Politiquement correct: Attention, un esclavage peut en cacher un autre (No white slaves, please, we’re Americans !)

24 avril, 2018
Slave-table
A worksheet given to an eigth 
Penny Lane is in my ears and in my eyes There beneath the blue suburban skies… Paul McCartney (1967)
In America you’ll get food to eat Won’t have to run through the jungle And scuff up your feet You’ll just sing about Jesus and drink wine  all day It’s great to be an American Ain’t no lions or tigers ain’t no mamba snake Just the sweet watermelon and the buckwheat cake Everybody is as happy as a man can be Climb aboard little wog sail away with me. Randy Newman
I wrote about slave trade from the view of the recruiter from the slave trade. He is talking, you know, come to America and then talks about using that and I didn’t see another way to do it. I mean, you could say the slave trade is bad, horrendous or a great crime of the nation, but I chose to do differently. Randy Newman
I had this idea of a slave ship and a sea shanty – this guy standing in a clearing, singing to a crowd of natives. These people in my songs don’t know they’re bad. They think they’re fine. I didn’t just want to say, ‘Slavery is awful.’ It’s too easy. I wasn’t doing Roots. Randy Newman
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
Les « traites d’exportation » des Noirs hors d’Afrique remontent au VIIe siècle de notre ère, avec la constitution d’un vaste empire musulman qui est esclavagiste, comme la plupart des sociétés de l’époque. Comme on ne peut réduire un musulman en servitude, on répond par l’importation d’esclaves venant d’Asie, d’Europe centrale et d’Afrique subsaharienne. Olivier Pétré-Grenouilleau
A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. Jean-Louis Harouel
Si Dieudonné plaçait l’Histoire au-dessus de son fantasme mémoriel, comment l’humoriste franco-camerounais, né dans la banlieue parisienne, pourrait-il se revendiquer « descendant d’esclave »?  Géraldine Faes et Stephen Smith
Concernant le passé, les historiens s’inquiètent pour la vérité historique et pour leur liberté de recherche du fait de l’intrusion du législateur et du juge dans leur domaine. La loi Taubira procède en effet d’une lecture partielle en n’évoquant que «la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe». D’une tragédie qui appartient à la longue histoire de l’humanité elle ne retient, sur une séquence courte, que les faits imputables aux seuls Blancs européens, laissant de côté la majorité des victimes de l’esclavage. La terrible traite transatlantique, du XVe au XIXe siècle, ne constitue malheureusement qu’une partie de l’histoire de l’esclavage, qui comprend également la traite arabo-musulmane, laquelle a duré du VIIe au XXe siècle, et la traite intra-africaine, toutes deux plus meurtrières. Le risque de voir cette histoire partielle, donc partiale, devenir histoire officielle a mobilisé les historiens quand l’un des meilleurs spécialistes actuels des traites négrières, Olivier Pétré-Grenouilleau, a été attaqué en justice au nom de la loi Taubira. Parce qu’il rappelait que la quasi-totalité des esclaves africains avaient été razziés non par des Blancs, mais par des négriers africains et que le commerce des esclaves était une routine sur le continent noir bien avant l’arrivée des négriers européens. Il lui était aussi reproché de réfuter l’application du terme de «génocide» aux traites négrières, contredisant ainsi le parallèle implicite entre l’esclavage et l’extermination des juifs qu’évoque l’exposé des motifs de la loi Taubira. (…) Les enjeux du présent expliquent ces relectures du passé. Christiane Taubira déclare sans ambages qu’il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les «jeunes Arabes» «ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes». Ces logiques communautaires influent aussi sur le projet mémoriel La Route de l’esclave, décidé en 1993 par l’Unesco: Roger Botte, chercheur au Centre d’études africaines du CNRS, constate qu’il privilégie également la traite transatlantique du fait de «la pression des représentants du monde arabe et des Etats africains». Les démarches identitaires d’associations revendiquant le statut de victimes de l’Histoire transforment les débats. Dieudonné et les Indigènes de la République ont ainsi avancé l’expression très problématique de «descendant d’esclave». Empruntée aux Noirs américains – chez qui elle correspond à une réalité historique – cette notion ne peut, avec des nuances, s’appliquer en France qu’aux populations originaires des départements d’outre-mer, mais pas à celles de l’immigration africaine, n’ayant aucun rapport généalogique avec l’esclavage, sinon une éventuelle filiation avec des marchands d’esclaves. (…) Que signifie en effet revendiquer une identité victimaire et invoquer une «souffrance» avec cinq ou six générations de décalage? Est-elle assimilable aux souffrances et traumatismes transmis ou vécus directement, d’une génération à l’autre ou entre contemporains, qu’ont connus juifs, Arméniens, Bosniaques, Rwandais ou victimes du communisme? Et à quoi correspond l’application, à des siècles de distance, de la notion de «crime contre l’humanité», définie en 1945? Là réside le paradoxe le plus gênant, quand l’obsession pour un passé réinventé sert de substitut aux urgences du présent: le concept de crime contre l’humanité est une catégorie pénale dont l’objet est la poursuite de criminels; elle a ainsi permis de pourchasser au bout du monde les derniers criminels nazis. Or les criminels esclavagistes n’appartiennent malheureusement pas tous au passé lointain. Si l’histoire des traites européennes, qui se caractérise par sa relative brièveté et par leur abolition, est terminée depuis plus d’un siècle et demi, l’esclavage s’est prolongé dans de nombreux pays (dont l’Arabie saoudite) jusqu’au milieu du XXe siècle – c’est pour le dénoncer qu’Hergé a publié Coke en stock, en 1958. Et il persiste de nos jours dans certains pays, dont le Soudan, le Niger et la Mauritanie, qui l’a pourtant aboli officiellement en 1960, et de nouveau en 1980. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, il y aurait toujours plusieurs millions d’adultes en esclavage dans le monde et plusieurs associations humanitaires ont aujourd’hui pour objet le rachat d’esclaves: l’une d’elles a récemment racheté, au Soudan, un millier d’esclaves à raison de 50 dollars chacun dans la province de Bar el-Ghazal et, au Niger, les membres de Timidria continuent de lutter contre l’esclavage, malgré son abolition, en 1999 (…). Ces militants anonymes ont le tort de vouloir libérer les victimes oubliées d’une histoire qui écrase encore plutôt que d’instrumentaliser une histoire révolue. Eric Conan
The slaves were not meant to be killed, or even worked to death (though many did die); there was no effort to wipe out a race. Still, as the writer William St Clair points out, in one way the analogy with Nazi death camps works—in “the organised fictions, hypocrisies and self-deceptions that enabled otherwise reasonably decent people to condone, to participate and to benefit.” For most Europeans the existence of the slave trade, and slavery itself, was barely known. In England there was no slavery, so there was no particular reason for most people to face the ugly truth. The means by which sugar lumps arrived on tables in polite society were carefully hidden. (…) Those fine feelings were spared from reality by careful euphemisms. There were no slave-traders; only “adventurers” in the “Africa” or “Guinea” trade. Prints of the gleaming white Cape Coast Castle made it look like a European palace; there was no hint at its real role. Shackles used to string captives together were just “collars”. The “Company of Merchants”, which ran Britain’s slave trade, had on its logo an elephant and a beehive—denoting Africa and America—but nothing about slaves. (…) But there was still a pervasive feeling that, despite all the evasions, those involved in the trade were doing something deeply wrong. In the courtyard of Cape Coast Castle lies the tomb of Philip Quaque, the chaplain to the officers and men of the castle for 42 years in the second half of the 18th century. During all that time he failed to bring a single officer to the Christian rite of Holy Communion. In a letter he reflected that this had nothing to do with his (black) skin-colour, and more to do with a mood of shame: “The only plea they offer is that while they are here acting against Light and Conscience they dare not come to that holy Table.” This sense of guilt was to prove the Achilles heel of the slave trade in Europe. The task the abolitionists set themselves was to expose the reality of the trade to an ignorant public. They thought the moral sense of ordinary people would do the rest, and in part they were right. But lighting the spark of conscience needs brave individuals—like Thomas Clarkson, the moving spirit behind the founding of the Society for Effecting the Abolition of Slavery in 1787. He had been a student at Cambridge University two years before. He entered the university’s Latin essay contest, set by a vice-chancellor who was also an early abolitionist. The title was: Is it lawful to make slaves of others against their will? After two months’ research, he not only won the prize but also dedicated the rest of his long life to the cause of abolition. (…) Even the Quakers, the first abolitionists, were impressed by his zeal. It was essentially the alliance of Clarkson, an Anglican, and the Quakers, with their existing network of preachers and supporters, that made up the abolitionist movement; in an ironic nod to their success, slavers would call their ships the Willing Quaker and the Accomplished Quaker. Clarkson fixed the strategy of the campaign. His first task was to gather evidence about the slave trade, not easy when things were so hidden from public view. He spent long periods in Liverpool and Bristol, trying to gather testimony from the captains or doctors of slave ships, or freed slaves. Almost nobody would talk to him, but over the years small chinks opened in the wall of silence. One who came forward was John Newton, a former slave captain turned Anglican priest. His descriptions of the trade were very influential. Just as important was Clarkson’s gathering of the physical evidence of the slave trade to confirm the oral and written accounts he collected. In Liverpool he picked up “collars”, thumbscrews and a device for force-feeding slaves, which he would display at the hundreds of public lectures that he gave all over Britain, and France too. But Clarkson’s greatest coup was to get hold of a “plate”, or diagram, of the slave-ship Brookes, owned by a Liverpool family of that name, which operated between the Gold Coast and Jamaica. Clarkson and others reworked the plate to show the Brookes loaded with 482 slaves, lined up in rows and squashed together. As always, Clarkson and the abolitionists were strictly accurate; the ship had once carried over 600 slaves in even closer confinement, but they did not want to be accused of exaggeration. In 1789 they published 700 posters of this image and it was a sensation; nobody could now deny the horrors of the “middle passage”, during which many slaves either killed themselves or died of disease, starvation and cruel treatment. It became the abiding image of the campaign, rather like the thin and haunting faces of the newly freed inmates of the Belsen concentration camp. Clarkson also organised what was probably the first ever consumer-goods boycott, of slave-grown sugar, to bring home to ordinary Britons at their tea tables the message that they were paying a dreadful price in human cruelty for indulging a sweet tooth. At one time more than 300,000 people joined the boycott, also designed to hit the profits of the plantation owners. And he inspired the parliamentary movement against slavery, recruiting as spokesman a young Tory, William Wilberforce (see article), who brought successive bills before Parliament to abolish the slave trade until one was passed in 1807. (…) For all the fervour of its opponents, the slave trade would not have collapsed without rebellions by the victims. The most important was in 1791 on St Domingue. Within two months the slaves had taken control of the island, led by the remarkable Toussaint L’Ouverture. His guerrillas saw off the two greatest imperial armies of the day, the French and British; this led to the establishment of the republic of Haiti in 1804 and to the emancipation of about 500,000 slaves. It was clear that European armies would find it hard to contain many more uprisings, a point proved again on the British islands of Grenada and Barbados. Samuel Sharpe’s uprising on Jamaica in 1831 was put down at great cost; the British feared that if slavery continued, they would lose some colonies altogether. So in 1833 slavery was abolished throughout their empire. Britain was not the first to outlaw the slave trade in its territory; the Danes had done so in 1803, the French temporarily in 1794 and several northern American states had also done so before 1807. But as Britain was the big sea power of the day, it alone could enforce abolition throughout the world, as its navy resolutely tried to do for the rest of the 19th century. Other European nations, notably the Portuguese, persisted with the trade into the 1860s. (…) Most European states have tried to face up to the past, but slavery’s legacy is in some ways even more poisonous in places like modern Ghana. A smokescreen still covers the African role in this pernicious trade. It is an awkward fact that the traffic could not have existed without African chiefs and traders. Europeans rarely went far from their forts; slaves were brought to them. Indeed, when the Europeans arrived the slave trade and slavery were already integral parts of local tribal economies. One of the few Ghanaian historians to touch these issues, Akosua Adoma Perbi, writes that “slavery became an important part of the Asante state [the Gold Coast’s most powerful] right from its inception. For three centuries, Asante became the largest slave-trading, slave-owning and slave-dealing state in Ghana.” (…) Most of the slaves sold to Europeans in later centuries were men and women captured in battles between tribes like the Asante and the Acan. Many of the captives were kept as slaves by the victors, where they were treated relatively well and could gain some social standing within their new families. Still, the proliferation of wars between the tribes was, as Ms Perbi writes, “mostly aimed at acquiring slaves for sale to the European companies and individual European merchants”. So integral did the slave trade become to the local chiefs’ welfare that its abolition hit hard. In 1872, long after abolition, Zey, the king of Asante, wrote to the British monarch asking for the slave trade to be renewed. Yaw Bedwa of the University of Ghana says there has been a “general amnesia in Ghana about slavery”. The role of the chiefs is particularly sensitive, as they still play a big role in Ghana. “We don’t discuss slavery,” says Barima Kwame Nkye XII, a paramount chief in the town of Assin Mauso. He defends domestic slavery in the past as a generally benevolent institution, and insists that the chiefs had little to do with the slave trade. (…) Mr Bedwa faces anger from African-Americans who come to Ghana looking for roots, only to be confronted with the role of Africans in the slave trade. Mr Bedwa tells them that Africans who did not suffer from slavery were still victims of colonialism, poverty and disease. But, as in every exploitative system, some had it worse than others. The Economist
La déportation pénale est un procédure pénale consistant à transporter une personne condamnée hors d’un pays vers un bagne. La France a envoyé des condamnés à l’Île du Diable et en Nouvelle-Calédonie. Le Royaume-Uni, des années 1610 jusqu’aux années 1770, a aussi déporté des condamnés vers ses colonies américaines, puis vers l’Australie entre 1788 et 1868. Wikipedia
L’engagisme est à l’origine un concept juridique de l’Ancien Régime français et une réalité sociale, dans les colonies françaises et britanniques, notamment en Amérique du Nord et dans les Antilles, et apparenté au servage1. Dans le cas de la France il fut pratiqué dans le peuplement européen de la Nouvelle-France et des Antilles. À la suite de son abolition pendant la Révolution française, c’est devenu une forme de salariat de travailleurs natifs des colonies (anciens esclaves) ou immigrés provenant principalement d’Afrique, d’Inde, ou du bassin asiatique pour les grands propriétaires terriens des Antilles françaises et des Mascareignes qui ont été confrontés à des problèmes de main-d’œuvre à la suite de l’abolition de l’esclavage en France en 1848. L’indenture est un système équivalent dans le monde anglo-saxon. Afin de fournir une main-d’œuvre qualifiée et à bon marché aux seigneuries de la Nouvelle-France, le Royaume de France fit appel à des engagés. On les appelait alors les « trente-six mois ». Cette méthode de recrutement fut très populaire au XVIIe siècle, puis redevint à la mode peu après le traité d’Utrecht. Le 20 mars 1714, une ordonnance royale ordonna aux capitaines de navires marchands de transporter aux Amériques « depuis trois engagés jusqu’à six suivant le port de leurs vaisseaux ». Une surveillance se faisait tant au départ de la France qu’à l’arrivée à Québec. Une fois la période de trente-six mois écoulée, les engagés étaient libres d’acheter des terres s’ils disposaient d’argent, de devenir censitaires, ou bien de retourner en France. Le nombre d’engagés vers la Nouvelle-France fut toutefois peu élevé, la majorité d’entre eux choisissant les Antilles comme destination. Wikipedia
La déportation pénale est un procédure pénale consistant à transporter une personne condamnée hors d’un pays vers un bagnenote. La France a envoyé des condamnés à l’Île du Diable et en Nouvelle-Calédonie. Le Royaume-Uni, des années 1610 jusqu’aux années 1770, a aussi déporté des condamnés vers ses colonies américaines, puis vers l’Australie entre 1788 et 1868. Wikipedia
From the early 1600s until the American Revolution of 1776, the British colonies in North America received transported British criminals. In the 17th century transportation was carried out at the expense of the convicts or the shipowners. The Transportation Act 1717 allowed courts to sentence convicts to seven years’ transportation to America. In 1720, an extension authorised payments by the Crown to merchants contracted to take the convicts to America. The Transportation Act made returning from transportation a capital offence. The number of convicts transported to North America is not verified – John Dunmore Lang has estimated 50,000, and Thomas Keneally has proposed 120,000. Maryland received a larger felon quota than any other province. Many prisoners were taken in battle from Ireland or Scotland and sold into indentured servitude, usually for a number of years. The American Revolution brought transportation to an end. The remaining British colonies in what is now Canada were close to the new United States of America, thus prisoners sent there might have become hostile to British authorities. British gaols became overcrowded, and dilapidated ships moored in various ports were pressed into service as floating gaols known as « hulks ». An experiment in transporting convicted prisoners to West Africa proved unsuccessful. As a result, the British Government decided to look elsewhere. In 1787, the « First Fleet » of convict ships departed from England to establish the first British settlement in Australia, as a penal colony. The fleet arrived at Port Jackson (Sydney) on 26 January 1788, a date now celebrated as Australia Day. Wikipedia
In 1620, four small children, under the age of eight, were brought to New England shores as indentured servants to work as planters in Virginia. Ellen More was only eight; Jasper was seven, Richard, six, and Mary was four years old. The siblings were listed as servants. Three of the More children died during the bitter cold, one winter onboard the Mayflower anchored in the harbor, and six-year old Richard More was the only survivor of the four siblings. (…) The story of how these four children came to be on the Mayflower is heartbreaking. Their father purposely disposed of the children by banishing them to work the fields of Virginia. London was a microcosm of Britain’s social ills, decrepit laws, and those left in the wake of the pursuit of 17th century expansionism. The gentrified landowners paid laborers a pittance, and the death and neglect of unwanted children was rampant. Beggar waifs blighted the streets, and to rid cities of crime, authorities rounded up little children and condemned them to labor in the colonies. But the four More children aboard the Mayflower were not poor street waifs, as their families were wealthy landowners. (…) When Samuel More discovered that wife, Katherine, had committed adultery with tenant Jacob Blaskeway, he denied the four children were his kin, disowning them by claiming a strong likeness to the putative father, Jacob. Katherine admitted her illegal liaison, and confirmed they were Jacob’s children. Enraged, Samuel approached Lord Zouche, head of Privy Council, and an investor in the Virginia Company in America. They devised a plan for the disposal of the four ‘bastard’ children in retaliation against his wife’s betrayal. Samuel More also cut the children from all inheritance, and denied their very existence. (…) The More children were put in the care of four families as indentured servants aboard the vessel. Alive magazine
A Place Called Freedom is a work of historical fiction by Ken Follett. Set in 1767, it follows the adventures of an idealistic young coal miner from Scotland who believes there must be more to life than working down the pit. The miner, Mack McAsh, eventually runs away in order to find work and a new life in London. Eventually McAsh becomes a leader amongst the working classes of the city and becomes a target for those vested interest groups who do not share his point of view. McAsh is framed for a crime he did not commit and sent to serve seven years hard labour in the Colony of Virginia where he is forced to find a new life. The novel initially deals with subject of the Payment of Arles, a form of serfdom for miners in the 18th century which meant that once a miner started work in a coal mine he was bound to the mine for the rest of his life. It was a custom for the master or landowner of the mine to give a gift to parents at the time of a child’s baptism. The gift would then bind the child to work alongside the parents when they came of age. (…) After being caught in the middle of a riot, McAsh is captured and sentenced to transportation to America, a form of punishment which was often seen as an effective alternative to the death penalty during that period. Once arriving in the Colony of Virginia, McAsh is made to work as a field hand before escaping to the West. Wikipedia
Livar told HuffPost that Great Hearts staff invited his family and other concerned parents to a meeting on Thursday to discuss the matter, and that Manu was “commended for his action of bringing this to light and was even told he was ‘very brave.’” However, he noted that his son has been “attacked by many at his school” for supposedly harming its reputation. Livar, who said he and his family are Mexican-American and identify as Chicano, chalked the whole ordeal up to a lack of diversity at the school among the student body and staff. He added that he sees what happened as a sign of problems stemming beyond his son’s school. “These issues are not isolated to one school or one book,” Livar said. “These issues are systemic and continue up the chain all the way to the Texas School Board of Education”. Huffington Post
Relations between the rulers and the working class in the 18th century were so appalling that, even if you’re a modern conservative, you have to sympathise with the rebels. The main character, Mack McAsh, is a coal miner. At that time, coal miners were slaves in Scotland. Mack escapes to London and ends up in America. I set out to write an adventure story about a man coming from a very narrow environment, (a mining village in Scotland), and crossing the world to become a pioneer in America. The prologue, about finding an iron collar in a twentieth-century garden, is quite unusual and people often ask me if it’s true. It’s not. Many 18th century novels pretended to be real and the prologue uses the same literary device. It gives the reader a sense of how much time has elapsed since the historical period of the story. People who know me realise I couldn’t possibly have found a collar in a flower bed because I’ve never done any gardening in my life. I used a similar device at the end of The Man from St Petersburg, when I said that Charlotte is still alive and you can go see her. The idea is to remind the reader that someone who was a young woman in 1914 might still be alive today. Ken Follett
Defoe bluntly stated that the white servant was a slave. He was not. The servant’s loss of liberty was of limited duration, the Negro was [a] slave for life. The servant’s status could not descend to his offspring, Negro children took the status of the mother. The master at no time had absolute control over the person and liberty of his servant as he had over his slave. The servant had rights, limited but recognised by law and inserted into a contract. He enjoyed, for instance, a limited right to property. In actual law the conception of the servant as a piece of property never went beyond that of personal estate and never reached the stage of a chattel or real estate. The laws in the colonies maintained this rigid distinction and visited co-habitation between the races with severe penalties. The servant could aspire, at the end of his term, to a plot of land, though, as Wertenbaker points out for Virginia, it was not a legal right, and conditions varied from colony to colony. The serf in Europe could therefore hope for an early freedom in America which villeinage could not afford. The freed servants became small yeoman farmers, settled in the back country, a democratic force in a society of large aristocratic plantation owners, and were pioneers in westward expansion. Eric Williams (Capitalism and Slavery, 1944)
Unlike the slave the indentured servant was bound to labor for his master merely for the period of time expressly stated in his contract or, in the absence of a formal contract, as laid down by custom or statute. At the expiration of his service he was a free man. Richard B. Morris (Government and Labor in Early America, 1946)
Contemporary slavery is the complete control of a person, for economic exploitation, by violence, or the threat of violence. Kevin Bales
“Slavery (…) the “peculiar institution” is one of humanity’s oldest. It has, however, evolved and manifested itself quite distinctly in different periods of history. In contrast to historical views of slavery that are associated with Chattel Slavery, numerous forms fall under the umbrella term of contemporary slavery. The United Nations (U.N.) Working Group recognizes such radically new forms as: child labor, children in conflict, trafficking in persons, sexual exploitation, and the sale of children. The International Labor Office (ILO) approaches the topic through the lens of forced labor. The ILO recognizes slavery and abductions, compulsory participation in public works projects, forced labor in agriculture, domestic workers, bonded labor, forced labor imposed by the military, forced labor in the trafficking of persons, as well as some aspects of prison labor and rehabilitation through work. (…) Economic conditions are decisive in the formation of slavery. Chattel slavery emerged as a disturbing manifestation of a push for labor-intensive goods created in the new world. Slaves were seen as property—as a form of investment. The ensuing ownership created a myriad of costs for slave traders and owners. These costs included cargo, shipment, and insurance during delivery, as well as the costs of maintaining the investment (food, medical treatment, and clothing) on behalf of the slave owner. Nearly forty million Africans lost their lives due to horrific conditions on slaving vessels (Anti-Slavery International 2005). Massive slave insurrections significantly added to the costs nations incurred in enforcing the trade. These economic realities, coupled with strong domestic opposition, eventually led slave traders and politicians in Great Britain to re-evaluate the desirability of the trade. This ultimately led to slavery’s abolition in Great Britain and in subsequent countries around the world. A new set of economic forces arose from the ashes of the Trans-Atlantic trade, as slave traders demonstrated their ability to adapt to a changing environment. During the post-abolition era, the colonial holdings of the world’s imperial powers began to display an evolution towards slave-like practices. Forced labor by the state, debt bondage, and prison labor emerged to take the place of chattel slavery. These forms were markedly different for exactly what they lacked—namely, the immense costs and direct legal involvement in a trade that had been officially abolished. Imperial powers found these advantages to be economically and socially attractive. However, two devastating wars and the era of decolonization all but ended this period by the 1970s. (…) Massive inequality and poverty have set the stage for the most profitable form of slave trading ever seen. Slaves today are, in purely economic terms, short term, low-capital investments with incredibly high rates of return. For example, slaves in the U.S. Antebellum South cost, in real terms, around $40,000; today, a slave goes for around $90 (…). This is due to the enormous supply of slaves on the market today. In contrast to chattel slavery, ownership is now officially avoided. However, illegitimate contracts are used to keep victims in subjugation. Although a dizzying array of slave-like practices are recognized, the dominating form of slavery today is debt bondage. It is estimated that a staggering fifteen million of the world’s slaves can be found in India, Nepal, Pakistan, and Bangladesh combined (…)  The economic power wielded by the modern age slave holder is due to the seemingly unlimited supply of slaves in the world. According to the U.N., half of the world’s six and a half billion people survive on less than two dollars per day. It is from this mass of desperately poor people that the world’s slaves are culled. Never in history has there b een a segment of society that is as vulnerable as today’s poor. (…) As opposed to the later eighteenth and early nineteenth centuries, when slavery was confined to colonies and peripheral territorial holdings, contemporary slavery has permeated countries at every level of development in the global economy. Conservative estimates put the number of modern slaves alive today at 27 million (…). Some human rights organizations have the number as high as 200 million (…). This is more than all of the slaves who were captured and forced into slavery during the entirety of the Trans-Atlantic slave trade. Justin Guay
Popular among racists, white supremacists, neo-Nazis, white nationalists and neo-confederate groups, the “Irish slave” trope is often accompanied by statements to the effect of, “Our ancestors suffered and we got over it, why can’t you?” According to Liam Hogan — a librarian and scholar who has tracked the myth — references to these “Irish slaves” are used to derail conversations about racism and inequity. “The principle aim of this propaganda, which aligns with that of the international far-right, is to empty the history of the transatlantic slave trade of its racial element,” says Hogan. The meme has become increasingly visible since 2013. Its trajectory has paralleled the rise of Black Lives Matter and has even used that movement’s language with graphics, t-shirts and Facebook groups that proclaim, “Irish Lives Matter.” (…) Those who traffic in this lie minimize and ignore the realities that made slavery distinct from other forms of servitude in the British colonies. African slaves were considered property; Irish indentured servants were not. And though they faced inhumane working conditions, Irish indentured servants could typically decide if they wanted to enter into their labor contracts. Unlike the Africans forced to come to the US as slaves, the servitude of Irish people in the US did not span their entire lifetimes, and did not bind their children to a life of servitude. The Irish-as-slaves meme has a curious anatomy that Hogan has traced back to self-published books, family genealogy blogs and white supremacist news sites. He attributes much of the misinformation behind the meme to an article published by the Centre for Research on Globalization, a Canadian-based organization that touts its focus on education and humanitarianism. (…) The Global Research article is illustrated by the cover of a book, “White Cargo: The Forgotten History of Britain’s White Slaves in America,” which was published by NYU Press in 2008. The book’s cover, dramatically illustrated with two white fists bound by rope manacles, often appears alongside articles that perpetuate the “Irish slave” myth. The authors of the book are British filmmakers Don Jordan and Michael Walsh, who argue that slavery is more a feeling than a system. “Slavery,” they claim, “is not defined by time but by the experience of the subject.” Scholars discredit this assessment. In a review in “The Historian,” Dr. Dixie Ray Haggard says the book uses sound primary sources to draw conclusions that are plagued by “fatal flaws.” The most egregious, he writes, is that it “deliberately conflates indentured servitude with slavery. … Rather than explore the complexity of labor and social relations in colonial America and increase our understanding of these institutions, these authors chose to oversimplify and confuse.” Still, the book was reviewed favorably in mainstream news outlets including The New York Times, Publishers Weekly and The New York Review of Books. Co-author Walsh qualified his claims in an interview with NPR that “We’re not saying the Whites ever suffered quite as much as the worst treated Blacks.” Yet the book helped popularize the idea that Irish indentured servants had it just as bad, if not worse, than African slaves. This “Irish slave” narrative is the latest in a long history of Irish Americans affirming their own group identity at the expense of black people. In his book, “How the Irish Became White,” Noel Ignatiev shows how in 19th century America, when racial identities had as much to do with national origin as skin color, Irish immigrants strove to be socially classed as white. In order to achieve this status and the privileges that came with it, they routinely and deliberately differentiated themselves from black people by — at times violently — forcing them into an even lower ranking in the American social order. They sought to minimize the horrors of slavery then too. Irish workers in antebellum America self-identified as “wage slaves,” claiming they had it far worse than actual slaves because they weren’t entitled to “benefits” like the material comfort and the assurance of work they said slaves enjoyed. Decades later in 1921, W.E.B. Du Bois wrote that Irish anti-blackness has been expressed so “continuously and emphatically” that “there can be no doubt of the hostility of a large proportion of Irish Americans toward Negroes.” PRI
High school American history classes present indentured servitude as a benignly paternalistic system whereby colonial immigrants spent a few years working off their passage and went on to better things. Not so, this impassioned history argues: the indentured servitude of whites was comparable in most respects to the slavery endured by blacks. Voluntary indentures arriving in colonial America from Britain were sold on the block, subjected to backbreaking work on plantations, poorly fed and clothed, savagely punished for any disobedience, forbidden to marry without their master’s permission, and whipped and branded for running away. Nor were indentures always voluntary: tens of thousands of convicts, beggars, homeless children and other undesirable Britons were transported to America against their will. Given the hideous mortality rates, the authors argue, indentured contracts often amounted to a life sentence at hard labor—some convicts asked to be hanged rather than be sent to Virginia. The authors, both television documentarians, don’t attempt a systematic survey of the subject, and their episodic narrative often loses its way in colorful but extraneous digressions. Still, their exposé of unfree labor in the British colonies paints an arresting portrait of early America as gulag. Publishers weekly
In my view the most damning feature of this book it that it does not inform the reader in a coherent or timely manner what the profound differences are between racialised chattel slavery and indentured servitude or penal servitude. I believe that this was purposefully done to gird support for the book’s thesis that “white slavery” preceded “black slavery” in Colonial America. Their narrative of a supposed transition from a system of “white slavery” to black slavery is not supported by the historical evidence and this narrative’s inherent false equivalence is as ahistorical as it is troubling. The transition that occurred was from white indentured servitude to black chattel slavery. It is worth noting that the transition is related to which bonded labour system dominated, not which preceded the other, for Africans were held in lifetime bondage in Anglo America from the very beginning and indentured servitude was reintroduced in the British West Indies after the abolition of slavery in the 1830s. To be sure, these institutions were interrelated; they existed on the same continuum of unfreedom and labour exploitation in colonial realms. But they are not interchangeable and they cannot be equated or conflated without doing enormous damage to the historical record. (…) The authors of White Cargo try to get around this by concluding that one should refer to indentured servants in Colonial America (both voluntary and involuntary) as “white slaves” by (1) redefining slavery in this context as a “feeling” and not a socio-legal status and (2) arguing that servants should be called “slaves” because Daniel Defoe said so. (…) as Williams clarified over seventy years ago, indentured servitude was never racialised, was mostly voluntary and always time-limited. Colonial Slavery in the Early Modern Atlantic world was perpetual, hereditary and was justified and sustained by anti-black racism. (…) Frustratingly the authors of White Cargo are all too aware of the fundamental differences between slavery and servitude. A closer review reveals that these differences are buried in an erratic fashion throughout the book but never explained in any detail. It must be immensely confusing for any reader (especially those unfamiliar with the issues) to follow what is going on when after approximately one hundred pages of conflation the authors redraw their definitions by explaining that “one of the fundamental differences drawn between white indentured servitude and black slavery [is that black slavery means forever].” While it is not until page 176 that they admit that there was no transition from “white slavery” to black slavery as instead they note that there was a “shift from time-limited servitude of Englishmen to the lifetime slavery of Africans” which of course contradicts the book’s central thesis. These inconsistencies are present at various points throughout the text. To put it bluntly, White Cargo’s simplistic “servants were slaves, convicts were slaves and slaves were slaves” rationale is historically and semantically insupportable. Such reductionism and lack of adequate qualification or nuance collapses the distinctions between these different forms of bondage by default. (…) This confusion is also reflected in some of the uncritical media coverage the book received when it was first published. NPR labelled their promotional piece “America’s First Slaves: Whites” and then concurred with the authors that “the slavery of Europeans was a prelude to the mass slavery of Africans in the Americas.” NPR thus used White Cargo to present this false equivalence of slavery and servitude to their audience as being historically legitimate, yet by the second sentence they refer to it as “white indentured servitude.” Liam Hogan
In April 1775, two days after the American War of Independence began, a notice appeared in the Virginia Gazette offering rewards for the return of 10 runaways. Two were « Negro slaves », but the other eight were white servants, including Thomas Pearce, a 20-year-old Bristol joiner, and William Webster, a middle-aged Scottish brick-maker. Whether they were ever found remains a mystery; almost nothing is known about them but their names. But their irate master was to become very famous indeed, for the man pursuing his absconding servants was called George Washington. Pearce and Webster were indentured servants, the kind of people often ignored in patriotic accounts of colonial America. In the 17th and 18th centuries, tens of thousands of men, women and children lived as ill-paid, ill-treated chattels, bound in servitude to their colonial masters. It is a sobering illustration of human gullibility that, in return for vague promises of a better life, men would sign away their lives for 10 years or more. Once in the New World, they were effectively items of property to be treated as their masters saw fit. Brutal corporal punishment was ubiquitous: every Virginia settlement had its own whipping post. One man was publicly scourged for four days with his ears nailed to the post. He had been flirting with a servant girl. Briskly written by Don Jordan and Michael Walsh, a pair of television documentary producers, White Cargo is harrowing reading. For while thousands of servants signed up for the colonies of their own will, thousands more were shipped across by force. We associate transportation with Australia but, by the time of independence, perhaps one in 100 Americans was a convict. English officials were open in their determination to send the « scum » of their booming cities to the colonies. During the Georgian era they exiled 1,000 prisoners across the Atlantic every year. Some of these people were hardened criminals, but not all. Hundreds of girls sent over in the 1620s were probably child prostitutes dragged off the London streets. James I ordered that 100 « rowdy youths » from Newmarket be shipped across to Virginia; in fact, they were just exuberant local lads whose horseplay had annoyed the king. Most shocking of all, thousands of poor London children were rounded up by the constables and thrown on to the nearest ship. Urchins as young as five were shipped to America, where they spent most of their lives in backbreaking service. Few lived long enough to reach adulthood. And yet this horrifying enterprise had some impressive advocates. « It shall sweep your streets, and wash your doors, from idle persons, and the children of idle persons, » declared the poet John Donne. Yet although Jordan and Walsh present their material in a breezy fashion, this is an unsatisfying book. (…) The book is subtitled and marketed as the « forgotten history of Britain’s white slaves in America ». Yet as the authors admit, indentured servants were not slaves. It is true that they were dreadfully treated; indeed, Barbados planters often treated their slaves better than their servants, because the former were so vital to their economic success. The authors are right to remind us that African slavery was one form of bondage among many, rather than a unique and unprecedented condition. All the same, it was almost always much better to be a European servant than an African slave. Not only were servants transported in better conditions, they could also hope to be free men, if they survived their term of service. Above all, they were white, which meant that they were automatically different from the West African slaves. As the servants would have pointed out, the racial codes of the American colonies were a lot more than window-dressing. Dominic Sandbrook 

Attention: un esclavage peut en cacher un autre !

En ces temps étranges …

Où entre concurrence victimaire et mimétisme ambiant, il faut à nouveau pour réussir son suicide le djihadiser et entrainer avec soi le maximum de victimes …

Et en ce toujours plus étrange Occident …

Dont les racines sont issues, fait unique dans l’Histoire humaine, d’une culture se revendiquant fille d’esclaves affranchis

Où entre esclavage sexuel et extortion de fonds, un mouvement sectaire peut prospérer, en plein coeur des Etats-Unis et dans la plus grande indifférence, pendant plus de 20 ans …

Mais où des enseignants peuvent se voir mis à pied pour avoir voulu faire réfléchir leurs élèves aux éventuels bénéfices de l’esclavage y compris pour ses victimes …

Retour en cette veille de commémoration de l’abolition, 15 ans après la Grande-Bretagne, de l’esclavage en France …

Où faisant l’impasse à l’instar de l’infâme loi Taubira sur les traites intra-africaine et arabe beaucoup plus importantes et prolongées dans le temps …

L’on va encore ne nous parler que de la seule traite transatlantique (14% du total quand même pour la seule partie française parquée discrètement dans ses DOMTOM, soit   1, 6 million  vs. 500 000 pour les Etats-Unis) …

Sur ces écrivains et journalistes récemment mis au pilori eux aussi pour avoir qualifié d’esclavage (certes temporaire) les conditions de travail de certains mineurs de l’Europe de la Révolution industrielle …

Ou, censés nettoyer Londres ou Paris de leurs « classes dangereuses » (repris de justice mais aussi filles ou enfants de rue – Mayflower compris),  d’ « engagés » et de « déportés pénaux » des Amériques …

Alors que contrairement à ce que nous présente la – compréhensible et nécessaire – propagande anti-esclavagiste, on ne voit pas bien l’intérêt de l’interminable série de sévices que leur vie était censée alors être quand les historiens nous apprennent qu’ils pouvaient représenter  pour leurs propriétaires un investissement et un capital se chiffrant en dizaines de milliers de nos dollars actuels …

Et que les instances mêmes d’organisme internationaux comme les Nations unies parlent allégrement aujourd’hui d’esclavage moderne pour des victimes qui ne présentent pourtant pas la caractéristique jusqu’ici déclarée nécessaire pour le faire de transmission héréditaire de leur condition …

Mais dont on peut effectivement imaginer les conditions de vie quand on sait qu’entre l’augmentation exponentielle de leur nombre et la réduction drastique de leur coût de transport, la valeur a été ramenée à quelque 90 dollars …

The forgotten history of Britain’s white slaves

Dominic Sandbrook reviews White Cargo: the Forgotten History of Britain’s White Slaves in America by Don Jordan and Michael Walsh

The Daily Telegraph

03 May 2007

In April 1775, two days after the American War of Independence began, a notice appeared in the Virginia Gazette offering rewards for the return of 10 runaways. Two were « Negro slaves », but the other eight were white servants, including Thomas Pearce, a 20-year-old Bristol joiner, and William Webster, a middle-aged Scottish brick-maker. Whether they were ever found remains a mystery; almost nothing is known about them but their names. But their irate master was to become very famous indeed, for the man pursuing his absconding servants was called George Washington.Pearce and Webster were indentured servants, the kind of people often ignored in patriotic accounts of colonial America. In the 17th and 18th centuries, tens of thousands of men, women and children lived as ill-paid, ill-treated chattels, bound in servitude to their colonial masters. It is a sobering illustration of human gullibility that, in return for vague promises of a better life, men would sign away their lives for 10 years or more. Once in the New World, they were effectively items of property to be treated as their masters saw fit. Brutal corporal punishment was ubiquitous: every Virginia settlement had its own whipping post. One man was publicly scourged for four days with his ears nailed to the post. He had been flirting with a servant girl.Briskly written by Don Jordan and Michael Walsh, a pair of television documentary producers, White Cargo is harrowing reading. For while thousands of servants signed up for the colonies of their own will, thousands more were shipped across by force. We associate transportation with Australia but, by the time of independence, perhaps one in 100 Americans was a convict. English officials were open in their determination to send the « scum » of their booming cities to the colonies. During the Georgian era they exiled 1,000 prisoners across the Atlantic every year.Some of these people were hardened criminals, but not all. Hundreds of girls sent over in the 1620s were probably child prostitutes dragged off the London streets. James I ordered that 100 « rowdy youths » from Newmarket be shipped across to Virginia; in fact, they were just exuberant local lads whose horseplay had annoyed the king.Most shocking of all, thousands of poor London children were rounded up by the constables and thrown on to the nearest ship. Urchins as young as five were shipped to America, where they spent most of their lives in backbreaking service. Few lived long enough to reach adulthood. And yet this horrifying enterprise had some impressive advocates. « It shall sweep your streets, and wash your doors, from idle persons, and the children of idle persons, » declared the poet John Donne.Yet although Jordan and Walsh present their material in a breezy fashion, this is an unsatisfying book. For one thing, the narrative feels very disjointed, not least because chapters of six pages or fewer are too short for a work of this kind. There are some splendid anecdotes, but they never knit into a coherent story or argument. It is telling that the book ends with a perfunctory two-paragraph conclusion that vaguely wonders whether the « present-day American psyche » owes something to « the harsh conditions of those early settlements », but doesn’t really provide an answer.A more serious problem is the whole business of slavery. The book is subtitled and marketed as the « forgotten history of Britain’s white slaves in America ». Yet as the authors admit, indentured servants were not slaves. It is true that they were dreadfully treated; indeed, Barbados planters often treated their slaves better than their servants, because the former were so vital to their economic success. The authors are right to remind us that African slavery was one form of bondage among many, rather than a unique and unprecedented condition.All the same, it was almost always much better to be a European servant than an African slave. Not only were servants transported in better conditions, they could also hope to be free men, if they survived their term of service. Above all, they were white, which meant that they were automatically different from the West African slaves. As the servants would have pointed out, the racial codes of the American colonies were a lot more than window-dressing. Calling them slaves might be a marketing ploy, but it stretches the meaning of slavery beyond breaking point.

Voir aussi:

The curious origins of the ‘Irish slaves’ myth

PRI’s The World

March 17, 2017

Natasha Varner

Irish Americans were slaves once too — or so a historically inaccurate and dangerously misleading internet meme would have you believe.
The meme comes in many varieties but the basic formula is this: old photos, paintings and engravings from all over the world are combined with text suggesting they are historic images of forgotten “Irish slaves.”

The myth underlying the meme holds that the Irish — not Africans — were the first American slaves. It rests on the idea that 17th century American indentured servitude was essentially an extension of the transatlantic slave trade.

Popular among racists, white supremacists, neo-Nazis, white nationalists and neo-confederate groups, the “Irish slave” trope is often accompanied by statements to the effect of, “Our ancestors suffered and we got over it, why can’t you?” According to Liam Hogan — a librarian and scholar who has tracked the myth — references to these “Irish slaves” are used to derail conversations about racism and inequity.

“The principle aim of this propaganda, which aligns with that of the international far-right, is to empty the history of the transatlantic slave trade of its racial element,” says Hogan.

The meme has become increasingly visible since 2013. Its trajectory has paralleled the rise of Black Lives Matter and has even used that movement’s language with graphics, t-shirts and Facebook groups that proclaim, “Irish Lives Matter.”

In a six-part series on Medium, Hogan deconstructs the images and claims that have fueled the meme. That picture of “Irish slave” children? That’s actually a photo of young coal mine workers in Pennsylvania in 1911. The one of the “Irish” man being beaten to death in front of a crowd in the 1800s? That’s really a black man tied to a whipping post and being tortured in the 1920s.While there is a growing awareness that these arguments are based on misinformation, the fiction is now seen by many as fact thanks to a strange web of mutually reinforcing lies. The lies have also taken on a life beyond the internet.

At a Confederate flag rally in Mississippi in July 2015 one protester told a reporter, “There were more white Irish slaves then there were blacks. And the Irish slaves were treated a lot worse than the black slaves.”

Those who traffic in this lie minimize and ignore the realities that made slavery distinct from other forms of servitude in the British colonies. African slaves were considered property; Irish indentured servants were not. And though they faced inhumane working conditions, Irish indentured servants could typically decide if they wanted to enter into their labor contracts. Unlike the Africans forced to come to the US as slaves, the servitude of Irish people in the US did not span their entire lifetimes, and did not bind their children to a life of servitude.

The Irish-as-slaves meme has a curious anatomy that Hogan has traced back to self-published books, family genealogy blogs and white supremacist news sites. He attributes much of the misinformation behind the meme to an article published by the Centre for Research on Globalization, a Canadian-based organization that touts its focus on education and humanitarianism. Hogan says that their frequently referenced 2008 article, “The Irish Slave Trade — The Forgotten ‘White’ Slaves,” has an outsized impact but “does not contain a single historically accurate claim or sentence.”

Even so, the article has been cited by mainstream news sites like Scientific American, Irish Examiner and Irish Central. In response, more than 80 scholars and supporters have signed an open letter debunking the Global Research article and asking the media to stop their practice of uncritically citing it and related sources. Scientific American responded by heavily revising their story on the topic and the Irish Examiner removed theirs altogether. But Irish Central has made no such revisions and did not respond to a request to comment for this story.

Screenshots of an article on GlobalResearch.ca, as archived by the Internet Archive on January 31, 2017 and March 3, 2017, after PRI reached out to them for comment on the article.
The editor of Global Research, Michel Chossudovsky, defends their decision to keep the story on their website. He wrote in an email that it was, “originally published by OpEd News, we do not necessarily endorse it, we have also published critiques of that article by several historians with a view to promoting debate.”

Shortly after he replied to PRI’s questions, the article was updated with a lengthy editorial note and links to the articles that “promote debate” on the basis of long-since discredited claims.

The Global Research article is illustrated by the cover of a book, “White Cargo: The Forgotten History of Britain’s White Slaves in America,” which was published by NYU Press in 2008. The book’s cover, dramatically illustrated with two white fists bound by rope manacles, often appears alongside articles that perpetuate the “Irish slave” myth.

The authors of the book are British filmmakers Don Jordan and Michael Walsh, who argue that slavery is more a feeling than a system. “Slavery,” they claim, “is not defined by time but by the experience of the subject.”

Scholars discredit this assessment. In a review in “The Historian,” Dr. Dixie Ray Haggard says the book uses sound primary sources to draw conclusions that are plagued by “fatal flaws.” The most egregious, he writes, is that it “deliberately conflates indentured servitude with slavery. … Rather than explore the complexity of labor and social relations in colonial America and increase our understanding of these institutions, these authors chose to oversimplify and confuse.”

Still, the book was reviewed favorably in mainstream news outlets including The New York Times, Publishers Weekly and The New York Review of Books. Co-author Walsh qualified his claims in an interview with NPR that “We’re not saying the Whites ever suffered quite as much as the worst treated Blacks.” Yet the book helped popularize the idea that Irish indentured servants had it just as bad, if not worse, than African slaves.

This “Irish slave” narrative is the latest in a long history of Irish Americans affirming their own group identity at the expense of black people. In his book, “How the Irish Became White,” Noel Ignatiev shows how in 19th century America, when racial identities had as much to do with national origin as skin color, Irish immigrants strove to be socially classed as white. In order to achieve this status and the privileges that came with it, they routinely and deliberately differentiated themselves from black people by — at times violently — forcing them into an even lower ranking in the American social order.

They sought to minimize the horrors of slavery then too. Irish workers in antebellum America self-identified as “wage slaves,” claiming they had it far worse than actual slaves because they weren’t entitled to “benefits” like the material comfort and the assurance of work they said slaves enjoyed.

Decades later in 1921, W.E.B. Du Bois wrote that Irish anti-blackness has been expressed so “continuously and emphatically” that “there can be no doubt of the hostility of a large proportion of Irish Americans toward Negroes.”

Now, as the “Irish slave” myth festers online and beyond, there is no visibly Irish American movement to answer it. There is no Irish American equivalent to Asians for Black Lives. Irish Americans participate in movements for the rights of African Americans, but they do not announce their heritage as loudly as do proponents of the “Irish slave” myth.

Leaders within the Catholic church, which has historically served as the moral compass for many Irish Americans, are beginning to grapple with this legacy of anti-blackness. Dr. Kevin Considine, professor of theology at Calumet College of St. Joseph, called for direct responses to “implicit, insidious racism” in an essay for US Catholic last summer.

“Do black lives matter to white Catholics? If so, we need to do more than say the right words,” he wrote.

Voir également:

White Cargo: The Forgotten History of Britain’s White Slaves in America by Don Jordan and Michael Walsh was published by the New York University Press in 2007. It is a work of popular history authored by a filmmaker and a journalist about what they claim is the “forgotten history” of unfree European labour in Colonial America, or as the authors now call them, “white slaves”. The blurb of the book asserts without qualification that white indentured servants were “chattels”, that white convicts were sold like “livestock” and that this history of “white slavery” has been “submerged under the overwhelming memory of black slavery.” The introduction goes on to state that “white servants were the first slaves in America” and that “today, tens of millions of white Americans are descended from such chattels.” Jordan and Walsh also claim that the brutalities associated with black slavery alone were perpetuated on whites throughout British rule.”To put it mildly these are simplistic, decontextualised and historically problematic assertions. Despite the author’s haphazard disclaimers to the contrary, their argument unavoidably draws a false equivalence between colonial slavery and colonial servitude. The book’s sensationalist and oversimplified approach to this complex topic means that this attempt at a relative comparison becomes an absolute equivalence in a general discussion. Since its publication ten years ago White Cargo has helped popularise the reductive fallacy that “slavery was slavery” in the history of British America. It has thus aided the growth of a deep misunderstanding and confusion about this history in wider society and has been seized upon at the fringes by White Nationalists and Neo-Confederates as “evidence” in their attempts to legitimate their racist worldview.

Academic criticism points towards a “Fatal Flaw”

I do not doubt that the authors’ hearts were in the right place and I’m convinced that White Cargo had the potential to be an important and accessible work about the broad history of unfree labour in British America and the exploitation of the poor and the vulnerable. Alas the fundamentally misguided decision to conflate the plight of its subjects with the history of racialised chattel slavery, while no doubt helping to garner greater media attention and sales, has critically damaged the book’s import. The American historian Dr. Dixie Ray Haggard noted this “fatal flaw” when he reviewed the book for The Historian journal in 2011 and he concluded how“This book deliberately conflates indentured servitude with slavery. The authors use a general definition of slavery, rather than an academic one, to prove their point that indentured servants were in essence slaves because of the way they were treated. They fail to acknowledge, or maybe understand, that each institution, slavery and indentured servitude, had its own purpose and position within the colonial economy and society.”Haggard also noted the book’s poor use of modern literature and scholarship and that the authors predominantly leaned on secondary sources, of which many were published in the mid-twentieth century.Prof Jerome Handler and Dr Matthew Reilly, scholars of the history of slavery in Barbados, singled out White Cargo in a recent academic article contesting the growing narrative of “white slavery” in the Caribbean. They argued that White Cargo has been “influential amongst transatlantic audiences in its central thesis” that slavery in British America was imposed “first for whites, then for blacks.” Handler and Reilly assessed that the book’s strategy to simplistically refer to white servants as slaves “deflects the experiences of millions of persons of African birth or descent.”Likewise the economic historian of slavery Dr. Stephen Mullen criticised the book’s “sensationalist interpretations” and he cited the American historian Michael Guasco who “recently suggested the text should be read in ‘conjunction with more analytical and thoroughly contextualised works’ — a diplomatic way of urging caution when considering the authors’ conclusions.” Mullen observed that some of the book’s sources were questionable, pointing out that the section about the transportation of Scottish Jacobites to the Americas in the 1700s relied almost exclusively on John Prebble’s “pseudo-historiographical victimology” rather than objective history. Correspondingly White Cargo lists Sean O’Callaghan’s pseudo-history To Hell or Barbados (2000) in its bibliography. I critiqued this work and found that O’Callaghan had jumbled history and fantasy together to help laminate a perfect victimology that equated indentured servitude with chattel slavery. Prof Don Akenson recently described O’Callaghan’s work as “an end-of-the-pier-act that is just a shade short of being hate literature” while Handler and Reilly delineated how To Hell or Barbados is

“…replete with historical inaccuracies, the frequent extension of documented information on enslaved Africans to all indentured servants without explanation or justification, distorted embellishments of historical incidents, reliance on questionable sources, and unsupported statements of alleged historical facts…”

British historian Dr. Dominic Sandbrook reviewedWhite Cargo for the Daily Telegraph and found it “unsatisfying” as it was built on “disjointed narratives” and anecdotes. He felt that its most “serious problem” was its decontextualisation of the term ‘slavery’ for polemical purposes. He concluded that “calling them slaves might be a marketing ploy, but it stretches the meaning of slavery beyond breaking point.”Although not referring to White Cargo directly, the Scottish historian Sir T.M. Devine also dealt with this increasingly popular conflation of servitude and slavery in the very first page of his introduction to Scotland’s Slavery Past: The Caribbean Connection (2015)

“Those modern skeptics who consider…the indentured white servants in the transatlantic colonies, to be just as oppressed as black slaves, fail to take into account that stark and fundamental distinction. Colonial servants were bondsmen, indentured to labour, often under harsh conditions, but their contracts were not for life but for specific periods, usually an average of four to seven years, and were enforceable at law.”

These are the only academic criticisms of White Cargo and its thesis that I could find and just one is a full length academic review. It was published four years after the book was available for sale and currently languishes behind a paywall. It is therefore understandable that so many people have been greatly influenced by this book in the wake of a subdued and much delayed critical response by professional historians.

A (brief) critique

In my view the most damning feature of this book it that it does not inform the reader in a coherent or timely manner what the profound differences are between racialised chattel slavery and indentured servitude or penal servitude. I believe that this was purposefully done to gird support for the book’s thesis that “white slavery” preceded “black slavery” in Colonial America. Their narrative of a supposed transition from a system of “white slavery” to black slavery is not supported by the historical evidence and this narrative’s inherent false equivalence is as ahistorical as it is troubling. The transition that occurred was from white indentured servitude to black chattel slavery. It is worth noting that the transition is related to which bonded labour system dominated, not which preceded the other, for Africans were held in lifetime bondage in Anglo America from the very beginning and indentured servitude was reintroduced in the British West Indies after the abolition of slavery in the 1830s.To be sure, these institutions were interrelated; they existed on the same continuum of unfreedom and labour exploitation in colonial realms. But they are not interchangeable and they cannot be equated or conflated without doing enormous damage to the historical record. Which is why Prof Gad Heuman and Prof Trevor Burnard, specialists of the history of plantation slavery in the Americas, take care to elucidate how

Slavery is a form of labour exploitation connected to, but significantly different from, other forms of labour exploitation, such as indentured servitude… (The Routledge History of Slavery, p. 7)

The authors of White Cargo try to get around this by concluding that one should refer to indentured servants in Colonial America (both voluntary and involuntary) as “white slaves” by (1) redefining slavery in this context as a “feeling” and not a socio-legal status and (2) arguing that servants should be called “slaves” because Daniel Defoe said so. The authors disagree with Dr Eric Williams who directly challenged Defoe’s view in Capitalism and Slavery (1944)

“Defoe bluntly stated that the white servant was a slave. He was not. The servant’s loss of liberty was of limited duration, the Negro was [a] slave for life. The servant’s status could not descend to his offspring, Negro children took the status of the mother. The master at no time had absolute control over the person and liberty of his servant as he had over his slave. The servant had rights, limited but recognised by law and inserted into a contract.”

Thus as Williams clarified over seventy years ago, indentured servitude was never racialised, was mostly voluntary and always time-limited. Colonial Slavery in the Early Modern Atlantic world was perpetual, hereditary and was justified and sustained by anti-black racism. Richard B. Morris, an economic historian and former president of the American Historical Association, also alluded to Defoe’s claim in Government and Labor in Early America, 1946.

“To the author of Moll Flanders white servitude and slavery were identical. In fact, the system of indentured servitude differed in certain important essentials from Negro slavery.”

In a prior section Morris spelled out one of these essential distinctions.

“Unlike the slave the indentured servant was bound to labor for his master merely for the period of time expressly stated in his contract or, in the absence of a formal contract, as laid down by custom or statute. At the expiration of his service he was a free man.”

Frustratingly the authors of White Cargo are all too aware of the fundamental differences between slavery and servitude. A closer review reveals that these differences are buried in an erratic fashion throughout the book but never explained in any detail. It must be immensely confusing for any reader (especially those unfamiliar with the issues) to follow what is going on when after approximately one hundred pages of conflation the authors redraw their definitions by explaining that

“one of the fundamental differences drawn between white indentured servitude and black slavery [is that black slavery means forever].”

While it is not until page 176 that they admit that there was no transition from “white slavery” to black slavery as instead they note that there was a “shift from time-limited servitude of Englishmen to the lifetime slavery of Africans” which of course contradicts the book’s central thesis. These inconsistencies are present at various points throughout the text.To put it bluntly, White Cargo’s simplistic “servants were slaves, convicts were slaves and slaves were slaves” rationale is historically and semantically insupportable. Such reductionism and lack of adequate qualification or nuance collapses the distinctions between these different forms of bondage by default. This extreme revisionist methodology inevitably leads to an unsustainable ahistorical narrative which explains why White Cargo repeatedly refers to “white slaves” as being “indentured servants” in the text. The irony is not lost on this writer that the only way the authors can clarify that they are referring to “white slaves” throughout the book (rather than actual slaves) is to refer to them as indentured servants, which they were to begin with.This confusion is also reflected in some of the uncritical media coverage the book received when it was first published. NPR labelled their promotional piece “America’s First Slaves: Whites” and then concurred with the authors that “the slavery of Europeans was a prelude to the mass slavery of Africans in the Americas.” NPR thus used White Cargo to present this false equivalence of slavery and servitude to their audience as being historically legitimate, yet by the second sentence they refer to it as “white indentured servitude.” Which is it, NPR? Is it not “white slavery”? If NPR already swallowed the false equivalence then why is there this immediate need to qualify it?

Sensationalism with sparse context = bad history

White Cargo contains a multitude of over-the-top declarations and bizarre anachronistic comparisons that only become possible when a writer is trying to string a narrative together rather than contextualise, interrogate and understand the primary sources. In one jaw-dropping case they find it necessary to follow the activist Theodore W. Allen down the rabbit hole by trawling back to thirteenth century Ireland in an attempt to equate the abuse of the Gaelic Irish by Anglo-Normans with the experience of racialised chattel slaves in Colonial America in the eighteenth century. This false analogy that spans half a millennium omits the basic historical context, which means that it’s not historical writing they are producing, it’s rhetoric.Their decision to include ‘Arbeilt [sic] Macht Frei’ in the text, implying that indentured servitude (whether voluntary or forced) in Barbados in the mid-seventeenth century could be as futile as the exterminating slave labour enforced at death camps during the Holocaust, is dramatic comparison at its most puerile. Indentured labour in Barbados was a brutal station, especially so when the plantations transitioned to the more labour intensive sugarcane. The various laws that were passed in the colonies to protect servants illustrates how many were abused. The very nature of this system of servitude meant that they were treated as a sort of commodity while bound and undoubtedly in the first few decades of settlement significant numbers of servants died of disease before their indenture had expired.But the author’s quip of “if only” in reference to the servant’s hope of being free goes way too far. The Cromwellian officer Colonel William Brayne wrote to Secretary Thurloe from Barbados on the 10 January 1657 and he noted that servants who had served out their time were being “continually made free” and that they were leaving Barbados on a daily basis to no doubt find paid work and possibly even some land in another colony. Underscoring this is the approximation that 17,000 whites voluntarily left Barbados between 1650 and 1666. Many of this number were undoubtedly former servants in search of better opportunities. This was a possibility that a slave could never have.

Voir de même:

The story of slavery in black and white
Val Hennessy
The Daily Mail
30 April 2007

Here’s a shock revelation: slavery was not confined to the black population. In fact, during the 17th and 18th centuries, thousands of white Britons were marketed like cattle and transported to Britain’s American colonies to work in the fields.With the aim of emptying England’s prisons and clearing up the city streets, the authorities rounded up vagrants, orphans, prostitutes, beggars and criminals, and sold them into servitude.In theory, they would be ‘indentured servants’ to their masters for four to ten years. In practice, many of those shipped abroad perished on the journey or within two years of beginning forced labour.As the authors make clear in their riveting history, ‘for decades this underclass was treated just as savagely as black slaves and, indeed, toiled, suffered and rebelled alongside them.’ The white slave trade was prompted by fears that England was in danger of being overwhelmed by the poor and lawless.During Elizabeth I’s reign, her favourites grew rich while recurring harvest disasters and land-grabbing left hordes of peasants and labourers on the edge of survival.In 1570, in Coventry alone there were 2,000 beggars on the streets. A desperate crowd of 20,000 hungry people congregated at a grand funeral begging for bread.What was to be done? Enter bloodstained villain Humphrey Gilbert, of whom your reviewer has never heard and who makes no appearance in school history books.Half-brother to Sir Walter Raleigh, he was sent to command English troops in Ireland. Ordered to seize Irish land for the Queen, he launched a gory ‘ethnic cleansing’ campaign to replace native Irish with England’s surplus peasants.As he gloated: ‘I slew all those that did belong to, feed, accompany or maintain any outlaws or traitors… putting man, woman and child to the sword.’ His victims’ heads were stuck on rows of pikes.Thousands died. Gilbert was knighted. Thus were seeded the Irish Troubles, as well as the practice of offloading the troublesome English to work the land in the Queen’s colonies.With information gleaned from contemporary letters, journals and court archives, White Cargo is packed with proof that the brutalities usually associated with black slavery were, for centuries, also inflicted on whites.For example, of 1,200 whites shipped to America in 1619, 800 perished in the first year, killed by native Americans, disease, beatings, starvation, and infections caught on ship.Particularly harrowing are details of the mass street roundups of vagrant children to be transported overseas.The city paid the masters £5 a head to take them off its hands as ‘apprentices’, ostensibly to learn a trade.In reality, most were destined for tobacco plantations. Few lived long enough to reach adulthood. Of the first 300 children shipped, only 12 were still alive four years on. Their sad fate is largely forgotten, yet they arrived on the plantations four months before the first shipload of West Indian slaves about whom book after book has been written.Those whites transported as ‘indentured servants’ or who volunteered as ‘good-willers’ after being promised better lives were, in theory at least, supposed to gain their freedom after completing their agreed stint.In practice, most of them died before their time was up, or had penalty years imposed for misbehaviour. Escape attempts or becoming a father, for example, meant three extra years.Becoming a mother meant your child became the plantation owner’s chattel until he or she was 21.The authors explain ‘the rape of a female slave was not a crime, but a mere trespass on the master’s property’. Discipline was barbaric – a mutinous servant, for instance, was sent to the pillory for four days, his ears nailed to the post and given daily public whippings.Libraries and archives are full of details of lashings and beatings. A white girl field worker was beaten to death in 1625. A youth died from a blow to the head by his master.By the 1640s, Irish and Scottish workers were being shipped to the Caribbean to clear tropical forests and plant sugar cane.Interestingly, by mid-1660, a high proportion of the working population in Barbados was Irish. To this day, people there have Irish names and are known as Red Legs, because of their blistering fair skin.This book will certainly make readers re-evaluate all the recent appeasement and hype about apologising for the slave trade.Where do you begin? How do you apologise to long-dead and exploited street children? It is sobering to remind ourselves that the wealth of America and Britain came about because thousands of powerless workers were made to sacrifice their rights and freedom so that others could become rich.Those workers hoped and believed that one day their turn would come, too. Sadly, for most of them, they died unremembered and in terrible servitude.

Voir aussi:

Master and Servant

Every schoolchild recognizes certain images of this nation’s darker side: slaves kidnapped from their native lands, shipped in disease-ridden holds, traded like animals, and then whipped and worked on America’s plantations.

Don Jordan and Michael Walsh, both of whom have made documentaries and both of whom live in London, retell that familiar tale — although the victims here are not Africans but English, Irish and Scottish people, sent to the colonies largely against their will in the 17th and 18th centuries.

School Apologizes For Asking Students To List ‘Positive Aspects’ Of Slavery

“To be clear, there is no debate about slavery. It is immoral and a crime against humanity,” the superintendent said in a statement. 

A charter school network has apologized for an assignment asking students to list the positive and negative aspects of slavery, calling the worksheet a “clear mistake.”

“To be clear, there is no debate about slavery,” Aaron Kindel, superintendent of Great Hearts Texas, said in a statement posted on Facebook Thursday. “It is immoral and a crime against humanity.”

On Wednesday, Roberto Livar posted a photo of a worksheet he said his son, Manu, was asked to complete in his eighth-grade American history class at Great Hearts Monte Vista in San Antonio. The worksheet is titled, “The Life of Slaves: A Balanced View.”

Livar told HuffPost that his son was uneasy about the nature of the assignment and felt compelled to bring it home and show his parents. Livar said he was “pissed” as soon as he saw the worksheet.

“We are fully aware that there is a concerted effort by the far-right nationally to reframe slavery as being ‘not that bad’ and trying to revise the civil war as being about ‘states rights’ and not about slavery,” he told HuffPost in a Facebook message. “We were concerned that this assignment fell in line with that ideology and were naturally concerned, as well as other parents.”

Other families and members of the community upset about the worksheet began sharing Livar’s post, including Rep. Joaquin Castro (D-Texas). Castro called the assignment “absolutely unacceptable” in a tweet on Thursday.

Kindel said in his statement that the incident was “limited to one teacher at just one campus,” and that the teacher has been put on leave while Great Hearts “collect[s] all the facts.”  He added that Great Hearts will “conduct an audit” of the book that inspired the worksheet to see if it should be permanently replaced.

Livar told HuffPost that Great Hearts staff invited his family and other concerned parents to a meeting on Thursday to discuss the matter, and that Manu was “commended for his action of bringing this to light and was even told he was ‘very brave.’”

However, he noted that his son has been “attacked by many at his school” for supposedly harming its reputation.

Livar, who said he and his family are Mexican-American and identify as Chicano, chalked the whole ordeal up to a lack of diversity at the school among the student body and staff.

He added that he sees what happened as a sign of problems stemming beyond his son’s school.

“These issues are not isolated to one school or one book,” Livar said. “These issues are systemic and continue up the chain all the way to the Texas School Board of Education.

Voir par ailleurs:

Debunking the imagery of the “Irish slaves” meme

Those that promote the myth of Irish perpetual hereditary chattel slavery in Colonial America use a variety of images entirely unrelated to indentured servitude to accompany their anti-history. I examined a selection of them.

(This is part one of my six-part series debunking the meme. See Part Two, Part Three, Part Four, Part Five and Part Six)


1. Sale of a Slave Girl in Rome by Jean-Léon Gérôme (1884)

The is the most common image that accompanies spurious “Irish: the Forgotten White Slaves” articles. It is cropped from a painting by Jean-Léon Gérôme. In this work, Gérôme imagined a scene in a Roman slave market from about two thousand years ago.

The original

2. The “Redlegs” of Barbados

The “Irish slaves” meme has been embraced by racists and white nationalists. The meme below was shared by a Tea Party Leader in 2013. It accompanied her advice to African Americans to “move on” from slavery.

But this photograph is not from the U.S., nor does it depict “White Irish slaves.”

Historian Matthew C. Reilly has done extensive research on the “poor white” community of Barbados. This photo was taken in Barbados in 1908, and as Reilly has noted none of those pictured have Irish surnames and these families appear to have both African and European ancestry. Reilly writes

“Photograph locally known as “The ‘Redlegs’ of Barbados”. Pictured are fishermen residents of Bath in the parish of St. John taken in 1908. Photo courtesy of Mr. Richard Goddard.”

“The photograph is widely known amongst island history buffs as well as those interested in family genealogy. On several occasions I encountered individuals who had traced their ancestry to one of the impoverished men pictured in the 1908 portrait of the “Redleg” fishermen. Until my conversation with Fred Watson (Figure 7.2), however, I had never heard it referred to as a “family photograph”. Represented are members of the Watson, Goddard, King, and Haynes families, surnames popular amongst the “Redleg” population for several generations and still present in St. John today. Fred was able to identify several of his father’s and mother’s brothers that were pictured in the photograph including his mother’s brother Simeon Goddard found on the lower left and his father’s brother Joe Watson found in center of the back row. The revelation that the photograph depicts an extended matrilineal kinship network was made more significant by the realization that phenotypes indicate that this network involved Afro-Barbadian as well as “poor white” genealogies.”

3. Survivors of a Japanese POW camp during World War Two


4. Union Army soldier on his release from Andersonville Prison in May, 1865

Probably the most perverse co-option of all. Victims of the horror of the Confederate Andersonville prison appropriated by Neo-Confederates to support their racist meme. N.B. the Ferguson hashtag.


5. Child labourers on a Texan farm, 1913

This is another popular image. It is used here to promote an “Irish Slave Trade” movie idea. This photo of child labourers was taken in 1913 by the great Lewis Hine. The children were working on H.M. Lane’s farm near Bells, Texas. Their father (and uncle for some of the children) was working the plough nearby. This photo is sometimes used on Stormfront when discussing “white slaves.”


6. The East India Company logo

The ongoing “we were slaves too!” appropriation of the Atlantic Slave Trade led to this misfire. The East India Company logo tattooed as an “Irish slave” branding. I asked this tattooist about the relevance of the tattoo and he referred me to an inactive (and since deleted) Facebook page named “We Were Irish and Slaves”. This Facebook page was the source and inspiration for the tattoo design. The featured branding irons (first and second images) are from the Wilberforce Museum. The third image, the one that the tattoo is based on, is a stamp of the East India Company, not a branding iron. It goes without saying that indentured servants were not branded like slaves on their arrival in the colonies.


7. Former Enslaved Children in New Orleans, 1864

The comfort and ease at which some Irish and Irish-Americans appropriate the history of black chattel slavery is remarkable and disturbing. Guilty of the appropriation below is the “Ireland Long Held in Chains” Facebook page. They shared this photo of former “white” slave children in New Orleans and labelled it “Irish Slavery — Three Slaves”. This piece of anti-slavery propaganda during the American Civil War was aimed at a Northern white audience. These enslaved children were “the offspring of white fathers through two or three generations.” The fact that many slave owners in Louisiana were of Irish descent only makes this appropriation more reprehensible. In my review of Irish surnames and slave-ownership I found that 159 different Irish surnames were represented among slave owners in Louisiana in 1850. These included Brady, Burke, Carroll, Connolly, Collins, Cullen, Crowley, Darcy, Devane, Hickey, Hogan, Keane, Lynch, Mahoney, McCormack, and Murphy. You can read about the history of these photographs in Mary Niall Mitchell’s article in the New York Times.


8. Group portrait of child labourers in Port Royal, South Carolina (1911)

This “white slavery” meme (which appropriates the Zong Massacre) uses one of Lewis Hine’s photographs. Its caption reads “Group portrait of young girls working as oyster shuckers at the canning company at Port Royal, SC, 1911. From left to right: Josie, six years old, Bertha, six years old, and Sophie, 10 years old.”

Here is the original photograph.

This unbelievably ahistorical meme also suggests that in seventeenth Ireland “it was was no more [a] sin to kill an Irishman than a dog or any other brute.” This quote is not from the seventeenth century but the fourteenth, which makes it a full 300 years out of context. The original quote was made in 1317 in the Remonstrance of the Irish Chiefs to Pope John XXII. According to Diarmuid Scully (University College Cork) the Remonstrance described Domhnall, its author, as the ‘King of Ulster and by hereditary right the true heir to the whole of Ireland’ who “claims the support of the Irish élite and people, calls for papal backing against English rule and offers the kingship of Ireland to Edward Bruce of Scotland.” It wished to revoke the Laudabiliter. The Remonstrance accuses “the monks of the Cistercian order of Granard, in Ardagh diocese, so too the monks of Inch, of the same order, in Down diocese, shamelessly fulfil in deed what they proclaim in word. For, bearing arms publicly, they attack the Irish and slay them, and nevertheless they celebrate their masses.” This is to illustrate to the papal powers that some of the Christian orders in Ireland were murderous, heretical and did not warrant the Pope’s backing. This was a propagandic retort to Gerald of Wales’ infamous assertion that the English lay claim to Ireland as the Irish were not truly civilised or Christian. The Remonstrance inverts these slanderous justifications for the Cambro-Norman conquest of Ireland. William Petty alluded to this brutal 14th century colonial reality in the Political Anatomy of Ireland (1672)

“The English in Ireland before Henry the VII’s time, lived in Ireland as the Europeans do in America, or as several Nations do now upon the same Continent; so as an Englishman was not punishable for killing an Irish-man, and they were governed by different Laws; the Irish by the Brehon-Law, and the English there by the Laws of England…[then] English in Ireland, growing poor and discontented, degenerate into Irish; & vice versa; Irish, growing into Wealth and Favour, reconcile to the English.”


9. The HMS Owen Glendower, an anti-slave trade frigate

Irish Central decided to use a painting of the HMS Glendower to accompany their article about “forgotten white slaves”. It states that this ship was used to bring “human cargo to South American[sic] and the Indies.” This article repeats the absurd claim that an “Irish slave trade” ended in 1839. But the HMS Glendower was not a slave ship. In fact it was used from 1821 to 1824 to suppress the slave trade.


10. The Putumayo Atrocities, 1900s-1910s

The Ancient Order of Hibernians in Florida (State Board) appropriated an image of heavily chained Putumayo Indians, implying that they are “Irish slaves”.


11. Timucua men cultivating a field and Timucua women planting corn or beans (Florida, c. 1560)

This image of the Timucua people planting their fields appears on some “Irish slaves” and “white slaves” blogs. The Neo-Confederate Save Your Heritage website frames it as “white slaves” working in South Carolina.

Florida Indians planting seeds of beans or maize, c. 1560 by Theodor de Bry, (1528–1598) Engraver: Jacques Le Moyne de Morgues, (1533?-1588)

12. An illustration of Elizabeth Brownrigg, a torturer and murderer who was executed in England in 1767.

This “Irish slaves” meme uses an illustration of the infamous Elizabeth Brownrigg taken from The New Newgate Calendar, a sensationalist periodical which was published in England in the 1860s. The text of the meme is ridiculous; the values are apparently an invention, and it almost goes without saying that slaves were generally more expensive than servants because they were slaves. Lifetime ownership vs. 4–7 years indentures and slave-owners also claimed their children as their property. Although rare, in times of shortage (when labour demand/wages were high in Britain and thus migration unattractive) white servants’ contracts could be more expensive than slaves. It was a crime to murder a servant, but whipping was allowed as long as it was “moderate correction.” The claim that “African slaves were treated much better in Colonial America” is racist propaganda.

Here is the original image.


13. ‘Mulatto’ slave being whipped in an anti-slavery novel

This illustration is appropriated from the 19th century anti-slavery novel The White Slave; or, Memoirs of a Fugitive by Richard Hildreth. The protagonist being whipped is a ‘mulatto’ slave. His mother was enslaved and his father the enslaver.


14. Breaker boys working in Ewen Breaker of Pennsylvania Coal Co. (1911)

This is the newest version of the racist meme. It appeared online during Black History Month 2016 and has been shared 102,000 times so far. The photo does not depict “Irish slaves” but breaker boys working in Ewen Breaker of Pennsylvania Coal Co., South Pittston, Pennsylvania. The original photograph was taken by Lewis Hine in January 1911. Hine was the principle investigative photographer for National Child Labor Committee (NCLC).


15. A black man being whipped in Delaware (1920s)

This image is used by Neo-Nazis on this website to depict “Irish slaves”

from The Irish Slave Trade- White Cargo

Somehow it has made it from here into the mainstream.

But this image is clearly not an “Irish slave” in the 1800s. It was taken in Delaware in the 1920s and it shows an unnamed black man, fastened to a whipping post, being tortured.


16. A promotional photograph for a performance of Dion Boucicault’s play “The Octoroon” in London (c. 1862)

Here is a link to the original photograph. This satirical image was intended to challenge the audience by reversing racial stereotypes and it was used to promote the play during it’s run at the Adelphi theatre in London. Dion Boucicault is one of Ireland’s most famous playwrights and The Octoroon was his anti-slavery production based on Thomas Mayne Reid’s novel The Quadroon.


17. A stock photograph of a “crying black man” and a photo of Kevin Cunningham.

Racist meme that appeared on the “White History Month” Facebook Page (November 2015)

This exceptionally racist meme features a stock photograph and a photograph of Kevin Cunningham, an Irish-American who became famous after he started an online petition on change.org calling for the prosecution of George Zimmerman, the man who shot Trayvon Martin.


18. English Women being imported and sold to Planters in Colonial Virginia (1620s)

This meme of the “selling of Irish women” appears on multiple “Irish slaves” websites (inc. the Ancient Order of Hibernians) and across social media.

This image is actually taken from Barnes’ popular history of the United States of America

Barnes’ popular history of the United States of America, p. 38

The ratio of women to men was very low in the colony and so for the benefit of the colonial project, as Edmund S. Morgan describes it, a shipment was arranged by Virginia Company members “of a hundred willing maids, to be sold to the planters who could afford to buy a wife.” (American Slavery, American Freedom, p.95) So the image does not depict Irish women being sold into slavery. It depicts English women being sold into marriage. The planter was paying for the transport costs.

For more information about the role and limited rights of women in Colonial Virginia see Julie Richter’s overview.


19. Edwardian Servants, Byfield, Northamptonshire (c. 1920)

Some of these websites take the term ‘indentured servants’ literally…They turned this image of two maids photographed in a house in Byfield, Northamptonshire, sometime between 1896 and 1920….

…and made it into an awful “white slavery” meme.

from the Irish Slave Trade, Ancient Order of Hibernians (Florida)

20. Two women setting seed potatoes in Co. Antrim (1890s)

This is not an image of “Irish slaves” or indentured servants but of two women in Glenshesk, Co. Antrim planting potatoes. The photograph was taken by Robert J. Welch for the Congested Districts Boards in the late 1890s.


21. The Damm family, Los Angeles, 1987

The “Irish slaves” meme is also used to deny the existence of white privilege. It is often accompanied by an image of the Damm family taken by the photographer Mary Ellen Mark in Los Angeles in 1987.


22. Italian Miners in Belgium (c. 1900)

This photograph was recently published on the far-right “Against Globalist Agenda” Facebook page and appended with the title “Irish slaves imported to America”

But this photo actually depicts miners in Belgium in the early 20th century.


23. A photograph of the Cliffs of Moher

This meme uses a wistful photograph of the Cliffs of Moher. Here is the uncropped original.


24. An advert for two runaway Irish servants

“Make a toast to all the Irish Slaves who died making America great.”

“It says indented servants?”

“Shut up.”


25. An image from a Human Trafficking website and a photograph of President Obama’s visit to Moneygall, Ireland

This meme was created by conservative artist JP Hawkins in 2o13. https://twitter.com/jphawkins2009/status/615982442361413632
The caption reads “Obama visits Ireland, but fails to point out that the Irish were 1st slaves! Why?” The background image is a stock image taken from the Shutter Stock website and is tagged ‘Domestic Violence’.

26. A photo of the Irish actor Cillian Murphy

I know what you are thinking. I have no idea either.



Bobologie: On a trouvé pourquoi les riches ne votent plus à droite ! (Party of the people: What happened to the Hamptons ?)

17 avril, 2018

Three Figures and Portrait (Francis Bacon, 1975)

 Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent amers et qu’ils s’accrochent à leurs fusils ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Ces idées ont un nom : nationalisme, identitarisme, protectionnisme, souverainisme de repli. Ces idées qui, tant de fois, ont allumé les brasiers où l’Europe aurait pu périr, les revoici sous des habits neufs encore ces derniers jours. Elles se disent légitimes parce qu’elles exploitent avec cynisme la peur des peuples. (…) Je ne laisserai rien, rien à toutes celles et ceux qui promettent la haine, la division ou le repli national. Je ne leur laisserai aucune proposition. C’est à l’Europe de les faire, c’est à nous de les porter, aujourd’hui et maintenant (…) Et nous n’avons qu’un choix, qu’une alternative : le repli sur nous frontières, qui serait à la fois illusoire et inefficace, ou la construction d’un espace commun des frontières, de l’asile et de (…) faire une place aux réfugiés qui ont risqué leur vie, chez eux et sur leur chemin, c’est notre devoir commun d’Européen et nous ne devons pas le perdre de vue. (…) C’est pourquoi j’ai engagé en France un vaste travail de réforme pour mieux accueillir les réfugiés, augmenter les relocalisations dans notre pays, accélérer les procédures d’asile en nous inspirant du modèle allemand, être plus efficaces dans les reconduites indispensables. Ce que je souhaite pour l’Europe, la France commence dès à présent à le faire elle-même. Emmanuel Macron
J’entends les voix apeurées qui nous appellent à construire des murs. Plutôt que des murs, nous voulons aider les gens à construire des ponts. Mark Zuckerberg
Mes arrière-grands-parents sont venus d’Allemagne, d’Autriche et de Pologne. Les parents de [mon épouse] Priscilla étaient des réfugiés venant de Chine et du Vietnam. Les Etats-Unis sont une nation d’immigrants, et nous devrions en être fiers. Comme beaucoup d’entre vous, je suis inquiet de l’impact des récents décrets signés par le président Trump. Nous devons faire en sorte que ce pays reste en sécurité, mais pour y parvenir, nous devrions nous concentrer sur les personnes qui représentent vraiment une menace. Etendre l’attention des forces de l’ordre au-delà des personnes qui représentent de vraies menaces va nuire à la sécurité des Américains, en dispersant les ressources, tandis que des millions de sans-papiers qui ne représentent aucune menace vivront dans la peur d’être expulsés. Mark Zuckerberg
We can suggest what you should do next, what you care about. Imagine: We know where you are, we know what you like. A near-term future in which you don’t forget anything, because the computer remembers. You’re never lost. Eric Schmidt (Google)
I don’t believe society understands what happens when everything is available, knowable and recorded by everyone all the time. (…) Let’s say you’re walking down the street. Because of the info Google has collected about you, we know roughly who you are, roughly what you care about, roughly who your friends are. (…) I actually think most people don’t want Google to answer their questions. They want Google to tell them what they should be doing next. Eric Schmidt
The average American doesn’t realize how much of the laws are written by lobbyists (…) Washington is an incumbent protection machine. Technology is fundamentally disruptive. (…) Google policy is to get right up to the creepy line and not cross it. Google implants, he added, probably crosses that line. (…) With your permission you give us more information about you, about your friends, and we can improve the quality of our searches. We don’t need you to type at all. We know where you are. We know where you’ve been. We can more or less now what you’re thinking about. Eric Schmidt
There’s such an overwhelming amount of information now, we can search where you are, see what you’re looking at if you take a picture with your camera. One way to think about this is, we’re trying to make people better people, literally give them better ideas—augmenting their experience. Think of it as augmented humanity. Eric Schmidt
J’appelle stratégies de condescendance ces transgressions symboliques de la limite qui permettent d’avoir à la fois les profits de la conformité à la définition et les profits de la transgression : c’est le cas de l’aristocrate qui tape sur la croupe du palefrenier et dont on dira «II est simple», sous-entendu, pour un aristocrate, c’est-à-dire un homme d’essence supérieure, dont l’essence ne comporte pas en principe une telle conduite. En fait ce n’est pas si simple et il faudrait introduire une distinction : Schopenhauer parle quelque part du «comique pédant», c’est-à-dire du rire que provoque un personnage lorsqu’il produit une action qui n’est pas inscrite dans les limites de son concept, à la façon, dit-il, d’un cheval de théâtre qui se mettrait à faire du crottin, et il pense aux professeurs, aux professeurs allemands, du style du Professor Unrat de V Ange bleu, dont le concept est si fortement et si étroitement défini, que la transgression des limites se voit clairement. A la différence du professeur Unrat qui, emporté par la passion, perd tout sens du ridicule ou, ce qui revient au même, de la dignité, le consacré condescendant choisit délibérément de passer la ligne ; il a le privilège des privilèges, celui qui consiste à prendre des libertés avec son privilège. C’est ainsi qu’en matière d’usage de la langue, les bourgeois et surtout les intellectuels peuvent se permettre des formes d’hypocorrection, de relâchement, qui sont interdites aux petits-bourgeois, condamnés à l’hypercorrection. Bref, un des privilèges de la consécration réside dans le fait qu’en conférant aux consacrés une essence indiscutable et indélébile, elle autorise des transgressions autrement interdites : celui qui est sûr de son identité culturelle peut jouer avec la règle du jeu culturel, il peut jouer avec le feu, il peut dire qu’il aime Tchaikovsky ou Gershwin, ou même, question de «culot», Aznavour ou les films de série B. Pierre Bourdieu
Bourdieu chose to make it his life’s work to debunk the powerful classes’ pretensions that they were more deserving of authority or wealth than those below. He aimed his critiques first at his own class of elites — professors and intellectuals — then at the media, the political class and the propertied class. “Distinction,” published in 1979, was an undisputed masterwork. In it, Bourdieu set out to show the social logic of taste: how admiration for art, appreciation of music, even taste in food, came about for different groups, and how “superior” taste was not the result of an enchanted superiority in scattered individuals. This may seem a long way from Wellington-booted and trucker-hatted American youth in gentrifying neighborhoods. But Bourdieu’s innovation, applicable here, was to look beyond the traditional trappings of rich or poor to see battles of symbols (like those boots and hats) traversing all society, reinforcing the class structure just as money did. (…) The power of Bourdieu’s statistics was to show how rigid and arbitrary the local conformities were. In American terms, he was like an updater of Thorstein Veblen, who gave us the idea of “conspicuous consumption.” College teachers and artists, unusual in believing that a beautiful photo could be made from a car crash, began to look conditioned to that taste, rather than sophisticated or deep. White-collar workers who defined themselves by their proclivity to eat only light foods — as opposed to farmworkers, who weren’t ashamed to treat themselves to “both cheese and a dessert” — seemed not more refined, but merely more conventional. Taste is not stable and peaceful, but a means of strategy and competition. Those superior in wealth use it to pretend they are superior in spirit. Groups closer in social class who yet draw their status from different sources use taste and its attainments to disdain one another and get a leg up. These conflicts for social dominance through culture are exactly what drive the dynamics within communities whose members are regarded as hipsters. Once you take the Bourdieuian view, you can see how hipster neighborhoods are crossroads where young people from different origins, all crammed together, jockey for social gain. One hipster subgroup’s strategy is to disparage others as “liberal arts college grads with too much time on their hands”; the attack is leveled at the children of the upper middle class who move to cities after college with hopes of working in the “creative professions.” These hipsters are instantly declassed, reservoired in abject internships and ignored in the urban hierarchy — but able to use college-taught skills of classification, collection and appreciation to generate a superior body of cultural “cool.” They, in turn, may malign the “trust fund hipsters.” This challenges the philistine wealthy who, possessed of money but not the nose for culture, convert real capital into “cultural capital” (Bourdieu’s most famous coinage), acquiring subculture as if it were ready-to-wear. (Think of Paris Hilton in her trucker hat.) Both groups, meanwhile, look down on the couch-­surfing, old-clothes-wearing hipsters who seem most authentic but are also often the most socially precarious — the lower-middle-class young, moving up through style, but with no backstop of parental culture or family capital. They are the bartenders and boutique clerks who wait on their well-to-do peers and wealthy tourists. Only on the basis of their cool clothes can they be “superior”: hipster knowledge compensates for economic immobility. All hipsters play at being the inventors or first adopters of novelties: pride comes from knowing, and deciding, what’s cool in advance of the rest of the world. Yet the habits of hatred and accusation are endemic to hipsters because they feel the weakness of everyone’s position — including their own. Proving that someone is trying desperately to boost himself instantly undoes him as an opponent. He’s a fake, while you are a natural aristocrat of taste. That’s why “He’s not for real, he’s just a hipster” is a potent insult among all the people identifiable as hipsters themselves. The attempt to analyze the hipster provokes such universal anxiety because it calls everyone’s bluff. And hipsters aren’t the only ones unnerved. Many of us try to justify our privileges by pretending that our superb tastes and intellect prove we deserve them, reflecting our inner superiority. Those below us economically, the reasoning goes, don’t appreciate what we do; similarly, they couldn’t fill our jobs, handle our wealth or survive our difficulties. Of course this is a terrible lie. And Bourdieu devoted his life to exposing it. Those who read him in effect become responsible to him — forced to admit a failure to examine our own lives, down to the seeming trivialities of clothes and distinction that, as Bourdieu revealed, also structure our world. Mark Greifntrepreneurs do not just create bigger fortunes. They also cast longer shadows. The Economist
Many of the more privileged Americans who frequent fancy restaurants, stay in hotels and depend on hired help for lawn and pool maintenance, home repair and childcare don’t think illegal immigration is that big of a deal. Those in the higher-paid professions do not fear low-wage competition for their jobs in law, medicine, academia, the media, government or the arts. And many who have no problem with the present influx live in affluent communities with good schools insulated from the immediate budgetary consequences of meeting the needs of the offspring of the 11 million here illegally. These wealthier people aren’t so much liberal in their tolerance of illegal immigration as they are self-interested and cynical. In contrast, the far more numerous poor and lower middle classes of America, especially in the Southwest, are sincerely worried — and angry. (…) For the broad middle class, the poor and minorities — people who dine mostly at home, travel infrequently, mow their own lawns and change their children’s diapers — inexpensive service labor is not seen as much of a boon to them. Plus, lower- and middle-class Americans live in communities where schools are more impacted by an influx of Spanish-only speakers. And as janitors, maids, groundskeepers, carpenters, factory workers and truckers, they fear competition from lower-wage illegal alien laborers. Legal immigrants who wait years in line to enter the United States legally can be particularly unsympathetic to others who cut in front — in violation of the law. Victor Davis Hanson (October 6, 2006)
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
For the last two decades, Apple, Google, Amazon and other West Coast tech corporations have been untouchable icons. They piled up astronomical profits while hypnotizing both left-wing and right-wing politicians. (…) If the left feared that the tech billionaires were becoming robber barons, they also delighted in the fact that they were at least left-wing robber barons. Unlike the steel, oil and coal monopolies of the 19th century that out of grime and smoke created the sinews of a growing America, Silicon Valley gave us shiny, clean, green and fun pods, pads and phones. As a result, social media, internet searches, texts, email and other computer communications were exempt from interstate regulatory oversight. Big Tech certainly was not subject to the rules that governed railroads, power companies, trucking industries, Wall Street, and television and radio. But attitudes about hip high-tech corporations have now changed on both the left and right. Liberals are under pressure from their progressive base to make Silicon Valley hire more minorities and women. Progressives wonder why West Coast techies cannot unionize and sit down for tough bargaining with their progressive billionaire bosses. Local community groups resent the tech giants driving up housing prices and zoning out the poor from cities such as Seattle and San Francisco. Behind the veneer of a cool Apple logo or multicolored Google trademark are scores of multimillionaires who live one-percenter lifestyles quite at odds with the soft socialism espoused by their corporate megaphones. (…) Instead of acting like laissez-faire capitalists, the entrenched captains of high-tech industry seem more like government colluders and manipulators. Regarding the high-tech leaders’ efforts to rig their industries and strangle dissent, think of conniving Jay Gould or Jim Fisk rather than the wizard Thomas Edison. (…) The public so far has welcomed the unregulated freedom of Silicon Valley — as long as it was truly free. But now computer users are discovering that social media and web searches seem highly controlled and manipulated — by the whims of billionaires rather than federal regulators. (…) For years, high-tech grandees dressed all in hip black while prancing around the stage, enthralling stockholders as if they were rock stars performing with wireless mics. Some wore jeans, sneakers, and T-shirts, making it seem like being worth $50 billion was hipster cool. But the billionaire-as-everyman shtick has lost his groove, especially when such zillionaires lavish their pet political candidates with huge donations, seed lobbying groups and demand regulatory loopholes. Ten years ago, a carefree Mark Zuckerberg seemed cool. Now, his T-shirt get-up seems phony and incongruous with his walled estates and unregulated profiteering. (…) Why are high-tech profits hidden in offshore accounts? Why is production outsourced to impoverished countries, sometimes in workplaces that are deplorable and cruel? Why does texting while driving not earn a product liability suit? Victor Davis Hanson
Tout ce que demande aujourd’hui le Kansas, c’est qu’on lui donne un petit coup de main pour se clouer à sa croix d’or.(…) Votez pour interdire l’avortement et vous aurez une bonne réduction de l’impôt sur le capital (…). Votez pour faire la nique à ces universitaires politiquement corrects et vous aurez la déréglementation de l’électricité (…). Votez pour résister au terrorisme et vous aurez la privatisation de la sécurité sociale. Thomas Frank
One of the reasons that inequality has probably gone up in our society is that people are being treated closer to the way that they’re supposed to be treated. Larry Summers
Purity of thought — mental cleansing of all possible bias — is demanded of the populace. (…) We were living in a form of dictatorship without knowing it . . . a dictatorship of elite moral narcissists who decided between right and wrong . . . before we could even begin to evaluate the facts for ourselves. Roger L. Simon
Nothing is more characteristic of the liberal class than its members’ sense of their own elevated goodness.” The liberals’ need to repeatedly signal their virtue has become ever more tortured, as with the “civil rights” struggle for gender-neutral bathrooms. Thomas Frank
In his new book, the social critic Thomas Frank ­poses another possibility: that liberals in general — and the Democratic Party in particular — should look inward to understand the sorry state of American politics. Too busy attending TED talks and ­vacationing in Martha’s Vineyard, Frank argues, the Democratic elite has abandoned the party’s traditional commitments to the working class. In the process, they have helped to create the political despair and anger at the heart of today’s right-wing insurgencies. They may also have sown the seeds of their own demise. (…) Frank has been delivering some version of this message for the past two decades as a political essayist and a founding editor of The Baffler magazine. “Listen, Liberal” is the thoroughly entertaining if rather gloomy work of a man who feels that nobody has been paying attention. Frank’s most famous book, “What’s the Matter With Kansas?” (2004), argued that Republicans had duped the white working class by pounding the table on social issues while delivering tax cuts for the rich. He focused on Kansas as the reddest of red states (and, not incidentally, the place of his birth). This time Frank is coming for the Ivy League blue-state liberals, that “tight little network of enlightened strivers” who have allegedly been running the country into the ground. Think of it as “What’s the Matter With Massachusetts?” Frank’s book is an unabashed polemic, not a studious examination of policy or polling trends. In Frank’s view, liberal policy wonks are part of the problem, members of a well-educated elite that massages its own technocratic vanities while utterly missing the big question of the day.  (…) As Frank notes, today some people are living much better than others — and many of those people are not Republicans. Frank delights in skewering the sacred cows of coastal liberalism, including private universities, bike paths, microfinance, the Clinton Foundation, “well-meaning billionaires” and any public policy offering “innovation” or “education” as a solution to inequality. He spends almost an entire chapter mocking the true-blue city of Boston, with its “lab-coat and starched-shirt” economy and its “well-graduated” population of overconfident collegians. Behind all of this nasty fun is a serious political critique. Echoing the historian Lily Geismer, Frank argues that the Democratic Party — once “the Party of the People” — now caters to the interests of a “professional-managerial class” consisting of lawyers, doctors, professors, scientists, programmers, even investment bankers. These affluent city dwellers and suburbanites believe firmly in meritocracy and individual opportunity, but shun the kind of social policies that once gave a real leg up to the working class. In the book, Frank points to the Democrats’ neglect of organized labor and support for Nafta as examples of this sensibility, in which “you get what you deserve, and what you deserve is defined by how you did in school.”  (…) The problem, in Frank’s view, is not simply that mainstream Democrats have failed to address growing inequality. Instead, he suggests something more sinister: Today’s leading Democrats actually don’t want to reduce inequality because they believe that inequality is the normal and righteous order of things. As proof, he points to the famously impolitic Larry Summers, whose background as a former president of Harvard, former Treasury secretary and former chief economist of the World Bank embodies all that Frank abhors about modern Democrats. (…) No surprise, under the circumstances, that the working class might look elsewhere for satisfying political options. (…) Frank gives Obama a middling-to-poor grade — something in the D range, let’s say — for what he deems to be the president’s vague and rambling answer to the “social question.” Frank compares Obama unfavorably with Franklin Roose­velt, another Democratic president who inherited an economic crisis from his Republican predecessor. Roosevelt took advantage of the Great Depression to reshape American society in fundamental ways, introducing social welfare and labor protections that shifted real power into the hands of the middle and working classes. (Frank largely gives Roosevelt a pass on the New Deal’s own structural inequalities, including its exclusions of women and nonwhite workers.) Obama, by contrast, let the crisis go “to waste,” according to Frank, tweaking around the regulatory edges without doing anything significant to change the economic balance of power. (…) Frank sees this uneven recovery as a tragedy rather than a triumph, in which Obama “saved a bankrupt system that by all rights should have met its end.” He says little, however, about what sort of system might have replaced it, or about what working-class voters themselves might say that they want or need. In a book urging Democrats to pay attention to working-class concerns, there are decidedly few interviews with working people, and a lot of time spent on tech conferences and think tanks and fancy universities. Beverly Gage
Thomas Frank, who wrote the bestselling What’s the Matter with Kansas? (2004), admonishes the Democratic party for its residual moderation, and Roger L. Simon, a playwright and novelist and one of the founders of PJ Media, writes from a conservative perspective. They come at the issue from different angles but reach surprisingly congruent conclusions. “Today,” notes Frank, “liberalism is the philosophy not of the sons of toil” but of the winners in the “knowledge economy”: “Silicon Valley chieftains, the big university systems, and the Wall Street titans who gave so much to Barack Obama’s 2008 campaign.” Similarly, Simon shows how “moral narcissism has allowed the Democratic party to become a hidden party of the rich, thus wounding the middle class.” Frank traces the origins of today’s liberal elitism back to the McGovern years and the influential arguments of Washington lobbyist Fred Dutton. Dutton’s book The Changing Sources of Power (1971) showed that the professional upper middle class, once a mainstay of the GOP, had in the Nixon years migrated to the anti-war wing of the Democratic party. Contemptuous of blue-collar America, the upper-end professionals wanted to become the party of the “aristocrats — en masse.” Likewise, Simon reflects on the ways in which liberal “compassion” became a “masquerade for selfishness, a way for elites to feel good about themselves” while insulating themselves from accountability. Simon describes this masquerade as a form of narcissism in which “what you believe, or claim to believe or say you believe — not what you do or how you act or what the results of your actions may be — [determine] how your life will be judged.” Kim Holmes of the Heritage Foundation, in his new book, describes the same disconnect, in which words are judged independently of actions, but he calls it “postmodernism.” “The postmodernist Left,” he writes, “is radically subjective, arguing that all truth is merely a matter of interpretation.” And liberals, because they hold largely uncontested power in Hollywood, Silicon Valley, and most of the media, generally get to decide which interpretation shall prevail. Liberalism’s dreams of an American aristocracy, as I explained in my 2014 book The Revolt against the Masses, were integral to the modern ideology from its very inception in the aftermath of World War I. High-toned New Deal liberals looked down on Harry Truman, the Kansas City haberdasher, but liberal social snobbery emerged with full force in the Kennedyites’ open disdain for Lyndon Johnson. LBJ biographer Robert Caro described the denizens of Camelot as people who were “in love with their own sophistication”: They were “such an in-group, and they let you know they were in, and you were not.” “Think of the snotty arrogance displayed,” Caro continued, “as these people laughed at LBJ’s accent, his mispronunciations, his clothes, his wife.” In the years since Kennedy, liberal politics has been driven by an alliance of the top and the bottom, the over-credentialed and the under-credentialed, against the middle. Liberals, notes the American-born British journalist Janet Daley, have taken on the pseudo-aristocratic tone of disdain for the aspiring, struggling middle class that is such a familiar part of the British scene. Rather than face up to the failures of the Great Society to fully incorporate African Americans into the general American prosperity, liberals have lost interest in social mobility: The aim now is to make the marginal more comfortable. (The problem is not solely with liberals: Social snobbery blinded most politicians to the rumblings that emerged as Trumpism.) Bill Clinton, explains Kim Holmes, was strongly influenced by the political philosophy of John Rawls. When President Clinton criticized the welfare system as “trapping” people in poverty, he was, says Holmes, “trying to find a balance,” as Rawls did, “between liberty and the welfare state.” Thomas Frank will have none of it: Against those Democratic-party moderates who found Clinton preferable to the Republicans, he thunders: “Bill Clinton was not the lesser of two evils. . . . He was the greater of the two.” Frank denounces both the 1994 crime bill and welfare reform as perfidious acts, without providing empirical evidence to support his assertions. Holmes points out that, in recent years, liberals have jettisoned any affection for the evidence-based arguments of the Clinton years and adopted instead an “epistemic relativism” that assumes that “all knowledge is expedient and politicized.” Holmes describes postmodern liberalism as “schizophrenic”: In the name of an identity politics advancing the interest of putative victims, it marries epistemological skepticism and the absolute certainties of politically correct posturing. Obama exemplifies this double game. Obama the cultural relativist, who is not a Muslim but has a strong affinity for Islam, insists that the Islam he encountered as a young boy in Indonesia was a religion of peace (even as he asserts that Western civilization should still be doing penance for the Crusades). At the same time, notes Roger Simon, Obama can say with great confidence that ISIS — the Islamic State — is not Islamic. Frank has a point when he notes that the incestuous relationships among Hollywood, Washington, Wall Street, and Silicon Valley that define the Obama years had already blossomed in the Clinton era. But with Obama, the ties have grown even tighter. Ninety percent of the first Obama administration’s staffers had a professional degree of some kind; some 25 percent had either graduated from Harvard or taught there. The situation Frank describes is a government of, by, and for the increasingly self-interested professionals. When the Russians recently invaded parts of Syria, the worst thing the Obama administration could think to say about them was that their actions were “unprofessional.” Fred Siegel
Ce film merveilleux montre le courage incroyable de BHL et la force de l’ancien président Nicolas Sarkozy, tout en mettant en lumière l’inestimable leadership du président Barack Obama et de la secrétaire d’État Hillary Clinton. Il permet au public américain de plonger dans les coulisses où le gouvernement de notre pays et celui de la France ont œuvré ensemble pour faire cesser le massacre de civils innocents et ont brillamment réussi à renverser un régime. Harvey Weinstein
Il est évident que nous n’avons pas fait assez pour empêcher ces outils d’être utilisés de façon mal intentionnée. Et cela vaut pour les fausses informations, les ingérences étrangères dans les élections et les discours de haine … C’était une grosse erreur.  C’était mon erreur et j’en suis désolé. Mark Zuckerberg
I really do hate to denigrate strippers and porn stars by comparing any of them to Jim Comey. But there really is no other way to describe the political peep show going on in America right now. Charles Hurt
Une vague d’optimisme a balayé le monde des affaires américaines… De France on ne se rend pas compte a quel point la baisse du chômage dans ce pays est spectaculaire. De nouvelles usines, de nouveaux équipements et des mises à niveau d’usines qui stimulent la croissance économique, stimulent la création d’emplois et augmentent les salaires de manière significative. (…) Le taux de chômage nominal officiel est descendu à 4,1%. Il a diminué de 2% au cours de la seule dernière année. C’est le plus bas depuis 17 ans. (…) Le chômage a diminué pour les travailleurs dans tous les niveaux d’éducation. Parmi les diplômés du secondaire qui n’ont jamais fréquenté l’université et qui ont 25 ans et plus, il a atteint son plus bas niveau. Le Bureau of Labor Statistics indique que le taux de chômage des travailleurs noirs et hispaniques a chuté au plus bas depuis 1972. C’était il y a 45 ans ! Des générations complètes de défavorisés n’avaient jamais connu une telle demande d’embauche et le plein emploi. Les personnes dépendantes de « food stamps » ont diminué de plus de 2 millions en 2017. Les « food Stamp » sont des bons d’achat à échanger dans les commerces alimentaires pour les personnes et familles à faible ou aucun revenu, les migrants et les étudiants vivant dans le pays pour se nourrir. L’économie, revitalisée par l’enthousiasme des perspectives d’avenir, se développe à nouveau. L’indice de confiance des consommateurs du Conference Board est à son plus haut niveau depuis 17 ans et l’Indice des perspectives de l’Association nationale des manufacturiers est à sa moyenne annuelle la plus élevée de son histoire. La Federal Reserve Bank d’Atlanta a publié une estimation de la croissance du PIB 2018 d’un taux de 5,4%. Comme dans les années glorieuses. Même le journal expert en misérabilisme, de gauche, le New York Times a dû admettre : « Une vague d’optimisme a balayé les chefs d’entreprise américains et commence à se traduire par des investissements dans de nouvelles usines, équipements et mises à niveau d’usines qui stimulent la croissance économique, stimulent la création d’emplois. et peut enfin augmenter les salaires de manière significative. « (…) Selon les estimations les plus récentes du Département du Trésor, 90% des personnes verront, dès février 2018 une augmentation de leur salaire net. Une autre étude conclut que plus d’un million de travailleurs recevront des augmentations de salaire en 2018. Les entreprises ont commencé à anticiper la baisse de l’impôt sur les sociétés de 38 à 21%. 300 entreprises ont annoncé des augmentations de salaire et des primes. (…) Le PIB a atteint 3% au cours des deux derniers trimestres de 2017. (Au cours des 32 trimestres de la « reprise » d’Obama, il n’a enregistré que deux fois un PIB de plus de 3%). Les entreprises américaines ont créé plus de 1,7 million de nouveaux emplois, dont près de 160 000 emplois manufacturiers et 58 000 autres emplois dans l’exploitation minière et l’exploitation forestière. L’extraction de pétrole et de gaz dont la réglementation anti-libérale interdisait l’exportation a été ouverte. En décembre, 1,5 million de barils ont été exportés hors des États-Unis. La guerre des prix avec les pays producteurs de l’OPEP qui devait mettre l’industrie pétrolière des gaz de schiste américaine à genoux a fait l’inverse. Elle a stimulé l’innovation, les embauches et les seuils de rentabilité ont étés abaissés. Le tribulations à la baisse de l’OPEP, n’ont servi qu’a mettre les pays de l’OPEP dans la difficulté. Les salaires ont progressé en taux annualisé de 2,9%, soit le rythme le plus rapide en plus de huit ans. (…) Au 1er janvier, les accords patronaux devant l’embellie du marché ont augmenté le salaire minimum dans 18 états. Agoravox
Colin Powell, le plus grand génie militaire de notre temps, soutient le président Obama. Et les militaires l’adorent. J’ai fait ce film. Je connais les militaires. Ils respectent cet homme pour ce qu’il a fait. Il a tué plus de terroristes dans le bref exercice de ses fonctions que George W. Bush en huit ans. C’est lui, le vrai faucon. Harvey Weinstein
J’ai une profonde estime pour Harvey Weinstein. Au-delà de sa réussite cinématographique, il est d’abord pour moi l’homme qui a lancé Amnesty International aux États-Unis, lutté contre la peine de mort, et l’un des rares, côté américain, à avoir mené la bataille contre les lyncheurs de Polanski. Bernard-Henri Lévy
La vente aux enchères privée et le défilé de mode ont été suivis d’un dîner et d’une vente aux enchères publique dirigée par le patron de Miramax, Harvey Weinstein, qui, cette année, a non seulement mis en vente un massage par [la top-modèle] Heidi Klum, mais aussi persuadé [l’acteur Kenneth] Branagh et [l’acteur James] Caan d’ôter leurs chemises et de servir de cobayes pour une démonstration de ses talents. Le massage est parti pour 33 000 dollars. “Karl Marx est mort”, a observé le réalisateur James Gray. Roger Ebert
Harvey Weinstein (…) était aussi, et surtout, un partisan inconditionnel de M. Barack Obama et de Mme Hillary Clinton. Nul n’incarnait mieux que lui les ambiguïtés de ce gratin démocrate représenté par la Fondation Clinton. Les soirées caritatives qu’elle organisait assuraient la même fonction que les bonnes œuvres passées de M. Weinstein : celle d’une chambre de compensation sociale où les nouveaux entrants dans le beau monde reçoivent leurs lettres de noblesse — en France, autrefois, on appelait cela une « savonnette à vilain ». Participer à un événement de la Fondation Clinton revient à faire un plein de bonté à gros indice d’octane. Vous y rencontrez une ribambelle de célébrités, un éventail de personnages glorifiés pour leur altruisme et leur infaillible valeur morale et qui, bien souvent, portent un nom simple, comme le chanteur Bono ou la jeune Pakistanaise Malala, Prix Nobel de la paix. Des personnages sanctifiés, béatifiés, au contact desquels s’opère un échange de bons procédés qui permet aux gros poissons du monde des affaires de se procurer à coups de contributions financières un brevet de bon Samaritain. Au centre de ce jeu de passe-passe, les Clinton jouent les maîtres de cérémonie. Ils ont un pied dans chaque camp, celui des grandes âmes vertueuses et celui, moins reluisant, de l’affairisme entrepreneurial. M. Weinstein personnifiait mieux que quiconque cette Bourse des valeurs morales. (…) Le progressisme de M. Weinstein se mesurait en lauriers au moins autant qu’en dollars. Le prodige de Hollywood siégeait au conseil d’administration de divers organismes à but non lucratif ; les films de sa société, Miramax, récoltaient Oscars et Golden Globes à foison ; en France, il a même reçu la Légion d’honneur. En juin 2017, quatre mois avant qu’éclate le scandale de ses agressions et de ses manœuvres pour réduire au silence les victimes de sa tyrannie sexuelle, le club de la presse de Los Angeles lui décernait encore le Truthteller Award, le prix du « diseur de vérité ». (…) Dans le monde de M. Weinstein, l’engagement politique se place sous le patronage de l’industrie du luxe, à Martha’s Vineyard comme dans les Hamptons — deux hauts lieux de la jet-set américaine —, au gala de soutien d’un candidat comme à une soirée de bienfaisance. (…) Dans le monde des grandes fortunes, le progressisme fait office de machine à laver pour rendre sa rapacité plus présentable. (…) Bien des gens de gauche se perçoivent comme des résistants à l’autorité. Mais, aux yeux de certains de ses dirigeants, la gauche moderne est un moyen de justifier et d’asseoir un pouvoir de classe — celui notamment de la « classe créative », comme certains aiment à désigner la crème de Wall Street, de la Silicon Valley et de Hollywood. L’idolâtrie dont font l’objet ces icônes du capitalisme découle d’une doctrine politique qui a permis aux démocrates de récolter presque autant d’argent que leurs rivaux républicains et de s’imposer comme les représentants naturels des quartiers résidentiels aisés. Que cette gauche néolibérale mondaine attire des personnages comme M. Weinstein, avec leur capacité prodigieuse à lever des fonds et leur révérence pour les « grands artistes », n’a rien pour nous surprendre. Dans ces cercles qui mêlent bonne conscience et sentiment de supériorité sociale, où se cultive la fiction d’un rapport intime entre classes populaires et célébrités du showbiz, le cofondateur de Miramax était comme un poisson dans l’eau. Ils sont légion, les habitués de ce milieu qui, sachant parfaitement à quoi s’en tenir, prennent à présent de grands airs scandalisés devant les turpitudes d’un des leurs. Leur aveuglement est à la mesure de leur puissance. Ces temps-ci, les voici qui errent dans un labyrinthe de miroirs moraux déformants en versant des larmes d’attendrissement sur leurs vertus et sur leur bon goût. Thomas Frank

On a trouvé pourquoi les riches ne votent plus à droite !

A l’heure où le valeureux défenseur des ponts et pourfendeur des murs nous jure la main sur le coeur qu’il n’a pas eu de relations sexuelles avec nos données personnelles …

Et où, à l’instar d’une certaine ancienne strip-teaseuse, l’ancien patron du FBI s’embarque dans un financièrement prometteur peep show politique

Pendant qu’entre chute du chômage et de la distribution de bons alimentaires et création d’emplois et hausse des salaires …

L’amélioration de la situation des minorités et des plus démunis sous l’Administration de l’honni Trump devient – même pour le NYT – de plus en plus difficile à dissimuler …

Retour à l’occasion de la sortie française du dernier livre de l’auteur Pourquoi les pauvres votent à droite

Via un article décapant de Thomas Frank dans le Monde diplomatique concernant l’affaire Weinstein …

Sur ces riches qui désormais votent à gauche …

La gauche selon Harvey Weinstein

Le Monde diplomatique
Février 2018

C’était aussi, et surtout, un partisan inconditionnel de M. Barack Obama et de Mme Hillary Clinton. Nul n’incarnait mieux que lui les ambiguïtés de ce gratin démocrate représenté par la Fondation Clinton. Les soirées caritatives qu’elle organisait assuraient la même fonction que les bonnes œuvres passées de M. Weinstein : celle d’une chambre de compensation sociale où les nouveaux entrants dans le beau monde reçoivent leurs lettres de noblesse — en France, autrefois, on appelait cela une « savonnette à vilain ».

Participer à un événement de la Fondation Clinton revient à faire un plein de bonté à gros indice d’octane. Vous y rencontrez une ribambelle de célébrités, un éventail de personnages glorifiés pour leur altruisme et leur infaillible valeur morale et qui, bien souvent, portent un nom simple, comme le chanteur Bono ou la jeune Pakistanaise Malala, Prix Nobel de la paix. Des personnages sanctifiés, béatifiés, au contact desquels s’opère un échange de bons procédés qui permet aux gros poissons du monde des affaires de se procurer à coups de contributions financières un brevet de bon Samaritain. Au centre de ce jeu de passe-passe, les Clinton jouent les maîtres de cérémonie. Ils ont un pied dans chaque camp, celui des grandes âmes vertueuses et celui, moins reluisant, de l’affairisme entrepreneurial. M. Weinstein personnifiait mieux que quiconque cette Bourse des valeurs morales.

Voilà ce champion d’humanité accusé de violences sexuelles d’une fréquence et d’une gravité invraisemblables. Voilà que cet infatigable défenseur de la liberté de la presse se dévoile comme un virtuose dans l’art de manipuler les journalistes, quitte à les molester lorsqu’ils s’entêtent à poser des questions gênantes (2). Mais le producteur-vedette de Hollywood savait aussi présenter un visage avenant, se tisser un réseau d’obligés, recevoir et renvoyer l’ascenseur.

En 2012, il achète les droits d’exploitation sur le territoire américain du Serment de Tobrouk, un documentaire réalisé par un essayiste français élégamment vêtu, Bernard-Henri Lévy, et destiné à promouvoir sur la scène internationale la destruction en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi — destruction mieux connue aux États-Unis sous le nom de « guerre de Hillary » et dont la Libye, sept ans plus tard, ne s’est pas remise. La description qu’en donne M. Weinstein illustre le niveau d’emphase et de pédantisme qu’il est possible d’atteindre en un seul paragraphe : « Ce film merveilleux montre le courage incroyable de BHL et la force de l’ancien président Nicolas Sarkozy, tout en mettant en lumière l’inestimable leadership du président Barack Obama et de la secrétaire d’État Hillary Clinton. Il permet au public américain de plonger dans les coulisses où le gouvernement de notre pays et celui de la France ont œuvré ensemble pour faire cesser le massacre de civils innocents et ont brillamment réussi à renverser un régime. » Ce qui lui vaudra ce retour d’affection de Bernard-Henri Lévy : « J’ai une profonde estime pour Harvey Weinstein. Au-delà de sa réussite cinématographique, il est d’abord pour moi l’homme qui a lancé Amnesty International aux États-Unis, lutté contre la peine de mort, et l’un des rares, côté américain, à avoir mené la bataille contre les lyncheurs de [Roman] Polanski » — le réalisateur de Chinatown et de Rosemary’s Baby, poursuivi pour le viol d’une mineure âgée de 13 ans.

Le progressisme de M. Weinstein se mesurait en lauriers au moins autant qu’en dollars. Le prodige de Hollywood siégeait au conseil d’administration de divers organismes à but non lucratif ; les films de sa société, Miramax, récoltaient Oscars et Golden Globes à foison ; en France, il a même reçu la Légion d’honneur. En juin 2017, quatre mois avant qu’éclate le scandale de ses agressions et de ses manœuvres pour réduire au silence les victimes de sa tyrannie sexuelle, le club de la presse de Los Angeles lui décernait encore le Truthteller Award, le prix du « diseur de vérité ».

Une imposture grossière ? Il est certain que sa conscience politique ne brille ni par sa consistance ni par sa profondeur. Il a par exemple vigoureusement désapprouvé la candidature de M. Bernie Sanders aux primaires démocrates de 2016. Le soir de l’élection présidentielle de novembre 2008, il acclamait la victoire de M. Obama au motif que les « cours en Bourse [allaient] grimper partout dans le monde ». Et son humanisme se teinte parfois de vert-de-gris. Le 5 novembre 2012, à l’occasion de la diffusion de Code Name Geronimo (SEAL Team Six en version originale), un film à la gloire du commando américain qui a tué Oussama Ben Laden, coproduit par sa société, il se fendait d’un hommage enflammé à l’un des artisans les plus discrédités de la guerre d’Irak : « Colin Powell, le plus grand génie militaire de notre temps, soutient le président Obama. Et les militaires l’adorent. J’ai fait ce film. Je connais les militaires. Ils respectent cet homme pour ce qu’il a fait. Il a tué plus de terroristes dans le bref exercice de ses fonctions que George W. Bush en huit ans. C’est lui, le vrai faucon. »

Dans le monde de M. Weinstein, l’engagement politique se place sous le patronage de l’industrie du luxe, à Martha’s Vineyard comme dans les Hamptons — deux hauts lieux de la jet-set américaine —, au gala de soutien d’un candidat comme à une soirée de bienfaisance. Roger Ebert, un influent critique de cinéma, racontait ainsi une réception qu’il avait donnée en 2000 à Cannes en faveur de la recherche contre le sida : « La vente aux enchères privée et le défilé de mode ont été suivis d’un dîner et d’une vente aux enchères publique dirigée par le patron de Miramax, Harvey Weinstein, qui, cette année, a non seulement mis en vente un massage par [la top-modèle] Heidi Klum, mais aussi persuadé [l’acteur Kenneth] Branagh et [l’acteur James] Caan d’ôter leurs chemises et de servir de cobayes pour une démonstration de ses talents. Le massage est parti pour 33 000 dollars. “Karl Marx est mort”, a observé le réalisateur James Gray (3).  »

Chaque parti a ses vicelards ; M. Donald Trump est là pour nous le rappeler chaque semaine. Même à l’aune de cette règle, pourtant, M. Weinstein émerge du lot. Rarement un homme qui défendait si fastueusement les bonnes causes s’était autant appliqué à les piétiner. Comment comprendre qu’il ait pu s’identifier à des idées de gauche ? Par goût du pouvoir, peut-être, pour jouir du frisson de compter parmi les amis d’un William Clinton. Ou alors par désir d’absolution morale, celui-là même qui incite Walmart, Goldman Sachs ou ExxonMobil à parrainer des œuvres de charité. Dans le monde des grandes fortunes, le progressisme fait office de machine à laver pour rendre sa rapacité plus présentable. Ce n’est pas un hasard si, en guise de première réplique désespérée aux accusations accumulées contre lui, M. Weinstein a promis de croiser le fer avec la National Rifle Association (NRA, le puissant lobby américain des amateurs d’armes à feu) et de financer des bourses d’études réservées aux femmes (The New York Times, 5 octobre 2017).

Avec cette affaire, sans doute s’agit-il aussi de quelque chose de plus profond. Bien des gens de gauche se perçoivent comme des résistants à l’autorité. Mais, aux yeux de certains de ses dirigeants, la gauche moderne est un moyen de justifier et d’asseoir un pouvoir de classe — celui notamment de la « classe créative », comme certains aiment à désigner la crème de Wall Street, de la Silicon Valley et de Hollywood. L’idolâtrie dont font l’objet ces icônes du capitalisme découle d’une doctrine politique qui a permis aux démocrates de récolter presque autant d’argent que leurs rivaux républicains et de s’imposer comme les représentants naturels des quartiers résidentiels aisés.

Que cette gauche néolibérale mondaine attire des personnages comme M. Weinstein, avec leur capacité prodigieuse à lever des fonds et leur révérence pour les « grands artistes », n’a rien pour nous surprendre. Dans ces cercles qui mêlent bonne conscience et sentiment de supériorité sociale, où se cultive la fiction d’un rapport intime entre classes populaires et célébrités du showbiz, le cofondateur de Miramax était comme un poisson dans l’eau.

Ils sont légion, les habitués de ce milieu qui, sachant parfaitement à quoi s’en tenir, prennent à présent de grands airs scandalisés devant les turpitudes d’un des leurs. Leur aveuglement est à la mesure de leur puissance. Ces temps-ci, les voici qui errent dans un labyrinthe de miroirs moraux déformants en versant des larmes d’attendrissement sur leurs vertus et sur leur bon goût.

Thomas Frank

Journaliste et écrivain, auteur de Pourquoi les riches votent à gauche, Agone, Marseille, à paraître le 12 avril. Ce texte reprend et complète un article paru dans The Guardian le 21 octobre 2017.

(1Le groupe Mothers Opposing Bush s’est constitué pour empêcher la réélection d’un président censé nuire aux « valeurs d’honnêteté, de compassion, de communauté et de patriotisme » qui caractériseraient l’Amérique.

(2C’est ce qui serait arrivé en novembre 2000 au journaliste du New York Observer Andrew Goldman. Cf. Rebecca Traister, « Why the Harvey Weinstein sexual-harassment allegations didn’t come out until now », The Cut, 5 octobre 2017.

Liberals may be experiencing mixed emotions these days. The prospect of a Trump presidency has raised urgent fears: of the nation’s fascist tendencies, of the potential for riots in the streets. At the same time, many liberals have expressed a grim satisfaction in watching the Republican Party tear itself apart. Whatever terrible fate might soon befall the nation, the thinking goes, it’s their fault, not ours. They are the ones stirring up the base prejudices and epic resentments of America’s disaffected white working class, and they must now reap the whirlwind.

In his new book, the social critic Thomas Frank ­poses another possibility: that liberals in general — and the Democratic Party in particular — should look inward to understand the sorry state of American politics. Too busy attending TED talks and ­vacationing in Martha’s Vineyard, Frank argues, the Democratic elite has abandoned the party’s traditional commitments to the working class. In the process, they have helped to create the political despair and anger at the heart of today’s right-wing insurgencies. They may also have sown the seeds of their own demise. Frank’s recent columns argue that the Bernie Sanders campaign offers not merely a challenge to Hillary Clinton, but a last-ditch chance to save the corrupted soul of the Democratic Party.

Frank has been delivering some version of this message for the past two decades as a political essayist and a founding editor of The Baffler magazine. “Listen, Liberal” is the thoroughly entertaining if rather gloomy work of a man who feels that nobody has been paying attention. Frank’s most famous book, “What’s the Matter With Kansas?” (2004), argued that Republicans had duped the white working class by pounding the table on social issues while delivering tax cuts for the rich. He focused on Kansas as the reddest of red states (and, not incidentally, the place of his birth). This time Frank is coming for the Ivy League blue-state liberals, that “tight little network of enlightened strivers” who have allegedly been running the country into the ground. Think of it as “What’s the Matter With Massachusetts?”

Frank’s book is an unabashed polemic, not a studious examination of policy or polling trends. In Frank’s view, liberal policy wonks are part of the problem, members of a well-educated elite that massages its own technocratic vanities while utterly missing the big question of the day. To Frank, that question hasn’t changed much over the last few centuries. “It is the eternal conflict of management and labor, owner and worker, rich and poor — only with one side pinned to the ground and the other leisurely pounding away at its adversary’s face,” he writes. Today, polite circles tend to describe this as the issue of “inequality.” Frank prefers an older formulation. “The 19th century understood it better: They called it ‘the social question,’ ” he writes, defined as “nothing less than the whole vast mystery of how we are going to live together.”

As Frank notes, today some people are living much better than others — and many of those people are not Republicans. Frank delights in skewering the sacred cows of coastal liberalism, including private universities, bike paths, microfinance, the Clinton Foundation, “well-meaning billionaires” and any public policy offering “innovation” or “education” as a solution to inequality. He spends almost an entire chapter mocking the true-blue city of Boston, with its “lab-coat and starched-shirt” economy and its “well-graduated” population of overconfident collegians.

Behind all of this nasty fun is a serious political critique. Echoing the historian Lily Geismer, Frank argues that the Democratic Party — once “the Party of the People” — now caters to the interests of a “professional-managerial class” consisting of lawyers, doctors, professors, scientists, programmers, even investment bankers. These affluent city dwellers and suburbanites believe firmly in meritocracy and individual opportunity, but shun the kind of social policies that once gave a real leg up to the working class. In the book, Frank points to the Democrats’ neglect of organized labor and support for Nafta as examples of this sensibility, in which “you get what you deserve, and what you deserve is defined by how you did in school.” In more recent columns, he has linked this neglect to the rise of a figure like Sanders, who says forthrightly what the party leadership might prefer to obscure: Current approaches aren’t working — and unless something dramatic happens, Americans are heading for a society in which a tiny elite controls most of the wealth, ­resources and decision-making power.

The problem, in Frank’s view, is not simply that mainstream Democrats have failed to address growing inequality. Instead, he suggests something more sinister: Today’s leading Democrats actually don’t want to reduce inequality because they believe that inequality is the normal and righteous order of things. As proof, he points to the famously impolitic Larry Summers, whose background as a former president of Harvard, former Treasury secretary and former chief economist of the World Bank embodies all that Frank abhors about modern Democrats. “One of the reasons that inequality has probably gone up in our society is that people are being treated closer to the way that they’re supposed to be treated,” Summers commented early in the Obama administration.

“Remember, as you let that last sentence slide slowly down your throat, that this was a Democrat saying this,” Frank writes. From this mind-set stems everything that the Democrats have done to betray the masses, from Bill Clinton’s crime bill and welfare reform policies to Obama’s failure to rein in Wall Street, according to Frank. No surprise, under the circumstances, that the working class might look elsewhere for satisfying political options.

Frank is hardly the first critic to remark upon a disconnect between the lives of wealthy liberals and the grittier constituencies they supposedly serve. As the historian Steve Fraser demonstrates in his wide-ranging new book, the idea of the “limousine liberal” has a long and messy history all its own. The term originated during the 1969 New York mayoral campaign, when the Democratic candidate Mario Procaccino charged the highborn Liberal Party incumbent John Lindsay, formerly a Republican, with acts unbecoming to his social class. Procaccino’s accusation differed slightly from Frank’s: Procaccino believed that Lindsay genuinely sought ambitious programs to empower the poor and the black and the disenfranchised. The problem was that Lindsay did it all from the “silk-stocking district” of the Upper East Side, where his wealth insulated him from the dire consequences of his actions.

Though Procaccino lost the mayoral election, his biting phrase went on to have an illustrious political career of its own. “Nowadays,” Fraser writes wryly, “Hillary Clinton serves as ‘Exhibit A’ of this menace,” “the quintessential limousine liberal hypocrite.” Despite its title, however, Fraser’s book is not really about liberals and their supposed foibles. Instead, he seeks to describe how “right-wing populists” have insulted, vilified, mocked and analyzed those liberals in both the present and the past.

According to Fraser, suspicion of highborn reformers extends back at least to the Progressive Era, when the idea of an activist government administered by well-educated experts began to take hold. Since then, these villains of American consciousness have labored under a variety of epithets: “parlor pinks,” “Mercedes Marxists,” “men in striped pants.” In each iteration, what seems to drive the attacks is not only the tincture of hypocrisy but the unrestrained confidence with which such liberals express their expert views. In that sense, Frank’s fuming at the smug knowledge workers of Boston might have come straight from the pages of National Review, circa either 1955 or 2015.

Fraser does not deny a certain reality behind the “limousine liberal” image. “Limousine liberalism was never a myth,” he writes, however “absurd and scurrilous” the political rhetoric may have been. Something did change beginning in the early 20th century, as the complexities of modern society began to demand new forms of expertise and new institutions to coordinate them. Resentment of “limousine liberals” is nothing less than a reaction to the modern condition, Fraser argues, though some politicians have more effectively navigated its challenges than others. Franklin Roosevelt managed to transcend his patrician upbringing to emerge as a genuine champion of the “little man” — and to become enormously popular while doing it.

Fraser agrees with Frank that the Democratic Party can no longer reasonably claim to be the party of the working class or the “little man.” Instead, he argues, the Republican and Democratic parties now represent two different elite constituencies, each with its own culture and interests and modes of thought. Fraser describes today’s Republicans as the party of “family capitalism,” encompassing everyone from the mom-and-pop business owner on up to “entrepreneurial maestros” such as the Koch brothers, Linda McMahon and Donald Trump. The Democrats, by contrast, represent the managerial world spawned by modernity, including the big universities and government bureaucracies as well as “techno frontiersmen” like Mark Zuckerberg and Bill Gates. These are two different ways of relating to the world — one cosmopolitan and interconnected, the other patriarchal and hierarchical. Neither one, however, offers much to working-class voters.

One liberal whose reputation still seems to be up for grabs is Barack Obama, now on his way out of office and into the history books. Frank gives Obama a middling-to-poor grade — something in the D range, let’s say — for what he deems to be the president’s vague and rambling answer to the “social question.” Frank compares Obama unfavorably with Franklin Roose­velt, another Democratic president who inherited an economic crisis from his Republican predecessor. Roosevelt took advantage of the Great Depression to reshape American society in fundamental ways, introducing social welfare and labor protections that shifted real power into the hands of the middle and working classes. (Frank largely gives Roosevelt a pass on the New Deal’s own structural inequalities, including its exclusions of women and nonwhite workers.) Obama, by contrast, let the crisis go “to waste,” according to Frank, tweaking around the regulatory edges without doing anything significant to change the economic balance of power. “Our economy has been reliving the 1930s,” Frank mourns. “Why hasn’t our politics?”

Part of the answer may be that our economy did not, in fact, relive the 1930s. By the time Roosevelt won his first presidential election, the economy had been in free-fall for more than three years and the stock market had lost nearly 90 percent of its value. Three years into the Great Recession, the stock market had begun its climb toward record highs, though that prosperity failed to trickle down to the middle and working classes. Frank sees this uneven recovery as a tragedy rather than a triumph, in which Obama “saved a bankrupt system that by all rights should have met its end.” He says little, however, about what sort of system might have replaced it, or about what working-class voters themselves might say that they want or need. In a book urging Democrats to pay attention to working-class concerns, there are decidedly few interviews with working people, and a lot of time spent on tech conferences and think tanks and fancy universities.

Perhaps as a result, Frank’s book ends on a pessimistic note. After two decades of pleading with liberals to think seriously about inequality, to honor what was best about the New Deal, Frank has concluded that things will probably continue to get worse. “The Democrats have no interest in reforming themselves in a more egalitarian way,” he writes. “There is little the rest of us can do, given the current legal arrangements of this country, to build a vital third-party movement or to revive organized labor.”

But this conclusion, too, may rest on a faulty analogy with the 1930s. Franklin Roosevelt did not suddenly decide on his own to enact Social Security or grant union rights. Those ideas came up from below, through decades of frustration and struggle and conflict. If Americans want something different from their politicians, there is no alternative to this kind of exhausting and uncertain hard work. In the end, it is the only way that liberals — or conservatives — will listen.

LISTEN, LIBERAL

Or, What Ever Happened to the Party of the People?

By Thomas Frank

305 pp. Metropolitan Books/Henry Holt & Company. $27.

THE LIMOUSINE LIBERAL

How an Incendiary Image United the Right and Fractured America

By Steve Fraser

291 pp. Basic Books. $27.50.


Histoire: Pourquoi il faut lire le Jésus de Jean-Christian Petitfils (When the Son of man cometh, shall he find faith on the earth?)

16 avril, 2018
Dictionnaire amoureux de Jésus
piss Christ (Andreas Serrano, 1987)La "femme imam" danoise Sherin Khankan à l'Elysée, avec Emmanuel Macron le 26 mars 2018
Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 8)
Le christianisme est une religion d’historiens. D’autres systèmes religieux ont pu fonder leurs croyances et leurs rites sur une mythologie à peu près extérieure au temps humain; pour livres sacrés, les chrétiens ont des livres d’histoire, et leurs liturgies commémorent, avec les épisodes de la vie terrestre d’un Dieu, les fastes de l’Eglise et des saints. Marc Bloch
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
La vraie intégration, c’est quand des catholiques appelleront leur enfant Mohamed. Martin Hirsch
Particulièrement depuis les années 1970 et jusqu’à récemment en France, les instructions officielles, les manuels scolaires, les formations d’enseignants ont mis le récit à distance. (…) En dehors de la classe, en revanche, les élèves ont accès à un grand nombre de récits historiques de formes et de contenus variés, transmis dans le milieu familial, par la télévision, le cinéma, la littérature, des jeux vidéo, Internet, etc. Par ailleurs, le récit est redevenu central pour les historiens et pour ceux qui se préoccupent de l’apprentissage. Ricœur a, en 1983, a souligné la dimension narrative des textes historiques et la place structurante de l’intrigue qui l’organise. La narratologie contemporaine a, de son côté, montré comment le récit est une stratégie de communication. Tandis que pour Jérôme Bruner, le récit est le moyen de donner forme à l’expérience, de comprendre le monde, de se l’approprier, de s’y projeter entre passé et devenir, à partir du monde présent. Il en conclut que le récit a à voir avec la culture car l’imitation dont il témoigne inscrit l’homme dans une culture. (…) Après avoir constitué une équipe de recherche internationale pluridisciplinaire (histoire, sociologie, narratologie, didactique), le recueil de récits de l’histoire nationale a été fait en 2011-2012 (…) Pour la France, le traitement quantitatif et qualitatif des 5823 récits recueillis a fait ressortir plusieurs thèmes. (…) Les thèmes finalement retenus ont été les personnages, le politique, les guerres, la religion, le territoire ainsi que l’origine, déclarée par les élèves, de leurs connaissances. (…) les jeunes, scolarisés en France, interrogés ont exprimé leur fierté de l’histoire nationale et une vision à la fois humaniste et optimiste de l’histoire de leur pays dans laquelle les guerres jouent un rôle décisif et le politique structure le sens de l’histoire tandis que le panthéon, marqué par certaines permanences, connaît aussi des évolutions et une mobilisation des personnages historiques de façon plus iconique que comme des acteurs aux actes bien identifiés. Par exemple, les élèves évoquant l’origine de l’histoire de France (tous ne le font pas), l’associent majoritairement aux Gaulois et à la Gaule (plus de 1700 récits) (…) Mais nombreux sont aussi ceux qui lui attribuent une autre origine (la Révolution française, la Première Guerre mondiale, par exemple) (…) La religion a par ailleurs une place limitée dans des récits très sécularisés montrant une méfiance à l’égard de la dimension temporelle du religieux. Enfin, contrairement à une de nos hypothèses, le territoire joue un rôle minime face à un récit très nationalisé. L’école, ses dispositifs et objets restent leur première source de savoir, d’après les élèves, mais la famille et certaines pratiques sociales jouent également un rôle. En revanche, Internet est peu identifié comme source de savoir historique. Françoise Lantheaume
On verra que, globalement, les élèves considèrent la religion comme un phénomène négatif. L’islam et le judaïsme sont beaucoup moins présents que le christianisme. Sébastien Urbanski
Every word ever written about the historical Jesus (…) was written by people who did not know Jesus while he was alive. Reza Aslan
There is no evidence that Jesus promoted violence in any of the histories that we have. But we need to rid ourselves of this notion that he was a pacifist. Jesus wasn’t a fool, if you are talking about the end of Caesar’s rule and inauguration of reign of God, you can’t be so daft as to think that will happen in a peaceful way. (…) This is who Jesus was, the historical Jesus: he was an illiterate, day laborer, peasant from the country side of Galilee who hung around with the most dispossessed, poor, weak, outcasts of his society — people whom the temple rejected. And who, in their name, launched an insurrection against the Roman and priestly authorities. That’s Jesus. So, if you claim to walk in Jesus’ footsteps, that’s what it means. It means rejecting power, in all its forms -– religious and political — it means denying yourself in the name of the poor and the marginalized regardless of their religious or their sexual orientation or anything else. If you do not do those things, you are not a follower of Jesus. ‘Cause that’s who Jesus was. (…) The land that Jesus called his own, there is still a poor marginalized people who are being occupied directly by a military presence and so I would be curious how Christians couldn’t see the parallels between what’s happening in the occupied territories today and what was happening in the time of Jesus. Reza Aslan
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques: haine de la raison et de l’intelligence, haine de la liberté, haine de tous les livres au nom d’un seul, haine de la vie… Michel Onfray
Hitler, disciple de saint Jean ! Michel Onfray
Gott mit uns procède des Écritures, notamment du Deutéronome, l’un des livres de la Torah. Michel Onfray
Trois millénaires témoignent, des premiers textes de l’Ancien Testament à aujourd’hui : l’affirmation d’un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant, belliqueux, a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix. Michel Onfray
Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d’un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l’obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l’au-delà, l’ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l’épouse et la mère, l’âme et l’esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré. (…) Les monothéismes n’aiment pas l’intelligence, les livres, le savoir, la science. À cela, ils ajoutent une forte détestation pour la matière et le réel, donc toute forme d’immanence. Michel Onfray
Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la bible dans une main, le glaive dans l’autre : l’Inquisition, la torture, la question; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers; la traite des noirs, l’humiliation, l’exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants; les génocides , les ethnocides des conquistadores très chrétiens, certes, mais aussi, récemment, du clergé rwandais aux côtés des exterminateurs hutus; le compagnonnage de route avec tous les fascismes du XXième siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d’Amérique du Sud; etc… Des millions de morts pour l’amour du prochain. Michel Onfray
A l’heure où se profile un ultime combat – déjà perdu… – pour défendre les valeurs des Lumières contre les propositions magiques, il faut promouvoir une laïcité post-chrétienne, à savoir athée, militante et radicalement opposée à tout choix de société entre le judéo-christianisme occidental et l’islam qui le combat. Ni la Bible, ni le Coran. Aux rabbins, aux prêtres, aux imams, ayatollahs et autres mollahs, je persiste à préférer le philosophe. A toutes ces théologies abracadabrantesques, je préfère en appeler aux pensées alternatives à l’historiographie philosophique dominante : les rieurs, les matérialistes, les radicaux, les cyniques, les hédonistes, les athées, les sensualistes, les voluptueux. Ceux-là savent qu’il n’existe qu’un monde et que toute promotion d’un arrière- monde nous fait perdre l’usage et le bénéfice du seul qui soit. Péché réellement mortel. Michel Onfray
On connaît les rapports entretenus par le Vatican avec le national-socialisme […] On connaît moins bien la défense faite par Adolf Hitler de Jésus, du Christ, du christianisme, de l’Église… La lecture de Mon combat suffit pour constater de visu la fascination du Führer pour le Jésus chassant les marchands du Temple et pour l’Église capable d’avoir construit une civilisation européenne, voire planétaire. Michel Onfray
La civilisation judéo-chrétienne se construit sur une fiction: celle d’un Jésus n’ayant jamais eu d’autre existence qu’allégorique, métaphorique, symbolique, mythologique. Il n’existe de ce personnage aucune preuve tangible en son temps. Michel Onfray
Il fallut, pour cette transmutation du concept de Jésus en or religieux, l’action d’un homme qui eut un corps véritable, lui, mais un corps défaillant. J’ai nommé Paul de Tarse. Paul fit de Jésus le doux un Christ à l’épée. Et le tranchant de cette épée ruisselle de sang pendant plus de mille ans. Michel Onfray
(Vatican II) est un camouflet pour Pie XII, certes, mais aussi, et surtout, pour plus d’un millénaire d’Eglise catholique, apostolique et romaine. Car, depuis l’empereur Constantin, elle a justifié: l’usage du glaive contre l’adversaire; le recours aux autodafés des livres non chrétiens; les pogroms antisémites (…). Ce concile était une bombe. Michel Onfray
Michel Onfray se rend-il compte que presque tout ce qu’il dit ne provient d’aucune source, d’aucune archive, mais de mémoires ou d’écrits apocryphes pour la plupart publiés au XIXe siècle par l’historiographie catholique et royaliste ? (…) La récupération de ce patrimoine et des arguments de l’extrême droite est malhonnête car, comme auteur, Onfray exerce une certaine responsabilité : en l’absence de notes de bas de page et d’une bibliographie sérieuse, il ne donne jamais à ses lecteurs les moyens de vérifier ses affirmations. (…) Lorsqu’elles sont commises par un des auteurs les plus médiatiques et les plus aimés du grand public et qu’elles passent inaperçues dans la critique, ces révisions de l’Histoire et ces dérives idéologiques participent d’un lent travail de sape contre les valeurs démocratiques. Sans conduire à dénigrer l’ensemble des initiatives d’Onfray, elles doivent donc être dénoncées avec la plus grande fermeté. On ne peut être spécialiste de tout. Michel Onfray ferait bien d’en tirer quelques enseignements. Guillaume Mazeau
La méthodologie s’appuie sur le principe de la préfiguration : tout est déjà dans tout avant même la survenue d’un événement. Cela lui a permis d’affirmer des choses extravagantes : qu’Emmanuel Kant était le précurseur d’Adolf Eichmann – parce que celui-ci se disait kantien (…) -, que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam) étaient des entreprises génocidaires, que l’évangéliste Jean préfigurait Hitler et Jésus Hiroshima, et enfin que les musulmans étaient des fascistes (…). Fondateurs d’un monothéisme axé sur la pulsion de mort, les juifs seraient donc les premiers responsables de tous les malheurs de l’Occident. A cette entreprise mortifère, M. Onfray oppose une religion hédoniste, solaire et païenne, habitée par la pulsion de vie. (…) il retourne l’accusation de « science juive » prononcée par les nazis contre la psychanalyse pour faire de celle-ci une science raciste : puisque les nazis ont mené à son terme l’accomplissement de la pulsion de mort théorisée par Freud, affirme-t-il, cela signifie que celui-ci serait un admirateur de tous les dictateurs fascistes et racistes. Mais Freud aurait fait pire encore : en publiant, en 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, c’est-à-dire en faisant de Moïse un Egyptien et du meurtre du père un moment originel des sociétés humaines, il aurait assassiné le grand prophète de la Loi et serait donc, par anticipation, le complice de l’extermination de son peuple. (…) Bien qu’il se réclame de la tradition freudo-marxiste, Michel Onfray se livre en réalité à une réhabilitation des thèses paganistes de l’extrême droite française. (…) On est loin ici d’un simple débat opposant les partisans et les adeptes de la psychanalyse, et l’on est en droit de se demander si les motivations marchandes ne sont pas désormais d’un tel poids éditorial qu’elles finissent par abolir tout jugement critique. Elisabeth Roudinesco
« Jésus, reviens ! » Étonnant trait d’ironie au cœur de Décadence. L’apostrophe tranche radicalement avec la ligne générale de Michel Onfray : d’abord parce que, selon lui, Jésus n’a pas existé. La naissance même du Christ est une fiction complète, le délire d’une secte qui haïssait tellement la sexualité qu’elle s’est imaginé pour Dieu un enfant né sans union. Cette affirmation catégorique, que l’auteur n’accepte de suspendre de façon hypothétique qu’une seule fois dans la suite du livre, est le point de départ qui ouvre sa démonstration : 600 pages d’une histoire dense, énergique, serrée… Le Point
La Torah contient une malédiction portée contre les pendus (Dt 21, 23 …); or la crucifixion était alors assimilée à une pendaison. Il est donc impensable que des Juifs aient pu forger le mythe d’un Messie « pendu » au bois de la croix, quand l’attente était celle d’un Messie royal ou sacerdotal. C’eut été pousser le défi un peu loin. Bernard Pouderon
Michel Onfray conteste l’existence historique de Jésus, une thèse qui a fait parler d’elle au XIXe siècle et au début du XXe, mais qui n’est plus soutenue par aucun historien. Le Jésus de Michel Onfray est tellement fantasmé – vu à travers des écrits apocryphes, des œuvres d’art très postérieures à l’époque de sa prédication… – qu’on a l’impression que tout a été retenu sauf, précisément, ce qui permet d’avoir des informations exploitables du point de vue de l’historien. C’est très curieux : cela consiste à prendre les sources les moins fiables ou ce qui n’a même pas le statut de source pour dire : « Voilà, il y a toute cette élaboration fictive autour de Jésus, donc Jésus n’existe pas. » Or des sources fiables existent bien, même si elles doivent être interprétées selon des méthodes scientifiques éprouvées. Par ailleurs, on peut très bien faire de l’élaboration fictive à partir d’un personnage qui a existé, c’est le cas de bien des figures historiques. Regardez Alexandre le Grand, Charlemagne… (…) Selon Onfray, le langage antisémite qui a servi aux nazis trouverait ses origines chez saint Paul. Historiquement, c’est totalement infondé. L’antijudaïsme chrétien a pu hélas ! contribuer chez certaines personnes à faire accepter l’antisémitisme nazi, mais la continuité massive que Michel Onfray affirme n’est appuyée sur aucune source. Ce n’est pas non plus de la philosophie de l’Histoire, puisqu’il n’y a aucun raisonnement digne de ce nom. On est dans le domaine de l’amalgame au service d’une propagande. Je ne me prononce pas sur la philosophie de l’Histoire d’Onfray en général, je dis simplement que sur cette affirmation précise, notamment lorsqu’il évoque Hitler comme un exemple de catholique, on passe dans le domaine de l’absurde. Le texte de Mein Kampf qu’il cite n’a strictement rien de chrétien : il témoigne d’une totale incompréhension du personnage de Jésus. Et puis, Onfray passe sous silence l’antichristianisme des nazis et l’engagement de nombreux chrétiens contre le nazisme. (…) Ces propos sont intégrés à une grande fresque épique. Décadence est le second volume de ce que Michel Onfray présente comme une « Brève encyclopédie du monde ». Le premier volume était Cosmos, le troisième devrait s’intituler Sagesse. ­Décadence est le volume dédié à la philosophie de l’Histoire. Ce livre a donc des dimensions et une construction qui peuvent donner l’impression qu’il s’agit d’un ouvrage d’érudition et de réflexion. Or, en ce qui concerne le christianisme antique – et je ne me prononce que sur ce domaine qui m’est familier, en ayant lu ce livre de très près, ligne à ligne, en mettant en fiches tout ce que j’y ai trouvé sur les premiers siècles chrétiens –, on est de toute évidence dans une démarche qui ne tient absolument pas compte des faits dans leur ensemble, des nuances, des sources, de l’état actuel des connaissances… L’ouvrage est volumineux, il est porté par un certain souffle rédactionnel, avec une très grande sûreté de ton, qui frise un peu le dogmatisme. Mais en ce qui me concerne, pour ma spécialité, on en est à un taux d’erreurs et d’affirmations insoutenables que, sans exagération, j’estime à environ 80%. Dans un livre, il y a toujours des erreurs. Mais ici, le nombre d’affirmations factuellement fausses ou abusivement générales, de rapprochements incongrus atteint des proportions inédites. Même lorsque certains faits évoqués par Onfray sont avérés, la manière de les présenter est tendancieuse. Prenez le meurtre ­d’Hypatie, cette philosophe d’Alexandrie assassinée en 415 par des chrétiens déchaînés. Cet épisode est honteux. Mais le problème, c’est qu’Onfray ne dit pas : « Des chrétiens ont tué Hypatie. » Il prétend que ce sont les chrétiens qui ont commis ce meurtre atroce. À chaque fois que certains chrétiens commettent des violences, il écrit « les chrétiens »?. (…)  ce que je reproche à Michel Onfray, ce n’est pas la critique du christianisme. Ce qui me gêne, c’est que ce qui se présente chez lui comme une critique n’en est pas une, car il fait abstraction de toutes les précautions méthodologiques qui s’imposent. Chez lui, dès que les chrétiens entrent en scène, tout est négatif. Ce qui est frappant dans Décadence, c’est qu’il n’y a pas la moindre nuance, aucune circonstance atténuante, pas de bénéfice du doute. Rien. Les chrétiens ont toujours tort. Lorsqu’il y a deux hypothèses historiques sur un sujet, Onfray prend toujours celle qui est défavorable aux chrétiens sans mentionner l’existence de l’autre. En travaillant sur son texte, je me suis dit : si j’étais totalement ignorant du christianisme, en lisant ce livre, je penserais que, vraiment, les chrétiens sont des salauds et ne valent pas mieux que les nazis. Je détesterais les chrétiens. [sur] les Pères de l’Église (…) Il dresse une sorte de catalogue de noms, de questions discutées par eux, de problèmes théo­logiques, pour conclure que, au fond, les Pères de l’Église, c’est nul. Il dit « trop de noms, trop de titres ». C’est le fameux « Too many notes ! » que l’empereur Léopold lance à Mozart dans le film de Miloš Forman. Michel Onfray se permet de juger les Pères en bloc, sans, de toute évidence, les avoir étudiés sérieusement. Ce qu’il prouve en faisant cela, c’est donc d’abord son ignorance. Il parle des Pères comme d’un trou noir dans l’histoire intellectuelle de l’Occident. « Tant d’intelligence au service de tant de bêtises », écrit-il. Pour lui, les questions théologiques ne sont que des bêtises. Méthodologiquement, c’est fâcheux. Je ne considère pas, moi, en lisant Onfray, que son antichristianisme rendrait son livre inutile. Je le lis d’abord scrupuleusement, avant de porter un jugement précis et argumenté. (…) Michel Onfray, en allant chercher des auteurs peu connus, en mettant en avant des anecdotes inattendues, semble exhumer des pans de connaissance cachés ou oubliés. Le grand public peut se laisser impressionner. Les spécialistes, eux, ne sont pas dupes. Jean-Marie Salamito
Cette génération est plus pragmatique et moins idéologue que les précédentes. Pour eux, la prière et les rassemblements ont aussi une dimension esthétique. Des non-croyants vont aimer aller à la messe pour vivre une expérience culturelle un peu étrange, le silence par exemple. (…) Ils ne comprennent pas comment on peut avoir ce genre de débats aujourd’hui. Pour eux, ces polémiques sur la laïcité sont d’un autre âge. Ils n’associent pas l’Église au prosélytisme. (…) « Même s’il y a moins de préjugés qu’avant, le fait de n’avoir aucun contact avec les religions peut entretenir une peur, confirme Mgr Bordeyne. Ma génération a grandi avec des professeurs très laïques pour lesquels les religions étaient clivantes. Cette enquête, au contraire, montre que la religion ouvre davantage aux autres que l’absence de foi. C’est cela aussi qui fait que les jeunes s’y intéressent : ils voient bien que l’absence de religion ne favorise pas spécialement le dialogue. Mgr Philippe Bordeyne (Institut catholique de Paris)
Le Nord-Pas-de-Calais, certaines banlieues parisiennes, et les quartiers Nord de Marseille sont les lieux où nous avons mesuré la plus grande radicalité. Dans certains établissements, la proportion «d’absolutistes» monte à plus de 40 %. On note aussi un effet «ségrégation» : quand le taux d’élèves musulmans est très important dans un lycée, ceux-ci sont plus radicaux qu’ailleurs. Mais partout, les élèves musulmans sont plus radicaux religieusement que les autres. (…) L’«effet islam» explique bien mieux la radicalité que des facteurs socio-économiques. C’est un résultat important. Le niveau social de la famille, l’optimisme ou le pessimisme du lycéen face à l’emploi ou à ses résultats scolaires n’ont aucun effet sur le degré d’adhésion à des idées religieuses radicales. (…) le sentiment de discrimination (…) a tendance à augmenter, chez les jeunes musulmans, le niveau de radicalité religieuse et la tolérance à la violence religieuse. Nous avons aussi tenté d’explorer la piste de ce que certains chercheurs nomment «le malaise identitaire» : un groupe minoritaire peut se sentir l’objet de l’hostilité du groupe majoritaire, sans pour autant subir de discrimination. Nous avons ainsi demandé aux jeunes s’ils se sentaient français, s’ils étaient solidaires avec le peuple palestinien, quel était leur regard sur les tensions interreligieuses… Ces variables jouent, preuve qu’il y a donc bien un effet identitaire. Mais celui-ci n’efface pas la question religieuse. In fine, l’effet islam reste très marqué. Il faudrait maintenant mener des recherches complémentaires auprès des jeunes musulmans pour explorer de manière plus approfondie la façon dont ils investissent la religion.(…) Un effet religion existe bien puisque 8 % des chrétiens répondent qu’il est acceptable de combattre les armes à la main pour sa religion, ce n’est pas négligeable. On monte à 20 % des musulmans. Mais le facteur qui détermine le plus fortement le soutien à la violence religieuse est la tolérance à la violence et aux déviances en général : voler un scooter, tricher lors d’un examen, participer à une action violente pour défendre ses idées, affronter la police… C’est un résultat important, qui conduit à constater un indéniable «effet ZUS» [zone urbaine sensible, ndlr]. Dans certaines zones du territoire, on devine qu’une socialisation à la déviance et à la violence explique sans doute la perméabilité à la violence religieuse. On y observe une «culture déviante». (…) en France, les manifestations de radicalité religieuse concernent essentiellement le monde musulman, les autres sont très circonscrites.(…) je pense qu’une partie de la sociologie est aveugle, sous prétexte de ne pas stigmatiser. La discrimination existe, c’est prouvé scientifiquement. Mais il ne faut pas non plus envisager ces jeunes-là uniquement d’un point de vue victimaire. Sinon, on ne peut pas les considérer comme les acteurs sociaux qu’ils sont. Cette sociologie-là est trop idéologique, elle s’est appuyée trop exclusivement sur l’analyse des discriminations. La neutralité axiologique est importante, elle est trop souvent oubliée aujourd’hui. Olivier Galland
Il faut un président bien sage pour défendre le féminisme islamique et considérer la religion comme une partie de la solution et non du problème.  Le président français Emmanuel Macron envoie un signal politique important montrant que la société laïque peut coexister avec la religion. Sherin Khankan
Le chef de l’Etat s’est dit intéressé par l’idée et a promis de donner suite. Le Maroc serait parfaitement indiqué pour une telle conférence dans la mesure où ce pays forme déjà, depuis quelques années, une nouvelle génération de professeures de religion : les mushidad. (…) Rien, dans le Coran, n’interdit aux femmes de conduire la prière ni de gérer un mosquée. Sherin Khankan
Le président de la République veut présenter avant la fin du premier semestre 2018 un « plan » pour « l’islam de France » : ses instances représentatives, son financement et la formation de ses imams. Il continue pour cela ses consultations, comme lundi 26 mars avec une Danoise « féministe musulmane » Sherin Khankan et la rabbin libérale Delphine Horvilleur. (…) Lundi 26 mars, cette Danoise d’origine syrienne, fondatrice en 2001 d’un Forum des musulmans critiques, puis d’un centre formation soufi « Sortir du cercle », auteur de La femme est l’avenir de l’islam (Stock, 2017), a été reçue à l’Élysée, en même temps que la rabbin libérale Delphine Horvilleur. « Le président de la République, qui lit beaucoup, est tombé sur la conversation entre les deux femmes organisée par l’Institut français de Copenhague », raconte un proche du dossier. La vidéo de l’entretien, daté du 26 mars 2016, est visible sur YouTube. « Sans doute cet échange entre deux femmes ministres du culte l’intéressait-il dans le cadre de ses consultations tous azimuts. Il rencontre des tas de gens pour nourrir sa réflexion ». Cette fois, c’est la place des femmes dans la religion qui a éveillé sa curiosité. Dans de nombreux pays musulmans, des femmes plaident pour une relecture du Coran et de la tradition musulmane sortis de leur « gangue » patriarcale. Dans quelques villes européennes – Berlin ou Londres notamment –, des femmes ont même ouvert des lieux de prière pour un public féminin. À Copenhague, la salle de prière installée par Sherin Khankan dans un appartement, dont elle a abattu les cloisons, est ouverte à tous en semaine, et réservée aux femmes le vendredi pour qu’elle puisse guider leur prière. Plus qu’une « imam », cette jeune mère de famille fait en réalité office de mourchidat, une fonction de prédicatrice pour un public féminin courante y compris dans les pays majoritairement musulmans. À Copenhague pas plus qu’ailleurs, les hommes n’ont accepté une femme comme imam. « La majorité pense qu’une femme ne dirige pas la prière devant des hommes, mais il existe des avis minoritaires : certains considèrent que si une femme connait mieux le Coran que son mari, elle peut diriger la prière », note Hicham Abdel Gawad, doctorant en sciences des religions à Louvain-la-Neuve. « Dans tous les cas, la règle de base est que celui qui dirige la prière doit être agréé par les personnes qui prient derrière lui. » « Dans un paysage musulman complètement éclaté, on peut se demander pourquoi aucune mosquée alternative n’a émergé jusqu’à aujourd’hui, à l’exception d’un lieu de culte dédié aux fidèles homosexuels », remarque ce bon connaisseur de l’islam de France. « Y aurait-il une sorte de fatalité à n’avoir le choix qu’à l’intérieur de l’éventail qui va de Dalil Boubakeur (NDLR : recteur de la Grande mosquée de Paris, proche de l’Algérie) à Nader Abou Anas (NDLR : imam du Bourget, proche de la mouvance salafiste) ? » Interrogé sur cette invitation à l’Élysée d’une représentante du courant « féministe musulman », le Conseil français du culte musulman n’a pas souhaité réagir. La Croix
L’imame danoise Sherin Khankan et Emmanuel Macron ont discuté, ce lundi 26 mars, de la situation de l’islam en Occident lors d’un entretien d’une heure à l’Elysée auquel participait également la femme rabbin française Delphine Horvilleur. Le chef de l’Etat français avait sollicité les deux femmes pour recueillir leurs réflexions sur meilleure manière, selon elles, d’améliorer le dialogue des civilisations. Connue pour avoir ouvert, à Copenhague, en 2017, la première mosquée 100% féminine d’Europe et soucieuse de modifier la perception de sa religion à travers la promotion d’un islam moderne, ouvert, progressiste et modéré, l’imame féministe Sherin Khankan a suggéré au président l’idée d’une grande conférence réunissant des femmes imam venues du monde entier, des femmes rabbin, des pasteures protestantes, des prêtres catholiques ainsi que des intellectuels des toutes les religions, notamment des musulmans, sans discrimination de sexe. (…) Par hasard du calendrier, le rendez-vous avec Emmanuel Macron, programmé depuis plus d’un mois, est tombé trois jours après l’attaque terroriste de Trèbes et Caracassonne. Ce sujet n’a pas été évoqué lors de l’entretien avec Sherin Khankan et Delphine Horvilleur. En octobre, Sherin Khankan a publié La femme est l’avenir de l’islam chez Stock. Elle y raconte sa trajectoire et son parcours intellectuel forgé à Copenhague dans une famille métisse. Née d’un père musulman syrien opposant à Hafez el-Assad et d’une mère protestante finlandaise, la quadragénaire Sherin Khankan s’est orientée vers l’islam dans l’entrée à l’âge adulte tout en militant pour un « féminisme islamique » qui vise à mettre fin à la culture du patriarcat au sein de la religion de Mahomet. « Rien, dans le Coran, n’interdit aux femmes de conduire la prière ni de gérer un mosquée », affirme cette imame qui célèbre des mariages interreligieux et milite inlassablement pour l’égalité homme-femme au sein de l’islam. Inspirée notamment, par les féministes musulmanes Amina Wadud, qui est américaine, et la Marocaine Fatima Mernissi (décédée en 2015) Sherin Khankan a inauguré, l’année dernière à Copenhague, la première mosquée d’Europe réservée aux femmes. L’Express
Jeanne est dans cette France déchirée, coupée en deux, agitée par une guerre sans fin qui l’oppose au royaume d’Angleterre. Elle a su rassembler la France pour la défendre, dans un mouvement que rien n’imposait. Tant d’autres s’étaient habitués à cette guerre qu’ils avaient toujours connue. Elle a rassemblé des soldats de toutes origines. Et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc, car elle nous dit que le destin n’est pas écrit. Emmanuel Macron
Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable. Emmanuel Macron
Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des Evêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes. Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer. (…) Je suis convaincu que les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme se sont forgés dans ces moments où est vérifiée la valeur réelle des hommes et des femmes. Il n’est pas besoin de remonter aux bâtisseurs de cathédrales et à Jeanne d’Arc : l’histoire récente nous offre mille exemples, depuis l’Union Sacrée de 1914 jusqu’aux résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République, des Pères de l’Europe aux inventeurs du syndicalisme moderne, de la gravité éminemment digne qui suivit l’assassinat du Père HAMEL à la mort du colonel BELTRAME, oui, la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques. Je sais que l’on a débattu comme du sexe des anges des racines chrétiennes de l’Europe. Et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens. Mais après tout, l’évidence historique se passe parfois de tels symboles. Et surtout, ce ne sont pas les racines qui nous importent, car elles peuvent aussi bien être mortes. Ce qui importe, c’est la sève. Et je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation. C’est pour tenter de cerner cela que je suis ici ce soir. Pour vous dire que la République attend beaucoup de vous. Elle attend très précisément si vous m’y autorisez que vous lui fassiez trois dons : le don de votre sagesse ; le don de votre engagement et le don de votre liberté. (…) Nous ne pouvons plus, dans le monde tel qu’il va, nous satisfaire d’un progrès économique ou scientifique qui ne s’interroge pas sur son impact sur l’humanité et sur le monde. (…) Au cœur de cette interrogation sur le sens de la vie, sur la place que nous réservons à la personne, sur la façon dont nous lui conférons sa dignité, vous avez, Monseigneur, placé deux sujets de notre temps : la bioéthique et le sujet des migrants. (…) C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé « prudence », faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé. (…) Sur la bioéthique, on nous soupçonne parfois de jouer un agenda caché, de connaître d’avance les résultats d’un débat qui ouvrira de nouvelles possibilités dans la procréation assistée, ouvrant la porte à des pratiques qui irrésistiblement s’imposeront ensuite, comme la Gestation Pour Autrui. Et certains se disent que l’introduction dans ces débats de représentants de l’Eglise catholique comme de l’ensemble des représentants des cultes comme je m’y suis engagé dès le début de mon mandat est un leurre, destiné à diluer la parole de l’Eglise ou à la prendre en otage. (…) tous les jours les mêmes associations catholiques et les prêtres accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles, des familles recourant à l’avortement, à la fécondation in vitro, à la PMA , des familles confrontées à l’état végétatif d’un des leurs, des familles où l’un croit et l’autre non, apportant dans la famille la déchirure des choix spirituels et moraux, et cela je le sais, c’est votre quotidien aussi. (…) Cet horizon du salut a certes totalement disparu de l’ordinaire des sociétés contemporaines, mais c’est un tort et l’on voit à bien à des signes qu’il demeure enfoui. Chacun a sa manière de le nommer, de le transformer, de le porter mais c’est tout à la fois la question du sens et de l’absolu dans nos sociétés, que l’incertitude du salut apporte à toutes les vies même les plus résolument matérielles comme un tremblé au sens pictural du terme, est une évidence. Emmanuel Macron
Les juifs avaient le dîner du Crif et le Nouvel An du Consistoire, les musulmans le dîner de la rupture du jeûne du ramadan, et les protestants, la cérémonie des vœux de la Fédération protestante de France. Il manquait donc à l’Église catholique « un moment pour s’adresser à la société française d’une manière plus large », explique Mgr Ribadeau-Dumas, porte-parole de la CEF. En pleins États généraux de la bioéthique, l’occasion d’interpeller le gouvernement sur plusieurs sujets sensibles, comme la PMA ou la fin de vie. Mais pas seulement. Le sort des migrants, des sans-abris, et la laïcité devraient aussi nourrir les discussions. (…) Si François Hollande, après l’assassinat du père Hamel, avait fini par adopter « un discours très favorable aux Églises » le début de son mandat a été ponctué davantage par « des discours de méfiance, comme celui du Bourget », analyse Philippe Portier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études et directeur du Groupe sociétés, religions, laïcité. Quant à Nicolas Sarkozy, s’il était favorable au dialogue, il défendait « une conception identitaire de la nation, allant à l’encontre de la volonté d’accueil (de l’étranger, ndlr) de l’Église catholique ». En outre, beaucoup d’évêques auraient regretté que « Nicolas Sarkoy ait tendance à instrumentaliser les Églises au service de sa propre stratégie de pouvoir », ajoute le sociologue. Les évêques seraient plus à l’aise avec Emmanuel Macron, dont les discours inviteraient davantage au « dialogue avec les institutions religieuses », sans conception identitaire de la nation. (…) « Du fait de la pluralisation du champ religieux, et de l’agnosticisme d’une grande partie de la population, l’Église est contrainte de montrer son existence par des événements significatifs », constate pour sa part Philippe Portier. Dans ce nouveau contexte, l’Église adopterait donc une nouvelle logique de médiatisation pour exister. (…) Mais en se calquant sur les initiatives « événementielles » des autres communautés religieuses, l’Église ne risque-t-elle pas d’être perçue comme une minorité parmi d’autres ? Face à sa perte d’influence dans la société, serait-elle, progressivement, en train de se constituer en « lobby » ? (…) Les propos de Mgr Wintzer, interrogé par La Vie, illustrent bien ce dilemme : « L’Église prend conscience qu’elle est aussi une communauté, comme le sont d’autres communautés. On parle de la communauté musulmane, de la communauté juive, et maintenant on parle aussi de la communauté chrétienne, catholique. Faire cette invitation, c’est un peu accepter cela, d’être une religion avec d’autres. » « Et pourtant, ajoute-t-il, l’Église n’est pas un groupe à parité avec d’autres groupes. C’est-à-dire que l’Évangile n’est pas enfermé dans une communauté qui s’appelle l’Église catholique ». « Je me méfie de tout ce qui pourrait apparaître comme du communautarisme, abonde Mgr Ribadeau-Dumas. Les catholiques, par l’Évangile même, sont invités, dans la dimension universelle intrinsèque au catholicisme, à vivre dans cette société plurielle ». (…) Enfin, l’événement des Bernardins n’est pas tout à fait comparable aux événements organisés par les autres communautés religieuses. Les invités de marque, insiste Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, en seront surtout des personnes handicapées, en situation de précarité, et des migrants : « Ce seront sans doute eux qui ouvriront la soirée, pour montrer que le trésor de l’Église, c’est bien celui-là. Nous nous adressons à toute la société ». Rien n’a encore été décidé, en outre, sur la possibilité de faire de cette soirée un rendez-vous annuel (…° Enfin, si la CEF assume cette nécessité d’avoir une parole plus audible, elle refuse d’être assimilée à un lobby. « Nous, nous n’avons pas de produit à vendre. Nous avons une bonne nouvelle à annoncer, martèle le porte-parole de la CEF. (…) Mgr Ribadeau-Dumas souligne aussi l’étendue du réseau, historique, de l’Église catholique sur l’ensemble du territoire français : « À part le réseau de l’école, c’est l’Église qui a le plus grand maillage territorial. Si les évêques de France choisissent qu’un texte soit lu dans toutes les églises de France, il le sera. La Vie
Emmanuel Macron présente l’Etat et l’Eglise comme devant être en situation d’alliance. C’est un discours traditionnel dans le langage catholique. Deux éléments de son propos renvoient à un langage d’Eglise où s’affirme la spécificité du catholicisme dans la société française. Le premier, c’est qu’il parle de l’Eglise comme étant, à côté de l’Etat, dépositaire d’un ordre qui a sa propre juridiction. L’Eglise et l’Etat sont deux sociétés autonomes relevant chacune d’un ordre de juridiction spécifique. Il n’a pas utilisé ce langage avec les juifs, les musulmans ou les protestants. Cela renvoie à l’auto-compréhension de l’Eglise, qui ne s’analyse pas comme une communauté de croyance comme les autres, mais comme la dépositaire de la parole du Christ et ayant, vis-à-vis de l’Etat, un ordre de juridiction spécifique. Le président de la République a repris là les catégories de la théologie politique. Le second élément, que l’on ne retrouve pas dans les discours aux autres communautés de foi, c’est l’association constante entre nation et religion catholique. Il a parlé des racines chrétiennes de la France comme d’une sorte d’évidence historique. Ce discours marque bien la centralité du catholicisme dans la constitution de la nation française. (…)  Pour Emmanuel Macron, toutes les religions participent au concert national. Mais il ne cesse de mettre en évidence le fait que le catholicisme est d’une nature théologique et historique particulière. Et qu’il a su, en dépit de son intransigeance originelle, se couler dans la République et accepter les principes de la démocratie constitutionnelle. C’est la grande différence avec l’islam auquel il demande, dans plusieurs de ses discours, de faire un effort d’acclimatation et d’institutionnalisation, comme l’ont fait les autres cultes. En cela il est très français, et aussi catholique : il pense le religieux dans une dialectique entre le sujet et l’institution. Dans sa façon de s’adresser au catholicisme, la présence du nonce [le représentant du Saint-Siège en France] fait référence à l’Eglise comme institution internationale. Il y a dans sa présence une logique concordataire qui s’exprime. (…) Il y a eu, dans les présidences précédentes, des pratiques de dialogue, de mobilisation du religieux au service du bien commun. Mais avec Emmanuel Macron, cela devient beaucoup plus formalisé et fait l’objet d’un discours explicite. Dès les années 1960-1970, à mesure que l’Etat s’estimait moins à même de régler seul les problèmes sociaux, s’est mise en place, à l’égard des cultes, une politique de reconnaissance. Il y a l’idée que l’Etat ne peut pas tout et qu’il a besoin de s’appuyer sur des forces extérieures à lui-même. C’est un discours que tenait déjà François Mitterrand en 1983, lorsqu’il inaugurait le Comité national d’éthique, et qu’il disait que nous avions besoin des sagesses des forces religieuses et convictionnelles. On trouve la même chose chez Emmanuel Macron. La différence, c’est que ce qui apparaissait au détour d’un discours chez tel ou tel président, chez lui, cela prend vraiment l’allure d’une doctrine très formelle. (…) Il vient couronner et expliciter une évolution à l’œuvre dès les années 1960-1970. A mesure que l’Etat se trouvait bousculé dans sa capacité d’action sur le réel par des forces qu’il ne maîtrisait pas – l’individualisation de la société, la globalisation –, il a essayé de faire front avec les forces de la société civile. Une politique de reconnaissance s’est progressivement mise en place : on a associé davantage les cultes à la réflexion, on les a financés davantage, on leur a délégué davantage de compétences… En 1993-1994, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Charles Pasqua disait déjà que, dans les banlieues, nous avions besoin de l’engagement des chrétiens. Emmanuel Macron a repris cette idée que le welfare state n’arrive pas à tout faire. Ce qui ne faisait qu’affleurer dans les discours passés des gouvernants se retrouve chez Emmanuel Macron dans un langage très particulier. (…) Deux tendances coexistent chez lui. La première est très « catholique d’ouverture ». Elle renvoie à l’idée que c’est à partir des engagements de la base que le catholicisme peut s’épanouir et irriguer la société de ses valeurs. Lundi, il a beaucoup insisté sur l’engagement social des catholiques. Pendant sa campagne présidentielle, il a visité le Secours catholique. C’est un catholicisme marqué par Emmanuel Mounier. En même temps, et c’est son côté plus traditionnel, il fait toujours référence à l’institution, ce que l’on aurait du mal à retrouver chez les catholiques libéraux. Il y a une sorte de compréhension dialectique du catholicisme comme un engagement des chrétiens porté par une institution elle-même inscrite dans l’histoire. Dans la campagne présidentielle, après avoir visité le Secours catholique, il s’est rendu à la basilique de Saint-Denis. Je ne crois pas que ces propos soient seulement stratégiques, destinés, pour les uns, aux catholiques de gauche, pour les autres aux catholiques d’affirmation. Il existe entre eux une coopération dialectique. (…) Il y a une ambiguïté. Fait-il allusion à l’histoire, à une laïcité de combat qui aurait laissé peu de place à l’Eglise ? Dans ce cas, il s’agirait de revenir sur une philosophie de séparation stricte pour essayer de lui substituer une laïcité de reconnaissance. De faire succéder une laïcité de confiance à une laïcité de défiance. Ou alors, deuxième hypothèse, il s’agit de prendre acte que, depuis les années 1990-2000, les catholiques sont de plus en plus méfiants à l’égard de la République et des gouvernants, qu’ils s’isolent dans une posture communautaire, identitaire, qui les éloigne de la communauté nationale. Il faudrait alors en finir avec cette évolution et leur permettre de réintégrer le concert public. Philippe Portier
Avant que tout discours ait été prononcé, le seul fait que le président Macron ait accepté, après des rencontres avec d’autres dignitaires des cultes, l’invitation de la Conférence des évêques de France à s’exprimer devant elle avait suscité des anticipations contrastées : celles de ceux qui dénonçaient par avance un manquement à la laïcité, et celles de ceux qui, en sens inverse, en espéraient des gages communautaires. Il est certain que le contenu de l’allocution d’un président de la République osant les mots de « transcendance » ou de « salut » a peu de chances d’apaiser les passions. Le propos, de fait, est hors norme. De quoi s’agit-il ? Son trait le plus frappant est la conviction forte qui s’y exprime de ce que la foi catholique n’est pas une simple « opinion », et de ce que l’Eglise n’est pas réductible a une « famille de pensée » invitée à vivre dans une bulle étanche au monde qui l’environne. Le discours du président intègre l’idée selon laquelle toute foi religieuse participe, pour celui qui s’en réclame, de la construction de son rapport au monde. Il atteste en même temps que le catholicisme – comme toute religion, selon Max Weber – est un « mode d’agir en communauté ». Dire cela, c’est avancer aussi que l’idée d’une pure « privatisation » de la croyance est une vue de l’esprit. Car la croyance n’est elle-même qu’une composante de ce rapport singulier au monde à laquelle la foi introduit le fidèle. Est-ce manquer à la laïcité que de le reconnaître ? La laïcité n’a pas été mise en place pour réduire sans reste cette singularité du religieux : elle a été construite pour empêcher que le mode propre d’agir en communauté que celle-ci définit puisse prévaloir, de quelque manière que ce soit, sur les règles que la communauté des citoyens se donne à elle-même. Ceci vaut pour le catholicisme romain autant que pour toutes les autres confessions présentes dans la société religieusement plurielle qu’est la France. Mais, dans un pays traumatisé par la guerre inexpugnable qui opposa pendant un siècle et demi au moins une France enfermée dans le rêve de la reconquête catholique à la France porteuse de l’ordre nouveau issu de la Révolution française, il faut une certaine audace pour affirmer que la singularité catholique, inscrite dans l’histoire longue, a légitimement vocation à s’exprimer, à sa place et sans privilège, dans une société définitivement sortie de la régie normative de l’Eglise et même du christianisme. Emmanuel Macron a affirmé la légitimité de cette expression de deux façons. Il l’a fait d’abord en prenant acte, indépendamment de toute prise de position idéologique sur la mention formelle des « racines chrétiennes », du rôle – non exclusif à beaucoup près – qui a été celui du catholicisme et de l’Eglise dans la fabrication de l’identité culturelle de la nation : nier l’importance de cette matrice catholique enfouie, et quoi qu’il en soit de son délitement présent, c’est s’exposer à méconnaître une source de bien des traits de notre esprit commun. Mais le président ne s’est pas arrêté seulement à cette invocation lointaine. Il a aussi fait état de l’engagement présent des catholiques dans le tissu de ces associations qui font prendre corps, sur des terrains multiples, au souci de ceux qu’il est convenu d’appeler « les plus fragiles » : ceux, en tout cas, que le cours du monde laisse sur le bord du chemin. Nul n’ignore, et certainement pas le président, que cet engagement n’est pas celui d’une armée en ordre de bataille sous la conduite des évêques : il est aussi le lieu où se creusent la pluralité et même la contradiction des voies selon lesquelles le catholicisme se vit concrètement comme manière d’habiter le monde. C’est au regard de cette pluralité des catholicismes qu’il faut ressaisir l’appel du président aux catholiques pour qu’ils fassent entendre leur voix dans le débat public, s’agissant en particulier des questions touchant aux migrations, à la bioéthique ou à la filiation. (…) En valorisant leur contribution à la production du sens de notre vie en commun, il ne se contente pas de mettre du baume sur les plaies d’une population perturbée par la découverte de sa condition minoritaire dans une société où elle fut, pendant des siècles, une majorité qui comptait. Il invite à rompre la logique d’enfermement qui pousse des courants de cette population à se constituer comme une contre-culture en résistance au sein d’un monde dont ils ont perdu les codes. Le discours des Bernardins restera, à cet égard, comme le moment assez étonnant où, dans la longue et difficile trajectoire de la reconfiguration du catholicisme français en minorité religieuse dans une société plurielle, l’invitation à échapper au risque sectaire sera venue, contre toute attente, de la plus haute autorité de la République. Danièle Hervieu-Léger
Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions. Le problème … réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé. Paradoxalement, après un siècle de relations en effet très douloureuses entre les Eglises et l’Etat, c’est désormais la laïcité qui est le meilleur rempart protecteur pour les chrétiens, tout comme elle l’est également pour les juifs de France mais aussi pour les musulmans modérés : ne pas comprendre cette inversion historique du paradigme laïque engendré par l’entrisme islamiste c’est au mieux faire un contresens majeur sur la situation actuelle, et au pire donner les clés de la maison à la religion qui sera la plus véhémente dans son action politique. Anne-Marie Chazaud
The new film Mary Magdalene, directed by Garth Davis (…) tells the story of Mary Magdalene (Rooney Mara), detailing her fraught existence in Magdala as a single woman determined not to marry, before she meets Jesus (Joaquin Phoenix) and follows him to Galilee and then Jerusalem, where he’s crucified. Yet, in stripping away the myths, this film portrayal of Mary Magdalene underlines what some scholars see as the real — and unexpected — reason why she’s so controversial. At the heart of the controversy is the idea that Mary Magdalene’s connection to Jesus was spiritual rather than romantic. For example, in the film’s version of the Last Supper, Mary Magdalene is seated on Jesus’ right-hand side. Though the tableau echoes a key scene in the 2006 film version of The Da Vinci Code, in which the characters examine Leonardo Da Vinci’s mural The Last Supper and debate whether the effeminate figure to Jesus’ right was in fact Mary Magdalene, the new movie doesn’t place her there as his wife. The significance of her seat lies instead in Mary Magdalene taking the prized position above any of the twelve male apostles, as Peter (Chiwetel Ejiofor) looks on in jealousy. This version of the story is the real reason why Mary Magdalene is dangerous to the Church, according to Professor Joan Taylor of King’s College, London, who worked as historical advisor for Mary Magdalene. Mary’s central role in the Gospels has historically been used by some as evidence that the Church should introduce female priests — and since 1969, when the Catholic Church admitted that it had mistakenly identified Mary Magdalene as a sex worker, the calls for women in church leadership positions have only grown louder. “Within the Church she does have tremendous power, and there are lots of women who look… to Mary Magdalene as a foundation for women’s leadership within the Church,” says Taylor. The film draws partially from the Gospel of Mary, a “very mysterious document” discovered in the 19th century, Taylor says. It has no known author, and although it’s popularly known as a “gospel,” it’s not technically classed as one, as gospels generally recount the events during Jesus’ life, rather than beginning after his death. It’s thought the text was written some time in the 2nd century, but some scholars claim it overlaps Jesus’ lifetime. In the Gospel of Mary, which isn’t officially recognized by the Church, Mary Magdalene is framed as the only disciple who truly understands Jesus’ spiritual message, which puts her in direct conflict with the apostle Peter. Mary describes to the other apostles a vision she has had of Jesus following his death. Peter grows hostile, asking why Jesus would especially grant Mary — a woman — a vision. Mary Magdalene’s special understanding of Jesus’ message, and Peter’s hostility towards her, as portrayed in Mary Magdalene, will likely split opinion, according to Taylor and her colleague, Professor Helen Bond of The University of Edinburgh, Scotland, with whom Taylor is presenting a U.K. television series on women disciples this Easter, titled Jesus’ Female Disciples: the New Evidence. “[In the film] she’s really close to Jesus, not because of some kind of love affair, but just because she…gets Jesus in a way that the other disciples don’t,” Bond says. The idea that the twelve disciples didn’t quite “get” Jesus in the same way Mary Magdalene did is addressed throughout Davis’ film. The disciples are waiting for Jesus to overthrow the Romans and create a new kingdom, one without death or suffering. But by the end of the film, following Jesus’ death, Mary Magdalene has come to the conclusion that “the kingdom is here and now.” For Michael Haag, author of The Quest For Mary Magdalene, the Church has historically sidelined Mary not just because of her gender, but also because of her message. He argues that the Church specifically promulgated the idea that she was a sex worker in order to “devalue” her message. Haag believes that Mary Magdalene’s alternative ideas proved too dangerous for the Church to allow them to spread. The Gospel of Mary Magdalene, in his view, undermines “Church bureaucracy and favors personal understanding.”  (..;) But both Bond and Taylor point to the Bible itself for further evidence of Mary Magdalene’s intimate understanding of Jesus. She remains at the cross during the crucifixion while the other disciples hide, and she’s the first to see Jesus following the Resurrection. “[There’s] the very strong implication that Christianity is derived from her testimony and her witness,” Bond says. Strip away the labels of “prostitute” or “wife,” and Mary Magdalene still remains a controversial figure. Her story challenges ideas about spirituality, and the role of women in religion. Time
Depuis le début du XXe siècle, pas moins de 80 films dans lesquels il est question de Jésus ont été tournés, dont 15 depuis l’an 2000 (…) Cela nous fait une moyenne d’un film tous les 18 mois environ ! En réalité, la question de l’historicité de Jésus, de son existence, est récurrente depuis au moins le XVIIe siècle, lorsqu’apparaît le déisme qui, en Angleterre notamment, se caractérise par une critique virulente des miracles et du surnaturel. Au XVIIIe siècle, ce courant philosophique quasiment athée s’infléchit en panthéisme puis en théisme, et sera la religion de beaucoup de philosophes des Lumières. On se rapproche alors d’une religion naturelle qui n’est pas dépourvue d’une certaine forme de culte, « fut-il réduit à la prière d’adoration de l’infini face au soleil levant », comme l’a écrit Jacqueline Lagrée. Mais c’est avec la quête rationaliste, le courant mythologique et l’école de Tübingen au début du XIXe siècle, que la réalité historique de Jésus s’évanouit pour devenir une figure mythologique, fruit d’un imaginaire presque mystique des premières communautés chrétiennes. (…) Le Jésus de l’Histoire et le Christ de la foi peuvent être liés, mais en aucun cas la foi ne peut naître de la recherche historique. Depuis le milieu des années 1950, la quête du Jésus historique a été relancée sous l’impulsion de Ernst Käsemann et Günther Bornkamm, et on peut remarquer qu’aujourd’hui elle se recentre sur sa judaïté. Sa dimension historique est pleinement assurée autant par les sources textuelles – aussi pauvres et fragiles soient-elles – que par la critique interne des récits évangéliques mis en perspective avec le contexte général de la Palestine au tournant de notre ère. Vous comprenez ainsi que la figure historique de Jésus est un sujet débattu depuis au moins trois siècles, et qu’on n’a pas fini de s’interroger sur lui. (…) Le film de Jon Gunn est, en définitive, dans la continuité logique de cette interrogation, il est l’illustration parfaite de cette interrogation qui taraude les esprits depuis si longtemps. Si je pouvais, humblement, donner un conseil à M. Onfray, ce serait d’aller voir ce film qui raconte la quête d’un journaliste d’investigation athée américain, Lee Strobel, qui, dans les années 1970, suite à la conversion de son épouse, mena une véritable enquête policière sur le personnage de Jésus. Lee Strobel a publié plusieurs livres relatant sa longue quête : The Case for Christ (1998), The Case for Faith (2000), The Case for a Creator (2004), The Case for the Real Jesus (2007), et bien d’autres encore. Il a cherché à comprendre comment aux XXe et XXIe siècles, des gens pouvaient encore croire en Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, alors que le dogme rationaliste contemporain posait (mais sans aucun fondement scientifique) l’impossibilité d’une telle assertion. Son enquête l’a mené à interroger des dizaines de spécialistes de tous bords, et l’a conduit finalement à se convertir. Voilà une belle leçon de vie et d’honnêteté intellectuelle. (…) La méthode exégétique (étude et interprétation des textes) repose au départ sur le doute scientifique. Elle remet en question la tradition multiséculaire de l’Église concernant notamment l’authenticité des évangiles. Afin d’éviter toute discussion stérile sur l’authenticité des récits évangéliques au nom d’une hypercritique inutile, il me semble plus judicieux d’aborder le sujet sous l’angle de la vraisemblance, car cela laisse la porte ouverte à toutes les objections, à la condition bien entendu qu’elles soient fondées. (…) On se trouve ici dans le registre de la foi. La question que je me pose est de savoir si, oui ou non, cette foi peut reposer sur des faits ou seulement sur une appréciation personnelle. Je considère que la foi est beaucoup plus qu’un sentiment, qu’un élan du cœur qui nous pousse à croire sans vraiment chercher à comprendre. Pour moi, la foi est aussi le résultat d’un travail rationnel : c’est l’adéquation de la raison ou de l’intelligence à une vérité révélée. Mais on sort ici du champ de l’histoire. Pour en revenir à la résurrection, je dirais que l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène. Par contre, il doit prendre en compte l’information qui le rapporte. Tout écrit est une information, tout texte donne des renseignements dont il faut analyser le degré de pertinence, de crédibilité, de vraisemblance. (…) Lorsque les évangiles racontent la résurrection de Jésus, l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène ni à se demander s’il est possible ou non (même la science actuelle est incapable de répondre à cette question pour les raisons que je donne dans mon livre), mais de vérifier la vraisemblance de cette information : qui sont ceux qui rapportent cette information ? Qui sont les témoins ? Pourquoi rapportent-ils ce phénomène ? Qu’ont-ils fait exactement après l’avoir rapporté ? Comment ont réagi leurs adversaires ? Quelles sont les autres explications possibles à cet épisode singulier ? S’agit-il d’un mensonge, d’une manipulation ? Quels en sont les raisons ou les buts ? En définitive, lorsqu’on sait comment les témoins de cette annonce extraordinaire ont fini leur vie, on peut se poser la question : on peut mourir pour quelque chose que l’on croit être vrai, mais est-on prêt à donner sa vie pour quelque chose que l’on sait être faux ? Ici, on n’est plus dans le domaine de l’histoire ni de la foi ; c’est juste une question de bon sens ! Bruno Bioul
Il faudrait désormais un colloque scientifique pour évaluer si Jean-Christian Petitfils a bien servi la vérité christique. On doit cependant admettre que les 600 pages de son déjà best-seller se lisent comme un roman. Et que ce travail colossal de synthèse des sources, loin de toute polémique tapageuse, tient ses promesses pour un grand public avide de repères. Petitfils recompose la vie de Jésus à partir de Jean, affirmant que l’Évangile le plus mystique est aussi le plus historique, et s’appuie sur l’historicité du saint suaire. Deux principes qu’il n’est pas le seul à défendre. Ce livre nous change des exégètes parfois si raffinés qu’ils nous perdent dans la brume du doute. À lire en gardant à l’esprit que l’historien se limite à des hypothèses, sans prétendre mettre la main sur la vérité du Christ. Jean Mercier
Tout a été dit, mais tout et son contraire. La synthèse des plus récentes découvertes en histoire, en philologie, en exégèse, en archéologie était devenue nécessaire pour reconstituer la vie aussi bien que le caractère de Jésus. Les données de l’archéologie biblique sont en constant renouvellement : on vient de découvrir, en novembre 2011, que le mur des Lamentations ne datait pas d’Hérode le Grand. On a découvert, en 2009, une maison au centre du village de Nazareth, alors que beaucoup d’historiens prétendaient jusqu’alors que Nazareth n’existait pas au Ier siècle. Il y a près de trente ans, j’ai entamé une démarche personnelle : je suis croyant, membre d’une religion incarnée, et j’ai voulu, en tant qu’historien, avoir davantage de précisions. Marc Bloch écrivait : « Le christianisme est une religion d’historiens. » J’ai voulu retrouver le Jésus de l’histoire. Mon livre s’adresse aux croyants comme aux incroyants et s’arrête devant le mystère. L’historien n’a pas à prendre parti quant à la réalité des exorcismes, des miracles et, a fortiori, de la résurrection. Renan, dont on va fêter le 150e anniversaire de sa Vie de Jésus, disait : « Si les miracles ont quelque réalité, mon livre n’est qu’un tissu d’erreurs. » C’est un présupposé scientiste et positiviste que de rejeter et de nier le mystère. (…) Ce n’est pas impossible qu’il y ait une interpolation chrétienne du texte de Flavius Josèphe, puisqu’on a retrouvé un texte d’Agapios de Manbij, évêque melchite du Xe siècle, qui nous donne une version plus condensée du Testimonium flavianum, dans laquelle ne figurent pas les éléments contestés. Au-delà, nous disposons d’écrits romains de Tacite, de Suétone ou encore d’une lettre datée de l’an 111 de Pline le Jeune disant que « les chrétiens chantent un hymne à “Chrestos” comme à un dieu ». Indépendamment de ce que nous racontent les évangiles et les lettres pauliniennes, on voit que, dès le début du IIe siècle, les chrétiens étaient réputés croire à la divinité de Jésus. Même Celse, philosophe grec du IIe siècle et adversaire très virulent du christianisme, ne remet pas en cause l’existence historique de Jésus. La contestation de cette historicité est, en réalité, une affaire très tardive et très chargée d’idéologie. (…) Paul ne nous dit pratiquement rien, en dehors de la 1re Lettre aux Corinthiens, sur le Jésus de l’histoire. Il formule le kérygme, l’énoncé de la foi des premiers chrétiens. Il nous renseigne sur les débats avec les judéo-chrétiens et avec l’Eglise de Jérusalem. Prieur et Mordillat veulent un Jésus sans Eglise. Comme beaucoup aujourd’hui, ils se fabriquent leur propre Jésus. Or, pour l’historien, l’essentiel est ailleurs : les récits évangéliques, qui sont des récits de foi, contiennent-ils une vérité historique et quelle est cette vérité ? J’ai accordé la priorité historique à Jean alors que, d’habitude les historiens partent des évangiles synoptiques (Marc, Luc, Matthieu) et mettent Jean de côté : c’est un texte très symbolique et mystique, dont on ne devrait pas, nous disent-ils, tenir compte. Ce raisonnement me paraît faux. Le récit de Jean est celui d’un témoin oculaire, qu’il nous faut réévaluer par rapport aux trois autres qui, eux, n’ont jamais vu Jésus – même si à l’origine de notre Matthieu actuel se trouve un Matthieu araméen, probablement écrit par l’un des Douze, Lévi dit Matthieu, chef du bureau de péages de Capharnaüm. Les évangiles synoptiques présentent un certain voile par rapport à l’évangile de Jean. D’un point de vue strictement historique, ils me semblent moins fiables : ils résument, dans une optique catéchétique, la vie de Jésus en une seule année. Or, lorsqu’on lit l’évangile de Jean le ministère de Jésus s’étire sur trois ou quatre années. Ainsi nous montre-t-il plusieurs allées et venues, plusieurs discussions avec les autorités juives de Jérusalem ou les pharisiens. Ce sont autant de discussions que les synoptiques rassemblent dans le « procès juif » de Jésus. C’est, à mes yeux, un procès fictif. Jésus n’a pas comparu devant le Sanhédrin en séance plénière. D’ailleurs, tous les historiens du judaïsme l’écrivent depuis longtemps : jamais, au Ier siècle, le Sanhédrin ne se serait réuni au temps de Pessah… (…) Ce qu’on appelle le « procès juif » de Jésus n’est qu’une présentation schématique des discussions qu’il a eues tout au long de son ministère et qui s’étendent, chez Jean, sur plusieurs chapitres. Les auteurs des synoptiques mettent en scène et rassemblent ces nombreux échanges en un seul récit. Du point de vue historique, ce récit a la même valeur que celui des Tentations : c’est, en quelque sorte, un midrash. (…) Il a un mode de fonctionnement bien précis : il passe constamment de la réalité historique au mystère. Il assiste, par exemple, aux noces villageoises de Cana. Mais il les transforme en noces eschatologiques, ne nous renseignant ni sur le nom des mariés ni sur leur degré de parenté avec Jésus. Il fait des six jarres de vin le symbole de l’imperfection d’Israël (7 étant le nombre parfait). La tâche de l’historien est de retrouver le soubassement du texte, c’est-à-dire la part de réalité que contient le récit. (…) c’est le cas de Gethsémani, où il reste très elliptique. Quant à la Passion, il ne se prend pas pour Mel Gibson et atténue volontairement les souffrances que Jésus endure lors de la flagellation et de la crucifixion : c’est que son intention n’est pas de sombrer dans le gore, mais de montrer la Croix glorieuse, c’est-à-dire le Christ sur son trône de majesté qui va juger le monde. (…) C’est justement l’intérêt de mobiliser les dernières données mises à notre disposition par la recherche. L’abbé Pierre Courouble, grand spécialiste du grec ancien, a ainsi découvert, il y a quelques années, des latinismes dans deux phrases prononcées par Pilate et rapportées par Jean : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » et « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». La présence de latinismes dans ces deux phrases nous démontre que Jean était, sinon un témoin direct lorsque ces phrases ont été prononcées, du moins un rapporteur de première main. De même, Jean connaît le nom de la moindre servante des grands prêtres et le moindre arcane du Temple : cela accrédite l’idée qu’il appartiendrait à une famille sacerdotale de Jérusalem. Il est très certainement, comme nous l’indique Polycrate d’Ephèse au IIe siècle, membre de la haute aristocratie hiérosolymite. Il porte le petalum, la lame d’or des grands prêtres de cette époque. Il n’a vraisemblablement rien à voir avec Jean, fils de Zébédée et pécheur de son état… (…) Souvent, on réduit Jésus à son entourage immédiat des Douze, alors qu’il y avait une multitude de disciples allant et venant, au gré du temps et de leur occupation respective… [Jacques Duquesne] dans son Marie, mère de Jésus, il confond frères et cousins. Il ignore notamment les travaux réalisés aux Etats-Unis aussi bien qu’en Europe et qui nous montrent que Jésus est « nazôréen » : c’est un groupe sémite issu de Mésopotamie qui est venu se réinstaller en Galilée et au-delà du Jourdain dans deux villages, dont Nazareth. Ils prétendent être descendants de David et porter, en leur sein, le messie qu’attend Israël… (…) il ne veut surtout pas qu’on le confonde avec un messie temporel ! Il vit en un temps où il y a déjà eu beaucoup de messies temporels qui se sont révoltés contre l’occupation romaine. C’est le cas de Judas le Galiléen, qui avait fomenté une insurrection, en l’an 6. En représailles, les Romains avaient alors incendié et détruit la ville de Sephoris, située juste à côté de Nazareth. Âgé de douze ou treize ans, Jésus a très certainement aperçu la fumée s’élever au loin et les deux mille croix érigées le long des chemins. Il ne veut pas ça. Et il essaie de rompre avec cette origine qui lui pèse. (…) tout indique qu’il soit né en l’an -7. (…) C’est une période d’attente, d’impatience, d’aspiration messianique. Mais c’est une période de relative accalmie : elle succède aux temps troublés qui ont suivi la mort d’Hérode et la déposition de son fils aîné Archélaos. « Sub Tibero quies » (sous Tibère tout était calme), dit laconiquement Tacite. Mais tout était calme, avant l’explosion. Du temps de Jésus, il n’y avait pas de zélotes ni de sicaires. Et quand on parle de Simon le Zélote, l’un des Douze, il s’agit d’un zèle dans la foi : ce n’était pas un révolutionnaire… (…) Non seulement, il n’y a pas de message politique chez Jésus, mais en plus il refusait la politique et le social. Pour la foi chrétienne, le Christ n’est pas le premier des indignés, mais le premier des ressuscités – ce qui est, convenez-en, un peu différent. Certes, il y a bien eu des tentatives de récupération politique du message de Jésus : ce fut le cas avec la théologie de la libération. Or, il ne fait, par exemple, aucune sorte d’allusion à l’esclavage. Jésus n’est pas Spartacus ! [Piss Christ ou Golgota picnic] sont des oeuvres qui probablement ne resteront pas dans l’histoire : ce sont des épiphénomènes. Paradoxalement, elles montrent, au-delà même du dénigrement ou du sacrilège, que la personne de Jésus ne laisse pas indifférents nos contemporains et continue de fasciner. Moi ce qui m’apparaît important, en tant qu’historien, c’est de découvrir la vérité exacte : qui était Jésus vraiment ? Se ressentait-il être le messie d’Israël ? Pensait-il être lui-même le « Fils de Dieu » ou est-ce un sentiment qu’on lui a attribué ultérieurement ? Pourquoi a-t-il été crucifié ? Quels sont les responsables de cette crucifixion ? Voilà des points d’interrogation auxquels j’ai voulu répondre, en faisant abstraction de toutes les œuvres d’art postérieures, critiques ou non, et même des enseignements dogmatiques. (…) Jésus est un provocateur, notamment lorsqu’il guérit un jour de sabbat. C’était un simple artisan de Nazareth et un nazoréen, toujours suspect puisque se prétendant descendre de David. Il n’avait pas suivi l’enseignement des grands rabbins comme Hillel ou Gamliel. Pourtant, il va jusqu’à mettre en cause l’enseignement de Moïse ! « Moïse vous a dit de faire cela, moi je vous dis de faire ceci. » Au nom de quoi, peut-il prétendre cela ? Quand il appelle Dieu « abba » (en araméen, papa), ce n’est pas simplement l’emploi très déférent du mot « père » que font les juifs. Jésus prétend avoir une relation filiale et unique avec Dieu. C’est là où, en tant qu’historien, je dois m’arrêter : je ne peux pas aller au-delà. (…) il y a une violence prophétique chez Jésus. Elle se manifeste également à l’encontre de villages entiers contre lesquels il jette l’anathème : c’est le cas de Capharnaüm. Le souffle prophétique d’Israël continue à s’exprimer en lui. (…) Je suis parti d’hypothèses. Si l’on en pose d’autres, on pourra arriver à des résultats différents. La recherche et nos connaissances évoluent. En France, le dernier livre qui poursuivait l’objectif de synthétiser l’état le plus récent des connaissances sur Jésus remonte à celui de Daniel Rops, dont la première édition a paru en 1947, c’est-à-dire avant les découvertes de Qumran et des manuscrits de la mer Morte. Le livre que j’ai voulu faire correspond à une étape, un état des lieux de ce que la science met aujourd’hui à notre disposition pour appréhender le Jésus de l’histoire. Il y en aura très certainement d’autres. Jean-Christophe Petitfils
To my dear son André on his 16th birthday …

Pourquoi il faut lire le Jésus de Jean-Christian Petitfils (et son Dictionnaire amoureux aussi !)

En ces temps étranges …

D’églises (blanches) vides et de JAJ, mosquées ou temples (noirs) pleins …

D’athéisme revendiqué et d’idées chrétiennes devenues folles

Comme d’art déchristianisé mais, entre Piss Christ et Golgota picnic, obsédé par la victimologie  …

De Fille ainée de l’Eglise réduite comme la première minorité venue à lancer sa version catholique du dîner du Crif

Et de président du mariage et de l’adoption pour tous l’appelant, au risque d’ouvrir la voie à un islam toujours plus militant (« féministes islamiques » comprises), à une plus grande mobilisation politique …

De retour du religieux mais avec une sur-radicalité du côté musulman, dans la jeunesse française …

Et d’une actualité qui,  entre captation d’héritage et génocide silencieux des chrétiens, vérifie quasiment quotidiennement et scientifiquement les paroles du Christ …

Mais aussi de premiers charlatans venus remettant en cause des siècles de consensus scientifique sur son existence …

Ou, politiquement correct cinématographique oblige et entre africanisation de nos Pierre ou de nos Samson,  de déshabillage de Jean pour habiller Marie …

Le mystère Jésus

Historien, spécialiste du Grand Siècle et auteur de la biographie de référence de Louis XIV, Jean-Christian Petitfils publie, chez Fayard, une biographie du Christ, sobrement intitulée : Jésus.

François Miclo. Les historiens n’ont-ils pas tout dit sur Jésus ? Pourquoi lui consacrer près de 600 nouvelles pages ?
Jean-Christian Petitfils. Tout a été dit, mais tout et son contraire. La synthèse des plus récentes découvertes en histoire, en philologie, en exégèse, en archéologie était devenue nécessaire pour reconstituer la vie aussi bien que le caractère de Jésus. Les données de l’archéologie biblique sont en constant renouvellement : on vient de découvrir, en novembre 2011, que le mur des Lamentations ne datait pas d’Hérode le Grand. On a découvert, en 2009, une maison au centre du village de Nazareth, alors que beaucoup d’historiens prétendaient jusqu’alors que Nazareth n’existait pas au Ier siècle. Il y a près de trente ans, j’ai entamé une démarche personnelle : je suis croyant, membre d’une religion incarnée, et j’ai voulu, en tant qu’historien, avoir davantage de précisions. Marc Bloch écrivait : « Le christianisme est une religion d’historiens. » J’ai voulu retrouver le Jésus de l’histoire. Mon livre s’adresse aux croyants comme aux incroyants et s’arrête devant le mystère. L’historien n’a pas à prendre parti quant à la réalité des exorcismes, des miracles et, a fortiori, de la résurrection. Renan, dont on va fêter le 150e anniversaire de sa Vie de Jésus, disait : « Si les miracles ont quelque réalité, mon livre n’est qu’un tissu d’erreurs. » C’est un présupposé scientiste et positiviste que de rejeter et de nier le mystère.

« Tout a été dit, mais tout et son contraire. » Comment expliquer un désaccord aussi persistant sur l’historicité de Jésus ? Les sources, en dehors des quatre évangiles, sont minces. Et quand Flavius Josèphe mentionne un certain Jésus, il est légitime de se demander si ce n’est pas un copiste chrétien qui l’aurait tardivement rajouté…
Ce n’est pas impossible qu’il y ait une interpolation chrétienne du texte de Flavius Josèphe, puisqu’on a retrouvé un texte d’Agapios de Manbij, évêque melchite du Xe siècle, qui nous donne une version plus condensée du Testimonium flavianum, dans laquelle ne figurent pas les éléments contestés. Au-delà, nous disposons d’écrits romains de Tacite, de Suétone ou encore d’une lettre datée de l’an 111 de Pline le Jeune disant que « les chrétiens chantent un hymne à “Chrestos” comme à un dieu ». Indépendamment de ce que nous racontent les évangiles et les lettres pauliniennes, on voit que, dès le début du IIe siècle, les chrétiens étaient réputés croire à la divinité de Jésus. Même Celse, philosophe grec du IIe siècle et adversaire très virulent du christianisme, ne remet pas en cause l’existence historique de Jésus. La contestation de cette historicité est, en réalité, une affaire très tardive et très chargée d’idéologie.

Pourquoi procéder à l’inverse de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, les auteurs de Corpus Christi, en mettant de côté Paul de Tarse et en vous concentrant sur l’évangile de Jean ?
Paul ne nous dit pratiquement rien, en dehors de la 1re Lettre aux Corinthiens, sur le Jésus de l’histoire. Il formule le kérygme, l’énoncé de la foi des premiers chrétiens. Il nous renseigne sur les débats avec les judéo-chrétiens et avec l’Eglise de Jérusalem. Prieur et Mordillat veulent un Jésus sans Eglise. Comme beaucoup aujourd’hui, ils se fabriquent leur propre Jésus. Or, pour l’historien, l’essentiel est ailleurs : les récits évangéliques, qui sont des récits de foi, contiennent-ils une vérité historique et quelle est cette vérité ? J’ai accordé la priorité historique à Jean alors que, d’habitude les historiens partent des évangiles synoptiques (Marc, Luc, Matthieu) et mettent Jean de côté : c’est un texte très symbolique et mystique, dont on ne devrait pas, nous disent-ils, tenir compte. Ce raisonnement me paraît faux. Le récit de Jean est celui d’un témoin oculaire, qu’il nous faut réévaluer par rapport aux trois autres qui, eux, n’ont jamais vu Jésus – même si à l’origine de notre Matthieu actuel se trouve un Matthieu araméen, probablement écrit par l’un des Douze, Lévi dit Matthieu, chef du bureau de péages de Capharnaüm. Les évangiles synoptiques présentent un certain voile par rapport à l’évangile de Jean. D’un point de vue strictement historique, ils me semblent moins fiables : ils résument, dans une optique catéchétique, la vie de Jésus en une seule année. Or, lorsqu’on lit l’évangile de Jean le ministère de Jésus s’étire sur trois ou quatre années. Ainsi nous montre-t-il plusieurs allées et venues, plusieurs discussions avec les autorités juives de Jérusalem ou les pharisiens. Ce sont autant de discussions que les synoptiques rassemblent dans le « procès juif » de Jésus. C’est, à mes yeux, un procès fictif. Jésus n’a pas comparu devant le Sanhédrin en séance plénière. D’ailleurs, tous les historiens du judaïsme l’écrivent depuis longtemps : jamais, au Ier siècle, le Sanhédrin ne se serait réuni au temps de Pessah…

Ouh, le blasphémateur que voilà ! Vous remettez en cause une vérité de la foi !
Non, ce n’est pas une vérité dogmatique. Ce qu’on appelle le « procès juif » de Jésus n’est qu’une présentation schématique des discussions qu’il a eues tout au long de son ministère et qui s’étendent, chez Jean, sur plusieurs chapitres. Les auteurs des synoptiques mettent en scène et rassemblent ces nombreux échanges en un seul récit. Du point de vue historique, ce récit a la même valeur que celui des Tentations : c’est, en quelque sorte, un midrash.

A midrash, midrash et demi : votre Jean me paraît demeurer bien symbolique…
Il a un mode de fonctionnement bien précis : il passe constamment de la réalité historique au mystère. Il assiste, par exemple, aux noces villageoises de Cana. Mais il les transforme en noces eschatologiques, ne nous renseignant ni sur le nom des mariés ni sur leur degré de parenté avec Jésus. Il fait des six jarres de vin le symbole de l’imperfection d’Israël (7 étant le nombre parfait). La tâche de l’historien est de retrouver le soubassement du texte, c’est-à-dire la part de réalité que contient le récit.

Pour autant, Jean se tait sur certains épisodes que les synoptiques développent…
Oui, c’est le cas de Gethsémani, où il reste très elliptique. Quant à la Passion, il ne se prend pas pour Mel Gibson et atténue volontairement les souffrances que Jésus endure lors de la flagellation et de la crucifixion : c’est que son intention n’est pas de sombrer dans le gore, mais de montrer la Croix glorieuse, c’est-à-dire le Christ sur son trône de majesté qui va juger le monde.

Comment séparer ici le bon grain de l’ivraie, la réalité historique de la portée symbolique du texte ?
C’est justement l’intérêt de mobiliser les dernières données mises à notre disposition par la recherche. L’abbé Pierre Courouble, grand spécialiste du grec ancien, a ainsi découvert, il y a quelques années, des latinismes dans deux phrases prononcées par Pilate et rapportées par Jean : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » et « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». La présence de latinismes dans ces deux phrases nous démontre que Jean était, sinon un témoin direct lorsque ces phrases ont été prononcées, du moins un rapporteur de première main. De même, Jean connaît le nom de la moindre servante des grands prêtres et le moindre arcane du Temple : cela accrédite l’idée qu’il appartiendrait à une famille sacerdotale de Jérusalem. Il est très certainement, comme nous l’indique Polycrate d’Ephèse au IIe siècle, membre de la haute aristocratie hiérosolymite. Il porte le petalum, la lame d’or des grands prêtres de cette époque. Il n’a vraisemblablement rien à voir avec Jean, fils de Zébédée et pécheur de son état…

Ouh là, là, moins vite : j’ai toujours eu du mal avec le nom des disciples…
Souvent, on réduit Jésus à son entourage immédiat des Douze, alors qu’il y avait une multitude de disciples allant et venant, au gré du temps et de leur occupation respective…

Sans compter ses frères et sœurs !
Jésus n’en a jamais eu !

Jacques Duquesne a le droit d’aimer les familles nombreuses, non ?
Oui, mais, dans son Marie, mère de Jésus, il confond frères et cousins. Il ignore notamment les travaux réalisés aux Etats-Unis aussi bien qu’en Europe et qui nous montrent que Jésus est « nazôréen » : c’est un groupe sémite issu de Mésopotamie qui est venu se réinstaller en Galilée et au-delà du Jourdain dans deux villages, dont Nazareth. Ils prétendent être descendants de David et porter, en leur sein, le messie qu’attend Israël…

Tout au long de sa prédication, Jésus semble tenir cette origine comme une vraie croix ! On l’interpelle dans la rue : « Eh toi, fils de David… » Il n’aime pas trop ça…
C’est qu’il ne veut surtout pas qu’on le confonde avec un messie temporel ! Il vit en un temps où il y a déjà eu beaucoup de messies temporels qui se sont révoltés contre l’occupation romaine. C’est le cas de Judas le Galiléen, qui avait fomenté une insurrection, en l’an 6. En représailles, les Romains avaient alors incendié et détruit la ville de Sephoris, située juste à côté de Nazareth. Âgé de douze ou treize ans, Jésus a très certainement aperçu la fumée s’élever au loin et les deux mille croix érigées le long des chemins. Il ne veut pas ça. Et il essaie de rompre avec cette origine qui lui pèse.

Mais comment ! Jésus avait douze ou treize ans en l’an 6 après Lui-même ?
Oui, tout indique qu’il soit né en l’an -7.

Destruction de villes, incendies, crucifixions : c’est une période violente ?
C’est une période d’attente, d’impatience, d’aspiration messianique. Mais c’est une période de relative accalmie : elle succède aux temps troublés qui ont suivi la mort d’Hérode et la déposition de son fils aîné Archélaos. « Sub Tibero quies » (sous Tibère tout était calme), dit laconiquement Tacite. Mais tout était calme, avant l’explosion. Du temps de Jésus, il n’y avait pas de zélotes ni de sicaires. Et quand on parle de Simon le Zélote, l’un des Douze, il s’agit d’un zèle dans la foi : ce n’était pas un révolutionnaire…

Ah mince ! Moi qui croyais que Jésus préfigurait la venue sur la Terre de Stéphane Hessel ! Il n’était donc pas un indigné ?
Non seulement, il n’y a pas de message politique chez Jésus, mais en plus il refusait la politique et le social. Pour la foi chrétienne, le Christ n’est pas le premier des indignés, mais le premier des ressuscités – ce qui est, convenez-en, un peu différent. Certes, il y a bien eu des tentatives de récupération politique du message de Jésus : ce fut le cas avec la théologie de la libération. Or, il ne fait, par exemple, aucune sorte d’allusion à l’esclavage. Jésus n’est pas Spartacus !

Jésus n’était pas Spartacus, mais vous nous apprenez qu’il aurait pu jouer dans un péplum… Ce n’était pas le gringalet aux épaules tombantes du film de Rossellini, mais un beau et solide gaillard !
Mon point de vue se fonde sur les reliques de la Passion. Là se pose le problème de leur authenticité. Longtemps, elle a été sujette à caution. Que ce soit le linceul de Turin, le suaire d’Oviedo ou la tunique d’Argenteuil, les plus récentes découvertes scientifiques invalident ce que nous tenions pour acquis. Ainsi les analyses au carbone 14 menées sur la relique de Turin en 1988 sont aujourd’hui remises en cause. Les incendies qui ont affecté la relique au long des siècles ont causé notamment une forte pollution au carbone. D’autres éléments, comme la détection des pollens, les inscriptions sur le linceul et sur le suaire ou encore la méthode de tissage employée plaident en faveur d’une datation de ces trois reliques au Ier siècle et les situent au Proche Orient. Rajoutez à cela que les tâches de sang et d’humeurs présentes sur les trois reliques se superposent parfaitement et qu’elles correspondent au même groupe sanguin : elles ne sont plus simplement des objets de piété pour le croyant, mais des documents d’étude pour l’historien. Jusqu’à preuve du contraire, elles le renseignent sur l’aspect physique de Jésus et, à travers les épanchements dont elles portent la trace, sur ce que fut sa crucifixion, sa descente de la croix mais également sa mise au tombeau.

Vous publiez ce livre à un moment où la figure de Jésus fait irruption dans le débat public à travers des œuvres comme Piss Christ ou Golgota picnic. Comment expliquer cette focalisation particulière dans une société pourtant largement déchristianisée ?
Ce sont des oeuvres qui probablement ne resteront pas dans l’histoire : ce sont des épiphénomènes. Paradoxalement, elles montrent, au-delà même du dénigrement ou du sacrilège, que la personne de Jésus ne laisse pas indifférents nos contemporains et continue de fasciner. Moi ce qui m’apparaît important, en tant qu’historien, c’est de découvrir la vérité exacte : qui était Jésus vraiment ? Se ressentait-il être le messie d’Israël ? Pensait-il être lui-même le « Fils de Dieu » ou est-ce un sentiment qu’on lui a attribué ultérieurement ? Pourquoi a-t-il été crucifié ? Quels sont les responsables de cette crucifixion ? Voilà des points d’interrogation auxquels j’ai voulu répondre, en faisant abstraction de toutes les œuvres d’art postérieures, critiques ou non, et même des enseignements dogmatiques.

Mais Jésus ne fut-il pas, aux yeux du milieu juif dans lequel il évoluait et notamment des pharisiens, le plus grand blasphémateur de l’histoire ?
Jésus est un provocateur, notamment lorsqu’il guérit un jour de sabbat. C’était un simple artisan de Nazareth et un nazoréen, toujours suspect puisque se prétendant descendre de David. Il n’avait pas suivi l’enseignement des grands rabbins comme Hillel ou Gamliel. Pourtant, il va jusqu’à mettre en cause l’enseignement de Moïse ! « Moïse vous a dit de faire cela, moi je vous dis de faire ceci. » Au nom de quoi, peut-il prétendre cela ? Quand il appelle Dieu « abba » (en araméen, papa), ce n’est pas simplement l’emploi très déférent du mot « père » que font les juifs. Jésus prétend avoir une relation filiale et unique avec Dieu. C’est là où, en tant qu’historien, je dois m’arrêter : je ne peux pas aller au-delà.

C’est plus que de la provoc’. Quand il dit, par exemple, à sa mère, aux noces de Canna ce que l’on pourrait traduire par : « T’es qui toi ? », cela révèle une violence inouïe dans une société où l’on doit, comme l’exige le Décalogue, « honorer son père et sa mère ».
Oui, il y a une violence prophétique chez Jésus. Elle se manifeste également à l’encontre de villages entiers contre lesquels il jette l’anathème : c’est le cas de Capharnaüm. Le souffle prophétique d’Israël continue à s’exprimer en lui.

Y a-t-il du nouveau à découvrir sur Jésus ?
Oui. Je suis parti d’hypothèses. Si l’on en pose d’autres, on pourra arriver à des résultats différents. La recherche et nos connaissances évoluent. En France, le dernier livre qui poursuivait l’objectif de synthétiser l’état le plus récent des connaissances sur Jésus remonte à celui de Daniel Rops, dont la première édition a paru en 1947, c’est-à-dire avant les découvertes de Qumran et des manuscrits de la mer Morte. Le livre que j’ai voulu faire correspond à une étape, un état des lieux de ce que la science met aujourd’hui à notre disposition pour appréhender le Jésus de l’histoire. Il y en aura très certainement d’autres.

Voir aussi:

Il faut lire le Jésus de Petitfils

C’est certainement la surprise du moment en matière d’édition : un historien, spécialiste du XVIIe et XVIIIe siècles, quitte le confort d’une période bien connue pour aborder un autre champ historique. Et en la matière, Jean-Christian Petitfils n’a pas lésiné. Il ne s’est pas seulement attaché à un autre sujet, il s’est attaqué « au » sujet par excellence : Jésus-Christ de Nazareth. L’ambition est énorme. Le travail était d’avance semé d’embûches. D’autres et non des moindres – que l’on pense à Renan – s’y sont déjà cassés les dents. Après la lecture du Jésus de Jean-Christian Petitfils, on peut le dire en toute quiétude : l’auteur n’a rien à craindre pour sa dentition…

En historien scrupuleux, Jean-Christian Petitfils aborde, en effet, le Jésus de l’Histoire et, de ce fait, il ne s’agit pas d’un livre de plus à destination du monde catholique ou, plus largement, à destination du monde chrétien. Tous peuvent le lire dès lors qu’ils se posent la question de savoir si Jésus a bien existé et qui il était exactement.

Disons-le tout de suite : la science historique confirme ce que les croyants savent, sans conclure évidemment ce que la foi seule peut conclure. Mais prenons un exemple avec la question de la divinité du Christ. Jean-Christian Petitfils n’affirme pas que le Christ était Dieu. En revanche, il montre que Jésus s’est bien présenté comme le Fils de Dieu. Il ne s’agit donc pas d’une reconstruction postérieure, due à saint Paul et entretenue par l’Église. De la même manière, il aborde, par exemple, la question des miracles dans une perspective historique. Il montre que les plus anciennes sources indiquent que Jésus a été perçu comme étant doté de pouvoirs extraordinaires.

Il faudrait beaucoup de place pour évoquer en détail ce livre de 690 pages (Fayard, 25€), véritable synthèse des travaux les plus sérieux sur le sujet et qui nous restent malheureusement souvent inconnus. À sa manière, tranquille et non belliqueuse, Jean-Christian Petitfils est véritablement l’anti-Renan, évitant de tomber dans un pur mysticisme, qui serait en l’occurrence la négation de la méthode historique, et évitant de céder aux sirènes d’un rationalisme étriqué qui évacue la complexité de l’histoire. La crise moderniste est née notamment de cet échec de la rencontre des textes évangéliques et des sciences historiques qui se cherchaient encore. Sur ce plan, la question semble désormais régler, même pour le grand public. Sur un autre plan, on peut aussi se réjouir : les Lenoir, Duquesne et consorts sont définitivement enfoncés. Avec un ouvrage écrit dans une langue claire, élégante et agréable. Ce qui, là aussi, nous change de la littérature habituelle en la matière.

Voir également:

Dictionnaire amoureux de Jésus

LIVRE | 14/12/2015 | De Jean-Christian Petitfils

Auteur : Jean-Christian Petitfils
Editeur : Plon
Nombre de pages : 912

Être « amoureux » de Jésus pourrait sembler un phénomène d’un autre âge. Mais ce décalage – culturel et chronologique – n’impressionne pas un historien du calibre de Jean-Christian Petitfils. N’est-il pas l’auteur à succès des biographies de Louis XIII , Louis XIV , Louis XV et Louis XVI ?

Sans hésiter, il a donc prêté son nom et sa plume à la célèbre collection des « Dictionnaires amoureux ». Il est vrai, Jésus de Nazareth n’est pas un roi comme les autres ; sa royauté semble à des années-lumière des ors de Versailles… Déclarer sa flamme pour Jésus constitue un risque quand on est un savant reconnu. La grandeur de Jean-Christian Petitfils consiste à exposer en plein jour les raisons de son inclinaison spirituelle. L’auteur du Dictionnaire amoureux de Jésus assume : « Être amoureux de Jésus n’est assurément pas être amoureux d’une contrée, si fascinante soit-elle – l’Espagne, la Grèce, l’Italie ou la Bretagne –, d’un personnage historique – Napoléon ou Charles de Gaulle –, d’une grande figure littéraire – Stendhal ou Marcel Proust –, ou encore des chats, des trains, des étoiles, du rugby ! »

Être amoureux de Jésus engage. Jean-Christian Petitfils se présente comme un homme de foi. « Pour le chrétien que je suis, Jésus est une personne vivante, le Dieu fait chair venu apporter le salut au monde. Croire, c’est être relié, au cœur même de son être, à une mystérieuse source d’eau vive. »

La foi d’un historien

L’historien avait déjà publié en 2011 chez Fayard un Jésus remarquable . Il récidive aujourd’hui en ajoutant les lumières de la foi à son talent d’investigation historique. À vrai dire, pour ce spécialiste du Grand Siècle, la figure de Jésus engage autant le cœur que la raison. Pascal n’était-il pas à la fois physicien et mystique ?

« L’Histoire tiendra une place essentielle dans ce dictionnaire, précise l’auteur. À la lecture amoureuse de la parole de Jésus, à la découverte de sa personne, se mêlera constamment l’enquête rationnelle de l’historien. » Il invoque une belle formule de Marc Bloch : « Le christianisme est une religion d’historiens. »

Cette Histoire de Jésus est une histoire vraie. Chaque siècle fait rayonner cette lumière avec sa grâce propre. Il est indéniable que Jean-Christian Petitfils a un air de famille avec cette École française de spiritualité qui a redonné tant de couleurs et de profondeur au catholicisme du XVIIe siècle. En couverture de son ouvrage, l’illustration du peintre Philippe de Champaigne (Le Christ aux outrages) donne le ton de ce classicisme plein de tendresse. À cette époque, la dévotion à l’humanité du Christ est en plein essor. Sous l’impulsion d’un cardinal de Bérulle se répand le « christocentrisme », une manière de s’approprier la religion catholique par la méditation des mystères de la vie de Jésus.

On peut se perdre dans les entrées de ce dictionnaire, car on y retrouve toujours Jésus. Il y a la crèche et la croix, l’étoile de Bethléem et l’Évangile de Judas, ou encore les larrons et Lazare. À chaque fois, l’auteur dépoussière les connaissances actuelles sans jamais abîmer la foi. Bien au contraire. Il revendique la méthode audacieuse d’un Richard Simon qui, au temps de Bossuet, a posé les premiers jalons de l’exégèse moderne saluée ensuite par Joseph Ratzinger : « Son génie est d’avoir compris que la critique historique d’un texte saint n’oblitère en rien son caractère transcendant, sacré et inspiré. » Foi et raison font naître  un amour profond.

Voir de même:

Contre-info
27 juin 2012
Etant donné que ce livre et son auteur jouissent encore d’une certaine publicité (vente chez Chiré, dédicace à la fête du livre de Radio Courtoisie dimanche dernier), nous remettons à l’honneur l’article ci-dessous, paru il y a quelques mois.] En ce dimanche, évoquons un livre qui fait pas mal parler de lui : Jésus (honteusement sous-titré le Jésus de l’Histoire) de l’historien (de droite) Jean-Christian Petitfils. L’abbé Puga (de saint Nicolas du Chardonnet) en fait une intéressante critique : « Spécialiste de l’histoire française des XVIIe et XVIIIe siècles, auteur de nombreux ouvrages appréciés à juste titre sur cette période, il tente dans son nouveau travail une aventure d’historien à la recherche des données historiques sur la vie du Christ. Avant lecture on aurait pu s’attendre à une étude fouillée (le livre comporte plus de 650 pages !) de l’historicité des documents évangéliques, de leur crédibilité et à partir de là découvrir l’élaboration d’une vie de Jésus fondée sur des faits indubitables en montrant par exemple leur corrélation et leur conformité avec les données de l’histoire de l’Antiquité. Un postulat regrettable Mais tout en proclamant vouloir ne faire qu’œuvre d’historien, l’auteur s’engage dans une toute autre voie non scientifique. Cherchant son inspiration auprès de quelques exégètes modernes du XXe siècle comme Xavier Léon Dufour, le P. Benoit, le P. Grelot et surtout en se mettant aveuglément à la remorque des thèses de l’Ecole Biblique de Jérusalem, Jean-Christian Petitfils part d’un a priori : le genre littéraire des évangiles, et tout spécialement des évangiles que l’on nomme synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), serait un genre tout à fait à part. En effet l’intention des auteurs ne serait pas de nous rapporter les événements tels qu’ils se sont déroulés en réalité mais tels que les auteurs les ont perçus et entendent les transmettre aux fidèles. Bien entendu, en aucun endroit de son ouvrage Jean-Christian Petitfils ne nous explique, et encore moins ne nous démontre, pourquoi il en aurait été ainsi et pourquoi, surtout, il a choisi, lui historien, de suivre cette thèse qui a toujours été rejetée dans l’Eglise catholique jusqu’au milieu du XXe siècle. Mais, comme le déclare notre auteur sans nostalgie aucune, c’était une « époque pas si lointaine où l’on tenait les écrits évangéliques pour vérité historique irréfragable » (p. 469). Saint Pie X stigmatisait déjà il y a un siècle les exégètes modernistes : « Il semblerait vraiment que nul homme avant eux n’a feuilleté les livres saints, qu’il n’y a pas eu à les fouiller en tous sens une multitude de docteurs infiniment supérieurs à eux en génie, en érudition » (encyclique Pascendi). Les vingt pages de bibliographie à la fin de cet ouvrage sur Jésus sont éloquentes : 98 % des études citées sont postérieures aux années soixante. En un mot avant le concile Vatican II, il semblerait que la véritable exégèse n’ait pas existé. Des grands noms qui ont illustré, tant dans les universités romaines que dans les instituts catholiques, la défense de l’historicité des évangiles, pas un seul n’est cité, comme par exemple les pères Tromp, de Grandmaison, Renié, l’abbé Fillion etc… Influencé par les études de Xavier Léon-Dufour, Jean-Christian Petitfils manifeste une préférence indéniable pour l’Evangile de Jean (qui, pour notre auteur, n’est pas de saint Jean l’apôtre…) au point d’entreprendre de nous libérer en matière historique de la « Tyrannie du Jésus des Synoptiques » (p. 544). C’est pourquoi, tout au long de son ouvrage, il n’a de cesse de mettre en doute la réalité des événements que les évangiles de Matthieu, Marc et Luc nous rapportent. Un épisode rapporté par ceux-ci viendrait à être absent de l’évangile de Jean, aussitôt la suspicion apparaît quant à sa vérité. Cela n’empêche pas l’auteur de prétendre que Jean lui-même n’est pas forcément toujours fidèle à l’histoire réelle, la part de symbolique ayant son rôle ! Une vision partiale et fausse Quelles vont être les conséquences de l’application par l’auteur d’un tel filtre d’a priori sur l’historicité de nos évangiles ? Donnons quelques exemples tirés de l’ouvrage lui-même. Il ne sera pas alors difficile au lecteur de comprendre que, pour Jean-Christian Petitfils, il y a un fossé entre le Christ de la Foi et le Christ de l’Histoire. Le récit de la tentation du Christ au désert est un « récit fictif illustrant une idée théologique ». (p. 96). Le voir autrement serait faire preuve d’une « lecture fondamentaliste.» (Idem). La prière et l’agonie de Jésus à Gethsemani : « Le récit des synoptiques est une construction élaborée à partir de diverses traditions et phrases hors de leur contexte » (p. 290). « Historiquement il n’est pas simple de dire ce qu’il s’est passé » et l’auteur de renvoyer l’épisode au dimanche de l’entrée triomphale dans Jérusalem en l’assimilant à un tout autre épisode rapporté par l’évangile de Jean. Le baiser de Judas ? « Peut-être une figure littéraire et symbolique soulignant la perfidie extême » (p. 309). La comparution de Jésus devant le Sanhédrin dans la nuit du jeudi au vendredi durant laquelle le Christ se déclarant Fils de Dieu ce qui lui vaut d’être déclaré digne de mort ? Lisez bien : « Jésus n’a jamais comparu devant le Sanhédrin ». « Les évangélistes ont agrégé dans un procès fictif l’ensemble des éléments qui l’opposaient aux autorités juives ». (p. 320). Le procès devant Ponce-Pilate ? Sur le plan historique affirme l’auteur, « il n ‘y a aucune certitude que les événements se sont passés comme Matthieu les rapporte » ; (p. 350). Et bien sûr Jean-Christian Petitfils, pour ne pas aller à l’encontre de la pensée dominante contemporaine, n’hésite pas à déclarer que les paroles des Juifs réclamant sur eux la responsabilité du sang qui va être versé (paroles qui selon lui n’ont probablement pas été prononcées !) « vont nourrir chez les chrétiens un antijudaïsme, une haine des Juifs comme peuple déicide, que rien, absolument rien ne justifie. Elles vont servir de prétexte à des siècles de meurtres, de pogroms et d’incompréhension » (p. 350). Trois fois l’auteur réaffirme cela dans son ouvrage. « Mon Père pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Que penser de cette parole de Jésus sur la Croix ? « Ce cri de détresse a-t-il réellement jailli de la bouche de Jésus » se demande l’auteur ? « Certains en ont douté. » Mais on peut « supposer un arrière fond historique ». D’où la question qu’il se pose, sans y répondre : « A partir de quel élément réel les synoptiques ont-ils élaboré leur version ? » Il avance cependant une hypothèse « Jésus aurait simplement soupiré : Mon Dieu, c’est toi » ! (p. 393). Comme on le voit en quelques lignes il ne reste quasiment rien de l’historicité de l’une des paroles les plus sublimes et bouleversantes du Christ méditée par les générations de chrétiens depuis les origines de l’Eglise. Pour les récits de la Résurrection du Christ, il en est de même : « On n’est pas obligé de croire littéralement Matthieu lorsqu’il nous dit que l’Ange s’adresse aux femmes pour leur dire que le Christ est ressuscité » p. 434. Et l’auteur de conclure : « C’est ici au tombeau vide que s’arrête l’Histoire et que commence la Foi. L’historien sans s’engager sur la résurrection de Jésus ne peut à partir de ce moment qu’enregistrer les témoignages, les confronter » (p. 432). Mais permettons-nous d’objecter gravement à l’auteur : si l’historien ne peut me dire si les témoignages sur la résurrection de Jésus sont crédibles, qui pourra m’en donner la certitude pour me permettre de poser mon acte de Foi ? Les récits de l’enfance Jean-Christian Petitfils n’examine les récits évangéliques de l’enfance de Jésus qu’à partir de la page p. 451 dans son épilogue. Cela en dit déjà long sur l’estime que l’historien qu’il se veut d’être leur porte ! Que dit-il ? « Ces récits n’entretiennent pas le même rapport avec l’Histoire que les récits de la vie publique de Jésus. » (Et nous avons vu auparavant que l’historicité de ces derniers avait déjà beaucoup de lacunes !) « Ils sont le fruit d’une activité rédactionnelle élaborée… dans le dessein spécifique d’exalter l’origine divine de Jésus dans sa conception (p. 454)… Leur théologie prend volontairement la forme du merveilleux. Leur écriture colorée, enjolivée d’anecdotes, fait la joie de la piété populaire. » (p. 455). Et l’auteur de citer le cardinal Ratzinger : « Ces récits débordent radicalement le cadre de la vraisemblance historique ordinaire et nous confrontent avec l’action immédiate de Dieu ». Tout est là, pour Jean-Christian Petitfils et ses inspirateurs : sans la foi, il est impossible de dire ce que fut historiquement l’enfance de Jésus. Concluons. Tout l’ouvrage est sous-tendu par une vision moderniste de l’inspiration des écritures, que le pape saint Pie X a parfaitement stigmatisée et condamnée dans son encyclique Pascendi : « Ils distinguent, dit le Pape, soigneusement l’Histoire de la foi et l’histoire réelle ; à l’histoire de la foi, ils opposent l’histoire réelle, précisément en tant que réelle ; d’où il suit que des deux Christ l’un est réel ; celui de la foi n’a jamais existé dans la réalité ; l’un est venu en un point du temps et de l’espace, l’autre n’a jamais vécu ailleurs que dans les pieuses méditations du croyant ». Jean-Christian Petitfils, en écrivant son « Jésus » ne s’est sans doute pas rendu compte qu’en se mettant à l’école d’exégètes modernistes plutôt que d’agir en véritable historien, il perd toute vision objective de la véritable histoire de Jésus. Pour le non chrétien, cet ouvrage ne pourra l’amener qu’à la conclusion que l’on ne possède guère de sources crédibles sur l’histoire du Christ. La foi du lecteur chrétien, quant à elle, sera ébranlée au point qu’il finira par se demander si le Christ auquel il croit est bien le même que celui qui a vécu parmi nous. Echappé de sa période historique habituelle où il excelle, Jean-Christian Petitfils a fait une téméraire incursion dans l’Antiquité Chrétienne. Ce fut un désastre. Vite, qu’il retourne à son époque de prédilection ; c’est là que nous l’apprécions. Jésus, Jean-Christian Petitfils, Fayard, 2011, 670 pages. Abbé Denis PUGA » Article extrait du Chardonnet n° 275 de février 2012 Via La Porte Latine

Alors que le film Jésus l’enquête sort cette semaine au cinéma, rencontre avec l’historien et archéologue Bruno Bioul, qui publie Les Évangiles à l’épreuve de l’Histoire (Artège), une enquête passionnante sur l’authenticité et la transmission des évangiles.

Ces derniers mois, plusieurs films à thématique religieuse ont fait l’actualité. Le dernier en date – Jésus l’enquête, de Jon Gunn – sort cette semaine en France. Comment expliquez-vous ce questionnement récent autour du « Jésus historique » ?

Le questionnement que vous évoquez n’est pas si récent que cela. Savez-vous que depuis le début du XXe siècle, pas moins de 80 films dans lesquels il est question de Jésus ont été tournés, dont 15 depuis l’an 2000 ? Cela nous fait une moyenne d’un film tous les 18 mois environ ! En réalité, la question de l’historicité de Jésus, de son existence, est récurrente depuis au moins le XVIIe siècle, lorsqu’apparaît le déisme qui, en Angleterre notamment, se caractérise par une critique virulente des miracles et du surnaturel.

Au XVIIIe siècle, ce courant philosophique quasiment athée s’infléchit en panthéisme puis en théisme, et sera la religion de beaucoup de philosophes des Lumières. On se rapproche alors d’une religion naturelle qui n’est pas dépourvue d’une certaine forme de culte, « fut-il réduit à la prière d’adoration de l’infini face au soleil levant », comme l’a écrit Jacqueline Lagrée. Mais c’est avec la quête rationaliste, le courant mythologique et l’école de Tübingen au début du XIXe siècle, que la réalité historique de Jésus s’évanouit pour devenir une figure mythologique, fruit d’un imaginaire presque mystique des premières communautés chrétiennes.

La recherche historique à propos de Jésus peut-elle « renforcer » la foi ?

Le Jésus de l’Histoire et le Christ de la foi peuvent être liés, mais en aucun cas la foi ne peut naître de la recherche historique. Depuis le milieu des années 1950, la quête du Jésus historique a été relancée sous l’impulsion de Ernst Käsemann et Günther Bornkamm, et on peut remarquer qu’aujourd’hui elle se recentre sur sa judaïté. Sa dimension historique est pleinement assurée autant par les sources textuelles – aussi pauvres et fragiles soient-elles – que par la critique interne des récits évangéliques mis en perspective avec le contexte général de la Palestine au tournant de notre ère. Vous comprenez ainsi que la figure historique de Jésus est un sujet débattu depuis au moins trois siècles, et qu’on n’a pas fini de s’interroger sur lui.

La figure historique de Jésus est un sujet débattu depuis au moins trois siècles. On n’a pas fini de s’interroger sur lui.

Michel Onfray a défrayé la chronique l’an passé en remettant en cause l’existence de Jésus. Ces films s’inscrivent donc dans un questionnement plus ancien qu’on ne le pense ?

Le film de Jon Gunn est, en définitive, dans la continuité logique de cette interrogation, il est l’illustration parfaite de cette interrogation qui taraude les esprits depuis si longtemps. Si je pouvais, humblement, donner un conseil à M. Onfray, ce serait d’aller voir ce film qui raconte la quête d’un journaliste d’investigation athée américain, Lee Strobel, qui, dans les années 1970, suite à la conversion de son épouse, mena une véritable enquête policière sur le personnage de Jésus. Lee Strobel a publié plusieurs livres relatant sa longue quête : The Case for Christ (1998), The Case for Faith (2000), The Case for a Creator (2004), The Case for the Real Jesus (2007), et bien d’autres encore. Il a cherché à comprendre comment aux XXe et XXIe siècles, des gens pouvaient encore croire en Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, alors que le dogme rationaliste contemporain posait (mais sans aucun fondement scientifique) l’impossibilité d’une telle assertion. Son enquête l’a mené à interroger des dizaines de spécialistes de tous bords, et l’a conduit finalement à se convertir. Voilà une belle leçon de vie et d’honnêteté intellectuelle.

Au vu des avancées historiques et archéologiques que vous présentez dans votre livre, il est pourtant toujours impossible de conclure à la vérité des évangiles d’un point de vue scientifique ?

La méthode exégétique (étude et interprétation des textes) repose au départ sur le doute scientifique. Elle remet en question la tradition multiséculaire de l’Église concernant notamment l’authenticité des évangiles. Afin d’éviter toute discussion stérile sur l’authenticité des récits évangéliques au nom d’une hypercritique inutile, il me semble plus judicieux d’aborder le sujet sous l’angle de la vraisemblance, car cela laisse la porte ouverte à toutes les objections, à la condition bien entendu qu’elles soient fondées.

Pour moi, la foi est aussi le résultat d’un travail rationnel : c’est l’adéquation de la raison ou de l’intelligence à une vérité révélée. 

Il existe donc bien, comme l’écrit Jean-Christian Petitfils dans sa biographie, un « Jésus historique » et un « Jésus de la foi » ? La Résurrection demeurera donc toujours un mystère ?

Je n’ai pas, en tant qu’historien, qualité pour juger de la pertinence de cette différenciation, ni pour lui attribuer un quelconque jugement de valeur. On se trouve ici dans le registre de la foi. La question que je me pose est de savoir si, oui ou non, cette foi peut reposer sur des faits ou seulement sur une appréciation personnelle. Je considère que la foi est beaucoup plus qu’un sentiment, qu’un élan du cœur qui nous pousse à croire sans vraiment chercher à comprendre. Pour moi, la foi est aussi le résultat d’un travail rationnel : c’est l’adéquation de la raison ou de l’intelligence à une vérité révélée. Mais on sort ici du champ de l’histoire. Pour en revenir à la résurrection, je dirais que l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène. Par contre, il doit prendre en compte l’information qui le rapporte. Tout écrit est une information, tout texte donne des renseignements dont il faut analyser le degré de pertinence, de crédibilité, de vraisemblance.

L’historien et le croyant ne peuvent au final que se fier à ces seuls témoignages rédigés il y a deux millénaires ?

Lorsque les évangiles racontent la résurrection de Jésus, l’historien n’a pas à expliquer ce phénomène ni à se demander s’il est possible ou non (même la science actuelle est incapable de répondre à cette question pour les raisons que je donne dans mon livre), mais de vérifier la vraisemblance de cette information : qui sont ceux qui rapportent cette information ? Qui sont les témoins ? Pourquoi rapportent-ils ce phénomène ? Qu’ont-ils fait exactement après l’avoir rapporté ? Comment ont réagi leurs adversaires ? Quelles sont les autres explications possibles à cet épisode singulier ? S’agit-il d’un mensonge, d’une manipulation ? Quels en sont les raisons ou les buts ? En définitive, lorsqu’on sait comment les témoins de cette annonce extraordinaire ont fini leur vie, on peut se poser la question : on peut mourir pour quelque chose que l’on croit être vrai, mais est-on prêt à donner sa vie pour quelque chose que l’on sait être faux ? Ici, on n’est plus dans le domaine de l’histoire ni de la foi ; c’est juste une question de bon sens !

Voir  encore:

Flora Carr
Time
March 30, 2018

Sex worker, saint, sinner, witness, wife. In the 2,000 years since Mary Magdalene is said to have watched Jesus Christ die on the cross, she’s been labeled many things.

The label “prostitute” has stuck fast for centuries, ever since Pope Gregory I first pronounced her a “sinful woman” in the year 591, defying evidence to the contrary in the canonical Gospels. On the other hand, Dan Brown’s novel The Da Vinci Code resurrected an old and popular theory that Mary Magdalene was in fact Jesus’ wife. Myths surround the figure of Mary Magdalene to this day.

But neither theory — penitent prostitute or devoted spouse — actually matches what can be said about Mary Magdalene from what’s written in the Bible: She was a woman from Magdala, a small Galilean town known for its fishing, who became a female disciple and was first witness to Jesus’ resurrection, the cornerstone of Christianity.

But the team behind the new film Mary Magdalene, directed by Garth Davis, is hoping to get back to basics. The movie, which came out in the U.K. on March 16, tells the story of Mary Magdalene (Rooney Mara), detailing her fraught existence in Magdala as a single woman determined not to marry, before she meets Jesus (Joaquin Phoenix) and follows him to Galilee and then Jerusalem, where he’s crucified. Yet, in stripping away the myths, this film portrayal of Mary Magdalene underlines what some scholars see as the real — and unexpected — reason why she’s so controversial.

At the heart of the controversy is the idea that Mary Magdalene’s connection to Jesus was spiritual rather than romantic. For example, in the film’s version of the Last Supper, Mary Magdalene is seated on Jesus’ right-hand side. Though the tableau echoes a key scene in the 2006 film version of The Da Vinci Code, in which the characters examine Leonardo Da Vinci’s mural The Last Supper and debate whether the effeminate figure to Jesus’ right was in fact Mary Magdalene, the new movie doesn’t place her there as his wife. The significance of her seat lies instead in Mary Magdalene taking the prized position above any of the twelve male apostles, as Peter (Chiwetel Ejiofor) looks on in jealousy.

This version of the story is the real reason why Mary Magdalene is dangerous to the Church, according to Professor Joan Taylor of King’s College, London, who worked as historical advisor for Mary Magdalene.

Mary’s central role in the Gospels has historically been used by some as evidence that the Church should introduce female priests — and since 1969, when the Catholic Church admitted that it had mistakenly identified Mary Magdalene as a sex worker, the calls for women in church leadership positions have only grown louder.

“Within the Church she does have tremendous power, and there are lots of women who look… to Mary Magdalene as a foundation for women’s leadership within the Church,” says Taylor.

The film draws partially from the Gospel of Mary, a “very mysterious document” discovered in the 19th century, Taylor says. It has no known author, and although it’s popularly known as a “gospel,” it’s not technically classed as one, as gospels generally recount the events during Jesus’ life, rather than beginning after his death. It’s thought the text was written some time in the 2nd century, but some scholars claim it overlaps Jesus’ lifetime.

In the Gospel of Mary, which isn’t officially recognized by the Church, Mary Magdalene is framed as the only disciple who truly understands Jesus’ spiritual message, which puts her in direct conflict with the apostle Peter. Mary describes to the other apostles a vision she has had of Jesus following his death. Peter grows hostile, asking why Jesus would especially grant Mary — a woman — a vision.

Mary Magdalene’s special understanding of Jesus’ message, and Peter’s hostility towards her, as portrayed in Mary Magdalene, will likely split opinion, according to Taylor and her colleague, Professor Helen Bond of The University of Edinburgh, Scotland, with whom Taylor is presenting a U.K. television series on women disciples this Easter, titled Jesus’ Female Disciples: the New Evidence.

“[In the film] she’s really close to Jesus, not because of some kind of love affair, but just because she…gets Jesus in a way that the other disciples don’t,” Bond says.

The idea that the twelve disciples didn’t quite “get” Jesus in the same way Mary Magdalene did is addressed throughout Davis’ film. The disciples are waiting for Jesus to overthrow the Romans and create a new kingdom, one without death or suffering. But by the end of the film, following Jesus’ death, Mary Magdalene has come to the conclusion that “the kingdom is here and now.”

For Michael Haag, author of The Quest For Mary Magdalene, the Church has historically sidelined Mary not just because of her gender, but also because of her message. He argues that the Church specifically promulgated the idea that she was a sex worker in order to “devalue” her message. Haag believes that Mary Magdalene’s alternative ideas proved too dangerous for the Church to allow them to spread. The Gospel of Mary Magdalene, in his view, undermines “Church bureaucracy and favors personal understanding.”

 Mary Magdalene’s release date in the U.S. has been pushed back; its initial distributor had been the Weinstein Company, which recently filed for bankruptcy after its co-founder Harvey Weinstein was accused of sexual assault. However, members of the Christian community have already expressed doubts about the film.

Taylor Berglund, an editor for Charisma Media, a Florida-based magazine aimed at charismatic and Pentecostal Christians, believes that there’s potential for Christian audiences to boycott the film, as they did for Noah, starring Russell Crowe, in 2014. “To say only Mary Magdalene understood Jesus Christ and everyone since has been mistaken would be heresy,” Berglund says.

The fact that Mary Magdalene draws from a “gospel” that isn’t officially recognized by the Church may also provoke criticism. Jerry A. Johnson, the president and CEO of National Religious Broadcasters (NRB), says that films that “rely upon extra-biblical accounts” can’t be “accurate.”

“Evangelical audiences do not look kindly on efforts to twist the story of Jesus to fit a political narrative in service of today’s agenda of feminism,” Johnson says.

But both Bond and Taylor point to the Bible itself for further evidence of Mary Magdalene’s intimate understanding of Jesus. She remains at the cross during the crucifixion while the other disciples hide, and she’s the first to see Jesus following the Resurrection. “[There’s] the very strong implication that Christianity is derived from her testimony and her witness,” Bond says.

Strip away the labels of “prostitute” or “wife,” and Mary Magdalene still remains a controversial figure. Her story challenges ideas about spirituality, and the role of women in religion.

“[She’s] a feminine voice from the past,” Taylor says. “There’s something about her. Something about Mary.”

Voir par ailleurs:

Macron aux Bernardins : l’Église catholique s’organise-t-elle en lobby ?

C’est un événement inédit : pour la première fois, la Conférence des évêques de France (CEF) recevra Emmanuel Macron et plusieurs centaines d’invités lors d’une soirée le 9 avril au Collège des Bernardins, à Paris. Ministres, parlementaires, personnalités du monde de l’entreprise, des médias, de la culture, mais aussi mouvements et associations de fidèles, associations caritatives catholiques et représentants des autres religions figurent parmi les centaines d’invités.

Les juifs avaient le dîner du Crif et le Nouvel An du Consistoire, les musulmans le dîner de la rupture du jeûne du ramadan, et les protestants, la cérémonie des vœux de la Fédération protestante de France. Il manquait donc à l’Église catholique « un moment pour s’adresser à la société française d’une manière plus large », explique Mgr Ribadeau-Dumas, porte-parole de la CEF. En pleins États généraux de la bioéthique, l’occasion d’interpeller le gouvernement sur plusieurs sujets sensibles, comme la PMA ou la fin de vie. Mais pas seulement. Le sort des migrants, des sans-abris, et la laïcité devraient aussi nourrir les discussions.

Entretenir son réseau avec les députés

Pourquoi l’Église a-t-elle attendu ce moment-là pour organiser son propre « rendez-vous » national avec l’État et la société civile ? « Après une année d’élection présidentielle, dans le cadre de la discussion autour de la révision des lois de la bioéthique, le conseil permanent des évêques a pensé qu’il serait opportun d’avoir ce type de manifestation », détaille Mgr Ribadeau-Dumas.

Le contexte politique a donc favorisé l’organisation de cette soirée. Membre du conseil permanent de la CEF, Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, confie : « Il y a un fort renouvellement du personnel politique depuis la dernière présidentielle et les législatives. Dans nos diocèses, nous avions des relations habituelles avec les précédents députés, car certains étaient là depuis un certain temps ». « Le renouvellement et le rajeunissement » des députés contraindrait ainsi l’Église à organiser cette soirée de « réseau », pour « renouer » avec la nouvelle classe politique.

Macron : un moment propice au dialogue

Cet événement entend « réaffirmer la place de l’Église dans la société, dans le contexte d’une laïcité apaisée », a affirmé à La Croix Vincent Neymon, porte-parole de la CEF. La laïcité est-elle plus particulièrement apaisée depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron ? « Il y a de la part, aujourd’hui, de la présidence de la République – avec la présence des responsables religieux récemment au dîner sur la question de la fin de vie – une volonté de dialogue », admet prudemment Mgr Ribadeau-Dumas. « C’est ce qu’on a ressenti depuis l’élection du président Macron, reconnaît quant à lui François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France. Les religions semblent perçues comme des contributrices de la société et non plus comme des lobbys menaçants ». « C’est différent avec Macron, j’ai l’impression qu’il y a une vraie écoute, une forme de main tendue, de bienveillance, mais le dis avec beaucoup de prudence », observe de son côté le député LR Philippe Gosselin.

Si François Hollande, après l’assassinat du père Hamel, avait fini par adopter « un discours très favorable aux Églises » le début de son mandat a été ponctué davantage par « des discours de méfiance, comme celui du Bourget », analyse Philippe Portier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études et directeur du Groupe sociétés, religions, laïcité. Quant à Nicolas Sarkozy, s’il était favorable au dialogue, il défendait « une conception identitaire de la nation, allant à l’encontre de la volonté d’accueil (de l’étranger, ndlr) de l’Église catholique ». En outre, beaucoup d’évêques auraient regretté que « Nicolas Sarkoy ait tendance à instrumentaliser les Églises au service de sa propre stratégie de pouvoir », ajoute le sociologue. Les évêques seraient plus à l’aise avec Emmanuel Macron, dont les discours inviteraient davantage au « dialogue avec les institutions religieuses », sans conception identitaire de la nation.

Une Église moins audible

Si le contexte politique a changé, ce n’est pas la seule raison qui conduit aujourd’hui les évêques de France a organiser un tel événement. Consciente d’être « moins entendue qu’auparavant », l’Église catholique est « obligée de sortir de ses murs pour que son message soit reçu », estime François Clavairoly. « Le christianisme, dans sa version catholique en tous cas, est confronté à la post-modernité, à l’effacement du référent religieux et peut être aussi à un questionnement interne qui le fragilise », poursuit le pasteur.

« Du fait de la pluralisation du champ religieux, et de l’agnosticisme d’une grande partie de la population, l’Église est contrainte de montrer son existence par des événements significatifs », constate pour sa part Philippe Portier. Dans ce nouveau contexte, l’Église adopterait donc une nouvelle logique de médiatisation pour exister. « Comme toutes les autres religions, l’Église a vocation à échanger avec la société, et il faut trouver les canaux contemporains, commente le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia. L’Église est présente sur Internet, dans les médias. C’est une très bonne chose qu’il y ait ce temps d’échange avec la République ».

Une minorité religieuse parmi d’autres ?

Mais en se calquant sur les initiatives « événementielles » des autres communautés religieuses, l’Église ne risque-t-elle pas d’être perçue comme une minorité parmi d’autres ? Face à sa perte d’influence dans la société, serait-elle, progressivement, en train de se constituer en « lobby » ?

Philippe Portier pointe plusieurs limites à cette analyse. L’Église, tout d’abord, ne se perçoit pas comme une association comme les autres. « Il y a dans le tréfonds de la conscience ecclésiale l’idée que l’Église s’inscrit dans la succession du Christ. » Elle est donc « tiraillée entre cette image qu’elle a d’elle même, et ce que lui impose la société ». Les propos de Mgr Wintzer, interrogé par La Vie, illustrent bien ce dilemme : « L’Église prend conscience qu’elle est aussi une communauté, comme le sont d’autres communautés. On parle de la communauté musulmane, de la communauté juive, et maintenant on parle aussi de la communauté chrétienne, catholique. Faire cette invitation, c’est un peu accepter cela, d’être une religion avec d’autres. » « Et pourtant, ajoute-t-il, l’Église n’est pas un groupe à parité avec d’autres groupes. C’est-à-dire que l’Évangile n’est pas enfermé dans une communauté qui s’appelle l’Église catholique ». « Je me méfie de tout ce qui pourrait apparaître comme du communautarisme, abonde Mgr Ribadeau-Dumas. Les catholiques, par l’Évangile même, sont invités, dans la dimension universelle intrinsèque au catholicisme, à vivre dans cette société plurielle ».

Nous, nous n’avons pas de produit à vendre. Nous avons une bonne nouvelle à annoncer. –  Mgr Ribadeau-Dumas, porte-parole de la CEF

Ensuite, l’Église bénéficie déjà d’une relation privilégiée avec l’État, notamment à travers une instance de dialogue créée en 2002. Et au niveau local, de nombreux échanges ont lieu entre les évêques et les maires. Enfin, l’événement des Bernardins n’est pas tout à fait comparable aux événements organisés par les autres communautés religieuses. Les invités de marque, insiste Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, en seront surtout des personnes handicapées, en situation de précarité, et des migrants : « Ce seront sans doute eux qui ouvriront la soirée, pour montrer que le trésor de l’Église, c’est bien celui-là. Nous nous adressons à toute la société ». Rien n’a encore été décidé, en outre, sur la possibilité de faire de cette soirée un rendez-vous annuel : « Rien n’est défini pour l’instant. Ce n’est pas dit que cela se renouvellera de cette manière là », souligne Mgr Ribadeau-Dumas.

Pas de « produit à vendre »

Enfin, si la CEF assume cette nécessité d’avoir une parole plus audible, elle refuse d’être assimilée à un lobby. « Nous, nous n’avons pas de produit à vendre. Nous avons une bonne nouvelle à annoncer, martèle le porte-parole de la CEF. Cette bonne nouvelle, nous l’annonçons contre vents et marées, mais avec une grande liberté : nous ne sommes pas comptables de résultats. Ce que nous annonçons, nous avons conscience que cela ne portera peut-être du fruit que dans 20, 25 ou 30 ans ».

Mgr Ribadeau-Dumas souligne aussi l’étendue du réseau, historique, de l’Église catholique sur l’ensemble du territoire français : « À part le réseau de l’école, c’est l’Église qui a le plus grand maillage territorial. Si les évêques de France choisissent qu’un texte soit lu dans toutes les églises de France, il le sera. Les lobbyistes ne réunissent pas ce genre de parterre pour faire passer un message. Donc c’est autre chose. Une volonté de dialogue ». Une volonté de dialogue qui n’empêche pas l’opération de communication d’être bien organisée.

Voir de même:

Revue de presse française

A la Une: l’appel de Macron aux catholiques

Frédéric Couteau

C’était lundi devant la Conférence des évêques de France, le président de la République a prononcé un vibrant discours en direction des catholiques : « ‘Oui, la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques’. Après une heure d’un discours truffé de déclarations comme celle-ci, les catholiques avaient de quoi se sentir honorés, s’exclame La Croix. Lundi soir au Collège des Bernardins, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de rendre hommage à l’Église et aux catholiques : soulignant leur rôle dans l’histoire de France, louant leur engagement en direction des plus pauvres, multipliant les références à de grands auteurs chrétiens. Non sans habileté, poursuit La Croix, le président de la République a su parler le langage de son public. Le simple fait qu’il ait répondu positivement à l’invitation de la Conférence des évêques de France était déjà, en soi, un motif de satisfaction pour des catholiques qui ne s’étaient pas vus manifester une telle marque d’estime depuis longtemps. »

Toutefois, il y a comme un « problème de lignes », ironise Le Canard Enchaîné : Emmanuel Macron a donc affirmé « regretter » que « le lien entre l’Eglise et l’Etat » se soit « abîmé » et a souhaité qu’il soit « réparé ». « Parler ainsi d’un lien, qui depuis la loi de 1905 sur la laïcité, n’est plus censé exister, c’est bien sûr, faire aussi bouger la ligne de démarcation qui sépare l’Etat de la religion, estime Le Canard. Ce qui a mis Christine Boutin en pâmoison et vaut à Macron de se faire traiter de ‘sous-curé’ par Mélenchon. »

Frère Emmanuel…

En effet, les réactions à gauche sont violentes…

Au premier rang desquelles Jean-Luc Mélenchon, donc, rapporte Le Monde, qui, dans un tweet rageur, dénonce « un ‘Macron en plein délire métaphysique. Insupportable. On attend un président, on entend un sous-curé’. (…) Le nouveau premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, s’interroge, relate encore Le Monde. ‘Mais de quoi nous parle-t-on ? L’Eglise catholique n’a jamais été bannie du débat public. Quel lien restaurer avec l’Etat ? En République laïque aucune foi ne saurait s’imposer à la loi. Toute la loi de 1905. Rien que la loi’, estime le député de Seine-et-Marne. Et de poursuivre : ‘La laïcité est notre joyau. Voilà ce qu’un président de la République devrait défendre’. »

Libération emboîte le pas, avec ce grand titre, éloquent : « frère Emmanuel », avec la photo du chef de l’Etat, comme baigné d’une lumière divine…

« Emmanuel Macron ne franchit pas la ligne jaune, mais il s’en rapproche, estime Libération dans son éditorial. Il veut rompre avec une laïcité qui cantonnerait les cultes à la vie privée. Mais il donne par contrecoup à l’Eglise une place essentielle dans la promotion des valeurs humanistes, alors que la République, dans la tradition française, tient ce rôle au premier chef ; il met pratiquement sur le même plan l’enseignement moral des religions et celui de l’école laïque, un peu comme Sarkozy avait confondu l’instituteur et le curé. » Et Libération de s’interroger : « Faut-il nécessairement une béquille religieuse à la quête de l’absolu chère aux hommes et aux femmes ? Emmanuel Macron semble le penser. Quant aux réparations que l’Etat devrait à l’Eglise, comment ne pas y voir une référence à la loi sur le mariage pour tous ? Il faudrait donc, s’interroge encore Libération, que l’Etat expie cette avancée démocratique ? »

Un « lien » qui fait débat

Autre question posée par Le Midi Libre : « Emmanuel Macron est-il encore de gauche ?

Les marqueurs qui symbolisent la droite écrasent de leur pointe rouge l’ADN de la gauche : sécurité, emploi, ISF… et maintenant la laïcité. Le président de la République ne souhaite sans doute pas une intrusion du fait religieux dans les affaires de l’État, mais le mot employé – le lien – peut prêter à confusion. Sa sortie calculée sur un rapprochement éventuel entre le politique et le religieux donne corps à une idée, relève encore Le Midi Libre : contrer la religion musulmane déjà très présente dans notre quotidien par une montée plus visible du catholicisme. »

Pour Le Journal de la Haute-Marne, le terme « lien » a aussi du mal à passer… « Le ‘lien’ établit un rapport organique, ce qui est incompatible avec l’idée de séparation entre l’Eglise et l’Etat, estime le quotidien champenois. Le terme ‘relations’ eût été plus judicieux et moins piégeux, sachant qu’elles existent de toute façon entre les deux institutions, ne serait-ce que pour des questions pratiques. Comme en politique rien n’est innocent, on peut se demander aussi si derrière ce qui apparaît pour la gauche comme une vulgaire provocation ne se niche pas un malin plaisir de mettre le bazar à droite. La main tendue à la communauté catholique plaira au courant démocrate-chrétien. A un an des européennes, ça ne mange pas de pain. »

Réconcilier les deux France !

Enfin, Le Figaro estime qu’il s’agit là « d’un discours refondateur, historique et exprimé par le 8e président de la Ve République. Une république où Emmanuel Macron entend, au seuil du XXIe siècle, réconcilier les deux France, celle qui croit et celle qui ne croit pas. Une position provocatrice totalement assumée, du reste, par le chef de l’État. Dans le choix très gradué des projets de discours, il a choisi l’option haute, la plus ouverte aux catholiques. »

Alors, poursuit Le Figaro, « le public catholique se réveille heureusement surpris, prêt à jouer le jeu pour certains, mais extrêmement méfiant. Il n’acceptera pas des évolutions bioéthiques qui manipuleraient l’homme. Et pas davantage de se laisser enfermer dans une case ‘religieuse’ prédéfinie par une vision communautariste de la société. »

« Le discours de Macron marque bien la centralité du catholicisme dans la constitution de la nation française »

Pour le sociologue Philippe Portier, le chef de l’Etat tient un discours explicite sur la laïcité.|

Propos recueillis par Cécile Chambraud

Le Monde

Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études et directeur du Groupe sociétés, religions, laïcités, le sociologue Philippe Portier analyse la nouveauté du discours d’Emmanuel Macron sur le catholicisme et la laïcité que le président de la République a prononcé devant les évêques, lundi 9 avril.

Emmanuel Macron attribue-t-il une place particulière au catholicisme par rapport aux autres religions ?

Emmanuel Macron présente l’Etat et l’Eglise comme devant être en situation d’alliance. C’est un discours traditionnel dans le langage catholique. Deux éléments de son propos renvoient à un langage d’Eglise où s’affirme la spécificité du catholicisme dans la société française. Le premier, c’est qu’il parle de l’Eglise comme étant, à côté de l’Etat, dépositaire d’un ordre qui a sa propre juridiction.

L’Eglise et l’Etat sont deux sociétés autonomes relevant chacune d’un ordre de juridiction spécifique. Il n’a pas utilisé ce langage avec les juifs, les musulmans ou les protestants. Cela renvoie à l’auto-compréhension de l’Eglise, qui ne s’analyse pas comme une communauté de croyance comme les autres, mais comme la dépositaire de la parole du Christ et ayant, vis-à-vis de l’Etat, un ordre de juridiction spécifique. Le président de la République a repris là les catégories de la théologie politique.

Le second élément, que l’on ne retrouve pas dans les discours aux autres communautés de foi, c’est l’association constante entre nation et religion catholique. Il a parlé des racines chrétiennes de la France comme d’une sorte d’évidence historique. Ce discours marque bien la centralité du catholicisme dans la constitution de la nation française.

Cette particularité accordée au catholicisme a-t-elle des répercussions pour les autres cultes ?

Sûrement. Pour Emmanuel Macron, toutes les religions participent au concert national. Mais il ne cesse de mettre en évidence le fait que le catholicisme est d’une nature théologique et historique particulière. Et qu’il a su, en dépit de son intransigeance originelle, se couler dans la République et accepter les principes de la démocratie constitutionnelle. C’est la grande différence avec l’islam auquel il demande, dans plusieurs de ses discours, de faire un effort d’acclimatation et d’institutionnalisation, comme l’ont fait les autres cultes.

En cela il est très français, et aussi catholique : il pense le religieux dans une dialectique entre le sujet et l’institution. Dans sa façon de s’adresser au catholicisme, la présence du nonce [le représentant du Saint-Siège en France] fait référence à l’Eglise comme institution internationale. Il y a dans sa présence une logique concordataire qui s’exprime.

Le discours de M. Macron marque-t-il une rupture dans la conception de notre laïcité ?

Oui et non. Il y a eu, dans les présidences précédentes, des pratiques de dialogue, de mobilisation du religieux au service du bien commun. Mais avec Emmanuel Macron, cela devient beaucoup plus formalisé et fait l’objet d’un discours explicite. Dès les années 1960-1970, à mesure que l’Etat s’estimait moins à même de régler seul les problèmes sociaux, s’est mise en place, à l’égard des cultes, une politique de reconnaissance. Il y a l’idée que l’Etat ne peut pas tout et qu’il a besoin de s’appuyer sur des forces extérieures à lui-même.

C’est un discours que tenait déjà François Mitterrand en 1983, lorsqu’il inaugurait le Comité national d’éthique, et qu’il disait que nous avions besoin des sagesses des forces religieuses et convictionnelles. On trouve la même chose chez Emmanuel Macron. La différence, c’est que ce qui apparaissait au détour d’un discours chez tel ou tel président, chez lui, cela prend vraiment l’allure d’une doctrine très formelle.

En quelque sorte, il viendrait couronner une évolution ?

Il vient couronner et expliciter une évolution à l’œuvre dès les années 1960-1970. A mesure que l’Etat se trouvait bousculé dans sa capacité d’action sur le réel par des forces qu’il ne maîtrisait pas – l’individualisation de la société, la globalisation –, il a essayé de faire front avec les forces de la société civile. Une politique de reconnaissance s’est progressivement mise en place : on a associé davantage les cultes à la réflexion, on les a financés davantage, on leur a délégué davantage de compétences…

En 1993-1994, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Charles Pasqua disait déjà que, dans les banlieues, nous avions besoin de l’engagement des chrétiens. Emmanuel Macron a repris cette idée que le welfare state n’arrive pas à tout faire. Ce qui ne faisait qu’affleurer dans les discours passés des gouvernants se retrouve chez Emmanuel Macron dans un langage très particulier.

N’entretient-il pas une certaine ambiguïté entre d’une part les rapports de l’Eglise et de l’Etat, et d’autre part les rapports des catholiques avec la République ?

Deux tendances coexistent chez lui. La première est très « catholique d’ouverture ». Elle renvoie à l’idée que c’est à partir des engagements de la base que le catholicisme peut s’épanouir et irriguer la société de ses valeurs. Lundi, il a beaucoup insisté sur l’engagement social des catholiques. Pendant sa campagne présidentielle, il a visité le Secours catholique. C’est un catholicisme marqué par Emmanuel Mounier.

En même temps, et c’est son côté plus traditionnel, il fait toujours référence à l’institution, ce que l’on aurait du mal à retrouver chez les catholiques libéraux. Il y a une sorte de compréhension dialectique du catholicisme comme un engagement des chrétiens porté par une institution elle-même inscrite dans l’histoire. Dans la campagne présidentielle, après avoir visité le Secours catholique, il s’est rendu à la basilique de Saint-Denis. Je ne crois pas que ces propos soient seulement stratégiques, destinés, pour les uns, aux catholiques de gauche, pour les autres aux catholiques d’affirmation. Il existe entre eux une coopération dialectique.

Comment interprétez-vous sa phrase sur le « lien » abîmé entre l’Eglise et l’Etat ? Parle-t-il de ces institutions ou bien des catholiques et de la communauté politique ?

Il y a une ambiguïté. Fait-il allusion à l’histoire, à une laïcité de combat qui aurait laissé peu de place à l’Eglise ? Dans ce cas, il s’agirait de revenir sur une philosophie de séparation stricte pour essayer de lui substituer une laïcité de reconnaissance. De faire succéder une laïcité de confiance à une laïcité de défiance.

Ou alors, deuxième hypothèse, il s’agit de prendre acte que, depuis les années 1990-2000, les catholiques sont de plus en plus méfiants à l’égard de la République et des gouvernants, qu’ils s’isolent dans une posture communautaire, identitaire, qui les éloigne de la communauté nationale. Il faudrait alors en finir avec cette évolution et leur permettre de réintégrer le concert public.

Voir aussi:

Emmanuel Macron aux évêques : « Un discours hors norme »

Le président invite les catholiques à rompre avec la « logique d’enfermement » et à investir le débat public, analyse la sociologue des religions Danièle Hervieu-Léger dans une tribune au « Monde ».

Danièle Hervieu-Léger (Sociologue des religions, directrice d’études à l’EHESS)

Le Monde

Tribune. Avant que tout discours ait été prononcé, le seul fait que le président Macron ait accepté, après des rencontres avec d’autres dignitaires des cultes, l’invitation de la Conférence des évêques de France à s’exprimer devant elle avait suscité des anticipations contrastées : celles de ceux qui dénonçaient par avance un manquement à la laïcité, et celles de ceux qui, en sens inverse, en espéraient des gages communautaires.

Il est certain que le contenu de l’allocution d’un président de la République osant les mots de « transcendance » ou de « salut » a peu de chances d’apaiser les passions. Le propos, de fait, est hors norme. De quoi s’agit-il ? Son trait le plus frappant est la conviction forte qui s’y exprime de ce que la foi catholique n’est pas une simple « opinion », et de ce que l’Eglise n’est pas réductible a une « famille de pensée » invitée à vivre dans une bulle étanche au monde qui l’environne.

Le discours du président intègre l’idée selon laquelle toute foi religieuse participe, pour celui qui s’en réclame, de la construction de son rapport au monde. Il atteste en même temps que le catholicisme – comme toute religion, selon Max Weber – est un « mode d’agir en communauté ». Dire cela, c’est avancer aussi que l’idée d’une pure « privatisation » de la croyance est une vue de l’esprit. Car la croyance n’est elle-même qu’une composante de ce rapport singulier au monde à laquelle la foi introduit le fidèle.

Est-ce manquer à la laïcité que de le reconnaître ? La laïcité n’a pas été mise en place pour réduire sans reste cette singularité du religieux : elle a été construite pour empêcher que le mode propre d’agir en communauté que celle-ci définit puisse prévaloir, de quelque manière que ce soit, sur les règles que la communauté des citoyens se donne à elle-même. Ceci vaut pour le catholicisme romain autant que pour toutes les autres confessions présentes dans la société religieusement plurielle qu’est la France.

Audace

Mais, dans un pays traumatisé par la guerre inexpugnable qui opposa pendant un siècle et demi au moins une France enfermée dans le rêve de la reconquête catholique à la France porteuse de l’ordre nouveau issu de la Révolution française, il faut une certaine audace pour affirmer que la singularité catholique, inscrite dans l’histoire longue, a légitimement vocation à s’exprimer, à sa place et sans privilège, dans une société définitivement sortie de la régie normative de l’Eglise et même du christianisme.

Emmanuel Macron a affirmé la légitimité de cette expression de deux façons. Il l’a fait d’abord en prenant acte, indépendamment de toute prise de position idéologique sur la mention formelle des « racines chrétiennes », du rôle – non exclusif à beaucoup près – qui a été celui du catholicisme et de l’Eglise dans la fabrication de l’identité culturelle de la nation : nier l’importance de cette matrice catholique enfouie, et quoi qu’il en soit de son délitement présent, c’est s’exposer à méconnaître une source de bien des traits de notre esprit commun.

Mais le président ne s’est pas arrêté seulement à cette invocation lointaine. Il a aussi fait état de l’engagement présent des catholiques dans le tissu de ces associations qui font prendre corps, sur des terrains multiples, au souci de ceux qu’il est convenu d’appeler « les plus fragiles » : ceux, en tout cas, que le cours du monde laisse sur le bord du chemin. Nul n’ignore, et certainement pas le président, que cet engagement n’est pas celui d’une armée en ordre de bataille sous la conduite des évêques : il est aussi le lieu où se creusent la pluralité et même la contradiction des voies selon lesquelles le catholicisme se vit concrètement comme manière d’habiter le monde.

Deux limites

C’est au regard de cette pluralité des catholicismes qu’il faut ressaisir l’appel du président aux catholiques pour qu’ils fassent entendre leur voix dans le débat public, s’agissant en particulier des questions touchant aux migrations, à la bioéthique ou à la filiation. D’aucuns ont immédiatement entendu cet appel comme une invitation – bien ou mal venue, selon le point de vue – à « entrer en politique ». Sans doute est-ce bien de cela qu’il s’agit : la rénovation de la politique elle-même appelle aujourd’hui un renouveau de la confrontation publique des convictions.

La voix des catholiques, pas plus que toute expression d’une éthique de conviction dans le débat public, n’a vocation à être « injonctive »

Mais cette « entrée en politique » rencontre immédiatement, du côté des catholiques, deux limites indépassables.

La première a été posée par le président lui-même de la manière la plus claire : la voix des catholiques, pas plus que toute expression d’une éthique de conviction dans le débat public, n’a vocation à être « injonctive », c’est-à-dire à s’imposer à la société tout entière.

La seconde est implicitement contenue dans l’évocation de la diversité des engagements catholiques : il n’existe pas aujourd’hui de possibilité qu’une voix catholique – fut-elle celle de l’institution – puisse prétendre être la seule voix autorisée du catholicisme dans le registre politique. La Conférence des évêques de France n’a-t-elle pas elle-même démontré, lors de la dernière élection présidentielle, qu’elle avait pris acte du pluralisme interne d’un monde catholique où règne définitivement, comme l’avait démontré Jean-Marie Donegani il y a plusieurs années, la « liberté de choisir ».

Quelle est alors la portée de la reconnaissance appuyée accordée par le président aux catholiques en tant qu’acteurs de la scène politique ? En valorisant leur contribution à la production du sens de notre vie en commun, il ne se contente pas de mettre du baume sur les plaies d’une population perturbée par la découverte de sa condition minoritaire dans une société où elle fut, pendant des siècles, une majorité qui comptait. Il invite à rompre la logique d’enfermement qui pousse des courants de cette population à se constituer comme une contre-culture en résistance au sein d’un monde dont ils ont perdu les codes.

Le discours des Bernardins restera, à cet égard, comme le moment assez étonnant où, dans la longue et difficile trajectoire de la reconfiguration du catholicisme français en minorité religieuse dans une société plurielle, l’invitation à échapper au risque sectaire sera venue, contre toute attente, de la plus haute autorité de la République.

Directrice d’études à l’EHESS, qu’elle a présidée de 2004 à 2009, Danièle Hervieu-Léger est sociologue des religions. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages traitant de la place du religieux, et spécialement du christianisme, dans les sociétés occidentales contemporaines, comme Le Temps des moines. Clôture et hospitalité (PUF, 2017).

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/04/11/emmanuel-macron-aux-eveques-un-discours-hors-norme_5283783_3232.html#wAzygiBmBijWE4DM.99

Le président de la République veut présenter avant la fin du premier semestre 2018 un « plan » pour « l’islam de France » : ses instances représentatives, son financement et la formation de ses imams.

Il continue pour cela ses consultations, comme lundi 26 mars avec une Danoise « féministe musulmane » Sherin Khankan et la rabbin libérale Delphine Horvilleur.

 Sur Facebook, Sherin Khankan a posté une photo d’elle, assise devant la table de travail du président de la République qui se tient debout derrière elle. « Il faut un président bien sage pour défendre le féminisme islamique et considérer la religion comme une partie de la solution et non du problème », écrit – en guise de légende – celle que les médias du monde entier surnomment « l’imamette de Copenhague ». « Le président français Emmanuel Macron envoie un signal politique important montrant que la société laïque peut coexister avec la religion. »

Lundi 26 mars, cette Danoise d’origine syrienne, fondatrice en 2001 d’un Forum des musulmans critiques, puis d’un centre formation soufi « Sortir du cercle », auteur de La femme est l’avenir de l’islam (Stock, 2017), a été reçue à l’Élysée, en même temps que la rabbin libérale Delphine Horvilleur. « Le président de la République, qui lit beaucoup, est tombé sur la conversation entre les deux femmes organisée par l’Institut français de Copenhague », raconte un proche du dossier. La vidéo de l’entretien, daté du 26 mars 2016, est visible sur YouTube. « Sans doute cet échange entre deux femmes ministres du culte l’intéressait-il dans le cadre de ses consultations tous azimuts. Il rencontre des tas de gens pour nourrir sa réflexion ».

Avec l’aide du ministère de l’intérieur et des cultes, l’Élysée prépare en effet « un plan d’ensemble » pour structurer « l’islam de France », avec la volonté d’avancer sur les principaux chantiers : les instances représentatives, le financement du culte et la formation des imams. L’idée est d’aboutir avant la fin du premier semestre 2018. En attendant, les consultations se poursuivent donc. Mi-février, le JDD avait indiqué qu’outre le banquier d’affaires et consultant Hakim el Karoui, le président de la République avait également rencontré l’islamologue Gilles Kepel ou le philosophe tunisien Youssef Seddik.

Cette fois, c’est la place des femmes dans la religion qui a éveillé sa curiosité. Dans de nombreux pays musulmans, des femmes plaident pour une relecture du Coran et de la tradition musulmane sortis de leur « gangue » patriarcale. Dans quelques villes européennes – Berlin ou Londres notamment –, des femmes ont même ouvert des lieux de prière pour un public féminin. À Copenhague, la salle de prière installée par Sherin Khankan dans un appartement, dont elle a abattu les cloisons, est ouverte à tous en semaine, et réservée aux femmes le vendredi pour qu’elle puisse guider leur prière. Plus qu’une « imam », cette jeune mère de famille fait en réalité office de mourchidat, une fonction de prédicatrice pour un public féminin courante y compris dans les pays majoritairement musulmans.

À Copenhague pas plus qu’ailleurs, les hommes n’ont accepté une femme comme imam. « La majorité pense qu’une femme ne dirige pas la prière devant des hommes, mais il existe des avis minoritaires : certains considèrent que si une femme connait mieux le Coran que son mari, elle peut diriger la prière », note Hicham Abdel Gawad, doctorant en sciences des religions à Louvain-la-Neuve. « Dans tous les cas, la règle de base est que celui qui dirige la prière doit être agréé par les personnes qui prient derrière lui. » « Dans un paysage musulman complètement éclaté, on peut se demander pourquoi aucune mosquée alternative n’a émergé jusqu’à aujourd’hui, à l’exception d’un lieu de culte dédié aux fidèles homosexuels », remarque ce bon connaisseur de l’islam de France. « Y aurait-il une sorte de fatalité à n’avoir le choix qu’à l’intérieur de l’éventail qui va de Dalil Boubakeur (NDLR : recteur de la Grande mosquée de Paris, proche de l’Algérie) à Nader Abou Anas (NDLR : imam du Bourget, proche de la mouvance salafiste) ? »

Interrogé sur cette invitation à l’Élysée d’une représentante du courant « féministe musulman », le Conseil français du culte musulman n’a pas souhaité réagir.

Macron reçoit l’imame danoise Sherin Khankan à L’Elysée

[INFO L’EXPRESS] Le président français et la femme imam scandinave ont évoqué la place et l’avenir de l’islam en Europe.

Axel Gyldén

L’Express

L’imame danoise Sherin Khankan et Emmanuel Macron ont discuté, ce lundi 26 mars, de la situation de l’islam en Occident lors d’un entretien d’une heure à l’Elysée auquel participait également la femme rabbin française Delphine Horvilleur. Le chef de l’Etat français avait sollicité les deux femmes pour recueillir leurs réflexions sur meilleure manière, selon elles, d’améliorer le dialogue des civilisations.

Connue pour avoir ouvert, à Copenhague, en 2017, la première mosquée 100% féminine d’Europe et soucieuse de modifier la perception de sa religion à travers la promotion d’un islam moderne, ouvert, progressiste et modéré, l’imame féministe Sherin Khankan a suggéré au président l’idée d’une grande conférence réunissant des femmes imam venues du monde entier, des femmes rabbin, des pasteures protestantes, des prêtres catholiques ainsi que des intellectuels des toutes les religions, notamment des musulmans, sans discrimination de sexe.

« Le chef de l’Etat s’est dit intéressé par l’idée et a promis de donner suite », confie la Danoise. Cette adepte du soufisme poursuit: « Le Maroc serait parfaitement indiqué pour une telle conférence dans la mesure où ce pays forme déjà, depuis quelques années, une nouvelle génération de professeures de religion : les mushidad. » Il s’agit de femmes chargées de prêcher la bonne parole jusque dans les villages reculés, avec la mission de promouvoir un islam raisonnable, tolérant et « authentiquement conforme à sa vocation pacifique. »

Pas de mention des attaques terroristes de l’Aude

Par hasard du calendrier, le rendez-vous avec Emmanuel Macron, programmé depuis plus d’un mois, est tombé trois jours après l’attaque terroriste de Trèbes et Caracassonne. Ce sujet n’a pas été évoqué lors de l’entretien avec Sherin Khankan et Delphine Horvilleur.

En octobre, Sherin Khankan a publié La femme est l’avenir de l’islam chez Stock. Elle y raconte sa trajectoire et son parcours intellectuel forgé à Copenhague dans une famille métisse. Née d’un père musulman syrien opposant à Hafez el-Assad et d’une mère protestante finlandaise, la quadragénaire Sherin Khankan s’est orientée vers l’islam dans l’entrée à l’âge adulte tout en militant pour un « féminisme islamique » qui vise à mettre fin à la culture du patriarcat au sein de la religion de Mahomet.

« Rien, dans le Coran, n’interdit aux femmes de conduire la prière ni de gérer un mosquée », affirme cette imame qui célèbre des mariages interreligieux et milite inlassablement pour l’égalité homme-femme au sein de l’islam. Inspirée notamment, par les féministes musulmanes Amina Wadud, qui est américaine, et la Marocaine Fatima Mernissi (décédée en 2015) Sherin Khankan a inauguré, l’année dernière à Copenhague, la première mosquée d’Europe réservée aux femmes.

Voir enfin:

Collège des Bernardins – Lundi 9 avril 2018

Monsieur le Ministre d’Etat,

Mesdames les ministres,

Mesdames, messieurs les parlementaires,

Monsieur le Nonce,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et messieurs les responsables des cultes,

Monseigneur,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des Evêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes.

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.

Pour cela, il n’est pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité.

Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir.

L’exemple du colonel BELTRAME par lequel, Monseigneur, vous venez d’achever votre propos, illustre ce point de vue d’une manière que je crois éclairante.

Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque : les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire ; les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique ; d’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée.

Mais dans ce pays de France qui ne ménage pas sa méfiance à l’égard des religions, je n’ai pas entendu une seule voix se lever pour contester cette évidence, gravée au cœur de notre imaginaire collectif et qui est celle-ci : lorsque vient l’heure de la plus grande intensité, lorsque l’épreuve commande de rassembler toutes les ressources qu’on a en soi au service de la France, la part du citoyen et la part du catholique brûlent, chez le croyant véritable, d’une même flamme.

Je suis convaincu que les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme se sont forgés dans ces moments où est vérifiée la valeur réelle des hommes et des femmes. Il n’est pas besoin de remonter aux bâtisseurs de cathédrales et à Jeanne d’Arc : l’histoire récente nous offre mille exemples, depuis l’Union Sacrée de 1914 jusqu’aux résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République, des Pères de l’Europe aux inventeurs du syndicalisme moderne, de la gravité éminemment digne qui suivit l’assassinat du Père HAMEL à la mort du colonel BELTRAME, oui, la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques.

Disant cela, je ne m’y trompe pas. Si les catholiques ont voulu servir et grandir la France, s’ils ont accepté de mourir, ce n’est pas seulement au nom d’idéaux humanistes. Ce n’est pas au nom seulement d’une morale judéo-chrétienne sécularisée. C’est aussi parce qu’ils étaient portés par leur foi en Dieu et par leur pratique religieuse.

Certains pourront considérer que de tels propos sont en infraction avec la laïcité. Mais après tout, nous comptons aussi des martyrs et des héros de toute confession et notre histoire récente nous l’a encore montré, et y compris des athées, qui ont trouvé au fond de leur morale les sources d’un sacrifice complet. Reconnaître les uns n’est pas diminuer les autres, et je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens.

Je suis, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain.

M’aveugler volontairement sur la dimension spirituelle que les catholiques investissent dans leur vie morale, intellectuelle, familiale, professionnelle, sociale, ce serait me condamner à n’avoir de la France qu’une vue partielle ; ce serait méconnaître le pays, son histoire, ses citoyens ; et affectant l’indifférence, je dérogerais à ma mission. Et cette même indifférence, je ne l’ai pas davantage à l’égard de toutes les confessions qui aujourd’hui habitent notre pays.

Et c’est bien parce que je ne suis pas indifférent, que je perçois combien le chemin que l’Etat et l’Eglise partagent depuis si longtemps, est aujourd’hui semé de malentendus et de défiance réciproques.

Ce n’est certes pas la première fois dans notre histoire. Il est de la nature de l’Eglise d’interroger constamment son rapport au politique, dans cette hésitation parfaitement décrite par MARROU dans sa Théologie de l’histoire, et l’histoire de France a vu se succéder des moments où l’Eglise s’installait au cœur de la cité, et des moments où elle campait hors-les-murs.

Mais aujourd’hui, dans ce moment de grande fragilité sociale, quand l’étoffe même de la nation risque de se déchirer, je considère de ma responsabilité de ne pas laisser s’éroder la confiance des catholiques à l’égard de la politique et des politiques. Je ne puis me résoudre à cette déprise. Et je ne saurais laisser s’aggraver cette déception.

C’est d’autant plus vrai que la situation actuelle est moins le fruit d’une décision de l’Eglise que le résultat de plusieurs années pendant lesquelles les politiques ont profondément méconnu les catholiques de France.

Ainsi, d’un côté, une partie de la classe politique a sans doute surjoué l’attachement aux catholiques, pour des raisons qui n’étaient souvent que trop évidemment électoralistes. Ce faisant, on a réduit les catholiques à cet animal étrange qu’on appelle l’« électorat catholique » et qui est en réalité une sociologie. Et l’on a ainsi fait le lit d’une vision communautariste contredisant la diversité et la vitalité de l’Eglise de France, mais aussi l’aspiration du catholicisme à l’universel – comme son nom l’indique – au profit d’une réduction catégorielle assez médiocre.

Et de l’autre côté, on a trouvé toutes les raisons de ne pas écouter les catholiques, les reléguant par méfiance acquise et par calcul au rang de minorité militante contrariant l’unanimité républicaine.

Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne me semble ni sain ni bon que le politique se soit ingénié avec autant de détermination soit à les instrumentaliser, soit à les ignorer, alors que c’est d’un dialogue et d’une coopération d’une toute autre tenue, d’une contribution d’un tout autre poids à la compréhension de notre temps et à l’action dont nous avons besoin pour faire que les choses évoluent dans le bon sens.

C’est ce que votre belle allocution a bien montré, Monseigneur. Les préoccupations que vous soulevez – et je tâcherai pour quelques-unes d’y répondre ou d’y apporter un éclairage provisoire – ces préoccupations ne sont pas les fantasmes de quelques-uns. Les questions qui sont les vôtres ne se bornent pas aux intérêts d’une communauté restreinte. Ce sont des questions pour nous tous, pour toute la nation, pour notre humanité toute entière.

Ce questionnement intéresse toute la France non parce qu’il est spécifiquement catholique, mais parce qu’il repose sur une idée de l’homme, de son destin, de sa vocation, qui sont au cœur de notre devenir immédiat. Parce qu’il entend offrir un sens et des repères à ceux qui trop souvent en manquent.

C’est parce que j’entends faire droit à ces interrogations que je suis ici ce soir. Et pour vous demander solennellement de ne pas vous sentir aux marches de la République, mais de retrouver le goût et le sel du rôle que vous y avez toujours joué.

Je sais que l’on a débattu comme du sexe des anges des racines chrétiennes de l’Europe. Et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens. Mais après tout, l’évidence historique se passe parfois de tels symboles. Et surtout, ce ne sont pas les racines qui nous importent, car elles peuvent aussi bien être mortes. Ce qui importe, c’est la sève. Et je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation.

C’est pour tenter de cerner cela que je suis ici ce soir. Pour vous dire que la République attend beaucoup de vous. Elle attend très précisément si vous m’y autorisez que vous lui fassiez trois dons : le don de votre sagesse ; le don de votre engagement et le don de votre liberté.

L’urgence de notre politique contemporaine, c’est de retrouver son enracinement dans la question de l’homme ou, pour parler avec MOUNIER, de la personne. Nous ne pouvons plus, dans le monde tel qu’il va, nous satisfaire d’un progrès économique ou scientifique qui ne s’interroge pas sur son impact sur l’humanité et sur le monde. C’est ce que j’ai essayé d’exprimer à la tribune des Nations unies à New York, mais aussi à Davos ou encore au Collège de France lorsque j’y ai parlé d’intelligence artificielle : nous avons besoin de donner un cap à notre action, et ce cap, c’est l’homme.

Or il n’est pas possible d’avancer sur cette voie sans croiser le chemin du catholicisme, qui depuis des siècles creuse patiemment ce questionnement. Il le creuse dans son questionnement propre dans un dialogue avec les autres religions.

Questionnement qui lui donne la forme d’une architecture, d’une peinture, d’une philosophie, d’une littérature, qui toutes tentent, de mille manières, d’exprimer la nature humaine et le sens de la vie. « Vénérable parce qu’elle a bien connu l’homme », dit PASCAL de la religion chrétienne. Et certes, d’autres religions, d’autres philosophies ont creusé le mystère de l’homme. Mais la sécularisation ne saurait éliminer la longue tradition chrétienne.

Au cœur de cette interrogation sur le sens de la vie, sur la place que nous réservons à la personne, sur la façon dont nous lui conférons sa dignité, vous avez, Monseigneur, placé deux sujets de notre temps : la bioéthique et le sujet des migrants.

Vous avez ainsi établi un lien intime entre des sujets que la politique et la morale ordinaires auraient volontiers traités à part. Vous considérez que notre devoir est de protéger la vie, en particulier lorsque cette vie est sans défense. Entre la vie de l’enfant à naître, celle de l’être parvenu au seuil de la mort, ou celle du réfugié qui a tout perdu, vous voyez ce trait commun du dénuement, de la nudité et de la vulnérabilité absolue. Ces êtres sont exposés. Ils attendent tout de l’autre, de la main qui se tend, de la bienveillance qui prendra soin d’eux. Ces deux sujets mobilisent notre part la plus humaine et la conception même que nous nous faisons de l’humain et cette cohérence s’impose à tous.

Alors, j’ai entendu, Monseigneur, Mesdames et Messieurs, les inquiétudes montant du monde catholique et je veux ici tenter d’y répondre ou en tout cas de donner notre part de vérité et de conviction.

Sur les migrants, on nous reproche parfois de ne pas accueillir avec assez de générosité ni de douceur, de laisser s’installer des cas préoccupants dans les centres de rétention ou de refouler les mineurs isolés. On nous accuse même de laisser prospérer des violences policières.

Mais à dire vrai, que sommes-nous en train de faire ? Nous tentons dans l’urgence de mettre un terme à des situations dont nous avons hérité et qui se développent à cause de l’absence de règles, de leur mauvaise application, ou de leur mauvaise qualité – et je pense ici aux délais de traitement administratif mais aussi aux conditions d’octroi des titres de réfugiés.

Notre travail, celai que conduit chaque jour le ministre d’Etat, est de sortir du flou juridique des gens qui s’y égarent et qui espèrent en vain, qui tentent de reconstruire quelque chose ici, puis sont expulsés, cependant que d’autres, qui pourraient faire leur vie chez nous, souffrent de conditions d’accueil dégradées dans des centres débordés.

C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé « prudence », faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé. Il y aura toujours des situations difficiles. Il y aura parfois des situations inacceptables et il nous faudra à chaque fois ensemble tout faire pour les résoudre.

Mais je n’oublie pas non plus que nous portons aussi la responsabilité de territoires souvent difficiles où ces réfugiés arrivent. Nous savons que les afflux de populations nouvelles plongent la population locale dans l’incertitude, la poussent vers des options politiques extrêmes, déclenchent souvent un repli qui tient du réflexe de protection. Une forme d’angoisse quotidienne se fait jour qui crée comme une concurrence des misères.

Notre exigence est justement dans une tension éthique permanente de tenir ces principes, celui d’un humanisme qui est le nôtre et de ne rien renoncer en particulier pour protéger les réfugiés, c’est notre devoir moral et c’est inscrit dans notre Constitution ; nous engager clairement pour que l’ordre républicain soit maintenu et que cette protection des plus faibles ne signifie pas pour autant l’anomie et l’absence de discernement car il y a aussi des règles qu’il faudra faire valoir et pour que des places soient trouvées, comme c’était dit tout à l’heure, dans les centres d’hébergement, ou dans les situations les plus difficiles, il faut aussi accepter que prenant notre part de cette misère, nous ne pouvons pas la prendre tout entière sans distinction des situations et il nous faut aussi tenir la cohésion nationale du pays où parfois d’aucuns ne parlent plus de cette générosité que nous évoquons ce soir mais ne veulent voir que la part effrayante de l’autre, et nourrissent ce geste pour porter plus loin leur projet.

C’est bien parce que nous avons à tenir ces principes, parfois contradictoires, dans une tension constante, que j’ai voulu que nous portions cet humanisme réaliste et que je l’assume pleinement devant vous.

Là où nous avons besoin de votre sagesse c’est pour partout tenir ce discours d’humanisme réaliste c’est pour conduire à l’engagement de celles et ceux qui pourront nous aider et c’est d’éviter les discours du pire, la montée des peurs qui continueront de se nourrir de cette part de nous car les flux massifs dont vous avez parlé que j’évoquais à l’instant ne se tariront pas d’ici demain, ils sont le fruit de grands déséquilibres du monde.

Et qu’il s’agisse des conflits politiques, qu’il s’agisse de la misère économique et sociale ou des défis climatiques, ils continueront à alimenter dans les années et les décennies qui viennent des grandes migrations auxquelles nous serons confrontés et il nous faudra continuer à tenir inlassablement ce cap, à constamment tenter de tenir nos principes au réel et je ne cèderai en la matière ni aux facilités des uns ni aux facilités des autres. Car ce serait manquer à ma mission.

Sur la bioéthique, on nous soupçonne parfois de jouer un agenda caché, de connaître d’avance les résultats d’un débat qui ouvrira de nouvelles possibilités dans la procréation assistée, ouvrant la porte à des pratiques qui irrésistiblement s’imposeront ensuite, comme la Gestation Pour Autrui. Et certains se disent que l’introduction dans ces débats de représentants de l’Eglise catholique comme de l’ensemble des représentants des cultes comme je m’y suis engagé dès le début de mon mandat est un leurre, destiné à diluer la parole de l’Eglise ou à la prendre en otage.

Vous le savez, j’ai décidé que l’avis du Conseil consultatif national d’Ethique, Monsieur le président, n’était pas suffisant et qu’il fallait l’enrichir d’avis de responsables religieux. Et j’ai souhaité aussi que ce travail sur les lois bioéthiques que notre droit nous impose de revoir puisse être nourri d’un débat organisé par le CCNE mais où toutes les familles philosophiques religieuses, politiques, où notre société aura à s’exprimer de manière pleine et entière.

C’est parce que je suis convaincu que nous ne sommes pas là face à un problème simple qui pourrait se trancher par une loi seule mais nous sommes parfois face à des débats moraux, éthiques, profonds qui touchent au plus intime de chacun d’entre nous. J’entends l’Eglise lorsqu’elle se montre rigoureuse sur les fondations humaines de toute évolution technique ; j’entends votre voix lorsqu’elle nous invite à ne rien réduire à cet agir technique dont vous avez parfaitement montré les limites ; j’entends la place essentielle que vous donnez dans notre société, à la famille – aux familles, oserais-je dire -, j’entends aussi ce souci de savoir conjuguer la filiation avec les projets que des parents peuvent avoir pour leurs enfants.

Nous sommes aussi confrontés à une société où les formes de la famille évoluent radicalement, où le statut de l’enfant parfois se brouille et où nos concitoyens rêvent de fonder des cellules familiales de modèle traditionnel à partir de schémas familiaux qui le sont moins.

J’entends les recommandations que formulent les instances catholiques, les associations catholiques, mais là encore, certains principes énoncés par l’Eglise sont confrontés à des réalités contradictoires et complexes qui traversent les catholiques eux-mêmes ; tous les jours, tous les jours les mêmes associations catholiques et les prêtres accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles, des familles recourant à l’avortement, à la fécondation in vitro, à la PMA , des familles confrontées à l’état végétatif d’un des leurs, des familles où l’un croit et l’autre non, apportant dans la famille la déchirure des choix spirituels et moraux, et cela je le sais, c’est votre quotidien aussi.

L’Eglise accompagne inlassablement ces situations délicates et tente de concilier ces principes et le réel. C’est pourquoi je ne suis pas en train de dire que l’expérience du réel défait ou invalide les positions adoptées par l’église ; je dis simplement que là aussi il faut trouver la limite car la société est ouverte à tous les possibles, mais la manipulation et la fabrication du vivant ne peuvent s’étendre à l’infini sans remettre en cause l’idée même de l’homme et de la vie.

Ainsi le politique et l’Eglise partagent cette mission de mettre les mains dans la glaise du réel, de se

confronter tous les jours à ce que le temporel a, si j’ose dire, de plus temporel.

Et c’est souvent dur, compliqué, et exigeant et imparfait. Et les solutions ne viennent pas d’elles-mêmes. Elles naissent de l’articulation entre ce réel et une pensée, un système de valeur, une conception du monde. Elles sont bien souvent le choix du moindre mal, toujours précaire et cela aussi est exigeant et difficile.

C’est pourquoi en écoutant l’Eglise sur ces sujets, nous ne haussons pas les épaules. Nous écoutons une voix qui tire sa force du réel et sa clarté d’une pensée où la raison dialogue avec une conception transcendante de l’homme. Nous l’écoutons avec intérêt, avec respect et même nous pouvons faire nôtres nombre de ses points. Mais cette voix de l’Eglise, nous savons au fond vous et moi qu’elle ne peut être injonctive. Parce qu’elle est faite de l’humilité de ceux qui pétrissent le temporel. Elle ne peut dès lors être que questionnante. Et sur tous ces sujets et en particulier sur ces deux sujets que je viens d’évoquer, parce qu’ils se construisent en profondeur dans ces tensions éthiques entre nos principes, parfois nos idéaux et le réel, nous sommes ramenés à l’humilité profonde de notre condition.

L’Etat et l’Eglise appartiennent à deux ordres institutionnels différents, qui n’exercent pas leur mandat sur le même plan. Mais tous deux exercent une autorité et même une juridiction. Ainsi, nous avons chacun forgé nos certitudes et nous avons le devoir de les formuler clairement, pour établir des règles, car c’est notre devoir d’état. Aussi le chemin que nous partageons pourrait se réduire à n’être que le commerce de nos certitudes.

Mais nous savons aussi, vous comme nous, que notre tâche va au-delà. Nous savons qu’elle est de faire vivre le souffle de ce que nous servons, d’en faire grandir la flamme, même si c’est difficile et surtout si c’est difficile.

Nous devons constamment nous soustraire à la tentation d’agir en simples gestionnaires de ce qui nous a été confié. Et c’est pourquoi notre échange doit se fonder non sur la solidité de certaines certitudes, mais sur la fragilité de ce qui nous interroge, et parfois nous désempare. Nous devons oser fonder notre relation sur le partage de ces incertitudes, c’est-à-dire sur le partage des questions, et singulièrement des questions de l’homme.

C’est là que notre échange a toujours été le plus fécond : dans la crise, face à l’inconnu, face au risque, dans la conscience partagée du pas à franchir, du pari à tenter. Et c’est là que la nation s’est le plus souvent grandie de la sagesse de l’Eglise, car voilà des siècles et des millénaires que l’Eglise tente ses paris, et ose son risque. C’est par là qu’elle a enrichi la nation.

C’est cela, si vous m’y autorisez, la part catholique de la France. C’est cette part qui dans l’horizon séculier instille tout de même la question intranquille du salut, que chacun, qu’il croie ou ne croie pas, interprétera à sa manière, mais dont chacun pressent qu’elle met en jeu sa vie entière, le sens de cette vie, la portée qu’on lui donne et la trace qu’elle laissera.

Cet horizon du salut a certes totalement disparu de l’ordinaire des sociétés contemporaines, mais c’est un tort et l’on voit à bien à des signes qu’il demeure enfoui. Chacun a sa manière de le nommer, de le transformer, de le porter mais c’est tout à la fois la question du sens et de l’absolu dans nos sociétés, que l’incertitude du salut apporte à toutes les vies même les plus résolument matérielles comme un tremblé au sens pictural du terme, est une évidence.

Paul RICŒUR, si vous m’autorisez à le citer ce soir, a trouvé les mots justes dans une conférence prononcée à Amiens en 1967 : « maintenir un but lointain pour les hommes, appelons-le un idéal, en un sens moral, et une espérance, en un sens religieux».

Ce soir-là, face à un public où certains avaient la foi, d’autres non, Paul RICŒUR invita son auditoire à dépasser ce qu’il appela « la prospective sans perspective » avec cette formule qui, je n’en doute pas, nous réunira tous ici ce soir : « Viser plus, demander plus. C’est cela l’espoir ; il attend toujours plus que de l’effectuable. »

Ainsi, l’Eglise n’est pas à mes yeux cette instance que trop souvent on caricature en gardienne des bonnes mœurs. Elle est cette source d’incertitude qui parcourt toute vie, et qui fait du dialogue, de la question, de la quête, le cœur même du sens, même parmi ceux qui ne croient pas.

C’est pour cela que le premier don que je vous demande est celui de l’humilité du questionnement, le don de cette sagesse qui trouve son enracinement de la question de l’homme et donc dans les questions que l’homme se pose.

Car c’est cela l’Eglise à son meilleur ; c’est celle qui dit : frappez et l’on vous ouvrira, qui se pose en recours et en voix amie dans un monde où le doute, l’incertain, le changeant sont de règle ; où le sens toujours échappe et toujours se reconquiert ; c’est une église dont je n’attends pas des leçons mais plutôt cette sagesse d’humilité face en particulier à ces deux sujets que vous avez souhaité évoquer et que je viens d’esquisser en réponse parce que nous ne pouvons avoir qu’un horizon commun et en cherchant chaque jour à faire du mieux, à accepter au fond la part « d’intranquillité » irréductible qui va avec notre action.

Questionner, ce n’est pas pour autant refuser d’agir ; c’est au contraire tenter de rendre l’action conforme à des principes qui la précèdent et la fondent et c’est cette cohérence entre pensée et action qui fait la force de cet engagement que la France attend de vous. Ce deuxième don dont je souhaitais vous parler.

Ce qui grève notre pays – j’ai déjà eu l’occasion de le dire – ce n’est pas seulement la crise économique, c’est le relativisme ; c’est même le nihilisme ; c’est tout ce qui laisse à penser que cela n’en vaut pas la peine. Pas la peine d’apprendre, pas la peine de travailler et surtout pas la peine de tendre la main et de s’engager au service de plus grands que soit. Le système, progressivement, a enfermé nos concitoyens dans « l’à quoi bon » en ne rémunérant plus vraiment le travail ou plus tout à fait, en décourageant l’initiative, en protégeant mal les plus fragiles, en assignant à résidence les plus défavorisés et en considérant que l’ère postmoderne dans laquelle nous étions collectivement arrivés, était l’ère du grand doute qui permettait de renoncer à toute absolu.

C’est dans ce contexte de décrue des solidarités et de l’espoir que les catholiques se sont massivement tournés vers l’action associative, vers l’engagement. Vous êtes aujourd’hui une composante majeure de cette partie de la Nation qui a décidé de s’occuper de l’autre partie – nous en avons vu des témoignages très émouvants tout à l’heure – celle des malades, des isolés, des déclassés, des vulnérables, des abandonnés, des handicapés, des prisonniers, quelle que soit leur appartenance ethnique ou religieuse. BATAILLE appelait ça « la part maudite » dans un terme qui a parfois été dénaturé mais qui est la part essentielle d’une société parce que c’est à cela qu’une société, qu’une famille, qu’une vie se juge… à sa capacité à reconnaître celle ou celui qui a eu un parcours différent, un destin différent et à s’engager pour lui. Les Français ne mesurent pas toujours cette mutation de l’engagement catholique ; vous êtes passés des activités de travailleurs sociaux à celles de militants associatifs se tenant auprès de la part fragile de notre pays, que les associations où les catholiques s’engagent soient explicitement catholiques ou pas, comme les Restos du Cœur.

Je crains que les politiques ne se soient trop longtemps conduits comme si cet engagement était un acquis, comme si c’était normal, comme si le pansement ainsi posé par les catholiques et par tant d’autres sur la souffrance sociale, dédouanait d’une certaine impuissance publique.

Je voudrais saluer avec infiniment de respect toutes celles et tous ceux qui ont fait ce choix sans compter leur temps ni leur énergie et permettez-moi aussi de saluer tous ces prêtres et ces religieux qui de cet engagement ont fait leur vie et qui chaque jour dans les paroisses françaises accueillent, échangent, œuvrent au plus près de la détresse ou des malheurs ou partagent la joie des familles lors des événements heureux. Parmi eux se trouvent aussi des aumôniers aux armées ou dans nos prisons et je salue ici leurs représentants ; eux aussi sont des engagés. Et permettez-moi d’associer se faisant également tous les engagés des autres religions dont les représentants sont ici présents et qui partagent cette communauté d’engagement avec vous.

Cet engagement est vital pour la France et par-delà les appels, les injonctions, les interpellations que vous nous adressez pour nous dire de faire plus, de faire mieux, je sais, nous savons tous, que le travail que vous accomplissez, n’est pas un pis-aller mais une part du ciment même de notre cohésion nationale. Ce don de l’engagement n’est pas seulement vital, il est exemplaire. Mais je suis venu vous appeler à faire davantage encore car ce n’est pas un mystère, l’énergie consacrée à cet engagement associatif a été aussi largement soustrait à l’engagement politique.

Or je crois que la politique, si décevante qu’elle ait pu être aux yeux de certains, si desséchante parfois aux yeux d’autres, a besoin de l’énergie des engagés, de votre énergie. Elle a besoin de l’énergie de ceux qui donnent du sens à l’action et qui placent en son cœur une forme d’espérance. Plus que jamais, l’action politique a besoin de ce que la philosophe Simone WEIL appelait l’effectivité, c’est-à-dire cette capacité à faire exister dans le réel les principes fondamentaux qui structurent la vie morale, intellectuelle et dans le cas des croyances spirituelles.

C’est ce qu’ont apporté à la politique française les grandes figures que sont le Général de GAULLE, Georges BIDAULT, Robert SCHUMAN, Jacques DELORS ou encore les grandes consciences françaises qui ont éclairé l’action politique comme CLAVEL, MAURIAC, LUBAC ou MARROU et ce n’est pas une pratique théocratique ni une conception religieuse du pouvoir qui s’est fait jour mais une exigence chrétienne importée dans le champ laïc de la politique. Cette place aujourd’hui est à prendre non parce qu’il faudrait à la politique française son quota de catholiques, de protestants, de juifs ou de musulmans, non, ni parce que les responsables politiques de qualité ne se recruteraient que dans les rangs des gens de foi, mais parce que cette flamme commune dont je parlais tout à l’heure à propos d’Arnaud BELTRAME, fait partie de notre histoire et de ce qui toujours a guidé notre pays. Le retrait ou la mise sous le boisseau de cette lumière n’est pas une bonne nouvelle.

C’est pourquoi, depuis le point de vue qui est le mien, un point de vue de chef d’Etat, un point de vue laïc, je dois me soucier que ceux qui travaillent au cœur de la société française, ceux qui s’engagent pour soigner ses blessures et consoler ses malades, aient aussi une voix sur la scène politique, sur la scène politique nationale comme sur la scène politique européenne. Ce à quoi je veux vous appeler ce soir, c’est à vous engager politiquement dans notre débat national et dans notre débat européen car votre foi est une part d’engagement dont ce débat a besoin et parce que, historiquement, vous l’avez toujours nourri car l’effectivité implique de ne pas déconnecter l’action individuelle de l’action politique et publique.

A ce propos, il me faut rappeler la clarté parfaite du texte proposé par la Conférence des évêques en novembre 2016 en vue de l’élection présidentielle, intitulé « Retrouver le sens du politique ». J’avais fondé En Marche quelques mois plus tôt et sans vouloir engager, Monseigneur, une querelle de droits d’auteur, j’y ai lu cette phrase dont la consonance avec ce qui a guidé mon engagement, m’a alors frappé ; il y était ainsi écrit – je cite – « Nous ne pouvons pas laisser notre pays voir ce qui le fonde, risquer de s’abîmer gravement, avec toutes les conséquences qu’une société divisée peut connaître ; c’est à un travail de refondation auquel il nous faut ensemble nous atteler ».

Recherche du sens, de nouvelles solidarités mais aussi espoir dans l’Europe ; ce document énumère tout ce qui peut porter un citoyen à s’engager et s’adresse aux catholiques en liant avec simplicité la foi à l’engagement politique par cette formule que je cite : « Le danger serait d’oublier ce qui nous a construits ou à l’inverse, de rêver du retour à un âge d’or imaginaire ou d’aspirer à une église de purs et à une contre-culture située en dehors du monde, en position de surplomb et de juges ».

Depuis trop longtemps, le champ politique était devenu un théâtre d’ombres et aujourd’hui encore, le récit politique emprunte trop souvent aux schémas les plus éculés et les plus réducteurs, semblant ignorer le souffle de l’histoire et ce que le retour du tragique dans notre monde contemporain exige de nous.

Je pense pour ma part que nous pouvons construire une politique effective, une politique qui échappe au cynisme ordinaire pour graver dans le réel ce qui doit être le premier devoir du politique, je veux dire la dignité de l’homme.

Je crois en un engagement politique qui serve cette dignité, qui la reconstruise où elle a été bafouée, qui la préserve où elle est menacée, qui en fasse le trésor véritable de chaque citoyen. Je crois dans cet engagement politique qui permet de restaurer la première des dignités, celle de pouvoir vivre de son travail. Je crois dans cet engagement politique qui permet de redresser la dignité la plus fondamentale, la dignité des plus fragiles ; celle qui justement ne se résout à aucune fatalité sociale – et vous en avez été des exemples magnifiques tous les six à l’instant – et qui considère que faire œuvre politique et d’engagement politique, c’est aussi changer les pratiques là où on est de la société et son regard.

Les six voix que nous avons entendues au début de cette soirée, ce sont six voix d’un engagement qui a en lui une forme d’engagement politique, qui suppose qu’il n’est qu’à poursuivre ce chemin pour trouver aussi d’autres débouchés, mais où à chaque fois j’ai voulu lire ce refus d’une fatalité, cette volonté de s’occuper de l’autre et surtout cette volonté, par la considération apportée, d’une conversion des regards ; c’est cela l’engagement dans une société ; c’est donner de son temps, de son énergie, c’est considérer que la société n’est pas un corps mort qui ne serait modifiable que par des politiques publiques ou des textes, ou qui ne serait soumise qu’à la fatalité des temps ; c’est que tout peut être changé si on décide de s’engager, de faire et par son action de changer son regard ; par son action, de donner une chance à l’autre mais aussi de nous révéler à nous-mêmes, que cet autre transforme.

On parle beaucoup aujourd’hui d’inclusivité ; ce n’est pas un très joli mot et je ne suis pas sûr qu’il soit toujours compris par toutes et tous. Mais il veut dire cela ; ce que nous tentons de faire sur l’autisme, sur le handicap, ce que je veux que nous poursuivions pour restaurer la dignité de nos prisonniers, ce que je veux que nous poursuivions pour la dignité des plus fragiles dans notre société, c’est de simplement considérer qu’il y a toujours un autre à un moment donné de sa vie, pour des raisons auxquelles il peut quelque chose ou auxquelles il ne peut rien, qui a avant tout quelque chose à apporter à la société. Allez voir une classe ou une crèche où nous étions il y a quelques jours, où l’on place des jeunes enfants ayant des troubles autistiques et vous verrez ce qu’ils apportent aux autres enfants ; et je vous le dis Monsieur, ne pensez pas simplement qu’on vous aide… nous avons vu tout à l’heure dans l’émotion de votre frère tout ce que vous lui avez apporté et qu’aucun autre n’aurait pu apporter. Cette conversion du regard, seul l’engagement la rend possible et au cœur de cet engagement, une indignation profonde, humaniste, éthique et notre société politique en a besoin. Et cet engagement que vous portez, j’en ai besoin pour notre pays comme j’en ai besoin pour notre Europe parce que notre principal risque aujourd’hui, c’est l’anomie, c’est l’atonie, c’est l’assoupissement.

Nous avons trop de nos concitoyens qui pensent que ce qui est acquis, est devenu naturel ; qui oublient les grands basculement auxquels notre société et notre continent sont aujourd’hui soumis ; qui veulent penser que cela n’a jamais été autrement, oubliant que notre Europe ne vit qu’au début d’une parenthèse dorée qui n’a qu’un peu plus de 70 ans de paix, elle qui toujours avait été bousculée par les guerres ; où trop de nos concitoyens pensent que la fraternité dont on parle, c’est une question d’argent public et de politique publique et qu’ils n’y auraient pas leur part indispensable.

Tous ces combats qui sont au cœur de l’engagement politique contemporain, les parlementaires ici présents les portent dans leur part de vérité, qu’il s’agisse de lutter contre le réchauffement climatique, de lutter pour une Europe qui protège et qui revisite ses ambitions, pour une société plus juste. Mais ils ne seront pas possibles si à tous les niveaux de la société, ils ne sont accompagnés d’un engagement politique profond ; un engagement politique auquel j’appelle les catholiques pour notre pays et pour notre Europe.

Le don de l’engagement que je vous demande, c’est celui-ci : ne restez pas au seuil, ne renoncez pas à la République que vous avez si fortement contribué à forger ; ne renoncez pas à cette Europe dont vous avez nourri le sens ; ne laissez pas en friche les terres que vous avez semées ; ne retirez pas à la République la rectitude précieuse que tant de fidèles anonymes apportent à leur vie de citoyens. Il y a au cœur de cet engagement dans notre pays a besoin la part d’indignation et de confiance dans l’avenir que vous pouvez apporter.

Cependant, pour vous rassurer, ce n’est pas un enrôlement que je suis venu vous proposer et je suis même venu vous demander un troisième don que vous pouvez faire à la Nation, c’est précisément celui de votre liberté.

Partager le chemin, ce n’est pas toujours marcher du même pas ; je me souviens de ce joli texte où Emmanuel MOUNIER explique que l’Eglise en politique a toujours été à la fois en avance et en retard, jamais tout à fait contemporaine, jamais tout à fait de son temps ; cela fait grincer quelques dents mais il faut accepter ce contretemps ; il faut accepter que tout dans notre monde n’obéisse pas au même rythme et la première liberté dont l’Eglise peut faire don, c’est d’être intempestive.

Certains la trouveront réactionnaire ; d’autres sur d’autres sujets bien trop audacieuse. Je crois simplement qu’elle doit être un de ces points fixes dont notre humanité a besoin au creux de ce monde devenu oscillant, un de ces repères qui ne cèdent pas à l’humeur des temps. C’est pourquoi Monseigneur, Mesdames et Messieurs, il nous faudra vivre cahin-caha avec votre côté intempestif et la nécessité que j’aurai d’être dans le temps du pays. Et c’est ce déséquilibre constant que nous ferons ensemble cheminer.

« La vie active, disait GREGOIRE, est service ; la vie contemplative est une liberté ». Je voudrais ce soir en rappelant l’importance de cette part intempestive et de ce point fixe que vous pouvez représenter, je voudrais ce soir avoir une pensée pour toutes celles et tous ceux qui se sont engagés dans une vie recluse ou une vie communautaire, une vie de prière et de travail. Même si elle semble pour certains à contretemps, ce type de vie est aussi l’exercice d’une liberté ; elle démontre que le temps de l’église n’est pas celui du monde et certainement pas celui de la politique telle qu’elle va – et c’est très bien ainsi.

Ce que j’attends que l’Eglise nous offre, c’est aussi sa liberté de parole.

Nous avons parlé des alertes lancées par les associations et par l’épiscopat ; je songe aussi aux monitions du pape qui trouve dans une adhésion constante au réel de quoi rappeler les exigences de la condition humaine ; cette liberté de parole dans une époque où les droits font florès, présente souvent la particularité de rappeler les devoirs de l’homme envers soi-même, son prochain ou envers notre planète. La simple mention des devoirs qui s’imposent à nous est parfois irritante ; cette voix qui sait dire ce qui fâche, nos concitoyens l’entendent même s’ils sont éloignés de l’Eglise. C’est une voix qui n’est pas dénuée de cette « ironie parfois tendre, parfois glacée » dont parlait Jean GROSJEAN dans son commentaire de Paul, une foi qui sait comme peu d’autres subvertir les certitudes jusque dans ses rangs. Cette voix qui se fait tantôt révolutionnaire, tantôt conservatrice, souvent les deux à la fois, comme le disait LUBAC dans ses « Paradoxes », est importante pour notre société.

Il faut être très libre pour oser être paradoxal et il faut être paradoxal pour être vraiment libre. C’est ce que nous rappellent les meilleurs écrivains catholiques, de Maurice CLAVEL à Alexis JENNI, de Georges BERNANOS à Sylvie GERMAIN, de Paul CLAUDEL à François SUREAU ; de François MAURIAC à Florence DELAY, de Julien GREEN à Christiane RANCE. Dans cette liberté de parole, de regard qui est la leur, nous trouvons une part de ce qui peut éclairer notre société.

Et dans cette liberté de parole, je range la volonté de l’Eglise d’initier, d’entretenir et de renforcer le libre dialogue avec l’islam dans le monde a tant besoin et que vous avez évoqué.

Car il n’est pas de compréhension de l’islam qui ne passe par des clercs comme il n’est pas de dialogue interreligieux sans les religions. Ces lieux en sont le témoin ; le pluralisme religieux est une donnée fondamentale de notre temps. Monseigneur LUSTIGER en avait eu l’intuition forte lorsqu’il a voulu faire revivre le Collège des Bernardins pour accueillir tous les dialogues. L’Histoire lui a donné raison. Il n’y a pas plus urgent aujourd’hui qu’accroître la connaissance mutuelle des peuples, des cultures, des religions ; il n’y a d’autres moyens pour cela que la rencontre par la voix mais aussi par les livres, par le travail partagé ; toutes choses dont Benoît XVI avait raconté l’enracinement dans la pensée cistercienne lors de son passage ici en 2008.

Ce partage s’exerce en pleine liberté, chacun dans ses termes et ses références ; il est le socle indispensable du travail que l’Etat de son côté doit mener pour penser toujours à nouveaux frais, la place des religions dans la société et la relation entre religion, société et puissance publique. Et pour cela, je compte beaucoup sur vous, sur vous tous, pour nourrir ce dialogue et l’enraciner dans notre histoire commune qui a ses particularités mais dont la particularité est d’avoir justement toujours attaché à la Nation française cette capacité à penser les universels.

Ce partage, ce travail nous le menons résolument après tant d’années d’hésitations ou de renoncements et les mois à venir seront décisifs à cet égard.

Ce partage que vous entretenez est d’autant plus important que les chrétiens payent de leur vie leur attachement au pluralisme religieux. Je pense aux chrétiens d’Orient.

Le politique partage avec l’Eglise la responsabilité de ces persécutés car non seulement nous avons hérité historiquement du devoir de les protéger mais nous savons que partout où ils sont, ils sont l’emblème de la tolérance religieuse. Je tiens ici à saluer le travail admirable accompli par des mouvements comme l’Œuvre d’Orient, Caritas France et la communauté Sant’Egidio pour permettre l’accueil sur le territoire national des familles réfugiées, pour venir en aide sur place, avec le soutien de l’Etat.

Comme je l’ai dit lors de l’inauguration de l’exposition « Chrétiens d’Orient » à l’Institut du Monde arabe le 25 septembre dernier, l’avenir de cette partie du monde ne se fera pas sans la participation de toutes les minorités, de toutes les religions et en particulier les chrétiens d’Orient. Les sacrifier, comme le voudraient certains, les oublier, c’est être sûr qu’aucune stabilité, aucun projet, ne se construira dans la durée dans cette région.

Il est enfin une dernière liberté dont l’Eglise doit nous faire don, c’est de la liberté spirituelle

Car nous ne sommes pas faits pour un monde qui ne serait traversé que de buts matérialistes. Nos contemporains ont besoin, qu’ils croient ou ne croient pas, d’entendre parler d’une autre perspective sur l’homme que la perspective matérielle.

Ils ont besoin d’étancher une autre soif, qui est une soif d’absolu. Il ne s’agit pas ici de conversion mais d’une voix qui, avec d’autres, ose encore parler de l’homme comme d’un vivant doté d’esprit. Qui ose parler d’autre chose que du temporel, mais sans abdiquer la raison ni le réel. Qui ose aller dans l’intensité d’une espérance, et qui, parfois, nous fait toucher du doigt ce mystère de l’humanité qu’on appelle la sainteté, dont le Pape François dit dans l’exhortation parue ce jour qu’elle est « le plus beau visage de l’Eglise ».

Cette liberté, c’est celle d’être vous-mêmes sans chercher à complaire ni à séduire. Mais en accomplissant votre œuvre dans la plénitude de son sens, dans la règle qui lui est propre et qui depuis toujours nous vaut des pensées fortes, une théologie humaine, une Eglise qui sait guider les plus fervents comme les non-baptisés, les établis comme les exclus.

Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions, de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu.

Mon rôle est de m’assurer qu’il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C’est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d’évoquer.

« Une Eglise triomphant parmi les hommes ne devrait-elle pas s’inquiéter d’avoir déjà tout compromis de son élection en ayant passé un compromis avec le monde ? »

Cette interrogation n’est pas mienne, ce sont mots de Jean-Luc MARION qui devraient servir de baume à l’Eglise et aux catholiques aux heures de doute sur la place des catholiques en France, sur l’audience de l’Eglise, sur la considération qui leur est accordée.

L’Eglise n’est pas tout à fait du monde et n’a pas à l’être. Nous qui sommes aux prises avec le temporel le savons et ne devons pas essayer de l’y entraîner intégralement, pas plus que nous ne devons le faire avec aucune religion. Ce n’est ni notre rôle ni leur place.

Mais cela n’exclut pas la confiance et cela n’exclut pas le dialogue. Surtout, cela n’exclut pas la reconnaissance mutuelle de nos forces et de nos faiblesses, de nos imperfections institutionnelles et humaines.

Car nous vivons une époque où l’alliance des bonnes volontés est trop précieuse pour tolérer qu’elles perdent leur temps à se juger entre elles. Nous devons, une bonne fois pour toutes, admettre l’inconfort d’un dialogue qui repose sur la disparité de nos natures, mais aussi admettre la nécessité de ce dialogue car nous visons chacun dans notre ordre à des fins communes, qui sont la dignité et le sens.

Certes, les institutions politiques n’ont pas les promesses de l’éternité ; mais l’Eglise elle-même ne peut risquer avant le temps de faucher à la fois le bon grain et l’ivraie. Et dans cet entre-deux où nous sommes, où nous avons reçu la charge de l’héritage de l’homme et du monde, oui, si nous savons juger les choses avec exactitude, nous pourrons accomplir de grandes choses ensemble.

C’est peut-être assigner là à l’Eglise de France une responsabilité exorbitante, mais elle est à la mesure de notre histoire, et notre rencontre ce soir atteste, je crois, que vous y êtes prêts.

Monseigneur, Mesdames et Messieurs, sachez en tout cas que j’y suis prêt aussi.

Je vous remercie.


Edwy Plenel: C’est la logique du bouc émissaire, imbécile ! (It’s scapegoating, stupid !)

16 avril, 2018
Chaillot
 
macron eveques islam laicite
N’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais la guerre. Je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et à la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemi les gens de sa famille. Jésus (Matthieu 10, 34-36)
Alors le roi dira (…) j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi?Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 34-40)
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
A cause de l’influence judaïque et chrétienne, le phénomène ne se produit plus à notre époque que de façon honteuse, furtive, clandestine. (…) Entre les phénomènes d’expulsion atténuée que nous observons tous les jours dans notre monde et le rite antique du bouc émissaire aussi bien que mille autres rites du même genre, les analogies sont trop parfaites pour  ne pas être réelles. Lorsque nous soupçonnons nos voisins de céder à la tentation du bouc émissaire, nous les dénonçons avec indignation. Nous stigmatisons férocement les phénomènes de bouc émissaire dont nos voisins se rendent coupable, sans  parvenir à  nous passer nous-mêmes de victimes de rechange. Nous essayons tous de croire que nous n’avons que des rancunes légitimes et des haines justifiées mais nos certitudes en ce domaine sont plus fragiles que celles de nos ancêtres. Nous pourrions utiliser avec délicatesse la perspicacité dont nous faisons preuve à l’égard de nos voisins, sans trop humilier ceux que nous prenons en flagrant délit de chasse au bouc émissaire mais, le plus souvent, nous faisons de notre savoir une arme, un moyen non seulement de perpétuer les vieux conflits mais de les élever au niveau supérieur de subtilité exigé par l’existence même de ce savoir, et par sa diffusion dans toute la société. Nous intégrons à nos système de défense, en somme, la problématique judéo-chrétienne. Au lieu de nous critiquer nous-mêmes, nous faisons un mauvais usage de notre savoir, nous le retournons contre autrui et nous pratiquons une chasse du bouc émissaire au second degré, une chasse aux chasseurs de bouc émissaire. La compassion obligatoire dans notre société autorise de nouvelles formes de cruauté. (…) La perspicacité au sujet des boucs émissaires est une vraie supériorité de notre société sur toutes les sociétés antérieures, mais, comme tous les progrès du savoir, c’est aussi une occasion de mal aggravé. Moi qui dénonce les boucs émissaires de mes voisins avec une satisfaction mauvaise, je continue à tenir les miens pour objectivement coupables. Mes voisins, bien entendu, ne se font pas faute de dénoncer chez moi la perspicacité sélective que je dénonce chez eux. Les phénomènes de bouc émissaire ne peuvent survivre dans bien des cas qu’en se faisant plus subtils, en égarant dans des méandres toujours plus complexes la réflexion morale qui les suit comme leur ombre. Nous ne pourrions plus recourir à un malheureux bouc pour nous débarrasser de nos ressentiments, nous avons besoin de procédures moins comiquement évidentes. C’est la privation des mécanismes victimaires et à ses conséquences terribles que Jésus fait allusion, je pense, quand il présente l’avenir du monde christianisé en termes de conflits entre les êtres les plus proches. Dans un univers privé de protections sacrificielles, les rivalités mimétiques se font souvent moins violentes mais s’insinuent jusque dans les rapports les plus intimes. (…) Loin de diminuer à mesure que le christianisme s’éloigne, son intensité augmente. (…) Nous avons désormais nos rites victimaires, antisacrificiels, et ils se déroulent dans un ordre aussi immuable que les rites proprement religieux. On se lamente d’abord sur les victimes qu’on s’accuse mutuellement de faire ou de laisser faire. On se lamente ensuite sur l’hypocrisie  de toute lamentation; on se lamente enfin sur le christianisme, indispensable bouc émissaire car il n’est pas de rit sans victime et, de nos jours, la victime, c’est toujours lui: il est the scapegoast of last resort (…) Le souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, des surenchères concurrentielles. Il y a les victimes en général mais les plus intéressantes sont toujours celles qui nous permettent de condamner nos voisins. (…) Dans notre univers, en somme, tout le monde se jette des victimes à la tête. (…) La surenchère permanente transforme le souci des victimes en une injonction totalitaire, une inquisition permanente. (…)  L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le triomphe du souci des victimes, ce n’est pourtant pas le christianisme qui en profite dans notre monde, c’est ce qu’il faut appeler l’autre totalitarisme, le plus malin des deux, le plus riche d’avenir, de toute évidence, ausi bien que de présent, celui qui, au lieu de s’opposer ouvertement aux aspirations judéo-chrétiennes, les revendique, comme sa chose à lui, et conteste l’authenticité du souci des victimes chez les chrétiens (non sans sans une certaine apparence de raison au niveau de l’action concrète, de l’incarnation historique du christianisme réel au cours de l’histoire). Au lieu de s’opposer franchement au christianisme, l’autre christianisme le déborde sur sa gauche. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Dans le langage symbolique du Nouveau Testament, on peut dire que que, pour essayer de se rétablir et de triompher à nouveau, Satan dans notre monde emprunte le langage des victimes. Satan  imite de mieux en mieux le Christ et prétend le dépasser. (…) C’est le processus que le Nouveau Testament évoque dans le langage de l’Antéchrist. (…) L’Antéchrist se flatte d’apporter  aux hommes la paix et la tolérance que le christianisme leur promet mais ne leur apporte pas. En réalité, ce que le radicalisation de la victimologie contemporaine apporte, c’est un retour très effectif à toutes sortes d’habitudes païennes, l’avortement, l’euthanasie, l’indifférenciation sexuelle, les jeux de cirque à gogo, mais sans victimes réelles, grâce aux simulations electroniques, etc. Le néo-paganisme veut faire du Décalogue et de toute la morale judéo-chrétienne une violence intolérable  et leur abolition complète  est le premier de ses objectifs. L’observance fidèle de la loi morale est perçue comme une complicité avec les forces de persécution qui seraient essentiellement religieuses. Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. Ce néo-paganisme situe le bonheur dans l’assouvissement des désirs et, par conséquent, dans la suppression de tous les interdits. L’idée acquiert un semblant de vraisemblance dans le domaine limité des biens de consommation dont la multiplication prodigieuse, grâce au progrès technique, atténue certaines rivalités mimétiques, conférant une apparence de plausibilité à la thèse qui fait de toute loi morale un pur instrument de répression et de persécution. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair, pp. 241-279, 1999)
Depuis deux ans, selon notre sondage, la croyance en Dieu a progressé chez les jeunes Français âgés de 18 à 30 ans. Les croyants sont même devenus légèrement majoritaires, à 52 %, alors qu’ils n’étaient que 46 % en 2016. Et moins d’un jeune sur cinq (19 %) considère l’existence de Dieu comme totalement exclue (contre 23 % en 2016). Cette évolution s’accompagne d’une hausse importante du nombre de jeunes qui jugent importante la dimension spirituelle dans leur vie personnelle (39 %, + 9 % depuis juillet 2016). L’intérêt pour la foi de cette génération contraste aussi avec l’étude européenne réalisée par l’Institut catholique de Paris et l’université londonienne St Mary’s qui faisait apparaître une jeunesse éloignée des appartenances religieuses mais ne posait pas la question du rapport à Dieu. (…) Le sentiment d’appartenance à une religion est lui aussi en hausse : 57 % des Français de 18 à 30 ans déclarent avoir une religion. Ils étaient 53 % en 2016, et seulement 34 % il y a dix ans. Mais, en ce début de XXIe siècle, croire en Dieu ne signifie pas forcément se reconnaître dans une religion… Ainsi, près du quart des sondés se déclarant « sans religion » tiennent l’existence de Dieu pour « certaine ou probable ». (…) La deuxième vague de ce sondage montre également des jeunes très à l’aise avec le pluralisme religieux. En effet 63 % des personnes interrogées jugent « facile » d’échanger avec des personnes d’autres religions, et 56 % d’assumer son statut de croyant dans la société française (ils ne sont toutefois que 9 % à trouver cela « très facile »). Ces résultats en hausse par rapport au sondage de juillet 2016 montrent que, contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, les diverses controverses sur la laïcité qui ont émaillé l’actualité – crèches de Noël dans les mairies, menus sans porc dans les cantines, débat sur le « burkini » ou sur la statue de Jean-Paul II à Ploërmel – n’atteignent pas du tout les jeunes. (…) Le ressenti des jeunes concernant la facilité d’assumer sa croyance en France est toutefois à nuancer selon les religions. En effet, la majorité (57 %) des croyants non chrétiens – c’est-à-dire, pour l’essentiel, des musulmans – trouve difficile d’être croyant en France. Une différence significative apparaît aussi entre hommes et femmes, ces dernières n’étant que 48 % à assumer facilement leur croyance, contre 63 % des hommes. Quant au dialogue avec des personnes d’autres convictions religieuses que les siennes, il faut également noter qu’il apparaît plus difficile aux non-croyants (43 %) qu’aux croyants (29 %). La France, qui fut parmi les premiers pays en matière de sécularisation, connaît-elle désormais avant les autres un retour du religieux ? La Croix
Cette génération est plus pragmatique et moins idéologue que les précédentes. Pour eux, la prière et les rassemblements ont aussi une dimension esthétique. Des non-croyants vont aimer aller à la messe pour vivre une expérience culturelle un peu étrange, le silence par exemple. (…) Ils ne comprennent pas comment on peut avoir ce genre de débats aujourd’hui. Pour eux, ces polémiques sur la laïcité sont d’un autre âge. Ils n’associent pas l’Église au prosélytisme. (…) « Même s’il y a moins de préjugés qu’avant, le fait de n’avoir aucun contact avec les religions peut entretenir une peur, confirme Mgr Bordeyne. Ma génération a grandi avec des professeurs très laïques pour lesquels les religions étaient clivantes. Cette enquête, au contraire, montre que la religion ouvre davantage aux autres que l’absence de foi. C’est cela aussi qui fait que les jeunes s’y intéressent : ils voient bien que l’absence de religion ne favorise pas spécialement le dialogue. Mgr Philippe Bordeyne (Institut catholique de Paris)
Le Nord-Pas-de-Calais, certaines banlieues parisiennes, et les quartiers Nord de Marseille sont les lieux où nous avons mesuré la plus grande radicalité. Dans certains établissements, la proportion «d’absolutistes» monte à plus de 40 %. On note aussi un effet «ségrégation» : quand le taux d’élèves musulmans est très important dans un lycée, ceux-ci sont plus radicaux qu’ailleurs. Mais partout, les élèves musulmans sont plus radicaux religieusement que les autres. (…) L’«effet islam» explique bien mieux la radicalité que des facteurs socio-économiques. C’est un résultat important. Le niveau social de la famille, l’optimisme ou le pessimisme du lycéen face à l’emploi ou à ses résultats scolaires n’ont aucun effet sur le degré d’adhésion à des idées religieuses radicales. (…) le sentiment de discrimination (…) a tendance à augmenter, chez les jeunes musulmans, le niveau de radicalité religieuse et la tolérance à la violence religieuse. Nous avons aussi tenté d’explorer la piste de ce que certains chercheurs nomment «le malaise identitaire» : un groupe minoritaire peut se sentir l’objet de l’hostilité du groupe majoritaire, sans pour autant subir de discrimination. Nous avons ainsi demandé aux jeunes s’ils se sentaient français, s’ils étaient solidaires avec le peuple palestinien, quel était leur regard sur les tensions interreligieuses… Ces variables jouent, preuve qu’il y a donc bien un effet identitaire. Mais celui-ci n’efface pas la question religieuse. In fine, l’effet islam reste très marqué. Il faudrait maintenant mener des recherches complémentaires auprès des jeunes musulmans pour explorer de manière plus approfondie la façon dont ils investissent la religion.(…) Un effet religion existe bien puisque 8 % des chrétiens répondent qu’il est acceptable de combattre les armes à la main pour sa religion, ce n’est pas négligeable. On monte à 20 % des musulmans. Mais le facteur qui détermine le plus fortement le soutien à la violence religieuse est la tolérance à la violence et aux déviances en général : voler un scooter, tricher lors d’un examen, participer à une action violente pour défendre ses idées, affronter la police… C’est un résultat important, qui conduit à constater un indéniable «effet ZUS» [zone urbaine sensible, ndlr]. Dans certaines zones du territoire, on devine qu’une socialisation à la déviance et à la violence explique sans doute la perméabilité à la violence religieuse. On y observe une «culture déviante». (…) en France, les manifestations de radicalité religieuse concernent essentiellement le monde musulman, les autres sont très circonscrites.(…) je pense qu’une partie de la sociologie est aveugle, sous prétexte de ne pas stigmatiser. La discrimination existe, c’est prouvé scientifiquement. Mais il ne faut pas non plus envisager ces jeunes-là uniquement d’un point de vue victimaire. Sinon, on ne peut pas les considérer comme les acteurs sociaux qu’ils sont. Cette sociologie-là est trop idéologique, elle s’est appuyée trop exclusivement sur l’analyse des discriminations. La neutralité axiologique est importante, elle est trop souvent oubliée aujourd’hui. Olivier Galland
The general feeling shared by Jews, as individuals and as a community, is that anti-Semitism has entered a new phase, and is widespread in most parts of the world. In many parts of Europe, Jewish communities and institutions can only operate under strict security measures. Fences, surveillance and police and military protection have become part of our daily lives. In parallel, as our institutions become bunkers, helpless individuals become more vulnerable to isolated attacks. What evil can compel someone to commit some gruesome, despicable crimes? The answer is very clear, anti-Semitism de-humanizes Jews. And when people, Jews, we are de-humanized, anything goes. Dr. Moshe Kantor (European Jewish Congress)
Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions. Le problème … réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé. Paradoxalement, après un siècle de relations en effet très douloureuses entre les Eglises et l’Etat, c’est désormais la laïcité qui est le meilleur rempart protecteur pour les chrétiens, tout comme elle l’est également pour les juifs de France mais aussi pour les musulmans modérés : ne pas comprendre cette inversion historique du paradigme laïque engendré par l’entrisme islamiste c’est au mieux faire un contresens majeur sur la situation actuelle, et au pire donner les clés de la maison à la religion qui sera la plus véhémente dans son action politique. Anne-Marie Chazaud
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des « Damnés de la terre » de Franz Fanon, 1961)
L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël […] Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation […] A Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l’assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d’aller au carnage. Edwy Plenel (alias Joseph Krasny)
Je n’ai jamais fait mystère de mes contributions à Rouge, de 1970 à 1978, sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce texte, écrit il y a plus de 45 ans, dans un contexte tout autre et alors que j’avais 20 ans, exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui. Elle n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque, comme en témoigne un article de Jean-Paul Sartre, le fondateur de Libération, sur Munich dans La Cause du peuple–J’accuse du 15 octobre 1972. Tout comme ce philosophe, j’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme d’où qu’il vienne et sans hésitation. Mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’Etat d’Israël. Edwy Plenel
C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe, comme nous sommes la fille aînée de l’Eglise catholique, le pilier de l’édit de Nantes pour les protestants, comme nous avons la plus importante communauté juive d’Europe rescapée du génocide. La France est la terre de la laïcité républicaine. (…) Réduire plusieurs millions de personnes aux actes odieux d’une minorité est un mécanisme de temps de crise. C’est la ruse des pouvoirs économico-politiques pour échapper à la catastrophe et à l’échec des politiques qu’ils mènent. C’est la logique du bouc émissaire. Cette façon d’agiter la querelle religieuse, de stigmatiser l’islam, de s’en prendre à ses symboles : le vêtement, le voile, le halal, les mosquées, est contraire au véritable esprit de la loi sur la laïcité, qui reconnaît les cultures minoritaires. C’est une façon de dissoudre la question sociale, d’humilier les opprimés. D’obtenir une paix pour les dominants et de faire diversion par rapport aux enjeux essentiels que sont l’emploi et le logement. Aucune famille politique n’est épargnée dans cet aveuglement, pas même la gauche. Ce «laïcisme» est le cheval de Troie de l’islamophobie, il est à la laïcité ce que l’intégrisme est à la religion. Il a une similitude avec l’antisémitisme : sous prétexte de ce sectarisme laïc, on installe l’habitude d’une discrimination et d’une stigmatisation. C’est le point de départ de mon livre dont le titre reprend en écho l’article d’Emile Zola «Pour les juifs», rédigé quelques mois avant son «J’accuse», de l’affaire Dreyfus. Edwy Plenel
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel
Sur ces questions Mandela a été très ferme (…) En 2001, aux Etats-Unis, lors d’une conversation avec Thomas Friedman, un journaliste américain spécialisé dans le Proche-Orient, il lui dira: « C’est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus exactement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid » car, dit-il, « les Palestiniens ne luttent pas pour un « Etat » mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud. » En revanche, il soulignait, sur les questions de la justice, de la terre, de l’occupation: « Israël a montré qu’il n’était pas encore prêt à rendre ce qu’il avait occupé en 1967, que les colonies restent, que Jérusalem est toujours sous souveraineté exclusivement israélienne et les Palestiniens n’ont pas d’Etat indépendant mais sont sous domination économique israélienne, avec un contrôle israélien des frontières, de la terre, de l’air, de l’eau, de la mer. (…) Israël, c’était  la conclusion de Mandela, ne pense pas à un « Etat » mais à une « séparation » avec des guillemets qui renvoient à l’apartheid. Je voudrais rappeler cela pour un peu déranger et montrer l’actualité de ces combats. Edwy Plenel
Il ne s’agit pas ici de transformer Mandela en héraut du combat pour les droits nationaux des Palestiniens, même s’il n’a jamais fait mystère de son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne. Mandela a toujours été, sur ce terrain, beaucoup plus en retrait que l’archevêque Desmond Tutu, qui depuis de longues années soutient la campagne internationale de boycott de l’État d’Israël, qu’il qualifie, à l’instar d’autres dirigeants sud-africains, d’État d’apartheid. Tel n’est pas le cas de Mandela, contrairement à ce que croient ceux qui ont pris pour argent comptant un “Mémo de Nelson Mandela à Thomas Friedman” dénonçant “l’apartheid israélien”, qui est en réalité un exercice de style rédigé par Arjan el-Fassed. Julien Salingue
The main purpose of the Mandela-memo was to respond in a satirical way to Thomas Friedman using the exact same style and even phrases he uses in his columns. Obviously, the ‘mock memo’ had been forwarded to several e-mail lists containing the memo, which originally included the title “Mandela’s First Memo to Thomas Friedman” and a byline “by Arjan El Fassed”, but eventually was forwarded without my name and sometimes without title. I posted the ‘mock memo’ myself on 30 March on an mailinglist of Al-Awda. Despite this, I’ve seen it several times being posted on the same list, something that gives you an idea of the lack of attention many people give to material they forward. In various posts I read, the subject title was changed for example, “Mandela supports…”, “must read”, etc. Perhaps it was wishful thinking. If Nelson Mandela would seriously have written to the New York Times, wouldn’t the New York Times just publish it? Moreover, I believe Nelson Mandela has better things to do then responding to columns written by Thomas Friedman. Arjan El Fassed
En adoubant Plenel, [Emmanuel Macron] intronise un homme qui, il y  quelques mois, quand les menaces de mort pleuvaient sur le journal de Charb pour cause de lèse-Ramadan (Tariq), a cru bon d’en rajouter en écrivant que Charlie menait « une guerre contre les musulmans ». Le patron de Mediapart ne voulait sans doute pas délivrer un blanc-seing aux assassins. Vexé comme un pou d’avoir été épinglé par Charlie avec l’ex-idole des jeunes musulmans, il avait réagi par un pétage de plomb ridicule et pathétique, invoquant, entre autres balivernes,  l’Affiche rouge des nazis sur le réseau Manouchian. Cet incident aurait dû, au minimum entamer son crédit. Mais, étrangement pour un homme qui a fait du « pas de pardon » le cœur de son éthique journalistique, Plenel survit à tous ses ratages – pour être polie. (…) Au moins sera-t-on d’accord avec lui sur un point, le patron de Mediapart n’est pas n’importe quel journaliste. Il est doublement idéologue, animé par une vision robespierriste du monde et de son métier. On suppose qu’il sera poli et se gardera de rappeler à son partenaire d’un soir, Jean-Jacques Bourdin, sa condition de salarié de Patrick Drahi. Convaincu d’incarner le seul et vrai journalisme, Plenel adore faire la leçon au reste de la profession et citer Mediapart comme l’étalon de la vertu. Mais on dirait que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est faire peur. C’est bien sûr un hasard si, sur certaines photos, il présente une ressemblance frappante avec Staline. Reste qu’au nom de l’intérêt supérieur de la démocratie dont il estime avoir la charge, il pratique un journalisme policier et redresseur de torts dont la réussite se mesure au nombre de têtes qu’il fait tomber. Il aimerait bien, en guise d’apothéose, faire rouler celle de Sarkozy, mais en dépit d’un acharnement qui a stimulé le zèle des juges, son affaire de financement libyen ne semble guère inquiéter l’entourage de l’ex-président. Plenel défend en outre une conception particulière de la France et du monde, qu’il a lui-même définie comme une forme de trotskisme culturel et qui est à la croisée du nuitdeboutisme et de l’indigénisme, le tout noyé dans un fond de sauce anticapitaliste et tiers-mondiste. Ainsi, depuis le 7 janvier 2015, s’évertue-t-il à nous expliquer que le principal danger qui menace la France, c’est l’islamophobie, tandis qu’une représentante de sa rédaction affirme candidement sur un plateau de télévision que « l’islam radical n’est pas un gros problème ». Toujours prompt à dénoncer le « racisme d’Etat » et la résurgence d’un pétainisme qu’il ne craint pas de déceler chez Alain Finkielkraut, Edwy Plenel prétend œuvrer « pour les musulmans », titre de l’un de ses ouvrages, mais il a choisi les fondamentalistes contre tous ceux et plus encore toutes celles qui, dans les quartiers islamisés, se battent contre la pesante domination des barbus. J’ignore quels sombres calculs de communicants ont présidé au choix de l’Elysée. On n’ose penser qu’il vise à neutraliser le pouvoir de nuisance plenélien. S’agit-il, pour Emmanuel Macron, d’apparaître comme le porte-parole de la gauche raisonnable ? De montrer qu’il ne craint pas d’affronter un adversaire dont les frisottis de moustache et les plissements d’yeux  en ont terrassé plus d’un ? Alors que la question de la laïcité et de la capacité de l’islam à s’y conformer organise un clivage bien plus existentiel que le clivage droite/gauche, alors que le séparatisme islamiste, et l’antisémitisme qui va avec, continuent à progresser, choisir comme interlocuteur un homme qui refuse de les nommer, c’est adresser un signal déplorable à l’ensemble du camp laïque. Et c’est une insulte à la mémoire de Charb, Cabu et de tous les morts de Charlie Hebdo. Elisabeth Lévy
Hier soir, en direct, nous avons pu tout à loisir observer un trio infernal : le Président aux dents de lait, l’Ami des Frères musulmans et le Défenseur des petites gens. Spectacle hallucinant d’acteurs visiblement satisfaits d’avoir endossé un rôle qu’ils convoitaient depuis longtemps. Persuadés en outre de servir des justes causes, un peu comme chez Nagui le vendredi soir, les chansons en moins. Et sans le moindre humour. Le Défenseur des petites gens cita Ricœur, le Président aux petites dents fit la leçon à l’Ami des Frères Musulmans. Tous donnaient l’impression d’être brouillés avec les chiffres, mais fidèles aux grands principes de la République. Le Président aux dents de lait annonça qu’il se battrait pour une Europe souveraine qui serait à l’opposé de celle de cet abominable Viktor Orban. Le Défenseur des petites gens était obsédé par l’idée que les retraités perdraient de dix à trente euros par mois. Il en faisait une affaire personnelle. Quant à l’Ami des Frères musulmans et de tous les opprimés de la Terre, il fustigea des mesures permettant de renvoyer des enfants – pensez-donc : des enfants ! – dans leur pays d’origine. Un cœur gros comme ça, cet Ami des Frères Musulmans : un exemple pour tous les Français ! Le pompon fut atteint quand le Président aux dents de lait avec une fougue et une détermination sans faille déclara que la Cause des Femmes était pour lui la priorité des priorités : chacun fut soulagé que de si nobles intentions soient portées par un homme décidé à faire de la France un pays de rêve. Seul moment troublant : celui où le Défenseur des petites gens lut un passage du livre de François Hollande accusant le Président aux dents de lait de duplicité. Ce dernier, mal à l’aise, se défendit comme un beau diable. L’Ami des Frères musulmans, expert en la matière, savoura à juste titre ce moment inattendu. Quant au Défenseur des petites gens, il avait jeté un pavé dans la mare aux hypocrisies. Cela lui suffisait. À nous aussi. Roland Jaccard
Le collectif journalistique cède la place à un duo d’hommes blancs de plus de 60 ans, désigné par le président : zéro parité, zéro diversité, personnalisation poussée à l’extrême. Alors que faire ? Pour toutes ces raisons, cette invitation ne va pas de soi. Et pour une autre encore : comment un journal comme Mediapart, qui dénonce avec constance le présidentialisme et le fonctionnement de la VRépublique, peut-il se plier à cet exercice convenu de l’interview présidentielle, symbole par excellence de la dérive monarchique du pouvoir ? Tout le monde a en tête quelques-uns des pires entretiens réalisés depuis soixante ans. Comment subvertir ce dispositif anti-démocratique, et toutes ses contraintes ? En toute transparence, nous partageons avec vous le cheminement qui a conduit l’équipe de Mediapart à accepter la proposition élyséenne. Nous en avons longuement discuté collectivement. Après avoir pesé le pour et le contre, nous avons décidé de faire confiance à notre savoir-faire collectif pour faire surgir du sens par-delà ce cadre. Notre métier est de poser des questions, et si possible de bonnes questions, a fortiori au président de la République en exercice. Après plusieurs échanges préalables, nous avons aussi considéré qu’une association avec Jean-Jacques Bourdin, questionneur offensif et lui aussi déterminé à briser les codes du sacro-saint entretien présidentiel, pouvait autoriser cette tentative de rompre avec six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle. Il ne fait de doute pour personne que les lignes éditoriales et les modèles économiques de Mediapart et du groupe BFM-TV/RMC ne sont pas les mêmes : cette différence, par respect du pluralisme, ne doit pas nous interdire de collaborer avec d’autres. Être ouverts dans le cadre d’une relation loyale et respectueuse est le meilleur moyen d’être nous-mêmes, à l’image de notre fil conducteur, au cœur du Festival de nos dix ans : produire quotidiennement un journalisme sans concession à la rencontre de la société (…). Et puis, comment rester en retrait, alors qu’Emmanuel Macron a des comptes à rendre aux citoyens ? Nous avons mille et une questions à lui poser sur la politique qu’il mène, ses déclarations, ses non-dits. Nous sommes à un moment crucial de ce quinquennat. Après de longs mois sous hypnose, notre société se réveille (voir notre article Le roi Soleil, la France sommeille). Des cheminots aux étudiants en passant par les salariés de Carrefour, le mouvement social prend de l’ampleur. Le projet de loi sur l’asile et l’immigration provoque la colère du monde associatif et de collectifs de citoyens. Les initiatives locales pour éviter la catastrophe environnementale se multiplient. Bref, nous ne pouvons pas laisser passer une occasion de faire tout simplement notre métier. Poser des questions, chercher des réponses, placer l’exécutif face à ses contradictions, le faire réagir aux indignations que suscite sa politique. On ne peut pas se plaindre de se heurter à des silences quand on interroge les cabinets ministériels, et laisser la chaise vide face au chef de l’État. Nous avons posé, en accord avec Jean-Jacques Bourdin, une ligne rouge, et celle-ci sera respectée : refuser que l’entretien se déroule à l’Élysée. On ne se rend pas au palais présidentiel à un moment où les journalistes en sont écartés (…). Le choix définitif du lieu sera connu dans les jours à venir. Nous comptons en premier lieu sur nos questions, qui auront été préparées en amont par la rédaction. Au fil de la semaine précédente, et au cours de celle qui suivra, nous publierons une série d’articles, de reportages et d’analyses dressant un premier bilan de la présidence Macron. Lors de notre émission MediapartLive du mercredi 11 avril, nous reviendrons sur les raisons qui nous ont incités à accepter cet entretien. Puis nous consacrerons notre soirée à la diversité du mouvement social en cours en donnant la parole à celles et ceux qui l’animent. Rendez-vous donc dimanche 15 avril dès 19 heures pour notre émission en direct et en accès libre sur Mediapart. Médiapart
 Attention: un bouc émissaire peut en cacher un autre !
En ces temps étranges où le religieux semble faire son retour …
A Hollywood et dans le cinéma français
Comme, sondages à l’appui mais avec une sur-radicalité du côté musulman, dans la jeunesse française …
Et où après une première allocution où il  avait appelé, ouvrant la voie à d’autres communautés religieuses, à une plus grande mobilisation politique des catholiques …
Le président vient de nous  octroyer un entretien télévisé …
Présenté,  dans toute la simplicité art-déco du théâtre de Chaillot avec vue, s’il vous plait, sur la Tour Eiffel et le Champ de Mars …

Comme en totale rupture avec « six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle »…

Sous le feu roulant notamment des questions d’un journaliste qui il y a 40 ans appelait au soutien inconditionnel des terroristes des Jeux de Münich …
Ou, plus récemment, encensait un théologien islamiste actuellement en prison pour violences sexuelles présumées …
Comment ne pas repenser …
A la relecture de l’interview que ce dernier avait accordé à 20 minutes il y a quatre ans à l’occasion de son
J’accuse pour les musulmans …
Dans laquelle il dénonçait la bouc-émissarisation de ceux-ci par la société française …
A l’avertissement du regretté René Girard …
Sur la double face du savoir tout particulier que les textes judéo-chrétiens ont mis à la disposition de l’Occident et de proche en proche à la planète entière …
A savoir ce souci singulier et cette sensibilité proprement inouïe aux victimes …
Mais aussi la tentation d’utiliser un tel savoir comme arme …
Pour une sorte de « chasse au bouc émissaire au second degré » ?

Edwy Plenel: «C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe»

INTERVIEW Le cofondateur de Mediapart signe un pamphlet contre le silence sur la stigmatisation des musulmans de France…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

20 minutes

Il lance un cri d’alarme contre ceux qui voudraient importer en France un choc des civilisations. Dans Pour les musulmans (éd. La Découverte), Edwy Plenel dénonce une «guerre des mondes qui désigne nos compatriotes musulmans comme les responsables indistincts des crimes et violences indûment commis au nom de l’islam» par des fanatiques ultra-minoritaires. Le journaliste revient pour «20 Minutes» sur l’objet de son indignation.

Pourquoi ce livre, et pourquoi maintenant ?

Pour se poser contre la banalisation dans les médias et dans le monde intellectuel d’une forme d’islamophobie bienséante, qui n’hésite pas à stigmatiser nos compatriotes musulmans. Il y a mille façons  d’être musulman, comme il y a mille façons d’être juif, chrétien ou non croyant.

C’est un geste de solidarité. Face à tout ce que l’on connaît, la montée de ces opinions xénophobes, que montre la Commission consultative des droits de l’homme, les agressions qui visent les musulmans de France, j’ai été choqué par le très grand silence et la trop grande indifférence qui fait qu’on les laisse seuls subir tout cela, sans se dresser pour dire que c’est inadmissible de construire « un problème musulman » aujourd’hui en France. C’est comme cela que commencent les pires perditions.

Comment expliquez-vous ce silence autour de l’islamophobie en général et par exemple autour de l’agression cette semaine de Maghrébins?

Je ne l’explique pas, je le constate. Il y a derrière cela un verrou que l’on n’a pas encore fait sauter, cet inconscient colonial qui fait qu’il y a un regard de supériorité posé sur cette partie de notre peuple qui est issue de notre relation à l’Afrique, à la Méditerranée. Une communauté envers laquelle nos dirigeants n’ont pas cette sensibilité spontanée de solidarité et d’égalité. Ils devraient réclamer pour ces compatriotes le droit de pouvoir se dire musulman et Français, l’un en même temps que l’autre, se réclamer d’un imaginaire français qui nous permette de penser dans l’égalité de chacun la richesse de notre diversité. C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe, comme nous sommes la fille aînée de l’Eglise catholique, le pilier de l’édit de Nantes pour les protestants, comme nous avons la plus importante communauté juive d’Europe rescapée du génocide. La France est la terre de la laïcité républicaine.

Pourquoi l’opinion dominante oppose-t-elle l’islam à la laïcité?

C’est un moyen de légitimer cette islamophobie. Réduire plusieurs millions de personnes aux actes odieux d’une minorité est un mécanisme de temps de crise. C’est la ruse des pouvoirs économico-politiques pour échapper à la catastrophe et à l’échec des politiques qu’ils mènent. C’est la logique du bouc émissaire.

Cette façon d’agiter la querelle religieuse, de stigmatiser l’islam, de s’en prendre à ses symboles : le vêtement, le voile, le halal, les mosquées, est contraire au véritable esprit de la loi sur la laïcité, qui reconnaît les cultures minoritaires. C’est une façon de dissoudre la question sociale, d’humilier les opprimés. D’obtenir une paix pour les dominants et de faire diversion par rapport aux enjeux essentiels que sont l’emploi et le logement.  Aucune famille politique n’est épargnée dans cet aveuglement, pas même la gauche. Ce «laïcisme» est le cheval de Troie de l’islamophobie, il est à la laïcité ce que l’intégrisme est à la religion. Il  a une similitude avec l’antisémitisme : sous prétexte de ce sectarisme laïc, on installe l’habitude d’une discrimination et d’une stigmatisation. C’est le point de départ de mon livre dont le titre reprend en écho l’article d’Emile Zola «Pour les juifs», rédigé quelques mois avant son «J’accuse», de l’affaire Dreyfus.

La communauté musulmane peut-elle se sortir de ce malaise malgré ce contexte?

Je l’espère bien ! Elle compte parmi les forces vives de ce pays, crée des richesses et est au cœur de la vitalité populaire de la France. l faut cesser d’être indifférents à sa solitude, c’est un engrenage qui embarquera tout le monde : les Noirs, les juifs, les Roms et les musulmans. Et qui risque d’engendrer le repli. La stigmatisation crée en retour une quête de fierté, en réponse à l’humiliation, et engendre des radicalisations qui peuvent amener à des chemins de perdition. Il faut faire notre chemin ensemble, assumer la réalité de la France de la diversité et libérer la solidarité.

Voir aussi:

Valeurs actuelles

5 avril 2018 

Histoire. CheckNews de Libération revient sur la chronique du co-fondateur de Mediapart publiée dans Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), en 1972. A l’époque, l’organisation palestinienne, Septembre Noir, avait tué 11 athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de Munich.

Cette révélation a été faite en 2008 dans l’ouvrage Enquête sur Edwy Plenel, du journaliste Laurent Huberson. Mais elle refait surface ces derniers jours sur les réseaux sociaux. En 1972, Edwy Plenel, le co-fondateur de Mediapart, était chroniqueur dans Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Il avait alors appelé à « défendre inconditionnellement » les militants de l’organisation palestinienne Septembre Noir, qui avait assassiné 11 membres de l’équipe olympique israélienne lors d’une prise d’otage pendant les Jeux Olympiques de Munich, cette même année.

« Nous devons défendre les militants de cette organisation »

« L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël […] Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation […] A Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l’assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d’aller au carnage », avait écrit à l’époque Edwy Plenel, sous le pseudonyme de Joseph Krasny.

Contacté par CheckNews de Libération, Edwy Plenel est revenu sur cette chronique. « Je n’ai jamais fait mystère de mes contributions à Rouge, de 1970 à 1978, sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce texte, écrit il y a plus de 45 ans, dans un contexte tout autre et alors que j’avais 20 ans, exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui », a-t-il indiqué dans un mail. « Elle n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque, comme en témoigne un article de Jean-Paul Sartre, le fondateur de Libération, sur Munich dans La Cause du peuple–J’accuse du 15 octobre 1972. Tout comme ce philosophe, j’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme d’où qu’il vienne et sans hésitation. Mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’Etat d’Israël », a-t-il conclu.

Voir également:

Valeurs actuelles

6 novembre 2017

 Complicité. Le patron de Mediapart regrette “la diabolisation” du prédicateur islamiste, accusé de viol et de harcèlement sexuel.

“Je dénonce depuis des années la duplicité de Tariq Ramadan. Il aura fallu du temps, finalement, la triste vérité, celle-là”, a réagi Manuel Valls, invité ce dimanche du Grand Rendez-Vous Europe 1/Les Échos/CNews. “À la justice, maintenant, de l’établir mais enfin, les faits semblent très concordants”, a ajouté l’ancien Premier ministre socialiste, en réaction aux accusations de viol et de harcèlement sexuel portées contre l’islamologue suisse controversé.

“Il faut que la vérité éclate sur ce soi-disant intellectuel, promoteur de la charia, prédicateur islamique, qui a fait un mal terrible dans notre jeunesse avec ses cassettes, ses prêches dans nos mosquées, ses invitations sur tous les plateaux, ses amitiés, ses complicités – je pense à Edwy Plenel. Il y a un moment où il faut dire : ça suffit !”, a encore martelé le député de l’Essonne, également interrogé sur la une de Charlie Hebdo, dont les journalistes sont menacés de mort.

“C’est un intellectuel très respectable”, déclarait ainsi le patron de Mediapart sur le plateau du Petit Journal de Canal Plus (vidéo ci-dessous, à partir de 3:30), en janvier 2015, rappelle Europe 1. “Il y a quelque chose de très détestable à l’égard de Tariq Ramadan. Moi je lis, j’écoute tout ce qu’il a dit. On a parlé pendant trois heures et demi, nous n’avions aucun désaccord sur le fond. Il a été très ferme dans la solidarité, sur la liberté d’expression, dans la condamnation des attentats.”

“Je le lis et je l’écoute et je ne vois pas d’ambiguïté”

Edwy Plenel accusait même les détracteurs du théologien suisse d’user d’islamophobie. “Et qu’est-ce qu’on dit ? ‘Ah, il n’est pas clair. Ah, il a un double langage’. Encore une fois, je le lis et je l’écoute et je ne vois pas d’ambiguïté. Et il a fait plein de livres. Qu’est-ce que ça dit ce truc ‘il est ambigu ? Ah l’arabe, il est un peu fourbe. Ah l’arabe, il a double langage”, poursuivait-il. “Il ne faut pas diaboliser quelqu’un parce que c’est un intellectuel musulman.”

Sur le même sujet

Parmi les “complices” de Tariq Ramadan, Manuel Valls n’a pas oublié dimanche les médias de gauche qui ont promu ses idées radicales ces dernières années. “On est complice quand il y a de la complaisance par rapport à des individus, à des organisations comme les Frères musulmans, comme les Indigènes de la République”, a ajouté l’ancien Premier ministre.

“Quand une partie de la presse progressiste, une presse de qualité, je pense aux Inrockuptibles, au Bondy Blog, quand on reçoit et quand on a reçu Tariq Ramadan, y compris sur Europe 1 et c’est toujours le même journaliste Frédéric Taddeï qui le reçoit depuis des années comme avant il avait reçu des personnalités comme Dieudonné ou Soral, alors on abdique”, a-t-il conclu.

Mediapart et “l’épouvantail” Tariq Ramadan

Sur BFM TV, Edwy Plenel a, de son côté, réagi à l’affaire judiciaire et à la polémique. “Dans le cas de Tariq Ramadan, où il y a des témoignages consistants, où il y a des plaintes, où la justice va enquêter, si les faits sont totalement établis par la justice, (…) c’est très grave pour l’individu qui est Tariq Ramadan et qui devra en rendre compte”, a-t-il déclaré. “Il y a une gravité plus forte encore, et pour le dire tout net, qui ressemble au cas des prêtres pédophiles.”

Le patron de Mediapart s’est par ailleurs défendu d’avoir été au courant de rumeurs sur des agressions sexuelles ou des faits de harcèlement. “Personne d’entre nous à Mediapart ne savait quand nous avons fait cette enquête”, a assuré le cofondateur du média, en référence à une enquête en cinq volets sur “l’épouvantail” Tariq Ramadan, publiée par le site en 2016 et qui revenait notamment sur “les fantasmes qui entourent l’islamologue” (sic).

Plenel regrette la “diabolisation” de Tariq Ramadan

“Je n’ai croisé M. Ramadan dans ma vie que deux fois”, a enfin rétorqué Edwy Plenel, en réaction aux propos de Manuel Valls. “De cela est fait un amalgame qui relève pour moi d’une chasse aux sorcières, comme du temps du McCarthysme ou de l’inquisition”, a-t-il critiqué, regrettant même sa “diabolisation” à la suite des propos de l’ex-Premier ministre. “J’ai toujours été contre sa diabolisation, comme je suis contre, au prétexte du terrorisme, de diaboliser nos compatriotes musulmans quels qu’ils soient”, a-t-il déclaré.

Pour défendre le théologien islamiste, le journaliste militant et ancien trotskiste avait même souligné, en 2015, que le livre “Déviances et incohérences chez les penseurs de la décadence”, qui contredit les thèses de Ramadan, avait été retrouvé chez le terroriste Amedy Coulibaly, un des auteurs des attentats de janvier 2015. Aujourd’hui, l’islamologue est visé par deux plaintes pour viol et accusé par quatre anciennes élèves d’avoir eu des relations sexuelles avec elles alors qu’elles étaient mineures.

Voir de même:

Macron, Bourdin, Plenel: le petit théâtre de bavards

L’interview présidentielle a viré au ridicule

Hier soir, en direct, nous avons pu tout à loisir observer un trio infernal : le Président aux dents de lait, l’Ami des Frères musulmans et le Défenseur des petites gens. Spectacle hallucinant d’acteurs visiblement satisfaits d’avoir endossé un rôle qu’ils convoitaient depuis longtemps. Persuadés en outre de servir des justes causes, un peu comme chez Nagui le vendredi soir, les chansons en moins. Et sans le moindre humour. Le Défenseur des petites gens cita Ricœur, le Président aux petites dents fit la leçon à l’Ami des Frères Musulmans.

Tous donnaient l’impression d’être brouillés avec les chiffres, mais fidèles aux grands principes de la République.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est…

Le Président aux dents de lait annonça qu’il se battrait pour une Europe souveraine qui serait à l’opposé de celle de cet abominable Viktor Orban. Le Défenseur des petites gens était obsédé par l’idée que les retraités perdraient de dix à trente euros par mois. Il en faisait une affaire personnelle. Quant à l’Ami des Frères musulmans et de tous les opprimés de la Terre, il fustigea des mesures permettant de renvoyer des enfants – pensez-donc : des enfants ! – dans leur pays d’origine. Un cœur gros comme ça, cet Ami des Frères Musulmans : un exemple pour tous les Français !

A lire aussi: Emmanuel Macron peut remercier Bourdin et Plenel

Le pompon fut atteint quand le Président aux dents de lait avec une fougue et une détermination sans faille déclara que la Cause des Femmes était pour lui la priorité des priorités : chacun fut soulagé que de si nobles intentions soient portées par un homme décidé à faire de la France un pays de rêve. Seul moment troublant : celui où le Défenseur des petites gens lut un passage du livre de François Hollande accusant le Président aux dents de lait de duplicité. Ce dernier, mal à l’aise, se défendit comme un beau diable. L’Ami des Frères musulmans, expert en la matière, savoura à juste titre ce moment inattendu. Quant au Défenseur des petites gens, il avait jeté un pavé dans la mare aux hypocrisies. Cela lui suffisait. À nous aussi.

Voir de plus:

Macron face à Bourdin et Plenel : ce qu’il faut retenir de l’interview

C.Si.
Le Parisien
15 avril 2018

Près de trois heures d’entretien. Un ton parfois virulent, et beaucoup de dossiers traités, dont la Syrie et les multiples conflits sociaux. Notre résumé de l’entretien d’Emmanuel Macron avec Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin.

De la Syrie aux différents mouvements sociaux en passant par le port du voile, Emmanuel Macron a répondu dans une ambiance souvent électrique aux questions de Jean-Jacques Bourdin (BFMTV et RMC) et Edwy Plenel (Mediapart).

LIRE AUSSI >Le fil de l’entretien minute par minute

Voici ce qu’il faut retenir de cette soirée au théâtre de Chaillot, thématique par thématique.

Les frappes sur la Syrie. Emmanuel Macron a défendu la « légitimité » de « l’action multilatérale » des troupes françaises, américaines et britanniques dans la nuit de vendredi à samedi sur trois sites liés au programme d’armement chimique syrien. Alors que certains lui reprochaient d’être intervenu hors du cadre de Nations Unies, « c’est la communauté internationale qui est intervenue », a rétorqué le chef des armées. « La France n’a pas déclaré la guerre au régime de Bachar al-Assad », a-t-il rappelé dans la lignée de ses alliés.

S’il pousse la voie de la « solution politique », il a aussi accusé explicitement Vladimir Poutine et la Russie d’être «complices » des crimes en Syrie. Le président français s’est par ailleurs enorgueilli d’avoir « convaincu » Donald Trump de rester engagé « dans la durée » dans ce conflit, aux airs de bourbier, ayant déjà fait plus de 350 000 morts.

Mécontentements sociaux. C’est durant cette thématique que le ton s’est fait le plus offensif entre Emmanuel Macron comme d’Edwy Plenel. « Je conteste l’orientation de votre question qui viserait à voir une logique ou à vouloir créer une coagulation dans ces mécontentements », a lâché le président français. Pas de convergence des luttes donc. « Le mécontentement des cheminots a peu à voir avec le mal-être profondément légitime à l’hôpital qui dure depuis des années… ».

Comme jeudi midi sur TF1, il a également rappelé qu’il comptait mener à son terme la réforme abrasive de la SNCF, excluant au passage toute privatisation. « C’est une colère que je comprends, que je respecte mais qui est liée à une décision que nous prenons, que j’assume, une réforme que nous mènerons jusqu’au bout », a-t-il développé. « A partir du 1er janvier 2020, l’Etat reprendra une partie de la dette », a également déclaré le chef d’Etat, comme il l’avait laissé entendre sur TF1.

Autre secteur en difficulté, le monde hospitalier ne fera pas l’objet d’économies « durant son quinquennat », a-t-il expliqué, promettant des « décisions précises » fin mai.

Une deuxième journée de solidarité ? « Je ne suis pas contre, je pense que c’est une piste intéressante, il faut le regarder », a assuré Emmanuel Macron. L’idée a déjà été évoquée jeudi par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, afin de financer l’accompagnement des personnes âgées et des handicapés. La première journée avait été instaurée après la canicule de 2003.

Le débat « président des riches ». Une nouvelle fois, Emmanuel Macron a dit assumer ses réformes et la théorie des « premiers de cordée ». Sur la réforme de l’ISF : « Les choix qui ont été faits, quels sont leurs objectifs ? Garder les talents et les attirer, et leur permettre de réinvestir dans l’économie. Je veux que les chefs d’entreprise avec leurs salariés soient en position de se décider. Il faut donc des règles qui favorisent les entrepreneurs et les investisseurs ». Sur la CSG : Macron « sait l’effort » qu’il a demandé aux retraités.

Il a également promis que la fiscalité n’augmenterait pas en France durant son quinquennat et qu’aucun nouvel impôt, ni local ni national, ne serait créé.

La colère des zadistes et des étudiants. « L’ordre républicain » et rien d’autre. Il a répété l’expression à l’envi au moment d’évoquer la contestation « illégitime » des zadistes expulsés à Notre-Dame-des-Landes et l’occupation de plusieurs universités françaises. Celles-ci seraient aux mains de « professionnels du désordre », les étudiants étant selon lui « souvent minoritaires ». Quant à Notre-Dame-des-Landes, « tout ce qui doit être évacué, le sera » à l’issue du nouveau délai d’expulsion.

Laïcité. Cette thématique a rapidement débordé sur celle de l’islam. Macron déclarant que le port du voile « n’était pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays ». « Je ne veux pas de loi qui l’interdise dans la rue, ce serait contre-productif, a-t-il poursuivi. La société n’est pas laïque et doit leur permettre de porter leur voile. Ce que je veux c’est qu’aucune femme ne soit obligée de le porter le voile ».

Interrogé sur des propos du ministre de l’Education, qui estime qu’un parent accompagnant ne devrait « normalement » pas porter de signe religieux, par exemple le voile pour une mère, M. Macron a qualifié cette position de « conviction personnelle » de Jean-Michel Blanquer.

Loi Asile et immigration. Comme depuis des semaines, Emmanuel Macron s’est appuyé sur tandem « humanisme » pour les personnes éligibles à l’asile et « efficacité » dans le renvoi des autres. Il a aussi indiqué vouloir « adapter » mais pas « supprimer » le délit de solidarité, distinguant ceux qui « aident consciemment ou inconsciemment les passeurs » des autres « qui sauvent des vies ».

Alors que le projet de loi doit être examinée par les députés à partir de lundi, le chef de file des élus macronistes a eu le droit aux félicitations du président. « Richard Ferrand fait son rôle de chef de groupe et il le fait très bien », a-t-il déclaré. Il y a quelques jours, M. Ferrand a menacé d’exclusion ceux qui voteraient contre ce texte.

L’instant Hollande. Emmanuel Macron a récusé dimanche toute « duplicité » lorsqu’il était conseiller puis ministre de François Hollande. Tout en considérant qu’être membre d’un gouvernement, ce n’est pas « être un obligé ». Il a précisé qu’il lirait « sans doute » le livre polémique de François Hollande. Un livre qui a « sa part de vérité » et un homme pour lequel il a « du respect ».

Voir également:

Macron face à Bourdin et Plenel : un drame en cinq actes

Au Théâtre national de Chaillot ce soir, le président de la République affronte deux journalistes qui ont juré sa perte. Un grand spectacle ?

Sylvain Courage

Trois comédiens, une table et deux heures de spectacle. Ô magie des tréteaux ! Le public du théâtre subventionné, rompu aux mises en scène exigeantes, ne sera pas surpris par l’unique représentation de « l’Interview », ce dimanche, à 20h35, au foyer du Théâtre national de Chaillot. Dans un décor art-déco grandiose avec vue sur la Tour Eiffel et le Champ de Mars, Emmanuel Macron, l’étoile de l’Elysée, tiendra le rôle du jeune prince. Jean-Jacques Bourdin, héraut des matinées de BFMTV, incarnera le  tribun du peuple. Et Edwy Plenel, le tragédien de Mediapart, jouera le grand prêtre moustachu.

Une distribution exceptionnelle ! « On avait fait des propositions à l’Elysée depuis plusieurs mois, à l’occasion du premier anniversaire du quinquennat d’Emmanuel Macron. Et, il y a environ un mois maintenant, l’Elysée est revenu vers nous en nous faisant une proposition d’une émission avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel », a expliqué Hervé Béroud, directeur général de BFMTV et metteur en scène de la soirée événement.

Huit caméras à l’intérieur, deux à l’extérieur permettront de cerner le jeu des acteurs. « Le décor est fort mais l’interview très simple : un homme face à deux intervieweurs pendant deux heures. Il n’y aura ni sujets vidéos, ni interpellation des Français », a précisé Céline Pigalle, directrice de l’information de BFMTV. Des mots, rien que des mots !

Drame hyper-contemporain

Création originale et éphémère, « l’Interview » repose entièrement sur les capacités d’improvisation des acteurs. Pas de texte établi, pas de répétitions mais une série de problématiques dont s’empareront les acteurs et qui formeront la trame d’un drame hyper-contemporain. Mécontentement social, politique économique, laïcité, sécurité, terrorisme, questions migratoires, frappes en Syrie… La scénographie se veut en totale rupture avec « six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle ». « Chacun doit être soi-même », insiste Hervé Béroud :

« On connaît Jean-Jacques Bourdin accrocheur et Edwy Plenel est quelqu’un de très engagé, qui aura envie de demander des comptes au président de la République. »Tandis que Bourdin et Plenel ont travaillé leur questionnement et leur placement en effectuant des exercices de respiration ventrale, Emmanuel Macron a opté pour la « construction du personnage » développée par Constantin Stanislavski. « Peu importe que le jeu soit bon ou mauvais, l’important c’est qu’il soit vrai », disait l’immense dramaturge russe.

Quelle est la routine du président pour puiser dans son subconscient ? « Il s’enferme dans son bureau avec ses fiches et il bachote comme un étudiant », explique son entourage. Le chef de l’Etat a aussi « beaucoup consulté » et « déjeuné avec François Bayrou et Marielle de Sarnez mercredi à l’Elysée pour avoir leurs remontées de terrain ». Ne laissant rien au hasard, l’artiste du Palais s’est aussi « renseigné sur les sujets phares des deux présentateurs, leurs marottes, histoire d’avoir quelques repères d’ici dimanche soir ».

Attelage fragile

Artiste militant, Edwy Plenel a dénoncé, par le passé, cet « exercice convenu de l’interview présidentielle, symbole par excellence de la dérive monarchique du pouvoir ». Mais il dit avoir accepté le défi pour ne pas se « dérober » et « relayer le questionnement sans concession de la société » dans la grande tradition du Théâtre national populaire. Pas question d’oublier le peuple ! Dès 19 heures, la rédaction de Mediapart dressera le bilan de cette présidence « et de droite et de droite » en donnant la parole aux mouvements sociaux. Et l’entretien présidentiel sera suivi d’un plateau de commentatrices réservé aux femmes pour compenser le choix de deux intervieweurs « mâles de plus de 60 ans ». Qui dit mieux ?

Jean-Jacques Bourdin, lui, n’a pas ce genre de préventions. Viril et dominant, il a simplement promis de « cogner » le président et croit tenir enfin l’occasion de laver l’affront fait à sa profession par Laurent Delahousse, auteur en décembre dernier d’une interview de Macron qu’il a publiquement critiquée pour sa complaisance… « Michel Drucker l’aurait mieux fait ! », avait alors grincé Bourdin.

« Quand on fait du journalisme, qu’est-ce qu’on fait ? On pose des questions précises. Et celui qui est en face, qu’est-ce qu’il doit faire ? Il doit répondre à des questions précises. C’est comme ça que cela se passe. Sinon c’est pas la peine. » Ce Figaro parle comme la plèbe. Mais il se fait autant la voix des usagers de la SNCF pris en otage que des cheminots en lutte. Son théâtre populaire s’accordera-t-il avec celui de Plenel ? L’alliance des deux bêtes de scène est improbable. S’ils font cause commune, ils surjoueront. S’ils s’écharpent, ils passeront pour des cabots. C’est le dilemme dont Emmanuel Macron compte bien profiter. Les spadassins lancés à sa poursuite pourraient s’entretuer. Au cinquième acte, le jeune prince, qui les a manipulés, espère bien être couronné. Shakespearien !

Voir de même:

Entretien avec Emmanuel Macron, dimanche 15 avril: rendez-vous dès 19h sur Mediapart

Mediapart

6 avr. 2018

Emmanuel Macron répondra aux questions d’Edwy Plenel et de Jean-Jacques Bourdin dimanche soir 15 avril. Un rendez-vous exceptionnel à suivre dès 19h en direct sur Mediapart. Et qui sera précédé, le mercredi 11 avril, d’un MediapartLive entièrement consacré aux mouvements sociaux qui s’opposent à sa politique.

L’heure du premier bilan a sonné. Voilà presque un an qu’Emmanuel Macron a été élu président de la République. À l’avant-veille de sa victoire, celui qui n’était encore que candidat était venu à Mediapart répondre aux questions de la rédaction. Dimanche 15 avril, à 20 h 35, il sera interrogé à Paris pendant deux heures par Edwy Plenel, aux côtés de Jean-Jacques Bourdin. Cet événement sera retransmis en direct sur notre site, BFM-TV et RMC. En amont, mercredi 11 avril, nous recevrons le mouvement social dans sa diversité. Explications à nos lecteurs.

Tout a commencé le 5 mai 2017, à deux jours du second tour de l’élection présidentielle qui l’opposait à Marine Le Pen. Emmanuel Macron répond longuement aux journalistes de Mediapart (à lire ici et à voir ) : il déploie son argumentaire électoral tout en donnant des indications détaillées sur le type de chef de l’État qu’il entend être. Les jalons qu’il pose alors de sa « start-up nation » permettent aujourd’hui à chacun d’évaluer l’écart entre les promesses et les actes. À l’issue de l’entretien, notre hôte s’engage à revenir à Mediapart s’il est élu.

Un an plus tard, nous lui avons rappelé son « chiche ! ». Il ne nous a pas répondu « non », ce « non » qui nous est opposé par la plupart des ministres (à l’exception du premier d’entre eux, c’est à revoir ici), peu soucieux des règles d’une démocratie équilibrée supposant que les interrogations des citoyens, relayées par les journalistes, soient entendues. L’Élysée recourt à son traditionnel « en même temps », se disant prêt à l’exercice, mais dans un tout autre cadre.

Oui à un entretien avec Mediapart mais dans une formule différente, et en association avec un autre média, BFM-TV/RMC. Deux intervieweurs, donc : Edwy Plenel (président et directeur de la publication de Mediapart) et Jean-Jacques Bourdin (rédacteur en chef de RMC et animateur de « Bourdin Direct » sur BFM-TV). Et pas dans nos locaux, mais à l’Élysée ou dans un lieu culturel. Autrement dit, Mediapart n’est plus la puissance invitante, et la rédaction n’est pas conviée à la table de l’entretien. Le collectif journalistique cède la place à un duo d’hommes blancs de plus de 60 ans, désigné par le président : zéro parité, zéro diversité, personnalisation poussée à l’extrême.

Alors que faire ? Pour toutes ces raisons, cette invitation ne va pas de soi. Et pour une autre encore : comment un journal comme Mediapart, qui dénonce avec constance le présidentialisme et le fonctionnement de la VRépublique, peut-il se plier à cet exercice convenu de l’interview présidentielle, symbole par excellence de la dérive monarchique du pouvoir ? Tout le monde a en tête quelques-uns des pires entretiens réalisés depuis soixante ans. Comment subvertir ce dispositif anti-démocratique, et toutes ses contraintes ? En toute transparence, nous partageons avec vous le cheminement qui a conduit l’équipe de Mediapart à accepter la proposition élyséenne.

Nous en avons longuement discuté collectivement. Après avoir pesé le pour et le contre, nous avons décidé de faire confiance à notre savoir-faire collectif pour faire surgir du sens par-delà ce cadre. Notre métier est de poser des questions, et si possible de bonnes questions, a fortiori au président de la République en exercice.

Après plusieurs échanges préalables, nous avons aussi considéré qu’une association avec Jean-Jacques Bourdin, questionneur offensif et lui aussi déterminé à briser les codes du sacro-saint entretien présidentiel, pouvait autoriser cette tentative de rompre avec six décennies de ronronnement et de pompe présidentielle.

Il ne fait de doute pour personne que les lignes éditoriales et les modèles économiques de Mediapart et du groupe BFM-TV/RMC ne sont pas les mêmes : cette différence, par respect du pluralisme, ne doit pas nous interdire de collaborer avec d’autres. Être ouverts dans le cadre d’une relation loyale et respectueuse est le meilleur moyen d’être nous-mêmes, à l’image de notre fil conducteur, au cœur du Festival de nos dix ans : produire quotidiennement un journalisme sans concession à la rencontre de la société (revoir ici les rencontres de cet anniversaire et  notre colloque sur le droit de savoir).

Et puis, comment rester en retrait, alors qu’Emmanuel Macron a des comptes à rendre aux citoyens ? Nous avons mille et une questions à lui poser sur la politique qu’il mène, ses déclarations, ses non-dits. Nous sommes à un moment crucial de ce quinquennat. Après de longs mois sous hypnose, notre société se réveille (voir notre article Le roi Soleil, la France sommeille). Des cheminots aux étudiants en passant par les salariés de Carrefour, le mouvement social prend de l’ampleur. Le projet de loi sur l’asile et l’immigration provoque la colère du monde associatif et de collectifs de citoyens. Les initiatives locales pour éviter la catastrophe environnementale se multiplient.

Bref, nous ne pouvons pas laisser passer une occasion de faire tout simplement notre métier. Poser des questions, chercher des réponses, placer l’exécutif face à ses contradictions, le faire réagir aux indignations que suscite sa politique. On ne peut pas se plaindre de se heurter à des silences quand on interroge les cabinets ministériels, et laisser la chaise vide face au chef de l’État.

Nous avons posé, en accord avec Jean-Jacques Bourdin, une ligne rouge, et celle-ci sera respectée : refuser que l’entretien se déroule à l’Élysée. On ne se rend pas au palais présidentiel à un moment où les journalistes en sont écartés (lire ici). Le choix définitif du lieu sera connu dans les jours à venir.

Nous comptons en premier lieu sur nos questions, qui auront été préparées en amont par la rédaction. Au fil de la semaine précédente, et au cours de celle qui suivra, nous publierons une série d’articles, de reportages et d’analyses dressant un premier bilan de la présidence Macron. Lors de notre émission MediapartLive du mercredi 11 avril, nous reviendrons sur les raisons qui nous ont incités à accepter cet entretien. Puis nous consacrerons notre soirée à la diversité du mouvement social en cours en donnant la parole à celles et ceux qui l’animent.

Rendez-vous donc dimanche 15 avril dès 19 heures pour notre émission en direct et en accès libre sur Mediapart. Une heure et demie avant la diffusion de l’entretien, l’équipe de Mediapart sera en direct depuis la rédaction pour présenter l’inventaire de la présidence Macron. À l’issue de l’interview du chef de l’État, qui commencera peu après 20 h 30, nous donnerons la parole à des acteurs engagés de la société civile et intellectuelle, qui nous aideront à décrypter ses réponses.

Pendant toute cette période, nous comptons sur nos abonnés : le Club de Mediapart est plus que jamais ouvert à toutes vos idées, remarques et suggestions.

Voir de plus:

Discours de Macron aux Évêques de France: la courte échelle aux islamistes


Cinéma: Pallywood tous les jours sur un écran chez vous (It’s just standard evacuation practice, stupid ! – complete with shouts of pain and Allahu akbar)

7 avril, 2018

 

Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des « Damnés de la terre » de Franz Fanon, 1961)
L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël […] Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation […] A Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l’assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d’aller au carnage. Edwy Plenel (alias Joseph Krasny)
Je n’ai jamais fait mystère de mes contributions à Rouge, de 1970 à 1978, sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce texte, écrit il y a plus de 45 ans, dans un contexte tout autre et alors que j’avais 20 ans, exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui. Elle n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque, comme en témoigne un article de Jean-Paul Sartre, le fondateur de Libération, sur Munich dans La Cause du peuple–J’accuse du 15 octobre 1972. Tout comme ce philosophe, j’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme d’où qu’il vienne et sans hésitation. Mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’Etat d’Israël. Edwy Plenel
Pendant 24 mn à peu près on ne voit que de la mise en scène … C’est un envers du décor qu’on ne montre jamais … Mais oui tu sais bien que c’est toujours comme ça ! Entretien Jeambar-Leconte (RCJ)
Au début (…) l’AP accueillait les reporters à bras ouverts. Ils voulaient que nous montrions des enfants de 12 ans se faisant tuer. Mais après le lynchage, quand des agents de l’AP firent leur possible pour détruire et confisquer l’enregistrement de ce macabre événement et que les Forces de Défense Israéliennes utilisèrent les images pour repérer et arrêter les auteurs du crime, les Palestiniens donnèrent libre cours à leur hostilité envers les Etats-Unis en harcelant et en intimidant les correspondants occidentaux. Après Ramallah, où toute bonne volonté prit fin, je suis beaucoup plus prudent dans mes déplacements. Chris Roberts (Sky TV)
La tâche sacrée des journalistes musulmans est, d’une part, de protéger la Umma des “dangers imminents”, et donc, à cette fin, de “censurer tous les matériaux” et, d’autre part, “de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien”. Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980)
Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. Haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne
Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. Talal Abu Rahma (lors de la réception d’un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura)
Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. Clément Weill-Raynal (France 3)
Nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… Roberto Cristiano (représentant de la “chaîne de télévision officielle RAI, Lettre à l’Autorité palestinienne)
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Dans la guerre moderne, une image vaut mille armes. Bob Simon
Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Représentants de France 2 (cités par Enderlin)
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
J’ai travaillé au Liban depuis que tout a commencé, et voir le comportement de beaucoup de photographes libanais travaillant pour les agences de presse m’a un peu troublé. Coupable ou pas, Adnan Hajj a été remarqué pour ses retouches d’images par ordinateur. Mais, pour ma part, j’ai été le témoin de pratique quotidienne de clichés posés, et même d’un cas où un groupe de photographes d’agences orchestraient le dégagement des cadavres, donnant des directives aux secouristes, leur demandant de disposer les corps dans certaines positions, et même de ressortir des corps déjà inhumés pour les photographier dans les bras de personnes alentour. Ces photographes ont fait moisson d’images chocs, sans manipulation informatique, mais au prix de manipulations humaines qui posent en elles-mêmes un problème éthique bien plus grave. Quelle que soit la cause de ces excès, inexpérience, désir de montrer de la façon la plus spectaculaire le drame vécu par votre pays, ou concurrence effrénée, je pense que la faute incombe aux agences de presse elles-mêmes, car ce sont elles qui emploient ces photographes. Il faut mettre en place des règles, faute de quoi toute la profession finira par en pâtir. Je ne dis pas cela contre les photographes locaux, mais après avoir vu ça se répéter sans arrêt depuis un mois, je pense qu’il faut s’attaquer au problème. Quand je m’écarte d’une scène de ce genre, un autre preneur de vue dresse le décor, et tous les autres suivent… Brian X (Journaliste occidental anonyme)
Pour qui nous prenez-vous ? Nous savons qui vous êtes, nous lisons tout ce que vous écrivez et nous savons où vous habitez. Hussein (attaché de presse du Hezbollah au journaliste Michael Totten)
L’attaque a été menée en riposte aux tirs incessants de ces derniers jours sur des localités israéliennes à partir de la zone visée. Les habitants de tous les villages alentour, y compris Cana, ont été avertis de se tenir à l’écart des sites de lancement de roquettes contre Israël. Tsahal est intervenue cette nuit contre des objectifs terroristes dans le village de Cana. Ce village est utilisé depuis le début de ce conflit comme base arrière d’où ont été lancées en direction d’Israël environ 150 roquettes, en 30 salves, dont certaines ont atteint Haïfa et des sites dans le nord, a déclaré aujourd’hui le général de division Gadi Eizenkot, chef des opérations. Tsahal regrette tous les dommages subis par les civils innocents, même s’ils résultent directement de l’utilisation criminelle des civils libanais comme boucliers humains par l’organisation terroriste Hezbollah. (…) Le Hezbollah place les civils libanais comme bouclier entre eux et nous, alors que Tsahal se place comme bouclier entre les habitants d’Israël et les terroristes du Hezbollah. C’est la principale différence entre eux et nous. Rapport de l’Armée israélienne
Après trois semaines de travail intense, avec l’assistance active et la coopération de la communauté Internet, souvent appelée “blogosphère”, nous pensons avoir maintenant assez de preuves pour assurer avec certitude que beaucoup des faits rapportés en images par les médias sont en fait des mises en scène. Nous pensons même pouvoir aller plus loin. À notre avis, l’essentiel de l’activité des secours à Khuraybah [le vrai nom de l’endroit, alors que les médias, en accord avec le Hezbollah, ont utilisé le nom de Cana, pour sa connotation biblique et l’écho du drame de 1996] le 30 juillet a été détourné en exercice de propagande. Le site est devenu en fait un vaste plateau de tournage, où les gestes macabres ont été répétés avec la complaisance des médias, qui ont participé activement et largement utilisé le matériau récolté. La tactique des médias est prévisible et tristement habituelle. Au lieu de discuter le fond de nos arguments, ils se focalisent sur des détails, y relevant des inexactitudes et des fausses pistes, et affirment que ces erreurs vident notre dossier de toute valeur. D’autres nous étiquètent comme de droite, pro-israéliens ou parlent simplement de théories du complot, comme si cela pouvait suffire à éliminer les éléments concrets que nous avons rassemblés. Richard North (EU Referendum)
Lorsque les médias se prêtent au jeu des manipulations plutôt que de les dénoncer, non seulement ils sacrifient les Libanais innocents qui ne veulent pas que cette mafia religieuse prenne le pouvoir et les utilise comme boucliers, mais ils nuisent aussi à la société civile de par le monde. D’un côté ils nous dissimulent les actes et les motivations d’organisations comme le Hamas ou le Hezbollah, ce qui permet aux musulmans ennemis de la démocratie, en Occident, de nous (leurs alliés progressistes présumés) inviter à manifester avec eux sous des banderoles à la gloire du Hezbollah. De l’autre, ils encouragent les haines et les sentiments revanchards qui nourrissent l’appel au Jihad mondial. La température est montée de cinq degrés sur l’échelle du Jihad mondial quand les musulmans du monde entier ont vu avec horreur et indignation le spectacle de ces enfants morts que des médias avides et mal inspirés ont transmis et exploité. Richard Landes
Nous avons commis une terrible erreur, un texte malencontreux sur l’une de nos photos du jour du 18 avril dernier (à gauche), mal traduit de la légende, tout ce qu’il y a de plus circonstanciée, elle, que nous avait fournie l’AFP*: sur la « reconstitution », dans un camp de réfugiés au Liban, de l’arrestation par de faux militaires israéliens d’un Palestinien, nous avons omis d’indiquer qu’il s’agissait d’une mise en scène, que ces « soldats » jouaient un rôle et que tout ça relevait de la pure et simple propagande. C’est une faute – qu’atténuent à peine la précipitation et la mauvaise relecture qui l’ont provoquée. C’en serait une dans tous les cas, ça l’est plus encore dans celui-là: laisser planer la moindre ambiguïté sur un sujet aussi sensible, quand on sait que les images peuvent être utilisées comme des armes de guerre, donner du crédit à un stratagème aussi grossier, qui peut contribuer à alimenter l’exaspération antisioniste là où elle s’enflamme sans besoin de combustible, n’appelle aucun excuse. Nous avons déconné, gravement. J’ai déconné, gravement: je suis responsable du site de L’Express, et donc du dérapage. A ce titre, je fais amende honorable, la queue basse, auprès des internautes qui ont été abusés, de tous ceux que cette supercherie a pu blesser et de l’AFP, qui n’est EN AUCUN CAS comptable de nos propres bêtises. Eric Mettout (L’Express)
Comment expliquer qu’une légende en anglais qui dit clairement qu’il s’agit d’une mise en scène (la légende, en anglais, de la photo fournie par l’AFP: « LEBANON, AIN EL-HELWEH: Palestinian refugees pose as Israeli soldiers arresting and beating a Palestinian activist during celebrations of Prisoners’ Day at the refugee camp of Ain el-Helweh near the coastal Lebanese city of Sidon on April 17, 2012 in solidarity with the 4,700 Palestinian inmates of Israeli jails. Some 1,200 Palestinian prisoners held in Israeli jails have begun a hunger strike and another 2,300 are refusing food for one day, a spokeswoman for the Israel Prisons Service (IPS) said. »), soit devenue chez vous « Prisonnier palestinien 18/04/2012. Mardi, lors de la Journée des prisonniers, des centaines de détenus palestiniens ont entamé une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention », étonnant non ? David Goldstein
Que ce soient des attaques au couteau, des opérations de martyrs (c’est à dire des attentats-suicides à la bombe), des jets de pierres, tout le monde doit agir pour que nous puissions ainsi nous unir et permettre de faire passer notre message comme il convient, et atteindre l’objectif qui est la libération de la Palestine, si Allah le veut. Ahed Tamimi
Nous le soutenons tous et sommes fiers de lui. Ahed Tamimi (parlant du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui partage avec elle l’objectif de détruire Israël)
Le monde doit reconnaître la cause palestinienne. L’occupation n’est pas seulement le vol de terres. Nous nous opposons au racisme, au sionisme, à tout le système d’occupation et pas seulement aux colonies. Ahed Tamimi
Israël est une grande colonie. Bassem Tamimi
On Friday, the Palestinian terror group Hamas, which controls the Gaza Strip, is inaugurating what it is calling “The March of Return.” According to Hamas’s leadership, the “March of Return” is scheduled to run from March 30 – the eve of Passover — through May 15, the 70th anniversary of Israel’s establishment. According to Israeli media reports, Hamas has budgeted $10 million for the operation. Throughout the “March of Return,” Hamas intends to send thousands of civilians to the Israeli border. Hamas is planning to set up tent camps along the border fence and then, presumably, order participants to overrun it on May 15. The Palestinians refer to May 15 as “Nakba,” or Catastrophe Day. (…) what is it trying to accomplish by sending them into harm’s way? Why is the terror group telling Gaza residents to place themselves in front of the border fence and challenge Israeli security forces charged with defending Israel? The answer here is also obvious. Hamas intends to provoke Israel to shoot at the Palestinian civilians it is sending to the border. It is setting its people up to die because it expects their deaths to be captured live by the cameras of the Western media, which will be on hand to watch the spectacle. In other words, Hamas’s strategy of harming Israel by forcing its soldiers to kill Palestinians is predicated on its certainty that the Western media will act as its partner and ensure the success of its lethal propaganda stunt. Given widespread assessments that Iran is keen to start a new round of war between Israel and its terror proxies, Hamas in Gaza and Hezbollah in Lebanon, it is possible that Hamas intends for this lethal propaganda stunt to be the initial stage of a larger war. By this assessment, Hamas is using the border operation to cultivate and escalate Western hostility against Israel ahead of a larger shooting war. (…) The real issue revealed by Hamas’s planned operation — as it was revealed by the Mavi Marmara, as well as by Hamas’s military campaigns against Israel in 2014, 2011 and 2008-09 —  is not how Israel will deal with it. The real issue is that Hamas’s entire strategy is predicated on its faith that the Western media and indeed the Western left will side with it against Israel. Hamas is certain that both the media and leftist activists and politicians in Europe and the U.S. will blame Israel for Palestinian civilian casualties. And as past experience proves, Hamas is right to believe the media and leftist activists will play their assigned role. So long as the media and the left rush to indict Israel for its efforts to defend itself and its citizens against its terrorist foes, who turn the laws of war on their head as a matter of course, these attacks will continue and they will escalate. If this border assault does in fact serve as the opening act in a larger terror war against Israel, then a large portion of the blame for the bloodshed will rest on the shoulders of the Western media for empowering the terrorists of Hamas and Hezbollah to attack Israel. Caroline Glick
Je pense que les Palestiniens et les Israéliens ont droit à leur propre terre. Mais nous devons obtenir un accord de paix pour garantir la stabilité de chacun et entretenir des relations normales. Prince héritier Mohammed ben Salmane
A set of photos, below, has been spreading all over social media in the past week. Sometimes, the photos are reposted individually. However, they all send the same message: Israel is supposedly deceiving the world into thinking their soldiers are getting wounded in Gaza by using special effects makeup. Closer analysis of these photos, however, shows that none of them are recent, most were not even taken in Israel, and all of them are taken out of context. France 24
The video turned out to be from an art workshop which creates this health exercise annually in Gaza. The goal of the workshop is to recreate child injuries sustained in warzones so that doctors can get familiar with them and learn how to care for injured children, the owner of the workshop, Abd al-Baset al-Loulou said. Al Arabya
Dix-huit morts et au moins 1 400 blessés. La « grande marche du retour », appelée vendredi par la société civile palestinienne et encadrée par le Hamas, le long de la barrière frontalière séparant la bande de Gaza et Israël, a dégénéré lorsque l’armée israélienne a tiré à balles réelles sur des manifestants qui s’approchaient du point de passage. (…) Famille, enfants, musique, fête, puis débordements habituels de jeunes lançant des cailloux à l’armée. Lorsque les émeutiers sont arrivés à quelques centaines de mètres de la fameuse grille, les snipers israéliens sont entrés en action. L’un des garçons, « armé » d’un pneu, a été abattu d’une balle dans la nuque alors qu’il s’enfuyait. (…) Ce mouvement, qui exige le « droit au retour » et la fin du blocus de Gaza, doit encore durer six semaines. C’est long. Le gouvernement israélien compte peut-être sur l’usure des protestataires, la fatigue, le renoncement, persuadé que quelques balles en plus pourraient faire la différence. A-t-il la mémoire courte ? Selon la Torah, Moïse avait 80 ans lorsqu’a commencé la traversée du désert. Ces quarante années d’errance douloureuse sont au coeur de tous les Juifs. Espérer qu’après soixante-dix ans d’exil les Palestiniens oublient leur histoire à coups de fusil est aussi absurde que ne pas faire la différence entre une balle de 5,56 et une pierre calcaire … Le Canard enchainé (Balles perdues, 04.04.2018)
Pro-Israel organization StandWithUs has resorted to claiming Palestinians are faking injuries to garner international sympathy and supported their claims by posting videos showing « Palestinians practicing for the cameras. » The Palestinians in the video were actually practicing how to evacuate the wounded during the protest… Telesur
On the living-room wall was a “Free Bassem Tamimi” poster, left over from his last imprisonment for helping to organize the village’s weekly protests against the Israeli occupation, which he has done since 2009. He was gone for 13 months that time, then home for 5 before he was arrested again in October. (…) It took the people of Nabi Saleh more than a year to get themselves organized. In December 2009 they held their first march, protesting not just the loss of the spring but also the entire complex system of control — of permits, checkpoints, walls, prisons — through which Israel maintains its hold on the region. Nabi Saleh quickly became the most spirited of the dozen or so West Bank villages that hold weekly demonstrations against the Israeli occupation. Since the demonstrations began, more than 100 people in the village have been jailed. Nariman told me that by her count, as of February, clashes with the army have caused 432 injuries, more than half to minors. The momentum has been hard to maintain — the weeks go by, and nothing changes for the better — but still, despite the arrests, the injuries and the deaths, every Friday after the midday prayer, the villagers, joined at times by equal numbers of journalists and Israeli and foreign activists, try to march from the center of town to the spring, a distance of perhaps half a mile. And every Friday, Israeli soldiers stop them with some combination of tear gas, rubber-coated bullets, water-cannon blasts of a noxious liquid known as “skunk” and occasionally live fire. (…) In March 2011, Israeli soldiers raided the house to arrest him. Among lesser charges, he had been accused in a military court of “incitement,” organizing “unauthorized processions” and soliciting the village youth to throw stones. (In 2010, 99.74 percent of the Palestinians tried in military courts were convicted.) The terms of Bassem’s release forbade him to take part in demonstrations, which are all effectively illegal under Israeli military law, so on the first Friday after I arrived, just after the midday call to prayer, he walked with me only as far as the square, where about 50 villagers had gathered in the shade of an old mulberry tree. They were joined by a handful of Palestinian activists from Ramallah and East Jerusalem, mainly young women; perhaps a dozen college-age European and American activists; a half-dozen Israelis, also mainly women — young anarchists in black boots and jeans, variously pierced. Together they headed down the road, clapping and chanting in Arabic and English. Bassem’s son Abu Yazan, licking a Popsicle, marched at the back of the crowd. Then there were the journalists, scurrying up hillsides in search of better vantage points. In the early days of the protests, the village teemed with reporters from across the globe, there to document the tiny village’s struggle against the occupation. “Sometimes they come and sometimes they don’t,” Mohammad Tamimi, who is 24 and coordinates the village’s social-media campaign, would tell me later. Events in the Middle East — the revolution in Egypt and civil war in Syria — and the unchanging routine of the weekly marches have made it that much harder to hold the world’s attention. That Friday there was just one Palestinian television crew and a few Israeli and European photographers, the regulars among them in steel helmets. In the protests’ first year, to make sure that the demonstrations — and the fate of Palestinians living under Israeli occupation — didn’t remain hidden behind the walls and fences that surround the West Bank, Mohammad began posting news to a blog and later a Facebook page (now approaching 4,000 followers) under the name Tamimi Press. Soon Tamimi Press morphed into a homegrown media team: Bilal Tamimi shooting video and uploading protest highlights to his YouTube channel; Helme taking photographs; and Mohammad e-mailing news releases to 500-odd reporters and activists. Manal, who is married to Bilal, supplements the effort with a steady outpouring of tweets (@screamingtamimi). News of the protests moves swiftly around the globe, bouncing among blogs on the left and right. Left-leaning papers like Britain’s Guardian and Israel’s Haaretz still cover major events in the village — deaths and funerals, Bassem’s arrests and releases — but a right-wing Israeli news site has for the last year begun to recycle the same headline week after week: “Arabs, Leftists Riot in Nabi Saleh.” Meanwhile, a pilgrimage to Nabi Saleh has achieved a measure of cachet among young European activists, the way a stint with the Zapatistas did in Mexico in the 1990s. For a time, Nariman regularly prepared a vegan feast for the exhausted outsiders who lingered after the protests. (Among the first things she asked me when I arrived was whether I was a vegan. Her face brightened when I said no.) Whatever success they have had in the press, the people of Nabi Saleh are intensely conscious of everything they have not achieved. The occupation, of course, persists. When I arrived in June, the demonstrators had not once made it to the spring. Usually they didn’t get much past the main road, where they would turn and find the soldiers waiting around the bend. That week though, they decided to cut straight down the hillside toward the spring. Bashir led the procession, waving a flag. As usual, Israeli Army jeeps were waiting below the spring. The four soldiers standing outside them looked confused — it seemed they hadn’t expected the protesters to make it so far. The villagers marched past them to the spring, where they surprised three settlers eating lunch in the shade, still wet from a dip in one of the pools. One wore only soggy briefs and a rifle slung over his chest. (…) Bassem is employed by the Palestinian Authority’s Interior Ministry in a department charged with approving entrance visas for Palestinians living abroad. In practice, he said, P.A. officials “have no authority” — the real decisions are made in Israel and passed to the P.A. for rubber-stamping. Among other things, this meant that Bassem rarely had to report to his office in Ramallah, leaving his days free to care for his ailing mother — she died several weeks after I left the village last summer — and strategizing on the phone, meeting international visitors and talking to me over many cups of strong, unsweetened coffee. We would talk in the living room, over the hum of an Al Jazeera newscast. A framed image of Jerusalem’s Al Aqsa Mosque hung above the television (more out of nationalist pride than piety: Bassem’s outlook was thoroughly secular). Though many people in Nabi Saleh have been jailed, only Bassem was declared a “prisoner of conscience” by Amnesty International. Foreign diplomats attended his court hearings in 2011. Bassem’s charisma surely has something to do with the attention. A strange, radiant calm seemed to hover around him. He rarely smiled, and tended to drop weighty pronouncements (“Our destiny is to resist”) in ordinary speech, but I saw his reserve crumble whenever one of his children climbed into his lap. When Israeli forces occupied the West Bank in 1967, Bassem was 10 weeks old. His mother hid with him in a cave until the fighting ended. He remembers playing in the abandoned British police outpost that is now the center of the I.D.F. base next to Halamish, and accompanying the older kids who took their sheep to pasture on the hilltop where the settlement now stands. His mother went to the spring for water every day. The settlers arrived when he was 9. (…) When the first intifada broke out in late 1987, Nabi Saleh was, as it is now, a flash point. The road that passes between the village and the settlement connects the central West Bank to Tel Aviv: a simple barricade could halt the flow of Palestinian laborers into Israel. Bassem was one of the main Fatah youth activists for the region, organizing the strikes, boycotts and demonstrations that characterized that uprising. (Nabi Saleh is solidly loyal to Fatah, the secular nationalist party that rules the West Bank; Hamas, the militant Islamist movement that governs Gaza, has its supporters elsewhere in the West Bank but has never had a foothold in the village.) He would be jailed seven times during the intifada and, he says, was never charged with a crime. Before his most recent arrest, I asked him how much time he had spent in prison. He added up the months: “Around four years.” After one arrest in 1993, Bassem told me, an Israeli interrogator shook him with such force that he fell into a coma for eight days. He has a nickel-size scar on his temple from emergency brain surgery during that time. His sister died while he was in prison. She was struck by a soldier and fell down a flight of courthouse stairs, according to her son Mahmoud, who was with her to attend the trial of his brother. (The I.D.F. did not comment on this allegation.) Bassem nonetheless speaks of those years, as many Palestinians his age do, with something like nostalgia. The first intifada broke out spontaneously — it started in Gaza with a car accident, when an Israeli tank transporter killed four Palestinian laborers. The uprising was, initially, an experience of solidarity on a national scale. Its primary weapons were the sort that transform weakness into strength: the stone, the barricade, the boycott, the strike. The Israeli response to the revolt — in 1988, Defense Minister Yitzhak Rabin reportedly authorized soldiers to break the limbs of unarmed demonstrators — began tilting international public opinion toward the Palestinian cause for the first time in decades. By the uprising’s third year, however, power had shifted to the P.L.O. hierarchy. The first Bush administration pushed Israel to negotiate, leading eventually to the 1993 Oslo Accord, which created the Palestinian Authority as an interim body pending a “final status” agreement.  But little was resolved in Oslo. A second intifada erupted in 2000, at first mostly following the model set by the earlier uprising. Palestinians blocked roads and threw stones. The I.D.F. took over a house in Nabi Saleh. Children tossed snakes, scorpions and what Bassem euphemistically called “wastewater” through the windows. The soldiers withdrew. Then came the heavy wave of suicide bombings, which Bassem termed “the big mistake.” An overwhelming majority of Israeli casualties during the uprising occurred in about 100 suicide attacks, most against civilians. A bombing at one Tel Aviv disco in 2001 killed 21 teenagers. “Politically, we went backward,” Bassem said. Much of the international good will gained over the previous decade was squandered. Taking up arms wasn’t, for Bassem, a moral error so much as a strategic one. He and everyone else I spoke with in the village insisted they had the right to armed resistance; they just don’t think it works. Bassem could reel off a list of Nabi Saleh’s accomplishments. Of some — Nabi Saleh, he said, had more advanced degrees than any village — he was simply proud. Others — one of the first military actions after Oslo, the first woman to participate in a suicide attack — involved more complicated emotions. In 1993, Bassem told me, his cousin Said Tamimi killed a settler near Ramallah. Eight years later, another villager, Ahlam Tamimi escorted a bomber to a Sbarro pizzeria in Jerusalem. Fifteen people were killed, eight of them minors. Ahlam, who now lives in exile in Jordan, and Said, who is in prison in Israel, remain much-loved in Nabi Saleh. Though everyone I spoke with in the village appeared keenly aware of the corrosive effects of violence — “This will kill the children,” Manal said, “to think about hatred and revenge” — they resented being asked to forswear bloodshed when it was so routinely visited upon them. Said, Manal told me, “lost his father, uncle, aunt, sister — they were all killed. How can you blame him?” The losses of the second intifada were enormous. Nearly 5,000 Palestinians and more than 1,000 Israelis died. Israeli assassination campaigns and the I.D.F.’s siege of West Bank cities left the Palestinian leadership decimated and discouraged. By the end of 2005, Yasir Arafat was dead, Israel had pulled its troops and settlers out of Gaza and the Palestinian Authority president, Mahmoud Abbas, had reached a truce with Prime Minister Ariel Sharon. The uprising sputtered out. The economy was ruined, Gaza and the West Bank were more isolated from each other than ever, and Palestinians were divided, defeated and exhausted. But in 2003, while the intifada was still raging, Bassem and others from Nabi Saleh began attending demonstrations in Budrus, 20 minutes away. Budrus was in danger of being cut off from the rest of the West Bank by Israel’s planned separation barrier, the concrete and chain-link divide that snakes along the border and in many places juts deeply into Palestinian territory. Residents began demonstrating. Foreign and Israeli activists joined the protests. Fatah and Hamas loyalists marched side by side. The Israeli Army responded aggressively: at times with tear gas, beatings and arrests; at times with live ammunition. Palestinians elsewhere were fighting with Kalashnikovs, but the people of Budrus decided, said Ayed Morrar, an old friend of Bassem’s who organized the movement there, that unarmed resistance “would stress the occupation more.” The strategy appeared to work. After 55 demonstrations, the Israeli government agreed to shift the route of the barrier to the so-called 1967 green line. The tactic spread to other villages: Biddu, Ni’lin, Al Ma’asara and in 2009, Nabi Saleh. Together they formed what is known as the “popular resistance,” a loosely coordinated effort that has maintained what has arguably been the only form of active and organized resistance to the Israeli presence in the West Bank since the end of the second intifada in 2005. Nabi Saleh, Bassem hoped, could model a form of resistance for the rest of the West Bank. The goal was to demonstrate that it was still possible to struggle and to do so without taking up arms, so that when the spark came, if it came, resistance might spread as it had during the first intifada. “If there is a third intifada,” he said, “we want to be the ones who started it.” (…) Eytan Buchman, a spokesman for the I.D.F., took issue with the idea that the weekly protests were a form of nonviolent resistance. In an e-mail he described the protests as “violent and illegal rioting that take place around Judea and Samaria, and where large rocks, Molotov cocktails, improvised grenades and burning tires are used against security forces. Dubbing these simply demonstrations is an understatement — more than 200 security-force personnel have been injured in recent years at these riots.” (Molotov cocktails are sometimes thrown at protests at the checkpoints of Beitunia and Kalandia but never, Bassem said, in Nabi Saleh.) Buchman said that the I.D.F. “employs an array of tactics as part of an overall strategy intended to curb these riots and the ensuing acts of violence.” He added that “every attempt is made to minimize physical friction and risk of casualties” among both the I.D.F. and the “rioters.” (…) In the 1980s, youth organizers like Bassem focused on volunteer work: helping farmers in the fields, educating their children. They built trust and established the social networks that would later allow the resistance to coordinate its actions without waiting for orders from above. Those networks no longer exist. Instead there’s the Palestinian Authority. Immediately after the first Oslo Accord in 1993, the scholar Edward Said predicted that “the P.L.O. will . . . become Israel’s enforcer.” Oslo gave birth to a phantom state, an extensive but largely impotent administrative apparatus, with Israel remaining in effective control of the Palestine Authority’s finances, its borders, its water resources — of every major and many minor aspects of Palestinian life. More gallingly to many, Oslo, in Said’s words, gave “official Palestinian consent to continued occupation,” creating a local elite whose privilege depends on the perpetuation of the status quo. That elite lives comfortably within the so-called “Ramallah bubble”: the bright and relatively carefree world of cafes, NGO salaries and imported goods that characterize life in the West Bank’s provisional capital. During the day, the clothing shops and fast-food franchises are filled. New high-rises are going up everywhere. “I didn’t lose my sister and my cousin and part of my life,” Bassem said, “for the sons of the ministers” to drive expensive cars. The NYT
A compter de 2009, les villageois ont décidé de s’investir collectivement. Au point qu’une sorte de rituel du vendredi s’est imposé, sous l’attention grandissante des médias. D’abord, une courte marche dans les rues ; les soldats se tiennent à l’entrée du village, à pied ou en véhicule blindé ; ils décident d’interrompre ce rassemblement, tirent des grenades lacrymogènes ou assourdissantes ; des jeunes, le visage masqué, essaient de les viser avec des pierres, provoquant une réponse plus forte, des arrestations, des blessures. Mais la famille Tamimi ne s’est pas contentée de ce rituel local. En utilisant les réseaux sociaux, elle en a fait une sorte de série sans fin. Une page Facebook, une chaîne sur YouTube, des comptes Twitter, des listes d’envoi par courriel : le visage d’Ahed n’est pas devenu viral par magie. La famille Tamimi a appliqué au village les recettes qui ont marché partout dans le monde, hors des cadres partisans traditionnels, des partis ou des syndicats. Les manifestations ont simplement cessé d’être hebdomadaires, car elles banalisaient la mobilisation et la privaient de tout effet de surprise. « On était conscients de l’importance de ces réseaux sociaux pour toucher la jeunesse, pour planter des graines en eux et susciter un questionnement, explique Manal, 43 ans, tante d’Ahed. Les vidéos changent le regard des gens. Ils ont vu grandir Ahed ainsi. » A l’entrée de la maison de Manal, il y a une sorte de galerie des canettes de gaz lacrymogène, récupérées au fil des ans. Sur sa terrasse, de vieux canapés ont été installés. D’ici, on voit la silhouette des soldats se dessiner sur la colline, en début d’après-midi, le vendredi, à l’heure des confrontations. On peut alors prévenir les gamins qui traînent dans la rue. Le Monde
Imposante crinière blonde, regard azur déterminé, mains désarmées: du haut de ses 16 ans, la jeune Ahed Tamimi est devenue le symbole de la révolte palestinienne contre l’occupation en Cisjordanie. Une vidéo où on la voit en train de frapper deux soldats israéliens à l’entrée de sa maison a fait exploser sa notoriété le 15 décembre dernier. Elle l’a aussi envoyée en prison où la jeune femme doit répondre de douze chefs d’inculpation. Courageuse résistante pour les uns, figure instrumentalisée pour les autres: Ahed Tamimi divise au Proche-Orient et au-delà. Originaire du petit village de Nabi Saleh, jouxtant la colonie de Halamish, la jeune fille est issue d’une famille de militants. Son père, Bassem Tamimi, 50 ans, est l’un des leaders du mouvement de contestation non violent qui a vu le jour dans cette bourgade arabe, privée de sa source d’eau depuis 2009. Marches pacifistes, confrontations avec l’armée: la famille multiplie les actions avec la population locale, caméra au poing. Les images sont ensuite diffusées par Tamimi Press International, un blog créé par l’oncle d’Ahed. «La caméra fait partie de notre lutte, elle rétablit la vérité, explique Bassem Tamimi au Monde. La diffusion de nos films sur les réseaux sociaux permet de contrer les médias conventionnels qui fournissent une image biaisée de la situation.» Les premières traces d’Ahed Tamimi remontent à 2010. Alors âgée de 9 ans, la petite fille vêtue d’une robe taillée dans un keffieh tient tête à un soldat armé. Rebelote en 2012, où elle est filmée brandissant un poing menaçant sous le nez de soldats israéliens. Avec ses jeunes frères et cousins, Ahed est systématiquement placée en tête des cortèges. Une présence jugée «cruciale pour les aider à prendre confiance et leur apprendre à faire face aux problèmes», détaille Bassem Tamimi au Figaro. De quoi alimenter les soupçons de manipulation pour les détracteurs. Quoi qu’il en soit, la notoriété de la jeune militante est lancée. En 2012, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan la reçoit pour la féliciter. En mars 2013, le New York Times Magazine consacre sa une au village de Nabi Saleh et immortalise le visage d’Ahed Tamimi au côté de onze autres Palestiniens. Le titre en dit long sur la détermination prêtée aux villageois: «S’il y a une troisième intifada, nous voulons être ceux qui l’ont lancée». Dans la vidéo du 15 décembre visionnée plusieurs milliers de fois, Ahed et sa cousine interpellent et molestent physiquement deux soldats israéliens qui demeurent immobiles. Coups de poing, coups de pied, gifles: les deux jeunes femmes rejointes par d’autres habitants finissent par former une chaîne humaine pour bloquer l’entrée du domicile. La veille, son cousin, Mohammed al-Tamimi, avait été touché à la tête par une balle en caoutchouc. Symbole du courage palestinien et d’une jeunesse qui se révolte sans armes, Ahed Tamimi bénéficie d’un large soutien. Sur Twitter, le hashtag #FreeAhedTamimi est devenu viral. Selon la psychiatre Samah Jabr, interrogée par Le Monde, ce mouvement de solidarité n’est pas dû au hasard. «Si Ahed avait été brune et voilée, elle n’aurait pas reçu la même empathie de la part des médias internationaux. Un tel profil [brune et voilée] est plus facilement associé à l’islamisme et donc au terrorisme. Son attitude aurait alors été aussitôt liée à de la violence plus qu’à de l’héroïsme, comme c’est le cas aujourd’hui.» Du côté israélien en revanche, Ahed Tamimi est vue comme une «provocatrice qui sait médiatiser ses actes», elle-même manipulée par sa famille. Face aux méthodes de la jeune activiste, le quotidien Times of Israel souligne la réaction «professionnelle» des soldats de Tsahal qui restent impassibles, malgré l’humiliation. Le Temps

C’est juste un entrainement à l’évacuation, imbécile !

A l’heure où devant le désintérêt croissant du Monde arabe ….

Le Hamas tente par une ultime mise en scène de faire oublier le fiasco toujours plus criant de leur régime  terroriste …

Et qu’entre deux leçons de théologie, nos belles âmes et médias en mal de contenu nous resservent le scénario réchauffé de la riposte disproportionnée d’Israël …

Alors que l’on redécouvre que nos anciens faussaires – certains ayant toujours pignon sur rue – n’avaient rien à envier à nos actuels Charles Enderlin

Retour via notamment l’une de ses plus célèbres praticiennes, récemment prise en flagrant délit de provocation musclée contre un soldtat israélien et arrêtée, Ahed Tamimi alias « Shirley Temper » …

Sur la florissante industrie de fausses images palestinienne plus connue sous le nom de Pallywood …

Ahed Tamimi, icône ou marionnette de la résistance palestinienne?
Issue d’une famille de militants contre l’occupation, la jeune fille de 16 ans s’est récemment filmée en train de molester des soldats israéliens. Son incarcération fait polémique
Sylvia Revello
Le Temps
3 janvier 2018

Imposante crinière blonde, regard azur déterminé, mains désarmées: du haut de ses 16 ans, la jeune Ahed Tamimi est devenue le symbole de la révolte palestinienne contre l’occupation en Cisjordanie. Une vidéo où on la voit en train de frapper deux soldats israéliens à l’entrée de sa maison a fait exploser sa notoriété le 15 décembre dernier. Elle l’a aussi envoyée en prison où la jeune femme doit répondre de douze chefs d’inculpation. Courageuse résistante pour les uns, figure instrumentalisée pour les autres: Ahed Tamimi divise au Proche-Orient et au-delà.

Originaire du petit village de Nabi Saleh, jouxtant la colonie de Halamish, la jeune fille est issue d’une famille de militants. Son père, Bassem Tamimi, 50 ans, est l’un des leaders du mouvement de contestation non violent qui a vu le jour dans cette bourgade arabe, privée de sa source d’eau depuis 2009. Marches pacifistes, confrontations avec l’armée: la famille multiplie les actions avec la population locale, caméra au poing. Les images sont ensuite diffusées par Tamimi Press International, un blog créé par l’oncle d’Ahed. «La caméra fait partie de notre lutte, elle rétablit la vérité, explique Bassem Tamimi au Monde. La diffusion de nos films sur les réseaux sociaux permet de contrer les médias conventionnels qui fournissent une image biaisée de la situation.»

Jeunes en tête de cortège

Les premières traces d’Ahed Tamimi remontent à 2010. Alors âgée de 9 ans, la petite fille vêtue d’une robe taillée dans un keffieh tient tête à un soldat armé. Rebelote en 2012, où elle est filmée brandissant un poing menaçant sous le nez de soldats israéliens.

Avec ses jeunes frères et cousins, Ahed est systématiquement placée en tête des cortèges. Une présence jugée «cruciale pour les aider à prendre confiance et leur apprendre à faire face aux problèmes», détaille Bassem Tamimi au Figaro. De quoi alimenter les soupçons de manipulation pour les détracteurs.

Rencontre avec Recep Tayyip Erdogan

Quoi qu’il en soit, la notoriété de la jeune militante est lancée. En 2012, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan la reçoit pour la féliciter. En mars 2013, le New York Times Magazine consacre sa une au village de Nabi Saleh et immortalise le visage d’Ahed Tamimi au côté de onze autres Palestiniens. Le titre en dit long sur la détermination prêtée aux villageois: «S’il y a une troisième intifada, nous voulons être ceux qui l’ont lancée».

#FreeAhedTamimi

Dans la vidéo du 15 décembre visionnée plusieurs milliers de fois, Ahed et sa cousine interpellent et molestent physiquement deux soldats israéliens qui demeurent immobiles. Coups de poing, coups de pied, gifles: les deux jeunes femmes rejointes par d’autres habitants finissent par former une chaîne humaine pour bloquer l’entrée du domicile. La veille, son cousin, Mohammed al-Tamimi, avait été touché à la tête par une balle en caoutchouc. Symbole du courage palestinien et d’une jeunesse qui se révolte sans armes, Ahed Tamimi bénéficie d’un large soutien. Sur Twitter, le hashtag #FreeAhedTamimi est devenu viral.

Apparence et empathie

Selon la psychiatre Samah Jabr, interrogée par Le Monde, ce mouvement de solidarité n’est pas dû au hasard. «Si Ahed avait été brune et voilée, elle n’aurait pas reçu la même empathie de la part des médias internationaux. Un tel profil [brune et voilée] est plus facilement associé à l’islamisme et donc au terrorisme. Son attitude aurait alors été aussitôt liée à de la violence plus qu’à de l’héroïsme, comme c’est le cas aujourd’hui.»

«Provocatrice qui médiatise ses actes»

Du côté israélien en revanche, Ahed Tamimi est vue comme une «provocatrice qui sait médiatiser ses actes», elle-même manipulée par sa famille. Face aux méthodes de la jeune activiste, le quotidien Times of Israel souligne la réaction «professionnelle» des soldats de Tsahal qui restent impassibles, malgré l’humiliation.

Voir aussi:

Ahed Tamimi, le nouveau visage de la révolte palestinienne

Julien Licourt

Le Figaro

PORTRAIT – Deux yeux bleus sous un amas de cheveux blonds et bouclés. En quelques années, la jeune fille est devenue un symbole. Âgée de 16 ans, elle jugée aujourd’hui pour avoir frappé des soldats israéliens. Elle risque 7 ans de prison.

Elle rêvait de devenir footballeuse au FC Barcelone. Le sport n’aura pas fait d’elle une icône, l’activisme politique, oui. Ahed Tamimi, 16 ans seulement, est devenue en quelques années, et autant d’images choc, le nouveau visage de la révolte palestinienne face à l’occupation israélienne de la Cisjordanie. La jeune femme, placée en détention fin décembre suite à la diffusion d’une vidéo, devenue virale, où on la voit frapper deux soldats israéliens, est jugée aujourd’hui par un tribunal militaire. Mardi, à l’ouverture de l’audience, la juge a demandé aux journalistes et aux diplomates présents de sortir, autorisant seulement la famille à rester. Retour sur le parcours éclair d’une militante tombée dans l’activisme dès son plus jeune âge.

L’histoire d’Ahed Tamimi est intrinsèquement liée à Nabi Saleh, petit village de Cisjordanie, situé entre Tel Aviv et Jérusalem. Cette bourgade arabe de quelques centaines d’habitants fait face à la colonie israélienne de Halamish, qui s’est appropriée des terres et une source d’eau appartenant au village. Un acte qui révolte les habitants de Nabi Saleh. Dès 2009, une marche hebdomadaire de protestation est organisée et tourne régulièrement à la confrontation avec les forces israéliennes. La famille Tamimi est en pointe de la contestation.

Ahed Tamimi, ici en 2010. Elle est âgée de seulement 9 ans.
Ahed Tamimi, ici en 2010. Elle est âgée de seulement 9 ans. – Crédits photo : ABBAS MOMANI/AFP

Arrêté de nombreuses fois, le père d’Ahed, Bassem Tamimi, 50 ans, en est un des leaders. Bassem rêve de créer «un modèle de résistance civile, qui prouverait que nous ne sommes pas des terroristes et que nous sommes les propriétaires de ces terres, explique-t-il au journal israélien Haaretz, en 2010. Nous voulons envoyer aux Palestiniens et Israéliens le message qu’il existe cet autre modèle de résistance, non-violent.» En 2012, son activisme le conduit une nouvelle fois en prison, Amnesty international mènera une campagne pour faire libérer celui que l’ONG qualifie de «prisonnier de conscience».

L’arme, c’est l’image

Lors des manifestations de Nabi Saleh, les pierres volent. Mais ce ne sont pas les projectiles principaux. La véritable arme ici, c’est l’image. L’oncle d’Ahed, Bilal Tamimi a lancé son «agence de presse citoyenne», «Tamimi press international». En réalité un blog diffusant quelques nouvelles de la lutte locale. La mère d’Ahed, Nariman Tamimi, tout aussi engagée que son mari, se retrouve souvent derrière la caméra, à filmer les confrontations.

Ahed Tamimi, en 2012. C'est l'image qui la fait connaître à l'international.
Ahed Tamimi, en 2012. C’est l’image qui la fait connaître à l’international. – Crédits photo : ABBAS MOMANI/AFP

Et pour parvenir à ses fins, la famille Tamimi ne craint pas non plus de mettre en avant ses enfants. Bassem Tamimi estime même que leur présence est «cruciale pour les aider à prendre confiance et leur apprendre à faire face aux problèmes». C’est ainsi qu’en 2010, Ahed Tamimi se retrouve sur la première photo diffusée à l’international par l’Agence France presse (voir ci-dessus). Âgée de 9 ans, la petite fille est alors vêtue d’une robe taillée dans un keffieh palestinien. Devant elle s’avance un soldat israélien, dont le fusil d’assaut semble presque aussi grand qu’elle.

Deux ans plus tard sera prise la photo qui fera d’elle une icône. La fillette a un peu grandi. Elle est cette fois vêtue d’un débardeur où l’on voit distinctement le mot Love (amour) et le symbole de la paix popularisé par les hippies. Ahed Tamimi, poursuit des militaires, lève un poing menaçant, bien que totalement dérisoire face aux grands soldats qui l’entourent et que cette rébellion infantile fait sourire. «Je suis plus forte que n’importe lequel de tes soldats», hurle-t-elle. Un reportage de France 2 montre qu’Ahed sait déjà comment jouer avec les caméras. De quoi s’attirer les premières critiques de manipulation.

«L’image est la seule arme dont ils disposent, explique au Figaro Bertrand Heilbronn, le président de l’association France Palestine solidarité, qui a pu rencontrer plusieurs fois certains membres de la famille. Bien sûr, ils cherchent à se faire photographier. Mais c’est également la seule façon qu’ils ont de se protéger face à des soldats. Cela fait partie de la lutte non-violente.»

Le New York Times magazine du 17 mars 2013. Ahed Tamimi est située en bas, la deuxième en partant de la droite.
Le New York Times magazine du 17 mars 2013. Ahed Tamimi est située en bas, la deuxième en partant de la droite. – Crédits photo : Capture d’écran.

Notoriété internationale

Qu’importe, sa notoriété est faite. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, l’invite pour la féliciter. Un honneur dont l’adolescente n’a que faire. «N’importe quel Palestinien vaut deux Erdogan, car on se bat pour notre terre», dira-t-elle en retour. Le New York Times magazine consacre sa une de mars 2013 à Nabi Saleh, avec pour titre «S’il y a une troisième intifada, nous voulons être ceux qui l’ont lancée.» Ahed Tamimi est l’un des douze portraits mis en valeur par la publication américaine.

En 2015, une nouvelle image fait le tour du monde. On y voit un soldat israélien plaquer au sol un jeune enfant, le frère d’Ahed, le bras dans le plâtre, mais accusé d’avoir lancé des pierres sur les militaires. Un groupe de femmes l’agrippent, dont Ahed Tamimi, qui mord la main de l’homme.

Ahed Tamimi tente de faire lâcher prise en mordant le soldat israélien qui tente d'arrêter son petit frère.
Ahed Tamimi tente de faire lâcher prise en mordant le soldat israélien qui tente d’arrêter son petit frère. – Crédits photo : ABBAS MOMANI/AFP

À l’été 2017, Ahed Tamimi réapparait en Afrique du Sud. À 16 ans, elle est maintenant une jeune fille à la grande chevelure blonde et bouclée. Elle porte toujours le keffieh palestinien. La visite est hautement symbolique: accompagnés de deux autres jeunes activistes, elle dépose une gerbe de fleurs au mémorial de Hector Pieterson, jeune Sud-Africain tué lors d’une manifestation de la population noire à Soweto dans les années 1960. Elle expliquait alors lors d’une rencontre avec les habitants qu’elle ne voulait pas être soutenue «à cause de quelques larmes photogéniques, mais parce que nous avons fait le choix d’une juste lutte. C’est la seule façon d’arrêter de pleurer un jour.»

La jeune fille est de toutes les luttes. Aussi, lorsque le président américain Donald Trump décide de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem, elle se joint aux manifestations de Palestiniens. Avec sa cousine Nour, elles s’en prennent à deux soldats israéliens, comme elles l’ont fait si souvent. Elles les frappent, les giflent. Les deux hommes restent impassibles.

Relayée par les médias, la vidéo est vue des millions de fois. Sauf que l’image d’Ahed Tamimi n’est pas du tout la même, côté israélien. On n’y voit pas la résistante, mais une «provocatrice qui sait médiatiser ses actes», selon certains journaux, qui soulignent l’humiliation dont sont victimes les soldats de Tsahal et, à travers eux, de tout le pays. Dans la nuit du 18 au 19 décembre, l’adolescente est arrêtée. Les images de la jeune femme sont à nouveau publiées dans tous les médias.

Ahed Tamimi, lors de sa comparution devant le tribunal militaire, le 1er janvier.
Ahed Tamimi, lors de sa comparution devant le tribunal militaire, le 1er janvier. – Crédits photo : AMMAR AWAD/REUTERS

Le 1er janvier, le tribunal décide de retenir 12 chefs d’inculpation contre elle, portant notamment sur 5 autres faits de l’année précédente (agression des forces de sécurité, lancé de pierres ou encore pour avoir participé à des émeutes). La jeune femme risque 7 ans de prison.

Voir aussi:

L’adolescente palestinienne Ahed Tamimi plaide coupable devant la justice militaire israélienne

L’adolescente, devenue un symbole de la lutte contre l’occupation pour une vidéo la montrant giflant un soldat en Cisjordanie, a été condamnée à huit mois de prison.

Piotr Smolar (Nabi Saleh, Cisjordanie, envoyé spécial)

Le Monde

Ahed Tamimi sortira de prison d’ici à l’été. La jeune Palestinienne, arrêtée pour avoir giflé et bousculé un soldat israélien dans son village de Nabi Saleh, en Cisjordanie, a accepté de plaider coupable, mercredi 21 mars. Détenue depuis décembre 2017, elle a été condamnée à huit mois de prison. Le parquet militaire a abandonné huit des douze charges retenues à l’origine contre cette adolescente, devenue une figure iconique sur les réseaux sociaux, dans les territoires occupés et à l’étranger.

Ahed Tamimi, 17 ans, a fait comme les centaines d’autres mineurs palestiniens arrêtés chaque année : elle a plaidé coupable car elle ne pouvait se défendre conformément aux normes du droit.

En 2013, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) parlait de mauvais traitements « institutionnalisés » sur les mineurs par la justice militaire israélienne. Dans un rapport publié le 20 mars, l’ONG israélienne B’Tselem s’est également penchée sur ce système. Elle souligne la continuité des abus depuis que cette justice des mineurs est apparue en 2009 : arrestations de nuit, isolement, menaces, abus verbaux et parfois physiques…

Selon le rapport, dans « l’écrasante majorité des cas », le tribunal pour mineurs se contente d’entériner la pratique du « plaider coupable ». Une issue acceptée par le clan Tamimi, dès lors que le tribunal avait refusé la publicité des débats. « Cela signifiait qu’il n’y aurait aucun procès équitable, devant témoins, explique Me Gaby Lasky, l’avocate d’Ahed. C’était une façon de la faire taire. » Mais faire taire les Tamimi n’est pas une affaire aisée.

Débat national

L’obstination est le trait de caractère partagé dans le clan, contaminant l’ensemble du village de Nabi Saleh. Depuis tant d’années, la cuisine familiale est le quartier général de la lutte locale. Là où les résidents affluent, où les militants passent, où les journalistes se succèdent, posant la même question : « Pourquoi ici ? » Qu’est-ce qui rend cette commune spéciale, sur la carte des mobilisations palestiniennes ?

Cette interrogation a redoublé de vigueur, le 15 décembre 2017, lorsque Ahed Tamimi a pris à partie un soldat israélien qui s’était présenté, une millième fois, devant la maison familiale. Peu avant, son cousin Mohammed avait eu la boîte crânienne fracassée par une balle en caoutchouc. Il est à présent défiguré. Ahed s’est avancée avec sa cousine. Sa mère Nariman filmait, ce qui lui vaudra la même peine de prison que l’adolescente. Les deux Israéliens en uniforme ont fait preuve de retenue : il s’agissait là d’un épisode banal dans le quotidien de l’occupation. Mais la diffusion virale de la vidéo va changer la donne.

Un débat national s’installe sur la fermeté à adopter en pareilles circonstances. « La société israélienne est malade, affirme Bassem Tamimi. Ils ne supportent pas que leurs soldats soient stoppés. Ils voulaient punir Ahed. » Quatre jours après les faits, elle est placée en détention, comme plus de 300 autres mineurs palestiniens actuellement. La différence est que son procès a éveillé une attention sans égal. Selon un sondage publié le 20 mars par le Palestinian Center for Policy and Survey (PSR), 92 % des personnes interrogées disent connaître l’adolescente. Parmi eux, 64 % l’érigent en modèle.

Résistance

Il faut oublier les boucles d’or d’Ahed, expliquant en partie l’empathie qu’elle suscite à l’étranger. Elle est photogénique, certes, mais surtout elle vient de loin, sans légèreté. « Ahed n’a pas eu d’enfance, murmure son père. Ce n’est pas à elle et à sa génération de gifler ce soldat. Je me sens coupable, mais j’espère qu’ils réussiront. Ahed n’a pas giflé un individu mais un uniforme. Je hais ce régime, ce système, la colonisation. »

Bassem Tamimi est un vétéran de la lutte contre l’occupation, qui a intégré l’échec des négociations de paix dans la foulée des accords d’Oslo (1993). Longtemps favorable à la solution à deux Etats, il a changé d’avis pendant la seconde Intifada.

« Les Israéliens gagnent du temps. Leur plan, c’est le grand Israël, de la mer au Jourdain. »

Les dirigeants palestiniens sont à ses yeux déconsidérés. Pourtant, il a accepté d’être reçu par le président Mahmoud Abbas, le 5 février. « On a besoin de tout le monde », lâche-t-il.

Bassem Tamimi a passé une semaine dans le coma en 1993 après avoir été frappé lors d’un interrogatoire. Sa sœur a été tuée, d’autres membres du clan aussi. Emprisonné à neuf reprises, pour une période totale d’environ quatre ans, le père d’Ahed a confronté ses vues à celles d’autres prisonniers. La lutte armée lui paraissait être une voie sans issue.

Il décida alors de transformer Nabi Saleh en laboratoire de la résistance populaire. Consécration en 2013 : le village fait la « une » du New York Times Magazine. Autant dire que Nabi Saleh exaspère les Israéliens. En 2016, une sous-commission à la Knesset (Parlement) a même demandé des vérifications confidentielles, pour établir si les Tamimi constituaient une vraie famille.

Nabi Saleh est situé à environ vingt kilomètres au nord-ouest de Ramallah. Tout le monde se connaît parmi les 600 habitants. On y dit qu’ils sont déjà 260 à être allés en prison, dont 44 mineurs. On partage les deuils et les mariages, les colères et les joies.

Le village dispose d’une source d’eau naturelle qui fait l’objet d’un conflit intense avec les habitants de Halamish, la colonie israélienne qui occupe un flanc de colline en face. Les colons, installés ici depuis 1977, ont rogné les terres privées palestiniennes, au fil des ans, sous la protection de l’armée.

Viral

A compter de 2009, les villageois ont décidé de s’investir collectivement. Au point qu’une sorte de rituel du vendredi s’est imposé, sous l’attention grandissante des médias. D’abord, une courte marche dans les rues ; les soldats se tiennent à l’entrée du village, à pied ou en véhicule blindé ; ils décident d’interrompre ce rassemblement, tirent des grenades lacrymogènes ou assourdissantes ; des jeunes, le visage masqué, essaient de les viser avec des pierres, provoquant une réponse plus forte, des arrestations, des blessures.

Mais la famille Tamimi ne s’est pas contentée de ce rituel local. En utilisant les réseaux sociaux, elle en a fait une sorte de série sans fin. Une page Facebook, une chaîne sur YouTube, des comptes Twitter, des listes d’envoi par courriel : le visage d’Ahed n’est pas devenu viral par magie.

La famille Tamimi a appliqué au village les recettes qui ont marché partout dans le monde, hors des cadres partisans traditionnels, des partis ou des syndicats. Les manifestations ont simplement cessé d’être hebdomadaires, car elles banalisaient la mobilisation et la privaient de tout effet de surprise.

« On était conscients de l’importance de ces réseaux sociaux pour toucher la jeunesse, pour planter des graines en eux et susciter un questionnement, explique Manal, 43 ans, tante d’Ahed. Les vidéos changent le regard des gens. Ils ont vu grandir Ahed ainsi. »

A l’entrée de la maison de Manal, il y a une sorte de galerie des canettes de gaz lacrymogène, récupérées au fil des ans. Sur sa terrasse, de vieux canapés ont été installés. D’ici, on voit la silhouette des soldats se dessiner sur la colline, en début d’après-midi, le vendredi, à l’heure des confrontations. On peut alors prévenir les gamins qui traînent dans la rue.

Voir également:

Particularly violent pictures from a West Bank rally, featuring a young girl biting an IDF soldier, have received international attention.

Distinctively violent images have emerged from an almost typical protest in the West Bank on Friday and have made their way to major media networks around the world.The pictures, taken during a protest in the village of Nebi Salah, show a young girl and two other women struggling with an IDF soldier, who is holding a Palestinian boy by his arm, preventing the boy from moving.

Video purporting to show the violent incident

The IDF said in response that the boy was throwing stones, and as such a decision was made to arrest him.

The Daily Mail featured the image and wrote, « With terror etched on his face, the boy is powerless to move as the gunman towers over him, with the muzzle of his weapon just inches from his cheek. »

Photo: AFP

Photo: AFP

Photo:Reuters

Photo:Reuters

Photo:Reuters

Photo:Reuters

Photo:Reuters

Photo:Reuters

The British daily further added, « But as he pins the boy to a rock, the soldier suddenly finds himself ambushed by a young girl who forces the weapon from his grasp and bites his hand. Meanwhile, two women claw at his balaclava-clad face and drag him off the youngster. Eventually, the gunman flees the scene, leaving the young girl to cradle the terrified boy in her arms. »

Photo:Reuters

Photo:Reuters

Photo:AFP

Photo:AFP

The Daily Mail mentioned that the circumstances of the incident were unclear, and they were unaware of what caused the soldier to « take such drastic actions. »

However, they do mention that these protests often involve Palestinian youths and children throwing stones at security forces.

The IDF spokesperson has confirmed that the events occurred during a violent protest in which Palestinians threw stones at an IDF force that was set up in the area.

Photo:Reuters

Photo:Reuters

« The youth in the picture was seen throwing rocks, and as such a decision was made to arrest him. During the arrest, a violent provocation began which included a number of Palestinian women and children. As a result of the violent clash, a decision was made by the regional commander to cease the arrest, » the IDF said in a statement.

Army officials added that: « Two additional Palestinian youths were arrested for throwing stones during the violent clashes. The soldier pictured was lightly wounded as a result of the violent actions against him. »

Palestinians also threw stones at an IDF bulldozer during clashes on Friday in the village of Kadum, near Nablus.

The protests occurred a mere day after the outgoing EU envoy to the Palestinian Territories announced that 28 EU member states were advancing measures against the settlements. According to the envoy, John Gatt-Rutter, « there is support within the union to go on with the measures ». Rutter added that, « There are more tools » which the Union could use against the settlements. »

Voir de même:

Israellycool And Readers Get Shirley Temper’s Name Splashed Across Daily Mail (Updated)


Ostensibly, it looks like every Israel hater’s wet dream: images of an armed IDF soldier trying to detain a young boy wearing a sling, while having women and children trying to stop him, armed with nothing but their hands.

Of course, there was context.

“The youth in the picture was seen throwing rocks, and as such a decision was made to arrest him. During the arrest, a violent provocation began which included a number of Palestinian women and children. As a result of the violent clash, a decision was made by the regional commander to cease the arrest,” the IDF said in a statement.

Army officials added that: “Two additional Palestinian youths were arrested for throwing stones during the violent clashes. The soldier pictured was lightly wounded as a result of the violent actions against him.”

But the initial Daily Mail report very much reflected the “simple” narrative

And then something amazing happened.

Israellycool readers recognized the biting girl as the Pallywood star “Shirley Temper”, whose exploits I have documented comprehensively on this blog. Exploits which involve deliberately trying to provoke IDF soldiers under the watchful and encouraging eye of her parents, in order to produce great images for propaganda.

And they might have gotten away with it too, had it not been for those meddling yids!

Readers inundated the Daily Mail with links to this blog showing what Shirley Temper and her family have been up to. And Brian of London also contacted an editor over at the paper.

And the Daily Mail responded – by changing the tone of the story entirely, providing context to it and revealing Shirley Temper’s history.

Questions raised over shocking West Bank image of boy with a broken arm being held at gunpoint by an Israeli soldier after girl, 13, seen biting attacker is revealed as prolific ‘Pallywood star’

Questions have been raised over the authenticity of shocking images of a boy with a broken arm being held at gunpoint by an Israeli soldier after a 13-year-old girl seen biting his attacker is said to be a prolific ‘Pallywood star’.

The remarkable images which surfaced online on Friday appeared to show an IDF soldier armed with a machine gun grappling with the little boy as two women make desperate attempts to pull him off following protests in the West Bank.

A young girl is seen ambushing the balaclava-clad soldier by forcing the weapon from his hands and biting him before he flees the scene.

But it is thought the young girl in the photographs is Ahed Tamimi, whose parents Bassem and Nariman – also pictured – are well-known Palestinian activists in their village of Nabi Saleh.

The teenager has appeared in a string of similar videos where she challenges Israeli security forces and rose to prominence after she was filmed confronting one who arrested her brother, which resulted in her being presented with a bravery award.

She was handed the ‘Handala Award for Courage’ by the president of Turkey, Recep Tayyip Erdo?an, in Istanbul, where she reportedly expressed she would like to live.

Online blogs have dubbed her ‘Shirley Temper’ and accused her of being a ‘Pallywood’ star – a term coined by author Richard Landes, describing the alleged media manipulation by Palestinians to win public relations war against Israel.

Her father, Bassem al-Tamimi, was convicted by an Israeli military court in 2011 for ‘sending people to throw stones, and holding a march without a permit’ – a charge his lawyers deny.

He has been jailed eight times, while his wife has been detained five times. Other family members, including their son Waed, has also been arrested.

Bassem organises weekly protests and it was reportedly at one of these demonstrations that the shocking images are said to have been taken.

An Israeli army spokesman said that Palestinians had been throwing stones at an IDF force which was set up in the area.

An image has emerged on the internet of a boy, said to be the youth that was held at gunpoint, throwing rocks with one arm, while his other remained in plaster and in a sling.

The spokesman added that a decision was made to arrest the boy and it was during the detention that a ‘violent provocation’ began, including a number of Palestinian women and children.

He told Haaretz that there was ‘a violent disturbance of the peace in Nabi Saleh, in which Palestinians threw stones at IDF forces that were in the place.

‘The youth who was photographed was identified by the lookout force as a stone-thrower, and because of this it was decided to detain him.

At the time of the arrest, a violent provocation by a number of Palestinians developed, including women and children. In light of the violent altercation, the commander decided to not to go ahead with the detention.’

He added: ‘Two additional Palestinian youths were arrested for throwing stones during the violent clashes. The soldier pictured was lightly wounded as a result of the violent actions against him.’

Notice the oblique reference to Israellycool as “online blogs” (for the record, I invented the label Shirley Temper).

But I’ll take this as a win. Allowed to go unchecked, this would have been an unmitigated PR disaster for Israel. As it is, I am sure some damage has been done, but not as much as would have been the case had the Daily Mail not been alerted to the Tamimi family’s background in Pallywood productions. Now, Daily Mail readers will see the images, read the article, and might ask “What kind of parents would allow their child – already in a sling – to be placed in harm’s way?”

So thank you dear readers. We really can make a difference.

Update: Ahed Tamimi, Shirley Temper herself, shared on her Facebook page a link to the original Daily Mail story.

She’s in for a rude shock when she discovers it now points to the updated version, which exposes her family’s antics to a larger audience.

Update: It looks like The Telegraph had covered the confrontation, but has now pulled the story.

Update: This photo confirms the IDF account – Shirley Temper’s brother was throwing rocks before his Oscar-winning performance (hat tip: Johnny and other readers).

Update (Brian): The photo of the brother throwing rocks may have been doctored. We have taken it down pending more investigation.

Voir de plus:

Questions raised over shocking West Bank image of boy with a broken arm being held at gunpoint by an Israeli soldier after girl, 13, seen biting attacker is revealed as prolific ‘Pallywood star’

  • Israeli soldier was pictured pinning boy to the floor with machine gun held up near his cheek in the West Bank
  • But the gunman is ambushed by young girl who forces weapon from his hand and two women who claw at his face 
  • Girl in pictures is believed to be Ahed Tamimi, whose parents Bassem and Nariman are Palestinian activists
  • She has appeared in a string of similar videos where she confronts Israeli soldiers and once won a bravery award 
  • Clash happened during demonstrations against Palestinian land confiscation to expand nearby Jewish settlement 

The Daily Mail

Questions have been raised over the authenticity of shocking images of a boy with a broken arm being held at gunpoint by an Israeli soldier after a 13-year-old girl seen biting his attacker is said to be a prolific ‘Pallywood star’.

The remarkable images which surfaced online on Friday appeared to show an IDF soldier armed with a machine gun grappling with the little boy as two women make desperate attempts to pull him off following protests in the West Bank.

A young girl is seen ambushing the balaclava-clad soldier by forcing the weapon from his hands and biting him before he flees the scene.

Scroll down for video 

This shocking image which appears to show Palestinians fighting to free a little boy held by an Israeli soldier appeared online on Friday

This shocking image which appears to show Palestinians fighting to free a little boy held by an Israeli soldier appeared online on Friday

But it is thought the young girl in the photographs is Ahed Tamimi, whose parents Bassem and Nariman – also pictured – are well-known Palestinian activists in their village of Nabi Saleh.

The teenager has appeared in a string of similar videos where she challenges Israeli security forces and rose to prominence after she was filmed confronting one who arrested her brother, which resulted in her being presented with a bravery award.

She was handed the ‘Handala Award for Courage’ by the president of Turkey, Recep Tayyip Erdoğan, in Istanbul, where she reportedly expressed she would like to live.

Online blogs have dubbed her ‘Shirley Temper’ and accused her of being a ‘Pallywood’ star – a term coined by author Richard Landes, describing the alleged media manipulation by Palestinians to win public relations war against Israel.

The Israeli soldier is said to have put the young boy in a headlock at gunpoint following a march against Palestinian land confiscation to expand the Jewish Hallamish settlement in the West Bank village of Nabi Saleh

The Israeli soldier is said to have put the young boy in a headlock at gunpoint following a march against Palestinian land confiscation to expand the Jewish Hallamish settlement in the West Bank village of Nabi Saleh

According to an Israeli army spokesperson, the boy in the pictures was accused of throwing stones at IDF soldiers and was arrested

According to an Israeli army spokesperson, the boy in the pictures was accused of throwing stones at IDF soldiers and was arrested

It was then that the soldier was ambushed by a girl, who forces the weapon from his grasp, while two other women desperately fight to free the little boy

It was then that the soldier was ambushed by a girl, who forces the weapon from his grasp, while two other women desperately fight to free the little boy

Her father, Bassem al-Tamimi, was convicted by an Israeli military court in 2011 for ‘sending people to throw stones, and holding a march without a permit’ – a charge his lawyers deny.

He has been jailed eight times, while his wife has been detained five times. Other family members, including their son Waed, has also been arrested.

Bassem organises weekly protests and it was reportedly at one of these demonstrations that the shocking images are said to have been taken.

An Israeli army spokesman said that Palestinians had been throwing stones at an IDF force which was set up in the area.

An image has emerged on the internet of a boy, said to be the youth that was held at gunpoint, throwing rocks with one arm, while his other remained in plaster and in a sling.

The spokesman added that a decision was made to arrest the boy and it was during the detention that a ‘violent provocation’ began, including a number of Palestinian women and children.

He told Haaretz that there was ‘a violent disturbance of the peace in Nabi Saleh, in which Palestinians threw stones at IDF forces that were in the place.

It has emerged that the girl in the pictures (far left) is believed to be Ahed Tamimi, who has appeared in similar videos online where she confronts Israeli soldiers

It has emerged that the girl in the pictures (far left) is believed to be Ahed Tamimi, who has appeared in similar videos online where she confronts Israeli soldiers

She rose to prominence after she was filmed confronting a soldier who arrested her brother, which resulted in her being presented with a bravery award

She rose to prominence after she was filmed confronting a soldier who arrested her brother, which resulted in her being presented with a bravery award

Online blogs have dubbed her 'Shirley Temper' and accused her of being a 'Pallywood' star - a term coined by author Richard Landes, describing the alleged media manipulation by Palestinians to win public relations war against Israel 

Online blogs have dubbed her ‘Shirley Temper’ and accused her of being a ‘Pallywood’ star – a term coined by author Richard Landes, describing the alleged media manipulation by Palestinians to win public relations war against Israel

‘The youth who was photographed was identified by the lookout force as a stone-thrower, and because of this it was decided to detain him. At the time of the arrest, a violent provocation by a number of Palestinians developed, including women and children. In light of the violent altercation, the commander decided to not to go ahead with the detention.’

He added: ‘Two additional Palestinian youths were arrested for throwing stones during the violent clashes. The soldier pictured was lightly wounded as a result of the violent actions against him.’ 

The clash happened in the village of Nabi Saleh, near Ramallah, during protests against Palestinian land confiscation to expand the nearby Jewish Hallamish settlement.

In another flashpoint, Palestinian protester hurled stones at Israeli army bulldozer during clashes which following a protest against Israeli settlements in Qadomem, Kofr Qadom village, near the the West Bank city of Nablus.

They come a day after the European Union’s outgoing envoy to the Palestinian territories said the 28-nation bloc was moving forward with measures against Jewish West Bank settlements.

The envoy, John Gatt-Rutter, did not provide a timeframe. But his remarks to reporters underline European discontent with Israel’s continued expansion of settlements in territory that Palestinians want for a future state.

A Palestinian protester, with a petrol bomb in his pocket, hurls rocks towards Israeli security forces during clashes following a demonstration against the expropriation of Palestinian land by Israel on August 28, 2015 in the village of Kafr Qaddum, near Nablus in the occupied West Bank

A Palestinian protester throws stones towards a vehicle of Israeli security forces firing tear gas canisters during clashes following a demonstration against the expropriation of Palestinian land by Israel on August 28, 2015 in the village of Kafr Qaddum, near Nablus in the occupied West Bank

Violent: A Palestinian protester (left), with a petrol bomb in his pocket, hurls rocks towards Israeli security forces during clashes after a demonstration against the expropriation of Palestinian land by Israel in the village of Kafr Qaddum, near Nablus in the occupied West Bank

Palestinian protester hurls stones at Israeli army bulldozer during clashes which following a protest against Israeli settlements in Qadomem

Palestinian protester hurls stones at Israeli army bulldozer during clashes which following a protest against Israeli settlements in Qadomem

Gatt-Rutter said ‘there is support within the union to go on’, adding that there are ‘more tools’ the EU can use.

The EU, Israel’s biggest trading partner, is exploring guidelines that would require Israel to label settlement products.

It already bars goods produced in settlements from receiving customs exemptions given to Israeli goods.

Gatt-Rutter’s remarks come as a grassroots movement promoting boycotts, divestment and sanctions against Israel is gaining steam.

Members of Israeli security forces aims their weapons towards Palestinian stone throwers during clashes following a demonstration against the expropriation of Palestinian land by Israel in the village of Kafr Qaddum, near Nablus in the occupied West Bank

Members of Israeli security forces aims their weapons towards Palestinian stone throwers during clashes following a demonstration against the expropriation of Palestinian land by Israel in the village of Kafr Qaddum, near Nablus in the occupied West Bank

Voir encore:

After at least 20 were killed last Friday by Israeli forces, protesters ignited tires to create black smoke hoping to block visibility
Telesur
6 April 2018

At least four Palestinian protesters were killed, and over 200 have been wounded after Israeli troops opened fire on protesters along the Israel-Gaza border Friday. Five of the persons injured as thousands participated in the March of Return are said to be in critical condition according to medical officials.

The deaths in Friday’s protest follow 24 others, which took place in the first round of demonstrations last week, and add to the trend of severe violence from Israeli troops that led to over 1000 injuries over the same period. Thousands converged on Gaza’s border with Israel and set fire to mounds of tires, which were supposed to block the visibility of Israeli snipers and avoid more deaths, in the second week of demonstrations.

Israel’s violent response to peaceful protests has been heavily criticized over the last week. The United Nations High Commissioner for Human Rights has urged troops to exercise restraint, these calls, however, haven’t been heeded.

Israeli officials have attempted to portray the use of deadly force and firearms as a necessary measure to prevent “terrorists” from infiltrating into Israel and to « protect its border. »

An Israeli military spokesman said Friday they “will not allow any breach of the security infrastructure and fence, which protects Israeli civilians.”

However, the U.N. has reminded the Israeli government that an attempt to cross the border fence does not amount to “threat to life or serious injury that would justify the use of live ammunition.”

The U.N. has also stressed Israel remains the occupying force in Gaza and has the « obligations to ensure that excessive force is not employed against protestors and that in the context of a military occupation, as in the case in Gaza, the unjustified and unlawful recourse to firearms by law enforcement resulting in death may amount to willful killing. »

Israeli Defence Minister Avigdor Lieberman told Israeli public radio Thursday that « if there are provocations, there will be a reaction of the harshest kind like last week, » showing no sign that his government would reconsider their strategy when responding to unarmed protesters.

Pro-Israel organization StandWithUs has resorted to claiming Palestinians are faking injuries to garner international sympathy and supported their claims by posting videos showing « Palestinians practicing for the cameras. » The Palestinians in the video were actually practicing how to evacuate the wounded during the protest.

Other claims advanced by Israeli authorities include accusing the political party Hamas, which Israel considers a terrorist organization, of being, behind the protests.

Asad Abu Sharekh, the spokesperson of the march, has countered the claim saying « the march is organized by refugees, doctors, lawyers, university students, Palestinian intellectuals, academics, civil society organizations and Palestinian families. »

Since March 30th, which marks Palestinian Land Day, thousands have set up several tent encampments within Gaza, some 65 kilometers away from the border.

The symbolic move is part of the Great March of Return which aims to demand the right of over 5 million Palestinian refugees to return to the lands from which they were expelled from after the formation of the state of Israel.

More than half of the 2 million Palestinians who live in Gaza under an over 10-year-long blockade are refugees.

Israel has denied Palestinian refugees this right because of what they call a “demographic threat.”

Voir enfin:

En 1972, dans la revue « Rouge », Edwy Plenel a-t-il vraiment déclaré être solidaire des terroristes des Jeux olympiques de Munich ?

Aerimnos
Checknews
Libération
02/04/2018

Bonjour,

Dans un texte écrit en 1972, publié dans Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Edwy Plenel a, en effet, appelé à «défendre inconditionnellement» les militants de l’organisation palestinienne Septembre Noir, qui venait alors d’assassiner onze membres de l’équipe olympique israélienne lors d’une prise d’otage pendant les Jeux Olympiques de Munich, qui ont eu lieu cette année-là. En ces termes :

« L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël (…) Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation (…) A Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l’assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d’aller au carnage ».

Voilà plusieurs années que ces mots, signés Joseph Krasny, nom de plume de Plenel dans Rouge, sont connus. C’est en 2008 dans Enquête sur Edwy Plenel, écrit par le journaliste Laurent Huberson, qu’ils sont pour la première fois exhumés. Quasiment un chapitre est consacré à l’anticolonialisme, l’antiracisme, et l’antisionisme radical du jeune militant Plenel. C’est dans ces pages que sont retranscrites ces lignes.

Aujourd’hui, elles figurent en bonne place sur la page Wikipedia du journaliste.

Depuis plusieurs jours, ils refont pourtant surface sur Twitter, partagés la plupart du temps par des comptes proches de l’extrême droite. Ce 3 avril, Gilles-William Goldnadel, avocat, longtemps chroniqueur à Valeurs Actuelles, qui officie aujourd’hui sur C8 dans l’émission de Thierry Ardisson Les Terriens du Dimanche, a interpellé le co-fondateur de Mediapart sur Twitter : «Bonsoir Edwy Plenel, c’est pour une enquête de la France Libre [la webtélé de droite lancée par l’avocat début 2018]. Pourriez-vous s’il vous plaît confirmer ou infirmer les infos qui circulent selon lesquelles vous auriez sous l’alias de Krasny féliciter dans Rouge Septembre Noir ?».

« Ce texte exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui »

Plenel n’a pas répondu à Goldnadel sur Twitter. Mais contacté par CheckNews, il a accepté de revenir, par ce mail, sur ce texte écrit en 1972.  En nous demandant de reproduire intégralement sa réponse, «car évidemment, cette campagne n’est pas dénuée d’arrière-pensées partisanes». Que pense donc le Plenel de 2018 des écrits de Krasny en 1972 ?

« Je n’ai jamais fait mystère de mes contributions à Rouge, de 1970 à 1978, sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce texte, écrit il y a plus de 45 ans, dans un contexte tout autre et alors que j’avais 20 ans, exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui. Elle n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque, comme en témoigne un article de Jean-Paul Sartre, le fondateur de Libération, sur Munich dans La Cause du peuple–J’accuse du 15 octobre 1972. Tout comme ce philosophe, j’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme d’où qu’il vienne et sans hésitation. Mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’Etat d’Israël ».

On résume : le co-fondateur de Mediapart, sous le pseudo Joseph Krasny, a bien soutenu en 1972 l’action de l’organisation palestinienne Septembre Noir, qui venait alors d’assassiner onze athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de Munich. Cette chronique, exhumée en 2008 dans un livre critique sur Plenel, a refait surface ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Contacté par CheckNews, Edwy Plenel, récuse fermement ce texte aujourd’hui qui, selon lui, n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque.

Bien cordialement,

Robin A.

Voir par ailleurs:

On the evening of Feb. 10, the living room of Bassem Tamimi’s house in the West Bank village of Nabi Saleh was filled with friends and relatives smoking and sipping coffee, waiting for Bassem to return from prison. His oldest son, Waed, 16, was curled on the couch with his 6-year-old brother, Salam, playing video games on the iPhone that the prime minister of Turkey had given their sister, Ahed. She had been flown to Istanbul to receive an award after photos of her shaking her fist at an armed Israeli soldier won her, at 11, a brief but startling international celebrity. Their brother Abu Yazan, who is 9, was on a tear in the yard, wrestling with an Israeli activist friend of Bassem’s. Nariman, the children’s mother, crouched in a side room, making the final preparations for her husband’s homecoming meal, laughing at the two photographers competing for shots from the narrow doorway as she spread onions onto oiled flatbreads.

On the living-room wall was a “Free Bassem Tamimi” poster, left over from his last imprisonment for helping to organize the village’s weekly protests against the Israeli occupation, which he has done since 2009. He was gone for 13 months that time, then home for 5 before he was arrested again in October. A lot happened during this latest stint: another brief war in Gaza, a vote in the United Nations granting observer statehood to Palestine, the announcement of plans to build 3,400 homes for settlers, an election in Israel. Protests were spreading around the West Bank.

That night, the call came at about 7:30. Twenty people squeezed into three small cars and headed to the village square. More neighbors and cousins arrived on foot. (All of Nabi Saleh’s 550 residents are related by blood or marriage, and nearly all share the surname Tamimi.) Then a dark Ford pulled slowly into the square, and everyone fell silent.

Bassem, who is 45, stepped out of the car, straight-spined, his blue eyes glowing in the lamplight. He seemed a little thinner and grayer than the last time I saw him, in July. He hugged and kissed his eldest son. Ahed was next, then one by one, in silence, Bassem embraced family and friends, Palestinian activists from Ramallah and Jerusalem, Israeli leftists from Tel Aviv. When he had greeted everyone, he walked to the cemetery and stopped in front of the still-unmarked grave of his brother-in-law Rushdie, who was shot by Israeli soldiers in November while Bassem was in prison. He closed his eyes and said a quick prayer before moving on to the tomb of Mustafa Tamimi, who died after being hit in the face by a tear-gas canister in December 2011.

Back at home, Bassem looked dazed. Nariman broke down in his arms and rushed outside to hide her tears. The village was still mourning Rushdie’s death, but the young men couldn’t keep up the solemnity for long. They started with little Hamoudi, the son of Bassem’s cousin, tossing him higher and higher in the air above the yard. They set him down and took turns tossing one another up into the night sky, laughing and shouting as if they never had anything to grieve.

From most south-facing windows in Nabi Saleh, you can see the red roofs of Halamish, the Israeli settlement on the hilltop across the valley. It has been there since 1977, founded by members of the messianic nationalist group Gush Emunim, and growing steadily since on land that once belonged to residents of Nabi Saleh and another Palestinian village. Next to Halamish is an Israeli military base, and in the valley between Nabi Saleh and the settlement, across the highway and up a dirt path, a small freshwater spring, which Palestinians had long called Ein al-Qaws, bubbles out of a low stone cliff. In the summer of 2008, although the land surrounding the spring has for generations belonged to the family of Bashir Tamimi, who is 57, the youth of Halamish began building the first of a series of low pools that collect its waters. Later they added a bench and an arbor for shade. (Years after, the settlers retroactively applied for a building permit, which Israeli authorities refused to issue, ruling that “the applicants did not prove their rights to the relevant land.” Recently, several of the structures have been removed.) When Palestinians came to tend to their crops in the fields beside it, the settlers, villagers said, threatened and threw stones at them.

It took the people of Nabi Saleh more than a year to get themselves organized. In December 2009 they held their first march, protesting not just the loss of the spring but also the entire complex system of control — of permits, checkpoints, walls, prisons — through which Israel maintains its hold on the region. Nabi Saleh quickly became the most spirited of the dozen or so West Bank villages that hold weekly demonstrations against the Israeli occupation. Since the demonstrations began, more than 100 people in the village have been jailed. Nariman told me that by her count, as of February, clashes with the army have caused 432 injuries, more than half to minors. The momentum has been hard to maintain — the weeks go by, and nothing changes for the better — but still, despite the arrests, the injuries and the deaths, every Friday after the midday prayer, the villagers, joined at times by equal numbers of journalists and Israeli and foreign activists, try to march from the center of town to the spring, a distance of perhaps half a mile. And every Friday, Israeli soldiers stop them with some combination of tear gas, rubber-coated bullets, water-cannon blasts of a noxious liquid known as “skunk” and occasionally live fire.

Last summer, I spent three weeks in Nabi Saleh, staying in Bassem and Nariman’s home. When I arrived in June, Bassem had just been released from prison. In March 2011, Israeli soldiers raided the house to arrest him. Among lesser charges, he had been accused in a military court of “incitement,” organizing “unauthorized processions” and soliciting the village youth to throw stones. (In 2010, 99.74 percent of the Palestinians tried in military courts were convicted.) The terms of Bassem’s release forbade him to take part in demonstrations, which are all effectively illegal under Israeli military law, so on the first Friday after I arrived, just after the midday call to prayer, he walked with me only as far as the square, where about 50 villagers had gathered in the shade of an old mulberry tree. They were joined by a handful of Palestinian activists from Ramallah and East Jerusalem, mainly young women; perhaps a dozen college-age European and American activists; a half-dozen Israelis, also mainly women — young anarchists in black boots and jeans, variously pierced. Together they headed down the road, clapping and chanting in Arabic and English. Bassem’s son Abu Yazan, licking a Popsicle, marched at the back of the crowd.

Then there were the journalists, scurrying up hillsides in search of better vantage points. In the early days of the protests, the village teemed with reporters from across the globe, there to document the tiny village’s struggle against the occupation. “Sometimes they come and sometimes they don’t,” Mohammad Tamimi, who is 24 and coordinates the village’s social-media campaign, would tell me later. Events in the Middle East — the revolution in Egypt and civil war in Syria — and the unchanging routine of the weekly marches have made it that much harder to hold the world’s attention. That Friday there was just one Palestinian television crew and a few Israeli and European photographers, the regulars among them in steel helmets.

In the protests’ first year, to make sure that the demonstrations — and the fate of Palestinians living under Israeli occupation — didn’t remain hidden behind the walls and fences that surround the West Bank, Mohammad began posting news to a blog and later a Facebook page (now approaching 4,000 followers) under the name Tamimi Press. Soon Tamimi Press morphed into a homegrown media team: Bilal Tamimi shooting video and uploading protest highlights to his YouTube channel; Helme taking photographs; and Mohammad e-mailing news releases to 500-odd reporters and activists. Manal, who is married to Bilal, supplements the effort with a steady outpouring of tweets (@screamingtamimi).

News of the protests moves swiftly around the globe, bouncing among blogs on the left and right. Left-leaning papers like Britain’s Guardian and Israel’s Haaretz still cover major events in the village — deaths and funerals, Bassem’s arrests and releases — but a right-wing Israeli news site has for the last year begun to recycle the same headline week after week: “Arabs, Leftists Riot in Nabi Saleh.” Meanwhile, a pilgrimage to Nabi Saleh has achieved a measure of cachet among young European activists, the way a stint with the Zapatistas did in Mexico in the 1990s. For a time, Nariman regularly prepared a vegan feast for the exhausted outsiders who lingered after the protests. (Among the first things she asked me when I arrived was whether I was a vegan. Her face brightened when I said no.)

Whatever success they have had in the press, the people of Nabi Saleh are intensely conscious of everything they have not achieved. The occupation, of course, persists. When I arrived in June, the demonstrators had not once made it to the spring. Usually they didn’t get much past the main road, where they would turn and find the soldiers waiting around the bend. That week though, they decided to cut straight down the hillside toward the spring. Bashir led the procession, waving a flag. As usual, Israeli Army jeeps were waiting below the spring. The four soldiers standing outside them looked confused — it seemed they hadn’t expected the protesters to make it so far. The villagers marched past them to the spring, where they surprised three settlers eating lunch in the shade, still wet from a dip in one of the pools. One wore only soggy briefs and a rifle slung over his chest.

The kids raced past. The grown-ups filed in, chatting and smoking. More soldiers arrived in body armor, carrying rifles and grenade launchers. Waed and Abu Yazan kicked a soccer ball until a boy spotted a bright orange carp in one of the pools and Abu Yazan and others tried to catch it with their bare hands, splashing until the water went cloudy and the carp disappeared.

Four settlers appeared on the ledge above the spring, young men in sunglasses and jeans, one of them carrying an automatic rifle. Beside me, a sturdy, bald officer from the Israel Defense Forces argued with an Israeli protester. “I let you come,” the officer insisted. “Now you have to go.”

The children piled onto the swing the settlers had built and swung furiously, singing. A young settler argued with the I.D.F. officer, insisting that he clear the protesters away.

“What difference does 10 minutes make?” the officer said.

“Every 10 seconds makes a difference,” the settler answered.

But before their 10 minutes were up, one hour after they arrived, the villagers gathered the children and left as they had come, clapping and chanting, their defiance buoyed by joy. For the first time in two and a half years, they had made it to the spring.

They headed back along the highway, which meant they would have to pass the road leading to Halamish. Ahed, her blond hair in a long braid, clutched a cousin at the front of the procession. As they approached the road, a border-police officer tossed a stun grenade — a device that makes a loud bang and a flash but theoretically, at least, causes no bodily harm — at Ahed’s feet, and then another, and another. Within a few seconds, the marchers were racing up the hill back toward their village, tear-gas grenades streaking through the sky above their heads.

On warm summer evenings, life in Nabi Saleh could feel almost idyllic. Everyone knows everyone. Children run in laughing swarms from house to house. One night, Bassem and Nariman sat outside sharing a water pipe as Nariman read a translated Dan Brown novel and little Salam pranced gleefully about, announcing, “I am Salam, and life is beautiful!”

Bassem is employed by the Palestinian Authority’s Interior Ministry in a department charged with approving entrance visas for Palestinians living abroad. In practice, he said, P.A. officials “have no authority” — the real decisions are made in Israel and passed to the P.A. for rubber-stamping. Among other things, this meant that Bassem rarely had to report to his office in Ramallah, leaving his days free to care for his ailing mother — she died several weeks after I left the village last summer — and strategizing on the phone, meeting international visitors and talking to me over many cups of strong, unsweetened coffee. We would talk in the living room, over the hum of an Al Jazeera newscast. A framed image of Jerusalem’s Al Aqsa Mosque hung above the television (more out of nationalist pride than piety: Bassem’s outlook was thoroughly secular).

Though many people in Nabi Saleh have been jailed, only Bassem was declared a “prisoner of conscience” by Amnesty International. Foreign diplomats attended his court hearings in 2011. Bassem’s charisma surely has something to do with the attention. A strange, radiant calm seemed to hover around him. He rarely smiled, and tended to drop weighty pronouncements (“Our destiny is to resist”) in ordinary speech, but I saw his reserve crumble whenever one of his children climbed into his lap.

When Israeli forces occupied the West Bank in 1967, Bassem was 10 weeks old. His mother hid with him in a cave until the fighting ended. He remembers playing in the abandoned British police outpost that is now the center of the I.D.F. base next to Halamish, and accompanying the older kids who took their sheep to pasture on the hilltop where the settlement now stands. His mother went to the spring for water every day. The settlers arrived when he was 9.

Halamish is now fully established and cozier than most gated communities in the United States. Behind the razor wire and chain-link perimeter fence, past the gate and the armed guard, there are playgrounds, a covered pool, a community center and amphitheater, a clinic, a library, a school and several synagogues. The roads are well paved and lined with flowers, the yards lush with lemon trees. Halamish now functions as a commuter suburb; many of the residents work in white-collar jobs in Tel Aviv or Modi’in. The settlement’s population has grown to more than double that of Nabi Saleh.

I first met Shifra Blass, the spokeswoman for Halamish, in 2010. She talked about how empty the West Bank — she used the biblical name, Judea and Samaria — was when she and her husband emigrated from the U.S. in the early 1970s, intent on establishing a Jewish presence in a land they believed had been promised to them. Relations with the surrounding villages, she told me, had remained cordial, friendly even, until the first intifada. (When I asked people in Nabi Saleh about this, no one remembered it that way.) During the second intifada, three residents of the settlement, Blass said, were killed by gunfire on nearby roads. They weren’t near the village, but attitudes hardened.

When I visited her again last month, she was not eager to talk to me about the conflict over the spring and the lands surrounding it. “We want to live our lives and not spend time on it,” Blass said. She dismissed the weekly demonstrations as the creation of “outside agitators who come here and stir the pot — internationalists, anarchists, whatever.” It was all a show, she said, theater for a gullible news media. “I’ll tell you something: it’s unpleasant.” On Fridays, she said, the wind sometimes carries the tear gas across the valley into the settlement. “We have some grown children who say they cannot come home from university for Shabbat because of the tear gas. They call and say, ‘Tell me how bad it is, because if it’s really bad, I’m not coming.’ ”

When the first intifada broke out in late 1987, Nabi Saleh was, as it is now, a flash point. The road that passes between the village and the settlement connects the central West Bank to Tel Aviv: a simple barricade could halt the flow of Palestinian laborers into Israel. Bassem was one of the main Fatah youth activists for the region, organizing the strikes, boycotts and demonstrations that characterized that uprising. (Nabi Saleh is solidly loyal to Fatah, the secular nationalist party that rules the West Bank; Hamas, the militant Islamist movement that governs Gaza, has its supporters elsewhere in the West Bank but has never had a foothold in the village.) He would be jailed seven times during the intifada and, he says, was never charged with a crime. Before his most recent arrest, I asked him how much time he had spent in prison. He added up the months: “Around four years.”

After one arrest in 1993, Bassem told me, an Israeli interrogator shook him with such force that he fell into a coma for eight days. He has a nickel-size scar on his temple from emergency brain surgery during that time. His sister died while he was in prison. She was struck by a soldier and fell down a flight of courthouse stairs, according to her son Mahmoud, who was with her to attend the trial of his brother. (The I.D.F. did not comment on this allegation.)

Bassem nonetheless speaks of those years, as many Palestinians his age do, with something like nostalgia. The first intifada broke out spontaneously — it started in Gaza with a car accident, when an Israeli tank transporter killed four Palestinian laborers. The uprising was, initially, an experience of solidarity on a national scale. Its primary weapons were the sort that transform weakness into strength: the stone, the barricade, the boycott, the strike. The Israeli response to the revolt — in 1988, Defense Minister Yitzhak Rabin reportedly authorized soldiers to break the limbs of unarmed demonstrators — began tilting international public opinion toward the Palestinian cause for the first time in decades. By the uprising’s third year, however, power had shifted to the P.L.O. hierarchy. The first Bush administration pushed Israel to negotiate, leading eventually to the 1993 Oslo Accord, which created the Palestinian Authority as an interim body pending a “final status” agreement.

But little was resolved in Oslo. A second intifada erupted in 2000, at first mostly following the model set by the earlier uprising. Palestinians blocked roads and threw stones. The I.D.F. took over a house in Nabi Saleh. Children tossed snakes, scorpions and what Bassem euphemistically called “wastewater” through the windows. The soldiers withdrew. Then came the heavy wave of suicide bombings, which Bassem termed “the big mistake.” An overwhelming majority of Israeli casualties during the uprising occurred in about 100 suicide attacks, most against civilians. A bombing at one Tel Aviv disco in 2001 killed 21 teenagers. “Politically, we went backward,” Bassem said. Much of the international good will gained over the previous decade was squandered. Taking up arms wasn’t, for Bassem, a moral error so much as a strategic one. He and everyone else I spoke with in the village insisted they had the right to armed resistance; they just don’t think it works. Bassem could reel off a list of Nabi Saleh’s accomplishments. Of some — Nabi Saleh, he said, had more advanced degrees than any village — he was simply proud. Others — one of the first military actions after Oslo, the first woman to participate in a suicide attack — involved more complicated emotions.

In 1993, Bassem told me, his cousin Said Tamimi killed a settler near Ramallah. Eight years later, another villager, Ahlam Tamimi escorted a bomber to a Sbarro pizzeria in Jerusalem. Fifteen people were killed, eight of them minors. Ahlam, who now lives in exile in Jordan, and Said, who is in prison in Israel, remain much-loved in Nabi Saleh. Though everyone I spoke with in the village appeared keenly aware of the corrosive effects of violence — “This will kill the children,” Manal said, “to think about hatred and revenge” — they resented being asked to forswear bloodshed when it was so routinely visited upon them. Said, Manal told me, “lost his father, uncle, aunt, sister — they were all killed. How can you blame him?”

The losses of the second intifada were enormous. Nearly 5,000 Palestinians and more than 1,000 Israelis died. Israeli assassination campaigns and the I.D.F.’s siege of West Bank cities left the Palestinian leadership decimated and discouraged. By the end of 2005, Yasir Arafat was dead, Israel had pulled its troops and settlers out of Gaza and the Palestinian Authority president, Mahmoud Abbas, had reached a truce with Prime Minister Ariel Sharon. The uprising sputtered out. The economy was ruined, Gaza and the West Bank were more isolated from each other than ever, and Palestinians were divided, defeated and exhausted.

But in 2003, while the intifada was still raging, Bassem and others from Nabi Saleh began attending demonstrations in Budrus, 20 minutes away. Budrus was in danger of being cut off from the rest of the West Bank by Israel’s planned separation barrier, the concrete and chain-link divide that snakes along the border and in many places juts deeply into Palestinian territory. Residents began demonstrating. Foreign and Israeli activists joined the protests. Fatah and Hamas loyalists marched side by side. The Israeli Army responded aggressively: at times with tear gas, beatings and arrests; at times with live ammunition. Palestinians elsewhere were fighting with Kalashnikovs, but the people of Budrus decided, said Ayed Morrar, an old friend of Bassem’s who organized the movement there, that unarmed resistance “would stress the occupation more.”

The strategy appeared to work. After 55 demonstrations, the Israeli government agreed to shift the route of the barrier to the so-called 1967 green line. The tactic spread to other villages: Biddu, Ni’lin, Al Ma’asara and in 2009, Nabi Saleh. Together they formed what is known as the “popular resistance,” a loosely coordinated effort that has maintained what has arguably been the only form of active and organized resistance to the Israeli presence in the West Bank since the end of the second intifada in 2005. Nabi Saleh, Bassem hoped, could model a form of resistance for the rest of the West Bank. The goal was to demonstrate that it was still possible to struggle and to do so without taking up arms, so that when the spark came, if it came, resistance might spread as it had during the first intifada. “If there is a third intifada,” he said, “we want to be the ones who started it.”

Bassem saw three options. “To be silent is to accept the situation,” he said, “and we don’t accept the situation.” Fighting with guns and bombs could only bring catastrophe. Israel was vastly more powerful, he said. “But by popular resistance, we can push its power aside.”

As small as the demonstrations were, they appeared to create considerable anxiety in Israel. Paul Hirschson, a spokesman for the Ministry of Foreign Affairs, told me that while the West Bank demonstrations do not pose an “existential threat” to Israel, they “certainly could be more problematic in the short term” than a conventional armed revolt. Eytan Buchman, a spokesman for the I.D.F., took issue with the idea that the weekly protests were a form of nonviolent resistance. In an e-mail he described the protests as “violent and illegal rioting that take place around Judea and Samaria, and where large rocks, Molotov cocktails, improvised grenades and burning tires are used against security forces. Dubbing these simply demonstrations is an understatement — more than 200 security-force personnel have been injured in recent years at these riots.” (Molotov cocktails are sometimes thrown at protests at the checkpoints of Beitunia and Kalandia but never, Bassem said, in Nabi Saleh.) Buchman said that the I.D.F. “employs an array of tactics as part of an overall strategy intended to curb these riots and the ensuing acts of violence.” He added that “every attempt is made to minimize physical friction and risk of casualties” among both the I.D.F. and the “rioters.”

One senior military commander, who would agree to be interviewed only on the condition that his name not be used, told me: “When the second intifada broke out, it was very difficult, but it was very easy to understand what we had to do. You have the enemy, he shoots at you, you have to kill him.” Facing down demonstrators armed with slings and stones or with nothing at all is less clear-cut. “As an Israeli citizen,” the commander said, “I prefer stones. As a professional military officer, I prefer to meet tanks and troops.”

But armies, by their nature, have one default response to opposition: force. One soldier who served in Nabi Saleh testified to the Israeli veterans’ group Breaking the Silence about preparing for Friday protests. “It’s like some kind of game,” he said. “Everyone wants to arm themselves with as much ammo as possible. . . . You have lots of stun grenades . . . so they’re thrown for the sake of throwing, at people who are not suspected of anything. And in the end, you tell your friend at the Friday-night dinner table: ‘Wow! I fired this much.’ ”

According to a leaked 2010 U.S. State Department memo, Maj. Gen. Avi Mizrahi of Israel “expressed frustration” with the West Bank protests to American diplomats, and “warned that the I.D.F. will start to be more assertive in how it deals with these demonstrations, even demonstrations that appear peaceful.” The memo concluded that “less-violent demonstrations are likely to stymie the I.D.F.,” citing the Israeli Defense Ministry policy chief Amos Gilad’s admission to U.S. officials, “We don’t do Gandhi very well.”

Sagi Tal, a former I.D.F. soldier, who was stationed near the villages of Bil’in and Ni’lin, which also held weekly demonstrations, explained to me that his unit sometimes conducted night raids to gather intelligence or make arrests and sometimes simply so “that they should feel that we are here and we are watching them.”

After dinner one Sunday, Nariman put on a DVD shot both by her and Bilal, the village videographer. (“From the beginning,” Bilal told me at the march on the previous Friday, filming calmly as tear-gas grenades landed all around us, “we decided that the media is the most important thing in the popular resistance.”) We watched a clip shot in the house in which we sat: soldiers banged on the door late at night; they rifled through the boys’ room as Salam and Abu Yazan cowered beneath the covers and Nariman yelled in Arabic: “What manliness this is! What a proud army you’re part of!” The soldiers confiscated a gas mask, two computers, Waed’s camera and two of his schoolbooks — geography and Palestinian history. (In an e-mail, an I.D.F. spokesman described such night raids as “pre-emptive measures, taken in order to assure the security and stability in the area.”)

We watched footage of Nariman being arrested with Bilal’s wife, Manal, early in 2010. Soldiers had fired tear gas into Manal’s house, Nariman explained. Manal ran in to fetch her children, and when she came out, a soldier ordered her back in. She refused, so they arrested her. Nariman tried to intervene, and they arrested her too. They spent 10 days in prisons where, they say, they were beaten repeatedly, strip-searched and held for two days without food before each was dumped at the side of a road. (The I.D.F.’s Buchman said, “No exceptional incidents were recorded during these arrests.” He added that no complaints were filed with military authorities.)

We watched a clip of crying children being passed from a gas-filled room out a second-story window, down a human ladder to the street. Early on, the villagers took all the children to one house during demonstrations, but when the soldiers began firing gas grenades into homes, the villagers decided it was safer to let them join the protests. We watched footage of a soldier dragging a 9-year-old boy in the street, of another soldier striking Manal’s 70-year-old mother. Finally, Nariman shook her head and turned off the disc player. “Glee” was on.

One Friday, shortly after the marchers had barricaded the road with boulders and burning tires in order to keep the army out of the village center, a white truck sped around the bend, a jet of liquid arcing from the water cannon mounted on its cab. Someone yelled, “Skunk!” and everyone bolted. Skunk water smells like many things, but mainly it smells like feces. Nariman wasn’t fast enough. A blast of skunk knocked her off her feet. Moments later, she was standing defiantly, letting the cannon soak her and waving a Palestinian flag at the truck’s grated windshield. An hour or so later, smelling of skunk and shampoo, she was serving tea to a dozen protesters.

Every Friday was a little different. Some demonstrations were short and others almost endless. Some were comic, others not at all. Some days the I.D.F. entered the village, and others they stuck to the hills. Sometimes they made arrests. The basic structure, though, varied little week to week: a few minutes of marching, tear gas fired, then hours of the village youth — the shebab, they’re called — throwing stones while dodging tear-gas canisters and rubber-coated bullets until the sun set and everyone went home. Or failed to make it home.

It was strange, asymmetric combat: a few dozen masked shebab ranging in age from 8 to 38, armed with slings and stones, against 20 or more soldiers in armored vehicles and on foot, dressed in helmets and body armor, toting radios and automatic weapons. The shebab put a great deal of thought into tactics, trying to flank and surprise the soldiers. But even when their plans were perfectly executed, they could not do much more than irritate their enemies. The soldiers, though, would inevitably respond with more sophisticated weaponry, which would motivate the shebab to gather more stones Friday after Friday despite — and because of — the fact that nothing ever seemed to change, for the better at least.

I asked one of the boys why he threw stones, knowing how futile it was. “I want to help my country and my village, and I can’t,” he said. “I can just throw stones.”

“We see our stones as our message,” Bassem explained. The message they carried, he said, was “We don’t accept you.” While Bassem spoke admiringly of Mahatma Gandhi, he didn’t worry over whether stone-throwing counted as violence. The question annoyed him: Israel uses far greater and more lethal force on a regular basis, he pointed out, without being asked to clarify its attitude toward violence. If the loincloth functioned as the sign of Gandhi’s resistance, of India’s nakedness in front of British colonial might, Bassem said, “Our sign is the stone.” The weekly clashes with the I.D.F. were hence in part symbolic. The stones were not just flinty yellow rocks, but symbols of defiance, of a refusal to submit to occupation, regardless of the odds. The army’s weapons bore messages of their own: of economic and technological power, of international support. More than one resident of Nabi Saleh reminded me that the tear gas used there is made by a company based in Pennsylvania.

One afternoon, I visited the family of Mustafa Tamimi, who was 28 when he died in December 2011 after being shot at close range with a tear-gas canister from the back of an Israeli Army jeep. (An I.D.F. investigation concluded, according to Buchman, that when the soldier fired the canister “his field of vision was obscured.”) The walls were covered with framed photos: an action shot of Mustafa in profile, his face behind a red Spider-Man mask as he slung a stone at soldiers outside the frame.

In the weeks before her son’s death, Ekhlas, his mother, told me that soldiers had twice come to the house looking for him. When she got a call that Friday asking her to bring Mustafa’s ID to the watchtower, she thought he’d been arrested, “like all the other times.” Beside me, Bahaa, a tall young man who was Mustafa’s best friend, scrolled through photos on a laptop, switching back and forth between a shot of Mustafa falling to the ground a few feet behind an I.D.F. jeep, and another, taken moments later, of his crushed and bloody face.

Ekhlas told me about a dream she’d had. Mustafa was standing on the roof, wearing his red mask. There were soldiers in the distance. She called to him: “Mustafa, come down! Everyone thinks you are dead — it’s better that they don’t see you.”

He turned to her, she said, and told her: “No. I’m standing here so that they will see me.”

“This is the worst time for us,” Bassem confided to me last summer. He meant not just that the villagers have less to show for their sacrifices each week, but that things felt grim outside the village too. Everyone I spoke with who was old enough to remember agreed that conditions for Palestinians are far worse now than they were before the first intifada. The checkpoints, the raids, the permit system, add up to more daily humiliation than Palestinians have ever faced. The number of Israeli settlers living in the West Bank has more than tripled since the Oslo Accords. Assaults on Palestinians by settlers are so common that they rarely made the news. The resistance, though, remained limited to a few scattered villages like Nabi Saleh and a small urban youth movement.

I sat down one afternoon in Ramallah with Samir Shehadeh, a former literature professor from Nabi Saleh who was one of the intellectual architects of the first intifada and whom I met several times at Bassem’s house. I reminded him of the car accident that ignited the first uprising and asked what kind of spark it would take to mobilize Palestinians to fight again. “The situation is 1,000 times worse,” he said. “There are thousands of possible sparks,” and still nothing has happened.

In the 1980s, youth organizers like Bassem focused on volunteer work: helping farmers in the fields, educating their children. They built trust and established the social networks that would later allow the resistance to coordinate its actions without waiting for orders from above. Those networks no longer exist. Instead there’s the Palestinian Authority. Immediately after the first Oslo Accord in 1993, the scholar Edward Said predicted that “the P.L.O. will . . . become Israel’s enforcer.” Oslo gave birth to a phantom state, an extensive but largely impotent administrative apparatus, with Israel remaining in effective control of the Palestine Authority’s finances, its borders, its water resources — of every major and many minor aspects of Palestinian life. More gallingly to many, Oslo, in Said’s words, gave “official Palestinian consent to continued occupation,” creating a local elite whose privilege depends on the perpetuation of the status quo.

That elite lives comfortably within the so-called “Ramallah bubble”: the bright and relatively carefree world of cafes, NGO salaries and imported goods that characterize life in the West Bank’s provisional capital. During the day, the clothing shops and fast-food franchises are filled. New high-rises are going up everywhere. “I didn’t lose my sister and my cousin and part of my life,” Bassem said, “for the sons of the ministers” to drive expensive cars.

Worse than any corruption, though, was the apparent normalcy. Settlements are visible on the neighboring hilltops, but there are no checkpoints inside Ramallah. The I.D.F. only occasionally enters the city, and usually only at night. Few Palestinians still work inside Israel, and not many can scrape a living from the fields. For the thousands of waiters, clerks, engineers, warehouse workers, mechanics and bureaucrats who spend their days in the city and return to their villages every evening, Ramallah — which has a full-time population of less than 100,000 — holds out the possibility of forgetting the occupation and pursuing a career, saving up for a car, sending the children to college.

But the checkpoints, the settlements and the soldiers are waiting just outside town, and the illusion of normalcy made Nabi Saleh’s task more difficult. If Palestinians believed they could live better by playing along, who would bother to fight? When Bassem was jailed in decades past, he said, prisoners were impatient to get out and resume their struggles. This time, he ran into old friends who couldn’t understand why he was still fighting instead of making money off the spoils of the occupation. “They said to me: ‘You’re smart — why are you doing this? Don’t you learn?’ ”

At times the Palestinian Authority acts as a more immediate obstacle to resistance. Shortly after the protests began in Nabi Saleh, Bassem was contacted by P.A. security officials. The demonstrations were O.K., he said they told him, as long as they didn’t cross into areas in which the P.A. has jurisdiction — as long, that is, as they did not force the P.A. to take a side, to either directly challenge the Israelis or repress their own people. (A spokesman for the Palestinian security forces, Gen. Adnan Damiri, denied this and said that the Palestinian Authority fully supports all peaceful demonstrations.) In Hebron, P.A. forces have stopped protesters from marching into the Israeli-controlled sector of the city. “This isn’t collaboration,” an I.D.F. spokesman, who would only talk to me on the condition that he not be named, assured me.“Israel has a set of interests, the P.A. has a set of interests and those interests happen to overlap.”

Bassem saw no easy way to break the torpor and ignite a more widespread popular resistance. “They have the power,” he said of the P.A., “more than the Israelis, to stop us.” The Palestinian Authority employs 160,000 Palestinians, which means it controls the livelihoods of about a quarter of West Bank households. One night I asked Bassem and Bilal, who works for the Ministry of Public Health, how many people in Nabi Saleh depend on P.A. salaries. It took them a few minutes to add up the names. “Let’s say two-thirds of the village,” Bilal concluded.

Last summer, my final Friday in Nabi Saleh was supposed to be a short day. One of the shebab was getting engaged to a girl from a neighboring village, and everyone planned to attend the betrothal ceremony. The demonstration would end at 3.

Four armored cars waited at the bend in the road, the skunk truck idling behind them. Manal pointed to the civilian policemen accompanying the soldiers. “There is a new policy that they can arrest internationals,” she explained. Earlier that month, as part of the effort to combat what Israelis call the “internationalization” of the conflict, the defense forces issued an order authorizing Israeli immigration police to arrest foreigners in the West Bank.

About half the marchers headed down the hillside. Soldiers waiting below arrested four Israelis and detained Bashir, the owner of the land around the spring. Everyone cheered as Mohammad raced uphill, outrunning the soldiers. (Three months later they would catch up to him in a night raid on his father’s house. He was imprisoned until late December.) I saw Nariman standing in the road with a Scottish woman. I walked over. Two soldiers grabbed the Scottish protester. Two more took me by the arms, pulled me to a jeep and shoved me in. I showed my press card to the driver. His expression didn’t change. Two frightened young women, both British, were already locked inside. After almost an hour, the soldiers brought a Swede and an Italian who had been hiding in the convenience-store bathroom. More soldiers piled in. I showed one my press card and asked if he understood that I was a journalist. He nodded. Finally, the driver pulled onto the road. As we passed the gas station, the shebab ran after us.

“They were so beautiful a few minutes ago, right?” the soldier beside me said as the shebab’s stones clanged against the jeep. “They were so cute.”

They drove us to the old British police station in the I.D.F. base in Halamish. While I was sitting on a bench, an I.D.F. spokesman called my cellphone to inform me that no journalists with press cards had been detained in Nabi Saleh. I disagreed. (The next day, according to Agence France-Presse, the I.D.F. denied I had been arrested.) A half-hour later, an officer escorted me to the gate.

As I walked back to Nabi Saleh, the road was empty, but the air was still peppery with tear gas. I made it back in time for the engagement party and flew home the next day. The five activists detained with me were deported. Two nights after I left, soldiers raided Bassem’s house. The following week, they raided the village five days in a row.

This past October, the popular resistance movement began to shift tactics, trying to break the routine of weekly demonstrations. They blocked a settler road west of Ramallah, and the following week staged a protest inside an Israeli-owned supermarket in the settlement industrial zone of Shaar Binyamin. Bassem was arrested outside the market — soldiers grabbed at Nariman and dragged Bassem off when he stepped forward to put his arms around her. Less than two weeks later, Waed was arrested at a Friday demonstration. Soldiers beat him, he said, “with their fists and their rifles.” When he appeared in court, Waed was still bruised. The judge threw out the charges. But while he was detained, he was in the same prison as his father and saw him briefly there. “When I said goodbye to him,” Waed told me with obvious pride, “he had tears in his eyes. I was stronger than him.”

On the day of Waed’s arrest, a camera caught Ahed shaking her fist, demanding that soldiers tell her where they were taking her brother. The Internet took over: video of the tiny, bare-armed blond girl facing down a soldier went viral. She and Nariman were invited to Istanbul, where, to their surprise, Nariman said, they were greeted at the airport by dozens of children wearing T-shirts printed with Ahed’s photo. They drove past billboards displaying Ahed’s image. Reporters followed them everywhere. Crowds gathered when they walked in the streets. They were taken to Prime Minister Recep Tayyip Erdogan in the southeastern city of Urfa, Nariman said, and flew back with him to Istanbul on his plane.

Not everyone reacted so enthusiastically. One right-wing blogger dubbed Ahed “Shirley Temper.” The Israeli news site Ynet took the images as evidence that “Palestinian protesters use children to needle I.D.F. soldiers in the hope of provoking a violent response.”

In mid-November, Israeli rockets began falling on Gaza. Protests spread throughout the West Bank. “We thought it was the start of the third intifada,” Manal told me. The demonstrations in Nabi Saleh stretched beyond their usual Friday-evening terminus. One Saturday in November, Nariman’s brother Rushdie — who worked as a policeman near Ramallah and was rarely home on Fridays — joined the shebab on the hill. He was standing beside Waed when he was hit by a rubber-coated bullet. Then the soldiers began shooting live ammunition, but Rushdie was hurt and couldn’t run. As he lay on the ground, a soldier shot him in the back from a few meters away. Nariman ran to the hillside with her video camera and found her brother lying wounded. “I wanted to attack the soldier and die with Rushdie right there, but I knew I had to be stronger than that,” Nariman said. “Why is it required of me to be more humane than they are?” Rushdie, who was 31, died two days later. An I.D.F. investigation found that soldiers fired 80 shots of live ammunition and neglected to “control the fire.” The unit’s commander was reportedly relieved of his command.

When the fighting stopped in Gaza, the protests in the West Bank ceased. I went back to Nabi Saleh in January, three weeks before Bassem was expected home. The village seemed listless and depressed, as if everyone were convinced of the futility of continuing. On my first Friday back, the demonstration ended early: the shebab had a soccer match in another village. It rained the next week, and everyone went home after an hour. “We are still living the shock of Rushdie’s killing,” Mohammad told me.

Elsewhere in the West Bank, though, momentum was building. In late November, Netanyahu announced plans to build 3,400 settlement units in an area known as E1, effectively cutting off Jerusalem from the West Bank. Just before I arrived in January, popular-resistance activists tried something new, erecting a tent “village” called Bab al-Shams in E1, symbolically appropriating the methods of land confiscation employed by settlers. “The time has come now to change the rules of the game,” the organizers wrote in a news release, “for us to establish facts on the ground — our own land.” The numbers were relatively small — about 250 people took part, including Nariman and a few others from Nabi Saleh — and, on direct orders from Netanyahu, soldiers evicted everyone two days later, but the movement was once again making headlines around the globe. Copycat encampments went up all over the West Bank — some in areas where the popular resistance had not previously been active.

The day after his release, Bassem told me that even sitting in prison he had felt “a sense of joy” when he learned about Bab al-Shams. The popular resistance was finally spreading beyond the village demonstrations. “We have to create a sense of renewal,” he said, “not only in Nabi Saleh but on a larger scale.” The village’s losses — and his own — he acknowledged, were daunting. “The price is now higher,” he said, but “if we don’t continue, it would mean that the occupation has succeeded.” It would take constant creativity, he said, to hold onto the momentum. He didn’t know what it would look like yet, but just talking about it seemed to add inches to his height.

Within days, thousands of Palestinians would protest around the West Bank, first in solidarity with prisoners on hunger strikes to demand an end to the indefinite detention of Palestinians without trial, later in outrage at the death of a 30-year-old prisoner named Arafat Jaradat. Once again, the words “third intifada” were buzzing through the press. Avi Dichter, the head of Israeli domestic security during the second intifada and the current minister of Home Front Defense, cautioned in a radio interview that an “incorrect response by the security forces” might push the protests into full-out revolt.

When I saw Bassem in February, I asked him whether he was worried that the uprising might finally arrive at Nabi Saleh’s moment of greatest self-doubt, that it might catch the village drowsing. “It doesn’t matter who is resisting,” he said. “What’s important is that they are resisting.”

On the last Friday I was there, the wind was against the demonstrators. Nearly every grenade the soldiers fired, regardless of how far away it landed, blew a cloud of gas up the road right at them. A dozen or so villagers watched the clashes from the relative safety of the hillside. Bassem’s cousin Naji was sitting on a couch cushion. Mahmoud, Bassem’s nephew, poured coffee into clear plastic cups. Bright red poppies dotted the hill between the rocks. The way was clear, but no one tried to walk down to the spring.

When the demonstration seemed over, I trekked back to the village with a young Israeli in a black “Anarchy Is for Lovers” T-shirt. He told me about his childhood on a kibbutz bordering the Gaza Strip. His parents were “right-wing Zionists,” he said, “hard-core.” They didn’t talk to him anymore. A group of soldiers appeared behind us, and we ducked into Nariman’s yard as they tossed a few stun grenades over the wall. Later that evening, at Naji’s house, I watched Bilal’s video of the same soldiers as they strolled down the drive, lobbing tear-gas grenades until they reached their jeeps. They piled in and closed the armored doors. One door opened a crack. A hand emerged. It tossed one last grenade toward the camera. Gas streamed out, the door closed and the jeep sped off down the road.


%d blogueurs aiment cette page :