Désinformation: Après France 2, la TSR aura-t-elle enfin son propre Prix Goebbels?

31 juillet, 2007
Prix de la désinformation (Enderlin/France 2, oct. 2002)
Enderlin (Charles): Scénariste et producteur de fictions. Capable de transformer le vivant en mort; de faire apparaître et disparaître les cicatrices; d’empêcher les blessures par balles de guerre de saigner. Journaliste à l’objectivité sans faille. Modèle professionnel de Jacques Chirac et des journalistes français. Détenteur de rushes invisibles, mais néanmoins accablants. Les montrera le jour suivant la Saint-GlinGlin 2019, à cause d’une clause signée avec les acteurs, MM. Al-Dura père et fils.
Chabot (Arlette): personnalité télévisuelle (France 2); comme l’état-major de l’Affaire Dreyfus, est en possession de toutes les preuves qu’il faut mais n’en montrera aucune, ce qui contribue, évidemment, à asseoir sa crédibilité (référence: Mohammed al-Dura). Laurent Murawiec (Petit dictionnaire moyen-oriental des idées reçues)

Après le fameux faux reportage de la « mort » du Petit Mohammed (Al Doura) de Charles Enderlin qui avait valu à France 2 il y a cinq ans un « prix de la désinformation », le temps ne serait-il pas venu de réparer une vieille injustice et de récompenser enfin les efforts particulièrement méritants de la TSR en lui attribuant à son tour son propre prix Goebbels?

Ou au moins, comme le propose ci-dessous notre confère du site « Mont de Sysyphe », son prix Kim Jong-Il?

A la veille du procès en appel du directeur du site internet Medias ratings (le 12 septembre prochain), condamné en octobre dernier pour diffamation à l’encontre de France 2 et de Charles Enderlin pour un article dans lequel il appelait à la démission du journaliste et de la patronne de la chaine (Arlette Chabot) pour avoir diffusé le 30 septembre 2000 un reportage présentant frauduleusement la mort filmée d’un enfant palestinien, Mohamed Al Doura, dans les bras de son père comme la responsabilité de l’armée israélienne …

C’est l’Affaire Soha Béchara qui rebondit en Suisse romande avec le rejet par la justice du classement de la plainte pour diffamation de l’ex-militante libanaise et sympathisante du parti terroriste Hezbollah (pardon: « figure emblématique de la résistance à l’occupation israélienne », comme s’est empressé de le rappeler Le Monde!) contre un collectif de citoyens suisses (de toutes tendances politiques et confessionnelles et non d’extrême-droite, comme il est souvent qualifié dans la presse) dirigé par notre confrère Alain Jean-Mairet, qui l’avait qualifiée de « ex-terroriste » dans le recours qu’ils avaient déposé contre le caractère propagandiste d’un reportage de la chaine publique suisse-romande.

La TSR avait en effet diffusé un reportage en octobre 2006 (soit quelques mois après la guerre de l’été dernier qui avaient suivi les bombardements de villes israéliennes et la capture de soldats israéliens par l’organisation terroriste Hebollah), mettant complaisamment en scène le retour sur place de la sympathisante déclarée dudit Hezbollah (elle-même impliquée dans la tentative d’’assassinat – chez lui – du général libanais pro-israélien Antoine Lahad en 1988) et présentant ladite organisation comme un simple parti politique.

Résumons donc:

Une personne qui se fait passer pour une amie de la famille (comme monitrice d’aérobics de la femme) et tire, sur ordre d’une organisation “militante”, à bout portant et par deux fois, sur un général chez lui… n’a pas commis un “acte terroriste”!

Et la même personne qui, vingt ans plus tard, ne regrette pas son geste et soutient ouvertement une organisation terroriste (pardon: un « parti politique à 18 000 missiles »!)… ne saurait être qualifiée de “ex-terroriste”!

Voilà une justice qui prend bien au sérieux son rôle de police de la pensée.

Et surtout (mais une certaine justice française fait-elle autre chose?),… de très opportune diversion par rapport à la plainte originale qui visait la TSR pour son reportage tendancieux!

Il faut sauver la militante du Hezbollah!
Le Mont de Syisyphe
Le 26 juillet, 2007

Quand en Suisse des gens expriment leurs idées et qu’ils traitent une terroriste militante du Hezbollah de terroriste, ils risquent de se faire épingler par la police de la pensée:

Le vocable de «terroriste» n’est pas anodin. On ne peut pas utiliser ce terme «choc» n’importe où, n’importe comment, hors d’un contexte particulier. C’est en substance ce qu’expliquent les juges de la Chambre d’accusation dans une ordonnance qu’ils viennent de rendre. Décision qui va faire du bruit puisqu’elle renvoie sa copie au procureur général pour l’inculpation de plusieurs personnes d’extrême droite, dont l’avocat et député Yves Nidegger, le conseiller national genevois Jacques Pagan, le conseiller national valaisan Oskar Freysinger, tous UDC, le journaliste polémiste Alain Jean-Mairet. Inculpations pour calomnie, ce qui n’est pas rien.

Ces messieurs avaient qualifié Soha Bechara, une Libanaise domiciliée depuis quelques années à Genève, de «terroriste». Cela apparaissait dans la plainte adressée à l’organe de surveillance contre une émission de la Télévision suisse romande. Celle-ci avait mis en scène l’ancienne sympathisante du Hezbollah dans un Temps présent, diffusé à l’automne, consacré à la situation au Sud- Liban après les bombardements israéliens de l’an dernier. (…)

Cette dernière [Soha Bechara -ed.] a été emprisonnée sans procès pendant dix ans pour avoir tenté d’assassiner en 1988 le général Antoine Lahad, alors chef d’une milice créée au Sud-Liban par l’Etat d’Israël. Des faits qu’elle ne conteste pas, même si elle n’a jamais été ni jugée ni condamnée. Elle a agi, affirme-t-elle, en tant que militante sympathisante du Hezbollah, mais conteste avoir été une «terroriste». (…)

Les médias font alors bien leur part des choses en traitant alors ces gens courageux d’ennemis du système de « personnes d’extrême droite ».

Notons par ailleurs que la plainte n’était pas dirigée contre une chaîne de télévision honnête, mais bien contre la télévision étatique (Télévision Soviétique du Régime, TSR), c’est-à-dire contre celle qui s’alimente des cotisations extorquées des citoyens contre leur gré et qui en profite pour faire de la désinformation à l’écart des mechanismes du marché.

En tous les cas, encore heureux que la terroriste militante en question ait cette fois choisi de privilégier la plume par rapport à la dynamite pour faire valoir son point de vue.

Tout cela sent déjà la candidature au prix Kim Jong-Il…

Merci Bretzelman.


Tournée africaine de Sarkozy: La Françafrique est morte, vive la Françafrique! (Plus ca change, plus c’est la meme chose)

29 juillet, 2007
Chirac with friend BongoC’est la fin des réseaux de la corruption, et d’une certaine vision postcoloniale de la France en Afrique. (…) on ne doit pas aider tous les pays africains de la même façon. Un pays comme le Bénin a connu 82 % de participation électorale à la dernière élection présidentielle. Le Bénin doit être davantage aidé que d’autres pays qui sont moins exemplaires en termes de démocratie. (…) il faut un débat sur la présence militaire française en Afrique. Cette présence militaire est justifiée lorsqu’elle est une force de paix sous contrôle international, mais elle ne le serait plus si elle était là pour soutenir un régime douteux, fût-il « ami » de la France.
Il y a eu une grande complaisance et des malentendus dans les rapports entre l’Europe et l’Afrique. Expliquer l’échec de l’Afrique par les seules conséquences de la colonisation est outrancier. C’est respecter les Africains que de dire qu’ils ont une part de responsabilité dans la situation qui est la leur. (Le candidat) Sarkozy (automne 2006)

« Omar Bongo est le doyen des chefs d’Etat, et, en Afrique, le doyen, cela compte » … »il n’y a aucune raison d’offenser des amis historiques de la France » … Ce n’est pas à la France de faire les gouvernements. Elle l’a fait suffisamment. » … »La démocratie ne se résume pas aux élections » … ce n’est pas « le pays qui a le plus à rougir du fonctionnement de sa démocratie »

Non, vous n’avez pas rêvé!

Non, après les courbettes devant le nouveau Barberousse de Tripoli (qui se paie à présent le luxe de protester devant les graves « violations du droit international »… de la Bulgarie!), on n’était pas revenus douze ans en arrière et ce n’était pas l’ex-squatteur de l’Elysée que nous avions sous les yeux il y a deux jours à Libreville (!!!) s’adressant au champion toutes catégories de la corruption et doyen des dictateurs africains (40 ans tout ronds!).

Effusions publiques, refus de critiquer, remise de dettes aux pires régimes dictatoriaux, comme l’a montré l’ultime étape bongolaise de la tournée africaine de Nicolas Sarkozy, la promesse de rupture a décidément fait long feu …

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Monde musulman: Retour sur le mythe de la laïcité turque (What Turkish secularism?)

26 juillet, 2007
Assassination attempt on the Pope (Rome, 1981)Andrea Santoro (June 2006)Armenian journalist (Jan.2007)Matalya (one killer who jumped out of a window, Apr. 2007)Considérer que le monde arabe n’est pas assez raisonnable pour détenir du nucléaire civil risquerait d’entraîner une guerre des civilisations. Nicolas Sarkozy (Dakar, le 26/7/07)
En 2003, un député du parti AKP, au pouvoir, avait suggéré que près de deux millions de Bibles étaient distribuées gratuitement chaque année en Turquie tandis que le journal islamiste Milli Gazete estimait récemment entre 30 000 à 40 000 le nombre de « crypto-arméniens » pour la seule ville de Malatya.
Ces missionnaires évangélistes courraient au martyr en ouvrant une maison d’édition à Malatya. Il y a trente ans, nous faisions davantage profil bas en tant que chrétiens. Les nouveaux arrivants sont moins prudents. Mgr Louis Pelâtre (vicaire apostolique d’Istanbul)

A l’heure où, avec sa parade d’hier au côté du nouveau Barberousse de Tripoli, notre président est déjà en train de nous refaire du Chirak (Osirak compris!), reprenant au passage la fausse rhétorique des mollahs qui, tout non-arabes qu’ils soient, prétendent qu’on leur interdit le nucléaire civil – qu’ils ont déjà avec les Russes – alors qu’ils sont en fait intéressés uniquement par le militaire que leur interdisent les accords qu’ils ont signés …

Et au lendemain des élections qui viennent de confirmer l’apparemment inéluctable retour du national-islamisme en Turquie (qui ne reconnait toujours pas le génocide chrétien arménien de 1915 et occupe depuis plus de 30 ans le territoire d’un membre de l’Union européenne: Chypre)…

Tandis que nos médias ne sont pas en reste, comme après avoir accusé les Etats-Unis de génocide au Vietnam (l’ancien patron de la DST Yves Bonnet il y a deux jours), l’émission « C dans l’air » se déchaine à présent sur les protestants du soi-disant seul Etat musulman laïc (”Les évangélistes, c’est aussi des fondamentalistes » qui  » nous « emmerdent », dixit le géopolitologue « spécialiste » du terrorisme Gérard Chaliand, avec confirmation du dhimmi copte Antoine Sfeir – combien, ces derniers temps, de bombes humaines évangélistes, SVP, M. Sfeir?) …

Retour sur le mythe de la laïcité turque avec notamment, après l’assassinat d’un prêtre catholique italien puis d’un journaliste arménien, le énième assassinat de chrétiens dans la ville-même de l’auteur de la tentative d’assassinat de Jean Paul II.

Celui-ci triple (un missionnaire protestant allemand et deux fidèles) et avec les raffinements d’usage (gorge tranchée au couteau de boucher, acharnement des coups de couteau, mutilations), il y a tout juste trois mois.

Sans parler des constantes menaces de mort et insultes contre les « Arméniens » (entendez: chrétiens) à leur égard non seulement de groupes ultra-nationalistes mais de certains responsables politiques et médias.

« Laïcité islamique » en somme entre deux assassinats (comme ailleurs, l’autre fameuse contradiction dans les termes des mollahs: « république islamique »).

Et système d’autant plus « économique » et pratique qu’il permet à la fois de dénoncer ces actes de violence comme le fait d’une minorité d’extrémistes (comme les lapidations ou pendaisons pour moeurs des régions « reculées » d’Iran ou d’Arabie wahhabite ou les actes de terrorisme dans le monde en général) tout en profitant, avec le renforcement quotidien des menaces plus discrètes, de leur effet « piqûre de rappel »!

Il y a aujourd’hui en Turquie une chasse aux missionnaires comme il y avait une chasse aux sorcières au Moyen-Age », a dénoncé avec rage hier le représentant de l’Alliance des églises protestantes de Turquie, Ihsan Ozbek. « Nous savons que cette attaque ne sera pas la dernière. La Turquie est devenue un lieu de rejet et d’intolérance sans précédent.

La Turquie sous le choc d’un triple assassinat
Le Temps
20 avril 07
– Les cinq principaux suspects affirment avoir agi pour la défense de l’islam « menacé ».La ville est connue pour son ultra-nationalisme

Delphine Nerbollier/Le Temps, Istanbul – « Sauvagerie fondamentaliste » pour le journal kémaliste Cumhuriyet , « assassinat missionnaire » pour le quotidien de gauche Radikal , le triple assassinat mercredi de Malatya a créé la stupeur en Turquie, trois mois après le meurtre du journaliste d’origine arménienne, Hrant Dink et un peu plus d’un an après celui du prêtre catholique Andrea Santoro.

Il était 13 h 30 lorsque la police de Malatya, une cité de l’est de la Turquie, découvre dans les locaux de la maison d’édition Zirve, spécialisée dans les ouvrages sur la chrétienté, trois hommes ligotés à leur chaise, la gorge tranchée. Parmi les victimes, l’une est alors encore en vie mais s’éteindra à l’hôpital. Les deux autres, un pasteur évangéliste turc et un citoyen allemand, sont retrouvés morts.

Les cinq principaux suspects, interpellés dans la foulée et dont l’un s’est jeté par la fenêtre pour échapper aux forces de l’ordre, sont des étudiants de 19 et 20 ans qui portaient un exemplaire d’une même lettre rédigée sous forme de testament. « Nous sommes cinq frères. Nous sommes prêts à mourir et ne reviendrons peut-être pas. Priez pour nous. » Ils auraient affirmé aux enquêteurs avoir agi « pour la patrie » dont la religion serait « menacée ».

Comme lors de l’assassinat de Hrant Dink, une partie de la presse se demandait jeudi pourquoi cette attaque n’avait pu être évitée. Il y a quelques mois, la maison d’édition Zirve avait été la cible de manifestations ultra-nationalistes dénonçant de prétendues activités missionnaires. Le directeur général confirmait par ailleurs que ses employés avaient reçu depuis des menaces.

Dans ce pays musulman de 72 millions d’habitants, qui ne compte que 100 000 chrétiens, le mythe du prosélytisme reste très ancré dans les esprits, alimenté ces derniers temps par la Diyanet, la Direction des affaires religieuses, qui a notamment mis en garde les écoles primaires. Mais la presse et la classe politique ne sont pas en reste. En 2003, un député du parti AKP, au pouvoir, avait suggéré que près de deux millions de Bibles étaient distribuées gratuitement chaque année en Turquie tandis que le journal islamiste Milli Gazete estimait récemment entre 30 000 à 40 000 le nombre de « crypto-arméniens » pour la seule ville de Malatya.

« Il y a aujourd’hui en Turquie une chasse aux missionnaires comme il y avait une chasse aux sorcières au Moyen-Age », a dénoncé avec rage hier le représentant de l’Alliance des églises protestantes de Turquie, Ihsan Ozbek. « Nous savons que cette attaque ne sera pas la dernière. La Turquie est devenue un lieu de rejet et d’intolérance sans précédent. »

Une trentaine de protestants seraient présents à Malatya, ville natale de Hrant Dink et qui comptait jusqu’à la fin de l’Empire ottoman une forte population chrétienne, syriaque et arménienne.

Aujourd’hui, seuls les supporters du club de football voisin, Elazig, osent encore appeler Malatya « l’arménienne », en forme d’insulte. La ville est désormais davantage connue pour son conservatisme musulman, son ultra-nationalisme et sa figure locale : Mehmet Ali Agca, l’homme qui tira sur le pape Jean Paul II en 1981. « Ces missionnaires évangélistes courraient au martyr en ouvrant une maison d’édition à Malatya, commente dépité Mgr Louis Pelâtre, vicaire apostolique d’Istanbul. Il y a trente ans, nous faisions davantage profil bas en tant que chrétiens. Les nouveaux arrivants sont moins prudents. »

Résurgence du mouvement kurde islamiste Hezbollah ou action limitée à un groupuscule local, le triple assassinat est unanimement condamné. Le ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, a dénoncé cet acte destiné « à saper la tranquillité et la longue tradition de tolérance du pays », tandis que le député AKP de Malatya, Ahmet Münir Erkal, y voit une « provocation » destinée à « faire plonger le pays dans l’ombre en cette période électorale ».

La Turquie s’apprête en effet à choisir son futur président de la République et se déchire depuis des semaines sur l’éventuelle candidature du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Ses opposants, qui le soupçonnent de vouloir islamiser le pays, étaient plus de 300 000 samedi dernier à manifester à Ankara pour la défense de la laïcité.


Laurent Murawiec: Petit dictionnaire moyen-oriental des idées reçues (Welcome to the land where camps have no tents!)

25 juillet, 2007
Gaza: a la « densité démographique la plus élevée du monde ». Cliché journalistique inepte mais fréquent. Les chiffres officiels : Gaza, 3 823 habitants par kilomètre carré, Paris XIème arrondissement : 41 053 hab./km2 …

Saviez-vous que les pauvres petits Pupilles des Nations palestiniens auront bientôt atteint les 800 milliards d’aide en à peine 60 ans?

Pas mal pour des gens qui étaient moins de 700 000 en 48 et sont maintenant quelque 4 millions! Mais bon les armes, ça coûte cher et quand on aime on compte pas!

Saviez-vous aussi qu’ils vivent aussi dans d’étranges « camps » faits… d’immeubles en béton (10 fois moins denses que le plus dense des arrondissements parisiens!) avec des drôles d’ambulances pour… le transport d’armes et de troupes ou à l’occasion la production de représentations théâtrales ou de fictions télé dites Enderlinades?

Voilà quelques unes des nombreuses découvertes que compte le petit glossaire du célèbre analyste franco-américain du Hudson Institute Laurent Murawiec …

A consulter d’urgence!

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Terrorisme: Iran-Al Qaeda, même combat! (New confirmation of Iran-Al Qaeda connection)

25 juillet, 2007
Iran exports terrorismIran as terror godfather Les enquêteurs ont découvert qu’Al Qaeda disposait de deux Assemblées Consultatives, l’une se réunissant dans la zone tribale pakistanaise qui échappe au contrôle de Pervez Musharraf et l’autre se réunissait dans l’Est de l’Iran après un accord négocié entre par Ayman al-Zawahiri et Ahmad Vahidi, le Commandant en chef de la Brigade Qods. L’information est cruciale car l’objet du rapport était d’expliquer comment et dans quelle mesure Al Qaeda a pu au cours des dernières années accroître ses capacités à préparer une nouvelle attaque sur le sol américain.(…) les chefs du réseau résident en Iran sur plusieurs sites militaires (à Lavizan, à Tchalous, à Mash’had et à Zabol) distants de centaines de kilomètres. Iran-Resist

Pendant qu’on se dispute à Washington pour savoir si la guerre en Irak a réduit ou accru la menace Al Qaeda …

Et pour ceux qui en doutaient encore …

Iran-Resist rappelle l’inanité de l’idée reçue de l’incompatibilité sunnites-chiites dans le domaine du terrorisme alors qu’il est de notoriété publique que le premier régime terroriste de la planète actuellement à la tête de l’Iran finance, arme et forme (la bonne vieille stratégie gigogne) depuis des décennies tout ce que (des marxistes du FPLP au sunnites Hamas en passant par les chiites du Hezbollah) ladite planète peut compter de groupes terroristes.

Et naturellement, comme le confirme un récent rapport de la CIA lui-même évoqué tout dernièrement par le New York Sun, Al Qaeda, dont l’Administration américaine vient de rappeler le renouveau et les nouvelles vélléités d’attaque sur le territoire américain.

On « découvre » ainsi ou plutôt on a la confirmation qu’Al Qaeda (dont les chefs avaient d’ailleurs, AVANT – notamment avec des passeports non tamponnés pour éviter leur détection – et après leurs exploits américains de septembre 2001, été exfiltrés d’Afghanistan par leurs contacts des services iraniens) dispose maintenant de deux zones de regroupement du côté pakistanais et iranien d’où ils peuvent planifier leurs diverses actions terroristes en Irak et ailleurs.

D’où le compréhensible embarras de ceux qui, à Washington ou ailleurs, voudraient « renouer le dialogue » avec « la grande civilisation » et la « force de stabilisation »du Moyen-Orient censée se trouver du côté de Téhéran …

The bipartisan September 11 commission report, for example, concluded: “There is strong evidence that Iran facilitated the transit of Al Qaeda members into and out of Afghanistan before 9/11, and that some of these were future 9/11 hijackers.”

According to the commission, a senior Al Qaeda coordinator, Ramzi bin al-Shibh, said eight of the September 11 hijackers went through Iran on their way to and from Afghanistan.

Iran Is Found To Be a Lair of Al Qaeda
Intelligence Estimate Cites Two Councils
Eli Lake
July 17, 2007

WASHINGTON — One of two known Al Qaeda leadership councils meets regularly in eastern Iran, where the American intelligence community believes dozens of senior Al Qaeda leaders have reconstituted a good part of the terror conglomerate’s senior leadership structure.

That is a consensus judgment from a final working draft of a new National Intelligence Estimate, titled « The Terrorist Threat to the U.S. Homeland, » on the organization that attacked the World Trade Center on September 11, 2001. The estimate, which represents the opinion of America’s intelligence agencies, is now finished, and unclassified conclusions will be shared today with the public.

The classified document includes four main sections, examining how Al Qaeda in recent years has increased its capacity to stage another attack on American soil; how the organization has replenished the ranks of its top leaders; nations where Al Qaeda operates, and the status of its training camps and physical infrastructure.

The judgment that Iran has hosted Al Qaeda’s senior leadership council is likely to draw some criticism from those outside the government who doubt Iran plays a significant role in bolstering Sunni jihadist terrorism. Iran’s Shiite Muslims are considered infidels by the Salafi sect of Sunnis that comprise Al Qaeda.

While there is little disagreement that a branch of Al Qaeda’s leadership operates in Iran, the intelligence community diverges on the extent to which the hosting of the senior leaders represents a policy of the regime in Tehran or the rogue actions of Iran’s Quds Force, the terrorist support units that report directly to Iran’s supreme leader.

In the estimate’s chapter on Al Qaeda’s replenished senior leadership, three American intelligence sources said, there is a discussion of the eastern Iran-based Shura Majlis, a kind of consensus-building organization of top Al Qaeda figures that meets regularly to make policy and plan attacks. The New York Sun first reported in October that one of the Shura Majlis for Al Qaeda meets in the federally administered tribal areas of Pakistan, one of the areas the Pakistani army this week re-engaged after a yearlong cease-fire. Both Osama bin Laden and his deputy, Ayman al-Zawahri, participate in those meetings.

The other Shura Majlis is believed to meet in eastern Iran in the network established after Al Qaeda was driven from Afghanistan in 2001.
Following that battle, a military planner trained in the Egyptian special forces, Saif al-Adel, fled to Iran. Mr. Zawahri then arranged with the then commander of Iran’s Quds Force, Ahmad Vahidi, for safe harbor for senior leaders.

The three main Al Qaeda leaders in Iran include Mr. Adel; the organization’s minister of propaganda, Suleiman Abu Ghaith, and the man who some analysts believe is the heir apparent to Mr. bin Laden — one of his sons, Saad bin Laden. The locations of the senior leaders include a military base near Tehran called Lavizan; a northern suburb of Tehran, Chalous; an important holy city, Mashod, and a border town near Afghanistan, Zabul, the draft intelligence estimate says.

In 2003, Iran offered a swap of the senior leaders in exchange for members of an Iranian opposition group on America’s list of foreign terrorist organizations, the People’s Mujahadin.

That deal was scuttled after signal intercepts proved, according to American intelligence officials, that Mr. Adel was in contact with an Al Qaeda cell in Saudi Arabia.

In the aftermath of the failed deal, Al Qaeda’s Iran branch has worked closely in helping to establish the group in Iraq. The late founder of Al Qaeda in Iraq, Abu Musab al-Zarqawi, had multiple meetings with Mr. Adel after 2001. In the past year, the multinational Iraq command force has intercepted at least 10 couriers with instructions from the Iran-based Shura Majlis. In addition, two senior leaders of Al Qaeda captured in 2006 have shared details of the Shura Majlis in Iran.

« We know that there were two Al Qaeda centers of gravity. After the Taliban fell, one went to Pakistan, the other fled to Iran, » Roger Cressey, a former deputy to a counterterrorism tsar, Richard Clarke, said in an interview yesterday. « The question for several years has been: What type of operational capability did each of these centers have? »

A senior fellow at the Council on Foreign Relations and Iran expert, Vali Nasr, said he did not know that the Shura Majlis had reconstituted in eastern Iran, but he did say his Iranian contacts had confirmed recent NATO intelligence that Iran had begun shipping arms to Al Qaeda’s old Afghan hosts, the Taliban in Afghanistan.

Mr. Nasr, however, said Iran’s recent entente with Al Qaeda could be simply a matter of statecraft. « Iran and Al Qaeda do not have to like one another, » he said. « They can hate each other, they can kill each other, their ultimate goals may be against one another, but for the short term Iran can unleash Al Qaeda on the United States. »

Mr. Cressey said the Iranian regime’s relationship with Al Qaeda is one of tolerance as opposed to command and control.

« I think the Iranians are giving these guys enough latitude to operate to give them another chit in the game of U.S.-Iranian relations, » he said.

An intelligence official sympathetic to the view that it is a matter of Iranian policy to cooperate with Al Qaeda disputed the CIA and State Department view that the Quds Force is operating as a rogue force. « It is just impossible to believe that what the Quds Force does with Al Qaeda does not represent a decision of the government, » the official, who asked not to be identified, said. « It’s a bit like saying the directorate of operations for the CIA is not really carrying out U.S. policy. »

Some intelligence reporting suggests, the source said, that the current chief of the Quds Force, General Qassem Sulamani, has met with Saad bin Laden, Mr. Adel, and Mr. Abu Ghaith.

The link between Iran and Al Qaeda is not new, in some cases. The bipartisan September 11 commission report, for example, concluded: « There is strong evidence that Iran facilitated the transit of Al Qaeda members into and out of Afghanistan before 9/11, and that some of these were future 9/11 hijackers. »

According to the commission, a senior Al Qaeda coordinator, Ramzi bin al-Shibh, said eight of the September 11 hijackers went through Iran on their way to and from Afghanistan.

In 2005, both Undersecretary of State Nicholas Burns and the then ambassador at large for counterterrorism, Cofer Black, disclosed that America believes that senior Al Qaeda leaders reside in Iran.


Terrorisme: La preuve de l’utilité de Guantanamo (Why we still need Gitmo)

24 juillet, 2007
Abdullah Mehsud following his release from Guantanamo (2004)Triste précédent qui voit une population faire commerce de la vie et de la santé de ses enfants –ce fameux « prix du sang » qui a été payé aux familles –et un Etat être récompensé pour la prise d’otage d’innocents: les plus hautes autorités libyennes ont reconnu que la libération avait été « facilitée » par la promesse de renouer des relations entre Tripoli et l’Europe. Claude Moniquet

A l’heure où, après la bien sûr réjouissante fin du calvaire des otages bulgares (dont la torture et le viol), l’Europe vient, au prix de quel « triste précédent », de montrer une nouvelle fois sa faiblesse face au nouveau Barberousse de Tripoli

Et une vingtaine de jeunes volontaires coréennes (avec quelques jeunes gens) sont toujours à la merci de la barbarie islamique…

Bonne nouvelle de l’annonce de l’élimination d’un autre de ces barbares, sauf qu’il venait de… Guantanamo dont il avait été libéré il y a quatre ans à peine!

Pakistan: suicide d’un important leader taliban pendant un assaut de l’armée
esisc.org
24/7/2007

Abdullah Mehsud, l’un des principaux chefs des Talibans pakistanais s’est fait exploser lundi à l’aide d’une grenade au moment où l’armée a pris d’assaut sa cachette dans le district de Zhob (Baloutchistan, sud-ouest du pays).

Détenu à la prison de Guantanamo après les attentats du 11 septembre 2001, l’homme était devenu, après sa libération en 2003, l’un des principaux leaders des Talibans pakistanais basés dans le Waziristan du Sud.

Il était recherché notamment pour l’enlèvement de deux ingénieurs chinois en 2004 dont l’un a été tué au cours de l’opération destinée à les libérer.

Complément:

At least 30 former Guantanamo Bay detainees have been killed or recaptured after taking up arms against allied forces following their release.

the detainees had, while in custody, falsely claimed to be farmers, truck drivers, cooks, small-arms merchants, low-level combatants or had offered other false explanations for being in Afghanistan.

« Common cover stories include going to Afghanistan to buy medicines, to teach the Koran or to find a wife. Many of these stories appear so often, and are subsequently proven false, that we can only conclude that they are part of their terrorist training. »

The review does not include the so-called « Australian Taliban », David Hicks, who has pleaded guilty to terrorist offences. It was undertaken after an analysis by Seton Hall University, a private university in New Jersey, of the detainee system found only 8 per cent of detainees were al-Qaeda fighters.

It was undertaken after an analysis by Seton Hall University, a private university in New Jersey, of the detainee system found only 8 per cent of detainees were al-Qaeda fighters.

Freed Guantanamo inmates take up arms
The Age
July 28, 2007
Abdullah Mehsud, a former Guantanamo Bay inmate, talks on a radio at an undisclosed location in the tribal region near the Afghan border.

At least 30 former Guantanamo Bay detainees have been killed or recaptured after taking up arms against allied forces following their release.

They have been discovered mostly in Afghanistan and Pakistan, but not in Iraq, a US Defence Department spokesman told The Age yesterday.

Commander Jeffrey Gordon said the detainees had, while in custody, falsely claimed to be farmers, truck drivers, cooks, small-arms merchants, low-level combatants or had offered other false explanations for being in Afghanistan.

« We are aware of dozens of cases where they have returned to militant activities, participated in anti-US propaganda or engaged in other activities, » said Commander Gordon.

His comments follow the death this week of Taliban commander and former detainee Abdullah Mehsud, who reportedly blew himself up rather than surrender to Pakistani forces. In December 2001, Mehsud was captured in Afghanistan and held at Guantanamo Bay until his release in March 2004. He later became the Taliban chief for South Waziristan.

Commander Gordon said the US did not make it a practice to track detainees after their release, but it had become aware through intelligence gathering and media reports of many cases of released detainees returning to combat.

« These former detainees successfully lied to US officials, sometimes for over three years, » he said. « Common cover stories include going to Afghanistan to buy medicines, to teach the Koran or to find a wife. Many of these stories appear so often, and are subsequently proven false, that we can only conclude that they are part of their terrorist training. »

An analysis of 516 Guantanamo detainees found that while there was no evidence linking six of them to terrorist activities, 95 per cent were a potential threat to US interests. This was based on their affiliations with groups such as al-Qaeda, their enthusiasm for violent jihad, their having undertaken small-arms training or having been willing to perform a support role for terrorism.

But only one in three could be definitely identified as a fighter for the Taliban, al-Qaeda or associated groups, according to the analysis by the Combating Terrorism Centre based at the West Point Military Academy.

Most were considered a greater than potential risk due to support they had shown the Islamist cause by fighting for Islamist forces or by undertaking advanced military training, including bomb-making.

The review does not include the so-called « Australian Taliban », David Hicks, who has pleaded guilty to terrorist offences. It was undertaken after an analysis by Seton Hall University, a private university in New Jersey, of the detainee system found only 8 per cent of detainees were al-Qaeda fighters.

Voir enfin l’intéressant commentaire de Ludovic Monnerat :

Dans les conflits classiques qui ont fondé les Conventions de Genève, le prisonnier de guerre reste détenu jusqu’à la fin officielle des hostilités et la signature des armistices ou accords de paix afférents. Mais dans les conflits déstructurés de notre ère, ce principe équivaut soit à détenir indéfiniment des individus en l’absence d’une autorité susceptible de négocier la paix, soit à ne pas pouvoir les mettre hors d’état de nuire en-dehors d’une élimination sur le champ de bataille. L’approche généralement préconisée par les opposants aux tribunaux militaires, basée sur le droit commun, est en effet contredite par la motivation guerrière des prisonniers et par leur refus systématique de reconnaître la moindre faute, le moindre crime. Ce qui nous ramène à la case départ...


Histoire: Thomas Platter ou l’invention du tourisme culturel (Travel writing: The other Platters)

24 juillet, 2007
Thomas PlatterLes pèlerins avaient des guides, des agences de logement et de voyage, toute une gamme de petits souvenirs bon marché et presque toute la panoplie du tourisme actuel. Feifer (1985)
A cette cause, le commerce des hommes y est merveilleusement propre et la visite des pays estrangers, non pour en rappeler seulement, à la mode de nostre noblesse Françoise, combien de pas a Sanata Rotonda, ou la richesse des calessons de la Signora Livia, comme d’autres, combien le visage de Néron, de quelque vieille ruyne de là, est plus long ou plus large que celuy de quelque pareille medaille, mais pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autruy. Je voudrois qu’on commençast à le promener dès sa plus tendre enfance, et premierement, pour faire d’une pierre deux coups, par les nations voisines où le langage est le plus esloigné du nostre, et auquel, si vous ne la formez pas de bon’heure, la langue ne peut se plier. Montaigne (Essais I, XXV, 1580)
Il ne manque pas de signaler l’épitaphe d’un personnage mort ‘en prenant ses ébats sur le corps d’une demoiselle’, ajoutant ‘qu’on ne va pas en paradis par ce trou-là’. Jacques Duquesne

Pour ceux qui, comme moi, en étaient restés à « Only you » …

En cette saison privilégiée du voyage et pour ceux qui ne connaitraient que le célèbre groupe de pré-rock américain des années 50 et leur inoubliable slow …

Ou se demanderaient comment un aussi petit pays que la Suisse peut avoir autant de voyageurs partout …

Retour, avant même le Grand Tour anglais dont nous avons tout récemment parlé, sur l’un des grands ancêtres du voyage éducatif et véritable inventeur du tourisme culturel (cette forme sécularisée du pèlerinage traditionnel): le Suisse Thomas Platter.

Moins connu (du moins, manque de traductions oblige, en France – au point que le Figaro lui attribue la nationalité… anglaise!) que son illustre humaniste de père du même nom (l’ancien berger devenu, via son amitié avec le grand Réformateur et humaniste Zwingli, imprimeur puis professeur et notable) ou que son frère anatomiste et botaniste Félix (dont Montaigne lui-même vint voir les fameuses collections), le médecin bâlois (1574–1628) fait pourtant partie, comme le rappelle le grand historien du Collège de France Emmanuel Le Roy Ladurie qui a consacré toute une série d’ouvrages à la célèbre dynastie bâloise, (Le Siècle des Platter, 1599-1628, t. I, Le Mendiant et le Professeur, 1995), et t. II, Le Voyage de Thomas Platter, 1595-1599, 2000), des monuments de la culture française comme européenne, à l’époque de la Renaissance et du baroque.

Tout simplement parce que c’est en France qu’il commença ses pérégrinations à l’occasion de ses études de médecine (avec son frère) à Montpellier.

Et qu’il parcourut une bonne partie de l’Europe, des Pays-Bas (l’actuelle Belgique en fait) à l’Angleterre, où il assista notamment à l’une des premières représentations d’une pièce de Shakespeare dans son nouveau théâtre du Globe.

Mais aussi pour son précieux regard sur la société européenne de l’époque et notamment sur les mystères, pour le protestant éclairé qu’il était, de cette Europe encore sous le joug du papisme et de la Contre-Réforme (avec ses reliquats païens comme le si exotique culte des reliques ou les combats de coqs ou, comme Montaigne plus tard,… les circoncisions juives!) ou de la monarchie et sa terrifiante panoplie de châtiments mais aussi ses premières grandes entreprises industrielles (salines, moulins, arsenaux des galères, gigantesques ardoisières).

Thomas Platter (…) voyage pour achever sa formation intellectuelle, conformément au modèle du voyage éducatif théorisé par l’humanisme, notamment dans les régions réformées d’Allemagne et de Suisse.

Le journal de voyage de Thomas Platter marque un moment capital de l’histoire de la civilisation occidentale, celui de l’invention du tourisme culturel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : apprendre sur le mode empirique le monde, sa diversité et son histoire, grâce au vécu quotidien du voyage, à l’observation des individus, des moeurs, de la civilisation, et à la visite systématique des monuments et des oeuvres d’art. Tel est l’objectif proposé par l’humanisme à tout jeune homme soucieux de parfaire son instruction et son éducation.

Platter est le parfait touriste du voyage culturel. (…) Dans sa version humaniste, la civilisation chrétienne a inventé dans la seconde moitié du XVIe siècle le voyage instructif comme élément indispensable d’une éducation accomplie.

Mémoires d’un touriste
Jean-Louis HAROUEL
Le Figaro Littéraire
Le 22 juin 2006,
Au temps où les voyages culturels formaient la jeunesse, l’humaniste anglais [???] fit le tour de l’Europe. Un tableau incomparable de la civilisation au début du XVIIe siècle.

Heureux pays, l’Angleterre de 1599 n’avait pas de loups, tandis qu’en France ils décimaient les troupeaux et dévoraient fréquemment les gens. Le confort des coches assurant chaque jour un service régulier au départ de Paris vers de nombreuses grandes villes françaises faisait l’admiration des étrangers. Le trajet de Bruxelles à Anvers s’effectuait grâce à un canal où circulaient de jour comme de nuit des bateaux pouvant accueillir 400 passagers confortablement assis dans une salle vaste comme une église, et qu’un seul cheval suffisait à tirer. La grande route de Paris à Orléans était, par sa largeur, la qualité de son pavement et l’intensité de sa fréquentation, un axe routier sans rival en France. Telles sont quelques-unes des innombrables notations concrètes d’un jeune voyageur suisse qui a parcouru entre 1595 et 1600 divers pays de l’Europe occidentale.

Fils d’un humaniste bâlois réputé, Thomas Platter commence son tour d’Europe à 21 ans, après des études de médecine à Montpellier, haut lieu de la modernité médicale. Il voyage pour achever sa formation intellectuelle, conformément au modèle du voyage éducatif théorisé par l’humanisme, notamment dans les régions réformées d’Allemagne et de Suisse. Et, comme le prescrivent les doctrinaires humanistes, il va rédiger un récit méthodique et précis de ses pérégrinations, illustré de remarquables croquis. La traduction de ce document d’un intérêt historique exceptionnel le rend enfin accessible au public français. Constituant le troisième élément d’un ensemble, le présent ouvrage se lit de manière indépendante des deux volumes précédents, tout en donnant à ceux qui ne les connaissent pas encore le désir de s’y plonger.

Le journal de voyage de Thomas Platter marque un moment capital de l’histoire de la civilisation occidentale, celui de l’invention du tourisme culturel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : apprendre sur le mode empirique le monde, sa diversité et son histoire, grâce au vécu quotidien du voyage, à l’observation des individus, des moeurs, de la civilisation, et à la visite systématique des monuments et des oeuvres d’art. Tel est l’objectif proposé par l’humanisme à tout jeune homme soucieux de parfaire son instruction et son éducation.

Regard bienveillant d’un protestant

Certes, les musées n’existaient pas encore, mais les trésors des collections royales et princières, qu’on pouvait visiter moyennant autorisation et distribution de pourboires, en étaient la préfiguration, et en furent d’ailleurs historiquement l’amorce. Et puis il y avait les richesses des églises. Le protestant Thomas Platter n’en manque pas une seule. Bien que ne croyant aucunement en leur pouvoir miraculeux, il visite systématiquement les reliques, collationne les récits mythiques de fondation des sanctuaires et des villes, note les récits pieux des actions fabuleuses des saints locaux, décrit les tableaux et les statues, retranscrit scrupuleusement les inscriptions funéraires. Le zwinglien Platter consacre une grande partie de son temps à l’étude ethnographique et artistique des monuments et du culte catholiques.

Il porte sur eux un regard objectif et même a priori bienveillant, correspondant à une curiosité sécularisée, mue par une ambition scientifique, et étayée sur des lectures documentées. Il veut voir, savoir, comprendre. Son attitude n’est jamais critique : il observe, visite, décrit, accumule les informations. Et sa curiosité s’étend à tous les aspects des lieux visités : habitat, architecture, urbanisme, costume, mode de vie, cérémonies officielles, commerce, agriculture, industrie, formes de sociabilité, etc. Bref, Platter est le parfait touriste du voyage culturel. Et, là où le touriste actuel multiplie les photographies, il fait des croquis très évocateurs de personnages, de décors, de costumes, qui sont pour nous de précieux témoignages.

Dans sa version humaniste, la civilisation chrétienne a inventé dans la seconde moitié du XVI e siècle le voyage instructif comme élément indispensable d’une éducation accomplie. Le récit de Thomas Platter en est un magnifique exemple. Et il nous offre du même coup un matériau historique extraordinaire, un tableau incomparable de l’Europe vers 1600, une description précise, concrète et vivante, dont certains passages se lisent comme un roman.

L’Europe de Thomas Platter France, Angleterre, Pays-Bas : 1599-1600 (Le siècle des Platter III) présenté par Emmanuel Le Roy Ladurie (texte traduit par E. Le Roy Ladurie et F.-D. Liechtenhan) Fayard, 637 p., 28 €.

Voir aussi:

Tel Platter, tel fils
Michel Crépu
L’Express du 06/07/2000
Emmanuel Le Roy Ladurie suit une famille de protestants suisses sur plusieurs générations. Comme son père, Thomas II visite la France. Mais celle d’Henri IV

Tel fut le père, tel sera le fils. Thomas Ier, Thomas II, depuis Bâle la paisible vers le Sud français, Montpellier, Uzès, Avignon, Marseille, et même une petite pointe espagnole… Nous connaissions Platter dit le Vieux, narrateur du premier volume de cette «série» qui pourrait – idéalement… – en compter cinq. Nous avions assisté à l’irrésistible ascension de cet ancien berger devenu imprimeur, professeur, notable en vue dans sa propre cité. Un demi-siècle plus tard, son fils entreprend lui aussi un voyage à l’identique.

Etudiant en médecine à Montpellier, Thomas II n’a pas les yeux dans sa poche, il est le pur produit d’une culture protestante éclairée, «érasmienne», éprise de tolérance, d’intelligence des formes diverses de ce que l’on appellerait aujourd’hui le «social». C’est un plaisir d’observer ce huguenot pudique «mater» à son tour les jolies Marseillaises, «joyeuses et pétulantes» quoique souvent privées de leur époux. Bon marcheur, ne craignant pas d’embarquer sur les eaux parfois mouvementées du Rhône, Thomas fréquente les bonnes auberges, quand il ne se livre pas au descriptif minutieux des installations militaires, des mœurs commerciales d’une société française goûtant le repos à la mode d’Henri IV.

Pour le lecteur du XXIe siècle, ces pages saisissantes de réalisme montrent un homme posé, curieux, ouvert. Si les papistes lui font l’effet d’une tribu exotique au tralala sophistiqué, il ne témoigne d’aucune hostilité à leur égard. Il n’en est pas, voilà tout. Le choc est plus vif dans l’Espagne à fraise où veille l’œil de la Sainte Inquisition: on ne peut pas demander l’impossible à un fils d’Erasme. Mais même là, sur la route de Barcelone propre comme «un jeu de paume», notre homme est heureux de goûter à l’inconnu. Et l’on se prend d’amitié pour cet homme mort il y a quatre siècles, aux étonnements ingénus, d’une troublante fraternité.

Voir également:

Souvenirs d’un Européen
Jacques Duquesne
L’Express du 16/02/2006

C’est à la fin du XVIe siècle que l’on retrouve le benjamin des Platter. Du Val de Loire aux Pays-Bas, en passant par l’Angleterre, le voyage se poursuit

Les Platter reviennent tous les cinq ans. Voilà une bonne dizaine d’années, Emmanuel Le Roy Ladurie avait conté l’ascension sociale prodigieuse de l’humaniste bâlois Thomas, au XVIe siècle, et en 2000 il publia le journal de son fils, qui voyagea surtout en France du Sud et en Savoie. Voici aujourd’hui la France du Nord, mais aussi l’Angleterre et les Pays-Bas, visités par cet autre Thomas, le plus jeune, un étonnant garçon, auteur d’un récit passionnant qui est aussi un document d’histoire.

Un encyclopédiste qui écrit bien…
Car rien n’échappe à ce troisième Platter, apprenti médecin, protestant qui se passionne pour les catholiques (à Paris, il visite des dizaines d’églises, mais pas un seul temple), géographe qui mesure les distances entre chaque ville, économiste qui décrit les premières aventures industrielles et juriste avisé qui s’intéresse au fonctionnement des monarchies. Bref, c’est un encyclopédiste. Mais qui écrit bien. Et qui a beaucoup d’humour: il ne manque pas de signaler l’épitaphe d’un personnage mort «en prenant ses ébats sur le corps d’une demoiselle», ajoutant «qu’on ne va pas en paradis par ce trou-là».

C’est un monde rude qu’il décrit. A Paris, à Londres, dans les petites bourgades également, mendiants et prostituées abondent; le spectacle est presque quotidien, dans les capitales, de malfaiteurs décapités ou pendus. Reste que le vin est bon, que, même à Louvain, les raisins sont excellents, que les femmes sont belles (surtout à Valenciennes, «parmi toutes celles des Pays-Bas» …) et les paysages joliment décrits, sans que l’on puisse mesurer la part prise par les traducteurs à cette qualité littéraire.

Ceux-ci ont ajouté au texte un utile appareil de notes et Emmanuel Le Roy Ladurie aide à situer ce récit dans son contexte historique. Chaque lecteur dont la région a été traversée par Thomas Platter (du Val de Loire à l’actuelle Belgique, l’Angleterre, avec retour vers Bâle) aura plaisir – et parfois surprise – à découvrir ce qu’elle fut alors.

Voir enfin:

Excerpt from the Diary of Thomas Platter

Platter was a Swiss traveller who came to London in 1599:

This city of London is not only brimful of curiosities but so populous also that one simply cannot walk along the streets for the crowd.

Especially every quarter when the law courts sit in London and they throng from all parts of England for the terms to litigate in numerous matters which have occurred in the interim, for everything is saved up till that time; then there is a slaughtering and a hanging, and from all the prisons (of which there are several scattered about the town where they ask alms of the passers by, and sometimes they collect so much by their begging that they can purchase their freedom) people are taken and tried; when the trial is over, those condemned to the rope are placed on a cart, each one with a rope about his neck, and the hangman drives with them out of the town to the gallows, called Tyburn, almost an hour away from the city; there he fastens them up one after another by the rope and drives the cart off under the gallows, which is not very high off the ground; then the criminals’ friends come and draw them down by their feet, that they may die all the sooner. They are then taken down from the gallows and buried in the neighboring cemetery, where stands a house haunted by such monsters that no one can live in it, and I myself saw it. Rarely does a law day in London in all the four sessions pass without some twenty to thirty persons — both men and women — being gibbeted.

And since the city is very large, open, and populous, watch is kept every night in all the streets, so that misdemeanor shall be punished. Good order is also kept in the city in the matter of prostitution, for which special commissions are set up, and when they meet with a case, they punish the man with imprisonment and fine. The woman is taken to Bridewell, the King’s palace, situated near the river, where the executioner scourges her naked before the populace. And although close watch is kept on them, great swarms of these women haunt the town in the taverns and playhouses.

Ou:

THOMAS PLATTER VISITS LONDON THEATRES, 1599

Thomas Platter was a young Swiss from Basle, who visited London from 18 September to 20 October, 1599. This is fortunate dating, since the Globe was first erected in 1599, and Platter visited it to see Shakespeare’s Julius Caesar. Unfortunately he gives us only a glimpse of the performance, but he does provide some interesting details of the Globe and two other theatres, one of which seems to have been the Curtain. Platter’s discussion of performance practices, the collection of entrance money and the costuming of the actors is of great interest, even though, as with most documentary evidence of the period, it has to be treated with caution.

The transcription of the original German given here is taken from E.K. Chambers, The Elizabethan Stage, II, PP. 364-5. A less literal translation than the one offered here may be found in Peter Razzell, The Journals of Two Travellers in Elizabethan and Early Stuart England: Thomas Platter and Horatio Busino (London, 1995), PP. 166-7.

[On the 21St of September, after the mid-day meal, about two o’clock, I and my company went over the water [i.e. across the Thames] and saw in the house with the thatched roof [in dem streuwinen Dachhaus] the tragedy of the first Emperor Julius Caesar quite aptly performed. At the end of the play according to their custom they danced quite exceedingly finely, two got up in men’s clothing and two in women’s [dancing] wonderfully together.

At another time, not far from our inn in the suburbs, at Bishopsgate according to my memory, again after lunch, I saw a play where they presented different nations with which each time an Englishman struggled over a young woman, and overcame them all, with the exception of the German who won the girl in a struggle, sat down beside her, and drank himself tipsy with his servant, so that the two were both drunk, and the servant threw a shoe at his master’s head, and both fell asleep. In the meantime the Englishman crept into the tent, and carried off the German’s prize, and thus outwitted the German in turn. In conclusion they danced in English and Irish fashion quite skilfully. And so every day at two o’clock in the afternoon in the city of London sometimes two sometimes three plays are given in different places, which compete with each other and those which perform best have the largest number of listeners. The [playing places are so constructed that [the actors] play on a raised scaffold, and everyone can see everything. However there are different areas and galleries where one can sit more comfortably and better, and where one accordingly pays more. Thus whoever wants to stand below pays only one English penny, but if he wishes to sit, he enters through another door where he gives a further penny, but if he wants to sit in the most comfortable place on a cushion, where he will not only see everything but also be seen, he gives at another door a further English penny. And during each play things to eat and drink are brought round among the people, of which one may partake for whatever one cares to pay.

The actors are dressed in a very expensive and splendid fashion, since it is the custom in England when notable lords or knights die they bequeath and leave their servants almost the finest of their clothes which, because it is not fitting for them to wear such clothes, they offer [them] for purchase to the actors for a small sum of money.

How much time they can happily spend each day at the play, everyone knows who has seen them act or perform.]


Turquie: Les mosquées sont nos casernes (Mosques are our barracks)

23 juillet, 2007
Anti-Pope poster (Nov.2006)
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
Curieux constat: d’une part, un régime férocement théocratique qui tente vainement d’étouffer la population la plus laïque du Moyen-Orient, alors même que le voisin turc, Etat laïque et semi-démocratique voit sa population de plus en plus imprégnée de religiosité; d’autre part, l’alliée (presque) inconditionnelle des Américains qu’est la Turquie éprouve toutes les peines du monde à canaliser l’antiaméricanisme de la population turque, quand l’Iran, opposant déclaré à Washington, voit son peuple célébrer la liberté et la démocratie américaine. Philippe Boulanger (Commentaire, Hiver 2003-2004)
Une mosquée de Pérouse servait d' »école du terrorisme », selon la police italienne (…) Les cours qui y étaient dispensés portaient sur le combat rapproché, le tir, la préparation de poisons, la fabrication de bombes et le pilotage des Boeing 747… Yahoo news (le 21/7/2007)

Quelle laïcité turque ?

A l’heure d’un si curieux mais hélas tragique chassé croisé qui voit « la population la plus laïque du Moyen-Orient étouffée par l’un des régimes les plus férocement théocratiques » (Iran) au moment même où leurs voisins d’un Etat jusqu’ici phare de la laïcité voient leur population se réislamiser à vitesse grand V …

Nul doute parce qu’après la laïcisation imposée d’en haut par le Shah, la population iranienne a, elle, déjà « donné » et sait par expérience personnelle que cette réislamisation qui avance masquée finit toujours par se révèler pour ce qu’elle est vraiment: une autre variante du totalitarisme

Retour donc, au lendemain de la nouvelle et large victoire (annoncée) du parti du premier ministre sortant turc Erdogan et avec l’excellente remise des pendules à l’heure du site Turquie européenne, sur le paradoxe vivant d’un pays musulman phare de la laïcité (allant jusqu’à abolir, on le sait, l’institution du Califat).

Mais où ladite laïcité semble plus que jamais, malgré les manifestations de mai dernier (suite, on s’en souvient, à l’assassinat d’un juge par un islamiste), remise en question par la base.

Voire… un bien ambigu premier ministre!

Dur dur d’être Turc !

Deniz Yücel Sylvestre, Metin Munir

© DY Sylvestre et Turquie Européenne pour la traduction

24/04/2007

En ne présentant pas sa candidature à l’élection présidentielle, certes, Erdogan a fait un pas en avant. Mais s’il avait pu faire encore un pas en désignant un candidat capable de rassembler tout le monde et d’être accepté par tous, nous aurions pu avancer d’une année lumière au lieu d’en rester là.

Malheureusement, il n’a pas franchi ce pas. En désignant Abdullah Gül comme candidat, il est même revenu au point de départ. Il a fait marche arrière car, pour ceux qui s’inquiètent de voir la main mise des religieux sur trois positions clés de la République (présidence, fonction de premier ministre, présidence du parlement), Abdullah Gül et Erdogan, c’est du pareil au même. Ils sont les deux faces d’une même pièce.

Ce ne sont pas des gens d’expérience, ce sont des religieux.

Le plan d’action d’Erdogan est clair : installer des hommes politiques islamistes comme lui aux postes-clés. On le voit bien que depuis qu’il est à la tête du gouvernement : il a nommé des islamistes où il pouvait, et non des experts. Pendant son mandat, aucune nomination n’a été prononcée en faisant prévaloir l’expérience sur les idées religieuses. C’est une forme de fondamentalisme (archaïsme). Si les hommes d’Erdogan avaient été non seulement islamistes mais experts, il aurait été difficile de contester leur légitimité. Malheureusement ce n’est pas le cas. Envoyer au palais un nom fidèle au mouvement islamiste n’est que le dernier maillon de cette opération.

L’AKP a recueilli 34,3 % des votes. 65.7 % des électeurs ont voté pour les autres partis. Bien sûr que cela donne sa légitimité à l’AKP pour gouverner. Mais cela ne lui donne pas le pouvoir de faire ce qu’il veut comme s’il n’y avait aucune autre idéologie en Turquie.

Ceux qui veulent la sérénité de la Turquie, ceux qui la veulent au moins aussi fort que les fidèles qui font cinq prières par jour, ne peuvent pas faire confiance au trio Erdogan-Arinç-Gül. Tous les trois sont des récidivistes. On peut se baser sur un passé pas bien lointain pour savoir ce qu’ils ont dit, ce qu’ils ont fait et ce qu’ils veulent faire. Ils prétendent avoir changé mais on ne peut pas les laisser continuer en se fiant à leur parole.

Erdogan a eu plusieurs occasions de prouver qu’il avait changé. Il pouvait désigner Kemal Derviş (ancien ministre de l’économie, social-démocrate aujourd’hui directeur du PNUD) comme le négociateur avec l’UE. Il pouvait conserver le président de la Banque Nationale. Mais non, il a mis obstinément des religieux à ces postes.

Il a raté toutes ces occasions.

La plus grande opportunité qu’il avait, il ne l’a pas non plus saisie. Il pouvait être un rassembleur, un embrasseur, un réconciliateur, un médiateur, mais il n’a pas su montrer cette dignité et cette sagesse. Il pouvait être un homme d’Etat mais il est resté un homme politique. Il pouvait être un géant, il a préféré rester un nain.

Nous aurions pu aujourd’hui être à plus d’une année lumière de là où l’on est s’il avait cherché vraiment quelqu’un que tout le monde puisse accepter pour la maison d’Atatürk*.

Mais non, il a tenu tête. Il n’a pas cherché.
Résultat : colère, anarchie, crise économique, haine inutile entre les gens… Et la musique de fond constante de la démocratie turque … les voix des généraux !!!

Dur dur d’être Turc.

29 Avril 2007, Milliyet

Etat et religion en France et en Turquie (1)

Baskın Oran

19 janvier 2007

© Marillac et Turquie Européenne pour la traduction

Notre sujet aujourd’hui, c’est-à-dire les rapports entre l’Etat et la Religion en Turquie ont toujours attiré l’attention en France.

1) D’abord, historiquement, la France radicale et anticléricale a beaucoup inspiré le laïcisme Kémaliste auquel elle s’intéressa fort. Par exemple, Edouard Herriot, grande figure du radicalisme III. République et inamovible maire de Lyon était simplement fasciné par le laïcisme et la ferveur positiviste de la République Kémaliste.
2) D’autre part, toujours historiquement, certains milieux français étaient également très intéressés, mais d’une autre manière. Certains ont eu un peu de crainte lorsque ce nationalisme et laïcisme a voulu fermer les écoles et hôpitaux français chrétiens en Turquie, parce que cela aurait nui à la présence culturelle que la France assurait a travers la scolarisation des élites locales. (Je suis du Collège Saint Joseph, à Izmir). (Garibaldi : « Le Laicisme n’est pas pour l’exportation ! »)
Mais, laissons l’histoire de coté et revenons en a nos jours, parce que c’est surtout là qu’il y a un point qui attire l’attention de la France entière sur un sujet au moins d’apparence « turc ». Le problème dit de « foulard islamique » a été importé en France surtout par des fillettes d’origine turque.

Passons maintenant du style journalistique à un discours plus académique. J’aimerais vous parler d’abord de deux termes dont je vais me servir durant cette conférence : Laïcité et sécularité. Sécularité est employé dans les pays anglophones et germanophones et de confession protestante. Elle est un attribut de la société et non de l’Etat. Dans ces pays, on ne parle même pas de laïcité ou moins encore du laïcisme, parce que la société est sécularisée. On n’a pas besoin de laïcisme.
On peut sans hésiter déclarer que la politique du laïcisme est inversement proportionnelle au degré de sécularisation d’une société.
Pourquoi cette différence entre deux termes qui veulent dire, tous les deux, que la source du pouvoir n’est plus Dieu mais la Nation ?

La réponse en est plutôt simple : Dans la première catégorie (en France, par ex.), le concept de la source du pouvoir est passé de Dieu à la Nation par la pression de l’appareil d’Etat, parce qu’une Bourgeoisie plutôt débutante y était confrontée à un Ancien Régime (féodalité) assez robuste muni d’une confession assez radicale.

Tandis que dans la seconde (Angleterre, par ex.), la société s’est libérée d’une situation spirituelle d’une manière beaucoup plus souple et sûre, par un processus beaucoup plus long qui désarma parfaitement l’Ancien Régime. (Henry VIII de l’Angleterre a « nationalisé » l’Eglise et confisqué ses terres plus de 2 siècles et demi avant la Revolution Française).
Tout ça s’est effectué sous une bourgeoisie beaucoup plus sûre d’elle-même parce qu’elle était beaucoup plus forte, et aussi beaucoup moins confrontée à une confession qui était presque « nationale », le protestantisme.

La laïcité c’est donc le problème de la liquidation de l’Ancien Régime et si nous laissions de côté des pays comme Israël et la Grèce ou, pour des raisons historiques, l’Etat et la Religion font bien la paire, nous pourrions distinguer 3 catégories de pays du point de vue de relations Etat-Religion :

1) Des pays qui n’ont jamais connu la féodalité. Ex : les USA.
Dans ce pays, l’Etat n’a rien à craindre de la Religion. Il peut donc s’offrir le luxe d’être tout a fait neutre de ce point de vue : il ne salarie ne subventionne ni empêche aucune religion et aucun culte.
Du point de vue de l’usage des symboles confessionnels, bien que ce pays soit très libéral en matière de cultes, le port des symboles religieux y est toujours très discuté, parce que l’Etat veut garder une neutralité absolue entre les confessions.

2) Des pays qui ont liquidé l’Ancien Regime par une révolution infrastructurelle (« d’en bas ») : Ex : L’Angleterre et la France, avec toutes les réserves susmentionnées.
Bien que ces pays n’aient rien à craindre de l’Ancien Régime, ils sont confrontés à ce problème de symboles suscité par des religions et confessions minoritaires qui sont étrangères a la culture de ces pays.

3) Ceux qui ont cherché a liquider l’Ancien Régime par une révolution superstructurelle (« d’en haut ») : Je ne peux en citer qu’un seul : la Turquie.
Ce pays a encore beaucoup à craindre de l’islam et ce, pour de nombreuses raisons :
a) Parce qu’elle n’a pas pu liquider le mode de production féodale et que par conséquent les reformes occidentalistes du Kemalisme ont causé des réactions énormes dans un pays a 98 % musulman.
b) Parce que la bourgeoisie « nationale » que le Kémalisme se proposait de créer était trop faible. Elle a donc besoin de pactiser avec la Religion :
Premièrement, contre le Communisme dont elle a peur ;
Deuxièmement parce qu’elle a besoin de faire du populisme pour obtenir des votes. Elle détruit une à une les reformes laïques une fois qu’elle a le pouvoir.

Surtout de ce point de vue, l’histoire des laïcismes en France et en Turquie sont diamétralement opposés : En France, le laïcisme gagne du terrain lorsque le processus démocratique est en bonne voie et perd du terrain pendant le régime Vichy, par exemple. En Turquie, 1) la laïcité est imposée par le régime autoritaire Kémaliste, 2) ensuite une transition démocratique favorise la liberté d’expression culturelle mais aussi le développement d’une action politique islamique, 3) enfin, cette mutation est dénoncée par les élites occidentalisées qui supportent une intervention militaire qui prétend restaurer l’ordre laïc. Laïcité forcée, démocratie, Islam, coup militaire laïcisant !

Le pire de ce modèle, bien sûr, sera vécu en Algérie.
* *

C’était mon introduction. A partir d’ici je vais tout simplement faire un résumé de la laïcité en Turquie tout en faisant la comparaison avec l’expérience de la France.

Tout de suite après la déclaration de la République en Octobre 1923, les Jacobins jurés qu’étaient les Kémalistes ont lancé les reformes laïques qu’on connaît assez bien :

a) Laïcisation de l’Appareil d’Etat : En un seul jour en 1924 le régime : 1) abolit le Califat et le remplace par La Direction des Affaires Religieuses placée sous l’autorité du Premier Ministre, 2) met la main sur les Fondations pieuses et leurs revenus, et 3) place toutes les écoles sous l’autorité du Ministère de l’Education publique. En 1928, la mention de l’« Islam comme religion d’Etat » disparaîtra de la Constitution et le terme « laïcité » le remplacera en 1937 (cela se passera 9 ans plus tard en France, en 1946).

b) Laïcisation de la société : En 1926 le régime adopte le Code civil Suisse touchant ainsi au cœur l’application de la Shariat (loi religieuse). Les femmes turques ont le droit de vote en 1934 (12 ans avant les françaises). Les tribunaux religieux sont supprimés et entièrement réorganisés sur le modèle français. En 1928 l’alphabet latin est adopté, portant un autre coup mortel au monopole culturel des religieux. Le régime kémaliste fermera les écoles d’imams et de prédicateurs et les facultés de théologie ; procèdera a une purification de cours de religion dans les écoles primaires et moyennes dans les années 30. Entre temps, aucune mosquée ne sera construite et la mosquée de Sainte Sophie sera transformée en musée national. D’un côté, le régime ferme les couvents, d’un autre il édifie les profils, bustes, statues et citations d’Atatürk symbolisant l’unité du corps national. Tout cela sera considéré comme sacrilège.

* *

Le même laïcisme est vécu en France après la Révolution. En déclarant la Constitution Civile du Clergé, L’Etat révolutionnaire met l’Eglise complètement sous tutelle.
Mais, après ce qu’on pourrait appeler la victoire de Marianne sur Marie, c’est la fin du kémalisme à la française. Car, a partir de 1914, cette laïcité de confrontation fait place a une laïcité de compromis. L’Etat ne s’intéresse plus à dominer l’Eglise et l’Eglise a complètement renoncé a exercer un pouvoir politique. « Les ‘deux France’ se sont mutuellement apprivoisées » et se sont séparées.
Ce sera possible, parce que les Républicains, après le départ de Mac Mahon en 1877, vont rassurer la Bourgeoisie en matière sociale et de droit de propriété.

* *

Maintenant, revenons à la Turquie. Tout cela ne s’y passera pas de la même façon.

Le jacobinisme kémaliste se termine aux premières élections libres (1950). Des lors, ce n’est pas une laïcité de compromis qui commence, mais une politique de ré-islamisation.
Cela dure une décennie et à la fin, l’armée kémaliste, scandalisée, fait un coup laïciste en 1960.
Avec le retour au régime civil un an et demi plus tard, la ré-islamisation continue comme si de rien n’était. Les facultés de théologie et surtout les écoles d’imams et de prédicateurs poussent maintenant comme des champignons et, bien que ces écoles soient des lycées préparant pour la profession religieuse seulement, leurs milliers d’élèves obtiennent en 1973 le droit d’entrer dans des facultés comme Sciences Po et Droit où traditionnellement les hauts fonctionnaires de la République sont formés. C’est le commencement de la formation de la contre-élite islamiste.


Rwanda: Faut leur ouvrir le ventre pour pas que les satellites les voient (More revelations on French involvement in Rwandan genocide)

21 juillet, 2007
France's role in Rwandan genocide Dans ces pays là, un génocide, ce n’est pas trop important. François Mitterrand
J’ai su au Rwanda pourquoi des juifs étaient morts pendant la guerre. J’ai su qu’Auschwitz était à la portée de tous. Bernard Kouchner (qui a lui-même, on le sait, perdu des grands-parents à Auschwitz)

Après la toute « récente » sortie des coups tordus de la CIA, la France commencerait-elle enfin à sortir les siens?

A l’heure où l’ancien squatteur de l’Elysée se fend d’une aussi cynique que pathétique tribune en une du Monde pour tenter de faire oublier, après les dix huit à la Mairie de Paris, ses douze longues années de mensonges et de corruption à la tête de l’Etat …

Pendant que son ancien premier ministre en fait de même pour les coups tordus qu’ils avaient tous deux concoctés contre celui qui allait devenir l’actuel président …

Et au moment où, 13 ans après l’un des pires génocides du siècle et avec l’arrivée d’une nouvelle diplomatie française, des documents (dont un nouveau film de Canal+: « Opération Turquoise » ) commencent à sortir et des choses enfin à bouger …

Comme l’arrestation hier de deux des génocidaires qui, depuis leur exfiltration par le gouvernement Mitterrand, coulaient des jour paisibles sur notre territoire …

Petit retour sur l’enquête d’un journaliste du Times (Andrew Wallis, « Silent Accomplice », « Complice silencieux ») sortie l’an dernier et dont nos médias se sont curieusement peu fait l’écho.

Faut dire, comme le rappelle le site Journal chrétien, qu’on y apprenait pas des choses très ragoûtantes sur ce que nos dirigeants, victimes à leur tour du « syndrome de Fachoda », avaient fait faire à nos forces armées sur place, jusqu’à notamment expliquer aux génocidaires comment dissimuler les corps de leurs victimes aux satellites espions: en leur ouvrant le ventre pour qu’ils coulent plus vite!

Extraits:

Vous devez ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez afin qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas.

Wallis juge que l’implication française va bien au-delà de simples accords avec le gouvernement et que, avant et pendant le génocide, les forces spéciales françaises ont armé et formé des soldats devenus ensuite des miliciens responsables de la plus grande partie des massacres.

« De septembre 1993 jusqu’au moment du génocide, les services secrets français au Rwanda ont participé à la surveillance des rebelles du Front patriotique rwandais. Leurs militaires commandaient de fait les forces militaires rwandaises. »Ils acheminaient des armes, ils acheminaient des radios, ils contribuaient à financer tout cela et ils ont poursuivi ces opérations même après que ce gouvernement fut vaincu. »

des soldats français sont restés au Rwanda déguisés en civils alors que leur contingent avait officiellement quitté le pays à la mi-décembre 1993.

Complicité française dans le génocide au Rwanda
JOURNAL CHRETIEN
Le 5 mai 2007

« Silent Accomplice » (« Complice silencieux »), du chercheur britannique Andrew Wallis, apporte de nouvelles preuves de la complicité française dans le massacre de Tutsis et de Hutus modérés par des milices formées par le gouvernement hutu soutenu par Paris.

Des militaires français ont expliqué aux extrémistes hutus comment cacher les preuves de leurs atrocités aux satellites espions, affirme l’auteur d’un nouvel ouvrage sur le génocide de 1994 au Rwanda.

« Leur rôle est assez clairement identifié, leur rôle est celui de complice de crime de génocide », insiste Andrew Wallis.

D’après Andrew Wallis, certains militaires étaient agacés par la vue des corps flottant dans les cours d’eau, ce que pouvaient saisir les satellites espions.

« Alors les soldats français leur disaient ’vous devez ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez afin qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas’ », a déclaré Wallis à Reuters, à Kigali.

La rivière rwandaise Akagera se jette dans le lac Victoria et elle a charrié des milliers de cadavres vers l’Ouganda voisin au moment des massacres. Des Ougandais affirment avoir retrouvé des dents humaines dans leurs poissons après le génocide.

« PREUVES MANIFESTES »

Wallis juge que l’implication française va bien au-delà de simples accords avec le gouvernement et que, avant et pendant le génocide, les forces spéciales françaises ont armé et formé des soldats devenus ensuite des miliciens responsables de la plus grande partie des massacres.

« Leur rôle est assez clairement identifié, leur rôle est celui de complice de crime de génocide », insiste Wallis.

« De septembre 1993 jusqu’au moment du génocide, les services secrets français au Rwanda ont participé à la surveillance des rebelles du Front patriotique rwandais. Leurs militaires commandaient de fait les forces militaires rwandaises. »Ils acheminaient des armes, ils acheminaient des radios, ils contribuaient à financer tout cela et ils ont poursuivi ces opérations même après que ce gouvernement fut vaincu. »

Cet auteur britannique a témoigné devant une commission rwandaise enquêtant sur le rôle de la France dans cette période.

Les autorités françaises ont déjà démenti de précédentes accusations formulées par Wallis.

Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France en novembre, en reprochant aux autorités françaises de ne pas reconnaître leur rôle dans la mort de 800.000 personnes en 1994.

Le Rwanda intente depuis avril une action devant la Cour internationale de justice (CIJ).

Cette initiative fait suite à la décision en novembre du juge Jean-Louis Bruguière de lancer des mandats d’arrêts contre neuf proches du président Paul Kagamé pour « complicité d’assassinat » de son prédécesseur Juvénal Habyarimana. La mort de ce dernier en avril 1994 dans la chute de son avion est considérée comme l’élément déclencheur du génocide.

D’après Wallis, le gouvernement provisoire créé après la mort de Juvénal Habyarimana et considéré comme responsable des massacres, a été formé à l’ambassade de France.

« Il y a des preuves manifestes d’un soutien politique français à un gouvernement provisoire qui était en train de tuer son propre peuple », dit le chercheur britannique.

Par Arthur Asiimwe

Un soldat belge a aussi accusé les Français d’avoir formé des génocidaires

Un ancien officier belge de la Mission des Nations unies aux Rwanda (MINUAR), le colonel à la retraite Walter Ballis, a accusé, lundi, des soldats français d’avoir entraîné militairement les miliciens Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994, a rapporté mardi l’agence rwandaise d’information (ARI).

Le colonel Ballis, qui était chef adjoint des opérations à l’état-major de la MINUAR, a fait cette déclaration lors de sa déposition devant la Commission rwandaise d’enquête sur le rôle présumé de la France pendant le génocide de 1994.

« Notre cellule des renseignements faisait état de camps d’entraînement où des instructeurs français apprenaient aux Interahamwe des éléments de combat et de la guerre », a témoigné l’officier belge cité par ARI.

« Au cours des briefings journaliers, elle signalait la présence des gens du Détachement d’assistance militaire, (DAMI). Nous n’étions pas autorisés à les arrêter ou même à leur demander ce qu’ils faisaient à Kigali », a-t-il précisé.

« Une fois, (le général) Roméo Dallaire (commandant de la MINUAR, ndlr) a envoyé une patrouille après qu’il avoir reçu des informations faisant état d’entraînements des Interahamwe par des instructeurs français au nord de l’aéroport de Kigali », a relaté le témoin.

« Arrivés sur place, ils (les casques bleus de la MINUAR) n’ont vu personne », a indiqué Ballis, expliquant que les instructeurs français avaient certainement été avertis de l’arrivée de la patrouille MINUAR.

Selon lui, des soldats français sont restés au Rwanda déguisés en civils alors que leur contingent avait officiellement quitté le pays à la mi-décembre 1993.

« Certains Français, censés avoir quitté le Rwanda à la mi- décembre 1993, s’étaient déguisés en civils et ont continué à faire ce qu’ils faisaient avant. J’ai reconnu un d’entre eux que j’ai rencontré à l’Hôtel Méridien », a dit le colonel Walter Ballis, qui a affirmé avoir été surpris de constater le 09 ou le 10 avril 1994 que son uniforme de militaire belge avait disparu de l’hôtel Méridien où il logeait et en a conclu qu’il avait été volé.

Le colonel Ballis a indiqué que des témoignages faisaient état de la présence de militaires habillés en uniforme belge mais portant des bérets de l’armée française dans la nuit du 6 avril 1994 à Masaka, la colline d’où auraient été tirés les missiles qui ont abattu l’avion du président Juvénal Habyarimana.

Sans désigner explicitement les Français comme responsables de l’attentat, il a déclaré que les missiles qui ont été utilisés pour abattre cet avion n’existaient pas dans l’arsenal belge à cette époque.

« Je doute fort que les ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) du président Habyarimana disposaient de ces missiles, moins encore le Front patriotique rwandais (FPR, ex-rébellion, actuellement au pouvoir), a-t-il indiqué. »Ce n’est pas la France qui a commis le génocide, ce ne sont pas les Hutus comme ethnie qui ont commis le génocide. Dans chaque groupe de personnes, il y a de malins génies. Dans les hautes sphères de la politique française, il y a eu des gens qui ont eu des idées mauvaises sur le Rwanda », a-t-il conclu. (pana)

Voir aussi:

As the body count grew, France welcomed ministers of the genocidal Government to an official reception in Paris. Meanwhile, its military continued to send arms to bolster its Hutu allies in power, regardless of the genocide they were perpetrating.

Since 1994 France has been adept at trying to hide this stain on la gloire. Its ministers, including the current Prime Minister, constantly repeat the “double genocide” myth, which alleged that while Hutu killed Tutsi, the Tutsi also killed Hutu. It is akin to claiming that Holocaust victims were also mass murderers.

France, steeped in genocidal blood, must face trial

Andrew Wallis
The Times
December 5, 2006

The hastily arranged car boot sale outside the French Embassy in downtown Kigali last Monday did good business. On offer were laptop computers, televisions, three-piece suites and, well, even the cars themselves. Given the decision taken by the Rwandan Government ten days ago to expel the French Ambassador, his staff and to close all official French buildings in the tiny Central African country, there was clearly little expectation of a return.

Behind these scenes of gloomy embassy employees packing and selling their diplomatic and domestic baggage is a recent history between France and Rwanda steeped in a mire of blood and guilt. Indeed it is the second time in 12 years that the French have found the need for a sudden retreat from Rwanda.

In April 1994 the French Embassy became the setting for the formation of the extremist Hutu Government that was to organise and carry out the meticulously planned genocide of the Tutsis. Witnesses spoke of these ministers, many now facing life imprisonment for crimes against humanity, sitting in plush embassy chairs comparing notes on where the killing was going best. Their host, the French Ambassador, later helped to evacuate those extremists to Paris, away from the apocalypse they had created. The ambassador then made a bonfire of two rooms piled high with documents linking his Government with that of the Hutu dictatorship of Juvénal Habyarimana.

Rwanda is made up mainly of two ethnic groups, the vast majority being Hutu, who, under Habyarimana’s “apartheid” State, took total control of the army, bureaucracy and government. The Tutsi, 15 per cent of the population, were banished from public life.

When François Mitterrand, then the French President, decided in 1990 to send in crack paratroopers to protect Habyarimana, his French-speaking friend and ally, it looked like just another attempt by Paris to keep a client leader in power. The danger came from across the border in Uganda. Anglophone Paul Kagame and his Rwandan Patriotic Front, made up mostly of Tutsis previously driven from their homeland by a series of earlier massacres, had invaded.

During the next three years Mitterrand had no compunction in sending in troops to save a brutal and corrupt regime. The Hutu army received millions of dollars of French weaponry; and the French elite training corps trained its Rwandan allies in how to dismember bodies, fire its new heavy artillery and use attack Gazelle helicopters.

Habyarimana was assassinated on April 6, 1994, when unknown assailants shot down his Falcon 50 jet, another present from the French taxpayer. The event ushered in possibly the hundred bloodiest days in history. Up to one million Tutsis were slaughtered.

As the body count grew, France welcomed ministers of the genocidal Government to an official reception in Paris. Meanwhile, its military continued to send arms to bolster its Hutu allies in power, regardless of the genocide they were perpetrating.

Since 1994 France has been adept at trying to hide this stain on la gloire. Its ministers, including the current Prime Minister, constantly repeat the “double genocide” myth, which alleged that while Hutu killed Tutsi, the Tutsi also killed Hutu. It is akin to claiming that Holocaust victims were also mass murderers.

So the latest French government attempt to cover its Rwandan shame is no surprise to observers of La Françafrique. The timing behind the sudden release of Judge Jean-Louis Bruguière’s report, which blames Kagame for Habyarimana’s death, is no coincidence. Four senior French military and political figures will shortly give testimony before the international war crimes tribunal in Arusha. They have been called by the defence team of Colonel Théoneste Bagosora, who faces charges of being the mastermind behind the genocide.

It is deeply embarrassing, like being called to defend Nazis at Nuremberg. Shortly, too, Kagame’s government of reconciliation, which drove the genocidaire out in 1994, will announce the findings of its own inquiry into the French involvement in the genocide. It promises to uncover even more explicit details of Mitterrand’s crime.

President Kagame arrived in London on Sunday for a five-day visit to the UK. His 12-year-old Government has revived a country torn apart by genocide, corruption and poverty. He has emphasised there is no “Hutu” or “Tutsi” in his country now, only Rwandans. But while he has created a stable economy and new sense of pride, it is vital that the world, which looked the other way in 1994, now demands answers from France about its direct complicity in the genocide.

There seems to be an unwritten rule among Western leaders not to question each other’s foreign policies too closely. But genocide cannot be allowed to be so cynically forgotten. Tony Blair has a duty to ask some deeply troubling questions about how and why the Élysée supported a genocidal government before, during and after one of the most appalling episodes of killing the world has ever seen. He may put at risk having some of his own skeletons unearthed. But the dead and the traumatised survivors in Rwanda deserve such belated recognition — and respect.

Andrew Wallis is the author of Silent Accomplice: The Untold Story of France’s Role in the Rwandan Genocide

Voir enfin:

Il faut aider Habyarimana coûte que coûte et endiguer l’influence anglo-saxonne dans la région portée par l’Ouganda qui soutient la rébellion tutsie. Une assistance militaire technique a été décidée. Ses effectifs seront portés à 80 conseillers, qui jouent un rôle actif dans la formation des forces armées rwandaises. Le lieutenant-colonel Gilbert Canovas exerce même la fonction de conseiller du chef d’état-major.

Le pouvoir de Kigali voudrait « procéder à un génocide systématique », écrit l’ambassadeur le 19 janvier 1993

Le 3 mars, pour renverser les charges, le général Quesnot propose au président d’incriminer la rébellion en exigeant « une réorientation forte et immédiate de l’information des médias [français] sur notre politique au Rwanda en rappelant notamment (…) les graves atteintes aux droits de l’homme du FPR : massacres systématiques de civils, purification ethnique, déplacement de population… ».

Le 6 mai, le général Quesnot résume le danger d’une victoire militaire éventuelle du FPR, sa hantise. « Le président [ougandais] Museveni et ses alliés auront ainsi constitué un «Tutsiland» avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels, remarquables relais d’un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d’Etat. » Quatre jours plus tard, à la télévision, François Mitterrand résume la prudence française en une phrase : « Nous ne sommes pas destinés à faire la guerre partout, même lorsque c’est l’horreur qui nous prend au visage. »

Génocide rwandais Ce que savait l’Elysée
Piotr Smolar
Le Monde
Le 03.07.07

Au cours des années de guerre qui ont précédé le génocide, qui a débuté le 6 avril 1994, l’Elysée a soutenu le régime de Kigali, malgré les signaux présageant des massacres à venir. C’est ce que révèlent plusieurs volumes d’archives officielles transmises au tribunal aux armées

Il est question de massacres, de réfugiés et de soldats français en ce 29 juin 1994, dans la salle où se tient un conseil des ministres restreint autour de François Mitterrand. Il est question du Rwanda, où la France vient de lancer l’opération humanitaire « Turquoise ». La machine génocidaire, lancée le 6 avril et qui fera entre 700 000 et 900 000 morts, tourne encore.

« Historiquement, la situation a toujours été périlleuse, dit François Mitterrand lors de ce conseil. Avant l’assassinat du président Habyarimana [dans l’attentat du 6 avril], on ne m’avait pas signalé de drames à l’intérieur du pays. » C’est faux. A partir de la fin de l’année 1990, plus de trois ans avant le déclenchement du génocide, l’Elysée avait reçu des signaux d’alerte diplomatiques et militaires.

Des signaux aussitôt négligés, au nom d’une vision conservatrice façonnée par l’histoire coloniale de la politique africaine de la France. La preuve en est fournie par plusieurs volumes d’archives de l’Elysée transmis au tribunal aux armées, dont Le Monde a eu connaissance. Ces archives dessinent bien une France « mithridatisée » à son sommet, c’est-à-dire accoutumée volontairement au poison, selon le mot de la mission parlementaire réunie en 1998. Elles répondent à deux questions-clés : Que savait la France des préparatifs de l’entreprise génocidaire ? Quelle était la nature de la coopération militaire décidée par l’Elysée ?

13 OCTOBRE 1990

« Des groupes d’autodéfense armés d’arcs et de machettes »

La version officielle de l’Etat français a toujours été la suivante : la présence militaire au Rwanda, à partir du dernier trimestre 1990, avait pour but non pas de soutenir unilatéralement le régime d’Habyarimana, mais de le pousser à un partage du pouvoir, tout en empêchant l’avancée militaire du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé, soutenu par l’Ouganda.

Le 3 octobre 1990, le régime rwandais sollicite l’appui de la France contre l’offensive conduite par le FPR. François Mitterrand décide de l’envoi d’une compagnie du 2e régiment étranger de parachutistes afin de protéger, voire d’évacuer, les Français sur place. Le détachement Noroit restera trois ans. Ses effectifs monteront jusqu’à 680 hommes, soit quatre compagnies. Déjà, les prémices du génocide étaient visibles. En ce début octobre 1990, plusieurs milliers de personnes sont arrêtées arbitrairement dans la capitale ; elles ont le tort d’être tutsies ou d’avoir des intérêts communs avec des Tutsis. La France fournit néanmoins des munitions en masse à l’armée régulière, les Forces armées rwandaises (FAR).

Le 12 octobre, le colonel Galinié, attaché de défense à Kigali, s’alarme dans un télégramme diplomatique de la multiplication de ces arrestations. « Il est à craindre que ce conflit finisse par dégénérer en guerre ethnique », ajoute-t-il. Le lendemain, son supérieur, l’ambassadeur Georges Martres, précise : « Les paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés dans la région de Kibilira. » Les paysans, fidèles au régime, « participent de plus en plus à l’action militaire à travers des groupes d’autodéfense armés d’arcs et de machettes ».

FÉVRIER 1991

La France décide de « durcir le dispositif rwandais »

Et à l’Elysée ? On pense stratégie, front contre front. Il faut aider Habyarimana coûte que coûte et endiguer l’influence anglo-saxonne dans la région portée par l’Ouganda qui soutient la rébellion tutsie. Une assistance militaire technique a été décidée. Ses effectifs seront portés à 80 conseillers, qui jouent un rôle actif dans la formation des forces armées rwandaises. Le lieutenant-colonel Gilbert Canovas exerce même la fonction de conseiller du chef d’état-major.

Le 30 janvier 1991, François Mitterrand suggère par écrit à son homologue rwandais plusieurs conditions à un règlement politique de la crise. Cette approche non contraignante est accompagnée d’un soutien militaire massif. Le 3 février, l’amiral Jacques Lanxade, chef d’état-major des armées, soumet à François Mitterrand les différentes options envisagées, notamment l’envoi d’un détachement d’assistance militaire et d’instruction (DAMI) qui devrait « renforcer la coopération » et « durcir le dispositif rwandais ». Ces mesures, note le haut gradé, comportent le risque d’être interprétées par les autorités rwandaises comme un « soutien inconditionnel à leur politique ». Le 21 mars, le DAMI est envoyé.

Mais la situation se dégrade. Le soutien français au régime n’apporte pas de résultats. « La guerre déstabilise et radicalise de plus en plus » le Rwanda, affirme même Paul Dijoud, le directeur des affaires africaines du Quai, dans une note du 11 mars 1992 qui appelle à un renforcement de l’appui de la France à Kigali. Les livraisons d’armes s’accélèrent.

19 janvier 1993

Le pouvoir de Kigali voudrait « procéder à un génocide systématique », écrit l’ambassadeur

Face à l’avancée de la rébellion, Juvénal Habyarimana est contraint d’envisager des négociations. La position de la France n’est guère aisée. Le 19 janvier 1993, l’ambassadeur Martres envoie un télégramme après sa rencontre avec Jean Carbonare, président du mouvement Survie et membre de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Celle-ci est sur le point de publier un rapport accablant. Elle dispose, explique M. Martres, du témoignage d’un ancien membre des escadrons de la mort chargés des exactions, du nom de Janvier Afrika.

Selon ce dernier, le président rwandais aurait lui-même donné le signal de départ de massacres après une réunion avec ses collaborateurs. Il aurait intimé « l’ordre de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le concours de l’armée et en impliquant la population locale dans les assassinats », écrit l’ambassadeur.

FÉVRIER 1993

« Exactions malheureuses commises par les extrémistes hutus », pour l’Elysée ; « programme de «purification ethnique» », selon la DGSE

Comme tout l’entourage du président Mitterrand, obsédé par la préservation de l’influence française dans la région, le diplomate Bruno Delaye décèle une autre urgence que ces alertes. Dans une note du 15 février 1993, le conseiller Afrique de l’Elysée s’alarme du fait que le FPR est « en mesure de prendre Kigali », bénéficiant entre autres de la « complicité bienveillante du monde anglo-saxon » et d’un « excellent système de propagande qui s’appuie sur les exactions malheureuses commises par les extrémistes hutus ». La notion d’ « exaction malheureuse » n’est pas développée. « Nous sommes aux limites de la stratégie indirecte d’appui aux forces armées rwandaises », note-t-il. Il faudra évacuer Kigali « à moins de devenir cobelligérants ».

Les analyses provenant du terrain sont de plus en plus inquiétantes. Le 18 février, la DGSE signe une note sur les « véritables massacres ethniques » et les 300 morts dénombrés au cours des semaines précédentes. Une des explications avancées par le service extérieur français est glaciale : « Il s’agirait d’un élément d’un vaste programme de «purification ethnique» dirigé contre les Tutsis », fomenté au sommet de l’Etat.

Le lendemain, le général Christian Quesnot, chef d’état-major particulier de François Mitterrand, ainsi que le numéro 2 de la cellule Afrique de l’Elysée, Dominique Pin, présentent différentes options au président.

La première consiste à évacuer les Français et à retirer le dispositif Noroit. Les auteurs la rejettent aussitôt : « C’est l’échec de notre présence et de notre politique au Rwanda. Notre crédibilité sur le continent en souffrirait. » Dans une autre note, M. Pin assure que les massacres ethniques s’amplifieront si la rébellion prend Kigali ; il faut donc accroître l’effort comme jamais. La France lance l’opération « Chimère ». « Du 20 février au 20 mars 1993, la présence militaire française au Rwanda a franchi un cap qu’elle n’aurait pas dû dépasser », résumera la mission parlementaire en 1998, qui soulignera les « nouvelles missions » des soldats français : « Les patrouilles, les contrôles de zone autour de la capitale et les vérifications d’identité aux points d’accès » de la capitale.

3 MARS 1993

« Exiger une réorientation forte et immédiate des médias »

Cet engagement radical de la cellule de l’Elysée ne fait pas l’unanimité. Le malaise gagne les rangs du gouvernement. Dans une note au président du 26 février, Pierre Joxe, ministre de la défense, se dit « préoccupé » par la position française et estime que l’envoi de deux compagnies supplémentaires ne serait pas « la meilleure façon » d’amener le président rwandais à « faire les concessions nécessaires ». Mais autour de François Mitterrand, dans ce palais hermétique, on veut défendre une autre perspective et justifier, à tout prix, la politique française. Le 3 mars, pour renverser les charges, le général Quesnot propose au président d’incriminer la rébellion en exigeant « une réorientation forte et immédiate de l’information des médias [français] sur notre politique au Rwanda en rappelant notamment (…) les graves atteintes aux droits de l’homme du FPR : massacres systématiques de civils, purification ethnique, déplacement de population… ».

Le 7 mars 1993, un accord est enfin trouvé entre les deux parties en conflit. Il prévoit un cessez-le-feu et le départ des deux compagnies françaises ; il ouvre la voie aux négociations politiques, qui aboutiront aux accords d’Arusha, le 4 août.

La France, elle, est entrée en cohabitation. Le 2 avril, un conseil des ministres restreint a pour thème le Rwanda. La droite découvre un dossier sans issue. Le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, est tranchant. « Il y a des risques de massacres si nous partons et un risque de défiance africaine vis-à-vis de la France. Mais par contre, si nous renforçons nous nous enfonçons dans ce dossier. Nous ne pouvons pas partir. » Le premier ministre, Edouard Balladur, envisage d’envoyer 1 000 hommes de plus. François Mitterrand est d’accord et théorise : « La règle est qu’il n’y a d’intervention française que s’il y a agression extérieure et non pas s’il y a un conflit tribal. Ici, c’est mélangé, car il y a le problème tutsi. »

Après un an de négociations infructueuses, les accords d’Arusha sont enfin signés. Ils prévoient le partage du pouvoir et des élections dans les vingt-deux mois à venir. Une force internationale neutre, sous égide des Nations unies, doit être mise en place. Le 15 décembre 1993, la présence française retrouve son niveau du 1er octobre 1990, soit 24 assistants militaires. Pourtant, rien n’est réglé.

12 JANVIER 1994

« Eliminer 1 000 d’entre eux dès la première heure »

Dans un télégramme diplomatique du 12 janvier, l’ambassadeur à Kigali rapporte les confidences d’un informateur du représentant des Nations unies. Celui-ci a livré les détails « graves et plausibles » d’un plan de déstabilisation radicale du pays. Il commencerait par des provocations contre les troupes du FPR à Kigali, pour susciter une riposte. « Les victimes rwandaises que ne manqueraient pas de provoquer ces réactions seraient alors le prétexte à l’élimination physique des Tutsis de la capitale, explique le diplomate. Selon l’informateur de la Minuar, 1 700 Interhamwe [membres des milices populaires] auraient reçu une formation militaire et des armes pour cela, avec la complicité du chef d’état-major FAR. La localisation précise des éléments tutsis de la population de Kigali devrait en outre permettre d’éliminer 1 000 d’entre eux dans la première heure après le déclenchement des troubles. »

Trois mois plus tard, le 6 avril, un missile abat l’avion transportant le président Juvénal Habyarimana. En quelques heures, la machine génocidaire se met en marche comme prévu. « Matignon et le Quai d’Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise, qui risque d’être très meurtrière, que la France ne soit pas en première ligne », écrit Bruno Delaye à François Mitterrand, le lendemain de l’attentat. La priorité est l’évacuation des Français. Elle s’effectue en quelques jours. La communauté internationale est paralysée et aphone.

L’ambassadeur de France au Rwanda, Jean-Michel Marlaud, lui, à l’instar de la cellule de l’Elysée, refuse d’accabler seulement les Hutus : « Tant qu’ils auront le sentiment que le FPR essaie de prendre le pouvoir, [ils] réagiront par des massacres ethniques », écrit-il le 25 avril. Le génocide est donc présenté comme une réaction spontanée, et non un plan. Trois jours plus tard, Bruno Delaye reconnaît que les massacres se déroulent « avec une ampleur horrifiante : de l’ordre de 100 000 morts, selon les responsables du CICR (…). Les milices hutues, armées de grenades et de machettes, massacrent les Tutsis qui n’ont pas pu trouver refuge dans la zone FPR ou bénéficier de la protection de la Minuar ».

6 MAI 1994

vers « un «Tutsiland» avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels »

La ligne française demeure marquée par ses pesanteurs historiques, quitte à nier la réalité. Le 6 mai, le général Quesnot résume le danger d’une victoire militaire éventuelle du FPR, sa hantise. « Le président [ougandais] Museveni et ses alliés auront ainsi constitué un «Tutsiland» avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels, remarquables relais d’un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d’Etat. » Quatre jours plus tard, à la télévision, François Mitterrand résume la prudence française en une phrase : « Nous ne sommes pas destinés à faire la guerre partout, même lorsque c’est l’horreur qui nous prend au visage. »

Pourtant, la prise de conscience internationale commence à s’opérer. Le 17 mai, à la demande de la France, une résolution de l’ONU est adoptée, imposant la création de zones humanitaires sûres et un embargo sur les armes. Le lendemain, en conseil des ministres, Alain Juppé brave l’interdit : « Au Rwanda, le mot de génocide n’est pas trop fort. » Mais à l’Elysée, l’entourage de François Mitterrand s’accroche à ses présupposés. Le 24 mai, le général Quesnot s’alarme une nouvelle fois des ambitions du FPR. « L’arrivée au pouvoir dans la région d’une minorité dont les buts et l’organisation ne sont pas sans analogie avec le système des Khmers rouges est un gage d’instabilité régionale. » Dans les conversations informelles à l’Elysée, le général parle des « Khmers noirs » de Kagamé.

21 JUIN 1994

« Le passé est le passé »

La pression diplomatique monte, face à l’ampleur des massacres. Les ONG mettent en cause la France. Le 19 juin, l’Elysée publie même un communiqué exceptionnel, pour dénoncer les « procès sommaires » qui lui sont faits. Les médias n’auraient rien compris : la France serait au contraire à louer pour son engagement. L’opération humanitaire « Turquoise » est lancée ; elle va durer jusqu’au 22 août. « Toute cette mission doit être présentée comme une étape nouvelle de notre politique : «le passé est le passé» », écrit Bruno Delaye le 21 juin.

Mais il est difficile d’imposer l’idée d’une virginité en matière de politique africaine, après plus de trois ans d’étroite coopération avec Kigali. Au cours d’une réunion avec des représentants du FPR, le 22 juin, Philippe Baudillon, conseiller à Matignon, assure que le gouvernement de droite a développé une nouvelle approche vis-à-vis du continent. Il souligne la volonté d’Edouard Balladur d’établir des « relations claires » avec les pays africains, rapporte Bruno Delaye dans une note au président. « Votre interprétation des intentions françaises au Rwanda n’est pas la bonne, aurait dit le conseiller du premier ministre à ses interlocuteurs du FPR. Elle est en contradiction avec ce qui s’est fait depuis un an. » François Mitterrand enrage à cette lecture et ajoute à la main : « Inadmissible. Protester à Matignon. »

Le 14 juillet, le président parle à la télévision à l’occasion de sa dernière fête nationale en pleine lumière. François Mitterrand livre, une nouvelle fois, sa version de l’histoire. « Les Français sont partis plusieurs mois avant le déclenchement de ce génocide qui a suivi l’assassinat des présidents du Rwanda et du Burundi. A ce moment-là, on nous a suppliés de revenir en nous disant : «Sauvez les casques bleus, ramenez les Français, les Belges, les étrangers qui se trouvent au Rwanda», ce que nous avons fait. (…) Nous avons sauvé des dizaines, des milliers de gens, de pauvres gens qui avaient déjà supporté beaucoup de souffrances. »


Libye: Retour au temps des rançons barbaresques (Back to the shores of Tripoli?)

21 juillet, 2007
To the shores of Tripoli Des murs de Montezuma
Aux rives de Tripoli
Nous nous battons pour notre pays
Dans les airs, sur terre ou sur mer
Les premiers à se battre pour le Droit et la Liberté
Et pour garder intact notre Honneur
Nous sommes fiers de prétendre au titre de Marines des États-Unis
(Chant des « Marines », 1879)

En avril, le nouveau chef des nations dhimmies nomme un responsable du dialogue dhimmi …

En mai, l’ex-dhimmi britannique en chef annonce la création d’une fondation dhimmie …

En juin, le dhimmi américain en chef annonce la nomination d’un représentant dhimmi pour l’Opus Dei islamique …

En juillet, l’Eurabie annonce triomphalement le rachat de cinq « blanches » slaves retenues depuis huit ans par Tripoli …

« Tripoli: des vacances de rêve à prix raisonnable », disait la pub

Après les destructions d’avions entiers (Lockerbie, Tchad), le financement de nombres d’opérations terroristes de par le monde …

Serions-nous revenus, avec la prise d’otage des infirmières bulgares par le nouveau Barberousse de Tripoli et la remise de rançon qu’il vient d’obtenir pour les libérer, au bon vieux temps des razzias barbaresques qui ont vu Alger, Tripoli ou Tunis écumer nos côtes en toute impunité pendant des siècles ?

Il est décidément loin, le temps des Bourmont et Lyautey qui vit l’abolition de ces pratiques d’un autre âge et qui fait partie des nombreux apports positifs d’une colonisation aujourd’hui si décriée …

Mais où sont donc passés… nos si fiers Marines de Tripoli?

Chantage libyen
Le Monde
18.07.07

La justice libyenne a décidé, mardi 17 juillet, de commuer en peine de prison à vie la sentence de mort qui avait été prononcée à l’encontre des cinq infirmières bulgares et du médecin palestino-bulgare détenus depuis 1999 sur l’accusation d’avoir inoculé volontairement le virus du sida à 438 enfants libyens. C’est une bonne nouvelle. Les pays européens, dont la France, ont raison de se réjouir d’une annonce qui laisse espérer un dénouement favorable à ce double drame, avec une éventuelle prochaine extradition des six prisonniers vers la Bulgarie.

Car il s’agit bien d’un double drame : celui des enfants libyens malades (dont 56 sont décédés) et de leurs proches ; celui des six employés médicaux étrangers pris dans la nasse d’un pouvoir libyen qui s’est livré à de sombres et cyniques calculs, relevant tour à tour de la prise d’otages et du racket à l’échelle internationale. Ces infirmières, ce médecin, aujourd’hui tous ressortissants de l’Union européenne, puisque la Bulgarie en est membre depuis le 1er janvier, ont toujours clamé leur innocence. Leurs aveux, lors du simulacre de procès organisé en Libye, ont été arrachés sous la torture : passages à tabac, chocs électriques, sévices sexuels.

Si la justice libyenne a décidé de faire jouer des notions traditionnelles de « pardon du sang » présentes dans la culture islamique pour commuer la peine, en se basant sur l’assentiment des familles des enfants malades, il n’en reste pas moins que les six prisonniers restent jugés coupables. Ils n’ont pas été blanchis, ce qui en soi est un scandale. Des experts éminents du sida, comme le professeur Montagnier, ont en effet démontré que l’accusation était absurde, et que l’infection des enfants était due aux conditions sanitaires déplorables de l’hôpital de Benghazi.

Nicolas Sarkozy pourrait prochainement se rendre en Libye, dans le cadre d’une tournée africaine, a-t-on appris de source libyenne, sans que l’Elysée, mercredi 18 juillet au matin, n’ait souhaité commenter. M. Sarkozy avait auparavant, le 12 juillet, dépêché son épouse Cécilia auprès du « Guide » libyen. Ce voyage a été perçu, à juste titre, par ceux qui, à Bruxelles, au niveau européen, ne ménageaient pas leurs efforts depuis longtemps sur le dossier des infirmières, comme une tentative de récupération médiatique.

Au-delà des déclarations de satisfaction qui ne manqueront pas de s’exprimer si les six prisonniers rentrent dans leur pays, bien des questions restent sans réponse. On peut ainsi se demander jusqu’où, en réalité, les pays européens qui ont versé d’importantes sommes d’argent au régime de Tripoli, d’autres ayant effacé des créances qu’ils tenaient sur la Libye, ont cédé au chantage.


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