Société: Les théories du complot recyclent les Protocoles (How today’s conspiracy theories retread the Protocols)

31 mars, 2008

Chomsky's Manufacturing consentOn nous cache tout, on nous dit rien …

Missions lunaires, mort de Coluche, attentats du 11/9 …

Retour, avec l’excellente analyse de Robert Redeker dans Le Monde de ce matin et suite au récent dérapage de la Môme Cotillard, sur la formidable fortune actuelle de ces nouveaux avatars des Protocoles des sages de Sion que sont, pour tant de nos contemporains, les « théories du complot ».

Sauf qu’il semble oublier que cette nouvelle forme d’anti-intellectualisme et de « ressentiment contre les élites de la connaissance » possède aussi ses propres intellectuels.

Qui, de Chomsky à Churchill comme du MIT à Boulder et sans avoir besoin d’en soutenir tous les détails, en cautionnent le principe fondamental et proprement négationniste du doute radical et systématique de toute vérité officielle …

Marion Cotillard et les complots
Robert Redeker
Le Monde
Le 29.03.08

Laisser les propos Marion Cotillard à leur insondable sottise serait une erreur. En mettant en doute la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers de New York (Le Monde du 5 mars), l’actrice a en effet offert un puissant amplificateur à « la théorie du complot ». Ces divagations ne relèvent pas d’un éclair d’imagination délirante, mais d’opinions répandues. Il importe donc de les analyser.

L’autodésignée « théorie du complot » se ramène à la vision délirante selon laquelle la réalité, jusque dans ses détails, fait l’objet d’une manipulation occulte dont la vérité est masquée à l’humanité. Ce conspirationnisme se développe à partir d’un usage dément du principe du doute. Il prend la forme d’une croyance affirmant qu’on ne doit rien croire de ce qui nous est dit et pose l’incroyance radicale en toute vérité établie comme norme.

En apparence, il s’agit d’une négation généralisée : nier par principe toute vérité attestée par des procédures reconnues et diffusée par les canaux habituels. En réalité cette négation masque une double affirmation : d’une part, toute vérité officielle, fût-elle inscrite dans les livres d’histoire, n’est que mensonge ; d’autre part, la vérité cachée est le contraire de ce qu’on nous dit. On nous dit que Coluche est mort d’un accident, le vrai est qu’il a été assassiné ! On nous dit qu’Al-Qaida a commis les attentats du 11-Septembre, le vrai est que ce sont les Américains qui en sont les auteurs ! On nous dit que l’homme a marché sur la Lune ? Mensonge ! La preuve ? Cette fable profite aux Américains ! La dialectique conspirationniste postule que la vérité est l’exact contraire de la vérité affirmée et attestée. Cette dialectique ne s’alimente que de quelques détails insignifiants mis en exergue au titre de preuves.

Rien de plus dangereux que ce tour d’esprit ! On y reconnaît la logique négationniste. Le succès dans les masses de cette façon de raisonner faux, conduisant à tenir pour vérité le contraire de la vérité dès lors que celle-ci est officielle, ne laisse pas d’inquiéter – c’est ainsi qu’argumentent les négationnistes, ces autres faussaires de l’histoire.

On devine les avantages narcissiques de la croyance dans cette théorie : son adepte s’épanouit dans le sentiment de détenir un secret d’une extrême importance. Il jouit d’en savoir plus que les plus grands savants. Il n’a pas eu à produire d’efforts pour s’élever au-dessus des sommités, il lui a suffi d’appliquer une disposition d’esprit : le rejet de toute vérité affirmée officiellement. Dans cette négation triomphe le ressentiment contre les élites de la connaissance et se déploie une figure contemporaine de l’anti-intellectualisme. Plus gratifiant encore : l’adepte de cette théorie éprouve l’ivresse d’avoir réussi à déjouer un piège collectif, dans lequel l’humanité ordinaire tombe. Il se découvre plus malin que le conspirateur qui, sous des guises diverses, trompe l’humanité depuis des siècles !

La « théorie du complot » ne vit que d’un fantasme : la manipulation occulte. Cette obsession croît exponentiellement : plus la vérité est importante, plus elle est cachée et plus complexes en sont les manipulations. D’où Dan Brown et son Da Vinci Code : l’Eglise s’est constituée pour cacher la vérité sur le Christ. Le conspirationnisme a sa méthode : pour trouver la vérité cachée, il faut croire le contraire de ce qui est officiel. Il n’y a pas de preuves ! C’est qu’elles ont été dissimulées par les conspirateurs ! L’absence de preuves manifestes constitue un argument en faveur de la conspiration.

Cette théorie dénonce aussi les manipulateurs. Pour Dan Brown, c’est l’Eglise qui tient ce rôle. Généralement ce sont les juifs. La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l’événement du 11-Septembre, c’est affirmer la culpabilité américano-sioniste. Avec des variantes connues – la banque, l’argent apatride -, ces métaphores du juif. Les versions contemporaines de la « théorie du complot » se coulent dans une matrice : Les Protocoles des sages de Sion.

La théorie du complot est un ersatz des grands récits concernant le destin de l’humanité. Contre-grand récit, elle est une storytelling. Pouffer de rire devant son énonciation reste trop court. Sa parenté avec Les Protocoles des sages de Sion, son identité de structure intellectuelle avec la logique négationniste incitent à la méfiance : la théorie du complot est l’un des viscères réparés, renouvelés, du ventre d’où est sortie jadis la bête.



Veille médiatique: Pour un Wikiscanner journalistique (Looking back on Sara Daniel’s half-redressed fault)

31 mars, 2008
Sara Daniel (Le Nouvel Observateur)Les troisièmes sont les plus lâches, mélange de haine de soi et de leurs origines ; ils devancent l’autocritique que l’on attend d’eux, n’hésitant pas à imputer à leurs frères des meurtres rituels de leur invention, tout droit sortis des cabales tsaristes ou de la propagande nazie. C’est le viol systématique des jeunes filles palestiniennes, pour Sara Daniel, par les soldats de Tsahal, dans le but de les faire exécuter par leurs familles. Le sadisme atavique et la propension à massacrer les plus faibles, les non-juifs, pour Edgar Morin-Nahum. L’espionite et la disposition à la traîtrise, une réécriture modernisée des reproches faits à Alfred Dreyfus, pour Sylvain Cypel. Le complot de l’Internationale juive, pour Dominique Vidal, renaissant de ses cendres chaque fois que l’antisémitisme a besoin d’arguments, et, enfin, l’assassinat sadique des enfants non juifs par Charles Enderlin, véritable pyromane de guerre. Stéphane Juffa
A Gaza et dans les territoires occupés, ils ont [les meurtres de violées] représenté deux tiers des homicides » (…) Les femmes palestiniennes violées par les soldats israéliens sont systématiquement tuées par leur propre famille. Ici, le viol devient un crime de guerre, car les soldats israéliens agissent en parfaite connaissance de cause. Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 8 novembre 2001)
Dans le numéro 1931 du Nouvel Observateur, daté du 8 novembre 2001, Sara Daniel a publié un reportage sur le « crime d’honneur » en Jordanie. Dans son texte, elle révélait qu’à Gaza et dans les territoires occupés, les crimes dits d’honneur qui consistent pour des pères ou des frères à abattre les femmes jugées légères représentaient une part importante des homicides. Le texte publié, en raison d’un défaut de guillemets et de la suppression de deux phrases dans la transmission, laissait penser que son auteur faisait sienne l’accusation selon laquelle il arrivait à des soldats israéliens de commettre un viol en sachant, de plus, que les femmes violées allaient être tuées. Il n’en était évidemment rien et Sara Daniel, actuellement en reportage en Afghanistan, fait savoir qu’elle déplore très vivement cette erreur qui a gravement dénaturé sa pensée. Une mise au point de Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 15 novembre 2001)

Reprenant notre projet de veille médiatique collaborative de l’été dernier, une sorte de Wikiscanner médiatique qui répertorierait nos « journalistes indignes de ce nom » ou du moins leurs erreurs non ou mal rectifiées …

Et suite à la récente condamnation du responsable d’un site protestant sioniste (Nicolas Ciarapica de Blogdei) pour avoir reproduit, comme nombre d’autres sites communautaires juifs, un article d’un auteur israélien (“Le grand ras le bol des Français juifs”) accusant en substance notre Charles Enderlin national d’être un mauvais juif …

Petit retour sur la semblable accusation dont avait été l’objet une autre journaliste bien de chez nous, notre Sara Daniel nationale, fille du patron du Nouvel Observateur.

Pour avoir, s’appuyant sans le dire sur un article du Sunday Times magazine et deux mois après le fameux faux de notre Charles Enderlin national sur les soldats israéliens prétendument tueurs d’enfants palestiniens …

faussement accusé (elle, au moins, a reconnu depuis son erreur) les mêmes soldats israéliens de viols systématiques de jeunes Palestiniennes.

Mais aussi, via une série d’articles de l’agence de presse israélienne francophone la Mena, sur la manière quelque peu cavalière dont l’erreur a été par la suite rectifiée …

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Terrorisme: Quand la langue de McCain « fourche »,… c’est Obama qui se plante! (Obama finds he can’t teach an old dog new tricks)

30 mars, 2008

McCainLes ennemis de mes ennemis sont mes amis …

C’est pas à vieux singe qu’on apprend à faire la grimace …

Les bons vieux adages auront-ils finalement le dernier mot?

Coproduction des attaques suicide du Liban de 1983 contre les baraquements américains et français (Hezbollah khomeiniste + parti socialiste arabe marxiste + services secrets syriens) …

Régime syrien issu de la minorité hérétique alaouite comme allié le plus étroit de l’Iran …

Supplétifs chiites de l’Iran chiite au Liban (du Hezbollah) alliés à une faction chrétienne maronite (dirigée par l’ex-Genéral Michel Aoun) …

Financement et entrainement par Téhéran depuis plus d’un quart de siècle Téhéran d’une trentaine d’organisations terroristes, depuis les marxistes colombiens du FARC au Hamas palestinien en passant par une demi-douzaine de mouvements trotskystes et léninistes, sans parler de nombres de groupes et partis anti-Américains d’extrême gauche en Europe et aux Amériques et bien sûr d’Al Qaeda, y compris pour les attentats du 11/9…

Remise, par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, du titre de « frère » musulman aux marxistes et athées Castro, Chávez, Morales ou Ortega …

Liens militaires et industriels et échanges annuels de personnels de l’Iran avec les athées communistes de Corée du nord …

Utilisation systématique, par la République islamique de terroristes chrétiens arabes (George Ibrahim Abdallah pour la campagne de terreur à Paris des années 80 comme Anis Naqqache pour l’assassinat d’opposants iraniens en exil) …

Financement et soutien par Téhéran et pendant des années et jusqu’à très récemment du mouvement marxiste de combattants kurdes du PKK contre la République turque …

Comme on le voit, et le rappelle Amir Taheri dans le WSJ d’hier, c’est pas les exemples qui manquent de relations et alliances apparemment contre-nature entre la multitude de mouvements de la planète ayant en commun leur haine de l’Amérique et/ou de l’Occident.

Et pourtant ne voilà-t-il pas, comme nous le rappelions tout récemment ici même, nos médias et leur candidat américain préféré Obambi qui se permettent de donner des leçons de théologie musulmane au candidat McCain …?

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Société: L’islam perdrait-il enfin sa clause du totalitarisme le plus favorisé? (Is Islam finally losing its most-favored totalitarianism clause?)

30 mars, 2008
https://i0.wp.com/fr.sephoramusic.com/images/librairies/hr/18_1.jpgC’est dans la nuit de samedi à dimanche que la vitrine de la librairie Maison de la Bible de Paris, située sur le Boulevard Saint Michel a été brisée en mille morceaux. (…) A part la vitrine brisée, un seul ouvrage, qui y était exposé, a été endommagé: « Jésus et Mahomet » de Mark Gabriel, retrouvé déchiré en mille morceaux. (…) Mark Gabriel est en fait le pseudonyme d’un ancien professeur de théologie coranique de l’Université Al-Azhar du Caire. Déchiré entre l’image d’Islam politiquement correct que l’Université s’efforçait de donner et la réalité qu’il trouvait dans le Coran et surtout dans les cours de la prestigieuse institution musulmane, en fait terreau du fondamentalisme, Mark a quitté ses fonctions et a dû s’exiler après plusieurs arrestations et des menaces répétées sur sa sécurité. Ses livres, consacrés à présenter une vision réaliste de l’islamisme, sont à présent traduits dans plusieurs langues. 5 years later (octobre 2007)
C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. André Malraux (1956)
Je n’en peux plus de ce mythe occidental qui distingue le barbarisme et le terrorisme de prétendus intégristes musulmans, et un soit disant islam vrai et, lui, pacifique, qui respecterait les droits de l’homme, les femmes, les non-musulmans. Cette analyse est juste bonne à soigner la conscience post-coloniale des Occidentaux. Parce que, de fait, le vrai musulman se doit de conquérir le monde et de traquer les infidèles, les juifs, les chrétiens. De considérer la femme comme un être inférieur. Tout cela figure dans les textes fondateurs. Ne vous trompez pas: il existe des musulmans modérés, mais l’islam n’est pas une religion modérée. Ainsi les musulmans qui osent émettre des critiques sont habituellement accusés d’hérésie puis décapités, crucifiés ou brûlés. Le prophète lui-même s’abaisse à l’assassinat politique, à l’élimination systématique de tout opposant. Ibn Warraq (« Pourquoi je ne suis pas musulman », 1995, traduit en 1999)

L’Islam perdrait-il enfin son privilège indû d’exterritorialité idéologique ou, pour reprendre les termes qu’avait utilisés Revel pour le communisme, sa « clause du totalitarisme le plus favorisé »?

Après l’importante lettre de Magdi Allam rappelant, dans le prestigieux Corriere della Serra la semaine dernière, la nature « physiologiquement violente » et « historiquement conflictuelle » de l’islam …

Et la résolution, il y a deux jours et à nouveau sous la pression de l’OCI, du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur « la lutte contre la diffamation des religions » se déclarant « préoccupé par les tentatives ayant pour objet d’assimiler l’islam au terrorisme, à la violence et aux violations des droits de l’homme » …

Voici, dans la même semaine et dans un forum du Nouvel Observateur, l’intéressante remise des pendules à l’heure de l’islamologue Anne-Marie Delcambre sur la fausse distinction islam intégriste/islam modéré et les dangers que l’islam pose non seulement pour le petit îlot de démocratie israélien en son sein mais pour nos sociétés démocratiques.

D’où le formidable défi auquel, après les autres totalitarismes du passé (communiste ou nazi) et sous les mêmes coups de butoir de la modernité d’origine occidentale et judéo-chrétienne, il est à son tour confronté.

A savoir, l’abandon de sa vision totalitaire fondée sur la hiérarchisation religieuse de l’humanité (une sorte de « racisme de religion ») lui faisant considérer comme inférieurs les membres des autres religions mais aussi bien, à un autre niveau, ses propres femmes.

Tout comme sa vision hégémonique légitimant, comme divinement ordonné, le recours à la violence (le jihad) pour l’imposer à tous, aussi bien à l’intérieur des pays qu’il contrôle déjà que dans les autres considérés comme à conquérir.

Mais surtout sa conception archaïque de l’origine de ses textes sacrés comme parole divine (c’est-à-dire directement dictée mot à mot par Dieu et non simplement inspirée par Dieu comme dans le judaïsme ou le christianisme) qui lui interdit justement toute modernisation

Extraits :

L´islam peut-il accepter la démocratie européenne? L´islam des textes, l´islam juridique, NON! C´est une théocratie (pouvoir de Dieu) et cela s´oppose à la démocratie (pouvoir du peuple)

L´Islam des textes juridiques punit de mort le fait de sortir de l´Islam (apostasie) mais cette peine juridique n´est pas dans le Coran, mais seulement dans les traditions (hadiths). Il n´empêche que dans la mentalité collective musulmane, il n´est pas accepté qu´un musulman quitte l´Islam. Rien de semblable pour le judaisme ou le christianisme.

“le christianisme a été sanguinaire en s´éloignant de ses textes, l´Islam l´est en se rapprochant des siens”. journaliste Conan

Ce sont les versets les plus durs qui abrogent (suppriment) les versets les plus doux, ce qui donne raison aux plus radicaux des Musulmans.

Une religion qui se contente de tourner autour d´un arbre ne présente pas de danger pour la société. Une religion qui demande que l´infidèle soit anéanti me pose un énorme problème en tant qu´agnostique, athée, ou adhérent d´une autre religion.

Les Musulmans en Europe peuvent poser problème, dans la mesure où ils n´acceptent pas la morale “laxiste” occidentale. Pour le Musulman croyant de base, l´homosexualité acceptée en Hollande, par exemple, est une abomination. Il y a alors un conflit de cultures. Les Etats-Unis, beaucoup plus religieux, présentent moins de problèmes pour un Musulman, sans parler du fait que le Musulman sociologique américain n´est pas le même que celui de la Hollande. Le Musulman en Hollande (souvent Marocain) vient d´un milieu beaucoup plus pauvre et moins cultivé. Pour les Etats-Unis, les classes défavorisées sont plutôt les Latinos et les Noirs. Le problème sociologique est donc totalement différent.

Ne rien dire sur la judéophobie qui existe dans les textes fondateurs de l´Islam, n´est ce pas laisser se développer un antisémitisme qui peut conduire à une deuxième Shoah ?

Le catholicisme ne changera jamais le fait que pour lui, Jésus est le fils de Dieu (incarnation, rédemption, etc.) L´Islam ne changera jamais le fait que le Coran est la parole de Dieu. Si dans le catholicisme il y a incarnation, dans l´Islam il y a “inverbation”, c´est a dire , c´est Dieu qui se fait Verbe, parole divine incarnée dans un texte sacré. Ce sont des dogmes qui ne pourront jamais changer, sauf à changer la religion elle même.

Sur la personnalité de Mahomet, beaucoup d´encre continuera à couler. Je pense qu´à la Mecque, ce fut un inspiré qui cherchait à faire prévaloir la loi de Moïse. A Médine, confronté aux difficultés tribales à caractère politique, il s´érigea en chef de guerre. Mais en Arabie, pour survivre, il fallait combattre. C´est ce qu´il fit.

L´Islam ne pourra sortir de ses textes qu´en acceptant de considérer que le Coran est inspiré par Dieu, et non pas dicté par Dieu. (…) Le Coran dicté par Dieu ne permet pas de changer quoi que ce soit. Inspiré par Dieu, il autoriserait une interprétation, donc une modernisation. Textes inspirés, c´est ce qui existe dans le judaïsme et le christianisme. Seulement dans ce dernier cas, on ne peut pas contester la divinité de Jésus. Pour l´islam, on ne peut pas contester le caractère divin de la parole de Dieu.

Pour moi, on juge l´arbre à ses fruits. Le résultat des textes fondateurs de l´Islam, appliqués à la lettre, ne peut pas conduire à un progrès tel que l´envisage l´Occident. Les buts poursuivis sont radicalement contraires.

le voile n´est pas qu´un signe religieux ostentatoire, c´est une obligation religieuse pour le pieux Musulman, et c´est aussi un message que la femme voilée lance à ses proches : un message de soumission à la suprématie de l´homme, lui même soumis à Dieu. Accepter cela au nom d´une prétendue liberté, c´est ce que Taguieff appelle “la corruption des concepts”. La liberté entendue au sens occidental ne doit pas être détournée de son sens initial pour aboutir au résultat inverse.

Il est exact que le raidissement des intégristes peut être un réflexe de défense mais il n´y a pas que cela. Les intégristes ne font qu´appliquer les textes et c´est bien là le problème. Ce sont les textes qui posent problème.

Etes-vous sioniste?

Réponse : Je le suis devenue, dans la mesure où je pense que l´Etat d´Israël est menacé et qu´une grande hypocrisie entoure la question de l´existence de ce petit pays.

Y a-t-il un risque que l´islam détruise notre mode de vie en France ? Alimentation, habitat, relations hommes femmes etc..

Réponse : Qu´il y ait un changement, c´est certain. mais à moins d´interdire aux “communautés” d´être “visibles”, il faudra bien se résigner à ces changements que vous évoquez.

pour le Coran, les Juifs ont encouru la colère de Dieu (sourate 1) et ceci jusqu´au jugement dernier pour avoir rompu l´alliance. Les Juifs ont donc des raisons valables de faire attention au contenu des textes.

L´islam est-elle une religion de paix, de tolérance et d´amour ?

Réponse : C´est difficile de qualifier l´Islam par analogie avec le christianisme. Ces trois termes ne correspondent à rien dans les textes musulmans. “Religion de paix” ? Le Djihad (guerre sainte) est prescrit par les textes. “Tolérance” ? Le non-Musulman n´est pas l´égal du Musulman et ne saurait avoir le même statut (statut inférieur de dhimmitude, c´est a dire protection moyennant impôts, et humiliation) “Amour” ? Une religion de la loi ne peut pas avoir les caractéristiques de l´amour. En latin, dura lex, sed lex : la loi est dure, mais c´est la loi.

Le Djihad, contrairement à ce que prétendent certains, est bien inscrit dans les textes: il est écrit dans la sourate 2 : “Koutiba ´alaykum(u) al-Qitälou” : le combat vous a été prescrit.

On touche à un énorme problème, à savoir qu´on ne peut pas humainement et politiquement stigmatiser toute une population, les musulmans qui se trouvent dans les pays non musulmans; d´autant plus que parmi les musulmans, il en est qui ne pratiquent pas, où peu. Cette distinction est une distinction qui évite de confondre textes et personnes. On ne peut pas “essentialiser” les musulmans. Seulement la difficulté c´est que les textes dans leur essence sont intouchables et inchangeables.

Il y a l´islam tout court. Il est très dangereux de parler d´islam de France, car c´est ne pas tenir compte des textes, et ne considérer que le contexte. C´est au niveau de la pratique qu´il peut y avoir des différences. Le problème est philosophique, à savoir faut-il appliquer les textes à la “lettre” ou tolérer un assouplissement. Seulement les théologiens de l´islam ont déjà donné des réponses qui sont appliquées dans les pays musulmans. L´Europe sera-t-elle à l´origine d´un schisme dans l´islam? Rien n´est exclu, seulement ceux attachés aux textes seront toujours là pour les défendre, et ils restent l´écrasante majorité dans les pays musulmans.

Pour le pieux musulman traditionnel, “le paradis est à l´ombre des sabres”.

La place réservée aux femmes dans le Coran ? Sur le plan de la croyance, la croyante est au niveau du croyant (sauf certaines traditions qui considèrent que la femme indisposée ne peut pas prier, ni jeûner). Mais c´est sur le plan juridique que le droit musulman en fait la moitié d´un homme. Pour être honnête, il faut dire qu´en islam, la femme riche et savante peut très bien négocier des contrats très avantageux pour elle. La femme a la libre disposition de ses biens, car le prophète à la Mecque, en épousant Khadija, épousait une femme de 15 ans plus âgée que lui, et qui était sa patronne, propriétaire de caravanes. Sourate 33 verset 21, vous avez dans le messager d´Allah un excellent modèle. Donc pour le musulman, cet exemple peut être aussi imité. Rappelons quand même que sur la condition de la femme, aucune société n´est idéale, et qu´il a fallu longtemps en occident pour que la femme puisse se dispenser de la signature de son mari.

Le blasphème, c´est à dire attaquer ce qui est considéré comme sacré est passible de mort en droit musulman. Il n´est donc pas étonnant que la mentalité collective musulmane ne soit pas préparée à un changement radical pour tout ce qui touche le sacré. L´Occident fonctionne, depuis Nietzsche comme si Dieu était mort. Pour le Musulman traditionnel, les droits de Dieu sont au-dessus du droit des hommes.

L´islam Jeudi 27 mars 2008 de 11h00 à 13h20

Avec Anne-Marie Delcambre, spécialiste de l´islam, auteur de “Mahomet” (mars 2008, Desclée de Brouwer)

Question de : hermes1

L´islam peut il accepter la démocratie europeenne?

Réponse : Bonjour à tous. Je suis très heureuse d´être sur ce forum et vais essayer de répondre de manière concise aux questions. L´islam peut-il accepter la démocratie européenne? L´islam des textes, l´islam juridique, NON! C´est une théocratie (pouvoir de Dieu) et cela s´oppose à la démocratie (pouvoir du peuple)

Question de : Elsa

Bonjour Anne-Marie Delcambre. Est-on en fait assez informé sur l´islam ? N´y a-t-il pas trop de personnes qui disent “Islam=intégrisme” ? En cela, votre livre sera utile. Merci et bravo. Je suis titulaire d´une maîtrise d´histoire et sait à quel point iil est important d´aller vers les documents et les faits contre “l´air du temps” et tous les poncifs.

Réponse : On n´est jamais assez informé sur l´Islam. Merci pour vos encouragements.

Question de : Internaute

Que peut apporter de positif l´Islam à une Française moderne?

Réponse : Rien, si on s´en tient à l´Islam des textes. Ce dernier ne peut apporter qu´un certain intégrisme.

Question de Gérard :

Mme Delcambre, pourquoi vous êtes-vous rapprochée de certains cercles politiquement très douteux ?

Réponse : Je ne fais absolument pas de politique, je ne mène pas non plus un combat religieux. Je ne peux pas empêcher des cercles douteux de récupérer mes propos.

Question de : jccl

L´apostat passible de la peine de mort figure-t-il dans le coran ? Et qu´en est-il du judaisme et du christianisme sur ce problème ?

Réponse : L´Islam des textes juridiques punit de mort le fait de sortir de l´Islam (apostasie) mais cette peine juridique n´est pas dans le Coran, mais seulement dans les traditions (hadiths). Il n´empêche que dans la mentalité collective musulmane, il n´est pas accepté qu´un musulman quitte l´Islam. Rien de semblable pour le judaisme ou le christianisme.

Question de : jean-louis

Bonjour Mme Delcambre, Peut-on rire de tout, y compris de la religion? Jean-Louis (Paris).

Réponse : Autrement dit, vous voudriez interdire le blasphème ? La religion n´est pas un domaine différent des autres domaines. Je suis laïque et je refuse de séparer le sacré du profane.

Question de : Internaute

Bonjour, Vous participez au site Libertyvox.com qui est pas mal controversé et qui est connu pour ses positions assimilant l´islam (pas l´islamisme) à un totalitarisme dangereux, similaire à ce que fut le nazisme au XXème siècle. Quelle est votre point de vue en tant qu´islamologue sur cette question. Que disent les textes ? On parle souvent de religion d´amour de tolérance et de paix au sujet de l´islam. Votre point de vue ? info ou intox ?

Réponse : Je participe effectivement au site Libertyvox, qui est controversé mais pas pour les raisons que vous indiquez. On ne peut assimiler l´Islam au nazisme dans la mesure où le nazisme parle de race, et la religion n´est pas une race. Mais en ce qui concerne le statut des Juifs dans les textes fondateurs de l´Islam, l´obligation d´être soumis à un statut d´inférieur, il est vrai que l´Islam peut poser problème si les textes sont “utilisés” par un “Führer”musulman. Par exemple, Ahmadinejad en Iran, qui rêve d´éradiquer Israël et les Juifs de la carte du monde.

Question de : Internaute

Pourquoi évoque-t-on toujours les Croisades, en oubliant son préalable, l´invasion arabo-musulmane du bassin méditerranéen ?

Réponse : Je reprendrai la phrase d´un journaliste Conan “le christianisme a été sanguinaire en s´éloignant de ses textes, l´Islam l´est en se rapprochant des siens”.

Question de : Internaute

Comment concilier logiquement l´existence de règles d´abrogation avec la prétention du Coran revendiquée de constituer une parole divine ? Dieu peut-il changer d´avis ?

Réponse : Dieu est tout puissant, sa volonté est arbitraire et ce n´est pas, dans l´esprit des Musulmans, aux hommes de juger la progression de la révélation.

Question de : Internaute

Quelles sont les conséquences pratiques des règles d´abrogation ?

Réponse : Ce sont les versets les plus durs qui abrogent (suppriment) les versets les plus doux, ce qui donne raison aux plus radicaux des Musulmans.

Question de : Internaute

N´y a-t-il pas une grande naïveté à considérer que toutes les religions se valent ? Dirait-on la même chose des idéologies politiques ?

Réponse : Je me refuse à porter un jugement de valeur sur les religions, sauf à considérer leur caractère plus ou moins dangereux. Une religion qui se contente de tourner autour d´un arbre ne présente pas de danger pour la société. Une religion qui demande que l´infidèle soit anéanti me pose un énorme problème en tant qu´agnostique, athée, ou adhérent d´une autre religion.

Question de : Internaute

Pourquoi la placide Hollande semble-t-elle concentrer toutes les crispations envers l´Islam ?

Réponse : Les Musulmans en Europe peuvent poser problème, dans la mesure où ils n´acceptent pas la morale “laxiste” occidentale. Pour le Musulman croyant de base, l´homosexualité acceptée en Hollande, par exemple, est une abomination. Il y a alors un conflit de cultures. Les Etats-Unis, beaucoup plus religieux, présentent moins de problèmes pour un Musulman, sans parler du fait que le Musulman sociologique américain n´est pas le même que celui de la Hollande. Le Musulman en Hollande (souvent Marocain) vient d´un milieu beaucoup plus pauvre et moins cultivé. Pour les Etats-Unis, les classes défavorisées sont plutôt les Latinos et les Noirs. Le problème sociologique est donc totalement différent.

Question de : Internaute

Vous arrive-t-il de vous censurer ou d´adoucir votre propos ?

Réponse : Je ne me censure pas, parce que cela voudrait dire que ce que je dis ne repose pas sur des textes. Or, ce n´est pas le cas. Quant à adoucir mes propos, je trouve cela un peu malhonnête, un danger quel qu´il soit doit être dénoncé avec vigueur. Je suis contre l´hypocrisie et le mensonge.

Question de : Internaute

on entend parler de dialogue inter religieux mais comment l´islam considère t´il la sainte trinité?

Réponse : La Sainte Trinité est une abomination pour l´Islam, Dieu n´a pas de fils et la Trinité est un polythéisme. Donc, aucun accord n´est possible sur ce point, la croix est un objet d´horreur pour le pieux Musulman.

Question de : Internaute

Bonjour, Ne connait-on Mahomet, comme Jésus, que par les écrits largement postérieurs à sa mort, ou existe-t-il davantage de documents?

Réponse : Il y aura toujours une part d´inconnu dans le récit de la vie des figures religieuses. Effectivement pour le prophète de l´Islam, nous travaillons sur ce que nous propose la tradition musulmane. C´est une histoire “sainte” que souvent nous reproduisons, et j´en suis bien consciente. Sortir de cette histoire expose aussi à des contresens et c´est également très grave.

Question de : Internaute

Bonjour, est-ce que Anne-Marie Delcambre peut expliquer ce que veut dire “dar al-islam” et dar al-harb” ? Merci

Réponse : “Dar al-Islam”, “la maison de l´Islam”, englobe les territoires soumis à la loi musulmane. “Dar al-harb”, “la maison de la guerre”, vise les territoires qui doivent être conquis, c´est-à- dire les territoires non musulmans.

Question de : Internaute

En Belgique un prêtre est attaqué parce qu´il explique l´islam et la vie de Mahomet qu´en pensez-vous? Du prêtre et de ce qu´il dit. A-t-il raison? Michel de Charleroi.

Réponse : Le prêtre que vous citez est le père Samuel de Montigny sur Sambre, près de Charleroi, je le connais et je soutiens son combat car il connait l´araméen; le turc, le kurde, l´arabe ; ayant vécu 35 ans en terre musulmane, il est au courant de l´Islam juridique pratiqué dans les pays musulmans.

Question de : Internaute

Fustiger une religion, heurter des millions de gens dans leur fois: est-ce vraiment productif?

Réponse : Ne rien dire sur les dangers des religions, quand il y en a, par exemple s´incliner sur des phrases dans le catholicisme concernant les Juifs, comme “le peuple déïcide”, qu´en pensez-vous ? Cette phrase n´est-elle pas un peu responsable de la Shoah ? Ne rien dire sur la judéophobie qui existe dans les textes fondateurs de l´Islam, n´est ce pas laisser se développer un antisémitisme qui peut conduire à une deuxième Shoah ?

Question de : Internaute

Bonjour, Le christianisme ouvert et tolérant d´aujourd´hui n´a rien à voir avec celui de l´inquisition, des croisades ou de la colonisation, c´est un fait. Ce qui prouve que les religions sont des institutions humaines qui évoluent avec les âges. Pourquoi refuser de voir que l´Islam peut lui aussi changer?

Réponse : Le catholicisme ne changera jamais le fait que pour lui, Jésus est le fils de Dieu (incarnation, rédemption, etc.) L´Islam ne changera jamais le fait que le Coran est la parole de Dieu. Si dans le catholicisme il y a incanation, dans l´Islam il y a “inverbation”, c´est a dire , c´est Dieu qui se fait Verbe, parole divine incarnée dans un texte sacré. Ce sont des dogmes qui ne pourront jamais changer, sauf à changer la religion elle même.

Question de : Internaute

Pourquoi l´islam n´a-t-elle pas de chef? Et quelles conséquences?

Réponse : Le Califat a été supprimé en 1924. Effectivement, il n´y a plus de chef de la Communauté (un peu comme un catholicisme sans papauté). Les conséquences sont que divers pays musulmans cherchent à s´ériger en leaders religieux, d´où les luttes entre pays (Egypte, Arabie Saoudite) et entre branches de l´Islam (sunnismes, chiisme, etc.)

Question de : Internaute

Qui était vraiment Mahomet ? un vrai guide spirituel initiateur du coran ou un chef de guerre assoiffé de conquêtes tant militaires que féminines ?.

Réponse : Sur la personnalité de Mahomet, beaucoup d´encre continuera à couler. Je pense qu´à la Mecque, ce fut un inspiré qui cherchait à faire prévaloir la loi de Moïse. A Médine, confronté aux difficultés tribales à caractère politique, il s´érigea en chef de guerre. Mais en Arabie, pour survivre, il fallait combattre. C´est ce qu´il fit.

Question de : Internaute

Vous définissez-vous comme islamophobe?

Réponse : Je ne reprendrais pas un qualificalif proposé par Khomeiny. Je ne puis être islamophobe dans la mesure où je suis islamologue, et que je ne saurais avoir peur de ma matière de spécialisation.

Question de : Internaute

Le Coran est politique! Il dit (Sourate 32 verset 25): les gens de droite, ce sont ceux qui iront au paradis. Et verset 26 : les gens de gauche, se sont ceux qui vont en enfer. Je crois d´ailleurs que sur ce point, le Coran, l´Ancien et le Nouveau testament disent exactement la même chose, non? (Ah! non! les catholiques ont soudainement “supprimé” les Enfers)

Réponse : Il faut savoir que dans la langue arabe, le mot “yamin” signifie la chance et le bonheur, d´où l´Arabie “eureuse”, le Yemen. La gauche est synonyme de malchance, mais rien de politique la dedans.

Question de : Internaute

L´Islam fait peur à l´Occident. Comment l´Islam d´aujourd´hui peut-il sortir de l´interprétation rétrograde, obscurantiste et misogyne des textes pour évoluer vers une conciliation entre la foi, le progrès et la modernité ?

Réponse : L´Islam ne pourra sortir de ses textes qu´en acceptant de considérer que le Coran est inspiré par Dieu, et non pas dicté par Dieu.

Question de : Internaute

pourquoi l´islam est si mal vu en Europe? cela n´est-il pas du a une méconnaissance de cette religion? l´incompréhension des occidentaux pour l´islam ne conduirait-elle pas au “choc des civilisations” tant redouté?

Réponse : Pour moi, on juge l´arbre à ses fruits. Le résultat des textes fondateurs de l´Islam, appliqués à la lettre, ne peut pas conduire à un progrès tel que l´envisage l´Occident. Les buts poursuivis sont radicalement contraires.

Question de : Internaute

la loi sur “les signes religieux ostentatoires” n´est-elle pas une restriction de libertés faite aux musulmans (surtout les femmes) a qui on impose de se vêtir et se comporter comme des occidentaux?

Réponse : Vous parlez sans doute du voile, mais le voile n´est pas qu´un signe religieux ostentatoire, c´est une obligation religieuse pour le pieux Musulman, et c´est aussi un message que la femme voilée lance à ses proches : un message de soumission à la suprématie de l´homme, lui même soumis à Dieu. Accepter cela au nom d´une prétendue liberté, c´est ce que Taguieff appelle “la corruption des concepts”. La liberté entendue au sens occidental ne doit pas être détournée de son sens initial pour aboutir au résultat inverse.

Question de : Internaute

est ce une erreur de penser que le raidissement des intégristes peut etre considéré comme un réflexe de défense contre l´abandon par les jeunes musulmans en france des valeurs de l´islam au profit des valeurs occidentales et principalement chez les filles?

Réponse : Il est exact que le raidissement des intégristes peut être un réflexe de défense mais il n´y a pas que cela. Les intégristes ne font qu´appliquer les textes et c´est bien là le problème. Ce sont les textes qui posent problème.

Question de : Internaute

Comment êtes-vous devenue “spécialiste de l´islam” ? Et pourquoi ce choix ?

Réponse : Je suis juriste à l´origine et je voulais faire une thèse en droit musulman. Mon professeur de droit m´a conseillé de m´apprendre l´arabe et je me suis piqué au jeu car j´adore les langues.

Question de : Internaute

Etes-vous sioniste :-) ? Merci.

Réponse : Je le suis devenue, dans la mesure où je pense que l´Etat d´Israël est menacé et qu´une grande hypocrisie entoure la question de l´existence de ce petit pays. C´est la raison pour laquelle mon dernier livre “Soufi ou Mufti ? Quel avenir pour l´Islam ?” a été préfacé par Daniel Pipes, un islamologue américain considéré comme sioniste.

Question de : Internaute

Peut-on réellement parler d´islamophilie sans évoquer une islamophobie avérée ?

Réponse : Je récuse le terme d´islamophobie comme je l´ai déjà dit, et s´il fallait inventer un terme, je préfère celui, inventé sur le forum Libertyvox par ffl, d´islamoscepticisme. En revanche, en ce qui concerne l´islamophilie, il est certain que pour des raisons qu´il serait trop long d´expliquer, il y a sutout dans une Europe un peu blasée, une attirance pour l´Islam assimilé à l´exotisme et aux pays du soleil.

Question de : Internaute

Y a-t-il un risque que l´islam détruise notre mode de vie en France ? Alimentation, habitat, relations hommes femmes etc..

Réponse : Qu´il y ait un changement, c´est certain. mais à moins d´interdire aux “communautés” d´être “visibles”, il faudra bien se résigner à ces changements que vous évoquez.

Question de : Internaute

Avez-vous soutenu Redeker ??

Réponse : Oui, mais je reproche à Rédeker de ne pas avoir cité de textes à l´appui de son argumentation. C´est dommage car dans le fond, il a raison mais pour un philosophe, il ne donne aucune preuve, ce qui intellectuellement, affaibli sa démonstration.

Question de : Internaute

L´appel de l’eurodéputé socialiste Benoît Hamon pour que l?Union européenneprotège Ayaan Hirsi Ali, menacée de mort pour ses critiques de l’islam, n’a recueilli que 144 signatures chez les 785 parlementaires. Qu´en pensez-vous ?

Réponse : Je ne fais pas de politique et je suis mal placée pour répondre à cette question. Ce que je puis seulement dire, concernant Ayaan Hirsi Ali, c´est qu´elle a raison quand elle dit qu´il n´y a pas d´Islam de France, qui serait par exemple l´Islam du vin, ou d´Islam de Hollande, qui serait l´Islam des polders, mais qu´il y a l´Islam tout court, qui est celui du Coran et du prophète.

Question de : Internaute

Avez-vous lu “Muhammad, vie du prophète” de Tarik Ramadan ? Et le “Mahomet” de Maxime Rodinson ?

Réponse : Oui, j´ai lu les deux. L´Islam de Maxime Rodinson est plus historique, celui de Tariq Ramadan est une réflexion mystique, soufie, à l´usage des Occidentaux et des Musulmans occidentalisés. Car Tariq Ramadan connait très bien la loi de l´Islam et s´est refusé à faire une biogaphie comme celle de Ibn Hicham, qui mentionne les batailles du prophète et ses faits et gestes qui parfois n´ont rien de particulièrement doux.

Question de : Internaute

bonjour madame, doit-on penser qu´il y a une continuité théologique entre Jésus et Mahomet? Ou s´agit-il plutôt d´une rupture?

Réponse : Il s´agit là d´un problème purement théologique, et étant agnostique, voire athée, cela ne me concerne pas.

Question de : lecteur

Pourquoi tant de peur vis a vis de l´islam

Réponse : Pourquoi tant de violences commises en son nom ?

Question de : Internaute

” Les Arabes voient en les Juifs les nouveaux Croisés, un nouvel avatar de l’Europe colonialiste. Les Juifs voient en les Arabes une réincarnation de leurs persécuteurs d’hier : les auteurs des pogroms nazis.” C´est d´Amos Oz. Qu´en pensez-vous ?

Réponse : Les Arabes voient effectivement aujourd´hui dans les Juifs l´Europe colonialiste et certains Juifs peuvent voir dans les Arabes leurs colonisateurs d´hier. Mais ce sont là des raccourcis. Ce qui est certain, c´est que pour le Coran, les Juifs ont encouru la colère de Dieu (sourate 1) et ceci jusqu´au jugement dernier pour avoir rompu l´alliance. Les Juifs ont donc des raisons valables de faire attention au contenu des textes, mais il s´agit de l´Islam, je vous appelle que dans les Arabes il y a aussi des Arabes chrétiens.

Question de : Internaute

Avez-vous déjà voyagé dans les pays musulmans ?

Réponse : Oui, bien sur. Mais en Orient (Liban, Syrie, Jordanie…)

Question de : Internaute

L´islam est-elle une religion de paix, de tolérance et d´amour ?

Réponse : C´est difficile de qualifier l´Islam par analogie avec le christianisme. Ces trois termes ne correspondent à rien dans les textes musulmans. “Religion de paix” ? Le Djihad (guerre sainte) est prescrit par les textes. “Tolérance” ? Le non-Musulman n´est pas l´égal du Musulman et ne saurait avoir le même statut (statut inférieur de dhimmitude, c´est a dire protection moyennant impôts, et humiliation) “Amour” ? Une religion de la loi ne peut pas avoir les caractéristiques de l´amour. En latin, dura lex, sed lex : la loi est dure, mais c´est la loi.

Question de : Marie

Bonjour Madame Delcambre. Pouvez-vous nous éclairer sur la question du djihad ? Merci bien à vous.

Réponse : Le Djihad, contrairement à ce que prétendent certains, est bien inscrit dans les textes: il est écrit dans la sourate 2 : “Koutiba ´alaykum(u) al-Qitälou” : le combat vous a été prescrit.

Question de : Internaute pourquoi nos intellectuels se sentent ils obligés de dire “pas d´amalgame islam islamisme”, alors qu´ils avouent eux meme ne rien connaitre à l´islam ? comment expliquer cette forme d´aliénation et leur manque de recherche sur l´islam ?

Réponse : On touche à un énorme problème, à savoir qu´on ne peut pas humainement et politiquement stigmatiser toute une population, les musulmans qui se trouvent dans les pays non musulmans; d´autant plus que parmi les musulmans , il en est qui ne pratiquent pas , où peu. Cette distinction est une distinction qui évite de confondre textes et personnes. On ne peut pas “essentialiser” les musulmans. Seulement la difficulté c´est que les textes dans leur essence sont intouchables et inchangeables.

Question de : Internaute

Comment pouvez-vous dire qu´il n´y a pas d´islam de France? c´est pourtant un fait quand on fréquente des tas de gens de tradition familiale musulmane mais qui ont une lecture souple des interdits (notamment)!

Réponse : Il y a l´islam tout court. Il est très dangereux de parler d´islam de France, car c´est ne pas tenir compte des textes, et ne considérer que le contexte. C´est au niveau de la pratique qu´il peut y avoir des différences. Le problème est philosophique, à savoir faut-il appliquer les textes à la “lettre” ou tolérer un assouplissement. Seulement les théologiens de l´islam ont déjà donné des réponses qui sot appliquées dans les pays musulmans. L´Europe sera-t-elle à l´origine d´un schisme dans l´islam? Rien n´est exclu, seulement ceux attachés aux textes seront toujours là pour les défendre, et ils restent l´écrasante majorité dans les pays musulmans.

Question de : vert galant

quelle relation entre jihad et paradis (celui du coran bien-sûr)

Réponse : Pour le pieux musulman traditionnel, “le paradis est à l´ombre des sabres”.

Question de : Internaute

L´Islam ne pourra sortir de ses textes qu´en acceptant de considérer que le Coran est inspiré par Dieu, et non pas dicté par Dieu. Que voulez-vous dire ?

Réponse : Le Coran dicté par Dieu ne permet pas de changer quoi que ce soit. Inspiré par Dieu, il autoriserait une interprétation, donc une modernisation. Textes inspirés, c´est ce qui existe dans le judaïsme et le christianisme. Seulement dans ce dernier cas, on ne peut pas contester la divinité de Jésus. Pour l´islam, on ne peut pas contester le caractère divin de la parole de Dieu.

Question de : Internaute

Vous dites être laÎque, pourtant vous semblez proche du prêtre belge Père Samuel. Qu´est-ce qui vous rapproche de lui au point de faire des conférences avec lui sur la radio canadienne rockik.com ? la religion ?

Réponse : Ce qui me rapproche de lui, ce n´est pas ce qu´il raconte. C´est qu´il applique ses textes, et qu´il connaît l´araméen, le turc, le kurde, l´arabe, et la théologie catholique en même temps. Et pour moi le savoir, d´où qu´il vienne doit être respecté. Je veux entendre le rabbin exposer fidèlement sa tradition, l´imam exposer la sienne, de même que le curé. Mais je déteste ceux qui trafiquent, ceux qui modifient et présentent une version différente de la version classique. Cela entraîne de la confusion dans l´esprit des gens, et personne ne s´y retrouve. Cela me fait penser à ces amateurs de nourriture chinoise en Europe. Ainsi un ami arrivé en Chine a cru qu´il allait retrouver sa nourriture chinoise occidentalisée, son foie ne s´en est pas encore remis. Il a vomi ses tripes.

Question de : Internaute

Quelle est la place réservée aux femmes dans le Coran ?

Réponse : La place réservée aux femmes dans le Coran ? Sur le plan de la croyance, la croyante est au niveau du croyant (sauf certaines traditions qui considèrent que la femme indisposée ne peut pas prier, ni jeûner). Mais c´est sur le plan juridique que le droit musulman en fait la moitié d´un homme. Pour être honnête, il faut dire qu´en islam, la femme riche et savante peut très bien négocier des contrats très avantageux pour elle. La femme a la libre disposition de ses biens, car le prophète à la Mecque, en épousant Khadija, épousait une femme de 15 ans plus âgée que lui, et qui était sa patronne, propriétaire de caravanes. Sourate 33 verset 21, vous avez dans le messager d´Allah un excellent modèle. Donc pour le musulman, cet exemple peut être aussi imité. Rappelons quand même que sur la condition de la femme, aucune société n´est idéale, et qu´il a fallu longtemps en occident pour que la femme puisse se dispenser de la signature de son mari.

Question de : Internaute

Pourquoi la critique du Coran et de la personne de Mahomet est-elle aujourd´hui encore aussi mal perçue dans le monde musulman ? Le Coran et Mahomet ont-ils, en Islam, un statut différent de celui de Moïse et de la Torah chez les juifs ou encore de celui de l´Evangile et de Jésus chez les chrétiens ?

Réponse : Le blasphème, c´est à dire attaquer ce qui est considéré comme sacré est passible de mort en droit musulman. Il n´est donc pas étonnant que la mentalité collective musulmane ne soit pas préparée à un changement radical pour tout ce qui touche le sacré. L´occident fonctionne, depuis Nietzsche comme si Dieu était mort. Pour le Musulman traditionnel, les droits de Dieu sont au dessus du droit des hommes. Le Forum a failli exploser du fait de l´abondance des questions, et la prolongation jusqu´à 13h10 n´aura pas suffi à répondre à toutes. Je suis vraiment désolée, je remercie ceux qui ont aidé à taper les réponses. J´ai été très heureuse de participer à un forum prestigieux. Jespère avoir apporté un peu plus de clarté pour résoudre les interrogations des internautes. Merci, à bientôt.


Magdi Allam: Un islam physiologiquement violent et historiquement conflictuel (Islamic convert boldly comes out of the catacombs, but will the West protect and defend?)

28 mars, 2008
Magdi AllamA chaque femme martyrisée dans le monde, je veux dire que la France offre sa protection en lui donnant la possibilité de devenir française. Nicolas Sarkozy (Bercy, le 29 avril 2007)
Les juristes musulmans sont unanimes que les apostats doivent être punis, même s’ils diffèrent quant au genre de châtiment à leur infliger. La plupart d’entre eux, y compris les quatre écoles principales de la jurisprudence (Hanafi, Maliki, Shafi’i, et Hanbali) comme les quatre autres écoles de la jurisprudence (les quatre écoles shiites d’Az-Zaidiyyah, d’Al-Ithna-ashriyyah, d’Al-Jafariyyah, et d’Az-Zaheriyyah) conviennent que les apostats doivent être exécutés. Sheikh Yusuf Al-Qaradawi (al-Jazeera et IslamOnline)
J’ai donc dû prendre acte du fait que, au delà de la situation caractérisée par la domination du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal se trouve dans un islam qui est physiologiquement violent et historiquement conflictuel. (…) Si nous sommes incapables, ici en Italie, berceau du catholicisme, de garantir à tous la pleine liberté religieuse, comment pourrions-nous l’être quand nous dénonçons la violation de cette liberté dans d’autres pays du monde? Magdi Allam

Ben Laden met en garde l’Europe dans un nouveau message – Libération

Le double message de Ben Laden- Le Figaro

Oussama Ben Laden menace l’Europe et le pape dans un nouveau message – Le Monde

Magdi Allam fustige l’islam – Libération

Une conversion qui crée la polémique – Le Point

Le Vatican gêné après le baptême controversé d’un musulman – Le Monde

Mustapha Cherif « consterné » par le baptême à Rome d’un musulman converti – La Croix

Curieuse coïncidence de calendrier

A l’heure où, après les bonnes paroles habituelles, la France brille à nouveau par son silence suite à la demande d’asile de la dissidente d’origine somalienne toujours menacée de mort Ayaan Hirsi

Et au lendemain d’une énième menace du massacreur en série Ben Laden cette fois contre le Pape …

Que ce baptême, il y a une semaine et le jour même de Pâques, de l’éditorialiste italien d’origine égyptienne et musulmane Magdi Allam par le Pape lui-même!

Mais encore plus curieuse et symptomatique …

Cette façon dont nos médias se précipitent sur la première imprécation venue des bouchers d’Al Qaeda et se montrent soudain si réticents devant les déclarations d’un de ses plus grands critiques.

Il avait pourtant bien commencé (même si massacrer 3000 civils américains d’un seul coup et en annoncer d’autres est, il est vrai,… autrement plus vendeur!).

Né de parents musulmans en Egypte il y a 56 ans, il avait certes fait toutes ses études dans des écoles catholiques mais était retourné un temps à l’islam (il fera le pèlerinage à La Mecque). D’où l’accusation, de la part de ses ennemis dont son compatriote et islamiste masqué Tariq Ramadan, d’être un copte déguisé en musulman.

De même, journaliste au quotidien communiste « Il Manifesto » après une licence de sociologie puis au journal de centre-gauche « La Repubblica » et au vénérable « Corriere della Sera », il avait été un fervent défenseur des immigrés arabes et de la cause palestinienne.

Jusqu’à ces dernières années où il a fallu qu’il prenne des positions de plus en plus critiques par rapport au terrorisme islamiste et au multiculturalisme. Allant même jusqu’à défendre l’Opération « Liberté pour l’Irak » et intitulé l’un de ses livres « Vive Israël! », d’où sa protection policière depuis 5 ans suite aux nombreuses menaces dont il est l’objet …

Extraits (de sa récente lettre au Corriere della Sera au lendemain de son baptême):

Le miracle de la Résurrection du Christ s’est reflété sur mon âme, en la libérant des ténèbres d’une prédication où la haine et l’intolérance à l’égard du “différent“, condamné sans examen comme “ennemi“, l’emportent sur l’amour et le respect du “prochain“ qui reste toujours et en tout cas une “personne“. De la même manière, mon esprit s’est affranchi de l’obscurantisme d’une idéologie qui légitime le mensonge et la dissimulation, ainsi que la mort violente, ce qui conduit à l’homicide et au suicide, la soumission aveugle et la tyrannie. J’ai ainsi pu adhérer à la religion authentique de la Vérité, de la Vie et de la Liberté. A l’occasion de ma première fête de Pâques comme chrétien, j’ai découvert non seulement Jésus mais aussi, pour la première fois, le vrai et unique Dieu, qui est le Dieu de la Foi et de la Raison.

Ma conversion au catholicisme est l’aboutissement d’une méditation intérieure progressive et profonde. Jamais je n’aurais pu m’y soustraire, étant donné que, depuis cinq ans, je suis contraint de vivre enfermé, avec une surveillance continue de ma maison et une escorte de carabiniers pour chacun de mes déplacements. Cette situation est due aux menaces et aux condamnations à mort que m’adressent les extrémistes et les terroristes islamiques, d’Italie ou de l’étranger.

J’en suis venu à m’interroger sur le comportement de ceux qui ont publié des fatwas – des sentences juridiques islamiques – en me traitant, moi qui étais musulman, d’“ennemi de l’islam“, “hypocrite parce chrétien copte faisant semblant d’être musulman pour nuire à l’islam“, “menteur et diffamateur de l’islam“. Ils justifient de cette façon ma condamnation à mort.

Je me suis demandé comment il était possible que quelqu’un qui – comme moi – s’est inlassablement battu avec conviction pour un “islam modéré“, prenant la responsabilité de s’exposer directement en dénonçant l’extrémisme et le terrorisme islamique, ait fini par être condamné à mort au nom de l’islam et sur la base d’une justification coranique.

J’ai donc dû prendre acte du fait que, au delà de la situation caractérisée par la domination du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal se trouve dans un islam qui est physiologiquement violent et historiquement conflictuel.

Sa Sainteté a lancé un message explicite et révolutionnaire à une Eglise qui a été jusqu’à présent trop prudente dans la conversion des musulmans, puisqu’elle s’est abstenue de faire du prosélytisme dans les pays à majorité musulmane et n’a rien dit de la réalité des musulmans convertis dans les pays chrétiens. Par peur. Peur de ne pas pouvoir protéger les convertis contre leur condamnation à mort pour apostasie. Peur des représailles exercées sur les chrétiens qui vivent dans les pays musulmans.

Aujourd’hui Benoît XVI nous dit, par son témoignage, qu’il faut vaincre la peur et ne pas craindre d’affirmer la vérité de Jésus y compris aux musulmans.

Pour ma part, je dis qu’il est temps de mettre fin aux abus et à la violence des musulmans qui ne respectent pas la liberté de choix en matière de religion.

En Italie il y a des milliers de convertis à l’islam qui vivent sereinement leur nouvelle foi. Mais il y a aussi des milliers de musulmans convertis au christianisme qui sont obligés de cacher leur nouvelle foi par peur d’être assassinés par les extrémistes musulmans cachés parmi nous. Par un de ces “hasards” qui laissent entrevoir la main discrète du Seigneur, mon premier article dans le « Corriere della Sera », le 3 septembre 2003, était intitulé : “Les nouvelles catacombes des musulmans convertis”. C’était une enquête sur des nouveaux chrétiens en Italie qui dévoilaient leur profonde solitude spirituelle et humaine, due à la défaillance des institutions de l’Etat, qui ne veillent pas à leur sécurité, et au silence de l’Eglise elle-même.

Et bien, je souhaite que le geste historique du pape et mon témoignage les persuadent que le moment est venu de sortir des ténèbres des catacombes et d’affirmer publiquement leur volonté d’être pleinement eux-mêmes.

Si nous sommes incapables, ici en Italie, berceau du catholicisme, de garantir à tous la pleine liberté religieuse, comment pourrions-nous l’être quand nous dénonçons la violation de cette liberté dans d’autres pays du monde ?

Benoît XVI nous dit qu’il faut vaincre la peur

Magdi Cristiano Allam
Corriere della Serra
23 mars 2008

Cher directeur, ce que je vais te raconter concerne une décision de foi religieuse et de vie personnelle que j’ai prise. Elle ne vise en aucune façon à impliquer le “Corriere della Sera“, dont j’ai l’honneur de faire partie depuis 2003 comme directeur adjoint “ad personam“. Je t’écris donc à titre privé, en tant que personnage de cette histoire.

Hier soir, veille de Pâques, je me suis converti à la religion catholique, renonçant ainsi à mon ancienne foi musulmane.

Par la grâce divine, la lumière est finalement apparue au fruit sain et mûr d’une longue gestation vécue dans la souffrance et la joie, entre la réflexion profonde et intime et l’expression consciente et manifeste.

Je suis particulièrement reconnaissant envers Sa Sainteté le pape Benoît XVI, qui m’a administré les sacrements de l’initiation chrétienne – Baptême, Confirmation et Eucharistie – en la basilique Saint-Pierre, au cours de la célébration solennelle de la Veillée Pascale. J’ai pris le nom chrétien le plus simple et le plus explicite : “Cristiano“. Depuis hier soir, je m’appelle donc Magdi Cristiano Allam.

Pour moi, c’est le plus beau jour de ma vie. Pour un croyant, recevoir le don de la foi chrétienne de la main du Saint Père le jour de la fête de la Résurrection du Christ est un privilège sans égal et un bien inestimable.

A presque 56 ans, c’est, à ma modeste échelle, un fait historique, exceptionnel et inoubliable, qui marque un tournant radical et définitif par rapport au passé. Le miracle de la Résurrection du Christ s’est reflété sur mon âme, en la libérant des ténèbres d’une prédication où la haine et l’intolérance à l’égard du “différent“, condamné sans examen comme “ennemi“, l’emportent sur l’amour et le respect du “prochain“ qui reste toujours et en tout cas une “personne“. De la même manière, mon esprit s’est affranchi de l’obscurantisme d’une idéologie qui légitime le mensonge et la dissimulation, ainsi que la mort violente, ce qui conduit à l’homicide et au suicide, la soumission aveugle et la tyrannie. J’ai ainsi pu adhérer à la religion authentique de la Vérité, de la Vie et de la Liberté. A l’occasion de ma première fête de Pâques comme chrétien, j’ai découvert non seulement Jésus mais aussi, pour la première fois, le vrai et unique Dieu, qui est le Dieu de la Foi et de la Raison.

Ma conversion au catholicisme est l’aboutissement d’une méditation intérieure progressive et profonde. Jamais je n’aurais pu m’y soustraire, étant donné que, depuis cinq ans, je suis contraint de vivre enfermé, avec une surveillance continue de ma maison et une escorte de carabiniers pour chacun de mes déplacements. Cette situation est due aux menaces et aux condamnations à mort que m’adressent les extrémistes et les terroristes islamiques, d’Italie ou de l’étranger.

J’en suis venu à m’interroger sur le comportement de ceux qui ont publié des fatwas – des sentences juridiques islamiques – en me traitant, moi qui étais musulman, d’“ennemi de l’islam“, “hypocrite parce chrétien copte faisant semblant d’être musulman pour nuire à l’islam“, “menteur et diffamateur de l’islam“. Ils justifient de cette façon ma condamnation à mort.

Je me suis demandé comment il était possible que quelqu’un qui – comme moi – s’est inlassablement battu avec conviction pour un “islam modéré“, prenant la responsabilité de s’exposer directement en dénonçant l’extrémisme et le terrorisme islamique, ait fini par être condamné à mort au nom de l’islam et sur la base d’une justification coranique.

J’ai donc dû prendre acte du fait que, au delà de la situation caractérisée par la domination du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal se trouve dans un islam qui est physiologiquement violent et historiquement conflictuel.

Parallèlement, la Providence m’a fait rencontrer des catholiques pratiquants de bonne volonté qui, à cause de leur témoignage et de leur amitié, sont peu à peu devenus un point de référence sur le plan de la certitude de la vérité et de la solidité des valeurs. Tout d’abord mes nombreux amis de Communion et Libération, en tête desquels le père Juliàn Carròn ; mais aussi de simples religieux comme le père Gabriel Mangiarotti, sœur Maria Gloria Riva, le père Carlo Maurizi et le père Yohannis Lahzi Gaid. Ma redécouverte des salésiens, grâce aux pères Angelo Tengattini et Maurizio Verlezza, a culminé dans une amitié renouvelée avec leur recteur majeur, le père Pascual Chavez Villanueva. J’ai enfin reçu le soutien de hauts prélats d’une grande humanité comme le cardinal Tarcisio Bertone, Mgr Luigi Negri, Mgr Giancarlo Vecerrica, Mgr Gino Romanazzi et surtout Mgr Rino Fisichella, qui m’a suivi personnellement dans mon parcours spirituel d’acceptation de la foi chrétienne.

Mais, sans aucun doute, la rencontre la plus extraordinaire et qui a le plus influé sur ma décision de me convertir, c’est celle du pape Benoît XVI. Lorsque j’étais musulman, je l’ai admiré et défendu pour sa capacité à faire, du lien indissociable entre foi et raison, le fondement de la religion authentique et de la civilisation de l’homme. Comme chrétien, j’y adhère pleinement pour m’inspirer d’une nouvelle lumière dans l’accomplissement de la mission que Dieu m’a réservée.

Mon itinéraire a commencé quand j’avais quatre ans. Ma mère, Safeya, était une musulmane croyante et pratiquante. Par le premier d’une série de “hasards” qui se sont révélés non pas fortuits mais intégrés dans le destin divin auquel chacun de nous est appelé, elle m’a confié aux soins pleins de tendresse de sœur Lavinia, de l’ordre des comboniennes. Elle était convaincue que je recevrais une bonne éducation chez ces religieuses catholiques italiennes, installées au Caire, ma ville natale, pour témoigner de leur foi chrétienne à travers une œuvre tendant à contribuer au bien commun.

C’est ainsi que j’ai commencé mon expérience de la vie scolaire, effectuée chez les salésiens de l’Institut Don Bosco pour le collège et le lycée. Tout compte fait, on m’y a transmis non seulement un savoir mais surtout la conscience des valeurs. C’est grâce aux religieux catholiques que j’ai acquis une conception profondément et essentiellement éthique de la vie. Selon cette conception, la personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu est appelée à remplir une mission qui s’insère dans un dessein universel et éternel visant à la résurrection intérieure de chaque individu sur cette terre et à celle de l’humanité entière le Jour du Jugement Dernier. Cette conception, fondée sur la foi en Dieu et sur la primauté des valeurs, est axée sur le sens de la responsabilité individuelle et du devoir envers la collectivité. A cause de cette éducation chrétienne et parce que j’ai partagé l’expérience de la vie avec des religieux catholiques, j’ai toujours eu une foi profonde en la transcendance et j’ai toujours recherché la certitude de la vérité dans les valeurs absolues et universelles.

A un moment donné, la présence aimante et le zèle religieux de ma mère m’ont rapproché de l’islam. Je l’ai pratiqué périodiquement sur le plan cultuel et j’y ai cru sur le plan spirituel. J’en faisais une interprétation qui à l’époque – les années Soixante – correspondait en gros à une foi respectueuse de l’homme et tolérante envers le prochain. Le contexte était celui du régime de Nasser, avec une prédominance du principe laïque consistant à séparer la sphère religieuse de la sphère séculière.

Mon père, Mahmoud, était tout à fait laïc. Sur ce point, il était semblable à une majorité d’Egyptiens qui prenaient l’Occident comme modèle en matière de liberté individuelle, d’usages sociaux et de modes culturelles et artistiques. Malheureusement le totalitarisme politique de Nasser et l’idéologie belliqueuse du panarabisme, qui visait à l’élimination physique d’Israël, ont conduit l’Egypte à la catastrophe et ouvert la voie à la redécouverte du panislamisme, à l’arrivée au pouvoir des extrémistes musulmans et à l’explosion du terrorisme musulman mondialisé.

Les nombreuses années passées à l’école m’ont aussi permis de bien connaître, de près, la réalité du catholicisme ainsi que celle des femmes et des hommes qui ont consacré leur vie à servir Dieu au sein de l’Eglise. Dès cette époque, je lisais la Bible et les Evangiles et j’étais particulièrement fasciné par la figure humaine et divine de Jésus. J’ai pu assister à la sainte messe et il m’est même arrivé, une seule fois, de m’approcher de l’autel et de recevoir la communion. Ce geste manifestait évidemment mon attirance vers le christianisme et mon désir de me sentir inclus dans la communauté religieuse catholique.

Par la suite, quand je suis arrivé en Italie au début des années Soixante-dix, dans les fumées des révoltes étudiantes et les difficultés d’intégration, j’ai vécu une période où un athéisme affiché me tenait lieu de foi, tout en restant fondé sur la primauté des valeurs absolues et universelles. Je n’ai jamais été indifférent à la présence de Dieu, même si c’est seulement maintenant que je sens que le Dieu de l’Amour, de la Foi et de la Raison se concilie pleinement avec le patrimoine de valeurs qui sont enracinées en moi.

Cher directeur, tu m’as demandé si je ne craignais pas pour ma vie, parce que je serais conscient que ma conversion au christianisme m’attirera certainement une énième – et beaucoup plus grave – condamnation à mort pour apostasie.

Tu as tout à fait raison. Je sais à quoi je m’expose mais j’affronterai mon destin la tête haute, sans courber l’échine et avec la solidité intérieure de celui qui est sûr de sa foi. Et je le serai encore plus après le geste historique et courageux du pape qui – dès qu’il a connu mon désir – a tout de suite accepté de me conférer personnellement les sacrements d’initiation au christianisme.

Sa Sainteté a lancé un message explicite et révolutionnaire à une Eglise qui a été jusqu’à présent trop prudente dans la conversion des musulmans, puisqu’elle s’est abstenue de faire du prosélytisme dans les pays à majorité musulmane et n’a rien dit de la réalité des musulmans convertis dans les pays chrétiens. Par peur. Peur de ne pas pouvoir protéger les convertis contre leur condamnation à mort pour apostasie. Peur des représailles exercées sur les chrétiens qui vivent dans les pays musulmans.

Aujourd’hui Benoît XVI nous dit, par son témoignage, qu’il faut vaincre la peur et ne pas craindre d’affirmer la vérité de Jésus y compris aux musulmans.

Pour ma part, je dis qu’il est temps de mettre fin aux abus et à la violence des musulmans qui ne respectent pas la liberté de choix en matière de religion.

En Italie il y a des milliers de convertis à l’islam qui vivent sereinement leur nouvelle foi. Mais il y a aussi des milliers de musulmans convertis au christianisme qui sont obligés de cacher leur nouvelle foi par peur d’être assassinés par les extrémistes musulmans cachés parmi nous. Par un de ces “hasards” qui laissent entrevoir la main discrète du Seigneur, mon premier article dans le « Corriere della Sera », le 3 septembre 2003, était intitulé : “Les nouvelles catacombes des musulmans convertis”. C’était une enquête sur des nouveaux chrétiens en Italie qui dévoilaient leur profonde solitude spirituelle et humaine, due à la défaillance des institutions de l’Etat, qui ne veillent pas à leur sécurité, et au silence de l’Eglise elle-même.

Et bien, je souhaite que le geste historique du pape et mon témoignage les persuadent que le moment est venu de sortir des ténèbres des catacombes et d’affirmer publiquement leur volonté d’être pleinement eux-mêmes.

Si nous sommes incapables, ici en Italie, berceau du catholicisme, de garantir à tous la pleine liberté religieuse, comment pourrions-nous l’être quand nous dénonçons la violation de cette liberté dans d’autres pays du monde ? Je prie Dieu pour que ce jour de Pâques spécial voie la résurrection spirituelle de tous les fidèles au Christ qui ont été jusqu’à maintenant dominés par la peur. Joyeuses Pâques à tous.

Voir aussi:

A Prayer for Freedom
Will the West protect and defend?
Robert Spencer
NRO
March 26, 2008

Italy’s leading Muslim writer has become a Catholic. As Pope Benedict XVI baptized Magdi Allam during an Easter service at the Vatican, the glare of international publicity annoyed at least one Muslim, Yahya Sergio Yahe Pallavicini, vice president of Coreis, the Italian Islamic Religious Community. He told reporters: “What amazes me is the high profile the Vatican has given this conversion. Why could he have not done this in his local parish? . . . If Allam truly was compelled by a strong spiritual inspiration, perhaps it would have been better to do it delicately, maybe with a priest from Viterbo where he lives.”

Why should the exercise of a basic human right, the freedom of conscience, be a matter for delicacy? In voicing this complaint Pallavicini raised yet again the Islamic-supremacist specter that increasingly haunts Europe — for in traditional Islamic law, Christians in the Islamic state must be unobtrusive and submissive, eschewing bells, processions, and other public displays, and remaining private and unostentatious in their religious observances, so as to avoid offend the delicate sensibilities of Muslims. In suggesting that Allam would have done better to convert somewhere away from the flashbulbs and microphones, Pallavicini suggests that all this is part of his own mental baggage: In a perfect world, Christians may practice their faith, but they must do so out of sight.

The new convert himself, an editorial writer and deputy editor at the Italian daily Corriere della Sera and for years a vociferous critic of the jihad ideology and Islamic supremacism, might agree that this is indeed part of the attitude that Islamic sharia law can inculcate in its adherents. “Over the years,” he wrote trenchantly about Islam in a letter to Corriere della Sera, “my spirit has been freed from the obscurantism of an ideology that legitimizes lies and deception, violent death that leads to homicide and suicide, blind submission to tyranny.”

Must Allam now live in fear of this violent ideology? Yes. Allam has been under guard ever since he expressed support for Israel, which he does in no uncertain terms — in fact, he entitled a book Viva Israel after Hamas jihadists sent him death threats. And now he expects more, saying that he will likely receive “another death sentence for apostasy.”

The Islamic death sentence for apostasy is very real. All the schools of Islamic jurisprudence agree that apostates must be executed, and this law is rooted in the dictum of the Muslim prophet Mohammed: “Whoever changes his religion, kill him.” The internationally influential Sheikh Yusuf Al-Qaradawi, the eminence behind al-Jazeera and IslamOnline, who has been praised by Georgetown Islamic scholar John Esposito as a “reformist,” insisted recently on the traditional and mainstream status of this death sentence: “Muslim jurists are unanimous that apostates must be punished, yet they differ as to determining the kind of punishment to be inflicted upon them. The majority of them, including the four main schools of jurisprudence (Hanafi, Maliki, Shafi’i, and Hanbali) as well as the other four schools of jurisprudence (the four Shiite schools of Az-Zaidiyyah, Al-Ithna-ashriyyah, Al-Jafariyyah, and Az-Zaheriyyah) agree that apostates must be executed.”

Given the weight of this traditional ruling, it is extremely difficult for Islamic reformers to make headway — as Allam well knows. In his letter to Corriere della Sera, he explained that this was also one of the signposts on his journey toward conversion: “I asked myself how it was possible that those who, like me, sincerely and boldly called for a ‘moderate Islam,’ assuming the responsibility of exposing themselves in the first person in denouncing Islamic extremism and terrorism, ended up being sentenced to death in the name of Islam on the basis of the Quran.” It would not have been an outcome envisioned by those who have insisted that the elements of Islam that jihadists use to justify their violent actions are peripheral at best to the faith itself.

Nonetheless, Allam took this step with open eyes: “I realize what I am going up against but I will confront my fate with my head high, with my back straight and the interior strength of one who is certain about his faith.” And his concern is for other converts: also in his letter to Corriere, Allam remembered that “by one of those ‘fortuitous events’ that evoke the discreet hand of the Lord, the first article that I wrote for the Corriere on Sept. 3, 2003 was entitled ‘The new Catacombs of Islamic Converts.’ It was an investigation of recent Muslim converts to Christianity in Italy who decry their profound spiritual and human solitude in the face of absconding state institutions that do not protect them and the silence of the Church itself.” The situation hasn’t changed since then: “Thousands of people in Italy have converted to Islam and practice their faith serenely. But there are also thousands of Muslims who have converted to Christianity who are forced to hide their new faith out of fear of being killed by Islamist terrorists.”

Allam praised Pope Benedict for baptizing him in the public manner that nettled Pallavicini, for in doing so, he said, the Pontiff “sent an explicit and revolutionary message to a church that until now has been too cautious in the conversion of Muslims . . . because of the fear of being unable to protect the converted who are condemned to death for apostasy.”

Perhaps the conversion of Magdi Allam will herald the end of this shameful silence and fear, and trigger the recovery of a bit of self-confidence on the part of the West — such that European states and the Church will more zealously guard these new converts, recognizing in their conversion the expression of one of the fundamental human rights challenged today by the global jihad.

Even that would not be as great a Paschal gift as the one Magdi Allam received last weekend. But for all those who cherish the freedom of conscience as a fundamental human right, it would be a ray of hope.

— Robert Spencer is the director of Jihad Watch and author of the New York Times bestsellers The Politically Incorrect Guide to Islam (and the Crusades) and The Truth About Muhammad.


Irak: Attention, de prétendus mensonges peuvent en cacher bien d’autres

27 mars, 2008
https://i1.wp.com/iraq911.tripod.com/images/__3rd-infantry-saddam-911c_2.jpgIl faut tout le réductionnisme de l’expertise molle ou nulle qui sévit en Occident pour classifier comme des entités rigidement organisées et isolées les unes des autres les groupes djihadistes. Pour les traiter comme des partis parlementaires occidentaux – pour prendre avec des pincettes les traces de ces collaboration, et n’y pas voir une entreprise d’importance : comme Téhéran, Damas, et la partie immergée de l’establishment saoudo-wahhabi, la Bagdad saddamienne était membre du grand carré d’as de la terreur arabo-musulmane, sans oublier le joker du mouvement palestinien. Laurent Murawiec
Even when viewed through a post-war lens, documentary evidence of messages are consistent with the Iraqi Survey Group’s conclusion that Saddam was at least keeping a WMD program primed for a quick re-start the moment the UN Security Council lifted sanctions. Iraqi Perpectives Project (March 2006)
Captured Iraqi documents have uncovered evidence that links the regime of Saddam Hussein to regional and global terrorism, including a variety of revolutionary, liberation, nationalist, and Islamic terrorist organizations. While these documents do not reveal direct coordination and assistance between the Saddam regime and the al Qaeda network, they do indicate that Saddam was willing to use, albeit cautiously, operatives affiliated with al Qaeda as long as Saddam could have these terrorist operatives monitored closely. Because Saddam’s security organizations and Osama bin Laden’s terrorist network operated with similar aims (at least in the short term), considerable overlap was inevitable when monitoring, contacting, financing, and training the same outside groups. This created both the appearance of and, in some ways, a de facto link between the organizations. At times, these organizations would work together in pursuit of shared goals but still maintain their autonomy and independence because of innate caution and mutual distrust. Though the execution of Iraqi terror plots was not always successful, evidence shows that Saddam’s use of terrorist tactics and his support for terrorist groups remained strong up until the collapse of the regime.  Iraqi Perspectives Project (Saddam and Terrorism, Nov. 2007, released Mar. 2008)
Le Pentagone avoue discrètement qu’il n’y avait pas de lien entre Saddam Hussein et Al-Qaida. (…) cinq ans après avoir essayé de réaliser l’impossible rêve néoconservateur d’instaurer la démocratie par la force dans le monde arabe (…) l’Amérique est embourbée dans une impasse (…) Par ses mensonges, l’administration Bush a gâché, pour longtemps, l’image et le crédit des Etats-Unis à travers le monde. Le Monde

Ainsi va la vulgate médiatique que les Patrice Claude du monde nous rabâchent depuis cinq ans.

Sauf que les fameux mensonges de la guerre d’Irak sont justement ceux de Saddam sur ces ADM sur lesquels il a refusé jusqu’au bout de faire la lumière.

Mais aussi de ces mêmes médias qui, comme le rappelle le chercheur franco-américain Laurent Murawiec, continuent à nier l’évidence qu’Al Qaeda comme Saddam avaient, bien avant l’invasion alliée, préparé leur insurrection en Irak.

Certes aidés, au-delà de l’inévitable courbe d’apprentissage de Sunnites depuis toujours dominants et d’un Iran attisant les flammes, par la désastreuse décision, du côté américain, de l’équipe de Paul Bremer d’abandonner du jour au lendemain le plan originel de ne purger l’Armée irakienne que de ses généraux baasistes, privant ainsi les forces alliées non seulement d’une importante force pour la protection du territoire et la reconstruction nationale mais livrant à l’insurrection quelque 250 à 300 000 soldats et officiers …

On en apprend de belles!
Laurent Murawiec
Metula News Agency
26/03/8

Que dit la sagesse des nations ? « Tout vient à point à qui sait attendre ». On nous l’a répété à satiété : l’Irak de Saddam n’avait rien de rien à voir avec al-Qaida. Bush avait donc menti. La Guerre d’Irak était illégitime. C’était un prétexte pour mettre la main sur l’or noir (pour qu’il coûte moins cher !), pour les profits d’Halliburton, pour servir les intérêts d’Israël, et ceux, évidemment, de la domination impérialiste du Moyen-Orient. N’oublions pas que l’Irak de Saddam n’avait rien à voir, en général, avec la terreur, ni avec al-Qaida, en particulier, et que seule l’invasion américaine a amené les djihadi par milliers à venir en Irak pour y constituer le centre nerveux de la terreur mondiale ; oublions au passage que les Américains en ont tué pas loin de 35 000 ; les djihadi sont venus, ils ont vu, ils ont été vaincus. Il y a des évidences dont l’examen prouve l’inanité, sans les empêcher d’être sans cesse rabâchées.

Al-Qaida préparait l’insurrection, en Irak, avant l’invasion américaine

Eh ! bien, ayant attendu un peu, on en apprend de belles. On apprend que le 17 Février 2008, Al-Ekhlaas, le forum terroriste numéro un (protégé par mot de passe) sur le Net, publiait un document d’al-Qaida sur la vie et l’œuvre d’Abou Moussa Al Zarqawi, le tueur fou du djihad, qui dirigea AQI – al-Qaida en Irak -, à grands renforts de massacres et de décapitations, avant de se faire proprement dégommer par une bombe américaine. Le texte, signé par « Saif Al Adel », pseudonyme d’un dirigeant important de l’organisation djihadie, indique que Zarqawi était arrivé dans les zones sunnites du centre de l’Irak avant le déclenchement de l’assaut américain, en 2003, pour y préparer l’insurrection contre les Américains (baptisée « résistance » par le crétinisme médiatique ambiant). [1]

On était déjà au courant de la présence de Zarqawi en Irak du Nord avant la guerre, où il avait travaillé avec « Ansar al-Islam », groupe irakien affilié d’al-Qaida et actif dans les zones kurdes du pays. Ansar al-Islam avait aidé des membres d’al-Qaida proprement dit à s’installer en Irak – avant la guerre. Bien que l’auteur nie qu’al-Qaida ait entretenu des relations avec le régime de Saddam, cela n’empêche pas que l’organisation de Bin Laden se soit trouvée sur place avant l’invasion américaine, au motif unique d’y préparer la lutte contre les forces américaines.

Quelles que soient les dénégations de « Saif Al Adel », il n’y a aucune raison de supposer que le régime policier et totalitaire de Saddam n’ait pas été au courant de la présence d’al-Qaida, et de celle de Zarqawi : ce dernier séjourna dans les zones sunnites du centre de l’Irak, totalement acquises – la suite insurrectionnelle l’a montré – à Saddam Hussein. On voit mal Zarqawi préparer une insurrection et mettre sur pied des cellules terroristes en plein territoire saddamien et à l’insu des multiples services barbouzards du régime –. En fait, on voit mal qu’il ait pu se passer de leur approbation.

L’auteur a beau prétendre qu’ « il n’y avait pas de relations entre [Zarqawi] et le régime de Saddam qui vaillent d’être mentionnées », mais peut-être y avait-il des relations qui valent de ne pas l’être. En tout état de cause, « le frère Abou Moussab [Zarqawi] décida d’aller en Irak… Notre analyse était que les Américains, tôt ou tard, feraient l’erreur d’envahir l’Irak, que l’invasion mènerait à la chute du régime, et que nous devrions jouer un rôle important dans la confrontation et la résistance, et que c’était là notre chance historique d’établir l’Etat islamique… ». Ajoutons que le régime de Saddam avait lui-même préparé une guerre insurrectionnelle dans les régions sunnites, ouvrant la possibilité de synergies entre saddamiens et djihadi, qui se manifesta effectivement pendant la période 2004-2007 –. Les fables épousées par la quasi-totalité des media internationaux concernant la « résistance » spontanée « des Irakiens » s’évaporent, quelles qu’aient été les erreurs commises du côté américain.

Le « proconsul » de Bagdad se prend pour MacArthur

Et, a propos d’erreurs américaines : on trouve dans un long article de l’excellent reporter qu’est Michael Gordon, paru le 17 mars dans le New York Times [2], l’histoire ahurissante qui suit : comment la décision prise par Bush (et Rumsfeld, et son adjoint Doug Feith), dix semaines avant l’invasion de 2003 – de purger les généraux baasistes et de garder les officiers – fut du jour au lendemain, à la hussarde, révoquée par Paul Bremer, le « proconsul » américain à Bagdad. On apprend ainsi qu’au cours d’une réunion du Conseil national de sécurité, le 22 mai 2003, Bremer « informa le président et ses adjoints qu’il s’apprêtait à émettre un décret dissolvant l’Armée irakienne ». Cette décision équivalait à ouvrir un bureau de recrutement aux djihadi, puisque les cadres supérieurs de l’Armée de Saddam étaient surtout sunnites.

Le lendemain, le décret paraissait. Bremer « avait pris la décision sans consulter le gouvernement [américain], sans discuter avec le secrétaire d’Etat [Colin Powell], ni le plus haut gradé américain en Irak, le général David D. McKiernan. ». Powell – qui a la menterie facile quand il s’agit de protéger sa réputation – rapporte cependant qu’il s’en ouvrit à Condi Rice, alors conseillère à la Sécurité nationale. « Condi, que s’est-il passé ? » Et elle de répondre : « J’ai été surprise, mais la décision est prise et le président soutient [Bremer]. C’est lui qui est sur le terrain. » Powell conclut : « Fin du débat ».

On croit rêver : une décision présidentielle est annulée par un haut fonctionnaire manipulateur qui prend tout le monde à l’improviste et fait passer en force une décision désastreuse. Le président, loin de piquer un fard, accepte humblement de se faire négligemment traiter comme un subalterne sans importance. Ses conseillers – dont la mission aurait dû être de mettre le holà à cette folie, ne disent rien. Le plan développé avant l’invasion par le général Jay Gardner, qui fut le premier administrateur américain en Irak, était pourtant bien clair : l’Armée irakienne contribuerait à la protection du territoire et agirait comme force de reconstruction nationale. Le 12 mars 2003, huit jours avant l’invasion, l’adjoint de Rumsfeld, Feith, présenta le plan au NSC. Il prévoyait de dissoudre la Garde républicaine, les prétoriens de Saddam – pas l’armée. Feith lançait aussi un avertissement : on ne peut licencier 250 à 300 000 soldats et les jeter à la rue. Le général Abizaid, numéro deux des forces américaines, remarquait, avec pertinence, que les armées arabes sont nombreuses, parce que cela permet aux gouvernements de neutraliser les jeunes gens en colère afin qu’ils ne courent pas les rues et de les encadrer.

Le général McKiernan rapporte qu’il ne fut jamais consulté. Les sources consultées par Michael Gordon jurent que Bremer avait tout orchestré pour que le reste du gouvernement, tous ceux qui avaient la charge du dossier irakien, ne sachent rien de la décision qu’il tramait, ce, jusqu’au dernier moment. En un mot, explique un haut fonctionnaire cité, « la décision la plus grave de l’occupation fut prise en secret, sans que les principaux conseillers du président aient l’occasion de l’examiner et de présenter leurs vues au président ». Les chefs d’état-major des Forces armées (joint chiefs) n’eurent pareillement pas l’occasion d’en débattre. Mais quand Bremer et ses adjoints présentèrent leur plan de « reconstruction » d’une armée qu’ils venaient de détruire, elle était si petite et si inadéquate qu’elle ne put contribuer à la sécurité du pays.

On s’en serait douté, Bremer défend aujourd’hui sa décision en mentant comme un arracheur de dents et en « chargeant » tous les autres. C’est qu’entre-temps, Bush lui a décerné, à l’issue d’un choix des plus ineptes, la plus haute décoration civile des Etats-Unis, la Médaille présidentielle de la liberté – en compagnie de cet incompétent banqueroutier, George Tenet, dont la CIA, sous sa direction, fut incapable de détecter quoi que ce soit des machinations ourdies contre les Etats-Unis.

Il y a ici des leçons à méditer :

D’abord, l’incroyable ineptie de Bush, manœuvré comme un bleu par sa bureaucratie, incapable de défendre ses propres décisions, incapable des les imposer à ses subordonnés, incapable d’en tirer les leçons, sauf une fois par an, quand la coupe est pleine et que la moutarde lui monte au nez. Ca ne fait évidemment pas une politique. Dans de telles circonstances, le choix des hommes est décisif, et c’est probablement là que le bât blesse le plus cruellement.

Puis l’ineptie non moins croyable de ses proches conseillers, Condi Rice la première, qui, au lieu de stopper ou de freiner la décision de Bremer, pour que le président puisse prendre son temps, se tut et accepta l’usurpation de pouvoir, n’exerçant donc pas son rôle d’ « aiguilleur en chef », régulatrice du trafic des décisions entre ministères et autorités. Ineptie condamnable et nuisible.

Encore, la méthode suivie par le diplomate Bremer est celle que pratiquent, sans vergogne ni interruption, le département d’Etat et la CIA. Elle consiste à manipuler, utiliser le secret, les fuites de presse, pour circonvenir les représentants élus par le peuple, qu’ils méprisent et qu’ils considèrent tout juste bons à être blousés.

Les conséquences sont gravissimes, pour l’Irak et pour les Etats-Unis, de l’incroyable légèreté de Bremer, qui se prenait vraiment pour le « MacArthur de Bagdad », et ne tolérait aucun manquement à son autorité. Voilà ce qui se passe quand on laisse la bride sur le cou des fonctionnaires ; irresponsables, ils ne rendent de comptes à pas grand monde, surtout si le président a renoncé aux prérogatives de sa charge : qui veut être président doit dompter la bureaucratie, et non se faire rouler dans la farine par elle. Cela, Bush ne l’a jamais su ni compris.

Ajoutons que le crétinisme qui attribue aux « néo-conservateurs » tous les pêchés de la Guerre d’Irak est battu en brèche par ces révélations : c’est Bremer et les diplomates, c’est Bush et Condi, alors que les néo-con avaient vu juste. Qui va faire son mea culpa ? Ne comptons ni sur les idéologues, ni sur les menteurs pour se porter volontaires – autant dire que les media n’ont aucune intention de se dédire : ils sont toujours infaillibles, ces braves gens.

13 conférences de terroristes convoquées par Saddam dans l’année qui précéda l’invasion

Autre pièce versée cette semaine au dossier : un rapport commandé par le gouvernement à l’Institute for Defense Analysis (IDA) (l’Institut pour l’analyse de la Défense), l’un des principaux instituts de recherche militaire para officiels [3]. L’IDA a reçu du département de la Défense 600 000 documents irakiens (le Dossier « Harmonie »), saisis à Bagdad par les forces américaines. Leur analyse montre une entreprise systématique d’étroite collaboration entre les services secrets irakiens et les affiliés régionaux d’al-Qaida, dont le Djihad islamique égyptien, ex-group de Zawahiri, le numéro deux d’al-Qaida.

Parmi ces documents, un rapport annuel de 2002 à la section M8 (Directoire des mouvements de libération nationale) du Service de Renseignement Irakien (IIS), montrant que l’IIS avait convoqué 13 conférences de terroristes dans l’année – un an avant l’invasion – et que Saddam avait reçu personnellement pas moins de 37 messages de félicitations de groupes terroristes internationaux. L’IIS avait émis 699 faux passeports au bénéfice de terroristes pendant l’année. Certes, Saddam et Bin Laden étaient en désaccord au sujet de la finalité : restauration du Califat ou hégémonie irakienne sur le panarabisme et la région. Cela n’a jamais empêché les collaborations, fussent-elles uniquement ponctuelles, pourvu qu’elles soient anti-occidentales. Commentaire d’un expert : c’est comme la collaboration entre le Cartel de la cocaïne de Cali et celui de Medellin. Autrement dit – et il y a une masse de documents qui vont dans le même sens, l’Irak saddamien était bien un lieu de rendez-vous protégé de la terreur djihadiste et terroriste internationale.

L’ « image de toute l’Affaire » tranche avec le récit médiatique

Il faut tout le réductionnisme de l’expertise molle ou nulle qui sévit en Occident pour classifier comme des entités rigidement organisées et isolées les unes des autres les groupes djihadistes. Pour les traiter comme des partis parlementaires occidentaux – pour prendre avec des pincettes les traces de ces collaboration, et n’y pas voir une entreprise d’importance : comme Téhéran, Damas, et la partie immergée de l’establishment saoudo-wahhabi, la Bagdad saddamienne était membre du grand carré d’as de la terreur arabo-musulmane, sans oublier le joker du mouvement palestinien. Une administration pourvue de ses esprits aurait joué cette carte dans son œuvre de relations publiques et diplomatique, sans attendre le crépuscule.

Au bilan, ces trois affaires nous montrent la singulière impéritie de l’administration Bush ainsi que la genèse et le visage véritables de l’insurrection en Irak. Il aurait été souhaitable de ne pas perdre quatre ans pour y arriver. Ce que l’on appelle l’image de toute l’affaire diffère en tout cas fondamentalement du récit que l’engeance médiatique et l’establishment multinalionalisto-onusien en a donné. Conjugués, ces deux facteurs ont fait de la guerre un embrouillamini complet, jusqu’au Surge (la contre-offensive américaine victorieuse contre les terroristes. Ndlr) en tout cas. Les succès impressionnants enregistrés sous l’égide de généraux Petraeus et Odierno avec la guerre contre-insurrectionnelle ont permis de remonter la pente, mais celle-ci aura été bien plus abrupte qu’elle aurait pu et dû l’être.

Notes :

[1] http://www.freerepublic.com/focus/f-news/1986706/posts

[2] http://www.nytimes.com/2008/03/17/world/middleeast/17bremer.html

[3] http://www.scribd.com/doc/2280917/Iraqi-Perspectives-Project-Saddam-and-Terrorism-Emerging-Insights-from-Captured-Iraqi-Documents

Voir aussi:

Putin’s intelligence backs Bush war rationale

AB.net

19 June , 2004

Reporter: Emma Griffiths
HAMISH ROBERTSON: Russian President Vladimir Putin has revealed intelligence information that could boost George W. Bush’s arguments for going to war in Iraq.

The Russian President says his intelligence services received several reports that Saddam Hussein was planning to strike the United States and that they passed on that information to their American counterparts.

The intelligence has never featured in the White House’s arguments for going to war and, as our Moscow Correspondent Emma Griffiths reports, it’s all the more surprising because of its source – Vladimir Putin himself –who’s been a vocal opponent of the invasion of Iraq.

EMMA GRIFFITHS: The intelligence first filtered out through Interfax, Russia’s semi-official news agency. It quoted an unnamed source who argued that the conclusions of the commission investigating the September 11 attacks didn’t quite paint a full picture of the situation in Iraq two years ago.

It concluded there was no link between al-Qaeda and Saddam Hussein – a key argument given by the Bush administration for going to war.

The Russian source said intelligence services here didn’t have any evidence to dispute the commission’s conclusion. But it did have information that Saddam Hussein posed a serious threat to the United States.

Russian President Vladimir Putin has now confirmed that intelligence. He says Russian agents had received information that Iraq’s special forces were preparing terrorist attacks on the United States, and on its military bases around the world.

VLADIMIR PUTIN (translated): Russian special services received such information several times and passed it on to their American colleagues.

EMMA GRIFFITHS: The Russian President said that even George Bush personally thanked the head of one of Russia’s intelligence agencies, calling the information very valuable. But the intelligence has never featured in White House arguments for invading Iraq.

Moscow-based thinktank, the US and Canada Institute, is sceptical. Deputy Director Viktor Kremenyuk believes the Russian President is trying to help his American counterpart out of a tight spot, in the hope the favour might be returned.

VIKTOR KREMENYUK: A week ago they had a meeting with Mr Bush and they discussed some things. The (inaudible) island and theG8 summit, and maybe one of the issues was of course coordinating their activities in fighting this terrorism and so on.

Second of course, there is a rapprochement between the two sides on the issue of Iraq, which was fixed by the newly adopted resolution of the UN Security Council. So they are now in the one boat.

One defending the other, may hope that the other will defend the first in the case of need. One thing which now dominates, maybe, the concerns of the Russian leader, and that is the growing criticism of his domestic activities.

What are you going to do in Russia? Why there is problems with media? Why there are problems with human rights? And in this conditions of course, maybe he thinks that if he presents himself as the American ally, many Americans would look at him differently.

EMMA GRIFFITHS: The US and Canada Institute’s Viktor Kremenyuk wants more details about the intelligence –the when, where, who, and how of the apparent plans Saddam Hussein was hatching. But so far, there’s no indication that Vladimir Putin will elaborate on his surprising revelation.

This is Emma Griffiths in Moscow for Saturday AM.


Statistiques ethniques: Regards croisés sur les exemples américain et britannique (What sex was to the Victorians)

26 mars, 2008
Multicuralist BritainJe ne trouvais pas de travail en France. J’ai commencé par le bas de l’échelle. On m’a donné ma chance. Elise Duvergé
Ici, je peux écrire Mohamed sur mon badge. Ca ne gêne personne. Mohamed Latbi (23 ans)

La race (pardon: la « race ») serait-elle aux Français, comme disait un Anglais, ce que le sexe était aux prudes Victoriens?

Petit retour, à l’heure où le plus anglophile de nos présidents entame sa première visite d’Etat au Royaume Uni, sur ce tabou dont sont chez nous l’objet les statistiques ethniques.

Cette typiquement française « cécité volontaire », comme l’appelle la sociologue Dominique Schnapper, qui soit nie la réalité des problèmes et donc tend à les entériner et les légitimer en refusant aux acteurs sociaux, faute de la connaissance nécessaire, les moyens (y compris de suivi et d’évaluation) de lutter contre.

Soit, plus perversement, contourne dans les faits le refus proclamé de toute dimension « ethnique » en remplaçant les critères « ethniques » par des critères territoriaux et sociaux (ie. les fameuses ZEP et leurs tristement fameux et tout aussi ethnicisants effets pervers de stigmatisation et d’assignation à résidence).

D’où, comme le rappelait l’an dernier dans un entretien pour Libération le spécialiste des questions de « race » et d' »ethnicité » (guillemets obligatoires, s’il vous plait!) de l’université de New York Richard Alba, le problème, pour des études sur la durée, du système actuel de recoupement indirect des données ethniques, via le lieu de naissance des parents ou les prénoms, avec des parents désormais nés en France et l’évolution des pratiques d’appellation.

Et un incroyable retard sur nos voisins britanniques (comme nord-européens), comme le montrait un colloque de l’INSEE l’an passé, qui disposent eux depuis 1991 d’un véritable système de suivi de la situation ethnique avec « pointage ethnique » dans la plupart des grandes entreprises et administrations.

Certes après un long cheminement qui n’est pas sans rappeler nos propres tâtonnements actuels et un système un tantinet complexe de 9 grandes catégories (Blanc, Noir Antillais, Noir Africain, Autre Noir, Indien, Pakistanais, Bangladais, Chinois, Autre groupe ethnique).

Et même depuis 2001 jusqu’à 16 catégories, dont deux sous-catégories supplémentaires de blanc (« Britannique » et « Irlandais »), et une de « Métis » (« Mixed ») et l’apparition d’une question religieuse facultative (remplie quand même par 92 % des répondants).

Mais qui, malgré ses dérives multiculturalistes bien connues (eg. Londonistan), semble fournir à ses minorités une sensiblement meilleure égalité des chances que le nôtre …

Richard Alba compare les approches américaine et française des statistiques ethniques: «Il faudrait unifier la collecte de vos données»
Catherine Coroller
Libération
Le 7 mars 2007
Professeur de sociologie et de politique publique à l’université de New York (Etats-Unis), l’Américain Richard Alba est spécialiste des questions de «race» et d’«ethnicité».

Depuis combien de temps les Etats-Unis utilisent-ils les statistiques ethniques ?

La collecte de données raciales a commencé avec le premier recensement de la nouvelle république en 1790 quand les autorités ont décidé de calculer le nombre de Noirs et d’Indiens. Il s’agissait alors de définir un nombre de députés par Etat qui seraient envoyés à la Chambre des représentants. Il a été décidé qu’un Noir esclave compterait pour 3/5e d’homme libre. L’objectif était d’empêcher les Etats possédant un grand nombre d’esclaves de dominer le Congrès.

Et aujourd’hui ?

Les recensements et le recueil de données ethno-raciales sont utilisés pour mesurer les inégalités. La recherche américaine s’est beaucoup intéressée à la ségrégation résidentielle entre les groupes ethniques et raciaux, en particulier entre les Noirs et les Blancs. On s’est aperçu que la discrimination sur le marché du logement expliquait en partie cette ségrégation, le reste étant fonction des réseaux sociaux. En clair, même lorsque les Noirs appartiennent aux classes moyennes, ils sont condamnés à habiter dans des quartiers moins agréables que les Blancs. Pour arriver à cette conclusion, il a fallu procéder à une analyse ethnique des populations, puis la corréler avec les caractéristiques de ces quartiers en termes d’agrément, et enfin évaluer l’évolution du phénomène dans le temps, ce qui a montré que la ségrégation à l’encontre des Noirs diminue très lentement. Autre exemple : dans les années 70, les «ethniques blancs», descendants d’immigrants originaires d’Europe du Sud et de l’Est, se sont plaints d’être presque autant discriminés que les minorités raciales. On a procédé à une analyse des données les concernant, prenant en compte leur lieu de naissance et les évolutions de statut social entre les générations, et on est arrivé à la conclusion qu’ils étaient en très bonne voie d’intégration dans la société américaine.

Que pensez-vous de la situation française ?

Si une société hétérogène comme la France veut mettre sur pied un système de «monitoring» des inégalités ethniques, cela exige un suivi dans le temps. Il faut alors que les méthodes de collecte des données soient unifiées. Or, vous utilisez aujourd’hui en France un mode de construction des données non pas direct, comme nous aux Etats-Unis [les individus s’autodéclarent en se rattachant à une catégorie ethno-raciale, ndlr], mais indirect [l’origine ethno-raciale est déduite du lieu de naissance des parents ou du prénom des intéressés, ndlr], le défaut de ce système étant que les prénoms ne sont pas une donnée fiable sur la durée car les pratiques d’appellation changent.

Voir aussi pour la Grande-Bretagne:

Question ethnique et question religieuse dans le recensement de la population britannique de 2001 : Polémiques et enseignements

Didier Lassalle, professeur de civilisation britannique à l’Université d’Orléans

Revue des migrations internatioanles

2006

Résumé

L’étude de l’évolution de la question ethnique entre les deux derniers recensements britanniques de 1991 et 2001 ainsi que celle de la question religieuse facultative de celui de 2001 montre que la pertinence de ces catégorisations est discutable, qu’elles répondent à des impératifs plus politiques que véritablement sociodémographiques. Cependant, l’analyse des données sociales en fonction des critères d’appartenance ethnique et/ou religieuse permet de mettre clairement en évidence l’existence de discriminations à l’encontre des minorités ethniques dans les domaines clés de l’emploi et du chômage. En outre, les analyses montrent également que les Indiens et les Chinois réussissent mieux leur intégration socioéconomique que les autres minorités grâce à leurs meilleures qualifications. En revanche, les Bangladais, (et les Pakistanais dans une moindre mesure), sont de plus en plus marginalisés, car ils cumulent discrimination ethnique et discrimination religieuse.

C’est le recensement de 1991 qui a officialisé l’usage, maintenant très répandu, de données sur la composition ethnique de la population britannique. Il permettait déjà l’analyse des groupes ethniques en fonction de critères démographiques et sociaux, comme le taux de fécondité, la dispersion géographique, le revenu, l’activité économique, l’emploi ou le chômage. Cet usage s’est développé et étendu au cours de la décennie 1990, sous la pression de la C.R.E (Commission for Racial Equality) qui souhaitait pouvoir utiliser des statistiques difficilement contestables comme outils permettant de mesurer précisément l’intégration des minorités en termes « non-subjectifs ». En effet, les grandes enquêtes sociales annuelles réalisées par l’Office National des statistiques (O.N.S), comme le Labour Force Survey ou le General Household Survey, ainsi que la plupart des enquêtes diligentées par les différents ministères utilisent désormais les mêmes catégories ethniques que celles du recensement. Cela permet aux statisticiens et aux démographes de disposer aujourd’hui d’un ensemble de données relativement précises et variées sur les différents groupes ethniques autodéclarés qui composent la société britannique contemporaine (Lassalle, 1990).

2Après avoir vaincu leur réticence, fondée à l’origine sur leur méfiance à l’égard des intentions du pouvoir politique en place au cours des années 1980 (Thatcher), la plupart des organisations ethniques reconnues sont désormais favorables au recensement ethnique de la société britannique qui leur permet, en comptant leurs forces et en évaluant le potentiel électoral qu’elles représentent, de faire pression en haut lieu. Elles souhaitent donc son extension à tous les secteurs de l’activité économique, en particulier dans le domaine de l’éducation, de la formation et de l’emploi. Parallèlement, les communautés religieuses les plus importantes du pays ont pris conscience des avantages que représenterait une reconnaissance officielle, et ont donc plaidé auprès de l’O.N.S pour l’inclusion d’une question religieuse dans le recensement de 2001. Il s’agit, par exemple, d’un enjeu important pour l’Islam qui cherche à mettre en place un réseau d’écoles confessionnelles subventionnées par les autorités locales (au même titre que les écoles confessionnelles protestantes, catholiques et juives) et qui milite pour sa reconnaissance institutionnelle afin de sortir du ghetto où il a été placé depuis la Guerre du Golfe et l’affaire Salman Rushdie.

Polémique sur les effectifs
3La publication des premiers résultats de la question ethnique du recensement de 2001 a fait l’objet d’un de ces psychodrames dont la presse populaire britannique est particulièrement friande. Elle a eu lieu dans un climat tendu de campagne électorale, précédé par la publication d’une série d’estimations et de prévisions très polémiques. En 2000 on estimait à environ 4 millions le nombre de personnes appartenant à des communautés ethniques minoritaires vivant sur le territoire national, soit 7 % de l’ensemble de la population. Les prévisions, pour 2020 publiées alors estimaient qu’elles seraient 5,5 millions en 2020 et représenteraient alors près de 10 % des habitants du Royaume-Uni. Toutes les minorités auraient participé à cet accroissement à des degrés divers : les Africains, les Pakistanais et les Bangladais voyaient leur nombre doubler, tandis que le nombre des Indiens et celui des Antillais s’accroissaient de 25 % (The Parekh Report, 2000).

1 The Guardian du 23/2/2001, « Ethnic minorities grow to 1 in 10 ».
4Des prévisions à long terme, encore plus aléatoires, indiquaient que les Britanniques « autochtones » pourraient se retrouver en position de minorité dans le pays entre 2060 et 2145, si les tendances actuelles de la fécondité et de l’immigration restaient stables. Dans ce contexte, il n’était donc pas surprenant de voir l’inquiétude gouvernementale monter à mesure que s’approchait la date fatidique de publication des résultats du recensement, et le ministre de l’Intérieur, Jack Straw, tentait de désamorcer les spéculations à visées électoralistes en fixant le chiffre de la population ethnique à 5 millions de personnes1.
5La publication des résultats du recensement a bien illustré la difficulté de saisir les évolutions de variables fondées sur l’auto-déclaration. En effet, il existe une différence de plus de 15 % entre la population ethnique estimée en 2000 et celle effectivement recensée en 2001, ce qui pose le problème des méthodes de calcul utilisées pour prévoir son accroissement entre les recensements. Enfin, le chiffre officiel de la population ethnique, 4 635 296 personnes (tableau 1) est sensiblement inférieur à celui de 5 000 000 annoncé par Jack Straw juste avant les élections législatives.

6Cette manipulation/dramatisation qui consiste à préparer l’opinion en annonçant le « pire » pour ensuite lui faire accepter, sans craindre sa réaction dans les urnes, l’augmentation moindre, mais malgré tout substantielle de la population ethnique, souligne le malaise du monde politique britannique face à cette question. Enfin, on voit bien que l’argument qui consiste à dire que la publication par le gouvernement de chiffres officiels réputés « indiscutables » sur le poids démographique relatif des minorités ethniques dans le pays est le meilleur moyen de faire cesser les spéculations ou les polémiques à ce sujet, ne tient pas. Cet argument a pourtant été utilisé, en son temps, pour justifier, en partie, la mise en place du recensement ethnique de la population. Ces données sont très sensibles et toujours potentiellement dangereuses pour le pouvoir en place à l’approche des élections, car il est quasiment impossible d’en contrôler l’exploitation médiatique et/ou politicienne.

L’évolution de la question ethnique
7À l’image des statistiques qu’elles génèrent, les catégories ethniques sont fugitives, volatiles, et représentatives de l’époque dans laquelle elles s’enracinent. En effet, les populations qu’elles tentent de décrire ne sont pas figées et évoluent, parfois très rapidement. Il en est de même des perceptions de la société « hôte » et des minorités elles-mêmes, ce qui rend indispensable les ajustements, comme le montre la comparaison entre la question ethnique du recensement de 1991 et celle du recensement 2001. Les catégories ethniques utilisées dans ces deux grands recensements ont pour base théorique l’interprétation légale du concept de « groupe ethnique » proposée dans la jurisprudence de la loi de 1976 sur les Relations Raciales, mais dans la pratique courante, elles résultent d’une négociation serrée entre le gouvernement, les démographes et les acteurs sociaux, qui poursuivent tous des priorités différentes (Lassalle, 2002 : 64-69). Nous avons reproduit ci-dessous, en annexe, des extraits des formulaires, les questions ethniques posées en 1991 et en 2001 ainsi que la question religieuse du dernier recensement.

8L’analyse de l’évolution de la question ethnique entre les deux derniers recensements, séparés par un écart de dix ans, souligne la volonté de prendre en compte certains changements considérés comme essentiels par les démographes britanniques : le nombre de catégories proposées passe ainsi de 9 à 16. En revanche, comme nous allons le voir, de nombreuses interrogations subsistent concernant la pertinence des modifications apportées.

9Un rapide examen critique montre que si l’ordre d’apparition des catégories ethniques a été remanié, les Blancs restent toujours en première position, immédiatement suivis par les Métis, alors que les Noirs ont été relégués à l’avant-dernière place, juste avant les Chinois et les « autres groupes ethniques ». Ce changement, en apparence insignifiant, est maladroit car il risque de ne pas être perçu comme tel dans le contexte actuel de tension raciale et de montée des extrêmes (aux élections locales), et peut réveiller des susceptibilités en sommeil : il évoque, selon certains, un ordre hiérarchique, un droit de préséance fondé sur la couleur de la peau.

10Si les Blancs ont gagné deux sous-catégories supplémentaires (British, Irish), et si les Métis (Mixed) font leur apparition remarquée avec quatre nouvelles sous-catégories, seul l’intitulé catégoriel (Asian or Asian British, Black or Black British) change pour les Asiatiques et les Noirs, qui conservent leurs anciennes sous-catégories fondées sur l’origine géographique.

11Les intitulés catégoriels font apparaître, pour la première fois, une référence à la nationalité britannique (British) qui est ensuite abandonnée comme critère statistique, sauf dans le cas des Blancs où elle sert à faire la distinction entre les « vrais » autochtones et les personnes d’origine irlandaise et/ou les Irlandais. De plus, le terme « British », utilisé seul, fait explicitement référence à la catégorie Blanc, ce qui semble dénier aux autres groupes le droit de se l’approprier.

12La focalisation de la question ethnique sur le cas des Métis, qui constituent une population en croissance très rapide alors que les autres groupes minoritaires ont plutôt tendance à stagner ou croissent à un rythme moins soutenu, indique probablement un changement dans les priorités gouvernementales. En effet, les unions interethniques dont les métissages sont les fruits, sont souvent considérées comme des marqueurs positifs de l’intégration. De plus, les nouvelles subdivisions ainsi créées ont l’avantage de brouiller les anciennes frontières en les rendant plus perméables, et l’émergence de ces nouveaux groupes hybrides illustre avec force la notion que les communautés minoritaires ne sont pas des entités ethno-culturelles figées. Elles évoluent sans cesse au rythme qui leur est propre, sous l’effet de l’interaction avec la société hôte et de leurs mutations internes.

13L’introduction de cette nouvelle grande catégorie ethnique aura probablement des effets statistiques non négligeables, rendant les comparaisons difficiles, puisque ses effectifs seront constitués, pour partie, d’individus qui auraient eu le choix, dans le recensement précédent, de se classer soit parmi les Blancs, soit dans la catégorie ethnique à laquelle appartient leur autre parent. Par contre, elle permettra désormais de différencier statistiquement et d’évaluer le degré d’intégration socioéconomique de ces nouvelles minorités « trans-ethniques », et par définition multiculturelles, dans la société britannique contemporaine.

14Les nouvelles catégorisations ethniques du recensement 2001 posent le problème général de l’ethnicisation toujours plus poussée de la société britannique contemporaine et des limites de ce processus de fragmentation qui semble sur le point de s’emballer. Pour les opposants au multiculturalisme, cette tendance lourde conduit tout droit vers une version édulcorée du « salad bowl » américainavec toutes les implications néfastes que l’on connaît sur la cohésion sociale.

15Un autre problème majeur lié à l’introduction d’une variable ethnique est celui de la pertinence de cette catégorisation pour l’analyse socio-démographique et ses applications pratiques dans les politiques sociales visant à faciliter l’intégration des groupes minoritaires. La pertinence de la catégorisation ethnique ne peut être mise en doute en ce qui concerne la mise en place et le suivi, à l’échelle nationale, des politiques sociales d’intégration et de lutte contre le racisme et la discrimination. Elle est devenue un outil vital d’ingénierie sociale pour le gouvernement britannique. Par exemple, l’analyse de la répartition ethnique du personnel des entreprises et des administrations désormais obligatoire, permet de mesurer les progrès accomplis en termes de recrutement et de promotion des personnes appartenant à des minorités. De même les données ethniques concernant le chômage, les revenus, les catégories socioprofessionnelles, le type de logement occupé, l’éducation et les exclusions scolaires, la criminalité, donnent des indications précises aux pouvoirs publics et aux agences gouvernementales, qui peuvent alors échafauder, s’ils en ont la volonté et le courage politique, des plans d’actions spécifiques pour tenter de combattre les inégalités. En revanche, l’attribution de fonds publics ou de subventions en direction de communautés spécifiques n’a pas que des avantages, car elle entraîne dans son sillage toute une ribambelle d’effets pervers dont je n’évoquerai que les deux plus évidents qui sont, d’une part, l’exacerbation des particularismes et, d’autre part, le renforcement de la compétition intercommunautaire pour l’obtention de ressources financières, par essences limitées.

16En conclusion, la catégorisation ethnique de la population britannique n’a qu’un intérêt relativement limité si les statistiques obtenues ne servent qu’à la décrire, et il n’existe alors pas de justification suffisante permettant de poursuivre cette pratique. Par contre, elle se justifie pleinement lorsque ces informations statistiques sont utilisées pour mettre en place les instruments de suivi et d’évaluation de véritables politiques d’intégration sociale. Dans cette optique, l’outil statistique devrait être constamment réévalué et corrigé pour suivre au plus près les évolutions démographiques permettant de circonscrire les groupes qui rencontrent le plus de difficultés afin d’y remédier, ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. Ainsi la question ethnique du recensement 2001 ne permet pas de faire clairement la différence entre les premières et secondes générations de migrants, en termes de réussite socio-économique et d’intégration professionnelle. De plus les nouvelles vagues d’immigrations des années 1980 et 1990 (boat people vietnamiens, Somaliens, Éthiopiens, Kurdes, Afghans, Iraniens, Sri Lankais, Kashmiri etc.), qui sont venus grossir les rangs des communautés minoritaires, ne sont pas du tout prises en compte.

L’introduction de la question sur la religion
2 Suite à une campagne internet menée par les admirateurs de « Star Wars » qui pensaient faire ainsi (…)
17La question sur la religion est apparue en 2001 pour la première fois dans le recensement. La réponse n’était pas obligatoire, ce qui explique que 7,3 % des recensés n’ont pas pris la peine ou n’ont pas souhaité y répondre, et que 0,7 % y ont répondu de manière fantaisiste en indiquant par exemple « Chevalier Jedi » comme appartenance religieuse2. Cependant, même si sa crédibilité statistique semble avoir été quelque peu écornée par cette péripétie plutôt burlesque, cela ne remet pas en cause son intérêt socio-démographique. En effet, l’inclusion d’une question religieuse dans le recensement avait été expressément demandée par les représentants des communautés confessionnelles concernées, et l’on peut penser que pour ces groupes, au moins, les réponses apportées sont fiables.
18Nous avons croisé ci-dessous (tableau 2) les réponses à la question ethnique et à la question religieuse.

19Les Chrétiens constituent, de très loin, le groupe religieux le plus important du pays et ils sont majoritaires chez les Blancs et les Noirs d’origine antillaise ou africaine. Cette confession est également majoritaire, mais dans une moindre mesure, chez les Métis.

20La répartition religieuse au sein des différents groupes ethniques souligne la très forte homogénéité religieuse des Pakistanais et des Bangladais dont plus de 90 % sont de confession musulmane. Les Indiens, par contre, présentent une plus grande variété religieuse avec 45 % d’hindouistes et 29 % de Sikhs et 13 % des musulmans. On notera également le fort pourcentage de musulmans regroupés dans la catégorie « Autres Asiatiques » (37 %) et chez les Africains (20 %).

21C’est au sein des populations originaires du sous-continent indien que l’on trouve les plus faibles pourcentages de personnes se déclarant sans religion. Par contre leur proportion est de près du quart des Métis et plus de la moitié des Chinois ont choisi cette réponse.

22Le critère religieux semble essentiel pour mener à bien l’analyse sociologique transversale, indispensable à l’étude approfondie des communautés minoritaires originaires d’Asie du Sud. Malheureusement, sous sa forme actuelle, la question ethnique répond plus à une préoccupation d’ordre politique (dans une vision clairement multiculturaliste) qu’à la volonté d’améliorer la connaissance socio-démographique des populations concernées. Par exemple, de nombreuses études suggèrent la présence d’une véritable ligne de fracture au sein de la communauté indienne qui semble s’établir en fonction de l’appartenance religieuse. On trouve d’un côté les Hindouistes, les Sikhs ainsi que certains groupes de musulmans chiites et de l’autre les musulmans sunnites, plus proches en termes de niveau d’éducation, de qualification professionnelle et de niveau socioéconomique de leurs coreligionnaires du Bangladesh et du Pakistan (Ansari, 2004 ; Modood, 1997 ; Cabinet Office, 2003). Or, les données religieuses du recensement, qui ne différencient pas sunnites et chiites, ne permettent pas cette approche.

23Cependant, la question religieuse devrait permettre de mettre en lumière les obstacles rencontrés par l’ensemble « trans-ethnique » des musulmans du pays, comme le souhaitaient les activistes islamistes qui ont œuvré pour son introduction dans le recensement. Elle permettra aussi de quantifier plus précisément la réussite socio-économique des principales minorités ethno-religieuses grâce au croisement possible avec les données concernant l’emploi, le chômage, la catégorie socio-professionnelle.

24L’existence de données religieuses est une arme à double tranchant pour les minorités confessionnelles. Dans le cas des musulmans, la mise en évidence de leur grande hétérogénéité ethnique et « nationale », avec l’arrivée massive récente des réfugiés bosniaques, kosovars, afghans, soudanais et somaliens venant s’ajouter aux populations d’origine indienne, pakistanaise et bangladaise installées depuis longtemps au Royaume-Uni, pourrait avoir pour effet de fragiliser la représentativité de leurs porte-parole.

Les enseignements du recensement britannique de 2001
25Sans entrer dans une analyse démographique approfondie qui dépasserait le cadre d’un simple article, certaines observations peuvent déjà être effectuées. Je mettrai l’accent sur trois points qui méritent une attention particulière. Il s’agit, en premier lieu, des enseignements apportés par la nouvelle catégorisation ethnique de « Métis », qui vient de faire son apparition dans la nomenclature. En second lieu, des liens entre sous-qualification, discrimination et chômage, un problème particulièrement aigu chez les jeunes issus de certaines minorités. Enfin, des contrastes économiques marqués qui existent au sein et entre minorités ethniques et/ou religieuses.

Les Métis : une catégorie en pleine expansion
3 Pourcentage calculé par l’auteur d’après le Census 2001: National Report for England and Wales, tab (…)
26Globalement cette catégorie constitue à elle seule 14,6 % du total de la population ethnique résidant sur le territoire britannique. C’est un groupe ethnique « autochtone » qui s’est constitué relativement récemment et qui croît désormais très rapidement puisque le nombre de ses membres a plus que doublé en dix ans : on l’estimait à 309 000 en 1989-1991 (Owen, 1996, table 4.1) alors que le recensement 2001 en dénombre 677 117 (tableau 1). Il faut également noter l’extrême jeunesse de cette population dont 49 % des représentants se classent dans la tranche d’âge des moins de 16 ans3.
4 Par exemple, cela a concerné 11 125 personnes en 2003 (4 600 hommes et 6 525 femmes). Home Office S (…)
27Si cette tendance se poursuit, elle aura des conséquences considérables à plus ou moins long terme sur la pérennité des « anciennes » minorités ethniques. En effet, le resserrement drastique des politiques d’asile et d’immigration britanniques limite très fortement l’apport en nouveaux immigrants provenant des pays traditionnels d’immigration. De même, la pratique du mariage arrangé avec un conjoint issu du pays d’origine, encore vivace au sein des minorités pakistanaise et bangladaise, et qui a été sévèrement critiquée par l’ancien ministre de l’Intérieur David Blunkett, ne concerne en fait qu’un nombre relativement restreint d’individus4. La croissance démographique de ces minorités ethniques « historiques » repose donc maintenant, presque exclusivement, sur les mariages « intra-communautaires » entre individus résidant sur le sol britannique, qui sont acceptés ou recherchés moins volontiers par les personnes des troisième et quatrième générations nées en Grande-Bretagne et élevées dans une double culture.
Sous-qualification, discrimination et chômage
28Le recensement apporte également quelques indications sur les difficultés que les membres des minorités ethniques/religieuses rencontrent et auxquelles ils doivent faire dans leur vie de tous les jours, en particulier dans le domaine de l’accès à l’emploi qui joue un rôle majeur dans le processus d’intégration (tableau 3). En règle générale, il existe une corrélation forte entre le niveau de qualification et l’emploi : plus le niveau de qualification est faible et plus grande sera la probabilité de se retrouver au chômage, conséquence de la précarité de l’emploi. Cette corrélation est loin d’être aussi franche dans le cas des minorités.

29La situation diffère fortement selon les minorités ethniques. La corrélation se retrouve au sein des minorités pakistanaise et bangladaise qui enregistrent à la fois les niveaux de qualifications les plus faibles et les taux de chômage parmi les plus élevés. Mais elle n’est pas vérifiée pour d’autres minorités. Le cas le plus patent étant celui des Africains qui ont le pourcentage de personnes hautement qualifiées le plus élevé de toutes les catégories ethniques et l’un des taux de chômage les plus forts. Un autre cas intéressant est celui des Métis qui semblent ne tirer aucun avantage de leur double appartenance ethnique : ils ont un profil de qualifications très proche de celui de la population britannique en général, mais leur taux de chômage est pratiquement le double. En revanche, les Chinois qui présentent un pourcentage de personnes hautement qualifiées pratiquement aussi élevé que celui des Africains ont un taux de chômage à peine supérieur à la moyenne nationale. De la même manière, les Indiens, qui ont la particularité d’afficher des pourcentages presque identiques de personnes qualifiées et non qualifiées, réussissent également à sortir leur épingle du jeu avec un des taux de chômage les plus faibles.

5 Les pourcentages cités dans ce paragraphe ont été calculés par l’auteur d’après le Census 2001: Nat (…)
30Il est toujours plus difficile d’interpréter les taux de la tranche d’âge des 16 à 24 ans car beaucoup de jeunes sont encore en formation et les très jeunes actifs sont généralement peu qualifiés. Les pourcentages qui suivent sont donc donnés à titre informatif : ils renforcent simplement les observations concernant l’ensemble des actifs issus des minorités qui viennent d’être faites sur ce thème. Dans cette tranche d’âge, les différences sont encore plus accentuées. Les taux de chômage atteignent des proportions considérables pour certaines minorités (compris entre 15 % et 21 % dans le cas des Antillais, Pakistanais, Bangladais et Autres Noirs) qui s’expliquent, en partie, par la faiblesse de leurs qualifications (entre 19 % et 25 % d’entre eux n’ont aucune qualification contre seulement 18 % pour l’ensemble de la population). Les jeunes Africains, dont la répartition des qualifications est très proche de celle de la population générale, ont un taux de chômage bien plus élevé (14 % contre seulement 9 %). Il en est de même pour les jeunes Métis qui affichent un taux de chômage de 14 %. Par contre, les jeunes Indiens réussissent à limiter les dégâts avec un taux de chômage de 9 % car ils sont bien mieux qualifiés (20 % d’entre eux sont hautement qualifiés). Seuls les jeunes chinois ont un taux de chômage (6 %) nettement inférieur à celui de la population britannique, qui s’explique sans doute par le très haut niveau de leurs qualifications (25 % sont hautement qualifiés)5.
31La sous-qualification peine à expliquer l’existence de différentiels de chômage aussi importants entre les minorités ethniques. Il faut donc introduire un facteur explicatif supplémentaire : celui de la discrimination à l’embauche qui est réelle. Elle s’applique suivant des critères intimement liés à l’appartenance ethnique des individus : les Noirs, les Métis et une partie des Asiatiques (Pakistanais et Bangladais) étant particulièrement touchés par ce phénomène. Par contre, les Indiens et les Chinois sont nettement moins affectés par cette discrimination qu’ils réussissent à compenser par une surqualification qui les rend plus compétitifs sur le marché du travail.

32Il n’est pas inutile de rappeler que les groupes les plus discriminés sont également ceux où les musulmans se concentrent très majoritairement. En effet, 60 % des musulmans du pays appartiennent aux minorités Pakistanaise et Bangladaise, et 15 % à la minorité Africaine (tableau 2).

Des contrastes socio-économiques marqués entre minorités
33La classification socio-économique de la population britannique ayant un emploi en fonction de l’appartenance ethnique (tableau 4) permet d’affiner l’analyse des positions très contrastées des différentes minorités dans la société britannique.

Tableau 4 : Classification socio-économique des actifs ayant un emploi selon l’appartenance ethnique. Angleterre et Pays de Galles, 2001

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Source : Calculé par l’auteur d’après le Census 2001: National Report for England and Wales, tableau S153.
34Il existe une polarisation très marquée des Africains, des Indiens, des Chinois et des Métis au sein des professions les plus élevées dans la classification par rapport à l’ensemble de la population britannique. Par contraste, on relève une polarisation inverse chez les Pakistanais et les Bangladais qui sont fortement concentrés dans les emplois les moins qualifiés. On voit clairement qu’une classe moyenne supérieure s’est déjà constituée dans le cas des Indiens, des Africains et des Chinois, et qu’elle est en train de se former pour les autres minorités. Les différences socioéconomiques intra-communautaires sont très accentuées, même dans le cas des Pakistanais et des Bangladais. On peut considérer l’affirmation de cette évolution socioéconomique différentielle comme un signe positif d’intégration. Un autre élément pertinent est la forte concentration des Bangladais, des Indiens, et surtout des Pakistanais et des Chinois au sein de la catégorie des petits employeurs et des travailleurs indépendants, ce qui s’explique en grande partie par leur présence massive dans les secteurs du petit commerce de proximité et de la restauration.

35Il faut éviter les interprétations trop rapides car la réussite apparente de certains groupes ethniques masque souvent des réalités moins reluisantes. Certaines caractéristiques, comme le rapport entre niveau de qualification et niveau d’emploi leur est généralement défavorable par comparaison à celui de l’ensemble de la population britannique.

36De même, la forte incidence du travail indépendant parmi les populations originaires d’Asie du Sud peut s’interpréter, dans certains cas, comme une stratégie destinée à éviter l’obstacle des discriminations dans leur compétition avec les Blancs sur le marché du travail. Le développement rapide de réseaux d’affaires spécifiques à certaines communautés offre, dans le contexte britannique, des possibilités d’ascension et de réussite sociales souvent inexistantes sur le marché national de l’emploi. Ce type de carrière ethniquement enclavé est de plus en plus inadapté aux aspirations et aux qualifications des nouvelles générations, qui préfèrent désormais tenter l’aventure dans les professions libérales ou les emplois d’encadrement du secteur privé, en dépit des difficultés qu’elles rencontrent sur leur chemin. Ceux qui ne parviennent pas à décrocher un emploi dans le marché du travail non ethnique, courent le risque de mener une vie professionnelle moins enrichissante, puisque les interactions, le partage, les échanges avec les collègues autochtones ou issus d’autres minorités seront plus limités, ce qui peut également contribuer à renforcer le repli identitaire.

37Bien entendu, le travail indépendant des minorités ethniques n’est pas toujours un « second choix ». Les gains financiers sont souvent plus importants que dans le travail salarié et les activités plus autonomes. C’est également un moyen de réussir en s’appuyant sur l’entourage familial proche ou sur des réseaux sociaux intra-communautaires. Cependant, la comparaison avec le travail indépendant chez les Blancs souligne la concentration du travail indépendant des minorités au sein de créneaux particuliers (restauration, habillement, textiles et commerce de proximité) plutôt que dans le secteur des services en pleine croissance ou celui des industries de haute technologie. D’autre part, les Pakistanais et les Bangladais, qui sont généralement peu ou moins qualifiés, retirent du travail indépendant des gains financiers nettement plus faibles que les autres groupes ethniques. Leur choix du travail indépendant s’explique alors, en négatif, par la contraction des possibilités d’emploi salarié (Pilkington, 2002 : 76-92).

6 Les pourcentages présentés dans ce paragraphe ont été calculés par l’auteur d’après le Census 2001: (…)
38Les Asiatiques sont surtout concentrés dans le secteur de la vente en gros, au détail ou de la réparation qui regroupe entre 19 % et 24 % de leur population active, alors que les Noirs sont plus concentrés dans le secteur de la santé et du travail social qui emploie entre 18 % et 22 % de leur population active. On remarque également la très forte concentration des Bangladais avec 35 % et des Chinois avec 34 % dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. D’autre part, si les Asiatiques et les Chinois sont sous-représentés au sein du secteur administration publique, défense, aide sociale, les autres minorités font jeu égal ou sont même nettement sur-représentées par rapport à l’ensemble de la population britannique. Enfin, toutes les minorités sont sous-représentées dans le secteur de l’éducation6.
39Globalement, le poids des minorités ethniques est inférieur dans la fonction publique ainsi que dans les grandes entreprises du pays dans l’ensemble de la population active. Des chiffres assez récents indiquent que seuls 5,4 % des employés des cent plus grandes entreprises du pays sont issus de ces populations, un taux inférieur de deux points et demi à celui que les minorités constituent dans la population globale (7,9 %) ; leur représentation diminue à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie de l’entreprise, puisque l’on en trouve simplement 3,2 % parmi les cadres débutants et les cadres moyens et seulement 1 % parmi les cadres supérieurs. En outre, les minorités ethniques ne sont pas toutes représentées également : les Indiens ont la répartition la plus constante à tous les niveaux de l’entreprise, alors que les Antillais sont significativement sous-représentés dans les postes d’encadrement et de direction, et que les Bangladais, les plus mal lotis, sont sous-représentés à tous les niveaux (The Runnymede Trust, 2000).

7 The Times du 18/9/2000, « Minorities get promotion training », publie un tableau récent (année 2000 (…)
40La situation est encore moins brillante au sein des grandes administrations, puisque sur un total de 470 710 fonctionnaires, on n’en compte que 20 060 issus des minorités (soit 4,2 %), et parmi les 3 220 postes les plus importants de la fonction publique d’État, on ne trouve que 50 personnes issues de ces milieux, ce qui représente seulement 1,5 % de l’élite ministérielle7.
41Dans les professions libérales, comme la médecine ou la comptabilité, certaines communautés ethniques minoritaires sont pourtant fortement représentées. C’est en particulier le cas des personnes originaires d’Asie du sud, surtout des Indiens, qui constituent près de 20 % du corps médical hospitalier. Le cas du secteur santé est très intéressant et mérite un développement supplémentaire. Les politiques volontaristes de ces dernières années (mises en place depuis l’arrivée au pouvoir du New Labour de Tony Blair en 1997) ont eu quelques résultats tangibles, en particulier, dans le domaine du recrutement des médecins pour le service de santé publique. Les médecins généralistes issus des minorités ethniques représentaient un tiers de ce corps en 2000 contre seulement un quart en 1995. Les médecins spécialistes issus des minorités ont enregistré une augmentation similaire, puisque leur proportion est passée de 1/6 à 1/5 au cours de la même période. Ces bons chiffres doivent pourtant être tempérés, car la crise de recrutement dans ces secteurs hautement spécialisés est grande. Les professions de santé, peu rémunératrices en regard de l’énorme investissement éducatif, des responsabilités écrasantes et des dures conditions d’exercice, ont perdu leur attrait et sont donc plus accessibles aux minorités ethniques. Les professions de santé, peu rémunératrices en regard de l’énorme investissement éducatif, des responsabilités écrasantes et des dures conditions d’exercice, ont perdu leur attrait et sont donc plus accessibles aux minorités ethniques. Les études médicales à ce niveau de compétences sont relativement désertées par les Blancs, qui leur préfèrent des études moins longues conduisant à des professions plus lucratives et moins exposées, alors que pour les minorités, le métier de médecin est encore symbolique d’une certaine réussite sociale. Ceci explique que l’accroissement soit beaucoup plus décevant dans le cas du personnel infirmier issu des minorités, leur représentativité n’est passée que de 6,6 % à 8,8 % sur la période considérée, car cette profession médicale subalterne, aux horaires décalés et à forte responsabilité, n’apporte à ses membres qu’une faible compensation sociale, en termes de statut et de revenu (House of Commons, 2002).

42Cette réussite apparente des minorités ethniques dans les postes à haute technicité du secteur médical ne doit pas trop faire illusion. À qualification égale, les membres des minorités ethniques occupent globalement des emplois inférieurs à ceux de leurs homologues Blancs. Par exemple, sur les 34 % de médecins non Blancs que compte le service de santé publique britannique (N.H.S.), seul un nombre très restreint occupe des emplois de chef de service, et des disparités identiques se retrouvent dans toutes les professions hautement qualifiées, de la justice ou de l’université (Lassalle, 2002, pp. 180-189).

Conclusion
43Les analyses qui précèdent pointent toutes dans la même direction. Les minorités ethniques britanniques, dans leur ensemble, doivent toujours s’affranchir d’un certain nombre de handicaps renforcés par l’existence de pratiques discriminatoires manifestes, dont l’impact varie considérablement en fonction des minorités, mais qui explique leur moindre réussite par rapport à leurs homologues autochtones. Certaines minorités, comme les Chinois ou les Indiens, réussissent beaucoup mieux que leurs homologues Antillais, Pakistanais ou Bangladais pour qui la faiblesse de leur qualification se combine avec les pratiques discriminatoires pour les confiner aux échelons les plus bas de l’échelle sociale. Des différences socioéconomiques marquées apparaissent également au sein même des groupes minoritaires qui tendent, de plus en plus, à se subdiviser selon des schémas de classe, avec l’ascension sociale de certains vers des emplois tertiaires de haute technicité alors que d’autres sombrent dans le chômage et la précarité.

8 En particulier, les élèves antillais font l’objet d’un pourcentage d’exclusions scolaires très élev (…)
44Plusieurs facteurs permettent d’interpréter ces variations en fonction de l’appartenance ethnique des individus. En premier lieu, les ressources culturelles des communautés concernées jouent probablement un rôle majeur, en ce qu’elles peuvent leur permettre de résister avec plus ou moins de bonheur à la discrimination raciale. Deuxièmement, certains groupes minoritaires comme les Chinois et les Indiens ont su utiliser avec profit le système éducatif pour améliorer leurs perspectives d’emploi, ce qui est moins le cas pour les Antillais qui font l’objet d’un rejet manifeste de la part de l’institution et qui l’investissent nettement moins de manière positive8. Troisièmement, l’existence d’une forme de discrimination supplémentaire, une sorte de « racisme culturel », lié à l’appartenance religieuse de certaines communautés, en particulier les communautés musulmanes, peut expliquer la position plus précaire des Pakistanais et des Bangladais.
45Le cas des Pakistanais, mais surtout des Bangladais, est particulièrement préoccupant car ils sont très fortement concentrés au sein de certaines professions (hôtellerie et restauration) caractérisées par des conditions de travail pénibles, des salaires faibles une grande insécurité d’emploi et de faibles perspectives de promotion. Ils pourraient, à la longue, finir par constituer le noyau dur d’une « sous-classe » ethnicisée de la population britannique avec tous les risques que cela comporte en termes de délinquance, de tensions et de conflits inter-communautaires, comme l’ont montré les émeutes urbaines du printemps et de l’été 2001.

46Pour conclure, soulignons que les problèmes aigus d’insertion rencontrés par les membres des minorités ethniques dans le monde du travail ont des conséquences majeures, en termes sociaux et économiques, pour ceux qui les subissent. En effet, l’absence fréquente de moyens financiers adéquats est étroitement liée à l’exclusion, et la persistance de trop grandes disparités économiques peut conduire à des tensions considérables qui sont susceptibles, à leur tour, d’avoir des conséquences néfastes sur la construction et le maintien de la cohésion sociale. De la même manière, la concentration géographique de certaines minorités au sein d’enclaves ethniques socialement et économiquement déshéritées, favorise l’apparition de freins à l’emploi liés à leur faible mobilité résidentielle, à l’inadéquation des transports urbains ainsi qu’à l’échec patent des politiques de régénération urbaine qui n’ont pas réussi à inverser la tendance, à long terme, du déclin industriel dans ces zones (Denham, 2002).

47La réussite ou l’échec persistant de certains groupes ethniques sur le marché du travail, peut également contribuer à la naissance de stéréotypes ethniques ou culturels dont l’influence se fera sentir bien au-delà de cet espace. Le danger réel de ces stéréotypes négatifs réside avant tout dans la possible inhibition des ambitions individuelles qui résulte des faibles attentes que les autres ont du potentiel des personnes concernées. Transférée aux pairs ou entre les générations, elle peut venir alimenter le cycle pervers du découragement et du renforcement de l’exclusion sociale dans ces communautés. Le comportement discriminatoire des employeurs dans des secteurs particuliers de l’économie décourage les membres des minorités ethniques de s’y lancer. Il introduit des distorsions de concurrence sur le marché du travail, qui se traduisent par des baisses de salaire dans les secteurs dans lesquels ils sont sur-représentés ou des hausses dans ceux qu’elles délaissent, freinant ainsi leur diversification professionnelle.
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Bibliographie

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LASSALLE Didier (2002) Les relations interethniques et l’intégration des minorités au Royaume-Uni, l’Harmattan, Paris, 286 p.

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PILKINGTON Andrew (2002) Racial disadvantage and ethnic diversity in Britain, Palgrave-Macmillan, 318 p.

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THE RUNNYMEDE BULLETIN (2000) « Moving on up, Racial Equality and the Corporate Agenda : A Study of FTSE-100 Companies », n° 321, p. 8.

Didier Lassalle est Professeur de civilisation britannique à l’université d’Orléans. Ses travaux portent essentiellement sur l’intégration comparée des minorités ethniques ainsi que sur l’évolution des notions de citoyenneté et d’identité nationale en France et au Royaume-Uni. L’ONS, l’équivalent britannique de l’INSEE, recueille des statistiques sur les populations originaires du Nouveau Commonwealth et du Pakistan depuis le milieu des années 1960. Les catégories « ethniques » utilisées à l’époque étaient assez grossières et s’appuyaient, soit sur le lieu de naissance des résidents, soit sur leur couleur de peau. Dans le premier cas, la fiabilité des informations statistiques obtenues se limitait à la première génération de migrants. Dans le second cas, la classification, laissée entièrement à l’appréciation des enquêteurs, était éminemment subjective. Des améliorations furent donc progressivement apportées pour améliorer la fiabilité des statistiques concernant ces populations. Une question concernant le lieu de naissance des parents fut introduite lors du recensement général de la population de 1971, et une question directe sur l’appartenance « ethnique » fut, pour la première fois, introduite dans l’enquête annuelle sur les ménages britanniques en 1983. La possibilité d’inclure une question sur l’appartenance ethnique à l’occasion du recensement de 1981 fut discutée au cours de la seconde moitié des années 1970. Cependant, la période ne se prêtait pas à de telles innovations car les « minorités ethniques » étaient très sceptiques quant aux besoins réels du gouvernement pour ce type d’information et n’étaient pas convaincus du caractère anonyme et confidentiel des données recueillies. Devant leur méfiance et leur forte opposition, le gouvernement britannique de l’époque y renonça. Une sous-commission parlementaire à l’immigration et aux Relations Raciales fut ensuite mise en place pour étudier la possibilité d’inclure cette question ethnique dans le recensement de 1991. Elle insista sur la nécessité de rassurer les citoyens quant à la confidentialité des données obtenues ainsi que sur la clarification de l’objectif poursuivi : amélioration des anciens programmes de lutte contre la discrimination raciale et pour l’égalité des chances, et développement de nouvelles actions. Trois tests furent réalisés en 1985 et 1986 pour expérimenter diverses formulations de la « question ethnique », après des consultations approfondies avec les représentants des minorités et la Commission pour l’Egalité Raciale (CRE). Les catégories ethniques furent remaniées afin de limiter les erreurs de classification liées à l’auto-déclaration et de lever les doutes sur l’utilisation ultérieure de ces données. Entre les deux recensements de 1981 et de 1991, la position des minorités concernant la question ethnique avait considérablement évolué, car elles avaient compris tout le bénéfice qu’elles pourraient en tirer dans l’éventualité de la mise en place de politiques multiculturalistes. D’autre part, la CRE avait mis tout son poids dans la balance en justifiant cette inclusion par la mise en place d’une base de données nationale destinée à combattre la discrimination raciale ainsi qu’à contrôler l’application de la loi de 1976 (Race Relations Act) au plan local. La question ethnique du recensement de 1991 comportait 9 grandes catégories qui apparaissaient dans l’ordre suivant : Blanc, Noir Antillais, Noir Africain, Autre Noir, Indien, Pakistanais, Bangladais, Chinois, Autre groupe ethnique. Il s’agit d’une combinaison complexe ethnique de critères ethniques, raciaux et nationaux qui ne décrivent ces populations que très imparfaitement. Soulignons que la question ethnique du recensement de 1991 marque le point de départ de l’institutionnalisation de cette pratique dont l’usage s’est étendu au cours de la décennie 1990 sous la pression de la CRE : cette dernière souhaitait pouvoir s’appuyer sur des statistiques difficilement contestables pour mesurer précisément l’intégration des minorités, avec par exemple, la mise en place du « pointage ethnique » dans la plupart des grandes entreprises et des administrations du pays.

L’analyse de l’évolution de la question ethnique entre les deux derniers recensements souligne la volonté de prendre en compte certains changements considérés comme essentiels par les démographes britanniques : le nombre de catégories proposées passe ainsi de 9 à 16. En revanche, de nombreuses interrogations subsistent concernant la pertinence des modifications apportées. Les Blancs ont gagné deux sous-catégories supplémentaires « Britannique » et « Irlandais » (« British », « Irish »), et les « Métis » (« Mixed ») font une apparition remarquée. La focalisation de la question ethnique sur le cas des Métis, qui constituent une population en croissance très rapide alors que les autres groupes minoritaires ont plutôt tendance à stagner ou croissent à un rythme moins soutenu, indique un changement dans les priorités gouvernementales : en particulier une certaine prise de distance avec la conception multiculturaliste qui prévalait jusqu’alors car les unions interethniques, dont les métissages sont les fruits, sont souvent considérées comme des marqueurs positifs de l’intégration/assimilation. Enfin, l’ordre d’apparition des catégories ethniques a été remanié (les Noirs étant relégués à l’avant-dernière place), ce qui a réveillé des susceptibilités en sommeil : il évoquerait, selon certaines critiques, un ordre hiérarchique, un droit de préséance fondé sur la couleur de la peau. Parallèlement, les communautés religieuses les plus importantes du pays (l’Islam en particulier) ont pris conscience des avantages que représenterait une reconnaissance officielle, et ont donc plaidé auprès de l’O.N.S pour l’inclusion d’une question religieuse dans le recensement de 2001. Cette question religieuse était facultative, et seulement 92 % des personnes recensées y ont répondu. L’analyse des données sociales en fonction des critères d’appartenance ethnique et/ou religieuse permet de mettre clairement en évidence l’existence de discriminations à l’encontre des minorités ethniques dans les domaines de l’emploi, des revenus, du logement, etc. Les analyses montrent également que les minorités ethniques du pays ne sont pas toutes à égalité en termes d’intégration : les « Indiens » et les « Chinois » réussissent bien leur intégration socioéconomique alors que les Bangladais (et les Pakistanais dans une moindre mesure) sont de plus en plus marginalisés, car ils cumulent discrimination ethnique et discrimination religieuse (islamophobie). La catégorisation ethnique de la population se justifie pleinement lorsque ces informations statistiques sont utilisées dans le but de mettre en place les instruments de suivi et d’évaluation de véritables politiques d’intégration sociale. Dans cette optique, l’outil statistique devrait être constamment réévalué et corrigé pour suivre au plus près les évolutions démographiques, ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui en Grande-Bretagne où les catégories utilisées semblent plus répondre à des impératifs de politique intérieure que véritablement sociodémographiques. Ainsi la question ethnique du recensement 2001 ne permet pas de faire clairement la différence entre les différentes générations de « migrants ». De plus les nouvelles vagues d’immigration des années 1980 et 1990 (boat people vietnamiens, Somaliens, Éthiopiens, Kurdes, Afghans, Iraniens, Sri Lankais, Kashmiri etc.) ne sont pas du tout prises en compte.

Voir enfin :

L’ethnic monitoring en Grande-Bretagne

John Crowley, chercheur en sciences politiques

Texte en cours de relecture par l’auteur

Les dispositifs résultent de la conjonction des catégories statistiques, des techniques de collecte et de traitement de l’information, et de leur inscription dans une stratégie d’égalité sociale. Ces dispositifs sont peu transférables d’un contexte à un autre. Ils ont un caractère labile, d’où l’importance de savoir quelles données recueillir, comment et pourquoi. Or, cette dernière question, le pourquoi, ne peut être consensuelle, et invite à une grande prudence. En Grande-Bretagne, le suivi ethnique répond à des obligations juridiques imposées à différents acteurs par la loi sur les relations raciales de 1976. Cette loi a créé une institution nouvelle, la Commission pour l’égalité raciale (CRE), qui a introduit la notion de discrimination indirecte. On est allé au-delà de la vision individualiste de la discrimination définie comme un tort subi par un individu, éventuellement une collectivité ou une institution, au titre de son appartenance supposée à un groupe. Et il s’agit, aussi, de réparer ce tort devant une juridiction civile. La démarche de 1976 a introduit l’obligation pour tous les employeurs, y compris les entités publiques, de lutter contre les discriminations dont ils pourraient être à l’origine, même en dépit de leur bonne foi et à leur insu. Une nouvelle logique est apparue : la nécessité d’une action positive. On passe de la possibilité pour l’individu de pointer une discrimination, une injustice, dont il serait victime, à l’obligation pour les institutions de veiller à ce que les droits ne soient pas lésés, y compris quand les individus n’en ont pas conscience. La discrimination s’est conçue en Grande-Bretagne comme un aspect essentiel du racisme. Les catégories ont été définies historiquement à partir du racisme. En somme, la lutte contre le racisme s’est inscrite dans le langage du racisme. Les trois lois de 1965, 1968 et 1976 s’inscrivent dans une logique d’intégration sociale. A mesure que l’immigration s’est restreinte, s’est renforcée la volonté politique d’avoir une société britannique plus intégrée. Depuis 1976, on note une grande stabilité du dispositif juridique dans un maillage très dense de pratiques « routinisées ». Le suivi ethnique fait partie aujourd’hui de la vie publique britannique, ce qui empêche presque sa remise en cause. Or, si dans le secteur privé, ce dispositif reste parcellaire, dans le secteur public, il est devenu une obligation. Faire du suivi ethnique, c’est attribuer à des personnes inscrites dans des procédures une qualité supposée pertinente pour qualifier lesdites procédures au regard d’une norme. Dans le cas britannique, la norme, c’est la non-discrimination. La qualification, c’est la conformité ou non à l’obligation de non-discrimation qui fait partie des obligations statutaires des ACTES du colloque Statistiques « ethniquesorganismes. La qualité, c’est l’appartenance ethno-raciale, subjective et auto-définie. Quant aux personnes et aux procédures, elles restent liées : il existe autant de définitions de la qualité qu’il existe de procédures, aucune qualité n’étant définie une fois pour toutes. Le problème ? Rien ne garantit au fond la cohérence globale de tout ce dispositif. Rien ne garantit que les catégories utilisées par différents organismes, voire par le même organisme pour différents besoins, sont homogènes. Le cadre demeure individualiste et subjectiviste en pratique, même si en théorie, les catégories sont présentées comme objectives. Il y a cinq limites au système. La première : l’acceptabilité éthique de ces dispositifs, mais ce débat s’efface à cause de la « routinisation » des pratiques. Deux : les limites et l’incohérence de ces dispositifs. Trois : l’absence, souvent, des Musulmans, du fait de l’islamophobie de la société britannique. Or, ils réclament leur inclusion dans les catégories ethniques à cause des formes d’inégalité spécifiques dont ils font l’objet. Quatre : le coût des dispositifs, notamment pour les petites entreprises. Cinq : la mise en œuvre insuffisante de ces dispositifs. Le monitoring se veut un outil au service de l’obligation de lutter contre les discriminations. Or, en pratique, il devient souvent une fin en soi. Il n’alimente que la paperasse et les départements de ressources humaines. Une prise en compte sérieuse des données produites par le suivi ethnique impliquerait un niveau de réforme institutionnelle que les institutions semblent rares à vouloir entreprendre. On ne peut pas mélanger ce débat avec des débats d’une autre nature sur le communautarisme. La logique britannique de classement de ces données demeure individualiste et institutionnelle. Il ne faut pas croire, non plus, qu’il est possible d’introduire ces statistiques de manière expérimentale, temporaire ou cloisonnée. La logique de sédimentation institutionnelle inhérente à ces dispositifs font que les adopter revient à s’y lier pour longtemps… En pratique, en Grande-Bretagne, le suivi ethnique n’est qu’une composante dans la lutte contre les discriminations exigée par la loi. Mais les effets ne sont pas négligeables dans les secteurs publics et l’emploi.


Désinformation: Au Monde, tous contre Alvaro Uribe!

25 mars, 2008

FARC girl (Le Monde)Après la brosse à reluire pour Ahmadinejad …

Et l’étrille pour Bush en Irak …

Le Monde se paye la tête d’Uribe!

« Messianique », « populiste », « latifundium », « fidèle allié de George W. Bush », « pion de l’empire », « danger pour la région », « allié des paramilitaires », « mafioso », « Israël de l’Amérique latine » …

Le Monde fait feu de tout bois (voir aussi ci-dessus, à titre de comparaison, l’image digne d’un publi-reportage pour illustrer un article précédent sur… les FARC!), pour enfoncer le président colombien.

Qui, à l’image de sa réélection et de ses 65% de sondages favorables, a le toupet non seulement d’être efficace (guérilla aux abois, campagnes et axes routiers sécurisés, homicides et enlèvements en diminution) mais… populaire au sein de son propre pays!

Démonstration avec notre confrère Philippe Convers:

En réponse à l’article du Monde « Colombie: Tous derrière Alvaro Uribe! »

A M. Delcas, journaliste du Monde :

1/ « Les caméras filment, évidemment. Messianique et populiste, Alvaro Uribe dirige son pays comme il gérait son latifundium»

Deuxième ligne, premier jugement de valeur : il n’y aurait que volonté de communication chez A. Uribe, et la presse serait totalement manipulée. Et un premier cadrage, tout de suite après : M. Uribe est un oligarque, de la race des grands propriétaires terriens (avec toute la charge sous-jacente : latifundia = absence de réforme agraire = justice privée = exploitation de paysans miséreux, etc.). Avant d’être un latifundiste, M. Uribe est un brillant avocat, qui a consacré plus de temps à sa carrière administrative et politique qu’à la gestion de son héritage. Vous attendez le deuxième tiers de votre article pour le rappeler, incidemment. Disposez-vous d’informations précises sur le nombre d’hectares appartenant à M. Uribe ? Si oui, pourquoi ne pas les donner en appui à votre assertion. Sinon, est-ce bien raisonnable de commencer votre article ainsi ?

2/ « la France, elle, comprend mal l’intransigeance du président colombien face aux guérilleros qui depuis plus de six ans détiennent Ingrid Betancourt en otage »

Vous êtes bien placée pour savoir pourquoi la France « comprend mal » qu’Alvaro Uribe n’aligne pas sa politique sur l’unique intérêt français depuis six ans vis-à-vis de ce pays : la libération d’Ingrid Betancourt. Je vous épargne tout ce que vous savez déjà sur la façon dont ce triste dossier a été traité à l’ambassade, au quai d’Orsay, à Matignon et, maintenant, à l’Elysée. Pourquoi inverser la charge et ne pas parler tout de suite de l’intransigeance des FARC ? Pourquoi passer sous silence les initiatives et diverses concessions du gouvernement ? Vous avez le droit de ne pas les juger suffisantes, il n’en reste pas moins qu’il est inexact et injuste de parler d’intransigeance du président.

3/ « Personne n’a entendu Nicolas Sarkozy rappeler que la démocratie se doit de combattre le terrorisme en respectant les règles de la démocratie »

C’est vrai et, personnellement, je m’en félicite. Les simagrées des administrations françaises successives dans cette affaire ont miné la crédibilité de notre pays. Le propos de M. Sarkozy est par ailleurs parfaitement absurde : la démocratie colombienne approuve majoritairement, comme vous le rappelez, l’action du président, y compris l’élimination de Raul Reyes. Et l’intervention en Equateur, pour contestable qu’elle soit d’un point de vue juridique, n’est pas totalement dépourvue de base légale, en droit international public.

4/ « Les Américains sont soupçonnés de jouer la carte de l’affrontement régional pour déstabiliser M. Chavez »

Pouvez-vous préciser : soupçonnés par qui ? La Colombie a-t-elle généralement une attitude agressive face à ses voisins ? A quand remonte la dernière guerre colombienne contre l’un de ses voisins ? La Colombie a-t-elle répondu à la mobilisation de troupes vénézuéliennes et équatoriennes à ses frontières ? L’armée colombienne, lors de son incursion éclair en Equateur a-t-elle tué un seul policier ou militaire équatorien ? Les seules personnes touchées étaient des membres ou des sympathisants de la guérilla colombienne.

5/ « Même le scandale dit de la parapolitique a épargné jusqu’à présent Alvaro Uribe »

Faudrait-il absolument que cette affaire ne l’épargne pas ? Est-il mis en cause au plan judiciaire dans ce dossier ? Ce « scandale » n’est-il pas un salutaire nettoyage, rendu notamment possible par la démobilisation des AUC et le retour à des conditions de sécurité permettant à la justice de faire son travail ? Vous en dites trop ou trop peu, et ne pouvez pas ne pas savoir le niveau d’ignorance de la situation colombienne en France. L’entrisme des barons paramilitaires (et des FARC également, d’ailleurs) dans la politique colombienne n’est pas nouveau. Je me rappelle encore les estimations sur le nombre de parlementaires soupçonnés d’être les obligés de certains caciques paramilitaires au début des années 2000 : elles étaient à peu près les mêmes que celles qui sont faites aujourd’hui et brandies comme preuve de la collusion du président.

6/ « les statistiques officielles sont certes sujettes à caution. Mais, en politique, la confiance importe plus que les chiffres »

Sur le premier point : avez-vous des raisons solides de croire au manque de fiabilité des statistiques colombiennes ? Si oui, pouvez-vous expliciter ? Il ne vous aura pas échappé que ces statistiques sont assez largement confirmées par les organismes internationaux (ONUDC, OEA entre autres) et les ONG locales. Croyez-vous sincèrement que les chiffres n’ont pas évolué, comme vous le sous-entendez dans la deuxième phrase ?

7/ « Toute réflexion sur les privilèges et les devoirs des nantis a disparu du discours politique »

Cette affirmation est d’une grande malhonnêteté. Si vous voulez dire que le gouvernement n’est pas un chantre de la lutte des classes, nous sommes d’accord. Mais vous allez plus loin. Par curiosité, j’ai cherché dans le site de la présidence de la république les mots clés ‘Inégalité, égoïsme, redistribution’. Il ne m’a pas fallu des efforts surhumains pour trouver des dizaines de références et de réflexions des responsables politiques au pouvoir sur ce sujet. En voici quelques unes : “Para nosotros es fundamental la intervención del Estado como garante de la cláusula social, como constructor de equidad”, “Hemos gravado a los sectores más pudientes con mayor impuesto de renta y el nuevo impuesto de patrimonio”, “la reforma no solamente se ha preocupado por obtener mayores ingresos para la Nación, sino por construir equidad, además por fomentar el empleo y además por ampliar, vía control de la evasión, la base tributaria de la Nación.”, “No avanzamos lo suficiente en la lucha contra el flagelo de la pobreza; los índices de desigualdad en la distribución del ingreso son pésimos -sólo superados por Brasil y Chile-”, “el presupuesto de la institución armada de la Patria ha crecido en un 19 por ciento, el presupuesto social de la Nación en un 49, el presupuesto para pagar pensiones en un 78”.

8/ « ses méthodes sécuritaires soulèvent un tollé chez les défenseurs des droits de l’homme »

Les défenseurs des droits de l’homme. Vous est-il possible d’être plus précise ? A vous lire, on a l’impression que tous les défenseurs des droits de l’homme sont révulsés par les méthodes de M. Uribe, alors gouverneur d’Antioquia. Ce n’est pas le cas, d’une part, et les ONG – qui sont loin d’être unanimes – n’ont pas le monopole de la défense des droits de l’homme d’autre part. Le souci des droits de l’homme est l’affaire de tous les gens de bonne volonté. Défenseur des droits de l’homme, ce n’est pas un métier, c’est un engagement personnel !

9/ « l’indispensable réforme en profondeur du système fiscal a été repoussée aux calendes grecques »

Je ne comprends pas que vous imputiez l’insuffisance réelle des progrès en matière fiscale au président. Vous n’ignorez pas les réticences qu’il a rencontrées au Congrès dans ce domaine. Pourtant, depuis 2002, l’assiette fiscale (le nombre de Colombiens soumis à l’impôt) a été multipliée par 4. Un impôt sur le patrimoine des plus riches a été levé. Il est totalement injuste de prétendre qu’Uribe n’a rien fait dans ce domaine !

Le reste est à l’avenant. Le choix des experts consultés atteste d’un parti pris complet. Le seul uribiste que vous citez nommément est un camionneur, auquel vous prêtez des propos destinés à démontrer la « lobotomisation » dont seraient victimes les Colombiens. Les progrès économiques ne seraient que le fruit de la conjoncture régionale. Le poids de l’argent de la drogue serait éludé et systématiquement sous-estimé. Les seuls proches du Président que vous citez seraient liés, par la génétique au moins, aux plus grands narcotrafiquant de l’histoire du pays. Tous les autres conseillers, qui ont la chance de ne pas avoir de lien de sang avec les mafieux n’existent pas.

Enfin, on a l’impression, à vous lire, qu’Uribe aurait toute latitude pour tout changer, tout de suite. Pourquoi ne remettez-vous pas en perspective la situation, dans tous les domaines, en particulier par rapport à ce qu’elle était dans la dernière décennie ? Le lecteur non prévenu croira que la drogue, le paramilitarisme, les inégalités ou la violence sont des phénomènes spontanés, récents, concomitants à l’ascension politique d’Uribe. Il faut comparer ce qui est comparable et juger relativement plutôt que dans l’absolu.

Un dernier point : pourquoi ne pas dire que le débat est riche en Colombie, sur ces questions comme sur toutes les autres. La presse est variée et libre. Il y a d’excellentes universités, publiques et privées. L’opposition politique dirige plusieurs villes, dont la première. Un vrai parti de gauche est aux commandes à Bogota. Etait-ce seulement envisageable il y a dix ans ? Les Colombiens reprennent la maîtrise de leur destin. Respectons-les davantage, je vous en prie.

Voir l’article en question:

En Colombie, tous derrière Alvaro Uribe!
Marie Delcas
Le Monde
Le 16.03.08

Tous les samedis, il arpente le pays à l’écoute des petites gens. En contremaître efficace, il résout leurs problèmes les plus immédiats : la route à goudronner, l’égout à réparer, le centre de santé à construire. Les caméras filment, évidemment. Messianique et populiste, Alvaro Uribe dirige son pays comme il gérait son latifundium, et la méthode plaît. Pour l’immense majorité de ses compatriotes, il est « le meilleur président que la Colombie ait jamais eu ».

A Quito et à Caracas, le son de cloche est différent : le fidèle allié de George W. Bush est perçu dans les capitales équatorienne et vénézuélienne comme « un pion de l’empire », « un danger pour la région », voire « un mafioso » et « un allié des paramilitaires ». La France, elle, comprend mal l’intransigeance du président colombien face aux guérilleros qui depuis plus de six ans détiennent Ingrid Betancourt en otage.

Alvaro Uribe fuit la presse étrangère, passe des heures au micro des radios de quartier. Auprès de ses électeurs, il s’est forgé une image d’homme d’action qui prend des risques et assume ses responsabilités. Mais il s’est attiré les foudres d’un continent susceptible en matière de souveraineté territoriale en faisant bombarder, le 1er mars, un camp des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en territoire équatorien. En faisant abattre Raul Reyes, le numéro deux et négociateur des FARC, il a pris le risque d’exaspérer les médiateurs qui tentaient d’obtenir la libération des otages. « J’ai donné la priorité à l’efficacité militaire », a avoué le chef de l’Etat au cours d’une réunion informelle avec la presse.

« Les risques étaient bien calculés », pavoisent aujourd’hui ses partisans. Les « uribistes » sont fermement convaincus que leur président a gagné sur tous les plans. Raul Reyes est mort et la crise diplomatique est jugulée ; Quito et Caracas se retrouvent sur la sellette, soupçonnés de complicité avec une organisation terroriste. La presse colombienne se fait l’écho de ce « triomphe » du président. Personne n’a entendu Nicolas Sarkozy rappeler que « la démocratie se doit de combattre le terrorisme en respectant les règles de la démocratie ».

Pour justifier une incursion hors de ses frontières, le président Uribe a invoqué la « légitime défense » et les besoins de la lutte antiterroriste. L’argument a pesé, évitant à la Colombie une condamnation par l’Organisation des Etats américains. « Mais c’est l’appui de Washington qui a été décisif », avoue un diplomate colombien. Le même craint que la formule du président Hugo Chavez : « La Colombie est devenue l’Israël de l’Amérique latine » n’ait fait mouche dans la région.

« Alvaro Uribe n’a pas pu bombarder l’Equateur sans le feu vert des Etats-Unis », rappelle l’analyste Pedro Medellin. Les Américains sont soupçonnés de jouer la carte de l’affrontement régional pour déstabiliser M. Chavez, leur bête noire. Depuis la mise en place du Plan Colombie, en 2000, Bogota a reçu plus de 5 milliards d’aide militaire américaine.

« Uribe est un leader. Il nous a rendu confiance. Depuis qu’il commande, tout va mieux », résume Hector Barragan, un camionneur qui se dit « furibiste » – adepte de la « furie uribiste ». En six ans de pouvoir, le président n’est jamais passé sous la barre des 65 % d’opinions favorables. Il en était à 80 % à la veille de la crise diplomatique. « Et il doit maintenant en être à 110 % », ironise l’analyste Leon Valencia. L’union sacrée a en effet joué en faveur du président.

Critiques, revers et scandales glissent. Cet « effet Teflon » à toute épreuve laisse perplexes les instituts de sondage et désole les anti-uribistes – il y en a. Même le scandale dit de la « parapolitique » a épargné jusqu’à présent Alvaro Uribe. Plus de 40 parlementaires de la majorité présidentielle ont été mis en examen pour avoir frayé avec les milices d’extrême droite, coupables d’innombrables crimes atroces. Vingt-deux d’entre eux sont sous les verrous.

Le sénateur Mario Uribe, cousin et mentor du chef de l’Etat, pourrait bientôt les y rejoindre. « Personne n’est responsable de sa famille », rappellent non sans raison les « uribistes ». José Obulio Gaviria, un des conseillers présidentiels les plus influents – considéré comme l’idéologue du régime – avait, lui, pour cousin germain Pablo Escobar, le grand patron du cartel de Medellin tué en 1993. Personne n’est responsable de sa famille.

Les FARC restent les grands maîtres d’oeuvre de la popularité présidentielle. « Furibistes » et « anti-uribistes » sont d’accord sur ce point. Echaudés par le long et stérile processus de paix engagé par le président Andres Pastrana, les Colombiens ont élu en 2002 un président musclé pour en finir avec la guérilla.

« Poigne de fer et grand coeur », disait le premier slogan de campagne d’Alvaro Uribe, triomphalement réélu quatre ans plus tard. Entre-temps, la « sécurité démocratique » a fait ses preuves : une paix précaire est revenue dans les campagnes, les axes routiers ont été sécurisés, le nombre d’homicides et d’enlèvements a diminué. Les statistiques officielles sont certes sujettes à caution. Mais, en politique, la confiance importe plus que les chiffres. Le chef de l’Etat reste convaincu que « le conflit armé n’est pas la conséquence de la pauvreté, il en est la cause ». Toute réflexion sur les privilèges et les devoirs des nantis a disparu du discours politique. La politique sociale a été reléguée à un second plan. Priorité a été donnée à la protection des investissements privés et au budget militaire.

Mais Alvaro Uribe, c’est aussi un style de gouvernement. Ni cocktails ni yacht pour ce président qui a su se forger une image d’homme pieux, austère et travailleur. Le chef de l’Etat se laisse rarement photographier au repos. Au cours d’une de ses innombrables visites officielles à Washington, il a été surpris en train de déjeuner dans un fast-food.

Alvaro Uribe est originaire de la ville de Medellin, berceau de l’industrie nationale et des trafiquants de cocaïne. Dans les années 1970, il y fait de brillantes études de droit. Jeune promesse du Parti libéral, il démarre sa carrière politique à une époque où les compromissions entre la mafia et les élites locales étaient monnaie courante. En 1980, son père, éleveur de bétail, est assassiné par les FARC – le président se défend encore aujourd’hui de chercher vengeance. Pablo Escobar fait part de ses condoléances dans le journal. « Je n’ai jamais été l’ami de Pablo Escobar, même quand cela était à la mode », a assuré l’année dernière le chef de l’Etat. Virginia Vallejo, qui fut l’amante du mafioso, venait de raconter dans ses Mémoires les relations cordiales qu’entretenaient les deux hommes.

Après un détour par le Sénat, Alvaro Uribe est élu en 1995 gouverneur de son département, l’Antioquia. Sa gestion efficace lui vaut l’admiration de ses électeurs, ses méthodes sécuritaires soulèvent un tollé chez les défenseurs des droits de l’homme. Le gouverneur Uribe promeut en effet avec enthousiasme la création de coopératives privées de sécurité, qui viennent d’être légalisées. Déclarées par la suite inconstitutionnelles, les « convivir » ont contribué à l’explosion du paramilitarisme dans l’Antioquia. Un diplomate colombien qui était à l’époque en poste à Washington raconte que « personne ne voulait y recevoir le gouverneur de l’Antioquia, trop lié aux paramilitaires ». Les temps ont changé.

Les chefs paramilitaires vaquent désormais à leurs activités de l’intérieur de la prison. Officiellement, ils ont démobilisé leurs troupes. Trente mille hommes ont déposé les armes. Mais dans plusieurs régions du pays, des milices armées au service des narcotrafiquants se sont reconstituées. En application de la loi Justice et paix, les chefs paramilitaires qui avouent leurs crimes ne passeront pas plus de huit ans sous les verrous.

Les mauvais esprits mettent en perspective ce généreux pardon offert aux criminels paramilitaires et la virulence avec laquelle le président combat la guérilla. « Les premiers ont accepté le principe d’un cessez-le-feu, ils ont rendu les armes et ils avouent leurs crimes. Les guérilleros, eux, poursuivent leurs activités criminelles. Dès qu’ils accepteront un cessez-le-feu, nous leur ouvrirons les portes de la négociation », rappelle le haut-commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo.

« Alvaro Uribe ne gouverne pas, il séduit et se garde bien de toute réforme structurelle qui pourrait affecter son capital politique », juge le professeur Pedro Medellin. L’indispensable réforme en profondeur du système fiscal a été repoussée aux calendes grecques. « Le président ménage tout particulièrement les grands groupes économiques liés aux médias », souligne Pedro Medellin.

« On oublie souvent que le président Alvaro Uribe a bénéficié d’une conjoncture économique particulièrement favorable. L’opinion publique a attribué la croissance au succès de la politique sécuritaire du gouvernement. Mais toute l’Amérique latine a connu une croissance positive », ajoute l’économiste Mauricio Perez. Le pays reste le premier producteur mondial de cocaïne du monde. Mais la question du poids de l’économie de la drogue dans le taux de croissance a, elle aussi, été éludée depuis longtemps.


Affaire Bruno Guigue: Liberté d’expression ou désinformation?

25 mars, 2008
Bruno GuigueA propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouth par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat.
Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967.Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002. Bruno Guigue
La peur d’être taxés ‘d’antisémitisme’ nous amène à fermer les yeux sur des ‘agissements inadmissibles au Moyen-Orient’ (…) Que se serait-il passé si nous avions soutenu le régime d’apartheid sud-africain contre la population noire majoritaire ? (…).
Et si nous avions décrit les enfants noirs abattus par la police comme les victimes d’un ‘acte sacrificiel’ de leurs propres parents ? (…) Il faut toutefois rappeler que les escadrons de la mort sud-africains n’utilisaient ni mitrailleuses héliportées, ni missiles…Depuis la seconde guerre mondiale, rarement un peuple aura été aussi vilipendé que le peuple palestinien. Rarement un peuple aura été aussi souvent excusé, jamais on ne lui aura à ce point passé ses caprices, que les Israéliens. Les ambassades israéliennes, de part le monde, s’emploient à tenir la jambe aux éditeurs, pour leur faire la leçon : ils ne doivent pas qualifier le Premier ministre israélien de ‘faucon’, car cela ‘enfreindrait la courtoisie’. Et les publicistes de rentrer dans le rang, le petit doigt sur la couture du pantalon.(…)
Notre couardise, notre refus de dire la vérité, notre peur d’être taxés d’ ‘antisémitisme’ – l’une des injures les plus graves qui puissent être proférées envers un journaliste – ne font que contribuer à la perpétration d’actes atroces au Moyen-Orient, et en même temps, en fermant les yeux, à les laisser se perpétuer sans rien dire. Nous serions bien inspirés de regarder bien en face ces « remakes » de l’ère de l’apartheid et de nous souvenir de l’époque où les hommes avaient encore un peu d’honneur. Robert Fisk (cité par Oumma.com)
Si on peut comparer un camp palestinien au ghetto de Varsovie, à qui doit-on alors comparer les soldats qui l’attaquent ? Coalition des Femmes pour une Paix Juste (mouvement pacifiste israélien cité par Oumma.com, suite aux propos d’un militaire israélien sur l’importance d’ ‘analyser les batailles du passé’, y compris ‘la manière dont l’armée allemande a combattu le ghetto de Varsovie’ au sujet d’une éventuelle mission dans ‘un camp de réfugiés à forte densité’ avec – cherchez l’erreur ! -… les plus faibles pertes possibles de part et d’autre !)
Il faut tout d’abord rappeler qu’il s’exprimait en tant que spécialiste des questions politiques et non en sa qualité de sous-préfet. Par ailleurs, il est exact que la législation française soumet la liberté d’expression des fonctionnaires à certaines limitations au nom de l’obligation de réserve : toutefois, de telles limitations doivent être conformes à l’article 10.2 de la CEDH, en particulier ses articles qui disposent que l’ingérence ainsi commise doit poursuivre des buts légitimes (la sécurité nationale, l’intégrité territoriale ou la sûreté publique, la défense de l’ordre et la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, la protection de la réputation ou des droits d’autrui) et être justifiée par des considérations démocratiques. Oumma.com
L’usage d’une saine critique ne peut s’exercer équitablement en France. Si chacun a le loisir dans notre pays, fonctionnaire ou pas, de critiquer, condamner, dénoncer à peu près n’importe quel Etat, n’importe quelle religion, n’importe quelle personnalité, il existe une exception à cette règle et notre ami Bruno Guigue est puni d’avoir cru à l’existence d’une véritable et totale liberté d’expression au pays des droits de l’homme. Oumma.com

Après Charles Enderlin, Edgar Morin, Daniel Mermet, Pascal Boniface, on ne compterait plus, si l’on en croit Oumma.com, les « victimes du chantage à l’antisémitisme »

Comment ne pas partager à première vue en effet un tel appel aux grands principes de la liberté d’expression, y compris venant d’un site qu’on a pourtant senti moins déterminé lorsqu’il a fallu défendre celle par exemple d’un Robert Redeker?

Sauf qu’un fonctionnaire qui, comme le sous-préfet Bruno Guigue tout récemment limogé par la Ministre de l’Intérieur pour « manque à son devoir de réserve », répand, sans la moindre preuve fournie, de la désinformation du type « seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles », peut-il s’étonner, s’il ne reconnaît et ne s’excuse de son acte ou ne démissionne pas de lui-même, de se voir sanctionner par sa hiérarchie ?

Surtout que notre sous-préfet aux champs (qui, énarque et normalien devrait vite retrouver son corps d’origine d’administrateur civil après ses 6 mois de carrière-éclair) et auteur de plusieurs livres chez l’Harmattan sur Le conflit israélo-arabe dont « Proche-Orient: la guerre Des mots », ainsi que des tribunes sur la situation proche-orientale, notamment sur Oumma.com n’en était apparemment pas à son galop d’essai puisqu’il avait, certes jamais en sa qualité de sous-préfet et bien avant son éphémère carrière dans ce poste, ce qui ressemble beaucoup à une apologie, au moins partielle, de la fameuse conférence de la honte de Téhéran sur la réalité de la Shoah (merci Etabori):

La mémoire de la Shoah est devenue, entre les mains d’Israël et de ses alliés, une arme redoutable d’intimidation massive. (…) Le monde arabe est victime d’un terrorisme d’Etat auquel les puissances occidentales tressent des lauriers, par expiation secrète d’un crime de masse commis il y a soixante ans. Si la conférence de Téhéran a au moins une vertu, c’est de rappeler au souvenir d’un Occident amnésique cette formidable aberration historique. Bruno Guigue (sur la conférence de Téhéran sur la réalité de l’Holocauste, décembre 2006)

Mais pour que le lecteur puisse juger sur pièces, voici le texte de sa maintenant tristement fameuse tribune d’Oumma.com du 13 mars dernier, censée dénoncer, dans le « Point de vue » dans Le Monde du 27 février 2008, « l’hystérie verbale et la mauvaise foi insondables », ainsi que les « accusations si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction: Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière »:

Extraits :

Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.

(…)

Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.

(…)

« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».

« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.

Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.

A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !

A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de « défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.

Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU
Bruno Guigue
Le 13 mars 2008
Oumma.com

Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a généreusement offert ses colonnes à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables. Les accusations qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière.

Le titre sans nuances de cette prose haineuse est déjà tout un programme : « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès les premières lignes, on peut y lire cet appel angoissé : « L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée ». Inévitablement le lecteur non averti s’alarme : l’organisation internationale serait-elle brusquement devenue suicidaire ?

Mais par bonheur la suite nous éclaire aussitôt sur les préoccupations profondes de nos signataires :« A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations-Unies. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes ».

Quel rapport entre la géopolitique du Moyen-Orient, manifestement en cause dans les appels à combattre les Etats-Unis et Israël, et l’oppression des femmes que viendrait cautionner le « relativisme culturel » ? Probablement aucun. Mais amalgamer les deux sujets présente l’intérêt polémique de suggérer une pernicieuse concurrence entre les victimes : vous qui condamnez Israël et l’Amérique, vous ne dites rien de la souffrance des femmes opprimées dans les pays musulmans. C’est une antienne dont la rhétorique lobbyiste est coutumière : elle permet de détourner le lecteur occidental de la critique de la politique américaine ou israélienne en fixant son attention sur un problème interne des sociétés moyen-orientales.

Ce rapprochement polémique entre les deux sujets, pourtant, est particulièrement cocasse. L’Arabie saoudite, où le port du voile est obligatoire et les femmes interdites de conduite automobile, est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. Le régime obscurantiste des talibans, lui, a vu le jour sous les auspices d’une CIA qui a prêté ses camps d’entraînement sur le sol américain aux combattants du mollah Omar. En revanche, l’Irak et la Syrie baasistes, plus proches de la norme occidentale en matière de condition féminine, n’eurent pas droit aux mêmes égards. Le premier a été pulvérisé sous les bombes US, la seconde est rangée dans la catégorie des « Etats voyous ». Mais peu importe : les partisans de la politique américaine au Moyen-Orient se croient fondés à donner des leçons en matière d’émancipation féminine.

S’agissant de l’ONU, en outre, on ne s’étonnera guère d’un tel ressentiment de la part des porte-parole du néoconservatisme à la française. Car les résolutions du conseil des droits de l’homme, comme hier les déclarations de l’assemblée générale, ont osé mettre en cause la répression israélienne en Palestine occupée. Les 47 Etats élus par leurs pairs au CDH bénéficient de l’égalité de vote. La sensibilité qui s’y exprime reflète donc une opinion majoritaire qui n’a aucune raison de cautionner l’occupation militaire des territoires arabes. Que les thuriféraires d’Israël, cependant, se rassurent : ces résolutions demeurent symboliques à défaut d’être exécutoires. Mais ce n’est pas suffisant. Il leur faut aussi en stigmatiser le principe par un usage grossier de la calomnie.

C’est à quoi s’emploient rageusement les signataires. « Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales .. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain ».

Symptôme d’une psychose paranoïaque ou monument de la démonologie occidentale : on hésite sur le diagnostic. La seule certitude, c’est que ce réquisitoire contre des forfaits inexistants témoigne d’une inventivité hors du commun. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU voudrait « anéantir la liberté d’expression » ? On se demande bien pourquoi et comment. Mais nos interrogations demeurent sans réponse. Nos polémistes annoncent « la mise à mort de l’universalité des droits » par l’ONU elle-même, mais cette mort annoncée reste nimbée de mystère. Aucune citation des résolutions du CDH ne vient étayer cette accusation, et les détracteurs de l’ONU condamnent ses idées supposées avec une violence inversement proportionnelle aux preuves de ce qu’ils avancent. Visiblement, ils préfèrent parler à sa place en procédant directement au commentaire de ce qu’elle est censée avoir dit.

En guise de citations, on doit alors se contenter des propos résumés au style indirect, sans guillemets, qu’aurait tenus M. Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie auprès de l’ONU. L’intellectuel sénégalais aurait ainsi déclaré qu’« énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste, et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman ». Seul problème : ces citations sont introuvables. Si chacun de ces énoncés soulève évidemment des objections, encore faut-il qu’il ait été formulé. Une polémique grossière sur des citations qui n’en sont pas : le procédé condamne ses auteurs.

Au demeurant, les seules citations que les idéologues publiés par « Le Monde » auraient dû produire à l’appui de leur propre thèse sont celles du CDH lui-même. Mais ils se gardèrent bien de le faire. Livrant leur interprétation tendancieuse en lieu et place de la pensée d’autrui, ils pérorent gravement en prenant leur fantasme pour la réalité : « La confusion est à son comble, affirment-ils, quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion ». Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a émise ? Nul ne le sait. N’importe qui, en revanche, peut vérifier ce qu’a énoncé le CDH sur la question religieuse. Il suffit de consulter les compte-rendus officiels des six sessions réunies depuis sa création en juin 2006.

Le 30 mars 2007, le CDH a ainsi adopté une résolution « sur la lutte contre la diffamation des religions ». Ce texte nuancé insiste sur « le droit de chacun à la liberté d’expression, qui devrait s’exercer de façon responsable et peut donc être soumis à de restrictions, prescrites par la loi et nécessaires pour le respect des droits ou de la réputation d’autrui, la protection de la sécurité nationale, de la santé ou de la morale publiques, et le respect des religions et des convictions ». Sur le plan des principes, ce texte ne diffère guère du droit positif en vigueur dans la plupart des pays, les Etats occidentaux ayant eux aussi entouré l’exercice de la liberté d’expression de certaines limites juridiques. En France, la reconnaissance de la liberté d’expression n’entraîne aucun droit à diffamer son voisin, toute forme d’injure manifestant une discrimination raciale ou religieuse est punie par la loi, et certaines dispositions législatives ont même eu pour effet d’énoncer une vérité officielle sur des faits historiques.

Naturellement, la teneur de cette résolution du CDH n’est pas indifférente au contexte politique lié à la « guerre contre le terrorisme » menée tambour battant par Washington. « Le Conseil se déclare préoccupé par les images stéréotypées négatives des religions et par les manifestations d’intolérance et de discrimination en matière de religion ou de conviction. Il se déclare en outre profondément préoccupé par les tentatives visant à associer l’islam avec le terrorisme, la violence et les violations des droits de l’homme. Il note avec une vive inquiétude l’intensification de la campagne de diffamation des religions, et la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001 ».

L’adoption de ce texte s’est heurtée à l’opposition des pays occidentaux, mis en minorité lors du vote final. Aucun d’entre eux n’y a vu, toutefois, le danger mortel pour la civilisation universelle que dénoncent les signataires de notre pamphlet antionusien. Au nom de l’Union européenne, la représentante de l’Allemagne « a fait remarquer que, comme l’a établi le rapport de M. Doudou Diène, la discrimination fondée sur la religion ne concerne pas uniquement l’islam, mais également le judaïsme, le christianisme et des religions et croyances venues d’Asie, ainsi que des personnes sans religion. Elle a également souligné qu’il est problématique de séparer la discrimination fondée sur la religion des autres formes de discrimination. Elle a aussi jugé l’utilisation du concept de diffamation contre-productive, préconisant plutôt un texte axé sur la liberté de religion ou de conviction ».

Que ce débat témoigne d’une différence de sensibilité sur les questions religieuses entre pays membres de l’organisation de la conférence islamique (OCI) et pays occidentaux est une évidence. Cela méritait une réflexion sur la sécularisation relative des sociétés concernées et la référence, explicite dans les pays musulmans, à des valeurs religieuses. Mais cette réflexion n’effleura même pas l’esprit de nos intrépides signataires qui, faute d’avoir lu les textes auxquels ils font vaguement allusion, en dénaturent volontairement la signification. Refusant de discuter rationnellement les arguments de l’autre, on préfère le stigmatiser en imaginant une dramaturgie grossière mettant en scène des personnages réels. Ce théâtre de marionnettes, du coup, tient lieu d’argumentaire.

C’est ainsi que nos signataires s’en prennent violemment à Mme Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. « Elle a participé à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité culturelle, dénoncent-ils. Portant le voile, comme la loi de la république islamique l’exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de principes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste. Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël ».

Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.

Les diatribes iraniennes contre l’Etat hébreu relèvent, elles, d’un affrontement géopolitique dont l’un des principaux paramètres est l’attitude d’Israël lui-même. S’il avait appliqué la peine de mort aux civils palestiniens avec davantage de discernement depuis soixante ans, il n’aurait pas suscité un tel rejet de la part de ses voisins proches ou éloignés. Sous occupation militaire, amputés d’une partie de leur territoire, ou régulièrement bombardés par son aviation, ces derniers ont d’excellentes raisons de le détester. Mais peu importe. Décidés à instruire à charge contre Mme Arbour pour son séjour à Téhéran, nos polémistes incriminent « son silence et sa passivité », qu’elle aurait justifiés par « le respect de la loi iranienne et le souci de ne pas offenser ses hôtes ».

« Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.

« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».

Mais le meilleur a été gardé pour la fin. « Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues d’avenir radieux ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Lier dans une même trame le 11 septembre 2001 et les résolutions du CDH, il fallait oser. Il est vrai que nous avons affaire à des spécialistes.

« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.

Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.

A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !

A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de « défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.

BRUNO GUIGUE


Barack Obama: Rattrapé par son passé de compagnon de route de la haine raciale (Fellow-traveling with a little race hatred seemed a small price to pay)

20 mars, 2008

Obama with Sharpton

Je suis suffisamment nouveau sur la scène politique pour servir d’écran blanc sur lequel les gens de couleurs politiques les plus différentes peuvent projeter leurs propres vues. Obama
During the past decade, the historic relationship between African Americans and Jewish Americans — a relationship that sponsored so many of the concrete advances of the civil rights era — showed another and less attractive face. While anti-Semitism is generally on the wane in this country, it has been on the rise among black Americans. A recent survey finds not only that blacks are twice as likely as whites to hold anti-Semitic views but — significantly — that it is among the younger and more educated blacks that anti-Semitism is most pronounced. The trend has been deeply disquieting for many black intellectuals. But it is something most of us, as if by unstated agreement, simply choose not to talk about. At a time when black America is beleaguered on all sides, there is a strong temptation simply to ignore the phenomenon or treat it as something strictly marginal. And yet to do so would be a serious mistake. As the African-American philosopher Cornel West has insisted, attention to black anti-Semitism is crucial, however discomfiting, in no small part because the moral credibility of our struggle against racism hangs in the balance. When the Rev. Jesse Jackson, in an impassioned address at a conference of the World Jewish Congress on July 7, condemned the sordid history of anti-Semitism, he not only went some distance toward retrieving the once abandoned mantle of the Rev. Dr. Martin Luther King Jr.’s humane statesmanship, he also delivered a stern rebuke — while not specifically citing black anti-Semitism — to those black leaders who have sought to bolster their own strength through division. Mr. Jackson and others have learned that we must not allow these demagogues to turn the wellspring of memory into a renewable resource of enmity everlasting. We must begin by recognizing what is new about the new anti-Semitism. Make no mistake: this is anti-Semitism from the top down, engineered and promoted by leaders who affect to be speaking for a larger resentment. This top-down anti-Semitism, in large part the province of the better educated classes, can thus be contrasted with the anti-Semitism from below common among African American urban communities in the 1930’s and 40’s, which followed in many ways a familiar pattern of clientelistic hostility toward the neighborhood vendor or landlord. In American cities, hostility of this sort is now commonly directed toward Korean shop owners. But « minority » traders and shopkeepers elsewhere in the world — such as the Indians of East Africa and the Chinese of Southeast Asia — have experienced similar ethnic antagonism. Anti-Jewish sentiment can also be traced to Christian anti-Semitism, given the historic importance of Christianity in the black community. Unfortunately, the old paradigms will not serve to explain the new bigotry and its role in black America. For one thing, its preferred currency is not the mumbled epithet or curse but the densely argued treatise; it belongs as much to the repertory of campus lecturers as community activists. And it comes in wildly different packages. A book popular with some in the « Afrocentric » movement, « The Iceman Inheritance: Prehistoric Sources of Western Man’s Racism, Sexism, and Aggression » by Michael Bradley, argues that white people are so vicious because they, unlike the rest of mankind, are descended from the brutish Neanderthals. More to the point, it speculates that the Jews may have been the  » ‘purest’ and oldest Neanderthal-Caucasoids, » the iciest of the ice people; hence (he explains) the singularly odious character of ancient Jewish culture. Crackpot as it sounds, the book has lately been reissued with endorsements from two members of the Africana Studies Department of the City College of New York, as well as an introduction by Dr. John Henrik Clarke, professor emeritus of Hunter College and the great paterfamilias of the Afrocentric movement. Dr. Clarke has recently attacked multiculturalism as the product of what he called the « Jewish educational Mafia. » And while Dr. Leonard Jeffries’s views on supposed Jewish complicity in the subjection of blacks captured headlines, his intellectual cohorts such as Conrad Muhammad and Khallid Muhammad address community gatherings and college students across the country purveying a similar doctrine. College speakers and publications have played a disturbing role in legitimating the new creed. (…) However shoddy the scholarship of works like « The Secret Relationship, » underlying it is something even more troubling: the tacit conviction that culpability is heritable. For it suggests a doctrine of racial continuity, in which the racial evil of a people is merely manifest (rather than constituted) by their historical misdeeds. The reported misdeeds are thus the signs of an essential nature that is evil. (…) But why target the Jews? Using the same historical methodology, after all, the researchers of the book could have produced a damning treatise on the involvement of left-handers in the « black holocaust. » The answer requires us to go beyond the usual shibboleths about bigotry and view the matter, from the demagogues’ perspective, strategically: as the bid of one black elite to supplant another. It requires us, in short, to see anti-Semitism as a weapon in the raging battle of who will speak for black America — those who have sought common cause with others or those who preach a barricaded withdrawal into racial authenticity. The strategy of these apostles of hate, I believe, is best understood as ethnic isolationism — they know that the more isolated black America becomes, the greater their power. And what’s the most efficient way to begin to sever black America from its allies? Bash the Jews, these demagogues apparently calculate, and you’re halfway there. I myself think that the great French aphorist Rochefoucault put his finger on something germane when he observed, « We can rarely bring ourselves to forgive those who have helped us. » For sometimes it seems that the trajectory of black-Jewish relations is a protracted enactment of Rochefoucault’s paradox. Many American Jews are puzzled by the recrudescence of black anti-Semitism, in view of the historic alliance between the two groups. The brutal truth has escaped them: that the new anti-Semitism arises not in spite of the black-Jewish alliance but because of that alliance. For precisely such trans-ethnic, trans-racial cooperation — epitomized by the historic partnership between blacks and Jews — is what poses the greatest threat to the isolationist movement. In short, for the tacticians of the new anti-Semitism, the original sin of American Jews was their involvement — truly « inordinate, » truly « disproportionate » — not in slavery, but in the front ranks of the civil rights struggle. For decent and principled reasons, many black intellectuals are loath to criticize « oppositional » black leaders. Yet it has become increasingly apparent that to continue to maintain a comradely silence may be, in effect, to capitulate to the isolationist agenda, to betray our charge and trust. And, to be sure, many black writers, intellectuals, and religious leaders have taken an unequivocal stand on this issue. Cornel West aptly describes black anti-Semitism as « the bitter fruit of a profound self-destructive impulse, nurtured on the vines of hopelessness and concealed by empty gestures of black unity. » After 12 years of conservative indifference, those political figures who acquiesced, by malign neglect, to the deepening crisis of black America should not feign surprise that we should prove so vulnerable to the demagogues’ rousing messages of hate, their manipulation of the past and present. Bigotry, as a tragic century has taught us, is an opportunistic infection, attacking most virulently when the body politic is in a weakened state. Yet neither should those who care about black America gloss over what cannot be condoned: that much respect we owe to ourselves. For surely it falls to all of us to recapture the basic insight that Dr. King so insistently expounded. « We are caught in an inescapable network of mutuality, » he told us. « Whatever affects one directly affects all indirectly. » How easy to forget this — and how vital to remember. Henry Louis Gates Jr.
Obama surfe sur cette vague d’aspiration des Blancs qui se projettent sur lui. Il parle d’espoir, de changement, d’avenir… Il se cache derrière ce discours éthéré, sans substance, pour permettre aux Blancs de projeter sur lui leurs aspirations. Il est prisonnier car à la minute où il révélera qui il est vraiment, ce en quoi il croit vraiment, son idéologie, il perdra toute sa magie et sa popularité de rock-star. (…) Il est prisonnier, car il ne peut pas être lui-même. (…) Les Blancs sont l’électorat naturel de Barack Obama. (…) C’est ça l’ironie: il a fallu que Barack Obama gagne les voix blanches pour emporter les voix noires. Shelby Steele
Le fait est que Barack Obama a été le compagnon de route d’un nationalisme noir anti-américain plein de haine toute sa vie d’adulte, refusant de prendre position et de dénoncer une idéologie pour qui sa propre mère n’avait pas de place. (…) Et quel mauvais présage de son jugement présidentiel que d’avoir exposé ses deux filles pendant leurs vies entières à ce qui est, pour le moins implicitement, le pire des vitriols anti-blancs? (…) Mais maintenant le projecteur d’une campagne présidentielle a révélé ce coin habituellement caché de la vie noire contemporaine: la complaisance la plus gratuite pour un anti-Américanisme rhétorique comme moyen de renforcement des liens intracommunautaires et d’affirmation de son identité noire. Et pourtant l’image de Jeremiah Wright, en une de tous les journaux télévisés de l’Amérique, nous a prouvé qu’il n’y a aucune vraie différence entre la haine rhétorique et la vraie haine. Shelby Steele

A l’heure où, poussé par la polémique, Obama se décide enfin à dénoncer les propos de celui qui, l’ayant amené au christianisme, célébré son mariage et baptisé ses enfants, lui a servi pendant 20 ans de pasteur …

Retour sur l’article, dans le WSJ d’avant-hier, du chercheur de Stanford Shelby Steele, qui pointe le piège dans lequel le candidat démocrate s’est enfermé.

S’il avait jusqu’ici réussi à jouer sur les deux tableaux du sentiment de culpabilité et du besoin de rédemption et d’innocence raciale des Blancs, c’était au prix d’une certaine invisibilité idéologique.

Mais la récente révélation qu’il avait passé (lui et sa famille) quelque deux décennies de sa vie à écouter, dimanche après dimanche, les sermons enflammés d’un pasteur nationaliste noir proche du notoire antisémite Farrakhan, a ruiné toute cette belle stratégie …

The Obama Bargain
Shelby Steele
WSJ
March 18, 2008

Geraldine Ferraro may have had sinister motives when she said that Barack Obama would not be « in his position » as a frontrunner but for his race. Possibly she was acting as Hillary Clinton’s surrogate. Or maybe she was simply befuddled by this new reality — in which blackness could constitute a political advantage.

But whatever her motives, she was right: « If Obama was a white man, he would not be in this position. » Barack Obama is, of course, a very talented politician with a first-rate political organization at his back. But it does not detract from his merit to say that his race is also a large part of his prominence. And it is undeniable that something extremely powerful in the body politic, a force quite apart from the man himself, has pulled Obama forward. This force is about race and nothing else.

The novelty of Barack Obama is more his cross-racial appeal than his talent. Jesse Jackson displayed considerable political talent in his presidential runs back in the 1980s. But there was a distinct limit to his white support. Mr. Obama’s broad appeal to whites makes him the first plausible black presidential candidate in American history. And it was Mr. Obama’s genius to understand this. Though he likes to claim that his race was a liability to be overcome, he also surely knew that his race could give him just the edge he needed — an edge that would never be available to a white, not even a white woman.

How to turn one’s blackness to advantage?

The answer is that one « bargains. » Bargaining is a mask that blacks can wear in the American mainstream, one that enables them to put whites at their ease. This mask diffuses the anxiety that goes along with being white in a multiracial society. Bargainers make the subliminal promise to whites not to shame them with America’s history of racism, on the condition that they will not hold the bargainer’s race against him. And whites love this bargain — and feel affection for the bargainer — because it gives them racial innocence in a society where whites live under constant threat of being stigmatized as racist. So the bargainer presents himself as an opportunity for whites to experience racial innocence.

This is how Mr. Obama has turned his blackness into his great political advantage, and also into a kind of personal charisma. Bargainers are conduits of white innocence, and they are as popular as the need for white innocence is strong. Mr. Obama’s extraordinary dash to the forefront of American politics is less a measure of the man than of the hunger in white America for racial innocence.

His actual policy positions are little more than Democratic Party boilerplate and hardly a tick different from Hillary’s positions. He espouses no galvanizing political idea. He is unable to say what he means by « change » or « hope » or « the future. » And he has failed to say how he would actually be a « unifier. » By the evidence of his slight political record (130 « present » votes in the Illinois state legislature, little achievement in the U.S. Senate) Barack Obama stacks up as something of a mediocrity. None of this matters much.

Race helps Mr. Obama in another way — it lifts his political campaign to the level of allegory, making it the stuff of a far higher drama than budget deficits and education reform. His dark skin, with its powerful evocations of America’s tortured racial past, frames the political contest as a morality play. Will his victory mean America’s redemption from its racist past? Will his defeat show an America morally unevolved? Is his campaign a story of black overcoming, an echo of the civil rights movement? Or is it a passing-of-the-torch story, of one generation displacing another?

Because he is black, there is a sense that profound questions stand to be resolved in the unfolding of his political destiny. And, as the Clintons have discovered, it is hard in the real world to run against a candidate of destiny. For many Americans — black and white — Barack Obama is simply too good (and too rare) an opportunity to pass up. For whites, here is the opportunity to document their deliverance from the shames of their forbearers. And for blacks, here is the chance to document the end of inferiority. So the Clintons have found themselves running more against America’s very highest possibilities than against a man. And the press, normally happy to dispel every political pretension, has all but quivered before Mr. Obama. They, too, have feared being on the wrong side of destiny.

And yet, in the end, Barack Obama’s candidacy is not qualitatively different from Al Sharpton’s or Jesse Jackson’s. Like these more irascible of his forbearers, Mr. Obama’s run at the presidency is based more on the manipulation of white guilt than on substance. Messrs. Sharpton and Jackson were « challengers, » not bargainers. They intimidated whites and demanded, in the name of historical justice, that they be brought forward. Mr. Obama flatters whites, grants them racial innocence, and hopes to ascend on the back of their gratitude. Two sides of the same coin.

But bargainers have an Achilles heel. They succeed as conduits of white innocence only as long as they are largely invisible as complex human beings. They hope to become icons that can be identified with rather than seen, and their individual complexity gets in the way of this. So bargainers are always laboring to stay invisible. (We don’t know the real politics or convictions of Tiger Woods or Michael Jordan or Oprah Winfrey, bargainers all.) Mr. Obama has said of himself, « I serve as a blank screen on which people of vastly different political stripes project their own views . . . » And so, human visibility is Mr. Obama’s Achilles heel. If we see the real man, his contradictions and bents of character, he will be ruined as an icon, as a « blank screen. »

Thus, nothing could be more dangerous to Mr. Obama’s political aspirations than the revelation that he, the son of a white woman, sat Sunday after Sunday — for 20 years — in an Afrocentric, black nationalist church in which his own mother, not to mention other whites, could never feel comfortable. His pastor, Rev. Jeremiah Wright, is a challenger who goes far past Al Sharpton and Jesse Jackson in his anti-American outrage (« God damn America »).

How does one « transcend » race in this church? The fact is that Barack Obama has fellow-traveled with a hate-filled, anti-American black nationalism all his adult life, failing to stand and challenge an ideology that would have no place for his own mother. And what portent of presidential judgment is it to have exposed his two daughters for their entire lives to what is, at the very least, a subtext of anti-white vitriol?

What could he have been thinking? Of course he wasn’t thinking. He was driven by insecurity, by a need to « be black » despite his biracial background. And so fellow-traveling with a little race hatred seemed a small price to pay for a more secure racial identity. And anyway, wasn’t this hatred more rhetorical than real?

But now the floodlight of a presidential campaign has trained on this usually hidden corner of contemporary black life: a mindless indulgence in a rhetorical anti-Americanism as a way of bonding and of asserting one’s blackness. Yet Jeremiah Wright, splashed across America’s television screens, has shown us that there is no real difference between rhetorical hatred and real hatred.

No matter his ultimate political fate, there is already enough pathos in Barack Obama to make him a cautionary tale. His public persona thrives on a manipulation of whites (bargaining), and his private sense of racial identity demands both self-betrayal and duplicity. His is the story of a man who flew so high, yet neglected to become himself.

Mr. Steele, a research fellow at Stanford University’s Hoover Institution and the author of « A Bound Man: Why We Are Excited About Obama and Why He Can’t Win » (Free Press, 2007).

(1) http://online.wsj.com/opinion
(2) http://forums.wsj.com/viewtopic.php? t=1815

Voir aussi:

« Si Obama l’emporte, c’est grâce à la soif de rédemption des Américains »

Shelby Steele, auteur d’un livre sur le candidat à l’investiture démocrate.
Recueilli par notre correspondant à Washington PHILIPPE GRANGEREAU
Libération
Le 11 février 2008

Shelby Steele est l’auteur d’Un Homme prisonnier, pourquoi nous sommes attirés par Obama et pourquoi il ne peut pas gagner, publié le mois dernier aux Etats-Unis (1). Chercheur sur les questions raciales à l’université de Stanford, en Californie, Steele est métis, comme Obama.

Pourquoi dites-vous qu’Obama est un «homme prisonnier» ?

Il surfe sur cette vague d’aspiration des Blancs qui se projettent sur lui. Il parle d’espoir, de changement, d’avenir… Il se cache derrière ce discours éthéré, sans substance, pour permettre aux Blancs de projeter sur lui leurs aspirations. Il est prisonnier car à la minute où il révélera qui il est vraiment, ce en quoi il croit vraiment, son idéologie, il perdra toute sa magie et sa popularité de rock-star. Les Blancs diront : «Ah mais je ne savais pas que vous pensiez ça !» Il est prisonnier, car il ne peut pas être lui-même.

Pensez-vous toujours qu’il perdra en dépit de ses bons scores répétés dans les primaires ?

Je crois toujours, pour l’heure, qu’il ne peut pas devenir président des Etats-Unis. A moins qu’il dévoile réellement qui il est, quelle est son idéologie, mais il n’a pas encore commencé à le faire. On ignore presque tout de lui. Il ne dit pas dans quelles circonstances il déclenchera une intervention militaire. Que pense-t-il de la doctrine de la guerre préventive ? De la discrimination positive ?

N’est-il pas aussi perçu comme une sorte de rédempteur pour le passé raciste et les erreurs de la guerre d’Irak ?

En disant qu’il ne peut pas gagner, je sous-estime peut-être la profondeur de cette aspiration qui peut au final lui apporter la victoire. Mais ce sera une victoire née de ce profond désir de rédemption des Blancs qui n’effacera pas le passé raciste ni les controverses de la guerre d’Irak. Il y aura juste un Noir à la Maison Blanche et rien ne changera vraiment. Quand Carl Stokes a été le premier maire noir élu d’une grande ville [Cleveland en 1967, ndlr], tout le monde disait que ça bouleverserait toute la culture américaine. En réalité, c’était juste un maire noir et c’est tout. La race n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est qui vous êtes, en quoi vous croyez, pas la couleur de votre peau.

Mais Obama ne se présente pas comme un candidat noir…

Si. Et il trompe les gens sur ce point. Il dit qu’il transcende la question raciale et que c’est la raison pour laquelle il faut voter pour lui. Mais par le simple fait d’énoncer cela, il démontre que toute sa campagne est précisément axée sur la question raciale. Quand il dit «qu’il ne voit pas une Amérique noire et une Amérique blanche, mais des Américains», c’est délibérément le message inverse qu’il veut faire passer. Si Barack Obama n’était pas noir, on ne connaîtrait probablement même pas son nom… Il propose une convergence entre sa peau noire et la présidence, et ses supporteurs applaudissent car ils pensent que cette convergence sera rédemptrice pour les Etats-Unis, qu’il blanchira l’Amérique de son pire péché : le racisme. C’est ça qu’il vend aux Américains, sa peau noire, pas son programme économique.

Comment la communauté noire le considère-t-elle ?

Les Blancs sont l’électorat naturel de Barack Obama. Les Noirs ont été ambivalents à son égard dès le début. Pourtant, dès que Barack Obama a pu démontrer qu’il emportait les voix des Blancs en grand nombre, et donc qu’il était capable d’arriver au pouvoir, les Noirs se sont rangés à ses côtés. C’est ce qui s’est passé en Caroline du Sud. Et c’est ça l’ironie : Il a fallu que Barack Obama gagne les voix blanches pour emporter les voix noires. Il n’a commencé à avoir ces voix noires qu’après avoir emporté le vote blanc lors de la primaire en Iowa.

Comment jugez-vous Bill Clinton, qui, fin janvier, a présenté Obama comme un candidat noir ?

C’était un geste évidemment raciste. Il espérait que les Blancs considéreraient Obama comme un Noir, et seulement un Noir.

Les Clinton ont beaucoup de mal à arrêter Barack Obama…

Oui car il est perçu comme une sorte de messie qui sauvera l’Amérique de quatre siècles de divisions raciales. C’est le fait qu’il est Noir qui le rend si difficile à battre, ce ne sont pas ses idées. S’il l’emporte, ça n’aura rien à voir avec lui ; ce sera le résultat de la soif de rédemption qu’ont les Américains blancs de surmonter leur passé. Cette soif est très puissante. J’ai grandi dans une Amérique où la ségrégation faisait partie des bonnes manières. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de pire insulte pour un Blanc que d’être qualifié de raciste. C’est une sorte de nouveau puritanisme. Les coupables sont bannis à jamais de la société. Aujourd’hui, les Américains ne veulent plus être stigmatisés par leur passé honteux. C’est ce désir profond des Blancs qui alimente le phénomène Obama.

Vous voulez dire que si Barack Obama est élu, il le sera par le politiquement correct ?

Exactement. Pour les mêmes raisons, les Blancs utilisent le mot Africain-américain pour parler des Noirs afin de ne pas être soupçonné de racisme. C’est le langage du sentiment de culpabilité Blanc.

(1) Free Press, New York.

Voir encore:

Discovering Obama
WSJ
March 19, 2008

The political tide for Barack Obama was inconceivable as recently as a few months ago, and it may still carry him into the White House. A mere three years out of the state legislature, the Illinois Senator has captured the Democratic imagination with his charisma, his silver tongue, and most of all, his claims to transcend the partisan and racial animosities of the day.

But the suddenness of Mr. Obama’s rise allowed him, until recently, to evade the scrutiny that usually attends Presidential campaigns. If nothing else, the uproar over Reverend Jeremiah Wright has changed that. In Philadelphia yesterday, the Senator tried to explain his puzzling 20-year attendance at Reverend Wright’s Chicago’s Trinity United Church of Christ, while also using his nearly 5,000-word address to elaborate on the themes that have energized his candidacy. It was an instructive moment, though not always in the way the Senator intended.

Mr. Obama, of course, is in the midst of a chiefly political crisis. No one honestly believes he shares his minister’s rage, or his political and racial beliefs, which have been seen all over cable news and reveal a deep disgust with America. Mr. Obama’s fault, rather, was to maintain a two-decade entanglement with Mr. Wright without ever seeming to harbor qualms about the causes espoused by his mentor and spiritual guide.

Such complacency couldn’t simply be waved off, as the Senator tried initially to do, because it drills into the core of his political appeal: that he represents new thinking and an attempt to end cultural and racial polarization. Mr. Wright imperils the possibility inherent in the first black candidate who has a genuine shot at the Presidency, in part because race is only an element of the Senator’s political character, not its definition.

So yesterday Mr. Obama sought to rehabilitate his image by distancing himself from Mr. Wright’s race-paranoia. He talked about his own multiracial background — son of a white mother and Kenyan father — and said, « I will never forget that in no other country on Earth is my story even possible. »

Mr. Wright’s remarks « expressed a profoundly distorted view of this country, » Mr. Obama continued, and are « not only wrong but divisive, divisive at a time when we need unity » — his way of broadening out the discussion to include his political message.

Less uplifting was his attempt to pair Mr. Wright’s extremism with Geraldine Ferraro’s recent remarks as « the other end » of the spectrum on race. Mr. Wright’s sermons are rooted in a racial separatism and black liberation theology that is a distinct minority even among African-Americans. Ms. Ferraro was, at worst, saying that Mr. Obama is helped because many Americans want to vote for someone who is black.

It is also notable that Mr. Obama situated Mr. Wright within what the Senator sees as the continuing black-white conflict and the worst excesses of racial injustice like Jim Crow. He dwelled on a lack of funding for inner-city schools and a general « lack of economic opportunity. » But Mr. Obama neglected the massive failures of the government programs that were supposed to address these problems, as well as the culture of dependency they ingrained. A genuine message of racial healing would also have given more credit to the real racial gains in American society over the last 40 years.

The Senator noted that the anger of his pastor « is real; it is powerful, » and in fact it is mirrored in « white resentments. » He then laid down a litany of American woe: « the white woman struggling to break the glass ceiling, the white man who has been laid off, » the « shuttered mill, » those « without health care, » the soldiers who have fought in « a war that never should have been authorized and never should’ve been waged, » etc. Thus Mr. Obama’s message is we « need unity » because all Americans are victims, racial and otherwise; he even mentioned working for change by « binding our particular grievances. »

And the cause of all this human misery? Why, « a corporate culture rife with inside dealing, questionable accounting practices, and short-term greed; a Washington dominated by lobbyists and special interests; economic policies that favor the few over the many. » Mr. Obama’s villains, in other words, are the standard-issue populist straw men of Wall Street and the GOP, and his candidacy is a vessel for liberal policy orthodoxy — raise taxes, « invest » more in social programs, restrict trade, retreat from Iraq.

Needless to say, this is not an agenda rooted in bipartisanship or even one that has captured a national Presidential majority in more than 40 years. It would be unfortunate if Mr. Obama’s candidacy were toppled by racial neuroses, and his speech yesterday may have prevented that. But it also revealed the extent to which his ideas are neither new nor transcendent.

Voir enfin:

Black Demagogues and Pseudo-Scholars
Henry Louis Gates Jr.
The New York Times
July 20, 1992

During the past decade, the historic relationship between African Americans and Jewish Americans — a relationship that sponsored so many of the concrete advances of the civil rights era — showed another and less attractive face.

While anti-Semitism is generally on the wane in this country, it has been on the rise among black Americans. A recent survey finds not only that blacks are twice as likely as whites to hold anti-Semitic views but — significantly — that it is among the younger and more educated blacks that anti-Semitism is most pronounced.

The trend has been deeply disquieting for many black intellectuals. But it is something most of us, as if by unstated agreement, simply choose not to talk about. At a time when black America is beleaguered on all sides, there is a strong temptation simply to ignore the phenomenon or treat it as something strictly marginal. And yet to do so would be a serious mistake. As the African-American philosopher Cornel West has insisted, attention to black anti-Semitism is crucial, however discomfiting, in no small part because the moral credibility of our struggle against racism hangs in the balance.

When the Rev. Jesse Jackson, in an impassioned address at a conference of the World Jewish Congress on July 7, condemned the sordid history of anti-Semitism, he not only went some distance toward retrieving the once abandoned mantle of the Rev. Dr. Martin Luther King Jr.’s humane statesmanship, he also delivered a stern rebuke — while not specifically citing black anti-Semitism — to those black leaders who have sought to bolster their own strength through division. Mr. Jackson and others have learned that we must not allow these demagogues to turn the wellspring of memory into a renewable resource of enmity everlasting.

We must begin by recognizing what is new about the new anti-Semitism. Make no mistake: this is anti-Semitism from the top down, engineered and promoted by leaders who affect to be speaking for a larger resentment. This top-down anti-Semitism, in large part the province of the better educated classes, can thus be contrasted with the anti-Semitism from below common among African American urban communities in the 1930’s and 40’s, which followed in many ways a familiar pattern of clientelistic hostility toward the neighborhood vendor or landlord.

In American cities, hostility of this sort is now commonly directed toward Korean shop owners. But « minority » traders and shopkeepers elsewhere in the world — such as the Indians of East Africa and the Chinese of Southeast Asia — have experienced similar ethnic antagonism.

Anti-Jewish sentiment can also be traced to Christian anti-Semitism, given the historic importance of Christianity in the black community.

Unfortunately, the old paradigms will not serve to explain the new bigotry and its role in black America. For one thing, its preferred currency is not the mumbled epithet or curse but the densely argued treatise; it belongs as much to the repertory of campus lecturers as community activists. And it comes in wildly different packages.

A book popular with some in the « Afrocentric » movement, « The Iceman Inheritance: Prehistoric Sources of Western Man’s Racism, Sexism, and Aggression » by Michael Bradley, argues that white people are so vicious because they, unlike the rest of mankind, are descended from the brutish Neanderthals.

More to the point, it speculates that the Jews may have been the  » ‘purest’ and oldest Neanderthal-Caucasoids, » the iciest of the ice people; hence (he explains) the singularly odious character of ancient Jewish culture.

Crackpot as it sounds, the book has lately been reissued with endorsements from two members of the Africana Studies Department of the City College of New York, as well as an introduction by Dr. John Henrik Clarke, professor emeritus of Hunter College and the great paterfamilias of the Afrocentric movement.

Dr. Clarke has recently attacked multiculturalism as the product of what he called the « Jewish educational Mafia. » And while Dr. Leonard Jeffries’s views on supposed Jewish complicity in the subjection of blacks captured headlines, his intellectual cohorts such as Conrad Muhammad and Khallid Muhammad address community gatherings and college students across the country purveying a similar doctrine.

College speakers and publications have played a disturbing role in legitimating the new creed. Last year, U.C.L.A.’s black newspaper, Nommo, defended the importance of The Protocols of the Elders of Zion, the notorious Czarist canard that portrays a Jewish conspiracy to rule the world. (Those who took issue were rebuked with an article headlined: « Anti-Semitic? Ridiculous — Chill. »)

Speaking at Harvard University earlier this year, Conrad Muhammad, the New York representative of the Nation of Islam, neatly annexed environmentalism to anti-Semitism when he blamed the Jews for despoiling the environment and destroying the ozone layer.

But the bible of the new anti-Semitism is « The Secret Relationship Between Blacks and Jews, » an official publication of the Nation of Islam that boasts 1,275 footnotes in the course of 334 pages.

Sober and scholarly looking, it may well be one of the most influential books published in the black community in last 12 months. It is available in black-oriented shops in cities across the nation, even those that specialize in Kente cloth and beads rather than books. It can also can be ordered over the phone, by dialing 1-800-48-TRUTH. Meanwhile, the book’s conclusions are, in many circles, increasingly treated as damning historical fact.

The book, one of the most sophisticated instances of hate literature yet compiled, was prepared by the historical research department of the Nation of Islam. It charges that the Jews were « key operatives »in the historic crime of slavery, playing an « inordinate » and « disproportionate » role and « carv [ ing ] out for themselves a monumental culpability in slavery — and the black holocaust. » Among significant sectors of the black community, this brief has become a credo of a new philosophy of black self-affirmation.

To be sure, the book massively misrepresents the historical record, largely through a process of cunningly selective quotation of often reputable sources. But its authors could be confident that few of its readers would go to the trouble of actually hunting down the works cited. For if readers actually did so, they might discover a rather different picture.

They might find out — from the book’s own vaunted authorities — that, for example, of all the African slaves imported into the New World, American Jewish merchants accounted for less than 2 percent, a finding sharply at odds with the Nation’s of Islam’s claim of Jewish « predominance » in this traffic.

They might find out that in the domestic trade it appears that all of the Jewish slave traders combined bought and sold fewer slaves than the single gentile firm of Franklin and Armfield. In short, they might learn what the historian Harold Brackman has documented at length — that the book’s repeated insistence that the Jews dominated the slave trade depends on an unscrupulous distortion of the historic record. But the most ominous words in the book are found on the cover: « Volume One. » More have been promised, to carry on the saga of Jewish iniquity to the present day.

However shoddy the scholarship of works like « The Secret Relationship, » underlying it is something even more troubling: the tacit conviction that culpability is heritable. For it suggests a doctrine of racial continuity, in which the racial evil of a people is merely manifest (rather than constituted) by their historical misdeeds. The reported misdeeds are thus the signs of an essential nature that is evil.

How does this theology of guilt surface in our everyday moral discourse? In New York, earlier this spring, a forum was held at the Church of St. Paul and Andrew to provide an occasion for blacks and Jews to engage in dialogue on such issues as slavery and social injustice. Both Jewish and black panelists found common ground, and common causes. But a tone-setting contingent of blacks in the audience took strong issue with the proceedings. Outraged, they demanded to know why the Jews, those historic malefactors, had not apologized to the « descendants of African kings and queens. »

And so the organizer of the event, Melanie Kaye Kantrowitz, did. Her voice quavering with emotion, she said: « I think I speak for a lot of people in this room when I say ‘I’m sorry.’ We’re ashamed of it, we hate it, and that’s why we organized this event. »

Should the Melanie Kantrowitzes of the world, whose ancestors survived pogroms and, latterly, the Nazi Holocaust, be the primary object of our wrath? And what is yielded by this hateful sport of victimology, save the conversion of a tragic past into a game of recrimination? Perhaps that was on the mind of another audience member. « I don’t want an apology, » a dreadlocked woman told her angrily. « I want reparations. Forty acres and a mule, plus interest. »

These are times that try the spirit of liberal outreach. In fact, the Louis Farrakhan, leader of the Nation of Islam, himself explained the real agenda behind his campaign, speaking before an audience of 15,000 at the University of Illinois last fall. The purpose of « The Secret Relationship, » he said, was to « rearrange a relationship » that « has been detrimental to us. »

« Rearrange » is a curiously elliptical term here: if a relation with another group has been detrimental, it only makes sense to sever it as quickly and unequivocally as possible. In short, by « rearrange, » he means to convert a relation of friendship, alliance and uplift into one of enmity, distrust and hatred.

But why target the Jews? Using the same historical methodology, after all, the researchers of the book could have produced a damning treatise on the involvement of left-handers in the « black holocaust. » The answer requires us to go beyond the usual shibboleths about bigotry and view the matter, from the demagogues’ perspective, strategically: as the bid of one black elite to supplant another.

It requires us, in short, to see anti-Semitism as a weapon in the raging battle of who will speak for black America — those who have sought common cause with others or those who preach a barricaded withdrawal into racial authenticity.

The strategy of these apostles of hate, I believe, is best understood as ethnic isolationism — they know that the more isolated black America becomes, the greater their power. And what’s the most efficient way to begin to sever black America from its allies? Bash the Jews, these demagogues apparently calculate, and you’re halfway there.

I myself think that the great French aphorist Rochefoucault put his finger on something germane when he observed, « We can rarely bring ourselves to forgive those who have helped us. » For sometimes it seems that the trajectory of black-Jewish relations is a protracted enactment of Rochefoucault’s paradox.

Many American Jews are puzzled by the recrudescence of black anti-Semitism, in view of the historic alliance between the two groups. The brutal truth has escaped them: that the new anti-Semitism arises not in spite of the black-Jewish alliance but because of that alliance.

For precisely such trans-ethnic, trans-racial cooperation — epitomized by the historic partnership between blacks and Jews — is what poses the greatest threat to the isolationist movement.

In short, for the tacticians of the new anti-Semitism, the original sin of American Jews was their involvement — truly « inordinate, » truly « disproportionate » — not in slavery, but in the front ranks of the civil rights struggle.

For decent and principled reasons, many black intellectuals are loath to criticize « oppositional » black leaders. Yet it has become increasingly apparent that to continue to maintain a comradely silence may be, in effect, to capitulate to the isolationist agenda, to betray our charge and trust. And, to be sure, many black writers, intellectuals, and religious leaders have taken an unequivocal stand on this issue.

Cornel West aptly describes black anti-Semitism as « the bitter fruit of a profound self-destructive impulse, nurtured on the vines of hopelessness and concealed by empty gestures of black unity. »

After 12 years of conservative indifference, those political figures who acquiesced, by malign neglect, to the deepening crisis of black America should not feign surprise that we should prove so vulnerable to the demagogues’ rousing messages of hate, their manipulation of the past and present.

Bigotry, as a tragic century has taught us, is an opportunistic infection, attacking most virulently when the body politic is in a weakened state. Yet neither should those who care about black America gloss over what cannot be condoned: that much respect we owe to ourselves. For surely it falls to all of us to recapture the basic insight that Dr. King so insistently expounded. « We are caught in an inescapable network of mutuality, » he told us. « Whatever affects one directly affects all indirectly. » How easy to forget this — and how vital to remember.


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