Anglomanie: Proust était bien plus qu’un neuroscientifique (Great books are written in a kind of foreign language: Proust was also a first-rate linguist and sociologist)

22 mars, 2016
ProustNeuroscientistProust2Le passé est un pays étranger. Ils font les choses différemment là-bas. Lesley Poles Hartley (« Le Messager »)
Aucune théorie, aucune formule, aucune recette ne saurait prendre la place de l’expérience pratique. Auguste Escoffier
Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Proust
Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son “son”. Proust
Je me lève un jour sur quatre et descends ce jour-là dicter quelques pages à une dactylographe. Comme elle ne sait pas le français et moi pas l’anglais mon roman se trouve écrit dans une langue intermédiaire à laquelle je compte que vous trouverez de la saveur quand vous recevrez le volume. Proust
Le trait d’esprit était ce qu’on appelait un « à peu près », mais qui avait changé de forme, car il y a une évolution pour les calembours comme pour les genres littéraires, les épidémies qui disparaissent remplacées par d’autres, etc… Jadis la forme de l’ « ‘à peu près » était le « comble ». Mais elle était surannée, personne ne l’employait plus, il n’y avait plus que Cottard pour dire encore parfois, au milieu d’une partie de « piquet »: « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? C’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise ». Proust (Sodome et Gomorrhe)
Je trouve ce genre de milieux cléricaux exaspérants. Ce sont des milieux, on fait tribu, on fait congrégation et chapelle. Tu ne me diras pas que ce n’est pas une petite secte ; on est tout miel pour les gens qui en sont, on n’a pas assez de dédain pour les gens qui n’en sont pas. La question n’est pas, comme pour Hamlet, d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être. Tu en es, mon oncle Charlus en est. Que veuxtu ? moi je n’ai jamais aimé ça, ce n’est pas ma fauteSaint-Loup, Proust, Sodome et Gomorrhe)
Puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre. Proust
Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. (…) Quand d’un passé ancien, rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. Proust
Proust fut l’un des premiers artistes à intégrer la philosophie de Bergson. Son œuvre littéraire devint une célébration de l’intuition, de toutes les vérités que nous pouvons découvrir simplement en étant allongé sur le lit à réfléchir tranquillement. (…) En fait, l’assimilation approfondie de la philosophie de Bergson amena Proust à conclure que le roman du xixe siècle, qui privilégiait les choses par rapport aux idées, n’avait absolument rien compris. « Le type de littérature qui se satisfait de “décrire les choses”, écrivit Proust, de leur consacrer un maigre résumé en termes de lignes et de surfaces, a beau se prétendre réaliste, est en fait le plus éloigné de la réalité. » Comme le soutenait Bergson, la meilleure manière de comprendre la réalité est subjective. Et intuitive pour avoir accès à ses vérités. Mais comment une œuvre de fiction pouvait-elle démontrer le pouvoir de l’intuition ? Comment un roman pouvait-il prouver que la réalité était, selon la formule de Bergson, « en dernier lieu spirituelle, et non physique » ? La réponse de Proust prit une forme inattendue, celle d’un petit gâteau sec au beurre parfumé au zeste de citron et en forme de coquillage. C’était là un peu de matière qui révélait « la structure de son esprit », un dessert qui pouvait « se réduire à ses éléments psychologiques ». C’est ainsi que débute la Recherche, avec la célèbre madeleine, à partir de laquelle se dévoile tout un esprit. (…) Ce magnifique paragraphe résume toute l’essence de l’art de Proust, la vérité s’élevant comme de la buée d’une tasse de thé limpide. Alors que la madeleine était le déclencheur de la révélation de Proust, ce passage ne porte pas sur la madeleine. Le gâteau sec est simplement pour Proust un prétexte pratique pour explorer son sujet favori : lui-même. Qu’ont appris à Proust ces miettes prophétiques de sucre, farine et beurre ? Il a en réalité fait preuve d’une immense intuition au sujet de la structure du cerveau humain. En 1911, l’année de la madeleine, les physiologistes n’avaient pas la moindre idée du mode de connexion des sens à l’intérieur du crâne. C’est là que Proust eut l’une de ses intuitions les plus pénétrantes : notre odorat et notre goût portent ensemble le poids de la mémoire. (…) Les neurosciences ont maintenant pu prouver que Proust avait vu juste. Rachel Herz, psychologue à l’université Brown, a montré – dans un article scientifique intitulé avec beaucoup d’esprit « Tester l’hypothèse proustienne » – que notre odorat et notre goût sont exceptionnellement sentimentaux, car ce sont les seuls sens directement connectés à l’hippocampe, centre de la mémoire à long terme du cerveau. Leur marque est indélébile. Tous nos autres sens (vue, toucher et ouïe) sont au départ traités par le thalamus, source du langage et porte d’entrée de la conscience. Ils sont donc beaucoup moins efficaces pour évoquer notre passé. Proust a eu l’intuition de cette anatomie. Il s’est servi, pour faire remonter à la surface de la mémoire son enfance, du goût de la madeleine et de l’odeur du thé car la vue seule du gâteau sec en forme de coquille n’a pas suffi. Proust est d’ailleurs même allé jusqu’à accuser son sens de la vue de brouiller ses souvenirs d’enfance. « Peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, écrit Proust, leur image s’était dissociée de ces jours à Combray »[6]. Fort heureusement pour la littérature, Proust décida de porter à sa bouche le gâteau sec. Jonah Lehrer
One day, I found myself engrossed in Swann’s Way. As I read this epic novel about one man’s memory, I had an epiphany. I realized that Proust and modern neuroscience shared a vision of how our memory works. If you listened closely, they were actually saying the same thing. (…) After I realized that Proust had anticipated these scientific theories, I suddenly started re-reading all my favorite novelists, poets and artists. What did Virginia Woolf intuit about consciousness? Why was Walt Whitman so obsessed with his “body electric”? Why did Cezanne paint in such an abstract style? Once I started asking these strange questions, I saw all sorts of connections. I realized that there was a whole group of artists that had discovered truths about the human mind—real, tangible truths—that science is only now re-discovering. (…) Proust would be thrilled. But he wouldn’t be surprised. Proust was confident that every reader, once they read his novel, would “recognize in his own self what the book says…This will be the proof of its veracity.” And Proust wasn’t the only artist who was convinced that his art was full of truth. George Eliot famously said that her art was “simply a set of experiments in life.” Virginia Woolf, before she wrote Mrs. Dalloway, said that in her new novel the “psychology should be done very realistically.” Whitman thought he was expressing deep “truths about the body and soul” that the science of his time had yet to understand. In other words, all of these artists believed that their art was capable of being literally true, just like science. (…) Each artist had his or her own peculiar method. (And some of them, like Proust, were very peculiar.) But one thing these artists all shared was an obsession with our experience. They wanted their art to express what it was like to be alive, to be conscious, to feel, to remember, to taste, to see. They turned themselves into empiricists of ordinary life. That’s where their wisdom came from. (…) Escoffier defined cooking as “equal parts art and science,” and I tend to agree with him. (I also tend to agree with Brillat-Savarin, who declared that “The discovery of a new dish does more for the happiness of the human race than the discovery of a new star.”) Furthermore, I think that Escoffier demonstrates one of the larger themes of the book, which is that we can discover truths about ourselves just by paying attention to our subjective experience. After all, it’s not like Escoffier understood the molecular mechanisms behind our taste receptors. He just wanted his food to taste good, and that led him to invent recipes that accurately reflected the anatomy of our tongue. This chapter also grew out of my own experience as a line cook. I’ve been lucky enough to work in the kitchens of some nice restaurants (Le Cirque 2000, Melisse, Le Bernardin), and I was always struck by how much chefs know about the sensation of taste, even if they aren’t familiar with the underlying cellular mechanisms. Watching a chef concoct a new dish is a lot like watching a science experiment: they put some stuff together, then taste it, then add some more stuff, then taste again, and so on. But the whole process is really empirical. A good chef is constantly testing. (…) They were extremely engaged with their contemporary science. While the artists I discuss often disagreed with the science of their time, they always used it as a springboard. Long before C.P. Snow mourned the separation of our two cultures, Whitman was busy studying brain anatomy textbooks and watching gruesome surgeries, George Eliot was reading Darwin and James Clerk Maxwell, Stein was conducting psychology experiments in William James’ lab, and Woolf was learning about the biology of mental illness. It is impossible to understand their art without taking into account its relationship to science. (…) First of all, I hope this book compels people to look at art in a new way. I think that we’ve diminished the importance of art. We think of art as just a collection of entertaining stories and pretty paintings. But Proust and Whitman and Woolf saw themselves as truthtellers. I hope this book compels people to think about the potential of art, to reimagine what the imagination is capable of. Of course, in order for a novel or poem to be “true” we need to redefine what the “truth” is. Our current culture subscribes to a very narrow definition of truth. If something can’t be quantified or calculated, then it can’t be true. Because this strict scientific approach has explained so much, we assume that it can explain everything. But every method, even the experimental method, has limits. Take the human mind. Scientists describe our brain in terms of its physical details; they say we are nothing but a loom of electrical cells and synaptic spaces. What science forgets is that this isn’t how we experience the world. (We feel like the ghost, not like the machine.) It is ironic, but true: the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. This is why we need art. Jonah Lehrer
Proust anticipated important truths about memory: the sense of taste and smell are uniquely sentimental, memories are dishonest and do not faithfully reproduce the past, and memories are able to persist – even if we never think about them. (…) Contradicting the science of his time, Whitman believed that the body and mind were profoundly connected, and that the flesh was the source of feelings. (“Behold the body includes and is the meaning, the main/Concern, and includes and is the soul,” he wrote.) Modern neuroscience now concurs, and has discovered that emotions often have a bodily source. (…) In her time, scientists believed that people were prisoners of their genes. But Eliot’s art consistently argued that our mind was “not cut in marble.” She believed that the most essential element of human nature was its malleability, the way we can “will ourselves to change.” She anticipated the discovery of neural plasticity. (…) Escoffier’s kitchen articulated biological truths of the tongue and his seminal recipes anticipated basic truths about the sensation of taste. He also realized that the taste of most flavors is actually a smell. (…) Though criticized as overly abstract, Cézanne wasn’t interested in pure abstraction, and always made sure that his surreal brushstrokes could be translated into real objects. With just enough information, the brain can decipher his paintings. If he left some details out, and canvas blank, it was to show what the visual cortex puts in. (…) Stravinsky knew that a symphony was nothing but a collection of acoustic patterns that the brain had learned how to hear. Further, what makes music pleasurable is the tension between the melodic patterns expected and the patterns actually heard. He forced the audience to learn an entirely new set of patterns, and though this newness caused a riot at the time, he knew that the brain would adapt. He was right: he’s now considered by many to be the most influential composer of 20th-century music. (…) Stein exposed the “deep structure” of language, and observed “Everybody said the same thing over and over again with infinite variations but over and over again.” Stein, in anticipation of Noam Chomsky, saw the source of this sameness, to cut our words until their structure showed through. (…) Virginia Woolf realized that the stream of consciousness “was very erratic, very undependable.” At any given moment, her mind seemed to be scattered in a million little pieces. And yet, something bound those fleeting sensations together. Woolf’s revelation was that we emerge from our own subjective interpretations. When we sense something, we naturally invent a subject for our sensation. The self is simply this subject; it is the story we tell ourselves about our own experience. As Woolf wrote in her unfinished memoir, “We are the words; we are the music; we are the thing itself.”Jonah Lehrer
Le langage intermédiaire du roman de Proust véhicule les oscillations de l’entre-deux sexuel, social et temporel. Le texte de La Recherche qui navigue entre le temps perdu et le temps retrouvé est jonché de mots anglais qui participent à la représentation de la société mondaine d’avant la guerre tout en frayant un chemin du côté de Sodome et Gomorrhe. La question de comment traduire les mots anglais enchâssés dans le texte français se pose donc lors de sa traduction en anglais. Faut-il garder le jeu entre les deux langues en préservant la touche de l’étrangeté ou peut-on l’aplanir en laissant les mots anglais de la version originale se fondre dans la traduction  (…) Perdu et retrouvé : ces deux termes constituant la trame du texte de La Recherche se rapportent aussi bien à la traduction des mots anglais de Proust. Ce qui est perdu dans la traduction d’un mot peut être retrouvé dans la traduction d’un autre, par un jeu de compensation ou de déplacement. Cependant les cas étudiés ici montrent que les mots anglais de Proust-tels que « lady-like » ou « smoking » ? sont rebelles à la traduction. Ils font trébucher la langue, et le traducteur qui bute contre eux doit déployer toutes sortes de stratégies pour rendre leur effet d’intrusion intempestive, de perte d’équilibre, de vacillement sémantique. Ces mots anglais ont beau être des pierres d’achoppement pour le traducteur, ce sont des pierres précieuses incrustées dans la poétique de l’étranger proustien. Emily Eells

Attention: un scientifique peut en cacher un autre !

A l’heure où l’on escrime en France …

Pour les derniers vestiges de l’état le plus ancien de notre langue …

Que seule a jusqu’ici cru bon de conserver la langue de notre ennemi héréditaire lui-même …

Avec, comme le disait Clémenceau, le « français mal prononcé » d’une « colonie française qui a mal tourné » …

Qui se souvient que le plus grand et le plus snob, au moins de réputation, de nos écrivains  …

Etait non seulement en fait comme le rappelle une étude sur les problèmes de traduction anglaise (fascinant « jeu de compensation ou de déplacement ») de ses nombreux emprunts à la langue de Shakespeare …

Le plus anglophile voire le plus anglomane

Mais qu’en véritable spécialiste de neuroscience qu’il était, en avait fait une véritable « langue intermédiaire », lui qui ne la pratiquait d’ailleurs pas mais faisait taper ses manuscrits par une secrétaire anglaise non-francophone …

Tout comme une remarquable instrument pour débusquer ces innombrables jeux sociaux …

Où, entre « calembours surannés, » « passeport pour la haute société »,  » carte d’identité homosexuelle », source de ridicule basculant d’un moment à l’autre en objet admiration ou « palais clos » de mise à distance de l’être aimé voire d’ échappatoire (à l’instar de la très significative et seule phrase entière en langue anglaise de La Recherche : « I do not speak french ») …

Et à l’instar de la seule phrase entière en langue anglaise de La recherche et sans compter ces non moins innombrables néologismes puisqu’en France, comme le rappelle très justement Proust lui-même, on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre …

La question n’était pas, comme le faisait remarquer l’un de ses personnages, d’être ou de ne pas être, comme pour Hamlet, mais « d’en être ou de ne pas en être » ?

Les belles rebelles : comment traduire les mots anglais de Proust ?

Emily Eells
Books Open edition

« Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère », note Proust dans ses brouillons1. Gilles Deleuze a repris cette formule pour définir le style littéraire qui distingue l’écrivain taillant « dans sa langue une langue étrangère et qui ne préexiste pas2 ». L’écrivain se forge son propre langage, ou pour citer la métaphore musicale que Proust utilise dans sa correspondance : « Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son “son3. »

Les mots anglais qui figurent dans le texte de Proust, tels des ornements musicaux qui le modulent-feront l’objet de cette étude sur la traduction. Cet aspect du style proustien a été étudié avec brio par Daniel Karlin dans Proust’s English4, où il recense et analyse l’emploi de 225 termes ou expressions anglais dans À la recherche du temps perdu. La présence de ces mots anglais dans le texte de Proust reflète l’anglomanie qui envahissait la société parisienne de la belle époque. Le mot étranger traduit une volonté de suivre la mode ou de faire partie d’une certaine coterie sociale. Il participe à la dynamique du texte dans lequel les personnages se déplacent en « buggy » ou en « victoria5 ». Les mots anglais ajoutent une note de modernité et de snobisme au texte de Proust, qui semble écrit dans ce qu’il appelle une « langue intermédiaire », lorsqu’il explique dans une lettre à un de ses amis qu’il résulte d’une collaboration franco-anglaise au stade de la dactylographie. En effet, la dactylographe anglaise au Grand-Hôtel de Cabourg, employée pour faire la saisie de son texte lorsque Proust y séjournait, ne comprenait pas ce qu’elle tapait:

Je me lève un jour sur quatre et descends ce jour-là dicter quelques pages à une dactylographe. Comme elle ne sait pas le français et moi pas l’anglais mon roman se trouve écrit dans une langue intermédiaire à laquelle je compte que vous trouverez de la saveur quand vous recevrez le volume6.

Bien que cette « langue intermédiaire » ait une valeur anecdotique, elle participe pleinement au projet esthétique de Proust. Notons en passant qu’il s’en sert aussi de façon humoristique pour formuler un calembour fondé sur la ressemblance entre un mot français et un mot anglais : « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? », demande l’un de ses personnages. « C’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise7 ». Ce jeu de mots bilingue, où « l’édit » et « lady » se confondent, pose problème aux différents traducteurs de Proust, dont le premier insère le mot français entre crochets dans la conclusion de sa traduction : « It’s to think that the Edict of [l’edit de] Nantes was an Englishwoman8. » Les mots de la langue intermédiaire constituent des difficultés pour le traducteur, que je qualifie de « belles rebelles », pour faire écho au concept de la traduction comme une « belle infidèle9 ».

Je propose de développer une réflexion sur la traduction des mots anglais dans le texte de Proust en commençant par une analyse des caractéristiques de cette langue intermédiaire et de ses fonctions dans La Recherche, avant d’étudier les stratégies adoptées par les différents traducteurs pour en préserver la « saveur ». Je ferai appel aux trois versions du texte marquant l’his- toire de sa traduction en anglais, qui débute du vivant de Proust, avec la publication des volumes traduits par Charles Kenneth Scott Moncrieff entre 1922-1931. S’ensuivent deux révisions de ce travail monumental, d’abord par Terence Kilmartin au début des années 1980, puis par le poète D. J. une dizaine d’années plus tard. Ce dernier a fait un changement de taille, en abandonnant la citation du sonnet de Shakespeare adoptée comme titre par Moncrieff – Remembrance of Things Past – en faveur d’un titre fondé sur une traduction plus littérale : In Search of Lost Time. La nouvelle traduction coordonnée et éditée par Christopher Prendergast, publiée en 2002, a pour spécificité que chaque volume du roman est traduit par quelqu’un d’autre. Il s’agit d’une traduction polyphonique, composée de voix des différentes nationalités anglophones (australienne, américaine, anglaise et irlandaise). Après avoir examiné comment ces différentes traductions négocient la présence des mots anglais dans la version originale, je terminerai en étudiant de près la traduction du passage dans lequel Proust inscrit la seule phrase complète en anglais.

LA « LANGUE INTERMÉDIAIRE » DE PROUST

La langue intermédiaire de Proust participe d’une affectation anglophile : elle est parlée exclusivement par des francophones, que ce soit le narrateur ou les personnages de La Recherche. Ils s’en servent le plus souvent dans un « entre-deux », c’est-à-dire aux abords d’un autre espace, que ce soit au seuil d’une porte, dans une cour d’entrée d’un hôtel particulier, ou dans un vestibule. Par exemple, le narrateur ajoute un mot anglais à la description de son entrée dans un restaurant :

[…] une fois engagé dans la porte tournante dont je n’avais pas l’habitude, je crus que je ne pourrais pas arriver à en sortir. (Disons en passant, pour les amateurs d’un vocabulaire plus précis, que cette porte tambour, malgré ses apparences pacifiques, s’appelle porte révolver, de l’anglais revolving door) 1010.

Le terme « porte révolver » tourne en rond entre les deux langues, en ce sens qu’il n’est ni tout à fait anglais, ni nécessaire en français, où il sert simplement de synonyme à « porte tambour ». Un autre exemple de la façon dont le français adopte un synonyme de l’anglais alors qu’il possède déjà un terme pour désigner le même objet se trouve dans le passage suivant, où le mot anglais « snow-boots » vient remplacer l’expression française « les caoutchoucs américains ». Le narrateur se trouve de nouveau dans un espace intermédiaire car il quitte une soirée mondaine pour se préparer au retour à la maison :

Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots que j’avais pris par précaution contre la neige, dont il était tombé quelques flocons vite changés en boue, ne me rendant pas compte que c’était peu élégant, j’éprouvai, du sourire dédaigneux de tous, une honte qui atteignit son plus haut degré quand je vis que M me de Parme n’était pas partie et me voyait chaussant mes caoutchoucs américains. La princesse revint vers moi « Oh ! quelle bonne idée, s’écria-t-elle, comme c’est pratique ! voilà un homme intelligent. Madame, il faudra que nous achetions cela », dit-elle à sa dame d’honneur tandis que l’ironie des valets se changeait en respect et que les invités s’empressaient autour de moi pour s’enquérir où j’avais pu trouver ces merveilles11.

Le mot « snowboots » est entré dans la langue française en 1888, mais son emploi est critiqué par Rémy de Gourmont dans son Esthétique de la langue française, qui considère cet emprunt superflu. Il fait figurer le mot « snowboot » dans sa liste des mots étrangers comme « garden-party » et « rocking-chair » (qu’on trouve aussi dans La Recherche) qui contaminent la langue française de façon inutile12. Ce mot anglais fait vaciller la langue, car bien que de sonorité anglaise, il s’agit d’un néologisme créé par la langue française pour désigner un objet que l’anglais appelle plutôt « galoshes » ou « rubber overshoes ». Le mot anglais inventé par le français est donc associé à un contexte de snobisme où le narrateur se sent ridicule avant que la Princesse de Parme ne tourne la dérision en admiration, en louant « ces merveilles » de snowboots.

Odette Swann se sert couramment d’anglicismes qui sont pour elle comme un passeport pour la haute société. Demi-mondaine d’origine, elle réussit à améliorer son rang social grâce à son anglomanie et en parlant une sorte de franglais qui la distingue. Elle reçoit pour le five o’clock, loue le fair play13 des anglais pendant la guerre et s’entretient en anglais avec sa fille Gilberte. Le jeune narrateur qui en est amoureux se sent alors mis à distance, car il est exclu par son manque de compréhension :

« […] Odette […] se mit à parler anglais à sa fille. Aussitôt ce fut comme si un mur m’avait caché une partie de la vie de Gilberte, comme si un génie malfaisant avait emmené loin de moi mon amie. Dans une langue que nous savons, nous avons substitué à l’opacité des sons la transparence des idées. Mais une langue que nous ne savons pas est un palais clos dans lequel celle que nous aimons peut nous tromper, sans que, restés au-dehors et désespérément crispés dans notre impuissance, nous parvenions à rien voir, à rien empêcher14. »

La langue étrangère est comparée à « un palais clos » dont sont exclus ceux qui ne le comprennent pas. Il réduit le narrateur à l’impuissance. Devant un mur d’ostracisme, d’incompréhension et de silence, il ressent la violence d’un enlèvement.

Au moment de la Grande Guerre, par contre, la langue étrangère mène à l’inclusion et Odette continue à parler le langage des alliés :

Son langage à elle était pourtant, plus encore qu’autrefois, la trace de son admiration pour les Anglais, qu’elle n’était plus obligée de se contenter d’appeler comme autrefois « nos voisins d’outre-Manche », ou tout au plus « nos amis les Anglais », mais « nos loyaux alliés. » Inutile de dire qu’elle ne se faisait pas faute de citer à tout propos l’expression de fair play pour montrer les Anglais trouvant les Allemands des joueurs incorrects, et « ce qu’il faut c’est gagner la guerre, comme disent nos braves alliés ». Tout au plus associait-elle assez maladroitement le nom de son gendre à tout ce qui touchait les soldats anglais et au plaisir qu’il trouvait à vivre dans l’intimité des Australiens aussi bien que des Ecossais, des Néo-Zélandais et des Canadiens. « Mon gendre Saint-Loup connaît maintenant l’argot de tous les braves tommies, il sait se faire entendre de ceux des plus lointains dominions et, aussi bien qu’avec le général commandant la base, fraternise avec le plus humble private 15. »

Ainsi, Odette bat en brèche la hiérarchie des classes sociales, mais étant donné le penchant sexuel de Saint-Loup, on pourrait aussi décoder dans cet emploi de l’anglais une allusion à ses rapports intimes avec les alliés. Selon l’argumentaire de mon livre Proust’s Cup of Tea : Homoeroticism and Victorian Culture16, Proust associe l’homosexualité à la langue et la culture anglaises. À commencer par le mot « fast » utilisé dans le premier portrait que le narrateur campe d’Albertine17. Proust joue avec l’ambigüité de la langue, lorsqu’il met une citation de Shakespeare dans la bouche de Saint-Loup : « la question n’est pas comme pour Hamlet d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être18. » Cette citation se réfère à l’inclusion à une certaine coterie sociale (le clan des Verdurin) mais, dans le contexte plus général de Sodome et Gomorrhe, la phrase revêt la valeur d’une carte d’identité homosexuelle.

Le langage intermédiaire du roman de Proust véhicule les oscillations de l’entre-deux sexuel, social et temporel. Le texte de La Recherche qui navigue entre le temps perdu et le temps retrouvé est jonché de mots anglais qui participent à la représentation de la société mondaine d’avant la guerre tout en frayant un chemin du côté de Sodome et Gomorrhe. La question de comment traduire les mots anglais enchâssés dans le texte français se pose donc lors de sa traduction en anglais. Faut-il garder le jeu entre les deux langues en préservant la touche de l’étrangeté ou peut-on l’aplanir en laissant les mots anglais de la version originale se fondre dans la traduction ?

COMMENT TRADUIRE L’ANGLAIS DU TEXTE-SOURCE FRANÇAIS AU TEXTE-CIBLE ANGLAIS

Le traducteur du texte de Proust bute contre les mots anglais dans la version originale et s’efforce de maintenir leur saveur dans la version anglaise. Un simple transfert du mot anglais dans le texte-source français au texte-cible anglais gommerait son caractère étranger et atténuerait la façon dont il fait irruption dans le texte de Proust. Une telle opération correspondrait à la dernière pratique de déformation définie par Antoine Berman dans son analytique de la traduction, à savoir l’effacement de la superposition des langues dans un texte19. Ne pas traduire les rapports de tension et d’intégration des mots étrangers dans le texte d’origine voudrait dire rendre homogène un texte qui était à l’origine hétérogène, et aurait pour effet d’annuler ce que Berman appelle « l’épreuve de l’étranger ».

Le traducteur a souvent recours à la typographie pour faire ressortir l’étrangeté du mot anglais dans le texte d’origine, étrangeté qui peut se doubler, comme nous l’avons vu, d’un emploi approximatif du terme anglais. L’adoption du mot « smoking » par le français ? que Proust explique par « une anglomanie mal informée20 » ? montre comment le passage d’une langue à une autre change le sens du mot. Le français a en effet intégré le mot « smoking jacket » dans son lexique en 1888, en l’abrégeant à « smoking » et en l’utilisant pour désigner non pas une veste en velours avec une ceinture à noeud, mais ce que les anglais appellent « a dinner jacket » et les américains un « tuxedo ». L’emploi de « smoking » (dont on trouve une vingtaine d’occurrences dans le texte de Proust) relève non seulement de son statut de mot étranger, mais aussi d’un usage particulier de ce mot qui marque la différence, ou un léger décalage avec son usage normal. Le narrateur de La Recherche compare le Duc de Guermantes à un « Hercule en “ smoking ” », avant de commenter cet anglicisme : « puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre21. » Le traducteur peut se permettre de garder le terme « smoking » sans le modifier, car la façon dont il détonne légèrement dans un contexte anglais reproduit l’effet de l’original : « this Hercules in his “ smoking ” (for in France anything that is the least bit British gets given the name it happens not to have in England)22. » La typographie met l’étrangeté du mot en relief, en doublant d’italiques les guillemets de la version originale. L’emploi d’un terme impropre est chargé de sens ici, car il indique que le Duc n’est pas à sa place dans ce café-concert populaire, et qu’il essaie de se faire passer pour le mari fidèle alors que nous le savons un véritable Don Juan.

La façon dont Odette emprunte une expression anglaise pour la faire sienne a pour résultat la fabrication d’un idiome à elle. Elle modifie le sens de « meeting » que l’anglais utilise le plus souvent pour désigner une réunion politique lorsqu’elle invite le narrateur à « une réunion mondaine chez des amis des Swann (ce que celle-ci appelait “ un petit meeting ”)23 ». La dernière traduction de Proust précise que dans son emploi erroné du terme, Odette se forge un anglais à elle : « a social gathering at the house of one of the Swanns’own friends (what M me Swann called in her English a little “meeting”)24 ».

Les anglicismes d’Odette caractérisent son salon, où le protocole diffère de celui que connaît le jeune narrateur proustien. Y aller équivaut à un voyage à l’étranger, et à la traversée d’un fuseau horaire. Le « lunch » auquel Odette invite le narrateur est en décalage horaire par rapport au déjeuner servi chez lui, à 11 h 30. Il se trouve donc suspendu dans le temps, avec une heure à perdre dans un entre-deux temporel et géographique entre chez lui et chez les Swann. Son entrée chez eux a quelque chose de féerique et d’irréel, comme s’il était transporté dans un autre monde :

À midi et demi, je me décidais enfin à entrer dans cette maison qui, comme un gros soulier de Noël, me semblait devoir m’apporter de surnaturels plaisirs. (Le nom de Noël était du reste inconnu à M me Swann et à Gilberte qui l’avaient remplacé par celui de Christmas, et ne parlaient que du pudding de Christmas, et de ce qu’on leur avait donné pour leur Christmas, de s’absenter-ce qui me rendait fou de douleur-pour Christmas. Même à la maison, je me serais cru déshonoré en parlant de Noël, et je ne disais plus que Christmas, ce que mon père trouvait extrêmement ridicule.)25

Le traducteur le plus récent de ce volume de La Recherche, James Grieve, a reproduit le relief de l’interaction des deux langues à l’aide d’italiques et en gardant quelques mots français dans sa traduction, introduisant aussi un anglicisme en appelant les cadeaux « des présents » :

By half-past twelve, I would have plucked up the courage to enter the house which, like a great Christmas stocking, seemed to promise supernatural delights. The French word Noël, by the way, was never heard from the lips of M me Swann or Gilberte. They had replaced it by the English word and spoke of le pudding de Christmas, of the présents de Christmas which they had been given, of going away (which gave me an unbearable pang) pour Christmas. At home, it would have been beneath my dignity to speak of Noël ; and I went about talking of le Christmas, in the teeth of my father’s ridicule26.

Cette traduction met en pratique la stratégie de la compensation dont parle Peter Newmark dans About Translation : « puns, alliterations, rhyme, slang, metaphor, pregnant words-all these can be compensated, if the game is worth the candle […]27. » On peut aussi noter que la traduction opère une transposition culturelle en traduisant « le soulier », qui selon la coutume française se met devant la cheminée à Noël, par le « stocking », qu’on suspend au manteau de cheminée en Angleterre. Ce passage saturé de la répétition du mot « Christmas » illustre comment le narrateur proustien savoure le mot étranger qui pimente le familier et le commun.

Il fait ainsi écho à l’exemple cité par Deleuze et Guattari de la façon dont Kafka enfant répétait un mot qu’il venait d’entendre et « dont le sens n’est que vaguement pressenti, pour le faire vibrer sur lui-même28 », pour le plaisir du mot dans la bouche.

La traduction met en pratique différentes stratégies de compensation et d’équivalence pour garder l’hétérogénéité linguistique du texte source. Proust se sert de la langue intermédiaire représentant l’entre-deux pour rendre compte d’une expérience de la mémoire involontaire qui a lieu dans la cour de l’hôtel des Guermantes. Il fait trébucher la langue lorsqu’il décrit comment le narrateur trébuche sur les pavés inégaux en employant un mot à résonance anglaise-wattman ? mais qui n’existe pas en anglais :

J’étais entré dans la cour de l’hôtel de Guermantes et dans ma distraction je n’avais pas vu une voiture qui s’avançait ; au cri du wattman je n’eus que le temps de me ranger vivement de côté, et je reculai assez pour buter malgré moi contre les pavés assez mal équarris derrière lesquels était une remise. Mais au moment où, me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s’évanouit devant la même félicité [que m’avait donnée] […] la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion29.

Le français a créé l’antonomase « wattman » (à partir du nom propre de l’ingénieur écossais James Watt) pour désigner le mécanicien chargé de la conduite d’une automobile électrique ou d’un tramway, alors qu’il s’agit d’un emprunt erroné de l’anglais. La traduction de Terence Kilmartin garde une touche de langue étrangère en remplaçant le « wattman » de la version originale par le mot français « chauffeur », adopté par l’anglais aussi récemment que 189930.

Proust fait aussi appel à l’anglais dans le contexte de l’homosexualité, par exemple, pour décrire la démarche du baron de Charlus, qui franchit le seuil du salon des Verdurin :

Bien qu’il eût demandé à son corps de rendre manifeste (au moment où il entrait chez les Verdurin) toute la courtoisie d’un grand seigneur, ce corps […] déploya, au point que le baron eût mérité l’épithète de lady-like, toutes les séductions d’une grande dame31.

La traduction préserve la saveur du texte original, en laissant l’expression française « grande dame » dans le texte anglais, et met en valeur l’adjectif « lady-like » en le positionnant en fin de phrase et en le rehaussant de guillemets :

Although he had demanded of his body that it manifest (at the moment of entering the Verdurins’house) all the courtesy of a great nobleman, that body […] deployed all the seductiveness of a grande dame, to the point that the Baron might have merited the epithet of “ lady-like ”32.

La traduction opère donc ce que Basil Hatim et Ian Mason appellent une compensation par déplacement : « It matters less where exactly the impression is conveyed than that it is conveyed to an equivalent extent33. »

LA PHRASE « I DON’T SPEAK FRENCH » DANS SON CONTEXTE

L’association de la langue anglaise et de l’homosexualité est inscrite dans la seule phrase entière en langue anglaise du roman de Proust. De façon significative, elle se trouve dans Sodome et Gomorrhe, que Proust consacre explicitement à l’homosexualité. Elle fait partie du récit de la soirée chez la Princesse de Guermantes où l’arrivée des invités est annoncée par un « huissier ». Or l’huissier de la Princesse en est, et avait quelques jours auparavant partagé des plaisirs sexuels avec un des cousins de la Princesse, le Duc de Châtellerault, tout en ignorant son identité. La phrase en anglais s’insère dans le passage suivant :

Il y avait quelqu’un qui, ce soir-là comme les précédents, pensait beaucoup au duc de Châtellerault, sans soupçonner du reste qui il était : c’était l’huissier (qu’on appelait dans ce temps-là « l’aboyeur ») de M me de Guermantes. M. de Châtellerault, bien loin d’être un des intimes – comme il était l’un des cousins – de la princesse, était reçu dans son salon pour la première fois. Ses parents, brouillés avec elle depuis dix ans, s’étaient réconciliés depuis quinze jours, et forcés d’être ce soir absents de Paris, avaient chargé leur fils de les représenter. Or, quelques jours auparavant, l’huissier de la princesse avait rencontré dans les Champs-Elysées un jeune homme qu’il avait trouvé charmant mais dont il n’avait pu arriver à établir l’identité. Non que le jeune homme ne se fût montré aussi aimable que généreux. Toutes les faveurs que l’huissier s’était figuré avoir à accorder à un monsieur si jeune, il les avait au contraire reçues. Mais M. de Châtellerault était aussi froussard qu’imprudent ; il était d’autant plus décidé à ne pas dévoiler son incognito qu’il ignorait à qui il avait à faire ; il aurait eu une peur bien plus grande-quoique mal fondée-s’il l’avait su. Il s’était borné à se faire passer pour un Anglais, et à toutes les questions passionnées de l’huissier désireux de retrouver quelqu’un à qui il devait tant de plaisir et de largesses, le duc s’était borné à répondre, tout le long de l’avenue Gabriel : “ I do not speak french34. ”

Charles K. Scott Moncrieff traduit :

There was one person who, on that evening as on the previous evenings, had been thinking a great deal about the Duc de Châtellerault, without however suspecting who he was : this was the usher (styled at that time the aboyeur) of M me de Guermantes. M. de Châtellerault, so far from being one of the Princess’s intimate friends, albeit he was one of her cousins, had been invited to her house for the first time. His parents, who had not been on speaking terms with her for the last ten years, had been reconciled to her within the last fortnight, and, obliged to be out of Paris that evening, had requested their son to fill their place. Now, a few days earlier, the Princess’s usher had met in the Champs-Elysées a young man whom he had found charming but whose identity he had been unable to establish. Not that the young man had not shewn himself as obliging as he had been generous. All the favours that the usher had supposed that he would have to bestow upon so young a gentleman, he had on the contrary received. But M. de Châtellerault was as reticent as he was rash ; he was all the more determined not to disclose his incognito since he did not know with what sort of person he was dealing ; his fear would have been far greater, although quite unfounded, if he had known. He had confined himself to posing as an Englishman, and to all the passionate questions with which he was plied by the usher, desirous to meet again a person to whom he was indebted for so much pleasure and so ample a gratuity, the Duke had merely replied, from one end of the Avenue Gabriel to the other : “ I do not speak French35. ”

Voici la révision proposée par Terence Kilmartin et revue par D. J. Enright :

There was one person who, on that evening as on the previous evenings, had been thinking a great deal about the Duc de Châtellerault, without however suspecting who he was : this was the Princesse de Guermantes’s usher (styled at that time the “ barker ”). M. de Châtellerault, so far from being one of the Princess’s intimate friends, although he was one of her cousins, had been invited to her house for the first time. […] He had confined himself to posing as an Englishman, and to all the passionate questions with which he was plied by the usher, desirous to meet again a person to whom he was indebted for so much pleasure and largesse, the Duke had merely replied, from one end of the Avenue Gabriel to the other : “ I do not speak French36. ”

Voici enfin la traduction la plus récente, signée John Sturrock :

On that, as on the preceding evenings, there was someone who had the Duc de Châtellerault very much on his mind, without, however, suspecting who he was : this was Mme de Guermantes’s doorman (known in those days as the’barker’). M. de Châtellerault, very far from being an intimate – as he was of the cousins – of the Princesse, was being received in her drawing-room for the first time. […] He had merely passed himself off as an Englishman, and to all the doorman’s impassioned questions, who was eager to see someone to whom he was indebted for so much pleasure and largesse again, the Duc had merely answered in English, all the way along the Avenue Gabriel, “ I do not speak French37. ”

29Constatons tout d’abord que Proust propose une traduction d’ordre « intralinguistique », pour utiliser le terme de Roman Jakobson, c’est-dire un mot français est traduit par un mot français38, car le terme désuet d’« aboyeur » est actualisé par l’emploi du mot « huissier ». Les deux phrases suivantes ont été source d’erreurs pour les premiers traducteurs de Proust qui ont mal compris le français : le Duc de Châtellerault et sa famille étaient en froid avec les Guermantes suite à une querelle, et donc l’incise « comme il était l’un des cousins » veut dire « puisque » ou « parce que ». La traduction de John Sturrock est bonne (« as he was one of the cousins »), mais ni Scott-Moncrieff ni Kilmartin n’en traduisent le sens. Celui-là traduit « albeit » ; celui-ci pense corriger l’erreur alors qu’il en commet une autre : « although ». La traduction de la phrase « M. de Châtellerault était reçu dans son salon » pose problème dans toutes les versions. La Princesse de Guermantes a un « salon » dans le sens qu’elle organise des réunions mondaines, celle dont il est question ici ayant lieu principalement dans les jardins de son hôtel particulier et non pas à l’intérieur. Il faut donc entendre « salon » dans le sens d’une réception mondaine et non pas la désignation d’un lieu comme le font les traducteurs de Proust (« her house », « her drawing room »). Une traduction anglaise qui garde le mot français en italiques aurait pu servir de référence à ce phénomène culturel.

La phrase avant la conclusion du passage a également donné lieu à des traductions qui méritent commentaire. Dans le contexte, la nature du plaisir et des largesses accordées si généreusement est claire, même si elle n’est pas explicite. L’huissier n’est pas un jeune prostitué, et le duc ne lui donne pas d’argent. Pour garder le non-dit de l’original, la traduction pourrait laisser « largesse » sans préciser de quelle largesse il s’agit.

Enfin, de peur de compromettre sa réputation comme membre de l’aristocratie, le Duc se cache derrière la langue étrangère en formulant une phrase en anglais qui essaie de nier son identité française. Le paragraphe que nous sommes en train d’étudier était ajouté aux épreuves de la première version publiée de cette partie du roman, qui est parue en 1921 sous forme d’un long extrait dans la revue Les Oeuvres libres39. Proust souligne la phrase qu’il inscrit sur les épreuves comme indication qu’il faut la mettre en italiques. Le premier mot est biffé et difficile à déchiffrer : Proust a peut-être écrit « And do not speak French », auquel cas la conjonction suggère la continuation d’un dialogue en anglais, ou bien Proust a voulu écrire au départ « A do not », où le « A » servirait de transcription phonétique d’une mauvaise prononciation de « I ». Le « f » minuscule dans « french » respecte les règles de typographie française, car l’anglais exige la lettre majuscule en ce cas. Ce signe typographique fonctionne comme une transcription de l’accent français du duc lorsqu’il prononce la phrase en anglais. La graphie de Proust est révélatrice, car on relève une faute d’orthographe sur « speack » qui semble transcrire la prononciation du mot par un étranger.

Perdu et retrouvé : ces deux termes constituant la trame du texte de La Recherche se rapportent aussi bien à la traduction des mots anglais de Proust. Ce qui est perdu dans la traduction d’un mot peut être retrouvé dans la traduction d’un autre, par un jeu de compensation ou de déplacement. Cependant les cas étudiés ici montrent que les mots anglais de Proust-tels que « lady-like » ou « smoking » ? sont rebelles à la traduction. Ils font trébucher la langue, et le traducteur qui bute contre eux doit déployer toutes sortes de stratégies pour rendre leur effet d’intrusion intempestive, de perte d’équilibre, de vacillement sémantique. Ces mots anglais ont beau être des pierres d’achoppement pour le traducteur, ce sont des pierres précieuses incrustées dans la poétique de l’étranger proustien.

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE COMPLÉMENTAIRE

Eells Emily, Proust’s Cup of Tea : Homoeroticism and Victorian Culture, Aldershot, G. B., Ashgate, 2002.

Traductions anglaises d’À la recherche du temps perdu

Remembrance of Things Past, Scott Moncrieff Charles Kenneth (trad.), Londres, Chatto&Windus, 1922-1931.

Remembrance of Things Past, Kilmartin Terence (trad.), Londres, Penguin Books, 1983.

In Search of Lost Time, Enright D. J. (trad.), Londres, Chatto&Windus, 1992.

In Search of Lost Time, Prendergast Christopher (dir.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002.

Notes

1 Proust Marcel, Contre Sainte-Beuve, Clarac Pierre et Sandre Yves (éd.), Paris, Gallimard, « de la Pléiade », 1971, p. 305.

2 Deleuze Gilles, « Bégaya-t-il», in Critique et Clinique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1993, p. 138

3 Proust Marcel, Correspondance, Kolb Philip (éd.), vol. 8, Paris, Plon, 1981, p. 276.

4 Karlin Daniel, Proust’s English, Oxford, Oxford University Press, 2005.

5 Voir à ce propos Boyer-Weinmann Martine, « et Outre-langue : Fonctions de la citation (à peu près) anglaise dans À la recherche du temps perdu », in Citer la langue de l’autre. Mots étrangers dans le roman, de Proust à W. G. Sebald, Perrot-Corpet Danielle et Queffelec Christine (dir.), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2007, p. 25.

6 Proust Marcel, Correspondance, Kolb Philip (éd.), vol. 10, Paris, Plon, 1983, p. 320-321.

7 Proust Marcel, À la recherche du temps perdu, Tadié Jean-Yves (dir.), Paris, Gallimard, « de la Pléiade », en quatre volumes (1987-1989) ; vol. 3, p. 328. Les références suivantes utilisent l’abréviation RTP, le numéro du volume en chiffres romains et le numéro de la page en chiffres arabes.

8 Proust Marcel, Cities of the Plain, Scott Moncrieff Charles Kenneth (trad.), New York, A & C Boni, 1927, p. 115.

9 Mounin Georges, Les Belles Infidèles. Essai sur la traduction, Paris, Cahiers du Sud, 1955.

10 RTP II 695.

11 RTP II 835.

12 Gourmont Rémy de, Esthétique de la langue française, Paris, Mercure de France, 1899, p. 87

13 RTP IV 368.

14 RTP I 572-3.

15 RTP IV 368.

16 Publié en 2002 à Aldershot, G. B., par les Éditions Ashgate.

17 RTP I 503.

18 RTP IV 410.

19 Berman Antoine, « traduction comme épreuve de l’étranger », in Texte. Revue de critique et de théorie littéraire (4), 1985, p. 71.

20 RTP I 483.

21 RTP II 771.

22 Proust Marcel, The Guermantes Way, Treharne Mark (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 479.

23 RTP I 516.

24 Proust Marcel, In the Shadow of Young Girls in Flower, Grieve James (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 101.

25 RTP I 517.

26 Proust Marcel, In the Shadow of Young Girls in Flower, Grieve James (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 102.

27 Newmark Peter, About Translation, Londres, Clevedon Press, « Matters », 1991, p. 144.

28 Deleuze Gilles et Guattari Félix, Kafka. Pour une littérature mineure, Paris, Les Éditions de Minuit, 1975, p. 38.

29 RTP IV 445.

30 Proust Marcel, Remembrance of Things Past, Kilmartin, Terence (trad.), Londres, Penguin Books, 1983, vol. 3, p. 898.

31 RTP III 300.

32 Proust Marcel, Sodom and Gomorrah, Sturrock John (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 306.

33 Hatim Basil et Mason Ian, Discourse and the Translator, Londres, Longman, 1990, p. 210.

34 RTP III 35. Ici et dans les citations suivantes j’ai mis en gras les phrases qui sont en rapport avec les questions de traduction soulevées.

35 Remembrance of Things Past. Cities of the Plain, Scott Moncrieff C. K. (trad. 1927), New York, Alfred A Knopf, 1929, p. 48-9.

36 Remembrance of Things Past. Cities of the Plain, Scott Moncrieff C. K. (trad. 1927), revue par Terence Kilmartin (1981), deuxième révision par D. J. Enright (1992). Cité ici de In Search of Lost Time, Londres, Chatto & Windus, 1992, vol. 4, p. 40.

37 In Search of Lost Time. Sodom and Gomorrah, Sturrock John (trans.), London, Allen Lane Publishing, 2002, p. 40.

38 Jakobson Roman, « Linguistic Aspects of Translation », in On Translation, Brower Reuben A. (dir.), Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1959, p. 233.

39 Les épreuves corrigées de cette prépublication se trouvent à la Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Manuscrits. Je cite ici N. A. Fr 16728 f° 31.

Voir aussi:

PROUST ÉTAIT UN NEUROSCIENTIFIQUE
Ces artistes qui ont devancé les hommes de sciences
Jonah LEHRER

Traduit par
Hayet DHIFALLAH
La science a besoin de l’art pour exprimer la dimension du mystère, mais l’art a besoin de la science pour que tout ne demeure pas mystère.

Ce livre s’intéresse à des artistes qui ont découvert, avant les neurosciences, des vérités sur l’esprit humain – réelles, tangibles –, que la science commence à peine à redécouvrir. Alors que la connaissance scientifique et objective de l’univers progresse grâce aux expériences menées par les spécialistes, le neuroscientifique Jonah Lehrer a constaté une chose très surprenante – du moins pour les esprits trop rationnels qui ne croient qu’à la mesure et à la quantification : certains écrivains ou artistes, supposés n’inventer que de belles histoires (récits, tableaux, symphonies, etc.) ont fait des découvertes majeures sur notre cerveau. C’est après la lecture de Marcel Proust et sa gigantesque oeuvre construite sur la mémoire que le scientifique a acquis cette conviction : il a été possible, par des voies autres que celles de la science, d’anticiper des découvertes contemporaines.

Jonah Lehrer s’est alors attelé à la tâche de découvrir plusieurs autres  » précurseurs  » inattendus, et de cette recherche personnelle est né cet ouvrage. C’est ainsi que l’on retrouve trois chapitres consacrés à trois Français célèbres (sur les huit personnages que compte le livre) : Proust, bien sûr, et sa méthode de la mémoire ; mais aussi un grand cuisinier comme Auguste Escoffier, et « l’essence du goût » ; ou encore ce maître de la peinture que fut Paul Cézanne, et son « processus de la vision ». Les amateurs de littérature et de poésie retrouveront aussi Virginia Woolf ou Walt Whitman ; les amateurs de musique Igor Stravinsky…

Il n’est pas inutile de préciser, comme le fait remarquer Jonah Lehrer, que l’extrême précision de leurs découvertes coïncide avec l’intérêt profond que ces artistes eurent pour la science de leur époque, que ce soit en biologie, psychologie, chimie, etc. « Un jour, pensons-nous, la science élucidera tout », rappelle l’auteur. Or, l’imagination des artistes « a prédit les faits à venir ». Une proposition étonnante que tout lecteur de l’ouvrage peut vérifier par lui-même. Preuve que, pour décrire le cerveau, il y a « nécessité de faire appel aux deux cultures, art et science ». Autrement dit, « d’allier les méthodes réductionnistes de la science à une investigation artistique de notre expérience ».

Voir également:

Proust Was a Neuroscientist
by Jonah Lehrer

About the Book

While an undergraduate at Columbia University, 25-year-old Rhodes scholar Jonah Lehrer worked in a neuroscience lab, trying to figure out how the mind remembers. At the same time, he happened to be taking a course in twentieth-century French Literature, and began reading Proust. He would often bring his copy of Swann’s Way to the lab, and read a few pages while waiting for an experiment to finish.

All he expected from Proust was a little entertainment, but he began to see a surprising convergence. Proust’s narrator recovers his childhood memories when he bites into the madeleine, revealing crucial things about memory that neuroscientists didn’t uncover until 2001: first, that memory is uniquely tied to taste and smell. And, second, as Proust so thoroughly examines, memory is fallible.

This led Lehrer to start thinking about other artists who anticipated modern neuroscience, and he realized that there was a whole group of artists that had discovered truths about the human mind – real, tangible truths – that science is only now re-discovering.

In PROUST WAS A NEUROSCIENTIST (Houghton Mifflin, November 2007) Lehrer argues that science is not the only path to knowledge. In fact, where the brain is concerned, art got there first. Taking a group of artists – a painter, a poet, a chef, a composer, and a handful of novelists – Lehrer shows how each one discovered essential truths about the human mind.

We learn how Proust first revealed the fallibility of memory; how George Eliot discovered brain plasticity; how the French chef Escoffier discovered umami (the fifth taste); how Cezanne worked out the subtleties of vision; and how Gertrude Stein exposed the deep structure of language – a full half-century before Chomsky. Lehrer reveals that the newfangled facts of science provide a whole new way to appreciate our fictions. He helps us revisit the classics and see them through a new and fascinating prism.

Also, Lehrer notes, scientists describe our brain in terms of its physical details; they say we are nothing but a loom of electrical cells and synaptic spaces. But, what science forgets is that this isn’t how we experience the world. (We feel like the ghost in the machine, not like the machine itself.) It is ironic, but true: the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. This is why we need art.

About the Author
Author Jonah Lehrer, 25, is editor at large for SEED magazine. A graduate of Columbia University and a Rhodes scholar, Lehrer has worked in the lab of Nobel Prizewinning neuroscientist Eric Kandel and studied with Hermione Lee at Oxford. He’s also written for Nature, NPR and NOVA ScienceNow. He even worked as a line cook for three years in Los Angeles and NYC at Le Cirque 2000 and Le Bernardin, which inspired his chapter on Escoffier. Lehrer writes a well-trafficked blog, ‘The Frontal Cortex’: http://scienceblogs.com/cortex/. This is his first book.

A Conversation with Jonah Lehrer

Q: Where did you get the idea for Proust Was A Neuroscientist?

A: It was pure serendipity. At the time, I was working in the lab of Nobel Prize laureate Eric Kandel, investigating the molecular basis of memory. I was also studying French Literature. (I double-majored in English and Neuroscience as an undergraduate.) There was a lot of down time in the lab, so I would often read novels while waiting for an experiment to finish. One day, I found myself engrossed in Swann’s Way. As I read this epic novel about one man’s memory, I had an epiphany. I realized that Proust and modern neuroscience shared a vision of how our memory works. If you listened closely, they were actually saying the same thing.

Q: How did you select the other artists in the book?

A: It was a fun process. After I realized that Proust had anticipated these scientific theories, I suddenly started re-reading all my favorite novelists, poets and artists. What did Virginia Woolf intuit about consciousness? Why was Walt Whitman so obsessed with his “body electric”? Why did Cezanne paint in such an abstract style? Once I started asking these strange questions, I saw all sorts of connections. I realized that there was a whole group of artists that had discovered truths about the human mind—real, tangible truths—that science is only now re-discovering. Of course, I don’t intend my list to be exhaustive. These aren’t the only artists who were interested in the mind, or anticipated important facts about the mind. I hope that this book inspires other people to look at their favorite artists through the prism of neuroscience. The newfangled facts of science provide us with a whole new way to appreciate our fictions.

Q: How do you think these artists would feel about your book? Would Proust be happy that he intuited some scientific truths?

A: Proust would be thrilled. But he wouldn’t be surprised. Proust was confident that every reader, once they read his novel, would “recognize in his own self what the book says…This will be the proof of its veracity.” And Proust wasn’t the only artist who was convinced that his art was full of truth. George Eliot famously said that her art was “simply a set of experiments in life.” Virginia Woolf, before she wrote Mrs. Dalloway, said that in her new novel the “psychology should be done very realistically.” Whitman thought he was expressing deep “truths about the body and soul” that the science of his time had yet to understand. In other words, all of these artists believed that their art was capable of being literally true, just like science.

Q: How did these artists come up with so much truth?

A: Each artist had his or her own peculiar method. (And some of them, like Proust, were very peculiar.) But one thing these artists all shared was an obsession with our experience. They wanted their art to express what it was like to be alive, to be conscious, to feel, to remember, to taste, to see. They turned themselves into empiricists of ordinary life. That’s where their wisdom came from.

Q: Escoffier seems like the odd man out. After all, he’s not generally seen as an artist. Why did you decide to include a chef?

A: Escoffier defined cooking as “equal parts art and science,” and I tend to agree with him. (I also tend to agree with Brillat-Savarin, who declared that “The discovery of a new dish does more for the happiness of the human race than the discovery of a new star.”) Furthermore, I think that Escoffier demonstrates one of the larger themes of the book, which is that we can discover truths about ourselves just by paying attention to our subjective experience. After all, it’s not like Escoffier understood the molecular mechanisms behind our taste receptors. He just wanted his food to taste good, and that led him to invent recipes that accurately reflected the anatomy of our tongue.

This chapter also grew out of my own experience as a line cook. I’ve been lucky enough to work in the kitchens of some nice restaurants (Le Cirque 2000, Melisse, Le Bernardin), and I was always struck by how much chefs know about the sensation of taste, even if they aren’t familiar with the underlying cellular mechanisms. Watching a chef concoct a new dish is a lot like watching a science experiment: they put some stuff together, then taste it, then add some more stuff, then taste again, and so on. But the whole process is really empirical. A good chef is constantly testing

Q: How did these artists interact with the science of their time?

A: They were extremely engaged with their contemporary science. While the artists I discuss often disagreed with the science of their time, they always used it as a springboard. Long before C.P. Snow mourned the separation of our two cultures, Whitman was busy studying brain anatomy textbooks and watching gruesome surgeries, George Eliot was reading Darwin and James Clerk Maxwell, Stein was conducting psychology experiments in William James’ lab, and Woolf was learning about the biology of mental illness. It is impossible to understand their art without taking into account its relationship to science.

Q: Why don’t you include any modern artists?

A: I end the book by discussing Ian McEwan’s Saturday, a novel about a neurosurgeon that embodies many of the themes I discuss throughout Proust Was A Neuroscientist. And there are many modern artists who I could have easily written about. (For example, I think Richard Powers’ recent novel The Echo Maker is a particularly eloquent meditation on the limits of neuroscience. And I could have used McEwan’s Atonement to make many of the same points about memory that I discuss in my chapter on Proust.) But I decided that the best way to demonstrate the connections between art and neuroscience was to focus on cases where artists had anticipated scientific discoveries. Perhaps in a few decades I’ll get to write a sequel to Proust Was A Neuroscientist, in which I describe how artists like McEwan and Powers anticipated the neuroscience of the 21st century.

Q: What do you want people to take away from Proust Was A Neuroscientist?

A: First of all, I hope this book compels people to look at art in a new way. I think that we’ve diminished the importance of art. We think of art as just a collection of entertaining stories and pretty paintings. But Proust and Whitman and Woolf saw themselves as truthtellers. I hope this book compels people to think about the potential of art, to reimagine what the imagination is capable of.

Of course, in order for a novel or poem to be “true” we need to redefine what the “truth” is. Our current culture subscribes to a very narrow definition of truth. If something can’t be quantified or calculated, then it can’t be true. Because this strict scientific approach has explained so much, we assume that it can explain everything. But every method, even the experimental method, has limits. Take the human mind. Scientists describe our brain in terms of its physical details; they say we are nothing but a loom of electrical cells and synaptic spaces. What science forgets is that this isn’t how we experience the world. (We feel like the ghost, not like the machine.) It is ironic, but true: the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. This is why we need art.
The Five Painters, a Composer, and a Chef Who Discovered the Truth About the Mind

Marcel Proust, on memory: Proust anticipated important truths about memory: the sense of taste and smell are uniquely sentimental, memories are dishonest and do not faithfully reproduce the past, and memories are able to persist – even if we never think about them.

Walt Whitman, on feeling: Contradicting the science of his time, Whitman believed that the body and mind were profoundly connected, and that the flesh was the source of feelings. (“Behold the body includes and is the meaning, the main/Concern, and includes and is the soul,” he wrote.) Modern neuroscience now concurs, and has discovered that emotions often have a bodily source.

George Eliot, on thinking: In her time, scientists believed that people were prisoners of their genes. But, Eliot’s art consistently argued that our mind was “not cut in marble.” She believed that the most essential element of human nature was its malleability, the way we can “will ourselves to change.” She anticipated the discovery of neural plasticity.

Auguste Escoffier, on taste: Escoffier’s kitchen articulated biological truths of the tongue and his seminal recipes anticipated basic truths about the sensation of taste. He also realized that the taste of most flavors is actually a smell.

Paul Cezanne, on seeing: Though criticized as overly abstract, he wasn’t interested in pure abstraction, and always made sure that his surreal brushstrokes could be translated into real objects. With just enough information, the brain can decipher his paintings. If he left some details out, and canvas blank, it was to show what the visual cortex puts in.

Igor Stravinsky, on listening: He knew that a symphony was nothing but a collection of acoustic patterns that the brain had learned how to hear. Further, what makes music pleasurable is the tension between the melodic patterns expected and the patterns actually heard. He forced the audience to learn an entirely new set of patterns, and though this newness caused a riot at the time, he knew that the brain would adapt. He was right: he’s now considered by many to be the most influential composer of 20th-century music.

Gertrude Stein, on language: Stein exposed the “deep structure” of language, and observed “Everybody said the same thing over and over again with infinite variations but over and over again.” Stein, in anticipation of Noam Chomsky, saw the source of this sameness, to cut our words until their structure showed through.

Virginia Woolf, on consciousness: She realized that the stream of consciousness “was very erratic, very undependable.” At any given moment, her mind seemed to be scattered in a million little pieces. And yet, something bound those fleeting sensations together. Woolf’s revelation was that we emerge from our own subjective interpretations. When we sense something, we naturally invent a subject for our sensation. The self is simply this subject; it is the story we tell ourselves about our own experience. As Woolf wrote in her unfinished memoir, “We are the words; we are the music; we are the thing itself.”

Voir encore:

It is the humanities that tell us what it is like to be human, says Simon Ings

In this book, Lehrer asks why, when it comes to understanding the mind, neuroscience has been pipped to the post, not once, but time and time again, by writers, artists, composers and cooks, especially those working in the early part of the 20th century.

In the most powerful, well-argued and carefully condensed of his biographical essays, Lehrer says of the paintings of Paul Cézanne: « Instead of giving us a scene of fully realised forms, Cézanne supplies us with layers of suggestive edges, out of which forms slowly unfurl. Our vision is made of lines, and Cézanne has made the lines distressingly visible. » In other words, Cézanne got the eye right, long before Hubel and Wiesel transformed our understanding of the visual cortex in 1959. Around the time Cézanne was making migranous perceptual puzzles out of the Bibémus quarries, Gertrude Stein was working in William James’s Harvard psychology lab. Her own neuroscientific safari, attempting to abstract grammar from sense, hit a much-lampooned stylistic brick wall – but her failure was far ahead of its time, straightening paths for Noam Chomsky’s hunt (again, in the 50s) for a human’s innate, hard-wired « universal grammar ».

One of the great pleasures of this book is to read intensely felt, cogently argued apologias for people whose towering achievements you might not otherwise be able to stomach. (This card-carrying anti-modernist was persuaded – positively charmed – by Lehrer’s chapter on Virginia Woolf.)

The trouble is, in writing a series of accessible, linked essays, Lehrer deprives himself of the chance to explain why modernism ran so far ahead of contemporary science in its exploration of the working mind.

At the end of the 19th century, surrealism, occultism and psychoanalysis were all born out of a growing awareness that science, narrowly conceived, had no way of studying the mind. After all, the sciences can only study what they have the means to study, and in the first half of the 20th century, the only analytical tool capable of exploring subjectivity was « guided introspection » – a rather overworked form of meditation in which subjects tried to describe what their thinking felt like.

Artistic experimentation, informed by the science of the day, turned out to be a much more robust analytic technique, and over time perceptual-cognitive experiments of the Cézanne/Stein/Stravinsky sort have found their way into the laboratory. They have become precise, repeatable, scientifically respectable – and fodder for a shelf full of pop-science books a lot less interesting than this one. This lends Lehrer’s energetic and passionate prose a stridency he may not have meant. He seems, with his first book, to have burst, gun in hand, through a door that is already open.

He writes several too many « So-and-so was Right and Science was Wrong » passages. To say that Auguste Escoffier was « right » about the fundamental taste umami is like saying Democritus (460-370BC) was right about atoms which (let’s be clear) he jolly well wasn’t. Indeed, nobody discovers anything for ever, and nobody discovers anything first. The truth is always too complicated, the world always too big, for claims of that sort.

But it is impossible to stay grumpy with a writer who calls the three tiny bones that enable us to hear « a skeleton locked inside the ear », while dropping cheerful quips about Proust’s « weak spot for subclauses and patisserie ». Anyway, Lehrer’s central point holds. Science had, has, and always will have a problem with subjective experience.

Scientific accounts of the world offer us a user’s manual – a description of how we interact with the world. They say nothing whatsoever about the way the world really works – what vision scientist Donald Hoffman in 1998 dubbed « the relational realm »: « We might hope that the theories of science will converge to a true theory of the relational realm. This is the hope of scientific realism. But it’s a hope as yet unrealised, and a hope that cannot be proved true. »

Carried away by his own enthusiasm, Lehrer sometimes writes as if he thought scientists were unaware of their bind. Elsewhere he summarises the problem in words so right, they sing: « It is ironic but true, the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. »

Not everything that is true can be proved. Lehrer’s quotation from Escoffier is well chosen: « No theory, no formula, and no recipe can take the place of experience. »

Simon Ings’s The Weight of Numbers is published by Atlantic.

Voir enfin:

Proust était un neuroscientifique sans le savoir

Jonah Lehrer

EXTRAIT

Marcel Proust

La méthode de la mémoire

Intuitions

Proust ne serait pas surpris par ses pouvoirs prophétiques. Il considérait que l’art et la science traitaient tous deux de faits (« L’impression est pour l’écrivain ce que l’expérimentation est pour le scientifique »), que seul l’artiste pouvait décrire la réalité telle qu’on la vivait réellement. Proust en était certain, tout lecteur de son roman « reconnaîtrait en lui-même ce que le livre racontait… Ceci sera la preuve de sa véracité ».

Proust apprit à croire au pouvoir étrange de l’art grâce au philosophe Henri Bergson[1]. Quand Proust entreprit l’écriture de La Recherche, Bergson était sur la voie de la célébrité. Le métaphysicien remplissait les salles de concert, les touristes intellectuels écoutaient avec une profonde attention ses conférences[2] sur l’élan vital, la comédie et « l’évolution créative ». Dans son essence, la philosophie de Bergson consistait en une résistance acharnée à une vision mécaniste de l’univers. Les lois de la science étaient bonnes pour la matière inerte, disait Bergson, pour discerner les relations entre atomes et cellules, mais qu’en était-il nous concernant ? Nous avions une conscience, une mémoire, un être. Selon Bergson, cette réalité – la réalité de notre conscience de soi – ne pouvait se prêter à une réduction ou une dissection expérimentale. Il pensait que seule l’intuition nous permettait de nous comprendre nous-mêmes, et ce processus demandait beaucoup d’introspection, des journées oisives de contemplation de nos connexions internes. C’était, en substance, une méditation pour les bourgeois.

Proust fut l’un des premiers artistes à intégrer la philosophie de Bergson. Son œuvre littéraire devint une célébration de l’intuition, de toutes les vérités que nous pouvons découvrir simplement en étant allongé sur le lit à réfléchir tranquillement. Et même si l’influence de Bergson n’était pas sans inquiéter Proust – « J’ai assez à faire, écrivit-il dans une lettre, sans essayer de faire de la philosophie de Bergson un roman ! » –, Proust ne pouvait malgré tout pas résister aux thèmes bergsoniens. En fait, l’assimilation approfondie de la philosophie de Bergson amena Proust à conclure que le roman du xixe siècle, qui privilégiait les choses par rapport aux idées, n’avait absolument rien compris. « Le type de littérature qui se satisfait de “décrire les choses”, écrivit Proust, de leur consacrer un maigre résumé en termes de lignes et de surfaces, a beau se prétendre réaliste, est en fait le plus éloigné de la réalité. » Comme le soutenait Bergson, la meilleure manière de comprendre la réalité est subjective. Et intuitive pour avoir accès à ses vérités.

Mais comment une œuvre de fiction pouvait-elle démontrer le pouvoir de l’intuition ? Comment un roman pouvait-il prouver que la réalité était, selon la formule de Bergson, « en dernier lieu spirituelle, et non physique » ? La réponse de Proust prit une forme inattendue, celle d’un petit gâteau sec au beurre parfumé au zeste de citron et en forme de coquillage. C’était là un peu de matière qui révélait « la structure de son esprit », un dessert qui pouvait « se réduire à ses éléments psychologiques ». C’est ainsi que débute la Recherche, avec la célèbre madeleine, à partir de laquelle se dévoile tout un esprit :

« Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi »[3].

Ce magnifique paragraphe résume toute l’essence de l’art de Proust, la vérité s’élevant comme de la buée d’une tasse de thé limpide. Alors que la madeleine était le déclencheur de la révélation de Proust, ce passage ne porte pas sur la madeleine. Le gâteau sec est simplement pour Proust un prétexte pratique pour explorer son sujet favori : lui-même.

Qu’ont appris à Proust ces miettes prophétiques de sucre, farine et beurre ? Il a en réalité fait preuve d’une immense intuition au sujet de la structure du cerveau humain. En 1911, l’année de la madeleine, les physiologistes n’avaient pas la moindre idée du mode de connexion des sens à l’intérieur du crâne. C’est là que Proust eut l’une de ses intuitions les plus pénétrantes : notre odorat et notre goût portent ensemble le poids de la mémoire.

« Quand d’un passé ancien, rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir »[4].

Les neurosciences ont maintenant pu prouver que Proust avait vu juste. Rachel Herz, psychologue à l’université Brown, a montré – dans un article scientifique intitulé avec beaucoup d’esprit « Tester l’hypothèse proustienne » – que notre odorat et notre goût sont exceptionnellement sentimentaux, car ce sont les seuls sens directement connectés à l’hippocampe, centre de la mémoire à long terme du cerveau. Leur marque est indélébile. Tous nos autres sens (vue, toucher et ouïe) sont au départ traités par le thalamus, source du langage et porte d’entrée de la conscience. Ils sont donc beaucoup moins efficaces pour évoquer notre passé.

Proust a eu l’intuition de cette anatomie. Il s’est servi, pour faire remonter à la surface de la mémoire son enfance[5], du goût de la madeleine et de l’odeur du thé car la vue seule du gâteau sec en forme de coquille n’a pas suffi. Proust est d’ailleurs même allé jusqu’à accuser son sens de la vue de brouiller ses souvenirs d’enfance. « Peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, écrit Proust, leur image s’était dissociée de ces jours à Combray »[6]. Fort heureusement pour la littérature, Proust décida de porter à sa bouche le gâteau sec.

[1] Proust assista aux conférences de Bergson données à la Sorbonne de 1891 à 1893. De plus, il lut Matière et mémoire, l’ouvrage de Bergson, en 1909, juste au moment où il commençait à rédiger Du côté de chez Swan. En 1892, Bergson épousa la cousine de Proust. Mais une seule conversation est attestée entre Proust et Bergson, au cours de laquelle ils discutèrent de la nature du sommeil. Il est également fait état de cette conversation dans Sodome et Gomorrhe. Pour le philosophe, toutefois, Proust n’est demeuré que le cousin qui lui avait acheté une boîte d’excellentes boules Quies, sans plus.
[2] Son apparition à l’université de Columbia provoqua le premier embouteillage jamais connu à New York.
[3] À la recherche du temps perdu, tome 1, Du côté de chez Swan, GF Flammarion, Paris, 1987, édition revue et mise à jour en 2009, p. 144-145.
[4] À la recherche du temps perdu, tome 1, Du côté de chez Swan, GF Flammarion, Paris, 1987, édition revue et mise à jour en 2009, p. 147.
[5] A. J. Liebling, célèbre hédoniste et journaliste au New Yorker, a écrit : « À la lumière de ce que Proust a écrit avec un stimulus aussi léger (la quantité de cognac contenue dans une madeleine ne suffirait pas pour faire une friction à l’alcool à un moucheron), qu’il n’ait pas eu un appétit plus solide est une perte pour l’humanité. » Liebling aurait été content de savoir que Proust avait en fait un excellent appétit. Il ne prenait qu’un repas par jour (sur ordre du médecin), mais son dîner était digne de Liebling. Un exemple de menu : deux œufs sauce à la crème, trois croissants, la moitié d’un poulet rôti, des pommes de terre frites, des raisins, de la bière et quelques gorgées de café.
[6] À la recherche du temps perdu, tome 1, Du côté de chez Swan, GF Flammarion, Paris, 1987, édition revue et mise à jour en 2009, p. 147.


Langues: Excusez mon anglais (No English, please, we’re French: study finds economic development and international engagement go hand-in-hand with English proficiency)

8 février, 2015
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Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimés qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
We are in France. You speak French. Sébastien Chabal
According to Karlin, English is the key to Proust’s « doubleness », and the grit in the oyster of his French. Snobbery besides, his great subjects included the related one of etymology. He loved the way words are rubbed like old coins, names changing shape, competing and merging with other currencies, and he knew that the Academie’s propaganda about the classical purity de la langue française was simply fishing for compliments (two entries), then as now. That was why Proust was so fond of English, the vigorous bastard of Anglo-Saxon and Norman French, swallower of all known tongues. And this was his view as an outsider, as a Jewish homosexual Dreyfusard bourgeois invalid artist: that English was the global future, more orgiastic than golf itself. Lewis Jones
Un poème écrit par Gérard Nolst Trenite, hollandais connu sous le pseudonyme de Charivarius ( 1870-1946) est une démonstration de toutes les exceptions et irrégularités de la langue anglaise entre l’orthographe et la prononciation . Ce poême est tiré du livre : Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (…) Le Chaos représente un exploit de virtuose en composition, un catalogue de mammouth d’Environ 800 des irrégularités les plus les plus célèbres d’orthographe anglaise traditionnelle, habilement versifiée (si avec quelques lignes maladroites) dans des distiques avec l’alternance de rimes féminines et masculines. La sélection d’exemples apparaît maintenant quelque peu désuète, tout comme quelques-unes de leurs prononciations, en effet quelques mots peuvent même être inconnus aux lecteurs d’aujourd’hui (combien à savoir ce qu’ « une studding-voile » est, ou que sa prononciation nautique est « stunsail » ?) . Le poids de la poésie représente un acte d’accusation aussi valable du chaos orthographique en anglais. La créature la plus chère dans création » s’adressant à la première ligne, est comme « Susy  » à la ligne 5. Ce pourrait être une anonyme quoiqu’une version ronéotypée de la poésie appartenant à Harry Cohen soit consacrée « à Mlle Susanne Delacroix, Paris ». Vraisemblablement elle fut l’une des étudiantes de Nolst Trenité. Chris Upward
Les adultes français ont une maîtrise moyenne de l’anglais, mais globalement ils n’ont pas fait de progrès au cours des 7 dernières années. Dans le 1er rapport EF EPI, la France était en ligne avec le niveau moyen d’anglais en Europe mais, alors que la plupart des pays ont fait des progrès sensibles, la France a stagné. Le niveau d’anglais à Paris est le plus élevé du pays mais reste inférieur à celui de la plupart des capitales européennes. Comme dans la plupart des pays, en France, les femmes parlent mieux anglais que les hommes. En France, le groupe des jeunes adultes est celui qui possède le meilleur niveau. Education First
“There are some countries that are still not giving the basic message that English is a necessary skill,” said Kate Bell, a researcher with EF, in Paris. According to Ms. Bell, the level of English proficiency among French adults suffers both from inadequate teaching at high school level and the reality that — despite fears of French culture’s being overwhelmed by American pop culture, very little English is actually used in everyday life. Unlike its smaller northern European neighbors, France dubs most American films and television shows into French. The top English speakers in continental Europe — Norway, Sweden and the Netherlands — all tend to use subtitling. “It’s a vicious-virtuous cycle,” said Ms. Bell: Audiences not used to subtitling tend to shy away from it, which in turn diminishes their capacity to understand English. France’s secondary school system, which has only recently started testing English oral skills as part of the Baccalaureate, is a major reason for poor language skills, she said. Spain, ranked at 23 in the index, has risen in the listing since introducing public English-Spanish bilingual schools. According to EF data, the country has significantly improved its proficiency level since 2007. Eastern European countries are faring much better. Estonia is fourth in the survey, which puts it in the “very high proficiency” bracket, just after the traditional Scandinavian heavyweights. Poland, Hungary and Slovenia — all in the “high proficiency” bracket — are ranked in the top 10, with Hungary showing significant improvement. “English is the de facto language of communication today between people who don’t share a native language,” Ms. Bell. said “Measuring English proficiency is in many ways a proxy measurement of international integration.” (…) Conversely (…) the EF study suggests that weak proficiency in English may correlate with weak integration into the global economy. “The Middle East and North Africa are the weakest regions in English,” the study said, with Iraq ranked 60th, at the bottom of the list. “Poor English remains one of the key competitive weaknesses of Latin America,” it added, with more than half the countries in the region in the lowest proficiency band. NYT
La relation entre les Français et les langues étrangères est ambiguë. Alors qu’ils se trouvent dans la moyenne en ce qui concerne la mobilité géographique vers un autre pays de l’Union européenne, les Français sont remarquablement peu motivés par la mobilité vers un pays étranger dont la langue n’est pas la leur. Autrement dit, ils disent oui à la mobilité européenne, mais non à l’apprentissage des langues étrangères. Ce constat est d’autant plus inquiétant que leur langue recule face à l’anglais et à l’allemand avec l’élargissement de l’Union européenne: parmi les populations des dix nouveaux États-membres, seuls 3% le maîtrisent, contre 12% dans l’ancienne Union européenne à quinze. Si l’apprentissage des langues ne fait pas l’objet d’un débat sérieux, les Français verront leur marché du travail rétrécir dans les années à venir.  Anna Stellinger
En France les gens ne croient pas à la reconversion (…) Un chef de projet ne peut pas plus devenir avocat qu’un mille-pattes se transformer en aigle. L’un exclut l’autre. Bernard (cité par Lauren Zuckerman, Sorbonne confidential, 2007)
C’est la dissertation avec ses exigences incroyablement archaïques qui fait le plus pour écarter de l’enseignement de l’anglais dans les lycées français ceux qui ne disposent pas du capital culturel nécessaire – et en particulier les locuteurs natifs intelligents et expérimentés de l’anglais (…) En théorie, cette épreuve simple et objective permet d’éliminer les critères subjectifs et l’élément humain si souvent accusés d’exclure les étrangers. En réalité, les critères eux-mêmes sont totalement imprégnés de discrimination et sont bien plus efficaces pour éliminer les candidats non-Français de souche que le plus zélé des partisans de la « France aux Français ». Terence Beck (University of Puget Sound, Tacoma)
The present study shows essentially that it is not only the teaching of foreign languages but also the social status given to foreign languages in France which must be challenged. In order to develop a strong foreign language policy within the education system and to integrate it within society at large it will be necessary to conduct a wide ranging reflection. This reflection should not stay within the education system but should also take into account all the political and social implications of the objective that every citizen should have an operational command of at least one foreign language. (…) It would seem that for French teachers of English what comes first for learning a language remains grammatical correctness. This is why the representation given of learning a language is not conducive to communication. Teachers develop a hankering after perfection which hinders pupils. Thus it is necessary, in France, for teachers and for pupils alike, to have a perfect command of grammar in order to pick up the courage to speak, to express oneself. (…) Teachers aim at “perfection” in the message. Gérard Bonnet
De tous les étudiants que nous recevons, les Français sont ceux qui ont le plus d’inhibition, le plus peur du ridicule et le moins d’aisance à se lancer. Or plus on parle, plus on s’améliore. Oxford Intensive School of English (O.I.S.E.)
La France est pénalisée par sa faible exposition à l’anglais. Hormis à Paris et dans les grandes villes, il est par exemple encore compliqué de trouver des films en VO au cinéma. De la pub aux séries télé, tout est traduit. (…) Les pays scandinaves apprennent l’anglais pour peser à l’international et parce que ça leur coûterait trop cher de tout traduire, étant donné leur population limitée en nombre. La France n’a pas ce besoin… Adeline Prévost
Aujourd’hui, même si c’est de plus en plus difficile, on peut encore vivre en France sans jamais entendre de l’anglais. [Pourtant] la situation monolingue de la France est en train de lentement changer. Il y a quinze ans, je ne pouvais pas donner un texte en anglais à lire à des élèves de master. Aujourd’hui, c’est possible. Les jeunes ont l’habitude de regarder des séries américaines en streaming sur Internet. Il faudra du temps mais la prochaine génération sera bien meilleure. Maria Kihlstedt (Université Paris 10)
L’anglais est difficile parce que la graphie et la phonie ne correspondent pas, et parce que la fréquence des sons est différente de celle du français. (…) (…) On n’apprend pas aux enseignants la phonologie et la meilleure manière d’aborder la prononciation de l’anglais. Sans compter la surcharge des classes, qui comptent 35 élèves… (…) [En Espagne]Le gouvernement a décidé que 50% des cours de la moitié des écoles primaires devraient être bilingues, a fait venir des professeurs d’un peu partout, et a même accordé des bourses pour encourager les jeunes à partir à l’étranger pendant deux-trois semaines durant l’été. Adeline Prévost [la France a certes imposé l’enseignement d’une langue étrangère dès le CP] mais elle ne forme pas les professeurs pour ça. Laure Peskine (secrétaire générale de l’Association des professeurs de langue vivante)

Pas d’anglais, s’il vous plait, nous sommes français !

Arrogance culturelle, culture du sans faute, enseignement trop livresque …

En cette 33e édition du salon Expolangues

Alors qu’entre pickpockets, commerçants antipathiques et piètre maîtrise de l’anglais, la première destination touristique du monde continue ses campagnes pour lutter contre une réputation séculaire …

Et qu’hormis la France, la plupart des pays européens voit baisser leur chômage et remonter leur croissance …

Retour sur la publication, en octobre dernier, d’une nouvelle étude d’Education First sur la maîtrise de l’anglais …

Où les Français se voient à nouveau classer au dernier rang de 21 pays européens et, entre l’Indonésie et Taiwan, 29es sur un total de 63 pays testés …

Société
LANGUES «20 Minutes» fait le point sur le niveau d’anglais des Français, alors que le salon Expolangues a lieu à Paris jusqu’à samedi…
Pourquoi les Français are toujours so bad in English
Nicolas Beunaiche
20 Minutes
06.02.2015

«Semble se complaire dans la médiocrité. Peut mieux faire.» Chaque année, le relevé de notes et les appréciations de la France en anglais sont désespérément les mêmes. Dans la dernière étude publiée en octobre, celle d’Education First, les Français se classent ainsi à la 29e place sur 63, et surtout au dernier rang des 21 pays européens testés sur leur maîtrise de l’anglais. Pire encore, ils ne montrent quasiment aucun signe de progrès par rapport aux années précédentes.

Il n’y a pas là qu’une question de génération. Quel que soit l’échantillon étudié, actifs ou étudiants, le résultat est inchangé. «Aujourd’hui, même si c’est de plus en plus difficile, on peut encore vivre en France sans jamais entendre de l’anglais», regrette Maria Kihlstedt, maître de conférences en sciences du langage à Paris 10. «La France est pénalisée par sa faible exposition à l’anglais, confirme Adeline Prévost, qui présentera samedi les résultats de l’étude d’Education First lors du salon Expolangues. Hormis à Paris et dans les grandes villes, il est par exemple encore compliqué de trouver des films en VO au cinéma. De la pub aux séries télé, tout est traduit.»

Les Français et la peur du ridicule

La France tiendrait-elle donc à ce point à sa langue qu’elle serait prête à se tirer une balle dans le pied? Pour certains spécialistes, il faut y voir une question géopolitique. «Les pays scandinaves apprennent l’anglais pour peser à l’international et parce que ça leur coûterait trop cher de tout traduire, étant donné leur population limitée en nombre, analyse Adeline Prévost. La France n’a pas ce besoin…» Pour d’autres, le Français a tout de même l’excuse de la complexité de la langue. «L’anglais est difficile parce que la graphie et la phonie ne correspondent pas, et parce que la fréquence des sons est différente de celle du français», justifie Laure Peskine, secrétaire générale de l’Association des professeurs de langue vivante.

Tous sont en tout cas d’accord sur un point: si les Français ne s’améliorent pas en anglais, c’est d’abord un problème d’enseignement. La France a beau avoir les professeurs d’anglais les plus qualifiés d’Europe, selon Adeline Prévost, la qualité de l’apprentissage laisserait en effet à désirer. «On n’apprend pas aux enseignants la phonologie et la meilleure manière d’aborder la prononciation de l’anglais, estime Laure Peskine. Sans compter la surcharge des classes, qui comptent 35 élèves…» Nombre d’observateurs pointent aussi la culture française du sans-faute. «De tous les étudiants que nous recevons, les Français sont ceux qui ont le plus d’inhibition, le plus peur du ridicule et le moins d’aisance à se lancer. Or plus on parle, plus on s’améliore», explique-t-on à l’organisme de formation Oxford Intensive School of English (O.I.S.E.).
Le pouvoir du streaming

Ces dernières années, la France a vu passer devant elle l’Espagne dans les classements européens. Un pays dont la langue n’est pourtant pas plus proche de l’anglais que le français. «Le gouvernement a décidé que 50% des cours de la moitié des écoles primaires devraient être bilingues, a fait venir des professeurs d’un peu partout, et a même accordé des bourses pour encourager les jeunes à partir à l’étranger pendant deux-trois semaines durant l’été», détaille Adeline Prévost. Et la France? Elle a certes imposé l’enseignement d’une langue étrangère dès le CP, «mais elle ne forme pas les professeurs pour ça», déplore Laure Peskine, qui craint que les enfants acquièrent de mauvais réflexes. Signe de la place que l’Education nationale accorde à l’anglais, le brevet a par ailleurs intégré en 2011 une nouvelle épreuve orale. La langue de Shakespeare? Non, plutôt William Turner, à travers l’histoire des arts.

Il y a donc de quoi être pessimiste. Pourtant, Maria Kihlstedt considère que «la situation monolingue de la France est en train de lentement changer»: «Il y a quinze ans, je ne pouvais pas donner un texte en anglais à lire à des élèves de master. Aujourd’hui, c’est possible.» «Les jeunes ont l’habitude de regarder des séries américaines en streaming sur Internet, poursuit-elle. Il faudra du temps mais la prochaine génération sera bien meilleure.» Croisons les fingers.

Voir aussi:

English Proficiency Falters Among the French
Christopher F. Schuetze
The New York Times

November 10, 2013

MARSEILLE, France — Marseille’s new Museum of European and Mediterranean Civilisations opened in June, part of the city’s celebration of its status as this year’s European Capital of Culture.

Though the museum is European in ambition, many of its exhibits are labeled only in French: English, though firmly established as the global language of business, education and culture, is glaringly absent from most of the signage, though an English-language audio tour is available.

A study released last week suggests that this absence is symbolic of a significant trend. The study, by Education First, an international education company, found that while English proficiency among European adults is generally increasing, proficiency in France is both low and declining.

According to the third EF English Proficiency Index, released last week, France ranked 35th among 60 nations where English is not the main language. The study put the country’s average English language skills in the “low proficiency” bracket, between China and the United Arab Emirates — and last among European nations. It also found that France was one of only two European countries where proficiency had decreased over the past six years. Norway was the other; but there, proficiency remained at such a high level that the change was insignificant.

The rankings are based on the results of 750,000 online assessment tests completed last year — some online, others by English language school applicants.

EF’s English Proficiency Index, based on the test results, compared country scores with the results of a similar study carried out between 2007 and 2009, to identify trends in proficiency levels over the past six years.

“There are some countries that are still not giving the basic message that English is a necessary skill,” said Kate Bell, a researcher with EF, in Paris.

According to Ms. Bell, the level of English proficiency among French adults suffers both from inadequate teaching at high school level and the reality that — despite fears of French culture’s being overwhelmed by American pop culture, very little English is actually used in everyday life.

Unlike its smaller northern European neighbors, France dubs most American films and television shows into French. The top English speakers in continental Europe — Norway, Sweden and the Netherlands — all tend to use subtitling.

“It’s a vicious-virtuous cycle,” said Ms. Bell: Audiences not used to subtitling tend to shy away from it, which in turn diminishes their capacity to understand English.

France’s secondary school system, which has only recently started testing English oral skills as part of the Baccalaureate, is a major reason for poor language skills, she said.

Spain, ranked at 23 in the index, has risen in the listing since introducing public English-Spanish bilingual schools. According to EF data, the country has significantly improved its proficiency level since 2007.

Eastern European countries are faring much better. Estonia is fourth in the survey, which puts it in the “very high proficiency” bracket, just after the traditional Scandinavian heavyweights. Poland, Hungary and Slovenia — all in the “high proficiency” bracket — are ranked in the top 10, with Hungary showing significant improvement.

“English is the de facto language of communication today between people who don’t share a native language,” Ms. Bell. said “Measuring English proficiency is in many ways a proxy measurement of international integration.”

Turkey, though still a “low proficiency” nation, ranked 41st in the index, was the country showing the biggest improvement in the past six years. EF researchers point to Turkey as a perfect example of economic development and international engagement that go hand-in-hand with English proficiency.

Because of its prominence in international business, higher education and politics, the importance of basic proficiency in English can scarcely be overstated. More than just a linguistic skill, adult English proficiency is key to success in the globalized world.

Conversely, the EF study suggests that weak proficiency in English may correlate with weak integration into the global economy.

“The Middle East and North Africa are the weakest regions in English,” the study said, with Iraq ranked 60th, at the bottom of the list.

“Poor English remains one of the key competitive weaknesses of Latin America,” it added, with more than half the countries in the region in the lowest proficiency band.

 Voir également:

International business
Countries with Better English Have Better Economies
Christopher McCormick
November 15, 2013

Billions of people around the globe are desperately trying to learn English—not simply for self-improvement, but as an economic necessity. It’s easy to take for granted being born in a country where people speak the lingua franca of global business, but for people in emerging economies such as China, Russia, and Brazil, where English is not the official language, good English is a critical tool, which people rightly believe will help them tap into new opportunities at home and abroad.

Why should global business leaders care about people learning English in other parts of the world?

Research shows a direct correlation between the English skills of a population and the economic performance of the country. Indicators like gross national income (GNI) and GDP go up. In our latest edition of the EF English Proficiency Index (EF EPI), the largest ranking of English skills by country, we found that in almost every one of the 60 countries and territories surveyed, a rise in English proficiency was connected with a rise in per capita income. And on an individual level, recruiters and HR managers around the world report that job seekers with exceptional English compared to their country’s level earned 30-50% percent higher salaries.

The interaction between English proficiency and gross national income per capita is a virtuous cycle, with improving English skills driving up salaries, which in turn give governments and individuals more money to invest in language training. On a micro level, improved English skills allow individuals to apply for better jobs and raise their standards of living.

This is one explanation for why Northern European countries are always out front in the EF EPI, with Sweden taking the top spot for the last two years. Given their small size and export-driven economies, the leaders of these nations understand that good English is a critical component of their continued economic success.

It’s not just income that improves either. So does the quality of life. We also found a correlation between English proficiency and the Human Development Index, a measure of education, life expectancy, literacy, and standards of living. As you can see in the chart below, there is a cutoff mark for that correlation. Low and very low proficiency countries display variable levels of development. However, no country of moderate or higher proficiency falls below “Very High Human Development” on the HDI.

For business leaders, knowing which countries are investing in and improving in English can give valuable insight into how a country fits into the global marketplace and how that might affect your company’s strategy. Here are just a few of the questions you might consider:

Which countries are aggressively improving their English proficiency in an effort to attract businesses like mine?
Where could poor English hinder the growth of emerging economies?
In which countries should I target my international recruitment efforts?
As we think about expanding globally, where will my existing, native English-speaking employees find it easiest to relocate?
Business leaders who understand which nations are positioning themselves for a smoother entry into the global marketplace will have a competitive advantage over those who don’t.  Your company needs to know how the center of English language aptitude is shifting. Because knowing English is not just a luxury—it’s the sina qua non of global business today.

Christopher McCormick is Senior Vice President for Academic Affairs at EF Education First and head of the EF Research Network.

Voir encore:

Low English Levels Can Hurt Countries’ Progress
Poor English skills hinder nations’ progress, study says

Charles Anderson

NYT

October 28, 2012

Countries with poor English-language skills also have lower levels of trade, innovation and income, according to a report released last week.

The report ranks 54 countries where English is not a native language, with the top five being Sweden, Denmark, the Netherlands, Finland and Norway. The bottom five were Colombia, Panama, Saudi Arabia, Thailand and Libya.

The results were based on a survey of 1.7 million adults on five continents and released by Education First, an international education company based in Switzerland.

“English is key to innovation and competitiveness,” Michael Lu, senior vice president of Education First, said in the report.

Italy, Spain and Portugal were being held back by the fact that they had some of the poorer English skills in Europe, the report said. In the BRIC grouping, India was ranked the highest, at 14th. It was followed by Russia at 29th, China at 36th and Brazil at 46th.

Women generally scored better than men, and the gender gap was widest in the Middle East and North Africa, according to the report.

SYNTHÈSE
La quatrième édition de l’EF EPI classe 63 pays et territoires en fonction du niveau de compétence en anglais des adultes.
En 2014, la langue anglaise est de plus en plus considérée comme une compétence de base dans une économie mondialisée. Cependant, les différents pays adoptent des approches de l’enseignement de l’anglais bien différentes, avec leurs propres préoccupations, contraintes et solutions. Dans certains cas, un événement international, tel que les Jeux olympiques ou la Coupe du monde, constitue une plate-forme d’initiatives d’apprentissage pour les adultes. Dans d’autres cas, les pressions économiques encouragent les pays à utiliser l’anglais comme catalyseur d’internationalisation et de croissance. Aujourd’hui, tous les pays tentent de déterminer si l’anglais représente une menace pour leur langue nationale, évaluent les moyens de former assez d’enseignants pour créer de nouvelles initiatives dans les salles de classe et s’efforcent autant que possible de mettre en place des outils d’évaluation adéquats.

Alors que la discussion sur l’enseignement de l’anglais fait rage au sein des ministères de l’éducation, des parents investissent dans des programmes périscolaires destinés à élever le niveau d’anglais de leurs enfants, des étudiants diplômés migrent à l’étranger, des professionnels ambitieux passent leurs soirées à étudier en ligne et des entreprises octroient des primes aux candidats maîtrisant correctement l’anglais. Un écart considérable subsiste toujours entre l’apprentissage de la langue anglaise dispensé par la plupart des systèmes scolaires et les attentes des parents, des étudiants et des employeurs.

Dans cette quatrième édition de l’indice de compétence en anglais EF, de nombreuses tendances régionales et démographiques examinées dans les éditions précédentes se confirment. L’élaboration de l’indice international annuel comporte une mise à jour de l’analyse des niveaux d’anglais régionaux et de l’écart des compétences en langue anglaise entre les sexes et les générations. Les dernières données indiquent que :
On assiste globalement à un accroissement des compétences en anglais des adultes, bien que cette augmentation soit loin d’être uniforme dans tous les pays et au sein de toutes les populations.
Les femmes parlent mieux anglais que les hommes dans presque tous les pays sondés. Cet écart de compétences constaté est suffisamment important pour avoir des répercussions sur l’emploi. Pour y remédier, il convient tout d’abord de bien comprendre les causes de la faible maîtrise de l’anglais au sein de la population masculine.

Dans le monde, les adultes en milieu de carrière maîtrisent mieux l’anglais que n’importe quelle autre tranche d’âge. Cette constatation soulève des questions quant à la préparation des jeunes diplômés au marché du travail. Elle démontre également que les adultes peuvent améliorer leurs compétences en-dehors d’un cadre scolaire traditionnel.

Le niveau d’anglais en Europe reste bien plus élevé que dans les autres régions et continue de progresser.

Les pays asiatiques présentent un large éventail de niveaux de compétences, d’élevé à très faible, avec à la fois des progrès spectaculaires et une stagnation persistante.

Dans presque tous les pays d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la maîtrise de l’anglais est faible, voire très faible. Bien que l’on assiste à une amélioration dans quelques pays de ces régions, ce n’est pas le cas pour la plupart.

Il existe des corrélations solides entre la maîtrise de l’anglais et les revenus, la qualité de vie, l’activité commerciale, l’utilisation d’internet et la durée des études. Ces corrélations sont remarquablement stables au fil du temps.

L’ANGLAIS FACILITE LES AFFAIRES
Un meilleur niveau d’anglais facilite les affaires. Partout dans le monde les entreprises traitent de plus en plus d’affaires en anglais. Celles qui ne le font pas risquent de rester en marge derrière leurs concurrents.

ACTIVITÉ COMMERCIALE EN ANGLAIS
La banque mondiale et l’indice Ease of Doing Business de l’International Finance Corporation classent les environnements réglementaires des économies dans le monde en fonction de leur propension à mettre en place et à exploiter une relation professionnelle. L’indice comporte dix sous-indices, parmi lesquels : la facilité à créer une entreprise, l’exercice d’une activité commerciale transfrontalière, l’exécution des contrats et la résolution de l’insolvabilité. Une très bonne maîtrise de l’anglais facilite également les relations commerciales.

Dans les pays où l’anglais n’est pas une langue officielle, sa bonne maîtrise facilite la mise en place d’une activité commerciale. Aujourd’hui dans le monde, l’anglais est de plus en plus utilisé pour les activités professionnelles des entreprises. Un nombre croissant d’entreprises (p. ex., Rakuten, Nokia, Samsung et Renault) adoptent l’anglais en tant que langue d’entreprise. Celles qui refusent de le faire risquent de se trouver à la traîne par rapport à leurs concurrents.

INVESTIR DANS UNE MAIN D’ŒUVRE MAÎTRISANT L’ANGLAIS
Dans un environnement toujours plus international, les entreprises se tournent vers les marchés mondiaux à la recherche de revenus, d’efficacités opérationnelles et de partenariats stratégiques. La capacité à communiquer et à comprendre les cultures étrangères contribue à la réussite de l’expansion des entreprises à l’étranger. Aujourd’hui, l’anglais est devenu le moyen de communication international le plus courant. Plusieurs raisons expliquent pourquoi la maîtrise de la langue anglaise mène à une compétitivité internationale accrue pour une entreprise.

UNE EXPANSION RÉUSSIE À L’ÉTRANGER
La mondialisation pousse un nombre croissant d’entreprises à s’étendre au-delà de leurs frontières et à internationaliser leur manière de faire des affaires. Une enquête de JPMorgan Chase a révélé que 61 % des entreprises du marché intermédiaire ont été très actives sur les marchés internationaux en 2013, jusqu’à 58 % en 2012 et 43 % en 2011. La communication entre les entreprises et leurs clients, collègues, fournisseurs et partenaires en-dehors du marché national est de plus en plus courante. Les entreprises qui prospèrent dans de telles conditions sont celles dont les employés possèdent les compétences et la formation leur permettant de communiquer efficacement au-delà des frontières.

LA MINIMISATION DES PERTES LIÉES AUX PROBLÈMES DE COMMUNICATION
Selon un sondage de l’Economic Intelligence Unit (EIU), près de la moitié des 572 cadres de sociétés multinationales dans le monde a reconnu que des problèmes de communication ont entravé de grands accords internationaux et ont entraîné par là même des pertes importantes pour leurs entreprises. Ce pourcentage est bien plus élevé pour les cadres des entreprises brésiliennes et chinoises : respectivement 74% et 61% d’entre eux ont reconnu avoir subi de telles pertes.

La conclusion est claire : la langue et les différences culturelles sont des obstacles au succès professionnel. D’après cette étude de l’EIU, 64 % des chefs d’entreprise ont déclaré que les différences linguistiques et culturelles rendent difficile l’implantation de leur entreprise sur les marchés étrangers et que les différences culturelles ont nui à leurs objectifs d’expansion internationale. En outre, 70 % ont déclaré rencontrer parfois des difficultés lors des communications avec les actionnaires.

DE MEILLEURS RÉSULTATS
Presque 90 % des cadres interrogés par l’EIU ont déclaré qu’une amélioration de la communication transfrontalière dans leur entreprise permettrait d’augmenter de manière significative à la fois leurs revenus, leurs bénéfices et leur part de marché, avec de meilleures opportunités d’expansion et moins de pertes relatives aux débouchés commerciaux. Selon une autre étude, menée par Illuminas en 2014, une augmentation des ventes a été constatée pour 79 % des décideurs d’entreprises mondiales ayant investi dans la formation en anglais de leur personnel. Parmi les autres avantages commerciaux, on dénombre une meilleure communication entre les salariés, une productivité plus intense de l’effectif et une plus grande satisfaction de la clientèle.

ANGLAIS ET COMPÉTITIVITÉ ÉCONOMIQUE
Dès la première édition de l’EF EPI sont apparues de solides corrélations entre les niveaux de compétence en anglais d’un pays et un certain nombre
d’indicateurs économiques et sociaux.Historiquement, le fait de parler une seconde langue, ou, plus précisément, de parler une seconde langue d’importance notable, a toujours été le marqueur d’une élite sociale et économique. L’Empire britannique et l’expansion économique des États-Unis ont permis d’étendre l’influence de l’anglais. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, l’anglais a remplacé le rôle joué autrefois par le français en tant que marqueur de la classe aristocratique instruite. Cependant, la mondialisation, l’urbanisation et Internet ont radicalement changé le rôle de l’anglais ces 20 dernières années. Aujourd’hui, la maîtrise de l’anglais est de moins en moins associée à une élite et n’est plus, comme autrefois, liée aux États-Unis ou au Royaume-Uni. L’anglais devient progressivement une compétence de base nécessaire pour l’ensemble d’une main d’œuvre, tout comme l’alphabétisation est passée, au cours des deux derniers siècles, de privilège d’élite à pré requis de base d’une population éclairée.

UNE BONNE MAÎTRISE DE L’ANGLAIS EST SYNONYME DE REVENUS PLUS ÉLEVÉS
L’anglais est un élément essentiel dans la détermination de l’accès à l’emploi. En Inde par exemple, les employés parlant couramment l’anglais gagnent en moyenne un salaire horaire plus élevé de 34 % par rapport à ceux ne le parlant pas ; même les salariés ayant des connaissances rudimentaires en anglais ont un salaire plus élevé de 13 % par rapport à ceux n’ayant aucune connaissance de cette langue.

L’interaction entre la maîtrise de l’anglais et le revenu national brut par habitant sous-entend l’existence d’un cercle vertueux, par lequel l’amélioration de la langue anglaise fait augmenter les salaires, ce qui permet aux gouvernements et aux individus d’investir plus d’argent dans la formation en anglais. Pour l’anecdote, cette relation s’applique également à l’échelle micro-économique : une bonne maîtrise de la langue anglaise permet aux individus d’obtenir de meilleurs emplois et d’améliorer leur niveau de vie.

Voir par ailleurs:

Le chômage baisse dans la plupart des pays européens… mais pas en France
Marie Bartnik
Le Figaro
05/01/2015

Le nombre de chômeurs a baissé en Espagne en 2014, pour la deuxième année consécutive. Une baisse du chômage est également observée au Royaume-Uni, en Irlande ou en Grèce… Mais pas en France, en Italie et en Finlande.

En Europe, la France fait désormais figure de triste exception. Alors que l’Hexagone a recensé 27.400 chômeurs supplémentaires en novembre et 181.000 depuis le début de l’année, la plupart de ses voisins peuvent se targuer d’avoir inversé la fameuse «courbe du chômage». Avec 253.000 chômeurs de moins en 2014, l’Espagne fait figure, elle, de bonne élève. Mais ces derniers mois, l’Allemagne, l’Irlande, la Grèce, les pays baltes, les Pays-Bas, la Pologne ou encore le Royaume-Uni ont tous enregistré une baisse de leur taux de chômage, selon Eurostat. Et si le taux de chômage portugais est légèrement remonté en octobre et en novembre, il s’établit à 13,9%, contre plus de 15% l’anée dernière. Une spirale positive dont ne bénéficie pas la France, l’Italie ou encore la Finlande.

En cause, dans ces pays, une croissance atone qui peine à créer de l’emploi. Alors que le PIB français, au deuxième trimestre, a stagné sur un an, celui de l’Irlande a progressé, sur la même période, de 6,5%, celui du Royaume-Uni de 3,2%, celui de l’Espagne de 1,2% et celui du Portugal de 0,9%. «Dans les pays anglo-saxons, les principaux freins pesant sur la demande semblent à présent levés», note l’Insee dans sa dernière note de conjoncture. Le reste de la zone euro reste pénalisé par une demande intérieure en berne. Mais la France, l’Italie et la Finlande réalisent des performances particulièrement négatives (respectivement 0%, -0,4% et -0,1%). Difficile, dans ces conditions, de faire baisser le chômage de part et d’autres des Alpes.

Contrats zéro heures
Les pays du Sud de l’Europe – la Grèce, l’Espagne et le Portugal- engrangent aussi le fruit des réformes engagées pendant la crise. Pris dans la tourmente financière ces dernières années, ils ont renforcé la compétitivité de leurs économies. L’Espagne a par exemple réformé son marché du travail, facilitant les licenciements comme les baisses de salaires. Pour créer des emplois, une croissance moins forte qu’avant la crise y est aujourd’hui nécessaire. La piste de la modération salariale a également été empruntée par Lisbonne. Quant à la Grèce, elle retrouve le chemin de la croissance après plusieurs années de réformes drastiques et douloureuses. Le taux de chômage n’en reste pas moins extrêmement élevé.

Dans plusieurs pays européens, la baisse du chômage ne va d’ailleurs pas sans contreparties. Au Royaume-Uni, où il ne dépasse pas 6%, les contrats de travail ultra-flexibles, comme les contrats «zéro heure» (le salarié peut être convoqué à la dernière minute) se sont développés, et avec eux le nombre de travailleurs pauvres en situation précaire. «En Espagne, outre la baisse des salaires, les contrats de travail à temps temporaires et à temps partiel ont progressé. Mais avec un taux de chômage qui culmine encore à près d’un quart de la population active, difficile pour les Espagnols de refuser une opportunité de travailler…

Les 10 commandements de l’apprentissage des langues
Le Café du FLE

Kató Lomb (née à Pécs le 8 février 1909 et morte à Budapest le 9 juin 2003) était une traductrice, linguiste et interprète hongroise.
Elle a appris 17 langues (!) tout au long de sa vie.
Comme elle était plutôt expérimentée dans ce domaine, elle nous a laissé les 10 commandements de l’apprentissage d’une langue étrangère. Vous êtes prêts ? C’est parti !

I – Pratique tous les jours
Pas le temps ? Mais si, voyons.
Il suffit par exemple de se lever un tout petit peu plus tôt tous les jours et de se lancer dans un monologue de 10 minutes.
II – Si ton enthousiasme fléchit, ne force pas, n’abandonne pas tout mais bascule.
Ex : Tu apprends le français et n’en peux plus de cet article et de chercher dans le dictionnaire. Fais une pause en écoutant une chanson francophone que tu apprécies.
III – N’apprends pas de mots isolés. Ne les laisse jamais seuls.
Il vaut mieux apprendre directement des groupes de mots ou des phrases.
IV – Note des éléments de phrases dans la marge des textes que tu lis.
Ils formeront autant d’éléments complets à réutiliser lors des prises de paroles ou lors d’une rédaction.
V – Lorsque tu es fatigué(e), utilise le divertissement pour continuer d’avancer
On peut toujours être en train de pratiquer linguistiquement : par exemple, traduire une publicité dans le bus.
VI – Mémorise seulement le contenu qui a été corrigé par un enseignant.
VII – Mémorise les expressions idiomatiques à la première personne du singulier.
Cette habitude a deux avantages : ne pas tergiverser dans la prise de notes et rendre facilement utilisable l’expression pour plus tard.
VIII – Sois convaincu(e) que tu es fort(e) en langue ! Quand ça ne marche pas, c’est que les connaissances sont en train de se construire, de faire leur chemin, de se mettre en place !
IX – Ne crains pas les erreurs, parle. Parle en demandant à ton interlocuteur de te corriger. Dis-lui que tu apprécies le fait d’être corrigé(e), que tu ne seras pas vexé(e).
X – Une langue étrangère est un château. Il faut l’attaquer de toutes parts, et avec toutes les armes : la radio, les conversations, les manuels, le ciné, le journal, la télé, la radio !

Voir encore:

Gestuelle de l’enseignant : « Le geste permet d’accéder au sens et renforce la mémorisation lexicale ». Entretien avec Marion Tellier
Café du FLE

Bonjour Marion, pourriez-vous nous présenter votre parcours ?

Bonjour. J’ai commencé par faire des études d’anglais. Après une maîtrise de littérature britannique, j’ai fait une maîtrise FLE car je voulais enseigner les langues. Après cela, j’ai poursuivi en DEA (l’ancien équivalent du Master 2 recherche) où j’ai commencé à travailler sur la gestuelle des enseignants de langue. Ce sujet m’a passionnée et comme il y avait peu de travaux sur le sujet, j’ai poursuivi avec un doctorat de linguistique, obtenu en 2006. J’ai ensuite été recrutée comme maître de conférences en didactique des langues à Aix Marseille Université où j’enseigne la didactique et les études de la gestuelle. Je suis également membre du Laboratoire Parole et Langage du CNRS.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la gestuelle ?

J’étais enseignante de FLE et d’anglais et je voyais bien que le geste était une technique pédagogique très pertinente notamment pour l’accès au sens et pour la mémorisation lexicale. Cependant, quand j’ai cherché des informations sur le sujet, j’ai constaté qu’il y avait très peu d’études. Dans les ouvrages pédagogiques ou dans les instructions officielles, on conseille souvent aux enseignants de « faire des gestes » mais personne n’explique comment ni pourquoi. Et surtout aucune étude n’avait cherché à montrer si c’était efficace. Alors, j’ai essayé de le faire.

Pour illustrer cet entretien, auriez-vous 3 techniques à essayer en classe pour les enseignants qui nous lisent ?

Il faut déjà expliquer de quoi il est question lorsque l’on parle de gestes pédagogiques. Il s’agit de la façon dont un enseignant utilise son corps pour faire passer du sens en langue étrangère. Au lieu de traduire ce qu’il dit dans la langue première des apprenants, il utilise son corps pour véhiculer du sens. Par exemple pour expliquer « conduire », je vais mimer le fait de tenir un volant, pour dire « travaillez par groupes de 3 », je vais faire un geste de rassemblement et indiquer le chiffre 3. Ou encore, pour féliciter un apprenant qui a bien répondu, je vais sourire et acquiescer, peut-être même applaudir. On peut donc utiliser les mains, les postures, la tête, le visage, etc.

La première chose à savoir, c’est que pour que la gestuelle soit efficace, elle doit être visible. L’enseignant est comme un acteur sur une scène de théâtre, il doit être vu et entendu de tous. Donc, de la même façon que l’on projette sa voix pour être entendu, on doit produire une gestuelle ample et dans le champ de vision des apprenants pour être vu. Il faut aussi éviter de parler en se tournant vers le tableau, de restreindre ses gestes, par exemple en tenant des feuilles de papier ou un livre des deux mains.

La deuxième chose est importante notamment lorsque l’on enseigne à des apprenants qui n’appartiennent pas à notre culture (par exemple lorsque l’on est un enseignant de FLE natif). Il faut savoir que certains gestes (pas tous, attention) sont marqués culturellement et s’ils ont une signification pour nous, ils n’en ont pas forcément pour les membres d’une autre culture. On appelle ces gestes des « emblèmes », ils ont une forme fixe et chaque culture en possède un répertoire d’environ 200, ils sont un peu comme des expressions idiomatiques gestuelles. Des gestes typiquement français que l’on peut citer en exemple sont ceux qui vont avec les expressions : « être bourré », « passer sous le nez », « c’est rasoir », « mon œil », etc. Il peut aussi arriver que le même geste existe dans deux cultures avec deux sens différents et là, bonjour les situations d’incompréhension !!! Voici quelques exemples que des enseignants de FLE m’ont rapportés : « En fait, ce sont mes élèves qui ont été choqués quand j’ai utilisé le geste « Dépêchez-vous ! « . Au Mexique, cela fait plutôt penser à une invitation à des relations intimes. » / « Dans un cours de langue, une étudiante indienne me faisait un signe de tête qui à mon sens signifiait « non » à chaque fois que je demandais si elle avait compris. J’ai réexpliqué trois fois avant de lui demander ce qu’elle ne comprenait pas (car ce n’était pas difficile) et elle s’est exclamée : ‘Mais ça fait trois fois que je vous dis que j’ai compris !’ »

Comme on peut le voir dans ces deux exemples, le même geste a des significations différentes entre les cultures, ce genre de quiproquo peut être une très bonne occasion d’aborder le sujet des emblèmes comme contenu de cours (notamment dans une perspective interculturelle).

Troisième chose, et là je reviens sur le geste pédagogique du type « mime », il faut savoir que le geste peut avoir un impact sur la mémorisation du lexique ou de la prononciation. Lorsque vous faîtes des gestes pour expliquer un mot ou pour montrer un contour prosodique, vos apprenants visuels et kinesthésiques (c’est-à-dire la majorité de vos apprenants) en bénéficient grandement. Plusieurs études et notamment une que j’ai faite avec des enfants, montrent que le fait de reproduire un geste en répétant un mot renforce la mémorisation lexicale. Ainsi, si on fait répéter le mot « livre » en mimant l’ouverture et la fermeture d’un livre avec les mains jointes, la mémorisation en sera renforcée. Bien sûr, ça marche surtout pour les mots concrets.
Comment peut-on en savoir plus sur ce thème et sur vos travaux ?

J’ai un blog « Sur le bout des doigts » où j’annonce les conférences et formations que je donne ainsi que mes publications.

Et surtout ma page professionnelle où tous mes articles sont en ligne gratuitement.

Et voici un ouvrage sur le corps et la voix de l’enseignant écrit avec Lucile Cadet  !

Merci Marion et à bientôt !

Merci à vous !


Langues: L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ? (Why English is so hard: it’s the French’s fault, stupid !)

25 mai, 2014
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À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimes qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. 
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Le nom « Boko Haram » signifie « L’éducation occidentale est un péché ». Boko (de book, « livre » en anglais, mais l’explication est contestée) est un alphabet latin, créé par les autorités coloniales anglaises (principalement) et françaises, pour transcrire la langue haoussa et, par dérivation, il désigne l’école laïque. Haram est un mot arabe signifiant « interdit » ou « illicite » dans l’islam. Wikipedia
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de la conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français. Jon-Kriss Mason
Le terme de pidgin (nom masculin) désigne différentes langues véhiculaires simplifiées créées sur le vocabulaire et certaines structures d’une langue de base, en général européenne (anglais, espagnol, français, néerlandais, portugais, etc.) Les linguistes distinguent le pidgin du créole en fonction du niveau de structuration de la langue. Toutefois, il est courant de réserver le terme « pidgin » aux langues issues de l’anglais et le terme « créole » aux langues issues du français. C’est cependant un emploi abusif. (…) Le mot pidgin proviendrait du mot business en pidgin anglo-chinois. D’abord utilisé pour désigner celui-ci, il s’est ensuite généralisé à toutes les langues de contact aux caractéristiques comparables. Le pidgin est considéré par les sociolinguistes comme une langue d’appoint. Wikipedia
Par jargon ou pidgin, terme plus technique, on entend un système d’expression qui fonctionne en dehors de la grammaire interne innée. Un pidgin comporte un vocabulaire, mais les éléments de celui-ci, de forme souvent peu stable, sont assemblés, non selon les principes qui règlent les syntaxes des langues naturelles, mais selon d’autres principes, plus primitifs peut-être, plus pragmatiques en tout cas. Pour certains auteurs (…), ces principes définiraient le « protolangage », faculté antérieure au langage dans l’évolution de l’espèce humaine, que l’émergence de ce dernier n’a pas supprimée, mais a reléguée aux situations d’urgence où le langage complexe, entravé par sa diversité, ne marche plus. Des adultes peuvent s’en contenter, mais pas des enfants. Voilà l’articulation cruciale de la théorie: les enfants pré-pubères se distinguent des adolescents et des adultes par le fait que leur capacité d’acquisition linguistique, qui n’est pas autre chose que leur faculté de langage ou grammaire interne même, est en pleine activité, elle n’a pas encore été frappée d’inhibition. Pour cette capacité, le pidgin qu’ils se voient contraints de reprendre de leurs aînés – car c’est le seul médium commun – n’est pas assimilable puisqu’il n’a pas de grammaire, ou du moins pas une grammaire conforme à la grammaire interne. La tâche des enfants – qu’ils accomplissent bien sûr « sans y penser » – consiste donc à conformer le pidgin aux prescriptions de la grammaire interne, par définition la même chez tous, créant ainsi un créole, c’est-à-dire une nouvelle langue naturelle. On prendra garde que certaines langues sont appelées par tradition des pidgins, qui sont en réalité des créoles ou des pidgins dits « développés » (expanded pidgins) qui, pour manquer de locuteurs natifs, n’en sont pas moins de vraies langues. Le Pidgin English ou tok pisin de Papouasie-Nouvelle-Guinée en est un cas typique. Véronique Khim
Le développement d’une langue étant fonction de la puissance politique, militaire et économique des peuples qui la parlent, les écrivains francophones et les penseurs de langue française dont les œuvres ne sont pas traduites en anglais sont, de fait, de plus en plus isolés sur la scène mondiale. Aujourd’hui, la langue des affaires multinationales, des transports, des états-majors, de la finance, de la publicité, des organisations internationales est l’anglo-américain. L’anglo-américain est également la langue des images, du cinéma, des grands médias électroniques, de la world music. Elle est le véhicule privilégié de la seule culture populaire dont le rayonnement aujourd’hui est véritablement global. C’est aussi la langue des grands sports de masse, à l’exemple du basket-ball, voire, plus près de nous, du football, du cricket ou du rugby. Mais par anglo-américain, il faut bien comprendre tous les dialectes de transaction qui, sous l’appellation générique de l’anglais, participent à la création d’un immense monde créole et cosmopolite de Mumbai en Inde à Kingston en Jamaïque, du Bronx (New York) à Lagos au Nigeria, de Karachi (Pakistan) à Toronto (Canada), de Sydney en Australie à Johannesburg (Afrique du Sud) et Nairobi (Kenya). (…) Pour renaître au monde qui se construit sous nos yeux, et qui est très différent du monde ancien, chaque grande langue est appelée à se dénationaliser ou, si vous voulez, à se vernaculariser. Or, de ce point de vue, le plus grand obstacle au développement de la langue française dans le monde aujourd’hui est ce qu’il faut bien appeler le narcissisme culturel français et son corollaire, le parisianisme. Je veux dire que la France a toujours pensé le français en relation avec une géographie imaginaire qui faisait de la France le centre du monde. Au cœur de cette géographie mythique, la langue française était supposée véhiculer, par nature et par essence, des valeurs universelles. Sa tache était de représenter la pensée qui, se mettant à distance d’elle-même, se réfléchit et se pense elle-même. Dans cet éclat lumineux devait se manifester une certaine démarche de l’esprit – celle qui, dans un mouvement ininterrompu, devait conduire au triomphe de la raison humaine. On le sait, ce rapport quasi-métaphysique à la langue s’explique par la double contradiction sur laquelle repose l’Etat-nation français. Il s’agit de la tension entre le cosmopolitisme et l’universalisme. Cette tension, je pense, est au fondement du narcissisme culturel français. Or, le triomphe de l’anglo-américain comme langue dominante du monde contemporain devrait entraîner la réalisation selon laquelle à trop nationaliser le français, on finit nécessairement par faire de cette langue un idiome local, sans grand intérêt pour le monde au large. Il est tout à fait significatif qu’à Paris, à la télévision, dans les grandes maisons d’édition et dans les grandes institutions culturelles, l’on continue de penser et d’agir comme si la France avait l’exclusive propriété d’une langue dont on sait par ailleurs qu’elle est aujourd’hui davantage parlée hors de France que dans l’Hexagone. L’on tarde donc à comprendre qu’elle est désormais une langue au pluriel qui, en se déployant hors de l’Hexagone, s’est enrichie, s’est infléchie et a pris du champ par rapport à ses origines. Je crois donc que si l’on veut aller loin et ouvrir un futur à la langue française, il faut définitivement sortir de l’illusion selon laquelle elle appartient à la France. Il faut, par exemple, ouvrir l’Académie française à des non Français. Il faut dénationaliser les instances qui accordent les grands prix littéraires aux meilleures œuvres du genre. Il faut inviter aux grandes émissions littéraires les Alain Mabanckou, Véronique Tadjo, Ken Bugul, Abdourahman Waberi, Samy Tchak, Efoui Kossi et ainsi de suite – les auteurs des banlieues, ceux et celles de la Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe. Il faut décloisonner non seulement les prix, mais aussi les genres artistiques francophones, favoriser les métissages et les collaborations entre créateurs français et francophones ; en matière cinématographique, donner la voix autant à un Basseck ba Kobhio qu’à une Eliane de la Tour au lieu de continuer de les opposer quand il s’agit des mécanismes de financement. Faisons donc comme les Anglais avec le Booker Prize par exemple ! Que les grands quotidiens et hebdomadaires et les grandes institutions culturelles accordent toute l’attention qu’il faut, non pas seulement à la pensée française, mais à la pensée de langue française. Achille Mbembe
Un poème écrit par Gérard Nolst Trenite, hollandais connu sous le pseudonyme de Charivarius ( 1870-1946) est une démonstration de toutes les exceptions et irrégularités de la langue anglaise entre l’orthographe et la prononciation . Ce poême est tiré du livre : Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (…) Le Chaos représente un exploit de virtuose en composition, un catalogue de mammouth d’Environ 800 des irrégularités les plus les plus célèbres d’orthographe anglaise traditionnelle, habilement versifiée (si avec quelques lignes maladroites) dans des distiques avec l’alternance de rimes féminines et masculines. La sélection d’exemples apparaît maintenant quelque peu désuète, tout comme quelques-unes de leurs prononciations, en effet quelques mots peuvent même être inconnus aux lecteurs d’aujourd’hui (combien à savoir ce qu’ « une studding-voile » est, ou que sa prononciation nautique est « stunsail » ?) . Le poids de la poésie représente un acte d’accusation aussi valable du chaos orthographique en anglais. La créature la plus chère dans création » s’adressant à la première ligne, est comme « Susy  » à la ligne 5. Ce pourrait être une anonyme quoiqu’une version ronéotypée de la poésie appartenant à Harry Cohen soit consacrée « à Mlle Susanne Delacroix, Paris ». Vraisemblablement elle fut l’une des étudiantes de Nolst Trenité. Chris Upward

L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ?

A l’heure où, outre-Atlantique, la traduction anglaise du pavé d’un économiste français – néo-marxiste de surcroit ! – caracole en tête des ventes

Et où, semant le chaos dans le plus grand pays africain, une bande de psychopathes en sont sous les couleurs de la religion la plus rétrograde de la planète à déclarer péché le dernier lien qui les rattachait encore à la civilisation, à savoir l’alphabet latin et l’éducation que leur avaient légué leurs colonisateurs anglais …

Pendant que, malgré les efforts de plus en plus pathétiques du landerneau germanopratin, la langue de Guillaume continue sa dénationalisation

Démonstration avec cette véritable ode à la difficulté de l’anglais qui circule sur l’internet

A savoir le Chaos, le fameux poème de 1922 du néerlandais Gérard Nolst Trenité qui compile quelque 800 des irrégularités les plus les plus célèbres de l’orthographe anglaise traditionnelle …

Et confirmation d’un des secrets les mieux gardés des deux côtés de la Manche …

A savoir, comme nous le rappelions il y a quelques années, qu’avec plus de 85% de vocabulaire d’origine française ou latine

Mais aussi de toutes sortes d’apports ramenés des quatre coins de l’Empire où le soleil ne se couchait jamais …

Et à peine 60% de correspondance phonique …

La langue de Shakespeare n’est en fait qu’un pidgin français qui a réussi au-delà de toutes les espérances …

The Chaos by Gerard Nolst Trenité

This is a classic English poem containing about 800 of the worst irregularities in English spelling and pronunciation.

Gerard Nolst Trenité – The Chaos (1922)

Dearest creature in creation
Studying English pronunciation,
   I will teach you in my verse
   Sounds like corpse, corps, horse and worse.

I will keep you, Susy, busy,
Make your head with heat grow dizzy;
   Tear in eye, your dress you’ll tear;
   Queer, fair seer, hear my prayer.

Pray, console your loving poet,
Make my coat look new, dear, sew it!
   Just compare heart, hear and heard,
   Dies and diet, lord and word.

Sword and sward, retain and Britain
(Mind the latter how it’s written).
   Made has not the sound of bade,
   Saysaid, paypaid, laid but plaid.

Now I surely will not plague you
With such words as vague and ague,
   But be careful how you speak,
   Say: gush, bush, steak, streak, break, bleak ,

Previous, precious, fuchsia, via
Recipe, pipe, studding-sail, choir;
   Woven, oven, how and low,
   Script, receipt, shoe, poem, toe.

Say, expecting fraud and trickery:
Daughter, laughter and Terpsichore,
   Branch, ranch, measles, topsails, aisles,
   Missiles, similes, reviles.

Wholly, holly, signal, signing,
Same, examining, but mining,
   Scholar, vicar, and cigar,
   Solar, mica, war and far.

From « desire »: desirableadmirable from « admire »,
Lumber, plumber, bier, but brier,
   Topsham, brougham, renown, but known,
   Knowledge, done, lone, gone, none, tone,

One, anemone, Balmoral,
Kitchen, lichen, laundry, laurel.
   Gertrude, German, wind and wind,
   Beau, kind, kindred, queue, mankind,

Tortoise, turquoise, chamois-leather,
Reading, Reading, heathen, heather.
   This phonetic labyrinth
   Gives moss, gross, brook, brooch, ninth, plinth.

Have you ever yet endeavoured
To pronounce revered and severed,
   Demon, lemon, ghoul, foul, soul,
   Peter, petrol and patrol?

Billet does not end like ballet;
Bouquet, wallet, mallet, chalet.
   Blood and flood are not like food,
   Nor is mould like should and would.

Banquet is not nearly parquet,
Which exactly rhymes with khaki.
   Discount, viscount, load and broad,
   Toward, to forward, to reward,

Ricocheted and crocheting, croquet?
Right! Your pronunciation’s OK.
   Rounded, wounded, grieve and sieve,
   Friend and fiend, alive and live.

Is your r correct in higher?
Keats asserts it rhymes Thalia.
   Hugh, but hug, and hood, but hoot,
   Buoyant, minute, but minute.

Say abscission with precision,
Now: position and transition;
   Would it tally with my rhyme
   If I mentioned paradigm?

Twopence, threepence, tease are easy,
But cease, crease, grease and greasy?
   Cornice, nice, valise, revise,
   Rabies, but lullabies.

Of such puzzling words as nauseous,
Rhyming well with cautious, tortious,
   You’ll envelop lists, I hope,
   In a linen envelope.

Would you like some more? You’ll have it!
Affidavit, David, davit.
   To abjure, to perjure. Sheik
   Does not sound like Czech but ache.

Liberty, library, heave and heaven,
Rachel, loch, moustache, eleven.
   We say hallowed, but allowed,
   People, leopard, towed but vowed.

Mark the difference, moreover,
Between mover, plover, Dover.
   Leeches, breeches, wise, precise,
   Chalice, but police and lice,

Camel, constable, unstable,
Principle, disciple, label.
   Petal, penal, and canal,
   Wait, surmise, plait, promise, pal,

Suit, suite, ruin. Circuit, conduit
Rhyme with « shirk it » and « beyond it »,
   But it is not hard to tell
   Why it’s pall, mall, but Pall Mall.

Muscle, muscular, gaol, iron,
Timber, climber, bullion, lion,
   Worm and storm, chaise, chaos, chair,
   Senator, spectator, mayor,

Ivy, privy, famous; clamour
Has the a of drachm and hammer.
   Pussy, hussy and possess,
   Desert, but desert, address.

Golf, wolf, countenance, lieutenants
Hoist in lieu of flags left pennants.
   Courier, courtier, tomb, bomb, comb,
   Cow, but Cowper, some and home.

« Solder, soldier! Blood is thicker« ,
Quoth he, « than liqueur or liquor« ,
   Making, it is sad but true,
   In bravado, much ado.

Stranger does not rhyme with anger,
Neither does devour with clangour.
   Pilot, pivot, gaunt, but aunt,
   Font, front, wont, want, grand and grant.

Arsenic, specific, scenic,
Relic, rhetoric, hygienic.
   Gooseberry, goose, and close, but close,
   Paradise, rise, rose, and dose.

Say inveigh, neigh, but inveigle,
Make the latter rhyme with eagle.
   Mind! Meandering but mean,
   Valentine and magazine.

And I bet you, dear, a penny,
You say mani-(fold) like many,
   Which is wrong. Say rapier, pier,
   Tier (one who ties), but tier.

Arch, archangel; pray, does erring
Rhyme with herring or with stirring?
   Prison, bison, treasure trove,
   Treason, hover, cover, cove,

Perseverance, severance. Ribald
Rhymes (but piebald doesn’t) with nibbled.
   Phaeton, paean, gnat, ghat, gnaw,
   Lien, psychic, shone, bone, pshaw.

Don’t be down, my own, but rough it,
And distinguish buffet, buffet;
   Brood, stood, roof, rook, school, wool, boon,
   Worcester, Boleyn, to impugn.

Say in sounds correct and sterling
Hearse, hear, hearken, year and yearling.
   Evil, devil, mezzotint,
   Mind the z! (A gentle hint.)

Now you need not pay attention
To such sounds as I don’t mention,
   Sounds like pores, pause, pours and paws,
   Rhyming with the pronoun yours;

Nor are proper names included,
Though I often heard, as you did,
   Funny rhymes to unicorn,
   Yes, you know them, Vaughan and Strachan.

No, my maiden, coy and comely,
I don’t want to speak of Cholmondeley.
   No. Yet Froude compared with proud
   Is no better than McLeod.

But mind trivial and vial,
Tripod, menial, denial,
   Troll and trolley, realm and ream,
   Schedule, mischief, schism, and scheme.

Argil, gill, Argyll, gill. Surely
May be made to rhyme with Raleigh,
   But you’re not supposed to say
   Piquet rhymes with sobriquet.

Had this invalid invalid
Worthless documents? How pallid,
   How uncouth he, couchant, looked,
   When for Portsmouth I had booked!

Zeus, Thebes, Thales, Aphrodite,
Paramour, enamoured, flighty,
   Episodes, antipodes,
   Acquiesce, and obsequies.

Please don’t monkey with the geyser,
Don’t peel ‘taters with my razor,
   Rather say in accents pure:
   Nature, stature and mature.

Pious, impious, limb, climb, glumly,
Worsted, worsted, crumbly, dumbly,
   Conquer, conquest, vase, phase, fan,
   Wan, sedan and artisan.

The th will surely trouble you
More than r, ch or w.
   Say then these phonetic gems:
   Thomas, thyme, Theresa, Thames.

Thompson, Chatham, Waltham, Streatham,
There are more but I forget ’em
   Wait! I’ve got it: Anthony,
   Lighten your anxiety.

The archaic word albeit
Does not rhyme with eight-you see it;
   With and forthwith, one has voice,
   One has not, you make your choice.

Shoes, goes, does *. Now first say: finger;
Then say: singer, ginger, linger.
   Real, zeal, mauve, gauze and gauge,
   Marriage, foliage, mirage, age,

Hero, heron, query, very,
Parry, tarry fury, bury,
   Dost, lost, post, and doth, cloth, loth,
   Job, Job, blossom, bosom, oath.

Faugh, oppugnant, keen oppugners,
Bowing, bowing, banjo-tuners
   Holm you know, but noes, canoes,
   Puisne, truism, use, to use?

Though the difference seems little,
We say actual, but victual,
   Seat, sweat, chaste, caste, Leigh, eight, height,
   Put, nut, granite, and unite.

Reefer does not rhyme with deafer,
Feoffer does, and zephyr, heifer.
   Dull, bull, Geoffrey, George, ate, late,
   Hint, pint, senate, but sedate.

Gaelic, Arabic, pacific,
Science, conscience, scientific;
   Tour, but our, dour, succour, four,
   Gas, alas, and Arkansas.

Say manoeuvre, yacht and vomit,
Next omit, which differs from it
   Bona fide, alibi
   Gyrate, dowry and awry.

Sea, idea, guinea, area,
Psalm, Maria, but malaria.
   Youth, south, southern, cleanse and clean,
   Doctrine, turpentine, marine.

Compare alien with Italian,
Dandelion with battalion,
   Rally with ally; yea, ye,
   Eye, I, ay, aye, whey, key, quay!

Say aver, but ever, fever,
Neither, leisure, skein, receiver.
   Never guess-it is not safe,
   We say calves, valves, half, but Ralf.

Starry, granary, canary,
Crevice, but device, and eyrie,
   Face, but preface, then grimace,
   Phlegm, phlegmatic, ass, glass, bass.

Bass, large, target, gin, give, verging,
Ought, oust, joust, and scour, but scourging;
   Ear, but earn; and ere and tear
   Do not rhyme with here but heir.

Mind the o of off and often
Which may be pronounced as orphan,
   With the sound of saw and sauce;
   Also soft, lost, cloth and cross.

Pudding, puddle, putting. Putting?
Yes: at golf it rhymes with shutting.
   Respite, spite, consent, resent.
   Liable, but Parliament.

Seven is right, but so is even,
Hyphen, roughen, nephew, Stephen,
   Monkey, donkey, clerk and jerk,
   Asp, grasp, wasp, demesne, cork, work.

A of valour, vapid vapour,
S of news (compare newspaper),
   G of gibbet, gibbon, gist,
   I of antichrist and grist,

Differ like diverse and divers,
Rivers, strivers, shivers, fivers.
   Once, but nonce, toll, doll, but roll,
   Polish, Polish, poll and poll.

Pronunciation-think of Psyche!-
Is a paling, stout and spiky.
   Won’t it make you lose your wits
   Writing groats and saying « grits »?

It’s a dark abyss or tunnel
Strewn with stones like rowlock, gunwale,
   Islington, and Isle of Wight,
   Housewife, verdict and indict.

Don’t you think so, reader, rather,
Saying lather, bather, father?
   Finally, which rhymes with enough,
   Though, through, bough, cough, hough, sough, tough??

Hiccough has the sound of sup
My advice is: GIVE IT UP!

Phonetic version (British pronunciation)

ˌdɪəɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹɪ.ˈeɪʃn̩
ˌstʌdɪ.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ jʊ ɪn maɪ ˈvɜːs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːps ˈkɔː ˈhɔːs ənd ˈwɜːs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp jʊ ˈsuːzɪ ˈbɪzɪ
ˌmeɪk jə ˈhɛd wɪð ˈhiːt ɡɹəʊ ˈdɪzɪ
ˈtɪəɹ ɪn ˌaɪ jə ˈdɹɛs wɪl ˈtɛə
ˈkwɪə ˌfɛə ˈsɪə ˈhɪə maɪ ˈpɹɛə

ˈpɹeɪ kənˈsəʊl jə ˈlʌvɪŋ ˈpəʊ.ɪt
ˈmeɪk maɪ ˈkəʊt ˌlʊk ˈnjuː ˌdɪə ˈsəʊ ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛə ˈhɑːt ˈhɪəɹ ənd ˈhɜːd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːd ənd ˈwɜːd

ˈsɔːd ənd ˈswɔːd ɹɪˈteɪn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlætə ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeɪd həz ˈnɒt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseɪ ˈsɛd ˈpeɪ ˈpeɪd ˈleɪd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃɔːlɪ wɪl nɒt ˈpleɪɡ juː
ˌwɪð sʌʧ ˈwɜːdz æz ˈveɪɡ ənd ˈeɪɡjuː
ˌbʌt bɪ ˈkɛəfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseɪ ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteɪk ˈstɹiːk ˈbɹeɪk ˈbliːk

ˈpɹiːvɪ.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpɪ ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ə
ˈwəʊvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈləʊ
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpəʊ.ɪm ˈtəʊ

ˈseɪ ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹɪ
ˈdɔːtə ˈlɑːftəɹ ˌænd tɜːpˈsɪkəɹɪ
ˈbɹɑːnʧ ˈɹɑːnʧ ˈmiːzl̩z ˈtɒpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməlɪz ɹɪˈvaɪlz

ˈhəʊllɪ ˈhɒlɪ ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseɪm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɒlə ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑː
ˈsəʊlə ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑː

ˌfɹɒm dɪˈzaɪ.ə dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ə
ˈlʌmbə ˈplʌmə ˈbɪə bət ˈbɹaɪ.ə
ˈtɒpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnəʊn
ˈnɒlɪʤ ˈdʌn ˈləʊn ˈɡɒn ˈnʌn ˈtəʊn

ˈwʌn əˈnɛmənɪ bælˈmɒɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹɪ ˈlɒɹəl
ˈɡɜːtɹuːd ˈʤɜːmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈbəʊ ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːtəs ˈtɜːkwɔɪz ˈʃæmɪ ˌlɛðə
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðə
ˌðɪs fəˈnɛtɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɒs ˈɡɹəʊs ˈbɹʊk ˈbɹəʊʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv jʊ ˈɛvə jɛt ɪnˈdɛvəd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪəd ənd ˈsɛvəd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsəʊl
ˈpiːtə ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹəʊl

ˈbɪlɪt dʌz ˈnɒt ˌɛnd laɪk ˈbæleɪ
bʊˈkeɪ ˈwɒlɪt ˈmælɪt ˈʃæleɪ
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑː ˈnɒt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈməʊld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɒt ˈnɪəlɪ ˈpɑːkeɪ
ˌwɪʧ ɪɡˈzæktlɪ ˈɹaɪmz wɪð ˈkɑːkɪ
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈləʊd ənd ˈbɹɔːd
ˈtəʊ.ədd tə ˈfɔːwəd tə ɹɪˈwɔːd

ˈɹɪkəʃeɪd ˌænd ˈkɹəʊʃeɪɪŋ ˈkɹəʊkɪ
ˈɹaɪt jə pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩z əʊˈkeɪ
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

Phonetic version (American pronunciation)

ˌdɪɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹi.ˈeːʃn̩
ˌstʌɾi.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ ju ɪn maɪ ˈvɝs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːɹps ˈkɔːɹ ˈhɔːɹs ənd ˈwɝs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp ju ˈsuːzi ˈbɪzi
ˌmeːk jɚ ˈhɛd wɪθ ˈhiːt ɡɹoː ˈdɪzi
ˈtɪɹ ɪn ˌaɪ jɚ ˈdɹɛs wɪl ˈtɛɹ
ˈkwɪɹ ˌfɛɹ ˈsɪɹ ˈhɪɹ maɪ ˈpɹɛɹ

ˈpɹeː kənˈsoːl jɚ ˈlʌvɪŋ ˈpoː.ət
ˈmeːk maɪ ˈkoːt ˌlʊk ˈnuː ˌdɪɹ ˈsoː ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛɹ ˈhɑːɹt ˈhɪɹ ənd ˈhɝd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːɹd ənd ˈwɝd

ˈsɔːɹd ənd ˈswɔːɹd ɹɪˈteːn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlæɾɚ ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeːd həz ˈnɑːt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseː ˈsɛd ˈpeː ˈpeːd ˈleːd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃʊɹli wɪl nɑːt ˈpleːɡ juː
ˌwɪθ sʌʧ ˈwɝdz æz ˈveːɡ ənd ˈeːɡjuː
ˌbʌt bi ˈkɛɹfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseː ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteːk ˈstɹiːk ˈbɹeːk ˈbliːk

ˈpɹiːvi.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpi ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ɚ
ˈwoːvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈloː
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpoː.əm ˈtoː

ˈseː ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹi
ˈdɔːɾɚ ˈlæftəɹ ˌænd tɝpˈsɪkəɹi
ˈbɹænʧ ˈɹænʧ ˈmiːzl̩z ˈtɑːpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməliz ɹɪˈvaɪlz

ˈhoːlli ˈhɑːli ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseːm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɑːlɚ ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑːɹ
ˈsoːlɚ ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑːɹ

ˌfɹʌm dɪˈzaɪ.ɚ dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ɚ
ˈlʌmbɚ ˈplʌmɚ ˈbɪɹ bət ˈbɹaɪ.ɚ
ˈtɑːpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnoːn
ˈnɑːlɪʤ ˈdʌn ˈloːn ˈɡɔːn ˈnʌn ˈtoːn

ˈwʌn əˈnɛməni bælˈmɔːɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹi ˈlɔːɹəl
ˈɡɝtɹuːd ˈʤɝmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈboː ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːɹɾəs ˈtɝkwɔɪz ˈʃæmi ˌlɛðɚ
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðɚ
ˌðɪs fəˈnɛɾɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɑːs ˈɡɹoːs ˈbɹʊk ˈbɹoːʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv ju ˈɛvɚ jɛt ɪnˈdɛvɚd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪɹd ənd ˈsɛvɚd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsoːl
ˈpiːɾɚ ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹoːl

ˈbɪlət dʌz ˈnɑːt ˌɛnd laɪk bæˈleː
buˈkeː ˈwɑːlət ˈmælɪt ʃæˈleː
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑːɹ ˈnɑːt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈmoːld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɑːt ˈnɪɹli pɑːɹˈkeː
ˌʍɪʧ ɪɡˈzæktli ˈɹaɪmz wɪθ ˈkæki
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈloːd ənd ˈbɹɔːd
ˈtɔːɹd tə ˈfɔːɹwɚd tə ɹɪˈwɔːɹd

ˈɹɪkəʃeːd ˌænd kɹoːˈʃeːɪŋ kɹoːˈkeː
ˈɹaɪt jɚ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩z oːˈkeː
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

[ENS] [ENS students] [David Madore]


Notes on The Chaos

« The Chaos » is a poem which demonstrates the irregularity of English spelling and pronunciation, written by Gerard Nolst Trenité (1870-1946), also known under the pseudonym Charivarius. It first appeared in an appendix to the author’s 1920 textbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen. (From Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/The_Chaos)

Chris Upward introduces
The Classic Concordance of Cacographic Chaos

http://www.spellingsociety.org/journals/j17/caos.php

[Journal of the Simplified Spelling Society, 1994/2 pp27-30 later designated J17]

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

A number of readers have been urging republication of The Chaos, the well-known versified catalogue of English spelling irregularities. The SSS Newsletter carried an incomplete, rather rough version in the summer of 1986 (pp.17-21) under the heading « Author Unknown », with a parallel transcription into an early form of Cut Spelling. Since then a stream of further information and textual variants has come our way, culminating in 1993-94 with the most complete and authoritative version ever likely to emerge. The time is therefore now truly ripe for republication in the JSSS.

Our stuttering progress towards the present version is of interest, as it testifies to the poem’s continuing international impact. Parts of it turned up from the mid-1980s onwards, with trails leading from France, Canada, Denmark, Germany, the Netherlands, Portugal, Spain, Sweden and Turkey. The chequered career of the first version we received was typical: it consisted of a tattered typescript found in a girls’ High School in Germany in 1945 by a British soldier, from whom it passed through various hands eventually to reach Terry De’Ath, who passed it to the SSS; but it did not mention who its author was. A rather sad instance of the mystery that has long surrounded the poem is seen in Hubert A Greven’s Elements of English Phonology, published in Paris in 1972: its introduction quoted 48 lines of the poem to demonstrate to French students how impossible English is to pronounce (ie, to read aloud), and by way of acknowledgment said that the author « would like to pay a suitable tribute to Mr G Nolst Trenité for permission to copy his poem The Chaos. As he could not find out his whereabouts, the author presents his warmest thanks, should the latter happen to read this book ». Alas, the poet in question had died over a quarter of a century earlier.

For the varied materials and information sent us over the years we are particularly indebted to: Terry De’Ath of Newcastle-upon-Tyne; Tom McArthur (Editor of English Today) of Cambridge; Benno Jost-Westendorf of Recklinghausen, Germany; Professor Che Kan Leong of the University of Saskatchewan, Canada; the Editor of Perfect Your English, Barcelona; and SSS committee member Nick Atkinson for the French reference. From them we learnt who the author was and that numerous versions of the poem were in circulation; but many tantalizing questions remained unanswered.

Three contributions in 1993-94 then largely filled in the gaps in the picture. The first of these contributions was due to the diligent research of Belgian SSS member Harry Cohen of Tervuren which outlined the author’s life and told us a good deal about the successive editions of the poem. The second came from Bob Cobbing of New River Project (89a Petherton Road, London N5 2QT), who sent the SSS a handsome new edition (ISBN 1 870750 07 1) he had just published in conjunction with the author’s nephew, Jan Nolst Trenité, who owns the copyright. This edition had been based on the final version published by the author in his lifetime (1944), and must therefore be considered particularly authoritative. Finally, Jan Nolst Trenité himself went to considerable trouble to correct and fill out the details of his uncle’s biography and the poem’s publishing history which the SSS had previously been able to compile.

The author of The Chaos was a Dutchman, the writer and traveller Dr Gerard Nolst Trenité. Born in 1870, he studied classics, then law, then political science at the University of Utrecht, but without graduating (his Doctorate came later, in 1901). From 1894 he was for a while a private teacher in California, where he taught the sons of the Netherlands Consul-General. From 1901 to 1918 he worked as a schoolteacher in Haarlem, and published several schoolbooks in English and French, as well as a study of the Dutch constitution. From 1909 until his death in 1946 he wrote frequently for an Amsterdam weekly paper, with a linguistic column under the pseudonym Charivarius.

The first known version of The Chaos appeared as an appendix (Aanhangsel) to the 4th edition of Nolst Trenité’s schoolbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (Haarlem: H D Tjeenk Willink & Zoon, 1920). The book itself naturally used the Dutch spelling current before the 1947 reform (see JSSS 1987/2, pp14-16). That first version of the poem is entitled De Chaos, and gives words with problematic spellings in italics, but it has only 146 lines, compared with the 274 lines we now give (four more than in our 1986 version). The general importance of Drop your foreign accent is clear from the number of editions it went through, from the first (without the poem) in 1909, to a posthumous 11th revised edition in 1961. The last edition to appear during the author’s life was the 7th (1944), by which time the poem had nearly doubled its original length. It is not surprising, in view of the numerous editions and the poem’s steady expansion, that so many different versions have been in circulation in so many different countries.

The Chaos represents a virtuoso feat of composition, a mammoth catalogue of about 800 of the most notorious irregularities of traditional English orthography, skilfully versified (if with a few awkward lines) into couplets with alternating feminine and masculine rhymes. The selection of examples now appears somewhat dated, as do a few of their pronunciations, indeed a few words may even be unknown to today’s readers (how many will know what a « studding-sail » is, or that its nautical pronunciation is « stunsail »?), and not every rhyme will immediately « click » (« grits » for « groats »?); but the overwhelming bulk of the poem represents as valid an indictment of the chaos of English spelling as it ever did. Who the « dearest creature in creation » addressed in the first line, also addressed as « Susy » in line 5, might have been is unknown, though a mimeographed version of the poem in Harry Cohen’s possession is dedicated to « Miss Susanne Delacruix, Paris ». Presumably she was one of Nolst Trenité’s students.

Readers will notice that The Chaos is written from the viewpoint of the foreign learner of English: it is not so much the spelling as such that is lamented, as the fact that the poor learner can never tell how to pronounce words encountered in writing (the poem was, after all, appended to a book of pronunciation exercises). With English today the prime language of international communication, this unpredictability of symbol-sound correspondence constitutes no less of a problem than the unpredictability of sound-symbol correspondence which is so bewailed by native speakers of English. Nevertheless, many native English-speaking readers will find the poem a revelation: the juxtaposition of so many differently pronounced parallel spellings brings home the sheer illogicality of the writing system in countless instances that such readers may have never previously noticed.

It would be interesting to know if Gerard Nolst Trenité, or anyone else, has ever actually used The Chaos to teach English pronunciation, since the tight rhythmic and rhyming structure of the poem might prove a valuable mnemonic aid. There could be material for experiments here: non-English- speaking learners who had practised reading parts of the poem aloud could be tested in reading the same problematic words in a plain prose context, and their success measured against a control group who had not practised them through The Chaos.

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

Voir aussi:

Fun poem about English pronunciation

ETNI (English Teachers Network)

I take it you already know
Of tough and bough and cough and dough?
Others may stumble, but not you
On hiccough, thorough, slough, and through.
Well don’t! And now you wish, perhaps,
To learn of less familiar traps.
Beware of heard, a dreadful word
That looks like beard but sounds like bird.
And dead: it’s said like bed, not bead,
For goodness sake don’t call it deed!
Watch out for meat and great and threat
(They rhyme with suite and straight and debt).
A moth is not a moth as in mother
Nor both as in bother, nor broth as in brother,
And here is not a match for there,
Nor dear and fear, for bear and pear.
And then there’s dose and rose and lose–
Just look them up–and goose and choose
And cork and work and card and ward
And font and front and word and sword
And do and go, then thwart and cart,
Come, come! I’ve hardly made a start.
A dreadful Language? Why man alive!
I learned to talk it when I was five.
And yet to write it, the more I tried,
I hadn’t learned it at fifty-five.

Voir également:

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem
This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

Anonymous (unless you know better)
– See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Voir encore:

WHY ENGLISH IS SO HARD

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox becomes oxen, not oxes.
One fowl is a goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.
You may find a lone mouse or a nest full of mice,
Yet the plural of house is houses, not hice.

If the plural of man is always called men,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?
If I speak of my foot and show you my feet,
And I give you a boot, would a pair be called beet?
If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?

Then one may be that, and three would be those,
Yet hat in the plural would never be hose,
And the plural of cat is cats, not cose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
Then the masculine pronouns are he, his and him,
But imagine the feminine: she, shis and shim!

Let’s face it – English is a crazy language.
There is no egg in eggplant nor ham in hamburger;
neither apple nor pine in pineapple.
English muffins weren’t invented in England.
We take English for granted, but if we explore its paradoxes, we find
that quicksand can work slowly, boxing rings are square, and a guinea
pig is neither from Guinea nor is it a pig.

And why is it that writers write but fingers don’t fing, grocers don’t
groce and hammers don’t ham?

Doesn’t it seem crazy that you can make amends but not one amend.If
you have a bunch of odds and ends and get rid of all but one of them, what do
you call it?

If teachers taught, why didn’t preachers praught?
If a vegetarian eats vegetables, what does a humanitarian eat?

Sometimes I think all the folks who grew up speaking English should be
committed to an asylum for the verbally insane.

In what other language do people recite at a play and play at a recital?
We ship by truck but send cargo by ship.
We have noses that run and feet that smell.
We park in a driveway and drive in a parkway.
And how can a slim chance and a fat chance be the same, while a wise
man and a wise guy are opposites?

You have to marvel at the unique lunacy of a language in which your
house can burn up as it burns
down, in which you fill in a form by filling it out,
and in which an alarm goes off by going on.

And, in closing, if Father is Pop, how come Mother’s not Mop?

That’s all for now.

Voir enfin:

Why English is so Hard (a poem)
Posted on February 13, 2013 by kitqat

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox should be oxen, not oxes.
Then one fowl is goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.

You may find a lone mouse or a whole lot of mice,
But the plural of house is houses, not hice.
If the plural of man is always called me,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?

The cow in the plural may be cows or kine,
But the plural pf vow is vows, not vine.
And I speak of a foot, and you show me your feet,
But I give you a boot — would a pair be called beet?

If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?
Then one may be that, and three may be those,
Yet the plural of hat would never be hose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
So our English, I think you will agree,
Is the trickiest language you ever did see.

Voir enfin:

Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

Par Michel Feltin-Palas (L’Express), publié le 28/03/2012 à 11:00, mis à jour le 03/04/2012 à 10:26

Faut-il s’inquiéter de la domination de la langue anglaise? Les langues nationales vont-elles disparaître? Sans chauvinisme ni ringardise, le linguiste Claude Hagège dresse un constat lucide de la situation. Rencontre.

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Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

En amoureux des langues,Claude Hagège défend la diversité et s’oppose fermemement à la domination de l’anglais.

Yann Rabarier/L’Express

Claude Hagège en 5 dates

1955 Entrée à l’Ecole normale supérieure

1966 Première enquête linguistique de terrain, au Cameroun

Depuis 1988 Professeur au Collège de France

2009Dictionnaire amoureux des langues (Plon).

2012Contre la pensée unique (Odile Jacob)

La Semaine de la langue française, qui vient de s’achever, n’aura pas suffi à mettre du baume au coeur de Claude Hagège. Car le constat du grand linguiste est sans appel : jamais, dans l’histoire de l’humanité, une langue n’a été « comparable en extension dans le monde à ce qu’est aujourd’hui l’anglais ». Oh ! il sait bien ce que l’on va dire. Que la défense du français est un combat ranci, franchouillard, passéiste. Une lubie de vieux ronchon réfractaire à la modernité. Il n’en a cure. Car, à ses yeux, cette domination constitue une menace pour le patrimoine de l’humanité. Et fait peser sur elle un risque plus grave encore : voir cette « langue unique » déboucher sur une « pensée unique » obsédée par l’argent et le consumérisme. Que l’on se rassure, cependant : si Hagège est inquiet, il n’est pas défaitiste. La preuve, avec cet entretien où chacun en prend pour son grade…

Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues?

Je l’ignore. Je suis né et j’ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n’ont pas du tout emprunté cette voie.

Enfant, quelles langues avez-vous apprises?

A la maison, nous utilisions le français. Mais mes parents m’ont fait suivre une partie de ma scolarité en arabe – ce qui montre leur ouverture d’esprit, car l’arabe était alors considéré comme une langue de colonisés. J’ai également appris l’hébreu sous ses deux formes, biblique et israélienne. Et je connaissais l’italien, qu’employaient notamment plusieurs de mes maîtres de musique.

Combien de langues parlez-vous?

S’il s’agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S’il s’agit de recenser ceux dans lesquels je sais m’exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu’elle serait « supérieure » aux autres. Est-ce vraiment le cas?

Pas du tout. En premier lieu, il n’existe pas de langue « supérieure ». Le français ne s’est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu’il s’agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. C’est toujours comme cela, d’ailleurs : un parler ne se développe jamais en raison de la richesse de son vocabulaire ou de la complexité de sa grammaire, mais parce que l’Etat qui l’utilise est puissant militairement – ce fut, entre autres choses, la colonisation – ou économiquement – c’est la « mondialisation ». En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l’arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l’anglais.

L’anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l’utilise!

Beaucoup parlent un anglais d’aéroport, ce qui est très différent ! Mais l’anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s’écrit « ou » se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s’agit d’une langue imprécise, qui rend d’autant moins acceptable sa prétention à l’universalité.

Imprécise?

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s’est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : « Turn left, right now », c’est-à-dire « Tournez à gauche, immédiatement ! » Mais le pilote avait traduit « right now » par « à droite maintenant », ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l’ONU de 1967, qui recommande le « withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict ». Les pays arabes estiment qu’Israël doit se retirer « des » territoires occupés – sous-entendu : de tous. Tandis qu’Israël considère qu’il lui suffit de se retirer « de » territoires occupés, c’est-à-dire d’une partie d’entre eux seulement.

Est-ce une raison pour partir si violemment en guerre contre l’anglais ?

Je ne pars pas en guerre contre l’anglais. Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l’anglais une langue universelle, car cette domination risque d’entraîner la disparition d’autres idiomes. Je combattrais avec autant d’ énergie le japonais, le chinois ou encore le français s’ils avaient la même ambition. Il se trouve que c’est aujourd’hui l’anglais qui menace les autres, puisque jamais, dans l’Histoire, une langue n’a été en usage dans une telle proportion sur les cinq continents.

En quoi est-ce gênant ? La rencontre des cultures n’est-elle pas toujours enrichissante ?

La rencontre des cultures, oui. Le problème est que la plupart des gens qui affirment « Il faut apprendre des langues étrangères » n’en apprennent qu’une : l’anglais. Ce qui fait peser une menace pour l’humanité tout entière.

A ce point ?

Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour « hier » et « demain ». Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd’hui – et ce qui n’est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie. Tout idiome qui disparaît représente une perte inestimable, au même titre qu’un monument ou une oeuvre d’art.

Avec 27 pays dans l’Union européenne, n’est-il pas bien utile d’avoir l’anglais pour converser ? Nous dépensons des fortunes en traduction!

Cette idée est stupide ! La richesse de l’Europe réside précisément dans sa diversité. Comme le dit l’écrivain Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction ». Car la traduction – qui coûte moins cher qu’on ne le prétend – met en relief les différences entre les cultures, les exalte, permet de comprendre la richesse de l’autre.

Mais une langue commune est bien pratique quand on voyage. Et cela ne conduit en rien à éliminer les autres!

Détrompez-vous. Toute l’Histoire le montre : les idiomes des Etats dominants conduisent souvent à la disparition de ceux des Etats dominés. Le grec a englouti le phrygien. Le latin a tué l’ibère et le gaulois. A l’heure actuelle, 25 langues disparaissent chaque année ! Comprenez bien une chose : je ne me bats pas contre l’anglais ; je me bats pour la diversité. Un proverbe arménien résume merveilleusement ma pensée : « Autant tu connais de langues, autant de fois tu es un homme. »

Vous allez plus loin, en affirmant qu’une langue unique aboutirait à une « pensée unique »…

Ce point est fondamental. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu. Certains croient qu’on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. Comme l’explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n’est pas parce que l’école de mathématiques française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français qu’elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

Vous estimez aussi que l’anglais est porteur d’une certaine idéologie néolibérale…

Oui. Et celle-ci menace de détruire nos cultures dans la mesure où elle est axée essentiellement sur le profit.

Je ne vous suis pas…

Prenez le débat sur l’exception culturelle. Les Américains ont voulu imposer l’idée selon laquelle un livre ou un film devaient être considérés comme n’importe quel objet commercial. Car eux ont compris qu’à côté de l’armée, de la diplomatie et du commerce il existe aussi une guerre culturelle. Un combat qu’ils entendent gagner à la fois pour des raisons nobles – les Etats-Unis ont toujours estimé que leurs valeurs sont universelles – et moins nobles : le formatage des esprits est le meilleur moyen d’écouler les produits américains. Songez que le cinéma représente leur poste d’exportation le plus important, bien avant les armes, l’aéronautique ou l’informatique ! D’où leur volonté d’imposer l’anglais comme langue mondiale. Même si l’on note depuis deux décennies un certain recul de leur influence.

Pour quelles raisons?

D’abord, parce que les Américains ont connu une série d’échecs, en Irak et en Afghanistan, qui leur a fait prendre conscience que certaines guerres se perdaient aussi faute de compréhension des autres cultures. Ensuite, parce qu’Internet favorise la diversité : dans les dix dernières années, les langues qui ont connu la croissance la plus rapide sur la Toile sont l’arabe, le chinois, le portugais, l’espagnol et le français. Enfin, parce que les peuples se montrent attachés à leurs idiomes maternels et se révoltent peu à peu contre cette politique.

Pas en France, à vous lire… Vous vous en prenez même de manière violente aux « élites vassalisées » qui mèneraient un travail de sape contre le français.

Je maintiens. C’est d’ailleurs un invariant de l’Histoire. Le gaulois a disparu parce que les élites gauloises se sont empressées d’envoyer leurs enfants à l’école romaine. Tout comme les élites provinciales, plus tard, ont appris à leur progéniture le français au détriment des langues régionales. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l’envahisseur. Elles font de même aujourd’hui avec l’anglais.

Comment l’expliquez-vous?

En adoptant la langue de l’ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s’assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. La situation devient grave quand certains se convainquent de l’infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là. Dans certains milieux sensibles à la mode – la publicité, notamment, mais aussi, pardonnez-moi de vous le dire, le journalisme – on recourt aux anglicismes sans aucune raison. Pourquoi dire « planning » au lieu d' »emploi du temps » ? « Coach » au lieu d' »entraîneur » ? « Lifestyle » au lieu de « mode de vie » ? « Challenge » au lieu de « défi » ?

Pour se distinguer du peuple?

Sans doute. Mais ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes, alors qu’ils ne sont qu’américanisés. Et l’on en arrive à ce paradoxe : ce sont souvent les immigrés qui se disent les plus fiers de la culture française ! Il est vrai qu’eux se sont battus pour l’acquérir : ils en mesurent apparemment mieux la valeur que ceux qui se sont contentés d’en hériter.

Mais que dites-vous aux parents qui pensent bien faire en envoyant leurs enfants suivre un séjour linguistique en Angleterre ou aux Etats-Unis?

Je leur réponds : « Pourquoi pas la Russie ou l’Allemagne ? Ce sont des marchés porteurs et beaucoup moins concurrentiels, où vos enfants trouveront plus facilement de l’emploi. »

Ne craignez-vous pas d’être taxé de ringardise, voire de pétainisme?

Mais en quoi est-il ringard d’employer les mots de sa propre langue ? Et en quoi le fait de défendre la diversité devrait-il être assimilé à une idéologie fascisante ? Le français est à la base même de notre Révolution et de notre République !

Pourquoi les Québécois défendent-ils le français avec plus d’acharnement que nous-mêmes?

Parce qu’ils sont davantage conscients de la menace : ils forment un îlot de 6 millions de francophones au milieu d’un océan de 260 millions d’anglophones ! D’où leur activité néologique extraordinaire. Ce sont eux qui, par exemple, ont inventé le terme « courriel », que j’invite les lecteurs de L’Express à adopter !
Des limites de l’anglais en entreprise

En 1999, le PDG de Renault, Louis Schweitzer, impose l’anglais dans les comptes rendus de réunions de direction. Une mesure sur laquelle il sera obligé de revenir, à la plus grande satisfaction de Claude Hagège. « Les entreprises qui ont adopté cette mesure ont perdu en efficacité. Pour une raison simple, que décrit très bien l’ancien patron de Sanofi-Aventis, Jean- François Dehecq : « Si nous imposons l’anglais à tous, les natifs anglophones fonctionneront à 100 % de leur potentiel, ceux qui le parlent bien en seconde langue, à 50 %, et les autres, à 10 %. » » « Par ailleurs, il est faux de croire que l’anglais soit indispensable pour le commerce, reprend Hagège. C’est parfois le contraire. Quand on veut vendre un produit à un étranger, mieux vaut utiliser la langue de son client, qui n’est pas toujours l’anglais ! Une grande compagnie d’eau française est allée récemment à Brasilia. Quand ses représentants ont commencé à recourir à l’anglais, cela a rendu furieux les Brésiliens, qui possèdent, comme nous, une langue d’origine latine. Par anglomanie, nos commerciaux ont transformé un avantage culturel en handicap ! »

La victoire de l’anglais est-elle irréversible?

Pas du tout. Des mesures positives ont d’ailleurs déjà été prises : les quotas de musique française sur les radios et les télévisions, les aides au cinéma français, etc. Hélas, l’Etat ne joue pas toujours son rôle. Il complique l’accès au marché du travail des diplômés étrangers formés chez nous, il soutient insuffisamment la francophonie, il ferme des Alliances françaises… Les Chinois, eux, ont ouvert 1 100 instituts Confucius à travers le monde. Il y en a même un à Arras !

Si une seule mesure était à prendre, quelle serait-elle?

Tout commence à l’école primaire, où il faut enseigner non pas une, mais deux langues vivantes. Car, si on n’en propose qu’une, tout le monde se ruera sur l’anglais et nous aggraverons le problème. En offrir deux, c’est s’ouvrir à la diversité.

Nicolas Sarkozy est coutumier des fautes de syntaxe : « On se demande c’est à quoi ça leur a servi… » ou encore « J’écoute, mais je tiens pas compte ». Est-ce grave, de la part d’un chef d’Etat?

Peut-être moins qu’on ne le croit. Regardez : il a relancé les ventes de La Princesse de Clèves depuis qu’il a critiqué ce livre de Mme de La Fayette ! Mais il est certain que de Gaulle et Mitterrand étaient plus cultivés et avaient un plus grand respect pour la langue.

Le français pourrait-il être le porte-étendard de la diversité culturelle dans le monde?

J’en suis persuadé, car il dispose de tous les atouts d’une grande langue internationale. Par sa diffusion sur les cinq continents, par le prestige de sa culture, par son statut de langue officielle à l’ONU, à la Commission européenne ou aux Jeux olympiques. Et aussi par la voix singulière de la France. Songez qu’après le discours de M. de Villepin à l’ONU, s’opposant à la guerre en Irak, on a assisté à un afflux d’inscriptions dans les Alliances françaises.

N’est-il pas contradictoire de vouloir promouvoir le français à l’international et de laisser mourir les langues régionales?

Vous avez raison. On ne peut pas défendre la diversité dans le monde et l’uniformité en France ! Depuis peu, notre pays a commencé d’accorder aux langues régionales la reconnaissance qu’elles méritent. Mais il aura fallu attendre qu’elles soient moribondes et ne représentent plus aucun danger pour l’unité nationale.

Il est donc bien tard…

Il est bien tard, mais il n’est pas trop tard. Il faut augmenter les moyens qui sont consacrés à ces langues, les sauver, avant que l’on ne s’aperçoive que nous avons laissé sombrer l’une des grandes richesses culturelles de la France. l

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-hagege-imposer-sa-langue-c-est-imposer-sa-pensee_1098440.html?xtmc=Imposer_sa_langue_c%5C%27est_imposer_sa_pens%E9e&xtcr=10#MLog9ETJ03zoT8IK.99

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem

This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

 

Anonymous (unless you know better)

– See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Anonymous (unless you know better)


Langues: Pate escargots soup de jour (Le pretentious Français sans pain by our Aussie friends)

15 décembre, 2013
https://i1.wp.com/www.paris-saint-honore.com/wp-content/uploads/2013/07/amour-brown-cigarrette-french-Favim_com-499849.jpgL‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimes qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Wamba (bouffon saxon dans Ivanhoé, Walter Scott, 1819)
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Notre tâche se borne à les vaincre, et nous pouvons le faire en bon anglais. […] Nous supplions donc humblement que les mots français, tout comme le costume et les manières de France, soient mis de côté, du moins pendant la durée du présent conflit, car si leur langue et leurs coutumes s’abattaient sur nous, nous risquerions d’apprendre par leur exemple, le jour de la bataille, à f—te [sic] le camp. Edmund Burke (guerre de Sept Ans 1756 et 1763)
My sugar is so refined, she’s one o’ them high-class kind, she doesn’t wear a hat, she wears a chapeau, she goes to see a cinema, but never a show. Nat King Cole (écrit par Dee-Lippman, 1946)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de a conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français.  Jon-Kriss Mason
Despite, or maybe partly because of, these national idiosyncrasies, I find France a wonderful place to live, and I would never willingly live anywhere else. For me, the most pleasant surprise of all has been the people, and here I find that the cliches aren’t true. It is often said that the French are aloof, suspicious of strangers and not very fond of foreigners, criticisms that I’m sure reflect many visitors’ first social contact on French soil. This is likely to be with that daunting figure, the Parisian waiter. He is bored, he can’t understand what you say, and his feet hurt. Consequently, be treats you with a mixture of disdain and barely suppressed irritation, and you might very easily feel that he represents the attitude of all his fellow Frenchmen. He doesn’t. In fact, he is just as grumpy with his compatriots, and probably with his wife as well. Outside Paris, the English are usually treated with courtesy. Their halting French is listened to with patience, their curious habits (milk in the tea, warm beer) accommodated. An Englishman may never be truly one of the French family, but unless he’s very unlucky, he will eventually find himself accepted. I used to be somewhat sensitive about my nationality, and I could never quite escape the feeling that I was no more than a permanent and possibly unwelcome tourist. Then one day, a neighbour with whom I was having a drink put my mind at rest. « You are English, » he said, « which is of course unfortunate. But you should know that most of us down here prefer the English to the Parisians. » Peter Mayle

Attention: un snobisme peut en cacher un autre !

Pour les amoureux de la langue de Molière …

Et contre les snobs de tous bords …

Mais hommage involontaire à un prestige et à une culture pas tout à fait morts …

Qui, depuis Guillaume le Conquérant et pendant 300 ans et bien plus, ont pourtant fourni quelque 80% du vocabulaire de la langue de Shakespeare …

Ce petit classique des chansons parodiques …

Par le chanteur australien Greg Champion (merci Andrew !) …

The French Song

Divishti Rankine & Greg Champion

Pate escargots soup de jour

cordon bleu chic coiffure

fait accompli maison

creme de menthe Marcel Marceau

meringue blancmange Bardot

gauche gay Paris garcon

gendarme agent provocateur

eau de toilette voyeur

au revoir deja vu

carte blanche bidet croissant bourgeois

c’est la vie abattoir

bon voyage coup d’etat

hors d’oeuvres Peugeot faux pas

Gerard Depardieu

Lacoste panache papier mache

en suite rue morgue yoplait

Pepe La Pew soufflé

en tous cas le Guy Forget

Maurice Chevalier

le Rainbow Warrior

lingerie chocolat eclair

avant garde Frigidaire

fromage crouton Cointreau

cherchez la femme boudoir je t’aime

vol au vent Jacques Cousteau

joie de vivre Plastic Bertrand

le Coq Sportif penchant

Henri Leconte

See also:

Sur le pont d’Avignon

Voila! Oui! C’est si bon

Oh – les enfants terribles

Dominique and Papillon

Petit four. Bon vivant.

Soixante neuf – incroyable !

Une. Deux. Trois. Café au lait

Respondez si vous plait.

Les Girls. La Marseillaise

Camembert. La restaurant.

Au clair de la lune

Raison d’etre. C’est la guerre

Champignons. Pomme de terre.

Plaisir d’amour

Cabaret. Au naturel

Regardez, Charles De Gaulle

Filet mignon, Bon ami

Parlez vous francais, monsieur

Allons. Louis Pasteur

Parfait. Salvation Army

Frere Jacques. Caviar

Touche. Le Tableau noir

La palais de Versailles

Eiffel Tower. Fermez la bouche

Lavatory. Les Champs Elysées

Scaramouche. Quelle heure est-il?

Monsieur de Tocqueville

Louis Jardin

Moulin Rouge. Toulouse Lautrec

Esprit de corps. Le Specs.

Merci beaucoup. Bonne chance

Cabernet shiraz. Mon Dieu

Fenetre. Pas de deux

And Guy de Maupassant

Sacre bleu! Double entendre

Et la plume de ma Tante

Gigi – interessant

Visschisoise and Chardonay

Quel domage. Inspector Clouseau

Victor Hugo. Coup d’etat

Madame – pardonnez moi

Mon petit fils

http://inthismy70thyear.wordpress.com/2012/09/22/day-183-the-french-song-2002/

Voir également:

They really do say ‘oh la la’

Peter Mayle has been explaining the French to the English for 15 years. It’s not that they are aloof, he says – they just appreciate what they’ve got

Peter Mayle

April 2004

It is in the nature of neighbours to squabble, and notwithstanding the official cordiality of the past 100 years, Anglo-French relations have been known to suffer sporadic minor ruptures. These are rather stimulating occasions, traditionally marked by name-calling and foot-stamping on both sides of the channel. Either Albion has been more than usually perfide, or those damned Frogs have been feathering their nest again. Indeed, it sometimes seems to me that we take it in turns to irritate our friends across the water. And yet, inevitably, we kiss and make up. After all, we have so many things in common.

One of them is the terminology we use when insulting one another. Cold, self-serving, arrogant and bloody-minded – is that a Frenchman talking about the English, or an Englishman talking about the French? I have heard these same words applied to both nationalities, and they have become so well established that when we come across a humble Frenchman, or a warm-blooded Englishman, we are taken aback. It is not at all what we have been led to expect.

The fact is, quite a few of the nationalistic cliches are accurate. Naturally, I can’t speak for the French, but I certainly feel qualified to speak about them, having spent several years observing them on a daily basis and at close quarters. Like many people of my age and background, I had a bundle of preconceived notions about the French and their way of life. When I came to live in France, one of my early discoveries was that so many of these turned out to be true, from the trivial (they really do say « Oh la la, » as anyone who listens to French rugby commentaries will know) to the more important matters which follow.

Let’s start with a fundamental part of the French character that infuriates the English even as it provokes sneaking feelings of admiration. I refer, of course, to the French superiority complex. They consider their language to be the most elegant, their culture to be the most refined, their diplomacy to be the most diplomatic, their wines to be the most aristocratic, and their gastronomy to be the most subtle and interesting. Then there are the physical glories of France – the mountains, the beaches, the forests, the chateaux of the Loire, the City of Light, Catherine Deneuve. Most of the French people I’ve met have a deep regard for their country – although never, ever for the way it’s run – and I’ve lost count of the number of times I’ve been told that God lives in France. I suppose all this can create the impression that the French look down their noses at the rest of the world, which I don’t think they do. They simply appreciate what they have.

Nowhere is this more enthusiastically celebrated than at the table. The desire not merely to eat, but to eat well, is as much a part of the French character as the national reluctance to wait in a queue. And it’s contagious. I have become just as bad as any Frenchman – impatient for the first asparagus of spring, the first melon of summer or the first truffle of winter. I am no longer surprised, when eating with French friends, that a great part of the conversation around the table is not about politics, sport or sex, but about food. They are amused and somewhat mystified by the North American fascination with the French Paradox, which to them is no paradox at all; simply a matter of civilised eating habits.

I was recently shown, by a Frenchman who was shaking his head in disbelief, a learned paper prepared by a panel of American university professors. Its subject was obesity, now so prevalent over there that I believe it is classified as a disease, and the paper – several closely spaced pages ending with an impressive list of references – discussed at great length the French and their paradox. You will doubtless be stunned, as I was, by the perceptive nature of the professors’ conclusion. The reason for the relatively low incidence of obesity in France is this: the French eat less.

Is it true, as all we Anglo-Saxons like to believe, that France is the world capital of bureaucracy? I’m afraid it probably is. Consider this classic example taken from Stendhal’s Life of Napoleon. In 1811, a small rural community wished, for the sum of 60 francs, to use some substandard paving stones which had been rejected by the engineer in charge of laying the main road. This required 14 decisions by the prefect, the subprefect, the engineer and the minister. After incredible difficulties and extensive activity, the required authorisation finally arrived, 11 months after the request had been made, at which point it transpired that the defective paving stones had already been used by the roadworkers to fill up a hole in the road.

An extreme case, perhaps. Or perhaps not. I remember the 13 months that I spent trying to obtain my first carte de séjour, and the difficulty of establishing my identity with only my passport as proof when, as I now know, nobody takes you seriously in France unless you can produce an electricity bill. I remember the paperwork, the subsequent official inspection and the meticulous, vine-by-vine count when I replaced some elderly vines with younger versions of the same variety. And I remember the look of alarm on the face of the maçon when I asked him to enlarge a small window at the back of the house without the appropriate written permission from some distant central authority.

Despite, or maybe partly because of, these national idiosyncrasies, I find France a wonderful place to live, and I would never willingly live anywhere else. For me, the most pleasant surprise of all has been the people, and here I find that the cliches aren’t true. It is often said that the French are aloof, suspicious of strangers and not very fond of foreigners, criticisms that I’m sure reflect many visitors’ first social contact on French soil. This is likely to be with that daunting figure, the Parisian waiter. He is bored, he can’t understand what you say, and his feet hurt. Consequently, be treats you with a mixture of disdain and barely suppressed irritation, and you might very easily feel that he represents the attitude of all his fellow Frenchmen. He doesn’t. In fact, he is just as grumpy with his compatriots, and probably with his wife as well.

Outside Paris, the English are usually treated with courtesy. Their halting French is listened to with patience, their curious habits (milk in the tea, warm beer) accommodated. An Englishman may never be truly one of the French family, but unless he’s very unlucky, he will eventually find himself accepted. I used to be somewhat sensitive about my nationality, and I could never quite escape the feeling that I was no more than a permanent and possibly unwelcome tourist. Then one day, a neighbour with whom I was having a drink put my mind at rest. « You are English, » he said, « which is of course unfortunate. But you should know that most of us down here prefer the English to the Parisians. »

After that, I felt much better.


Hommage: Pourquoi Rockwell dut quitter le Saturday Evening Post (Why Rockwell had to leave the Post)

21 février, 2013
Unfinished original UN tribute that later gave The Golden Rule ("Do unto others, 1961) GoldenRuleCe que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. Jésus (Luc 6: 31)
George Horace Lorimer, who was a very liberal man, told me never to show colored people except as servants. Norman Rockwell

Attention: un Norman Rockwell peut en cacher un autre !

En cette Journée internationale de la langue maternelle

Et commémoration de la manifestation sanglante du 21 février 1952 qui lança la lutte du peuple bengalais pour ses droits linguistiques puis près de 20 ans plus tard son indépendance  …

Retour sur la face méconnue d’un peintre souvent réduit à ses portraits de « l’Amérique rêvée » des années 40-60 …

Et avant que cela ne devienne le  fétiche de la « diversité » que l’on sait aujourd’hui,  son oeuvre longtemps contestée pour l’égalité des droits civiques …

Et notamment, comme le montre bien la notice que lui consacre l’excellent site de vulgarisation historique américain Pop History Dig, sa longue lutte personnelle pour tenter d’imposer, dans des situations autres que serviles, des personnages issus des minorités ethniques sur les couvertures du Saturday Evening Post …

Avant son départ, en désespoir de cause, pour le plus tolérant Life  et les fameuses oeuvres qui le feront entrer dans l’histoire …

Dont le célébrisime « The problem we all live with » de 1964 (en double page intérieure de Life, souvent en tournée nationale et que nous n’avons justement pu voir lors de notre toute récente découverte du musée Rockwell de Stockbridge dans l’est du Massachusssets) …

Qui, évoquant magistralement le véritable chemin de croix qu’avait dû subir jour après jour et pendant toute une année la première élève noire  d’une école blanche de New Orleans, lui avait d’ailleurs été inspiré par le compte rendu qu’en avait fait cinq ans plus tôt un autre artiste quintessentiellement américan, John Steinbeck, dans son livre de voyage sur l’Amérique (« Travels with Charley« ) …

Mais également son presqu’aussi célèbre « New kids in the neighborhood » de 1967 où, toujours son incroyable souci du détail, il réussissait à évoquer à la fois la probable future entente entre les nouvelles générations de noirs et de blancs et, dissimulé dans un coin de son tableau (le regard suspicieux derrière le rideau d’une maison – qu’on ne voit probablement d’ailleurs que sur l’original du tableau lui-même), le long chemin qui restait encore à faire pour la génération de leurs parents …

Sans parler de sa non moins fameuse toile oecuménique intitulée « La Règle d’or » (Faites aux autres »), retravaillée d’un premier tableau abandonné fait précédemment en hommage aux Nations Unies où il réussit à placer nombre de ses voisins mais surtout son épouse récemment décédée portant dans ses bras le petit-fils qu’elle n’eut jamais le temps de connaitre …

Ou, encore moins connus, son “Southern Justice” (ou “Murder in Mississippi ») de 1965 pour Look, au sujet de l’assassinat de trois activistes des droits civiques, deux blancs et un noir, évoquant la très forte mais souvent oubliée implication de nombre d’étudiants juifs aux origines de ce qui allait devenir le Mouvement pour les Droits civiques …

Ou son « Blood brothers » de 1968, évoquant après l’assassinat de Martin Luther King les victimes (encore une fois un blanc et un noir) des émeutes qui avaient suivi et finalement non publié par le magazine …

“Rockwell & Race” 1963-1968

Norman Rockwell’s painting of six year-old Ruby Bridges being escorted into a New Orleans school in 1960 was printed inside the January 14, 1964 edition of Look magazine.
Norman Rockwell’s painting of six year-old Ruby Bridges being escorted into a New Orleans school in 1960 was printed inside the January 14, 1964 edition of Look magazine.

The recent display at the White House of Norman Rockwell’s 1963 painting, The Problem We All Live With, depicting a famous school desegregation scene in New Orleans, has properly drawn national attention to an iconic moment in America’s troubled civil rights history.

Rockwell’s painting focuses on an historic 1960 school integration episode when six year-old Ruby Bridges had to be escorted by federal marshals past jeering mobs to insure her safe enrollment at the William Frantz Elementary School in New Orleans.  Ruby was the first African American child to enroll at the school, and the local white community – as elsewhere in the country at that time – was fiercely opposed to the court-ordered desegregation of public schools then occurring.  Rockwell’s rendering focuses on the little girl in her immaculate white dress, carrying her ruler and copy book, as the four U.S. marshals escort her.  The painting also captures some of the contempt of those times with the scrawled racial epithet on the wall and the red splattering of a recently thrown tomato.

Rockwell’s portrayal first appeared to wide public notice in January 1964 when it ran as a two-page centerfold illustration on the inside pages of Look magazine.  The painting ran as an untitled illustration in the middle of Look’s feature story on how Americans live, describing their homes and communities.

The context of the Ruby Bridges scene rendered by Rockwell had been heavily reported in print and on television in November 1960, with the anger of the mobs that day burnished deeply in the public mind.  Magazine readers viewing Rockwell’s piece in 1964 would likely recall the unhappy context of young school children being heckled and needing federal protection.

July 15, 2011: President Obama with Ruby Bridges (girl in painting), Rockwell Museum CEO, Laurie Moffatt, and behind Obama, Rockwell Museum President, Anne Morgan, viewing Rockwell’s painting at the White House near the Oval Office. White House photo, Peter Souza.

In 2011, President Obama had a hand in bringing Rockwell’s original painting to the White House, as did others, according to the Washington Post, including Ruby Bridges herself, the Norman Rockwell Museum which owns the painting, Rep. John Lewis (D-GA), and U.S. Senator Mary Landrieu (D-LA).  Some quiet lobbying helped bring the painting to the White House, suggesting it be displayed there at the 50th anniversary of Ruby Bridges’ admission to the Frantz school.  “The President likes pictures that tell a story and this painting fits that bill…,” explained a statement in the White House blog.  “In 1963 Rockwell confronted the issue of prejudice head-on…”  However, at the time of the painting’s White House display, some reporting had erroneously stated the Rockwell piece had initially appeared on thecover of the January 14th, 1964 Look magazine.  That is a forgivable mistake given the fact that so much of Norman Rockwell’s work frequently did appear on magazine covers, most notably at the Saturday Evening Post.  But the error raises an important question, nonetheless.  Why didn’t the Rockwell painting of the famous civil rights incident run on the cover of Look magazine or some other magazine?

Well, therein lies a whole other tale, or at least a part of the story not often told – about how depictions of race and civil rights evolved in American art and popular magazines during those times.  By way of presenting some of that story here, the article that follows will look at the history of Rockwell’s Ruby Bridges piece; three other works he did related to race and civil rights; and how Rockwell, his magazine sponsors, and popular magazine publishing dealt with race and civil rights in the 1940s-thru-1960s period.  First, some background on the artist.

Norman Rockwell

Born in 1894, Norman Rockwell grew up in New York city, and as a boy dreamed of becoming an artist.  By the time he was ten he was drawing constantly.  He soon dropped out of high school and enrolled in art school, first at the National Academy School, but by 1910, at the prestigious Art Students League.  After graduation he did some of his first work for Boy’s Life magazine.  In 1916, Rockwell did his first cover for Saturday Evening Post, then one of America’s premiere weekly magazines.  For nearly the next fifty years, he would continue making much-loved Saturday Evening Post covers, most depicting everyday scenes of 20th century Americana.  Rockwell in fact, would do more than 320 covers for the Saturday Evening Post through 1963.  But that’s only part of his story.

1929: Girl & Doll’s Heart.
1949: Game Called, Rain.
1954: Girl in The Mirror.
1958: The Runaway.

Rockwell’s cover subjects for the Post ranged across American daily life – from a young boy in a doctor’s office awaiting a curative needle or teenage girls gossiping at a soda fountain, to a rookie baseball player reporting to play his first game or a worn-out politician at the end of a hard day of campaigning.  Some of Rockwell’s covers dealt with aspirational themes and democratic values.  In 1942, in response to a speech given by President Franklin Roosevelt, Rockwell made his famous “Four Freedoms” series, each of which also ran as a Saturday Evening Post cover – Freedom of Speech (Feb 20, 1943), Freedom of Worship (Feb 27, 1943), Freedom from Want (March 6, 1943), and Freedom from Fear (March 13, 1943).

During this period as well, his Rosie the Riveter cover for the May 29th, 1943 edition of The Saturday Evening Post, and another depicting a “liberty girl” for the September 4th, 1943 edition, helped the government recruit female workers for the war effort during WWII.  Some of these paintings traveled around the country in the mid-1940s, shown in conjunction with the sale of government war bonds.  “The Four Freedoms” series reportedly brought in a tidy sum of $132,992,539 in war bond funds.  Rockwell also did poster art for the U.S. Office of War Information in conjunction with the war bond drives.

While Rockwell’s name became practically synonymous with the Saturday Evening Post, he also did art for other publications, including: Ladies’ Home Journal, McCall’s, Literary Digest, Look, Country Gentleman, Popular Science, and others.  Rockwell’s art appeared on the covers of some 80 magazines.  His work also appeared in numerous advertisements and he became well known for illustrating the Boy Scouts of America annual calendar. (Galleries of Rockwell’s covers for the Saturday Evening Post are found at a number of very good websites, a few of which are listed at the end of this article in “Sources, Links & Additional Information”).  In the 1950s and 1960s, Rockwell in particular — and other artists at the Saturday Evening Post as well — became chroniclers of American culture and America’s culture past as nostalgia.  Rockwell worked at the heyday of the Saturday Evening Post’s reign as a magazine powerhouse, when circulation reached 4-to-5 million copies a week, and when a Rockwell cover alone could boost non-subscription sales by 250,000.  For millions of magazine readers in those years, Norman Rockwell became a household name in America, even if many art critics at the time didn’t regard his work as “serious art.”

Civil Rights Subjects

“Freedom of Speech” was one of a Rockwell’s “Four Freedoms” series admired by African American activist Roderick Stephens, who urged Rockwell in 1943 to do a similar series to promote racial tolerance.
“Freedom of Speech” was one of a Rockwell’s “Four Freedoms” series admired by African American activist Roderick Stephens, who urged Rockwell in 1943 to do a similar series to promote racial tolerance.

Rockwell appears to have been first nudged toward civil rights as subject matter in June 1943 when Roderick Stephens, an African-American activist and head of the Bronx Interracial Conference, wrote to Rockwell urging him to do a series of paintings to promote interracial relations.  Stephens had been moved by Rockwell’s “Four Freedoms” and was worried at the time that urban race riots would ensue in major cities like his own New York, touched off by the migration of southern blacks to major cities.  Race riots, in fact, had then already occurred in Houston, Los Angeles, and Detroit.  Although Stephens expressed his admiration to Rockwell for his “Four Freedoms,” he noted that two of the freedoms – “Freedom From Want” and “Freedom From Fear” – were, for most blacks at the time, freedoms denied.  Stephens proposed that Rockwell do a series of paintings to be printed and circulated as posters, just as the “Four Freedoms” had been, to promote racial tolerance, featuring subject matter that would illustrate the contributions of blacks to American society and how they helped realize the Four Freedoms.  Stephens believed Rockwell was an artist who could make a difference at the time, and could help “advance racial goodwill by years,” offering art to point up what was then in American practice, a restricted conception of freedom.  Rockwell is believed to have replied to Stephens, but he never embarked on Stephens’ proposal, more or less rejecting the series idea, explaining to Stephens  the difficulties he had encountered creating the “Four Freedoms” series.  But there may have been more to it than that, as Rockwell was then laboring under restrictions imposed by The Saturday Evening Post.

Dec 7 1946: “NY Central Diner,” Saturday Evening Post cover by Norman Rockwell.
Dec 7 1946: “NY Central Diner,” Saturday Evening Post cover by Norman Rockwell.

Rockwell’s venturing into controversial material such as race and civil rights did not come until later in his career, after he had left the Post.  Like other artists of the 1940s and 1950s who did commercial art and magazine illustrations, Rockwell was bound by certain publishing covenants and restrictions, written and unwritten, that determined what could and could not appear in magazine covers and illustrations.  The Saturday Evening Post, for example, would only allow minorities to be shown in servile roles.

In a 1971 interview with writer Richard Reeves, Rockwell explained the unwritten rule laid down by his first editor at the Post: “George Horace Lorimer, who was a very liberal man, told me never to show colored people except as servants.”  Lorimer was Rockwell’s editor at the Post for his first twenty years there.  The Rockwell cover illustration at left from the December 7th, 1946 Saturday Evening Post illustrates the rule in practice.  The scene, which is also known as Boy in Dining Car, shows a young boy in a railroad dining car studying the menu with purse in hand, trying to determine the proper payment and tip for the black waiter.

Rockwell’s “Full Treatment” SEP cover of May 1940 includes black shoe shine boy.
Rockwell’s “Full Treatment” SEP cover of May 1940 includes black shoe shine boy.

In addition to the 1946 Post cover above, Rockwell also did other magazine covers and illustrations from the mid-1920s through mid-1940s that depicted African Americans in various roles, usually in minor or servile roles, and sometimes not facing the viewer.  Among a few of these Rockwell pieces, for example, are: The Banjo Player, an illustration for a Pratt & Lambert varnish advertisement appearing inside The Saturday Evening Post of April 3rd, 1926; Thataway, a March 17th, 1934 cover illustration for The Saturday Evening Post depicting a young black boy pointing to the direction taken by a thrown rider’s horse; Love Ouanga, a June 1936 illustration for a short story in American Magazine depicting a beautiful, stylishly-dressed young African American woman in a church scene contrasted against more coarse and country dress of other farming and working African Americans also in the scene; Full Treatment, a May 18th, 1940 cover for The Saturday Evening Post depicting a wealthy man being attended to by a barber, manicurist, and a black shoe shine boy; The Homecoming, a May 26th, 1945 cover for The Post depicting a returning military veteran arriving home to a scene of welcoming family and neighbors that also includes an African American worker; and Roadblock, a July 9th, 1949 cover for The Saturday Evening Post depicting a moving van that is blocked by a small dog in an urban alley scene with a variety on onlookers, including some black children.

Continuing into the 1950s and early 1960s, publishing art and mainstream magazines generally were slow to portray African American success stories and the civil rights struggle.

Cover Art, 1950s

1947: Jackie Robinson.
1947: Jackie Robinson.
1954: Dorothy Dandridge.
1954: Dorothy Dandridge.
1954: Segregation story.
1954: Segregation story.
1955: Thurgood Marshall.
1955: Thurgood Marshall.

During the 1950s and early 1960s, a time when the civil rights movement was struggling for recognition, the American art community – then involved with modern art and abstract expressionism – was generally not at the ramparts fighting racial discrimination.   Nor, for the most part, were America’s most popular magazines in that era featuring African Americans on their covers or doing prominent stories on civil rights.  In its May 8th, 1950 edition, Life magazine featured a photograph of baseball player Jackie Robinson on its cover, the first individual African American to be so featured by that magazine.  Robinson had become the first African American to break the color barrier in professional baseball three years earlier with the Brooklyn Dodgers.  Time magazine, for its part, had used an artist’s rendering of Robinson on an earlier cover in September 1947.  Back at Life, meanwhile, actress Dorothy Dandridge became the first African American woman to be featured on a cover at that magazine, for the November 1st, 1954 edition.  Dandridge was then appearing in her Academy Award-nominated best actress film role in Carmen Jones.  A few stories on segregation also appeared on major magazine covers in the mid-1950s.  On September 13, 1954, Newsweek ran a cover story on segregation in schools, showing a white and a black child in a Washington, D.C. school.  Time magazine put Thurgood Marshall on the cover of its September 19th, 1955 issue, Marshall then having risen to notice as chief counsel for the NAACP arguing the landmark Brown vs. Board of Education school desegregation case before the U.S. Supreme Court. (see “Brown vs Board…” sidebar, later below, for more details).

A portion of the January 24, 1956 cover of Look magazine showing “Approved Killing” story tagline.
A portion of the January 24, 1956 cover of Look magazine showing “Approved Killing” story tagline.

Look, another pictorial magazine similar to Life, and also popular in the 1950s, had rarely if ever used cover art that solely featured an African American.  There were black sports stars shown  on Look covers occasionally – such as Jackie Robinson, Joe Louis, and Sugar Ray Robinson – but usually as one among five whites in a framed, six-photo layout.  Look did give cover billing to a few articles on racial issues in the 1950s.  On the cover of its January 24th, 1956 issue, Look ran the title of an article by William Bradford Huie, “The Shocking Story of Approved Killing in Mississippi.”

Although there was no mention of race in the title, and it ran on a somewhat incongruous cover featuring the U.S. teenager (partially shown at left), the “shocking story” inside was truly shocking.  It was the story of the August 1955 murder of Emmett Till, a 14 year-old Chicago boy who was savagely beaten, shot, and mutilated by white men in Mississippi while the boy was visiting relatives there.  Till, a brash kid who knew nothing about the realities of the South, made the mistake of whistling at a white woman at a local country store.  Later abducted from his relatives’ home, Till was brutally pistol-whipped and dumped into a river, his body tied to a heavy metal fan.

Click to read at PBS.org.
Click to read at PBS.org.

Two white suspects – Roy Bryant and J. W. Milam – were later tried and acquitted by an all-white jury in less than two hours.  Their defense attorney had called on the jurors to honor their forefathers by not convicting white men for killing a black person.  Back in Chicago, Till’s mutilated body was displayed at an open-casket viewing.  No mainstream print publication in America at that time published the gruesome photos, although a few black-owned publications did, provoking outrage throughout African American communities.

Inside the January 24th, 1956 Look magazine, the article by author William Bradford Huie covered the Till murder and he also interviewed the two suspects, Roy Bryant and J. W. Milam, who were paid $4,000 to tell how they killed Emmett Till.  In the article, the two suspects – then safe from conviction after having been acquitted in their friendly Mississippi trial – confessed to the crime.  A year later, in its January 22nd, 1957 edition, Look published a follow-up article on the killing, also by William Bradford Huie, entitled “What’s Happened to the Emmett Till Killers?”  That story reported that blacks in the local community stopped using stores owned by the Milam and Bryant families, putting them out of business, as both men were also ostracized by the white community.

'56: Slavery/Segregation.
’56: Slavery/Segregation.
1957: MLK bus boycott.
1957: MLK bus boycott.
1961: Freedom Riders.
1961: Freedom Riders.
1963: Negro in America.
1963: Negro in America.

Cover Art ( cont’d)

On September 3rd, 1956, Life magazine featured a cover story related to slavery and segregation – “Beginning A Major Life series – Segregation,” stated Life at the top of the cover.  Time magazine featured Martin Luther King on its cover February 18th, 1957, as King was then in the news for his leadership in the Montgomery, Alabama bus boycott.  Later that year, on October 7th, 1957, Time and Life both featured the school integration conflict at Little Rock, Arkansas with National Guard troops shown on their covers.  By the time of the Freedom Riders in 1961, a Newsweek cover story featured photos and quotes from three key players in the controversy: U.S. Attorney General Robert F. Kennedy, Martin Luther King, and Mississippi Governor, John Patterson.  For its June 28th, 1963 edition, Life featured a cover photograph of the wife and child of slain civil rights activist Medgar Evers at his Arlington National Cemetery funeral. Evers, a Mississippi organizer, was shot in the back in his own driveway by a Ku Klux Klan member.  In July 1963, Newsweek published a special issue on “The Negro in America,” picturing an unnamed black man on the cover.  In smaller type on the cover, Newsweek further explained the focus of its series with the following: “The first definitive national survey – who he is, what he wants, what he fears, what he hates, how he lives, how he votes, why he is fighting … and why now?”  For its September 6th, 1963 issue, Life magazine featured a cover story on the historic August 1963 “march on Washington” with a photograph of two of its leaders, A. Phillip Randolph and Bayard Rustin, shown standing in front of the Lincoln Memorial.  And as the civil rights movement received more national notice throughout the 1960s, along with urban unrest, more magazine covers followed.

13 Feb 1960: Norman Rockwell, cover feature, Saturday Evening Post.
13 Feb 1960: Norman Rockwell, cover feature, Saturday Evening Post.

Rockwell & The Post

Norman Rockwell, meanwhile, was experiencing change at The Saturday Evening Post.  By the early 1960s, the frequency of his covers there had slowed – down to a half dozen or so a year – and the magazine was experimenting with new formats.  Still, after more than 40 years of his cover art being featured for millions of Post readers, Rockwell was clearly an asset to the magazine.  In fact, for the February 13th, 1960 issue of the magazine and its cover story, he was the featured star and title subject.  The cover used his famous “triple self-portrait” and gave full billing to a beginning series of articles about him for the magazine taken from a new autobiography written with the help of  his middle son, Thomas Rockwell.  Shown at right, the cover taglines for that issue of the Post explained: “Beginning in this issue: America’s Best Loved Artist Finally Tells His Own Story… My Adventures As An Illustrator.”  Yet Rockwell was chafing at the Post by this time, and his days there were numbered.

1960: Window Washer.
1961: Artist at Work.
1962: Art Connoisseur.
1962: Art Connoisseur.
1963: Nehru of India.
1963: Nehru of India.

Through the early 1960s, Rockwell continued doing Post covers.  In 1960, for example he did five more Post covers in addition to “triple self portrait,” shown above,  three of  which offered traditional subjects: “Repairing Stained Glass,” April 16, 1960; “University Club,” August 27, 1960; and “Window Washer,” September 17, 1960 (with the washer ogling the secretary).  Two more Rockwell covers that year were portraits of the 1960 presidential candidates – U.S. Senator John F. Kennedy and Vice President Richard M. Nixon.  The magazine by then had begun shifting to more portraits of famous people as cover material, and was also using more cover photography rather than illustrations or paintings.  Rockwell cover portraits, in any case, held their own at the Post, and included others in the early 1960s,  among them: Indian prime minister, Jawaharlal Nehru, January 19, 1963;  Jack Benny, entertainer, March 2, 1963; a serious portrait of President John F. Kennedy to accompany a cover story on his foreign policy challenges, April 6, 1963; and Egypt’s Gamal Abdel Nasser, May 25, 1963.  Other more traditional Post covers by Rockwell in the early 1960s included: “Artist at Work,” Sept 16, 1961; “Cheerleader,” Nov 25, 1961; and “Art Connoisseur” of January 13 1962, showing a middle-aged man in a museum observing a Jackson Pollack-type painting (this issue also had cover billing for a story inside the magazine entitled, “The Little Known World of Our Negro Aristocracy.”).

Rockwell’s “Golden Rule” appeared on Saturday Evening Post cover, April 1, 1961.
Rockwell’s “Golden Rule” appeared on Saturday Evening Post cover, April 1, 1961.

One interesting departure for Rockwell from his normal Saturday Evening Post fare during the early 1960s – and a sign of  his more liberal inner concerns – came with the April 1st, 1961 cover that appeared under the title “The Golden Rule.”  This illustration actually had its genesis, in part, during the late 1940s when Rockwell had set out to do a painting honoring the United Nations (UN), an organization he admired and found hopeful for solving world problems.  For the UN painting, Rockwell had in mind something that would highlight the cultural, racial, and religious tolerance of the organization, and he had visited the UN Security Council Chamber for ideas and sketches.  His first efforts yielded a charcoal drawing of several major-nation delegates debating from their seats in a brightly lit foreground.  Behind the delegates, in the shadows, was a crowd of more than sixty people – a cross-section of men, women, and children from around the world, some in native dress.  But Rockwell had difficulty with the UN delegates agreeing to sit for the drawings, and he also had his own dissatisfactions with his art, so he set the project aside.  Some years later, in 1960, he resurrected the project, then changing its composition somewhat and using “the golden rule” as theme.  He also incorporated the phrase “Do Unto Others As You Would Have Them Do Unto You” directly into the painting using gold lettering.

Rockwell at work on “Golden Rule,” 1960.
Rockwell at work on “Golden Rule,” 1960.

The painting – which ran as a Saturday Evening Post cover on April 1st, 1961 – became a further expression of Rockwell’s inner values and interests, marking something of a turning point in his relationship with the Post, not the least of which was his depiction of people of color.  African Americans were also included in the painting and placed in prominent positions – one as a Ruby Bridges-type young girl in the foreground holding her schoolbooks to her chest, and another as a middle-aged black man in a white shirt in the upper right corner looking out at the viewer.  Art critics have noted that these African American depictions were positive portrayals that broke with the traditional servile stereotypes at the Saturday Evening Post.  And along with the other Asians and Africans shown, were Rockwell’s way of following his  conscience and “integrating” a Saturday Evening Post cover on his own.  Rockwell also incorporated a portrayal of his second wife, Mary, in the painting.  Mary was the mother of their three sons and had passed away in 1959.  She is shown in the right middle of the painting holding their grandson she never saw.  Rockwell is believed to have completed this painting in November 1960.  He was later presented with the Interfaith Award from the National Conference of Christians and Jews for the painting, a citation he treasured.

Rockwell’s last cover for the Post, Dec 1963, an earlier JFK portrait.
Rockwell’s last cover for the Post, Dec 1963, an earlier JFK portrait.

By late 1963, Rockwell was about to embark on a career change.  He was in his 60s by this time.  The cover art at the Saturday Evening Post pretty much continued to focus on Americana and everyday life as it had in the past.  Inside the magazine, however, there were contemporary stories of the day; the magazine was slowly changing.

Still, Rockwell had become frustrated by the limits the Post had imposed upon his art, especially regarding political themes and social concerns.  By then he had begun thinking about and moving on to other subject matter.  So in December 1963, he ended his near half-century with the Saturday Evening Post. 

Rockwell’s final cover for the magazine appeared in mid-December 1963.  It was actually an earlier portrait of John F. Kennedy he had done during the 1960 presidential campaign which the Post republished in a special memoriam issue that ran after Kennedy’s assassination.

Look magazine at about the time Rockwell singed on, December 1963, then featuring Hollywood’s Cary Grant & Audrey Hepburn.
Look magazine at about the time Rockwell singed on, December 1963, then featuring Hollywood’s Cary Grant & Audrey Hepburn.

Rockwell at Look

In December 1963, at the age of 68, Norman Rockwell signed on with Look magazine.  Look covers at the time dealt with contemporary subjects, celebrities, and general topics of the day, using mostly photographs.  A sample cover from December 1963 appears at left, this one also mentioning a civil rights story inside that edition.

Major circulation magazines in the early 1960s were beginning to feel the competition of television.  Collier’s had ceased publication in 1956, and even the Saturday Evening Post was feeling the heat.  Yet, Life and Look – the “picture magazines,” as they were sometimes called – remained strong, with solid advertising revenue.  Look by the mid-1960s would have some of its best years for sales and circulation.

When Rockwell began doing work for Look, Dan Mich was editor there. Mich was a supporter of thought-provoking journalism, and along with art director Allen Hurlburt, they gave Rockwell freedom to pursue his “bigger picture” interests, as he called them.  Look wanted to use Rockwell’s art as a compliment to current reportage and that gave Rockwell opportunity to pursue subject matter that interested him.

Rockwell’s third wife, Mary L. “Molly” Punderson, a fervent liberal, was an influence on Rockwell’s work through the 1960s, as was his friend and psychiatrist Erik Erickson.  And Rockwell himself, despite being tagged “conservative” by association with his Saturday Evening Post covers, had his own internal guideposts and values, as already noted above.  Rockwell was clearly more liberal/progressive than many of his Saturday Evening Post followers might have realized.  Some who knew him described him as a “strict constructionist,” especially so when it came to American values.  No surprise then, if given a subject and a free hand where American ideals such as freedom and equality of opportunity were at stake, his brush would be on the right side of those concerns.

Ruby Bridges exiting the William Frantz school in New Orleans, November 1960, with U.S. marshals.
Ruby Bridges exiting the William Frantz school in New Orleans, November 1960, with U.S. marshals.

And so it was with the Ruby Bridges episode from 1960.  Rockwell came to this particular controversy somewhat after the actual event had occurred.  The date of his painting, The Problem We All Live With, is 1963 and its use in the illustration in Look magazine appeared in January 1964.  So the Ruby Bridges painting was a studied affair for Rockwell; a project he had worked on for some time and given considerable thought to.  In November 1960, at the time of the actual incident, there had been television and news reporting of the event. Rockwell no doubt made use of this reporting and the news photographs of the event.  He also employed models to work from as he painted.

Prior to the first integration actions in New Orleans – and there were two schools involved and several black students; three at another school – politicians in Louisiana, including the state’s governor at the time, segregationist Jimmie Davis, had maneuvered to prevent and forestall the integration.  In September 1960, the schools there opened initially as segregated.  By November, however, the courts had set a deadline to begin school integration, but parents did not know which schools would be involved

“Brown vs. Board…”
Landmark Case: 1954
Ruby Bridges being escorted into school, November 1960.
Ruby Bridges being escorted into school, November 1960.

The racial integration of American public schools was triggered by a Kansas welder named Oliver Brown who wanted a better education for his children.  Brown had sought the opportunity for his daughter to attend a whites-only school that was closer to his home than the local school for blacks.  An earlier U.S. Supreme Court decision dating from 1896 had allowed for the establishment of racially-segregated schools, which the court had then deemed acceptable under the constitution, calling them “separate but equal.”  Yet most of these schools were not equal.  A long legal battle – a court fight consolidated with other similar cases using the name Brown vs. Board of Education – eventually went to the U.S. Supreme Court, where the case was argued by Thurgood Marshall, chief counsel for the National Association for the Advancement of Colored People (and who later became a Supreme Court justice).  The court unanimously ruled in Brown’s favor on May 17, 1954, and the case became a landmark ruling in ending segregation, not only in schools but throughout a wide variety of public venues.

A federal marshal driving first grader Gail Etienne to McDonogh 19 school in New Orleans, November 14, 1960, one of four black children who entered two previously all-white schools in the city. Times-Picayune photo.
A federal marshal driving first grader Gail Etienne to McDonogh 19 school in New Orleans, November 14, 1960, one of four black children who entered two previously all-white schools in the city. Times-Picayune photo.

Putting the new law into effect, however, would take years.  Initially, as Southern states and counties resisted integrating schools, federal marshals — and sometimes federal troops — had to be used to enforce the law, as in the case of Ruby Bridges in New Orleans.  In 1956, U.S. District Court Judge J. Skelly Wright ordered the desegregation of the New Orleans public schools.  After a series of appeals, Wright in 1960 set down a plan that required the integration of the schools on a grade-per-year basis, beginning with the first grade.  The New Orleans School Board then tested black kindergartners to determine the best candidates.  Six-year-old Ruby Bridges was one of six children selected; four agreed to proceed.  On November 14th 1960, Bridges integrated the William Frantz School (the other three children were assigned to the McDonogh 19 School).

Rockwell’s Ruby Bridges

Sidewalk protest in New Orleans over school integration, November 15th,1960.
Sidewalk protest in New Orleans over school integration, November 15th,1960.

Once it was revealed which schools in New Orleans were the ones chosen for the court-ordered integration, sidewalk protests ensued and white parents promptly removed their children from those schools.  However, at Ruby Bridges’ school – the William Frantz school — there were also two white parents who chose to keep their children in the school: a Christian minister’s five-year old daughter, Pamela Foreman, in kindergarten, and another white child, Yolanda Gabrielle, age six.  In addition to the jeering of Ruby, these white kids and their parents were also jeered and harassed, even beyond the school grounds.  Neighbor turned against neighbor and it got pretty ugly in those communities.

Rockwell, no doubt knew about all of this and likely read news accounts of the protests.  On November 15, 1960, The New York Times reported the greeting Ruby and her mother received as they arrived that day: “Some 150 white, mostly housewives and teenage youths, clustered along the sidewalks across from the William Franz School when pupils marched in at 8:40 am. One youth chanted ‘Two, Four, Six, Eight, we don’t want to integrate’…”

Detail from Rockwell painting: note “K.K.K.” on upper left wall.
Detail from Rockwell painting: note “K.K.K.” on upper left wall.

As four U.S. marshals arrived with Ruby and her mother, they walked hurriedly up the steps to the school’s entrance as onlookers jeered and shouted taunts.  On the sidewalk that day, assembled mothers and school students were yelling at police, some carrying signs, one held by a young boy that said, “All I Want For Christmas is a Clean White School.”  Another placard that day read: “Save Segregation, Vote States Rights Pledged Electors.”

The white parents kept up their boycott of the schools the entire year, and the protests and jeering continued periodically.  On December 2nd, 1960, for example, housewives demonstrated at the William Frantz school, one standing with a placard that read “Integration is a Mortal Sin,” citing a biblical scribe as source.

Rockwell’s painting, of course, does not capture all of this, nor was it intended to.  His focus appears to be solely on the girl, placed at center, giving no special notice to the marshals, other than they were needed, as he portrays them as anonymous and headless, from mid-torso down.  The setting around the little girl is ugly and threatening, but she is innocent and perfect, as her white dress and ribbon-tied hair suggest.  As far as she is concerned, she is just going to school.

1962: Steinbeck book.
1962: Steinbeck book.

One description of the 1960 New Orleans school integration protests that Rockwell may have read prior to or during his work on the Ruby Bridges painting was John Steinbeck’s observations of the episode, offered in his 1962 best-seller, Travels with Charley: In Search of America.  “Charley” was Steinbeck’s dog and traveling companion during his road trip around the United States.  Travels With Charley was published by Viking Press in the mid-summer of 1962, reaching No.1 on the New York Times nonfiction best- seller list October 21, 1962.  In part four of that book, Steinbeck recorded his reactions on coming to the New Orleans communities where the school integration controversy had flared, and he came away gravely saddened by what he saw.  In his book, Steinbeck offered a detailed account of Ruby Bridges’ arrival at the elementary school and her handling by the U.S. marshals:

“…The show opened on time.  Sound of sirens.  Motorcycle cops.  Then two big black cars filled with big men in blond felt hats pulled up in front of the school.  The crowd seemed to hold its breath.  Four big marshals got out of each car and from somewhere in the automobiles they extracted the littlest Negro girl you ever saw, dressed in starchy white, with new white shoes on feet so little they were almost round.  Her face and little legs were very black against the white…The little girl did not look back at the howling crowd but from the size the whites of her eyes showed like those of a frightened fawn.  The men turned her around like a doll, and then the strange procession moved up the broad walk toward the school, and the child was even more a mite because the men were so big…”

November 1960: Demonstrators during school integration in New Orleans, Louisiana; one holding sign that reads, “Integration is A Mortal Sin.”
November 1960: Demonstrators during school integration in New Orleans, Louisiana; one holding sign that reads, “Integration is A Mortal Sin.”

Steinbeck had come to New Orleans in part to see the “cheerleaders,” as he called those then protesting New Orleans’ school integration, and he describes what he found first hand, as he witnessed some of the protests:

“…No newspaper had printed the words these women shouted.  It was indicated that they were indelicate, some even said obscene. . . . But now I heard the words, bestial and filthy and degenerate.  In a long and unprotected life I have seen and heard the vomitings of demoniac humans before.  Why then did these screams fill me with a shocked and sickened sorrow?…”

Steinbeck wrote that he knew “something was wrong and distorted and out of drawing” in what he had seen in New Orleans.  He had formerly counted himself as a friend of New Orleans; knew the city fairly well, had his favorite haunts there, and also had many treasured friends there – “thoughtful, gentle people, with a tradition of kindness and courtesy.”  Where were they now, he wondered – “the ones whose arms would ache to gather up a small, scared, black mite?”  Answering his own question, he wrote:

“…I don’t know where they were.  Perhaps they felt as helpless as I did, but they left New Orleans misrepresented to the world.  The crowd, no doubt, rushed home to see themselves on television, and what they saw went out all over the world, unchallenged by the other things I know are there….”

Another influence on Rockwell at this time was likely Erik Erikson, a psychoanalyst at the Riggs Center in Stockbridge, Massachusetts where Rockwell then lived and worked.  Erikson treated Rockwell occasionally for bouts of depression, was Rockwell’s friend, and also had a passion for civil rights.  Erikson was a colleague and mentor to a younger child psychiatrist named Robert Coles, who had begun working with Ruby Bridges and other children in the early school desegregation cases in 1961.  Coles had found that segregation had damaged the self-esteem of the little girls, and by 1963 he had written a series of articles beginning in March for The Atlantic Monthly magazine profiling Ruby Bridges’s experiences during integration of the Frantz school.  He also published The Desegregation of Southern Schools: A Psychiatric Study, a short book.  Erikson may well have made Rockwell aware of these at the time he was painting The Problem We All Live With.

Look magazine’s cover story of January 14, 1964 focused on “How We Live” – American’s homes and communities – city, farm & suburb.
Look magazine’s cover story of January 14, 1964 focused on “How We Live” – American’s homes and communities – city, farm & suburb.

It appears Rockwell began working on the Ruby Bridges painting sometime in 1963, also finishing it that year.  The editors at Look decided to use it in their January 14th, 1964 edition.  On the cover of that issue, a portion of which is shown at right, Look featured photos of American homes in various urban and suburban settings, along with a few family shots, billing its cover story as: “How We Live: Up in the city, Down on the farm, Out in the suburbs.  In homes packed with pride, prejudice and love.”

There was no special mention or billing of Norman Rockwell’s painting on the cover.  The illustration would be found in the middle of the magazine as a full two-page spread with no accompanying text.  In the table of contents it was billed under “art” with the title “The Problem We All Live With.”  It appeared amidst a series of articles with titles such as: “Their First Home,” “Down On The Farm,” and “Their Dream House Is On Wheels.”  One of the stories focused on Theodore and Beverly Mason, a black family living in a mixed community in Ludlow, Ohio.

Detail from “The Problem We All Live With.”
Detail from “The Problem We All Live With.”

Rockwell’s former Saturday Evening Post fans, coming upon this painting in Look, may have been quite surprised.  In fact, the painting did elicit reaction from Look’s readers, as the magazine received letters from those who were deeply moved by it, as well as those who were angered by it.  Some analysts would later note that precisely because Rockwell was an artist dear to the hearts of many conservatives for his renderings of Americana and American values, that his “new” work on civil rights subjects may have made some of these same fans think twice about America’s racial problem at that time, helping them face up to racism.  Rockwell himself would later say of his change in subject matter: “For 47 years, I portrayed the best of all possible worlds – grandfathers, puppy dogs – things like that.  That kind of stuff is dead now, and I think it’s about time.”

March 23, 1965, Look cover.
March 23, 1965, Look cover.

Rockwell appears to have been quite comfortable with what he offered in the Ruby Bridges painting.  In fact, in a letter he later wrote to the NAACP, Rockwell offered the illustration to the civil rights group, suggesting they reproduce the illustration as a poster to publicize their progress and accomplishments.  It is not known here what the NAACP made of this offer, or if the illustration was ever used as Rockwell suggested.  Rockwell, in any case, had more work to come on civil rights issues; work that would also be published by Look magazine, two of which are explored below.

Apart from Rockwell’s work, Look also published cover stories on civil rights issues in that period.  On March 23, 1965 the magazine featured “The Negro Now” story by Robert Penn Warren on its cover, describing its content with a series of questions, also on the cover: “How far has the Negro come?,” “What is the South ready to concede?,” “What happens next in the North?,” “Can we move forward without violence?,” and “Who speaks for the Negro now?”

Rockwell’s “Southern Justice” painting of 1965, also known as “Murder in Mississippi,” depicting the killings of three civil rights workers murdered in June of 1964.
Rockwell’s “Southern Justice” painting of 1965, also known as “Murder in Mississippi,” depicting the killings of three civil rights workers murdered in June of 1964.

“Southern Justice”

Another step that Norman Rockwell took with his civil rights painting in the 1960s, came when he ventured into depicting violence then occurring in the civil rights movement.  In 1964, he began work on a painting inspired by the murder of three young civil rights workers in Mississippi in June of 1964.

The three young men – James Chaney, a 21 year-old black man from Meridian, Mississippi; Andrew Goodman, a 20 year-old white Jewish anthropology student from New York; and Michael Schwerner, a 24 year-old white Jewish organizer and former social worker also from New York – were helping to register black voters in Mississippi.   Initially, the three men were reported missing.

Within days of their disappearance, the story made national headlines, as President Lyndon Johnson ordered a massive search.  However, it turned out that shortly after midnight on June 21, 1964, the three civil rights workers were murdered by local members of the Ku Klux Klan, aided in their plot by a local police chief.  All three were beaten and then shot, and their bodies not located until August 8, 1964, found buried beneath an earthen dam.

Michael Schwerner, James Chaney and Andrew Goodman – the three civil rights workers who were murdered in Mississippi, June 1964. FBI photos.
Michael Schwerner, James Chaney and Andrew Goodman – the three civil rights workers who were murdered in Mississippi, June 1964. FBI photos.

Rockwell began work on his “Murder in Mississippi” in 1964, a painting which later used the name of the Look article that it ran with, “Southern Justice.”  Rockwell typically worked on several projects at once, but with this project, he bore in on the work exclusively for five weeks straight.  The painting, which depicts the horror endured by the three young men as they were being beaten, uses a barren, isolated rural scene as its setting, likely at the end of some dirt road in the middle of nowhere in the middle of the night.  The scene is lit only by an unseen torch.  One man is portrayed by Rockwell lying on the ground, presumably beaten, but trying, with one arm, to push himself up from the ground.  Another is standing in the glow of the attacker’s torch trying to help his colleague, who appears beaten and near death.  Analysts of this painting have noted that Rockwell, rather than actually showing the murderers in the scene, casts them instead as six ominous shadows approaching from the right, indicating that the young men are outnumbered, and also perhaps, symbolically, indicating the problem is a larger societal issue.

Norman Rockwell’s rough study sketch of beaten civil rights workers as it ran with article in Look magazine, June 29, 1965.
Norman Rockwell’s rough study sketch of beaten civil rights workers as it ran with article in Look magazine, June 29, 1965.

In considering this piece, the editors of Look were more taken with Rockwell’s initial sketch for the illustration and favored it over the finished painting, using it in the magazine.  The editors felt the coarser version offered a more powerful, emotional interpretation.  Rockwell at first disagreed with their choice but he did allow the sketch to be printed.  In the June 29, 1965 edition of Look, it ran as a single-page illustration alongside a one-page article by Charles Morgan titled, “Southern Justice,” which focused on “segregated justice” in the South, the Schwerner-Chaney-Goodman murders, other civil rights murders and beatings in the South, and the absence of black judges in Southern courts.  Rockwell’s illustration was captioned as “Philadelphia, Miss., June 21, 1964.”

As with the Ruby Bridges episode, Rockwell no doubt learned of this civil rights story through the media accounts and newspaper reporting of that day.  On June 22, 1964, for example, the New York Times ran a front-page story on the incident using the following headlines and description: “3 In Rights Drive Reported Missing; Mississippi Campaign Heads Fear Foul Play–Inquiry by F.B.I. Is Ordered….”  After the three workers were found dead, however, local officials in Mississippi refused to prosecute the suspected killers.  The U.S. Justice Department then charged eighteen individuals with conspiring to deprive the three workers of their civil rights (by murder).  Seven were found guilty on October 20, 1967, but with appeals, did not begin serving their 3-to-10 year sentences until 1970, with none serving more than six years.  Three other suspects had been acquitted, but no further legal action ensued in the case until pressure was brought decades later, in June 2005, when the state of Mississippi prosecuted and convicted Edgar Ray Killen – who planned and directed the killing – on three counts of murder.

May 3, 1966: KKK cover.
May 3, 1966: KKK cover.
June 14, 1966: Peace Corps.
June 14, 1966: Peace Corps.

Look magazine, meanwhile, went on to do other stories on civil rights issues.  Less than a year later, on May 3, 1966, Look ran a cover story on the Ku Klux Klan showing a hooded Klansman on the cover wielding two flaming torches.  Rockwell had done some other work for Look in 1965 following his Southern Justice illustration.  For the July 27, 1965 edition of Look, Rockwell did an illustration to accompany an article on President Lyndon Johnson’s War on Poverty program for the poor, entitled “How Goes the War on Poverty.” Rockwell’s illustration featured a “helping hand” clasped to another’s seeking help, superimposed over a background of diverse faces with a quote from President Johnson lettered into the painting: “Hope for the Poor, Achievement for Yourself, Greatness for Your Nation.”  In the following year, for the June 14, 1966 edition of Look, Rockwell did the cover art and four other pieces inside the magazine helping to illustrate a story on The Peace Corps – “J.F.K.’s Bold Legacy.”  Rockwell’s cover piece included a profile of John F. Kennedy and others who actually served in the Peace Corps (some of whom also modeled for Rockwell as he did the painting), including one African American female.  All were shown on the cover in profile looking left, with Kennedy in front (see cover above).  Rockwell had thrown himself into the Peace Corps project, actually visiting Peace Corps volunteers in action in Ethiopia, India, and Colombia during 1966 as he created several narrative scenes of them at work.  But Rockwell would also do more civil rights work the following year, also published in Look.

Look 1967: "Suburbia."
Look 1967: « Suburbia. »
Story: Negro in Suburbs.
Story: Negro in Suburbs.

“New Kids…”

The May 16th, 1967 issue of Look magazine was billed as “A Report on Suburbia” – with added tagline, “The Good Life In Our Exploding Utopia.”  Look’s cover for that edition also listed the line-up of suburban-related stories inside: “Parties and Prejudices,” “New Styles and Status,” Morals and Divorce, and “Teenagers in Trouble.”  One of the stories to follow was by Jack Star, entitled “Negro in the Suburbs.”  Mrs. Jacqueline Robbins, a young black housewife who then lived in the all-white Chicago suburb of Park Forest, Illinois with her chemist husband, Terry, 32, and their two sons, was quoted as saying, “Being a Negro in the middle of white people is like being alone in the middle of a crowd.”  A Rockwell illustration — entitled New Kids in the Neighborhood — ran in the middle of that article.  “Although Negroes are still a rarity in the green reaches of suburbia,” reported the Look article, “they are emerging from nearly all the large metropolitan ghettos with increasing frequency.”  In Chicago during 1966, the story explained, 179 Negro families moved into white suburbs – more than twice as many as in the previous year, seven times as many as in 1963…”

Norman Rockwell’s “New Kids in the Neighborhood” ran as full two-page centerfold in Look magazine, May 17, 1967.
Norman Rockwell’s “New Kids in the Neighborhood” ran as full two-page centerfold in Look magazine, May 17, 1967.

Rockwell’s full, two-page illustration inside this suburban-themed issue focused on a “moving-in” day scene for a new black family freshly arrived in some unnamed white suburb.  In his painting, Rockwell uses black and white children as his focal point.  The two sets of children are standing in front of a moving van sizing one another up.  The two African American kids are presumably brother and sister.  The three white kids – two boys and a girl – are kids from the neighborhood.  Rockwell has included common elements for all the kids – the boys have baseball gloves, the girls each wear ribbons in their hair, and both groups have a pet.  For the viewer, meanwhile, there is little escape, as Rockwell involves them quite directly with the central question, essentially asking them to complete the picture; asking them to think about how the interaction between these kids, their parents, their community and the larger society will unfold.

Child models used by Rockwell for “New Kids,” 1967.
Child models used by Rockwell for “New Kids,” 1967.

Students of Rockwell have noted that he often used kids in his illustrations, sometimes as neutral arbiters and non-judgmental conveyors of life situations – but also as a means of reaching out to mainstream audiences to prod, send a needed message of some kind, or raise a pointed question.  Rockwell’s two groups of kids in this painting might be seen as surrogates for the larger society, each group trying to decide what to do and whether or how to conquer that middle distance.  The issue in the New Kids painting, of course, is not only the relationships that may ensue between the kids in the weeks and months ahead, but also the larger slate of societal and democratic issues that integration then posed for the nation and its future.  The kids, in any case, are usually not the problem.  As Ruby Bridges has remarked from her own experience with integration in Louisiana, “none of us knows anything about disliking one another when we come into the world.  It is something that is passed on to us.”  Rockwell, it seems, also tried to convey some of that, featuring childhood innocence amid adult turmoil, or just letting children be children.  But Rockwell was also capable of more direct messages, using tougher themes and subject matter.

“Blood Brothers”

A black and white copy of Norman Rockwell’s “Blood Brothers” painting which he later gave to CORE.
A black and white copy of Norman Rockwell’s “Blood Brothers” painting which he later gave to CORE.

In June 1968, during a conversation at a party, Norman Rockwell hit upon an idea for a painting.  Following the assassination of Dr. Martin Luther King in April that year, there had been rioting in more than 100 U.S. cities, with a number of people killed and injured.  Rockwell was thinking of a scene resulting from this urban unrest, and he called his editor at Look, Allen Hurlburt, to get preliminary approval and begin work.  What Rockwell began to sketch were two dead men on the ground – one black and one white – both bloodied and beaten,  found on a ghetto street after a riot lying parallel to one another, their blood co-mingling in a pool on the ground.  According to the Norman Rockwell Museum, “Rockwell hoped to show the superficiality of racial differences – that the blood of all men was the same.”

Norman Rockwell, 1968, in front of easel with his “Blood Brothers” painting as shown in photograph from Ben Sonder book, “The Legacy of Norman Rockwell.”
Norman Rockwell, 1968, in front of easel with his “Blood Brothers” painting as shown in photograph from Ben Sonder book, “The Legacy of Norman Rockwell.”

Rockwell continued working on the project though June 1968 when Allen Hurlburt at Look suggested that Rockwell change the ghetto scene to a Vietnam battlefield scene.  Rockwell then had the two men in essentially the same position, now dressed in military uniform, presumably killed in action during the Vietnam War, their helmets cast beside them on the ground.  In war, of course, there was no discrimination; death and injury came to soldiers the same way, no matter if they were black or white.  At this point the painting began to be known as Blood Brothers.   However, later that fall, the editors at Look decided not to use the painting.

Rockwell wasn’t happy with the decision, did some soul searching and talked with friends about the painting, but set it aside and moved on to other work.  But later that year, Rockwell received an invitation from the Congress on Racial Equality (CORE), a civil rights group founded by students at the University of Chicago in 1942.  CORE was active in desegregation protests and sits-in from its founding, and became a leading civil rights group in the 1960s, especially in the South, and also helped sponsor the 1963 March on Washington and other events.  CORE wanted Rockwell to do an illustration for a Christmas card that the organization likely planned to use to send to its membership or perhaps for fundraising.  But Rockwell did not send the group a typical Christmas or Holiday-themed illustration.  Instead, he sent them the Blood Brothers painting.  CORE, in any case, was happy to have Blood Brothers.  However, it is not known how CORE used the painting or whether the group reproduced it for other purposes.  One account has reported that the painting is missing from the CORE collection.  The earlier studies and sketches Rockwell did for the painting are still held at the Norman Rockwell Museum in Stockbridge.

Rockwell RFK sketches.
Rockwell RFK sketches.

Rockwell, in any case, had been a very busy man in 1968.  He had done portraits of all the presidential candidates for Look magazine that year – President Lyndon Johnson and U.S. Senators Eugene McCarthy, Hubert Humphrey and Bobby Kennedy for the Democrats, and Ronald Regan, Nelson Rockefeller and Richard Nixon for the Republicans.

Also in 1968, Rockwell’s Right to Know – a painting of a diverse group of citizens addressing their government – was published in Look’s August 20th edition.  The 74 year-old artist had a number of other projects ongoing that year as well, including advertising work and illustrations for a children’s book.  He also found time that year to appear on the Joey Bishop Show and the Tonight Show with Johnny Carson.

Belated Recognition

Norman Rockwell continued painting through his 70s.  However, it was only in his latter years that his work began to be recognized for its artistic value.  During much of his professional life, especially during his Saturday Evening Post years, Rockwell’s work was dismissed by many art critics who regarded his portrayals of American life to be idealistic or too sentimental.  They did not consider him a “serious painter;” others believed his talents were wasted or put to frivolous purpose.  Yet time would work in Rockwell’s favor.

Today, his body of work, stretching over more that 60 years, is highly regarded and continues to be studied by scholars while  thousands flock to Rockwell exhibitions wherever they appear.  During his lifetime Rockwell completed some 4,000 original works, some lost to fire.  In addition to his several hundred magazine illustrations and covers for Saturday Evening Post, Look, and other publications, he also did illustrations for more than 40 books including Tom Sawyer and Huckleberry Finn; made annual contributions to the Boy Scouts of America calendars between 1925 and 1976; did illustrations for the Brown & Bigelow publishing and advertising firm between 1947 and 1964; completed numerous illustrations for booklets, catalogs, movie posters, sheet music, stamps, and playing cards; and also painted a few wall murals.  His portrait work in later years would involve a number of famous figures, among them, Judy Garland, Bob Hope, Arnold Palmer, Frank Sinatra, and John Wayne.  He also did a few unexpected pieces, such as a 1968 album cover portrait of Mike Bloomfield and Al Kooper for their rock-blues recording, The Live Adventures of Mike Bloomfield and Al Kooper.

In 1969, having lived in Stockbridge, Massachusetts for last quarter of his life, he agreed to lend some of his works to the Stockbridge Historical Society for a permanent exhibition.  Word soon spread that his works were on display there and attendance grew annually, into the thousands.  By 1973, then in his late 70s, Rockwell established a trust to preserve his collection, placed initially in a custodianship that would later became the Norman Rockwell Museum of Stockbridge.  In 1977, Rockwell was awarded the Presidential Medal of Freedom by then-President Gerald R. Ford, recognizing his “vivid and affectionate portraits of our country.”  The following year, on November 8, 1978, Rockwell died at his Stockbridge home at the age of 84.  An unfinished painting remained on his easel.

Rockwell’s “Rosie the Riveter” became a WWII & women’s rights icon. The original painting sold for .95million in 2002.
Rockwell’s “Rosie the Riveter” became a WWII & women’s rights icon. The original painting sold for .95million in 2002.

In July of 1994, the United States Postal Service issued a commemorative series of five Rockwell works including “Triple Self Portrait” and “The Four Freedoms.”  In 1999, New Yorker art critic Peter Schjeldahl said of Rockwell in ArtNews: “Rockwell is terrific.  It’s become too tedious to pretend he isn’t.”  Rockwell’s work was exhibited at the Solomon R. Guggenheim Museum in New York city from November 1999 through February 2002.

Today, Norman Rockwell originals fetch millions at auction, and in recent years the values have been jumping.  Rockwell’s Rosie the Riveter painting, used for a Saturday Evening Post cover in 1943 shown at right, was sold twice in recent years – once in 2000 for $2 million, and when resold again in May 2002, escalated to $4.95 million.  His Homecoming Marine sold for $9.2 million at auction in May 2006.  And in November 2006 at Sotheby’s in New York, Rockwell’s Breaking Home Ties sold for $15.4 million.  Collectors of Rockwell art today include the Metropolitan Museum of Art, The Smithsonian, The National Portrait Gallery, the Corcoran Gallery, George Lucas, Steven Spielberg, and others.

1994 U.S. postage stamp for Norman Rockwell’s “Freedom From Want.”
1994 U.S. postage stamp for Norman Rockwell’s “Freedom From Want.”

The Norman Rockwell Museum  in Stockbridge, MA – with visitors now trending upwards of 160,000 annually – holds the world’s largest collection of original Rockwell art, including some 574 original works as well as the Norman Rockwell Archives of photographs, fan mail, and other documents.  Rockwell’s Ruby Bridges painting – The Problem We All Live With – featured at the top of this story, is on display at the White House from June 22 – October 31, 2011.  Thereafter it is scheduled to rejoin the Rockwell museum’s traveling exhibition, “American Chronicles: The Art of Norman Rockwell.”

Other stories at this website dealing with magazine art and magazine history include: “FDR & Vanity Fair” (cover art in the 1930s);  “Murdoch’s NY Deals” (history of New York magazine, 1970s);  ”Remington’s West” ( art & John Hancock advertising, 1959); and “Christy Mathewson” (art & John Hancock advertising, 1958).  Thanks for visiting. – Jack Doyle

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Date Posted:  September 23, 2011
Last Update:  September 26, 2011
Comments to: jdoyle@pophistorydig.com

Article Citation:
Jack Doyle, “Rockwell & Race, 1963-1968,”
PopHistoryDig.com, September 22, 2011.

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Sources, Links & Additional Information

1940s: Norman Rockwell at work on a magazine cover.
1940s: Norman Rockwell at work on a magazine cover.
"Thataway" - March 1934 Saturday Evening Post cover; example of early "rule" on African American depiction.
« Thataway » – March 1934 Saturday Evening Post cover; example of early « rule » on African American depiction.
Nov 29, 1960: White parent, Rev. Lloyd Foreman (left) walks his five-year-old daughter Pam to the newly integrated William Frantz School where they were blocked by jeering crowd. At right is AP reporter Dave Zinman. AP photo.
Nov 29, 1960: White parent, Rev. Lloyd Foreman (left) walks his five-year-old daughter Pam to the newly integrated William Frantz School where they were blocked by jeering crowd. At right is AP reporter Dave Zinman. AP photo.
Nov 30, 1960: White parent Mrs. James Gabrielle, with police escort, is harassed by protestors as she walks her young daughter home after day in the newly integrated William Frantz school in New Orleans. Crowd wanted total white boycott. AP photo.
Nov 30, 1960: White parent Mrs. James Gabrielle, with police escort, is harassed by protestors as she walks her young daughter home after day in the newly integrated William Frantz school in New Orleans. Crowd wanted total white boycott. AP photo.
Rockwell’s “Breaking Home Ties,” SEP cover art of Sept 25, 1954, depicts father and son sitting on automobile running board as son departs for college, sold for 15.4 million dollars at Sotheby's auction in 2006.
Rockwell’s “Breaking Home Ties,” SEP cover art of Sept 25, 1954, depicts father and son sitting on automobile running board as son departs for college, sold for 15.4 million dollars at Sotheby’s auction in 2006.
Norman Rockwell’s “Saying Grace,” SEP cover art of Nov 24, 1951 and a fan favorite, depicts an older women and young boy giving thanks for their meal at a shared table amid busy scene in a working class restaurant.
Norman Rockwell’s “Saying Grace,” SEP cover art of Nov 24, 1951 and a fan favorite, depicts an older women and young boy giving thanks for their meal at a shared table amid busy scene in a working class restaurant.
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“The Art of Rockwell” (Gallery), New York Times.com, February 2009.

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The Saturday Evening Post: Norman Rockwell Covers,” My-Mags.com.

Life Covers: Civil Rights,” Photo Gallery, Life.com.

See Also, These Stories:

Jack Doyle, “Dylan: Only A Pawn…, 1963″ ( Bob Dylan’s Medgar Evans song & other civil rights music, w/video link ), PopHistoryDig.com, November 23, 2010.

Jack Doyle, “Strange Fruit, 1939″ ( Billie Holiday song history & bio ), PopHistoryDig.com, March 7, 2011.

Jack Doyle, “Motown’s Heat Wave, 1963-1966″( pop music history, 1960s), PopHistoryDig.com, November 7, 2009.

Jack Doyle, “Reese & Robbie, 1945-2005″ (Brooklyn baseball statue of Jackie Robinson & Pee Wee Reese), PopHistoryDig.com, June 29, 2011.

Jack Doyle, “When Harry Met Petula, April 1968″(television, music & civil rights history), PopHistoryDig.com, February 7, 2009.

Voir aussi:

Norman Rockwell

Once upon a time there was the American dream…

The artist’s paintings on display in New York next to the photos from which they were taken. The photographic sets were mounted with impeccable attention to the details.

His extraordinary capacity to render the atmosphere of an epoch. His commitment to civil rights behind an apparent naivety

Tiziano Thomas Dossena

I live in Crestwood, an idyllic neighborhood in the city of Yonkers, which is just north of the Bronx. Here, many years ago, Norman Rockwell, (New York, 1894 – Stockbridge, Massachusetts, 1978) the great American artist, had chosen to depict the local train station in one of his magnificent paintings (Commuters, 1946). When I saw it for the first time I realized why he had become an icon in the American art world. The painting was “alive” in all senses. Not only were the images carefully studied and replicated, but the overall feeling of the composition conveyed the mood, the characteristics of that community at that time, or at least it gave the impression of doing so. I admired his work without realizing what it really entailed.

It took a visit to the exhibition Norman Rockwell: Behind the Camera (one of Norman Rockwell Museum’s traveling exhibition, on until April 10th at the Brooklyn Museum) to open up a new world to me about his painting techniques and his deeply professional artistic approach to reality as he chose to reproduce it.

I always knew he used models for his paintings, but never realized that he staged their positions, photographed them and then painted them, always retaining the original idea, but adding his own particular twist to the images. He used these photographs as building blocks for his compositions, allowing him to develop flawless images which have enhanced and beautified the covers of many popular American magazines and advertisements for almost 60 years. In the exhibition, organized by the Norman Rockwell Museum, some of the artist’s photographs (spanning from the early ‘40s to the late ‘60s) are placed alongside his paintings, drawings, and commercial illustrations to enlighten us about the working process of one of America’s most beloved artists.

A superlative narrator of the American way of life through his popular illustrations, Norman Rockwell stood for what is right in American life even when he portrayed scenes that depicted controversial situations such as struggles for civil rights, the war on poverty and discrimination.

Rockwell, unlike Walter Molino in Italy, aimed at something more than to illustrate an episode or an attribute of the society of which he was such an outstanding member. He may have been appearing to recreate endearing and adorable images of little girls dealing with approaching adulthood, boys’ exchanges with bullies and children’s escapades. His illustrations or paintings, which always brought a smile to the face of the viewer, clearly give the first impression of having been just simply created for the visual enjoyment of the readers. Observing his work, though, we may notice two major tendencies developing through the years. The first is the complexity of the pictures, which tended to acquire more and more details, and the second is the depth of the message that came with the image. His details allow for an educational experience about the specific decade in which the painting was produced. Nothing is left to chance. The clothing, the gadgets, the cars, the houses and all the particulars that pervade his creations are true to life and reflect his exactness. In the painting New Kids in the Neighborhood(1967), for example, the cat that the little black girl is holding in her hands is white, while the puppy alongside the white kids is black, a silent comment on the unimportance of color, and both the black boy and the white one carry baseball gloves, a common bond that will allow for the overcoming of prejudice.

Moreover, Rockwell also stood for an America free of the bigotry, discrimination and racism which had characterized it throughout his lifetime. He expressed what the common decent citizen of that country felt and was sometimes too timorous to articulate: America was a beautiful country, but changes had to come, as they eventually did. He was criticized at first for his adamant pro-civil rights stand and his portrayals of delicate situations aimed at awakening the American fairness, in which he undoubtedly believed. However, even that criticism could not damage his powerful and undisputed artistic reputation.

His art was more than messages about the rights of the underprivileged. The America one may see and appreciate through his magnificent art work is a sanguine, true to itself, sometimes slightly kitsch but always fascinating, intriguing and unique America, the land of liberty, Coca Cola, skyscrapers and the bald eagle, the land of Norman Rockwell. That is why, even today, as I pass by Crestwood station, I can’t help but smile, reliving that image in my mind as if it was the first time.


Polémique Guéant: Nous le croyions lepéniste et voilà qu’il est bushiste! (God help us all: Bush is back… in France!)

13 février, 2012
Certains m’appellent l’Américain. J’en suis fier … Je partage beaucoup de valeurs américaines. Nicolas Sarkozy (2004)
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Nous n’avons pas besoin à la tête de l’Etat de quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des Etats-Unis. Laurent Fabius
Sarkozy couché comme un chiot devant son maître … Henri Emmanuelli
Sarkozy fait une campagne à la Hollywood. Le Pen
Sarkozy est le candidat des Etats-Unis. Il ferait mieux de ne pas trop le dire… Pierre Messmer
Nicolas Sarkozy parle avec un accent nouveau à l’Amérique. Il n’y a pas chez lui ce classique réflexe antiaméricain de la plupart des hommes politiques français. A l’inverse de Villepin, il dit qu’on ne se bâtit pas contre les Etats-Unis, mais à côté d’eux.» Sarkozy a «pris un risque réel en refusant de jouer sur les penchants antiaméricains de l’opinion publique. Dominique Moïsi
Je vais voter pour lui (M. Hollande), sauf si Juppé se présente parce que j’aime bien Juppé. Chirac
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Mon propos ne concerne pas n’importe quelle langue, mais l’anglais. L’anglais, dont la diffusion mondiale est accompagnée d’une certaine idéologie néolibérale, dont l’ensemble du monde est à la fois l’auteur et la victime. (…) les contenus culturels véhiculés par la langue anglaise apportent avec eux une certaine conception du monde, à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer. La musique pop, par exemple, ou bien le rock sont à mes yeux un instrument de très forte homogénéisation du monde et de stérilisation de la créativité.
Les cultures ne se greffent pas les unes aux autres ; elles s’affrontent. Et, au risque de vous décevoir, la coexistence pacifique n’est pas au programme. La Chine conçoit la diffusion de sa culture et de sa langue de manière offensive, et non pas comme un simple effort vers la sinisation du monde, en réponse à l’américanisation. Bien sûr, certains vous diront que l’affrontement des cultures est un enrichissement permanent. Lorsqu’on est adulte, peut-être. Mais les enfants ? Ont-ils les armes de la critique pour faire leurs propres choix ? Je suis contre l’idée d’imposer l’anglais comme langue unique enseignée à l’école primaire. (…) Les enfants de l’Allemagne nazie recevaient l’idéologie à l’école.  
le russe, même à l’apogée de la puissance soviétique sous Brejnev, n’a jamais eu pour vocation de devenir une langue mondiale. Naturellement, il y a eu une tentative de diffusion de la culture et de la langue russes dans les démocraties populaires, et dans les États satellites – le « glacis de l’URSS » – on enseignait le russe à l’école. Mais, pour autant, on n’a jamais empêché d’apprendre le hongrois à Budapest ou le roumain à Bucarest ! Or, la vocation de l’anglais depuis la victoire de 1945 et jusqu’aux années 80, quand le monde a commencé à remettre en question la domination américaine, était planétaire.
En dépit du déclin évident, la force de résurgence reste extrêmement puissante. Regardez le monde dans lequel on vit : nos valeurs, nos comportements, le commerce… J’ai appris récemment que certaines entreprises françaises demandaient à leurs salariés de soumettre leurs requêtes administratives en anglais ! Autrement dit, la propagation ne relève plus des États-Unis eux-mêmes, mais des pays concernés, qui deviennent demandeurs et promoteurs de la pensée unique.
Je ne fais que reprendre l’idée de Carter ou de Brzezinski : on ne doit pas sous-estimer la lutte idéologique. Ce que les Américains appellent soft power. Un pouvoir non plus fondé sur les armes, mais sur des contenus, dont les Américains se sont aperçus qu’ils étaient bien plus efficaces que l’affrontement physique. Lorsque vous diffusez les mots, vous diffusez les contenus qu’ils véhiculent. (…) le néolibéralisme, avec son vocabulaire des affaires, du commerce et son obsession du rendement et de l’argent, s’installe pleinement dans l’histoire. Claude Hagège
Souvenez-vous George W. Bush. La différence de nature et de «qualité» des civilisations est à la base de l’idéologie néoconservatrice américaine qui rejette le multiculturalisme. Les néoconservateurs sont de retour. Pas aux Etats-Unis où ils se sont faits tout petits depuis le départ de George W. Bush, le fiasco de leur croisade en Irak et la montée du tea party qui leur a disputé les faveurs des républicains. Ils sont de retour en France. (…)  le ministre de l’intérieur Claude Guéant (…)  cite mot pour mot une des thèses fondamentales du néoconservatisme. (…)  il est dans la droite ligne des penseurs qui ont inspiré les néoconservateurs américains depuis la fin des années 1960 jusqu’au deuxième mandat de George W. Bush. Daniel Vernet

Nous le croyions lepéniste et voilà qu’il est… bushiste!

A l’heure où, à trois mois d’une élection qui devrait enfin rendre au Pays des Droits de l’Homme son bon vieux bon sens corrézien qui il y a presque dix ans l’avait vu courageusement  défendre le pauvre Saddam contre le cowboy Bush, le Collège de France nous défend contre la « destruction mentale » venue vous savez d’où …

Et où, entre palme cannoise, Baftas et Oscars et sans compter les Globes et autres Césars, les premiers acteur et film français (mais avec titre anglais et en forme d’hommage au cinéma américain et… muet!) pourraient bien rafler la mise de l’ensemble des récompenses du cinéma mondial …

Retour, avec Daniel Vernet et le site Slate, sur la polémique Guéant.

Où l’on découvre que le ministre de l’Intérieur de Sarko l’Américain est en fait (mais bon sang mais c’est bien sûr!) … un sous-marin de Bush!

Claude Guéant est un néoconservateur à l’américaine

Daniel Vernet

Slate

06.02.12

Souvenez-vous George W. Bush. La différence de nature et de «qualité» des civilisations est à la base de l’idéologie néoconservatrice américaine qui rejette le multiculturalisme.

Les néoconservateurs sont de retour. Pas aux Etats-Unis où ils se sont faits tout petits depuis le départ de George W. Bush, le fiasco de leur croisade en Irak et la montée du tea party qui leur a disputé les faveurs des républicains. Ils sont de retour en France.

Quand au cours d’une réunion le 4 février en présence de l’UNI, mouvement étudiant proche de la droite populaire, le ministre de l’intérieur Claude Guéant déclare: «Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas», il cite mot pour mot une des thèses fondamentales du néoconservatisme.

Quand il ajoute: «Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation», il est dans la droite ligne des penseurs qui ont inspiré les néoconservateurs américains depuis la fin des années 1960 jusqu’au deuxième mandat de George W. Bush.

Contre le multiculturalisme

Il serait toutefois un peu rapide d’accuser Claude Guéant de vouloir rallumer le conflit de civilisations. D’abord parce que le livre de Samuel Huntington (qui n’était pas à proprement parler un néoconservateur) sur le Clash of Civilisations soulignait les différences entre civilisations plus qu’il ne prévoyait, et a fortiori encourageait, une guerre entre elles.

Ensuite parce que cette récusation du relativisme par les néoconservateurs était inspirée par deux autres penseurs américains, Leo Strauss et Allan Bloom. Le premier trouvait dans l’exégèse des textes des Anciens, essentiellement les Grecs, la matière à une critique du libéralisme issu du siècle des Lumières. Non qu’il fut un adversaire du libéralisme. Mais il pensait que libéralisme se trouvait face à une contradiction.

D’un côté, il était issu de la tradition occidentale et en défendait les valeurs (qui se retrouvent dans la déclaration d’indépendance des Etats-Unis ou dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789). De l’autre, en admettant le relativisme au nom de la liberté de pensée, le libéralisme sapait ses propres bases. Leo Strauss illustrait cette contradiction par une boutade. «Si toutes les valeurs sont relatives, disait-il, alors le cannibalisme est une affaire de goût.»

Dans The Closing of the American Mind, paru en français en 1987 sous le titre L’Âme désarmée, Essai sur le déclin de la culture générale, Allan Bloom développe cette critique du relativisme et s’en prend au multiculturalisme qui, au nom de la coexistence pacifique entre les cultures, amène les Occidentaux à taire leurs valeurs et leur caractère universel.

Ce que Claude Guéant exprime à sa manière: les civilisations «qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation».

Un débat qui mérite mieux

Peut-être est-ce faire au ministre de l’Intérieur un grand honneur que de mettre son discours en relation avec des penseurs américains qui ont eu leur heure de gloire outre-Atlantique. Mais cette renommée ne s’est pas limitée aux milieux conservateurs. Elle a aussi influencé certains libéraux dits internationalistes qui ont approuvé la «guerre contre le terrorisme» islamique de George W. Bush au nom de la défense universelle des droits de l’homme.

Autant dire que ce n’est pas un débat médiocre ni simplement politicien opposant la droite et la gauche. Encore faudrait-il qu’il se tienne dans la sérénité et qu’il ne soit pas instrumentalisé pas à la veille d’une élection présidentielle dans le but tactique évident de ratisser large sur les terres de la droite et de l’extrême-droite.

Voir aussi:

Hagège : « L’anglais détruit notre pensée »

Dans « Contre la pensée unique » (Odile Jacob), Claude Hagège, professeur au Collège de France, pourfend l’anglais comme vecteur de pensée unique et en appelle au sursaut.

Le Point

19/01/2012

Le Point : Vous affirmez que la propagation d’une langue engendre une pensée unique. Pourquoi ?

Claude Hagège : Attention, la propagation d’une langue en général – et ce fut le cas du latin pendant des siècles en Europe et au-delà – n’implique pas de danger d’homogénéisation de la pensée. Elle a, bien au contraire, favorisé sa multiplicité. Mon propos ne concerne pas n’importe quelle langue, mais l’anglais. L’anglais, dont la diffusion mondiale est accompagnée d’une certaine idéologie néolibérale, dont l’ensemble du monde est à la fois l’auteur et la victime. La propagation d’une langue n’est pas nécessairement négative. Elle peut servir les besoins ou les désirs d’une population, comme ce fut le cas des langues véhiculaires de vaste diffusion.

N’est-ce pas le cas de l’anglais, justement ?

Absolument. À ceci près que les contenus culturels véhiculés par la langue anglaise apportent avec eux une certaine conception du monde, à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer. La musique pop, par exemple, ou bien le rock sont à mes yeux un instrument de très forte homogénéisation du monde et de stérilisation de la créativité.

N’est-ce pas un peu exagéré ?

Pas du tout. Il n’y a qu’à voir la tête de mes étudiants lorsque je leur traduis les chansons à la mode en ce moment ! Il est profondément déculturant d’adhérer à un mode de pensée sans pour autant nécessairement le comprendre.

Vos craintes ne sont donc pas spécifiquement liées à l’anglais… Et si des morceaux chinois déferlaient sur nos ondes dans quelques années ?

En effet, la pensée unique n’est pas attachée par essence à une langue en particulier. Le chinois est d’ailleurs en passe de devenir une langue à diffusion mondiale, avec ses 1 200 instituts Confucius à travers le monde. À l’avenant de leur montée en puissance économique et politique, les Chinois sont en train de faire tout ce qu’ils peuvent pour répandre leur langue et leur culture. Il s’agit ni plus ni moins d’une attitude d’affrontement contre l’anglais afin d’en offrir une alternative. Le chinois pourrait donc à son tour parfaitement diffuser des contenus qui finiraient par répandre une certaine forme de pensée unique.

Est-il idéaliste de croire en une superposition des cultures ?

C’est un voeu tout à fait méritoire. Mais en partie illusoire. Les cultures ne se greffent pas les unes aux autres ; elles s’affrontent. Et, au risque de vous décevoir, la coexistence pacifique n’est pas au programme. La Chine conçoit la diffusion de sa culture et de sa langue de manière offensive, et non pas comme un simple effort vers la sinisation du monde, en réponse à l’américanisation. Bien sûr, certains vous diront que l’affrontement des cultures est un enrichissement permanent. Lorsqu’on est adulte, peut-être. Mais les enfants ? Ont-ils les armes de la critique pour faire leurs propres choix ? Je suis contre l’idée d’imposer l’anglais comme langue unique enseignée à l’école primaire. Les enfants devraient, dès l’âge de 5 ans, se familiariser avec plusieurs langues à large diffusion, comme l’italien, l’allemand, le portugais ou l’espagnol. Les enfants de l’Allemagne nazie recevaient l’idéologie à l’école.

Justement, la culture soviétique a bien été imposée aux pays de l’ex-URSS…

Mais on ne leur imposait pas de parler russe ! C’était certes la langue de l’Union, mais le lituanien, le letton, le roumain, l’ukrainien, le biélorusse étaient-ils pour autant pourchassés ? Aucun effort n’a jamais été fait pour briser l’attachement des peuples à leur langue maternelle. Avec le rejet du communisme et du marxisme, le russe a été boudé quelque temps. Mais, après cette période de désaffection consécutive à la dislocation de l’Union soviétique, il reprend peu à peu sa valeur de langue régionale, qui le caractérisait déjà à l’époque des tsars. Si vous vous rendez aujourd’hui dans les républiques musulmanes d’Asie centrale, vous vous apercevrez que ce ne sont pas forcément des gens de 30 ou 40 ans qui parlent le russe. Les enfants l’apprennent aussi à l’école. De la même manière, en Estonie, on parle, bien sûr, l’estonien, mais le russe est bien plus important en termes de diffusion. Idem au Kazakhstan ou en Ukraine. Les langues nationales ont-elles pour autant disparu ? Elles sont encore très vivaces.

Alors, pourquoi le français devrait-il se sentir menacé ?

Parce que le russe, même à l’apogée de la puissance soviétique sous Brejnev, n’a jamais eu pour vocation de devenir une langue mondiale. Naturellement, il y a eu une tentative de diffusion de la culture et de la langue russes dans les démocraties populaires, et dans les États satellites – le « glacis de l’URSS » – on enseignait le russe à l’école. Mais, pour autant, on n’a jamais empêché d’apprendre le hongrois à Budapest ou le roumain à Bucarest ! Or, la vocation de l’anglais depuis la victoire de 1945 et jusqu’aux années 80, quand le monde a commencé à remettre en question la domination américaine, était planétaire.

Mais aujourd’hui, à l’heure où l’on annonce le déclin américain, à quoi bon s’inquiéter ?

En dépit du déclin évident, la force de résurgence reste extrêmement puissante. Regardez le monde dans lequel on vit : nos valeurs, nos comportements, le commerce… J’ai appris récemment que certaines entreprises françaises demandaient à leurs salariés de soumettre leurs requêtes administratives en anglais ! Autrement dit, la propagation ne relève plus des États-Unis eux-mêmes, mais des pays concernés, qui deviennent demandeurs et promoteurs de la pensée unique. Regardez Bruxelles et les institutions européennes : tout s’effectue en anglais. Et les écoles de commerce ? Il s’est passé en France le même phénomène que pour les grandes inventions. On a créé des besoins qui n’existaient pas par les instruments mêmes qui étaient destinés à les combler. La profession de manager ne correspond en rien à une réalité française.

N’êtes-vous pas un peu réactionnaire ?

C’est incroyable que le fait de promouvoir une identité nationale s’apparente à jouer le jeu des partis de droite ! La défense des identités nationales est une idée républicaine et parfaitement démocratique. Pensez à la Révolution. La langue française n’apparaît-elle pas dans la Déclaration des droits de l’homme comme porteuse de liberté ? C’est le contraire même de la réaction. Dans mon livre, je ne défends pas une langue imposée, mais plutôt la diversité des langues.

Diffuser les mots, est-ce nécessairement en partager l’idée ?

Je ne fais que reprendre l’idée de Carter ou de Brzezinski : on ne doit pas sous-estimer la lutte idéologique. Ce que les Américains appellent soft power. Un pouvoir non plus fondé sur les armes, mais sur des contenus, dont les Américains se sont aperçus qu’ils étaient bien plus efficaces que l’affrontement physique. Lorsque vous diffusez les mots, vous diffusez les contenus qu’ils véhiculent. Ainsi, je n’emploie jamais les termes de « planning » ou de « timing », qui, même pour un Anglo-Saxon, ne signifient pas « programme ». Il vaut mieux dire schedule. De la même façon, un « dancing » n’est pas plus un mot anglais que français pour désigner un endroit pour danser. Il désigne en effet une action, et non un lieu ! Le risque est de perdre les deux langues, sa langue maternelle et celle d’emprunt. Tout cela parce qu’une expression est à la mode. Pardon, je devrais dire « tendance », comme on dit maintenant… Ce mot qu’on croit français, mais qui vient de « tendancy ». Même « mode » est démodé, vous imaginez !

Mais quel mot de notre lexique n’emprunte pas à d’autres langues ? N’est-ce pas l’essence même d’une langue d’évoluer ?

Vous avez raison. Le français est à 90 % latin. Évidemment, les langues vivent d’emprunts. Mais c’est un phénomène à évaluer en fonction d’un seuil. En deçà de 7 à 10 %, l’emprunt est vivant, alimente et enrichit. De 10 à 15 %, on est sur le chemin de l’indigestion. Au-delà de 25 %, on doit craindre une menace. À partir de 70 %, on parlera davantage de substitution.

L’invasion de l’anglais n’est peut-être qu’éphémère…

S’il s’agit d’expressions pour désigner certains comportements, oui. Les emprunts d’indices économiques pourraient parfaitement s’évaporer si ces valeurs disparaissaient. Mais, précisément, le néolibéralisme, avec son vocabulaire des affaires, du commerce et son obsession du rendement et de l’argent, s’installe pleinement dans l’histoire.

Propos recueillis par Victoria Gairin

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Repères

1955 : Entrée à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.

1958 : Agrégation de lettres classiques.

Depuis 1966 : Enquêtes de terrain sur diverses langues des cinq continents.

1968-1972 : Diplômes d’arabe, de chinois, d’hébreu, de japonais, de russe aux Langues orientales.

1985 : L’homme de paroles (Fayard).

1987 : Le français et les siècles (Odile Jacob).

Depuis 1988 : Professeur au Collège de France.

1991 : Doctorat d’État en linguistique générale.

1992 : Le souffle de la langue  » (Odile Jacob).

1996 : Le français, histoire d’un combat (Odile Jacob).

2000 : Halte à la mort des langues (Odile Jacob).

2006 : Combat pour le français. Au nom de la diversité des langues et des cultures (Odile Jacob).

2009 : Dictionnaire amoureux des langues (Plon/Odile Jacob).


Langue française: Je n’aime pas le show off (Pardon my English)

19 novembre, 2011
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
Le ministère de l’Éducation nationale est passionnant mais difficile. J’avais à conduire un certain nombre de chantiers. J’ai travaillé. Je n’aime pas le show off. J’avance step by step. On entre dans une séquence politique intéressante. Ma seule préoccupation est la réélection du président de la République. Luc Chatel
 Français, pour exister, parlez English!  Frédéricic Martel
Le français a fini par devenir une langue africaine à part entière. Achille Mbembe
Qu’est-ce qu’une université? Selon les critères du classement international des institutions d’enseignement supérieur, la bonne université est celle qui, à défaut d’être anglo-saxonne, est composée de professeurs qui se font un point d’honneur d’être publiés dans des revues de langue anglaise et qui, pour faire une impression favorable aux directeurs de ces revues, n’hésiteront pas à s’exprimer en anglais dans les congrès, même s’ils maîtrisent mal cette langue. Jacques Dufresne
Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation. Michel Serres

A l’heure où, l’Europe et la France en particulier s’apprêtent à payer comptant le refus pendant des décennies de s’occuper de sa dette et où les bons vieux réflexes d’antiaméricanisme reprennent du service …

Et où, après une énième affaire de plagiat et un remarquable petit numéro de snobisme culturel, nos ministres  ou anciens ministres multiplient les gaffes juste pour exister …

Retour, avec une intéressante tribune du professeur québecois Marc Chevrier, sur la « fatigue linguistique de la France » …

La fatigue linguistique de la France

Marc Chevrier

Professeur au département de science politique, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Texte mis à jour le 20 juillet 2010.

Présentation

Quand la France s’anglicise avec enthousiasme et désinvolture, bien au-delà de ce qu’exigent ses intérêts, quand elle donne l’exemple du zèle dans la soumission au nouvel empire, elle trahit ceux et celles qui depuis Léopold Senghor ont cru à une universalité de la culture française qui survivrait au déclin du pouvoir politique de la France. Le prestige de la culture grecque n’avait-il pas survécu à l’affaiblissement de la Grèce? Marc Chevrier s’interroge ici sur les manifestations et les causes de cette fatigue linguistique de la France, dont il craint qu’elle ne soit le signe d’une fatigue culturelle plus inquiétante encore.

Extrait

« La fin du pouvoir politique français a précipité la fin de la langue française. Même les élites françaises ont jeté la serviette. Elles s’en contrefichent. Elles se sont toutes mises à l’anglais. Et même la classe ouvrière, je ne parle pas que des immigrants, ne se soucie guère non plus de préserver l’intégrité de la langue. » Le New-York Times citant Éric Zemmour.

Texte

Si l’on en croit le médiateur de la République française, Jean-Paul Delavoye, la société française est « fatiguée psychiquement » i. Il semble, toutefois, que la langue française souffre aussi de langueur. Dans son édition du 25 avril 2010, le New York Times a fait écho à la polémique suscitée par le dernier livre du journaliste Éric Zemmour, Mélancolie française, qui raconte comment la France a renoncé à son rêve impérial pour se soumettre à d’autres ambitions non moins impériales, allemande, anglaise ou américaine. Interrogé par le quotidien new-yorkais sur l’avenir du français, l’auteur ne mâche pas ses mots (traduction libre): « La fin du pouvoir politique français a précipité la fin de la langue française. Même les élites françaises ont jeté la serviette. Elles s’en contrefichent. Elles se sont toutes mises à l’anglais. Et même la classe ouvrière, je ne parle pas que des immigrants, ne se soucie guère non plus de préserver l’intégrité de la langue. » ii Partant de cette mélancolique déploration, le journaliste américain fait pourtant sonner deux notes positives en faveur du français. Malgré tous les sombres pronostics sur l’avenir de la langue, plus de la moitié des francophones vivent hors de l’Hexagone, principalement en Afrique. La France n’est plus qu’une grosse île de 65 millions d’habitants parmi une communauté de 200 millions de locuteurs francophones. Et ce renversement démographique explique aussi sans doute pourquoi les meilleurs défenseurs actuels de la langue française proviennent aujourd’hui de l’extérieur de la francophonie hexagonale, pensons au russe Andreï Makine, à la canadienne Nancy Huston ou à l’algérien Mohammed Moulessehoul (alias Yasmina Khadra).

Il est quand même curieux qu’il faille attendre la paternelle sollicitude d’un grand quotidien américain pour rappeler aux Français l’étrange relation qu’ils entretiennent à l’égard de leur langue. Or la grande question soulevée par l’article du New York Times, que le journaliste évoque sans trop insister, est bien sûr ce phénomène d’anglomanie qui semble se généraliser dans toute la France et dont les illustrations ne laissent pas d’étonner. La langue de tous les jours en est affectée ; dans les commerces, les médias, les publicités, en politique, on emprunte directement à l’anglais pour faire moderne, tendance, à la page, pour se distinguer de la « plèbe » restée franchouillarde, pour marquer son appartenance à un monde unifié, globalisé, interconnecté, électrostatique, sans frontières. Les emprunts à l’anglais sont de plus en plus délibérés, choisis à la manière d’une signature, d’un logo, d’une image de marketique qu’on lance à la volée pour épater le Gaulois ; plus l’emprunt est fracassant, grossier, tonitruant, meilleure est la réclameiii. Ainsi à la télévision française organise-t-on des « Talk », comme si la langue française était sans ressource pour nommer une émission de variété. Même le monde de la littérature se place sous le patronage de l’anglo-américain. Ainsi, s’inspirant du Courrier International, pourtant fondé comme une entreprise d’ouverture à la diversité linguistique, un magazine de recensions de livres a pris le nom de Books iv, façon désinvolte d’annexer une publication française au modèle anglo-saxon de revue littéraire (comme le New York Review of Books). Sur la scène parisienne, se faire jouer les trésors de la littérature française en anglais semble être du plus grand chic : ainsi le renommé théâtre du Châtelet a-t-il mis à l’affiche du 28 mai au 4 juillet 2010 une production anglaise de la comédie musicale Les Misérables d’Alain Boublil et de Claude-Michel Schönberg originalement conçue en français d’après le célèbre roman de Victor Hugo. (Quand verra-t-on sur les scènes londoniennes une comédie musicale Hamlet ou King Lear en français?) Dans les grandes entreprises françaises, l’anglais a supplanté le français dans les rouages névralgiques; mêmes les entreprises à vocation strictement nationale voient arriver à leur tête des armées de jeunes managers formés à l’anglo-saxonne, pressés d’appliquer les recettes apprises en anglais à la lecture de manuels américains. Les universitaires français se convertissent aussi frénétiquement à l’anglais. Le prestige des publications dans les grandes revues et maisons d’éditions françaises a faibli ; les embauches dans les universités, les promotions, les honneurs se jouent de plus en plus sur la capacité à publier en anglais dans les forums mondialement cotés, à s’insérer dans les réseaux de recherche « européens » où tout se décline en anglais. Les grandes écoles et les universités françaises, au nom d’une autonomie fraîchement accrue, multiplient les programmes et les formations bilingues ou donnés strictement en anglais, dans l’espoir de toucher une part du marché lucratif des étudiants étrangers qui rêvent de vivre « a french experience » sans dépaysement linguistique. Il n’est pas rare que des professeurs français se vantent de donner leur cours en anglais, sans protestation des bacheliers français, au grand dam des étudiants…. étrangers que la France séduit encore par la langue et la culture. Même le vocabulaire de la politique française se ressent de cette anglomanie. Le secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a proposé en avril 2010 de renouveler les politiques sociales françaises en s’inspirant du « care » britannique v. La diplomatie française s’est mise aussi à l’english, en publiant, sous l’impulsion de Bernard Kouchner, ses cahiers (Mondes) en version bilingue. On applaud it même en France à « l’impérialisme cool de l’anglais », ainsi que l’a fait le thuriféraire de la culture américaine Frédéric Martel, dans un texte publié dans Le Point du 28 juillet 2010, « Français, pour exister, parlez English », où il clame sans ambages sa conviction que le français est incapable d’être autre chose qu’une langue de Gaulois rétifs à la modernité, sans dimension internationale ni même européenne.

Si le français fut l’une des langues fondatrices de la construction européenne, il se recroqueville aujourd’hui dans l’arrière-cour de l’Union européenne, détrôné par un « euroglish » triomphant. En 1997, 41% des textes traduits par la Commission européenne étaient des originaux français, contre 12% en 2008, alors que la proportion des textes anglais originaux, de 45% qu’elle était en 1997, est montée à 72% en 2008vi. L’effacement ou la disparition du français dans les institutions de l’Union sont ainsi généralisés. Des services entiers de la Commission européenne ne fonctionnent qu’en anglais, de nombreuses agences de l’Union n’affichent que des pages en anglais dans leurs sites officiels; l’Eurocorps, embryon de corps armé européen qui regroupe des forces de l’Espagne, de l’Allemagne, de la Belgique, de la France et du Luxembourg, planifie ses opérations en anglais à son siège de Strasbourg. Même le Parlement européen a éliminé la signalétique en français de son hémicycle également sis à Strasbourg. Comme l’a noté le journaliste Jean Quatremer de Libération, cet « unilinguisme se traduit par un privilège exorbitant accordé aux anglophones de naissance » qui accaparent ainsi plus de 22% des postes de chef de cabinet de commissaire européen et 38% des postes de porte-parole de la Commission – l’Irlande et le Royaume-Uni ne formant pourtant que 13,3% de la population de l’Unionvii. « Le recul de l’usage du français comme de l’allemand, écrivent Thierry Chopin et Marek Kubišta de la Fondation Robert Schuman, est réel au sein des institutions européennesviii. » Les Français sauvent les apparences en jetant leur dévolu sur des dirigeants européens connaissant la langue française, tel le président de la Commission européenne, le portugais José Manuel Durão Barroso. Mais lorsque ce sont des Français qui prennent les rênes du pouvoir européen, ils escamotent volontiers leur propre langue, ainsi que le fit Jean-Claude Trichet, lors de sa prise de fonction à la Banque centrale européenne, en déclarant : « I am not a Frenchman ». Pas étonnant que l’anglais soit devenu sous la houlette de M. Trichet la seule langue de travail de la Banque centrale sise à Francfort, alors que suprême ironie, le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro. Par ailleurs, chez nombre de diplomates et ministres français, parader, in english s’il-vous-plaît, dans les rencontres et les salons internationaux est presque devenu une seconde nature.

Pour les géographes Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot, « le complexe d’infériorité des dirigeants français » met en danger la langue française. « Le géographe, écrivent-ils, doit souligner qu’un système qui oblige ses élites à écrire et à enseigner dans une autre langue que la sienne est un système en danger de mortix. » Par contre, le secrétaire perpétuel de l’Académie française, Mme Hélène Carrère d’Encausse, se semble pas s’inquiéter outre mesure de ces apparences d’affaiblissement et redisait sa foi, en décembre 2009, en la capacité de la France de maintenir son identité linguistique : « Que l’anglais fasse concurrence au français partout dans le monde, qu’il s’y mêle ou le supplante en France, dans certaines entreprises ou dans les universités est fâcheux, mais aussi longtemps que la langue française préserve son intégrité, elle peut résister aux assauts de l’anglaisx. » Il n’empêche que devant l’indifférence avec laquelle une bonne partie de la classe médiatique et politique française considère l’avenir du français sur son propre territoire, qu’à l’écoute des sarcasmes et des railleries qu’y suscite la défense du français associée encore à la ringardise, au passéisme, au repli sur soi alors que la possession ostentatoire de l’anglais parait une marque de promotion sociale, de participation à un monde ouvert et décontracté, qu’à l’écoute de cette jeunesse française délaissant la langue de Brassens et de Piaf pour chanter à tue-tête dans un insipide anglo-américain, qu’à la lecture de ces intellectuels et écrivains français se déclarant à l’étroit dans les jardins de la civilisation française, on ne peut qu’y pressentir les signes d’un pays et d’une culture fatigués, en train de perdre l’art d’exceller par les ressources qui ont fait pendant des siècles le génie du français.

Il est vrai que la situation du français en France n’est pas unique. Tous les pays d’Europe, à part le Royaume-Uni et l’Irlande, connaissent maintenant la concurrence de l’anglais avec leur langue nationale. La belle Italie se désole des anglicismes devenus monnaie courante dans le parler quotidien, y compris celui des politiciens. Un Milanais indigné par l’anglomanie des Piémontais écrivait en 2005 : « Hélas, la perte de toute fierté linguistique est une maladie nationale qui nous a tous contaminésxi. » En Allemagne, la langue de tous les jours s’est imprégnée de nombreux anglicismes. Des commerces et des publicitaires ne s’embêtent plus avec l’allemand et utilisent directement l’anglais dans leurs annonces ; les pourfendeurs de ce mélange d’anglais et d’allemand le nomment le « denglisch »xii. En 2000, le groupe parlementaire des sociaux-démocrates à la chambre basse allemande publiait un document de travail sur l’avenir de la langue allemande, sous la pression des « Anglizismen » et du « globisch »xiii. Bien que l’allemand soit la langue maternelle la plus parlée en Europe et que trois États lui confèrent un caractère officiel, il est moins utilisé que le français dans les institutions européennes et les partis politiques allemands sont divisés sur la politique à prendre sur la langue des communications en Europe. Les Verts allemands n’hésitent plus à user de l’anglais dans leur publicité aux élections européennes, comme s’ils avaient abandonné tout espoir de faire de l’allemand la langue des communications en Europe centralexiv. Toutefois, le gouvernement d’Angela Merkel, issu d’une coalition entre chrétiens-démocrates et libéraux, semble prendre au sérieux l’avenir de l’allemand au sein de l’Union. Ainsi, le chef de la diplomatie allemande, le libéral Guido Westerwelle, a demandé en avril 2010 à la représentante de l’Union européenne pour les Affaires extérieures, Catherine Ashton, d’assurer à l’allemand un rôle important dans le nouveau service extérieur européen, qui pourra compter jusqu’à 8000 employésxv. Du reste, dans la société civile germanophone apparaissent des associations de défense de la diversité linguistique et d’un allemand débarrassé de ces anglicismesxvi. Ainsi s’est créée en 2007 en Allemagne une société de défense de la langue allemande, la Neue Fruchtbringende Gesellschaft, qui compte aujourd’hui 31 000 membres et propose un répertoire de 7200 anglicismes de mauvais aloi. Cette société s’est donnée comme but de promouvoir l’allemand comme langue officielle, de culture et de la science, ainsi que de la soigner et de la protégerxvii.En Suisse, Marco Baschera s’est fait le défenseur d’une pensée authentiquement multilingue et conteste l’idée reçue suivant laquelle l’anglais serait devenu la seule langue universelle, notamment pour la communication des savoirs. Pour le professeur Karl-Heinz Göttert, si l’allemand doit survivre à cet anglais « ratatiné » qu’est aujourd’hui le « globalesisch » envahissant, c’est à la faveur d’une Europe réellement multilinguexviii.

Mais à quel multilinguisme se prépare l’Europe ? Le 14 avril 2010, le président Nicolas Sarkozy a dit vouloir que « tous nos lycéens doivent devenir bilingues et pour certains, trilingues » et « replacer la culture française au lycée »xix. Une étude publiée en 2008 sur l’enseignement des langues dans les écoles des 27 pays de l’Union européenne nous brosse un tableau saisissant des nouvelles « plaques tectoniques » linguistiques qui se dessinentxx. Sans surprise, on apprend qu’en 2005-2006, l’anglais est la première langue étrangère la plus enseignée, soit dans 25 pays de l’Union. Le français est enseigné en priorité dans seulement 2 pays, soit au Royaume-Uni et en Irlande (il est sur un pied d’égalité avec l’allemand au Luxembourg). Lorsqu’une deuxième langue étrangère est enseignée après l’anglais, le français et l’allemand sont à égalité, enseignés chacun dans neuf états. Quoique dépassé par l’anglais, le français est encore très appris en Roumanie, au Portugal, en Italie et à Chypre. En tout et partout, un peu moins de 90% des élèves du secondaire de l’Union européenne apprennent l’anglais, contre 22 à 25% pour le français (distinction étant faite des niveaux inférieur et supérieur du secondaire). Au primaire, l’anglais est appris par 59,0% des élèves en 2006, un taux en constante progression depuis 2002, contre un maigre 6,1% pour le français. En dehors de l’anglais, du français, de l’espagnol, du russe et de l’allemand, très peu d’autres langues sont enseignées comme langue étrangère; l’italien, quatrième langue parlée en Europe, est presque disparu des écoles du continent, sauf à Malte. Autrement dit, sauf exception, les Européens ont peu d’égards, sinon aucun, pour les petites et moyennes langues d’Europe. Si on regarde les langues apprises au secondaire français, l’anglais emporte la palme avec 97,5% des élèves, suivi de l’espagnol avec 43,5%, de l’allemand avec 17,1% et de l’italien, qui attire un triste 4,9%. Bref, lorsque le président Sarkozy proclame vouloir former les lycéens au bilinguisme, on voit ce qu’il veut dire. Cette évolution consacre aussi le déclassement de l’allemand dans les écoles françaises, au profit de l’espagnol, jugé plus facile.

Tous ces chiffres nous montrent que la construction européenne est allée de pair avec un processus d’anglo-massification, en ce sens que les systèmes éducatifs européens ont programmé l’apprentissage prioritaire de l’anglais comme langue seconde, réservant au français et à l’allemand le statut de langue tierce souvent optionnelle. Selon Karl-Heinz Göttert, l’anglais serait aujourd’hui parlé par 51% des Européens, si l’on additionne le pourcentage à la fois de ceux dont l’anglais est la langue maternelle et de ceux dont il est la langue étrangère apprise. On faisant le même calcul pour l’allemand et le français, on arrive respectivement à 32 et 28% de la population de l’Union. Les Européens se dirigent en quelque sorte vers la pratique d’un trilinguisme mou, qui a pour noyau central l’anglais, sucré d’un peu de français ou d’allemand.

La fatigue linguistique française peut s’expliquer par la conjonction d’un triple phénomène de décentrement qui relativise l’importance de la langue française dans les sphères culturelle et géopolitique. Tout d’abord, sur son propre territoire, la France connaît une diversification grandissante de son paysage linguistique en raison de l’immigration. De facto, l’arabe, toutes variantes confondues, est devenu la première langue immigrante de France. Le mouvement de décentralisation engagé depuis les années 1980 a redonné un élan, encore timide, à l’enseignement des langues régionales que le creuset de l’école républicaine avait presque poussées au bord de l’extinction. Un nouvel article adopté lors de la réforme constitutionnelle de juillet 2008 reconnaît que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la Francexxi. » Sur le territoire hexagonal, on dénombre jusqu’à 24 langues régionales encore vivantes. Ensuite, la Francophonie a probablement contribué quelque peu à situer dans l’esprit des Français leur langue et leur culture dans un espace plus vaste que l’Hexagone, encore que pour une bonne part d’entre eux, il s’agisse là d’une donnée abstraite, sans impact sur leur vie nationale. C’est encore un sentiment partagé à l’extérieur de l’Hexagone que les Français observent Acadiens, Québécois, Wallons, Suisses, Antillais, Maghrébins, Africains et tous les francophones d’adoption comme de charmants et inoffensifs locataires d’une langue sur laquelle la France, depuis Paris où tout converge comme jadis à Versailles, exerce des prérogatives régaliennes. La francophonie hors Hexagone est et restera sans doute longtemps trop faible, divisée, dispersée, pour opposer quelque contrepoids conséquent au francocentrisme. Enfin, la France entre dans un monde où elle n’est plus la grande puissance qu’elle avait cru pouvoir être grâce à la grande mais illusoire restauration de sa place dans l’échiquier mondial sous la présidence de Charles de Gaulle. Cruellement vaincue en 1940, la France a réussi en 1945 à se faufiler dans le club des vainqueurs, à retrouver ses droits de puissance coloniale et à acquérir des prérogatives qu’exigeait son rang, tel un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Mais depuis son spectaculaire redressement post-1945, la France subit une décote constante dans un monde où elle disparaît, pour reprendre la formule de Nicolas Tenzerxxii. De son empire, il ne reste plus que des miettes dans les caraïbes et dans les océans indien et pacifique. Elle peut difficilement aujourd’hui prétendre au titre de grande puissance, concurrencée d’un côté par des nations émergentes – Chine, Inde, Brésil, Indonésie, etc – et de l’autre engagée dans un processus d’intégration avec une Europe qui ressemble de plus en plus à un empire sans armes unifié par le marché et l’anglais. En somme, une puissance moyenne, de moins en moins exceptionnelle, toujours à la traîne des États-Unis, englobée par l’anglosphère et des blocs plus forts qu’elle, voilà ce que devient la France, pourtant plus populeuse que jamais.

Dans un article publié le 29 mai 2010 (Signs of the Zeitgeist, p. 52), le magazine britannique The Economist se riait des vains efforts déployés par les Français et les Allemands pour défendre leur langue respective face à l’anglais. Il se réjouissait de ce que l’Allemagne n’ait pas, au contraire de la France, fait de sa langue nationale la langue officielle et de ce que la première envisage d’admettre l’anglais comme langue de la justice. Et de conclure l’article (traduction libre) : « Si les mots étrangers pouvaient tuer, l’Angleterre n’eût pas survécu à la conquête normande. » Subtile façon de suggérer que la France et l’Allemagne subissent aujourd’hui une forme de conquête annonçant un nouvel âge féodal… En décembre 2009, dans un article publié dans l’Humanité, le penseur Michel Serres affirmait sans ambages : « Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation. »xxiii

En 1962, l’écrivain Hubert Aquin publiait un article retentissant sur la condition du Canada français, qui a marqué les débats intellectuels au Québecxxiv. Il soutenait que le Canada français connaissait une « fatigue culturelle » permanente, en raison d’une tension irrésolue entre son désir d’être une culture globale exprimant toutes les dimensions de l’existence, et sa domination historique par un pouvoir qui tend à dépolitiser toute expression de sa culture et à l’exorbiter par rapport à elle-même, sans cesse tenue de se définir en relation avec un « Autre » jugé supérieur et universel. Il y a loin de la situation présente de la France avec celle du Québec de 1962 ou de 2010. Cependant, à relire Aquin aujourd’hui, on se demande si les Français ont encore le désir et les moyens d’être la culture globale qui avait fait rêver l’écrivain en 1962.

Notes

i. Jean-Paul Delavoye, « La société française est fatiguée psychiquement », Le Monde, 21 février 2010.

ii. Michael Kimmelmal, « Pardon my french », The New York Times, 25 avril 2010.

iii. De retour d’un voyage en France, une journaliste de La Presse dit sa consternation devant la profusion d’anglicismes tape-à-l’œil encombrant la presse féminine française. Voir Anabelle Nicoud, « Les anglicismes à la mode ? », Cyberpresse, 26 avril 2010, voir http://www.cyberpresse.ca .

iv.Voir http://www.booksmag.fr/.

v. Olivier, Schmitt, « Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste », Le Monde, 14 avril 2010. Voir aussi Luc Binet, « Le « care » nécessaire à l’autonomie des personnes », Le Monde, 24 mai 2010; « Martine Aubry : Le « care » c’est une société d’émancipation », Le Monde, 6 juin 2010.

vi. Direction générale de la traduction, Commission européenne, La traduction à la Commission : 1958-2010. Étude, 2009, p. 104. Voir http://ec.europa.eu/dgs/translation/publications/studies/translation_european_commission_fr.pdf .

vii. Jean Quatremer, « L’anglais devient l’espéranto de l’UE », Libération, 17 mars 2010.

viii. Thierry Chopin et Marek Kubišta, « La présence des Français au sein des institutions communautaires : du mythe à la réalité, Questions d’Europe no 159, Les « policy papers » (sic) de la Fondation Robert Schuman, 22 février 2010, voir : http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-159 .

ix. Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot, Toute la géographie du monde, Paris, Fayard, 2007, collection Le livre de Poche, p. 142.

x. Hélène Carrère d’Encausse, « Ma patrie, c’est la langue française (Albert Camus) », Séance publique annuelle, 3 décembre 2009, Paris, Palais de l’institut. Voir http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_SPA/carrere_2009.html .

xi. Schiavi Giangiacomo, « Troppi inglesismi in città Aiutateci a salvare l’italiano », Corriere della Sera, 26 juillet, 2005.

xii. Ekkehard König, « Das Deutsche : Von der Weltsprache zu einer europaïcher Sprache unter vielen », Germanistische Mitteillungen, 59, 2004.

xiii. « Die Zukunft der deutschen Sprache », Themenabend der SPD-Bundestagsfraktion, Documente, 24 octobre 2000. Voir http://www.vds-ev.de/literatur/parteien/spd-zukunft.pdf .

xiv. Dossier Deutsche Sprache, Goethe-Institut, « Die Sprache im Kontext einer Sprachpolitik », http://www.goethe.de/kue/lit/dos/dds/de137712.htm.

xv. Voir : http://www.guido-westerwelle.de/Europaeischer-Auswaertiger-Dienst-Deutsch-prominent-vertreten/29627c1i1p/index.html.

xvi.Voir notamment ce groupe Suisse, le « Sprachkreis Deutsch Bubenberg » de Berne. Voir http://www.sprachkreis-deutsch.ch.

xvii. Voir : http://www.fruchtbringende-gesellschaft.de/ .

xviii. Karl-Heinz Göttert, « Englisch als neues Latein. Warum die deutsche Sprache überleben wird », Die Welt, 10 mars 2010, http://www.welt.de/debatte/kommentare/article6719247/Warum-die-deutsche-Sprache-ueberleben-wird.html .

xix. Flore Dalaud, « Sarkozy veut remettre les langues au coeur du lycée », Le Figaro, 14 octobre 2009.

xx. Agence exécutive éducation, audiovisuel et culture, Chiffres clés de l’enseignement des langues en Europe, 2008, 136 p., voir http://www.eurydice.org .

xxi. Nouvel article 75.1 de la Constitution de la Ve République française.

xxii. Nicolas Tenzer, Quand la France disparaît du monde, Paris, Grasset, 2008.

xxiii. « L’anglais, langue unique? », publié sur Humanité (http://www.humanite.fr), 23 décembre 2009.

xxiv. Hubert Aquin, « La fatigue culturelle du Canada français », Liberté, no 23, mai 1962, reproduit dans Jean-Christian Pleau, La Révolution québécoise, Montréal, Fides, 2002, 270 p.

Voir aussi:

Les anglicismes à la mode?

26 avril 2010

Heureusement que le ridicule ne tue pas, me disais-je en dévorant une pile de magazines fraîchement rapportés de Roissy.

J’étais curieuse de découvrir Be Magazine, un jeune titre féminin, ressemblant à Grazia et mâtiné de Voici. J’ai quelque peu déchanté.

“What’s Up sur la planète Be?”, demande-t-on en page 9. Ben je vous retourne la question! me suis-je dit en découvrant les titres aussi exotiques que “Who’s that Girl?”, “Style Wars”, “Happy Culture” et autres sujets “Back to the 90s” et papiers sur les “It-girls”.

La tendance se maintient chez le très branché Jalouse, ce sont les néologismes anglais qui irritent la rétine. Comme ce papier sur les working-girls pas loseuses (sic) usées par trop de workover (sic) qui quittent leur job pour pratiquer la “slow life” (sic). La tendance a même son nom: “l’escapism” (sans le e, s’il vous plaît).

Certes, les Français ont toujours aimé les emprunts (ah! ce fameux shopping qui m’a valu sur ce blogue tant de courriels énervés) mais là je crois qu’on glisse vers une autre étpe: le copié-collé intégral ou le néologisme fantaisiste.

On se souvient que les néologismes à consonnance anglaise n’ont parfois pas cours en dehors des frontières de l’hexagone (c’est le cas je crois de “workover” mais aussi des multiples déclinaisons autour des “it-bags”, “it-girls” qui sont en France des “it-tables” ou des “it-adresses”…) mais j’avoue que là, mes récentes lectures m’ont quand même inspiré d’abord un bon fou rire et ensuite, une vague gêne pour ces précieux et précieuses ridicules d’aujourd’hui.

Est-ce un dommage collatéral du monde de la mode? Une tendance durable dans le paysage médiatique français qui quitte la presse haut-de-gamme pour s’installer dans la presse populaire?

Je vous soumets la question mais j’avoue que de mon côté cela refroidit mes ardeurs magazine puisque finalement, je peux tout aussi bien lire la presse anglophone, tant qu’à faire.

***

AJOUT: Les lecteurs d’Elle M la Mode se souviendront peut-être du billet que Misaa a écrit sur une fausse-blogueuse française complètement follasse qui sévit entres autres sur son blogue La Malveillante. Parmi les perles de Vaness’ se trouvent des traductions complètement incroyables de son blogue qui est aussi en VA: vraiment hilarant.

Voir également:

L’anglais, langue unique ?

L’Humanité

23 Décembre, 2009

« Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation » a dit Michel Serres : contre un anglais, langue unique, des associations s’insurgent et lancent un appel.

« Conscientes de la grave menace qui pèse sur l’avenir de la langue française, non seulement dans tous les pays francophones et partout où elle était traditionnellement enseignée et pratiquée, mais aussi et avant tout en France même, plusieurs associations de défense et de promotion de la langue française (liste ci-dessous) lancent cet appel au sursaut et à la lutte commune contre un déclin évitable.

Issus de toutes les courants politiques démocratiques, nous faisons tous ce constat : langue de la République (art. 2 de la Constitution) et de la population, support de notre culture et base évidente de notre « vivre ensemble », premier socle de notre « identité nationale » pour 80 % des personnes récemment sondées, le français est méthodiquement évincé au profit de cet anglais simplifié que promeut avec zèle l’oligarchie internationale des affaires.

Le fait ne doit rien à l’air du temps, ni ne procède d’on ne sait quel darwinisme linguistique comme d’aucuns voudraient le faire accroire pour occulter sa vraie cause dont la nature est politique. Politique, comme en témoigne, par exemple, la récente ratification du protocole de Londres qui donne valeur juridique en France aux brevets rédigés en anglais, ou l’abandon de nos prérogatives linguistiques dans les organismes européens et internationaux. Conçue en premier lieu par de puissants groupes internationaux, cette politique est complaisamment relayée par des élus hexagonaux, plus sensibles aux aspirations des financiers qu’à celles de notre société.

Voici longtemps, en effet, qu’est dépassé le stade de l’emprunt naturel d’une langue à une autre. Au-delà de la liste interminable des « coach », « manager », « discount », « trekking , « yes ! » et autres anglicismes … qui hachent notre vocabulaire quotidien, chacun peut aussi constater l’acharnement de maintes grandes entreprises à nous angliciser de manière insidieuse ou brutale. Empruntant d’abord quelques mots « techniques » à l’anglais, elles basculent désormais leurs produits et leurs enseignes commerciales du français au tout-anglais (« Carrefour Market », « Simply Market », « TGV Family » …) ; puis, en phrases entières, celles de leurs slogans publicitaires, de leurs serveurs téléphoniques, de leurs devises managériales qui rythment ironiquement la souffrance de leurs salariés (France Telecom, dorénavant sans accent, n’a-t-il pas inventé le « time to move !» au risque de susciter la « mood » des suicides ?), suivant en cela le MEDEF qui donne le ton par sa devise « Ready for the future !» ; celles aussi des conseils d’administration et des réunions de travail, y compris dans certains ministères de la République « française »; et, finalement, celles de l’annonce de leur licenciement aux ouvriers de Continental-Clairoix, auxquels on a quand même concédé un traducteur : quel privilège !

Ce n’est pas tout : nos chercheurs, après avoir été à l’origine de tant d’avancées majeures et bien que prenant toute leur part aux avancées de la technologie actuelle, sont systématiquement sommés de publier en anglais. L’actuel gouvernement projette de faire enseigner certaines matières en anglais au lycées et à l’université. Histoire sans doute de se rapprocher du peuple qu’elles sont censées représenter, nos élites politiques se forment désormais en anglais, voire en « tout-anglais » à Sciences-Po (notamment dans la nouvelle antenne rémoise de l’École) ; quant à Mme Pecresse, est-il exact qu’elle souhaite exempter l’Université des très humbles exigences de la loi Toubon ?

Pis : le refus de tout débat public accompagne cette politique linguistique inavouée portée par une élite dé-territorialisée qui, à droite comme à « gauche », méprise ouvertement ses origines et rêve d’un monde uniformisé dans lequel elle pourra enfin ressembler parfaitement à ses maîtres.

La première victime de ce rêve indécent sera la « France d’en bas », celle qui ne fera pas ses classes à Oxford ni ne passera ses vacances à Los Angeles, et qui devra éternellement s’adapter, dans sa vie privée et professionnelle, aux exigences d’une autre langue. Ont également tout à perdre à ce basculement linguistique les Francophones d’Afrique et d’ailleurs, que l’on discrimine honteusement pour tenter d’assimiler la défense du français à un purisme aux relents d’exclusion ; sans oublier le cadre moyen, dont les efforts prenants pour changer de langue et de mode de pensée ne feront jamais le poids face aux « English mother tongue » d’ores et déjà recrutés, de manière discriminatoire, pour certains postes clés.

Le débat citoyen que nous exigeons sur la place de la langue dans notre société est d’autant plus pressant que la construction européenne bruxelloise, au mépris de ses textes officiels, impose un libéralisme linguistique agressif : pour accompagner l’ultra-libéralisme économique, pour détruire ce bien commun par excellence et ce service public gratuit que constituent les langues nationales, les protections juridiques nationales faisant obstacle aux campagnes d’anglophonisation unilatérales qui sévissent partout en Europe, sont froidement démantelées.

Ce déracinement linguistique ne doit plus pouvoir s’accomplir dans l’ombre et le silence : le peuple doit prendre conscience de l’ampleur de l’agression dont il est l’objet, et faire entendre sa voix encore souveraine.

Cet appel s’adresse donc à tout citoyen soucieux de défendre sa culture et, à travers elle, toutes les cultures du monde dont la diversité est indispensable à un véritable internationalisme et au respect mutuel et multilatéral des cultures, à l’opposé d’un nivellement mondialiste insidieusement pré-totalitaire.

Cet appel dénonce aussi la glose « identitaire » de gouvernants qui accompagnent la destruction de notre langue commune ; il revient aux citoyens d’exiger une politique claire en faveur de notre langue maternelle et nationale, et plus généralement en faveur du multilinguisme : au collège et au lycée, renforcer l’enseignement du français, apprendre les bases communes des langues européennes, puis apprendre deux langues étrangères, dont la première serait autre que l’anglais ; défendre l’usage de la langue française dans les institutions internationales et européennes, réaffirmer clairement le français comme langue de l’enseignement et de la Recherche, mettre fin à l’invasion des enseignes et des publicités en anglais.

Cet appel s’adresse aux espérantistes ; aux défenseurs des langues régionales – car lorsque le français n’aura plus qu’un statut domestique (à tous les sens de ce terme !), de quelle place pourront-ils se prévaloir ? – , aux citoyens des DOM, aux travailleurs immigrés qui pensent que l’on peut vivre sereinement en français sans renier ses origines.

Il s’adresse aussi aux amoureux de l’anglais, qui ne doit pas se laisser réduire à cette « langue des affaires et de l’entreprise » dont E.-A. Seillères, alors président du syndicat patronal européen, entendait promouvoir l’usage quasi-exclusif.

Il s’adresse enfin aux chercheurs, aux écrivains, aux poètes, philosophes, enseignants, traducteurs, à tous ceux, ici et ailleurs, dont le français est la langue de création et de réflexion, l’outil de formalisation ou d’expression d’une sensibilité. Tous ceux qui savent ce que l’Histoire, ou leur histoire personnelle, doit à la langue française, à tous ceux qui sentent qu’une langue est plus qu’un simple code de communication parce qu’elle porte des valeurs et une vision du monde autant que des données et des informations.

À tous ceux qui ont compris qu’une langue unique c’est une pensée unique, et que si l’on soumet les hommes d’abord par le verbe et par la pensée, c’est aussi par eux, que les hommes résistent et se relèvent.

* [Alliance Champlain –->www.alliance-champlain.asso.nc] [Association francophonie et avenir (AFRAV)->www.francophonie-avenir.com]

– [Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF)->www.asselaf.fr]

– [Avenir de la langue française->www.avenir-langue-francaise.fr] (ALF)

– [Cercle littéraire des écrivains cheminots->http://clec.uaicf.asso.fr%5D (CLEC)

– [CO.U.R.R.I.E.L.->www.courriel-languefrancaise.org] (Collectif Unitaire Républicain pour la Résistance, l’Initiative et l’Emancipation Linguisitique)

– Défense de la langue française – Paris-Île-de-France (DLF Paris-IdF) – http://www.langue-francaise.org [1]

Forum francophone international – France (F.F.I.-France)

Le Droit de comprendre (DDC)

Se portent garants de la signature de leur association :

Pour l’Alliance Champlain, Daniel Miroux Pour l’AFRAV, M. Régis Ravat Pour l’ASSELAF, MM. Philippe de Saint Robert et Philippe Loubière Pour A.L.F. et F.F.I.-France, M. Albert Salon Pour le C.L.E.C., M. Raymond Besson Pour le COURRIEL, M. Georges Gastaud Pour D.L.F.-Paris-Î.d.F., M. Marc Favre d’Échallens Pour D.D.C., M. Thierry Priestley

Voir de plus:

L’anglais devient l’espéranto de l’UE

Jean Quatremer

Bruxelles (UE), de notre correspondant

Libération

Le Monde

17 mars 2010

En quelques années, la retraite ordonnée du français dans les institutions européennes s’est transformée en sauve-qui-peut et l’anglais règne en maître presque incontesté à Bruxelles. On note bien ici ou là quelques îlots de résistance (comme à la Cour de justice de l’UE). Pour combien de temps ?

Désormais, les documents en français de la Commission représentent moins de 20% des textes, le reste étant en anglais. Des services entiers, comme la Direction générale économie et finance ou celle de la concurrence, ne travaillent plus qu’en anglais. Alors que la salle de presse de la Commission est censée être bilingue français-anglais, seuls les communiqués de presse d’une page sont encore traduits, souvent avec retard. La direction générale «transport» est devenue «move» et le Parlement européen a supprimé la signalétique en français de son hémicycle strasbourgeois.

Le site internet de l’UE comporte de plus en plus de pages uniquement anglophones et les sites des agences sont, pour la plupart, en anglais only (Europol, Eurojust, Agence européenne de l’armement, Agence de sécurité alimentaire, etc.). La Banque centrale européenne, pourtant sise à Francfort et dotée d’un président français, ne travaille qu’en anglais, alors que le Royaume-Uni n’est pas membre de la zone euro. L’Eurocorps, qui ne compte pourtant aucun soldat anglophone de naissance, a choisi de ne plus parler qu’anglais… Cet unilinguisme se traduit par un privilège exorbitant accordé aux anglophones de naissance. Ainsi, sur 27 chefs de cabinet de commissaires, six sont native English speakers (contre deux francophones) et sur 34 porte-parole de la Commission, 13 anglophones (contre trois francophones). Pour la première fois, la Commission a même recruté un porte-parole américain…

La victoire de l’anglais s’est faite au nom du pragmatisme : dans une Union à 27, impossible de parler au quotidien les 23 langues officielles, dit-on. Il n’en a jamais été question : il n’y a jamais eu que trois langues de travail (français, anglais, allemand) dans les institutions et deux (français, anglais) en salle de presse. En réalité, l’anglais est perçu comme une langue «neutre» et beaucoup, notamment à l’Est, veulent en terminer avec le français, qu’ils maîtrisent mal.

Voir de même:

Ma patrie, c’est la langue française (Albert Camus)

Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel.

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE

3 décembre 2009

PARIS PALAIS DE L’INSTITUT

Mesdames,

Messieurs de l’Académie,

Le général de Gaulle se plaisait à caractériser la France comme le pays des trois cent soixante-cinq fromages, c’est-à-dire comme le pays d’une prodigieuse diversité, diversité des opinions, des aspirations, des goûts et des comportements. Il rejoignait par là l’analyse de Fernand Braudel démontrant dans sa magistrale étude de l’identité de la France que l’histoire de notre pays était celle de divisions anciennes et puissantes, assemblage hétéroclite de peuples et de civilisations, de parlers, de coutumes et de modes de vie. De cette diversité, le démographe Hervé Le Bras concluait que « la France ne devrait pas exister » ou, mieux encore, qu’il aurait fallu l’inventer et ajouterons-nous, la réinventer toujours. Car, et c’est encore Braudel qui parle, « le passé, ce passé de diversité agresse le présent ». Quelle actualité dans ce propos !

De là l’interrogation constante sur l’identité de la France que Michelet appelait une personne, ce qui est déjà une réponse, l’affirmation d’un lien affectif, quasi charnel avec son pays. Cette identité est aujourd’hui le sujet d’un débat ouvert par l’État, invitant tout Français à dire comment il la conçoit. Curieusement ce débat venu d’en haut coïncide avec un autre débat, récurrent celui-ci, venu des profondeurs de la société, sur un thème qui passionne tout autant, l’orthographe. Qu’un peuple que l’on dit avant tout attentif à ses difficultés matérielles, aux problèmes du quotidien, puisse se mobiliser autour de sujets immatériels, voilà qui est certes réconfortant pour la vie de l’esprit. On peut cependant s’interroger sur la coïncidence de ces deux débats. Quel rapport y a-t-il entre la conscience d’être Français et l’avenir de l’orthographe ? Aucun, serait-on tenté de répondre spontanément. Pourtant, à y regarder de plus près, c’est le constat inverse qui s’impose ; le statut de l’orthographe est lié à l’identité française, particulièrement dans le temps présent. C’est pourquoi je commencerai mon propos par la querelle de l’orthographe.

L’automne qui voit paraître des brassées de nouveaux livres, a été marqué cette année par le succès imprévisible mais considérable d’un réquisitoire contre « la dictature de l’orthographe », qualifiée de mal français dans un ouvrage intitulé Zéro faute et portant la signature d’un talentueux journaliste, François de Closets. Les acheteurs ont plébiscité le livre, radios et télévisions ont convié et loué l’auteur, ouvert leurs micros aux commentaires des lecteurs, et sur la toile les internautes se sont joints au chœur des amoureux de l’orthographe. Ce succès peut à la réflexion trouver une explication dans le constat que les termes du procès sont conformes aux idées caractéristiques de l’air du temps. Le respect, le purisme en ce domaine constitueraient un mode caché mais puissant de discrimination sociale. Certes, écrit l’auteur, ce n’est ni la naissance, ni la fortune qui assurent à l’individu un sens inné de l’orthographe, mais ne pas le posséder condamne à l’exclusion. Et les défavorisés de l’existence ont moins de chances que les autres de surmonter ce handicap. L’expression « discrimination sociale » qui est au cœur de cette analyse suffirait à justifier l’anathème lancé contre l’orthographe. Mais d’autres arguments viennent encore renforcer son discrédit. En faire un critère d’éducation ou de savoir serait absurde à l’ère de l’informatique et des correcteurs d’orthographe. De même que les calculettes ont remplacé la connaissance des tables de multiplication et l’aptitude au calcul mental, les correcteurs d’orthographe suppléent désormais à l’ignorance des règles grammaticales ou lexicales. Haro sur l’effort superflu, notamment sur celui qui sollicite la mémoire. Au surplus le français serait, nous assure-t-on, une langue simple si la nécessité de l’écrire de manière correcte ne créait de fait une seconde langue, différente de celle que tout un chacun parle. Et si l’on tient à respecter cette seconde langue, toujours plus étrangère au français que l’on entend, comment espérer que nos compatriotes trouvent le temps d’en apprendre une troisième, c’est-à-dire l’anglais ou l’allemand, dont la connaissance est indispensable dans notre univers mondialisé ? Ne vaudrait-il donc pas mieux se débarrasser de l’orthographe et opter comme la Zazie de Queneau pour une langue phonétique ? Cette charge contre l’orthographe a trouvé un puissant renfort dans la publication récente d’une enquête conduite en 2005 par l’Éducation nationale et dont on avait d’abord pris grand soin de ne pas ébruiter les conclusions. Cette enquête a comparé le niveau de connaissances orthographiques de trente mille écoliers en 1987 et 2005. Les conclusions en sont atterrantes. L’augmentation spectaculaire du nombre de fautes commises signale une régression des connaissances de deux ans ! En 2005 les élèves de cinquième se retrouvent au niveau des élèves de CM2 de 1987. Et – ici la notion de discrimination sociale est confirmée – les élèves des écoles situées dans des zones défavorisées sont nettement plus en retard que ceux qui fréquentent de bons établissements bien situés socialement. Ce constat déplorable a renforcé tout naturellement le camp de ceux qui veulent sinon en finir avec l’orthographe, du moins entendent la modifier radicalement.

La dictature de l’orthographe, qu’il est désormais de bon ton de dénoncer, est pourtant un phénomène relativement récent, remontant à la seconde moitié du XIXe siècle et qui a joué un rôle décisif dans l’extension de la langue française à toute la société et, en dernier ressort, dans le progrès de la conscience collective.

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le territoire français est resté le domaine de cohabitation de langues différentes, chacune dessinant les contours et les fidélités de communautés distinctes. Bien que François Ier ait décrété en 1539, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, que le français serait la langue du royaume, elle sera longtemps encore celle dont on n’use qu’à la Cour, dans les tribunaux et dans l’administration. Mais ailleurs, le français tarde tant à pénétrer que d’une province à l’autre on ne se comprend guère. Le grand Racine, voyageant en pays d’oc, écrit à La Fontaine : « Je vous jure que j’ai ici autant besoin d’un interprète qu’un Moscovite en aurait besoin à Paris. Je n’entends pas le français de ce pays et on n’entend pas le mien. » Et les auteurs de l’Encyclopédie confirmeront un siècle plus tard cette difficile pénétration du français dans un pays dominé par les patois. « On ne parle la langue [c’est-à-dire le français] que dans la capitale. » Le propos est certes exagéré, car au XVIIIe siècle le progrès du commerce, les grands travaux de construction de routes facilitent déjà la communication à l’intérieur de l’espace français, permettant à la langue de pénétrer quelque peu dans les villes et plus encore à des locutions françaises d’imprégner les patois. Mais ce mouvement n’atteint guère les campagnes, or la France du XVIIIe siècle est un pays essentiellement rural et elle le restera longtemps encore.

C’est l’abbé Grégoire qui sera le maître d’œuvre du rassemblement linguistique. La France diverse n’était guère compatible avec les idéaux universalistes de la Révolution, seule la langue française pouvait, pensait-il, libérer les individus et forger une communauté d’hommes libres. L’abbé Grégoire, qui avait étudié attentivement les pratiques linguistiques de ses compatriotes, était convaincu qu’à peine un Français sur cinq tenait le français pour sa langue maternelle et pouvait en user aisément. Du coup, en accord avec la Convention, il déclara la guerre à tous les parlers en usage dans le pays. L’unité nationale se ferait à partir de la langue commune, et pour y atteindre il faudrait non seulement la parler, mais la lire et l’écrire. Le lien entre le destin de la nation, son identité et la langue commune était ainsi défini. Pour transformer une pluralité de groupes géographiques, sociaux et culturels en un seul peuple conscient de ce qui l’unit, il faudra apprendre la langue à tous ceux qui l’ignorent, c’est-à-dire à la grande majorité des Français. L’école apparaît ainsi comme un des moyens essentiels du projet révolutionnaire. Mais l’histoire n’ira pas aussi vite que l’avait rêvé l’abbé Grégoire. Il faudra attendre la monarchie de Juillet et la création des écoles primaires par Guizot, puis la IIIe République et le projet éducatif de Jules Ferry pour qu’un véritable système scolaire unifié soit créé.

Dès lors la langue française va être portée par l’enseignement obligatoire et gratuit ; et elle sera imposée à tous au détriment des langues régionales et des patois. Les instituteurs, « hussards noirs de la République », vont être les grands artisans de l’unité recherchée. L’école va dispenser un savoir rigoureux permettant à tous de pouvoir lire, écrire, compter et connaître l’essentiel d’une histoire commune. Les tables de multiplication, les listes des départements et leurs subdivisions, une histoire qui commence avec « nos ancêtres les Gaulois », tels sont les composants du patrimoine commun donné à tous les Français. Et la langue française, qui permet de comprendre ce qu’on lit et ce qu’on apprend tient dans cet ensemble une place royale, elle en est le ciment. Et c’est à ce point qu’arrive l’orthographe, qui jusqu’alors avait peu préoccupé les Français.

Dans l’idéal de la IIIe République, la langue enseignée doit être rigoureuse, libérée de la contrainte des divers accents et usages qui marquent les origines géographiques, sociales et caractérisent les manières de parler. Ce que l’on doit enseigner n’est pas le français tel qu’on le parle et tel qu’on l’entend, mais le français écrit. Et pour l’écrire, il faut des règles qui s’imposent à tous, ce qui entraîne le triomphe de la grammaire et de la dictée. Ce pari d’une langue fondée sur l’orthographe n’était pourtant pas si simple à réaliser, car l’orthographe avait été jusqu’alors imprécise, fluctuante et n’avait cessé d’évoluer. Comment écrire ? Comme on parle, en calquant la graphie sur les sons ? Ou bien en conservant aux mots les traces de leur origine latine ou grecque, c’est-à-dire en ignorant la langue parlée ? Le débat s’était ouvert dès le XVe siècle avec l’invention de l’imprimerie et la vogue croissante des ouvrages publiés en français au détriment du latin. Les imprimeurs, confrontés à l’anarchie des écritures, plaident pour une unification de la langue écrite autour d’une norme orthographique. Le grammairien Louis Meigret répondit à leur inquiétude en recommandant l’adoption d’une orthographe phonétique et un maître d’école marseillais, Honorat Rambaud, inventa à cette fin un alphabet de cinquante-deux lettres, invention étrange et fort compliquée qui tomba aussitôt dans l’oubli. Mais Calvin, dont on célèbre cette année le cinq centième anniversaire de la naissance, en écrivant et en traduisant en français les textes sacrés, apportera une grande contribution au progrès de la langue écrite. Ayant ainsi démontré, contre l’Église catholique et la Sorbonne, que le français pouvait tout autant que le latin porter la langue de Dieu, il posait par là même la question de la manière de l’écrire. Son lieutenant, Théodore de Bèze, soutiendra contre Meigret que le français écrit était langue de la lecture silencieuse, du contact de l’esprit avec le texte, avait une identité propre, ce qui impliquait une graphie détachée de tous les parlers.

L’institution de l’Académie française en 1634 va apporter au débat sur la langue une réponse politique. En confiant à l’Académie, et à elle seule, la mission de travailler à l’unité de la langue, Richelieu voulait aussi faire avancer l’unité de la France si diverse. Forte du magistère qui lui était conféré par son fondateur, puis par le roi, son protecteur, l’Académie va au fil des siècles préciser, modifier, simplifier tantôt à grands coups, tantôt par petites touches, selon les circonstances, les mots qu’elle recueille dans son Dictionnaire.

Lors de sa création, Vaugelas avait défini le bon usage : « C’est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps. »

Si parler comme on le fait à la Cour était chose aisée, suivre l’usage des auteurs, c’est-à-dire des écrits, l’était moins, car l’unité en ce domaine n’existait pas. Nul ne songe alors, à l’Académie, à opter pour une orthographe phonétique, dont Bossuet dénoncera vigoureusement l’absurdité. En revanche, une querelle s’éleva aussitôt, opposant ceux qui défendent l’orthographe ancienne, aussi désordonnée fût-elle, et ceux qui la condamnent. L’historien Mézeray défend la première position, affirmant qu’elle seule permet de suivre les gens de lettres et de se distinguer « des ignorants et des simples femmes ». Mais tous les auteurs du Grand Siècle, Corneille, Racine, La Fontaine, s’élèvent avec force contre cette conception conservatrice et imposent de nombreuses améliorations en supprimant notamment les lettres superflues héritées du latin, qui entravent le rythme des mots.

À leur suite, et de manière constante, les écrivains de l’Académie, Voltaire, Marivaux, d’Alembert, Buffon au siècle des Lumières, puis Victor Hugo, Sainte-Beuve, Anatole France un siècle plus tard, prôneront tous la modernisation de l’orthographe. C’est à leur volonté de réforme que l’on doit les changements spectaculaires dont témoignent les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie. Ainsi en 1740, la graphie de plus d’un quart des mots de la IIIe édition est allégée et, en 1762, la réforme atteint encore près de la moitié des mots. Cet effort de simplification va se poursuivre sans interruption jusqu’à la fin du XIXe siècle. L’Académie, que l’on taxe souvent de conservatisme, aura depuis sa fondation été acharnée à adapter la langue, son lexique, sa graphie aux évolutions de la société, aux progrès techniques et à l’usage. Ce n’est qu’au tournant du siècle, que son zèle réformateur s’est relâché, comme si la langue avait atteint un certain degré de perfection. Mais la question va rebondir, en 1990, dans des conditions inédites, que nul n’avait encore imaginées.

Jusqu’alors l’Académie était reconnue comme l’autorité légitime en matière de langue et ses arrêts étaient considérés comme tables de la loi. En 1990, c’est un premier ministre qui décide de réformer l’orthographe et convoque une commission de spécialistes à cet effet. Sans doute l’Académie sut-elle reprendre l’initiative puisque son Secrétaire perpétuel, Maurice Druon, dont la disparition est pour toute notre Compagnie infiniment cruelle, présida remarquablement aux travaux de la commission. La vérité oblige à reconnaître que l’instance convoquée en grande fanfare aboutit à des conclusions fort modestes. Moins de mille mots modifiés, principalement par la suppression de lettres doubles et de traits d’union, et il fut simplement recommandé d’adopter ces innovations dès lors que l’usage les légitimerait. Ajoutons à cela qu’en 1905, déjà, un avis de l’Académie, qui resta sans effet, proposait les mêmes transformations. Ce qui mérite surtout d’être retenu de cette modeste réforme, c’est la tempête qu’elle déclencha. Au sein de l’Académie d’abord où, contrairement à toutes les réformes passées, les écrivains qui avaient toujours défendu les simplifications y furent dans leur grande majorité opposés. Est-ce parce que l’initiative venait du pouvoir politique et non de l’Académie ? Ou bien plutôt parce que, sensibles à la dégradation rapide de la langue, les académiciens ont pensé que troubler davantage ceux qui en usaient déjà fort mal n’était pas opportun. Mais il est remarquable que la tempête s’étendit à toute la société. Les médias y firent une place considérable et pendant des mois les Français, qui tendent à oublier l’orthographe, débattirent passionnément du sort de l’accent circonflexe. Pouvait-on admettre de ne pas en coiffer le mot voûte ?

C’est à l’école, à ce qu’elle fut depuis le XIXe siècle, que l’on doit sans aucun doute ce phénomène. Si dire le bon usage relevait du magistère de l’Académie, si user d’une langue étincelante a toujours été le privilège des écrivains, c’est à l’école qu’il incomba alors de répandre la langue française dans la société et d’asseoir cette connaissance sur l’orthographe, c’est-à-dire sur la grammaire, et sur les textes. Notre confrère disparu, Léopold Sédar Senghor, disait : « Je pensais dans mon enfance qu’être Français, c’est dans une école du Sénégal comme dans une école de la Beauce apprendre à réciter sans hésiter la litanie des noms en ou – bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou – dont le pluriel exige un [x] et non un [s]. » Ainsi, ce que certains auteurs méprisants ont qualifié de dictature orthographique des instituteurs crispés sur une discipline dépassée était en fait un effort continu pour forger l’unité culturelle de la France. Cette vision de la langue dont la forme écrite devait s’imposer à tous répondait à une longue ambition politique, celle de François Ier, de l’abbé Grégoire et de Jules Ferry, doter le peuple de France de l’unité qui lui avait si durablement manqué.

Qu’y a-t-il de neuf au XXIe siècle qui fasse rebondir le débat ? Et s’agit-il d’une simple querelle sur la manière d’écrire ? Ou bien la question de l’orthographe recouvre-t-elle une réalité plus importante ? Et en quoi touche-t-elle à l’identité de la France ?

Revenons encore à Fernand Braudel, observateur passionné de cette Personne France qui, si diverse, a constamment cherché sa voie vers l’unité. Pendant près d’un siècle, les Français ont été convaincus que la question de leur unité était réglée. Un système politique centralisateur, les chemins de fer, l’industrialisation, l’école et la langue française avaient eu raison, croyaient-ils, de la diversité. Pourtant c’est à une rébellion de la diversité que l’on assiste aujourd’hui.

Notre pays fut toujours terre d’immigration et il sut assimiler de manière incomparable des flux de migrants venus de toute l’Europe et de son empire. S’il y a réussi, c’est parce que ceux qui venaient en France souhaitaient ardemment effacer leurs différences sans pour autant se sentir contraints d’oublier leurs racines. Ils devenaient Français, mais conservaient le souvenir de leurs origines. L’Académie en offre de magnifiques exemples. Joseph Kessel, Eugène Ionesco, Henri Troyat hier ; et maintenant Hector Bianciotti et François Cheng. Tous Français par leur adhésion à une langue et à une culture dont l’esprit universaliste leur a permis de transcender leur patrimoine originel. Léopold Sedar Senghor, encore lui, l’a exprimé magnifiquement. À la question « Pourquoi écrivez-vous en français ? », il a répondu dans Éthiopiques : « Parce que nous sommes des métis culturels. Parce que si nous sentons en nègre, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, la langue de la civilisation de l’universel. » Mais aujourd’hui pouvons-nous ignorer que la société tend à se fragmenter en communautés, certaines d’origine culturelle, voire religieuse, d’autres sociales ou géographiques. L’assimilation n’est plus un idéal si répandu et la volonté de conserver une identité propre, de se rapprocher de ceux qui partagent cette identité s’affirme. Les notions de société multiculturelle, métissée, miroir de la diversité, ont fait une apparition fracassante dans le vocabulaire politique et médiatique, légitimant l’aspiration à une différence reconnue. La bataille des mémoires particulières, et parfois antagonistes, tend à remplacer la mémoire collective à laquelle des générations d’immigrés adhéraient spontanément. Depuis la fin du XVIIIe siècle, la certitude que tout citoyen appartenait à la nation française n’avait cessé de croître. Désormais la citoyenneté est surtout entendue au sens des droits civiques et sociaux dont on dispose, et n’implique plus automatiquement que l’on participe à un idéal commun. Les raisons de cette dissociation croissante entre citoyenneté et identité sont multiples et l’école tient une grande place dans cette évolution, ou plus exactement les interrogations qui entourent désormais sa mission. L’enseignement, tel qu’il était conçu, enserrait l’élève dans les mailles serrées d’un même savoir lui offrant la maîtrise de la langue, la connaissance de l’histoire nationale, d’une géographie remarquable par sa variété. Ce savoir commun à des générations de toutes origines les avait unifiées dans la certitude de partager un même passé, une même culture, un même patrimoine et par là même d’être unies dans un même destin et une même vision de l’avenir. Mais depuis presque un demi-siècle, des théoriciens de la pédagogie ont imposé au système éducatif français une idée que naïvement ils croyaient neuve, c’est que l’école avait pour mission d’écouter l’enfant au lieu de lui apporter les connaissances qui formeraient son raisonnement. L’école tend ainsi à devenir une auberge espagnole où chacun, qui n’est plus un élève face à un maître, car ces deux termes sont prohibés, l’élève étant devenu un apprenant, apporte ses propres bribes de connaissance, celles de son environnement, de sa sensibilité, au lieu d’y venir chercher un savoir commun. De plus, au siècle des grandes révolutions technologiques où la télévision et l’ordinateur mobilisent l’attention des adolescents pendant plusieurs heures par jour, les informations qu’ils acquièrent sur les écrans ou sur la toile mettent aussi en cause la mission de l’école et de ceux qui y enseignent. Que peut-elle encore leur apprendre, dès lors qu’ils ont des lueurs sur un nombre considérable de sujets ? Que l’école ait pour mission d’apporter des connaissances de base, des outils pour appréhender le monde et surtout former le jugement, nul n’ose plus le dire. Et du coup, les nouvelles générations n’ont plus en commun le patrimoine acquis à l’école, qui leur permettait de ressentir leur appartenance à une même communauté de culture. C’est cette progressive dislocation de la communauté qui déroute nos compatriotes habitués à penser en termes d’unité. Déjà désemparés par un monde ouvert, où l’instant a remplacé le temps, où la culture et la langue française n’occupent plus une place prééminente, ils s’interrogent sur l’évolution en cours et tendent à demander de manière toujours plus inquiète : que signifie être Français ? Et plus encore, qui est Français ?

La langue française telle qu’elle est parlée désormais, traduit cet éclatement progressif de la société. Que les langues régionales revendiquent une place à ses côtés n’est en rien tragique. Elles sont une part de notre histoire et cohabitent pacifiquement avec le français. Nous ne sommes plus au temps de l’abbé Grégoire qui voulait les supprimer. Aujourd’hui, le breton, le basque, le corse sont enseignés dans les écoles et les universités. Et à l’entrée de chaque ville ou village, les plaques indicatrices portent le nom du lieu dans la langue régionale.

Que l’anglais fasse concurrence au français partout dans le monde, qu’il s’y mêle ou le supplante en France, dans certaines entreprises ou dans les universités est fâcheux, mais aussi longtemps que la langue française préserve son intégrité, elle peut résister aux assauts de l’anglais.

La nouveauté est qu’à l’image de la société la langue tend à se fragmenter, des codes, des formes de français à la mode, des usages multiples – ceux des quartiers, des cités, de classes d’âge issues de divers milieux – prolifèrent fondés sur l’idée d’une appartenance identitaire valorisante. Ces usages sont souvent caractérisés par un lexique spécifique et une phonétique particulière. Ils commencent à fasciner certains linguistes et à trouver place dans certains dictionnaires au nom de l’inventivité langagière. On parle désormais de langue et de culture des banlieues, du hip-hop, du rap, de la langue texto… Et plus que d’usages divers de la langue, on use, pour qualifier ces nouvelles pratiques langagières, du terme langue, les situant ainsi au même niveau que la langue française. Mais au-delà de la prolifération des usages langagiers, c’est la séparation entre langue parlée et langue écrite qui pose le plus grave problème. Le français tel qu’on le parle, tel qu’on l’entend ignore les normes élémentaires de la grammaire et de la syntaxe. Ce n’est pas seulement l’imparfait du subjonctif qui a disparu, mais à peu près tous les temps de la conjugaison. Le présent, reflet d’une civilisation de l’immédiat, sert le plus souvent à dire le passé et le futur. Et le mode affirmatif a éclipsé les interrogations et les négations. Enfin les mots employés perdent souvent tout lien avec leur sens réel. En définitive, chacun tend à considérer qu’il peut user de la langue à sa manière. La conséquence en est qu’à l’instar de la situation d’incompréhension qui prévalait au temps de Racine, la communication est malaisée dans la France d’aujourd’hui. L’école en offre un bon exemple. Les professeurs se plaignent d’être injuriés par des élèves, simplement inconscients du sens des mots qu’ils emploient. Inversement les mêmes élèves ressentent les invites professorales à respecter la discipline comme des atteintes verbales à leur dignité. Quel malentendu sur le sens même des mots. Et lorsque les mots n’ont pas la même signification pour deux interlocuteurs, le recours à la violence peut paraître tout naturel.

Il est temps de dire les choses en vrai français et non dans la « novlangue » de la pensée conformiste. La France n’est pas le lieu de cohabitation de tribus qui ne disposeraient que d’un idiome restreint propre à chacune d’entre elles. Nous avons au contraire en commun une langue claire, précise, admirablement construite à partir de règles connues, compliquées parfois, mais que l’on peut maîtriser, comme l’ont prouvé des générations d’écoliers venus de tous milieux et de toutes origines culturelles et dont souvent les parents ne parlaient pas français. « La grammaire est une chanson douce », a écrit un membre de notre Compagnie, et se l’approprier peut être un jeu. Et que dire de la précision des mots de notre langue, du mot juste, cher aux écrivains, qui fait partie de ce que Valéry nommait « les délices de la langue française ». Au demeurant, le respect du mot juste est le propre de toutes les grandes civilisations. Interrogé sur la qualité première exigée d’un ministre, Confucius répondait : « bien connaître le sens des mots », et pour Isocrate « nous faisons de la parole précise le témoignage le plus sûr de la pensée juste ».

Dans la France d’aujourd’hui, où des lignes de fracture culturelles, sociales, de générations troublent une société qui se crut longtemps harmonieuse, la langue doit être une fois encore le lieu et le moyen du rassemblement. C’est elle qui porte notre immense patrimoine culturel, une longue histoire dont nous devons avoir la fierté et des valeurs qui sont celles de la civilisation de l’universel. Mais cette langue doit être la même pour tous, c’est-à-dire que notre référence commune est la langue écrite dont les dictionnaires et les grammaires disent l’usage.

La nécessité du recours à cette langue écrite, socle de notre unité, s’impose au demeurant à chacun à un moment ou l’autre de son existence. Un bon témoignage en est la réapparition d’un métier depuis longtemps oublié, celui d’écrivain public. Ces revenants pullulent désormais, au service des défavorisés de la langue, incapables de remplir des questionnaires ou d’écrire une lettre ; et on les trouve non seulement dans de lointaines banlieues mais au cœur même de la capitale. Peut-on imaginer symbole plus éclatant de la régression du savoir de notre langue ? Il y a un siècle, et les lettres de simples soldats écrites durant la Première Guerre mondiale le montrent bien, tout citoyen de notre pays pouvait écrire une lettre en bon français avec un vocabulaire précis et une orthographe dominée. Les « hussards de la République » avaient bien rempli leur rôle. Il revient aujourd’hui à leurs successeurs de reprendre le flambeau, d’oublier les théories fumeuses vantant le spontanéisme et le savoir inné de l’enfant-roi, pour enfin accomplir leur mission et transmettre la connaissance de la langue française.

Je veux pour conclure en appeler à un poète libanais qui n’a cessé de proclamer les vertus universelles de la langue française, Salah Stetié.

Pour Salah Stetié, « l’identité est profondément liée à la langue et vice versa. C’est d’être énoncées et dites que les choses prennent corps… La langue n’est pas langue seulement, elle n’est pas exclusivement nominative, elle est aussi syntaxe, c’est-à-dire philosophie, ontologie et métaphysique… Là où le français se parle ou s’écrit, un projet unificateur s’esquisse, dont le socle est la culture française, c’est-à-dire l’essentiel. »

 Voir enfin:

Pardon My French

Michael Kimmelman

The NYT

April 21, 2010

Paris

ÉRIC ZEMMOUR, slight, dark, a live wire, fell over his own words, they were tumbling out so fast. He was fidgeting at the back of a half-empty cafe one recent evening near the offices of Le Figaro, the newspaper where he works, notwithstanding that detractors have lately tried to get him fired for his most recent inflammatory remarks about French blacks and Arabs on a television show. Mr. Zemmour, roughly speaking, is the Bill O’Reilly of French letters. He was describing his latest book, “French Melancholy,” which has shot up the best-seller list here.

“The end of French political power has brought the end of French,” Mr. Zemmour said. “Now even the French elite have given up. They don’t care anymore. They all speak English. And the working class, I’m not talking just about immigrants, they don’t care about preserving the integrity of the language either.”

Mr. Zemmour is a notorious rabble-rouser. In his view France, because of immigration and other outside influences, has lost touch with its heroic ancient Roman roots, its national “gloire,” its historic culture, at the heart of which is the French language. Plenty of people think he’s an extremist, but he’s not alone. The other day Nicolas Sarkozy, the French president, sounded a bit like Mr. Zemmour, complaining about the “snobisme” of French diplomats who “are happy to speak English,” rather than French, which is “under siege.”

“Defending our language, defending the values it represents — that is a battle for cultural diversity in the world,” Mr. Sarkozy argued. The occasion for his speech was the 40th anniversary of the International Organization of the Francophonie, which celebrates French around the world. Mr. Sarkozy said the problem is not English itself but “ready-to-wear culture, uniformity, monolingualism,” by which of course he meant English. The larger argument about a decline of traditional values has struck a chord with conservative French voters perennially worried about the loss of French mojo.

The issue is somewhat akin to Americans complaining about the rise of Spanish in classrooms and elsewhere, but more acute here because of France’s special, proprietary, albeit no longer entirely realistic relationship to French. French is now spoken mostly by people who aren’t French. More than 50 percent of them are African. French speakers are more likely to be Haitians and Canadians, Algerians and Senegalese, immigrants from Africa and Southeast Asia and the Caribbean who have settled in France, bringing their native cultures with them.

Which raises the question: So what does French culture signify these days when there are some 200 million French speakers in the world but only 65 million are actually French? Culture in general — and not just French culture — has become increasingly unfixed, unstable, fragmentary and elective. Globalization has hastened the desire of more people, both groups and individuals, to differentiate themselves from one another to claim a distinct place in the world, and language has long been an obvious means to do so. In Canada the Quebecers tried outlawing signs and other public expressions in anything but French. Basque separatists have been murdering Spaniards in the name of political, linguistic and cultural independence, just as Franco imprisoned anyone who spoke Basque or Catalan. In Belgium the split between French and Dutch speakers has divided the country for ages.

And in France some years ago Jacques Toubon, a former culture minister, proposed curbing the use of English words like “weekend,” although nobody paid much attention. The fact is, French isn’t declining. It’s thriving as never before if you ask Abdou Diouf, former president of Senegal, who is the secretary general of the francophone organization. Mr. Diouf’s organization has evolved since 1970 from a postcolonial conglomerate of mostly African states preserving the linguistic vestiges of French imperialism into a global entity whose shibboleth is cultural diversity. With dozens of member states and affiliates, the group reflects a polyglot reality in which French is today concentrated outside France, and to a large extent, flourishes despite it.

“The truth,” Mr. Diouf said the other morning, “is that the future of the French language is now in Africa.” There and elsewhere, from Belgium to Benin, Lebanon to St. Lucia, the Seychelles to Switzerland, Togo to Tunisia, French is just one among several languages, sometimes, as in Cameroon, one among hundreds of them. This means that for writers from these places French is a choice, not necessarily signifying fealty, political, cultural or otherwise, to France. Or as Mr. Diouf put it: “The more we have financial, military and economic globalization, the more we find common cultural references and common values, which include diversity. And diversity, not uniformity, is the real result of globalization.”

Didier Billion is a political scientist with an interest in francophone culture. He agreed. “A multipolar world has emerged,” he said when we met in his office recently. “It’s the major trend of our time, which for the first time is allowing every person on the planet to become, in a cultural sense, an actor on the world stage.

“I was in Iran two months ago. Young Iranians are very proud of their own culture, which is rich and profound. But at the same time they want a window onto the world through the Internet, to have some identity outside Iran, and the important point is that for them there is no contradiction between these two positions. I am very proud of being French, but 40 years ago the French language was a way to maintain influence in the former colonies, and now French people are going to have to learn to think about francophone culture differently, because having a common language doesn’t assure you a common political or cultural point of view.”

This may sound perfectly obvious to Americans, but it’s not necessarily so to France’s growing tea party contingent. The populist National Front party won some 20 percent of the vote in the south last month (less nationwide), despite Mr. Sarkozy’s monthslong campaign to seduce right-wing voters by stressing the preservation of French national identity. Part of that campaign has been affirming a policy of cultural exceptionalism.

A phrase born years ago, “l’exception culturelle,” refers to the legal exclusion of French cultural products, like movies, from international free trade agreements, so they won’t be treated as equivalent to Coca-Cola or the Gap. But if you ask French people, the term also implies something more philosophical. In a country where pop radio stations broadcast a percentage of songs in French, and a socialist mayor in the northern, largely Muslim town of Roubaix lately won kudos for protesting that outlets of the fast-food chain Quick turned halal, cultural exceptionalism reflects fears of the multicultural sort that Mr. Zemmour’s book touches on.

It happens that Mr. Zemmour traces his own roots to Sephardic Jews from Spain who became French citizens while living in Algeria in the 19th century, then moved to France before the Algerian war. He belongs to the melting pot, in other words, which for centuries, he said, absorbed immigrants into its republican culture.

“In America or Britain it is O.K. that people live in separate communities, black with black, white with white,” he said, reflecting a certain antique perspective. “But this is not French. France used to be about assimilation. But since the 1970s the French intelligentsia has called this neocolonialism. In fact it is globalization, and globalization in this respect really means Americanization.”

But of course colorblind French Jacobin republicanism has always been a fiction if you were black or Muslim, and what’s really happened lately, it seems, is that different racial and ethnic groups have begun to argue more loudly for their rights and assert their culture. The election of Barack Obama hastened the process, by pointing out how few blacks and Arabs here have gained political authority.

The French language is a small but emblematic indicator of this change. So to a contemporary writer like the Soviet-born Andreï Makine, who found political asylum here in 1987, French promises assimilation and a link to the great literary tradition of Zola and Proust. He recounted the story of how, 20-odd years ago, his first manuscripts, which he wrote in French, were rejected by French publishers because it was presumed that he couldn’t write French well enough as a foreigner.

Then he invented the name of a translator, resubmitted the same works as if they were translations from Russian, and they won awards. He added that when his novel “Dreams of My Russian Summers” became a runaway best seller and received the Prix Goncourt, publishing houses in Germany and Serbia wanted to translate the book from its “original” Russian manuscript, so Mr. Makine spent two “sleepless weeks,” he said, belatedly producing one.

“Why do I write in French?” he repeated the question I had posed. “It is the possibility to belong to a culture that is not mine, not my mother tongue.”

Nancy Huston, a Canadian-born novelist here, put it another way: “The world has changed.” She moved to Paris during the 1970s. “The French literary establishment, which still thinks of itself as more important than it is, complains about the decline of its prestige but treats francophone literature as second class,” she said, while “laying claim to the likes of Kundera, Beckett and Ionesco, who were all born outside France. That is because, like Makine, they made the necessary declaration of love for France. But if the French bothered actually to read what came out of Martinique or North Africa, they would see that their language is in fact not suffering.

“After the war French writers rejected the idea of narrative because Hitler and Stalin were storytellers, and it seemed naïve to believe in stories. So instead they turned more and more to theory, to the absurd. The French declined even to tell stories about their own history, including the war in Algeria, which like all history can’t really be digested until it is turned into great literature. Francophone literature doesn’t come out of that background. It still tells stories.”

Which may partly account for the popularity of francophone writers like Yasmina Khadra, the best-selling Algerian novelist, whose real name is Mohammed Moulessehoul. We sipped tea one gray day in the offices of the Algerian Cultural Center. A 55-year-old former Algerian Army officer who now lives in Paris heading the center, Mr. Moulessehoul writes novels critical of the Algerian government under his wife’s name, which he first borrowed while in Algeria because the military there had banned his literary work.

“I was born into a poet tribe in the Sahara desert, which ruled for 800 years,” he said, sitting erect and alert, still a soldier at heart. “I read poetry in Arabic. I read kids’ books in Arabic. But at 15, after I read Camus in French, I decided to become a novelist in French partly because I wanted to respond to Camus, who had written about an Algeria in which there were no Arabs. I wanted to write in his language to say, I am here, I exist, and also because I love French, although I remain Arab. Linguistically it is as if I have married a French woman, but my mother is still Arabic.”

He quoted Kateb Yacine, the Algerian writer, who chose to write in French “to tell the French that I am not French.” Yacine called French the treasure left behind in the ruins of colonialism.

“Paris is still fearful of a French writer who becomes known around the world without its blessing,” Mr. Moulessehoul said. “And at the same time in certain Arab-speaking circles I am considered a traitor because I write in French. I am caught between two cultures, two worlds.

“Culture is always about politics in the end. I am a French writer and an Algerian writer. But the larger truth is that I am both.”


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