not have to argue that a white Dayton, Ohio tire-changer is innately blessed in a way an unfortunate Eric Holder or Jay-Z purportedly is not?
So “white privilege” is now morphing into just “whiteness” in a malignant stereotyping hauntingly reminiscent of the 1930 theories of insidious “Jewishness,” a term denoting a mythical and underhanded power that warped and “controlled” Western Europe—even as no believable charge could be leveled against individual Jews.
Infectious “whiteness” supposedly is what explains why the privileged Meghan Markle is unhappy with, or rather furious at, the royal family and the psychodramatic injustices allegedly done to her—as the former royal couple lecture the public on its sins from their $14 million Montecito estate.
The “whiteness” conspiracy similarly explains why multibillionaire Oprah Winfrey, who interviewed the couple from her nearby $90 million estate, not long ago was—or so she complained—treated rudely by a clerk in a Swiss boutique who committed the mortal sin of not recognizing Oprah, and thus not purportedly retrieving a $38,000 crocodile bag out of its secure case quickly enough to Oprah’s liking.
“Whiteness” often towers over even 5’11” Michelle Obama. Even as First Lady, when incognito in a Target store, she complained that a much shorter white woman did not recognize her and asked her, a taller stranger, to help lift down an item from an upper shelf—a phenomenon that millions of Americans encounter weekly.
Racist White Male Mass Shooters Everywhere?
It took the media and the Left about a nanosecond, and without any evidence other than a grainy video, to falsely label the recent Colorado mass shooter—later revealed as a Trump-hating Syrian-born Muslim—a “white supremacist.”
And it only took a second for the online mob and media to use his now falsely assumed identification to fuel a grand indictment against all “white men” in general—in the same old, same old unapologetic Duke lacrosse, Covington Catholic kids, and Jussie Smollett style.
Next, the Colorado mass murderer was immediately lumped in with the recent Georgia mass killer—as if that monstrous shooter was, unquestionably, a similar white supremacist. The two together proved a “pattern” of systemic white violence, most notably against Asian Americans.
All of these narratives, which are still floating around and widely accepted, are false.
It mattered little that the prior Georgia “white supremacist” mass-murderer was a disturbed psychopath and sexual deviant. In an initial questioning, the FBI found him unhinged rather than acting out a racist agenda. Sexual deviance rather than racism more likely fueled his attacks on massage parlors, where he killed six Asian and two white women, and seriously wounded a Hispanic male.
As far as the deviant Atlanta shooter being illustrative of an epidemic of white-inspired, anti-Asian-American crimes, the majority of such hate crimes against Asians have not been found, by a variety of metrics, to have been committed inordinately by whites. Indeed, in many surveys, African American males are proportionally more likely to commit such hate offenses against Asians. Nor do whites commit hate crimes in general disproportionally. Nor in the case of mass shootings, are whites “overrepresented” in the data.
The First Stone
Barack Obama was also quick to inflame the dramas—in the fashion of his unfortunate Trayvon Martin commentaries—by weighing in falsely that racism was one of the Georgia shooter’s stimulants.
Meena Harris—a Dr. Seuss canceller, Kamala Harris’s niece and campaign advisor, and the would-be Harris family memorialist—before the Colorado shooter had even been identified, immediately tweeted out: “The Atlanta shooting was not even a week ago. Violent white men are the greatest terrorist threat to our country”
Note the Harris logic: a suspect mows down ten innocents, and presto “white men are the greatest terrorist threat to our country”—never mind that the shooter turns out to have been a Syrian Muslim who emigrated to America in the early 2000s. The subtext of Harris’ thoughtless comments is something like “and we better do something about those white people.”
Her later “apology” for her judge-jury-executioner disinformation tweet proved far worse than her original libel: “I deleted a previous tweet about the suspect in the Boulder shooting. I made an assumption based on his being taken into custody alive and the fact that the majority of mass shootings in the U.S. are carried out by white men.”
Aside from the fact that Harris offered no apology for her lie, and had no compunction in stereotyping an entire group on the false assumption that the murderer was white, she also was entirely misinformed about her data. Again, according to most information on mass murderers, there is no evidence that whites are more likely proportionally to be the culprits than are members of other racial categories. In terms of interracial violent crime, whites both proportionally and in absolute numbers, are more likely, in comparison to both blacks and Hispanics, to be victims than perpetrators.
Why have we given up on the dream of Martin Luther King, Jr, that content of character rather than the color of our skins will arbitrate how we treat other individual Americans in a multiracial United States? And is the rejection of that vision the foundation of the new racism?
The Utility of Anti-Racism
What is driving this new antiracism racism? Cui bono? After all, a number of ethnic groups enjoy higher per capita income than whites. The number of white poor in absolute numbers is larger than any other impoverished minority group. The two most common interracial marriage profiles are white and Hispanic, and white and Asian.
For one thing, the new antiracism racialism is driven mostly by elite, white, progressive, careerists. Yet why, in white bastions like Silicon Valley or Manhattan, is there an explosion of elite private academies and a mass flight from the public schools? Is there real integration inside the nation’s richest and bluest ZIP codes, where support for public charter schools is low but high for teachers’ unions?
Medievalism offers some guidance. If a guilty party still wishes to enter woke heaven—or more mundanely to get a promotion or avoid being fired—but is reluctant to sacrifice his own privileged and tribal ways, he can still find cosmic recompense through the abstract: our version of a contractual endowment to the Church that once erased away usury or profligacy.
In other words, very privileged, very wealthy white people virtue signal anger over “white supremacy” as both a psychological and practical way of squaring the circle of their own largely unbothered separate and segregated lives. The irony is that by doing so, those with privilege castigate those without it.
By dreaming up an ever-growing vocabulary of clingers, deplorables, irredeemables, chumps, dregs, and Neanderthals for the white underclass, the elite—both black and white—squares the circle of owning an estate on the cliff above Martha’s Vineyard, or a D.C. mansion.
The Clintons, the Bidens, and the Obamas can live guilt-free and in splendor on the metaphorical barricades, faced off against the less virtuous, Bible-thumping, racist losers who never got with it and learned to code or follow the fracking rigs. This morality offset credit is the racial equivalent of the climate activist John Kerry’s carbon-spewing private jet, so necessary to ferry him from one green conference to another.
Call it exemption, penance, indulgence, or any other variety of medieval quid pro quo, but the white elite’s virtue signaling is as easy to spot as it is pretentious, opportunistic, and hypocritical.
Just as deploring whiteness or confessing to “unearned” privilege exempts the concrete behavior of white elites, so too does it exempt elite blacks from addressing existential crises in the black community that transcend white racism.
Or is it more troublesome than that? Do elites claim that it is racist to suggest the elite woke should at least channel some of their outrage and concern to the mass killing of the urban young (so often African American youth), the pandemic of fatherless black households and illegitimacy, and inordinate rates of criminality? Meghan Markle, as one of the new self-appointed voices of the oppressed, seems more fixated on royal insensitivities than she does on the soaring murder rate in Chicago.
There were other catalysts that shipwrecked the King dream and are supplanting it with Balkans-style tribalism and intersectional hatred. Under Barack Obama, the new idea of “diversity” came into its own. The old binary of white/black and the ecumenical effort to heal the legacy wounds of slavery, Jim Crow and de facto discrimination suddenly invited in a host of new participants, many of them with little record of discrimination, economic inequality, or historical grievance.
Diversity, in other words, redefined the victimized as those with a claim on non-whiteness and on the basis of superficial appearance expanded those with purported grievances from 12 percent of the population to over 30 percent.
Suddenly the impoverished undocumented Oaxacan, subject to years of maltreatment in his native Mexico, became a victim deserving American reparatory consideration the moment he crossed by his own volition into the United States.
So did the children of the multimillionaire Punjabi cardiologist, now dubbed “Asian” as if Indians, too, were indistinguishable from Japanese and Chinese-American who had experienced historical discrimination inside the United States. The Brazilian aristocrat, the one-third “this” and the one-eighth “that” brought millions into the equation, including Elizabeth Warren, Rachel Dolezal, Ward Churchill, Alec Baldwin’s wife, and legions of other socially constructed diverse people.
Class: The Forgotten, Ecumenical Divide
The explosive gains in bicoastal wealth in tech, corporations, entertainment, media, the professions, and sports increasingly rendered less important the connections between class and race. A LeBron James, by traditional class definitions, was a privileged near-billionaire elite who often shilled for the Chinese government—not a victimized truth-teller entrusted to lecture us about the pathologies of whiteness. So as the nonwhite were now often elites, racial identity became more, not less emphasized, to avoid the perception that prior racial victims were now class beneficiaries or even oppressors.
Soon some minorities began questioning the racial fides of other, usually more conservative Latinos and blacks—inventing all sorts of philological categories such as “white Hispanic” and “multiracial whites.” They were reminiscent of the old white racists of the past who had strained to detect “white blacks” who successfully passed into white society, and thereby threatened to expose the entire absurdity of racial castes. After claiming that race was not a construct but immutable, the Left began contextualizing and rebranding and re-cataloging Trump-voting Cubans, George Zimmerman, and any who did not meet their own benchmarks for racial authenticity.
Soon we were left with the silliness of multimillionaire CNN anchor Don Lemon pontificating, without evidence, that “the biggest terror threat in this country is white men, or the far richer, Colin Kaepernick, of mixed ancestry, raised by two white parents, and previously fined for using the N-word on the playing field, now scapegoating his athletic descent onto a white racist society that ruined his career, even as “it” enriched him beyond the imagination of 329 million other Americans.
There are inequalities in the United States. Many of them dovetail with racial differences. But 21st-century cause-and-effect remains unclear. And the chief dividing line in the age of bicoastal globalism is now class—the new-old word we dare not speak.
In truth, the Mexican American tractor driver in Gilroy has more in common with the white auto-mechanic, and both with the black truck driver, than any of the three has with the woke Jorge Ramos, Oprah Winfrey, Mark Zuckerberg, or the Antifa and Black Lives Matter hierarchy.

America is not a sinful racist mess, but a great experiment as the only multiracial, self-reflecting, and self-critical democracy in history that did not—yet—descend into tribal chaos and violence.Voir encore:

Le chantage (payant) de deux sénatrices à Joe Biden

Des élues démocrates menaçaient le président américain d’obstruction s’il ne prenait pas plus d’Asiatiques dans son gouvernement.
Julien Peyron
Le Point
27/03/2021

« Quand Joe Biden m’a demandé d’être sa colistière, il s’est engagé à choisir une administration qui ressemble à l’Amérique, qui reflète le meilleur de notre nation. » La confidence est de Kamala Harris, aujourd’hui vice-présidente des États-Unis. C’est ainsi que le futur président américain, descendant de migrants irlandais catholiques, est parvenu à convaincre cette fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne de figurer sur son « ticket ». À eux deux, ils ont incarné le camp des minorités américaines, marquant une rupture nette avec le mandat de Donald Trump, accusé par certains démocrates d’être le président des suprémacistes blancs.

Le plan a fonctionné, Joe Biden et Kamala Harris ont été élus à la Maison-Blanche. Les Noirs américains ont voté pour eux à près de 90 %, les latinos à plus de 65 % et les Asiatiques à 63 %. Ils ont su s’en souvenir au moment de nommer leurs conseillers et les membres du gouvernement. Le Sénat, qui doit confirmer un à un les membres de la future équipe du président, n’aura jamais vu passer autant de candidats issus de minorités. Une ministre de l’Intérieur amérindienne, un ministre de la Défense noir, un patron de la Sécurité intérieure d’origine cubaine, un ministre des Transports homosexuel, une sous-secrétaire à la Santé transgenre… Chaque minorité à son représentant dans cette administration arc-en-ciel, symbole du creuset américain, de sa diversité et de sa richesse.

Mais à vouloir servir tout le monde, on en oublie forcément quelques-uns. À tort ou à raison, les AAPI se sentent lésés. Derrière ce sigle sont regroupés les Américains ayant des origines asiatiques ou venant des îles du Pacifique (Asian Americans/Pacific Islanders). Les Asio-Américains sont au cœur des préoccupations depuis la tuerie d’Atlanta survenue le 16 mars. Ce jour-là, un homme tue huit personnes, dont six femmes asiatiques, dans des salons de massage de la grande ville de Géorgie. Bien qu’on ignore si les motivations de l’assaillant étaient racistes, la minorité asiatique américaine s’émeut et dénonce une recrudescence des attaques contre elle depuis le début de l’épidémie de Covid, appelé « virus chinois » par Donald Trump.

Risque de blocus

Victimes de préjugés raciaux, les Asio-Américains estiment qu’ils sont mal représentés dans les sphères du pouvoir, en particulier dans le gouvernement Biden. C’est la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, d’origine thaïlandaise, qui porte leur combat à Washington, bientôt rejointe par sa collègue de Hawaï, Mazie Hirono. Elles ont signifié à l’establishment démocrate leur refus de voter en faveur de tout nouveau prétendant qui ne serait pas asiatique. De quoi bloquer le processus de nomination au Sénat, puisque la chambre haute du Congrès est plus divisée que jamais depuis les élections de novembre 2020. Elle compte 50 élus démocrates et 50 républicains. Le camp Biden a besoin de faire le plein à chaque fois qu’il veut faire passer une loi ou qu’il souhaite faire valider la nomination d’un officiel.

Quand la Maison-Blanche fait valoir aux deux sénatrices que la vice-présidente Kamala Harris est d’origine indienne par sa mère, leur réponse est cinglante. « C’est insultant ! Diraient-ils aux Afro-Américains que Kamala Harris est noire et qu’il n’y a pas besoin d’autres Afro-Américains au sein de l’administration ? » Elles tiennent bon et leur chantage va fonctionner. Avant même d’avoir eu à voter contre leur camp, les deux sénatrices assurent avoir eu l’assurance que Joe Biden allait « faire monter des voix asiatiques » au sein du gouvernement fédéral. Le porte-parole de Tammy Duckworth s’est aussitôt réjoui de la bonne nouvelle : « Comme annoncé, nous ne bloquerons pas la route aux candidats du président Biden, qui comprendront donc davantage de leaders AAPI. »

5,5 % d’Asiatiques dans la population américaine

Sur les 23 membres désignés du cabinet Biden – tous ne sont pas encore confirmés – un seul est d’origine asiatique à ce jour : Katherine Tai, représentante au Commerce, qui a grandi à Taïwan et dont les deux parents sont chinois. Un sur 23, soit environ 4,5 % du cabinet, un nombre assez proche des 5,5 % que les Asiatiques pèsent au sein de la population américaine. Insuffisant pour les leaders d’AAPI. Mais en nommant un nouveau membre d’origine asiatique, le président américain fera passer cette proportion à 18 %… Quelle autre minorité montera alors au créneau en s’estimant sous-représentée ?

S’ils permettent de conforter chaque groupe, ces arrangements font peser un soupçon sur l’équipe Biden. Serait-elle davantage un casting politiquement correct qu’une équipe recrutée pour ses compétences ? Ironie de l’histoire, les Asio-Américains comptaient encore récemment sur une porte-drapeau dans l’équipe Biden. Neera Tanden, née de parents indiens, avait été désignée pour occuper la fonction importante de ministre du Budget. Mais d’anciens tweets polémiques retrouvés par la presse ont eu raison de sa candidature. Preuve qu’outre les origines ethniques, les opinions politiques comptent encore en Amérique.

Voir encore:

Bartolone sur la droite : « Ils veulent mettre l’Ile-de-France en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux »

REPORTAGE – Claude Bartolone a tenu, mercredi soir, son dernier meeting avant un second tour qui s’annonce très serré. Le socialiste et ses nouveaux alliés ont tenté de montrer une unité que la gauche n’a plus au niveau national.

Il y a les applaudissements automatiques des meetings de fin de campagne. Et puis il y a les embrassades et les sourires qu’on ne voyait plus à gauche ces derniers temps. « Ça sent bon », souffle Benoît Hamon dans les couloirs du palais des sports de Créteil pour le dernier meeting de Claude Bartolone. Ici, les socialistes croient de plus en plus à une victoire à l’arrachée dimanche face à Valérie Pécresse.

Pour ce second tour, Bartolone a réussi à rapidement rassembler la gauche. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu côte à côte cette gauche arc-en-ciel allant du chef du PCF Pierre Laurent à celui du PS Jean-Christophe Cambadélis en passant par Benoit Hamon, Christiane Taubira et finissant par les écolos Emmanuelle Cosse et Cécile Duflot. Tous sont là pour soutenir Claude Bartolone, le seul aujourd’hui à gauche à pouvoir rassembler une telle brochette quand le spectre du gouvernement, lui, s’est singulièrement réduit depuis le départ de Jean-Marc Ayrault. Assise au premier rang, Cécile Duflot immortalise l’instant avec son téléphone portable.

« Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux »

Dernier à parler, Bartolone s’en prend logiquement à son adversaire Valérie Pécresse. Le résultat s’annonce serré, aucun coup ne sera épargné. « Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux », attaque Bartolone qui plus largement pointe l’attitude de la droite.

« Que reste-t-il de leurs valeurs lorsque, sans cesse, sans cesse, ils font cette insupportable danse du ventre aux électeurs du FN à grands coups de ‘race blanche?' » demande-t-il avant de livrer sa réponse. « Cette droite n’a plus grand chose de républicain ». Comme s’il voulait donner des gages à ses alliés de gauche et s’éloigner de ces socialistes qui ne parlent que de redressement économique et de taux de croissance, Bartolone promet vouloir avant tout « donner du sens ». « Nous ne sommes pas des experts comptables en charge d’aligner des colonnes de dépenses à des colonnes de recettes », poursuit-il.

En début de soirée, après ce qui devait être un sketch de Gérald Dahan, le rappeur Rost prend le micro, glisse quelques mots sur les scores élevés du FN qui lui fond mal au coeur puis, le poing levé, se met à chanter Le temps des résistants. La salle pourtant remplie de socialistes se surprend à elle aussi lever le poing, comme au temps où la gauche n’était pas encore social-démocrate. Sur scène, les Yeux Noirs enchaînent et jouent une musique tzigane si entrainante que Cambadélis frétille pendant Jean-Paul Huchon s’adonne à quelques mouvements de air guitar avec en prime un subtil jeu d’épaule.

Gauche francilienne contre gauche nationale

Alors que les communistes et les écologistes ont fusionné avec la liste de Claude Bartolone, c’est à Pierre Laurent qu’est revenu le soin d’entamer le meeting. Jean-Luc Mélenchon veut incarner la gauche d’opposition au PS mais ce mercredi soir son partenaire au sein du Front entonne un autre chant : « Ensemble battre la droite ». Mais s’il souhaite une victoire de « la gauche » – Laurent ne va pas jusqu’à dire « de Bartolone » – le patron du PCF promet qu’il ne s’en tiendra pas là : « Lundi il faudra reconstruire la gauche », « il faudra se dire des choses, se dire des vérités, discuter des responsabilités des uns et des autres ».

Après Laurent, Cosse garde ce même équilibre. Soutien régional, critique nationale. « Si l’Etat a renoncé face aux lobbies à mettre de oeuvre l’écotaxe, nous le mettrons en Ile-de-France avec son juste nom : la pollutaxe », assène-t-elle. Visant, le gouvernement et singulièrement Manuel Valls bien qu’elle se garde de prononcer son nom, elle poursuit : « Le renoncement et l’autoritarisme ne sont pas des mots que conjuguent les Huchon, les Hidalgo, les Bartolone, les Laurent ». En somme, Cosse veut « faire de l’Ile-de-France le creuset d’une nouvelle gauche, qui tient ses engagements, qui n’a pas peur de son ombre ». Jusqu’à dimanche cette gauche avance unie. Lundi sera un autre jour.

Voir aussi:

Observatoire du journalisme

27 mars 2021

Une tuerie s’est déroulée mi-mars 2021 dans un supermarché à Boulder dans le Colorado (États-unis),10 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie. Les médias de grand chemin se jettent-ils sur l’occasion pour informer en fonction des faits ? Ou pour les déformer ? Sur les premières images, le tueur interpellé est blanc. Le massacre de 10 civils se transforme instantanément en un procès de l’homme blanc armé d’un fusil AR-15. Plusieurs personnalités politiques s’en donnent à cœur joie pour faire de la récupération. Et puis…

Homme, blanc, violent

Dans un premier temps, le meurtrier est blessé à la jambe puis interpellé par la police qui l’emmène. Toutes les caméras ne retiennent alors plus qu’une seule chose : le tueur est blanc. C’est l’information principale que décident de relayer plusieurs grands médias tels que RTL, 20 Minutes ou le Huffington Post et d’autres encore. Dès lors, Twitter va se déchaîner. Avalanche de tweets haineux pour dénoncer la violence de l’homme blanc.

Meena Harris, la nièce de Kamala Harris (vice-présidente des États-Unis) tweetait « Violent white men are the greatest terrorist threat to our country » (les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays). Elle a par la suite rapidement supprimé son tweet.

Un journaliste de l’AFP du service « vérification des faits » avait également tweeté « He was only apprehended and not chocked or shot to death because he was not brown, black or muslim” (il a été appréhendé et non tué parce qu’il n’était pas brun, noir ou musulman).

Beaucoup d’autres tweets ont relayé que le tueur était un homme blanc et que s’il n’a pas été immédiatement abattu par la police c’était en vertu de sa couleur de peau.

Quelques jours plus tôt, en Géorgie, avait eu lieu une autre tuerie où un meurtrier blanc avait pris pour cible des femmes asiatiques dans leur salon de massage. Toute la presse avait crié au racisme mais le coupable, manifestement dérangé, déclarait qu’il souffrait « d’addiction sexuelle » et qu’il voyait ces salons de massage comme une tentation à éliminer.

Le tueur est un syrien musulman, Ahmad Al Aliwi Alissa

Certains médias surfent sur cette vague pour relancer la machine avec ce nouvel évènement macabre. Problème : le tueur est en réalité un Syrien musulman âgé de 21ans, anti-Trump, Ahmad Al Aliwi Alissa.

L’information est tombée comme un coup de tonnerre et a forcé quelques personnalités à réagir par rapport à ce qu’elles avaient d’abord dénoncé.

À titre d’exemple, la militante et écrivain américaine (Amy Siskind — sur Twitter) qui avait participé à la première vague de désinformation a déclaré, en apprenant le nom et la religion du tueur, qu’il ne fallait pas répandre cette nouvelle, ne pas lui faire de publicité. La publicité n’est en effet autorisée que si elle va dans le bon sens.

Beaucoup d’autres ont simplement arrêté de tweeter à ce sujet lorsqu’ils ne se sont pas simplement enfoncés dans le mensonge. À ce propos, le compte Tweeter de Caleb Hull est édifiant, ce militant républicain a relevé un bon nombre des tentatives de récupération et de désinformation au sujet de cette tragédie.

Le président des États-Unis, Joe Biden, s’est exprimé en appelant le congrès à agir « maintenant » pour limiter la circulation des armes à feu dans le pays. Biden sait bien qu’il n’a pas de majorité pour changer quoi que ce soit à ce sujet, il est douteux qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs, mais il est de bon ton de dénoncer le peuple qui pourrait oser prendre la responsabilité de sa propre défense.

In fine, une information passe à la trappe au milieu de ce pugilat médiatique : les dix victimes de cet odieux carnage sont tous des blancs.

Voir de même:

When The Narrative Replaces The News
How the media grotesquely distorted the Atlanta massacres
Andrew Sullivan
Mar 19 2021

The massacres at three massage parlors in the Atlanta area this week, leaving eight human beings dead, others injured, and their families scarred, were horrifying. Read this deeply moving story about the son of one of the women killed to remind yourself of this. It’s brutal. The grief will spread and resonate some more.

But this story has also been deeply instructive about our national discourse and the state of the American mainstream and elite media. This story’s coverage is proof, it seems to me, that American journalists have officially abandoned the habit of attempting any kind of “objectivity” in reporting these stories. We are now in the enlightened social justice world of “moral clarity” and “narrative-shaping.”

Here’s the truth: We don’t yet know why this man did these horrible things. It’s probably complicated, or, as my therapist used to say, “multi-determined.” That’s why we have thorough investigations and trials in America. We only have one solid piece of information as to motive, which is the confession by the mass killer to law enforcement: that he was a religious fundamentalist who was determined to live up to chastity and repeatedly failed, as is often the case. Like the 9/11 bombers or the mass murderer at the Pulse nightclub, he took out his angst on the source of what he saw as his temptation, and committed mass murder. This is evil in the classic fundamentalist sense: a perversion of religion and sexual repression into violence.

We should not take the killer’s confession as definitive, of course. But we can probe it — and indeed, his story is backed up by acquaintances and friends and family. The New York Times originally ran one piece reporting this out. The Washington Post also followed up, with one piece citing contemporaneous evidence of the man’s “religious mania” and sexual compulsion. It appears that the man frequented at least two of the spas he attacked. He chose the spas, his ex roommates said, because he thought they were safer than other ways to get easy sex. Just this morning, the NYT ran a second piece which confirms that the killer had indeed been in rehab for sexual impulses, was a religious fanatic, and his next target was going to be “a business tied to the pornography industry.”

We have yet to find any credible evidence of anti-Asian hatred or bigotry in this man’s history. Maybe we will. We can’t rule it out. But we do know that his roommates say they once asked him if he picked the spas for sex because the women were Asian. And they say he denied it, saying he thought those spas were just the safest way to have quick sex. That needs to be checked out more. But the only piece of evidence about possible anti-Asian bias points away, not toward it.

And yet. Well, you know what’s coming. Accompanying one original piece on the known facts, the NYT ran nine — nine! — separate stories about the incident as part of the narrative that this was an anti-Asian hate crime, fueled by white supremacy and/or misogyny. Not to be outdone, the WaPo ran sixteen separate stories on the incident as an antiAsian white supremacist hate crimeSixteen! One story for the facts; sixteen stories on how critical race theory would interpret the event regardless of the facts. For good measure, one of their columnists denounced reporting of law enforcement’s version of events in the newspaper, because it distracted attention from the “real” motives. Today, the NYT ran yet another full-on critical theory piece disguised as news on how these murders are proof of structural racism and sexism — because some activists say they are.

Mass killers, if they are motivated by bigotry or hate, tend to let the world know:

The suspected attacker in Pittsburgh allegedly said he wanted to “kill Jews” while rampaging inside a synagogue. Police said the man charged with killing people at an El Paso Walmart told them that he was targeting “Mexicans” that day. And the man who massacred Black parishioners inside a Charleston church detailed his racist motivations at length.

This mass murderer in Atlanta actually denied any such motive, and, to repeat myself, there is no evidence for it — and that has been true from the very start. And yet, a friend forwarded me the note swiftly sent to students and faculty at Harvard, which sums up the instant view of our elite:

Many of us woke up yesterday to the horrific news of the vicious and deadly attack in Atlanta, the latest in a wave of increasing violence targeting the Asian, Asian-American, and Pacific Islander community … This violence has a history. From Chinese Exclusion to the nativist rhetoric amplified during the pandemic, anti-Asian hostility has deep roots in American culture.

And on and on. It was almost as if they had a pre-existing script to read, whatever the facts of the case! Nikole Hannah-Jones, the most powerful journalist at the New York Times, took to Twitter in the early morning of March 17 to pronounce: “Last night’s shooting and the appalling rise in anti-Asian violence stem from a sick society where nationalism has been stoked and normalized.” Ibram Kendi tweeted: “Locking arms with Asian Americans facing this lethal wave of anti-Asian terror. Their struggle is my struggle. Our struggle is against racism and White Supremacist domestic terror.”

When the cops reported the killer’s actual confession, left-Twitter went nuts. One gender studies professor recited the litany: “The refusal to name anti-Asianess [sic], racism, white supremacy, misogyny, or class in this is whiteness doing what it always does around justifying its death-dealing … To ignore the deeply racist and misogynistic history of hypersexualization of Asian women in this ‘explication’ from law enforcement of what emboldened this killer is also a willful erasure.”

In The Root, the real reason for the murders was detailed: “White supremacy is a virus that, like other viruses, will not die until there are no bodies left for it to infect. Which means the only way to stop it is to locate it, isolate it, extract it, and kill it.”

Trevor Noah insisted that the killer’s confession was self-evidently false: “You killed six Asian people. Specifically, you went there. Your murders speak louder than your words. What makes it even more painful is that we saw it coming. We see these things happening. People have been warning, people in the Asian communities have been tweeting, they’ve been saying, ‘Please help us. We’re getting punched in the street. We’re getting slurs written on our doors.’” Noah knew the killer’s motive more surely than the killer himself.

None of them mentioned that he killed two white people as well — a weird thing for a white supremacist to do — and injured a Latino. None pointed out that the connection between the spas was that the killer had visited them. None explained why, if he were associating Asian people with Covid19, he would nonetheless expose himself to the virus by having sex with them, or regard these spas as “safer” than other ways to have quick sex.

They didn’t because, in their worldview, they didn’t need to. What you see here is social justice ideology insisting, as Dean Baquet temporarily explained, that intent doesn’t matter. What matters is impact. The individual killer is in some ways irrelevant. His intentions are not material. He is merely a vehicle for the structural oppressive forces critical theorists believe in. And this “story” is what the media elites decided to concentrate on: the thing that, so far as we know, didn’t happe

But notice how CRT operates. The only evidence it needs it already has. Check out the identity of the victim or victims, check out the identity of the culprit, and it’s all you need to know. If the victims are white, they don’t really count. Everything in America is driven by white supremacist hate of some sort or other. You can jam any fact, any phenomenon, into this rubric in order to explain it.

The only complexity the CRT crowd will admit is multiple, “intersectional” forms of oppression: so this case is about misogyny and white supremacy. The one thing they cannot see are unique individual human beings, driven by a vast range of human emotions, committing crimes with distinctive psychological profiles, from a variety of motives, including prejudices, but far, far more complicated than that.

There’s a reason for this shift. Treating the individual as unique, granting him or her rights, defending the presumption of innocence, relying on provable, objective evidence: these core liberal principles are precisely what critical theory aims to deconstruct. And the elite media is in the vanguard of this war on liberalism.

This isn’t in any way to deny increasing bias against Asian-Americans. It’s real and it’s awful. Asians are targeted by elite leftists, who actively discriminate against them in higher education, and attempt to dismantle the merit-based schools where Asian-American students succeed — precisely and only because too many Asians are attending. And Asian-Americans are also often targeted by envious or opportunistic criminal non-whites in their neighborhoods. For Trump to give these forces a top-spin with the “China virus” made things even worse, of course. For a firsthand account of a Chinese family’s experience of violence and harassment, check out this piece.

The more Asian-Americans succeed, the deeper the envy and hostility that can be directed toward them. The National Crime Victimization Survey notes that “the rate of violent crime committed against Asians increased from 8.2 to 16.2 per 1000 persons age 12 or older from 2015 to 2018.” Hate crimes? “Hate crime incidents against Asian Americans had an annual rate of increase of approximately 12% from 2012 to 2014. Although there was a temporary decrease from 2014 to 2015, anti-Asian bias crimes had increased again from 2015 to 2018.”

Asians are different from other groups in this respect. “Comparing with Black and Hispanic victims, Asian Americans have relatively higher chance to be victimized by non-White offenders (25.5% vs. 1.0% for African Americans and 18.9% for Hispanics). … Asian Americans have higher risk to be persecuted by strangers … are less likely to be offended in their residence … and are more likely to be targeted at school/college.” Of those committing violence against Asians, you discover that 24 percent such attacks are committed by whites; 24 percent are committed by fellow Asians; 7 percent by Hispanics; and 27.5 percent by African-Americans. Do the Kendi math, and you can see why Kendi’s “White Supremacist domestic terror” is not that useful a term for describing anti-Asian violence.

But what about hate crimes specifically? In general, the group disproportionately most likely to commit hate crimes in the US are African-Americans. At 13 percent of the population, African Americans commit 23.9 percent of hate crimes. But hate specifically against Asian-Americans in the era of Trump and Covid? Solid numbers are not yet available for 2020, which is the year that matters here. There’s data, from 1994 to 2014, that finds little racial skew among those committing anti-Asian hate crimes. Hostility comes from every other community pretty equally.

The best data I’ve found for 2020, the salient period for this discussion, are provisional data on complaints and arrests for hate crimes against Asians in New York City, one of two cities which seem to have been most affected. They record 20 such arrests in 2020. Of those 20 offenders, 11 were African-American, two Black-Hispanic, two white, and five white Hispanics. Of the black offenders, a majority were women. The bulk happened last March, and they petered out soon after. If you drill down on some recent incidents in the news in California, and get past the media gloss to the actual mugshots, you also find as many black as white offenders.

This doesn’t prove much either, of course. Anti-Asian bias, like all biases, can infect anyone of any race, and the sample size is small and in one place. But it sure complicates the “white supremacy” case that the mainstream media simply assert as fact.

And, given the headlines, the other thing missing is a little perspective. Here’s a word cloud of the victims of hate crimes in NYC in 2020. You can see that anti-Asian hate crimes are dwarfed by those against Jews, and many other minorities. And when you hear about a 150 percent rise in one year, it’s worth noting that this means a total of 122 such incidents in a country of 330 million, of which 19 million are Asian. Even if we bring this number up to more than 3,000 incidents from unreported and far less grave cases, including “shunning”, it’s small in an aggregate sense. A 50 percent increase in San Francisco from 2019 – 2020, for example, means the number of actual crimes went from 6 to 9.

Is it worse than ever? No. 2020 saw 122 such hate incidents. In 1996, the number was 350. Many incidents go unreported, of course, and hideous comments, slurs and abuse don’t count as hate “crimes” as such. I’m not discounting the emotional scars of the kind of harassment this report cites. I’m sure they’ve increased. They’re awful. Despicable. Disgusting.

But the theory behind hate crimes law is that these crimes matter more because they terrify so many beyond the actual victim. And so it seems to me that the media’s primary role in cases like these is providing some data and perspective on what’s actually happening, to allay irrational fear. Instead they contribute to the distortion by breathlessly hyping one incident without a single provable link to any go this — and scare the bejeezus out of people unnecessarily.

The media is supposed to subject easy, convenient rush-to-judgment narratives to ruthless empirical testing. Now, for purely ideological reasons, they are rushing to promote ready-made narratives, which actually point away from the empirical facts. To run sixteen separate pieces on anti-Asian white supremacist misogynist hate based on one possibly completely unrelated incident is not journalism. It’s fanning irrational fear in the cause of ideological indoctrination. And it appears to be where all elite media is headed.

Voir par ailleurs:

Yseult : les angles morts de la nouvelle égérie progressiste
Louis Nadau
Marianne
17/02/2021

Sans minimiser les difficultés que la révélation féminine des dernières Victoires de la musique a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle Yseult. Ni de souligner que son militantisme, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ».

« Le chemin est long en tant que femme noire, le chemin est long en tant que femme grosse, en tant que femme oubliée de la société, oubliée de la culture. » Au moment de recevoir sa récompense de révélation féminine de l’année samedi 13 février, lors de la 36ème cérémonie des Victoires de la musique, la chanteuse Yseult se lance, sans surprise, dans un discours engagé. La jeune artiste se vit en effet comme l’un des porte-étendard de la lutte contre les discriminations. « Le chemin est long et sinueux, mais on va y arriver. Ça mettra dix ans, ça mettra quinze ans, on ne veut pas nous laisser prendre l’ascenseur, il n’y a pas de souci, on est endurant, on va prendre les escaliers« , continue-t-elle.

S’adressant à ses amis présents dans le public clairsemé, eux aussi « racisés », elle conclut : « C’était important de faire cette victoire avec vous, d’être avec des personnes qui me ressemblent, qui sont comme moi, qui m’entendent et qui me comprennent, qui comprennent ma colère. Ma colère qui est légitime, notre colère est légitime, et j’aimerais que ce soir toute la France l’entende. » Que défend donc Yseult ? Épaulée par ses « sœurs » Adèle Haenel, Assa Traoré et Aïssa Maïga, la chanteuse reprend à son compte le vocabulaire et les notions utilisés par le mouvement intersectionnel. Yseult est « woke », éveillée aux enjeux d’une société qui opprimerait systématiquement ses minorités.

Rodage

Là où d’autres militantes s’appuient sur un bagage théorique riche et cohérent, la chanteuse est encore, de son propre aveu, en période de rodage. Ça se voit. Morceaux choisis de ce bingo progressiste : « Ma couleur de peau est politique, mes cheveux sont politiques, mon corps est politique, je n’ai donc pas le choix » – Gala le 23 janvier. « On dit ‘minorités’, mais en fait on est beaucoup. Je pense que même le mot minorités… On est minoritaire, mini, ça c’est vraiment quelque chose qui aujourd’hui me pique et m’intrigue beaucoup (…). Je pense qu’on devrait trouver un autre mot » – « 6 à la maison », le 25 novembre 2020. « Aujourd’hui je crois en la sororité, et je crois qu’il faut qu’on s’organise et qu’on aille en urgence dans une convergence des luttes, et qu’on crée une sorte de synergie pour tout péter » – « Clique », le 7 février dernier.

Si on pardonnera volontiers cette candeur à une chanteuse dont le débat d’idées n’est pas le métier, la sortie d’Yseult aux Victoires de la musique, même pour un spectateur n’ignorant rien de la réalité des phénomènes racistes, sexistes et discriminants, mérite tout de même qu’on s’y attarde. Notamment compte tenu de ses états de service : ancienne finaliste de la Nouvelle Star signée chez Universal, fondatrice de son propre label après le four de son premier album, compositrice pour Jenifer et Chimène Badi, première partie d’Angèle et, finalement, lauréate à 26 ans d’une première Victoire de la musique. On a vu pire chemin de croix. Si bien que, sans minimiser les difficultés qu’elle a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle la camarade Yseult. Ni de souligner que son militantisme dans l’ère du temps, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ».

Singularité

Force est de constater qu’il existe une disjonction entre le discours victimaire qui jalonne la carrière d’Yseult d’une part, et son succès au sein de l’industrie musicale d’autre part. Industrie à ce point oppressive et raciste qu’elle a nommé – peut-être pour se donner bonne conscience – trois femmes noires aux Victoires de la musique : Aya Nakamura, Lous and the Yakuza et Yseult. On nous rétorquera que Nakamura et Lous sont les exceptions, qu’Yseult a raison de s’engager en faveur de ceux que le racisme et le sexisme priveraient de carrière. Certes, mais à l’heure où le récit de soi et la mise en scène de sa singularité sont devenus des dimensions incontournables de la communication d’un artiste, c’est bien de sa personne dont parle constamment Yseult.

Dès 2015, cette dernière imputait sa défaite en finale du télé-crochet Nouvelle Star à la société, plutôt qu’au talent de son adversaire ou à ses propres défauts : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement« , expliquait-elle. Cinq ans plus tard, ces questions identitaires agitaient toujours Yseult. Interrogée dans l’émission de France 5 6 à la maison, elle expliquait : « Je pense que quand on est unique – parce que je n’ai plus envie de dire qu’on est différent -, ça gêne, ça intrigue, ça provoque, ça excite. C’est vrai que si je dois parler en tant que femme noire, en tant que femme grosse, c’est difficile de faire abstraction de tout ça, parce qu’on est noire et on est grosse et on est unique du lundi au lundi.« 

Mais est-ce encore la société qui impose ce regard sur elle-même à Yseult, ou est-ce Yseult qui se présente au monde à travers ce prisme ? On l’a vu, le discours de la chanteuse manque de cohérence, et il est difficile de trancher la question en se fondant sur ses déclarations. Le 7 févier sur Canal +, elle affirmait tantôt qu’il fallait « qu’on arrête de parler de nous comme des victimes« , tantôt « qu’on arrête de s’acharner sur nous, et qu’on arrête de nous chier dessus« . « On demande du respect, on demande surtout de l’empathie« , insistait-elle.

Que la chanteuse ait souffert du regard des autres, comme tant et tant d’adolescents, est une première chose. Qu’Yseult ait subi le racisme, la grossophobie et le sexisme, c’en est une deuxième. C’est à elle de le dire, de la manière la plus circonstanciée possible, étant donnée la gravité des faits. Il y a toutefois une troisième dimension dans ses propos, directement déduite des deux précédentes : l’idée, pourtant démentie par l’expérience, selon laquelle « on ne v[oudrait] pas nous laisser prendre l’ascenseur » – comprendre : parce que « nous » sommes femmes, noires ou grosses.

Fierté

C’est ainsi que le décalage entre le parcours d’Yseult et le discours « woke » qu’elle porte maladroitement se révèle cruellement : alors qu’il n’y a de vérité que celle du « je » aux yeux de certains militants, la jeune femme, bien qu’elle se décrive en « oubliée de la culture », n’a pas vraiment de quoi se plaindre personnellement en terme d’intégration sociale. Ce qui ne l’empêche pas de le faire, comme dans Clique, le 7 février dernier : « Je ne vais pas bien. Je ne me sens pas bien parce que j’ai l’impression d’être une sorte de vieille âme, et d’être une personne qui est hypersensible et consciente de tout ce qui se passe, des maux de notre société, de l’univers, de tout, et que pour une personne comme moi c’est hyper compliqué de me contrôler émotionnellement (…)« , se lamentait-elle lors d’un long monologue.

Au-delà de ces belles envolées, il y a bien sûr une forme de marketing communautaire, venant d’une artiste pour qui chanter ne suffit plus : comme Beyoncé, il faut devenir une icône. « I’m fucking black, fat, beautiful, and I’m confident, and I’m proud of it, bitch !« , lançait-elle ainsi le 5 février dernier dans la « boîte à questions » de Canal +. A Gala, elle déclarait : « Mon objectif, en toute humilité, est de tenter de créer de nouvelles références pour ma communauté. Dans l’art, comme dans tout le milieu culturel d’ailleurs, les noirs sont toujours représentés de la même manière.« 

Yseult n’échappe pas d’ailleurs à quelques contradictions sur ce sujet : alors qu’une bonne partie de son œuvre parle de son identité et des traumatismes qui y sont liés, elle refuse catégoriquement cette grille de lecture. Oui, son EP s’appelle Noir, oui, sa pochette montre « ses trois bourrelets » – dixit l’intéressée – en gros plan, oui le refrain de la chanson éponyme est « noire et fière de l’être, ça c’est toute ma life« , et oui, son clip montre un homme noir tenant dans ses bras un enfant noir, mais non, il ne faut y voir aucun message : « Moi j’en ai marre qu’on voit comme un symbole le fait de mettre plusieurs danseurs noirs. Pour moi ce n’est pas un symbole, c’est normal. J’ai pas fait ce clip en mode ‘vous allez voir’ (…)« , assurait-elle dans Clique en novembre 2019.

On pourrait applaudir ces propos universalistes, s’ils n’étaient pas totalement contradictoires avec le reste de la démarche d’Yseult. « Moi je veux que les gens le voient comme ça, parce que quand c’est le contraire, il n’y a pas le délire de : ‘Alors du coup c’est un homme blanc avec un enfant blanc. C’est un statement ce qui se passe.’ On aura jamais ce genre de question« , avance la jeune femme. On se demande tout de même comment les médias accueilleraient un artiste chantant « blanc et fier de l’être, ça c’est toute ma life ».

Privilèges

Loin d’envisager qu’elle ait pu bénéficier d’un effet pervers de rattrapage dans l’industrie audiovisuelle et musicale, Yseult brandit sans cesse son CV d’opprimée (et fière de l’être, donc) : « Moi j’avoue que dans ma carrière – maintenant ça va faire huit ans – on m’a toujours reproché quelque chose, c’est mon culot. (…) Autour de moi, on ne comprenait pas pourquoi j’avais cette aigreur, cette rage, cette frustration. Dans mon combat, on est tous sur la ligne de départ, mais dans notre parcours, il y a des embûches. Moi y’a du béton, y’a de l’eau, y’a des trous, et pour d’autres, il n’y a pas tout ça« , se plaignait-t-elle déjà dans 6 à la maison. Rappelons au passage que certains, aussi talentueux qu’Yseult, passent une vie à chanter sans percer.

« Je pense qu’il faut aussi reconnaître ses privilèges, et au-delà de ses privilèges, faut aussi aider ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges« , concluait Yseult, reprenant à son compte une notion selon laquelle ceux qui bénéficient d’une situation normale dans un Etat de droit – ne pas subir de discrimination en raison de son sexe ou de sa couleur de peau – jouiraient d’un avantage indu. On pourrait toutefois inviter la chanteuse à faire son propre examen de conscience, en la renvoyant au point aveugle de l’immense majorité de ses prises de parole publique : les inégalités économiques. Eh oui, revoilà la lutte des classes. Et Yseult se classe indéniablement du côté des dominés.

Fille d’un cadre supérieur chez Land Rover, Yseult a passé sa scolarité dans le privé, à Agen. « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés« , racontait-elle en 2015 dans un entretien au magazine suisse Femina. Une enfance plus que confortable, marqué par des voyages en Jamaïque, aux Etats-Unis, en Indonésie, ou encore à Cuba.

En 2019, lors de son premier passage dans l’émission Clique de Canal +, elle affirmait : « Qu’on soit ou pas dans la musique, on court après les thunes. C’est tellement fatiguant. Payer son loyer, on a des enfants, faut les nourrir, faut les machin et tout. Moi y’a que aujourd’hui, depuis que j’ai 25 ans, que je me dis : ‘Mince, donc ma mère elle a vécu tout ça ? Mon père, c’était pour ça ?’ » Certains n’attendent pas 25 pour prendre conscience de ces réalités sociales, mais ceux-là ne semblent pas prioritaires aux yeux d’Yseult.

« La discrimination est partout et touche tout le monde, que l’on soit une femme noire ou blanche, que l’on soit trans, bi, gay, lesbienne, etc.« , professait Yseult dans Gala dernier. Les pauvres, eux, brillent par leur absence, y compris lorsque la chanteuse explique « qu’il faut tendre vers une convergence des luttes« , « que l’on s’allie tous et toutes afin de combattre notre ennemi qui au final nous est commun, celui que je nommerais l’intolérant« . Profiteurs et exploiteurs peuvent donc dormir tranquilles.

Il faut éplucher le fil Twitter d’Yseult pour trouver, à l’égard des pauvres, une once de « l’empathie » qu’elle réclamait pour elle-même à corps et à cri sur le plateau de Clique le 7 février. En quelques mois, on le trouve sur une seule mention, qui remonte au 30 janvier de cette année. « Je pense à ceux et celles qui n’arrive pas à s’en sortir financièrement durant cette période qui est extrêmement difficile sincèrement je pense très très très très très fort à vous courage et force« , écrivait-elle. Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre.


Race et sciences sociales: Quand l’antiraciste fait le raciste (What if as with the marxism of old, the new racialization of our social conversation was the latest version of the intellectuals’ secret wish for a hierarchical society where they can again get their hands on the whip ?)

10 février, 2021
https://api.agone.org/img/470/470/resize/media/original_images/Agone_Epreuves_Race_Com.jpg
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
C’est l’antisémite qui fait le juif. Sartre
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement essayé d’arrêter les progrès de la science. (…) Vous nous avez déjà fait le coup avec Sacco et Vanzetti et il a réussi. Cette fois, il ne réussira pas. Vous rappelez-vous Nuremberg et votre théorie de la responsabilité collective. Eh bien ! C’est à vous aujourd’hui qu’il faut l’appliquer. Vous êtes collectivement responsables de la mort des Rosenberg, les uns pour avoir provoqué ce meurtre, les autres pour l’avoir laissé commettre. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux « Damnés de la terre », 1961)
Je pense que Sartre est une baudruche et je vais lui donner un bon coup de pied. George Orwell (Lettre privée)
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : « La liberté, c’est de dire que deux et deux font quatre. Quand cela est accordé, le reste suit. George Orwell
La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des « organisateurs » à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des « organisateurs » au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet. George Orwell
Le polémiste, lui, s’avance bardé de privilèges qu’il détient d’avance et que jamais il n’accepte de remettre en question. Il possède, par principe, les droits qui l’autorisent à la guerre et qui font de cette lutte une entreprise juste ; il n’a pas en face de lui un partenaire dans la recherche de la vérité, mais un adversaire, un ennemi qui a tort, qui est nuisible et dont l’existence même constitue une menace. Le jeu pour lui ne consiste donc pas à le reconnaître comme sujet ayant droit à la parole, mais à l’annuler comme interlocuteur de tout dialogue possible, et son objectif final ne sera pas d’approcher autant qu’il se peut d’une difficile vérité, mais de faire triompher la juste cause dont il est depuis le début le porteur manifeste. Le polémiste prend appui sur une légitimité dont son adversaire, par définition, est exclu. Michel Foucault
Les chercheurs sur la race, l’islamophobie et le post-colonialisme sont motivés par “la haine de l’Occident, en tant que civilisation blanche. Le programme commun de ces ennemis de la civilisation européenne tient en trois mots: décoloniser, démasculiniser, déseuropéaniser. Le ‘mâle blanc hétérosexuel’, voilà le coupable à condamner et l’ennemi à éliminer. Pierre-André Taguieff
Les questions autour de l’identité prennent une importance capitale et contribuent aussi au sentiment de stigmatisation que peuvent ressentir beaucoup de gens aujourd’hui. Sans arrêt, on met en avant leur couleur de peau, leur religion, etc. Alors que la majorité des gens voudrait qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse vivre normalement comme d’autres citoyens. Gérard Noiriel
Dans certaines recherches, c’est pertinent, mais on ne peut pas en faire la clé qui ouvrirait toutes les serrures. Le chercheur, en fonction de l’objet qu’il veut étudier, doit mobiliser sa boîte à outils, doit combiner les choses. Gérard Noiriel
Nous ne cherchons évidemment pas à montrer, dans ce livre, que ceux qui préfèrent combattre au nom de leur “race” plutôt que de leur “classe” se trompent sur leur propre identité. Nous insistons sur le fait que nous ne nous prononçons pas sur la légitimité de ce type de combat politique car c’est aux militants, et pas aux chercheurs, d’en décider. Mais nous affirmons en revanche qu’il s’agit là de questions d’ordre civique, qu’il ne faut pas confondre avec les problèmes scientifiques. Stéphane Beaud et Gérard Noiriel
Pour les marxistes, les ouvriers qui manquaient de « conscience de classe » étaient aliénés, victimes de l’idéologie dominante. Grâce aux intellectuels qui disposaient de la bonne théorie révolutionnaire, ils retrouveraient leur véritable identité. À l’opposé, Bourdieu défend l’idée que c’est en respectant l’autonomie de la science que le sociologue peut échapper aux travers de l’intellectuel engagé et la sociologie jouer un rôle utile dans la cité. Car produire des connaissances sur les acteurs du monde social, ce n’est pas parler à leur place, ni leur dire comment se comporter. Là où règnent les injustices, les inégalités et les discriminations, c’est avant tout à mettre en lumière ces vérités que la science sociale doit s’attacher. La « question raciale » occupe désormais la place publique. Les auteurs de ce livre ont voulu sortir de l’agenda médiatique et politique et mettre le débat sur le terrain de l’autonomie des sciences sociales. Ils reviennent sur l’histoire des enjeux politiques et savants qui se sont noués au xixe siècle autour de la notion de race, pour éclairer les débats actuels et les inscrire dans la continuité de la science sociale telle que la concevaient Durkheim, Weber et Bourdieu. Pour ne pas s’en tenir à des visions trop générales ou théoriques, ils proposent aussi l’analyse d’un « scandale racial » particulier, celui des « quotas » dans le football. Race et sciences sociales (présentation de l’éditeur)
A Washington le second procès en destitution de Donald Trump s’ouvre. Cette procédure pourrait durer quelques jours, ou plusieurs semaines, voire plusieurs mois ! Mais on en connaît déjà l’issue, un acquittement de l’ancien président. (…) Tout simplement parce qu’une condamnation nécessiterait le vote d’au moins soixante-sept sénateurs (sur cent), alors que le Sénat compte cinquante Démocrates et cinquante Républicains et que parmi ces derniers, quarante-cinq ont indiqué qu’ils considéraient la procédure comme inconstitutionnelle et qu’ils ne vont donc pas l’avaliser en votant pour condamner l’ancien président ! Néanmoins le procès aura bien lieu. Il est sans précédent. Aucun président avant Trump n’a été destitué deux fois, encore moins jugé deux fois. Son enjeu est d’éliminer une fois pour toutes Donald Trump de la scène politique américaine, de diviser et d’affaiblir le parti Républicain et de réduire au silence les millions d’Américains toujours fidèles à l’ancien président. Sur deux points au moins ce procès échouera. Un, Donald Trump survivra à ce nouvel assaut contre sa personne et sa légitimité. Deux, ses supporters lui garderont leur confiance et seront même galvanisés par ce qui constitue à leurs yeux un abus de pouvoir flagrant et un détournement des institutions par le parti Démocrate maitre des appareils législatif et exécutif. (…) Toutefois cela pose ici un premier problème majeur. La destitution, comme son nom l’indique, est destinée à déchoir un président de sa fonction. Or Donald Trump n’est plus président. Son mandat s’est achevé le 20 janvier. Il a quitté sa fonction. De façon pacifique. Joe Biden est le président en place. Pourquoi et surtout comment destituer un ancien président qui n’est plus en place. Sauf à se complaire dans une forme d’acharnement politique ? Aucun président américain n’a jamais été poursuivi en destitution après avoir quitté sa fonction. Pas même Richard Nixon. La question se pose donc de la « constitutionnalité » même de la procédure. Le sénateur Républicain du Kentucky Rand Paul estime que ce procès est inconstitutionnel. Il est suivi par tous les sénateurs Républicains, sauf cinq. Le président de la Cour Suprême, le juge John Roberts, a également mis en doute la constitutionnalité de cette procédure en refusant de présider au procès de Donald Trump. La Constitution indique que « le président de la Cour Suprême » fera office de président du tribunal, lors du procès du président devant le sénat. Mais Donald Trump étant désormais un simple citoyen, Roberts a estimé que la Constitution ne justifiait pas sa présence et a décliné le rôle. A sa place, c’est le sénateur du Vermont, Patrick Leahy, un Démocrate âgé de 80 ans et « président pro tempore » du sénat qui a endossé ce rôle. De par son affiliation politique, la question de sa neutralité se pose ainsi que celle de la légitimité d’une procédure où le juge, est à la fois juge et parti…  Les fautes imputées à l’ancien président Trump sont contestées par nombre d’experts. Son discours du 6 janvier est couvert par le Premier Amendement à la Constitution, celui qui garantit et protège la liberté d’expression (entre autres). De nombreux autres discours, beaucoup plus incendiaires que celui de Donald Trump le 6 janvier, ont été délivrés au cours de l’histoire américaine, sans entrainer la destitution de leurs auteurs. Certains de ces discours impliquent le chef de la majorité Démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui en 2018, au sujet de la confirmation du juge Kavannaugh à la Cour Suprême avait menacé ses collègues Républicains au son de « vous avez soulevé une tempête pour laquelle vous allez devoir payer… Vous ne saurez pas d’où vient le coup » ! Ou bien encore la vice-présidente en place Kamala Harris qui, il y a moins d’un an, justifiait les émeutes qui avaient réduit en cendres des dizaines de centre-villes aux Etats-Unis, ruiné des milliers d’entreprises, et causé la mort de dizaines de personnes, dont celle d’un policier noir à la retraite David Dorn, en disant que « rien dans notre pays n’a été obtenu sans qu’il faille combattre ». Dans la foulée elle avait levé des fonds pour payer la caution permettant de libérer les personnes arrêtées lors de ces émeutes. Un acte dénoncé comme une incitation à la violence, mais pour lequel elle n’a fait l’objet d’aucune poursuite. Par ailleurs, la jurisprudence américaine ne reconnaît pas nécessairement de lien de cause à effet, et encore moins celui de « responsabilité pénale » entre les propos d’une personne A et les actions d’une personne B, ayant écouté ces propos. La première règle pénale aux Etats-Unis est que chacun est responsable de ses actes. Enfin, plusieurs éléments de preuve existent, notamment des écoutes du FBI et des messages sur les réseaux sociaux, indiquant que l’action du 6 janvier avait été préméditée et planifiée à l’avance, ce qui disculpe Donald Trump d’en avoir été l’instigateur. Certains estiment même que le FBI et la police du Capitole portent en partie la responsabilité de ce qui s’est passé pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires afin de l’éviter… L’acte d’accusation des Démocrates est donc contestable sur le fond et sur la forme. (…) Donald Trump souhaitait transformer son procès en destitution en un procès de l’élection du 3 novembre, une élection dont il a toujours contesté le résultat, ce qui a mené à son discours du 6 janvier et aux évènements qui ont suivi. Ses avocats ont rejeté cette stratégie, la jugeant suicidaire. Car, à sa base, elle constitue une contestation de la légitimité institutionnelle du résultat électoral et donc un acte séditieux… Quelle que soit la réalité des fraudes qui ont pu émailler le scrutin du 3 novembre 2020, ce scrutin est désormais clos, son résultat a été certifié et validé par les institutions américaines et il doit donc être respecté ! Donald Trump devra suivre une autre stratégie. Dès lors deux possibilités s’offrent à lui. La première est d’opter pour un procès court, moins d’une semaine, invitant les sénateurs à voter rapidement avec à l’issue le résultat attendu d’un acquittement par 45 voix contre 55 ! La seconde est, au contraire, de faire durer la procédure et de transformer son procès en un procès de la majorité Démocrate au Congrès en évoquant tous les propos des élus actuellement en place et les nombreux cas d’incitation à la violence. En gros tourner la table contre ses accusateurs et faire que l’arroseur se retrouve arrosé.  Cette stratégie est plus risquée. Mais elle peut-être beaucoup plus embarrassante pour les Démocrates. Car ce procès va être retransmis par les grandes chaines de télévision et suivi par des dizaines de millions d’Américains, y compris sur les réseaux sociaux. Non seulement cela pourrait apporter un éclairage défavorable à des nombreux élus et nouveaux membres de l’administration Biden, mais cela constituera inévitablement une distraction par rapport aux activités de l’administration Biden. Donald Trump, même s’il n’apparaîtra pas en personne, lors de ce procès, va à nouveau dominer l’actualité de toute sa stature. Son ombre va recouvrir les premiers jours de la présidence de Joe Biden alors que ce dernier tente désespérément d’asseoir sa légitimité auprès des électeurs. Une stratégie sur la durée comporte aussi le risque de diviser ouvertement le camp Républicain. L’un des objectifs de la majorité Démocrate à travers cette procédure est évidemment de mettre les élus Républicains au pied du mur. Les obliger à prendre position pour un président dont ils estiment qu’il a menacé les institutions, ou au contraire contre ce président et dès lors à contester sa main mise sur le parti. C’est l’autre enjeu de cette parodie de procès. Favoriser la division du parti adverse pour assurer sa propre domination politique. Pour l’instant la manœuvre a échoué. Les Républicains restent très majoritairement fidèles à Donald Trump mais quelques voix se sont élevées contre lui, celle de Liz Cheney, la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney à la Chambre, ou celle du Sénateur Ben Sasse du Nebraska. Une prolongation des débats ne ferait que favoriser des dissensions… Qu’elle soit brève ou prolongée, il n’est pas dit que cette mascarade – car c’en est bien une, ce procès étant une affaire strictement politique et non pas judiciaire – ne se retourne contre ses auteurs. Les Américains pourraient voir d’un mauvais œil que leurs élus gaspillent leur temps et leurs impôts à financer de futiles actions motivées par des fins de politique partisane. Cela alors que la pandémie de coronavirus pour laquelle Joe Biden avait prétendu avoir « un plan » continue de tuer les Américains en nombres records et de pénaliser l’économie, donc de menacer la survie même des ménages américains. Après tout, les prochaines échéances législatives sont dans vingt mois et les Américains ont, certes, la mémoire courte, mais pas forcément à ce point. Gérald Olivier
Pour expliquer l’aggravation de son état de santé « inhabituellement rapide », les médecins évoquent deux possibles facteurs: les « manoeuvres momentanées de contrainte » des gendarmes et, « dans une plus faible mesure », les « états pathologiques sous-jacents » du jeune homme. Adama Traoré souffrait d’une maladie génétique, la drépanocytose, associée à une pathologie rare, la sarcoïdose. En 2018, un premier collège d’experts, aux conclusions balayées par les médecins de la famille, avait retenu ces maladies parmi les causes principales du décès. Au terme de leur rapport d’une centaine de pages signé le 13 janvier, les médecins belges concluent que « cette évolution » fatale du coup de chaleur « n’aurait probablement pas eu lieu sans l’intervention de ces facteurs aggravants ». (…) Pour leurs avocats, « les gestes réglementaires opérés par les trois gendarmes l’ont été au regard de la rébellion d’Adama Traoré ». « Ces trois agents étaient dans l’ignorance la plus complète des antécédents médicaux de cet homme et de ce qui pouvait s’être produit physiologiquement pour lui » avant leur arrivée, poursuivent Mes Rodolphe Bosselut, Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik. Le Point
En français ou en anglais, de drôles de mentions apparaissent, ces temps-ci, dans les « bios », ces quelques lignes de présentation sur les réseaux sociaux. Dans les signatures de mails, aussi, comme sur les cartes de visite ou les badges accrochés aux sacs à dos des étudiants. « il/lui », « they/them », « elle/elle », « she/her/hers », « il/they », « il/elle » : toute une flopée de pronoms personnels sujets et compléments (et d’adjectifs possessifs) s’affichent. Sur son compte personnel Twitter, la vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, précise les siens, du genre féminin : « she/her ». Déroutant, à première vue… Pourquoi ce besoin soudain d’exposer les pronoms que l’on souhaite voir utilisés par ceux qui parlent de nous ou s’adressent à nous ? Question de genre. Plus précisément de hiatus entre identité de genre et expression de genre. Et de solidarité entre personnes transgenres ou non binaires et personnes cisgenres. Pardon ? On vous l’accorde, il y a de quoi se perdre dans ce vocabulaire tout neuf de la transidentité que les dictionnaires n’ont pas eu le temps d’intégrer. Qui emploie encore l’adjectif « transsexuel » trahit d’ailleurs son âge : trop médical, il renvoie à une transition physique qui n’est plus nécessairement souhaitée. (…) Les personnes transgenres (dont le genre ressenti diffère du sexe de naissance) ou non binaires (qui ne s’identifient ni au genre masculin ni au genre féminin) ont besoin d’indiquer à leurs interlocuteurs de quelle manière, donc avec quels pronoms, ils peuvent les désigner sans commettre d’impair – au masculin, au féminin ou de façon neutre. Car l’apparence physique (« l’expression de genre », disent les concernés) peut se révéler trompeuse, ne pas correspondre à l’identité de genre – le genre auquel la personne s’identifie. Bref, impossible de deviner qui est homme, femme, encore moins non binaire, en jetant un coup d’œil à la photo d’un profil sur les réseaux sociaux. (…) Etre mégenré ? Autre invention lexicale : se voir attribuer un genre erroné. « Que ce soit par malveillance ou par maladresse, c’est une claque, décrypte Karine Espineira, sociologue des médias et femme transgenre. Pour une personne en début de parcours de transition, cela représente un retour en arrière. Et même une violence, lorsque cela se répète. C’est lui dire : je ne te reconnais pas tel que tu affirmes être. » D’où la publicité faite aux pronoms. Né dans les milieux militants gay et trans, l’usage se répand chez les féministes, les étudiants en sciences sociales et, plus largement, dans la génération du millénaire. « Le mouvement transgenre a pris de l’ampleur aux Etats-Unis à partir de 2006, grâce aux jeunes trans, résume Karine Espineira. Puis, au milieu des années 2010, on a assisté à l’explosion médiatique du sujet de la non-binarité, avec des coming out de pop stars, ou de leurs enfants. Une nouvelle terminologie s’est diffusée dans toute la société. » Rachel Levine, la ministre adjointe de la santé tout juste nommée par le président Joe Biden, est une pédiatre transgenre. Sur la page contact du site de la Maison Blanche, on peut sélectionner les pronoms neutres « they/them » et le titre de civilité « Mx », pour échapper au dilemme « Mr » ou « Mrs ».  La France est à 3 000 milles marins de tout cela, de l’autre côté de l’Atlantique. « Le genre est omniprésent dans la langue française, remarque Eric Fassin, sociologue au département d’études de genre de l’université Paris-VIII. Dès l’école primaire, c’est tout l’apprentissage des accords, surtout à la première personne. A chaque phrase, on doit décliner son identité de genre. Et pour l’éviter, c’est un véritable gymkhana. » Le pronom personnel neutre (comme le « they » anglo-saxon employé au singulier, ou le «hen » suédois) n’existe pas, « on » ayant d’autres fonctions. D’où les néologismes « iel », « ielle » (ou « ille, ul, ulle, ol, olle, ellui, ael, aelle »…), encore très peu usités. Si la langue française fait barrage au «trouble dans le genre », comme le nomme Eric Fassin, citant l’essai de la philosophe américaine Judith Butler (La Découverte, 2005), ces questionnements prennent de plus en plus d’importance, à l’en croire. « C’est la fin de l’évidence qu’on veut croire naturelle. Avec le pacs, puis le mariage pour tous, les nouvelles générations ont pu constater qu’il n’y a pas une nature des choses immuable. Les générations précédentes ont expérimenté dans le domaine de la sexualité, celles d’aujourd’hui explorent leur identité de genre. » En novembre 2020, 22 % des 18-30 ans interrogés par l’IFOP pour Marianne affirmaient ne pas se reconnaître dans les catégories homme ou femme. Le Monde
La critique fondamentale que j’adresse à la gauche identitaire porte sur le repli sur soi qu’elle promeut. A force d’inciter chacun à s’interroger sur les différentes identités qui le traversent, de race, d’orientation sexuelle, etc., cette gauche est moins en mesure de remporter des élections là où il le faudrait pour, ensuite, défendre les droits des minorités, ou atteindre tout autre objectif. Rappelons que les Etats-Unis sont une fédération qui laisse de larges pouvoirs aux Etats. Ces derniers ont la liberté d’adopter leurs propres lois et d’interpréter les textes fédéraux comme ils l’entendent. Si vous voulez aider les gays et les Afro-Américains en Iowa, un Etat blanc et profondément religieux, il faut y gagner des élections, et pas seulement en Californie ou à New York. Et pour cela, il faut développer une vision du bien commun et de l’avenir du pays susceptible d’inspirer autant de gens que possible et de les rassembler. Se concentrer de façon obsessive sur les « différences sociales » est l’exact contraire de ce qu’il faudrait faire. Les mouvements sociaux opposés à Donald Trump sont incorrigibles tant ils répètent cette erreur, mais je suis heureux de constater que les choses se sont un peu améliorées au sein du Parti démocrate cette année. La menace du trumpisme a attiré de nombreux nouveaux candidats, venant de différents groupes sociaux. Et ceux qui sont en bonne position pour l’emporter lors des élections de mi-mandat du 6 novembre ne mettent pas l’accent sur leurs identités personnelles, ou celles des autres. Ils se concentrent sur des problèmes politiques concrets et sont animés d’une véritable envie de rassembler. (…) Depuis l’effondrement du mouvement étudiant dans les années 1960, il y a eu deux développements importants au sein de la gauche américaine. Premièrement, un retrait de la politique institutionnelle (des partis et des élections) pour s’investir plutôt dans des mouvements sociaux mobilisés en faveur de causes justes portées par des groupes identitaires précis : les femmes, les Afro-Américains, les gays, etc. Deuxièmement, la gauche ne cherche plus à mobiliser la classe ouvrière autour d’enjeux économiques, préférant lutter pour une réforme culturelle conduite par des élites diplômées. Elle a deux objectifs en tête : amener les Américains à être plus tolérants et placer les groupes marginalisés au cœur du récit national. Ces deux projets ont été couronnés de succès. Mais le prix à payer s’est avéré élevé. La gauche identitaire domine largement sur le plan culturel, mais elle est dépourvue de pouvoir politique. Ce déséquilibre s’explique par le fait qu’elle a perdu tout contact avec une grande partie du pays. Par exemple, 20 % des Américains sont évangéliques, tandis que moins de 0,5 % se déclarent transgenres. La gauche identitaire a beaucoup de choses à dire à propos de la cause transgenre, mais elle ne sait pas comment s’adresser aux évangéliques, qu’elle regarde généralement avec mépris. Il ne s’agit pas de flatter un groupe ou l’autre. Ce qu’il faut, c’est une gauche capable d’avancer une vision politique du bien commun à laquelle des citoyens appartenant à ces deux groupes peuvent adhérer et qu’ils seront prêts à défendre au sein de nos institutions. Aujourd’hui, la classe ouvrière est peut-être conservatrice sur le plan culturel ; il n’empêche qu’elle souffre des effets de la mondialisation et qu’elle n’est représentée ni par les démocrates obsédés par l’identité ni par les républicains néolibéraux. Ils sont donc susceptibles de se laisser séduire par un démagogue délirant comme Donald Trump. Voilà ce que j’entends par la démission de la gauche. (…) La réponse d’Eric Fassin est typique de la gauche identitaire, de son refus de prendre ses responsabilités politiques. « Influer sur la société, infléchir les élections ? », les ambitions de la gauche aujourd’hui se limitent-elles à cela ? Pauvre Jaurès ! Le mouvement identitaire aux Etats-Unis ne vise plus véritablement à étendre les droits légaux des minorités, cet objectif a été largement atteint, grâce aux mouvements sociaux du passé. Le défi est maintenant de s’assurer que ces droits sont respectés, ce qui demande de pouvoir s’appuyer sur nos institutions démocratiques, ce qui signifie qu’il faut gagner des élections. Le mouvement identitaire ne vise plus que la découverte de soi et la reconnaissance sociale de l’identité choisie par chacun. La conscience identitaire a remplacé la conscience politique, particulièrement auprès des jeunes gens. Ce courant de pensée a d’abord transformé nos universités et en a fait des théâtres pseudo-politiques où se mettent en scène des mélodrames moralisateurs. Il s’attaque maintenant à la presse et l’édition : de stricts contrôles sont désormais exercés pour déterminer ce qui peut être dit, comment cela peut être dit et par qui. Récemment, la grande institution du journalisme de gauche radicale, l’hebdomadaire The Nation, a présenté des excuses pour avoir publié un poème qui utilisait le mot cripple (« handicapé »), un terme considéré discriminatoire. L’auteur a aussi exprimé des regrets absolument abjects. Toute cette énergie gâchée ! La gauche identitaire ne souhaite pas prendre part à la dure tâche qui consiste à dialoguer avec ses concitoyens et à tenter de les convaincre de rejoindre une large entreprise de réorientation de la société. Elle n’a que mépris pour ceux qu’elle juge insuffisamment éveillés, elle préfère se replier dans des enclaves où ils peuvent se sentir en sécurité. Son geste politique le plus audacieux est de cliquer. Tweetons enfants de la patrie… (…) moi, je m’étonne qu’au moment où le droit à l’avortement est mis en cause aux Etats-Unis, la gauche américaine et Eric Fassin refusent de reconnaître la priorité absolue de gagner les élections et de prendre le pouvoir institutionnel. Pour quoi le juge Kavanaugh est-il candidat à la Cour suprême ? Parce qu’il nous manquait des manifs à Brooklyn et à Berkeley ? Non. C’est parce que les Républicains contrôlent le vaste centre de mon pays et que la gauche identitaire manque d’une vision de notre destin commun. Manifestations, piège à cons, dirais-je pour détourner la formule de Sartre. La gauche s’est-elle désintéressée des classes populaires ? Entre le centre gauche et la gauche identitaire ou minoritaire, qui est responsable du sentiment d’abandon qui s’est diffusé dans les milieux ouvriers ? (…) Eric Fassin le sociologue nous donne une image extrêmement primaire de nos sociétés : il y a des riches et des pauvres, les néolibéraux et les socialistes, les racistes et les minorités, les pentecôtistes et les profs. Faire la politique est chose facile : il ne faut que choisir votre camp. Le simplisme bourdieusien se porte bien en France. Je ne fais pas un fétiche des classes populaires blanches, dont je suis issu. Je les connais trop bien. Je veux tout simplement sortir du jeu à somme nulle dans lequel la gauche américaine se trouve. Eric Fassin a tronqué une citation de mon livre, où je dis qu’au fond ce n’était pas une dérive à droite qui a fait perdre les démocrates. La cause, dis-je, est qu’ils « se sont retranchés dans des grottes qu’ils ont eux-mêmes creusées dans le flanc de ce qui était autrefois une magnifique montagne. » Et quelle était cette montagne ? C’était la grande coalition d’ouvriers et de paysans, de catholiques et de protestants, de résidents du Nord et du Sud, qui entre les années 1930 et les années 1960 ont lutté pour des protections sociales et des droits constitutionnels, pour que toutes les familles américaines pussent vivre dignement. C’était un mouvement rassemblé autour d’un programme d’ambition universaliste, que Franklin Delano Roosevelt appelait « les quatre libertés » : liberté d’expression, liberté de religion, liberté de vivre à l’abri du besoin et liberté de vivre à l’abri de la peur. Pas autour de notre diversité ou différence. Eric Fassin a tout à fait raison d’attirer notre attention sur l’aveuglement de ce mouvement, qui en grande partie a laissé les femmes et surtout les Noirs sur le bas-côté de la route. Mais le remède est de tenir et d’étendre les promesses de cette tradition : il faut nous rassembler pour faire face aux nouveaux défis de l’ère néolibérale. Et non pas nous disperser dans des groupuscules avec des revendications non négociables. (…) La seule façon de protéger les exclus est d’insister sur le fait qu’ils font déjà partie de « nous », et par conséquent que leur exclusion est injuste. S’il n’y a pas de « nous », comment motiver les uns d’être solidaires avec les autres ? Plus nos sociétés deviennent individualistes et diverses, plus nous avons besoin d’établir des liens de sympathie et de devoir politique parmi nous. La rhétorique de la gauche identitaire en Amérique, qui nie l’existence d’un « nous » social, fait tout le contraire. Sans le savoir, elle renforce l’idéologie néolibérale, qui veut nous convaincre que nous ne sommes que des « acteurs économiques», des particules élémentaires qui travaillent, consomment, et meurent seules. C’est pour cela que je parle de « reaganisme pour gauchistes » : les années 1990 étaient le berceau et du néolibéralisme, et de la politique de l’identité. Une main lave l’autre. Je mets l’accent sur la citoyenneté parce que c’est un statut strictement politique, qui n’est en aucune façon en contradiction avec d’autres appartenances ou affinités électives : ethniques, religieuses, de genre. Je ne suis pas nationaliste et n’ai pas peur du multiculturalisme. Je m’en réjouis même – tant que le lien de citoyenneté est assez fort pour garantir la solidarité et le bien commun. Une citoyenneté ouverte, accueillante, combative – c’est ça dont nos démocraties ont besoin et que je tiens à promouvoir avec ce livre. Mark Lilla
En réalité, Mark Lilla va plus loin dans la polémique que cette simple critique pragmatique. Au lendemain de la victoire de Donald Trump, dans une tribune qui fit grand bruit, il en rendait responsable ce qu’il appelle la « gauche identitaire » : « Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. » Aujourd’hui, dans l’essai qui prolonge cet article, il redouble l’attaque : « La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchistes. » Il ranime la querelle lancée par les néoconservateurs, au début des années 1990, contre le « politiquement correct ». Or il y a là un biais « ethnocentrique » : voilà un universitaire qui traduit son exaspération contre les « radicaux de chaire » en explication de l’élection du président des Etats-Unis. Pour Salvador Dali, la gare de Perpignan était le centre du monde. Pour Mark Lilla, c’est l’université Columbia. Cette illusion sociologique est redoublée par un problème politique. Il est vrai que Donald Trump a surfé sur le racisme et le sexisme pour attiser le ressentiment contre Barack Obama et Hillary Clinton. Imputer son triomphe aux universitaires qui parlent de genre et de race, n’est-ce pas inverser les causes et les effets ? C’est faire comme ceux qui, en France, accusent les antiracistes d’être responsables de la montée du racisme. (…) Je parlerais plutôt d’une gauche minoritaire. A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination. Les femmes n’ont pas toutes la même identité ; mais toutes savent ce qu’est le sexisme, #metoo l’a bien montré. L’homophobie, la transphobie ou le racisme constituent pareillement des minorités d’expérience. Bref, « c’est l’antisémite qui fait le juif » (Sartre). En France, dès que les minorités se font entendre, on les taxe de communautarisme ; aux Etats-Unis, on se récrie : « politique identitaire ». Mais pourquoi l’égalité demandée par des minorités ne serait-elle pas universaliste ? Le mouvement Black Lives Matter [créé contre les violences policières envers les Noirs] pose des questions à toute une société aveugle au racisme ordinaire. En quoi est-il identitaire ? En France, quand des hommes noirs ou arabes meurent sous les coups de la police, cette violence d’Etat n’est-elle pas l’affaire de tout le monde ? D’un côté, Mark Lilla dénonce l’individualisme ; de l’autre, il n’aime les mouvements sociaux qu’au passé, à l’époque de Martin Luther King. C’est réduire la politique aux seules élections. Cette logique majoritaire l’amène à juger que les revendications transgenres ne pèsent pas grand-chose dans les urnes. Certes, mais qui eût cru qu’aux Etats-Unis le mariage s’ouvrirait si vite aux couples de même sexe ? Qu’ils aient un pied dans l’université ou pas, les mouvements sociaux peuvent influer sur la société et infléchir les élections. Aux Etats-Unis, 1992 fut « l’année de la femme » : plusieurs furent élues [au Sénat], portées par une vague d’indignation après la nomination à la Cour suprême d’un juge accusé de harcèlement sexuel… (…) Je m’étonne qu’à l’heure où le juge Brett Kavanaugh devrait faire basculer la Cour suprême des Etats-Unis très à droite, Mark Lilla considère que la question des droits est réglée aux Etats-Unis. En effet, on peut s’attendre par exemple à une remise en cause du droit à l’avortement. Je ne partage pas non plus sa sévérité à l’égard de la jeunesse. Les mobilisations pour inciter à s’inscrire sur les listes électorales et à voter ne trouvent-elles pas grâce à ses yeux ? Et encore une fois, pourquoi opposer l’élection à la manifestation, comme si manifester n’était pas aujourd’hui un enjeu démocratique ? Mark Lilla semble croire que plus on manifeste, moins on vote. En réalité, la mobilisation dans la rue est aussi une condition de la mobilisation électorale. En tout cas, les suprémacistes blancs, eux, n’hésitent pas à manifester – rappelons-nous les manifestations Unite the Right en 2017 à Charlottesville [en Virginie, lors desquelles une contre-manifestante avait perdu la vie dans l’attaque à la voiture bélier d’un militant d’extrême droite] – et Donald Trump les renvoie dos à dos avec la jeunesse antifasciste qui a le courage de leur faire face ; ne sont-ils pas en train de défendre la démocratie, au risque de leur vie ? En France, lorsque Génération identitaire bloque la frontière franco-italienne, ce sont les contre-manifestants qui s’exposent à la justice. Contre le délit de solidarité, ils parviennent à faire reconnaître le principe de fraternité par le Conseil constitutionnel : ne faut-il pas applaudir cette victoire démocratique ? Pourquoi railler le « narcissisme » d’une jeunesse qui fait reculer l’Etat [sur le projet d’aéroport de] Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), et avancer la cause écologique ? (…) Partout, la conversion des sociaux-démocrates au néolibéralisme s’est faite aux dépens des classes populaires, et au bénéfice des plus riches. C’est ce qui fragilise la démocratie : comment croire aux élections quand leur résultat ne change rien ? Les ouvriers de gauche sont tentés par l’abstention, ceux de droite par l’extrême droite. Hillary Clinton n’a pas trop courtisé les minorités, ni trop rejeté les « déplorables » : racistes, sexistes et homophobes n’auraient jamais voté pour elle. C’est la continuité des politiques néolibérales, de Bill à Hillary Clinton, en passant par Barack Obama, qui explique la désaffection populaire. Or cette interprétation est balayée en une phrase : « Si les démocrates ont perdu du terrain, ce n’est pas, nous dit Mark Lilla, parce qu’ils ont trop dérivé à droite, notamment en matière économique. » Il a beau citer Marx, il n’a donc que faire de l’économie : tout serait culturel ! Quand il invite la gauche à « créer un lien », ce n’est pas avec les ouvriers au chômage de la Rust Belt [« ceinture de la rouille », soit l’ancien nord-est industriel des Etats-Unis] ; c’est avec « les pentecôtistes du Sud et les propriétaires d’armes à feu des Rocheuses ». Non pas les classes populaires, mais le peuple de droite. En France, on aime croire qu’il faudrait choisir : les ouvriers ou les minorités ? C’est une fausse alternative : les minorités sont surreprésentées dans les classes populaires (et inversement !) ; et il n’y a aucune raison d’opposer les politiques de reconnaissance et de redistribution. Il faut donc cesser d’opposer le social au sociétal. Ce sont Trump et Le Pen qui jouent la race contre la classe – pas les minorités, qui ont trop à perdre à ce jeu. Parler d’intersectionnalité, soit de la pluralité des logiques de domination qui se cumulent ou se compensent, ce n’est pas creuser des clivages ; c’est penser l’articulation du sexe, de la race et de la classe. (…) Tout se passe comme si le racisme, en France, émanait principalement de celles et de ceux qui le subissent ! On oublie que les féministes, de longue date, recourent à la non-mixité sans faire scandale : regardez le collectif La Barbe. Ensuite, on occulte le fait que l’on se retrouve très souvent entre hommes blancs – comme pour notre débat – sans y prêter attention. Qui s’inquiète du communautarisme blanc ? Revendiquer la non-mixité minoritaire, c’est une provocation qui met le doigt sur l’aveuglement majoritaire. Enfin, la non-mixité n’est pas une philosophie ; c’est une technique : se retrouver pour échanger sur l’expérience du racisme ou du sexisme, sans avoir à se justifier devant ceux qui ne la partagent pas. Ce n’est pas la fin du monde ! (…) Contre la gauche minoritaire, Mark Lilla se présente comme un liberal (de gauche). Demander d’être à l’écoute de la droite, est-ce vraiment un programme de gauche ? Dans la traduction, leftist est d’ailleurs rendu par « gauchiste » – ce qui n’est pas très positif… Mark Lilla n’a donc rien d’un radical. Est-il pour autant liberal ? Il dénonce sans cesse l’individualisme et la bataille pour les droits. Or fustiger, avec Houellebecq, les « particules élémentaires », c’est plutôt anti-libéral ! En fait, il est républicain. On peut donc regretter que, pour parler de la citoyenneté, il évite délibérément la question qui fâche : l’immigration. Parlons de « nous », pas d’« eux » ? En réalité, l’immigration nous rappelle que la démocratie, ce n’est pas le consensus ; c’est le dissensus. Sinon, quelle différence avec les régimes non démocratiques ? Faire de la politique, c’est défendre des valeurs contre d’autres valeurs, une vision du monde contre une autre. Comment l’oublier quand Trump est au pouvoir ? Pour ma part, si je m’engage dans des combats minoritaires sans appartenir moi-même à une minorité, c’est que je suis convaincu que tout le monde est concerné : les discriminations minent nos sociétés. Ce qui menace le « nous », ce n’est pas que des gens dénoncent les discriminations ; c’est que tant d’autres s’en accommodent. Il ne suffit pas de proclamer que nous sommes tous citoyens. Encore faut-il que ce soit vrai. Or beaucoup se sentent dans leur propre pays comme des citoyennes ou des citoyens de deuxième zone – au mieux. Eviter d’en parler trop pour ne pas fâcher les électeurs d’extrême droite, ce n’est pas combattre, mais reculer devant ceux-ci. Ce ne sont pas les revendications des minorités qui fragmentent la société ; c’est leur relégation. Les opposer aux classes populaires, c’est encore les exclure du peuple. Soyons pragmatiques : il faut gagner les élections ! Nous sommes bien d’accord. Certes, il n’est pas sûr qu’une stratégie de gauche soit efficace. Mais il est certain que le virage à droite a été un échec. Eric Fassin
Je prendrai à nouveau comme point de départ la polémique sur la « gauche identitaire » qui a opposé Mark Lilla et Eric Fassin dans le Monde du 1er octobre 2018 car, comme je l’ai dit dans mon dernier blog, elle illustrait clairement la confusion entre le savant et le politique que je déplore depuis longtemps. Cela n’empêche pas, qu’en tant que citoyen, j’étais plutôt d’accord avec les arguments avancés dans cette polémique par Eric Fassin. Je rappelle, pour que les choses soient claires, que je suis un militant antiraciste depuis le début des années 1970. (…) C’est justement parce que j’ai poussé jusqu’au bout ma réflexion sur les relations de pouvoir que j’ai pris mes distances avec les intellectuels marxistes (dont les successeurs sont les intellectuels critiques d’aujourd’hui), qui reprenaient à leur compte le slogan « tout est politique », très en vogue en 68. La sociologie m’a fait mieux comprendre en effet le phénomène que j’avais souvent observé de mes propres yeux concernant les formes de domination qu’exercent sur le peuple ceux qui prétendent parler en son nom. La polémique qui a opposé Lilla et Fassin dans le Monde avait pour thème : « la gauche s’occupe-t-elle trop des minorités ? ». Il s’agissait donc d’une question d’ordre politique à laquelle ces deux éminents universitaires étaient invités à répondre en raison de leurs compétences savantes. Mais à aucun moment les lecteurs n’ont eu la possibilité de savoir sur quels travaux scientifiques précis les débatteurs s’appuyaient pour étayer leurs arguments. Le langage utilisé par ces deux collègues était celui de la politique, truffé de jugements de valeur et d’approximations. Par exemple, quand Eric Fassin écrit : « en France, on aime croire qu’il faudrait choisir les ouvriers ou les minorités », le lecteur est en droit de se demander ce que désigne ce « on » ? Est-ce qu’il s’agit des chercheurs en sciences sociales, des militants politiques, des intellectuels, des journalistes, du peuple français ? Et quand j’ai lu que Mark Lilla prétendait « réfuter » Fassin en affirmant : « le simplisme bourdieusien se porte bien en France », j’avoue que la moutarde m’est montée au nez comme on dit. Comment pouvait-on donner au public non spécialiste une image aussi caricaturale de la recherche en sciences sociales ? (…) Contrairement à ce qu’affirme Lilla, c’est Foucault bien plus que Bourdieu qui constitue la principale référence théorique d’Eric Fassin. Dans un article ancien, intitulé « “L’intellectuel spécifique” et le PaCS : politiques des savoirs» (Mouvements, janvier-février 2000), Fassin avait convoqué l’autorité de Foucault pour affirmer que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique ». Il a reproduit ensuite ce genre d’argument dans tous les domaines sur lesquels il est intervenu. Récemment encore, lors d’une polémique sur le « blackface », il écrivait dans une tribune donnée au quotidien Libération : « La politique n’est pas extérieure à l’esthétique (…). Le monde de la culture, s’il réclame une autonomie radicale pour faire abstraction des enjeux politiques de la création, risque de payer d’insignifiance cette liberté. » (…) Je me suis présenté pendant longtemps comme un « intellectuel spécifique » en me référant moi aussi à Michel Foucault, parce que j’ai compris autrement que Fassin ce qu’il a écrit à ce sujet. (…) Foucault a constamment oscillé entre plusieurs postures intellectuelles. On peut donc interpréter ses écrits sur ce sujet de différentes manières. Néanmoins, s’appuyer sur sa définition de l’intellectuel spécifique pour affirmer que le savoir est « un des lieux du politique », c’est confondre à mon sens, le politique et le pouvoir. (…) Il est vrai que Foucault a repris à son compte, en quelques occasions, la formule « tout est politique ». (…) Foucault joue ici sur la polysémie du mot « politique » qui vient du grec « polis » et qui désigne, au sens large, l’ensemble des pratiques et des institutions d’une communauté de citoyens. Cela n’empêche pas que Foucault a maintes fois souligné que ce qu’il appelait « les rapports de force dans une société donnée » étaient en réalité des relations de pouvoir qui pouvaient être politisées, mais ne l’étaient pas toujours. Je me suis inspiré de ces analyses dans mes propres travaux de socio-histoire en partant du principe qu’on pouvait envisager les liens sociaux comme des relations de pouvoir à condition de renoncer à la vision dénonciatrice du pouvoir (conception dénonciatrice que Foucault a lui-même rejetée lorsqu’il a produit le concept de « gouvernementalité »). Certes, les relations de pouvoir peuvent engendrer des formes de domination sociale, mais elles cimentent aussi des liens de solidarité (par exemple, les parents qui veulent éduquer leurs enfants pour qu’ils puissent devenir des adultes autonomes doivent entrer avec eux dans des relations de pouvoir). La confusion entre pouvoir et politique occulte donc un phénomène fondamental qu’on appelle la politisation. Confusion à laquelle échappe Foucault quand il écrit : « le problème n’est pas tellement de définir une position politique (ce qui nous ramène à un choix sur un échiquier déjà constitué), mais d’imaginer et de faire exister de nouveaux schèmes de politisation ». Le mot « politisation » est ici essentiel car il s’agit d’un processus qui permet de rendre visible dans l’espace public des relations de pouvoir qui n’avaient rien de politique au départ. C’est ce processus qu’il faut prendre en compte pour comprendre le rôle que jouent ceux que j’appelle « les professionnels de la parole publique » (politiciens, journalistes, experts, intellectuels) dans le champ politique. C’est aussi à ce niveau que peut intervenir l’universitaire en diffusant, au-delà des cercles spécialisés, les résultats de ses recherches pour rendre publiques des souffrances, des formes de domination ou de solidarité qui étaient invisibles jusque là, ce qui permet aux acteurs du champ politique de s’en emparer pour défendre de nouvelles causes. Cela n’a évidemment rien à voir avec les polémiques d’actualité visant à savoir si « la gauche s’occupe trop ou pas assez des « minorités » ». C’est justement pour se démarquer de ce type d’intervention que Foucault a proposé le terme d’intellectuel « spécifique ». Si je me suis toujours élevé contre le slogan « tout est politique », c’est surtout parce qu’il masque le rôle que jouent les intellectuels dans le processus de politisation des rapports sociaux. Comme tous les autres acteurs du monde social, les intellectuels sont pris, eux aussi, dans des relations de pouvoir qu’il faut mettre au jour si l’on veut pousser l’analyse du champ politique jusqu’au bout. L’article de Foucault sur lequel s’appuie Fassin pour affirmer que le savoir est un des lieux du politique, commence par cette phrase : « Pendant longtemps, l’intellectuel dit « de gauche » a pris la parole et s’est vu reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice ». (…). La cible de Foucault, à ce moment-là, c’était l’intellectuel universel qu’avait incarné Jean-Paul Sartre dans les décennies d’après-guerre. C’est lui qui est visé quand Foucault écrit : « J’ai toujours tenu à ne pas jouer le rôle de l’intellectuel prophète qui dit à l’avance aux gens ce qu’ils doivent faire et leur prescrit des cadres de pensée, des objectifs et des moyens qu’il a tirés de sa propre cervelle en travaillant enfermé dans son bureau parmi les livres ». (…) Il oppose à cette figure de l’intellectuel universel, celle de l’intellectuel spécifique pour souligner que la seule légitimité qu’un universitaire peut avancer pour justifier son intervention dans le débat politique tient à la compétence spécialisée qu’il a acquise dans un domaine de la recherche savante. Foucault a lui-même donné de multiples exemples de cette posture, puisque la plupart de ses propos publics s’appuyaient sur ses propres recherches empiriques que ce soit sur la folie, la prison, la sexualité, etc. Quand Foucault écrit que « le travail de l’intellectuel n’est pas de modeler la volonté politique des autres » (…), c’est bien la fonction de porte-parole que s’attribuent fréquemment les intellectuels qui est interpellée. C’est pour répondre à cette interrogation qu’il a forgé la notion de « problématisation ». L’universitaire peut mobiliser les connaissances qu’ils a acquises grâce à ses travaux spécialisés pour intervenir dans l’espace public comme un intellectuel spécifique, afin de « dégager les systèmes de pensée qui nous sont devenus familiers, qui nous paraissent évidents et qui font corps avec nos perceptions, nos attitudes, nos comportements ». (…). « Problématiser » les questions d’actualité ne consiste donc pas à multiplier dans les médias des commentaires critiques. Il s’agit au contraire d’appréhender ces questions autrement, en prenant une distance par rapport à la sphère politico-médiatique et sa façon de fabriquer de faux-problèmes (comme l’immigration, le communautarisme, etc). L’intellectuel spécifique intervient dans l’espace public afin de « poser des problèmes, les faire travailler », de façon à ce « qu’au sein même de la société les données du problème soient modifiées et que les impasses se débloquent. En somme, en finir avec les porte-parole ». (…) Foucault explique en effet que « sa critique a pour objectif de permettre aux autres de parler, sans mettre de limites au droit qu’ils ont de parler ». (…) C’est ici qu’apparaît la divergence principale entre l’intellectuel spécifique (tel que je le conçois) et l’intellectuel critique. Alors que ce dernier critique tous les pouvoirs, sauf celui qu’il détient, Foucault définit l’intellectuel spécifique comme celui qui est capable de se critiquer lui-même. Il a fréquemment reconnu les points faibles de ses propres recherches, les réponses inadéquates qu’il avait parfois apportées aux questions qu’il se posait. (…) A la différence de Foucault, qui a toujours refusé d’être défini par son identité d’universitaire, Bourdieu a d’emblée présenté la sociologie comme un « métier », s’inscrivant ainsi dans le sillage de Marc Bloch et de son livre célèbre sur le « métier d’historien ». Affirmer cet ancrage socio-professionnel, c’était déjà une manière de plaider pour une séparation du savant et du politique. Tout au long de sa vie, Bourdieu n’a cessé en effet de défendre l’autonomie de la sociologie contre ceux qui, à l’instar d’Eric Fassin aujourd’hui, la voyait comme une manière parmi d’autres de faire de la politique. (…) Cela n’a pas empêché qu’il ait été constamment préoccupé par la question de l’utilité sociale de la science sociale. Il le redit clairement dans le petit ouvrage des PUL que j’ai cité plus haut : « C’est une sorte de devoir civique de rendre à l’Etat qui me paye et à mes concitoyens ce que je crois être le savoir sur le monde social ». Et il enchaîne aussitôt en faisant référence aux nombreux travaux empiriques qu’il a produits avec ses équipes de recherche sur les musées, sur l’école, etc. Dans cette citation, le mot essentiel c’est « devoir civique ». Aux yeux de Bourdieu, il existe en effet une différence majeure entre le politique et le civique. Affirmer que « tout est politique » c’est une manière, selon lui, d’occulter la domination qu’exercent les professionnels de la parole publique dans le champ politique. Il considère que cette occultation est une dimension du pouvoir que détiennent les producteurs de biens symboliques car, comme le dit Philippe Fritsch dans l’introduction à ce volume, ce pouvoir suppose « la méconnaissance de la violence symbolique qui s’exerce à travers lui ». Le premier problème que rencontre le sociologue qui sort de son laboratoire pour s’exprimer sur des questions politiques tient au fait que « l’accès à l’espace public est contrôlé presque complètement aujourd’hui par les journalistes ». Ceux d’entre eux qui occupent le pôle dominant du champ médiatique imposent chaque jour ce qu’on appelle « l’actualité ». Etant donné que l’actualité est « ce qui se donne à comprendre de manière immédiate » affirme Bourdieu en faisant référence à Walter Benjamin, le sociologue doit rompre avec cette illusion, non seulement pour avoir de bonnes réponses, mais aussi pour poser de bonnes questions. Malheureusement, le sociologue ne parvient pratiquement jamais à faire accepter ses questionnements savants car, ajoute Bourdieu, « pour être en désaccord sur une formule politique il faut être d’accord sur le terrain du désaccord ». Autrement dit, tant que le sociologue répond aux questions qui sont acceptées dans le champ politico-médiatique, il peut y trouver sa place, mais s’il pose d’autres questions il n’a guère de chance d’être entendu. Voilà pourquoi Bourdieu a livré ce constat désabusé dans ses Méditations pascaliennes : « une proposition scientifique, c’est comme une bulle du pape sur la régulation des naissances, çà ne prêche que les convaincus ». Les seuls qui parviennent à se faire entendre, ajoute-t-il, ce sont « les représentants les plus divulgués de la corporation, qui ne peuvent hélas, que renforcer l’image politico-journalistique de la discipline ». Un autre obstacle auquel se heurte le sociologue soucieux d’assumer son rôle civique tient à l’usage qu’un certain nombre de journalistes font de ses travaux scientifiques. « Un des problèmes est de savoir comment on peut se protéger contre cette instrumentalisation ». (…) Bourdieu part du principe que les inégalités sociales s’ancrent dans les rapports économiques, mais qu’elles s’étendent à tous les niveaux d’une société. Il insiste sur le fait que le rapport au langage est le lieu d’une inégalité fondamentale. Dans la Distinction, il avait déjà fait ce constat : « on peut être en mesure de résister à l’argumentation sans être capable d’argumenter la résistance et moins encore d’en formuler explicitement les principes ». C’est pourquoi le passage entre expérience et expression passe nécessairement par les professionnels du discours. Il ne s’agit pas, là non plus, d’une dénonciation, puisque la délégation de parole est le seul moyen dont les démunis disposent pour espérer se faire entendre. Néanmoins, une telle inégalité pose le problème du type de pouvoir que détiennent les privilégiés du langage. Bourdieu estime que c’est l’une des principales questions que la sociologie du champ politique doit élucider. Elle concerne au premier chef les dirigeants des partis qui sont en concurrence entre eux pour le monopole du droit de parler et d’agir au nom des profanes. L’irruption du Front national dans l’espace public français à partir des années 1980 est vue par Bourdieu sous l’angle d’une « lutte de classement ». Si j’arrive à faire croire que le clivage principal de la société française oppose les nationaux et les étrangers, j’obtiens une structure du champ politique complètement différente de celle qui découle du clivage opposant les riches et les pauvres. C’est pourquoi l’un des enjeux majeurs de la politique est l’imposition légitime de principes de vision et de division du monde social. Les intellectuels – y compris les sociologues quand ils interviennent dans le débat public – contribuent à la redéfinition des formes de classement et de catégorisation publiques ; ce qui les expose « au problème très difficile » dit Bourdieu «  d’entrer dans la politique sans devenir des politiques ». Comme Foucault, Bourdieu était convaincu que pour clarifier ce problème, les intellectuels devaient commencer par utiliser les armes de la critique pour se critiquer eux-mêmes. « Il est certain » affirme-t-il « que ceux que Max Weber classait dans « l’intelligentsia prolétaroïde », c’est à dire les intellectuels mineurs, les demi-savants, ont souvent trouvé dans l’intervention politique, au cours de l’histoire, l’occasion d’une revanche contre ceux qui dominent le monde intellectuel ». Cela a été le cas avec le nazisme, le stalinisme, ou la Révolution chinoise. Voilà pourquoi, ajoute Bourdieu, « la critique sociologique de l’institution intellectuelle » est fondamentale. Il la juge nécessaire aussi si l’on veut combattre ce qu’il appelle le « racisme de l’intelligence » dont font souvent preuve les « détenteurs du capital culturel » quand ils oublient qu’ils sont eux-mêmes « les héritiers des familles cultivées ».  (…) A partir de 1995, et de son engagement au côté des cheminots en grève, Bourdieu a quelque peu infléchi sa position. Dans un cheminement inverse à celui de Foucault, il a renoncé partiellement au principe d’autonomie de la sociologie pour s’investir plus directement dans le champ politique. Néanmoins, il vaut mieux parler d’élargissement plutôt que de renoncement car Bourdieu s’est alors lancé dans une vaste entreprise visant à construire un intellectuel collectif, à l’échelle européenne, regroupant des universitaires, des journalistes, des artistes qui partageaient les mêmes idéaux civiques, mais dans le respect des compétences de chacun. C’est à ce moment-là qu’il a proposé la mise en place de « réseaux critiques, rassemblant des « intellectuels spécifiques» (au sens de Foucault) dans un véritable intellectuel collectif (souligné dans le texte) capable de définir lui-même les objets et les fins de sa réflexion et de son action, bref autonome ». Tel fut l’enjeu principal du réseau « Raisons d’agir » auquel j’ai apporté ma modeste contribution. Dans l’un de ses tout derniers entretiens, Pierre Bourdieu a proposé une ultime définition de l’intellectuel : « On dit ‘intellectuel engagé’, moi je dis : ‘responsable’. C’est un peu vieillot, ça fait un peu durkheimien. C’est une grande responsabilité si on croit que la sociologie est une science ; or je le crois ». Plutôt que d’alimenter des débats stériles sur la « véritable » définition de l’intellectuel spécifique, je pense que ceux qui se reconnaissent dans les réflexions que j’ai développées ici pourraient se retrouver autour de cette notion d’ « intellectuel responsable ». Même s’ils n’ont pas vécu à l’âge des réseaux sociaux, les réflexions de Foucault et de Bourdieu sur l’articulation du savant et du politique restent précieuses pour comprendre les transformations qui ont affecté notre espace public depuis une quinzaine d’années. Foucault avait noté qu’en raison de la démocratisation de l’université, du développement de la télévision, etc., le type d’intellectuel que seul Sartre pouvait incarner au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avait été mis à la portée de tout le monde dans les années 1970. Cette démocratisation avait donné aux travaux universitaires un écho qui débordait largement désormais le cercle des spécialistes. L’inconvénient de cette « entropie » ajoutait Foucault, c’est qu’elle avait engendré ce qu’il appelait « le toboggan de la pensée philosophique ». Les recherches savantes finissaient en slogan et la philosophie était en train de devenir une « matière de consommation courante ». La multiplication des chaînes d’information en continu et l’irruption des réseaux sociaux ont accéléré dans des proportions que Foucault n’aurait même pas imaginées, ce processus d’entropie. Les sciences sociales sont devenues, à leur tour, une « matière de consommation courante ». Nous avons pu constater, Stéphane Beaud et moi, que notre ouvrage Race et sciences sociales avait été immédiatement pris dans la spirale de ce fameux « toboggan ». Nos analyses ont ainsi été converties en slogan, ou en sondage d’opinion, du genre : « Etes-vous pour la classe ou pour la race ? Cochez la bonne case ». Comme je l’ai déjà dit dans mon dernier blog, les réseaux sociaux ont permis la formation d’un espace public intermédiaire. Conjugué à l’élévation constante du niveau scolaire des nouvelles générations, ce phénomène a accéléré la démocratisation de notre vie publique. Des gens qui n’ont aucune compétence spécifique en sciences sociales, et qui ont donc tendance à voir le monde uniquement à l’aide des catégories que leur fournissent ceux qui dominent la sphère médiatico-politique, peuvent désormais participer aux débats publics. Beaucoup d’entre eux, souvent pour des raisons qui sont en lien avec leur histoire personnelle, sont particulièrement sensibles à la question du racisme. Cet engagement civique est puissamment stimulé par les médias qui placent constamment ce sujet au centre de l’actualité car c’est l’un des meilleurs moyens aujourd’hui de mobiliser les affects du grand public et donc de booster l’audimat pour engranger des recettes publicitaires. Ce contexte rend particulièrement difficile le travail des chercheurs. Le simple fait de s’interroger sur le type de pouvoir que détiennent les porte-parole des mouvements antiracistes est vu comme une « dénonciation ». Mettre en doute l’idée que la question du racisme serait encore « taboue », alors qu’elle fait constamment la une des grands médias, est pris par certains comme une manière de minimiser, voire même de cautionner, le racisme. Alors que je suis convaincu, pour ma part, qu’il faut aborder ces questions de front si l’on veut lutter plus efficacement contre le racisme et contre les formes de domination symbolique qu’elles charrient. La violence verbale qui s’exprime aujourd’hui à jets continus sur les réseaux sociaux reflète, paradoxalement, la pacification des rapports sociaux. Les « intellectuels prolétaroïdes » dont parlaient Max Weber et Pierre Bourdieu se contentent désormais, pour la plupart, d’insulter sur ces plate-forme numériques ceux qui croient encore utile de transmettre au plus grand nombre les connaissances qu’ils ont produites au cours de longues années de travail, alors qu’auparavant il arrivait souvent que les affrontements se déroulent dans la rue, à coups de poings ou à coups de fusil. Je ne trouve pas scandaleux pour ma part que celles et ceux qui se sentent heurtés dans leurs convictions par ce que j’ai pu écrire, puissent réagir de façon agressive. Mais au lieu de me situer sur le même terrain qu’eux, en empruntant à mon tour des chemins qui ne mènent nulle part, je préfère mobiliser les ressources que nous offrent aujourd’hui les réseaux sociaux pour expliquer en quoi consiste notre travail de chercheur, ce qui suppose de refuser énergiquement la confusion entre le savant et le politique. Gérard Noiriel
La menace serait existentielle. Elle nourrit le séparatisme. Ronge l’unité nationale. Encourage l’islamisme. Porte atteinte au patrimoine intellectuel et culturel de la France. Quelle menace ? “Certaines théories en sciences sociales totalement importées des États-Unis d’Amérique”, affirme le président Emmanuel Macron. Certains politiciens, d’éminents intellectuels et nombre de journalistes français avertissent que les idées progressistes américaines — notamment sur la race, le genre, le post-colonialisme — sont en train de saper leur société. “Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines”, prévient le ministre de l’éducation de M. Macron. Enhardis par ces propos, des intellectuels de renom se regroupent pour contrecarrer ce qu’ils perçoivent comme une contamination par le mouvement “woke” gauchiste et incontrôlé venu des campus américains, et la “cancel culture” qui l’accompagne. Ils font face à une jeune garde plus diversifiée pour qui ces théories sont des outils aidant à éclairer les angles morts d’une nation de plus en plus diversifiée qui rechigne encore à faire mention de la race, qui ne s’est toujours pas confrontée à son passé colonial et qui associe souvent les aspirations des minorités à des politiques identitaires. Ces conflits qui n’auraient autrement pas attiré beaucoup d’attention ont pris de l’ampleur dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, qui a annoncé lundi son intention de diversifier le recrutement du personnel et d’interdire le “blackface”, s’est vu vivement critiqué non seulement par la cheffe de l’extrême droite Marine Le Pen, mais aussi dans les colonnes du Monde car, bien qu’étant allemand, il a travaillé 10 ans à Toronto et aurait “baigné dix ans dans la culture américaine ». Dans un livre paru ce mois-ci, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, spécialistes chevronnés en sciences sociales, critiquent le principe des études raciales. L’ouvrage s’est attiré les foudres de jeunes universitaires et a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Pour M. Noiriel, la race est devenue un “bulldozer” qui écrase les autres sujets. Dans une réponse par courriel, ce dernier ajoute que l’étude de ce sujet à l’université en France est discutable car la race n’est pas officiellement reconnue par les institutions et n’est qu’une “donnée subjective”. Alors qu’on assiste au déclin progressif de l’influence américaine dans de nombreux coins du monde, la virulence du débat autour d’une poignées de disciplines universitaires enseignées sur les campus américains peut surprendre. D’une certaine manière, c’est un combat par procuration autour de questions qui sont parmi les plus brûlantes au sein de la société française, celles notamment de l’identité nationale et du partage du pouvoir. Dans un pays où les intellectuels ont toujours une place centrale, les enjeux sont importants. Si cette bataille qui reflète les guerres culturelles américaines a commencé dans les universités françaises, elle prend désormais de l’ampleur dans les médias. Les hommes politiques s’y engagent de façon croissante, d’autant plus que l’année écoulée a été mouvementée, marquée par une série d’événements qui ont remis en cause les principes de la société française. En France, des manifestations de grande ampleur contre les violences policières, suscitées par l’assassinat [sic] de George Floyd, remettaient en cause la non-reconnaissance institutionnelle de la race et le racisme systémique. Une génération #MeToo de féministes s’est dressée à la fois contre le pouvoir masculin et contre les féministes plus âgées. La répression qui a suivi une série d’attaques islamistes a soulevé des interrogations sur le modèle français de laïcité et l’intégration des immigrés des anciennes colonies de la France. Certains y voient un écho des politiques identitaires et des théories des sciences sociales américaines. Des parlementaires de centre-droite ont appelé à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les “excès idéologiques” dans les universités et ciblé sur Twitter des universitaires “coupables”. M. Macron — qui manifestait jusque-là peu d’intérêt pour ces questions mais courtise la droite à l’approche des élections de l’année prochaine — est intervenu en juin dernier, reprochant aux universités d’encourager “l’ethnicisation de la question sociale”, qui reviendrait à “casser la République en deux”. “(…) Pour Mme Heinich, les événements de l’année dernière sont venus s’ajouter au militantisme qui a importé dans les universités française des controverses nées à l’étranger sur l’appropriation culturelle et le black-face. À la Sorbonne, des militants ont empêché la représentation d’une pièce d’Eschyle car ils y contestaient le port de masques et le maquillage en noir d’acteurs blancs; ailleurs, des conférenciers renommés ont vu leur invitation annulée suite à la pression des étudiants. (…) Pour d’autres, s’en prendre à ce qu’ils perçoivent comme l’influence américaine a révélé encore autre chose, à savoir que l’establishment français serait incapable de se confronter à un monde en mutation, surtout dans un contexte où la mauvaise gestion par le gouvernement de la pandémie de coronavirus vient renforcer un sentiment de déclin inéluctable de ce qui fut autrefois une grande puissance. (…) La France a longtemps revendiqué une identité nationale fondée sur une culture commune, des droits fondamentaux et des valeurs essentielles comme l’égalité et la liberté, rejetant les principes de diversité et de multiculturalisme. Les Français considèrent souvent les États-Unis comme une société fracturée en guerre contre elle-même. Mais nombre des principaux penseurs à l’origine des théories des genres, de la race, du post-colonialisme et de la théorie queer, loin d’être des Américains, venaient de la France — ainsi que du reste de l’Europe, d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Inde, explique Anne Garréta, une écrivaine française qui enseigne la littérature dans des universités en France et à Duke University, aux Etats-Unis. “C’est tout un monde d’idées qui circule à l’échelle mondiale”, precise-t-elle. “Il se trouve que les campus qui sont les plus cosmopolites et les plus mondialisés à ce stade de l’histoire sont les campus américains. ’’ L’État français ne recueille pas de statistiques raciales, illégales, dans le cadre de son engagement affiché en faveur de l’universalisme et du traitement égal de tous les citoyens au regard de la loi. Mais pour nombre de spécialistes de la question raciale, cette réticence s’inscrit dans une longue histoire de négation du racisme en France, du passé colonial et de la traite négrière du pays. (…) L’historien Pap Ndiaye, qui s’efforce de faire établir un cursus de Black Studies en France, estime que ce n’était pas une coïncidence si la vague actuelle de rhétorique anti-américaine est apparue au moment même où se tenaient les premières manifestations contre le racisme et les violences policières, en juin dernier. “Il y a bien cette idée qu’on parle trop des questions de race en France,” dit-il. “Ça suffit. » Les trois attentats islamistes à l’automne dernier sont venus rappeler que le terrorisme reste une menace en France. Ils ont également fait porter l’attention sur un autre domaine de recherche très sensible, l’islamophobie, et comment l’hostilité envers l’islam en France, ancrée dans son expérience coloniale du monde musulman, continue de marquer la vie des musulmans français. Abdellali Hajjat, un expert en islamophobie, dit qu’il est de plus en plus difficile de se consacrer à son sujet depuis 2015, date des attaques terroristes dévastatrices qui avaient frappé Paris. Le financement public de la recherche s’est tari. Les chercheurs sur cette matière se voient accusés de faire l’apologie des islamistes et même des terroristes. Il y a deux ans, fuyant l’ambiance qu’il trouvait oppressante, M. Hajjat est parti enseigner à l’Université libre de Bruxelles, en Belgique, où il dit jouir d’une plus grande liberté académique. (…) Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation de M. Macron, a accusé les universités, sous influence américaine, d’être complices des terroristes en fournissant une légitimation intellectuelle de leurs actes. Dans une lettre ouverte de soutien au ministre publiée dans Le Monde, un groupe de 100 universitaires réputés a fustigé les théories “transférées des campus nord-américains”. L’un des signataires, l’expert de l’islam Gilles Kepel, considère que l’influence américaine a conduit à “une sorte d’interdiction dans les universités de réfléchir au phénomène de l’islam politique au nom d’une idéologie de gauche qui le considère comme la religion des défavorisés ». Avec l’islamophobie, c’est par “l’importation totalement artificielle” en France de la “question noire à l’américaine” que certains tentent de présenter une fausse image d’une France coupable de “racisme systémique” et de “privilège blanc”, renchérit de son côté Pierre-André Taguieff, historien et grand critique de l’influence américaine. (…) Derrière les attaques contre les universités américaines — menées par des intellectuels hommes, blancs, âgés — se cachent les tensions d’une société où le pouvoir établi est bousculé, estime de son côté Éric Fassin, un sociologue qui a été l’un des premiers chercheurs, il y a une quinzaine d’années, à s’intéresser à la question raciale et au racisme en France. À l’époque, les spécialistes des questions raciales étaient généralement des hommes blancs comme lui, explique-t-il. Il ajoute qu’il est souvent traité de traître et a été la cible récemment d’un extrémiste de droite condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir menacé de le décapiter. Mais l’émergence de jeunes intellectuels — dont certains sont Noirs (sic) ou musulmans — nourrit l’assaut contre ce que M. Fassin appelle “l’épouvantail américain”. NYT
Le livre que co-signent le sociologue Stéphane Beaud et l’historien Gérard Noiriel, et qui sort ce 5 février chez Agone, s’intitule finalement : Race et sciences sociales. Sous-titre : “Essai sur les usages publics d’une catégorie”. La “race”, plutôt que “l’identité” ? Le mot est polysémique et spectaculaire, il ramasse à la fois l’histoire de la pensée raciste et racialiste (qui table sur l’inégalité des races, contrairement à ce qui peut parfois circuler dans les médias) et les travaux de ceux qui l’envisagent désormais comme un outil pour mettre au jour des discriminations ou un sort spécifique. Sujet au grand écart, le terme est inflammable, et justement propice à bien des procès parce qu’il charrie cette histoire paradoxale et pas mal de culs-de-sac interprétatifs. Bien qu’il figure en titre, nulle part dans le livre, on ne trouve de définition précise et explicite du concept de race tel que Stéphane Beaud et Gérard Noiriel annoncent en réfuter l’usage en sciences sociales. Cette absence interpelle. Interrogés dans le cadre d’un séminaire universitaire à deux jours de la sortie de leur livre, ils convenaient qu’il s’agissait d’abord d’un titre parce qu’il en fallait bien un ; et arguaient, surtout, qu’ils n’entendaient pas nécessairement proposer de définition bien léchée du concept – évoquant même le spectre des procès en tectonique lexicale des années où le marxisme régnait en maître sur leurs disciplines. Hasardeux ? En fait, Gérard Noiriel et Stéphane Beaud répondent qu’ils entendent travailler depuis la façon dont les gens peuvent se décrire eux-mêmes. Et se méfier des étiquettes que des chercheurs pourraient distribuer vu du dessus. Expéditif ? Que le mot race ne soit pas davantage défini conceptuellement a aussi à voir avec l’ambition du livre, et son statut. (…) Un climat avec lequel le mot “identitaire” n’a pas rien à voir – notamment parce qu’on peut lui faire dire beaucoup, et qu’il embarque quelque chose d’un peu indigne, et surtout d’assez peu scientifique. Ils écrivent que c’est par exemple parce que les “polémiques identitaires” ont pris cette place prépondérante dans le débat public que “des jeunes”, qui se trouvent privés de l’espoir d’émancipation porté jadis par le communisme, finissent par privilégier “les éléments de leur identité personnelle que sont la religion, l’origine ou la race (définie par la couleur de peau)” – et rejeter « la société”. Revisitant la place allouée à l’identité individuelle et à l’identité collective selon les époques, les deux chercheurs écrivent que _“malheureusement, les plus démunis d’entre eux sont privés, pour des raisons socio-économiques, des ressources qui leur permettraient de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations. C’est ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée : le « nous » (de la cité, des jeunes Noirs ou Arabes, des exclus, mais aussi de plus en plus, semble-t-il, le « nous » musulman) versus le « eux » (des bourgeois, des « céfrans », des « gaulois », des Blancs, ou des athées, etc.).”_ Un “enfermement identitaire”, écrivent Stéphane Beaud et Gérard Noiriel dès les premières pages de leur livre. Mais un enfermement dont les deux auteurs laissent entendre qu’il a directement lien avec l’activité scientifique de certains de leurs collègues qui assignent et qui essentialisent. Là où Gérard Noiriel rappelle qu’un des axes majeurs de son travail en socio-histoire a toujours consisté à déconstruire des catégories. A charge et parfois ad hominem, leur livre s’avance comme une entreprise destinée à mettre au jour comment les sciences sociales ont pu se laisser aller à une forme d’errance épistémologique. Comment ? En laissant la variable raciale ou “identitaire” écraser, telle « un bulldozer », la classe, un niveau de vie, la valeur d’un diplôme, la fluidité d’une scolarité ou de meilleures chances… Au point d’imposer des grilles de lecture qui forcent le réel et contraignent tout un chacun à se définir comme malgré soi. (…) Pour les deux auteurs, le fait de prendre comme focale la race et, au-delà, tout ce qui devrait au contraire rester de l’ordre d’une identité privée, n’est pas seulement simpliste. C’est aussi abusif parce qu’à cet endroit-là, le ou la scientifique sortira de son rôle. En devenant un militant, un porte-parole, un agitateur, un bon client des médias… La position du chercheur dans la société, est au fond un vieux débat, que les deux auteurs revisitent à nouveaux frais : Pierre Bourdieu et quelques autres, ont déjà beaucoup écrit sur la place de l’intellectuel (à quoi Gérard Noiriel a d’ailleurs consacré récemment des billets sur son blog). Mais ça reste ici un débat un peu sinueux : leur position pourra paraître sibylline quand, au paragraphe suivant, les deux auteurs annoncent justement se considérer eux-mêmes comme des “chercheurs engagés” depuis des dizaines d’années à travailler notamment sur les discriminations. Ou quand ils s’abstiennent de définir la race, et n’engagent pas toujours une discussion scientifique avec les travaux qu’ils entendent étriller. Mais c’est surtout un débat à charge, où le mot “identitaire” peut être regardé à la fois comme un carburant polémique, et le marqueur qui nous renseigne sur le registre dans lequel se déploie ce livre signé par deux chercheurs qui ont beaucoup fait pour leurs disciplines respectives – mais qui, jusqu’alors, publiaient des travaux qui relevaient plutôt d’un autre registre. Car ce mot “identitaire” a quelque chose de déshonorant pour l’adversaire. Au mieux, c’est le scotch du capitaine Haddock. Au pire, c’est la marque au fer rouge qui vient en fait sceller l’absence de scientificité de travaux malhonnêtes, et des alliances politiques suspectes. Le mot « race », dont le titre définitif est réhaussé, vous semble à la fois plus fort, et aussi plus incendiaire, que le mot “identitaire” ? C’est possible qu’il fasse davantage sursauter. Pourtant, “race” est un mot utilisé par des universitaires qui l’ont en fait revisité, revitalisé, et redessiné. Ces chercheurs et ces chercheuses-là ne sont pas majoritaires, et l’usage de cette catégorie ne fait pas consensus. Mais c’est celui qu’ils mettent en circulation eux-mêmes. Qu’ils écrivent pour explorer un cadre théorique, qu’ils interrogent et dont ils fixent les contours. Et duquel ils entendent souvent tirer un usage pédagogique, comme par exemple Sarah Mazouz avec le livre Race paru chez Anamosa en 2020 dans la collection “Le Mot est faible” (…) depuis des années, le mot “identitaire” est d’abord celui qu’utilisent la droite et l’extrême-droite françaises pour disqualifier les sciences sociales et, en particulier, la sociologie. Il a une connotation militante et obscurantiste, et embarque avec lui l’idée que les chercheurs manipuleraient grosso modo leurs positions académiques pour nourrir des croisades. Et parfois, des offensives communautaires arrimées aussi bien au genre qu’à l’origine ethnique. Or le livre de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel paraît justement dans un double timing qui voit à la fois l’université brocardée tous azimuts et comme jamais ; et, en parallèle, un texte de loi sur les “séparatismes” faire son chemin. Dans ce contexte de discrédit qui affleure jusqu’au sommet de l’Etat et dans de très nombreux médias, les mots “indigéniste”, “identitaire”, “racialiste”, “communautaire” sont souvent interchangeables. Il suffit de voir, parmi de nombreux autres, un article du Point fin janvier 2021, titré “Quand la fièvre identitaire frappe l’université” (sous-titre : “Indigénistes, déboulonneurs de statues, gauche racialiste, écriture inclusive… Comment ces militants étendent leur emprise et verrouillent les débats”). Dans un contexte de baisse des crédits à la recherche et de dévalorisation de l’université, tous ces mots contribuent à déstabiliser des pans entiers du monde universitaire – sans d’ailleurs que le plus grand nombre ne s’y retrouve nulle part. Ils charrient aussi un goût amer chez tous ceux qu’on accuse soudain de porter d’abord une cause plutôt que de contribuer à la recherche. Ou qu’on soupçonne carrément de faire justice à une histoire personnelle. Même s’ils hissent le terme “identitaire” bien haut sans toujours trier son usage militant de son usage académique, les deux auteurs écrivent cependant, sans ambiguïté : « On ne voit pas au nom de quel principe ce genre de recherches devrait être banni de l’université française. » Le mot “identitaire” est aussi un truc collant sous la chaussure parce qu’il croise le registre politique et polémique et l’idée d’identité. Or l’identité est une notion tardive dans les sciences sociales, et elle n’a pas toujours fait l’objet d’un ancrage théorique et conceptuel à même de le légitimer. Avant les années 80, en France, on ne parlait guère d’identité en histoire ou en sociologie (mais beaucoup plus, en Allemagne ou aux Etats-Unis, et notamment en psychologie sociale).(…) Historiquement, surtout, l’identité est plutôt de droite : avant même d’être happée par l’extrême-droite dans le “Bloc identitaire” (en 2002) puis “Génération identitaire” (en 2012), elle se construit un peu comme une réponse à ce que la classe peut représenter à gauche. A contrario, dans les années 50 et 60, le camp progressiste et le monde universitaire sont plutôt assimilationnistes. A partir de la fin des années 70, la gauche reprendra à son compte l’idée d’identité, et même la construction d’une “identité nationale”. Mais plutôt pour vanter ce que le chercheur Vincent Martigny décrit comme une France mosaïque. C’est-à-dire, un récit, accolé à ce qui restera comme “le droit à la différence”, mais qui entre en friction avec l’idée d’une France homogène qui charpentait l’imaginaire collectif. C’est quand l’extrême-droite s’emparera de l’identité nationale que l’on verra naître les accusations de communautarisme. A l’époque, il s’agit déjà, essentiellement, de saisir (et disqualifier) l’expression d’un sentiment d’appartenance qui a directement prise dans l’histoire coloniale – et pas d’une identité provençale ou berrichonne. Depuis cette date, dire à quelqu’un qu’il verse dans “l’identitaire” n’a jamais été un hommage. Sauf erreur, on ne trouve ainsi personne à se définir soi-même de cette étiquette bizarre de “chercheur identitaire”. Ni d’ailleurs des travaux que leurs auteurs désigneraient comme des recherches “identitaires”. Quand des textes académiques mobilisent le mot “identité”, leurs auteurs sont bien plus souvent du côté de ceux qui veulent s’en défier. Même à des chercheurs intersectionnels qui croisent, selon leurs objets et leurs terrains de recherche, le genre, la classe et la race, l’identité apparaît parfois trop artificielle ou, tout simplement, trop vague. Elle reste aussi un terrain miné qui ouvre à toute une foule de critiques qui émanent de ceux qui estiment que mobiliser l’identité, c’est essentialiser un groupe, le figer dans une appartenance prédéfinie, le couper de toute une histoire en tensions dans laquelle les trajectoires s’enracinent, prennent corps, et parfois divergent. Aujourd’hui, l’identité est, pour beaucoup, un terme extérieur au champ scientifique. Si on trouve des travaux qui mobilisent, évaluent, interrogent ou remodèlent la notion d’identité (qui, elle non plus, ne fait pas consensus), c’est souvent un mot à la fois trop lâche et trop élastique pour voyager tel quel. C’est d’ailleurs en partie pour ça que la race a davantage sédimenté : elle est devenue cet outil lexical et conceptuel pour exprimer l’idée d’une stigmatisation. Mais d’abord un mot pour parler de celui qui regarde, plutôt qu’un mot pour dire la revendication identitaire de celui qui est regardé – comme Sartre disait hier que c’est l’antisémitisme qui fait le Juif. A défaut de “chercheurs identitaires”, il existe dans le débat public l’idée d’une “gauche identitaire”, à laquelle on renvoie plus particulièrement certains universitaires. Mais l’expression surgit toujours dans les mots de la partie adverse. En 2018, lorsqu’un violent débat avait opposé Mark Lilla et Eric Fassin, le mot “identitaire” fonctionnait déjà comme un blâme, et pas comme une étiquette qu’on prendrait pour soi. Dans un entretien croisé que Le Monde avait proposé aux deux chercheurs, Eric Fassin avait d’ailleurs répondu qu’il parlerait “plutôt d’une gauche minoritaire”. Le cœur du débat était déjà là quand le sociologue argumentait : « A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination. » En disant “identitaire” aussi bien pour des polémiques médiatiques, des affrontements à hauteur de réseaux sociaux que pour des travaux universitaires, on contribue en fait à oxyder le débat intellectuel en floutant ses frontières. On corrode aussi, au passage, quantité de travaux qui à la fois sont bien plus précis sur les mots et les catégories qu’ils mobilisent, et qui souvent les mettent en tension et les problématisent. Mais ce qui frappe en lisant le livre de Stéphane Beaud et de Gérard Noiriel, c’est que pour quelques pages consacrées à moins d’une demie-douzaine de chercheurs en sciences sociales qu’ils estiment responsables de cette offensive “identitaire” sur le champ académique et qu’ils nomment (Colette Guillaumin, la seule femme parmi les références évoquées, qui soutenait en 1969 la première thèse sur le racisme et l’altérité et revisitait le concept de “race”, puis Eric et Didier Fassin, Pap Ndiaye, Patrick Simon et Pascal Blanchard), on ne trouve guère d’analyses des travaux qui, depuis quinze ans, mettent vraiment au travail les concepts et les grilles de lecture que les auteurs brocardent. Dénonçant le “business postcolonial” de ces auteurs dont on pourrait objecter qu’ils sont loin de parler d’une même voix, ils brocardent un filon aussi juteux que conceptuellement pauvre. Mais ils ne mobilisent guère de travaux récents produits depuis moins de dix ans, et ne discutent par exemple ni Sarah Mazouz, ni Silyane Larcher, et citent à peine (hormis une note de bas de page) Abdellali Hajjat dont Stéphane Beaud fut pourtant le directeur de thèse (en 2009) et qui a justement montré que, dans les revues académiques françaises, les concepts de genre et de race n’ont pas occulté le concept de classe. Ils n’évoquent pas non plus l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, dont on ne peut pas dire que le travail depuis quarante ans évacue la classe. Bon nombre de chercheurs et de chercheuses qui furent pourtant formés par Beaud et Noiriel sont aussi éclipsés à présent qu’ils en renouvellent l’approche ; et quant à elle Elsa Dorlin, à qui on doit la première occurrence du mot “intersectionnalité” à la radio française et qui croise le genre et la race dans ses travaux depuis pas loin de vingt ans, disparaît pratiquement : elle apparaît une fois, dans un comptage en note de bas de page, pour un passage dans un séminaire universitaire en 2007 – mais pas pour une lecture critique de ses travaux. L’intersectionnalité, quant à elle, est toujours mentionnée entre guillemets – mais Gérard Noiriel dit explicitement que, pour lui, la polémique sur l’intersectionnalité est « un faux problème ». L’ampleur de cette absence tranche avec l’usage massif du terme “identitaire” (125 occurrences pour “identitaire” dans le livre, plus 81 du mot “identité”, parfois chevillé à l’expression “identité nationale” toutefois). Le contraste pousse lui aussi à se poser la question du registre de la discussion, et à s’interroger sur le statut du livre. Avant que les deux auteurs ne discutent, ensemble, de la pertinence de la variable raciale qui encombrerait la recherche et génèrerait des erreurs d’aiguillage, Gérard Noiriel consacre les trois premiers chapitres à une socio-histoire de la question raciale dans l’espace public. Mais il n’est pas sûr que Race et sciences sociales ne soit pas, d’abord, un texte polémique et politique. Un livre qui vise à répliquer à une poignée de collègues mais pas forcément à objecter à l’usage, ou au mésusage, d’un concept, d’une variable, et aux travaux qui s’en réclament. Un livre qui, finalement, porte avant tout sur ce qu’ils pensent de l’état du débat public – trêve de suspense : les auteurs le trouvent déplorable. On peut se le dire en voyant que les auteurs n’envisagent pas vraiment qu’on puisse tenir ensemble question sociale et question raciale comme pourtant bien des recherches le font (et même certains mouvements antiracistes plus récents). On le perçoit mieux en lisant la troisième et dernière partie d’un livre à la construction très disparate. On doit cette dernière partie à Stéphane Beaud, et elle est consacrée aux quotas dans le football français (surgis en 2011 dans les médias après que Médiapart avait annoncé « moins de Noirs et d’Arabes » en sélection nationale). C’est-à-dire, en fait, à la construction de problèmes médiatiques comme autant d' »affaires », réductrices et mal ficelées. Le sociologue y décrit la lourdeur médiatique et l’incapacité des journalistes à penser les questions raciales autrement qu’en se faisant intoxiquer par ce qui relèverait d’une entreprise décoloniale à la fois démagogique et hors sol. Une entreprise à laquelle contribuent des chercheurs et qui sature l’espace public. (…) Or, à la lecture de nombreux travaux récents, on peut aussi se dire que bien des chercheuses et des chercheurs qui mobilisent l’intersectionnalité pour appréhender l’idée d’un sort spécifique fait à certains groupes plutôt qu’à d’autres ne seraient pas loin d’y retrouver leurs petits – même si elles et eux n’écriraient jamais « théorie du genre ». Mais ça reste difficile à confronter dès lors que tous ces travaux demeurent les grands absents du débat – ou de la polémique.  Dans leur livre, Stéphane Beaud et Noiriel écrivent que « l’histoire de la France a montré que la lutte contre le racisme (au sens large du terme) avait connu des succès significatifs sur le plan politique lorsqu’elle avait été reliée au combat social, de façon à unifier les différentes composantes du peuple français. » A l’heure où s’empilent les procès en sorcellerie contre les sciences sociales, on pourrait aussi penser qu’éviter de s’agonir entre chercheurs en fagotant les autres en épouvantails est une bonne base stratégique. Chloé Leprince (France Culture)
Dans l’ouvrage Dire la vérité au pouvoir. Les intellectuels en question (Agone, 2010), j’avais tenté de montrer (en me limitant au monde universitaire) que trois grands types d’intellectuels s’étaient imposés à l’issue de l’Affaire Dreyfus. Ceux que j’ai appelé, par référence à Charles Péguy, les « intellectuels de gouvernement » occupent une position dominante dans le champ médiatique (la presse de masse d’hier, les chaînes télévisées d’aujourd’hui). Ils accèdent souvent à l’Académie française et certains d’entre eux deviennent parfois ministre de l’Education nationale ou de la Culture. Ils défendent mordicus la nation française, ses traditions, l’ordre établi, mobilisant leur intelligence pour dénoncer toute forme de pensée subversive. Après avoir vaillamment combattu le « totalitarisme », ils sont aujourd’hui vent debout contre « l’islamisme ». Face à eux se dressent les « intellectuels critiques », qui sont les héritiers des « intellectuels révolutionnaires » de la grande époque du mouvement ouvrier. Certains d’entre eux prônent encore la lutte des classes, mais leur principal cheval de bataille aujourd’hui, c’est le combat contre le « racisme d’Etat » et « les discriminations » ; les « racisé-e-s » ayant remplacé le prolétariat. Ces deux pôles antagonistes peuvent s’affronter continuellement dans l’espace public parce qu’ils parlent le même langage. Les uns et les autres sont persuadés que leur statut d’universitaire leur donne une légitimité pour intervenir sur tous les sujets qui font la une de l’actualité. Ils font comme s’il n’existait pas de séparation stricte entre le savant et le politique. Les intellectuels de gouvernement ne se posent même pas la question car ils sont convaincus que leur position sociale, et les diplômes qu’ils ont accumulés, leur fournissent une compétence spéciale pour traiter des affaires publiques. Quant aux intellectuels critiques, comme ils estiment que « tout est politique », ils se sentent autorisés à intervenir dans les polémiques d’actualité en mettant simplement en avant leur statut d’universitaire. Le troisième type d’intellectuels que j’avais retenu dans cet ouvrage est celui que Michel Foucault appelait « l’intellectuel spécifique ». Il tranche avec les deux autres parce qu’il part du principe que la science et la politique sont des activités très différentes. Le fait d’avoir une compétence dans le domaine des sciences sociales peut certes nous aider à éclairer les relations de pouvoir qui régissent nos sociétés, mais le mot pouvoir n’est pas synonyme du mot politique (au sens commun du terme) et la critique scientifique n’est pas du même ordre que la critique politique. Cette conviction explique pourquoi l’intellectuel spécifique ne peut intervenir dans l’espace public que sur des questions qu’il a lui-même étudiées pendant de longues années. Ces questions sont d’ordre scientifique, ce qui fait qu’elles ne se confondent pas avec celles auxquelles les journalistes et les politiciens voudraient qu’il réponde. Voilà pourquoi l’intellectuel spécifique doit « problématiser » (comme disait Foucault) les questions d’actualité dans le but de produire des vérités sur le monde social qui ne peuvent être obtenues qu’en se tenant à distance des passions et des intérêts du moment. Cela ne signifie pas que l’intellectuel spécifique se désintéresse de la fonction civique de son métier. Toutefois, ce qui le distingue des autres types d’intellectuels, c’est qu’il refuse de jouer les experts ou les porte-parole de telle ou telle catégorie de victimes. Il estime que l’intellectuel de gouvernement, mais aussi l’intellectuel critique, commettent un abus de pouvoir en intervenant constamment dans le débat public sur des questions qui concernent tous les citoyens. Voilà pourquoi, depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, les intellectuels spécifiques ont mobilisé les outils que propose la science sociale pour combattre le pouvoir symbolique que détiennent les intellectuels. Mais comme ils deviennent eux aussi des intellectuels quand ils interviennent dans le débat public, ils doivent retourner contre eux-mêmes les armes de la critique. Ce qui caractérise le véritable intellectuel spécifique, c’est donc sa capacité à se mettre lui-même en question, ce que j’ai appelé la faculté de « se rendre étranger à soi-même », alors que chez les autres intellectuels, le pouvoir de la critique s’arrête toujours devant leur porte. C’est cette propension à s’interroger sur lui-même qui a poussé Pierre Bourdieu à écrire, dans l’un de ses derniers ouvrages : « Je ne me suis jamais vraiment senti justifié d’exister en tant qu’intellectuel », ou encore « je n’aime pas en moi l’intellectuel » (Méditations pascaliennes, Seuil, 1997, p. 16). Comme je l’avais souligné dans mon livre, ce malaise chronique de l’intellectuel spécifique tient aussi au fait que, pour être entendu dans l’espace public, il est parfois amené à dépasser la limite entre le savant et le politique qu’il s’était promis de ne pas franchir. Ce fut le cas pour Durkheim pendant la Première Guerre mondiale, pour Foucault dans les années 1970, et aussi pour Bourdieu à la fin de sa vie. Les trois types d’intellectuels que je viens de citer se sont imposés en France au tournant des XIXe et XXe siècles, c’est-à-dire au moment où la presse de masse a restructuré complètement l’espace public en y intégrant la fraction des classes populaires qui en était exclue jusque là. Depuis une vingtaine d’années, l’irruption des chaînes d’information en continu et des « réseaux sociaux » a provoqué une nouvelle révolution de la communication à distance. Ces réseaux sont des entreprises privées, gouvernées par la loi du profit, qui mobilisent leurs adeptes en jouant sur leurs émotions. Toute personne peut y intervenir, de façon spontanée et souvent anonyme, en tenant le genre de propos qui s’échangeaient auparavant au « café du commerce », c’est-à-dire dans un espace d’interconnaissance directe, régi par la communication orale. La montée en puissance des réseaux sociaux a donc abouti à l’émergence d’un espace public intermédiaire entre la sphère des relations personnelles fondées sur la parole, et la sphère nationale, voire internationale, structurée par les médias de masse. Les journalistes se sont adaptés à cette nouvelle situation de la même manière qu’ils s’étaient adaptés aux sondages. Ils nous font croire que les réseaux sociaux expriment « l’opinion publique », alors qu’ils sélectionnent, dans les milliards de propos échangés chaque jour sur Twitter ou Facebook, ceux qui peuvent leur servir dans le traitement de l’actualité. Les chaînes d’information en continu, dont la logique repose sur ce qu’on pourrait appeler « une économie de la palabre », obéissent aux mêmes principes que les réseaux sociaux : il faut mobiliser les émotions des téléspectateurs pour booster les audiences, et donc les recettes publicitaires. Voilà pourquoi ces chaînes accordent une place essentielle aux polémiques, aux « clashs », aux insultes qui sont immédiatement relayés sur les réseaux sociaux. Dans le même temps, pour donner un peu de crédibilité à leur entreprise, ils sollicitent constamment des « experts », le plus souvent des universitaires, transformés en chasseurs de « fake news », qui acceptent de jouer ce jeu pour en tirer quelques profits en terme de notoriété, de droits d’auteurs, etc. Les journalistes de la presse écrite se sont adaptés eux aussi à ce nouveau contexte en proposant des éditions en ligne, qui font une place de plus en plus grande à ce qu’on appelait autrefois « le courrier des lecteurs ». Les plus hardis se sont lancés dans l’édition entièrement numérique ; Médiapart ayant innové en allant jusqu’à abriter les « blogs » tenus par certains de ses abonnés. Comme toute innovation technologique, cette révolution numérique a eu des conséquences contradictoires. On peut y voir un progrès de la démocratie car elle a élargi le cercle de ceux qui peuvent désormais participer aux échanges publics. Malheureusement, dans le même temps, la révolution numérique a considérablement affaibli l’autonomie des sciences sociales. Un nombre croissant d’universitaires ont été intégrés dans le jeu médiatique pour commenter l’actualité, pour livrer leur expertise, pour critiquer le gouvernement dans leurs blogs ou les tribunes que leur propose la presse. En pénétrant de plus en plus intensément dans la vie quotidienne des individus, les nouveaux instruments de la communication de masse ont donc fortement aggravé la confusion du savant et du politique. Les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques se sont facilement adaptés à cette nouvelle situation, étant donné qu’ils ne séparent pas strictement les deux sphères. En revanche, la position déjà fragile des intellectuels spécifiques, s’en est trouvée très affaiblie. Les chaînes télévisées, les radios et les réseaux sociaux convergent pour marteler 24 heures sur 24 un discours d’actualité construit sur la défense des victimes et la dénonciation des coupables. Ce matraquage permanent a ancré dans l’esprit des citoyens que toute réflexion sur notre société consistait à dénoncer, réhabiliter, expertiser, dire aux gens ce qu’ils sont et comment ils doivent se comporter. Cette façon de penser est tellement intériorisée par ceux qui s’activent sur les réseaux sociaux qu’elle devient la norme même pour les universitaires, y compris en sciences sociales. Cette confusion entre le savant et le politique a pris une telle ampleur qu’elle a été cautionnée ces dernières années jusqu’au sommet de l’Etat. Après les attentats de 2015, le Premier ministre Manuel Valls n’a pas hésité à affirmer : « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ». En juin 2020, au moment des mobilisations d’une partie de la jeunesse contre les violences policières, le président de la République a affirmé que « le monde universitaire (…) a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon ». Les représentants de nos professions ont répliqué en reprochant au chef de l’Etat de généraliser à l’ensemble de la communauté scientifique des prises de position politiques qui restent très minoritaires. Effectivement, le président a confondu les universitaires avec les intellectuels, c’est-à-dire avec la petite fraction des enseignants-chercheurs qui interviennent dans les polémiques politico-médiatiques en mettant en avant leur fonction universitaire. Mais qui peut croire que la meilleure manière de lutter contre un gouvernement qui s’en prend aujourd’hui frontalement aux sciences sociales soit de confondre le savant et le politique, en rupture avec toute la tradition de la sociologie critique depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, comme le fait Eric Fassin quand il écrit que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique » ? Je suis convaincu que nos disciplines courent un grave danger si les universitaires n’ont pas le courage d’aborder de front ce genre de questions. Telle est la raison qui m’a poussé à évoquer dans un de mes blogs, la polémique entre le sociologue Eric Fassin et le sociologue américain Mark Lilla. J’ai montré qu’au-delà de leurs divergences, ils étaient d’accord au moins sur un point, à savoir que leur statut d’universitaire les autorisait à donner leur opinion en matière politique comme si cela allait de soi. C’est le même genre de critiques sur le pouvoir symbolique que s’arrogent les intellectuels que j’ai adressé à Patrick Boucheron dans un autre blog, qui prolongeait ce que j’avais déjà écrit, à propos de Jacques Julliard ou de François Furet, dans mon livre sur les intellectuels. Le blog sur la polémique Lilla/Fassin a suscité des réactions qui montrent quelques unes des armes rhétoriques que mobilisent aujourd’hui les intellectuels critiques pour échapper à la critique. La revue Mouvement qui est un exemple typique de publication mi-savante, mi-militante, confondant fréquemment la science, l’expertise et l’engagement politique, a cru bon de consacrer tout un numéro pour « réfuter » mon texte, en faisant comme si la divergence était d’ordre scientifique. J’ai été à la fois flatté de l’importance accordée à ce petit blog et consterné par la manière dont les contributeurs ont argumenté pour éviter le problème de fond que j’avais mis sur la table. Au lieu d’aborder la question des rapports entre le savant et le politique, les auteurs de ce numéro ont préféré se focaliser sur « l’intersectionnalité ». Ce qui est pour moi l’exemple type d’un faux problème qu’on nous avait déjà servi il y a vingt ans avec la « déconstruction » de Jacques Derrida. Je ne suis ni pour ni contre « l’intersectionnalité », étant donné qu’à mes yeux, c’est toujours l’objet précis d’une recherche scientifique qui doit guider le chercheur dans le choix de ses concepts et de ses méthodes. Il est tout à fait légitime, dans le cadre d’une étude empirique précise, de discuter pour savoir s’il est pertinent de croiser les critères de classe, de genre et de race (à condition de s’entendre sur le sens qu’on donne à ce dernier terme) comme le prétendent les tenants de l’intersectionnalité. Des discussions intéressantes ont eu eu lieu parmi les chercheurs sur l’intérêt heuristique de ce concept en sociologie. Si j’ai parlé, dans mon blog, de « régression » par rapport à la tradition des sciences sociales, c’est uniquement parce que les adeptes de l’intersectionnalité en font la clé qui ouvrirait toutes les serrures de la connaissance, alors qu’on a appris jusqu’ici à nos étudiants qu’il n’était pas possible de dire a priori quelles étaient les variables les plus pertinentes pour expliquer le problème scientifique que l’on veut résoudre. Mes divergences portent donc sur l’usage qui est fait de l’intersectionnalité par ceux qui brandissent ce terme comme un étendard à la fois politique et scientifique, car le vrai clivage oppose d’un côté les théoriciens – qui ne font jamais de travaux de terrain ou qui généralisent abusivement leurs résultats en présentant l’intersectionnalité comme une théorie universelle – et d’un autre côté, les chercheurs qui établissent et conjuguent leurs variables pour répondre aux questions concrètes qui ont surgi au cours de leur enquête. Les intellectuels critiques ne sont bien sûr pas les seuls à entreprendre ces opérations de « traduction » pour discréditer ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. J’ai subi le même genre d’avanies de la part des intellectuels de gouvernement, qui prétendent défendre la « laïcité » au nom du « printemps républicain ». Ceux-là ont jugé « stupide » l’ouvrage intitulé le Venin dans la plume dans lequel je compare, textes en main, la rhétorique d’Edouard Drumont à la fin du XIXe siècle et celle d’Eric Zemmour aujourd’hui. Ils n’ont pas supporté que j’utilise le mot « islamophobie » pour désigner les discours de haine que subissent les musulmans aujourd’hui car, selon eux, en reprenant ce terme à mon compte, j’aurais « fait le jeu » des islamistes qui menacent les « valeurs républicaines ». Dans ce type de polémiques, la traduction du langage savant dans le langage politico-médiatique permet de combiner les deux arguments majeurs qu’utilisent les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques pour discréditer leurs concurrents : les dégrader en tant que savant tout en les accusant de complicité avec les ennemis du peuple au nom duquel ils parlent. Les extraits, récemment publiés dans le Monde Diplomatique, du livre Race et sciences sociales (Agone, 2021) que j’ai co-écrit avec Stéphane Beaud, ont suscité une avalanche de commentaires qui reproduisent exactement la même rhétorique. Les intellectuels de gouvernement tentent de nous récupérer en nous embarquant dans leur croisade contre les « islamo-gauchistes », ce qui constitue, aux yeux des intellectuels critiques, la preuve manifeste que nous avons rejoint le camp ennemi. Comme pourront le vérifier tous ceux qui auront le courage de lire cette prose souvent insultante, nous sommes à la fois disqualifiés en tant que chercheurs et accusés de « faire le jeu » des racistes en ne voyant que la classe sociale. Même si le titre qu’a choisi la rédaction du Monde Diplomatique (« Impasses des politiques identitaires ») a pu inciter une partie des lecteurs à penser que notre propos était politique, ce que je regrette pour ma part, il suffit de le lire sérieusement pour comprendre que notre but est justement d’échapper à ce genre de polémiques stériles. Nous reprocher d’occulter la race au profit de la classe, c’est se tromper complètement de combat, soit par ignorance, soit par intérêt. Nous montrons en effet dans cet ouvrage que les intellectuels critiques qui réifient aujourd’hui la race raisonnent exactement comme les intellectuels révolutionnaires des générations précédentes. qui réifiaient la classe (en l’occurrence le prolétariat). Dans son livre Ce que parler veut dire, Pierre Bourdieu avait déjà constaté que ces philosophes marxistes s’efforçaient de discréditer leurs concurrents en conjuguant les deux types d’arguments scientifiques et civiques que les intellectuels critiques nous opposent aujourd’hui. Il avait alors mis en cause la violence symbolique qui consistait à cumuler « deux principes de légitimation : l’autorité universitaire et l’autorité politique » pour échapper à la critique. A la même époque Michel Foucault avait, lui aussi, pris ses distances avec les intellectuels qui parlaient au nom du prolétariat en leur reprochant de confondre l’insulte et l’argumentation (…) Foucault n’avait rien à répondre en effet aux amateurs de polémiques parce qu’il ne parlait pas leur langage. (…) Il n’est pas sans intérêt de rappeler également qu’un petit nombre de journalistes ont combattu eux aussi le pouvoir symbolique que s’arrogent une grande partie des intellectuels. Le meilleur exemple est sans contexte celui de George Orwell. Pour saluer la nouvelle édition de 1984 qui sort aujourd’hui aux éditions Agone (avec une postface de Thierry Discepolo et Celia Izoard), je partirai de la distinction qu’Orwell a établie entre « l’intellectuel totalitaire » et « l’intellectuel ordinaire », en suivant l’analyse qu’en a proposée Jean-Jacques Rosat (…) Contrairement à une lecture simpliste de 1984, le terme « totalitaire » est utilisé dans ce roman au sens large, pour désigner un certain type d’idéologie. « Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou plus exactement sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire » et le transformer en « homme totalitaire ». Orwell utilise cette expression, ajoute Rosat, pour désigner « l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires ». Orwell en conclut qu’il « vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels ». Ce qui l’amène à s’interroger sur la fonction de « l’intellectuel engagé », car en prétendant défendre la cause des opprimés, il « court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes ». Ces quelques citations montrent bien que ce qui a été souvent présenté comme une critique des intellectuels staliniens concerne en réalité tous les intellectuels. Pour reprendre le langage d’Orwell, je dirai que les intellectuels qui passent leur temps sur les réseaux sociaux à insulter ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, en mettant en cause leur compétence professionnelle et leur comportement civique, contribuent à fabriquer « l’homme totalitaire », c’est-à-dire un « individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante ». Grâce à Facebook ou Twitter, des citoyens qui avaient été jusque là exclus du débat public ont désormais la possibilité d’y accéder. Malheureusement, ils sont le plus souvent placés dans une situation qui les empêchent « d’exercer leur jugement de manière indépendante », étant donné que le langage politico-médiatique est le seul auquel ils ont accès, ce qui les incite constamment à juger, condamner, dénoncer, réhabiliter au lieu d’essayer d’apprendre pour comprendre. Tous ceux qui refusent la « trumpisation » de la vie intellectuelle française devraient pouvoir coordonner leurs efforts pour consolider le front de la résistance. C’est en tout cas une tâche qui s’impose si l’on veut adapter l’éducation populaire aux exigences de notre temps. Gérard Noiriel

Attention: une peste peut en cacher une autre ! (Et si comme pour le marxisme de leurs ainés, l’actuelle racialisation du social n’était que la dernière version du souhait secret des intellectuels d’une société hiérarchisée où ils puissent à nouveau mettre la main sur le fouet ?)

Au lendemain de la publication d’un nouveau rapport indépendant sur l’Affaire Adama Traoré …

Qui comme pour celle de George Floyd qui a relancé la furie Black Lives Matter de cet été aux Etats-Unis comme dans le reste du monde …

Démonte l’hypothèse de l’assassinat répétée par tous les médias …

Et en pointe, entre la forte chaleur et les états pathologiques sous-jacents de la victime, les causes accidentelles

Et à l’heure où au terme d’une chasse aux sorcières de quatre ans, une élection volée et en cet instant même un véritable procès de Moscou d’un président qui ne l’est même plus

Et où un New York Times lui-même dépassé par ses nouveaux gardes rouges

S’inquiète du début de rejet de la part d’un nombre croissant de politiques et intellectuels français …

De la version américaine, entre théories sur la race, le genre et le post-colonialisme, de notre propre French theory

Pendant qu’entre écriture inclusive et pronoms non-genrés, la prétendue « transidentité » menace de mettre une orthographe française déjà problématique définitivement hors de portée de la plupart de ses usagers ordinaires …

Comme ne pas voir avec Orwell …

Sans compter l’immense ironie, sur fond d’épidémie réelle, d’un véritable cas d’école de contamination croisée

Le vieux rêve réalisé des intellectuels de s’emparer enfin du fouet ?

Et avec le nouveau livre de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel

Cette tentation toujours renouvelée d’un certain pouvoir intellectuel de vouloir imposer …

Comme autrefois leurs ainés avec le marxisme mais cette fois à travers le « racisme antiraciste » théorisé par notre propre Sartre dès 1948 …

Et via les médias traditionnels comme les nouveaux médias numériques …

Leur magistère moral et politique à la fois aux citoyens ordinaires et à la recherche elle-même ?

Les intellectuels à l’heure des réseaux sociaux.

Gérard Noiriel

J’ai mis ce blog en sommeil depuis le mois de mars pour plusieurs raisons. La première résulte de l’effet de sidération qu’a provoqué en moi cet événement inouï que constitue l’épidémie du coronavirus et la mobilisation mondiale des Etats pour tenter de l’enrayer. Ne l’ayant pas prévu, même pas comme hypothèse de travail, et me sentant incapable de l’analyser sur le moment, je me suis appliqué à moi-même le conseil « wittgensteinien » que j’avais adressé, dans l’un de mes précédents blogs, à Patrick Boucheron, lorsqu’il avait donné, sur France Inter, son opinion à propos des gilets jaunes : « ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». L’actualité de ces derniers mois m’a conforté dans cette attitude. J’ai préféré subir en silence le spectacle affligeant d’une actualité où les experts défilent chaque jour, pour comptabiliser les morts, pour nous marteler doctement leurs injonctions contradictoires sur les masques, les « gestes barrière », la « distanciation sociale » ; sans compter les litanies d’un gouvernement se retranchant constamment derrière les « scientifiques », au moment même où il concoctait un projet de loi portant des coups mortels à la recherche publique.

La deuxième raison de ce silence, c’est que je me suis interrogé sur l’utilité de ce blog. La façon dont ont été interprétés plusieurs des textes que j’ai publiés ici m’a fait réaliser l’ampleur du fossé qui me séparait de la plupart des adeptes de Twitter ou de Facebook. Comment convaincre des gens quand on ne parle pas la même langue ? Chemin faisant, je me suis rendu compte que j’avais ma part de responsabilité dans cette situation parce que je n’avais pas suffisamment expliqué les raisons qui pouvaient inciter un chercheur en sciences sociales, comme moi, à tenir un blog. Je l’ai conçu non pas comme une revue savante, ni comme une tribune politique, mais comme un outil pour transmettre à un public plus large que les spécialistes, des connaissances en sciences sociales et aussi comme un moyen de réfléchir collectivement au rôle que peuvent jouer les universitaires dans l’espace public quand ils se comportent comme des intellectuels. Ces neuf mois d’abstinence m’ayant permis de mûrir ma réflexion sur ce point, je me sens aujourd’hui en état de relancer ce blog.

Dans l’ouvrage Dire la vérité au pouvoir. Les intellectuels en question (Agone, 2010), j’avais tenté de montrer (en me limitant au monde universitaire) que trois grands types d’intellectuels s’étaient imposés à l’issue de l’Affaire Dreyfus. Ceux que j’ai appelé, par référence à Charles Péguy, les « intellectuels de gouvernement » occupent une position dominante dans le champ médiatique (la presse de masse d’hier, les chaînes télévisées d’aujourd’hui). Ils accèdent souvent à l’Académie française et certains d’entre eux deviennent parfois ministre de l’Education nationale ou de la Culture. Ils défendent mordicus la nation française, ses traditions, l’ordre établi, mobilisant leur intelligence pour dénoncer toute forme de pensée subversive. Après avoir vaillamment combattu le « totalitarisme », ils sont aujourd’hui vent debout contre « l’islamisme ». Face à eux se dressent les « intellectuels critiques », qui sont les héritiers des « intellectuels révolutionnaires » de la grande époque du mouvement ouvrier. Certains d’entre eux prônent encore la lutte des classes, mais leur principal cheval de bataille aujourd’hui, c’est le combat contre le « racisme d’Etat » et « les discriminations » ; les « racisé-e-s » ayant remplacé le prolétariat.

Ces deux pôles antagonistes peuvent s’affronter continuellement dans l’espace public parce qu’ils parlent le même langage. Les uns et les autres sont persuadés que leur statut d’universitaire leur donne une légitimité pour intervenir sur tous les sujets qui font la une de l’actualité. Ils font comme s’il n’existait pas de séparation stricte entre le savant et le politique. Les intellectuels de gouvernement ne se posent même pas la question car ils sont convaincus que leur position sociale, et les diplômes qu’ils ont accumulés, leur fournissent une compétence spéciale pour traiter des affaires publiques. Quant aux intellectuels critiques, comme ils estiment que « tout est politique », ils se sentent autorisés à intervenir dans les polémiques d’actualité en mettant simplement en avant leur statut d’universitaire.

Le troisième type d’intellectuels que j’avais retenu dans cet ouvrage est celui que Michel Foucault appelait « l’intellectuel spécifique ». Il tranche avec les deux autres parce qu’il part du principe que la science et la politique sont des activités très différentes. Le fait d’avoir une compétence dans le domaine des sciences sociales peut certes nous aider à éclairer les relations de pouvoir qui régissent nos sociétés, mais le mot pouvoir n’est pas synonyme du mot politique (au sens commun du terme) et la critique scientifique n’est pas du même ordre que la critique politique.

Cette conviction explique pourquoi l’intellectuel spécifique ne peut intervenir dans l’espace public que sur des questions qu’il a lui-même étudiées pendant de longues années. Ces questions sont d’ordre scientifique, ce qui fait qu’elles ne se confondent pas avec celles auxquelles les journalistes et les politiciens voudraient qu’il réponde. Voilà pourquoi l’intellectuel spécifique doit « problématiser » (comme disait Foucault) les questions d’actualité dans le but de produire des vérités sur le monde social qui ne peuvent être obtenues qu’en se tenant à distance des passions et des intérêts du moment.

Cela ne signifie pas que l’intellectuel spécifique se désintéresse de la fonction civique de son métier. Toutefois, ce qui le distingue des autres types d’intellectuels, c’est qu’il refuse de jouer les experts ou les porte-parole de telle ou telle catégorie de victimes. Il estime que l’intellectuel de gouvernement, mais aussi l’intellectuel critique, commettent un abus de pouvoir en intervenant constamment dans le débat public sur des questions qui concernent tous les citoyens.

Voilà pourquoi, depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, les intellectuels spécifiques ont mobilisé les outils que propose la science sociale pour combattre le pouvoir symbolique que détiennent les intellectuels. Mais comme ils deviennent eux aussi des intellectuels quand ils interviennent dans le débat public, ils doivent retourner contre eux-mêmes les armes de la critique. Ce qui caractérise le véritable intellectuel spécifique, c’est donc sa capacité à se mettre lui-même en question, ce que j’ai appelé la faculté de « se rendre étranger à soi-même », alors que chez les autres intellectuels, le pouvoir de la critique s’arrête toujours devant leur porte. C’est cette propension à s’interroger sur lui-même qui a poussé Pierre Bourdieu à écrire, dans l’un de ses derniers ouvrages : « Je ne me suis jamais vraiment senti justifié d’exister en tant qu’intellectuel », ou encore « je n’aime pas en moi l’intellectuel » (Méditations pascaliennes, Seuil, 1997, p. 16).

Comme je l’avais souligné dans mon livre, ce malaise chronique de l’intellectuel spécifique tient aussi au fait que, pour être entendu dans l’espace public, il est parfois amené à dépasser la limite entre le savant et le politique qu’il s’était promis de ne pas franchir. Ce fut le cas pour Durkheim pendant la Première Guerre mondiale, pour Foucault dans les années 1970, et aussi pour Bourdieu à la fin de sa vie.

Les trois types d’intellectuels que je viens de citer se sont imposés en France au tournant des XIXe et XXe siècles, c’est-à-dire au moment où la presse de masse a restructuré complètement l’espace public en y intégrant la fraction des classes populaires qui en était exclue jusque là. Depuis une vingtaine d’années, l’irruption des chaînes d’information en continu et des « réseaux sociaux » a provoqué une nouvelle révolution de la communication à distance. Ces réseaux sont des entreprises privées, gouvernées par la loi du profit, qui mobilisent leurs adeptes en jouant sur leurs émotions. Toute personne peut y intervenir, de façon spontanée et souvent anonyme, en tenant le genre de propos qui s’échangeaient auparavant au « café du commerce », c’est-à-dire dans un espace d’interconnaissance directe, régi par la communication orale. La montée en puissance des réseaux sociaux a donc abouti à l’émergence d’un espace public intermédiaire entre la sphère des relations personnelles fondées sur la parole, et la sphère nationale, voire internationale, structurée par les médias de masse.

Les journalistes se sont adaptés à cette nouvelle situation de la même manière qu’ils s’étaient adaptés aux sondages. Ils nous font croire que les réseaux sociaux expriment « l’opinion publique », alors qu’ils sélectionnent, dans les milliards de propos échangés chaque jour sur Twitter ou Facebook, ceux qui peuvent leur servir dans le traitement de l’actualité.

Les chaînes d’information en continu, dont la logique repose sur ce qu’on pourrait appeler « une économie de la palabre », obéissent aux mêmes principes que les réseaux sociaux : il faut mobiliser les émotions des téléspectateurs pour booster les audiences, et donc les recettes publicitaires. Voilà pourquoi ces chaînes accordent une place essentielle aux polémiques, aux « clashs », aux insultes qui sont immédiatement relayés sur les réseaux sociaux. Dans le même temps, pour donner un peu de crédibilité à leur entreprise, ils sollicitent constamment des « experts », le plus souvent des universitaires, transformés en chasseurs de « fake news », qui acceptent de jouer ce jeu pour en tirer quelques profits en terme de notoriété, de droits d’auteurs, etc.

Les journalistes de la presse écrite se sont adaptés eux aussi à ce nouveau contexte en proposant des éditions en ligne, qui font une place de plus en plus grande à ce qu’on appelait autrefois « le courrier des lecteurs ». Les plus hardis se sont lancés dans l’édition entièrement numérique ; Médiapart ayant innové en allant jusqu’à abriter les « blogs » tenus par certains de ses abonnés.

Comme toute innovation technologique, cette révolution numérique a eu des conséquences contradictoires. On peut y voir un progrès de la démocratie car elle a élargi le cercle de ceux qui peuvent désormais participer aux échanges publics. Malheureusement, dans le même temps, la révolution numérique a considérablement affaibli l’autonomie des sciences sociales. Un nombre croissant d’universitaires ont été intégrés dans le jeu médiatique pour commenter l’actualité, pour livrer leur expertise, pour critiquer le gouvernement dans leurs blogs ou les tribunes que leur propose la presse.

En pénétrant de plus en plus intensément dans la vie quotidienne des individus, les nouveaux instruments de la communication de masse ont donc fortement aggravé la confusion du savant et du politique. Les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques se sont facilement adaptés à cette nouvelle situation, étant donné qu’ils ne séparent pas strictement les deux sphères. En revanche, la position déjà fragile des intellectuels spécifiques, s’en est trouvée très affaiblie.

Les chaînes télévisées, les radios et les réseaux sociaux convergent pour marteler 24 heures sur 24 un discours d’actualité construit sur la défense des victimes et la dénonciation des coupables. Ce matraquage permanent a ancré dans l’esprit des citoyens que toute réflexion sur notre société consistait à dénoncer, réhabiliter, expertiser, dire aux gens ce qu’ils sont et comment ils doivent se comporter. Cette façon de penser est tellement intériorisée par ceux qui s’activent sur les réseaux sociaux qu’elle devient la norme même pour les universitaires, y compris en sciences sociales. Cette confusion entre le savant et le politique a pris une telle ampleur qu’elle a été cautionnée ces dernières années jusqu’au sommet de l’Etat. Après les attentats de 2015, le Premier ministre Manuel Valls n’a pas hésité à affirmer : « expliquer c’est déjà vouloir un peu excuser ». En juin 2020, au moment des mobilisations d’une partie de la jeunesse contre les violences policières, le président de la République a affirmé que « le monde universitaire (…) a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon ». Les représentants de nos professions ont répliqué en reprochant au chef de l’Etat de généraliser à l’ensemble de la communauté scientifique des prises de position politiques qui restent très minoritaires.

Effectivement, le président a confondu les universitaires avec les intellectuels, c’est-à-dire avec la petite fraction des enseignants-chercheurs qui interviennent dans les polémiques politico-médiatiques en mettant en avant leur fonction universitaire. Mais qui peut croire que la meilleure manière de lutter contre un gouvernement qui s’en prend aujourd’hui frontalement aux sciences sociales soit de confondre le savant et le politique, en rupture avec toute la tradition de la sociologie critique depuis Max Weber jusqu’à Pierre Bourdieu, comme le fait Eric Fassin quand il écrit que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique » (« ‘L’intellectuel spécifique’ et le PaCS : politiques des savoirs », Mouvement, 7, janvier-février 2000) ?

Je suis convaincu que nos disciplines courent un grave danger si les universitaires n’ont pas le courage d’aborder de front ce genre de questions. Telle est la raison qui m’a poussé à évoquer dans un de mes blogs, la polémique entre le sociologue Eric Fassin et le sociologue américain Mark Lilla. J’ai montré qu’au-delà de leurs divergences, ils étaient d’accord au moins sur un point, à savoir que leur statut d’universitaire les autorisait à donner leur opinion en matière politique comme si cela allait de soi. C’est le même genre de critiques sur le pouvoir symbolique que s’arrogent les intellectuels que j’ai adressé à Patrick Boucheron dans un autre blog, qui prolongeait ce que j’avais déjà écrit, à propos de Jacques Julliard ou de François Furet, dans mon livre sur les intellectuels.

Le blog sur la polémique Lilla/Fassin a suscité des réactions qui montrent quelques unes des armes rhétoriques que mobilisent aujourd’hui les intellectuels critiques pour échapper à la critique. La revue Mouvement qui est un exemple typique de publication mi-savante, mi-militante, confondant fréquemment la science, l’expertise et l’engagement politique, a cru bon de consacrer tout un numéro pour « réfuter » mon texte, en faisant comme si la divergence était d’ordre scientifique. J’ai été à la fois flatté de l’importance accordée à ce petit blog et consterné par la manière dont les contributeurs ont argumenté pour éviter le problème de fond que j’avais mis sur la table. Au lieu d’aborder la question des rapports entre le savant et le politique, les auteurs de ce numéro ont préféré se focaliser sur « l’intersectionnalité ». Ce qui est pour moi l’exemple type d’un faux problème qu’on nous avait déjà servi il y a vingt ans avec la « déconstruction » de Jacques Derrida.

Je ne suis ni pour ni contre « l’intersectionnalité », étant donné qu’à mes yeux, c’est toujours l’objet précis d’une recherche scientifique qui doit guider le chercheur dans le choix de ses concepts et de ses méthodes. Il est tout à fait légitime, dans le cadre d’une étude empirique précise, de discuter pour savoir s’il est pertinent de croiser les critères de classe, de genre et de race (à condition de s’entendre sur le sens qu’on donne à ce dernier terme) comme le prétendent les tenants de l’intersectionnalité. Des discussions intéressantes ont eu eu lieu parmi les chercheurs sur l’intérêt heuristique de ce concept en sociologie. Si j’ai parlé, dans mon blog, de « régression » par rapport à la tradition des sciences sociales, c’est uniquement parce que les adeptes de l’intersectionnalité en font la clé qui ouvrirait toutes les serrures de la connaissance, alors qu’on a appris jusqu’ici à nos étudiants qu’il n’était pas possible de dire a priori quelles étaient les variables les plus pertinentes pour expliquer le problème scientifique que l’on veut résoudre.

Mes divergences portent donc sur l’usage qui est fait de l’intersectionnalité par ceux qui brandissent ce terme comme un étendard à la fois politique et scientifique, car le vrai clivage oppose d’un côté les théoriciens – qui ne font jamais de travaux de terrain ou qui généralisent abusivement leurs résultats en présentant l’intersectionnalité comme une théorie universelle – et d’un autre côté, les chercheurs qui établissent et conjuguent leurs variables pour répondre aux questions concrètes qui ont surgi au cours de leur enquête.

Les intellectuels critiques ne sont bien sûr pas les seuls à entreprendre ces opérations de « traduction » pour discréditer ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. J’ai subi le même genre d’avanies de la part des intellectuels de gouvernement, qui prétendent défendre la « laïcité » au nom du « printemps républicain ». Ceux-là ont jugé « stupide » l’ouvrage intitulé le Venin dans la plume (La Découverte, 2018) dans lequel je compare, textes en main, la rhétorique d’Edouard Drumont à la fin du XIXe siècle et celle d’Eric Zemmour aujourd’hui. Ils n’ont pas supporté que j’utilise le mot « islamophobie » pour désigner les discours de haine que subissent les musulmans aujourd’hui car, selon eux, en reprenant ce terme à mon compte, j’aurais « fait le jeu » des islamistes qui menacent les « valeurs républicaines ». Dans ce type de polémiques, la traduction du langage savant dans le langage politico-médiatique permet de combiner les deux arguments majeurs qu’utilisent les intellectuels de gouvernement et les intellectuels critiques pour discréditer leurs concurrents : les dégrader en tant que savant tout en les accusant de complicité avec les ennemis du peuple au nom duquel ils parlent.

Les extraits, récemment publiés dans le Monde Diplomatique, du livre Race et sciences sociales (Agone, 2021) que j’ai co-écrit avec Stéphane Beaud, ont suscité une avalanche de commentaires qui reproduisent exactement la même rhétorique. Les intellectuels de gouvernement tentent de nous récupérer en nous embarquant dans leur croisade contre les « islamo-gauchistes », ce qui constitue, aux yeux des intellectuels critiques, la preuve manifeste que nous avons rejoint le camp ennemi. Comme pourront le vérifier tous ceux qui auront le courage de lire cette prose souvent insultante, nous sommes à la fois disqualifiés en tant que chercheurs et accusés de « faire le jeu » des racistes en ne voyant que la classe sociale. Même si le titre qu’a choisi la rédaction du Monde Diplomatique (« Impasses des politiques identitaires ») a pu inciter une partie des lecteurs à penser que notre propos était politique, ce que je regrette pour ma part, il suffit de le lire sérieusement pour comprendre que notre but est justement d’échapper à ce genre de polémiques stériles.

Nous reprocher d’occulter la race au profit de la classe, c’est se tromper complètement de combat, soit par ignorance, soit par intérêt. Nous montrons en effet dans cet ouvrage que les intellectuels critiques qui réifient aujourd’hui la race raisonnent exactement comme les intellectuels révolutionnaires des générations précédentes. qui réifiaient la classe (en l’occurrence le prolétariat). Dans son livre Ce que parler veut dire (Fayard, 1982, p. 218), Pierre Bourdieu avait déjà constaté que ces philosophes marxistes s’efforçaient de discréditer leurs concurrents en conjuguant les deux types d’arguments scientifiques et civiques que les intellectuels critiques nous opposent aujourd’hui. Il avait alors mis en cause la violence symbolique qui consistait à cumuler « deux principes de légitimation : l’autorité universitaire et l’autorité politique » pour échapper à la critique. A la même époque Michel Foucault avait, lui aussi, pris ses distances avec les intellectuels qui parlaient au nom du prolétariat en leur reprochant de confondre l’insulte et l’argumentation : « Si j’ouvre un livre où l’auteur taxe un adversaire de « gauchiste puéril », aussitôt je le referme. Ces manières de faire ne sont pas les miennes ; je n’appartiens pas au monde de ceux qui en usent. À cette différence, je tiens comme à une chose essentielle : il y va de toute une morale, celle qui concerne la recherche de la vérité et la relation à l’autre » (Michel Foucault, « Polémique, politique et problématisations » ; entretien avec P. Rabinow, mai 1984 ; repris dans Dits et Ecrits, Gallimard, tome IV, 1980-1988, texte n°342).

Foucault n’avait rien à répondre en effet aux amateurs de polémiques parce qu’il ne parlait pas leur langage. « Le polémiste, lui, s’avance bardé de privilèges qu’il détient d’avance et que jamais il n’accepte de remettre en question. Il possède, par principe, les droits qui l’autorisent à la guerre et qui font de cette lutte une entreprise juste ; il n’a pas en face de lui un partenaire dans la recherche de la vérité, mais un adversaire, un ennemi qui a tort, qui est nuisible et dont l’existence même constitue une menace. Le jeu pour lui ne consiste donc pas à le reconnaître comme sujet ayant droit à la parole, mais à l’annuler comme interlocuteur de tout dialogue possible, et son objectif final ne sera pas d’approcher autant qu’il se peut d’une difficile vérité, mais de faire triompher la juste cause dont il est depuis le début le porteur manifeste. Le polémiste prend appui sur une légitimité dont son adversaire, par définition, est exclu ».

Il n’est pas sans intérêt de rappeler également qu’un petit nombre de journalistes ont combattu eux aussi le pouvoir symbolique que s’arrogent une grande partie des intellectuels. Le meilleur exemple est sans contexte celui de George Orwell. Pour saluer la nouvelle édition de 1984 qui sort aujourd’hui (14 janvier 2021) aux éditions Agone (avec une postface de Thierry Discepolo et Celia Izoard), je partirai de la distinction qu’Orwell a établie entre « l’intellectuel totalitaire » et « l’intellectuel ordinaire », en suivant l’analyse qu’en a proposée Jean-Jacques Rosat (« Quand les intellectuels s’emparent du fouet. Orwell et la défense de l’homme ordinaire », Agone, 2005, no 34, p. 89-109). Contrairement à une lecture simpliste de 1984, le terme « totalitaire » est utilisé dans ce roman au sens large, pour désigner un certain type d’idéologie. « Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou plus exactement sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire » et le transformer en « homme totalitaire ». Orwell utilise cette expression, ajoute Rosat, pour désigner « l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires ». Orwell en conclut qu’il « vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels ». Ce qui l’amène à s’interroger sur la fonction de « l’intellectuel engagé », car en prétendant défendre la cause des opprimés, il « court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes ».

Ces quelques citations montrent bien que ce qui a été souvent présenté comme une critique des intellectuels staliniens concerne en réalité tous les intellectuels. Pour reprendre le langage d’Orwell, je dirai que les intellectuels qui passent leur temps sur les réseaux sociaux à insulter ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, en mettant en cause leur compétence professionnelle et leur comportement civique, contribuent à fabriquer « l’homme totalitaire », c’est-à-dire un « individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante ». Grâce à Facebook ou Twitter, des citoyens qui avaient été jusque là exclus du débat public ont désormais la possibilité d’y accéder. Malheureusement, ils sont le plus souvent placés dans une situation qui les empêchent « d’exercer leur jugement de manière indépendante », étant donné que le langage politico-médiatique est le seul auquel ils ont accès, ce qui les incite constamment à juger, condamner, dénoncer, réhabiliter au lieu d’essayer d’apprendre pour comprendre.

Tous ceux qui refusent la « trumpisation » de la vie intellectuelle française devraient pouvoir coordonner leurs efforts pour consolider le front de la résistance. C’est en tout cas une tâche qui s’impose si l’on veut adapter l’éducation populaire aux exigences de notre temps.

Voir aussi:

Identité et race : le débat peut-il être autre chose qu’un champ de mines ?
Après la « gauche identitaire », les « chercheurs identitaires » ? Retour sur une étiquette qui fonctionne comme une tare.
Chloé Leprince
France Culture
05/02/2021

Le livre que co-signent le sociologue Stéphane Beaud et l’historien Gérard Noiriel, et qui sort ce 5 février chez Agone, s’intitule finalement : Race et sciences sociales. Sous-titre : “Essai sur les usages publics d’une catégorie”. La “race”, plutôt que “l’identité” ? Le mot est polysémique et spectaculaire, il ramasse à la fois l’histoire de la pensée raciste et racialiste (qui table sur l’inégalité des races, contrairement à ce qui peut parfois circuler dans les médias) et les travaux de ceux qui l’envisagent désormais comme un outil pour mettre au jour des discriminations ou un sort spécifique. Sujet au grand écart, le terme est inflammable, et justement propice à bien des procès parce qu’il charrie cette histoire paradoxale et pas mal de culs-de-sac interprétatifs.

Bien qu’il figure en titre, nulle part dans le livre, on ne trouve de définition précise et explicite du concept de race tel que Stéphane Beaud et Gérard Noiriel annoncent en réfuter l’usage en sciences sociales. Cette absence interpelle. Interrogés dans le cadre d’un séminaire universitaire à deux jours de la sortie de leur livre, ils convenaient qu’il s’agissait d’abord d’un titre parce qu’il en fallait bien un ; et arguaient, surtout, qu’ils n’entendaient pas nécessairement proposer de définition bien léchée du concept – évoquant même le spectre des procès en tectonique lexicale des années où le marxisme régnait en maître sur leurs disciplines. Hasardeux ? En fait, Gérard Noiriel et Stéphane Beaud répondent qu’ils entendent travailler depuis la façon dont les gens peuvent se décrire eux-mêmes. Et se méfier des étiquettes que des chercheurs pourraient distribuer vu du dessus. Expéditif ?

Que le mot race ne soit pas davantage défini conceptuellement a aussi à voir avec l’ambition du livre, et son statut. On y accède un peu mieux quand on a en tête que, longtemps, l’ouvrage des deux chercheurs s’est préparé sous le titre « Socio-histoire de la raison identitaire ». Puis, c’est avec ce sous-titre qu’une couverture a circulé, par exemple pour pré-commander le livre en ligne. Attendu et guetté, il a aussi été annoncé sous le titre “La Raison identitaire” tout court – voire “Le Gêne identitaire”. Précédé par ces titres piquants qui donnaient le ton, le livre tel qu’il paraît en librairie comme on sortirait du bois à découvert est déjà devancé par une vive polémique et une rare litanie d’invectives. Un climat avec lequel le mot “identitaire” n’a pas rien à voir – notamment parce qu’on peut lui faire dire beaucoup, et qu’il embarque quelque chose d’un peu indigne, et surtout d’assez peu scientifique. Ils écrivent que c’est par exemple parce que les “polémiques identitaires” ont pris cette place prépondérante dans le débat public que “des jeunes”, qui se trouvent privés de l’espoir d’émancipation porté jadis par le communisme, finissent par privilégier “les éléments de leur identité personnelle que sont la religion, l’origine ou la race (définie par la couleur de peau)” – et rejeter « la société”. Revisitant la place allouée à l’identité individuelle et à l’identité collective selon les époques, les deux chercheurs écrivent que _“malheureusement, les plus démunis d’entre eux sont privés, pour des raisons socio-économiques, des ressources qui leur permettraient de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations. C’est ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée : le « nous » (de la cité, des jeunes Noirs ou Arabes, des exclus, mais aussi de plus en plus, semble-t-il, le « nous » musulman) versus le « eux » (des bourgeois, des « céfrans« , des « gaulois », des Blancs, ou des athées, etc.).”_ Un “enfermement identitaire”, écrivent Stéphane Beaud et Gérard Noiriel dès les premières pages de leur livre. Mais un enfermement dont les deux auteurs laissent entendre qu’il a directement lien avec l’activité scientifique de certains de leurs collègues qui assignent et qui essentialisent. Là où Gérard Noiriel rappelle qu’un des axes majeurs de son travail en socio-histoire a toujours consisté à déconstruire des catégories. A charge et parfois ad hominem, leur livre s’avance comme une entreprise destinée à mettre au jour comment les sciences sociales ont pu se laisser aller à une forme d’errance épistémologique. Comment ? En laissant la variable raciale ou “identitaire” écraser, telle « un bulldozer« , la classe, un niveau de vie, la valeur d’un diplôme, la fluidité d’une scolarité ou de meilleures chances… Au point d’imposer des grilles de lecture qui forcent le réel et contraignent tout un chacun à se définir comme malgré soi. Ils écrivent ainsi :

Nous ne cherchons évidemment pas à montrer, dans ce livre, que ceux qui préfèrent combattre au nom de leur “race” plutôt que de leur “classe” se trompent sur leur propre identité. Nous insistons sur le fait que nous ne nous prononçons pas sur la légitimité de ce type de combat politique car c’est aux militants, et pas aux chercheurs, d’en décider. Mais nous affirmons en revanche qu’il s’agit là de questions d’ordre civique, qu’il ne faut pas confondre avec les problèmes scientifiques.

Invité des Matins sur France culture le 2 février 2021, Gérard Noiriel revenait sur cette part d’assignation et le risque d’imposer aux intéressés des cases qu’ils ne convoquent pas eux mêmes :

Les questions autour de l’identité prennent une importance capitale et contribuent aussi au sentiment de stigmatisation que peuvent ressentir beaucoup de gens aujourd’hui. Sans arrêt, on met en avant leur couleur de peau, leur religion, etc. Alors que la majorité des gens voudrait qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse vivre normalement comme d’autres citoyens.

Pour les deux auteurs, le fait de prendre comme focale la race et, au-delà, tout ce qui devrait au contraire rester de l’ordre d’une identité privée, n’est pas seulement simpliste. C’est aussi abusif parce qu’à cet endroit-là, le ou la scientifique sortira de son rôle. En devenant un militant, un porte-parole, un agitateur, un bon client des médias… La position du chercheur dans la société, est au fond un vieux débat, que les deux auteurs revisitent à nouveaux frais : Pierre Bourdieu et quelques autres, ont déjà beaucoup écrit sur la place de l’intellectuel (à quoi Gérard Noiriel a d’ailleurs consacré récemment des billets sur son blog). Mais ça reste ici un débat un peu sinueux : leur position pourra paraître sibylline quand, au paragraphe suivant, les deux auteurs annoncent justement se considérer eux-mêmes comme des “chercheurs engagés” depuis des dizaines d’années à travailler notamment sur les discriminations. Ou quand ils s’abstiennent de définir la race, et n’engagent pas toujours une discussion scientifique avec les travaux qu’ils entendent étriller. Mais c’est surtout un débat à charge, où le mot “identitaire” peut être regardé à la fois comme un carburant polémique, et le marqueur qui nous renseigne sur le registre dans lequel se déploie ce livre signé par deux chercheurs qui ont beaucoup fait pour leurs disciplines respectives – mais qui, jusqu’alors, publiaient des travaux qui relevaient plutôt d’un autre registre.

Stigmate

Car ce mot “identitaire” a quelque chose de déshonorant pour l’adversaire. Au mieux, c’est le scotch du capitaine Haddock. Au pire, c’est la marque au fer rouge qui vient en fait sceller l’absence de scientificité de travaux malhonnêtes, et des alliances politiques suspectes. Le mot « race », dont le titre définitif est réhaussé, vous semble à la fois plus fort, et aussi plus incendiaire, que le mot “identitaire” ? C’est possible qu’il fasse davantage sursauter. Pourtant, “race” est un mot utilisé par des universitaires qui l’ont en fait revisité, revitalisé, et redessiné. Ces chercheurs et ces chercheuses-là ne sont pas majoritaires, et l’usage de cette catégorie ne fait pas consensus. Mais c’est celui qu’ils mettent en circulation eux-mêmes. Qu’ils écrivent pour explorer un cadre théorique, qu’ils interrogent et dont ils fixent les contours. Et duquel ils entendent souvent tirer un usage pédagogique, comme par exemple Sarah Mazouz avec le livre Race paru chez Anamosa en 2020 dans la collection “Le Mot est faible” , et que vous pouvez réécouter le 22 septembre 2020 dans Le Temps du débat :

A l’inverse, depuis des années, le mot “identitaire” est d’abord celui qu’utilisent la droite et l’extrême-droite françaises pour disqualifier les sciences sociales et, en particulier, la sociologie. Il a une connotation militante et obscurantiste, et embarque avec lui l’idée que les chercheurs manipuleraient grosso modo leurs positions académiques pour nourrir des croisades. Et parfois, des offensives communautaires arrimées aussi bien au genre qu’à l’origine ethnique. Or le livre de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel paraît justement dans un double timing qui voit à la fois l’université brocardée tous azimuts et comme jamais ; et, en parallèle, un texte de loi sur les “séparatismes faire son chemin. Dans ce contexte de discrédit qui affleure jusqu’au sommet de l’Etat et dans de très nombreux médias, les mots “indigéniste”, “identitaire”, “racialiste”, “communautaire” sont souvent interchangeables. Il suffit de voir, parmi de nombreux autres, un article du Point fin janvier 2021, titré “Quand la fièvre identitaire frappe l’université” (sous-titre : “Indigénistes, déboulonneurs de statues, gauche racialiste, écriture inclusive… Comment ces militants étendent leur emprise et verrouillent les débats”). Dans un contexte de baisse des crédits à la recherche et de dévalorisation de l’université, tous ces mots contribuent à déstabiliser des pans entiers du monde universitaire – sans d’ailleurs que le plus grand nombre ne s’y retrouve nulle part. Ils charrient aussi un goût amer chez tous ceux qu’on accuse soudain de porter d’abord une cause plutôt que de contribuer à la recherche. Ou qu’on soupçonne carrément de faire justice à une histoire personnelle. Même s’ils hissent le terme “identitaire” bien haut sans toujours trier son usage militant de son usage académique, les deux auteurs écrivent cependant, sans ambiguïté :

On ne voit pas au nom de quel principe ce genre de recherches devrait être banni de l’université française.

Le mot “identitaire” est aussi un truc collant sous la chaussure parce qu’il croise le registre politique et polémique et l’idée d’identité. Or l’identité est une notion tardive dans les sciences sociales, et elle n’a pas toujours fait l’objet d’un ancrage théorique et conceptuel à même de le légitimer. Avant les années 80, en France, on ne parlait guère d’identité en histoire ou en sociologie (mais beaucoup plus, en Allemagne ou aux Etats-Unis, et notamment en psychologie sociale). Or dans le journal Le Monde, le 28 janvier 1994, Alfred Grosser écrira :

Peu de mots sont autant galvaudés ces temps-ci que celui d’identité.

« Capituler devant le mot identité »

Entre les deux, le terme voyage, se cherche, s’installe sans toujours convaincre : en 2001, un article de la revue Actes de la recherche en sciences sociales signé Rogers Brubaker, cingle et cite George Orwell :

La pire chose qu’on puisse faire avec les mots, c’est de capituler devant eux.

Si la langue doit être “un instrument pour exprimer, et non pour dissimuler ou faire obstacle à la pensée”, poursuivait-il, _“[on doit] laisser le sens choisir le mot, et non l’inverse. L’objet de cet article est de dire que les sciences sociales et humaines ont capitulé devant le mot “identité” ; que cela a un coût, à la fois intellectuel et politique ; et que nous pouvons mieux faire._”

Brubaker (qui dit “nous”) développe :

Le terme “identité”, pensons-nous, a tendance à signifier trop (quand on l’entend au sens fort), trop peu (quand on l’entend au sens faible), ou à ne rien signifier du tout (à cause de son ambiguïté intrinsèque). Nous ferons le point sur le travail conceptuel et théorique que le mot “identité” est censé accomplir, et suggérons que d’autres termes, moins ambigus, et désencombrés des connotations réifiantes que comporte le terme “identité” seraient mieux à même de remplir cette tâche.

A l’époque, déjà, le mot “identité” est un chantier qui doit se justifier. Ceux qui le mobilisent alors l’approchent déjà davantage comme une construction, un objet d’histoire fluide. Pas comme une case figée, une étiquette qui enferme : dans les années 1980, quand l’histoire des représentations s’attèle à l’identité masculine ou féminine, il s’agit d’abord de regarder comment s’est construite l’idée qu’on s’en fait. En fait, les chercheurs qui utilisent l’idée d’identité dans les années 80 cherchent -déjà- à échapper aux accusations d’essentialisme, alors que la toute première thèse consacrée à un groupe social en tant que tel (en l’occurrence, la bourgeoisie parisienne au XIXe siècle) date tout juste de 1963 – elle est signée Adeline Daumard. Mais ils sont à la peine avec un terme qui souvent, dans le monde intellectuel, fleurait davantage le patrimoine que l’éclairage de réalités complexes. En 1988, Gérard Noiriel avait déjà entrepris de déconstruire l’usage que faisait Fernand Braudel de “l’identité de la France” deux ans plus tôt. A peu près à la même époque, un autre chercheur, le sociologue Jean-Claude Chamboredon (à qui le livre est dédié), essayait de remplacer l’idée d’identité, trop folklorique en substance, par celle “d’image sociale” – sans vraiment gagner.

Historiquement, surtout, l’identité est plutôt de droite : avant même d’être happée par l’extrême-droite dans le “Bloc identitaire” (en 2002) puis “Génération identitaire” (en 2012), elle se construit un peu comme une réponse à ce que la classe peut représenter à gauche. A contrario, dans les années 50 et 60, le camp progressiste et le monde universitaire sont plutôt assimilationnistes. A partir de la fin des années 70, la gauche reprendra à son compte l’idée d’identité, et même la construction d’une “identité nationale”. Mais plutôt pour vanter ce que le chercheur Vincent Martigny décrit comme une France mosaïque. C’est-à-dire, un récit, accolé à ce qui restera comme “le droit à la différence”, mais qui entre en friction avec l’idée d’une France homogène qui charpentait l’imaginaire collectif. C’est quand l’extrême-droite s’emparera de l’identité nationale que l’on verra naître les accusations de communautarisme. A l’époque, il s’agit déjà, essentiellement, de saisir (et disqualifier) l’expression d’un sentiment d’appartenance qui a directement prise dans l’histoire coloniale – et pas d’une identité provençale ou berrichonne. Depuis cette date, dire à quelqu’un qu’il verse dans “l’identitaire” n’a jamais été un hommage.

Sauf erreur, on ne trouve ainsi personne à se définir soi-même de cette étiquette bizarre de “chercheur identitaire”. Ni d’ailleurs des travaux que leurs auteurs désigneraient comme des recherches “identitaires”. Quand des textes académiques mobilisent le mot “identité”, leurs auteurs sont bien plus souvent du côté de ceux qui veulent s’en défier. Même à des chercheurs intersectionnels qui croisent, selon leurs objets et leurs terrains de recherche, le genre, la classe et la race, l’identité apparaît parfois trop artificielle ou, tout simplement, trop vague. Elle reste aussi un terrain miné qui ouvre à toute une foule de critiques qui émanent de ceux qui estiment que mobiliser l’identité, c’est essentialiser un groupe, le figer dans une appartenance prédéfinie, le couper de toute une histoire en tensions dans laquelle les trajectoires s’enracinent, prennent corps, et parfois divergent.

Aujourd’hui, l’identité est, pour beaucoup, un terme extérieur au champ scientifique. Si on trouve des travaux qui mobilisent, évaluent, interrogent ou remodèlent la notion d’identité (qui, elle non plus, ne fait pas consensus), c’est souvent un mot à la fois trop lâche et trop élastique pour voyager tel quel. C’est d’ailleurs en partie pour ça que la race a davantage sédimenté : elle est devenue cet outil lexical et conceptuel pour exprimer l’idée d’une stigmatisation. Mais d’abord un mot pour parler de celui qui regarde, plutôt qu’un mot pour dire la revendication identitaire de celui qui est regardé – comme Sartre disait hier que c’est l’antisémitisme qui fait le Juif.

« Gauche identitaire » vs « gauche minoritaire »

A défaut de “chercheurs identitaires”, il existe dans le débat public l’idée d’une “gauche identitaire”, à laquelle on renvoie plus particulièrement certains universitaires. Mais l’expression surgit toujours dans les mots de la partie adverse. En 2018, lorsqu’un violent débat avait opposé Mark Lilla et Eric Fassin, le mot “identitaire” fonctionnait déjà comme un blâme, et pas comme une étiquette qu’on prendrait pour soi. Dans un entretien croisé que Le Monde avait proposé aux deux chercheurs, Eric Fassin avait d’ailleurs répondu qu’il parlerait “plutôt d’une gauche minoritaire”. Le cœur du débat était déjà là quand le sociologue argumentait :

A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination.

En disant “identitaire” aussi bien pour des polémiques médiatiques, des affrontements à hauteur de réseaux sociaux que pour des travaux universitaires, on contribue en fait à oxyder le débat intellectuel en floutant ses frontières. On corrode aussi, au passage, quantité de travaux qui à la fois sont bien plus précis sur les mots et les catégories qu’ils mobilisent, et qui souvent les mettent en tension et les problématisent. Mais ce qui frappe en lisant le livre de Stéphane Beaud et de Gérard Noiriel, c’est que pour quelques pages consacrées à moins d’une demie-douzaine de chercheurs en sciences sociales qu’ils estiment responsables de cette offensive “identitaire” sur le champ académique et qu’ils nomment (Colette Guillaumin, la seule femme parmi les références évoquées, qui soutenait en 1969 la première thèse sur le racisme et l’altérité et revisitait le concept de “race”, puis Eric et Didier Fassin, Pap Ndiaye, Patrick Simon et Pascal Blanchard), on ne trouve guère d’analyses des travaux qui, depuis quinze ans, mettent vraiment au travail les concepts et les grilles de lecture que les auteurs brocardent.

Dénonçant le “business postcolonial” de ces auteurs dont on pourrait objecter qu’ils sont loin de parler d’une même voix, ils brocardent un filon aussi juteux que conceptuellement pauvre. Mais ils ne mobilisent guère de travaux récents produits depuis moins de dix ans, et ne discutent par exemple ni Sarah Mazouz, ni Silyane Larcher, et citent à peine (hormis une note de bas de page) Abdellali Hajjat dont Stéphane Beaud fut pourtant le directeur de thèse (en 2009) et qui a justement montré que, dans les revues académiques françaises, les concepts de genre et de race n’ont pas occulté le concept de classe. Ils n’évoquent pas non plus l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, dont on ne peut pas dire que le travail depuis quarante ans évacue la classe. Bon nombre de chercheurs et de chercheuses qui furent pourtant formés par Beaud et Noiriel sont aussi éclipsés à présent qu’ils en renouvellent l’approche ; et quant à elle Elsa Dorlin, à qui on doit la première occurrence du mot “intersectionnalité” à la radio française et qui croise le genre et la race dans ses travaux depuis pas loin de vingt ans, disparaît pratiquement : elle apparaît une fois, dans un comptage en note de bas de page, pour un passage dans un séminaire universitaire en 2007 – mais pas pour une lecture critique de ses travaux. L’intersectionnalité, quant à elle, est toujours mentionnée entre guillemets – mais Gérard Noiriel dit explicitement que, pour lui, la polémique sur l’intersectionnalité est « un faux problème« .

L’ampleur de cette absence tranche avec l’usage massif du terme “identitaire” (125 occurrences pour “identitaire” dans le livre, plus 81 du mot “identité”, parfois chevillé à l’expression “identité nationale” toutefois). Le contraste pousse lui aussi à se poser la question du registre de la discussion, et à s’interroger sur le statut du livre. Avant que les deux auteurs ne discutent, ensemble, de la pertinence de la variable raciale qui encombrerait la recherche et génèrerait des erreurs d’aiguillage, Gérard Noiriel consacre les trois premiers chapitres à une socio-histoire de la question raciale dans l’espace public. Mais il n’est pas sûr que Race et sciences sociales ne soit pas, d’abord, un texte polémique et politique. Un livre qui vise à répliquer à une poignée de collègues mais pas forcément à objecter à l’usage, ou au mésusage, d’un concept, d’une variable, et aux travaux qui s’en réclament. Un livre qui, finalement, porte avant tout sur ce qu’ils pensent de l’état du débat public – trêve de suspens : les auteurs le trouvent déplorable. On peut se le dire en voyant que les auteurs n’envisagent pas vraiment qu’on puisse tenir ensemble question sociale et question raciale comme pourtant bien des recherches le font (et même certains mouvements antiracistes plus récents). On le perçoit mieux en lisant la troisième et dernière partie d’un livre à la construction très disparate. On doit cette dernière partie à Stéphane Beaud, et elle est consacrée aux quotas dans le football français (surgis en 2011 dans les médias après que Médiapart avait annoncé « moins de Noirs et d’Arabes » en sélection nationale). C’est-à-dire, en fait, à la construction de problèmes médiatiques comme autant d' »affaires« , réductrices et mal ficelées. Le sociologue y décrit la lourdeur médiatique et l’incapacité des journalistes à penser les questions raciales autrement qu’en se faisant intoxiquer par ce qui relèverait d’une entreprise décoloniale à la fois démagogique et hors sol. Une entreprise à laquelle contribuent des chercheurs et qui sature l’espace public.

Venu le 2 février 2021 sur France Culture défendre le livre à paraître, Gérard Noiriel affirmait par exemple dans Les Matins que “les partisans de l’intersectionnalité considèrent qu’il faut combiner trois critères : la race, le genre et la classe”. A l’antenne, l’historien déplorait :

Dans certaines recherches, c’est pertinent, mais on ne peut pas en faire la clé qui ouvrirait toutes les serrures. Le chercheur, en fonction de l’objet qu’il veut étudier, doit mobiliser sa boîte à outils, doit combiner les choses.

Or, à la lecture de nombreux travaux récents, on peut aussi se dire que bien des chercheuses et des chercheurs qui mobilisent l’intersectionnalité pour appréhender l’idée d’un sort spécifique fait à certains groupes plutôt qu’à d’autres ne seraient pas loin d’y retrouver leurs petits – même si elles et eux n’écriraient jamais « théorie du genre ». Mais ça reste difficile à confronter dès lors que tous ces travaux demeurent les grands absents du débat – ou de la polémique.  Dans leur livre, Stéphane Beaud et Noiriel écrivent que « l’histoire de la France a montré que la lutte contre le racisme (au sens large du terme) avait connu des succès significatifs sur le plan politique lorsqu’elle avait été reliée au combat social, de façon à unifier les différentes composantes du peuple français. » A l’heure où s’empilent les procès en sorcellerie contre les sciences sociales, on pourrait aussi penser qu’éviter de s’agonir entre chercheurs en fagotant les autres en épouvantails est une bonne base stratégique.

Voir également:

Venues des États-Unis, les théories sur la race, le genre et le post-colonialisme sont un affront à l’identité de la France et la république françaises, selon certains politiques et des intellectuels de renom.

The New York Times

PARIS — La menace serait existentielle. Elle nourrit le séparatisme. Ronge l’unité nationale. Encourage l’islamisme. Porte atteinte au patrimoine intellectuel et culturel de la France.

Quelle menace ? “Certaines théories en sciences sociales totalement importées des États-Unis d’Amérique”, affirme le président Emmanuel Macron.

Certains politiciens, d’éminents intellectuels et nombre de journalistes français avertissent que les idées progressistes américaines — notamment sur la race, le genre, le post-colonialisme — sont en train de saper leur société. Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines”, prévient le ministre de l’éducation de M. Macron.

Enhardis par ces propos, des intellectuels de renom se regroupent pour contrecarrer ce qu’ils perçoivent comme une contamination par le mouvement “woke” gauchiste et incontrôlé venu des campus américains, et la “cancel culture” qui l’accompagne.

Ils font face à une jeune garde plus diversifiée pour qui ces théories sont des outils aidant à éclairer les angles morts d’une nation de plus en plus diversifiée qui rechigne encore à faire mention de la race, qui ne s’est toujours pas confrontée à son passé colonial et qui associe souvent les aspirations des minorités à des politiques identitaires.

Ces conflits qui n’auraient autrement pas attiré beaucoup d’attention ont pris de l’ampleur dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, qui a annoncé lundi son intention de diversifier le recrutement du personnel et d’interdire le “blackface”, s’est vu vivement critiqué non seulement par la cheffe de l’extrême droite Marine Le Pen, mais aussi dans les colonnes du Monde car, bien qu’étant allemand, il a travaillé 10 ans à Toronto et aurait “baigné dix ans dans la culture américaine ».

Dans un livre paru ce mois-ci, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, spécialistes chevronnés en sciences sociales, critiquent le principe des études raciales. L’ouvrage s’est attiré les foudres de jeunes universitaires et a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Pour M. Noiriel, la race est devenue un “bulldozer” qui écrase les autres sujets. Dans une réponse par courriel, ce dernier ajoute que l’étude de ce sujet à l’université en France est discutable car la race n’est pas officiellement reconnue par les institutions et n’est qu’une “donnée subjective”.

Alors qu’on assiste au déclin progressif de l’influence américaine dans de nombreux coins du monde, la virulence du débat autour d’une poignées de disciplines universitaires enseignées sur les campus américains peut surprendre. D’une certaine manière, c’est un combat par procuration autour de questions qui sont parmi les plus brûlantes au sein de la société française, celles notamment de l’identité nationale et du partage du pouvoir. Dans un pays où les intellectuels ont toujours une place centrale, les enjeux sont importants.

Si cette bataille qui reflète les guerres culturelles américaines a commencé dans les universités françaises, elle prend désormais de l’ampleur dans les médias. Les hommes politiques s’y engagent de façon croissante, d’autant plus que l’année écoulée a été mouvementée, marquée par une série d’événements qui ont remis en cause les principes de la société française.

En France, des manifestations de grande ampleur contre les violences policières, suscitées par l’assassinat de George Floyd, remettaient en cause la non-reconnaissance institutionnelle de la race et le racisme systémique. Une génération #MeToo de féministes s’est dressée à la fois contre le pouvoir masculin et contre les féministes plus âgées. La répression qui a suivi une série d’attaques islamistes a soulevé des interrogations sur le modèle français de laïcité et l’intégration des immigrés des anciennes colonies de la France.

Certains y voient un écho des politiques identitaires et des théories des sciences sociales américaines. Des parlementaires de centre-droite ont appelé à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les “excès idéologiques” dans les universités et ciblé sur Twitter des universitaires “coupables”.

M. Macron — qui manifestait jusque-là peu d’intérêt pour ces questions mais courtise la droite à l’approche des élections de l’année prochaine — est intervenu en juin dernier, reprochant aux universités d’encourager “l’ethnicisation de la question sociale”, qui reviendrait à “casser la République en deux”.

“J’ai été agréablement étonnée”, dit Nathalie Heinich, une sociologue qui a participé le mois dernier à la création d’un “observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires”. Réunissant des personnalités de renom, dont beaucoup sont à la retraite, le groupe a lancé des mises en garde contre les théories sociales d’inspiration américaine dans des grands médias comme Le Point et Le Figaro.

Pour Mme Heinich, les événements de l’année dernière sont venus s’ajouter au militantisme qui a importé dans les universités française des controverses nées à l’étranger sur l’appropriation culturelle et le black-face. À la Sorbonne, des militants ont empêché la représentation d’une pièce d’Eschyle car ils y contestaient le port de masques et le maquillage en noir d’acteurs blancs; ailleurs, des conférenciers renommés ont vu leur invitation annulée suite à la pression des étudiants.

C’est une série d’incidents qui ont été extrêmement traumatisants pour notre communauté et qui tous relèvent de ce qu’on appelle la cancel culture”, regrette Mme Heinich.

Pour d’autres, s’en prendre à ce qu’ils perçoivent comme l’influence américaine a révélé encore autre chose, à savoir que l’establishment français serait incapable de se confronter à un monde en mutation, surtout dans un contexte où la mauvaise gestion par le gouvernement de la pandémie de coronavirus vient renforcer un sentiment de déclin inéluctable de ce qui fut autrefois une grande puissance.

“C’est le symptôme d’une petite république effrayée, déclinante, provincialisée, mais qui par le passé et encore aujourd’hui a cru à sa mission universelle et qui donc cherche les coupables de son déclin,’’ estime François Cusset, expert de la civilisation américaine à l’université de Paris Nanterre.

La France a longtemps revendiqué une identité nationale fondée sur une culture commune, des droits fondamentaux et des valeurs essentielles comme l’égalité et la liberté, rejetant les principes de diversité et de multiculturalisme. Les Français considèrent souvent les États-Unis comme une société fracturée en guerre contre elle-même.

Mais nombre des principaux penseurs à l’origine des théories des genres, de la race, du post-colonialisme et de la théorie queer, loin d’être des Américains, venaient de la France — ainsi que du reste de l’Europe, d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Inde, explique Anne Garréta, une écrivaine française qui enseigne la littérature dans des universités en France et à Duke University, aux Etats-Unis.

“C’est tout un monde d’idées qui circule à l’échelle mondiale”, precise-t-elle. “Il se trouve que les campus qui sont les plus cosmopolites et les plus mondialisés à ce stade de l’histoire sont les campus américains. ’’

L’État français ne recueille pas de statistiques raciales, illégales, dans le cadre de son engagement affiché en faveur de l’universalisme et du traitement égal de tous les citoyens au regard de la loi. Mais pour nombre de spécialistes de la question raciale, cette réticence s’inscrit dans une longue histoire de négation du racisme en France, du passé colonial et de la traite négrière du pays.

“Qu’est-ce qu’il y a de plus français que la question raciale dans un pays qui s’est construit autour de ces questions-là?”, s’interroge Mame-Fatou Niang, qui partage son temps entre la France et les États-Unis, où elle enseigne les études françaises à l’université Carnegie Mellon.

Mme Niang a mené campagne pour faire retirer, à l’Assemblée Nationale, une fresque où figurent deux personnages Noirs dépeints avec de grosses lèvres rouges et des yeux globuleux. Les opinions qu’elle exprime en public au sujet de la race ont souvent fait d’elle une cible sur les réseaux sociaux, notamment de la part d’un des législateurs qui a fait pression pour une enquête sur les “excès idéologiques” dans les universités.

L’historien Pap Ndiaye, qui s’efforce de faire établir un cursus de Black Studies en France, estime que ce n’était pas une coïncidence si la vague actuelle de rhétorique anti-américaine est apparue au moment même où se tenaient les premières manifestations contre le racisme et les violences policières, en juin dernier.

“Il y a bien cette idée qu’on parle trop des questions de race en France,” dit-il. “Ça suffit. »

Les trois attentats islamistes à l’automne dernier sont venus rappeler que le terrorisme reste une menace en France. Ils ont également fait porter l’attention sur un autre domaine de recherche très sensible, l’islamophobie, et comment l’hostilité envers l’islam en France, ancrée dans son expérience coloniale du monde musulman, continue de marquer la vie des musulmans français.

Abdellali Hajjat, un expert en islamophobie, dit qu’il est de plus en plus difficile de se consacrer à son sujet depuis 2015, date des attaques terroristes dévastatrices qui avaient frappé Paris. Le financement public de la recherche s’est tari. Les chercheurs sur cette matière se voient accusés de faire l’apologie des islamistes et même des terroristes.

Il y a deux ans, fuyant l’ambiance qu’il trouvait oppressante, M. Hajjat est parti enseigner à l’Université libre de Bruxelles, en Belgique, où il dit jouir d’une plus grande liberté académique.

“Sur la question de l’islamophobie, il n’y a qu’en France qu’il y a une telle violence des discours pour rejeter le terme”, affirme-t-il.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation de M. Macron, a accusé les universités, sous influence américaine, d’être complices des terroristes en fournissant une légitimation intellectuelle de leurs actes.

Dans une lettre ouverte de soutien au ministre publiée dans Le Monde, un groupe de 100 universitaires réputés a fustigé les théories “transférées des campus nord-américains”.

L’un des signataires, l’expert de l’islam Gilles Kepel, considère que l’influence américaine a conduit à “une sorte d’interdiction dans les universités de réfléchir au phénomène de l’islam politique au nom d’une idéologie de gauche qui le considère comme la religion des défavorisés ».

Avec l’islamophobie, c’est par “l’importation totalement artificielle” en France de la “question noire à l’américaine” que certains tentent de présenter une fausse image d’une France coupable de “racisme systémique” et de “privilège blanc”, renchérit de son côté Pierre-André Taguieff, historien et grand critique de l’influence américaine.

Dans ses réponses envoyées par courriel, M. Taguieff écrit que les chercheurs sur la race, l’islamophobie et le post-colonialisme sont motivés par “la haine de l’Occident, en tant que civilisation blanche”.

“Le programme commun de ces ennemis de la civilisation européenne tient en trois mots: décoloniser, démasculiniser, déseuropéaniser,” résume M. Taguief. “Le ‘mâle blanc hétérosexuel’, voilà le coupable à condamner et l’ennemi à éliminer.”

Derrière les attaques contre les universités américaines — menées par des intellectuels hommes, blancs, âgés — se cachent les tensions d’une société où le pouvoir établi est bousculé, estime de son côté Éric Fassin, un sociologue qui a été l’un des premiers chercheurs, il y a une quinzaine d’années, à s’intéresser à la question raciale et au racisme en France.

À l’époque, les spécialistes des questions raciales étaient généralement des hommes blancs comme lui, explique-t-il. Il ajoute qu’il est souvent traité de traître et a été la cible récemment d’un extrémiste de droite condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir menacé de le décapiter.

Mais l’émergence de jeunes intellectuels — dont certains sont Noirs ou musulmans — nourrit l’assaut contre ce que M. Fassin appelle “l’épouvantail américain”.

“C’est ça qui fait basculer les choses,” résume-t-il. “C’est pas simplement les objets dont on parle, mais c’est aussi les sujets qui parlent.”

Voir de même:

De l’intellectuel spécifique à l’intellectuel responsable.

Gérard Noiriel

Le populaire dans tous ses états


« C’est alors qu’enseigner l’art de résister aux paroles devient utile, l’art de ne dire que ce que l’on veut dire. Apprendre à chacun l’art de fonder sa propre rhétorique est une œuvre de salut public ».

Francis Ponge, « Le Parti pris des choses », 1935 (cité par Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Minuit, 1980, p. 17).

J’ai débuté mon blog d’aujourd’hui par cette citation du poète Francis Ponge, que j’ai découverte dans un ouvrage de Bourdieu, parce que ce fut un moment décisif dans ma conversion à la sociologie, au début des années 80. Je n’insisterai pas aujourd’hui sur les raisons personnelles qui peuvent expliquer l’importance que j’ai accordée dans mes travaux à cette forme de résistance. Disons simplement que j’ai compris au fil du temps pourquoi ce genre de préoccupations n’intéressait pas grand monde dans le champ intellectuel. Je reste néanmoins convaincu que ceux qui se tournent vers les sciences sociales en espérant qu’elles les aideront à penser par eux-mêmes trouveront une utilité à ce que je vais leur raconter.

Je prendrai à nouveau comme point de départ la polémique sur la « gauche identitaire » qui a opposé Mark Lilla et Eric Fassin dans le Monde du 1er octobre 2018 car, comme je l’ai dit dans mon dernier blog, elle illustrait clairement la confusion entre le savant et le politique que je déplore depuis longtemps. Cela n’empêche pas, qu’en tant que citoyen, j’étais plutôt d’accord avec les arguments avancés dans cette polémique par Eric Fassin. Je rappelle, pour que les choses soient claires, que je suis un militant antiraciste depuis le début des années 1970. Pour ne pas limiter cet engagement à des discours critiques, je suis parti à l’âge de 25 ans à Brazzaville, comme Volontaire du Service National afin d’apporter ma contribution au combat anti-impérialiste et pour aider une république que je croyais « populaire ». J’ai écrit mon premier livre en collaboration avec un OS immigré marocain pour qu’il puisse lui-même expliquer les formes de discriminations qu’il subissait au sein de la CGT. Ce qui m’a valu d’être exclu du PCF en 1980. Pendant plus de dix ans, j’ai été aussi président du Comité d’Aide aux Intellectuels Réfugiés. Je pourrais continuer à dérouler longuement la liste de mes engagements civiques, mais ces quelques exemples suffiront, je pense, pour faire comprendre que je n’ai de leçon à recevoir de personne en la matière.

C’est justement parce que j’ai poussé jusqu’au bout ma réflexion sur les relations de pouvoir que j’ai pris mes distances avec les intellectuels marxistes (dont les successeurs sont les intellectuels critiques d’aujourd’hui), qui reprenaient à leur compte le slogan « tout est politique », très en vogue en 68. La sociologie m’a fait mieux comprendre en effet le phénomène que j’avais souvent observé de mes propres yeux concernant les formes de domination qu’exercent sur le peuple ceux qui prétendent parler en son nom.

La polémique qui a opposé Lilla et Fassin dans le Monde avait pour thème : « la gauche s’occupe-t-elle trop des minorités ? ». Il s’agissait donc d’une question d’ordre politique à laquelle ces deux éminents universitaires étaient invités à répondre en raison de leurs compétences savantes. Mais à aucun moment les lecteurs n’ont eu la possibilité de savoir sur quels travaux scientifiques précis les débatteurs s’appuyaient pour étayer leurs arguments. Le langage utilisé par ces deux collègues était celui de la politique, truffé de jugements de valeur et d’approximations. Par exemple, quand Eric Fassin écrit : « en France, on aime croire qu’il faudrait choisir les ouvriers ou les minorités », le lecteur est en droit de se demander ce que désigne ce « on » ? Est-ce qu’il s’agit des chercheurs en sciences sociales, des militants politiques, des intellectuels, des journalistes, du peuple français ? Et quand j’ai lu que Mark Lilla prétendait « réfuter » Fassin en affirmant : « le simplisme bourdieusien se porte bien en France », j’avoue que la moutarde m’est montée au nez comme on dit. Comment pouvait-on donner au public non spécialiste une image aussi caricaturale de la recherche en sciences sociales ?

Je reviendrai plus loin sur les arguments que Mark Lilla aurait pu mobiliser s’il avait vraiment lu Bourdieu, mais je voudrais commencer en évoquant un philosophe qui m’a beaucoup aidé, lui aussi, à mieux comprendre les formes de domination qu’exercent les intellectuels. Il s’agit de Michel Foucault. Contrairement à ce qu’affirme Lilla, c’est Foucault bien plus que Bourdieu qui constitue la principale référence théorique d’Eric Fassin. Dans un article ancien, intitulé « “L’intellectuel spécifique” et le PaCS : politiques des savoirs» (Mouvements, janvier-février 2000), Fassin avait convoqué l’autorité de Foucault pour affirmer que « le savoir est devenu, en même temps qu’un enjeu, un des lieux du politique ». Il a reproduit ensuite ce genre d’argument dans tous les domaines sur lesquels il est intervenu. Récemment encore, lors d’une polémique sur le « blackface », il écrivait dans une tribune donnée au quotidien Libération : « La politique n’est pas extérieure à l’esthétique (…). Le monde de la culture, s’il réclame une autonomie radicale pour faire abstraction des enjeux politiques de la création, risque de payer d’insignifiance cette liberté. » (Eric Fassin, « « Blackface» ou le théâtre de la question raciale », Libération, 6/5/2019).

Je me suis présenté pendant longtemps comme un « intellectuel spécifique » en me référant moi aussi à Michel Foucault, parce que j’ai compris autrement que Fassin ce qu’il a écrit à ce sujet. Comme j’avais tenté de l’expliquer dans ma contribution au livre dirigé par Marie-Christine Granjon (« Michel Foucault : les trois figures de l’intellectuel engagé », in  Penser avec Michel Foucault, Karthala, 2005), Foucault a constamment oscillé entre plusieurs postures intellectuelles. On peut donc interpréter ses écrits sur ce sujet de différentes manières. Néanmoins, s’appuyer sur sa définition de l’intellectuel spécifique pour affirmer que le savoir est « un des lieux du politique » c’est confondre à mon sens, le politique et le pouvoir. C’est ce que je voudrais montrer en m’appuyant sur divers textes de Foucault réunis dans les quatre volumes de ses Dits et écrits (Gallimard, 1994 ).

Il est vrai que Foucault a repris à son compte, en quelques occasions, la formule « tout est politique ». Par exemple, dans un interview donné à la Quinzaine littéraire en 1977, il écrit que « l’ensemble des rapports de force dans une société donnée constitue le domaine de la politique » et plus loin il ajoute : « dire que « tout est politique », c’est dire cette omniprésence des rapports de force et leur immanence à un champ politique ; mais c’est se donner la tâche encore à peine esquissée de débrouiller cet écheveau indéfini » (D et E, vol. 3, p. 233 sq). Foucault joue ici sur la polysémie du mot « politique » qui vient du grec « polis » et qui désigne, au sens large, l’ensemble des pratiques et des institutions d’une communauté de citoyens. Cela n’empêche pas que Foucault a maintes fois souligné que ce qu’il appelait « les rapports de force dans une société donnée » étaient en réalité des relations de pouvoir qui pouvaient être politisées, mais ne l’étaient pas toujours.

Je me suis inspiré de ces analyses dans mes propres travaux de socio-histoire en partant du principe qu’on pouvait envisager les liens sociaux comme des relations de pouvoir à condition de renoncer à la vision dénonciatrice du pouvoir (conception dénonciatrice que Foucault a lui-même rejetée lorsqu’il a produit le concept de « gouvernementalité »). Certes, les relations de pouvoir peuvent engendrer des formes de domination sociale, mais elles cimentent aussi des liens de solidarité (par exemple, les parents qui veulent éduquer leurs enfants pour qu’ils puissent devenir des adultes autonomes doivent entrer avec eux dans des relations de pouvoir).

La confusion entre pouvoir et politique occulte donc un phénomène fondamental qu’on appelle la politisation. Confusion à laquelle échappe Foucault quand il écrit : « le problème n’est pas tellement de définir une position politique (ce qui nous ramène à un choix sur un échiquier déjà constitué), mais d’imaginer et de faire exister de nouveaux schèmes de politisation ». Le mot « politisation » est ici essentiel car il s’agit d’un processus qui permet de rendre visible dans l’espace public des relations de pouvoir qui n’avaient rien de politique au départ. C’est ce processus qu’il faut prendre en compte pour comprendre le rôle que jouent ceux que j’appelle « les professionnels de la parole publique » (politiciens, journalistes, experts, intellectuels) dans le champ politique. C’est aussi à ce niveau que peut intervenir l’universitaire en diffusant, au-delà des cercles spécialisés, les résultats de ses recherches pour rendre publiques des souffrances, des formes de domination ou de solidarité qui étaient invisibles jusque là, ce qui permet aux acteurs du champ politique de s’en emparer pour défendre de nouvelles causes.

Cela n’a évidemment rien à voir avec les polémiques d’actualité visant à savoir si « la gauche s’occupe trop ou pas assez des « minorités » ». C’est justement pour se démarquer de ce type d’intervention que Foucault a proposé le terme d’intellectuel « spécifique ».

Si je me suis toujours élevé contre le slogan « tout est politique », c’est surtout parce qu’il masque le rôle que jouent les intellectuels dans le processus de politisation des rapports sociaux. Comme tous les autres acteurs du monde social, les intellectuels sont pris, eux aussi, dans des relations de pouvoir qu’il faut mettre au jour si l’on veut pousser l’analyse du champ politique jusqu’au bout.

L’article de Foucault sur lequel s’appuie Fassin pour affirmer que le savoir est un des lieux du politique, commence par cette phrase : « Pendant longtemps, l’intellectuel dit « de gauche » a pris la parole et s’est vu reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice ». (Michel Foucault, « La fonction politique de l’intellectuel », Politique-Hebdo, 29/11/1976, repris dans D et E, II, p. 109 sq). La cible de Foucault, à ce moment-là, c’était l’intellectuel universel qu’avait incarné Jean-Paul Sartre dans les décennies d’après-guerre. C’est lui qui est visé quand Foucault écrit : « J’ai toujours tenu à ne pas jouer le rôle de l’intellectuel prophète qui dit à l’avance aux gens ce qu’ils doivent faire et leur prescrit des cadres de pensée, des objectifs et des moyens qu’il a tirés de sa propre cervelle en travaillant enfermé dans son bureau parmi les livres ». (D et E, IV, p. 638).

Il oppose à cette figure de l’intellectuel universel, celle de l’intellectuel spécifique pour souligner que la seule légitimité qu’un universitaire peut avancer pour justifier son intervention dans le débat politique tient à la compétence spécialisée qu’il a acquise dans un domaine de la recherche savante. Foucault a lui-même donné de multiples exemples de cette posture, puisque la plupart de ses propos publics s’appuyaient sur ses propres recherches empiriques que ce soit sur la folie, la prison, la sexualité, etc.

Quand Foucault écrit que « le travail de l’intellectuel n’est pas de modeler la volonté politique des autres », (D et E, IV, p. 676), c’est bien la fonction de porte-parole que s’attribuent fréquemment les intellectuels qui est interpellée. C’est pour répondre à cette interrogation qu’il a forgé la notion de « problématisation ». L’universitaire peut mobiliser les connaissances qu’ils a acquises grâce à ses travaux spécialisés pour intervenir dans l’espace public comme un intellectuel spécifique, afin de « dégager les systèmes de pensée qui nous sont devenus familiers, qui nous paraissent évidents et qui font corps avec nos perceptions, nos attitudes, nos comportements ». (D et E, IV, p. 676). « Problématiser » les questions d’actualité ne consiste donc pas à multiplier dans les médias des commentaires critiques. Il s’agit au contraire d’appréhender ces questions autrement, en prenant une distance par rapport à la sphère politico-médiatique et sa façon de fabriquer de faux-problèmes (comme l’immigration, le communautarisme, etc).

L’intellectuel spécifique intervient dans l’espace public afin de « poser des problèmes, les faire travailler », de façon à ce « qu’au sein même de la société les données du problème soient modifiées et que les impasses se débloquent. En somme, en finir avec les porte-parole ». (D et E, IV, p. 86). On voit clairement ici le lien avec la citation de Francis Ponge que j’ai placée en exergue de ce blog. Foucault explique en effet que « sa critique a pour objectif de permettre aux autres de parler, sans mettre de limites au droit qu’ils ont de parler ». (D et E, II, p. 815-16). C’est d’ailleurs sur ce point qu’avait tout particulièrement insisté Gilles Deleuze dans son entretien avec Foucault paru le 4 mars 1972 dans l’Arc sous le titre : « les intellectuels et le pouvoir » (D et E, II, p. 306 sq) : «  Vous avez été le premier à nous apprendre quelque chose de fondamental (…) : l’indignité de parler pour les autres ».

C’est ici qu’apparaît la divergence principale entre l’intellectuel spécifique (tel que je le conçois) et l’intellectuel critique. Alors que ce dernier critique tous les pouvoirs, sauf celui qu’il détient, Foucault définit l’intellectuel spécifique comme celui qui est capable de se critiquer lui-même. Il a fréquemment reconnu les points faibles de ses propres recherches, les réponses inadéquates qu’il avait parfois apportées aux questions qu’il se posait. Cette posture auto-critique correspondait à ce qu’il a appelé « l’éthique de l’intellectuel » qui consiste à « se rendre capable en permanence de se déprendre de soi-même » (D et E, IV, p. 675).

Pour en terminer avec la définition foucaldienne de l’intellectuel spécifique, je voudrais souligner le rôle que Foucault a joué, dans les dernières années de sa vie, pour défendre l’autonomie de la recherche savante. Il s’est fermement opposé aux intellectuels médiatiques comme Jacques Attali auquel il reprochait de « brouiller les sources » pour faire croire qu’on pouvait être à la fois un savant et le conseiller du prince. Symbole d’un « irrespect pour le travail qui précisément m’étonne » disait-il (D et E, IV, p. 366). C’est pour lutter contre cette confusion des genres qu’il a lancé la collection « Des travaux » (1983) dont le but était d’établir des relations « de ceux qui travaillent à ceux qui travaillent. Il est bon que la lecture se généralise, mais il ne faut pas que les différents mode d’édition soient confondus » (D et E, IV, p. 366).

J’en viens maintenant à ce que Mark Lilla affirmait dans sa polémique avec Eric Fassin en disant : « le simplisme bourdieusien se porte bien en France ». Pour ne pas être « simpliste », je vais devoir rappeler aux lecteurs de ce blog comment Pierre Bourdieu a abordé la question des rapports entre le savant et le politique. On peut suivre l’évolution de sa réflexion sur ce sujet dans le remarquable petit livre intitulé Propos sur le champ politique (PUL, 2000) publié par les Presses Universitaires de Lyon, qui rassemble des études, des conférences et des interviewes de Bourdieu à différents moments de sa carrière.

A la différence de Foucault, qui a toujours refusé d’être défini par son identité d’universitaire, Bourdieu a d’emblée présenté la sociologie comme un « métier », s’inscrivant ainsi dans le sillage de Marc Bloch et de son livre célèbre sur le « métier d’historien » (Armand Colin, 1949). Affirmer cet ancrage socio-professionnel, c’était déjà une manière de plaider pour une séparation du savant et du politique. Tout au long de sa vie, Bourdieu n’a cessé en effet de défendre l’autonomie de la sociologie contre ceux qui, à l’instar d’Eric Fassin aujourd’hui, la voyait comme une manière parmi d’autres de faire de la politique. « Certains sociologues se sentent tenus de servir. Servir qui et quoi ? La sociologie doit d’abord affirmer son autonomie ; elle doit toujours être aussi pointilleuse et vigilante sur la question de son indépendance ». (Pierre Bourdieu, Réponses, Le Seuil, 1992, p. 161).

Cela n’a pas empêché qu’il ait été constamment préoccupé par la question de l’utilité sociale de la science sociale. Il le redit clairement dans le petit ouvrage des PUL que j’ai cité plus haut : « C’est une sorte de devoir civique de rendre à l’Etat qui me paye et à mes concitoyens ce que je crois être le savoir sur le monde social » (p. 44). Et il enchaîne aussitôt en faisant référence aux nombreux travaux empiriques qu’il a produits avec ses équipes de recherche sur les musées, sur l’école, etc. Dans cette citation, le mot essentiel c’est « devoir civique ». Aux yeux de Bourdieu, il existe en effet une différence majeure entre le politique et le civique. Affirmer que « tout est politique » c’est une manière, selon lui, d’occulter la domination qu’exercent les professionnels de la parole publique dans le champ politique. Il considère que cette occultation est une dimension du pouvoir que détiennent les producteurs de biens symboliques car, comme le dit Philippe Fritsch dans l’introduction à ce volume, ce pouvoir suppose « la méconnaissance de la violence symbolique qui s’exerce à travers lui » (p. 21).

Le premier problème que rencontre le sociologue qui sort de son laboratoire pour s’exprimer sur des questions politiques tient au fait que « l’accès à l’espace public est contrôlé presque complètement aujourd’hui par les journalistes » (p. 74). Ceux d’entre eux qui occupent le pôle dominant du champ médiatique imposent chaque jour ce qu’on appelle « l’actualité ». Etant donné que l’actualité est « ce qui se donne à comprendre de manière immédiate » affirme Bourdieu en faisant référence à Walter Benjamin, le sociologue doit rompre avec cette illusion, non seulement pour avoir de bonnes réponses, mais aussi pour poser de bonnes questions (p. 27).

Malheureusement, le sociologue ne parvient pratiquement jamais à faire accepter ses questionnements savants car, ajoute Bourdieu, « pour être en désaccord sur une formule politique il faut être d’accord sur le terrain du désaccord ». Autrement dit, tant que le sociologue répond aux questions qui sont acceptées dans le champ politico-médiatique, il peut y trouver sa place, mais s’il pose d’autres questions il n’a guère de chance d’être entendu. Voilà pourquoi Bourdieu a livré ce constat désabusé dans ses Méditations pascaliennes (Seuil, 1997, p. 230) : « une proposition scientifique, c’est comme une bulle du pape sur la régulation des naissances, çà ne prêche que les convaincus ». Les seuls qui parviennent à se faire entendre, ajoute-t-il, ce sont « les représentants les plus divulgués de la corporation, qui ne peuvent hélas, que renforcer l’image politico-journalistique de la discipline ». (Ibid, p. 16).

Un autre obstacle auquel se heurte le sociologue soucieux d’assumer son rôle civique tient à l’usage qu’un certain nombre de journalistes font de ses travaux scientifiques. « Un des problèmes est de savoir comment on peut se protéger contre cette instrumentalisation » (Propos …, p. 42).

L’importance que Pierre Bourdieu accorde au pouvoir symbolique explique que la question des porte-parole ait occupé dans son œuvre une place encore plus grande que dans celle de Michel Foucault. Bourdieu part du principe que les inégalités sociales s’ancrent dans les rapports économiques, mais qu’elles s’étendent à tous les niveaux d’une société. Il insiste sur le fait que le rapport au langage est le lieu d’une inégalité fondamentale. Dans la Distinction (Minuit, 1979, p. 537), il avait déjà fait ce constat : « on peut être en mesure de résister à l’argumentation sans être capable d’argumenter la résistance et moins encore d’en formuler explicitement les principes ». C’est pourquoi le passage entre expérience et expression passe nécessairement par les professionnels du discours. Il ne s’agit pas, là non plus, d’une dénonciation, puisque la délégation de parole est le seul moyen dont les démunis disposent pour espérer se faire entendre.

Néanmoins, une telle inégalité pose le problème du type de pouvoir que détiennent les privilégiés du langage. Bourdieu estime que c’est l’une des principales questions que la sociologie du champ politique doit élucider. Elle concerne au premier chef les dirigeants des partis qui sont en concurrence entre eux pour le monopole du droit de parler et d’agir au nom des profanes. L’irruption du Front national dans l’espace public français à partir des années 1980 est vue par Bourdieu sous l’angle d’une « lutte de classement ». Si j’arrive à faire croire que le clivage principal de la société française oppose les nationaux et les étrangers, j’obtiens une structure du champ politique complètement différente de celle qui découle du clivage opposant les riches et les pauvres. C’est pourquoi l’un des enjeux majeurs de la politique est l’imposition légitime de principes de vision et de division du monde social.

Les intellectuels – y compris les sociologues quand ils interviennent dans le débat public – contribuent à la redéfinition des formes de classement et de catégorisation publiques ; ce qui les expose « au problème très difficile » dit Bourdieu «  d’entrer dans la politique sans devenir des politiques » (Propos…, p. 68).

Comme Foucault, Bourdieu était convaincu que pour clarifier ce problème, les intellectuels devaient commencer par utiliser les armes de la critique pour se critiquer eux-mêmes. « Il est certain » affirme-t-il « que ceux que Max Weber classait dans « l’intelligentsia prolétaroïde », c’est à dire les intellectuels mineurs, les demi-savants, ont souvent trouvé dans l’intervention politique, au cours de l’histoire, l’occasion d’une revanche contre ceux qui dominent le monde intellectuel ». Cela a été le cas avec le nazisme, le stalinisme, ou la Révolution chinoise. Voilà pourquoi, ajoute Bourdieu, « la critique sociologique de l’institution intellectuelle » est fondamentale. Il la juge nécessaire aussi si l’on veut combattre ce qu’il appelle le « racisme de l’intelligence » dont font souvent preuve les « détenteurs du capital culturel » quand ils oublient qu’ils sont eux-mêmes « les héritiers des familles cultivées ». « En un mot, qui sera le mot de la fin, je dirai seulement que nul ne doit être à l’abri de la critique sociologique, même et surtout pas les intellectuels critiques » (Propos…, p. 107).

A partir de 1995, et de son engagement au côté des cheminots en grève, Bourdieu a quelque peu infléchi sa position. Dans un cheminement inverse à celui de Foucault, il a renoncé partiellement au principe d’autonomie de la sociologie pour s’investir plus directement dans le champ politique. Néanmoins, il vaut mieux parler d’élargissement plutôt que de renoncement car Bourdieu s’est alors lancé dans une vaste entreprise visant à construire un intellectuel collectif, à l’échelle européenne, regroupant des universitaires, des journalistes, des artistes qui partageaient les mêmes idéaux civiques, mais dans le respect des compétences de chacun. C’est à ce moment-là qu’il a proposé la mise en place de « réseaux critiques, rassemblant des « intellectuels spécifiques» (au sens de Foucault) dans un véritable intellectuel collectif (souligné dans le texte) capable de définir lui-même les objets et les fins de sa réflexion et de son action, bref autonome » (Contre-Feux, 2, Raison d’agir éditions, 2001, p. 35). Tel fut l’enjeu principal du réseau « Raisons d’agir » auquel j’ai apporté ma modeste contribution.

Dans l’un de ses tout derniers entretiens (« À contre-pente », Vacarme, n° 14, Hiver 2000), Pierre Bourdieu a proposé une ultime définition de l’intellectuel : « On dit ‘intellectuel engagé’, moi je dis : ‘responsable’. C’est un peu vieillot, ça fait un peu durkheimien. C’est une grande responsabilité si on croit que la sociologie est une science ; or je le crois ».

Plutôt que d’alimenter des débats stériles sur la « véritable » définition de l’intellectuel spécifique, je pense que ceux qui se reconnaissent dans les réflexions que j’ai développées ici pourraient se retrouver autour de cette notion d’ « intellectuel responsable ». Même s’ils n’ont pas vécu à l’âge des réseaux sociaux, les réflexions de Foucault et de Bourdieu sur l’articulation du savant et du politique restent précieuses pour comprendre les transformations qui ont affecté notre espace public depuis une quinzaine d’années. Foucault avait noté qu’en raison de la démocratisation de l’université, du développement de la télévision, etc., le type d’intellectuel que seul Sartre pouvait incarner au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avait été mis à la portée de tout le monde dans les années 1970. Cette démocratisation avait donné aux travaux universitaires un écho qui débordait largement désormais le cercle des spécialistes. L’inconvénient de cette « entropie » ajoutait Foucault, c’est qu’elle avait engendré ce qu’il appelait « le toboggan de la pensée philosophique ». Les recherches savantes finissaient en slogan et la philosophie était en train de devenir une « matière de consommation courante ». (D et E, IV, p. 454 sq).

La multiplication des chaînes d’information en continu et l’irruption des réseaux sociaux ont accéléré dans des proportions que Foucault n’aurait même pas imaginées, ce processus d’entropie. Les sciences sociales sont devenues, à leur tour, une « matière de consommation courante ». Nous avons pu constater, Stéphane Beaud et moi, que notre ouvrage Race et sciences sociales (Agone, 2021) avait été immédiatement pris dans la spirale de ce fameux « toboggan ». Nos analyses ont ainsi été converties en slogan, ou en sondage d’opinion, du genre : « Etes-vous pour la classe ou pour la race ? Cochez la bonne case ».

Comme je l’ai déjà dit dans mon dernier blog, les réseaux sociaux ont permis la formation d’un espace public intermédiaire. Conjugué à l’élévation constante du niveau scolaire des nouvelles générations, ce phénomène a accéléré la démocratisation de notre vie publique. Des gens qui n’ont aucune compétence spécifique en sciences sociales, et qui ont donc tendance à voir le monde uniquement à l’aide des catégories que leur fournissent ceux qui dominent la sphère médiatico-politique, peuvent désormais participer aux débats publics. Beaucoup d’entre eux, souvent pour des raisons qui sont en lien avec leur histoire personnelle, sont particulièrement sensibles à la question du racisme. Cet engagement civique est puissamment stimulé par les médias qui placent constamment ce sujet au centre de l’actualité car c’est l’un des meilleurs moyens aujourd’hui de mobiliser les affects du grand public et donc de booster l’audimat pour engranger des recettes publicitaires. Ce contexte rend particulièrement difficile le travail des chercheurs. Le simple fait de s’interroger sur le type de pouvoir que détiennent les porte-parole des mouvements antiracistes est vu comme une « dénonciation ». Mettre en doute l’idée que la question du racisme serait encore « taboue », alors qu’elle fait constamment la une des grands médias, est pris par certains comme une manière de minimiser, voire même de cautionner, le racisme. Alors que je suis convaincu, pour ma part, qu’il faut aborder ces questions de front si l’on veut lutter plus efficacement contre le racisme et contre les formes de domination symbolique qu’elles charrient.

La violence verbale qui s’exprime aujourd’hui à jets continus sur les réseaux sociaux reflète, paradoxalement, la pacification des rapports sociaux. Les « intellectuels prolétaroïdes » dont parlaient Max Weber et Pierre Bourdieu se contentent désormais, pour la plupart, d’insulter sur ces plate-forme numériques ceux qui croient encore utile de transmettre au plus grand nombre les connaissances qu’ils ont produites au cours de longues années de travail, alors qu’auparavant il arrivait souvent que les affrontements se déroulent dans la rue, à coups de poings ou à coups de fusil. Je ne trouve pas scandaleux pour ma part que celles et ceux qui se sentent heurtés dans leurs convictions par ce que j’ai pu écrire, puissent réagir de façon agressive. Mais au lieu de me situer sur le même terrain qu’eux, en empruntant à mon tour des chemins qui ne mènent nulle part, je préfère mobiliser les ressources que nous offrent aujourd’hui les réseaux sociaux pour expliquer en quoi consiste notre travail de chercheur, ce qui suppose de refuser énergiquement la confusion entre le savant et le politique.

Voir de plus:

Débat : la gauche s’occupe-t-elle trop des minorités ?

L’essayiste américain Mark Lilla estime que l’obsession des identités occulte la notion de bien commun. Le sociologue français Eric Fassin conteste cette thèse.

Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer

Le Monde

01 octobre 2018

Si Mark Lilla et Eric Fassin se connaissent depuis les années 1990, alors qu’ils enseignaient à la New York University, et se revendiquent tous deux de la gauche, ils entretiennent pourtant des points de vue farouchement opposés.

Mark Lilla, essayiste et professeur de sciences humaines à l’université de Columbia (New York), publie début octobre La Gauche identitaire (Stock, 160 pages, 16 euros) une dure critique du progressisme américain, selon lui englué aujourd’hui dans des luttes culturelles en faveur des minorités.

Eric Fassin est quant à lui sociologue et codirige le département d’études de genre à l’université Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis. Il a notamment publié Populisme : le grand ressentiment (Textuel, 2017) et Gauche : l’avenir d’une désillusion (Textuel, 2014).

La gauche américaine s’est enferrée, selon Mark Lilla, sur la question identitaire, renvoyant chacun à ses « appartenances personnelles » pour mieux défendre les minorités. Mark Lilla, pouvez-vous nous en dire davantage ? Eric Fassin, ce diagnostic vous convainc-t-il ?

Mark Lilla : La critique fondamentale que j’adresse à la gauche identitaire porte sur le repli sur soi qu’elle promeut. A force d’inciter chacun à s’interroger sur les différentes identités qui le traversent, de race, d’orientation sexuelle, etc., cette gauche est moins en mesure de remporter des élections là où il le faudrait pour, ensuite, défendre les droits des minorités, ou atteindre tout autre objectif.

Rappelons que les Etats-Unis sont une fédération qui laisse de larges pouvoirs aux Etats. Ces derniers ont la liberté d’adopter leurs propres lois et d’interpréter les textes fédéraux comme ils l’entendent. Si vous voulez aider les gays et les Afro-Américains en Iowa, un Etat blanc et profondément religieux, il faut y gagner des élections, et pas seulement en Californie ou à New York. Et pour cela, il faut développer une vision du bien commun et de l’avenir du pays susceptible d’inspirer autant de gens que possible et de les rassembler.

Se concentrer de façon obsessive sur les « différences sociales » est l’exact contraire de ce qu’il faudrait faire. Les mouvements sociaux opposés à Donald Trump sont incorrigibles tant ils répètent cette erreur, mais je suis heureux de constater que les choses se sont un peu améliorées au sein du Parti démocrate cette année.

La menace du trumpisme a attiré de nombreux nouveaux candidats, venant de différents groupes sociaux. Et ceux qui sont en bonne position pour l’emporter lors des élections de mi-mandat du 6 novembre ne mettent pas l’accent sur leurs identités personnelles, ou celles des autres. Ils se concentrent sur des problèmes politiques concrets et sont animés d’une véritable envie de rassembler.

Eric Fassin : En réalité, Mark Lilla va plus loin dans la polémique que cette simple critique pragmatique. Au lendemain de la victoire de Donald Trump, dans une tribune qui fit grand bruit, il en rendait responsable ce qu’il appelle la « gauche identitaire » : « Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. »

Aujourd’hui, dans l’essai qui prolonge cet article, il redouble l’attaque : « La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchistes. » Il ranime la querelle lancée par les néoconservateurs, au début des années 1990, contre le « politiquement correct ». Or il y a là un biais « ethnocentrique » : voilà un universitaire qui traduit son exaspération contre les « radicaux de chaire » en explication de l’élection du président des Etats-Unis.

Pour Salvador Dali, la gare de Perpignan était le centre du monde. Pour Mark Lilla, c’est l’université Columbia. Cette illusion sociologique est redoublée par un problème politique. Il est vrai que Donald Trump a surfé sur le racisme et le sexisme pour attiser le ressentiment contre Barack Obama et Hillary Clinton. Imputer son triomphe aux universitaires qui parlent de genre et de race, n’est-ce pas inverser les causes et les effets ? C’est faire comme ceux qui, en France, accusent les antiracistes d’être responsables de la montée du racisme.

Comment la gauche en est-elle venue à adopter ce point de vue identitaire ?

M. L. : Depuis l’effondrement du mouvement étudiant dans les années 1960, il y a eu deux développements importants au sein de la gauche américaine.

Premièrement, un retrait de la politique institutionnelle (des partis et des élections) pour s’investir plutôt dans des mouvements sociaux mobilisés en faveur de causes justes portées par des groupes identitaires précis : les femmes, les Afro-Américains, les gays, etc.

Deuxièmement, la gauche ne cherche plus à mobiliser la classe ouvrière autour d’enjeux économiques, préférant lutter pour une réforme culturelle conduite par des élites diplômées. Elle a deux objectifs en tête : amener les Américains à être plus tolérants et placer les groupes marginalisés au cœur du récit national. Ces deux projets ont été couronnés de succès. Mais le prix à payer s’est avéré élevé.

La gauche identitaire domine largement sur le plan culturel, mais elle est dépourvue de pouvoir politique. Ce déséquilibre s’explique par le fait qu’elle a perdu tout contact avec une grande partie du pays. Par exemple, 20 % des Américains sont évangéliques, tandis que moins de 0,5 % se déclarent transgenres. La gauche identitaire a beaucoup de choses à dire à propos de la cause transgenre, mais elle ne sait pas comment s’adresser aux évangéliques, qu’elle regarde généralement avec mépris.

Il ne s’agit pas de flatter un groupe ou l’autre. Ce qu’il faut c’est une gauche capable d’avancer une vision politique du bien commun à laquelle des citoyens appartenant à ces deux groupes peuvent adhérer et qu’ils seront prêts à défendre au sein de nos institutions. Aujourd’hui, la classe ouvrière est peut-être conservatrice sur le plan culturel ; il n’empêche qu’elle souffre des effets de la mondialisation et qu’elle n’est représentée ni par les démocrates obsédés par l’identité ni par les républicains néolibéraux. Ils sont donc susceptibles de se laisser séduire par un démagogue délirant comme Donald Trump. Voilà ce que j’entends par la démission de la gauche.

Eric Fassin, sans doute voyez-vous la « gauche identitaire » d’un meilleur œil. Comment la nommeriez-vous ?

E. F. : Je parlerais plutôt d’une gauche minoritaire. A la différence des communautés, les minorités n’ont pas forcément une culture commune ; mais elles ont en partage une expérience de discrimination.

Les femmes n’ont pas toutes la même identité ; mais toutes savent ce qu’est le sexisme, #metoo l’a bien montré. L’homophobie, la transphobie ou le racisme constituent pareillement des minorités d’expérience. Bref, « c’est l’antisémite qui fait le juif » (Sartre).

En France, dès que les minorités se font entendre, on les taxe de communautarisme ; aux Etats-Unis, on se récrie : « politique identitaire ». Mais pourquoi l’égalité demandée par des minorités ne serait-elle pas universaliste ?

Le mouvement Black Lives Matter [créé contre les violences policières envers les Noirs] pose des questions à toute une société aveugle au racisme ordinaire. En quoi est-il identitaire ? En France, quand des hommes noirs ou arabes meurent sous les coups de la police, cette violence d’Etat n’est-elle pas l’affaire de tout le monde ?

D’un côté, Mark Lilla dénonce l’individualisme ; de l’autre, il n’aime les mouvements sociaux qu’au passé, à l’époque de Martin Luther King. C’est réduire la politique aux seules élections. Cette logique majoritaire l’amène à juger que les revendications transgenres ne pèsent pas grand-chose dans les urnes. Certes, mais qui eût cru qu’aux Etats-Unis le mariage s’ouvrirait si vite aux couples de même sexe ? Qu’ils aient un pied dans l’université ou pas, les mouvements sociaux peuvent influer sur la société et infléchir les élections.

Aux Etats-Unis, 1992 fut « l’année de la femme » : plusieurs furent élues [au Sénat], portées par une vague d’indignation après la nomination à la Cour suprême d’un juge accusé de harcèlement sexuel…

M. L. : La réponse d’Eric Fassin est typique de la gauche identitaire, de son refus de prendre ses responsabilités politiques. « Influer sur la société, infléchir les élections ? », les ambitions de la gauche aujourd’hui se limitent-elles à cela ? Pauvre Jaurès !

Le mouvement identitaire aux Etats-Unis ne vise plus véritablement à étendre les droits légaux des minorités, cet objectif a été largement atteint, grâce aux mouvements sociaux du passé. Le défi est maintenant de s’assurer que ces droits sont respectés, ce qui demande de pouvoir s’appuyer sur nos institutions démocratiques, ce qui signifie qu’il faut gagner des élections. Le mouvement identitaire ne vise plus que la découverte de soi et la reconnaissance sociale de l’identité choisie par chacun.

La conscience identitaire a remplacé la conscience politique, particulièrement auprès des jeunes gens. Ce courant de pensée a d’abord transformé nos universités et en a fait des théâtres pseudo-politiques où se mettent en scène des mélodrames moralisateurs.

Il s’attaque maintenant à la presse et l’édition : de stricts contrôles sont désormais exercés pour déterminer ce qui peut être dit, comment cela peut être dit et par qui. Récemment, la grande institution du journalisme de gauche radicale, l’hebdomadaire The Nation, a présenté des excuses pour avoir publié un poème qui utilisait le mot cripple (« handicapé »), un terme considéré discriminatoire. L’auteur a aussi exprimé des regrets absolument abjects.

Toute cette énergie gâchée ! La gauche identitaire ne souhaite pas prendre part à la dure tâche qui consiste à dialoguer avec ses concitoyens et à tenter de les convaincre de rejoindre une large entreprise de réorientation de la société. Elle n’a que mépris pour ceux qu’elle juge insuffisamment éveillés, elle préfère se replier dans des enclaves où ils peuvent se sentir en sécurité. Son geste politique le plus audacieux est de cliquer. Tweetons enfants de la patrie…

E. F. : Je m’étonne qu’à l’heure où le juge Brett Kavanaugh devrait faire basculer la Cour suprême des Etats-Unis très à droite, Mark Lilla considère que la question des droits est réglée aux Etats-Unis. En effet, on peut s’attendre par exemple à une remise en cause du droit à l’avortement. Je ne partage pas non plus sa sévérité à l’égard de la jeunesse. Les mobilisations pour inciter à s’inscrire sur les listes électorales et à voter ne trouvent-elles pas grâce à ses yeux ? Et encore une fois, pourquoi opposer l’élection à la manifestation, comme si manifester n’était pas aujourd’hui un enjeu démocratique ?

Mark Lilla semble croire que plus on manifeste, moins on vote. En réalité, la mobilisation dans la rue est aussi une condition de la mobilisation électorale.

En tout cas, les suprémacistes blancs, eux, n’hésitent pas à manifester – rappelons-nous les manifestations Unite the Right en 2017 à Charlottesville [en Virginie, lors desquelles une contre-manifestante avait perdu la vie dans l’attaque à la voiture bélier d’un militant d’extrême droite] – et Donald Trump les renvoie dos à dos avec la jeunesse antifasciste qui a le courage de leur faire face ; ne sont-ils pas en train de défendre la démocratie, au risque de leur vie ?

En France, lorsque Génération identitaire bloque la frontière franco-italienne, ce sont les contre-manifestants qui s’exposent à la justice. Contre le délit de solidarité, ils parviennent à faire reconnaître le principe de fraternité par le Conseil constitutionnel : ne faut-il pas applaudir cette victoire démocratique ? Pourquoi railler le « narcissisme » d’une jeunesse qui fait reculer l’Etat [sur le projet d’aéroport de] Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), et avancer la cause écologique ?

M. L. : Et moi, je m’étonne qu’au moment où le droit à l’avortement est mis en cause aux Etats-Unis, la gauche américaine et Eric Fassin refusent de reconnaître la priorité absolue de gagner les élections et de prendre le pouvoir institutionnel.

Pour quoi le juge Kavanaugh est-il candidat à la Cour suprême ? Parce qu’il nous manquait des manifs à Brooklyn et à Berkeley ? Non. C’est parce que les Républicains contrôlent le vaste centre de mon pays et que la gauche identitaire manque d’une vision de notre destin commun. Manifestations, piège à cons, dirais-je pour détourner la formule de Sartre.

La gauche s’est-elle désintéressée des classes populaires ? Entre le centre gauche et la gauche identitaire ou minoritaire, qui est responsable du sentiment d’abandon qui s’est diffusé dans les milieux ouvriers ?

E. F. : Partout, la conversion des sociaux-démocrates au néolibéralisme s’est faite aux dépens des classes populaires, et au bénéfice des plus riches. C’est ce qui fragilise la démocratie : comment croire aux élections quand leur résultat ne change rien ?

Les ouvriers de gauche sont tentés par l’abstention, ceux de droite par l’extrême droite. Hillary Clinton n’a pas trop courtisé les minorités, ni trop rejeté les « déplorables » : racistes, sexistes et homophobes n’auraient jamais voté pour elle. C’est la continuité des politiques néolibérales, de Bill à Hillary Clinton, en passant par Barack Obama, qui explique la désaffection populaire.

Or cette interprétation est balayée en une phrase : « Si les démocrates ont perdu du terrain, ce n’est pas, nous dit Mark Lilla, parce qu’ils ont trop dérivé à droite, notamment en matière économique. » Il a beau citer Marx, il n’a donc que faire de l’économie : tout serait culturel ! Quand il invite la gauche à « créer un lien », ce n’est pas avec les ouvriers au chômage de la Rust Belt [« ceinture de la rouille », soit l’ancien nord-est industriel des Etats-Unis] ; c’est avec « les pentecôtistes du Sud et les propriétaires d’armes à feu des Rocheuses ». Non pas les classes populaires, mais le peuple de droite.

En France, on aime croire qu’il faudrait choisir : les ouvriers ou les minorités ? C’est une fausse alternative : les minorités sont surreprésentées dans les classes populaires (et inversement !) ; et il n’y a aucune raison d’opposer les politiques de reconnaissance et de redistribution. Il faut donc cesser d’opposer le social au sociétal.

Ce sont Trump et Le Pen qui jouent la race contre la classe – pas les minorités, qui ont trop à perdre à ce jeu. Parler d’intersectionnalité, soit de la pluralité des logiques de domination qui se cumulent ou se compensent, ce n’est pas creuser des clivages ; c’est penser l’articulation du sexe, de la race et de la classe.

M. L. : Eric Fassin le sociologue nous donne une image extrêmement primaire de nos sociétés : il y a des riches et des pauvres, les néolibéraux et les socialistes, les racistes et les minorités, les pentecôtistes et les profs. Faire la politique est chose facile : il ne faut que choisir votre camp. Le simplisme bourdieusien se porte bien en France.

Je ne fais pas un fétiche des classes populaires blanches, dont je suis issu. Je les connais trop bien. Je veux tout simplement sortir du jeu à somme nulle dans lequel la gauche américaine se trouve. Eric Fassin a tronqué une citation de mon livre, où je dis qu’au fond ce n’était pas une dérive à droite qui a fait perdre les démocrates. La cause, dis-je, est qu’ils « se sont retranchés dans des grottes qu’ils ont eux-mêmes creusées dans le flanc de ce qui était autrefois une magnifique montagne. »

Et quelle était cette montagne ? C’était la grande coalition d’ouvriers et de paysans, de catholiques et de protestants, de résidents du Nord et du Sud, qui entre les années 1930 et les années 1960 ont lutté pour des protections sociales et des droits constitutionnels, pour que toutes les familles américaines pussent vivre dignement. C’était un mouvement rassemblé autour d’un programme d’ambition universaliste, que Franklin Delano Roosevelt appelait « les quatre libertés » : liberté d’expression, liberté de religion, liberté de vivre à l’abri du besoin et liberté de vivre à l’abri de la peur. Pas autour de notre diversité ou différence.

Eric Fassin a tout à fait raison d’attirer notre attention sur l’aveuglement de ce mouvement, qui en grande partie a laissé les femmes et surtout les Noirs sur le bas-côté de la route. Mais le remède est de tenir et d’étendre les promesses de cette tradition : il faut nous rassembler pour faire face aux nouveaux défis de l’ère néolibérale. Et non pas nous disperser dans des groupuscules avec des revendications non négociables.

Que vous inspirent les débats en France sur les espaces non mixtes, les camps « décoloniaux » ou les revendications des Indigènes de la République ? Faut-il y voir une salutaire importation américaine ou une dérive ?

E. F. : Je trouve fascinante la fascination publique pour la non-mixité raciale : en 2016, quand un petit groupe de personnes racisées organise dans mon université alors occupée, Paris-VIII, des journées de « paroles non blanches » (ouvertes à tous, sauf un atelier en non-mixité), interpellée, la ministre de l’éducation nationale [Najat Vallaud-Belkacem] le dénonce à l’Assemblée nationale.

Or la polémique escamotait un point essentiel : c’était une mobilisation contre la « loi travail ». En 2017, l’actuel ministre de l’éducation [Jean-Michel Blanquer] a fait applaudir par tout l’Hémicycle, Marine Le Pen en tête, sa plainte « républicaine » – heureusement classée sans suite – contre le racisme d’un syndicat qui parle de racisés et de racisme d’Etat… Tout se passe comme si le racisme, en France, émanait principalement de celles et de ceux qui le subissent !

On oublie que les féministes, de longue date, recourent à la non-mixité sans faire scandale : regardez le collectif La Barbe. Ensuite, on occulte le fait que l’on se retrouve très souvent entre hommes blancs – comme pour notre débat – sans y prêter attention. Qui s’inquiète du communautarisme blanc ? Revendiquer la non-mixité minoritaire, c’est une provocation qui met le doigt sur l’aveuglement majoritaire. Enfin, la non-mixité n’est pas une philosophie ; c’est une technique : se retrouver pour échanger sur l’expérience du racisme ou du sexisme, sans avoir à se justifier devant ceux qui ne la partagent pas. Ce n’est pas la fin du monde !

M. L. : Je ne suis ces développements que de loin. Mais en discutant avec des étudiants en France, en Angleterre, en Espagne et en Allemagne l’été dernier, ils m’ont donné l’impression que ces pratiques sont de plus en plus répandues dans le monde universitaire européen. Leur contribution potentielle à la relance de la gauche m’échappe complètement.

Comment reconstruire du collectif, sans que cela revienne à imposer aux exclus de taire leurs revendications ?

M. L. : La seule façon de protéger les exclus est d’insister sur le fait qu’ils font déjà partie de « nous », et par conséquent que leur exclusion est injuste. S’il n’y a pas de « nous », comment motiver les uns d’être solidaires avec les autres ?

Plus nos sociétés deviennent individualistes et diverses, plus nous avons besoin d’établir des liens de sympathie et de devoir politique parmi nous. La rhétorique de la gauche identitaire en Amérique, qui nie l’existence d’un « nous » social, fait tout le contraire.

Sans le savoir, elle renforce l’idéologie néolibérale, qui veut nous convaincre que nous ne sommes que des « acteurs économiques», des particules élémentaires qui travaillent, consomment, et meurent seules. C’est pour cela que je parle de « reaganisme pour gauchistes » : les années 1990 étaient le berceau et du néolibéralisme, et de la politique de l’identité. Une main lave l’autre.

Je mets l’accent sur la citoyenneté parce que c’est un statut strictement politique, qui n’est en aucune façon en contradiction avec d’autres appartenances ou affinités électives : ethniques, religieuses, de genre. Je ne suis pas nationaliste et n’ai pas peur du multiculturalisme. Je m’en réjouis même – tant que le lien de citoyenneté est assez fort pour garantir la solidarité et le bien commun. Une citoyenneté ouverte, accueillante, combative – c’est ça dont nos démocraties ont besoin et que je tiens à promouvoir avec ce livre.

E. F. : Contre la gauche minoritaire, Mark Lilla se présente comme un liberal (de gauche). Demander d’être à l’écoute de la droite, est-ce vraiment un programme de gauche ? Dans la traduction, leftist est d’ailleurs rendu par « gauchiste » – ce qui n’est pas très positif… Mark Lilla n’a donc rien d’un radical. Est-il pour autant liberal ? Il dénonce sans cesse l’individualisme et la bataille pour les droits. Or fustiger, avec Houellebecq, les « particules élémentaires », c’est plutôt anti-libéral !

En fait, il est républicain. On peut donc regretter que, pour parler de la citoyenneté, il évite délibérément la question qui fâche : l’immigration. Parlons de « nous », pas d’« eux » ? En réalité, l’immigration nous rappelle que la démocratie, ce n’est pas le consensus ; c’est le dissensus. Sinon, quelle différence avec les régimes non démocratiques ? Faire de la politique, c’est défendre des valeurs contre d’autres valeurs, une vision du monde contre une autre. Comment l’oublier quand Trump est au pouvoir ?

Pour ma part, si je m’engage dans des combats minoritaires sans appartenir moi-même à une minorité, c’est que je suis convaincu que tout le monde est concerné : les discriminations minent nos sociétés. Ce qui menace le « nous », ce n’est pas que des gens dénoncent les discriminations ; c’est que tant d’autres s’en accommodent. Il ne suffit pas de proclamer que nous sommes tous citoyens. Encore faut-il que ce soit vrai. Or beaucoup se sentent dans leur propre pays comme des citoyennes ou des citoyens de deuxième zone – au mieux. Eviter d’en parler trop pour ne pas fâcher les électeurs d’extrême droite, ce n’est pas combattre, mais reculer devant ceux-ci. Ce ne sont pas les revendications des minorités qui fragmentent la société ; c’est leur relégation. Les opposer aux classes populaires, c’est encore les exclure du peuple. Soyons pragmatiques : il faut gagner les élections ! Nous sommes bien d’accord. Certes, il n’est pas sûr qu’une stratégie de gauche soit efficace. Mais il est certain que le virage à droite a été un échec.

Voir encore:

« He/she », « il/elle », « iel » : la transidentité bouscule les façons de se présenter

Les personnes transgenres indiquent dans leur « bio » sur les réseaux sociaux les pronoms par lesquels elles souhaitent être désignées. Par solidarité, des femmes et des hommes adoptent cette innovation langagière.

Pascale Krémer

Le Monde
05 février 2021

En français ou en anglais, de drôles de mentions apparaissent, ces temps-ci, dans les « bios », ces quelques lignes de présentation sur les réseaux sociaux. Dans les signatures de mails, aussi, comme sur les cartes de visite ou les badges accrochés aux sacs à dos des étudiants. « il/lui », « they/them », « elle/elle », « she/her/hers », « il/they », « il/elle » : toute une flopée de pronoms personnels sujets et compléments (et d’adjectifs possessifs) s’affichent. Sur son compte personnel Twitter, la vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, précise les siens, du genre féminin : « she/her ».

Déroutant, à première vue… Pourquoi ce besoin soudain d’exposer les pronoms que l’on souhaite voir utilisés par ceux qui parlent de nous ou s’adressent à nous ? Question de genre. Plus précisément de hiatus entre identité de genre et expression de genre. Et de solidarité entre personnes transgenres ou non binaires et personnes cisgenres.

Pardon ? On vous l’accorde, il y a de quoi se perdre dans ce vocabulaire tout neuf de la transidentité que les dictionnaires n’ont pas eu le temps d’intégrer. Qui emploie encore l’adjectif « transsexuel » trahit d’ailleurs son âge : trop médical, il renvoie à une transition physique qui n’est plus nécessairement souhaitée. « Vous voulez que je vous envoie la nomenclature du langage inclusif ? », nous propose-t-on aimablement avant interview…

« Autodétermination »

Mais revenons à nos pronoms. Les personnes transgenres (dont le genre ressenti diffère du sexe de naissance) ou non binaires (qui ne s’identifient ni au genre masculin ni au genre féminin) ont besoin d’indiquer à leurs interlocuteurs de quelle manière, donc avec quels pronoms, ils peuvent les désigner sans commettre d’impair – au masculin, au féminin ou de façon neutre. Car l’apparence physique (« l’expression de genre », disent les concernés) peut se révéler trompeuse, ne pas correspondre à l’identité de genre – le genre auquel la personne s’identifie. Bref, impossible de deviner qui est homme, femme, encore moins non binaire, en jetant un coup d’œil à la photo d’un profil sur les réseaux sociaux.

« Au début de ma transition, j’ai mis mes pronoms sur Twitter pour signifier que j’attendais qu’on s’adresse à moi comme à un homme, que je n’étais pas forcément ce qu’on voyait » Charlie, 23 ans, scénariste

« Ce qui est premier, c’est l’autodétermination, la manière dont on se définit », assure Charlie, alias « Météolol », 23 ans, grand échalas aux longs cheveux bouclés. Né fille, désormais « homme trans », ce scénariste diplômé d’un master d’études de genre s’est librement choisi pour pronoms « il/lui » en français, « they/them/he/him » en anglais.

« Au début de ma transition, j’ai mis mes pronoms sur Twitter pour signifier que j’attendais qu’on s’adresse à moi comme à un homme, que je n’étais pas forcément ce qu’on voyait. Quand je me présente dans une réunion, je dis que je suis Charlie, que j’utilise le pronom il et les accords au masculin. » Que veulent dire, alors, ces pronoms anglais pluriels « they/them » ? Dans le monde anglo-saxon, ils ont été préemptés par les personnes non binaires en quête de neutre, décode-t-on pour nous. « Je me reconnais de moins en moins dans la binarité genrée », conclut Charlie.

Le hic, c’est que, dans ce monde imparfait, exposer ses pronoms revient à s’exposer tout court. Alors, pour limiter stigmatisation et harcèlement en ligne, du soutien arrive, côté cisgenre : nullement concernées par la transidentité, des personnes à l’aise avec leur genre de naissance tentent de banaliser cette communication des pronoms en adoptant la pratique. Comme Justine, 21 ans, étudiante en éducation spécialisée, qui se définit d’un « she/her » sur Twitter : « Je mets mes pronoms en avant parce que certains, que cela dérange dans leur confort, reprochent aux personnes trans de le faire. »

Ingénieure et docteure en chimie des matériaux, Gala Chevaillier, 26 ans, @GalaMolecules sur Twitter, s’y présente comme « elle/she/her ». « Je suis cis, précise-t-elle, mais j’ai vu sur Twitter des amis transgenres qui avaient affiché leurs pronoms se prendre des remarques transphobes… Ajouter ses pronoms à sa bio, c’est faire en sorte que les personnes trans pour qui cela peut être très important soient moins ciblées. Cela crée un effet parapluie. »

Cela confère même un « sentiment de sécurité » à Kelsi Phung (« they/them » en anglais, « Iel » en français, contraction d’« il » et « elle »), 27 ans, activiste non binaire qui réalise des films d’animation : « J’ai travaillé avec des producteurs cisgenres qui indiquent leurs pronoms dans leur signature professionnelle, en bas des mails, par respect. Cela nous montre qu’ils sont un minimum renseignés sur l’identité de genre, qu’ils ne nous mégenreront pas. »

Etre mégenré ? Autre invention lexicale : se voir attribuer un genre erroné. « Que ce soit par malveillance ou par maladresse, c’est une claque, décrypte Karine Espineira, sociologue des médias et femme transgenre. Pour une personne en début de parcours de transition, cela représente un retour en arrière. Et même une violence, lorsque cela se répète. C’est lui dire : je ne te reconnais pas tel que tu affirmes être. »

Ministre transgenre

D’où la publicité faite aux pronoms. Né dans les milieux militants gay et trans, l’usage se répand chez les féministes, les étudiants en sciences sociales et, plus largement, dans la génération du millénaire.

« Il déborde du cadre militant, selon Arnaud Alessandrin, sociologue à l’université de Bordeaux. On observe un glissement de soutien, une prise de conscience que les questions d’identité de genre concernent tout un chacun. Très clairement, cela vient des Etats-Unis. » Dans les années 1950, la notion d’identité de genre y a émergé. Soixante-dix ans plus tard, des badges portant pronoms ou « Ask about my pronouns » (« Demandez-moi mes pronoms ») sont distribués dans certaines universités, à la rentrée, ou fièrement arborés par les serveurs des cafés branchés.

Une journée des pronoms (International Pronouns Day) est célébrée fin octobre. Succédant à « Google » et « Web », le pronom neutre « they » a été élu « mot de la décennie » (2010-2020) par l’American Dialect Society, qui scrute l’évolution du langage.

Lorsqu’ils sont sondés, la moitié des Américains de moins de 35 ans considèrent le genre comme un continuum plutôt que comme une notion binaire (étude « Fusion’s Massive Millennial Poll », 2015). Si demande leur est faite de se situer sur ce continuum, ils évoquent une cinquantaine d’identités de genre distinctes.

« C’est la fin de l’évidence qu’on veut croire naturelle. Les générations précédentes ont expérimenté dans le domaine de la sexualité, celles d’aujourd’hui explorent leur identité de genre » Eric Fassin, sociologue

« Le mouvement transgenre a pris de l’ampleur aux Etats-Unis à partir de 2006, grâce aux jeunes trans, résume Karine Espineira. Puis, au milieu des années 2010, on a assisté à l’explosion médiatique du sujet de la non-binarité, avec des coming out de pop stars, ou de leurs enfants. Une nouvelle terminologie s’est diffusée dans toute la société. »

Rachel Levine, la ministre adjointe de la santé tout juste nommée par le président Joe Biden, est une pédiatre transgenre. Sur la page contact du site de la Maison Blanche, on peut sélectionner les pronoms neutres « they/them » et le titre de civilité « Mx », pour échapper au dilemme « Mr » ou « Mrs ».

La France est à 3 000 milles marins de tout cela, de l’autre côté de l’Atlantique. « Le genre est omniprésent dans la langue française, remarque Eric Fassin, sociologue au département d’études de genre de l’université Paris-VIII. Dès l’école primaire, c’est tout l’apprentissage des accords, surtout à la première personne. A chaque phrase, on doit décliner son identité de genre. Et pour l’éviter, c’est un véritable gymkhana. » Le pronom personnel neutre (comme le « they » anglo-saxon employé au singulier, ou le « hen » suédois) n’existe pas, « on » ayant d’autres fonctions. D’où les néologismes « iel », « ielle » (ou « ille, ul, ulle, ol, olle, ellui, ael, aelle »…), encore très peu usités.

Si la langue française fait barrage au « trouble dans le genre », comme le nomme Eric Fassin, citant l’essai de la philosophe américaine Judith Butler (La Découverte, 2005), ces questionnements prennent de plus en plus d’importance, à l’en croire. « C’est la fin de l’évidence qu’on veut croire naturelle. Avec le pacs, puis le mariage pour tous, les nouvelles générations ont pu constater qu’il n’y a pas une nature des choses immuable. Les générations précédentes ont expérimenté dans le domaine de la sexualité, celles d’aujourd’hui explorent leur identité de genre. » En novembre 2020, 22 % des 18-30 ans interrogés par l’IFOP pour Marianne affirmaient ne pas se reconnaître dans les catégories homme ou femme.

Hausse du cyberharcèlement

Transidentité et non-binarité diffusent leurs innovations langagières. Se fraient aussi un chemin dans les médias, les séries, le showbiz. Et jusqu’en politique.

Elue en juin 2020 maire de Tilloy-lez-Marchiennes, dans le Nord, Marie Cau, femme transgenre, s’est émue de devenir « symbole d’une normalité possible ». « La honte a changé de camp, note Arnaud Alessandrin. Au printemps 2019, l’agression, à Paris, de Julia Boyer, une jeune femme trans, a marqué une rupture. L’opinion l’a majoritairement soutenue. Les discriminations transphobes sont pénalisées depuis 2016, des formations apparaissent dans les rectorats, les associations se multiplient… »

Mais la visibilité se paie, tempère-t-il, d’une hausse du cyberharcèlement. « Et la transphobie reste élevée dans notre pays. J’ai observé, à Bordeaux, que 88 % des personnes trans avaient subi au moins un acte de transphobie dans la rue, durant l’année 2018. »

En décembre 2020, Fouad, élève de terminale transgenre, a mis fin à ses jours, deux semaines après un différend avec la direction de son lycée lillois, qui s’opposait à sa venue en jupe. Andréa Valienne, responsable du « pôle trans » à l’Inter-LGBT, qui organise la Marche des fiertés, mesure le gouffre entre « les médias et le terrain » : « Les sphères sont assez étanches » Confusion des genres, androgynie reine, négation de la biologie, suprématie du ressenti, mode, lubie, surenchère délirante du politiquement correct : mettre en avant ses pronoms ou le hashtag #pronounsday sur Twitter suscite un monceau de réactions, souvent peu amènes.

« On n’est pas tous obligés d’aller communier à la chapelle des foldingues LGBT », a rétorqué un internaute au message de Gala Chevaillier justifiant sa démarche solidaire. L’« effet parapluie » censé protéger ses amis trans ne lui a pas épargné l’averse.

Voir enfin:

Impeachment 2 : Comment et Pourquoi Trump sera acquitté

Gérald Olivier

France-Amérique

8 février 2021

A Washington le second procès en destitution de Donald Trump s’ouvre. Cette procédure pourrait durer quelques jours, ou plusieurs semaines, voire plusieurs mois ! Mais on en connaît déjà l’issue, un acquittement de l’ancien président.

Comment le sait-on ?

Tout simplement parce qu’une condamnation nécessiterait le vote d’au moins soixante-sept sénateurs (sur cent), alors que le Sénat compte cinquante Démocrates et cinquante Républicains et que parmi ces derniers, quarante-cinq ont indiqué qu’ils considéraient la procédure comme inconstitutionnelle et qu’ils ne vont donc pas l’avaliser en votant pour condamner l’ancien président !

Néanmoins le procès aura bien lieu. Il est sans précédent. Aucun président avant Trump n’a été destitué deux fois, encore moins jugé deux fois. Son enjeu est d’éliminer une fois pour toutes Donald Trump de la scène politique américaine, de diviser et d’affaiblir le parti Républicain et de réduire au silence les millions d’Américains toujours fidèles à l’ancien président. Sur deux points au moins ce procès échouera. Un, Donald Trump survivra à ce nouvel assaut contre sa personne et sa légitimité. Deux, ses supporters lui garderont leur confiance et seront même galvanisés par ce qui constitue à leurs yeux un abus de pouvoir flagrant et un détournement des institutions par le parti Démocrate maitre des appareils législatif et exécutif.

Rappel des faits.

A la suite de l’envahissement du Capitole par certains supporters du président Trump, le 6 janvier, lors de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre 2020, la Chambre des Représentants a voté la destitution (impeachment) du président Trump pour « incitation à l’insurrection » contre les institutions qu’il s’était engagé par serment à défendre. Le vote fut de 232 voix pour et 197 contre. Tous les élus Démocrates ont soutenu la motion (222) rejoints par dix élus Républicains.

Selon la Constitution des Etats-Unis, un vote à la majorité simple de la Chambre des Représentant suffit à « destituer » le président. Ce vote doit être suivi d’un procès devant le Sénat, conclu par un vote à la majorité des deux tiers pour que cette destitution soit confirmée. Le vote de la Chambre ne sert qu’à valider des « articles de destitution », équivalents de chefs d’accusation dans une procédure judiciaire classique. Le parti majoritaire à la Chambre peut voter la destitution du président, sur une base partisane, quand bon lui semble. C’est le cas des Démocrates depuis 2018.

Toutefois cela pose ici un premier problème majeur. La destitution, comme son nom l’indique, est destinée à déchoir un président de sa fonction. Or Donald Trump n’est plus président. Son mandat s’est achevé le 20 janvier. Il a quitté sa fonction. De façon pacifique. Joe Biden est le président en place. Pourquoi et surtout comment destituer un ancien président qui n’est plus en place. Sauf à se complaire dans une forme d’acharnement politique ?

Aucun président américain n’a jamais été poursuivi en destitution après avoir quitté sa fonction. Pas même Richard Nixon. La question se pose donc de la « constitutionnalité » même de la procédure. Le sénateur Républicain du Kentucky Rand Paul estime que ce procès est inconstitutionnel. Il est suivi par tous les sénateurs Républicains, sauf cinq.

Le président de la Cour Suprême, le juge John Roberts, a également mis en doute la constitutionnalité de cette procédure en refusant de présider au procès de Donald Trump. La Constitution indique que « le président de la Cour Suprême » fera office de président du tribunal, lors du procès du président devant le sénat. Mais Donald Trump étant désormais un simple citoyen, Roberts a estimé que la Constitution ne justifiait pas sa présence et a décliné le rôle. A sa place c’est le sénateur du Vermont, Patrick Leahy, un Démocrate âgé de 80 ans et « président pro tempore » du sénat qui a endossé ce rôle. De par son affiliation politique, la question de sa neutralité se pose ainsi que celle de la légitimité d’une procédure où le juge, est à la fois juge et parti…

Les fautes imputées à l’ancien président Trump sont contestées par nombre d’experts. Son discours du 6 janvier est couvert par le Premier Amendement à la Constitution, celui qui garantit et protège la liberté d’expression (entre autres). De nombreux autres discours, beaucoup plus incendiaires que celui de Donald Trump le 6 janvier, ont été délivrés au cours de l’histoire américaine, sans entrainer la destitution de leurs auteurs.

Certains de ces discours impliquent le chef de la majorité Démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui en 2018, au sujet de la confirmation du juge Kavannaugh à la Cour Suprême avait menacé ses collègues Républicains au son de « vous avez soulevé une tempête pour laquelle vous allez devoir payer… Vous ne saurez pas d’où vient le coup » ! Ou bien encore la vice-présidente en place Kamala Harris qui, il y a moins d’un an, justifiait les émeutes qui avaient réduit en cendres des dizaines de centre-villes aux Etats-Unis, ruiné des milliers d’entreprises, et causé la mort de dizaines de personnes, dont celle d’un policier noir à la retraite David Dorn, en disant que « rien dans notre pays n’a été obtenu sans qu’il faille combattre ». Dans la foulée elle avait levé des fonds pour payer la caution permettant de libérer les personnes arrêtées lors de ces émeutes. Un acte dénoncé comme une incitation à la violence, mais pour lequel elle n’a fait l’objet d’aucune poursuite.

Par ailleurs, la jurisprudence américaine ne reconnaît pas nécessairement de lien de cause à effet, et encore moins celui de « responsabilité pénale » entre les propos d’une personne A et les actions d’une personne B, ayant écouté ces propos. La première règle pénale aux Etats-Unis est que chacun est responsable de ses actes.

Enfin, plusieurs éléments de preuve existent, notamment des écoutes du FBI et des messages sur les réseaux sociaux, indiquant que l’action du 6 janvier avait été préméditée et planifiée à l’avance, ce qui disculpe Donald Trump d’en avoir été l’instigateur. Certains estiment même que le FBI et la police du Capitole portent en partie la responsabilité de ce qui s’est passé pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires afin de l’éviter…

L’acte d’accusation des Démocrates est donc contestable sur le fond et sur la forme. Néanmoins le président se doit de préparer une défense et il a constitué une équipe d’avocats pour cela.

Donald Trump sera représenté par David Schoen et Bruce Castor, le premier est un avocat de l’Alabama, spécialiste des droits civiques, le second est un ancien procureur de Pennsylvanie. Les deux avocats, dont les firmes n’ont pas travaillé ensemble par le passé, ont eu très peu de temps pour se préparer. Moins de dix jours. Car ils ne sont au service de Donald Trump que depuis le 30 janvier après qu’il ait renvoyé ses anciens avocats…

En effet Donald Trump souhaitait transformer son procès en destitution en un procès de l’élection du 3 novembre, une élection dont il a toujours contesté le résultat, ce qui a mené à son discours du 6 janvier et aux évènements qui ont suivi.

Ses avocats ont rejeté cette stratégie, la jugeant suicidaire. Car, à sa base, elle constitue une contestation de la légitimité institutionnelle du résultat électoral et donc un acte séditieux… Quelle que soit la réalité des fraudes qui ont pu émailler le scrutin du 3 novembre 2020, ce scrutin est désormais clos, son résultat a été certifié et validé par les institutions américaines et il doit donc être respecté !

Donald Trump devra suivre une autre stratégie. Dès lors deux possibilités s’offrent à lui. La première est d’opter pour un procès court, moins d’une semaine, invitant les sénateurs à voter rapidement avec à l’issue le résultat attendu d’un acquittement par 45 voix contre 55 ! La seconde est, au contraire, de faire durer la procédure et de transformer son procès en un procès de la majorité Démocrate au Congrès en évoquant tous les propos des élus actuellement en place et les nombreux cas d’incitation à la violence. En gros tourner la table contre ses accusateurs et faire que l’arroseur se retrouve arrosé.

Cette stratégie est plus risquée. Mais elle peut-être beaucoup plus embarrassante pour les Démocrates. Car ce procès va être retransmis par les grandes chaines de télévision et suivi par des dizaines de millions d’Américains, y compris sur les réseaux sociaux. Non seulement cela pourrait apporter un éclairage défavorable à des nombreux élus et nouveaux membres de l’administration Biden, mais cela constituera inévitablement une distraction par rapport aux activités de l’administration Biden. Donald Trump, même s’il n’apparaîtra pas en personne, lors de ce procès, va à nouveau dominer l’actualité de toute sa stature. Son ombre va recouvrir les premiers jours de la présidence de Joe Biden alors que ce dernier tente désespérément d’asseoir sa légitimité auprès des électeurs.

Une stratégie sur la durée comporte aussi le risque de diviser ouvertement le camp Républicain. L’un des objectifs de la majorité Démocrate à travers cette procédure est évidemment de mettre les élus Républicains au pied du mur. Les obliger à prendre position pour un président dont ils estiment qu’il a menacé les institutions, ou au contraire contre ce président et dès lors à contester sa main mise sur le parti. C’est l’autre enjeu de cette parodie de procès. Favoriser la division du parti adverse pour assurer sa propre domination politique. Pour l’instant la manœuvre a échoué. Les Républicains restent très majoritairement fidèles à Donald Trump mais quelques voix se sont élevées contre lui, celle de Liz Cheney, la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney à la Chambre, ou celle du Sénateur Ben Sasse du Nebraska. Une prolongation des débats ne ferait que favoriser des dissensions…

Qu’elle soit brève ou prolongée, il n’est pas dit que cette mascarade – car c’en est bien une, ce procès étant une affaire strictement politique et non pas judiciaire – ne se retourne contre ses auteurs. Les Américains pourraient voir d’un mauvais œil que leurs élus gaspillent leur temps et leurs impôts à financer de futiles actions motivées par des fins de politique partisane.

Cela alors que la pandémie de coronavirus pour laquelle Joe Biden avait prétendu avoir « un plan » continue de tuer les Américains en nombres records et de pénaliser l’économie, donc de menacer la survie même des ménages Américains.

Après tout, les prochaines échéances législatives sont dans vingt mois et les Américains ont, certes, la mémoire courte, mais pas forcément à ce point.

Voir par ailleurs:

Quand les intellectuels s’emparent du fouet

Orwell et la défense de l’homme ordinaire

Jean-Jacques Rosat

Chronique 2/ Chroniques orwelliennes

2004

Ce texte a pour origine une communication présentée au colloque « Le politique et l’ordinaire » organisé à l’université de Picardie (Amiens) les 5 et 6 avril 2004 par Sandra Laugier, Laurent Bove et Claude Gauthier. Il est paru sous ce même titre dans la revue Agone, 2005, no 34, Domestiquer les masses, p. 89-109 (http://revueagone.revues.org/96). On y a juste ajouté ici des intertitres. (Une version légèrement différente et sensiblement réduite est parue dans Sandra Laugier et Claude Gauthier, L’ordinaire et le politique, PUF, 2006, sous le titre « Orwell, l’homme ordinaire, les intellectuels et le pouvoir ».)

On trouvera dans la bibliographie qui figure à la fin de ces Chroniques les références complètes des livres d’Orwell cités, ainsi que celles des abréviations utilisées en notes.

1La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

2Cette idée est clairement formulée dans une page célèbre de 1984 :

  • 1 Orwell, 1984, p. 119.

Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : « La liberté, c’est de dire que deux et deux font quatre. Quand cela est accordé, le reste suit1.

Il y a donc un monde ordinaire. Les pierres y sont dures, et deux plus deux y font quatre.

  • 2 Orwell, Lettre à Henry Miller, 26 août1936, EAL-1, p. 292.
  • 3 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 296.

3Cette caractérisation du monde ordinaire à partir des jugements de perception et des jugements arithmétiques remonte, dans la pensée d’Orwell à l’année 1936 au moins, soit treize ans avant la publication de 1984. Dans une lettre à l’écrivain américain Henry Miller, l’auteur de Tropique du cancer, il déclare : « J’ai en moi une sorte d’attitude terre à terre solidement ancrée qui fait que je me sens mal à l’aise dès que je quitte ce monde ordinaire où l’herbe est verte, la pierre dure, etc.2 » Et dans une recension strictement contemporaine de Printemps noir, un roman du même Miller, Orwell explique que « le mot écrit perd son pouvoir s’il s’éloigne trop ou, plus exactement, s’il demeure trop longtemps éloigné du monde ordinaire où deux et deux font quatre3 ». Comme le fait observer le philosophe américain James Conant, les jugements de perception et les jugements arithmétiques élémentaires ont un point commun :

  • 4 James Conant, « Freedom, Cruelty, and Truth », in Robert B. Brandom, Rorty and his Critics, Blackwe (…)

Une fois qu’un membre de notre communauté linguistique est devenu compétent dans l’application des concepts appropriés (perceptuels ou arithmétiques), ce sont deux types de jugements dont il peut facilement établir, individuellement et par lui-même, la vérité ou la fausseté. Une fois qu’il a acquis les concepts appropriés et qu’il les a complètement maîtrisés, ce sont des domaines où il est capable de prononcer un verdict sans s’occuper de ce que devient, au sein de sa communauté, le consensus les concernant. […] Quand le verdict concerne, par exemple, quelque chose que vous êtes le seul à avoir vu, vous avez d’excellentes raisons a priori de vous fier davantage à votre propre vision de l’événement qu’à une version contradictoire, parue, disons, dans le journal4.

L’existence du monde ordinaire repose donc sur la capacité de chacun de nous à établir la vérité d’un certain nombre d’affirmations par lui-même, indépendamment de ce que peuvent affirmer les autres et, plus encore, indépendamment de tout pouvoir. Cette capacité est la caractéristique première de l’homme ordinaire. En se cramponnant à ces affirmations, Winston, le personnage central de 1984, lutte pour rester un homme ordinaire, pour penser et agir en sorte que le monde ordinaire continue d’exister.

4Car le monde ordinaire peut disparaître. C’est la découverte terrifiante qu’a faite Orwell en 1937 – un choc qui va déterminer pour le reste de sa vie aussi bien son activité politique que son travail d’écrivain. De retour d’Espagne après avoir combattu le fascisme dans la milice du POUM et après avoir dû s’enfuir pour échapper d’extrême justesse à son arrestation par les communistes, il est abasourdi par la manière dont la presse de gauche anglaise rend compte des événements espagnols et par le degré auquel les intellectuels de gauche ne veulent rien savoir de la liquidation systématique des anarchistes et des militants du POUM par les staliniens. Voici comment, dans ses « Réflexions sur la guerre d’Espagne » écrites cinq ans plus tard, en 1942, à Londres et sous les bombes allemandes, il évoque sa prise de conscience de ce qui est pour lui le trait essentiel, totalement neuf et totalement terrifiant, du totalitarisme.

  • 5 Orwell, « Réflexions sur la guerre d’Espagne » (1942), EAL-2, p. 322-325.

Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. […] J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses « lignes de parti ». […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. […] Je suis prêt à croire que l’histoire est la plupart du temps inexacte et déformée, mais, ce qui est propre à notre époque, c’est l’abandon de l’idée que l’histoire pourrait être écrite de façon véridique. Dans le passé, les gens mentaient délibérément, coloraient inconsciemment ce qu’ils écrivaient, ou cherchaient la vérité à grand-peine, tout en sachant bien qu’ils commettraient inévitablement un certain nombre d’erreurs. Mais, dans tous les cas, ils croyaient que les « faits » existent, et qu’on peut plus ou moins les découvrir. Et, dans la pratique, il y avait toujours tout un ensemble de faits sur lesquels à peu près tout le monde pouvait s’accorder. Si vous regardez l’histoire de la dernière guerre [la Première Guerre mondiale], dans l’Encyclopedia Britannica par exemple, vous vous apercevrez qu’une bonne partie des données sont empruntées à des sources allemandes. Un historien allemand et un historien anglais seront en profond désaccord sur bien des points, et même sur des points fondamentaux, mais il y aura toujours cet ensemble de faits neutres, pourrait-on dire, à propos desquels aucun des deux ne contestera sérieusement ce que dit l’autre. C’est précisément cette base d’accord […] que détruit le totalitarisme. […] L’objectif qu’implique cette ligne de pensée est un monde de cauchemar où le Chef, ou une clique dirigeante, ne contrôle pas seulement l’avenir, mais aussi le passé. Si le Chef dit de tel ou tel événement « cela n’a jamais eu lieu » – eh bien, cela n’a jamais eu lieu. S’il dit que deux et deux font cinq – eh bien, deux et deux font cinq. Cette perspective me terrifie beaucoup plus que les bombes – et après ce que ce que nous avons vécu ces dernières années, ce ne sont pas là des propos en l’air5.

2. Qui est l’homme ordinaire ?

5Qui donc est l’homme ordinaire, ce « dernier homme en Europe » (c’était le titre initial de 1984), dont dépend rien moins que l’avenir de la liberté et de la civilisation ?

  • 6 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 624.

6L’homme ordinaire n’est ni le militant ni le citoyen. L’horizon de ses jugements n’est ni l’histoire de l’humanité ni la nation, mais le monde concret et particulier de son expérience, celui sur lequel il a prise et où ses actes ont un sens pour lui. Dans son essai intitulé « Dans le ventre de la baleine », Orwell crédite Henry Miller d’avoir donné dans un roman comme Tropique du cancer une image plus juste de l’homme ordinaire que bien des romanciers engagés. « Parce qu’il est passif par rapport à l’expérience, Miller peut s’approcher davantage de l’homme ordinaire que des auteurs plus soucieux d’engagement. L’homme ordinaire est passif. À l’intérieur d’un cercle étroit (sa vie familiale, et peut-être le syndicat ou la politique locale), il se sent maître de son destin ; mais, face aux grands événements majeurs, il est tout aussi démuni que face aux éléments. Bien loin de tenter d’agir sur l’avenir, il file doux et attend que les choses se passent. » On le rencontre par exemple dans « les livres écrits sur la Grande Guerre [qui] sont l’œuvre de simples soldats ou d’officiers subalternes, qui ne prétendaient même pas comprendre de quoi il retournait — des livres comme À l’ouest rien de nouveau, Le Feu, [ou] L’Adieu aux armes […] écrits non par des propagandistes, mais par des victimes6 ».

L’homme ordinaire, ajoute Orwell, est « apolitique et amoral », non pas au sens où il ignorerait tout code moral et ne voterait jamais aux élections, mais au sens où ni les doctrines morales ni les idéologies politiques ne sont les véritables ressorts de sa conduite. Mais cette passivité rend l’homme ordinaire plus sensible et plus réceptif aux événements qui bouleversent notre monde et à leur véritable signification que celui qui les appréhende essentiellement à travers les doctrines et les mots.

7Dans Un peu d’air frais – le roman qu’Orwell écrit dans l’ambiance de l’avant deuxième guerre mondiale –, le héros et narrateur, Georges Bowling, ancien combattant de 14-18 et vendeur d’assurances dans le civil, est le prototype de l’homme ordinaire. Mieux qu’un intellectuel ou un militant, il voit littéralement non seulement la nouvelle guerre qui vient mais surtout l’après-guerre :

  • 7 Orwell, Un peu d’air frais (1939), p. 210.

Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel (a highbrow). En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les hauts-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires (ordinary chaps) que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincailleries – tous se rendent compte que le monde va mal7.

  • 8 Ibid., p. 199-200.

8Bowling pense que l’instauration d’un régime fasciste en Angleterre ne changerait pas grand-chose à sa vie quotidienne, puisqu’il n’est pas politiquement engagé. Et pourtant, cette perspective lui est insupportable. « Qu’adviendra-t-il de gens comme moi si nous devons avoir le fascisme en Angleterre ? La vérité est que ça ne fera probablement pas la moindre différence. […] Le type ordinaire comme moi, celui qui passe inaperçu, suivra son train-train habituel. Et pourtant, ça me terrifie – je vous dis que ça me terrifie.8 » En janvier 1940, pendant la « drôle de guerre », Orwell écrit à son éditeur, Victor Gollancz :

  • 9 Orwell, Lettre à Victor Gollancz, 8 janvier 1940, EAL-1, p. 511.

Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si, dans des pays comme l’Angleterre, les gens ordinaires (the ordinary people) font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité, les gens ordinaires (the common people) s’avèrent être plus intelligents que les gens intelligents (more intelligent than the clever ones)9. []

En somme, George Orwell a plutôt confiance dans les réactions de George Bowling.

  • 10 John Newsinger, La politique selon Orwell (1999), traduit par Bernard Gensane, Agone, 2006, p. 62-6 (…)

9Un des épisodes les plus remarquables d’Un peu d’air frais est celui où Bowling se rend à une réunion du Club du Livre de Gauche. Ce Club a réellement existé : créé en mai 1936 par l’éditeur Victor Gollancz, c’était un club de diffusion de livres militants (le premier titre proposé à ses membres fut un livre de Maurice Thorez, La France d’aujourd’hui et le Front populaire) et, en même temps, un réseau de cercles qui organisaient des conférences et qui compta jusqu’à 1 200 groupes et 57 000 membres à travers toute l’Angleterre. C’est d’ailleurs par le Club du Livre de Gauche que fut publié et diffusé, en 1937, le premier livre d’Orwell à connaître le succès, Le quai de Wigan (44 000 exemplaires), un reportage sur la vie des ouvriers dans le nord de l’Angleterre10. Cela n’empêcha pas Orwell de combattre vigoureusement la ligne « Front Populaire » défendue à cette époque par Gollancz et par le Club du Livre de Gauche. Orwell y voyait une stratégie visant à placer le mouvement ouvrier européen sous la coupe des partis communistes, donc à le subordonner aux exigences de la politique extérieure de l’Union Soviétique, et, par conséquent, à stériliser toutes ses potentialités révolutionnaires.

10Bowling, l’homme ordinaire, assiste donc à une conférence de dénonciation du fascisme et d’Hitler prononcée par un propagandiste et activiste officiel du Front Populaire, « un type venu de Londres ». Mais il n’y entend que des mots vides et de la haine. L’orateur lui-même est creux, hormis sa haine.

  • 11 Orwell, Un peu d’air frais, p. 194-198.

Vous connaissez le refrain. Ces types-là peuvent vous le moudre pendant des heures, comme un gramophone. Tournez la manivelle, pressez le bouton, et ça y est. Démocratie, fascisme, démocratie. Je trouvais quand même un certain intérêt à l’observer. Un petit homme assez minable, chauve et blanc comme un linge, debout sur l’estrade, à lâcher des slogans. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ouvertement, de façon délibérée, il attise la haine. Il se démène pour vous faire haïr certains étrangers qu’il appelle fascistes. Drôle de chose, je me disais, être « M. Untel, l’antifasciste bien connu ». Drôle d’affaire, l’antifascisme. Ce type, je suppose qu’il gagne sa croûte en écrivant des livres contre Hitler. Qu’est-ce qu’il faisait avant Hitler ? Et qu’est-ce qu’il fera si Hitler disparaît ? […] Il essaie d’attiser la haine chez ceux qui l’écoutent, mais ce n’est rien à côté de la haine qu’il éprouve personnellement. […] Si vous le fendiez en deux pour l’ouvrir, tout ce que vous y trouveriez ce serait démocratie — fascisme — démocratie. Ce serait intéressant de connaître la vie privée d’un type pareil. Mais a-t-il seulement une vie privée ? Ou se répand-il d’estrade en estrade, en attisant la haine. ? Peut-être même rêve-t-il en slogans ? […] Je vis la vision qui était la sienne. […] Ce qu’il voit […] c’est une image de lui-même frappant des visages avec une clé anglaise, des visages fascistes, bien entendu. […] Frappe ! Au beau milieu ! Les os se brisent comme une coquille d’œuf, et le visage de tout à l’heure n’est plus qu’un gros pâté de confiture de fraise […] C’est ce qu’il a en tête, qu’il dorme ou qu’il veille, et plus il y pense, plus il aime ça. Et tout est très bien du moment que les visages écrabouillés sont des visages fascistes. C’est ce que vous pouviez entendre au son même de sa voix11.

On ne saurait soupçonner Orwell de faiblesse à l’égard du fascisme : dès décembre 1936, il partit le combattre en Espagne les armes à la main, et la balle qui, en mai 1937, lui traversa la gorge et faillit lui coûter la vie venait d’une tranchée fasciste. Orwell-Bowling déteste donc le fascisme au moins autant que le propagandiste à la tribune. Mais il ne le déteste pas de la même manière. Et la manière ici est essentielle. Il le déteste comme un homme ordinaire, pas comme un intellectuel activiste. Qu’est-ce qu’Orwell-Bowling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure, en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire.

3. L’homme totalitaire

11L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture :

  • 12 Orwell, 1984, p. 362.

Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes12.

  • 13 Conant, op. cit., p. 293.

12Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et de sentiments humains13 ». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola qui écrivait en avril 1923 :

  • 14 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923 ; cité dans Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? (…)

Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens14.

  • 15 Conant, op. cit., p. 293.

L’usage orwellien du terme totalitaire, poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques, mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires”, mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne15 ».

13Quelles idées ? La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou plus exactement sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai » et je ne peux plus l’utiliser.

14Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même :

  • 16 Orwell, 1984, p. 118.

Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience, mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi16 ?

De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même.

  • 17 Ibid.

Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord)17.

  • 18 Stanley Cavell, Le déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Le Seuil, p. 152 (…)

Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique, mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.18 » Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire.

  • 19 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 294.
  • 20 Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936).

15À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences. Dans sa recension de Printemps noir d’Henry Miller en 1936, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Les livres sur des gens ordinaires qui se comportent d’une manière ordinaire sont rarissimes parce qu’il faut pour les écrire quelqu’un qui soit capable de se placer à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme ordinaire (ordinary man) – tel Joyce simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de Bloom. Mais cela revient à admettre qu’on est soi-même, les neuf dixièmes du temps, une personne ordinaire (an ordinary person), chose qu’aucun intellectuel ne veut justement s’avouer19 ». C’est le problème qu’il pose dans son roman Et vive l’aspidistra ! où un jeune poète fauché met toute son énergie à rater sa vie par refus de l’ordinaire20.

  • 21 Cavell, op. cit., p. 54.

16Bien qu’Orwell ne le dise pas expressément, cette difficulté des intellectuels à s’assumer comme des gens ordinaires est évidemment liée à leur rapport au langage. L’intellectuel est, par définition, l’homme des mots, l’homme qui vit par les mots, dans les mots, et dont le rapport au monde passe davantage par les mots que par le regard, l’action ou plus généralement l’expérience. Si le scepticisme, au sens où l’entend Cavell, « est la faculté, que possède et désire quiconque possède le langage, de s’exiler, de s’excommunier de la communauté qui, par consensus ou consentement mutuel, fonde l’existence du langage21 », les intellectuels sont plus vulnérables au scepticisme que les gens ordinaires. Ils peuvent alors, à la manière de Descartes, s’enfermer dans leur « poêle » pour douter de l’existence du monde extérieur et même de celle de leur propre corps, en utilisant les mots, coupés de leur usage ordinaire, dans des méditations métaphysiques. Mais ils peuvent aussi les faire fonctionner, tout aussi coupés du monde ordinaire, comme des instruments de déformation de la réalité (dans la propagande, par exemple) et comme des instruments d’exercice du pouvoir sur les esprits. Une des leçons de 1984 est que ces deux usages ne sont pas sans rapport l’un avec l’autre, et que des arguments produits dans les jeux apparemment inoffensifs de la spéculation peuvent, quand ils sont maniés par des intellectuels de pouvoir, devenir de puissants moyens de destruction de la liberté de penser. Par exemple, pour convaincre Winston que le Parti peut se rendre maître du passé, O’Brien utilise l’arsenal des arguments classiques de l’idéalisme qui tendent à prouver que le passé n’existe pas en tant que tel, mais seulement dans les archives et dans l’esprit des hommes.

17Il vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels. C’est pourquoi il est essentiel dans l’économie de 1984 qu’O’Brien, l’adversaire de Winston, celui qui finira par le briser intellectuellement, affectivement et moralement, soit lui-même un intellectuel, et que les séances de torture de la troisième partie du roman soient entrecoupées de discussions philosophiques où il l’emporte à tout coup. O’Brien n’est pas un intellectuel au service d’une classe dominante. La caste dominante, c’est lui.

4. Le totalitarisme, « vœu secret de l’intelligentsia »

18Selon Orwell, en effet, le totalitarisme est le vœu secret de l’intelligentsia. Dans un essai intitulé « James Burnham et l’ère des organisateurs » qui date de mai 1946, c’est-à-dire de l’époque où il entreprend d’écrire 1984, Orwell met en lumière le lien qui existe entre les prédictions de Burnham – selon lesquelles le pouvoir dans les sociétés modernes va passer des propriétaires capitalistes aux organisateurs (aux managers) – et l’attirance d’une fraction non négligeable des intellectuels anglais pour la Russie de Staline (attirance d’autant plus étrange à première vue que le communisme et le stalinisme n’en ont exercé que très peu sur la classe ouvrière anglaise).

  • 22 Orwell, « James Burnham et l’ère des organisateurs », EAL-4, p. 218-219.

La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des « organisateurs » à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des « organisateurs » au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet22.

  • 23 Orwell, 1984, p. 105.
  • 24 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? », in Stanley Hoffmann (dir. (…)

19On trouve sans doute ici l’explication d’une caractéristique importante et souvent négligée du type de totalitarisme décrit dans 1984 : le contrôle des esprits et l’endoctrinement permanents n’y concernent que les membres du Parti, les organisateurs au sens large. Tous les autres, les prolétaires, soit 85% de la population, sont considérés comme « des inférieurs naturels, qui doivent être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. Laissés à eux-mêmes comme le bétail dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel selon une sorte de canon ancestral23 ». La société que décrit 1984 n’est ainsi pas tant une parodie du stalinisme – ou d’un mixte de stalinisme et de fascisme comme on le dit souvent – qu’une satire du rêve secret de l’intelligentsia de gauche britannique. Comme l’écrit Judith Shklar, « l’intellectuel qui ne peut pas supporter les intellectuels n’est pas une espèce rare ; mais ce qui singularise Orwell, c’est qu’il a traduit son mépris dans la vision d’une société gouvernée par les objets de son dédain. L’État totalitaire qu’il a imaginé n’est pas tout à fait celui de Staline, non plus que celui d’Hitler. Le Parti Intérieur, qui dispense l’Angsoc et dirige l’aire n°1 dans 1984, est composé d’intellectuels radicaux anglo-américains24 ».

  • 25 Michael Walzer, « George Orwell’s England », in Michael Walzer, The Company of Critics : Social Cri (…)
  • 26 Ibid., p. 196.
  • 27 Orwell, « Recension de The Freedom of the Street de Jack Common » (1938), EAL-1, p. 424.
  • 28 Ibid., p. 423
  • 29 Ibid., p. 424]

20Si Orwell concentre ainsi l’essentiel de ses critiques sur « les intelligentsias politique et technique, [sur] les maîtres de la vérité idéologique et [sur]ceux du savoir scientifique », c’est parce que, comme le souligne Michael Walzer, il craint qu’« une fois les capitalistes vaincus, ces deux groupes sociaux ne fassent obstacle à une révolution démocratique ou ne l’usurpent25 ». La critique d’Orwell, rappelle Walzer, est « une critique interne au socialisme26 » et l’affrontement entre l’intellectuel et l’homme ordinaire passe ainsi à l’intérieur du mouvement socialiste. Rendant compte, en 1938, d’un recueil d’essais du romancier socialiste et d’origine ouvrière, Jack Common, Orwell avertit le lecteur qu’il y apprendra « beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que dans le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. […] On entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire (the authentic voice of the ordinary man), de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté (a new decency) dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison27 ». Il loue l’auteur d’avoir « mis le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot “socialisme” a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par “socialisme” est soit absurde soit hérétique. […] Les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquels ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète28 ». Ainsi, c’est la mainmise des intellectuels sur le mouvement ouvrier qui explique pourquoi « ce à quoi on assiste chaque fois, c’est à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité29 ».

5. « Honnêteté commune » et politique

  • 30 Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Le Seuil, 1997, p. 10.
  • 31 On trouvera dans le petit livre de Bruce Bégout, De la décence ordinaire (Allia, 2008), une synthès (…)

21Orwell n’est pas ouvriériste. Son attitude ressemble plutôt à la « sollicitude, dénuée de toute naïveté populiste, pour « le commun des hommes » et « les opinions du peuple saines » que Bourdieu admire chez Pascal30. D’abord, l’idée d’attribuer à la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe exploitée, un rôle dirigeant ou messianique est totalement étrangère à Orwell. Et surtout, les dispositions morales qu’Orwell reconnaît aux ouvriers ordinaires – droiture, générosité, haine des privilèges, soif d’égalité – ne sont pas spécifiquement ouvrières : elles relèvent de l’honnêteté commune, de ce qu’il appelle lui-même la common decency : cette morale déclarée « bourgeoise » par les intellectuels de gauche et, à ce titre, décriée par eux – morale qui est simplement celle des gens ordinaires31.

22Dans son essai sur Dickens, qui est un de ses chefs d’œuvre, Orwell exalte ce qu’il tient pour « un des traits caractéristiques de la culture populaire occidentale » :

  • 32 Orwell, « Charles Dickens » (1939), EAL-1, p. 573-574.

Il est présent dans les contes et les chansons humoristiques, dans des figures mythiques comme Mickey Mouse ou Popeye (deux avatars de Jack le Tueur de Géants), dans l’histoire du socialisme ouvrier. […] C’est le sentiment qu’il faut toujours être du côté de l’opprimé, prendre le parti du faible contre le fort. […] [L]’homme ordinaire (the common man) vit toujours dans l’univers psychologique de Dickens, [alors que] la plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre. D’un point de vue marxiste ou fasciste, la quasi-totalité des valeurs défendues par Dickens peuvent être assimilées à la « morale bourgeoise » et honnies à ce titre. Mais, pour ce qui est des conceptions morales, il n’y a rien de plus « bourgeois » que la classe ouvrière anglaise. Les gens ordinaires (the ordinary people), dans les pays occidentaux, n’ont pas encore accepté l’univers mental du « réalisme » et de la politique de la Force. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man) Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme « ordinaires (common) ». Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romain, par exemple32.

23Cet éloge de la common decency (l’honnêteté commune) appelle quelques remarques.

(1) Bien que Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain, et Orwell l’associe au christianisme et à la révolution française. Mais, si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines.

(2) « L’honnêteté commune » a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences. – On peut aller plus loin : c’est cette « honnêteté commune » qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergeront une humanité nouvelle et, par conséquent, une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre.

  • 33 Orwell, Lettre à Humphry House, 11 avril 1940, EAL-1, p. 663.

Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques33.

  • 34 Orwell, « Raffles et Miss Blandish » (1944), EAL-3, p. 284.

(3) En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » la doctrine qui veut que la force prime le droit, et il voit dans « la montée du “réalisme” … le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque »34.

24Les effets moralement corrupteurs de ce réalisme, Orwell ne les discerne pas seulement dans la presse ou les écrits politiques mais dans la littérature et jusque dans la poésie.

Dans son essai Dans le ventre de la baleine, il cite un poème de W.H. Auden, intitulé Spain, dont il dit que c’est à son avis « une des seules choses à peu près convenables inspirées par la guerre d’Espagne ».

Demain, pour la jeunesse, les poètes explosant comme des bombes,
Les promenades autour du lac, les semaines d’étroite communion ;
Demain les courses de vélo
À travers les banlieues par les soirs d’été : mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’inévitable montée des chances de mourir,
Le nécessaire assassinat et sa culpabilité assumée
Aujourd’hui le gaspillage de ses forces
Dans des tracts éphémères et des meetings rasants.

Orwell en donne le commentaire ironique suivant.

  • 35 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 643-644.

La deuxième strophe représente une sorte de croquis sur le vif de la journée d’un « bon militant ». Le matin, un ou deux assassinats politiques, dix minutes d’interlude pour « étouffer le remords bourgeois », puis un déjeuner rapide et un après-midi plus une soirée occupés à écrire des slogans sur les murs et à distribuer des tracts. Tout cela est très édifiant. Mais remarquez l’expression « le nécessaire assassinat » (necessary murder) : elle ne peut avoir été employée que par quelqu’un pour qui l’assassinat est tout au plus un mot. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas aussi légèrement de l’assassinat. Il se trouve que j’ai vu quantité de corps d’hommes assassinés – je ne dis pas tués au combat, mais bien assassinés. J’ai donc quelque idée de ce qu’est un assassinat – la terreur, la haine, les gémissements des parents, les autopsies, le sang, les odeurs. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. […] Le type d’amoralisme de M. Auden est celui des gens qui s’arrangent toujours pour n’être pas là quand on appuie sur la détente35.

L’importance de cette page tient à la relation étroite qu’elle établit entre la fascination des intellectuels pour la puissance et la corruption du langage : l’une et l’autre découlent de la perte de l’ordinaire.

5. Le patriotisme des déracinés

25Comment un poète de l’envergure d’Auden – mais on pourrait poser la même question bien plus encore pour Aragon – a-t-il pu être attiré vers le « réalisme » et trahir ainsi les valeurs libérales qui sont la condition d’existence d’une littérature authentique ?

  • 36 Ibid., p. 641.

Comment des écrivains ont-ils pu être attirés par une forme de socialisme qui rend impossible toute honnêteté intellectuelle36 ?

26C’est la question que pose Orwell dans un long essai publié en 1940 et intitulé « Dans le ventre de la baleine », où il analyse la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres et, plus particulièrement, la différence quant à leur rapport à la société et à la politique entre les écrivains des années 1920 (Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, entre autres) et ceux des années 1930 (Auden et Spender notamment). Sa réponse est qu’en 1930 la crise morale et spirituelle de la société anglaise (et de la civilisation occidentale) était telle que les fonctions et les engagements habituels des intellectuels, ceux par lesquels ils étaient traditionnellement reliés à la communauté nationale, avaient perdu toute signification. Orwell lui-même a vécu cette crise. Né en 1903 et ancien élève d’Eton, il a démissionné en 1927 des fonctions d’officier de police qu’il exerçait depuis cinq ans en Birmanie parce qu’il a pris conscience que l’Empire britannique exalté par Kipling n’était en réalité qu’un sordide système d’exploitation économique, totalement inhumain où, comme le dit un personnage de son roman Une Histoire birmane, « les fonctionnaires maintiennent les Birmans à terre pendant que les hommes d’affaires leur font les poches ». Mais il est resté malgré tout profondément attaché à l’Angleterre, alors que beaucoup d’intellectuels de sa génération se sont donc cherché une autre patrie qu’ils ont cru trouver dans celle du socialisme.

  • 37 Ibid., p. 642.

En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche, à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le « désenchantement » était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennent éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous la houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : Russie. […] Dans ces conditions, le « communisme » de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés37.

27On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc.

  • 38 Orwell, Le lion et la licorne (1941), EAL-2, p. 133.

28Si dans Le Lion et la Licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé » jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.38 » En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale, mais comme un anglais socialiste, solidaire des espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne.

  • 39 Orwell, « Lettre de Londres à Partisan Review » (datée du 15 avril 1941, parue dans le volume de ju (…)
  • 40 Ibid.

29Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, mais aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa Lettre de Londres à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people) à comprendre ce qu’on attendrait d’eux.39 » Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant-guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable. 40»

Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagnés au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger.

6. Devenir des intellectuels ordinaires

30Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci, selon le modèle sartrien, se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances Georges Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole.

On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate.

Notes

1 Orwell, 1984, p. 119.

2 Orwell, Lettre à Henry Miller, 26 août1936, EAL-1, p. 292.

3 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 296.

4 James Conant, « Freedom, Cruelty, and Truth », in Robert B. Brandom, Rorty and his Critics, Blackwell, 2000, p. 299. Traduction française à paraître : James Conant, Orwell ou le pouvoir de la vérité, Agone, 2012.

5 Orwell, « Réflexions sur la guerre d’Espagne » (1942), EAL-2, p. 322-325.

6 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 624.

7 Orwell, Un peu d’air frais (1939), p. 210.

8 Ibid., p. 199-200.

9 Orwell, Lettre à Victor Gollancz, 8 janvier 1940, EAL-1, p. 511.

10 John Newsinger, La politique selon Orwell (1999), traduit par Bernard Gensane, Agone, 2006, p. 62-64.

11 Orwell, Un peu d’air frais, p. 194-198.

12 Orwell, 1984, p. 362.

13 Conant, op. cit., p. 293.

14 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923 ; cité dans Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, 2004, p. 112.

15 Conant, op. cit., p. 293.

16 Orwell, 1984, p. 118.

17 Ibid.

18 Stanley Cavell, Le déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Le Seuil, p. 152. Sur la philosophie politique de Cavell, on peut lire les chapitres IV et V (« Conversation et démocratie » et « Quelle communauté ? ») de Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. La philosophie américaine aujourd’hui, PUF, 1999.

19 Orwell, « Recension de Black Spring de Henry Miller » (1936), EAL-1, p. 294.

20 Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936).

21 Cavell, op. cit., p. 54.

22 Orwell, « James Burnham et l’ère des organisateurs », EAL-4, p. 218-219.

23 Orwell, 1984, p. 105.

24 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? », in Stanley Hoffmann (dir.), Political Thought and Political Thinkers, Chicago UP, 1998, p. 342-343 ; cité dans Conant, op. cit., p. 329, n. 116.

25 Michael Walzer, « George Orwell’s England », in Michael Walzer, The Company of Critics : Social Criticism and Political Commitment in the Twentieth Century, London, 1989 ; repris in Graham Holderness, Bryan Loughrey & Nahem Yousaf (dir.), George Orwell, Macmillan, 1998, p. 195.

26 Ibid., p. 196.

27 Orwell, « Recension de The Freedom of the Street de Jack Common » (1938), EAL-1, p. 424.

28 Ibid., p. 423

29 Ibid., p. 424]

30 Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Le Seuil, 1997, p. 10.

31 On trouvera dans le petit livre de Bruce Bégout, De la décence ordinaire (Allia, 2008), une synthèse pertinente et fort utile des multiples usages qu’Orwell fait de cette notion.

32 Orwell, « Charles Dickens » (1939), EAL-1, p. 573-574.

33 Orwell, Lettre à Humphry House, 11 avril 1940, EAL-1, p. 663.

34 Orwell, « Raffles et Miss Blandish » (1944), EAL-3, p. 284.

35 Orwell, « Dans le ventre de la baleine » (1940), EAL-1, p. 643-644.

36 Ibid., p. 641.

37 Ibid., p. 642.

38 Orwell, Le lion et la licorne (1941), EAL-2, p. 133.

39 Orwell, « Lettre de Londres à Partisan Review » (datée du 15 avril 1941, parue dans le volume de juillet-août 1941 de la revue), EAL-2, p. 152-153.

40 Ibid.


Décapitation de Conflans: Après la Révolution, l’immigration permanente dévore ses propres enfants ! (When immigration like Saturn devours its own children)

19 octobre, 2020

RD0657139: February 2008EM youth bulge: a demographic dividend or time bomb? | Financial TimesImage
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Le facteur clé, c’est la démographie. En règle générale, les êtres humains qui se mettent à en tuer d’autres sont en gros des mâles âgés de 16 à 30 ans. [et] dans les années 1960, 1970 et 1980, le monde musulman a connu un fort taux de natalité, d’où un fort surplus de jeunes. Samuel Huntington (2001)
Comment voulez-vous intégrer des enfants dans ma commune puisqu’ils sont 95% alors que les Français sont 5% ? Pierre Bernard (maire de Montfermeil, 1989)
En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Georges Marchais (6 janvier 1981)
Nous pensons que tous les travailleurs sont frères, indépendamment du pays où ils sont nés (…) Mais dans la crise actuelle, elle [l’immigration] constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d’aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français. C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Georges Marchais
Il faut résoudre d’importants problèmes posés dans la vie locale française par l’immigration […] se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […], la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face… Georges Marchais (lettre au recteur de la Mosquée de Paris, 7 juin 1981)
La France ne peut plus être un pays d’immigration, elle n’est pas en mesure d’accueillir de nouveaux immigrants (…) Le regroupement familial pose par son ampleur des problèmes très réels de logement, de scolarisation et d’encadrement so­cial. (…) On ne peut tolérer que des clandestins puissent rester en France. (…) Il faut tout mettre en œuvre pour que les décisions de reconduite à la frontière soient effectives (…) La très grande majorité des dossiers déposés à l’Ofpra s’avère injustifiée (de l’ordre de 90 %), ces demandes n’étant qu’un prétexte pour bénéficier des avantages sociaux français (…) Les élus peuvent intervenir efficacement et les collectivités locales […] doivent avoir leur mot à dire quant au nombre d’immigrés qu’elles accueillent sur leur territoire », afin de « tenir compte du seuil de tolérance qui existe dans chaque immeuble (…) Les cours de “langues et cultures des pays d’origine” doivent être facultatifs et déplacés en dehors des horaires scolaires. (….) l’islam n’apparaît pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français (…) Il y a bien incompatibilité entre l’islam et nos lois. C’est à l’islam et à lui seul de [s’adapter] afin d’être compatible avec nos règles. (…) ce n’est pas aux pouvoirs publics d’organiser l’islam. On n’intègre pas des communautés mais des individus (…) Il convient de s’opposer (…) à toute tentative communautaire qui viserait à instaurer sur le sol français des statuts personnels propres à certaines communautés. (…) Les activités cultuelles doivent être exclues de la compétence des associations relevant de la loi de 1901. (…) la mainmise de l’étranger sur certaines de ces associations est tout à fait inacceptable. (…) la création de lieux de culte doit se faire dans le respect (…) du patrimoine architectural de la France. Etats généraux RPR-UDF (1er avril 1990)
Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler… si vous ajoutez le bruit et l’odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela… Jacques Chirac (19.06.1991)
Quand madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 70 – parce que c’est ça en réalité, en pensant qu’on peut fermer les frontières, qu’on peut nationaliser les industries, qu’on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans qu’il y ait de risques. Quand elle parle comme le Parti communiste, ça parle dans cette région-là [le Nord- Pas-de-Calais, ndlr] parce que ça a été, encore aujourd’hui, une région influencée par le Parti communiste. (…) Sauf que le Parti communiste, il ne demandait pas qu’on chasse les étrangers, qu’on fasse la chasse aux pauvres… Il avait des valeurs.. (…) Marine Le Pen parle comme le Parti communiste des années 70 « avec les mêmes références que son propre père quand il s’agit de montrer que c’est l’étranger, que c’est l’Europe, que c’est le monde ». François Hollande (19.04.2015)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Nous accueillons déjà une centaine de mineurs non accompagnés par jour en moyenne depuis le 1er janvier, ce qui laisse à penser que les nouveaux entrants seront, pour la seule année 2020, environ 40.000. À ce stade, les 40.000 mineurs non accompagnés dont s’occupent les départements coûtent déjà 2 milliards d’euros par an. À raison de 50.000 euros de prise en charge annuelle par enfant en moyenne, je vous laisse imaginer le poids pour les finances publiques quand, à la fin de l’année, le stock de dossiers validés avoisinera les 60.000. C’est une charge beaucoup trop lourde pour de nombreux exécutifs départementaux, d’autant que cette situation relève de choix de politique migratoire qui incombent essentiellement au gouvernement. Directeur à l’Association des Départements de France
Parmi les moments terribles qu’a connus le procès encore en cours, je retiendrai deux instants forts, l’un concernant Charlie, l’autre concernant l’hyper qui nous laisse entrevoir à travers le témoignage de deux victimes le pourquoi de la tragédie française. Le journaliste de Charlie hebdo, Fabrice Nicolino, l’a expliqué sans faux-semblants. (…) À la barre, le journaliste ne craint pas de mettre en cause le pape de l’islamo-gauchisme Edwy Plenel: «Plenel ose écrire que Charlie mène une guerre aux musulmans. Il faut savoir ce qu’on écrit, si vraiment Charlie mène une guerre, alors tout est permis en retour! Comment un homme comme lui a mené une infamie pareille». La France est «malade» de cette génération d’intellectuels biberonnés au stalinisme, qui se sont mentis à eux-mêmes sur la nature de cette idéologie-là, qui aujourd’hui «refusent leur responsabilité et nous regardent crever dans notre coin sans broncher». La France est «malade» de cette génération d’intellectuels biberonnés au stalinisme, qui se sont mentis à eux-mêmes sur la nature de cette idéologie-là, qui aujourd’hui «refusent leur responsabilité et nous regardent crever dans notre coin sans broncher». Pour Fabrice Nicolino ces gens-là ont «préparé» le terrain du terreau terroriste. (…) Le second témoignage édifiant a été rapporté par la jeune caissière de l’Hyper Casher Zarie Sibony. Amedy Coulibaly s’adresse ainsi à elle: «vous êtes juifs et français, les deux choses que je déteste le plus». Rapprochez les témoignages et vous comprendrez la responsabilité islamo-gauchiste anti-occidentale, anti- française, antisémite et antisioniste dans la fabrication de la haine en milieu immigrée islamique. Les journalistes de Charlie hebdo luttaient contre l’islam radical, ils étaient aussi français. Les clients de l’Hyper mangeaient casher, ils étaient tout aussi français. Si vous pensez que les grands massacres ont calmé l’islamo-gauchisme français, vous vous trompez lourdement. Celui-ci s’est enrichi de la névrose américaine. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement le français, le chrétien, le juif qui est détesté, c’est aussi, mais de manière cette fois construite et assumée le blanc, raciste systématique. Il paye tous les jours comptant dans les banlieues comme dans les cités périphériques, à coups de couteau reçus. Cela s’appelle pourtant la violence gratuite. Le dernier drame de la tragédie française est survenu vendredi, on l’a dit. Son auteur est donc ce très jeune migrant islamiste, fanatisé et isolé. Il faisait partie il y a quelques semaines encore de cette cohorte grandissante de mineurs supposés, évalués aujourd’hui à 40 000 individus qui causeraient 60 % des crimes et délits en région parisienne. Sur les réseaux sociaux populaires, la chose est dite, mais la plupart du temps, hors drame où les plumes se délient, les médias convenus n’interviennent que pour stigmatiser la France de ne pas savoir traiter convenablement ces gens qu’elle n’a pas invités et dont elle ne sait que faire. Bien entendu, des ONG politisées et que ne renieraient pas les organisations islamo-gauchistes sauce Mélenchon font tout pour que le drame ne cesse. Quant à l’Europe, elle qui hier encore chantait béatement l’air immigrationniste du pacte de Marrakech (ce traité onusien qui rappelez-vous n’existait que dans l’esprit complotiste de la fâcheuse sphère) la voilà qui reconnaît la nécessité de tenter de résister à ce qu’elle ne peut faire autrement que décrire que comme une invasion difficilement résistible. Gageons sans grand risque que derrière les slogans elle demeurera impuissante. Seuls les États-nations le peuvent, encore faut-il que leur gouvernement le veulent, sans craindre de déplaire à l’église cathodique universaliste. La tragédie française, celle de son peuple détesté, à la voix étouffée et à la volonté méprisée, continue. Gilles William Goldnadel (28.09.2020)
Pour rien au monde, je n’aurais mis un bout de mon pied place de la République. Je ne supporte plus le symbolique. République, mot galvaudé, transformé en mantra que l’on utilise en gargarismes. Pour ne pas dire État et encore moins nation. Je ne supporte plus la vue des bougies et le bruit des incantations. Vingt ans à prendre des coups par les petits marquis de la gauche morale sentencieuse qui aurait encore l’indécence de vouloir prendre en charge l’organisation d’une manifestation dont elle a effectivement une grande part de responsabilité morale dans sa survenance. Vous auriez voulu que je marche à côté des cadres sans militants de SOS-Racisme qui auront passé leur temps à traiter de racistes ceux qui il y a dix ans alertaient des dangers de l’islam politique ou radical? Vous auriez voulu que je mêle mes pas avec ces antiracistes de carnaval qui, il y a encore peu, considéraient comme haineux ou injurieux d’évoquer l’antisémitisme islamique et qui ont vainement traîné devant les tribunaux mon ami Georges Bensoussan. C’était évidemment avant les grands massacres. Vous auriez voulu que je me commette avec l’UNEF qui organise des camps racisés? Avec la LDH qui n’avait d’yeux que pour Ramadan et les jeunes filles voilées? Vous auriez voulu sans doute que je défile derrière ces syndicats d’enseignants qui il y a encore peu niaient la difficulté d’enseigner dans les classes la Shoah. Vous avez oublié sans doute qu’il n’y a pas 20 ans certains d’eux expliquaient doctement qu’il ne fallait pas prendre au pied de la lettre les enfants qui en traitaient d’autres de «juifs». À moins que vous ayez imaginé que je puisse faire un petit bout de chemin, au nom de l’union nationale, avec à ma gauche M. Coquerel et Mme Obono. Le premier qui, il n’y a pas encore longtemps, accompagnait une centaine de sans-papiers occuper la basilique Saint-Denis dont il ignorait sans doute qui elle abrite. La seconde qui décernait hier encore des brevets d’antiracisme à la très antisémite Bouteldja, mutique avec ses indigénistes depuis vendredi soir. J’aurais pu également aller bras dessus- bras dessous avec leur lider maximo ou avec la sénatrice Benbassa. Ils m’auraient raconté , yeux embués, l’ambiance qu’il y avait à la grande manifestation constellée d’étoiles jaunes contre cette redoutable islamophobie qui ensanglante la France. Cet évènement organisé par le sieur Majid Messaoudene, élu de Seine-Saint-Denis, boute-en-train irrésistible lorsqu’il s’agit de blaguer sur les massacres de Mohamed Merah. Mais désolé, je ne chemine pas aux côtés des fabricants de cigarettes lorsque je marche contre le cancer. Seulement m’intéressent les actes, et les incantations du type «ils ne passeront pas!», puisées au demeurant inconsciemment dans la geste révolutionnaire marxiste, servent de faux-semblants. Je constate que le dernier angle mort d’une vision du réel qui s’améliore même du côté de chez les myopes demeure la mise en cause de l’immigration illégale, massive et donc invasive. Une réalité tellement éclatante qu’elle en est aveuglante. En quinze jours, un migrant pakistanais et un migrant tchétchène qui n’auraient pas dû se trouver sur le territoire national, l’un avec un hachoir, l’autre avec un couteau à décapiter une tête bien faite, ont voulu venger leur prophète. Fort peu de responsables politiques et médiatiques ont osé incriminer la réalité de la dangerosité de l’immigration islamique massive et illégale. Non pas évidemment que tous les migrants musulmans soient dangereux. Il s’en faut de beaucoup. Mais compte tenu de la dangerosité statistique d’une partie de ceux déjà installés sur le territoire français et qui fait que les services de renseignements antiterroristes sont d’ores et déjà saturés, toute arrivée nouvelle accroît le danger déjà infernal. Le fait que la France officielle demeure hermétique à ce raisonnement purement arithmétique, exclusif de tout essentialisme, prouve à quel point cette fermeture psychologique au réel est de nature suicidaire. Le combat intellectuel et culturel contre l’immigration illégale imposée de force au peuple français est un combat existentiel. Tout le reste n’est que bruit, esquive, hypocrisie, frime et jactance. Vous verrez que dans quinze jours, quand le nom de Paty commencera à être moins sur les lèvres françaises, que cet homme courageux reposera dedans la terre froide, il se trouvera de belles âmes ou des forts en gueule qui nous expliqueront avec hauteur que nous sommes abusés par nos sens, que l’immigration est une aubaine pour la France et que celle-ci n’est pas un coupe-gorge. Pardonne-leur Samuel de leur lâche bêtise, mais moi je ne marche plus. Pierre William Goldnadel
Democratic nominee Joe Biden is attracting more support than Hillary Clinton did among white voters as a whole — especially white women, older white voters and those without a four-year college degree — which has helped him build a substantial lead of around 10 points, according to FiveThirtyEight’s national polling average. However, Trump is performing slightly better than last time among college-educated white voters, and he has gained among voters of color, especially Hispanic voters and younger Black voters. FiveThirtyEight
La police française abat un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue.  New York Times
C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie, et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. Emmanuel Macron (2017)
Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous. J’ai fait de la détention une retraite spirituelle. Sophie Pétronin
Il faut avoir le courage de se regarder en face pour comprendre le chemin que prend la France et la perception que certaines minorités peuvent avoir de la situation. Certes, le procès d’un terroriste islamiste capturé vivant peut être sulfureux, créer transitoirement des troubles à l’ordre publique et attiser certaines tensions. Mais on ne peut pas s’indigner de la barbarie terroriste et souscrire dans le même temps à la barbarie policière sans être en contradiction avec soi-même ou tourner le dos, sciemment, à la République Française. Ce jeune de 18 ans n’est, au moment précis de sa mort, qu’un suspect armé d’un jouet et d’un canif. Applaudir une police qui tue de façon aussi sommaire et systématique les individus suspectés de terrorisme, c’est applaudir une barbarie, c’est encourager la spirale mortifère des violences policières et c’est embrasser ce choc des civilisations qui se trouve — depuis plus 30 ans — en haut de l’agenda de toutes les extrêmes-droites du monde. Mediapart
Arnaud Beltrame n’est pas « victime de son héroïsme » mais du terrorisme et des impies qui se prennent pour Dieu. Les auteurs de cette expression, qui célèbre la victime en cachant le bourreau, sont soit des lâches, soit des fourbes, soit des imbéciles, soit des socialistes. Raphaël Enthoven
A l’évidence, Oussama Ben Laden veut provoquer un choc des civilisations entre l’Islam et l’Occident. La priorité pour notre gouvernement est d’empêcher que le conflit n’évolue ainsi. Mais le danger existe bel et bien. L’administration Bush a agi exactement comme il le fallait en s’efforçant de rassembler derrière elle les gouvernements et les peuples musulmans. Aux Etats-Unis même, beaucoup font pression pour que l’on s’attaque à d’autres groupes terroristes et aux Etats qui les soutiennent. Ce qui, à mon sens, pourrait transformer cette crise en un choc des civilisations. (…) Les gens impliqués dans les mouvements fondamentalistes, qu’ils soient islamiques ou autres, sont souvent d’un haut niveau de formation. Bien sûr, la plupart ne deviennent pas des terroristes. Mais ce sont des jeunes gens intelligents, ambitieux, qui veulent profiter de leur éducation dans une économie moderne et développée, et ils finissent par être exaspérés par le chômage et par le manque de possibilités qu’offre la société. Ils sont victimes de pressions contraires, entre les forces de la mondialisation et ce qu’ils considèrent comme l’impérialisme et la domination culturelle de l’Occident. Visiblement, ils sont attirés par la culture occidentale en même temps qu’elle les rebute. (…) Si vous étudiez les frontières du monde musulman, vous vous apercevez qu’il y a toute une série de conflits localisés impliquant musulmans et non-musulmans : la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la région du Caucase, la Tchétchénie, le Tadjikistan, le Cachemire, l’Inde, l’Indonésie, les Philippines, le nord de l’Afrique, le conflit israélo-palestinien. Les musulmans affrontent également d’autres musulmans, bien plus d’ailleurs que ne s’affrontent les représentants d’autres civilisations. (…) Je ne pense pas que l’islam soit plus violent qu’une autre religion, et je me demande si, au bout du compte, les chrétiens n’ont pas massacré plus de gens au fil des siècles que les musulmans. Mais le facteur clé, c’est la démographie. En règle générale, les êtres humains qui se mettent à en tuer d’autres sont en gros des mâles âgés de 16 à 30 ans. Dans les années 1960, 1970 et 1980, le monde musulman a connu un fort taux de natalité, d’où l’importance de la population jeune. Cette importance va décroître. Le taux de natalité des musulmans est en baisse. En fait, il a accusé une baisse considérable dans certains pays. A l’origine, l’islam s’est effectivement répandu par l’épée, mais je ne crois pas que la violence soit inhérente à la théologie islamique. Comme toutes les grandes religions, on peut interpréter l’islam de diverses façons. Les gens comme Ben Laden peuvent se servir d’éléments du Coran comme d’autant de commandements appelant à tuer les infidèles. Mais les papes ont fait exactement la même chose quand ils ont lancé les croisades. (…) [faire plus pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme au Moyen-Orient] est certes souhaitable, mais aussi difficile. Le monde musulman a naturellement tendance à résister à tout ce qui est occidental, ce qui est compréhensible si l’on tient compte de la longue tradition historique des conflits entre l’Islam et la civilisation occidentale. A l’évidence, il y a dans la plupart des sociétés musulmanes des groupes qui penchent en faveur de la démocratie et des droits de l’homme, et nous devrions selon moi les soutenir. Mais c’est là que nous nous heurtons à un paradoxe : beaucoup des groupes qui protestent contre la répression au sein de ces sociétés sont également fondamentalistes et antiaméricains. Nous l’avons vu en Algérie. La défense de la démocratie et des droits de l’homme est un objectif essentiel pour les Etats-Unis, mais nous avons aussi d’autres intérêts. Le président Carter était totalement engagé dans la défense des droits de l’homme et, quand j’ai fait partie de son Conseil de sécurité nationale, nous avons eu d’innombrables débats à ce sujet. Mais, autant que je m’en souvienne, personne n’a jamais évoqué l’idée de favoriser les droits de l’homme en Arabie Saoudite, et ce pour une raison des plus évidentes. (…) La Russie se tourne vers l’Occident dans les circonstances actuelles pour des raisons pragmatiques. Les Russes ont le sentiment d’être gravement menacés par le terrorisme et estiment qu’il est de leur intérêt de s’aligner sur l’Occident et d’acquérir un certain crédit auprès des Etats-Unis, dans l’espoir que nous freinions notre désir d’expansion de l’OTAN dans les Etats baltes et notre programme de défense antimissile. C’est une coïncidence d’intérêts, mais je ne crois pas qu’il faille y voir un réalignement majeur. Je pense néanmoins que les Russes s’inquiètent de l’ascension de la Chine, ce qui les poussera vers l’Ouest. (…) Les musulmans se battent contre les Occidentaux, les orthodoxes, les juifs, les hindouistes, les bouddhistes. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a un milliard de musulmans dans le monde, qui s’étendent sur tout l’hémisphère Est, depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’à l’est de l’Indonésie, et ils sont en interaction avec des dizaines de populations différentes. On peut par conséquent en déduire qu’ils ont davantage de possibilités d’entrer en conflit avec d’autres. (…)  La partie essentielle que je consacre à l’Islam dans mon livre est intitulée Conscience sans cohésion, et j’y aborde les divisions du monde islamique, les conflits entre musulmans. Même dans la crise que nous traversons, ils sont divisés. Ce milliard d’êtres humains constitue une foule de sous-cultures, de tribus. Il n’y a pas de civilisation moins unie que celle de l’Islam. Ce problème, Henry Kissinger l’a exprimé il y a trente ans à propos de l’Europe : “Si je veux appeler l’Europe, quel numéro dois-je composer ?” Si on veut appeler le monde musulman, quel numéro doit-on composer ? Si l’Islam pose des problèmes, c’est du fait de son manque de cohésion. S’il existait un pouvoir dominant au sein du monde musulman, on pourrait traiter avec lui. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est à une compétition entre les différents groupes islamiques. Samuel Huntington (2001)
L’erreur était que personne n’a fait attention à l’explosion de la population palestinienne. La population palestinienne a été multipliée par presque 6 dans les 50 dernières années. (…) au Liban, en Tunisie et en Algérie une femme a moins de deux enfants en moyenne. même si le Hamas devrait décider de tout signer tout, leurs jeunes hommes vont déchirer ces accords en morceaux. (…) La Palestine est un cas particulier. Ils n’ont jamais eu aucune chance de développement parce qu’ils ont toujours été sous soutien international. Gunnar Heinsohn
Une femme tunisienne a 1,7 enfant en moyenne. En France, elle en a bien souvent 6, parce que le gouvernement français la paie pour ça. Bien entendu, l’argent n’a jamais été destiné aux Tunisiennes en particulier, mais les Françaises ne sont pas intéressées par cet argent, tandis que les Tunisiennes ne sont que trop heureuses de le recevoir. (…) Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. (…) Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. (…) Par contre, au Canada, où je passe une partie de l’année depuis vingt ans, on trouve une politique complètement différente. Ils disent : notre politique d’immigration se fait sur une base simple. Tout nouveau Canadien, né ici ou venu de l’étranger, doit être plus doué que ceux qui l’ont précédé ; parce que seule l’innovation nous permettra de conserver notre position dans la compétition mondiale. Je veux donc que mon fils soit plus intelligent que moi. Et croyez-le ou non : 98% des immigrants canadiens ont de meilleures qualifications professionnelles que la moyenne des Canadiens. En Allemagne et en France, le chiffre est de 10%. Là où nous jouons la quantité, ils jouent la qualité. (…) Et pourquoi ? En Allemagne, parce que les gens avaient peur d’être traités de racistes ; et il semblerait que tous les pays européens souffrent de cette peur de faire des choix. (…) Il n’est pas étonnant que de jeunes gens travailleurs et motivés, de France et d’Allemagne, choisissent d’émigrer. Ainsi, ils n’ont pas seulement à subvenir aux besoins de leur propre population vieillissante. Sur 100 jeunes de 20 ans, les 70 Français et Allemands doivent soutenir aussi 30 immigrants de leur âge ainsi que leur progéniture. Cela est la cause de découragement dans la population locale, en particulier en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Alors, ils s’enfuient. (…) Le monde anglo-saxon a besoin de 50 millions d’immigrants qualifiés dans les 30-40 ans à venir, les jeunes gens qualifiés d’Europe occidentale seront donc incités à s’y installer au lieu de rester et de se battre. (…) La Californie, qui a fait demi-tour dans les années 1990, ce qui signifie que même la population blanche – à l’exception des Latinos, qui ont un taux de fertilité plus élevé – a pu passer de 1,3 à 1,8 enfant par femme. Ce n’est pas encore le taux de remplacement des générations, mais c’est néanmoins un changement notable. Et c’est énorme parce que la Californie est la région la plus avancée du monde. Vers la fin des années 1980, on pronostiquait que le taux de fertilité continuerait de baisser, mais au début des années 1990 de nouvelles études ont montré que les femmes ne voulaient plus se contenter de leur travail, et peu de temps après on a vu le taux de fertilité progresser. (…) En Europe, on a balayé ça du revers de la main, en l’expliquant par le fait que les Américains sont « tellement conservateurs », mais ce n’est pas vrai en Californie, qui de bien des façons a été la pionnière de l’Occident. Cependant, je ne vois rien de similaire en Europe. Bien sûr, la France a deux enfants par femme, mais sur cinq nouveaux-nés, deux sont déjà arabes ou africains. En Allemagne, 35% de tous les nouveaux-nés sont déjà d’origine non allemande, et les non-Allemands y commettent près de 90% des crimes violents. Comme je l’ai déjà dit – les mères sont payées pour mettre des enfants au monde, ainsi que leurs filles, et les hommes se mettent à la criminalité. Gunnar Heinsohn
Pour Amélie Blom, l’attaque récente relève d' »une forme de violence très différente du terrorisme jihadiste, que ce soit d’Al-Qaïda ou de l’Etat islamique ». La politiste n’y voit pas une « volonté de terroriser la population pour atteindre le gouvernement français ». Il s’agit plutôt, selon elle, « d’une volonté personnelle de faire justice soi-même et de punir au nom de convictions morales ou idéologiques », sans injonction, a priori, d’une organisation quelconque. La démarche relèverait « d’une sorte de vigilantisme que l’on pourrait comparer aux assassinats de médecins pratiquant l’IVG par des militants ultraconservateurs aux Etats-Unis, par exemple ».  « Cela n’a rien à voir avec Al-Qaïda ou les talibans, acquiesce Paul Rollier. Il ne faut pas voir derrière la Dawat-e-Islami une organisation cohérente qui aurait un agenda islamiste. » Selon cet anthropologue, l’agression de vendredi était sans doute « un acte adressé avant tout à une audience pakistanaise, et plus particulièrement à la province du Pendjab, dont la culture populaire considère le fait de venger l’honneur du prophète comme un acte héroïque ». Le chercheur avance l’hypothèse qu’un tel geste pourrait représenter une tentative pour l’assaillant de « retrouver une certaine dignité auprès de sa famille, peut-être après une émigration en France jugée décevante ». Contacté par l’AFP, un homme présenté comme le père du suspect s’est dit « très fier » de l’acte de son fils. Dans un entretien à un média local (vidéo en ourdou), il a appelé, en larmes, le gouvernement pakistanais à rapatrier son fils, qui a, selon lui, « rendu service à la cause de l’islam ». Franceinfo
[Le profil du terroriste] n’est pas le plus fréquent en effet, d’autant que les Tchétchènes sont plutôt sur des actions communautaires qu’individualistes. On a eu, ces dernières années, les frères Tsarnaïev au marathon de Boston en 2013, la prise d’otages du Théâtre de Moscou en 2002 et de l’école de Beslan en 2004, qui a fait 333 morts. Les filières tchétchènes jugées en France en 2006 avaient des projets d’attentat en groupe. Là, c’est un désoeuvré qui a voulu incarner la nécessité de défendre idéologiquement le prophète. Il est alors sous une double emprise : sa fidélité vis-à-vis de l’islam et sa loyauté aux musulmans fondamentalistes. Les ressortissants tchétchènes, prisonniers de leur image de guerriers absolutistes, se sentent dans l’obligation d’être des combattants. On l’a vu lors de l’immense rassemblement à Dijon, ils avaient dit aux forces de l’ordre de ne pas venir. Les plus fragiles sont dans la tranche d’âge 18-25 ans. Eux ont tout à prouver. Jeunes, ils sont protégés par le groupe. Lorsqu’arrive l’émancipation, ils sentent une obligation de se montrer à la hauteur. Même quand on est mince, pas costaud, il est difficile de se dissocier de cette ultraviolence véhiculée par toutes les filmographies, des Tchétchènes guerriers et absolutistes, n’ayant peur de rien. (…) Il est fier d’être un combattant. Jusque-là, il n’était connu que pour des faits de petite délinquance. C’est en somme un suiveur qui devient leader. Et il est dans une démarche mortifère : il s’en va affronter les forces de l’ordre en leur tirant dessus avec un pistolet d’Airsoft. Il se jette sur eux, poignard à la main, sachant très bien qu’il va mourir. Il est dans une impasse cognitive, il n’y a pas d’autre issue que la mort. C’est un « suicide by cop » (suicide par la police, NDLR). Quand j’étais commandant et patron des négociateurs au Raid, j’ai vu plusieurs de ces individus venir affronter l’unité d’intervention, pour se faire tuer. Ils savent que tout est perdu. La mission de tuer est supérieure à sa propre vie. (…) Il a tout sur lui pour aller au bout de son acte, même de quoi provoquer la police. Son arme d’Airsoft n’allait pas l’aider à tuer le professeur. L’impréparation est totale, mais la préméditation est indiscutable. (…) Le couteau de 35 cm fait partie de l’arsenal imaginaire et fantasmatique du personnage. C’est le sabre de Saladin. Il n’avait pas besoin de ça, il faut juste un couteau tranchant pour procéder à une décollation. Peut-être s’est-il motivé en allant voir des vidéos de décapitation de Daesh qui abondent sur le Dark Net. Ce mode opératoire est le meilleur moyen d’effrayer le monde. Quelle image laisse-t-il ? Celle d’un acte horrible, celle de la justice de l’Etat islamique dans son califat, d’une justice moyen-âgeuse. On tranche la tête, on sort l’âme du corps : pour arriver à une telle transgression des freins moraux, il faut déshumaniser sa cible. Dès lors que l’Autre n’est plus humain, il est permis de faire n’importe quoi. Nous, nous avons des freins moraux, mais ce garçon se dit qu’il ne sera pas jugé par la justice des hommes, mais divine. Seul Dieu lui dira si ce qu’il a fait est bien ou non. Dès lors qu’il prépare son acte, il n’appartient plus à la communauté des hommes, c’est fini. (…) Il a suffi que des mentors, des gens malins lui laissent entendre : « Si tu veux faire, fais ». Ces idéologues, qui se sentent une nécessité de faire du prosélytisme partout, sèment. Et à un moment donné, cela pousse quelque part. Là, ça a poussé dans la tête de ce garçon. Car le passage à l’acte seul, isolé, décorrélé de tout contact, est rare. Deux facteurs sont aggravants pour le fonctionnement psychique. Le premier, c’est la famille, qui peut tellement se révolter face à une offense faite à Dieu, que l’enfant se sent obligé d’incarner celui qui va rétablir l’ordre. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas ici. Le second, ce sont les relais immédiats, communautaires ou relationnels, pas nécessairement tchétchènes. Des islamistes influents qui, en tant que mentors, créent une obligation morale à ceux qui les écoutent. Là il est possible que ce garçon ait été révolté par ce qu’on lui racontait, des choses inexactes, partielles… En toute vraisemblance, Anzorov, qui utilisait Twitter, a en effet visionné des vidéos relayées en ligne, qui ont popularisé la polémique liée à la diffusion des caricatures du prophète, au collège de Bois-d’Aulne. Celle du parent d’élève Brahim C., suivie de celles du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui parle d’un professeur « voyou » dont il réclame la « suspension immédiate » parce qu’il aurait « agressé, humilié devant leurs camarades » des « enfants de 12-13 ans, musulmans »… Il a pu se radicaliser tout seul par le visionnage de ces vidéos — celles-ci et d’autres — mais indiscutablement, cette polémique, lancée par Sefrioui, a forcément eu un impact. A partir du moment où on un mentor se positionne, qu’il paraît sincère, l’offense se partage émotionnellement. Pour certains membres de communautés étrangères, qui ne sont pas dans les repères de la communauté nationale classique, offenser Dieu paraît inepte, incompréhensible. Le logiciel est binaire : gentils d’un côté, méchants de l’autre. Il y a les respectueux et les offenseurs, ce qui permet de donner du sens à cette situation. Dans leur concept moral, la laïcité n’existe pas… Christophe Caupenne (ancien négociateur du Raid)
Rien n’est jamais inéluctable. Mais nous sommes en train de perdre la bataille contre l’islamisme. Dans un premier temps, j’ai été sidéré, puis la révolte a succédé à la sidération. J’ai entendu le président de la République parler d’un acte terroriste. Ce terme-là ne définit pas la réalité de cette décapitation, de cette barbarie. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une volonté d’appliquer la charia sur le sol français. C’est un acte de violence mais c’est aussi un acte qui a un sens : la terre de France doit se soumettre. Et c’est la mort pour ceux touchent au prophète ou au dogme. Quant à ceux qui prétendent que c’était inéluctable, ils oublient que l’alerte avait été donnée depuis des jours. Qu’a fait l’institution, l’Éducation nationale, pour protéger ce professeur ? (…) Souvenez-vous de l’attentat dans le cœur du cœur du service anti-terroriste de la préfecture de police de Paris. Il y a eu deux enquêtes administratives. Avez-vous eu connaissance de sanctions ? Non, bien sûr ! Si nous ne l’avions pas encore compris, nous sommes confrontés à un combat global. Bien sûr, nos services ont fait d’énormes progrès. Mais nous perdons la bataille par lâcheté, par renoncement. Il y a des espaces physiques, des enclaves territoriales dans lesquelles l’islam politique peut soumettre les esprits et les territoires à la loi religieuse qui, dans ces endroits, est supérieure à la loi civile. Il y a aussi une colonisation intellectuelle, par exemple le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui utilise le concept d’islamophobie pour faire avancer la cause islamique sous couvert de défense des libertés. Et nous, nous ne luttons pas ! Nous ne nous rendons pas compte qu’aujourd’hui, si ce professeur n’a pas bénéficié d’une protection malgré les alertes, c’est parce que nous avons préféré le silence. Le même silence qu’à la préfecture de police de Paris. Ces silences coupables sont des silences criminels. (…) Le problème ne date pas de ce quinquennat. Mais la faute politique personnelle d’Emmanuel Macron est de ne pas avoir mis tout de suite la priorité sur la lutte contre l’islam politique. Pourtant, il avait été secrétaire général adjoint de l’Elysée, et ministre : il savait ! Par ailleurs, du discours aux actes, il y a encore beaucoup de chemin à franchir. Il semble vouloir faire, mais je crains qu’il fasse semblant. Les mesures qu’il envisage sont des demi-mesures : il n’a pas prévu de traiter la question de l’immigration. Or, c’est un angle mort qui devient un angle mortel. Quand un jeune Pakistanais, soi-disant mineur non accompagné, s’en prend à deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, c’est la question de l’immigration qui est posée. Ici, on a affaire à un jeune Russe qui a un statut de réfugié, c’est encore une question d’immigration. Souvenez-vous de ce qu’avait dit Emmanuel Macron au lendemain des rixes des deux bandes à Dijon : il nous avait promis des expulsions. Pouvez-vous me dire combien il y a eu d’expulsions ? Zéro ! Emmanuel Macron lance : « Ils ne passeront pas » Mais ils sont déjà là ! Dans nos quartiers, dans nos institutions, et même dans nos bureaux de vote avec des listes communautaires. Le président de la République grimpe sur une ligne Maginot qui a déjà été enfoncée. Il peut faire les meilleurs discours du monde, mais les mots sans les actes, c’est le mensonge, c’est la faiblesse.(…) Il y a trois niveaux de lutte, trois combats simultanés à mener. Le premier, c’est l’éradication djihadiste. Il faut commencer par refuser les revenants sur le sol français. Ceux qui sont en Irak ou en Syrie doivent rester en Irak ou en Syrie. Et s’il y a des binationaux, on doit les déchoir de la nationalité française. Il faut aussi se pencher sur les prisonniers qui sont en France. Plus de 150 coupables, condamnés pour des faits en relation avec le terrorisme, vont être libérés. Le Sénat avait formulé une proposition pour prolonger les mesures de sécurité, de rétention. Le Conseil constitutionnel a censuré ce texte. C’est un scandale : neuf juges n’ont pas le droit désarmer un peuple. Sur ces questions-là, lorsque la sécurité même des Français est engagée, nous devons recourir au référendum. (…) pour que par exemple les mesures de sureté qui s’appliquent aux délinquants sexuels s’appliquent aussi aux djihadistes. (…) L’erreur à ne pas faire est de raisonner cas par cas. Vous avez un combat qui est global. C’est bien pour cela que j’ai parlé aussi d’immigration. Il faut accueillir moins et expulser plus. Quelqu’un qui est accueilli sur notre territoire et ne respecte pas nos lois doit être expulsé automatiquement, avec sa famille. Il faut remettre à plat le droit des étrangers, limiter au maximum le regroupement familial. Nous sommes le seul pays d’Europe qui n’a pas revu à la hausse ses exigences en matière d’immigration. C’est ce genre de question qui devra être soumise à référendum, sinon la volonté générale sera entravée. Sinon, un jour, les Français se révolteront à ce sujet. On n’aura alors plus que nos yeux pour pleurer. (…) Il faut lutter contre les enclaves territoriales. Créer une task force pour reconquérir les quartiers les uns après les autres, avec des forces de sécurité, mais aussi des magistrats, des services douaniers. Pour organiser le retour massif de l’État pendant une période donnée sur ces territoires qui sont des territoires perdus de la République. Avec Philippe Bas, nous avons proposé d’ajouter à l’article premier de la Constitution cette phrase : « Nul individu, nul groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour se soustraire à la règle commune. » C’est la définition de la laïcité telle qu’elle devrait s’imposer à toute personne, le pendant de la loi de 1905, pour régler un certain nombre de questions qui vont du règlement intérieur d’une association, ou d’une entreprise, mais aussi à la question des piscines, des hôpitaux… Enfin, il faut s’intéresser aux lieux de culte. Vous avez vu que la mosquée de Pantin a relayé un appel contre le professeur assassiné. Je demande que cette mosquée soit fermée, comme le permettait le régime de l’état d’urgence de façon plus aisée. Des articles de la loi de 1905 permettent de fermer des lieux de culte dès lors qu’il y a des incitations à la haine ou que l’on tient des discours politiques. Il faut également interdire le financement des mosquées dès lors que l’argent provient de pays ou de groupes qui ne reconnaissent pas la liberté de conscience. Mais le plus dur, c’est la reconquête des esprits, il faut nommer les choses, refuser le piège de l’islamophobie. Interdire le voile à l’université ou dans les sorties scolaires. Il y a un espace symbolique que la République doit réinvestir. Ce qui est en jeu, c’est la défense de notre civilisation qui est attaquée dans ses fondements. Nos libertés et notre sécurité ne sont pas négociables et aucune religion n’est intouchable. Bruno Retailleau
Durant deux semaines, Samuel Paty a été l’objet d’une cabale méthodiquement ourdie, soigneusement organisée. Des militants islamistes l’ont ciblé, persécuté, calomnié. Parmi eux, un «parent d’élève», mais aussi un activiste islamiste, fiché S, membre d’un «conseil des imams de France». Les membres de cette petite bande l’ont dénoncé à sa hiérarchie. Ils l’ont signalé à la police. Ils ont jeté son nom en pâture sur les réseaux sociaux. Ils ont affiché des vidéos injurieuses sur le site internet d’une mosquée. Ils sont allés jusqu’à saisir les autorités académiques! S’ils n’ont pas armé directement la main du tueur (cela, il appartiendra à l’enquête de le dire), ces harceleurs ont indubitablement inspiré son geste. Leur acharnement criminel en dit autant sur l’époque que nous traversons que les circonstances particulièrement atroces de l’assassinat. Aujourd’hui, les fameux «loups solitaires» ne le sont jamais vraiment: ils s’enracinent dans un écosystème islamiste qui les protège et les nourrit. (…) « Ils ne passeront pas!» Ces rodomontades seraient à rire si elles n’étaient à pleurer. La triste vérité, chacun le sait, c’est que, depuis longtemps, ils sont déjà passés. L’influence islamiste pèse de tout son poids sur l’école, où l’inspecteur général Jean-Pierre Obin mesure depuis vingt ans la montée inexorable des «accommodements» concédés à cette funeste idéologie: d’après un récent sondage, 40% des enseignants (50% en ZEP) reconnaissent «s’autocensurer» sur certains sujets (on imagine aisément lesquels) face à leurs élèves pour ne pas créer d’incident. Cette influence, elle pèse (et ô combien!) sur l’université et la recherche. Elle gangrène les services publics comme les entreprises privées. Prisons, police, armée… elle n’épargne quasiment plus aucun service de l’État ni aucun secteur de la société. La vérité, c’est que les islamistes, dans notre pays, ont pignon sur rue. Ils ont, avec le CCIF, leur vitrine officielle ; ils ont aussi leurs boutiques officieuses et leurs officines clandestines. Ils ont leurs représentants légaux, leurs brillants avocats qui ont accès aux plus hautes sphères de l’administration, leurs entrepreneurs qui financent la cause, leurs activistes qui déversent la haine sur les réseaux sociaux, leurs prêcheurs qui remplissent les mosquées, leurs soldats réguliers qui noyautent les cités et leurs sicaires, désavouables à merci, qui prospèrent sur ce terreau. La vérité, c’est aussi que les islamistes peuvent compter, dans l’appareil d’État, les partis politiques et les médias, sur des compagnons de route (ou des idiots utiles) qui soutiennent efficacement la cause. C’est Jean-Louis Bianco et son Observatoire de la laïcité, qui semble avoir été ainsi baptisé par antiphrase. C’est Jean-Luc Mélenchon, qui, toute honte bue, prétend aujourd’hui combattre les amis de ceux avec qui il défilait hier. C’est Edwy Plenel, dont nul n’a oublié qu’il a accusé Charlie d’avoir «déclaré la guerre aux musulmans»! Et, derrière eux, toute une nébuleuse islamo-gauchiste rompue à la rhétorique victimaire (indigénistes, décoloniaux, Unef, SOS-Racisme, LDH…) qui devine du «racisme d’État» chaque fois qu’il est question d’appliquer la loi, dénonce des «violences policières» chaque fois qu’il s’agit de maintenir l’ordre et hurle à l’«islamophobie» chaque fois que l’on fait mine de résister aux diktats des barbus… Que certains de ceux-là se soient retrouvés hier, place de la République ou ailleurs, avec des citoyens sincèrement révoltés par les menées islamistes est une insulte à la décence autant qu’au souvenir des victimes. Et maintenant? Et demain? Après les larmes et les hommages, après les grands discours et les rassemblements, après les hashtags et les bougies, que va-t-il se passer? Allons-nous, face à la menace islamiste, revenir comme si de rien n’était à ces tractations sans gloire, ces compromissions obliques, ces concessions sournoises et ces fermetés équivoques qui nous tiennent lieu de politique depuis si longtemps? Allons-nous nous réveiller, enfin, et opposer à la guerre qui nous a été déclarée une autre guerre, impitoyable et sans merci? C’est en vérité la seule question – mais cette question est vitale – que nous devrions nous poser. (…) Il faudra aussi cesser de tourner autour du pot des fichés S: expulser les radicalisés étrangers (il semble que Gérald Darmanin veuille s’y mettre: bravo!) et interdire de tout emploi sensible (aujourd’hui ils peuvent travailler comme enseignants ou comme éducateurs!) les fichés français. Ce qui suppose là encore de passer outre l’opposition de tous ceux qui estiment qu’on ne peut rien faire au motif qu’«ils n’ont encore commis aucun crime»… Il faudra enfin se décider à aborder sans se voiler la face la question de l’immigration sans contrôle et de ses conséquences pour le pays. Un Tchétchène de 18 ans à qui la justice avait reconnu le statut de réfugié vient de décapiter un enseignant français. Quelques jours plus tôt, un jeune Pakistanais, à qui la justice – toujours elle – avait accordé la protection reconnue aux «mineurs isolés», avait perpétré une attaque au hachoir contre l’ancien immeuble de Charlie. Peut-être cette coïncidence mériterait-elle que l’on s’y arrête un instant: si la France continue d’accueillir chaque année sur son sol près d’un demi-million d’étrangers, dont la grande majorité, de confession musulmane, estime que la charia est supérieure à tout, il est peu probable que l’islamisme recule… Alexis Brézet
Je ne parle plus des « invisibles » et des « oubliés », puisqu’ils sont devenus très visibles – trop, aux yeux de certains. Un seuil a été franchi et c’est pour cela que je suis plutôt optimiste sur la suite des opérations. Une bataille culturelle a été gagnée. On peut observer l’émergence dans les médias, mais aussi dans la recherche ou dans le monde de la culture, de ces catégories dont on ne parlait absolument plus ces vingt dernières années. L’utilisation du concept de « gens ordinaires » permet d’élargir, de dépasser la seule question de la lutte des classes, même si celle-ci est encore très présente. Les gens ordinaires, c’est à peu près tout le monde. Cela suggère qu’il s’agit du groupe majoritaire. Et cette majorité de la population, on ne la découpe plus en classes sociologiques : classes moyennes supérieures, classes moyennes inférieures, classes populaires, etc. Car la bataille politique qui reste à mener est, d’abord et avant tout, une bataille de la représentation. On l’a vu avec les « gilets jaunes » et l’ensemble des derniers mouvements sociaux. Chaque fois qu’émerge politiquement ou socialement ce groupe majoritaire, on va très vite vous expliquer que, en fait, non, ce sont plutôt des marges qui s’expriment, des catégories minoritaires. Les « gens ordinaires » ont désormais émergé et, en utilisant cette expression, il s’agit de dire qu’on ne reviendra pas en arrière. (…) Vous pouvez mettre la poussière sous le tapis, nier la réalité, instrumentaliser les médias, il n’empêche : une majorité existe. Il faut donc prendre cette guerre de représentation pour ce qu’elle est : une guerre politique. La société libérale ne peut perdurer que si elle morcelle. D’où la réussite médiatique de concepts portant sur le morcellement de la société, son « archipellisation », sa complexité. Tout cela vise à imposer une seule idée : le peuple n’existe pas. Et s’il n’existe pas, alors les choses peuvent être gérées de façon segmentée, catégorielle. Ce qui ne pose en fait aucun problème au pouvoir. Mais cette stratégie n’a qu’un temps. Au Royaume-Uni, la working class était totalement invisible jusqu’au Brexit. Pourtant, ses membres, ces « déplorables » – pour reprendre le mot de Hillary Clinton lors de la présidentielle américaine de 2016 – ont utilisé le référendum sur le Brexit pour dire : « Nous existons. » D’un coup, la working class britannique n’est plus à la marge, en voie de disparition. Elle apparaît même plus forte que l’ancienne classe ouvrière. Elle a, de par son poids, la possibilité de renverser la table. Est-ce que Boris Johnson sera la bonne personne pour accomplir cette volonté des électeurs britanniques ? Est-ce qu’il ira jusqu’au bout ? Est-ce qu’il mettra en place une véritable politique de réindustrialisation du pays ? Toutes ces questions restent posées. Mais voilà une majorité capable, quand elle utilise de « bonnes marionnettes », de changer la donne. Idem avec les « gilets jaunes ». Certes, vous n’aviez pas toute la population française dans la rue, mais étaient là des représentants de l’ensemble des catégories modestes : des ouvriers, des employés, des retraités, des jeunes, des vieux, des gens issus de l’immigration. On avait la France dans toute sa diversité : des Blancs, des Noirs, des Maghrébins. Que s’est-il passé ? Majoritairement, la population s’est reconnue dans ce mouvement. Je veux bien que l’on me dise qu’à la fin ce mouvement est devenu autre chose, avec une forte récupération politique. Mais il n’empêche : pourquoi a-t-il autant inquiété nos élites ? Parce que ces dernières ont parfaitement compris que se jouait sur les ronds-points ce qu’ils cherchent à déconstruire depuis trente ans. À savoir : une réunion des catégories modestes qui, depuis toujours, portent l’économie. La période de confinement nous l’a d’ailleurs prouvé : la société repose beaucoup sur ces catégories-là. Face à ce mouvement majoritaire de facto, tout a été fait pour segmenter, morceler à nouveau. C’était le sens même de l’opération « grand débat » avec ces mille thématiques, tous les sujets étant traités les uns après les autres. (…) Des réponses à tout et pour tous, pour chaque segment de la population. Avec, en toile de fond, l’idée que les gens ne demandent que de l’argent. Logiquement, la fin de partie a été sifflée avec un chèque. Ce genre de situation est parfaitement gérable pour les libéraux. Finalement, pour eux, ce n’est pas un gros problème de faire des chèques. Car, dans leur esprit, ce qu’il faut, c’est ne surtout rien changer au système et faire perdurer l’idée que la société est morcelée, « archipellisée ». Il s’est pourtant passé quelque chose sur ces ronds-points, une vraie recomposition sociologique et politique. Les médias n’y ont vu que de la « radicalisation ». Vous savez, ce discours consistant à dire : « Ces gens-là n’écoutent pas, ils sont incapables de réaliser des diagnostics clairs. » Les journalistes interrogeaient des quidams et leur demandaient : « Quel est votre programme économique ? » Il y a là toute la perversité et toute la responsabilité des médias. (…) Pour le moment, l’idée pour le pouvoir, qu’il soit médiatique, politique ou économique, est de préserver l’essentiel. Pour eux, « jusqu’ici tout va bien », comme on dit. Sauf qu’une société n’est durable que si le modèle proposé bénéficie au plus grand nombre. Or, dans la France périphérique et dans beaucoup de territoires, précarisation sociale et désaffiliation politique vont de pair. Vous avez un lien évident entre le processus de désindustrialisation du pays et le fait que les gens n’adhèrent plus au discours politique. L’idée pour le pouvoir est donc de maintenir ce morcellement des Français car il est plus simple et préférable pour lui de gérer par segments la société plutôt que d’avoir à remettre en cause le système dans son ensemble. [Mais] bien sûr (…) si, politiquement, rien ne se passe, on va à la catastrophe. Elle sera économique, culturelle, identitaire. Il est complètement fou d’imaginer que nos représentants politiques n’aient pas comme priorité de répondre aux attentes des gens ordinaires. Cela s’appelle la démocratie. Mais, aujourd’hui, dire : « Répondez aux demandes de la majorité », c’est être immédiatement soupçonné en retour d’être contre les minorités ! En travaillant, comme je l’ai fait, dans le logement social, les quartiers dits sensibles, on se rend compte que toutes les demandes des gens ordinaires ne sont pas clivées ethniquement. En banlieue, tout le monde veut plus de sécurité. Tous : Blancs, Noirs, Maghrébins, etc. D’ailleurs, tous les « petits » – Blancs, Noirs, Maghrébins, catholiques, juifs… – ont un immense problème avec les représentants de leurs communautés respectives. Le clivage petit/gros, haut/bas marche aussi à cette échelle. Aucun ne se sent convenablement représenté. (…) Cette décélération est en train de se faire. Mais pas joyeusement. Ce que l’on voit arriver, c’est une crise sociale, qui sera évidemment plus violente dans la France périphérique que dans les grandes métropoles. Les gens ordinaires ont certes gagné la bataille culturelle, mais économiquement et socialement on est encore loin du compte. Ce qui se prépare, et qui est déjà à l’œuvre, ce sont partout des plans sociaux. Bravo, les technocrates français, d’avoir tout misé sur l’aéronautique, le tourisme, etc. ! Si Jean-Pierre Chevènement se présentait aujourd’hui, il serait élu à 60 %. Son diagnostic est absolument pertinent. Mais il est arrivé trop tôt… À un moment où tout le monde pensait que seule la classe ouvrière allait souffrir. Une classe ouvrière que la gauche avait déjà abandonnée. C’est pourquoi je commence mon livre avec la phrase de Pierre Mauroy qui constate que le mot « ouvrier » a disparu du discours des socialistes. Sauf que, après que les ouvriers ont été touchés, il y a eu les employés, puis les paysans, ensuite les indépendants, les petits retraités… C’était une fusée à plusieurs étages. De sorte que le discours de Chevènement a été perçu initialement comme une sorte d’attachement désuet à un monde industriel appartenant au passé. Tous ces gens, ce bloc qu’ils forment, iraient aujourd’hui à lui. Politiquement, il y a donc un décalage entre la prise de conscience de la population et le seul choix qui leur est proposé aujourd’hui, à savoir départager Macron et l’extrême droite… (…) [Mais] D’abord, il s’agit de ne pas sombrer dans le pessimisme. Tout est fait pour dire aux gens qu’ils ne sont rien. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période de révolution, mais dans une sorte de guérilla culturelle. C’est long, la guérilla, mais les choses progressent. Même chez ceux qui dénonçaient le concept de France périphérique et qui maintenant utilisent l’expression. Même chez un Macron : il nomme un Premier ministre dont on nous vante l’accent ! Et puis, le totalitarisme, même « adouci », n’est pas durable. Quand la masse n’y croit plus, ça ne tient pas. Et là, déjà, ça craque. Le modèle économique n’est plus durable. Il ne peut perdurer longtemps grâce à ses derniers bastions que sont les métropoles et quelques secteurs d’activité. Prenons le revenu universel : donner aux gens de l’argent pour remplir leur Caddie chez Lidl, ce n’est pas répondre à leurs aspirations. Réindustrialiser, c’est évidemment faire du protectionnisme – un gros mot. Ça prendra du temps, mais ça se fera. La question de l’Europe, c’est pareil. Les choses sont en train de s’écrouler. Plus personne n’y croit. On fait porter aux catégories populaires la défiance de l’Europe. Mais c’est faux. Ils ont joué le jeu. Comme ils ont joué le jeu de la mondialisation. On pourrait même dire qu’ils ont joué le jeu du néolibéralisme, inconsciemment. Et puis, ils font le bilan : le compte n’y est pas, ça ne marche pas. Toutes les croyances anciennes ne fonctionnent plus. On peut aller plus loin : l’instrumentalisation de l’écologie, le diversity washing, les gens voient bien que ça ne repose sur rien. On est donc à la veille d’un renversement culturel. (…) Je connais les techniques de délégitimation. J’en ai été la victime avec le concept de France périphérique. Ça non plus, ça ne fonctionne plus. Les catégories populaires ont fait confiance à leurs élites, elles ont cru aux médias. Les gens sont d’ailleurs prêts à aller vers leurs élites. Il n’y a pas intrinsèquement d’anti-intellectualisme ou d’anti-élitisme, pas de rejet a priori. Il y a juste des gens qui font le constat que les élites d’aujourd’hui n’ont plus le bien commun chevillé au corps. Christophe Guilluy
Pour éviter d’autres Aquarius, la désagrégation des relations coopératives entre Européens, mettre fin à cette infernale partie de mistigri et réduire la pression sur nos sociétés fragiles, il faut prendre le problème à la racine et adopter un plan d’ensemble et des mesures d’urgence. Le sentiment que l’Europe est une passoire, alors même que l’islamisme progresse partout chez les musulmans sunnites et que le terrorisme islamiste sévit sur plusieurs continents, y compris en Europe, est peut-être exagéré ou injuste mais il est obsédant. Il nourrit le « populisme » et alimente les insurrections électorales. Les efforts réels accomplis ces dernières années ou en cours à l’initiative du président français sont occultés par des événements scandaleux ou tragiques et par les pugilats européens. Ceux qui espéraient paralyser les réactions de rejet des migrations de masse à coup d’eau bénite ou de condamnations morales ont dû déchanter. Ceux qui n’ont vu dans l’immigration qu’une nécessité économique (importer de la main-d’œuvre) ou une opportunité démographique (combler des déficits) ont nourri les angoisses des populations européennes. L’état des opinions est maintenant si grave qu’aucun progrès européen dans d’autres domaines, comme les annonces obtenues par la France au château de Meseberg, près de Berlin, sur l’euro, ne suffira à inverser ce mouvement. Croire que le plus dur est passé parce que les flux ont diminué depuis le pic de 2015 est illusoire quand on connaît les prévisions démographiques africaines ; 1,2 milliard d’êtres humains aujourd’hui, 2,5 milliards en 2050 sauf si le planning familial était mis en œuvre partout. Et comment être sûr que d’autres drames atroces ne jetteront pas à nouveau demain sur les routes des familles entières à la recherche d’asiles ? Pour casser cet engrenage dévastateur, il faut donc, dans un cadre et par des mécanismes durables, contrôler ces flux. Dans le cadre d’un Schengen consolidé et renforcé, il faut d’abord vérifier que chacun des vingt-six Etats membres, et nouveaux candidats, en particulier les Etats physiquement frontaliers, sans oublier tous les aéroports, seront capables administrativement, politiquement et géographiquement d’assumer des engagements renforcés grâce à une agence Frontex [l’agence européenne de surveillance des frontières] mieux équipée et transformée en vraie police des frontières parfaitement connectée aux polices nationales. Le droit d’asile pour les gens en danger doit absolument être préservé. Au-delà même des préambules des Constitutions de 1946 et de 1958, il est l’âme même de l’Europe. Mais cela suppose qu’il ne soit pas détourné de son objet ; sans distinction claire d’avec les mouvements migratoires, il finira par être balayé. La distinction, qui n’aurait jamais dû être perdue de vue, entre les demandeurs d’asile, dont certains seront admis en tant que réfugiés, et les migrants économiques, dont certains seront admis comme immigrants légaux, est cruciale. (…) Bien sûr, les critères d’attribution de l’asile dans Schengen devront être complètement harmonisés, et les demandeurs d’asile acceptés devront être beaucoup mieux accueillis et intégrés. Quant aux déboutés, ils devront être pris en charge et reconduits par Frontex en dehors de Schengen, dans leur pays d’origine où ils pourront postuler comme immigrants légaux. On ne peut pas fixer a priori de quotas de réfugiés : étant donné que le nombre des futurs demandeurs d’asile dépend des tragédies futures, il ne peut pas être plafonné artificiellement à l’avance. L’Europe devra rester généreuse, vis-à-vis des personnes persécutées ou menacées, tout en aidant plus les pays voisins qui les accueillent en premier lieu, comme la Turquie, la Jordanie, le Liban. (…) Des quotas d’immigration légale par pays, et par métiers, devront être fixés chaque année au cours d’un sommet entre pays de Schengen, pays de départ et pays de transit. Ces derniers demanderont des compensations et des aides, ce qui conduira à reconsidérer de proche en proche toutes les politiques de codéveloppement. Cette cogestion est indispensable car il est impossible de détruire sans ces pays les réseaux de passeurs et leurs complices qui ont reconstitué une économie de la traite en Afrique ; gérer avec eux, avec l’aide du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans des centres d’accueil au sein de plates-formes régionales, aussi bien les demandes d’asile que les demandes d’immigration en Europe ; lutter contre le trafic de faux papiers dans le Sahel ; et mieux contrôler les frontières entre ces pays. Il ne faudrait pas en être réduit, tout cela ayant échoué, et les garde-côtes libyens étant impuissants, à être obligés de bloquer les ports de Libye ! En même temps, cette gestion plus rigoureuse des flux migratoires permettra de favoriser, comme promis dans le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, la circulation pour les non-candidats à l’immigration (étudiants, hommes d’affaires, artistes). En attendant, et en urgence, il faut gérer l’héritage du passé et remplacer Dublin, que les ministères de l’intérieur avaient espéré pouvoir garder, par de nouvelles règles. Les pays de Schengen qui ne voudront pas accueillir de réfugiés au titre de la solidarité et de la répartition devront fournir une contribution financière accrue pour la protection des frontières communes ou pour l’accueil et l’intégration des réfugiés dans d’autres pays. Des décisions difficiles devront être prises concernant ceux qui sont déjà en Europe, illégalement, depuis un certain temps : les reconduire dans des centres de retour à l’extérieur, d’où ils pourront tenter leur chance comme immigrants légaux auprès des centres d’accueil, ou essayer de travailler dans leur propre pays (les migrants, pas les demandeurs d’asile) ; ou les régulariser, pour des raisons d’humanité ou autres, mais alors les intégrer vraiment. (…) Il est urgent que les opinions européennes constatent un vrai changement. La répartition des réfugiés, le montant des compensations, la fixation du nombre de migrants légaux, la dénomination et l’organisation du réseau de centres à l’extérieur ou aux frontières, et leur fonction, donneront lieu à des négociations permanentes et difficiles. Mais une partie de l’opinion européenne changera quand elle réalisera que ces flux seront désormais mieux « gérés », que la partie de mistigri sur les réfugiés est finie et qu’il y a une politique claire, à court et long terme. Et même si des flux d’immigration illégaux se poursuivent, ils deviendront quand même moins importants. Néanmoins, il ne faut pas se cacher que plusieurs secteurs de l’opinion, minoritaires mais très actifs et « audibles », continueront à opposer un tir de barrage à la mise en œuvre de cette indispensable politique, pour des raisons opposées – il faut aider tous ceux qui souffrent ; il faut repousser tous les envahisseurs. S’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Les arguments de l’extrême droite (pour tout fermer) doivent être combattus sans ménagement comme étant inhumains, économiquement absurdes et, de toute façon, inapplicables. Il en va de même pour l’extrême gauche qui mise sur les populations issues de l’immigration par calcul militant, activiste ou électoral. En revanche, il faudrait convaincre beaucoup de gens généreux et de bonne foi de réfléchir à leur responsabilité et de modifier leurs positions ne serait-ce que pour sauver l’asile. Ceux que la repentance aveugle ou paralyse. Ceux qui ne voient le problème des migrations qu’en termes de valeurs et de principes généraux. Or, c’est aussi une question de nombre : s’il n’y avait dans le monde que 10 millions de candidats à l’immigration en Europe, cela ne poserait aucun problème ! Ceux qu’un universalisme abstrait et un mépris affiché pour les besoins élémentaires d’identité et de sécurité culturelle des peuples européens ont rendu inaudibles. Ceux qui ne réalisent pas que ce n’est pas être « généreux » que de priver les pays d’Afrique de leurs meilleurs éléments, les émigrants jeunes, dynamiques et entreprenants, en alimentant la nouvelle économie de la traite. Il faudrait même oser questionner le bilan des grandes institutions judiciaires françaises ou européennes chargées d’appliquer des grands textes comme la Convention européenne des droits de l’homme et qui, par effets de cliquet et avec une totale bonne conscience, peuvent donner à la longue aux citoyens le sentiment qu’elles se substituent à la souveraineté et à la démocratie. Alors que le problème numéro un de l’Europe est le fossé élites/peuples ! (…) Quid des pays de Visegrad [un groupe informel composé de la Hongrie, de la Pologne, de la République tchèque et de la Slovaquie] ? De l’Italie ? De l’Espagne à Ceuta et Melilla [enclaves espagnoles au Maroc], etc. ? Mais aussi quid des partenaires extérieurs de l’Est et du Sud ? Vraies questions. Mais il y a le feu ! Paradoxalement, malgré les apparences récentes, il ne devrait pas y avoir d’opposition insurmontable entre les pays européens de l’Ouest et de l’Est. Qui conteste la nécessité absolue d’une meilleure maîtrise des flux vers l’Europe ? Enfin, n’oublions pas l’éléphant dans la pièce : une alliance plus déterminée et plus assumée partout des démocrates et des musulmans modérés contre l’islamisme aiderait à enrayer le glissement des opinions européennes. Tout cela va s’imposer. Faisons-le plutôt ensemble, vite, et en bon ordre. Hubert Védrine
Ceci révèle l’arrière-plan idéologique : qui dit ghettos de banlieue, sous-entend ghettos noirs, relégation, et conclut à l’échec de la République, remettant en cause les fondamentaux de la République. L’Ecole a échoué, les services publics ont échoué et « l’Etat est absent » (dit-on souvent à tort). Il est facile de démentir ce discours en considérant l’investissement public par habitant. On ne voit pas que ces quartiers, en France, ont une fonction de sas entre le Nord et le Sud. Dans les quartiers sensibles se joue la dynamique de la transformation de la société française, ce qui n’est pas la problématique des ghettos noirs américains. Aux États-Unis, les Noirs représentent environ 12% de la population. Ce pourcentage n’a pas évolué depuis plus d’un siècle, on ne peut donc pas parler d’une dynamique. Dans les banlieues françaises, au contraire, on est dans une logique de transformation, ce dont témoigne le taux de mobilité. On nous parle de « relégation », d’« assignation à résidence ». Ce vocabulaire évoque à dessein un univers quasi-concentrationnaire. Or, sur la durée, les populations des territoires de la politique de la ville sont les plus mobiles de France. Hier l’observatoire des ZUS, dans un nouveau rapport, a publié des résultats catastrophiques. Ils le seront encore demain, la photographie d’aujourd’hui est évidemment calquée sur celle d’hier et sur celle de demain et si on ne pense pas ces quartiers en termes de flux, on a l’impression que les taux de chômage s’incrustent, affectant durablement des populations stables. La réalité de ces quartiers n’est pas celle-là. Les chômeurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et ne seront pas ceux de demain. La négation de cette mobilité amène à conclure à l’échec de la République. En revanche, si on analyse ces quartiers en termes de dynamique, on réalise que la République y est restée vaillante, non, certes, sans difficultés. Le nombre de jeunes diplômés a explosé dans ces quartiers et beaucoup d’entre eux partent. Evidemment, les nouveaux arrivants, qui viennent souvent des pays du Sud, sont plus pauvres et moins formés que ceux qui partent. Les maires des communes concernées – c’est le cas de Sarcelles – n’arrivent pas à retenir les habitants qui veulent partir. Ces quartiers doivent être pensés comme des espaces dynamiques en flux où des gens arrivent tandis que d’autres partent. Mais la République est là, les écoles sont présentes, des diplômés sortent de ces quartiers, certes trop peu, certes avec d’infinies difficultés, la délinquance. Il n’empêche que le bilan de la République est moins désastreux que ce qu’on imagine si on arrête un peu d’analyser à partir d’indicateurs sociaux en stock. Il est donc important de répéter que la problématique des quartiers sensibles n’est pas celle des ghettos mais celle de la transformation de la société française. Je citerai quelques chiffres qui rendent compte de l’évolution de la population dans ces communes. Des études ont été réalisées par l’INED sur les jeunes d’origine étrangère qui ont montré qu’entre 1968 et 2005, on était passé par exemple de 19 % à 57 % de jeunes d’origine étrangère en Seine-Saint-Denis, de 22 à 76 % à Clichy-sous-Bois, de 20 % à 66 % à Sarcelles ou de 41 à 61 % à Vaulx-en-Velin. Ces chiffres expriment bien les flux permanents et la transformation très forte de la population dans ces quartiers. Ils ne parlent pas d’assignation à résidence mais, au contraire, de transformation de la société française. Les gens qui parlent de ghettos nient cette transformation. Nous sommes donc dans des logiques de flux et surtout cette évolution dit que nous sommes passés au temps des minorités et des majorités relatives. On parle beaucoup des minorités dites « visibles » (toujours le background américain !) mais nous ne sommes plus dans cette situation en France. L’évolution de la population se fait selon une logique de transformation en profondeur, faisant émerger des minorités et des majorités relatives en constante et forte évolution. Christophe Guilluy
Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire dix fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
Présentée comme illusoire ou anachronique, la demande de régulation des flux migratoires est, sur tous les continents, une demande banale des classes populaires quelles que soient leurs origines. (…) Décrite comme l’illustration d’une dérive xénophobe des « petits blancs », on constate qu’elle concerne en réalité tous les “petits”, quelles que soient leurs origines ethniques ou religieuses. (…) comme les gens ordinaires ne peuvent ériger des frontières invisibles avec l’Autre (comme le font les classes supérieures), ils craignent évidemment plus de devenir minoritaires dans leur immeuble, leur village ou leur quartier. Car être ou devenir minoritaire, c’est dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) C’est en cassant le rythme d’une immigration perpétuelle que les pouvoirs publics pourraient agir sur le contexte social (la réduction des arrivées de ménages précaires stopperait la spirale de la paupérisation) mais aussi sécuritaire (la stabilisation puis la baisse du nombre de jeunes assécherait le vivier dans lequel recrutent les milieux délinquants). En reprenant la main sur cet « exercice de souveraineté qui a en partie été délégué à l’échelon européen », les politiques pourraient ainsi jouer sur les flux permanents qui, comme l’explique laurent Chalard, empêche l’assimilation. Cette politique répondrait enfin aux attentes de la population de ces quartiers qui demandent  depuis des décennies une plus grande fermeté de l’Etat à l’égard de l’immigration clandestine mais aussi des dealers qui pourrissent la vie de ces territoires. Christophe Guilluy
Pour un certain nombre d’analystes, le relatif échec de l’assimilation des populations d’origine maghrébine en France par rapport aux vagues migratoires précédentes, se traduisant, entre autres, par le maintien de prénoms spécifiques au sein des deuxième et troisième générations, est relié à un facteur culturel essentiellement considéré sous sa forme religieuse, la pratique de l’islam, qui rendrait impossible à ses membres de devenir complètement des Français comme les autres. Or, si le rôle de ce facteur ne peut être totalement nié, il en existe cependant un autre, d’ordre démographique, renforçant considérablement le phénomène, qui est le non-tarissement des flux. En effet, les immigrés à l’assimilation réussie, que sont les Italiens, les Polonais, les Espagnols ou les Vietnamiens se sont totalement fondus dans la population française parce que, suite aux vagues migratoires très importantes, les flux d’arrivée se sont taris, coupant définitivement les nouveaux arrivants des évolutions récentes de leur culture d’origine. (…) En conséquence, il s’est produit une adaptation rapide à la culture du pays d’accueil puisque ces nouveaux arrivants n’avaient aucun intérêt à maintenir leur culture d’origine. Leurs enfants scolarisés avec les autres petits français, à une époque où l’école était inclusive et le niveau d’enseignement satisfaisant, s’intégraient pleinement conduisant dès la première génération à de nombreux mariages avec la population locale, puisqu’ils n’allaient pas chercher leur conjoint dans le pays de naissance de leurs parents, et à l’adoption de comportements de fécondité semblables aux « autochtones », conduisant à une stabilisation des effectifs. Pour montrer l’influence primordiale de ce facteur, il convient de citer le cas des immigrés vietnamiens et cambodgiens arrivés en une seule vague à la fin des années 1970, sans espoir de retour à l’époque, dont l’intégration dans la société française est particulièrement exemplaire, bien qu’ils ne soient pas de culture européenne, qu’ils pratiquent, en règle générale, une religion différente (le bouddhisme) et que leur apparence physique en fasse une minorité visible! Or, pour les Maghrébins, la situation apparaît différente car les flux migratoires ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans. Il n’y a jamais réellement eu de pause permettant à la population de s’assimiler, la fin de l’immigration de travail sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing laissant place à la politique de regroupement familial, qui va à la fois maintenir un niveau non négligeable du flux d’entrées chaque année et stimuler la natalité de ces populations du fait de la féminisation de l’immigration. En conséquence, pour une large part des Maghrébins, le cordon ombilical n’a pas été coupé avec le pays d’origine, ce qui sous-entend le maintien et la transmission des traditions culturelles d’une génération à l’autre, en particulier sur le plan religieux, et une politique matrimoniale non assimilationniste, privilégiant une certaine endogamie, que ce soit à travers des mariages au sein de la communauté en France ou avec des congénères du pays d’origine, un des principaux moteurs du regroupement familial à l’heure actuelle. Il convient donc de s’interroger sur ce sujet, quitte à poser une question taboue, qui risque de faire débat: l’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation? En effet, il est légitime de se poser la question. Les Français d’origine maghrébine se seraient peut-être plus facilement assimilés et auraient probablement une situation économique meilleure, si les flux d’arrivées s’étaient taris au milieu des années 1990, leur permettant de se tourner complètement vers leur nouveau pays. Dans ce contexte, le fondamentalisme religieux aurait probablement plus difficilement pénétré notre société, puisqu’il est d’abord arrivé en France par l’Algérie. Parallèlement, la natalité serait plus basse, permettant une meilleure réussite scolaire des enfants et les quartiers d’accueil seraient moins homogènes ethniquement, favorisant l’assimilation, car les flux migratoires auraient été moins nombreux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue, d’autant plus que les nouveaux arrivants viennent les concurrencer sur le marché du travail. Laurent Chalard

Attention, une victimisation peut en cacher une autre !

A l’heure où trois semaines après l’égorgement, pour « retrouver sa dignité » nous dit-on, de deux journalistes français par un réfugié pakistanais au pied de l’ancienne adresse de Charlie hebdo …

C’est la sauvage décapitation d’un professeur de collège, par fidélité à sa foi et loyauté à sa communauté cette fois, par un autre réfugié tchétchène celui-là …

Qui vient nous rappeler après les douze de Charlie hebdo et les quatre otages d’un supermarché juif abattus à la kalachnikov ou au fusil d’assaut par des enfants d’immigrés algériens et maliens  il y a cinq ans …

Sans compter, sur près de 500 victimes pour les 20 premières années de notre siècle, 11 mois plus tard les 129 morts et 354 blessés du Bataclan et des cafés alentour

Le lourd prix à payer pour avoir offensé Mahomet ou ses soldats par la caricature ou les forces armées …

Et où du New York Times à Mediapart, l’hystérisation du souci de la victime continue ses ravages …

Alors que loin de les rassurer aux Etats-Unis, l’avance de Biden inquiète de plus en plus, mauvais souvenirs de 2016 obligent, les Démocrates …

Et que contre toutes leurs prédictions, c’est à présent les minorités qui semblent de plus en plus se reconnaitre en le prétendu Trump raciste …

Tandis qu’un reportage de France 2 sur l’hommage des collègues et élèves du professeur sauvagement assassiné et décapité  …

Coupe pudiquement le chant de notre hymne national juste avant les mots trop objectivement descriptifs  (« Ils viennent juste que dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes ») …

Et que c’est de son « héroïsme » que se retrouve étrangement victime un autre martyr de la même barbarie …

Alors que libérée avec d’autres au prix fort de quelque 200 djihadistes et une dizaine de millions, une otage française transforme sa détention en retraite spirituelle

Pendant qu’après s’être enfin résolu, trois ans après son élection, à mentionner le problème du « séparatisme islamique »

Un président qui à l’instar de son évocation, lors de sa campagne, des crimes contre l’humanité de la France en Algérie …

Est vite revenu à une terminologie beaucoup plus ‘soft » de « projet de loi renforçant la laïcité et les principes républicains »

Et que, sur fond d’incessants procès d’intention ou procès tout cours des lanceurs d’alerte Marine Le Pen ou Zemmour

C’est à nouveau, entre deux « marches des marchands de tabac contre le cancer »,  à l’unique départage entre Macron et l’extrême droite que les électeurs français se voient à nouveau préparés pour la prochaine présidentielle dans 18 mois …

Qui, sauf rares exceptions et après tant de trahisons des clercs répétées, pose la question qui fâche …

A savoir celle des flux continus d’immigration régulière et irrégulière …

Qui à l’instar de la révolution, selon le fameux mot du polémiste suisse Jacques Mallet du Plan, finit par dévorer ses propre enfants …

Ou pour prendre une image bien au coeur de la polémique actuelle …

Comme cette interminable noria de terroristes qu’évoque le Mahomet désemparé par son manque de vierges d’une des caricatures danoises …

Empêchent tout simplement toute véritable assimilation …

Au sein de populations majoritairement d’origine musulmane …

Qui contrairement à leurs prédécesseurs n’ont jamais coupé le cordon avec leurs cultures d’origine …

Tout en les maintenant artificiellement, à l’image de ces prétendus mineurs isolés – dont l’égorgeur au hachoir du 28 septembre –  toujours plus nombreux et coûteux, dans un état de jeunesse éternelle …

Le fameux « surplus de jeunes » dont on sait depuis au moins Huntington et pour le plus grand bonheur des caïds de la drogue ou du terrorisme …

La plus grande propension à la violence et à la délinquance …

Mais les vouant aussi, comme l’avait rappelé Georges Marchais avant les Le Pen et aujourd’hui un Trump, à la spirale de la précarisation et du chômage …

Via la pression constante qu’ils exercent au grand bonheur des chefs d’entreprise …

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