Séries/Le Serpent: Moi, ce qui m’intéressait, c’est le ringard qui fait tomber le roi du cool (No sympathy for the devil: Eschewing the easy glorification of the self-promoting hip king, the BBC/Netflix’s miniseries thankfully chooses to honor the dogged determination of the Dutch junior diplomat who helped capture him)

18 mai, 2021

Dutch junior diplomat Herman Knippenberg (with Nadine and Rémy Gires, 1970s)Charles Sobraj (with Marie-Andrée Leclerc, 1986)
Charles Sobhraj - Ma ThailandeMarie-Andrée Leclerc, pensive, en entrevue à son retour au Québec.The Serpent vs. the True Story of Serial Killer Charles Sobhraj

And I laid traps for troubadours / Who get killed before they reached Bombay. Mick Jagger (Sympathy for the devil, 1968)
I thought it was a really odd thing, because it was only one song, after all. It wasn’t like it was a whole album, with lots of occult signs on the back. People seemed to embrace the image so readily, [and] it has carried all the way over into heavy metal bands today. Mick Jagger
I don’t have no sympathy for the devil. I like the beat of the song but I never identify with the lyric. Jagger and Richards don’t really know the full extent of what they’re talking about. If they knew what they were getting into when they sing that song they would not be doing it. The devil is not Santa Claus. He’s for real. Carlos Santana
Before, we were just innocent kids out for a good time. [Then], they’re saying, ‘They’re evil, they’re evil.’ Oh, I’m evil, really? So that makes you start thinking about evil… What is evil?… There are black magicians who think we are acting as unknown agents of Lucifer and others who think we are Lucifer. Everybody’s Lucifer. Keith Richards
‘Sympathy’ is quite an uplifting song. It’s just a matter of looking the Devil in the face. He’s there all the time. I’ve had very close contact with Lucifer – I’ve met him several times. Evil – people tend to bury it and hope it sorts itself out and doesn’t rear its ugly head. ‘Sympathy For The Devil’ is just as appropriate now, with 9/11. There it is again, big time. When that song was written, it was a time of turmoil. It was the first sort of international chaos since World War II. And confusion is not the ally of peace and love. You want to think the world is perfect. Everybody gets sucked into that. And as America has found out to its dismay, you can’t hide. You might as well accept the fact that evil is there and deal with it any way you can. Sympathy for the Devil is a song that says, Don’t forget him. If you confront him, then he’s out of a job. Keith Richards (2002)
The line, « And I laid traps for troubadours who get killed before they reach Bombay » possibly refers to the notorious Thuggee cult, who worshiped Kali, the Hindu goddess of death. They would waylay travelers on the roads of India, then kill the entire group in order to make off with their valuables. This seems to be the closest well known historical incident to fit the lyrics. Also, the Thuggee would have been well known in England, since the British Army put a stop to the cult during the colonial period. Another interpretation is that the line refers to the hippies who traveled the « Hippie trail, » a passage through Turkey, Afghanistan, India and a few other countries that was popular in the counterculture community. Many of these travellers were killed and ripped off by drug peddlers in Afghanistan and Pakistan. Those shady deals could be the « traps ». Songfacts
Travelling in a fried-out Kombi, on a hippie trail, head full of zombie. Men at work (Down under, 1981)
Fried out Kombi – a broken-down van. The lyrics are often translated as « Combie, » but the correct spelling is Kombi. It came from the VW Kombivan which was very popular in the ’60s and early ’70s, especially with surfers and hippies. Head full of Zombie – Zombie was a particularly strong batch of marijuana which was floating around Australia for a long time. People called it « Zombie Grass. » Songfacts
The opening couplet borders, on first listen, on the incomprehensible – but it sets the tone if you decode the language. « Travelling in a fried-out Kombi, » it begins, « on a hippy trail, head full of zombie. » Huh? « Kombi » might be an unfamiliar word, but the Kombinationskraftwagen – aka the trusty old VW camper van – is a familiar symbol of easy-going hippiedom. The « hippy trail » is the path trod by many a dropout in the 1960s and 70s, taking free-wheeling Aussies and others on variants of the route between Istanbul and Kathmandu. And « zombie »? David Dale at the Sydney Morning Herald says this is a « drug reference » – zombie apparently being a potent strain of marijuana (on occasion laced with angel dust). So two lines in, and we’re on a trip, other stops including Brussels and some kind of « den in Bombay » where, for whatever reason, the narrator is left « with a slack jaw and not much to say ». BBC
J’étais venu à Delhi avec une vague théorie de Charles comme enfant du colonialisme se vengeant de la contre-culture. Au lieu de cela, j’ai été ébloui par un brillant psychopathe. Richard Neville
Le fait que de jeunes occidentaux non avertis voyageaient brusquement en Asie en grand nombre et avaient une culture hippie de faire confiance à tout le monde lui fournissait une cible telement facile. L’utilisation culturelle de la marijuana rendait tout le monde un peu trop détendu. Julie Clarke
La légende lui prête mille forfaits, mais, à supposer qu’il les ait commis, ils datent de plus de vingt ans, et sont donc prescrits. Me Jacques Vergès
C’est une très vieille idée, j’aurais pu le rencontrer dans les années 70 quand j’allais là-bas, à Goa. J’étais même tombé sur un Belge qui est l’un des rares à avoir roulé Sobhraj. Au moment où je laissais tomber, Sobhraj m’a appelé. [Je veux faire une fiction]  mais pas un film provocateur: je me mets à la place des Salomon, qui ont du mal à admettre que Sobhraj puisse gagner de l’argent avec le récit de ses crimes. Mais c’est l’époque qui est ainsi faite. (…) Sobhraj a quand même une vie peu commune, il est à la fois attirant et repoussant. Intelligent. Manipulateur. C’est un joueur d’échecs. Yves Rénier
La hippie trail est une expression anglo-saxonne (littéralement la piste hippie) utilisée pour décrire le trajet parcouru par les hippies dans les années 1960 et 1970, de l’Europe vers l’Asie et inversement. Ce type de voyage a connu un renouveau au début du XXIe siècle avec les néo-hippies. Le but de ces pérégrinations pouvait être l’envie de découvrir et d’adopter le mode de vie et les philosophies asiatiques, mais le voyage (trip) était aussi motivé par le simple refus de la vie sédentaire. Volontairement entrepris avec des moyens limités, il se terminait parfois dans l’extrême pauvreté. Le 5 août 1970, le Times titrait « Des hippies mendient comme des chiens en Afghanistan ». La frontière de l’Afghanistan marque alors l’entrée dans une zone où le haschisch est en vente libre et où des jeunes Occidentaux sombrent dans la consommation de drogues dures, même si ce cliché est loin d’être une généralité. Certains poursuivent leur exploration ethnographique jusqu’à « La Mecque » des routards, Katmandou, au Népal, particulièrement sa Freak Street (littéralement « rue des marginaux ») où convergent plusieurs milliers d’enfants fleurs (flower children) à partir de 1966. Pour les moins fortunés ou les moins débrouillards, le voyage peut avoir pour but les Baléares, le Maroc ou même Amsterdam. Dans les années 2000 et 2010, en raison de l’augmentation du tarif des vols à bas prix (dits low-cost), de nouveaux trajets sont parcourus par des routards néo-hippies, comme le Banana Pancake Trail (en) en Asie, le Gringo Trail (en) en Amérique du Sud, ou l’Afrique du Nord et le Proche-Orient (Maroc, Tunisie, Liban, Turquie, etc.). Wikipedia
Le Serpent (The Serpent) est une mini-série policière britannique en huit parties d’environ 56 minutes chacune, créée par Richard Warlow et Toby Finlay et diffusée du 1er janvier au 14 février 2021 sur BBC One, puis mise en ligne le 2 avril 2021 sur Netflix. Elle est basée sur l’histoire du tueur en série français, Charles Sobhraj, qui a assassiné de jeunes touristes entre 1975 et 1976 dans le sud-est asiatique. Au milieu des années 1970, à Bangkok, la série suit l’histoire du tueur en série Charles Sobhraj et de sa complice Marie-Andrée Leclerc.  Sous les faux noms d’Alain et Monique Gautier, le couple se fait passer pour des diamantaires et revend des pierres précieuses volées à des touristes. Ils droguent, volent et tuent de jeunes hippies routards, leur subtilisant leur passeport et leur argent. Herman Knippenberg, un diplomate néerlandais, commence à enquêter sur les meurtres de touristes néerlandais et découvre des indices menant à Sobhraj. Wikipedia
Le personnage, c’est typiquement le type de profil qu’on va retrouver chez les gourous de secte par exemple. Il a une sorte de don oratoire qui facilite le contact avec les gens. C’est aussi une histoire de couple, ce type d’emprise : il faut ce gourou avec cette capacité d’approcher l’autre, mais ça ne marcherait pas avec n’importe qui. Ce sont souvent des gens vulnérables. Comme dans les sectes. Parce que ce sont des gens qui sont en quête d’identité, de rencontres… Et la facilité pour lui, c’est de prendre des backpackers. Ça existe toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer il n’y a pas longtemps en voyage au Cambodge, et ce qu’il ressort à chaque fois dans le discours, c’est une quête de sens et d’identité. C’est ce qu’on retrouve chez les adeptes de sectes, quel que soit l’âge ou le niveau social. C’est à un moment donné, un besoin de comprendre la vie, pourquoi, qui on est… Et je pense que ce type de personnage arrive à les manipuler à travers cette quête. Après, le personnage ne les garde pas longtemps, juste assez pour les droguer et les dépouiller. (…) Je ne sais pas vraiment comment ça se passait dans les années 1970 mais quand on voyage, on est toujours un peu en garde. Là, vous rencontrez quelqu’un qui vous rappelle chez vous et qui en joue dans la série. Ça permet une sorte de jeu d’identification entre la victime et l’agresseur. (…) ce n’est pas la mise à mort qui lui plaît. C’est ce que l’on nomme dans le métier un « meurtre utilitaire ». C’est ce qui va permettre de couvrir un autre crime, en l’occurrence celui de les voler et de les dépouiller. Michel Fourniret, par exemple, avait fini par faire ça. Au début, c’était un violeur et il a fini par commettre des meurtres utilitaires : ce qu’il voulait, c’était violer et pas tuer ; mais on tue pour ne pas risquer d’avoir des plaintes et d’être recherché. Mais il y a cette facilité de se dire que ces gens sont à 20 000 km de chez eux. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas d’internet. On ne connaissait pas toujours son itinéraire et on donnait des nouvelles une fois par mois. Aujourd’hui, ça serait moins facile. Ce qui ressort dans la série, c’est qu’il y a une vraie haine de ce que représentent ces jeunes-là. Ces jeunes, finalement, qu’il aurait aimé être. Il est né d’une bonne famille mais il aurait aimé naître occidental, avoir l’apparence d’un occidental pour être accepté. (…) cet argument, c’est son mobile. Son mobile conscient en tous cas pour passer à l’acte. Pour les voler et les tuer. De toute manière, il y a un côté très psychopathe chez lui dans le sens où la vie de l’autre n’a pas de valeur à ses yeux. Donc pourquoi pas les supprimer ? Les laisser en vie, ça lui fait prendre des risques. (…) Mais il y a aussi la provocation] qu’on retrouve chez les psychopathes qui sont tueurs en série. C’est un sentiment de toute-puissance. Aux Etats-Unis, plus souvent que chez nous, beaucoup se sont amusés à jouer avec la police. Ce que fait Fourniret encore aujourd’hui avec Estelle Mouzin, c’est un besoin de contrôler l’autre. C’est avec ça qu’ils jouissent. [Jusqu’à aller se jeter dans la gueule du loup] ce qu’ont fait plusieurs tueurs en série, persuadés de ne pas être pris et d’être plus forts. C’est pour montrer cette toute-puissance que certains ont acquise vis-à-vis de la police, de l’Etat et de la société. Etant sûrs d’être imprenables. Sobhraj, en plus, s’était évadé plusieurs fois donc il est possible qu’il se soit dit : « Même si je me fais arrêter, j’arriverais peut-être à nouveau à m’évader… » C’est une hypothèse. Seul un entretien avec lui pourrait permettre d’éclairer ses motivations. Mais je pense en tous cas que c’est guidé par ce sentiment de toute puissance et d’être inarrêtable. Emma Oliveira (psychocriminologue)
Au Québec, Le Serpent fait surtout jaser pour l’accent québécois invraisemblable de son actrice principale, la Britannique Jenna Coleman. Mis à part cet irritant majeur, la série britannique de huit épisodes mérite qu’on s’y intéresse.  Si le doublage ne vous incommode pas, c’est pour une fois l’option la plus sage; la version française biffe le faux accent de Jenna Coleman. Reste que «Monique» de Lévis parle alors avec un accent français mais compréhensible. À vous de voir. Richard Therrien
Là où ça se gâche, c’est dans le jeu de l’actrice choisie pour camper cette modeste secrétaire de Lévis. Jenna Coleman parle un français atroce, à la limite du compréhensible. C’est vraiment gênant et dérangeant. D’autant plus que les comédiens qui l’entourent s’expriment parfaitement dans notre langue. Au deuxième épisode, une voisine de Marie-Andrée « Monique » Leclerc à Bangkok lui confie même, en fumant une 73e cigarette, qu’elle est « beaucoup trop sophistiquée pour être une Québécoise ». Ça non plus, ça ne passe pas super bien, mettons. Hugo Dumas
Nadine Gires and her husband Remi played a vital role in helping Herman Knippenberg build a case against Charles Sobhraj. Sobhraj had been living in an apartment block in Bangkok, Thailand where he befriended his neighbours, Nadine and Remi. At the time, Sobhraj was posing as a gem dealer and his accomplice, Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) as his wife Monique.The real Nadine and Remi were unaware of Sobhraj’s murderous streak until Dominique Renelleau (Fabien Frankel) and Yannick Masy (not featured in the series) told Nadine and Remi they were being held against their will by Sobhraj and feared for their lives. Speaking to the Mirror, the real Nadine Gires reflected: « I remember meeting the Dutch couple [Two of Sobhraj’s victims Henk Bintanja, 29, and his fiancée Cornelia Hemker, 25] briefly. « I walked into Sobhraj’s apartment and he was standing over them trying to convince them to buy sapphires and rubies. He said, ‘Sorry, I am talking business with these people, can you come back later?’ “Days later I heard noises – people moaning – and asked Charles, ‘What’s that?’ He said, ‘The Dutch are sick’. « Then before Christmas, we saw photos of the burned bodies in the Bangkok Post newspaper and Yannick told me, ‘It’s the Dutch couple. He killed them’. » As seen in The Serpent, Dominque shared he had been drugged by Alain. He also admitted several young travellers had also been drugged by the Frenchman and Monique. He also revealed his suspicions, believing the other travellers had been killed. Dominique had witnessed lifeless bodies being dragged from the apartment building, matched the passports found in Sobhraj’s safe to deceased travellers found by the police, and noticed many items in the apartment belonged to missing travellers. Alongside her husband Remi, they helped Dominique escape by purchasing him an aeroplane ticket and helping him re-construct his own passport. In The Serpent, it is suggested Nadine could not go to the Thai police with the information she had as Alain was working closely with a corrupt officer who could offer him protection. Whether this is true remains unknown today. The real Nadine did visit several embassies in the area and when dutch junior diplomat, Herman Knippenberg heard reports of a woman claiming there was a killer in the area, he tracked Nadine down. At the time, Herman had been investigating the murder of dutch tourists, Henk Bintanja, 29, and his fiancée Cornelia Hemker, 25. The Daily Mail
Premièrement, l’enquête d’Herman a débuté quelques mois après les meurtres, et c’était important pour moi d’adopter son point de vue plutôt que celui de Charles Sobhraj. Beaucoup de séries récentes ont approché la figure du serial killer de l’intérieur, mais j’étais plus intéressé par l’histoire de cet homme ‘banal’ confronté au mal absolu. Et pour la relier au parcours criminel de Charles, il fallait éclater la chronologie narrative. La seconde raison, c’est que je n’avais pas envie de reléguer les victimes au second plan, comme c’est le cas d’ordinaire, mais de les approcher en tant que personnes sensibles et complexes, dont les rêves ont été brisés. (…) La jeunesse des années 1970 était travaillée par une quête spirituelle, qui passait par les drogues ou le voyage. Nous souhaitions que les spectateurs se laissent traverser par la temporalité de la série et l’esprit de l’époque, pour ensuite se raccrocher aux figure mises en scène, et non l’inverse. (…)Charles est un menteur et un meurtrier. On n’a jamais voulu le rencontrer, lui parler, ou nouer un lien quelconque avec lui. D’ailleurs, on ne saura jamais si ce qu’il a raconté à Richard Neville pour son livre était vrai ! On a décidé de l’appréhender de la même manière que les gens s’en approchaient à l’époque – Dominique, Nadine, Marie-Andrée – et d’user des différentes perspectives que ça induisait pour le cerner, sans tomber dans le piège de la fascination. Richard Warlow
La vraie vie est exaspérante, car elle ne se comporte pas comme les histoires. C’est une situation de «la réalité-plus étrange que la fiction-à-la-puissance-100. Je devais faire ce que vous faites toujours lorsque vous faites des recherches sur des histoires, c’est-à-dire faire des amalgames, allumer un feu sous certaines choses et aussi – et je n’ai jamais vécu cela auparavant – atténuer une partie de l’étrangeté. Sobhraj s’est montré très doué pour construire un faux récit sur les personnes qu’il aurait tuées. Et ce faux récit dit à peu près «Ce sont des drogués, des salauds criminels, et vous ne devriez pas vous en soucier.» Je pense que c’est la raison pour laquelle beaucoup de familles étaient si réticentes à s’impliquer dans le film. Il était extrêmement important que nous passions du temps avec eux et que nous voyions cela, plutôt que de les laisser dans l’anonymat et de renforcer ce qui était déjà un faux récit à leur sujet. (…) Quand Herman a appris que Sobhraj avait été arrêté au Népal en 2003, il prenait un cocktail, car c’était le premier jour de sa retraite. Du point de vue du dramaturge, c’est le genre de chose que si j’écrivais, je me détesterais pour cela. C’est trop beau pour être vrai. Mais vraiment, ce qui a été l’histoire de sa vie l’a appelé le jour où il avait tout abandonné. Herman était la raison pour laquelle je voulais faire le film. Vous avez deux hommes diamétralement opposés qui sont nés à quelques mois d’intervalle, qui ne se sont jamais rencontrés, mais qui ont eu cet effet révolutionnaire sur la vie de l’autre. L’un était ce roi lézard mercuriel des années 70 et l’autre était un ringard, pour utiliser la langue vernaculaire de l’époque. Moi, ce qui m’intéressait, c’est le ringard qui fait tomber le roi du cool. Il existe une version de cette émission où vous ne faites que regarder Charles tirer des merdes incroyablement diaboliques – maintes et maintes fois pendant des heures. Je n’ai jamais voulu raconter cette histoire. Je cherchais toujours à voir le processus qui a mené à son arrestation. (…) Il essaie constamment de se monétiser lui-même et son histoire, et nous étions catégoriques sur le fait que nous ne le paierions jamais. Et l’autre chose c’est que c’est un menteur compulsif, donc tout ce qu’il avait à nous dire n’aurait pas été vrai. Richard Warlow
J’ai essayé de retrouver toutes les personnes qui figurent dans l’histoire, ou leurs proches survivants s’ils n’étaient plus en vie. Construire cette recherche pour qu’elle soit aussi vaste que possible afin que nous puissions nous en inspirer – afin que nous puissions dessiner ces petits détails fins dans l’histoire qui deviennent vraiment importants pour être sûrs de les raconter de la manière la plus véridique et la plus exacte. (…) Nous avons choisi de ne pas lui parler. Julie et son mari, Richard, ont passé des heures et des heures et des heures en prison à interviewer Sobhraj et à l’enregistrer. Julie nous a donné accès à ces cassettes, ce qui nous a permis d’entendre le récit de Sobhraj sur cette période sans avoir à dialoguer directement avec lui. Sinon, tout ce qu’on aurait pu tirer de contacts directs avec quelqu’un comme Sobhraj, ça aurait été de voir comment il nous aurait menti et comment il aurait essayé de nous berner. Nous avons pu écouter ces bandes d’un point de vue plus objectif. Paul Testar
Set in 1970s Bangkok, the series, which first aired on the BBC earlier this year, follows Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) as he investigates the disappearance of a pair of Dutch backpackers. His pursuit leads him to Sobhraj (Tahar Rahim) and his accomplices, including Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) and Ajay Chowdhury (Amesh Edireweera), who have been drugging, robbing and killing tourists on the so-called Hippie Trail. “Real life is infuriating, because it doesn’t behave in the way stories do,” says writer and producer Richard Warlow, who began working on the series in 2013 alongside director Tom Shankland. He calls it a “fact-is-stranger-than-fiction-to-the-power-of-about-100 situation”: “[I had] to do what you always do when you’re researching stories, which is do some conflations, light a fire under certain things and also — and I’ve never experienced this before — pedal back on some of the strangeness.” Coproducer Paul Testar, who joined the development process in 2014, was tasked with accumulating research to support the storytelling. He worked closely with Knippenberg, who gave the team access to his extensive files on Sobhraj, as well as with Sobhraj’s former neighbor Nadine Gires; his captive employee Dominique Renelleau (whose escape from Sobhraj is documented in the series); and Interpol’s Lt. Col. Sompol Suthimai. Knippenberg provided Leclerc’s diary, and journalist Julie Clarke, who cowrote “On the Trail of the Serpent” with her late husband, Richard Neville, gave the production hours of taped interviews with Sobhraj. “I tried to track down every single person who features in the story, or their surviving relatives if they’re no longer alive,” says Testar. “Building that research to be as huge as possible so we could draw from it — so we could draw these tiny, fine details in the story that become really important and be truthful about them and make sure we’re telling it accurately.” A few of the people involved were made into composite characters for dramatic effect, one completely fictional character was added, and timelines were condensed at points. (The show’s dialogue is imagined too.) But Testar says 80% to 90% of the series is accurate. “I don’t think any of it is historically untrue. It was more a case of leaving stuff out.”  (…) Neville and Clarke’s interviews with Sobhraj, conducted while the killer was in prison in India, were essential to the writing of “The Serpent,” especially since the production team didn’t want to involve Sobhraj directly. (Neville and Clarke’s book was originally released in 1979, which means the interviews took place shortly after the events of the series.) “We chose not to speak to him,” Testar says. “Julie and her husband, Richard, spent hours and hours and hours in prison interviewing Sobhraj and taping them. Julie gave us access to those tapes, which meant we could hear Sobhraj’s account of that period without having to engage with him directly. It felt like the only use of engaging with Sobhraj directly was to see how he’d lie to you and to see how he’d try to pull the wool over you. We were able to listen to those tapes from a more objective standpoint.” “He is constantly trying to monetize himself and his story, and we were adamant that we would never pay him,” Warlow adds. “And the other thing is, he’s a compulsive liar, so whatever he had to tell us wouldn’t have been true.” (…) Not all the victims included in “The Serpent” show up under their real names, because of requests from surviving family members. Dutch students Henricus “Henk” Bintanja and his fiancée, Cornelia “Cocky” Hemker, went missing in 1976 after staying at Sobhraj’s Kanit House apartment in Bangkok, spurring Knippenberg’s investigation, but they appear in the show as Helena Dekker and Willem Bloem. Similarly, Sobhraj’s first wife and daughter have fictional names in “The Serpent” to protect their identities. (…) In reality, Gires helped three of Sobhraj’s captives flee Bangkok, not just Renelleau. “There were two other people in that apartment at the same time,” Testar says. “We were never able to contact them or track them down. There was a feeling that dramatically, they had the same thing happening to them as to Dominique, [and] it was better to give all of it to Dominique to get under his skin as a character.” Chowdhury’s fate is left open-ended, which is factual. In the sixth episode, Sobhraj drives Chowdhury to a deserted strip of land and abandons him, although it’s unclear whether that actually happened. Chowdhury was last seen in 1976. (…) Captured in New Delhi after he drugged the members of a student tour group, Sobhraj eventually went to prison in India, serving time from 1976 to 1997. After his release, he returned to Paris and lived as something of a celebrity. He gave several prominent interviews, including to an ABC news team, and at one point, director William Friedkin signed on to direct a movie about Sobhraj starring Benicio del Toro. Then, for some reason, Sobhraj returned to Nepal, where there was an outstanding warrant for his arrest in the killings of Laurent Carrière and Connie Jo Bronzich (played by Benjamin Braz and Dasha Nekrasova, respectively). (…) Sobhraj claimed that he returned to negotiate an arms deal between the Taliban and the CIA, but it’s been speculated that his hubris was so great that he thought the warrant had expired along with the one in Thailand. It’s also possible that he craved the spotlight at any cost. Whatever the reason, Sobhraj was arrested in Kathmandu on the day of Knippenberg’s retirement — a detail left out of the final episode. “When Herman got the news that Sobhraj had been arrested in Nepal in 2003, he was having a [cocktail], because it was the first day of his retirement,” Warlow says. “From a dramatist[’s] point of view, that’s the sort of thing that if I wrote that I’d hate myself for it. It’s so on the nose. But really, what’s been the story of his life came calling for him on the day he’d given it all up.” He adds, “Herman was the reason I wanted to do this. You’ve got two diametrically opposed men who were born within months of each other, who never met each other, but had this revolutionary effect on each other’s life. One was this mercurial ‘70s lizard king and the other one was a square, to use the vernacular of the time. I was very interested in the square bringing down the hip king. There’s a version of this show where you’re just watching Charles pulling incredibly evil s— time and again for hours. I never wanted to tell that story. I was always looking to see the process by which he was caught. The LA Times
Vous avez dit revanche du ringard ?
Minisérie de près de 8 heures, format quasi-documentaire, travail massif de documentation, entretiens avec les témoins et familles des victimes, écoute de dizaines d’heures d’enregistrement de l’époque du tueur dans sa prison mais refus de lui parler directement, remarquable reconstitution à la fois des espaces et de l’époque …
Quelle mesure du temps parcouru …
Quand après bientôt 50 ans …
Quatre biographies, trois documentaires et un film indien
Et d’innombrables projets dont un d’Oliver Stone avec peut-être Robert de Niro …
Ou même de l’acteur-producteur français Yves Rénier (pour, dit-on, pas moins de 15 millions de dollars) …
La  télévision, avec la BBC et Netflix, s’attaque à nouveau à son tour …
Face sombre, entre le maléfique Charles Manson et le funeste festival d’Altamont, des années « peace and love » …
A l’histoire à la fois vraie et terrifiante …
Du tristement célèbre tueur de routards français d’origine indo-vietnamienne Charles Sobhraj
Qui après une série d’évasions de prison toutes aussi rocambolesques les unes que les autres …
Et avoir mené grand train dans sa prison indienne …
Avant sa réincarcération surprise au Népal où il est toujours …
Avait pendant six ans défrayé la chronique à Paris …
Protégé des demandes d’extradition des familles de ses victimes par l’avocat de l’anti-impérialisme et lui aussi enfant perdu de la colonisation, le sulfureux Jacques Vergès
Multipliant les interviews et les séances photos grassement payées …
Mais cette fois les producteurs ont résolument refusé la glorification facile du maitre de la manipulation et de l’auto-promotion…
Et choisi au contraire au risque même à force de flashbacks et de flash forwards …
Sans compter, seule ombre au tableau, une actrice principale, censément québécoise, au look peut-être un peu trop glamour et au français plus qu’approximatif
De désorienter voire de perdre en route même le plus motivé des spectateurs …
D’honorer, outre les victimes souvent oubliées dans ce genre de reconstitution, la formidable détermination du jeune attaché d’ambassade néerlandais

Qui seul contre tous et d’abord contre ses propres supérieurs …

Et au nom des familles d’un dizaines de jeunes victimes …

Pris entre le désintérêt des ambassades et consulats de leurs propres pays …

Et tant la corruption que la peur d’effrayer les touristes de la part des polices comme des autorités locales …

Avait finalement réussi à faire tomber le criminel roi du cool …

Qui passé des chèques falsifiés et des voitures volées au trafic de drogues et de pierres précieuses …

Et profitant de cette véritable manne de jeunes candidats aux paradis artificiels que l’Occident déversait alors sur l’Asie…

Armés alors sans téléphones portables ni internet de leurs seuls chèques de voyage et idéologie zen …

Sur la fameuse « route des hippies » entre Bangkok, Goa et Katmandou …

Avant de basculer entre deux évasions et cavales …

Avec l’aide d’une compagne canadienne sous emprise et d’un homme de main indien …

Mais aussi à la manière d’un chef de secte à la Charles Manson

De certaines mêmes de ses proies …

Dans la torture et l’assassinat les plus sordides, entre deux vols de passeports et d’identités, pour couvrir ses traces …

The true story behind Netflix’s newest crime drama was too bizarre for TV
Emily Zemler
The Los Angeles Times
April 2, 2021

Netflix’s true crime drama “The Serpent,” premiering Friday, may seem unbelievable — but the creators actually had to temper the bizarre real-life history of con man and serial killer Charles Sobhraj. Set in 1970s Bangkok, the series, which first aired on the BBC earlier this year, follows Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) as he investigates the disappearance of a pair of Dutch backpackers. His pursuit leads him to Sobhraj (Tahar Rahim) and his accomplices, including Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) and Ajay Chowdhury (Amesh Edireweera), who have been drugging, robbing and killing tourists on the so-called Hippie Trail.

“Real life is infuriating, because it doesn’t behave in the way stories do,” says writer and producer Richard Warlow, who began working on the series in 2013 alongside director Tom Shankland. He calls it a “fact-is-stranger-than-fiction-to-the-power-of-about-100 situation”: “[I had] to do what you always do when you’re researching stories, which is do some conflations, light a fire under certain things and also — and I’ve never experienced this before — pedal back on some of the strangeness.”

Coproducer Paul Testar, who joined the development process in 2014, was tasked with accumulating research to support the storytelling. He worked closely with Knippenberg, who gave the team access to his extensive files on Sobhraj, as well as with Sobhraj’s former neighbor Nadine Gires; his captive employee Dominique Renelleau (whose escape from Sobhraj is documented in the series); and Interpol’s Lt. Col. Sompol Suthimai. Knippenberg provided Leclerc’s diary, and journalist Julie Clarke, who cowrote “On the Trail of the Serpent” with her late husband, Richard Neville, gave the production hours of taped interviews with Sobhraj.

“I tried to track down every single person who features in the story, or their surviving relatives if they’re no longer alive,” says Testar. “Building that research to be as huge as possible so we could draw from it — so we could draw these tiny, fine details in the story that become really important and be truthful about them and make sure we’re telling it accurately.”

A few of the people involved were made into composite characters for dramatic effect, one completely fictional character was added, and timelines were condensed at points. (The show’s dialogue is imagined too.) But Testar says 80% to 90% of the series is accurate. “I don’t think any of it is historically untrue. It was more a case of leaving stuff out.”

Here Warlow and Testar discuss what’s fact and what’s fiction in “The Serpent.”

The series is based on interviews with Sobhraj — just not by the producers

Neville and Clarke’s interviews with Sobhraj, conducted while the killer was in prison in India, were essential to the writing of “The Serpent,” especially since the production team didn’t want to involve Sobhraj directly. (Neville and Clarke’s book was originally released in 1979, which means the interviews took place shortly after the events of the series.)

“We chose not to speak to him,” Testar says. “Julie and her husband, Richard, spent hours and hours and hours in prison interviewing Sobhraj and taping them. Julie gave us access to those tapes, which meant we could hear Sobhraj’s account of that period without having to engage with him directly. It felt like the only use of engaging with Sobhraj directly was to see how he’d lie to you and to see how he’d try to pull the wool over you. We were able to listen to those tapes from a more objective standpoint.”

“He is constantly trying to monetize himself and his story, and we were adamant that we would never pay him,” Warlow adds. “And the other thing is, he’s a compulsive liar, so whatever he had to tell us wouldn’t have been true.”

Charles Sobhraj was a killer, by his own admission

Sobhraj, born in 1944 to a Vietnamese mother and Indian father, was a scam artist and a killer. He drugged and robbed tourists for money and their passports, which he refashioned to use himself. The first known killing, which Sobhraj committed alongside Chowdhury, took place in 1975. The victim was Teresa Knowlton, played in the Netflix series by Alice Englert. There were several other homicides around that time attributed to Sobhraj and Chowdhury, although “The Serpent” doesn’t portray all the deaths. The total number of Sobhraj’s victims remains unknown.

“He’s been convicted of two murders, and he’s the chief suspect in many others in Thailand,” Testar says. “Arrest warrants were issued for those murders, but he successfully managed to avoid returning to Thailand, so they expired. Much of what’s known about the murders is from the mouth of Sobhraj himself, from interviews he gave to Richard Neville. As with everything with Sobhraj, it’s difficult to verify where the truth ends and where the lies begin.”

“Some people say over 20, some people say 12,” Warlow adds. “It’s one of those mysteries.”

Not all the victims included in “The Serpent” show up under their real names, because of requests from surviving family members. Dutch students Henricus “Henk” Bintanja and his fiancée, Cornelia “Cocky” Hemker, went missing in 1976 after staying at Sobhraj’s Kanit House apartment in Bangkok, spurring Knippenberg’s investigation, but they appear in the show as Helena Dekker and Willem Bloem. Similarly, Sobhraj’s first wife and daughter have fictional names in “The Serpent” to protect their identities.

“Sobhraj has been very good about building a false narrative about the people he’s alleged to have killed,” Warlow says. “And that false narrative pretty much goes ‘They’re druggies, criminal scumbags, and you shouldn’t care about them.’ I think that’s why a lot of the families were so reluctant to get involved with the drama. It was crucially important that we spend time with them and see this, rather than let them be anonymous and reinforce what has been a false narrative already about them.”

He adds, “The only character who is entirely fictional is in the first episode, the British hippie backpacker Celia. That’s because Teresa Knowlton was a very important character in the sequence of events and her uncle York Knowlton has been very supportive of us with the show. I was very keen from the outset to see what Teresa was like, so we gave her a friend to spend time with while she was in Thailand.”

Some of the victims escaped Sobhraj’s clutches

The third episode of “The Serpent” depicts Sobhraj’s relationship with the young Frenchman Renelleau (Fabien Frankel). Sobhraj cons Renelleau into working for him by taking away his passport and drugging him to make Renelleau believe he has dysentery. Renelleau begins to suspect foul play when visitors to Kanit House start getting sick and disappearing, and he confides in Gires (Mathilde Warnier) and her husband, Remi (Grégoire Isvarine), who help him escape.

In reality, Gires helped three of Sobhraj’s captives flee Bangkok, not just Renelleau. “There were two other people in that apartment at the same time,” Testar says. “We were never able to contact them or track them down. There was a feeling that dramatically, they had the same thing happening to them as to Dominique, [and] it was better to give all of it to Dominique to get under his skin as a character.”

Chowdhury’s fate is left open-ended, which is factual. In the sixth episode, Sobhraj drives Chowdhury to a deserted strip of land and abandons him, although it’s unclear whether that actually happened. Chowdhury was last seen in 1976.

“We don’t know what happened to him,” Testar says. “There’s this rumor that’s been put out that Sobhraj had Ajay killed, which I think is absolutely not true. It’s a useful fact and it plays into the mythology of the story, but another associate of Sobhraj from Bangkok, a German guy, disproved it. After Sobhraj and Leclerc had been arrested in India, several months after he was in prison, this guy had a visit at his home in Germany and phone calls from Ajay. It would be pretty difficult for him to have been killed by Sobhraj when Sobhraj was already in prison. What happened to him is a complete mystery.”

Yes, Sobhraj really did keep a pet monkey

Many of the small details in “The Serpent” are based on interviews with Gires and Renelleau, who both lived in Kanit House. Viewers in the U.K. were horrified when a monkey is poisoned in Episode 3, for instance, but the creators based that on real events: Sobhraj and Leclerc’s pet monkey, Coco, got his hands on the medicine Sobhraj was using to debilitate Renelleau and dropped dead.

“The events that take place are so outlandish and then you find out that it actually happened,” Warlow says. “I got so many people saying to me ‘What, the monkey? Really? He drank the poison? Really?’ And yes, that was 100% as it happened.”

“That was something Dominique told us,” Testar adds. “He was so sad that he’d accidentally poisoned it. It sounded like a horrible life for the monkey. There was something we decided not to include, because it would just be too terrible, but apparently, the monkey was not house trained, so he wore diapers. That’s one of those extraordinary details that feels like ‘That’s too far. People won’t believe that.’”

Sobhraj got a life sentence after years of fame

Captured in New Delhi after he drugged the members of a student tour group, Sobhraj eventually went to prison in India, serving time from 1976 to 1997. After his release, he returned to Paris and lived as something of a celebrity. He gave several prominent interviews, including to an ABC news team, and at one point, director William Friedkin signed on to direct a movie about Sobhraj starring Benicio del Toro. Then, for some reason, Sobhraj returned to Nepal, where there was an outstanding warrant for his arrest in the killings of Laurent Carrière and Connie Jo Bronzich (played by Benjamin Braz and Dasha Nekrasova, respectively).

“I wouldn’t say he gave himself up, but he publicized his arrival,” Testar says. “He made it very clear that he was there. He went to the casinos and was photographed. But why is one of the great mysteries of the story, and it’s one we don’t try to explain.”

Sobhraj claimed that he returned to negotiate an arms deal between the Taliban and the CIA, but it’s been speculated that his hubris was so great that he thought the warrant had expired along with the one in Thailand. It’s also possible that he craved the spotlight at any cost. Whatever the reason, Sobhraj was arrested in Kathmandu on the day of Knippenberg’s retirement — a detail left out of the final episode.

“When Herman got the news that Sobhraj had been arrested in Nepal in 2003, he was having a [cocktail], because it was the first day of his retirement,” Warlow says. “From a dramatist[’s] point of view, that’s the sort of thing that if I wrote that I’d hate myself for it. It’s so on the nose. But really, what’s been the story of his life came calling for him on the day he’d given it all up.”

He adds, “Herman was the reason I wanted to do this. You’ve got two diametrically opposed men who were born within months of each other, who never met each other, but had this revolutionary effect on each other’s life. One was this mercurial ‘70s lizard king and the other one was a square, to use the vernacular of the time. I was very interested in the square bringing down the hip king. There’s a version of this show where you’re just watching Charles pulling incredibly evil s— time and again for hours. I never wanted to tell that story. I was always looking to see the process by which he was caught.”

Voir aussi:

The chilling return of the hippie serpent
The man alleged to have murdered 14 backpackers is selling the movie rights
Rian Malan
The Independent
07 June 1997

This is a tale of two men, 14 unsolved murders and a lawsuit which might shed light on a string of crimes that defined, along with the killings at Altamont and Charlie Manson’s psychopathic rampages, the dark side of the hippie era. One of the actors, Charles Sobhraj, 53, is coming to London this week to consult solicitors with regard to potential libel proceedings. The other, the counter-culture guru Richard Neville, has just left Britain for Australia to rejoin his worried wife at their remote mountain home, and yes, to avoid running into Sobhraj on the media party circuit of which he is determined to become a habitue.

Sobhraj is « The Serpent, » the supernaturally charming con man who remains the chief suspect in a series of sensational 1970s murders. Imprisoned in India since 1977, Sobhraj resurfaced eight weeks ago in Paris, where he has been regaling the press, negotiating deals, and ducking questions arising from Neville’s 1979 biography, The Life and Crimes of Charles Sobhraj, which names him as the perpetrator of at least seven killings.

The Serpent has never been convicted of murder, and all that stands between him and the literary respectability he seems to crave is a confession allegedly made to Neville in Delhi two decades ago. Since his release, Sobhraj has cast doubt on the Australian’s credibility. Now Neville has revealed that he was carrying a recorder at the critical moments, and that what he claims are the tapes have turned up in his garden shed, miraculously still audible after 20 years of exposure to « hail, rain and bushfires ». Their contents, if authentic, make uneasy listening for the accused serial killer.

The son of a Vietnamese shopgirl and an Indian businessman, Sobhraj was born in Saigon and raised in France by a mother described as neglectful and abusive. An incorrigible juvenile delinquent, he claimed to see crime as retribution for the suffering imperialists were inflicting on his war-torn homeland, a line that won the heart of his first wife, a Sorbonne student. They married and set off for India in 1970, a charmed young couple on what turned out to be a long crime spree.

At the time, throngs of long-hairs were moving down the hippie trail that led from India to Kathmandu and the Buddhist paradises of South-East Asia, searching for cheap drugs and enlightenment. A man of acute intellect, addicted to danger, martial arts and French existential philosophy, Sobhraj seems to have felt a sort of aesthetic disgust for these spoiled white youngsters and began to prey on their gullibility. Using strategies gleaned from manuals of psychology, he would befriend hippies, entertain them for a day or two, and then drug them and steal their travellers’ cheques and passports. By his own account, he carried out at least 100 such bushwhackings in the early Seventies before moving on to greater things.

In 1975, Sobhraj was living in a mansion by Bangkok’s red light district, posing as a gem dealer. He and his Canadian girlfriend, Marie-Andre Le Clerc, maintained a perpetual open house, often entertaining young Europeans and Americans from a nearby backpacker’s hotel. Everyone who met the slender, intense Eurasian agreed that his capacity for friendship was his deadliest weapon. In October 1975, he used it on Teresa Knowlton, 21, a « wild » young American who had trekked east to study Buddhism. Mesmerised, Knowlton accepted an invitation to visit a resort outside the city. Her bikini-clad corpse was found in the surf the next morning. She had been drugged and drowned. Two days later, Sobhraj’s girlfriend cashed her travellers’ cheques. The authorities failed to put two and two together.

A few weeks later, a second visitor to Sobhraj’s house – a young Turkish dopehead – turned up in an alley, murdered and burned almost beyond recognition. Shortly thereafter, a Dutch couple met a similar fate. At this point, the Thai police developed an interest in Sobhraj, and he and Marie-Andre fled to Nepal, where two more hippies were murdered during their stay. By January 1976, the death toll was approaching double figures, and Sobhraj was on the run from police in at least three countries.

As « the most wanted man in Asia », Sobhraj had to move fast, and change identity often. For that, he needed passports – plenty of them, especially after a hippie turned the tables on him and stole those he had. Desperate now, he befriended an entire busload of tourists and slipped them all Mickey Finns at Delhi’s Vikram Hotel, passing the drugs off as anti-dysentery medication. The victims were supposed to pass out quietly. Instead, they started vomiting in the foyer and making accusations. Sobhraj was arrested and thrown into Tihar, India’s toughest maximum security prison, which is where he met Richard Neville in 1977.

At the time, Neville was best known as a defendant in the celebrated Oz obscenity trial, which involved, inter alia, the publication of a cartoon of Rupert Bear with an erection in Neville’s underground magazine. The trial became a cause celebre for London’s hippies and elevated Neville to the pantheon of counter-culture heroes. Acquitted in triumph, he wandered off to New York, and thence India, with a contract in his pocket to do a Sobhraj book. He cut his hair to allay the suspicions of the Indian police, but he remained an apostle of dope, free love and the alternative lifestyle –  » not very different », as he quipped in a Hampstead cafe the other day, « from the people Sobhraj murdered ».

It was possibly for this reason – « I clearly wasn’t an authority figure » – that Sobhraj came to confide in him. In the early weeks of their acquaintance, talk was devoted to tales of Sobhraj’s swashbuckling jewellery heists and ingenious confidence tricks, followed by daring escapes from maximum security prisons. On the subject of murder, however, Sobhraj was infuriatingly vague. By now, he’d been acquitted of murder in India, but Thailand had requested his extradition on five murder warrants, and investigations were proceeding in Nepal and elsewhere. And then, according to Neville, one day, out of the blue, Sobhraj turned to the young Australian and said: « I have taken a decision to tell you how I cleaned Teresa. » He proceeded to describe in « chilling detail » how the young American had met her end.

In the ensuing weeks, he says, there were more confessions, regarding six additional cases. As Neville reads it, Sobhraj felt he had little to lose. Sentenced to 10 years for the mass drugging at the Vikram Hotel, he was safe for the moment from extradition to Thailand, and besides, « he probably felt he could break out whenever he pleased ».

The Life and Crimes of Charles Sobhraj was published in 1979, and life moved on. In Tihar prison, The Serpent devoted himself to meditation and the writing of his memoirs. Neville returned to Australia, married his co-author Julie Clark, fathered two daughters and became an « alternative futures consultant ».

Two months ago, he received a call from a journalist. « Sobhraj is out of jail, » she said, « and he’s impugning your integrity. » The Serpent was refusing to confess to any crimes other than the few he’d been convicted of, and insisted that he had no knowledge of Teresa Knowlton, the American washed up dead on a Thai beach in 1975. « I never killed her, » Sobhraj said. « I never met her. » If true, this made Neville a liar.

ENRAGED, Neville went down to the garden shed, where he located his tapes in a dusty suitcase. And there it was: a voice he claims is Sobhraj’s, talking about how he’d invited Teresa to accompany him to a beach outside Bangkok, giving her drugged coffee.The tape runs: « She said: ‘Did you give me something, because I feel very funny?’ I said: ‘I’m sorry, Teresa, I must tell you that I think I have to do something bad to you.’ She said: ‘Are you going to beat me up?’ And I said: ‘No, something better’. » When she lost consciousness, Teresa was stripped, put into a bikini, and « taken for a swim » by an accomplice. On the tape, « Sobhraj » chuckles: « I hope this stuff won’t hang me one day. »

Two decades later, Charles Sobhraj answered his phone on a balcony overlooking the Champs-Elysee. « I’m at a party, » he informed the caller. Asked about the Neville tapes, he insisted that nothing on them could be construed as a murder confession. « I’m going to affect that fellow, » he said. « That’s why I’m coming to London – because Neville has to be dealt with under Anglo-Saxon law. My lawyers say we have a very good case. »

He preferred to talk about his forthcoming biography, a prison memoir in the style of Jean Genet. The first seven months of his imprisonment were spent in leg-irons. « I did meditation, » he says, « and the result was, I realised I had to control the environment. » He gathered evidence of corruption by a senior prison official and used it to blackmail the man into granting special privileges – luxury food, cellphones, and an office in which to conduct sexual liaisons with his many groupies. « I ran that prison, » Sobhraj boasts. Independent sources confirm that he was nicknamed « Sir Charles » by disgruntled warders, who staged a violent protest over the way he was lording it over them.

Such setbacks notwithstanding, Sobhraj was still in a position, when extradition to Thailand became an ominous possibility, to pull off what Neville considers the greatest feat of his criminal career. He threw a party for his warders, drugged the food, and walked to freedom. After a few weeks, he allowed himself to be recaptured. The upshot was an extension of sentence exactly long enough to allow Thailand’s statute of limitations to expire. And so it was that when India released him, there were no more charges for him to face. « This is a story about getting away with murder, » says Neville. « He’s found a way out. That’s life, I suppose. »

Two months on, things are looking good for the ex-convict. Film directors are falling over themselves to secure movie rights to his story, among them Yves Renier and Oliver Stone. Robert de Niro has been mooted for the lead. The manuscript of his memoirs is in agents’ hands. Offers are being considered.

Voir également:

The ‘bikini-killer’ linked to murders throughout AsiaCharles Sobhraj has a reputation as Asia’s premier serial killer. Yet, until Thursday, he had never been convicted for murder, even though he has been accused of more than 20 killings in India, Thailand, Nepal, Turkey and Iran.
BBC news
12 August, 2004

His knack for deceptive disguises, coupled with his tendency to target young women earned him the nickname, « The Serpent, » or the « Bikini Killer. »

Sobhraj, 60, is also believed to have escaped from prisons in Afghanistan, Greece, Iran and India.

So extraordinary has been his life of crime that after being released from jail in India – where he served a 20 year sentence for poisoning a busload of French tourists – the film and book rights were reportedly sold to a French actor-producer for $15m.

The deal strengthened perceptions among his critics that he has never been properly brought to book for his crimes.

Terrifying prediction

Throughout his criminal career, Sobhraj either escaped from jail or bribed the authorities to treat him preferentially while in prison.

Charles Sobhraj was born in Japanese occupied Saigon in April 1944 to an unwed Vietnamese shop girl and an India merchant who denied paternity. His birthplace made him eligible for French citizenship.

India deported Sobhraj in 1997 after he had spent 21 years in jail
Rejection by his father was an act which caused considerable resentment and bitterness in the young Sobhraj: « I will make you regret that you have missed your father’s duty, » he confided in his diary.

It was a prediction that would become terrifyingly true.

The subject of at least two in-depth biographies as one of the world’s most notorious alleged serial killers, alongside Jeffrey Dahmer and Harold Shipman, Sobhraj is said to have begun his life of crime by travelling around Asia in 1963.

Audacious escape

His tactic, say his critics, was always the same. To take advantage of the nascent global drug culture to befriend young French or English-speaking tourists and then to murder them.

Between 1972 to 1982, Sobhraj has been implicated in more than 20 killings in which the victims were drugged, strangled, beaten or burned.

His capacity for violence, critics say, is matched only by his ability to escape from prison.

In 1971, he escaped from jail in India by feigning appendicitis and making his getaway from hospital.

He was re-arrested in 1976, but 10 years later made an even more audacious escape: this time by throwing a birthday party in which guards and prisoners alike were invited.

Grapes and biscuits handed around the guests were secretly injected with sleeping pills, knocking out everyone except Sobhraj and four other escapees.

Indian newspapers reported that they were so haughty about their getaway that they even photographed themselves walking through the prison gates onto the Delhi streets.

(As long as I can talk to people, I can manipulate them Charles Sobhraj speaking in Richard Neville’s biography)

As a fugitive, Sobhraj is reported to have behaved more like a holidaying student than a desperate prisoner prepared to stop at nothing to evade justice. He openly drank in bars and showed off an Italian made pistol to fellow drinkers.

Needless to say, it was not long before he was re-arrested. But, it is alleged, there was a method in his madness.

Critics say that he deliberately escaped towards the end of his 10 year jail term in order to be re-captured and face new charges for his escape.

That way he could avoid extradition to Thailand where he was wanted for five murders and would almost certainly be given the death penalty.

By the time of his release in 1997, the 20 year time-frame for him to be tried in Bangkok had lapsed.

But the authorities caught up with him again several years later.

In 2003, he was arrested in a Kathmandu casino for allegedly travelling on a false passport and for murders of an a Canadian man and an American woman which he allegedly carried out 28 years ago.

As in the other cases registered against him, Sobhraj denied the charges.

But this time, police said they had a « suitcase full » of evidence against him.

And the judge agreed, despite Sobhraj’s appeal that he had been convicted without proof or witnesses.

Voir de même:

Le Serpent sur Netflix : le tueur incarné par Tahar Rahim décrypté par une psychocriminologue
Emilie Semiramoth
Allo ciné
15 avr. 2021

Psychocriminologue et co-autrice avec Florent Gatherias du livre « Psychologues du crime » aux éditions Fayard, Emma Oliveira nous dresse le profil de Charles Sobhraj tel qu’il est interprété par Tahar Rahim dans Le Serpent.

Lancée le 2 avril dernier sur Netflix, la mini-série Le Serpent avec Tahar Rahim dans le rôle principal ne cesse d’exercer une forme de fascination auprès du public. Tirée d’une histoire vraie, cette histoire pourrait sembler invraisemblable tant il est facile pour Charles Sobhraj – un escroc devenu tueur en série – d’appâter et de piéger ses victimes.

Pour mieux comprendre les mécanismes psychologiques de ce personnage complexe, AlloCiné s’est entretenu avec Emma Oliveira, psychocriminologue, qui a vu l’intégralité de la sérIe.

AlloCiné : Ce qui est surprenant au premier abord, c’est la facilité avec laquelle Charles Sobhraj parvient à piéger ses victimes. Quel profil dressez-vous du personnage tel qu’il est représenté dans la série ?

Emma Oliveira : Le personnage, c’est typiquement le type de profil qu’on va retrouver chez les gourous de secte par exemple. Il a une sorte de don oratoire qui facilite le contact avec les gens. C’est aussi une histoire de couple ce type d’emprise : il faut ce gourou avec cette capacité d’approcher l’autre, mais ça ne marcherait pas avec n’importe qui. Ce sont souvent des gens vulnérables. Comme dans les sectes. Parce que ce sont des gens qui sont en quête d’identité, de rencontres…

Et la facilité pour lui c’est de prendre des backpackers. Ça existe toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer il n’y a pas longtemps en voyage au Cambodge, et ce qu’il ressort à chaque fois dans le discours, c’est une quête de sens et d’identité.

C’est ce qu’on retrouve chez les adeptes de sectes, quel que soit l’âge ou le niveau social. C’est à un moment donné, un besoin de comprendre la vie, pourquoi, qui on est… Et je pense que ce type de personnage arrive à les manipuler à travers cette quête. Après, le personnage ne les garde pas longtemps, juste assez pour les droguer et les dépouiller.

Pourtant on se dit qu’au contraire il incarne tout ce qu’ils auraient dû fuir… Un négociant en pierres, qui organise des fêtes…?

Ça les rattache à ce qu’ils connaissent. Pour eux, c’est à la limite plus facile de faire confiance à un occidental. Je ne sais pas vraiment comment ça se passait dans les années 1970 mais quand on voyage, on est toujours un peu en garde. Là, vous rencontrez quelqu’un qui vous rappelle chez vous et qui en joue dans la série. Ça permet une sorte de jeu d’identification entre la victime et l’agresseur.

Dans la série, on ne le voit pas comme un tueur en série « classique » dans le sens où il ne prend pas de plaisir à ôter la vie. Quelle est votre analyse ?

En effet, ce n’est pas la mise à mort qui lui plaît. C’est ce que l’on nomme dans le métier un « meurtre utilitaire ». C’est ce qui va permettre de couvrir un autre crime, en l’occurrence celui de les voler et de les dépouiller.

Michel Fourniret, par exemple, avait fini par faire ça. Au début, c’était un violeur et il a fini par commettre des meurtres utilitaires : ce qu’il voulait, c’était violer et pas tuer ; mais on tue pour ne pas risquer d’avoir des plaintes et d’être recherché.

Mais il y a cette facilité de se dire que ces gens sont à 20 000 km de chez eux. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas d’internet. On ne connaissait pas toujours son itinéraire et on donnait des nouvelles une fois par mois. Aujourd’hui, ça serait moins facile.

Ce qui ressort dans la série, c’est qu’il y a une vraie haine de ce que représentent ces jeunes-là. Ces jeunes, finalement, qu’il aurait aimé être. Il est né d’une bonne famille mais il aurait aimé naître occidental, avoir l’apparence d’un occidental pour être accepté.

Il dit souvent qu’il est rejeté par la société à cause de son métissage…

Oui, cet argument, c’est son mobile. Son mobile conscient en tous cas pour passer à l’acte. Pour les voler et les tuer. De toute manière, il y a un côté très psychopathe chez lui dans le sens où la vie de l’autre n’a pas de valeur à ses yeux. Donc pourquoi pas les supprimer ? Les laisser en vie, ça lui fait prendre des risques.

Son comportement reste difficile à comprendre notamment lorsqu’il donne une interview après être sorti de prison et ensuite lorsqu’il retourne au Népal. C’est une forme de provocation ?

C’est ce qu’on retrouve chez les psychopathes qui sont tueurs en série. C’est un sentiment de toute-puissance. Aux Etats-Unis plus souvent que chez nous, beaucoup se sont amusés à jouer avec la police. Ce que fait Fourniret encore aujourd’hui avec Estelle Mouzin, c’est un besoin de contrôler l’autre. C’est avec ça qu’ils jouissent.

Jusqu’à aller se jeter dans la gueule du loup ?

Oui, c’est ce qu’ont fait plusieurs tueurs en série, persuadés de ne pas être pris et d’être plus forts. C’est pour montrer cette toute-puissance que certains ont acquise vis-à-vis de la police, de l’Etat et de la société. Etant sûrs d’être imprenables. Sobhraj, en plus, s’était évadé plusieurs fois donc il est possible qu’il se soit dit : « Même si je me fais arrêter, j’arriverais peut-être à nouveau à m’évader… » C’est une hypothèse. Seul un entretien avec lui pourrait permettre d’éclairer ses motivations. Mais je pense en tous cas que c’est guidé par ce sentiment de toute puissance et d’être inarrêtable.

Propos recueillis par Emilie Semiramoth, le 15 avril 2021.

Voir de plus:

Entre Me Vergès et le commissaire Moulin.Yves Rénier compte tourner un film sur la vie du «Serpent».
Franck Johannes
Libération
8 avril 1997

Les autorités françaises ne sont visiblement pas ravies de voir débarquer Sobhraj ce matin en France, surtout lorsque celui qui l’attend à l’aéroport est Me Jacques Vergès. L’avocat a expliqué que son client «était français et que, lorsqu’il était en prison en Inde, c’est bien le consulat de France qui s’occupait de lui. Donc, il bénéficiait d’une présomption de nationalité française». Charles Sobhraj a cependant dû batailler ferme pour obtenir un laissez-passer, et il devra ensuite demander un certificat de nationalité. Sûr de débarquer en homme libre, «le Serpent» pourrait cependant entrer par la petite porte, laissent entendre les autorités judiciaires. Me Vergès affirme que, s’il était placé dans un centre de rétention, il ne manquerait pas de protester contre cette «atteinte à la liberté». «La légende lui prête mille forfaits, sourit Me Vergès, mais, à supposer qu’il les ait commis, ils datent de plus de vingt ans, et sont donc prescrits.» Sous bénéfice «d’ultimes vérifications», Sobhraj n’est pas poursuivi en France. André Berthol, député RPR de Moselle, le regrette et assure avoir tout fait pour «faire échec à ce retour triomphant. La prescription efface les crimes, pas la douleur des familles». Le député était très proche de la famille Salomon, dont le fils Luc a traversé en Inde la route de Sobhraj. Le jeune homme de 28 ans est mort «d’empoisonnement» en 1976 après avoir partagé, selon des témoins, un poulet au curry avec Sobhraj, acquitté pour ce crime.

Quelqu’un d’autre, un peu gêné par tout ce tapage, attend Sobhraj depuis un moment: Yves Rénier, l’indispensable commissaire Moulin, qui se verrait bien faire un film sur la vie du Serpent. «C’est une très vieille idée, explique le réalisateur, j’aurais pu le rencontrer dans les années 70 quand j’allais là-bas, à Goa. J’étais même tombé sur un Belge qui est l’un des rares à avoir roulé Sobhraj.» Rénier est allé à deux reprises interroger le détenu à Delhi et n’espérait plus le voir en France. «Au moment où je laissais tomber, Sobhraj m’a appelé.» Rénier entend faire une fiction, mais «pas un film provocateur: je me mets à la place des Salomon, qui ont du mal à admettre que Sobhraj puisse gagner de l’argent avec le récit de ses crimes. Mais c’est l’époque qui est ainsi faite.» André Berthol qui aimerait bien changer l’époque, a travaillé à une proposition de loi pour confisquer ce type de revenus pour les victimes. «Sobhraj a quand même une vie peu commune, souligne Yves Rénier, il est à la fois attirant et repoussant. Intelligent. Manipulateur. C’est un joueur d’échecs».

Voir encore:

Charles Sobhraj, le tueur de touristes
Ce Français de 68 ans, actuellement emprisonné au Népal, a été accusé d’avoir détroussé, et parfois tué, des routards en Asie, dans les années 1970. Portrait d’un homme qui a (presque) toujours su soigner son image et passer entre les mailles du filet.
Jacques Expert et Philippe Broussard
L’Express
16/08/2012

D’abord, un surnom : « le Serpent ». Une appellation reptilienne qui dit à la fois l’art de la fuite et de la séduction, de l’esquive et du poison. Oui, c’est un peu tout cela, Charles Gurmukh Sobhraj : un visage fin, des lunettes de sage, une capacité glaçante à tromper son monde, en particulier les gardiens de prison. Ceux de New Delhi (Inde), où il passa autrefois plus de deux décennies, se souviennent qu’il fut leur prisonnier vedette. Ceux de Katmandou (Népal), où il purge actuellement une peine de vingt années de réclusion, savent qu’avec lui l’histoire n’est jamais vraiment terminée…

« Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler »

Pour la reconstituer, il faut se méfier d’un écueil : la légende. Dans les archives, les faits, les dates, les noms varient d’une source à l’autre. Avec une certitude, tout de même : c’est à Saigon, l’actuelle Hô Chi Minh-Ville (Vietnam), que tout a commencé. Sobhraj y est né en avril 1944, d’un père indien et d’une mère vietnamienne. Trois ans plus tard, à la séparation du couple, l’enfant reste un temps avec son père à Saigon. Mais celui-ci s’en occupe si peu que sa mère, remariée avec un militaire français, décide de le faire venir en France, pays dont il aura par la suite la nationalité. Mais ce rapprochement n’empêche pas le jeune Charles de connaître une adolescence chaotique de petit délinquant. Premiers larcins, premières condamnations. Dans les années suivantes, il épouse une Française prénommée Chantal et cherche, semble-t-il, à mener une vie « normale ». Las, il multiplie les combines (vol, falsification de chèques…) et décide bientôt de s’exiler en Inde avec sa femme. Intelligent, rusé, parlant plusieurs langues, il se lance dans le trafic de voitures volées. Il lui arrive aussi de s’attaquer à des hippies en quête de paradis artificiels et de liberté. Sa méthode ? Séduire, droguer, détrousser.

En 1971, il monte un « casse » plus ambitieux. En se présentant comme un directeur de casino, il approche une danseuse du ventre dont la chambre d’hôtel, à New Delhi, est située au-dessus d’une bijouterie. Accompagné d’un complice, Sobhraj la séquestre puis perce un trou dans le plancher afin de s’emparer de diamants. Les deux hommes seront arrêtés, peu après, à Bombay. Mais le Français ne restera pas longtemps en détention : après avoir drogué les gardiens, il s’évade et fuit à l’étranger (Afghanistan, Grèce…). Un parcours jalonné d’autres arrestations, et d’autres évasions.

Alors que Chantal finit par le quitter, le voilà en Inde, où il rencontre, en 1975, une jeune Canadienne, Marie-Andrée Leclerc. Ensemble, ils sillonnent l’Asie, s’adonnant au trafic d’héroïne et de pierres précieuses. C’est aussi cette année-là, en Thaïlande, que leur destin bascule. Sobhraj, qui se trouve alors à Pattaya avec Marie-Andrée et un ami indien, se lie avec une touriste américaine de 18 ans dont le corps sans vie sera retrouvé sur la plage, revêtu d’un bikini. A la même époque, d’autres routards sont assassinés en Thaïlande, selon un scénario parfois identique. La presse affuble le mystérieux tueur du surnom de « Bikini Killer ». Pour effacer les traces de ces crimes, il lui arrive de brûler les cadavres.

Pour franchir le frontières, Sobhraj et ses amis utilisent des passeports dérobés à des touristes. Ils retournent à Katmandou, sans savoir que la justice népalaise a enquêté, elle aussi, sur le meurtre d’un couple en décembre 1975. Arrêtés et assignés à résidence, les suspects parviennent à s’échapper. Vers l’Inde, cette fois, où trois autres personnes apparaissent dans leur sillage : un Français, une Anglaise, une Australienne. Le groupe ainsi constitué écume cette région du monde, détroussant d’autres routards. En juillet 1976, ils sont finalement interpellés à New Delhi, après avoir tenté d’empoisonner à la strychnine (?) un groupe d’étudiants français. Etrangement, Sobhraj ne sera jugé que pour tentative de vol et s’en tirera avec douze ans de prison. L’autre Français de la bande est relaxé, l’Anglaise et l’Australienne sont condamnées à six ans de détention. Marie-Andrée, elle, écope de six ans. Par la suite, elle pourra rentrer au Canada, où elle mourra d’un cancer. Sobhraj est à son aise à Tihar, la prison centrale de New Delhi. Il soudoie ses geôliers afin d’obtenir de l’alcool, des livres, parfois même des femmes… Soucieux de son image, il reçoit des journalistes. Certains, sous le charme, le qualifieront de « séduisant ». A son biographe Richard Neville, il confie : « Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler. » A propos des crimes dont il est accusé, la même explication revient souvent : les victimes étaient des rivaux dans le trafic d’héroïne.

Le Serpent sait que cet épisode indien ne durera qu’un temps. Un autre pays le réclame : la Thaïlande, où il encourt la peine de mort pour l’affaire de Pattaya, en 1975. En connaisseur du droit indien, il orchestre alors une étonnante évasion en 1986 : lors de sa fête d’anniversaire, il offre aux surveillants des bonbons – ou des pâtisseries ou du raisin, les versions divergent – bourrés de somnifères, et s’éclipse déguisé en policier ! Cette cavale sera de courte durée, il s’en doute, il le souhaite. Arrêté à Goa, il est condamné à dix ans de prison supplémentaires. Sa manoeuvre a réussi : entre-temps, la demande d’extradition de la Thaïlande a expiré. Lorsqu’il est libéré, le 17 février 1997, après vingt et un ans passés à Tihar, c’est du côté de Paris, et non de Bangkok, que son sort fait débat : la France, son « pays », rechigne à l’accueillir.

Il a enrôlé un avocat sulfureux, Me Jacques Vergès

En attendant d’être fixé sur son sort, Charles Sobhraj conteste la façon dont la presse le dépeint. Interrogé par Le Monde, il lance : « Ceux qui me décrivent comme le criminel le plus diabolique du siècle ne savent pas de quoi ils parlent. Est-ce que j’ai la tête d’un tueur ? » Au total, il est tout de même soupçonné d’avoir commis au moins une douzaine de meurtres en Asie…

En avril 1997, c’est en star du crime, narguant la justice et les familles des victimes, que le Serpent débarque à Paris. Prévoyant, il a enrôlé un avocat sulfureux, Me Jacques Vergès, ainsi qu’un agent chargé de négocier ses interviews et les droits d’adaptation à l’écran de sa vie. Six ans plus tard, en 2003, il commet tout de même une erreur : retourner au Népal. Reconnu par un journaliste, il est arrêté dans le casino d’un hôtel de Katmandou. Pourquoi avoir pris un tel risque ? Certains médias assurent qu’il avait divers projets, commerciaux et humanitaires, dans ce pays. D’autres évoquent un voyage lié au tournage d’un film. Toujours est-il que Sobhraj doit répondre du double assassinat commis dans ce pays en décembre 1975. Il a beau clamer son innocence, le verdict tombe : vingt ans.

A bientôt 70 ans, le Serpent n’est plus le saute-frontières d’autrefois, mais il continue de séduire. En 2008, il a épousé en prison la fille de son avocate, une « jeunesse » de 22 ans. Aux dernières nouvelles, un film à gros budget reste à l’étude en Inde…

Jacques Expert et Philippe Broussard
Voir aussi:

Charles Sobhraj, serial killer ou beau parleur ?
Parmi les serial killers de légende, on trouve un Français, Charles Sobhraj. Incarcéré au Népal, il affirme être innocent. Portrait d’un séducteur.
De notre correspondante à New Delhi, Vanessa Dougnac
Le Point
15/01/2012

L’hésitation est possible. Sans la masse des uniformes bleus des forces de l’ordre, il serait difficile de considérer que ce chemin boueux, à l’écart d’une artère bondée de Katmandou, mène à l’entrée de la prison centrale du Népal. La vétusté carcérale du sous-continent indien n’a certes plus rien à prouver. « Nom du prisonnier ? » demandent les policiers en formant un barrage devant le guichet des visiteurs. « Charles Sobhraj », le nom du détenu convoité, provoque quelques secondes de silence. « Permission spéciale, prisonnier VIP ! » lance un policier. « Très célèbre », renchérit un autre.

La « célébrité » du Français Charles Sobhraj, il est vrai, a traversé les décennies et les continents. Elle est née en Asie sur les routes des hippies pour échouer jusqu’à ce matin d’hiver dans une prison humide de Katmandou. Entre-temps, l’homme est devenu une légende. Surnommé « Le Serpent » pour ses époustouflants talents d’esquive, Charles Sobhraj est perçu comme l’un des grands assassins de l’histoire récente. D’entrée de jeu, l’encyclopédie en ligne Wikipedia le présente en « serial killer ». Les articles de presse, les films documentaires ou les livres qui retracent sa vie évoquent, non sans une surenchère morbide, un tueur en série machiavélique. Car la légende le sacre en auteur impuni d’au moins douze meurtres commis dans les années soixante-dix : des touristes occidentaux auraient été drogués et détroussés de sa main avant d’être assassinés et même, dans un cas, brûlé vivant à l’essence.

Première incarcération à 19 ans

Tel un scénario de roman noir, la vie de Charles Sobhraj est hors du commun. Sa jeunesse est celle d’un enfant né à Saigon en 1944 de père indien et de mère vietnamienne. Négligé par son père, le garçon vagabonde dans un Saigon violenté par la guerre. Sa mère, qui l’a abandonné pour vivre en France avec un nouvel époux militaire, revient le chercher en 1953, et tente de lui prodiguer une éducation stricte à Paris. Trop tard. À 19 ans, Sobhraj, condamné pour vol de voiture, tâte déjà de la prison à Poissy.

L’histoire reprend quand il s’installe à Bombay en 1970 avec sa femme, Chantal Compagnon, qui donne naissance à leur fille. Sobhraj semble se plaire en Asie. Il multiplie périples, contrebande et trafic de pierres précieuses. Bientôt, il excelle dans sa future spécialité : le vol d’argent et de passeports auprès des touristes étrangers. Son mode opératoire sera immuable. Il se lie d’amitié avec de jeunes routards occidentaux et des hippies en quête d’un nirvana aux parfums de drogue. Il leur prodigue des conseils, leur fait miroiter de « bons plans ». Il est sympathique et inspire la confiance. Les conversations se poursuivent autour d’un verre. L’occasion, pour Sobhraj, de droguer discrètement ses proies. Il les raccompagne alors dans leur chambre et passe leurs affaires au peigne fin.

Bikini Killer

L’escroc s’enhardit au point d’oser un cambriolage assez périlleux. Se présentant en directeur de casino, il séduit une danseuse américaine qui séjourne à l’hôtel Ashoka de Delhi. Il se fait inviter dans sa chambre, qui se situe au-dessus d’une bijouterie…, et perce un trou dans le sol. La police est vite à ses trousses et le « gentleman cambrioleur » doit abandonner son butin. Il est arrêté et s’évade en simulant une crise d’appendicite. Puis il cumule de nouveaux voyages, de la Turquie au Pakistan, de nouvelles arrestations, et de nouvelles évasions, à Kaboul en 1973 et en Grèce en 1975. Entre-temps, face au cycle infernal des délits, sa femme le quitte pour rentrer en France.

C’est alors que s’ouvrirait le chapitre de la violence. De retour en Inde, le bandit séducteur se serait mué en un redoutable tueur en série. Il s’entoure de disciples : Marie-Andrée Leclerc, sa maîtresse canadienne, et l’Indien Ajay Chowdhury, son homme de main. Le trio s’installe à Bangkok. Tout en se lançant dans le trafic d’héroïne, Sobhraj continue celui de pierres précieuses et détrousse les touristes. Mais à la fin de l’année 1975, des cadavres surgissent au rythme effréné des vols.

La liste est lugubre : l’Américaine Teresa Knowlton, à peine majeure, retrouvée morte et brûlée à Pattaya, et la jeune Jennie Bollivar, noyée et abandonnée en maillot sur la plage. Un couple de Hollandais, la Française Anne-Marie Parry, le Turc Vitali Hakim, puis son amie française retrouvée, elle aussi, noyée en simple maillot. Les cadavres de la plage de Pattaya vaudront à Sobhraj le surnom de « Bikini Killer ». Les passeports de plusieurs disparus seront retrouvés dans le coffre-fort de la maison de Bangkok. Fin décembre, le trio se serait rendu à Katmandou et aurait rencontré un couple dont les corps sont plus tard découverts calcinés. Après un bref retour en Thaïlande, la trace de Sobhraj est mentionnée de Goa à Hong Kong, dans de brutales péripéties qui alternent soupçons d’assassinats, cavales, nouveaux acolytes et vols de touristes drogués. L’un d’entre eux, le Français Luc Solomon succombe aux sédatifs. En juillet 1976, quand une vingtaine de touristes français sont pris de crises diarrhéiques dans le hall d’un hôtel de Delhi, Sobhraj est maîtrisé et arrêté. Il avait eu la main trop lourde sur le dosage des poisons.

Manipulation

Les tribunaux indiens ne jugeront pas Sobhraj coupable de meurtre. Pour vols et évasions, il va néanmoins purger 21 années dans la prison de Tihar, à New Delhi. Son charisme et ses combines ont raison de ses gardiens qui l’appellent « Monsieur Charles ». Il gagne même l’amitié des autres prisonniers. « Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler », a-t-il déclaré à l’époque à son biographe Richard Neville. Et son audace n’est pas ébranlée. En 1986, sachant qu’il est sur le point d’être libéré et extradé vers la Thaïlande où se profile la peine de mort, Sobhraj élabore un subterfuge. Le jour de son anniversaire, il offre des sucreries et des raisins empoisonnés à toute son unité carcérale. Les six gardiens endormis, il s’évade par la grande porte. Tout en prenant tranquillement des photos afin d’éterniser les procédures du procès auquel il s’expose. Il est arrêté deux semaines plus tard en train de dîner, sans se cacher, dans un bar de Goa. Il obtient donc une prolongation de peine en Inde et évite l’extradition à Bangkok. Quand il achève sa condamnation en 1997, le mandat d’arrêt a expiré. Sobhraj est libre. Il part vivre en France où il négocie sa notoriété, ses interviews et même, se flatte-t-il, des scénarios à Hollywood.

Mais son passé va le rattraper. En 2003, il commet une erreur : il revient, en toute légalité, au Népal. Dans les rues de Katmandou, un journaliste le reconnaît et s’offusque de sa présence. Sommées d’agir, les autorités l’arrêtent dans un casino pour le double meurtre de 1975. Rejetant un ultime appel, la Cour suprême de Katmandou confirmera en 2010 la condamnation à perpétuité de Sobhraj, reconnu coupable de l’assassinat au couteau en 1975 de l’Américaine Connie Jo Bronzich. « Sobhraj se voit en un super-héros criminel, a déclaré Ganesh K. C., l’officier de police qui l’a appréhendé. Je crois que c’est un psychopathe. Il ne tue pas pour l’argent, mais pour sa seule satisfaction. Il veut montrer son talent au monde entier. » Quant à l’intéressé, il nie avoir déjà mis les pieds au Népal avant son arrestation. « Je suis innocent, dit-il, je n’ai absolument rien à voir avec cette affaire. » Sa volumineuse pétition de 449 pages demandant une révision du jugement a été rejetée en décembre. Sobhraj en reste donc à une peine maximale de vingt années de prison avec un minimum de treize années, sachant qu’il en a déjà accompli huit.

Charmeur

Aujourd’hui, Charles Sobhraj a 67 ans. Du fond de sa cellule, son éternelle casquette vissée sur la tête, il n’a rien perdu de son aura. Fidèle à son grand talent, Le Serpent continue à aimanter des femmes intelligentes. Et pas des moindres : celle qui le défend – gratuitement – en France, Isabelle Coutant-Peyre, avocate connue pour ses clients radicaux ; à Katmandou, Sobhraj a hypnotisé d’amour une énième conquête : la Népalaise Nihita Biswas, 22 ans, sa traductrice. Les deux tourtereaux se sont mariés le 9 octobre 2008 lors d’une cérémonie hindoue organisée dans la prison. Dans la foulée, Sobhraj a rallié à sa cause la mère de sa jeune épouse, l’avocate Shakuntala Thapa, issue d’une vieille famille aristocratique népalaise.

Toutes le dépeignent en termes affectueux. Isabelle Coutant-Peyre le voit comme « un romantique, un aventurier, un type qui a trempé dans de sales milieux, mais qui n’a rien d’un tueur en série. » Shakuntala Thapa, sa combative avocate népalaise, parle d’un « homme généreux et amical ». Nihita retient « sa grande gentillesse, son aura, sa force et sa patience ». Toutes sont convaincues de son innocence. « Je ne pense pas qu’un homme puisse changer, explique la jolie Nihita. Celui qui est mon mari aujourd’hui ne peut pas avoir commis des crimes hier. » L’an dernier, Nihita est allée jusqu’à participer au Big Brother indien, une émission de télé-réalité, lors duquel elle a farouchement défendu son mariage. Avec une intensité qu’elle continue à revendiquer : « Notre amour est de plus en plus fort. »

« Je suis certain d’être acquitté »

Plusieurs entretiens téléphoniques avec Sobhraj, faute de permission de visite, révèlent un homme courtois et agréable. Le Serpent n’a pas changé de peau. L’homme est posé, la conversation facile. Il discute de ses projets de livre, de son cas judiciaire et de sa famille. Glisse quelques « secrets », dont « il ne faut pas parler ». Distille les informations. Alterne le personnel et le professionnel. Surtout, il montre une véritable énergie pour organiser et maîtriser sa situation. Dans sa cellule, il passe des heures à écrire et à travailler sur ses ressorts judiciaires. Sobhraj semble habité par l’évidence que le dernier acte de sa vie ne peut se jouer dans une sordide prison népalaise. « Je suis certain, nous écrit-il, que je serai acquitté. »

Et de fait, les pièces présentées au procès accumulent les irrégularités dans la procédure et les délais. « Des photocopies, et non des documents originaux, ont servi de preuves », souligne Me Shakuntala Thapa, qui dénonce « la corruption du système népalais ». Me Isabelle Coutant-Peyre s’insurge face à un « dossier entièrement falsifié au moyen de fausses fiches d’hôtel et de témoignages inventés ». D’après l’avocate, « on fait payer à Sobhraj sa réputation ». Au-delà, elle accuse les autorités françaises de « discriminer » son client : « La France attend simplement qu’il meure dans les geôles népalaises. » Et du côté de l’ambassade de France à Katmandou, le sort de Sobhraj semble susciter l’agacement. « C’est du réchauffé, cette histoire ! » juge le service consulaire averti de notre enquête, avant de grommeler qu’il a « déjà assez à faire avec les problèmes des touristes français ».

Vantardise

Pourtant, Sobhraj fera peut-être encore parler de lui. Car Isabelle Coutant-Peyre a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations unies et a déposé une plainte contre l’État du Népal. Le 27 juillet 2010, le Comité a fait droit à cette plainte en relevant un procès inéquitable et des violations de droits à l’égard de Sobhraj. L’affaire pourrait avoir des suites, bien que le Népal ne semble pas vraiment disposé à « réparer ses torts ».

S’il est innocent, Sobhraj aura activement creusé sa propre tombe. Non sans vantardise, il a toujours joué l’ambiguïté sur ses exploits criminels. Et puis, bien qu’il le réfute, il y a eu le fameux témoignage de Richard Neville, auteur de La vie et les crimes de Charles Sobhraj, publié en 1979. L’écrivain fait état des « aveux » de Sobhraj qui lui aurait narré les meurtres, détails sordides à l’appui. Bien sûr, la « légende Sobhraj » a pu aussi s’emballer et exagérer ses méfaits en lui mettant sur le dos tous les cadavres de toxicomanes de l’Asie des années hippies. Car le portrait du Serpent dépasse la réalité. Décrit par la presse anglophone des années quatre-vingt comme un « expert en karaté aux petits yeux perçants » ou un « félin glacial aux yeux énormes »… Dans les livres ou les articles consacrés à sa vie, les dates, les victimes, les noms, les lieux, les détails ne sont jamais les mêmes. Le roi de la manipulation et du mensonge a su brouiller les pistes et fabriquer sa légende, mais il s’y est perdu lui-même.

Voir également:

Sobhraj in India
Charles Sobhraj hated India, but the country got to him in the end
Ahead of the movie ‘Main Aur Charles’, which revisits the criminal’s jailbreak from Tihar in the 1980s, a look at his escapades.
Nandini Ramnath
Scroll.in
Oct 27, 2015

An international man of mystery of Indian extraction is a rarity. But if India has not rushed to embrace Charles Sobhraj as one of its own, it is with good reason. The half-Sindhi and half-Vietnamese criminal despised his Indian heritage, and used the country as one massive crime scene. India was where his father had relatives and maintained one of two households, where Charles Sobhraj first arrived to spend time with an extended family he had never met before, where he committed fraud, robbery and murder, and where he was arrested and sentenced for lengthy periods.

Sobhraj’s exploits include several audacious jailbreaks, one of which is the basis of the upcoming movie Main Aur Charles. Written and directed by Prawaal Raman, the October 30 release stars Randeep Hooda as the man who walked out of Tihar Jail in 1986 and then engineered his re-arrest to buy himself more jail time. Sobhraj wanted to remain in an Indian prison to avoid being extradited to Thailand, where he faced a possible death rap for a series of brutal murders committed in the mid-1970s, and he manipulated the Indian judicial system with the same ease with which he twisted the confidence of countless family members, victims and girlfriends over the course of two decades.

Sobhraj is now 71, and has been serving time in a Nepalese prison since 2003 for murders committed there during the ’70s.

In 1975, after escaping from a Greek prison,  Sobhraj boarded a plane to India for only his second extended trip to the country. But his feelings about the subcontinent, as reported by Richard Neville and Julie Clarke in the book Charles Sobhraj,  weren’t exactly positive: “How he hated India, except as a land of easy pickings, and although its blood flowed through his veins, he rarely acknowledged it.”

Charles Sobhraj is based on extensive interviews conducted with the frequent felon in Tihar Jail in 1977, when he was on trial for a failed attempt to rob a French tour group. Although Sobhraj later disowned the book – he is a man who likes to be in charge of his mythos – Neville and Clarke had no doubt about his culpability. “I had come to Delhi with some vague theory of Charles as a child of colonialism revenging himself on the counter-culture,” Neville, a prominent figure of the Australian counter-culture himself and the co-editor of the magazine Oz, writes in the epilogue. “Instead, I was dazzled by a brilliant psychopath.”

Raman clarified that Main Aur Charles is not a biopic but “an account of a chargesheet”. The movie is set in the ’70s and ’80s, and also stars Richa Chadha as a lawyer who is drawn by Sobhraj’s animal magnetism. “The movie is about a jail break and the subsequent police investigation,” said Raman, who has previously directed Gayab and 404. “The basic idea is to do justice to the determination of people involved in the case. It is a fictionalised account, which is why I didn’t need to seek permission to make the film.”

Sobhraj first came to notice in the ’70s after a series of murders of American and European tourists in Bangkok that were pinned on him and his collaborators. Even while Neville and Clarke were interviewing Sobhraj in Delhi in 1977, American journalist Thomas Thompson was researching Serpentine, an exhaustive account of the crook’s life and crimes. Serpentine ends with Sobhraj’s conviction by the Supreme Court of India on August 8, 1978, on charges of culpable homicide and robbery. The subject outlived the author: Thompson died from a liver disease in 1982, which his family believes he contracted during his research on Serpentine.

Sobhraj also inspired the mini-series Shadow of the Cobra, starring Art Malik and made in 1989 for Australian television. Sobhraj might have appeared in the movies himself if he hadn’t been occupied with drugging tourists and relieving them of their possessions and passports. Thompson describes a moment from 1971, when Sobhraj was in Mumbai’s Colaba tourist district, casing out various hospitality establishments.

“Once Charles had been asked by a director to be an extra in a crowd scene that required foreign faces, and although he did not have the time at that moment, the idea of becoming a film star someday was tucked in one corner of his head,” Thompson writes.

There are traces of Sobhraj in the half-Indian and half-Chinese character played by Danny Denzongpa in Mahesh Bhatt’s 1979 Lahu Ke Do Rang. (If a movie on Sobhraj had been made in those years, Denzongpa would have a shoo-in for the role). Two decades later, Sriram Raghavan was among the filmmakers keen on bringing aspects of Sobhraj’s life to the screen, and he started preliminary research on the subject.

“He is a fascinating character with an Indian connection,” Raghavan said. “The screenplay never got written, and I don’t know how I would have tackled the subject.” Elements of the smuggler’s persona crept into Saif Ali Khan’s character in Raghavan’s 2004 thriller Ek Hasina Thi, especially Sobhraj’s widely acknowledged charm, which allowed him to “befriend a cabbie as easily as a big shot”, the filmmaker added.

In the early 2000s, the Mumbai production company SBI Impresario, set up by Sorab Irani, set out to make a biopic based on Sobhraj’s memoir, The Aftermath. The movie was called Bottomline. Jackie Shroff was to have played the criminal, who had been spending time in London after serving out his prison sentence in India, and British author Farrukh Dhondy was to have written the screenplay.

In a blog published in 2013, Sorab Irani’s daughter, filmmaker Oorvazi Irani, details their colourful encounter with the criminal in 2002, adding that “the film is “still under production and not yet made”. In 2007, Dhondy published a novel based on Sobhraj’s crimes, titled The Bikini Murders.

Saigon to France to India

As anyone who has followed his story well knows, Sobhraj’s life is difficult to summarise in a single movie. He was born on April 6, 1944, during World War II in Saigon, in the territory then known as French Indochina. He was christened Gurmukh, a name his Vietnamese mother Song found hard to pronounce. He was the illegitimate son of a short-lived union between Song, variously described as a shop assistant and bar hostess, and Hotchand Bhawnani Sobhraj, also variously described as a humble tailor (by Thompson) and a moneylender and successful owner of two tailoring shops (by Neville and Clarke).

“The little boy was called Gurmukh, an Indian name that Mr Sobhraj had come up with, although the child had no official identity,” Thompson writes. “Wartime records had been poorly kept, and aside from an entry in a hospital record, the baby did not exist in the eyes of the transitional government.”

Unwanted by his father, Sobhraj was taken to France by Song when she married a French soldier. His official name was Hotchand Bhawnani Gurmukh Sobhraj, and his new moniker emerged in the country that eventually granted him citizenship, perhaps because the precocious boy delighted in mimicking the actor and filmmaker Charles Chaplin. In 1959, when he was 15, his name was entered in church records as Charles Gurmukh Sobhraj.

Before he could become a French citizen, Sobhraj had to face his Indian heritage. On his mother’s request, Hotchand sent Charles to his family home near Pune for a few months in 1961. The idea was to spend enough time in India to qualify for citizenship, but Sobhraj hated his relatives, the food, and the climate, and he eventually escaped to Saigon as a stowaway on a ship. He was sent back to India by his father in 1962, but was not allowed to disembark because he did not have the proper papers.

Sent back to his mother in Marseilles and granted a temporary visa, Sobhraj embarked on a series of petty crimes that nearly got him kicked out of his adopted homeland. He was finally declared a French citizen by 1970 through his mother since she was a natural-born citizen of a former French colony. However, Sobhraj’s destiny lay in the country he had so strenuously rejected. According to Thompson, the French consul official who granted Sobhraj his citizenship declared, “This man, someday he will meet his fate in India.”

That year, Sobhraj travelled again to India with his wife, Chantal. She gave birth to their daughter, Madhu, in a hospital in Mumbai. Sobhraj “moved easily into Bombay’s international colony”, Thompson writes. Among his friends were the associate director of the Alliance Francaise, who offered the silken-tongued émigré and his family an apartment at a discounted rate.

Sobhraj described himself as a businessman, but his trade was selling used and stolen cars to the city’s elite who, for all their wealth, have never shied away from a good bargain. “Charles’ popularity among the Bombay affluent was confirmed when he demonstrated his ability to procure shiny and apparently new Alfa Romeos, BMWs, Maseratis and Mercedes,” Neville and Clarke write. Sobhraj’s poor opinion about Indians was cemented during this phase, according to the authors. “They were so passive and dishonest at the same time… Charles was proud and ambitious and the only thing he liked about Bombay was the Taj Mahal Hotel, that symbol of wealthy, aristocracy and power,” they write.

Crime Scene India

Between 1971 and 1978, according to his confession and Thompson’s investigation, Sobhraj committed a series of crimes in various countries, including a failed attempt to rob an emporium at Hotel Ashok in Delhi in 1971. Upon being caught, he faked an appendix problem (an appendectomy was performed on him nevertheless) and, with Chantal’s help, managed to escape from the hospital. Serpentine documents Sobhraj’s frantic cross-border movements over the next few years – he fetched up in Kabul, Istanbul, and Athens, and slipped out of prisons upon arrest. By mid-1975, Sobhraj was back in India, posing as Alain Gautier, a photographer with the Paris-Match magazine, and winning the confidence of tourists whom he would later rob.

Sobhraj’s modus operandi included seducing women who became pliant and loyal accomplices. “He was a women’s fantasy of one moment of adventure – and danger,” his half-brother Andre told Thompson. Among Sobhraj’s most devoted lovers was Marie-Andree Leclerc, a Canadian who was accused of helping him commit several dastardly crimes, including at least five murders in Bangkok in 1975. She was around when he unsuccessfully drugged several French tourists at Hotel Vikram in Delhi in July 1976. They were arrested and lodged at Tihar, from where he staged his sensational jailbreak.

Sobhraj thrived on the permissive mores of the ’70s, and many of his victims were hippies and backpackers who were unable to see beyond his smooth sales pitch, said Julie Clarke, the co-author of Charles Sobhraj, in an email interview. “The fact that young unsophisticated Westerners were suddenly travelling in Asia in great numbers, and had a hippie culture of trusting everyone, provided such an easy target for him,” Clarke said. “The cultural use of marijuana had everyone a bit too relaxed.”

Perhaps it is not so surprising after all that Indian filmmakers have balked from bringing Sobhraj’s misadventures to the screen, even though the ’70s saw a spate of anti-hero movies across languages. The Hindi film industry in particular delighted in packing the screen with gamblers, spies, thieves, con-men, smugglers, molls and drug dealers. Yet, the morality of the characters remained black and white: heroes were misguided or pretending to be so, heroines lost their waywardness once they fell in love, and villains remained unrepentant and got their comeuppance.

Sobhraj doesn’t quite fit into this neat matrix. However, present-day popular cinema, which is more interested in psychological realism, is perhaps the best placed to examine his complex personality.

“My view is that he is a classic psychopath; we are looking at a mental illness,” Julie Clarke said. “He is not a hero in any sense. He fascinates those who are gullible (which is a human condition as most of us don’t come across psychopaths in the normal course of life.)”

Real versus reel

Raman’s Main Aur Charles will contrast the outlaw’s actions with those of the upright police officers who go after him. Nandu Madhav plays Madhukar Zende, the Mumbai police officer who arrested Sobhraj in Goa after his jailbreak. Zende had been staking out various establishments in Goa, and he famously walked up to Sobhraj at a restaurant in Porvorim, grabbed his arm and said, “Hello Charles, how are you?”

One of the key characters in this episode is Amod Kanth, who was Deputy Commissioner of Police in Delhi when Sobhraj made his escape. Kanth, who has retired from the police force and runs the non-governmental organisation Prayas, is portrayed by Adil Hussain in Main Aur Charles.

Kanth has been a part of several high-profile investigations, including the assassination of former prime minister Rajiv Gandhi, the Jessica Lall murder, and the BMW hit and run killing. “In the canvas of my experience, Sobhraj stands out as a character, and not in a good sense,” Kanth said. “He was in my custody for over a month, and I interrogated him. I would never allow him to sit on a chair and made him sit on the floor.”

Sobhraj’s mesmerising hold over men and women has been well documented. “He always parades his masculinity as if he were afraid it would go away,” a former girlfriend told Thompson. But Kanth remains unimpressed. “His character is slimy, and there is nothing charismatic about him, whatever his admirers might feel,” Kanth said. “He is a restless and fundamentally devious character.”

Which makes him ripe screenplay fodder. Prawaal Raman emphasised that while Main Aur Charles does not glorify Sobhraj, the filmmaker is not sitting in judgment on him either. “When there is a fight between good and evil, the battle is more interesting than who wins,” Raman said. “The movie is about an enigmatic man, a very focused cop, and their basic confrontation. I have taken a bird’s eye view.”

Voir de même:

La nébuleuse affaire Marie-Andrée Leclerc
La Québécoise Marie-Andrée Leclerc a été déclarée coupable du meurtre et du vol de touristes en Asie avec son compagnon de voyage Charles Sobhraj.
Radio-Canada
Apr 13 2021| Mis à jour le 13 avril 2021

La récente minisérie The Serpent raconte l’histoire du tueur en série français Charles Sobhraj et de sa compagne, la Québécoise Marie-Andrée Leclerc. Était-elle victime ou meurtrière? Retour en archives sur une affaire tout aussi scabreuse qu’énigmatique.

À la fin des années 70, l’affaire Marie-Andrée Leclerc a fait couler beaucoup d’encre. Comment une secrétaire médicale de Lévis est-elle devenue la femme la plus recherchée d’Asie?

Pendant un périple d’un an, de 1975 à 1976, la Québécoise aurait participé aux meurtres de plusieurs touristes européens et nord-américains en Asie.

En août 1976, elle est arrêtée et incarcérée à la prison de Tihar, en Inde. Elle devra y demeurer plusieurs années en attente de son procès. Ses conditions de détention lui attirent une certaine sympathie.

Marie-Andrée Leclerc nie être une meurtrière et prétend plutôt avoir été sous l’emprise de Charles Sobhraj, un criminel indo-vietnamien avec qui elle voyageait.

Six ans plus tard, elle sera inculpée et condamnée à la prison à perpétuité avec son complice.

Elle aurait aidé Charles Sobhraj à droguer des voyageurs naïfs pour leur dérober argent et passeports, puis s’en débarrasser.

Ce reportage du journaliste Yves Désautels au Téléjournal du 24 juillet 1983 est présenté lors de son retour au pays.

Partie pour un voyage en Inde qui ne devait durer que quelques mois, la voici huit ans plus tard, épuisée, devant se déplacer en chaise roulante, meurtrie physiquement et moralement, mais visiblement heureuse d’être de retour au pays.

Une citation de :Yves Désautels

La jeune femme étant atteinte d’un cancer, la Cour suprême indienne l’autorise à revenir temporairement au Canada afin de se faire soigner.

Son retour lui donne l’occasion de publier un livre sur son histoire qui compte cependant plusieurs zones d’ombres.

Le témoignage de Marie-Andrée Leclerc

Moins d’un an plus tard, le 20 avril 1984, Marie-Andrée Leclerc meurt à Québec des suites d’un cancer de l’utérus.

Le reportage du journaliste Jacques Plante au Téléjournal montre quelques extraits d’une entrevue qu’elle a accordée à Radio-Canada lors de la publication de son livre.

On y découvre une femme charmante, toute délicate et en apparence sereine. Cela pourrait expliquer pourquoi plusieurs Québécois l’ont crue innocente jusqu’au dernier moment.

La Lévisienne prétendra jusqu’à sa mort qu’elle ne savait rien des activités meurtrières de Charles Sobhraj, disant plutôt avoir été sa victime. Il lui aurait dérobé tout son argent et aurait fait en sorte que son passeport soit inutilisable. Elle était à sa merci, écrit-elle dans son livre.

Elle affirmera également ne pas avoir été amoureuse de son compagnon, qui se disait négociant en pierres précieuses.

Pourtant, elle va le rejoindre en Asie quelques mois à peine après l’avoir rencontré en 1975 lors d’un premier voyage en Inde. Son journal intime, obtenu par les autorités thaïlandaises, exprime également le contraire.

L’enquête de la journaliste Huguette Laprise

Outre le livre Je reviens…, publié aux Éditions Stanké en 1983, L’Affaire Marie-Andrée Leclerc d’Huguette Laprise permet un certain éclairage sur cette histoire.

Envoyée spéciale du quotidien La Presse, la journaliste s’est rendue à trois reprises en Asie pour couvrir l’affaire Marie-Andrée Leclerc. Elle met en doute l’innocence complète de la Québécoise.

À l’émission Le Point Médias du 5 novembre 1993, la journaliste Madeleine Poulin s’entretient longuement avec Huguette Laprise.

Elle explique être allée à la rencontre de Marie-André Leclerc en Inde à la suite du mandat d’arrestation international d’Interpol.

« Je suis vraiment partie avec cette idée d’aller aider une Québécoise qui est mal prise », raconte-t-elle.

Mais au cours de son enquête, la journaliste découvre un dossier très chargé et documenté. Les faits et les témoignages qu’elle recueille au Népal, à Hong Kong et en Thaïlande sont accablants.

On ne peut pas être dans un appartement et qu’il y ait des gens qui sont enchaînés dans notre appartement sans les voir!

Une citation de :La journaliste Huguette Laprise

Lorsque la journaliste la visite en prison, Marie-Andrée Leclerc parle comme une petite fille naïve, se disant en bien mauvaise posture et appelant à l’aide.

Huguette Laprise croise également Charles Sobhraj au palais de justice. Un personnage qu’elle décrit comme antipathique qui a tout d’un psychopathe et auquel Marie-Andrée Leclerc semble encore très attachée.

Marie-Andrée Leclerc était très certainement sous le charme de Charles Sobhraj, mais sous son emprise, sans voir tout ce qu’il tramait? Tous les éléments d’information colligés par la journaliste Huguette Laprise vont dans le sens contraire.

« Après toutes ces années-là, ce que je peux dire, c’est que cette fille a eu un destin très très triste, abominable », conclut la journaliste de La Presse.

Voir de plus:

23 avril 2021C’est petit, le Québec, quand même. Au milieu des années 60, le comédien Marcel Lebœuf, originaire de Lévis, se faisait garder par Marie-Andrée Leclerc. Oui, oui. La Marie-Andrée Leclerc, alias la belle Monique, que le monde entier a redécouverte depuis la mise en ligne de la minisérie Le Serpent sur Netflix, au début du mois.

La famille Lebœuf vivait alors rue Fraser, tandis que les Leclerc vivaient à côté, rue Déziel, près du Collège de Lévis.

« Elle m’a gardé de 8 à 11 ans. Elle avait alors 17 ou 18 ans. Je la trouvais donc belle. Je pense que j’étais amoureux d’elle », se souvient Marcel Lebœuf.

Encore mieux, maintenant : la fille de Marcel Lebœuf, l’actrice Laurence Lebœuf, a passé deux auditions, en décembre 2018, pour décrocher le rôle de Marie-Andrée Leclerc dans Le Serpent. C’est le genre d’histoire qui ne s’invente pas.

À Montréal, Laurence Lebœuf a enregistré trois scènes, dont celle où l’empoisonneuse Marie-Andrée/Monique entre dans la chambre des deux touristes néerlandais drogués. La vidéo a ensuite été transmise à la société Mammoth Screen, qui a produit Le Serpent pour la BBC et Netflix.

Les producteurs l’ont rappelée pour un deuxième bout d’essai, mais Laurence Lebœuf n’a pas obtenu le rôle, qui a été attribué à Jenna Coleman (Doctor Who), incapable de parler français, comme la minisérie nous le prouve pendant huit épisodes d’une heure. Ce qui est affreusement gênant pour une émission avec un tel budget et un souci maniaque du détail historique.

« C’est frustrant de voir qu’ils ont pris une Britannique pour jouer une Québécoise. Je ne peux pas y croire. Pour nous autres, ça fait mal, ça me fait un pincement pour notre représentation à la télé. Je suis certaine que la barrière de la langue a empêché Jenna Coleman d’être à son meilleur. »

— Laurence Lebœuf

« Même si ce n’est pas moi qui l’ai obtenu, j’aurais vu une Evelyne Brochu ou une Sophie Desmarais dans ce rôle », raconte Laurence Lebœuf, après une journée de tournage de la télésérie Transplant de CTV, à Montréal.

Encore pire, selon Laurence Lebœuf, et je partage son avis à 100 % : la scène où Marie-Andrée Leclerc appelle sa mère, Marie-Paule, à Lévis, à la fin de la série. Les deux Québécoises pure laine se parlent alors dans un français incompréhensible même pour des téléspectateurs francophones. Il faut ajouter les sous-titres pour décoder leur échange. « Avec les budgets qu’ils ont, c’est tellement frustrant de voir ça », soupire Laurence Lebœuf.

Comme Laurence Lebœuf avait déjà passé des auditions pour d’autres séries de la BBC, elle se trouvait dans le circuit pour briguer des rôles prestigieux comme celui de Marie-Andrée Leclerc, cette secrétaire médicale de Lévis qui a fait les manchettes, au milieu des années 70, après avoir accompagné le psychopathe Charles Sobhraj dans une cavale meurtrière en Thaïlande, au Népal et en Inde.

Catherine St-Laurent, qui campe Noélie St-Hilaire dans District 31, a également soumis une vidéo d’audition pour jouer Marie-Andrée Leclerc dans Le Serpent. Elle non plus n’a pas été retenue.

Avec le succès qu’elles remportent dans des téléséries internationales (Mary Kills People, Hannibal, Letterkenny ou Revenge), pourquoi aucune actrice d’ici n’a été considérée pour Le Serpent ? La société de production de la minisérie, Mammoth Screen, dont le siège est à Londres, n’a pas répondu à ma demande d’entrevue.

Vérification faite, ni Karine Vanasse ni Caroline Dhavernas, ni Magalie Lépine-Blondeau, toutes des actrices bilingues qui ont brillé à l’étranger, n’ont été appelées pour Le Serpent.

Cette histoire de langue n’est pas un détail anecdotique ni du chauvinisme mal placé. C’est un enjeu de crédibilité pour une série qui n’a pourtant pas lésiné sur les moyens pour reconstruire les années 70 en Asie du Sud-Est et à Paris.

En entrevue avec le magazine Entertainment Weekly, l’actrice Jenna Coleman a révélé avoir appris ses répliques de façon phonétique, avec l’aide d’un coach vocal. La comédienne n’a eu que « trois ou quatre semaines pour maîtriser » notre langue. C’est un échec cuisant, n’ayons pas peur des mots. « Sais toune étchèque kwuizan », dirait sans doute Monique dans Le Serpent.

Quarante-cinq ans plus tard, l’histoire abracadabrante de Marie-Andrée Leclerc, digne d’un polar de John le Carré, fascine toujours autant. Comment la secrétaire du réputé chirurgien orthopédiste Georges-Albert Daigle de Lévis, une jeune femme de 29 ans très pieuse, a-t-elle pu succomber au charme d’un tueur en série comme Charles Sobhraj ?

En 1983, le journaliste de la station radiophonique CJRP de Québec Jean-Luc Vachon a publié un livre intitulé Marie-Andrée Leclerc – Victime, aventurière ou meurtrière ?

Avec l’aide du père capucin Alain Picard, établi à Varanasi, c’est lui qui a ramené Marie-Andrée Leclerc de New Delhi à l’aéroport de Québec, en juillet 1983. Emprisonnée en Inde, Marie-Andrée Leclerc avait alors obtenu une permission spéciale pour rentrer au pays et soigner un cancer.

Les comptes rendus de l’époque parlent à la fois d’un cancer de l’utérus et d’un cancer des ovaires. Il semble que la maladie était généralisée quand la Lévisienne a été vue par un médecin québécois.

En se rendant interviewer Marie-Andrée Leclerc en Inde, le reporter Jean-Luc Vachon, 42 ans, a contracté la malaria et en est mort en décembre 1983. Marie-Andrée Leclerc a succombé à son cancer cinq mois plus tard, en avril 1984, à l’âge de 36 ans.

« Pour mon père, je crois que Marie-Andrée a d’abord été une aventurière, puis une victime. Mais une victime qui collaborait », avance la fille de Jean-Luc Vachon, Isabelle Vachon.

Si les allers-retours dans le temps ne vous effraient pas – il y en a des dizaines et des dizaines par épisode –, The Serpent vous charmera avec ses aventures exotiques dangereuses. Tout le contraire de l’accent de Jenna Coleman, qui repousse et effraie, tel le cobra indien le plus venimeux de la planète. Envoyez des secours, ça presse.

Voir encore:

Le Serpent: si on oublie l’accent [VIDÉO]
Richard Therrien
Le Soleil
13 avril 2021

CHRONIQUE / Au Québec, Le Serpent fait surtout jaser pour l’accent québécois invraisemblable de son actrice principale, la Britannique Jenna Coleman. Mis à part cet irritant majeur, la série britannique de huit épisodes mérite qu’on s’y intéresse.

Deuxième titre le plus regardé sur Netflix au Canada mardi, Le Serpent s’inspire librement de l’histoire du tueur en série Charles Sobhraj et de celle qu’on présente comme sa complice, la Lévisienne Marie-Andrée Leclerc. Bien réelle, l’affaire hautement sordide remonte aux années 70 et avait été suivie comme un feuilleton dans les journaux.

Ce Serpent, qui porte bien son surnom, c’est un psychopathe qui se fait appeler Alain, accessoirement marchand de pierres précieuses français, qui charme ses victimes en leur faisant miroiter beaucoup d’argent, avant de les droguer, de les faire disparaître de manière atroce et de voler leur identité.

Secrétaire médicale, Marie-Andrée Leclerc a fait sa connaissance lors d’un voyage en Inde en 1975. Elle est soudainement envoûtée par ce «Alain». Dès lors, ils entretiennent une correspondance enflammée.

«Je me languis de tes caresses et de tout ce que les prochaines semaines nous réservent», lui écrit-elle dans une de ses lettres roses, avant de tout quitter pour lui. Elle accepte même de changer son prénom pour Monique dans cette vie empruntée que ce playboy veut lui offrir, une alternative rêvée à son existence banale.

Elle découvre rapidement les véritables intentions de son gourou, qui utilise toujours le même stratagème diabolique. Et elle choisit de rester malgré tout. «Marie-Andrée hurle pour que tout s’arrête mais Monique, elle, n’a pas le choix», se dit-elle à elle-même.

En parallèle, on suit l’enquête d’un diplomate hollandais en Thaïlande, Herman Knippenberg (Billy Howle), sur la disparition d’un jeune couple de touristes dans des circonstances vraiment étranges. Prise au sérieux par personne, la disparition de hippies ne suscite que rires et moqueries, jusqu’à ce que Knippenberg mette la main sur un journal intime, qui confirme ses soupçons. Le personnage est à peu près le seul vraiment attachant et sa quête pour trouver le coupable y est pour beaucoup dans l’intérêt de cette série.

Cette histoire est un film en soi. Il n’y a qu’à relire les journaux de l’époque pour comprendre à quel point le sort de Marie-Andrée Leclerc, condamnée ou défendue de part et d’autre, a fasciné la population.

Il faut souligner la qualité de la reconstitution d’époque, looks inclus, tout comme la trame musicale, qui nous sert Gainsbourg, Aznavour et Dutronc. Tahar Rahim, proclamé meilleur acteur aux César en 2010 pour son rôle dans le film Un prophète, excelle dans le rôle du Serpent. Chacune de ses apparitions donne froid dans le dos.

Bien que le suspense ne manque pas, la série abuse des sauts dans le temps, sans qu’on en sente réellement la nécessité. «Trois mois plus tard, quatre mois plus tôt…», tout ça devient parfois étourdissant.

À défaut d’engager une actrice québécoise – il n’en manque pourtant pas –, il aurait été tout simple de faire doubler les propos en français de l’actrice britannique dans un québécois potable. Mais chez Netflix, ces considérations sont secondaires; ils ont dû se dire: qui, à part les Québécois, feront la différence? On engage de vrais Français, de vrais Britanniques, de vrais Thaïlandais… mais une vraie Québécoise?

Si le doublage ne vous incommode pas, c’est pour une fois l’option la plus sage; la version française biffe le faux accent de Jenna Coleman. Reste que «Monique» de Lévis parle alors avec un accent français mais compréhensible. À vous de voir.

Revenue à Québec parce qu’elle souffrait d’un cancer incurable, Marie-Andrée Leclerc est décédée à 38 ans en 1984. Encore aujourd’hui, la véritable nature de son implication dans les meurtres de Sobhraj fait débat. Quant au Serpent, il est toujours en vie et purge une sentence à vie dans une prison népalaiseReal life Herman Knippenberg details how accurate The Serpent is to true events

Voir aussi:

Billy Howle plays the Dutch diplomat in the BBC drama
Francesca Shillcock
Hello !
February 07, 2021

The Serpent has been shocking fans in recent weeks not only due to its realistic performances but the tragic true story behind it – and now, a real life contributor to the story has opened up about the accuracies in the showHerman Knippenberg was a Dutch diplomat tasked with investigating the string of murders that were occurring across Thailand, Nepal and India in the 1970s at the hands of heinous criminal Charles Sobhraj.In the BBC drama, Herman is played by Billy Howle (MotherFatherSon, On Chesil Beach) and it seems the real Herman was impressed by his performance.

Appearing on Loose Women this week, the former diplomat, now 76, told the panel how true the life the show is. « I think that Billy Howle did a fantastic job. It was so real at times, some of the scenes I saw. »

He added: « I was gripped myself and had to make up my mind whether indeed it was as Billy Howle played it or as I had experienced it, it came dangerously close. »

Herman Knippenberg appeared on Loose Women this week

Herman, who now lives in New Zealand with his wife Vanessa after divorcing his wife Angela (portrayed in the show by Ellie Bamber), also detailed his state of mind and determination while investigating the serious crimes across Asia.

« It was absolutely imperative to stop the killings. As I have said to friends before, even if it was not in the parameters of my work, if I could make the difference I felt in that moment I could and I would. »

He continued: « It would give me the chance to extend a warning to travellers, they have to be careful because in paradise there may be the serpent lurking somewhere, » Herman told the ITV programme. It’s absolutely necessary when someone goes to other countries they are careful about meeting people. »

Voir également:

The Serpent: What happened to Herman Knippenberg? Where is Herman now?

THE SERPENT is the new true-crime series on BBC One and the BBC iPlayer. Billy Howle portrays Herman Knippenberg but what happened to Herman and where is he now?
Molli Mitchell
The Express
Jan 27, 2021

The Serpent on BBC is based on the harrowing crimes of French serial killer, Charles Sobhraj (played by Tahar Rahim). Dutch junior diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle), found himself in a cat and mouse chase with Sobhraj, building a case against the killer throughout the 1970s with his wife Angela Knippenberg (Ellie Bamber). What happened to Herman Knippenberg and where is Herman now?

What happened to Herman Knippenberg?

Herman Knippenberg is former Dutch diplomat, who was based at the Dutch Embassy in Bangkok, Thailand in the 1970s.
The position of the third secretary at the embassy in Thailand in 1975 had been Knippenberg’s first major foreign posting at the time.
He had begun looking into the disappearance of two Dutch travellers, Henk Bintanja, 29 and Cornelia Hemker, 25, in 1976.  He soon discovered the pair were not only dead but had been murdered. Bintanja and Hemker had also been misidentified as two missing Australian backpackers.
Knippenberg, who was 31-years-old at the time, began his search for their killer, leading himself down a dark path of murder and deceit. He believed the deaths of his two Dutch came at the hands of a serial killer and he began to look into several other missing tourist cases.
Alongside his wife Angela, and the help of Belgian diplomat, Paul Siemons (Tim McInnerny), they began to delve deeper a series of murders across the Hippie Trail in the late 1970s, leading them to one man: Charles Sobhraj.
During his research, the diplomat turned detective, was led to Nadine (Mathilde Warnier) and Remi Gires (Grégoire Isvarine), the neighbours of Sobhraj who suspected he may have been a killer.
Nadine bravely went undercover for Knippenberg, collecting evidence which helped him build his case against Sobhraj.
Billy Howle who portrays the real Herman Knippenberg in The Serpent spoke to Express.co.uk and other press about taking on the role. He also revealed he spoke with Knippenberg whilst preparing for the role.
Howle said: « It’s a sort of moral question: what drives a man to do such heinous things as Charles Sobhraj has done? And interestingly, when I spoke to the real Herman, he said, ‘Who cares?’ And that was quite amazing for me to hear, and I kind of understood straight away what he meant.
« Well really no, it’s not about trying to understand what drives him  [Sobhraj] to do that, it’s about stopping it. And you know in a sense, how dare another human being do that to innocent people?
“So it’s a sort of moral outrage that drives this fastidious investigation that he takes upon himself.
« It’s so unlikely, really, a person in this position doing the job that he was doing, for this to land on his desk, I think it is the moral outrage at the reality of this, the gravity of it, that drives him forward to want to stop it.”
Sobhraj is believed to have killed over a dozen travellers on the Hippie Trail through Nepal, Thailand and India.
His known victims were Teresa Knowlton, Vitali Hakim, Stephanie Parry, Cornelia Hemker and Henricus Bitanja, Laurent Carriere, Connie Bronzick, Allen Jacobs and Jean-Luc Solomon.
Today, Charles Sobhraj, 76, is serving out a life sentence in Kathmandu prison, Nepal.

Where is Herman Knippenberg now?

Herman and Angela Knippenberg have divorced and have both remarried.
Herman, 76, lives in Wellington, New Zealand with his wife Vanessa today.
He retired in 2003, after three decades in the foreign service. Speaking with The Telegraph, Herman shared he enjoys his peaceful life of country walks, watching movies and reading.
Actor Howle noted he felt it was « enlightening » speaking to the real life Herman as he could gain more of an insight into his life in the foreign services.

Voir  par ailleurs:

The Serpent and his sidekick: New BBC series tells story of ‘bikini killer’ Charles Sobhraj starring Jenna Coleman as ‘brainwashed’ lover who helped him murder at least a dozen tourists on the 1970s hippie trail in Asia

  • Charles Sobhraj murdered at least a dozen Westerners on the 1970s hippie trail 
  • Would drug victims to rob them and trick them into trusting him with scams
  • Gained nickname bikini killer after body of first victim was found in tidal pool 
  • Marie-Andrée was Sobhraj’s girlfriend who ignored him murdering Westerners  

He was the killer who drugged and killed at least a dozen Westerners on the Hippie Trail in Asia in the 1970s.

Now, a new series revisits the crimes of serial killer Charles Sobhraj, who gained the nickname The Serpent because of his skills at deception and evasion, and will premiere tonight on BBC One.

The eight-part drama will detail his killing spree in 1975, and how his accomplice Marie-Andrée Leclerc, played by Jenna Coleman, stood by him despite full knowledge of his crimes and promiscuity.

She’s admitted it was disturbing to play girlfriend who had ‘no empathy’, and would help the killer drug and rob unsuspecting tourists to finance their lifestyle.

Here, Femail revisits the hideous crimes of ‘the bikini killer’ Sobhraj, who was eventually hunted down and sentenced to life in prison.

WHO IS CHARLES SOBRAJ?

Born to an Indian father, Hatchand Sobhraj and Vietnamese mother Tran Loan Phung, Sobhraj grew up in Saigon before his parents divorced and his father cut of all contact with the family.

He was later adopted by his mother’s new boyfriend, a French Army lieutenant stationed in French Indochina, who is thought to have neglected him in favour of his own children with Sobhraj’s mother.

As a teenager he spit his time between Indochina and France, beginning to commit petty crimes such stealing cars and robbing housewives at gunpoint. He served his first prison sentence for burglary in Paris in 1963.

In prison he met volunteer Felix d’Escogne, a wealthy young man who he would eventually move in with use to help accumulate riches through a series of burglaries and scams in high society Paris.

New role: Jenna is currently starring in BBC drama The Serpent, where she plays the 'brainwashed lover' of 'bikini killer' Charles Sobhraj, played by Tahar Rahim

Jenna Coleman has revealed her discomfort at playing the partner of bikini killer Charles Sobhraj, who had ‘no empathy’ as he carried out his horrific crime spree. Pictured, Coleman and Tahar Rahim as Marie-Andrée Leclerc and Sobraj

Jenna Coleman stars in new 1970’s BBC drama ‘The Serpent’

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After his release from prison, Sobhraj met his first love, Chantal Compagnon, a young Parisian woman from a conservative family who he too would later make complicit in his crimes.

He proposed to Compagnon but was arrested later the same day for attempting to evade police while driving a stolen vehicle. He spent eight months in prison while pregnant Chantal remained loyal to him.

From 1970 the pair travelled the world with fake documents by robbing tourists  they met on their travels and using their profits to feed Sobhraj’s gambling habit.

In 1973 he escaped prison after an unsuccessful armed robbery by fleeing to Kabul where he first started fleecing tourists on the Hippie Trail, but was soon arrested again and fled again to Iran.

Compagnon returned to Paris to escape a life of crime after being jailed in Afghanistan and giving birth to her daughter behind bars. Eventually being forced to move to the US to escape Sobhraj.

He spent the next two years on the run, using as many as ten stolen passports,  committing crime with his half brother Andre across Eastern Europe and the Middle East, before his brother was arrested and he fled once again.

WHEN DID HE MEET MARIE-ANDREE LECLERC? 

In the Spring of 1975, Sobhraj met Marie-Andrée Leclerc, a medical secretary travelling India when he acted as her guide of the country.

Sobhraj had been financing his lifestyle by posing as either a salesman or drug dealer to impress tourists, who he then drugged, robbed and often murdered.

At this point the killer was joined by Ajay Chowdhury, a young indian man who would help him scam tourists by helping them out of situations he had caused, for example providing shelter to victims he had poisoned.

Jailed: Charles Sobhraj (pictured in 2014 with Nepalese police) preyed on Western tourists visiting Asia and was known as The Serpent and The Bikini Killer

Jailed: Charles Sobhraj (pictured in 2014 with Nepalese police) preyed on Western tourists visiting Asia and was known as The Serpent and The Bikini Killer

While he claimed that murders were often accidental drug overdoses, it was later alleged by investigators that his motive for murder was silencing victims who threatened to expose him.

Three months later Leclerc flew to Bangkok to meet him after months of him seducing her with love letters – turning  blind eye to his philandering with local women.

According to The Sun, He once remarked on his gift for coercing women: ‘If you use it to make people do wrong it’s an abuse.

‘However, if you use that power to make people do right, it’s OK. Who’s to say what’s right and wrong?’

Besotted, Leclerc became intwined in Sobhraj’s vicious crime spree, and would help him drug tourists to steal their passports and money

Jenna found it disturbing to portray Marie-Andrée Leclerc, the partner of Sobhraj (Tahar Rahim) who stood by him despite full knowledge of his crimes and promiscuity.

‘It was not an easy piece to play because how can you portray someone who has no empathy?’ Coleman told the Radio Times.

WHO DID HE MURDER? 

According to Serpentine by Jennie Bollivar, the first murder took place in 1975, when he drowned a 21-year-old woman from Seattle called Teresa Knowlton.

Her body was found a tidal pool in the Gulf of Thailand a flowered bikini, inspiring the killers nickname ‘the bikini killer’.

Before her death was discovered, Marie willingly posed as Knowlton to cash in the travellers cheques she was carrying worth thousands of dollars.

His next victim was Vitali Hakim, whose burnt body was found on the road to the Pattaya resort, followed by Henk Bintanja and his fiancée Cornelia Hemker,  who had been poisoned by Sobhraj and then nursed back to health.

While they were staying with him, a visit from Hakim’s French girlfriend, Charmayne Carrou threatened to expose him, and so he strangled the pair and burned their bodies.

He murdered at least two others in Thailand before fleeing to Kolkata, where he killed student Avoni Jacob simply to obtain his passport. He later murdered Jean-Luc Solomon by poisoning him.

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his life sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his life sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery

HOW HE WAS CAUGHT? 

 In 1976, Sobhraj attempted to drug a group of 60 French students on holiday in New Delhi in an attempt to rob them of passports and cash by giving them sleeping pills disguised as antibiotics.

But this time it backfired when the poison began working a lot faster than he expected.  When the first few students began falling where they stood, the others became alarmed and called the police.

Despite being given a 12-year jail term he lived a life of luxury thanks to bribing prisoners and guards, and has claimed he was able to have female guests to have sex while behind bars.

In The Life And Crimes Of Charles Sobhraj, authors Richard Neville and Julie Clarke claims he said: ‘I had a lot of female visitors, mainly journalists and MA students. Only intellectuals’.

True drama ‘The Serpent’ details crimes of killer Charles Sobhraj

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He was released from prison in 1997, when the 20-year arrest warrant issued by the Thai authorities had elapsed.

Dutch diplomat Herman Knippenberg helped exposed Sobhraj as a multiple killer, after the initial attempts to bring him to justice.

His hunt for the killer started in 1975 with a brief to help Thai police investigate the deaths of the two Dutch students who had been invited to Thailand after meeting Sobhraj in Hong Kong.

He launched his own investigation and gained permission to enter Sobhraj’s home, after the suspect had left for Malaysia.

There he found victims’ blood-stained documents and passports, as well as poisons and syringes.

A sighting of Sobhraj in Kathmandu in 2003 led to his arrest for the murders of two Canadians there in 1975, and at his trial the prosecution relied on evidence accumulated by Knippenberg.

Coleman undertook extensive research ahead of the role, reading Marie-Andrée's diaries of the periods before and after the murders

Coleman undertook extensive research ahead of the role, reading Marie-Andrée’s diaries of the periods before and after the murders

The former Dutch diplomat Herman Knippenberg who exposed Sobhraj will be played by British actor Billy Howell (pictured)

The former Dutch diplomat Herman Knippenberg who exposed Sobhraj will be played by British actor Billy Howell (pictured)

WHERE IS HE NOW?  

A Nepali court sentenced the notorious criminal to life imprisonment in connection with the killing of an American backpacker in 1975.

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery.

‘I am shocked,’ said Sobhraj as he walked out of the courtroom in handcuffs.

‘I have been found guilty without witnesses and evidence. Not a single witness was called,’ said Sobhraj. ‘We are going to appeal.’

His fame rose once again inside prison and he has since married 24-year-old Nihita Biswas, the daughter of his Nepali lawyer famous for his appearance on India’s equivalent to Big Brother.

Marie-Andrée Leclerc was accused of complicity in the murders, namely those of Jean-Luc Salomon and Avoni Jacob.

In 1980, she and Sobhraj were convicted of the murder of Avoni Jacob, though she has always denied involvement in the killings and was later released on the condition she remained in India.

She returned to Canada to die of cancer in 1984.

‘The Serpent’: TV Review

Tahar Rahim and Jenna Coleman star in this eight-part Netflix miniseries about serial killer Charles Sobhraj, who murdered at least a dozen people in Thailand, India and Nepal in the ’70s.
The Hollywood Reporter
April 1, 2021

For the second season of FX’s American Crime Story franchise, Tom Rob Smith used a reverse-chronological structure to trace Andrew Cunanan’s Talented Mr. Ripley-style journey from con artist with identity issues to road-tripping murderer. It was a framing device that didn’t always feel organic, but it yielded unexpected emotional rewards as the series progressed, aided tremendously by Darren Criss’ lacerating performance.

It’s impossible to know if writer Richard Warlow took inspiration from The Assassination of Gianni Versace; maybe it’s a complete coincidence that he approached the menacing tale of ’70s serial killer Charles Sobhraj as a Talented Mr. Ripley-esque saga about an identity-conflicted con man, complete with a fractured timeline. In this case, Warlow’s eight-part Netflix/BBC One drama The Serpent ends up being an infuriating blueprint for how bad storytelling choices, bad accents and an opaque central performance can thwart even the most inherently gripping of yarns.

Nicknamed the Serpent for his slithery evasiveness and the Bikini Killer because several of his victims were found in skimpy swimwear, Sobhraj (Tahar Rahim) killed at least a dozen people in Thailand, India and Nepal over a few years in the mid-’70s. Most of his victims were tourists on the so-called hippie trail and his other crimes included bank robbery, cheque fraud and passport manipulation. Using Bangkok as his central hub, Sobhraj swapped names and identifications, and he worked with cohorts, including lovely Quebecois Marie-Andree Leclerc (Jenna Coleman) and the amoral Ajay (Amesh Edireweera). With crimes straddling international jurisdictions and involving nationals from disparate countries, Sobhraj seemed uncatchable until he drew the attention of low-level Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) and his wife Angela (Ellie Bamber), who spent years seeking justice.

The thing that’s baffling about Warlow’s approach to the story is that the process of finding and catching Sobhraj was already immeasurably twisty. The thing Herman was trying to accomplish was already outside of his job purview and required that he work against the interests of corrupt law enforcement agencies, disinterested embassy figures each with a different agenda and victims and witnesses so prone to drug-addled meandering that it was hard to know when somebody had been murdered and when they’d just fallen off the grid in a narcotic haze. Throw in Sobhraj’s document-forging and gift for manipulation, and you could have played this game of cat-and-mouse out over four hours in deliriously entertaining fashion, complete with trippy costumes, a killer soundtrack and an eclectic cast, with no embellishment required.

The Serpent is a structural nightmare, pinballing from country to country and forward and backward in time. It isn’t incomprehensible. No, Warlow and director Tom Shankland insist on noting every shift in time and location with imagery and clattering sound effects from a retro travel destination board. The back-and-forth structure throws any sort of character development for Sobhraj and his crew out the window (ditto any sense of how their crimes evolved) and drains Herman’s burgeoning investigative skills of any suspenseful progression. I don’t doubt that distinguishing between locations in Southeast Asian countries would be somewhat difficult if they weren’t properly introduced initially, but doing it every single time and with the same sound effect had me flinching before the end of the first hour. And that was before we got introduced to scenes in Paris with both the onscreen “PARIS” chyron and then establishing shots of both the Eiffel Tower and Arc de Triomphe.

Tahar Rahim on Embodying « Evil » as Serial Killer Charles Sobhraj in Netflix’s ‘The Serpent’

There’s a looping and overlapping aspect to many of the murders as they’re depicted here — different stages of being conned, drugged and killed — and the time jumping actually reinforces a monotony to the crimes: a lot of vomiting and smothering and body dumping tied to interchangeable beardos and longhairs. Even if we eventually get to know some of the victims, we become bored with them and their fates first, and there’s no chance that was the intention. Here’s where a series at roughly half the length would have been an improvement. The sequences of writhing, sweaty tourists go from harrowing to Hostel-style foreign torture porn, and then lose meaning.

I’m not sure The Serpent needed to be couched as primarily Sobhraj’s story either. After it’s established that he’s driven by an inferiority complex that stems from being mixed race (Indian and Vietnamese) in countries that marginalize him as “brown,” Sobhraj’s psychological depths are never plumbed and Rahim’s performance is maddeningly enigmatic — sometimes effectively so, but sometimes completely lacking in the magnetic charisma other characters keep referencing and in the sociopathic humor the script hints at. There’s no question that villains whose motivations we don’t understand can be unnerving, but eight hours of not understanding left me with a “Maybe try harder?” feeling.

Rahim is surrounded by a cast of strange selections. There are moments Shankland’s camera captures Coleman silently conveying Marie-Andree’s uncertainty in ways that are effective, but any time she spoke in accented English or French I lost the ability to understand why you’d cast a British actress with no Gallic credentials in the part. Howle and Bamber are much better, and the series comes to life in the more linear middle installments. Bamber, a standout in the Shankland-directed Les Miserables miniseries, captures Angela’s frustrated contributions to the case well and, unlike Howle, her accent never makes her sound like Tom Hardy’s Bane.

After the opening episodes over-fixate on Rahim and Coleman’s characters, a good ensemble eventually develops. Mathilde Warnier as Sobhraj’s increasingly distrustful French neighbor, Tim McInnerny as a boozy Belgian diplomat and Damon Herriman as a boozy Australian diplomat became my favorites.

Shankland gets good value out of the international locations the production was able to use before COVID hit, and while I know that a lot of masked British stages were subbed in later, the look blends well. Those middle episodes where Herman forms an unlikely Scooby gang of amateur gumshoes even feature some unnerving set pieces.

Throw in those aforementioned groovy threads and a really great assortment of period needle drops and the show is constantly reminding you of how many positive attributes it would have if it could just sit still and tell its story more clearly. Or maybe it’s better for The Serpent that I’m harping on formal flaws instead of how rarely it seems to understand Sobhraj and his sidekicks, or how superficial is its empathy for their victims.

Cast: Tahar Rahim, Jenna Coleman, Billy Howle, Ellie Bamber, Amesh Edireweera, Mathilde Warnier, Tim McInnerny

Writer: Richard Warlow

Director: Tom Shankland

Premieres Friday, April 2, on Netflix.

Voir enfin:

20 Things You Didn’t Know About ‘Sympathy For The Devil’
Mark Beaumont
NME
26th November 2012

In 1968, Mick Jagger came out to his friends, parents and adoring public as an antichrist. He did it with style, declaring his Beelzebub a demon “of wealth and taste” before recounting his famous misdeeds throughout history – leading the Nazi blitzkrieg, sparking the Russian revolution, shooting JFK and getting Jesus crucified – before a backing choir of “woo-woo”ers who seemed to think all this was a right old lark. But how much do you really know about ‘Sympathy For The Devil’? Here are the song’s darkest secrets.

1. If you’re looking for any signs of a ‘Curse Of Sympathy For The Devil’, which anything in popular culture even slightly occultist is required to have, start with the Guns’N’Roses cover for the Interview With A Vampire film in 1994. Slash was so upset that Axl invited a new rhythm guitarist Paul Huge to play on the song that he quit the band, leaving G’N’R to begin a slow, 20-year slide into Shitsville.2. You might also point to the story that, during the five days of recording the song in early June 1968, a film lamp allegedly started a fire which destroyed much of the band’s equipment, but didn’t harm the tapes.

3. The song’s working title was ‘The Devil Is My Name’, which would have rather undermined the mystery of the whole thing, we suspect.

4. Jagger claims to have taken the inspiration for the idea of a song from Satan’s perspective from Baudelaire. “But I could be wrong. Sometimes when I look at my Baudelaire books, I can’t see it in there. But it was an idea I got from French writing. And I just took a couple of lines and expanded on it.”

5. Although, many of the song’s lines have direct correlations with The Master And Margarita by Russian novelist Mikhail Bulgakov, a book about Beelzebub visiting 1930s Moscow, fresh from Christ’s crucifixion. The book, which Jagger received from Marianne Faithful, includes a scene in which Satan performs a magic show, further evidence that David Blaine is the Evil That Walks Among Us.

6. At the original recording at London’s Olympic Studios, the chant of “woo-woo” started in the control room, kicked off by producer Jimmy Miller and a group including Anita Pallenburg, Marianne Faithful and a coterie of “elite film crow who’d turn up at the studio to sing along to whatever the Stones were recording that day. Producer Jimmy Miller put a mike in the control room to record them, but their takes were scrapped and re-recorded by Jagger, Richards and Miller in LA.

7. The line “who killed the Kennedys” originally went “who killed Kennedy”, but was changed when Robert Kennedy was shot and killed while the recording was underway.

8. Accepted Stones myth suggests that the band were playing ‘Sympathy For The Devil’ at the Altamont festival at the time when crazed fan Meredith Hunter was killed. Not true; it was ‘Under My Thumb’. Bad luck, scary supernatural theorists! Nonetheless, because of the public outrage at the (wrong) story, the Stones didn’t play ‘Sympathy’ live for the next seven years.

9. The Stones certainly got their fair share of controversy out of the song, though, as religious groups pointed to this track, plus the fact that their previous album was called ‘Their Satanic Majesties Request’, as proof that the band were devil worshippers. This tickled the band no end. “”Before, we were just innocent kids out for a good time,” said Richards, “[then] they’re saying, ‘They’re evil, they’re evil.’ Oh, I’m evil, really? So that makes you start thinking about evil… What is evil?… There are black magicians who think we are acting as unknown agents of Lucifer and others who think we are Lucifer. Everybody’s Lucifer.”

10. Jagger believed that the controversy around the track might have kick-started heavy metal’s Satan-bothering bent. “I thought it was a really odd thing, because it was only one song, after all. It wasn’t like it was a whole album, with lots of occult signs on the back. People seemed to embrace the image so readily, [and] it has carried all the way over into heavy metal bands today.”

11. The recording of the song was filmed by French new wave film icon Jean-Luc Godard, who was so taken by the track that he retitled the film about 1960s American sub-culture – originally called One Plus One – to Sympathy For The Devil for its 1968 producer’s cut. Perhaps Satan told him to do it?

12. The first time Charlie Watts heard the song was when Jagger turned up on his doorstep and played it, solo and acoustic, at his front door at sunset. Considering the lyrical content, Watts was a brave man indeed to let him back into the house.

13. Ahead of the likes of Brian Ferry, U2, Pearl Jam, Jane’s Addiction, Ozzy Osbourne and ‘Weird Al’ Yonkovic, the first act to cover the song was the incongruously fluffy Sandie Shaw. ‘Succubus On A String’, anybody?

14. The song started life as a folk tune in the style of Bob Dylan and was tried in six different rhythms before they settled on a dancey bongo samba. “It was all night doing it one way,” said Watts, “then another full night trying it another way, and we just could not get it right. It would never fit a regular rhythm.” Jagger attributes the power of the song to its samba rhythm which, he said, has “an undercurrent of being primitive – because it is a primitive African, South American, Afro-whatever-you-call-that rhythm. So to white people, it has a very sinister thing about it.”

15. Only two takes of ‘Sympathy’ were recorded, the first one, according to Richards, “a disaster” and the second one “perfect”. Jagger took a method acting approach to the song, taking on the role of Satan while singing. “It’s like acting in a movie,” he said, “you try to act out the scene as believably as possible, whether you believe it or not. That’s called GOOD ACTING.”

16. Jagger has claimed the song is more about the evils of mankind than the supernatural devil figure, but that doesn’t quite tie in with the appearance on TV show Rock’n’Roll Circus in 1968 when Jagger sang it topless, covered in fake devil tattoos.

17. The “troubadours who got killed before they reach Bombay” line has caused much debate amongst fans trying to work out who it could refer to, the best conclusion being hippies travelling the ‘Hippy Trail’ to India by road, many of whom would be killed or robbed by drug smugglers in Afghanistan and Pakistan. Two words – Air India.

18. Karen in Will And Grace demanded to walk down the aisle to ‘Sympathy For The Devil’ at her fourth wedding. With hilarious consequences.

19. In 1988, Slovenian industrial rockers Laibach recorded an entire album of covers of the song. Have you heard it? Then the number for the Samaritans is 08457 909090.

20. In 1998, Intel Vice President Steve McGeady quoted a verse from ‘Sympathy’ in court as part of the antitrust trial of Microsoft, allegedly referring to Microsoft as the devil. The lines he quoted were “So if you meet me have some courtesy/Have some sympathy, and some taste/Use all your well-learned politesse/Or I’ll lay your soul to waste”. Whether he did this standing on the desk, sticking his arse out, pursing his lips and clapping was unrecorded by court stenographers.


Phénomènes mimétiques: Quand les villes tombent malades (After Jerusalem, Florence, Paris, Goa and Tahiti, Havana gets its own syndrome)

31 janvier, 2018
L’opprobre me brise le coeur et je suis malade. Psaumes 69: 21
J’étais incapable de voir ce dont le désir n’avait pas été éveillé en moi par quelque lecture (…) Que de fois, je le savais bien, même si cette page de Goncourt ne me l’eût pas appris, je suis resté incapable d’accorder mon attention à des choses ou à des gens qu’ensuite, une fois que leur image m’avait été présentée dans la solitude par un artiste, j’aurais fait des lieues, risqué la mort pour retrouver. Marcel Proust
La violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur. Michel Serres
Plus d’un siècle après que Charcot a démontré que les hystériques n’étaient pas des simulateurs et que Freud a découvert l’inconscient, il nous est difficile d’accepter que nos souffrances puissent être à la fois réelles et sans cause matérielle. Georges Saline (responsable du département santé environnement de l’INVS)
Chacun a bien compris que « syndrome du bâtiment malsain » est la traduction politiquement correcte d’ »hystérie collective ». Le Monde
J’étais dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. Stendhal (1817)
Devant tant de beauté et de spiritualité, je me suis effondré en pleurs. J’avais des tremblements nerveux. C’était une douleur jouissive. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, peut-être un quart d’heure. Pierre Josse (Guide du routard)
Jérusalem attire toutes sortes de gens. Des fanatiques religieux et des excentriques dérangés mentalement à divers degrés, qui semblent être attirés comme par un aimant dans la ville sainte. Certains d’entre-eux […] étaient des hommes et des femmes qui se prenaient pour des saints, des prophètes, des prêtres, des messies et des rois. Bertha Spafford-Vester
Au rythme où l’on va, toutes les capitales auront bientôt leur syndrome. Pourquoi pas le syndrome de Ouagadougou? Youcef Mahmoudia (psychiatre, Hôtel-Dieu)
C’est une fumisterie. Ils s’inscrivent dans deux contextes particuliers. Soit les patients sont déjà atteints d’un trouble psychiatrique et sont dans un processus délirant à thématique persécutive, messianique ou politique. Soit ce sont des sujets qui sont pré-délirants, qui présentent des troubles minimes qui pour l’œil non avisé passent pour un état dépressif, une angoisse, un ras-le-bol, alors que le délire commence à s’élaborer progressivement. Quand ils arrivent à destination, il s’installe au bout de 24 ou 48 heures. Youcef Mahmoudia (Hôtel-Dieu, Paris)
Ce n’est pas le lieu qui est pathogène. Croire qu’un endroit fait qu’on décompense, ce serait nous ramener à la psychiatrie du 19ème, où l’on croyait aux miasmes. Federico A. Caro (psychiatre, Pôle Paris Centre)
Il s’agit d’un petit nombre de touristes, dont la plupart ont des antécédents psychiatriques importants, qui viennent chaque année à Jérusalem et se prennent pour des personnages bibliques ou des messies. Ils utilisent Jérusalem comme une scène ou une arène pour jouer leur rôle. Moshe Kalian
C’est très difficile de poser l’étiquette de « syndrome du voyageur », on ne le reconnaît pas de façon formelle. Des pétages de plombs, on en a partout, dans le monde entier. On en a eu dernièrement en Chine, au Maroc et en Turquie. Il y a des gens qui, dans un contexte hors habitudes, peuvent déclencher un épisode délirant. Catherine Port-Arondelle (Mondial Assistance)
Ils comptent parmi les curiosités locales de Jérusalem. On les croise dans la vieille ville, aux abords du Mur des lamentations et du dôme du Rocher. Certains sont accoutrés comme Jésus ou Abraham, portant une toge ou enroulés dans des draps piqués à l’hôtel, traînent parfois une croix, tandis que d’autres courent nus dans les rues, sur un mode Adam et Ève. Ils errent en prêchant au milieu des touristes et se lancent dans de grands sermons rarement intelligibles, persuadés qu’ils sont investis d’une mission divine. Chaque année, une trentaine de touristes en visite dans la ville trois fois sainte sont hospitalisés au Centre psychiatrique de Kfar Shaul, situé dans la vieille ville. Le «syndrome de Jérusalem» a été identifié dans les années 1930 par le psychiatre Heinz Herman, après avoir vu défiler plusieurs patients en proie au même délire. Deux tiers des victimes sont de confession juive, les autres sont chrétiennes. (…) Contrairement aux psychiatres Graziella Magherini et Régis Airault, qui affirment respectivement que le syndrome de Stendhal et le syndrome indien frapperaient des voyageurs en bonne santé mentale, Yaïr Bar-El considère qu’il touche à la fois des personnes avec et sans antécédents psychiatriques. Il a établi une typologie précise distinguant trois grands profils de victimes: les psychotiques, les personnes présentant divers troubles mentaux —le voyage de ces deux catégories de personnes étant motivé par une conviction délirante ou bizarre—, et enfin celles qui n’avaient pas de pathologie déclarée. Ces dernières sont rares: selon les résultats de l’étude, sur les 470 victimes recensées entre 1979 et 1993, seules 42 n’avaient pas d’antécédents psychiatriques. La plupart venaient de l’Amérique rurale et avaient reçu une éducation protestante très stricte. Le psychiatre a donc émis l’hypothèse que ces personnes auraient eu un choc en arrivant à Jérusalem car la ville ne correspondait pas à la représentation idéalisée qu’elles en avaient. Sept étapes cliniques ont par ailleurs été identifiées, telles que, par exemple, «l’expression du désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul», «l’obsession d’être pur et propre, avec prise de bains et douches, taille compulsive des ongles de mains et de pieds» ou encore «le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals». Après une à deux semaines de traitement, les patients sont en général capables de rentrer chez eux. (…) Mais certains refusent de quitter la ville. (…) Au cours de ses recherches, Moshe Kalian a trouvé des  premières descriptions du syndrome remontant au 19ème siècle, extraites des mémoires d’habitants de Jérusalem et de récits de pèlerins. (…) La «capitale éternelle» d’Israël semble donc condamnée à continuer d’attirer année après année, parmi le flot ininterrompu de pèlerins, une poignée d’illuminés à la recherche d’un décor à la hauteur de leur démesure. Annabelle Georgen
J’ai craqué dans le Palais des Doges. J’étais dans la salle du Grand Conseil, dont les murs et les plafonds sont entièrement recouverts de peintures. Je me suis sentie submergée par la beauté des lieux. Le décalage avec les autres visiteurs, qui passaient dans la salle en regardant à peine les murs, m’a frappée. J’ai fondu en larmes. C’était comme si je devais porter toute cette beauté à moi toute seule. Séverine (hypnothérapeute, 31 ans)
J’applique ce terme à une série d’attaques soudaines de souffrance mentale aiguë, qui peuvent durer quelques heures ou quelques jours. Les crises vont de l’attaque de panique à l’inconfort physique, comme la peur de s’évanouir, de suffoquer, de mourir ou de devenir fou, avec des vertiges ou de la tachycardie, et dans certains cas la sensation extrêmement désagréable de se trouver dans un environnement hostile. Graziella Magherini
Magherini a choisi le terme de syndrome de Stendhal en référence à l’écrivain français, qui fut l’un des premiers à décrire la vive émotion que peut provoquer la contemplation d’une œuvre d’art lorsqu’il partit à la découverte du berceau de la Renaissance en 1816 (…) Après avoir vu défiler à l’hôpital de Florence une centaine de touristes «en bonne condition mentale» et qui étaient pourtant pris d’une bouffée délirante alors qu’ils visitaient un musée, une église ou un monument, Graziella Magherini a élaboré l’hypothèse que ces crises seraient provoquées par la confrontation à la beauté des œuvres d’art. La majorité de ses patients étant européens, la psychiatre est arrivée à la conclusion qu’ils étaient plus susceptibles d’être victimes du syndrome car ils maîtrisaient les références culturelles permettant d’apprécier les œuvres et de percevoir leurs significations cachées, contrairement à d’autres touristes venus de régions éloignées, comme l’Amérique du Nord ou l’Asie, et aux Italiens eux-mêmes, en quelque sorte «immunisés» à force de vivre entourés d’œuvres d’art. Ce syndrome frapperait surtout les touristes qui visitent Florence en raison de sa concentration exceptionnelle de chefs-d’œuvre artistiques, mais aurait aussi été observé à Ravenne et à Venise. (…) La définition du syndrome de Stendhal proposée par Magherini va à l’encontre de celle du voyage pathologique en cela qu’elle considère que ses victimes ne souffraient pas de troubles psychiatriques avant leur voyage. Communément admise en psychiatrie, la notion de voyage pathologique est considérée comme un trouble du comportement. Au regard de cette définition, l’existence du syndrome de Stendhal est vivement contestée par de nombreux psychiatres pour qui les voyages ne peuvent pas rendre fou. «C’est une fumisterie», lance Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu à Paris. Selon lui, seul le concept de voyages pathologiques est pertinent (…) Au-delà du débat, reste une certitude, à voir les foules qui se pressent devant le David à Florence ou devant la Joconde à Paris: l’art peut éblouir et provoquer une émotion intense même chez les plus sceptiques. Annabelle Georgen
Très souvent, cette déception concerne des étudiantes qui viennent avec une vision de la France assez liée aux films de Godard. Philippe Adam
Il y a pas mal de grèves, les gens peuvent être un peu agressifs verbalement, on peut se faire voler son porte-feuille dans le métro, le taxi peut arriver avec un quart d’heure de retard. C’est quelque chose d’inconcevable au Japon car c’est un pays où tout fonctionne dans la vie quotidienne. On peut par exemple se donner rendez-vous à 13h01 sur le quai et être sûr d’arriver à l’heure. Les Japonais qui sont fragiles peuvent donc devenir très dépressifs à Paris, avoir le sentiment d’être rejetés, ignorés. Eriko Thibierge-Nasu (psychanalyste japonaise)
Identifié dans les années 1980 par le psychiatre japonais Hiroaki Ota, ce syndrome frapperait des Japonais choqués par le décalage entre le Paris romantique et raffiné qu’ils pensaient découvrir et la réalité qu’ils arpentent. (…) Qualité de service laissant à désirer, insécurité et impolitesse sont les principaux griefs des Japonais qui séjournent dans la Ville-Lumière. (…) Difficile d’obtenir des informations précises sur les observations d’Hiroaki Ota, ancien médecin-conseil auprès de l’ambassade du Japon à Paris et attaché à l’hôpital Saint-Anne: il se refuse à toute interview depuis plusieurs années et son livre consacré au sujet n’a été publié qu’en japonais. Ses travaux parallèles sur les voyages pathologiques de Japonais à Paris, qui sont le fait de patients souffrant d’un trouble psychiatrique antérieur au voyage, sont en revanche consultables dans la revue psychiatrique Nervure. Une étude publiée en 2004, et dont Ota est co-auteur, indique que 63 patients japonais ont été admis à l’Hôpital Sainte-Anne «dans un état aigu» entre 1988 et 2004. Il s’agissait de personnalités fragiles «en quête d’une liberté ou d’une libération illusoires» ou de personnes souffrant d’une psychose et dont la venue était motivée par des convictions délirantes. La plupart des patients avaient moins de 30 ans, près d’un sur trois était schizophrène. À l’instar d’une Japonaise de 39 ans, qui s’était rendue à Paris après avoir vu une affiche touristique dans le métro de Tokyo avec pour slogan «La France vous attend», persuadée que cette injonction lui était personnellement destinée. L’étude pointe les obstacles auxquels sont confrontés les Japonais qui viennent s’installer à Paris, au-delà de la déception liée à la ville, telles que la barrière de la langue et les différences de comportements en société. «Ces difficultés, qui peuvent créer très vite une incapacité de communication ou être sources d’erreurs grossières, entraînent sentiment d’étrangeté, angoisse, isolement», notent les chercheurs. (…) Le syndrome de Paris continue d’être le sujet de nombreux reportages dans les journaux du monde entier, mais il est largement remis en cause par la communauté psychiatrique française. «Ça n’existe pas», laisse choir avec une pointe de lassitude dans la voix Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu, pour qui «il ne faut pas confondre un état d’angoisse passager qui peut survenir chez quelqu’un qui est en voyage et n’arrive pas à s’adapter et un état délirant entraînant des troubles du comportement sur la voie publique». Sur la cinquantaine de «voyageurs pathologiques» qui sont hospitalisés chaque année à l’Hôtel-Dieu, à deux pas des principaux sites touristiques, la majorité ne sont d’ailleurs pas des Japonais mais des provinciaux, fait remarquer Youcef Mahmoudia: «Il y a aussi des Italiens, des Belges, des Allemands… Seuls 3 à 5 % sont des Japonais. » Annabelle Georgen
Je n’avais plus aucun repères, tout ce que je regardais était différent, les odeurs et les goûts aussi. Je n’étais jamais seule, il se passait toujours quelque chose autour de moi. L’absence d’hygiène m’a aussi rendu dingue car je n’arrivais plus à aller aux toilettes. J’étais saoulée, hypnotisée, je ne me rendais plus compte de la réalité, je me laissais aller. (…) J’étais au bout du rouleau… Je pensais que j’allais mourir, alors j’ai écrit un journal au cas où ma famille retrouverait mon corps… Claire Kaczynski (artiste)
Le syndrome indien peut toucher tout le monde, j’ai vu des gens qui ne prenaient pas de drogue et qui étaient délirants, qui avaient essayé de partir à la nage pour rentrer chez leurs parents. Heureusement que les proches les avaient entendu hurler au téléphone, sinon on aurait pu croire que je me faisais payer un voyage aux frais de la princesse! Chaque culture semble désigner à ses membres des lieux où il est plus facile de « vaciller ». Pour les Occidentaux, c’est l’axe oriental, avec le grand tour en Italie, Jérusalem, les îles et enfin le syndrome indien, sur les traces de Marco Polo. Ce sera la France pour les Japonais, les pays du Nord pour d’autres ou les lieux chargés de mysticisme… Régis Ayraut
L’évocation de l’Inde fait jaillir une ribambelle de clichés hauts en couleur mêlant le merveilleux à l’affreux, des temples somptueux du Rajasthan aux bûchers de Bénarès, des énigmatiques sadous drapés d’orange aux lépreux endormis sur les trottoirs de Bombay. Dans l’imagerie occidentale, l’Inde est aussi associée aux hippies qui s’y installèrent à partir des années 1960, ce qui fait d’elle le décor idéal du voyage initiatique qu’entreprennent chaque année des milliers de jeunes à travers le monde. Le psychiatre Régis Airault la compare au monde enchanté d’Alice au pays des merveilles ou de Peter Pan dans l’imaginaire des jeunes. Ils ont la vingtaine et c’est souvent leur premier grand trip. Et leur premier choc, à en voir les témoignages qui abondent sur les forums de voyage, évoquant «des regards intenses voire un peu effrayants», «une sensation d’insécurité permanente due à un manque de repères» ou encore «un mal-être devant la misère et le harcèlement perpétuel»… Confrontés à la spiritualité qui imprègne le quotidien, à la foule et à la misère, de nombreux touristes sont victimes d’un choc culturel: ils sont angoissés, certains vont jusqu’à ne plus quitter leur chambre d’hôtel. (…) Certains voyageurs seraient eux victimes du «syndrome indien», décrit par le psychiatre Régis Airault comme une «bouffée délirante avec des mécanismes interprétatifs, hallucinatoires, à thématique persécutive, mystique, qui apparaît après un séjour de quelques semaines». Les principales personnes concernées seraient des jeunes d’une vingtaine d’années. Les histoires de touristes persuadés d’entendre la voix de Kali ou Shiva et qui jettent leurs billets dans la rue en faisant vœu de pauvreté sont légion dans les ambassades en Inde. Lorsqu’il travaillait au consulat de France à Bombay dans les années 1980, Airault a rencontré de nombreux illuminés du bord des routes de l’Inde et procédé à plusieurs rapatriements. Une expérience surprenante qu’il raconte dans un livre passionnant, Fous de l’Inde. Comme la psychiatre italienne Graziella Magherini lorsqu’elle décrit le syndrome de Stendhal, il fait l’hypothèse que le voyage n’est pas pathologique mais pathogène, c’est-à-dire que le syndrome indien frappe des personnes qui n’ont pas d’antécédents psychiatriques. L’Inde rendrait donc fou. Une position contestée par de nombreux psychiatres qui considèrent que les pétages de plombs fréquemment observés chez les touristes circulant en Inde sont à imputer à des pathologies préexistantes ou à une fragilité psychologique favorable à l’éclosion d’un délire, ou encore, dans bien des cas, à la prise de drogues, comme à Goa ou Manali. Annabelle Georgen
Il s’agit de gens qui sont en errance, qui débarquent avec un sac à dos et sont souvent en rupture de traitement. Ils viennent sur un nom qui fait rêver, sur un mythe. Ils se disent: « Pourquoi pas essayer de recommencer ailleurs? » Ils espèrent mettre une aussi grande distance entre eux et leurs problèmes que la distance kilométrique qu’il y a entre la métropole et Tahiti. Michel Mardina (infirmier psychiatrique)
L’île telle qu’on la voit représentée sur les dépliants touristiques, avec ses plages de sable blanc et ses eaux turquoises, est un mythe à elle seule. Dans l’imaginaire de ceux qui vivent sur un continent, elle est la destination de rêve par excellence, le symbole absolu du dépaysement. Ce «fantasme occidental» dont parle le psychiatre Régis Airault, qui a lui-même vécu plusieurs années sur une île, à Mayotte, convoque une imagerie assez naïve et désuète. Dans une étude consacrée aux voyages pathologiques à Tahiti, co-écrite en 1993 par des psychiatres du Centre hospitalier de Polynésie française, trois mythes «qui sous-tendent les velléités des voyageurs en partance pour la Polynésie» ont été dégagés. Le mythe du Robinson, tout d’abord, concerne les «exilés volontaires à la recherche de l’île déserte, où ils pourront se retrouver et mesurer l’essentiel de leur être dans un grand face-à-face avec une nature vierge et rebelle». Le mythe du bout du monde fait lui appel aux «lieux mystérieux et lointains, en général difficiles d’accès, qui apparaissent en communication par des canaux, plus ou moins mystérieux, avec les forces vives du cosmos, où se situent les restes de civilisations disparues, civilisations « mères » détentrices du grand secret». Les auteurs citent l’île de Pâques ou celle de Rapa en exemple. Enfin, le mythe de la Nouvelle Cythère, «le plus connu et le plus galvaudé», notent les auteurs, s’inscrit lui dans la pensée rousseauiste: «C’est le mythe de « l’île de Félicité, où règne la volupté », chère à la pensée du XVIIIème siècle; celui du bon sauvage sans vice parce qu’innocent, et encore à l' »état de nature »: l’enfance de l’humanité.» Les auteurs donnent l’exemple d’un Belge en proie à un état délirant qui s’était rendu sur l’île de Rapa pour «redresser l’axe de la Terre» et «conduire le peuple d’Israël sur le continent Antarctique», puis d’un jeune métropolitain sans antécédents psychiatriques qui était venu à Tahiti pour y refaire sa vie, et qui, face à une «désillusion totale», avait sombré dans la dépression et fait une tentative de suicide. «Il s’agit d’un voyage non pathologique chez un sujet ayant développé par la suite une pathologie […] suite à la confrontation avec la réalité des antipodes», estime l’étude. Pour autant, aucun terme spécifique n’a été établi à ce jour pour désigner les voyageurs en proie à un état délirant lors d’un séjour sur une île tropicale. Régis Airault parle ainsi à la fois de «syndrome des îles ou insulaire, d’Hawaï, de Tahiti, de la Réunion et de Mayotte». Au Centre hospitalier de Polynésie française, «environ quatre ou cinq voyageurs ont été admis ces dernières années», estime Michel Mardina, infirmier psychiatrique. Tous avaient un profil semblable: des jeunes métropolitains âgés de 18 à 35 ans, présentant des troubles psychiatriques, instables sur le plan affectif et souvent sans emploi. (…) Des rêves de vie facile et d’abondance plein la tête, ces jeunes routards sont vite confrontés à la réalité à leur arrivée: un marché de l’emploi saturé et un coût de la vie très élevé. «La pathologie refait alors surface parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchaient. Ils décompensent et arrivent à l’hôpital en état de crise, sur un mode qui ressemble à une bouffée délirante», poursuit l’infirmier. Déprime et sentiment de solitude attendraient aussi souvent au tournant les métropolitains sans antécédents psychiatriques qui plaquent tout pour aller vivre au soleil, dans les Dom-Tom. (…) Les forums de métropolitains expatriés sous les tropiques évoquent souvent ce spleen, et il existe même un guide pratique destiné à ceux qui partent s’installer aux Antilles. Là encore, la carte postale s’avère trompeuse. (…) Au terme de ce voyage dans les folies touristiques, de l‘Italie à l’Inde en passant par la France et Israël, une question demeure: sommes-nous donc prédisposés à décompenser dans certains endroits plus qu’ailleurs? Dans des lieux chargés d’histoire, de spiritualité ou tout simplement idéalisés quand on les contemple de loin, depuis chez soi? La communauté psychiatrique est divisée à ce sujet et peu de travaux actuels tentent de l’aborder d’un point de vue global. La classification de «syndrome du voyageur» n’est d’ailleurs pas utilisée aujourd’hui chez les assureurs. (…) L’utilisation du terme de syndrome est considérée comme abusive par de nombreux psychiatres, et son rattachement à des lieux spécifiques fait craindre une surenchère de son emploi. Annabelle Georgen

Après les syndromes de Jérusalem, FlorenceParis, Goa et Tahiti…

Voici, entre  le syndrome de La Havane !

A l’heure où après les diplomates américains à Cuba …

Et entre troubles auditifs et douleurs cérébrales …

C’est à présent aux touristes d’être touchés …

Comment ne pas repenser …

A ces fameux syndromes du voyageur

Dont Anabelle Georgen avait fait il y a quelques années une intéressante recension sur Slate …

Avec naturellement comme pour les bâtiments qui tombent malades

Et derrière les termes médicaux qui se multiplient (hystérie collective ou de masse, contagion comportementale, psychose collective, réaction collective au stress, dérangement psychique transitoire, contextuel et épidémique réaction de conversion collective, psychopathologie de groupe, panique de masse, épidémie de symptômes psychiatriques, malaises de masse sociogéniques ou psychogéniques) …

Les manifestations de somatisation étrangement récurrentes voire stéréotypées (douleurs et malaises musculo-squelettiques, difficultés à respirer, nausées, faiblesses, étourdissements, maux de tête, embrouillement de la vision) …

Le même mode de déroulement: convergence (plusieurs personnes développent des symptômes indépendamment les unes des autres), déclencheur (l’occurrence ou la perception d’un événement précis et inhabituel ou souvent une odeur étrange) et la contagion (propagation soit par rayonnement via les travailleurs-euses voisins soit par le réseau des individus intimement liés, compliqué à nouveau par l’accès à l’internet) …

Et le contexte de tension sociale ou internationale (crises sociales ou économiques, guerres, bouleversement sociaux ou religieux, etc.) …

Depuis les « maladies dansantes » de l’Europe médiévale (danse de Saint-Guy, intoxications ergotées, « feu Saint-Antoine » ou « mal des ardents »),  les épidémies de couvents (manie de morsure dans des couvents allemands au moment de l’éclatement du monde religieux de la Réforme), les renouveaux protestants américains (phénomènes collectifs extatiques), ou européens (sainte Bernadette, sainte Thérèse) …

Les hystéries collectives des établissement d’enseignement et des usines et manufactures (Hodder Bridge, écoles de garçons 1860, réactions de panique dans l’armée, évanouissements en chaîne des campagnes de collecte de sang, suicides collectifs, poussées de violence, émeutes raciales …

Tous les ingrédients des crises mimétiques si bien décrites par René Girard …

A partir de la nature notoirement mimétique des animaux supérieurs que nous sommes (« monkey see monkey do »), comme on le voit quotidiennement autour de nous que ce soit les épidémies de quintes de toux dans les concerts ou de fous rires en classe de nos enfants ou de nos enfances ou, plus contrôlés, pendant les spectacles des humoristes, mais aussi les « épidémies » de symptômes des maladies étudiées dans les écoles de médecine …

Mais surtout sur ce besoin d’exutoire et d’externalisation des surcharges de stress, au niveau individuel comme de tout un groupe social, que l’on retrouve dans toutes les sociétés sacrificielles mais qui, avec la disparition desdits sacrifices ou de leurs substituts sociaux (les pogroms de juifs et autres cagots servant de boucs émissaires) tendraient à s’internaliser et à se somatiser?

Cuba : des touristes se plaignent du même mal que les diplomates américain

Le département d’État des États-Unis a reçu « une poignée » de plaintes de touristes américains à Cuba qui disent avoir souffert de symptômes similaires à ceux des diplomates affectés à La Havane par de mystérieuses « attaques », a annoncé un responsable. Le gouvernement américain n’est cependant pas en mesure de vérifier les informations communiquées par ces ressortissants.

L’administration Trump a ordonné mardi l’expulsion de 15 diplomates de l’ambassade de Cuba à Washington après le rapatriement de la moitié du personnel diplomatique américain en poste à La Havane la semaine passée, en raison de ces « attaques » auditives.

La semaine dernière, le département d’Etat avait émis un avertissement, déconseillant aux touristes américains de se rendre à Cuba en raison de ces attaques inexpliquées, sources de pertes d’audition, de vertiges et de fatigue chez 22 diplomates américains.

Cuba dément toute implication. Les enquêtes lancées sur place n’ont pour le moment donné aucun résultat.

Voir aussi:

Jérusalem ou le choc messianique

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 4/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Quatrième étape de notre cartographie de ce phénomène avec les crises mystiques observées en Israël.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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Ils comptent parmi les curiosités locales de Jérusalem. On les croise dans la vieille ville, aux abords du Mur des lamentations et du dôme du Rocher. Certains sont accoutrés comme Jésus ou Abraham, portant une toge ou enroulés dans des draps piqués à l’hôtel, traînent parfois une croix, tandis que d’autres courent nus dans les rues, sur un mode Adam et Ève. Ils errent en prêchant au milieu des touristes et se lancent dans de grands sermons rarement intelligibles, persuadés qu’ils sont investis d’une mission divine.

Chaque année, une trentaine de touristes en visite dans la ville trois fois sainte sont hospitalisés au Centre psychiatrique de Kfar Shaul, situé dans la vieille ville. Le «syndrome de Jérusalem» a été identifié dans les années 1930 par le psychiatre Heinz Herman, après avoir vu défiler plusieurs patients en proie au même délire. «Il s’agit d’un petit nombre de touristes, dont la plupart ont des antécédents psychiatriques importants, qui viennent chaque année à Jérusalem et se prennent pour des personnages bibliques ou des messies. Ils utilisent Jérusalem comme une scène ou une arène pour jouer leur rôle», explique le docteur Moshe Kalian, psychiatre au ministère de la Santé israélienne et spécialiste du syndrome de Jérusalem.

Deux tiers des victimes sont de confession juive, les autres sont chrétiennes. Contacté afin de savoir si des ressortissants français avaient été touchés par ce syndrome ces dernières années, le consulat général de France à Jérusalem n’a pas souhaité répondre à nos questions.

«Besoin de chanter des psaumes»

Contrairement aux psychiatres Graziella Magherini et Régis Airault, qui affirment respectivement que le syndrome de Stendhal et le syndrome indien frapperaient des voyageurs en bonne santé mentale, Yaïr Bar-El considère qu’il touche à la fois des personnes avec et sans antécédents psychiatriques. Il a établi une typologie précise distinguant trois grands profils de victimes: les psychotiques, les personnes présentant divers troubles mentaux —le voyage de ces deux catégories de personnes étant motivé par une conviction délirante ou bizarre—, et enfin celles qui n’avaient pas de pathologie déclarée.

Ces dernières sont rares: selon les résultats de l’étude, sur les 470 victimes recensées entre 1979 et 1993, seules 42 n’avaient pas d’antécédents psychiatriques. La plupart venaient de l’Amérique rurale et avaient reçu une éducation protestante très stricte. Le psychiatre a donc émis l’hypothèse que ces personnes auraient eu un choc en arrivant à Jérusalem car la ville ne correspondait pas à la représentation idéalisée qu’elles en avaient.

Sept étapes cliniques ont par ailleurs été identifiées, telles que, par exemple, «l’expression du désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul», «l’obsession d’être pur et propre, avec prise de bains et douches, taille compulsive des ongles de mains et de pieds» ou encore «le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals».

Après une à deux semaines de traitement, les patients sont en général capables de rentrer chez eux. «Le traitement dépend de l’état du patient, de son passé psychiatrique et de la capacité d’établir un contact verbal avec lui», explique Moshe Kalian. «Lorsque ceci est possible, nous essayons toujours de l’aider à comprendre le contexte ou la raison de ce qu’il lui est arrivé».

Aimant à fanatiques et excentriques

Mais certains refusent de quitter la ville. Dans un reportage paru dans la revue israélienne Ariel, Leah Abramowitz décrit quelques illuminés qui se sont installés à Jérusalem et qu’on croise aux heures tardive aux abords du Mur des lamentations, à l’instar de Motelé, «toujours de blanc vêtu, portant barbe fleurie et grisonnante»:

«Des fois, pour la frime, il se tient sur le toit du grand rabbinat pour vociférer une prière. Les non-initiés s’imaginent que c’est une voix céleste et on en a vu même qui s’engagent au repentir, du moins pour la demi-heure qui suit.»

Au cours de ses recherches, Moshe Kalian a trouvé des  premières descriptions du syndrome remontant au 19ème siècle, extraites des mémoires d’habitants de Jérusalem et de récits de pèlerins. Bertha Spafford-Vester, fille de colons américains établis en Israël à la fin du 19ème siècle, raconte ainsi dans ses mémoires:

«Jérusalem attire toutes sortes de gens. Des fanatiques religieux et des excentriques dérangés mentalement à divers degrés, qui semblent être attirés comme par un aimant dans la ville sainte. Certains d’entre-eux […] étaient des hommes et des femmes qui se prenaient pour des saints, des prophètes, des prêtes, des messies et des rois.»

La «capitale éternelle» d’Israël semble donc condamnée à continuer d’attirer année après année, parmi le flot ininterrompu de pèlerins, une poignée d’illuminés à la recherche d’un décor à la hauteur de leur démesure.

Voir également:

Florence ou le choc esthétique

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 1/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Première étape de notre cartographie de ce phénomène en Italie.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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Il s’en souvient comme si c’était hier:

«Les couleurs se sont mises à éclater, à exploser!»

Pierre Josse, rédacteur en chef du Routard, le célèbre guide de voyage, a été submergé par une émotion intense lors d’un voyage à Florence il y a vingt-cinq ans, alors qu’il contemplait une vierge à l’enfant peinte par Fra Angelico:

«Devant tant de beauté et de spiritualité, je me suis effondré en pleurs. J’avais des tremblements nerveux. C’était une douleur jouissive. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, peut-être un quart d’heure.»

A-t-il été victime du «syndrome de Stendhal» identifié à la fin des années 1980 par la psychiatre italienne Graziella Magherini? «Je l’ai effectivement vécu. C’est mieux « vécu » plutôt que victime, car j’en garde un souvenir ému!»

«Attaques soudaines»

Sa description est en effet assez éloignée des symptômes signalés par Magherini: «J’applique ce terme à une série d’attaques soudaines de souffrance mentale aiguë, qui peuvent durer quelques heures ou quelques jours», explique la psychiatre. «Les crises vont de l’attaque de panique à l’inconfort physique, comme la peur de s’évanouir, de suffoquer, de mourir ou de devenir fou, avec des vertiges ou de la tachycardie, et dans certains cas la sensation extrêmement désagréable de se trouver dans un environnement hostile.» Dans son livre La Sindrome di Stendhal, elle décrit entre autres le cas d’une jeune femme en état de grande confusion mentale, qui errait dans le jardin de Boboli deux dessins à la main, inspirés par des peintures de Botticelli.

Magherini a choisi le terme de syndrome de Stendhal en référence à l’écrivain français, qui fut l’un des premiers à décrire la vive émotion que peut provoquer la contemplation d’une œuvre d’art lorsqu’il partit à la découverte du berceau de la Renaissance en 1816:

«J’étais dans une sorte d’extase par l’idée d’être à Florence et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.»

Les Européens en première ligne

Après avoir vu défiler à l’hôpital de Florence une centaine de touristes «en bonne condition mentale» et qui étaient pourtant pris d’une bouffée délirante alors qu’ils visitaient un musée, une église ou un monument, Graziella Magherini a élaboré l’hypothèse que ces crises seraient provoquées par la confrontation à la beauté des œuvres d’art.

La majorité de ses patients étant européens, la psychiatre est arrivée à la conclusion qu’ils étaient plus susceptibles d’être victimes du syndrome car ils maîtrisaient les références culturelles permettant d’apprécier les œuvres et de percevoir leurs significations cachées, contrairement à d’autres touristes venus de régions éloignées, comme l’Amérique du Nord ou l’Asie, et aux Italiens eux-mêmes, en quelque sorte «immunisés» à force de vivre entourés d’œuvres d’art.

Ce syndrome frapperait surtout les touristes qui visitent Florence en raison de sa concentration exceptionnelle de chefs-d’œuvre artistiques, mais aurait aussi été observé à Ravenne et à Venise. C’est ainsi que Séverine, hypnothérapeute de 31 ans, a succombé à la beauté de la Sérénissime il y a quatre ans, lors d’un séjour en amoureux:

«J’ai craqué dans le Palais des Doges. J’étais dans la salle du Grand Conseil, dont les murs et les plafonds sont entièrement recouverts de peintures. Je me suis sentie submergée par la beauté des lieux. Le décalage avec les autres visiteurs, qui passaient dans la salle en regardant à peine les murs, m’a frappée. J’ai fondu en larmes. C’était comme si je devais porter toute cette beauté à moi toute seule.»

Mais comme Pierre Josse, elle n’a ni fini à l’hôpital ni été rapatriée en France. Elle préfère parler d’un «choc émotionnel».

Vivement contesté

La définition du syndrome de Stendhal proposée par Magherini va à l’encontre de celle du voyage pathologique en cela qu’elle considère que ses victimes ne souffraient pas de troubles psychiatriques avant leur voyage. Communément admise en psychiatrie, la notion de voyage pathologique est considérée comme un trouble du comportement.

Au regard de cette définition, l’existence du syndrome de Stendhal est vivement contestée par de nombreux psychiatres pour qui les voyages ne peuvent pas rendre fou. «C’est une fumisterie», lance Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu à Paris. Selon lui, seul le concept de voyages pathologiques est pertinent:

«Ils s’inscrivent dans deux contextes particuliers. Soit les patients sont déjà atteints d’un trouble psychiatrique et sont dans un processus délirant à thématique persécutive, messianique ou politique. Soit ce sont des sujets qui sont pré-délirants, qui présentent des troubles minimes qui pour l’œil non avisé passent pour un état dépressif, une angoisse, un ras-le-bol, alors que le délire commence à s’élaborer progressivement. Quand ils arrivent à destination, il s’installe au bout de 24 ou 48 heures.»

Federico A. Caro, psychiatre au Pôle Paris Centre et auteur d’un mémoire consacré au voyage pathologique, enfonce le clou:

«Ce n’est pas le lieu qui est pathogène. Croire qu’un endroit fait qu’on décompense, ce serait nous ramener à la psychiatrie du 19ème, où l’on croyait aux miasmes.»

Au-delà du débat, reste une certitude, à voir les foules qui se pressent devant le David à Florence ou devant la Joconde à Paris: l’art peut éblouir et provoquer une émotion intense même chez les plus sceptiques.

Voir de même:

Paris ou le choc de la réalité

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 3/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Troisième étape de notre cartographie de ce phénomène avec le supposé «syndrome japonais».

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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«Arrêtez de croire que tout le monde vous regarde. Arrêtez de croire que tout le monde vous juge et que tout le monde vous en veut. Vous êtes à Paris, vous avez de la chance», s’entend répéter chaque fois qu’elle se rend à l’ambassade du Japon l’étudiante japonaise déprimée qu’imagine l’écrivain français Philippe Adam dans sa nouvelle Le Syndrome de Paris.

Identifié dans les années 1980 par le psychiatre japonais Hiroaki Ota, ce syndrome frapperait des Japonais choqués par le décalage entre le Paris romantique et raffiné qu’ils pensaient découvrir et la réalité qu’ils arpentent. «Très souvent, cette déception concerne des étudiantes qui viennent avec une vision de la France assez liée aux films de Godard», estime Philippe Adam, qui a séjourné au Japon et rencontré des Japonaises vivant à Paris avant d’écrire sa nouvelle consacrée au sujet. Qualité de service laissant à désirer, insécurité et impolitesse sont les principaux griefs des Japonais qui séjournent dans la Ville-Lumière.

«Il y a pas mal de grèves, les gens peuvent être un peu agressifs verbalement, on peut se faire voler son porte-feuille dans le métro, le taxi peut arriver avec un quart d’heure de retard», indique la psychanalyste japonaise Eriko Thibierge-Nasu. «C’est quelque chose d’inconcevable au Japon car c’est un pays où tout fonctionne dans la vie quotidienne. On peut par exemple se donner rendez-vous à 13h01 sur le quai et être sûr d’arriver à l’heure. Les Japonais qui sont fragiles peuvent donc devenir très dépressifs à Paris, avoir le sentiment d’être rejetés, ignorés», ajoute la psychanalyste, qui trouve le terme de «syndrome» exagéré et lui préfère celui de «malaise».

Différences de comportement

Difficile d’obtenir des informations précises sur les observations d’Hiroaki Ota, ancien médecin-conseil auprès de l’ambassade du Japon à Paris et attaché à l’hôpital Saint-Anne: il se refuse à toute interview depuis plusieurs années et son livre consacré au sujet n’a été publié qu’en japonais. Ses travaux parallèles sur les voyages pathologiques de Japonais à Paris, qui sont le fait de patients souffrant d’un trouble psychiatrique antérieur au voyage, sont en revanche consultables dans la revue psychiatrique Nervure.

Une étude publiée en 2004, et dont Ota est co-auteur, indique que 63 patients japonais ont été admis à l’Hôpital Sainte-Anne «dans un état aigu» entre 1988 et 2004. Il s’agissait de personnalités fragiles «en quête d’une liberté ou d’une libération illusoires» ou de personnes souffrant d’une psychose et dont la venue était motivée par des convictions délirantes. La plupart des patients avaient moins de 30 ans, près d’un sur trois était schizophrène. À l’instar d’une Japonaise de 39 ans, qui s’était rendue à Paris après avoir vu une affiche touristique dans le métro de Tokyo avec pour slogan «La France vous attend», persuadée que cette injonction lui était personnellement destinée.

L’étude pointe les obstacles auxquels sont confrontés les Japonais qui viennent s’installer à Paris, au-delà de la déception liée à la ville, telles que la barrière de la langue et les différences de comportements en société. «Ces difficultés, qui peuvent créer très vite une incapacité de communication ou être sources d’erreurs grossières, entraînent sentiment d’étrangeté, angoisse, isolement», notent les chercheurs.

Le suivi du patient par un psychiatre de langue japonaise et une médication adaptée aux troubles permettent de calmer la crise. La plupart des patients n’étant pas en état de rentrer seuls au Japon, ils sont généralement accompagnés par un proche dépêché à Paris ou bien rapatriés. Contactée à ce sujet, l’ambassade du Japon à Paris indique ne pas avoir «procédé à des rapatriements de ressortissants japonais touchés par ce type de syndrome» en 2011, contrairement à ce qu’affirmait récemment le magazine américain The Atlantic, sans citer ses sources.

«Ça n’existe pas»

Le syndrome de Paris continue d’être le sujet de nombreux reportages dans les journaux du monde entier, mais il est largement remis en cause par la communauté psychiatrique française. «Ça n’existe pas», laisse choir avec une pointe de lassitude dans la voix Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu, pour qui «il ne faut pas confondre un état d’angoisse passager qui peut survenir chez quelqu’un qui est en voyage et n’arrive pas à s’adapter et un état délirant entraînant des troubles du comportement sur la voie publique».

Sur la cinquantaine de «voyageurs pathologiques» qui sont hospitalisés chaque année à l’Hôtel-Dieu, à deux pas des principaux sites touristiques, la majorité ne sont d’ailleurs pas des Japonais mais des provinciaux, fait remarquer Youcef Mahmoudia:

«Il y a aussi des Italiens, des Belges, des Allemands… Seuls 3 à 5 % sont des Japonais.»

Ce phénomène ne semble en tout cas pas décourager les Japonais: 700.000 d’entre eux se sont rendus en France en 2010 et la plupart sont bien informés de la réalité parisienne avant le départ, et munis de plans de Paris mentionnant les quartiers dans lesquels Amélie Poulain n’irait jamais se perdre.

Voir de plus:

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 2/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Deuxième étape de notre cartographie de ce phénomène en Inde.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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L’évocation de l’Inde fait jaillir une ribambelle de clichés hauts en couleur mêlant le merveilleux à l’affreux, des temples somptueux du Rajasthan aux bûchers de Bénarès, des énigmatiques sadous drapés d’orange aux lépreux endormis sur les trottoirs de Bombay. Dans l’imagerie occidentale, l’Inde est aussi associée aux hippies qui s’y installèrent à partir des années 1960, ce qui fait d’elle le décor idéal du voyage initiatique qu’entreprennent chaque année des milliers de jeunes à travers le monde.

Le psychiatre Régis Airault la compare au monde enchanté d’Alice au pays des merveilles ou de Peter Pan dans l’imaginaire des jeunes. Ils ont la vingtaine et c’est souvent leur premier grand trip. Et leur premier choc, à en voir les témoignages qui abondent sur les forums de voyage, évoquant «des regards intenses voire un peu effrayants», «une sensation d’insécurité permanente due à un manque de repères» ou encore «un mal-être devant la misère et le harcèlement perpétuel»…

Confrontés à la spiritualité qui imprègne le quotidien, à la foule et à la misère, de nombreux touristes sont victimes d’un choc culturel: ils sont angoissés, certains vont jusqu’à ne plus quitter leur chambre d’hôtel. L’écrivain anglais William Sutcliffe décrit ce choc d’une façon hilarante dans le roman Vacances indiennes, carnet d’anti-voyage initiatique d’un étudiant cynique, coincé en Inde en compagnie de backpackers en mal de spiritualité.

«Le syndrome peut toucher tout le monde»

Certains voyageurs seraient eux victimes du «syndrome indien», décrit par le psychiatre Régis Airault comme une «bouffée délirante avec des mécanismes interprétatifs, hallucinatoires, à thématique persécutive, mystique, qui apparaît après un séjour de quelques semaines». Les principales personnes concernées seraient des jeunes d’une vingtaine d’années.

Les histoires de touristes persuadés d’entendre la voix de Kali ou Shiva et qui jettent leurs billets dans la rue en faisant vœu de pauvreté sont légion dans les ambassades en Inde. Lorsqu’il travaillait au consulat de France à Bombay dans les années 1980, Airault a rencontré de nombreux illuminés du bord des routes de l’Inde et procédé à plusieurs rapatriements. Une expérience surprenante qu’il raconte dans un livre passionnant, Fous de l’Inde.

Comme la psychiatre italienne Graziella Magherini lorsqu’elle décrit le syndrome de Stendhal, il fait l’hypothèse que le voyage n’est pas pathologique mais pathogène, c’est-à-dire que le syndrome indien frappe des personnes qui n’ont pas d’antécédents psychiatriques. L’Inde rendrait donc fou. Une position contestée par de nombreux psychiatres qui considèrent que les pétages de plombs fréquemment observés chez les touristes circulant en Inde sont à imputer à des pathologies préexistantes ou à une fragilité psychologique favorable à l’éclosion d’un délire, ou encore, dans bien des cas, à la prise de drogues, comme à Goa ou Manali.

«Le syndrome indien peut toucher tout le monde, j’ai vu des gens qui ne prenaient pas de drogue et qui étaient délirants, qui avaient essayé de partir à la nage pour rentrer chez leurs parents», affirme Airault, qui a constaté que les troubles disparaissaient subitement dès que les gens étaient rentrés chez eux, dans leur culture d’origine. «Heureusement que les proches les avaient entendu hurler au téléphone, sinon on aurait pu croire que je me faisais payer un voyage aux frais de la princesse!»

«Des lieux où il est plus facile de « vaciller »»

Le psychiatre va plus loin en émettant l’hypothèse que «chaque culture semble désigner à ses membres des lieux où il est plus facile de « vaciller ». Pour les Occidentaux, c’est l’axe oriental, avec le grand tour en Italie, Jérusalem, les îles et enfin le syndrome indien, sur les traces de Marco Polo. Ce sera la France pour les Japonais, les pays du Nord pour d’autres ou les lieux chargés de mysticisme… »

Amoureuse de l’Inde, Claire Kaczynski, artiste, considère qu’elle n’est plus la même depuis son premier séjour là-bas, en 2007. Elle avait 26 ans:

«Je n’avais plus aucun repères, tout ce que je regardais était différent, les odeurs et les goûts aussi. Je n’étais jamais seule, il se passait toujours quelque chose autour de moi. L’absence d’hygiène m’a aussi rendu dingue car je n’arrivais plus à aller aux toilettes. J’étais saoulée, hypnotisée, je ne me rendais plus compte de la réalité, je me laissais aller».

De cette expérience traumatisante, elle a ramené un livre, Journal d’une parisienne à Jaïpur, qu’elle a commencé à écrire après que sa compagnie d’assurance a refusé de la rapatrier en France. Elle était alors effrayée par l’idée de devoir rester encore plusieurs semaines en Inde, jusqu’à la date de retour inscrite sur son billet:

«J’étais au bout du rouleau… Je pensais que j’allais mourir, alors j’ai écrit un journal au cas où ma famille retrouverait mon corps…»

Étrangement, comme Claire, qui est repartie en Inde six mois à peine après son retour en France, la plupart des voyageurs soumis à «l’épreuve de l’Inde» dont parle Airault n’ont qu’une idée en tête une fois rentrés chez eux: y retourner. Bien que leur voyage ait tourné au cauchemar, l’Inde ne semble pas à leurs yeux avoir perdu de sa force d’attraction.

Voir encore:

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 5/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Cinquième et dernière étape de notre cartographie de ce phénomène avec les crises observées sous les tropiques.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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L‘île telle qu’on la voit représentée sur les dépliants touristiques, avec ses plages de sable blanc et ses eaux turquoises, est un mythe à elle seule. Dans l’imaginaire de ceux qui vivent sur un continent, elle est la destination de rêve par excellence, le symbole absolu du dépaysement. Ce «fantasme occidental» dont parle le psychiatre Régis Airault, qui a lui-même vécu plusieurs années sur une île, à Mayotte, convoque une imagerie assez naïve et désuète.

Dans une étude consacrée aux voyages pathologiques à Tahiti, co-écrite en 1993 par des psychiatres du Centre hospitalier de Polynésie française, trois mythes «qui sous-tendent les velléités des voyageurs en partance pour la Polynésie» ont été dégagés. Le mythe du Robinson, tout d’abord, concerne les «exilés volontaires à la recherche de l’île déserte, où ils pourront se retrouver et mesurer l’essentiel de leur être dans un grand face-à-face avec une nature vierge et rebelle».

Le mythe du bout du monde fait lui appel aux «lieux mystérieux et lointains, en général difficiles d’accès, qui apparaissent en communication par des canaux, plus ou moins mystérieux, avec les forces vives du cosmos, où se situent les restes de civilisations disparues, civilisations « mères » détentrices du grand secret». Les auteurs citent l’île de Pâques ou celle de Rapa en exemple.

Enfin, le mythe de la Nouvelle Cythère, «le plus connu et le plus galvaudé», notent les auteurs, s’inscrit lui dans la pensée rousseauiste: «C’est le mythe de « l’île de Félicité, où règne la volupté », chère à la pensée du XVIIIème siècle; celui du bon sauvage sans vice parce qu’innocent, et encore à l' »état de nature »: l’enfance de l’humanité.»

Distance kilométrique

Les auteurs donnent l’exemple d’un Belge en proie à un état délirant qui s’était rendu sur l’île de Rapa pour «redresser l’axe de la Terre» et «conduire le peuple d’Israël sur le continent Antarctique», puis d’un jeune métropolitain sans antécédents psychiatriques qui était venu à Tahiti pour y refaire sa vie, et qui, face à une «désillusion totale», avait sombré dans la dépression et fait une tentative de suicide. «Il s’agit d’un voyage non pathologique chez un sujet ayant développé par la suite une pathologie […] suite à la confrontation avec la réalité des antipodes», estime l’étude.

Pour autant, aucun terme spécifique n’a été établi à ce jour pour désigner les voyageurs en proie à un état délirant lors d’un séjour sur une île tropicale. Régis Airault parle ainsi à la fois de «syndrome des îles ou insulaire, d’Hawaï, de Tahiti, de la Réunion et de Mayotte».

Au Centre hospitalier de Polynésie française, «environ quatre ou cinq voyageurs ont été admis ces dernières années», estime Michel Mardina, infirmier psychiatrique. Tous avaient un profil semblable: des jeunes métropolitains âgés de 18 à 35 ans, présentant des troubles psychiatriques, instables sur le plan affectif et souvent sans emploi. «Il s’agit de gens qui sont en errance, qui débarquent avec un sac à dos et sont souvent en rupture de traitement», note l’infirmier. «Ils viennent sur un nom qui fait rêver, sur un mythe. Ils se disent: « Pourquoi pas essayer de recommencer ailleurs? » Ils espèrent mettre une aussi grande distance entre eux et leurs problèmes que la distance kilométrique qu’il y a entre la métropole et Tahiti.»

Absence d’échappatoire

Des rêves de vie facile et d’abondance plein la tête, ces jeunes routards sont vite confrontés à la réalité à leur arrivée: un marché de l’emploi saturé et un coût de la vie très élevé. «La pathologie refait alors surface parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchaient. Ils décompensent et arrivent à l’hôpital en état de crise, sur un mode qui ressemble à une bouffée délirante», poursuit l’infirmier.

Déprime et sentiment de solitude attendraient aussi souvent au tournant les métropolitains sans antécédents psychiatriques qui plaquent tout pour aller vivre au soleil, dans les Dom-Tom. «Si l’on devait identifier un syndrome insulaire, ce serait plutôt un syndrome dépressif réactionnel à l’isolement, le sentiment d’absence d’échappatoire, d’étouffement communautaire, d’impossibilité de communiquer», estime à Tahiti le psychiatre Stéphane Amadeo, co-auteur de l’étude précitée. Les forums de métropolitains expatriés sous les tropiques évoquent souvent ce spleen, et il existe même un guide pratique destiné à ceux qui partent s’installer aux Antilles. Là encore, la carte postale s’avère trompeuse.

«Des pétages de plombs, on en a partout»

Au terme de ce voyage dans les folies touristiques, de l’Italie à l’Inde en passant par la France et Israël, une question demeure: sommes-nous donc prédisposés à décompenser dans certains endroits plus qu’ailleurs? Dans des lieux chargés d’histoire, de spiritualité ou tout simplement idéalisés quand on les contemple de loin, depuis chez soi? La communauté psychiatrique est divisée à ce sujet et peu de travaux actuels tentent de l’aborder d’un point de vue global.

La classification de «syndrome du voyageur» n’est d’ailleurs pas utilisée aujourd’hui chez les assureurs. Catherine Port-Arondelle, directrice médicale adjointe chez Mondial Assistance, utilise les termes d’«épisodes délirants» pour désigner les voyageurs qui sont rapatriés après avoir craqué lors d’un séjour à l’étranger:

«C’est très difficile de poser l’étiquette de « syndrome du voyageur », on ne le reconnaît pas de façon formelle. Des pétages de plombs, on en a partout, dans le monde entier. On en a eu dernièrement en Chine, au Maroc et en Turquie. Il y a des gens qui, dans un contexte hors habitudes, peuvent déclencher un épisode délirant.»

L’utilisation du terme de syndrome est considérée comme abusive par de nombreux psychiatres, et son rattachement à des lieux spécifiques fait craindre une surenchère de son emploi. Comme le dit avec humour Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu:

«Au rythme où l’on va, toutes les capitales auront bientôt leur syndrome. Pourquoi pas le syndrome de Ouagadougou?»

Voir par ailleurs:

American tourists suffered same strange symptoms as diplomats after visiting Cuba

NY Post

January 30, 2018

The State Department did not say whether the U.S. citizens reported hearing strange noises — as some of the 24 diplomats did — nor whether they stayed at the Nacional or Capri hotels. The State Department also did not clarify whether U.S. doctors and investigators have determined that these travelers had suffered the same kind of attacks as the diplomats.

“We are not in a position to medically evaluate or provide individual medical advice,” the spokesperson said. “However, we encourage private U.S. citizens who have traveled to Cuba and are concerned about their symptoms to seek medical attention.”

The State Department representative said they still don’t have “definitive answers” about these attacks and that the investigation continues. U.S. officials, however, have addressed the issue at several bilateral meetings held in Washington this month with members of the Cuban government.

“We take advantage of every opportunity to remind the Cuban government of its obligations under the Vienna Convention to take all appropriate steps to protect our diplomats,” she said.

The Cuban government, which has emphatically denied any responsibility and called the attacks “science fiction,” is trying to counteract the travel alert with a message of its own. In an event titled CubaMediaDay on Monday in Havana, representatives of U.S. travel agencies reiterated to the i

Almost two dozen Americans who traveled to Cuba have reported experiencing similar symptoms to those suffered by US diplomats serving at the American Embassy.

“Since September 29, the Department of State has been contacted by 19 US citizens who reported experiencing symptoms similar to those listed in the Travel Warning after visiting Cuba,” a spokesperson for the State Department’s Bureau of Western Hemisphere Affairs told the Miami Herald via email.

At least 24 US Embassy officials in Cuba had reported hearing loud, grating noises before experiencing ear issues, hearing loss, dizziness, headache, fatigue, cognitive issues and difficulty sleeping.

Doctors reportedly discovered the diplomats suffered from brain abnormalities, as the white matter in their brains had “developed changes.”

The US has stood by their allegations that Cuba in some way deliberately attacked the American officials — which Cuba has adamantly denied — and earlier this month raised the possibility that a virus was deployed intentionally to infect workers.

Voir aussi:

19 American travelers to Cuba report symptoms similar to those suffered by diplomats

The Miami Herald

January 29, 2018

Recording sheds light on Cuba sonic attacks targeting US workers

The Associated Press has obtained a recording of what some U.S. embassy workers heard in Havana as they were attacked by what investigators initially believed was a sonic weapon.

AP

Voir enfin:

 Michael Weissenstein

AP News

Jan. 06, 2018

HAVANA (AP) — Republican Sen. Jeff Flake says the U.S. has found no evidence that American diplomats in Havana were the victims of attacks with an unknown weapon.

Flake, a Senae Foreign Relations Committee member and a longtime leading advocate of detente with Cuba, met Friday with high-ranking Cuban officials including Foreign Minister Bruno Rodriguez and officials from the Interior Ministry, which oversees domestic security and works with foreign law-enforcement agencies.

The Cubans told Flake the FBI has told them that, after four trips to Cuba, its agents have found no evidence that mysterious illnesses suffered by U.S. diplomats were the result of attacks.

Flake told The Associated Press on Saturday morning that classified briefings from U.S. officials have left him with no reason to doubt the Cuban account, although he declined to discuss the contents of those briefings.

Cuban and FBI officials did not immediately respond to requests for comment on Saturday.

Washington says 24 U.S. government officials and spouses fell ill in Havana in their homes and some hotels starting in 2016.

Secretary of State Rex Tillerson has said he’s “convinced these were targeted attacks,” but the U.S. doesn’t know who’s behind them. The U.S. has withdrawn most of its diplomats from Havana, citing a health risk, and forced many Cuban diplomats to leave Washington.

Cuba has decried the reductions as an unjustified blow to U.S.-Cuban relations that were restored under President Barack Obama.

“The Cuban Interior Ministry is saying the FBI has told them there is no evidence of a sonic attack, even though that term is being used, attack, there is no evidence of it,” Flake told the AP. “There’s no evidence that somebody purposefully tried to harm somebody. Nobody is saying that these people didn’t experience some event, but there’s no evidence that that was a deliberate attack by somebody, either the Cubans or anybody else.

“As I said, I won’t talk about what I have seen in a classified setting, but nothing is inconsistent with what the Cubans have said, and I think the FBI would say that.”

Flake, one of President Donald Trump’s toughest Republican critics, announced last year that he would not seek re-election as Senator from Arizona. He has not ruled out running against Trump in 2020.

Several of the 24 U.S. diplomats and spouses reported hearing loud, mysterious sounds followed by hearing loss and ear-ringing, leading some U.S. officials to describe the incidents as “sonic attacks.” But officials are now carefully avoiding that m.

Medical testing has revealed that some embassy workers had apparent abnormalities in their white matter tracts that let different parts of the brain communicate, several U.S. officials said, and acoustic waves have never been shown to alter those tracts

Cuba’s defenders have argued the US can’t be certain anyone was harmed intentionally because no proof has been publicly presented.

It was earlier reported that officials believed the Americans were the victims of “sonic attacks,” but an FBI report, revealed by The Associated Press, said the US has found no evidence that sonic waves were used to harm Americans in Havana.

The State Department’s latest Cuba travel advisory is at a “level 3,” which advises US citizens to avoid traveling to the Caribbean nation “due to serious risks to safety and security.”

The Associated Press contributed to this report.


Indépendance Inde-Pakistan/70e: Le tourisme comme continuation de la guerre par d’autres moyens (Military tourism: with their « beautiful », high-stepping, daily Wagah border ritual turned tourist attraction, India and Pakistan are actually trying to bring an end to 70 years of wars, skirmishes and suicide attacks)

15 août, 2017
Deux soldats se défient sur la ligne frontalière.
Poignée de main entre frères ennemis.
Cérémonie de descente des drapeaux chaque soir au coucher du soleil. Des spectateurs indiens savourent une crème glacée avant le début de la cérémonie.

« Wagah Border »

Mise en tourisme d’un rituel nationaliste à la frontière indo-pakistanaise
David Goeury

Civilisations

2008

Introduction
1Sur les 2.912 km de frontière, Wagah Border, est l’un des deux seuls Joint Check Points, avec Khokhrapar dans le Sindh, permettant le passage terrestre entre l’Union indienne et le Pakistan. Jusqu’en novembre 2007, la journée s’y écoulait lentement avec le passage de quelques véhicules, de quelques dizaines d’individus (les jours du bus Delhi-Lahore) et le mouvement des coolies pour décharger un éventuel camion de fruits et de légumes. Wagah semblait relier deux extrémités de deux mondes lointains qui entretiennent des relations ténues et suspicieuses. Pourtant, alors que le jour décline, que les derniers fonctionnaires quittent leur poste pour s’en retourner vers Amritsar pour les Indiens, vers Lahore pour les Pakistanais, la route s’enfièvre. Des dizaines d’échoppes ouvrent, autant de marchands ambulants s’installent sur le bord de la route, et surtout des centaines de véhicules, auto-rikshaws, taxis, bus, tentent de se garer bruyamment sur des bas-côtés non stabilisés, sur les conseils de gardiens de parking improvisés. La foule – plusieurs milliers en Inde, plusieurs centaines au Pakistan – s’agglutine devant la barrière des douanes. À 17h, à leur ouverture, elle entre en marche soutenue jusqu’au point « 0 » qui marque la frontière entre le Pakistan et l’Union indienne. Elle dépasse les administrations et se masse derrière une arche fermée d’un mince cordon tenu par les immenses soldats indiens, ou les puissants Rangers pakistanais. Vers 18h, enfin, les soldats font glisser la masse d’impatients le long de barrières métalliques qui longent la frontière, les Pakistanais les premiers puis les Indiens. Chacun prend une photo devant le petit bloc de béton qui marque le point « 0 » originel, puis renouvelle la prise de vue devant les deux portes (à vantaux pour l’Inde, coulissante pour le Pakistan) qui séparent les deux territoires avant de prendre place dans de vastes gradins roses en « L » pour l’Inde, et blancs en demi-cercle pour le Pakistan. L’attente n’est pas silencieuse, bien au contraire, les chants, les musiques et les danses s’enchaînent jusqu’à la tombée du jour. Puis, l’officier sonne la « retraite » avant la descente des drapeaux. Les gardes indiens à l’Est, les Rangers pakistanais à l’Ouest marchent d’un pas décidé vers les portes closes à grand renfort de gestes guerriers. Ils ouvrent les portes sous les acclamations. Commence alors une étrange parade où Pakistanais et Indiens, de façon coordonnée, grimacent, gesticulent, s’intimident, avant de faire glisser les deux drapeaux lentement et simultanément. Jamais l’un ne doit être plus haut que l’autre. Une fois les drapeaux pliés, les deux officiers se saluent avant de claquer les portes qui resteront closes toute la nuit. Alors, la foule quitte les gradins, non sans venir prendre quelques ultimes photographies avec les héros de la cérémonie.

2Pour de nombreux auteurs (Nayar 2003; Tikekar 2004; Van Schendel 2007), la popularité de Wagah Border et de sa cérémonie guerrière serait le symbole de la violence perpétuelle entre Indiens et Pakistanais. Cependant, l’enquête de terrain et la rencontre des acteurs qui vivent la cérémonie (forces de sécurités frontalières, administrations locales, professionnels du tourisme, simples visiteurs) révèlent des logiques diverses, beaucoup plus complexes. Dès lors, quel est l’impact de la mise en tourisme d’un lieu qui porte en lui la mémoire collective d’un conflit (Halbwachs 1950 : 209) ? Cette mise en tourisme serait-elle la preuve de l’existence de deux nations irréconciliables, prêtes à en découdre au moindre incident ? Ou participerait-elle d’un processus de pacification ? Pour y répondre, nous voudrions confronter les multiples interprétations autour de la symbolique de la cérémonie à l’appropriation effective de la cérémonie par les visiteurs. Dès lors, la ritualisation de l’entrée des touristes dans les gradins et la théâtralisation de la fermeture de la frontière, peuvent être présentées comme une reconnaissance des deux nations, où chaque citoyen viendrait faire corps avec sa nation et attester de la partition effective entre les deux États. De ce fait, il n’y aurait pas d’incompatibilité entre le fait d’exalter des valeurs nationalistes et le processus de normalisation des relations bilatérales entre les deux États.

Wagah Border, la naissance d’une destination sur le front indo-pakistanais
3C’est en 2000 que l’office du tourisme du Punjab indien décide de transformer Wagah en attraction touristique. La médiatisation de l’ouverture de la ligne de bus Lahore-Delhi en février 1999 et l’engouement pour les cérémonies militaires incitent ses cadres à penser que Wagah pourrait devenir une destination à même d’allonger la durée des séjours touristiques à Amritsar. L’office du tourisme avec l’accord de la Border Security Force décide de construire des gradins à proximité du « point 0 ». Par réaction, l’autorité pakistanaise fait construire la tribune de Baab-e-Azadi (la porte de la liberté), inaugurée en août 2001, en hommage aux milliers de Pakistanais morts lors de la partition.

15En Inde, un animateur appelle des spectateurs à brandir le drapeau national et à courir jusqu’à la frontière, sous les acclamations de la foule. Il choisit n’importe quel citoyen de passage pour démontrer la dimension démocratique de l’État. Les hommes, puis les femmes, se pressent pour bénéficier de ce moment de gloire, car en Inde, porter le drapeau ne se fait que dans des circonstances exceptionnelles, encadrées par l’État (Zins 2005)14. Les Indiens, choisis comme porte-étendards, ont le sentiment de vivre un moment exceptionnel, où devant des milliers de compatriotes, ils incarnent la nation, en portant son symbole, le drapeau, jusqu’aux limites terrestres de son territoire. Au Pakistan, tous les soirs, les deux mêmes hommes, vêtus de vert et de blanc, couleurs de la nation, paradent et exhortent la foule. Le plus âgé, Baba Mehar Din, vendeur de légumes, ancien soldat de 80 ans, résidant à Lahore, qui vient, chaque soir, depuis 40 ans (selon les journaux pakistanais), en scandant « Allah Akbar » (Dieu est grand) et « Pakistan Zindabad » (Longue vie au Pakistan), revendique son geste comme une participation à grandeur de la nation. Il est, d’ailleurs, devenu un mythe patriotique. Son engagement a été récompensé par le Président Musharraf, au nom de la nation, le 6 avril 2007, par la remise de 50.000 Roupies et l’offre d’un voyage à la Mecque pour procéder à l’umra15.

Course de drapeaux à Wagah Border

16Les visiteurs nationaux sont mobilisés autour de symboles. D’un coté, le pays des purs s’affirme autour de la religion musulmane, alors que l’Inde exalte sa dimension démocratique et libre. La frontière et le point « 0 » deviennent le lieu témoin de la séparation entre l’Inde et le Pakistan. La partition y est attestée par tout individu, indien, pakistanais ou étranger, qui assiste à la cérémonie. L’affirmation de Mohammad Ali Jinnah « en 1947 nous étions une nation qui cherchait un pays, désormais nous sommes un pays qui cherche une nation » toujours au cœur du questionnement sur la nation pakistanaise, considérée comme inachevée (Jaffrelot 2002 : 7), trouve sa réponse à Wagah. Tous les symboles du Pakistan sont convoqués. Le portrait de Mohammad Ali Jinnah domine la porte de la liberté qui commémore la mort des milliers de réfugiés, victimes des violences interconfessionnelles en 1947. L’armée forte et inflexible garde la porte. L’Islam, ciment fédérateur, envahit l’espace sonore à travers les chants coraniques et s’incarne dans l’allégorie de Baba Mehar Din, drapé de vert, agitant le drapeau au croissant blanc.
17De plus, les Pakistanais et Indiens construisent leurs identités nationales respectives en négatif de celle de l’autre. À l’exubérance et la démesure indienne, qui associent les musiques de films, les danses, la dimension bariolée de la foule et la course effrénée des porteurs d’étendards, comme autant de performances patriotiques individuelles qui témoignent de l’adhésion positive de chaque citoyen à « la plus grande démocratie du monde », les Pakistanais opposent la mesure du pays des Purs16. Pour les autorités pakistanaises qui cherchent à faire reconnaître la spécificité culturelle de leur nation à l’échelle mondiale, Wagah border devient l’exemple explicite de leur différence avec l’Inde. Ainsi, tout groupe d’officiels étrangers de passage à Lahore est emmené à la cérémonie de la fermeture de la frontière, pour qu’ils puissent constater de leurs propres yeux que les deux nations, pakistanaise et indienne, sont clairement distinctes et surtout que les deux peuples ont des comportements opposés. Wagah leur permet de soutenir les discours sur l’impossible vie en commun entre Pakistanais et Indiens, de dénoncer le mouvement gandhien qui juge la partition comme le plus grand drame de l’Union indienne et enfin de revendiquer le rattachement du Cachemire au Pakistan (Jaffrelot 2000 : 201).

18Pour la population, Wagah Border devient alors l’espace où se vit la nation. Du coté indien, la cérémonie est rapidement devenue extrêmement populaire, faisant de Wagah une grande destination du tourisme national. Les transports collectifs se multiplient, attendant les clients à la sortie du Temple d’or sikh d’Amritsar. Les chauffeurs vantent l’incroyable de la cérémonie à renfort de photographies et surtout jouent sur la fibre nationaliste en arguant que c’est le lieu où tout citoyen indien qui se respecte doit être allé. Désormais, les professionnels du tourisme comparent le Taj Mahal d’Âgrâ et le Fort Rouge de New Delhi, les deux monuments nationaux, les plus visités, avec les deux principales attractions d’Amritsar. Ainsi, le Temple d’Or, chef d’œuvre d’architecture, est comparé au Taj Mahal. Cependant, le lieu de culte des Sikhs, toujours actif, fréquenté par des dizaines de milliers de pèlerins, est qualifié de « living monument » (monument vivant), alors que le tombeau moghol n’est que le fabuleux vestige d’une époque révolue. De même, Wagah border est présentée comme le lieu vivant de la nation indienne, alors que le Fort Rouge, où a été proclamée l’indépendance le 15 août 1947, n’est qu’un lieu de mémoire de la nation (Nora 1984). À la commémoration annuelle est opposée la possibilité de vivre le nationalisme face au « frère ennemi ». Des voyages spéciaux sont organisés pour les écoles et des groupes de jeunes hommes des grandes villes du Nord et du Sud viennent spécialement pour la fermeture de la frontière. Les étudiants et les jeunes urbains décrivent Wagah comme une expérience extrême, un contact direct et passionnel avec le nationalisme. Ils font de la frontière une destination à la mode où on doit être allé. Porter l’étendard et scander des slogans, permet de faire corps avec la nation, en longeant son enveloppe, la frontière avec le Pakistan (Equipe MIT 2002 : 197).

La violence comme catharsis : un théâtre touristique

19L’augmentation croissante des visiteurs fait de Wagah border un véritable phénomène de société. Par conséquent, la cérémonie est devenue un espace de débat qui questionne ce qui relève du théâtre et du vécu des spectateurs. Deux points de vue s’opposent. D’une part, de nombreux observateurs, journalistes, universitaires et touristes internationaux interprètent la violence comme réelle. Pour ces «manipulateurs de symboles»17, la parade militaire avec ses gestes brutaux et intimidants, dont les fameux grands mouvements de jambes ressemblant à de terribles coups de pieds, est bien plus que du théâtre. Ainsi, dans son livre Across the Wagah an Indian Sejourn in Pakistan, l’universitaire indienne, Maneesha Tikekar décrit cette scène comme un affrontement dramatique où la haine des regards, la violence des coups de pieds en l’air sont autant d’appels à la violence. Pour elle, exhiber le patriotisme avec autant d’animosité envers son voisin, et tant de plaisir à le faire, est un jeu dangereux. Elle conclut son analyse en se demandant s’il existe ailleurs dans le monde une descente de drapeau aussi théâtrale et aussi excessive de patriotisme (Tikekar 2004 : 92). De même, l’artiste et militant pakistanais Mian Ijaz-ul-Hassan voit en la violence pathétique de la cérémonie de fermeture de la frontière de Wagah qui recommence inlassablement chaque soir, l’image du conflit indo-pakistanais18. Enfin, dans un texte illustré de photographies de la cérémonie et intitulé « The Wagah Syndrome », l’universitaire Willem Van Schendel fait de la cérémonie le modèle type de l’ultranationalisme exubérant dont la débauche de violences symboliques annonce des violences physiques vis-à-vis des États voisins et à l’encontre des communautés minoritaires (Van Schendel 2007 : 44). Si l’élite intellectuelle indienne et pakistanaise condamne la cérémonie, d’autres voix plus anonymes distinguent théâtralisation de l’agressivité et violence19. En effet, sur place, nombreux sont les Pakistanais et les Indiens qui n’y voient qu’un show. Les Punjabis, habitués à y conduire leurs amis venus en visite, présentent Wagah comme une attraction, sans pourtant exclure sa dimension civique. Ainsi sur le site internet de mise en ligne de vidéos personnelles Dailymotion, un Pakistanais a décidé d’intégrer un prologue à son montage d’images de la cérémonie en disant « n’y voyez rien de politique ou de guerrier et si vous n’êtes pas d’accord, contactez-moi pour en discuter ».

20Le 20 octobre 2002, ce débat est devenu institutionnel, suite à l’affrontement entre un soldat pakistanais et un soldat indien qui se sont menacés de leurs armes à feu, heureusement déchargées durant la cérémonie; ils ont du être séparés par les officiers alors que les spectateurs des deux cotés multipliaient les insultes20. Pendant plus de deux ans, les deux administrations militaires ont débattu du degré de violence des gestes hérités du drill. À la fin du mois de mars 2004, l’Inde a demandé officiellement de réduire l’agressivité des gestes et surtout l’ampleur des mouvements de jambes pour qu’ils apparaissent comme moins brutaux et ressemblent moins à un simulacre de combat. À Lahore, le commandement des Border Security Forces indiennes et des Rangers pakistanais ont décidé de réorienter la cérémonie vers des postures moins agressives en demandant aux soldats de ne faire aucune provocation et bien au contraire de faire preuve de respect mutuel. Cependant après l’accord de principe, les deux parties ont convenu qu’il fallait d’abord déterminer la forme du nouveau rituel avant de changer21. Or, en novembre 2006, le lieutenant général Hussain Mehdi, directeur général des Rangers pakistanais du Punjab, a déclaré qu’il ne ferait pas modifier la gestuelle des soldats, alors que les Indiens avaient procédé à de légères modifications pour adoucir les mouvements. Pour lui, la cérémonie de la « retraite » héritée du drill doit perdurer dans sa forme originelle, car elle est à la fois un élément identitaire de la population pakistanaise et surtout, désormais, une attraction touristique. Il conclut que la prétendue violence de la cérémonie a un très faible impact sur les relations bilatérales indo-pakistanaises22. Le débat se poursuit et les autorités pakistanaises, à l’image du lieutenant-colonel Tariq Janjua, considèrent même que la diminution de la dramaturgie gâcherait le spectacle alors que la foule vient pour la dimension démesurée du drill et non pour une simple parade s’achevant par la descente du drapeau et la fermeture de la frontière23. Les plus hauts dignitaires de l’État pakistanais, le Général major Javid Zia et le ministre de l’Information Tariq Azim, réaffirment cette idée, lors des rencontres avec leurs homologues indiens à New Delhi24. L’afflux croissant de touristes nationaux et internationaux justifie, alors, l’agressivité des soldats comme un élément du show.
21L’attrait du spectacle ne doit pas écarter la dimension idéologique du débat. Le refus pakistanais, s’inscrit dans la permanence du mythe colonial des races dites « martiales ». De cette théorie britannique a émergé l’idée de la supériorité du soldat musulman carnivore sur le soldat hindou végétarien25. Ce mythe reste très présent dans les esprits de la population et des officiers pakistanais et ce malgré plusieurs défaites face aux Indiens26. L’idée d’agressivité et de force des soldats musulmans est constitutive de l’ethos de l’armée pakistanaise. Elle est utilisée pour justifier la résistance du Pakistan à l’Inde, malgré le différentiel démographique entre les deux États (166 millions d’habitants au Pakistan contre 1.142 millions en Inde)27. Les Rangers de Wagah border grands, musculeux, au regard furieux, surnommés avec fierté « les fils de lions », doivent incarner la prétendue supériorité militaire devant l’armée indienne, pas tant pour impressionner les soldats indiens que pour rassurer le public pakistanais (Jaffrelot 2000 : 204-205). Le rituel doit donc conserver son agressivité.

22Cependant, sur place, les hommes qui manifestent le plus de ferveur patriotique et qui s’enflamment en hurlant des slogans, concluent toute discussion sur le sujet en disant que les tensions entre l’Inde et le Pakistan sont le fruit des gouvernements et surtout, pour les Indiens, de l’absence de démocratie au Pakistan. Wagah draine un public de plus en plus nombreux sans qu’il y ait de violences physiques, alors que le Pakistan et l’Inde sont régulièrement le lieu de violences communautaires. Les spectateurs de la cérémonie de la fermeture de la frontière, même lorsqu’ils exultent verbalement, restent pacifiques. La frontière n’est pas un lieu de conflit avec l’Autre, mais de confrontation à l’Autre pour construire son identité. La théâtralisation désamorce le conflit, par la reconnaissance de l’Autre dans sa différence (Sémelin 2005 : 444-445).

Les 14 et 15 août : cérémonie et contre-cérémonie à Wagah
23Les 14 et 15 août, jours des fêtes nationales respectivement du Pakistan et de l’Union indienne, sont des moments forts à Wagah. Le nombre des visiteurs bat des records. La levée du drapeau pakistanais à la frontière le 14 août est le symbole de la naissance du Pakistan, séparé de l’Union indienne. Wagah Border est un des lieux où « l’on doit être » pour fêter l’indépendance comme Lahore pour les Pakistanais et le Fort Rouge à New Delhi pour les Indiens.
24Wagah est, aussi, le lieu d’une autre cérémonie annuelle dont l’objectif est tout autre. Depuis le 14 août 1996, pour la 50e année de l’indépendance du Pakistan et de l’Inde, Kuldip Nayar, l’éditorialiste susmentionné, a décidé d’allumer des chandelles à minuit (Nayar 2003 : 208). Les chandelles restent allumées, à la frontière, toute la nuit, pour assurer une continuité symbolique entre les deux déclarations successives d’indépendance du Pakistan le 14 et de l’Union indienne le 15. À cette manifestation pour la paix et la réconciliation, ne participaient qu’une douzaine de personnes lors de la première expérience, alors qu’aujourd’hui, elle mobilise des centaines de milliers de personnes. La candlelight vigil (veillée aux chandelles) est désormais devenue un moment fort. Des associations, de part et d’autre de la frontière, de plus en plus nombreuses rallient le mouvement comme symbole de la paix possible entre l’Inde et le Pakistan. Elles associent aux chandelles des concerts associant musique moderne et de danse traditionnelle punjabie. Les participants scandent « Hindu-Pak Dosti Zindabad » (Longue vie à l’amitié indo-pakistanaise). Ils appellent à la fin de la politique des visas pour favoriser les liens directs entre les populations, pour en finir avec les affrontements par gouvernements interposés. Ce mouvement est fortement critiqué par les partisans indiens d’une politique dure vis-à-vis du Pakistan. Ils décrivent les porteurs de chandelles comme des doux rêveurs face à la violence et la dangerosité du Pakistan, pourvoyeur de guerre et de terrorisme. De même, les forces de sécurité des deux pays hésitent à laisser la population librement accéder au « point 0 ». Régulièrement, les gouvernements empêchent la manifestation ou en diminuent la portée symbolique. Par exemple, en 2004, si les Pakistanais sont autorisés à se rendre à la cérémonie de lever du drapeau le matin du 14 août, les autorités bloquent, dans la banlieue de Lahore, les individus désireux de gagner la frontière pour la veillée aux chandelles du soir, prétextant une menace terroriste islamiste. De son coté, la Border Security Force indienne préfère retenir les manifestants indiens à l’entrée de la zone douanière. Et même si certains militants pacifistes arrivent à passer les barrages, le Pakistan fait diffuser par les hauts-parleurs des chants coraniques pour couvrir leurs slogans prônant l’amitié entre l’Inde et le Pakistan28.
25Pour le soixantième anniversaire de l’indépendance, 2007 devait être un moment exceptionnel. Deux associations « Routes 2 Roots29 » et « Friends without Borders30 », qui multiplient les liens entre les populations des deux États, envisagent un immense concert « Dil se Dil (Heart to heart) : Independance Day Friendship Celebration » commun, de part et d’autre de la frontière. Il devait commencer le 14 août à 23h et s’achever le 15 à 12h30, pour faire vivre symboliquement la continuité entre les deux déclarations d’indépendance. Ce concert géant, financé par des multinationales comme Nokia, devait être retransmis en direct sur la télévision indienne et pakistanaise. Des stars du Bollywood, des joueurs de cricket et des chanteurs étaient attendus pour ce moment exceptionnel. L’association « Routes 2 Roots » voulait que la cérémonie montre qu’Indiens et Pakistanais participent d’une même humanité, dansent sur les mêmes chansons, idéalisent les mêmes stars et pratiquent les mêmes sports. Cependant, au dernier moment, les autorités locales ont décidé d’interdire l’accès nocturne à la zone frontière pour des raisons de sécurité31, tenaillées par la peur des mouvements de foule32. Le projet a donc été annulé.

26Kuldip Nayar n’hésite pas à opposer la démarche des deux cérémonies médiatiques de Wagah que sont la descente du drapeau et la veillée aux chandelles. Pour lui, la première est étroitement encadrée par les institutions, dont l’armée, en évitant tout contact direct entre les populations, alors que la seconde appelle à la réconciliation directe entre les individus33. Cette opposition est en fait beaucoup plus profonde et révèle deux courants qui animent le sous-continent depuis 1947. En effet, la société reste divisée entre les partisans du rêve de la réconciliation et les partisans de la théorie des deux nations (Jaffrelot 2000 : 231). À la cérémonie nationaliste orchestrée par l’armée et l’État, la « candlelight vigil » oppose une logique transnationale qui dépasse la politique des États et s’appuie sur une société civile mondiale, soutenue par des ONG et des multinationales. La « candlelight vigil » nie la frontière en s’appuyant sur des valeurs mondiales présentées comme plus légitimes que celles de la nation. De ce fait, elle n’est pas seulement jugée comme une manifestation de doux rêveurs, mais comme une force subversive à même de remettre en question les constructions politiques nationales. L’argument du mouvement de foule franchissant la frontière sans passer par le filtre institutionnel des visas n’est pas un alibi fallacieux pour interdire le concert, mais traduit bel et bien la peur d’un acte symbolique fort qui serait médiatisé à l’échelle mondiale, remettant en question les logiques gouvernementales. Par conséquent, la manifestation est régulièrement entravée par les autorités indiennes et pakistanaises qui aujourd’hui s’abritent derrière le risque terroriste, dont la dimension imprévisible permet de justifier l’interdiction des grandes manifestations publiques.

27Il faut noter que cette contre-cérémonie ne diminue pas l’aura de la descente des drapeaux, bien au contraire, elle la renforce. Les deux événements ont un effet cumulatif générant une aura toujours plus grande du poste-frontière et attirant un public de plus en plus nombreux.

Le tourisme : une première étape vers la normalisation des relations indo-pakistanaises

28La résonance nationale de Wagah Border ne doit pas occulter les enjeux régionaux. En effet, le projet a été porté en premier par l’État du Punjab et surtout par l’élite économique et administrative de la ville d’Amritsar dont de nombreux membres de la communauté sikhe (Foucher 1991 : 332). Cette minorité religieuse, concentrée dans le Punjab, a souffert de la partition qui l’a obligée à quitter le Punjab pakistanais et l’a coupée de lieux de cultes comme le lieu de naissance du guru Nanak. Après avoir réclamé le fractionnement de l’État du Punjab pour disposer d’un État sikh plus autonome, à la fin des années 1970, les ultranationalistes sikhs sont entrés en guerre avec le gouvernement fédéral de New Delhi pour créer un État indépendant, le Khalistan34. Battus, aujourd’hui, ils laissent la place à un nouveau mouvement sikh désireux de s’ouvrir sur le Pakistan. Il veut redonner au Punjab sa dimension d’espace charnière, et ainsi relancer le développement économique de la région, mis à mal par les années de conflits.
29Dans ce nouveau contexte, le département du tourisme d’Amritsar désire jouer un rôle-clef et insiste sur les multiples dimensions de la cérémonie. Si effectivement, la médiatisation de la cérémonie permet d’augmenter la fréquentation touristique de la région et surtout le nombre de nuitées passées dans la ville, en mettant en scène une activité nocturne qui s’achève à 19h30 et qui oblige, ainsi, les touristes à dormir à Amritsar, elle a aussi des objectifs politiques. L’administration revendique la dimension nationaliste de la cérémonie. Elle la présente comme un moment d’éducation à la citoyenneté, avec l’exaltation des symboles nationaux, et de civisme, par le respect des institutions et du public pakistanais. L’animateur indien s’assure que les éventuelles insultes ou slogans hostiles soient couverts par la voix de la foule scandant « longue vie à l’Inde ». Alors, la cérémonie joue un rôle fondamental dans la politique nouvelle de réconciliation entre l’Union indienne et le Pakistan. Les responsables du département du tourisme espèrent modifier en profondeur la vision qu’ont les Indiens du Pakistan, par l’accueil d’un public de plus en plus diversifié, venant de toute l’Inde et surtout du Sud35. Ils veulent substituer à la représentation de la frontière-front d’où émergeraient régulièrement la guerre et le terrorisme, celle d’une frontière contrôlée où deux peuples proches et respectables peuvent se rencontrer. De ce fait, pour ces Punjabis, le tourisme de masse à Wagah est essentiel à la construction d’un premier dialogue avec le Pakistan, en permettant à la population indienne d’entrer, même de manière lointaine et extrêmement contrôlée, en contact avec la population pakistanaise et ainsi de la dédiaboliser. Ils insistent sur la dimension binationale de la cérémonie et sur la coordination des deux forces armées, prouvant qu’Indiens et Pakistanais peuvent travailler ensemble quotidiennement et sans heurts. Nombreux sont ceux qui concluent sur le fait que, la nuit venue, les soldats ne respecteraient pas la frontière et vont manger et boire ensemble. Ils espèrent ainsi que l’opinion publique nationale de l’Inde devienne plus favorable à la réouverture progressive de la frontière à un trafic de marchandises plus intense. Certains avancent même l’espoir de mettre en place progressivement une zone de libre-échange avec le Pakistan, idée encore assez impopulaire à l’échelle nationale36.

30Le 1er novembre 2007, une première étape a été franchie avec l’autorisation donnée aux camions préalablement enregistrés de traverser la frontière avec pour objectif d’atteindre un trafic de 200 camions par jour. L’État du Punjab et la ville d’Amritsar envisagent désormais la création d’une vaste zone commerciale qui accueillerait les camions le jour et les touristes le soir. Parallèlement, pour accélérer les échanges et la libre circulation des individus, l’État du Punjab espère l’implantation d’un consulat du Pakistan à Amritsar, habilité à délivrer des visas pour la population et surtout pour les pèlerins sikhs. La cérémonie est aujourd’hui présentée comme une première étape de la reconnaissance internationale de deux nations qui peuvent dépasser leurs conflits antérieurs et devenir des partenaires économiques et politiques. Certains décideurs punjabis espèrent la généralisation des partenariats internationaux dans le cadre d’une nouvelle association d’États, comme la SAFTA (South Asia Free Trade Association) créée en 2004, et ainsi recréer une aire de développement économique internationale transfrontalière, sur les vestiges du Punjab d’avant 1947, sans remettre en question l’idée des deux nations (Jaffrelot 2000 : 232)

Conclusion
31Wagah Border est un haut lieu des relations indo-pakistanaises qui porte en lui à la fois la mémoire de la violence des massacres communautaires de 1947 et le quotidien des conflits frontaliers. Cette dimension symbolique forte est renforcée par la cérémonie quotidienne de descente des drapeaux. Gouvernements fédéraux, gouvernements régionaux, armées, partis politiques, intellectuels, associations transnationales, investissent ce lieu pour légitimer des discours sur les relations indo-pakistanaises. Malgré leurs points de vue divergents, voire opposés, ils dotent Wagah Border d’une résonance grandissante et renforcent son attractivité touristique. Or, la mise en tourisme de la frontière transforme la symbolique de la cérémonie. L’agressivité des soldats devient une composition d’acteurs, le nationalisme, un jeu. La théâtralisation rapproche la cérémonie du show et l’écarte de la guerre. Ceci est renforcé par la dimension journalière, donc répétitive, de cet affrontement symbolique entre deux armées, sans vaincu et sans vainqueur, sous les acclamations d’une foule en liesse. Dès lors, le face-à-face des touristes indiens et pakistanais permet d’attester de la partition et de légitimer les institutions incarnées par les deux armées et les deux drapeaux. Il est une première étape de la reconnaissance de l’Autre, avec ses spécificités. Cette étape est indispensable à la normalisation des relations internationales. Par conséquent, ce tourisme de masse, même s’il se fait autour des symboles de la nation, est un élément de pacification du lieu. Il permet de convertir un espace de conflit en un espace de conciliation. Il dépasse les débats idéologiques et instaure les conditions d’une première rencontre, certes limitée, mais réelle. De plus, il prépare le passage d’une gestion purement politique de la frontière à une gestion plus économique, en générant de nouveaux flux et de nouvelles activités (Brunel 2006 : 257). Enfin, il permet de concilier enjeux nationaux et développement régional, surtout dans une démocratie où la prise de décision passe par l’adhésion des masses et la sensibilisation des décideurs.

Bibliographie

1 Ces chiffres ne sont que des estimations, la cérémonie étant gratuite, les visiteurs n
4En quelques années, la cérémonie de Wagah est devenue une destination incontournable du tourisme national. Les jours de fête nationale, l’office du tourisme d’Amritsar estime que plus de 12.000 visiteurs indiens assistent à la cérémonie. Désormais, chaque année, près de deux millions de touristes viendraient à la frontière1. La réussite d’un tel lieu et l’engouement populaire qu’ils suscitent dans toute l’Inde et dans tout le Pakistan est le fruit d’une accumulation de phénomènes (Equipe MIT 2005 : 8-9).

2 Pour en prendre la mesure, il suffit de se rendre au monument aux morts de Chandigarh qui rend ho (…)
5Wagah serait noyée dans l’immensité de la plaine punjabie, entrecoupée des seuls canaux d’irrigation, si la distinction entre les deux Punjab, l’État indien et la province pakistanaise, n’était pas marquée spatialement par une double clôture barbelée électrifiée (Foucher 1991 : 299). Née dans la douleur de la partition, la frontière Indo-pakistanaise reste une zone de conflits constants. Du Gujarat au Siachen, elle reste très fortement militarisée et le lieu d’affrontements plus ou moins violents. La dernière guerre dite « de Kargil » qui a eu lieu 1999 n’a pas mis fin aux multiples accrochages. La frontière, surtout le long du Cachemire, reste un lieu où meurent régulièrement des soldats2.

3 Les Joint Check Points ont été créés en 1949. Ce sont les points où les deux forces de sécurités (…)
4 Le volume des échanges en 2006 était de 869 millions de dollars, in Taneja N., Trade Possibilitie (…)
5 Cette ville du Punjab pakistanais est le lieu de naissance de Guru Nanak, prophète de la religion (…)
6 Les entrepreneurs punjabis indiens spécialisés dans l’industrie mécanique regrettent de ne pas po (…)
6Or, Wagah est unique, c’est l’un des deux seuls Joint Check Point3 ouverts à la circulation des nationaux et des internationaux. La frontière est sous l’autorité des forces de sécurité de 16h à 8h, des Custom Department et Immigration Department de 8h à 16h. Jusqu’en novembre 2007, la circulation journalière restait très faible avec moins de cinq véhicules et à peine 75 personnes composées pour moitié d’Indiens et de Pakistanais, et pour moitié de touristes étrangers. En 2007, ce point de passage ne voyait transiter que 5% des échanges entre l’Inde et la Pakistan, soit moins de deux millions de roupies par an4. Les individus doivent être munis de visas obtenus à New Delhi ou à Islamabad, souvent après une attente de plusieurs jours. Le passage des véhicules indiens ou pakistanais était interdit, mis à part le bus Delhi/Lahore, qui passe quatre fois par semaine (deux aller-retour), et ceux des pèlerins sikhs indiens se rendant Nankana Sahib5. Avant le 1er novembre 2007, les camions étaient obligés de décharger leur marchandise, composée de fruits et de légumes, qui étaient portées par des dizaines de coolies sur les centaines de mètres séparant les deux bureaux des douanes indiennes et pakistanaises. L’essentiel du commerce entre Amritsar et Lahore se fait via les ports de Bombay et de Karachi6.

7 Cette dimension symbolique se retrouve dans les titres de livres.
7La faiblesse numérique des passages de personnes et de marchandises ne doit pas cacher la forte résonance symbolique de Wagah Border. Point de passage terrestre, il incarne les relations entre le Pakistan et l’Union indienne. Il est régulièrement le lieu de gestes politiques bilatéraux entre les deux gouvernements. Ces actions sont alors largement couvertes par les médias. Wagah est un terme qui évoque, pour les nationaux, les relations entre l’Inde et le Pakistan7.

8 “India to free 72 Pakistani prisoners”, Daily Times, Tuesday, August 14, 2007.
8Ainsi, c’est le lieu de l’organisation des échanges de prisonniers indiens et pakistanais, civils ou militaires, capturés pour violation du territoire. Le 14 août 2007, l’Inde a libéré 72 Pakistanais, dont 48 pêcheurs arraisonnés dans les eaux territoriales indiennes, alors que le Pakistan renvoyait 134Indiens, dont 100 pêcheurs. L’échange avait été préparé plusieurs semaines à l’avance, pour symboliquement correspondre au 60e anniversaire de l’indépendance des deux États8.

9 Cependant, ce discours d’intentions a été immédiatement remis en question par la guerre de Kargil (…)
9Mais c’est surtout en février 1999 que Wagah a pris une nouvelle dimension. Le Premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee décide de se rendre au Pakistan via « Wagah Border », en bus, pour inaugurer la ligne Delhi-Lahore, avec 22 parlementaires indiens. Ce trajet terrestre, qui est aujourd’hui ouvert à la population, est le symbole d’une tentative de normalisation des relations indo-pakistanaises. Entre Amritsar à Wagah, les Indiens s’étaient massés pour l’occasion le long de la route formant une immense haie d’honneur de près de 35 km. Le bus transportant le Premier ministre s’était arrêté à la frontière, puis était reparti alors que les Pakistanais se sont regroupés tout le long des 26 km qui séparent Wagah de Lahore. Pour l’éditorialiste et parlementaire indien Kuldip Nayar, cet événement a montré l’union possible des deux États autour d’une même chaîne humaine continue de 51 km (Nayar 2003 : 210). Le voyage s’était achevé le 20 février 1999 par la déclaration de Lahore qui entend rétablir des liens d’amitiés basés sur le commerce et la dénucléarisation de la région9.

10Wagah est donc un lieu de la géographie mentale nationale, qu’elle soit pakistanaise ou indienne. D’ailleurs, alors que Wagah est le nom du village pakistanais, il supplante dans les deux États celui d’Attari, qui est le nom du village indien. Cette résonance est suffisante pour en faire un lieu de tourisme de frontière, où l’on vient à la fois commémorer une histoire, voir l’iconographie de la frontière avec ses fortifications, ses administrations, ses drapeaux et ses soldats, et observer un territoire à la fois proche et inaccessible (Gelbman 2008 : 201-202). L’attractivité du lieu est renforcée par la présence de forces paramilitaires qui, chaque soir, sonnent la retraite et organisent la descente simultanée des drapeaux. Elles dotent ainsi Wagah d’un moment où se déroule une action unique. Le lieu n’est plus seulement un point de contact sur la frontière, il est un lieu où est orchestré un rituel journalier autour de deux éléments emblématiques de la nation : l’armée qui la défend et le drapeau qui la représente.

10 The show of anger and determination”, Daily Times, Mardi 29 mai 2003.
11 Le drapeau indien est réglementé dès 1950 par le “Emblems and Names (Prevention of Improper Use) (…)
11Les discours sur l’origine de la cérémonie sont variés. Cependant, tous les interlocuteurs lui donnent une profondeur historique, liée à un grand moment des relations indo-pakistanaises. Pour certains, elle daterait de la partition en 194710; selon l’office du tourisme du Punjab de 1949, elle aurait été instaurée au moment du cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU permettant la création de la frontière et des Joint Check Points; enfin pour les officiers de la Border Security Force, elle aurait été instituée suite à la guerre indo-pakistanaise de 1965, en même temps que la création de leur unité spécialisée dans la surveillance de la frontière. Dans son organisation, elle est fortement liée au statut très spécifique du drapeau national indien dont l’usage est réglementé par un code, le Prevention of Insults to National Honour Act de 1971, amendé en 200311. Le drapeau pakistanais, dont l’usage est beaucoup moins réglementé, intègre cependant les règles du drapeau indien à la frontière, où il ne peut pas apparaître comme inférieur. Par conséquent, les deux drapeaux sont descendus simultanément, dans une forme de concurrence symbolique où chaque nation doit rester toujours au même niveau que l’autre. En même temps, les deux forces de sécurité mettent en scène « la retraite » selon les codes du drill, le code hérité de l’armée britannique. Le geste doit être vif, voire violent et claquer aux ordres d’une voix forte et cinglante. De ce fait, le rite de descente du drapeau devient un théâtre pour exacerber le face-à-face entre les deux nations.

Venir à Wagah Border pour vivre la nation et attester de la partition
12Si la cérémonie est ancienne de plusieurs dizaines d’années, elle est restée peu médiatisée avant les années 2000. Cependant, l’afflux croissant de spectateurs favorise l’émergence de nouvelles pratiques. À la descente des drapeaux est par exemple ajouté un long prologue patriotique au cours duquel les foules, incarnant les nations, investissent l’espace de la frontière.

13La frontière, comme point de contact avec l’Autre, considéré parfois comme un adversaire voire un ennemi, permet de se mettre en scène. Ainsi, les touristes nationaux, qu’ils soient indiens ou pakistanais, vont à la fois observer et participer à la cérémonie. Cette double dimension est particulièrement visible dans le comportement adopté sur le moment et dans l’usage des images prises sur l’instant, puis montrées plus tard. Les visiteurs veulent à la fois être spectateurs et acteurs (Michel 2004 : 106). Wagah est un lieu qui se vit.

12 Le Punjab était une région multiconfessionnelle qui fut partagée entre l’Inde et le Pakistan, sel (…)
13 Dans les nombreuses vidéos mises en ligne sur internet, il est intéressant de noter les zooms rég (…)
14L’accès est donc ritualisé. Les visiteurs attendent sur la route goudronnée, devant les arches derrières les gradins, à la hauteur des monuments qui rappellent les massacres de 194712. Du coté pakistanais, la porte de la liberté commémore les morts musulmans sur les chemins de l’exil, du coté indien, une stèle noire est dressée au milieu de la route à la mémoire des Punjabis massacrés durant la partition. Vers 18h, les femmes puis les hommes sont invités à pénétrer sur le site, selon un chemin précis. Les forces de sécurité leur font longer la frontière, pour pouvoir photographier la borne qui marque le « point 0 » et toucher les portes qui séparent les deux États. Ce parcours fait entrer les touristes par la scène et leur permet surtout de voir, à quelques mètres de là, le peuple voisin avant de prendre place dans les gradins13. Les Rangers pakistanais imposent à la population une tenue longue et la séparation des sexes dans les gradins, avec les hommes à droite et les femmes à gauche, au nom du respect des règles de l’Islam. Les forces de sécurité indiennes réservent, elles, un espace aux femmes et aux VIP, pour les mettre à distance des éventuels débordements des groupes de jeunes hommes, souvent exaltés par la cérémonie. En effet, l’attente n’est pas muette et calme, mais bruyante et démonstrative. Les deux États diffusent, à grands renforts de haut-parleurs, des musiques patriotiques. Au Pakistan, l’hymne national est associé à des psalmodies du Coran et tout particulièrement la Chahâda. En Inde, sont mélangés hymne et chants patriotiques, dont certains sont tirés de films populaires de Bollywood. Si les deux foules scandent « longue vie à l’Inde » ou « longue vie au Pakistan », les Indiens sont invités à danser devant les gradins, créant une ambiance de liesse généralisée. Mais surtout, certains individus sont appelés à jouer un rôle particulier. Ils vont pouvoir manipuler le drapeau national sous le contrôle des forces de sécurité. Des deux cotés de la frontière, ces individus deviennent, momentanément, des allégories de la nation.

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Tikekar, Maneeshar, 2004. Across the Wagah, an Indian Sejourn in Pakistan. New Delhi/New Jersey: Promilla and co./Publishers bibliophile South Asia.

Van Schendel, Willem, 2007. “The Wagah Syndrome: Territorial Roots of Contemporary Violence in South Asia”, in Basu, Amrita et Srirupa Roy (eds), Violence and democracy in India, pp. 36-82. Calcutta, New York, Londres: Seagull Books.

Zins, Max-Jean, 2005. « Rites publics et deuil patriotique. Les funérailles de la guerre indo-pakistanaise de 1999 », Archives des sciences sociales des religions, 131 (2005) – Varia, (En ligne), mis en ligne le 30 juin 2008. URL : http://assr.revues.org/document3258.html
DOI : 10.4000/assr.3258

Notes
1 Ces chiffres ne sont que des estimations, la cérémonie étant gratuite, les visiteurs ne sont pas systématiquement décomptés. Les officiers de la Border Security Force estiment la fréquentation au remplissage des gradins.

2 Pour en prendre la mesure, il suffit de se rendre au monument aux morts de Chandigarh qui rend hommage à tous les soldats punjabis tombés au combat. Cette double spirale de béton sur laquelle sont accrochées des plaques de marbre noir gravées, se termine par plusieurs mètres d’emplacements vides prévus pour accueillir tous les noms de ceux qui vont mourir lors des accrochages frontaliers futurs.

3 Les Joint Check Points ont été créés en 1949. Ce sont les points où les deux forces de sécurités indienne et pakistanaise sont en contact.

4 Le volume des échanges en 2006 était de 869 millions de dollars, in Taneja N., Trade Possibilities and Non-Tariff Barriers to Indo-Pak Trade, New-Delhi: ICRIER, 2007, 47 p.
Consultable en ligne. http://www.icrier.org/publication/WorkingPaperno200.pdf

5 Cette ville du Punjab pakistanais est le lieu de naissance de Guru Nanak, prophète de la religion sikhe.

6 Les entrepreneurs punjabis indiens spécialisés dans l’industrie mécanique regrettent de ne pas pouvoir écouler leurs produits directement sur le marché du Punjab pakistanais, pourtant fortement demandeur.

7 Cette dimension symbolique se retrouve dans les titres de livres.

8 “India to free 72 Pakistani prisoners”, Daily Times, Tuesday, August 14, 2007.

9 Cependant, ce discours d’intentions a été immédiatement remis en question par la guerre de Kargil planifiée à peine deux semaines après la déclaration commune par l’armée pakistanaise et entamée en mai 1999, dès la fonte des neiges.

10 The show of anger and determination”, Daily Times, Mardi 29 mai 2003.

11 Le drapeau indien est réglementé dès 1950 par le “Emblems and Names (Prevention of Improper Use) Act” qui est complété en 1971 par le “Prevention of Insults to National Honour Act”. Le “Flag Code of India” applicable à partir du 26 janvier 2002 répond à la demande sociale d’usage individuel du drapeau, précédemment proscrite en dehors des fêtes nationales, suite à la pétition présentée par l’industriel Naveen Jindal à la Haute cour de Delhi.

12 Le Punjab était une région multiconfessionnelle qui fut partagée entre l’Inde et le Pakistan, selon des critères religieux. L’Ouest devenait musulman, tandis que l’Est devenait sikh et hindou. Les transferts de populations furent accompagnés de violences extrêmes qui ont accéléré les exodes contraints et le processus de recomposition religieuse.

13 Dans les nombreuses vidéos mises en ligne sur internet, il est intéressant de noter les zooms réguliers sur le public adverse. Certains aiment à s’attarder sur des visages comme pour humaniser une foule qui vocifère des slogans.

14 Tout usage détourné est condamné. The Prevention of Insults to National Honour Act, section III, partie A, article v, 1971.

15 Baba Mehar gets Rs 50.000 for patriotism”, Daily Times, Vendredi 6 avril 2007. L’umra est une visite à la Mecque qui peut se faire à tout moment à la différence du pèlerinage, elle ne fait pas partie des cinq piliers de l’islam et est souvent considérée comme supplémentaire ou préparatoire, elle efface les péchés de l’année

16 Pour Maneesha Tikekar, la culture pakistanaise veut se construire comme une contre-culture indienne et une « anti-performing culture » (Tikekar 2004 : 330).

17 Nous utilisons l’expression de Robert Reich pour designer ces acteurs mondialisés pouvant largement diffuser leurs interprétations et créer des représentations du Monde.

18 Ijaz-ul-Hassan M. , “The way it was: Other side of nationalism”, Daily Times, 11 juin 2003.

19 Ces anonymes ne bénéficient pas des mêmes médias pour diffuser leur point de vue.

20 AFP, “Ceremonial guard at India-Pakistan border ends in brawl”, Daily Times, 22 octobre 2002.

21 Gilani I., “Flag lowering at Wagah border : Pakistan, India decide to ‘reorient’ ceremony”, Daily Times, 7 avril 2004.

22 Khan S., “Rangers won’t tone down drill”, Daily Times, 13 novembre 2006.

23 “Crowds left cold as India leaves Wagah dramatic to Pakistan”, Reuters, 13 janvier 2007.

24 “Troops to keep up aggressive ritual at Wagah”, AFP, 18 février 2007.

25 Cette théorie permettait de justifier l’autorité des empires musulmans depuis le 12e siècle alors que les hindous étaient majoritaires.

26 La dernière défaite durant la guerre de Kargil en 1999 n’a jamais été officiellement reconnue.

27 Il est intéressant de noter que le service de recrutement de l’armée pakistanaise met en avant, sur son site internet, l’invincibilité des soldats alors que l’armée indienne insiste surtout sur la fraternité et le courage.

28 Ahmed S., Khan S., « Lahore the place to be on Aug 14 », Daily Times, 15 août 2004.

29 Cette association indienne basée à Delhi disposant d’une antenne au Pakistan est dirigée par l’indienne Amita Gupta et la pakistanaise Tina Vachani. Elle est soutenue par de nombreuses femmes qui veulent réconcilier les États du Sud asiatique et surtout le Pakistan et l’Inde comme l’ont été la RDA et la RFA. Elles organisent de multiples actions culturelles, des manifestations communes régulières et militent pour la création d’une zone économique de libre-échange entre les deux pays (voir http://www.routes2roots.com).

30 Cette association basée aux États-Unis organise un vaste échange de courriers entre les enfants pakistanais et indiens pour favoriser des contacts directs entre les nouvelles générations. http://www.friendswithoutborders.org

31 Manan A., “Thousands celebrate at Wagah”, Daily times, 15 août 2007.

32 Jaideep Sarin, “Gala India-Pakistan concert at Wagah called off”, IANS, 14 août 2007.

33 Http://kuldipnayar.com/Express/10August2006.htm

34 L’aventure se termine tragiquement par la prise d’assaut par l’armée du Temple d’or et l’assassinat quelques mois plus tard d’Indira Gandhi par ses gardes du corps sikhs en 1984 (Jaffrelot 2006 : 318).

35 Les officiels et les habitants d’Amritsar insistent sur le fait que la cérémonie soit, désormais, extrêmement populaire à l’échelle nationale. Ils mettent en avant la venue croissante d’Indiens vivant dans le Sud de la péninsule, sans pour autant être capables de donner des éléments statistiques.

36 Entretiens avec l’auteur, août 2007.

Voir également:

Le 14 août 1947, l’ancien territoire des Indes britanniques se divisait officiellement en deux états : la République islamique du Pakistan d’un côté, la République d’Inde de l’autre. Soixante-dix ans après, les tensions entre les deux États sont toujours aussi vives.

Frères ennemis liés par un passé colonial commun, le Pakistan et l’Inde ont un même anniversaire à célébrer. Il y a 70 ans, dans la nuit du 14 au 15 août 1947, le parlement britannique votait l’Indian Independance Bill, loi qui entérine la partition de l’ancien territoire des Indes britanniques en deux États séparés.

Conformément aux souhaits de la Ligue musulmane, parti politique créé en 1906 pour défendre les intérêts de la communauté musulmane face au parti du Congrès dominé par les hindous, le territoire est séparé en deux États distincts : d’un côté, l’Union indienne du mahatma Gandhi et de Jawaharlal Nehru, peuplé en majorité d’hindous ; de l’autre le Pakistan de Mohamed Ali Jinnah, peuplé en majorité de musulmans et lui-même divisé entre Pakistan occidental et Pakistan oriental, qui deviendra le Bangladesh en 1971.

À lire : Au Pakistan, le calvaire des minorités religieuses

Des millions de déplacés

À la veille de sa dissolution, l’empire britannique des Indes comptait 410 millions d’habitants dont 281 millions d’hindous, 115 millions de musulmans, 7 millions de chrétiens et 6 millions de Sikhs, le tout sur un territoire de 4 millions de kilomètres carrés.

Avec la scission, près de 17 millions de personnes seront déplacées, les musulmans fuyant vers le Pakistan, les Hindous et les Sikhs cherchant à l’inverse à rejoindre l’Inde. Les conflits religieux engendrés par la partition feront entre 200 000 et deux millions de morts.

De ce premier épisode sanglant, beaucoup de Pakistanais et d’Indiens gardent encore aujourd’hui un souvenir à vif. Nisar Akkhtar, statisticien pakistanais aujourd’hui à la retraite, vit à Karachi. Il avait six ans 1947. À l’époque, il vivait avec sa famille dans la région du Pendjab.

« J’ai vu des bébés, des enfants, des vieillards avec des lances plantées dans le corps. Ils gémissaient de douleur et je passais mon chemin en les évitant. Qu’aurais-je pu faire ? Les gens titubaient de douleur et réclamaient de l’eau en criant… Mais on se battait tous pour notre propre vie », se souvient cet homme de confession musulmane.

Nisar et sa famille réussiront à fuir mais avant de trouver refuge dans un camp de réfugiés, ils marcheront pendant 21 jours, au sein d’une colonne de milliers de personnes, régulièrement attaquée par les Sikhs. À la fin de ce premier conflit entre les deux jeunes États, 33 millions de musulmans resteront en Inde (10 % de la population), tous les autres ayant émigré vers le Pakistan.

Le Cachemire, épicentre des tensions

Soixante-dix ans après, l’Inde et le Pakistan se déchirent autour de la question du Cachemire. Chacun des deux États revendique le contrôle de la totalité de cette province peuplée à 80 % par des musulmans, dont chacun a « arraché » une partie : le nord pour le Pakistan, le sud pour les Indiens.

Malgré l’engagement pris par les Indiens de légaliser ce rattachement par référendum, ce scrutin n’a encore jamais eu lieu. Depuis plusieurs décennies, les frères ennemis se livrent à des affrontements sporadiques qui ont fait des milliers de victimes.

Ces échauffourées ont dégénéré en guerre totale en 1965. Tablant sur la faiblesse de l’Inde après sa défaite contre la Chine en 1962, l’armée pakistanaise lance alors des opérations de déstabilisation au Cachemire indien, aboutissant à un conflit ouvert qui fera plusieurs milliers de morts.

La troisième guerre indo-pakistanaise en 1971 n’a pas de lien direct avec le Cachemire. La révolte des indépendantistes du Pakistan oriental contre le Pakistan occidental et la terrible répression qui s’ensuit de la part de l’armée loyaliste, conduit l’Inde à intervenir militairement aux côtés des rebelles. Défaites, les troupes pakistanaises signent un cessez-le-feu et renoncent au Pakistan oriental qui devient indépendant sous le nom de Bangladesh.

En 1972, les accords de Shimla instaurent un statu quo sur la question du Cachemire autour d’une « ligne de contrôle » (LOC) de 740 kilomètres au tracé particulièrement arbitraire : il coupe en deux les montagnes et les forêts, scinde les villages et les rivières, divise la vallée et ses habitants.

Régulièrement, de nouveaux heurts meurtriers éclatent encore dans cette zone que les combattants pakistanais infiltrent dans le but de « libérer » le Cachemire indien. Eux-mêmes sont divisés entre les pro-indépendance et les partisans d’un rattachement du Cachemire au Pakistan.

Pour tenter de réduire ce qu’elle qualifie d’« infiltrations », l’Inde a fait construire en 2004 une double clôture électrifiée de 550 km de long sur son côté de la frontière. Aujourd’hui, le Cachemire est l’une des régions les plus militarisées au monde.

Salomé Parent

Tourisme humanitaire: C’est pour les pains et les poissons, imbécile ! (From rice Christians to voluntourists and honeyteers: With the touristization of humanitarian work, both aid agencies and Christian missions rediscover the adverse effects of free lance aid work)

14 septembre, 2016

honeyteering
En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Jésus (Jean 6: 26)
Accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive le Saint Esprit. Simon le magicien (Actes 8: 19)
Our ancestors were Roman Catholics; they were made Protestants by the laird coming round with a man having a yellow staff, which would seem to have attracted more attention than his teaching, for the new religion went long afterward, perhaps it does so still, by the name of the religion of the yellow stick. David Livingstone
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Unfortunately, the Europeans’ devastating urge to do good can no longer be countered with reason. (…) The countries that have collected the most development aid are also the ones that are in the worst shape. (…) Huge bureaucracies are financed (with the aid money), corruption and complacency are promoted, Africans are taught to be beggars and not to be independent. In addition, development aid weakens the local markets everywhere and dampens the spirit of entrepreneurship that we so desperately need. As absurd as it may sound: Development aid is one of the reasons for Africa’s problems. If the West were to cancel these payments, normal Africans wouldn’t even notice. Only the functionaries would be hard hit. Which is why they maintain that the world would stop turning without this development aid. (…tons of corn are shipped to Africa … [corn that predominantly comes from highly-subsidized European and American farmers] … and at some point, this corn ends up in the harbor of Mombasa. A portion of the corn often goes directly into the hands of unsrupulous politicians who then pass it on to their own tribe to boost their next election campaign. Another portion of the shipment ends up on the black market where the corn is dumped at extremely low prices. Local farmers may as well put down their hoes right away; no one can compete with the UN’s World Food Program. (…) Why do we get these mountains of clothes? No one is freezing here. Instead, our tailors lose their livlihoods. They’re in the same position as our farmers. No one in the low-wage world of Africa can be cost-efficient enough to keep pace with donated products. In 1997, 137,000 workers were employed in Nigeria’s textile industry. By 2003, the figure had dropped to 57,000. The results are the same in all other areas where overwhelming helpfulness and fragile African markets collide. (…) If one were to believe all the horrorifying reports, then all Kenyans should actually be dead by now. But now, tests are being carried out everywhere, and it turns out that the figures were vastly exaggerated. It’s not three million Kenyans that are infected. All of the sudden, it’s only about one million. Malaria is just as much of a problem, but people rarely talk about that. (…) AIDS is big business, maybe Africa’s biggest business. There’s nothing else that can generate as much aid money as shocking figures on AIDS. AIDS is a political disease here, and we should be very skeptical. (…) So you end up with some African biochemist driving an aid worker around, distributing European food, and forcing local farmers out of their jobs. That’s just crazy. James Shikwati
« L’assistance est vraisemblablement la pire des catastrophes de la région, car elle rend possibles l’explosion démographique, les règlements de comptes interethniques, le financement de la guerre, la corruption et l’indifférence aux problèmes sociaux, notamment la précarité sanitaire. (…) L’Afrique a reçu pendant 45 ans plus de mille milliards de dollars, pour quel résultat! Denis-Clair Lambert
Le transfert de ressources des contribuables occidentaux est en fait beaucoup plus important, car dans le même temps les gouvernements locaux empruntent massivement, à faible taux d’intérêt, aux organisations internationales et sur les marchés financiers. Comme les pays prêteurs ont coutume d’annuler périodiquement la dette des pays les plus pauvres, ces derniers empruntent à nouveau. La partie de l’assistance sans remboursement, qualifiée d’aide publique au développement, a très rarement servi au développement de ces pays. Ce pactole nourrit 40 à 60 % des dépenses budgétaires des pays bénéficiaires et souvent la moitié du revenu national. La plus grande partie de ces fonds est destinée au soutien budgétaire, ce qui est une incitation à pérenniser ou accroître le déficit des comptes publics. (…) Il y a tant de donateurs : en moyenne 30 dans les nations d’Afrique et un nombre équivalent d’organisations non gouvernementales, que le programme des Nations Unies finit par reconnaître une véritable gabegie. En Tanzanie l’administration est supposée contrôler 650 projets, qui bien souvent ont le même objet, et pour lesquels il faut rédiger des milliers de rapports et envoyer des centaines de missions. La coordination, l’évaluation, le suivi deviennent des missions impossibles tant pour le pays donateur que pour ce pays récepteur. On ne sait pas combien ces pays reçoivent, chaque donataire expédie des dizaines de missions dans 30 ou 40 pays et ces experts payés au « per diem » finissent par coûter très cher, mais ils remplissent les avions et les hôtels ! L’Union européenne ne fait pas mieux, elle remplit les avions : les chefs de projet changent tous les six mois, comme leurs interlocuteurs, et l’on reprend la procédure à 0. À quoi sert cette assistance ? D’abord à payer les fonctionnaires et la solde des soldats, à satisfaire leur demande d’équipements militaires, puis à honorer les dépenses somptuaires des dirigeants. (…) Quel est le pays africain qui a reçu l’assistance internationale la plus massive depuis 1960 ? L’Éthiopie, suivie par le Soudan, ont reçu de l’Amérique et de l’URSS, de l’Europe et de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, puis des ONG une assistance massive et stratégique, comme l’Afghanistan en Asie. Ces deux pays étaient cependant dirigés par des dictateurs sanguinaires et farouchement anti-occidentaux. Aujourd’hui le premier bénéficiaire est le Congo-Zaïre, suivi par la Tanzanie et toujours l’Éthiopie. (…) au sud du Sahel saharien la moitié des États sont confrontés à des guerres intestines, l’autre moitié étant riveraine de ces pays sert de refuge aux civils et aux mouvements insurrectionnels » … Denis-Clair Lambert
By Indianization, we are not demanding conversion of Muslims and Christians into Hindus. For the sake of unity and integrity of the country, we are demanding that Christians and Muslims should be indigenized, carrying Indian names. Acharya Giriraj Kishore (Indian Vice President)
What better way to start your married life together than to share a fulfilling, enriching voluntourism experience with your loved one whilst on honeymoon! You can bond together as a couple, enjoy luxury accommodation, and do what other honeymooners don’t get to do: interact meaningfully with the local people, and make a positive impact in their lives! Naturally there is also plenty of time to relax and explore – we can tailor-make your honeymoon volunteering to suit your exact preferences. Hands up holidays
 A 2008 study surveyed 300 organizations that market to would-be voluntourists and estimated that 1.6 million people volunteer on vacation, spending around $2 billion annually. A few are celebrities supporting their cause du jour, who drop in to meet locals and witness a project that often bears their name. Many more come to teach English during high school, college vacations or during a gap year. Others are sun-seeking vacationers who stay at beachside resorts but who also want to see “the real (name your country).” So they go into a community for an afternoon to help local women make beads, jewelry or clothes. Volunteering seems like an admirable way to spend a vacation. Many of us donate money to foreign charities with the hope of making the world a better place. Why not use our skills as well as our wallets? And yet, watching those missionaries make concrete blocks that day in Port-au-Prince, I couldn’t help wondering if their good intentions were misplaced. These people knew nothing about how to construct a building. Collectively they had spent thousands of dollars to fly here to do a job that Haitian bricklayers could have done far more quickly. Imagine how many classrooms might have been built if they had donated that money rather than spending it to fly down themselves. Perhaps those Haitian masons could have found weeks of employment with a decent wage. Instead, at least for several days, they were out of a job. (…) Sometimes, volunteering even causes real harm. Research in South Africa and elsewhere has found that “orphan tourism” — in which visitors volunteer as caregivers for children whose parents died or otherwise can’t support them — has become so popular that some orphanages operate more like opportunistic businesses than charities, intentionally subjecting children to poor conditions in order to entice unsuspecting volunteers to donate more money. Many “orphans,” it turns out, have living parents who, with a little support, could probably do a better job of raising their children than some volunteer can. And the constant arrivals and departures of volunteers have been linked to attachment disorders in children. There are some volunteers who possess specialized, sought-after skills, of course. (…) But not all volunteers come with an expertise like ophthalmology. (…) Perhaps we are fooling ourselves. Unsatisfying as it may be, we ought to acknowledge the truth that we, as amateurs, often don’t have much to offer. Perhaps we ought to abandon the assumption that we, simply by being privileged enough to travel the world, are somehow qualified to help ease the world’s ills. Because the mantra of “good intentions” becomes unworthy when its eventuality can give a South African AIDS orphan an attachment disorder or put a Haitian mason out of work. Jacob Kushner
More and more Americans are no longer taking a few weeks off to suntan and sightsee abroad. Instead they’re working in orphanages, building schools and teaching English. It’s called volunteer tourism, or « voluntourism, » and it’s one of the fastest growing trends in travel today. More than 1.6 million volunteer tourists are spending about $2 billion each year. But some people who work in the industry are skeptical of voluntourism’s rising popularity. They question whether some trips help young adults pad their resumes or college applications more than they help those in need. (…) Most volunteer tourists are women. They’re also young adults, between the ages of 20 and 25, says the industry consulting group Tourism, Research and Marketing, based in Glasbury, Wales. But more and more high school students are also traveling and volunteering. (…) That worldview for many American teens is a lot different than it was two decades ago, says Ken Jones, who owns Maximo Nivel, a volunteer tourism company out of Antigua. He got his start in the travel business, offering only Spanish-language classes. But young people today, he says, want a richer experience. (…) The industry has exploded in the past few years, says Theresa Higgs, who runs United Planet in Boston. The nonprofit offers what she calls a cultural immersion program. But Higgs is on the fence about whether the rise in popularity of « voluntourism » is a good thing. She’s heartened by the altruism of volunteers, but she’s worried about the flood of for-profit organizations bursting onto the scene. « What I think often gets lost is the host communities, » she says. « Are they gaining? Are they winning? Are they true partners in this? Or are they simply a means to an end to a student’s learning objective, to someone’s desire to have fun on vacation and learn something? » she asks. NPR
I think there are a combination of things. Post 2000s and with the recession and that sort of thing, young people are having difficulty in the job market. So instead of opting for sitting at home, trying to get a job, they opt for this volunteer tourism. They can travel cheaply. They can engage in activities that they find fulfilling. And they can build their resume. So it’s a sort of perfect storm of all truism and resume building. And I think, for me, one of the biggest perks to this is the recognition that volunteer tourism, while on the surface looks like something that’s going to benefit host communities, at the heart I think it’s about transforming the volunteer. It’s helping them see where they fit in the global scheme of things. (…) for me, when I’m looking at the research, there’s a full spectrum in terms of volunteer tourism. Those are those kinds of activities, but there are lots of other things going on. And my concern is that we throw the baby out with the bathwater because I think the volunteer tourism itself still offers some of the greatest potential for economic opportunity if you do it right. But I would agree that it’s not necessarily that form of volunteer tourism that does that best. (…) One of the things that’s really intriguing me right now is this idea of applying fair trade concepts to volunteer travel. So are the organizations creating opportunities for disadvantaged producers? Are the organizations pointing to ways in which they’re doing community capacity building? So those are sorts of – the framework that we’re looking at for organizations that are doing it right. (…) there has been a lot of negative press these days about volunteer tourism. And I kind of draw the analogy with ecotourism in the 80s because when it initially emerged, it was, you know – it was the greatest thing since sliced bread. And it was wonderful. And it was going to do great things for the environment. And then we had this sort of natural swinging of the pendulum to the other side, where all of a sudden we were pointing to bad examples. And we were saying, maybe not – this isn’t the best idea. And I’m seeing a very similar thing happening with volunteer tourism. And I guess what I hope for is that we find that happy medium and we find that place where we can, on one side, recognize the great examples of volunteer tourism that are out there but, on the other hand, take advantage of this time to really look critically at the various organizations that are there and to help them be accountable for their activities in these host communities. And that’s where I think you really need to do your homework, recognize whether the organization is transparent. Is the organization community centered? And all these things maximize the positive impacts while minimizing the negatives. Nancy McGehee (professor of hospitality and tourism, Virginia Tech)
Volunteers often have unfulfilling and disappointing experiences; volunteer placements can prevent local workers from getting much-needed jobs; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home after a few weeks. We feel that there are many opportunities for people to undertake meaningful volunteering in their own community, where they will receive proper training, support and supervision – without the need to pay a tour operator for the privilege. In the majority of cases people would be far better (and have a more rewarding experience) volunteering at home and spending their money on travelling and staying in places listed in our Ethical Travel Guide. Mark Watson
Basically, we failed at the sole purpose of our being there. It would have been more cost effective, stimulative of the local economy, and efficient for the orphanage to take our money and hire locals to do the work, but there we were trying to build straight walls without a level. Philippa Biddle
Helping out at an African nursery or digging trenches in rural India might have become a fashionable – and expensive – rite of passage for thousands of young people each year, but volunteers would often do more good staying at home and assisting communities on their own doorstep, a conference on ethical tourism will hear tomorrow. The growing trend for far-flung gap years often combining an element of work in a developing country has become one of the fastest-growing phenomena in the global travel industry. However, a leading UK charity is warning that whilst often well intentioned in their motives, altruistic young travellers can end up doing more harm than good to their host communities, even potentially fuelling child abuse. Mounting concern that the desire to work in orphanages in countries such as Cambodia and Nepal is actually be leading to the abandonment or even abduction of children from their parents to fuel the boom in eager tourists has led to calls for a radical rethink on the ethics of so-called volunteerism. (…) The charity’s executive director Mark Watson said that whilst the desire to help others was commendable – too many expensive commercial volunteering opportunities ended up exploiting both those offering help whilst harming the lives of those meant to be on the receiving end. The Independent
Voluntourism almost always involves a group of idealistic and privileged travelers who have vastly different socio-economic statuses vis–à–vis those they serve. They often enter these communities with little or no understanding of the locals’ history, culture, and ways of life. All that is understood is the poverty and the presumed neediness of the community, and for the purposes of volunteering, that seems to be enough. In my own experiences (…) this has led to condescending and superficial relationships that transform the (usually western) volunteer into a benevolent giver and the community members into the ever grateful receivers of charity. It makes for an extremely uncomfortable dynamic in which one begins to wonder if these trips are designed more for the spiritual fulfillment of the volunteer rather than the alleviation of poverty. (…) I couldn’t help feeling ashamed at the excessive praise and thanks we received from locals and those on the trip alike. I cringed as we took complimentary photos with African children whose names we didn’t know. We couldn’t even take full credit for building the houses because most of the work had already been done by community members. In fact, if anything we slowed down the process with our inexperience and clumsiness. And how many schools in the west would allow amateur college students to run their English classes for a day? What had I really done besides inflate my own ego and spruce up my resume? I had stormed into the lives of people I knew nothing about, I barely engaged with them on a genuine level, and worst of all, I then claimed that I had done something invaluable for them all in a matter of five days (of which most of the time was spent at hotel rooms, restaurants, and airports). An entire industry has sprouted out of voluntourism as it increases in popularity, possibly equal to the increase in global inequality. As the gap between rich and poor widens, so too it seems does the need for those of the global north to assuage the guilt of their privilege (paradoxically, guilt only seems to deepen as many realise the illusory effect of their impact), or to simply look good. The developing world has become a playground for the redemption of privileged souls looking to atone for global injustices by escaping the vacuity of modernity and globalisation. Ossob Mohamud
The debate about « voluntourism » – that unsightly word – has reared its cynical head yet again. Every so often the spotlight is turned on western students using their free time to help those less fortunate in developing countries, and much head-scratching and soul-searching ensues. Recently the Guardian published a piece by Somalian blogger Ossob Mohamud, with the headline Beware the ‘voluntourists’ doing good. She argues that the west is turning the developing world into « a playground » for the rich to « assuage the guilt of their privilege ». Mohamud clearly had a difficult volunteering experience. She says she felt ashamed at the excessive praise and thanks of locals, cringed as she took photos with African children whose names she did not know and was left feeling that she had simply inflated her ego and spruced up her resume. There is a discussion to be had about the merits or otherwise of overseas volunteering schemes which attract crowds of well-meaning westerners to build schools and playgrounds, teach English or care for orphans. But Mohamud’s insistence on drawing a wider social message from her own unsatisfactory trip is unfair and potentially damaging. Last summer I visited Uganda to report on the work of East African Playgrounds. The charity enlists British students to build play facilities and run sporting projects for primary school children. In just a few years it has grown to be self-sufficient, employing a team of young Ugandans as builders, to the point where the charity’s British founders will soon be able to step back and let it run itself. I witnessed the volunteers – students and recent graduates from UK universities – forming genuine friendships with the locals, developing emotional attachments to the children and becoming truly invested in their future. Cynics might that say when they return to Britain they leave it all behind and life moves on. But for many, volunteering can be life changing. (…) Undergraduates face a stark choice about how to spend their time before entering employment, particularly now that money is tight and jobs are scarce. Charities that invest in the developing world need keen, energetic, ambitious people to help them along. « Voluntourists » they may be – but their work can have a huge impact on their own lives and the lives of those they help. It would be an awful shame if they were put off. Sam Blackledge
Je viens ici car les volontaires sont jolies. Réfugié de Calais
The term “Rice Christians » (…) is used among the missionary community to describe nationals who make a profession of conversion (inauthentically or without true understanding) in order to get the product (clothing, food, rice) that is being delivered by the Western worker.  It seems that if you add the strings attached to the given supplies with the “don’t cause conflict or disagree” cultural value of the Asian country where we lived,  a subtle social game can quickly develop. It could go a bit like this: uneducated villagers, a little (or a lot) in awe of the white American, are provided with goods they desperately need, entertainment that encourages their kids, and attention by the wealthy Westerner, all of which they gladly accept. And at some point over the course of the event, the Westerners share honestly about their religion and eventually ask for public professions of faith. And, seriously, what’s an impoverished person, raised in a culture of respect, supposed to do in light of  this turn of events? In many ways, isn’t agreeing with the views of the outsider the most polite and most effective response for the national– the path that both provides for their families while still showing respect for their visitors? Perhaps, perhaps they become Rice Christians for the day. And maybe we missionaries don’t really give them many other options.  (…) I am by no means saying that the gospel can’t move mightily and quickly among a people group. I’m not saying that we should all begin to doubt the faith of those that come forward in evangelistic outreaches, either. I’m also not throwing short term missions under any kind of bus because I’ve seen this in both short and long-termers. I am saying, though, that perhaps we need to consider the position we put people in when we enter their worlds with gifts and programs. And perhaps we need to re-evaluate some of our “numbers.”  Laura Parker (Co-Founder/Editor, Former Aid Worker in SE Asia)
We’re very conscious of making ‘rice Christians’. Jehovah’s Witness missionary in Cambodia
My own sense is that some groups have probably come here and, out of zeal, have used methodologies that we wouldn’t feel comfortable with. There has been a tendency … to inflate [conversion] numbers, or to count them differently. It’s actually something we work quite hard to try and avoid, because that would not be the kind of faith that we’re looking for. (…) I think that the use of money is an area where we have to be hugely careful, so that these kinds of patron-client relationships are not established. (…) We limit the amount of money coming from the outside in terms of direct support [to churches]. My problem with this is when they try to wean themselves off, there’s already a bit of dependency, and they’ll often just look for another patron. David Manfred (Christian & Missionary Alliance)
Not only do we not use poverty as a lure to join the church; we invite members to donate [a] 10 percent [tithe] to help the church grow. Robert Winegar (Mormon mission President) .
It became apparent to me that [Cambodians] were coming to church but not wanting to take part in building the church. That’s why I no longer want to have a big structure and have them think that ‘this is the Western money train, I want to get on board’. (…) But Freeze said these mistakes were often a result of a lack of understanding of the local context, something that could be overcome through in-country experience. Most groups have genuine heart. But a lot of the problem here is a misunderstanding of culture. Michael Freeze (Baptist missionary)
It’s good to give, but you have to be very careful how you give. You come to Cambodia with SUVs and tonnes of rice, and that’s virtually bribery. (…) I believe that churches have made a lot of mistakes in terms of their focus on finance and on getting their numbers up. That’s where the church of Mormon comes in. They know how to work the system…. But all the money in the world can’t buy God. Independent Khmer-American pastor
Quand on est sérieux, il faut regarder quel est notre impact réel, prendre du recul. Toutes les conneries, je les ai faites. Dans la rue, je donnais à manger aux enfants cambodgiens, comme tous les touristes. Du coup, les gamins stagnaient en attendant le room service… Huit repas par jour. L’enfant est devenu une attraction touristique. Imaginez un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir. (…) Les volontaires étrangers veulent tous ouvrir des orphelinats. Seulement, il faut les remplir ! Alors, croyant bien faire, ils retirent les enfants aux familles cambodgiennes pauvres, expliquant que c’est mieux, qu’ils ne savent pas s’en occuper. C’est raciste, colonialiste. Et si on retirait aux Français leurs enfants au seul motif qu’ils sont trop pauvres ? (…) Ils viennent soit se construire un CV, soit se reconstruire parce qu’ils sont dans une mauvaise passe. Charge donc aux enfants étrangers de soigner les problèmes des Occidentaux. D’un point de vue marketing, l’orphelinat c’est facile à vendre. Mais pour que l’argent continue d’affluer, il ne faut pas qu’il soit investi, ce serait casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux.  (…) Nos volontaires font des travaux administratifs, des recherches, mènent des enquêtes. Il y a beaucoup à faire et peu d’occasions de selfies avec des enfants. Ce sont des professionnels locaux et expérimentés que nous salarions qui s’en occupent. Sébastien Marot (directeur de Friends International et ancien directeur marketing chez L’Oréal)
On remplace la planche à voile par un réfugié. (…) Dire à un jeune Blanc que même s’il n’a que le bac, il aura toujours un niveau supérieur aux professeurs et médecins locaux, c’est du racisme positif. Il faut lui remettre les pieds sur terre, on ne l’attend pas pour sauver l’Afrique, même si c’est sympa, même si ça fait rêver. (…) Soit le séjour se passe bien et les jeunes reviennent avec l’idée que les pays en développement sont un grand bac à sable ; soit cela se passe mal, et là c’est tout le secteur associatif qu’ils verront comme une vaste arnaque. (…) A l’étranger, le marché du travail souffre aussi, avec toute cette main-d’œuvre qui paye pour venir travailler. Pierre de Hanscutter (président fondateur de l’association francophone Service volontaire international)
L’envie d’engagement ne fléchit pas. Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation. (…) Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance. (…) C’est Tintin au Congo. [Mais] Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager. Rony Brauman (ancien président de Médecins sans frontières)
C’est un safari exotique low cost, le premier du genre. Le dépaysement à moindres frais, sans partir de chez soi, en «faisant le bien» et en attirant sur soi l’admiration de ses amis Facebook : la visite du camp de réfugiés à Calais. The jungle, pour les initiés et ceux qui souhaitent en être, avec ses déclinaisons d’humour grinçant : la librairie The Jungle Books, la cabane de Baloo, les restaurants «New Kabul» et «British Hotel», des graffitis pleins de promesses comme «London Calling» et «Welcome to the UK», l’auto-proclamée ambassade du Koweït, un drapeau français célébrant avec ironie la chaleur et l’hospitalité hexagonales, des capsules vides de gaz lacrymogène qui décorent en guirlande la devanture d’un barbier de fortune… ici pas besoin de passeport, de visa ou d’autorisation d’entrée – il suffit de se conformer aux fouilles policières des véhicules à l’entrée. À certains moments «la jungle» a tout d’un zoo. Tandis que chacun, dans la ronde des touristes, photographes, journalistes, chercheurs, bénévoles, employés d’ONG et Calaisiens charitables, s’évertue à faire valoir la légitimité de sa présence, les migrants désœuvrés regardent, amers ou méfiants, avec apathie ou un embarras poli, défiler ce petit monde étrange dont les intentions réelles leur demeurent inconnues. Certains, plus que d’autres, ont une raison d’être ici. Ce sont les employés d’ONG et bénévoles dont le rôle est clairement défini et les compétences, professionnelles. Dans les regards de ces anonymes actifs se devine un mépris à peine dissimulé pour le reste des visiteurs de passage, parmi eux des jeunes qui se disent «réfugiés du capitalisme», comme on peut le lire sur le mur d’une des écoles improvisées ; de débonnaires babas cool qui veulent croire en une communauté des pauvres, laïque et multiculturelle, unie par la solidarité et la musique ; ou encore ceux qui se voient comme d’intrépides aventuriers qui ont le cran de vivre au milieu du camp, sont les amis des réfugiés jusqu’à finir par devenir, pour les plus obstinés d’entre eux, «l’un des leurs». Une tentative – louable mais illusoire – d’abolir le gouffre qui les sépare: les bénévoles, eux, pourront toujours rentrer chez eux par le prochain bus ou ferry pour 50€ et la présentation d’une carte d’identité. Les migrants, eux, auront besoin de quelques milliers (voire dizaine de milliers) d’euros pour quitter la «jungle». On donne des cours d’anglais ou de français, on s’amuse avec les enfants, on gratte sa guitare, on chante, jusqu’au moment où nos aventuriers se découragent, l’un après l’autre, ou doivent simplement regagner leurs pénates. Il y a aussi les bénévoles dont on ne sait pas s’ils font partie d’une association, d’une ONG, ou s’ils sont là à leur propre compte. On les croise tous les jours, à discuter avec des gens qui leur ressemblent et faire de grands sourires aux migrants qui les regardent avec curiosité, ou à jouer aux assistants sociaux, vaguement infantilisants, implorant les migrants de rejoindre leur «atelier de percussions» qui se résume à taper deux bâtons ensemble pour tuer le temps. «La jungle» abrite aussi des journalistes, plus ou moins indépendants, qui y passent un jour ou deux, prennent des photos et disparaissent. Et puis il y a les touristes. Qui jouent parfois aux apprentis reporters. Comme cette femme avec son Nikon D70 débarquant dans la cour de l’école de fortune, sans un bonjour pour prendre des photos. «Vous comptez en faire quoi, de ces photos ?» Et elle de répondre, d’un ton assuré qui se veut rassurant : «Ah mais moi c’est pas pour publier sur Facebook, hein ! C’est pour moi.» Un souvenir de vacances, donc. (…) Enfin vient le groupe d’amies, 18-20 ans, qui se partagent une barquette de frites en déambulant dans les rues passantes du campement, comme elles le feraient à Marrakech ou Bangkok, tout excitées à l’idée de vivre cette aventure hors du commun. Étrange et inattendu pot pourri, qui réunit ce que le tourisme a de pire, en ce lieu qui s’appelle «jungle» parce qu’il n’y règne aucune loi. Chacun s’arroge donc le loisir de faire comme bon lui semble. D’autant plus qu’on est ici chez soi — en Europe — sans l’être vraiment. Cette zone de non-droit, sans contrôle social, sans règles, est un jardin d’expérimentations en tout genre. Une cacophonie de charitabilisme. Le soir, les bénévoles regagnent l’auberge de jeunesse, les plus anciens dorment sur place, dans une caravane équipée d’un cadenas. (…) Cautère sur une jambe de bois, les bénévoles ? Au moins font-ils un peu de bien, à une toute petite échelle. Et sans doute de leur mieux. Nous autres ne pourrons même pas justifier moralement de notre présence, puisque le projet – mal préparé, mal organisé – n’aboutira pas. Il aura fait de nous des touristes améliorés, doués d’une certaine conscience éthique et, désormais, de regrets. (…) Une chose est sûre : on ne s’improvise pas humanitaire du jour au lendemain, et les bons sentiments ne suffisent pas. Quand l’État se désengage complètement, que le grand public préfère s’impliquer directement, on en arrive vite au safari. Au zoo participatif. À la jungle. Tara Bate (Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement)
Se prélasser aux Maldives pour son voyage de noces ? Dépassé. Le top de la tendance, c’est le honeyteering (de honeymoon et volunteering), la lune de miel humanitaire. A lire les témoignages, c’est inoubliable. Ça rapproche et ça soulage. Le phénomène ne touche pas seulement les couples fraîchement épousés. De plus en plus de particuliers donnent de leur temps de vacances pour faire du volontariat : c’est le tourisme humanitaire, ou «volontourisme». Plusieurs formules sont possibles, du groupe d’amis qui s’auto-organise et part distribuer du matériel collecté, ou donner un coup de main à une association locale à l’initiative individuelle, en passant par les «séjours humanitaires» clé en main. Les tour-opérateurs proposent ainsi des «circuits humanitaires», qui promettent de l’atypique, de l’authentique, de l’alternatif. Avec des étapes «solidarité», hors des sentiers battus : don de fournitures scolaires dans un petit village, journée dans un orphelinat, etc. (…) L’intention est louable. La critique s’avère, dès lors, délicate. «Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager», prévient Brauman. Les ONG ont lancé des campagnes de dissuasion du volontouriste, à l’instar de Solidarités International. «Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain», disent les spots. Une série de faux entretiens d’embauche croustillants, avec notamment une hippie qui a «fait grave du baby-sitting», sait ce que c’est que de vivre sans douche à force de faire des festivals, «kiffe l’Afrique» et se dit prête à partir secourir «les enfants qui meurent de faim et ont besoin d’amour». Comme si les bons sentiments à l’égard d’une misère aussi lointaine qu’abstraite dispensaient de toute réflexion intellectuelle. (…) Le Cambodge compte plus d’orphelinats aujourd’hui qu’en 1979, au sortir de la guerre. Rien que ces huit dernières années, leur nombre a triplé. Six cents structures ont été dénombrées et le recensement n’est pas terminé… En trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7 000 à 47 000. En fait, selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. (…) Le mot «orphelin» déclenche l’arrivée massive de l’aide étrangère et des volontaires. (…) Le phénomène a gagné le Laos, la Thaïlande, la Birmanie. Au Cambodge, Friends International œuvre à la réintégration des enfants dans les familles, en partenariat avec l’Unicef et le gouvernement. Depuis cette année, des orphelinats sont fermés et l’ouverture de nouveaux établissements est gelée. (…) Reste le «séjour humanitaire» afin d’accéder à l’enfant exotique, pauvre et malade. Contre 2 000 euros en moyenne les quinze jours, au titre des frais de mission (transport, hébergement, repas, le tout dans un confort rudimentaire qui participe au charme de l’aventure), Projects Abroad promet par exemple de soigner des lépreux au Ghana ou d’accueillir les primo-arrivants sur les plages italiennes. Des «missions de volontariat» en «médecine générale», «soins infirmiers», «sage-femme»,«santé publique», «soins dentaires», accessibles «même sans qualification médicale» et à partir de 16 ans, insiste le site web de Projects Abroad. Et si les photos ne suffisaient pas (des jeunes Blancs en blouse et gantés de latex qui prennent des tensions, donnent des médicaments à des nourrissons, etc.), il y a les vidéos. Deux adolescentes danoises soignent les plaies purulentes de malades au Ghana. Elles voulaient une première expérience avant de passer le concours de médecine. Se faire la main, en quelque sorte. Leur meilleur souvenir ? Un accouchement compliqué, c’était «extraordinaire», «du sang partout». Au Pérou, une fille fait des points de suture, ravie : «Ça donne confiance en soi.» En Tanzanie, un garçon anglais, stéthoscope autour du cou, briefe des infirmières noires, regarde les radios, feuillette des dossiers. Au Mexique, une Suissesse enjouée enseigne le français à l’université. Trois classes. Les élèves sont plus vieux qu’elle, pas trop dur ? «Il suffit d’être motivée, d’avoir envie d’enseigner et d’être de bonne humeur. Ça suffit pour les Mexicains !»(…) Le SVI regrette le silence de l’ordre des médecins en France. (…) Projects Abroad est le leader du tourisme humanitaire. Un ensemble de structures appartenant à une holding domiciliée en Angleterre, Beech View Holdings Limited. La multinationale, arrivée sur le marché hexagonal voilà dix ans, n’a rien d’une ONG, si ce n’est le champ lexical. Six cents salariés, près de deux cents programmes, des dizaines de milliers de volontaires-clients dont les deux tiers ont moins de 30 ans. Son bénéfice net, en constante augmentation, s’élevait à 1,7 million de livres en 2012 (2 millions d’euros). (…) Qui sont ces volontouristes ? La sociologue Alizée Delpierre a enquêté durant trois ans chez Projects Abroad. Elle souligne le «rôle déterminant des parents», professions libérales, hauts-fonctionnaires, majoritairement aisés et résidant dans les beaux quartiers parisiens. «Ils redoutent généralement le secteur associatif, considéré comme un domaine de relégation. A ce prix-là, ils ont la garantie de l’entre-soi.» L’action humanitaire répond d’abord à «stratégie éducative», que la chercheuse détaille : «Les parents veulent que leur enfant acquière des compétences internationales, teste ses affinités avec un métier avant de payer une grande école, apprenne à se débrouiller seul ou soit confronté à la misère pour qu’il mesure combien il est privilégié…» Sur place, elle a vu des volontaires «déçus de constater le faible impact de leur action. Alors ils visitent, font du shopping». Comme des touristes tout court. Libération

Attention: un chrétien du riz peut en cacher un autre !

En ces temps étranges du post-christianisme triomphant …

Comment encore s’étonner, à l’instar de la tristement fameuse aide au développement, de cette nouvelle dérive des idées chrétiennes devenues folles

Ce tourisme dit humanitaire qui du volontourisme au honeyteering (lune de miel humanitaire) …

En arrive à l’exploit de faire payer des gens pour le droit de travailler bénévolement …

Tout en détruisant le marché du travail local entre selfies pour page Facebook et stratégies éducatives ou professionnelles …

Ou même en multipliant par sept sur le modèle des « chrétiens du riz » des missions chrétiennes d’antan …

La population des orphelinats d’un Cambodge en paix depuis 30 ans ?

Tourisme humanitaire : la vraie fausse pitié

Profiter de ses vacances pour aider les populations locales, l’idée est plutôt louable. Mais l’amateurisme et le cynisme de ce secteur en vogue inquiètent les ONG sérieuses.

Noémie Rousseau
Libération

15 août 2016

Se prélasser aux Maldives pour son voyage de noces ? Dépassé. Le top de la tendance, c’est le honeyteering (de honeymoon et volunteering), la lune de miel humanitaire. A lire les témoignages, c’est inoubliable. Ça rapproche et ça soulage. Le phénomène ne touche pas seulement les couples fraîchement épousés. De plus en plus de particuliers donnent de leur temps de vacances pour faire du volontariat : c’est le tourisme humanitaire, ou «volontourisme». Plusieurs formules sont possibles, du groupe d’amis qui s’auto-organise et part distribuer du matériel collecté, ou donner un coup de main à une association locale (lire notre reportage au Liban) à l’initiative individuelle, en passant par les «séjours humanitaires» clé en main. Les tour-opérateurs proposent ainsi des «circuits humanitaires», qui promettent de l’atypique, de l’authentique, de l’alternatif. Avec des étapes «solidarité», hors des sentiers battus : don de fournitures scolaires dans un petit village, journée dans un orphelinat, etc.

«L’envie d’engagement ne fléchit pas, observe Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières. Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation.» Le célèbre médecin est plus critique quant à l’idée de coupler voyage et humanitaire. «Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour jouer au père Noël avec des livres, des stylos et des médicaments disqualifie le voyage en lui-même. La dissymétrie du rapport rend d’emblée la rencontre impossible. Ce n’est pas de l’ouverture, mais de la condescendance.»  

L’intention est louable. La critique s’avère, dès lors, délicate. «Il ne faut pas casser l’élan, le désir de s’engager», prévient Brauman. Les ONG ont lancé des campagnes de dissuasion du volontouriste, à l’instar de Solidarités International. «Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain», disent les spots. Une série de faux entretiens d’embauche croustillants, avec notamment une hippie qui a «fait grave du baby-sitting», sait ce que c’est que de vivre sans douche à force de faire des festivals, «kiffe l’Afrique» et se dit prête à partir secourir «les enfants qui meurent de faim et ont besoin d’amour». Comme si les bons sentiments à l’égard d’une misère aussi lointaine qu’abstraite dispensaient de toute réflexion intellectuelle. «Quand on est sérieux, il faut regarder quel est notre impact réel, prendre du recul, explique Sébastien Marot, directeur de Friends International, qu’il a cofondé au Cambodge en 1994. Toutes les conneries, je les ai faites. Dans la rue, je donnais à manger aux enfants cambodgiens, comme tous les touristes. Du coup, les gamins stagnaient en attendant le room service… Huit repas par jour», se souvient cet ancien directeur marketing chez L’Oréal. Vingt-deux ans qu’il voit défiler dans les orphelinats les touristes humanitaires et autres volontaires en tout genre. «L’enfant est devenu une attraction touristique. Imaginez un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir.»

Lépreux au Ghana

Le Cambodge compte plus d’orphelinats aujourd’hui qu’en 1979, au sortir de la guerre. Rien que ces huit dernières années, leur nombre a triplé. Six cents structures ont été dénombrées et le recensement n’est pas terminé… En trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7 000 à 47 000. En fait, selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. «Les volontaires étrangers veulent tous ouvrir des orphelinats. Seulement, il faut les remplir ! Alors, croyant bien faire, ils retirent les enfants aux familles cambodgiennes pauvres, expliquant que c’est mieux, qu’ils ne savent pas s’en occuper. C’est raciste, colonialiste. Et si on retirait aux Français leurs enfants au seul motif qu’ils sont trop pauvres ?» interroge Sébastien Marot.

Le mot «orphelin» déclenche l’arrivée massive de l’aide étrangère et des volontaires. «Ils viennent soit se construire un CV, soit se reconstruire parce qu’ils sont dans une mauvaise passe. Charge donc aux enfants étrangers de soigner les problèmes des Occidentaux, tacle Marot. D’un point de vue marketing, l’orphelinat c’est facile à vendre. Mais pour que l’argent continue d’affluer, il ne faut pas qu’il soit investi, ce serait casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux.» Le phénomène a gagné le Laos, la Thaïlande, la Birmanie. Au Cambodge, Friends International œuvre à la réintégration des enfants dans les familles, en partenariat avec l’Unicef et le gouvernement. Depuis cette année, des orphelinats sont fermés et l’ouverture de nouveaux établissements est gelée. «Nos volontaires font des travaux administratifs, des recherches, mènent des enquêtes. Il y a beaucoup à faire et peu d’occasions de selfies avec des enfants. Ce sont des professionnels locaux et expérimentés que nous salarions qui s’en occupent.»

Reste le «séjour humanitaire» afin d’accéder à l’enfant exotique, pauvre et malade. Contre 2 000 euros en moyenne les quinze jours, au titre des frais de mission (transport, hébergement, repas, le tout dans un confort rudimentaire qui participe au charme de l’aventure), Projects Abroad promet par exemple de soigner des lépreux au Ghana ou d’accueillir les primo-arrivants sur les plages italiennes. «On remplace la planche à voile par un réfugié», s’indigne Pierre de Hanscutter, président et fondateur de l’association francophone Service volontaire international (SVI).

Des «missions de volontariat» en «médecine générale», «soins infirmiers», «sage-femme»,«santé publique», «soins dentaires», accessibles «même sans qualification médicale» et à partir de 16 ans, insiste le site web de Projects Abroad. Et si les photos ne suffisaient pas (des jeunes Blancs en blouse et gantés de latex qui prennent des tensions, donnent des médicaments à des nourrissons, etc.), il y a les vidéos. Deux adolescentes danoises soignent les plaies purulentes de malades au Ghana. Elles voulaient une première expérience avant de passer le concours de médecine. Se faire la main, en quelque sorte. Leur meilleur souvenir ? Un accouchement compliqué, c’était «extraordinaire», «du sang partout». Au Pérou, une fille fait des points de suture, ravie : «Ça donne confiance en soi.» En Tanzanie, un garçon anglais, stéthoscope autour du cou, briefe des infirmières noires, regarde les radios, feuillette des dossiers. Au Mexique, une Suissesse enjouée enseigne le français à l’université. Trois classes. Les élèves sont plus vieux qu’elle, pas trop dur ? «Il suffit d’être motivée, d’avoir envie d’enseigner et d’être de bonne humeur. Ça suffit pour les Mexicains !»

Holding

«C’est Tintin au Congo», résume Rony Brauman, «inquiet» et «révolté» par les dégâts sanitaires causés sur place et «l’exploitation cynique des bonnes volontés». Le SVI regrette le silence de l’ordre des médecins en France. «Dire à un jeune Blanc que même s’il n’a que le bac, il aura toujours un niveau supérieur aux professeurs et médecins locaux, c’est du racisme positif. Il faut lui remettre les pieds sur terre, on ne l’attend pas pour sauver l’Afrique, même si c’est sympa, même si ça fait rêver», soupire Pierre de Hanscutter.

Projects Abroad est le leader du tourisme humanitaire. Un ensemble de structures appartenant à une holding domiciliée en Angleterre, Beech View Holdings Limited. La multinationale, arrivée sur le marché hexagonal voilà dix ans, n’a rien d’une ONG, si ce n’est le champ lexical. Six cents salariés, près de deux cents programmes, des dizaines de milliers de volontaires-clients dont les deux tiers ont moins de 30 ans. Son bénéfice net, en constante augmentation, s’élevait à 1,7 million de livres en 2012 (2 millions d’euros). Contacté par Libération, Projects Abroad n’a pas donné suite.

Bac à sable

«Soit le séjour se passe bien et les jeunes reviennent avec l’idée que les pays en développement sont un grand bac à sable ; soit cela se passe mal, et là c’est tout le secteur associatif qu’ils verront comme une vaste arnaque», souligne Pierre de Hanscutter, inquiet des valeurs inculquées ainsi à ces citoyens en devenir. Il pointe un autre écueil : «A l’étranger, le marché du travail souffre aussi, avec toute cette main-d’œuvre qui paye pour venir travailler.»

Qui sont ces volontouristes ? La sociologue Alizée Delpierre a enquêté durant trois ans chez Projects Abroad. Elle souligne le «rôle déterminant des parents», professions libérales, hauts-fonctionnaires, majoritairement aisés et résidant dans les beaux quartiers parisiens. «Ils redoutent généralement le secteur associatif, considéré comme un domaine de relégation. A ce prix-là, ils ont la garantie de l’entre-soi.» L’action humanitaire répond d’abord à «stratégie éducative», que la chercheuse détaille : «Les parents veulent que leur enfant acquière des compétences internationales, teste ses affinités avec un métier avant de payer une grande école, apprenne à se débrouiller seul ou soit confronté à la misère pour qu’il mesure combien il est privilégié…» Sur place, elle a vu des volontaires «déçus de constater le faible impact de leur action. Alors ils visitent, font du shopping». Comme des touristes tout court.

Voir aussi:

Dans la «jungle», une faune charitable

Dans le camp de réfugiés de Calais, on croise des migrants mais aussi des touristes de plus ou moins bonne volonté.

Tara Bate , Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement
Libération
15 août 2016 

C’est un safari exotique low cost, le premier du genre. Le dépaysement à moindres frais, sans partir de chez soi, en «faisant le bien» et en attirant sur soi l’admiration de ses amis Facebook : la visite du camp de réfugiés à Calais. The jungle, pour les initiés et ceux qui souhaitent en être, avec ses déclinaisons d’humour grinçant : la librairie The Jungle Books, la cabane de Baloo, les restaurants «New Kabul» et «British Hotel», des graffitis pleins de promesses comme «London Calling» et «Welcome to the UK», l’auto-proclamée ambassade du Koweït, un drapeau français célébrant avec ironie la chaleur et l’hospitalité hexagonales, des capsules vides de gaz lacrymogène qui décorent en guirlande la devanture d’un barbier de fortune… ici pas besoin de passeport, de visa ou d’autorisation d’entrée – il suffit de se conformer aux fouilles policières des véhicules à l’entrée.

Un mépris à peine dissimulé

À certains moments «la jungle» a tout d’un zoo. Tandis que chacun, dans la ronde des touristes, photographes, journalistes, chercheurs, bénévoles, employés d’ONG et Calaisiens charitables, s’évertue à faire valoir la légitimité de sa présence, les migrants désœuvrés regardent, amers ou méfiants, avec apathie ou un embarras poli, défiler ce petit monde étrange dont les intentions réelles leur demeurent inconnues. Certains, plus que d’autres, ont une raison d’être ici. Ce sont les employés d’ONG et bénévoles dont le rôle est clairement défini et les compétences, professionnelles. Dans les regards de ces anonymes actifs se devine un mépris à peine dissimulé pour le reste des visiteurs de passage, parmi eux des jeunes qui se disent «réfugiés du capitalisme», comme on peut le lire sur le mur d’une des écoles improvisées ; de débonnaires babas cool qui veulent croire en une communauté des pauvres, laïque et multiculturelle, unie par la solidarité et la musique ; ou encore ceux qui se voient comme d’intrépides aventuriers qui ont le cran de vivre au milieu du camp, sont les amis des réfugiés jusqu’à finir par devenir, pour les plus obstinés d’entre eux, «l’un des leurs». Une tentative – louable mais illusoire – d’abolir le gouffre qui les sépare: les bénévoles, eux, pourront toujours rentrer chez eux par le prochain bus ou ferry pour 50€ et la présentation d’une carte d’identité. Les migrants, eux, auront besoin de quelques milliers (voire dizaine de milliers) d’euros pour quitter la «jungle». On donne des cours d’anglais ou de français, on s’amuse avec les enfants, on gratte sa guitare, on chante, jusqu’au moment où nos aventuriers se découragent, l’un après l’autre, ou doivent simplement regagner leurs pénates.

Un souvenir de vacances

Il y a aussi les bénévoles dont on ne sait pas s’ils font partie d’une association, d’une ONG, ou s’ils sont là à leur propre compte. On les croise tous les jours, à discuter avec des gens qui leur ressemblent et faire de grands sourires aux migrants qui les regardent avec curiosité, ou à jouer aux assistants sociaux, vaguement infantilisants, implorant les migrants de rejoindre leur «atelier de percussions» qui se résume à taper deux bâtons ensemble pour tuer le temps. «La jungle» abrite aussi des journalistes, plus ou moins indépendants, qui y passent un jour ou deux, prennent des photos et disparaissent.

Et puis il y a les touristes. Qui jouent parfois aux apprentis reporters. Comme cette femme avec son Nikon D70 débarquant dans la cour de l’école de fortune, sans un bonjour pour prendre des photos. «Vous comptez en faire quoi, de ces photos ?» Et elle de répondre, d’un ton assuré qui se veut rassurant : «Ah mais moi c’est pas pour publier sur Facebook, hein ! C’est pour moi.» Un souvenir de vacances, donc.

Mais ses modèles ne s’y soumettent pas toujours volontiers. L’un d’eux, refusant d’abord, décide finalement de tourner la séance de prise de vues en parodie. Il s’allonge de tout son long, lascivement, telle une odalisque enturbannée, et se laisse mitrailler, le visage figé, se moquant visiblement de l’avidité de sa spectatrice. Quelques minutes plus tard, elle guette un autre modèle, qui commente, malicieux : «Regarde-la celle-là ! Elle attend que je sois seul pour me demander de nouveau. Regarde comme elle est drôle !»

Enfin vient le groupe d’amies, 18-20 ans, qui se partagent une barquette de frites en déambulant dans les rues passantes du campement, comme elles le feraient à Marrakech ou Bangkok, tout excitées à l’idée de vivre cette aventure hors du commun.

Horde protéiforme

Étrange et inattendu pot pourri, qui réunit ce que le tourisme a de pire, en ce lieu qui s’appelle «jungle» parce qu’il n’y règne aucune loi. Chacun s’arroge donc le loisir de faire comme bon lui semble. D’autant plus qu’on est ici chez soi — en Europe — sans l’être vraiment. Cette zone de non-droit, sans contrôle social, sans règles, est un jardin d’expérimentations en tout genre. Une cacophonie de charitabilisme. Le soir, les bénévoles regagnent l’auberge de jeunesse, les plus anciens dorment sur place, dans une caravane équipée d’un cadenas.

«Ne dites rien à ces gens. Ils promettent des choses et partent sans jamais revenir. Ils viennent parce que c’est trop cher pour eux d’aller en Afghanistan, ici ils ont l’impression d’y être et c’est gratuit», dit un homme afghan. Il exprime le malaise de nombre d’occupants du camp. Face à lui, la horde protéiforme change de visage tous les jours. Le gouffre ne se referme pas. Et toujours les mêmes questions, rarement dans leurs langues : sur leurs origines, leur parcours, leur destination, les raisons de leur fuite, le prix du passage…

«Don’t ask me about my life, I don’t want to talk», peut-on lire, écrit au marqueur, sur une table d’extérieur, devant l’«école». «I hate journalists», nous a dit aujourd’hui un migrant somalien.

Comment se comporter et s’habiller dans ce no man’s land multiculturel, un territoire sur lequel seule la présence hostile des escadrons de CRS indique qu’on est France. Les bénévoles de longue date, dépositaires d’une forme d’autorité, conseillent aux visiteurs de porter des pantalons très larges, d’attacher leurs cheveux (voire de se couvrir la tête) et de porter des chemises amples. Est-ce pour éviter d’offenser les sensibilités culturelles supposées et sans doute surinterprétées de chacun ? Ou pour «se fondre dans le décor» ? La très grande majorité des bénévoles sont des femmes. Certaines faisant fi des recommandations, fument, cheveux lâchés, et plaisantent avec les réfugiés — tous des hommes — en leur passant parfois un bras sur l’épaule. Eux sont tantôt gênés, tantôt ravis : «je viens ici car les volontaires sont jolies», confie l’un d’eux. Les réfugiées, elles, restent dans des espaces clos, éventuellement avec leurs enfants, ou ne font que passer furtivement. On leur organise parfois des «ateliers beauté» pour qu’elles puissent se retrouver ensemble, en sécurité – car même si elles sont des réfugiées, elles demeurent des femmes et en tant que telles, on estime qu’elles doivent rester plaisantes à regarder et s’occuper de leur apparence. Tant pis si elles n’ont pas envie de l’être, attirantes, et restent cloîtrées pour éviter justement les regards souvent prédateurs. C’est le réflexe systématique des projets d’assistance dédiés aux femmes, l’atelier beauté. Et, en réalité, c’est la seule activité à laquelle elles participent, les cours de langue étant mixte – et donc, de facto, entièrement masculins.

Et nous ? Nous, nous sommes là, petite équipe de huit, qui ne savons pas trop ce que nous y faisons. Nous sommes payés pour mener des entretiens afin d’évaluer la faisabilité d’un projet de services financiers permettant d’épargner ou de transférer de l’argent. A la fin de la journée, on se raconte ce qu’on a fait et appris, on tire des conclusions sur les besoins et… on n’en fait rien. On recommence le lendemain. On récolte les mêmes histoires, peu ou prou. On note tout, bien consciencieusement, dans un carnet, et au terme de notre séjour, nous n’en ferons rien, faute de financement et d’appui institutionnel.

Des touristes améliorés

Cautère sur une jambe de bois, les bénévoles ? Au moins font-ils un peu de bien, à une toute petite échelle. Et sans doute de leur mieux. Nous autres ne pourrons même pas justifier moralement de notre présence, puisque le projet – mal préparé, mal organisé – n’aboutira pas. Il aura fait de nous des touristes améliorés, doués d’une certaine conscience éthique et, désormais, de regrets. Nous nous serons bornés à énumérer les évidences : nécessité de développer l’accès à l’éducation, à l’électricité, à Internet, et d’assurer la sécurité des occupants.

Une chose est sûre : on ne s’improvise pas humanitaire du jour au lendemain, et les bons sentiments ne suffisent pas. Quand l’État se désengage complètement, que le grand public préfère s’impliquer directement, on en arrive vite au safari. Au zoo participatif. À la jungle.

Tara Bate Salariée du secteur humanitaire, étudiante en anthropologie du développement

Voir également:

Money

NPR

July 31, 2014

As you plan — or even go — on your summer vacation, think about this: More and more Americans are no longer taking a few weeks off to suntan and sightsee abroad. Instead they’re working in orphanages, building schools and teaching English.

It’s called volunteer tourism, or « voluntourism, » and it’s one of the fastest growing trends in travel today. More than 1.6 million volunteer tourists are spending about $2 billion each year.

But some people who work in the industry are skeptical of voluntourism’s rising popularity. They question whether some trips help young adults pad their resumes or college applications more than they help those in need.

Judith Lopez Lopez, who runs a center for orphans outside Antigua, Guatemala, says she’s grateful for the help that volunteers give.

All visitors and volunteers get a big warm welcome when they walk in the doors of her facility, Prodesenh. It’s part orphanage, part after-school program and part community center.

Most of the kids at Prodesenh don’t have parents, Lopez says. They live with relatives. Some were abandoned by their mothers at birth. Others lost their fathers in accidents or to alcoholism.

There are three volunteers here now, all from the U.S. Lopez says they give the kids what they need most: love and encouragement.

One those volunteers is Kyle Winningham, who just graduated from the University of San Francisco with a degree in entrepreneurship. « Yeah, my real name is Kyle, but mi apodo aqui es Carlos, » he says.

Winningham didn’t have a job lined up after school, so he decided to spend his summer at Prodesenh. « When the kids have homework, I help with homework, » he says. « When they don’t, I generally help out with teaching a little bit of English. »

But today they are cooking. Lopez hands out bowls filled with bright red tomatoes, onions and mint. She’s teaching the kids to make salsa.

Haley Nordeen, an international relations major at American University in the District of Columbia, is also spending her entire summer at Prodesenh. During her first six weeks here, the 19-year-old helped build the newest addition to the center, a small library. Now she’s tutoring.

« I’ve met a lot of international relations majors here, so it seems like a trend, » Nordeen says.

Most volunteer tourists are women. They’re also young adults, between the ages of 20 and 25, says the industry consulting group Tourism, Research and Marketing, based in Glasbury, Wales. But more and more high school students are also traveling and volunteering.

Sam Daddono is a junior at Rumson-Fair Haven High School in New Jersey. His whole Spanish class is in Antigua, sharpening their Spanish skills. But they’re also hiking up the side of a volcano every morning to help tend to a coffee plantation — and learning about what life is like here in Guatemala.

« The way I view things now is a lot different than before, » Daddono says. « I’ve visited other countries, but I’ve never done hands-on work or really talked to the people about the problems that they face in their lives. »

That worldview for many American teens is a lot different than it was two decades ago, says Ken Jones, who owns Maximo Nivel, a volunteer tourism company out of Antigua. He got his start in the travel business, offering only Spanish-language classes. But young people today, he says, want a richer experience.

« It used to be beach and beer, » Jones says. « And now it’s, ‘Well, I want to come down and learn something and figure out how to help or be a part of something.’ It was more superficial 20 years ago, maybe. »

The industry has exploded in the past few years, says Theresa Higgs, who runs United Planet in Boston. The nonprofit offers what she calls a cultural immersion program.

But Higgs is on the fence about whether the rise in popularity of « voluntourism » is a good thing. She’s heartened by the altruism of volunteers, but she’s worried about the flood of for-profit organizations bursting onto the scene.

« What I think often gets lost is the host communities, » she says. « Are they gaining? Are they winning? Are they true partners in this? Or are they simply a means to an end to a student’s learning objective, to someone’s desire to have fun on vacation and learn something? » she asks.

Higgs urges travelers to do their homework and research companies, just as you would before giving to a charity or volunteering for any organization.

About a dozen youth from the United Church of Christ from Yarmouth, Maine, are learning how to count to 10 in the Mam language, from an elderly indigenous woman in Guatemala City. They are volunteering for a week at the nonprofit Safe Passage, which helps children and parents who live and work in the capital’s sprawling garbage dump.

It’s pouring rain outside, but 17-year-old Mary Coyne isn’t bummed. She’s glad she spent her summer vacation here instead of at the beach, she says. « Yeah, I’m not getting a tan and not eating ice cream, » Coyne says. « But it’s something different. It’s like your whole being is satisfied because of experiences like this. »

Voir encore:

The Voluntourist’s Dilemma

Several years ago, when I was working as a reporter based in Haiti, I came upon a group of older Christian missionaries in the mountains above Port-au-Prince, struggling with heavy shovels to stir a pile of cement and sand. They were there to build a school alongside a Methodist church. Muscular Haitian masons stood by watching, perplexed and a bit amused at the sight of men and women who had come all the way from the United States to do a mundane construction job.

Such people were a familiar sight: They were voluntourists. They would come for a week or two for a “project” — a temporary medical clinic, an orphanage visit or a school construction. A 2008 study surveyed 300 organizations that market to would-be voluntourists and estimated that 1.6 million people volunteer on vacation, spending around $2 billion annually. A few are celebrities supporting their cause du jour, who drop in to meet locals and witness a project that often bears their name. Many more come to teach English during high school, college vacations or during a gap year. Others are sun-seeking vacationers who stay at beachside resorts but who also want to see “the real (name your country).” So they go into a community for an afternoon to help local women make beads, jewelry or clothes.

Volunteering seems like an admirable way to spend a vacation. Many of us donate money to foreign charities with the hope of making the world a better place. Why not use our skills as well as our wallets? And yet, watching those missionaries make concrete blocks that day in Port-au-Prince, I couldn’t help wondering if their good intentions were misplaced. These people knew nothing about how to construct a building. Collectively they had spent thousands of dollars to fly here to do a job that Haitian bricklayers could have done far more quickly. Imagine how many classrooms might have been built if they had donated that money rather than spending it to fly down themselves. Perhaps those Haitian masons could have found weeks of employment with a decent wage. Instead, at least for several days, they were out of a job.

Besides, constructing a school is relatively easy. Improving education, especially in a place like Haiti, is not. Did the missionaries have a long-term plan to train and recruit qualified teachers to staff the school? Did they have a budget to pay those teachers indefinitely? Other school-builders I met in Haiti admitted they weren’t involved in any long-term planning, and I once visited a school built by an NGO that had no money left to pay the teachers. If these brick-laying voluntourists overlooked such things in their eagerness to get their hands dirty, they wouldn’t be the first.

Easing global poverty is an enormously complex task. To make so much as a dent requires hard, sustained work, and expertise. Even the experts sometimes get it wrong. Critics of the Red Cross’s post-earthquake work in Haiti argue that the half a billion dollars the organization raised for disaster relief was largely misspent. Multimillion-dollar projects undertaken by the U.S. government ultimately failed to help Haiti export its mangos or complete a new building for Haiti’s Parliament on time. If smart, dedicated professionals can fail to achieve lasting progress over a period of years, how then is an untrained vacationer supposed to do so in a matter of days?

Sometimes, volunteering even causes real harm. Research in South Africa and elsewhere has found that “orphan tourism” — in which visitors volunteer as caregivers for children whose parents died or otherwise can’t support them — has become so popular that some orphanages operate more like opportunistic businesses than charities, intentionally subjecting children to poor conditions in order to entice unsuspecting volunteers to donate more money. Many “orphans,” it turns out, have living parents who, with a little support, could probably do a better job of raising their children than some volunteer can. And the constant arrivals and departures of volunteers have been linked to attachment disorders in children.

There are some volunteers who possess specialized, sought-after skills, of course. In Port-au-Prince I lived across from a Catholic guesthouse where groups of mostly American volunteers would spend their first nights in Haiti. Often I’d join them for dinner to hear about their experiences. I remember meeting an ophthalmologist from Milwaukee, who had just spent a week in a remote town in Haiti performing laser eye surgery. He recounted the joy he felt at helping people who were going blind from cataracts to see.

But not all volunteers come with an expertise like ophthalmology. When I asked one of the women who ran that guesthouse why she moved to Haiti, she told me that “a long time ago I felt called to be here, and I came based on that, not knowing what I was going to do.” In many ways, this woman is typical of the sort of voluntourists I’ve encountered. Many are religious — the sort of people who cite passages from the Bible, the Torah or the Quran that encourage followers to help those in need. Surely, they say, “love thy neighbor” takes on a different meaning in a globalized world. To many of these people, simply experiencing a foreign culture is not enough. They must change that place for the better.

Perhaps we are fooling ourselves. Unsatisfying as it may be, we ought to acknowledge the truth that we, as amateurs, often don’t have much to offer. Perhaps we ought to abandon the assumption that we, simply by being privileged enough to travel the world, are somehow qualified to help ease the world’s ills. Because the mantra of “good intentions” becomes unworthy when its eventuality can give a South African AIDS orphan an attachment disorder or put a Haitian mason out of work.

I’ve come to believe that the first step toward making the world a better place is to simply experience that place. Unless you’re willing to devote your career to studying international affairs and public policy, researching the mistakes that foreign charities have made while acting upon good intentions, and identifying approaches to development that have data and hard evidence behind them — perhaps volunteering abroad is not for you.

Jacob Kushner reports on foreign aid and immigration in East and Central Africa and the Caribbean.

Voir de même:

Voluntourism is a ‘waste of time and money’ – and gappers are better off working in Britain
Campaigners hit out at gap years in developing countries
Jonathan Brown
The Independent
24 October 2014

Helping out at an African nursery or digging trenches in rural India might have become a fashionable – and expensive – rite of passage for thousands of young people each year, but volunteers would often do more good staying at home and assisting communities on their own doorstep, a conference on ethical tourism will hear tomorrow.

The growing trend for far-flung gap years often combining an element of work in a developing country has become one of the fastest-growing phenomena in the global travel industry.

However, a leading UK charity is warning that whilst often well intentioned in their motives, altruistic young travellers can end up doing more harm than good to their host communities, even potentially fuelling child abuse.

Mounting concern that the desire to work in orphanages in countries such as Cambodia and Nepal is actually be leading to the abandonment or even abduction of children from their parents to fuel the boom in eager tourists has led to calls for a radical rethink on the ethics of so-called volunteerism.

Delegates at a one-day conference at Braithwaite Hall in Croydon, south London, organised by Tourism Concern will seek to persuade prospective volunteers to think hard about their choice of destination.

The charity’s executive director Mark Watson said that whilst the desire to help others was commendable – too many expensive commercial volunteering opportunities ended up exploiting both those offering help whilst harming the lives of those meant to be on the receiving end.

“Volunteers often have unfulfilling and disappointing experiences; volunteer placements can prevent local workers from getting much-needed jobs; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home after a few weeks,” Mr Watson said.

“We feel that there are many opportunities for people to undertake meaningful volunteering in their own community, where they will receive proper training, support and supervision – without the need to pay a tour operator for the privilege. In the majority of cases people would be far better (and have a more rewarding experience) volunteering at home and spending their money on travelling and staying in places listed in our Ethical Travel Guide,” he added.

Among the speakers at the event is campaigner Philippa Biddle, who described taking part in a development project building an orphanage and library in Tanzania. She said each night local men dismantled the structurally unsound work they had done – relaying bricks and resetting timbers whilst the students slept.

“Basically, we failed at the sole purpose of our being there. It would have been more cost effective, stimulative of the local economy, and efficient for the orphanage to take our money and hire locals to do the work, but there we were trying to build straight walls without a level,” she recalled.

Laura Woodward of Raleigh International, a non-profit making sustainable development charity which works with young volunteers and communities around the world living in poverty, said few commercial organisations offered high quality placements that brought benefit to their host countries.

She said the conference was right to highlight concerns over voluntourism.

“It’s true that there are many fantastic volunteering opportunities for people in their own communities and we strongly encourage volunteers to take action in their own communities upon their return; indeed, this has become a fundamental element of our programmes. Whilst there are huge benefits to volunteering at home, there are still pressing issues across the globe where young, international volunteers can make a real difference,” she said.

Voir de plus:

I recently came across an interesting article questioning voluntourism and assessing whether it does more harm than good in communities of the global south. It reminded me of my own concerns with « voluntourism » that originated in my college years in which I had participated in Alternative Spring Breaks. It was considered an alternative to what most college students did on their vacations: spending idle time by the poolside. The university-organised trips sent students to spend a week in disadvantaged and poverty-stricken communities to volunteer. This could take the form of teaching English at the local school, assisting in building and beautifying new homes for residents, or environmental cleanups. Interspersed throughout the week were also touristy getaways and souvenir shopping. Although I had memorable and rewarding moments, I could never shake off the feeling that it was all a bit too self-congratulatory and disingenuous.

Voluntourism almost always involves a group of idealistic and privileged travelers who have vastly different socio-economic statuses vis–à–vis those they serve. They often enter these communities with little or no understanding of the locals’ history, culture, and ways of life. All that is understood is the poverty and the presumed neediness of the community, and for the purposes of volunteering, that seems to be enough. In my own experiences – also highlighted by the author of the article – this has led to condescending and superficial relationships that transform the (usually western) volunteer into a benevolent giver and the community members into the ever grateful receivers of charity. It makes for an extremely uncomfortable dynamic in which one begins to wonder if these trips are designed more for the spiritual fulfillment of the volunteer rather than the alleviation of poverty.

I couldn’t help feeling ashamed at the excessive praise and thanks we received from locals and those on the trip alike. I cringed as we took complimentary photos with African children whose names we didn’t know. We couldn’t even take full credit for building the houses because most of the work had already been done by community members. In fact, if anything we slowed down the process with our inexperience and clumsiness. And how many schools in the west would allow amateur college students to run their English classes for a day? What had I really done besides inflate my own ego and spruce up my resume? I had stormed into the lives of people I knew nothing about, I barely engaged with them on a genuine level, and worst of all, I then claimed that I had done something invaluable for them all in a matter of five days (of which most of the time was spent at hotel rooms, restaurants, and airports).

An entire industry has sprouted out of voluntourism as it increases in popularity, possibly equal to the increase in global inequality. As the gap between rich and poor widens, so too it seems does the need for those of the global north to assuage the guilt of their privilege (paradoxically, guilt only seems to deepen as many realise the illusory effect of their impact), or to simply look good. The developing world has become a playground for the redemption of privileged souls looking to atone for global injustices by escaping the vacuity of modernity and globalisation.

But does this address the root institutional and structural causes of the problem? I do not mean to deny, across the board, the importance of the work voluntourists do. Volunteers in developing countries fund and deliver great programmes that would not happen otherwise, but the sustainability and the effectiveness of the approach is what I question. Time and energy would be better spent building real solidarity between disparate societies based on mutual respect and understanding. Instead of focusing on surface symptoms of poverty, volunteers and the organisations that recruit them should focus on the causes that often stem from an unjust global economic order. Why not advocate and campaign for IMF and World Bank reforms? How about having volunteers advocate for their home country to change aggressive foreign and agricultural policies (such as subsidy programmes)? This might seem unrealistic but the idea is to get volunteers to understand their own (direct or indirect) role in global poverty. The idea is to get volunteers truly invested in ending poverty, and not simply to feel better about themselves.

Voir de même:

The Guardian
14 November 2010

By 10pm, the aptly named Bar Street is pulsating with tourists drawn to Siem Reap by the famous Cambodian ruins of Angkor Wat. As hip-hop blares from clubs, children playing traditional instruments are led along by men with placards reading: « Support our orphans. » The kids offer sweet smiles to the diners and drinkers and anyone making a donation is invited to visit the nearby orphanage, one of several in the city, and perhaps spend time working there.

This is the most direct attempt to lure tourists, seducing them with wide eyes and heart-wrenching stories of abandonment. Other orphanages rely on websites filled with pictures of happy children. Some have hooked up with guest-houses, taxi drivers and, best of all, western tour companies that offer voluntary work alongside the holiday of a lifetime.

But behind those smiles can lie untold misery. For in Cambodia, as in other parts of the globe, orphanages are a booming business trading on guilt. Some are even said to be kept deliberately squalid. Westerners take pity on the children and end up creating a grotesque market that capitalises on their concerns. This is the dark side of our desire to help the developing world.

Look again at those cute children. Those « orphans » might have been bought from impoverished parents, coerced from loving families or simply rented for the night. An official study found just a quarter of children in these so-called orphanages have actually lost both parents. And these private ventures are proliferating fast: the numbers increased by 65% in just three years.

Once again, clumsy attempts to do good end up harming communities we want to help. We have seen it with foreign aid, corrosive in so many countries by propping up despots, fostering corruption and destroying local enterprises. We have seen it with the dumping of cheap food and clothes, devastating industries and encouraging a dependency culture. And now we see it with « voluntourism », the fastest-growing sector of one of the fastest-growing industries on the planet.

Insiders call them guilt trips. All those teenagers heading off on gap years, fired up with enthusiasm. Those middle-aged professionals spending a small fortune to give something back to society. And those new retirees determined to spend their downtime spreading a little happiness.

Now the flipside of these well-intentioned dreams has been laid bare in an incendiary report by South African and British academics which focuses on « Aids orphan tourism » in southern Africa, but challenges many cherished beliefs.

The study reveals that short-term volunteer projects can do more harm than good. Wealthy tourists prevent local workers from getting much-needed jobs, especially when they pay to volunteer; hard-pressed institutions waste time looking after them and money upgrading facilities; and abused or abandoned children form emotional attachments to the visitors, who increase their trauma by disappearing back home. « The more I delved into it, the more disturbing I found it, » said Amy Norman, one of the researchers.

Development charities offering professionals the chance to use skills abroad have raised similar concerns; Voluntary Service Overseas even condemned this burgeoning industry as a new form of colonialism. VSO asked what right unqualified British teenagers had to impose their desire to do good at schools in developing countries. And Norman is correct: the more you look below the surface, the more these trips raise profound questions about misplaced idealism and misconceived attitudes.

In recent years, a disturbing form of slum tourism has taken off, with rich visitors sold a glimpse into the lives of the very poor. In Asia, unbelievably, tourists pay for trips to hand out food to impoverished rural families. In Africa, tour firms throw in a visit to an orphanage alongside a few days on the beach or watching wild animals. Critics argue that dropping in to take photographs of orphaned children, who may have seen parents recently waste to death, reduces them to the status of lions and zebras on the veld.

Many orphanages let tourists work with children. But what would we say if unchecked foreigners went into our children’s homes to cuddle and care for the kids? We would be shocked, so why should standards be lowered in the developing world? Yes, resources might be in short supply, but just as here, experts want children in the family environment or fostered in loving homes, not in the exploding number of substandard institutions.

As the authors of this report point out, the harsh truth is that « voluntourism » is more about the self-fulfilment of westerners than the needs of developing nations. Perhaps this is unsurprising in a world in which Madonna thinks it is fine to take children from African families.

In Ghana, just as in South Africa and Cambodia, there has been a boom in unregistered orphanages. Last year, police investigated one after the rape of an eight-month-old boy and discovered 27 of the 32 children were not orphans. A government study found up to 90% of the estimated 4,500 children in orphanages had at least one parent and only eight of the 148 orphanages were licensed. Unicef officials said children’s welfare was secondary to profits and it is thought less than one-third of income goes on child care.

Too many travellers carry a naively romantic idea of doing good alongside their luggage. « Unfortunately, they are led by their hearts and not their heads and unknowingly support environments that may be abusive to children, » said Mark Turgesen, international co-ordinator of ChildSafe Network, which protects children from abuse. Last month, the British owner of an orphanage near Siem Reap was charged with sexual assault of a teenage boy; up to 100 children were moved to a safe house by investigators.

Inevitably, the needs of impoverished communities are subverted by the demands of wealthy visitors. Alexia Nestora ran the North American arm of a major « voluntourism » group and admitted such firms loved orphanage stops. « They sell the best and are the most tearjerking projects to pitch to the media. Volunteers come away with the classic picture with an orphan and tell all their friends about their experience – as a business person I loved this. » However, she started to question their validity once she went into the field and discovered the work carried out by volunteers was often unnecessary, as admitted by organisers. « The funding they bring with them is the attractive part. »

The desire to engage with the world is laudable, as is the desire to volunteer. But we need to tread more carefully. Unless we have time and transferable skills, we might do better to travel, trade and spend money in developing countries. The rapid growth of « voluntourism » is like the rapid growth of the aid industry: salving our own consciences without fully examining the consequences for the people we seek to help. All too often, our heartfelt efforts to help only make matters worse.

Voir aussi:

The Exploitative Selfishness of Volunteering Abroad

Maya Wesby

Newsweek

8/18/15

This article first appeared on the Wilson Quarterly.

For college students, studying abroad offers the chance to travel, earn credit and gain work experience. Students may opt to take language-immersion courses or even earn grants for working on subject-based projects (for example, doing scientific research on the Great Barrier Reef or filming a documentary in Egypt).

Yet one type of study abroad involves volunteer work in developing nations, and willing participants can travel the world while gaining a sense of community alongside fellow volunteers and the native population.

While idealism and good intentions drive many of these volunteers, there exists the concept of “voluntourism,” or volunteer tourism, in which companies send volunteers abroad for the sake of profit and corporate advantage. In other words, travel is designed to benefit the sponsoring companies rather than disadvantaged communities.

It is done by selling international service experiences to young people, mostly students, and is branded as a way to enhance their résumés. While host communities benefit from the rise in tourism and labor, nongovernmental organizations (which often partner with funds-seeking volunteer organizations) benefit from their projects gaining international exposure in fields such as science, medicine and infrastructure.

The voluntourism industry, worth about $173 billion annually, originated in the fierce competition among nonprofit businesses, where a balance must be struck between money and mission—between their original philanthropic goals and the new commercialization methods organizations adopt to remain financially viable. Even as commercialization may pay for a nonprofit’s programmatic work, the strategy is something of a devil’s bargain. Commercial motives drive away focus on charitable actions and blur an organization’s reputation as an altruistic, friendly aid to developing communities. Voluntourism arose as a more palatable form of commercialization, earning income for a business while maintaining the illusion of clean-cut charity work.

The commercialization of charity gets more problematic when considering the demographics of volunteers and their hosts. Though sub-Saharan Africa is the primary destination for voluntourists, the visitors themselves—many of whom are recruited for the experience—are primarily white students from Europe, North America, Australia and New Zealand.

The gaps in culture, background and privilege are apparent on social media, where some participants post preening “selfies” with indigenous children and use hashtags like #InstagrammingAfrica to share a filtered version of their glamorous lives. It all seems to devalue the original purpose of volunteering abroad and makes one wonder if these participants’ motives were charitable at all.

Working in an underdeveloped region should result in meaningful change and an expansion of one’s worldview, not a new profile picture.

Selfishness instead of selflessness has harmed host communities. In Pacific Standard, Lauren Kascak argues that voluntourism in the medical field has brought local communities more harm than good.

A former voluntourist herself, Kascak found that Ghanaians were less likely to purchase health insurance since they knew every few months there would be a ready and willing supply of foreign volunteers to bring medication—leaving the community susceptible to disease during interims.

More troubling is the growing orphan tourism business in South Africa and Indonesia, where children are cared for and receive an education by the voluntourism organization and individuals. Some children, because their parents cannot send them to school, move into orphanages where tourists come to provide them with food and education.

A more suitable long-term solution would be to provide parents with the resources and knowledge to care for their children, or investing in a more permanent educational infrastructure, rather than focusing solely on short-term necessities.

Similarly misguided was an effort to build houses in a post-earthquake shattered Haiti. While the foreign volunteers were well-intentioned, they misplaced their focus; it was necessary to build stable homes, but the real problem was crippling, multigenerational poverty.

Lacking skills and employment to improve their condition, Haitian families continued to beg in the streets in the absence of tourists. The volunteers came and left, but nothing had really changed.

These examples reveal the core danger of voluntourism: It creates a dependency between host communities and Western societies rather than the infrastructure needed for sustainable self-reliance. Yet because the industry shows no signs of stopping, voluntourism can only be modified, and not eliminated.

To be effective, an ethical reformation of voluntourism must apply to the volunteers, the volunteer organizations and the host communities. One set of ethical standards for companies and individuals to abide by is known as Fair Trade Learning, principles that emphasize the benefits of exchange relationships, where all parties are in equal benefit.

With an equal benefit to all three parties—volunteers, nonprofits and hosts—voluntourism can continue as a mutually benefiting and rewarding experience that profits and saves the reputation of organizations, gives young Westerners a truly meaningful experience and lastingly improves the quality of life for developing communities.

Maya Wesby is a writer at the Wilson Quarterly, where this article first appeared.  

Sources: Alexandra Coghlan and Steve Noakes,“Towards an Understanding of the Drivers of Commercialisation in the Volunteer Tourism Sector,” Tourism Recreation Research 37(2) (2012): 123–131. Eric Hartman, Cody Morris Paris and Brandon Blache-Cohen,“Fair Trade Learning: Ethical Standards for Community-Engaged International Volunteer Tourism,” Tourism and Hospitality Research 14(1-2) (2014): 108–116.

Voir par ailleurs:

In defence of ‘voluntourists’


The Guardian
25 February 2013

The debate about « voluntourism » – that unsightly word – has reared its cynical head yet again. Every so often the spotlight is turned on western students using their free time to help those less fortunate in developing countries, and much head-scratching and soul-searching ensues.

Recently the Guardian published a piece by Somalian blogger Ossob Mohamud, with the headline Beware the ‘voluntourists’ doing good. She argues that the west is turning the developing world into « a playground » for the rich to « assuage the guilt of their privilege ».

Mohamud clearly had a difficult volunteering experience. She says she felt ashamed at the excessive praise and thanks of locals, cringed as she took photos with African children whose names she did not know and was left feeling that she had simply inflated her ego and spruced up her resume.

There is a discussion to be had about the merits or otherwise of overseas volunteering schemes which attract crowds of well-meaning westerners to build schools and playgrounds, teach English or care for orphans. But Mohamud’s insistence on drawing a wider social message from her own unsatisfactory trip is unfair and potentially damaging.

Last summer I visited Uganda to report on the work of East African Playgrounds. The charity enlists British students to build play facilities and run sporting projects for primary school children. In just a few years it has grown to be self-sufficient, employing a team of young Ugandans as builders, to the point where the charity’s British founders will soon be able to step back and let it run itself.

I witnessed the volunteers – students and recent graduates from UK universities – forming genuine friendships with the locals, developing emotional attachments to the children and becoming truly invested in their future. Cynics might that say when they return to Britain they leave it all behind and life moves on. But for many, volunteering can be life changing.
Mark Deeks, 28, was deeply affected by the experience, and is still shaken by the country’s poverty, healthcare and corrupt political system. When he returned to university he wrote his masters dissertation on gay rights in Uganda.

East African Playgrounds founder Tom Gill admits frustration that many quick-fix ‘gap year’ companies are « built to maximise profits and reduce costs wherever they can » without investing in communities. But, he says, many charities are working hard to counter this.

« Charity in its essence is a chance for those who have more than enough to help those who don’t have enough, » he says. « If privileged people stopped volunteering and making donations then what would happen to the work of thousands of charities worldwide?

« Volunteers play a vital role in the model of charities that are looking to become financially independent and self-sufficient. Charities that rely heavily on grants and trusts have almost all suffered reductions in donations, which has a huge impact on the ground with funding having to be pulled from grassroots projects.

« No approach is without its flaws, but it is vital that people do not group charities doing this well with companies who are putting very little into the developing world. »

Undergraduates face a stark choice about how to spend their time before entering employment, particularly now that money is tight and jobs are scarce. Charities that invest in the developing world need keen, energetic, ambitious people to help them along. « Voluntourists » they may be – but their work can have a huge impact on their own lives and the lives of those they help. It would be an awful shame if they were put off.

Voir par ailleurs:

Rice Christians and Fake Conversions

Laura Parker

A life overseas

January 28, 2013

I remember our first year on the field literally thinking, “No one is ever, ever going to come to faith in Christ, no matter how many years I spend here.” 

I thought this because for the first time in my life, I was face-to-face with the realities that the story of Jesus was so completely other to the people I was living among. Buddhism and the East had painted such a vastly different framework than the one I was used to that I was at a loss as to how to even begin to communicate the gospel effectively.

And so, the Amy-Carmichael-Wanna-Be that I was, I dug in and started learning the language. I began the long, slow process of building relationships with the nationals, and I ended up spending lots of time talking about the weather and the children in kitchens. And while over time, I became comfortable with helping cook the meal, I saw very little movement of my local friends towards faith.

But, then we started hearing about Western teams that came for short term trips or long-term missionaries who visited the villages around the city where we were living. Sometimes they would do vacation bible schools for the kids, other times they would show a film. Sometimes they would do a sermon or go door-to-door. Other times, they would help build a bathroom or a water well or a new church. (And these efforts were definitely noble, costly, and helpful on many levels.)

But the surprising thing for me was that these teams (both long and short term) seemed to come back with conversion stories. 

These Americans — many of whom didn’t know the language and hadn’t studied the culture– often came back thrilled to have witnessed several locals seemingly convert from Buddhism to Christianity.

After three days of ministry.

Here I was learning from living in the culture, that the leap from following Buddha to following Jesus was seemingly a gigantic one, yet it seemed that every time I turned around Western teams were having wild success in convincing nationals to make it.

And they would tell their stories or I would read them online, and I would immediately begin to shrink a little, or a lot.

What was I doing wrong? I obviously suck at being a missionary.  These were my logical conclusions.

About six months into our time overseas, I first heard the term “Rice Christians.”

The term is used among the missionary community to describe nationals who make a profession of conversion (inauthentically or without true understanding) in order to get the product (clothing, food, rice) that is being delivered by the Western worker.  It seems that if you add the strings attached to the given supplies with the “don’t cause conflict or disagree” cultural value of the Asian country where we lived,  a subtle social game can quickly develop.

It could go a bit like this: uneducated villagers, a little (or a lot) in awe of the white American, are provided with goods they desperately need, entertainment that encourages their kids, and attention by the wealthy Westerner, all of which they gladly accept. And at some point over the course of the event, the Westerners share honestly about their religion and eventually ask for public professions of faith.

And, seriously, what’s an impoverished person, raised in a culture of respect, supposed to do in light of  this turn of events? In many ways, isn’t agreeing with the views of the outsider the most polite and most effective response for the national– the path that both provides for their families while still showing respect for their visitors?

Perhaps, perhaps they become Rice Christians for the day.

And maybe we missionaries don’t really give them many other options. 

Note: I am by no means saying that the gospel can’t move mightily and quickly among a people group. I’m not saying that we should all begin to doubt the faith of those that come forward in evangelistic outreaches, either. I’m also not throwing short term missions under any kind of bus because I’ve seen this in both short and long-termers. I am saying, though, that perhaps we need to consider the position we put people in when we enter their worlds with gifts and programs. And perhaps we need to re-evaluate some of our “numbers.” 

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Thoughts on this? What is your opinion/experience with pairing the gospel with humanitarian aid? Can that become manipulative? In your area of the world, are people quick to receive the gospel?

Laura Parker, Co-Founder/Editor, Former Aid Worker in SE Asia

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Proselytising amid the poverty

3 September 2008

Cambodia’s relative religious freedoms have encouraged Christian groups to set up shop in the Kingdom, but they risk creating ‘rice Christians’ when they preach to the poor

Elders Jones and Henderson cycle calmly through Phnom Penh’s rush-hour traffic, Bible bags strapped to their backs, white cotton shirts snapping in the breeze. It is becoming a familiar sight in Cambodia: clean-cut young missionaries of the Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints – better known as the Mormon Church – taking to the streets to spread the Word of the Lord.

As missionaries, Jones and Henderson are awake at five and proselytise until eight in the evening, seven days a week. Both are nearing the end of their gruelling two-year stints in Phnom Penh, but look back on their time here with no regrets. « My purpose is to welcome others to come into the Word of Christ, » Henderson said. « I wouldn’t be here if I didn’t love it. »

He said their work is helped by the natural curiosity of the Cambodian people. « There’s a lot of curiosity. There’s a great number of people who are willing to hear the message that we are sharing, » Henderson said.

Elder Jones, an Idaho native, agreed Cambodians’ friendliness was an advantage for the church, which was founded in the US in 1830 and has since grown into a global religion with over 13 million adherents.

« We just go and talk to them, » he said. « The Lord is in charge, and he’s taking care of things. »

With a local membership of over 8,000, Mormonism has led a significant demographic shift towards Christianity in Cambodia. According to the US State Department’s 2007 International Religious Freedom Report, Christians make up around two percent of Cambodia’s population (approximately 282,000 people), dispersed amongst 100 organisations.

Compared to more restrictive neighbouring countries like Vietnam and Laos, Cambodia has a relatively open climate for missionary work.

The law requires all religious groups to register with the Ministry of Cults and Religions if they wish to build places of worship or conduct religious activities. But according to the Religious Freedom report, « there is no penalty for failing to register, and in practice some groups do not. » Only 900 of Cambodia’s 2,400 churches are officially registered with the government.

Dok Narin, undersecretary of state at the ministry, said the constitution guaranteed freedom of religion and that there are few laws to regulating the day-to-day activities of missionaries. « We cannot control them, as we don’t have any special laws, » he said, adding that more regulation was desirable but difficult to balance with a commitment to religious freedom. « The ministry is planning laws to exercise more controls on religion, but we are afraid that it may affect the constitution, » he said.

« Rice Christians »

In February 2003, the government imposed a ban on door-to-door proselytising, but the continuing lack of firm regulations has created fresh temptations. Cambodia has long been plagued by rumours that Christians were exploiting the nation’s poverty to attract converts – a problem Christian leaders say goes to the heart of doing missionary work here.

« When a country like Cambodia opens up, you get greater freedoms to operate, » said Vernon Elvish, a missionary with the Jehovah’s Witnesses, who arrived here in 1992.

« In one way that’s a good thing, but then you can also get the bad side of that freedom coming in, » he said, adding that rumours of exploitation were hard to verify, but taken seriously.

« We’re very conscious of making ‘rice Christians’, » he said, referring to those who change religions on a material incentive. « Our organisation is purely a religious organisation…. We don’t even teach English here, so if they want to become a Jehovah’s Witness, it’s because they want to become a Jehovah’s Witness, not because they’re getting any material benefit out of it. »

David Manfred, a missionary with the Christian & Missionary Alliance (CAMA), founded in Cambodia in 1923, said the country’s openness made it tempting for some missionaries and that « rice Christians » were a constant concern.

« My own sense is that some groups have probably come here and, out of zeal, have used methodologies that we wouldn’t feel comfortable with, » Manfred told the Post. « There has been a tendency … to inflate [conversion] numbers, or to count them differently. It’s actually something we work quite hard to try and avoid, because that would not be the kind of faith that we’re looking for. »

Mormon mission President Robert Winegar said the church spent between US$400,000 and $1 million per year on charity and development programs, but that such activities were tightly sealed off from its religious work.

« In all of these [projects] we never talk about the church, » he said, adding that the church asked more of its members than its members asked of the church. « Not only do we not use poverty as a lure to join the church; we invite members to donate [a] 10 percent [tithe] to help the church grow, » he said.

Freelance missionaries

Some missionaries have gone further, distancing themselves from the large churches they say have made Christians dependent on foreign church money. Michael Freeze, a Baptist missionary who has worked in Cambodia since 2000, said that after four years of running a church in Phnom Penh, he became disillusioned and now focuses on small Bible study sessions.

« It became apparent to me that [Cambodians] were coming to church but not wanting to take part in building the church, » he said. « That’s why I no longer want to have a big structure and have them think that ‘this is the Western money train, I want to get on board’. »

An independent Khmer-American pastor, who declined to be named because of his associations with several organisations in Cambodia, agreed that the massive economic gap between Westerners and most Cambodians turned proselytising into an ethical minefield.

While outright bribes were rare, he said that economic dependency was hard to avoid.

« It’s good to give, but you have to be very careful how you give. You come to Cambodia with SUVs and tonnes of rice, and that’s virtually bribery, » he said.

The pastor said the financial concerns of some large churches had compromised their aims.

« If you build your foundation on money,  religion will crumble, » he said, singling out the Mormons for criticism.

« I believe that churches have made a lot of mistakes in terms of their focus on finance and on getting their numbers up. That’s where the church of Mormon comes in. They know how to work the system…. But all the money in the world can’t buy God. »

CAMA’s Manfred said that in terms of building local capacity and avoiding the pitfalls of dependency, the principles of effective missionary activity were similar to the principles of effective aid work. « I think that the use of money is an area where we have to be hugely careful, so that these kinds of patron-client relationships are not established, » he said.

Given the lack of government oversight, Manfred added, some Christian groups imposed a regime of regulation on themselves. CAMA has associated itself with the Evangelical Fellowship of Cambodia, an umbrella organisation representing a large number of missions, which has a stringent code of conduct prohibiting the use of material « enticements ».

« We limit the amount of money coming from the outside in terms of direct support [to churches], » he said.

« My problem with this is when they try to wean themselves off, there’s already a bit of dependency, and they’ll often just look for another patron. »

But Freeze said these mistakes were often a result of a lack of understanding of the local context, something that could be overcome through in-country experience. « Most groups have genuine heart, » he said. « But a lot of the problem here is a misunderstanding of culture. »

ADDITIONAL REPORTING BY HOR HAB

Voir également:

Baptists Tired of Being Swindled by Rice Christians

christianaggress 
April 27, 2016

Way of Life Baptist Publication

Recently a Baptist publication printed the following after being swindled by many Asian converts who they have attempted to « buy »: THE DANGER OF SUPPORTING NATIONAL PREACHERS. To channel a lot of funds to a national preacher in that part of the world is a serious mistake. Those people are incredibly poor, and an amount of money which to us is minuscule, to them can be a small fortune, and therefore a very great temptation. I have met dozens of Indian preachers who are channels for U.S. funds, and who have their hired « preacher boys » and evangelistic work. I have met very few who, in my estimation, were using the money properly for the spiritual health of the churches under their care. The tendency is for the following to happen: (1) The head preacher who is the funnel for the U.S. funds becomes wealthy in the eyes of his own people. He might seem poor to the preachers who visit from the States, but in the eyes of his own people, he has found a « gravy train. » It has perpetuated the concept in those lands that the best way to make a good living for a preacher is to get hooked into U.S. church funds. (2) The national preachers who are on the head preacher’s payroll become his hirelings. It is like welfare. They never seem to get off the dole. Year after year passes, and these evangelists and pastors remain salaried by U.S. churches via the largess of the « head preacher » rather than through the tithes and offerings of their own people. The « churches » they start never become self-supporting. They don’t pay the salary of their own workers. They don’t build their own buildings. They don’t even buy their own bicycles. I have often asked these men why the national churches are not supporting their own men. The answer invariably is that « they are too poor. » That tells me immediately that I am dealing with a man who desires to perpetuate the « welfare » system. Any church in any part of the world can support its own men at its own standard of living through the Lord’s program of tithes and offerings. Those who refuse to train the churches in this are creating welfare churches which will never be strong enough to stand on their own feet. This is NOT New Testament missions. THE DANGER OF BUILDING NATIONAL CHURCH BUILDINGS. It is a very serious mistake to fund church buildings for the nationals. On occasion, it might not be wrong to HELP another church to build its building, when it is plain that that congregation is doing all it can to build the building, and when it is plain that that congregation would eventually get its own building with or without outside help. But to channel U.S. church funds into church buildings in Asia (or elsewhere) is a very serious mistake. It will weaken those churches, at best. It is even possible that the churches which are so aided will never be true churches, being peopled only by « rice Christians. »

Missionaries Flock to China
George Wehrfritz and Lynette Clemetson
Newsweek

The children are dressed in their Sunday best when « Grandma Jane » arrives at the orphanage in rural Xinmi County. All 16 of them — girls in summer dresses, boys in pressed shirts — race out of their cramped apartments to meet her. Jane Marcum hugs and kisses each one, bantering in broken Mandarin about new haircuts and schoolwork. Together they enter the House of Hope. « When we found Wenwei, he had no smile, no joy, » the orphanage’s ebullient founder says about one of her charges. « His ears were frostbitten, and he had sores in his mouth. » Now he has a home and a future.

Until 1994 Marcum, now 58, taught high-school biology in Mound City, Kans. Then one day « God told me to move to China, » she remembers. A self-described « spiritual Christian, » she took early retirement, told her husband and two grown children she’d see them during summer holidays and journeyed to Henan province, where friends introduced her to Xinmi officials. Within three weeks, they had established the House of Hope. The whole operation costs less than $10,000 a year. Donors include Catholic nuns, a Baptist Sunday-school class from Missouri and the Wall Street Christian Church in Kansas, which gives $100 a month earned from a communal wheat field.When the United States and China established diplomatic relations in 1979, President Jimmy Carter asked Deng Xiaoping to reopen Christian churches, print Bibles and welcome back foreign missionaries. Deng granted the first two requests. China’s state-approved « patriotic » churches (both Catholic and Protestant) have since opened more than 37,000 churches and « meeting places » and have printed more than 22 million Bibles. Underground « house churches, » illegal congregations that refuse to register with the government, also thrive despite periodic crackdowns. Critics in the United States accuse China of persecuting Christians. But by some estimates, 50 million Chinese have been baptized since the late 1970s. Now it seems Beijing has quietly and unofficially granted Carter’s third wish.

Not since Mao Zedong declared American missionaries « spiritual aggressors » and expelled them 50 years ago have so many foreign Christians worked in China. Missionaries are still officially forbidden in China, and proselytizing is technically illegal. Nonetheless, more Christian activists are entering China openly. By some estimates, 10,000 foreign Christian workers now live in the country, more than half of them Americans.Behind this change is economics: Beijing’s rules no longer count for much in the cash-strapped provinces. As reformers unravel the socialist safety net, local leaders must find new ways to finance basic services like schools and health clinics. « Few local authorities will put bureaucratic hurdles in the way of… Christians who appear with bags full of money, » writes development expert Nicholas Young in the China Development Briefing, a bimonthly newsletter.It’s all a question of tactics. Hong Kong Christian Council member Philip Lam went to China in 1993 to propose Project Nehemiah, a plan to rebuild churches. At first, authorities bristled. « Nehemiah? » asked one official. « Is he a foreigner? » Lam explained that Nehemiah was an Old Testament prophet, but that didn’t help. Finally, Lam dropped the name Nehemiah. Authorities gave the OK. « You have to understand their sensitivity, » says Lam.Even after a half century of official atheism, some of the old missionary links remain. The small town of Hequ, in Shanxi province, counts a missionary as one of its local heroes. Peter Torjesen, a Norwegian evangelist, sheltered wartime refugees until the Japanese dive-bombed his mission in 1939, killing him. For that sacrifice, local communists proclaimed Torjesen a « people’s martyr. » In 1990 they invited his American offspring back to Shanxi to unveil a monument to their patriarch. Grandson Finn Torjesen, then a missionary in Indonesia, attended with 15 relatives and met Shanxi’s vice governor. « You are the picture of an old Chinese family, three generations gathered to honor an ancestor, » the official said. « We want your kind of people back in China. »The family returned in 1993, establishing an outpost for the Colorado-based Evergreen Family Friendship Service, a nonprofit humanitarian group. Volunteer physicians and teachers train « barefoot » village doctors and screen rural children for illnesses. « We’re here to live in the community, learn the language and do what the community wants us to do — but as Christians, » says Torjesen. David Vikner has a similar family story. The son and grandson of Lutheran missionaries, he fled the communist takeover as a toddler but later returned. Twice. In 1982 he taught English in Wuhan until suspicious officials asked him to leave. « They thought I was a spy, » he says, laughing. Seven years later, he became president of the United Board for Christian Higher Education in Asia, a nonprofit established in 1922 to unify missionary colleges in China. Since re-establishing links with the mainland, the board has worked with more than 100 Chinese universities, spending nearly $15 million. « We do not evangelize, » Vikner says.Why the disclaimers? Traditional stereotypes portray missionaries as opportunists who rode in on foreign gunboats and turned famine victims into « rice Christians. » Missionary health clinics and orphanages created a folklore about demons who « took blood from poor people and killed babies, » says Zhuo Xinping, a religion specialist at the Chinese Academy of Social Sciences. Little wonder that although today’s Christian charity work is without question a form of missionary activity, few Christians use the term. They stick to job descriptions like doctor, engineer, project director. »Teacher » is the most popular. The majority of foreign teachers working in China today are sponsored by Christian organizations. The Amity Foundation, a nonprofit Christian charity established under the state-sanctioned China Christian Council in 1985, now has more than 150 American instructors spread across the country. Amity’s guidelines admonish them to express their faith « through service rather than proselytization. » Yet many teachers bend, or defy, the ban on evangelism by sharing the gospel with curious students on a one-on-one basis or inviting them home for Bible study. « When the group got too big for my apartment we started meeting in the fields, » confides a teacher now living in China.Christian teachers are having such success that religious groups are stepping up recruitment efforts. The Lutheran Church-Missouri Synod, for example, runs an Internet ad seeking applicants for a program called TEAM (Teaching English as Ministry). The ad says the job is « the most ‘hands on’ type of ministry that is available for foreigners. » Insists a church spokesman: « We don’t permit overt evangelism. »Beijing isn’t blind to evangelism, overt or otherwise, but its strategy is to regulate missionaries and tap them for resources. For that reason, many Christians outside the country worry that it is too easy for local authorities to skim money from donations and that cooperating solely with official religious organizations weakens the underground church. « Everyone must do what God tells them to do, » says a Hong Kong Pentecostal minister whose followers smuggle Bibles into China and evangelize in rural areas. « I don’t criticize those other efforts, but we’re giving people the word of God in the way we feel is best. »Some Christian organizations are trying to have it both ways with « two track » China strategies. They advocate both official cooperation and clandestine assistance to unregistered house-church congregations. Last year, the Southern Baptist Convention faced a mutiny when missionary directors in East Asia proposed abandoning covert programs in China. After intense debate, the Baptists decided to keep their two-pronged approach. Beijing, which had followed the debate on a Baptist Web site, promptly cut all ties with the convention.While Western Christians bicker over strategies, Chinese Christianity — official and unofficial — is growing rapidly as people search for spiritual meaning in a post-Marxist society. Down a winding dirt road on the banks of the Mekong River, the Jinghong Church in China’s southern Yunnan province is bursting at the seams. « Jesus is all the world to me, » the congregation sang at one recent service as latecomers crowded in. The church holds three services every Sunday to accommodate a flock that is fast approaching 2,000. With funding from the Hong Kong Christian Council, the congregation hopes to build a new church this year. Local authorities are happy about the plan, because the new building will double as a lay training facility and community-service center. Elder Yu Di, a spirited preacher who rebuilt the congregation from a five-member underground church that met in her home in 1987, says the church has grown by testing the limits. « Before, there was no freedom for us. [The government] said Christianity was a foreign religion, » she says. « Now we can say our God is a universal God. »Vol. 20, No. 1

Voir enfin:

New Code of Conduct for Christian Witness
Mark R. Elliott
In January 2011 the Roman Catholic Pontifical Council for Inter-religious Dialogue, the World Council of Churches (representing mainline Protestant and Eastern Orthodox churches), and the World Evangelical Alliance agreed upon a new code of conduct for ethical, non-coercive sharing of the gospel. These church bodies, which collectively represent approximately two billion members, or 90 percent of the global Christian population, negotiated this path-breaking code of conduct in three consultations spanning a period of five years: May 2006, Lariano, Italy; August 2007, Toulouse, France; and January 2011, Bangkok, Thailand (www.internationalbulletin.org; pp. 194 and 196).In “Christian Witness in a Multi-Religious World: Recommendations for Conduct,” all parties concur that “Proclaiming the word of God and witnessing to the world is essential for every Christian. At the same time, it is necessary to do so according to gospel principles, with full respect and love for all human beings” (Preamble of “Christian Witness.” All citations to “Christian Witness” are taken from the text online at http://www.oikoumente.org/eng/a/en/news/news-management/article/1634/christians-reach-broad-co.html. Hereafter, all references are from this document unless otherwise noted.)The desired practical outcome for “Christian Witness” is to see churches and mission agencies “reflect on their current practices and…prepare, where appropriate, their own guidelines for their witness and mission” (Preamble). The document notes that “In some contexts, living and proclaiming the gospel is difficult, hindered or even prohibited, yet Christians are commissioned by Christ to continue…in their witness to him.” At the same time, “If Christians engage in inappropriate methods of exercising mission by resorting to deception and coercive means, they betray the gospel….Such departures call for repentance” (“A Basis for Christian Witness,” Points 5 and 6).The sections of “Christian Witness” entitled “Principles” and “Recommendations” provide a valuable blueprint for sharing the gospel with integrity. Key affirmations, with accompanying commentary by the East-West Church and Ministry Report in italics, may be summarized under five headings: I. fair representation of other confessions and faiths; II. disavowal of all forms of violence and coercion; III. advocacy for government impartiality in matters of faith; IV. calls for tolerance, respect, and inter-religious dialogue; and V. the need to distinguish between acts of mercy expected of all Christians and inappropriate allurements.
I. Fair Representation of Other Confessions and Faiths
To characterize other churches and religions fairly, “Christians should avoid misrepresenting [their] beliefs and practices” (Recommendation 3). “Any comment or critical approach should be made in a spirit of mutual respect, making sure not to bear false witness concerning other religions” (Principle 10). Appendix 3 of “Christian Witness” further urges that “Freedom of religion enjoins upon all of us the…non-negotiable responsibility to respect faiths other than our own, and never to denigrate, vilify or misrepresent them for the purpose of affirming superiority of our faith.” The ever-present temptation in making comparisons is to commend the example of the most praiseworthy spiritual paragons of one’s own tradition while omitting to mention or minimizing the significance of the shortcomings of one’s own confession. Individuals who have managed to abstain from unfair representations and comparisons include Plymouth Brethren evangelist Lord Radstock who scrupulously avoided criticism of Russian Orthodoxy in his preaching in St. Petersburg palaces; Don Fairbairn in his exemplary, balanced critique of Eastern Orthodoxy through Western Eyes; and Father Alexander Schmemann in his self-critical judgments as well as defense of his own tradition in The Historical Road of Eastern Orthodoxy and The Journals of Alexander Schmemann 1973-1983.
II. Disavowal of Violence and Coercion
“Christians are called to reject all forms of violence, even psychological or social, including the abuse of power in their witness. They reject violence, unjust discrimination or repression by any religious or secular authority, including the violation or destruction of places of worship, sacred symbols or texts” (Principle 6). Sad to say, the past two decades provide too many examples of violence motivated by religious intolerance in post-Soviet states: the murder of Father Alexander Men and other Orthodox priests; the murder of Korean Protestant missionaries in Siberia; Albanian destruction of Serbian Orthodox churches and monasteries (following earlier Serbian destruction of Albanian mosques); an Orthodox bishop in Ekaterinburg ordering the public burning of texts written by “suspect” theologians: Alexander Men, Alexander Schmemann, and John Meyendorff; and ongoing harassment of Russian Baptists and Pentecostals and vandalism of their houses of worship. (On murdered priests: East-West Church and Ministry Report 7 [Summer 1999]: 1; and Orthodoxy in the World, 28 May 2010; http://www.pravmir.com/article _987.html; on Korean Protestant missionary murders: East- West Church and Ministry Report 3 [Spring 1995], 4; on destruction of Serbian and Albanian religious sites: East-West Church and Ministry Report 12 [Summer 2004], 1-3; and 12 [Spring 2005], 15; on Orthodox book burning: East-West Church and Ministry Report 6 [Summer 1998], 11; on harassment of Russian Baptists and Pentecostals: Felix Corley, “Fined for Meeting for Worship,” Forum 18, 28 October 2011, http://www.forum18.org. For many additional examples of harassment search the Forum 18 online archive.)
III. Advocacy for Government Impartiality
Unfortunately, much of the religiously inspired mayhem in post-Soviet states is exacerbated by government partiality toward one or another favored faith. The text of “Christian Witness” speaks at length of the necessity of state neutrality regarding freedom of conscience: Christians are encouraged to “call on their governments to ensure that freedom of religion is properly and comprehensively respected, recognizing that in many countries religious institutions and persons are inhibited from exercising their mission” (Recommendation 5). “Religious freedom including the right to publicly profess, practice, propagate and change one’s religion flows from the very dignity of the human person which is grounded in the creation of all human beings in the image and likeness of God….Where any religion is instrumentalized for political ends, or where religious persecution occurs, Christians are called to engage in a prophetic witness denouncing such actions” (Principle 7).In post-Soviet territories, especially in the Caucasus and Central Asia, changing one’s religious allegiance from a majority to a minority faith is particularly fraught with danger. On this point, “Christian Witness” holds that followers of Christ “are to acknowledge that changing one’s religion is a decisive step that must be accompanied by sufficient time for adequate reflection and preparation, through a process ensuring full personal freedom” (Principle 11). Given existing state and societal pressures to maintain one’s identification with a majority faith, it must be recognized that freedom of conscience may be violated not only through improper pressure or inducement to change one’s religion, but also by improper pressure or inducement not to change one’s religion (Mark Elliott, “Evangelism and Proselytism in Russia: Synonyms or Antonyms?,” International Bulletin of Missionary Research 25 [April 2001], 72). Churches enjoying numerical superiority and/or state privilege typically have exploited their advantages in ways that have undermined freedom of conscience. As a rule, in such circumstances, minority faiths have faced persecution or discrimination. It should be pointed out that a lack of government impartiality in matters of faith has been the case not only in states with established churches (for example, Catholic Spain, Orthodox tsarist Russia, Lutheran Prussia, and Anglican England), but also in circumstances of informal church-state compacts, such as Protestant privilege in nineteenth-century America and Orthodox privilege in post-Soviet Russia.
IV. Calls for Tolerance, Respect, and Dialogue
The text of “Christian Witness” repeatedly addresses the need for tolerance, respect, and inter-religious dialogue: “Christians are called to commit themselves to work with all people in mutual respect, promoting together justice, peace and the common good. Inter-religious cooperation is an essential dimension of such commitment” (Principle 8). “In certain contexts, where years of tension and conflict have created deep suspicions and breaches of trust between and among communities, inter-religious dialogue can provide new opportunities for resolving conflicts, restoring justice, healing of memories, reconciliation and peace-building” (Recommendation 2).While the above commitments deserve wholehearted support, in the post-Soviet context it must be noted that respect, tolerance, and inter-religious dialogue are extremely rare commodities. In large measure, this sad circumstance is a function, at least in Russia, of a once-privileged Orthodoxy reasserting its claims to spiritual hegemony. Lord Acton’s famous aphorism, “Power corrupts and absolute power corrupts absolutely,” applies in Russia with a vengeance. The contrast between Eastern Orthodoxy in North America and in Russia is instructive. As a minority faith in the West, Orthodoxy benefits from, and seems genuinely agreeable to, the concept of full protections for freedom of conscience. In Russia, however, Orthodoxy accepts—and even lobbies the government for—ever-increasing legislative discrimination against Christians outside the fold of the Moscow Patriarchate. The only faiths Orthodoxy tolerates are those that have sworn off witness outside their historic ethnic constituency (Islam, Judaism, and Buddhism), hence their ceremonially privileged characterization, along with Russian Orthodoxy, as “traditional” religions in the preamble of Russia’s discriminatory 1997 law on religion. Generally speaking, those faiths that favor inter-religious dialogue are religious minorities that suffer legal and/or societal distrust and discrimination, for example, Muslims in post-9/11 America and Baptists, Pentecostals, and Methodists in present-day Russia. The fact is that Russian Orthodoxy has little interest in inter-religious dialogue because, in its privileged position, it sees nothing to gain from it. Traveling through Siberia in September 2011, this writer was struck repeatedly by the desire of Russian Protestants and Western missionaries (politically impotent) to dialogue with Russian Orthodox (politically privileged), but the latter will have no part in it. The existing power differential is all the more striking given the fact that Protestantism east of the Urals appears to be demographically much stronger than Orthodoxy. The author’s interviews with Professor Andrei Savin, Novosibirsk, and seven missionaries and Russian believers, 6-14 September 2011, provided the following denominational figures: 28 Protestant and 8 Orthodox churches in Khabarovsk; 19 Protestant and 4 Orthodox churches in Komsomolsk na Amure; and 65 Protestant and 27 Orthodox churches in Novosibirsk. The same Protestant majority applies in Sakhalin: Natalia Potapova, “Contemporary Religious Life on Sakhalin Island,” East-West Church and Ministry Report 13 (Summer 2005), 3. (In contrast, Irkutsk, the historic capital of Siberia, is home to 35 Orthodox churches compared to 28 Protestant: http://iemp.ru/uprav/hram/hram/php.)The text of “Christian Witness” urges that “relationships of respect and trust with people of different religions” be built “so as to facilitate deeper mutual understanding, reconciliation and cooperation” (Principle 12). Unfortunately, in practice, Orthodox in post-Soviet states require non-Orthodox to forswear Christian witness as a precondition for tolerance and cooperation.
V. Distinguishing Appropriate Acts of Compassion from Inappropriate Allurements
Finally, the text of “Christian Witness” commends demonstrations of Christ-like compassion, but not material enticements that could lead to conversions of convenience. “Christians are called to…serve others and in so doing to recognize Christ in the least of their sisters and brothers. Acts of service, such as providing education, health care, relief services and acts of justice and advocacy are an integral part of witnessing to the gospel. The exploitation of situations of poverty and need has no place in Christian outreach. Christians should denounce and refrain from offering all forms of allurements, including financial incentives and rewards, in their acts of service” (Principle 4). Similarly, “As an integral part of their witness to the gospel, Christians exercise ministries of healing. They are called to exercise discernment as they carry out these ministries, fully respecting human dignity and ensuring that the vulnerability of people and their need for healing are not exploited” (Principle 5).As praiseworthy as Principles 4 and 5 are, they give inadequate guidance in differentiating between biblically mandated compassion and service on the one hand and unjustifiable allurements on the other. The fact is that Russian Orthodox define any Protestant or Catholic educational or medical assistance or charitable act as a means of proselytizing and sheep stealing. In the 1990s a pastor from Florida called this writer outlining his church’s plan for an evangelistic campaign in Russia. Following a short-term preaching mission, those Russians who made professions of faith and who joined a new church plant were to be given a trip to their sister church in Florida so they could experience an evangelical worship service in America firsthand. To the best of my ability I tried to explain to this well-meaning but misguided pastor that his approach to cross-cultural ministry was bound to produce “rice Christians” drawn to “faith” by the enticing prospect of a free trip to an American vacationland. Conversely, just as a paid trip to Florida is an inappropriate allurement for new Russian converts, equally inappropriate is Orthodox insistence that no Protestant or Catholic act of charity is legitimate on what Orthodox define as their exclusive canonical territory, even in cases of charity extended to those who have no affiliation with Orthodoxy. In the mid-1990s an Orthodox priest visited an orphanage near Volgograd, advising the director not to accept assistance from Protestants. The director, who was not a believer, reacted angrily, asking the priest why he had not come to help, rather than criticize Protestants who did help. No fair-minded Christian would want to endorse the example of the Florida pastor or the Volgograd priest. Nevertheless, the line between commendable and exploitative acts of mercy and service can be quite fine and quite gray. Thus, the appendix of “Christian Witness” is right to note that “Each issue” addressed in this unique, multi-confessional document “is important in its own right and deserves more attention than can be given in these recommendations” (Appendix, Point 5). It would be most beneficial to have the text of “Christian Witness” serve as the basis of discussion for the formulation of a more detailed and nuanced code of conduct for evangelical missionaries wherever they may serve.
Mark R. Elliott is editor of the East-West Church and Ministry Report, Asbury University, Wilmore, Kentucky.

India’s Hindu Nationalists Seek To « Indianize » Christians

Worthy Christian News

May 11, 2001

SANTA ANA, CA (ANS) — In a fresh attack on Christians and Muslims, the Hindu nationalist Vishwa Hindu Parishad (VHP) has joined the Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) in demanding the « Indianization » of Christians and Muslims in the country.

On April 20, VHP Vice President Acharya Giriraj Kishore demanded that Christians and Muslims should be « indigenized » and be given Indian names.

« By Indianization, we are not demanding conversion of Muslims and Christians into Hindus. For the sake of unity and integrity of the country, we are demanding that Christians and Muslims should be indigenized, carrying Indian names, » Kishore said.

Last October, RSS chief K.S. Sudershan called on Christians and Muslims to cut their spiritual links with « foreign sources. »

In a separate development, the VHP’s international general secretary, Pravin Togadia, claimed that about 33,000 people had been converted to Christianity in the northern state of Sikkim in the last 25 years. Togadia said there were only a few Christians 25 years ago.

Meanwhile, the VHP says it is planning to revamp its image and highlight its « social work » component in the rural areas among the backward castes and tribals.

According to VHP’s chief of social projects, Sitaram Agarwal, the aim is to counter the influence of Christian missionaries. The VHP says the program has helped in checking conversions as « awareness » was being spread in the rural areas.

For more information on the ministry of Open Doors (who released this story,) write: Open Doors with Brother Andrew, PO Box 27001, Santa Ana, CA 92799 or call: (949) 752-6600. The Open Doors USA Web site can be found at http://www.opendoorsusa.org.


Aubervilliers: A quand le racisme anti-grand-mères ? (Like their cash-laden tourist cousins from the mainland, Chinese-French find out the hard way they too have become easy targets for muggers)

19 août, 2016
ChineseYou can’t turn the ghetto into black Korea. Ice cube
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
La veuve d’un ancien grand patron séquestrée et torturée à Hem, un nonagénaire violenté à Arras, des violences à Marcq-en-Barœul… Récemment, pas moins de quatre agressions à domicile ont été recensées dans la région. Si le phénomène n’est pas nouveau, ces agressions commises par des individus à la recherche de voitures, d’argent ou d’objets de valeur se multiplient ces dernières années. Avec parfois des conséquences dramatiques. (…) Les agressions à domicile ne datent pas d’hier. À la fin du XVIIIe siècle, les « Chauffeurs du Nord » sévissaient dans toute la région ainsi qu’en Belgique. Après être entrés par effraction au domicile de leurs victimes, ils leur liaient les pieds et les chauffaient à la braise des feux de cheminée pour leur faire avouer où se trouvaient argent et objets de valeur. (…) Les personnes âgées sont régulièrement prises pour cible. Par habitude ou méfiance envers les banques, certaines d’entre elles conservent de l’argent liquide à domicile et sont naturellement vulnérables du fait de leur grand âge. Une proie facile pour de petits délinquants à la recherche de liquidités. Des équipes plus aguerries ciblent aussi les familles disposant de patrimoine, voire tous ceux qui, par leur fonction, peuvent avoir accès à des liquidités ou des objets de valeur. Les victimes sont généralement repérées dans les magasins ou lorsqu’elles circulent, notamment dans des véhicules haut de gamme. (…) Si l’on peut être tenté de croire que la multiplication des dispositifs de sécurité (coffre-fort…) incite les malfrats à aller au contact de leurs victimes et à faire usage de violence, les spécialistes sont quant à eux formels : « La violence est liée aux auteurs, pas aux victimes et à leur niveau de protection, insiste la police judiciaire de Lille. Dans la région, les home-jackings sont perpétrés en majeure partie par des délinquants de cité. Ces faits sont très violents. Les portes sont défoncées. Les enfants sont mis à terre. La majeure partie des agressions à domicile vise avant tout à voler les voitures, soit pour le trafic de véhicules, soit pour commettre d’autres méfaits. » (…) De manière générale, il convient de ne conserver à domicile qu’un minimum d’argent liquide et d’objets de valeur. Mieux vaut éviter d’afficher des « signes extérieurs de richesses » dans certains lieux publics comme les magasins. L’installation d’une alarme dans le logement ne dissuadera pas les agresseurs mais limitera en revanche leur marge de manœuvre. (…) C’était le 31 mai dernier. La nuit de la fête des Mères. Trois individus gantés et masqués pénètrent dans une vaste propriété située dans le versant nord-est de la métropole lilloise. Les parents, des notables de la région, sont absents. Leur fils âgé de 22 ans est seul. Durant quatre heures, il va vivre un véritable enfer. « Ils n’ont vu que l’appât du gain, explique une source proche de l’enquête. C’est comme de la science-fiction. Pendant plus de quatre heures, il va subir les pires des choses. Des humiliations pas possibles. » On évoque, là encore, un simulacre de noyade : « Ils lui ont posé un drap autour du visage et ils ont fait couler de l’eau. La serviette s’imbibe de liquide, ce qui procure une impression d’étouffement. » La police judiciaire évoque également des décharges électriques et d’autres sévices qualifiés d’actes de torture et de barbarie. « Il l’a échappé belle. » La Voix du nord (16.01.2016)
Récemment, un genre particulier de délits s’est répété à Thonon-les-Bains et Evian. Leur point commun ? Ils visent des personnes âgées, ou vulnérables. Au cours des 6 derniers mois, les hommes du commissariat du Léman ont recensé sept vols par ruse et trois abus de faiblesse. «  Il ne s’agit pas d’une croissance exponentielle mais de faits similaires qui se sont déroulés à des dates rapprochées », tient à préciser le commissaire Guillaume Maniglier, à la tête de la circonscription. Précisons également que le vol par ruse et l’abus de faiblesse ne tiennent évidemment pas de la même mécanique. « Nous faisons face à deux problématiques différentes mais toutes visent les personnes âgées, que ce soit à l’hôpital, dans les familles ou des personnes isolées, souligne ainsi le commissaire. Il y a d’un côté les vols par ruse avec des scénarios différents, et de l’autre les abus de faiblesse, plus insidieux ». S’agissant des vols par ruse, ils sont perpétrés par des hommes usant de fausses qualités : faux voisins mais aussi faux plombiers et faux éboueurs. «  (…) Les victimes mettent ainsi longtemps avant de s’apercevoir que leur protégé les vole. Généralement, ce sont des proches qui s’en aperçoivent (telle une auxiliaire de vie, lire ci-dessous) ou la police qui le découvre de manière incidente (suite à une agression par exemple). Et même lorsque les preuves d’abus de faiblesse sont établies, la victime refuse parfois de porter plainte, s’inquiétant du devenir de l’auteur. «  Certaines personnes vont même jusqu’à le défendre, glisse le commissaire Maniglier. Elles nous disent : « Mais c’est quelqu’un de gentil… » » Le préjudice est pourtant bien plus élevé que dans les cas de vol par ruse : des dizaines voire des centaines de milliers d’euros. Le Messager (2012)
A busload of Chinese tourists is like a van carrying gold bullion. Li Lang (marketing manager of Guangzhou-based travel agency)
Tour operators in both China and Paris said Asian tourists, particularly Chinese, had become vulnerable in recent years because of their free-spending shopping habits. More than a million Chinese visit France every year, with each one spending about €1,500 (HK$15,000) on average. « There are reports of tourists getting robbed almost every day, » said Jean-Francois Zhou, manager of Paris-based Ansel Travel, which specialises in tours to and from China. « The criminals are not just stealing, but resorting to violent means. » Ten of his Chinese clients were robbed in October in the Louvre Museum. On many occasions, tour guides, who possessed cash for emergency use, were targeted, losing up to €20,000 each time, he said. Li Lang, marketing manager of a Guangzhou-based travel agency, said Chinese tourists’ preference for buying luxury items in cash was a reason behind the attacks. « A busload of Chinese tourists is like a van carrying gold bullion, » he said. Several travel agencies had put up a blacklist of drivers and hotels suspected of being connected with criminals, Li said. (…) Liu Simin , a researcher at the Chinese Academy of Social Sciences, urged tourists to be more alert about personal safety and to carry less cash. (…) The Hong Kong Immigration Department said the number of cases of Hong Kong people seeking assistance while travelling in France had risen from 57 in 2011 to 85 last year. Most of them had lost travel documents, been involved in traffic accidents, or been admitted to hospital. Joseph Tung Yao-chung, executive director of the Hong Kong Travel Industry Council, said tourists should wear fewer designer brand products when travelling in Europe. South China Morning Post
One explanation is that Chinese tourists often carry large amounts of cash. Chinese and Japanese tourists are also known to spend freely, with an average of between €800-€1,200 ($1,000-$1,500), mostly in luxury Champs Elysées boutiques. With expensive brand names on their shopping bags, they are an easy prey for thieves, especially in the suburban hotels where many stay. The most audacious thefts can occur even before Chinese visitors set foot in the city, on the A1 motorway from the airport, which is notorious for traffic jams. On at least two occasions, organised gangs attacked tourist minibuses. They wait for the bus to reach a standstill, break the windows and snatch bags from terrified occupants. (…) In central Paris the pickpockets are mainly young eastern Europeans controlled by criminal networks that are hard to dismantle, especially since the thieves are teenagers and don’t carry IDs. Being under age, they are released very quickly. Furthermore, Asian tourists (…) rarely file complaints. The police station by the Eiffel Tower only gets between 60 and 80 per month. « The tourists are usually with tour operators and simply don’t have two hours to spend in a police station, » said Serge Leduc, head of security at the Louvre.In 2010, the Chinese diaspora in the Belleville district of Paris demonstrated against the attacks, especially those during weddings when people traditionally offer cash gifts. Now complaint forms are available in Chinese. (…)  The regional tourist office says that the figures show no drop in Asian visitors but the chairman, Jean-Pierre Blat, has long-term concerns: « With the growth of emerging countries, we could see between 10-15 million more tourists by 2020, and we just don’t have the capacity to deal with them. » One problem is the lack of security in suburban hotels. In central Paris, hotel capacity is at saturation point and new ones can only be built outside the ring road, in precisely the areas now avoided by the Chinese tour operators. Jean-François Zhou, the founder of Ansel Travel, says that the Chinese blacklist hotels whose clients have been the victims of theft. He now tries to get his clients into central hotels, even if it raises the cost of his services. (…) The long-term aim is to change their cash habits by promoting awareness and working with the Chinese, Japanese and South Korean embassies. The Guardian
Chaolin Zhang, un couturier de 49 ans, était hospitalisé depuis lundi dernier à la fondation Rothschild à Paris (XIXe) dans un état de santé désespéré. Selon ses proches, il aurait succombé à une hémorragie cérébrale. Dans l’agression, un coup violent au sternum l’a projeté à terre. Les premiers éléments de l’enquête montrent que cette chute serait à l’origine d’une grave blessure à la tête.La deuxième victime s’est remise de ses blessures. Selon son témoignage, trois jeunes garçons seraient les auteurs de l’agression. L’enquête, confiée à la sûreté territoriale, n’a pas encore abouti à l’arrestation de suspects. Le Parisien
Ce crime est d’autant plus odieux que son mobile crapuleux se double d’un ciblage raciste. Meriem Derkaoui (maire PCF, Aubervilliers)
La communauté chinoise n’a pas l’habitude de protester et règle ses problèmes toute seule mais, aujourd’hui, on ne peut plus se taire et il faut nous aider. Lei
Tout cela repose sur des préjugés selon lesquels les Chinois sont faibles, dociles et riches. J’ai été agressée trois fois en trois ans, mes amis vivent la même chose, plusieurs ont déménagé pour cette raison. Moi, je ne sors même plus avec un sac !  Fang (étudiante d’Aubervilliers)
Chaolin Zhang est mort de ce cliché. Il n’avait rien sur lui et il est mort pour rien. Epouse de Chaolin Zhang
Avant, quand nous nous faisions agresser, on se faisait voler notre sac. Maintenant, on nous bat et on nous déshabille pour nous faire les poches. Toutes les familles connaissent quelqu’un qui a été agressé. Rui Wang
Il y en a marre d’être agressé comme ça, il faut lancer un appel au premier ministre et au président. Il y a bien des territoires perdus de la république. Il faut agir maintenant, sinon les Chinois feront justice eux-mêmes. Denis
Ici, toutes les communautés sont touchées, mais les Chinois sont particulièrement stigmatisés. Habitante d’Aubervilliers
La situation actuelle est l’illustration de la transformation d’un racisme latent en racisme ordinaire.  Rui Wang
C’est un racisme latent qui se transforme en racisme violent car ces attaques reposent sur des préjugés : un Chinois est riche, faible et surtout silencieux. Rui Wang (président de l’association des jeunes Chinois en France)
L’opinion publique a encore en tête le tableau d’un pays romantique, pas d’un endroit où l’on meurt. Ce crime, qui fait suite à une série d’agressions de résidents et de touristes, bouleverse profondément cette image. Changhang Wu
La fréquentation internationale du pays connaît une baisse d’environ 10 %, notamment en raison de la peur générée par les attentats terroristes, mais les Chinois fuient encore plus que les autres.  Xuewu Long (secrétaire général de l’association des professionnels chinois du tourisme en France)
Selon ses chiffres, la France a perdu 700 000 visiteurs chinois depuis janvier par rapport à l’année dernière sur la même période, soit une baisse d’environ 30 %. Avec un budget moyen estimé entre 3 000 et 5 000 € pour leurs vacances dans l’hexagone, « ce phénomène fait aussi des victimes dans l’économie française. » Le Parisien
La communauté chinoise (…) est (…) de plus en plus souvent la cible d’agressions violentes et crapuleuses dont plupart sont liés à des préjugés ethniques fondées sur l’idée que les Chinois, notamment, seraient nécessairement riches et porteurs de liquidités. Un cap dans la violence et la haine semble aujourd’hui avoir été franchi. C’est ce même type de préjugé qui avait conduit à la mort d’Ilan Halimi. Dans les deux cas, ces actes appellent une condamnation implacable et la mobilisation des pouvoirs publics. (…) Le racisme anti-asiatique, au contraire des autres formes de racisme, est un racisme silencieux qui aujourd’hui a pris une ampleur inédite dans certains quartiers. Il doit être combattu avec la même force et la même détermination que doivent l’être l’antisémitisme et les autres formes de racisme. Licra
Selon les premiers éléments de l’enquête, Chaolin Zhang, un couturier modeste, a été agressé alors qu’il rejoignait une soirée avec un ami. Un violent coup au sternum l’a projeté au sol et cette chute serait à l’origine de son décès. « L’objectif était de les voler, précise une source policière. Le sac de la deuxième victime a été dérobé. » Cette dernière a été blessée mais s’est remise. « Et Chaolin Zhang, qui n’avait rien sur lui, s’est fait tuer pour rien », répète son épouse dévastée. Elle attend que « justice soit rendue. » Ce dimanche soir, les trois auteurs suspectés n’ont toujours pas été arrêtés. « Cette violence gratuite nous fait peur », poursuit Maike Song. Selon le comité de soutien à la famille Zhang, « les habitants d’origine chinoise d’Aubervilliers mais aussi de Paris, la Courneuve et Pantin, sont les victimes quotidiennes de vols de plus en plus violents. L’association de l’amitié chinoise en France en a recensé au moins 100 cas, dans la seule ville d’Aubervilliers, depuis novembre. En janvier et en juin, deux bandes ont été interpellées par la police et condamnées par des séries de vols avec violence exclusivement dirigées contre des victimes d’origine asiatique. Le Parisien
Il est des dénis qui passent de plus en plus mal. Des dénis à présent difficiles à nier. Des dénis plus faciles à dénoncer. Et à démonter. Il en est ainsi de la discrétion avec laquelle l’antiracisme subventionné traite le sort funeste de la communauté chinoise de Paris et de sa banlieue. Il ne se passe plus un jour, sans que l’un de ses membres ne soit agressé par ce que l’on nomme génériquement «la racaille» lorsque la délinquance est issue de l’immigration. La presse commence, enfin et un peu, à s’y intéresser. La chaîne de télévision M6 dans son excellent magazine «66 minutes» révèle qu’on recense chaque jour une vingtaine d’agressions de chinois dans la région parisienne. Le 9 août, le Parisien consacrait un article dans lequel il était relaté qu’une bande de délinquants avait fait de ces attaques ciblées sa spécialité. L’un des courageux malfrats expliquait qu’il s’agissait «de cibles faciles» Plus dramatique encore, le Figaro révélait le 13 août qu’un ouvrier chinois d’Aubervilliers âgé de 49 ans était mort cinq jours après avoir été violemment agressé par trois hommes dans une rue de cette ville de Seine-Saint-Denis. Le maire communiste d’Aubervilliers reconnaissait un racisme ciblé. Et pourtant, les organisations prétendument antiracistes subventionnées sont demeurées aux abonnés absents. Elles n’ont pas estimé devoir organiser de bruyants rassemblements. Aucun mouvement #Yellowlivesmatter à l’horizon lointain. Et le nom du cuisinier assassiné, Zeng Chaolin , demeurera quasi anonyme. Ni Traore, ni Oussekine. La presse hexagonale n’en fait pas non plus bien grand cas. Un imam assassiné à des milliers de kilomètres aux États-Unis, pour des raisons encore inconnues l’intéresse davantage. Pourtant, dans cette affaire, pas de spéculation intellectuelle à attendre ou à redouter. Il ne s’agissait pas d’un délinquant en délicatesse avec la police, fuyant un contrôle ou à l’intérieur d’une manifestation illégale et violente. Rien de tout cela. Une agression délibérée. Ciblée et pour voler. (…) Il n’y aura pas non plus d’émeutes ou d’échauffourées. Pas le genre de notre communauté asiatique délibérément agressée. Une partie de l’explication de l’apathie médiatique habite sans doute dans cette non-violence qui passe à tort pour de la résignation. Mais les plus profondes causes sont ailleurs et commencent à émerger. Ainsi, SOS-Racisme préfère toujours traquer l’islamophobie… après les massacres islamistes. Et la Ligue des Droits de l’Homme débusquer en vain judiciairement du racisme sous le burkini. Comprenez bien: les dénis oui-oui professionnels ne peuvent s’intéresser au racisme supposé-quand il n’est pas espéré- que lorsqu’il émane de l’homme occidental détesté. Le seul racisme qu’ils peuvent même concevoir dans leur esprit littéralement borné. Raison pourquoi, le racisme anti blanc ou anti-chrétien a été longtemps nié et l’antisémitisme violent d’origine islamique pendant des années, obstinément occulté. Il en sera donc de même pour ce racisme anti-asiatique très spécifique. Dans un ordre d’idées très voisin, le même déni existe dans la manière dont le CIO-ou les médias-refuse de sévir lorsque des athlètes concourent voilées ou qu’un judoka islamique refuse de serrer la main de son adversaire judaïque à raison de sa nationalité et en violation flagrante de la lettre et de l’esprit des charte et règlement olympiques. Il en est de même lorsque nos ministres de l’intérieur et du logement, dans un communiqué du 1er août révélée par le Figarovox occultent le caractère délibérément illégal de la présence forcée d’immigrants sans-papiers sur le territoire de la république et décident de l’organiser. Certes, cela ne changera strictement rien à la triste situation existante. Mais lorsque les thuriféraires vibrionnant de l’État de droit mythique descendent encore d’un barreau, l’échelle de la résignation et de la soumission, le déni de la loi n’est pas loin du délit. C’est donc dans ce contexte de négation de la réalité, que notre France Culture, a posé le 13 du mois cette question inspirée: «la société française bascule-t-elle à l’extrême droite?» hommage à Zhang Chaolin, mort vendredi à la suite d’une agression dans la rue. Gilles-William Goldnadel
C’est donc un meurtre à caractère raciste. Ce n’est pas la première fois que cela touche des Asiatiques. Les Français d’origine chinoise sont réputés tous riches, tous bien dotés, un peu comme les juifs dans certains milieux… Et pourtant, étonnamment ou pas, l’on chercherait vainement les réactions habituelles des indignés professionnels, leurs commentaires outrés sur le racisme quotidien envers les personnes d’origines asiatiques, une communauté pourtant aussi présente que d’autres. Chaolin Zhang n’aura pas son portrait géant sur la façade de l’Hôtel de ville de Paris, il n’aura pas le droit à une « marche blanche » des associations « citoyennes », et encore moins à un déplacement de François Hollande ou Bernard Cazeneuve ou autres puces ministrables pour affirmer avec gravité : “Plus jamais ça !” Cette communauté « issue de la diversité » ne mérite pourtant pas leur sainte colère. La communauté asiatique dans Paris est un modèle d’intégration sociale, de travail constant grâce à la méritocratie républicaine, à l’école publique. Mais dans son cas, cela ne semble pas très important. Ils travaillent d’arrache-pied ? Ils n’entretiennent pas le sentiment d’insécurité bien connu par des « actes inciviques » ? Ils n’ont pas de revendications communautaristes sans cesse répétées ? Et pire encore, ô horreur, ils paient des impôts ! « Et alors ? » paraissent penser très fort les bons apôtres. Cela ne fait pas d’eux une communauté respectable, une communauté éternellement opprimée devant susciter le masochisme mémoriel à répétition des français. Ils ne peuvent avoir le droit à la culture de l’excuse, c’est dans l’ordre des choses qu’ils réussissent, rien d’extraordinaire… (…) Les Asiatiques de France ont subi et subissent encore un racisme ne paraissant pas choquer grand-monde en France puisqu’il est souvent le fait d’autres « communautés » « issues de la diversité » selon le terme hypocrite. Amaury Grandgil
« La violence, c’est un problème pour tout le quartier. Rui Wang (président de l’Association des Jeunes Chinois de France)
À Aubervilliers, les services de police ont recensé sur les sept premiers mois de l’année 105 vols avec violence sur les Chinois ou personnes d’origine chinoise sur un total de 666 vols avec violence dans la commune. L’année dernière, la préfecture en dénombrait 35 sur 466 sur la même période. Sur l’ensemble de la Seine-Saint-Denis, 3,9 % des victimes de vols avec violences sont des membres de la communauté chinoise, selon des chiffres établis sur les sept premiers mois de l’année (2,4 % sur la même période en 2015). « La ville est plus touchée en raison du grand nombre de résidents et de travailleurs ponctuels d’origine chinoise qu’elle comporte », explique-t-on à la préfecture. Le sentiment d’insécurité s’accompagne d’un changement de nature des agressions, précise Ling Lenzi, conseillère municipale Les Républicains. Auparavant dirigées contre « le secteur des commerçants », elles se concentrent désormais « sur les habitants, les petites gens ». « Depuis qu’une quarantaine de caméras de surveillance ont été installées devant les commerces, accompagnées de plus de patrouilles policières, les agresseurs se sont retournés vers là où il n’y a pas de dispositif », assure-t-elle. Le Point

Crime raciste », « crime au ciblage raciste », « ciblage raciste », « meurtre à caractère raciste », « violences racistes », « racisme anti-asiatiques », « racisme silencieux », référence à l’affaire Halimi …

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

Au lendemain du tragique décès d’un ressortissant chinois d’Aubervilliers suite à sa chute apparemment contre un trottoir après une tentative de vol de sacoche …

Et des qualifications de crime raciste qui, des associations chinoises, de la Licra ou de la maire d’Aubervilliers elle-même, ont fusé dans la presse …

Pendant que sur fond d’attentats et de coups de force plagiers, djihadistes violents comme culturels poussent leurs pions …

Comment ne pas voir …

Non seulement le triste état de la sécurité des personnes et des relations inter-communautaires actuellement en France …

Mais aussi l’étrange confusion de certains esprits …

Face à l’apparente émergence, suite notamment à la meilleure protection des commerçants comme le reconnait elle-même une conseillère municipale de la ville, d’une nouvelle vulnérabilité d’une population …

Qui, à l’instar des personnes âgées ou des touristes voire des sans-papiers ou des travailleurs clandestins, semble posséder en fait nombre des caractéristiques de la proie idéale pour ce genre de vols …

A savoir, la  moindre familiarité avec les lieux, la moindre tendance à se défendre ou à porter plainte et surtout le port fréquent de sommes importantes d’argent liquide  ?

Violence anti-asiatique : où sont passés les antiracistes ?

  • Gilles William Goldnadel
    Le Figaro
  • 15/08/2016

FIGAROVOX/HUMEUR – Dimanche 14 août à Aubervilliers, plusieurs milliers de personnes, dénonçant une violence anti-asiatique, ont rendu hommage à Zhang Chaolin, mort vendredi à la suite d’une agression dans la rue. Gilles-William Goldnadel s’étonne du silence des associations antiracistes.

Il est des dénis qui passent de plus en plus mal. Des dénis à présent difficiles à nier. Des dénis plus faciles à dénoncer. Et à démonter.

Il en est ainsi de la discrétion avec laquelle l’antiracisme subventionné traite le sort funeste de la communauté chinoise de Paris et de sa banlieue.

Il ne se passe plus un jour, sans que l’un de ses membres ne soit agressé par ce que l’on nomme génériquement «la racaille» lorsque la délinquance est issue de l’immigration.

La presse commence, enfin et un peu, à s’y intéresser. La chaîne de télévision M6 dans son excellent magazine «66 minutes» révèle qu’on recense chaque jour une vingtaine d’agressions de chinois dans la région parisienne.

Le 9 août, le Parisien consacrait un article dans lequel il était relaté qu’une bande de délinquants avait fait de ces attaques ciblées sa spécialité. L’un des courageux malfrats expliquait qu’il s’agissait «de cibles faciles»

Plus dramatique encore, le Figaro révélait le 13 août qu’un ouvrier chinois d’Aubervilliers âgé de 49 ans était mort cinq jours après avoir été violemment agressé par trois hommes dans une rue de cette ville de Seine-Saint-Denis.

Le maire communiste d’Aubervilliers reconnaissait un racisme ciblé.

Et pourtant, les organisations prétendument antiracistes subventionnées sont demeurées aux abonnés absents. Elles n’ont pas estimé devoir organiser de bruyants rassemblements. Aucun mouvement #Yellowlivesmatter à l’horizon lointain. Et le nom du cuisinier assassiné, Zeng Chaolin , demeurera quasi anonyme. Ni Traore, ni Oussekine.

La presse hexagonale n’en fait pas non plus bien grand cas. Un imam assassiné à des milliers de kilomètres aux États-Unis, pour des raisons encore inconnues l’intéresse davantage.

Pourtant, dans cette affaire, pas de spéculation intellectuelle à attendre ou à redouter. Il ne s’agissait pas d’un délinquant en délicatesse avec la police, fuyant un contrôle ou à l’intérieur d’une manifestation illégale et violente.

Rien de tout cela. Une agression délibérée. Ciblée et pour voler.

Comme je l’écrivais la semaine dernière: trop simple et indiscutable pour intéresser un monde médiatique idéologique précisément séduit par la spéculation polémique.

Il n’y aura pas non plus d’émeutes ou d’échauffourées. Pas le genre de notre communauté asiatique délibérément agressée. Une partie de l’explication de l’apathie médiatique habite sans doute dans cette non-violence qui passe à tort pour de la résignation.

Mais les plus profondes causes sont ailleurs et commencent à émerger. Ainsi, SOS-Racisme préfère toujours traquer l’islamophobie… après les massacres islamistes. Et la Ligue des Droits de l’Homme débusquer en vain judiciairement du racisme sous le burkini.

Comprenez bien: les dénis oui-oui professionnels ne peuvent s’intéresser au racisme supposé-quand il n’est pas espéré- que lorsqu’il émane de l’homme occidental détesté. Le seul racisme qu’ils peuvent même concevoir dans leur esprit littéralement borné. Raison pourquoi, le racisme anti blanc ou anti-chrétien a été longtemps nié et l’antisémitisme violent d’origine islamique pendant des années, obstinément occulté. Il en sera donc de même pour ce racisme anti-asiatique très spécifique.

Dans un ordre d’idées très voisin, le même déni existe dans la manière dont le CIO-ou les médias-refuse de sévir lorsque des athlètes concourent voilées ou qu’un judoka islamique refuse de serrer la main de son adversaire judaïque à raison de sa nationalité et en violation flagrante de la lettre et de l’esprit des charte et règlement olympiques.

Il en est de même lorsque nos ministres de l’intérieur et du logement, dans un communiqué du 1er août révélée par le Figarovox occultent le caractère délibérément illégal de la présence forcée d’immigrants sans-papiers sur le territoire de la république et décident de l’organiser. Certes, cela ne changera strictement rien à la triste situation existante. Mais lorsque les thuriféraires vibrionnant de l’État de droit mythique descendent encore d’un barreau, l’échelle de la résignation et de la soumission, le déni de la loi n’est pas loin du délit.

C’est donc dans ce contexte de négation de la réalité, que notre France Culture, a posé le 13 du mois cette question inspirée: «la société française bascule-t-elle à l’extrême droite?» J’ai évidemment trop de respect obséquieux pour notre radio nationale de service public pour oser lui demander si elle n’avait pas par hasard obliqué de la gauche vers son extrême. Il faut dire que cette thématique orientée de notre antenne radiophonique n’a fait que reprendre l’antienne socialiste que cette semaine a entonné désespérément M. Cambadélis.

Celui-ci a en effet reproché à Nicolas Sarkozy de «tutoyer» de plus en plus le Front National. De la part d’un ancien trotskiste à tu et à toi avec les communistes, en ce compris électoralement, la grosse ficelle est usée jusqu’à la corde avec laquelle les antifascistes et antiracistes d’opérette pourront bientôt se pendre.

Car oui, le dévoilement de la réalité est aujourd’hui tel, que les dénis oui -oui peuvent à présent être démasqués sans que ceux qui les démasquent se retrouvent expédiés dans un goulag moral.

N’en déplaise à tous les antiracistes subventionnés, à la gauche morale démoralisée et à toutes les radios actives cultivées.

Voir aussi:

Pas d’indignation pour les Asiatiques de France
L’idéologie de la diversité face à ses tabous
Amaury Grandgil
Causeur
16 août 2016

Un couturier de 49 ans, Chaolin Zhang, a été assassiné sauvagement à Aubervilliers il y a quelques jours au cours d’une agression par des « jeunes » selon le terme pudique en vigueur, sans doute de jeunes dépressifs fragilisés. Il a été vraisemblablement agressé en raison de son origine chinoise. Dimanche, 500 personnes ont défilé calmement dans une atmosphère de colère sourde, scandalisés par l’indifférence des gouvernants et de la plupart des observateurs politiques assermentés.

C’est donc un meurtre à caractère raciste. Ce n’est pas la première fois que cela touche des Asiatiques. Les Français d’origine chinoise sont réputés tous riches, tous bien dotés, un peu comme les juifs dans certains milieux…

Et pourtant, étonnamment ou pas, l’on chercherait vainement les réactions habituelles des indignés professionnels, leurs commentaires outrés sur le racisme quotidien envers les personnes d’origines asiatiques, une communauté pourtant aussi présente que d’autres. Chaolin Zhang n’aura pas son portrait géant sur la façade de l’Hôtel de ville de Paris, il n’aura pas le droit à une « marche blanche » des associations « citoyennes », et encore moins à un déplacement de François Hollande ou Bernard Cazeneuve ou autres puces ministrables pour affirmer avec gravité : “Plus jamais ça !”

Cette communauté « issue de la diversité » ne mérite pourtant pas leur sainte colère. La communauté asiatique dans Paris est un modèle d’intégration sociale, de travail constant grâce à la méritocratie républicaine, à l’école publique. Mais dans son cas, cela ne semble pas très important. Ils travaillent d’arrache-pied ? Ils n’entretiennent pas le sentiment d’insécurité bien connu par des « actes inciviques » ? Ils n’ont pas de revendications communautaristes sans cesse répétées ? Et pire encore, ô horreur, ils paient des impôts !

« Et alors ? » paraissent penser très fort les bons apôtres. Cela ne fait pas d’eux une communauté respectable, une communauté éternellement opprimée devant susciter le masochisme mémoriel à répétition des français. Ils ne peuvent avoir le droit à la culture de l’excuse, c’est dans l’ordre des choses qu’ils réussissent, rien d’extraordinaire…

Je ne ferai pas d’eux non plus évidemment un portrait idéal, il existe aussi une délinquance dans les quartiers marqués par l’Extrême-Orient dans Paris comme il y en a partout là où se trouvent des être humains car « là où il y a de l’homme il y a de l’hommerie » pour reprendre la phrase de saint François de Sales.

On me rétorquera également que de nombreux humoristes et comiques douteux de gauche, à l’humour engagé et concerné, le fameux « humour de combat » de Jean-Michel Ribes, n’hésitent jamais devant une bonne blague sur les Vietnamiens, les Chinois, les Japonais. Avec un accent caricatural et une élégance dans le trait à faire rougir de confusion Michel Leeb lui qui « imitait » les Africains dans les années 80. Là par contre, dans son cas, les arbitres des élégances politiques poussaient les hauts cris, en appelaient au risque de retour des fameuses heures les plus sombres de notre histoire etc….

Dans les films des comiques de cette obédience, tels ceux d’Eric et Ramzy, on trouve toujours des bonnes blagues racistes d’une manière souvent très primaire : dans La Tour Montparnasse Infernale dans Halal police d’état. Mais ces grasses plaisanteries ne déclenchent jamais aucune manifestation, aucune indignation vertueuse alors que ce racisme est d’une abjection aussi intolérable…
À moins qu’il ne s’agisse de la fameuse dérision citoyenne…

Les Asiatiques de France ont subi et subissent encore un racisme ne paraissant pas choquer grand-monde en France puisqu’il est souvent le fait d’autres « communautés » « issues de la diversité » selon le terme hypocrite.

Voir également:

Aubervilliers : le racisme anti-asiatiques tue
Zhang Chaolin, homme de 49 ans d’origine chinoise, est décédé vendredi 12 août des suites des blessures liées à l’agression qu’il a subie en pleine rue, à Aubervilliers, le 7 août dernier.

La communauté chinoise et la maire d’Aubervilliers ont dénoncé le caractère raciste de cette agression. Cette communauté est en effet de plus en plus souvent la cible d’agressions violentes et crapuleuses dont plupart sont liés à des préjugés ethniques fondées sur l’idée que les Chinois, notamment, seraient nécessairement riches et porteurs de liquidités. Un cap dans la violence et la haine semble aujourd’hui avoir été franchi. C’est ce même type de préjugé qui avait conduit à la mort d’Ilan Halimi. Dans les deux cas, ces actes appellent une condamnation implacable et la mobilisation des pouvoirs publics.

Il est essentiel désormais que l’enquête fasse la lumière au plus vite sur les circonstances ayant conduit à la mort de Zhang Chaolin. La commission juridique de la LICRA est immédiatement saisie afin d’examiner au plus vite les conditions d’une constitution de partie civile dans cette affaire.

Le racisme anti-asiatique, au contraire des autres formes de racisme, est un racisme silencieux qui aujourd’hui a pris une ampleur inédite dans certains quartiers. Il doit être combattu avec la même force et la même détermination que doivent l’être l’antisémitisme et les autres formes de racisme. Il suffit d’entendre certains commentateurs des Jeux Olympiques devant des athlètes asiatiques pour comprendre le poids des idées reçues et de la bêtise à l’égard de nos compatriotes d’origine asiatique.

Voir encore:

Aubervilliers : le deuil et la colère après la mort de Chaolin Zhang
Floriane Louison

Le Parisien

14 août 2016

« La communauté chinoise meurt en silence », a-t-il écrit en rouge sur son t-shirt maculé de fausses taches de sang. Maike Song, un Parisien d’origine chinoise, est venu, ce dimanche, rendre hommage à Chaoling Zhang. Vendredi dernier, cet homme de 49 ans, père de deux enfants, est décédé de ses blessures après une agression cinq jours plus tôt, rue des Ecoles à Aubervilliers. Devant la mairie, ils étaient au moins 500, selon la préfecture, à se recueillir et, aussi, à dire leur colère.

« La communauté chinoise n’a pas l’habitude de protester et règle ses problèmes toute seule mais, aujourd’hui, on ne peut plus se taire et il faut nous aider », exprime une jeune fille, Lei. Devant le portrait de la victime, entouré de ses proches, elle attend son tour pour déposer une bougie et une fleur.

Dans cette foule en deuil, surveillée par un important dispositif policier, la tension est palpable, et le mot est lâché : « agression anti-asiatique ». Il est relayé par la maire (PC) d’Aubervilliers, Meriem Derkaoui. Elle n’était pas présente à l’hommage mais dans un communiqué, elle dénonce « le ciblage raciste du crime. »

Son épouse attend que « justice soit rendue »

Selon les premiers éléments de l’enquête, Chaolin Zhang, un couturier modeste, a été agressé alors qu’il rejoignait une soirée avec un ami. Un violent coup au sternum l’a projeté au sol et cette chute serait à l’origine de son décès. « L’objectif était de les voler, précise une source policière. Le sac de la deuxième victime a été dérobé. » Cette dernière a été blessée mais s’est remise. « Et Chaolin Zhang, qui n’avait rien sur lui, s’est fait tuer pour rien », répète son épouse dévastée. Elle attend que « justice soit rendue. » Ce dimanche soir, les trois auteurs suspectés n’ont toujours pas été arrêtés.

100 vols depuis novembre contre les Chinois d’Aubervilliers

« Cette violence gratuite nous fait peur », poursuit Maike Song. Selon le comité de soutien à la famille Zhang, « les habitants d’origine chinoise d’Aubervilliers mais aussi de Paris, la Courneuve et Pantin, sont les victimes quotidiennes de vols de plus en plus violents. L’association de l’amitié chinoise en France en a recensé au moins 100 cas, dans la seule ville d’Aubervilliers, depuis novembre. En janvier et en juin, deux bandes ont été interpellées par la police et condamnées par des séries de vols avec violence exclusivement dirigées contre des victimes d’origine asiatique.

« Tout cela repose sur des préjugés selon lesquels les Chinois sont faibles, dociles et riches », estime Fang, une étudiante d’Aubervilliers. « J’ai été agressée trois fois en trois ans, mes amis vivent la même chose, plusieurs ont déménagé pour cette raison. Moi, je ne sors même plus avec un sac ! »

Après l’hommage, la famille et ses soutiens ont marché jusqu’à la rue des Ecoles. « Il y a déjà eu des dizaines d’agressions ici ! », interpelle le comité de soutien qui réclame des mesures concrètes, notamment l’installation de caméras supplémentaires. Ils seront reçus, ce mercredi, par la préfecture pour examiner leurs demandes. « Nous souhaitons aussi préparer un travail, ensemble, pour faire mieux connaître la communauté chinoise », précise aussi la préfecture. La Région a elle aussi réagi en proposant son aide pour sécuriser la ville d’Aubervilliers.

Voir  de même:

Agression d’Aubervilliers : les Chinois disent stop à la violence
Floriane Louison

Le Parisien

17 août 2016

Il est rare que les représentants de la communauté chinoise montent au créneau sur la place publique. « Mais, cette fois, c’est trop grave », lance Hua Qin Cao, président de l’association de l’amitié chinoise en France qui a participé ce mercredi à une réunion en préfecture de Seine-Saint-Denis, avec d’autres représentants de la communauté, après avoir été reçu mardi au conseil régional.

Vendredi dernier, Chaolin Zhang, un couturier chinois de 49 ans travaillant en France, a succombé à ses blessures après une agression, cinq jours plus tôt, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). « Un drame prévisible », dénonce Hua Qin Cao. Dans cette ville, depuis janvier, il recense, au sein de sa communauté, des victimes quasi quotidiennes de vols violents.

Son association ne se contente pas de compter les blessés mais elle les accompagne aussi à l’hôpital, au commissariat et jusqu’au tribunal si les suspects sont arrêtés. Surtout, elle organise « l’auto-défense » de la communauté chinoise d’Aubervilliers. Hua Qin Cao est alerté par les victimes après toutes les agressions ou presque via le réseau social chinois WeChat. A chaque fois, il se déplace. « En Seine-Saint-Denis, différents groupes de protection se sont ainsi mis en place », décrit-il. Mais la série noire continue. « Alors, maintenant, il faut nous aider ! »

Une liste alarmante de victimes

Sur son téléphone, il fait défiler des noms et des photos. Une liste alarmante qui commence le 27 décembre. Le 3 janvier, il y a déjà onze victimes : Y. et F., les visages contusionnés après un vol de portefeuille, Mme Wu, délestée de son sac à main, S., agressée, avec ses deux filles. « Les voleurs l’ont suivi depuis le métro jusqu’à sa maison », se rappelle le représentant qui a consigné « 105 cas similaires, la plupart dans le seul quartier des Quatre-Chemins à Aubervilliers. » Un chiffre confirmé par la préfecture de Seine-Saint-Denis qui constate une augmentation du phénomène dans cette ville.

Une explosion des violences

5 %.

Aubervilliers compte 3 000 à 4 000 habitants chinois ou originaires de Chine, soit près de 5 % de sa population de 80 000 habitants.

105.

Entre janvier et août, le nombre de vols avec violence ciblant les Chinois à Aubervilliers a été multiplié par trois par rapport à l’année dernière sur la même période, passant de 35 (2015) à 105 agressions (2016).

16 %.

Depuis janvier, sur les 666 vols avec violence dénombrés à Aubervilliers — soit presque trois par jour —, environ 16 % touchent la communauté chinoise. L’an dernier, sur les 466 vols violents sur la même période, seuls 7 % concernaient des Chinois.

« Et Aubervilliers n’est pas la seule ville touchée », assure Wansheng Chi, président de l’association des Chinois résidants en France qui cite aussi, en Seine-Saint-Denis, La Courneuve et Pantin. « Plus généralement, un sentiment d’insécurité grandit au sein de la communauté chinoise en France depuis environ cinq ans. Il est également ressenti très fortement par les touristes chinois (lire ci-dessous). »

Le mot « psychose » est lâché. « Tout le monde a peur, j’ai déjà été agressée trois fois, je ne sors même plus avec un sac dans la rue », expliquait dimanche dernier, Fang, une étudiante d’Aubervilliers, lors d’un hommage à Chaolin Zhang. Après son décès, la maire (PC) d’Aubervilliers, Meriem Derkaoui, a dénoncé le « ciblage raciste » de l’agression. Rui Wang, président de l’association des jeunes Chinois en France partage cette analyse : « C’est un racisme latent qui se transforme en racisme violent car ces attaques reposent sur des préjugés : un Chinois est riche, faible et surtout silencieux. »

« Un racisme latent qui se transforme en racisme violent »

« Chaolin Zhang est mort de ce cliché. Il n’avait rien sur lui et il est mort pour rien », répète son épouse dévastée. « A Aubervilliers, la plupart des victimes sont, comme lui, des travailleurs modestes », ajoute Ling Lenzi, conseillère municipale (LR) à Aubervilliers et seule élue de la communauté. « C’est ce même type de préjugé qui avait conduit à la mort d’Ilan Halimi » (NDLR : un jeune juif enlevé et tué en 2006 par un gang qui espérait une rançon), dénonçait la Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme), mardi, s’inquiétant de la montée d’un racisme anti-asiatique.

« Cette hausse de la violence » effraie le comité de soutien à la famille de Chaolin Zhang, créé après son décès. Il réclame « justice », mais aussi des « mesures concrètes pour la sécurité avant un autre mort ». A Aubervilliers, le travail est déjà engagé depuis plusieurs mois avec, entre autres, l’embauche d’un interprète sinophone au commissariat pour aider les victimes à porter plainte. Les représentants de la communauté chinoise demandent des mesures plus fortes.

Pour tenter de rassurer cette comunauté effrayée par tant de violence, la préfecture a annoncé hier une première série de mesure à l’issue de la réunion avec les associations. Au menu : extension de la vidéoprotection à Aubervilliers, réunion sur place en septembre avec le commissariat et les asssociations, et cofinancement d’actions pour « faire connaître et impliquer la communauté ». « Cette connaissance contribuera à lutter contre les clichés, eux-mêmes souvent source des agressions », estime la préfecture, qui évaluera ce dipositif de prévention deux fois par an avec les asssociations.

« Ces agressions bouleversent l’image de la France » « Tous les médias chinois m’ont appelé ces derniers jours ! » explique Changhang Wu, journaliste à « Huarenjiebao », un journal en chinois publié en France. En Chine, l’agression de Chaolin Zhang a été suivie de près. « Toute la presse en parle, des médias plus nationalistes et pro-gouvernementaux, comme « Xinhua » ou « Global News », aux journaux en ligne très suivis par les jeunes comme « Sina » ou « NetEase », en passant par RFI », précise une journaliste d’origine chinoise travaillant en France. « Quand se termineront ces crimes racistes ? » titre par exemple, « Xinhua ».

Pour Changhang Wu, « il y aura des conséquences ». « L’opinion publique a encore en tête le tableau d’un pays romantique, pas d’un endroit où l’on meurt. Ce crime, qui fait suite à une série d’agressions de résidants et de touristes, bouleverse profondément cette image. » Xuewu Long, secrétaire général de l’association des professionnels chinois du tourisme en France souligne l’impact fort de ces agressions sur le tourisme chinois en France. « La fréquentation internationale du pays connaît une baisse d’environ 10 %, notamment en raison de la peur générée par les attentats terroristes, mais les Chinois fuient encore plus que les autres. »

Selon ses chiffres, la France a perdu 700 000 visiteurs chinois depuis janvier par rapport à l’année dernière sur la même période, soit une baisse d’environ 30 %. Avec un budget moyen estimé entre 3 000 et 5 000 € pour leurs vacances dans l’hexagone, « ce phénomène fait aussi des victimes dans l’économie française. »

Voir de plus:

A Aubervilliers, la colère sourde de la communauté chinoise
Le Monde.fr avec AFP

14.08.2016

« Mort pour rien. » Un rassemblement silencieux a été organisé par le comité de soutien à la famille de Zhang Chaolin, dimanche 14 août à 15 heures, devant la mairie d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
Ce Chinois de 49 ans est mort, vendredi en fin d’après-midi, après cinq jours de coma. Il avait été agressé le 7 août par trois individus alors qu’il marchait en compagnie d’un ami, d’origine chinoise, dans cette ville du nord-est de Paris, où vit une importante communauté asiatique, active, notamment, dans le secteur du textile.

Les agresseurs auraient voulu voler la sacoche de l’autre homme, qui s’est vu prescrire cinq jours d’interruption totale de travail, selon une source proche du dossier.

Dans les quartiers chinois, la peur s’installe
Dimanche après-midi, une file d’une centaine de mètres s’est formée devant la mairie d’Aubervilliers où les soutiens déposaient, chacun à leur tour, un cierge et une fleur. Dans ce rassemblement, pas de slogan, de simples pancartes en carton où l’on pouvait lire au feutre « Sécurité pour tous ».

Un important dispositif policier attendait le millier de personnes rassemblées sur le parvis de l’hôtel de ville. La colère s’est exprimée au sujet des agressions dont sont victimes des membres de la communauté chinoise. Dans la ville, des réseaux se sont d’ailleurs mis en place pour escorter des personnes seules jusqu’au métro. Plusieurs témoins, notamment, affirment ne plus rentrer seuls à la nuit tombée.

Elodie raconte ainsi qu’un agresseur a voulu voler le sac de sa mère : « Elle était dans une voiture avec une fenêtre entrouverte. Une main a voulu se glisser, mais on a réussi à l’empêcher de voler le sac. » Elle-même déclare adopter certains réflexes et éviter certaines rues.

Les habitants des quartiers chinois détaillent avec émotion la peur qui s’installe depuis quelques années, avec, selon eux, une violence qui augmente lors des agressions. « Avant, quand nous nous faisions agresser, on se faisait voler notre sac. Maintenant, on nous bat et on nous déshabille pour nous faire les poches, détaille Rui Wang, à l’origine d’un collectif de soutien à la famille endeuillée. Toutes les familles connaissent quelqu’un qui a été agressé. »

« Il y en a marre d’être agressé comme ça, il faut lancer un appel au premier ministre et au président. Il y a bien des territoires perdus de la république. Il faut agir maintenant, sinon les Chinois feront justice eux-mêmes », s’agace Denis, d’origine chinoise, qui habite, lui, dans le sud de Paris.

« Ciblage raciste »
« Les habitants de Seine-Saint-Denis et plus particulièrement ceux d’origine chinoise (…) sont les victimes quotidiennes d’agressions, de vols, de plus en plus violents à leur encontre », a dénoncé le comité dans un communiqué, ajoutant qu’« aujourd’hui, devant l’inefficacité des mesures prises par les autorités, la colère des habitants monte, la tension entre les communautés est palpable ».

La maire d’Aubervilliers, Meriem Derkaoui (Parti communiste), a dénoncé, samedi, un crime au « mobile crapuleux » et au « ciblage raciste », appelant à ne pas « céder à la division et à la stigmatisation », tout en réclamant des renforts policiers. A l’initiative de la municipalité, une centaine de personnes s’étaient déjà réunies, jeudi soir, devant la mairie.

Voir aussi:

Aubervilliers : la communauté chinoise s’organise face aux agressions

La recrudescence des crimes à caractère raciste oblige les quelque 4 000 Chinois ou personnes d’origine chinoise que compte la ville à se mobiliser.

Source AFP

Le Point
16/08/2016

Messages d’alerte en cas d’agression, escortes autour du métro, manifestations… La communauté chinoise d’Aubervilliers se mobilise après des actes de violence répétés qui ont coûté la vie à l’un de ses membres vendredi.

Lors d’un rassemblement organisé dimanche en mémoire de Zhang Chaolin, plusieurs personnes présentes ont ainsi témoigné leur ras-le-bol face aux violences racistes : « j’ai été agressé deux fois cette année », « je ne sors plus avec un sac à main », « aujourd’hui c’était lui, demain, ça peut être moi »…

Une hausse du « racisme anti-asiatique »

Zhang Chaolin, couturier de 49 ans et père de deux enfants, est mort le 12 août, après avoir été agressé cinq jours plus tôt en pleine rue par trois hommes qui voulaient voler le sac d’un ami, lui aussi d’origine chinoise. Un drame « prévisible », qui « aurait pu être évité », estime-t-on au parmi les 3 000 à 4 000 personnes originaires de Chine qui vivent dans cette ville de 80 000 habitants.

Ils dénoncent une « situation qui se dégrade », avec des agressions « de plus en plus violentes » motivées par des « préjugés » selon lesquels les Chinois seraient porteurs d’importantes sommes d’argent liquide. « C’est ce même type de préjugé qui avait conduit à la mort d’Ilan Halimi », a regretté la Licra mardi dans un communiqué, pointant un « racisme anti-asiatique » qui « a pris une ampleur inédite dans certains quartiers ».

Des agressions qui se concentrent sur « les petites gens »

À Aubervilliers, les services de police ont recensé sur les sept premiers mois de l’année 105 vols avec violence sur les Chinois ou personnes d’origine chinoise sur un total de 666 vols avec violence dans la commune. L’année dernière, la préfecture en dénombrait 35 sur 466 sur la même période. Sur l’ensemble de la Seine-Saint-Denis, 3,9 % des victimes de vols avec violences sont des membres de la communauté chinoise, selon des chiffres établis sur les sept premiers mois de l’année (2,4 % sur la même période en 2015). « La ville est plus touchée en raison du grand nombre de résidents et de travailleurs ponctuels d’origine chinoise qu’elle comporte », explique-t-on à la préfecture.

Le sentiment d’insécurité s’accompagne d’un changement de nature des agressions, précise Ling Lenzi, conseillère municipale Les Républicains. Auparavant dirigées contre « le secteur des commerçants », elles se concentrent désormais « sur les habitants, les petites gens ». « Depuis qu’une quarantaine de caméras de surveillance ont été installées devant les commerces, accompagnées de plus de patrouilles policières, les agresseurs se sont retournés vers là où il n’y a pas de dispositif », assure-t-elle.

Les associations se mobilisent

Depuis le début de l’année, l’Association de l’amitié chinoise en France se consacre exclusivement à la prise en charge des victimes d’agressions. Quand certains habitants s’organisent pour faire à plusieurs le chemin du métro à leur domicile, l’association a, elle, mis en place des groupes de discussions sur la messagerie instantanée chinoise WeChat. « Si quelqu’un se fait attaquer, il peut poster un appel au secours », explique le président Cao Hua Qin. « Nous nous chargeons de l’amener à l’hôpital et de prévenir la police ou d’organiser un rendez-vous au commissariat pour déposer une plainte », ajoute-t-il.

Dimanche, le comité de soutien à la famille de M. Zhang a réclamé « au moins 10 caméras supplémentaires dans les rues sensibles » et un renfort de policiers. Une demande également formulée par la maire PCF de la ville, Meriem Derkaoui, qui a écrit en ce sens en juillet au ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Dénonçant un « crime au ciblage raciste », elle a assuré que le fonctionnement de la police municipale serait « revu » à la rentrée. La préfecture a de son côté annoncé la tenue mercredi d’une réunion de travail « avec les associations qui le souhaitent ». Certaines associations soulignent toutefois que l’insécurité touche toutes les communautés. « La violence, c’est un problème pour tout le quartier », souligne Rui Wang, président de l’Association des Jeunes Chinois de France. Il se félicite d’ailleurs d’avoir vu dans le rassemblement en mémoire de M. Zhang « des militants noirs et arabes venus en solidarité ».

Voir également:

Agressions à domicile: des voleurs de plus en plus violents?

Depuis le début du mois, plusieurs agressions ont eu lieu, visant des personnes âgées et vulnérables. Les auteurs de ces home-jackings n’ont pas hésité à utiliser la torture pour obtenir ce qu’ils étaient venus chercher : argent liquide, objets de valeur, voitures.

Robert Lefebvre, avec nos rédactions locales

La Voix du nord

16/01/2016

La veuve d’un ancien grand patron séquestrée et torturée à Hem, un nonagénaire violenté à Arras, des violences à Marcq-en-Barœul… Récemment, pas moins de quatre agressions à domicile ont été recensées dans la région. Si le phénomène n’est pas nouveau, ces agressions commises par des individus à la recherche de voitures, d’argent ou d’objets de valeur se multiplient ces dernières années. Avec parfois des conséquences dramatiques. Décryptage.

1. Un phénomène ancien

Les agressions à domicile ne datent pas d’hier. À la fin du XVIIIe siècle, les « Chauffeurs du Nord » sévissaient dans toute la région ainsi qu’en Belgique. Après être entrés par effraction au domicile de leurs victimes, ils leur liaient les pieds et les chauffaient à la braise des feux de cheminée pour leur faire avouer où se trouvaient argent et objets de valeur.

2. Les personnes âgées ou aisées, principales cibles

Les personnes âgées sont régulièrement prises pour cible. Par habitude ou méfiance envers les banques, certaines d’entre elles conservent de l’argent liquide à domicile et sont naturellement vulnérables du fait de leur grand âge. Une proie facile pour de petits délinquants à la recherche de liquidités. Des équipes plus aguerries ciblent aussi les familles disposant de patrimoine, voire tous ceux qui, par leur fonction, peuvent avoir accès à des liquidités ou des objets de valeur. Les victimes sont généralement repérées dans les magasins ou lorsqu’elles circulent, notamment dans des véhicules haut de gamme.

3. La violence liée aux auteurs

Si l’on peut être tenté de croire que la multiplication des dispositifs de sécurité (coffre-fort…) incite les malfrats à aller au contact de leurs victimes et à faire usage de violence, les spécialistes sont quant à eux formels : « La violence est liée aux auteurs, pas aux victimes et à leur niveau de protection, insiste la police judiciaire de Lille. Dans la région, les home-jackings sont perpétrés en majeure partie par des délinquants de cité. Ces faits sont très violents. Les portes sont défoncées. Les enfants sont mis à terre. La majeure partie des agressions à domicile vise avant tout à voler les voitures, soit pour le trafic de véhicules, soit pour commettre d’autres méfaits. »

4. Se prémunir

De manière générale, il convient de ne conserver à domicile qu’un minimum d’argent liquide et d’objets de valeur. Mieux vaut éviter d’afficher des « signes extérieurs de richesses » dans certains lieux publics comme les magasins. L’installation d’une alarme dans le logement ne dissuadera pas les agresseurs mais limitera en revanche leur marge de manœuvre.

«C’est comme de la science-fiction»
C’était le 31 mai dernier. La nuit de la fête des Mères. Trois individus gantés et masqués pénètrent dans une vaste propriété située dans le versant nord-est de la métropole lilloise. Les parents, des notables de la région, sont absents. Leur fils âgé de 22 ans est seul. Durant quatre heures, il va vivre un véritable enfer.

« Ils n’ont vu que l’appât du gain, explique une source proche de l’enquête. C’est comme de la science-fiction. Pendant plus de quatre heures, il va subir les pires des choses. Des humiliations pas possibles. » On évoque, là encore, un simulacre de noyade : « Ils lui ont posé un drap autour du visage et ils ont fait couler de l’eau. La serviette s’imbibe de liquide, ce qui procure une impression d’étouffement. » La police judiciaire évoque également des décharges électriques et d’autres sévices qualifiés d’actes de torture et de barbarie. « Il l’a échappé belle. »

Ils réclamaient 30 000 euros

Le but des malfaiteurs : récupérer une rançon de 30 000 euros auprès des parents de la victime. « L’objectif était de lui mettre la pression afin qu’il leur donne une somme d’argent, lors d’un rendez-vous quelques jours plus tard », dit une source judiciaire qui évoque des « faits complexes ». Finalement, rien n’a été donné aux voyous.

L’un des suspects a été interpellé en septembre, rue Nationale à Lille. Recherché par la justice pour deux condamnations à quatre et six ans de prison, dans des affaires de trafic de drogue, dégradations et port d’arme, ce Lillois d’une trentaine d’années a été placé en détention provisoire.

Voir par ailleurs:

Chablais

Les personnes âgées, cibles privilégiées des voleurs et des escrocs
Amélie Lécoyer
Le Messager

03/05/2012

Récemment, un genre particulier de délits s’est répété à Thonon-les-Bains et Evian. Leur point commun ? Ils visent des personnes âgées, ou vulnérables.

Au cours des 6 derniers mois, les hommes du commissariat du Léman ont recensé sept vols par ruse et trois abus de faiblesse. «  Il ne s’agit pas d’une croissance exponentielle mais de faits similaires qui se sont déroulés à des dates rapprochées », tient à préciser le commissaire Guillaume Maniglier, à la tête de la circonscription. Précisons également que le vol par ruse et l’abus de faiblesse ne tiennent évidemment pas de la même mécanique. « Nous faisons face à deux problématiques différentes mais toutes visent les personnes âgées, que ce soit à l’hôpital, dans les familles ou des personnes isolées, souligne ainsi le commissaire.
Il y a d’un côté les vols par ruse avec des scénarios différents, et de l’autre les abus de faiblesse, plus insidieux ».
S’agissant des vols par ruse, ils sont perpétrés par des hommes usant de fausses qualités : faux voisins mais aussi faux plombiers et faux éboueurs. «  Entre octobre 2011 et début avril, nous avons eu trois cas de faux voisins, deux cas de faux éboueurs et deux cas de faux plombiers  », détaille l’officier.

Délinquance ou criminalité organisée
Une personne qui se présente comme étant un voisin se contente généralement, une fois entrée au domicile de sa victime, et profitant d’un moment d’inattention de cette dernière, de lui dérober son porte-monnaie, voire quelques bijoux s’ils sont à portée de main (lire ci-dessous). Dans le cas des faux plombiers ou faux éboueurs, l’organisation fait moins preuve d’amateurisme. Ces personnes bénéficient en effet du soutien d’un réseau qui lui apporte notamment une aide logistique (vêtements, véhicules…) « Contrairement aux faux voisins, il s’agit de d élinquance, voire de criminalité organisée, affirme le commissaire Maniglier. Ce sont des personnes qui présentent bien et qui parlent bien. Lorsqu’elles s’introduisent au domicile d’une victime, la valeur de ce qu’elles dérobent peut s’élever à plusieurs milliers d’euros ». « Ces personnes agissent rarement seules mais sont généralement par groupe de 2 ou 4 , poursuit l’officier de police. Elles restent sur une commune ou un groupe de communes pas plus de 5 jours. Elles peuvent, par exemple, être à Thonon, puis partir sur Annecy, puis Aix, avant de filer sur Paris… » Et de rappeller : « Il ne faut jamais laisser entrer une personne qui ne peut justifier de sa qualité. De toute façon, un plombier n’intervient jamais sans qu’on l’appelle…»
Isoler toujours plus sa victime
Itinérants, ces délinquants sont donc particulièrement difficiles à interpeller. Ces affaires exigent, pour être résolues, une coordination, a minima départementale, entre police et gendarmerie. « La dernière arrestation date de 2008 », remarque ainsi le commissaire.
S’agissant des abus de faiblesse, ils touchent plus globalement les personnes vulnérables, que ce soit en raison de leur âge ou de leur maladie. Le principe  ? Profiter de l’isolement d’une personne plutôt aisée pour gagner sa confiance et bénéficier de sa fortune. « L’individu va croiser une personne âgée dans la rue, va essayer de créer un lien de confiance, de se faire inviter chez elle, et profiter de ses largesses  », explique le commissaire Maniglier. Dans des cas plus rares, il peut aussi s’agir d’une aide à domicile qui « un jour, va franchir la ligne rouge ». « Dans le premier cas, ce sont des spécialistes, dans le second cas ce ne sont pas forcément des personnes chevronnées », précise l’officier.
Les victimes sont des personnes seules et le but de ces individus peu scrupuleux est de les isoler davantage. « Habiles à jouer sur les sentiments, ces individus gagnent la confiance de la victime en écartant petit à petit tous ses contacts et amis jusqu’à devenir indispensables, poursuit-il.  La difficulté dans ce genre d’affaires est qu’il ne s’agit pas d’un fait délinquant unique mais de petits ponctionnements d’argent sur une longue période ».
Les victimes mettent ainsi longtemps avant de s’apercevoir que leur protégé les vole. Généralement, ce sont des proches qui s’en aperçoivent (telle une auxiliaire de vie, lire ci-dessous) ou la police qui le découvre de manière incidente (suite à une agression par exemple).
Et même lorsque les preuves d’abus de faiblesse sont établies, la victime refuse parfois de porter plainte, s’inquiétant du devenir de l’auteur. «  Certaines personnes vont même jusqu’à le défendre, glisse le commissaire Maniglier. Elles nous disent : « Mais c’est quelqu’un de gentil… » » Le préjudice est pourtant bien plus élevé que dans les cas de vol par ruse : des dizaines voire des centaines de milliers d’euros.

Voir aussi:

«Ne soyons pas naïfs sur le symbole de cette étoffe» par Aalam Wassef
L’éditeur égyptien Aalam Wassef met en garde contre l’influence en France du wahhabisme, dont le burkini serait l’un des symboles.

Libération

17 août 2016

Au lendemain de l’interdiction du port du burkini à Cannes puis en Corse, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) a dénoncé un acte islamophobe et une atteinte à la liberté d’expression des femmes musulmanes. Cette dénonciation mérite qu’on s’y attarde et qu’on l’explique.

En adoptant cette position le CCIF s’érige en défenseur non pas «des musulmans de France», mais d’une mouvance extrémiste très singulière, le wahhabisme de France. Si le CCIF est libre de s’associer au wahhabisme par choix ou par ignorance, il est en revanche du devoir de l’État français d’en protéger l’ensemble de ses citoyens.

Pour des raisons historiques et idéologiques le mot wahhabisme est interchangeable avec celui de salafisme, plus connu des Français. Les wahhabis eux-mêmes préfèrent se décrire comme «salafistes» pour se distancier d’une appellation péjorative deux fois centenaire. Au milieu du XVIIIe siècle, quand il émerge dans les zones arides du Najd, de l’actuelle Arabie saoudite, le wahhabisme est immédiatement mis au ban de l’Islam. Puritains autoproclamés, les wahhabis promeuvent en effet un rejet total et meurtrier de toute forme d’Islam ou de pratique religieuse différente de la leur.

Le wahhabisme, le courant religieux le plus riche du monde
Dès les années 1970, l’Arabie saoudite modernisée, désormais à la tête de la plus grande fortune au monde, s’emploie à exporter son idéologie: universités, écoles, livres, cassettes, DVD, universités, bourses d’études, fondations caritatives, formation d’imams, chaînes satellites, mode de vie, mode vestimentaire, voile, niqab, burkini, lieux de rencontre et de culte, sites Internet, quotidiens et hebdomadaires… Depuis 1970, on évalue les sommes investies dans la propagation du wahhabisme à 100 milliards de dollars. C’est à ce prix que le wahhabisme donne l’illusion d’être l’Islam «le plus authentique», «le plus pur». Ni plus authentique, ni plus pur, le wahhabisme est simplement le courant religieux le plus jeune, et le plus riche au monde.

Occupés à convertir le monde entier depuis moins de quarante ans, les pétro-wahhabis ne se laissent pas pour autant divertir et se préoccupent tout particulièrement des femmes, de leur corps, de leurs devoirs, de leur pudeur et, peut-on entendre aussi, de leur honneur. En 2016 une femme saoudienne digne de ce nom ne circule qu’en compagnie d’un homme, dissimule son corps tout entier et ne conduit pas. Son apparence et son comportement public sont les unités de mesure par lesquelles s’évalue la dignité de son mari et de sa communauté tout entière. Les écarts sont sanctionnés lourdement. Derrière le niqab ou le burkini, c’est aussi cela qui s’exporte en France, mais dans des versions nécessairement édulcorées parce que la loi française protège les femmes.

Confronté à la juridiction française le wahhabisme militant doit composer avec un contexte qui lui résiste, mais dans lequel les brèches semblent nombreuses. La première d’entre elles, et la plus dangereuse, c’est la culture contemporaine des «droits individuels» ou s’est abîmée la liberté. Il est fréquent d’entendre que le niqab, le voile ou le burkini relèvent de «la liberté d’expression» ou du «droit des femmes à disposer de leur corps». S’y opposer, c’est être «islamophobe», c’est-à-dire s’attaquer à tous les musulmans. L’objectif est naturellement que toute condamnation justifiée du wahhabisme institutionnel en particulier soit rapidement perçue et narrée comme visant les musulmans français en général.

Barrer la route à l’extrémisme islamiste
Bien sûr toutes les femmes qui portent des burkinis en France ne sont pas des émissaires wahhabites mais ne soyons pas naïfs sur le symbole de cette étoffe. Il n’y a aucune honte à condamner l’extrémisme islamiste et à lui barrer la route par tous les moyens légaux possibles. Il n’y a là rien de politiquement incorrect ou de comparable au discours raciste et antimusulman du Front National. Cela ne revient pas non plus à ignorer que des actes antimusulmans sont perpétrés en France. Leur nombre de 140 en 2014 a triplé durant la triste année 2015. David Lisnard, le maire de Cannes, a fait dans sa ville ce qu’il fallait faire. Interdire les burkinis dont le nom s’amuse jusqu’à la nausée de la burqa des talibans n’est pas un acte islamophobe. C’est plutôt le signe que nous n’avons pas peur de dire qu’Islam et wahhabisme sont deux choses radicalement distinctes, et que le second menace le premier depuis plus de deux siècles.

Voir par ailleurs:

Saint-Denis : des touristes coréens s’égarent dans une cité et se font dévaliser
Quatre touristes coréens qui rejoignaient leur hôtel vendredi soir se sont apparemment égarés dans une cité de Saint-Denis, où ils ont été dévalisés.

EH

France 3
06 août 2016

Entre 21h30 et 22h00, ces vacanciers ont été délestés par « un groupe d’individus » de leurs effets personnels dans la cité Gabriel-Péri qui se situe à un kilomètre de la basilique où reposent les rois de France, principale attraction touristique
de la plus grande ville de Seine-Saint-Denis. Ils ont été ont reçu molestés mais n’ont pas souhaité se rendre aux urgences.

Mardi, « entre cinq et dix individus », selon une source policière, avaient détroussé un car de touristes chinois devant un hôtel de Gonesse (Val-d’Oise), non loin de l’aéroport de Roissy, au nord de Paris.

Voir aussi:

Robberies of cashed-up Chinese tourists rise steeply in Paris

Mainlanders’ preference for carrying large amounts of cash makes them easy targets

Teddy Ng

South China Morning Post

30 May, 2013

A sharp increase in robberies of Chinese tourists in Paris has prompted calls for the French government to step up security and for shoppers to use credit cards instead of carrying large amounts of cash.

The number of reports of such crimes is up by « more than 10 per cent » since last year, said Li Ping , head of consular affairs at the Chinese embassy in Paris.

Two cases this week grabbed headlines. On Tuesday, a crew of China Central Television reporters covering the French Open tennis tournament had their car windows smashed and their wallets, phones and passports grabbed, mainland media reported. A source familiar with the situation confirmed the incident to the South China Morning Post.

A day earlier, film producer Dong Dake , returning from the Cannes Film Festival, was robbed at his hotel in Paris. He was said to have lost equipment worth about 200,000 yuan (HK$250,000) and « countless photos » taken at private parties.

The Chinese embassy in Paris said they were not isolated cases.

« We have made representations to the French government, » Li said. « We hope the French side will take proper measures to protect the safety of tourists and curb illegal behaviour. »

France, battling with unemployment and an economic downturn, has witnessed a surge in crime. French newspaper Le Figaro reported that the number of reported thefts in January had risen 50 per cent year on year, while burglaries had jumped by nearly 60 per cent.

Tour operators in both China and Paris said Asian tourists, particularly Chinese, had become vulnerable in recent years because of their free-spending shopping habits. More than a million Chinese visit France every year, with each one spending about €1,500 (HK$15,000) on average.

A busload of Chinese tourists is like a van carrying gold bullion
Li Lang, marketing manager of Guangzhou-based travel agency

« There are reports of tourists getting robbed almost every day, » said Jean-Francois Zhou, manager of Paris-based Ansel Travel, which specialises in tours to and from China. « The criminals are not just stealing, but resorting to violent means. »

Ten of his Chinese clients were robbed in October in the Louvre Museum. On many occasions, tour guides, who possessed cash for emergency use, were targeted, losing up to €20,000 each time, he said.

Li Lang, marketing manager of a Guangzhou-based travel agency, said Chinese tourists’ preference for buying luxury items in cash was a reason behind the attacks. « A busload of Chinese tourists is like a van carrying gold bullion, » he said. Several travel agencies had put up a blacklist of drivers and hotels suspected of being connected with criminals, Li said.

A Singaporean tourist, who did not want to be named, recalled the terror as she and her sister were robbed inside a taxi taking them from the airport to a hotel in the heart of the city on May 13.

« Two men suddenly came up, smashed the car windows and snatched our bags. We were bleeding, » she said. There was further frustration when they had to spend more than three hours filing a report at a police station.

« The French police did not speak English and offered no help, » she said. « They just asked us to go to the police station in the damaged taxi, even though we were hurt and bleeding. »

Liu Simin , a researcher at the Chinese Academy of Social Sciences, urged tourists to be more alert about personal safety and to carry less cash.

The French embassy in Beijing said the French government was determined to ensure the safety of all foreign tourists.

« The vast majority of Chinese visitors’ trips go on without trouble, » the embassy said.

The Hong Kong Immigration Department said the number of cases of Hong Kong people seeking assistance while travelling in France had risen from 57 in 2011 to 85 last year. Most of them had lost travel documents, been involved in traffic accidents, or been admitted to hospital.

Joseph Tung Yao-chung, executive director of the Hong Kong Travel Industry Council, said tourists should wear fewer designer brand products when travelling in Europe.

 Voir de même:

Now it is China’s turn to face the brunt of complaints. The grievances are familiar — they gawk, they shove, they eschew local cuisine, and last year, 83 million mainland Chinese spent $102 billion abroad — overtaking Americans and Germans — making them the world’s biggest tourism spenders, according to the United Nations World Tourism Organization.

Their numbers have also placed them among the most resented tourists. Mainland Chinese tourists, often laden with cash and unfamiliar with foreign ways, are tumbling out of tour buses with apparently little appetite for hotel breakfast buffets and no concept of lining up.

The frustrations with the new tourists were summed up on a Thai online message board last spring, when users posted complaints about Chinese tourists using outdoor voices inside and spitting in public, among other transgressions.

Last year, Thierry Gillier, a French fashion designer who founded the Zadig and Voltaire label, caused a small scandal when he told Women’s Wear Daily that Chinese tourists would not be welcome at his new Parisian boutique hotel. A barrage of international criticism persuaded him to apologize.

Like their predecessors, the Chinese are newly wealthy and helpless with foreign languages, a combination complicated by their developing country’s historical isolation.

Despite these faux pas, countries are practically tripping over themselves to attract Chinese tourists. Wedding companies in South Korea are trying to lure Chinese couples with bling-heavy ceremonies inspired by the viral music video “Gangnam Style.” A coastal county outside Sydney, Australia, is building a $450 million Chinese theme park centered on a full-size replica of the gates to the Forbidden City and a nine-story Buddhist temple. France, one of the most popular destinations for Chinese tourists already — 1.4 million visited in 2012 — is working to further bolster its appeal.

Parisian officials recently published a manual for the service industry that offers transliterated Mandarin phrases and cultural tips for better understanding Chinese desires, including this tidbit: “They are very picky about gastronomy and wine.”

To judge from the grumbling across the globe, such guidelines may be necessary. But the greatest opprobrium seems to be coming from fellow Chinese. In May, a mainland Chinese tourist in Luxor, Egypt, discovered that a compatriot had carved his own hieroglyphics on the wall of a 3,500-year-old temple. “Ding Jinhao was here,” it declared. A photo of the offending scrawl spread rapidly on Chinese social media, and outraged citizens tracked down the 15-year-old vandal. The uproar subsided after his parents issued a public apology.

Embarrassed by the spate of bad press that month, Wang Yang, China’s vice premier, publicly railed against the poor “quality and breeding” of Chinese tourists who tarnish their homeland’s reputation. “They make loud noises in public, scratch graffiti on tourist attractions, ignore red lights when crossing the road and spit everywhere,” he said, according to People’s Daily.

Despite his admonition, articles with headlines like “Chinese Bride Brawls in French Lavender Field” continue to appear in the state media.

Ms. Hung, the blogger, blames the Communist Party’s tumultuous rule for China’s uncivilized behavior abroad. “There’s an entire generation who learned you don’t pay attention to grooming or manners because that’s considered bourgeois,” she said. While Chinese are more open to Western ideas now, that has not necessarily sunk in when actually interacting with the outside world. “They think, ‘The hell with etiquette. As long as I have money, foreigners will bow to my cash.’ ”

Most mainland Chinese vacationers have a splendid time abroad. In May, Huang Honglin, 53, and his wife paid $8,000 for a 16-day group tour of the United States, a country he last visited on a business trip 25 years ago. That was long before he joined China’s growing middle class as the owner of a trading company.

This time around, Mr. Huang had money to burn.

“We went shopping for gems in Hawaii and bought Prada bags in New York,” he recalled. Mr. Huang never made it to the chic boutiques of Manhattan. Instead, he traveled an hour north to the Woodbury Common Premium Outlets, where many designer stores have recently hired employees who speak Chinese.

His only complaint was that they had to race through the racks before the bus departed. “Time was so short, it felt like war,” he said.

According to a McKinsey & Company report, nearly 70 percent of Chinese luxury consumers buy their Tiffany baubles and Hermès scarves abroad to avoid higher sales tax on such goods at home, which can reach 60 percent. Take the black Louis Vuitton “Neverfull” handbag, a hefty status symbol with straps that costs 14,400 renminbi in China, or $2,335 — over $350 more than the same item in the United States.

In 2007, China granted the United States “approved destination status,” which opened the doors to Chinese group leisure travel to America beginning in 2008. Last year, 1.5 million Chinese arrived on American shores, spending nearly $8.8 billion, according to the Commerce Department. Today, around 150 travel agencies in the United States have the approval of the National Tour Association, an American trade group, to organize trips from China, many of them owned and operated by Chinese-Americans.

But the industry has experienced growing pains. Despite years of meetings in China and decades of leading motor coach tours across the United States, the travel agency AmericanTours International learned that Chinese tourists required a special touch. For one, people from Beijing and Shanghai cannot travel on the same bus.

“They clashed,” recalled Nick Hentschel, the company’s director of business development.

Last year, 1,500 Chinese took the company’s “Hollywood to Broadway” bus tour, a 20-day cross-country journey intended for mainlanders with stops that included a Las Vegas casino; the bridges of Madison County, Iowa; Niagara Falls; the White House; and the Empire State Building.

If the sights are crowd-pleasers, the overnight stays can sometimes prove challenging. “Smoking in hotel rooms is always a problem,” Mr. Hentschel said, a habit that can cost tourists hundreds of dollars in hotel cleaning bills. Then there was the episode last summer, he said, when a tour group caused a scene at a hotel in Cody, Wyo., after mistakenly thinking another busload of compatriots had been given preference at breakfast. The police were called to escort them out of town, he said.

More often, Chinese tourists find themselves victims of unscrupulous tour operators. On a weeklong guided tour through Thailand in 2009, Qi Lingfeng, 27, was one of several people in his group who refused to sign up for costly excursions like speedboat rides and concerts. As punishment, he said, the local guide locked them out of their hotel rooms. Other tourists at the same hotel, he said, were forced off their bus for the same transgression.

“It was so crazy, we even thought about calling the Chinese embassy in Bangkok,” he said.

During a group tour of the Siberian city of Vladivostok in January, Chen Xu, 47, a scientist from the coastal city of Xiamen, said the “ethnic Russian dancing” excursion, which cost $80, turned out to be a woman in a bikini twirling around a stripper pole.

“When the parents saw what was happening, they took their kids and left the room,” he said.

Surrounded by so many foreign stimuli, many yearn for a taste of home while abroad. Xie Nuoyan, 20, a college student from Beijing, felt as much during a recent visit to New York. While she appreciated the drinkable tap water, she said Chinatown was a letdown.

“I was really disappointed to see it’s not like in the movies, where there are lots of lanterns and performances everywhere,” she said.

On the upside, finding an abundance of Chinese food after days of consuming only strange Western concoctions redeemed the neighborhood.

“The sight of rice moved me to tears,” she said.

 Voir de plus:
Tear gas attack on 27 Chinese tourists in Paris, robbed by gang aboard airport bus
Two tourists injured by raiders who stole visitors’ luggage
Reuters/ South China Post
03 August, 2016Twenty-seven Chinese tourists were assaulted on Tuesday by half a dozen men as they boarded a bus that was to take them to Paris’s Charles de Gaulle airport, a French police source said.The assailants stole some pieces of luggage and injured two of the tourists, who were taken to hospital for treatment.“They sprayed the driver with tear gas and hit two tourists,” the source said.

The value of the goods stolen could not immediately be established.

Attacks on Chinese, Korean and Japanese tourists are frequent in the French capital as robbers believe they carry large sums in cash and their suitcases are stuffed with luxury goods purchased in Paris.

In May, Paris Mayor Anne Hidalgo travelled to Beijing to reassure Chinese authorities that the world’s most visited city had taken measures to beef up its security.

Chinese tourists shun western Europe in wake of violence as travel to France drops 15 per cent

Tourist traffic in Paris has dropped significantly since bloody attacks by Islamist militants last November, leading to sharp declines in sales for luxury goods makers but also for the capital’s retailers, hotels and restaurants.

Big luxury brands such as LVMH’s Dior and Louis Vuitton and Richemont’s Cartier have been hit hard by the drop in the number of free-spending Asian tourists in Paris as they make a significant proportion of their annual sales in the French capital.

Voir enfin:

POP VIEW; Rap After the Riot: Smoldering Rage And No Apologies

Ice Cube does some gloating on his new album, « The Predator. » « Anything you wanted to know about the riot was in the records before the riot, » he says in an interview-style interlude. « All you had to do was go to the Ice Cube library and pick a record. »

He’s right: « Death Certificate, » released on Halloween in 1991, not only articulated the rage surrounding the beating of Rodney King, but showed exactly where the flashpoint would be in the April riots in Los Angeles. The album included « Black Korea, » which revealed the deep resentment between Korean shopkeepers (whom Ice Cube, in one ignorant flourish, described as « chop-suey-eatin’ « ) and blacks, who felt they were being treated more like potential criminals than customers; when the riots came, Korean businesses became targets.

The album was vengeful and divisive, airing deep-seated prejudices and treating ethnic groups as if they were warring gangs that could never share turf. But it was also prophetic, which may be one reason « The Predator » shot to No. 1 on Billboard’s album chart upon release at the end of November. In the wake of the riot, people had been waiting for rap’s next bulletin from the front.

Before South-Central Los Angeles went up in a billion dollars’ worth of flames, the only voices from the area that most Americans had heard were the swaggering storytellers of gangster rap. Taking violence for granted, flaunting ugly attitudes toward women and homosexuals, savoring gory details, gangster rappers weren’t documentarians or responsible spokesmen; they were pulp auteurs, exploiting America’s appetite for violent entertainment while dropping enough local details or « reality » to sound credible.

When Los Angeles burned, the reality dwarfed gangster rap’s tales of drive-by shootings and petty but deadly feuds. Yet amid the violence, the rappers suddenly seemed like experts. And as the immediacy of the riots faded, rappers are again the voices most likely to be heard outside the ghetto. They are not diplomatic or conciliatory with the outside world; they have little to say about the riot victims or about rebuilding burned-out areas. That’s for politicians and community leaders to take care of. Rappers talk about how they feel.

Hip-hop is by far the most topical zone of popular music, so it was inevitable that the riots would make their way into rap’s fall releases. For the most part, Los Angeles rappers have preferred to stay with their usual postures and material, with increasingly redundant tales of crime, sex and battling machismo. Although explicit post-riot raps are greatly outnumbered by more typical gangster material, they have been emerging on new recordings over the last month. They suggest that the acquittal of the police officers who beat Rodney King has left enduring anger and that racial and ethnic polarization has only increased.

There are no apologies, just a few second thoughts. On recent releases, gangster rappers like Ice Cube vent rage and vow retribution, while noting with approval the post-riot truce between the two most entrenched Los Angeles gangs, the Crips and the Bloods. More politically inclined rappers, like Paris (from Oakland, Calif.), ricochet between fantasizing about terrorism and trying to draw broader lessons from the carnage.

The usually outspoken Public Enemy (from New York) plays defense. In « Tie Goes to the Runner » on the new album « Greatest Misses, » Chuck D says he’s « not suprised at all about the riots, » but his only word about the situation is to insist that raps like « Black Korea » didn’t create the problems: « This was predicted, not self-inflicted/ By the rap out of the ‘hood that kicked it good. » Sound bites from news coverage of the riots also appear as signs of authenticity on efforts like « Whut? Thee Album » by Redman, a performer from Newark who starts the album by placing himself in a « psycho » ward, talking out his sociopathic fantasies. The album includes « News Break, » in which a fictitious interviewer asks Redman about reaction to the riots. « Yeah, they still mad, » he says, and threatens the interviewer.

As with the rest of hip-hop, pluralism reigns. But the sentiment they share is that it took an all-out insurrection to get the attention of a white power structure.

Ice Cube, the best-known voice of South-Central, is involved not just on « The Predator » but on a forthcoming album by a rapper called Kam, due in February, and on an all-star post-riot single called « Get the Fist, » which Mercury Records released but made little effort to promote. Sales of the single, a sequence of snippets by Ice Cube, Yo-Yo, Cypress Hill, Kam and others, benefit the Brotherhood Movement, which was formed in the aftermath of the 1965 Watts riots and is currently working to rebuild South-Central. But it’s obvious why Mercury didn’t try to turn it into another « We Are the World »; « Get the Fist » is probably the most belligerent charity single ever made.

It starts with on-the-spot defiance — « I’m black and I’m proud to be lootin’ in your face » — and moves on to calls for black unity against the police and whites: « Not black on black/ The other color gets beat. » « Get the Fist » also includes part of Ice Cube’s riot commentary from « The Predator, » « We Had to Tear This — Up. » In the complete song, between news bulletins about the verdict and the riots, Ice Cube raps about looting (« Now I got a laptop computer ») and fantasizes about killing the policemen who beat Mr. King and the jury members who acquitted them. His conclusion is that the riots were necessary for blacks « to get some respect. »

Kam’s single « Peace Treaty, » due in January, praises the gang truce but starts out discussing the riots: « It wasn’t just the blacks, everybody was looting and had each other’s backs. . . . We all had a hand in the cookie jar and took it far enough to make a statement. »

Paris echoes that sentiment on his second album, « Sleeping With the Enemy »: « Don’t be tellin’ me to get the nonviolent spirit/ When I’m violent is the only time you devils hear it. » Those lines are part of « Bush Killa, » Paris’s vision of assassinating the President, a calculated provocation to draw attention to what he sees as genocide against American blacks (« I hope he thinks of how he done us when he’s laid to waste/ From guns given to my people for my own kind »).

Talking about the riots themselves, in a simulated telephone conversation that opens « Long Hot Summer, » Paris and a friend dismiss those who are looting sneaker stores as « tired » and worries that in the aftermath of the riots, blacks will benefit as little as they did after the Watts riots. « If we don’t think about things that we need to do for ourselves, » he says, « this is just going to happen again and again and again and again. » But in the rap that follows, he plays a gun-toting guerrilla stalking cops, with a chorus of « rat-a-tat-tat from my gat. »

In cities where pistols are used to settle schoolyard arguments, it’s pointless to wish for gun control in rap lyrics. And while no one should take such songs literally, they do reflect a pathology born of all-American myths and of smoldering frustrations. Weaned on the image of the frontier gunslinger who can single-handedly clean up a town, or the Rambo who can refight and win the Vietnam War without a shirt, rappers aren’t the only ones who long for decisive action backed by armed force.

Rappers have all sorts of motives, ethical and unethical, to remind the outside world about their frustration, and in the commercial realm of popular culture, no motives are entirely unmixed. A rapper can identify with his or her community, hoping to shock listeners into paying attention to real troubles, and simultaneously realize that contention and notoriety and sensationalism will publicize and sell recordings. For rappers who portray their characters as gunslingers and guerrillas, there’s also a large component of machismo, the determination to convince the archetypal street-level listener that the performer is as « hard » as the competition.

Post-riot raps don’t offer practical solutions to urban unemployment, declining education, drugs and crime, any more than governmental bodies have. Instead, they shout and snarl about an escalating desperation that makes all sides seek scapegoats, raising friction and shutting off the possibility of dialogue.

Amid the gunplay and vengeance fantasies, the raps make one thing clear. While April’s flames may have been quenched, the hostility that ignited them has not gone away. « I do want the white community to understand our community more, » Ice Cube says on « The Predator. » « I’ve given so many warnings on what’s gonna happen if we don’t get these things straight in our lives. » His conclusion: « Armageddon is near. »


Bac 2016: L’architecture, ça sert d’abord à faire la guerre (Medieval Manhattan redux: Look what they’ve done to my sky, ma)

18 juin, 2016

MedievalManhattandarkshadowsNYFutureskylineAccidentalSkylineRacetothetopNYSupertallNYLongShadowsnyc-shadows

Stand-Against-the-Shadow
UmbrellaDemo
terreform-smart-city-farm
Ritz the ritz towerQue ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent! Pierre (Actes 8: 20)
Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur. Jésus (Matthieu 6: 19-21)
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres (….) Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume. Jésus (Matthieu 24: 6-7)
Le soir, vous dites: Il fera beau, car le ciel est rouge; et le matin: Il y aura de l’orage aujourd’hui, car le ciel est d’un rouge sombre. Vous savez discerner l’aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps. Jésus (Matthieu 16: 2-3)
Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. René Girard
Few tourists dining in the restaurants of San Gimignano enjoying the wines and cuisine of Tuscany know the dark history behind the many towers that loom over the town. These early Medieval skyscrapers rose above streets that were far meaner than anything we have today. Every north Italian city once bristled with these towers, hundreds of them. Bologna still has a few left. You can find the stumps of these towers in every northern Italian city if you look for them. Florence is filled with the remains of these towers. They are everywhere if you know what to look for. (…) Northern Italy was the only place in Western Europe where urban life survived the collapse of the Roman Empire. It was the most densely populated part of Europe at a time when large areas of Western Europe were becoming depopulated and reverting back to wilderness. (…) These towers were fortresses. They belonged to families that had their own private armies, and frequently waged war on each other. These military noble families made their fortunes through extortion, by shaking down merchants and shopkeepers, by blocking roads and charging tolls, through collecting protection money from the surrounding inhabitants. They constantly fought with each other over turf. When the fighting became fierce, these families and their soldiers would retreat into these towers and pull up the ladders for protection. Families kept their precious possessions in these towers, and used the towers to announce to the rest of the city who ruled in a particular neighborhood. (…) The other inhabitants of the city lived at the mercy of these feuding families. They lived in crowded tenements along very narrow winding alleys. (…) Whereas the noble families lived in towers of stone and had their own wells, everyone else lived in half-timber wattle and daub structures vulnerable to fire and flooding. For water, most of the inhabitants depended on the local river. The dark narrow streets were filthy, full of garbage, raw sewage, and animals, dangerous and crime-ridden. Disputes and criminal offenses were usually settled by vendetta, leading to generations-long pointless warfare between families and clans. Long before the first outbreak of the Plague, diseases such as typhus and cholera cut through these tenements like a scythe every summer. Due to the constant warfare between clans over turf, one day’s safe area would be another day’s no-man’s-land. To find anything similar today, we would have to travel to places like Somalia, southern Yemen, or the eastern Congo. Counterlight’s peculiars
After their initial appearance in Ireland, Scotland, Basque Country and England during the High Middle Ages, tower houses were also built in other parts of western Europe as early as the late 14th century, especially in parts of France and Italy. In Italian medieval communes, tower houses were increasingly built by the local barons as powerhouses during the inner strifes. Wikipedia
In 1199, the city made itself independent from the bishops of Volterra and established a podestà, and set about enriching the commune, with churches and public buildings. However, the peace of the town was disturbed for the next two centuries by conflict between Guelphs and Ghibellines, and family rivalries.This resulted in families building tower houses of increasing height. Towards the end of the Medieval period they were 72 in number and up to 70 metres (230 feet) tall. The rivalry was finally restrained when it was ordained by the council that no tower was to be taller than that adjacent to the Palazzo Comunale. Wikipedia
Eddie avoided the Harlem River—it was overcrowded and overfished, even more so than the Hudson, littered with oystering boats. Several bridges had recently been built across the waters, disturbing the marsh birds. He knew it wouldn’t be long before the countryside disappeared, as it had in Chelsea, where there was pavement everywhere. (…) Past the area of Washington Heights was Hudson Heights, the highest altitude in Manhattan, at 265 feet above sea level. There was the pastoral village of Inwood, and although the subway ran this far, this section of north Manhattan was still dotted with small farms, including a house once owned by the Audubon family. Eddie joined the hermit in his agitation over the constant building in Manhattan. Apartment buildings were rising everywhere. Alice Hoffman (The Museum of Extraordinary Things, 2014)
By 1927, the commanding apartment buildings along Park Avenue were not just tall; they were immensely tall, true towers, the first skyscrapers built for permanent living. The tallest of them was the Ritz Tower, shooting up from the pavement at the corner 1 of Fifty-seventh Street and Park Avenue. Built for blue-bloodsand tycoons by Emery Roth, […] it opened in October 1926 and was one of the first residential buildings in 2 New York constructed in sympathy with the city’s landmark zoning law of 1916. Concerned about diminishing sunlight and fresh air in the canyonlike streets created by the closely massed skyscrapers of lower Manhattan, the city placed a limit on the maximum height and bulk of tall buildings. Height limits were based upon the width of the street a building faced; if a developer proposed to exceed the legal limit, the stories above it had to be set back, roughly one foot for each four feet of additional height. […] Forced to work within the confines of the so-called zoning envelope, architects began constructing “set-back” skyscrapers, with sections of the buildings set back further and further as they rose from their bases into the island’s sky. “Wedding cake” architecture, some New Yorkers called it […]. The Ritz Tower […] was forty-one stories high. The tallest inhabited building in the world, it dominated the skyline of Midtown Manhattan as the Woolworth Building did that of lower Manhattan. Residents of its upper stories had unobstructed views in all directions for a distance of twenty-five miles on clear days, “panorama[s] unexcelled in all New York,” Emery Roth boasted. It was a new way of living for the rich. They became sky dwellers, their “mansions in the clouds” higher than anyone had ever lived. In its architectural aspirations alone, the Ritz Tower expressed the shoot-for-the-moon spirit of the Jazz Age. Sculpted in rusticated limestone , it rose from its base “like a telescope,” up through its set-back terraces to a square tower crowned by a glistening copper roof. Donald L. Miller (Supreme City: How Jazz Age Manhattan Gave Birth to Modern America, 2014)
In this document, nature and the urban city are working as one. The document portrays a city that is thriving because they harness nature. The message is that making NYC greener will allow not only a more harmonious urbanization but it will also be artistic in nature. (…) In document 1, Eddie and Beck view the industrialization period to be negative progress, as New York is losing its farms and wildlife to the new bustling city life. Document 2 is founded on the roaring 20s outlook, where bigger is better. Document two shows that skyscrapers were a progressive movement. In document 3, we see a combination of both document 1 and 2. There is the value of nature and urbanization. Progress in this document is one where urbanization and nature become circular and live harmoniously. Corrigé bac anglais 2016
More than 100 years ago, New York pioneered zoning codes designed to bring light and air (if not Central Park views) to even its most disadvantaged residents. In 1879, the city introduced a “tenement law” that required small apartment buildings for the lower-classes to include airshafts; in 1901, the law was revised to call for large-scale courtyards. Around the same time, titans of industry were building skyscrapers in midtown and the Financial District. (In those days, large commercial enterprises were confined to a few neighbourhoods, a kind of segregation that no longer exists.) Some of the structures, particularly the Equitable Building at 120 Broadway, completed in 1915, with more than one million square-feet of space on a one-acre site, were so overpowering that, in 1916, the city began requiring setbacks at various heights, to make sure light and air reached the street. The setback requirements, generally ensuring large reductions in floor area above the 10th storey, and further reductions higher up, led to one of the most distinctive building types of the 20th century: the wedding-cake tower, with the striations required by law inspiring jazz-age architects to greatness. (The Empire State and Chrysler Buildings are elongated examples of the form; the setback laws allowed for towers of any height so long as they were less than a quarter of the area of the building lot below.) But in 1961 the city revised the zoning laws again, making the wedding-cake towers period pieces. Instead, entranced by Mies van der Rohe’s Seagram Building on Park Avenue, a masterpiece of bronze metal set back in a handsome plaza, officials switched to a zoning code that encourages standalone towers. In exchange for ceding open space to the public, developers could build straight up (the permissible height was governed by a calculation called “floor area ratio”, or FAR). The problem: not every architect is as good as Mies, or every client as generous as Seagram. The city was overtaken by banal, sheer towers set in plazas that offered very little to the public and, given the height of the new buildings, were often in shadow. But that was a time of a rising middle class, when affordable housing was being built all over the city, and residents commuted to jobs in blocky office buildings (increasingly, commercial tenants wanted large floor plates). Only the World Trade Center, 1,368 feet high, overtook the Empire State Building in height. But the 110-storey Twin Towers, anchoring their own downtown skyline and set in a giant plaza (called a “superblock”), were a special case. Otherwise, buildings of 40-60 storeys were the norm. No one, it seems, was anticipating the current wave of pencil-thin, supertall towers. The technology they depend on has been around for decades — “mass dampers”, which prevent thin towers from swaying uncomfortably, are nothing new. So has the structural know-how that allows them to rise safely even from tiny bases. One of the buildings, 432 Park Avenue, has recently topped out at 1,396 feet, from a site of just 90 feet square. The real generator of form now is the winner-take-all economy — and with it, the demand for sky-high condos at sky-high prices. Virtually all of the new buildings are condominiums with just one unit to a floor, which means they can get by with very few elevators. And that, in turns, mean they can be built even on very narrow lots. In other words, the demand for $20m to $100m condos, with views in all directions and no next-door neighbours, has given rise to a new building type – making the revised skyline the physical manifestation of New York’s income disparities. Amazingly, none of the towers required city permission (although they did require clearance from the Federal Aviation Administration, given Manhattan’s proximity to three airports). The city doesn’t limit height, just floor area ratio, and developers, can buy “air rights” from adjacent buildings, letting them go supertall “as of right”. (…) Not only are these new towers casting long shadows on Central Park; they are turning the New York skyline, for most of the 20th century a kind of ziggurat with the Empire State Building as its peak, into a jumble. As for life below? The buildings are making the city less pleasant for anyone who cannot afford one of the condos in the sky. Think of it as the new Upstairs, Downstairs, but on an urban scale. The Guardian
These buildings are transforming the streetscape of Midtown and Lower Manhattan, and they are transforming the skyline even more. Two new luxury apartment towers in the super-tall category are going up in Tribeca, at least so far. But the biggest impact has been in Midtown, in the blocks between 53rd and 60th Streets, where seven of the new condominiums are either under construction or planned. Four of them are on 57th Street alone, which day by day is becoming less of a boulevard defined by elegant shopping and more like a canyon lined by high walls. (And that’s just the buildings that have been announced. There are others rumored to be in the planning stages, including one that would replace the venerable Rizzoli bookstore, also on West 57th Street.) If there is any saving grace to this tsunami of towers, it is in their very slenderness. From a distance they read as needles more than as boxes; what they take away from the street they give back to a skyline that has been robbed of much of its classic romantic form by the bulky, flat-topped office towers that have filled so much of Midtown and Lower Manhattan. These new buildings will not exactly turn Manhattan into a sleek glass version of San Gimignano—“the city of beautiful towers”—but thin buildings at least make for a striking skyline, and they cast thinner shadows as well. Those shadows are no casual matter, since all of the new buildings are relatively close to Central Park, and they are arranged in an arc that extends from the southeast to the southwest corner of the park, not so different from the arc of the daily path of the sun. (…) The even more troubling shadow these buildings cast, however, is a social and economic one. If you seek a symbol of income inequality, look no farther than 57th Street. These new buildings are so expensive, even by New York standards, because they are built mainly for the global super-rich, people who live in the Middle East or China or Latin America and travel between London and Shanghai and São Paulo and Moscow as if they were going from Brooklyn to Manhattan. There have always been some people like that, at least since the dawn of the jet age, but it’s only in the last decade that developers have put up buildings specifically with these buyers in mind. The Time Warner Center, at Columbus Circle, finished in 2004, was New York’s trial run, so to speak, at targeting this new market for condominiums with spectacular views at exceptionally high prices. But it’s a global phenomenon, with buildings such as One Hyde Park, in London, and the Cullinan and the Opus, in Hong Kong. The new 57th Street may be New York’s way of playing with the big boys as far as global cities are concerned, but it comes at the price of making Midtown feel ever more like Shanghai or Hong Kong: a place not for its full-time residents but for the top 1 percent of the 1 percent to touch down in when the mood strikes. (…) Even before the new wave of super-tall buildings, the condominium market in New York had become much more design-sensitive, and putting the names of well-known architects like Richard Meier, Jacques Herzog and Pierre de Meuron, Frank Gehry, Jean Nouvel, or Robert A. M. Stern on buildings has become a marketing advantage. In fact, at these prices it’s now gotten to be something of a necessity, the same way some women will only spend $3,000 or $4,000 on a dress if it has a famous designer’s name on it. Unfortunately, sometimes the result seems more like the architectural equivalent of a fancy label sewn into an ordinary garment.  (…) They are places in which to park your cash as well as yourself and maintain your privacy in the bargain. Fueling the market still more is the fact that New York real estate has been seen for a while as both safer and more reasonably priced than real estate in much of the rest of the world. However irrational the prices of the new wave of super-luxury condominiums look to New Yorkers, these properties are cheaper than their counterparts in Hong Kong and London, which have sold for as much as $221 million. Not for nothing did Jonathan J. Miller of the real-estate appraisal firm Miller Samuel call the new condominiums “the equivalent of bank safe deposit boxes in the sky that buyers can put all their valuables in and rarely visit.” (…) If the size of the 432 Park Avenue tower, which replaces the old Drake Hotel, seems out of scale with its surroundings—which it is—it’s worth noting that it’s not the first residential building in the neighborhood to have that problem. Diagonally across the street is the building that might be considered the true first super-tall, super-thin residential tower, the Ritz Tower. It was built in 1925 to the designs of Emery Roth and Carrere & Hastings, and it rose 41 stories to 541 feet, a height that seemed every bit as outrageous in the 1920s as 1,396 feet does now. Ayn Rand was almost surely referring to the ornate Ritz Tower in The Fountainhead when she wrote disdainfully of “a Renaissance palace made of rubber and stretched to the height of forty stories.” These buildings have already given the 21st-century skyline the same kind of shock that the Ritz Tower gave it in the 1920s, when living 40 stories into the sky seemed brazen. Whatever impact all of this has on the cityscape, it will also have an effect on the handful of people who will live in these buildings, many of whom probably see these aeries as a chance to distract themselves from the ordinary woes that mere mortals suffer on the ground. Can height buy happiness? A few years after the Ritz Tower opened, the Waldorf Towers climbed even higher. Cole Porter maintained an apartment there for years. Could that be why he wrote a song that ended with the words “down in the depths of the ninetieth floor”? Vanity Fair
Twenty-six years ago this month, a coalition of New Yorkers led by Jacqueline Kennedy Onassis won a historic victory for Central Park. At issue was a planned building on Columbus Circle by the developer Mortimer B. Zuckerman with 58- and 68-story towers that would cast long shadows on the park. After a lawsuit by opponents of the plan and a rally in Central Park at which over 800 New Yorkers with umbrellas formed a line to simulate the building’s shadow, Mr. Zuckerman relented and agreed to scale down his design, which eventually became known as the Time Warner Center. “One would hope that the city would act as protector of sun and light and clean air and space and parkland,” Mrs. Onassis said at the time. “Those elements are essential to combat the stress of urban life.” Today, as the city becomes denser and green space ever more precious, New Yorkers’ access to sunlight and blue skies above Central Park is under assault in ways that make Mr. Zuckerman’s original plans look benign. Fueled by lax zoning laws, cheap capital and the rise of a global elite with millions to spend on pieds-à-terre, seven towers — two of them nearly as tall as the Empire State Building — have recently been announced or are already under way near the south side of the park. This so-called Billionaires’ Row, with structures rising as high as 1,424 feet, will form a fence of steel and glass that will block significant swaths of the park’s southern exposure, especially in months when the sun stays low in the sky. (…) Despite the likely impact these buildings would have on the park, there has been remarkably little public discussion, let alone dissent, about the plans. Part of this is because few people seem aware of what’s coming. Many of the buildings are so-called as-of-right developments that do not require the public filing of shadow assessments, which can ignite opposition with their eye-popping renderings of the impact shadows will have on surrounding areas. (…) There are few New Yorkers around today with the gravitas and magnetism of Jacqueline Onassis to focus public attention on planning issues the way she did for Grand Central Terminal and Columbus Circle. That means New Yorkers who want to protect Central Park will have to do it on their own, by picking up their umbrellas once again and by contacting community boards, politicians, city agencies and the developers themselves, to demand immediate height restrictions south of the park. And they need to hurry, before the sun sets permanently on a space the park designer Frederick Law Olmsted envisioned as “a democratic development of the highest significance.” Warren St. John
Lorsque la Ville décidera de s’en soucier, il n’y aura déjà plus de soleil sur Central Park. Si personne ne s’est préoccupé de changer les lois concernant l’aménagement du territoire, c’est aussi parce que personne n’avait imaginé que des tours aussi hautes pourraient être bâties sur des terrains aussi petits. (…) Je ne suis pas contre l’érection de tours, et personne ne l’est à New York. Mais est-ce que quelques coffres-forts dans le ciel pour oligarques valent la peine de priver 42 millions de personnes [fréquentation annuelle de Central Park, ndlr] de soleil ? Warren St. John
Business du pénis (…) Il y a de cela. Mais c’est aussi un choix économique et marketing très rationnel. La force de New York, et son objet, est de changer et d’évoluer en permanence. La différence entre elle et les autres villes du monde, c’est que l’on n’a rien eu à demander à personne. Rafael Viñoly (architecte uruguayen du « 432 Park »)
New York est une ville de gratte-ciel. Il n’y a aucune raison qu’ils ne soient pas là. Harry Macklowe
300, 400 et même plus de 500 mètres… La folie des hauteurs sévit plus que jamais chez les milliardaires. Dans le quartier de Midtown, à Manhattan, sept nouveaux gratte-ciel sont en construction. Prouesses technologiques, ils promettent une vue imprenable sur Central Park. Quitte à lui faire de l’ombre. (…) Depuis quelque temps, le quartier de Midtown à Manhattan est le théâtre d’une nouvelle extravagance : pas moins de sept gratte-ciel résidentiels sont en construction, la plupart sur la 57e Rue, désormais surnommée « la rue des milliardaires ». C’est à qui construira le plus haut, le plus mince, le plus luxueux. (…) Personne, à New York, n’avait réalisé que sept nouveaux gratte-ciel allaient changer l’horizon de Manhattan et, du même coup, la vie des riverains. Jusqu’à cet après-midi d’octobre 2013. L’auteur et journaliste Warren St. John est au parc avec sa fille de 3 ans, lorsque, tout à coup, le soleil disparaît. Il lève les yeux à la recherche du nuage fautif, avant de réaliser qu’il s’agit de la tour One57 en construction. Contrarié, il épluche les pages « immobilier » des journaux, et découvre, ébahi, qu’elle ne sera pas la seule à voiler la partie sud du parc. Sans attendre, il écrit un éditorial dans le New York Times, qui met le feu aux poudres. Les associations s’en emparent et les riverains se fâchent. Lors de la réunion d’information organisée en février 2014 à la bibliothèque publique, 500 personnes se bousculent pour faire part de leurs inquiétudes. Trop tard. Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur. Ils peuvent construire aussi haut qu’ils le souhaitent, à condition toutefois d’acquérir les « droits aériens » des immeubles adjacents. A chaque parcelle est attribué un nombre maximal de mètres carrés constructibles, par conséquent, si l’on veut construire plus grand, et donc plus haut, il faut racheter les parts non utilisées des voisins. « Cela faisait plus de dix ans que, très discrètement, Gary Barnett amassait les mètres carrés en rachetant les droits aériens des parcelles limitrophes aux siennes », a fini par découvrir Margaret Newman, directrice exécutive du Municipal Art Society de New York. Cet organisme à but non lucratif, qui se bat pour préserver la « vitalité » de la ville, notamment par l’urbanisme, a produit une étude sur l’impact de ces gratte-ciel sur Central Park. Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur. « Lorsque la Ville décidera de s’en soucier, il n’y aura déjà plus de soleil sur Central Park, redoute Warren St. John. Avant d’ajouter : Si personne ne s’est préoccupé de changer les lois concernant l’aménagement du territoire, c’est aussi parce que personne n’avait imaginé que des tours aussi hautes pourraient être bâties sur des terrains aussi petits. » Et pour cause. « Il y a dix ans, c’était impossible », explique l’architecte Rafael Viñoly. Testée à maintes reprises dans un laboratoire du Canada (simulation des vents, d’un tremblement de terre, de tornades…), la Tour 432 est une véritable prouesse technique. Tous les 12 étages, il y a une rupture de deux étages vides, sans fenêtres, afin de laisser circuler l’air. Une nécessité. Sans cela, elle se casserait. « Même si les gens n’aiment pas en entendre parler, la vérité c’est que la tour bouge, et beaucoup », raconte Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Quant à la tour Steinway, elle sera dotée, sur son toit, d’une boule d’acier de 800 tonnes afin de faire contrepoids. Les promoteurs ne donnent pas seulement dans la surenchère de silhouettes élancées, mais aussi de luxe. Piscine, restaurant et salle de cinéma privés, chef étoilé à disposition, terrasses haut perchées, spas pour chiens (!), salle de fitness suréquipée, espace de jeux pour les enfants, chambres aux étages inférieurs (sans la vue donc) pour loger le petit personnel… Ils redoublent d’imagination pour appâter leur richissime clientèle. Certains vont même jusqu’à installer des systèmes de trottoirs chauffants devant l’entrée afin qu’en hiver ces dames en talons aiguilles ne soient pas incommodées par la neige. Dans un petit film promotionnel kitschissime, Macklowe Properties met en scène « la vie de château dans les nuages » : de jolies femmes en décolleté sirotent leur champagne à 400 mètres de haut aux côtés de messieurs très chics, une danseuse de ballet fait ses pointes devant une baie vitrée dominant Manhattan, une femme est alanguie dans un bain de diamants, une sculpture de Giacometti profite sereinement de la vue… « Ce n’est pas une vidéo typique, convient le vice-président Richard Wallgren. C’est un pitch de vente plus subtil, qui parle d’art de vivre et d’esthétique de l’immeuble. » (…) Un salon et des fenêtres XXL, des salles de bains en marbre blanc, une hauteur sous plafond de 4 mètres… 70 % des appartements du 432 Park Avenue sont déjà vendus, alors même que la tour ne sera entièrement achevée que dans un an. « Et le reste sera vendu d’ici deux mois », Harry Macklowe n’en doute pas. « La demande pour ce type de logement est énorme. Tout le monde veut en faire un investissement. » Les très riches uniquement. Et beaucoup sont russes, chinois, brésiliens, en quête d’une résidence secondaire (qui sera vide la majeure partie de l’année) et, surtout, d’un bon placement. Certains parlent de ces appartements comme des nouveaux comptes en banque suisses. « Sauf que ça paie mieux qu’une banque suisse et c’est plus discret, se félicite Michael Stern, de JDS. Il n’existe pas d’endroit plus sûr où placer son argent. » Et pas seulement pour les riches étrangers. « Deux tiers des acheteurs sont américains », affirme Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Côté One57, « 50 % des acheteurs sont américains », assure Jeannie Woodbray, la responsable commerciale, exemples à l’appui : un patron de mode, un vendeur de vitamines de l’Idaho, un concessionnaire automobile du Minnesota, un propriétaire d’une ferme de cochons dans le Midwest… Harvey Sandler, à la tête d’un fonds d’investissement, vient de racheter un appartement du 58e étage à 34 millions de dollars à Enterprise SSO, qui l’avait acquis en mai dernier pour 30,55 millions de dollars. Soit une culbute de plus de 3 millions de dollars en quelques mois. Selon Noble Black, de l’agence immobilière Corcoran, intermédiaire de cette juteuse transaction, « le marché du résidentiel superluxe est devenu tellement dingue, que certains attendent déjà les prochaines tours, plus neuves, plus hautes… ». Et les avantages fiscaux qui vont avec. Consentis aux promoteurs (en principe contre l’obligation de construire des logements à prix modérés) comme aux acquéreurs, ces faveurs n’ont pas été remises en cause par Bill de Blasio, le nouveau maire démocrate de New York, élu en novembre 2013. Pendant sa campagne pourtant, en partie financée par des promoteurs immobiliers comme Gary Barnett ou Michael Stern, il avait fait de la réduction des inégalités son cheval de bataille. Aujourd’hui, la frénésie est telle que même Lower Manhattan s’y met. Livrée en 2011 et s’élevant à 270 mètres, la « 8 Spruce Street », ou « tour Gehry », comme l’appellent les New-Yorkais, avait amorcé la tendance en devenant à l’époque la tour résidentielle la plus haute de New York. Bientôt, la cascade de demeures individuelles de la « Lego Tower » de TriBeCa, sur Leonard Street, atteindra 250 mètres. Quant à JDS Developpement, elle a déjà les plans d’une tour à Brooklyn. Louise Couvelaire

Quand Manhattan se prend pour San Gimignano …

Hauteurs de 300, 400 et même plus de 500 mètres, surenchère de minceur entrainant la condamnation forcée d’étages entiers pour raisons de sécurité,  appartements à près de 100 millions de dollars qui s’arrachent comme des petits pains, milliardaires russes, chinois ou brésiliens prêts à débourser des fortunes pour ces véritables « coffre-forts du ciel » à salon et fenêtres XXL, salles de bains en marbre blanc et hauteur sous plafond de 4 mètres qu’ils n’occuperont que quelques jours par an, vue imprenable sur Central Park condamnant à l’ombre des dizaines de millions de visiteurs dudit parc chaque année, associations de riverains découvrant quand il est trop tard le système d’avantages fiscaux et de revente de « droits aériens » des immeubles adjacents permettant ces nouvelles folies …

A l’heure où entre l’argent facile de Wall street et, mondialisation oblige, la continuation de la guerre par d’autres moyens qu’est devenue l’économie …

New York semble être repartie pour un tour de folie des hauteurs

Jusqu’à priver de soleil et faire disparaitre le ciel même pour toujours plus d’usagers de Central Park

Et où après la prestigieuse Oxford Union, la victime d’un crime d’honneur et les tigres bleus

C’est un nouveau sujet en or qu’assassine la cuvée du bac d’anglais 2016

Comment ne pas être frappé par l’étrange ressemblance …

Avec les fameuses tours-maisons-forteresses du petit Manhattan médiéval

Qui sur fond d’interminables vendettas entre familles rivales (les fameux guelfes papistes et les ghibellins impérialistes) …

Avaient défrayé en leur temps la chronique de la Toscane des XIII-XVe siècles ?

Guelfes et Gibelins
Jacques Heers
Ancien professeur de l’ université Paris IV-Sorbonne († 2013)

Avril 2002

L’affrontement des Guelfes et des Gibelins atteste de la puissance économique, politique et militaire de l’aristocratie italienne au Moyen Âge et de ses divisions. Nous avons demandé à Jacques Heers auteur notamment de La ville au Moyen Âge en Occident (Fayard, 1990), de Machiavel (Fayard,1985) et du Clan familial au Moyen Âge (Quadrige, 1993) de replacer son histoire dans le contexte de la lutte pour le pouvoir dans les cités du nord et du centre de l’Italie.

Familles, clans et factions

Dans les années 1100, les villes d’Italie du Nord et du Centre se sont affranchies de l’empereur et de leurs évêques. Pourtant, les mots de « communes » et de « républiques marchandes » que nous employons volontiers ne tiennent pas compte des réalités. Ces communes ne faisaient jamais appel à de larges consultations des citadins. Les grands marchands étaient, en fait, des nobles, seigneurs de quartiers entiers dans la cité et de fiefs seigneuriaux dans les campagnes, capables de réunir sous leurs bannières des troupes de clients et de vassaux armés. Tout le pouvoir fut, en tous temps, aux mains de cette aristocratie qui se réservait les plus hautes charges et plaçait ses fidèles aux postes d’exécution. Elle n’a jamais rien cédé et les cités n’ont pas connu de conflits nés d’une opposition sociale, riches contre pauvres par exemple, mais ont sans cesse souffert des affrontements entre familles, clans et factions au sein de cette noblesse. La conquête du pouvoir, la course aux offices furent responsables de guerres civiles atroces. Ni quartier, ni partage : deux seuls partis, jamais plus, l’un au gouvernement, l’autre, vaincu, qui subit ou s’enfuit, laisse la place. En plusieurs villes, à Florence et à Sienne et à Pise notamment, ces partis furent d’abord les Guelfes et les Gibelins, les mots faisant référence à deux lignages princiers d’Allemagne, les Welfs de Bavière et les Hohenstaufen de Souabe qui se disputaient l’empire. Dans Florence, les clans ennemis se sont déclarés pour l’un et pour l’autre. Par la suite, l’une des factions, les Guelfes, eut l’appui du pape, l’autre, les Gibelins, celui de l’empereur. À vrai dire, les auteurs de l’époque parlent rarement de parte ; ils disent plus volontiers brigate, ou setta, mot qui n’a ici rien de péjoratif, et insistent surtout sur le groupe parental, sur la famille. Giovanni Villani (1280-1348), le plus fin analyste de ces conflits, n’emploie jamais le mot de parte mais écrit, ne trouvant rien de mieux, quelli della casa di… : « ceux de la maison des ». À Bologne, c’étaient les Geremei et les Lambertazzi, deux clans familiaux, naturellement ennemis à mort. Tous comptes faits, Guelfes et Gibelins font plutôt figure d’exception. On prenait des noms de couleurs : ainsi les Blancs et les Noirs à Florence, lorsque les Guelfes, vainqueurs, se sont partagés en deux factions acharnées à se détruire. Ailleurs, on désignait l’ennemi par un surnom, souvent malséant, rappel d’une mésaventure, d’une déconvenue, d’une disgrâce physique des chefs même : à Orvieto, les Malcorini « les sans paroles » et les Beffati – « ceux dont on se moque » – ; à Pise, les Raspanti qui, maîtres du gouvernement, pouvaient raspare – « gratter » et les Bergolini –« trompés, privés de tout ».

Des affrontements constants

Ces villes « marchandes », merveilleux foyers de création artistique, présentées comme des havres de paix, étaient en réalité des cités guerrières, en luttes continuelles. Chaque parti comptait ses hommes de main, ses masnadieri, et ses seguaci. Opposer le château du seigneur rural à la ville de ces marchands est une erreur. Chaque grande famille se faisait construire une haute tour, refuge et base d’attaque. Aujourd’hui, Florence, Bologne et même San Gimignano ne donnent qu’une pauvre idée de ce qu’étaient ces cités hérissées de donjons dressés parfois à cent mètres de hauteur. À Bologne, de 1266 à 1299, plus de deux cents actes notariés authentiques ont permis d’identifier cent quatre-vingt-quatorze tours et de connaître exactement les mesures de cinquante-quatre d’entre elles. Florence, comptait, ces années-là, plus de deux cents tours ; cent soixante-quinze sont situées sur le plan. Pour Gênes, un registre fiscal du XVe siècle, à une époque où de nombreuses tours étaient en ruines, en cite encore soixante debout, dont douze dans l’étroit périmètre de la petite place de San Giorgio.La guerre naissait d’un rien, d’un défi lors d’un bal ou des funérailles d’un chef, lors du passage d’une cavalcade, ou pour de sordides querelles de voisinage. Plus souvent, de propos délibéré, pour prendre la place du parti nanti. Les chroniqueurs du temps ne cessent de parler des mutazioni, des rumori, des bollori di popolo, toujours du fait des partis : « des rumeurs et grandes nouveautés que connut la cité de Pise à cause des sectes des citadins », ou : « Florence étant dans une grande effervescence à cause des sectes et des inimitiés… ».Guerres inexpiables dont on ne peut imaginer la sauvagerie ! Ni héros ni sens de l’honneur ; seulement la haine, la surprise et la ruse. Les chefs entraînaient le petit peuple à piller et à brûler. À Vicence, « il y eut un grand feu qui dura six jours, si bien que le quart de la cité fut brûlé » et Villani intitule l’un de ses chapitres « Comment il y eut un nouveau feu à Florence et se brûla une bonne partie de la cité ». Massacres et tueries ; exterminer les vaincus allait de soi, ainsi à Brescia : « et il fut donné licence à la parte guelfa et, pour trois jours, ils pourraient tailler en pièces le parti des Gibelins ». Au soir des combats, la ville était livrée aux passions et aux raffinements de cruauté. À Spolète en 1319, les Gibelins vainqueurs jetèrent les Guelfes en une prison où ils mirent aussitôt le feu et les firent tous périr. À Rieti, en 1320, les Guelfes noyèrent plus de cinq cents Gibelins dans le fleuve qui fut tout teinté de sang. On parle de cadavres des chefs traînés dans les rues, livrés à des troupes d’enfants qui les dépècent, jouent pendant des heures aux boules avec les têtes ; « il y en eut de si cruels et animés d’une telle fureur bestiale qu’ils mangeaient de la chair crue ». On refusait des funérailles chrétiennes aux morts ; on les enterrait hors de l’enceinte urbaine, afin qu’ils ne risquent de rendre la cité impure.

Rien ne pouvait apaiser ces haines, cette soif de pouvoir et de vengeance. Pourtant, l’Église ne cessait de prêcher la réconciliation et de réunir les chefs pour qu’ils jurent de s’entendre et de soumettre leurs querelles à un arbitrage. À Gênes, en 1169, l’archevêque fit sonner les cloches et appeler tous les citoyens à un parlement sur la place publique ; les deux factions, Avogati et della Volta, jurèrent, sur les reliques de saint Jean-Baptiste, de respecter la paix. Le 4 août 1279, à Bologne, le légat et neveu du pape fit prêter serment sur l’Évangile aux cinquante premiers membres de chaque parti. Quelques années, quelques mois de répit, pas plus… Vaines aussi les prédications et solennelles processions des moines mendiants et des « mouvements de paix », les Flagellants, le Grand Alleluia de Spolète, les chevaliers gaudenti de Bologne qui, à Padoue, firent construire la chapelle des Scrovegni, décorée par Giotto en 1304-1305.

Des représailles terribles

Les guerres civiles ne pouvaient connaître qu’une seule fin : ni accord, ni compromis ou apaisement mais l’anéantissement complet de l’autre. Les vainqueurs célébraient leur retour au pouvoir par un grand triomphe. En 1267, les Guelfes de Florence, déjà assurés de leur succès, ont attendu le jour de Noël pour faire leur entrée dans la cité, armes et bannières déployées, et fêtèrent ensemble, de la même façon, par des processions et des actions de grâces, la victoire de leur parte et la naissance du Christ. Le Palazzo della Parte Guelfa, devint un second palais communal.

Pour les malheureux vaincus, injuriés, traités de lupi rapaci, la mort, la ruine, l’exil. En 1249, à tous les nobles guelfes de Florence, emmenés prisonniers à la suite des armées impériales, « on fit arracher les yeux puis on les assomma et on les jeta dans la mer ». Dix ans plus tard, ce fut au tour des Gibelins d’être exécutés, décapités sur la place publique. Partout, dans les bourgs modestes mêmes, des mesures de bannissement parfaitement orchestrées frappaient non seulement les nobles mais les artisans, les boutiquiers, partisans vrais ou supposés. C’étaient les banditi mis au ban de la Commune, rebelles, que l’on appelait simplement, les « gens du dehors », les usciti ou estrinsei, de la parte di fuori, évidemment parti des conjurés, que l’on opposait aux intrinse de la parte di dentro.

Les proscrits couraient d’hasardeuses fortunes. Né en 1265, d’une famille noble de Florence mais peu fortunée, Dante Alighieri, avait pris parti pour les Blancs. En 1301, chargé d’une mission à Rome, il apprend que sa ville est aux mains des Noirs et ne rentre pas. Condamné à une forte amende et à l’exil puis au bûcher, il se réfugie, poète errant, chantre de la vengeance, chez les princes, à Vérone, chez les Malaspina de Lunigiana, puis à Ravenne où il meurt en 1321. La Divine Comédie, commencée en 1304, chant de partisan, est toute imprégnée de la passion vengeresse qui animait les clans et les partis et de sa peine : « c’est l’eau de l’Arno qui m’a désaltéré dans ma tendre enfance, et j’aime Florence d’un si grand amour qu’à cause de cet amour même, je souffre d’un injuste exil » (De Vulgari Eloquentia). Les nobles, chefs de guerre déjà dans leur cité, n’ont survécu que par le métier des armes, ou condottieri ou pirates de haut bord. Les Gibelins de Gênes, en 1267, prirent la fuite à la tête d’une flotte armée en hâte, firent pendant des mois le blocus de la cité puis allèrent faire la course jusqu’en mer Noire. Les vainqueurs tenaient scrupuleusement registre des bannis et les assignaient à résidence, pour un temps déterminé, dans telle ou telle ville, où des sbires appointés donnaient régulièrement de leurs nouvelles. Dans la seule année 1382, à Florence, ce livre fait état de vingt-cinq lieux d’exil, à travers toute l’Italie, de Naples et Barletta à Gênes et Trévise.

Les palais échappés aux pillages et aux incendies furent systématiquement mis à bas pour effacer jusqu’au souvenir même de la faction dite rebelle et ces destructions prirent d’effarantes ampleurs. Revenus vainqueurs en 1267, les Guelfes de Florence firent estimer la valeur de leurs biens mobiliers perdus : au total, cent trois palais, cinq cent quatre-vingt maisons, quatre-vingt-cinq tours. À Bologne, en 1280, ce furent deux cent quatre-vingt maisons des Lambertazzi qui, encore debout au soir des batailles, sont rasées jusqu’au sol, avec interdiction d’y reconstruire quoi que ce soit. Les comptes de la Commune de Sienne, en 1322, enregistrent une somme de plus de trois cents livres payées aux « maîtres et ouvriers qui ont détruit les biens des traîtres, rasé les maisons et les palais, taillé les pieds de vigne ».

Ruinés et humiliés : les vaincus, « ennemis de la Commune, du peuple et de Dieu », étaient voués à la vindicte publique et le souvenir de leurs méfaits ne devait jamais s’effacer. Magistrats et conseillers firent de larges emplois aux figures et scènes infamantes, peintes sur les façades ou sur les murs des salles des palais publics, scènes dont le Mauvais gouvernement de Sienne offre l’un des plus beaux exemples. Ce fut, dans toute l’Italie, une véritable industrie ; une trentaine de cités en faisaient usage de façon toute ordinaire. À Bologne, l’on peut compter, entre 1274 et 1303, très exactement cent douze figures d’« ennemis du peuple » appliquées, légendes ignominieuses à l’appui, sur les murs des édifices de la Commune.

 Voir aussi:

Vertige ascensionnel

Ils se dressent à plus de 300, 400, voire 500 m sur l’île de Manhattan. Ces gratte-ciel pour milliardaires redessinent la skyline. Et plongent Central Park dans l’obscurité.

Louise Couvelaire

M le magazine du Monde

31.10.2014

300, 400 et même plus de 500 mètres… La folie des hauteurs sévit plus que jamais chez les milliardaires. Dans le quartier de Midtown, à Manhattan, sept nouveaux gratte-ciel sont en construction. Prouesses technologiques, ils promettent une vue imprenable sur Central Park. Quitte à lui faire de l’ombre.

Il est là, petit bonhomme aux cheveux gris, dans ses bureaux d’un blanc immaculé, presque aveuglant ; heureux, pressé, survolté. Entre le savon qu’il passe à son assistante (il est furieux de ne pas retrouver l’itinéraire de son voyage, le départ est prévu dans l’heure) et la pile de documents qu’il signe à toute berzingue, Harry Macklowe trouve le temps de faire quelques petits pas de danse en chantant Kansas City, de la comédie musicale Oklahoma !.

Le choix est à l’image de l’interprète du jour, aussi décalé et surprenant qu’idoine : le couplet qu’il fredonne fait l’apologie des gratte-ciel comme symboles du progrès. Quelques heures plus tôt, le patron de Macklowe Properties a grimpé au sommet de la tour 432, « sa » tour, celle dont il rêvait depuis plus de dix ans, dont le dernier étage vient tout juste d’être achevé.

UN PANORAMA À 360 DEGRÉS SUR NEW YORK

Située au numéro 432 de la très huppée Park Avenue, entre la 56e Rue et la 57e Rue, c’est désormais le plus haut gratte-ciel résidentiel des Etats-Unis, aussi fin qu’une aiguille : il tutoie les étoiles à 425 mètres. Offrant un panorama à 360 degrés sur New York, de l’Hudson à l’East River, du Bronx à Brooklyn et de Central Park à l’océan Atlantique. Une vue à 95 millions de dollars (près de 75 millions d’euros) ! C’est le prix de l’appartement de 760 mètres carrés perché au 96e et dernier étage, vendu l’an dernier. A un acheteur inconnu. A ce tarif, on partage peu son palier. Les étages sont occupés par deux propriétaires au maximum.

Du haut de ses 77 ans, Harry Macklowe contemple Manhattan, fier de l’empreinte qu’il laissera sur la ville. Ironie, de la fenêtre de son bureau, logé au 21e étage de la tour General Motors, au coin de Central Park et de la 5e Avenue, il ne peut apercevoir sa nouvelle œuvre, située de l’autre côté de l’immeuble. En revanche, il a le nez sur la tour One57 (57e Rue), celle de son concurrent, Gary Barnett, à la tête d’Extell Development. Plus petite (300 mètres), signée de l’architecte français Christian de Portzamparc, elle est le premier de ces nouveaux gratte-ciel longilignes pour ultrariches à ouvrir ses portes. Les propriétaires commencent à emménager. La « 432 » la dépasse, mais pas pour longtemps.

Non loin de là, la tour Steinway prend déjà de la hauteur : elle culminera à 426 mètres. Et elle sera vite détrônée par la suivante, à quelques encablures : momentanément baptisée « Nordstrom » (du nom du grand magasin qui s’installera au pied de l’immeuble), cet autre projet d’Extell atteindra 520 mètres de haut. Soit la tour d’habitations la plus élevée au monde, devant la tour World One de Mumbai, et juste derrière le gratte-ciel de bureaux le plus haut des Etats-Unis, la Tour One du World Trade Center.

Sur la très huppée Park Avenue, la tour 432, le plus haut gratte-ciel résidentiel des Etas-Unis, tutoie les étoiles à 425 mètres. Et offre une vue à 95 millions de dollars.
Depuis quelque temps, le quartier de Midtown à Manhattan est le théâtre d’une nouvelle extravagance : pas moins de sept gratte-ciel résidentiels sont en construction, la plupart sur la 57e Rue, désormais surnommée « la rue des milliardaires ». C’est à qui construira le plus haut, le plus mince, le plus luxueux.

Dans les couloirs de Macklowe Properties, des emblèmes de voitures en argent, Pontiac, Ford ou encore Mercury, trônent sur des petits piliers blancs le long d’une galerie de photos « d’icônes » telles que The Babe (George Herman Ruth, joueur de base-ball), Truman Capote, King Kong et le Chrysler building. « Les mascottes d’automobiles incarnent la fierté de la possession, explique Richard Wallgren, vice-président en charge des ventes et du marketing de Macklowe Properties. Quant aux clichés, ce sont ceux des hommes, des femmes et des lieux qui ont fait New York, et l’Amérique. » Voilà qui situe les ambitions du patron.

L’architecte uruguayen Rafael Viñoly, qui a signé l’immeuble du « 432 Park », compare avec humour la dernière folie des promoteurs immobiliers de la ville à « un business du pénis ». »Il y a de cela, sourit-il. Mais c’est aussi un choix économique et marketing très rationnel. La force de New York, et son objet, est de changer et d’évoluer en permanence. La différence entre elle et les autres villes du monde, c’est que l’on n’a rien eu à demander à personne. » C’est là que le bât blesse.

L’UNE DES VUE LES PLUS CONVOITÉES AU MONDE

Si la 57e Rue est si prisée, c’est qu’elle offre une vue unique sur Central Park. « L’une des plus convoitées au monde, se félicite Michael Stern, directeur associé de JDS Development Group, à l’origine du projet de la nouvelle tour Steinway (60 appartements répartis sur 77 étages, NDLR). Central Park, c’est le centre de l’univers. » Quitte à lui faire de l’ombre.

Personne, à New York, n’avait réalisé que sept nouveaux gratte-ciel allaient changer l’horizon de Manhattan et, du même coup, la vie des riverains. Jusqu’à cet après-midi d’octobre 2013.

L’auteur et journaliste Warren St. John est au parc avec sa fille de 3 ans, lorsque, tout à coup, le soleil disparaît. Il lève les yeux à la recherche du nuage fautif, avant de réaliser qu’il s’agit de la tour One57 en construction. Contrarié, il épluche les pages « immobilier » des journaux, et découvre, ébahi, qu’elle ne sera pas la seule à voiler la partie sud du parc. Sans attendre, il écrit un éditorial dans le New York Times, qui met le feu aux poudres. Les associations s’en emparent et les riverains se fâchent. Lors de la réunion d’information organisée en février 2014 à la bibliothèque publique, 500 personnes se bousculent pour faire part de leurs inquiétudes. Trop tard.

Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur. Ils peuvent construire aussi haut qu’ils le souhaitent, à condition toutefois d’acquérir les « droits aériens » des immeubles adjacents.

A chaque parcelle est attribué un nombre maximal de mètres carrés constructibles, par conséquent, si l’on veut construire plus grand, et donc plus haut, il faut racheter les parts non utilisées des voisins.

« Cela faisait plus de dix ans que, très discrètement, Gary Barnett amassait les mètres carrés en rachetant les droits aériens des parcelles limitrophes aux siennes », a fini par découvrir Margaret Newman, directrice exécutive du Municipal Art Society de New York. Cet organisme à but non lucratif, qui se bat pour préserver la « vitalité » de la ville, notamment par l’urbanisme, a produit une étude sur l’impact de ces gratte-ciel sur Central Park.

Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur.
« Lorsque la Ville décidera de s’en soucier, il n’y aura déjà plus de soleil sur Central Park, redoute Warren St. John. Avant d’ajouter : Si personne ne s’est préoccupé de changer les lois concernant l’aménagement du territoire, c’est aussi parce que personne n’avait imaginé que des tours aussi hautes pourraient être bâties sur des terrains aussi petits. » Et pour cause. « Il y a dix ans, c’était impossible », explique l’architecte Rafael Viñoly.

Testée à maintes reprises dans un laboratoire du Canada (simulation des vents, d’un tremblement de terre, de tornades…), la Tour 432 est une véritable prouesse technique. Tous les 12 étages, il y a une rupture de deux étages vides, sans fenêtres, afin de laisser circuler l’air. Une nécessité. Sans cela, elle se casserait. « Même si les gens n’aiment pas en entendre parler, la vérité c’est que la tour bouge, et beaucoup », raconte Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Quant à la tour Steinway, elle sera dotée, sur son toit, d’une boule d’acier de 800 tonnes afin de faire contrepoids.

Les promoteurs ne donnent pas seulement dans la surenchère de silhouettes élancées, mais aussi de luxe. Piscine, restaurant et salle de cinéma privés, chef étoilé à disposition, terrasses haut perchées, spas pour chiens (!), salle de fitness suréquipée, espace de jeux pour les enfants, chambres aux étages inférieurs (sans la vue donc) pour loger le petit personnel… Ils redoublent d’imagination pour appâter leur richissime clientèle. Certains vont même jusqu’à installer des systèmes de trottoirs chauffants devant l’entrée afin qu’en hiver ces dames en talons aiguilles ne soient pas incommodées par la neige.

Dans un petit film promotionnel kitschissime, Macklowe Properties met en scène « la vie de château dans les nuages » : de jolies femmes en décolleté sirotent leur champagne à 400 mètres de haut aux côtés de messieurs très chics, une danseuse de ballet fait ses pointes devant une baie vitrée dominant Manhattan, une femme est alanguie dans un bain de diamants, une sculpture de Giacometti profite sereinement de la vue… « Ce n’est pas une vidéo typique, convient le vice-président Richard Wallgren. C’est un pitch de vente plus subtil, qui parle d’art de vivre et d’esthétique de l’immeuble. »

Si Harry Macklowe est particulièrement content du design de « sa » tour, il n’en est pas moins fier de son intérieur. C’est d’ailleurs par là que tout a commencé, lorsque, il y a plus de dix ans, il s’est mis en tête de dessiner les plans de « l’appartement parfait ».

RUSSES, CHINOIS, BRÉSILIENS, EN QUÊTE D’UNE RÉSIDENCE SECONDAIRE

Un salon et des fenêtres XXL, des salles de bains en marbre blanc, une hauteur sous plafond de 4 mètres… 70 % des appartements du 432 Park Avenue sont déjà vendus, alors même que la tour ne sera entièrement achevée que dans un an. « Et le reste sera vendu d’ici deux mois », Harry Macklowe n’en doute pas. « La demande pour ce type de logement est énorme. Tout le monde veut en faire un investissement. » Les très riches uniquement. Et beaucoup sont russes, chinois, brésiliens, en quête d’une résidence secondaire (qui sera vide la majeure partie de l’année) et, surtout, d’un bon placement.

« Je ne suis pas contre l’érection de tours, et personne ne l’est à New York, insiste Warren St. John. Mais est-ce que quelques coffres-forts dans le ciel pour oligarques valent la peine de priver 42 millions de personnes [fréquentation annuelle de Central Park, ndlr] de soleil ? »

Certains parlent de ces appartements comme des nouveaux comptes en banque suisses. « Sauf que ça paie mieux qu’une banque suisse et c’est plus discret, se félicite Michael Stern, de JDS. Il n’existe pas d’endroit plus sûr où placer son argent. » Et pas seulement pour les riches étrangers.

Je ne suis pas contre l’érection de tours. Mais est-ce que quelques coffres-forts dans le ciel pour oligarques valent la peine de priver 42 millions de personnes de soleil? Warren St. John, Journaliste, opposant aux nouvelles tours
« Deux tiers des acheteurs sont américains », affirme Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Côté One57, « 50 % des acheteurs sont américains », assure Jeannie Woodbray, la responsable commerciale, exemples à l’appui : un patron de mode, un vendeur de vitamines de l’Idaho, un concessionnaire automobile du Minnesota, un propriétaire d’une ferme de cochons dans le Midwest… Harvey Sandler, à la tête d’un fonds d’investissement, vient de racheter un appartement du 58e étage à 34 millions de dollars à Enterprise SSO, qui l’avait acquis en mai dernier pour 30,55 millions de dollars. Soit une culbute de plus de 3 millions de dollars en quelques mois.

Selon Noble Black, de l’agence immobilière Corcoran, intermédiaire de cette juteuse transaction, « le marché du résidentiel superluxe est devenu tellement dingue, que certains attendent déjà les prochaines tours, plus neuves, plus hautes… ». Et les avantages fiscaux qui vont avec. Consentis aux promoteurs (en principe contre l’obligation de construire des logements à prix modérés) comme aux acquéreurs, ces faveurs n’ont pas été remises en cause par Bill de Blasio, le nouveau maire démocrate de New York, élu en novembre 2013. Pendant sa campagne pourtant, en partie financée par des promoteurs immobiliers comme Gary Barnett ou Michael Stern, il avait fait de la réduction des inégalités son cheval de bataille.

Aujourd’hui, la frénésie est telle que même Lower Manhattan s’y met. Livrée en 2011 et s’élevant à 270 mètres, la « 8 Spruce Street », ou « tour Gehry », comme l’appellent les New-Yorkais, avait amorcé la tendance en devenant à l’époque la tour résidentielle la plus haute de New York. Bientôt, la cascade de demeures individuelles de la « Lego Tower » de TriBeCa, sur Leonard Street, atteindra 250 mètres. Quant à JDS Developpement, elle a déjà les plans d’une tour à Brooklyn. « New York est une ville de gratte-ciel, résume Harry Macklowe. Il n’y a aucune raison qu’ils ne soient pas là. »

Voir également:

Too Rich, Too Thin, Too Tall?
Ever taller, ever thinner, the new condo towers racing skyward in Midtown Manhattan are breaking records for everything, including price. Sold for $95 million, the 96th floor of 432 Park Avenue will be the highest residence in the Western world. As shadows creep across Central Park, Paul Goldberger looks at the construction, architecture, and marketing of these super-luxury aeries, gauging their effect on the city’s future.
Paul Goldberger

Vanity Fair
April 9, 2014

These days, it is not just a woman who can never be too rich or too thin. You can say almost exactly the same thing about skyscrapers, or at least about the latest residential ones now going up in New York City, which are much taller, much thinner, and much, much more expensive than their predecessors. And almost every one of them seems built to be taller, thinner, and pricier than the one that came before. Few people are inclined to mourn the end of the age of the luxury apartment building as a boxy slab. But what is replacing it, which you might call the latest way of housing the rich, is an entirely new kind of tower, pencil-thin and super-tall—so tall, in fact, that one of the new buildings now rising in Manhattan, the 96-story concrete tower at the corner of 56th Street and Park Avenue, 432 Park Avenue, will be 150 feet higher than the Empire State Building when it is finished, and taller than the highest occupied floor of the new 1 World Trade Center. And construction on an even taller super-luxury building, 225 West 57th Street, is scheduled to begin next year, so 432 Park’s reign as the city’s tallest residence and second-tallest skyscraper will be short-lived.

These buildings are transforming the streetscape of Midtown and Lower Manhattan, and they are transforming the skyline even more. Two new luxury apartment towers in the super-tall category are going up in Tribeca, at least so far. But the biggest impact has been in Midtown, in the blocks between 53rd and 60th Streets, where seven of the new condominiums are either under construction or planned. Four of them are on 57th Street alone, which day by day is becoming less of a boulevard defined by elegant shopping and more like a canyon lined by high walls. (And that’s just the buildings that have been announced. There are others rumored to be in the planning stages, including one that would replace the venerable Rizzoli bookstore, also on West 57th Street.)

Shadowlands

If there is any saving grace to this tsunami of towers, it is in their very slenderness. From a distance they read as needles more than as boxes; what they take away from the street they give back to a skyline that has been robbed of much of its classic romantic form by the bulky, flat-topped office towers that have filled so much of Midtown and Lower Manhattan. These new buildings will not exactly turn Manhattan into a sleek glass version of San Gimignano—“the city of beautiful towers”—but thin buildings at least make for a striking skyline, and they cast thinner shadows as well.

Those shadows are no casual matter, since all of the new buildings are relatively close to Central Park, and they are arranged in an arc that extends from the southeast to the southwest corner of the park, not so different from the arc of the daily path of the sun. The impact will vary from season to season, but there is little doubt that the southern portion of the park will be in more shadow than it is today. Given the slenderness of the new towers, it might be more accurate to say that the southern end of the park is someday going to look striped.

The even more troubling shadow these buildings cast, however, is a social and economic one. If you seek a symbol of income inequality, look no farther than 57th Street. These new buildings are so expensive, even by New York standards, because they are built mainly for the global super-rich, people who live in the Middle East or China or Latin America and travel between London and Shanghai and São Paulo and Moscow as if they were going from Brooklyn to Manhattan. There have always been some people like that, at least since the dawn of the jet age, but it’s only in the last decade that developers have put up buildings specifically with these buyers in mind. The Time Warner Center, at Columbus Circle, finished in 2004, was New York’s trial run, so to speak, at targeting this new market for condominiums with spectacular views at exceptionally high prices. But it’s a global phenomenon, with buildings such as One Hyde Park, in London, and the Cullinan and the Opus, in Hong Kong. The new 57th Street may be New York’s way of playing with the big boys as far as global cities are concerned, but it comes at the price of making Midtown feel ever more like Shanghai or Hong Kong: a place not for its full-time residents but for the top 1 percent of the 1 percent to touch down in when the mood strikes.

And yet, in other ways, these buildings are absolutely characteristic of New York, which has a long and honorable tradition of skinny towers: the Flatiron Building (completed in 1902), the now demolished Singer Building (1908), the Metropolitan Life tower (1909), and the Woolworth Building (1913). In those days, skyscrapers couldn’t be too bulky, because you couldn’t be that far from a window. Then fluorescent lighting, air-conditioning, sealed windows, and a preference for big, horizontal office floors took over.

Until now, that is. Today, there is more money to be made from housing people in the sky than ever before in New York City. In part, this is because a building full of apartments requires far fewer elevators than an office building with its armies of workers. Add to that the facts that people are willing to pay dearly for views, particularly of Central Park, and that they will pay an even greater premium for an apartment that occupies an entire floor—well, if you pile a lot of full-floor or half-floor apartments on top of one another and try to give all of them a park view, you pretty much end up with a very thin, very tall tower within a couple of blocks of Central Park.

“The super-tall, super-slender towers are a new form of skyscraper,” Carol Willis, the founder and director of the Skyscraper Museum, in Lower Manhattan, told me. At 432 Park Avenue, which was designed by the architect Rafael Viñoly for the developers Harry Macklowe and the CIM Group, each of the 104 apartments will occupy either a full floor or a half-floor, and the loftiest of them, a full-floor unit on the 96th floor, will be the highest residence in the Western Hemisphere, at least until the building at 225 West 57th Street goes ahead. Viñoly’s penthouse has already sold for $95 million to an unidentified buyer, which is close to $11,500 a square foot; the average asking price in the building was close to $7,000 a square foot, almost three times the average for Manhattan luxury condominiums last year. In exchange for parting with this kind of cash, the residents at 432 Park will be able to look down on the Chrysler Building and just about everything else in Midtown, including their neighbors at One57, the 90-story blue glass tower at 157 West 57th Street, which will be completed later this year (although a number of units are already occupied). One57 was the first of this new generation of super-tall, super-thin, super-expensive buildings, and it is astonishing to think that its height of 1,004 feet, just 42 feet shorter than the Chrysler Building, will make it the tallest residential building in the city for a few months only, until 432 Park is finished, probably next year.

One57 attracted a lot of attention for the sale of one of its two largest apartments for the then unheard-of price of more than $90 million (to an investor group headed by the financier Bill Ackman)—and a lot more attention for the fact that its crane assembly broke loose and dangled ominously over the street during Hurricane Sandy, in 2012, requiring the evacuation of seven square blocks around the building. Its developer, Gary Barnett, of Extell, spent about 10 years assembling the site, and in 2005 asked the French architect Christian de Portzamparc to come up with a design. Even before the new wave of super-tall buildings, the condominium market in New York had become much more design-sensitive, and putting the names of well-known architects like Richard Meier, Jacques Herzog and Pierre de Meuron, Frank Gehry, Jean Nouvel, or Robert A. M. Stern on buildings has become a marketing advantage. In fact, at these prices it’s now gotten to be something of a necessity, the same way some women will only spend $3,000 or $4,000 on a dress if it has a famous designer’s name on it.

Unfortunately, sometimes the result seems more like the architectural equivalent of a fancy label sewn into an ordinary garment. De Portzamparc—whose first building in New York, the sculpted glass LVMH tower, on East 57th Street, was widely acclaimed—first envisioned One57 as a slender glass structure with a few setbacks marked by curving roofs; he hoped that the overall effect of the design would resemble a cascading waterfall. Once he had been through the meat grinder of the New York City development process, not much of a sense of cascading water remained, and the final version of the building turned out to be a flattened composition in various shades of blue and silver glass, striped on some sides and speckled on others. If the tower’s slender height made it appropriate to New York, its garish glass made it look more like a tall refugee from Las Vegas.

Inside, however, the feeling is more luxurious, perhaps because, as Frank Lloyd Wright allegedly said about the Gothic-style Harkness Tower at Yale, the building’s interior is the one place from which you can’t see it. What you do see is Central Park and the city, spread out before you. Barnett, the developer, took me to the topmost penthouse on an exceptionally cold, clear day early this year, and the view of the park was nothing like what I was used to from windows 30 or 40 floors up in other buildings. From the 90th floor, you feel as connected to the sky as to the ground. The city is laid out like a map, and the enormous windows are less like frames for the view than wide-open portals to it. And inside, the high ceilings and large rooms make the place feel even less like a conventional apartment. The layout leaves an open vista through the apartment, so you can see north to the Tappan Zee Bridge and south to the new 1 World Trade Center tower.

High Rollers

De Portzamparc had completed the initial versions of his plans when the recession of 2008 began and real-estate development in New York ground to a halt. Barnett, a former diamond dealer whose quiet, understated manner masks a gambler’s instinct, was certain that the market would come back, and that when it did, most other developers would be caught with nothing to sell. If he could manage to start his building when things still looked bleak, Barnett thought, he would be ahead of the curve, the only developer ready with brand-new, super-luxury apartments when the next wave began. “We had a hole in the ground—what else could we do?” Barnett said to me as a way of justifying his decision to move forward. Still, his reasoning was counter-intuitive, since real estate usually lags economic recoveries rather than leads them. At a time when the best apartments in the city were going begging, the notion of adding a slew of new ones at higher prices than the apartments going unsold seemed nothing short of madness.

But Barnett knew he wasn’t building for conventional buyers who were subject to normal economic cycles. Like Nick and Christian Candy, the brothers in London who built the absurdly expensive One Hyde Park Tower, or Arthur and William Lie Zeckendorf, another pair of siblings in the development business, who finished 15 Central Park West just before the last downturn, Barnett had no illusion that he was building homes for people to actually live in. He knew that most of the apartments at One57 would be commodities for investment, sold to limited-liability companies that had been created to shield the identities of their rich owners, people from around the world who would spend, at most, a few weeks a year there. From time to time, Barnett figured, he would sell an apartment to a couple or a family who actually cared about what the place would feel like to wake up in every morning and to commute to work and take their children to school from, but these people, the ones for whom One57 would be a primary residence, were relatively few.

Until recently, high-end residential real estate in New York meant venerable old cooperative apartment buildings on Fifth and Park Avenues and Central Park West. How could a new building without the history and solid, dignified aura of, say, 1040 Fifth Avenue sell for prices that were even higher? But co-op buildings are strange animals, since you aren’t technically buying an apartment in them but rather shares of stock in a tenant-controlled corporation that owns the building, and every buyer is required to submit to a complex process of interviews, financial disclosures, and board approvals. In a co-op, you can’t hide your identity by buying your apartment in the name of a limited-liability corporation, but L.L.C.’s are an everyday occurrence in the New York City condominium market. Everything about the city’s co-op buildings, on the other hand, is structured to make it impossible to treat them as commodities.

That, however, is precisely what the new condominiums are: tradable commodities, perfect for the speculatively inclined. They are places in which to park your cash as well as yourself and maintain your privacy in the bargain. Fueling the market still more is the fact that New York real estate has been seen for a while as both safer and more reasonably priced than real estate in much of the rest of the world. However irrational the prices of the new wave of super-luxury condominiums look to New Yorkers, these properties are cheaper than their counterparts in Hong Kong and London, which have sold for as much as $221 million. Not for nothing did Jonathan J. Miller of the real-estate appraisal firm Miller Samuel call the new condominiums “the equivalent of bank safe deposit boxes in the sky that buyers can put all their valuables in and rarely visit.”

Barnett’s financing partners accepted his rationale that, since the apartments in his building were going to be bought by people who were largely insulated from the effects of the recession, there was no reason to wait until the economy had fully revived to get the project started. Mere confidence that the world was not going to collapse altogether was enough. He started foundation work on One57 in 2010, when the rest of the real-estate industry, which was putting up buildings not as commodities but as places for people to live or work, was still in the dumps. De Portzamparc, in an unhappy concession to tighter economic circumstances, simplified his design, making the building’s façades flatter. The design compromises were not matched by price concessions, however. One57’s initial prices averaged $5,889 per square foot, and sales moved at such a fast clip that Extell raised the prices several times as the building was going up.

Barnett famously refused to negotiate with interested parties, and they were not permitted into the building as it was going up. They could see nothing except plans and full-scale mock-ups of kitchens, bathrooms, and views in a sales center that Extell constructed in an office building two blocks away, its rooms lined with the same marble that was being used in the actual building. The center was intended to set a tone of such elegance that haggling over price would feel unseemly. A visit began with a 45-second film of flowing water that gradually took the shape of the building, an allusion to de Portzamparc’s idea of cascading water. From there a potential buyer would move into a room with a six-foot-high model of the building at its center, and then, if inclined to get serious, go through another series of doors into the mock-ups of kitchens and bathrooms. The notion was to capture the imagination and to move, step by step, from mood setting to reality.

It was enough to bring in a number of early buyers, including a Chinese mother who bought a modest ($6.5 million) unit for her two-year-old daughter; two investors, one from Hong Kong and one from Montreal, who are behind the financial success of the Michael Kors and Tommy Hilfiger labels and who each spent around $50 million on a full-floor unit; and Ackman, who put together a consortium of investors to buy an enormous six-bedroom duplex with a glass-enclosed “winter garden” at one of the building’s highest setbacks, on the 75th and 76th floors. They are presumably counting on the possibility that in a few years the apartment will be worth several times the $90 million they paid for it.

Barnett’s success with One57 left other developers to play catch-up. He himself has been so emboldened by One57 that he decided to try to do it again only a block away, in a building at 225 West 57th Street that will have a Nordstrom department store at its base. (One57 will have a Park Hyatt hotel on its lower floors.) The Nordstrom tower, which is being designed by the Chicago architects Adrian Smith and Gordon Gill, will also be of glass, but more angular in shape than One57. And Steven Roth, of Vornado, another of the city’s most active developers, has hired Robert A. M. Stern, the apostle of traditional architecture who designed 15 Central Park West, to do a super-tall tower at 220 Central Park South, just north of Barnett’s Nordstrom tower. The early renderings for the Vornado tower show a thinner, more elongated version of his Central Park West building, mimicking the style of the past but recasting it into a shape that is very much of the present.

The Vornado project and the new Extell project almost prevented each other from happening. In a sequence of events that makes clear how much New York real estate is part blood sport, part chess game, and part absurdist farce, Barnett had begun assembling the site for his building in 2005, the same year that Roth purchased an old rental apartment building at 220 Central Park South as a future development site. Barnett realized that if Roth put up a tall building on his Central Park South site it would block the all-important park views from his own site immediately to the south. So Barnett managed, without Roth’s knowledge, to purchase the lease for the Vornado building’s parking garage along with a small parcel in the middle of the larger development site. For more than seven years he refused to give them up, preventing Roth from redeveloping the site even after he had bought out the apartment tenants and cleared the building to prepare for its demolition. Roth sued Barnett to try to evict him from the garage, to no avail.

The deadlock lasted until last fall, when, unwilling to sacrifice the vast profits that each was preventing the other from realizing, the men made a deal under which Vornado paid Extell $194 million for its parcel and some additional development rights and agreed to shift the site of the Stern-designed tower to the western edge of the Central Park South site. In exchange, Barnett agreed to push his tower slightly to the east, giving it a more or less open view to the park. One catch: the shift meant that the Extell tower would now be cantilevered over one of the city’s most distinguished landmarks, the Art Students League. The Art Students League, which was designed in 1892 by Henry J. Hardenbergh, the architect of the Dakota and the Plaza hotel, is a city landmark, which means that the New York City Landmarks Preservation Commission had the right to pass judgment on the design. The commission decided that having a 1,400-foot structure looming over the League building would not negatively impact the landmark. Michael Kimmelman, the architecture critic of The New York Times, likened the relationship between the two buildings to “a giant with one foot raised, poised to squash a poodle.”

Keeping Up Appearances

Because One57 is the first super-tall, super-thin building, it has become a lightning rod for criticism, and Barnett, who until now has been one of the city’s more publicity-averse developers, has assumed the role of lead public defender of the new super-tall towers. He was the only developer who appeared on the panel at a public forum about the new buildings last February, where he walked into a lion’s den of 425 people, most of whom seemed to view the towers with feelings ranging from dismay to outrage. He followed up his appearance with a piece in The New York Observer in which he claimed that One57 “will generate more than $1 billion in real estate, sales, hotel occupancy and other taxes” over the next two decades.

It is easy to think of the super-tall, ultra-luxury towers as a story more about money than about design, and to a certain degree it is. But if the first two buildings, One57 and 432 Park Avenue, are any indication, the interiors, at least, are designed to an exacting standard, with extremely high ceilings and expansive rooms to go with the awesome views, as if the developers realized that at prices upwards of $8,000 a square foot they couldn’t get away with the mean little rooms and cheap finishes that they might peddle elsewhere. As Barnett said to me, “They’re getting something for their $40 or $50 million.” (Well, yes, you’d hope.) He added, “These people don’t want to get squeezed into a small box.” Both buildings have elegant bathrooms that are more in line with what you would expect to find in a custom, one-of-a-kind interior than a developer-supplied one. And both buildings have spectacular kitchens, which will in all likelihood prove once again the maxim that in New York the better equipped an apartment kitchen is, the less cooking goes on within it.

Despite the garishness of One57’s exterior, I’m not ready to write off the entire super-thin, super-tall building type as incompatible with serious architecture. Viñoly’s 432 Park, on the outside, is as sophisticated as One57 is glitzy. Its façade is a flat, minimalist grid of smoothly finished concrete. As one looks at the building it’s hard not to think of Tadao Ando, the Japanese architect who is famous for making concrete feel more sensual and luxurious than marble. To some people, concrete is still concrete, no matter how refined its finish, so you have to give Macklowe some credit for not pandering to the lowest common denominator of moneyed taste. Macklowe’s own apartment, in the Plaza, was designed by the late Charles Gwathmey, who did a great deal to shape the developer’s taste and gave him an obsession for detail that is more characteristic of an architect than a profit-driven builder. In the case of 432 Park, Macklowe seems not to have cut any corners; his philosophy has been to spend as much as it takes and figure he’ll get it back by charging sky-high prices, like the $74.5 million he is asking for the full-floor apartment on the 87th floor, or the $30.75 million he wants for a three-bedroom apartment down on the 64th floor.

The tower is an essay in pure geometric form: it is a perfect square in plan, and rises straight up, without a single setback; all four façades are identical, made up of a grid of windows, every one of which is roughly 10 feet square. No windows are bigger, and no windows are smaller. If the windows didn’t have glass in them, the whole building would look like one of Sol LeWitt’s tower sculptures from the 1980s.

Macklowe is trying to sell restraint and opulence at the same time, which is not an easy task. To do it, he revved up a marketing campaign that is even more elaborate than the One57 effort, with a huge sales office in the General Motors Building that, like the one for One57, replicates finishes, kitchens, and bathrooms of the apartments, which were designed by Deborah Berke, not Viñoly. There is also a hardcover book, a special magazine, and a Web site (with text in English, Russian, Portuguese, Chinese, French, and Italian) that allows you to see virtual images of finished apartments and photographs of the actual views from five selected heights. The climactic moment in the sales center comes when you see the mood-setting film, produced by the design agency dBox, that shows images of luxury—think British country houses, private jets—that morph into images of 432 Park, all to the background music of Mama Cass singing “Dream a Little Dream of Me.” Never has austerity seemed so alluringly posh, not to say decadent.

If the size of the 432 Park Avenue tower, which replaces the old Drake Hotel, seems out of scale with its surroundings—which it is—it’s worth noting that it’s not the first residential building in the neighborhood to have that problem. Diagonally across the street is the building that might be considered the true first super-tall, super-thin residential tower, the Ritz Tower. It was built in 1925 to the designs of Emery Roth and Carrere & Hastings, and it rose 41 stories to 541 feet, a height that seemed every bit as outrageous in the 1920s as 1,396 feet does now. Ayn Rand was almost surely referring to the ornate Ritz Tower in The Fountainhead when she wrote disdainfully of “a Renaissance palace made of rubber and stretched to the height of forty stories.”

Two other new towers in the 57th Street area have to be considered as architectural efforts at least as serious as 432 Park. The first, 53 West 53rd Street, the tapered tower beside the Museum of Modern Art, was designed by Jean Nouvel several years ago for the Hines development firm but has been delayed since 2009. The tallest tower that is not on a wide street or avenue, it has gained some notoriety because of MoMA’s plans to expand into its lower floors and in the process demolish a small architectural gem, the former American Folk Art Museum, built in 2001.

On the Up-and-Up

And then there is 111 West 57th Street, designed by the architectural firm SHoP, which will be the thinnest tower of all, and quite possibly the most elegant: 1,397 feet, balanced on a base only 60 feet wide. The builders of 111 West 57th are Kevin Maloney of Property Markets Group and Michael Stern, the head of JDS Development Group. Stern broke into the Manhattan luxury market just recently by converting an old Art Deco telephone-exchange building on West 18th Street into the exceptionally sophisticated—and exceptionally successful—Walker Tower. Stern is a passionate enthusiast of New York architectural history (he named the 18th Street building for its original architect, Ralph Walker), and he seems genuinely eager to add to that history.

His tower, which will be sheathed mostly in glass on its north and south sides and will have supporting walls covered in bronze and terra-cotta on the east and west, will be slipped beside, and rise above, another landmark, the handsome, limestone-clad office building that houses Steinway Hall, the ornate piano showroom, at its base. SHoP’s design partners, Gregg Pasquarelli and Vishaan Chakrabarti, said that what they wanted most of all was to design a building that would feel as if it belonged in New York and no other place—that “has the DNA of New York, so you will know it wasn’t plucked off the skyline of Shanghai or Hong Kong,” as Pasquarelli said to me. The building will rise straight up on its northern side, facing the park, but on the south it will gently set back in a series of steps so that the north-south dimension of the tower gradually gets thinner and thinner until it has no depth at all at the top and becomes just a glass wall at the building’s crown. It is a subtle and graceful re-interpretation in modern form of the stepped-back, “wedding cake” towers of New York’s past, seasoned by a sprinkling of a classic New York material, terra-cotta, all put together in a way that makes deft use of today’s technology. Of all the new towers, it is the only one that gets ever more delicate as it rises, ending not with a climactic crown but by almost disappearing into the sky.

These buildings have already given the 21st-century skyline the same kind of shock that the Ritz Tower gave it in the 1920s, when living 40 stories into the sky seemed brazen. Whatever impact all of this has on the cityscape, it will also have an effect on the handful of people who will live in these buildings, many of whom probably see these aeries as a chance to distract themselves from the ordinary woes that mere mortals suffer on the ground.

Can height buy happiness? A few years after the Ritz Tower opened, the Waldorf Towers climbed even higher. Cole Porter maintained an apartment there for years. Could that be why he wrote a song that ended with the words “down in the depths of the ninetieth floor”?

The exhibit “SKY HIGH & the logic of luxury,” which examines the rise of Manhattan’s super-slim and ultra-modern towers, is open at the Skyscraper Museum through April 2014.

The Long, Dark Shadows of Plutocracy

Bill Moyers
November 28, 2014

Some people say inequality doesn’t matter. They are wrong. All we have to do to see its effects is to realize that all across America millions of people of ordinary means can’t afford decent housing.

As wealthy investors and buyers drive up real estate values, the middle class is being squeezed further and the working poor are being shoved deeper into squalor — in places as disparate as Silicon Valley and New York City.

This week Bill points to the changing skyline of Manhattan as the physical embodiment of how money and power impact the lives and neighborhoods of every day people. Soaring towers being built at the south end of Central Park, climbing higher than ever with apartments selling from $30 million to $90 million, are beginning to block the light on the park below. Many of the apartments are being sold at those sky high prices to the international super rich, many of whom will only live in Manhattan part-time – if at all — and often pay little or no city income or property taxes, thanks to the political clout of real estate developers.

“The real estate industry here in New York City is like the oil industry in Texas,” affordable housing advocate Jaron Benjamin says, “They outspend everybody… They often have a much better relationship with elected officials than everyday New Yorkers do.” Meanwhile, fewer and fewer middle and working class people can afford to live in New York City. As Benjamin puts it, “Forget about the Statue of Liberty. Forget about Ellis Island. Forget about the idea of everybody being welcome here in New York City. This will be a city only for rich people.”

At the end of the show Bill says: “Tell us if you’ve seen some of these forces eroding the common ground where you live. Perhaps, like some of the people in our story, you’re making your own voice heard. Share these experiences at our website, BillMoyers.com.” Please use the comments section below to do so.

Voir encore:

They have 35 million reasons to be angry. Hundreds of protesters — peeved over tax breaks for luxury developers — marched outside the ultra-posh Midtown high-rise One57 Wednesday.The W. 57th St. skyscraper, where the penthouse sold for $100 million, scored a tax break for $35 million. »It’s insane, » said Skipp Roseboro, 69, a Vietnam veteran and retiree who lives in Bedford-Stuyvesant, Brooklyn.“You have homeless people here. You have veterans who are homeless, who are struggling. You have all sorts of people who are in need. How do you take from folks who are struggling living day-to-day and give to it a fancy pool with underwater music?”The protest comes amid a growing push to end the 421-a tax abatement program, which is set to expire this year unless it’s renewed by Albany pols.The program, which dates back to the late 1970s, was designed to encourage construction — but it’s now assailed by critics as a giveaway to billionaire developers.

« It’s outrageous that working people pay for this,” said Leandra Requena, 60, of the nonprofit Make The Road New York.

“Instead of the benefit coming to us, they spend on rich people. They subsidize their properties. That’s an injustice that makes me angry. The people in my neighborhood, in all five boroughs, need affordable housing.”

The feds are probing how One57 scored its tax break. The ritzy residential tower was thrust back into the spotlight Tuesday after it was featured in the Daily News as a symbol of the city’s growing divide between rich and poor.

Deputy Manhattan Borough President Aldrin Bonilla called One57 an “egregious example of our taxpayer money being squandered.”

“We’re not getting bang for our buck in terms of affordable housing,” added Bonilla.

“There’s no transparency. This program is misguided. Any developer who says without the program they can’t build, they can take luxury housing to Newark, N.J.”

Voir de plus:

Finish
Darkness visible
Spring 2015: Public/Private (Volume 18 no. 1)
Renée Loth

Architects

Shadows cast by tall buildings aren’t physical; sometimes they aren’t even visible. But they can still constitute a private intrusion onto public space. This idea animated more than 800 protesters in New York City on a brilliant October day in 1987. Brandishing black umbrellas, they opposed the redevelopment plan for what was then the New York Coliseum, claiming the proposed towers would cast shadows across Central Park. On cue, the protesters opened their black umbrellas, mimicking the towers’ encroachment.

The demonstration, organized by New York’s Municipal Arts Society, was peppered with boldfaced names, including Paul Newman, Jacqueline Kennedy Onassis, Henry Kissinger, and journalist Bill Moyers. Central Park, said Moyers, “is the people’s park, the last great preserve of democracy in the city. It does not belong to the highest bidder.” Developer Mort Zuckerman tried to renegotiate. But the Municipal Arts Society sued, and won, over improperly granted zoning rights, and the project stalled until 2000. Today it is the substantially redesigned Time Warner Center.

Advocates in the umbrella brigade had won a reprieve, but there is a sad coda to the tale. Today at least seven glitzy new towers are planned for the edge of Central Park, some of them predicted to rise 1,400 feet. Tall and thin, they will cast a series of long, straight shadows, rather like prison bars, across the people’s park.

Voir de même:

Supersizing Manhattan: New Yorkers rage against the dying of the light
‘Supertall’ buildings are sprouting like beanstalks in central New York, costing its citizens precious sunshine and air, and turning the city’s skyline into a jumble
Fred A Bernstein in New York
The Guardian

16 January 2015

On his terrace overlooking Central Park, a friend who is a wealthy tutoring entrepreneur is pointing. “The Nordstrom Tower – we think that’s going to be the one,” he says, indicating the site at 225 West 57th Street, where a condo tower is rising to a height of 1770 feet. He means the one that will finally block his view of the Empire State Building, the most famous skyscraper in the world.

It’s hard to feel sorry for a millionaire losing a bauble in a jewelled necklace of lights. But all New Yorkers are losing familiar vistas, and some are losing light and air, as supertall buildings sprout like beanstalks in midtown Manhattan. There are a dozen such “supertalls” – buildings of 1,000 feet or higher – in the construction or planning stages. And the buildings are not, as in Dubai or Shanghai’s Pudong district, being constructed where nothing else had stood. They are, instead, crowding into already dense neighbourhoods where light and air are at a premium, and quality-of-life issues are on the minds of everyone except, perhaps, the billionaires buying the cloud-hung condos as investment properties.

The construction of towers surrounding the Empire State Building is just one part of the problem. For 85 years, the Empire State has been a symbol of the city – New York’s incomparable logo – and a wayfinding device par excellence. Lost in Manhattan? Swivel until you see that famous mast, the one that King Kong clung to, and you have your bearings. Without the tallest point in a hierarchical skyline, the city will be disorienting, to residents and visitors alike.

And more of the city will be in shadow. In 2013, Warren St John, a writer who lives near Central Park, began campaigning for a moratorium on new skyscrapers immediately south of the park; his concern was that playgrounds and ballfields would increasingly be in shadow. The city’s outgoing mayor Michael Bloomberg, a billionaire, wasn’t about to block construction of condos for his plutocratic peers; more surprisingly, the city’s new mayor, Bill de Blasio, a populist, hasn’t addressed the issue either. By all accounts, he needs developers on his side if they are going to build the subsidised housing he hopes to make a part of his legacy. Whatever the reason, De Blasio “has signalled no interest in curtailing development in any way”, says a disappointed St John.

If so, the mayor is turning his back on a history of reining in development for the sake of the many. More than 100 years ago, New York pioneered zoning codes designed to bring light and air (if not Central Park views) to even its most disadvantaged residents. In 1879, the city introduced a “tenement law” that required small apartment buildings for the lower-classes to include airshafts; in 1901, the law was revised to call for large-scale courtyards.

Around the same time, titans of industry were building skyscrapers in midtown and the Financial District. (In those days, large commercial enterprises were confined to a few neighbourhoods, a kind of segregation that no longer exists.) Some of the structures, particularly the Equitable Building at 120 Broadway, completed in 1915, with more than one million square-feet of space on a one-acre site, were so overpowering that, in 1916, the city began requiring setbacks at various heights, to make sure light and air reached the street.

The setback requirements, generally ensuring large reductions in floor area above the 10th storey, and further reductions higher up, led to one of the most distinctive building types of the 20th century: the wedding-cake tower, with the striations required by law inspiring jazz-age architects to greatness. (The Empire State and Chrysler Buildings are elongated examples of the form; the setback laws allowed for towers of any height so long as they were less than a quarter of the area of the building lot below.)

But in 1961 the city revised the zoning laws again, making the wedding-cake towers period pieces. Instead, entranced by Mies van der Rohe’s Seagram Building on Park Avenue, a masterpiece of bronze metal set back in a handsome plaza, officials switched to a zoning code that encourages standalone towers. In exchange for ceding open space to the public, developers could build straight up (the permissible height was governed by a calculation called “floor area ratio”, or FAR). The problem: not every architect is as good as Mies, or every client as generous as Seagram. The city was overtaken by banal, sheer towers set in plazas that offered very little to the public and, given the height of the new buildings, were often in shadow.

But that was a time of a rising middle class, when affordable housing was being built all over the city, and residents commuted to jobs in blocky office buildings (increasingly, commercial tenants wanted large floor plates). Only the World Trade Center, 1,368 feet high, overtook the Empire State Building in height. But the 110-storey Twin Towers, anchoring their own downtown skyline and set in a giant plaza (called a “superblock”), were a special case. Otherwise, buildings of 40-60 storeys were the norm.

No one, it seems, was anticipating the current wave of pencil-thin, supertall towers. The technology they depend on has been around for decades — “mass dampers”, which prevent thin towers from swaying uncomfortably, are nothing new. So has the structural know-how that allows them to rise safely even from tiny bases. One of the buildings, 432 Park Avenue, has recently topped out at 1,396 feet, from a site of just 90 feet square.

The real generator of form now is the winner-take-all economy — and with it, the demand for sky-high condos at sky-high prices. Virtually all of the new buildings are condominiums with just one unit to a floor, which means they can get by with very few elevators. And that, in turns, mean they can be built even on very narrow lots. In other words, the demand for $20m to $100m condos, with views in all directions and no next-door neighbours, has given rise to a new building type – making the revised skyline the physical manifestation of New York’s income disparities.

Site for the Nordstrom Tower, next to the Art Students League on West 57th Street. Photograph: Richard Levine/Demotix/Corbis
Amazingly, none of the towers required city permission (although they did require clearance from the Federal Aviation Administration, given Manhattan’s proximity to three airports). The city doesn’t limit height, just floor area ratio, and developers, can buy “air rights” from adjacent buildings, letting them go supertall “as of right”. The developer of the Nordstrom Tower, named for the department store at its base, bought air rights from the neighbouring Art Students League, paying the venerable school (which had no plans to enlarge its handsome, 1892 building) some $30m.

Things are very different in the City of London, where the size and shape of every building is negotiated with planning officials – nothing is built “as of right”. Yet neither system is perfect: Rafael Vinoly, the architect who created 432 Park Avenue – which has become the focus of New Yorkers’ enmity – also designed London’s Walkie-Talkie. Officially named 20 Fenchurch Street, the Walkie-Talkie is reviled, but at least it was intended to provide public amenities.

The same can’t be said for 432 Park Avenue, or the other condo buildings going up around it. Not only are these new towers casting long shadows on Central Park; they are turning the New York skyline, for most of the 20th century a kind of ziggurat with the Empire State Building as its peak, into a jumble.

As for life below? The buildings are making the city less pleasant for anyone who cannot afford one of the condos in the sky. Think of it as the new Upstairs, Downstairs, but on an urban scale.

Voir aussi:

New Yorkers Protest Long Shadows Cast By New Skyscrapers
Heard on All Things Considered
Margot Adler
NPR
April 23, 2014

Skyscrapers are a hallmark of large cities. Modern engineering makes it possible to erect something as tall as the Empire State Building on a very small footprint. Although developers love these buildings, in New York — the city of skyscrapers — residents have been upset at the shadows they cast over public spaces like Central Park.Journalist Warren St. John first noticed the shadows when he took his daughter to a playground near Central Park’s southern border on sunny, blue-skied fall day. All of a sudden, though, it became chilly. He remembers the parents zipped up their kids’ jackets and hurried off. He looked up, « and that’s when I realized the sun was behind this new building I’d never paid much attention to, » St. John says. « But what really got me was that about six months later, I was at a playground a mile north of here and the exact same thing happened. I looked up, and it was the same building. »

On a recent afternoon, St. John again gets caught in the chill in the shadow of another tall, thin building still under construction. It’s One57, the tallest building south of the park. And, he says, « it will soon be dwarfed by another building, 30 percent taller. » As the sun goes behind the tower, St. John notes, « it’s a little chillier. »

At a community meeting held to address the rise of supertowers and the reach of their shadows into the park, City Councilman Corey Johnson said that most of these apartments « are being sold to foreign investors, who have tens, if not hundreds of millions of dollars, who are not making this their primary home. »

Extell Development, the developer of One57, braved the hostile audience at the community meeting.

« The shadows cast by tall, slender buildings, which is what most of the buildings going up are, are very brief — maybe they’re 10 minutes in any one place — and cause no negative effect on the flora or fauna of the park, » said Gary Barnett, president of Extell Development. What’s more, Barnett says, the buildings are creating many permanent jobs in retail, hospitality and construction. « And these are not minimum-wage jobs, » Barnett says. « Many of the union construction jobs compensate between $100,000 and $200,000 a year. Upon salaries like this our fellow New Yorkers can build a better life. »

St. John responds that each of these buildings might have 100 apartments, but 40 million people use the park. To wit, in the shadow of One57, he points to a row of empty benches in the shade. « Nobody is sitting on these benches, but over there where the sun is, people are sitting, » he says. « They’re having a snack. »

Moving on to another area of Central Park, older buildings throw shorter shadows right next an open area filled with constant sunlight. He points to buds on the trees in the sunlit area, « but if you look just to the trees beyond them, there are no buds on those trees because that is where the shadows begin to fall from these buildings. »

If it was just that one building, St. John says, you could kind of shrug it off. But he ticks off six or seven buildings that are going up right in this area. Central Park is landmarked and protected from development, but there is nothing to protect it from shadows cast by buildings outside the park.

Landscape architect Michael Van Valkenburgh designed the tiny teardrop park near the World Trade Center. Surrounded by tall buildings, he wondered, would there be enough sunlight for a lawn? « Sunlight is the joy of what a park is, » he says.

Experts analyzed how much sunlight would be necessary, and one of the architects actually lowered part of a building under construction « so enough sunlight came in, » Van Valkenburgh says. « But everything was within inches of not working. »

As to whether the shadows will stress trees and plants, he says, they will probably die slowly — over five years.  » ‘Oh, why are the trees dying?’  » he predicts people will say.  » ‘It must be related to global warming.’  »

Van Valkenburgh believes there should be rules in New York about the right to sunlight in public spaces as there are in the zoning laws of some other communities.

As for St. John, he’s peeved that there was never any public debate about the supertowers. They just happened. « Maybe at the end of that public debate the public consensus might have been the economic activity generated by these buildings makes it worth it, but we just never had the debate, » St. John says.

And at least for these buildings it’s probably too late.

 Voir également:
Life above 800 feet in a city relentlessly on the rise.
The New York Times magazine
06/05/2016
A city on an island, teeming with cash and ego, has nowhere to go but up. And up. And up. Imagine the Manhattan skyline in a time-lapse filmstrip, starting around 1890 — when the New York World Building crested above the 284-foot spire of Trinity Church — and culminating in the present day: it is a series of continual skyward propulsions, each new proud round overshadowing the last.Perhaps much of this history has been driven by crude competition — the fierce battle between the Chrysler Building and the Bank of Manhattan Trust Building (40 Wall Street), for instance, to be the World’s Tallest Building, a fight the Chrysler won by a stunning coup de grâce: the last-minute addition of its secretly constructed spire, which nudged New York’s altitude record up to 1,046 feet for 11 precious months until the Empire State Building topped out. But the city’s architectural history cannot be reduced to gamesmanship. Something else is going on. Manhattan builds up because it cannot build out and because it cannot sit still. Those of its inhabitants who can afford to do so will seek to climb to higher ground.We are currently in the midst of another clambering epoch. The city has 21 buildings with roof heights above 800 feet; seven of them have been completed in the past 15 years (and three of those the past 36 months). In this special New York Issue, we explore the high-altitude archipelago that spreads among the top floors of these 21 giants. It totals about 34 million square feet in all, encompassing lavish living spaces, vertiginous work environments (during construction and after), elite gathering places. Visually, the experience of this new altitude feels different in kind from its predecessors, the peak uplifts of previous booms that topped out at 400, 500 or 600 feet. At 800 and above, you feel something unusual in a city defined by the smelly bustle of its sidewalks and the jammed waiting and inching and zooming of its avenues — a kind of Alpine loneliness. Every New Yorker knows the pleasant private solitude that can be found at street level, among anonymous crowds. This is something different: an austere sense of apartness inspired by achieving a perspective seemingly not meant for human eyes.In 10 years, the views captured in the following pages might seem quaint, even inferior. But today they provide an uncommon glimpse into the city’s rarefied new neighborhood in the sky.

Jake Silverstein♦

Jake Silverstein is editor in chief of the magazine.

Voir encore:

The vertical frontier

New York has always stood above the rest. Now it’s reaching even higher — with economic, architectural and social consequences that will once again redefine the most famous skyline in the world.
Michael Kimmelman
The New York Times magazine

06/05/2016

Alysia Mattson, who works near the top of 1 World Trade, likens the experience above 800 feet to “being in a giant snow globe. Everything is calm.” We were standing at the window, looking down at a ferry inching across the Hudson. “You focus on things like boat traffic,” she said. “You don’t feel you are really in the city.” At that height, the earth-binding sounds of city life evaporate, along with close-up details. Perspective flattens. Cars and people on the street appear to crawl.

“Would you really feel any pity if one of those dots stopped moving forever?” Harry Lime asked on the Ferris wheel in “The Third Man.”

Jimmy Park, whose office is also on the 85th floor and who is a mountain climber in his spare time, put it another way: “You’re looking down on something you’re not in, and you feel you’re a long way from where you need to be if you need to be safe. At the same time, there’s something therapeutic about seeing great distances. It happens on planes, on mountains, on beaches. I’ll have a meeting with a new client, and we’ll gaze out the window and have this comfortable silence.

“It’s analogous,” he went on, “to the ‘overview effect’ that astronauts feel, which created the whole environmental movement. You realize how small you are and how big the world is.”

The Old Testament declared every valley shall be exalted and every mountain and hill shall be made low, in keeping with classical beliefs about proportion and balance. By the 18th century, awe, terror and exultation, previously reserved for God, passed over to geological phenomena like mountains and experiences like conquering peaks. Kant called it “the terrifying sublime.” In the 19th, with new technology and the growth of cities, nature was rivaled by the man-made. The sublime became reachable by climbing to the top of a tall building.

In this spirit, Richard Morris Hunt designed New York’s Tribune Building, built in 1875, with its clock tower at 260 feet, competing with the spire of Trinity Church to be the tallest structure in the city. A quarter-century later, Daniel Burnham’s Flatiron Building, at 285 feet, established a new ideal of tall and skinny, soon dwarfed by the 700-foot-tall Metropolitan Life Insurance Tower, just across Madison Square Park, which was itself outdone, in 1913, by Cass Gilbert’s Woolworth Building, at 792 feet.

The New York skyline found its Platonic ideal less than two decades later with the Chrysler and Empire State buildings. The Empire State’s 204-foot mooring mast for passenger dirigibles, which never actually docked there, represented the mercantile equivalent of Trinity’s steeple. As E.B. White wrote, the city skyline was “to the nation what the white church spire is to the village — the visible symbol of aspiration and faith, the white plume saying that the way is up.”

With its dips and peaks, New York’s skyline became a civic signature, the postcard picture and classic movie image of the American century, its contours a reflection of what was happening below. White’s notion depended on a vital street life, on how the towers met the sidewalk and the curb. In recent decades, aspirant cities have built buildings taller than New York’s without ever quite supplanting Manhattan, in part because skylines are just stage sets of urbanism if they don’t arise from real, bustling neighborhoods.

It was exclusivity of neighborhood, more than sheer height, that connoted status in Manhattan half a century ago: a 20th-floor penthouse on Park Avenue still signified the pinnacle of the social pyramid. Back then, real nosebleed altitudes, like 800 feet, belonged primarily to commercial, not residential, buildings. Skyscrapers advertised companies. Apartments alone couldn’t cover the extraordinary cost of construction at such heights.

Half a century ago, a 20th-floor penthouse on Park Avenue still signified the pinnacle of the social pyramid in Manhattan.

That changed only during the last decade or so, once apartments in luxury buildings like 15 Central Park West fetched $3,000 a square foot and more. Suddenly, a very tall, very slender project on 57th Street, with a floor plate just big enough for one apartment, or maybe two, and needing far fewer space-hogging elevators than a commercial tower, seemed profitable to aggressive developers. Big-name architects were enlisted. As Carol Willis, the founding director of the Skyscraper Museum in Lower Manhattan, likes to put it, form follows finance.

Height suddenly substituted for neighborhood as a signifier of status, partly because zoning regulations steered sky-high construction toward less restricted, mixed-use parts of the city, like 57th Street, which also offered money shots of Central Park, and partly because a target clientele of South Asian copper-mining industrialists and Russian oligarchs had little intention of living in their apartments. In any case, they didn’t actually want neighbors. They wanted views. Developers promoted these buildings as de facto country estates, where the chances of encountering someone who isn’t a paid employee of the building are vanishingly slim, and in-house restaurants serve only tenants, so that even eating out won’t require actually going out.

Many New Yorkers, infuriated by tax breaks given to these skyscraping potentates, picture themselves toiling in the long, skinny shadows the new towers will cast. But shadows aside, that’s not entirely fair to the supertalls. Some people may not like their scale, but a handful of apartments in mostly nonresidential blocks of Midtown or near Wall Street are hardly the cause of gentrification and displacement. And there may be just a little xenophobia in the anti-supertall phenomenon. It’s a good bet that more than a few wealthy Chinese, Indians and Arabs, like Jews before them, facing an impossible vetting process from co-op boards on the Upper East Side, elected instead to look down on them.

In any case, 57th Street is now dubbed Billionaire’s Row, and wealth has reached new altitudes. Advances in skyscraper technology have much to do with this. William F. Baker, who helped engineer the Burj Khalifa in Dubai, at 2,717 feet the world’s tallest tower, recently explained the engineering behind life above 800 feet. Engineers, he said, who long ago figured out how to make sure skyscrapers won’t topple over, are focused more and more these days on the trickier problem of making people inside feel secure. It’s a challenge because very tall, very slim buildings are designed, like airplane wings, to bend not break. An average person starts worrying about movement in a high-rise long before there’s anything approaching a threat to safety. Mild jostling that you take for granted in a car or train can provoke panic at 100 stories, even if you’re still safer in the building than in the car.

Incredible efforts now go into mitigating those effects. Today’s superslender towers are outfitted with sophisticated counterweights, or dampers, and other movement-tempering devices, as they are also outfitted with elevators that speed tenants to their aeries but not so swiftly that you will perceive any troubling G-forces. Something around 30 feet per second seems to be an ideal velocity, suggesting there may be an ultimate height for luxury towers — not because we can’t engineer a mile-high building but because rich tenants won’t abide elevators that take several minutes to reach apartments for which they paid the annual expenditures of the Republic of Palau.

Exceptional engineering requirements are said to account for a hefty portion of the cost of apartments in the supertalls, like 432 Park Avenue, presently the tallest apartment tower in Midtown Manhattan, and one of the costliest. Its exterior is a grid of concrete and glass, like an extruded Sol LeWitt, or a distended Josef Hoffmann vase (or a middle finger stuck up at the city, depending on your perspective). Giant twin dampers near the roof, the size of locomotive engines — with their own spectacular double-height views over the city — act like shock absorbers, providing ballast and discouraging chandeliers from tinkling and Champagne glasses from toppling over.

If the twin towers and the Empire State Building used to define south and north in Manhattan, the poles of the city skyline, now the compass points include 1 World Trade, 432 Park and, just a few blocks west, One57. The last, with its clunky curves and pox of tinted windows, steers Midtown Manhattan more toward Vegas or Shanghai. A mile or so away, the vast tabula rasa development called Hudson Yards threatens to become a mini-Singapore on the West Side.

But taste is tricky to legislate. Critics greeted the Chrysler Building with horror when it was finished, then held it up as a model of what skyscrapers should look like when a modern generation of glass and steel towers reshaped the postwar skyline and provoked fresh outrage. Looking back, we can see that 1950s landmarks like Lever House, by SOM’s Gordon Bunshaft, and the Seagram Building, by Mies van der Rohe, are as beautiful and refined as any architecture in America, although in the following decades they spawned a million mediocre imitations, cluttering Manhattan and obscuring the originals’ genius. This was the era of white flight and suburban sprawl, when Roland Barthes described New York as a vertical metropolis “from which man is absent by his accumulation,” and America’s so-called towers in the park — those often unjustly maligned housing projects of clustered high-rises in poor neighborhoods, many on the margins of the city — were left to ruin. The ugliest skyscraper in town, long known as the Verizon Building, at 375 Pearl Street, a seemingly windowless behemoth, still looms over the Brooklyn Bridge. It went up in 1976, just after the twin towers, by Minoru Yamasaki, which New Yorkers loved to hate — until many came to regard them differently, and not just because of what happened on Sept. 11. At dawn and dusk, the sculpted corners of the towers captured sunlight, making orange and silver ribbons float in the ether. Now, 1 World Trade has risen from their ashes. The classic modernist skyscraper is fashionable again. Taste, like the New York skyline, remains an endless work in progress.

Of the new buildings, I like 432, designed by Rafael Viñoly, and the studied jumble of 56 Leonard, downtown (Herzog & de Meuron are the architects). They’re designed with finesse, punctuating the skyline. Other buildings going up, like Jean Nouvel’s 53 West 53rd, beside the Museum of Modern Art, and 111 57th Street, by SHoP Architects, promise to help tip the scales back toward an older ideal of the sophisticated, attenuated tower, crowded out by those decades of plug-and-play boxes.

There are still those who fret about scores of tycoon palaces overrunning the city. They may take solace in the fact that the supertall-apartment phenomenon has always been a game of fiscal musical chairs. New federal rules devised to thwart shell companies and money laundering now require that cash buyers of luxury residences disclose the true names of their owners. Roughly half of real estate purchases in Manhattan, it turns out, are made in cash, with overseas buyers accounting for a third of all new Midtown condo acquisitions. Combined with sagging oil prices and a fluctuating yuan, the new rules seem to be having an effect. For the moment, the market for apartments above 800 feet continues to soften. Some supertall apartment towers on the drawing board may be postponed.

And corporate chieftains are no longer clamoring for glitzy new company towers. They’re more in tune with millennials, who prefer repurposed buildings, street life and live-work neighborhoods. The architect Bjarke Ingels has recently envisioned a couple of New York towers that feature enormous, sky-high terraces, to bring something of the pleasures of being on the street into the ether.

If the twin towers and the Empire State Building used to define the poles of the city skyline, now the compass points include 1 World Trade, 432 Park and One57.

“The tendency has been to create a hermetic experience, with floor-to-ceiling windows, so you’re incarcerated in a box,” Ingels said. “Outdoor space used to be considered a nuisance, which didn’t contribute to the building’s value, but I believe that’s changing. I am starting to hear leasing people say they want outdoor space. That’s true in residential as well as commercial properties. I think the future at 800 feet is more likely to be engaged with the outside and less an escape from it.”

Maybe. In New York, it can get pretty windy and cold up there. For ages, my aunt has rented a studio apartment, a bit lower down, on the 16th floor of a building in Greenwich Village, with a terrace looking toward Washington Square Park and Lower Manhattan, although mostly the view consists of a jumble of low-rise buildings, black-tar rooftops and fire escapes. The terrace has a sun-bleached, green-and-white canvas awning that can be rolled out for shade. Voices and car horns waft up from the street. Rain splatters on the terra-cotta floor. Spring blows in on breezes from the river. I feel like the luckiest man in New York when I’m there, above the city and in the middle of it.

Everyone’s sweet spot is different. I stood with Jimmy Park at his window in 1 World Trade, 1,000 feet up. He was extolling the view of Brooklyn and Queens. The roof of 7 World Trade, a neighboring 743-foot glass office tower, cleverly conceived by David Childs, was several hundred feet directly below us. We could just make out the mechanicals. Someone standing up there would have been one of Harry Lime’s dots.

I asked Park how tall he thought it was. He scrunched his forehead. He hadn’t really thought about it, he said. ♦

Michael Kimmelman is the architecture critic for The New York Times. He last wrote for the magazine about Manhattan’s secret pools and gardens.

Matthew Pillsbury is a photographer. His work will be shown at the Benrubi Gallery in New York in 2017.

 Voir de même:
Do We Have a Legal Right to Light?
Kelsey Campbell-Dollaghan
With supertall towers popping up along Central Park’s southern edge like wildly expensive luxury mushrooms, Manhattan’s largest park is about to be cast into shadow—some as long as half a mile. The real estate boom is stirring up a debate: Do we have a « right to light »?

Not in America. But there are plenty of laws in other countries that protect homeowners’ right to natural light—most of them stemming from around the time of the labor rights movement at the turn of the century, when dark, dingy tenements across Northern Europe and the US were replaced by neat, orderly public housing.

In Denmark, for example, there’s a law that determines exactly how much direct sunlight an apartment must receive—it’s even changed the way that many windows are designed. In England, a law called « ancient lights, » or « right to light, » protects any building that has received natural light for more than 20 years from future developments.

But, in the U.S., things are a bit more shady. A number of court cases here have attempted to block developments based on light, going as far back as 1959, when two Florida hotels duked it out over a bit of blocked sunshine. That case set the precedent for many others: The judge held that there is « no legal right to air and sunlight. »

In New York City, we have air rights—a concept that dates back to a law from Roman times: For whoever owns the soil, it is theirs up to Heaven and down to Hell. Modern air rights were spurred by the birth of air travel in the early 20th century, when New York City was the booming skyscraper capital of the world.

Clarification: A previous version of this post poorly explained modern air rights in NYC. The Skyscraper Museum offers up a better description in its 2013 exhibition, SKY HIGH & The Logic of Luxury, in which it explains that modern air rights in NYC emerged in the early 1960s with new zoning laws that regulated building with something called floor area ratio, or FAR—defined as square footage multiplied by a number determined by the zone to which the building belongs—that limits how much structure can be built on a particular lot and encourages developers to create public spaces on the street level. They also allow developers to buy the air rights from nearby buildings and apply them to their own lots, the Museum’s director and curator Carol Willis explains in the exhibition’s online home:

The formula for FAR and the ability to purchase and pile up additional air rights has created an invisible Monopoly game in Manhattan real estate in which developers often work for years to acquire adjacent properties that could be collected into an « as or right » tall tower.

It’s crucial to note, at the Skyscraper Museum does, that the buildings whose FAR has been purchased by a nearby tall building can never be developed higher. Still, the spate of new construction projects along Central Park (what Gothamist calls « Billionaire’s Row ») has some people arguing for a law that protects the average New Yorker’s right to light further. In an op-ed in the New York Times this week, Warren St. John sounds the alarm about the danger of letting towers rise along the park:

New Yorkers who want to protect Central Park will have to do it on their own… And they need to hurry, before the sun sets permanently on a space the park designer Frederick Law Olmsted envisioned as “a democratic development of the highest significance.”

After all, as St. John points out, people who are willing to fight for public spaces are disappearing quickly, while organizations that have traditionally critiqued developers are now run by them.But will shadows be enough to spur rage amongst New Yorkers? Or will we distract ourselves with pumpkin-flavored treats and complaining about Banksy until, one day, we wake up and realize that the single window in our terrible railroad apartment is blocked by the servant’s entrance to a $100 million palace? And besides: Isn’t it NYC’s prerogative to build higher, faster, and stronger? We’ve never been a city to turn down new development—we’re not Paris.

But I think there’s something else that irks me about these new towers. After all, New Yorkers willingly suffer for their city on a daily basis—in fact, it’s a source of civic pride. As Justin Davidson pointed out in arecent review of one massive West 57th street tower: These buildings aren’t awe-inspiring in the way the Empire State Building or Chrysler Building—or even Renzo Piano’s New York Times building—are.

And it’s important that they’re not office towers like the rest of the city’s supertalls. These new buildings will become the tallest residential architecture in the country, populated by roughly a few hundred astronomically wealthy people. Non-billionaires will be relegated to the streets below, as oligarchs shuttle to-and-fro in helicopters and armored cars. Most of these condos will probably be empty, most of the time.

So maybe it’s not that these shadows are ruining New Yorkers’ sunbathing. It’s that they’re escaping the fundamental reality of Manhattan—that regardless of income, all of us suffer the same basic indignities: The trash, the traffic, the pollution, the small kitchens.

But, like the rich in Neill Blomkamp’s Elysium, the owners in these super-tall, super-luxury towers will be citizens of a literal super-city, one located above us all, hovering in a part of the atmosphere inaccessible to mere earthlings, only detectable through the shadows it casts. [Studio-X NYC]

Voir de plus:

The 800 club

In a city obsessed with wealth and status, living at supertall altitude is a privilege that only a few dozen New Yorkers enjoy — at least for now.
Jon Ronson
The New York Times magazine
06/05/2016

“This is the skyline people talk about.” It was a Wednesday evening in late May, and Warren Estis, a real estate litigator, was showing me the views from his penthouse apartment at Trump World Tower, at 47th Street and First Avenue. We were on the 86th floor, which, according to the building’s management, meant we were 810 feet above the ground. “You can see water planes landing on the East River,” he said. “I love the seaplanes when they come zooming in.”He led me north into the home theater, from which you could see all the way up and across town to the George Washington Bridge and where the deep leather chairs reclined into divans at the touch of a button. Then he led me south, through a lavish open-plan living room, where his partner, Tatyana Enkin, was preparing tea. The two are collectors of glass art, and the living room was dense with it: crystal swans and obelisks and lilac-and-purple baubles of various abstract shapes. LED strip lighting in the ceiling made the room glow blue, then red. “Look at the World Trade Center,” Estis said, pointing downtown. Finally, he led me west.Trump World Tower is a sleek black slab of a building that looms over the far eastern edge of Midtown Manhattan, and the view back across the island is truly remarkable. “Here you’re sitting in a chair, and you turn and you see everything,” he said. “All the iconic buildings in the city. And it’s different at night. Everything’s lit.”But as he looked out the window his eyes flickered, a little irritated, at two new supertall condo buildings that tower above his, slightly blighting his west-facing view. To the right in the middle distance was One57, a blandly luxurious gray-blue monolith that rises to 1,004 feet and casts a significant shadow over the south side of Central Park; just to the right of that stood the even loftier 432 Park Avenue, pencil-thin and still unfinished. The design of 432 Park is more attractive than One57’s — it resembles a neat stack of pale Rubik’s Cubes — and its rapid rise has made it perhaps Manhattan’s most noticeable skyscraper. When Estis moved into Trump World Tower in 2002, his year-old home was the world’s tallest residential building. Now 432 Park dwarfs it.Tatyana Enkin in the 86th-floor Trump World Tower apartment she shares with her partner, Warren Estis. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times

Estis shot its penthouse — which is, at 1,396 feet, currently the highest condominium in the world — a derisive glance. “At a certain point, you’re too high,” he said. “You don’t want to be higher than this,” he added, meaning his own apartment. “Up there you lose the effect. You have to walk to the window to look down.”“It’s like when you go to an art gallery,” Enkin said. “The painting has to be on eye level.”“What’s the good of being above it all?” Estis said. “You’re missing out on the beauty of the city and the various structures. Here you have the flavor.”Estis is, much like the man who built Trump World Tower, thickset, restless, plain speaking and motivated by a desire to win. He grew up in Little Neck, Queens, his mother a legal secretary and his father a lawyer for the Veteran’s Administration. At school, they asked him what he wanted to be when he grew up. “Rich,” Estis replied. He was 6. While in college, he rented an ice-cream truck and drove it around on an aggressive schedule — eight months out of the year. Soon after he graduated from law school he had enough money saved to buy his first piece of property: a two-family home in Bay Terrace, Queens. Now 57, he owns approximately 65 apartments and houses throughout Manhattan and Queens, and heads a 79-lawyer law firm.‘At a certain point, you’re too high. You don’t want to be higher than this.’Enkin, like Trump’s first and third wives, is an ex-model who grew up in the Eastern bloc. She was raised in Soviet Ukraine and worked as a hydrologist in the Siberian gulags before moving to the United States to become a model for the Elite agency and Marc Jacobs. Now 40, she works as an artist’s agent.

By living above 800 feet, Estis and Enkin are two members of an unexpectedly exclusive group in Manhattan. In my estimation, no more than 40 people currently live above that line, scattered among just three buildings (Trump World Tower, One57 and 8 Spruce Street, a Frank Gehry building downtown). But they’re just the vanguard. The city is in the midst of another building boom, one unlike any that has come before. In the past, Manhattan’s tallest buildings were filled with corporate offices; now, the most imposing skyscrapers are built as homes for some of the wealthiest people on the planet. By 2020 there are expected to be at least 14 residential skyscrapers in New York City. Many of them will block out the light for a great expanse of Central Park. A small city is being built in the sky — but for whom? I was curious to learn about them, so I set out to meet as many as I could.

Stellan Parr in his 453-square-foot studio apartment on the penthouse floor of 8 Spruce Street. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
Estis and Enkin were the first I got in touch with, and the most hospitable. I lingered around their apartment for hours, until the sun was setting over the Hudson. The spires of the Empire State Building and the Chrysler Building suddenly illuminated, bathing the apartment in their light.

“When you’re up there,” Estis said, meaning the 432 Park penthouse, “you’re missing this. You’ll see lights. But not at this level. You never want to be level with, or looking down on, rooftops. There’s no advantage.”

“Apparently that penthouse sold for $95 million,” I said. The buyer has been reported to be the Saudi Arabian retail and real estate giant Fawaz Alhokair (432 Park’s representatives declined to comment). He made his $1.37 billion fortune by bringing outlets of Western retail chains — Topshop, Banana Republic, Zara and Gap — to the Middle East, North Africa, Central Asia and the Caucasus.

Estis shrugged, unimpressed. “They get bragging rights,” he said. Then he affected the smug tone of a 432 Park penthouse purchaser and added: “I paid more money than anyone else in the building. But I may not have the best view.”

The view may not matter in the end. According to Forbes, Alhokair lives primarily in Riyadh, so presumably 432 Park’s penthouse will become just a pied-à-terre for him — or perhaps simply an investment property, destined to remain pristinely and forever empty.

The precise number of people living above 800 feet is impossible to calculate because of the secrecy that now veils so many real estate transactions in New York. This is especially true at One57, where eight of nine condos above the 800-foot-mark have already sold. Buyers protect their identities fastidiously over there, purchasing their condos through shell corporations with impenetrable names that exist solely to mask their identities.

The top floor of 28 Liberty, a 60-story office tower, is home to free Tuesday yoga classes for those who work there. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
Tracking down the owners was a drawn-out process. I would make a trip to the New York City Registry to fetch the names and addresses of the limited-liability companies that made the purchases and try to contact them that way. For example, the top two floors of One57 make up a single duplex, Apartment 90, which sold for $100.5 million to an L.L.C. named, unhelpfully, P89-90 LLC. (It remains Manhattan’s most expensive single residence.) The lawyer representing the L.L.C., Andrea Riina, emailed me, “Your request was forwarded to the client and declined.”

I had slightly better luck with Apartment 90’s downstairs neighbor, the owner of Apartment 88. In April 2015, it was sold for $47.3 million to Pac Wholly Own L.L.C., which is associated with a Chinese airline, Pacific American. The airline is owned by the HNA Group, which is in turn owned by the billionaire Chen brothers, Feng and Guoqing. After correctly predicting in the early 1990s that Hainan, a balmy island south of Beijing, would become a kind of Chinese Riviera, they started an airline to take passengers there. Soon, they amassed a fortune. According to a 2014 Bloomberg profile, Chen Feng is a “rigorously private” man; apparently his brother is, too. I emailed Guoqing Chen’s assistant several times before she finally responded: “One57 is a company investment program, and Mr. Chen doesn’t live in One57 right now. So, I am afraid Mr. Chen can’t take the interview. Thank you so much for your consideration.” The rebuff knocked out Apartment 86 too. The L.L.C. that purchased it, One57 86 L.L.C., is registered to the same small downtown Manhattan office suite that houses Pacific American airlines.

Apartment 83 is unsold, and the owners of Apartments 85 and 82 — the billionaire retailers and business partners Lawrence Stroll and Silas Chou, respectively — “prefer not to be included in the article,” their assistant wrote. Stroll, who made his money by investing early in Tommy Hilfiger, is Canadian but a resident of Geneva, according to Forbes. Chou — an early investor in Michael Kors — lives in Hong Kong.

I had a good feeling about Apartment 81 (which lies slightly below 800 feet, but I felt I’d earned it). For a start, there was a chance its owner actually lived there. The apartment cost $55.5 million and — according to The Times’s real estate pages from the week of the sale — boasts a “galvanizing 75-foot-long entrance gallery,” a “grand salon,” four bedrooms, a “one-ton bathtub carved from a single marble slab,” “head-on views of the park to the north” and a concierge who can organize everything from “helicopter service to the Hamptons” to use of a quartz stone bed at a spa on a lower floor that has, apparently, certain healing properties. These apartments are marketed in grandiose ways. As Michael Graves, a real estate agent with Douglas Elliman, told The Times in November 2015, “Living on a full floor at One57 is probably the closest thing to being a king in the 21st century.” (To be pedantic, the world’s 15 actual kings are closer to being kings than the residents of One57 are, though there might conceivably be some overlap.)

The purchaser of Apartment 81 turned out to be a Texan named Becky Moores. Unlike her neighbors, she didn’t conceal her identity. She bought it in her own name — well, in the name of the Rebecca Ann Moores Family Trust. She married her childhood sweetheart, John, in 1963. Forty-five years later she filed for divorce, hinting at infidelity. The divorce was messy and public and the payout vast enough to afford her not only Apartment 81 but a $34.3 million apartment on One57’s 54th floor too. The settlement proved less fortuitous for fans of the San Diego Padres. John Moores was the team’s owner, and to pay the settlement he had to sell his majority share. In the process, the payroll plummeted, and the star players Jake Peavy and Adrian Gonzalez were traded off to save money. “Ultimately, the team collapsed,” says Tom Krasovic, a sports reporter at The San Diego Union-Tribune who covered the Padres for years. He seemed confident that Becky Moores would grant me an interview. “I always found her to be a very nice lady,” he told me over the telephone. “She’s very well liked and very approachable with a lot of the media.”

“Bad news,” emailed my contact for Moores. “Rebecca Moores isn’t interested in participating in your story.”

Todd Stone in his artist’s studio on the 67th floor of 4 World Trade Center. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
Sorting out who lives above 800 feet in Trump World Tower is slightly easier, thanks both to the tabloids and to the fact that it was built before this vogue for secrecy really took hold. Beyoncé and Jay-Z used to live up there. They rented an apartment a few floors above Estis and Enkin for a year, paying a reported $65,000 per month. The former Yankees shortstop Derek Jeter lived there, too. He sold his 5,500-square-foot apartment on the 89th floor, identical in shape and size to Estis and Enkin’s, for $15.5 million in 2012. Nowadays, their neighbors include the widow of a Delta Air Lines pilot who made a fortune in the stock market, a human rights advocate from South Africa who specializes in health care projects for the developing world, the chairman of Assist America (a global medical-emergency service) and a mysterious Asian businessman who purchased the three remaining apartments all at once, paying in cash, according to Enkin. “He’s Japanese,” she said, “but I don’t know exactly what he does.” (According to a resident and city records, his name is Chinh Chu. Chu works in finance and he is, in fact, from Vietnam. He didn’t respond to a request for comment.)

8 Spruce Street stands out among these new buildings because it’s rental-only — none of the units are for sale. Only the top three floors sit above the 800-foot line. The resident of Penthouse South, on the very top floor, agreed to meet me.

Penthouse South is tiny — so tiny it looks as if there has been some mistake. Its 453 square feet are inclusive of literally everything. It’s so incongruous amid the huge penthouses it abuts that it feels almost magical, like the secret railway platform from which the wizards take the train to Hogwarts. It was designed to be a guest or nanny’s room for one of the other penthouses, but building management rented it instead to Stellan Parr — 33, tattooed, soft-spoken and studying to be a physician assistant. He pays rent “in the low thousands.” He is a unique man: perhaps the only person of (somewhat) modest means who lives at such heights in New York. We sat at his kitchen/living room/bedroom table and admired his view, which takes in the Statue of Liberty, the curve of the East River, 1 World Trade Center and the 9/11 Memorial pools. He opened his window a fraction, and we both suddenly experienced debilitating vertigo. He closed it, and the feeling immediately dissipated.

Sometimes, Parr told me, he leaves his room to surprised glances from his neighbors — they have included a basketball player with the Brooklyn Nets and a European who used the $45,000-a-month apartment as a crash pad for the rare occasions he was in town. They have said to Parr, “I didn’t know anyone lived there.”

On a clear day in early May, I was given permission to stand on the 95th floor of 432 Park — which is, at 1,271 feet, the building’s second-highest floor, directly below the $95 million condominium. 432 Park is still partly under construction, and it took much haggling with the building’s owners before they granted me access. The two apartments that make up this floor are currently filled with dust and construction equipment, but once completed they will go on the market at around $40 million each. (This makes them roughly four times the price of, and 25 percent smaller than, Estis and Enkin’s apartment.)

I could see Trump World Tower easily from here, and I recalled Estis’s frequent assertions that his views were better. Now I had the chance to assess his claim. Looking south I could see all the way to the Atlantic. I could see how Manhattan tapered to a point at its southernmost end. Still, from this side of the building, I had to agree with Estis: The 95th floor is too high. There’s too much sky. You do have to walk up to the windows to look down.

But then I walked to a north-facing window and gazed out upon the most expensive view in the world — the view that someone was willing to pay $95 million for. (It really is the view that sells these places. The apartments aren’t that big.) I could see, at once, the whole of Central Park. But I could also see everything happening in it: children playing baseball, picnickers lying on the grass, a sea lion jumping from a rock into the water at the zoo. I could even see the splash. It was overwhelming, awe-inspiring. I felt like Gatsby — removed and superior. And then it was time for me to leave.

Workers at the ‘‘top of the house’’ — the current pinnacle of construction — at 3 World Trade Center. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
As my elevator descended and my ears popped, it occurred to me that I would almost certainly never take in such a view again. And in fact, maybe nobody will, if these apartments wind up becoming empty investments.

A few weeks later, via email, I received an enormous surprise. For the first time ever, a purchaser of an apartment above 800 feet in one of the mysterious new supertall condo buildings had agreed to speak with a journalist about his purchase. I was to meet him in his Fifth Avenue office on Thursday at 4 p.m.

Howard Lorber is a 67-year-old New Yorker, balding, gregarious, instantly likable. He stood at his 52nd-floor office window, which looks out over — or, I suppose, under — his future home. His apartment will be on the 67th floor, he told me, 850 feet above the ground.

“I point it out to everyone who comes in here,” he said.

I mentioned my calculation that only a few dozen people currently live above 800 feet in the city. Lorber, who works in real estate, did his own calculation and said, “Once 432 Park is filled, there’ll be 40 more.”

On his mantelpiece were photographs of him with Donald, Ivanka and Melania Trump. “I think Donald is fantastic, and he’s going to beat Hillary and be the next president,” he said. There was also a photograph of him with Mitt Romney. “I should take that one down,” he said.

Lorber grew up in the Bronx. His father was an electrical engineer, and Lorber entered the work force by the time he was 13, “flipping pizzas, pumping gas.” He went to college but hated it, so he became a sociology major because someone told him it was the easiest way to graduate. Out in the world, he wasn’t satisfied with the sort of work he could find with a sociology degree, so he went back to college and learned accounting. He became a stockbroker, then moved into insurance. Eventually, he made enough money to buy Nathan’s Famous, the hot-dog company. He’s currently chairman of the real estate firm Douglas Elliman, the very same firm that is now selling the condos at 432 Park — hence, perhaps, his willingness to be interviewed. From time to time during our conversation, he lapsed into a kind of marketing autopilot: “432 Park is an unbelievably striking building, it’s like a masterpiece, it has to be the most talked-about and revered building in New York City. … ” But I didn’t mind the spiel because — given his expertise — he provided insightful answers to my lingering questions about the supertall boom.

“How come Trump World Tower is so much less expensive than 432 Park?” I asked.

A dentist’s office on the 69th floor of the Chrysler Building. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
“By New York standards it’s already an older building,” he said. “First Avenue in the 40s doesn’t command the same price as Park Avenue in the 50s. It just doesn’t. Everyone wants to live in the middle, as opposed to the ends. I guess Central Park is the equivalent of living on the water in the Hamptons. Then there are the ceiling heights, the amenities. … ” (432 Park will have a restaurant, a fitness center and several floors of studios that the owners of the larger apartments can purchase as offices or for staff accommodation. When I walked into Lorber’s office, he was complaining to one of his associates about the price of these studios. “Seven hundred feet for $3 million, to house your staff?” he was saying. “I don’t think it’s such a good idea.” Still, he has reserved one for himself.)

I recounted to him my lack of success at One57, how I was impeded in part by the impenetrable L.L.C. names. “People do it for privacy,” he said.

“Well,” I said, “it worked.”

“If you’re wealthy,” he said, “with the world as it is, with ISIS saying they want to go after billionaires, there’s really almost no reason not to buy in an L.L.C.”

I asked him about all the emptiness up there. Will those apartments purchased as investments by foreign billionaires really remain forever vacant?

‘Seven hundred feet for $3 million, to house your staff? I don’t think it’s such a good idea.’

“It depends on the people,” he replied. “Some foreigners just want to get their money out of the countries they’re in. They may or may not rent them, but it’s not about making money. It’s more a matter of wanting stability, to be in a safe haven, which they believe New York City is. Look around the world. Look at all the turmoil. Argentina’s bankrupt, Brazil’s in trouble. In China the prices probably went down 20 to 30 percent last year.” But this, he added, was more an issue for One57 than for 432 Park. “One57 is geared more to foreigners; 432 Park is mostly domestic.”

“How come?” I asked.

“It ended up that way,” he said. “One57 has a hotel in it. 432 Park doesn’t. I think the foreigners like the idea of having a hotel. The locals like the privacy and the security of not having a hotel. And also, in fairness, One57 was on the market first. So they had the first shot at those people.”

This last statement made me realize just how tiny a group this is — these foreign billionaires happy to spend tens of millions on New York City apartments they may never visit. It’s a very small community, the superrich. In fact, when Lorber asked me who else I had interviewed for the story, and I mentioned Warren Estis, he broke into a huge smile and said: “I know Warren very well! He’s a client of the company! He’s a fun guy!”

Servcorp, a work space on the 85th floor of 1 World Trade Center. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
It’s no surprise that Donald Trump seems to loom over life at 800 feet. Years before he coasted to the Republican nomination on a tide of populist anger, he was the first to give the superrich the chance to purchase these aloof Manhattan palaces in the sky, these physical embodiments of how the extremely wealthy operate at a remove from society. And now, in a way, his campaign is exploiting the rage this divergence has caused.

When I was at Estis and Enkin’s apartment we got to talking about Trump and the hostility that follows him around. Trump World Tower was itself constructed amid much acrimony and division — a chaotic and upsetting experience for some neighbors and a bonanza for others. Taking advantage of the city’s idiosyncratic “air rights” process, Trump quietly bought rights from the owners of several low-rise neighboring buildings — a church and a Japanese cultural center among them — until he had enough to build one gigantic tower. He undertook his maneuver with such stealth that none of the other neighbors, not even Walter Cronkite, knew what was unfolding in their backyards. When Trump’s plans were finally revealed, Cronkite made an emotional petition to the city appeals board, calling the design “demeaning” to the United Nations. “How can we allow an institution as important to the world and New York as the U.N. to be forever dwarfed by this outsize and illegal tower?”

A Trump executive, Abraham Wallach, responded by reminding the media that Cronkite himself lived in a 50-story high-rise at U.N. Plaza. “People who live in glass houses shouldn’t throw stones,” he said.

Before setting off for Trump World Tower, I emailed the Rev. Robert J. Robbins, formerly of the Church of the Holy Family, to ask what the church did with its unexpected $10 million air-rights windfall from Trump. He declined my interview request, citing “Mr. Trump’s present high profile” as the reason. One of Estis and Enkin’s neighbors refused to let The Times photograph their apartment because they didn’t want their name associated with Trump’s in the current climate. For that reason, I felt concerned about mentioning his name to Estis and Enkin. But I needn’t have worried. They are huge fans of his and intend to vote for him.

“He’s truly impressive,” said Estis. “He gives off an aura of presence and he usually has very positive things to say to the individual he’s talking to. He makes you feel good about yourself. He’ll praise you.”

“How has he praised you?” I asked.

Looking east from 56 Leonard Street, currently under construction. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
“One time I ran into him at the U.S. Open, and he was with a well-known name in New York real estate,” Estis said. “We shake hands, and he turns to the builder-developer and says, ‘Warren’s probably one of the best lawyers in New York City.’ ” Estis beamed. “As I said, it makes you feel good.”

Trump does like to say things that make people feel good, though the question of their veracity is often tricky. Trump World Tower’s public-relations agency repeatedly assured The Times that Estis’s apartment lay 810 feet above the ground. But then I called Marshall Gerometta, an expert in skyscraper heights at the Council on Tall Buildings and Urban Habitat.

“Only the top residential unit is above 800 feet,” he said. That’s the 90th-floor penthouse, four floors above Estis and Enkin. His figure, he told me, came from a 3-D image of the building on Google Earth. When I raised doubts about his methods, he said that he had “checked dozens of buildings this way against the actual blueprints, and it’s usually within a couple of feet of accuracy. I’m kind of the go-to guy on this.” (This is true: The Council on Tall Buildings is a respected source.)

“Is Trump known for exaggerating his buildings’ heights?” I asked.

Gerometta replied that he didn’t know about that, but he did know this: Trump was probably one of the first builders to skip floor numbers in order to inflate the total count. “What he markets as the 90th floor is often actually the 72nd floor, just to make it sound more impressive.”

“The Donald,” Gerometta said, laughing, “likes to exaggerate.” (Trump World Tower continues to dispute Gerometta’s figures but has not produced blueprints or other evidence to the contrary.)

For Estis and Enkin, the precise altitude of their apartment is ultimately immaterial. At sunset we sat at a west-facing window. The evening light filled the room, and Enkin had opened a bottle of Champagne. I suddenly remembered recent demonstrations at various Trump-owned skyscrapers across New York City.

“Was there an anti-Trump protest outside this building a couple of weeks ago?” I asked them.

Enkin smiled. Then she shrugged and said, “You only see the top of their heads.” ♦

Jon Ronson is the author, most recently, of “So You’ve Been Publicly Shamed.” He last wrote for the magazine about social-media public shaming.

Christopher Anderson is a Magnum photographer and a recipient of a Robert Capa Gold Medal Award.

 Voir encore:
Winging it
Manhattan’s airspace may look empty, but it teems with life.
Helen Macdonald
The New York Times magazine
06/05/2016
Dusk is falling over Midtown on a chilly evening in early May. I Google the weather forecast once again on my phone — it’s still north-northeasterly winds and clear skies — then pull on my coat and walk down Fifth Avenue toward the Empire State Building. The line for the observation deck snakes around the block, and I’m the only person in it wearing a pair of binoculars around my neck, which makes me a little self-conscious. For an hour I inch forward, up escalators, through marble halls, past walls of soft gold wallpaper, before squeezing into a crowded elevator and emerging on the 86th floor. At over a thousand feet above the city, there’s a strong breeze and a spectacular sea of lights spilling out far below. It’s so astonishing a view I almost forget to breathe.Behind the tourists pressed against the perimeter fence, there’s a man leaning back against the wall. Above him the stars and stripes flap languidly in the night air. I can’t see his face in the gloom, but I know this is the man I’ve come to meet because he’s holding a pair of binoculars that look far better than mine, and his face is upturned to sky. There’s an urgency to the way he stands that reminds me of people I’ve seen at skeet shoots waiting for the trap to fire the next target. He’s tense with anticipation.This is Andrew Farnsworth, a soft-spoken 43-year-old researcher at the Cornell Lab of Ornithology, and I’m joining him here in hope of seeing a wildlife phenomenon that twice a year sweeps almost unseen above the city: the seasonal night flights of migrating birds. I can’t help thinking this is an absurdly incongruous place for a nature-viewing expedition. Apart from the familiar exceptions — pigeons, rats, mice, sparrows — we tend to think of wild creatures as living far from the city’s margins, and nature as the city’s polar opposite. It’s easy to see why. The only natural things visible from this height are a faint scatter of stars above and the livid bruise of the Hudson running through the clutter of lights below. Everything else is us: the flash of aircraft, the tilt of bright smartphones, the illuminated grids of windows and streets.Skyscrapers are at their most perfect at night, full-fledged dreams of modernity that erase nature and replace it with a new landscape wrought of artifice, a cartography of steel and glass and light. But people live in them for the same reason that they travel to wild places: to escape the city. The highest buildings raise you above the mess and chaos of life at street level; they also raise you into something else. The sky may seem like an empty place, just as we once thought the deep ocean to be a lifeless void. But like the ocean, this is a vast habitat full of life — bats and birds, flying insects, spiders, windblown seeds, microbes, drifting spores. The more I stare at the city across miles of dusty, uplit air, the more I begin to think of these supertall buildings as machines that work like deep-sea submersibles, transporting us to inaccessible realms we cannot otherwise explore. Inside them, the air is calm and clean and temperate. Outside is a tumultuous world teeming with unexpected biological abundance, and we are standing in its midst.Above us, LED bulbs around the base of the spire cast a soft halo of pale light up into the darkness. An incandescent blur of white skips across it. Through binoculars it resolves into a noctuid moth, wings flapping as it climbs vertically toward the tower. No one fully understands how moths like these orient themselves while migrating; there’s speculation that they might navigate by sensing Earth’s magnetic fields. This one is flying upward in search of the right airflow that will allow it to travel where it wants to go.Wind-borne migration is an arthropod specialty, allowing creatures like aphids, wasps, lacewings, beetles, moths and tiny spiders hoisted on strands of electrostatically charged silk to travel distances ranging from tens to hundreds of miles. These drifting creatures are colonizers, pioneers looking for new places to live, and they’ll make a home wherever they find one. Place a rose bush out on the arid environment of a top-floor balcony and soon wind-borne sap-sucking aphids will cluster on its stems, followed by the tiny wasps that parasitize them.

Insects travel above us in extraordinary numbers. In Britain, the research scientist Jason Chapman uses radar systems aimed into the atmosphere to study their high-altitude movements. Over seven and a half billion can pass over a square mile of English farmland in a single month — about 5,500 pounds of biomass. Chapman thinks the number passing over New York City may be even higher, because this is a gateway to a continent, not a small island surrounded by cold seas, and summers here are generally hotter. Once you get above 650 feet, he says, you’re lofted into a realm where the distinction between city and countryside has little or no meaning at all.

During the day, chimney swifts feast on these vast drifts of life; during the night, so do the city’s resident and migrating bats, and nighthawks with white-flagged wings. On days with northwest winds in late summer and early fall, birds, bats and migrant dragonflies all feed on rich concentrations of insects caused by powerful downdrafts and eddies around the city’s high-rise buildings, just as fish swarm to feed where currents congregate plankton in the ocean.

It’s not just insects up there. The tallest buildings, like the Empire State, 1 World Trade Center and other new supertowers, project into airspace that birds have used for millenniums. The city lies on the Atlantic flyway, the route used by hundreds of millions of birds to fly north every spring to their breeding grounds and back again in the fall. Most small songbirds tend to travel between 3,000 and 4,000 feet from the ground, but they vary their altitude depending on the weather. Larger birds fly higher, and some, like shorebirds, may well pass over the city at 10,000 to 12,000 feet. Up here we’ll be able to see only a fraction of what is moving past us: Even the tallest buildings dip into only the shallows of the sky.

Though you can see migrating raptors soaring at altitudes well over 800 feet over the city during the day, most species of diurnal birds migrate after nightfall. It’s safer. Temperatures are cooler, and there are fewer predators around. Fewer, not none. Just before I arrived, Farnsworth saw a peregrine falcon drifting ominously around the building. Peregrines frequently hunt at night here. From high-rise lookout perches, they launch flights out into the darkness to grab birds and bats. In more natural habitats, falcons cache the bodies of birds they’ve killed among crevices in cliffs. The ones here tuck their kills into ledges on high-rises, including the Empire State. For a falcon, a skyscraper is simply a cliff: It brings the same prospects, the same high winds, the same opportunities to stash a takeout meal.

We stare out into the dark, willing life into view. Minutes pass. Farnsworth points. “There!” he says. High above us is a suspicion of movement, right at the edge of vision where the sky dissolves into dusty chaos. I swing my binoculars up to my eyes. Three pale pairs of beating wings, flying north-northeast in close formation. Black-crowned night herons. I’ve seen them only ever hunched on branches or crouched low by lakes and ponds, and it’s astounding to see them wrenched so far from their familiar context. I wonder how high they are. “Those are pretty large,” Farnsworth says. “When you look up into the light, everything looks bigger than it is, and closer than it is.” He estimates that the herons are about 300 feet above us: nearly 1,500 feet in the air. We watch them vanish into darkness.

I feel less like a naturalist and more like an amateur astronomer waiting for a meteor shower, squinting expectantly into the darkness. I try a new tactic: focusing my binoculars on infinity and pointing them straight up. Through the lenses, birds invisible to the naked eye swim into view, and there are birds above them, and birds higher still. It strikes me that we are seeing a lot of birds. An awful lot of birds.

Even the tallest buildings dip into only the shallows of the sky.

For every larger bird I see, 30 or more songbirds pass over. They are very small. Watching their passage is almost too moving to bear. They resemble stars, embers, slow tracer fire. Even through binoculars those at higher altitudes are tiny, ghostly points of light. I know that they have loose-clenched toes tucked to their chests, bright eyes, thin bones and a will to fly north that pulls them onward night after night. Most of them spent yesterday in central or southern New Jersey before ascending into darkness. Larger birds keep flying until dawn. The warblers tend to come earlier to earth, dropping like stones into patches of habitat farther north to rest and feed over the following day. Some, like yellow-rumped warblers, began their long journeys in the southeastern states. Others, like rose-breasted grosbeaks, have made their way up from Central America.

Something tugs at my heart. I’ll never see any of these birds again. If I weren’t this high, and the birds weren’t briefly illuminated by this column of light cast by a building thrown up through the Depression years to celebrate earthly power and capital confidence, I’d never have seen them at all.

Farnsworth pulls out a smartphone. Unlike everyone else holding screens up here, he’s looking at radar images from Fort Dix, in New Jersey, part of a National Weather Service radar network that provides near-continuous coverage of airspace over the continental U.S.A. “It’s definitely a heavy migration night tonight,” he says. “When you see those kinds of patterns on radar, in particular, those greens,” he explains, “you’re talking about 1,000 to 2,000 birds per cubic mile potentially, which is almost as dense as it gets. So it’s a big night.” After days of bad weather for birds wanting to fly north, with low cloud and winds in the wrong direction, a bottleneck of migrants built up, and now the sky is full of them. I watch the pixellation blossom on the animated radar map, a blue-and-green dendritic flower billowing out over the whole East Coast. “This is biological stuff that’s up in the atmosphere,” Farnsworth says, pointing one finger to the screen. “It’s all biology.”

Meteorologists have long known that you can detect animal life by radar. Just after World War II, British radar scientists and Royal Air Force technicians puzzled over mysterious plots and patterns that appeared on their screens. They knew they weren’t aircraft and christened them “angels” before finally concluding that they were flocks of moving birds. “That was their contamination, right?” Farnsworth says of radar meteorologists. “They wanted to filter all that stuff out. Now the biologists want to do the reverse.” Farnsworth is one pioneer of a new multidisciplinary science, fit for an era in which weather radar has become so sensitive it can detect a single bumblebee over 30 miles away. It’s called aeroecology, and it uses sophisticated remote-sensing technologies like radar, acoustics and tracking devices to study ecological patterns and relationships in the skies. “The whole notion of the aerosphere and airspace as habitat is not something that has come into the collective psyche until recently,” Farnsworth says. And this new science is helping us understand how climate change, skyscrapers, wind turbines, light pollution and aviation affect the creatures that live and move above us.

At 10 o’clock, cirrus clouds slide overhead like oil poured on water. Ten minutes later, the sky is clear again, and the birds are still flying. We move to the east side of the observation deck. A saxophonist begins to play, and in concert with this unlikely soundtrack we begin to see birds far closer than before. One in particular. Though it is overexposed in the light, we detect a smear of black at its chest and a distinctive pattern on its tail: a male yellow-rumped warbler. It flickers past and disappears around the corner of the building. A little while later, we see another flying the same way. Then another. It dawns on us that it this is the same bird, circling. Another one joins it, both now drawn helplessly toward and around the light, reeling about the spire as if caught on invisible strings. Watching them dampens our exuberant mood. The spire is lit with pulsing rivulets of climbing color like a candle tonight to mark the building’s 85th anniversary. And these birds have been attracted to it, pulled off course, their exquisite navigational machinery overwhelmed by light, leaving them confused and in considerable danger. After being mesmerized in this way, some birds drag themselves free and continue their journey. Others don’t.

New York is among the brightest cities in the world after Las Vegas, only one node in a flood of artificial illumination that runs from Boston down to Washington. We cherish our cities for their appearance at night, but it takes a terrible toll on migrating songbirds: You can find them dead or exhausted at the foot of high-rise buildings all over America. Disoriented by light and reflections on glass, they crash into obstacles, fly into windows, spiral down to the ground. More than 100,000 die each year in New York City alone. Thomas King, of the New York pest-control company M&M Environmental, has had calls from residents of high-rise buildings asking him to deal with the birds colliding with their windows during migration season. He tells them that there’s no solution, but they can talk to their building manager about turning the lights off. It helps. Programs like the New York City Audubon’s Lights Out New York have encouraged many high-rise owners to do the same, saving both energy and avian lives.

We cherish our cities for their appearance at night, but it takes a terrible toll on migrating songbirds.

Every year the “Tribute in Light” shines twin blue beams into the Manhattan night as a memorial to the lives lost on Sept. 11. They rise four miles into the air and are visible 60 miles from the city. On peak migration nights songbirds spiral down toward them, calling, pulled from the sky, so many circling in the light they look like glittering, whirling specks of paper caught in the wind. On one night last year, so many were caught in the beams that the few pixels representing the “Tribute” site glowed superbright on the radar maps. Farnsworth was there with the Audubon team that got the lights shut off intermittently to prevent casualties. They switched off the “Tribute” eight times that night for about 20 minutes at a time, releasing the trapped birds to return to their journey. Each time the lights went back on, a new sweep of birds was drawn in — the twin towers made ghosts of light visited over and over by winged travelers intermittently freed into darkness before a crowd rushed in to take their place. Farnsworth is a lead scientist in BirdCast, a project that combines a variety of methods — weather data, flight calls, radar, observers on the ground — to predict the movements of migrating birds throughout the continental United States and forecast big nights like this that might require emergency lights-out action.

The flow of birds over the observation deck continues, but it’s getting late. I make my farewell, take the elevator back down the building and wander uphill to my apartment. Though it’s long past midnight, I’m wide-awake. Part of what high-rise buildings are designed to do is change the way we see. To bring us different views of the world, views intimately linked with prospect and power — to make the invisible visible. The birds I saw were mostly unidentifiable streaks of light, like thin retinal scratches or splashes of luminous paint on a dark ground. As I look up from street level, the blank sky above seems a very different place, deep and coursing with life.

Two days later, I decide to walk in Central Park, and find it full of newer migrants that arrived here at night and stayed to rest and feed. A black-and-white warbler tacking along a slanted tree trunk deep in the Ramble, a yellow-rumped warbler sallying forth into the bright spring air to grab flies, a black-throated blue warbler so neat and spry he looks like a folded pocket handkerchief. These songbirds are familiar creatures with familiar meanings. It’s hard to reconcile them with the remote lights I witnessed in the sky.

Living in a high-rise building bars you from certain ways of interacting with the natural world. You can’t put out feeders to watch robins and chickadees in your garden. But you are set in another part of their habitual world, a nocturne of ice crystals and cloud and wind and darkness. High-rise buildings, symbols of mastery over nature, can work as bridges toward a more complete understanding of the natural world — stitching the sky to the ground, nature to the city.

For days afterward, my dreams are full of songbirds, the familiar ones from woods and back lots, but also points of moving light, little astronauts, travelers using the stars to navigate, having fallen to earth for a little while before picking themselves up and moving on. ♦

Helen Macdonald is the author of “H Is for Hawk” and a contributing writer for the magazine.

Brian Rea is an illustrator and artist based in Los Angeles.

 Voir aussi:
Air assault
The violent physics that transpire just outside every skyscraper window.
Gareth Cook
The New York Times magazine
06/05/2016

A winter gale enjoys an easy approach to Manhattan from the north-northeast. As the wind moves over the Hudson River, the waves put up a weak fight against the air at altitude. Coming off the water, though, the wind hits the trees and buildings of Hudson Heights, and the mounting obstacles create huge vortices of air that join the increasingly turbulent flow. At West 110th Street, the wind tumbles into Central Park and then, skimming over oak and beech trees, it picks up speed while some of the great gyres it conveys spin down and vanish. Yet when the wind leaves the park at West 59th Street, it still contains tumultuous traces of its history, of the trees, the buildings and water it has traversed. The wind, it can be said, has memory.At last, the wind happens upon one of the supertall towers south of the park and reveals a far more wicked talent. It strikes the building’s face and rushes for the edges, whipping off the corners and spiraling tightly, creating a columnar vortex that sucks at the tower’s side and goes careering downwind. If air is moving quickly, these vortices form to a beat, pulling first one way, then the other. The gale is coming out of the north, but this force acts on the perpendicular, along the east-west axis, rocking the structure. Specialists call this the crosswind effect, and in certain circumstances, the rocking hits a building’s “natural frequency.” Imagine, says Derek Kelly, an engineer, that the hand of God were to reach down and gently pluck one of the skyline’s spires: The skyscraper would vibrate back and forth, like a guitar string. That is a building’s natural frequency. If it matches the crosswind tugs, the two are in resonance; the oscillations grow, like a child kicking on a swing. East then west, east then west. When a gale rolls in, a supertall will lean back, but it’s nothing compared with the potential power of the crosswind effect.Today’s engineers have conquered gravity: With enough structural steel and high-performance concrete, a tower will soar. The more dogged foe is wind. While gravity pulls down, wind can come from any compass point. It can apply pressure or suction, or alternate between the two. The wind, unlike gravity, changes from city to city, from season to season. Most harrowing of all is the wind’s dynamism. It is changed by everything it touches, and the wind even shapes itself, with every current pulling on all its neighbors. Gravity is plodding and obvious, but give wind a chance, and it will gather itself together and riot.When Citicorp Center, with its slanted top, was completed in 1977, it didn’t look as if it should be able to stand. At 915 feet, the structure was supported entirely by four nine-story columns, leaving an impressive hollow at its base. The structural engineer William LeMessurier was hailed, but the next year an engineering student pointed out that the building (now called 601 Lexington) might indeed fall — in a strong-enough wind. Welders rushed to make emergency reinforcements and, with Hurricane Ella threatening, the city contemplated evacuating the area. Ella turned out to sea, though, and Midtown was spared.In the world of tall buildings, a novel kind of specialist has come to prominence: the wind engineer. As towers grow taller, they climb into more powerful winds, and lighter construction techniques can leave them more vulnerable. Developers have begun putting up very slender skyscrapers, like 432 Park Avenue in New York, and these are particularly sensitive to the aerial environment. When a wind engineer like Kelly looks at such a building, he understands that it is airborne, with one end pinned to underlying bedrock, the rest riding the winds of Manhattan.Kelly is a principal at RWDI, one of North America’s top wind consultants. The company’s client list includes 432 Park Avenue and 111 West 57th Street, a 1,428-foot skyscraper set to be among the slimmest in the world. (Imagine a one-foot ruler, stood on end and stretched to roughly twice its height.) When testing shows too much sway in an initial design, a near certainty with slender supertalls, RWDI offers a “shaping workshop.” The architect, developer and engineer make the trek from their home metropolis to the company’s headquarters in Guelph, Ontario, with dibs for the day on a wind-test tunnel and a cadre of model makers so that ideas can be tried in the tunnel and improved upon. The goal is to find ways that the building might, as these specialists say, “confuse the wind.” Designers of airplane wings want a smooth rush of air, to generate lift; designers of buildings want to divide the wind and leave it in disarray.

Dubai’s Burj Khalifa, at 2,717 feet the planet’s tallest man-made structure, is asymmetrical, winding down from the top in a series of steps, like an expanding spiral staircase. The crosswind effect depends on a building’s width, and so at each level on the Burj, the wind beats at a different frequency: confused and frustrated, like a toddler kicking wildly on a swing that won’t get going. Another favorite weapon of wind confusion, seen on many skyscrapers, is cut corners, which disrupt suction forces along the side. Pinnacles and antennas are subjected to the kind of scrutiny given America’s Cup yachts. In the case of 432 Park Avenue, the design team used five gap layers, each two floors in height, where the facade opens to allow air to pass through, sapping vortices. These horizontal bands give the tower a visual rhythm, but they are there because of the wind. In the natural world, wind sculpts sand dunes and cuts the snow, carving rings where it has whipped around a tree. It leaves its marks on buildings too.

In February 2014, the white-haired Uruguayan architect Rafael Viñoly delivered a lecture, sponsored by the Skyscraper Museum, on 432 Park Avenue. A tall building can be made eminently safe, capable of withstanding hurricanes and earthquakes, but no amount of beefing up its steel and concrete skeleton can force it to hold still. Which raises the question: For a penthouse in the $100 million range, how much sway is too much? Viñoly described a project-team trip, arranged by RWDI, to a facility in St. John’s, Newfoundland, that houses a marine simulator, a covered platform on six hydraulic jacks mocked up as a ship’s bridge. Now they would simulate a penthouse: Out with the ship’s controls, in with chairs, a sofa and a coffee table. Through the windows, rolling North Sea waves were replaced with a 360-degree vantage of the city from a suitably astonishing height. As Viñoly described the feel of the building behaving badly, before final engineering, he rocked the lectern. “If you’re standing here, your cup of tea moves,” he said. “And if you are tacky enough to have a chandelier, your chandelier also moves.”

If shaping and structural tweaks reach their limit, engineers can reduce motion further by installing “tuned mass dampers” near the apex. One version consists of an enormous mass on a suspension system with pistons that resist the mass’s movement. The damper acts as a pendulum, but set just off the building’s natural frequency, meaning that whenever the tower lurches, the mass drags, out of sync, steadying it. The 1,667-foot Taipei 101 is damped with a 728-ton ball that does double duty as a tourist attraction. From the observation deck, the ball appears to swing in heavy winds, though actually the tourists are also in motion.

Hidden at 432 Park Avenue, some 1,300 tons of combined mass stroke away on two dampers. The building’s engineer, Silvian Marcus, the U.S.A. director of building structures at WSP/Parsons Brinckerhoff, visited one of the top floors with a group and asked if anyone felt anything. No, they said. He rested a laser pointer on the floor, aimed it up and stood back. The dot wandered as the tower flexed. “They said, ‘It’s unbelievable; we feel nothing,’ ” Marcus told me. With high-end damping, most people will not sense motion in normal weather. For supertall residential skyscrapers, tuned mass dampers are the rare luxury amenities that go unseen.

Very tall buildings are a recent invention, and the public has not yet developed an intuitive sense for them. “We still have this innate understanding that a building we enter will remain stationary,” says Melissa Burton, the global head of civil structures for BMT Fluid Mechanics. “It scares us when it moves.” You can choose to make a home in the clouds, comfortably isolated from the elements, but you can never escape the wind. The walls, and everything they contain, will always be in motion. Most of the time, this will fall beneath your notice. Yet someday a storm will come, the wind will riot and you will feel its touch. ♦

Gareth Cook is a contributing writer for the magazine and a Pulitzer Prize-winning journalist.

 Voir encore:
NYT

Oct. 28, 2013

TWENTY-SIX years ago this month, a coalition of New Yorkers led by Jacqueline Kennedy Onassis won a historic victory for Central Park. At issue was a planned building on Columbus Circle by the developer Mortimer B. Zuckerman with 58- and 68-story towers that would cast long shadows on the park. After a lawsuit by opponents of the plan and a rally in Central Park at which over 800 New Yorkers with umbrellas formed a line to simulate the building’s shadow, Mr. Zuckerman relented and agreed to scale down his design, which eventually became known as the Time Warner Center.

“One would hope that the city would act as protector of sun and light and clean air and space and parkland,” Mrs. Onassis said at the time. “Those elements are essential to combat the stress of urban life.” Today, as the city becomes denser and green space ever more precious, New Yorkers’ access to sunlight and blue skies above Central Park is under assault in ways that make Mr. Zuckerman’s original plans look benign.

Fueled by lax zoning laws, cheap capital and the rise of a global elite with millions to spend on pieds-à-terre, seven towers — two of them nearly as tall as the Empire State Building — have recently been announced or are already under way near the south side of the park. This so-called Billionaires’ Row, with structures rising as high as 1,424 feet, will form a fence of steel and glass that will block significant swaths of the park’s southern exposure, especially in months when the sun stays low in the sky.

At New York’s latitude, explained Michael Kwartler, the president of the Environmental Simulation Center, a New York City nonprofit that creates shadow assessments, buildings cast substantial northerly shadows throughout the day in colder months. At noon on the winter solstice, for example, those shadows reach twice a building’s height and fall due north before stretching to 4.2 times its height in a northeasterly direction, 90 minutes before sunset.

That means the shadows of the larger of these planned buildings would jut half a mile into the park at midday on the solstice and elongate to around a mile in length as they angled across the park toward the Upper East Side, darkening playgrounds and ball fields, as well as paths and green space like Sheep Meadow that are enjoyed by 38 million visitors each year.

“The cumulative effect of these shadows will be to make the park less usable and less pleasant to be in,” Mr. Kwartler said.

Some damage has already been done. In cooler months, when direct sunlight can make all the difference for children playing outside, visitors to the amazing Heckscher Playground on the south end of Central Park can find themselves cut off from the sun in midafternoon by Extell’s One57, where earlier this year a penthouse apartment reportedly sold for $90 million to a group of investors.

Despite the likely impact these buildings would have on the park, there has been remarkably little public discussion, let alone dissent, about the plans. Part of this is because few people seem aware of what’s coming. Many of the buildings are so-called as-of-right developments that do not require the public filing of shadow assessments, which can ignite opposition with their eye-popping renderings of the impact shadows will have on surrounding areas.

But New York City has also lost a kind of rabble-rousing infrastructure that once stood up to overzealous developers.

Opposition to Mr. Zuckerman’s plans, for example, was spearheaded by the Municipal Art Society, a watchdog on issues of urban design that today is a comparatively acquiescent organization — with developers on its board. The Landmarks Preservation Commission, which approved plans for two of the towers this month, has also ignored the issue of shadows on the park in favor of a narrow concern with the aesthetics of the structures themselves. The Central Park Conservancy has also remained silent, contending, when asked, that its focus should remain within the park’s borders — never mind that this is exactly where the shadows in question would fall.

There are few New Yorkers around today with the gravitas and magnetism of Jacqueline Onassis to focus public attention on planning issues the way she did for Grand Central Terminal and Columbus Circle. That means New Yorkers who want to protect Central Park will have to do it on their own, by picking up their umbrellas once again and by contacting community boards, politicians, city agencies and the developers themselves, to demand immediate height restrictions south of the park. And they need to hurry, before the sun sets permanently on a space the park designer Frederick Law Olmsted envisioned as “a democratic development of the highest significance.”

Warren St. John is a former reporter for The New York Times and the author of « Outcasts United: An American Town, a Refugee Team and One Woman’s Quest to Make a Difference.”

Voir par ailleurs:

Bookshelf

Book Review: ‘Supreme City’ by Donald L. Miller
Jazz Age Manhattan was an electric vessel into which the hopes and desires of a nation were distilled.

David Freeland
WSJ
May 9, 2014A.J. Liebling, the great 20th-century chronicler of eccentricity and misfits, once described the challenges of being a native New Yorker: « People I know in New York are incessantly on the point of going back where they came from to write a book, or of staying on and writing a book about back where they came from. . . . It is all pretty hard on me because I have no place to go back to. I was born in an apartment house at Ninety-third Street and Lexington Avenue, about three miles from where I now live. »Liebling represented something of a minority: New York, and particularly its epicenter of Manhattan, was largely invented by people who came from other places. It was where old identities were thrown off and new ones created, where a Canadian farmer’s daughter transformed herself into the cosmetics queen Elizabeth Arden, where the child of a Belarusian shtetl became David Sarnoff, the media titan who pioneered television.
Supreme CityBy Donald L. Miller
Simon & Schuster, 762 pages, $37.50

Donald L. Miller’s sweeping « Supreme City: How Jazz Age Manhattan Gave Birth to Modern America » is filled with an epic’s worth of such figures: people born elsewhere who transformed the city that had first transformed them. Mr. Miller’s arena is the Midtown Manhattan of the 1920s, which was being torn down and redeveloped at an unprecedented pace. The author identifies the 1913 opening of Grand Central Terminal on 42nd Street as the spur to Midtown’s rise as a business and entertainment district. By the late 1920s, he writes, the « new Midtown » had been transformed into a showcase for the skyscraper, « a characteristically New York creation, an expression of the city’s vaulting ambition, its taste for size and spectacle, and its passion for land grabbing. »Through the course of a long and enjoyable text, we meet such characters as Fred F. French, the real-estate king who pummeled his sales staff with feel-good directives (« stand before your bathroom mirror and practice smiling for ten minutes in the morning and at night »); Joseph Patterson, a one-time socialist who founded the Daily News and became New York’s tabloid king; and Tex Rickard, the fight promoter who built a new Madison Square Garden and drew the ermine-and-pearl crowd into the sanguinary world of boxing.

As these examples suggest, it is Mr. Miller’s emphasis on influential « lesser-knowns » that gives « Supreme City » its particular interest. Harold Ross, the founder of the New Yorker, to which Liebling and so many other talented writers would contribute, is given his due, but so is staff reporter Lois Long, who wrote the night-life column— »Tables for Two » —and became the magazine’s first fashion editor. Her sartorial style (bobbed hair, thin strands of pearls) and adventurous sexual behavior influenced 1920s conceptions of the « New Woman »: well-educated, intrepid and more than capable of holding her own in a journalistic realm dominated by men. Long, who « smoked and drank prodigiously, told racy jokes, and threw all-night parties, » would often stumble to the office « around noon on the day her column was due. » But she « never failed to meet her deadline, » and her efforts to popularize ready-to-wear fashion were instrumental in attracting the retail advertisers that made the New Yorker a success.

Mr. Miller shows how the magazine’s success built upon the popularity of Midtown Manhattan as a stylish place of residence. The « largest concentration of regular subscribers, » he writes, lived in districts such as Park Avenue and Sutton Place, within walking distance of the restaurants, nightclubs and theaters the magazine described with such panache. We are reminded, in these sections, how Manhattan’s unique character during the 20th century was informed by a « work and play » model that combined discrete spheres of home, office and recreation. Manhattan dwellers were no longer just New Yorkers; they were « Metropolitanites. » Mr. Miller quotes the editors of Fortune, who coined the term: « [Metropolitanites] cannot imagine living in any U.S. city except New York. They like its swift tempo because they are hurrying to absorb more than anyone in a lifetime could touch, let alone understand. »

Of course, this dream city did not come into existence by itself. The book’s most gripping section deals with the men who literally built the Midtown skyline. Working « a fifth of a mile above the pavement, without handholds or safety supports of any kind, » these gangs of riveters (composed in part of a « heater » who forged the rivets and partnered a « catcher ») faced the prospect of death on an hourly basis:

Using long tongs, the heater pulled a cherry-red rivet—a small steel cylinder with no threads and one round head—out of the portable oven. He then tossed it underhand, « in a glowing arc, » to the catcher, standing as far as seventy feet away, and sometimes on a floor above. . . . If the catcher missed a blazing rivet, it either hit him or fell below, a malevolent missile capable of driving a steaming hole into a person’s skull.

« In the 1920s, » Mr. Miller writes, « ironworkers suffered one violent death, on average, for every thirty-three hours on the job, with falls accounting for most fatalities and serious injuries. » Such were the costs of the glamorous skyscraper city.

Others took risks in less visibly dramatic ways, working themselves to the point of exhaustion or collapse. The aforementioned Fred French, for whom « hard, persistent labor was the secret to success, » died of a heart attack at age 53. Clifford Holland, the Massachusetts-born designer of the tunnel that bears his name, suffered a nervous breakdown and died in a sanitarium before he could see the opening of his great project, which featured a groundbreaking ventilation system still in use today.

Mr. Miller has done a fine job of piecing together his multiplicity of stories into a unified whole. There are spots where the author seems uncertain of which elements of his narrative he wishes to emphasize: a chapter on Patterson and the Daily News contains a long, gruesome and unnecessary account of the execution of convicted husband-killer Ruth Snyder, while another chapter about showman and movie-palace builder Samuel « Roxy » Rothafel ends inexplicably with a section on the historical development of Times Square as an entertainment center, consigning the denouement of Roxy’s own tale to a footnote. (The creator of the Rockettes found his shows out of date by the mid-1930s and died « heartbroken. ») But such inconsistencies are surely unavoidable in a work that deals with so many diverse facets of New York in one of its most fervid decades. It was a time of rampant enterprise marked by faith in the American system, when few were able to foresee Depression and war just around the corner.

New York is often seen as a rarefied place unreflective of the experiences and aesthetics of the rest of the country— »New York, of course, » Liebling wrote, « just isn’t America. » But in the 1920s, one of the city’s greatest periods of influence, the truth was essentially the opposite. New York was the United States intensified, an electric vessel into which the hopes and desires of a nation were distilled. As Mr. Miller’s vivid and exhaustive chronicle demonstrates, Jazz Age Manhattan was the progenitor of cultural movements—individualized fusions of art and commerce—that came to symbolize the American way of life.

—Mr. Freeland is the author of « Automats, Taxi Dances and Vaudeville: Excavating Manhattan’s Lost Places of Leisure. »

Voir enfin:
Books
‘The Museum of Extraordinary Things’ Is Extra Ordinary
In her latest novel, Alice Hoffman renders the brutal world of Lower East Side immigrants in the romantic hues her readers expect
Adam Kirsch
Tablet
February 13, 2014

Today, the building at 23 Washington Place in Manhattan, just off Washington Square, is known as the Brown Building, and it is part of NYU’s ever-growing Greenwich Village empire. But in 1911, it was called the Asch Building, and its eighth, ninth, and 10th floors were occupied by a sweatshop called the Triangle Shirtwaist Factory, where some 500 workers, mostly young Jewish and Italian girls, produced women’s blouses. When fire broke out there on March 25 of that year, nearly 150 workers died, in part because their bosses had locked the exit doors from the outside. The Triangle Shirtwaist Fire was the deadliest disaster in New York City until the collapse of the World Trade Center 90 years later.

The Triangle Shirtwaist Fire was not the only great conflagration to shake New York City in 1911, however. Just two months later, on May 27, the Coney Island amusement park Dreamland caught fire and burned to the ground, after workmen preparing for the summer opening accidentally knocked over a pail of boiling tar. This blaze, while big enough to incinerate blocks of Coney Island and call out firemen from all over Brooklyn, claimed no human victims, which is why it is so little remembered today. Instead, it killed the dozens of wild animals who were part of Dreamland’s menagerie, including a lion and an elephant. One of the strangest exhibits at the park was a demonstration of incubators for premature babies, then a new invention; happily, all the babies were rescued.

None of the extraordinary things in The Museum of Extraordinary Things, the new novel by Alice Hoffman, beats the true stories of those two fires. Set in New York in the first half of 1911, with flashbacks to the previous decades, Hoffman’s novel is bookended by vivid set-piece descriptions of the disasters. A New Yorker herself, she describes the Triangle Shirtwaist Fire using images that invoke the iconography of Sept. 11. The parallel is doubtful in some ways—Sept. 11 was an attack, not an accident, and the casualties were worse by several orders of magnitude—but the vision of falling bodies is something both disasters had in common:

Girls had begun to leap from the windows of the ninth floor, some embracing so they might spend their last moments on earth in each other’s arms rather than face their fates alone. Some jumped with their eyes closed, others with their hair and clothes already burning. At first, the falling girls had seemed like birds. Bright cardinals, bone-white doves, swooping blackbirds in velvet-collared coats. But when they hit the cement, the terrible truth of the matter was revealed. Their bodies were broken, dashed to their deaths right before those who stood by helpless.
There is an uneasy tension in this passage between the bird image, with its soothing prettiness, and the reality of falling bodies, which Hoffman also captures—pointing out, for instance, how the jumpers broke through the life-nets stretched out for them and crashed through the sidewalk, ending up in the basements underneath. That same tension, between the desire to capture a brutal world and to render it in the hues of romance and make-believe, pervades The Museum of Extraordinary Things. Hoffman is a prolific and popular writer—her best-known novel, Practical Magic, was turned into a movie; another book was an Oprah’s Book Club choice—and she uses the formulas of popular fiction skillfully. But that skill often means giving readers what they want, even at the expense of probability and realism. Even as her story is built around murder, sexual abuse, exploitation, and misery, she fills it with reassuring coincidences and consolations. No matter how many people suffer along the way, we know from the first that the hero and heroine are guaranteed a happy ending.

Before they get there, however, Hoffman offers an impressively disillusioned account of one of the most sentimentalized parts of American Jewish history: the life of immigrants on the Lower East Side around the turn of the 20th century. Her own ancestors, Hoffman writes in an author’s note, were part of that immigrant world—“one began his working life in a pie factory at the age of twelve”—but she does not see it as the beginning of a great American adventure, or as a homey place full of tradition and community.

Instead, we see the Jewish Lower East Side through the eyes of Eddie Cohen, who barely survives a childhood of Dickensian poverty. After losing his mother in a pogrom in the Ukraine, Eddie—originally called Ezekiel—and his father make their way to America, where they are barely better off. The defining episode of Eddie’s young life comes when his father, laid off from a sweatshop, jumps into the Hudson River rather than keep on struggling. He survives, but from that moment Eddie despises him, and the boy decides that success in America requires looking out for number one, whatever it takes.

“After that I avoided people in our neighborhood,” Eddie recalls in one of the first-person chapters interspersed through the book. “I no longer considered myself Orthodox, and I left my hat under the bed whenever I went out alone. … I had become someone else, but who was that someone?” As it turns out, Eddie becomes an assistant to a neighborhood con man named Hochman, and then an apprentice to a kindly photographer, Moses Levy. It is as a news photographer that he is called to the scene of the Triangle Shirtwaist Fire, becoming the reader’s eyes and ears on the tragedy: “Eddie did his job, but as he photographed the fallen he had the sense that he was standing at the end of creation.”

To be an immigrant in America, Hoffman suggests, especially a Jewish immigrant fleeing persecution, means struggling to create a new identity while leaving behind a piece of one’s soul. Hardened by his experiences, Eddie becomes a kind of Humphrey Bogart hero, sullen but sensitive, clearly in need of redemption by a good woman. When the father of a girl who disappeared in the Triangle fire hires Eddie to find out her fate—did she die in the blaze, or escape, or fall victim to foul play?—the resemblance to Philip Marlowe becomes even closer.

Happily, the other narrator whose voice we hear in The Museum of Extraordinary Things is a good woman waiting for a rescuer. Coralie Sardie lives in the dark shadows of another frequently idealized part of New York, Coney Island in its heyday. She has grown up on the grounds of the titular museum, which is actually a boardwalk freakshow, featuring wolfmen, butterfly girls, and fetuses in jars. Her father, a sinister tyrant known as the Professor, even forces Coralie to perform as a mermaid, inspired by the fact that she was born with webbed fingers. As she gets older, her act in a water tank becomes something more like a sex show—an experience that humiliates Coralie and fits in with Hoffman’s portrait of 1911 New York as a giant theater of female exploitation, from the girls in the Triangle Shirtwaist Factory to the prostitutes on the street.

Fearing competition from Dreamland, which threatens to put his small-time attraction out of business, the Professor comes up with a new scheme. He forces Coralie to swim around Manhattan dressed as a sea creature, in order to drum up newspaper reports of a local monster. In Hoffman’s telling, these swims reveal Coralie’s spiritual affinity for the water and give her a taste of freedom: “I fell in love with the Hudson; because of the nights I swam there, I no longer was forced to perform, and so I began to think of the river as my savior.”

On one of these trips, she stumbles across the corpse of a young woman, which the Professor quickly confiscates. His plan is to turn the dead body into a half-human, half-fish through horrible surgeries, then display it as the rumored sea-monster. But Coralie, appalled by the idea, begins to rebel against her father’s iron discipline, to the point of invading his workshop and reading his secret diary. There she discovers that everything she knows about her past is a lie, and that the Professor is, if possible, even worse than he appears.

In time, the novel confirms what the reader has already figured out, that the dead girl Eddie is looking for and the dead girl Coralie finds are one and the same. In this way, their paths finally cross, and each finds in the other the freedom they seek: Coralie’s liberaton from her father and the sordid world of the freakshow, Eddie’s liberation from loneliness and alienation and resentment. But will they be able to overcome the opposition of the ruthless Professor? Will Eddie solve the mystery of the girl’s death, and get revenge on whoever caused it? Will Eddie’s loyal pitbull Mitts survive the Dreamland fire, which is the climax of the novel? The answers will not surprise the reader used to the conventions of popular fiction, or Hollywood movies. But The Museum of Extraordinary Things offers a picturesque journey, and sometimes even a disturbing one, on the way to its foreordained happy ending.

 Sunday Book Review
Girlfish
Alice Hoffman’s ‘Museum of Extraordinary Things’
Katharine Weber
The NYT

Feb. 28, 2014

Alice Hoffman has always celebrated the marvelousness of what’s real in the world, even as she creates the distinctive atmosphere of uncanniness and magical potential that looms over her fiction. Her devoted readers expect melodramatic stories imbued with the atmosphere of folk tales. Omens and portents are her stock in trade. Feminist themes and generous amounts of Renaissance Faire-style potted history make her storytelling all the more suggestive. Eerie and powerful acts of nature signify undercurrents of mood the way irregular minor chords in the background music tell us how to feel during ominous scenes at the movies. Lost in a dark forest of one kind or another, Hoffman’s characters have a heightened awareness of the hidden meanings that surround them as they struggle toward the light.

“The Museum of Extraordinary Things” will not disappoint readers longing to be swept up by a lavish tale about strange yet sympathetic people, haunted by the past and living in bizarre circumstances. But those who have admired Hoffman’s best and most gracefully literary novels (“At Risk,” “Seventh Heaven,” “Turtle Moon,” “Second Nature,” “Practical Magic,” “The River King”) will be less enchanted, unable to ignore the hackneyed and thinly sketched writing that diminishes many scenes in these pages.

The museum of the novel’s title is a Coney Island boardwalk attraction presided over by Professor Sardie, part mad scientist and part shrewd magician. Adjacent to Luna Park, the Steeplechase and the soon-to-open Dreamland, this showcase of “living wonders” has at various times over the years included the Wolfman, the Butterfly Girl, the Goat Boy, the Bird Woman, the Bee Woman and the Siamese Twins, along with a menagerie of frogs, vipers, lizards, hummingbirds, a 100-year-old tortoise — and Sardie’s daughter, ­Coralie, who has, from the age of 10, spent hours suspended in a tank of water playing the Human Mermaid for paying customers. (As she grows older, her sinister father compels her to perform lewd after-hours displays for a select audience of patrons willing to pay a premium.)

Coralie, who narrates parts of the story in an elegiac tone, has a freakish affinity for water. Her father has trained her from girlhood to swim extraordinary distances, even in the icy November Atlantic, most often at night. Before she reaches adolescence, she can swim five miles from Coney Island, and she’s at home in the tidal currents of the Hudson River. Her conditioning regimen is extreme: “My father believed that we took on the attributes of our diet, and he made certain I ate a meal of fish every day so my constitution might echo the abilities of these creatures. We bathed in ice water. . . . My father had a breathing tube constructed so that I could remain soaking underwater in the claw-foot tub, and soon my baths lasted an hour or more. I had only to take a puff of air in order to remain beneath the surface. I felt comfortable in this element, a sort of girlfish, and soon I didn’t feel the cold as others did, becoming more and more accustomed to temperatures that would chill others to the bone.”

Coralie has a secret shame. “My father insisted I wear white cotton gloves in the summer and a creamy kid leather pair when the chill set in.” Her bare hands are displayed only when she is the Human Mermaid, and then they’re dyed blue to match her silk-covered bamboo tail. She was born with webbed fingers.

Coralie seems to accept her oddness, and she’s even seen hopefully searching her own throat for signs of gills, although Hoffman tells us “she despised herself because of this single flaw.” Once she tried to cut through the webbing, but, as Hoffman explains, fairy-tale style, “Beads of blood began to fall onto her lap after she nicked the first bit of skin. Each drop was so brightly crimson, she had startled and quickly dropped the knife.” Accompanying her father on his rounds of whorehouses and morgues in his ceaseless search for living freaks, and for the human and animal body parts he can fashion into grotesque exhibits for his museum, Coralie often carries “the same knife she had used to draw blood when she cut through the webbing on her hands” — only now it’s to protect herself from men who might pay her unwelcome attention.

Professor Sardie’s plan for his museum’s renewal is set in motion at the start of 1911, when there are repeated sightings of a sea monster in the Hudson, a silvery, scaled creature, “a being that was dark and unfathomable, almost human in its countenance, with fleet, watery movements.” This apparition is, of course, the now-18-year-old Coralie, who swims through the night, “keeping pace alongside the striped bass that spawned upriver, certain of herself even in uncertain tides.” The newspapers are filled with stories about the so-called Hudson Mystery. “All she had done was show a glimpse of what might be possible, a waterlogged and furtive river-fiend that had drifted out of nightmares and into the waterways of the city of New York.” If the Museum of Extraordinary Things can display the captured Hudson Mystery, the crowds that have been lost to newer, gaudier entertainments will return and the professor’s faltering business will survive.

As Coralie emerges from the river one evening, she catches a glimpse of a reclusive photographer named Ezekiel Cohen, who likes to take nocturnal walks with his dog in the woods of northern Manhattan. An Orthodox Jewish immigrant who has abandoned his faith and his community, he has changed his name to Eddie. He’s a boy of the streets straight out of a Horatio Alger story, and he’s also a witness to the horror of the Triangle shirtwaist factory fire. The photographs he takes on that terrible day lead him to a mission — solving the mystery of a young woman’s disappearance.
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Hoffman’s depiction of the Triangle fire only vaguely conveys the pathos and urgency of that historic disaster, which took the lives of 146 garment workers in a matter of minutes. Her treatment, later in the novel, of the Dreamland conflagration, which occurred almost exactly two months later, is more authentic and vivid, perhaps because it’s less familiar, allowing Hoffman to be more imaginative as she incorporates it into her plot.

Once Coralie and Eddie discover each other, their profound, mystical attraction and mutual obsession become forces of their own, driving the story forward. Despite the novel’s heavy-handed passages about the rights of children, women and workers, and despite its lapses in historic tone and ambience (Eddie’s habit, for example, of saying things like “no problem”), a big, entertaining tale emerges.

“The Museum of Extraordinary Things” is, in a way, a museum of Alice Hoffman’s bag of plot tricks: girls with unusual talents, love at first sight, mysterious parents, addiction and alcoholism, orphans raised by unsuitable people. Does it rank with the best of her work? In the words of Professor Sardie: “Our creature will be whatever people imagine it to be. For what men believe in, they will pay to see.”

THE MUSEUM OF EXTRAORDINARY THINGS

By Alice Hoffman

368 pp. Scribner. $27.99.

Katharine Weber, the author of five novels and a memoir, is the Richard L. Thomas Visiting Professor of Creative Writing at Kenyon College.

The Museum of Extraordinary Things By Alice Hoffman – book review: ‘A tale of star-crossed lovers, freak shows, murder and mystery’

Lucy Scholes
The Independent

3 June 2014

With a cast that includes a host of impossible beings and wondrous creatures, set among the surreal wonderment of Dreamland, Coney Island’s now long since destroyed freak show-cum-amusement park, Alice Hoffman’s The Museum of Extraordinary Things is teetering on the edge of magical realism even before she throws in such fairytale elements as love at first sight, an abusive parent and beads of bright crimson fresh blood.

Coralie Sardie lives in the Museum of Extraordinary Things, a boardwalk freak show in Coney Island in 1911. Her father, the proprietor, Professor Sardie, may well be « a tailor of the marvellous, a creator of dreams, » but he’s also a demanding man who treats his employees mercilessly, including his daughter. Coralie was born with webbed fingers, and with a keen eye for exploitability, the Professor quickly set about transforming the rest of her into something equally aquatic. She can hold her breath underwater for very long stretches, and, wearing a blue silk tail, she spends her days among the museum’s living exhibits as the Human Mermaid – performances that, now she’s matured into a young woman, include mortifying after-hours shows for gentlemen cherry-picked by her father for their deep pockets and lecherous appetites. She’s only at peace during her nightly swims in the Hudson River, years of exercise having left her oblivious to the bone-chilling cold and the currents that would drown most who braved them.

Emerging from the water one night she stumbles across a young photographer, and in the flare of a flash bulb falls in love with him. He goes by the name of Eddie Cohen, a Jewish immigrant from Russia who has rejected the orthodoxy of his upbringing and the father who brought him to New York. After Eddie photographs the horrific, and now infamous, Triangle Shirtwaist Factory fire – during which 146 employees, locked in their workrooms died – he finds himself enmeshed in the mystery of a missing girl, the search for whom eventually leads to Professor Sardie’s gruesome laboratory.

The Museum of Extraordinary Things is a tale of star-crossed lovers set against a creepy gothic backdrop of freak shows, murder and mystery. When dealing in these elements, Hoffman excels, but the historical specificity of the period – clumsy explications of the lack of rights for women, workers and children, the rise of unions and ambitions of early feminism – are the weeds in which she becomes entangled. Look closely at this novel and, as with many of Sardie’s « freaks », the artifice becomes all too visible.

Credits: PI, Mitchell Joachim Team: Melanie Fessel, Nurhan Gokturk, Maria Aiolova, Oliver Medvedik. Research Fellows: Amanda O’Keefe, Royal Aaron, Kiril Bejoulev, Lafayette Compton, Emmanuelle Emmel, Lila Faria, Daniella Garcia, Dan Gehr, Nick Gervasi, Marcos Gonzalez-Bode, Jesslyn Guntur, Hugo Husnu, Michelle Lavin, Jorge Lopez, Estefania Maldonado, Anna Murnane, Dilan Ozka, Michelle Qu, Matt Solomon, Allie Sutherland, Eda Yetim, Peter Zhang, Jennifer Zhao, Rayne Holm, Kristopher Menos, Ivy Feibig, Swati Mamgain Consultant: Pablo Berger Photos: Micaela Rossato Carbon output from cities is embedded in everyday life, directly affecting climate change and rising sea levels everywhere in the world. New York City’s sea level rise is projected to reach a high estimate of 11 inches by the 2020s and 31 inches by the 2050s. Instead of only investing in mitigation efforts and building for resiliency, what if we let the East and Hudson River submerge parts of Manhattan and rebuild the new city in its surrounding rivers? We accept the inevitable and prepare for the aftermath by imagining the Post Carbon City- State, a future Manhattan cleansed through the physical and spatial inversion of the East and Hudson River. New bulk/use zoning envelopes maximize solar exposure, regulate population size, and optimize resources. Zoning occupies more area that extends into both the Hudson River and East River. It is a bold combination of plans for the East River redirection and drainage by T. Kennard Thomson (Really Greater New York) and the Hudson River infill strategy by William Zeckendorf (New York City’s Dream Airport). Grafting Manhattan to physically join with New Jersey, Brooklyn, Queens and Governors Island is the definitive advancement structure for the whole city. This is not a unique idea, Battery Park City, for example, increased a massive portion of the city about .2 miles out into the River—using earth that was excavated from the construction of the World Trade Center’s foundation. Upcycled car tire patterns represent the embedded post carbon materials that are the building blocks of the new city. We imagine the void that was once Manhattan as an algae production plant for sequestering carbon and supplying amino acids for food production and biomass for energy generation capable of reformative growth. New York has, over the last few centuries, become one of the world’s most densely packed cities. But what if you could redraw the city’s map – and build it from scratch? If we were designing New York today, how different would it look? The new New York City would balance the relationship between the information networks that the metropolis depends on and Earth’s finite resources. All vital components of life would be monitored and attuned to the needs of every organism, not just humans. Supplies of food and water, our energy and waste and even our air would be sensibly scrutinised. Thanks to masses of miniaturised low-cost electronic components deployed across the city, communication becomes far easier. New York will grow and adapt to millions of new minds entering it everyday. The city would make sure every need is provided for within its borders. How we provide nutrients, transports, and shelter would be updated. Dilapidated buildings would be replaced with vertical agriculture and new kinds of housing would join cleaner, greener ways to get around the city. What were once streets become snaking arteries of livable spaces, embedded with renewable energy sources, low-tech, green vehicles for mobility and productive nutrient zones. The former street grid could provide the foundation for new flexible networks. By reengineering the obsolete streets, we can create robust and ecologically active pathways. While all this may sound optimistic, some of this city of tomorrow is already taking shape. The Highline is a perfect case of adaptive reuse. This former elevated railway was converted into a public promenade and restorative ecological spine for the city. The raised streetscape helps retain rainwater, over 200 plant species, recreational green space; the freight trains are gone, replaced by people walking and cycling. The Lowline, meanwhile, is a strategy to position state-of-the-art solar equipment to illuminate a discarded underground trolley station on the Lower East Side of NYC. This concept is to create an appealing underground common space, delivering an attractive ecological space within the heart of this crowded metropolitan environment. Then there is Vision 42. This enterprise re-imagines an upgraded light rail transport at Midtown Manhattan as an alternative to traffic congestion. It’s designed as a crosstown, low-floor moderate speed train line traversing river-to-river at 42nd Street. Alongside is a landscaped tree-lined pedestrian street path. Vision 42 is a prototype for an entire network of walkable streets, greenways, and smart transports throughout a future New York. Brooklyn Navy Yard (BNY) is a national model for sustainable industrial parks and green development, and home to companies that aim to be socially responsible and tech-driven, such as Terreform. The BNY is a former military industrial complex, converted into a clean technology and local manufacturing site; something that will be of utmost importance in any future metropolis. This future city will still have traffic fumes as long as there are gas- guzzling vehicles plying its streets. But improving technology will enable the populace to steer clear of the most polluted zones. NYC Breathe is a wireless pollution sensor that keeps track of urban contaminants. These sensors are added to trucks, taxis, and automobiles and thus accumulate comprehensive pollution data in real- time – all of which is conveniently displayed as a detailed map. But steps are already being taken to make the city help cleans its air. Million Trees NYC has a goal of increasing its cosmopolitan woodland by planting many more trees. Street trees, park trees, and trees on public, private and commercial land are highly valuable. By planting a million trees, we can increase New York’s urban forest by an overwhelming 20%, while accomplishing the numerous quality-of-life advantages that come with them. The City of New York will plant 70% of trees in parks and other public spaces. The other 30% will come from private organisations, homeowners, and community organisations. And what of food? Vertical Aquaponics can yield up to 800% more produce than traditional land farming in an equivalent space, while consuming 90-95% less water and power. Farms will be constructed in stacks, rising into the air. By assembling aquaponic farms vertically, it multiplies the power of its food-growing equipment, possibly yielding far more food than conventional farming – and all the time using a fraction of the space and energy. But revisioning Manhattan is more than just an academic exercise, and needs more than what is on the drawing board now. The climate is skewed and cities are partly responsible. We need to act now to observe action later. Many advocates of sustainability encourage operations to achieve the bare minimum or zero impact. These efforts try to do no further harm, but do not try to heal. We need to elevate subsistence-based systems to approaches that not only have a positive impact but are abundant throughout the city. Calculating an ecological footprint is suitable for endurance living. Reversing the effects of pollution is better still. If Manhattan was restructured to be proactive in resetting the climate, other cites may follow. How can we do this? This next version of New York is dependent on planning and preparation. This next version of New York is dependent on us.

Battle of Montaperti: 13th Century Violence on the Italian ‘Hill of Death’

History net

6/12/2006

The 13th century was arguably the darkest period of Italian history, marked by bloody struggles between rival political factions. The 15th century (the so-called Age of Warlords) was likewise replete with unscrupulous Italian despots who ruled with a refined cruelty, from Giangaleazzo Visconti to Cesare Borgia, but at least it was also a time of great creative achievement — the Renaissance.

In contrast, the 13th century was generally a time of unmitigated violence. Entire families were expunged in escalating blood feuds reminiscent of vendettas among the Mafia families in more recent times. The tragedy of Romeo Montecchi and Juliet Capuleti (made famous by William Shakespeare’s play in 1595) took place in that time.

The game of power made every northern Italian town a theater of civil wars. A family backing a particular political party often controlled a neighborhood adjacent to one controlled by a family belonging to a rival party. The year 1198 saw the beginning of two such political parties–the Guelphs and Ghibellines. (The Montecchis were Ghibellines; the Capuletis were Guelphs.) The names are of German origin. At that time, German emperors also reigned over Italy, through a parallel kingdom built up by the Unrochingi, which by 888 was the first dynasty of the world whose rulers wore crowns considered holy by the Church.

The Guelphs became the upholders of papal supremacy, while the Ghibellines supported the political claims of German emperors and kings of Italy. Later, the Guelphs split into two factions: the Blacks (extreme Guelphs) and the Whites (moderate Guelphs). Ghibellines came to be regarded as the party of noblemen, Black Guelphs the faction of the upper middle class, and White Guelphs the faction of the lower middle class. The truth, however, was that all of those parties and factions steadily degenerated into gangs without any ideology who fought for the hegemonic ambitions of their own bosses to control local businesses and rackets.

In the middle of the 13th century, northern Italy, the so-called kingdom of Italy, was a myriad of independent city-states–more than 60, not counting smaller villages and excluding the independent republic of Venice. Central Italy was made up of the Papal States, from which the popes vied for rule over European Christendom with the Holy Roman Empire.

Southern Italy and the island of Sicily made up the kingdom of Sicily, whose ruling Norman Altavilla dynasty was replaced in 1194 by the Swabian dynasty–officially through a joyful marriage, but also by killing all the upholders of the Altavillas who did not agree with the change. As a child, William III, the last offspring of the Altavillas, was maimed by the Swabian thugs and then disappeared (it seems he died in what is now western Austria). An unusual fiefdom within the Sicilian domain was the town of Lucera, which was an autonomous Islamic republic allied with the Swabians.

In 1258, King Manfredi I ruled over southern Italy and also in northern Italy, where he was regarded as the chief of the Ghibelline Party. In Italy, his allies included Ezzelino da Romano, the powerful tyrant of Venetia, called the ‘Son of the Devil’ because of his violent temperament. Ezzelino, who married into the Swabians, ruled over a large territory and threatened all of his neighbors. Moreover, as a Ghibelline he controlled the strategic road to Germany. Manfredi, who controlled a kingdom that was supposed to have been ruled by his nephew Conradino (Little Conrad), had stolen the crown. He then set his ambitions on becoming ruler over Germany and northern Italy. Manfredi was heavy-handed when it came to domestic politics; in southern Italy, he defended his power by sweeping away all opposition. His foreign politics were just as unscrupulous. Hoping to improve relations with the papacy (the popes hated the Swabians), he supported Pope Alexander IV when the latter decided to eliminate the tyrant Ezzelino, who was Manfredi’s brother-in-law. The Guelphs’ crusade against Ezzelino, who they represented as a tyrant who scorned God and all human beings, was made up of the Papacy, Venice, Milan, Ferrara, Padua, Mantua and Cremona. At the Battle of Cassano d’Adda, fought on September 19, 1259, Ezzelino was wounded, defeated and arrested. He died in the prison of Soncino a few days later. His entire family was subsequently killed.

After Cassano d’Adda, the relationship between the papacy and Manfredi did not permanently improve. The struggles also continued between the Guelphs and Ghibellines, especially in Tuscany, where the hatred between Florence (Guelph) and Siena (Ghibelline) escalated. Both towns wanted hegemony over Tuscany.

The Sienese, who knew that the Florentines wanted to destroy their town, asked Manfredi for help. In December 1259, Manfredi sent a force of 800 German knights and some Muslim noblemen from Lucera, led by his brother, Giordano d’Anglona.

In April 1260, Florence organized a great coalition to smash the Sienese. Jacopino Rangoni, the mayor of Florence, soon had 12 generals and nearly 35,000 soldiers at his disposal. All of the males of Florence aged 15 through 70 took up arms, and they were joined by troops from Genoa, Piacenza, Bologna, Lucca, Pistoia, Prato, Arezzo, Volterra, San Gimignano and the papal towns of Perugia and Orvieto. From smaller towns and from Germany, upholders of Conradino also came to fight. There were even Sienese fighting–exiled Guelphs who wanted to take power in their own town.

On the other side, Siena got additional support from Pisa (a traditional enemy of both Genoa and Florence), Cortona, and the Ghibellines of Florence (the most prominent of whom were Guido Novello and Farinata degli Uberti), who were trying to regain power in the town after 10 years in exile. In sum, the Sienese commander in chief, Aldobrandino di Santa Fiora, had about 20,000 soldiers.

September 4, 1260, a Saturday, would be the bloodiest day of the Italian Middle Ages. The ‘eternal peace’ signed by Florence and Siena on July 31, 1255, was only a memory, and the ongoing duel between those two towns, which had begun in 1140, was about to reach its gory climax. Near Montaperti (the ‘hill of death’), a handful of houses within sight of Siena, civilians prayed in churches for victory.

The Sienese were the first to attack. Both sides concentrated their efforts on conquering the Carroccio of the enemy–the holy wagon that always accompanied medieval Italian armies, where a priest celebrated mass during the battle.

The battle lasted from dawn until sunset. Although the Ghibellines were not as numerous as the Guelphs, they were more aggressive, and Manfredi’s German knights were selected troops. When sunset came and the last attempt of the Guelphs to conquer the Sienese Carroccio failed, some things occurred that finally decided the battle. First, the Count of Arras, a Ghibelline, launched an attack from Monselvoli. Then, a Florentine Ghibelline named Bocca degli Abati betrayed his own army. With his sword, he cut off the hand of the ensign-bearer of the Florentine cavalry, Jacopo dei Pazzi. The Guelphs were taken aback by that betrayal at the critical point of the battle, and while Abati and his allies (hundreds of whom had been waiting for the right moment) were attacking their former comrades-in-arms, the Ghibellines launched their final offensive.

For Florence and her allies, the Battle of Montaperti turned into a disaster. The Guelphs began to flee, and the Ghibellines, made crazy by their success, killed without restraint, including enemies who were ready to surrender. The Arbia Creek became red with Florentine blood. When night fell, 10,000 men lay dead in the field and 4,000 were missing. The Sienese and their allies took 15,000 prisoners and, of course, the Florentine Carroccio.

More than 700 years later, a cippus (monument) at Montaperti reminds passers-by of the tragedy that took place.

The Battle of Montaperti was a short-lived victory. In the short run, Florence became Ghibelline, and Manfredi’s influence over Tuscany grew. But the new pope, Urban IV, called for help from Charles of Anjou, brother of the king of France, a man thirsty for power. Landing in Italy, Charles became chief of the Guelphs and, after his coronation as king of Sicily, he went from Rome to southern Italy to destroy the Swabian dynasty–once and for all.

The big battle took place at Benevento on February 26, 1266. The Anjou cavalry, helped by traitors among the Swabian troops, destroyed Manfredi’s army. The Swabian regime collapsed within a few days of that defeat. The lords of manors who hitherto had always been pro-Swabian, became, as if by magic, pro-Anjou!

Manfredi was killed during the battle, and to this day the location of his tomb is still a mystery. His wife, Queen Elena, was arrested in Trani and died as a prisoner in a castle in Nocera six years later. Her children, separated from their mother, were swallowed up by the Anjou prisons. A new Pope, Clement IV, had called them ‘progeny of snakes.’

Two years later, in 1268, Conradino, the last of the Swabian family, was taken prisoner by the Anjous and was beheaded in Naples, the new capital of southern Italy. Under the Anjou dynasty, southern Italy sank into the darkest feudalism. There was no place for Swabian allies: 34 years after the Battle of Benevento, the Islamic Republic of Lucera was destroyed.

The pitiless end of the Swabian dynasty had other famous consequences. In Florence and in Siena, the Guelphs regained power and started a fierce persecution of the Ghibellines. Also in Florence, the Guelphs split into Whites and Blacks under the Cerchi and the Donati families, respectively. Supported by Pope Boniface VIII, the extreme faction, the Blacks, under Corso Donati, ultimately won out. Among the Whites who felt Donati’s wrath was the writer Dante Alighieri, author of The Divine Comedy. Dante, who hated the Blacks, was condemned to death by burning at the stake on March 10, 1302, but he was later able to escape before the sentence was carried out. It is a small consolation, perhaps, that the casualties in Italy’s shameful era of civil strife did not include the ‘father of the modern Italian language.’


Transport aérien: Quand l’avion était encore un plaisir (Back to the time when sex did sell seats)

13 mars, 2014
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https://i1.wp.com/9bytz.com/wp-content/uploads/2012/01/Vintage-Airline-Ads-2.jpghttps://www.ryanair.com/img/calendar/front.jpghttps://i0.wp.com/notaniche.com/wp-content/uploads/2008/08/pacific-airlines-ad.jpg https://i1.wp.com/www.panam.com/media/blog/PanAmABCBanner.jpgThe other truly transforming business invention of the first quarter of the century, besides the car, was the airplane–another industry whose plainly brilliant future would have caused investors to salivate. So I went back to check out aircraft manufacturers and found that in the 1919-39 period, there were about 300 companies, only a handful still breathing today. Among the planes made then–we must have been the Silicon Valley of that age–were both the Nebraska and the Omaha, two aircraft that even the most loyal Nebraskan no longer relies upon. Move on to failures of airlines. Here’s a list of 129 airlines that in the past 20 years filed for bankruptcy. Continental was smart enough to make that list twice. As of 1992, in fact–though the picture would have improved since then–the money that had been made since the dawn of aviation by all of this country’s airline companies was zero. Absolutely zero. Sizing all this up, I like to think that if I’d been at Kitty Hawk in 1903 when Orville Wright took off, I would have been farsighted enough, and public-spirited enough–I owed this to future capitalists–to shoot him down. I mean, Karl Marx couldn’t have done as much damage to capitalists as Orville did. Warren Buffett
Airlines have created value for their customers but not that much for their owners: the profit margin after 1970 has been only 0.1 per cent. Three in four airlines are privately owned but investors have more profitable alternatives. Airlines tend to put blame for poor results on external factors, such as high fuel prices, terrorist attacks or airport charges. However, the industry is in chronic disequilibrium with permanent overcapacity. Overcapacity is caused by many factors, including government policies and ease of acquiring new aircrafts (often with export credit guarantees by governments). This is reinforced by the obsession of airlines for higher market shares, often leading to falling yields. Passenger load factors have markedly risen during recent years, but at the expense of collapsing fares. ILO
Amotz Zahavi (1975), de l’Université de Tel Aviv, a trouvé que la valeur de certains ornements liés à la compétition sexuelle chez les animaux dépend de leur impact sur les chances de survie de leur porteur. L’idée est simple : une gazelle qui perd de l’énergie en faisant des bonds alors qu’elle est poursuivie par un lion n’est pas folle, elle prouve qu’elle a les moyens de le faire. Plus elle saute haut, plus ça lui coûte (de l’énergie) et plus elle prouve sa valeur. La sanction est directe : qu’elle se surestime et elle sera dévorée. C’est comme le Handicap (“Hand in Cap” = “Main au Chapeau”) de certains sports : seuls les meilleurs peuvent se permettre de gagner en s’imposant des contraintes supplémentaires et cette preuve aura d’autant plus de valeur qu’elle sera coûteuse. L’application est générale et les exemples sont innombrables : rouler en Rolls plutôt qu’en Golf prouve qu’on a les moyens de dépenser au delà de l’utilitaire (le coût ici est financier) et tout le marché du luxe bénéficie de ce besoin de “costly display” (c’est le terme). Le “costly display” a aussi été cité pour expliquer la mode de la minceur dans les pays riches, le bikini et la mode sexy, la poignée de main (prise de risque en l’éloignant de l’épée), le sourire honnête (…) et… la fortune des médecins urgentistes ! Neuromonaco
La compétition sexuelle est à l’intérieur de chaque sexe et l’habillement sert aux femmes d’abord à se positionner entre elles, le regard des hommes n’étant qu’un moyen dans cette guerre (…) Les mannequins Haute Couture ont des corps et des visages beaucoup plus masculins que les mannequins lingerie et les “pornstars” : en fait elles ressemblent à des garçons adolescents (…) La préférence des hommes pour des femmes plus ou moins “pulpeuses” est directement influencée par leur situation économique perçue : les plus riches préfèrent les plus minces (…) Les hommes ne privilégient la beauté du visage que pour des relations à long terme. Neuromonaco
De nombreuses études (…) montrent qu’il y a un lien entre la situation de séduction et l’achat de produits liés au statut : c’est l’affichage du statut (le “display”) pour montrer qu’on a suffisamment de ressources disponibles pour se permettre d’en dépenser sur des produits inutiles (encore le Handicap de Zahavi). L’effet est plus fort chez les célibataires pour les achats d’impulsion et Griskevicius et ses collègues (2011) ont même trouvé que le sex-ratio avait un impact direct : plus il y a d’hommes en concurrence, plus l’effet display sera marqué. Neuromonaco
According to one 1990 study by researchers at SUNY Binghamton and the University of the Witwatersrand (…) compliments from men were generally accepted, especially by female recipients, but « compliments from women are met with a response type other than acceptance »: as a threat. Men often see compliments as « face-threatening acts, » or acts intended to embarrass or patronize, the study authors found. What was meant as a nicety could be seen as a way to assert control. (…) Being the arbiter of someone’s attractiveness can be interpreted as an expression of masculinity that women are not traditionally expected to adopt. Further, it is possible that a good portion of men don’t want to be essentially « treated like women, » as their masculinity is dependent on being above the judgments women are often subjected to. (…) In life as well as in art, a man’s focus on his own appearance can be perceived as detracting from his perceived masculinity in the eyes of male reviewers. In her book, Extra-Ordinary Men: White Heterosexual Masculinity in Contemporary Popular Cinema, Nicola Rehling points out that in the movie Gladiator, Maximus had a muscular build but was not sexualized on-screen. In the movie Troy, meanwhile, Brad Pitt’s Achilles was practically groomed for the enjoyment of straight female and gay male viewers. Crowe’s body was not nearly as exposed as Pitt’s was throughout the movie. Rehling writes, « In the majority of reviews of the film, Brad Pitt was compared unfavorably with Crowe, with many expressing disappointment that he failed to import the primal masculinity that was such a big box office attraction in Gladiator. The adulation of Crowe’s Maximus would seem to articulate a desire for an undiluted, corporeal, physical male presence. » The consequences for women giving men compliments are also different than those for men giving women compliments. In a 2006 study from Williamette University’s College of Liberal Arts, researchers Christopher Parisi and Peter Wogan found that college-aged men were generally given compliments on skills, while women were given compliments on their looks. Parisi and Wogan also found that women felt the need to be cautious when complimenting men on their appearance because they didn’t want to be « too forward » or attract « unwanted attention. » That fear is supported by a 2008 study, conducted in Australia by Griffith University, which hypothesized that men are more likely to interpret or misinterpret female compliments as seductive or flirtatious than women are male compliments. Who knew complimenting could be so complicated? The Atlantic
Les plus belles hôtesses de Ryanair font monter la température en cabine. Eddie Wilson (directeur des ressources humaines de Ryanair)
Ces