Présidentielle 2017: Fillon gagnant dès le premier tour (After Britain and America and maybe soon Germany, guess who’s next in line for real change ?)

14 mars, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C6wz8_WU8AAcOkV.png:largehttps://i1.wp.com/www.valeursactuelles.com/sites/default/files/fichiers/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202017-03-14%20a%CC%80%2010.10.17.pngL’urgence est de libérer notre force économique qui étouffe sous les normes et les charges. Cette libération sera le tremplin de l’emploi. (…) C’est un changement de culture que je propose, qui allie fermeté et justice : le respect des forces de sécurité, concentrées sur leurs missions et déchargées de la bureaucratie ; la fin du laxisme et de l’excuse pénale pour que chacun assume la responsabilité de ses actes ; la lutte sans pitié contre le totalitarisme islamique. (…) La France unie commande de limiter l’immigration à son strict minimum afin que nos capacités d’intégration ne soient plus débordées. Il faut retrouver la fierté nationale. La France doit raffermir son identité et rayonner au-delà de ses frontières. Nous avons trop souvent douté de nous-mêmes alors que peu de nations sont assises sur un socle aussi riche et aussi ancien que le nôtre. Le relativisme culturel et la culpabilisation ont réussi à insinuer le doute sur nos valeurs et sur notre histoire. Nous devons au contraire être une nation rassemblée et sûre d’elle-même. Il ne faut rien renier de notre héritage et de nos racines. Nous sommes un pays avec une histoire, avec des traditions, avec une culture française. François Fillon
A group of environmental activists pulled off a daring act of defiance. The Washington Post
A group of environmental activists pulled off an elaborate act of vandalism at one of President Trump’s premier golf courses early Sunday morning.” (…) Editor’s note: The beginning of this story was changed to more accurately reflect the nature of the actions taken by a protest group against the Trump golf course in Rancho Palos Verdes, Calif. The Washington Post
That new optimism is palpable on social media.As with many social media phenomena, it is hard to pin down who started what, when. Some members of Jusos Mannheim are active in the subreddit forum, point to Zeller. But it is clear that the hype was not planned by SPD headquarters. Yet Zeller underlined the significance of the light-hearted chatter online. « That is important because in social networks, simple, populist statements penetrate very quickly while the other complicated, correct answers to problems don’t travel so well. France 24
L’avènement de Geert Wilders est en partie provoqué par l’érosion des partis traditionnels qui peinent à convaincre et ont perdu une grande partie de leur électorat. De 1994 à 2002, la « coalition violette » est au pouvoir. Elle rassemble le Parti du travail (PvdA, social-démocrate), le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, libéral) et les Démocrates 66 (D’66, social-libéral). A partir de 2002, c’est l’hécatombe : la coalition perd la moitié de son électorat. Les conservateurs du parti chrétien-démocrate (CDA) deviennent la première formation du pays. Et surtout, pour la première fois, un parti islamophobe et anti-immigration fait son entrée fracassante au parlement : la « liste Pim Fortuyn » remporte vingt-trois sièges. Assassiné neuf jours avant ces élections législatives qui ont fait de sa « liste » la deuxième force politique du pays, Pim Fortuyn a posé les bases des revendications du parti de la Liberté. Il est le précurseur de Geert Wilders et du PVV qui ont occupé au fil des années de plus en plus de place dans la vie politique néerlandaise. Avec le meurtre de Fortuyn, la question de la place de l’islam s’est retrouvée projetée au cœur des préoccupations de la société néerlandaise. Un autre événement a profondément marqué les esprits : l’assassinat en 2004, par un islamiste, de Theo van Gogh, réalisateur d’un virulent pamphlet anti- islam. (…) Les voix sont aujourd’hui très dispersées. Le professeur Markus Wilp nous l’explique : « à l’heure actuelle se dessine un duel entre le parti libéral VVD et le PVV populiste de Geert Wilders. Ils ont les cotes de sondage les plus hautes, mais ne dépassent pour le moment pas les 16%. Ils sont tous les deux talonnés par cinq partis ayant chacun 8 à 11% d’intentions de vote ». (…) En cas de victoire, le parti de Geert Wilders ne lui donnera pas forcément les clés du gouvernement. Il pourrait même ne pas y figurer. Pourquoi ? Parce qu’au jeu des coalitions, le PVV aura bien du mal à convaincre les autres partis qui pourraient arriver en tête. (…) Le triomphe de Trump aux Etats-Unis, le Brexit voté au Royaume-Uni : les élections législatives néerlandaises vont-elles suivre le même chemin et faire gagner une nouvelle fois le populisme ? Une chose est certaine, selon le professeur Wilp : ce scrutin va « être observé avec beaucoup d’attention par de nombreux pays qui se demandent si la tendance au populisme va se confirmer ». Car le Parti pour la liberté de Geert Wilders est, selon les derniers sondages, sur le point de devenir le premier parti du pays : les conséquences d’une telle victoire pour « l’Union européenne intéressent forcément les autres pays ». Arte
Pernille Vermund, leader of the Danish far-right party “the New Conservatives” (…) Like Geert Wilders in The Netherlands and Marine Le Pen in France, (…) objects to « establishment politics. » She levels harsh criticism at her political rivals for being « too soft » on immigration and for doing « too much talking. » Vermund’s anti-Islam sentiments and the rhetoric she uses to illustrate the gap between « the people » and « the elites » resonate with Danish voters. They commend her for her « straight talk » and ability to « get things done. » The similarities with Donald Trump are striking. Her party polled at 4.8 percent in late February – impressive for one founded less than two years ago. Similar to her European peers, Vermund’s party refrains from the homophobia, anti-Semitism and religious conservatism expressed by traditional far-right groups, claiming instead to defend liberal values against a new enemy: Islam. Appeals to individual freedoms, calls for Denmark to leave the EU and ultra-liberal economic policies draw in voters who traditionally would have avoided fringe groups such as Vermund’s party. This helps to explain how seven out of 10 of her potential voters are not only male, white and middle-aged, but also reasonably wealthy and in possession of a university degree. Like Wilders, who is expected make substantial gains in the upcoming general elections in the Netherlands, Vermund’s chances of leading the country any time soon are very slim. This is due in part to the system of proportional representation and Denmark’s tendency to form minority coalition governments, but it does not mean that she cannot still gain significant influence. (…)  The home of « hygge », the Danish word for a feeling of cosiness, Denmark has in recent years introduced legislation and initiatives labelled as draconian by both national and international media. This includes most notably the passing of a law in 2016 that permits authorities to confiscate the personal possessions of asylum-seekers, and the government taking out advertisements in a Lebanese newspaper to dissuade refugees from coming to Denmark. More recently, the Danish parliament issued a non-binding statement in February, which suggested that to be considered “Danish”, both of your parents must be Western. Euobserver
Le candidat «en marche» ne promet pourtant rien moins que «la révolution» et la «réconciliation de l’ambition avec le réel». Beau programme. Comment? On verra plus tard. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un? Dans les faits, ce renouveau tonitruant de la social-démocratie par une fusion assumée avec la logique libérale dans tous les domaines assume l’ubérisation de la société et des individus, donc la précarité comme horizon et la stupidité de clivages manichéens entre «ouverture» et «fermeture», entre «progressistes» et «conservateurs», c’est-à-dire en fait entre ceux qui acceptent leur disparition dans un sans-frontièrisme enfiévré et une totale soumission à la dérégulation financière, et ceux qui ne s’y résolvent point. Sans même jouer à se faire peur en imaginant un instant ce que pourrait donner un tel président sur la scène internationale face à des figures telles que D. Trump, V. Poutine ou encore Xi Jing Ping, comment ignorer que sa popularité démontre la gravité de la crise du politique en France. Nos concitoyens sont si désorientés, si dégoûtés qu’ils paraissent prêts à toutes les aventures, même si nombreux sont encore ceux qui sentent combien le choix de mai prochain signera soit l’amorce de notre relèvement collectif, soit l’engloutissement progressif des derniers anticorps sociétaux et culturels protégeant encore notre corps national de l’implosion. Il faut en outre s’inquiéter que cette offensive destructrice trouve un allié inattendu mais de poids dans une partie des «élites» économiques de notre pays. Celles-ci tombent dans le piège évangélisateur macronien avec une déconcertante naïveté, confondant agitation jeuniste et progrès sociétal, se croyant «dans le vent» alors qu’elles risquent de creuser dangereusement les fractures nationales par un vote irresponsable. Il existe en effet, chez une partie de la couche supérieure de la bourgeoisie française, qui travaille beaucoup, contribue énormément, prend des risques et vit bien mais sans opulence, une volonté de s’identifier aux très grands entrepreneurs, notamment ceux du numérique qui prétendent repousser les frontières de la modernité et modeler le futur humain. Ces «e stars» sont leurs héros, qui effectivement vivent eux dans une couche sociale marquée par la fluidité, l’effacement des frontières physiques, financières et politiques et n’ont que mépris pour les États qui gênent leurs ambitions… ou s’y prêtent trop servilement. La couche immédiatement inférieure de cette élite veut croire à ces figures de proue et se figure qu’un Emmanuel Macron peut les en rapprocher. Tout à cette identification valorisante, ces patrons ne voient même plus l’imposture politique colossale que le leader d’En Marche! personnifie et qui devrait suffire à dégonfler sa baudruche, même si l’actuelle transhumance empressée des pachydermes socialistes qui le rallient toute honte bue est déjà à elle seule une terrifiante démonstration. Cette classe moyenne très supérieure ne veut pas voir le gouffre qui la séparera toujours de ses richissimes «modèles 3.0». Emmanuel Macron prétend incarner une modernité radieuse et généreuse alors qu’il est le rejeton tardif prétendument «émancipé» d’une génération politique qui n’a fait que se déconnecter d’avec le monde réel et mentir éhontément à son électorat initial, y compris sur le thème de la souveraineté nationale ou du patriotisme économique. Car il faut enfin évoquer d’autres gravissimes renoncements qui traduisent chez ce courant macroniste une idéologie tenant la défense de nos intérêts nationaux pour inutile voire nocive. Comment oublier en effet que notre «show man», alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, a été l’un des principaux (p)artisans de la grande braderie des intérêts industriels français lors de la cession de la partie la plus rentable et surtout la plus stratégique du groupe Alstom – sa branche énergie – en décembre 2014 à General Electric, au terme d’une opération américaine de ciblage et de déstabilisation que l’Élysée a non seulement laissé faire mais finalement accélérée? A cet égard, l’excellent rapport (ouvert) du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement) de décembre 2014 mérite une lecture attentive. Âmes patriotes s’abstenir. Ces gouvernants, par naïveté ou dogmatisme occidentaliste, veulent ignorer la violence de la guerre économique entre nations, y compris alliées, peut-être parce qu’ils ne croient plus à celles-ci et sont incapables de prendre la mesure des enjeux – en l’espèce la lutte à mort pour la domination du marché mondial de l’énergie. Après Alstom, et peut-être demain Technip, c’est aujourd’hui Airbus qui semble de plus en plus échapper à la France qui en a été pourtant à l’origine, au profit de l’Allemagne et derrière elle, des États-Unis et de la Grande Bretagne. (…) Ce ne sont que deux exemples parmi bien d’autres, mais ne nous y trompons pas: avec un Emmanuel Macron au pouvoir, c’est une idéologie golbalisée qui risque de triompher définitivement. La France finira par devenir elle aussi «une forme vide», un village Potemkine-musée pour touristes aventureux et pour des Français que l’on gavera de blabla sur le «patriotisme économique» tout en défaisant tout ce qui a construit et manifeste encore notre puissance et notre influence. La pâte à modeler des populations et des territoires se substituera alors définitivement aux socles résilients du peuple et de la nation. «C’est le progrès, c’est l’avenir! Ayez confiance!» nous dira le jeune président. Si la boue actuelle échoue à recouvrir totalement la campagne et à la neutraliser jusqu’au vote, il y a fort à parier que l’élection de notre prochain président ne se fera pas (ou peu) sur des enjeux économiques directs (chômage, croissance, impôts,). Les électeurs croient de moins en moins aux promesses politiciennes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Qu’on leur promette de l’argent sans effort ou des réformes sérieuses, ils semblent avoir une foi limitée dans la capacité de leurs représentants à agir en conséquence, ou dans celle d’un président à tenir avec autorité les remuants attelages gouvernementaux. Le choix sera vraiment celui d’une stature présidentielle, d’un homme capable de tenir bon sur des enjeux culturels et régaliens. Le premier d’entre eux, n’en déplaise aux prophètes enfiévrés du multiculturalisme hors sol, c’est celui de l’identité culturelle actuelle et souhaitable de la France, relevant de ce que l’on pourrait appeler le socle charnel, immatériel mais bien concret, de la Nation, ce qui fait que l’on «fait corps» collectif viable, et que l’on peut persister dans l’être et se différencier comme ensemble historique, culturel, politique et social par rapport aux autres acteurs étatiques. Ce sont donc les questions de la cohérence du projet de redressement et de la vision pour notre pays à horizon de 10 ans qui sont premières. Tout le reste en découle. Dans ce cadre, la question de ce que la France doit assumer et conserver de ses racines chrétiennes comme pôle référentiel implicite et structurant de toute notre réalité collective est centrale, et celle de la défense de notre souveraineté, celle enfin de l’indépendance et de notre projection comme État et comme puissance dans le monde sont cardinales. Cela peut paraître stratosphérique à certains mais nos concitoyens eux, font le lien entre l’immédiat et le lointain, entre le local et le global, entre le quotidien et l’horizon. Ils ont besoin de se sentir partie d’un tout plus grand qu’eux et sentent que l’efficacité sociale n’est possible que dans le cadre d’un projet national ambitieux. Peut-être leurs enfants n’auront-ils plus cette exigence et il faut s’en inquiéter, mais le socle actuel tient encore et la perception des menaces diverses est vive. Enfin la question sécuritaire au sens le plus large sera centrale: la place, la solidité, la capacité de défense et de contre-attaque de notre pays n’est pas un sujet réservé aux géostratèges. Cela concerne chacun d’entre nous. Pour l’heure, tout a été démoli avec une ahurissante désinvolture, un dogmatisme et une toute aussi grande morgue. Au terme de ce quinquennat dramatique, nous ne sommes plus écoutés ni attendus, encore moins espérés dans le monde. On nous voit comme des naïfs et des opportunistes. Beau bilan! Tout est donc à rebâtir et c’est impossible sans une idée claire et assumée de ce qui nous constitue, de ce qui doit être préservé et de ce qui fait la singularité française. Cela ne se passera pas comme ça. Nous avons le choix. Pas seulement entre Charybde et Scylla. Catherine Galactéros
TRUMP a bien compris qu’une campagne électorale se gagnait sur le front du buzz. A ce chapitre, nos indicateurs de mesure montrent que TRUMP (53,5%) à  est en avance sur CLINTON (46,5%). Avantage TRUMP, notamment sur les réseaux sociaux qui relaient abondamment toutes ses déclarations et chacun de ses débordements. Les deux candidats sont très vivement dénigrés sur le Web et les réseaux sociaux. CLINTON sort toutefois gagnante, remportant 29% d’avis favorables contre 21% seulement pour TRUMP. En bref, TRUMP remporte la bataille du quantitatif (BUZZ) mais perd celle du qualitatif (SENTIMENTALITÉ). Alors, les jeux sont-ils faits comme semble le mentionner la majorité des analystes ? Rien n’est moins sûr. De nouvelles révélations et la chasse aux soutiens politiques et d’Hollywood pourront encore attiser le buzz, influer sur l’opinion publique et faire bouger les lignes. Véronique Queffélec (Filteris, 10.10.2016)
Que disent le Web et les réseaux sociaux en regard du potentiel de victoire des 10 candidats actuellement déclarés pour la présidentielle ? Sur le Web et les réseaux sociaux, l’image des candidats a considérablement fluctué ces deux dernières semaines en raison des péripéties statistiques et des joutes électorales liées à la primaire de la gauche mais aussi à l’affaire « Pénélope Fillon ». Selon la société Filteris EuroMediations, l’analyse des perceptions et des valeurs qui sont associées à chacun des dix candidats déclarés aujourd’hui indique que François Fillon, reprend la pôle position avec 23,68%, suivi à 3 points par Emmanuel Macron (20,60).  Marine Le Pen (19,22%), au contraire de ce que disent les derniers sondages « traditionnels », stratégiquement assez effacée durant les deux primaires, se tient en embuscade. Il y a fort à parier qu’elle lancera sous peu une offensive pour ne pas se laisser trop distancer. D’autant que son ennemi le plus avéré, Jean-Luc Mélenchon (14,97%), bat campagne de manière disruptive et cadencée sur les médias sociaux et notamment sur Youtube.  Benoit Hamon qui le suit de très près avec 14,55% saura-t-il créer un buzz suffisant pour galvaniser un électorat socialiste plongé dans l’incertitude et courtisé par Emmanuel Macron ? Cette course à l’Élysée, dont les primaires n’auront finalement été qu’un simple échauffement, s’annonce palpitante en termes d’analyse du Big Data sachant que la victoire n’est encore assurée pour personne. La spécificité de la méthodologie exploitée par Filteris EuroMediations réside dans le fait de ne pas constituer d’échantillons, de ne pas poser de questions qui orientent les réponses, de ne pas opérer de redressements hasardeux auxquels les sondeurs doivent inévitablement se plier. Au contraire, la méthodologie de Filteris Euromediations permet de capter et d’analyser les opinions publiques et d’en dégager des tendances certaines à court, moyen et long termes. Entreprendre (30.01.2017)
Une autre étude est régulièrement citée sur Twitter pour conforter l’idée que les instituts de sondage sous-estimeraient le candidat Mélenchon (ce qui est bien évidemment possible) : une étude non-conventionnelle basée sur une «une expertise scientifique développée à l’université Laval de Québec» situerait Mélenchon à 18% (quand François Fillon serait à 22,85% et Marine Le Pen à 20,88%). Attribuée à Filteris (entreprise spécialisée en « web-réputation) et Euromediation (cabinet de conseil), l’étude est «basée sur des calculs différents de ceux qu’utilisent habituellement les sondeurs» explique le site du magazine Entreprendre, l’un des rares médias français à relayer l’étude. Filteris et Euromediation se targuent de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement. Ils préfèrent utiliser «les outils (moteur de recherche et algorithmes d’analyse)» pour «prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de « sentimentalité » rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats». Une méthode encore plus opaque que celle des sondages (on ne sait ici absolument rien de la méthode utilisée, si ce n’est une «mesure du buzz»), brandie donc par les mêmes qui dénoncent le flou qui entoure les instituts de sondage. Concernant les prédictions de Filteris et Euromediation, s’ils se targuent d’avoir tablé sur une victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, ils ont sous-estimé son score de moitié, et prédisait que son adversaire du second tour serait… Nicolas Sarkozy. On peut également s’étonner que leur méthode donnait Jean-Frédéric Poisson à 11,4% (alors qu’il n’a finalement obtenu que 1.4% des suffrages). Mais comme ils l’écrivaient juste avant le premier tour de la primaire de la droite, dans une fulgurance de lucidité que tous les instituts de sondage pourraient reprendre à leur compte : «Force est d’admettre qu’aucun analyste ne peut véritablement savoir qui se déplacera pour aller voter demain. LE SUSPENSE EST DONC À SON COMBLE.» Libération
Contacté par L’Express, le président-fondateur de la société canadienne, Jérôme Coutard, tient à souligner que son entreprise est « totalement apolitique » et n’a « aucun contact avec Les Républicains, ni un autre parti ». D’ailleurs, les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré une belle promotion aux analyses de Filteris, début février, rappelle Libération, lorsqu’il était annoncé à 18% au premier tour par l’entreprise. « Et on a eu le contraire avec des soutiens du PS, mécontent de nos mesures », précise le PDG.  « Notre métier n’est pas de suivre la politique, ajoute Jérôme Coutard. On ne gagne pas d’argent avec ces mesures ». En clair? La présidentielle est un excellent tremplin publicitaire, l’occasion de montrer à ses clients que ses mesures « sont fiables ».  Et justement, comment fonctionnent-elles, ces mesures? Sur son site, Filteris se targue de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement propre aux sondeurs mais « les moteurs de recherche et les algorithmes d’analyse pour prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de ‘sentimentalité’ rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats ».  Interrogé sur ces termes flous, Jérôme Coutard, prévient qu’il compte préserver « le secret industriel » et qu’il y a « beaucoup de détails qu’il ne donnera pas ». Mais il accepte d’expliquer ce qu’il appelle le ‘buzz’. « Nous analysons le ‘poids numérique’, c’est-à-dire l’ensemble des traces numériques qui sont associés au sujet de notre analyse: un article paru sur un site de presse, le nombre de commentaires dans celui-ci, ceux sur les réseaux sociaux, (TwitterFacebook), le nombre de mentions, de hashtag, mais aussi l’engagement, etc. », énumère-t-il.  Quant à « ce que l’on vulgarise par ‘la sentimentalité’, poursuit le PDG, c’est l’ensemble des avis, des opinions et des commentaires positifs ou négatifs, que nous utilisons dans des cartes axiologiques, avec des valeurs positives et négatives associées au candidat ». L’ensemble a permis à Filteris de détecter lors de la présidentielle américaine, « que le poids numérique était à l’avantage de Trump » et que « la sentimentalité associée était à 79% négative ». Bref, que tout le monde parlait -mal- de l’actuel président américain. Paradoxal compte tenu de sa victoire? « Pas forcément, botte Jérôme Coutard, vous connaissez la phrase de Léon Zitrone, Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ».  L’institut de mesures a aussi réussi à prévoir la qualification de François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, contrairement aux sondeurs traditionnels. Filteris s’en est félicité dans un communiqué de presse publié sur Facebook, dans lequel l’entreprise affirme que « les sondages classiques sont désormais déclassés par l’analyse big data ».  Mais, comme les instituts de sondages traditionnels, Filteris n’est pas exempt d’erreurs. D’abord, l’institut a bien prédit la victoire de Fillon au premier tour, mais il l’a sous-estimé de moitié et prédisait que son adversaire serait Nicolas Sarkozy. Ils donnaient également Jean-Frédéric Poisson à 11,4% des voix (1,45% en réalité) et Jean-François Copé à 8,8% (au lieu de 0,30%). La société canadienne s’est aussi lourdement trompée sur la primaire de la gauche, annonçant Manuel Valls premier avec 40,28% des voix (31,9% en réalité) suivi par Arnaud Montebourg à 23,91%, alors que Benoît Hamon s’est imposé avec 36,51% des voix.  Interrogé sur Facebook, Filteris assure que « les dernières mesures effectuées (qui n’avaient pas été publiées) montraient un duo de tête Valls-Hamon avec une forte tendance haussière pour ce dernier ». Un autre problème, lié à la méthode, peut également être soulevé. Qualifier le caractère positif ou négatif de millions de messages publiés sur Internet est une tâche sinon impossible, titanesque, expliquait à L’Express l’agence de modération Netino, interrogée en 2015. L’ironie, par exemple, peut être trompeuse pour les algorithmes, même si des recherches existent sur le sujet. Et comme Filteris ne communique -logiquement- pas les détails de sa méthode, il est délicat de la juger.  Si les instituts de sondages sont loin d’être parfaits, difficile de ne pas noter le paradoxe des fillonistes et mélenchonistes qui saluent les résultats de Filteris, fondés sur une méthode secrète, et qui dénoncent les sondages « classiques ». D’autant que si Jérôme Coutard se vante de « mieux capter les signaux faibles », il avoue que « grosso modo, une à deux semaines avant une élection, on arrive à être au même diapason avec les sondages traditionnels ». L’Express
Selon un sondage Opinionway publié ce mardi, l’écart se resserre entre François Fillon et Emmanuel Macron qui perd un point. Marine Le Pen caracole en tête, toujours. Selon un sondage Opinionway publié ce mardi pour Les Echos, Orpi et Radio Classique, François Fillon et Emmanuel Macron se disputent la deuxième place, loin derrière la présidente du Front national qui cumule 27% d’intentions de vote. Emmanuel Macron perd un point et se positionne à 24% d’intentions de vote face à un François Fillon crédité de 20%, un résultat stable malgré les différentes révélations de cette semaine. Benoît Hamon, quant à lui, poursuit sa chute et perd deux points en une semaine, avec 14% d’intentions de vote. Valeurs actuelles
Selon la société Filteris, le candidat Les Républicains serait qualifié, si le premier tour avait lieu aujourd’hui, en première position ! Filteris a gagné ses galons dans le milieu des projections électorales en prévoyant notamment l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit, contre l’avis de tous les instituts de sondage traditionnels. Mais la société canadienne avait aussi prédit la victoire éclatante d’un certain François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Suffisant pour accorder de la crédibilité aux chiffres diffusés ce lundi par l’entreprise, qui précise avec précaution qu’il ne s’agit pas de sondages mais d’analyse de données. Avec 24,27% des voix, l’ancien Premier ministre devancerait la candidate du Front national Marine Le Pen, à 23,54%. Emmanuel Macron n’est qu’en troisième position, 3 points derrière François Fillon… Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan suivent dans cet ordre. Valeurs actuelles
Attention: une surprise pourrait en cacher une autre !
Brexit, Trump, Pays-Bas, Danemark, Allemagne …
Alors que tous les signes s’accumulent…
Pour ceux qui ont encore des yeux pour voir et des oreilles pour entendre …
Et que devant une résistance prétendument « progressiste » à l’Administration Trump …
Qui en est réduite à vandaliser des terrains de golf …
Nos médias en sont encore eux-mêmes à louer l’audace de l’espoir …
Comment ne pas voir …
Avec, aussi artisanales qu’elles puissent encore apparaitre, les analyses quantitatives de l’entreprise d’analyse de réputation numérique canadienne Filteris
Et contre le véritable complot de nos médias et de nos juges
Jusqu’à, oubliant comme par hasard les robes de luxe de Madame, ses pantalons !
Comme, se dégonflant à la mesure de ses ralliements à gauche, la baudruche du poisson-pilote de François Hollande …
La probable et nouvelle surprise…
Après celle de la primaire de la droite et du centre …
De la victoire du vrai changement …
En la personne de François Fillon en mai prochain ?
Valeurs actuelles

13 mars 2017

Analyse Big Data. La société Filteris, qui avait déjà prédit la victoire de Trump ou le Brexit, place François Fillon en tête au premier tour de l’élection présidentielle.

François Fillon pourrait-il faire mieux que se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle ? Selon la société Filteris, le candidat Les Républicains serait qualifié, si le premier tour avait lieu aujourd’hui, en première position ! Filteris a gagné ses galons dans le milieu des projections électorales en prévoyant notamment l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit, contre l’avis de tous les instituts de sondage traditionnels. Mais la société canadienne avait aussi prédit la victoire éclatante d’un certain François Fillon à la primaire de la droite et du centre.

Fillon trois points devant Macron

Suffisant pour accorder de la crédibilité aux chiffres diffusés ce lundi par l’entreprise, qui précise avec précaution qu’il ne s’agit pas de sondages mais d’analyse de données. Avec 24,27% des voix, l’ancien Premier ministre devancerait la candidate du Front national Marine Le Pen, à 23,54%. Emmanuel Macron n’est qu’en troisième position, 3 points derrière François Fillon… Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan suivent dans cet ordre.

Voir aussi:
Valeurs actuelles

14 mars 2017

Big Data. Selon la société canadienne Filteris, spécialiste des analyses de données, François Fillon arriverait en tête au premier tour de l’élection présidentielle, une courte tête devant Marine Le Pen et plus de deux points devant Emmanuel Macron.

Filteris, la société canadienne qui avait prédit le Brexit et l’élection de Donald Trump, donne des résultats différents des instituts de sondage pour le premier tour de l’élection présidentielle. Si ses méthodes sont contestées par certains, parce que non “scientifiques”, elles ont en tout cas déjà fait leurs preuves, pour les deux rendez-vous électoraux cités, mais aussi pour la primaire de la droite, puisque la société avait prédit longtemps en avance la large victoire de François Fillon. Aujourd’hui, Filteris prédit l’arrivée du candidat LR en tête au premier tour de la prochaine élection présidentielle, avec 24,13% des voix. Il devance la candidate du Front national, Marine Le Pen, qui le suit de très près avec 23,86% des suffrages, ainsi qu’Emmanuel Macron, devancé un peu plus largement (21,98%).

Voir également:

Filteris, la société canadienne d’opinion préférée des fillonistes

Les instituts de sondages sous-estimeraient François Fillon, selon ses partisans, qui préfèrent relayer les analyses de l’entreprise Filteris, qui assure avoir « déclassé » les instituts de sondages traditionnels avec une méthode basée sur « l’analyse du buzz ».

L’Express

09 mars 2017

François Fillon était censé remporter l’élection présidentielle haut la main. Et puis il y a eu l’affaire Pénélopela mise en examen, les défections dans son propre camp et la dégringolade dans les sondages. Le candidat Les Républicains (LR), pourtant, décide de se maintenir jusqu’au bout. « La base, elle, tient », jure-t-il. Les instituts de sondage indiquent le contraire. D’une confortable première place, il est tombé à la troisième.

Ses plus fidèles soutiens ont donc cherché les bonnes nouvelles où ils peuvent. Ils en ont trouvées avec les analyses de Filteris, une entreprise privée canadienne spécialisée en « web-réputation » et d’Euromediation -un cabinet de conseil- qui placent Fillon au second tour dans toutes leurs mesures publiées depuis le 23 février dernier. « Nous avons des sondages (sic) qui sont faits avec ce qu’on appelle le big data et qui placent François Fillon en numéro 2 », se réjouissait Bruno Retailleau sur RMC mercredi 7 mars.

Sur Twitter, les soutiens du candidat de droite ont également relayé cette étude. « L’analyse Filteris démontre la résistance de Fillon auprès des Français », s’est félicité la députée LR Valérie Boyer. « François Fillon reste largement dans la course », l’a imitée Patrick Hetzel, également député LR.

« L’analyse la plus fiable de l’opinion »

Forcément, chez Les Républicains, on ne se prive pas de mettre en avant une étude si favorable, quitte à distordre un peu la réalité. En charge de la campagne digitale de François Fillon, Gautier Guignard, a jugé que les mesures Filteris sont les « plus fiable de l’opinion ». « Filteris avait prédit la victoire de Fillon à la primaire, et le place devant Macron au premier tour », titrait pour sa part lundi 6 mars l’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles.

Contacté par L’Express, le président-fondateur de la société canadienne, Jérôme Coutard, tient à souligner que son entreprise est « totalement apolitique » et n’a « aucun contact avec Les Républicains, ni un autre parti ». D’ailleurs, les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré une belle promotion aux analyses de Filteris, début février, rappelle Libération, lorsqu’il était annoncé à 18% au premier tour par l’entreprise. « Et on a eu le contraire avec des soutiens du PS, mécontent de nos mesures », précise le PDG.

« Notre métier n’est pas de suivre la politique, ajoute Jérôme Coutard. On ne gagne pas d’argent avec ces mesures ». En clair? La présidentielle est un excellent tremplin publicitaire, l’occasion de montrer à ses clients que ses mesures « sont fiables ».

« La méthode? Un secret industriel »

Et justement, comment fonctionnent-elles, ces mesures? Sur son site, Filteris se targue de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement propre aux sondeurs mais « les moteurs de recherche et les algorithmes d’analyse pour prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de ‘sentimentalité’ rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats ».

Interrogé sur ces termes flous, Jérôme Coutard, prévient qu’il compte préserver « le secret industriel » et qu’il y a « beaucoup de détails qu’il ne donnera pas ». Mais il accepte d’expliquer ce qu’il appelle le ‘buzz’. « Nous analysons le ‘poids numérique’, c’est-à-dire l’ensemble des traces numériques qui sont associés au sujet de notre analyse: un article paru sur un site de presse, le nombre de commentaires dans celui-ci, ceux sur les réseaux sociaux, (TwitterFacebook), le nombre de mentions, de hashtag, mais aussi l’engagement, etc. », énumère-t-il.

Quant à « ce que l’on vulgarise par ‘la sentimentalité’, poursuit le PDG, c’est l’ensemble des avis, des opinions et des commentaires positifs ou négatifs, que nous utilisons dans des cartes axiologiques, avec des valeurs positives et négatives associées au candidat ».

Fillon annoncé gagnant à la primaire de droite, oui mais

L’ensemble a permis à Filteris de détecter lors de la présidentielle américaine, « que le poids numérique était à l’avantage de Trump » et que « la sentimentalité associée était à 79% négative ». Bref, que tout le monde parlait -mal- de l’actuel président américain. Paradoxal compte tenu de sa victoire? « Pas forcément, botte Jérôme Coutard, vous connaissez la phrase de Léon Zitrone, Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ».

L’institut de mesures a aussi réussi à prévoir la qualification de François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, contrairement aux sondeurs traditionnels. Filteris s’en est félicité dans un communiqué de presse publié sur Facebook, dans lequel l’entreprise affirme que « les sondages classiques sont désormais déclassés par l’analyse big data ».

Mais, comme les instituts de sondages traditionnels, Filteris n’est pas exempt d’erreurs. D’abord, l’institut a bien prédit la victoire de Fillon au premier tour, mais il l’a sous-estimé de moitié et prédisait que son adversaire serait Nicolas Sarkozy. Ils donnaient également Jean-Frédéric Poisson à 11,4% des voix (1,45% en réalité) et Jean-François Copé à 8,8% (au lieu de 0,30%).

La société canadienne s’est aussi lourdement trompée sur la primaire de la gauche, annonçant Manuel Valls premier avec 40,28% des voix (31,9% en réalité) suivi par Arnaud Montebourg à 23,91%, alors que Benoît Hamon s’est imposé avec 36,51% des voix.

Interrogé sur Facebook, Filteris assure que « les dernières mesures effectuées (qui n’avaient pas été publiées) montraient un duo de tête Valls-Hamon avec une forte tendance haussière pour ce dernier ».

Un autre problème, lié à la méthode, peut également être soulevé. Qualifier le caractère positif ou négatif de millions de messages publiés sur Internet est une tâche sinon impossible, titanesque, expliquait à L’Express l’agence de modération Netino, interrogée en 2015. L’ironie, par exemple, peut-être trompeuse pour les algorithmes, même si des recherches existent sur le sujet. Et comme Filteris ne communique -logiquement- pas les détails de sa méthode, il est délicat de la juger.

Si les instituts de sondages sont loin d’être parfaits, difficile de ne pas noter le paradoxe des fillonistes et mélenchonistes qui saluent les résultats de Filteris, fondés sur une méthode secrète, et qui dénoncent les sondages « classiques ». D’autant que si Jérôme Coutard se vante de « mieux capter les signaux faibles », il avoue que « grosso modo, une à deux semaines avant une élection, on arrive à être au même diapason avec les sondages traditionnels ».

France 24
13 March 2017

BERLIN (AFP) – Matthias Zeller, a 21-year-old Social Democratic activist, caused a stir in Germany when he enthused on national television that his party’s new leader Martin Schulz was a « geile Sau » — which loosely translates as « sexy beast ».

Zeller, who heads the youth wing of SPD’s Mannheim chapter, told AFP that he let slip the informal expression « out of sheer exuberant joy » over Schulz’s decision to lead the party into battle against Chancellor

For him, it also « embodies the enthusiasm of young people, especially in the SPD, for Schulz and the new strength of the party ».

Schulz’s decision to leave the European Parliament, which he headed for five years, and run to lead Germany have, at least in the past few weeks, dramatically turned his party’s fortunes around.

A junior coalition partner of Merkel’s conservative alliance CDU and CSU, the SPD had been languishing in the polls under its former leader Sigmar Gabriel.

But Schulz’s arrival has re-energised support, with opinion surveys recording a 10-percentage point jump and some polls putting it ahead of Merkel’s conservative bloc.

His popularity reaches close to 50 percent, compared to the chancellor’s 38 percent.

The enthusiasm for Schulz, a politician who has spent more than two decades in the mega-bureaucracy of Brussels and Strasbourg, may seem odd at a time when an anti-EU populist wave is sweeping the continent.

But his unique life history — he wanted to be a professional footballer, didn’t finish high school, struggled with alcoholism before opening a bookstore and becoming an autodidact with six languages under his belt — gives him a common touch.

« There has been a sort of change in mood, the SPD feels different because it has a new candidate, » said Christopher Lauer, a former member of the Pirate Party who has defected to the SPD.

That new optimism is palpable on social media.

– ‘Schulz train’ –

An active group of Schulz fans have created and harnessed powerful memes, setting Twitter alight with hashtags like #schulzzug (#schulztrain), #keinebremsen (#nobrakes) or #gottkanzler (#godchancellor).

The theme extends to YouTube, where a video called the Schulzzuglied (Schulz train song) features the lyrics, « The Schulz train is rolling, and it has no brakes, it’s running at full steam to the chancellery. »

The video has been viewed more than 100,000 times.

Such creative output has been shared on online forum subreddit in a thread called The_Schulz, which was started as a parody of The_Donald — a pro-Trump thread.

Some of Schulz’s fans style him as the anti-Trump.

The acronym MEGA, which stands for « Make Europe Great Again », has been plastered on a Schulz poster that mimics the style of Barack Obama’s « Hope » campaign poster.

As with many social media phenomena, it is hard to pin down who started what, when.

Some members of Jusos Mannheim are active in the subreddit forum, point to Zeller.

But it is clear that the hype was not planned by SPD headquarters.

Yet Zeller underlined the significance of the light-hearted chatter online.

« That is important because in social networks, simple, populist statements penetrate very quickly while the other complicated, correct answers to problems don’t travel so well.

« We are transferring our party’s content to our target group — we want politics to be cool, sexy and human-centred, » he said.

– ‘Merkel bus’? –

Schulz himself is gamely joining in the fun.

A day after Zeller’s infamous comment on breakfast television, the SPD boss telephoned the young man.

« It was a big surprise, » said Zeller, whose youth group has also posted an online guide on how to make bags featuring the Schulz MEGA poster.

« He gave me a feeling of confidence and appreciation in the phone call. He gets along very well with young people and can relate to the party rank and file. »

Schulz also left a video message thanking his subreddit fans for their support.

In a recent tweet, he wrote, « 10,000 new members, » complete with a smiley face.

That online engagement contrasts sharply with his opponent Merkel, who is one of few world leaders who does not have her own Twitter account.

But Lauer also noted that, as the incumbent leader, « it is impossible to consider something like a ‘Merkel bus' ».

« If Martin Schulz is elected this year as chancellor, then he would certainly not be able to campaign with a ‘Schulz train’ in 2021 because he would be the incumbent, » said Lauer.

He also cautioned against reading too much into the « Internet bubble ».

While these slogans create buzz, they boil down to little content-wise, he said.

« I think all that can fire up young people, but at the end of the day, young people are interested in what kind of perspectives politics or political parties are offering, » he said.

Schulz also seem to be conscious of that, telling the Bild daily in an interview, « I am not a pop star, but a politician … Ultimately, I want to become chancellor. »

Voir également:

Aux législatives néerlandaises du 15 mars prochain, le candidat d’extrême-droite, Geert Wilders, est donné gagnant par les sondages. Ce dernier dénonce le système, veut sortir de l’Europe, stopper l’immigration et renvoyer tous les étrangers dans leur pays. Comment un tel discours peut-il faire mouche aux Pays-Bas ? Les précédentes législatives en 2012 s’étaient pourtant soldées par la victoire nette du VVD (26,5%) – le parti de centre-droit du premier Ministre Mark Rutte. Comment les Pays-Bas en sont-ils arrivés à un tel revirement de situation ? ARTE Info répond à ces questions avec Markus Wilp, directeur du centre d’études des Pays-Bas à l’université de Munster.

« L’islam ou la liberté : c’est notre unique choix » / Slogan de campagne de Geert WIlders.

Qui est Geert Wilders, figure de proue de l’extrême-droite néerlandaise ?

Le programme en onze points de Geert Wilders est simple, tient sur une page A4 et compte bien piocher des voix autant à droite qu’à gauche. Il veut « désislamiser » les Pays-Bas en fermant les mosquées et en interdisant le Coran. Il affirme son objectif sans détour : « rendre les Pays-Bas  aux Néerlandais » en les débarrassant de « la racaille marocaine ». A côté de cela, il milite fermement pour un Nexit – une sortie des Pays-Bas de l’Union européenne – et compte augmenter les budgets de la défense et de la police. Voilà pour les mesures de droite et d’extrême-droite.

Mais son programme tente aussi séduire l’électorat de gauche : l’âge de la retraite n’augmentera pas, les frais de santé seront supprimés et l’impôt sur le revenu réduit. Pour Markus Wilp, « Geert Wilders parvient à lier habilement des thèmes très à droite tout en insistant sur l’obsession de la gauche néerlandaise : la sauvegarde de l’Etat providence ». Pour financer son programme, Geert WIlders projette de supprimer les aides aux immigrés, mais aussi les financements de « passe-temps de gauche » comme l’aide au développement et les subventions culturelles. Selon le leader du PVV, 17,2 milliards d’euros seraient ainsi économisés pour être réinjectés dans l’Etat providence. C’est « cet équilibre qui semble convaincre une partie des électeurs néerlandais », selon Markus Wild.

Pourquoi l’islamophobie a-t-elle pris une telle place dans la société ?

L’avènement de Geert Wilders est en partie provoqué par l’érosion des partis traditionnels qui peinent à convaincre et ont perdu une grande partie de leur électorat. De 1994 à 2002, la « coalition violette » est au pouvoir. Elle rassemble le Parti du travail (PvdA, social-démocrate), le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, libéral) et les Démocrates 66 (D’66, social-libéral).

A partir de 2002, c’est l’hécatombe : la coalition perd la moitié de son électorat. Les conservateurs du parti chrétien-démocrate (CDA) deviennent la première formation du pays. Et surtout, pour la première fois, un parti islamophobe et anti-immigration fait son entrée fracassante au parlement : la « liste Pim Fortuyn » remporte vingt-trois sièges.

Assassiné neuf jours avant ces élections législatives qui ont fait de sa « liste » la deuxième force politique du pays, Pim Fortuyn a posé les bases des revendications du parti de la Liberté. Il est le précurseur de Geert Wilders et du PVV qui ont occupé au fil des années de plus en plus de place dans la vie politique néerlandaise.

Avec le meurtre de Fortuyn, la question de la place de l’islam s’est retrouvée projetée au cœur des préoccupations de la société néerlandaise. Un autre événement a profondément marqué les esprits : l’assassinat en 2004, par un islamiste, de Theo van Gogh, réalisateur d’un virulent pamphlet anti- islam.

Les manifestations et les actes violents xénophobes se sont alors multipliés. A tel point que la fondation Anne-Frank note dans son rapport de décembre 2004 : « Le problème de l’extrême-droite et de la culture raciste parmi les jeunes n’a jamais jusqu’à aujourd’hui atteint de telles proportions aux Pays-Bas« .

Pourquoi l’opposition à Geert Wilders peine à trouver son positionnement ?

Les voix sont aujourd’hui très dispersées. Le professeur Markus Wilp nous l’explique : « à l’heure actuelle se dessine un duel entre le parti libéral VVD et le PVV populiste de Geert Wilders. Ils ont les cotes de sondage les plus hautes, mais ne dépassent pour le moment pas les 16%. Ils sont tous les deux talonnés par cinq partis ayant chacun 8 à 11% d’intentions de vote ».

Cette situation est inédite. Lors des élections législatives de 2012, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre sortant Mark Rutte a obtenu 26,4% des suffrages et le parti de centre gauche PvdA, 24,7%. Ce sont avant tout ces partis qui sont aujourd’hui sanctionnés et qui ont perdu leur crédibilité. Pendant la campagne électorale en 2012, Mark Rutte avait par exemple promis de plus verser « un centime de plus pour la Grèce ». Promesse non tenue. Il s’était aussi engagé à diminuer les impôts de chaque contribuable de 1000 euros. Rebelote, promesse non tenue. Geert Wilders n’a pas hésité à rappeler ces engagements de Mark Rutte tout au long de la campagne :

 « Ce sont les électeurs qui dirigent le pays Mark. A 100%. Et personne aux Pays-Bas ne vous croit. »

Geert Wilders a-t-il une chance de devenir Premier ministre des Pays-Bas ?

En cas de victoire, le parti de Geert Wilders ne lui donnera pas forcément les clés du gouvernement. Il pourrait même ne pas y figurer. Pourquoi ? Parce qu’au jeu des coalitions, le PVV aura bien du mal à convaincre les autres partis qui pourraient arriver en tête. Les conservateurs (CDA), les verts (GroenLinks) ou les centristes (D66) sont tous pro-européens. Quant au parti du premier ministre sortant Mark Rutte, les chances d’une alliance sont quasi-inexistantes :

« 0% de chances, Geert. Zéro pour-cent. Cela ne se produira pas. »

Résultat : même si le PVV parvient à concrétiser les sondages et à remporter le plus de sièges, les chances pour Geert Wilders de figurer dans le futur gouvernement restent minces. En d’autres termes, Geert Wilders est contraint d’obtenir la majorité absolue des sièges du Parlement (76 sur 150) pour pouvoir espérer figurer dans le gouvernement. Et il en est loin.

Son exclusion ne facilitera pas les négociations pour la formation du futur gouvernement. Selon Markus Wilp, « la formation de la nouvelle coalition pourrait prendre beaucoup de temps. Les partis du centre vont jouer un rôle important : vont-ils choisir une coalition avec les partis de gauche ou de droite ? »

Pourquoi l’Europe scrute-t-elle attentivement ce scrutin ?

Le triomphe de Trump aux Etats-Unis, le Brexit voté au Royaume-Uni : les élections législatives néerlandaises vont-elles suivre le même chemin et faire gagner une nouvelle fois le populisme ? Une chose est certaine, selon le professeur Wilp : ce scrutin va « être observé avec beaucoup d’attention par de nombreux pays qui se demandent si la tendance au populisme va se confirmer« . Car le Parti pour la liberté de Geert Wilders est, selon les derniers sondages, sur le point de devenir le premier parti du pays : les conséquences d’une telle victoire pour « l’Union européenne intéressent forcément les autres pays« .

Voir encore:

Opinion

Next Le Pen is Danish and should be taken seriously

Copenhagen, 9. Mar, 2017

Civil war, treason, rape, persecution. Pernille Vermund, leader of the Danish far-right party “the New Conservatives”, has no shortage of words to describe Denmark’s dystopian future if immigrants have their way.

While her predictions seem an unlikely trajectory for the happiest country in the world, which houses fewer immigrants than any of its immediate neighbours – not taking her seriously may just help propel her to the top.

Referring to immigrants as lazy, disloyal, ungrateful and criminals, Vermund regularly lashes out at those who are sympathetic to immigrants because they « accept … the subjugation of women, children, homosexuals and non-Muslims. »

Like Geert Wilders in The Netherlands and Marine Le Pen in France, Vermund objects to « establishment politics. »

She levels harsh criticism at her political rivals for being « too soft » on immigration and for doing « too much talking. »

Vermund’s anti-Islam sentiments and the rhetoric she uses to illustrate the gap between « the people » and « the elites » resonate with Danish voters. They commend her for her « straight talk » and ability to « get things done. »

Rising star

The similarities with Donald Trump are striking. Her party polled at 4.8 percent in late February – impressive for one founded less than two years ago.

Similar to her European peers, Vermund’s party refrains from the homophobia, anti-Semitism and religious conservatism expressed by traditional far-right groups, claiming instead to defend liberal values against a new enemy: Islam.

Appeals to individual freedoms, calls for Denmark to leave the EU and ultra-liberal economic policies draw in voters who traditionally would have avoided fringe groups such as Vermund’s party.

This helps to explain how seven out of 10 of her potential voters are not only male, white and middle-aged, but also reasonably wealthy and in possession of a university degree.

Like Wilders, who is expected make substantial gains in the upcoming general elections in the Netherlands, Vermund’s chances of leading the country any time soon are very slim.

This is due in part to the system of proportional representation and Denmark’s tendency to form minority coalition governments, but it does not mean that she cannot still gain significant influence.

Not yet in parliament, and a relative new-comer on the political scene, Vermund is a talented communicator who comes across as calm, accessible, and to-the-point even when pressed on issues she does not appear particularly knowledgeable on.

A regular participant in mainstream political TV talk shows, and with a column in one of the most widely read tabloid newspapers in Denmark, she is both well-known and a frequent object of derision from much of the liberal left and mainstream media.

Her controversial statements are criticised in the most emphatic of terms, but attractive narratives are seldom offered to those who already agree with her, or those she might win over.

Home of hygge

The home of « hygge », the Danish word for a feeling of cosiness, Denmark has in recent years introduced legislation and initiatives labelled as draconian by both national and international media.

This includes most notably the passing of a law in 2016 that permits authorities to confiscate the personal possessions of asylum-seekers, and the government taking out advertisements in a Lebanese newspaper to dissuade refugees from coming to Denmark.

More recently, the Danish parliament issued a non-binding statement in February, which suggested that to be considered “Danish”, both of your parents must be Western.

Coming across as controversially anti-immigrant in an environment that has moved so far towards the political right might seem like a real challenge.

But Vermund and her party appear to be succeeding with their unusually harsh language, for example comparing the 1951 Refugee Convention to “Sharia law” because it – like sharia law, Vermund contends – is “out of touch with reality” and “a remnant of the past”.

Political outsider

As a charismatic woman in her early forties, she comes across as determined with strong opinions, a strong character and, to some, a charming person.

More importantly, she is a political outsider, much like Wilders and Trump were.

This is a quality that none of Denmark’s other political parties have, no matter where they are on the political spectrum.

It is a quality that appeals to voters who feel disenfranchised and ignored by the political system. A quality that may help her party get nearly 5 percent of the popular vote.

Most importantly, it is a quality that requires those wanting to thwart her political ambitions to take her seriously. Mocking her will do little good, as is clearly evident looking back at the US presidential election campaigns.

Although there are few similarities otherwise, Trump proved that being a political outsider does not mean you will not succeed, but to the contrary.

Ultra-liberal

With ultra-liberal economic policies, appeals to freedom and independence, and voicing a fierce anti-Islam sentiment, Vermund sounds every bit like her peers in the US and Europe.

The Danes must make every effort not to repeat mistakes from elsewhere. They must not discount Vermund. They must take her seriously, because she is being taken seriously by those who agree with her.

Instead of jeering at her, they need to come up with effective counter-narratives.

They have to find common ground with the people they disagree with, and discover new ways of relating to each other, to understand the lives and challenges of those who have become so deeply distrustful of the perceived political elites.

If they fail, Denmark might indeed be on the path toward a true dystopia after all.

Andreas Reventlow is an adviser at the Copenhagen-based non-profit International Media Support and a researcher with the Dangerous Speech Project.

Voir par ailleurs:

Rime El Himani

Gala

2 mars 2017

Certains proches d’Em­ma­nuel Macron tirent la sonnette d’alarme. D’après eux, les prix des vête­ments et acces­soires de luxe de Brigitte Macron fini­raient par porter atteinte à l’image du candi­dat.

S’il fait les beaux jours de la presse fémi­nine, le goût  de Brigitte Macron pour les vête­ments de luxe n’est pas appré­cié de tous. Comme le révèlent Caro­line Derrien et Candice Nede­lec dans Les Macron, dont certains extraits sont publiés dans Gala cette semaine, certains proches du candi­dat à la prési­den­tielle seraient inquiets. Selon eux, les prix exor­bi­tants des tenues de son épouse pour­raient porter atteinte à son imageen pleine campagne élec­to­rale.

Brigitte Macron se justi­fie dans ce livre,  publié le 8 mars chez Fayard, en décla­rant : « Diffé­rentes maisons me proposent des vête­ments chaque semaine. Et pour les soirées de gala, je trouve cela sympa de montrer ce qu’est la créa­tion française ».

Anne Sinclair ne l’en­tend pas non plus de la même oreille. Dans son livre Chro­nique d’une France bles­sée, l’ex-compagne de Domi­nique Strauss-Kahn rapporte elle aussi des propos qu’elle aurait enten­dus au sujet du style vesti­men­taire de l’an­cienne profes­seur de philo­so­phie : « N’ayant pas été à la céré­­mo­­nie pour Michel Rocard aux Inva­­lides, je veux me faire confir­­mer ce qu’on m’a rapporté : Brigitte Macron (…) est arri­­vée dans une tenue trop habillée, avec des stilet­­tos qui, sur les pavés de la cour d’honneur (…) avaient davan­­tage un air de Fashion Week que de recueille­­ment devant le leader de gauche disparu », peut-on lire.

Des remarques auxquelles Brigitte Macron ne semble guère prêter atten­tion. Aperçue au dîner du Crif, le 22 février dernier, l’épouse du leader du mouve­ment En Marche! a une fois de plus été remarquée pour son sens du style

Voir de plus:

Caroline Galactéros : «On imagine mal Emmanuel Macron face à Trump ou Poutine »
Caroline Galactéros
Le Figaro
13/03/2017

FIGAROVOX/HUMEUR- A six semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Caroline Galactéros ne cache pas sa préférence pour le candidat de la droite et du centre. Pour elle, Emmanuel Macron est une illusion de nouveauté, et n’est pas à la hauteur de la fonction présidentielle. Seconde partie.


Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).


À lire également: Première partie, Emmanuel Macron ou l’esthétique du vide

Le candidat «en marche» ne promet pourtant rien moins que «la révolution» et la «réconciliation de l’ambition avec le réel». Beau programme. Comment? On verra plus tard. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un? Dans les faits, ce renouveau tonitruant de la social-démocratie par une fusion assumée avec la logique libérale dans tous les domaines assume l’ubérisation de la société et des individus, donc la précarité comme horizon et la stupidité de clivages manichéens entre «ouverture» et «fermeture», entre «progressistes» et «conservateurs», c’est-à-dire en fait entre ceux qui acceptent leur disparition dans un sans-frontièrisme enfiévré et une totale soumission à la dérégulation financière, et ceux qui ne s’y résolvent point. Sans même jouer à se faire peur en imaginant un instant ce que pourrait donner un tel président sur la scène internationale face à des figures telles que D. Trump, V. Poutine ou encore Xi Jing Ping, comment ignorer que sa popularité démontre la gravité de la crise du politique en France. Nos concitoyens sont si désorientés, si dégoûtés qu’ils paraissent prêts à toutes les aventures, même si nombreux sont encore ceux qui sentent combien le choix de mai prochain signera soit l’amorce de notre relèvement collectif, soit l’engloutissement progressif des derniers anticorps sociétaux et culturels protégeant encore notre corps national de l’implosion.

Il faut en outre s’inquiéter que cette offensive destructrice trouve un allié inattendu mais de poids dans une partie des «élites» économiques de notre pays. Celles-ci tombent dans le piège évangélisateur macronien avec une déconcertante naïveté, confondant agitation jeuniste et progrès sociétal, se croyant «dans le vent» alors qu’elles risquent de creuser dangereusement les fractures nationales par un vote irresponsable. Il existe en effet, chez une partie de la couche supérieure de la bourgeoisie française, qui travaille beaucoup, contribue énormément, prend des risques et vit bien mais sans opulence, une volonté de s’identifier aux très grands entrepreneurs, notamment ceux du numérique qui prétendent repousser les frontières de la modernité et modeler le futur humain. Ces «e stars» sont leurs héros, qui effectivement vivent eux dans une couche sociale marquée par la fluidité, l’effacement des frontières physiques, financières et politiques et n’ont que mépris pour les États qui gênent leurs ambitions… ou s’y prêtent trop servilement. La couche immédiatement inférieure de cette élite veut croire à ces figures de proue et se figure qu’un Emmanuel Macron peut les en rapprocher. Tout à cette identification valorisante, ces patrons ne voient même plus l’imposture politique colossale que le leader d’En Marche! personnifie et qui devrait suffire à dégonfler sa baudruche, même si l’actuelle transhumance empressée des pachydermes socialistes qui le rallient toute honte bue est déjà à elle seule une terrifiante démonstration.

Cette classe moyenne très supérieure ne veut pas voir le gouffre qui la séparera toujours de ses richissimes «modèles 3.0». Emmanuel Macron prétend incarner une modernité radieuse et généreuse alors qu’il est le rejeton tardif prétendument «émancipé» d’une génération politique qui n’a fait que se déconnecter d’avec le monde réel et mentir éhontément à son électorat initial, y compris sur le thème de la souveraineté nationale ou du patriotisme économique. Car il faut enfin évoquer d’autres gravissimes renoncements qui traduisent chez ce courant macroniste une idéologie tenant la défense de nos intérêts nationaux pour inutile voire nocive. Comment oublier en effet que notre «show man», alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, a été l’un des principaux (p)artisans de la grande braderie des intérêts industriels français lors de la cession de la partie la plus rentable et surtout la plus stratégique du groupe Alstom – sa branche énergie – en décembre 2014 à General Electric, au terme d’une opération américaine de ciblage et de déstabilisation que l’Élysée a non seulement laissé faire mais finalement accélérée? A cet égard, l’excellent rapport (ouvert) du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement) de décembre 2014 mérite une lecture attentive. Âmes patriotes s’abstenir. Ces gouvernants, par naïveté ou dogmatisme occidentaliste, veulent ignorer la violence de la guerre économique entre nations, y compris alliées, peut-être parce qu’ils ne croient plus à celles-ci et sont incapables de prendre la mesure des enjeux – en l’espèce la lutte à mort pour la domination du marché mondial de l’énergie.

Après Alstom, et peut-être demain Technip, c’est aujourd’hui Airbus qui semble de plus en plus échapper à la France qui en a été pourtant à l’origine, au profit de l’Allemagne et derrière elle, des États-Unis et de la Grande Bretagne. La récente nomination d’un nouveau directeur technique d’Airbus Group américain et surtout ancien de la DARPA (Defense Advanced Research Program Agency, -annexe du Pentagone en charge des techniques de pointe en matière d’armement: robotique, drones, satellites) laisse songeur et devrait allumer des clignotants à tous les étages du palais de l’Élysée. La réciproque serait inconcevable, les États-Unis ayant prudemment légiféré en ce sens. Désormais les fonctions majeures de la direction du Groupe Airbus sont donc noyautées par les Allemands, Américains et Britanniques. La direction de la Stratégie, déjà en retrait depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014, perd son encombrant et brillant directeur historique français et le tour est joué! Certes le siège est transféré à Toulouse. Pour nous faire plaisir, les Français étant notoirement plus sensibles aux symboles qu’aux réalités. Tom Enders a aussi créé Airbus Defense & Space (ADS), réunion d’Astrium et de Cassidian dont le siège est à Munich avec un management presque exclusivement allemand. La partie électronique de cette entité a été cédée au fond américain KKR alors même que Thalès était candidat. Un fonds qui a recruté en 2013 l’ex-directeur de la CIA David Petraeus…..L’État français est pourtant actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et Airbus est une création française qui doit son essor à des investissements publics très importants… du contribuable français. Mais dès que l’on parle d’intérêts nationaux, on est immédiatement taxé de pensée rétrograde, étriquée et chauvine. Pourtant qui ne comprend que l’évolution du pouvoir au sein d’un tel groupe est essentielle pour notre pays? Rappelons que la désindustrialisation aidant, l’aéronautique représente aujourd’hui – sous-traitants inclus -, le tiers de l’emploi industriel civil français.

Ce ne sont que deux exemples parmi bien d’autres, mais ne nous y trompons pas: avec un Emmanuel Macron au pouvoir, c’est une idéologie golbalisée qui risque de triompher définitivement. La France finira par devenir elle aussi «une forme vide», un village Potemkine-musée pour touristes aventureux et pour des Français que l’on gavera de blabla sur le «patriotisme économique» tout en défaisant tout ce qui a construit et manifeste encore notre puissance et notre influence. La pâte à modeler des populations et des territoires se substituera alors définitivement aux socles résilients du peuple et de la nation. «C’est le progrès, c’est l’avenir! Ayez confiance!» nous dira le jeune président.

Si la boue actuelle échoue à recouvrir totalement la campagne et à la neutraliser jusqu’au vote, il y a fort à parier que l’élection de notre prochain président ne se fera pas (ou peu) sur des enjeux économiques directs (chômage, croissance, impôts,). Les électeurs croient de moins en moins aux promesses politiciennes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Qu’on leur promette de l’argent sans effort ou des réformes sérieuses, ils semblent avoir une foi limitée dans la capacité de leurs représentants à agir en conséquence, ou dans celle d’un président à tenir avec autorité les remuants attelages gouvernementaux. Le choix sera vraiment celui d’une stature présidentielle, d’un homme capable de tenir bon sur des enjeux culturels et régaliens. Le premier d’entre eux, n’en déplaise aux prophètes enfiévrés du multiculturalisme hors sol, c’est celui de l’identité culturelle actuelle et souhaitable de la France, relevant de ce que l’on pourrait appeler le socle charnel, immatériel mais bien concret, de la Nation, ce qui fait que l’on «fait corps» collectif viable, et que l’on peut persister dans l’être et se différencier comme ensemble historique, culturel, politique et social par rapport aux autres acteurs étatiques. Ce sont donc les questions de la cohérence du projet de redressement et de la vision pour notre pays à horizon de 10 ans qui sont premières. Tout le reste en découle. Dans ce cadre, la question de ce que la France doit assumer et conserver de ses racines chrétiennes comme pôle référentiel implicite et structurant de toute notre réalité collective est centrale, et celle de la défense de notre souveraineté, celle enfin de l’indépendance et de notre projection comme État et comme puissance dans le monde sont cardinales. Cela peut paraître stratosphérique à certains mais nos concitoyens eux, font le lien entre l’immédiat et le lointain, entre le local et le global, entre le quotidien et l’horizon. Ils ont besoin de se sentir partie d’un tout plus grand qu’eux et sentent que l’efficacité sociale n’est possible que dans le cadre d’un projet national ambitieux. Peut-être leurs enfants n’auront-ils plus cette exigence et il faut s’en inquiéter, mais le socle actuel tient encore et la perception des menaces diverses est vive. Enfin la question sécuritaire au sens le plus large sera centrale: la place, la solidité, la capacité de défense et de contre-attaque de notre pays n’est pas un sujet réservé aux géostratèges. Cela concerne chacun d’entre nous. Pour l’heure, tout a été démoli avec une ahurissante désinvolture, un dogmatisme et une toute aussi grande morgue. Au terme de ce quinquennat dramatique, nous ne sommes plus écoutés ni attendus, encore moins espérés dans le monde. On nous voit comme des naïfs et des opportunistes. Beau bilan! Tout est donc à rebâtir et c’est impossible sans une idée claire et assumée de ce qui nous constitue, de ce qui doit être préservé et de ce qui fait la singularité française.

Cela ne se passera pas comme ça. Nous avons le choix. Pas seulement entre Charybde et Scylla.

 Voir enfin:

Californie: un golf de Trump vandalisé

  • Le Figaro.fr avec AFP
  • 13/03/2017

Un groupe de militants pro-environnement a vandalisé un golf luxueux appartenant au président américain Donald Trump au sud de la Californie, gravant un message sur sa pelouse, a indiqué la police aujourd’hui.

Le groupe, qui se décrit comme un « collectif écologiste anonyme », a envoyé au quotidien Washington Post une vidéo montrant au moins quatre personnes en train de passer au-dessus d’une clôture au Trump National Golf Club de Rancho Palos Verdes, environ 30 kilomètres au sud de Los Angeles.

La vidéo sous-exposée et légèrement floue d’un peu plus d’une minute montre les intrus vêtus de couleurs sombres utilisant des outils de jardinage pour gratter dans le gazon le message: « PLUS DE TIGRES. PLUS DE BOIS » (en anglais « NO MORE TIGERS. NO MORE WOODS. », allusion probable au joueur de golf vedette Tiger Woods).

Ils ont envoyé au journal un communiqué de presse expliquant que leur action était une réponse au « manque d’attention flagrant (de l’administration Trump) pour l’environnement ».

Le lieutenant David Sprengel du bureau du Shérif de Lomita a précisé que l’acte de vandalisme avait eu lieu vers 8H30 dimanche.

Le golf de 18 trous est classé parmi les 100 meilleurs du pays par Golf Magazine, et a coûté 264 millions de dollars ce qui fait de lui le plus cher jamais bâti aux Etats-Unis d’après le site World Golf. Il est réputé pour son panorama spectaculaire sur l’océan Pacifique et a été utilisé comme décor dans plusieurs films.


Brexit: C’est les sans-dents, imbécile ! (Not thick or racist, but just poor: By forcing Britain to quit the EU, Brexit voters have given a bloody nose to an elite that views them with contempt)

2 juillet, 2016
PeasantsRevoltlevellersChartistsSwingRiotsDeathWatTylerFull
Dolci_MadonnaEUFlag
BrexitToon
king-o‘Savage hordes approached the city like waves of the sea/At their head a peasant captain urged the madmen on/With cruel eagerness for slaughter, he shouted: “Burn and Kill.” John Gower
Je défie le pape et toutes ses lois, et si Dieu me prête vie, je ferai qu’en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l’Écriture mieux que le pape lui-même.William Tyndale
Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme ? John Ball
De quel droit ceux qui s’appellent seigneurs, dominent-ils sur nous ? À quel titre ont-ils mérité cette position ? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs ? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu’ils valent mieux que nous, si ce n’est qu’en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? John Ball
Wat About Di Working Claas? Linton Kwesi Johnson
J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a ‘trahi la confiance du régime’ et ‘devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? Bertolt Brecht
 Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : ‘les sans-dents’, très fier de son trait d’humour. Valérie Trierweiler
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Tout ce que demande aujourd’hui le Kansas, c’est qu’on lui donne un petit coup de main pour se clouer à sa croix d’or.(…) Votez pour interdire l’avortement et vous aurez une bonne réduction de l’impôt sur le capital (…). Votez pour faire la nique à ces universitaires politiquement corrects et vous aurez la déréglementation de l’électricité (…). Votez pour résister au terrorisme et vous aurez la privatisation de la sécurité sociale. Thomas Frank
I do think that when you combine that demographic change with all the economic stresses that people have been going through because of the financial crisis, because of technology, because of globalization, the fact that wages and incomes have been flatlining for some time, and that particularly blue-collar men have had a lot of trouble in this new economy, where they are no longer getting the same bargain that they got when they were going to a factory and able to support their families on a single paycheck. You combine those things, and it means that there is going to be potential anger, frustration, fear. Some of it justified, but just misdirected. I think somebody like Mr. Trump is taking advantage of that. That’s what he’s exploiting during the course of his campaign. Barack Hussein Obama
Trop menacer les gens est en fait une insulte à leur intelligence et la leçon de la visite d’Obama est encore plus fascinante. Voici l’homme le plus puissant du monde en provenance d’un pays pour lequel nous avons toujours eu un respect énorme … et un grand nombre de gens en Grande-Bretagne se sont dits: «Comment le président américain ose-t-il venir ici et nous dire ce qu’il faut faire? Et cela s’est retourné contre lui et je pense que nous avons eu un rebond Obama Brexit parce que les gens ne veulent pas que les dirigeants étrangers leur disent comment penser et comment voter. Nigel Farage
Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him. Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne. The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable. That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’. It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’. (…) The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions. All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’. It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation. It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans. You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband. Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault. Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too. Tim Montgomerie
Wat Tyler (? – 15 juin 1381) est un paysan anglais, soldat démobilisé des guerres de France, qui a pris la tête d’une révolte des siens en lutte contre les impôts excessifs. Il n’est pas l’instigateur de la Révolte des Travailleurs mais il en a été certainement le fer de lance. Depuis le milieu du XIVe siècle, la situation du paysan anglais a sérieusement empiré. C’est lui qui a la lourde charge de payer la guerre du roi d’Angleterre en France. Le Statut des travailleurs de 1351, empêchant une hausse des salaires, a augmenté le mécontentement. En 1380, le Parlement décide la levée d’une nouvelle poll tax et l’envoi de commissaires royaux dans les campagnes pour éviter les fraudes. C’en est trop pour les paysans. Au début de 1381, la révolte éclate en Essex et se répand vite dans le Kent, le Sussex, le Norfolk. Partout, les nobles fuient, les châteaux brûlent. L’un des meneurs, le prédicateur John Ball, prêche l’égalité entre les humains. Arrêté en mai par les gardes de l’archevêque de Cantorbéry, Simon de Sudbury, il annonce: « Il y aura 20 000 hommes qui vont me libérer. » Après la guerre française, Wat Tyler était retourné travailler sur sa terre dans le Kent. Un percepteur royal se présente chez lui et tente de se payer en essayant de violer sa fille de 15 ans. Encouragé par ses voisins, Tyler assassine à coups de marteau l’agresseur de sa fille. Les paysans du Kent, qui connaissent sa valeur, l’élisent chef des rebelles. Celui-ci, qui ne peut plus revenir en arrière, accepte. Leur première direction est Cantorbéry où ils libèrent John Ball. Puis ils décident de marcher sur Londres. Sur leur chemin, ils ouvrent les prisons et décapitent les juges qui tombent entre leurs mains. Le 10 juin, lorsqu’ils arrivent aux portes de la capitale, ils sont près de 100 000 insurgés qui exigent de parler au roi. Wat Tyler ne veut pas renverser le gouvernement mais exige des réformes. C’est pourquoi il veut négocier avec le roi. C’est pourquoi aussi il impose une discipline à ses hommes en interdisant les pillages et en punissant de mort les fautifs. Finalement Richard II accepte de le rencontrer. Le jeune roi de 15 ans arrive à bord d’une barque sur la Tamise, mais il prend peur et décide de rebrousser chemin. Il va se réfugier à la Tour de Londres avec quelques notables, dont Simon Sudbury, l’archevêque de Cantorbéry. Tyler assiège alors la Tour qui est prise entre deux feux. Sudbury est arrêté et assassiné, peut-être à l’instigation de John Ball. Richard II rencontre Tyler à Mile End, un faubourg de Londres. Le capitaine des insurgés exige l’abolition du servage, de la poll tax et du privilège de la chasse et de la pêche de la noblesse. Le roi veut gagner du temps car il sait que Robert Knolles est en train de lever une armée non loin de là. Il accepte tout et fixe rendez-vous au lendemain pour finaliser les détails de l’entente. Le 15 juin, Tyler et le roi se rencontrent donc de nouveau à Smithfield. Richard II s’est entouré de provocateurs qui s’amusent à insulter le chef des insurgés. Celui-ci sort son épée. Prenant prétexte de vouloir défendre son roi, le Lord-maire de Londres, William Walworth, lui porte un coup d’épée qui le renverse. Il est aussitôt achevé par un écuyer. Richard, qui a belle prestance, parvient à calmer les insurgés présents. Il leur fait croire que Tyler est un traître qui a voulu l’assassiner et que lui, le roi, est leur véritable chef. Il leur promet qu’il respectera sa promesse et leur demande de se disperser. Ce sera leur faute. Robert Knolles les attend à la sortie de Londres. Ils sont écrasés. Ceux qui ne sont pas tués s’éparpillent dans toutes les régions. Les représailles suivent. Des milliers de paysans sont exécutés. John Ball, capturé dans une ancienne abbaye, est pendu et écartelé. Ce n’est que le 30 août qu’un ordre royal suspend les représailles. Par la suite, il ne fut plus question avant longtemps d’abolir le servage ni la poll tax. Wikipedia
L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen? Stefan Zweig
Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. Michael Walzer
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) J’aurais moi-même pu penser de la sorte si je n’avais pas croisé la route de grands écrivains d’Europe centrale : Czeslaw Milosz, Kazimierz Brandys et surtout Milan Kundera. Ce sont eux qui ont fait de moi un Européen. Face au communisme russe, ils ne défendaient pas seulement la démocratie et les droits de l’homme, ils défendaient aussi une civilisation. L’Europe était leur identité. Ils m’ont réveillé de mon universalisme facile et ils m’ont fait comprendre que le passé de l’Europe ne se réduisait pas à ses crimes. (…) Il ne faut pas faire le cadeau de l’Europe à Hitler. L’Allemagne, c’est Bach, Goethe, Caspar Friedrich. De même, l’histoire de France ne se réduit pas à la collaboration ou à la guerre d’Algérie. Avec le sens de la continuité historique, les peuples européens doivent retrouver la véritable signification de l’hospitalité. Être hospitalier, c’est offrir quelque chose à celui qu’on reçoit. D’où le rôle névralgique de l’école. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) Je ne considère pas que le fait de vouloir être majoritaire dans son propre pays relève de l’égoïsme. C’est une aspiration absolument légitime, qu’il est absurde de criminaliser. Dans son article capital Un Occident kidnappé, la tragédie de l’Europe centrale, Milan Kundera raconte qu’en septembre 1956, le directeur de l’agence de presse de Hongrie envoya par télex dans le monde entier ce message sur l’offensive russe déclenchée contre Budapest et qui allait écraser son bureau : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. » Il affirmait d’un même souffle son identité nationale et son identité européenne. (…) Il faut arrêter de se payer de mots : nul n’est prêt à mourir. Mais on peut vouloir se défendre. Si renaît le patriotisme en France, si les bobos de la génération Bataclan en viennent à se réconcilier avec le drapeau tricolore et l’hymne national, c’est parce que notre pays est attaqué et, par-delà notre pays, l’Occident « idolâtre », « impie », « dominé par les juifs ». La découverte de cette fragilité peut faire renaître un sentiment européen. Mais nous payons aussi l’enseignement de l’oubli. La culture occupe une place de plus en plus réduite dans nos sociétés. J’éprouve un sentiment de tristesse, d’accablement lorsque je regarde le concours de l’Eurovision. L’Europe, c’était le maximum de diversité dans le minimum d’espace ; l’Eurovision, c’est l’apothéose de l’uniformité. Tous les chanteurs hurlent en anglais et leurs musiques sont devenues indiscernables. L’Europe se vide d’elle-même. (…) l’école ne fait plus son travail. L’enseignement humaniste a créé l’Europe. Nous aurions dû rester fidèles à cette inspiration. Mais la culture, si longtemps garante de l’unité de l’Europe, est maintenant chassée de partout, même des billets de banque, qui ne représentent plus que des aqueducs ou des ponts. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. De là vient qu’un Français éprouve, en Italie ou aux Pays-Bas, un sentiment mêlé d’étrangeté et de familiarité, de dépaysement et de reconnaissance. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Nous sommes en train de passer d’une société où les deux tiers de la population s’estimaient satisfaites de leur sort, à un monde dans lequel ceci n’est plus vrai que pour un tiers de la population. Cette victoire n’a pour moi rien d’inattendu ; elle est le résultat de tendances de fond qui affectent différentes couches du peuple britannique. En leur permettant de se fédérer, le référendum a été pour ces groupes l’occasion d’un contrecoup décisif. Je pense en effet que nous sommes en train de passer d’une société où les deux tiers de la population environ s’estimaient satisfaites de leur sort, à un monde dans lequel ceci n’est plus vrai que pour un tiers de la population. Dit autrement, le vote en faveur du Brexit exprime le plus grand rejet de la mondialisation qu’ait connu dans les urnes le monde occidental. Les bénéficiaires de la mondialisation, tous ceux qui culturellement comme financièrement se trouvent en phase avec le nouvel ordre du monde, sont désormais minoritaires dans la société. Cette révolte contre la mondialisation ne regroupe pas seulement les catégories sociales les plus défavorisées. On y distingue aussi une population plutôt aisée, composée pour l’essentiel de personnes âgées vivant en province et qui se sentent culturellement menacés par l’immigration. Cette même population a le sentiment que le système de valeurs qui a historiquement caractérisé l’Angleterre – sans doute l’un des plus influents et des précieux dans le monde – est aujourd’hui remis en cause par l’arrivée d’une population qui lui est indifférente voire dans certains cas, carrément hostile, et que la Grande-Bretagne a abdiqué sa souveraineté face à une puissance étrangère en adhérant à l’Union Européenne. (…)La tragédie du Brexit, toutefois, c’est que la plupart des dirigeants et promoteurs du camp du «Leave» sont des partisans extrêmes du libre-échange. Ces derniers haïssent une Europe qui s’identifie pour eux à la régulation et la social-démocratie et ils ont convaincu une partie de la gauche de voter la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Nous faisons face à ce paradoxe: des classes populaires en quête de protection face à la mondialisation ont suivi des libertariens qui pensent que la Grande-Bretagne devrait abolir de manière unilatérale ses tarifs douaniers! (…) Ce divorce entre les bobos et les classes populaires se retrouve lui aussi en Grande-Bretagne – de fait, il est à l’œuvre dans l’ensemble du monde occidental. La raison tient en grande partie aux séductions comme aux échecs du libéralisme. Pour les classes moyennes, le libéralisme a plusieurs attraits: économiquement, il leur permet (ou du moins il leur permettait) d’exploiter avantageusement leur position via l’école, les réseaux ou les possibilités de carrière dans l’entreprise ; socialement, il se traduit par une licence totale en matière de choix de vie ou de comportements. Pour les classes populaires au contraire, le libéralisme est un désastre économique et culturel: économique, parce qu’il détruit leur pouvoir de négociation collective et les expose à une concurrence interne sur le marché du travail: dans une telle situation, leurs salaires ne peuvent que baisser ; sociale, parce que le libéralisme a détruit toutes les formes d’allégeance et de stabilité familiale, en laissant pour seul héritage des foyers brisés et des pères absents. En somme, le libéralisme a détruit toute notion de solidarité et c’est cela qui a le plus certainement condamné les plus pauvres à leur sort. (…) Je crois que nous devrions nous poser des questions plus fondamentales, qui de mon point de vue seraient les suivantes: pourquoi nous séparons-nous, pourquoi cherchons-nous la solidarité seulement au sein de groupes composés de personnes qui nous sont proches ou qui nous ressemblent? C’est parce que nous avons perdu nos universaux, nous avons oublié la leçon tant de Platon que d’Aristote pour lesquels il existe des universaux qui s’appliquent aux choses. Dans la mesure où nous avons laissé la croyance dans le monde objectif verser dans le pur subjectivisme, comment espérer un jour nous unir? C’est pourquoi la véritable tâche politique est de retrouver ce qui nous relie, au delà de l’inepte discours contemporain sur les droits de l’homme. Le discours sur les droits est en effet toujours dérivé, il requiert un discours plus fondamental ; c’est pour cela que vous ne pouvez arbitrer entre des droits différents et pourquoi le droit ne peut vous dire ce qui est juste. Aussi, tant que nous n’aurons pas recouvré notre héritage – c’est à dire tant que nous ne serons pas revenus aux universaux – nous ne pourrons jamais aider personne, jamais réduire aucune division ni soigner aucun mal. (…) L’affrontement droite/ gauche appartient au passé: si vous regardez les mouvements qui ont émergé récemment, leur discours emprunte des éléments issus des doctrines des deux côtés de l’échiquier politique. Prenez le Front National, par exemple: son programme nationaliste le porte évidemment à l’extrême-droite, mais ses propositions sur l’Etat-providence et les services publics semblent toutefois exhumées d’un discours socialiste des années 1970. Il en est de même en Angleterre avec UKIP, qui pourrait tout à fait devenir le parti de la classe ouvrière britannique et se substituer au parti Travailliste en offrant un mélange droite/gauche similaire. (…) Dans un certain sens, c’est à une victoire «inversée» du Red Toryism à laquelle nous avons assisté. Ce que je cherchais à promouvoir en effet, c’était l’alliance du meilleur de la tradition de droite et de celle de la gauche dans un nouveau discours positif. Ce qui est à l’œuvre ici, c’est la naissance d’un composé hybride d’une toute autre nature, au sein duquel ce serait au contraire les gènes récessifs des deux traditions qui se seraient associés dans leur mutation. (…) Là où je proposais par exemple un affranchissement économique massif des plus pauvres, au moyen d’une redistribution de l’accès à la propriété, les voilà qui mettent en avant la promotion de l’Etat providence, une politique qui a échoué de manière désastreuse par le passé. Que produit l’Etat providence en effet, sinon la perte de l’autonomie des individus et l’érosion de leur sens de la propriété, ainsi que la légitimation délétère d’une culture de l’assistance. De la droite, je garde l’idée de conservatisme social, à savoir la volonté de tisser à nouveau les liens qui naissent des affections locales comme familiales, et ce afin que la fraternité se re-déploie «par le bas», à travers les communautés concrètes. Ce qu’ils défendent en regard, ce sont les concepts délétères de l’origine, de la classe ou de la couleur de peau. Là où je souhaite un renouveau de la culture civique, ils attendent celui de la culture ethnique. Phillip Blond
It is this man, Wat Tyler, whose name will go down in history. As leader of the Peasants’ Revolt of 1381, he will be remembered for the uprising that saw tens of thousands of his poorest countrymen come close to overthrowing the establishment. Until now, we have had only the illustrations in history books to help us picture their struggle. But thanks to the work of British photographer Red Saunders, we can come closer than ever to appreciating their deadly determination.Saunders specialises in photographing huge tableaux vivants, living pictures in which dozens of actors recreate key moments in British history. His latest creations, showcased in a new exhibition in Bradford, include this depiction of the Peasants’ Revolt, and it offers many fascinating insights into why the uprising happened — and why it took the bloody course that it did. The first lies in the extraordinary array of weapons featured in the photograph. Alongside the swords and pikes, whose steel glints in the fiery glow over London, we see pick-axes, pitchforks and scythes more usually wielded on farms, but put to lethal new use as implements of death. This reminds us that the insurgents were not political saboteurs, but ordinary men and women, usually content to fight only the elements as they struggled to make a living from the land, but driven to mutiny and murder by the actions of their over-bearing and greedy rulers. Just 30 years previously, the Black Death had killed a third of the population — which then numbered between two and three million. Many of those depicted in the photograph will have lost family or friends to a catastrophe unimaginable by modern standards. Though it would not have helped these peasants in their grief, there was one ‘benefit’ of this sudden cull of much of the nation’s workforce. With fewer labourers to work the land, demand for their services was all the higher. Their wages should have risen accordingly, but in the years leading up to the Peasants’ Revolt a series of statutes were introduced imposing an ungenerous limit on the wages farm labourers could be paid. On top of this were the frustrations of serfdom, the centuries-old practice by which some peasants were still forced to work part of the time free of charge for their rich and powerful landlords. And then there was the introduction of a series of poll taxes to help fund the latest wars with France. Everyone had to pay a shilling — a pittance for the ruling classes, but a significant amount for those bound to them in serfdom. As if this was not provocative enough, the commissioners sent out to enforce these payments often abused their power, particularly when it came to investigating whether young girls in a household were over 15, the age at which the poll tax became payable. Frightened girls were forced to lift their skirts while these officials examined them for signs of maturity and sexual experience. If a girl was no longer a virgin, she was deemed old enough to pay the poll tax, whether she had reached 15 or not. Such outrages fomented public opinion, and matters appear to have reached a tipping point in May 1381, following the visit of a tax collector to the Essex village of Fobbing.The residents took great umbrage at his presence and threw him out, later giving the same treatment to soldiers sent to re-establish law and order by the 14-year-old Richard II.Unrest spread quickly throughout the South-East. The following month, a group of men marched on Rochester Castle in Kent and freed a man imprisoned for refusing to work as a serf. They were led by Wat Tyler, a man we know little about except that, as his name suggests, he may have been a roofer by trade. The efficiency with which he led his forces suggests he had experience as a soldier, perhaps as part of a militia raised by the local lord to join in the war against France. Professor John Gillingham
L’Union européenne est calquée, dans son essence, sur l’Eglise de Rome et sur le fonctionnement de la foi catholique (dans sa période moyen-âgeuse): dirigée par un pape président de la Commission européenne désigné et contrôlé par la Curie des Etats-membres, elle est la gardienne d’un dogme profane intransigeant dont elle contrôle la stricte observance par ses fidèles à travers l’Europe, sous peine de procès en hérésie et de mises à l’index. Il est donc évident, pour qui se penche sur le temps long de l’histoire européenne, que le Brexit a un sens éminemment religieux: c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements, de la même façon que le souverain anglais avait tenté de faire annuler son mariage avec Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. L’intransigeance du pape Clément VI n’eut d’égal que celle de l’évêque de Bruxelles Jean-Claude Juncker vis-à-vis des demandes britanniques, la première provoquant la rupture avec la papauté par l’édiction en 1534 de l’Acte de suprématie qui fit du roi d’Angleterre le chef suprême de son Eglise, la seconde amenant les Britanniques à quitter l’Union européenne. Le désarroi qui saisit les Britanniques à la suite du Brexit est d’ailleurs absolument similaire aux doutes qui traversèrent l’Angleterre du XVIème siècle et qui amenèrent Marie Tudor, fille d’Henry VIII, à vainement tenter de restaurer le catholicisme, provoquant à cette occasion de nombreuses violences. C’est peut-être le souvenir inconscient de ces évènements qui poussa David Cameron, pour couper court à tout contre-Brexit belliqueux mais vain, à proclamer haut et fort que ce dernier était définitif. Si l’on admet la similitude de nature entre le dogme bruxellois et le catéchisme romain, alors le Brexit emporte une signification plus profonde, qui nous emmène au-delà de l’épopée d’Albion. L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet: faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire. Seul le libéralisme intégral prôné par Bruxelles peut accueillir une telle ambition, et une telle dévotion, en tant qu’il se propose de remplacer l’homme d’avant, attaché à sa terre, à sa foi, à ses valeurs, à sa culture, à sa liberté politique, autant de forces qui actionnent les leviers tragiques de l’Histoire, par un homme nouveau, qui ne serait plus animé que par une seule préoccupation: la satisfaction consumériste de ses besoins. Le marché européen pourrait donc, dans cette optique, remplacer le politique et ses disputes surannées, et offrir enfin aux hommes européens le Saint Graal de la fin de l’Histoire: l’avènement d’un monde immobile vitrifié par l’échange marchand. La loi de l’offre et de la demande, qui donnerait à tout désir son juste prix, pourrait enfin stopper le cours des guerres, la marche des siècles, voire l’expansion de l’univers. Mais voilà que patatras, le Royaume-Uni vient, à son corps défendant, de briser le mythe! Voilà que l’ «Anglois abominatif», qui a nourri en son sein les pères de l’Eglise du libre-échange (David Ricardo), de la toute-puissance du marché (Adam Smith) et de l’utilitarisme (Jeremy Bentham), piliers idéologiques et religieux de l’Europe de la CECA (ancien testament), du traité de Rome (évangile), de l’Acte (de l’apôtre) unique et de toutes ses directives (canoniques), a subitement décidé de redémarrer l’Histoire, comme on le ferait du moteur poussiéreux d’une vieille Bentley décapotable qui n’aurait ni la climatisation ni le radar de parking, mais qui nous rendrait nos vingt ans et le goût de l’aventure. Ce qu’ont exprimé les Britanniques, ce n’est pas tant le souhait de reprendre leur indépendance vis-à-vis d’une Europe dont il font de toute façon partie que de rompre avec l’idéologie mortifère par laquelle Bruxelles essaie de convaincre les peuples, depuis près de soixante ans, qu’il doivent cesser de désirer quoique ce soit d’autre que de prier dans les supermarchés. Je n’ai aucune fascination pour le tragique de l’Histoire, dont ma famille a, comme beaucoup d’autres, payé le prix. Mais cette Histoire enseigne justement que les plus grandes utopies de paix définitive ont engendré, au nom du Bien et du Progrès, les plus vilains massacres. Pierre-Henri Argenson
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
The most striking thing about Britain’s break with the EU is this: it’s the poor wot done it. Council-estate dwellers, Sun readers, people who didn’t get good GCSE results (which is primarily an indicator of class, not stupidity): they rose up, they tramped to the polling station, and they said no to the EU. It was like a second peasants’ revolt, though no pitchforks this time. The statistics are extraordinary. The well-to-do voted Remain, the down-at-heel demanded to Leave. The Brexiteer/Remainer divide splits almost perfectly, and beautifully, along class lines. (…) of the 50 areas of Britain that have the highest number of people in social classes D and E — semi-skilled and unskilled workers and unemployed people — only three voted Remain. Three. That means 47 very poor areas, in unison, said no to the thing the establishment insisted they should say yes to. Let’s make no bones about this: Britain’s poor and workless have risen up. And in doing so they didn’t just give the EU and its British backers the bloodiest of bloody noses. They also brought crashing down the Blairite myth of a post-class, Third Way Blighty, where the old ideological divide between rich and poor did not exist, since we were all supposed to be ‘stakeholders’ in society. Post-referendum, we know society is still cut in two, not only by economics but by politics too. This isn’t just about the haves and have-nots: it’s a war of views. The wealthier sections of society like it when politics involves detached cosmopolitan institutions and the poorer people don’t. The less well-off have just asserted their stake in society and the chattering classes — who peddled all the nonsense about a ‘stakeholder society’ in the first place — aren’t happy about it. This peasants’ revolt has sent shockwaves through the elite and, like anthropologists investigating some mysterious tribe, they’re now frantically trying to work out why it happened. They’ve come up with two answers — one fuelled by rage, the other by something worse: pity. The ragers say the plebs voted Leave because they’re a bit racist and got hoodwinked by the shiny, xenophobic demagoguery of the likes of Nigel Farage. This idea — that the poor are easy prey for demagogues — is the same claptrap the Chartists had to put up with in the 1840s. Their snooty critics frequently told them that, since the poor do not have a ‘ripened wisdom’ they are ‘more exposed than any other class… to be converted to the vicious ends of faction’. Now, the metropolitan set once again accuse the little people of exactly the same thing. Surveys, however, dent this claim that the anti-EU throng was driven by disdain for foreigners. In a post-vote ComRes poll, only 34 per cent of Leave voters cited concern about immigration as their main reason for voting out (and concern about immigration isn’t necessarily racism). A majority, 53 per cent, said they rejected the EU because they think Britain should make its own laws. So this swath of the country, defamed as a brainless pogrom-in-waiting, was actually voting for democracy. Then came the pitiers. Their diagnosis was a therapeutic one: that the less well-off suffered a spasm of anger. That they felt so ignored they decided to lash out crazily, but understandably. Don’t be sucked in by this seemingly caring, Oprah-esque analysis of the masses, for it is also a way of demeaning their democratic choice by treating it as a primal scream rather than a political statement. It turns a conscious rebellion against the establishment outlook into a soppy plea for more listening exercises. But my take, from talking to numerous Leave voters, is not that they feel slighted by the political class but that they oppose it. Their concern isn’t that the elite is ignoring them but rather that it is interfering too much. They are sick of being castigated for their way of life. People have a strong sense of being ruled over by institutions that fundamentally loathe them, or at least consider them to be in dire need of moral and social correction. (…) They feel patronised, slandered and distrusted, not ignored. They feel their working-class culture and attitudes are viewed with contempt. These are the kind of people looked upon by officialdom as unhealthy and un-PC, too rowdy at the football, too keen to procreate, too fond of booze, too sweary: too attached to the idea of England. This rebellion wasn’t caused by racism or a paroxysm of infantile anger. It was considered. The workers spied an opportunity to take the elite that despises them down a peg or two — and they seized it. They asserted their power, and in the process, blimey: they changed the world. Brendan O’Neill

 C’est les sans-dents, imbécile !

Au lendemain du fiasco électoral que l’on sait …

Comment ne pas voir avec le Spectator et les fameux tableaux vivants de Red Saunders

Derrière la folie tant d’un système de décision

Que de responsables politiques aussi arrogants qu’irresponsables

Et loin des explications faciles de nos belles âmes et de nos beaux esprits …

La même hypocrisie et le même mépris face à des masses laborieuses prétendument racistes et rétrogades

Qui avaient inspiré il y a quelque 600 ans …

Toute une génération de survivants de la Peste noire …

Paysans mais surtout artisans et membres frustrés du clergé ou de la noblesse …

Poussés à bout par la levée de nouvelles taxes pour financer la Guerre dite de cent ans …

A marcher sur Londres jusqu’à faire vaciller un moment  le pouvoir royal lui-même ?

Brexit voters are not thick, not racist: just poor
By forcing Britain to quit the EU they have given a bloody nose to an elite that views them with contempt
Brendan O’Neill
The Spectator
2 July 2016

The most striking thing about Britain’s break with the EU is this: it’s the poor wot done it. Council-estate dwellers, Sun readers, people who didn’t get good GCSE results (which is primarily an indicator of class, not stupidity): they rose up, they tramped to the polling station, and they said no to the EU.

It was like a second peasants’ revolt, though no pitchforks this time. The statistics are extraordinary. The well-to-do voted Remain, the down-at-heel demanded to Leave. The Brexiteer/Remainer divide splits almost perfectly, and beautifully, along class lines. Of local authorities that have a high number of manufacturing jobs, a whopping 86 per cent voted Leave. Of those bits of Britain with low manufacturing, only 42 per cent did so. Of local authorities with average house prices of less than £282,000, 79 per cent voted Leave; where house prices are above that figure, just 28 per cent did so. Of the 240 local authorities that have low education levels — i.e. more than a quarter of adults do not have five A to Cs at GCSE — 83 per cent voted Leave. Then there’s pay, the basic gauge of one’s place in the pecking order: 77 per cent of local authorities in which lots of people earn a low wage (of less than £23,000) voted Leave, compared with only 35 per cent of areas with decent pay packets.

It’s this stark: if you do physical labour, live in a modest home and have never darkened the door of a university, you’re far more likely to have said ‘screw you’ to the EU than the bloke in the leafier neighbouring borough who has a nicer existence. Of course there are discrepancies. The 16 local authorities in Scotland that have high manufacturing levels voted Remain rather than Leave. But for the most part, class was the deciding factor in the vote. This, for me, is the most breathtaking fact: of the 50 areas of Britain that have the highest number of people in social classes D and E — semi-skilled and unskilled workers and unemployed people — only three voted Remain. Three. That means 47 very poor areas, in unison, said no to the thing the establishment insisted they should say yes to.

Let’s make no bones about this: Britain’s poor and workless have risen up. And in doing so they didn’t just give the EU and its British backers the bloodiest of bloody noses. They also brought crashing down the Blairite myth of a post-class, Third Way Blighty, where the old ideological divide between rich and poor did not exist, since we were all supposed to be ‘stakeholders’ in society. Post-referendum, we know society is still cut in two, not only by economics but by politics too. This isn’t just about the haves and have-nots: it’s a war of views. The wealthier sections of society like it when politics involves detached cosmopolitan institutions and the poorer people don’t. The less well-off have just asserted their stake in society and the chattering classes — who peddled all the nonsense about a ‘stakeholder society’ in the first place — aren’t happy about it.

This peasants’ revolt has sent shockwaves through the elite and, like anthropologists investigating some mysterious tribe, they’re now frantically trying to work out why it happened. They’ve come up with two answers — one fuelled by rage, the other by something worse: pity. The ragers say the plebs voted Leave because they’re a bit racist and got hoodwinked by the shiny, xenophobic demagoguery of the likes of Nigel Farage.

This idea — that the poor are easy prey for demagogues — is the same claptrap the Chartists had to put up with in the 1840s. Their snooty critics frequently told them that, since the poor do not have a ‘ripened wisdom’ they are ‘more exposed than any other class… to be converted to the vicious ends of faction’. Now, the metropolitan set once again accuse the little people of exactly the same thing.

Surveys, however, dent this claim that the anti-EU throng was driven by disdain for foreigners. In a post-vote ComRes poll, only 34 per cent of Leave voters cited concern about immigration as their main reason for voting out (and concern about immigration isn’t necessarily racism). A majority, 53 per cent, said they rejected the EU because they think Britain should make its own laws. So this swath of the country, defamed as a brainless pogrom-in-waiting, was actually voting for democracy.

Then came the pitiers. Their diagnosis was a therapeutic one: that the less well-off suffered a spasm of anger. That they felt so ignored they decided to lash out crazily, but understandably. Don’t be sucked in by this seemingly caring, Oprah-esque analysis of the masses, for it is also a way of demeaning their democratic choice by treating it as a primal scream rather than a political statement. It turns a conscious rebellion against the establishment outlook into a soppy plea for more listening exercises.

But my take, from talking to numerous Leave voters, is not that they feel slighted by the political class but that they oppose it. Their concern isn’t that the elite is ignoring them but rather that it is interfering too much. They are sick of being castigated for their way of life. People have a strong sense of being ruled over by institutions that fundamentally loathe them, or at least consider them to be in dire need of moral and social correction.

In Burnt Oak, the tiny working-class suburb in north-west London where I grew up, it wasn’t hard to find Leave voters, even though the borough, Barnet, voted Remain by 100,000 to 61,000 votes. All said a similar thing: ‘They look down on us.’ Everyone I spoke to said they’d had a gutful of being branded racist simply because they feel British. To prove that foreigner-bashing isn’t their thing, many of them point out that they work and socialise with Romanians (of whom there are huge numbers in Burnt Oak).

They feel patronised, slandered and distrusted, not ignored. They feel their working-class culture and attitudes are viewed with contempt. These are the kind of people looked upon by officialdom as unhealthy and un-PC, too rowdy at the football, too keen to procreate, too fond of booze, too sweary: too attached to the idea of England.

This rebellion wasn’t caused by racism or a paroxysm of infantile anger. It was considered. The workers spied an opportunity to take the elite that despises them down a peg or two — and they seized it. They asserted their power, and in the process, blimey: they changed the world.

Voir aussi:

The London Riots 1381: The blood-soaked uprising which changed the face of England forever
Professor John Gillingham
The Daily Mail
30 September 2011

They make for a rag-tag army. One of them is an elderly shepherd armed with nothing more deadly than his crook, another is a young boy who clings for protection to the drum with which he has bravely set the pace of their advance.

Nearby, a fierce-looking youth is spattered with blood from the severed head he carries on top of a long pole.

Others brandish the flaming torches with which they have set London ablaze, and in front of them stands a  thick-set brute, his face glistening with sweat from the battles recently won and his sword drawn ready for those that lie ahead.

Rag-tag army: The Peasants’ Revolt of 1381 was the uprising that saw tens of thousands of England’s poorest countrymen come close to overthrowing the establishment
It is this man, Wat Tyler, whose name will go down in history. As leader of the Peasants’ Revolt of 1381, he will be remembered for the uprising that saw tens of thousands of his poorest countrymen come close to overthrowing the establishment.

Until now, we have had only the illustrations in history books to help  us picture their struggle. But thanks  to the work of British photographer  Red Saunders, we can come closer than ever to appreciating their deadly determination.

Saunders specialises in photographing huge tableaux vivants, living pictures in which dozens of actors recreate key moments in British history.

His latest creations, showcased in a new exhibition in Bradford, include this depiction of the Peasants’ Revolt, and it offers many fascinating insights into why the uprising happened — and why it took the bloody course that it did.

The first lies in the extraordinary array of weapons featured in the photograph. Alongside the swords and pikes, whose steel glints in the fiery glow over London, we see pick-axes, pitchforks and scythes more usually wielded on farms, but put to lethal new use as implements of death.

This reminds us that the insurgents were not political saboteurs, but ordinary men and women, usually content to fight only the elements as they struggled to make a living from the land, but driven to mutiny and murder by the actions of their over-bearing and greedy rulers.

Just 30 years previously, the Black Death had killed a third of the population — which then numbered between two and three million.

Many of those depicted in the photograph will have lost family or friends to a catastrophe unimaginable by modern standards.

Though it would not have helped these peasants in their grief, there was one ‘benefit’ of this sudden cull of much of the nation’s workforce. With fewer labourers to work the land, demand for their services was all  the higher.

Their wages should have risen accordingly, but in the years leading up to the Peasants’ Revolt a series of statutes were introduced imposing an ungenerous limit on the wages farm labourers could be paid.

On top of this were the frustrations  of serfdom, the centuries-old practice by which some peasants were still forced to work part of the time free of charge for their rich and powerful landlords.

And then there was the introduction of a series of poll taxes to help fund the latest wars with France.

Everyone had to pay a shilling — a pittance for the ruling classes, but a significant amount for those bound to them in serfdom.

As if this was not provocative enough, the commissioners sent out to enforce these payments often abused their power, particularly when it came to investigating whether young girls in a household were over 15, the age at which the poll tax became payable.

Frightened girls were forced to lift their skirts while these officials examined them for signs of maturity and sexual experience. If a girl was no longer a virgin, she was deemed old enough to pay the poll tax, whether she had reached 15 or not.

Such outrages fomented public opinion, and matters appear to have reached a tipping point in May 1381, following the visit of a tax collector to the Essex village of Fobbing.

Fascinating insight: Just 30 years previously, the Black Death killed a third of the population. Many of those in the image will have lost family or friends to the catastrophe

The residents took great umbrage at his presence and threw him out, later giving the same treatment to soldiers sent to re-establish law and order by the 14-year-old Richard II.

Unrest spread quickly throughout the South-East. The following month, a group of men marched on Rochester Castle in Kent and freed a man imprisoned for refusing to work as a serf.

They were led by Wat Tyler, a man we know little about except that, as his name suggests, he may have been a roofer by trade.

The efficiency with which he led his forces suggests he had experience as a soldier, perhaps as part of a militia raised by the local lord to join in the war against France.

Deadly: As the drunken in this part of the image suggests, some of the rebels liked a drink. A few were burnt to death when they became too inebriated to escape fire
Soon there were two great  peasant armies marching on London — one led by Tyler, the other a  contingent from Essex under the command of a man called Jack Straw, most likely a thatcher.

Many thousands in number, their ranks included trained soldiers, as suggested by the photograph, but there were many civilians, too, including those like the blood-smeared blacksmith seen on Wat Tyler’s right, the understandably fearful-looking shepherd next to the drummer boy, and the young farmhand placing a protective arm around his pregnant wife, who is presumably a camp follower.

In the words of medieval poet John Gower: ‘Savage hordes approached the city like waves of the sea/At their head a peasant captain urged the madmen on/With cruel eagerness for slaughter, he shouted: “Burn and Kill.” ’

En route, they destroyed many tax records and registers, and beheaded several tax officials who tried to stop them.

Their march must have been a  terrifying prospect for the nation’s rulers, but it’s important to understand these people were not rising up against the young King. They were patriots, as suggested by the flag of St George on the right of the photograph.

Indeed, the Kent contingent gave instructions that no one living within ten miles of the South Coast was allowed to join them because these men were needed to repel any French invaders who might take advantage of their absence.

Their argument was with the King’s advisers and, with the help of Londoners who opened the gates of the city for them, they began their attacks on those they believed responsible for their oppression.

Along the way, their targets included many lawyers, as representatives of the judicial system that had kept peasants in serfdom and wages low — it is perhaps one of these unfortunates whose head is being paraded so proudly by the rebels in the photograph.

Soon they reached their ultimate prize, the Palace of Savoy, the  official residence of John of Gaunt, the King’s uncle and the real power behind the throne.

It is this great fortress — where the Savoy hotel stands today — that can be seen burning in the picture.

Luckily for John of Gaunt, he was away at the time, dealing with border disputes in Scotland, for he would almost certainly have been executed, too.

As it was, his palace was virtually destroyed though not, it’s interesting to note, looted.

As the drunken man to the right of the photograph suggests, some of the rebels liked a drink. A few of them were burnt to death when they invaded the palace’s wine  cellar and became too inebriated to escape the flames from a fire started by their fellow peasants.

But when another raider stole a piece of silver from the treasury and tried to hide it, his companions threw both it and him into the fire, saying they were lovers of truth and justice, not thieves.

The sack of the Savoy Palace must have been an electrifying moment for the rebels. Soon they went on to storm the Tower of London, seizing and beheading the Archbishop of Canterbury and the Prior of St John’s, Clerkenwell.

This was not because these two unfortunates were churchmen, but because they held high political office, being the equivalent of the prime minister and Chancellor of the Exchequer today.

Historical ‘evidence’: Leveller Women in the English Revolution, 1647 is another of Red Saunders’ ‘tableaux vivants’ which recreates famous – and not so famous – scenes from the past
To avoid further trouble, the King agreed to meet Tyler in Smithfield, just outside the eastern city walls.

Whether or not this was a deliberate trap has been debated ever since, but during the meeting the Mayor of London, outraged by Tyler’s demands and his arrogant manner when talking to the King, drew his dagger and stabbed him in the neck.

The rebel leader was taken to St Barts hospital but, on the Mayor’s orders, he was dragged from his bed and beheaded.

Suddenly, the revolt was over, just a few days after it began, and 150 of the protesters were later hanged for treason.

Yet the revolt had not been entirely in vain. The poll tax was abolished soon afterwards and it would be another 300 years before the ministers of Charles I would attempt to reintroduce it.

Successive governments, it seemed, were haunted by the ‘people power’ demonstrated during the Peasants’ Revolt. Looking at the rather fearsome bunch of characters assembled in this photograph, it’s easy to understand why.

Voir également:

Anti-Brexit Elites Aren’t the Ones Who Suffer from Their Policies
Victor Davis Hanson
National Review Online
July 1, 2016

Following the Brexit, Europe may witness even more plebiscites against the undemocratic European Union throughout the continent.

The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes.

But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business.

The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity.

On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania.

Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform.

In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract.

The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention.

Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights.

No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays.

Many Americans were bewildered by the logic. It’s reasonable to conclude that the shooter was conflicted over his religion’s strict prohibitions about his lifestyle — and especially the American brand of tolerance as exemplified by the nightclub. Mateen’s immigrant father from Afghanistan is a crude homophobe who had praised the murderous Taliban. Mateen somehow had cleared all background checks and on at least two occasions had been interviewed and dismissed by the FBI.

In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection.

Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun.

In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant.

The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh.

America’s version of the British antidote to elite hypocrisy is the buffoonish populist Donald Trump. Like the architects of Brexit, he arose not from what he was for, but what he said he was against.

Voir encore:

Obama’s Brexit overreach is typical of his arrogance
The British politicians counting on his endorsement don’t understand the resentment he can cause
Tim Montgomerie
The Spectator
23 April 2016

Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him.

Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne.

The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable.

That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’.

It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’.

It’s natural that Britain’s admirers want us to stay in the EU. As the former Australian PM, Tony Abbott, recently put it, ‘There is no international problem that British involvement doesn’t improve’, and ‘no international organisation that British membership doesn’t help’. Abbott, Obama and countless other global politicians don’t worry much about what EU membership means for the British economy or British democracy. They simply want us to put our national interests second and the wider interest first. Few of them would allow citizens of much poorer neighbouring states to have full rights to live and work in their countries or let foreign courts change their laws. But that, apparently, is what Britain should accept.

The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions.

All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’.

It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation.

It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans.

You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband.

Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault.

Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too.

Voir de plus:

Le Brexit face à Bruxelles, c’est l’Eglise anglicane face au Vatican
Pierre-Henri d’Argenson
Le Figaro
01/07/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE : Pour Pierre-Henri d’Argenson, le Brexit ressemble à la fondation de l’Eglise anglicane par Henry VIII. Portant le «religieux projet européen, Mgr Juncker, évêque de Bruxelles, rêve d’apporter la paix libérale au monde et de suspendre l’histoire».

Pierre-Henri d’Argenson est haut-fonctionnaire, titulaire d’un master de politique européenne ( London School of Economics), fin connaisseur des affaires européennes et ancien maître de conférences à Sciences Po Paris en Questions internationales.

L’Union européenne est calquée, dans son essence, sur l’Eglise de Rome et sur le fonctionnement de la foi catholique (dans sa période moyen-âgeuse): dirigée par un pape président de la Commission européenne désigné et contrôlé par la Curie des Etats-membres, elle est la gardienne d’un dogme profane intransigeant dont elle contrôle la stricte observance par ses fidèles à travers l’Europe, sous peine de procès en hérésie et de mises à l’index.

Il est donc évident, pour qui se penche sur le temps long de l’histoire européenne, que le Brexit a un sens éminemment religieux: c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements, de la même façon que le souverain anglais avait tenté de faire annuler son mariage avec Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. L’intransigeance du pape Clément VII

le Brexit a un sens éminemment religieux : c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements.
n’eut d’égal que celle de l’évêque de Bruxelles Jean-Claude Juncker vis-à-vis des demandes britanniques, la première provoquant la rupture avec la papauté par l’édiction en 1534 de l’Acte de suprématie qui fit du roi d’Angleterre le chef suprême de son Eglise, la seconde amenant les Britanniques à quitter l’Union européenne.

Le désarroi qui saisit les Britanniques à la suite du Brexit est d’ailleurs absolument similaire aux doutes qui traversèrent l’Angleterre du XVIème siècle et qui amenèrent Marie Tudor, fille d’Henry VIII, à vainement tenter de restaurer le catholicisme, provoquant à cette occasion de nombreuses violences. C’est peut-être le souvenir inconscient de ces évènements qui poussa David Cameron, pour couper court à tout contre-Brexit belliqueux mais vain, à proclamer haut et fort que ce dernier était définitif.

Si l’on admet la similitude de nature entre le dogme bruxellois et le catéchisme romain, alors le Brexit emporte une signification plus profonde, qui nous emmène au-delà de l’épopée d’Albion. L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet: faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire. Seul le libéralisme intégral prôné par Bruxelles peut accueillir une telle ambition, et une telle dévotion, en tant qu’il se propose de remplacer l’homme d’avant, attaché à sa terre, à sa foi, à ses valeurs, à sa culture, à sa liberté politique, autant de forces qui actionnent les leviers tragiques de l’Histoire, par un homme nouveau, qui ne serait plus animé que par une seule préoccupation: la satisfaction consumériste de ses besoins.

L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet : faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire.
Le marché européen pourrait donc, dans cette optique, remplacer le politique et ses disputes surannées, et offrir enfin aux hommes européens le Saint Graal de la fin de l’Histoire: l’avènement d’un monde immobile vitrifié par l’échange marchand. La loi de l’offre et de la demande, qui donnerait à tout désir son juste prix, pourrait enfin stopper le cours des guerres, la marche des siècles, voire l’expansion de l’univers.

Mais voilà que patatras, le Royaume-Uni vient, à son corps défendant, de briser le mythe! Voilà que l’ «Anglois abominatif», qui a nourri en son sein les pères de l’Eglise du libre-échange (David Ricardo), de la toute-puissance du marché (Adam Smith) et de l’utilitarisme (Jeremy Bentham), piliers idéologiques et religieux de l’Europe de la CECA (ancien testament), du traité de Rome (évangile), de l’Acte (de l’apôtre) unique et de toutes ses directives (canoniques), a subitement décidé de redémarrer l’Histoire, comme on le ferait du moteur poussiéreux d’une vieille Bentley décapotable qui n’aurait ni la climatisation ni le radar de parking, mais qui nous rendrait nos vingt ans et le goût de l’aventure. Ce qu’ont exprimé les Britanniques, ce n’est pas tant le souhait de reprendre leur indépendance vis-à-vis d’une Europe dont il font de toute façon partie que de rompre avec l’idéologie mortifère par laquelle Bruxelles essaie de convaincre les peuples, depuis près de soixante ans, qu’il doivent cesser de désirer quoique ce soit d’autre que de prier dans les supermarchés. Je n’ai aucune fascination pour le tragique de l’Histoire, dont ma famille a, comme beaucoup d’autres, payé le prix. Mais cette Histoire enseigne justement que les plus grandes utopies de paix définitive ont engendré, au nom du Bien et du Progrès, les plus vilains massacres. La vie est mouvement, et les hommes de paix valent mieux que tous les petits livres.

C’est vrai, finalement, ce Brexit a le goût du péché, et il n’est sûrement pas très raisonnable. Mais Dieu qu’il fait du bien!

Voir de plus:

Alain Finkielkraut : « Nul n’est prêt à mourir pour l’Europe »
Sans essayer de deviner quelle sera la suite pour l’UE et le Royaume-Uni, le philosophe explique les raisons du désaveu anglais de la cause européenne.
Propos recueillis par Saïd Mahrane

Le Point

30 juin 2016

Le Point : Le Brexit n’est-il pas, selon vous, la preuve de la difficulté pour les peuples d’éprouver un sentiment à la fois national et européen ?

Alain Finkielkraut : Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck.

Mais beaucoup d’intellectuels de votre génération, qui ont grandi avec le récit traumatique de la Seconde Guerre mondiale, pensent précisément comme Ulrich Beck…

J’aurais moi-même pu penser de la sorte si je n’avais pas croisé la route de grands écrivains d’Europe centrale : Czeslaw Milosz, Kazimierz Brandys et surtout Milan Kundera. Ce sont eux qui ont fait de moi un Européen. Face au communisme russe, ils ne défendaient pas seulement la démocratie et les droits de l’homme, ils défendaient aussi une civilisation. L’Europe était leur identité. Ils m’ont réveillé de mon universalisme facile et ils m’ont fait comprendre que le passé de l’Europe ne se réduisait pas à ses crimes.

Comment dépasser ces traumatismes historiques qui, selon vous, interdisent la transmission de l’héritage européen ?

Il ne faut pas faire le cadeau de l’Europe à Hitler. L’Allemagne, c’est Bach, Goethe, Caspar Friedrich. De même, l’histoire de France ne se réduit pas à la collaboration ou à la guerre d’Algérie. Avec le sens de la continuité historique, les peuples européens doivent retrouver la véritable signification de l’hospitalité. Être hospitalier, c’est offrir quelque chose à celui qu’on reçoit. D’où le rôle névralgique de l’école.

Quand on habite dans une cité ouvrière d’Everton, dans le nord de l’Angleterre, ou dans une zone périurbaine en France, cet héritage est difficilement perceptible à l’œil nu…

La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe.

Certes, mais durant cette campagne, une hostilité s’est manifestée à l’endroit du travailleur polonais, qui est blanc, européen, chrétien…

L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions.

Que vous inspire cette phrase de Stefan Zweig : « L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen » ?

Je ne considère pas que le fait de vouloir être majoritaire dans son propre pays relève de l’égoïsme. C’est une aspiration absolument légitime, qu’il est absurde de criminaliser. Dans son article capital Un Occident kidnappé, la tragédie de l’Europe centrale, Milan Kundera raconte qu’en septembre 1956, le directeur de l’agence de presse de Hongrie envoya par télex dans le monde entier ce message sur l’offensive russe déclenchée contre Budapest et qui allait écraser son bureau : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. » Il affirmait d’un même souffle son identité nationale et son identité européenne.

Alors, précisément, qui serait prêt aujourd’hui à mourir pour l’Europe ?

Il faut arrêter de se payer de mots : nul n’est prêt à mourir. Mais on peut vouloir se défendre. Si renaît le patriotisme en France, si les bobos de la génération Bataclan en viennent à se réconcilier avec le drapeau tricolore et l’hymne national, c’est parce que notre pays est attaqué et, par-delà notre pays, l’Occident « idolâtre », « impie », « dominé par les juifs ». La découverte de cette fragilité peut faire renaître un sentiment européen. Mais nous payons aussi l’enseignement de l’oubli. La culture occupe une place de plus en plus réduite dans nos sociétés. J’éprouve un sentiment de tristesse, d’accablement lorsque je regarde le concours de l’Eurovision. L’Europe, c’était le maximum de diversité dans le minimum d’espace ; l’Eurovision, c’est l’apothéose de l’uniformité. Tous les chanteurs hurlent en anglais et leurs musiques sont devenues indiscernables. L’Europe se vide d’elle-même.

D’aucuns, tel Daniel Cohn-Bendit, considèrent que l’exaltation de l’identité nationale dessert la cause européenne. Vous sentez-vous fautif ?

Absolument pas. Durant dix ans j’ai dirigé une revue intitulée Le Messager européen. J’ai publié notamment un très beau texte de Ludvik Vaculik, l’un des grands protagonistes du printemps de Prague. Il y disait notamment que « c’est par les différences de langue, de foi, de métier que l’Européen a cultivé sa personnalité ». Cette personnalité multiple ne doit pas mourir. Défaire l’Europe pour faire l’Europe, ce n’est pas le bon chemin.

Qu’y a-t-il de commun, selon vous, entre un Irlandais et un Grec ?

Yeats et Cavafy [William Butler Yeats et Constantin Cavafy, poètes irlandais et grec : NDLR].

Très élitiste !

C’est élitiste, car l’école ne fait plus son travail. L’enseignement humaniste a créé l’Europe. Nous aurions dû rester fidèles à cette inspiration. Mais la culture, si longtemps garante de l’unité de l’Europe, est maintenant chassée de partout, même des billets de banque, qui ne représentent plus que des aqueducs ou des ponts.

La langue n’est-elle pas un frein définitif au sentiment d’appartenance européen ? Hannah Arendt disait : « Chaque langue a une façon d’interpréter le monde et les grandes énigmes, produit des investissements imaginaires qui lui sont propres. Elle crée un trait identitaire entre les personnes qui la parlent. C’est une façon de voir et de sentir. »

La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. De là vient qu’un Français éprouve, en Italie ou aux Pays-Bas, un sentiment mêlé d’étrangeté et de familiarité, de dépaysement et de reconnaissance.

Peut-on faire, selon vous, un lien entre le vote pro-Brexit, le vote trumpiste et le vote lepéniste ?

J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main.

Voir par ailleurs:

La polémique sur les « sans-dents » en cinq actes

France tvinfo

 11/09/2014

C’est l’une des révélations de « Merci pour ce moment » les plus dévastatrices pour François Hollande. Depuis la publication du livre, le chef de l’Etat tente d’éteindre la polémique lancée par son ex-compagne Valérie Trierweiler.

« Je suis catastrophé », a-t-il écrit par SMS à une amie. Selon les dires de son entourage, François Hollande a été « atterré » lorsqu’il a appris la publication, à la surprise générale, de Merci pour ce moment, le livre choc de Valérie Trierweiler. Et pour cause : l’ex-Première dame brosse un portrait accablant du chef de l’Etat qui, selon elle, « n’aime pas les pauvres ». Elle lui attribue même une expression hautement polémique, les « sans-dents », pour parler des plus défavorisés.

Une attaque très dure pour un président de gauche. François Hollande s’est dit blessé par la charge de son ancienne compagne, sans toutefois démentir farouchement l’expression. D’après les informations de L’Express, Valérie Trierweiler se dit maintenant prête à fournir les preuves, en cas de procès pour diffamation, de la véracité de ses propos. Retour sur la vraie bombe à retardement de Merci pour ce moment.

Acte 1 : Trierweiler attribue « les sans-dents » à Hollande

La veille de la sortie du récit du passage éphémère de Valérie Trierweiler à l’Elysée, mercredi 3 septembre, l’hebdomadaire Paris Match, employeur de l’ancienne Première dame, publie les bonnes feuilles de l’ouvrage. Parmi les extraits révélés, un passage en particulier retient l’attention. « Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches, écrit Valérie Trierweiler à propos de François Hollande. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : ‘les sans-dents’, très fier de son trait d’humour. »

Acte 2 : François Hollande s’exprime sur le sujet

Vendredi 5 septembre, à l’issue un sommet de l’Otan à Newport (Royaume-Uni), François Hollande réagit à la publication de Merci pour ce moment« Je n’accepterai jamais, déclare-t-il, que puisse être remis en cause ce qui est l’engagement de toute ma vie. » Et le président de la République d’ajouter, en référence à l’expression « les sans-dents » qui lui est attribuée : « Je suis à leur service, les plus humbles, les plus fragiles, les plus pauvres, c’est ma raison d’être. »

Acte 3 : les proches du président prennent sa défense

Dans la foulée, plusieurs membres de la classe politique contestent les faits rapportés par l’ex-Première dame. C’est « n’importe quoi« , réplique Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, sur BFMTV« C’est le contraire de l’engagement politique d’un grand responsable de gauche, socialiste. C’est le contraire de son identité politique », poursuit-elle. Pour Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, « le portrait implicite qui est décrit de [François Hollande] n’est absolument pas la réalité que l’on peut percevoir ».

Ségolène Royal estime en outre qu’il faut « juger les hommes politiques sur leurs actes », rappelant « l’attention portée aux plus précaires » en Corrèze, lorsque François Hollande était à la tête du département. Sophie Dessus, actuelle députée de Corrèze, fait même visiter la chambre d’étudiant (spartiate) du chef de l’Etat lorsqu’il était maire de Tulle, en espérant sans doute démontrer la simplicité du président.

Acte 4 : François Hollande se dit blessé par ces attaques

Le 10 septembre, François Hollande tente, à nouveau, d’éteindre la polémique déclenchée par la petite phrase. Dans une interview au Nouvel Observateur, il se défend de ne pas aimer les « pauvres ». « Je ne veux pas qu’on puisse dire ou écrire que je me moque de la douleur sociale, car c’est un mensonge qui me blesse, riposte le chef de l’Etat. Cette attaque sur les pauvres, les démunis, je l’ai vécue comme un coup porté à ma vie tout entière. » Et d’ajouter : « Dans toutes mes fonctions, dans tous mes mandats, je n’ai pensé qu’à aider, qu’à représenter ceux qui souffrent. »

Acte 5 : Valérie Trierweiler dit avoir une preuve

Mais le président ne nie pas, dans cet entretien à l’Obs, avoir employé la formule. Et ce n’est pas un hasard, selon L’Express, puisque Valérie Trierweiler détiendrait la preuve de ce qu’elle avance dans son livre. L’hebdomadaire croit savoir que l’ex-Première dame a ainsi confié à des proches qu’elle pourrait la sortir si besoin. Et potentiellement en cas de procès pour diffamation ?

En outre, l’ancienne compagne de Hollande aurait conservé tous les textos du chef de l’Etat. Ce qui représente « une arme nucléaire entre les mains d’une femme prête à tout pour prendre sa revanche », lâche L’Express.


Brexit: Attention, une folie peut en cacher une autre ! (Spot the error: When the international standard for breaking up a country is less demanding than a vote on the drinking age or than the rules for a couple seeking a divorce)

27 juin, 2016
PopulationExchangeBrexitBrexitToonSi vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. Churchill
Les principes républicains n’exigent point qu’on se laisse emporter au moindre vent des passions populaires ni qu’on se hâte d’obéir à toutes les impulsions momentanées que la multitude peut recevoir par la main artificieuse des hommes qui flattent ses préjugés pour trahir ses intérêts. Le peuple ne veut, le plus ordinairement, qu’arriver au bien public, cela est vrai ; mais il se trompe souvent en le cherchant […]. Lorsque les vrais intérêts du peuple sont contraires à ses désirs, le devoir de tous ceux qu’il a préposés à la garde de ses intérêts est de combattre l’erreur dont il est momentanément la victime afin de lui donner le temps de se reconnaître et d’envisager les choses de sang-froid. Et il est arrivé plus d’une fois qu’un peuple, sauvé ainsi des fatales conséquences de ses propres erreurs, s’est plu à élever des monuments de reconnaissance aux hommes qui avaient eu le magnanime courage de s’exposer à lui déplaire pour le servir. Alexander Hamilton (1788)
Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions, alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments. James Madison
Si le public était exclu, il serait toujours amené à supposer que la vérité n’a pas été rapportée, ou qu’une partie était supprimée, et que beaucoup de choses se sont passées dont il n’a pas connaissance. Jeremy Bentham (1791)
Pourquoi le besoin de cohérence serait-il un facteur contraignant dans un débat public ? On peut imaginer deux raisons, l’une relative aux sujets de la décision à prendre et l’autre relative aux observateurs du débat. D’une part, lorsqu’une proposition a été lancée de manière publique, elle devient  facilement irréversible si ceux qui vont en profiter sont capables d’en empêcher le retrait. D’autre part, le besoin de cohérence peut être l’effet conjoint de la présence des observateurs et de la vanité de l’orateur. Abandonner une opinion qu’on a d’abord crue vraie implique qu’on s’est trompé, ce qui crée le sentiment déplaisant de dissonance cognitive. Il est donc normal qu’on hésite à abandonner une opinion, même si elle a été adoptée de manière passive plutôt qu’ active. Je conclus sur ce point que Madison eut tort s’il voulait affirmer, ce qui n’est pas évident, que dans le huis clos il n’ y a aucune force qui s’oppose à l’ argumentation. Même si la pression du public et la vanité devant l’audience ne jouent pas, le désir de l’ applaudissement du public interne garde toute sa force. Il convient de soulever une deuxième objection, plus importante celle-ci, à l’éloge que fait Ma dison du huis clos : le huis clos comporte une tendance à déplacer les échanges vers le terrain de la négociation , et à remplacer le souci du b ien commun par le souci du bien privé ou de l’intérêt du groupe. Par exemple, à Philadelphie, il y a eu un marchandage ouvert concernant l’esclavage, qui fut finalement accepté par les États du Nord sous la menace des États esclavagistes de quitter la Convention. De même, la décision d’accorder à chaque État deux sièges au Sénat fut le résultat de la menace des petits États de se retirer. On peut soulever enfin une troisième objection à l’analyse de Madison, laquelle semble sur un point précis manquer de sincérité – fait curieux dans un texte qui se veut l’éloge de cette vertu même. Son analyse ne suffit pas, en effet, à expliquer l’extrême épaisseur du voile qui fut tiré sur les débats et les votes, qui ne furent rendus publics qu’avec un retard de plusieurs décennies. Il existe de bonnes raisons de croire que les constituants américains ont voulu garder le secret sinon permanent, du moins durable, afin de ne pas avoir à craindre que la postérité n’exploite leurs désaccords, peut-être pour jeter un doute sur la légitimité du document. Nous savons que beaucoup de votes à la Convention furent extrêmement serrés. Jon Elster
Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.) (…) je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. (…) A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée. A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (…). Pour le patriote Bouche (…), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (…). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms. La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (…). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (…). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants. Jon Elster
Une autre question abordée pour éclairer le phénomène du vote est celle des votes sophistiqués (ou stratégiques) et des votes insincères. Il convient de distinguer ces deux catégories puisqu’à la différence d’un vote insincère, un vote sophistiqué n’est pas induit par la publicité de la procédure. Un vote insincère est un vote qui va à l’encontre des préférences sincères de l’ agent qui sait que son vote est observé, et qui est motivé soit par un espoir de gain soit par une crainte de sanctions. Dans le dernier cas, on préfère l’option A à l’option B, mais on vote pour B puisqu’un vote pour A aurait entraîné des sanctions de la part des observateurs du vote, que ceux-ci soient d’ autres votants ou des non votants intéressés. Dans le cas typique du vote sophistiqué, un votant fausse l’expression de ses préférences afin de rendre plus probable la victoire d’un candidat, d’un parti ou d’une proposition qu’il préfère à une alternative qui aurait plus de chances de gagner s’il votait selon ses préférences sincères. Concernant le vote insincère, on peut remarquer que lorsque le vote est public, il s’exerce souvent une pression sociale très forte sur l’individu pour voter dans le sens de la majorité. Quand le vote non seulement est public, mais se fait par appel nominal, cette pression s’en trouve renforcée. À la Constituante par exemple, il arriva souvent qu’une majorité évidente lors du vote par assis et levé se transforma en une minorité lorsqu’on demanda l’appel nominal. (…) Premièrement, les actions d’individus qui sont caractérisées par une fausse sophistication risquent de se retourner contre elles-mêmes. Deuxièmement, des individus vraiment sophistiqués risquent de ne pas être capables de déterminer leur choix optimal. La première conclusion relève de l’irrationalité des individus. Un agent qui base ses choix sur l’hypothèse qu’autrui est moins rationnel que lui-même est, par ce fait même, irrationnel. La deuxième conclusion relève de l’indétermination de la théorie du choix rationnel. Il existe en effet de nombreuses situations, notamment dans un contexte stratégique, dans lesquelles cette théorie est incapable de prescrire et de prédire des actions précises. J ’étudie ensuite une autre modalité du vote, la question du scrutin secret par rapport au vote public. Je cherche à déterminer, pour des contextes divers, les effets de l’une et de l’autre fa çon de voter. La question est intimement liée à celle du débat public par rapport au huis clos. Une première opposition est frappante : la Convention de Philadelphie s’est déroulée totalement à huis clos alors que les sessions plénières de la Convention européenne étaient publiques. Il n’est toutefois pas certain que cette différence ait été décisive.Tout d’abord, les effets du huis clos ne sont pas univoques. D’un côté, comme l’a souligné Madison à Philadelphie, il peut faciliter la « délibération » : « Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments ». D’un autre côté, l’expérience des conférences intergouvernementales tend à montrer que le huis clos peut aussi aller de pair avec la « négociation ». Il est plus facile d’exprimer et de défendre des « intérêts égoïstes » derrière des portes closes qu’au sein d’une assemblée qui se veut délibérative. Selon J. Elster, la publicité des débats incite à préférer le registre de l’argumentation, quand il s’agit d’exprimer ses intérêts. Ce simple « usage stratégique de l’argumentation » contribuerait alors à rapprocher les points de vue en présence. En outre, il existait au sein de la Convention des groupes restreints qui travaillaient à huis clos, au premier rang desquels on trouve le Praesidium, mais aussi certains groupes de travail, certaines réunions de « composantes » ou de groupes politiques. L’argumentation à huis clos, le meilleur arrangement possible selon J. Elster, a pu intervenir dans certains cercles de la Convention. C’est par exemple au sein d’une réunion du groupe PPE que le Suédois Sören Lekberg a reconnu avoir « changé d’avis » au vu des arguments développés par d’autres conventionnels concernant la nouvelle « clause de retrait » de l’Union. Le seul fait que nous ayons pu y assister montre toutefois que le huis clos n’était pas total et laisse penser que c’est l’aspect informel de ces réunions qui a joué le rôle le plus décisif. (…) La comparaison entre le déroulement des Conventions de Bruxelles et Philadelphie aide à cerner la nature de la construction européenne. L’hétérogénéité de la Convention européenne, la diversité de ses acteurs et de leurs identités apparaît plus nettement. En particulier, la Convention a mêlé, aux représentants des gouvernements, des parlementaires nationaux, jusque-là exclus de la phase d’élaboration des textes fondateurs européens, et des représentants de pays candidats, bientôt membres de l’Union. Dans ces conditions, la seule existence d’un texte unique adopté par consensus peut être considérée comme un « miracle » – pour reprendre le terme si souvent employé à propos de la Convention de Philadelphie, d’autant que les avancées qu’il comporte en termes d’extension de la majorité qualifiée, de démocratisation ou de clarification du système européen sont essentielles. Un seul texte remplace tous les traités existants, il en présente de façon beaucoup plus explicite les objectifs, les valeurs ainsi que la répartition des compétences entre l’Union et les États membres. Sans quelques moments « délibératifs », il aurait été difficile d’atteindre un tel résultat. Même si ces moments ne sont pas toujours aisés à repérer, la comparaison entre Bruxelles et Philadelphie confirme que l’existence de groupes de travail et de réunions restreintes (par institution d’origine, par groupe politique…) a favorisé la délibération. Ce « miracle » d’un compromis entre des intérêts divergents ne paraît cependant pas si éloigné de celui qui se produit quotidiennement dans le cadre de la construction européenne. Cela conduit à s’interroger sur le mot de « Constitution ». Il va en effet de pair avec l’idée de rupture, à l’œuvre à Philadelphie mais pas à Bruxelles. Dans le second cas, il semble qu’une logique de « petits pas » continue à prévaloir. Le projet de traité constitutionnel permet certains pas en avant. D’autres restent à accomplir, notamment pour écarter plus largement la procédure de l’unanimité. Il est compréhensible que nombre de conventionnels aient voulu associer le terme, fondateur, de « Constitution » – qui est de surcroît parlant pour les citoyens européens– à leur œuvre. Mais ne risque-t-il pas d’induire ces derniers en erreur en sous-entendant qu’il s’agit d’un texte intangible, dont les limites seraient dès lors vivement ressenties ? L’extrême diversité des acteurs européens, des États et des peuples n’implique-t-elle pas finalement que les Européens doivent sans cesse confronter leurs visions afin de les « ré-accorder », ycompris au niveau du contrat fondateur ? Ne conviendrait-il pas alors de préférer la notion de « pacte constitutionnel » ou même d’« accord constitutionnel », qui évoquent davantage l’idée d’une adhésion et d’un compromis sans cesse renouvelés ? La nécessité de disposer d’une clause de révision assouplie n’en serait alors que plus cruciale. Florence Deloche-Gaudez
À la suite de la Convention sur l’avenir de l’Europe, un traité établissant une constitution pour l’Europe fut signé. Celui-ci devait être soumis à référendum dans dix États membres, cependant, il ne s’est effectivement déroulé que dans quatre d’entre eux. Le premier référendum organisé fut le référendum espagnol, le 20 février 2005. Avec 41,8 % de participation, 76,6 % des Espagnols votèrent en faveur du traité. Le 29 mai 2005 s’est déroulé le référendum français. Avec 69 % de participation, le traité fut rejeté par 55 % des électeurs. Le 1er juin 2005, avec 63,3 % de participation, 61,5 % des Néerlandais votèrent contre le traité lors du référendum. Le référendum luxembourgeois fut organisé le 10 juillet 2005. Avec 90,44 % de participation, le traité fut approuvé par 56,5 % des votants. D’autres États membres envisageaient de recourir au référendum pour ratifier le traité : la République tchèque, l’Irlande, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni, et le Danemark. (…) Un seul État membre, l’Irlande, a organisé un référendum pour ratifier le traité de Lisbonne. Le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne eut lieu le 12 juin 2008. 53,2 % des votants s’exprimèrent contre la ratification du traité. À la suite de ce vote, la Commission européenne a déclaré que le traité n’obligerait pas l’Irlande à changer de position quant à l’existence d’un commissaire permanent par État (s’opposant à l’idée de rotation alors introduite), à la neutralité militaire et à l’avortement. Les Irlandais votèrent à nouveau le 2 octobre 2009. Avec un taux de participation de 59 %, les Irlandais acceptèrent la ratification du traité à 67,1 % des votants. Des critiques ont été émises quant à la décision de faire voter une nouvelle fois les Irlandais sur la base de quelques déclarations. La principale opposition dans l’Union européenne provenait du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) qui considérait que le choix de la population irlandaise lors du premier vote avait été ignoré et qu’ils avaient été forcés de revoter. Le parti ajoute que les concessions faites à l’Irlande sur certaines dispositions du traité de Lisbonne « n’ont aucune existence légale ». Certains considèrent que l’Irlande a obtenu des garanties sur le fait que certaines problématiques, telle que l’avortement, ne sera pas affecté par le traité de Lisbonne et qu’ainsi le peuple irlandais pouvait voter en gardant les concessions faites en tête, et qu’étant donné que tous les autres États membres avaient approuvé le traité, il n’était pas déraisonnable de demander à un seul pays de reconsidérer son rejet. Wikipedia
Le « traité établissant une Constitution pour l’Europe » devait être ratifié par chacun des États signataires pour entrer en vigueur, mais il a été rejeté par les électeurs français et néerlandais lors des référendums du 29 mai et du 1er juin 2005. Bien que les autres Etats membres aient ratifié le texte, la situation de blocage était évidente et le projet de Constitution a été abandonné. A la différence du précédent traité, le texte adopté à Lisbonne est un traité international classique. Le mot « constitution », tout comme les symboles de l’Union (drapeau, hymne, devise…) ne sont donc pas mentionnés. En outre, le texte introduit pour la première fois la possibilité pour un Etat membre de quitter l’Union dans des conditions à négocier avec ses partenaires. Des similitudes sont cependant présentes entre les deux traités. Selon Valéry Giscard d’Estaing, père du projet de constitution européenne, le nouveau traité en reprend intégralement les propositions institutionnelles, tout en les présentant dans un ordre différent. Pour le Sénat français, « le traité de Lisbonne reprend en règle générale le contenu du traité constitutionnel, même s’il le fait sous une forme complètement différente ». Même si le contenu des deux traités n’est pas identique, Marine Le Pen aurait donc raison de dire que le projet de Constitution européenne, rejeté en 2005, a été – en partie – proposé à nouveau en 2008. En effet, le nouveau texte prend en considération les exigences de réformes institutionnelles avancées en 2005, cependant avec un autre ton. Et c’est justement la forme qui marque la différence entre ces deux traités. Après les référendums de 2005, le mot « constitution » est définitivement abandonné et le processus d’intégration européenne est arrêté pendant trois ans. En outre, la possibilité de quitter l’Union est introduite dans le traité : cela n’a pas été le cas pendant les 50 premières années de l’intégration européenne. L’UE s’éloigne donc du rêve fédéraliste de ses fondateurs : la voix des Français et des Néerlandais a donc été écoutée. Toute l’Europe
Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him. Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne. The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable. That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’. It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’. (…) The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions. All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’. It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation. It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans. You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband. Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault. Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too. Tim Montgomerie
The central weakness of the Obama Administration has been its repeatedly demonstrated lack of strategic insight: an inability to differentiate between the important and the trivial, the symbolic and the substantive, the necessary and the optional, the truly dangerous and the inconsequential. It is also bad at understanding linkages: the ways that problems and policies in one set of issues or in one region of the world impact American options, prestige and effectiveness in others. Now, too late, when the house is in on fire, the Administration is realizing that the Atlantic system is in deep trouble and that Brexit is a major challenge to U.S. interests. So now when success is more difficult and the range of possible outcomes is less appealing, the U.S. is going to commit to the issue and dive in. But that won’t change a reality that the press does its best to tiptoe past: rarely has a presidency seen so many things go so badly for the U.S. in foreign policy. Obama’s track record is not looking good: at the end of his watch, the Middle East, Europe, and East Asia are all in worse shape than when he entered office, relations with Russia and China are both worse, there are more refugees, more terrorists and more dangerous terrorist organizations. Walter Russell Mead
The vote, and weakening of the West that it heralds, will diminish President Obama’s foreign policy legacy. American policy toward Europe under his leadership has been an abject failure. His most obvious failure, and one that historians will view severely, is his failure to prevent the meltdown of Syria. The millions of desperate refugees fleeing for their lives are much more than a humanitarian disaster; they are a political disaster, and the strain of coping with the refugee flow on top of Europe’s other problems stoked suspicion and fear across the continent and greatly strengthened the power of the Leave campaign in the UK. But beyond the horrors of Syria, Obama has done less for Europe than any American president since the 1930s. The American response to the euro crisis and its long and bitter aftermath was both shortsighted and feeble. To the extent it did anything, the Obama irritated the Germans by critiquing their handling of the crisis while disappointing the debtor countries by an absence of effective support. The United States had great interests at stake when it came to Cameron’s negotiations with the EU; from all one can tell, President Obama spent more time playing golf during those negotiations than he did working to prevent a damaging split between some of our most important partners and allies. Smart American diplomacy would have worked intensely and unremittingly to get a deal between London and its partners that the British people would support, but despite the President’s breathtaking self-confidence, smart diplomacy is not actually part of his skill set. One hopes that even at this late date the Obama Administration will realize that the future of the UK-EU association is of almost infinitely greater importance to American national interests than launching yet another poorly conceived peace offensive in the Middle East. American diplomats and Treasury officials need to be working hard to generate ways to minimize the damage of this decision to the West. The British people have the right to choose whether or not to remain in the European Union, and while there will be some in Europe who want to punish them for this choice, the American interest in this matter is clear. We want a strong Britain, a strong Europe, good relations on both sides of the Channel and a trading system that doesn’t put new bureaucratic obstacles in the path of American exports or investment. We do not want bitterness and friction over the break to throw sand in the gears of western political and security cooperation in an increasingly dangerous world. We do not want Europe’s divisions to become Putin’s opportunities. We want Europe to be united, and we want Britain to be Great. At the same time, the U.S. government needs to do something else that the current administration has unaccountably failed to do over the last seven years: develop a strategy to help save the EU. The European Union is in trouble; the world’s most audacious experiment in international relations is looking both fragile and sclerotic. The British aren’t the only Europeans who think Brussels is a disaster, and the chance that a post-Brexit EU will continue to weaken and fragment is dangerously high. Refugee flows from the Middle East and North Africa are bound to continue. There are few signs of real economic revival in the south. The torpid bureaucracies and dysfunctional political organizations of Brussels can’t deliver real solutions to Europe’s problems, but European nation states have given so many of their powers to the EU that in many cases they lack the ability to act when Brussels fails. Walter Russell Mead
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement. (…) Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambigu, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie. Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net. Gilles Devers
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. Jean-Pierre Winter
Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Barack Hussein Obama (14.12.11)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Des douzaines d’innocents ont été massacrés, nous soutenons le peuple d’Orlando. L’enquête débute seulement mais il s’agit bien d’un acte de terreur et de haine. Je viens d’avoir une réunion avec le FBI, toutes les ressources du gouvernement fédéral seront mises à disposition. On ne connaît pas les motivations de cet homme, mais il s’agissait d’un homme rempli de haine, nous allons essayer de savoir pourquoi et comment cela s’est passé. Barack Hussein Obama
Nous sommes contre l’incitation … Il y a une semaine, un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens. N’est-ce pas de l’incitation? N’est-ce de la pure incitation à l’assassinat en masse du peuple palestinien? Mahmoud Abbas (Bruxelles)
Mr. Abbas’s remarks were not included in the official Arabic transcript issued by his office, and his advisers and spokesmen were not available for comment on Thursday night. But the claims also appeared on the website of the Palestinian Ministry of Foreign Affairs. Rumors that Jews had poisoned wells and other sources of water arose in the 14th century as the bubonic plague raged across much of Europe. The rumors led to the destruction of scores of Jewish communities. In Basel, Switzerland, and Strasbourg, France, hundreds of Jews were burned alive. NYT
The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23. It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. (…) The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party. (…) The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix. (…) Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along. In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. (…) Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe. (…) Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality. Andrew Moravcsik (Princeton)
If Boris Johnson looked downbeat yesterday, that is because he realises that he has lost. Perhaps many Brexiters do not realise it yet, but they have actually lost, and it is all down to one man: David Cameron. With one fell swoop yesterday at 9:15 am, Cameron effectively annulled the referendum result, and simultaneously destroyed the political careers of Boris Johnson, Michael Gove and leading Brexiters who cost him so much anguish, not to mention his premiership. How? Throughout the campaign, Cameron had repeatedly said that a vote for leave would lead to triggering Article 50 straight away. Whether implicitly or explicitly, the image was clear: he would be giving that notice under Article 50 the morning after a vote to leave. Whether that was scaremongering or not is a bit moot now but, in the midst of the sentimental nautical references of his speech yesterday, he quietly abandoned that position and handed the responsibility over to his successor. And as the day wore on, the enormity of that step started to sink in: the markets, Sterling, Scotland, the Irish border, the Gibraltar border, the frontier at Calais, the need to continue compliance with all EU regulations for a free market, re-issuing passports, Brits abroad, EU citizens in Britain, the mountain of legistlation to be torn up and rewritten … the list grew and grew. The referendum result is not binding. It is advisory. Parliament is not bound to commit itself in that same direction. The Conservative party election that Cameron triggered will now have one question looming over it: will you, if elected as party leader, trigger the notice under Article 50? Who will want to have the responsibility of all those ramifications and consequences on his/her head and shoulders? Boris Johnson knew this yesterday, when he emerged subdued from his home and was even more subdued at the press conference. He has been out-maneouvered and check-mated. If he runs for leadership of the party, and then fails to follow through on triggering Article 50, then he is finished. If he does not run and effectively abandons the field, then he is finished. If he runs, wins and pulls the UK out of the EU, then it will all be over – Scotland will break away, there will be upheaval in Ireland, a recession … broken trade agreements. Then he is also finished. Boris Johnson knows all of this. When he acts like the dumb blond it is just that: an act. The Brexit leaders now have a result that they cannot use. For them, leadership of the Tory party has become a poison chalice. When Boris Johnson said there was no need to trigger Article 50 straight away, what he really meant to say was « never ». When Michael Gove went on and on about « informal negotiations » … why? why not the formal ones straight away? … he also meant not triggering the formal departure. They both know what a formal demarche would mean: an irreversible step that neither of them is prepared to take. All that remains is for someone to have the guts to stand up and say that Brexit is unachievable in reality without an enormous amount of pain and destruction, that cannot be borne. And David Cameron has put the onus of making that statement on the heads of the people who led the Brexit campaign. Teebs
Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe. Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens. (…) Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel. En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice. Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE. Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie. (…) Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis. Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes. Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens. C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro. Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration. (…) Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Arnaud Leparmentier
La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes. (…) Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration. D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls. En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble. L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous. (…) Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes. (…) L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe. Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000. (…) L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Guillaume Bigot
As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament. Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country. Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply. The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation. So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics. For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner. But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews. (…) European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies. To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties (…) Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews. (…) We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit. Rabbi Abraham Cooper  and Dr. Harold Brackman (Simon Wiesenthal Center)
Un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation. (…) Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires. (…) La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé. Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. » En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter. Chris Patten
Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. (…) Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent. L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. (…) Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. (…) Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction. Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants. Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché. Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée. Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis. Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses. (…) Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse. Mark Leonard
La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs. La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés. (…) Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. (…) Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ? En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE.  (…) Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées. C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool. (…) la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. Kenneth Rogoff

Attention, une folie peut en cacher une autre !

Suicide collectif, roulette russe, surenchère de démagogie …

Au lendemain du fiasco électoral qui voit un Etat entier abandonner du jour au lendemain le fruit de décennies de longues et patientes négociations et, après le carnage de deux guerres mondiales, une période de paix et une prospérité jusque là sans précédent …

Faisant fi, entre le huis-clos de la Convention de Philadelphie (qui ne put certes empêcher le maintien de l’esclavage) et l’emballement finalement totalitaire de la Révolution française mais aussi plus récemment des réfrendums sur la Constitution européenne ou les ratés que l’on sait des élections américaine ou française de 2000 et 2002, de l’expérience de siècles de réflexion sur la prise de décision politique (la fameuse « force civilisatrice de l’hypocrisie« ) …

Pendant qu’en une Europe qui vient d’ovationner une accusation de crime rituel du président de l’Autorité palestinienne digne des heures les plus sombres de notre moyen-âge …

Et qui compte pas moins de 47 partis de révolte prêts à tout pour l’abattre et pas moins de 32 demandes de référendums dans 18 pays différents …

Gagnants comme perdants poussent l’aveuglement jusqu’à y voir une victoire de la démocratie  …

Comment ne pas voir, avec l’économiste américain Kenneth Rogoff, la folie d’un système de décision …

Pourtant consultatif dans le cas précis et jusqu’ici, quand jugé irrecevable, « refaisable » (Irlande) ou partiellement « ignorable » (France, Pays-Bas) …

Où engager l’avenir de toute une population et de générations entières se révèle disposer de moins de garde-fous et de barrières …

Que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool ou le divorce du premier couple venu ?

Mais comment ne pas voir aussi …

Derrière et motivant la première …

L’autre folie d’un autre système de décision …

Où de l’imposition du « mariage et de l’adoption pour tous » à l’appel suicidaire à une véritable invasion migratoire …

Et sans compter,  de l’Irak à la Syrie, l’abandon au chaos djihadiste de territoires dont la libération avait coûté ou pouvait coûter si cher …

L’arrogante parole ou le vote d’une poignée d’apprentis sorciers politiques, judiciaires ou religieux

Peut engager jusqu’aux fondements culturels ou anthropologiques de générations entières ?

Le fiasco démocratique du Royaume-Uni
Kenneth Rogoff

Project syndicate

Jun 24, 2016

CAMBRIDGE – La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs.

La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés.

A-t-il été prévu que le vote ait à nouveau lieu dans un délai d’un an, pour plus de certitude ? Non. Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. Et j’ai bien peur que le tableau s’annonce pour le moins déplaisant.

Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ?

En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE. Les partisans du Brexit n’ont pas inventé ce jeu de la roulette russe, tant les précédents existent, notamment dans le cas de l’Écosse en 2014, ou du Québec en 1995. Seulement voilà, jusqu’à présent, le barillet du revolver ne s’était jamais arrêté sur la cartouche. Maintenant que c’est chose faite, l’heure est venue de repenser les règles du jeu.

Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées.

C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool.

L’Europe étant désormais confrontée au risque d’une vague de nouveaux votes de rupture, la question urgente consiste à déterminer s’il existerait une meilleure manière de procéder à de telles décisions. J’ai personnellement interrogé plusieurs experts majeurs en sciences politiques sur la question de savoir s’il existe ou nom un consensus académique en la matière ; malheureusement, la réponse est rapide et négative.

Une chose est sûre, bien que la décision sur le Brexit puisse avoir semblé simple dans le cadre du scrutin, nul ne sait en vérité ce qu’il peut advenir à la suite d’un tel vote de sortie. Ce que nous savons en revanche, c’est que la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Même s’il est possible que l’économie du Royaume-Uni ne plonge pas dans une récession pure et simple à l’issue de ce vote (le déclin de la livre sterling étant susceptible d’amortir le choc initial), il y a de fortes chances que le désordre économique et politique provoqué suscite chez ceux qui ont voté en faveur du Leave une sorte de « remord de l’acheteur ».

Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. À l’époque des assemblées organisées à Sparte dans la Grèce antique, les votes étaient exprimés par acclamation. Les citoyens donnaient ainsi plus ou moins de voix afin de refléter l’intensité de leurs préférences, tandis qu’un magistrat président y prêtait une oreille attentive et se prononçait ensuite sur l’issue du vote. La procédure était certes imparfaite, mais pas forcément moins judicieuse que celle à laquelle nous venons d’assister au Royaume-Uni.

À certains égards, Athènes, cité homologue de Sparte, a pour sa part appliqué le plus parfait exemple historique de démocratie. Les voix de chaque individu, issu de n’importe quelle catégorie de citoyens, pesaient d’un poids équivalent (même si seuls les hommes étaient concernés). Cependant, à l’issue de plusieurs décisions catastrophiques dans le domaine de la guerre, les Athéniens considérèrent nécessaire de conférer davantage de pouvoir à des organes indépendants.

Qu’aurait dû faire le Royaume-Uni s’il avait effectivement été nécessaire de poser la question de son appartenance à l’UE (nécessité qui en réalité n’existait pas) ? De toute évidence, les freins à toute décision en la matière auraient dû être beaucoup plus conséquents ; le Brexit aurait par exemple pu nécessiter deux consultations populaires, espacées d’au moins deux ans, et suivies d’un vote de la Chambre des communes à 60 %. Si la volonté d’un Brexit avait malgré cela persisté, nous aurions au moins su qu’il ne s’agissait pas uniquement de la photographie ponctuelle d’un fragment de la population.

Le vote britannique plonge désormais l’Europe dans la tourmente. Beaucoup de choses dépendront de la manière dont le monde réagit, et de la capacité du gouvernement britannique à gérer sa propre reconstruction. Il est néanmoins important que nous fassions non seulement le bilan de l’issue du référendum, mais également celui du processus de vote. Toute démarche visant à redéfinir un accord de longue date portant sur les frontières d’un État devrait exiger bien plus qu’une majorité simple, exprimée dans le cadre d’un seul et unique vote. Nous venons tout juste de constater à quel point l’actuelle norme internationale consistant à employer la règle de la majorité simple peut constituer une recette désastreuse.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir aussi:

L’avènement de la démocratie des masses en Europe

Mark Leonard

Project syndicate

Jun 25, 2016

LONDRES – Même s’il va nous falloir du temps pour encaisser le choc suscité par le vote britannique en faveur d’une sortie de l’Union européenne, il incombe dès à présent aux dirigeants européens de s’armer de courage face aux possibles événements à venir. En effet, le Brexit pourrait bien constituer une sorte de secousse sismique préalable à un véritable raz-de-marée de référendums en Europe au cours des prochaines années.

Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. Ces mouvements influencent de plus en plus l’agenda politique, et le façonnent selon leurs propres intérêts – gagnant au passage en puissance. Dans un tiers des États membres de l’UE, les partis de ce type sont présents au sein des coalitions gouvernementales, leur succès croissant conduisant les partis dominants à adopter certaines de leurs positions.

Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent.

L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. À l’instar du Parti populaire danois, certains entendent suivre l’exemple du Royaume-Uni, en organisant un vote sur la question de l’appartenance à l’UE. D’autres souhaitent s’extraire de la zone euro, faire obstacle au Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) envisagé avec les États-Unis, ou encore limiter la mobilité de la main-d’œuvre.

Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a en effet déclaré qu’il entendait organiser un référendum autour des quotas proposés. Le parti polonais d’opposition Kukiz’15 procède également à la collecte de signatures en vue d’organiser son propre référendum sur cette même question.

Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction.

Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants.

Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché.

Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée.

Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis.

Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses.

Cet éloignement de l’Europe par rapport à la diplomatie a débuté il y a une dizaine d’années, lorsque le Traité établissant une Constitution pour l’Europe a été rejeté par un référendum populaire en France et aux Pays-Bas. Il est possible que cet événement ait dorénavant interdit à l’UE tout exercice d’élaboration de traités, de sorte que l’espoir d’une intégration future pourrait bien être anéanti.

Mais au lendemain du Brexit, l’avenir de l’intégration européenne ne constitue pas la préoccupation première de l’Europe. Celle-ci doit désormais faire face aux forces croissantes qui mettent à mal l’intégration jusqu’ici accomplie, et qui s’efforcent de pousser l’Europe vers l’arrière. Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse.

En cette nouvelle ère de « vétocratie » européenne, cette diplomatie qui avait sous-tendu la création et la vision d’avenir du projet européen ne peut plus fonctionner, ce qui fait de l’UE une entité ingouvernable. Maintenant que les eurosceptiques sont parvenus à leurs fins au Royaume-Uni, cette vétocratie est vouée à devenir plus puissante que jamais. Il faut s’attendre à ce que les votes directs organisés autour de questions telles que les règles commerciales ou la politique d’immigration viennent dévaster la démocratie représentative en Europe, de la même manière que les votes directs sur l’appartenance à l’Union menacent d’anéantir l’UE elle-même.

Dans l’un des romans du prix Nobel José Saramago, la péninsule ibérique se détache du continent européen et part à la dérive. À l’heure où un véritable tsunami de consultations populaires menace le continent, il pourrait bien s’agir d’une métaphore annonciatrice.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir également:

Une tragédie britannique en un acte

Chris Patten

Project syndicate

Jun 25, 2016

OXFORD – Jeudi soir restera comme une date importante pour ceux qui ont fait campagne pour quitter l’Union européenne et pour tourner le dos de la Grande-Bretagne au XXIème siècle. Je peux au moins leur accorder cela. Comme l’a écrit Cicéron : « Ôcombien misérable et malheureux fut ce jour-là ! »

La décision de quitter l’Union européenne va dominer la vie nationale britannique pendant la prochaine décennie, si ce n’est plus. On peut discuter de l’ampleur précise du choc économique, à court et à long terme, mais il est difficile d’imaginer des circonstances dans lesquelles le Royaume-Uni ne va pas s’appauvrir et perdre de son importance au plan mondial. Une grande partie de ceux qui ont été encouragés à voter prétendument pour leur « indépendance » trouveront que, loin de gagner leur liberté, ils ont perdu leur emploi.

Pourquoi est-ce donc arrivé ?

Tout d’abord, un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation.

Une des horreurs à venir sera la déception croissante des partisans du Leave (quitter l’UE), une fois que tous ces mensonges seront découverts. On a promis aux électeurs qu’ils allaient pouvoir « récupérer leur pays. » Je ne pense pas que le véritable résultat de tout cela va leur plaire.

Une deuxième raison de la catastrophe est la fragmentation des deux principaux partis politiques de la Grande-Bretagne. Depuis des années, le sentiment anti-européen a miné l’autorité des dirigeants conservateurs. En outre, toute notion de discipline et de loyauté envers le parti s’est effondrée il y a quelques années, avec la réduction du nombre de membres du parti conservateur. Le pire est ce qui est arrivé au sein du Parti travailliste, dont les sympathisants traditionnels ont donné l’impulsion aux grands votes du Leave dans de nombreux domaines de la classe ouvrière.

Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires.

Ceci nous amène vers une troisième raison du vote pro-Brexit : les inégalités sociales croissantes qui ont contribué à une révolte contre ce qui a été perçu comme une élite métropolitaine. La vieille Angleterre industrielle, dans des villes comme Sunderland et Manchester, a voté contre les citoyens plus aisés de Londres. La mondialisation, selon ces électeurs, bénéficie à ceux d’en haut (qui n’ont aucun problème à travailler avec le reste du monde), au détriment de tous les autres.

Au-delà de ces raisons, le fait que pendant des années presque personne n’ait vigoureusement défendu l’adhésion britannique à l’UE n’a rien fait pour arranger les choses. Cela a créé un vide, ce qui a permis à l’illusion et à la tromperie d’effacer les avantages de la coopération européenne et de promouvoir l’idée selon laquelle les Britanniques étaient devenus les esclaves de Bruxelles. Les électeurs pro-Brexit ont été abreuvés d’une conception absurde de la souveraineté, ce qui leur a permis de choisir une pantomime d’indépendance, plutôt que l’intérêt national.

Mais les plaintes et les grincements de dents sont bien inutiles à présent. Dans des circonstances sinistres, les parties concernées doivent honorablement essayer d’assurer la meilleure voie possible pour le Royaume-Uni. On espère que les partisans du Brexit ont eu au moins à moitié raison, aussi difficile que cela puisse paraître. En tout cas, il faut tirer le meilleur parti de cette nouvelle donne.

Pourtant trois défis viennent immédiatement à l’esprit.

Tout d’abord, à présent que David Cameron a clairement fait savoir qu’il allait démissionner, l’aile droite du Parti conservateur et certains de ses membres les plus acerbes vont dominer le nouveau gouvernement. Cameron n’a pas eu le choix. Il ne pouvait pas aller à Bruxelles au nom de collègues qui l’ont poignardé dans le dos, pour négocier un projet qu’il ne soutient pas. Si son successeur est un leader du Brexit, la Grande-Bretagne peut s’attendre à être dirigée par quelqu’un qui a passé les dix dernières semaines à proférer des mensonges.

Ensuite, les liens qui font l’unité du Royaume-Uni (en particulier pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, qui ont voté pour rester en Europe), seront soumis à rude épreuve. J’espère que la révolte du Brexit ne conduira pas inévitablement à un vote d’éclatement du Royaume-Uni, mais ce résultat est effectivement une possibilité.

Enfin, la Grande-Bretagne devra commencer à négocier sa sortie très bientôt. Il est difficile de voir comment elle pourra finalement se retrouver dans une meilleure relation avec l’UE, comparée à celle dont elle jouissait jusqu’à présent. Tous les Britanniques auront du pain sur la planche pour convaincre leurs amis dans le monde entier qu’ils n’ont pas choisi de partir sur un coup de tête.

La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé.

Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. »

En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter.

Voir encore:

Brexit: So is it ‘good for the Jews’?
Rabbi Abraham Cooper and Dr. Harold Brackman

As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament.

Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country.

Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply.

The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation.

So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics.

For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner.

But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews.

It’s been 25 years since the Berlin Wall came down. This means the EU had an entire generation to deliver on the promises of creating a new Europe that would continue and extend the progress made since World War II by instituting a common currency and encouraging economic integration, free movement between member countries, while promoting mutual respect among the free citizens of the new United States of Europe.

Instead, European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies.

To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties – Le Pen’s National Front in France, Geert Wilders’ Dutch Party for Freedom, Austria’s Freedom Party, and Fidesz and Jobbik in Hungary among them – that are now mainstream political and social actors on their nations’ social power grids. Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews.

We began with President Abbas’ morning-after-Brexit blood libel speech before a perfidious European Parliament. His libel and the applause it received still reverberate despite Abbas’ subsequent retraction.

For the episode highlights the lack of moral accountability infecting EU elites ensconced in the ivory towers of Brussels’ bureaucratic headquarters.

We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit.

Rabbi Abraham Cooper is associate dean of the Simon Wiesenthal Center and Museum of Tolerance. Dr. Harold Brackman, a historian, is a consultant to the Simon Wiesenthal Center.

Voir de même:

Mahmoud Abbas
Israël
Conflit israélo-palestinien
Moyen-Orient

Abbas accuse les rabbins de vouloir empoisonner les puits palestiniens, Israël crie à la calomnie
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré que des rabbins avaient demandé au gouvernement d’empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
Thierry Charlier, AFP

FRANCE 24

23/06/2016
Israël accuse Mahmoud Abbas d’avoir calomnié les juifs. Le président palestinien a déclaré devant le Parlement européen que certains rabbins avaient appelé à empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que récemment, « un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens ». De la calomnie contre les juifs, selon Israël.

« Abou Mazen a montré son vrai visage à Bruxelles », a déclaré dans un communiqué le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, utilisant le nom de guerre de Mahmoud Abbas.

Sans citer de sources à ces accusations, Mahmoud Abbas a également ajouté que cet appel entrait dans le cadre d’attaques qualifiées par lui d’incitation à la violence contre les Palestiniens.

Confusion autour d’une éventuelle rencontre entre présidents palestinien et israélien

Dans le même temps, le président du Parlement européen Martin Schulz n’a pas réussi à organiser comme il le souhaitait une rencontre entre Mahmoud Abbas et le président israélien Reuven Rivlin, qui se trouvait également à Bruxelles jeudi.

Martin Schulz a indiqué à l’AFP qu' »il n’y a pas eu de rencontre en raison d’une incompatibilité d’agendas ». Mais Reuven Rivlin a pour sa part rejeté la responsabilité de l’échec de cette tentative de rencontre sur le président palestinien.

« Personnellement, je trouve cela étrange que le président Abbas (…) refuse toujours de rencontrer des dirigeants israéliens et se tourne toujours vers la communauté internationale pour trouver de l’aide », a-t-il lancé, en faisant allusion à l’initiative française de conférence de paix internationale, à laquelle s’oppose fermement Israël.

De son côté, le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina, a démenti que toute rencontre ait été prévue.

Selon le bureau de Benjamin Netanyahou, ce qui s’est passé à Bruxelles contredit la volonté affichée de Mahmoud Abbas de négocier la paix avec Israël. « La personne qui refuse de rencontrer le président (israélien) et énonce des calomnies devant le Parlement européen ment lorsqu’il prétend que sa main est tendue pour faire la paix », selon le communiqué.

Avec AFP

Voir par ailleurs:

UE, une Constitution à petits pas
Florence Deloche-Gaudez
Libération
3 juillet 2003

Après les critiques suscitées par la négociation du traité de Nice, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont décidé de recourir à une autre méthode, celle de la Convention, et envisagé d’adopter un nouveau texte fondateur, une Constitution. Depuis février 2002, cette Convention a réuni, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, des représentants non seulement des gouvernements mais aussi des Parlements nationaux (des Etats membres comme des pays candidats), du Parlement européen et de la Commission européenne. En dépit des positions défensives qu’y ont prises certains gouvernements, les conventionnels ont réussi à adopter par consensus un texte unique, présenté au Conseil européen de Thessalonique comme un «projet de traité instituant une Constitution pour l’Europe». Cette dernière remplacerait les traités existants.

Le terme de «Constitution» reflète l’ambition du projet. Il s’agit d’apporter des réponses à deux défis majeurs de la construction européenne : comment faire fonctionner une Union qui va passer de quinze à vingt-cinq membres ? Comment renforcer la légitimité du système européen auprès de ses citoyens ?

Parmi les principaux acquis du projet, citons le développement de la règle majoritaire, une certaine clarification du système européen et le surcroît de pouvoir donné aux citoyens.

S’agissant, tout d’abord, de l’efficacité de l’Union, davantage de décisions seront prises à la majorité. Cela sera, en particulier, le cas au sein de «l’espace de liberté, de sécurité et de justice» (politiques en matière d’immigration, d’asile…). Dans une Europe élargie, comprenant vingt-cinq Etats membres, il sera en effet très difficile, voire impossible, de décider à l’unanimité. Elle offre certes à chaque gouvernement national l’agrément de pouvoir bloquer une mesure qui le contrarie. Elle entrave pour la même raison la prise de décisions communes et limite par conséquent la capacité d’agir en commun. Au contraire, dans le cas de décisions adoptées à la majorité, chaque Etat, parce qu’il risque d’être mis en minorité, est incité à être constructif, à convaincre et à accepter d’inévitables compromis.

Pour renforcer la légitimité de l’Union européenne, les conventionnels ont voulu rédiger un texte plus clair, rendre le système européen plus transparent et plus intelligible. En ce sens, leur projet s’apparente bien à une Constitution. Aux différents traités suc cède un texte unique. Il vise à préciser la répartition des compétences entre l’Union et ses Etats membres. Y est incluse la Charte des droits fondamentaux. Les «lois européennes» vont enfin cesser de s’appeler «règlements». Sauf exceptions, elles seront adoptées selon la procédure unique de la codécision, rebaptisée opportunément «procédure législative». Cette dernière fait intervenir le Parlement européen, élu par les citoyens, et le Conseil législatif et des affaires générales, où sont représentés les Etats. Leurs débats seront publics.

Le projet de Constitution est donc plus accessible que les traités actuels. Il n’est pas pour autant simple. Le texte est long. Les négociations qui ont prévalu dans la dernière phase de la Convention ont contribué à en réduire la lisibilité. Les clauses temporaires sont nombreuses. La nouvelle définition, plus claire, de la majorité qualifiée (une majorité d’Etats représentant 60 % de la population) pourrait ainsi ne s’appliquer qu’en 2012. Les piliers ont disparu mais des procédures particulières subsistent.

Ce constat confirme que la simplification du système européen ne peut constituer le seul moyen d’accroître la légitimité de l’Union. Donner plus de pouvoir aux citoyens est une autre voie à emprunter pour réduire la distance qui existe entre ce niveau de gouvernement et les Européens. A cet égard, l’actuel projet de Constitution comprend deux dispositions clés. En premier lieu, sans l’assurer, il ouvre la voie à la désignation indirecte du président de la Commission par les citoyens via les élections européennes. Certes, c’est le Conseil européen qui continuera à proposer un candidat à cette fonction, au Parlement européen ensuite de l’approuver (ou de le rejeter). Mais à l’avenir les chefs d’Etat et de gouvernement devront faire des propositions qui tiennent compte «des élections au Parlement européen», et ce dernier se prononcera à une majorité simple. Le groupe politique majori taire au Parlement pourrait donc voir son candidat l’emporter. Si les partis politiques indiquaient, avant les élections, le nom de leur candidat, les électeurs auraient alors la possibilité, en votant, de peser sur le choix du président de la Commission. Ils détiendraient ainsi un pouvoir qui leur fait défaut au niveau européen : celui de «changer d’équipe».

Deuxième disposition susceptible de donner aux Européens plus de «prises» sur le système : l’introduction d’un droit d’initiative citoyenne. La démocratie directe est peu présente au niveau européen. Il est appréciable qu’un million de citoyens issus de différents Etats membres puissent demander à la Commission de faire des propositions sur une question déterminée.

Le projet de Constitution comprend en revanche deux limites non négligeables : la solution retenue pour la composition de la Commission n’apparaît pas totalement satisfaisante ; les décisions prises à l’unanimité sont encore trop nombreuses.

La Commission est une institution cruciale puisqu’elle détient le pouvoir d’initier les lois et qu’elle est chargée de l’intérêt commun. Le projet de Constitution prévoit qu’à partir de 2009, seulement quinze commissaires auront un droit de vote. A ceux-ci s’ajouteront des commissaires sans droit de vote, «venus de tous les autres Etats membres». Les uns et les autres «tourneraient» selon un système de rotation qui reste à éclaircir. Il s’agit d’un compromis entre deux points de vue : d’une part, celui qui voudrait que seule une Commission restreinte, au sein de laquelle pourrait régner une véritable collégialité, soit en mesure de remplir efficacement son rôle ; d’autre part, celui qui privilégie la présence d’un ressortissant de chaque Etat membre, au motif que la légitimité des décisions de la Commission exige aussi que chaque voix puisse se faire entendre. Mais même ce compromis est controversé : si la rotation est véritablement égalitaire, en excluant régulièrement du collège des ressortissants de «grands» Etats membres, ne risque-t-on pas d’affaiblir l’autorité de la Commission ?

Finalement, pourquoi vouloir à tout prix fixer un nombre précis de commissaires ? Pourquoi ne pas laisser le président de la Commission choisir ses commissaires comme un Premier ministre le ferait ?

Deuxième limite du projet de Constitution : il est encore des domaines où l’unanimité, paralysante, prévaut. Parce que le texte reste un «traité» qui doit être ensuite avalisé par une conférence intergouvernementale où les gouvernements disposent chacun d’un droit de veto, ces derniers sont parvenus, dès la Convention, à soustraire certaines politiques du champ de la majorité. Le représentant britannique a certainement été le plus actif : il n’a eu de cesse de répéter que le Royaume-Uni ne pouvait renoncer à son droit de veto dans le domaine de la politique étrangère, de la politique sociale ou fiscale… Le problème est que pratiquement chaque Etat a son domaine sensible. La France refuse que les accords commerciaux relatifs aux services culturels et audiovisuels soient conclus à la majorité ; les Allemands sont revenus sur certaines avancées en matière sociale ; pour les Irlandais, la fiscalité ne peut relever de procédures majoritaires…

Pire, la Constitution instituée par le traité ne pourra être révisée qu’à une double unanimité (au Conseil européen et au moment des ratifications nationales). Il sera donc très difficile de l’améliorer. Selon certains, une telle clause de révision interdit même l’appellation de «Constitution». Cela revient à maintenir une logique de négociation diplomatique, au lieu d’accepter celle d’une démocratie dans laquelle les décisions se prennent à la majorité, même à une majorité très élevée. Si la minorité ne veut pas se soumettre, elle peut se démettre via la nouvelle clause de retrait.

Toujours au sujet des «dispositions finales», de nombreux conventionnels ont appelé à faire ratifier l’actuel projet de traité par référendum (un référendum éventuellement consultatif dans les Etats où une telle procédure n’est pas prévue). Il est vrai que cela serait cohérent avec le projet d’instituer une Constitution. Les traités offraient déjà la possibilité d’édicter une norme supérieure aux droits nationaux. Qui dit Constitution devrait aussi dire légitimation du pouvoir politique européen par les citoyens, et non plus seulement par les Etats.

En définitive, alors que le terme de «Constitution» pouvait accréditer l’idée d’un changement radical, on reste plutôt dans une logique de «petits pas». Le projet élaboré par la Convention et transmis aux chefs d’Etat et de gouvernement offre la possibilité d’accomplir certains pas en avant. Mais il présente aussi des limites, auxquelles il faudra remédier à l’avenir. La Convention doit encore se réunir en juillet pour finaliser les parties sur les politiques de l’Union et les dispositions finales (entrée en vigueur du traité instituant la Constitution, révision de la future Constitution). Les conventionnels sauront-ils profiter de cette dernière occasion pour préserver l’avenir et proposer des dispositions dignes d’une «Constitution» ?.

On insiste depuis longtemps sur la nécessité d’imposer la publicité des débats lorsque le sujet débattu est susceptible d’engager les intérêts privés des membres du comité ou de l’ assemblée. La publicité est le meilleur antiseptique (Bentham) ou le meilleur désinfectant (Brandeis). Cependant, la publicité des débats n’élimine pas les motivations intéressées, seulement leur expression publique. Il existe toujours un moyen pour un acteur de trouver une justification respectable à un désir égoïste. Ainsi, il semblerait que l’effet de la publicité des débats soit simplement de forcer les motiva tions intéressées à emprunter le langage du désintéressement, sans que rien ne change sur le fond. Le pro blème est d’autant plus aigu qu’à la multiplicité des justifications s’ajoute celle des scénarios causaux plausibles dont un orateur peut se servir pour démontrer la convergence de son intérêt particulier et de l’intérêt général. Heureusement, ces deux degrés de liberté dans le choix du raisonnement justificatif ont leur contrepartie dans deux contraintes qui pèsent sur l’orateur. D’abord il y a une contrainte de cohérence : une fois que l’agent a adopté un certain principe normatif ou une certaine théorie causale, il ne peut pas les abandonner quand bien même ils ne lui permettent plus de satisfaire ses désirs. Ensuite, il y a ce qu’on peut appeler une contrainte d’imperfection, due à ce qu’il ne faut pas que l a coïncidence entre la motivation professée et le désir soit trop criante. Afin de cacher ses vraies motivations, il faut souvent, dans une certaine mesure, aller contre ses désirs. La contrainte de cohérence et la contrainte d’imperfection ont produit ce qu’on peut appeler la force civilisatrice de l’hypocrisie. Il ne s’agit pas d’une loi générale, mais d’une tendance plus ou moins susceptible de se réaliser selon les situations. Cependant, même si la publicité peut être désirable pour limiter le rôle des intérêts dans les débats, à supposer bien sûr que le vote soit également public, elle tend souvent à stimuler les passions , dont notamment l’amour-propre. Passons maintenant au vote. Il convient de distinguer non seulement le scrutin secret et le vote public, mais également ce qu’on pourrait appeler le vote public non-observé. C ’est l’idée de Bentha m, selon la quelle les votes devaient se faire en public mais de manière simultanée de sorte que personne, avant de voter, ne puisse observer comment votent les autres membres. En même temps, chacun sait que les autres sauront par la suite comment il a voté. Ainsi, on pourra éviter, ou du moins réduire, la portée du conformisme aussi bien que de l’hypocrisie. L ’effet anti-hypocrite de la publicité consiste dans l’élimination de l’option de parler pour une option pour ensuite voter contre. Elle a aussi l’effet de rendre possible l’écha nge des votes, effet dont il est difficile de dire en général s’il est ou non souh aitab le. L ’effet anti-hypocrite de la publicité est évidemment très différent de la force civilisatrice de l’hypocrisie produite, elle aussi, par la publicité. Le premier effet dépend de l’opprobre associé au fait de parler pour et voter contre une proposition donnée. Il est très important, dans toute décision collective, d’éviter le conformisme. Le vote majoritaire risque de ne pas produire les effets désirables affirmés dans le théorème du jury de Condorcet si les opinions ou les votes se sont formés par conformisme. En ce qui concerne le conformisme du vote induit p a r l’observation du vote d’ autrui, on peut s’en prévenir par le vote public et non observé. Il est plus difficile de réduire, par des moy ens institutionnels, le risque du conformisme des opinions. Par conformisme j’entends l’ adoption sincère – non hy pocrite – d’une opinion pour des raisons non cognitives, que ce soit par déférence à l’ autorité d’un autre membre ou par la crainte de se trouver dans une position minoritaire inconfortable. Il convient de distinguer le conformisme de la tendance, tout à fait rationnelle, à prêter une attention particulière aux opinions d’ autres membres avec plus d’expérience. Or puisque autorité et expérience vont souvent ensemble, il peut être difficile de démêler leurs rôles respectifs dans la formation des opinions. Même quand on ne fait attention aux opinions d’autrui que pour leur valeur cognitive, on peut tomber dans l’erreur par le phénomène de cascades informationnelles ou argumentatives. Dans une certaine mesure, on peut s’en prévenir en s’appuyant non seulement sur les conclusions auxquelles sont arrivés les autres, mais également sur les prémisses qui en constituent la base. Lorsqu’on considère les propriétés normatives des diverses formes de vote à la majorité ou à l’unanimité, on s’ aperçoit qu’elles dépendent, comme c’est le c a s pour les autres variables sur lesquelles je me suis penché, du contexte. Ainsi, dans une assemblée législative, la demande de l’unanimité donnerait normalement un privilège injustifiable au statu quo. Le cas principal, le liberum veto polonais, montre bien les conséquences absurdes et néfastes d’un tel système. Quant aux majorités qualifiées, leur justification se trouve dans certains cas dans le désir de stabilité, par exemple pour éviter des révisions trop fréquentes des constitutions. On observe aussi ce qu’on peut a ppeler des majorités qualifiées indirectes. Le bicaméralisme en offre un exemple. Sauf dans les cas très rares où la chambre haute et la chambre basse sont élues par des procédures identiques, le principe que toute loi doit être adoptée à la majorité simple dans chaque chambre équivaut à exiger une majorité qualifiée parmi les citoyens. En ce qui concerne le principe de majorité simple, on peut le justifier de plusieurs manières. D’un point de vue pragmatique, on peut le justifier comme un compromis quantitatif entre des prétentions à la supériorité qualitative. Dans les choix ecclésiastiques, on devait suivre la sanior pars, la partie la meilleure. Parmi les qualités de saniorité citées, il y avait la sagesse, l’expérience, l’autorité, la piété, l’érudition, la fermeté, le zèle, l’équité et même la douceur. Dans l’impossibilité de trancher on a fini par passer à la majorité numérique. Je citerai en outre la justification axiomatique proposée par Kenneth May en 1952. On a dit très justement que le choix ma joritaire est brutal, puisque le gagnant prend tout. Une majorité de 51 % peut imposer lourdement, par exemple, une minorité de 49 %. Dans certains cas, les minorités sont protégées par la nécessité d’adopter les décisions à la majorité qualifiée, mais très souvent la majorité peut faire ce qu’elle veut. Cependant, entre autres moyens d’atténuer la brutalité du principe majoritaire, on peut citer celui-ci: l’alternance. En effet, la majorité d’aujourd’hui sera peut-être la minorité de demain, et inversement. Cela donne non seulement à la minorité d’ aujourd’hui une raison d’accepter le diktat de la majorité, mais également à celle-ci une raison de ne pas utiliser pleinement son pouvoir d’imposer sa volonté à la minorité.

Voir de plus:

Brexit : Attention, le référendum n’était que consultatif

Gilles Devers

Actualités du droit

26/06/2016

Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement.

De toute part, ou presque, on somme Cameron de venir mardi à Bruxelles pour notifier l’engagement de l’article 50 du traité de Lisbonne.

Que dit cet article 50 ? C’est laconique :

« Un pays de l’UE qui souhaite se retirer doit informer le Conseil européen de son intention. Le Conseil doit ensuite proposer des orientations vers la conclusion d’un accord sur les modalités du retrait dudit pays.

« Cet accord est conclu au nom de l’UE par le Conseil, votant à la majorité qualifiée, après avoir obtenu la validation du Parlement européen.

« Les traités de l’UE cessent de s’appliquer au pays concerné dès la date d’entrée en vigueur de l’accord ou dans les deux ans à dater de la notification de retrait. Le Conseil peut décider de prolonger cette période.

« Tout pays s’étant retiré de l’UE peut introduire une nouvelle demande d’adhésion. Il doit alors suivre la procédure d’adhésion ».

C’est un processus complexe. Il faut défaire tous les liens institutionnels qui ont été créés, et qui sont considérables, ce qui va remettre en cause des millions de situations individuelles. Cet article n’est simple qu’en évidence : il prévoit la sortie, le démariage, mais personne n’imagine ensuite une indifférence totale entre le Royaume-Uni et l’Europe. S’ajoute ainsi une seconde question aussi essentielle : peut-on envisager les négociations sur le démariage, sans les lier avec la définition du nouvel accord ? Qui veut envisager le saut dans le vide ?

Alors Cameron… Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambiguë, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie.

Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net

Voir de même:

Brexit loophole? MPs must still vote in order for Britain to leave the EU, say top lawyers
‘MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain’
Ian Johnston
The Independent

27 June 2016

Parliament must still vote on a bill to allow the UK to leave the European Union, leading lawyers have said.

Geoffrey Robertson QC, who founded the Doughty Street Chambers, said the act which set up the referendum said « nothing » about its impact, meaning it was « purely advisory ».

A new bill to repeal the 1972 European Communities Act that took Britain into the EU must now be passed by parliament, he said, adding that MPs might not be able to vote until November when the economic effects of Brexit will be clearer.

« Under our constitution, speaking as a constitutional lawyer, sovereignty rests in what we call the Queen in parliament, » he told The Independent.

« It’s the right of MPs alone to make or break laws, and the peers to block them. So there’s no force whatsoever in the referendum result. It’s entirely for MPs to decide.

« The 1972 communities act … is still good law and remains so until repealed. In November, Prime Minister [Boris] Johnson will have to introduce into parliament the European communities repeal bill, » Mr Robertson said.

« MPs are entitled to vote against it and are bound to vote against it, if they think it’s in Britain’s best interest [to vote that way]. It’s not over yet.

« MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain. It’s a matter for their consciences. They have got to behave courageously and conscientiously.

 « Democracy in Britain doesn’t mean majority rule. It’s not the tyranny of the majority or the tyranny of the mob … it’s the representatives of the people, not the people themselves, who vote for them. »

Mr Robertson said there had been « a lot of stupid statements » suggesting Britain could simply send a note to the EU to trigger « Article 50 » of the Lisbon Treaty, which lays out the process under which states can leave. The article itself says a state can only leave in accordance with « its own constitutional requirements ».

« Our most fundamental constitutional requirement is that the decision must be taken by parliament. It will require a bill, » he said.

« In November, the situation may have totally changed. According to polls, a million vote leavers appear to have changed their mind, that could be five million by the November. »

In a letter to The Times, another leading QC, Charles Flint, of Blackstone Chambers, also stressed that British law required MPs to vote before Brexit could happen.

« Under the European Union Act 2011 … a change to the treaty on European Union, agreed between member states, would have required approval both by referendum and by act of parliament, » he said.

The Lisbon Treaty was the first agreement that laid out how member states could leave the EU.

1. Any Member State may decide to withdraw from the Union in accordance with its own constitutional requirements.

2. A Member State which decides to withdraw shall notify the European Council of its intention. In the light of the guidelines provided by the European Council, the Union shall negotiate and conclude an agreement with that State, setting out the arrangements for its withdrawal, taking account of the framework for its future relationship with the Union. That agreement shall be negotiated in accordance with Article 218(3) of the Treaty on the Functioning of the European Union. It shall be concluded on behalf of the Union by the Council, acting by a qualified majority, after obtaining the consent of the European Parliament.

3. The Treaties shall cease to apply to the State in question from the date of entry into force of the withdrawal agreement or, failing that, two years after the notification referred to in paragraph 2, unless the European Council, in agreement with the Member State concerned, unanimously decides to extend this period.

4. For the purposes of paragraphs 2 and 3, the member of the European Council or of the Council representing the withdrawing Member State shall not participate in the discussions of the European Council or Council or in decisions concerning it.

A qualified majority shall be defined in accordance with Article 238(3)(b) of the Treaty on the Functioning of the European Union.

5. If a State which has withdrawn from the Union asks to rejoin, its request shall be subject to the procedure referred to in Article 49.

Voir encore:

The great Brexit kabuki — a masterclass in political theatre
Lead actors on both sides are expert in the arts of mask and illusion, writes Andrew Moravcsik
Andrew Moravcsik
The Financial Times
April 8, 2016

The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23.
It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. This year’s presidential primaries demonstrate how our politicians have refined this art. Now we are watching the British do us one better.

The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party.

Yet to justify extended national deliberations over Europe, the UK prime minister needed to stage a negotiation in which he appeared to wring concessions out of other European governments. This proved a challenge. In past decades the EU has moved so far in Britain’s direction that there are few principled issues where London suffers outside the European consensus.

Mr Cameron termed the final deal “fundamental, far-reaching change” resulting in a “special status” for Britain. But aside from two modest items — a reduction in non-resident child benefits, which Germany also favoured, and a temporary cut in tax credits — the items he negotiated were symbolic.

This faux negotiation ushered in the referendum. The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix.

This uncertainty would be more troubling if the referendum really mattered. Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along.

In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. If Britain votes to leave, the government will fall or, at the very least, the cabinet will be reshuffled. For Eurosceptic backbenchers, this is a once-in-a-lifetime opportunity. Yet they lack parliamentary and popular majorities to govern alone. They would have to strike a deal, which means moderating anti-European demands — all amid post-referendum economic chaos. Renegotiation inside the EU would be almost inevitable.

Excessively cynical? Hardly. Few Eurosceptics are more prominent (or ambitious) than Boris Johnson, and he has signalled his willingness to compromise. The mayor of London’s soundbites remain flamboyant: “The door of the jail [is] open, and people can see the sunlit land beyond.” But read the fine print.

When the referendum was announced, Mr Johnson said that voting to leave need not necessarily mean leaving. Britain might renegotiate a better deal inside the EU, followed by a second referendum. So voters need not worry: “If you vote to leave, all your options are good.” The prime minister has, for now, dismissed that option, but Mr Johnson’s statements continue to leave just enough wriggle room.

A flip-flop? Not at all. Mr Johnson reminds us that he supported Brexit only at the last minute, after Mr Cameron’s EU deal failed to include his proposed wording recognising “parliamentary sovereignty” — just the type of frothily symbolic concession on which future renegotiations could be based.

Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe.

Eurosceptics propose that Britain negotiate with 27 frustrated European governments, under tumultuous economic conditions, simply to re-establish its current economic status outside the EU. Britain’s bargaining position in such a negotiation would be exceedingly weak because it is much more dependent on Europe for exports and investment than vice versa. The inevitable result, as the Swiss know only too well, is that Europe will dictate which regulations Britain must accept. Worse, Britain will surrender any future democratic control over their making.

The lesson is simple. Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality.

The writer is professor of politics at Princeton University

Voir de même:

Le « Brexit » n’aura pas lieu
Arnaud Leparmentier

Le Monde

25.06.2016

ANALYSE. Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe.

Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens.

Passons sur les mille questions sans réponse : que va-t-il advenir des immigrés polonais à Londres, des retraités anglais en Creuse, des étudiants espagnols en Ecosse, des droits de douane que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) interdit d’augmenter…

Qu’adviendra-t-il si, à la faveur d’élections, les conservateurs britanniques perdent le pouvoir ? Quitter l’UE apparaît presque « matériellement impossible », comme devait l’être « la guerre » avec la mise en commun du charbon et de l’acier selon la déclaration Schuman de 1950, tant le droit et l’économie anglais sont enchevêtrés avec l’Europe.

Faire fi des rancœurs passées
Les Britanniques ont trop cassé d’œufs depuis 1973 dans l’aventure européenne et, comme le résume Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, « on ne refait pas des œufs à partir d’une omelette ».

En dépit d’un ton martial, les Continentaux vont eux aussi devoir faire fi des rancœurs passées et se poser une question stratégique : ont-ils intérêt à continuer de former un espace intégré de libre-échange avec les Britanniques ? La réponse sera certainement positive, même pour la France, parce que le Royaume-Uni constitue un débouché commercial majeur.

Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel.

En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice.

Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE.

Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie.

L’Europe se meurt faute de projet
Pour sauver l’Europe, on peut réitérer les reproches traditionnels, tel le candidat à la primaire de la droite et ancien premier ministre, Alain Juppé, qui veut que la Commission de Bruxelles cesse d’« enquiquiner » les Européens avec ses réglementations. En dépit du respect qu’on doit aux chasseurs de palombes, on doute que cela suffise. L’Europe n’a pas non plus échoué sur tout dans son sauvetage de la zone euro et la gestion des migrants.

Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis.

Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes.

Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens.

Repli identitaire
C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro.

Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration.

Quant à la sécurité intérieure et extérieure, elle a toujours été portée par l’Etat régalien, jamais par l’Europe.

Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Sur la nation, voire le pays natal, le Heimat, avec un retour d’une tradition plus ou moins surannée – Union Jack, chants basques ou culotte tyrolienne –, emblématique d’un besoin d’ancrage, d’appartenance.

Pendant des décennies, les Européens ont cru que l’intégration européenne leur permettait de garder leur identité. Ils en doutent, et choisissent la culotte tyrolienne contre l’Europe, se croyant mieux protégés seuls pour affronter l’avenir. C’est cela le choc du « Brexit ».

Voir aussi:

Le Brexit en sept questions

Guillaume Bigot

Le Figaro

27/06/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Guillaume Bigot, le Brexit n’est que la face émergée de l’iceberg européen : il estime que l’UE est une utopie sous protection de l’armée américaine.


Guillaume Bigot est essayiste. Il est le co-auteur avec Stéphane Berthomet de Le jour où la France tremblera paru en 2006 aux éditions Ramsay. Il est membre fondateur du Comité Orwell et Directeur Général de l’IPAG Business School. Le retrouver sur son site.


– Le Brexit est-il un revers pour la classe dirigeante?

Guillaume BIGOT. – Depuis 30 ans, le grand dessein fondait la légitimité de la classe dirigeante. Le Brexit a lézardé ce socle. Le dépassement de l’État nation démocratique sur le vieux continent n’est plus inéluctable.

Jusqu’en 1940, contester le bien fondé de la ligne Maginot était inconcevable. Imaginer qu’elle pourrait être contournée faisait de vous un hurluberbu. Les gens bien, les spécialistes, les experts, a fortiori les dirigeants ne questionnaient pas le dogme de l’invincibilité de l’armée française qui se confondait avec celui de la supériorité de la stratégie défensive sur la stratégie offensive. En 1958, l’idée que l’Algérie n’était pas la France n’était partagée que par une poignée d’extrémistes. Le rapatriement de millions de pieds-noirs était tout simplement impensable.

Le caractère inéluctable de l’UE rentre dans cette catégorie de totem et tabou.

Toute classe dirigeante est conformiste, y appartenir suppose de partager les convictions qui lui servent d’auto justification. Ces convictions forment des «paradigmes historiques». La croyance dans l’unification européenne forme un paradigme historique.

En général, les dirigeants tiennent à leurs paradigmes plus qu’ils ne tiennent à leurs pouvoirs. Contrairement à ce que croient les marxistes et les libéraux, les puissants perdent souvent leur pouvoir parce qu’ils refusent de remettre en cause les convictions qui le fondent. Et c’est la raison pour laquelle, lorsque les faits ou la réalité viennent contredire et parfois percuter ce paradigme, les dirigeants sont victimes de ce que les économistes appellent un «aveuglement au désastre». Zeus aveugle les mortels qu’il veut perdre.

La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes.

– Au fond, qu’est-ce que l’Union européenne?

Une utopie. Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration.

D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls.

En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble.L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous.

– Pourquoi les Britanniques ne croient plus dans cette utopie?

Ils n’y ont jamais cru.

Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes.

– Les membres de l’Union européenne sont-ils si désunis que cela?

Ce terme d’union est trompeur car il y a au moins quatre types d’États membres. La première catégorie, comme le Danemark ou la Grande-Bretagne, sont rentrés par opportunisme économique mais aussi pour manipuler les rouages institutionnels. La GB est le premier et ils sortiront tous.

La seconde catégorie ce sont les États de l’Europe du Sud qui sont entrés pour protéger leurs démocraties fragiles dans les années 80 (Grèce ; Portugal ; Espagne ; etc.). Eux aussi sont entrés par calcul, ils voulaient soutirer des aides structurelles.

Troisième catégorie, les Etats libérés par la fonte du glacis soviétique qui sont venus chercher des aides structurelles mais aussi un mécanisme de ré assurance militaire vis-à-vis de la Russie à travers le lien organique entre l’OTAN et l’UE. Les traités européens font en effet de l’organisation militaire aux ordres du président des États-Unis le «bras armé de l’Europe», ce qui ne manque pas de sel lorsque l’on sait que l’une des principales justifications de la construction européenne consiste à vouloir équilibrer la puissance américaine. La seule catégorie d’État sincèrement européiste, ce sont ceux du noyau originel: France ; Allemagne ; Belgique ; Pays-Bas ; Luxembourg et Italie. D’autres pays à l’identité malheureuse comme l’Autriche, la Croatie ou la Roumanie peuvent s’y agréger.

– Ces pays fondateurs peuvent-il avancer plus loin entre eux et créer un noyau dur?

Les dirigeants en rêvent et une part de plus en plus importante de l’opinion de certains de ces pays en cauchemardent.

L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe.

Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000.

– Le Frexit est-il probable?

Il n’est pas seulement probable, il est inévitable même s’il sera plus long à venir.

De 1944 à 1977, l’idée qui domine l’opinion française, c’est que les collaborationnistes ne représentaient rien n’y personne. Dans le même laps de temps, l’Europe n’allait pas au delà d’un marché commun, avec défense d’un tarif extérieur commun et négociation âpres vis-à-vis des tiers.

Avec l’élection de Giscard qui explique à la France qu’elle est devenu une puissance moyenne (1974) avec la diffusion du feuilleton Holocauste (1978), un processus de culpabilité nationale s’est mis en marche qui culmine avec le discours de Chirac au Vel d’Hiv (1995). Le Français était devenu Dupont-Lajoie. Un collabo, un pétainiste, un beauf. Surtout s’il était pauvre et peu éduqué. L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Et le noyau perce déjà l’écorce: les historiens s’accordent pour considérer que les Français furent un temps bernés par Pétain en sa qualité de vieux lutteur anti-germanique et puis ils passèrent le reste de la guerre effarés par les crimes de l’occupant, pestant contre un régime qu’ils n’avaient pas choisi et laissant leur joie exulter à la libération. Moralement, les Français ne furent jamais du côté des nazis. La chouette de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit. Nous ne sommes pas très loin de cette prise de conscience qui va déchirer le drapeau européen comme un voile obscurcissant l’avenir. L’enjeu est là pour les Français: ne plus être symboliquement et moralement assimilés aux Allemands (l’alignement moral a été un préalable à l’alignement monétaire qui s’est réalisé dans la douleur avec la désinflation compétitive et qui se poursuit avec l’austérité) et ce travail est presque terminé. Aux lendemains du 13 novembre, nous avons éprouvé une fierté à brandir le drapeau tricolore et au-delà, que face à l’adversité, nous devions assumer un destin grand et singulier. En revanche, nous ne croyons pas encore que nous avons en nous les ressources suffisantes pour exister sur un plan technologique, économique, militaire et même onirique (on domine aussi par les rêves) face à la mondialisation américaine ou chinoise.

– Le Royaume-Uni va-t-il éclater après le Brexit?

C’est probable mais cela n’aura qu’un lien indirect avec le Brexit. Comme nous l’écrivions avec Jean-Claude Barreau dans Toute la géographie du Monde : «l’Écosse se dirige doucement et sans rancœur vers l’indépendance et la dissolution de l’acte d’union». Le royaume n’est uni que depuis 1707, date à laquelle l’Écosse, nation indépendante et différente géographiquement (vieux massif au climat plus proche de celui de la Norvège que de celui de la Normandie qui est celui des plaines anglaises) et historiquement (l’écosse n’a pas été romanisée) de l’Angleterre. L’indépendance de l’Écosse ne sera pas une nouveauté mais un retour en arrière (pendant la guerre de cent ans, les gardes de Jeanne d’Arc étaient écossais). Braveheart n’est pas mort dans le cœur des Écossais et c’est un peu le processus européen, beaucoup la découverte du pétrole mais aussi la fin de l’empire britannique (les Écossais y avaient joué un rôle déterminant) qui explique le retour de ce refoulé. Non seulement, le processus d’unification européen est un processus de désunifoication nationale (en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne et ailleurs) mais le Brexit a bien mis en exergue une différence de sensibilité politique entre une écosse riche mais travailliste et une Angleterre qui tolère mieux des extrêmes sociaux. Ajoutons que l’Irlande est dans la même situation de divorce et là ce sera plus grave car la guerre entre Anglais et Irlandais du Nord peut se rallumer.

Voir enfin:

L’usage stratégique de l’argumentation [*]
Jon Elster
1 – Introduction
1Lorsque des individus tentent de parvenir à un accord, deux grandes voies s’ouvrent à eux : soit ils essaient de se persuader l’un l’autre à l’aide d’arguments rationnels (on dit alors qu’ils argumentent), soit ils procèdent par un échange de menaces et de promesses (on dit alors qu’ils négocient). Tout au long de cet article, j’envisagerai les avantages et les inconvénients de ces deux registres de communication, tout en restant attentif au processus d’élaboration de l’accord ainsi qu’à la question de la qualité, si l’on peut dire, de l’accord recherché. Les principales illustrations empiriques de l’argumentation proviendront des débats de deux assemblées constituantes : la Convention fédérale de Philadelphie de 1787 et l’Assemblée constituante de Paris, de 1789 à 1791 [1]. J’utiliserai également d’autres exemples, comme certaines caractéristiques propres aux négociations salariales (voir aussi Elster, 1989, ch.4) et quelques aspects de l’allocation de ressources rares (Elster, 1992).
2Lorsque des individus argumentent, les assertions qu’ils formulent prétendent à la validité  [**]. Je me référerai aux écrits de Jürgen Habermas (1984/ 1989, 1990) afin d’éclairer cette notion. Si les mêmes individus s’engagent dans une négociation, les menaces et promesses qu’ils lancent prétendent alors à la crédibilité. Cette idée sera développée dans le même esprit que les travaux de Thomas Schelling (1960). Mais, dans la mesure du possible, j’essaierai de ne pas me limiter à une simple juxtaposition des deux approches. Je traiterai également de l’utilisation stratégique de l’argumentation, à la suite d’Habermas, dans l’optique proposée par Schelling. D’une part, les négociateurs essaient souvent de présenter leurs menaces comme s’il s’agissait d’avertissements [***]. Au lieu d’énoncer une menace, ils la remplacent par un fait équivalent. Et, d’autre part, les acteurs guidés par la recherche de leur propre intérêt essaient souvent de formuler leurs revendications en s’appuyant sur des principes. Ils sont alors poussés à dissimuler leur intérêt derrière un équivalent impartial. L’essentiel de cet article sera consacré aux contraintes inhérentes à ces jeux de substitution, aux raisons d’y recourir et aux conséquences que cela implique. L’énigme que je veux éclairer peut être résumée très simplement : après tout, pourquoi argumenter ?
3Comme je l’ai déjà écrit, mon attention se portera principalement sur le cas des assemblées constituantes, là où l’argumentation et la négociation jouent toutes deux un rôle central. Mais il existe également deux situations plus proches des cas extrêmes d’argumentation et de négociation pures : il s’agit, respectivement, des débats législatifs ordinaires et des négociations salariales. En effet, ces deux types d’actes de langage peuvent être observés, y compris dans ces cas extrêmes. Ainsi, lors des débats législatifs ordinaires, le gouvernement peut menacer soit de démissionner soit de dissoudre le parlement, au cas où ses propositions ne seraient pas adoptées. Les législateurs peuvent alors brandir la menace d’une obstruction parlementaire et s’engager dans des échanges de faveurs. (Notez bien que toutes ces manœuvres ne consistent, en fait, qu’en une utilisation détournée de ressources mises en place par le système politique lui-même. Elles n’impliquent aucune menace sur la vie de l’adversaire, ni sur sa réputation, ni sur son portefeuille.) A l’inverse, même la confrontation dans les négociations salariales se base sur une bonne part d’argumentation rationnelle. Ainsi, les professions à qui la loi interdit de faire grève peuvent néanmoins participer aux négociations salariales. Même lorsque l’arsenal des parties en présence contient des menaces de grèves et de boycotts, les négociations salariales impliquent souvent des débats sur de simples faits, tels que la hausse des salaires dans d’autres groupes professionnels, la santé financière de la firme ou encore le taux d’inflation prévu. Pourtant, personne ne peut négocier à propos de tels sujets, pas plus qu’on ne peut négocier à propos du temps qu’il fera demain.
4Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.)
5Au cours de cet article, je n’emprunterai aucun cas concret d’argumentation ou de négociation aux deux assemblées [2]. J’analyserai plutôt en quoi des arguments apparemment rationnels par rapports à des valeurs (troisième section) ou à des faits (quatrième section) peuvent s’avérer, lorsqu’on y regarde de plus près, dictés par l’intérêt personnel. J’examinerai les raisons pour lesquelles les participants à un processus de décision collective peuvent utiliser de manière stratégique des idées (non-stratégiques) d’impartialité et de vérité, ainsi que les conséquences qui en découlent.
2 – Les motivations : quelques présupposés
6Tout au long de cet article, je supposerai que les participants à un processus de délibération collective sont (1) rationnels et (2) guidés exclusivement par leur intérêt (qu’il s’agisse de l’intérêt personnel ou bien de celui de leur groupe d’appartenance). Si les arguments qu’ils déploient semblent étrangers à leur intérêt personnel, c’est qu’un calcul rationnel leur indique qu’il y va justement de leur intérêt de procéder de la sorte. Mais cette hypothèse semble irréaliste. Je commencerai d’ailleurs par livrer quelques commentaires à propos de ses lacunes.
7En premier lieu, cette hypothèse repose sur une idée un peu trop simple concernant les mécanismes par lesquels l’intérêt personnel pourrait générer des arguments désintéressés. Comme Tocqueville le fait remarquer (1893 ; 1990, p. 84), tant l’aveuglement que la tromperie peuvent jouer un rôle : « les partis politiques… sont souvent accusés d’agir sans conviction ; pourtant, mon expérience tend à démontrer que cela arrive moins souvent qu’on ne le croit. Le fait est qu’ils possèdent simplement la faculté, précieuse et souvent bien nécessaire en politique, de se forger d’éphémères convictions en fonction des sensations et des intérêts du moment » [****].
8En deuxième lieu, et surtout, cette hypothèse repose sur une bien pauvre image des motivations humaines. Nous pouvons d’ailleurs distinguer trois sortes de motivations : les passions, les intérêts et la raison impartiale. Ces trois motivations sont souvent opposées par paires les unes aux autres. Ainsi, lorsque David Hume (1960, 415, première édition en 1739-40) traite de la passion et de la raison, il stipule que cette dernière est et doit être exclusivement au service de la première. Albert Hirschman (1977) observe, pour sa part, les changements d’attitude à l’égard des passions et des intérêts au 18e siècle. Et il soutient que le triomphe des intérêts sur les passions constitue, dans une société axée sur le commerce, « un argument politique en faveur du capitalisme avant l’heure de son triomphe ». Dans les lignes qui suivent, nous entendrons par « intérêt » la quête d’un avantage matériel. Quant aux passions, outre le fait qu’elles ne sont pas toujours guidées par la recherche d’un avantage, elles peuvent même pousser les individus à agir à l’encontre de leur propre intérêt. Comme le souligne La Bruyère (1696, IV, p. 71), « rien n’est plus aisé pour la passion que de se placer au-dessus de la raison : c’est pour cela que sa vraie victoire consiste à triompher de l’intérêt ». En fin de compte, le présent article est fortement inspiré par le contraste régnant entre raison et intérêt. Dans le cas de la Convention Fédérale, on admet, en général, que ces deux principes déterminent la palette des motivations possibles des constituants (Jillson, 1988, p. 193-94 ; Rakove, 1987).
9Dans l’analyse des assemblées constituantes qui étayera nos propos, ces trois motivations reviennent à deux reprises. Premièrement, lorsque les constituants doivent faire des projections quant aux motivations qui animeront les générations futures (celles à qui la constitution est destinée). Ensuite, elles interviennent encore lorsque les observateurs et les historiens tentent de démêler les motivations des constituants eux-mêmes.
Cas n° 1 : des constituants impartiaux et rationnels
10Comme premier sous-cas, envisageons des constituants impartiaux et rationnels qui visent à limiter les éventuels inconvénients des passions des générations futures. Cette idée a deux aspects. Commençons par une première situation-type : le processus d’élaboration constitutionnelle. On peut concevoir ce processus comme une situation où les constituants rationnels et impartiaux tentent de contenir les passions des générations futures. Cette situation-type met en évidence deux aspects, liés respectivement à la mécanique de révision constitutionnelle et à la mécanique législative ordinaire. En rendant difficile la révision d’une constitution, les constituants essaient de contenir les majorités passionnées susceptibles de s’en prendre aux droits des minorités. En ralentissant le processus législatif ordinaire, via le bicaméralisme et le principe de veto accordé à l’exécutif, la Constitution permet de limiter ce genre de risques de révision par une majorité imprévisible et versatile. C’est ainsi que l’on peut comprendre Madison lorsqu’il souligne que le Sénat est nécessaire pour protéger la population de sa « versatilité et de sa passion ».
11Globalement, dans les comptes-rendus de la Convention Fédérale, très peu d’éléments révèlent une quelconque prise en compte des passions des générations futures par les constituants, au sens où je viens de l’expliquer. En effet, les constituants semblent davantage préoccupés par l’attrait que des intérêts immédiats ou partisans pourraient exercer sur les prochaines générations. En général, ils partent de l’hypothèse selon laquelle les motivations sont, en tous temps et en tous lieux, dictées par l’intérêt personnel. Si cette hypothèse a été retenue, c’est probablement pour des raisons de prudence et non parce qu’elle est présumée vraie. Selon Hume (1963, p. 42), « la maxime selon laquelle tout homme doit être considéré comme un fripon est juste en politique ; bien que, en même temps, il semble quelque peu étrange qu’une maxime soit vraie en politique tout en étant fausse dans les faits. » Imprégnés par la pensée de Hume comme ils pouvaient l’être à l’époque, les constituants ont naturellement travaillé dans la même optique que lui (White, 1987).
12A l’Assemblée Constituante, les hypothèses émises sur la nature humaine sont à la fois plus méchantes et plus flatteuses que celles élaborées à la Convention Fédérale. Si l’hypothèse de Hume sur la friponnerie universelle est souvent considérée comme un scénario du pire, il existe des choses plus graves que la recherche de son propre intérêt (Hirschman 1977 ; Holmes 1990). En tête de liste, on y trouve l’envie, la rancune, l’orgueil et la vanité. Et même si certains propos émis au sein de la Convention Fédérale (I, 72, 176) peuvent laisser penser que les constituants taxent de certaines envies les individus à qui s’adresse leur travail, il n’en reste pas moins que de tels propos demeurent ambigus et atypiques. En revanche, au sein de l’Assemblée Constituante, les arguments prenant en compte la vanité et l’orgueil – c’est-à-dire l’amour propre – jouent un rôle considérable. Il convient d’éviter de placer un agent dans une situation où sa vanité l’inciterait à agir à l’encontre de l’intérêt public. D’ailleurs, vingt-cinq ans plus tard, Benjamin Constant est encore préoccupé par « le problème de l’amour-propre, un défaut bien français ». Et il affirme que des « dispositifs institutionnels » sont nécessaires pour le contrer. C’est pourquoi il prône le système britannique qui interdit les discours écrits au Parlement (Holmes 1984, p. 139-140).
13Au sein de l’Assemblée Constituante, Bergasse insiste plus d’une fois sur la nécessité de prendre en considération la vanité ou l’orgueil des agents dont la Constitution est censée régir le comportement (9, p. 115). Il affirme qu’un procureur ne peut simultanément être juge car, si ces deux rôles se mélangent, son amour-propre de magistrat risque de le faire pencher pour la culpabilité de l’accusé (8, p. 443). Si la législature en place accuse un ministre de mauvaise conduite, celui-ci ne doit pas être jugé par une cour ordinaire, car cela risquerait de froisser la susceptibilité du corps législatif (9, p. 111). Un veto suspensif accordé au Roi n’aura pas l’effet escompté, c’est-à-dire qu’il n’amènera pas l’Assemblée à réexaminer la Loi parce que son amour-propre lui interdira de faire marche arrière (9, p. 116). Malouet (9, p. 116) discute un argument similaire qui a été avancé contre un projet. Celui-ci a été avancé contre un projet qui visait à octroyer au Sénat un veto que seule une majorité des deux-tiers au sein de la Chambre basse pourrait annuler. Et Malouet rejette cet argument, sans nier le rôle joué par l’amour-propre, mais en affirmant qu’il n’affecterait que les députés à l’origine du projet de Loi et non ceux qui l’auront votée.
14Considérons maintenant un deuxième sous-cas : les constituants peuvent tenter non seulement de contenir les passions des générations futures, mais aussi de contrôler et de canaliser leurs intérêts. Contrairement à ce qui se passe à l’Assemblée Constituante, la théorie des choix publics rencontre un certain succès au sein de la Convention Fédérale. Les constituants y fondent constamment leur argumentation sur les effets incitatifs de divers dispositifs. J’illustrerai ceci à l’aide de trois exemples, tous empruntés à Madison.
15D’abord, celui-ci était contrarié par le fait que seuls les propriétaires fonciers puissent faire partie du Congrès. D’après lui, l’histoire montre que « les hommes ayant acquis une propriété foncière à crédit ont souvent réussi à se faire élire afin de se protéger efficacement, mais injustement, contre leurs créanciers » (II, p. 123). Un second exemple de raisonnement basé sur l’effet incitatif apparaît dans les propos qu’il tient au sujet d’un projet prévoyant que, lors de l’élection du président, chaque électeur disposera de deux voix dont une au moins devra être attribuée à un candidat originaire d’un autre État que le sien. Madison « pense que cette suggestion a un bon côté… La seule objection est que chaque citoyen, après avoir voté pour son concitoyen favori, risque de gaspiller sa seconde voix en la donnant à un obscur candidat d’un autre État, afin de renforcer les chances de son premier choix » (II, p. 114). Le dernier exemple est moins convaincant. En s’opposant à la sélection de l’exécutif par le corps législatif, Madison avance que « le candidat risque d’intriguer auprès de la législature, d’être nommé par la faction dominante et d’être dès lors enclin à conduire son administration conformément aux désirs de celle-ci » (II, p. 109). Mais rien ne garantit la crédibilité de la promesse par laquelle un candidat s’engagerait à privilégier ses électeurs. A moins que l’exécutif ne soit candidat à sa réélection, il est plus probable que l’assemblée deviendra esclave de sa créature. En fait, le faiseur de rois doit se méfier du Roi.
16Comme troisième sous-cas, considérons le fait que des constituants rationnels peuvent essayer de créer des conditions permettant aux générations futures d’utiliser, elles aussi, leurs capacités de raisonnement. Cette idée n’a jamais été mentionnée à la Convention Fédérale. A l’Assemblée Constituante, elle y joua un rôle central. Sous certains aspects, comme je l’ai déjà dit, les membres de l’Assemblée Constituante se faisaient une idée plus flatteuse de leurs successeurs que leurs confrères de la Convention Fédérale. Ils croyaient vraiment que le rôle d’une assemblée consistait à transformer les préférences par des débats rationnels, dépassant ainsi largement un simple processus d’agrégation. Dans la plus célèbre formulation de ce point de vue, Sieyès avance (8, p. 595) que le vœu national -c’est-à-dire ce que la nation désire- ne peut être déterminé en consultant les recueils de plaintes et de souhaits que les représentants amenaient à Versailles. De même, les mandats impératifs ne peuvent être considérés comme autant de résultats de la volonté nationale. D’après lui, en démocratie (le terme était alors péjoratif), les individus se forgent leur propre opinion en privé avant d’aller l’exprimer dans les urnes. Si aucune majorité ne se dégage alors, ils rentrent chez eux et revoient leur opinion, une fois encore chacun de leur côté. Cette façon de forger une volonté collective constitue, selon Sieyès, une absurdité dans la mesure où elle ne permet ni la délibération ni la négociation. « Il ne s’agit pas d’une élection démocratique dans ce cas-ci, mais bien de proposer, d’écouter, de se concerter, de changer d’avis, pour arriver à un consensus. » Lors des débats de la révision constitutionnelle, d’André (30, p. 668) et Barnave (30, p. 115) soulignent également que l’idée d’une Convention constitutionnelle issue de mandats impératifs, octroyés par des Assemblées primaires, trahirait l’esprit du système représentatif au profit de la démocratie. Selon l’expression empruntée à Barnave, « un vœu, qu’il soit personnel ou celui de la section, s’il n’est pas éclairé par une délibération commune, n’est pas un vœu véritable ».
Cas n° 2 : des constituants impartiaux mais imparfaitement rationnels
17Intéressons-nous, à présent, aux motivations des constituants. Tout d’abord, leur souci de la chose publique n’est probablement qu’imparfaitement rationnel. Une rationalité imparfaite (c’est-à-dire éprouver une faiblesse et être conscient de cette faiblesse) peut inciter les acteurs à prendre des mesures censées empêcher des comportements prévisibles et indésirables dans le futur. (Elster, 1984). Ce qui signifie qu’on peut considérer la Constitution comme un dispositif permettant à une « société » de se protéger elle-même contre « ses » prédispositions, conscientes et redoutées, à l’imprudence. « Les constitutions sont des chaînes avec lesquelles les hommes se lient eux-mêmes dans leurs moments de lucidité, afin de ne pas succomber sous une main suicidaire en des temps agités » (John Potter Stockton, cité par Finn, 1991, p. 75). Bien que cette idée d’un auto-enchaînement intergénérationnel se désintègre dès qu’on l’utilise de manière trop littérale, elle peut s’appliquer de manière plus adéquate quand on analyse les motivations des constituants. Ces derniers peuvent chercher à structurer leurs propres procédures de manière à minimiser l’impact des passions et des intérêts. Les deux assemblées du 18e siècle ont créé et institutionnalisé des dispositifs à cette fin.
18A la Convention Fédérale, les séances se déroulaient à huit-clos et dans la confidentialité. Comme Madison le dira plus tard (III, p. 479), « si les membres avaient commencé par s’engager publiquement, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exige d’eux qu’ils restent sur leurs positions alors que, dans le cadre de discussions confidentielles, personne ne se sent tenu de garder son opinion s’il n’est plus convaincu de leur pertinence ni de leur véracité, et chaque membre reste ouvert à la discussion ». Il est probable que l’on craignait de voir l’orgueil et la vanité des représentants, ainsi que les pressions exercées par leurs électeurs, les empêcher de revenir sur une opinion après l’avoir exprimée. Toutefois, Madison n’envisage pas cette autre implication de la confidentialité, c’est-à-dire l’éventualité de voir les débats quitter le terrain de l’argumentation pour celui de la négociation. Mais je reviendrai sur cette implication plus loin.
19Contrairement à la Convention Fédérale, l’Assemblée Constituante fonctionnait comme une législature ordinaire. Il se peut toutefois que cet arrangement se révèle indésirable. L’une des principales tâches confiées à une assemblée constituante consiste à répartir équitablement le pouvoir entre les organes législatifs et exécutifs. Confier cette tâche au corps législatif reviendrait à lui demander d’être à la fois juge et partie. On pourrait aussi s’attendre à ce qu’une constitution rédigée par une assemblée législative donne trop de pouvoirs à la législature. Dans l’absolu, ce problème pourrait être réglé par des moyens semblables à ceux employés dans les corps législatifs, avec des freins et contrepoids. Par exemple, un veto royal sur la Constitution serait à-même de freiner la tendance du législatif à s’accorder trop d’importance. L’Assemblée Constituante a adopté une autre position en déclarant ses membres inéligibles aux premières élections ordinaires. C’est Robespierre (26, p. 124) qui, lors de son premier grand discours, convainc l’Assemblée de voter pour cette ordonnance d’abnégation.
20Bien que parfois considérée par la postérité comme un exemple désastreux de surenchère populiste (Furet, 1988, p. 104), la solution de Robespierre se veut une réponse à un réel problème. Si jamais les constituants ont la motivation et l’occasion de se réserver une place de choix dans la Constitution, alors ils le feront. Au sein de la Convention Fédérale, cette motivation était probablement absente. Et, même si les constituants partaient du principe que les générations futures d’électeurs et de politiciens seraient des fripons, comme nous l’avons vu plus haut, ils se voyaient eux-mêmes guidés par des intentions biens plus nobles (White 1987, p. 114 et 249 ; Lovejoy 1961, p. 52). Plus encore, l’occasion faisait tout simplement défaut. Il y avait un fait incontournable, et les constituants n’y pouvaient rien : la Convention serait définitivement dissoute une fois la Constitution rédigée. Au sein de l’Assemblée Constituante, par contre, les constituants ont dû légiférer pour s’interdire de se ménager une place de choix grâce à la Constitution.
Cas n° 3 : des constituants intéressés et passionnés
21Beaucoup de travaux traitent de l’importance relative des idées impartiales et des intérêts comme motivations des constituants à la Convention Fédérale. Ainsi, Charles Beard (1986) soutient que les constituants n’ont fait que poursuivre leur intérêt. Calvin Jillson (1988, p. 16) prétend que, pour le choix entre deux dispositions institutionnelles, les idées n’importaient que lorsqu’il n’y avait pas d’intérêts en jeu. R. A. McGuire (1988) estime que les intérêts économiques des circonscriptions électorales des différents représentants ont un pouvoir explicatif des votes à la convention supérieur aux intérêts économiques directs des constituants, bien que ces derniers ne soient pas négligeables. Toutefois, on peut noter que, vu la nécessité de faire ratifier la Constitution par les États, l’intérêt des circonscriptions électorales a probablement contraint les constituants impartiaux bien plus qu’il n’a déterminé leur propre intérêt. (A l’inverse, et comme je le soutiens dans la section suivante, les normes du discours rationnel peuvent freiner les intérêts personnels des constituants).
22Même si les experts ne parviennent pas à s’entendre à propos du dosage exact des idées et des intérêts à Philadelphie, la majorité d’entre eux s’accorde toutefois à dire que les deux motivations sont intervenues. Les passions, en revanche, semblent avoir joué un rôle relativement faible. A l’Assemblée Constituante, les intérêts des représentants (et ceux de leurs circonscriptions) restent assez périphériques, si l’on excepte le cas des défenseurs acharnés de l’ancien régime. Les idées et les passions (des idées qui peuvent être défendues avec passion et, parfois, déformées par la passion) ont dominé les débats. Dans cet article, notre stratégie consiste à traiter les différences entre les deux assemblées comme si elles étaient produites par le contexte institutionnel. Ainsi, alors que les débats à huis-clos permettent une libre expression des intérêts, les débats publics les acculent à la clandestinité. Dans des débats à huis-clos entre peu de représentants, les tirades passionnées seront ridiculisées comme autant de clichés. Dans un forum public, avec de nombreux représentants, le débat passionné sert à la fois d’épée et de bouclier. Je ne prétends pas avoir tout dit sur la question. On peut ainsi raisonnablement supposer que les deux assemblées comptent chacune leur part « de passionnés et d’intéressés ». Cependant, je tiens ici à déterminer de quelle manière le cadre des débats a pu canaliser, amplifier ou étouffer l’expression de ces motivations.
3 – L’usage stratégique des arguments impartiaux
23En général, lorsque les membres d’une assemblée débattent, ils se contentent de faire comme s’ils se préoccupaient du bien public ou de l’intérêt général. Et même lorsqu’ils formulent leurs arguments en ces termes, c’est souvent pour mieux dissimuler des objectifs partiaux ou partisans. Pour comprendre la nature, les causes et les conséquences de tels pseudo-arguments, il faut d’abord analyser les véritables arguments qu’ils parasitent. Ici, je suis Habermas (1984, p. 75). Il soutient qu’un locuteur recherchant l’intercompréhension plutôt que la réussite doit respecter trois critères de validité : la vérité propositionnelle, la justesse normative et la véracité subjective (c’est-à-dire la sincérité). Par conséquent, un locuteur voulant donner l’impression de rechercher l’intercompréhension doit, lui aussi, donner l’impression de respecter ces trois critères. C’est pourquoi j’étudierai sous quelles conditions un acteur recherchant la réussite peut estimer qu’il est de son intérêt de paraître rechercher l’intercompréhension par un engagement simulé en faveur de la vérité et de la justesse normative. Le critère de justesse fait l’objet de cette section. Celui de vérité est discuté dans la section suivante. Enfin, le critère de véracité ou de sincérité, bien qu’important, peut être négligé ici.
24L’idée de justesse normative est à la fois compliquée et contestable. Au minimum, elle doit impliquer une idée d’impartialité. Les gens ne devraient pas être traités différemment simplement parce qu’ils vivent à une époque ou à un endroit particuliers, pas plus qu’en fonction de leur sexe, de leur race ou de leur profession. Tout traitement différencié de tels groupes devrait se fonder sur des propriétés susceptibles de s’appliquer à n’importe qui. Et c’est justement à l’époque des deux Assemblées que ces idées d’impartialité et d’universalité ont de plus en plus été considérées comme les fondements de la vie politique. A l’Assemblée française, on se souvient des propos de Clermont-Tonnerre appelant à la reconnaissance « des Juifs, des comédiens et des bourreaux » comme citoyens à part entière (10, p. 754 et suivantes). Le déni du droit de vote pour les femmes pourrait être envisagé comme une exception. Toutefois, d’après Sieyès, ce refus se base sur le fait qu’une qualité universelle fait défaut chez les femmes : celle de « contribuer à la vie publique » (O, p. 1014). En fait, ceux qui ont refusé d’octroyer la citoyenneté aux Juifs se sont également fondés sur l’absence d’une qualité universelle : l’accomplissement du service militaire (10, p. 757). Personne ne tenait en fait à exclure les Juifs simplement pour des motifs raciaux.
25Pour la clarté de nos propos, il est essentiel de pouvoir expliquer la notion d’impartialité de plusieurs façons. En tant que tel, le critère d’impartialité ne doit pas s’élever au rang de théorie de la justice. Il serait plus judicieux de l’envisager comme une contrainte pesant sur une telle théorie. Car les théories utilitaristes, comme les théories basées sur les droits, sont impartiales. Et les normes de distribution fondées sur le besoin, le mérite ou la contribution sont toutes impartiales, de même que les normes de répartition uniforme ou par tirage au sort. L’idée selon laquelle les arrangements sociaux doivent refléter les choix qu’effectueraient des individus rationnels, retranchés derrière un voile d’opacité (cette notion peut être entendue dans plusieurs sens), illustre également un certain idéal d’impartialité. Cet idéal peut s’appliquer à des individus aussi bien qu’à des collectivités, mais il conduit à des conclusions totalement différentes dans un cas ou dans l’autre. Ainsi, à la Convention Fédérale, tant les défenseurs de la représentation proportionnelle des états au Sénat que ceux de la représentation équitable se réfèrent aux notions impartiales d’équité et de justice (I, p. 151, et 159) : les premiers revendiquent un traitement impartial des individus et les seconds réclament un traitement impartial des états.
26Imaginons à présent un groupe dont l’intérêt le conduit à préférer la proposition A. On peut alors se demander si ce groupe a la possibilité d’invoquer un équivalent impartial de son intérêt personnel, si, pour une raison ou l’autre (comme nous le verrons plus loin), il ne souhaite pas adopter une attitude purement intéressée. En d’autres termes, existe-t-il un argument impartial en faveur de A ? Supposons qu’il n’y en ait pas. Nous pouvons alors nous demander quel est argument impartial favorable à la proposition la plus proche possible de A. Dans le premier cas, on observe une parfaite cohérence entre l’intérêt partial et les arguments impartiaux. Dans le second cas, cette coïncidence est maximale. Toutefois, il est hautement probable que ni une coïncidence parfaite (s’il en existe une) ni une coïncidence maximale ne constitueront des solutions optimales pour le groupe. Un argument impartial qui arrange trop bien ceux qui s’en servent risquera d’éveiller le soupçon. Par exemple, si les riches préconisent un allégement d’impôts pour tous les riches et seulement pour eux, l’argument impartial selon lequel une telle mesure finira par profiter à tous, même aux couches moins favorisées, n’est probablement pas un argument optimal. Par contre, un argument impartial en faveur d’une mesure moins radicale a plus de chances d’être accepté, comme un allégement d’impôts pour une part de la population aisée ainsi que pour une part des moins bien lotis. Un argument ne proposant d’allégement d’impôts qu’en faveur des plus pauvres aurait, lui aussi, de bonnes chances d’être retenu. Mais il ne serait certainement pas optimal pour les nantis. Ces derniers ont besoin d’un argument suffisamment éloigné de leur intérêt personnel pour qu’il soit accepté par les autres. Mais il ne doit pas non plus trop s’en éloigner car, si cet argument était retenu, ils ne pourraient alors en tirer aucun profit. [3]
27A ce stade, quelques exemples pourraient s’avérer utiles. Dans les années 1920, l’Université de Yale voulait limiter le nombre d’inscriptions d’étudiants Juifs. Pourtant, suite à un scandale qui avait éclaté peu avant à Harvard, ses responsables ont refusé d’afficher clairement des quotas. Au lieu de cela, ils ont opté pour une politique de diversité géographique, présentée comme un objectif à part entière. Mais, en réalité, il s’agissait d’une mesure destinée à réduire le nombre d’admissions de candidats originaires de la zone à forte densité de population juive que constituait New York. Pour les membres du service d’inscription, très soucieux de leur réputation, l’attrait de cette stratégie résidait dans le fait qu’elle pouvait sembler totalement impartiale. « Même si de nombreux Juifs (concentrés dans la région du Nord-Est, d’où provenaient la majorité des candidatures pour Yale) seraient affectés par ce principe, celui-ci n’était pas intrinsèquement antisémite. Il n’était pas possible d’accuser sérieusement de discrimination religieuse une politique géographique qui avait été déployée sans tenir compte du critère religieux. De plus, elle pouvait favoriser un Juif du Milwaukee ou un catholique de Duluth autant qu’elle pouvait nuire à un athée de New York ou à un protestant de Hoboken. » (Oren, 1985, p. 198). Le critère impartial de la diversité géographique constituait un argument équivalent, moins radical et donc plus acceptable, du critère racial.
28La limitation du droit de vote offre un exemple supplémentaire. Dans beaucoup de sociétés, la propriété foncière constituait un critère décisif pour l’obtention du droit de vote. Il est bien entendu possible de défendre ce principe à l’aide d’arguments impartiaux. Pourtant, à la Convention Fédérale, Madison soutient (I, p. 421 et 443) que les conditions rigoureuses d’éligibilité au Sénat, fondées sur la propriété, permettent non pas de protéger les riches face au peuple mais bien le peuple contre lui-même. Mais, comme je l’ai déjà écrit, de tels arguments présentent un aspect fondamentalement suspect. Ils collent trop bien à l’intérêt personnel des nantis. Il peut dès lors s’avérer utile de considérer le niveau d’alphabétisation comme un critère impartial, étroitement lié à la notion de propriété, quoique de manière imparfaite. A différentes époques de l’histoire américaine, le niveau d’alphabétisation a également servi de prétexte pour légitimer d’autres objectifs partiaux, comme la volonté de tenir les noirs ou les catholiques éloignés de la politique (Creppel, 1989).
29L’utilisation stratégique d’arguments impartiaux est un fait bien connu en politique. Toutefois, nous en savons moins sur les raisons conduisant les individus à estimer qu’ils ont intérêt à remplacer un argument intéressé par un argument impartial. Et l’on en sait encore moins quant aux conséquences de telles stratégies de substitution. Commençons donc par aborder la question la plus importante : pourquoi faut-il argumenter ? Pourquoi ne pas adopter une attitude de négociateur, ou exiger un vote immédiat sans débat au préalable ? Je pense à quatre cinq réponses, mais il en existe probablement encore d’autres.
30Premièrement, lorsqu’un orateur donne l’impression de réellement fonder ses arguments sur des principes, les gens à qui il s’adresse seront probablement plus prompts à mettre de l’eau dans leur vin. Si un individu donne l’impression de raisonner en s’appuyant sur des principes et d’être prêt à subir quelques pertes plutôt que d’accepter un compromis, il fera céder ses interlocuteurs, même si ces derniers ont un intérêt en jeu (Franck, 1988 ; Elster, 1989, p. 231 et suivantes). A ce sujet, le fait d’adopter des principes constitue une forme d’engagement préalable. Cette stratégie sera probablement adoptée par des agents qui, sans cela, auraient un faible pouvoir de négociation. Quand les puissants négocient en position de force, les faibles argumentent avec des principes.
31Deuxièmement, Jonathan Macey (1986, p. 251) a démontré que les coalitions d’élus tendent à s’exprimer en faveur de l’intérêt public pour mieux masquer ce qui est, en fait, un marché conclu entre des intérêts particuliers. « Si les lois fondées sur des intérêts privés sont souvent rédigées dans le langage de l’intérêt public, c’est parce que ce langage rend plus coûteuse la découverte des véritables effets de la législation par le public et les groupes rivaux. Ce qui, à son tour, réduit le prix que le législateur doit payer pour maintenir une loi en faveur des petits groupes d’intérêts, c’est-à-dire la perte du soutien des groupes lésés par cette loi. »
32Troisièmement, on peut convaincre ses interlocuteurs en invoquant une raison d’ordre général. Acceptons, bien qu’il s’agisse d’une grossière approximation de la réalité, la remarque de Jillson selon laquelle les orateurs seront réceptifs à un argument impartial si et seulement si leur intérêt personnel n’est pas en jeu. Dans une assemblée, certains participants préféreront une proposition donnée en fonction de leur intérêt, alors que d’autres s’y opposeront et que d’autres encore resteront neutres. A l’évidence, l’intérêt de chaque parti le pousse à défendre son point de vue dans le langage de l’impartialité, afin de convaincre les indécis de le rejoindre. Cette stratégie est tout à fait compatible avec le fait que la tierce partie sait pertinemment bien que les autres sont uniquement guidés par leur propre intérêt. De plus, cette stratégie est également compatible avec une utilisation opportuniste et incohérente d’arguments impartiaux. La cohérence n’est requise que pour duper les autres, pas pour les persuader.
33Quatrièmement, dans une logique radicalement différente, James Coleman (1990, p. 393) soutient que, si « les membres [d’une assemblée] semblent hésiter à invoquer leur intérêt personnel et expriment parfois leur désapprobation quand d’autres le font », c’est dû à une norme sociale « selon laquelle nul ne devrait adopter une position qui ne peut être justifiée par les bénéfices qu’elle apporte à la collectivité ». Qui plus est, cette norme sociale n’est pas le fruit du hasard. « Puisqu’une telle norme existe dans l’intérêt de tous, on peut s’attendre à la voir apparaître et à ce qu’elle ait un certain pouvoir de persuasion » (ibidem, p. 394). Cet argument n’est pas d’ordre purement fonctionnaliste, contrairement à l’impression qu’il peut laisser. Coleman ajoute que des normes profitant à la collectivité se construisent au travers de comportements individuels rationnels. Ainsi, chaque individu constate qu’il a parfois intérêt à renoncer à certains de ses droits pour obtenir le droit de contrôler les comportements des autres. Pour moi, cette théorie ne tient pas la route. Je veux bien admettre qu’une norme comme celle décrite par Coleman existe, mais je ne pense pas qu’elle se résume à une forme d’intérêt individuel. Pourtant, un constituant peut individuellement être amené à obéir à cette norme dans son propre intérêt, si les sanctions infligées à ses transgresseurs sont suffisamment sévères.
34Enfin, Stephen Bundy m’a suggéré qu’un orateur peut utiliser un argument fondé sur l’équité pour éviter d’humilier un adversaire. Si le parti dominant ne ménage pas son adversaire, la minorité peut être tentée d’adopter des comportements dévastateurs plutôt que de baisser pavillon. A l’opposé, si le parti majoritaire avance un argument impartial permettant à la minorité de sauver la face, tout le monde y gagnerait. Les résultats d’expériences sur la négociation par ultimatum (Güth et al., 1992) appuient de manière « stylisée » cette hypothèse.
35Il faut relever ici une caractéristique commune à ces cinq raisons. Même si je suppose ici que les acteurs formulant des arguments impartiaux sont, en réalité, guidés par leur propre intérêt, les raisons qui les poussent à agir de la sorte impliquent qu’ils profitent tous de la présence, dans le système, d’agents sincèrement impartiaux. On ne peut prétendre être guidé par certains principes que s’il est unanimement reconnu que certains individus le sont effectivement, sans que l’on sache avec certitude qui sont ces individus. Ce n’est pas la peine de maquiller des arrangements privés pour les rendre publiquement acceptables si l’on n’est pas convaincu que le public réclame des arguments impartiaux. Il n’y a pas de raison non plus à essayer de persuader des interlocuteurs à l’aide d’arguments impartiaux si l’on est convaincu que tout homme est constamment guidé par son intérêt. Et même si ceux qui respectent la norme bannissant toute référence à l’intérêt le font par intérêt et par peur des sanctions, ceux qui infligent ces sanctions doivent, en fin de compte, les infliger pour des raisons désintéressées (Elster, 1989, p. 132-133). L’impartialité précède logiquement les tentatives de conduite impartiale (ou l’obligation d’adopter une telle conduite) purement intéressée. Ce qui ne veut pas dire, cependant, que le souci d’impartialité soit nécessairement chose courante. Nous savons que, dans d’autres contextes, seuls quelques membres d’une population, s’ils sont disposés à coopérer, suffisent à inciter les autres à agir comme s’ils coopéraient (Kreps et al., 1982). De même, un petit groupe d’individus soucieux d’impartialité peut parfois en inciter beaucoup d’autres à imiter leur impartialité par pur intérêt. [4]
36La force de ces cinq raisons varie selon le contexte. On peut s’attendre à ce que la norme bannissant l’expression des intérêts soit plus contraignante dans les Assemblées Constituantes que dans des législatures ordinaires. Le système de freins et de contre-poids est destiné à garantir que l’intérêt d’un groupe au sein de la législature, en contrebalançant les intérêts des autres groupes, permette d’obtenir un résultat proche de l’intérêt commun. Pourtant, les générations futures n’ont pas de porte-parole à l’Assemblée Constituante. A la Convention Fédérale, on a pu assister à de flagrantes tentatives d’inflexion de la Constitution en faveur des États fondateurs (II, p. 3). Malgré cela, les arguments impartiaux et intemporels (par exemple, I, p. 578) qui accordent une égale influence aux nouveaux États ont fini par l’emporter. De plus, la norme interdisant l’expression de l’intérêt, sera plus contraignante dans des débats publics que dans des débats à huis-clos. La publicité des débats encouragera en outre les constituants à pratiquer l’engagement par l’affirmation des principes, avec des spectateurs pour amplifier ces engagements préalables qui n’en seront que plus difficilement révisables.
37Laissez-moi à présent me tourner vers les conséquences de cette utilisation stratégique des arguments impartiaux, en évaluant leur impact en matière d’efficacité et d’équité. Commençons par comparer l’impartialité stratégique et la négociation sous l’angle de l’efficacité. Nous savons qu’une négociation est susceptible de déformer les préférences : dans une structure de négociations donnée, il se peut que les parties aient intérêt à feindre des préférences produisant un effet Pareto inférieur à celui que produiraient leurs préférences réelles (Sobel, 1981). En outre, une négociation peut ne rien donner vu qu’il est difficile de faire des promesses crédibles qui, si elles étaient prises au sérieux et tenues, profiteraient à toutes les parties (Elster, 1989, p. 272 et suivantes). Des engagements préalables et mutuels sur des positions incompatibles constituent une troisième source d’inefficacité (Crawford, 1982).
38L’usage stratégique de l’impartialité est également conditionné par le problème de l’engagement mutuel préalable. Quand chaque camp fait référence à des principes, il est probable qu’aucun ne puisse faire marche arrière. Cependant, la première source d’inefficacité n’a pas d’équivalent dans le cas de la négociation ; et il est encore moins probable que le second problème se pose parce que les motifs qui poussent un orateur à argumenter au lieu de négocier sont aussi ceux qui le pousseront ensuite à tenir ses engagements. Toutefois, la publicité des débats est une source d’inefficacité supplémentaire, en raison de la dynamique autonome de la vie politique. La nécessité de se démarquer idéologiquement de son adversaire, même en l’absence d’un réel désaccord, peut conduire à une polarisation artificielle des débats, et déboucher sur une impasse. Si l’adversaire essaie d’éviter ce piège, cette attitude risque de mener à un faux consensus, en produisant une décision qui, pour les deux camps, ne sera pas la meilleure décision possible (Tocqueville, 1893 ; 1990, p. 99). L’Assemblée Constituante de 1789-1791 offre de nombreux et percutants exemples de surenchère radicale et égalitaire, où les partis sont prisonniers de comportements qui, au départ, visaient un objectif tactique.
39Il s’ensuit, je pense, que ni la négociation ni l’utilisation stratégique de raisonnements impartiaux ne sont clairement plus efficaces l’une que l’autre. En revanche, je pense que l’on peut affirmer que l’argumentation – même quand elle est purement stratégique et intéressée – tend à produire des décisions plus équitables que la négociation [5]. Pour les raisons déjà évoquées, l’argumentation – surtout dans des débats publics – empêchera les puissants d’employer leur pouvoir de négociation jusqu’au bout. Le meilleur équivalent impartial sera celui qui dilue leur intérêt tout en tenant compte de celui des plus faibles. En moyenne, cela conduit à des décisions plus équitables. On peut considérer cet effet comme la « force civilisatrice de l’hypocrisie ».
40Les remarques précédentes sont déjà assez spéculatives, peut-être même trop pour certains lecteurs. Pourtant, je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. J’ai déjà commenté (quoique trop brièvement) la première affirmation. Je vais à présent commenter la seconde.
41A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée.
42A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (O, p. 926). Pour le patriote Bouche (8, p. 307), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (Egret, 1950, p. 120). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms.
43La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (Finkelman, 1987). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (II, p. 371). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants.
44Le tableau qui suit classe les cas envisageables selon le double critère décrit précédemment. Notez bien que nos affirmations, selon lesquelles l’argumentation est préférable à la négociation et le huis-clos à la publicité des débats (toutes choses étant égales par ailleurs), sont toutes deux compatibles avec le fait que la négociation à huis-clos peut être préférable à l’argumentation publique, ou l’inverse. Si les deux dimensions étaient indépendantes l’une de l’autre, cette ambiguïté ne poserait pas problème. En effet, on opterait alors toujours pour le premier choix, c’est-à-dire pour un accord issu d’une argumentation à huis-clos. Pourtant, comme les flèches l’indiquent (et on l’a expliqué ci-dessus), le huis-clos invite à la négociation alors que la publicité des débats favorise l’argumentation. C’est pourquoi le choix crucial se situe davantage entre les deuxième et troisième options [6]. Je ne veux pas étendre mes hypothèses aux mérites respectifs de la négociation à huis-clos et de l’argumentation en public. Dans certains cas spécifiques, il est possible d’être plus précis et d’argumenter en faveur de l’ouverture ou de la fermeture des débats au public.

4 – Recours stratégiques à la vérité
45Je viens d’essayer de démontrer comment des acteurs stratégiques peuvent estimer qu’il en va de leur intérêt de remplacer l’expression directe de ce dernier par des arguments impartiaux. Je vais à présent démontrer qu’ils peuvent également estimer utile de remplacer la prétention à la crédibilité par la prétention à la vérité. Ainsi, au lieu de proférer une menace, dont l’efficacité dépend de la crédibilité qu’on lui prête, ils peuvent lancer un avertissement. Celui-ci poursuit les mêmes objectifs tout en évitant les difficultés inhérentes aux menaces.
46Commençons par émettre quelques remarques à propos des menaces crédibles. Tout d’abord, si une menace doit être exécutée, cela veut dire qu’elle n’a pas marché. En d’autres termes, l’événement qu’elle était censée empêcher a déjà eu lieu et ne peut plus être effacé par l’exécution de la menace. En même temps, mettre la menace à exécution implique typiquement certains risques ou coûts pour l’acteur. Ainsi, aucun acteur rationnel n’entreprendrait une action impliquant des coûts mais aucun bénéfice. Par contre, s’il prête de la rationalité aux autres tout en étant convaincu que ces derniers lui en prêtent aussi, il ne menacera pas d’agir ainsi. A la suite de Schelling, plusieurs auteurs ont étudié divers moyens afin de résoudre ce problème (Dixit et Nalebuff, 1991 ont récemment réalisé une synthèse). Je considérerai ici les stratégies qui consistent à remplacer la menace par l’avertissement, ce qui transforme l’enjeu de crédibilité en un enjeu de vérité.
47Sur ce point, la terminologie n’est pas encore au point. J’utilise le terme « avertissements » pour désigner des événements qui échappent au contrôle des acteurs et le terme « menaces » pour parler des événements sur lesquels ils ont prise. Les menaces sont des assertions portant sur ce que fera le locuteur, alors que les mises en garde portent sur ce qui va (ou peut) se passer, indépendamment de ce qu’il peut faire. Ainsi définie, une mise en garde est un énoncé factuel soumis aux règles normales de la communication visant la vérité. Ignorer un avertissement s’apparente plus à la négation d’un fait passé qu’à la dénonciation d’un bluff.
48On peut illustrer ce remplacement de la menace par l’avertissement à l’aide d’un exemple tiré des négociations salariales. Il arrive de temps en temps qu’un dirigeant syndical tienne des propos tels que « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, je ne pourrai pas empêcher mes affiliés de partir en grève », ou « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, le moral de mes affiliés va en prendre un coup et la productivité en pâtira ». D’un point de vue formel, il s’agit bien d’avertissements et non de menaces. Il va sans dire que les dirigeants d’entreprises ne les prennent pas toujours au pied de la lettre. Ils peuvent suspecter le dirigeant syndical d’avoir prise sur les effets mentionnés dans l’avertissement. Mais, en même temps, ils ne peuvent pas être certains que ce dernier n’a pas accès à des informations dont ils ne disposent pas. Peut-être ses affiliés sont-ils aussi récalcitrants qu’il le dit. Ou bien il s’est peut-être rendu compte, avant de s’asseoir à la table des négociations, qu’il ne pourra pas les arrêter tant ils sont échauffés. Et il les utilise alors comme une bombe à retardement. Notons qu’il y a une différence entre cette dernière stratégie et d’autres stratagèmes de pré-négociation. Souvent, les syndicats misent sur la crédibilité de leurs menaces en constituant un fonds de grève par exemple. Mais ils peuvent aussi miser sur la véracité des mises en garde, par exemple en attisant de manière irréversible le mécontentement de leurs membres.
49Considérons à présent quelques exemples empruntés aux deux Assemblées Constituantes. A la Convention Fédérale, lors des débats sur la représentation des États à la chambre haute, aussi bien les représentants des petits États que ceux des grands États jouent sur l’ambiguïté des menaces et des mises en garde. Ainsi, le 30 juin, Guning Bedford Jr, du Delaware, déclare que « les grands États n’osent pas dissoudre la Confédération. S’ils le font, les petits États trouveront un allié étranger plus honorable et de meilleure foi, qui leur prendra la main et les réhabilitera. Par-là, il ne visait pas à intimider ou à alarmer ses adversaires. Il voyait plutôt une conséquence naturelle qu’il fallait éviter via une extension des pouvoirs fédéraux, et non par un anéantissement du système fédéral » (I, p. 492). Cette affirmation peut très bien être prise pour une menace. De plus, elle fait référence à « la conséquence naturelle », ce qui la rend plus crédible.
50Le 5 juillet, le gouverneur Morris contre-attaque :
51« Supposons que les grands États soient d’accord et que les petits refusent. Et regardons les conséquences. Les adversaires du système dans les petits États vont crier victoire pendant quelque temps. Mais les liens d’intérêt, de parenté et de coutume qui les relient aux autres États seront trop solides pour être facilement brisés. Morris est certain que, dans le New Jersey, beaucoup emboîteront le pas à la Pennsylvanie et à l’État de New York. Il faut que le pays s’unisse. Si la persuasion ne rassemble pas les États, l’épée s’en chargera. Morris supplie que l’on accorde à ces considérations toute l’importance qu’elles méritent. On a de la peine à imaginer les scènes d’horreur qui accompagnent les insurrections, et le fait d’y mettre fin sera encore plus horrible. Le parti le plus puissant considérera alors les faibles comme des traîtres. La corde et la potence achèveront le travail de l’épée. Morris refuse de dire jusqu’où les puissances étrangères seraient prêtes à se mouiller dans l’affaire. Il semble d’ailleurs que l’on ait menacé de les inviter ».

(I, p. 530)
52Morris explique ici qu’il avait pris la déclaration de Bedford pour une menace. Sa propre référence à l’épée et à la potence est, quant à elle, plus ambiguë. On peut l’interpréter aussi bien comme une menace que comme un simple avertissement. Certains délégués y ont clairement vu une menace, comme l’indique ce repli de Williamson qui dit, pour la défense de Morris, qu’il « ne conçoit pas que le gouverneur Morris ait vraiment voulu dire qu’il fallait brandir l’épée contre les petits États. Il a simplement mentionné les conséquences probables d’une situation anarchique aux États-Unis » (I, p. 532). En d’autres termes, Williamson cherche à confirmer que Morris avait bien lancé un avertissement et non proféré une menace.
53Le même jour, Bedford est revenu sur ce qu’il avait dit en déclarant
54« qu’il n’avait pas voulu dire que les petits États solliciteraient l’aide et l’intervention de puissances étrangères. Il voulait dire qu’ils ne considèreraient pas que l’entente fédérale serait dissoute tant qu’elle ne l’aurait pas été par les grands États. Dans ce cas, la déloyauté des petits États et leur empressement à remplir leurs engagements amèneraient les puissances étrangères ayant des vues sur le pays à estimer avoir intérêt à prendre les petits États par la main, pour qu’ils retrouvent la place qui leur revient ».

(I, p. 531)
55Dans ce cas-ci, de nouveau, ce qui était d’abord une menace (ou compris comme tel) est reformulé en avertissement. Je discuterai plus loin des raisons pour lesquelles les orateurs peuvent procéder à de telles reformulations. Toutefois, je souhaite d’abord réexaminer certains débats de l’Assemblée Constituante. Elle était, comme je l’ai déjà écrit, coincée entre les troupes royales de Versailles et les foules parisiennes. Deux actrices extraparlementaires qui ont fortement influencé les travaux de l’Assemblée, dans la mesure où elles servaient de menaces et d’avertissements.
56Dès les premiers jours du mois de juillet 1789, le Roi renforce la présence de ses troupes dans la région de Versailles. La menace que cela impliquait pour l’Assemblée n’échappe à personne. Dans la réponse qu’il apporte au défi posé par le Roi, Mirabeau joue sur l’ambiguïté de sa menace / avertissement. Dans son premier discours à ce sujet, il s’en tient à avertissement : « Comment le peuple pourrait-il ne pas être contrarié alors que la dernière lueur d’espoir qu’il lui restait (c’est-à-dire l’Assemblée) est menacée ? » (8, p. 209). Dans son second discours, il s’est montré plus précis. Les militaires du Roi « peuvent très bien oublier qu’il ne sont soldats qu’en vertu d’un contrat et se rappeler que c’est la nature qui les a fait hommes » (8, p. 213). Il est clair que ceci constitue une menace sur les troupes : en les poussant à la révolte, on donne un coup de pouce à leur nature humaine. En outre, l’Assemblée ne peut même pas compter sur elle-même pour agir de manière responsable : « Les mouvements passionnés sont contagieux : nous ne sommes que des hommes et la crainte de paraître faible peut très bien nous mener trop loin dans l’autre sens » (ibidem). Dans son argumentation, Mirabeau se présente lui-même et ses délégués comme soumis à des forces psychiques hors de tout contrôle. Ainsi, si le Roi les provoque, ils risquent de répondre de manière irrationnelle et violente. D’un point de vue formel, il ne s’agit que d’un avertissement. Mais en réalité, personne ne peut ignorer qu’il s’agit d’une menace. (Dans certains cas, en effet, le fait de prédire son comportement futur peut ressembler à un réel avertissement. Voyez Frank, 1988, p. 55 et ailleurs).
57Dans sa brève intervention au cours du même débat, Sieyès (8, p. 210) précise que toutes les assemblées législatives, notamment celles des États de Bretagne, refusent de délibérer si des troupes se trouvent à moins de quarante kilomètres. Pourtant, lorsque l’Assemblée réclame le retrait des troupes, le Roi prétend (8, p. 219) qu’elles ont été appelées pour surveiller Paris et non pour terroriser l’Assemblée. Si l’Assemblée s’offusque de la présence des troupes dans les environs de Paris, le Roi se dit tout à fait disposé à la déplacer vers Noyon ou Soisson et à se retirer lui-même à Compiègne afin de favoriser la concertation au sein de l’Assemblée. Toutefois, Cette dernière ne peut accepter une telle proposition. Cela la priverait de l’atout que représente Paris en termes de potentiel de menaces / avertissements. Elle décide donc (8, p. 229) d’envoyer au Roi une délégation pour lui demander de sonner le rappel de ses troupes, « dont la présence irrite le désespoir du peuple ». Si le Roi accepte, l’Assemblée enverra alors une délégation à Paris « pour y annoncer la bonne nouvelle et contribuer ainsi à un retour au calme ». Inutile de dire ce qu’elle fera si le Roi refuse d’obtempérer : d’ailleurs, le lendemain, la Bastille tombait et le Roi acceptait de retirer ses troupes.
58L’Assemblée Constituante continua à débattre des institutions à la base de l’État (Mathiez, 1898 ; Egret, 1950, p. 139 et suivantes). Des réunions privées rassemblaient Mounier (le leader des modérés) d’un côté, et le « triumvirat » radical des Barnave, Duport et Alexandre Lameth de l’autre. Au cours d’une réunion, les trois radicaux avancent la proposition suivante : ils concèderont à Mounier un veto royal absolu et le bicaméralisme, mais à une condition : il faut que ce dernier accepte, en retour, (1) que le Roi abandonne son droit de dissoudre l’Assemblée, (2) que la chambre haute ne conserve plus qu’un veto suspensif et (3) que certaines conventions soient périodiquement convoquées pour procéder à des révisions de la Constitution. Mounier refuse catégoriquement cette proposition. Pour lui (O, p. 926), il était injuste de faire des concessions sur de telles questions de principe. Il aurait également émis certains doutes quant à la capacité des trois radicaux à tenir leurs promesses. D’après certains historiens (par exemple, Mathiez, 1898), son refus était encouragé par la confiance qu’il plaçait dans l’Assemblée, qu’il croyait de son côté. Si bien qu’il ne voyait pas la nécessité de faire quelque concession que ce soit. Lors de la dernière réunion, le « triumvirat » lui a répondu en menaçant de mobiliser l’opinion publique contre lui. Cette prise de position ne visait probablement pas à monter Paris contre l’Assemblée. D’ailleurs, elle n’a pas été entendue comme une menace. Néanmoins, la défaite du bicaméralisme le 10 septembre et l’adoption du seul veto suspensif le 11 sont dues, dans une large mesure, au fait que certains représentants craignaient pour leur vie.
59On peut donc raisonnablement se demander si les patriotes de Versailles, via leurs contacts avec la presse parisienne, n’ont pas délibérément tenté d’échauffer les esprits. Ce qui leur permettait de dire aux modérés qu’ils risquaient bel et bien leur vie, en votant pour le bicaméralisme et pour le veto royal absolu. Sur ce point, les acteurs et les historiens ne sont pas du même avis. Pour moi, et ceci n’engage que moi, il est difficile de croire qu’aucun des acteurs concernés n’ait pensé à agir de la sorte. Et si certains membres de l’Assemblée Constituante ont effectivement attisé les tensions à Paris, on peut aussi se demander, après coup, s’ils ne jouaient pas aux apprentis-sorciers.
60Deux raisons permettent d’expliquer qu’un orateur peut estimer avoir intérêt à remplacer des menaces par des avertissements. Premièrement, comme nous l’avons vu plus haut, il ne doit plus s’inquiéter autant de sa crédibilité. Car, même si ses adversaires savent qu’il a prise sur les événements invoqués dans son avertissement, ils doivent aussi tenir compte du fait qu’il a peut-être un accès privé à des informations utiles. Ainsi, on peut raisonnablement supposer que le leader syndical en sait plus que la direction sur l’état d’esprit de ses affiliés. De même, on peut s’attendre à ce que Mirabeau en sache plus que le Roi sur la psychologie des membres de l’Assemblée. Deuxièmement, comme nous l’avons analysé au cours de la section précédente, les avertissements relèvent du domaine de l’argumentation et permettent par conséquent à l’orateur d’éviter d’inavouables recours au pouvoir de négociation. A la Convention Fédérale, la reformulation des menaces en avertissements permet au débat de rester dans les limites de l’argumentation. De même, Mirabeau peut mettre le Roi en garde au sujet de ses soldats sans pour autant risquer d’être accusé de provocation, ce qui aurait été le cas s’il avait menacé de semer le désordre parmi les troupes. [7]
61On peut donc dégager deux conséquences majeures de cette stratégie de substitution. Premièrement, elle peut modifier le rapport de forces, car tous les acteurs ne sont pas en mesure de remplacer leurs menaces initiales par des avertissements équivalents. Alors que les leaders syndicaux peuvent mettre en garde contre l’indiscipline de leurs affiliés (ce qu’ils font en fait), la direction n’a pas les moyens de reformuler sa menace de lock-out en avertissement. Deuxièmement, cette substitution induit le risque, déjà mentionné, d’enclencher un processus qui dépasse les intentions de ses instigateurs. Si un leader sème le désordre et le mécontentement parmi ses partisans pour pouvoir lancer des avertissements crédibles à propos de ce qui se passera si leurs revendications ne sont pas entendues, il risque de subir des effets inattendus. L’action d’une foule ne se prête pas à des réglages minutieux.
5 – Résumé
62Tout au long de cet article, je me suis référé aux deux Assemblées Constituantes pour traiter deux questions. La première concerne les raisons pouvant inciter des acteurs intéressés à tenir des positions publiques impartiales. La seconde envisage les conséquences de telles stratégies, notamment en termes de résolution de conflits.
63A propos de la première question, les réponses que j’ai envisagées supposent toutes que les acteurs concernés interagissent avec d’autres personnes réellement soucieuses du respect des idéaux d’impartialité et de vérité. A ce sujet, j’ai fait appel à un effet multiplicateur de l’impartialité, via lequel la présence de quelques acteurs authentiquement impartiaux peut forcer ou inciter des acteurs intéressés à se comporter comme s’ils étaient, eux aussi, guidés par des motivations identiques.
64A la seconde question, j’ai dégagé des ébauches de réponse. J’ai ainsi avancé que le fait de remplacer des arguments intéressés par des arguments impartiaux a un effet généralement bénéfique. La force civilisatrice de l’hypocrisie permet de résoudre les conflits de manière plus équitable. Toutefois, on ne peut pas émettre la même hypothèse à propos des conséquences du remplacement de menaces par des avertissements. A la limite, on peut s’attendre à ce que les effets globaux soient désavantageux. Il n’y a aucune raison de penser que la modification des rapports de force due à la l’inégale répartition des avertissements disponibles, produira des décisions plus équitables. Et lorsque les deux parties peuvent miser sur la véracité de leurs avertissements, et le font, c’est leur efficacité qui en pâtira. En outre, les risques de dérapage d’un débordement populaire peuvent aisément produire des effets inattendus ou indésirables.
65Traduit de l’anglais par Christophe Dubois.

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Avec l’aimable autorisation de Jon Elster et des Éditions Norton.
[1] Les références des travaux de l’Assemblée américaine seront données en chiffres romains de I à III (ce qui renvoie aux trois volumes de Farrand, 1966), suivis d’un numéro de page. Les références des travaux de l’Assemblée française seront données en chiffres arabes de 8 à 30 (ce qui renvoie aux volumes des Archives parlementaires, Série 1 : 1789-1799, Paris, 1875-1888), suivis d’un numéro de page. Les documents reproduits dans Furet et Halévi (1989) sont désignés par la lettre « O » suivie d’un numéro de page.
[**] En italique dans le texte. Par la suite, chaque mot en italique le sera conformément au texte original.
[***] Nous traduirons « warnings » par « avertissements », et non par « mise en garde », et ce tout au long de cet article.
[2] De tels cas sont avancés et discutés dans mon ouvrage Arguing and Bargaining in Two Constituent Assemblies, the Storrs Lectures, Yale University, 1991
[****] Traduction libre.
[3] De même, les marxistes ont soutenu qu’il en allait de l’intérêt de la classe capitaliste de disposer d’un appareil d’État ou d’un système idéologique qui ne favorise pas l’intérêt immédiat de cette classe de tous les point de vues envisageables. Voyez Elster, 1985, p. 411 et suivantes, 472 et suivantes. Ces arguments ne convainquent pas car aucun mécanisme n’est prévu pour prendre ses distances de manière optimale par rapport à son intérêt de classe immédiat. Au niveau individuel, toutefois, une simple explication par les intentions suffit.
[4] Ceci est purement spéculatif. Alors que Kreps et al. (1982) apportent une preuve rigoureuse (bien que fondée sur des hypothèses assez artificielles) d’un vaste « effet multiplicateur » de la coopération, j’ignore si un argument similaire pourrait passer dans ce cas-ci. Cependant, un petit effet multiplicateur n’exige aucune preuve.
[5] Bien entendu, on peut relever quelques exceptions à cette règle. Si l’inégalité de départ est justifiée, il n’y a rien à redire sur le résultat inégal de la négociation. Si le groupe le mieux doté au départ adopte l’argumentation impartiale optimale, il risque d’obtenir moins que ce qui lui revient de droit. Toutefois, il me semble que, dans la majorité des cas, l’inégalité des dotations initiales est davantage due au hasard ou à une exploitation injuste qu’à un travail acharné, à une épargne ou à une prise de risque. Il va de soi qu’il n’est pas possible de prouver une telle affirmation, fondée sur l’évaluation grossière de certaines tendances historiques et non sur l’analyse quantitative.
[6] Ceci illustre l’effet de pseudo-domination, décrit par Kahneman et Tversky (1995).
[7] On peut signaler, ici, la possibilité d’avertissements auto-réalisateurs, ce qui, dans ce cas, se situe à mi-chemin entre l’avertissement et la menace. En annonçant publiquement au Roi que ses troupes ne sont pas fiables, Mirabeau peut avoir garanti la fiabilité de ses propos.


Présidentielle américaine: Attention, un extrémisme peut en cacher un autre ! (Trump stays in the news by taking extreme positions on issues that are already extreme)

9 juin, 2016

NaziTrumpmexicanillegalhandbook IllegalManual IllegalManual2 IllegalManual3 sanctuary-cities-illegal-immigrationBarbariansAtSea
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. Ce, parce qu’ils ont désobéi à barbariansAllah et à Son messager. Le Coran (sourate 8: 12-13)
Ramadan, mois de la conquête et du djihad. Préparez-vous, soyez prêts… pour en faire un mois de calamité partout pour les non-croyants … Surtout vous, les combattants et les soutiens  du caliphat en Europe et en Amérique. Abou Mohammed al Adnani (porte-parole de l’Etat islamique, 22 mai 2016)
Le nom Ramadan a été le nom du neuvième mois dans le monde arabe bien avant l’arrivée de l’islam ; le mot lui-même est dérivé de la racine rmḍ, comme dans les mots ramiḍa ou ar-ramâḍ, dénotant une chaleur intense, un sol brûlant, le manque de rations. Dans le Coran, Dieu proclame que le jeûne a été prescrit aux musulmans, comme il le fut auparavant aux Juifs, se référant ainsi à la pratique du jeûne durant Yom Kippour. Wikipedia
L’opération Badr (عملية بدر ; Amaliyat Badr), ou le plan Badr (خطة بدر ; Khitat Badr), est une opération militaire lancée par l’Égypte le 6 octobre 1973 avec pour objectif la reconquête d’une partie du désert du Sinaï grâce à une traversée du canal de Suez et la prise des fortifications israéliennes de la ligne Bar-Lev. Elle est lancée en parallèle avec une offensive syrienne sur le plateau du Golan, et marque ainsi le début de la guerre israélo-arabe de 1973. (…) La date coïncide avec le Yom kippour, le jour du Grand Pardon pour les Juifs. C’est un des facteurs importants dans le choix de la date car les Juifs jeûnent durant la journée et s’abstiennent d’utiliser le feu ou l’électricité (ce qui veut dire que les transports sont à l’arrêt). De plus, une grande partie de l’armée israélienne est démobilisée. Octobre coïncide aussi avec le mois du Ramadan dans le calendrier musulman, ce qui signifie que les soldats musulmans engagés dans l’armée israélienne jeûnent aussi — c’est en effet pendant le Ramadan que les musulmans ont gagné leur première victoire à la bataille de Badr en l’an 634. Optant pour quelque chose de plus significatif que le mot « Minarets », les commandants égyptiens choisissent le nom d’« opération Badr » (pleine lune en arabe) pour nommer l’assaut sur le canal de Suez et le Sinaï. Wikipedia
Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire. Il devait subvenir aux ressources de la nouvelle communauté (umma) que formaient les émigrés (muhadjirun) mekkois et les « auxiliaires » (ansar) médinois qui se joignaient à eux. Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie où la notion d’État était inconnue. Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin. En mars 624, il remporta devant les puits de Badr une grande victoire sur une colonne mekkoise venue à la rescousse d’une caravane en danger. Cela parut à Muhammad une marque évidente de la faveur d’Allah. Elle l’encouragea sans doute à la rupture avec les juifs, qui se fit peu à peu. Le Prophète avait pensé trouver auprès d’eux un accueil sympathique, car sa doctrine monothéiste lui semblait très proche de la leur. La charte précisant les droits et devoirs de chacun à Médine, conclue au moment de son arrivée, accordait une place aux tribus juives dans la communauté médinoise. Les musulmans jeûnaient le jour de la fête juive de l’Expiation. Mais la plupart des juifs médinois ne se rallièrent pas. Ils critiquèrent au contraire les anachronismes du Coran, la façon dont il déformait les récits bibliques. Aussi Muhammad se détourna-t-il d’eux. Le jeûne fut fixé au mois de ramadan, le mois de la victoire de Badr, et l’on cessa de se tourner vers Jérusalem pour prier. Maxime Rodinson
Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Paul (2T hessaloniciens 3: 10)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Obama (14.12.11)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
L’establishment républicain pense que Donald manque trop d’expérience en politique étrangère pour être président. Mais il faut rappeler qu’il a passé des années à rencontrer des dirigeants du monde entier : Miss Suède, Miss Argentine, Miss Azerbaïdjan… » [Donald Trump a présidé les concours Miss Univers pendant 20 ans] (…) Je ne voudrais pas en faire trop. Car on est d’accord que depuis le début, il [Trump] a reçu juste ce qu’il faut de couverture médiatique, une couverture adaptée au sérieux de cette candidature… [silence] Vous pouvez être fiers de vous. Le mec voulait juste donner un coup de pouce à son business immobilier, et maintenant tout le monde prie pour qu’il ne passe pas le mois de juillet ! » (…)  Je voudrais ici rendre hommage à plusieurs journalistes récompensés présents ici ce soir : Rachel McAdams, Mark Ruffalo, Liev Schreiber… [les acteurs du film oscarisé « Spotlight »] Merci pour tout ce que vous avez fait. (…) Je plaisante. Comme vous le savez, ‘Spotlight’ est un film. Un film sur des journalistes d’investigation dont le talent et l’indépendance leur ont permis de traquer la vérité et de faire tomber des têtes… Meilleur film de science-fiction depuis « Star Wars ». Barack Hussein Obama
All these newspapers used to have foreign bureaus. Now they don’t. They call us to explain to them what’s happening in Moscow and Cairo. Most of the outlets are reporting on world events from Washington. The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing. Ben Rhodes
There are sort of these force multipliers. We have our compadres, I will reach out to a couple people.(…) And I’ll give them some color, and the next thing I know, lots of these guys are in the dot-com publishing space, and have huge Twitter followings, and they’ll be putting this message out on their own. Ned Price (Rhodes’s assistant)
Rhodes’s innovative campaign to sell the Iran deal is likely to be a model for how future administrations explain foreign policy to Congress and the public. The way in which most Americans have heard the story of the Iran deal presented — that the Obama administration began seriously engaging with Iranian officials in 2013 in order to take advantage of a new political reality in Iran, which came about because of elections that brought moderates to power in that country — was largely manufactured for the purpose for selling the deal. Even where the particulars of that story are true, the implications that readers and viewers are encouraged to take away from those particulars are often misleading or false. Obama’s closest advisers always understood him to be eager to do a deal with Iran as far back as 2012, and even since the beginning of his presidency. David Samuels
C’est le mois sacré du ramadan, un moment où les mosquées ouvrent leurs portes, les centres communautaires accueillent leurs voisins, et même les églises et les synagogues offrent leurs espaces aux musulmans pour la rupture du jeûne et les gens de toutes les religions ainsi que ceux qui n’en ont pas sont souvent invités à s’y joindre […]   Continuons de nous réunir pour l’iftar et les événements communautaires.  Célébrons la fierté, la multi-race et la multi-foi de la démocratie ! David Cameron
A tous les citoyens musulmans, je souhaite un ramadan béni et paisible. Angela Merkel
A l’heure où  les Américains musulmans célèbrent le mois sacré, je me rappelle que nous sommes une famille américaine. Comme les communautés musulmanes américaines, je rejette fermement les voix qui cherchent à nous diviser ou limiter nos libertés religieuses. Nous continuerons d’accueillir des immigrants et des réfugiés dans notre pays, y compris ceux qui sont musulmans. Barack Hussein Obama
Le ramadan nous rappelle à tous de témoigner de notre reconnaissance pour les innombrables bénédictions dont nous jouissons et de faire passer les besoins des autres avant les nôtres. Prenons le temps de reconnaître, et de montre notre gratitude pour les contributions inestimables de nos communautés musulmanes qui enrichissent notre tissu national chaque jour. La diversité culturelle du Canada est l’une de nos plus grandes forces et sources de fierté. Au nom de notre famille, Sophie et moi souhaitons à tous ceux qui observent ce mois sacré un ramadan béni et paisible. Justin Trudeau
« Commencé le 6 juin et s’achevant aux alentours du 5 juillet, le ramadan (période de jeûne annuel des musulmans) ne sera pas pratiqué par les Bleus durant leur parcours à l’Euro. La décision a été prise par le staff en accord avec les joueurs concernés (dont Paul Pogba, N’Golo Kanté, Bacary Sagna). En effet, les joueurs étant confrontés à une activité physique intense, leur alimentation doit être régulière, de même que l’hydratation. Ils pourront «rattraper» cette période après l’Euro » rapporte le site sport24.com. Rappelons que la jurisprudence musulmane qui a toujours fait montre d’une grande souplesse, permet des adaptations en autorisant la rupture du jeûne dans certaines situations. Dans une autre situation, le Conseil Théologique Musulman de France a émis récemment une fatwa (avis religieux) permettant la rupture du jeûne du mois de Ramadan aux élèves candidats aux différents examens, en été pour le rattraper plus tard. Oummah.com
Contrairement aux fausses idées, les joueurs des équipes nationales ne jeunent pas si les compétitions internationnales concident avec ramadan, c’est comme pour l’armée au front. Hassan Nejjar (Le Petit-Paris, France)
To the ayatollahs of Iran and every terrorist you enable: Listen up. You might have met our fresh-faced flower child president and his weak-kneed, Ivy League friends. But you haven’t met America… Charlie Daniels
En politique américaine, le terme ville sanctuaire désigne une ville des États-Unis appliquant une politique de protection des migrants sans-papiers. Ces pratiques peuvent être définie par la loi (de jure) ou simplement dans les fait (de facto). Dans la pratique, ces villes ne permettent pas que les fonds municipaux servent à faire respecter les lois fédérales sur l’immigration, ni que la police ou les employés municipaux interrogent une personne sur la légalité de sa présence sur le territoire national. En 1979, Los Angeles fut la première ville à empêcher la police d’enquêter sur le statut migratoire des personnes arrêtées. En 2012, une trentaine de ville sont qualifiées de sanctuaire : Washington, D.C., New York, Los Angeles, Chicago, San Francisco, Santa Ana, San Diego, San Jose, Salt Lake City, El Paso, Houston, Détroit, Jersey City, Minneapolis, Miami, Denver, Baltimore, Seattle, Portland, New Haven, Somerville, Cambridge et Portland. Wikipedia
Just last year over 300 Mexicans died in their attempt to enter the United States, the vast majority if not all of them in search of a job. The Mexican government obviously has an obligation to take all actions possible in order to avoid the loss of life. It is a natural and fair response to consider this as an attempt to promote undocumented immigration, but that is absolutely not the intent of the Mexican government. Gerónimo Gutiérrez (Sous-secrétaire d’Etat mexicain pour les Affaires nord-américaines)
From a distance, Donald Trump and Barack Obama have very different outlooks on the world. The president is a hyper-rational « Spockian, » to borrow Jeffrey Goldberg’s phrase from his new Atlantic article on the president’s foreign policy. He calmly lectures on the limits of U.S. power and the importance of the American moral example. Trump is bombastic. He threatens the families of terrorists and only belatedly revoked his promise to bring back waterboarding and « much worse. » Obama regards his nuclear agreement with Iran as a great achievement. Trump calls it the dumbest deal in the history of deal-making. Obama has pushed for the Trans-Pacific Partnership free-trade deal. Trump threatens to bring back tariffs. These differences are real. But Goldberg’s deeply reported essay shows that for all their differences, Trump and Obama share similar foreign policy instincts. Both men, for example don’t think much of America’s traditional alliances. Nor do they think much of the U.S. foreign policy establishment. Both also profess to have a soft spot for the bloodless foreign policy realism of George H.W. Bush. Obama is a fan of Bush’s national security adviser, Brent Scowcroft. Trump says he admires Richard Haass, a protégé of Scowcroft and currently the president of the Council on Foreign Relations. (…) Trump’s disdain for foreign policy eminences is less literate than Obama’s. While Obama could talk for hours, it seems, about the subtle distinctions between liberal internationalism and realpolitik, Trump can’t be bothered with such nuance. His campaign does not put out policy papers. When asked over the summer who he turns to for foreign policy advice, Trump said he watches the 24-hour news channels. And yet Trump, like Obama, is still opposing the last war. Obama sold his Iran deal by attacking its critics for supporting the Iraq invasion. Trump dismisses criticism from Republican Senators Lindsey Graham and John McCain by ridiculing their advocacy for the Iraq war.  Trump and Obama also have similar approaches to Russia. Obama did nothing this summer as the Kremlin moved military personnel and equipment to Syria to begin its air war on the Islamic State. Trump has asked why the U.S. should object to this campaign that Obama’s inaction helped enable. Goldberg reports how Obama rejected Secretary of State John Kerry’s recommendations for air strikes against Syrian dictator Bashar al-Assad. Trump, too, has questioned why the U.S. should stand in the way of Assad’s war against what he sees as a dangerous opposition. (At the same time, he has mused that Obama’s reluctance to intervene earlier has been a cause of the current refugee crisis for Europe). Like Obama in 2008, Trump has proposed a reset with Russia.  (…) Trump’s promise to start over with Putin must sting Obama. After all, the president has little to show in 2016 for the reset he enacted in 2009. Then again, Obama has little to show for most of his foreign policy: Despite his best intentions, the world has become more dangerous during Obama’s presidency. The state system in the Middle East is collapsing. Many of America’s traditional alliances have frayed. Jihadists have established more safe havens in ungoverned spaces. (…) Like demagogues before him, Trump is happy to be inconsistent.  Obama, too, has been inconsistent. Goldberg concludes that the president today does not think the Middle East is worth much American blood and treasure. Despite the protests of allies and experts, Obama still doesn’t think the crisis in Syria is a more serious national security challenge than climate change. Obama made a point of saying how his decision to walk away from his own red line on Syria’s use of chemical weapons was one of the proudest moments of his presidency. And yet, Obama’s successor will inherit U.S. military campaigns in Iraq, Syria and Afghanistan, and possibly even Libya if Obama’s generals get their way. For all the talk of ending dumb wars, Obama is still fighting them. Trump promises that he would win them, but he never says how. Perhaps he should talk to some of the foreign policy experts and allies that he and Obama so disdain. Eli Lake
In 2008 it was gauche to bring up the vicious racist Rev. Jeremiah Wright, whose trite cast-off slogan “audacity of hope” inspired the title of Barack Obama’s campaign primer. In 2012, it would have apparently been rude for Mitt Romney to have fired back at Candy Crowley, “How dare you hijack a presidential debate!” Yes, Trump may be creepy, but the reluctance to challenge our present naked emperors is just as creepy. Is the so-called establishment going to warn us that Trump would be capable of running up $10 trillion in debt, socializing our medical system, unleashing the IRS and EPA on perceived enemies, and weakening friends and empowering enemies abroad, as he offers the world historically challenged pop riffs on Islam, Hiroshima, and global geography? For each take-down of NeverTrump, can we at least have commensurate analysis of how and why a monstrosity like the Clinton cash operation was allowed to thrive without audit; or how it is that the secretary of state and her minions snubbed the law and behaved in a fashion that would have put any other federal employees in jail (…) Turn on an evening cable show and ask which interviewer is married to which anchor on another channel, or which of the pundits are former politicos, or how many in the White House worked for Big News or are married or related to someone who does. How many pundits were advisers to political candidates or related to someone who was? How does Ben Rhodes do an interview on CBS News or George Stephanopoulos interview Hillary Clinton or a writer expound on the primaries when he is also an adviser to a particular campaign? The problem is not just that all this is incestuous or unethical, but that it blinds a tiny elite to what millions of quite different Americans value and experience. (…) I wish that the high IQs of the establishment class had taken Murray’s sage advice eight years ago and just listened to what Obama had said in denigration of the Pennsylvania working classes or the “typical white person” grandmother who raised him; or to his pseudo-macho references to guns and knives, and “get in their face”; or to the hokey promises to lower global temperatures and stop the seas from rising; and all the other Vero possumus tripe. Or that they had used their presumably formidable mental powers to review Obama’s public record as a state legislator and a U.S. senator — which presaged everything from Obamacare and the unconstitutional undermining of federal law to the apology tours and the near-destruction of 70 years of bipartisan foreign policy. (…) Did a high IQ prevent an infatuated David Brooks (whom he quotes approvingly) from fathoming presidential success as if he were a sartorial seancer, from the crease of Senator Obama pants leg? What was the IQ of the presidential historian who declared Obama the smartest man ever to be elevated to the White House? Or the Newsweek editor who envisioned an apotheosized Obama? Or the MSNBC host who motor-mouthed about the tingle in his leg at the sound of an Obama speech? Or, yes, the conservative policy analyst (and self-confessed “Starry-eyed Obama groupie”) who wrote approvingly (“flat-out plain brilliant”) of the Obama race speech in March 2008, in which Obama revealed to the world that his own grandmother — the sole steady working breadwinner of Obama’s extended family, whose labors sent him to prep school — was a supposedly “typical white person” in her prejudices, while he further contextualized the abject racism and anti-Semitism of the Rev. Jeremiah Wright — a speech renounced by Obama himself when Wright later felt empowered to double down on his racism. Or perhaps the conservative wit who once wrote that Obama has a “first-class temperament and a first-class intellect,” and that he is the rare politician who “writes his own books,” which were “first rate”? Victor Davis Hanson
Many Middle Easterners want to relocate to Europe for its material and civilizational advantages over their homes in Algeria, Iraq, Libya, Morocco, or Syria. Yet many new arrivals are highly critical of Western popular culture, permissiveness, and religion — to the extent of not wanting to assimilate into the very culture into which they rushed. Apparently, like their ancient counterparts, modern migrants on the poorer or less stable side of a border are ambiguous about what they want. They seek out the security and bounty of mostly Western systems — whether European or American — but not necessarily to surrender their own cultural identities and values.(…) Mexico is often critical of the United States and yet encourages millions of its own people to emigrate to a supposedly unattractive America. Some protesters in turn wave the flag of the country that they do not wish to return to more often than the flag of the country they are terrified of being deported from. Signs at rallies trash the United States but praise Mexico (…) Rome worked when foreigners crossed through its borders to become Romans. It failed when newcomers fled into the empire and adhered to their own cultures, which were at odds with the Roman ones they had ostensibly chosen. (…) There were no walls between provinces of the Roman Empire — just as there are no walls between the individual states of America — because common language, values, and laws made them all similar. But fortifications gradually arose all over the outer ring of the Roman world, once Rome could no longer afford to homogenize societies antithetical to their own. Victor Davis Hanson
Trump stays in the news not just by taking extreme positions, but also by taking extreme positions on issues that are already extreme. When Mexico prints comic books advising its own citizens on how to enter the U.S. illegally, when the major illegal-alien lobbying group is called The National Council of La Raza (“The Race”), and when major U.S. cities, in Confederate-style, declare themselves “sanctuaries” in which U.S. federal immigration law does not apply, then we long ago entered zones of extremism. (…) Trump sounds crazy—and dangerous—in his idiotic idea to ban entry into the U.S. on the basis of religion. But is that inanity any less extreme than the administration’s European-style wish to welcome in tens of thousands of mostly young males from the war-torn Middle East without any proper method of identification and audit—at a time of spikes in radical Islamic terrorism in the West? Again, Trump cannot predicate immigration on the basis of religion, but he certainly could place a temporary moratorium of all immigration from particular Middle East countries like Syria, Iraq, Yemen, and Libya, in the way that we do not open our arms to mass influxes of Iranians and North Koreans. (…) Ignoring candidate Trump’s crude bombast for conservatives is analogous to liberals tuning out Obama’s campaign calls for supporters to take their knives to a gun fight or to get in their opponents’ faces, or his arrogant put-downs of lower middle-class Pennsylvanians or his flat-out prevarications about his relationship with mentor and personal pastor, the racist and anti-Semitic Rev. Jeremiah Wright. Trump’s memoirs are often vulgar; Obama’s largely fictional. Trump’s selfish womanizing was consensual; former President Bill Clinton’s often allegedly coerced. Victor Davis Hanson

Attention: un extrémisme peut en cacher un  autre !

A l’heure où après avoir appelé à sa propre invasion par des migrants illégaux et leur avoir appris la position du missionnaire, l’Allemagne propose l‘exemption de taxes des commerces musulmans pour le ramadan …

Et où après la bénédiction papale de ladite invasion, c’est directement en haute mer que les flottes européennes vont prendre leurs livraisons desdits migrants illégaux que leur apportent quotidiennement les réseaux de passeurs turcs et pour lesquels Ankara encaisse les milliards censés les empêcher de partir …

Pendant qu’après la bénédiction Washington, Londres et Ottawa, les fidèles de Mahomet ouvrent, comme vient le rappeler l’Etat islamique, le « mois de la conquête et de la guerre sainte » avec des attaques sur Amman, Istanbul et Tel Aviv

Et que sur fond de prise en otage des citoyens et de saccage des établissements bancaires par le premier militant ou syndicaliste venu et après le mariage et les enfants, nos belles âmes proposent rien de moins que le revenu garanti pour tous

Comment encore s’étonner avec l’éditorialiste et historien militaire américain Victor Davis Hanson …

Face à une Administration américaine qui se vante de ses abandons de l’Irak et de la Syrie ou d’avoir trompé la presse pour l’accord sur le nucléaire iranien …

Et à un Etat mexicain qui il y a encore quelques années publiait un manuel du migrant illégal

Pendant qu’au mépris des lois fédérales sur l’immigration illégale des villes entières se déclarent villes-sanctuaires

D’une candidature aux élections présidentielles américaines aussi extrémiste que celle d’un Trump ?

Why Republicans Will Vote For Trump
Victor Davis Hanson
Hoover.org
May 24, 2016

If Donald Trump manages to curb most of his more outrageous outbursts by November, most Republicans who would have preferred that he did not receive the nomination will probably hold their noses and vote for him.

How could that be when a profane Trump has boasted that he would limit Muslim immigration into the United States, talked cavalierly about torturing terrorist suspects and executing their relatives, promised to deport all eleven-million Mexican nationals who are residing illegally in the U.S., and threatened a trade war with China by slapping steep tariffs on their imports?

A number of reasons come to mind.

First, Trump stays in the news not just by taking extreme positions, but also by taking extreme positions on issues that are already extreme. When Mexico prints comic books advising its own citizens on how to enter the U.S. illegally, when the major illegal-alien lobbying group is called The National Council of La Raza (“The Race”), and when major U.S. cities, in Confederate-style, declare themselves “sanctuaries” in which U.S. federal immigration law does not apply, then we long ago entered zones of extremism.

Of course, Trump would be wiser to become both more specific and reasonable about solutions to illegal immigration. “Making Mexico pay for the wall” could be finessed not by a trade war, but perhaps by slapping surcharges on remittances sent to Mexico, at higher rates for those in the U.S. who could not prove legal residency. Deportation certainly sounds like a reasonable punishment for the likely more than 1 million illegal aliens who either have committed serious crimes inside the United States or who have no history of being employed—then, once the border is secure, he could propose granting green card status to the illegal aliens who are employed, long-time residents, without criminal convictions, and willing to pay a fine and learn English.

Trump sounds crazy—and dangerous—in his idiotic idea to ban entry into the U.S. on the basis of religion. But is that inanity any less extreme than the administration’s European-style wish to welcome in tens of thousands of mostly young males from the war-torn Middle East without any proper method of identification and audit—at a time of spikes in radical Islamic terrorism in the West? Again, Trump cannot predicate immigration on the basis of religion, but he certainly could place a temporary moratorium of all immigration from particular Middle East countries like Syria, Iraq, Yemen, and Libya, in the way that we do not open our arms to mass influxes of Iranians and North Koreans.

Trump was bashed for suggesting NATO’s tenure is nearing an end—again another ridiculous and dangerous idea. But that trial balloon remains an unhinged corrective to the present unhinged nature of the alliance, in which few members honor their contractual defense spending obligations, and the alliance has both expanded far beyond anything that its founders envisioned, and conducted optional and sometimes failed operations abroad that had nothing to do with trans-Atlantic security. During the Cold War, we sometimes forgot that NATO members occasionally allowed fly-over rights to Soviet Union air lifts headed to the Middle East, while denying fellow NATO member the United States the use of European NATO air space to resupply Israel.

Many conservatives tune out Trump’s adolescent solutions, but not necessarily the haywire issues he has raised. Most believe that he will back down from his original, headline-grabbing positions, and eventually offer more studied and reasonable solutions to an ignored problem that otherwise might not have been aired. And though the results may not be what his supporters have cheered on in rallies or what his critics have hoped for, they will, to many Republican voters, be preferable to President Obama’s current and Hillary Clinton’s future positions. Ignoring candidate Trump’s crude bombast for conservatives is analogous to liberals tuning out Obama’s campaign calls for supporters to take their knives to a gun fight or to get in their opponents’ faces, or his arrogant put-downs of lower middle-class Pennsylvanians or his flat-out prevarications about his relationship with mentor and personal pastor, the racist and anti-Semitic Rev. Jeremiah Wright. Trump’s memoirs are often vulgar; Obama’s largely fictional. Trump’s selfish womanizing was consensual; former President Bill Clinton’s often allegedly coerced.

A second reason why many conservatives will vote for Trump is that they, like everyone else, are cynical about what candidates say and what they, as presidents, actually do. In 2000, George W. Bush ran as the realist alternative to neocon interventionist John McCain. Obama in 2008 never uttered the word “transgendered.” Instead, he ran against gay marriage, outlined a health plan to the right of Hillary’s that protected patients’ existing coverage and physicians, predicted a new era of presidential transparency, promised post-racial reconciliation, insisted that he could not subvert immigration law or grant amnesties by executive orders, harked on balancing the budget and reducing the national debt, and, as a former law lecturer, vowed to confine the presidency within its constitutional limits.

Third, we have become so inured to the outrageous, that many conservatives are not quite sure whether Trump is just a more in-your-face version of current politicians or if he truly is an outlier in his vulgarity. Consider, after all, the last month in politics. Recently, news stories noted that a White House guest rapper, paroled on a pending felony charge, had his ankle bracelet go off. The White House deputy national security advisor and senior speechwriter Ben Rhodes bragged about how he more or less lied and perpetuated a con to ram through the Iran deal without Senate oversight. Former Obama speechwriters joked on television about writing the lie, “If you like your insurance, you can keep it.” Obama himself threatened to cut off federal funds to states that did not share his reinterpretation of the 1972 Title IX Amendments to include bathroom access of their choice for the transgendered. Meanwhile, the FBI weighs a federal felony indictment against Hillary Clinton, just as stories have resurfaced of Bill Clinton’s frequent and unescorted flights on convicted sex offender Jeffrey Epstein notorious “Lolita Express.” If that is a typical month in the life of the current administration and ongoing presidential campaign, then what exactly are the norms by which we can judge Trump as a renegade?  The proper critique of Trump is that he would not restore decorum to political discourse and behavior that long ago were debased.

Trump should release all his tax records, but probably will not because they would show he pays taxes at a low rate, is not quite the philanthropist he poses to be, and is certainly not worth $10-11 billion. Candidates do not release data that they know prove they are lying or hypocritical—including Hillary Clinton, who has not released thousands of her now deleted emails she claimed were personal and the transcripts of her Wall Street speeches that earned her millions of dollars in campaign quid-pro-quo donations. Obama was never going to release his college transcripts, his personal medical records, or a video clip of his encomium of Rashid Khalidi, former PLO advisor to Yasser Arafat—most likely because he was a lackadaisical B- student who would have never been accepted to law schools without affirmative action, could have been embarrassed about prior medical issues, and at one time might have sounded as if he were a rabid Palestinian supporter. In other words, the shady Trump is now caught gambling in Casablanca.

Fourth, most Republicans do not quite buy the #NeverTrump argument that Trump is running to the left of Hillary Clinton. His critique of Bush’s nation-building is not analogous to Obama’s outreach to Iran and Cuba, and it will not lead to another Benghazi or an apology tour. Rather, his opportunistic attacks on nation-building is more akin to Jacksonian realism—dangerous perhaps in the fragile U.S.-led postwar world and lacking in idealism, but a position to the right, not to the left, of George W. Bush. He is also a crude nationalist on trade and immigration, not a naïve utopian. Deporting some illegal aliens is seen as preferable to never deporting any or protecting criminals in sanctuary cities. Insisting, for example, that Japan treats imported California rice or beef in the manner that the U.S. handles Hondas, is not protectionism or inherently anti-free-trade.

On other issues, such as Supreme Country appointments, the military, abortion, or the budget, Trump will likely be judged as more conservative than Hillary Clinton. After the shock wears off for most Republicans that Trump is only half or two-thirds conservative, they will probably shrug and see him as preferable to Clinton, who has little to no conservative propensities whatsoever.  Trump may have moved the Republican Party to the center, but Clinton moved the Democratic Party much farther from the center—and to the left. The campaign will be long, heated, and polarizing, and Clinton will be attacking conservative positions far more than will Trump. The #NeverTrump crowd will increasingly have nowhere to go, given that their criticism of the Republican nominee will only empower the liberal Clinton as the race grows close. As Republican fence-sitters and dissenters in the next five months watch conservative values serially trashed by the Clinton campaign, their patience will probably wear thin by November.

Finally, Republicans might embrace a democratic fatalism—or the opinion, in other words, that “if that’s what the people want, that’s what the people get.” They may well vote for Trump as loyal party members, but also retreat to the fallback position that they never wished him to win the nomination in the first place. Some Republicans who vow to stay home in November will—but the vast majority will bite their lip and likely vote Trump.

Voir aussi:

Class, Trump, and the Election
If the ‘high IQs’ of the establishment have let America down, where is a voter to turn?
Victor Davis Hanson
National Review Online
May 31, 2016

Donald Trump seems to have offended almost every possible identity group. But the New York billionaire still also seems to appeal to the working classes (in part no doubt precisely because he has offended so many special-interest factions; in part because he was seen in the primaries as an outsider using his own money; in part because he seems a crude man of action who dislikes most of those of whom Middle America is tired). At this point, his best hope in November, to the extent such a hope exists, rests on turning 2016 into a referendum on class and a collective national interest that transcends race and gender — and on emphasizing the sad fact that America works now mostly for an elite, best epitomized by Clinton, Inc.

We should not underestimate the opportunities for approaching traditional issues from radically different perspectives. The National Rifle Association is running the most effective ads in its history, hitting elites who wish to curtail gun ownership on the part of those who are not afforded the security blankets of the wealthy. Why should not an inner-city resident wish to buy a legal weapon, when armed security guards patrol America’s far safer gated communities? For most of the Clintons’ adult lives, they have been accompanied by men and women with concealed weapons to ensure their safety — on the premise that firearms, not mace, not Tasers, not knives or clubs, alone would ultimately keep the two safe.

Fracking provides jobs and cheaper fuel; the elites of the Democratic party care about neither. Indeed, Barack Obama and Energy Secretary Steven Chu proclaimed their desire for spiraling gas and electricity prices. Boutique environmentalism is a losing issue for the Democrats. The very wealthy can afford to be more concerned for a three-inch smelt than for irrigation water that will ensure that there are jobs for tractor drivers and affordable food for the less-well-off. When Hillary Clinton talks about putting miners out of work, she’s talking about people she has no desire to see unless she needs their votes.

Illegal immigration is another issue that offers class leverage. Middle-class Mexican-Americans cannot afford to put their kids in private schools when local districts are overwhelmed with non-English-speaking students. Trying to provide parity for 11 million or more illegal aliens naturally comes at the expense of fewer safety-net protections for minority citizens, just as driving down wages is good for the employer but hardly for the citizen who competes with illegal aliens for entry-level jobs. And what about lower-middle-class communities that are overwhelmed with foreign nationals whose backgrounds were never checked.

Outsourcing jobs affects predominantly the lower middle classes; no pundit, D.C. staffer, or New York lawyer is replaced by some cheaper English-speaker from the Punjab. Obamacare follows the same pattern. Elites who praise it to the skies either have the money or the Cadillac plans to navigate around it. I doubt that Rahm Emanuel and his brothers queue up at a surgery center, hoping to win five minutes with an ophthalmologist who now treats 70 patients a day to survive under Obamacare.

Donald Trump is unlikely to defeat Hillary Clinton unless he, an insider billionaire with little political knowledge, can appeal to the concerns of millions that cut across the Democratic firewalls of race and class. If a mom in Orange County thinks that Benghazi did make a difference and ISIS is a murderous Islamic terrorist enterprise, if an African-American youth believes that someone should try to hire him on a building site in preference to an illegal alien, and if a cosmetician believes that one violation of a federal law will land her in jail while many violations may land Hillary in the White House, then class trumps identity politics.

The entire establishments of both political parties are losing the illusion that they are clothed. The Clintons and their appendages famously became rich by monetizing their public positions through shakedowns of the international corporate set, under the patina of egalitarian progressivism. No one in the media for a decade has said a word about their criminal enterprise; commentators were more likely to donate to the Clinton Foundation as a sort of business investment or indemnity insurance. And how in the world does a middle-class ex-teacher and congressman with a 20-year tenure like Dennis Hastert end up with millions to pay hush money to the victims of his alleged pederastic assaults? How did a Harry Reid become a Nevada multimillionaire? How many middle-class workers’ annual incomes does Hillary Clinton trump in a single 20-minute Wall Street speech, whose content is vacuous? Where, then, is Occupy Wall Street?

Why the NeverTrump movement has so far failed is in part a matter of class as well, defined not so much in terms of cash, as of influence, education, and lifestyle. In 2008 it was gauche to bring up the vicious racist Rev. Jeremiah Wright, whose trite cast-off slogan “audacity of hope” inspired the title of Barack Obama’s campaign primer. In 2012, it would have apparently been rude for Mitt Romney to have fired back at Candy Crowley, “How dare you hijack a presidential debate!” Yes, Trump may be creepy, but the reluctance to challenge our present naked emperors is just as creepy. Is the so-called establishment going to warn us that Trump would be capable of running up $10 trillion in debt, socializing our medical system, unleashing the IRS and EPA on perceived enemies, and weakening friends and empowering enemies abroad, as he offers the world historically challenged pop riffs on Islam, Hiroshima, and global geography? For each take-down of NeverTrump, can we at least have commensurate analysis of how and why a monstrosity like the Clinton cash operation was allowed to thrive without audit; or how it is that the secretary of state and her minions snubbed the law and behaved in a fashion that would have put any other federal employees in jail; or how it is that 155 years after the start of the Civil War over 300 cities, counties, and states have declared federal law null and void in their jurisdictions — and with complete impunity?

Turn on an evening cable show and ask which interviewer is married to which anchor on another channel, or which of the pundits are former politicos, or how many in the White House worked for Big News or are married or related to someone who does. How many pundits were advisers to political candidates or related to someone who was? How does Ben Rhodes do an interview on CBS News or George Stephanopoulos interview Hillary Clinton or a writer expound on the primaries when he is also an adviser to a particular campaign? The problem is not just that all this is incestuous or unethical, but that it blinds a tiny elite to what millions of quite different Americans value and experience.

Charles Murray recently wrote in anger, addressing those who would vote for Trump because “Hillary is even worse”: “I know that I am unlikely to persuade any of my fellow Establishmentarians to change their minds. But I cannot end without urging you to resist that sin to which people with high IQs (which most of you have) are unusually prone: Using your intellectual powers to convince yourself of something despite the evidence plainly before you. Just watch and listen to the man. Don’t concoct elaborate rationalizations. Just watch and listen.”

I wish that the high IQs of the establishment class had taken Murray’s sage advice eight years ago and just listened to what Obama had said in denigration of the Pennsylvania working classes or the “typical white person” grandmother who raised him; or to his pseudo-macho references to guns and knives, and “get in their face”; or to the hokey promises to lower global temperatures and stop the seas from rising; and all the other Vero possumus tripe. Or that they had used their presumably formidable mental powers to review Obama’s public record as a state legislator and a U.S. senator — which presaged everything from Obamacare and the unconstitutional undermining of federal law to the apology tours and the near-destruction of 70 years of bipartisan foreign policy.

Murray has a point that Trump’s crudity and buffoonery should be taken seriously, but when he says establishmentarians have “high IQs,” what exactly does he mean? Did a high IQ prevent an infatuated David Brooks (whom he quotes approvingly) from fathoming presidential success as if he were a sartorial seancer, from the crease of Senator Obama pants leg? What was the IQ of the presidential historian who declared Obama the smartest man ever to be elevated to the White House? Or the Newsweek editor who envisioned an apotheosized Obama? Or the MSNBC host who motor-mouthed about the tingle in his leg at the sound of an Obama speech? Or, yes, the conservative policy analyst (and self-confessed “Starry-eyed Obama groupie”) who wrote approvingly (“flat-out plain brilliant”) of the Obama race speech in March 2008, in which Obama revealed to the world that his own grandmother — the sole steady working breadwinner of Obama’s extended family, whose labors sent him to prep school — was a supposedly “typical white person” in her prejudices, while he further contextualized the abject racism and anti-Semitism of the Rev. Jeremiah Wright — a speech renounced by Obama himself when Wright later felt empowered to double down on his racism. Or perhaps the conservative wit who once wrote that Obama has a “first-class temperament and a first-class intellect,” and that he is the rare politician who “writes his own books,” which were “first rate”?

Establishmentarian high IQs? The point is not to castigate past poor judgment, but to offer New Testament reminders about hubris and the casting of first stones — and why hoi polloi are skeptical of their supposed intellectual betters.

So how did a blond comb-over real-estate dealer destroy an impressive and decent Republican field and find himself near dead even with Hillary Clinton — to the complete astonishment, and later fury, of the Washington establishment?

Simply because lots of people have become exhausted by political and media elites who have thought very highly of themselves — but on what grounds it has become increasingly impossible to figure out.

Voir également:

A Mexican Manual for Illegal Migrants Upsets Some in U.S.
James C. Mckinley jr.

The NYT

Jan. 6, 2005

MEXICO CITY, Jan. 5 – The Mexican government drew fire from American advocates of tighter borders on Wednesday for publishing a pamphlet that instructs migrants how to safely enter the United States illegally and live there without being detected.

Officials here say the small booklet, illustrated in comic-book style, is not intended to encourage illegal immigration, but to reduce the loss of life. Last year, more than 300 migrants died while crossing rivers and deserts to reach the United States.

The guidebook also advises would-be migrants to avoid hiring professional immigrant-smugglers and to refuse to carry packages for others. It also instructs people never to lie to border officials, carry false documents or resist arrest.

But groups favoring stricter immigration controls said the pamphlet amounted to a how-to manual for illegal immigrants. The booklet gives advice on what clothes to wear when fording a river and how to cross a desert without getting dehydrated.

It also counsels migrants to keep a low profile once in the United States, telling them, for instance, to stay away from loud parties or discos that might be raided by the police and to stay out of domestic disputes, which might lead to an arrest. Finally, it lists what rights migrants have if caught, among them safe transport home, medical care, food and water.

« This is not the action of a friendly neighbor, » said Representative Tom Tancredo, the Colorado Republican who chairs the Congressional Immigration Reform Caucus. « What would the Mexican government say if we encouraged our citizens to violate Mexican law? »

Mexico’s Foreign Ministry, however, said its intent in publishing the « Guide for the Mexican Migrant » was to warn migrants of the dangers they might face if they choose to slip illegally into the United States.

Gerónimo Gutiérrez, Mexico’s under secretary for North American affairs, said the guide was written to dissuade people from making a clandestine journey or at least to warn them of the perils and legal risks should they decide to go. About 1.5 million copies of the guide were printed and distributed throughout the country in December.

« Just last year over 300 Mexicans died in their attempt to enter the United States, the vast majority if not all of them in search of a job, » Mr. Gutiérrez said. « The Mexican government obviously has an obligation to take all actions possible in order to avoid the loss of life. »

He added, « It is a natural and fair response to consider this as an attempt to promote undocumented immigration, but that is absolutely not the intent of the Mexican government. »

But groups seeking stricter immigration laws argued that Mexican officials were being disingenuous in asserting that the pamphlet does not encourage illegal migration. They say that Mexico wants to continue exporting unemployed people and reaping the benefits of money sent home to their families.

« If the Mexican government were really very concerned about their citizens dying in the desert, why doesn’t it use its army and police to prevent people from crossing in those areas? » said Steven Camarota, director of research at the Center for Immigration Studies, which favors tighter borders.

Others said the pamphlet only highlighted the need to revamp the American immigration system, which seems to have no effective response to the yearly flood of Mexican migrants seeking jobs. « The publication is nothing more than another symptom of a broken immigration system, » said Paul L. Zulkie, president of American Immigration Lawyers Association.

Voir encore:

The Aspiring Novelist Who Became Obama’s Foreign-Policy Guru

How Ben Rhodes rewrote the rules of diplomacy for the digital age.

David Samuel

The NYT

May 5, 2016

Picture him as a young man, standing on the waterfront in North Williamsburg, at a polling site, on Sept. 11, 2001, which was Election Day in New York City. He saw the planes hit the towers, an unforgettable moment of sheer disbelief followed by panic and shock and lasting horror, a scene that eerily reminded him, in the aftermath, of the cover of the Don DeLillo novel “Underworld.”

Everything changed that day. But the way it changed Ben Rhodes’s life is still unique, and perhaps not strictly believable, even as fiction. He was in the second year of the M.F.A. program at N.Y.U., writing short stories about losers in garden apartments and imagining that soon he would be published in literary magazines, acquire an agent and produce a novel by the time he turned 26. He saw the first tower go down, and after that he walked around for a while, until he ran into someone he knew, and they went back to her shared Williamsburg apartment and tried to find a television that worked, and when he came back outside, everyone was taking pictures of the towers in flames. He saw an Arab guy sobbing on the subway. “That image has always stayed with me,” he says. “Because I think he knew more than we did about what was going to happen.” Writing Frederick Barthelme knockoffs suddenly seemed like a waste of time.

“I immediately developed this idea that, you know, maybe I want to try to write about international affairs,” he explained. “In retrospect, I had no idea what that meant.” His mother’s closest friend growing up ran the Carnegie Endowment for International Peace, which then published Foreign Policy. He sent her a letter and included what would wind up being his only piece of published fiction, a short story that appeared in The Beloit Fiction Journal. It was titled “The Goldfish Smiles, You Smile Back.” The story still haunts him, he says, because “it foreshadowed my entire life.”

It’s the day of President Obama’s final State of the Union address, Jan. 12, and the news inside the White House is not good. Luckily, the reporters on the couch in the West Wing waiting room don’t know it yet. The cream of the crop are here this early p.m. for a private, off-the-record lunch with the president, who will preview his annual remarks to Congress over a meal that is reported to be among the best in the White House chef’s repertoire.

“Blitzer!” a man calls out. A small figure in a long navy cashmere overcoat turns around, in mock surprise.

“You don’t write, you don’t call,” Wolf Blitzer, the CNN anchorman, parries.

“Well, you can call,” shoots back his former colleague Roland Martin. Their repartee thus concluded, they move on to the mutually fascinating subject of Washington traffic jams. “I used to have a 9:30 hit on CNN,” Martin reminisces. “The office was 8.2 miles from my home. It took me 45 minutes.” The CBS News anchor Scott Pelley tells a story about how members of the press destroyed the lawn during the Monica Lewinsky scandal and were told that they would be allowed back once the grass was replanted. The National Park Service replanted the grass outside the White House, but the journalists weren’t allowed back on the lawn.

Unnoticed by the reporters, Ben Rhodes walks through the room, a half-beat behind a woman in leopard-print heels. He is holding a phone to his ear, repeating his mantra: “I’m not important. You’re important.”

The Boy Wonder of the Obama White House is now 38. He heads downstairs to his windowless basement office, which is divided into two parts. In the front office, his assistant, Rumana Ahmed, and his deputy, Ned Price, are squeezed behind desks, which face a large television screen, from which CNN blares nonstop. Large pictures of Obama adorn the walls. Here is the president adjusting Rhodes’s tie; presenting his darling baby daughter, Ella, with a flower; and smiling wide while playing with Ella on a giant rug that says “E Pluribus Unum.”

For much of the past five weeks, Rhodes has been channeling the president’s consciousness into what was imagined as an optimistic, forward-looking final State of the Union. Now, from the flat screens, a challenge to that narrative arises: Iran has seized two small boats containing 10 American sailors. Rhodes found out about the Iranian action earlier that morning but was trying to keep it out of the news until after the president’s speech. “They can’t keep a secret for two hours,” Rhodes says, with a tone of mild exasperation at the break in message discipline.

As the deputy national security adviser for strategic communications, Rhodes writes the president’s speeches, plans his trips abroad and runs communications strategy across the White House, tasks that, taken individually, give little sense of the importance of his role. He is, according to the consensus of the two dozen current and former White House insiders I talked to, the single most influential voice shaping American foreign policy aside from Potus himself. The president and Rhodes communicate “regularly, several times a day,” according to Denis McDonough, Obama’s chief of staff, who is known for captaining a tight ship. “I see it throughout the day in person,” he says, adding that he is sure that in addition to the two to three hours that Rhodes might spend with Obama daily, the two men communicate remotely throughout the day via email and phone calls. Rhodes strategized and ran the successful Iran-deal messaging campaign, helped negotiate the opening of American relations with Cuba after a hiatus of more than 50 years and has been a co-writer of all of Obama’s major foreign-policy speeches. “Every day he does 12 jobs, and he does them better than the other people who have those jobs,” Terry Szuplat, the longest-tenured member of the National Security Council speechwriting corps, told me. On the largest and smallest questions alike, the voice in which America speaks to the world is that of Ben Rhodes.

Like Obama, Rhodes is a storyteller who uses a writer’s tools to advance an agenda that is packaged as politics but is often quite personal. He is adept at constructing overarching plotlines with heroes and villains, their conflicts and motivations supported by flurries of carefully chosen adjectives, quotations and leaks from named and unnamed senior officials. He is the master shaper and retailer of Obama’s foreign-policy narratives, at a time when the killer wave of social media has washed away the sand castles of the traditional press. His ability to navigate and shape this new environment makes him a more effective and powerful extension of the president’s will than any number of policy advisers or diplomats or spies. His lack of conventional real-world experience of the kind that normally precedes responsibility for the fate of nations — like military or diplomatic service, or even a master’s degree in international relations, rather than creative writing — is still startling.

Part of what accounts for Rhodes’s influence is his “mind meld” with the president. Nearly everyone I spoke to about Rhodes used the phrase “mind meld” verbatim, some with casual assurance and others in the hushed tones that are usually reserved for special insights. He doesn’t think for the president, but he knows what the president is thinking, which is a source of tremendous power. One day, when Rhodes and I were sitting in his boiler-room office, he confessed, with a touch of bafflement, “I don’t know anymore where I begin and Obama ends.”

Standing in his front office before the State of the Union, Rhodes quickly does the political math on the breaking Iran story. “Now they’ll show scary pictures of people praying to the supreme leader,” he predicts, looking at the screen. Three beats more, and his brain has spun a story line to stanch the bleeding. He turns to Price. “We’re resolving this, because we have relationships,” he says.

Price turns to his computer and begins tapping away at the administration’s well-cultivated network of officials, talking heads, columnists and newspaper reporters, web jockeys and outside advocates who can tweet at critics and tweak their stories backed up by quotations from “senior White House officials” and “spokespeople.” I watch the message bounce from Rhodes’s brain to Price’s keyboard to the three big briefing podiums — the White House, the State Department and the Pentagon — and across the Twitterverse, where it springs to life in dozens of insta-stories, which over the next five hours don formal dress for mainstream outlets. It’s a tutorial in the making of a digital news microclimate — a storm that is easy to mistake these days for a fact of nature, but whose author is sitting next to me right now.

Rhodes logs into his computer. “It’s the middle of the [expletive] night in Iran,” he grumbles. Price looks up from his keyboard to provide a messaging update: “Considering that they have 10 of our guys in custody, we’re doing O.K.”

With three hours to go until the president’s address to Congress, Rhodes grabs a big Gatorade and starts combing through the text of the State of the Union address. I peek over his shoulder, to get a sense of the meta-narrative that will shape dozens of thumb-suckers in the days and weeks to follow. One sentence reads: “But as we focus on destroying ISIL, over-the-top claims that this is World War III just play into their hands.” He retypes a word, then changes it back, before continuing with his edit. “Masses of fighters on the back of pickup trucks, twisted souls plotting in apartments or garages — they pose an enormous danger to civilians; they have to be stopped. But they do not threaten our national existence.”

Watching Rhodes work, I remember that he is still, chiefly, a writer, who is using a new set of tools — along with the traditional arts of narrative and spin — to create stories of great consequence on the biggest page imaginable. The narratives he frames, the voices of senior officials, the columnists and reporters whose work he skillfully shapes and ventriloquizes, and even the president’s own speeches and talking points, are the only dots of color in a much larger vision about who Americans are and where we are going that Rhodes and the president have been formulating together over the past seven years. When I asked Jon Favreau, Obama’s lead speechwriter in the 2008 campaign, and a close friend of Rhodes’s, whether he or Rhodes or the president had ever thought of their individual speeches and bits of policy making as part of some larger restructuring of the American narrative, he replied, “We saw that as our entire job.”

Having recently spent time working in Hollywood, I realize during our conversations that the role Rhodes plays in the White House bears less resemblance to any specific character on Beltway-insider TV shows like “The West Wing” or “House of Cards” than it does to the people who create those shows. And like most TV writers, Rhodes clearly prefers to imagine himself in the company of novelists.

“What novel is this that you are living in now and will exit from in eight months and be like, ‘Oh, my God’?” I ask him.

“Who would be the author of this novel?” he asks.

“The one you are a character in now?”

“Don DeLillo, I think,” Rhodes answers. “I don’t know how you feel about Don DeLillo.”

“I love Don DeLillo,” I answer.

“Yeah,” Rhodes answers. “That’s the only person I can think of who has confronted these questions of, you know, the individual who finds himself negotiating both vast currents of history and a very specific kind of power dynamics. That’s his milieu. And that’s what it’s like to work in the U.S. foreign-policy apparatus in 2016.”

It has been rare to find Ben Rhodes’s name in news stories about the large events of the past seven years, unless you are looking for the quotation from an unnamed senior official in Paragraph 9. He is invisible because he is not an egotist, and because he is devoted to the president. But once you are attuned to the distinctive qualities of Rhodes’s voice — which is often laced with aggressive contempt for anyone or anything that stands in the president’s way — you can hear him everywhere.

Rhodes’s mother and father are not interested in talking about Rhodes. Neither is his older brother, David, who is president of CBS News, an organization that recently revived the effort to declassify the contents of the redacted 28 pages of the Sept. 11 report on the eve of Obama’s visit to Saudi Arabia, on which Rhodes, as usual, accompanied the president. The brothers are close, but they often go months without seeing each other. “He was like the kid who carried the briefcase to school,” Ben says of his brother, who worked at Fox News and Bloomberg before moving to CBS. “I actually didn’t do that great in high school because I was drinking and smoking pot and hanging out in Central Park.”

Rhodes’s impassioned yet depressive vibe, which I feel in his stray remarks and in the strangeness of his decision to allow me to roam around the White House, stems in part from feeling overloaded; he wishes he had more time to think and write. His mother is Jewish from the Upper East Side, and worships John Updike, and reads The New Yorker. His father is a Texan lawyer who took his sons to St. Thomas Episcopal Church once a month, where Rhodes felt like the Jewish kid in church, the same way he felt like a “Jewish Christian” at Passover Seders. His New York City prep-school-kid combination of vulnerability, brattiness and passionate hatred for phonies suggests an only slightly updated version of what Holden Caulfield might have been like if he grew up to work in the West Wing.
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Rhodes at a nuclear-security summit meeting in March, where President Obama met with President Xi Jinping of China. Credit Doug Mills/The New York Times

Rhodes’s windowless back office, which doesn’t have a TV screen, is an oasis of late-night calm in a building devoted to the performance of power. The walls are painted a soft creamy color, which gives it the feel of an upscale hotel room with the drapes closed. He arrives here every morning between 8 and 9 from a modest two-bedroom apartment in a grad-student-type building in an unpretentious Washington neighborhood around the corner from his favorite post-collegiate bar. Before coming to work, he walks his 1-year-old daughter to day care. Then he drives to work in his Beamer, which appears to be the one grown-up luxury he and his wife, Ann Norris, who works in the State Department and longs to return to her childhood home of California, can afford. When his wife takes the car, he rides the bus, which offers him a touch of the anonymity he craves. His days at the White House start with the president’s daily briefing, which usually includes the vice president, National Security Adviser Susan Rice, Deputy National Security Adviser Avril Haines and Homeland Security Adviser Lisa Monaco.

The books on his shelves are a mix of DeLillo novels, history books, recondite tomes on Cuba and Burma and adventure-wonk stuff like Mark Mazzetti’s “The Way of the Knife.” C. S. Lewis makes an appearance here, alongside a volume of Lincoln speeches (Obama tells all his speechwriters to read Lincoln) and George Orwell’s “All Art Is Propaganda.” I have seen the same books on the shelves of plenty of Brooklyn apartments. Yet some large part of the recent history of America and its role in the world turns on the fact that the entirely familiar person sitting at the desk in front of me, who seems not unlike other weed-smokers I know who write Frederick Barthelme-type short stories, has achieved a “mind meld” with President Obama and used his skills to help execute a radical shift in American foreign policy.

So I wonder: How did he get from there to here?

The story that Rhodes published in The Beloit Fiction Journal is a good place to start.

The goldfish idea, I’m told, had been Ms. Wellberg’s.
“Why?” I ask. She is dyed blond, slim, petite, attractive.
“You take meticulous notes,” she slurs.

The editor at Foreign Policy who read “Goldfish,” which Rhodes attached with his query letter, said that the young M.F.A. would be bored with fact-checking. Instead, he suggested that he apply for a job with Lee Hamilton, the onetime congressman from Indiana, who was looking for a speechwriter.

“I was surprised,” Hamilton remembered. “What the hell does a guy who wanted to write fiction come to me for?” But he had always found writers useful, and Rhodes’s writing sample was the best in the pile. So he hired him on at the Wilson Center, a nonpartisan think tank. Though Rhodes never said a word in meetings, Hamilton says, he had a keen understanding of what was going on and a talent for putting the positions of distinguished participants down on paper. “I immediately understood that it’s a very important quality for a staffer,” Hamilton explained, “that he could come into a meeting and decide what was decided.” I suggested that the phrase “decide what was decided” is suggestive of the enormous power that might accrue to someone with Rhodes’s gifts. Hamilton nodded. “Absolutely,” he said.

The notes go on and on. They have ideas with subsets of ideas and reactions to ideas indented beneath the original ideas. The handwriting is perfect. The representation of what happened in the meetings immaculate, like a mirror’s reflection after it has been scrubbed clean. I have a reputation for my notes.

Rhodes served as Hamilton’s staff member on the 9/11 Commission, where he met Denis McDonough, another Hamilton protégé, who had gone on to work for Tom Daschle in the Senate. Rhodes then became the chief note-taker for the Iraq Study Group, the bipartisan commission that excoriated George Bush’s war in Iraq. He accompanied Hamilton and his Republican counterpart on the group, former secretary of state and Bush family intimate James Baker, to their meetings with Colin Powell, Condoleezza Rice, Stephen Hadley, David Petraeus and many others (Vice President Dick Cheney met with the group but didn’t say a word). According to both Hamilton and Edward Djerejian, Baker’s second on the I.S.G., Rhodes’s opinions were helpful in shaping the group’s conclusions — a scathing indictment of the policy makers responsible for invading Iraq. For Rhodes, who wrote much of the I.S.G. report, the Iraq war was proof, in black and white, not of the complexity of international affairs or the many perils attendant on political decision-making but of the fact that the decision-makers were morons.

One result of this experience was that when Rhodes joined the Obama campaign in 2007, he arguably knew more about the Iraq war than the candidate himself, or any of his advisers. He had also developed a healthy contempt for the American foreign-policy establishment, including editors and reporters at The New York Times, The Washington Post, The New Yorker and elsewhere, who at first applauded the Iraq war and then sought to pin all the blame on Bush and his merry band of neocons when it quickly turned sour. If anything, that anger has grown fiercer during Rhodes’s time in the White House. He referred to the American foreign-policy establishment as the Blob. According to Rhodes, the Blob includes Hillary Clinton, Robert Gates and other Iraq-war promoters from both parties who now whine incessantly about the collapse of the American security order in Europe and the Middle East.

Boost thinks very highly of me. My notes are so impressive that they have taken on the form of ideas, he feels. I capture other people’s words in a manner that not only organizes them, but inserts a clarity and purpose that was not present in the original idea. Connections are made between two opposing ideas that were not apparent in the meeting. I have gotten at not only the representation of things, but the way that the mind actually works.

Jon Favreau, then the campaign’s lead speechwriter, felt as if he could use a foreign-affairs expert who could write. “Foreign-policy advisers kept changing all the language that made Obama sound like he wasn’t part of the Democratic foreign-policy establishment,” he remembers. “The idea of someone with a masters in fiction who had also co-authored the Iraq Study Group and 9/11 Commission reports seemed perfect for a candidate who put so much emphasis on storytelling.” The two young speechwriters quickly found themselves to be in sync. “He truly gives zero [expletive] about what most people in Washington think,” Favreau says admiringly of Rhodes. “I think he’s always seen his time there as temporary and won’t care if he’s never again invited to a cocktail party, or asked to appear on ‘Morning Joe,’ or inducted into the Council on Foreign Relations hall of fame or whatever the hell they do there.”

I sit next to Boost in the meetings. The ideas fly like radio waves. I am silent in these meetings, taking notes.

“He was easily underestimatable,” Samantha Power recalls, of Rhodes’s arrival on the Obama campaign in 2007. Herself a writer, whose history of America’s responses to genocide, “A Problem From Hell,” won the Pulitzer Prize, Power went to work in Obama’s Senate office in 2005. Power is now the American ambassador to the United Nations. Her attire suggests a disingenuous ambivalence about her role in government that appears to be common among her cohort in the Obama administration, with a cardigan made of thick, expensive-looking cashmere worn over a simple frock, along with silver spray-painted rock ’n’ roll sneakers. See, I’m sympatico, the sneakers proclaim.

Early on, what struck her about Rhodes was how strategic he was. “He was leading quietly, initially, and mainly just through track changes, like what to accept and reject,” she says. When I ask her where Rhodes’s control over drafts of the candidate’s speeches came from, she immediately answers, “Obama,” but then qualifies her answer. “But it was Hobbesian,” she adds. “He had the pen. And he understood intuitively that having the pen gave him that control.” His judgment was superior to that of his rivals, and he refused to ever back down. “He was just defiant,” she recalls. “He was like: ‘No, I’m not. That’s bad. Obama wouldn’t want that.’ ”

Obama relies on Rhodes for “an unvarnished take,” in part, she says, because “Ben just has no poker face,” and so it’s easy to see when he is feeling uncomfortable. “The president will be like, ‘Ben, something on your mind?’ And then Ben will have this incredibly precise lay-down of why the previous half-hour has been an utter waste of time, because there’s a structural flaw to the entire direction of the conversation.”

The literary character that Rhodes most closely resembles, Power volunteers, is Holden Caulfield. “He hates the idea of being phony, and he’s impetuous, and he has very strong views.”

In Afghanistan the Taliban dynamites enormous statues of Buddha, the ancient material imploding and crumbling to the ground, small specks of men can be seen watching in the foreground. This is somewhere else. Far away.

On his first day in the West Wing, Rhodes remembers thinking how remarkably small the space was, and noticing that the same few dozen people he worked with at campaign headquarters in Chicago were now wearing suits instead of jeans. The enormousness of the endeavor sank in on that first day, and he realized that for all the prep work, there was no manual for how to be on the staff of the person who is running the country, particularly at a time when the global economy was in free fall and 180,000 Americans were fighting in Iraq and Afghanistan. He became aware of two things at once: the weight of the issues that the president was confronted with, and the intense global interest in even the most mundane presidential communications.

‘He truly gives zero [expletive] about what most people in Washington think. I think he’s always seen his time there as temporary and won’t care if he’s never again invited to a cocktail party.’

The job he was hired to do, namely to help the president of the United States communicate with the public, was changing in equally significant ways, thanks to the impact of digital technologies that people in Washington were just beginning to wrap their minds around. It is hard for many to absorb the true magnitude of the change in the news business — 40 percent of newspaper-industry professionals have lost their jobs over the past decade — in part because readers can absorb all the news they want from social-media platforms like Facebook, which are valued in the tens and hundreds of billions of dollars and pay nothing for the “content” they provide to their readers. You have to have skin in the game — to be in the news business, or depend in a life-or-death way on its products — to understand the radical and qualitative ways in which words that appear in familiar typefaces have changed. Rhodes singled out a key example to me one day, laced with the brutal contempt that is a hallmark of his private utterances. “All these newspapers used to have foreign bureaus,” he said. “Now they don’t. They call us to explain to them what’s happening in Moscow and Cairo. Most of the outlets are reporting on world events from Washington. The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing.”

In this environment, Rhodes has become adept at ventriloquizing many people at once. Ned Price, Rhodes’s assistant, gave me a primer on how it’s done. The easiest way for the White House to shape the news, he explained, is from the briefing podiums, each of which has its own dedicated press corps. “But then there are sort of these force multipliers,” he said, adding, “We have our compadres, I will reach out to a couple people, and you know I wouldn’t want to name them — ”

“I can name them,” I said, ticking off a few names of prominent Washington reporters and columnists who often tweet in sync with White House messaging.

Price laughed. “I’ll say, ‘Hey, look, some people are spinning this narrative that this is a sign of American weakness,’ ” he continued, “but — ”

“In fact it’s a sign of strength!” I said, chuckling.

“And I’ll give them some color,” Price continued, “and the next thing I know, lots of these guys are in the dot-com publishing space, and have huge Twitter followings, and they’ll be putting this message out on their own.”

This is something different from old-fashioned spin, which tended to be an art best practiced in person. In a world where experienced reporters competed for scoops and where carrying water for the White House was a cause for shame, no matter which party was in power, it was much harder to sustain a “narrative” over any serious period of time. Now the most effectively weaponized 140-character idea or quote will almost always carry the day, and it is very difficult for even good reporters to necessarily know where the spin is coming from or why.

When I later visited Obama’s former campaign mastermind David Axelrod in Chicago, I brought up the soft Orwellian vibe of an information space where old media structures and hierarchies have been erased by Silicon Valley billionaires who convinced the suckers that information was “free” and everyone with access to Google was now a reporter. Axelrod, a former newspaperman, sighed. “It’s not as easy as standing in front of a press conference and speaking to 70 million people like past presidents have been able to do,” he said. The bully pulpit by and large doesn’t exist anymore, he explained. “So more and more, over the last couple of years, there’s been an investment in alternative means of communication: using digital more effectively, going to nontraditional sources, understanding where on each issue your constituencies are going to be found,” he said. “I think they’ve approached these major foreign-policy challenges as campaign challenges, and they’ve run campaigns, and those campaigns have been very sophisticated.”

Rhodes’s innovative campaign to sell the Iran deal is likely to be a model for how future administrations explain foreign policy to Congress and the public. The way in which most Americans have heard the story of the Iran deal presented — that the Obama administration began seriously engaging with Iranian officials in 2013 in order to take advantage of a new political reality in Iran, which came about because of elections that brought moderates to power in that country — was largely manufactured for the purpose for selling the deal. Even where the particulars of that story are true, the implications that readers and viewers are encouraged to take away from those particulars are often misleading or false. Obama’s closest advisers always understood him to be eager to do a deal with Iran as far back as 2012, and even since the beginning of his presidency. “It’s the center of the arc,” Rhodes explained to me two days after the deal, officially known as the Joint Comprehensive Plan of Action, was implemented. He then checked off the ways in which the administration’s foreign-policy aims and priorities converged on Iran. “We don’t have to kind of be in cycles of conflict if we can find other ways to resolve these issues,” he said. “We can do things that challenge the conventional thinking that, you know, ‘AIPAC doesn’t like this,’ or ‘the Israeli government doesn’t like this,’ or ‘the gulf countries don’t like it.’ It’s the possibility of improved relations with adversaries. It’s nonproliferation. So all these threads that the president’s been spinning — and I mean that not in the press sense — for almost a decade, they kind of all converged around Iran.”

In the narrative that Rhodes shaped, the “story” of the Iran deal began in 2013, when a “moderate” faction inside the Iranian regime led by Hassan Rouhani beat regime “hard-liners” in an election and then began to pursue a policy of “openness,” which included a newfound willingness to negotiate the dismantling of its illicit nuclear-weapons program. The president set out the timeline himself in his speech announcing the nuclear deal on July 14, 2015: “Today, after two years of negotiations, the United States, together with our international partners, has achieved something that decades of animosity has not.” While the president’s statement was technically accurate — there had in fact been two years of formal negotiations leading up to the signing of the J.C.P.O.A. — it was also actively misleading, because the most meaningful part of the negotiations with Iran had begun in mid-2012, many months before Rouhani and the “moderate” camp were chosen in an election among candidates handpicked by Iran’s supreme leader, the Ayatollah Ali Khamenei. The idea that there was a new reality in Iran was politically useful to the Obama administration. By obtaining broad public currency for the thought that there was a significant split in the regime, and that the administration was reaching out to moderate-minded Iranians who wanted peaceful relations with their neighbors and with America, Obama was able to evade what might have otherwise been a divisive but clarifying debate over the actual policy choices that his administration was making. By eliminating the fuss about Iran’s nuclear program, the administration hoped to eliminate a source of structural tension between the two countries, which would create the space for America to disentangle itself from its established system of alliances with countries like Saudi Arabia, Egypt, Israel and Turkey. With one bold move, the administration would effectively begin the process of a large-scale disengagement from the Middle East.

The nerve center for the selling of the Iran deal to Congress, which took place in a concentrated three-month period between July and September of last year, was located inside the White House, and is referred to by its former denizens as “the war room.” Chad Kreikemeier, a Nebraskan who had worked in the White House Office of Legislative Affairs, helped run the team, which included three to six people from each of several agencies, he says, which were the State Department, Treasury, the American delegation to the United Nations (i.e., Samantha Power), “at times D.O.D.” (the Department of Defense) and also the Department of Energy and the National Security Council. Rhodes “was kind of like the quarterback,” running the daily video conferences and coming up with lines of attack and parry. “He was extremely good about immediately getting to a phrase or a way of getting the message out that just made more sense,” Kreikemeier remembers. Framing the deal as a choice between peace and war was Rhodes’s go-to move — and proved to be a winning argument.

The person whom Kreikemeier credits with running the digital side of the campaign was Tanya Somanader, 31, the director of digital response for the White House Office of Digital Strategy, who became known in the war room and on Twitter as @TheIranDeal. Early on, Rhodes asked her to create a rapid-response account that fact-checked everything related to the Iran deal. “So, we developed a plan that was like: The Iran deal is literally going to be the tip of everything that we stand up online,” Somanader says. “And we’re going to map it onto what we know about the different audiences we’re dealing with: the public, pundits, experts, the right wing, Congress.” By applying 21st-century data and networking tools to the white-glove world of foreign affairs, the White House was able to track what United States senators and the people who worked for them, and influenced them, were seeing online — and make sure that no potential negative comment passed without a tweet.
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Rhodes (center) and Josh Earnest, the White House press secretary, listening as President Obama spoke to reporters during an off-the-record discussion. Credit Stephen Crowley/The New York Times

As she explained how the process worked, I was struck by how naïve the assumption of a “state of nature” must seem in an information environment that is mediated less and less by experienced editors and reporters with any real prior knowledge of the subjects they write about. “People construct their own sense of source and credibility now,” she said. “They elect who they’re going to believe.” For those in need of more traditional-seeming forms of validation, handpicked Beltway insiders like Jeffrey Goldberg of The Atlantic and Laura Rozen of Al-Monitor helped retail the administration’s narrative. “Laura Rozen was my RSS feed,” Somanader offered. “She would just find everything and retweet it.”

Rhodes’s messaging campaign was so effective not simply because it was a perfectly planned and executed example of digital strategy, but also because he was personally involved in guiding the deal itself. In July 2012, Jake Sullivan, a close aide to Hillary Clinton, traveled to Muscat, Oman, for the first meeting with the Iranians, taking a message from the White House. “It was, ‘We’re prepared to open a direct channel to resolve the nuclear agreement if you are prepared to do the same thing and authorize it at the highest levels and engage in a serious discussion on these issues,’ ” Sullivan remembers. “Once that was agreed to, it was quickly decided that we resolve the nuclear agreement in two steps, the interim agreement and the final agreement.” Subsequent meetings with the Iranians followed, during which he was joined by Deputy Secretary of State Bill Burns. “Bill and I had a huge amount of license to explore what the terms would look like, within the negotiating parameters,” Sullivan says. “What the precise trade-offs would be, between forms of sanctions relief and forms of restraints on their programs, that was left to us to feel out.”

The fact that the president largely let his surrogates do the talking and the selling of the Iran deal — and even now, rarely talks about it in public — does not reflect his level of direct engagement. Sullivan and Burns spent hours before and after every session in Oman with the president and his closest advisers in the White House. When the president wasn’t present, Rhodes always was. “Ben and I, in particular, the two of us, spent a lot of time thinking through all the angles,” Sullivan says. “We spent three, four, five hours together in Washington talking things through before the meetings.” In March 2013, a full three months before the elections that elevated Hassan Rouhani to the office of president, Sullivan and Burns finalized their proposal for an interim agreement, which became the basis for the J.C.P.O.A.

The White House point person during the later stage of the negotiations was Rob Malley, a favored troubleshooter who is currently running negotiations that could keep the Syrian dictator Bashar al-Assad in power. During the course of the Iran talks, Malley told me, he always kept in close contact with Rhodes. “I would often just call him and say, ‘Give me a reality check,’ ” Malley explained. “He could say, ‘Here is where I think the president is, and here is where I think he will be.’ ” He continued, “Ben would try to anticipate: Does it make sense policywise? But then he would also ask himself: How do we sell it to Congress? How do we sell it to the public? What is it going to do to our narrative?”

Malley is a particularly keen observer of the changing art of political communication; his father, Simon Malley, who was born in Cairo, edited the politics magazine Afrique Asie and proudly provided a platform for Fidel Castro and Yasir Arafat, in the days when the leaders’ words might take weeks to travel from Cuba or Cairo to Paris. “The Iran experience was the place where I saw firsthand how policy, politics and messaging all had to be brought together, and I think that Ben is really at the intersection of all three,” Malley says. “He reflects and he shapes at the same time.”

As Malley and representatives of the State Department, including Wendy Sherman and Secretary of State John Kerry, engaged in formal negotiations with the Iranians, to ratify details of a framework that had already been agreed upon, Rhodes’s war room did its work on Capitol Hill and with reporters. In the spring of last year, legions of arms-control experts began popping up at think tanks and on social media, and then became key sources for hundreds of often-clueless reporters. “We created an echo chamber,” he admitted, when I asked him to explain the onslaught of freshly minted experts cheerleading for the deal. “They were saying things that validated what we had given them to say.”

When I suggested that all this dark metafictional play seemed a bit removed from rational debate over America’s future role in the world, Rhodes nodded. “In the absence of rational discourse, we are going to discourse the [expletive] out of this,” he said. “We had test drives to know who was going to be able to carry our message effectively, and how to use outside groups like Ploughshares, the Iran Project and whomever else. So we knew the tactics that worked.” He is proud of the way he sold the Iran deal. “We drove them crazy,” he said of the deal’s opponents.

Yet Rhodes bridled at the suggestion that there has been anything deceptive about the way that the agreement itself was sold. “Look, with Iran, in a weird way, these are state-to-state issues. They’re agreements between governments. Yes, I would prefer that it turns out that Rouhani and Zarif” — Mohammad Javad Zarif, Iran’s foreign minister — “are real reformers who are going to be steering this country into the direction that I believe it can go in, because their public is educated and, in some respects, pro-American. But we are not betting on that.”

In fact, Rhodes’s passion seems to derive not from any investment in the technical specifics of sanctions or centrifuge arrays, or any particular optimism about the future course of Iranian politics and society. Those are matters for the negotiators and area specialists. Rather, it derived from his own sense of the urgency of radically reorienting American policy in the Middle East in order to make the prospect of American involvement in the region’s future wars a lot less likely. When I asked whether the prospect of this same kind of far-reaching spin campaign being run by a different administration is something that scares him, he admitted that it does. “I mean, I’d prefer a sober, reasoned public debate, after which members of Congress reflect and take a vote,” he said, shrugging. “But that’s impossible.”

Getting Rhodes to speak directly about the man whose gestalt he channels is a bit like asking someone to look into a mirror while describing someone else’s face. The Obama he talks about in public is, in part, a character that he has helped to create — based on a real person, of course — and is embedded in story lines that he personally constructs and manages. At the same time, he believes very deeply in Obama, the man and the president, and in the policies that he has helped to structure and sell on his behalf.

Obama’s particular revulsion against a certain kind of global power politics is a product, Rhodes suggests, of his having been raised in Southeast Asia. “Indonesia was a place where your interaction at that time with power was very intimate, right?” Rhodes asks. “Tens or hundreds of thousands of people had just been killed. Power was not some abstract thing,” he muses. “When we sit in Washington and debate foreign policy, it’s like a Risk game, or it’s all about us, or the human beings disappear from the decisions. But he lived in a place where he was surrounded by people who had either perpetrated those acts — and by the way, may not have felt great about that — or else knew someone who was a victim. I don’t think there’s ever been an American president who had an experience like that at a young age of what power is.”

The parts of Obama’s foreign policy that disturb some of his friends on the left, like drone strikes, Rhodes says, are a result of Obama’s particular kind of globalism, which understands the hard and at times absolute necessity of killing. Yet, at the same time, they are also ways of avoiding more deadly uses of force — a kind of low-body-count spin move.

‘We created an echo chamber,’ he admitted, when I asked him to explain the onslaught of freshly minted experts cheerleading for the deal. ‘They were saying things that validated what we had given them to say.’

He leans back and opens a drawer in the file cabinet behind his desk, and removes a folder. “I was going to show you something,” he says, removing a sheaf of yellow legal paper covered in longhand. “Just to confirm for you that he really is a writer.” He shows me the president’s copy of his Nobel Peace Prize acceptance speech, a revision of an original draft by Favreau and Rhodes whose defining tension was accepting a prize awarded before he had actually accomplished anything. In his longhand notes, Obama relocated the speech’s tension in the fact that he was accepting a peace prize a week after ordering 30,000 more troops to Afghanistan. King and Gandhi were the author’s heroes, yet he couldn’t act as they did, because he runs a state. The reason that the author had to exercise power was because not everyone in the world is rational.

We sit for a while, and I examine the president’s thoughts unfolding on the page, and the lawyerly, abstract nature of his writing process. “Moral imagination, spheres of identity, but also move beyond cheap lazy pronouncements,” one note reads. Here was the new American self — rational, moral, not self-indulgent. No longer one thing but multiple overlapping spheres or circles. Who is described here? As usual, the author is describing himself.

Valerie Jarrett has been called the president’s work wife and is the only member of the West Wing staff who knew Obama before he began contemplating a run for the presidency. What I want to understand better, I tell her, are the swirls of the president’s emotional fingerprint, which I saw in the longhand draft of his Nobel speech. We talk for a while about being American and at the same time being from somewhere else, and the split-screen experience of reality that experience allows. Jarrett was born in Iran and spent her early childhood there.

“Was it a point of connection between you and the president that you had each spent some substantial part of your childhoods living in another country?” I ask. Her face lights up.

“Absolutely,” she answers. The question is important to her. “The first conversation we had over dinner, when we first met, was about what it was like for both of us to live in countries that were predominantly Muslim countries at formative parts of our childhood and the perspective it gave us about the United States and how uniquely excellent it is,” she says. “We talked about what it was like to be children, and how we played with children who had totally different backgrounds than our own but you would find something in common.” She recalls her very first dinner together with the new fiancé of her protégée Michelle Robinson. “I remember him asking me questions that I felt like no one else has ever asked me before,” she says, “and he asked me from a perspective of someone who knew the same experience that I had. So it felt really good. I was like, ‘Oh, finally someone who gets it.’ ”

Barack Obama is not a standard-issue liberal Democrat. He openly shares Rhodes’s contempt for the groupthink of the American foreign-policy establishment and its hangers-on in the press. Yet one problem with the new script that Obama and Rhodes have written is that the Blob may have finally caught on.

“He is a brilliant guy, but he has a real problem with what I call the assignment of bad faith,” one former senior official told me of the president. “He regards everyone on the other side at this point as being a bunch of bloodthirsty know-nothings from a different era who play by the old book. He hears arguments like, ‘We should be punching Iran in the nose on its shipments of arms, and do it publicly,’ or ‘We should sanction the crap out of them for their ballistic-missile test and tell them that if they do it again we’re going to do this or we’re going to do that,’ and he hears Dick Cheney in those arguments.”

Another official I spoke to put the same point more succinctly: “Clearly the world has disappointed him.” When I asked whether he believed that the Oval Office debate over Syria policy in 2012 — resulting in a decision not to support the uprising against Assad in any meaningful way — had been an honest and open one, he said that he had believed that it was, but has since changed his mind. “Instead of adjusting his policies to the reality, and adjusting his perception of reality to the changing realities on the ground, the conclusions he draws are exactly the same, no matter what the costs have been to our strategic interests,” he says. “In an odd way, he reminds me of Bush.” The comparison is a startling one — and yet, questions of tone aside, it is uncomfortably easy to see the similarities between the two men, American presidents who projected their own ideas of the good onto an indifferent world.

One of the few charter members of the Blob willing to speak on the record is Leon Panetta, who was Obama’s head of the C.I.A. and secretary of defense and also enough of a product of a different culture to give honest answers to what he understands to be questions of consequence. At his institute at the old Fort Ord in Seaside, Calif., where, in the days before he wore Mr. Rogers sweaters, he served as a young Army intelligence officer, I ask him about a crucial component of the administration’s public narrative on Iran: whether it was ever a salient feature of the C.I.A.’s analysis when he ran the agency that the Iranian regime was meaningfully divided between “hard-line” and “moderate” camps.

“No,” Panetta answers. “There was not much question that the Quds Force and the supreme leader ran that country with a strong arm, and there was not much question that this kind of opposing view could somehow gain any traction.”

I ask Panetta whether, as head of the C.I.A., or later on, as secretary of defense, he ever saw the letters that Obama covertly sent to Khamenei, in 2009 and in 2012, which were only reported on by the press weeks later.

“No,” he answers, before saying he would “like to believe” that Tom Donilon, national security adviser since 2010, and Hillary Clinton, then secretary of state, had a chance to work on the offer they presented.
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Rhodes in his White House office. Credit Doug Mills/The New York Times

As secretary of defense, he tells me, one of his most important jobs was keeping Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel and his defense minister, Ehud Barak, from launching a pre-emptive attack on Iran’s nuclear facilities. “They were both interested in the answer to the question, ‘Is the president serious?’ ” Panetta recalls. “And you know my view, talking with the president, was: If brought to the point where we had evidence that they’re developing an atomic weapon, I think the president is serious that he is not going to allow that to happen.”

Panetta stops.

“But would you make that same assessment now?” I ask him.

“Would I make that same assessment now?” he asks. “Probably not.”

He understands the president’s pivot toward Iran as the logical result of a deeply held premise about the negative effects of use of American military force on a scale much larger than drone strikes or Special Forces raids. “I think the whole legacy that he was working on was, ‘I’m the guy who’s going to bring these wars to an end, and the last goddamn thing I need is to start another war,’ ” he explains of Obama. “If you ratchet up sanctions, it could cause a war. If you start opposing their interest in Syria, well, that could start a war, too.”

In Panetta’s telling, his own experience at the Pentagon under Obama sometimes resembled being installed in the driver’s seat of a car and finding that the steering wheel and brakes had been disconnected from the engine. Obama and his aides used political elders like him, Robert Gates and Hillary Clinton as cover to end the Iraq war, and then decided to steer their own course, he suggests. While Panetta pointedly never mentions Rhodes’s name, it is clear whom he is talking about.

“There were staff people who put themselves in a position where they kind of assumed where the president’s head was on a particular issue, and they thought their job was not to go through this open process of having people present all these different options, but to try to force the process to where they thought the president wanted to be,” he says. “They’d say, ‘Well, this is where we want you to come out.’ And I’d say ‘[expletive], that’s not the way it works. We’ll present a plan, and then the president can make a decision.’ I mean, Jesus Christ, it is the president of the United States, you’re making some big decisions here, he ought to be entitled to hear all of those viewpoints and not to be driven down a certain path.”

But that can’t be true, I tell Panetta, because the aides he is talking about had no independent power aside from the authority that the president himself gave them.

“Well, that’s a good question,” Panetta allows. “He’s a smart guy, he’s not dumb.” It’s all part of the Washington blame game. Just as Panetta can blame young aides in order to avoid blaming the president for his actual choices, the president used his aides to tell Panetta to take a hike. Perhaps the president and his aides were continually unable to predict the consequences of their actions in Syria, and made mistake after mistake, while imagining that it was going to come out right the next time. “Another read, which isn’t necessarily opposed to that,” I continue, “is that their actual picture is entirely coherent. But if they put it in blunt, unnuanced terms — ”

Panetta completes my sentence: “ — they’d get the [expletive] kicked out of them.” He looks at me curiously. “Let me ask you something,” he says. “Did you present this theory to Ben Rhodes?”

“Oh, God,” Rhodes says. “The reason the president has bucked a lot of establishment thinking is because he does not agree with establishment thinking. Not because I or Denis McDonough are sitting here.” He pushes back in his chair. “The complete lack of governance in huge swaths of the Middle East, that is the project of the American establishment,” he declares. “That as much as Iraq is what angered me.”

There is something dangerously naïve about this kind of talk, in which words like “balance,” “stakeholders” and “interests” are endlessly reshuffled like word tiles in a magnetic-poetry set, with little regard for the immutable contingencies that shaped America’s role in the world. But that’s hardly fair. Ben Rhodes wanted to do right, and maybe, when the arc of history lands, it will turn out that he did. At least, he tried. Something scared him, and made him feel as if the grown-ups in Washington didn’t know what they were talking about, and it’s hard to argue that he was wrong.

What has interested me most about watching him and his cohort in the White House over the past seven years, I tell him, is the evolution of their ability to get comfortable with tragedy. I am thinking specifically about Syria, I add, where more than 450,000 people have been slaughtered.

“Yeah, I admit very much to that reality,” he says. “There’s a numbing element to Syria in particular. But I will tell you this,” he continues. “I profoundly do not believe that the United States could make things better in Syria by being there. And we have an evidentiary record of what happens when we’re there — nearly a decade in Iraq.”

Iraq is his one-word answer to any and all criticism. I was against the Iraq war from the beginning, I tell Rhodes, so I understand why he perpetually returns to it. I also understand why Obama pulled the plug on America’s engagement with the Middle East, I say, but it was also true as a result that more people are dying there on his watch than died during the Bush presidency, even if very few of them are Americans. What I don’t understand is why, if America is getting out of the Middle East, we are apparently spending so much time and energy trying to strong-arm Syrian rebels into surrendering to the dictator who murdered their families, or why it is so important for Iran to maintain its supply lines to Hezbollah. He mutters something about John Kerry, and then goes off the record, to suggest, in effect, that the world of the Sunni Arabs that the American establishment built has collapsed. The buck stops with the establishment, not with Obama, who was left to clean up their mess.

It is clearly time for me to go. Rhodes walks me out into the sunlight of the West Wing parking lot, where we are treated to the sight of the aged Henry Kissinger, who has come to pay a visit. I ask Rhodes if he has ever met the famous diplomat before, and he tells me about the time they were seated together at a state dinner for the president of China. It was an interesting encounter to imagine, between Kissinger, who made peace with Mao’s China while bombing Laos to bits, and Rhodes, who helped effect a similar diplomatic volte-face with Iran but kept the United States out of a civil war in Syria, which has caused more than four million people to become refugees. I ask Rhodes how it felt being seated next to the embodiment of American realpolitik. “It was surreal,” he says, looking off into the middle distance. “I told him I was going to Laos,” he continues. “He got a weird look in his eye.”

There is nothing snarky about his delivery. Rhodes just was bothered by seeing legless kids and unexploded cluster bombs in the jungle. He is not Henry Kissinger, or so his logic runs, even as the underlying realist suspicion — or contempt — for the idea of America as a moral actor is eerily similar. He is torn. As the president himself once asked, how are we supposed to weigh the tens of thousands who have died in Syria against the tens of thousands who have died in Congo? What power means is that the choice is yours, no matter who is telling the story.

David Samuels last wrote for the magazine about Susan Lindauer, an activist who tried to stop the Iraq war by serving as an intermediary between Saddam Hussein and George W. Bush.

International
Non massif à un revenu minimum garanti en Suisse
Radio Canada

5 juin 2016

Une grande majorité des électeurs suisses ont rejeté dimanche l’idée d’imposer un revenu minimum garanti, un concept d’aide sociale étudié par de nombreux pays.
Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Quelque 76,9 % des citoyens ont voté non, selon les résultats définitifs d’un référendum au taux de participation de 46 %.

Avec le « revenu de base inconditionnel », le gouvernement aurait versé un montant mensuel à tous les Suisses et à tous les étrangers vivant au pays depuis au moins 5 ans. Les adultes auraient reçu chaque mois 2500 francs suisses (3309 $) et les mineurs, 625 francs (827 $), dans un pays où le salaire médian est de 6000 francs (7941 $).

Le revenu de base inconditionnel avait suscité de vifs débats en Suisse, où, en 2012, les électeurs ont rejeté l’idée de faire passer leurs congés payés de 4 à 6 semaines. Le projet, d’initiative populaire, était uniquement soutenu par le parti des Verts. Les autres formations, dont le gouvernement, y voyaient un projet utopique et trop coûteux.

Les organisateurs de la consultation ont célébré ce qu’ils ont vu comme une « demi-victoire. » Seuls quelques communes et certains quartiers de Genève et de Zurich ont appuyé la proposition.

En Finlande et au Canada

La Suisse est le premier pays à tenir un référendum national sur l’idée d’avoir un revenu minimum garanti pour tous.

D’autres pays, comme la Finlande, étudient des projets de ce genre. Au Canada, un projet-pilote a eu lieu dans les années 1970 à Dauphin, au Manitoba. L’Ontario a promis dans son budget de février dernier d’en lancer un. Le Québec entend étudier la question.
Demandes d’asile et sélection d’embryons

D’autres sujets faisaient aussi l’objet d’une consultation populaire dimanche, dont l’idée d’accélérer les procédures d’asile et celle d’autoriser le « diagnostic préimplantatoire ». Il s’agit d’une technique de sélection et de congélation d’embryons réservée aux couples porteurs de maladies héréditaires graves ou incapables d’enfanter par voie naturelle.

Les électeurs ont appuyé à 66,8 % le projet de loi qui propose d’achever les procédures d’asile en 140 jours maximum, au lieu de 400 actuellement. Ils ont aussi dit oui à 62,4 % au diagnostic préimplantatoire, une loi qualifiée d’eugéniste par ses adversaires.

Grâce à leur système de démocratie directe, les Suisses se prononcent trois à quatre fois l’an sur diverses questions. Celles-ci sont proposées par le gouvernement, ou à travers des initiatives populaires qui ont cumulé un minimum de 100 000 signatures.

Voir de même:

La France oppose son silence à la célébration du Ramadan, hormis Alain Juppé qui porte plainte contre X…

Oumma.com

7 juin 2016

Alors que l’on a vainement tendu l’oreille pour percevoir, depuis l’Elysée, les vœux de Bon Ramadan du président Hollande, et que l’on a cherché en pure perte le moindre communiqué ou encore vidéo qui aurait illustré en images cette scène en tout point mémorable, à Londres, Berlin, Washington ou encore Ottawa, les homologues de notre chef de l’Etat ne se sont pas fait prier pour saluer l’arrivée de ce mois béni dans leur contrée respective.

Cette singulière posture, laïque à l’extrême, de notre monarchie républicaine n’est pas du meilleur effet à l’échelle internationale, et tandis que David Cameron, Angela Merkel, Barack Obama et Justin Trudeau, pour ne citer que ceux-là, ont rivalisé de paroles bienveillantes, François Hollande s’est muré dans un silence assourdissant des plus éloquents…

« C’est le mois sacré du ramadan, un moment où les mosquées ouvrent leurs portes, les centres communautaires accueillent leurs voisins, et même les églises et les synagogues offrent leurs espaces aux musulmans pour la rupture du jeûne et les gens de toutes les religions ainsi que ceux qui n’en ont pas sont souvent invités à s’y joindre […]   Continuons de nous réunir pour l’iftar et les événements communautaires.  Célébrons la fierté, la multi-race et la multi-foi de la démocratie ! », a déclaré le Premier ministre britannique, pendant qu’au même moment la chancelière allemande tweetait « A tous les citoyens musulmans, je souhaite un ramadan béni et paisible », après avoir annoncé sa décision d’exempter les propriétaires des marchés et des restaurants islamiques des impôts tout au long du mois sacré.

Depuis son bureau ovale et alors qu’il amorce la dernière ligne droite de son mandat, Barack Obama s’est fait un devoir de perpétuer la grande tradition des voeux adressés à ses concitoyens musulmans, en ces termes : « A l’heure où  les Américains musulmans célèbrent le mois sacré, je me rappelle que nous sommes une famille américaine. Comme les communautés musulmanes américaines, je rejette fermement les voix qui cherchent à nous diviser ou limiter nos libertés religieuses. Nous continuerons d’accueillir des immigrants et des réfugiés dans notre pays, y compris ceux qui sont musulmans », a-t-il insisté, en soulignant qu’avec son épouse, ils ont  « hâte d’ouvrir les portes de la Maison Blanche pour les Américains musulmans pendant cette occasion spéciale ».

Propulsé au sommet du pays de l’érable depuis un an, Justin Trudeau, le Premier ministre canadien qui s’inscrit dans la lignée des autres dirigeants cités précédemment, s’est empressé de renouveler par écrit les vœux formulés l’année  dernière, en y apportant sa touche toute personnelle  : « Le ramadan nous rappelle à tous de témoigner de notre reconnaissance pour les innombrables bénédictions dont nous jouissons et de faire passer les besoins des autres avant les nôtres. Prenons le temps de reconnaître, et de montre notre gratitude pour les contributions inestimables de nos communautés musulmanes qui enrichissent notre tissu national chaque jour. La diversité culturelle du Canada est l’une de nos plus grandes forces et sources de fierté », a-t-il assuré, avant d’ajouter : « Au nom de notre famille, Sophie et moi souhaitons à tous ceux qui observent ce mois sacré un ramadan béni et paisible ».

Dans ce désert de souhaits ramadaniens si typiquement français, le seul et unique communiqué officiel ayant trait au mois béni a pris la forme d’une plainte contre X signée Alain Juppé !  En effet, le maire de Bordeaux, outré par la diffusion d’un faux tweet (voir ci-dessous) dans lequel on lui a prêté des vœux qu’il n’a jamais formulés, a réagi promptement en saisissant la justice de ce « piratage », tout en rassurant le bon peuple sur son inclination spirituelle : «  Je vous confirme que je suis toujours catholique, même si je ne suis pas très pratiquant ! », a-t-il affirmé avec une pointe d’ironie.

Ce sont bien là les seuls mots de la langue Molière qui auront rompu le vœu de silence officiel à l’égard du Ramadan, et il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser à la lueur des vœux présentés dans toutes les langues et depuis différents centres névralgiques du pouvoir politique, aux quatre coins du globe !

Voir encore:

Declassified

The Obama-Trump Doctrine

Bloomber
Eli Lake
March 11, 2016

From a distance, Donald Trump and Barack Obama have very different outlooks on the world. The president is a hyper-rational « Spockian, » to borrow Jeffrey Goldberg’s phrase from his new Atlantic article on the president’s foreign policy. He calmly lectures on the limits of U.S. power and the importance of the American moral example.

Trump is bombastic. He threatens the families of terrorists and only belatedly revoked his promise to bring back waterboarding and « much worse. »

Obama regards his nuclear agreement with Iran as a great achievement. Trump calls it the dumbest deal in the history of deal-making. Obama has pushed for the Trans-Pacific Partnership free-trade deal. Trump threatens to bring back tariffs.

These differences are real. But Goldberg’s deeply reported essay shows that for all their differences, Trump and Obama share similar foreign policy instincts. Both men, for example don’t think much of America’s traditional alliances. Nor do they think much of the U.S. foreign policy establishment. Both also profess to have a soft spot for the bloodless foreign policy realism of George H.W. Bush. Obama is a fan of Bush’s national security adviser, Brent Scowcroft. Trump says he admires Richard Haass, a protégé of Scowcroft and currently the president of the Council on Foreign Relations.

Let’s start with freeloading allies. Speaking of the U.K.’s cuts to its military budget, the president told Goldberg, « free riders bother me. » It’s a theme for Obama: Longtime U.S. allies, particularly in the Middle East, take advantage of their superpower friend and try to enlist the U.S. to support their narrow sectarian agendas. He says, for example, that Saudi Arabia needs to learn how to share the Middle East with Iran. He was angry that King Abdullah of Jordan allegedly told members of Congress that he had more faith in U.S. power than Obama does.

On Libya, the president has reflected on the U.S. intervention and concluded his mistake was in trusting European and Gulf allies to do more to rebuild the country after Muammar Qaddafi’s regime was toppled. « When I go back and I ask myself what went wrong,” the president told Goldberg. « There’s room for criticism, because I had more faith in the Europeans, given Libya’s proximity, being invested in the follow-up. »

Trump would also like America’s allies to pay their fair financial share. He has proposed making Japan pay the U.S. more for the privilege of hosting its military in Okinawa. He promises at nearly every campaign appearance that Mexico will pay for a wall along America’s southern border. In the first debate after Super Tuesday, Trump said he would get U.S. Gulf allies to pay for a combat force to stop the Islamic State.

Trump and Obama also share a similar disdain for the expert class. Goldberg recounts that one White House official refers to Massachusetts Avenue in Washington, where most of the major think tanks are, as « Arab-occupied territory, » because of the money Gulf states have invested in these institutions.

Critics of his foreign policy bewilder Obama. When pressed about the view that his decision to back away from his red line on Syria’s use of chemical weapons may have persuaded Putin that he would pay no real price for invading Ukraine, Obama sounded petulant. « Look, this theory is so easily disposed of that I’m always puzzled by how people make the argument, » he said, recounting how Russia invaded Georgia in George W. Bush’s last year in office, while the U.S. was surging troops in Iraq.

Trump’s disdain for foreign policy eminences is less literate than Obama’s. While Obama could talk for hours, it seems, about the subtle distinctions between liberal internationalism and realpolitik, Trump can’t be bothered with such nuance. His campaign does not put out policy papers. When asked over the summer who he turns to for foreign policy advice, Trump said he watches the 24-hour news channels.

And yet Trump, like Obama, is still opposing the last war. Obama sold his Iran deal by attacking its critics for supporting the Iraq invasion. Trump dismisses criticism from Republican Senators Lindsey Graham and John McCain by ridiculing their advocacy for the Iraq war.

Trump and Obama also have similar approaches to Russia. Obama did nothing this summer as the Kremlin moved military personnel and equipment to Syria to begin its air war on the Islamic State. Trump has asked why the U.S. should object to this campaign that Obama’s inaction helped enable.

Goldberg reports how Obama rejected Secretary of State John Kerry’s recommendations for air strikes against Syrian dictator Bashar al-Assad. Trump, too, has questioned why the U.S. should stand in the way of Assad’s war against what he sees as a dangerous opposition. (At the same time, he has mused that Obama’s reluctance to intervene earlier has been a cause of the current refugee crisis for Europe).

Like Obama in 2008, Trump has proposed a reset with Russia. In a debate in September, he promised that when he was president, « We won’t have the kind of problems our country has right now with Russia and many other nations. »

Trump’s promise to start over with Putin must sting Obama. After all, the president has little to show in 2016 for the reset he enacted in 2009. Then again, Obama has little to show for most of his foreign policy: Despite his best intentions, the world has become more dangerous during Obama’s presidency. The state system in the Middle East is collapsing. Many of America’s traditional alliances have frayed. Jihadists have established more safe havens in ungoverned spaces.

This will be Trump’s problem if his campaign for the presidency succeeds. And it’s hard to know exactly what Trump would do about it. In the last month, he has reversed himself on torture, on visas for highly skilled workers and on ground troops for Syria. Like demagogues before him, Trump is happy to be inconsistent.

Obama, too, has been inconsistent. Goldberg concludes that the president today does not think the Middle East is worth much American blood and treasure. Despite the protests of allies and experts, Obama still doesn’t think the crisis in Syria is a more serious national security challenge than climate change. Obama made a point of saying how his decision to walk away from his own red line on Syria’s use of chemical weapons was one of the proudest moments of his presidency.

And yet, Obama’s successor will inherit U.S. military campaigns in Iraq, Syria and Afghanistan, and possibly even Libya if Obama’s generals get their way. For all the talk of ending dumb wars, Obama is still fighting them. Trump promises that he would win them, but he never says how. Perhaps he should talk to some of the foreign policy experts and allies that he and Obama so disdain.

Voir par ailleurs:

Pragmatisme ou abandon?

Violette Soriano

Le gouvernement mexicain a publié un guide illustré à l’usage des migrants illégaux !…

« Le but de ce guide est de te donner quelques conseils pratiques qui pourraient être utiles au cas où tu aurais pris la décision difficile de rechercher de nouvelles opportunités d’emploi hors de ton pays”

Certains mouvements politiques modernes parlent d’un système qui serait plus proche de ce que l’on appelle le “sens commun” ou le “pragmatisme”. En effet, on pourrait se demander pourquoi tout doit toujours être compliqué lorsqu’on en vient à la politique. L’Afrique a besoin de nourriture, nous en avons trop, le problème devrait être simple, mais il ne l’est pas. La première fois que j’ai été confrontée au « Guide du migrant », publié en 2004 par le gouvernement Mexicain, j’ai pensé qu’il pourrait être le résultat d’une nouvelle sorte de politique pragmatique qui aiderait les citoyens à arriver sains et saufs dans un autre pays et non pas à essayer de les garder à tout prix, quand ils veulent partir. Il m’a semblé qu’il pourrait s’agir d’une tentative assez intelligente. Les citoyens Mexicains essaient toujours de passer la frontière américaine, presque dix ans après la publication de ce guide…donc, peut être que leur fuite est inévitable ? Cela pourrait être un acte courageux, une confrontation à la dure vérité.
Mais après une lecture plus attentive, j’ai été frappée par le fait que ce guide était en fait un acte d’abandon, le signe d’un gouvernement qui ne se concentre pas sur la bonne question. Le gouvernement ne devrait pas s’intéresser au “comment” les mexicains quittent le pays, mais à la question de savoir pourquoi ils fuient. Là devrait être leur attention. Ce document inspire donc deux sentiments contradictoires. Quoiqu’il en soit, il possède indéniablement une qualité unique et en dit beaucoup sur l’Amérique Latine d’aujourd’hui. Le guide du migrant est symbolique de ces gens dépourvus de mobilité économique, des différences grandissantes entre les riches et les pauvres en Amérique Latine. Le néo-libéralisme, la globalisation, le libre échange, ont certes été bénéfiques dans une certaine mesure à l’Amérique Latine, mais ils sont surtout synonymes d’une répartition inégale de la richesse.
La première étape de la destruction des communautés agricoles qui est à l’origine de la fuite des sud-américains aux Etats Unis sont les accords sur le libre échange. La signature du NAFTA ( North American Free Trade Agreements) le 1er Janvier 1994 a promis beaucoup de choses à l’Amérique Latine, mais l’ égalité et une distribution égale de la richesse n’était certainement pas l’une d’entre elle. Après l’implantation du NAFTA et la crise économique, les agriculteurs mexicains ne pouvaient plus vivre de manière stable et se contentaient de survivre dans les villages . L’introduction du NAFTA et du néolibéralisme au Mexique a été une catastrophe économique pour un grand nombre des habitants des zone rurales. L’urbanisation et l’industrialisation ont aussi contribué à affaiblir la capacité économique des fermiers ruraux. C’est ainsi que les paysans et les fermiers mexicains sont partis au Nord en quête d’une vie meilleure. Cela n’est pas arrivé seulement au Mexique mais dans une grande partie de l’Amérique centrale également. Les effets du NAFTA ont complètement déstabilisé le système économique de l’Amérique Latine et il est indispensable de comprendre le rôle qu’il a joué sur la communauté agricole et les communautés rurales qui ont été forcées de migrer vers le Nord. Pour bien appréhender ce guide, il faut également comprendre que si 10,6 millions de mexicains n’avaient pas tenté de migrer aux Etats Unis, la situation économique du Mexique aurait été catastrophique.

Le guide du Migrant est écrit en forme d’historieta, une forme bon marché de bande dessinée souvent destinée à une population pauvre et illettrée. D’une certaine façon, ce guide pourrait être compris comme un autoportrait social du Mexique et peut-être d’une partie de l’Amérique Latine. Les migrants mexicains sont représentés de façon très sexuée, ce qui témoigne d’une vision encore très traditionnelle des genres. Les hommes sont des caricatures, forts, musclés, larges, traversant de dangereuses rivières, comme dans les contes héroïques. Les femmes sont représentées cambrées, avec des courbes et des chemises échancrées révélant leurs poitrines et leurs fesses saillantes. Il me semble que c’est assez révélateur de la culture populaire latine. En outre, tout est mis en oeuvre par le gouvernement mexicain pour faire apparaitre favorablement cette quête du pays nouveau . La traversée est présentée comme excitante, presque amusante, un conte, une aventure dans laquelle le migrant se bat pour une vie pleine de succès et d’argent. Le ton infantilisant du guide (“ traverser la rivière peut être dangereux”) me semble complètement déplacé. Des Mexicains meurent tous les jours en traversant la frontière, ce n’est pas une aventure. La mort peut être le prix à payer du départ.

L’histoire du guide du migrant, c’est l’histoire d’un peuple qui fait face à l’incapacité de son gouvernement de lui fournir assez d’espoir en un lendemain meilleur et en des conditions matérielles meilleures. C’est ce que révèle vraiment ce guide. Un gouvernement dos au mur, incapable de fournir les moyens matériels nécessaires à ces situations. Le fait qu’il se concentre sur le “comment” n’a en fait rien à voir avec le pragmatisme. C’est une mesure désespérée, qui montre l’abandon du gouvernement, qui préfère envoyer ses citoyens à l’abattoir. Face à cette réalité, ils n’ont en effet plus qu’ à imprimer ce petit guide pour espérer que certains survivent dans l’illégalité aux Etats-Unis. Voeux pieux pour un Etat, qui connait parfaitement les risques encourus par les candidats à la traversée.

“Pour entrer dans un autre pays en toute sécurité, tu devras obtenir ton passeport qui est émis par les Délégations du Secrétariat des Relations Etrangères, ainsi que ton visa, que tu pourras demander à l’Ambassade ou au Consulat du pays où tu désireras te rendre ». Pourtant, nombre de Mexicains essaient de franchir la frontière nord sans les papiers nécessaires, en passant par des zones extrêmement dangereuses, particulièrement dans les régions désertiques ou encore en traversant des rivières avec des courants forts, difficiles à repérer.
Le gouvernement mexicain est en effet parfaitement au courant que le filet de sécurité américain est très dangereux. Et si je devais trouver une image, ce serait celle du mouvement que font les parents quand ils veulent dire quelque chose d’important à leur jeune enfant : ils se mettent à leur hauteur et leur parle dans les yeux et de très près. Le guide du migrant montre que le gouvernement mexicain tente désespérément de se mettre à la hauteur du peuple pour aider le plus possible, à la manière d’une figure patriarcale. Cela montre que L’Amérique Latine a encore beaucoup à faire. Traiter ses citoyens comme des enfants ne semble pas être une solution intelligente et efficace. En fait, cela sonne plus comme une attitude lâche et populiste.
On pourrait donc dire que ce guide est pertinent dans la mesure où il indique à quel point le NAFTA a entamé la souveraineté du Mexique sur ses propres ressortissants et a créé une forte immigration illégale. Puisque comme le dit clairement le guide, l’immigration légale n’est pas une option viable. Ce traité a poussé un gouvernement à promouvoir en quelque sorte l’immigration illégale et cela en dit beaucoup sur la réalité économique de L’Amérique latine moderne et de sa dépendance aux Etats Unis. Ce guide du migrant raconte l’histoire d’un abandon de l’Etat.

Violette Soriano est étudiante en 5ème année de Sciences Politiques à Paris

Voir enfin:

GUIDE FOR THE MEXICAN MIGRANT

Translation into English from Spanish provided by INFOMUNDO.US as a public service.

Original document GUIA DEL MIGRANTE MEXICANO, accessible on the website http://www.sre.gob.mx/tramites/consulares/guiamigrante/default.htm

FIRST PAGE

Audio (Windows Media)

Track 1: Mexican Consulates

Track 2: Services of Mexican Consulates

Track 3: Rights of Migrants

INTRODUCTION, PAGES 0 – 1

Dear fellow citizen:

This guide tries to provide you with some practical advice that may be useful to you in case you have made the difficult decision to seek new work opportunities outside of your own country.

The safe way to enter another country is by first obtaining your passport, which is issued by the Delegations of the Secretariat of Foreign Relations, and your visa, which you request at the Embassy or Consulate of the country to where you wish to travel.

However, we actually see many cases of Mexicans who try to cross the northern border without the necessary documentation, crossing high-risk zones that are very dangerous, especially in desert areas or rivers with strong and not always noticeable currents.

INTRODUCTION, PAGES 2 – 3

As you read this guide you can also learn some basic questions about legal consequences of your stay in the United States of America without appropriate immigration documents, as well as the rights you have in that country once you are there, independent of your immigration status.

Always keep in mind that there are mechanisms for you to enter the United States of America legally.

In any case, if you encounter problems or difficulties, remember that Mexico has 45 Consulates at its disposal in that country, whose contact information you also can find in this publication.

Identify your Consulate and go to it.

RISKS, PAGES 4 – 5

DANGERS OF CROSSING IN HIGH-RISK ZONES

Crossing the river can be very risky, especially if you cross alone and at night..

Thick clothing weighs you down when it’s wet and makes it hard to swim or float.

RISKS, PAGES 6 – 7

If you cross in the desert, try to travel when the heat is not so intense.

Highways and towns are very far apart, so that it could take you several days to find roads and you will not be able to carry food or water for that long. You could even get lost.

Salted water helps you retain body fluids. Although you get more thirsty, if you drink salted water the risk of dehydration is lessened.

Dehydration symptoms are:

  • Little or no perspiration
  • Dryness of eyes and mouth
  • Headache
  • Fatigue and exhaustion
  • Difficulty in walking and reasoning
  • Hallucinations and mirages

If you get lost follow utility poles, railroad tracks or furrows.

BE CAREFUL OF ALIEN SMUGGLERS, PAGES 8 – 09

BE CAREFUL OF “POLLEROS”, “COYOTES” OR “PATEROS” [Various names for alien smugglers)

They can deceive you by assuring you they’ll cross you [smuggle you across the border] at certain times over mountains or through deserts. This is not true! They can put your life in danger leading you through rivers, irrigation canals, desert areas, along railroad tracks or freeways. This has caused the death of hundreds of people.

If you decide to use the services of a “pollero”, “coyote” or “patero” to cross the border, consider the following precautions to take:

Don’t let him out of your sight; remember that he’s the only one that knows the terrain and therefore is the only one that can guide you safely.

Do not trust anyone who offers to cross you over to the “other side” and asks you to drive a vehicle or carry a package for him. Regularly those…

BE CAREFUL OF ALIEN SMUGGLERS, PAGES 10 – 11

…packages contain drugs or other prohibited substances. For that reason many people have ended up in jail.

If you transport other people you can be confused with an alien smuggler and be accused of alien smuggling yourself or even vehicle theft.

Don’t hand over your minor children to strangers that offer to cross them to the United States.

DO NOT USE FALSE DOCUMENTS, PAGES 12 – 13

DO NOT USE FALSE DOCUMENTS OR DOCUMENTS OF OTHER PEOPLE, NOR DECLARE A FALSE NATIONALITY

If you try to cross with documents that are false or that belong to someone else, keep the following in mind:

The use of documents that are false or that belong to someone else is a Federal crime in the United States, for which you can be criminally prosecuted and end up in jail; the same as if you give a false name or say you are a U.S. citizen when you are not.

Do not lie to U.S. border crossing or inspection booth agents.

IF YOU ARE DETAINED, PAGES 14 – 15

Do not resist arrest.

Do not assault or insult the officer.

Do not throw stones or other objects at the officers nor at the patrol cars, because this is considered a form of provocation.

If the officers feel they’ve been assaulted they will probably use force to detain you.

Raise your hands slowly for them to see you’re unarmed.

Do not carry or hold any objects that could be construed as weapons, such as: lanterns, screwdrivers, blades, knives or stones.

IF YOU ARE DETAINED, PAGE 16 / YOUR RIGHTS, PAGE 17

IF YOU ARE DETAINED

Don’t run or try to escape.

Don’t hide in dangerous places.

Don’t cross freeways.

It’s better for you to be detained for a few hours and be repatriated to Mexico than to get lost in the desert.

YOUR RIGHTS

IF YOU ARE ARRESTED, YOU HAVE RIGHTS!

Give your true name.

If you are a minor and are accompanied by an adult, tell the authorities so they do not separate you.

YOUR RIGHTS / YOUR RIGHTS, PAGES 18 – 19

Your rights are:

To know where you are.

To request to speak to the nearest Mexican Consulate representative in order to receive help.

To not make statements or sign documents, especially if they are in English, without the aid of a defense attorney or Mexican Government Consulate representative.

To receive medical attention if you are injured or in poor health.

To receive respectful treatment regardless of your immigration status.

To be transported safely.

To have water and food when you need it.

You are not obligated to disclose your immigration status when you are detained.

YOUR RIGHTS, PAGES 20 – 21

To not be hit or insulted.

To not be held incommunicado.

In case they take away your personal effects, request a voucher in order to claim them when you are released.

If there is any violation of these rights, it’s important for you to inform your attorney or Mexican Consulate representative that visits you or even the nearest Delegation of the Secretariat of Foreign Relations within Mexico.

If you wish more information and you live in Texas or in Ciudad Acuña, Coahuila, tune in to “The Powerful Station” at AM 1570.

IF YOU ARE ARRESTED / DETAINED, PAGES 22 – 23

IF YOU ARE ARRESTED / DETAINED

If you have already been sentenced for some crime or you are in jail facing criminal prosecution, you have the following rights:

To not be discriminated against by the police, the courts or prison authorities.

To receive visits from consular officials and family members.

To receive appropriate legal counsel without conditions or obstructions.

If you being criminally prosecuted and have not yet been sentenced, ask your attorney or consular representative what the “Plea Agreement” consists of.

Do not plead guilty without first consulting your attorney about the possibilities of winning your case if you go to trial.

It’s important they you know the laws of the American state where you live and work, since each state’s laws are different. Bear in mind the following information:

If you drink don’t drive, since if you do not have papers you can be detained and deported [a bit of INFOMUNDO editorializing here: no word about maiming or killing yourself or others as a drunk driver!].

If a legal resident is cited more than two times for drunk driving, he can be deported.

Do not drive without a driver’s license.

Observe traffic signs and signals and use your seatbelt.

Do not drive without auto insurance nor drive an unknown vehicle.

[THINGS TO] AVOID, PAGES 24 – 25

Do not pick up strangers.

If you commit some traffic violation and are detained by the police, place your hands on the steering wheel and do not get out of the car until the officer requests you to do so.

Avoid calling attention to yourself, at least while you are arranging your residence papers to live in the United States.

The best formula is not to alter your routine of going between work and home.

Avoid noisy parties because the neighbors can get upset and call the police, and you could be arrested.

Avoid fighting.

If you go to a bar or night club and a fight starts, leave immediately, since in the confusion you could be arrested even if you did not do anything wrong.

Avoid family or domestic violence. As in Mexico, it is a crime in the United States.

[THINGS TO] AVOID, PAGES 26 – 27

Domestic violence does not consist solely of hitting others but also can be threats, shouting or mistreatment.

If you are accused of domestic violence against your children, your mate or someone else who lives with toy, you could go to jail. In addition, Child Protective Services authorities could take away your children.

Do not carry firearms, bladed weapons or other dangerous objects.

Keep in mind that many Mexicans have died or are in prison because of these things.

If the police enter your house or apartment, do not resist, but ask to see a search warrant. It’s better to cooperate with them and ask to speak to the nearest Mexican Consulate.

CONSULATES, PAGES 28 – 29

The Secretariat of Foreign Relations has 45 consular representatives within the U.S and on its southern border, which are designed to help you. Remember: if you have been detained or are serving a sentence, you have the right to speak with the nearest Mexican Consulate. Always carry your “Guide to Consular Protection” with you at all times.

Get Near to the Consulate…

Embrace Mexico.

It’s your home, fellow countryman!

  • Secretariat of Foreign Relations
  • General Administration of Protection and Consular Matters.

CONSULATES OF MEXICO IN THE UNITED STATES, PAGES 29 – 30

List of U.S. Cities and phone numbers.

STATES – [MEXICAN] STATE GOVERNMENT OFFICES – DIRECTORY OF OFFICES GIVING ATTENTION TO MIGRANTS IN THE REPUBLIC OF MEXICO, PAGES 31 – END

List of Mexican cities and phone numbers.

BOX ON LAST PAGE:

This consular protection guide is not promoting the crossing [of the border] of Mexicans without legal documentation required by the government of the United States; its objective is to make known the risks implied and to inform about the rights of migrants regardless of their legal residence.


Scoop du siècle: un leader mondial célèbre le christianisme et il n’est pas américain ! (Shallow, clichéd Easter message: David Cameron spills the beans on the universality of Judeo-Christian values and pays for it)

5 avril, 2016

OBunny
batmanvsuperman
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Lévitique 19: 18
N’avez-vous jamais lu dans les Écritures: La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle. Jésus (Psaume 118: 22/Matthieu 21: 42)
Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Paul (2 Thessaloniciens 3: 10)
L’Europe n’est rien de substantiel. L’envers de cette vacuité substantielle est une tolérance, une ouverture radicale. Ulrich Beck
L’Europe meurt de sa lâcheté et de sa faiblesse morales, de son incapacité à se défendre et de l’ornière morale évidente dont elle ne peut s’extraire depuis Auschwitz. Imre Kertész (L’Ultime auberge)
La basse continue de la morale humaniste, celle qui existe chez Bach avec des accords parfaits, des tonalité en mi majeur ou en sol majeur, une culture fermée où chaque mot signifiait ce qu’il voulait dire et seulement cela, voilà ce qui a disparu avec Auschwitz et le totalitarisme. Comme Arnold Schoenberg [1874-1951, qui a révolutionné le langage musical en renonçant au système tonal de sept notes] l’a fait pour la musique, j’ai découvert, avec mon écriture, une « prose atonale », qui illustre la fin du consensus et de la culture humaniste, celle qui valait à l’époque de Bach et ensuite. Dans Etre sans destin, j’ai renversé le Bildungsroman, le roman de formation allemand. On peut dire que mes livres sont des récits de la « dé-formation ». (…) Cette recrudescence de l’antisémitisme, qui est un phénomène mondial, je la trouve bien entendu effarante. Avant même les attaques terroristes de janvier à Paris, j’avais fait la remarque que l’Europe était en train de mourir de sa lâcheté et de sa faiblesse morale, de son incapacité à se protéger et de l’ornière morale évidente dont elle ne pouvait s’extraire après Auschwitz. La démocratie reste impuissante à se défendre, et insensible devant la menace qui la guette. Et le risque est grand de voir les gardes-frontières qui entreprennent de défendre l’Europe contre la barbarie montante, les décapitations, la « tyrannie orientale », devenir à leur tour des fascistes. Que va devenir l’humanité dans ces conditions ? Auschwitz n’a pas été un accident de l’Histoire, et beaucoup de signes montrent que sa répétition est possible. Imre Kertész
Tu vois, ce que nous appelons Dieu dépend de notre tribu, Clark Joe, parce que Dieu est tribal; Dieu prend parti! Aucun homme dans le ciel n’est intervenu quand j’étais petit pour me délivrer du poing et des abominations de papa. J’ai compris depuis longtemps que Si Dieu est tout puissant, il ne peut pas être tout bienveillant. Et s’il est tout bienveillant, il ne peut pas être tout puissant. Et toi non plus ! Lex Luthor
Cette sorte de pouvoir est dangereux. (…) Dans une démocratie, le bien est une conversation et non une décision unilatérale. Sénatrice Finch (personnage de Batman contre Superman)
La bonne idée de ce nouveau film des écuries DC Comics, c’est de mettre en opposition deux conceptions de la justice, en leur donnant vie à travers l’affrontement de deux héros mythiques. (…) Superman et Batman ne sont pas des citoyens comme les autres. Ce sont tous les deux des hors-la-loi qui œuvrent pour accomplir le Bien. Néanmoins, leur rapport à la justice n’est pas le même: l’un incarne une loi supérieure, l’autre cherche à échapper à l’intransigeance des règles pour mieux faire corps avec le monde. Le personnage de Superman évoque une justice divine transcendante, ou encore supra-étatique. À plusieurs reprises, le film met en évidence le défaut de cette justice surhumaine, trop parfaite pour notre monde. Superman est un héros kantien, pour qui le devoir ne peut souffrir de compromission. Cette rigidité morale peut alors paradoxalement conduire à une vertu vicieuse, trop sûre d’elle même. On reprochait au philosophe de Königsberg sa morale de cristal, parfaite dans ses intentions mais prête à se briser au contact de la dure réalité. Il en va de même pour Superman et pour sa bonne volonté, qui vient buter sur la brutalité de ses adversaires et sur des dilemmes moraux à la résolution impossible. Le personnage de Batman incarne quant à lui une justice souple, souterraine, infra-étatique et peut-être trop humaine. Le modèle philosophique le plus proche est celui de la morale arétique du philosophe Aristote. Si les règles sont trop rigides, il faut privilégier, à la manière du maçon qui utilise comme règle le fil à plomb qui s’adapte aux contours irréguliers, une vertu plus élastique. Plutôt que d’obéir à des impératifs catégoriques, le justicier est celui qui sait s’adapter et optimiser l’agir au cas particulier. Paradoxalement, cette justice de l’ombre peut aller jusqu’à vouloir braver l‘interdit suprême ; le meurtre; puisque Batman veut en finir avec Superman. (…) De la même façon, le film pose dès le départ, à travers les discours d’une sénatrice, le problème critique du recours au super-héros. Ce dernier déresponsabilise l’homme, court-circuite le débat démocratique et menace par ses super-pouvoirs toute possibilité d’un contre-pouvoir. Les « Watchmen », adaptation plus subtile de l’oeuvre de Alan Moore par le même Zack Snyder posait déjà la question : « Who watches the Watchmen ? » Le Nouvel Obs
“Batman v. Superman” may lack the social commentary of “The Dark Knight” trilogy or bold iconoclasm of “V for Vendetta,” but it does have an ideology – namely, its distrust of power. To Batman and many residents of both Metropolis and Gotham, Superman is a self-appointed overlord whose complete unaccountability makes him an existential threat to humanity, regardless of his claims that he only wants to help. Indeed, the film opens by revisiting the controversial Metropolis fight from “Man of Steel,” one that many critics noted would have resulted in hundreds of thousands of civilian casualties, showing how the stupendous loss of life (and Superman’s callous disregard for it) motivates Batman’s hatred. Of course, in Superman’s eyes, Batman is nothing more than a vigilante, someone whose ability to operate above the law speaks not to his superior moral qualities but rather the corruption of a police department that refuses to prosecute him. And when we see Bruce Wayne branding criminals with the Bat logo, it’s hard to disagree with Superman’s assessment. Coming from a movie in which one character declares that “on this earth, every act is a political act,” it’s obvious that these political messages were included by design. Regardless of their political affiliation, director Zack Snyder and screenwriters David S. Goyer and Chris Terrio have created an operatic superhero film that abhors the real-world consequences which would ensue if superheroes actually existed. In the “Batman v. Superman” paradigm, it doesn’t matter that those wielding the power think of themselves as virtuous – whether sent from above with a divine destiny or crawling the streets to protect the innocent – because “in a democracy, good is a conversation, not a unilateral decision” (to quote the movie’s idealistic United States Senator played by Holly Hunter). This isn’t to say that “Batman v. Superman” is a masterpiece of political commentary, or even that its message is always presented effectively. Aside from shots of anti-Superman protesters carrying protest signs modeled after the anti-Mexican rhetoric that contaminates our discourse today, there isn’t much of an exploration of xenophobia vis-à-vis Superman’s origin story (a missed opportunity in any ostensibly politicized Superman parable). There are similarly fleeting references to drone strikes and civil liberties violations, all dutifully ticked off as vestiges of a security state run amok before quickly forgotten. The movie does include commendably strong female characters like Lois Lane and Wonder Woman, but they receive such insufficient attention that they barely make an impact (a shortcoming more likely attributable to its cluttered narrative than outright sexism). At the same time, there is actually something very intelligent, even subversive, about a superhero film that is so brazen in challenging the political legitimacy of those who would-be superheroes. It is the central conflict that drives the narrative and keeps the audience engaged in the on-screen action, even if the flat characters make it hard to invest on a deeper level. This isn’t a movie that simply includes those elements to make itself seem more profound; without that political subtext, the film barely exists at all. While it remains to be seen whether this political message will give “Batman v. Superman” the same timelessness as other blockbuster political parables from the superhero genre (again, think “V for Vendetta” or “The Dark Knight”), I suspect it goes a long way toward explaining why many audiences are connecting with it. For better or worse, the movie uses two well-known contemporary mythologies – that of the Batman and Superman characters – to ask provocative questions about whether we can trust concentrations of great power. Critics may deride these attempts as incoherent or simplistic, but if John and Jane Q. Public are intrigued by them, then perhaps we should hesitate before dismissing them outright. After all, any movie that tries to make its audience smarter isn’t completely devoid of merit. When cultural historians look back on cinema circa 2016, they will likely marvel at our growing ambivalence toward the superhero characters who have become so popular over the past couple decades. Later this year “Batman v. Superman” will be joined by “Captain America: Civil War,” another movie in which two iconic superheroes feud over ideological differences about concentrations of power (this time Captain America and Iron Man). There is a mass catharsis at play here, a phenomenon in which the anxieties toward demagogues and potential demagogues – liberals and conservatives can fill in their own blanks here with the names of their least-favorite politicians – is being reflected back to us on the silver screen. This, politically speaking, may be the most important takeaway from “Batman v. Superman.” It may be a good movie, a bad movie, or anything in between, but it is without question an important film today, and a quintessential product of the America we inhabit. Matthew Rozsa
Superman vs. Batman … accomplishes its lofty goal to approach Superman (Henry Cavill) from a more mythological discourse, with Christian symbolism coming to the forefront. Those who saw « Man of Steel » are undoubtedly familiar with these sorts of Christian references, especially given that film’s use of the Holy Trinity. That symbolism is even more overt in « Batman v Superman, » or should we call it « The Passion of Superman »? The godly hero is venerated throughout the film. His morality is also called into question. At one point he essentially decimates an entire village in order to rescue Lois Lane (Amy Adams) in the middle of the desert. But this scorn is often countered by images of his redemption, as when Superman saves a girl from a burning building and gets mobbed by a group of people all stretching out to touch him. Jesus — I mean Superman — even goes on trial in front of Congress so that the world can get a better idea of where he stands. Is he on Earth to dominate mankind? Or is he there to collaborate with humanity? Of course, like Christ, there are those that fear Superman, including Bruce Wayne (Ben Affleck). (…) Likely because he heard for two years how oblivious Superman seemed in « Man of Steel » about killing millions of people during his fight with General Zod (Michael Shannon), Snyder decided to then show audiences this same destruction from a different viewpoint, using overt 9/11 references. While Snyder’s attempts to acknowledge the carnage in a way his previous film didn’t, the rewrite does not in reveal how Superman feels about anything. More to the point, despite seeing the mayhem, Bruce Wayne’s alter ego Batman seems to have no sympathy for killing other characters during the various chase or action sequences he takes on. (…) Jesse Eisenberg’s Lex Luthor is often used to bring the Messianic imagery to the forefront – he ceaselessly refers to Superman as an analogy for God. Even his hatred of Superman is rooted in that analogy. Jewish Rabbi Elie Wiesel was faced with the horrors of the Holocaust, and his theology was utterly transformed by it. Wiesel came to the belief that, in the face of Auschwitz, God must be either all-loving or all-powerful – He could not be both. Lex Luthor has come to a similar view; and, where Wiesel was comfortable with the distinction, Luthor is angry. Conflating Superman with God, his desire is to reveal either the limits of Superman’s character, or of his power. In the film, there’s a fascinatingly spiritual scene in which Superman has been tempted away from the path of interaction with the world. Curiously enough, this time round it is his own mother who has tried to tell him to let go – « You don’t owe the world anything, » she tells him. Superman heads off to a mountain (again, a spiritual place in the Bible), and has a spiritual encounter with his deceased father, Jonathan, that prepares him for what is to come. (…) Luthor uses Kryptonian technology to create Doomsday, and it’s notable that doing so requires his blood – again, a Biblical notion (Leviticus 17: 11, « For the life of a creature is in the blood »). Philosopher Friedrich Nietzsche famously argued that man created God in his own image. Batman V Superman neatly inverts this postmodern trope, with, instead, man creating the devil in response to God’s presence. The battle between Doomsday and the DC superheroes culminates in a brutal conflict that goes so far as the boundaries of the atmosphere! Ultimately, Superman and Doomsday strike each other with fatal blows, in a scene that seems analogous to the first Biblical prophecy of what the Cross would achieve, in Genesis 3: 15: « He will crush your head, and you will strike his heel. » In this first prophecy, the decisive battle between the Son of Man (a title Jesus claimed for himself) and the Devil would involve both striking powerful blows against the other. The Devil, in Genesis spoken of as a serpent, will strike Jesus on the heel – infecting him with venom, and thus taking his life. Jesus, meanwhile, will crush the Devil’s head as he dies. True to this form, Superman and Doomsday literally impale one another, both dying. Tellingly, as Lois weeps (analogous to many images of Jesus’ mother weeping over his body), the camera pans out to reveal wooden rubble in the shape of Crosses. It’s also no coincidence that this film was released on Good Friday, when Christians celebrate the death of Jesus! (…) Sometimes crucifixions were a long and messy affair, and the Romans tried to hurry them up. As Jesus hung upon the Cross, the Roman soldiers moved between the three men hanging on the Crosses, and broke the legs of the two thieves – so they would hang, and asphyxiate. They believed that Jesus was already dead, though, and pierced his side with a spear. The Bible is very specific to describing a flow of « blood and water », which indicates that the spear had penetrated the lung – and it was filled, proving Jesus was truly dead. In roughly the same way, the crucial weapon in this film is a Kryptonite spear, fashioned by Batman, and ultimately used against Doomsday. As Doomsday dies, the creature’s right arm – taking on the form of a spear – pierces Superman’s chest, also killing him. It’s not a coincidence, even though the symbolism breaks apart when you look too deeply at this one. Is there anyone who believes Superman will stay dead? The funeral processions – complete with the famous religious tune Amazing Grace – and the mourning masses are eerily reminiscent of the Bible’s descriptions. Just as with Jesus, Superman is left in the grave – and the final scenes hint that he’s not quite dead yet… This, of course, was based off the famous Death of Superman event – and yes, Superman came back pretty quickly … Latin Post
Every other scene is a murky allusion to classical mythology or baroque religious art. But that’s categorically all they are: the film regularly defies common sense and logic in order to cue up the next cod-transfiguration or pietà. When Lois Lane (Amy Adams) hurls that kryptonite spear into the water, she does it for no apparent reason other than the fact it looks, like, totally cool – and accordingly, she and Superman are fishing it back out again five minutes later. The heavy religious symbolism of Man of Steel now looks relatively restrained: Superman himself has gone Full Christ Metaphor, and his life is an endless cycle of rescuing people (mainly Lois) and pulling expressions of pained benificence. Cavill has almost nothing to do apart from look chiseled, which makes a depressing kind of sense, given the film seems to view his character as a living statue. Batman V Superman launches into its myth-making immediately and humourlessly, setting the tone for everything that follows. Under the opening credits we get a refresher course in Bruce Wayne’s childhood trauma: yet again, we see the shooting of his parents (this time outside a cinema showing Excalibur and The Mark of Zorro) and his subsequent tumble down a bat-infested shaft. It’s staged with sadistic elegance – there’s a skin-prickling shot of the mugger’s pistol hitching up Bruce’s mother’s string of pearls – although there are only so many slow-motion aerial shots of coffins and black umbrellas a man can come up with, and much of it smacks of similar passages in Snyder’s earlier films, Sucker Punch and Watchmen. It also turns out to be the only substantial insight we get into who Bruce Wayne actually is, or what drives him, in the film’s entire two-and-a-half-hour running time. Giving Affleck’s Batman the physique of a concrete pillar makes aesthetic sense, but did he need the personality of one too? One more thing about Bruce: he loathes Superman, because of his city-razing antics at the end of Man of Steel, which toppled Wayne Tower with hundreds of employees inside it. Here, Snyder gives us a street-level recap, transparently invoking 9/11 in every shot. (Later, the film works the terrorism angle even harder: Superman’s actions prove to be the catalyst for a suicide bomb attack on US soil.) In short, Batman has grounds for vengeance. But it’s Lex Luthor who has the appetite. After hauling a clump of glowing green kryptonite from the Indian Ocean, the young technology mogul devises a ‘silver bullet’ that could bring Superman to heel. Eisenberg gives a catastrophic performance here, all itchy and spasmodic, and built on mumbled rants about Copernicus and Nietzsche … The Telegraph
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
Les pays européens qui ont transformé la Méditerranée en un cimetière de migrants partagent la responsabilité de chaque réfugié mort. Erdogan
Alors que la Turquie accueille trois millions (de migrants), ceux qui sont incapables de faire de la place à une poignée de réfugiés et qui, au coeur de l’Europe, maintiennent des innocents dans des conditions honteuses, doivent d’abord regarder chez eux. Erdogan (2016)
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
Nous l’avons été, mais nous ne sommes plus une nation chrétienne, du moins, pas seulement. Nous sommes aussi une nation juive, une nation musulmane, une nation bouddhiste, une nation hindoue, une nation d’athées. Barack Hussein Obama (2006)
Whatever we once were, we are no longer just a Christian nation; we are also a Jewish nation, a Muslim nation, a Buddhist nation, a Hindu nation, and a nation of nonbelievers. And even if we did have only Christians in our midst, if we expelled every non-Christian from the United States of America, whose Christianity would we teach in the schools? Would we go with James Dobson’s, or Al Sharpton’s? Which passages of Scripture should guide our public policy? Should we go with Leviticus, which suggests slavery is ok and that eating shellfish is abomination? How about Deuteronomy, which suggests stoning your child if he strays from the faith? Or should we just stick to the Sermon on the Mount – a passage that is so radical that it’s doubtful that our own Defense Department would survive its application? So before we get carried away, let’s read our bibles. Folks haven’t been reading their bibles. This brings me to my second point. Democracy demands that the religiously motivated translate their concerns into universal, rather than religion-specific, values. It requires that their proposals be subject to argument, and amenable to reason. I may be opposed to abortion for religious reasons, but if I seek to pass a law banning the practice, I cannot simply point to the teachings of my church or evoke God’s will. I have to explain why abortion violates some principle that is accessible to people of all faiths, including those with no faith at all. Now this is going to be difficult for some who believe in the inerrancy of the Bible, as many evangelicals do. But in a pluralistic democracy, we have no choice. Politics depends on our ability to persuade each other of common aims based on a common reality. It involves the compromise, the art of what’s possible. At some fundamental level, religion does not allow for compromise. It’s the art of the impossible. If God has spoken, then followers are expected to live up to God’s edicts, regardless of the consequences. To base one’s life on such uncompromising commitments may be sublime, but to base our policy making on such commitments would be a dangerous thing. And if you doubt that, let me give you an example. We all know the story of Abraham and Isaac. Abraham is ordered by God to offer up his only son, and without argument, he takes Isaac to the mountaintop, binds him to an altar, and raises his knife, prepared to act as God has commanded. Of course, in the end God sends down an angel to intercede at the very last minute, and Abraham passes God’s test of devotion. But it’s fair to say that if any of us leaving this church saw Abraham on a roof of a building raising his knife, we would, at the very least, call the police and expect the Department of Children and Family Services to take Isaac away from Abraham. We would do so because we do not hear what Abraham hears, do not see what Abraham sees, true as those experiences may be. So the best we can do is act in accordance with those things that we all see, and that we all hear, be it common laws or basic reason. Finally, any reconciliation between faith and democratic pluralism requires some sense of proportion. This goes for both sides. Even those who claim the Bible’s inerrancy make distinctions between Scriptural edicts, sensing that some passages – the Ten Commandments, say, or a belief in Christ’s divinity – are central to Christian faith, while others are more culturally specific and may be modified to accommodate modern life. The American people intuitively understand this, which is why the majority of Catholics practice birth control and some of those opposed to gay marriage nevertheless are opposed to a Constitutional amendment to ban it. Religious leadership need not accept such wisdom in counseling their flocks, but they should recognize this wisdom in their politics. But a sense of proportion should also guide those who police the boundaries between church and state. Not every mention of God in public is a breach to the wall of separation – context matters. It is doubtful that children reciting the Pledge of Allegiance feel oppressed or brainwashed as a consequence of muttering the phrase « under God. » I didn’t. Having voluntary student prayer groups use school property to meet should not be a threat, any more than its use by the High School Republicans should threaten Democrats. And one can envision certain faith-based programs – targeting ex-offenders or substance abusers – that offer a uniquely powerful way of solving problems. Barack Hussein Obama (2006)
Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l’amertume d’une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix. Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire. Barack Hussein Obama (2009)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Salamm aleïkoum (…) Comme le dit le Saint Coran, « Crains Dieu et dis toujours la vérité ». (…) Je suis chrétien, mais mon père était issu d’une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie où j’ai entendu l’appel à la prière (azan) à l’aube et au crépuscule. Jeune homme, j’ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j’ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane. Barack Hussein Obama (Prêche du Caire)
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Humanity has been grappling with these questions throughout human history.  And lest we get on our high horse and think this is unique to some other place, remember that during the Crusades and the Inquisition, people committed terrible deeds in the name of Christ.  In our home country, slavery and Jim Crow all too often was justified in the name of Christ. (…) And so, as people of faith, we are summoned to push back against those who try to distort our religion — any religion — for their own nihilistic ends. Barack Hussein Obama (2015)
As a Christian, I am supposed to love. And I have to say that sometimes when I listen to less than loving expressions by Christians, I get concerned. But that’s a topic for another day. (…) For me, the celebration of Easter puts our earthly concerns into perspective. With humility and with awe, we give thanks to the extraordinary sacrifice of Jesus Christ, our Saviour. We reflect on the brutal pain that he suffered, the scorn that He absorbed, the sins that he bore, this extraordinary gift of salvation that he gave to us. And we try, as best we can, to comprehend the darkness that He endured so that we might receive God’s light. And yet, even as we grapple with the sheer enormity of Jesus’s sacrifice, on Easter we can’t lose sight of the fact that the story didn’t end on Friday. The story keeps on going. On Sunday comes the glorious Resurrection of our Saviour. Barack Hussein Obama (2015)
This is a little bittersweet — my final Easter Prayer Breakfast as President.   (…) Now, as Joe said, in light of recent events, this gathering takes on more meaning.  Around the world, we have seen horrific acts of terrorism, most recently Brussels, as well as what happened in Pakistan — innocent families, mostly women and children, Christians and Muslims.  And so our prayers are with the victims, their families, the survivors of these cowardly attacks.  And as Joe mentioned, these attacks can foment fear and division.  They can tempt us to cast out the stranger, strike out against those who don’t look like us, or pray exactly as we do.  And they can lead us to turn our backs on those who are most in need of help and refuge.  That’s the intent of the terrorists, is to weaken our faith, to weaken our best impulses, our better angels. And Pastor preached on this this weekend, and I know all of you did, too, as I suspect, or in your own quiet ways were reminded if Easter means anything, it’s that you don’t have to be afraid.  We drown out darkness with light, and we heal hatred with love, and we hold on to hope.  And we think about all that Jesus suffered and sacrificed on our behalf — scorned, abandoned shunned, nail-scarred hands bearing the injustice of his death and carrying the sins of the world. And it’s difficult to fathom the full meaning of that act.  Scripture tells us, “For God so loved the world that He gave His only Son, that whoever believes in Him should not perish but have eternal life.”  Because of God’s love, we can proclaim “Christ is risen!”  Because of God’s love, we have been given this gift of salvation.  Because of Him, our hope is not misplaced, and we don’t have to be afraid. And as Christians have said through the years, “We are Easter people, and Alleluia is our song!”  We are Easter people, people of hope and not fear.  Now, this is not a static hope.  This is a living and breathing hope.  It’s not a gift we simply receive, but one we must give to others, a gift to carry forth.  I was struck last week by an image of Pope Francis washing feet of refugees — different faiths, different countries.  And what a powerful reminder of our obligations if, in fact, we’re not afraid, and if, in fact, we hope, and if, in fact, we believe.  That is something that we have to give.  His Holiness said this Easter Sunday, God “enables us to see with His eyes of love and compassion those who hunger and thirst, strangers and prisoners, the marginalized and the outcast, the victims of oppression and violence.”  To do justice, to love kindness –- that’s what all of you collectively are involved in in your own ways each and every day. Feeding the hungry.  Healing the sick.  Teaching our children.  Housing the homeless.  Welcoming immigrants and refugees.  And in that way, you are teaching all of us what it means when it comes to true discipleship.  It’s not just words.  It’s not just getting dressed and looking good on Sunday.  But it’s service, particularly for the least of these. And whether fighting the scourge of poverty or joining with us to work on criminal justice reform and giving people a second chance in life, you have been on the front lines of delivering God’s message of love and compassion and mercy for His children.  And I have to say that over the last seven years, I could not have been prouder to work with you.  We have built partnerships that have transcended partisan affiliation, that have transcended individual congregations and even faiths, to form a community that’s bound by our shared ideals and rooted in our common humanity.  And that community I believe will endure beyond the end of my presidency, because it’s a living thing that all of you are involved with all around this country and all around the world. And our faith changes us.  I know it’s changed me.  It renews in us a sense of possibility.  It allows us to believe that although we are all sinners, and that at time we will falter, there’s always the possibility of redemption.  Every once in a while, we might get something right, we might do some good; that there’s the presence of grace, and that we, in some small way, can be worthy of this magnificent love that God has bestowed on us. Barack Hussein Obama (2016)
L’Angleterre est encore un pays chrétien (…) la foi chrétienne joue un rôle dans ce pays (…) les valeurs de la foi chrétienne sont les valeurs sur lesquelles notre pays est construit et nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” (..) Mais elles ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière. Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants. (…) Quand nous voyons, en 2015, des chrétiens être persécutés pour leur foi dans d’autres parties du monde, nous devons nous affirmer et tenir debout avec ceux qui pratiquent leur foi avec courage. (…) C’est le grand combat qui nous attend. Nos frères et soeurs musulmans veulent notre aide. Nous devons nous étendre et les aider dans la bataille contre l’extrémisme. Nous devons construire des communautés plus fortes et plus résistantes. Nous devons nous assurer que ceux qui dérivent vers l’extrémisme soient tirés en arrière. David Cameron (2015)
Across Britain, Christians don’t just talk about ‘loving thy neighbour’, they live it out… in faith schools, in prisons, in community groups. And it’s for all these reasons that we should feel proud to say, ‘This is a Christian country.’ Yes, we are a nation that embraces, welcomes and accepts all faiths and none but we are still a Christian country. And as a Christian country, our responsibilities don’t end there. We have a duty to speak out about the persecution of Christians around the world too. It is truly shocking to know that in 2015 there are still Christians being threatened, tortured, even killed, because of their faith from Egypt to Nigeria, Libya to North Korea. Across the Middle East, Christians have been hounded out of their homes, forced to flee from village to village, many of them forced to renounce their faith or be brutally murdered. To all those brave Christians in Iraq and Syria who are practising their faith, or sheltering others, we must say, ‘We stand with you’. David Cameron (Dec. 2015)
The message of Easter is a message of hope for millions of Christians in our country and all around the world. We see that hope every day in the many faith-inspired projects that help the homeless, that get people into work, that help keep families together and offer loving homes to children who need them. We see it in the compassion of church leaders and volunteers who visit our hospitals, care homes and hospices – and those who comfort the bereaved. And we see that hope in the aid workers and volunteers who so often risk their own lives to save the lives of others in war-torn regions across the world. These are values we treasure. They are Christian values and they should give us the confidence to say yes, we are a Christian country and we are proud of it. David Cameron (Mar. 2016)
Au coeur de toutes ces actions de gentillesse et de courage, il y a les valeurs et les croyances qui ont fait de notre pays ce qu’il est. Des valeurs de responsabilité, de travail, de charité, de compassion, la fierté de travailler pour le bien commun et d’honorer les obligations sociales que nous avons les uns pour les autres, pour nos familles, pour nos communautés. Nous chérissons ces valeurs. Ce sont des valeurs chrétiennes. Elles doivent nous donner la force de dire : Oui, nous sommes un pays chrétien, et nous en sommes fiers. David Cameron (Mar. 2016)
Le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne et que, en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens. Sa liste vague et cotonneuse de vertus – la compassion, le travail, la responsabilité – n’a rien de spécialement chrétien. Le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne ; en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens. The Guardian (2015)
That is what we mark today as we celebrate the birth of God’s only son, Jesus Christ – the Prince of Peace. As a Christian country, we must remember what his birth represents: peace, mercy, goodwill and, above all, hope. I believe that we should also reflect on the fact that it is because of these important religious roots and Christian values that Britain has been such a successful home to people of all faiths and none. David Cameron (Dec. 24, 2015)
We look to political leaders for leadership, not theology, and this kind of language reveals him to be less than statesmanlike. David Cameron needs to appreciate that he isn’t a leader of Christians, he’s the prime minister of a diverse, multi-faith, and increasingly non-religious nation. Stephen Evans (National Secular Society, Dec. 2015)
Voilà un chef de gouvernement qui a fait adopter ces derniers mois plusieurs mesures en contradiction directe avec la vision chrétienne de l’homme – le mariage entre personnes de même sexe est légal depuis le 29 mars 2014. Un homme qui est à la tête d’un pays où l’on détruit 170 000 embryons par an, où les agences d’adoption catholiques ont dû fermer les unes après les autres, et où les sages-femmes qui refusent de pratiquer l’avortement sont sanctionnées par la justice. Or, dans ce message dont on peut voir la vidéo par exemple sur le site du Telegraph, il rappelle que l’Angleterre est, « encore un pays chrétien », que « la foi chrétienne joue un rôle dans ce pays », et que « les valeurs de la foi chrétienne sont les valeurs sur lesquelles notre pays est construit » et que « nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” ». À la différence de ses prédécesseurs, Cameron ne répugne pas à évoquer le caractère chrétien de la Grande-Bretagne. Bien sûr, ce message de Pâques est donné un mois avant les élections générales. Il s’inscrit dans une série de messages bienvenus (et généralement bien tournés) de tous les politiques anglais sans exception, qui ont salué les chrétiens à l’occasion de Pâques. Tout le monde s’est fendu d’un (bref) message pascal. Même le libéral Nick Clegg (« athée », mais dont les enfants sont « élevés dans la foi catholique de leur mère »). Même le souverainiste Nigel Farage (qui se définit comme « un anglican apostat ») a tweeté un courtois « Joyeuses Pâques, passez une journée agréable et reposante ». Tous les politiques anglais ont sans exception dénoncé au quart de tour la tragédie des chrétiens persécutés en général, et l’attaque de l’université de Garissa, au Kenya anglophone en particulier – la moindre des choses, après la sévère dénonciation des Pilate de notre temps par le pape François.  Mais il n’est pas sûr que, en voulant donner plus qu’un tweet et en se fendant d’un message de Pâques en bonne et due forme, Cameron ait marqué des points auprès des croyants. Tous les commentateurs ont remarqué le côté lénifiant d’un message – si consensuel qu’il en devenait gênant et peu accordé aux drames de l’heure. Et, en effet, pourquoi se donner la peine de saluer les « valeurs chrétiennes » si c’est pour dire précisément « qu’elles ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière » ? Il poursuit : « Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ». Face à cet aimable gloubi-boulga, la presse britannique (qui visiblement connaît encore un peu de catéchisme) a donné au Premier ministre une volée de bois vert. (…) Mais même si c’est un raté de com’ (en cela, tout à fait comparable avec celui – quoique bien plus piteux à vrai dire – de la RATP sur les chrétiens d’Orient), ce message prouve que, décidément, la foi chrétienne est bien dans l’air du temps. Du coup, les politiques se doivent de bien réfléchir avant de se lancer sur ce terrain. Et parfois, ils sont capables de faire un sans-faute. Ainsi nul n’a moqué la reine Élisabeth lorsqu’elle évoquait (dans le royal message de Noël dernier) avec une grande simplicité « Jésus, une ancre dans ma vie ». Un témoignage public, à la fois pudique et sans complexe, que la souveraine britannique a donné à son peuple. Famille chrétienne (2015)
Pour nous autres Français, affligés de voir le mot « chrétien » banni un temps des couloirs de métro et de façon plus pérenne, du lexique présidentiel, cette phrase de David Cameron mériterait nos applaudissements. Outre-Manche, la presse lui a tapé sur les doigts. Il faut dire que la fin du message de Pâques du Premier ministre est indigeste (tout comme certaines réformes, en premier lieu la légalisation du « mariage » homosexuel) : « [Les valeurs chrétiennes] ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière. Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ». Comme le remarque Jean-Claude Bésida, les journalistes britanniques ont par conséquent révisé leur catéchisme. Et réclamé des convictions, au lieu de ce gloubi-boulga consensuel destiné à ne déplaire à personne à un mois des élections générales. Salon beige
That’s the thing about America: constitutional separation of Church and state prevents prayers being said in schools and stops the president himself sending out Christmas cards with the word “Christmas” on them. Yet the politician who doesn’t energetically declare his or her Christian faith can expect to be shunned by voters. Whereas in Britain, politicians don’t do God. Paradoxically, in the country where seats in the (albeit unelected) legislature are reserved for leaders of the established Christian Church, religion is seen as a very private and personal affair. Its intrusion into the political domain is seen as very … well, unBritish. So by declaring (not for the first time) in his Easter message that Britain is “a Christian country”, the Prime Minister was either being brave or reckless. Whenever public figures are invited to define Christian values as applied to an entire nation, the homespun answers given are invariably along the lines of charity, loyalty, generosity, honesty, compassion, etc. Yet Christianity was never intended (originally, anyway) to be a comforting faith; it was, and remains, a challenging and deeply uncomfortable philosophy. Every Sunday-school pupil is familiar with the traditional figure of “meek and mild” Jesus, the man dressed all in white who suffered all children to come to Him; who only ever got angry with the money-changers in the Temple; who never said a bad word about gay people and was virtually vegetarian (until he threw a whole herd of pigs off a cliff to save a demon-possessed man). The passage from the Gospel of Matthew where Jesus declared “do not suppose that I have come to bring peace to the earth. I did not come to bring peace, but a sword”, is just one glimpse of a radical faith quite different from the image of old maids cycling to Evensong through the mist. Early Christians were persecuted not because of their love for their fellow citizens, or for their tolerance or charity, but because they challenged the status quo. They said things that made others, including the authorities, feel deeply uncomfortable. (…) Yet all those qualities which Cameron claims describe Christian Britain – responsibility, hard work and compassion – can be just as easily applied to the followers of almost any religion (or, indeed, of none). So labelling us as “Christian” is meaningless. (…) Given that the Prime Minister is not going to take a stand with the church and its core beliefs against those who would oppose and denigrate them, however, why is he raising the standard in the first place? To gain a reputation as a “man of faith”, thereby gaining the respect of followers of all faiths? Perhaps. Today, throughout the world, Christians are being persecuted and killed for their beliefs – not for their tolerance or compassion – and now would be a good time for politicians to speak out. If you’re not prepared to do that, if you want to limit your expression of faith to the inside of a Hallmark greetings card, maybe you should say nothing at all. The Easter story is inspiring and profound. The lesson the Bible teaches about the resurrection is not that good people go to Heaven and that we should all be nice to one another; it is that Jesus’s sacrifice and return from the dead gives hope to anyone who chooses to believe in him. If that’s an uncomfortable message, then spiritually it’s probably the right one. (…) But it’s not what Cameron is driving at. His message may have been broadcast during Easter weekend, but it was no more Christian than any other party political broadcast. Given that he is the secular head of a secular government, that is as it should be. Alastair Campbell once announced that the politicians he served “don’t do God”. The traps are too wide and the advantages too few. In Christian Britain, when politicians do decide to give God the glory, they are best advised to do so in private. The Telegraph

Cachez ces valeurs judéo-chrétiennes que je ne saurai voir !

Dans ce monde étrange tellement « imprégné du souci évangélique des victimes » qu’il a « fait de nous des chrétiens qui s’ignorent » …

Passant leur temps, sous les coups de la barbarie islamique revenue, en minutes de silence, vigiles et bougies quasi-ininterrompus …

Où nos superhéros mêmes, dans un film sorti comme par hasard un Vendredi saint et où le héros se sacrifie à la fin, se voient désormais sommés de répondre des conséquences de leurs actes …

Pendant qu’entre deux pas de dance avec les dictateurs, nos nouveaux messies n’ont jamais de mots assez durs pour dénoncer les manquements passés de notre héritage chrétien ou (jusqu’à caviarder des déclarations de dirigeants étrangers ?) vanter les mérites supposés des autres religions et notamment de celle du Prophète …

Ou entre légions d’honneur, rançons de milliards d’euros et burkha chic sur fond d’épuration ethnique de ce qui peut rester de juif ou de chrétien du prétendu Monde musulman, récompenser les coupeurs de tête de Riyad ou les maitres chanteurs d’Ankara …

Comment ne pas s’étonner au lendemain d’un nouveau message de Pâques d’un premier ministre britannique …

Qui désavouant nos Chirac et Obama du moment et, pour électoralisme et gnangnanisme cette fois, sous la volée de bois vert de sa propre presse …

Comme de l’indifférence habituelle de la nôtre de ce côté-ci de la Manche et de l’enthousiasme attendu d’une certaine presse outre-atlantique

Ose rappeler, appelant même ses compatriotes à dénoncer les actuelles persécutions de leurs coreligionnaires dans le monde …

Tout en en oubliant certes au passage son Lévitique …

La vérité désormais universelle desdites valeurs (judéo)chrétiennes ?

David Cameron : « Oui, nous sommes un pays chrétien et nous en sommes fiers. »
Info chrétienne
28 mars 2016

Suite aux différentes attaques terroristes, David Cameron, Premier Ministre anglais, rappelle dans son discours de Pâques à Downing Street, que l’Angleterre est un pays chrétien. Il explique que ça ne doit pas être une honte, ni une invitation à rabaisser les autres croyances. Il souhaite que son message pour Pâques soit « un message d’espoir pour des millions de chrétiens en Angleterre et dans le monde entier. »

Barack Obama, alors sénateur en 2006, avait lui exprimé une toute autre opinion à l’égard des Etats-Unis : « Nous l’avons été, mais nous ne sommes plus une nation chrétienne, du moins, pas seulement. Nous sommes aussi une nation juive, une nation musulmane, une nation bouddhiste, une nation hindoue, une nation d’athées. »

Le Premier Ministre anglais rappelle les différentes actions sociales menées par les chrétiens dans son pays :

« Au coeur de toutes ces actions de gentillesse et de courage, il y a les valeurs et les croyances qui ont fait de notre pays ce qu’il est. Des valeurs de responsabilité, de travail, de charité, de compassion, la fierté de travailler pour le bien commun et d’honorer les obligations sociales que nous avons les uns pour les autres, pour nos familles, pour nos communautés. Nous chérissons ces valeurs. Ce sont des valeurs chrétiennes. Elles doivent nous donner la force de dire : Oui, nous sommes un pays chrétien, et nous en sommes fiers. «
Puis il pense aux chrétiens persécutés :

» Quand nous voyons, en 2016, des chrétiens être persécutés pour leur foi dans d’autres parties du monde, nous devons nous affirmer et tenir debout avec ceux qui pratiquent leur foi avec courage. »
David Cameron invite les leaders chrétiens dans un combat : aider « leurs frères et soeurs musulmans » à lutter contre l’extrémisme.

» C’est le grand combat qui nous attend. Nos frères et soeurs musulmans veulent notre aide. Nous devons nous étendre et les aider dans la bataille contre l’extrémisme. Nous devons construire des communautés plus fortes et plus résistantes. Nous devons nous assurer que ceux qui dérivent vers l’extrémisme soient tirés en arrière. »
Cameron le rappelle : « Il y a une place pour la foi. »

Voir aussi:

David Cameron invoque l’identité chrétienne de son pays pour la défense des chrétiens persécutés
Christophe Chaland
La Croix
07/04/2015

« La Grande Bretagne est un pays chrétien », a affirmé le premier ministre britannique David Cameron dans son message de Pâques, dimanche 5 avril, ajoutant : « En tant que chrétiens, notre responsabilité nous engage à dénoncer la persécution des chrétiens dans le monde ».

Dans un message vidéo de moins de trois minutes, le premier ministre a loué comme il l’avait fait en 2014 l’engagement des chrétiens : « Les chrétiens en Grande Bretagne ne disent pas seulement d’aimer son prochain, ils le mettent en pratique, dans des écoles confessionnelles, dans les prisons, dans des communautés locales, et pour toutes ces raisons, nous pouvons être fiers de dire : “Ce pays est chrétien.” »

Élections
« Nous sommes un pays qui inclut, accueille et accepte toutes les religions ainsi que les athées, mais nous sommes toujours une nation chrétienne », a précisé le chef du gouvernement britannique à un mois des élections générales par lesquelles le pays se dotera d’un nouveau parlement.

David Cameron a rappelé que son gouvernement avait contribué à hauteur de « dizaines de millions de livres » à la restauration du patrimoine chrétien du pays, étendant « la responsabilité » de cette « nation chrétienne » à la défense des chrétiens persécutés dans le monde : « Il est vraiment choquant de savoir qu’en 2015, des chrétiens sont toujours menacés, torturés et même tués en raison de leur foi, de l’Égypte au Nigeria, à la Libye et à la Corée du Nord. »

« Au Moyen-Orient, les chrétiens ont été chassés de leurs maisons, contraints à fuir de village en village, beaucoup d’entre eux ayant dû renier leur foi ou être assassinés » a poursuivi le premier ministre conservateur. « À tous ces chrétiens courageux d’Irak et de Syrie, nous devons dire : nous sommes avec vous. » « Durant le mois qui vient, nous devons continuer de parler d’une seule voix pour la liberté de religion », a-t-il ajouté.

Polémique
En 2014, le message pascal de David Cameron avait déclenché une polémique sur la possibilité de parler de la Grande Bretagne comme d’une nation chrétienne. L’Église anglicane, par ailleurs, ne se prive pas de critiquer à l’occasion la politique sociale du gouvernement.

Dans la presse britannique, des critiques n’ont pas manqué cette année encore, The Guardian remarquant dans un éditorial qu’aucune des « bonnes actions » imputées aux chrétiens par le premier ministre n’était spécifique de la religion chrétienne et dénonçant « une pêche aux votes ».

Christophe Chaland

Voir également:

David Cameron et son curieux message de Pâques
Jean-Claude Bésida

Famille chrétienne

08/04/2015

Alors que le Premier ministre britannique ne brille pas par sa foi, son message de Pâques insiste sur l’héritage chrétien de la Grande-Bretagne. Un exercice de communication à un mois des élections qui se révèle finalement assez raté – trop de consensus et d’édulcoration. Mais qui, par défaut, prouve que la foi chrétienne est dans l’air du temps.
En ces temps où le pape François est le leader le plus populaire de la planète, où la guerre déclarée aux chrétiens d’Orient réussit à faire bouger une RATP laïque et gleedenisée, quelque chose est peut-être en train de changer. Le christianisme – la foi chrétienne – redevient un peu à la mode. En tout cas, elle n’est plus tout à fait quelque chose de totalement ringard et déphasé. Est-il in d’être chrétien ?

C’est la question qu’on peut se poser face au message de Pâques qu’a donné le Premier ministre britannique, David Cameron à Premier Christianity Magazine.

« Nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” »

Voilà un chef de gouvernement qui a fait adopter ces derniers mois plusieurs mesures en contradiction directe avec la vision chrétienne de l’homme – le mariage entre personnes de même sexe est légal depuis le 29 mars 2014. Un homme qui est à la tête d’un pays où l’on détruit 170 000 embryons par an, où les agences d’adoption catholiques ont dû fermer les unes après les autres, et où les sages-femmes qui refusent de pratiquer l’avortement sont sanctionnées par la justice.

Or, dans ce message dont on peut voir la vidéo par exemple sur le site du Telegraph, il rappelle que l’Angleterre est, « encore un pays chrétien », que « la foi chrétienne joue un rôle dans ce pays », et que « les valeurs de la foi chrétienne sont les valeurs sur lesquelles notre pays est construit » et que « nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” ». À la différence de ses prédécesseurs, Cameron ne répugne pas à évoquer le caractère chrétien de la Grande-Bretagne.

Bien sûr, ce message de Pâques est donné un mois avant les élections générales. Il s’inscrit dans une série de messages bienvenus (et généralement bien tournés) de tous les politiques anglais sans exception, qui ont salué les chrétiens à l’occasion de Pâques. Tout le monde s’est fendu d’un (bref) message pascal. Même le libéral Nick Clegg (« athée », mais dont les enfants sont « élevés dans la foi catholique de leur mère »). Même le souverainiste Nigel Farage (qui se définit comme « un anglican apostat ») a tweeté un courtois « Joyeuses Pâques, passez une journée agréable et reposante ».

Un aimable gloubi-boulga qui a valu au Premier ministre une volée de bois vert

Tous les politiques anglais ont sans exception dénoncé au quart de tour la tragédie des chrétiens persécutés en général, et l’attaque de l’université de Garissa, au Kenya anglophone en particulier – la moindre des choses, après la sévère dénonciation des Pilate de notre temps par le pape François.

Mais il n’est pas sûr que, en voulant donner plus qu’un tweet et en se fendant d’un message de Pâques en bonne et due forme, Cameron ait marqué des points auprès des croyants. Tous les commentateurs ont remarqué le côté lénifiant d’un message – si consensuel qu’il en devenait gênant et peu accordé aux drames de l’heure. Et, en effet, pourquoi se donner la peine de saluer les « valeurs chrétiennes » si c’est pour dire précisément « qu’elles ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière » ? Il poursuit : « Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ».

Face à cet aimable gloubi-boulga, la presse britannique (qui visiblement connaît encore un peu de catéchisme) a donné au Premier ministre une volée de bois vert. L’éditorialiste du Spectator regrette que David Cameron ait donné une version « curieusement édulcorée de ce qu’est la foi chrétienne » : « En général, on considère que le cœur du message chrétien est qu’un homme, appelé le Fils de Dieu, a été mis à mort sur une croix et est ressuscité des morts ».

Le Guardian répond carrément que « le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne et que, en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens. Sa liste vague et cotonneuse de vertus – la compassion, le travail, la responsabilité – n’a rien de spécialement chrétien».

Le christianisme de Mr Cameron est une tentative de ne choquer personne ; en tant que tel, il insulte à la fois les chrétiens et les non-chrétiens.

Le Guardian
Quant à l’hebdomadaire Catholic Herald, il retient une seule chose : « Cameron a honte de se dire chrétien » : « L’ironie est que le Premier ministres a essayé très fort de donner l’impression qu’il n’avait pas peur de se dire chrétien. Le problème, c’est qu’il a surtout montré qu’il était terrorisé à l’idée d’être identifié comme tel. Il a bien le droit de croire ce qu’il veut et il devrait s’y tenir plutôt que d’essayer, avec un cynisme maladroit, de séduire les électeurs chrétiens pour les élections du 7 mai ». Bref, pour le principal hebdo catholique britannique, Cameron s’est pris les pieds dans le tapis.

Un raté de com’ qui prouve cependant que la foi chrétienne est dans l’air du temps

Mais même si c’est un raté de com’ (en cela, tout à fait comparable avec celui – quoique bien plus piteux à vrai dire – de la RATP sur les chrétiens d’Orient), ce message prouve que, décidément, la foi chrétienne est bien dans l’air du temps. Du coup, les politiques se doivent de bien réfléchir avant de se lancer sur ce terrain.

Et parfois, ils sont capables de faire un sans-faute. Ainsi nul n’a moqué la reine Élisabeth lorsqu’elle évoquait (dans le royal message de Noël dernier) avec une grande simplicité « Jésus, une ancre dans ma vie ». Un témoignage public, à la fois pudique et sans complexe, que la souveraine britannique a donné à son peuple.

Voir de même:

Le curieux message de Pâques de David Cameron
Le Salon Beige
08 avril 2015

« Nous devrions tous être fiers de dire “ceci est un pays chrétien” »
Pour nous autres Français, affligés de voir le mot « chrétien » banni un temps des couloirs de métro et de façon plus pérenne, du lexique présidentiel, cette phrase de David Cameron mériterait nos applaudissements. Outre-Manche, la presse lui a tapé sur les doigts. Il faut dire que la fin du message de Pâques du Premier ministre est indigeste (tout comme certaines réformes, en premier lieu la légalisation du « mariage » homosexuel) :
« [Les valeurs chrétiennes] ne sont pas l’apanage d’une foi ou d’une religion particulière. Elles sont quelque chose en quoi chacun croit dans notre pays. Après tout, tel est le cœur du message chrétien et le principe autour duquel est construite la célébration de Pâques : Pâques, c’est d’abord et avant tout se souvenir de l’importance du changement, de la responsabilité et de faire ce qui est juste pour nos enfants ».

Comme le remarque Jean-Claude Bésida, les journalistes britanniques ont par conséquent révisé leur catéchisme. Et réclamé des convictions, au lieu de ce gloubi-boulga consensuel destiné à ne déplaire à personne à un mois des élections générales. Et de conclure :

nul n’a moqué la reine Élisabeth lorsqu’elle évoquait (dans le royal message de Noël dernier) avec une grande simplicité « Jésus, une ancre dans ma vie ». Un témoignage public, à la fois pudique et sans complexe, que la souveraine britannique a donné à son peuple. »

Voir encore:

David Cameron’s shallow, clichéd Easter message shows why politicians really shouldn’t do God 
Tom Harris
The Telegraph

28 March 2016

Ted Cruz gets it. When the US Senator was declared the winner of the Iowa caucus in February, his first words to his adoring fans were: “To God be the glory!” And he meant it.

That’s the thing about America: constitutional separation of Church and state prevents prayers being said in schools and stops the president himself sending out Christmas cards with the word “Christmas” on them. Yet the politician who doesn’t energetically declare his or her Christian faith can expect to be shunned by voters.

Whereas in Britain, politicians don’t do God. Paradoxically, in the country where seats in the (albeit unelected) legislature are reserved for leaders of the established Christian Church, religion is seen as a very private and personal affair. Its intrusion into the political domain is seen as very … well, unBritish.

So by declaring (not for the first time) in his Easter message that Britain is “a Christian country”, the Prime Minister was either being brave or reckless.
David Cameron says Britain must ‘proudly’ defend its Christian values in the face of Islamic extremists Play! 01:23
Whenever public figures are invited to define Christian values as applied to an entire nation, the homespun answers given are invariably along the lines of charity, loyalty, generosity, honesty, compassion, etc. Yet Christianity was never intended (originally, anyway) to be a comforting faith; it was, and remains, a challenging and deeply uncomfortable philosophy.

Every Sunday-school pupil is familiar with the traditional figure of “meek and mild” Jesus, the man dressed all in white who suffered all children to come to Him; who only ever got angry with the money-changers in the Temple; who never said a bad word about gay people and was virtually vegetarian (until he threw a whole herd of pigs off a cliff to save a demon-possessed man).

The passage from the Gospel of Matthew where Jesus declared “do not suppose that I have come to bring peace to the earth. I did not come to bring peace, but a sword”, is just one glimpse of a radical faith quite different from the image of old maids cycling to Evensong through the mist. Early Christians were persecuted not because of their love for their fellow citizens, or for their tolerance or charity, but because they challenged the status quo. They said things that made others, including the authorities, feel deeply uncomfortable.

Most importantly of all, they declared that there was only one true faith, that followers of other faiths were wrong, misguided and were going to Hell unless they changed their minds about which God to worship. In modern, secular Britain, that message is actually well understood by adherents of faiths other than Christianity. Other major religions reserve no place in their afterlife for those who foolishly ignore the teachings of their own sacred texts. That is not an eccentric thing for a religion to do, it is its unique selling point.
Paul Owens, left, leads a prayer over Republican presidential candidate Ted Cruz at Fresh Start Church on Sunday, March 20, 2016 in Peoria, Arizona
Yet all those qualities which Cameron claims describe Christian Britain – responsibility, hard work and compassion – can be just as easily applied to the followers of almost any religion (or, indeed, of none). So labelling us as “Christian” is meaningless. We are certainly a Christian country if by that term you mean a country whose culture and heritage are based on a centuries-long tradition of Western, state-approved Christianity. But I’m not convinced that’s what Cameron meant.

Given that the Prime Minister is not going to take a stand with the church and its core beliefs against those who would oppose and denigrate them, however, why is he raising the standard in the first place? To gain a reputation as a “man of faith”, thereby gaining the respect of followers of all faiths? Perhaps.

Today, throughout the world, Christians are being persecuted and killed for their beliefs – not for their tolerance or compassion – and now would be a good time for politicians to speak out.

If you’re not prepared to do that, if you want to limit your expression of faith to the inside of a Hallmark greetings card, maybe you should say nothing at all.

The Easter story is inspiring and profound. The lesson the Bible teaches about the resurrection is not that good people go to Heaven and that we should all be nice to one another; it is that Jesus’s sacrifice and return from the dead gives hope to anyone who chooses to believe in him. If that’s an uncomfortable message, then spiritually it’s probably the right one. Certainly, Senator Cruz would need no persuasion on the issue.

But it’s not what Cameron is driving at. His message may have been broadcast during Easter weekend, but it was no more Christian than any other party political broadcast. Given that he is the secular head of a secular government, that is as it should be.

Alastair Campbell once announced that the politicians he served “don’t do God”. The traps are too wide and the advantages too few. In Christian Britain, when politicians do decide to give God the glory, they are best advised to do so in private.

Voir de plus:

David Cameron’s Easter and Christmas messages are all really similar
Have you ever noticed the Prime Minister’s annual holiday messages are all basically the same?

Mikey Smith

The Mirror

27 Mar 2016

David Cameron called on people of all faiths and none to remember Britain’s Christian values, today, in his annual Easter message.

He paid tribute to British volunteers and servicemen and women doing work abroad and reminded us that as we tuck into our seasonal treats, that some Christians across the world are fleeing persecution.

And he made solemn reference to tragic events unfolding in the news in recent weeks.

Wait. Hang on.

That was his Christmas message.

Come to think of it, it’s also a pretty good description of his Christmas 2014 message. And his Easter message from a couple of years back…

That’s weird…

Happy Easter from robo-Cameron

Observant viewers – ones that can get past the fact that the Prime Minister looks a bit like a semi-intelligent cyborg replica of David Cameron in his 2016 Easter message video – might have noticed some similarities between today’s speech…and almost every other seasonal address he’s made to the nation.

Whereas the Queen usually picks a different theme for her Christmas speeches, Mr Cameron’s are startlingly uniform.

It’s almost as if there’s a formula for it. He plays all the same notes – but like Eric Morecambe playing the piano – not necessarily in the same order.

We took a look back at David Cameron ‘s previous holiday messages to work out the formula for the perfect Prime Ministerial holiday message.

1. Reference a recent event

Mr Cameron usually makes reference to a recent event

Usually tragic

Easter 2016

« And when terrorists try to destroy our way of life as they have tried to do again so despicably in Brussels this week – we must stand together and show that we will never be cowed by terror. »

Christmas 2015

« Millions of families are spending this winter in refugee camps or makeshift shelters across Syria and the Middle East, driven from their homes by Daesh and Assad. »

Christmas 2014

« NHS doctors, nurses and other British volunteers will be in Ebola-affected countries, working selflessly to help stop this terrible disease from spreading further. »

Easter 2014

« And we saw that same spirit during the terrible storms that struck Britain earlier this year. »

Christmas 2013

« 2013 was a significant year for the Christian faith – a year that welcomed The Most Reverend Justin Welby as the new Archbishop of Canterbury and saw His Holiness Pope Francis elected to lead the Roman Catholic Church. »

Easter 2013

« This year’s Holy Week and Easter celebrations follow an extraordinary few days for Christians; not only with the enthronement of Justin Welby as our new Archbishop of Canterbury, but also with the election of Pope Francis in Rome. »

Christmas 2012

« We cheered our Queen to the rafters with the Jubilee, showed the world what we’re made of by staging the most spectacular Olympic and Paralympic Games ever and – let’s not forget – punched way about our weight in the medal table. »

2. Pay tribute to our brave servicemen and women and/or health/aid workers serving at home and abroad

Getty
He almost always talks about our boys

Easter 2016

« And we see that hope in the aid workers and volunteers who so often risk their own lives to save the lives of others in war-torn regions across the world. »

Christmas 2015

« We must pay tribute to the thousands of doctors, nurses, carers and volunteers who give up their Christmas to help the vulnerable – and to those who are spending this season even further from home. Right now, our brave armed forces are doing their duty, around the world: in the skies of Iraq and Syria… »

Christmas 2014

« On Christmas Day thousands of men and women in our armed forces will be far from home protecting people and entire communities from the threat of terrorism and disease. »

Christmas 2013

« With peace in mind, I would like to say thank you to our brave service women and men who are helping bring peace here and around the world; to their families who cannot be with them; and to all the dedicated men and women in the emergency and caring services who are working hard to support those in need this Christmas. »

Easter 2013

« That legacy lives on in so many Christian charities and churches both at home and abroad. Whether they are meeting the needs of the poor, helping people in trouble, or providing spiritual guidance and support to those in need, faith institutions perform an incredible role to the benefit of our society. »

Christmas 2012

« With that in mind, I would like to pay particular tribute to our brave service men and women who are overseas helping bring safety and security to all of us at home; their families who cannot be with them over the holidays; and to all the dedicated men and women in the emergency services who are working hard to support those in need. »

This is almost word for word what he said in 2013

3. Declare solidarity with persecuted Christians

He’s been worried about persecuted Christians for a number of years

Easter 2016

 » When we see Christians today in 2016 being persecuted for their beliefs in other parts of the world – we must speak out and stand with those who bravely practice their faith. »

Christmas 2015

« Christians from Africa to Asia will go to church on Christmas morning full of joy, but many in fear of persecution. »

Easter 2015

« It is truly shocking that in 2015, there are still christians being threatened, tortured, even killed because of their faith.

« From Egypt to Nigeria, Libya to North Korea. Across the Middle East, Christians have been hounded out of their homes, forced to flee from village to village. Many of them forced to renounce their faith or brutally murdered. To all those brave Christians in Iraq or Syria who are practicing their faith, or sheltering others, we must say « we stand with you. » »

Christmas 2014

« And as we celebrate Easter, let’s also think of those who are unable to do so, the Christians around the world who are ostracised, abused – even murdered – simply for the faith they follow. Religious freedom is an absolute, fundamental human right. »

4. Remind people that British values are Christian values

We are a Christian country, after all

Easter 2016

« And as we celebrate Easter, let’s also think of those who are unable to do so, the Christians around the world who are ostracised, abused – even murdered – simply for the faith they follow. Religious freedom is an absolute, fundamental human right. »

Christmas 2015

« As a Christian country, we must remember what his birth represents: peace, mercy, goodwill and, above all, hope. I believe that we should also reflect on the fact that it is because of these important religious roots and Christian values that Britain has been such a successful home to people of all faiths and none. »

Easter 2015

« Across Britain, Christians don’t just talk loving thy neighbour they live it out in faith schools and prisons and community groups and it’s for all these reasons that we should feel proud to say this is a Christian country. »

Christmas 2014

« Among the joyous celebrations we will reflect on those very Christian values of giving, sharing and taking care of others. This Christmas I think we can be very proud as a country at how we honour these values through helping those in need at home and around the world. »

Easter 2012

« The New Testament tells us so much about the character of Jesus; a man of incomparable compassion, generosity, grace, humility and love. These are the values that Jesus embraced, and I believe these are values people of any faith, or no faith, can also share in, and admire. It is values like these that make our country what it is – a place which is tolerant, generous and caring. »

Easter 2011

« Easter reminds us all to follow our conscience and ask not what we are entitled to, but what we can do for others. It teaches us about charity, compassion, responsibility, and forgiveness. »

5. Remind people that even if they’re not Christian, these values still apply to them.

Try and include a riff on the phrase « people of all faiths and of none »

Easter 2016

« But they are also values that speak to everyone in Britain – to people of every faith and none. »

Christmas 2015

« I believe that we should also reflect on the fact that it is because of these important religious roots and Christian values that Britain has been such a successful home to people of all faiths and none. »

Easter 2015

« Yes we’re a nation that embraces and accepts all faiths and none. »

Christmas 2014

Thousands of churches – whether in the smallest village or biggest city – will hold open their doors and welcome people of faith and none to give thanks and celebrate together. »

Easter 2014

« So as we approach this festival I’d like to wish everyone, Christians and non-Christians, a very happy Easter. »

Easter 2012

« These are the values that Jesus embraced, and I believe these are values people of any faith, or no faith, can also share in, and admire. »

Easter 2011

« No matter what faiths we follow, these are values which speak to us all. »

Voir par ailleurs:

The central theme of this leader’s two-minute-and-25-second address was that his nation is “a Christian country.”

So who offered the inspirational message?

British Prime Minister David Cameron.

“Easter is a time for Christians to celebrate the ultimate triumph of life over death in the resurrection of Jesus,” Cameron began. “And for all of us, it’s a time to reflect on the part that Christianity plays in our national life.”

“The church is not just a collection of beautiful, old buildings; it is a living, active force doing great works right across our country,” he continued, noting how the church helps the homeless, the addicted, the suffering and the grieving.

“Across Britain, Christians don’t just talk about ‘loving thy neighbor’, they live it out in faith schools, in prisons, in community groups,” Cameron noted. “And it’s for all these reasons that we should feel proud to say, ‘This is a Christian country.’ Yes, we’re a nation that embraces, welcomes and accepts all faiths and none, but we are still a Christian country.”

Cameron also urged his fellow citizens to speak out about the persecution of Christians around the world.

Voir aussi:

Obama concerned about ‘less-than-loving expressions by Christians’
Brian Hughes

The Washington Examiner

4/7/15

President Obama used an Easter breakfast at the White House Tuesday to call out what he viewed as unbecoming comments by fellow members of the Christian community.

« On Easter, I do reflect on the fact that as a Christian, I’m supposed to love, and I have to say that sometimes when I listen to less-than-loving expressions by Christians, I get concerned, » the president said to a gathering of Christian leaders. « But that’s a topic for another day. »

Obama appeared to go off script in that exchange. He did not allude to whom he was referring.

Obama said the Easter holiday reminded him that even in the White House, some of life’s problems are trivial compared to the « extraordinary sacrifice of Jesus Christ. »

« For me, the celebration of Easter puts our earthly concerns into perspective, » Obama said. « With humility and with awe we give thanks to the extraordinary sacrifice of Jesus Christ, our savior, and reflect on the brutal pain that he suffered, the scorn that he absorbed, the sins that he bore, this extraordinary gift of salvation that he gave to us. »

The president has ignited controversy in the past with his remarks on religion. Earlier this year, Obama drew a comparison between Islamic extremism and the Christian crusades.

« And lest we get on our high horse and think this is unique to some other place, remember that during the Crusades and the Inquisition, people committed terrible deeds in the name of Christ, » he said at the National Prayer Breakfast.

Obama kept his remarks lighter on Tuesday.

Noting that his daughters were now visiting colleges, Obama said simply, « I need prayer. »

Voir encore:

On Easter, UK’s Cameron Speaks Up for Persecuted Christians, Obama Tells Christians to be Less Hateful

In a world where Western leaders and politicians regularly distance themselves from their Christian heritage, preferring to tout “multiculturalism,” United Kingdom Prime Minister David Cameron’s Easter message is refreshing.

Among other things, Cameron (see video below) made it a point to say “that we should feel proud to say, ‘This is a Christian country.’ Yes, we’re a nation that embraces, welcomes and accepts all faiths and none, but we are still a Christian country.”

In this context, the Islamic Umma – where non-Muslims are not “welcomed” or “accepted” — comes to mind: whereas the West, thanks to its Christian heritage, developed in a way as to be open and tolerant of others, the Islamic world has and likely will not.

 

In fact, Cameron also urged his fellow citizens to speak out about the persecution of Christians:

We have a duty to speak out about the persecution of Christians around the world too.  It is truly shocking that in 2015 there are still Christians being threatened, tortured, even killed because of their faith.  From Egypt to Nigeria, Libya to North Korea.  Across the Middle East Christians have been hounded out of their homes, forced to flee from village to village; many of them forced to renounce their faith or brutally murdered.  To all those brave Christians in Iraq and Syria who practice their faith or shelter others, we will say, “We stand with you.”

Meanwhile, U.S. President Obama—who is on record saying “we are no longer a Christian nation” and, unlike Cameron, never notes the Islamic identity of murderers or the Christian identity of their victims and ignored a recent UN session on Christian persecution—had this to say at the Easter Prayer Breakfast:  “On Easter, I do reflect on the fact that as a Christian, I am supposed to love.  And I have to say that sometimes when I listen to less than loving expressions by Christians, I get concerned.”

This is in keeping with his earlier statements calling on Americans in general Christians in particular to be nonjudgmental of Islamic terrorism.

In other words, those Christians who are critical and speak up against injustices, in this case, Muslim persecution of Christians, need to shut up and be doormats that allow anything and everything.  Such is “tolerance.”  Christians are being persecuted?  That’s okay, turn the other cheek, seems to be the American president’s message at a time when Christians, as Cameron noted, are being slaughtered all throughout the Islamic world.

Voir de plus:

Obama v Cameron: Who really loves Jesus?
Lucinda Borkett-Jones
Christian Today
08 April 2015

Ok, ok I know we’re not meant to judge the hearts of men, but my social media feeds are full of it. Americans are heralding the British Prime Minister for doing what their own leader has seemingly failed to do – standing up for the place of Christianity in our nation.

President Obama’s Passover and Easter message on Saturday certainly didn’t go down well, seen as an interfaith mash-up that was generally felt to appeal to everyone and speak to no-one. And his second Easter message, at yesterday’s Easter Prayer Breakfast, has also faced criticism from Christians because he included an aside about the un-loving way in which Christians sometimes approach him.

Perhaps this is a classic case of things being greener on the other side. But let’s stop for a moment and look at what they actually said.

David Cameron’s Easter message was not thanking God for Christ’s sacrifice, it was thanksgiving to God (perhaps) for Christians’ sacrifice – for the love, support and selflessness of church communities, the Big Society by any other name.

« Easter is a time for Christians to celebrate the ultimate triumph of life over death in the resurrection of Jesus. And for all of us, it’s a time to reflect on the part that Christianity plays in our national life, » the prime minister said.

« The church is not just a collection of beautiful, old buildings; it is a living, active force doing great works right across our country. When people are homeless, the church is there with hot meals and shelter. When people are addicted or in debt, when people are suffering or grieving, the church is there. »

There’s nothing wrong with that. I think it’s great that he’s paused to reflect at Easter on the fact that it’s a Christian festival, which, amid all the Easter egg hunting, can get a bit confused. I haven’t forgotten the privilege of living in a nation where he’s allowed to do that. And I’m really glad that he used the opportunity to speak about the plight of those persecuted for their faith.

But pointing out that at this time of year Christians celebrate the resurrection isn’t exactly mind blowing. And he didn’t say Jesus or the Word of God is a living, active force in the nation, he said the Church was living and active. That’s great, but it is God’s power at work in and through us – isn’t it?

I also can’t help but feel that there was an ulterior motive in what Cameron said. It strikes me that this was a prime opportunity to appeal to Christians (who we know are a politically engaged bunch), and make the most of being the only leader of the major parties with an acknowledged Christian faith.

Cameron said: « I know from the most difficult times in my own life that the kindness of the church can be a huge comfort. » The cynic in me wants to say that again while it is wonderful that he has known the love of the Church, the most important thing would be to know the love of God.

It’s not quite on a par with the Queen’s annual reminder of the love of Christ in the Christmas message, that’s all I’m saying – and even she has stepped it up a notch in recent years. In 2013 Christians got rather excited when, after the usual survey of the year in the royal calendar, she essentially started preaching the gospel to an audience of millions watching slumped on the sofa after lunch.

The Queen said: « For Christians, as for all people of faith, reflection, meditation and prayer help us to renew ourselves in God’s love, as we strive daily to become better people. The Christmas message shows us that this love is for everyone. There is no one beyond its reach. »

By comparison, although the President’s Passover and Easter message didn’t quite hit the mark, he did say that he would spend Easter Sunday « reflecting on the sacrifice of God’s only son, who endured agony on the cross so that we could live together with him ». Admittedly, he did then focus on the hope of the Easter season; a hope shared by all Americans who believe that « with common effort and shared sacrifice, our brighter future is just around the bend. »

But, far more unreasonably, Obama is facing a fair amount of flak again today for questioning whether everything Christians say is particularly Christ-like. He called on Christians to follow Christ’s example and said in an aside: « As a Christian, I am supposed to love. And I have to say that sometimes when I listen to less than loving expressions by Christians, I get concerned. But that’s a topic for another day. »

But what he said about Easter was clearly far more personal, far more about Christ than anything Cameron said: « For me, the celebration of Easter puts our earthly concerns into perspective. With humility and with awe, we give thanks to the extraordinary sacrifice of Jesus Christ, our Saviour. We reflect on the brutal pain that he suffered, the scorn that He absorbed, the sins that he bore, this extraordinary gift of salvation that he gave to us. And we try, as best we can, to comprehend the darkness that He endured so that we might receive God’s light.

« And yet, even as we grapple with the sheer enormity of Jesus’s sacrifice, on Easter we can’t lose sight of the fact that the story didn’t end on Friday. The story keeps on going. On Sunday comes the glorious Resurrection of our Saviour. »

Admittedly, he was speaking to a Christian audience, and so the emphasis was somewhat different, but these things are not confined to the audience in the room.

Now I don’t want to step into a party political debate here, though that’s hard to avoid. But one isn’t an angel and the other isn’t an animal. They are both politicians, and both seem to have some form of Christian faith – how much is anyone’s guess. And so dear friends over the pond, it isn’t so green over here. Make the most of what you have and pray for leaders of all colours to know the love of God.

David Cameron’s Easter Message to Christians
In an exclusive piece for Premier Christianity magazine this Easter, Prime Minister David Cameron speaks up on the significance of the Christian faith.
In a few days’ time, millions of people across Britain will be celebrating Easter. Just as I’ve done for the last five years, I’ll be making my belief in the importance of Christianity absolutely clear. As Prime Minister, I’m in no doubt about the matter: the values of the Christian faith are the values on which our nation was built.

I’m an unapologetic supporter of the role of faith in this country

Of course I know not everyone agrees. Many understandably feel that in this seemingly secular society, talking about faith isolates those who have no faith. Others argue that celebrating Easter somehow marginalises other religions. But I’m an unapologetic supporter of the role of faith in this country. And for me, the key point is this: the values of Easter and the Christian religion – compassion, forgiveness, kindness, hard work and responsibility – are values that we can all celebrate and share.

Personal, not just political

I think about this as a person not just a politician. I’m hardly a model church-going, God-fearing Christian. Like so many others, I’m a bit hazy on the finer points of our faith. But even so, in the toughest of times, my faith has helped me move on and drive forward. It also gives me a gentle reminder every once in a while about what really matters and how to be a better person, father and citizen.

In the toughest of times, my faith has helped me move on and drive forward

As Prime Minister, too, I’m a big believer in the power of faith to forge a better society. And that belief boils down to two things.

First, the Christian message is the bedrock of a good society. Whether or not we’re members of the Church of England, ‘Love thy neighbour’ is a doctrine we can all apply to our lives – at school, at work, at home and with our families. A sense of compassion is the centre piece of a good community.

Second, and more specifically: faith is a massive inspiration for millions of people to go out and make a positive difference. Across the country, we have tens of thousands of fantastic faith-based charities. Every day they’re performing minor miracles in local communities. As Prime Minister, I’ve worked hard to stand up for these charities and give them more power and support. If my party continues in government, it’s our ambition to do even more.

No magic wand

It’s that impulse to act which is particularly important. One of the myths we often hear at election time is the idea that governments have all the answers. It’s been the cry of every party and politician down the years: ‘put us into power and we’ll solve all your problems.’ But when I think of the truly great social changes that have helped our nation, they weren’t led or started by big governments. They were driven by individuals and activists, great businesses and charities – everyday people working to do the right thing.

The Christian message is the bedrock of a good society

One of the biggest things I’ve tried to do as Prime Minister is banish this notion that being in government means you can somehow wave a magic wand and solve all the world’s problems. Instead, it’s about taking the right decisions, and showing the right judgment and leadership, based on clear values and beliefs.

Leading the economy

The biggest area where leadership has been needed over the last five years is in our economy. We came into office at a time of exceptional pressure on the national finances. I am proud that despite the pressure on public spending, we made clear choices to help the poorest paid and most vulnerable in society. In the UK, we have increased NHS spending, despite the overriding need to deal with the deficit. We also raised the threshold of income tax to lift the poorest paid out of income tax altogether. If we came back into government, my party would lift the threshold again.

More fundamentally, the core of our recovery programme – dealing with the deficit to restore confidence in our economy – is based on enduring ideas and principles: hard work, fair play, rewarding people for doing the right thing, and securing a better future for our children.

Guided by conscience

I know that some disagree with those policies – including a number within the Church of England. But I would urge those individuals not to dismiss the people who proposed those policies as devoid of morality – or assume those policies are somehow amoral themselves. As Winston Churchill said after the death of his opponent, Neville Chamberlain, in the end we are all guided by the lights of our own reason. ‘The only guide to a man is his own conscience; the only shield to his memory is the rectitude and sincerity of his actions.’

Across the country, we have tens of thousands of fantastic faith-based charities

From standing up for faith schools to backing those who’ve fought foreign tyranny, helping parents and celebrating families, calling for more adoption of orphaned infants, bringing in a new bill to outlaw the appalling practice of modern slavery, and putting the protection of international development spending into law, this government has consistently taken decisions which are based on fundamental principles and beliefs.

I don’t just speak for myself, but for everyone who is part of my cabinet, when I say that the individuals I have worked with are driven not just by the daily demands of politics, but also by a commitment to making a positive difference. Just because some people have disagreed with our policies, does not mean those policies are missing in moral content.

Lift people up rather than count people out

So I end my argument with this: I hope everyone can share in the belief of trying to lift people up rather than count people out. Those values and principles are not the exclusive preserve of one faith or religion. They are something I hope everyone in our country believes.

That after all is the heart of the Christian message. It’s the principle around which the Easter celebration is built. Easter is all about remembering the importance of change, responsibility, and doing the right thing for the good of our children. And today, that message matters more than ever.

David Cameron, Prime Minister and leader of the Conservative Party

Voir aussi:

The Guardian view on Easter: David Cameron’s wonky cross
Jesus’s big and disruptive idea was that the value of humans has nothing to do with their usefulness. Cameron’s sanitised list of Christian virtues would leave Jesus scratching his head
The Guardian
2 April 2015

David Cameron, fishing for votes, has told an evangelical radio audience that he believes that the message of Easter involves “hard work and responsibility”. So what does he think really happened at the crucifixion? Who were the criminals nailed up on each side of Jesus? Skivers being sanctioned because they had missed their appointments at the job centre? Mr Cameron’s Christianity, as it is displayed in this interview, attempts to offend no one, and the result is an insult to Christianity and to all non-Christians as well.

It’s an insult to non-believers because the vague and fluffy list of virtues – kindness, compassion, and forgiveness as well as hard work and responsibility – have nothing distinctively Christian about them. He might as well have said that he gets his two legs from God. But it is insulting to Christians for exactly the same reason. The point of the Easter story, and especially of the crucifixion, is that none of these virtues is enough to save us. It is absolutely not a story of virtue rewarded and vice punished, but one of virtue scourged and jeered through the streets, abandoned by its friends and tortured in public to death.

Jesus did not really preach hard work, responsibility, or family values. He told his followers to consider the lilies of the field, to have no thought for the morrow, and to leave their father and mother to follow him. He came not to bring peace, but revolt. The Easter story makes even democracy look like an instrument of evil. It is the crowd who demand that Jesus be crucified and Pilate who goes along with them.

What Christianity brought into the world wasn’t compassion, kindness, decency, hard work, or any of the other respectable virtues, real and necessary though they are. It was the extraordinary idea that people have worth in themselves, regardless of their usefulness to others, regardless even of their moral qualities. That is what is meant by the Christian talk of being saved by grace rather than works, and by the Christian assertion that God loves everyone, the malformed, the poor, the disabled and even the foreigner.

The idea that humans are valuable just for being human is, many would say, absurd. We assert it in the face of all the facts of history, and arguably even of biology. This idea entered the world with Christianity, and scandalised both Romans and Greeks, but it is now the common currency of western humanism, and of human rights. It underpinned the building of the welfare state, and its maintenance over the years by millions of people of all faiths and none.

It is also an idea that Mr Cameron’s government has defined itself against. The assaults on social security, on migrants, and even on the teaching of the humanities, are all underpinned by a belief that the essential metric of human worth is their utility, and in practice their usefulness to the rich in particular, because it is the marketplace that provides the only final judgment. There are many Christians in this country who are quite content with that. Surveys show that ordinary Christians are consistently to the right of their clergy on many questions: the clergy runs food banks while the pews are full of people muttering against scroungers who believe that poverty is the fault of the poor.

But the activists have for the most part a much more critical attitude, and it is their activism which has led party leaders to be interviewed by Premier magazine. Even the smallest of the mainline churches have memberships larger than that of the political parties. The Church of England alone has twice as many people in church every Sunday as pay their subscriptions to all the political parties put together. There are at least five million active Christians in England today, and they represent a pool of committed and energetic voters that no party can ignore. They won’t all vote as a bloc, but within the existing blocs they will put in more effort, and perhaps more money, than any other group.

Hence David Cameron’s discovery of his own spiritual side. This newspaper can’t condemn him for that. We can only wish he did it more thoroughly and more often. If he were a better Christian, he might believe in, and he should fear, a judge beyond the market. For the rest of us, this election offers an opportunity to judge both him and his party.

Voir encore:

Obama’s 2006 Speech on Faith and Politics
Following is the text of Barack Obama’s keynote at the Call to Renewal’s Building a Covenant for a New America conference in Washington, D.C., in 2006.

The NYT

June 28, 2006

Good morning. I appreciate the opportunity to speak here at the Call to Renewal’s Building a Covenant for a New America conference. I’ve had the opportunity to take a look at your Covenant for a New America. It is filled with outstanding policies and prescriptions for much of what ails this country. So I’d like to congratulate you all on the thoughtful presentations you’ve given so far about poverty and justice in America, and for putting fire under the feet of the political leadership here in Washington.

But today I’d like to talk about the connection between religion and politics and perhaps offer some thoughts about how we can sort through some of the often bitter arguments that we’ve been seeing over the last several years.

I do so because, as you all know, we can affirm the importance of poverty in the Bible; and we can raise up and pass out this Covenant for a New America. We can talk to the press, and we can discuss the religious call to address poverty and environmental stewardship all we want, but it won’t have an impact unless we tackle head-on the mutual suspicion that sometimes exists between religious America and secular America.

I want to give you an example that I think illustrates this fact. As some of you know, during the 2004 U.S. Senate General Election I ran against a gentleman named Alan Keyes. Mr. Keyes is well-versed in the Jerry Falwell-Pat Robertson style of rhetoric that often labels progressives as both immoral and godless.

Indeed, Mr. Keyes announced towards the end of the campaign that, « Jesus Christ would not vote for Barack Obama. Christ would not vote for Barack Obama because Barack Obama has behaved in a way that it is inconceivable for Christ to have behaved. »

Jesus Christ would not vote for Barack Obama.

Now, I was urged by some of my liberal supporters not to take this statement seriously, to essentially ignore it. To them, Mr. Keyes was an extremist, and his arguments not worth entertaining. And since at the time, I was up 40 points in the polls, it probably wasn’t a bad piece of strategic advice.

But what they didn’t understand, however, was that I had to take Mr. Keyes seriously, for he claimed to speak for my religion, and my God. He claimed knowledge of certain truths.

Mr. Obama says he’s a Christian, he was saying, and yet he supports a lifestyle that the Bible calls an abomination.

Mr. Obama says he’s a Christian, but supports the destruction of innocent and sacred life.

And so what would my supporters have me say? How should I respond? Should I say that a literalist reading of the Bible was folly? Should I say that Mr. Keyes, who is a Roman Catholic, should ignore the teachings of the Pope?

Unwilling to go there, I answered with what has come to be the typically liberal response in such debates – namely, I said that we live in a pluralistic society, that I can’t impose my own religious views on another, that I was running to be the U.S. Senator of Illinois and not the Minister of Illinois.

But Mr. Keyes’s implicit accusation that I was not a true Christian nagged at me, and I was also aware that my answer did not adequately address the role my faith has in guiding my own values and my own beliefs.

Now, my dilemma was by no means unique. In a way, it reflected the broader debate we’ve been having in this country for the last thirty years over the role of religion in politics.

For some time now, there has been plenty of talk among pundits and pollsters that the political divide in this country has fallen sharply along religious lines. Indeed, the single biggest « gap » in party affiliation among white Americans today is not between men and women, or those who reside in so-called Red States and those who reside in Blue, but between those who attend church regularly and those who don’t.

Conservative leaders have been all too happy to exploit this gap, consistently reminding evangelical Christians that Democrats disrespect their values and dislike their Church, while suggesting to the rest of the country that religious Americans care only about issues like abortion and gay marriage; school prayer and intelligent design.

Democrats, for the most part, have taken the bait. At best, we may try to avoid the conversation about religious values altogether, fearful of offending anyone and claiming that – regardless of our personal beliefs – constitutional principles tie our hands. At worst, there are some liberals who dismiss religion in the public square as inherently irrational or intolerant, insisting on a caricature of religious Americans that paints them as fanatical, or thinking that the very word « Christian » describes one’s political opponents, not people of faith.

Now, such strategies of avoidance may work for progressives when our opponent is Alan Keyes. But over the long haul, I think we make a mistake when we fail to acknowledge the power of faith in people’s lives — in the lives of the American people — and I think it’s time that we join a serious debate about how to reconcile faith with our modern, pluralistic democracy.

And if we’re going to do that then we first need to understand that Americans are a religious people. 90 percent of us believe in God, 70 percent affiliate themselves with an organized religion, 38 percent call themselves committed Christians, and substantially more people in America believe in angels than they do in evolution.

This religious tendency is not simply the result of successful marketing by skilled preachers or the draw of popular mega-churches. In fact, it speaks to a hunger that’s deeper than that – a hunger that goes beyond any particular issue or cause.

Each day, it seems, thousands of Americans are going about their daily rounds – dropping off the kids at school, driving to the office, flying to a business meeting, shopping at the mall, trying to stay on their diets – and they’re coming to the realization that something is missing. They are deciding that their work, their possessions, their diversions, their sheer busyness, is not enough.

They want a sense of purpose, a narrative arc to their lives. They’re looking to relieve a chronic loneliness, a feeling supported by a recent study that shows Americans have fewer close friends and confidants than ever before. And so they need an assurance that somebody out there cares about them, is listening to them – that they are not just destined to travel down that long highway towards nothingness.

And I speak with some experience on this matter. I was not raised in a particularly religious household, as undoubtedly many in the audience were. My father, who returned to Kenya when I was just two, was born Muslim but as an adult became an atheist. My mother, whose parents were non-practicing Baptists and Methodists, was probably one of the most spiritual and kindest people I’ve ever known, but grew up with a healthy skepticism of organized religion herself. As a consequence, so did I.

It wasn’t until after college, when I went to Chicago to work as a community organizer for a group of Christian churches, that I confronted my own spiritual dilemma.

I was working with churches, and the Christians who I worked with recognized themselves in me. They saw that I knew their Book and that I shared their values and sang their songs. But they sensed that a part of me that remained removed, detached, that I was an observer in their midst.

And in time, I came to realize that something was missing as well — that without a vessel for my beliefs, without a commitment to a particular community of faith, at some level I would always remain apart, and alone.

And if it weren’t for the particular attributes of the historically black church, I may have accepted this fate. But as the months passed in Chicago, I found myself drawn – not just to work with the church, but to be in the church.

For one thing, I believed and still believe in the power of the African-American religious tradition to spur social change, a power made real by some of the leaders here today. Because of its past, the black church understands in an intimate way the Biblical call to feed the hungry and cloth the naked and challenge powers and principalities. And in its historical struggles for freedom and the rights of man, I was able to see faith as more than just a comfort to the weary or a hedge against death, but rather as an active, palpable agent in the world. As a source of hope.

And perhaps it was out of this intimate knowledge of hardship — the grounding of faith in struggle — that the church offered me a second insight, one that I think is important to emphasize today.

Faith doesn’t mean that you don’t have doubts.

You need to come to church in the first place precisely because you are first of this world, not apart from it. You need to embrace Christ precisely because you have sins to wash away – because you are human and need an ally in this difficult journey.

It was because of these newfound understandings that I was finally able to walk down the aisle of Trinity United Church of Christ on 95th Street in the Southside of Chicago one day and affirm my Christian faith. It came about as a choice, and not an epiphany. I didn’t fall out in church. The questions I had didn’t magically disappear. But kneeling beneath that cross on the South Side, I felt that I heard God’s spirit beckoning me. I submitted myself to His will, and dedicated myself to discovering His truth.

That’s a path that has been shared by millions upon millions of Americans – evangelicals, Catholics, Protestants, Jews and Muslims alike; some since birth, others at certain turning points in their lives. It is not something they set apart from the rest of their beliefs and values. In fact, it is often what drives their beliefs and their values.

And that is why that, if we truly hope to speak to people where they’re at – to communicate our hopes and values in a way that’s relevant to their own – then as progressives, we cannot abandon the field of religious discourse.

Because when we ignore the debate about what it means to be a good Christian or Muslim or Jew; when we discuss religion only in the negative sense of where or how it should not be practiced, rather than in the positive sense of what it tells us about our obligations towards one another; when we shy away from religious venues and religious broadcasts because we assume that we will be unwelcome – others will fill the vacuum, those with the most insular views of faith, or those who cynically use religion to justify partisan ends.

In other words, if we don’t reach out to evangelical Christians and other religious Americans and tell them what we stand for, then the Jerry Falwells and Pat Robertsons and Alan Keyeses will continue to hold sway.

More fundamentally, the discomfort of some progressives with any hint of religion has often prevented us from effectively addressing issues in moral terms. Some of the problem here is rhetorical – if we scrub language of all religious content, we forfeit the imagery and terminology through which millions of Americans understand both their personal morality and social justice. Imagine Lincoln’s Second Inaugural Address without reference to « the judgments of the Lord. » Or King’s I Have a Dream speech without references to « all of God’s children. » Their summoning of a higher truth helped inspire what had seemed impossible, and move the nation to embrace a common destiny.

Our failure as progressives to tap into the moral underpinnings of the nation is not just rhetorical, though. Our fear of getting « preachy » may also lead us to discount the role that values and culture play in some of our most urgent social problems.

After all, the problems of poverty and racism, the uninsured and the unemployed, are not simply technical problems in search of the perfect ten point plan. They are rooted in both societal indifference and individual callousness – in the imperfections of man.

Solving these problems will require changes in government policy, but it will also require changes in hearts and a change in minds. I believe in keeping guns out of our inner cities, and that our leaders must say so in the face of the gun manufacturers’ lobby – but I also believe that when a gang-banger shoots indiscriminately into a crowd because he feels somebody disrespected him, we’ve got a moral problem. There’s a hole in that young man’s heart – a hole that the government alone cannot fix.

I believe in vigorous enforcement of our non-discrimination laws. But I also believe that a transformation of conscience and a genuine commitment to diversity on the part of the nation’s CEOs could bring about quicker results than a battalion of lawyers. They have more lawyers than us anyway.

I think that we should put more of our tax dollars into educating poor girls and boys. I think that the work that Marian Wright Edelman has done all her life is absolutely how we should prioritize our resources in the wealthiest nation on earth. I also think that we should give them the information about contraception that can prevent unwanted pregnancies, lower abortion rates, and help assure that that every child is loved and cherished.

But, you know, my Bible tells me that if we train a child in the way he should go, when he is old he will not turn from it. So I think faith and guidance can help fortify a young woman’s sense of self, a young man’s sense of responsibility, and a sense of reverence that all young people should have for the act of sexual intimacy.

I am not suggesting that every progressive suddenly latch on to religious terminology – that can be dangerous. Nothing is more transparent than inauthentic expressions of faith. As Jim has mentioned, some politicians come and clap — off rhythm — to the choir. We don’t need that.

In fact, because I do not believe that religious people have a monopoly on morality, I would rather have someone who is grounded in morality and ethics, and who is also secular, affirm their morality and ethics and values without pretending that they’re something they’re not. They don’t need to do that. None of us need to do that.

But what I am suggesting is this – secularists are wrong when they ask believers to leave their religion at the door before entering into the public square. Frederick Douglas, Abraham Lincoln, Williams Jennings Bryant, Dorothy Day, Martin Luther King – indeed, the majority of great reformers in American history – were not only motivated by faith, but repeatedly used religious language to argue for their cause. So to say that men and women should not inject their « personal morality » into public policy debates is a practical absurdity. Our law is by definition a codification of morality, much of it grounded in the Judeo-Christian tradition.

Moreover, if we progressives shed some of these biases, we might recognize some overlapping values that both religious and secular people share when it comes to the moral and material direction of our country. We might recognize that the call to sacrifice on behalf of the next generation, the need to think in terms of « thou » and not just « I, » resonates in religious congregations all across the country. And we might realize that we have the ability to reach out to the evangelical community and engage millions of religious Americans in the larger project of American renewal.

Some of this is already beginning to happen. Pastors, friends of mine like Rick Warren and T.D. Jakes are wielding their enormous influences to confront AIDS, Third World debt relief, and the genocide in Darfur. Religious thinkers and activists like our good friend Jim Wallis and Tony Campolo are lifting up the Biblical injunction to help the poor as a means of mobilizing Christians against budget cuts to social programs and growing inequality.

And by the way, we need Christians on Capitol Hill, Jews on Capitol Hill and Muslims on Capitol Hill talking about the estate tax. When you’ve got an estate tax debate that proposes a trillion dollars being taken out of social programs to go to a handful of folks who don’t need and weren’t even asking for it, you know that we need an injection of morality in our political debate.

Across the country, individual churches like my own and your own are sponsoring day care programs, building senior centers, helping ex-offenders reclaim their lives, and rebuilding our gulf coast in the aftermath of Hurricane Katrina.

So the question is, how do we build on these still-tentative partnerships between religious and secular people of good will? It’s going to take more work, a lot more work than we’ve done so far. The tensions and the suspicions on each side of the religious divide will have to be squarely addressed. And each side will need to accept some ground rules for collaboration.

While I’ve already laid out some of the work that progressive leaders need to do, I want to talk a little bit about what conservative leaders need to do — some truths they need to acknowledge.

For one, they need to understand the critical role that the separation of church and state has played in preserving not only our democracy, but the robustness of our religious practice. Folks tend to forget that during our founding, it wasn’t the atheists or the civil libertarians who were the most effective champions of the First Amendment. It was the persecuted minorities, it was Baptists like John Leland who didn’t want the established churches to impose their views on folks who were getting happy out in the fields and teaching the scripture to slaves. It was the forbearers of the evangelicals who were the most adamant about not mingling government with religious, because they did not want state-sponsored religion hindering their ability to practice their faith as they understood it.

Moreover, given the increasing diversity of America’s population, the dangers of sectarianism have never been greater. Whatever we once were, we are no longer just a Christian nation; we are also a Jewish nation, a Muslim nation, a Buddhist nation, a Hindu nation, and a nation of nonbelievers.

And even if we did have only Christians in our midst, if we expelled every non-Christian from the United States of America, whose Christianity would we teach in the schools? Would we go with James Dobson’s, or Al Sharpton’s? Which passages of Scripture should guide our public policy? Should we go with Leviticus, which suggests slavery is ok and that eating shellfish is abomination? How about Deuteronomy, which suggests stoning your child if he strays from the faith? Or should we just stick to the Sermon on the Mount – a passage that is so radical that it’s doubtful that our own Defense Department would survive its application? So before we get carried away, let’s read our bibles. Folks haven’t been reading their bibles.

This brings me to my second point. Democracy demands that the religiously motivated translate their concerns into universal, rather than religion-specific, values. It requires that their proposals be subject to argument, and amenable to reason. I may be opposed to abortion for religious reasons, but if I seek to pass a law banning the practice, I cannot simply point to the teachings of my church or evoke God’s will. I have to explain why abortion violates some principle that is accessible to people of all faiths, including those with no faith at all.

Now this is going to be difficult for some who believe in the inerrancy of the Bible, as many evangelicals do. But in a pluralistic democracy, we have no choice. Politics depends on our ability to persuade each other of common aims based on a common reality. It involves the compromise, the art of what’s possible. At some fundamental level, religion does not allow for compromise. It’s the art of the impossible. If God has spoken, then followers are expected to live up to God’s edicts, regardless of the consequences. To base one’s life on such uncompromising commitments may be sublime, but to base our policy making on such commitments would be a dangerous thing. And if you doubt that, let me give you an example.

We all know the story of Abraham and Isaac. Abraham is ordered by God to offer up his only son, and without argument, he takes Isaac to the mountaintop, binds him to an altar, and raises his knife, prepared to act as God has commanded.

Of course, in the end God sends down an angel to intercede at the very last minute, and Abraham passes God’s test of devotion.

But it’s fair to say that if any of us leaving this church saw Abraham on a roof of a building raising his knife, we would, at the very least, call the police and expect the Department of Children and Family Services to take Isaac away from Abraham. We would do so because we do not hear what Abraham hears, do not see what Abraham sees, true as those experiences may be. So the best we can do is act in accordance with those things that we all see, and that we all hear, be it common laws or basic reason.

Finally, any reconciliation between faith and democratic pluralism requires some sense of proportion.

This goes for both sides.

Even those who claim the Bible’s inerrancy make distinctions between Scriptural edicts, sensing that some passages – the Ten Commandments, say, or a belief in Christ’s divinity – are central to Christian faith, while others are more culturally specific and may be modified to accommodate modern life.

The American people intuitively understand this, which is why the majority of Catholics practice birth control and some of those opposed to gay marriage nevertheless are opposed to a Constitutional amendment to ban it. Religious leadership need not accept such wisdom in counseling their flocks, but they should recognize this wisdom in their politics.

But a sense of proportion should also guide those who police the boundaries between church and state. Not every mention of God in public is a breach to the wall of separation – context matters. It is doubtful that children reciting the Pledge of Allegiance feel oppressed or brainwashed as a consequence of muttering the phrase « under God. » I didn’t. Having voluntary student prayer groups use school property to meet should not be a threat, any more than its use by the High School Republicans should threaten Democrats. And one can envision certain faith-based programs – targeting ex-offenders or substance abusers – that offer a uniquely powerful way of solving problems.

So we all have some work to do here. But I am hopeful that we can bridge the gaps that exist and overcome the prejudices each of us bring to this debate. And I have faith that millions of believing Americans want that to happen. No matter how religious they may or may not be, people are tired of seeing faith used as a tool of attack. They don’t want faith used to belittle or to divide. They’re tired of hearing folks deliver more screed than sermon. Because in the end, that’s not how they think about faith in their own lives.

So let me end with just one other interaction I had during my campaign. A few days after I won the Democratic nomination in my U.S. Senate race, I received an email from a doctor at the University of Chicago Medical School that said the following:

« Congratulations on your overwhelming and inspiring primary win. I was happy to vote for you, and I will tell you that I am seriously considering voting for you in the general election. I write to express my concerns that may, in the end, prevent me from supporting you. » The doctor described himself as a Christian who understood his commitments to be « totalizing. » His faith led him to a strong opposition to abortion and gay marriage, although he said that his faith also led him to question the idolatry of the free market and quick resort to militarism that seemed to characterize much of the Republican agenda.

But the reason the doctor was considering not voting for me was not simply my position on abortion. Rather, he had read an entry that my campaign had posted on my Web site, which suggested that I would fight « right-wing ideologues who want to take away a woman’s right to choose. » The doctor went on to write:

« I sense that you have a strong sense of justice…and I also sense that you are a fair minded person with a high regard for reason…Whatever your convictions, if you truly believe that those who oppose abortion are all ideologues driven by perverse desires to inflict suffering on women, then you, in my judgment, are not fair-minded….You know that we enter times that are fraught with possibilities for good and for harm, times when we are struggling to make sense of a common polity in the context of plurality, when we are unsure of what grounds we have for making any claims that involve others…I do not ask at this point that you oppose abortion, only that you speak about this issue in fair-minded words. »

Fair-minded words.

So I looked at my Web site and found the offending words. In fairness to them, my staff had written them using standard Democratic boilerplate language to summarize my pro-choice position during the Democratic primary, at a time when some of my opponents were questioning my commitment to protect Roe v. Wade.

Re-reading the doctor’s letter, though, I felt a pang of shame. It is people like him who are looking for a deeper, fuller conversation about religion in this country. They may not change their positions, but they are willing to listen and learn from those who are willing to speak in fair-minded words. Those who know of the central and awesome place that God holds in the lives of so many, and who refuse to treat faith as simply another political issue with which to score points.

So I wrote back to the doctor, and I thanked him for his advice. The next day, I circulated the email to my staff and changed the language on my website to state in clear but simple terms my pro-choice position. And that night, before I went to bed, I said a prayer of my own – a prayer that I might extend the same presumption of good faith to others that the doctor had extended to me.

And that night, before I went to bed I said a prayer of my own. It’s a prayer I think I share with a lot of Americans. A hope that we can live with one another in a way that reconciles the beliefs of each with the good of all. It’s a prayer worth praying, and a conversation worth having in this country in the months and years to come. Thank you.

Voir également:

Remarks by the President and the Vice President at Easter Prayer Breakfast

/…/

THE PRESIDENT:  Thank you.  (Applause.)  Thank you so much.  Thank you.  Please, everybody have a seat.  Well, good morning, everybody.

AUDIENCE:  Good morning!

THE PRESIDENT:  Welcome to the White House.  It is so good to be with you again.  We had to change up the format a little bit because I think I’ve got 30 world leaders for dinner tomorrow — (laughter) — in an effort to constrain the threat of nuclear materials getting into the wrong hand.  So it’s a good cause — (laughter) — but when you have folks over — I’m sure all of you have the same experience — you’ve got to clean up — (laughter) — do a little vacuuming, make sure that — you know.  (Laughter.)  Well, to those of you who have kids, make sure that they didn’t do something when you weren’t looking that the guests will discover.  (Laughter.)  Some vegetables they didn’t want to eat.  (Laughter.)

So we’re not at our usual round table of fellowship, but the spirit is still here.  And I know that I speak for all of you in feeling lucky that we’ve had such an extraordinary Vice President in Joe Biden — (applause) — whose faith has been tested time and time again, and has been able to find God in places that sometimes, for a lot of us, is hard to see.  So I’m blessed to have him as a friend as well as a colleague.

This is a little bittersweet — my final Easter Prayer Breakfast as President.  So I want to begin by thanking all of you for all your prayers over the year — I know they have kept us going.  It has meant so much to me.  It’s meant so much to my family.  I want to thank you most of all for the incredible ministries that you’re doing all around the country, because we’ve had a chance to work together and partner with you, and we have seen the good works — the deeds, and not just words — that so many of you have carried out.

And since 2010, this has become a cherished tradition.  I know all of you have had a very busy Holy Week, and the week leading up to Holy Week, and the week before that.  (Laughter.)  And I had a wonderful Easter morning at the Alfred Street Baptist Church — and I want to thank Pastor Wesley for his leadership.  Pastor, outstanding sermon.  (Applause.)

He was telling a few stories of his youth, talking about going to the club.  (Laughter.)  I’m just saying.  (Laughter.)  And since he’s also from Chicago, I knew the club he was talking about.  (Laughter.)  But it all led to a celebration of the Resurrection, I want to be clear.  (Laughter.)  It started with the club, but it ended up with the Resurrection.  (Laughter.)

And his outstanding and handsome young sons are with him here.  And so we want to thank him for an outstanding service.

Here at the White House, we have not had to work as hard as all of you, but we did have to deal with the Easter Egg Roll.  (Laughter.)  Imagine thousands and thousands of children hopped up on sugar — (laughter) — running around your backyard, surrounded by mascots and muppets and Shaquille O’Neal.  (Laughter.)  For 12 hours.  (Laughter.)  That was my Easter Weekend.  (Laughter.)  So we set aside this morning to come together in prayer, and reflection, and quiet.  (Laughter.)

Now, as Joe said, in light of recent events, this gathering takes on more meaning.  Around the world, we have seen horrific acts of terrorism, most recently Brussels, as well as what happened in Pakistan — innocent families, mostly women and children, Christians and Muslims.  And so our prayers are with the victims, their families, the survivors of these cowardly attacks.

And as Joe mentioned, these attacks can foment fear and division.  They can tempt us to cast out the stranger, strike out against those who don’t look like us, or pray exactly as we do.  And they can lead us to turn our backs on those who are most in need of help and refuge.  That’s the intent of the terrorists, is to weaken our faith, to weaken our best impulses, our better angels.

And Pastor preached on this this weekend, and I know all of you did, too, as I suspect, or in your own quiet ways were reminded if Easter means anything, it’s that you don’t have to be afraid.  We drown out darkness with light, and we heal hatred with love, and we hold on to hope.  And we think about all that Jesus suffered and sacrificed on our behalf — scorned, abandoned shunned, nail-scarred hands bearing the injustice of his death and carrying the sins of the world.

And it’s difficult to fathom the full meaning of that act.  Scripture tells us, “For God so loved the world that He gave His only Son, that whoever believes in Him should not perish but have eternal life.”  Because of God’s love, we can proclaim “Christ is risen!”  Because of God’s love, we have been given this gift of salvation.  Because of Him, our hope is not misplaced, and we don’t have to be afraid.

And as Christians have said through the years, “We are Easter people, and Alleluia is our song!”  We are Easter people, people of hope and not fear.

Now, this is not a static hope.  This is a living and breathing hope.  It’s not a gift we simply receive, but one we must give to others, a gift to carry forth.  I was struck last week by an image of Pope Francis washing feet of refugees — different faiths, different countries.  And what a powerful reminder of our obligations if, in fact, we’re not afraid, and if, in fact, we hope, and if, in fact, we believe.  That is something that we have to give.

His Holiness said this Easter Sunday, God “enables us to see with His eyes of love and compassion those who hunger and thirst, strangers and prisoners, the marginalized and the outcast, the victims of oppression and violence.”

To do justice, to love kindness –- that’s what all of you collectively are involved in in your own ways each and every day. Feeding the hungry.  Healing the sick.  Teaching our children.  Housing the homeless.  Welcoming immigrants and refugees.  And in that way, you are teaching all of us what it means when it comes to true discipleship.  It’s not just words.  It’s not just getting dressed and looking good on Sunday.  But it’s service, particularly for the least of these.

And whether fighting the scourge of poverty or joining with us to work on criminal justice reform and giving people a second chance in life, you have been on the front lines of delivering God’s message of love and compassion and mercy for His children.

And I have to say that over the last seven years, I could not have been prouder to work with you.  We have built partnerships that have transcended partisan affiliation, that have transcended individual congregations and even faiths, to form a community that’s bound by our shared ideals and rooted in our common humanity.  And that community I believe will endure beyond the end of my presidency, because it’s a living thing that all of you are involved with all around this country and all around the world.

And our faith changes us.  I know it’s changed me.  It renews in us a sense of possibility.  It allows us to believe that although we are all sinners, and that at time we will falter, there’s always the possibility of redemption.  Every once in a while, we might get something right, we might do some good; that there’s the presence of grace, and that we, in some small way, can be worthy of this magnificent love that God has bestowed on us.

You remind me all of that each and every day.  And you have just been incredible friends and partners, and I could not be prouder to know all of you.  I thank you for sharing in this fellowship.  I pray that our time together will strengthen our souls and fortify our faith and renew our spirit.  That we will continue to build a nation and a world that is worthy of His many blessings.

And I want to remind you all that after a good chunk of sleep when I get out of here, I’m going to be right out there with you doing some work.  (Laughter.)  So you’re not rid of me yet, even after we’re done with the presidency.  But I am going to take three, four months where I just sleep.  (Laughter.)  And I hope you all don’t mind that.

So with that, I would like to invite Reverend Doctor Derrick Harkins for our opening prayer.  (Applause.)

Voir aussi:

Imre Kertesz : « Auschwitz n’a pas été un accident de l’Histoire »
Propos recueillis par Nicolas Weill

Le Monde

27.01.2015

Imre Kertesz, Prix Nobel de littérature (2002), a été déporté lors de la mise en œuvre de l’extermination des juifs de Hongrie, après l’occupation de ce pays par l’armée allemande en 1944. Envoyé d’abord à Auschwitz, en Pologne, puis à Buchenwald et dans le camp satellite de Zeitz, en Allemagne, il survit à la guerre et retourne dans son pays en voie de stalinisation, où il deviendra journaliste, traducteur et auteur. L’essentiel de son œuvre s’attache à transmettre cette expérience de la déportation et de la Shoah, dont il estime que, bien loin d’être le monopole des survivants, elle doit être à la fois une expérience humaine et universelle.

Dans « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas » (Actes Sud, 1995), vous dites qu’à une « certaine température, les mots perdent leur consistance », deviennent« liquides ». N’y a-t-il pas là un pessimisme fondamental, l’idée qu’il serait finalement impossible de mettre Auschwitz en mots  ?

Je suis étonné d’avoir écrit cela ! Tout le monde dit que je suis pessimiste, pourtant je me suis contenté, depuis très longtemps, de raconter ce que j’ai vécu. Etre sans destin (Actes Sud, 1998) est un récit de ma déportation, construit à partir de mon expérience personnelle. Mais quiconque a connu l’horreur d’Auschwitz a dû réécrire sa biographie et est devenu différent de ce qu’il était avant d’y être allé. Comprendre comment on est parvenu à détruire en si peu de temps physiquement et moralement six millions de juifs, quelle est la technique qui a été employée pour exterminer une telle masse de gens, voilà ce qui m’a toujours intéressé. Dans Etre sans destin, que j’ai mis treize années à écrire, j’ai choisi d’adopter le point de vue d’un enfant qui est le héros du récit, du roman ; parce que, dans les camps de concentration comme dans la dictature, on rabaisse l’homme à un niveau enfantin. Tout, même ce qui ne l’est pas, y devient « naturel ». Jusqu’à aujourd’hui, je me suis appliqué à étudier la façon dont s’élabore la langue de toutes les dictatures.

De cette expérience des camps, quel est l’« acquis » négatif qui vous paraît le principal à transmettre aujourd’hui et demain ?

L’adaptation. Pour moi, les vingt premières minutes de l’arrivée au camp sont les plus importantes. Tout se joue dans ces vingt minutes-là. C’est cela qu’il faut décrire avec les plus grands détails. Beaucoup de survivants ont préféré oublier leur processus d’entrée dans cet univers – or, là en est la leçon la plus importante. Sous la dictature de Matyas Rakosi [1892-1971, premier dirigeant de la Hongrie communiste à l’époque stalinienne], j’ai pu aussi observer ce processus à l’œuvre, surprendre les gens en train de changer, de devenir autres… J’ai rédigé Etre sans destin sous le régime de Janos Kadar [1912-1989, dirigea la Hongrie après la répression du soulèvement de 1956]. A cette époque, en 1964, le titre de l’ouvrage d’Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal – le titre résonnait juste pour moi, avant même que je puisse accéder à son contenu, ce qui, à l’époque, était fort difficile –, m’avait beaucoup stimulé, tant je me sentais sur la même longueur d’onde que cette expression.

Et quel sens prend pour vous cette notion de « banalité du mal » ?

Mon souci principal, encore une fois, est d’analyser la manière dont les gens sombrent dans le totalitarisme. J’ai ainsi rencontré beaucoup d’individus soupçonnés d’avoir été des dénonciateurs sous le régime soviétique. Eux, bien sûr, niaient l’avoir été. Disons plutôt qu’ils ne se souvenaient pas de cette période de leur vie. Cette même attitude, je l’avais remarquée après la libération de Buchenwald par les Américains. Le général Patton a exigé que les civils allemands de Weimar viennent visiter le camp : ces derniers devaient voir de leurs yeux ce que l’on y avait commis en leur nom. C’était le 11 avril 1945, le soleil brillait, j’étais encore là, assis à côté des baraques, et j’ai vu un groupe ­conduit par les Américains arriver à un baraquement où gisaient des malades atteints du typhus. Les Allemands poussaient des cris d’horreur et d’effroi. Huit années durant, ces gens s’étaient pourtant habitués à avoir dans leur voisinage des détenus à qui il arrivait de traverser la ville au vu et au su de tous. Cette horreur, ils l’avaient vue passer, mais sans savoir.

Qu’est-ce qui a irrémédiablement changé avec Auschwitz ?

La basse continue de la morale humaniste, celle qui existe chez Bach avec des accords parfaits, des tonalité en mi majeur ou en sol majeur, une culture fermée où chaque mot signifiait ce qu’il voulait dire et seulement cela, voilà ce qui a disparu avec Auschwitz et le totalitarisme. Comme Arnold Schoenberg [1874-1951, qui a révolutionné le langage musical en renonçant au système tonal de sept notes] l’a fait pour la musique, j’ai découvert, avec mon écriture, une « prose atonale », qui illustre la fin du consensus et de la culture humaniste, celle qui valait à l’époque de Bach et ensuite. Dans Etre sans destin, j’ai renversé le Bildungsroman, le roman de formation allemand. On peut dire que mes livres sont des récits de la « dé-formation ».

Vous avez parlé, dans un recueil d’essais, de « L’Holocauste comme culture »(Actes Sud, 2009). Que vous inspire la renaissance de l’antisémitisme en Europe ? N’y voyez-vous pas comme l’annonce d’un échec de cette « culture d’Auschwitz », devenue si centrale, notamment après la chute du communisme ?

Cette recrudescence de l’antisémitisme, qui est un phénomène mondial, je la trouve bien entendu effarante. Avant même les attaques terroristes de janvier à Paris, j’avais fait la remarque que l’Europe était en train de mourir de sa lâcheté et de sa faiblesse morale, de son incapacité à se protéger et de l’ornière morale évidente dont elle ne pouvait s’extraire après Auschwitz. La démocratie reste impuissante à se défendre, et insensible devant la menace qui la guette. Et le risque est grand de voir les gardes-frontières qui entreprennent de défendre l’Europe contre la barbarie montante, les décapitations, la « tyrannie orientale », devenir à leur tour des fascistes. Que va devenir l’humanité dans ces conditions ? Auschwitz n’a pas été un accident de l’Histoire, et beaucoup de signes montrent que sa répétition est possible.

Dans « L’Ultime Auberge »(Actes Sud, 318 p., 22,80 euros), vous affirmez également que le « juif d’Europe », le juif assimilé, est « un vestige ». Pourquoi ?

Tout dépend de ce que l’on entend par judaïsme. J’ai fait ma bar-mitsva et me souviens qu’à cette occasion on m’avait offert une montre en or, que les gendarmes hongrois m’ont confisquée lorsque j’ai été arrêté et déporté. Est-on juif par naissance ou bien parce que l’on a été élevé dans cette tradition ? Je suis un Européen, j’ai été éduqué en Europe et je n’ai pas beaucoup de notions de la tradition juive. J’ai lu peu de philosophes juifs et ne suis pas citoyen d’Israël… Selon moi, il y a trois façons de percevoir le judaïsme européen après l’Holocauste : celle de Primo Levi, qui le regarde selon le point de vue d’avant Auschwitz, celui de la bourgeoisie assimilée ; celui de l’écrivain polonais Tadeusz Borowski [1922-1951, survivant d’Auschwitz et de Dachau], qui décrit Auschwitz ; et la troisième, la mienne, qui souhaite s’occuper des conséquences d’Auschwitz. En tout cas, je me sens juif quand on persécute les juifs.

A la différence d’autres survivants de la Shoah, vous avez conservé une relation ­intime à la langue et à la culture allemandes, que vous parlez et traduisez en hongrois. Au point d’être allé vivre une dizaine d’années à Berlin, d’où vous êtes revenu récemment pour vous réinstaller à Budapest. Pourquoi ?

Je ne crois nullement que chaque Allemand porte le nazisme dans ses gènes, et je suis sur ce point en désaccord avec l’historien américain Daniel Goldhagen [auteur des Bourreaux volontaires d’Hitler (Seuil, 1997),pour qui il aurait existé un « antisémitisme exterminateur » spécifique à l’Allemagne]. Ma relation à la langue allemande a quant à elle été déterminée par le fait qu’à l’époque de la dictature Rakosi il était impossible de trouver en Hongrie de la littérature correcte. Je me suis procuré des œuvres de Thomas Mann, et c’est grâce à la littérature allemande que j’ai réussi à me préserver de cette propagande réaliste soviétique. Nietzsche était considéré comme une lecture interdite pendant la période communiste, et je me suis mis à traduire La Naissance de la tragédie en hongrois à la fin de la période Kadar. Juste après la guerre, alors que j’étais un apprenti journaliste, je suis allé à l’Opéra. La Walkyrie était au programme. J’avais 19 ou 20 ans. A cette époque, on ne pouvait rien savoir de Wagner, et je n’avais pas la moindre idée de ce que je voyais sur scène, aucun livret n’était disponible. Et pourtant, cette représentation a déterminé ma vie.

Pensez-vous que dans l’ex-Europe ­communiste la mémoire d’Auschwitz joue le même rôle qu’à l’ouest du continent ?

Mon expérience d’Auschwitz est singulière et n’est guère comprise en Hongrie. C’est seulement maintenant qu’on commence à prendre quelques distances dans ce pays avec l’idée que dans ce camp il y a eu une « guerre germano-juive » ! En Europe occidentale, le travail sur l’Holocauste est certes plus avancé. Mais même les soixante-huitards allemands qui demandaient à leurs parents ce qu’ils avaient fait pendant la guerre n’ont pas obtenu de réponse à leur question. Il a manqué une génération.

Dans « Dossier K. » (Actes Sud, 2008), vous parlez de votre découverte de Kant. Y a-t-il une philosophie possible après Auschwitz ?

Un jour, je suis parti en vacances avec ma première femme près du lac Balaton. A cause d’une pluie incessante, on ne pouvait ni se baigner ni aller à la plage. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était se mettre sur une terrasse et lire. C’est alors que j’ai jeté un coup d’œil sur La Critique de la faculté de juger, et je n’ai pas pu reposer le livre. Cela a eu un effet incroyable sur moi, même si je ne pratique pas du tout la philosophie, et surtout pas en tant que discipline. Mais cette lecture m’a marqué. Ce que Kant m’a enseigné, c’est que le sujet, le moi, est au centre. Marx oppose le monde, la matière au moi. Dans un pays dont la philosophie officielle était le marxisme, la centralité du moi était une énormité. L’idée d’un monde extérieur absolument indépendant de moi ne m’a jamais plu. Je n’ai rien lu d’autre de Kant, et tout ce que j’en sais est dans cette œuvre. Il m’a enseigné que je suis, que rien n’est indépendant du moi, car si je meurs, le monde meurt avec moi.

(Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzvai)

Parcours
9 novembre 1929 : Imre Kertesz naît dans une famille juive de Budapest.
1944 : à 15 ans, il est arrêté et déporté à Auschwitz, puis dans le camp de travail de Zeitz. Il est libéré par les Américains à Buchenwald. Il retourne à Budapest où il devient journaliste, auteur de comédie, traducteur, et un écrivain au style ironique.
1975 : parution en hongrois du récit de sa déportation Etre sans destin. La plupart de ses œuvres sont axées autour de la Shoah.
2002 : prix Nobel de littérature. Installation à Berlin jusqu’en 2013, avant de retourner à Budapest après la maladie de Parkinson qui le frappe.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2015/01/27/auschwitz-n-a-pas-ete-un-accident-de-l-histoire_4564126_3210.html#RHPdsPDLOXx3gsae.99

Voir enfin:

« Batman vs Superman » : c’est Aristote contre Kant (en plus désespérant)
Simon Merle
Philosophie supra-héroïque

Le Nouvel Obs

02-04-2016

LE PLUS. Prenez Batman et Superman dans le dernier film de Zach Snyder, où les deux super-héros s’opposent. Prenez maintenant deux philosophes célébrissimes pour leurs réflexions autour de la morale et de la justice : Artistote et Kant. Quels sont leurs points communs ? Qui gagne à la fin ? Les explications de Simon Merle, auteur de « Super-héros et philo » (Bréal).
Édité par Henri Rouillier

La bonne idée de ce nouveau film des écuries DC Comics, c’est de mettre en opposition deux conceptions de la justice, en leur donnant vie à travers l’affrontement de deux héros mythiques. Mais le sérieux du propos, à la fois force et faiblesse d’une œuvre qui exclue la distanciation de l’humour, est-il assumé jusqu’au bout ?

Superman et Batman ne sont pas des citoyens comme les autres. Ce sont tous les deux des hors-la-loi qui œuvrent pour accomplir le Bien. Néanmoins, leur rapport à la justice n’est pas le même: l’un incarne une loi supérieure, l’autre cherche à échapper à l’intransigeance des règles pour mieux faire corps avec le monde.

Superman, un justicier inflexible

Le personnage de Superman évoque une justice divine transcendante, ou encore supra-étatique. À plusieurs reprises, le film met en évidence le défaut de cette justice surhumaine, trop parfaite pour notre monde. Superman est un héros kantien, pour qui le devoir ne peut souffrir de compromission. Cette rigidité morale peut alors paradoxalement conduire à une vertu vicieuse, trop sûre d’elle même.

On reprochait au philosophe de Königsberg sa morale de cristal, parfaite dans ses intentions mais prête à se briser au contact de la dure réalité. Il en va de même pour Superman et pour sa bonne volonté, qui vient buter sur la brutalité de ses adversaires et sur des dilemmes moraux à la résolution impossible.

Batman, un justicier de l’ombre

Le personnage de Batman incarne quant à lui une justice souple, souterraine, infra-étatique et peut-être trop humaine. Le modèle philosophique le plus proche est celui de la morale arétique du philosophe Aristote. Si les règles sont trop rigides, il faut privilégier, à la manière du maçon qui utilise comme règle le fil à plomb qui s’adapte aux contours irréguliers, une vertu plus élastique.

Plutôt que d’obéir à des impératifs catégoriques, le justicier est celui qui sait s’adapter et optimiser l’agir au cas particulier. Paradoxalement, cette justice de l’ombre peut aller jusqu’à vouloir braver l‘interdit suprême ; le meurtre; puisque Batman veut en finir avec Superman.

L’affrontement n’aura pas lieu

Il est bien dommage que la deuxième partie du film brouille la distinction entre ces deux conceptions du bien, et que l’alliance occasionnelle des deux héros la rende finalement inopérante. De la même façon, le film pose dès le départ, à travers les discours d’une sénatrice, le problème critique du recours au super-héros.

Ce dernier déresponsabilise l’homme, court-circuite le débat démocratique et menace par ses super-pouvoirs toute possibilité d’un contre-pouvoir. Les « Watchmen », adaptation plus subtile de l’oeuvre de Alan Moore par le même Zack Snyder posait déjà la question : « Who watches the Watchmen ? » La dernière moitié de son nouveau film est bien moins interrogative, et elle semble même légitimer l’inflation annoncée du recours au super-héroïsme dans de futurs « League Of Justice ». On peut regretter que le combat des idées n’ait pas eu lieu, en cédant trop rapidement sa place au trop classique combat des poings.

Simon Merle, auteur de « Super-héros et Philo » (Bréal, 2012)


Droits des femmes: Vous avez dit « égalité réelle » ? (With new postings for « real equality » and « family, children and women’s rights », French government revives a long tradition of bizarre ministry titles)

12 mars, 2016
campagne-de-recrutement-de-l-education-nationale-1er-juin-2011-10469894gtcdu_1713missionarypositionpub1On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
Moi, président de la République, les ministres ne pourraient pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local…  …parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leurs tâches. François Hollande
Légion d’honneur pour le prince héritier Saoudien. 154 exécutions l’an dernier dans son pays. (…) Voilà pourquoi j’ai refusé la Légion d’Honneur. Sophie Marceau
La seule liste garantie sans cumul. Slogan de la liste d’Emmanuelle Cosse
Les filles seraient par nature plus tournées vers la littérature et la communication, les garçons seraient plus doués pour les sciences. L’école ne parvient pas à combattre efficacement ces stéréotypes. Rapport
Après avoir jugé probable dimanche la suppression d’au moins 16.000 postes l’an prochain, Luc Chatel a lancé ce mercredi une campagne de recrutement de 17.000 postes en 2011. «33.000 fonctionnaires partent à la retraite dans l’année, 16.000 ne sont pas remplacés (non-remplacement d’un départ en retraite sur deux) donc 17.000 sont à pourvoir», explique-t-on au ministère, joint par 20Minutes. Sauf que les 16.000 suppressions de 2012 concernent, si l’on en croit Luc Chatel, uniquement des enseignants et que, dans le détail, les 17.000 nouveaux fonctionnaires ne seront pas que des professeurs. Ils ne seront en effet que 11.600 (3.000 dans le premier degré, 8.600 dans le second), le reste étant «des agents administratifs, du personnel de santé scolaire, des métiers extrêmement variés». (…) Les syndicats ne croient pas au but de cette campagne: «L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!», persifle Christian Chevalier, secrétaire général de SE-Unsa, contacté par 20Minutes. «C’est un plan com’ pour brouiller les esprits, une publicité sur ce qui existe déjà puisqu’on recrute autant d’enseignants chaque année», ajoute le syndicaliste.(…) «C’est la première fois que le nombre de candidats qui se présentent au concours chute de manière brutale», indique Christian Chevalier, qui explique ce phénomène par trois facteurs. Le premier, c’est un «vivier pas suffisant». Le nouveau niveau de recrutement en M1 au lieu de la licence écarte de fait près de 200.000 candidats potentiels. Les disciplines scientifiques sont les plus en peine avec «autant de candidats que de postes à pourvoir», précise le syndicaliste. Ensuite, c’est l’image du métier qui cloche: suppressions de postes, classe surchargées, métier difficile et anxiogène… Autant d’éléments qui ne profitent pas à la valorisation de l’Education nationale, selon Christian Chevalier, qui déplore également un troisième facteur financier. Pour le syndicaliste, «démarrer une carrière à 1.500 euros pour atteindre 2.000 euros dix à douze ans plus tard», ce n’est pas très alléchant. «Il y a nettement mieux ailleurs, notamment dans le domaine scientifique. Les étudiants préfèrent aller bosser chez Total, où les promotions sont plus avantageuses», ajoute Christian Chevalier.  Ce sont justement ces deux derniers facteurs auxquels le ministère entend s’attaquer avec cette campagne. «Cela fait partie de la politique de revalorisation du métier d’enseignant», précise-t-on rue de Grenelle, où l’on se vante toujours d’être toujours «le premier recruteur de France». Dotée d’un budget de plus d’un million d’euros, la promotion de l’Education nationale voit large avec une présence dans tous les médias sauf la télévision. La campagne a pour objectif «d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions: assurer la réussite de chaque élève». Sur les affiches, «Laura a trouvé le poste de ses rêves» et Julien «un poste à la hauteur de ses ambitions». Un sexisme dont se gausse Christian Olivier: «On essaie quotidiennement en classe de tordre les clichés quand l’institution les reprend à son compte.» «La réalité, c’est que le métier d’enseignant ne fait plus recette et on va vers une crise du recrutement», résume-t-il encore, dans l’attente d’une politique «qui redonnerait ses lettres de noblesse» à la profession. 20 minutes
Cette déconsidération est liée au déclassement social des professeurs, lui-même lié à la massification de l’enseignement. Environ 20% d’une génération d’élèves obtenaient le bac en 1970, contre 76% en 2012! Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, un professeur était un ­notable dans sa préfecture, l’instituteur était un notable au même titre que le maire ou le médecin du village. Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier ­féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants. (…) Nous avons tous des témoi­gnages d’incidents, d’absence de respect entre élèves et professeurs, y compris lors des premières années d’université. Ce n’est pas étonnant. Ces incidents reflètent ce que pensent les parents et l’ensemble de la société des enseignants. (…) Le métier de professeur est un métier sans aucune évolution. Les seules promotions possibles, c’est le syndicalisme ou l’inspection. Mais, en réalité, lorsqu’on dénonce le pouvoir syndical, on nage en plein mythe. Le syndicalisme perd de son influence. Les syndicats ont ainsi de plus en plus de mal à recruter chez les jeunes. (…) Ce qui est aberrant, c’est ce statut des enseignants qui n’a pas évolué depuis 1950. Il date d’avant la télévision, d’une époque où très peu de Français allaient au collège et encore moins au lycée. La prise en compte des seules heures de cours devant les élèves en guise de «temps de service» n’a pas de sens. Il faut plus de présence dans les établissements et les bureaux! Le travail en équipe devrait être généralisé. Les professeurs du secondaire s’identifient à leur discipline, s’y réfugient pour réagir à leur déclassement social. Je ne nie pas le fait qu’ils ont un très bon niveau disciplinaire, utile au lycée. Mais, concernant le collège, qu’y a-t-il de dégradant pour un professeur de français d’enseigner aussi l’histoire? Il y a trop d’enseignants différents au collège, c’est déstabilisant pour d’aussi jeunes élèves, ballottés toutes les heures d’un adulte à l’autre. Beaucoup ne se remettent pas de cette diffé­rence avec l’école primaire. La transition serait plus douce avec moins d’enseignants. Antoine Compagnon

Attention: une déconsidération peut en cacher une autre !

Au lendemain d’une énième fête des femmes

Et d’un énième remaniement du gouvernement Hollande qui vient de nous doter, entre secrétariats d’Etat à «l’aide aux victimes», à la biodiversité ou à la réforme de l’Etat et la simplification et Ministère du Logement et de l’Habitat Durable …

A un Ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes doublé d’un Secrétariat d’Etat à « l’égalité réelle »

Pendant qu’entre rencontres de dictateurs et légions d’honneur aux découpeurs de têtes et lapideurs de femmes adultères …

Président comme ministres continuent à s’asseoir sur leurs promesses de campagne …

Et qu’à nos nouveaux envahisseurs chez nos voisins germaniques ou nordiques, on enseigne la position du missionnaire

Petit retour avec une publicité de l’Education nationale d’il y a cinq ans …

Particulièrement significative, entre jeune professeur ambitieux tout droit « sorti du magazine Challenge ou Capital » et jeune professeure rêveuse digne d‘un catalogue IKEA » …

De tout le chemin qui reste à faire …

Vers l’égalité « réelle » des femmes …

Certes pour une profession à la fois en panne de recrutement et massivement féminisée

Recrutement des profs : elle a des rêves, il a de l’ambition
Le ministère de l’Education nationale, « premier employeur de France », recrute cette année 17 000 personnes « dans un contexte où l’ensemble de ses métiers évolue en profondeur ». Il lance une campagne destinée à tous les
Blandine Grosjean Rédactrice en chef
Rue 89
16/06/2011

Le ministère de l’Education nationale, « premier employeur de France », recrute cette année 17 000 personnes « dans un contexte où l’ensemble de ses métiers évolue en profondeur ».

Il lance une campagne destinée à tous les étudiants qui réfléchissent à leur avenir professionnel. Il s’agit « d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions : assurer la réussite de chaque élève ».

► Elle : Laura a des « rêves »

Elle s’appelle Laura, elle lit (un roman… « Madame Bovary » ?). Et elle « rêve ». De quoi ? Pas d’argent, ni de réussite, ni d’une grosse voiture. Non, « d’avenir ».

« Et l’avenir pour elle, c’est de faire vivre et partager sa passion, transmettre [eh oui, la vie, ndlr], se consacrer à la réussite de ses élèves. »
L’univers de Laura : tons crème et lin, bois clair, zen et féminine attitude. Le thé vert est hors-champ, Laura écoute France Musique, elle aime aussi dessiner et elle fait du yoga (on imagine). Sans doute va-t-elle demander une décharge de poste pour passer plus de temps avec ses enfants, ou pour se consacrer à ses projets personnels (on imagine encore).

Elle rêve aussi d’emmener « ses » classes découvrir la Rome antique (là encore, il s’agit de supputations sexistes de l’auteure).

► Lui : Julien a des « ambitions »

Changement de code couleurs : on passe au bleu, au gris, high-tech. L’ordi, la chemise bleue (retroussée), Julien bosse au petit matin ou en soirée. Et lui, il a un projet, « concret », qu’il va « concrétiser ». Enseignant, c’est la « concrétisation de son projet professionnel », il peut partager :

sa passion,
ses savoirs,
ses valeurs (comme Laura mais c’est plus concret dans le cas de Julien).
On vous fiche notre billet que Julien est appelé à de hautes responsabilités : proviseur, inspecteur, responsable syndical…

Laura est une femme, elle est littéraire, douce, plutôt blonde.

Julien est un homme, il est techno, carré, brun. Il a des valeurs.

Voir aussi:

Education Nationale : à elle les « rêves », à lui « l’ambition »
Laure Daussy

Arrêt sur images

le 16/06/2011

Les stéréotypes hommes/femmes ont encore de beaux jours devant eux, à voir la nouvelle campagne de l’Education nationale. Le ministère veut recruter 17000 personnes, et a lancé pour cela une campagne d’affiches que l’on peut voir dans plusieurs médias.

On y découvre un florilège des clichés sur les différences hommes/femme, pointés notamment par Rue89. D’un côté, une femme, Laura, qui « a trouvé le poste de ses rêves », et de l’autre, Julien, qui a trouvé le poste à la hauteur de ses… « ambitions ». L’homme peut apparemment se permettre d’être ambitieux quand la femme se contente de rêver.
Les univers des deux protagonistes sont bien différenciés. Rue89 décrit ainsi : « L’univers de Laura: tons crème et lin, bois clair, zen et féminine attitude. Le thé vert est hors-champ, Laura écoute France-Musique, elle aime aussi dessiner et elle fait du yoga (on imagine). Sans doute va-t-elle demander une décharge de poste pour passer plus de temps avec ses enfants, ou pour se consacrer à ses projets personnels (on imagine encore). »

Quant à Julien : « Changement de code couleurs: on passe au bleu, au gris, high-tech. L’ordi, la chemise bleue (retroussée), Julien bosse au petit matin ou en soirée. Et lui, il a un projet, «concret», qu’il va «concrétiser». Enseignant, c’est la «concrétisation de son projet professionnel». On vous fiche notre billet que Julien est appelé à de hautes responsabilités: proviseur, inspecteur, responsable syndical… »

On a donc, d’un côté, la femme, la douceur, les couleurs pastels, la littérature, la blondeur, le rêve, et de l’autre, l’homme, l’ordinateur, le bleu, l’attitude concentrée, l’ambition.

Heureusement que l’Education Nationale a prévu, dans les nouveaux manuels de Sciences de la vie et de la terre, d’enseigner – un peu – les « gender studies ». Avec cette exigeance précisée dans le bulletin officiel, sous le titre « Devenir homme ou femme » : « Différencier, (…) ce qui relève : de l’identité sexuelle, des rôles en tant qu’individus sexués et de leurs stéréotypes dans la société (…) ». Ouf !

Voir également:

Professeur, un métier pour filles rêveuses ?
Véronique Soulé

Libération

8 juillet 2011

Laura, la jeune et jolie prof sur l’affiche du ministère de l’Education, a l’air douce et rêveuse – elle lit posément un livre. Julien n’est pas mal non plus – mais pour les hommes, c’est quand même moins important… Surtout, il a l’air décidé et fort en informatique – il est devant un ordinateur. L’actuelle campagne de recrutement de l’Education nationale, qui a mis en colère les syndicats enseignants, dénonçant une opération de com au moment où l’on supprime 16 000 postes, a des côtés très distrayants, voire incongrus.

D’abord, alors que l’on s’inquiète plutôt aujourd’hui des clichés sexistes véhiculés à l’école, elle les reprend allègrement. Laura, la jeune prof, «a trouvé le poste de ses rêves». Julien, son collègue mâle, a, lui, «trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions». Interrogé par Libération, le ministre de l’Education, Luc Chatel, a reconnu que ce problème ne lui avait pas sauté aux yeux. En septembre, il avait pourtant reçu un rapport sur les discriminations à l’école où les experts se désolaient : «Les filles seraient par nature plus tournées vers la littérature et la communication, les garçons seraient plus doués pour les sciences. L’école ne parvient pas à combattre efficacement ces stéréotypes.» Suivaient des propositions pour mieux faire.

Autre bizarrerie : pourquoi cette campagne très médiatique, alors que chaque année, le ministère fait disparaître des postes ? L’opération, qui s’achève le 12 juillet, coûte 1,35 million d’euros hors taxes. Réponse officielle : l’Education nationale veut attirer les meilleurs. Or, avec tout le ramdam autour des suppressions de postes, les gens ont oublié qu’elle recrutait – comme on ne renouvelle pas la moitié des 33 000 départs à la retraite, elle supprime 16 000 postes et embauche 17 000 personnes (dont 11 600 profs). «Nous sommes même le plus gros recruteur de diplômés de master», se félicite-t-on. Mais aussi le plus gros destructeur de postes.

Les syndicats enseignants n’ont pas tout à fait la même version. Pour eux, cette campagne vise à attirer des candidats tout court, dans le cadre d’une baisse inquiétante des vocations. L’an dernier, pour le Capes de maths, discipline quasi désertée, on n’avait pas deux candidats pour un poste. Au ministère, on juge normal d’avoir moins de candidats puisqu’il faut un master contre, avant, une licence, «et les maths sont un problème ancien». Laura la rêveuse et Julien l’ambitieux sauront-ils inverser la tendance ? Réponse dans une semaine avec le nombre d’inscrits aux concours. Officiellement, ça remonte…

Voir encore:

Décortiqué : campagne publicitaire « l’éducation nationale recrute »
Nicolas Gaillard

Le CorteX

8 juin 2011

Vous avez mené avec brio votre analyse de la page « Campagne publicitaire à analyser : l’éducation nationale recrute » ? Voilà ma propre analyse, n’hésitez pas à nous écrire pour compléter / corriger cette proposition de décorticage.

1/ Les effets rhétoriques

L’éducation nationale recrute 17000 personnes…

Ce recrutement semble a priori en contradiction :

D’une part avec le plan d’austérité du gouvernement dénoncé par les syndicats de l’éducation nationale, les élus locaux et nationaux et les fédérations de parents d’élèves : coupes budgétaires, fermetures de classes et suppression d’emplois (comme le présente le reportage ci-contre.)

D’autre part avec la démarche demaîtrise des dépenses publique dans l’éducation nationale, notamment par la suppression de postes, annoncée l’année dernière par Luc Chatel et toujours d’actualité.
La publicité annonce donc « 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011. »
On est face à une rhétorique en deux étapes :

– Un effet paillasson, c’est-à-dire que le terme pourvoir est ambigu et peut renvoyer à de nombreuses définitions dans cette situation. Il peut vouloir dire plusieurs choses. Ces postes sont-ils créés ? Sont-ils à pourvoir au sens de « remplacer ce qui manque » ? Sont-ils à pourvoir parce que désertés par les professionnels ? Sont-ce des postes précaires ?

Selon comment on l’interprète, ce terme va jouer sur l’équivoque et la compréhension du sens de cette phrase. N’écrire que « 17000 postes sont à pourvoir » désyncrétise le problème, et gomme toute interprétation négative : cela évoque plutôt des maintiens d’emploi, des embauches, voire des créations de postes, de surcroît dans une période de crise.

– Un carpaccio .

Le chiffre 17 000 est un chiffre détaché – c’est-à-dire que l’on ne sait pas à quoi le comparer, ni sur quelle base l’appréhender – il crée un impact important : je me dis « 17 000, c’est beaucoup ! » .

Pourtant cette affirmation dissimule une réalité moins joviale. Si le Ministère de l’éducation nationale recrute 17 000 personnes c’est qu’en réalité sur les 33 000 départs à la retraite en 2011, seule la moitié est effectivement maintenue, conformément aux principes de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite (dans le carde de la révision générale des politiques publiques).

La manière dont la publicité est construite met en scène 17 000 postes à pourvoir comme s’il s’agissait de 17 000 postes créés, tout en dissimulant 16 000 suppressions de postes. C’est une forme de scénarisation de l’information, pour l’embellir, la rendre séduisante, mais bien souvent en cachant ses aspects les plus rébarbatifs. On nomme cette manière de faire la technique du Carpaccio ; il suffit de couper en fines lamelles une rondelle de tomate, une feuille de salade, du bœuf ou un ministre de l’éducation pour en faire un « carpaccio de… » beaucoup plus attrayant. Il suffit de « tourner » l’information en la blanchissant, en la mettant en scène, et on obtient un produit d’appel publicitaire.

Enfin, cette campagne met fortement en avant la profession d’enseignant, dans les textes principaux et les images, renforçant une possible erreur de compréhension « 17 000 postes = 17 000 postes d’enseignants ». Mais c’est bien 11 600 postes d’enseignants qui seront recrutés sur les 17 000.

Cela porte à confusion même si ce n’est pas à proprement parler une dissimulation puisque l’information apparaît en bas du document, mais sans donner la répartition des professions et en petits caractères : « Pourquoi pas vous ? 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011. »

En creusant un peu, on s’aperçoit que les arrêtés publiés au Bulletin Officiel fixant au titre de l’année 2011 le nombre de postes offerts au concours pour le recrutement d’infirmier-e-s et de médecins arrivent au maximum à 514 postes (sans savoir précisément si l’ensemble de ces postes sont intégrés dans le total des 17 000 recrutements.)

Je fais une rapide soustraction : 17000 – 11600 – 514 = 4 886

Il reste donc environ 4 886 postes non-précisés et qui n’apparaissent pas dans le texte. C’est bien 17 000 postes dont 11 600 d’enseignants, 414 d’infirmier(e)s, 100 de médecins scolaires et 4886 autres, qui sont à pourvoir en 2011. Finalement la dissimulation pointe le bout de son nez, puisque rien ne laisse supposer que d’autres professions sont concernées et en quelle proportion. (J’ai demandé des informations au Ministère, j’attends et je publierai la réponse.)

Cette campagne publicitaire oriente délibérément vers une erreur de perception : 17 000 postes = 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires. C’est embêtant.

2/ La fabrication de l’image

Julien semble sorti du magazine Challenge ou Capital (magazines sur l’actualité économique en direction des cadres et managers), et Laura d‘un catalogue de mobiliers IKEA.

Les images sont fortement sexuées, avec des stéréotypes classiques, notamment sur les critères de beautés attendus. Pour le garçon c’est une ambiance à dominante bleue, cheveux courts, bruns, chemise dans un environnement studieux. Pour la fille c’est une ambiance à dominante rose : cheveux blonds mi-longs, habits clairs et dans un environnement de détente. Intérieurs aseptisés et modernes, les acteurs sont quasi-souriants, ils semblent détendus, en un mot : heureux. La technologie est mise en avant avec Julien qui est occupé sur un ordinateur portable. Pour Laura c’est la culture littéraire qui est privilégiée, elle lit adossée à une bibliothèque, la jambe nonchalamment pliée.

Ces choix ne sont pas anodins, puisque l’objectif de cette campagne est de rendre séduisant un métier qui ne l’est plus. Alors pas d’élève (pourtant central dans le texte), pas d’établissement scolaire, on est très loin d’une classe surchargée de RAR (Réseau Ambition Réussite).

C’est la plénitude et la dynamique intellectuelle qui sont mises en avant dans ces visuels.

Ce choix scénaristique utilise les mêmes leviers que les campagnes du Ministère de la défense pour les recrutements de l’armée de terre, où le dynamisme, l’aventure et le dépassement de soi sont les axes forts.

3/ Le vocabulaire utilisé dans les images

Que connote-t-il ? Quels problèmes cela peut-il poser ?

La comparaison des deux textes dénote sans ambivalence la différence de genre entre hommes et femmes. Les termes reproduisent les stéréotypes de genre en différenciant la démarche de Laura et de Julien. Laura lit un livre, elle est représentée nonchalante, passive, dans un environnement clair, voire rose (stéréotype féminin) :

« Laura a trouvé le poste de ses rêves. C’est l’avenir qu’elle a toujours envisagé. »

Julien pianote sur un portable, il semble dynamique et actif, il est dans un environnement de travail :

« Julien a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions. C’est la concrétisation de son projet professionnel. »

Laura a trouvé le poste de ses rêves : est-ce l’unique ? Celui qui lui était destiné ? Le poste de ses rêves connote un déterminisme de genré « fille », où selon les représentations classiques, la femme est maîtresse d’école ou infirmière plus volontiers que chercheur en physique (ce qu’on appelle les professions du care, « prendre soin »). C’est d’ailleurs l’avenir qu’elle a toujours envisagé, le déterminisme est renforcé, c’est devenu sa vocation (étymologiquement un appel venu d’ailleurs, comme Jeanne d’Arc), son destin..

Julien, quant à lui, a trouvé un poste ; un parmi d’autres, contrairement à Laura. A-t-il plus de choix que Laura ? Les termes connotent clairement une attitude dynamique, affirmée et déterminée. Il a de l’ambition et concrétise ses projets. Ceux-ci sont professionnels, là où Laura vit un rêve.

Laura est une fée, douce, blonde, habillée en blanc et cantonnée à la littérature ; Julien est un homme, il est branché haute-technologie, dynamique, brun, en chemise aux manches retroussées et cantonné aux sciences.

Tous ces éléments viennent renforcer un essentialisme sexuel. On reproduit l’idée implicite de comportements genrés qui seraient naturels, en évinçant la question de leurs construction sociale. Voir les travaux du Cortex sur ces questions Sociologie, anthropologie – Atelier sur le racisme ordinaire et Biologie, essentialisme – Nature, écologisme, sexisme, racisme, spécisme .

Finissons sur un détail : cette publicité est un exemple rare de la féminisation des textes. C’est en général peu employé, d’abord par commodité de lecture, c’est une pratique qui alourdit le texte. Pourtant ici, infirmier apparaît infirmier(e)s. Initiative intéressante, si ce n’est que celle-ci n’est appliquée que dans un sens : simplement pour masculiniser une profession, infirmière, plutôt que pour en féminiser également une autre, comme enseignant. On peut se demander alors ce que vise réellement cette démarche, elle ne cherche apparemment pas à pointer la construction genrée de notre grammaire et rétablir un peu la balance.

Alors même que les établissements scolaires cherchent à lutter quotidiennement contre les discriminations, notamment sexuelles, cette campagne de publicité s’inscrit précisément dans la reproduction de stéréotypes. Bigre, je gronde mais à 1,35 milion d’€ la campagne publicitaire, le résultat n’est pas fameux : je préviens le Ministre de ce pas et promis je vous mettrai la réponse plus bas.

Voir de même:

Education nationale: La campagne de recrutement du ministère fait jaser les syndicats
SOCIETE Elle promet 17.000 nouveaux postes, quand 16.000 sont supprimés dans le même temps…

Capture d’écran du site du ministère de l’Education nationale consacré à sa campagne de recrutement en 2011. – 20minutes.fr
Corentin Chauvel

20 minutes

01.06.2011

Avec l’Education nationale, il ne vaut mieux pas se perdre dans les chiffres. Après avoir jugé probable dimanche la suppression d’au moins 16.000 postes l’an prochain, Luc Chatel a lancé ce mercredi une campagne de recrutement de 17.000 postes en 2011.

«33.000 fonctionnaires partent à la retraite dans l’année, 16.000 ne sont pas remplacés (non-remplacement d’un départ en retraite sur deux) donc 17.000 sont à pourvoir», explique-t-on au ministère, joint par 20Minutes.

Sauf que les 16.000 suppressions de 2012 concernent, si l’on en croit Luc Chatel, uniquement des enseignants et que, dans le détail, les 17.000 nouveaux fonctionnaires ne seront pas que des professeurs. Ils ne seront en effet que 11.600 (3.000 dans le premier degré, 8.600 dans le second), le reste étant «des agents administratifs, du personnel de santé scolaire, des métiers extrêmement variés».

«L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!»
Les syndicats ne croient pas au but de cette campagne: «L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!», persifle Christian Chevalier, secrétaire général de SE-Unsa, contacté par 20Minutes. «C’est un plan com’ pour brouiller les esprits, une publicité sur ce qui existe déjà puisqu’on recrute autant d’enseignants chaque année», ajoute le syndicaliste.

«C’est limite de la provocation», renchérit Bernadette Groison, secrétaire générale du FSU, pour qui cette promotion «ne se confronte pas à la vraie question de la revalorisation du métier. Car la difficulté à recruter des enseignants est bien réelle. «C’est la première fois que le nombre de candidats qui se présentent au concours chute de manière brutale», indique Christian Chevalier, qui explique ce phénomène par trois facteurs.

Trois facteurs déterminants
Le premier, c’est un «vivier pas suffisant». Le nouveau niveau de recrutement en M1 au lieu de la licence écarte de fait près de 200.000 candidats potentiels. Les disciplines scientifiques sont les plus en peine avec «autant de candidats que de postes à pourvoir», précise le syndicaliste.

Ensuite, c’est l’image du métier qui cloche: suppressions de postes, classe surchargées, métier difficile et anxiogène… Autant d’éléments qui ne profitent pas à la valorisation de l’Education nationale, selon Christian Chevalier, qui déplore également un troisième facteur financier.

Pour le syndicaliste, «démarrer une carrière à 1.500 euros pour atteindre 2.000 euros dix à douze ans plus tard», ce n’est pas très alléchant. «Il y a nettement mieux ailleurs, notamment dans le domaine scientifique. Les étudiants préfèrent aller bosser chez Total, où les promotions sont plus avantageuses», ajoute Christian Chevalier.

«Vers une crise du recrutement»
Ce sont justement ces deux derniers facteurs auxquels le ministère entend s’attaquer avec cette campagne. «Cela fait partie de la politique de revalorisation du métier d’enseignant», précise-t-on rue de Grenelle, où l’on se vante toujours d’être toujours «le premier recruteur de France».

Dotée d’un budget de plus d’un million d’euros, la promotion de l’Education nationale voit large avec une présence dans tous les médias sauf la télévision. La campagne a pour objectif «d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions: assurer la réussite de chaque élève». Sur les affiches, «Laura a trouvé le poste de ses rêves» et Julien «un poste à la hauteur de ses ambitions».

Un sexisme dont se gausse Christian Olivier: «On essaie quotidiennement en classe de tordre les clichés quand l’institution les reprend à son compte.» «La réalité, c’est que le métier d’enseignant ne fait plus recette et on va vers une crise du recrutement», résume-t-il encore, dans l’attente d’une politique «qui redonnerait ses lettres de noblesse» à la profession.

Voir de plus:

Féminisation des noms de métiers : encore un effort !
Gaëlle Dupont

Le Monde

11.03.2016

Il y a trente ans, dans la foulée de la Journée internationale des droits des femmes, le premier ministre Laurent Fabius adressait à son gouvernement la circulaire du 11 mars 1986 prescrivant « la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades, ou titres » dans tous les textes réglementaires et documents officiels. Vingt-neuf journées des droits des femmes après, beaucoup de chemin reste à faire. Il arrive encore régulièrement d’entendre « Madame le député » ou « Madame le sénateur » au Parlement, par exemple.

Un « Madame le président », adressé à la vice-présidente socialiste de l’Assemblée nationale Sandrine Mazetier en octobre 2014, avait valu au député (UMP) Julien Aubert une sanction financière. « Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice inscrite », avait riposté Mme Mazetier. L’affaire avait créé un de ces drames dont sont coutumiers les Français, friands de querelles langagières.

Les élus ne sont pas les seuls concernés. Hélène Carrère d’Encausse veut être appelée Madame le secrétaire perpétuel de l’Académie française – en accord avec la ligne de l’institution. Muriel Mayette a longtemps été administrateur général de la Comédie-Française. Dans le langage courant se répand l’usage du pronom féminin accolé à un terme qui reste au masculin : une professeur, une médecin, une chef – quoique cheffe gagne du terrain.

La puissance des habitudes
Plusieurs raisons expliquent cette inertie. Dans une mise au point d’octobre 2014, l’Académie française s’élevait contre « un esprit de système qui tend à imposer (…) des formes qui sont contraires aux règles ordinaires de dérivation et constituent de véritables barbarismes », par exemple procureure, sapeuse-pompière, recteure. Pour l’institution, « la dénomination de la fonction s’entend comme un neutre distinct du sexe de l’individu qui l’incarne ».

L’esthétique est souvent citée. La puissance des habitudes est déterminante. Autrice, le féminin d’auteur, est unanimement jugé laid, alors qu’actrice ne l’est pas. Dans un guide d’aide à la féminisation des noms publié en 1999 à la demande du gouvernement, le linguiste Bernard Cerquiglini estimait ces réticences d’ordre « psychologique et socioculturel ». « La néologie est dissonante quand elle est dérangeante », affirmait-il en préambule d’une liste comportant des centaines de substantifs féminins, d’abatteuse à zootechnicienne.

Les usages changent tout de même, à mesure que les femmes accèdent à des postes et des métiers autrefois fermés. « Appelez-moi Madame la maire », a déclaré Anne Hidalgo dès son élection en mars 2014. On rencontre aujourd’hui des chirurgiennes, des expertes, des policières, des préfètes, des principales. Le Monde a consacré jeudi 10 mars un article au rapport de la contrôleure générale des prisons, Adeline Hazan.

« Le Monde accompagne, et quelquefois précède légèrement, par sympathie, la féminisation des noms », explique Lucien Jedwab, ancien chef de la correction du journal. Non sans débats. « Auteure a suscité des réticences, y compris chez certaines rédactrices », se souvient-il. L’emploi de contrôleure a fait réagir des lecteurs. « Contrôleuse pose problème, estime Lucien Jedwab. Il y a un attachement à l’idée que la fonction doit sonner à l’oreille. »

« Dans les cas compliqués, il faut laisser les choses se faire, estime Gaëlle Abily, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. L’usage tranchera. » Cette institution est désormais un aiguillon. « L’usage du féminin est un enjeu fondamental au même titre que l’égalité des salaires, estime Mme Abily. Le langage est le reflet de notre société. La prééminence du masculin est un choix qui date du XVIIe siècle. Il a été jugé plus noble. »

Signe d’une nouvelle ère ? Le Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe, publié par le Haut Conseil en novembre 2015, a rencontré un succès inespéré. Il comporte dix recommandations, dont la féminisation des noms, mais aussi l’utilisation de l’ordre alphabétique (égalité femmes-hommes), ou encore le recours à une écriture où sont visibles le féminin et le masculin, « afin que les femmes comme les hommes soient inclus.e.s ». Cette formule commence à percer dans certains documents officiels. Reste à savoir si elle conviendra au plus grand nombre de lecteur.trice.s

Voir encore:

« Professeur, un métier sans évolution »

Marie-Estelle Pech

Le Figaro

07/01/2014

INTERVIEW – Antoine Compagnon, professeur de littérature française au Col­lège de France, est notamment l’auteur d’Un été avec Montaigne. Pour lui, le déclassement social des enseignants est lié à la massification de l’enseignement.

LE FIGARO. – Pourquoi le métier d’enseignant est-il déconsidéré en France, comme dans la plupart des pays européens?

Antoine COMPAGNON. Cette déconsidération est liée au déclassement social des professeurs, lui-même lié à la massification de l’enseignement. Environ 20% d’une génération d’élèves obtenaient le bac en 1970, contre 76% en 2012! Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, un professeur était un ­notable dans sa préfecture, l’instituteur était un notable au même titre que le maire ou le médecin du village. Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier ­féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants.

Pourquoi les jeunes respectent-ils moins les professeurs en France qu’ailleurs?

Nous avons tous des témoi­gnages d’incidents, d’absence de respect entre élèves et professeurs, y compris lors des premières années d’université. Ce n’est pas étonnant. Ces incidents reflètent ce que pensent les parents et l’ensemble de la société des enseignants.

Nos compatriotes critiquent fortement l’influence des syndicats d’enseignants…

Le métier de professeur est un métier sans aucune évolution. Les seules promotions possibles, c’est le syndicalisme ou l’inspection. Mais, en réalité, lorsqu’on dénonce le pouvoir syndical, on nage en plein mythe. Le syndicalisme perd de son influence. Les syndicats ont ainsi de plus en plus de mal à recruter chez les jeunes.

Quelles réformes proposez-vous concernant le statut des enseignants, en pleine discussion au ministère?

Ce qui est aberrant, c’est ce statut des enseignants qui n’a pas évolué depuis 1950. Il date d’avant la télévision, d’une époque où très peu de Français allaient au collège et encore moins au lycée. La prise en compte des seules heures de cours devant les élèves en guise de «temps de service» n’a pas de sens. Il faut plus de présence dans les établissements et les bureaux!

Le travail en équipe devrait être généralisé. Les professeurs du secondaire s’identifient à leur discipline, s’y réfugient pour réagir à leur déclassement social. Je ne nie pas le fait qu’ils ont un très bon niveau disciplinaire, utile au lycée. Mais, concernant le collège, qu’y a-t-il de dégradant pour un professeur de français d’enseigner aussi l’histoire? Il y a trop d’enseignants différents au collège, c’est déstabilisant pour d’aussi jeunes élèves, ballottés toutes les heures d’un adulte à l’autre. Beaucoup ne se remettent pas de cette diffé­rence avec l’école primaire. La transition serait plus douce avec moins d’enseignants.

Voir aussi:

Y a-t-il trop de femmes à l’école?

La féminisation d’un métier est-il un mauvais signe pour ce métier? Est-ce parce qu’il est féminisé qu’il est déclassé, ou l’inverse? Quelle est la place des hommes et des femmes dans l’Education nationale? Une interview critiquée d’Antoine Compagnon permet de se pencher sur ces questions.

Professeur au Collège de France, grand spécialiste de Montaigne, Antoine Compagnon a accordé un entretien à Marie-Estelle Pech, journaliste éducation au Figaro, qui a provoqué des réactions inhabituelles pour le monsieur et le sujet. Le propos tournait autour du manque de perspectives dans le métier d’enseignant et de la déconsidération dont il pâtit. Pour Antoine Compagnon, un temps pressenti pour être nommé à la tête du Conseil supérieur des programmes (scolaires), cette déconsidération s’explique:

«Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants.»

Les Inrocks ont publié une autre interview pour vérifier que c’était bien ce que Compagnon pensait avoir dit et pensait tout court et, apparemment, c’est le cas.

Les propos de l’universitaire ont évidemment été vertement critiqués sur les réseaux sociaux et sur des sites d’information comme avec cet intéressant article par exemple. Un texte en particulier, signé Anne-Charlotte Husson, a beaucoup circulé. Et la colère est grande:

«Grâce à vous, j’en ai appris encore un peu plus sur ma réelle motivation, celle que je me cachais à moi-même. J’avais sous-estimé un fait important : j’ai moi aussi un titre, je suis Etre Humain à Utérus Intégré (EHUI, à prononcer “eh oui”), et cela ne peut que déterminer chaque aspect de ma vie.»

Mais revenons sur la déclaration d’Antoine Compagnon, point par point.

«Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser»

Est-ce une fausse banalité ou cette affirmation est-elle étayée? Si les enseignants sont une profession dévalorisée que dire des juges et des médecins dont parle l’interview? Et des politiques? Est-ce la présence accrue des femmes qui dévalorise un métier?

Marlaine Cacouaut-Bittaud explore les articulations complexes mais possibles entre vie personnelle et vie professionnelle chez les enseignantes. Elle a publié une étude qui portait très précisément sur ce sujet. Elle date de 2001 et est intitulée: «La féminisation d’une profession est-elle signe de perte de prestige?»

Elle cite Christian Baudelot et Roger Establet, deux très grands  sociologues de l’éducation pour qui la présence minoritaire des hommes dans les écoles n’est pas un phénomène récent puisque les institutrices formaient déjà 62% du corps en 1923 et 67,2% en 1939. C’est seulement dans les années 1960 qu’on l’interprète comme un signe de déclin.

Marlaine Cacouaut-Bittaud rappelle aussi que l’idée qu’une profession se dévaloriserait par la présence des femmes est en général véhiculée par… des hommes. Avec une vision contradictoire de leurs intérêts et de ceux de femmes. Un exemple avec les médecins:

«Au cours des dernières décennies, une partie des médecins (les généralistes plus que les spécialistes, ceux qui occupent “les positions relativement dominées”) se sentent “déclassés”. Le mode d’exercice, fréquent chez les femmes, qui consiste à se réserver un jour de liberté, à s’associer, à travailler à temps partiel, apparaît comme une menace. En effet, il contribue à banaliser le métier: que les médecins s’organisent pour vivre “comme tout le monde” est considéré par beaucoup d’entre eux comme l’indice d’une baisse de prestige. Un métier “masculin” (qui suppose une épouse dévouée et des revenus confortables) se verrait transformé en métier “féminin”, aux horaires et aux revenus limités, de plus en plus contrôlé par l’Etat. Comme nous l’avons laissé entendre, la réalité est plus complexe car des salariées peuvent atteindre un niveau de rémunération plus élevé que des généralistes et des spécialistes femmes cumulent un bon niveau de revenus et une souplesse dans l’organisation de leur temps. Néanmoins, des questions cruciales sont soulevées à l’occasion des discussions ou des polémiques entre praticiens. Les femmes revendiquent l’amélioration de la couverture maternité des indépendantes, dénoncent l’augmentation des cotisations retraite, acceptable pour les hauts revenus mais pénalisante pour les professionnelles, qui gagnent, dans l’ensemble, moins que leurs confrères et gèrent plus souvent un cabinet à temps partiel».

Bref, un métier valorisé, serait un métier chronophage. Le fait est que le temps partiel ou l’organisation des temps de vie qui permet de tout faire –entendez l’éducation des enfants– reste majoritairement un choix de femmes et que 80% des tâches domestiques et éducatives sont assurés par les femmes. Ce n’est pas une opinion, ce sont les statistiques qui le montrent.

«Un métier féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple»

Concernant la question du salaire d’appoint, Marlaine Cacouaut-Bittaud rappelle que oui, dans les années 1970-80 beaucoup d’enseignantes étaient femmes de cadres (ce qui induisait des vraies différence sociales au sein des équipes soit dit en passant).

Cette réalité paraît périmée, comme la notion de salaire d’appoint en général. Mais ce qui n’est pas périmé, c’est que le salaire des enseignants subit une baisse relative depuis cinquante ans et ça, ce sont leurs syndicats qui l’affirment.

«L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants.»

En 2010, Julie Jarty a étudié les usages de la flexibilité temporelle chez les enseignants en partant du postulat suivant:

«Il existe une perception largement répandue selon laquelle la profession enseignante serait woman-friendly, “bien pour une femme”»

Son étude la conduit à la conclusion suivante:

«La contraction du temps passé au sein de l’établissement après la naissance d’un enfant se révèle une pratique plutôt féminine; rares sont les hommes pour qui la naissance d’un enfant engendre un tel changement. Si la négociation d’emploi du temps “sur mesure”, permettant une compatibilité d’enseignement avec les horaires scolaires de leurs propres enfants, est une pratique courante et admise dans les collèges et lycées étudiés, les directions d’établissement consentent souvent à élaborer des emplois du temps explicitement évoqués en termes “d’horaires de mamans”, avec des journées de cours concentrées entre neuf heures et seize heures et/ou des mercredis matins libérés.»

Voilà pour le collège. Et le sociologue François Dubet avance même que pour une partie des femmes, le choix du métier d’enseignant se fait sur l’idée qu’il s’agit d’un métier diplômé qui va leur permettre de concilier leur vie professionnelle et personnelle.

Que le métier attire aujourd’hui moins d’hommes et plus de femmes devraient nous faire réfléchir d’autant que, d’après les statistiques du ministère du Travail, il s’agit une exception dans les métiers diplômés où la tendance est plutôt à l’équilibrage.

«Pour certains enfants, il serait préférable d’avoir aussi affaire à des hommes à l’école primaire, à des figures masculines comme à des figures féminines.»

Antoine Compagnon affirme cela non pas dans Le Figaro mais dans Les Inrocks et c’est peut-être ce qu’il y a de plus scandaleux dans ses propos récents.

L’idée selon laquelle «il serait préférable d’avoir aussi affaire à des hommes» reste totalement à démontrer à ce jour et relève d’une conception étroite de l’éducation… et des femmes.

Mais, voyons comment se répartissent les postes entre hommes et femmes à l’école. Il n’y a presque que des femmes dans les maternelles (93%) mais leurs inspecteurs sont majoritairement des hommes (62%). Alors le plafond de verre à l’école, on en parle? Dans le secondaire: 56% de femmes, mais des personnels de direction majoritairement masculin (60%). Il y a aussi 70% de recteurs (mais là le progrès est notable). Plus on monte dans la hiérarchie scolaire, plus il y a d’hommes. Et tout en haut, au ministère, ils sont majoritaires comme dans le cabinet de Vincent Peillon.

En matière d’inégalités, dans la vie professionnelle comme personnelle, la féminisation du corps enseignant et sa répartition dans l’école posent aussi de bonnes questions. Des questions qu’il serait regrettable d’ignorer alors que l’institution promeut le combat contre les stéréotypes en son sein.

Voir aussi:

«Egalité réelle», «biodiversité»: Hollande ou l’art d’inventer des secrétariats d’Etat ridicules
Anne-Sophie Letac
Le Figaro

12/02/2016

FIGAROVOX/CHRONIQUE- Anne-Sophie Letac a lu la liste des ministres et des secretaires d’Etat du nouveau gouvernement. Et essayé de comprendre à quoi ils peuvent correspondre.

Ancienne élève de l’école Normale supérieure, Anne-Sophie Letac enseigne en classes préparatoires. Elle tient une chronique sur FigaroVox.

Au delà du calcul grossièrement visible de François Hollande, qui change de gouvernement pour un aéroport et s’offre au prix promotionnel de deux maroquins les gros titres dithyrambiques de La Dépêche, le récent remaniement ministériel illustre deux caractéristiques majeures de notre vie politique, la mise au placard du sens du ridicule, qui tue en politique, contrairement à ce qu’en dit le sens commun, et l’absence totale d’un sentiment pourtant utile et noble, la vergogne.

Dans un système où la communication oblitère les idées, la parole politique perd ainsi tout son sens, et comme une voiture qui perdrait l’adhérence avec la route, se trouve victime d’un périlleux aquaplaning dans l’opinion publique.

C’est ce qui se produit par exemple lorsqu’on ose créer un Secrétariat d’Etat à «l’égalité réelle», parfaite illustration de cette perte de sens. Est-ce à dire que l’égalité était depuis mai 2012 fictive, partiellement irréelle ou purement théorique? Un autre secrétariat d’Etat est dévolu à «l’aide aux victimes», mais victimes de quoi au juste? Sûrement des attentats, mais pourquoi pas du choc fiscal, des accidents d’autocar, de la réforme de l’orthographe, ou de la catalepsie due aux discours empêtrés de François Hollande? Un troisième est chargé de la biodiversité, à côté du ministère de l’Environnement. Peut-être s’agit-il de veiller sur l’écosystème du gouvernement, cet élevage de homards qui s’entredévoreront si on ne leur bloque les pinces avec des élastiques? Certes nous devrions être rassurés par le Ministère du Logement et de l’Habitat Durable, qui nous garantit que la maison n’est pas en carton. Enfin, dans le domaine plus subtil de l’injonction paradoxale, le nouveau gouvernement affiche une parité irréprochable, mais associe désormais de manière rétrograde la défense des droits des femmes à la famille et à l’enfance, peut-être pour faire oublier le mariage pour tous.

Qui mieux que Jean-Vincent Placé pouvait assurer la « réforme de l’Etat et la simplification », lui qui, élu public, représentant de la nation, a résolu le problème de ses 133 contraventions impayées en les rangeant dans un tiroir ?

Il est d’autre part frappant de constater la perte de toute vergogne, de tout sens du ridicule, et l’impudence de certains politiques.

Qui mieux que Jean-Vincent Placé pouvait assurer la «réforme de l’Etat et la simplification», lui qui, élu public, représentant de la nation, a résolu le problème de ses 133 contraventions impayées en les rangeant dans un tiroir? Gageons que cette charge lui a été confiée après qu’il ait déclaré «ne pas être très bon avec les papiers», un peu comme son malheureux collègue Thomas Thévenoud, atteint de «phobie administrative» qui conclut récemment dans la presse: «Evidemment c’était une connerie de communication, il ne fallait pas le dire». Jean-Vincent Placé considérait tout secrétariat d’Etat comme indigne de lui: «Maman va penser que je fais le courrier» avait-il affirmé au JDD le 7 février 2011. Il faut croire qu’il l’a oublié, ou bien qu’il y a prescription, pas comme en Suède, où les mots comptent, et où la transparence exige que les dépenses des ministres soient accessibles publiquement. La ministre Mona Sahlin dut ainsi démissionner en 1995 et disparaître dix ans de la vie politique pour avoir acheté des chocolats avec sa carte bleue de fonction.

Il est d’autre part frappant de constater la perte de toute vergogne, de tout sens du ridicule, et l’impudence de certains politiques.
De son côté, Jean-Marc Ayrault n’éprouve aucune gêne à devenir ministre des Affaires Etrangères de Valls III après avoir été premier ministre d’un gouvernement où ses amis politiques se chargeaient de l’humilier sans l’aide de l’opposition. Claude Bartolone disait de lui «Il est là… Au Parlement, on fait avec». De son côté, la verte Emmanuelle Cosse semble affligée d’une mémoire de petit pois, elle qui tweetait le 19 janvier dernier: «Déchéance de nationalité: un non sens, une incompréhension totale, cette proposition fait du mal à la société» et en février 2015 «49.3, aveu de faiblesse, déni de démocratie #loiMacron». Ces critiques acerbes, de même que la fidélité à son parti, ont cédé devant l’attrait du pouvoir.

Bizarrement oublieux ou distraits, ces personnages comptent sur la mémoire de poisson rouge du citoyen, affaiblie par la vie quotidienne et par la succession frénétique d’événements chassant les précédents. Pourtant leur espoir se heurte cruellement à la réalité, puisqu’il n’a jamais été aussi facile de retrouver les traces des faits et dits de chacun, ce dont ne se privent pas les réseaux sociaux.

La première victime de l’aquaplaning, c’est donc François Hollande, dont la parole ne porte pas plus que celle d’un professeur chahuté dans une classe où volent des drones en papier. Gaspard Gantzer lui aurait conseillé de se taire, mais même son silence est désormais inaudible.

Voir également:

Alors que l’ancienne secrétaire d’État et nouvelle ministre de la Famille et de l’Enfance, Laurence Rossignol, se voit également confier la question des Droits des femmes, les féministes se sont insurgées contre cette association thématique qu’elles considèrent être un retour en arrière.

Passés de ministère à secrétariat dédié, les droits des femmes sont repassés hier au statut de ministère, mais relégués derrière deux autres virgules polémiques : la famille et l’enfance. Il n’a pas fallu longtemps à Laurence Rossignol, en charge du nouveau ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes donc pour affronter sa première tempête médiatique. Plusieurs mouvements féministes ont vivement critiqué ce rapprochement aux accents « Trente Glorieuses » selon eux. L’association Osez le féminisme s’est rapidement fendue d’un communiqué jeudi soir dénonçant le « nouveau triptyque rétrograde du gouvernement ». « François Hollande et Manuel Valls, à travers cette nouvelle composition, affichent tout leur mépris à l’encontre des droits des femmes, subalternes à la question de la famille et des enfants. Nous rappelons encore et toujours que les droits des femmes sont une question transversale à toutes les questions politiques, et pas que à la famille. » Le collectif Les effronté-e-s, lui, est resté « baba ». « Comme c’était de coutume sous la droite, l’État assigne les femmes aux thématiques de la famille et de l’enfance ! », a-t-il déclaré dans un très court communiqué.

Levée de boucliers

Les femmes politiques Danielle Bousquet (présidente du Haut-Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), Chantal Jouanno (sénatrice UDI) et Pascale Vion (membre du CESE) ont coécrit un communiqué le jour même pour faire part de leurs « sérieuses préoccupations » quant à ce rapprochement. « Mettre sous un même ministère « la famille, l’enfance et les droits des femmes », n’est-ce pas enfermer les femmes dans le rôle stéréotypé qui leur est assigné depuis des siècles : celui d’épouse et de mère ? », s’interrogent les signataires, qui réclament « des clarifications et des assurances du gouvernement quant à son engagement en matière de droits des femmes et d’égalité entre les sexes ».

De son côté, Caroline de Haas, militante très médiatisée et ancienne fondatrice d’Osez le féminisme, est -sans surprise- contre le parti pris du gouvernement. Elle a aussitôt initié une campagne via le site Macholand qu’elle a lancé en 2014, sorte de vigie qui traque le machisme et propose de harceler ses initiateurs via les réseaux sociaux. « Les droits des femmes sont désormais la responsabilité de Laurence Rossignol, avec la famille et l’enfance. Un vrai truc de filles (…) Aujourd’hui, c’est un nouveau renoncement et un nouveau bras d’honneur à la défense des droits des femmes », dénonce, tout en mesure, le texte de présentation de l’opération qui vise à adresser massivement au compte Twitter de François Hollande le tweet suivant :

Le blog féministe Les Martiennes est parmi les seuls à avoir emprunté la voie de la pédagogie. « Pourquoi c’est une maladresse ? Parce que les sujets touchant les droits des femmes sont beaucoup plus larges que la famille et les enfants. À vrai dire, ceux-ci concernent tout le monde… Le signal envoyé ? Les femmes sont encore cantonnées à la maison et à la sphère familiale. Rappelons que le temps partiel subi, les inégalités salariales, les violences faites aux femmes, l’éternel plafond de verre, la faible représentation dans les sphères de pouvoir politique ou économique n’ont rien à voir avec la famille ».

Famille et droits des femmes « intimement liés »

En guise de réponse, la nouvelle ministre a tenu à dédiaboliser le « triptyque rétrograde », en soutenant que rapprocher famille et droits des femmes n’est pas une insulte réductrice, mais une vision pragmatique. Au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV vendredi matin, elle a affirmé : « la famille, ce n’est pas un repoussoir, ce n’est pas une valeur négative. C’est probablement la principale valeur commune : tout le monde en a une, ceux qui n’en ont pas aimeraient bien en avoir une mais c’est aussi l’axe d’une partie des inégalités. Quand on sait par exemple que 40% des femmes changent leur façon de travailler ou leur projet de carrière professionnelle à l’arrivée du premier enfant contre simplement 6% des hommes, on voit bien que, dans les inégalités femme-homme, quelque chose se construit et se dessine dans ce triptyque famille-enfance-droits des femmes », a-t-elle clarifié.

En effet, la carrière des femmes est souvent mise entre parenthèses pour maintenir l’équilibre interne d’une cellule familiale dont elles assument 80% des tâches domestiques. Plus souvent que son conjoint, la femme arrête de travailler ou choisit un temps partiel ou le télétravail pour s’occuper de leur nouveau-né, suit son partenaire en expatriation et n’ose pas postuler ou accepter une promotion. La conciliation entre vies privée et professionnelle reste encore majoritairement l’affaire des femmes dans la société.

Plutôt que de voir la femme au foyer, bébé dans un bras, torchon à la main, Laurence Rossignol soutient une vision pragmatique du rôle de la famille dans les inégalités. « Les inégalités professionnelles dans l’entreprise, les inégalités salariales, elles se jouent aussi dans la charge qu’ont les femmes dans les familles. Quand on voit à quelle lenteur évoluent la répartition et le partage des tâches ménagères et des responsabilités familiales… Qu’est-ce que je peux faire moi ? Ce que je faisais déjà : une politique familiale dans laquelle l’accès au mode d’accueil pour les jeunes enfants est une priorité parce que c’est la clé ».

Qui plus est, c’est aussi dans la sphère familiale que surviennent les violences conjugales, récemment illustrées par l’affaire Jacqueline Sauvage, les mutilations sexuelles, les viols (80% des victimes connaissent leur agresseur), les stéréotypes culturels sexistes, l’autocensure notamment liés à l’éducation ou encore l’isolement des mères célibataires, auxquelles la ministre a fait référence. « La famille, les droits des femmes et les enfants sont intimement liés dans la vie quotidienne des femmes. Ce qui a changé, ce sont les familles, en particulier les familles monoparentales. Aujourd’hui, elles représentent presque 25% des familles. Ce sont des femmes seules qui concentrent sur leurs épaules une part importante de la pauvreté, de la précarité, elles élèvent leurs enfants seules, c’est dur, elles travaillent et elles sont parfois aussi très isolées. »


Agressions de Cologne: Attention, une violence peut en cacher une autre (Guess why there were no New Year’s eve mass sex attacks in Paris)

21 février, 2016
plainte-contre-Fox-NewsBayonneSignS’il faut un village pour élever une femme, il faut aussi un village pour en abuser une. Faux proverbe africain
Turbans of the mind are disallowing and disavowing proper intellectual engagement with Islam. Aldous Huxley once defined an intellectual as someone who had found something in life more important than sex: a witty but inadequate definition, since it would make all impotent men and frigid women intellectuals. A better definition would be a freethinker, not in the narrow sense of someone who does not accept the dogmas of traditional religion, but in the wider sense of someone who has the will to find out, who exhibits rational doubt about prevailing intellectual fashions, and who is unafraid to apply critical thought to any subject. If the intellectual is really committed to the notion of truth and free inquiry, then he or she cannot stop the inquiring mind at the gates of any religion — let alone Islam. And yet, that is precisely what has happened with Islam, criticism of which in our present intellectual climate is taboo. (…) Said not only taught an entire generation of Arabs the wonderful art of self-pity (if only those wicked Zionists, imperialists and colonialists would leave us alone, we would be great, we would not have been humiliated, we would not be backward) but intimidated feeble Western academics, and even weaker, invariably leftish, intellectuals into accepting that any criticism of Islam was to be dismissed as orientalism, and hence invalid. But the first duty of the intellectual is to tell the truth. Truth is not much in fashion in this postmodern age when continental charlatans have infected Anglo-American intellectuals with the thought that objective knowledge is not only undesirable but unobtainable. I believe that to abandon the idea of truth not only leads to political fascism, but stops dead all intellectual inquiry. To give up the notion of truth means forsaking the goal of acquiring knowledge. But man, as Aristotle put it, by nature strives to know. Truth, science, intellectual inquiry and rationality are inextricably bound together. Relativism, and its illegitimate offspring, multiculturalism, are not conducive to the critical examination of Islam. Said wrote a polemical book, Orientalism (1978), whose pernicious influence is still felt in all departments of Islamic studies, where any critical discussion of Islam is ruled out a priori . For Said, orientalists are involved in an evil conspiracy to denigrate Islam, to maintain its people in a state of permanent subjugation and are a threat to Islam’s future. These orientalists are seeking knowledge of oriental peoples only in order to dominate them; most are in the service of imperialism. Said’s thesis was swallowed whole by Western intellectuals, since it accords well with the deep anti-Westernism of many of them. This anti-Westernism resurfaces regularly in Said’s prose, as it did in his comments in the Guardian after September 11th. The studied moral evasiveness, callousness and plain nastiness of Said’s article, with its refusal to condemn outright the attacks on America or show any sympathy for the victims or Americans, leave an unpleasant taste in the mouth of anyone whose moral sensibilities have not been blunted by political and Islamic correctness. In the face of all evidence, Said still argues that it was US foreign policy in the Middle East and elsewhere that brought about these attacks. Ibn Warraq
Nous avons toute la nuit pour violer vos femmes et les enfants, boire votre sang. Même si vous nous échappez aujourd’hui, nous reviendrons demain pour vous finir ! Nous sommes ici pour vous renvoyer à votre Dieu ! Islamiste algérien (cité par Nesroullah Yous, survivant du massacre de Bentalha, 1997)
Il lui fallait quatre filles par jour, vierges de préférence, révèle une chef rebelle que nous appellerons Dina. Et il tenait absolument à être filmé, il voulait que ses gardes, ses collaborateurs le voient. Souvent, il violait un garçon, une fille, tout en discutant avec son entourage. On a retrouvé des cassettes qui dépassent l’imagination… » Paris Match
Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Nazir Afzal
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Violeur pakistanais
L’Arabie Saoudite n’est rien d’autre qu’un Daesh qui a réussi. Éric Zemmour
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud
En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes d’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur (…) lorsque l’information était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles. On dénombre 31% de victimes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de ces victimes (49%) a un emploi, avec une forte représentation de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures. (…)  Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour lesquelles l’information était disponible, 255 étaient intoxiquées au moment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. (…) Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondissement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autres lieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche). L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. (…) On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici. Le Parisien
L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda. Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité. Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. (…) C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ». La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être. Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité. (…) Le sexe est la plus grande misère dans le “monde d’Allah”. A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs “fidèles” : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. (…)  Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité. Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. Kamel Daoud
Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité. Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants. (…) Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens. Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte. Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges. (…) Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.(…) Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée. (…) L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme