Guerre d’Ukraine: Il a même traité les Alliés de délinquants et l’Allemagne de captive de la Russie ! (Guess who four years ago laughed so hard when they were warned about not paying their military dues and relying on Russian oil and gas ?)

8 mars, 2022

Keith Farrell🇮🇪 (@lonewolfkeith85) / Twitter

FLASHBACK: Trump Ripped Germany's Cozy Relationship With Russia To The NATO General Secretary's Face | The Daily Caller“On commence ?” Tjeerd, Pays-Bas.NATO members' promise of spending 2% of their GDP on defence is proving hard to keep | The Economist

Un message annonce que la chaîne Youtube de RT est indisponible en Europe, le 1er mars 2022. (EYEPRESS NEWS / AFP)

On ne peut comprendre la vie qu’en regardant en arrière; on ne peut la vivre qu’en regardant en avant. Søren Kierkegaard
S’il a fallu repenser de fond en comble la sociologie des intellectuels, c’est que, du fait de l’importance des intérêts en jeu et des investissements consentis, il est suprêmement difficile, pour un intellectuel, d’échapper à la logique de la lutte dans laquelle chacun se fait volontiers le sociologue — au sens le plus brutalement sociologiste — de ses adversaires, en même temps que son propre idéologue, selon la loi des cécités et des lucidités croisées qui règle toutes les luttes sociales pour la vérité. Pierre Bourdieu
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
 Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
Je me souviens très bien de la remilitarisation de la Rhénanie en 1935. Si les Français étaient entrés en Allemagne, ils auraient pu changer le cours des événements : les Allemands étaient incapables de leur opposer la moindre résistance. Seulement Albert Sarraut [président du Conseil] et le gouvernement français seraient passés pour les salopards qui empêchaient le monde de revenir à la normale. Ils n’étaient pas assez forts moralement pour tenir le coup. Par la suite, on a beaucoup reproché à Sarraut sa passivité. Mais il était dans une situation inextricable. René Girard
Les moyens dits pacifiques ne sont pas toujours ni même nécessairement les meilleurs pour préserver une paix existante. On sait aujourd’hui que si les Français et les Anglais avaient eu une autre attitude lors de l’entrée des troupes allemandes dans la zone démilitarisée en 1935, on aurait peut-être réussi à faire tomber Hitler et ainsi empêché la guerre de 1939. Il y a également de fortes chances qu’une action offensive des Alliés les aurait fait passer pour coupables aux yeux de l’opinion mondiale. En général ; on ne connaît qu’après coup l’utilité d’une guerre préventive pour préserver la paix. Julien Freund
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech (2005)
Les responsables c’est l’Otan qui n’a cessé de s’étendre, a-t-il dit, les Français, les Allemands, les Américains, qui n’ont pas fait respecter les accords de Minsk et qui n’ont cessé d’étendre l’Otan pour qu’elle soit autour de la Russie comme une sorte d’encerclement. Eric Zemmour
Je pense que tout a commencé au sommet de l’Otan de Bucarest en 2008, avec l’annonce que la Géorgie et l’Ukraine deviendraient membres de l’Otan. Les Russes ont indiqué à cette époque que cela constituerait pour eux une menace existentielle et qu’ils s’y opposeraient… Néanmoins les occidentaux ont continué de transformer l’Ukraine en bastion occidental à la frontière russe… L’expansion de l’Otan, et l’expansion de l’Union européenne, sont au coeur de cette stratégie, tout comme la volonté de faire de l’Ukraine une démocratie libérale pro-américaine, ce qui du point de vue russe est une menace existentielle. John Mearsheimer (université de Chicago)
L’Alliance atlantique, moribonde il y a quelques années, est redevenue incontournable et va accueillir probablement deux nouveaux membres, la Finlande et la Suède. L’ironie majeure de ce renforcement est que ces deux pays vont doubler la longueur des frontières russes partagées avec l’Otan, alors que c’est, entre autres, pour contrer l’encerclement supposé de son pays par les forces atlantiques que Poutine a déclenché sa guerre… Effet inverse de celui recherché ! Les Etats-Unis qui fournissent à l’Ukraine armes, équipements et entrainement ont fait, sur le terrain, par soldats ukrainiens interposés, la démonstration de la qualité de leur matériel et de leur efficacité militaire. Ils pourront continuer de vendre leurs armes et leur protection aux pays européens, ainsi même que leur gaz naturel, tandis que leur grand rival de la guerre froide se retrouve empêtré dans un conflit durable, isolé sur la scène internationale et ciblé par des sanctions économiques débilitantes à très long terme. Cette nouvelle réalité enrage d’ailleurs les zélés de l’anti-américanisme primaire qui se vengent comme ils peuvent en déversant leur haine de l’Amérique sur les ondes et les réseaux sociaux. Certains n’hésitent pas à prétendre que si l’Amérique sort première gagnante de ce conflit c’est bien sûr parce qu’elle avait tout manigancé à l’avance. Ce conflit serait le résultat d’une « manipulation » américaine ! Il aurait été « orchestré » par les Etats-Unis ! Le vrai responsable, à les croire, c’est le grand satan américain. Ainsi, Vladimir Poutine, l’ex-espion du KGB et du FSB, homme retors, froid et calculateur, se serait fait berner par Joe Biden, le vieux pantin démocrate gaffeur aux capacités cognitives incertaines… Ahurissante analyse qui rassemble dans un même camps les ennemis de l’Amérique, l’extrême gauche radicale, l’extrême droite nationaliste, et même des terroristes islamistes. Gérald Olivier
La série Occupied (Okkupert en norvégien) (…) production franco-suédo-norvégienne tend (…) un miroir bien sombre à l’Europe et à ses voisins sur leur futur proche. Les géopoliticiens savent désormais que la culture populaire en général et les séries télévisées en particulier illustrent et façonnent les représentations collectives qui jouent un rôle essentiel dans les relations internationales. (…) De même que Homeland a révélé aux Américains plusieurs aspects inconnus ou occultés de la « global war on terror », de même, Occupied, diffusée peu après l’annexion de la Crimée par la Russie, peut avoir un effet de révélation sur eux-mêmes pour les Européens. Mais une dystopie est bien souvent l’envers d’une utopie… ou une utopie qui a mal tourné. Occupied n’est ni un réquisitoire radical contre l’Europe ni une déploration sur le sort de la Norvège. L’épisode inaugural de la série donne le ton. Conçu par le romancier norvégien Jo Nesbo, il plonge en quelques minutes le téléspectateur dans le cauchemar de la guerre hybride. Voici les éléments essentiels de cette exposition magistrale : dans un futur proche, les États-Unis ont quitté l’Alliance atlantique et se murent dans l’isolationnisme, comme les premières minutes de l’épisode nous l’apprennent. Les éléments se sont conjurés contre le Royaume de Norvège : le réchauffement climatique vient de produire inondations dans le pays, comme le montrent les images du générique. Ces événements ont conduit à l’élection de Jesper Berg au poste de premier ministre sur un programme de transition énergétique radicale : arrêter complètement la production et l’exportation d’hydrocarbures qui alimentent l’Europe et font la richesse du royaume. L’objectif est de remplacer toutes les énergies fossiles par des centrales au thorium. Le décor géopolitique est planté : le futur de l’Europe est marqué par l’abandon d’États-Unis isolationnistes, par le retrait de l’OTAN et par une transition énergétique rendue drastique par les effets dévastateurs du réchauffement climatique. Les risques structurels inhérents à la présidence Trump constituent la donne géopolitique et géoéconomique de notre continent. Toutefois, l’Union ne reste pas longtemps dans un statut de victime passive : au moment où il inaugure la grande centrale au thorium, le premier ministre Berg est enlevé par des forces spéciales russes et reçoit, lors de cet enlèvement, un avertissement vidéo de la part du commissaire européen français : la Norvège doit reprendre la production et l’exportation d’hydrocarbures vers l’Europe, faute de quoi, l’Union demandera à la Russie d’intervenir militairement en Norvège pour rétablir la production. (…) les forces armées russes s’engagent dans une occupation graduelle, l’Union européenne utilise la menace russe comme instrument de chantage, la population civile norvégienne hésite entre collaboration pour réduire les dommages et résistance armée… la Norvège sombre dans la guerre civile et dans un conflit international. Les origines du cauchemar ne sont donc pas seulement exogènes à l’Europe : elles lui sont internes. C’est la soif de ressources naturelles de l’Europe qui la conduisent à fouler aux pieds le choix souverain des électeurs norvégiens et à sous-traiter la violence militaire envers le territoire du royaume. Victime du réchauffement climatique et de l’abandon américain, l’Europe est elle-même un prédateur écologique, politique et militaire. La dystopie révèle crûment les principaux chefs d’accusation brandis depuis des mois contre l’Europe : mépris pour les souverainetés nationales, politiques de voisinage cyniques, dépendance à l’égard des États-Unis, etc. (…) À première vue, l’Union européenne d’Occupied est la caricature qu’en présentent ses détracteurs. Le Commissaire européen incarné par Hippolyte Girardot a tous les vices imputés à la construction européenne : soumis à une Chancelière allemande dont le nom n’est jamais prononcé, il exécute tous ses ordres destinés à répondre aux besoins de l’industrie allemande ; indifférent au sort d’une démocratie voisine et partenaire, il soumet le premier ministre norvégien à un chantage permanent ; ne visant que l’accroissement de son pouvoir, il utilise la violence militaire russe pour soumettre un État souverain. (…) Technocratie hors sol et méprisante pour les souverainetés nationales et populaire, l’Union semble démasquée. Toutefois (…) le téléspectateur (…) peut découvrir une image inversée de l’Union actuelle où ses faiblesses chroniques ont trouvé leur remède. Régulièrement accusée d’idéalisme, de pacifisme et de naïveté, notamment par Hubert Védrine, l’Union européenne apparaît dans la série comme prête et capable de défendre ses intérêts vitaux. Soucieuse de défendre ses capacités industrielles et ses lignes d’approvisionnement en matière première, l’Union met en œuvre les attributs de la puissance sur la scène internationale en exerçant une pression diplomatique sur ses partenaires et ses voisins. Prenant acte de l’abandon américain, elle se refuse à nourrir la chimère d’une Pax Americana et sous-traite son action extérieure à la seule puissance militaire disponible, la Russie. (…) La figure de la Russie est elle aussi présentée sous une forme apparemment caricaturale : puissance militaire sans égard pour la vie humaine, imperium en reconstruction, elle n’hésite pas à déclencher des opérations clandestines pour occuper les plates-formes pétrolières norvégiennes, traquer les opposants à l’occupation jusque dans les rues d’Oslo et faire disparaître les résistants. (…) Exécutrice des basses œuvres de l’Union européenne, prise dans une spirale impérialiste, la Russie d’Occupied est celle de la guerre dans le Donbass et de l’annexion de la Crimée. Plusieurs autorités publiques russes ont d’ailleurs protesté contre la série. En réalité, [l]es concepteurs de la série rappellent au public européen que Vladimir Poutine peut être perçu comme un centriste dans son propre pays. D’autre part, les forces d’occupation russes sont elles aussi prises dans la spirale et les dilemmes de l’occupation. Soit elles prennent entièrement la maîtrise de la Norvège mais suscitent un rejet complet et manquent leur objectif. Soit elles respectent a minima les institutions du pays et elles risquent d’apparaître comme faibles. Dans la série comme dans la réalité, l’action extérieure de la Russie paraît aventureuse. Loin de la stratégie mondiale qu’on lui prête. La russophobie attribuée à Occupied pourrait bien se révéler plus complexe que prévu : moins qu’un empire en reconstitution, la Russie apparaît comme une puissance fragile, opportuniste et subordonnée aux latitudes laissées par l’Union européenne. (…) Occupied apparaît comme un cauchemar norvégien : longtemps en conflit avec la Russie pour la délimitation de sa zone économique exclusive dans le Grand Nord, poste avancé de l’OTAN durant toute la guerre froide malgré une tradition de neutralisme et de pacifisme, cible d’incursions navales et aériennes, ce pays de 5 millions d’habitants se sait dépendant de l’extérieur pour assurer sa sécurité. Occupied le présente comme une victime de son environnement naturel et politique. Sans le soutien des États-Unis et de l’Union, la Norvège se considère elle-même comme une Ukraine aisément la proie des impérialismes environnants. La série est en réalité bien plus critique envers le royaume nordique que le téléspectateur français ne pourrait le penser. (…) La série pointe la naïveté de cette démocratie opulente et exemplaire. On peut même percevoir dans la mise en scène du personnel politique norvégien une certaine mauvaise conscience : forts de leurs convictions écologiques, assurés de leur prospérité économique et confiants dans les règles de droit, ils négligent l’alliance avec l’Union. Le pays a en effet refusé à deux reprises d’adhérer à l’Union européenne, en 1972 et 1994. Soucieux de préserver tout à la fois le modèle de protection sociale, sa souveraineté nationale et son alliance avec les États-Unis, la Norvège est dans une situation précaire à l’égard de l’Europe : la solidarité ne peut pleinement s’exercer pour un État partenaire mais non membre. La Norvège d’Occupied, victime idéale, ne paie-t-elle pas les conséquences de son refus de l’Europe ? Cyrielle Bret
La collection « 20 H 55 le jeudi » (auparavant  « 20 H 55 le dimanche »), initiée avec des films sur Ben Laden et sur le Vatican, propose des biopics documentés de personnages d’envergure exceptionnelle dont l’histoire épouse celle d’un pays, d’une région, du monde… Vladimir Poutine entre tout naturellement dans cette catégorie. C’est sans conteste un des hommes les plus puissants de la planète. À cela s’ajoute une dimension indéniablement romanesque. Lui consacrer un film permettait de mêler deux enjeux : raconter un pan de l’histoire contemporaine – l’URSS post-stalinienne, l’effondrement du communisme, la réorganisation de la Russie dans les années 90, le fonctionnement du pouvoir, ses coulisses – tout en racontant une trajectoire individuelle fascinante, celle d’un fils d’ouvriers pauvres, sauvé de la délinquance par une de ses institutrices et devenu officier du KGB, le parcours d’un homme de l’ombre qui, lorsqu’il accède au pouvoir, est vu par beaucoup comme une marionnette et qui, au terme d’une ascension fulgurante, concentre entre ses mains un pouvoir immense. L’histoire personnelle de cet homme en dit long sur la Russie d’hier et d’aujourd’hui, sur son rapport à la vie, à la mort, à la dureté et parfois à la cruauté. Et puis, elle nous permet de plonger dans un monde de coulisses, de complots, de manigances, de corruption, de mélange des genres… (…) Nous avons fait une demande de visa et d’autorisation de tournage. Il nous a fallu expliquer aux autorités russes quel était notre projet, en restant suffisamment vagues mais en présentant néanmoins une liste de personnes à interviewer la plus équilibrée possible. Ce n’était pas si difficile puisque notre film ne se veut ni à charge ni à décharge. Nous ne demandions pas aux gens de s’exprimer pour ou contre Poutine, même s’il y a forcément des personnes qui appartiennent à un camp ou à l’autre, voire qui affichent clairement leurs affinités ou inimitiés. Quoi qu’il en soit, on ne nous a pas fait de difficultés. Vous savez, les Russes, on est avec eux ou contre eux. C’est ainsi qu’ils voient les choses. Si nous étions allés enquêter sur des questions très précises, des sujets qui fâchent, la fortune cachée de Poutine, tel ou tel de ses amis, sa famille, les attentats de 1999 qui ont contribué à sa prise du pouvoir, etc., nous aurions eu des soucis, c’est certain. Mais notre démarche a été jugée suffisamment générale et équilibrée, sans doute. Les véritables difficultés sont souvent ailleurs, en fait. Dans la nécessité de faire le tri entre les points de vue, les thèses, les témoignages, la propagande… La notion de vérité est très complexe dans ce pays. Dans les propos des témoins de la jeunesse de Poutine, il y a sans doute pas mal de choses vraies. Mais leur récit cadre aussi très bien avec l’image que Poutine lui-même veut donner, celle d’un homme du peuple. Il est très rare de rencontrer quelqu’un qui dise la vérité ou qui ne dise que la vérité. (…) C’est le mode d’écriture et la grammaire visuelle propres à Magneto Presse et plus particulièrement à cette collection. Des interviews posées – avec quelques principes de réalisation, comme ces photos projetées qui évoquent le personnage –, des archives retravaillées et enfin des séquences d’évocation. Ainsi, pour l’enfance et la jeunesse de Poutine, qui sont évidemment peu ou pas du tout documentées en images, nous avons recréé en studio l’appartement communautaire où il a grandi, ses cours au KGB, son séjour en Allemagne de l’Est en utilisant des « sosies de dos » ou des « sosies flous ». Ces moments qui jouent des codes de la fiction – et qui sont filmés comme tels, avec assistant réalisateur, chef op’, équipe technique, figurants, etc. – donnent une puissance extraordinaire au récit en conviant tout un imaginaire de thriller, d’espionnage, de complots, etc. (…) Faire passer aux téléspectateurs un bon moment en leur apprenant des choses. Pour le reste, chacun se fera ou tentera de se faire sa propre opinion. Il y a des gens pour qui la fin justifie les moyens, ou plutôt pour qui des fins exceptionnelles justifient certains moyens hors normes, y compris par leur violence. Nous donnons cependant des pistes pour dépasser et remettre en question cette image de quasi-smicard incorruptible restaurant la fierté d’un peuple que véhicule la propagande. Elle est très éloignée de la véritable nature du pouvoir de cet homme. Ceux qui ont peur trouveront peut-être de quoi nourrir leur peur. Mais aussi de la relativiser. Il est vrai que Poutine concentre entre ses mains plus de force qu’aucun autre chef d’État car son pouvoir souffre peu de médiation. Mais la force de son pays est moindre qu’on veut bien le dire. Elle repose sur une économie à base d’hydrocarbures (c’est dire si elle est peu armée pour l’avenir), des têtes nucléaires, un siège à l’ONU, l’utilisation habile et opportuniste des faiblesses des autres… L’homme le plus puissant du monde est à la tête d’une puissance, pas d’une superpuissance. Christophe Widemann
As journalism, this is scattershot at best, but as a conversation that covers a vast span of Russian history, culture, and politics as refracted through the mind of Russia’s president – it’s often remarkable. Putin has a lot to say. Stone lets him say it. While the many points he makes are impossible to summarize here, Putin’s motives for this interview are not: He emerges as an intelligent, sane, reasonable leader caught in the vortex of an occasionally feckless, often contradictory superpower called the United States. Touché. Gay Verne (Newsday, June 12, 2017)
I can tell you this, that as head of state today, I believe it’s my duty to uphold traditional values and family values. But why? Because same-sex marriages will not produce any children. God has decided, and we have to care about birth rates in our country. We have to reinforce families. But that doesn’t mean that there should be any persecutions against anyone. (…)There is no longer an Eastern Bloc, no more Soviet Union. Therefore, why does NATO keep existing? My impression is that in order to justify its existence, NATO has a need of an external foe, there is a constant search for the foe, or some acts of provocation to name someone as an adversary. Nowadays, NATO is a mere instrument of foreign policy of the U.S. It has no allies, it has only vassals. Once a country becomes a NATO member, it is hard to resist the pressures of the U.S. And all of a sudden any weapon system can be placed in this country. An anti-ballistic missile system, new military bases, and if need be, new offensive systems. And what are we supposed to do? In this case we have to take countermeasures. We have to aim our missile systems at facilities that are threatening us. The situation becomes more tense. Why are we so acutely responding to the expansion of NATO? Well, as a matter of fact, we understand the value or lack thereof, and the threat of this organization. But what we’re concerned about is the following: We are concerned by the practice of how decisions are taken. I know how decisions are taken there. (…) Unlike many partners of ours, we never interfere within the domestic affairs of other countries. That is one of the principles we stick to in our work. Vladimir Putin
Oliver Stone, a revisionist history buff who’s spent the past few decades cozying up to dictators like Fidel Castro, Hugo Chavez, and Putin (…) in addition to qualifying Hitler and claiming the Jews run the media, Stone helmed the 2014 documentary Ukraine on Fire—a bizarre slice of Kremlin propaganda alleging that the CIA orchestrated the 2014 Ukrainian revolution (based on scant evidence), and featuring cameos from Viktor Yanukovych and Putin. If that weren’t enough, in September, the JFK filmmaker posited that the Democratic National Committee hack was an inside job and not, as 17 U.S. intelligence agencies concluded, the work of Russian agents. Stone’s The Putin Interviews, a new four-part series debuting on Showtime on June 12, should thus be viewed as nothing short of hero worship (…) The Putin Interviews, a documentary comprised of conversations with the Russian president that took place between July 2015 and February 2017, is clearly intended to humanize Putin and demonize America.  (…) Stone not only fails to challenge Putin, but essentially cedes him the floor, allowing the cunning ex-KGB operative to spin more than the president’s toupee in a tornado. Putin denies Russia was the aggressor in virtually every global conflict, including the invasions of Georgia and Ukraine. He champions Russia’s economy over that of the U.S., despite his GDP being a little more than half that of California’s. He even blames the Cuban Missile Crisis on the U.S. (…) The lion’s share of The Putin Interviews’ B-roll consists of news clips from RT, the propaganda arm of the Kremlin, and pro-Russia graphics.  (…) Stone suggests that Putin could influence the U.S. election by endorsing a candidate, thereby causing his or her popularity to plummet. “Unlike many partners of ours, we never interfere within the domestic affairs of other countries,” replies Putin, smiling wide. “That is one of the principles we stick to in our work.” The Putin Interviews offer, first and foremost, a staggering display of mendacity on the part of both interviewer and interviewee. During a back and forth aboard his jet, Putin claims to have in his possession a letter from the CIA admitting that they provided technical support to the Chechens—including terrorist organizations—during the Second Chechen War. When Stone requests that he provide the letter, Putin responds, “I don’t think it would be appropriate. My words are enough.” For Oliver Stone, they most certainly are. Marlow Stern
Oliver Stone filme Vladimir Poutine, lui donne la parole, comme s’il était un parfait inconnu. Ne connaissant rien à la Russie, le réalisateur américain est incapable de lui apporter la contradiction, ni même de saisir les perches lancées par Poutine, que ce soit sur l’Otan, les oligarques, la Tchétchénie, les pays voisins. Il n’approfondit jamais les thèmes abordés.   Stone se montre tellement inculte que, par contraste, Poutine apparaît modéré, plus fin, plus intelligent -ce qu’il est sans aucun doute. « Vous avez amélioré les salaires… stoppé les privatisations ». « Non, je n’ai pas arrêté les privatisations », le corrige Poutine. Au cours de l’exercice, Poutine ment de nombreuses fois, mais à plusieurs reprises, les mensonges ne sortent même pas de sa bouche. Il se contente d’enchaîner sur les affirmations du cinéaste.   Les compliments de Stone sur les avancées économiques dues au président reprennent sans recul la propagande du Kremlin. Il est vrai que le niveau de vie a augmenté entre 2000 et 2008, mais selon les économistes russes, c’est presque entièrement attribuable à la hausse des prix du baril. Un journal russe a d’ailleurs publié un article livrant 20 exemples de la façon dont Poutine a trompé Oliver Stone, après la sortie de ce film. Il montre notamment que Poutine semble ignorer que les fonds de réserve gouvernementaux sont inclus dans les fonds de réserve de la Banque centrale, sans être contredit par Stone.  (…) Donner la parole à Vladimir Poutine est tout à fait légitime. A condition qu’en face on lui apporte la contradiction. Ce que dit le président russe tout au long de ce film n’a rien de nouveau. On le retrouve intégralement sur RT et Sputnik [les chaines de propagande du Kremlin]. Ce n’est pas un documentaire. C’est un clip publicitaire. Il est surprenant qu’une chaîne publique consacre autant de temps à un tel objet.  (…) D’un bout à l’autre, la complaisance et la vacuité des échanges sont consternants. Cette façon de montrer le président avec son cheval ou faisant du sport… La naïveté de Stone est même parfois drôle. Il découvre étonné que les fidèles ne s’assoient pas dans les églises orthodoxes, avant d’embrayer sur le rôle de l’orthodoxie en Russie. Le décalage entre son ignorance et la question centrale de la religion dans la société russe est troublante. Son ingénuité l’amène à dérouler sans complexe le discours du Kremlin. Par exemple sur la promesse de non-élargissement de l’Otan que les Occidentaux auraient faite à Mikhaïl Gorbatchev à la chute de l’URSS. Gorbatchev lui-même a démenti que de telles promesses lui avaient été faites. Là encore, Poutine est plus subtil que Stone. Il soutient que cette promesse a été donnée par oral, non par écrit. Impossible à vérifier, donc.  Et à aucun moment Stone ne s’interroge sur la raison pour laquelle les pays de l’ex-bloc soviétique ont voulu rejoindre l’Otan. Pourquoi l’opinion ukrainienne qui était, il y a quelques années encore, hostile à l’entrée dans l’Alliance atlantique y est favorable, depuis la guerre dans l’est de son territoire?  (…) Le documentaire ne pêche pas seulement par ce qu’il affirme, mais aussi par ce qu’il élude…  Les exemples ne manquent pas. Aucune question sur sa fortune personnelle, sur les fastes du gouvernement. Il n’aborde pratiquement pas la société russe, à l’exception de l’homosexualité. Aucune mention de l’effondrement du système médical, de l’éducation. Rien sur les grands-mères à qui le gouvernement refuse que leurs retraites soient indexées sur le taux de l’inflation… Le réalisateur ne l’interroge pas non plus sur ce qu’a fait Poutine entre 1991 (la chute de l’URSS) et 1996″, moment où il entre au Kremlin. Ni sur son attitude au moment du putsch d’août 1991 contre Gorbatchev. Rapidement évoquées, la question des oligarques et celle de la privatisation de l’économie russe dans les années 1990, auraient mérité d’être creusées. Stone se contente d’étaler la vision du maître du Kremlin. Rien sur les véritables raisons pour lesquelles certains oligarques ont été adoubés et d’autres jetés derrière les barreaux. La stigmatisation de Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé dix ans en prison m’a particulièrement choquée. Stone ne se contente pas de servir la soupe à Poutine, il se fait complice de la persécution de cet homme. Cécile Vaissié
En Italie, aujourd’hui, être un Russe est considéré une faute. Et apparemment, même être un Russe décédé, qui de plus a été condamné à mort en 1849 pour avoir lu une chose interdite. Ce qui est en train d’arriver en Ukraine est une chose horrible qui me donne envie de pleurer, mais ces réactions sont ridicules. Quand j’ai lu ce mail de l’université, je ne pouvais pas y croire. Paolo Nori
Quand on censure des médias, c’est qu’on est en guerre, mais on n’est pas en guerre et il va y avoir une réciprocité des Russes. Vladimir Poutine va frapper nos médias.  Nous avions un média très puissant en Russie, France 24, qui touche à peu près 28,2% de l’espace d’information russe, qui est multilingue, français et anglais. Fragiliser ça pour un petit média comme RT, qui avait très peu d’audience en France, est ridicule. Fabrice D’Almeida (historien et vice-président de l’Université Panthéon-Assas)
Le respect de l’accord de Minsk signifie la destruction du pays. Quand ils ont été signés sous le canon du pistolet russe – et le regard des Allemands et des Français – il était déjà clair pour toutes les personnes rationnelles qu’il était impossible d’appliquer ces documents. (…) S’ils insistent sur le respect des accords de Minsk tels qu’ils sont, ce sera très dangereux pour notre pays. Si la société n’accepte pas ces accords, cela pourrait conduire à une situation interne très difficile et la Russie compte là-dessus. (…) Personne n’a le droit de nous dicter si nous devons ou non rejoindre des alliances. C’est le droit souverain de notre peuple. (…) Malheureusement, [les Allemands] ne se sont pas excusés d’avoir tué des millions de nos concitoyens. Ils s’excusent auprès des Russes comme si nous étions un seul pays. Ils ne devraient pas parler de démocratie et puis dire qu’ils soutiennent des régimes autoritaires et s’associent à eux. Oleksiy Danilov (chef de la sécurité ukrainienne, 31 janvier 2022)
Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire (…) Pour Moscou, en revanche, rétablir le contrôle sur l’Ukraine ― un pays de cinquante-deux millions d’habitants doté de ressources nombreuses et d’un accès à la mer Noire –, c’est s’assurer les moyens de redevenir un État impérial puissant, s’étendant sur l’Europe et l’Asie. La fin de l’indépendance ukrainienne aurait des conséquences immédiates pour l’Europe centrale. (…) La Russie peut-elle, dans le même mouvement, être forte et démocratique ? Si elle accroît sa puissance, ne  cherchera-t-elle pas à restaurer son domaine impérial ? Peut-elle prospérer en tant qu’empire et en tant que démocratie ? (…) Et la « réintégration » de l’Ukraine reste, à ce jour, une position de principe qui recueille le consensus de la classe politique. Le refus russe d’entériner le statut d’indépendance de l’Ukraine, pour des raisons historiques et politiques, se heurte frontalement aux vues américaines, selon lesquelles la Russie ne peut être à la fois impériale et démocratique. (…) D’autant que la Russie postsoviétique n’a accompli qu’une rupture partielle avec son passé. Presque tous ses dirigeants « démocratiques », bien que conscients du passif et sans illusions sur la valeur du système, en sont eux-mêmes le produit et y ont accompli leur carrière jusqu’au sommet de la hiérarchie. Ce n’étaient pas des anciens dissidents comme en Pologne ou  en République tchèque. Les institutions clés du pouvoir soviétique ― même affaiblies et frappées par la démoralisation et la corruption ― n’ont pas disparu. À Moscou, sur la place Rouge, le mausolée de Lénine, toujours en place, symbolise cette résistance de l’ordre soviétique. Imaginons un instant une Allemagne gouvernée par d’anciens gauleiters nazis, se gargarisant de slogans démocratiques et entretenant le mausolée d’Hitler au centre de Berlin. Zbigniew Brzezinski (“Le Grand Echiquier”, 1997)
La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)
Bonjour tout le monde. Bonjour aux médias – les médias légitimes et les faux médias. Bonjour à tous les deux. Beaucoup de gens bien  ici. Surprenant. (…) Il suffit de regarder le tableau. Jetez un œil au tableau. C’est public. Et de nombreux pays ne paient pas ce qu’ils devraient. Et, franchement, de nombreux pays nous doivent une énorme somme d’argent depuis de nombreuses années, où ils nous sont débiteurs, en ce qui me concerne, parce que les États-Unis ont dû payer pour eux. Donc, si vous revenez 10 ou 20 ans en arrière, vous additionnez tout cela. Ce sont des sommes énormes qui sont dues. Les États-Unis ont payé et intensifié comme personne. Cela dure depuis des décennies, cela dit en passant. Cela a duré sous de nombreux présidents. Mais aucun autre président n’en a parlé comme moi. Il faut donc faire quelque chose, et le secrétaire général y a travaillé très dur. Cette année, depuis notre dernière réunion, des engagements ont été pris pour plus de 40 milliards de dollars supplémentaires dépensés par d’autres pays. C’est donc un pas, mais c’est un tout petit pas. Cela ressemble à beaucoup d’argent – et c’est le cas – mais c’est une très petite somme d’argent par rapport à ce qu’ils doivent et à ce qu’ils devraient payer. Et c’est un fardeau injuste pour les États-Unis. Nous sommes donc ici pour en parler, et je suis sûr que ce sera résolu. J’ai une grande confiance en le Secrétaire Général. Il a travaillé très, très dur là-dessus, et il sait que c’est un fait. Mais j’ai une grande confiance en lui et en ses représentants. (…) Je pense que c’est très triste quand l’Allemagne conclut un énorme accord pétrolier et gazier avec la Russie, où vous êtes censé vous protéger contre la Russie, et que l’Allemagne sort et paie des milliards et des milliards de dollars par an à la Russie. Nous protégeons donc l’Allemagne. Nous protégeons la France. Nous protégeons tous ces pays. Et puis de nombreux pays vont conclure un accord de gazoduc avec la Russie, où ils versent des milliards de dollars dans les coffres de la Russie. Nous sommes donc censés vous protéger contre la Russie, mais ils versent des milliards de dollars à la Russie, et je pense que c’est très inapproprié. Et l’ancien chancelier d’Allemagne est à la tête de la société de gazoduc qui fournit le gaz. En fin de compte, l’Allemagne aura près de 70 % de son pays contrôlé par la Russie avec du gaz naturel. Alors, dites-moi, est-ce normal ? (…) Je m’en suis plaint depuis que je suis entré. Cela n’aurait jamais dû être autorisé. Mais l’Allemagne est totalement contrôlée par la Russie, car elle obtiendra de 60 à 70 % de son énergie de la Russie et d’un nouveau gazoduc. Et vous me dites si c’est normal, parce que je pense que ce n’est pas le cas, et je pense que c’est une très mauvaise chose pour l’OTAN et je ne pense pas que cela aurait dû arriver. Et je pense que nous devons en parler avec l’Allemagne. En plus de cela, l’Allemagne ne paie qu’un peu plus de 1 %, alors que les États-Unis, en chiffres réels, paient 4,2 % d’un PIB beaucoup plus important. Donc je pense que c’est inapproprié aussi. Vous savez, nous protégeons l’Allemagne ; nous protégeons la France ; nous protégeons tout le monde, et pourtant nous payons beaucoup d’argent pour protéger. Or, cela dure depuis des décennies. Cela a été soulevé par d’autres présidents. Mais d’autres présidents n’ont jamais rien fait à ce sujet parce que je ne pense pas qu’ils l’aient compris ou qu’ils ne voulaient tout simplement pas s’impliquer. Mais je dois en parler, car je pense que c’est très injuste pour notre pays. C’est très injuste pour notre contribuable. Et je pense que ces pays doivent augmenter leur contribution non pas sur une période de 10 ans ; ils doivent le faire immédiatement. L’Allemagne est un pays riche. Ils disent qu’ils vont l’augmenter un peu d’ici 2030. Eh bien, ils pourraient l’augmenter immédiatement demain et n’avoir aucun problème. Je ne pense pas que ce soit juste pour les États-Unis. Alors il va falloir faire quelque chose parce qu’on ne va pas le supporter. Nous ne pouvons pas supporter ça. Et c’est anormal. Nous devons donc parler des milliards et des milliards de dollars qui sont versés au pays contre lequel nous sommes censés vous protéger. Vous savez, tout le monde est — tout le monde en parle partout dans le monde. Ils diront, eh bien, attendez une minute, nous sommes censés vous protéger de la Russie, mais pourquoi payez-vous des milliards de dollars à la Russie pour l’énergie ? Pourquoi les pays de l’OTAN, à savoir l’Allemagne, ont-ils un grand pourcentage de leurs besoins énergétiques payés, vous savez, à la Russie et pris en charge par la Russie ? Maintenant, si vous regardez cela, l’Allemagne est prisonnière de la Russie parce qu’elle fournit — elle s’est débarrassée de ses centrales au charbon. Ils se sont débarrassés de leur nucléaire. Ils obtiennent une grande partie du pétrole et du gaz de la Russie. Je pense que c’est quelque chose que l’OTAN doit examiner. Je pense que c’est très anormal. Vous et moi avons convenu que c’était anormal. Je ne sais pas ce que vous pouvez faire à ce sujet maintenant, mais cela ne semble certainement pas logique qu’ils aient payé des milliards de dollars à la Russie et maintenant nous devons les défendre contre la Russie. (…) Comment pouvez-vous être ensemble quand un pays tire son énergie de la personne contre laquelle vous voulez être protégé ou du groupe dont vous voulez être protégé ? (…) Cous ne faites que rendre la Russie plus riche. Vous ne traitez pas avec la Russie. Vous rendez la Russie plus riche. (…) Je pense que le commerce est merveilleux. Je pense que l’énergie est une toute autre histoire. Je pense que l’énergie est une histoire très différente du commerce normal. Et vous avez un pays comme la Pologne qui n’accepte pas le gaz [russe]. Vous jetez un coup d’œil à certains pays – ils ne l’accepteront pas, car ils ne veulent pas être captifs de la Russie. Mais l’Allemagne, en ce qui me concerne, est captive de la Russie, car elle tire une grande partie de son énergie de la Russie. Nous sommes donc censés protéger l’Allemagne, mais ils tirent leur énergie de la Russie. Expliquez-moi ça. Et cela ne peut pas être expliqué  et vous le savez. Président Trump (Petit-déjeuner de travail bilatéral de l’OTAN, Bruxelles, 11 juillet 2018)
L’Amérique est gouvernée par les Américains. Nous rejetons l’idéologie du mondialisme et nous embrassons la doctrine du patriotisme. Partout dans le monde, les nations responsables doivent se défendre contre les menaces à la souveraineté non seulement de la gouvernance mondiale, mais aussi d’autres nouvelles formes de coercition et domination. En Amérique, nous croyons fermement en la sécurité énergétique pour nous-mêmes et pour nos alliés. Nous sommes devenus le plus grand producteur d’énergie de la surface de la Terre. Les États-Unis sont prêts à exporter notre approvisionnement abondant et abordable de pétrole, de charbon propre et de gaz naturel. L’OPEP et les nations de l’OPEP, comme d’habitude, arnaquent le reste du monde, et je n’aime pas ça. Personne ne devrait aimer ça. Nous défendons beaucoup de ces nations pour rien, et ensuite ils en profitent. Nous voulons qu’ils arrêtent d’augmenter les prix, nous voulons qu’ils commencent à baisser les prix, et ils doivent désormais contribuer substantiellement à la protection militaire. Nous n’allons pas supporter ça – ces horribles prix — beaucoup plus longtemps. Le recours à un seul fournisseur étranger peut rendre un pays vulnérable à l’extorsion et à l’intimidation. C’est pourquoi nous félicitons les États européens, comme la Pologne, d’avoir dirigé la construction d’un gazoduc baltique afin que les nations ne dépendent pas de la Russie pour répondre à leurs besoins énergétiques. L’Allemagne deviendra totalement dépendante de l’énergie russe si elle ne change pas immédiatement de cap. Ici, dans l’hémisphère occidental, nous nous engageons à maintenir notre indépendance face à l’empiètement des puissances étrangères expansionnistes. Président Trump (ONU, New York, septembre 2018)
J’ai moi-même vécu dans une partie de l’Allemagne occupée par l’Union soviétique. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd’hui unis, dans la liberté. Angela Merkel

Rira bien qui rira le dernier !

A l’heure où sous les yeux de nos caméras, l’un des deux derniers régimes à n’avoir toujours pas eu droit à son procès de Nuremberg pour leurs quelque 100 millions de victimes

Et de ce fait, incapable de faire son deuil d’empire

Le régime kleptocratique de Poutine poursuit sa destruction du peuple ukrainien

Profitant, sans compter l’étrange hémiplégie des plus perspicaces d’entre nous, de l’incroyable faiblesse d’un président américain

Qui après la débâcle militaire afghane et l’arrêt de toute nouvelle production de gaz et de pétrole aux Etats-Unis mêmes …

Comme de la levée des sanctions sur le gazoduc russo-allemand

Annonce enfin l’arrêt de ses faibles importations de pétrole russe

Tout en appelant à un nouvel accord nucléaire avec l’Etat-voyou iranien

Qui sous prétexte de libérer sa production pétrolière ….

Va lui permettre, avant sa sanctuarisation nucléaire, de relancer ses activités terroristes dans tout le Moyen-orient …

Comment ne pas repenser du côté européen …

Comme l’illustre étrangement bien sept ans après la série norvégienne « Occupied » actuellement sur Netflix …

A ces décennies d’apaisement et de compromissions …

Dont l’actuel emballement, entre interdiction contreproductive de médias russes et censure imbécile d’un cours sur Dostoievski,  dans la juste condamnation n’est que l’envers tout aussi mimétique …

Largement compensé néanmoins par la diffusion sur des chaines de télévision publiques à des heures de grande écoute par des publi-reportages à la gloire de Poutine

Après n’avoir cessé d’affaiblir la pauvre Ukraine …

A l’image d’une Allemagne qui après avoir profité du parapluie américain depuis plus de 70 ans  pour accumuler les excédents commerciaux …

Tout en refusant l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN …

Et lui imposant des accords inacceptables

A poussé la provocation jusqu’à construire non pas un mais deux gazoducs largement inutiles privant cette dernière de son dernier levier économique sur la Russie …

Mais comment ne pas repenser aussi à ces paroles, rétrospectivement si prophétiques, du président Trump tout au long de son mandat …

Qui avait alors provoqué, de la part de nos médias comme de nos responsables politiques, tant les condamnations que les moqueries …

Jusqu’à la délégation allemande à l’ONU un certain jour de septembre il y a quatre ans ?

FLASHBACK: Trump Warned UN About Relying On Russian Oil, Was Laughed At By German Delegation

Brianna Lyman
The Daily Caller

The German delegation appeared to laugh at former President Donald Trump during a 2018 United Nations (U.N.) speech in which the president warned about relying on Russian oil.

While speaking at the 73rd U.N. General Assembly, Trump criticized Germany for relying on Russian oil exports.

“Reliance on a single foreign supplier can leave a nation vulnerable to extortion and intimidation. That is why we congratulate European states, such as Poland, for leading the construction of a Baltic pipeline so that nations are not dependent on Russia to meet their energy needs,” Trump said. “Germany will become totally dependent on Russian energy if it does not immediately change course.”

“Here in the Western Hemisphere, we are committed to maintaining our independence from the encroachment of expansionist foreign powers,” Trump continued as the camera then panned to the German delegation, who appeared to be laughing.

Trump made similar comments warning about Germany’s energy dependence during a 2018 meeting with German and NATO leaders.

“It’s very sad when Germany makes a massive oil and gas deal with Russia,” Trump said. “Where, you’re supposed to be guarding against Russia and Germany goes out and pays billions and billions of dollars a year to Russia. So we’re supposed to protect you against Russia, but they’re paying billions of dollars to Russia, and I think that’s very inappropriate.”

“Germany is totally controlled by Russia because they will be getting 60-70% of their energy from Russia and a new pipeline, and you tell me if that’s appropriate, and I think it’s not,” he said while addressing NATO Secretary General Jens Stoltenberg.

Trump approved sanctions to deter the completion of the Nord Stream 2 pipeline, which would allow Russia to bypass Ukraine to get gas to Europe and served as a major geopolitical win for Russian President Vladimir Putin.

Upon taking office, President Joe Biden revoked the sanctions, only recently putting them back in place following Russia’s invasion of Ukraine.

Voir aussi:

FLASHBACK: Trump Ripped Germany’s Cozy Relationship With Russia To The NATO General Secretary’s Face

Anders Hagstrom

Former President Donald Trump ripped Germany’s cozy relationship with Russia in 2018, a relationship some argue contributed to Russia’s decision to invade Ukraine.

Numerous current and former German officials have stated that their efforts to create a “special relationship” with Russia since 2014 was a mistake and that Germany’s Russia policy is now in “ruins.” Trump warned Germany that its relationship with Russia could turn sour during a 2018 meeting with German and NATO leaders.

“It’s very sad when Germany makes a massive oil and gas deal with Russia. Where, you’re supposed to be guarding against Russia and Germany goes out and pays billions and billions of dollars a year to Russia,” Trump said at the time. “So we’re supposed to protect you against Russia, but they’re paying billions of dollars to Russia, and I think that’s very inappropriate.”

“Germany is totally controlled by Russia because they will be getting 60-70% of their energy from Russia and a new pipeline, and you tell me if that’s appropriate, and I think it’s not,” he said, addressing NATO Secretary General Jens Stoltenberg.

Trump maintained a critical tone against Germany throughout his presidency, accusing the country of “delinquency” in its NATO payments in 2020.

Germany, Hungary and Italy have reportedly stood in the way of the U.S. and NATO imposing the most stringent sanctions against Russia for its invasion of Ukraine this week. President Joe Biden alluded to the situation Thursday, saying that removing Russia from the international SWIFT banking system “is not a position that the rest of Europe wishes to take.”

Germany has since halted the certification of the Nord Stream 2 pipeline from Russia to Germany following Russian President Vladimir Putin’s decision to move forward with a full-scale invasion of Ukraine.

Biden also announced that the U.S. would sanction Putin personally Friday, one day after reporters pressed the White House on why it hadn’t already taken the step.

Russia carried out coordinated airstrikes on Ukrainian military bases across the country beginning Thursday morning. Ukrainian President Volodymyr Zelensky gave a general call-to-arms to his citizens Thursday, saying the government will provide weapons.

“We will give weapons to anyone who wants to defend the country,” Zelensky tweeted early Thursday. “Be ready to support Ukraine in the squares of our cities.”

Biden’s Thursday sanctions package included blocks on technology exports to Russia, as well as sanctions against four major Russian banks, among other measures.

While the U.S. has ruled out deploying troops directly to Ukraine, Biden has increased the number of U.S. troops in NATO countries near Russia. Biden has threatened that if Putin goes beyond Ukraine and invades a NATO country, Russia will face the full force of American power, a threat he reiterated Thursday.

Voir également:

Sommet de l’Otan : duel entre Donald Trump et Angela Merkel

VIDÉO. Le président américain a accusé Berlin d’être sous le joug de la Russie et de ne pas assez contribuer aux efforts militaires de l’organisation.Source AFP

  • François d’Alançon, envoyé spécial à Bruxelles
  • La Croix

Comment les alliés réagissent au grand chambardement du lien transatlantique orchestré par Donald Trump ? Le sommet de l’Otan, mercredi 11 et jeudi 12 juillet à Bruxelles, a donné un aperçu des stratégies de « coping », adoptées par les uns et les autres, pour maîtriser, réduire ou tolérer les imprécations du président américain, comparé par Robin Niblett, directeur du think tank britannique Chatham House, à un parrain mafieux extorquant des concessions commerciales en échange d’une protection.

Mis sous pression sur la question du partage du fardeau financier, les alliés ont évité de s’opposer frontalement à Donald Trump, certains exhibant leurs efforts quand d’autres faisaient profil bas. Toujours pas satisfait, le président a proposé aux alliés de fixer un nouvel objectif de dépenses militaires à 4 % du PIB. « Chacun s’est demandé s’il était sérieux », a affirmé le président bulgare Roumen Radev. « L’Otan n’est pas un marché où l’on peut acheter la sécurité. » Dans un tweet, Donald Trump a ensuite exigé le respect immédiat de l’objectif des 2 % du PIB, et non en 2024, comme les pays de l’Alliance l’avaient décidé lors d’un sommet en 2014.

Trump attaque Merkel

L’explosion a été presque instantanée, au cours d’un petit-déjeuner de travail à l’ambassade des États-Unis. Donald Trump s’y est livré à un exercice de communication très calculé, tirant à boulets rouges sur sa cible favorite, Angela Merkel, en présence du secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg et sous l’œil des caméras des chaînes de télévision américaines. « L’Allemagne est totalement contrôlée par la Russie. Ils tirent 60 % de leur énergie de la Russie, ils lui paient des milliards de dollars et nous devons les défendre contre la Russie. Ce n’est pas normal », a lâché le président américain, comme s’il voulait se dédouaner de toute complicité envers la Russie, à quatre jours de son sommet bilatéral avec Vladimir Poutine à Helsinki.

Cette attaque planifiée lui a également permis d’enfoncer un coin dans l’unité des Européens sur un dossier, – la dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou – qui les divise. La Pologne, notamment, estime que l’Europe n’a pas besoin du gazoduc Nord Stream 2 qui vise à doubler d’ici à 2020 les livraisons directes de gaz en Allemagne à partir de la Russie, via la mer Baltique.

Toujours prudente, Angela Merkel a répondu sur un ton courtois mais ferme, laissant entendre qu’elle n’avait pas besoin de leçon sur la façon de traiter avec les régimes autoritaires, compte tenu de son expérience de l’Allemagne de l’Est. « J’ai moi-même vécu dans une partie de l’Allemagne occupée par l’Union soviétique, a déclaré la chancelière. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd’hui unis, dans la liberté, en tant que République fédérale d’Allemagne. Nous pouvons par conséquent mener nos propres politiques, nous pouvons prendre des décisions indépendantes ».

La tension a baissé d’un cran au cours d’une rencontre bilatérale en marge du sommet. Visage fermé, Donald Trump a assuré, sans vraiment convaincre, avoir de « très bonnes relations » avec Angela Merkel qui s’est, elle-même, prudemment déclarée satisfaite de leurs échanges de vues.

Macron définit quatre priorités

Autre souffre-douleur de Donald Trump, le premier ministre canadien Justin Trudeau a tenté de se prémunir contre des réprimandes en annonçant que les Forces armées canadiennes commanderont dès l’automne prochain une mission d’entraînement militaire de l’Otan en Irak où le Canada déploiera 250 militaires et quatre hélicoptères.

Dans un registre différent, Emmanuel Macron s’est voulu le bon élève de la classe en définissant quatre priorités pour l’Alliance : la « crédibilité des moyens de défense collective », « l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme et dans les opérations », « la modernité dans la gestion des ressources » de l’Otan et « l’unité ». Selon son entourage, le chef de l’État a appelé « à ne pas fragiliser l’Alliance », sachant qu’« un contexte plus incertain serait source de davantage de dépenses militaires ». Le président français a, lui aussi, eu droit à un entretien bilatéral avec Donald Trump. « Nous avons une relation formidable », a assuré son homologue américain.

Dans le rôle d’homme-orchestre, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg s’est employé à arrondir les angles, en insistant sur la capacité de l’Alliance à prendre des décisions, attribuant à Donald Trump le mérite de l’augmentation des dépenses militaires des alliés, « 6 % en termes réels, en 2017 ». Les différends ont toujours existé au sein de l’Alliance plaide le Norvégien qui s’efforce de maintenir l’unité au sein d’une alliance fracturée entre un pôle autoritaire incarné par Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et Viktor Orban, avec l’appui de la Pologne, et un pôle libéral représenté par Theresa May, Angela Merkel, Justin Trudeau et Emmanuel Macron.

Jens Stoltenberg a, par ailleurs, mis l’accent sur la déclaration de vingt-cinq pages adoptée par les 29 pays membres qui dénonce notamment « les actions agressives de la Russie portant atteinte à l’ordre international fondé sur les règles », condamne son action déstabilisatrice dans l’est de l’Ukraine et son annexion de la Crimée et adopte une série de mesures pour renforcer la réactivité militaire de l’Alliance.

« Dans le monde de Trump, les alliés sont un fardeau »

Les alliés, en particulier les Européens, font-ils le bon choix en s’efforçant de répondre aux exigences de Donald Trump, un partenaire en chef qui prend un malin plaisir à les diviser et distribue bons et mauvais points, comme dans un épisode de The Apprentice, son ancienne émission de téléréalité ?

Rien n’est moins sûr. « Les Européens se considèrent comme des alliés de l’Amérique, ce qui les rend particulièrement vulnérables face à Trump », commente le politologue bulgare Ivan Krastev, président du Center for Liberal Strategies à Sofia. « Dans le monde de Trump, l’Amérique n’est pas une force de stabilité mais un perturbateur et les alliés sont un fardeau. Le défi pour les dirigeants européens est d’apprendre à vivre dans un monde où l’Amérique n’a pas d’alliés en investissant dans une capacité de défense européenne autonome plutôt que dépendre des États-Unis. Le plus grand risque pour l’Union européenne serait de devenir le gardien d’un statu quo qui a cessé d’exister. »

Voir par ailleurs:

L’Organisation du traité de l’Atlantique nord mourra-t-elle sous peu, à l’âge de 70 ans, de la main d’un président américain ? Donald Trump a tant critiqué l’OTAN que le sommet de Londres, les 3 et 4 décembre prochains, pourrait bien commencer son éloge funèbre. Surtout si le président sortant est réélu en 2020 à la magistrature suprême des États-Unis. La tentation serait alors forte, pour lui, de quitter l’organisation et de la remplacer par des alliances bilatérales rénovées. Et un retrait américain de l’OTAN précipiterait assurément l’agonie d’une organisation déclarée en « mort cérébrale » par Emmanuel Macron.

Quel paradoxe ! L’alliance militaire sortie victorieuse de la Guerre froide et de son affrontement avec le Pacte de Varsovie, dissous en 1991, redoutée et critiquée à Moscou, à Téhéran et à Pékin, risque d’être démantelée, de l’intérieur, par son promoteur historique, les États-Unis. Quelle est l’espérance de vie réelle de l’OTAN ? Est-elle promise à la mort tant de fois annoncée ? Ou bien sera-t-elle ressuscitée par la résurgence de la puissance militaire russe ?

Le réquisitoire de Donald Trump contre l’OTAN

En matière d’Alliance atlantique, Donald Trump fait preuve d’une cohérence bien rare. Ses critiques sont constantes. Durant la campagne électorale de 2016, sa première déclaration de politique étrangère a consisté en u netirade contre l’OTAN. Dans son discours au Center for National Interest du 27 avril 2016, il avait été explicite : la clé de voûte de son action, la priorité donnée aux États-Unis (« America First ! »), exige un désengagement à l’égard de l’OTAN.

Depuis, le président n’a pas déjugé le candidat. Déclaration après déclaration, tweet après tweet, le locataire de la Maison Blanche a fustigé l’organisation créée en 1949. Quels sont ses griefs envers une institution où les États-Unis détiennent les leviers de commandement, à commencer par le commandement militaire suprême, le poste de Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) ?

Le principal grief de Donald Trump est budgétaire et financier. Les États-Unis sont le principal contributeur au budget général de l’organisation : leur contribution directe au budget de l’OTAN s’est élevée en 2018 à plus de 22 %, devant l’Allemagne (14 %), la France (10 %) et le Royaume-Uni (9,8 %). Ils sont également le principal fournisseur d’effectifs militaires et civils. La présidence Trump estime que le fardeau est excessif pour les finances publiques américaines. L’effort de défense américain n’est selon elle payé que d’une ingratitude insigne de la part des alliés européens. En un mot, le retour sur investissement paraît trop faible au président-businessman.

La deuxième critique est d’ordre stratégique : les États-Unis de Donald Trump jugent l’OTAN obsolète. La raison d’être de l’Organisation était en effet la lutte contre l’URSS et le Pacte de Varsovie ainsi que le combat contre le communisme. Une fois ces ennemis disparus, l’Alliance a (désespérément) cherché d’autres missions : la principale a été d’intervenir militairement pour rétablir la paix en Bosnie (1995), au Kosovo (1999), en Afghanistan (2003) en solidarité avec les États-Unis pour répondre aux attentats du 11 septembre 2001, puis en Libye en 2011. Mais sa crise de vocation n’est aujourd’hui toujours pas surmontée. Pour Donald Trump, l’OTAN remplit très mal sa principale mission résiduelle, la seule qui vaille à ses yeux : non pas contenir la Russie mais lutter contre le terrorisme.

Un troisième grief essentiel tient à la transformation de la politique extérieure américaine par la présidence Trump : la critique du multilatéralisme ne concerne pas seulement le commerce, les droits de l’homme ou la non-prolifération nucléaire. Elle vise aussi les institutions de sécurité collective comme l’OSCE, l’ONU… et bien entendu l’OTAN. Le président américain a relancé les relations bilatérales en Europe au détriment des structures multilatérales. On le comprend : dans le face-à-face des relations bilatérales, le poids des États-Unis se fait bien mieux sentir que dans des formats multilatéraux ou ce poids est dilué, même s’il reste majeur.

Qu’elles soient tonitruantes ou modérées, les déclarations du président américain ont pour horizon un retrait de l’Alliance. Le réquisitoire viserait un arrêt de mort.

Chronique d’une mort (américaine) annoncée

Les Français aiment à brocarder les transgressions, les dérapages et les saillies du président américain en matière de politique étrangère. Toutefois, concernant l’OTAN, Donald Trump n’est pas profondément disruptif aux États-Unis.

Tout d’abord, le réquisitoire trumpien contre l’OTAN est la caisse de résonance d’un mouvement puissant, ancien et profond parmi les Républicains, qui sont nombreux à voir dans l’Alliance une entrave à la liberté d’action des États-Unis dans le monde. Les plus gaulliens des Français aiment à dépeindre l’OTAN comme un cheval de Troie américain en Europe. Pour bien des Américains, l’OTAN est plutôt une bride imposée à la puissance américaine par des coalitions d’États nettement plus faibles et beaucoup moins responsables stratégiquement. La revanche des nains militaires coalisés contre le géant stratégique américain, en quelque sorte.

La présidence Trump n’est même pas en rupture profonde avec les présidences précédentes malgré les déclarations de Bill Clinton et George Bush Jr. Au contraire, elle prolonge plusieurs critiques traditionnelles visant l’OTAN et les alliés des États-Unis. Le débat passe moins entre isolationnistes et interventionnistes ou entre néo-conservateurs et réalistes qu’entre ceux qui imaginent une vocation à l’OTAN et ceux qui la considèrent comme un fossile périmé. Ainsi, la présidence Clinton a artificiellement maintenu l’Alliance en vie pour l’adapter à la donne post-soviétique. Elle a abouti, en 1999 à la redéfinition du concept stratégique de l’OTAN vers des missions de maintien de la paix, de police des espaces maritimes et d’interventions humanitaires. La présidence Bush a utilisé le dispositif de solidarité entre alliés prévu par l’article 5 du Traité de Washington mais a été peu satisfaite de l’OTAN en raison du son fardeau budgétaire et de sa solidarité plus que limitée en Irak. Quant à la présidence Obama, elle a anémié l’Alliance en mettant en avant la nécessité d’un pivot vers l’Asie.

L’espérance de vie de l’OTAN paraît donc limitée dans la mesure où Donald Trump est loin d’être isolé dans sa posture de défiance à son égard.


À lire aussi : NATO’s future when America comes first


L’OTAN, un zombie régulièrement ressuscité

Le départ des États-Unis de l’OTAN est une dystopie redoutée par toute une partie de l’Europe – déjà imaginée dans la série Occupied comme je l’avais souligné sur The Conversation. Dans cette excellente fiction produite par Arte, le retrait américain de l’OTAN créait un appel d’air pour l’impérialisme russe en Norvège, pilier de l’Alliance en Arctique.

La mort de l’Alliance, tant de fois annoncée, n’est pourtant pas avérée. Plusieurs facteurs concourent à la maintenir en vie, bon an mal an.

Pour de nombreux États parties au traité de l’Atlantique nord, l’OTAN est tout à la fois la principale assurance vie et la colonne vertébrale de leur défense nationale. C’est tout particulièrement le cas des États ayant rejoint l’Alliance après la fin de l’URSS et qui redoutent de retomber dans la sphère d’influence russe. Dans les documents tenant lieu de Livre Blanc de la défense de la Pologne, de la Roumanie et des États baltes mais aussi des Pays-Bas, de la Norvège et de l’Allemagne, la participation à l’Alliance atlantique apparaît comme la raison d’être de l’action des forces armées. Agir en coalition avec l’OTAN et s’intégrer dans ses structures de commandement est le mode normal de ces États en matière militaire.

N’oublions pas à Paris que l’OTAN est également l’horizon stratégique et une véritable Terre promise stratégique pour plusieurs États directement exposés aux nouveaux risques géopolitiques : l’Ukraine et la Géorgie font de l’adhésion à l’Organisation leur objectif diplomatique et militaire cardinal à l’instar du Monténégro, intégré il y a peu.

Des forces de rappel essentielles agissent aussi aux États-Unis eux-mêmes. Pour les industries de défense américaines et donc pour la base industrielle et technologique de défense du pays, l’OTAN constitue un atout commercial essentiel. Pour s’intégrer techniquement dans les actions en coalition et pour solidifier leurs relations avec les États-Unis, plusieurs États membres ou partenaires de l’Alliance ont fait le choix d’équipements américains. Ainsi, la Pologne, la Roumanie et la Suède ont choisi de se procurer des systèmes de défense anti-aérienne Patriot. De même, l’achat d’avions de chasse F35 apparaît comme la garantie d’un soutien américain au sein de l’OTAN.

L’OTAN se trouve aujourd’hui dans une situation clinique bien difficile à définir : d’une part, elle a survécu à sa crise de vocation issue de la Guerre froide en se (re)trouvant un nouvel ennemi dans la Russie. C’est une cure de jeunesse précaire. Mais, d’autre part, elle est critiquée par son principal pilier, les États-Unis, qui menacent de lui couper les vivres. Aujourd’hui, l’organisation a tout d’un zombie de série B : elle est régulièrement mise en pièces, y compris par les administrations présidentielles américaines. Mais elle est incapable de mourir, régulièrement revivifiée par la résurgence de menaces sur la scène internationale. Et par l’incapacité européenne à se doter d’une solution de remplacement.

Voir aussi:

La série « Occupied », une dystopie européenne ?
Cyrille Bret, Géopoliticien et philosophe, Sciences Po

La Conversation

24 mai 2019

A quelques semaines des élections européennes, du 23 au 26 mai 2019, il est particulièrement plaisant et stimulant de voir (ou de revoir) la série Occupied (Okkupert en norvégien) diffusée sur Arte depuis 2015. Cette production franco-suédo-norvégienne tend en effet un miroir bien sombre à l’Europe et à ses voisins sur leur futur proche.

Les géopoliticiens savent désormais que la culture populaire en général et les séries télévisées en particulier illustrent et façonnent les représentations collectives qui jouent un rôle essentiel dans les relations internationales. Depuis La Géopolitique des séries publiée par Dominique Moïsi en 2016, l’analyse géopolitique des séries télévisées a même gagné le grand public. De même que Homeland a révélé aux Américains plusieurs aspects inconnus ou occultés de la « global war on terror », de même, Occupied, diffusée peu après l’annexion de la Crimée par la Russie, peut avoir un effet de révélation sur eux-mêmes pour les Européens. Mais une dystopie est bien souvent l’envers d’une utopie… ou une utopie qui a mal tourné. Occupied n’est ni un réquisitoire radical contre l’Europe ni une déploration sur le sort de la Norvège.

Du cauchemar au réquisitoire

L’épisode inaugural de la série donne le ton. Conçu par le romancier norvégien Jo Nesbo, il plonge en quelques minutes le téléspectateur dans le cauchemar de la guerre hybride. Voici les éléments essentiels de cette exposition magistrale : dans un futur proche, les États-Unis ont quitté l’Alliance atlantique et se murent dans l’isolationnisme, comme les premières minutes de l’épisode nous l’apprennent. Les éléments se sont conjurés contre le Royaume de Norvège : le réchauffement climatique vient de produire inondations dans le pays, comme le montrent les images du générique. Ces événements ont conduit à l’élection de Jesper Berg au poste de premier ministre sur un programme de transition énergétique radicale : arrêter complètement la production et l’exportation d’hydrocarbures qui alimentent l’Europe et font la richesse du royaume. L’objectif est de remplacer toutes les énergies fossiles par des centrales au thorium.

Le décor géopolitique est planté : le futur de l’Europe est marqué par l’abandon d’États-Unis isolationnistes, par le retrait de l’OTAN et par une transition énergétique rendue drastique par les effets dévastateurs du réchauffement climatique. Les risques structurels inhérents à la présidence Trump constituent la donne géopolitique et géoéconomique de notre continent.

Toutefois, l’Union ne reste pas longtemps dans un statut de victime passive : au moment où il inaugure la grande centrale au thorium, le premier ministre Berg est enlevé par des forces spéciales russes et reçoit, lors de cet enlèvement, un avertissement vidéo de la part du commissaire européen français : la Norvège doit reprendre la production et l’exportation d’hydrocarbures vers l’Europe, faute de quoi, l’Union demandera à la Russie d’intervenir militairement en Norvège pour rétablir la production. Le tragique du dilemme est souligné par la violence physique : le commando russe assassine un civil norvégien sur son passage. L’engrenage qui structure la série s’enclenche alors : les forces armées russes s’engagent dans une occupation graduelle, l’Union européenne utilise la menace russe comme instrument de chantage, la population civile norvégienne hésite entre collaboration pour réduire les dommages et résistance armée… la Norvège sombre dans la guerre civile et dans un conflit international.

Les origines du cauchemar ne sont donc pas seulement exogènes à l’Europe : elles lui sont internes. C’est la soif de ressources naturelles de l’Europe qui la conduisent à fouler aux pieds le choix souverain des électeurs norvégiens et à sous-traiter la violence militaire envers le territoire du royaume. Victime du réchauffement climatique et de l’abandon américain, l’Europe est elle-même un prédateur écologique, politique et militaire. La dystopie révèle crûment les principaux chefs d’accusation brandis depuis des mois contre l’Europe : mépris pour les souverainetés nationales, politiques de voisinage cyniques, dépendance à l’égard des États-Unis, etc.

La série n’est toutefois pas seulement un réquisitoire contre l’Europe. Comme toutes les dystopies subtiles, elle évite le manichéisme et révèle les ambiguïtés.

L’Union européenne entre cynisme et revendication de puissance

À première vue, l’Union européenne d’Occupied est la caricature qu’en présentent ses détracteurs. Le Commissaire européen incarné par Hippolyte Girardot a tous les vices imputés à la construction européenne : soumis à une Chancelière allemande dont le nom n’est jamais prononcé, il exécute tous ses ordres destinés à répondre aux besoins de l’industrie allemande ; indifférent au sort d’une démocratie voisine et partenaire, il soumet le premier ministre norvégien à un chantage permanent ; ne visant que l’accroissement de son pouvoir, il utilise la violence militaire russe pour soumettre un État souverain. La suite de la série montre même qu’il n’a que peu d’égards pour l’intégrité physique des dirigeants avec lesquels il négocie. Technocratie hors sol et méprisante pour les souverainetés nationales et populaire, l’Union semble démasquée.

Toutefois, la série n’est pas seulement à charge. Si le téléspectateur surmonte le dégoût qu’il éprouve pour le personnage qui incarne l’Union, il peut découvrir une image inversée de l’Union actuelle où ses faiblesses chroniques ont trouvé leur remède. Régulièrement accusée d’idéalisme, de pacifisme et de naïveté, notamment par Hubert Védrine, l’Union européenne apparaît dans la série comme prête et capable de défendre ses intérêts vitaux. Soucieuse de défendre ses capacités industrielles et ses lignes d’approvisionnement en matière première, l’Union met en œuvre les attributs de la puissance sur la scène internationale en exerçant une pression diplomatique sur ses partenaires et ses voisins. Prenant acte de l’abandon américain, elle se refuse à nourrir la chimère d’une Pax Americana et sous-traite son action extérieure à la seule puissance militaire disponible, la Russie.

Concernant l’Union européenne, la dystopie d’Occupied pourrait bien en réalité répondre au souhait d’une Europe puissance. Reste à savoir si les Européens sont prêts à la promouvoir.

La Russie entre opportunisme et impérialisme

La figure de la Russie est elle aussi présentée sous une forme apparemment caricaturale : puissance militaire sans égard pour la vie humaine, imperium en reconstruction, elle n’hésite pas à déclencher des opérations clandestines pour occuper les plates-formes pétrolières norvégiennes, traquer les opposants à l’occupation jusque dans les rues d’Oslo et faire disparaître les résistants. L’ambassadrice russe à Oslo, incarnée par l’actrice Ingeborga Dapkūnaitė, rendue célèbre par Soleil trompeur de Mikhalkov, reprend avec brio ce mélange de froideur, de calcul, de dureté et de cruauté prêté au président russe (réel) dans les relations internationales. Exécutrice des basses œuvres de l’Union européenne, prise dans une spirale impérialiste, la Russie d’Occupied est celle de la guerre dans le Donbass et de l’annexion de la Crimée. Plusieurs autorités publiques russes ont d’ailleurs protesté contre la série.

En réalité, la série est plus nuancée. D’une part, l’ambassadrice Sidorova, victime d’une tentative d’assassinat durant le premier épisode, n’est pas la plus radicale des impérialistes. La suite de la série souligne qu’elle agit pour un équilibre entre occupation des plates-formes pétrolières et respect minimal des institutions norvégiennes. Les concepteurs de la série rappellent au public européen que Vladimir Poutine peut être perçu comme un centriste dans son propre pays. D’autre part, les forces d’occupation russes sont elles aussi prises dans la spirale et les dilemmes de l’occupation. Soit elles prennent entièrement la maîtrise de la Norvège mais suscitent un rejet complet et manquent leur objectif. Soit elles respectent a minima les institutions du pays et elles risquent d’apparaître comme faibles. Dans la série comme dans la réalité, l’action extérieure de la Russie paraît aventureuse. Loin de la stratégie mondiale qu’on lui prête.

La russophobie attribuée à Occupied pourrait bien se révéler plus complexe que prévu : moins qu’un empire en reconstitution, la Russie apparaît comme une puissance fragile, opportuniste et subordonnée aux latitudes laissées par l’Union européenne.

La Norvège et sa mauvaise conscience européenne

Occupied apparaît comme un cauchemar norvégien : longtemps en conflit avec la Russie pour la délimitation de sa zone économique exclusive dans le Grand Nord, poste avancé de l’OTAN durant toute la guerre froide malgré une tradition de neutralisme et de pacifisme, cible d’incursions navales et aériennes, ce pays de 5 millions d’habitants se sait dépendant de l’extérieur pour assurer sa sécurité. Occupied le présente comme une victime de son environnement naturel et politique. Sans le soutien des États-Unis et de l’Union, la Norvège se considère elle-même comme une Ukraine aisément la proie des impérialismes environnants.

La série est en réalité bien plus critique envers le royaume nordique que le téléspectateur français ne pourrait le penser. La Norvège est victime d’elle-même. En effet, le premier ministre Jesper Berg provoque la crise et l’amplifie par sa naïveté politique. Il décrète unilatéralement la cessation de la production d’hydrocarbures, fort du vote populaire mais sans avoir préparé ses voisins et partenaires internationaux. La série pointe la naïveté de cette démocratie opulente et exemplaire. On peut même percevoir dans la mise en scène du personnel politique norvégien une certaine mauvaise conscience : forts de leurs convictions écologiques, assurés de leur prospérité économique et confiants dans les règles de droit, ils négligent l’alliance avec l’Union. Le pays a en effet refusé à deux reprises d’adhérer à l’Union européenne, en 1972 et 1994. Soucieux de préserver tout à la fois le modèle de protection sociale, sa souveraineté nationale et son alliance avec les États-Unis, la Norvège est dans une situation précaire à l’égard de l’Europe : la solidarité ne peut pleinement s’exercer pour un État partenaire mais non membre.

La Norvège d’Occupied, victime idéale, ne paie-t-elle pas les conséquences de son refus de l’Europe ?

Voir aussi:

 

Guerre en Ukraine : quatre questions sur l’interdiction de diffusion des médias russes RT et Sputnik dans l’Union européenne

La décision a été officialisée au Journal officiel de l’Union européenne, mercredi 2 mars.

Franceinfo

Clap de fin pour RT et Sputnik. Les Vingt-Sept ont approuvé de nouvelles sanctions contre Moscou, mardi 1er mars, avec l’interdiction de diffusion de ces médias russes au sein de l’Union européenne. En réponse à la guerre en Ukraine, les contenus de Sputnik et des chaînes de RT (ex-Russia Today) en anglais, allemand, français et espagnol ne pourront plus être diffusés sur les réseaux de télévision, ni sur internet.

Les deux médias sont les « canaux » des « actions de propagande » et « de déformation des faits » de la Russie, qui « menacent directement et gravement l’ordre et la sécurité publics de l’Union », écrivent les Vingt-Sept. Ces mesures d’interdiction « devraient être maintenues jusqu’à ce que l’agression contre l’Ukraine prenne fin et jusqu’à ce que la Fédération de Russie et ses médias associés cessent de mener des actions de propagande contre l’Union et ses Etats membres ». Franceinfo fait le point sur cette interdiction.

1Quels sont les médias visés ?

RT est une chaîne de télévision lancée en 2005 à l’initiative du Kremlin, sous le nom de « Russia Today », et financée par l’Etat russe. En France, elle emploie 176 salariés dont 100 journalistes. Une autorisation d’émettre dans l’Hexagone lui a été accordée par le CSA en décembre 2015. La France est ainsi le seul Etat membre de l’UE à accueillir sur son sol une filiale de RT et à lui accorder cette licence de diffusion.

Au quotidien, sur sa chaîne télévisée et ses contenus multimédia, RT promeut la position du Kremlin à l’étranger. Sa création résulte d’un besoin pour les élites russes « de repenser leur dispositif d’influence, de reforger un ensemble d’instruments, notamment médiatiques », analyse pour franceinfo Maxime Audinet, docteur en études slaves et auteur du livre Russia Today, un média d’influence au service de l’Etat russe » (éditions de l’INA). Franceinfo, qui a écouté ses programmes durant plusieurs heures, a observé peu de voix dissonantes parmi les invités.

Sputnik est un média web également financé par l’Etat russe. Il possède un site internet, ainsi qu’une déclinaison vidéo sur YouTube et sur les réseaux sociaux.

2Pourquoi cette décision a-t-elle été prise ?

Face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la présidente de la Commission européenne a estimé qu’il était impératif de lutter contre ce qu’elle appelle « la machine médiatique du Kremlin ». « Les médias d’Etat Russia Today et Sputnik ainsi que leurs filiales (…) ne pourront plus diffuser leurs mensonges pour justifier la guerre de Poutine et pour semer la division dans notre Union. Nous développons donc des outils pour interdire leur désinformation toxique et nuisible en Europe », a déclaré Ursula von der Leyen le 27 février, trois jours après le début du conflit.

Un constat partagé par Pieyre-Alexandre Anglade. « Nous avons été, nous Européens, trop naïfs, trop indulgents avec ces organes de propagande et de désinformation massive », a jugé le porte-parole des députés La République en marche, mardi 1er mars.

3Où en est-on de l’entrée en vigueur de l’interdiction ?

L’interdiction de RT et Sputnik est officiellement entrée en vigueur dans l’UE mercredi 2 mars, à la mi-journée. Ursula von der Leyen avait annoncé le bannissement des chaînes RT dans toute l’UE trois jours plus tôt, sans préciser les contours d’une telle décision.

Chaque Etat membre, via son autorité de régulation des médias et ses opérateurs télécoms, est chargé de faire respecter cette interdiction. En avance sur le reste des Européens, l’Allemagne avait annoncé début février l’interdiction de la chaîne RT, dans un contexte de tensions avec le Kremlin.

En France comme dans le reste de l’Europe, le bannissement est intervenu progressivement après une réunion avec le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, lundi 28 février. Dans la foulée, TikTok et Facebook ont annoncé suspendre l’accès à ces comptes en Europe. Mardi, c’était au tour de YouTube de bloquer ces chaînes sur le continent « avec effet immédiat », « compte tenu de la guerre en cours en Ukraine ». Twitter a bloqué les comptes des deux chaînes jeudi, après avoir apposé la mention « Média affilié à un Etat, Russie » aux comptes de leurs journalistes et anciens journalistes. La diffusion à la télévision de RT France a cessé mercredi après-midi chez les différents opérateurs qui proposaient cette chaîne.

4Comment cette mesure est-elle justifiée juridiquement ?

Selon le texte publié au Journal officiel de l’UE« toute licence ou autorisation de diffusion, tout accord de transmission et de distribution conclu avec les personnes morales, entités ou organismes énumérés (…) sont suspendus ». Cela concerne tous les moyens de diffusion, que ce soit « le câble, le satellite, la télévision sur IP, les fournisseurs de services internet, les plateformes ou applications, nouvelles ou préexistantes, de partage de vidéos sur l’internet ». Le texte précise que « ces mesures n’empêchent pas ces médias et leur personnel d’exercer dans l’Union d’autres activités que la diffusion, telles que des enquêtes et des entretiens ».

En France, l’Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) assure que ces décisions ont « pour effet de suspendre la convention et la distribution de RT France ». Elles sont « d’application directe et immédiate par tous les opérateurs concernés », dès le 2 mars.

Cette décision devrait toutefois faire l’objet de recours devant la justice. Mardi, le régulateur russe des médias, Roskomnadzor, a protesté contre ces mesures, estimant qu’elles « violent les principes fondamentaux de la libre circulation de l’information et son accès sans entrave ». RT France a de son côté lancé une pétition sur la plateforme Change.org pour dénoncer cette interdiction, réunissant 10 500 signatures en trois heures.

L’UE réfute toutefois ces accusations. Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a estimé que ces médias ne produisaient pas une information libre mais « une désinformation massive »« Nous nous appuyons sur de solides bases juridiques (…) et nous défendrons notre décision devant les tribunaux » européens, a également assuré une source européenne anonyme à l’AFP, tout en admettant que des représailles contre des médias européens en Russie étaient « une possibilité »« Vladimir Poutine va frapper nos médias », a ainsi prévenu Fabrice D’Almeida, historien et vice-président de l’Université Panthéon-Assas.

Voir également:

En Italie, Dostoïevski victime d’une tentative de censure ?

L’écrivain transalpin Paolo Nori, qui devait donner un cours sur le célèbre auteur russe Dostoïevski, a dénoncé une tentative de censure de l’université Milano Bicocca. La direction lui a demandé de reporter ses leçons au vu de l’actualité. L’université affirme qu’il s’agit d’un malentendu, mais Nori refuse désormais de se rendre sur place.

Il s’est exprimé dans une vidéo Instagram où il apparaît au bord des larmes, la voix cassée par l’émotion. Mardi 1er mars, l’écrivain italien Paolo Nori a dénoncé ce qui est à ses yeux une tentative de censure. En effet, l’université Milano Bicocca, où il devait tenir un cours sur Dostoïevski, lui a communiqué par courriel le report de ses leçons pour “éviter toute forme de polémique dans ce moment de forte tension”.

Une décision jugée incompréhensible par l’intéressé, qui a réagi avec des mots très durs :

En Italie, aujourd’hui, être un Russe est considéré une faute. Et apparemment, même être un Russe décédé, qui de plus a été condamné à mort en 1849 pour avoir lu une chose interdite. Ce qui est en train d’arriver en Ukraine est une chose horrible qui me donne envie de pleurer, mais ces réactions sont ridicules. Quand j’ai lu ce mail de l’université, je ne pouvais pas y croire.”

“Un équilibre littéraire en temps de guerre”

Quelques heures plus tard, la polémique rebondissait dans les médias transalpins, poussant l’université milanaise à faire marche arrière. Simple malentendu, s’est-on justifié depuis l’institut, qui a invité Nori à tenir son cours avant que la précision qui a suivi de la part d’un responsable ne ravive la polémique.

“L’intention était de restructurer le cours en ajoutant à Dostoïevski des auteurs ukrainiens”, a expliqué Maurizio Casiraghi, dont les propos sont rapportés par le Corriere della Sera. Une précision qui a fini de persuader Paolo Nori de ne pas se rendre à cette université.

“Un équilibre littéraire en temps de guerre” était donc la solution envisagée par l’institut, poursuit le quotidien milanais, qui, à travers un article signé par un de ses éditorialistes, propose une réflexion plus large sur le comportement à adopter vis-à-vis des Russes en ce moment de tension :

Dostoïevski est sauvé, mais reste le fond du débat : est-il juste d’exiger des Russes contemporains une prise de distance avec Poutine ? Si nous le faisions, le principe selon lequel les personnes se jugent sur la base de leur action et non par leur nationalité viendrait à manquer.”

Toutefois, le journal italien reconnaît une exception à cette règle pour les Russes “célèbres et liés à Poutine” : il est juste d’exiger de leur part une prise de distance de ce conflit.

Une référence à la polémique qui a entouré Valery Guerguiev, le chef d’orchestre considéré proche de Poutine, que le maire de Milan a “banni” du célèbre théâtre de La Scala, faute d’avoir accepté de se déclarer opposé à la guerre.

Une décision qui a fait couler beaucoup d’encre, mais qui rencontre donc l’approbation de l’éditorialiste transalpin.

Voir par ailleurs:

Le film d’Oliver Stone sur Poutine: « un clip publicitaire, pas un documentaire » 

Spécialiste de la Russie, l’universitaire Cécile Vaissié réagit à la diffusion par France 3 du film d’Oliver Stone Conversations avec Poutine.

« Consternant d’ignorance et de complaisance ». France 3 a diffusé lundi soir le premier volet de quatre heures de Conversations avec Poutine, un film réalisé par Oliver Stone, le réalisateur de Platoon et de JFK.

Le metteur en scène trois fois oscarisé, a réalisé ce montage à partir de 12 entretiens filmés entre juillet 2015 et février 2017 avec le président russe. Cécile Vaissié*, professeur en études russes et soviétiques à l’Université Rennes 2, réagit à ce document controversé.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans Conversations avec Poutine?

Oliver Stone filme Vladimir Poutine, lui donne la parole, comme s’il était un parfait inconnu. Ne connaissant rien à la Russie, le réalisateur américain est incapable de lui apporter la contradiction, ni même de saisir les perches lancées par Poutine, que ce soit sur l’Otan, les oligarques, la Tchétchénie, les pays voisins. Il n’approfondit jamais les thèmes abordés.

Stone se montre tellement inculte que, par contraste, Poutine apparaît modéré, plus fin, plus intelligent -ce qu’il est sans aucun doute. « Vous avez amélioré les salaires… stoppé les privatisations ». « Non, je n’ai pas arrêté les privatisations », le corrige Poutine. Au cours de l’exercice, Poutine ment de nombreuses fois, mais à plusieurs reprises, les mensonges ne sortent même pas de sa bouche. Il se contente d’enchaîner sur les affirmations du cinéaste.

Les compliments de Stone sur les avancées économiques dues au président reprennent sans recul la propagande du Kremlin. Il est vrai que le niveau de vie a augmenté entre 2000 et 2008, mais selon les économistes russes, c’est presque entièrement attribuable à la hausse des prix du baril. Un journal russe a d’ailleurs publié un article livrant 20 exemples de la façon dont Poutine a trompé Oliver Stone, après la sortie de ce film. Il montre notamment que Poutine semble ignorer que les fonds de réserve gouvernementaux sont inclus dans les fonds de réserve de la Banque centrale, sans être contredit par Stone.

L’objectif de Stone était peut-être de démontrer la vision de monde qu’a Poutine…

Donner la parole à Vladimir Poutine est tout à fait légitime. A condition qu’en face on lui apporte la contradiction. Ce que dit le président russe tout au long de ce film n’a rien de nouveau. On le retrouve intégralement sur RT et Sputnik [les chaines de propagande du Kremlin]. Ce n’est pas un documentaire. C’est un clip publicitaire. Il est surprenant qu’une chaîne publique consacre autant de temps à un tel objet.

Certains points vous ont-ils plus choqué que d’autres?

D’un bout à l’autre, la complaisance et la vacuité des échanges sont consternants. Cette façon de montrer le président avec son cheval ou faisant du sport…

La naïveté de Stone est même parfois drôle. Il découvre étonné que les fidèles ne s’assoient pas dans les églises orthodoxes, avant d’embrayer sur le rôle de l’orthodoxie en Russie. Le décalage entre son ignorance et la question centrale de la religion dans la société russe est troublante.

Son ingénuité l’amène à dérouler sans complexe le discours du Kremlin. Par exemple sur la promesse de non-élargissement de l’Otan que les Occidentaux auraient faite à Mikhaïl Gorbatchev à la chute de l’URSS. Gorbatchev lui-même a démenti que de telles promesses lui avaient été faites. Là encore, Poutine est plus subtil que Stone. Il soutient que cette promesse a été donnée par oral, non par écrit. Impossible à vérifier, donc.

Et à aucun moment Stone ne s’interroge sur la raison pour laquelle les pays de l’ex-bloc soviétique ont voulu rejoindre l’Otan. Pourquoi l’opinion ukrainienne qui était, il y a quelques années encore, hostile à l’entrée dans l’Alliance atlantique y est favorable, depuis la guerre dans l’est de son territoire?

Le seul moment qui aurait pu être intéressant est celui où il visionne Docteur Folamour avec Poutine. Il aurait pu discuter avec lui de cinéma, un sujet que Stone maîtrise, l’interroger sur le cinéma russe.

Le documentaire ne pêche pas seulement par ce qu’il affirme, mais aussi par ce qu’il élude…

Les exemples ne manquent pas. Aucune question sur sa fortune personnelle, sur les fastes du gouvernement. Il n’aborde pratiquement pas la société russe, à l’exception de l’homosexualité. Aucune mention de l’effondrement du système médical, de l’éducation. Rien sur les grands-mères à qui le gouvernement refuse que leurs retraites soient indexées sur le taux de l’inflation…

Le réalisateur ne l’interroge pas non plus sur ce qu’a fait Poutine entre 1991 (la chute de l’URSS) et 1996, moment où il entre au Kremlin. Ni sur son attitude au moment du putsch d’août 1991 contre Gorbatchev.

Rapidement évoquées, la question des oligarques et celle de la privatisation de l’économie russe dans les années 1990, auraient mérité d’être creusées. Stone se contente d’étaler la vision du maître du Kremlin. Rien sur les véritables raisons pour lesquelles certains oligarques ont été adoubés et d’autres jetés derrière les barreaux. La stigmatisation de Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé dix ans en prison m’a particulièrement choquée. Stone ne se contente pas de servir la soupe à Poutine, il se fait complice de la persécution de cet homme.

Voir enfin:

 ‘The Putin Interviews’: Oliver Stone’s Wildly Irresponsible Love Letter to Vladimir Putin

TWO PEAS IN A POD

Showtime’s four-part series of interviews between Stone and Putin sees Russia’s authoritarian ruler give his thoughts on NATO, women, gays, Snowden, and more.

Marlow Stern

The Daily Beast

Jun. 06, 2017

When America sends its people to interview Vladimir Putin, they’re not sending their best. They’re not sending an Anderson Cooper or a Christiane Amanpour, intrepid journalists well-versed in geopolitics and the art of the spiel. They’re sending people like Megyn Kelly, a race-baiter who rode the wave of one semi-challenging debate question all the way to a cushy gig at NBC News, or Oliver Stone, a revisionist history buff who’s spent the past few decades cozying up to dictators like Fidel Castro, Hugo Chavez, and Putin.

Yes, in addition to qualifying Hitler and claiming the Jews run the media, Stone helmed the 2014 documentary Ukraine on Fire—a bizarre slice of Kremlin propaganda alleging that the CIA orchestrated the 2014 Ukrainian revolution (based on scant evidence), and featuring cameos from Viktor Yanukovych and Putin. If that weren’t enough, in September, the JFK filmmaker posited that the Democratic National Committee hack was an inside job and not, as 17 U.S. intelligence agencies concluded, the work of Russian agents. Stone’s The Putin Interviews, a new four-part series debuting on Showtime on June 12, should thus be viewed as nothing short of hero worship; the rough equivalent of a Twihard probing Robert Pattinson or Donald Trump interrogating a tacky gold chair.

The Putin Interviews, a documentary comprised of conversations with the Russian president that took place between July 2015 and February 2017, is clearly intended to humanize Putin and demonize America. In the first two parts provided to press, there are scenes of Putin feeding horses and strolling through lush gardens as string instruments sound; footage of the sexagenarian schooling men one-third of his age in hockey; and fawning Stone comments ranging from “You have a lot of discipline, Sir” to “You are a very lucky man” to “What do you bench?” OK, that last one I made up.

Stone not only fails to challenge Putin, but essentially cedes him the floor, allowing the cunning ex-KGB operative to spin more than the president’s toupee in a tornado. Putin denies Russia was the aggressor in virtually every global conflict, including the invasions of Georgia and Ukraine. He champions Russia’s economy over that of the U.S., despite his GDP being a little more than half that of California’s. He even blames the Cuban Missile Crisis on the U.S.

At one point Stone, in an apparent effort to name-drop one of his movies, asks Putin: “Is Wall Street actively working to destroy the Russian economy in the interests of the United States?” He shrugs it off. “Do you think the National Security Agency had gone too far in its eavesdropping?” Of course he does.

Some of the director’s lame questions bear fruit in spite of themselves. When Stone asks Putin, “Do you ever have a bad day?” during a tour of the throne room, the Russian strongman giddily answers, “I’m not a woman so I don’t have bad days.” He then doubles down on the misogyny, explaining that, “There are certain natural cycles which men probably have as well, just less manifested. We are all human beings. It’s normal. But you should never lose control.”

A conversation about whether gays can serve in the military in Russia leads to the Stone question: “If you’re taking a shower in a submarine with a man and you know he’s gay, do they have a problem with that?”

Putin’s answer is not only homophobic, but completely bonkers. “Well, I prefer not to go to shower with him,” exclaims a cackling Putin. “Why provoke him? But you know, I’m a judo master and a SAMBO master as well. And I can tell you this, that as head of state today, I believe it’s my duty to uphold traditional values and family values. But why? Because same-sex marriages will not produce any children. God has decided, and we have to care about birth rates in our country. We have to reinforce families. But that doesn’t mean that there should be any persecutions against anyone.”

The lion’s share of The Putin Interviews’ B-roll consists of news clips from RT, the propaganda arm of the Kremlin, and pro-Russia graphics. Putin admits to never having seen Dr. Strangelove, and, in the first two episodes’ most surreal sequence, the two sit down to watch Stanley Kubrick’s 1964 Cold War satire. “[Kubrick] foresaw some issues even from a technical point of view, things that make us think about real threats that exist,” Putin says in his mini-review. “The thing is that since that time, little has changed. The only difference is that the modern weapons systems have become more sophisticated, more complex. But this idea of a retaliatory weapon, and the inability to control such weapons systems, still hold true to this day. It has become even more difficult, even more dangerous.”

Stone and Putin chat in various locations throughout the doc, from the halls of the Kremlin to the great outdoors. In one exchange aboard Putin’s plane, he reveals his unvarnished thoughts on the North Atlantic Treaty Organization.

“There is no longer an Eastern Bloc, no more Soviet Union. Therefore, why does NATO keep existing? My impression is that in order to justify its existence, NATO has a need of an external foe, there is a constant search for the foe, or some acts of provocation to name someone as an adversary,” says Putin.

“Nowadays, NATO is a mere instrument of foreign policy of the U.S. It has no allies, it has only vassals. Once a country becomes a NATO member, it is hard to resist the pressures of the U.S.,” he continues. “And all of a sudden any weapon system can be placed in this country. An anti-ballistic missile system, new military bases, and if need be, new offensive systems. And what are we supposed to do? In this case we have to take countermeasures. We have to aim our missile systems at facilities that are threatening us. The situation becomes more tense. Why are we so acutely responding to the expansion of NATO? Well, as a matter of fact, we understand the value or lack thereof, and the threat of this organization. But what we’re concerned about is the following: We are concerned by the practice of how decisions are taken. I know how decisions are taken there.”

Huddled inside a car with Putin behind the wheel—in what is without question the worst episode of Carpool Karaoke ever—they discuss the plight of whistleblower Edward Snowden, a former NSA contractor who was granted asylum in Russia after leaking top-secret government documents revealing a complex web of surveillance conducted by the U.S. against its allies and own citizens. Putin claims that the U.S. refused to agree to a deal years back that “stipulated for a mutual extradition of criminals,” and since “Snowden didn’t violate any [Russian] law,” and since “the U.S. has never extradited any criminals to us who have sought asylum there,” they refused to extradite Snowden back to America.

While he doesn’t agree with what Snowden did, Putin refers to him as “courageous” several times and asserts, “Snowden is not a traitor. He didn’t betray the interests of his country. Nor did he transfer any information to any other country which would have been pernicious to his own country or to his own people. The only thing Snowden does he does publicly.”

The 2016 U.S. presidential election is briefly mentioned during a February 2016 chat within the halls of the Kremlin, with Putin maintaining that Russia is “going to be ready to work with whoever gets elected by the people of the United States.” When he adds, “I believe nothing is going to change no matter who gets elected,” he can’t help but unleash a knowing smirk.

Stone suggests that Putin could influence the U.S. election by endorsing a candidate, thereby causing his or her popularity to plummet. “Unlike many partners of ours, we never interfere within the domestic affairs of other countries,” replies Putin, smiling wide. “That is one of the principles we stick to in our work.”

The Putin Interviews offer, first and foremost, a staggering display of mendacity on the part of both interviewer and interviewee. During a back and forth aboard his jet, Putin claims to have in his possession a letter from the CIA admitting that they provided technical support to the Chechens—including terrorist organizations—during the Second Chechen War. When Stone requests that he provide the letter, Putin responds, “I don’t think it would be appropriate. My words are enough.”

For Oliver Stone, they most certainly are.

Voir par ailleurs:

Ukraine security chief: Minsk peace deal may create chaos

Yuras Karmanau

AP News

January 31, 2022

KYIV, Ukraine (AP) — Ukraine’s security chief warned the West on Monday against forcing the country to fulfill a peace deal for eastern Ukraine brokered by France and Germany, charging that an attempt to implement it could trigger internal unrest that would benefit Moscow.

Oleksiy Danilov, the secretary of Ukraine’s National Security and Defense Council, told The Associated Press that Ukraine has the capability to call up to 2.5 million people if Russia invades.

He said that about 120,000 Russian troops are concentrated near Ukraine and Moscow may stage provocations “at any moment,” but argued that launching a full-fledged invasion would require massive preparations that would be easily spotted.

“The preparatory period that will be noticed by the entire world could take from three to seven days,” Danilov said. “We aren’t seeing it yet. We clearly understand what’s going on and we are calmly preparing for it.”

He deplored the decision by the U.S., Britain, Australia, Germany and Canada to withdraw some of their diplomats and dependents from the Ukrainian capital of Kyiv, saying the move “wasn’t pleasant for us” and empasizing that “we don’t think that there is a threat right now.”

U.S. President Joe Biden told Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy in a call Thursday that there is a “distinct possibility” that Russia could invade the country in February. But the Ukrainian leader played down the war fears, arguing Friday that the Russian troop buildup could be part of Moscow’s attempts to exert “psychological pressure” and sow panic.

“We can’t allow panic in the country,” Danilov told the AP. “It’s very difficult for us to maintain control over the economic situation when all the media keep saying that the war will start tomorrow. Panic is a sister of defeat.”

Danilov said that Ukraine has the potential to quickly and dramatically beef up its 250,000-strong military in case of a Russian offensive.

“They will face a response from our society, our citizens, our military,” Danilov told the AP. “We can put 2 (million) to 2.5 million people under arms.”

He noted that up to 420,000 Ukrainians have gained combat experience in fighting with Russia-backed separatists in eastern Ukraine and up to 1 million in the nation of 41 million people have hunting licenses.

Danilov pointed at the Ukrainian Interior Ministry’s announcement Monday that it had thwarted a plot to stage riots in Kyiv and other Ukrainian cities, saying that Russian President Vladimir Putin hopes to achieve his goal of destroying Ukraine through internal destabilization even without an invasion.

“Regrettably, we have many agents of influence of the Russian Federation here, who are behind the plans of destabilizing our country from within,” he said pointing at a pro-Russian party that has a sizeable presence in Ukraine’s parliament.

After the 2014 ouster of a Kremlin-friendly president in Kyiv, Moscow annexed Ukraine’s Crimean Peninsula and backed an insurgency in the country’s eastern industrial heartland. Fighting between Ukrainian forces and Russia-backed rebels has killed over 14,000 people, and efforts to reach a settlement there have stalled.

Since the start of the separatist conflict in Ukraine, Russia has been accused of sending troops and weapons to the separatists, something it has denied. It has given out over 700,000 Russian passports to people living in rebel-held areas in eastern Ukraine.

“I have a question: Why the West is not reacting to that?” Danilov said.

He argued that Ukraine needs to revise the 2015 peace deal signed in Minsk that requires Ukraine to provide a broad autonomy to the rebel-held east and a sweeping amnesty to the rebels.

“The fulfillment of the Minsk agreement means the country’s destruction,” Danilov said. “When they were signed under the Russian gun barrel — and the German and the French watched — it was already clear for all rational people that it’s impossible to implement those documents.”

The agreement, which was brokered by France and Germany after a string of Ukrainian military defeats, was widely abhorred by the Ukrainian public as a betrayal of their national interests. Zelenskyy and his officials have made repeated calls for its modification.

Moscow has staunchly refused to amend the Minsk agreement and criticized Ukraine’s Western allies for failing to encourage Ukraine to fulfill its obligations.

Envoys from Russia, Ukraine, France and Germany met Wednesday for more than eight hours in Paris to discuss ways to implement the Minsk agreement. They made no visible progress but agreed to meet again in two weeks in Berlin.

Danilov warned the West against pressuring Ukraine into fulfilling the Minsk deal, saying it would provoke dangerous instability.

“If they insist on the fulfillment of the Minsk agreements as they are it will be very dangerous for our country,” he said. “If the society doesn’t accept those agreements, it could lead to a very difficult internal situation and Russia counts on that.”

He also argued that if Ukraine honors the deal it, that will allow Russia to demand the lifting of Western sanctions that were contingent on progress in implemeting the Minsk agreement.

Danilov called for negotiating a new document that could be realistically implemented, adding that it should force “Putin to simply pull his troops and tanks back.”

He denounced the Russian demands for NATO to bar Ukraine from ever joining the alliance, saying that the country, a former Soviet republic, has made a choice to seek to integrate into NATO and the European Union, which is reflected in its constitution. It is not a member of either bloc at this time.

“No one has the right to dictate to us whether we should or shouldn’t join alliances,” Danilov said. “It’s our people’s sovereign right.”

He also noted that Ukraine needs more Western weapons, saying “it’s our only request to our partners — give us more weapons to defend ourselves.”

He criticized Germany for refusing to provide Ukraine with weapons, charging that Berlin has also failed to properly apologize to Ukrainians for Nazi crimes during World War II when Ukraine was part of the Soviet Union.

“Regrettably, they haven’t apologized for killing millions of our citizens,” he said. “They apologize to the Russians as if we were one country. They shouldn’t talk about democracy then and say that they support authoritarian regimes and partner with them.”

Voir encore:

Guerre en Ukraine: Comment Poutine a fait le jeu des Etats-Unis

Gérald Olivier

France Amérique

2 mai 2022

Vieux de deux mois déjà, le conflit russo-ukrainien ne semble pas près de se conclure. Ni la Russie, ni l’Ukraine, n’ont les moyens militaires de l’emporter. Et aucune solution politique ne se dessine. La guerre est devenue un face à face dévastateur et sanglant dans le Donbass qui pourrait se prolonger des mois, voire des années. Cependant, ce conflit a déjà fait deux vainqueurs: l’Otan et les Etats-Unis !

L’Alliance atlantique, moribonde il y a quelques années, est redevenue incontournable et va accueillir probablement deux nouveaux membres, la Finlande et la Suède. L’ironie majeure de ce renforcement est que ces deux pays vont doubler la longueur des frontières russes partagées avec l’Otan, alors que c’est, entre autres, pour contrer l’encerclement supposé de son pays par les forces atlantiques que Poutine a déclenché sa guerre… Effet inverse de celui recherché !

Les Etats-Unis qui fournissent à l’Ukraine armes, équipements et entrainement ont fait, sur le terrain, par soldats ukrainiens interposés, la démonstration de la qualité de leur matériel et de leur efficacité militaire. Ils pourront continuer de vendre leurs armes et leur protection aux pays européens, ainsi même que leur gaz naturel, tandis que leur grand rival de la guerre froide se retrouve empêtré dans un conflit durable, isolé sur la scène internationale et ciblé par des sanctions économiques débilitantes à très long terme.

Cette nouvelle réalité enrage d’ailleurs les zélés de l’anti-américanisme primaire qui se vengent comme ils peuvent en déversant leur haine de l’Amérique sur les ondes et les réseaux sociaux.

Certains n’hésitent pas à prétendre que si l’Amérique sort première gagnante de ce conflit c’est bien sûr parce qu’elle avait tout manigancé à l’avance. Ce conflit serait le résultat d’une « manipulation » américaine ! Il aurait été « orchestré » par les Etats-Unis ! Le vrai responsable, à les croire, c’est le grand satan américain. Ainsi, Vladimir Poutine, l’ex-espion du KGB et du FSB, homme retors, froid et calculateur, se serait fait berner par Joe Biden, le vieux pantin démocrate gaffeur aux capacités cognitives incertaines… Ahurissante analyse qui rassemble dans un même camps les ennemis de l’Amérique, l’extrême gauche radicale, l’extrême droite nationaliste, et même des terroristes islamistes.

En Chine, le Quotidien du peuple qui est l’organe du Parti Communiste écrit : « Derrière la crise en Ukraine se cache l’ombre de l’hégémonie américaine. L’expansion de l’Otan vers l’est, menée par les États-Unis, est à l’origine de la crise en Ukraine. Les États-Unis sont l’initiateur de la crise. »

La Corée du Nord reprend la voix de son maître : « La cause profonde de la crise ukrainienne réside dans l’autoritarisme et l’arbitraire des États-Unis…(leur) politique de suprématie militaire au mépris de la demande légitime de la Russie pour sa sécurité. Tout est de la faute des États-Unis. »

Au Liban, Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah déclarait récemment « L’Amérique est responsable de ce qui se passe en Ukraine. Elle a fait de la provocation, n’a pas aidé pour trouver une solution diplomatique et n’a rien fait pour arrêter la guerre. »

En Israël, le parti communiste a condamné « l’agression de l’Otan qui sert les États-Unis bellicistes »…« Quiconque ignore la provocation des États-Unis par le biais de l’Otan a tort et se trompe…  » a précisé son représentant à la Knesset, le parlement israélien.

En Italie, l’agence de presse altermondialiste Pressenza ne dit rien d’autre : « Ce dont nous sommes témoins est la conséquence de 30 ans d’agression américaine contre la Russie avec le soutien de l’Europe. »

En France, Éric Zemmour, a estimé Vladimir Poutine «coupable » du déclenchement du conflit, mais «pas le seul responsable». « Les responsables c’est l’Otan qui n’a cessé de s’étendre, a-t-il dit, les Français, les Allemands, les Américains, qui n’ont pas fait respecter les accords de Minsk et qui n’ont cessé d’étendre l’Otan pour qu’elle soit autour de la Russie comme une sorte d’encerclement. »

Nikola Mirkovic, auteur de l’Amérique Empire, ouvrage dénonçant « l’impérialisme américain » a tenu à peu près les mêmes propos au politologue anti-islamiste Alexandre Del Valle : « Les Etats-Unis ont fait monter les tensions avec la Russie… et ont tenté d’utiliser l’Ukraine comme un coin entre la Russie et l’Europe… en Ukraine, l’ingérence des Etats-Unis et d’autres pays européens a été un grand facteur de déstabilisation. »

Le même Alexandre del Valle a développé la thèse du « piège tendu par les Etats-Unis qui ont agité le chiffon rouge d’une Ukraine dans l’Otan pour pousser Poutine à intervenir » dans un long entretien au site suisse Les Observateurs.

Aux Etats-Unis même, la thèse de la responsabilité occidentale a été mise en avant par John Mearsheimer, professeur à l’université de Chicago et tenant de l’école « réaliste » en politique étrangère, dans une interview à l’hebdomadaire de la gauche socio-libérale américaine The New Yorker : « Je pense que tout a commencé au sommet de l’Otan de Bucarest en 2008, avec l’annonce que la Géorgie et l’Ukraine deviendraient membres de l’Otan. Les Russes ont indiqué à cette époque que cela constituerait pour eux une menace existentielle et qu’ils s’y opposeraient… Néanmoins les occidentaux ont continué de transformer l’Ukraine en bastion occidental à la frontière russe… L’expansion de l’Otan, et l’expansion de l’Union européenne, sont au coeur de cette stratégie, tout comme la volonté de faire de l’Ukraine une démocratie libérale pro-américaine, ce qui du point de vue russe est une menace existentielle. »

Nul doute que si la Russie était parvenue à renverser le régime de Kiev en quelques jours, comme elle l’escomptait, ces mêmes analystes auraient loué la stratégie et l’audace du maître du Kremlin. Le « piège américain » n’est invoqué que pour masquer la monumentale erreur de Vladimir Poutine qui a surestimé les capacités de son armée, et sous-estimé celles de son adversaire.

Dans ce conflit, choisi, et provoqué par Moscou, il n’y a pas eu de « piège américain », pas plus qu’il n’y a eu de « responsabilité de l’Otan ». D’ailleurs pour justifier son intervention contre l’Ukraine, la Russie n’a pas parlé de l’Otan. Elle a parlé du besoin de « démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine par une « opération militaire spéciale ». En choisissant un tel motif Poutine a révélé la réalité de sa motivation. Toutes ces années passées l’Otan n’a été qu’un prétexte utilisé par Vladimir Poutine pour préserver à la Russie un droit de regard sur ses voisins proches, « droit de regard » auquel elle n’a justement pas droit… Pas plus qu’aucun autre pays indépendant n’a de « droit de regard » sur la politique intérieure ou étrangère d’un autre pays indépendant, fut-il son voisin.

Voici donc les mythes russes sur les agressions de l’Otan démasqués.

Premier mythe, l’encerclement. La Russie prétend que les puissances occidentales cherchent à « encercler » son territoire et que les bases de l’Otan tout au long de sa frontière ouest n’ont d’autre objectif que de permettre cet encerclement. Il suffit de regarder une carte pour réaliser que cet argument ne tient pas la route. La Russie est le plus vaste pays du monde. Elle couvre a elle seule 11% de la surface terrestre de la planète. Elle est deux fois plus vaste que les Etats-Unis continentaux. Sa superficie est trente fois supérieure à celle de la France et elle compte plus de vingt mille kilomètres de frontières. Elle partage ses frontières terrestres avec quatorze pays, dont seulement cinq sont aujourd’hui membres de l’Otan. Ce qui représente mille deux cents kilomètres de frontières communes avec l’Otan. Soit un vingtième de ses frontières totales. Les trois pays ayant les plus longues frontières avec la Russie sont le Kazakhstan, la Mongolie et la Chine.

Second mythe, l’Otan est une puissance hostile vouée à vassaliser la Russie. L’Otan est une alliance défensive fondée en 1949 pour contenir l’expansionnisme soviétique. Cette alliance a vu son mandat prolongé au-delà de la guerre froide, précisément pour protéger les ex-républiques soviétiques nouvellement indépendantes d’un quelconque revirement politique à Moscou. L’Otan ne s’est pas montré hostile envers la Russie mais l’a, au contraire, incluse dans des actions communes – au Kosovo, en Afghanistan et dans la Corne de l’Afrique, sous mandat de l’Onu – et a cherché à l’intégrer dans un nouvel ensemble eurasiatique et transatlantique allant de San Francisco à Vladivostok. Tentatives d’ouvertures rejetées par la Russie, notamment à partir des années 2000 et l’arrivée à la présidence de Vladimir Poutine.

Troisième mythe, l’Otan serait revenu sur sa promesse de ne pas s’étendre à l’Est. Cette promesse est un vrai mythe. Elle n’existe pas et n’a jamais été faite à la Russie. Elle n’apparait dans aucun texte ou traité ! Les partisans de cette thèse font référence à des discussions ayant eu lieu du temps de l’Union soviétique, entre le président Gorbatchev et le secrétaire d’Etat américain de l’époque James Baker. Ces discussions portaient sur la réunification allemande et remontent au printemps 1991, alors que l’Union soviétique existait encore et qu’un certain nombre de pays d’Europe de l’Est lui étaient liés dans le cadre du Pacte de Varsovie. Tout empiétement sur cet ensemble aurait été une agression. Mais une fois l’Union soviétique dissoute, le pacte de Varsovie également dissout et ses ex-membres devenus des pays indépendants ces derniers avaient toute liberté et légitimité de rechercher des alliances internationales y compris celle de l’Otan. Ce qui fut le cas.

Dans ce contexte, loin de provoquer la Russie, l’Otan a attendu près de dix ans pour laisser rentrer ces pays. Le premier « round » d’intégration d’anciens pays de l’Est est intervenu en 1999, au sommet de Washington, avec l’intégration de la Pologne, de la Hongrie et de la République Tchèque. Cinq ans plus tard, en 2004, au sommet d’Istanbul, sept nouveaux pays européens furent accueillis au sein de l’Alliance atlantique (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lithuanie, Roumanie, Slovaquie et Slovénie ). Certains pays ont alors pris soin de faire approuver cette entrée par référendum auprès de leur population.

Quatrième mythe : L’Otan a cherché à isoler la Russie et à la marginaliser sur la scène internationale. C’est faux. Dès 1991 l’Otan a ouvert un « partenariat pour la paix » avec la Russie. En 1997 la Russie et l’Otan ont signé un Acte fondateur pour des relations mutuelles, pour la coopération et pour la sécurité, établissant un Conseil Permanent Otan-Russie, et initiant une coopération dans le domaine de la lutte anti-terroriste et contre le trafic de drogue. Cette coopération s’est prolongée au-delà de 2008 en dépit de l’invasion de la Géorgie par la Russie. Cette coopération a été suspendue à partir de 2014 suite à l’annexion de la Crimée par la Russie.

Cinquième mythe L’Otan a commencé ses actes d’agression contre la Russie lors du sommet de Bucarest en 2008. La réalité est exactement inverse. Lors de ce sommet, qui s’est tenu au mois d’avril, l’Otan a repoussé les processus d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine, préférant évoquer une « vocation » à intégrer l’alliance sans toutefois mettre une date sur cette possible entrée. Cette décision fut prise au nom de l’apaisement. Justement pour ne pas froisser Moscou et donner l’impression d’une quelconque agressivité de l’Alliance. En langage diplomatique une promesse d’intégration, non accompagnée d’une date butoir, c’est un report sine die En 2008, l’Otan n’a pas provoqué la Russie de Vladimir Poutine. L’Otan a au contraire plié devant Poutine. Car en tant que pays indépendants, l’Ukraine et la Georgie auraient du avoir toute liberté de déposer leur candidature si tel était leur souhait.

Poutine a d’ailleurs interprété ce report comme un aveu de faiblesse. Quelques mois plus tard, en août 2008, il n’hésitait pas à envahir la Géorgie pour prendre le contrôle d’une partie de son territoire, l’Ossétie du Sud. Cette occupation du territoire géorgien par la Russie est parfaitement illégale mais elle dure toujours et prive la Géorgie d’une véritable indépendance ! C’est exactement la même tactique que celle employée en Ukraine, en Moldavie et ailleurs : soutenir des éléments russophones pour justifier une présence militaire et garder dans le giron russe une ancienne république soviétique officiellement indépendante depuis trente ans… .

Au regard de l’évolution de la guerre russo-ukrainienne, il apparaît de plus en plus clairement que l’Otan ne fut qu’un prétexte et que le véritable objectif de Vladimir Poutine est la reconstitution d’un empire Russe, dont il considère que l’Ukraine fait partie. Au même titre d’ailleurs que les pays Baltes et d’autre pays d’Europe de l’Est… Ce qui laisse augurer d’autres engagements militaires !

Ces pays l’ont bien compris et c’est pour se prémunir contre toute agression russe que, depuis le début du conflit, ils se sont tournés vers les Etats-Unis pour leur protection, leur armement, leur entrainement militaire et même leur approvisionnement énergétique.

Pour commencer, l’Allemagne a passé commande de trente-cinq avions furtifs F-35, construits par la firme Lockheed Martin aux Etats-Unis. Une commande évaluée à 3,5 milliards de dollars. Berlin prévoit d’assortir cette commande de l’achat de quinze appareils euro-fighters construits par une consortium européen avec Airbus en son sein. Olaf Scholz, le chancelier allemand, a également assuré que son pays allait investir plus de cent milliards d’euros et consacrer plus de 2% de son budget à la défense. C’est ce que demandaient les Américains depuis quinze ans, sans être parvenus à l’obtenir (excepté Donald Trump qui avait menacé de quitter l’Otan si les partenaires européens, à commencer par les Allemands, ne payaient pas « leur part » du budget de l’alliance).

La Finlande et la Suisse, deux pays neutres et non-membres de l’Otan, ont également passé commande d’avions F-35. Or cet appareil a l’avantage d’offrir une interopérabilité avec les forces de l’Otan, ce qui souligne de la part de ces pays, notamment la Finlande, une volonté d’intégrer l’alliance atlantique…

De son côté, la Pologne a passé commande de 250 chars M1A2 Abrams aux Etats-Unis. Commande approuvée sans tarder par le Pentagone.

Le président américains Joe Biden a annoncé une hause de 4% du budget militaire américain pour le porter à 812 milliards de dollars, soit 40% de toutes les dépenses militaires dans le monde.

Les Allemands affirment également vouloir se désengager de leur dépendance envers le gaz russe. Le projet de gazoduc sous-marin entre la Russie et l’Allemagne, Nord-Stream 2, a été abandonné. Les Allemands devront trouver du gaz ailleurs. Tout comme la Pologne et la Bulgarie, qui se sont vu supprimer tout approvisionnement russe. Ces pays ont désormais le choix entre plusieurs alternatives : le Qatar, l’Algérie, le Turkménistan et … les Etats-Unis !

Les Etats-Unis sont en effet un nouvel acteur majeur sur le marché du gaz , avec leur gaz naturel liquéfié (GNL), et depuis le début du conflit les Européens sont devenus les premiers importateurs de ce gaz. Les sanctions contre la Russie, qui resteront inévitablement en place à l’issue du conflit, garantissent aux Etats-Unis un marché captif pour des années.

Les Etats-Unis possèdent les cinquièmes plus importantes réserves de gaz naturel au monde (après la Russie, l’Iran, le Qatar et le Turkménistan), et ils sont actuellement le premier producteur mondial de gaz avec près de mille milliards de mètres cubes par an, loin devant la Russie (650 milliards de m3 environ) et l’Iran (250 milliards de m3).

Une partie de cette production est exportée en dépit du fait que les Etats-Unis continuent d’importer d’énormes quantités de gaz et de pétrole pour leur propre consommation. D’ailleurs, à la veille de la guerre en Ukraine, ils importaient près d’un million de barils de pétrole brut de Russie tous les jours.

Mais Vladimir Poutine a été victime de son propre hubris. Involontairement, l’ancien apparatchik du KGB a rendu un service inestimable à Joe Biden, dont la présidence est par ailleurs désastreuse, et aux Etats-Unis. Il a enrichi la machine de guerre américaine, il a renforcé la cohésion européenne autour des Etats-Unis et il a fait de l’Amérique plus que jamais la « nation essentielle ».

 

 


21 000 MORTS !!!! (Is Europe ready to sacrifice its very lifeblood to save… its octogenerians ?)

20 mars, 2020

Grippe : 21 000 morts, « ça ne peut devenir la norme »La France compte 66,6 millions d'habitants: boom des décès et recul de l'espérance de vieGraphique: Les vagues de chaleur les plus meurtrières | StatistaImage result for longévité hommes europeImage result for loi sur l'euthanasie en Europe
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Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 44-45)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier. La Chine ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade.  (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs seraient permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – « de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été aussi isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzien en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nu ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec (2000)
La «grippe de Hongkong» alias «grippe de 68» est pourtant la plus récente des pandémies grippales. Troisième du XXe siècle après la «grippe espagnole» (20 à 40 millions de morts en 1918-1920) et la «grippe asiatique» (2 millions de morts en 1957), elle a fait le tour du monde entre l’été 1968 et le printemps 1970, tuant environ un million de personnes, selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Combien en France ? Il a fallu la grande peur d’une nouvelle pandémie liée à l’émergence du virus H5N1 pour que l’on s’aperçoive que nul n’avait fait le compte. C’est ainsi que les statisticiens et épidémiologistes Antoine Flahault et Alain-Jacques Valleron viennent de découvrir, au terme d’une analyse encore inédite des fichiers de mortalité conservés par l’unité CEPIDC (Centre épidémiologique sur les causes médicales de décès) de l’Inserm, l’ampleur exacte de cette grippe «oubliée» : «25 068 morts en décembre 1969 et 6 158 en janvier 1970, soit 31 226 en deux mois, révèle Antoine Flahault. La grippe de Hongkong a tué en France deux fois plus que la canicule de 2003 ! Fait frappant, cette énorme surmortalité saisonnière est passée pratiquement inaperçue.» A la fin des sixties, la grippe, ses malades et ses morts n’intéressent pas. Ni les pouvoirs publics, ni le public, ni les médias. L’événement est sur la Lune avec l’équipage d’Apollo 12, au Vietnam où l’Amérique s’enlise, au Biafra qui agonise, en Chine où s’achève la Révolution culturelle, à l’Elysée où s’installe Pompidou avec mission de gérer l’après-68 et les grèves qui perlent toujours dans les entreprises, les universités et les lycées. Mais assurément pas dans les hôpitaux. Témoin la presse française qui, en cet hiver 1969, alors même que la grippe de Hongkong atteint son apogée dans l’Hexagone, consacre des articles sporadiques à l’«épidémie» ­ on n’use pas alors du mot «pandémie». (…) La grippe, dont nul ne signale les morts, est alors moins qu’un fait divers. C’est un «marronnier d’hiver», écrit France-Soir… Un marronnier pour tous, sauf pour les collaborateurs du réseau international de surveillance de la grippe créé par l’OMS dès sa fondation, en 1947. Un article du Times de Londres les a alertés, le 12 juillet 1968, en signalant une forte vague de «maladie respiratoire» dans le sud-est de la Chine, à Hongkong. C’est dans cette colonie britannique surpeuplée qu’avaient été recensées, en 1957, les premières victimes du virus de la «grippe asiatique». Depuis, Hongkong est devenu, pour les épidémiologistes, la sentinelle des épidémies dont la Chine communiste est soupçonnée d’être le berceau. Fin juillet 1968, le Dr W. Chang dénombre 500 000 cas dans l’île. La «grippe de Hongkong» est née. Le virus, expédié sur un lit de glace à Londres où siège l’un des deux centres internationaux de référence de la grippe, est identifié comme une «variante» du virus de la grippe asiatique, un virus de type A2 ­ on dirait aujourd’hui H2. Erreur : on établira bientôt, après de vifs débats d’experts, qu’il s’agit d’un virus d’un nouveau genre, baptisé ultérieurement H3. Qu’importe, il voyage. Et vite. Profitant de l’émergence des transports aériens de masse. Gagne Taiwan, puis Singapour et le Vietnam. Ironie de la guerre : en septembre, il débarque en Californie avec des marines de retour au pays. Ironie de la science : au cours de ce même mois, il décime les rangs d’un Congrès international qui réunit à Téhéran 1 036 spécialistes des maladies infectieuses tropicales. «C’était un gag», raconte le virologiste Claude Hannoun, pionnier du vaccin antigrippal français et futur directeur du centre de référence de la grippe à l’Institut Pasteur. «Le troisième jour, alors que j’étais cloué au lit, un confrère m’a dit qu’il y avait plus de monde dans les chambres qu’en session. Près de la moitié des participants sont tombés malades sur place ou à leur retour chez eux.» Une enquête montrera qu’ils ont contribué à l’introduction du virus non seulement en Iran, mais dans huit pays de trois continents, du Sénégal au Koweït en passant par l’Angleterre et la Belgique. Fin 1968, le virus a traversé les Etats-Unis, tuant plus de 50 000 personnes en l’espace de trois mois. En janvier 1969, il accoste l’Europe de l’Ouest, mais sans grands dégâts, et en mai il semble avoir disparu de la circulation. Tant et si bien qu’en octobre 1969, lorsque l’OMS réunit à Atlanta une conférence internationale sur la grippe de Hongkong, les scientifiques estiment que la pandémie est finie, et plutôt bien : «Il n’y a pas eu de grand excès de mortalité, excepté aux Etats-Unis», conclut alors l’Américain Charles Cockburn. «En décembre, ça a été la douche froide», dit Claude Hannoun. Le virus de Hongkong est revenu en Europe. Méchant, cette fois. D’autant plus que le Vieux Continent a négligé de préparer un vaccin adéquat. Certes, en France, on a vacciné. Quelques jours durant, le service de vaccination de Lyon a même été pris d’assaut. «Il y a eu un moment où les vaccinations se faisaient sur le trottoir, avec des étudiants en médecine recrutés dans les amphis et la police qui bloquait les accès de la rue», raconte le Pr Dellamonica. Hélas, à la différence des vaccins américains, les produits français, fabriqués alors de façon assez artisanale par Pasteur (Paris) et Mérieux (Lyon), n’incluent pas la souche de Hongkong, malgré un débat d’experts. «De fait, les vaccins ont été d’une efficacité très médiocre ­ 30 % au lieu de l’usuel 70 %», relève Claude Hannoun. Autres temps, autres moeurs : nul n’a alors accusé les experts de la grippe et/ou le ministre de la Santé, Robert Boulin, d’avoir négligé ce «marronnier d’hiver» qui a envoyé 31 000 personnes au cimetière. On est loin de la France du sang contaminé dénonçant les responsabilités des politiques et des scientifiques, loin de ce début de millénaire où gouvernements et experts égrènent avec angoisse le nombre de personnes mortes d’avoir été contaminées par des volailles excrétant le virus aviaire H5N1 (une soixantaine en deux ans), guettent les premiers frémissements d’une «humanisation» du virus et se préparent, à coups de millions de dollars, à affronter les retombées sanitaires, économique. «A la fin des années 60, on a confiance dans le progrès en général, et le progrès médical en particulier, analyse Patrice Bourdelais, historien de la santé publique à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il y a encore beaucoup de mortalité infectieuse dans les pays développés, mais la plupart des épidémies y ont disparu grâce aux vaccins, aux antibiotiques et à l’hygiène. La grippe va donc, inéluctablement, disparaître.» Pour la communauté scientifique, la pandémie de Hongkong est cependant un choc. «Elle a sonné l’alarme, réveillé la peur de la catastrophe de 1918 et boosté les recherches sur le virus», dit Claude Hannoun. L’Institut Pasteur lui demande en effet dès 1970 de laisser ses travaux sur la fièvre jaune pour revenir à la grippe. «C’est elle aussi qui a dopé la production de vaccins, passée en France de 200 000 doses par an en 1968 à 6 millions en 1972.» Pour les épidémiologistes, «la grippe de Hongkong est entrée dans l’histoire comme la première pandémie de l’ère moderne. Celle des transports aériens rapides. La première, aussi, à avoir été surveillée par un réseau international, note Antoine Flahault. De fait, elle est la base de tous les travaux de modélisation visant à prédire le calendrier de la future pandémie». La grippe de Hongkong a bouclé son premier tour du monde en un an avant de revenir attaquer l’Europe. Elle nous dit que le prochain nouveau virus ceinturera la planète en quelques mois. Libération (2005)
Based on the data, I believe that the current dire models radically overestimate the ultimate death toll. There are three reasons for this. First, they underestimate the rate of adaptive responses, which should slow down the replication rate. Second, the models seem to assume that the vulnerability of infection for the older population—from 70 upward—gives some clue as to the rate of spread over the general population, when it does not. Third, the models rest on a tacit but questionable assumption that the strength of the virus will remain constant throughout this period, when in fact its potency should be expected to decline over time, in part because of temperature increases. As of March 16, the data from the United States falls short of justifying the draconian measures that are now being implemented. As of two days ago, 39 states have declared states of emergency, and they have been joined at the federal level with President Trump’s recent declaration to the same effect. These declarations are meant to endow governments with the power to impose quarantines and travel bans, close schools, restrict public gatherings, shut down major sporting events, stop public meetings, and close restaurants and bars. Private institutions are imposing similar restrictions. The one-two punch of public and private restrictions has caused a huge jolt to the economy. The irony here is that even though self-help measures like avoiding crowded spaces make abundant sense, the massive public controls do not. In light of the available raw data, public officials have gone overboard. To begin with, the word pandemic should not be lightly used. Recall that the Spanish influenza pandemic, fully worthy of the name, resulted in perhaps as many as a half-billion infections and between 50 and 100 million deaths, world-wide, of which some 675,000 were Americans, many coming back from Europe in the aftermath of the First World War. The World Health Organization recently declared coronavirus a pandemic at a time when the death count was at 4,000, presently being just over 6,500. It will surely rise no matter what precautions are taken going forward, but what is critical is some estimate of the rate. By way of comparison, the toll from the flu in the United States since October ran as follows: between 36 to 51 million infections, between 370 thousand to 670 thousand flu hospitalizations, and between 22 thousand to 55 thousand flu deaths. That works out to between roughly between 230,000 to 320,000 new infections per day, and between 140 to 350 deaths per day for an overall mortality rate of between 0.044 percent to 0.152 percent. As we think about the mortality rate of COVID-19, there are some important pieces of data to consider. (…) Washington state, with 676 reported cases and 42 deaths, has a mortality rate of 6.21 percent, which can be traced to a nursing facility in Kirkland Washington. While only contributing 57 cases, it was the source of 27 of the reported deaths, almost two-thirds of the fatalities. (We should expect, as has been the case, that the mortality rate in Washington will decline as the newer cases will not come exclusively from that high-risk population.) The next three states have 1,577 diagnosed cases and 11 deaths for a mortality rate of 0.69 percent, a number which has trended lower over the last few days. Unlike the deadly exposures in Kirkland, the exposures in New York state produced many documented illnesses, but only two deaths even after two weeks of exposure. And while it is easy to miss latent cases, it is harder to miss any virus-related death. Given that the incubation period is about two-weeks, the pool of cases before March 1 should be small. Many of the dire media accounts do not mention evolution. After the initial outburst in Kirkland, the target population was fitter. It is instructive therefore to look at the total number of cases, which spiked from 70 cases on March 5 to 672 cases on March 15. But those figures do not presage an increase into the thousands of daily cases that would be needed to reach the totals of the flu season. The current numbers are about 3 per cent of the rate of new flu cases in the 2019-2020 virus season. Even if there is some undercounting, it is highly unlikely, given the relatively short (two-week) incubation period, that the number of current cases will more than double or triple. It is also unlikely that most of the increase in reported cases (as opposed to deaths) will be in the population over age 70. More importantly, these numbers, as reported by the Centers for Disease Control, do not give any indication of heightened severity. What, then, does all of this portend for the future of COVID-19 in the United States? Good news is more likely than bad, notwithstanding the models that predict otherwise. The deaths in Washington have risen only slowly, even as the number of infections mount. The New York cases have been identified for long enough that they should have produced more deaths if the coronavirus was as dangerous as is commonly believed. (…) The theoretical answer to the question of how deadly the virus will turn out lies in part in a strong analytical relationship between the rate of spread and the strength of the virus. Start with the simple assumption that there is some variance in the rate of seriousness of any virus, just as there is in any trait for any species. In the formative stage of any disease, people are typically unaware of the danger. Hence, they take either minimal or no precautions to protect themselves from the virus. In those settings, the virus—which in this instance travels through droplets of moisture from sneezing and bodily contact—will reach its next victim before it kills its host. Hence the powerful viruses will remain dominant only so long as the rate of propagation is rapid. But once people are aware of the disease, they will start to make powerful adaptive responses, including washing their hands and keeping their distance from people known or likely to be carrying the infection. Various institutional measures, both private and public, have also slowed down the transmission rate. At some tipping point, the most virulent viruses will be more likely to kill their hosts before the virus can spread. In contrast, the milder versions of the virus will wreak less damage to their host and thus will survive over the longer time span needed to spread from one person to another. Hence the rate of transmission will trend downward, as will the severity of the virus. It is a form of natural selection. One key question is how rapidly this change will take place. There are two factors to consider. One is the age of the exposed population, and the other is the rate of change in the virulence of the virus as the rate of transmission slows, which should continue apace. By way of comparison, the virulent AIDS virus that killed wantonly in the 1980s crested and declined in the 1990s when it gave way to a milder form of virus years later once the condition was recognized and the bath houses were closed down. Part of the decline was no doubt due to better medicines, but part of it was due to this standard effect for diseases. Given that the coronavirus can spread through droplets and contact, the consequences of selection should manifest themselves more quickly than they did for AIDS. It is instructive to see how this analysis fares by taking into account the Korean data, which is more complete than the American data. South Korea has been dealing with the coronavirus since January 20. Since that time, the Korean government has administered a total of 261,335 tests to its citizens. In press releases updated every day, the Korean CDC is reporting (as of March 15) 8,162 total infections against 75 deaths for an overall mortality rate of 0.92 percent. But as shown in the table below, the age-disparity in outcome is striking: Clearly, the impact on elderly and immunocompromised individuals is severe, with nearly 90% of total deaths coming from individuals 60 and over. But these data do not call for shutting down all public and private facilities given the extraordinarily low rates of death in the population under 50. The adaptive responses should reduce the exposures in the high-risk groups, given the tendency for the coronavirus to weaken over time. My own guess is that the percentage of deaths will decline in Korea for the same reasons that they are expected to decline in the United States. It is highly unlikely that there will ever be a repetition of the explosive situation in Wuhan, where air quality is poorer and smoking rates are higher. So what then should be done? The first point is to target interventions where needed, toward high-risk populations, including older people and other people with health conditions that render them more susceptible to disease. But the current organized panic in the United States does not seem justified on the best reading of the data. In dealing with this point, it is critical to note that the rapid decline in the incidence of new cases and death in China suggests that cases in Italy will not continue to rise exponentially over the next several weeks. Moreover, it is unlikely that the healthcare system in the United States will be compromised in the same fashion as the Italian healthcare system in the wake of its quick viral spread. The amount of voluntary and forced separation in the United States has gotten very extensive very quickly, which should influence rates of infection sooner rather than later. Perhaps my analysis is all wrong, even deeply flawed. But the stakes are too high to continue on the current course without reexamining the data and the erroneous models that are predicting doom. Richard Epstein
In the earlier, March 16, 2020 version, of this essay, I made the single largest unforced intellectual error in my entire academic career, when I included numerical estimates about the possible impact of the coronavirus in terms of life and death. Those estimates were obviously ridiculously too low. Those mistakes brought on a torrent of criticism, pointing out the magnitude of those errors. Unfortunately, those responses detracted from the main purpose of that initial essay, which was to question some of the basic assumptions of the standard model. I regret those mistakes, and of course, I retract them. It is, however, important to stress that those errors were in no way essential to the central point that I made there, and continue to put forward—namely the serious overprojection of cases and deaths found in the New York Times graphic below, and in similar studies that predict tens of millions of coronavirus cases, and upwards of one million deaths. These proposals all rest on some version of the standard (“logistic”) models. In the constant efforts to criticize the incorrect numbers, little or no attention has been paid to my substantive queries as to the soundness of the standard models, by taking into account both the evolutionary forces of natural selection on the one side and the individual and institutional responses to incentives on the other. Adding those two elements into the mix led me to suggest that the estimates generated by the standard model would turn out to be far too high, perhaps by an order of magnitude. I have recently come across this extraordinary interview by Professor Knut Wittkowski, an epidemiologist which states in powerful form why the current policies of social distancing will prolong but not eliminate the disease. His insights go a long way toward explaining why, in the three weeks that have followed, the recent data has not come close to reaching those high estimates, and it seems unlikely that they will. The recent data shows that as of Monday morning April 6, 2020 the number of deaths in the United States stood at 9,655, and the total number of cases stood at 336,776, distributed as follows (where the sharp decline on April 5, 2020 may reflect some Sunday underreporting): These numbers are far below those predicted by the conventional models, and it is important to explain the discrepancy. As I mentioned in the initial version of this essay, I am fully aware that these views are contrary to the standard wisdom. But I hope that even my strongest critics will address the substantive arguments raised here against the conventional model, which seems systematically to have overpredicted the duration and severity of the current coronavirus pandemic. Richard Epstein
The immune system is a marvel of complexity and efficiency. It is designed to protect us from foreign invaders of all kinds, the most important of which are infectious agents, and from dangerous enemies that are generated within, like cancer. It is composed of a variety of defense strategies: it can generate chemicals to kill invaders; it can mobilize armies of cells to swallow them up; and it has an elaborate system whereby it can recognize thousands of substances that are foreign to our bodies and then neutralize them. For years it was thought by immunologists to be an autonomous system, though there were disconcerting stories about patients along the way that suggested that the mind might have something to do with the way it worked. For the most part these stories were discounted by the experts, but now there is concrete evidence that cannot be ignored that the brain is involved in the system. (…) there is a long history of awareness that the emotions have something to do with our susceptibility to or ability to fight off infection, but none of it is generally accepted by medical doctors and rarely applied in everyday practice. Frequent colds and genitourinary infections are among the most common but it is likely that psychological factors play a role in all infectious processes. As with cancer, it is the efficiency of the immune system to do its job of eradicating the infectious agent that is at issue. Stressful emotions can reduce that effectiveness and allow the infection to flourish but there is ample anecdotal evidence that people have the capacity to enhance immunologic efficiency by improving their emotional states. John E. Sarno (Healing back pain, 1991)
Selon un communiqué du 22 mars 2007 de l’Inserm, le nombre de décès du fait de la canicule 2003 s’élève à 19 490 en France et à 20 089 en Italie ; pour l’ensemble de l’Europe, il est de l’ordre de 70 000. Le chiffre de 25 000 morts des conséquences de la canicule est avancé par les syndicats des urgentistes de France. Wikipedia
Overall, this Review suggests that the psychological impact of quarantine is wide-ranging, substantial, and can be long lasting. This is not to suggest that quarantine should not be used; the psychological effects of not using quarantine and allowing disease to spread might be worse. However, depriving people of their liberty for the wider public good is often contentious and needs to be handled carefully. If quarantine is essential, then our results suggest that officials should take every measure to ensure that this experience is as tolerable as possible for people. This can be achieved by: telling people what is happening and why, explaining how long it will continue, providing meaningful activities for them to do while in quarantine, providing clear communication, ensuring basic supplies (such as food, water, and medical supplies) are available, and reinforcing the sense of altruism that people should, rightly, be feeling. Health officials charged with implementing quarantine, who by definition are in employment and usually with reasonable job security, should also remember that not everyone is in the same situation. If the quarantine experience is negative, the results of this Review suggest there can be long-term consequences that affect not just the people quarantined but also the health-care system that administered the quarantine and the politicians and public health officials who mandated it. The Lancet
Freshly killed hens are much better than frozen meat in supermarkets, if you want to make perfect chicken soup. The flavor is richer. Ran
Traditional medicine is a treasure of Chinese civilization, embodying the wisdom of the nation and its people. Xi Jinping
What a tragedy that the 100,000 pangolins that are purged every year are sacrificed over the false belief that their scales can aid in blood circulation and cure rheumatism! Melissa Chen
Wet markets, like the one in Wuhan that was ground zero for the COVID-19 pandemic raging across the globe, are common throughout Asia. The larger newly-industrialized cities in China play host to hundreds of such markets, providing fresh produce and meat but also functioning as social nuclei. Dubious food safety and hygiene standards aside, what made the Wuhan Seafood Market such a swarming petri dish for viral pathogens is the compendium of dead and live wildlife that were kept in close proximity, sometimes festering in their own fecal matter. Pictures and video clips circulated on Weibo and other social media platforms showed the range of animals on sale — wolf pups, rats, peacocks, raccoons, porcupines, snakes, crocodiles and foxes, all jammed side-by-side in flimsy cages awaiting their own slaughter, making it easy for zoonotic diseases to leap from species to species and from animals to humans. Scientists believe that the pangolin, an endangered Southeast Asian mammal that looks like the lovechild of a scaly anteater and an armadillo, was the intermediary that helped bridge the novel coronavirus’s jump from its original host, bats, to humans. To date, the virus has infected more than 200,000 and killed more than 8,000 people worldwide. The Chinese preference for wet markets and exotic wildlife has deep social, historical and cultural roots. Around 1960, Chairman Mao’s disastrous Great Leap Forward led to agricultural collapse and the starvation of tens of millions of people, a trauma that continues to make an indelible print on China’s collective psyche today. For one, it necessitated a scarcity mindset. Under starvation conditions, does it really matter what vessel of bodily flesh was delivering your next caloric intake? Why would you squander any body part? There’s an old Cantonese saying that goes, ‘anything that walks, swims, crawls, or flies with its back to heaven is edible’. The myth that freshly killed animals taste superior is very pervasive, particularly among the older generation. ‘Freshly killed hens are much better than frozen meat in supermarkets, if you want to make perfect chicken soup,’ a 60-year-old woman named Ran told Bloomberg while shopping at a Chinese wet market. ‘The flavor is richer.’ Perhaps because home refrigeration only became widespread in China in the last few decades, Chinese folks with rural roots still associate freshness with how recently the meat was slaughtered. This is why sellers keep their animals alive and only butcher them before their customers’ eyes. As for what’s driving the demand for exotic wildlife, we need only look to Traditional Chinese Medicine (TCM) which is very widely-adopted in China and among the Chinese diaspora. Its philosophical roots can be traced all the way back to the ancient text The Yellow Emperor’s Classic of Medicine, written roughly 2,000 years ago. This is the source material that lays out the various therapeutic effects of specific wild animal parts and suggests that consuming exotic meats confers wealth and status upon its devotee. What a tragedy that the 100,000 pangolins that are purged every year are sacrificed over the false belief that their scales can aid in blood circulation and cure rheumatism! Meanwhile, Beijing continues to aggressively promote TCM both internationally and domestically, in a bid to project nationalistic pride and soft power. Late last year, the state-run China Daily news website reported Xi Jinping saying that ‘traditional medicine is a treasure of Chinese civilization, embodying the wisdom of the nation and its people’. Most recently, Chinese officials have also been touting the success of deploying TCM methods to treat over half of the hospitalized COVID-19 patients in Hubei province, an ironic move given that it was the very indulgence of magical belief in traditional remedies that most likely caused the coronavirus outbreak in the first place. To its credit, the Chinese government has since taken swift action to close down some 20,000 wildlife farms and punish over 2,000 people for wildlife crimes since COVID-19 broke out uncontrollably. They have also temporarily banned the wildlife trade until the epidemic is over, but not without carving out exceptions for wild animals for the purposes of TCM. Unless this loophole is closed, people can and will simply abuse the system and use TCM as an excuse to smuggle in more meat and partake in the trade. Meanwhile, several articles have decried the problematic ways in which Chinese eating and hygiene habits have been discussed in light of the outbreak, especially because they may lead to stereotyping Chinese people as a whole for being barbaric and uncivilized. These stereotypes, they fear, will only end up fueling xenophobia and racism. The temptation here is to avoid falling into the trap of cultural relativism. It’s perfectly appropriate to criticize China’s rampant consumption of exotic animals, lack of hygiene standards and otherwise risky behavior that puts people at risk for zoonotic infections. Until these entrenched behaviors based on cultural or magical beliefs are divorced from Chinese culture, wet wildlife markets will linger as time-bombs ready to set off the next pandemic, which in a globalized age is proving only too easy to do. We already know that more than 75 percent of emerging diseases originate in animals and that in the last century, at least 10 infectious diseases jumped from animals to people. China should be aghast at its role setting off the global domino effect at Wuhan Seafood Market in late 2019. After countless infections and death, the obliteration of trillions of dollars and the radical retooling of modern life as we know it, the least China could do is introduce higher food safety regulations, eradicate all wet markets and ban the wildlife trade, once and for all. Melissa Chen
As early as Dec 27, a Guangzhou-based genomics company had sequenced most of the virus from fluid samples from the lung of a 65-year old deliveryman who worked at the seafood market where many of the first cases emerged. The results showed an alarming similarity to the deadly Sars coronavirus that killed nearly 800 people between 2002 and 2003. Around that time, local doctors sent at least eight other patient samples from hospitals around Wuhan to multiple Chinese genomics companies, including industry heavyweight BGI, as they worked to determine what was behind a growing number of cases of unexplained respiratory disease. The results all pointed to a dangerous Sars-like virus. That was days before China notified the World Health Organisation (WHO) on Dec 31 about the emergence of an unidentified infectious disease, two weeks before it shared the virus’ genome sequence with the world, and crucially, more than three weeks before Chinese authorities confirmed publicly that the virus was spreading between people. Concerns about the new disease were initially kept within a small group of medical workers, researchers and officials. On Dec 30, Dr Li Wenliang was one of several in Wuhan who sounded the first alarms and released initial evidence online. Dr Li, who was punished for releasing the information, would perish from the disease five weeks later, after contracting it from a patient. On Jan 1, after several batches of genome sequence results had been returned to hospitals and submitted to health authorities, an employee of one genomics company received a phone call from an official at the Hubei Provincial Health Commission, ordering the company to stop testing samples from Wuhan related to the new disease and destroy all existing samples. (…) Then on Jan 3, China’s National Health Commission (NHC), the nation’s top health authority, ordered institutions not to publish any information related to the unknown disease, and ordered labs to transfer any samples they had to designated testing institutions, or to destroy them. The order, which Caixin has seen, did not specify any designated testing institutions. It was Jan 9 when the Chinese authorities finally announced that a novel coronavirus was behind Wuhan’s viral pneumonia outbreak. Even then, the transmissibility of the virus was downplayed, leaving the public unaware of the imminent danger. Finally, on Jan 20, Dr Zhong Nanshan, a leading authority on respiratory health who came to national attention in his role fighting Sars, confirmed in a TV interview that the disease was spreading from person-to-person. (…) On the evening of Dec 30, several doctors in Wuhan, including the late Dr Li Wenliang, privately shared CapitalBio’s results as a warning to friends and colleagues to take protective measures. Those messages then circulated widely online and sparked a public uproar demanding more information. Several people, including Dr Li and two other doctors who sent the messages that night, were later punished by the authorities for « spreading rumours ». Caixa Global (29.02. 2020)As early as Dec 27, a Guangzhou-based genomics company had sequenced most of the virus from fluid samples from the lung of a 65-year old deliveryman who worked at the seafood market where many of the first cases emerged. The results showed an alarming similarity to the deadly Sars coronavirus that killed nearly 800 people between 2002 and 2003. Around that time, local doctors sent at least eight other patient samples from hospitals around Wuhan to multiple Chinese genomics companies, including industry heavyweight BGI, as they worked to determine what was behind a growing number of cases of unexplained respiratory disease. The results all pointed to a dangerous Sars-like virus. That was days before China notified the World Health Organisation (WHO) on Dec 31 about the emergence of an unidentified infectious disease, two weeks before it shared the virus’ genome sequence with the world, and crucially, more than three weeks before Chinese authorities confirmed publicly that the virus was spreading between people. Concerns about the new disease were initially kept within a small group of medical workers, researchers and officials. On Dec 30, Dr Li Wenliang was one of several in Wuhan who sounded the first alarms and released initial evidence online. Dr Li, who was punished for releasing the information, would perish from the disease five weeks later, after contracting it from a patient. On Jan 1, after several batches of genome sequence results had been returned to hospitals and submitted to health authorities, an employee of one genomics company received a phone call from an official at the Hubei Provincial Health Commission, ordering the company to stop testing samples from Wuhan related to the new disease and destroy all existing samples. (…) Then on Jan 3, China’s National Health Commission (NHC), the nation’s top health authority, ordered institutions not to publish any information related to the unknown disease, and ordered labs to transfer any samples they had to designated testing institutions, or to destroy them. The order, which Caixin has seen, did not specify any designated testing institutions. It was Jan 9 when the Chinese authorities finally announced that a novel coronavirus was behind Wuhan’s viral pneumonia outbreak. Even then, the transmissibility of the virus was downplayed, leaving the public unaware of the imminent danger. Finally, on Jan 20, Dr Zhong Nanshan, a leading authority on respiratory health who came to national attention in his role fighting Sars, confirmed in a TV interview that the disease was spreading from person-to-person. (…) On the evening of Dec 30, several doctors in Wuhan, including the late Dr Li Wenliang, privately shared CapitalBio’s results as a warning to friends and colleagues to take protective measures. Those messages then circulated widely online and sparked a public uproar demanding more information. Several people, including Dr Li and two other doctors who sent the messages that night, were later punished by the authorities for « spreading rumours ». Caixa Global (29.02. 2020)As early as Dec 27, a Guangzhou-based genomics company had sequenced most of the virus from fluid samples from the lung of a 65-year old deliveryman who worked at the seafood market where many of the first cases emerged. The results showed an alarming similarity to the deadly Sars coronavirus that killed nearly 800 people between 2002 and 2003. Around that time, local doctors sent at least eight other patient samples from hospitals around Wuhan to multiple Chinese genomics companies, including industry heavyweight BGI, as they worked to determine what was behind a growing number of cases of unexplained respiratory disease. The results all pointed to a dangerous Sars-like virus. That was days before China notified the World Health Organisation (WHO) on Dec 31 about the emergence of an unidentified infectious disease, two weeks before it shared the virus’ genome sequence with the world, and crucially, more than three weeks before Chinese authorities confirmed publicly that the virus was spreading between people. Concerns about the new disease were initially kept within a small group of medical workers, researchers and officials. On Dec 30, Dr Li Wenliang was one of several in Wuhan who sounded the first alarms and released initial evidence online. Dr Li, who was punished for releasing the information, would perish from the disease five weeks later, after contracting it from a patient. On Jan 1, after several batches of genome sequence results had been returned to hospitals and submitted to health authorities, an employee of one genomics company received a phone call from an official at the Hubei Provincial Health Commission, ordering the company to stop testing samples from Wuhan related to the new disease and destroy all existing samples. (…) Then on Jan 3, China’s National Health Commission (NHC), the nation’s top health authority, ordered institutions not to publish any information related to the unknown disease, and ordered labs to transfer any samples they had to designated testing institutions, or to destroy them. The order, which Caixin has seen, did not specify any designated testing institutions. It was Jan 9 when the Chinese authorities finally announced that a novel coronavirus was behind Wuhan’s viral pneumonia outbreak. Even then, the transmissibility of the virus was downplayed, leaving the public unaware of the imminent danger. Finally, on Jan 20, Dr Zhong Nanshan, a leading authority on respiratory health who came to national attention in his role fighting Sars, confirmed in a TV interview that the disease was spreading from person-to-person. (…) On the evening of Dec 30, several doctors in Wuhan, including the late Dr Li Wenliang, privately shared CapitalBio’s results as a warning to friends and colleagues to take protective measures. Those messages then circulated widely online and sparked a public uproar demanding more information. Several people, including Dr Li and two other doctors who sent the messages that night, were later punished by the authorities for « spreading rumours ». Caixa Global (29.02. 2020)
We routinely differentiate between two kinds of military action: the inevitable carnage and collateral damage of diffuse hostilities, and the precision of a “surgical strike,” methodically targeted to the sources of our particular peril. The latter, when executed well, minimizes resources and unintended consequences alike. As we battle the coronavirus pandemic, and heads of state declare that we are “at war” with this contagion, the same dichotomy applies. This can be open war, with all the fallout that portends, or it could be something more surgical. The United States and much of the world so far have gone in for the former. I write now with a sense of urgency to make sure we consider the surgical approach, while there is still time. (…) What we know so far about the coronavirus makes it a unique case for the potential application of a “herd immunity” approach, a strategy viewed as a desirable side effect in the Netherlands, and briefly considered in the United Kingdom. The data from South Korea, where tracking the coronavirus has been by far the best to date, indicate that as much as 99 percent of active cases in the general population are “mild” and do not require specific medical treatment. (…) These conclusions are corroborated by the data from Wuhan, China, which show a higher death rate, but an almost identical distribution. The higher death rate in China may be real, but is perhaps a result of less widespread testing. South Korea promptly, and uniquely, started testing the apparently healthy population at large, finding the mild and asymptomatic cases of Covid-19 other countries are overlooking. The experience of the Diamond Princess cruise ship, which houses a contained, older population, proves the point. The death rate among that insular and uniformly exposed population is roughly 1 percent. We have, to date, fewer than 200 deaths from the coronavirus in the United States — a small data set from which to draw big conclusions. Still, it is entirely aligned with the data from other countries. The deaths have been mainly clustered among the elderly, those with significant chronic illnesses such as diabetes and heart disease, and those in both groups. (…) The clustering of complications and death from Covid-19 among the elderly and chronically ill, but not children (there have been only very rare deaths in children), suggests that we could achieve the crucial goals of social distancing — saving lives and not overwhelming our medical system — by preferentially protecting the medically frail and those over age 60, and in particular those over 70 and 80, from exposure. (…) I am deeply concerned that the social, economic and public health consequences of this near total meltdown of normal life — schools and businesses closed, gatherings banned — will be long lasting and calamitous, possibly graver than the direct toll of the virus itself. The stock market will bounce back in time, but many businesses never will. The unemployment, impoverishment and despair likely to result will be public health scourges of the first order. (…) in more and more places we are limiting gatherings uniformly, a tactic I call “horizontal interdiction” — when containment policies are applied to the entire population without consideration of their risk for severe infection. But as the work force is laid off en masse (our family has one adult child home for that reason already), and colleges close (we have another two young adults back home for this reason), young people of indeterminate infectious status are being sent home to huddle with their families nationwide. And because we lack widespread testing, they may be carrying the virus and transmitting it to their 50-something parents, and 70- or 80-something grandparents. If there are any clear guidelines for behavior within families — what I call “vertical interdiction” — I have not seen them. Such is the collateral damage of this diffuse form of warfare, aimed at “flattening” the epidemic curve generally rather than preferentially protecting the especially vulnerable. I believe we may be ineffectively fighting the contagion even as we are causing economic collapse. There is another and much overlooked liability in this approach. If we succeed in slowing the spread of coronavirus from torrent to trickle, then when does the society-wide disruption end? When will it be safe for healthy children and younger teachers to return to school, much less older teachers and teachers with chronic illnesses? When will it be safe for the work force to repopulate the workplace, given that some are in the at-risk group for severe infection? (…) We just don’t know. We could wait until there’s an effective treatment, a vaccine or transmission rates fall to undetectable levels. But what if those are a year or more away? Then we suffer the full extent of societal disruption the virus might cause for all those months. The costs, not just in money, are staggering to contemplate. So what is the alternative? Well, we could focus our resources on testing and protecting, in every way possible, all those people the data indicate are especially vulnerable to severe infection: the elderly, people with chronic diseases and the immunologically compromised. (…) But there are several major problems with subsuming the especially vulnerable within the policies now applied to all. First, the medical system is being overwhelmed by those in the lower-risk group seeking its resources, limiting its capacity to direct them to those at greatest need. Second, health professionals are burdened not just with work demands, but also with family demands as schools, colleges and businesses are shuttered. Third, sending everyone home to huddle together increases mingling across generations that will expose the most vulnerable. As the virus is already circulating widely in the United States, with many cases going undetected, this is like sending innumerable lit matches into small patches of tinder. (…)This focus on a much smaller portion of the population would allow most of society to return to life as usual and perhaps prevent vast segments of the economy from collapsing. Healthy children could return to school and healthy adults go back to their jobs. Theaters and restaurants could reopen, though we might be wise to avoid very large social gatherings like stadium sporting events and concerts. So long as we were protecting the truly vulnerable, a sense of calm could be restored to society. Just as important, society as a whole could develop natural herd immunity to the virus. The vast majority of people would develop mild coronavirus infections, while medical resources could focus on those who fell critically ill. Once the wider population had been exposed and, if infected, had recovered and gained natural immunity, the risk to the most vulnerable would fall dramatically. (…) The path we are on may well lead to uncontained viral contagion and monumental collateral damage to our society and economy. A more surgical approach is what we need. David L. Katz
Epidémie de grippe saisonnière: une surmortalité de 21.000 décès cet hiver. France Soir (01/03/2017)
La France a enregistré en 2015 un boom des décès, «au plus haut depuis l’après-guerre», mais aussi un recul de l’espérance de vie et une légère baisse des naissances, pour atteindre 66,6 millions d’habitants au 1er janvier 2016, a indiqué mardi l’Insee. (…) En 2015, 600.000 personnes sont décédées (+7,3% sur un an). Cette «forte hausse s’explique par l’augmentation du nombre des 65 ans et plus et par la hausse des taux de mortalité après 65 ans». En cause, trois épisodes sanitaires de surmortalité: la grippe au premier trimestre 2015, la canicule en juillet et une vague de froid en octobre. Sous l’effet de ce surcroît de mortalité, l’espérance de vie à la naissance «diminue nettement», de 0,4 an pour les femmes, de 0,3 an pour les hommes. La Croix
La France a enregistré 600 000 décès l’an dernier, une « forte hausse » par rapport à 2014 (+41 000, soit +7,3 %) mais aussi un nombre de morts « à son plus haut depuis la Seconde guerre mondiale ». Ce bond s’explique par l’augmentation du nombre de personnes de 65 ans et plus, et par la hausse des taux de mortalité après 65 ans, due à trois épisodes sanitaires en 2015 : grippe au premier trimestre, canicule en juillet et vague de froid en octobre. Conséquence, l’espérance de vie à la naissance diminue, de 0,4 an pour les femmes et de 0,3 an pour les hommes. En 2015, une femme peut espérer vivre 85 ans et un homme 78,9 ans. Ouest France
En dépit d’une loi qui l’interdit, la Cour constitutionnelle a décrété mercredi que le suicide assisté peut être jugé licite en Italie si une série de conditions sont réunies, une décision qualifiée de « victoire » par les partisans de l’euthanasie. Dans une sentence très attendue, la haute cour a estimé que l’aide au suicide « n’est pas punissable » quand sont respectés « le consentement éclairé » de la personne, « les soins palliatifs », « la sédation profonde » ainsi qu’un contrôle (« vérification de ces conditions et des modalités d’exécution » du suicide assisté) effectué par les autorités de santé publique après « avis du comité éthique » local. La Cour a souligné que l’aide au suicide ne peut concerner que des patients « maintenus en vie par des traitements vitaux et atteints d’une pathologie irréversible, source de souffrances physiques et psychologiques jugées insupportables, mais pleinement en mesure de prendre des décisions libres et conscientes ». La Cour a aussi précisé que sa décision était prise « dans l’attente d’une intervention indispensable du législateur », demandant donc au parlement de modifier la législation en vigueur. En Italie, pays à forte tradition catholique, l’euthanasie est interdite et le code pénal punit « l’instigation ou l’aide au suicide » avec des peines comprises entre 5 ans et 12 ans de prison. Les juges constitutionnels étaient saisis du cas de Marco Cappato, un responsable du Parti radical (historiquement favorable à l’avortement et à l’euthanasie), qui avait conduit un célèbre DJ italien en Suisse en 2017 pour un suicide assisté. Fabiano Antoniani, dit DJ Fabo, grand voyageur, pilote de moto-cross et musicien, était resté tétraplégique et aveugle après un accident de la route en 2014. « A partir d’aujourd’hui nous sommes tous plus libres, y compris ceux qui ne sont pas d’accord » avec l’euthanasie, s’est félicité M. Cappato sur Facebook, évoquant une « victoire de la désobéissance civile ». « Pour moi aider DJ Fabo était un devoir, la Cour a établi que c’était son droit », a-t-il ajouté. Beppino Englaro, papa d’Eluana, plongée dans un état végétatif et qui fut entre 2008 et sa mort en 2009 un symbole de la lutte pour l’euthanasie, a salué en M. Cappato « un pionnier qui a ouvert la voie vers l’établissement d’un droit ». Le Point
En Italie, le patient « zéro » n’a pas pu être identifié. Seul le patient «un» est connu: un cadre de 38 ans, pris en charge au service des urgences de Codogno, en Lombardie et qui semble avoir été un amplificateur majeur de la diffusion initiale du nouveau coronavirus. On ignore toutefois comment cet homme a contracté l’infection, n’ayant pas voyagé lui-même dans une zone à risque, ni fréquenté des personnes déjà malades. Une hypothèse évoque une contamination à Munich, en Allemagne, auprès d’une personne en provenance de Shanghai. « Le virus est probablement arrivé d’un autre pays européen, donc pas directement de Chine. Puis il a circulé de façon souterraine de fin janvier au 21 février, explique le Pr Massimo Galli chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Luigi Sacco (Milan). Il s’est diffusé de façon très efficace dans la zone rouge, sans qu’aucune mesure de contrôle ne soit mise en place. » À ce stade, les premiè·res malades n’ont donc pas été diagnostiqué·es, leurs symptômes pouvant être assimilés à de simples grippes saisonnières. Ce n’est que dans la dernière semaine de février qu’une première alerte a pu être donnée, notamment grâce à Attilio Fontana, président de la Lombardie, qui a annoncé s’être mis de lui-même en quarantaine, un de ses collaborateurs ayant été infecté par le virus. Il a alors annoncé cette décision sur Facebook via une vidéo où on le voit en train de mettre un masque chirurgical. Plus de 300 personnes avaient alors déjà été testées positives en Lombardie. On devait également découvrir que l’Italie n’avait pas fait de véritable contrôle des retours d’Italien·nes en provenance de Chine en janvier. Le gouvernement avait certes interdits certains vols, mais des Italien·nes qui étaient en Chine sont rentré·es en Italie par des voies différentes, via d’autres pays –de même que des citoyen·nes chinois·es ont pu venir par ces mêmes voies en Italie. « Je crois que nous avons fait des erreurs, reconnaît Mateo Renzi. L’Italie était la première à décider d’arrêter les vols entre la Chine et l’Italie en janvier. Cette décision semblait une très bonne décision mais c’était seulement un bloc de vols directs. Mais beaucoup de Chinois ont décidé d’arriver en Italie avec d’autres vols. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire d’arrêter les vols directs. Ce qui est nécessaire, c’est d’arrêter les occasions de rendez-vous, les échanges. Aujourd’hui, c’est plus important de fermer les écoles que les vols directs. » Ce fut l’une des premières explications avancées par les spécialistes italien·nes pour expliquer la situation de leur pays: on y pratiquait beaucoup plus de tests de dépistage que dans les autres pays d’Europe. Ainsi, les patient·es présentant des symptômes mais ne nécessitant pas d’hospitalisation étaient d’emblée comptabilisé·es. (…) Les explications des spécialistes italien·nes peuvent sans aucun doute expliquer l’augmentation du nombre de cas détectés en Italie. Pour autant elles ne suffisent pas à expliquer l’important taux de mortalité du coronavirus observé dans le pays. Une analyse complète publiée le 17 février par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CCDC) établit que le taux de létalité du Covid-19 augmente avec l’âge: 3,6% chez les 60-69 ans, 8% chez les 70-79 ans et 14,8% chez les plus de 80 ans. Or on sait que la population italienne est celle dont la moyenne d’âge est la plus élevée de l’Union européenne. Près d’un·e Italien·ne sur quatre (23%, contre 19,6% en France –données Eurostat) est âgé·e de plus de 65 ans. Et au niveau mondial, l’Italie occupe la deuxième place derrière le Japon. Est-ce suffisant pour expliquer le nombre important de cas et de décès observés dans le pays? Les avis des spécialistes, ici, divergent. (…) La situation ainsi créée met avant tout en lumière les difficultés massives rencontrées par un système sanitaire devant, en urgence, répondre à un afflux massif et brutal de malades. La leçon est d’autant plus importante que ce phénomène a concerné la Lombardie, l’une des régions les plus riches d’Europe et les mieux équipées, en infrastructures comme en compétences. « S’il y a autant de morts, c’est que nous n’avons pas réussi à les soigner, estime l’épidémiologiste italien Carlo La Vecchia. En Italie, les services sanitaires ne sont plus en mesure de fournir d’assistance respiratoire. Il n’y a pas assez d’appareils, mais surtout il n’y a pas assez de personnel en mesure de les utiliser. Nous manquons de structures adaptées. » (…) L’un des meilleurs systèmes de santé au monde, celui de la Lombardie, est à deux pas de l’effondrement», explique le Dr Pesenti dans une interview au quotidien milanais Il Corriere della Sera. (…) « C’est un cauchemar, confie le Dr Bassetti. Nous avons beaucoup de patients âgés avec des comorbidités, mais nous avons aussi beaucoup de patients plus jeunes, qui souffrent de pneumonies avec une insuffisance respiratoire», explique le médecin, ce qui requiert «une ventilation pendant une semaine ou deux ». (…) Il faut se rappeler que la pandémie de grippe de 1918 (très bien étudiée aux États-Unis) avait diffusée en trois vagues successives. La première (fin du printemps 1918) souvent appelée «annonciatrice» avait des caractéristiques qui ressemblent un peu à la dynamique observée actuellement avec le Covid-19. La deuxième (au début de l’automne 1918) fut la plus haute et la plus meurtrière. Quant à la troisième (hiver 1918-1919) elle fut plus haute que la première, mais inférieure à la deuxième. Un tel scénario est tout à fait envisageable désormais avec le Covid-19. Nous assisterions alors aujourd’hui à des soubresauts un peu erratiques qui ne seraient que le tout début d’un processus qui s’annoncerait prolongé mais long et entrecoupé de répits durant les périodes estivales, au moins dans les latitudes tempérées. Un élément plaide pour une telle «pause estivale»: c’est le calme relatif actuellement observé dans l’hémisphère sud. Cette hypothèse se verrait renforcée si nous devions observer, à l’approche de l’hiver austral (juin-septembre), une émergence marquée de l’activité virale en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et en Amérique Latine. Slate
L’âge moyen des personnes décédées en Italie et testées positives au Covid-19 est de 79,5 ans et les hommes représentent 70% des morts, a annoncé l’Institut supérieur de la santé (ISS) qui publie régulièrement ses statistiques. Sur un échantillon de 2.003 morts, sur les 2.503 que le pays avait enregistrés mardi, 707 se trouvaient dans la tranche d’âge 70-79 ans, 852 dans la tranche d’âge 80-89 ans et 198 ont plus de 90 ans, selon un communiqué de l’ISS. « Dix-sept personnes positives au Covid-19 de moins de 50 ans sont mortes. En particulier, cinq de ces personnes avaient moins de 40 ans, toutes de sexe masculin, avec un âge compris entre 31 et 39 ans, avec de graves pathologies précédentes », précise l’ISS. Recensant une dizaine de pathologies les plus courantes relevées sur les personnes décédées, dont les plus fréquentes sont l’hypertension, le diabète ou la cardiopathie ischémique, l’ISS souligne que 48,5% des personnes décédées souffraient de 3 ou plus de ces pathologies et 25,6% de 2 pathologies. Seulement 0,8% des personnes, trois au total, n’avaient aucune pathologie, selon la même source. AFP
85 ans en France, contre 77 ans en Bulgarie : l’espérance de vie à la naissance des femmes connaît de grandes disparités en Europe. Le constat est identique en ce qui concerne les hommes. Les Françaises ont une espérance de vie de 85,3 ans à la naissance (données 2011), contre 77,8 ans pour les Bulgares. Chez les hommes, les Suédois et les Italiens peuvent espérer vivre un peu plus de 79 ans, contre aux alentours de 71 ans pour les Hongrois, Roumains et Bulgares. Au sein de l’Europe, les populations les mieux loties ont une longévité supérieure d’environ 9 ans à celles pour qui l’espérance de vie est la moins élevée. Les écarts sont aussi marqués entre hommes et femmes : les Français ont une espérance de vie à peine supérieure aux Roumaines. Mais les disparités entre les sexes ne sont pas équivalentes au sein de chaque pays : de près de 5 ans en Grèce et de 4 ans en Suède, on passe à 7 et 8,5 ans respectivement en France et en Pologne. Quelques changements apparaissent dans la hiérarchie des pays dès lors que l’on tient compte de l’espérance de vie en bonne santé. Cet indice mesure le nombre d’années qu’une personne peut potentiellement vivre sans subir de handicaps majeurs. Dans ce cas de figure, les écarts entre les femmes et les hommes se réduisent considérablement. L’espérance de vie en bonne santé est même supérieure pour les hommes en Suède (69,2 contre 68,7 années pour les femmes). Les Portugaises ont l’espérance de vie la plus faible, avec 57,2 années. Pour les hommes, ce sont les Autrichiens qui connaissent le niveau le plus bas (58 ans). Mais attention, il s’agit d’indicateurs subjectifs : ce sont les personnes interrogées qui indiquent être ou non en bonne santé. La perception d’être en « bonne » santé peut varier d’un pays à un autre. Inégalités
Si seulement il avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! Caissière
Nous, les ouvriers, on nous dit : ‘Allez travailler !’ Alors que les cadres travaillent depuis chez eux. M. Leroy (élu CGT, Wattrelos)
La seule consigne que nous avons est de ne pas faire signer les clients sur nos téléphones. Pour le reste, c’est comme si de rien n’était : nous n’avons pas de mètre de sécurité car c’est impossible à appliquer, nous continuons le tri côte-à-côte. [Le gel hydroalcoolique] en tournée il est impossible de s’en servir toutes les demi-heures où dès que l’on touche une lettre ou un colis: Nous n’avons aucun gant ni masque, on nous dit que le masque n’est pas obligatoire. Les voitures sont partagées et non désinfectées, nous sommes ensemble 6 jours sur 7 sans protection, nous touchons les sonnettes, les portes… Nos chefs s’en fichent royalement, les syndicats nous disent que nous ne pouvons pas appliquer le droit de retrait car toutes les mesures de sécurité sont prises… Du gel hydroalcoolique  ! En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie. Et pourtant, j’aime mon travail. Ils sont en train de nous dégoûter. Je suis tellement déçue. Factrice
« Quarantaine à deux vitesses : repos et loisirs pour les uns, précarité et risque sanitaire pour les autres. » « Le confinement, c’est pour les riches. » « On est 300 à bosser sur le site et les cadres sont en télétravail. Nous, qu’on se mette en danger, tout le monde s’en fout. » Les riches à l’abri, les pauvres au turbin ? Les aisés, en télétravail depuis leur maison secondaire du bord de mer, les précaires à l’usine ?  La formule est caricaturale, mais illustre ce sentiment diffus qui pointe, depuis quelques jours, chez certains travailleurs de terrain : deux salles, deux ambiances. Ou plutôt, deux poids, deux mesures. Car si Bruno Le Maire a appelé ce mardi, sur BFMTV, « tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail », pointe parfois, chez ceux qui sont mobilisés sur le terrain, l’impression d’être « envoyé au front », dans les usines, les bureaux, pour faire tourner la machine, et s’exposer, pendant que les autres, les confinés, préservent, au chaud et en télétravail, leur santé. Et tout ça pour très peu de reconnaissance. Ils sont caissiers, ouvriers, préparateur de commandes, logisticien, travaillent dans les transports, le commerce, ce sont les invisibles, ceux qui travaillent dans les tréfonds des usines, ceux qui ont les mains dans le cambouis. D’après le ministère du Travail, c’est un peu plus de quatre emplois sur dix qui peuvent être exercés à distance. Mais dans la conjoncture actuelle, les remarques fusent : « On ne peut pas aller voir la grand-mère, ni la famille, mais par contre, vous pouvez aller bosser. Et empilés les uns sur les autres », dit un salarié. Lâchés seuls en première ligne ? (…) Ce qui entretient encore plus particulièrement le sentiment d’injustice, c’est qu’on « laisse ouvrir des activités qui devraient être fermées », souligne Laurent Degousée.  « Le 14 mars, on a un arrêté qui indique la fermeture des commerces non utiles. Le 15, un autre arrêté liste les exceptions : les magasins de vapotage ont le droit d’être ouvert, la jardinerie, animalerie, la téléphonie mobile… On  se moque de qui ? » Qu’est-ce qui est utile, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour certains salariés ou travailleurs, la réponse est toute trouvée : ils sont sacrifiés pour des besoins non-utiles. Les livreurs de plateformes se considèrent ainsi comme des « travailleurs sacrifiables pour du récréatif ».  LCI

Quel monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles ?

A l’heure où avec 372 morts en deux mois pour la France …

Contre 21 000 pour l’hiver d’il y a trois ans …

Ou les 70 000 de la canicule de l’été 2003

Ou, conjonction grippe, canicule et vague de froid, les 41 000 morts excédentaires de 2015

Voire – qui s’en souvient encore ? – les 31 000 morts en deux mois pour en 1968 une France de 50 millions d’habitants (et 50 000 en trois mois pour une Amérique de 200 millions) …

Et une moyenne d’âge des décès en Italie de 79,5 ans

Dont 99, 2% à une ou plusieurs comorbidités …

Pour la pire réplique sur le continent européen de l’épidémie chinoise, initialement cachée, du coronovirus …

Pour cause, dans l’une des régions les plus riches d’Italie, du manque d’isolement des premiers malades

Mais au moment aussi où la grogne monte, pendant que les riches se prélassent ou télétravaillent dans leurs gentilhommières, de toute une chair à canon de petits métiers

Comment ne pas voir …

Non seulement l’incroyable disproportion

Mais la véritable hystérie collective …

En une Europe où, sur fond d’appel à la décroissance, certains se battent, y compris en Italie, pour la généralisation de l’euthanasie active ou passive …

D’un pays prêt, via le confinement prolongé forcé, au suicide économique et au sacrifice de la totalité de ses forces vives…

Pour sauver en un hiver apparemment un peu plus rigoureux que d’habitude …

Habitudes culinaires et médicinales si particulières de nos amis chinois obligent …

Ses octogénères ???

Epidémie de grippe saisonnière: une surmortalité de 21.000 décès cet hiver
France Soir
01/03/2017

« Cette hausse » de la mortalité, toutes causes confondues, « concerne quasi-exclusivement les personnes âgées de 65 ans ou plus », a précisé l’agence de santé publique. « La très grande majorité de ces décès sont liés à la grippe », directement ou indirectement, estimait la semaine dernière, lors d’un précédent bilan, Daniel Levy-Bruhl, responsable de l’unité infections respiratoires à l’agence sanitaire. La surmortalité s’élevait alors à 19.400, selon ce précédent bilan. Le nombre de cas de grippe n’a pas été particulièrement important cette année (1,9 million de consultations), mais ils ont été « quasiment exclusivement occasionnés par un virus de la famille H3N2, particulièrement dangereux pour les personnes les plus fragiles », a expliqué l’épidémiologiste. Cette caractéristique a provoqué un taux d’hospitalisation important, en particulier chez les personnes âgées, à l’origine d’un engorgement dans certains hôpitaux au cours des dernières semaines de 2016. En France métropolitaine, la semaine dernière, le taux d’incidence des cas de syndromes grippaux vus en consultation de médecine générale a été estimé à 52 cas pour 100.000 habitants, en dessous du seuil épidémique (150 cas pour 100.000 habitants)…

 Voir aussi:

Italie: l’âge moyen des décédés du virus est de 79,5 ans

L’âge moyen des personnes décédées en Italie et testées positives au Covid-19 est de 79,5 ans et les hommes représentent 70% des morts, a annoncé l’Institut supérieur de la santé (ISS) qui publie régulièrement ses statistiques. Sur un échantillon de 2.003 morts, sur les 2.503 que le pays avait enregistrés mardi, 707 se trouvaient dans la tranche d’âge 70-79 ans, 852 dans la tranche d’âge 80-89 ans et 198 ont plus de 90 ans, selon un communiqué de l’ISS. « Dix-sept personnes positives au Covid-19 de moins de 50 ans sont mortes. En particulier, cinq de ces personnes avaient moins de 40 ans, toutes de sexe masculin, avec un âge compris entre 31 et 39 ans, avec de graves pathologies précédentes », précise l’ISS. Recensant une dizaine de pathologies les plus courantes relevées sur les personnes décédées, dont les plus fréquentes sont l’hypertension, le diabète ou la cardiopathie ischémique, l’ISS souligne que 48,5% des personnes décédées souffraient de 3 ou plus de ces pathologies et 25,6% de 2 pathologies. Seulement 0,8% des personnes, trois au total, n’avaient aucune pathologie, selon la même source…

 Voir également:

Qui vit le plus longtemps en Europe ?

Données 25 août 2011

85 ans en France, contre 77 ans en Bulgarie : l’espérance de vie à la naissance des femmes connaît de grandes disparités en Europe. Le constat est identique en ce qui concerne les hommes.

Europe Conditions de vie

Les Françaises ont une espérance de vie de 85,3 ans à la naissance (données 2011), contre 77,8 ans pour les Bulgares. Chez les hommes, les Suédois et les Italiens peuvent espérer vivre un peu plus de 79 ans, contre aux alentours de 71 ans pour les Hongrois, Roumains et Bulgares. Au sein de l’Europe, les populations les mieux loties ont une longévité supérieure d’environ 9 ans à celles pour qui l’espérance de vie est la moins élevée. Les écarts sont aussi marqués entre hommes et femmes : les Français ont une espérance de vie à peine supérieure aux Roumaines. Mais les disparités entre les sexes ne sont pas équivalentes au sein de chaque pays : de près de 5 ans en Grèce et de 4 ans en Suède, on passe à 7 et 8,5 ans respectivement en France et en Pologne.

Espérance de vie à la naissance en Europe
Unité : années
Femmes Hommes Écart femmes/hommes
Pays-Bas 83,2 79,9 3,3
Royaume-Uni 82,8 79,2 3,6
Suède 84,1 80,4 3,7
Norvège 84,2 80,5 3,7
Irlande 83,4 79,6 3,8
Danemark 82,7 78,8 3,9
Italie 84,9 80,3 4,6
Belgique 83,4 78,7 4,7
Allemagne 83,1 78,3 4,8
Autriche 83,7 78,8 4,9
Grèce 83,7 78,5 5,2
Union européenne (28 pays) 83,3 77,9 5,4
Espagne 85,7 80,1 5,6
Finlande 84,4 78,7 5,7
Portugal 84,3 78,1 6,2
France 85,5 79,2 6,3
Hongrie 79,0 72,3 6,7
Pologne 81,6 73,5 8,1
Source : Eurostat – Données 2015 – © Observatoire des inégalités

Quelques changements apparaissent dans la hiérarchie des pays dès lors que l’on tient compte de l’espérance de vie en bonne santé. Cet indice mesure le nombre d’années qu’une personne peut potentiellement vivre sans subir de handicaps majeurs. Dans ce cas de figure, les écarts entre les femmes et les hommes se réduisent considérablement. L’espérance de vie en bonne santé est même supérieure pour les hommes en Suède (69,2 contre 68,7 années pour les femmes). Les Portugaises ont l’espérance de vie la plus faible, avec 57,2 années. Pour les hommes, ce sont les Autrichiens qui connaissent le niveau le plus bas (58 ans). Mais attention, il s’agit d’indicateurs subjectifs : ce sont les personnes interrogées qui indiquent être ou non en bonne santé. La perception d’être en « bonne » santé peut varier d’un pays à un autre.

Espérance de vie en bonne santé
Unité : années
Femmes Hommes
Suède 68,7 69,2
Royaume-Uni 66,3 65
Grèce 65,8 65,4
Bulgarie 65,5 61,9
Irlande 65 63,2
France 64,2 62,4
Belgique 63,8 63,2
Espagne 63,3 63,8
Pologne 62,6 58,4
Roumanie 62,6 60
Union européenne 62 60,9
Italie 61,2 62,4
Danemark 60,7 62,3
Pays-Bas 59,8 62,4
Autriche 59,5 58
Finlande 59,4 58,6
Hongrie 58 54,6
Allemagne 57,4 55,8
Portugal 57,2 59
Source : Eurostat – 2008

On sait en réalité assez mal expliquer ces écarts. L’espérance de vie tient à de très nombreux facteurs, où se mêlent l’accès aux soins, les conditions et la durée du travail, les modes de vie (consommation de tabac, d’alcool, etc.), etc. La qualité du système de soins ne joue que très partiellement, ce qui explique par exemple que l’espérance de vie des Polonaises soit proche de celle des Danoises, alors que leur système de santé n’est pas comparable.

Voir de plus:

Italie: la Cour constitutionnelle rend possible le suicide assisté

Le Point/AFP

Voir encore:

Les différentes législations et pratiques de l’euthanasie en Europe

Alors que des heurts ont opposé mardi 10 février des manifestants anti et pro-euthanasie en Italie après la mort d’Eluana, devenue le symbole de la lutte pour le droit de mourir, état des lieux des différentes pratiques de l’euthanasie.

L’Obs

En Europe, seuls les Pays-Bas et la Belgique ont légalisé l’euthanasie, la Suisse la tolère tandis qu’au Luxembourg le processus de légalisation est en cours.

– Les pays qui ont légalisé l’euthanasie

Le 1er avril 2002, les Pays-Bas deviennent le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie: la loi exempte le médecin de poursuites judiciaires s’il respecte certains « critères de minutie ».
La Belgique suit en septembre 2002.
Le 18 décembre 2008, les députés luxembourgeois se sont prononcés en faveur de la légalisation de l’euthanasie, en cas de situation médicale « sans issue », mais l’interdisent pour les mineurs. La validation du texte, auquel s’oppose le grand-duc Henri, pourrait prendre du temps, une loi réduisant ses pouvoirs n’étant pas entrée en vigueur.

– Les pays qui interdisent l’euthanasie mais autorisent une forme d’aide à la mort

En Italie, l’euthanasie est interdite. Le droit de refuser des soins est reconnu par la Constitution.
En France, la Loi Leonetti du 22 avril 2005 a instauré un droit au « laisser mourir », sans permettre aux médecins de pratiquer l’euthanasie.
En Suisse, un médecin peut fournir à un malade condamné et désirant mourir une dose mortelle d’un médicament qu’il prendra lui-même.
En Grande-Bretagne, l’euthanasie est interdite. Depuis 2002, la justice autorise l’interruption des soins dans certains cas.
En Allemagne, l’euthanasie passive, comme le fait de débrancher une machine n’est pas illégale si le patient a donné son consentement. La situation est sensiblement la même en Autriche.
En Espagne, l’euthanasie n’est pas autorisée mais la loi reconnaît aux malades le droit de refuser d’être soignés. Le gouvernement, après avoir envisagé une légalisation du suicide assisté, a indiqué en janvier qu’il ne prévoyait pas de loi en la matière sous cette législature.
Au Portugal, l’euthanasie comme le suicide assisté sont considérés par le code pénal comme des homicides qualifiés. Selon le nouveau code déontologique des médecins, adopté en janvier, « l’utilisation de moyens extraordinaires pour maintenir la vie » peut être interrompue en cas de mort cérébrale ou à la demande du malade, mais en aucun cas l’hydratation ou l’alimentation même administrées artificiellement.
En Norvège, un médecin peut décider de ne pas traiter un patient agonisant à sa demande, ou, s’il ne peut communiquer, à celle de ses proches.
Au Danemark, depuis fin 1992, on peut faire un « testament médical » que les médecins doivent respecter. En Suède, une assistance médicale au suicide est possible.
En Hongrie, les malades incurables peuvent refuser leur traitement ainsi qu’en République tchèque.
En Slovaquie, si « l’euthanasie et le suicide assisté sont inacceptables », le personnel médical « atténue la douleur des malades incurables et des mourants (…) et respecte les souhaits du patient en accord avec la législation ».

– Les pays où l’euthanasie est strictement interdite et qui ne prévoient pas d’aide à la mort

L’euthanasie est interdite en Grèce, comme en Roumanie, où elle est passible d’une peine allant jusqu’à sept ans de prison.
La Bosnie, la Croatie et la Serbie considèrent l’euthanasie comme un homicide qu’ils punissent.
En Pologne, l’euthanasie est passible de 3 mois à 5 ans de prison, mais « dans des cas exceptionnels » le tribunal peut appliquer une atténuation extraordinaire de la peine, voire renoncer à l’infliger.

Voir aussi:

We routinely differentiate between two kinds of military action: the inevitable carnage and collateral damage of diffuse hostilities, and the precision of a “surgical strike,” methodically targeted to the sources of our particular peril. The latter, when executed well, minimizes resources and unintended consequences alike.

As we battle the coronavirus pandemic, and heads of state declare that we are “at war” with this contagion, the same dichotomy applies. This can be open war, with all the fallout that portends, or it could be something more surgical. The United States and much of the world so far have gone in for the former. I write now with a sense of urgency to make sure we consider the surgical approach, while there is still time.

Outbreaks tend to be isolated when pathogens move through water or food, and of greater scope when they travel by widespread vectors like fleas, mosquitoes or the air itself. Like the coronavirus pandemic, the infamous flu pandemic of 1918 was caused by viral particles transmitted by coughing and sneezing. Pandemics occur when an entire population is vulnerable — that is, not immune — to a given pathogen capable of efficiently spreading itself.

Immunity occurs when our immune system has developed antibodies against a germ, either naturally or as a result of a vaccine, and is fully prepared should exposure recur. The immune system response is so robust that the invading germ is eradicated before symptomatic disease can develop.

Importantly, that robust immune response also prevents transmission. If a germ can’t secure its hold on your body, your body no longer serves as a vector to send it forward to the next potential host. This is true even if that next person is not yet immune. When enough of us represent such “dead ends” for viral transmission, spread through the population is blunted, and eventually terminated. This is called herd immunity.

What we know so far about the coronavirus makes it a unique case for the potential application of a “herd immunity” approach, a strategy viewed as a desirable side effect in the Netherlands, and briefly considered in the United Kingdom.

The data from South Korea, where tracking the coronavirus has been by far the best to date, indicate that as much as 99 percent of active cases in the general population are “mild” and do not require specific medical treatment. The small percentage of cases that do require such services are highly concentrated among those age 60 and older, and further so the older people are. Other things being equal, those over age 70 appear at three times the mortality risk as those age 60 to 69, and those over age 80 at nearly twice the mortality risk of those age 70 to 79.

These conclusions are corroborated by the data from Wuhan, China, which show a higher death rate, but an almost identical distribution. The higher death rate in China may be real, but is perhaps a result of less widespread testing. South Korea promptly, and uniquely, started testing the apparently healthy population at large, finding the mild and asymptomatic cases of Covid-19 other countries are overlooking. The experience of the Diamond Princess cruise ship, which houses a contained, older population, proves the point. The death rate among that insular and uniformly exposed population is roughly 1 percent.

We have, to date, fewer than 200 deaths from the coronavirus in the United States — a small data set from which to draw big conclusions. Still, it is entirely aligned with the data from other countries. The deaths have been mainly clustered among the elderly, those with significant chronic illnesses such as diabetes and heart disease, and those in both groups.

This is not true of infectious scourges such as influenza. The flu hits the elderly and chronically ill hard, too, but it also kills children. Trying to create herd immunity among those most likely to recover from infection while also isolating the young and the old is daunting, to say the least. How does one allow exposure and immunity to develop in parents, without exposing their young children?

The clustering of complications and death from Covid-19 among the elderly and chronically ill, but not children (there have been only very rare deaths in children), suggests that we could achieve the crucial goals of social distancing — saving lives and not overwhelming our medical system — by preferentially protecting the medically frail and those over age 60, and in particular those over 70 and 80, from exposure.

Why does this matter?

I am deeply concerned that the social, economic and public health consequences of this near total meltdown of normal life — schools and businesses closed, gatherings banned — will be long lasting and calamitous, possibly graver than the direct toll of the virus itself. The stock market will bounce back in time, but many businesses never will. The unemployment, impoverishment and despair likely to result will be public health scourges of the first order.

Worse, I fear our efforts will do little to contain the virus, because we have a resource-constrained, fragmented, perennially underfunded public health system. Distributing such limited resources so widely, so shallowly and so haphazardly is a formula for failure. How certain are you of the best ways to protect your most vulnerable loved ones? How readily can you get tested?

We have already failed to respond as decisively as China or South Korea, and lack the means to respond like Singapore. We are following in Italy’s wake, at risk of seeing our medical system overwhelmed twice: First when people rush to get tested for the coronavirus, and again when the especially vulnerable succumb to severe infection and require hospital beds.

Yes, in more and more places we are limiting gatherings uniformly, a tactic I call “horizontal interdiction” — when containment policies are applied to the entire population without consideration of their risk for severe infection.

But as the work force is laid off en masse (our family has one adult child home for that reason already), and colleges close (we have another two young adults back home for this reason), young people of indeterminate infectious status are being sent home to huddle with their families nationwide. And because we lack widespread testing, they may be carrying the virus and transmitting it to their 50-something parents, and 70- or 80-something grandparents. If there are any clear guidelines for behavior within families — what I call “vertical interdiction” — I have not seen them.

Such is the collateral damage of this diffuse form of warfare, aimed at “flattening” the epidemic curve generally rather than preferentially protecting the especially vulnerable. I believe we may be ineffectively fighting the contagion even as we are causing economic collapse.

There is another and much overlooked liability in this approach. If we succeed in slowing the spread of coronavirus from torrent to trickle, then when does the society-wide disruption end? When will it be safe for healthy children and younger teachers to return to school, much less older teachers and teachers with chronic illnesses? When will it be safe for the work force to repopulate the workplace, given that some are in the at-risk group for severe infection?

When would it be safe to visit loved ones in nursing homes or hospitals? When once again might grandparents pick up their grandchildren?

There are many possible answers, but the most likely one is: We just don’t know. We could wait until there’s an effective treatment, a vaccine or transmission rates fall to undetectable levels. But what if those are a year or more away? Then we suffer the full extent of societal disruption the virus might cause for all those months. The costs, not just in money, are staggering to contemplate.

So what is the alternative? Well, we could focus our resources on testing and protecting, in every way possible, all those people the data indicate are especially vulnerable to severe infection: the elderly, people with chronic diseases and the immunologically compromised. Those that test positive could be the first to receive the first approved antivirals. The majority, testing negative, could benefit from every resource we have to shield them from exposure.

To be sure, while mortality is highly concentrated in a select groups, it does not stop there. There are poignant, heart-rending tales of severe infection and death from Covid-19 in younger people for reasons we do not know. If we found over time that younger people were also especially vulnerable to the virus, we could expand the at-risk category and extend protections to them.

We have already identified many of the especially vulnerable. A detailed list of criteria could be generated by the Centers for Disease Control and Prevention, updated daily and circulated widely to health professionals and the public alike. The at-risk population is already subject to the protections of our current policies: social distancing, medical attention for fever or cough. But there are several major problems with subsuming the especially vulnerable within the policies now applied to all.

First, the medical system is being overwhelmed by those in the lower-risk group seeking its resources, limiting its capacity to direct them to those at greatest need. Second, health professionals are burdened not just with work demands, but also with family demands as schools, colleges and businesses are shuttered. Third, sending everyone home to huddle together increases mingling across generations that will expose the most vulnerable.

As the virus is already circulating widely in the United States, with many cases going undetected, this is like sending innumerable lit matches into small patches of tinder. Right now, it is harder, not easier, to keep the especially vulnerable isolated from all others — including members of their own families — who may have been exposed to the virus.

If we were to focus on the especially vulnerable, there would be resources to keep them at home, provide them with needed services and coronavirus testing, and direct our medical system to their early care. I would favor proactive rather than reactive testing in this group, and early use of the most promising anti-viral drugs. This cannot be done under current policies, as we spread our relatively few test kits across the expanse of a whole population, made all the more anxious because society has shut down.

This focus on a much smaller portion of the population would allow most of society to return to life as usual and perhaps prevent vast segments of the economy from collapsing. Healthy children could return to school and healthy adults go back to their jobs. Theaters and restaurants could reopen, though we might be wise to avoid very large social gatherings like stadium sporting events and concerts.

So long as we were protecting the truly vulnerable, a sense of calm could be restored to society. Just as important, society as a whole could develop natural herd immunity to the virus. The vast majority of people would develop mild coronavirus infections, while medical resources could focus on those who fell critically ill. Once the wider population had been exposed and, if infected, had recovered and gained natural immunity, the risk to the most vulnerable would fall dramatically.

A pivot right now from trying to protect all people to focusing on the most vulnerable remains entirely plausible. With each passing day, however, it becomes more difficult. The path we are on may well lead to uncontained viral contagion and monumental collateral damage to our society and economy. A more surgical approach is what we need.

David L. Katz is a specialist in preventive medicine and public health, president of True Health Initiative and the founding director of Yale University’s Yale-Griffin Prevention Research Center.

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Les riches à la maison, les pauvres envoyés au front ? Le sentiment d’injustice monte chez les non-confinés

GUERRE DES MONDES ? – Avec les mesures de confinement, se dessinent deux réalités pour les travailleurs : ceux qui peuvent se préserver, en télétravail, et ceux qui sont sur le terrain. Avec parfois, le sentiment d’y risquer leur santé.

« Quarantaine à deux vitesses : repos et loisirs pour les uns, précarité et risque sanitaire pour les autres. » « Le confinement, c’est pour les riches. » « On est 300 à bosser sur le site et les cadres sont en télétravail. Nous, qu’on se mette en danger, tout le monde s’en fout. » Les riches à l’abri, les pauvres au turbin ? Les aisés, en télétravail depuis leur maison secondaire du bord de mer, les précaires à l’usine ?  La formule est caricaturale, mais illustre ce sentiment diffus qui pointe, depuis quelques jours, chez certains travailleurs de terrain : deux salles, deux ambiances. Ou plutôt, deux poids, deux mesures.Car si Bruno Le Maire a appelé ce mardi, sur BFMTV, « tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail », pointe parfois, chez ceux qui sont mobilisés sur le terrain, l’impression d’être « envoyé au front », dans les usines, les bureaux, pour faire tourner la machine, et s’exposer, pendant que les autres, les confinés, préservent, au chaud et en télétravail, leur santé. Et tout ça pour très peu de reconnaissance.
Ils sont caissiers, ouvriers, préparateur de commandes, logisticien, travaillent dans les transports, le commerce, ce sont les invisibles, ceux qui travaillent dans les tréfonds des usines, ceux qui ont les mains dans le cambouis. D’après le ministère du Travail, c’est un peu plus de quatre emplois sur dix qui peuvent être exercés à distance. Mais dans la conjoncture actuelle, les remarques fusent : « On ne peut pas aller voir la grand-mère, ni la famille, mais par contre, vous pouvez aller bosser. Et empilés les uns sur les autres », dit un salarié. Lâchés seuls en première ligne ? L’incompréhension monte. Le sentiment d’injustice aussi. Tout ça prépare la colère, car ils se sentent en danger.A la RATP, c’est un salarié affecté au Poste de manœuvre local, qui dit : « Nous sommes déjà 7 et j’ai déjà croisé plus de 15 collègues ! Je ne suis pas en train de dire que je refuse de travailler, je souhaite et j’exige des précautions pour nous protéger. » A La Poste, c’est une employée qui travaille sur un site logistique, mêlant facteurs, colis et courriers, qui raconte l’inquiétude, et même la frayeur, qui s’insinue, peu à peu. « Un agent a signalé que son enfant avait 40 de fièvre et une toux, et que lui-même commençait à tousser. Il a demandé au chef de se mettre lui-même en quarantaine, il n’a pas voulu », nous confie-t-elle. « Donc, nous avons un cas possiblement porteur du virus avec nous. Un autre agent, dont la femme est suspectée de coronavirus, a été mis en quarantaine, mais personne au bureau n’est au courant, à part quelques-uns. Dans un bureau voisin, ils ont laissé partir une factrice avec de la fièvre en tournée. »
En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie– Une factrice
La Poste se veut rassurante : « Nous nous adaptons un peu tous les jours », indique-t-on à LCI, en insistant sur l’attention portée aux règles d’hygiène : « Seuls 1600 bureaux sont ouverts sur 7700 en France, nous faisons tourner les équipes avec certaines qui restent chez elles, pour ne pas exposer tout le monde. Et pour les 80% de facteurs qui continuent les tournées le matin, tout est fait pour qu’ils aient le moins de contacts possible: on ne fait plus signer sur les smartphones, on va se laver les mains chez les buralistes. Mais notre rôle est aussi de rassurer la population, il est hyper important. »Depuis le terrain, la factrice tique : « La seule consigne que nous avons est de ne pas faire signer les clients sur nos téléphones, raconte-t-elle. « Pour le reste, c’est comme si de rien n’était : nous n’avons pas de mètre de sécurité car c’est impossible à appliquer, nous continuons le tri côte-à-côte. » Elle a bien reçu des gels hydroalcoolique, la semaine dernière, « mais en tournée il est impossible de s’en servir toutes les demi-heures où dès que l’on touche une lettre ou un colis » : « Nous n’avons aucun gant ni masque, on nous dit que le masque n’est pas obligatoire. Les voitures sont partagées et non désinfectées, nous sommes ensemble 6 jours sur 7 sans protection, nous touchons les sonnettes, les portes…  » Elle est désabusée : « Nos chefs s’en fichent royalement, les syndicats nous disent que nous ne pouvons pas appliquer le droit de retrait car toutes les mesures de sécurité sont prises… Du gel hydroalcoolique  ! » Elle en rit jaune, vert, bleu, elle en grince : « En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie », reprend-elle. « Et pourtant, j’aime mon travail. Ils sont en train de nous dégoûter. Je suis tellement déçue. »
C’est une dinguerie ce qu’il se passe. Les salariés vont bosser la boule au ventre– Laurent Degousée, de Sud Commerce
Reste ce sentiment d’être envoyé au casse-pipe que perçoivent bien les syndicats, qui relaient depuis quelques jours ces inquiétudes. Que des commerces doivent ouvrir ? Aucun problème, c’est une évidence, pour Laurent Degousée, co-délégué de la fédération Sud-Commerces. « Je ne remets évidemment pas en cause le fait que, de Franprix à Carrefour, il faut que ce soit ouvert », explique le syndicaliste à LCI. « Mais les salariés travaillent dans des situation indigentes, malgré des mesures de protection extrêmement simples à mettre en œuvre. » « C’est une situation d’incurie, avec impréparation complète du côté des employeurs et du gouvernement », pointe-t-il. « En première ligne, on a le service public et les soignants, mais aussi 700.000 salariés de la distribution alimentaire. Et c’est une dinguerie ce qu’il se passe. Les salariés vont bosser la boule au ventre. »Le syndicaliste raconte pèle-mêle les témoignages qu’il n’arrête plus de recevoir : « Cela va des gens qui n’ont pas de gants, à ceux qui en ont, mais des gants pour le pain qui se déchirent au bout de dix minutes, à ceux qui n’ont pas de masques, parce qu’on leur dit que c’est anxiogène. Ce sont encore des salariés qui doivent s’acheter eux-mêmes le gel hydroalcoolique. Et ceux qui, quand ils en ont, ils ne disposent pas de temps de pause pour se laver les mains. » Il pointe aussi le non-respect des distances de sécurité, le fait qu’il n’y ait pas toujours d’agents de sécurité – alors que certains magasins ont vécu des incidents parfois violents… Ce sont, aussi des vitres de protection boutiquées avec du plastique et des films alimentaires… « Mais avant de vouloir fabriquer des vitres en plexiglas, donnez donc d’abord des gants ! » martèle-t-il.
Ce qui entretient encore plus particulièrement le sentiment d’injustice, c’est qu’on « laisse ouvrir des activités qui devraient être fermées », souligne Laurent Degousée.  « Le 14 mars, on a un arrêté qui indique la fermeture des commerces non utiles. Le 15, un autre arrêté liste les exceptions : les magasins de vapotage ont le droit d’être ouvert, la jardinerie, animalerie, la téléphonie mobile… On  se moque de qui ? » Qu’est-ce qui est utile, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour certains salariés ou travailleurs, la réponse est toute trouvée : ils sont sacrifiés pour des besoins non-utiles. Les livreurs de plateformes se considèrent ainsi comme des « travailleurs sacrifiables pour du récréatif ».

La colère des salariés de terrain

Certains sites de production font face à une grogne des équipes, depuis quelques jours. Comme La Redoute, à Wattrelos dans le Nord où, explique 20 minutes Lille, 20 salariés ont débrayé mardi matin ; ou encore Amazon, particulièrement dans le collimateur des syndicats. Laurent Degousée y va à la sulfateuse pour « dénoncer l’attitude criminelle de la direction » : « La seule chose qu’ils ont, dans les entrepôts, ce sont des gants. Les mêmes qu’en temps normal, contre les coupures. Le respect de la distance minimale de sécurité, le fait de pouvoir se laver les mains, il n’y a rien. La seule mesure forte, c’est, à la cantine, de laisser un siège à côté de soi ! »De son côté, Amazon assure que la sécurité des personnels est « la priorité absolue », et souhaite aussi « pouvoir continuer à livrer les clients les plus touchés, dont beaucoup n’ont aucun autre moyen d’obtenir des produits essentiels. » Et rappelle les mesures prises : nettoyage de tous les installations, désinfection des postes au début et à la fin des shifts, l’aménagement des lieux de travail pour garder une « distance sociale », la mise en place de « pauses échelonnées » pour réduire le nombre de personnes dans les espaces de restauration.Pas suffisant pour la CFDT Amazon electrics : « Pour la direction, tout va bien, il faut travailler, quelques lingettes par-ci par-là, un peu de gel hydroalcoolique. Mais nous sommes des centaines de personnes à nous croiser chaque jour sur ces sites logistiques. » Et dénonce au passage des petits coups de pression : « Amazon en est à proposer des augmentations de salaire temporaires, jusqu’au 30 avril, pour faire venir les salariés. Les services RH Amazon menacent également les salariés faisant usage de leur droit de retrait. » Or, les syndicats appellent ainsi à ce droit de retrait : « L’activité d’Amazon n’est pas essentielle à la nation, les godemichets et DVD attendront quelques semaines pour être livrés », indiquait la CFDT dans un communiqué. D’autant que l’inquiétude sourd : « Plusieurs salariés Amazon sont désormais confinés chez eux car malades et suspectés de coronavirus », indique la CFDT.

Et le droit de retrait ?

Ce droit de retrait, souvent invoqué par les syndicats, reste délicat dans la pratique. Il est en effet prévu par le Code du travail, et permet à tout salarié de quitter son poste s’il s’estime soumis à un « danger grave et imminent », et que son employeur ne le protège pas. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, puis la ministre du travail Muriel Pénicaud, ont redit début mars que ce droit de retrait ne pouvait pas être invoqué dans le cas de l’épidémie en cours, si l’employeur a mis en place les précautions de sécurité sur le lieu de travail. Solliciter son droit de retrait dans ces conditions, c’est donc s’exposer sur le moment à une perte de salaire. Qui pourrait être invalidée par les Prud’hommes, mais dans de long mois. Ce qui rend beaucoup de salariés frileux, comme le raconte cet employé de la RATP : « J’ai milité auprès de mes collègues pour un droit de retrait afin de réclamer des mesures adéquates aux instructions données et également pour avoir des réponses aux questions qu’on se pose. Ils sont tous d’accord avec moi mais personne n’est prêt à exercer son droit ! »Dans certaines usines, le rapport de force se fait en faveur des ouvriers. Est-ce un effet de l’exemple italien, où des usines de tous secteurs se sont mises en grève la semaine dernière pour obtenir des règles de sécurité strictes et des protocoles de sécurité ? Quoi qu’il en soit, le constructeur automobile PSA a annoncé lundi qu’il fermait ses usines en Europe. Renault a stoppé l’usine de Douai dans la foulée. Chez Amazon, la mobilisation est lancée : selon les syndicats, environ 200 salariés du site de Douai (Nord) ont fait valoir mardi leur droit de retrait. Mercredi, ce sont 50% des CDI qui ont fait la même démarche ou étaient en débrayage à Montélimar (Drôme). En attendant, la CFDT prêche dorénavant pour une sorte grève du zèle… par l’hygiène, en appliquant les consignes à la lettre : 1 mètre entre chaque salarié, du gel hydroalcoolique à chaque changement de chariot, s’hydrater toutes les 15 minutes, et donc prévenir son manager qu’on va aux toilettes, nettoyer ses outils dès qu’ils changent… « Amazon veut qu’on vienne bosser, faisons-le sans penser productivité. »
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Coronavirus : dans toute la France, les caissières en première ligne

Raphaëlle Rérolle , Marie-Béatrice Baudet , Béatrice Gurrey et Annick Cojean

Le Monde

22 mars 2020

Enquête La plupart des « hôtesses de caisse » n’ont pas cessé le travail depuis le début de l’épidémie, obligées de rester fidèles au poste, malgré la peur d’être exposées au virus.

Ces gants-là, ça ne vaut rien. Assise derrière la caisse, elle regarde sa main comme un objet étrange, dans un bref moment d’accalmie. Ces doigts en plastique transparent, beaucoup trop larges, la légère transpiration à l’intérieur… Elle l’agite comme une marionnette et on entend le froissement du plastique. Un peu plus tard, elle accepte de donner son numéro de téléphone pour raconter, à l’abri des oreilles indiscrètes, sa vie de caissière pendant l’épidémie.

Maintenant on dit « hôtesse de caisse », mais il faudrait, en temps de guerre contre le coronavirus, parler de bons petits soldats, voire de chair à canon, tant elles ont subi – ce sont des femmes à 90 % – l’assaut d’une clientèle devenue folle, juste avant le confinement, décrété mardi 17 mars à midi.

Elles sont de moins en moins nombreuses depuis dix ans dans les super et les hypermarchés, avec l’apparition des caisses automatiques. Une baisse d’environ 10 %, soit un bataillon de 150 000 équivalents temps plein, selon la Fédération du commerce et de la distribution. Mais il est chaque jour au front depuis que tous les commerces « non indispensables » ont fermé. On ne peut plus dire « l’intendance suivra ». Elle précède tout.

Bénédicte, le prénom qu’elle a choisi pour ne pas être reconnue, a 30 ans et travaille en Normandie pour une chaîne de supermarchés de hard discount. « Ce sont des gants de boulangerie, on s’en sert pour mettre les viennoiseries en rayon, question d’hygiène. On se protège comme on peut mais ce n’est pas pratique pour rendre la monnaie. » La jeune femme travaille là depuis plusieurs années, payée au smic avec un contrat de 30 heures : « C’était ça ou rien. Quand il y a un rush on fait un avenant au contrat. »

Du jamais vu

Pour un rush, c’en était un, du jamais vu. Une heure et demie de queue devant le magasin, dès que les rumeurs de confinement ont commencé à courir, vendredi. Lundi, ce fut bien pire. « J’avais l’impression qu’on n’allait pas s’en sortir. Forcément, la contamination on y pense. On est en communication avec les microbes », dit cette mère de deux jeunes enfants.

Ses journées durent dix heures. Après le paiement, les clients sont à touche-touche avec elle car les caisses n’ont pas de rebord, à dessein : « Faut que ça soit du tac au tac, que ça dégage vite. On doit passer 3 000 articles à l’heure, c’est l’objectif fixé. » Quand il y a moins de monde, Bénédicte fait le ménage ou de la mise en rayon. Pour la semaine du 23 mars, on leur a promis un bouclier de Plexiglas. Mais toujours pas de masques.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Nous, les ouvriers, on nous dit : “Allez travailler !” alors que les cadres travaillent depuis chez eux »

Des masques, il n’en manque pas dans cet hypermarché d’Ille-et-Vilaine. Au rayon frais, charcuterie et fromage, les deux vendeuses articulent haut et fort pour être comprises des clients. Jeudi, la circulation des chariots est plutôt fluide dans les allées, où des hommes, masqués eux aussi, réapprovisionnent les rayons.

Aux caisses, en revanche, le visage de Manon se montre à découvert. « J’ai essayé le masque mais ça me gêne, ça m’oppresse. Je n’en ai jamais porté, je n’ai pas l’habitude, c’est pas comme les soignants », explique la jeune femme, en apparence guère affolée.

Au sol, des lignes bleues marquent l’espacement obligatoire entre chaque chariot, « 1 mètre », répète une voix au micro. Nathalie, qui officie à la caisse prioritaire pour femmes enceintes et handicapées, apprécie cette précaution mais a renoncé au masque : « J’ai essayé, mais très vite je ne vois plus rien, tellement j’ai de buée sur mes lunettes. »

Petit salaire et horaires de fou

Ce sont les invisibles, les discrètes, les modestes. Les fragiles, souvent. Celles qui se perdent dans le décor, confondues avec la caisse qui semble faire le seul travail incontestable : compter. Celles à qui l’on ne reconnaît aucune expertise – et pourtant. « Les hôtesses de caisse, on passe pour des nulles, tranche Déborath, 38 ans. Mais s’il fallait que les clients prennent notre place, ils ne tiendraient pas cinq minutes. »

Elle travaille dans un hypermarché du Var, très saisonnier, la première ville est à 5 km. Elle aime bien rire, Déborath, mais il était temps qu’un peu de reconnaissance arrive, enfin, avec le virus : « Pour une fois, la roue tourne. Ils ont besoin de nous pour manger. C’est con hein, mais un merci et un bravo, c’est la première fois et ça fait du bien. » Elle raconte le petit salaire, les horaires de fou, les gens qui les prennent pour des idiotes « alors qu’il faut gérer les clients, les problèmes de prix, les conflits entre personnes ».

Déborath, caissière : « On aurait dit qu’on allait tous mourir. Les gens se battaient pour des produits d’entretien et du papier toilette »

Le jour de la grande ruée l’a mise en colère : « C’était genre fin du monde. On aurait dit qu’on allait tous mourir. Les gens se battaient pour des produits d’entretien et du papier toilette. S’il y en avait un de contaminé, on le sera tous. » Les trois agents de sécurité étaient débordés, les clients se servaient sur les palettes : « J’étais du soir, on est partis à 21 heures au lieu de 20 h 30. Il a fallu ramasser la cinquantaine de chariots abandonnés dans le magasin. » Puis tout remettre en rayon, sauf le frais et le surgelé, partis à la poubelle. Combien de manipulations ? Cela fait quelques jours maintenant, et cela semble une éternité : « On était très en colère contre l’humain ce jour-là. » Déborath se demande encore comment des clients ont pu faire, qui 650 euros de courses, qui 900 euros : « D’où ils les sortent ? »

« Ce que j’ai ressenti, c’est de la peur, de l’angoisse, du stress, malgré toutes les précautions prises ici », dit-elle. Peur de contaminer sa mère de 70 ans, avec laquelle elle vit. Angoisse de voir resurgir une crise de polyarthrite, dont elle-même est atteinte. Stress de journées qui ne ressembleront plus à celles d’avant. Que faire aujourd’hui de ces deux heures de pause qui lui permettaient d’aller à la plage ou d’aller se balader dans le centre commercial ?

C’est un sujet de discussion avec le directeur du magasin, qui s’est montré exemplaire, assure la trentenaire : « Ça va être un moment compliqué à vivre ensemble et il n’a pas envie qu’on tombe malade. Sa femme travaille dans la santé. » Une entrée au lieu de trois habituellement, un système de barrières, des intérimaires embauchés, travail nocturne pour les manutentionnaires, « qui ont énormément apprécié, parce qu’ils ne sont plus en présence des gens », gants obligatoires, gel hydroalcoolique à disposition et conseils d’hygiène. Aux caisses, elles ne sont plus qu’une sur deux et les clients ne passent plus devant elles. Ils récupèrent leur marchandise au bout du comptoir, en passant par-derrière.

« Malade ou pas ? On se croirait dans un film mais ce n’est pas un film »

« L’ambiance est bizarre. Un client qui porte un masque, on se pose la question à chaque fois. Malade ou pas ? On se croirait dans un film mais ce n’est pas un film. » Cette atmosphère irréelle, presque de science-fiction, tient aussi aux confinements individuels improvisés dans les magasins, telles ces caissières de Chamalières (Puy-de-Dôme) entourées d’un habillage en cellophane, comme une sorte de cloche, ou les vitres de protection en Plexiglas, apparues ici ou là.

Ce n’est pas le cas partout. Aucun masque, aucune explication, aucune réunion, par exemple, dans ce grand magasin de proximité parisien. Une chaîne pourtant « branchée » qui s’est adaptée à son public de bobos. Une de ces femmes-troncs remarque, sans perdre son sourire, qu’on ne les a pas averties non plus du changement d’horaire, survenu du jour au lendemain pour avancer la fermeture du magasin, habituellement nocturne. Aucune instruction sur l’hygiène et les comportements à observer avec la clientèle. Les gants jetables que l’on a mis à leur disposition se trouent à la première occasion.

« La trouille au ventre »

Le directeur, lui, est parti en vacances et la chef du secteur caisses aussi. « Nous sommes livrées à nous-mêmes. Et j’ai la trouille au ventre, conclut une brune dynamique. On sait que la maladie circule parmi nos clients et qu’on finira par l’avoir. Comment faire autrement ? Ils sont proches de nous, on sent souvent leur souffle… »

Un client de ce quartier cossu lui a confié l’autre jour que sa fille, restée à la maison, avait le Covid-19. Il attendait peut-être du réconfort, mais il lui parlait à moins de 1 mètre, sans penser un instant qu’il la mettait en danger. Elle, elle l’avait bien en tête. « J’étais glacée d’angoisse mais je n’ai rien montré. C’est la règle. Et quand ils sont agressifs on serre les dents. Sinon, nous serions dans notre tort. »

Un droit de retrait ? Bien sûr que non ! Elles ont trop peur de perdre leur job, ces femmes, ces mères de famille, parfois célibataires ou divorcées. « Avec un loyer qui prend plus de la moitié de mon salaire net, 1 200 euros, je n’ai aucune marge de manœuvre », explique l’une d’elles.

Seules quelques mamans de très jeunes enfants ont demandé à ne pas venir pendant quelques jours. Une autre hôtesse nuance : « Ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Les caissières ont aussi une conscience professionnelle ! On est là en temps de crise. On assure un service public. On ne flanche pas. »

« Si seulement Macron avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! »

Elles ont noté – et approuvé – l’hommage appuyé du président de la République, Emmanuel Macron, aux personnels soignants, l’autre soir, à la télévision. Mais elles auraient aimé un mot, rien qu’un mot, pour les « obscurs », les « petites mains », les « chevilles ouvrières », qui contribuent à l’effort pour que le pays continue à manger, à boire, à vivre. « Si seulement il avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! »

Dans ce magasin bio de Haute-Loire, situé dans une ville de 6 800 habitants, Maxime, le gérant, a reçu, lui, une avalanche d’instructions de sa chaîne, réactualisées plusieurs fois par jour, comme le lavage des mains tous les quarts d’heure. « Nous ne portons pas de gants, c’est un faux ami qui donne une impression de sécurité alors qu’on peut avoir les mains sales », détaille-t-il. Deux gros bidons de gel hydroalcoolique, fabriqué par une entreprise locale, attendent les clients à l’entrée. « Je ne suis pas angoissé du tout, assure Thomas, un caissier de 32 ans. Ce n’est pas dans ma nature et nos clients sont respectueux. »

Le port du masque peut être inconfortable quand on n’y est pas habitué, certains n’en portent donc pas. Ici à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le 18 mars. LUCAS BARIOULET POUR LE MONDE

Mercredi 18 mars, Maxime, dépité de s’être vu refuser des masques à la pharmacie, s’est approvisionné en visières transparentes, celles dont on se sert pour éviter les projections dans les opérations de tronçonnage. Au petit supermarché voisin, les caissières portent toutes ces masques tant convoités et réservés aux soignants. « Ce sont des réserves de la dernière épidémie de grippe. Mais on en a peu, alors on les garde toute la journée », précise l’une d’elles. Il ne faut pourtant pas les conserver plus de quatre heures pour s’assurer de leur efficacité…

« Quand on voit des gens venir acheter une bouteille de bière toutes les deux heures, une par une, on se dit qu’ils n’ont rien compris »

Dans une moyenne surface du même département, les caissières s’ennuient un peu derrière leur vitre de Plexiglas, maintenant que l’heure du reflux a sonné. Se sentent-elles rassurées dans ce magasin dépeuplé ? « Bah, quand on voit des gens venir acheter une bouteille de bière toutes les deux heures, une par une, on se dit qu’ils n’ont rien compris », se désole Sylvie.

Au moins, se sentent-elles un peu mieux protégées que leurs collègues, à 15 km de là. De vagues morceaux de carton, de moins d’un mètre de côté, taillés dans de vieux emballages, ont été placés devant les caisses. « C’est tout ce que le gérant a trouvé pour nous protéger », déplore Monique.

La foule s’est évanouie et un aspirateur vrombit. Les caissières montent la garde derrière leur illusoire bouclier de carton. Angoissées mais étonnamment stoïques, quand des clients, âgés pour la plupart, passent leur tête sur les côtés pour mieux les entendre. Comme si le carton n’existait pas. Comme si l’épidémie n’existait pas. Comme si de rien n’était.

Voir enfin:

« Nous, les ouvriers, on nous dit : ‘Allez travailler !’ alors que les cadres travaillent depuis chez eux »

Alors que l’épidémie de coronavirus prend de l’ampleur, le gouvernement surveille de près le climat social, notamment dans le secteur de la grande distribution alimentaire où de nombreux salariés hésitent à se rendre au travail.

Audrey Tonnelier, Bertrand Bissuel, Juliette Garnier, Cécile Prudhomme, Perrine Mouterde, Eric Béziat, Véronique Chocron et Jordan Pouille

Le Monde

19 mars 2020 

Face à la pandémie liée au coronavirus, la colère gronde chez les salariés maintenus en poste, faute de pouvoir télétravailler. Et la peur tétanise de nombreux employés des secteurs jugés « essentiels ». PSA a fermé tous ses sites de production européens. Renault a suspendu la production de ses douze usines en France. Les manufactures Chanel sont à l’arrêt. « Alors, pourquoi pas nous ? », s’agace un manutentionnaire, Jean-Christophe Leroy, élu CGT de La Redoute. A Wattrelos (Nord), une trentaine des 50 salariés de l’entreprise de vente à distance ont alerté la société, mardi 17 mars, lors d’un débrayage au sein de ce site qui expédie ses colis. Malgré la réduction des effectifs, la fermeture des vestiaires pour éviter la promiscuité et la distribution de gants, « il est aberrant de nous faire travailler pour expédier des tee-shirts », juge M. Leroy.

Le président délégué du Medef s’alarme déjà d’un « changement d’attitude brutal » des salariés, depuis l’adoption de mesures de confinement mardi. Car « de nombreux salariés ont demandé à ce que leurs employeurs prennent des mesures d’activité partielle sans quoi ils exerceraient un droit de retrait », a déclaré Patrick Martin mercredi, à l’Agence France-Presse (AFP), se disant « très préoccupé » par la situation.

Conditions de sécurité insuffisantes

Chez Amazon, la fronde menace. Alors que le site de vente en ligne connaît un regain d’activité depuis la fermeture des magasins non alimentaires, samedi 14 mars, « les consignes contre le coronavirus ne sont pas respectées », assure Gaël Begot, élu CGT au sein de l’entrepôt du groupe américain, situé à Lauwin-Planque (Nord). Depuis mardi, des salariés Amazon s’y mobilisent contre les conditions de sécurité jugées insuffisantes et mal appliquées. Deux autres sites, à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) et Montélimar (Drôme), sont aussi concernés, souligne Julien Vincent, délégué général CFDT Amazon. Plus d’une centaine d’employés ont exercé leur droit de retrait, estimant que le coronavirus les met en danger sur leur lieu de travail, selon la CFDT. SUD-Solidaires à Saran et la CGT à Lauwin-Planque l’envisagent aussi.

A Strasbourg, dans l’usine Punch Powerglide (ex-General Motors), qui fabrique des boîtes de vitesse, les élus du personnel ont croisé le fer avant d’obtenir le chômage partiel. « Deux de nos collègues, infectés, ont été hospitalisés », rapport Julien Laurent (CFDT). D’après lui, des « mesures de confinement de la fonderie » ont été réclamées par les salariés, car un ouvrier de cette unité est tombé malade. En vain. « Révoltés » par l’attitude de leur employeur et inquiets pour la santé du personnel, les élus du comité social et économique de l’entreprise ont exigé l’arrêt de l’activité, mardi. Toujours en vain. Mercredi matin, aux aurores, « tous les gens sont sortis et ont fait jouer leur droit de retrait », raconte M. Laurent. Leur initiative a alors porté ses fruits : Punch Powerglide va passer en chômage partiel durant quatre semaines.

Chez Valeo, la CFDT espère obtenir « la fermeture provisoire des sites de production », confie un élu, Ivan Estlimbaum, selon lequel dans toutes les usines de l’équipementier auto les distances de sécurité sur les chaînes d’assemblage ne sont pas respectées. Et les gants et gels hydroalcooliques manquent.

Ces équipements font aussi défaut dans les agences bancaires qui, elles, resteront ouvertes au public. Les banques ayant le statut d’opérateur d’importance vitale (OIV), leurs activités sont considérées comme indispensables pour la population qui doit conserver l’accès à son argent. « Compte tenu du statut OIV, les salariés qui se sentent en danger sur leur lieu de travail ne peuvent pas exercer leur droit de retrait », souligne Frédéric Guyonnet, le président national du syndicat SNB-CFE-CGC, pour qui l’angoisse est palpable.

Gants, masques, gel hydroalcoolique

Or, partout, gants, masques et bidons de gel hydroalcoolique font défaut. Et ce manque d’équipements alimente un fort sentiment d’injustice. Y a-t-il deux poids deux mesures dans une même entreprise ?, s’interrogent les ouvriers. « Nous, les ouvriers, on nous dit : Allez travailler !”, s’agace M. Leroy, élu CGT à Wattrelos, alors que les cadres travaillent depuis chez eux. »

« La protection des travailleurs en activité [est] un gros point noir », a résumé Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, sur France Inter, mercredi 18 mars. « Il y a des insuffisances », a-t-il relevé, plaidant pour que ceux qui poursuivent leurs activités soient équipés « de manière rapide. »

A défaut, l’exercice du droit de retrait – il est ouvert à tout salarié si la situation de travail présente un danger grave et imminent – pourrait vite prendre de l’ampleur, y compris au sein d’entreprises dites essentielles. Parce que La Poste a pris des mesures « insuffisantes pour protéger leur santé », selon le syndicat SUD-PTT, des préposés y ont eu recours dans des bureaux de poste de Loire-Atlantique, mais aussi à Grenoble. Des agents de la SNCF l’ont aussi exercé, reconnaît la société.

Face à ce phénomène, le gouvernement table sur l’instauration de l’état d’urgence sanitaire pour maintenir l’activité dans les entreprises « de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation ou à la continuité de la vie économique et sociale », selon le texte du projet de loi discuté, mercredi 18 mars après-midi, en conseil des ministres. Objectif : éviter un arrêt complet de l’économie tricolore, alors que la France s’impose des mesures de confinement pour lutter contre l’épidémie due au coronavirus.

Quelques heures avant la discussion du projet, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, avait invité « tous les salariés des entreprises encore ouvertes et des activités indispensables au bon fonctionnement du pays nettoyage, traitement des eaux, industrie agroalimentaire, grande distribution à se rendre sur leur lieu de travail ».

Jeudi 19 mars, c’est Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, qui a publié une lettre ouverte aux agents et salariés de l’énergie, des transports, de l’eau et des déchets, dans laquelle elle loue leur « rôle fondamental pour la vie de la nation ».

Cette reconnaissance sera-t-elle suffisante, alors que les salariés du secteur de traitement des déchets commencent aussi à se mobiliser ? En Seine-Saint-Denis, chez Otus, filiale de Veolia, certains camions-poubelles sont restés au garage, mercredi 18 mars. Dix-huit éboueurs ont exercé leur droit de retrait, rapporte Abdelkader Dif, représentant du personnel CGT. En cause, entre autres : un nombre insuffisant de flacons de gel hydroalcoolique. « Quatorze pour 130 salariés. Nous travaillons par équipes de trois, ça ne fait même pas un gel par équipe ! »

« On ne veut pas y laisser notre peau »

Des employés de la Blanchisserie blésoise, près de Blois, envisagent eux aussi d’avoir recours à ce droit, assure Eric Gondy, secrétaire général Force ouvrière du Loir-et-Cher. Dans ce site industriel où, de jour comme de nuit, 180 opérateurs lavent le linge d’hôpitaux franciliens, « nous avons du gel, des gants, mais pas de masques », déplore l’un d’entre eux en évoquant « les chariots de draps souillés, parfois gorgés de sang et d’excréments » qui y sont triés. « Or si le linge sort parfaitement propre, les chariots de transport ne sont pas décontaminés comme il le faudrait et cela représente un risque pour les opérateurs. On sait tous qu’il faut continuer de traiter le linge pour ne pas paralyser les hôpitaux, mais on ne veut pas y laisser notre peau », explique ce dernier.

Qu’en sera-t-il dans les secteurs de la grande distribution, de ses fournisseurs et de ses transporteurs ? Le président de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), Richard Girardot, a mis en garde mercredi contre d’éventuelles difficultés logistiques de nature à perturber le fonctionnement des magasins. Le gouvernement y surveille de près le climat social. « Il n’y a pas de problème d’approvisionnement aujourd’hui (…), mais il commence à y avoir une tension dans un certain nombre de supermarchés, de commerces, en matière de salariés », a reconnu le ministre des finances, Bruno Le Maire, à l’issue du conseil des ministres, mercredi soir.

Le gouvernement multiplie les gestes d’encouragement aux caissières, employés et manutentionnaires qui travaillent dans les grandes surfaces. Mercredi, le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, et M. Le Maire ont diffusé dans la matinée un message « d’encouragement et de reconnaissance » aux salariés du secteur, saluant leur « sens des responsabilités » qui permet « d’assurer aux Français qu’ils pourront se nourrir sainement et sans privation ». « Nous comptons sur vous », ont fait valoir les deux ministres en promettant qu’« en retour, l’Etat sera à [leurs] côtés pour traverser cette période difficile ».

En première ligne

Car, partout en France, en magasin, à l’entrée, derrière la caisse, en réserve ou lors des livraisons, les employés des supermarchés sont en première ligne. La foule se presse en magasins depuis plusieurs jours, accroissant les risques de propagation du virus. « Les employés sont très angoissés, mais ils viennent quand même », rapporte Laurence Gilardo, déléguée syndicale FO du Groupe Casino. Lundi 16 mars, Carrefour avait enregistré moins de 10 % d’absentéisme dans ses effectifs. Ont-ils toujours le choix ? « Certains magasins Leclerc mettent la pression sur les salariés pour qu’ils ne se mettent pas en arrêt pour s’occuper de leurs enfants », a dénoncé le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

Dans le secteur du transport, ce taux d’absentéisme ne cesse de croître. « Nous sommes un peu plus inquiets qu’hier [mardi] », déclare Alexis Degouy, délégué général de l’Union des entreprises transport et logistique de France. Est-ce aussi un effet collatéral de l’indemnisation élargie du chômage partiel ? A l’en croire, « c’est une très bonne mesure pour les salariés, mais elle fonctionne aussi comme une incitation à rester à la maison ».

Voir par ailleurs:

Coronavirus Perspective

Richard A. Epstein

Hoover

March 16, 2020

[This article has been revised on April 6, 2020, and the updated version can be found here.]

The world is in a full state of panic about the spread and incidence of COVID-19. The latest world-wide tallies, as of this writing are:

The most dramatic news of the day has been the sudden spike in the number of Italian cases, totaling 24,747 with 1,809 deaths, which may grow to exceed the 3,099 in China.

Overlooked is the good news coming out of China, where the latest report shows 16 new cases and 14 new deaths, suggesting that the number of deaths in the currently unresolved group will be lower than the 5.3 percent conversion rate in the cases resolved to date. In my view, we will see a similar decline in Italy, for reasons that I shall outline in the remainder of this article.

From this available data, it seems more probable than not that the total number of cases world-wide will peak out at well under 1 million, with the total number of deaths at under 50,000. In the United States, the current 67 deaths should reach about 5000 (or ten percent of my estimated world total, which may also turn out to be low).

[Correction & Addendum as of March 24, 2020: 

My original erroneous estimate of 500 dead in the US is a number ten times smaller than I intended to state, and it too could prove somewhat optimistic. But any possible error rate in this revised projection should be kept in perspective. The current U.S. death toll stands at 592 as of noon on March 24, 2020, out of about 47,000 cases. So my adjusted figure, however tweaked, remains both far lower, and I believe far more accurate, than the common claim that there could be a million dead in the U.S. from well over 150 million coronavirus cases before the epidemic runs its course.]

Of course, every life lost is a tragedy—and the potential loss of 50,000 lives world-wide would be appalling—but those deaths stemming from the coronavirus are not more tragic than others, so that the same social calculus applies here that should apply in other cases.

These are deeply contrarian estimates. In dealing with any future prediction it is necessary to develop some model. Right now, the overwhelming consensus, based upon the most recent reports, is that the rate of infection will continue to increase so that the most severe interventions are needed to control what will under the worst of circumstances turn into a high rate of death. This pessimistic view is well captured in an op-ed by Nicholas Kristof and Stuart Thompson, who offer this graph to stress the importance and the immediacy of the looming crisis.

The model here projects a slow takeoff, a sharp rise, and an equally dramatic decline, with a huge cumulative total of deaths. The authors allow that if moderate precautions are taken, these totals might be reduced by about half. The key assumption of this model is a replication rate of 2.3, whereby each person who is infected then infects two others, seemingly without end. But the model does not specify the periodicity of the replication rate or allow it to vary with any downward changes in viral toxicity or human behavioral responses that delay interaction. Nor does the model recognize that if the most vulnerable people are hit first, subsequent iterations will be slower because the remaining pool of individuals is more resistant to infection. And finally, the model explicitly ignores the possibility that the totals will decline as the weather gets warmer.

The writer Tomas Pueyo has struck a similar chord with his viral post “Coronavirus: Why You Must Act Now.” That article contains graph after graph indicating an exponential expansion of cases in the last several days, and then claims that these infections will translate themselves into a similar number of deaths down the line unless radical countermeasures are taken.

Much of the current analysis does not explain how and why rates of infection and death will spike, so I think that it is important to offer a dissenting voice. In what follows, I look first at the trends in the American data, and then, building on my conclusions there, I construct a theoretical framework to evaluate the evolution of the coronavirus in other places.

Based on the data, I believe that the current dire models radically overestimate the ultimate death toll. There are three reasons for this.

First, they underestimate the rate of adaptive responses, which should slow down the replication rate. Second, the models seem to assume that the vulnerability of infection for the older population—from 70 upward—gives some clue as to the rate of spread over the general population, when it does not. Third, the models rest on a tacit but questionable assumption that the strength of the virus will remain constant throughout this period, when in fact its potency should be expected to decline over time, in part because of temperature increases.

As of March 16, the data from the United States falls short of justifying the draconian measures that are now being implemented. As of two days ago, 39 states have declared states of emergency, and they have been joined at the federal level with President Trump’s recent declaration to the same effect. These declarations are meant to endow governments with the power to impose quarantines and travel bans, close schools, restrict public gatherings, shut down major sporting events, stop public meetings, and close restaurants and bars. Private institutions are imposing similar restrictions. The one-two punch of public and private restrictions has caused a huge jolt to the economy.

The irony here is that even though self-help measures like avoiding crowded spaces make abundant sense, the massive public controls do not. In light of the available raw data, public officials have gone overboard. To begin with, the word pandemic should not be lightly used. Recall that the Spanish influenza pandemic, fully worthy of the name, resulted in perhaps as many as a half-billion infections and between 50 and 100 million deaths, world-wide, of which some 675,000 were Americans, many coming back from Europe in the aftermath of the First World War. The World Health Organization recently declared coronavirus a pandemic at a time when the death count was at 4,000, presently being just over 6,500. It will surely rise no matter what precautions are taken going forward, but what is critical is some estimate of the rate.

By way of comparison, the toll from the flu in the United States since October ran as follows: between 36 to 51 million infections, between 370 thousand to 670 thousand flu hospitalizations, and between 22 thousand to 55 thousand flu deaths. That works out to between roughly between 230,000 to 320,000 new infections per day, and between 140 to 350 deaths per day for an overall mortality rate of between 0.044 percent to 0.152 percent.

As we think about the mortality rate of COVID-19, there are some important pieces of data to consider. The chart below documents the most current numbers reported by the New York Times (as of March 16) for the four hardest hit states:

Note that Washington state, with 676 reported cases and 42 deaths, has a mortality rate of 6.21 percent, which can be traced to a nursing facility in Kirkland Washington. While only contributing 57 cases, it was the source of 27 of the reported deaths, almost two-thirds of the fatalities. (We should expect, as has been the case, that the mortality rate in Washington will decline as the newer cases will not come exclusively from that high-risk population.) The next three states have 1,577 diagnosed cases and 11 deaths for a mortality rate of 0.69 percent, a number which has trended lower over the last few days. Unlike the deadly exposures in Kirkland, the exposures in New York state produced many documented illnesses, but only two deaths even after two weeks of exposure. And while it is easy to miss latent cases, it is harder to miss any virus-related death. Given that the incubation period is about two-weeks, the pool of cases before March 1 should be small.

Many of the dire media accounts do not mention evolution. After the initial outburst in Kirkland, the target population was fitter. It is instructive therefore to look at the total number of cases, which spiked from 70 cases on March 5 to 672 cases on March 15. But those figures do not presage an increase into the thousands of daily cases that would be needed to reach the totals of the flu season. The current numbers are about 3 per cent of the rate of new flu cases in the 2019-2020 virus season. Even if there is some undercounting, it is highly unlikely, given the relatively short (two-week) incubation period, that the number of current cases will more than double or triple. It is also unlikely that most of the increase in reported cases (as opposed to deaths) will be in the population over age 70. More importantly, these numbers, as reported by the Centers for Disease Control, do not give any indication of heightened severity.

What, then, does all of this portend for the future of COVID-19 in the United States? Good news is more likely than bad, notwithstanding the models that predict otherwise. The deaths in Washington have risen only slowly, even as the number of infections mount. The New York cases have been identified for long enough that they should have produced more deaths if the coronavirus was as dangerous as is commonly believed.

But why might the dire predictions be wrong?  Consider the New York Times graphic below, which catalogs the daily totals of new coronavirus cases:

The theoretical answer to the question of how deadly the virus will turn out lies in part in a strong analytical relationship between the rate of spread and the strength of the virus. Start with the simple assumption that there is some variance in the rate of seriousness of any virus, just as there is in any trait for any species. In the formative stage of any disease, people are typically unaware of the danger. Hence, they take either minimal or no precautions to protect themselves from the virus. In those settings, the virus—which in this instance travels through droplets of moisture from sneezing and bodily contact—will reach its next victim before it kills its host. Hence the powerful viruses will remain dominant only so long as the rate of propagation is rapid. But once people are aware of the disease, they will start to make powerful adaptive responses, including washing their hands and keeping their distance from people known or likely to be carrying the infection. Various institutional measures, both private and public, have also slowed down the transmission rate.

At some tipping point, the most virulent viruses will be more likely to kill their hosts before the virus can spread. In contrast, the milder versions of the virus will wreak less damage to their host and thus will survive over the longer time span needed to spread from one person to another. Hence the rate of transmission will trend downward, as will the severity of the virus. It is a form of natural selection.

One key question is how rapidly this change will take place. There are two factors to consider. One is the age of the exposed population, and the other is the rate of change in the virulence of the virus as the rate of transmission slows, which should continue apace. By way of comparison, the virulent AIDS virus that killed wantonly in the 1980s crested and declined in the 1990s when it gave way to a milder form of virus years later once the condition was recognized and the bath houses were closed down. Part of the decline was no doubt due to better medicines, but part of it was due to this standard effect for diseases. Given that the coronavirus can spread through droplets and contact, the consequences of selection should manifest themselves more quickly than they did for AIDS.

It is instructive to see how this analysis fares by taking into account the Korean data, which is more complete than the American data. South Korea has been dealing with the coronavirus since January 20. Since that time, the Korean government has administered a total of 261,335 tests to its citizens. In press releases updated every day, the Korean CDC is reporting (as of March 15) 8,162 total infections against 75 deaths for an overall mortality rate of 0.92 percent. But as shown in the table below, the age-disparity in outcome is striking:

Clearly, the impact on elderly and immunocompromised individuals is severe, with nearly 90% of total deaths coming from individuals 60 and over. But these data do not call for shutting down all public and private facilities given the extraordinarily low rates of death in the population under 50. The adaptive responses should reduce the exposures in the high-risk groups, given the tendency for the coronavirus to weaken over time. My own guess is that the percentage of deaths will decline in Korea for the same reasons that they are expected to decline in the United States. It is highly unlikely that there will ever be a repetition of the explosive situation in Wuhan, where air quality is poorer and smoking rates are higher.

So what then should be done?

The first point is to target interventions where needed, toward high-risk populations, including older people and other people with health conditions that render them more susceptible to disease. But the current organized panic in the United States does not seem justified on the best reading of the data. In dealing with this point, it is critical to note that the rapid decline in the incidence of new cases and death in China suggests that cases in Italy will not continue to rise exponentially over the next several weeks. Moreover, it is unlikely that the healthcare system in the United States will be compromised in the same fashion as the Italian healthcare system in the wake of its quick viral spread. The amount of voluntary and forced separation in the United States has gotten very extensive very quickly, which should influence rates of infection sooner rather than later.

Perhaps my analysis is all wrong, even deeply flawed. But the stakes are too high to continue on the current course without reexamining the data and the erroneous models that are predicting doom.

Voir aussi:

Richard A. Epstein
Hoover
Monday, April 6, 2020

In the earlier, March 16, 2020 version, of this essay, I made the single largest unforced intellectual error in my entire academic career, when I included numerical estimates about the possible impact of the coronavirus in terms of life and death. Those estimates were obviously ridiculously too low. Those mistakes brought on a torrent of criticism, pointing out the magnitude of those errors. Unfortunately, those responses detracted from the main purpose of that initial essay, which was to question some of the basic assumptions of the standard model. I regret those mistakes, and of course, I retract them.

It is, however, important to stress that those errors were in no way essential to the central point that I made there, and continue to put forward—namely the serious overprojection of cases and deaths found in the New York Times graphic below, and in similar studies that predict tens of millions of coronavirus cases, and upwards of one million deaths. These proposals all rest on some version of the standard (“logistic”) models. In the constant efforts to criticize the incorrect numbers, little or no attention has been paid to my substantive queries as to the soundness of the standard models, by taking into account both the evolutionary forces of natural selection on the one side and the individual and institutional responses to incentives on the other.

Adding those two elements into the mix led me to suggest that the estimates generated by the standard model would turn out to be far too high, perhaps by an order of magnitude. I have recently come across this extraordinary interview by Professor Knut Wittkowski, an epidemiologist which states in powerful form why the current policies of social distancing will prolong but not eliminate the disease. His insights go a long way toward explaining why, in the three weeks that have followed, the recent data has not come close to reaching those high estimates, and it seems unlikely that they will. The recent data shows that as of Monday morning April 6, 2020 the number of deaths in the United States stood at 9,655, and the total number of cases stood at 336,776, distributed as follows (where the sharp decline on April 5, 2020 may reflect some Sunday underreporting):

These numbers are far below those predicted by the conventional models, and it is important to explain the discrepancy. As I mentioned in the initial version of this essay, I am fully aware that these views are contrary to the standard wisdom. But I hope that even my strongest critics will address the substantive arguments raised here against the conventional model, which seems systematically to have overpredicted the duration and severity of the current coronavirus pandemic.

The first paragraphs of the earlier version of this essay have been deleted. The remainder, is as it appeared on March 16, 2020.

***

These are deeply contrarian estimates. In dealing with any future prediction it is necessary to develop some model. Right now, the overwhelming consensus, based upon the most recent reports, is that the rate of infection will continue to increase so that the most severe interventions are needed to control what will under the worst of circumstances turn into a high rate of death. This pessimistic view is well captured in an op-ed by Nicholas Kristof and Stuart Thompson, who offer this graph to stress the importance and the immediacy of the looming crisis.

The model here projects a slow takeoff, a sharp rise, and an equally dramatic decline, with a huge cumulative total of deaths. The authors allow that if moderate precautions are taken, these totals might be reduced by about half. The key assumption of this model is a replication rate of 2.3, whereby each person who is infected then infects two others, seemingly without end. But the model does not specify the periodicity of the replication rate or allow it to vary with any downward changes in viral toxicity or human behavioral responses that delay interaction. Nor does the model recognize that if the most vulnerable people are hit first, subsequent iterations will be slower because the remaining pool of individuals is more resistant to infection. And finally, the model explicitly ignores the possibility that the totals will decline as the weather gets warmer.

The writer Tomas Pueyo has struck a similar chord with his viral post “Coronavirus: Why You Must Act Now.” That article contains graph after graph indicating an exponential expansion of cases in the last several days, and then claims that these infections will translate themselves into a similar number of deaths down the line unless radical countermeasures are taken.

Much of the current analysis does not explain how and why rates of infection and death will spike, so I think that it is important to offer a dissenting voice. In what follows, I look first at the trends in the American data, and then, building on my conclusions there, I construct a theoretical framework to evaluate the evolution of the coronavirus in other places.

Based on the data, I believe that the current dire models radically overestimate the ultimate death toll. There are three reasons for this.

First, they underestimate the rate of adaptive responses, which should slow down the replication rate. Second, the models seem to assume that the vulnerability of infection for the older population—from 70 upward—gives some clue as to the rate of spread over the general population, when it does not. Third, the models rest on a tacit but questionable assumption that the strength of the virus will remain constant throughout this period, when in fact its potency should be expected to decline over time, in part because of temperature increases.

As of March 16, the data from the United States falls short of justifying the draconian measures that are now being implemented. As of two days ago, 39 states have declared states of emergency, and they have been joined at the federal level with President Trump’s recent declaration to the same effect. These declarations are meant to endow governments with the power to impose quarantines and travel bans, close schools, restrict public gatherings, shut down major sporting events, stop public meetings, and close restaurants and bars. Private institutions are imposing similar restrictions. The one-two punch of public and private restrictions has caused a huge jolt to the economy.

The irony here is that even though self-help measures like avoiding crowded spaces make abundant sense, the massive public controls do not. In light of the available raw data, public officials have gone overboard. To begin with, the word pandemic should not be lightly used. Recall that the Spanish influenza pandemic, fully worthy of the name, resulted in perhaps as many as a half-billion infections and between 50 and 100 million deaths, world-wide, of which some 675,000 were Americans, many coming back from Europe in the aftermath of the First World War. The World Health Organization recently declared coronavirus a pandemic at a time when the death count was at 4,000, presently being just over 6,500. It will surely rise no matter what precautions are taken going forward, but what is critical is some estimate of the rate.

By way of comparison, the toll from the flu in the United States since October ran as follows: between 36 to 51 million infections, between 370 thousand to 670 thousand flu hospitalizations, and between 22 thousand to 55 thousand flu deaths. That works out to between roughly between 230,000 to 320,000 new infections per day, and between 140 to 350 deaths per day for an overall mortality rate of between 0.044 percent to 0.152 percent.

As we think about the mortality rate of COVID-19, there are some important pieces of data to consider. The chart below documents the most current numbers reported by the New York Times (as of March 16) for the four hardest hit states:

Note that Washington state, with 676 reported cases and 42 deaths, has a mortality rate of 6.21 percent, which can be traced to a nursing facility in Kirkland Washington. While only contributing 57 cases, it was the source of 27 of the reported deaths, almost two-thirds of the fatalities. (We should expect, as has been the case, that the mortality rate in Washington will decline as the newer cases will not come exclusively from that high-risk population.) The next three states have 1,577 diagnosed cases and 11 deaths for a mortality rate of 0.69 percent, a number which has trended lower over the last few days. Unlike the deadly exposures in Kirkland, the exposures in New York state produced many documented illnesses, but only two deaths even after two weeks of exposure. And while it is easy to miss latent cases, it is harder to miss any virus-related death. Given that the incubation period is about two-weeks, the pool of cases before March 1 should be small.

Many of the dire media accounts do not mention evolution. After the initial outburst in Kirkland, the target population was fitter. It is instructive therefore to look at the total number of cases, which spiked from 70 cases on March 5 to 672 cases on March 15. But those figures do not presage an increase into the thousands of daily cases that would be needed to reach the totals of the flu season. The current numbers are about 3 per cent of the rate of new flu cases in the 2019-2020 virus season. Even if there is some undercounting, it is highly unlikely, given the relatively short (two-week) incubation period, that the number of current cases will more than double or triple. It is also unlikely that most of the increase in reported cases (as opposed to deaths) will be in the population over age 70. More importantly, these numbers, as reported by the Centers for Disease Control, do not give any indication of heightened severity.

What, then, does all of this portend for the future of COVID-19 in the United States? Good news is more likely than bad, notwithstanding the models that predict otherwise. The deaths in Washington have risen only slowly, even as the number of infections mount. The New York cases have been identified for long enough that they should have produced more deaths if the coronavirus was as dangerous as is commonly believed.

But why might the dire predictions be wrong?  Consider the New York Times graphic below, which catalogs the daily totals of new coronavirus cases:

The theoretical answer to the question of how deadly the virus will turn out lies in part in a strong analytical relationship between the rate of spread and the strength of the virus. Start with the simple assumption that there is some variance in the rate of seriousness of any virus, just as there is in any trait for any species. In the formative stage of any disease, people are typically unaware of the danger. Hence, they take either minimal or no precautions to protect themselves from the virus. In those settings, the virus—which in this instance travels through droplets of moisture from sneezing and bodily contact—will reach its next victim before it kills its host. Hence the powerful viruses will remain dominant only so long as the rate of propagation is rapid. But once people are aware of the disease, they will start to make powerful adaptive responses, including washing their hands and keeping their distance from people known or likely to be carrying the infection. Various institutional measures, both private and public, have also slowed down the transmission rate.

At some tipping point, the most virulent viruses will be more likely to kill their hosts before the virus can spread. In contrast, the milder versions of the virus will wreak less damage to their host and thus will survive over the longer time span needed to spread from one person to another. Hence the rate of transmission will trend downward, as will the severity of the virus. It is a form of natural selection.

One key question is how rapidly this change will take place. There are two factors to consider. One is the age of the exposed population, and the other is the rate of change in the virulence of the virus as the rate of transmission slows, which should continue apace. By way of comparison, the virulent AIDS virus that killed wantonly in the 1980s crested and declined in the 1990s when it gave way to a milder form of virus years later once the condition was recognized and the bath houses were closed down. Part of the decline was no doubt due to better medicines, but part of it was due to this standard effect for diseases. Given that the coronavirus can spread through droplets and contact, the consequences of selection should manifest themselves more quickly than they did for AIDS.

It is instructive to see how this analysis fares by taking into account the Korean data, which is more complete than the American data. South Korea has been dealing with the coronavirus since January 20. Since that time, the Korean government has administered a total of 261,335 tests to its citizens. In press releases updated every day, the Korean CDC is reporting (as of March 15) 8,162 total infections against 75 deaths for an overall mortality rate of 0.92 percent. But as shown in the table below, the age-disparity in outcome is striking:

Clearly, the impact on elderly and immunocompromised individuals is severe, with nearly 90% of total deaths coming from individuals 60 and over. But these data do not call for shutting down all public and private facilities given the extraordinarily low rates of death in the population under 50. The adaptive responses should reduce the exposures in the high-risk groups, given the tendency for the coronavirus to weaken over time. My own guess is that the percentage of deaths will decline in Korea for the same reasons that they are expected to decline in the United States. It is highly unlikely that there will ever be a repetition of the explosive situation in Wuhan, where air quality is poorer and smoking rates are higher.

So what then should be done?

The first point is to target interventions where needed, toward high-risk populations, including older people and other people with health conditions that render them more susceptible to disease. But the current organized panic in the United States does not seem justified on the best reading of the data. In dealing with this point, it is critical to note that the rapid decline in the incidence of new cases and death in China suggests that cases in Italy will not continue to rise exponentially over the next several weeks. Moreover, it is unlikely that the healthcare system in the United States will be compromised in the same fashion as the Italian healthcare system in the wake of its quick viral spread. The amount of voluntary and forced separation in the United States has gotten very extensive very quickly, which should influence rates of infection sooner rather than later.

Perhaps my analysis is all wrong, even deeply flawed. But the stakes are too high to continue on the current course without reexamining the data and the erroneous models that are predicting doom.

Correction & Addendum, added March 24, 2020: 

That estimate is ten times greater than the 500 number I erroneously put in the initial draft of the essay, and it, too, could prove somewhat optimistic. But any possible error rate in this revised projection should be kept in perspective. The current U.S. death toll stands at 592 as of noon on March 24, 2020, out of about 47,000 cases. So my adjusted figure, however tweaked, remains both far lower, and I believe far more accurate, than the common claim that there could be a million dead in the U.S. from well over 150 million coronavirus cases before the epidemic runs its course.

Voir également:

Grippe : 21 000 morts, « ça ne peut devenir la norme »

Alors que l’épidémie se termine, Benoît Vallet, le numéro 2 du ministère de la Santé, tente d’expliquer la surmortalité record de cet hiver. Sans aller jusqu’à vouloir rendre la vaccination obligatoire.

Le Parisien
8 mars 2017

Ça y est, l’épidémie de grippe est terminée. Derrière la bonne nouvelle, des chiffres qui montrent que « l’hécatombe » que notre journal avait décrite s’est confirmée. Cette saison, le virus a contribué à une surmortalité d’au moins 21 000 personnes. Les chiffres seront actualisés aujourd’hui mais c’est d’ores et déjà le pic le plus élevé depuis la mise en place du système d’évaluation de l’excès de décès hivernal en 2006. Le professeur Benoît Vallet, directeur général de la Santé, tente néanmoins de rassurer pour l’avenir.

Comment expliquer ce triste record ?

Benoît Vallet. Le virus H3N2 qui a sévi cette année de manière quasi exclusive est très virulent, notamment chez les plus de 65 ans. En 2014-2015, il avait déjà été responsable du surcroît important de décès (NDLR : 18 300). L’autre facteur est la couverture vaccinale qui reste faible : moins de 50 % des personnes à risque sont protégées contre la grippe.

Sauf qu’il y a deux ans, le vaccin n’était pas adapté au H3N2. Cette année, il était censé l’être…

L’efficacité du vaccin reste faible, 23 % chez les plus de 65 ans selon une étude européenne. Mais ce chiffre ne peut pas être compris tout seul. Car lorsqu’un vaccin, même à l’efficacité modeste, est appliqué de manière collective, il fait office de barrière naturelle. Une couverture de 75 ou 80 % protégerait la population de manière plus efficace. Regardez dans les maisons de retraite : ce taux de vaccination est à 85 % et les décès sont moins nombreux que chez les plus de 65 ans en général.

Qu’attendez-vous alors pour rendre le vaccin obligatoire ?

Pour la population en général, cela n’est pas à l’ordre du jour. Pour les personnels de santé, les taux sont très faibles, le rapport du professeur Fischer (NDLR : président du comité de la concertation citoyenne sur la vaccination) préconise une « recommandation forte ». Ils ont un devoir d’exemplarité. Selon moi, c’est même une question de déontologie.

Une efficacité faible du vaccin, pas de volonté politique de le rendre obligatoire… On peut craindre que 20 000 seniors qui succombent à la grippe ne devienne une habitude…

Non, cet excès de mortalité ne peut pas devenir la norme. On ne peut pas l’admettre. La préparation du système de santé a été précoce, il n’y a pas eu de retard de soins. Cela est très positif. Ce sur quoi nous pouvons nous améliorer est la prévention et l’amélioration de la couverture vaccinale.

Comment ?

Par des campagnes sur la nécessité de se faire vacciner pour se protéger soi-même mais aussi pour protéger les autres. A 65 ans, on ne se sent pas vieux, mais on a l’âge d’être à risque. Il faut réussir à faire passer ce message.

Voir de même:

La France compte 66,6 millions d’habitants: boom des décès et recul de l’espérance de vie
La Croix
19/01/2016

La France a enregistré en 2015 un boom des décès, «au plus haut depuis l’après-guerre», mais aussi un recul de l’espérance de vie et une légère baisse des naissances, pour atteindre 66,6 millions d’habitants au 1er janvier 2016, a indiqué mardi l’Insee.

Ainsi, 64,5 millions d’habitants vivent en métropole et 2,1 millions dans les cinq départements d’outre-mer. La population a augmenté de 247.000 personnes au cours de 2015 (+0,4%), quasi exclusivement portée par le solde naturel, différence entre les naissances et les décès, précise l’institut dans son dernier bilan démographique.

Ce solde naturel, le plus faible enregistré depuis quarante ans (+200.000 en 2015 sur un an), reste le principal moteur de la croissance démographique, bien supérieur au solde migratoire (+47.000).

Autres faits notables de l’année écoulée, les naissances ont légèrement diminué (-19.000 sur un an) et le nombre de décès a fortement augmenté (+41.000 sur un an), enregistrant «son plus haut niveau depuis l’après-guerre», souligne Marie Reynaud, cheffe des études démographiques et sociales de l’Insee.

En 2015, 600.000 personnes sont décédées (+7,3% sur un an). Cette «forte hausse s’explique par l’augmentation du nombre des 65 ans et plus et par la hausse des taux de mortalité après 65 ans».

En cause, trois épisodes sanitaires de surmortalité: la grippe au premier trimestre 2015, la canicule en juillet et une vague de froid en octobre.

Sous l’effet de ce surcroît de mortalité, l’espérance de vie à la naissance «diminue nettement», de 0,4 an pour les femmes, de 0,3 an pour les hommes.

En 2015, une femme peut espérer vivre 85 ans et un homme 78,9 ans.

Cependant, ce n’est pas «un coup d’arrêt dans la tendance à la hausse de l’espérance de vie», tempère Mme Reynaud. Depuis vingt ans, elle a augmenté de 3,1 ans pour les femmes et de 5,1 ans pour les hommes.

En 2003 et en 2012, l’espérance de vie à la naissance avait reculé pour les femmes uniquement pour repartir ensuite à la hausse. La baisse pour les deux sexes remonte à 1969.

– 800.000 bébés en 2015 –

«La population continue de vieillir, avec l’avancée en âge des baby-boomers (nés entre 1946 et 1974). La part des 65 ans et plus s’établit à 18,8% au 1er janvier 2016, contre 18,4% un an plus tôt», ajoute-t-elle.

Quant à la baisse des naissances en 2015, «elle n’a rien d’exceptionnel», assure l’Insee. D’une part, elle est faible (-2,3% par rapport à 2014), d’autre part, la natalité reste élevée, avec 800.000 nouveau-nés, un nombre à peu près stable depuis la fin du baby-boom.

«De telles fluctuations ont été observées dans le passé. Le point le plus bas avait été atteint en 1994 avec 741.000 naissances et le pic en 2010 avec 833.000 bébés», précise l’institut.

Cette baisse s’explique par la diminution depuis 1995 du nombre de femmes en âge de procréer et le léger recul de la fécondité en 2015: 1,96 enfant par femme (niveau observé en 2005), contre 2 en 2014.

En cause, la baisse de la fécondité des femmes de moins de 30 ans, qui s’est un peu accentuée. Celle des femmes de 30 à 34 a également reculé. Elle était stable depuis 2011.

«La baisse des naissances devrait se poursuivre, avec le recul du nombre de femmes en âge de procréer, mais rien n’indique que la fécondité suive le même chemin», selon Marie Reynaud.

Pour l’Union nationale des associations familiales (Unaf), cette baisse était prévisible, en raison «des remises en cause répétées et massives des politiques familiales» qui entament selon elle la confiance des familles et donc la natalité.

L’âge moyen à l’accouchement atteint désormais 30,4 ans.

Néanmoins, la fécondité française maintient son rang en Europe. L’Irlande et la France restent depuis 1999 les deux pays européens les plus féconds.

Enfin, si le nombre de mariages hétérosexuels demeure stable, à 231.000, les mariages entre personnes de même sexe sont moins nombreux: 8.000 l’an dernier contre 10.522 en 2014.

Voir enfin:

Insee. L’espérance de vie recule en France, la natalité reste élevée

La France a enregistré 600 000 décès l’an dernier, une « forte hausse » par rapport à 2014 (+41 000, soit +7,3%), selon un rapport de l’Insee.
Ouest-France
19/01/2016

La France métropolitaine et les départements d’outre-mer comptaient 66,6 millions d’habitants au 1er janvier 2016, une croissance de 247 000 personnes (+0,4 %) sur un an, marquée par une hausse exceptionnelle des décès et une baisse des naissances, a annoncé mardi l’Insee.

A cette date, la population de la métropole s’élevait à 64,5 millions d’habitants, précise l’institut dans son bilan démographique 2015.

La croissance annuelle a été quasi exclusivement portée par le solde naturel (différence entre les naissances et les décès), même si ce solde est le plus bas depuis quarante ans (+200 000).

 41 000 morts en plus en 2015

La France a enregistré 600 000 décès l’an dernier, une « forte hausse » par rapport à 2014 (+41 000, soit +7,3 %) mais aussi un nombre de morts « à son plus haut depuis la Seconde guerre mondiale ».

Ce bond s’explique par l’augmentation du nombre de personnes de 65 ans et plus, et par la hausse des taux de mortalité après 65 ans, due à trois épisodes sanitaires en 2015 : grippe au premier trimestre, canicule en juillet et vague de froid en octobre.

Conséquence, l’espérance de vie à la naissance diminue, de 0,4 an pour les femmes et de 0,3 an pour les hommes. En 2015, une femme peut espérer vivre 85 ans et un homme 78,9 ans.

« On ne peut pas dire que cette baisse marque un coup d’arrêt dans la tendance à la hausse de l’espérance de vie », relève l’Insee. Depuis 20 ans, elle a augmenté de 3,1 ans pour les femmes et de 5,1 ans pour les hommes.

Une baisse relative des naissances

Quant à la baisse des naissances, « elle n’a rien d’exceptionnel », assure l’Insee. D’une part, elle est faible, avec 19 000 naissances en moins en 2015 (-2,3 %), d’autre part, la natalité reste à un niveau élevé, avec 800 000 nouveau-nés. « De telles fluctuations ont été observées dans le passé », ajoute l’institut.

La baisse s’explique par la diminution du nombre de femmes en âge de procréer depuis 1995 et le léger recul de la fécondité en 2015: 1,96 enfant par femme, contre 2 en 2014. | VISACTU

La baisse s’explique par la diminution du nombre de femmes en âge de procréer depuis 1995 et le léger recul de la fécondité en 2015 : 1,96 enfant par femme, contre 2 en 2014.

Néanmoins, l’Irlande et la France restent depuis 1999 les deux pays européens les plus féconds. Enfin, on estime que 239 000 mariages ont été célébrés en 2015, accusant un léger recul, dont 8 000 entre personnes de même sexe, contre 10 522 l’année précédente.


Présidentielle 2017: Fichez nous la paix avec la religion ! (No wealth, please, we’re French: Guess where we got our current instincts and anxieties about the compatibility of wealth and social responsibility ?)

6 avril, 2017
La carte du Washington Post à partir des données de l'étude Gallup montre la place des pays les plus athées dans le monde. https://i0.wp.com/www.gillespichavant.com/blog/wp-content/uploads/2016/01/2015-ath%C3%A9es.jpg

Les pourcentages des personnes ayant indiqué, en 2005, ne pas croire en un quelconque « Dieu, esprit ou force de vie », dans les pays européens

Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Jésus (Mathieu 19: 24)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
La soumission à l’Autre n’en est pas moins étroite lorsqu’elle prend des formes négatives. Le pantin n’est pas moins pantin lorsque les ficelles sont croisées. René Girard
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les » juifs » et les » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
(Le 11 septembre,) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. . Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».(…) L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. (…) soixante ans après la Shoah, il redevient possible (…) pour des hommes [Alliot-Marie et surtout Villepin apprécieront !] politiques français de dire en privé (et de démentir en public) que l’Etat d’Israël n’a pas de légitimité historique. Il devient possible de banaliser la collaboration. Il devient possible, lors de l’anniversaire du Débarquement, d’embrasser des anciens combattants allemands portant le même uniforme que ceux qui, à la même minute, faisaient fonctionner les chambres à gaz. Il devient possible de mêler dans un même discours confus une opposition à Bush et à Sharon avec un antisionisme et un antisémitisme global, devenu réponse mythique à toutes les humiliations. Jacques Attali
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. André Malraux (1956)
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Le plus intéressant et stimulant dans la situation actuelle  est la révolte des peuples, en France mais aussi dans le reste de l’Europe et même aux Etats – Unis. Nous sommes à la fin d’un cycle. Il nous faut nous donner les moyens de franchir l’étape  suivante, je tente de poser quelques jalons. Cet essai est né d’une colère, je m’en explique dès l’abord. Je suis née au début des années 1970, j’appartiens à cette première génération élevée  par des parents, formée par des professeurs qui,  dans le sillage de Mai 68, avaient renoncé à  assumer leur responsabilité d’adultes, à nous inscrire dans un monde plus ancien que nous, pour  faire de nous des cobayes, des sujets d’expérimentation d’une nouvelle figure d’humanité.  Depuis près d’un demi-siè cle, les besoins fondamentaux de l’être humain sont non seulement  méprisés  mais  disqualifiés,  diabolisés  par  l’idéologie  progressiste.  Le  besoin  de  racines  géographiques  et  historiques,  d’identité  nationale,  de  frontières,  toutes  ces  constantes  anthropologiques  sont  traitées par les  idéologues  contemporains  comme  de  la  frilosité,  de  la  crispation sur soi, comme un repli identitaire et xénophobe. Quelles qu’aient été les majorités  politiques depuis, le travail de sape s’est poursuivi, et le quinquennat qui a gonise aujourd’hui  en montre les fruits aboutis les plus délétères. Jusqu’à quand continuerons – nous à sacrifier les  générations à venir ? Au prix du sang versé, les attentats islamistes de janvier et novembre 2015 auraient pu changer  la  donne,  or  rien  de  tel n’est survenu. Alors que les autorités gesticulaient avec drapeau et  Marseillaise, la décomposition de la France s’accélérait, l’émotionnel prenant le pas sur toute  forme de réaction, de volonté de renaissance, ce qui a permis à l’idéologie dominante de se  maintenir  avec  son  cortège  de  mensonges,  d’intoxication,  d’anathèmes  et  de  dénis  politiquement corrects. Personne ne s’est saisi de ce qu’on peut appeler avec Simone Weil « le  patriotisme de compassion » pour lui donner un contenu qui aurait entraîné un sursaut national. (…) Par un mélange de mémoire pénitentielle, de tyrannie de la repentance, selon l’expression de  Pascal  Bruckner,  de  politique  de  reconnaissance  des  identités  particulières  venue  des  Etats – Unis, étrangère à notre histoire, et une idéologie progressiste confondant liberté et déliaison.  On a fait le pari que l’individu serait d’autant plus libre qu’on ne lui transmettrait plus l’héritage,  qu’on le laisserait à soi-même, prétendument riche d’une créativité et d’une originalité qui, en  réalité, ne sont pas originelles. Abandonné à lui-même, l’individu est voué au conformisme, il  n’a pas d’autre choix que de se conformer aux usages, à la doxa, il est comme incarcéré dans la  prison du présent. C’est là que la transmiss ion  du  passé  joue  un  rôle  capital,  elle  permet  d’acquérir une épaisseur temporelle qui n’est pas donnée avec la vie. Elle est de surcroît,  émancipatrice en cela que le passé vient rarement ratifier les évidences du présent, il les inquiète au contraire.  En ne lui fournissant aucun terreau, le progressisme a fait de l’humanité une cohorte d’individus hors sol, « sensibilisés » à tout, mais attachés et fidèles à rien. La liberté, l’égalité, la fraternité, dont on nous rebat les oreilles à longueur de célébrations  compassionnelles, n’ont plus guère de sens dès lors qu’on fait abstraction de toute singularité  historique. L’homme des « valeurs  républicaines », selon la clochette pavlovienne qu’on ne  cesse de faire retentir, est l’homme des droits de l’homme, il n ’est pas un citoyen français. Ces  valeurs s’incarnent dans une histoire, et c’est à cette histoire qu’il convient de s’identifier. Un  peuple déraciné, sans passé, sans mémoire, périclite, et quand la patrie est à terre, l’islamisme  n’a plus qu’à la ramasser. En novembre 2015, force fut d’admettre que nous étions visés en tant que civilisation, et, pour le dire avec les mots de Paul Valéry,  « si la France n’est pas morte,  elle s’est sentie périr » ; c’est donc comme civilisation qu’il nous faut renaître et résister. Or, sur ce terrain,  François  Hollande  et  le  gouvernement  Valls  ont  été  désespérément  absents,  comme le sont, pour le moment, les candidats à l’élection présidentielle. (…) Un seul mot d’ordre, l’assimilation pour tous. Pour tous, c’est – à – dire pour les Français d’origine  immigrée mais non moins pour les Français généalogiques, ou, si j’osais, « de  souche »,  car  voilà quarante – cinq années qu’on ne fabrique plus de Français, l’héritage n’étant plus transmis,  sinon de façon parcellaire et de toute façon jamais comme héritage, identité. Etre français ne  coule pas dans les veines, il ne suffit pas de se donner la peine de naître et rien de plus pour  l’être. Etre français, c’est une mémoire, qui ne commence pas en 1789. La transmission est la  condition sine qua non de la continuité d’une civilisation. L’école a un rôle majeur à jouer ici.  Or  le  quinquennat  Hollande,  qui  en  promettait  la  refondation,  ce  qui  aurait  dû  signifier  un  recentrage  sur  ses  missions  fondamentales,  en  a  parachevé  la  destruction.  Entreprise  menée  avec une hargne peu commune par la ministre Najat Vallaud – Belkacem. Notre tâche est double, il s’agit à la fois de soustraire les individus à l’empire du vide, ce vide  existentiel auquel quarante – cinq années d’idéologie progressiste active les a condamnés, et de  refabriquer un peuple français. La République française est assimilationniste, elle se singularise  par la passion du monde commun. C’est là notre exception, travaillons à la refonder. Pour ce  faire,  il  nous  faut  redevenir  accessibles  à  la  saveur  de  notre  héritage,  à  sa  fécondité.  On  ne  transmet pas le passé parce qu’il est passé mais en vertu de sa puissance de signification, des  lumières qu’il jette sur la condition humaine. Les professeurs doivent être restaurés dans leur  droit à donner à aimer la France, à aimer Molière et Balzac pour les trésors d’intelligence, de  vitalité qu’ils recèlent, plutôt que sommés de désosser et dessécher ces chefs – d’œuvre par le  recours aux instruments de linguistique, ou en transformant les élèves en tribunal des flagrants délits de racisme, sexisme, homophobie. Réveillons la passion du sens, du mot qui dit la chose,  aiguisons le sentiment de la langue. (…) Houellebecq nous tend un miroir terriblement ressemblant, il s’est fait le  romancier  de  cette  humanité  atomisée,  de  ces  voyageurs  sans  bagage  sortis  du  laboratoire  progressiste. Cependant, et c’est ce qu’indique la restriction de mon titre, à la différence des  « héros » de Houellebecq, nos contemporains se révoltent. Ce monde bâti par le progressisme  leur est inamical, c’est une litote, et ils ne craignent plus de le dire. La France ne se droitise pas  – ce qui aurait peut – être un sens si la droite s’était faite la gardienne de la transmission, de la  continuité historique de la nation, de sa souveraineté, ce qui n’a pas été  – , les Français ne virent  pas au cryptofascisme, ils font de nouveau droit à des besoins essentiels à l’homme en son  humanité, ainsi que je me suis efforcée de l’établir, et au premier d’entre eux, le besoin  d’enracinement,  d’inscription  dans  une  histoire  particulière  qui  donne  sens  à  une  vie,  signification et orientation : une histoire a été commencée qu’il nous appartient de prolonger. (…) Certaines voix politiques et médiatiques ont crié au scandale, affirmant que jamais un politique  d’envergure nationale n’avait fait valoir son catholicisme. C’est faux. Dans ses vœux pour 1969,  le général de Gaulle choisit de s’adresser à la jeunesse rebelle de 68, il se reproche d’avoir  privilégié les questions économiques, « comme s’il n’y avait que cela qui comptait à mes yeux  et aux vôtres, alors que je suis catholique, l’un des derniers chefs d’Etat à en faire ouvertement  profession ». Rappeler une identité religieuse qui est aussi historiquement celle de la France n’a pas à heurter, d’autant que François Fillon invoque son christianisme comme une ressource, il  n’entend pas l’ériger en religion d’Etat. Jamais l’invocation de l’identité musulmane ne suscite  de telles polémiques. Ce deux poids deux mesures est intolérable. D’autant qu’au point où nous en sommes, il faut  restaurer des préséances et refaire l’unité autour de la France et d’elle seule. Interrogé sur la  fonction de la Fondation de l’islam de France qu’il préside, Jean – Pierre Chevènement explique  que l’objectif est de faire connaître l’islam aux Français. Est – ce ainsi que nous reconquerrons  les territoires perdus de la République ? Donnons déjà à connaître et à aimer la France, après  nous verrons. Notre renoncement à fabriquer des Français a offert un terrain fertile à l’islam  radical. C’est en exaltant les identités multiples que nous avons creusé notre tombe. Fidèles à  l’ambition  républicaine,  ne  tenons  aucun  compte  de  qui  sont  nos compatriotes  d’origine  étrangère, ne cherchons pas à savoir d’où ils viennent, soucions – nous seulement de ce qu’ils ont  à devenir : des citoyens français, des êtres ouverts à une responsabilité, une responsabilité pour  notre civilisation. (…) Cette décision [autorisation donnée par le Conseil d’Etat d’installer des crèches de Noël dans certains lieux publics] plus qu’ambiguë a été interprétée comme une victoire, « une victoire française »,  saluaient François Fillon et Bruno Retailleau. Si c’ est une victoire, c’est une victoire à la  Pyrrhus. Les crèches sont autorisées au titre d’« éléments de décorations profanes, de symboles  culturels  ou  festifs »  – le  festif  érigé  en  principe  de  légitimation,  Philippe  Muray  doit  se  retourner dans sa tombe ! Que des esprits catholiques ou attachés à l’héritage chrétien puissent  se réjouir de cet abaissement de la Nativité à du folklore est pour le moins frappant. La crèche  renvoie au mystère de l’Incarnation, du Dieu fait homme, et célèbre, pour un chrétien,  la  naissance du Sauveur, du Messie  – réécoutons l’oratorio de Haendel, on mesurera ce que peut  signifier pour l’homme de foi cet Avènement ! Victoire à la Pyrrhus, et même défaite à plate couture. Le Conseil d’Etat, il suffit de se pencher  sur les décision s qu’il a rendues au cours des dernières décennies (se montrant favorable au port  du voile à l’école, à la burqa, au burkini), s’est mis au service de la conversion de la France au  multiculturalisme, c’est – à – dire de sa dislocation en communautés séparées vivant chacune selon  ses mœurs, son calendrier, ses lois. Toute atteinte à la loi de 1905, au principe de laïcité, à la  neutralité de l’espace public se fera au profit de l’islam, de sa visibilité et de ses revendications  et au détriment de la France « une  et indivisible ». Les  catholiques  doivent  en  outre  comprendre  que  toute  autorisation  de  manifester  son  appartenance religieuse dans l’espace public se retournera contre eux  – le catholicisme ne sera  plus qu’une composante parmi d’autres d’une entité qu’on  continuera d’appeler la France, mais  dont l’histoire aura été réécrite, dont on aura extirpé les racines chrétiennes, ainsi que s’y  emploient déjà des historiens adoubés par les médias, ainsi du médiéviste Patrick Boucheron,  maître d’œuvre d’une Histoire mondiale de la France, où Jeanne d’Arc par exemple, n’est plus  qu’une « invention de la IIIe République » et ne bénéficie d’aucune entrée à son nom. Bref, un  détail de notre histoire ! Bérénice Levet
Les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse étant très encadrées en France, le nombre exact de personnes sans religion est inconnu. Mais plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation. En 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a demandé à plus de 50 000 personnes dans 57 pays si elles se considéraient « religieuses », « non religieuses » ou « athées convaincues ». A cette question, environ un tiers des Français répondent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». On obtient donc 63 % de Français qui ne s’identifient à aucune religion contre seulement 37 % de Français religieux. (…) En 2010, un autre sondage a permis de dresser un portrait religieux de la France : l’Eurobaromètre commandé par la commission européenne. Les réponses sont assez proches de celle du premier sondage : 40 % des Français se déclarent athées et environ un tiers « croient en un esprit ou une force supérieure ». Un avis plus nuancé mais qui les place tout de même dans les personnes « sans religion ». Près de 70 % des Français sondés ne se réclament donc d’aucune religion précise, même si un tiers d’entre eux croit en une forme de divinité. La question de la religiosité d’un pays est sensible à aborder et potentiellement source d’erreur car les notions de religion, de foi et de spiritualité peuvent avoir des résonances différentes selon les personnes interrogées. Comme le précise l’étude de Gallup en annexe, une part importante de sondés appartenant à une religion déclarent avoir la foi mais ne pas se vivre comme une « personne religieuse ». De même, les personnes se déclarant athées ne font parfois pas la différence avec l’agnosticisme (personne déclarant ne pas pouvoir trancher sur l’existence d’un dieu) ou le déisme (croyance en un dieu sans se réclamer d’une religion). Certains chiffres sont en revanche catégoriques, comme ceux concernant le catholicisme collectés par l’IFOP : la part de Français pratiquants est en grande diminution. Seule une petite minorité, 4,5 %, assiste à la messe chaque semaine. Et, même si aujourd’hui encore près de 70 % de la population française est baptisée, les nouvelles générations renoncent pour la plupart à baptiser leurs enfants : on comptait 472 000 baptêmes en 1990, on n’en dénombre plus que 303 000 en 2010 (pour 800 000 naissances). Concernant l’islam, la pratique religieuse est plus régulière. Selon une enquête IFOP pour La Croix, 41 % des personnes « d’origine musulmane » se disaient « croyantes et pratiquantes » (contre 16 % chez les catholiques), et 34 % « croyantes mais non pratiquantes » (57 % des catholiques), 25 % se disant « sans religion ou seulement d’origine musulmane » (27 % des catholiques). Seuls 25 % des interrogés disaient aller « généralement à la mosquée le vendredi ». (…) La tendance à l’athéisme est mondiale d’après les critères établis par l’étude Gallup. Depuis 2005, date de leur précédent sondage, la part de personnes « religieuses » a baissé de 9 % et la part de personnes athées a augmenté de 3 %. Mais la situation française reste une exception dans un monde où la religion garde encore une place de premier plan : plus de la moitié (59 %) de la population mondiale se sent toujours « religieuse » et 13 % seulement se déclarent athées. Dans le top 5 des pays athées (parmi la cinquantaine de pays interrogés), la France tient la 4e place, derrière la Chine, le Japon et la République tchèque. L’étude met en corrélation ces résultats avec la richesse du pays concerné. Une grande partie des pays les plus religieux comptent également le plus petit revenu national brut : Ghana, Nigeria, Roumanie, Kenya, Afghanistan… A l’inverse,  les moins religieux sont souvent les plus aisés, comme la France, le Japon, la Suède, Hongkong, l’Australie, l’Allemagne ou les Pays-Bas. Le Monde (2015)
En trente ans, sa pratique, sa pénétration et son influence ont été divisées par trois : le ratio de baptêmes sur le nombre de naissances enregistré est passé de 80% à 36% – le ratio de confirmations est passé de 15% à 5% – le ratio de mariages catholiques sur le nombre d’unions civiles (mariages civils et Pacs) est passé de 35% à 9% – le nombre de prêtres est passé de 38 000 à 13 000 (dont largement plus de la moitié ont dépassé l’âge de la retraite) – le nombre de catholiques pratiquants « une fois par an au moins » est passé de 60% à 27%, celui de pratiquants « une fois par mois au moins » de 40% à 9%. Celui des pratiquants « une fois par semaine » a été divisé par 5, passant à 4%. La moitié des catholiques déclarés (45% de la population) affirment ne pas croire en Dieu, soit 23% de « catholiques athées » auxquels il faut ajouter une majorité des Français qui se déclarent sans religion (45% de la population aussi). Si on additionne « catholiques athées » et « sans religion athées » (certains « sans religion » sont peut-être déistes), on a sans doute largement plus de 50% des Français qui sont athées. Le reste de la population étant composé de 6 à 8% de musulmans, de 0,5% de juifs religieux (pratiquant ou respectant des prescriptions religieuses), de 1% de protestants déclarés, et de 1% de bouddhistes réguliers. On est donc passé en trente ans d’une situation où la religion catholique était dominante et incontestée (plus de 80% de la population grosso modo) à une situation ou plus de 50% des Français se déclarent athées, voire près de 70%  si l’on additionne les 23% de catholiques athées (c’est-à-dire des baptisés qui ne pratiquent pas leur religion et qui déclarent ne pas croire en Dieu) et les 45% de « sans religion ». Le « fait catholique », n’est donc plus un fait dominant, loin de là. On peut même imaginer, si l’on prolonge les courbes de tendance, qu’à l’horizon de 20 ou 30 ans, il n’y aura plus en France que 10% de catholiques. À côté de peut-être 10% de musulmans (si l’immigration ne progresse pas démesurément, sinon on peut imaginer un socle de près de 15% de musulmans). (…) Le fait religieux dominant, c’est l’athéisme. La France est devenue « fille aînée de l’athéisme » après avoir été celle de l’Église. Il est tout à fait envisageable, on l’a vu, d’imaginer à l’horizon 2050 une France composée de 80% d’athées ou de sans religion, de 10% de catholiques et de 10% de musulmans. Dans cette situation sans précédent, le catholicisme ne serait plus le fait dominant de notre nation, mais une de ses deux religions minoritaires, à égalité avec l’islam. Le fait dominant sera celui de l’athéisme, ou tout du moins d’une irréligiosité massive de la population. Dans cette perspective, la laïcité change de rôle. Elle n’est plus un instrument de combat pour réduire une religion dominante et la maîtriser mais la base d’un comportement très largement majoritaire qui s’impose à tous. Elle n’essaie plus d’écarter de l’espace public des comportements religieux pour les contraindre à rester dans le domaine privé car ils seront à l’avenir aussi très largement absents du domaine privé. Elle devient un état majoritaire et largement partagé par la population. Le débat ne se pose plus dès lors entre « séparatistes » (au sens de 1905) et « concordataires » (au sens de 1801) , puisqu’il n’y aura plus grand chose à séparer hormis les pratiques minoritaires de 10% de catholiques et de 10% de musulmans et qu’il n’y aura plus grand chose à protéger puisque la religion musulmane sera à égalité avec la religion catholique. En étant provocateur, on pourrait dire que le déclin de la religion catholique est une grande opportunité pour imposer la laïcité aux musulmans. Car à l’avenir elle n’apparaîtra plus comme l’instrument de domination d’une France blanche et chrétienne sur une France colorée et musulmane, mais comme l’état général et normal de la très grande majorité de la population. C’est pourquoi, ce n’est absolument pas le moment de renoncer ou d’aménager la laïcité au sens où elle a été mise en place en 1905. C’est au contraire le moment de réaffirmer ses valeurs parce qu’elles ont un avenir certain car la laïcité invite tous les Français à se conformer à quelques règles simples de bienséance : ne pas exposer sa religion en public par des signes ostentatoires – tolérer la critique de sa propre religion – ne pas imposer aux autres des règles qui ne les concernent en rien (le fait de dessiner Mahomet par exemple) – et sans doute laïciser aussi les jours fériés (en proposant à chaque français de disposer d’un stock de 5 jours fériés à utiliser à sa propre convenance, religieuse ou pas). Régis Debray a écrit que la religion chrétienne était en train de laisser la place à une nouvelle religion « athée » qu’il appelle la ROC (Religion de l’Occident Contemporain). Il se trompe sans doute en l’étendant à tout l’Occident car le continent américain en général et les USA en particulier restent très attachés au christianisme. Mais les signes sont très forts en Europe d’une évolution vers la ROC (ou de la REC, Religion de l’Europe Contemporaine). Ils le sont tout particulièrement en France car les 67% de Français qui se déclarent aujourd’hui athées ou sans religion et qui seront sans doute demain 80% de la population sont certainement à l’avant-garde de cette évolution. Sont-ils pour autant sans valeurs ? Non car ils partagent un certain nombre de principes qui sont au cœur de la laïcité : le respect de l’égalité (hommes-femmes) – le respect des minorités (sexuelles en particulier) – la défense des libertés individuelles et collectives – la tolérance. Ce sont les principes fondamentaux de cette religion des droits de l’homme. Ils s’imposent à tous. Causeur
A compter du lundi 10 avril, la présidentielle entrera dans la période dite de « campagne officielle » où un certain nombre de règles et traditions entrent en vigueur. Egalité stricte des temps de parole, affichage des panneaux électoraux, envoi des professions de foi et diffusion sur les antennes du service public des clips de campagne des candidats. Un exercice particulièrement surveillé par les autorités de régulation. A l’heure de YouTube et de l’essor de la vidéo en direct, les onze candidats à la présidence de la République enregistrent cette semaine une série de clips très officiels que diffuseront les antennes du service public. (…) Règlement pointilleux. Sauf qu’avec le début de la campagne officielle, la liberté de création va drastiquement se réduire. Le CSA a en effet donné aux différentes parties un document de onze pages fixant le cadre de production, programmation et diffusion de ces clips de campagne. Au total, 49 articles expliquent par le menu le bon fonctionnement de la période à venir. Le gendarme de l’audiovisuel s’y montre particulièrement pointilleux, au point même de réglementer le nombre de personnes pouvant accompagner le candidat en studio d’enregistrement ou en salle de montage. Mais ce qui a surpris l’ensemble des équipes de campagne se situe dans l’article 9 : interdiction de « faire apparaître tout emblème national ou européen ». Pas de drapeau donc dans ces vidéos. Ni français, ni étranger et pas plus d’hymne national. Une disposition jugée « incroyable » par Gautier Guignard, qui s’occupe des vidéos de François Fillon, obligé de « jeter un certain nombre d’images que nous avions sélectionnées ». Si la consigne existait en fait lors des scrutins précédents, le régulateur avait choisi de jouer la carte de la mansuétude. Une période visiblement révolue. La cause de ce changement de pied est la crainte que certaines campagnes ne « misent sur un nationalisme délirant », confie un bon connaisseur du dossier, rappelant qu’en 2012 un clip de Nicolas Sarkozy avait créé la polémique en montrant un panneau « douane » écrit en arabe. En proscrivant l’utilisation de tous les drapeaux, le CSA veut également se prémunir de la possibilité que certains puissent être « maltraités ou utilisés de manière négative ». L’Opinion
Après sa déclaration de candidature, de retour vers Paris, Emmanuel Macron a fait une halte là où les pierres parlent. Loin des caméras et des micros, le néo-candidat à l’élection présidentielle s’est arrêté en la Basilique de Saint-Denis, tombeau des Rois de France. Seul en son destin face aux Transis. Qu’est-il venu chercher là, dans ce grand silence de marbre où dort l’âme de la France? Conviction. Onction. Transmission. Inscription. Tout cela à la fois sans doute. Les voies qui mènent aux Forces de l’esprit sont impénétrables. Le geste de Macron rappelle qu’il est deux catégories de candidat à l’élection présidentielle: ceux qui hantent les lieux de mémoire, en quête d’encens, et ceux qui occupent les plateaux de télévision, en perte de sens. Challenges
Jeanne est dans cette France déchirée, coupée en deux, agitée par une guerre sans fin qui l’oppose au royaume d’Angleterre. Elle a su rassembler la France pour la défendre, dans un mouvement que rien n’imposait. Tant d’autres s’étaient habitués à cette guerre qu’ils avaient toujours connue. Elle a rassemblé des soldats de toutes origines. Et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc, car elle nous dit que le destin n’est pas écrit. Emmanuel Macron
Dans son dernier discours sur la culture, Marine Le Pen appelle de ses vœux une France qui retrouve sa grandeur. Mais l’art n’est pas fait pour servir la grandeur de la France, et c’est d’ailleurs bien ainsi qu’il la sert. Le Front national ne cesse de tirer à boulets rouges sur l’art contemporain, c’est-à-dire sur les formes de l’art sans précédent. C’est pourtant là que réside l’éminente fonction de l’art qu’est la subversion – qui va du léger déplacement au renversement scandaleux. La liberté de penser et de créer, la liberté d’inventer et d’affirmer, la liberté d’interpréter et de critiquer le monde comme il va ou ne va pas, sont choses précieuses, ô combien ! L’art comme fruit de ces libertés et des moyens qui lui sont offerts en France, c’est cela que le monde entier nous envie. Marine Le Pen présidente y mettrait un point d’arrêt. Comment s’en étonner quand le Front national promeut, quoi qu’il tâche de le faire oublier jusqu’à l’effacement, des idées racistes, antisémites, xénophobes et nationalistes ?Le Front national est aux portes du pouvoir. Nous appelons à faire barrage à Marine Le Pen lors de la prochaine élection présidentielle, puis aux législatives qui lui succéderont. Signataires : Archie Shepp, Léa Seydoux, André Wilms, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Renaud, Jeanne Moreau, Matthieu Chedid, Annette Messager, Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep et Kephren du groupe IAM, Vincent Elbaz, Valeria Bruni Tedeschi, Christian Boltanski, Cécile de France, Zazie, Abdellah Taïa, Anaïs Demoustier, Vincent Delerm, Anna Mouglalis, Vincent Macaigne, Kaoutar Harchi, Jérôme Ferrari, Mathilde Monnier, Karin Viard, Zabou Breitman, Laura Smet, Alexandre Chemetoff, Lolita Chammah, Marie Darrieussecq, Tahar Rahim, Emma de Caunes, Alysson Paradis, Denis Podalydès, Amos Gitaï, Georges Didi-Huberman, Romane Bohringer, Pascal Dusapin, Pascal Convert, Valérie Donzelli, Vincent Perez, Alain Françon, Théo Mercier, Charles Berling, Amira Casar, Jean-Michel Ribes, Alexis Jenni, Judith Chemla, Charles Fréger, Félix Moati, Albin de la Simone, Florence Loiret Caille, Laurent Bayle, La Grande Sophie, Magyd Cherfi, Ariane Ascaride, Jonathan Zaccaï, Antoine de Galbert, Béatrice Dalle, Jean-Pierre Vincent, Samir Guesmi, Olivier Py, Laurence Equilbey, Jules Sitruk, Paula Aisemberg, Jean-Noël Pancrazi, Renan Luce, Stéphane Foenkinos, Emmanuel Demarcy-Mota, Camélia Jordana, Brigitte Jaques-Wajeman, Zita Hanrot, François Regnault, Babx, Sofi Jeannin, Jérôme Kircher, Pauline Bastard, Francis Boespflug, André Markowicz, Claude Perron, Olivier Mantéi, Karen Vourc’h, Dominique Blanc, Olivier Rolin, Jeanne Cherhal, Gérard Wajcman, Jacky Ohayon, Rachel Arditi, Carine Tardieu, Stéphane Braunschweig, Marie Collin, Pascal Elbé, Farid Bentoumi, Laure Marsac, Émilie Brisavoine, Alexandre Tharaud, Irène Jacob, Yann Rabanier, Arthur Nauzyciel, Mathieu Chatenet, Brigitte Lefèvre, Sébastien Pouderoux, Élie Wajeman, Guillaume Gouix, Jean de Loisy, Laurent Gaudé, Philippe Quesne, Iván Argote, Arièle Butaux, Dominique Valadié, Elsa Lepoivre, André Engel, Corinne Bacharach, Anne Alvaro, Olivier Babinet, Yann Apperry, Thomas de Pourquery, Judith Henry, Sébastien Betbeder, Brigitte Sy, Gérard Lefort, Nicolas Bouchaud, Pierrick Sorin, Natalie Seroussi, Rodrigo Garcia, Anne-Lise Heimburger, Sylvie Ballul, Jean-François Sivadier, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Isabelle Renauld, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, Yanowski, Vincent Winterhalter, Mathieu Bauer, Lise Wajeman, Marion Rampal, Cyril Descours, Olivier Cadiot, Stéphanie Murat, Daniel Jeanneteau, Océanerosemarie, Thomas Blanchard, Éric Génovèse, Richard Brunel, Françoise Lebrun, Rodolphe Dana, Sarah Petit, Emmanuel Noblet, Daniel Mesguich, Florence Thomassin, Olivier Gluzman, Ismaël Margain, Anne Marivin, Jean-Philippe Amar, Sigrid Bouaziz, Evelyne Didi, Guillaume Vincent, Caroline Deruas, Peter von Poehl, Jean-Luc Gaget, Cecile MacLorin Salvant, Thomas Enhco, Zaza Fournier, David Lescot, Micha Lescot, Marcel Bozonnet, Valérie Dréville, Laurent Poitrenaux, Michel Deutsch, Julia Piaton, Valérie Stroh, Yves-Noël Genod, Anne Paceo, Jean-Loup Rivière, Françoise Morvan, Odile Heimburger, Ludovic Lagarde, Samuel Achache, Jeanne Candel, Kyrie Kristmanson, Sarah Le Picard, Éric Génovèse, Julien Féret, Céline Gaudier, Mikaël Serre, Simon Jacquet, Bastien Lallemant, Charlotte Testu, Delphine Gleize, Fanny de Chaillé, Roxane Arnold, Raphaël Quenehen, Samuel Churin, Aram Kebabdjian, Jannick Thiroux, Marie Payen, Lola Gans, Raphaël Imbert, Servane Ducorps, Franck Krawczyk, Joëlle Petrasek, Yaron Herman, Marie Modiano, Zina Modiano, Lolita Sechan, Mona Achache, Caroline Guiela-Nguyen, Julie-Anne Roth, Sylvain George, Jean-Pierre Sarrazac, Natalie Beder, Alexis Pivot, Sarah Stern, Charlotte des Georges, Michèle Foucher, Maissiat, Catherine Frot, Yann Moix.
Foutez-nous la paix avec vos histoires de religion. (…) La France ne vas passer son temps à discuter de religion. Jean-Luc Mélenchon
Vous voulez mettre des symboles religieux dans nos mairies ? C’est ça, votre laïcité ? 60% des Français n’ont pas de religion. Fichez-nous la paix avec la religion ! Nous ne sommes pas obligés de subir vos foucades, vos trouvailles, vos manières de nous imposer à tous votre manière de vivre qui n’est pas la nôtre ! Jean-Luc Mélenchon
Je veux aussi protéger la culture et l’identité des Français. Et l’inscription dans la Constitution de cette phrase permettra de mettre des crèches dans les municipalités. La protection de ce patrimoine est essentiel, et les Français l’attendent parce qu’ils se sentent bousculés dans leur mode de vie, dans les moeurs. (…) On a parlé de protection contre le terrorisme, je veux aussi protéger la culture et l’identité des Français. La protection de ce patrimoine est essentiel. Les Français l’attendent parce qu’ils se sentent bousculés dans leur mode de vie, leurs codes, leurs mœurs, par la montée en puissance de revendications portées par des fondamentalistes islamistes. (…) les crèches dans les mairies comme les sapins de Noël dans les écoles, tout cela, ça ne participe pas exclusivement de la religion, ça participe de nos racines. Les racines de notre pays, de notre culture. Marine Le Pen
C’est très important de faire respecter la neutralité du service public. La religion ne peut pas être présente à l’école. Toutefois, j’entends peu de gens émus lorsque les conséquences de ce débat envoient de plus en plus d’enfants dans des écoles confessionnelles qui leur enseignent la haine de la République, professent des enseignements essentiellement en arabe ou, ailleurs, enseignent la Torah plus que les savoirs fondamentaux. Emmanuel Macron
Des centaines de parlementaires ont employé des membres de leur famille. (…) Je suis aujourd’hui favorable à ce qu’on interdise cette pratique. (…) Qu’est-ce que c’est qu’un président exemplaire ? C’est un président qui dit la vérité aux Français sur la situation de France et la réalité du monde. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se sert pas des moyens de l’Etat pour affaiblir ses adversaires. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se confie pas aux journalistes. (…) Comme vous l’avez vous-même dit j’ai droit à la présomption d’innocence et vous devriez faire preuve d’une plus grande prudence. Non seulement je n’ai pas reconnu d’erreurs. Je refuse de répondre aux journalistes qui pendant deux mois et demis ont fait mon procès, on a voulu me faire taire, on a voulu m’éliminer, je suis toujours là, personne ne viendra m’intimider. Ce sont les Français qui porteront un jugement dans un peu moins de trois semaines. François Fillon
« Quand on est élu, on a plus de devoirs que les autres et on ne devrait pas avoir tous ces privilèges et ces passe-droits. Quand on entend Monsieur Fillon s’en prendre aux privilèges des cheminots quand lui-même s’accorde des, on va dire des largesses, ça choque. Je ne trouve pas ça normal. Vous avez avoué des erreurs, mais pour moins que ça les gens sont mis à la porte des entreprises. Quand on est travailleur, on doit rendre des comptes tous les jours. (…) Le décalage est insupportable. Si les travailleurs se levaient, demandaient des comptes il seraient en possibilité de changer la situation. J’ai un exemple : la Commune de paris en 1871. (…) Je suis pour revenir à cela. » Nathalie Arthaud
C’est vrai qu’on est servi depuis quelques temps  : Dassault, Balkany et depuis janvier Fillon que des histoires, plus on fouille, plus on sent la corruption et la triche. C’est un bonhomme qui nous explique qu’il faut faire la rigueur mais qui pioche dans les caisses publiques. Le Pen, c’est pareil, on pique dans les caisses publiques européennes. Le FN qui se dit anti-système se protège grâce au système et à l’immunité parlementaire. Nous quand on est convoqué par la police, on a pas d’immunité ouvrière. Le problème c’est la professionnalisation de la vie publique. Il y a trop de gens trop payés. Il faut limiter le salaire des politiciens au salaire moyen, au moins les gens courront moins après le poste. Plus de cumul des mandats. Plus de carrière politique. Philippe Poutou
Deux éléments peuvent expliquer ce succès : non seulement, à partir du règne de Constantin, les empereurs – exception faite de Julien l’Apostat (361-363) – soutiennent le christianisme et le financent fortement ; mais le christianisme a aussi une caractéristique exceptionnelle, et qui lui est propre : il est organisé comme une armée, avec un chef, des sous-chefs et des chefs locaux (archevêques, évêques, prêtres). De fait, cette organisation a permis de mettre en place un encadrement militaro-spirituel, si j’ose dire, de la population. J’ignore d’où vient cette organisation si particulière de la religion chrétienne, et qui mériterait d’être étudiée. (…) Il faut savoir que le paganisme était en crise depuis six ou sept siècles. Aux yeux des lettrés, il comportait trop de fables et de naïvetés, si bien que le païen lettré ne savait plus ce qu’il devait ou pouvait croire. De plus, l’argent et la puissance hiérarchique avaient changé de bord. Cela dit, le paganisme n’a pas totalement disparu : des régions entières sont restées longtemps païennes sans le dire. Ainsi, les fermiers, métayers et ouvriers agricoles qui travaillaient les grands domaines des seigneurs romains en Sardaigne étaient encore largement païens vers l’an 500. Mais on ne le disait pas trop : cela ne se faisait plus. Notons que l’on demandait à Dieu les mêmes choses qu’aux divinités païennes – de bonnes récoltes, par exemple. Les ex-voto chrétiens sont parfaitement comparables aux ex-voto païens. Néanmoins, pour les lettrés, la religion chrétienne avait une supériorité intellectuelle et spirituelle incomparable avec le paganisme, à tous points de vue. Amour et miséricorde infinie d’un Dieu profondément charismatique, moralisme qui pénètre tous les aspects de la vie du croyant et projet divin de la Création qui donne un sens à l’humanité : autant d’éléments qui ne pouvaient qu’attirer les élites. (…) Le christianisme est à mon sens la religion la plus géniale du monde – je le dis d’autant plus aisément que je ne suis pas croyant. La théologie, la spiritualité, l’inventivité de cette religion sont extraordinaires. Si Nietzsche y voit une « religion d’esclaves », c’est sans doute parce qu’un croyant est soumis à Dieu, à ses commandements, et est en quelque sorte l’esclave de Dieu. Pour ma part, je suis en admiration devant l’incroyable édifice intellectuel et spirituel élaboré par les penseurs chrétiens. (…) [La question des origines chrétiennes de la France] C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte. (…) Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.(…) Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur. (…) Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle. (…) L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes. [les penseurs aux sources de notre culture] À l’évidence, cela me semble être l’époque des Lumières et la Révolution. Depuis la Révolution, songez qu’il n’existe plus de roi de droit divin : il s’agit désormais de monarchies constitutionnelles, comme en Angleterre. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, on pourrait nommer Kant ou Spinoza. (…) Les Grecs ont inventé la philosophie, le théâtre, et tant d’autres choses. Les Romains les ont répandus, ils ont hellénisé le monde en langue latine. Le christianisme lui-même a hérité de cette culture antique, à une différence énorme près : la notion d’un Dieu tout-puissant et éternel, créateur du monde, n’a rien de commun avec les dieux antiques. Ces derniers étaient exactement comme nous, mais immortels ; ils avaient les mêmes vices, les mêmes vertus, et n’étaient pas tout puissants. Le Dieu des juifs et des chrétiens est un apport culturel gigantesque que le paganisme n’a jamais été en mesure d’apporter. Mais si l’héritage chrétien apparaît de façon plus évidente à l’esprit de nos concitoyens, bien que déchristianisés, que l’immense patrimoine antique dont nous sommes aussi les héritiers, c’est que, chez nous, la religion chrétienne est présente visuellement partout. [le retour du thème de nos racines religieuses] Les raisons sont purement politiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés. Paul Veyne
As with celibacy and virginity, the people we hear about are usually the more radical. They’re the ones with the really extreme solutions and some of the most passionate Christians and the most articulate Christians were often very wealthy people who had truly, in ways that stunned everyone, thrown away their wealth. That is, they really believed to have followed the command of Christ, “If you wish to be perfect, sell all that you have; come.” So this is a Christianity whose main stars are very much in that camp, but the more I studied it, the more I felt that the actual heroes and heroines were the much more average people, who very much the way Jews at the same time considered their wealth, what wealth they had and it often wasn’t much, a sort of gift from God and that they had to as well pay back, and to renounce one’s wealth actually wasn’t a way of paying back. It was much more important to see your wealth as a way of providentially given to you so that you could do good, so a notion for what we say, you know, nowadays in a rather general way, Christian stewardship, actually summed up a whole attitude to wealth, to the world of money, which, I think, we would gain in a recapturing. I think maybe, and here I think it’s important to realize that maybe our relative indifference to wealth isn’t just a sort of inheritance of a view that, you know, any consistent Christian must renounce wealth; therefore, Christians who don’t renounce wealth are sort of second class. I think in an odd way that has continued. I think it is also the economy of the Roman Empire it was a very agrarian economy, a very slow economy. Wealth didn’t consist in large banking concerns, which people actually buried their gold, which is why we can see so much in modern museums. Now this means to say that the care of the poor or, just as important, people like yourself who were in danger of becoming poor, was also summed up, not in sort of grand gestures—alms-giving, you know, huge handouts—but, you know, small gestures—offering low-interest loans, forgivable loans, finding somebody a job. So there is a whole penumbra of Christian charity that is below the sort of radar screen if you’re looking only in terms of banking, cash, checks. (…) You get a real distinction between the extremists who emphasize Jesus’ true challenge to the wealthy but very much in the gospels, very much in Matthew and Luke; then there’s the letters of Paul, which show a fervent fundraiser at work, show somebody who’s determined to be a fully self-supporting member of the community, and, at the same time, has almost a mystique of mutual help. (…) In the overwhelming majority of cases, wealth was land turned by labor into food, which in the case of the rich was turned into sufficient money to be turned into privilege and power. (…)  when land becomes food all the gods are involved. I think one must never underestimate what the sheer religious aura of every house, whether it’s Christian, Jewish, or pagan. (…) wealth’s like a sort of barium trace, it goes everywhere, and one of the things which wealth does ask always is, “How free are humans to actually change themselves and to change society?” And there I think Pelagius, because of his extreme view of the freedom of the will, really did think, or at least encouraged others to think, that wealth is just a bad habit and you can get rid of it much as you can as it were kick smoking. Augustine didn’t share that view at all. (…) one must never idealize the Roman Empire. It did great things, but it was still a very fragile state. It was tied by issues of logistics, of agrarian yield, so we’re looking at an empire which is almost doomed the moment it actually happens. I think one of the wisest things that Edward Gibbon said—this is one of the things that people usually remember—he said, “The fall of Rome was inevitable; what is remarkable is that the empire lasted so long.” I think that’s a much more fair way to see it. What I think, indeed, happened was that with the rise of Christianity there was the rise of what one might call a horizontal way of organizing society, interconnection, city to city, vertical connections rich and poor in each city, which it didn’t bring the empire down, but when the empire did fall for relatively straightforward reasons—you know, it couldn’t defeat the barbarians, it couldn’t bring taxes in—people found that the end of the empire wasn’t as much a disaster. So I think that the rise of Christianity didn’t bring down the empire; if anything it sort of pushed the fall. (…) with Western Christendom you get a world of much smaller political units, which at the same time manages to be thoughtlessly creative. I mean, the great gothic cathedrals of Northern France are as grand as any Hippodrome, any coliseum. They’re built with engineering skills that are quite extraordinary by Roman standards; things Romans never thought of. And yet they’re put up in territories which often are no more than a few departements in France. How has society managed to grow, managed to become a sort of set of such vivid micro-societies, having emerged out of a vast back row of society is one of the great problems. (…) the greatest surprise—and it only came upon me gradually and it came roughly three years before I finally completed it because until the surprise it didn’t quite make sense. First of all, the conversion of Constantine, though it made a great difference to the public profile of Christianity, you know the emperors really did favor it, did give it funding—the conversion of Constantine did not mark the real beginning of Christianity becoming a majority religion. And the real entry of the truly wealthy into the Christian church happened a whole two generations after the conversion and it was an almost a sort of grassroots movement. So that was a surprise. I think the other surprise was that up until about the year 500, the Christian churches in themselves, that is the actual money available to bishops, was much less than we had previously thought; that the average Christian bishop was still a relatively low-profile person and that the real strength of the church lay not in its upper echelons, although these were very dramatic people, people like Ambrose, people like Augustine, but in the sort of average Christians who I came to know more and more through almost accidental evidence—through inscriptions, through little piles of coins found in churches—so that I found that I was writing a history that had its stars, but the stars were not necessarily the real heroes. Peter Brown
Ce n’est en fin de compte ni en entretenant les très pauvres ni en persuadant les très riches de reporter leur générosité du cirque vers les églises que les évêques chrétiens devinrent prééminents dans la société, mais en gagnant l’entre-deux à leur cause. (…) A partir de ce moment les chrétiens, membres d’une religion ralliée par les riches et les puissants, purent commencer à penser l’impensable en envisageant la possibilité d’une société entièrement chrétienne. Peter Brown
Late antiquity poses a baffling problem. Why did Roman society, from the bottom to the very top, progressively adopt a religion that appeared to promote the surrender of worldly goods to the poor? And given that wealth continued to be as important as ever after Christianisation, how did the Roman world reconcile riches and moral austerity? Peter Brown’s dashing new book explores these questions for the Latin-speaking, western Roman empire. It’s an immensely learned and authoritative study; Brown has been for 40 years the world’s most eminent scholar of late antiquity. (…) But the wider story matters too, for the age he describes saw the making of Europe as we know it, and with it the development of many of our current instincts and anxieties around the compatibility of wealth and social responsibility. The story is built around two narrative strands, interwoven like a double helix. The first is the rise of Christianity in the fourth century AD from a niche cult in the multi-religious world of the Roman empire to the dominant religion of the west. The second is the collapse of centralised imperial authority in the fifth century, and the transition to what Brown calls a « local Roman empire ». These two combined processes allowed Christianity to move from a counterculture based around an ideology of renunciation of worldly goods to an institutional infrastructure built on corporate wealth. One of the most decisive hallucinations in history occurred in 312AD, when the hitherto polytheist Emperor Constantine saw a vision of the cross hanging in the sky above a battlefield just outside Rome. We’ll never know what Constantine’s real motives for conversion were; perhaps it was quite simply a religious experience. But this wasn’t the moment when the empire as a whole was transformed: Christianity remained one religion among many for some 60 years. Constantine’s major legacy to the empire was root-and-branch fiscal reform, which put efficient tax-collection at the heart of the entire bureaucratic system. Brown calls the fourth century the « age of gold », after the coin known as the solidus that symbolised the confidence of the imperial treasury. So, wealth was on everyone’s mind – mostly because 90% of the population didn’t have enough of it, while the remaining 10%, those on the inside of the tight-ravelled nexus of power, had riches beyond compare. Sound familiar? But this is only half of the story. If the imperial heart sucked resources towards the centre in relentless cycles, there was also a corresponding diastolic process that kept the people going. Local agriculture could not always feed local populations, especially in Italy; vast quantities of grain were imported to Rome (mostly from Egypt, the breadbasket of the Mediterranean), and then distributed in annual doles. Provincial elites competed to disburse wealth to the people, whether in the form of doles or the provision of entertainment to a populace as hungry for spectacles as it was for bread. This culture of largesse, Brown shows, paved the way for the Christian obsession with giving to the needy that gripped the empire from the 370s onwards. Augustine, for example, began a « war of giving » in 403, seeking to outdo the munificent games at Carthage with a huge church-building programme financed by sympathetic locals. The two systems were direct rivals. But Christian charity wasn’t just traditional « bread and circuses » in a new guise; rather, it signified a radically different way of conceptualising relations between individuals and society, and between individuals and their own wealth. When non-Christians gave, they gave to their fellow citizens (and usually expected public honours in return). This was an exercise in civic-mindedness, in generosity towards the state. When Christians gave, by contrast, wealth flowed from « the rich » to « the poor ». What was at stake in this shift? Why did it matter? These questions go to the heart of Brown’s thesis. « Rich » and « poor » were not, in Brown’s view, objective categories; rather, they were dramatic roles borrowed from the Psalms and the Prophets. There was no systematic redistribution from the 10% to the 90%. One of the book’s recurrent themes is that, while there were certainly super-wealthy Christians engaged in acts of ostentatious self-sacrifice, Christianity’s core clientele lay in the « middling » people. Christianity saw, in effect, the triumph of mediocrity: men and (unusually for the ancient world) women of modest means could now play in their churches the kind of generous role previously reserved only for mighty patrons. Conversely, the genuinely wealthy can be found playing the role of « the poor », as Jerome did in the late fourth century when sneering at Rome’s luxuries from a position of faux-penury; or as the fantastically wealthy Pinianus and Melania did when theatrically enlisting on the poor roll at the church of Jerusalem in 417. (…)  The rise of the church as an institution was, initially, dependent on this vital role as a point of redistribution of surplus wealth. But this role was transformed from the fifth century onwards, after successive barbarian invasions had smashed centralised authority in the west. Now that secular authorities in the regions had lost their key tax-collecting role, it was religious institutions that filled the institutional void, and became seats of worldly power too. Bishops such as Gregory of Tours (573-94) were managers of institutional wealth as much as they were spiritual leaders. It would be easy to see this transformation as a sell-out, a betrayal of the radical spirit of the fourth century, a pragmatic accommodation with mundane power. Churches and monasteries were now not only wealthy in their own right, but also characterised by routines, with a whole panoply of institutional garb (the sixth century saw the arrival of the tonsure and the habit). Brown, characteristically, is not content with such simple explanations. What had happened, rather, was a transformation of the understanding of what wealth was: it was « given a higher purpose », in his words, swept up into a new imagery of the church as the shepherd of the local congregation. It is hard for modern readers to shed their cynicism towards attempts to justify the hoarding of vast wealth, especially in the context of subsistence economies. What makes this such a fine book is, ultimately, the challenge it issues to overcome that cynicism and to enter a very different imaginative world – one where corporate wealth was not yet tainted with corruption and capitalist acquisitiveness, where the possibility of a divine purpose for riches was still alive. Tim Whitmarsh
L’historien Peter Brown raconte comment, dans un Empire romain fraîchement converti, l’impératif de charité a transformé la vision de l’argent et renforcé le pouvoir de l’Eglise. (…) Le don n’est en fait pas une pratique nouvelle pour les riches Romains qui l’ont toujours tenu en haute estime dans le cadre de la cité, sous forme de nourriture ou de divertissement. La nouveauté réside dans le dépassement de la division entre citoyens et non-citoyens, l’exigence chrétienne initiale étant de donner à tous les pauvres, catégorie universelle censée représenter le Christ, incluant les nombreux migrants et sans-logis vivant aux marges de la cité. Peter Brown montre cependant que, pendant longtemps, le message de l’Eglise n’atteint pas les classes supérieures, pas plus qu’il ne touche les plus démunis. Le christianisme ne fut d’abord que la religion des catégories intermédiaires. (…) La vraie christianisation de l’Europe ne se réalisa qu’à la fin du IVe siècle quand les riches, jusqu’alors souvent demeurés païens, accaparèrent au sein de l’Eglise les positions dominantes en tant qu’évêques et écrivains chrétiens. (…) L’intégration ne se fit pas sans mal et, entre 370 et 430, sont écrits une multitude de textes sur la richesse et son interprétation dans une perspective chrétienne. C’est aussi l’époque où des super-riches comme Paulin de Nole, habités et troublés par le message évangélique, décident de renoncer à leurs biens et de vivre, seul ou en communauté, dans un état de pauvreté. La crise du Ve siècle et l’appauvrissement général, lié en particulier aux invasions barbares qui fragmentèrent l’Empire romain en de multiples entités indépendantes, conduit à un abandon des critiques radicales contre la richesse. Du fait de l’appauvrissement des grands propriétaires et des élites romaines traditionnelles, c’est en effet l’Eglise qui apparaît comme une force riche et puissante, capable plus que l’Etat d’administrer et de garantir une certaine stabilité. Plus que les autres institutions, elle peut assurer l’aide aux pauvres et aux citoyens ordinaires de plus en plus menacés. C’est l’époque que Peter Brown qualifie d’âge des «évêques-administrateurs», comme Grégoire de Tours, très soucieux de protéger et d’accroître les richesses foncières de l’Eglise. Ces dernières ne cessent d’ailleurs de grossir car les nouvelles aristocraties barbares et romaines de l’Occident post-impérial prennent l’habitude, à partir de 500, de faire des legs au clergé pour s’assurer la paix dans l’au-delà, contribuant de ce fait à doter les clercs d’un nouveau pouvoir politique. C’est ce mouvement qui produisit le passage du monde antique au début du Moyen Age, «grand basculement vers l’autre monde», celui de la civilisation chrétienne. Libération
Dans À travers un trou d’aiguille, Peter Brown, le plus grand spécialiste de l’Anti­quité tardive, notion qu’il a contribué à forger pour succéder à celle de Bas-Empire, retrace la généalogie de cette lente victoire. Il la replace dans son contexte et rend toute leur épaisseur et toutes leurs ambiguïtés aux personnages qui l’ont rendue possible ou en furent les témoins. Ce triomphe, il le scrute à l’aune du rapport de l’Église à la richesse – une perspective-clé pour comprendre comment le christianisme a fini par s’imposer. Sa thèse pourrait se résumer ainsi : l’Église n’est pas devenue riche parce qu’elle avait pris le pouvoir, elle a pris le pouvoir parce qu’elle était ­devenue riche. C’est parce que les fonds se sont mis à affluer vers elle que l’institution a fini par occuper cette place unique en Occident. Quand intervient le tournant décisif ? Ce problème n’a cessé d’obséder les historiens. Il est clair que la conversion de l’empereur Constantin, en 312, s’est révélée cruciale. Dans A History of the Later Roman Empire, James Bury, cité par Brown, y voit « l’acte le plus audacieux jamais commis par un autocrate au mépris de la vaste majorité de ses sujets ». Un avis partagé par le grand historien français Paul Veyne : dans Quand notre monde est devenu chrétien, il note l’importance « gigantesque » de Constantin « dans le cours de l’histoire humaine ». Au ­début du IIIe siècle, les chrétiens ne représentent qu’un dixième de la population de l’Empire. Ils seraient, selon toute vraisemblance, restés une secte minoritaire sans la conversion inespérée de l’empereur. Mais celle-ci a-t-elle suffi ? Non. Veyne ­estime que si, en 364, après la mort prématurée de l’empereur Julien l’Apostat (qui était revenu au paganisme), l’armée n’avait pas désigné comme successeur le chrétien Valentinien (« pour mille raisons où la religion n’entrait guère ») plutôt qu’un païen, la nouvelle religion aurait très bien pu n’être qu’une « parenthèse historique ». Brown situe le point de non-­retour plus tard encore : « C’est l’accélération de l’entrée des riches dans les églises chrétiennes au cours de la période qui suivit 370 qui marqua le vrai début du catholicisme triomphant du Moyen Âge. » L’auteur montre que, si Constantin a protégé le clergé, il lui a refusé « en même temps toute emprise sur les classes supérieures de la société romaine ». Sous son règne, les chrétiens ne s’attendent qu’à demeurer une minorité favorisée. Il s’agit encore d’une religion de classes moyennes. « Les évêques et le clergé étaient privilégiés précisément parce qu’ils n’étaient pas censés être les égaux des riches, remarque Brown. Ils ne devaient pas chercher au-dessus d’eux en recrutant des membres de la classe curiale. Ils n’étaient pas même autorisés à recevoir de riches plébéiens dans le clergé. Leur travail était au contraire de regarder en bas vers les pauvres. » Pourquoi, alors, les plus aisés finirent-ils par se rallier à la religion nouvelle ? Parce que, « en dehors du règne court et glaçant de l’empereur païen Julien l’Apostat, les dirigeants du monde romain demeurèrent chrétiens », explique Brown. On ne doit pas sous-estimer la « douce violence » que fit peser sur la société des classes supérieures la présence permanente d’une cour chrétienne, même en des temps où les politiques des empereurs (et le choix de leurs serviteurs publics) tendirent à demeurer indifférents à la ­religion. Il n’en demeure pas moins que la richesse posait un problème épineux à la nouvelle croyance. Dans l’Évangile de saint ­Mathieu, un jeune homme riche demande au Christ ce qu’il doit faire pour être sauvé. ­Jésus lui répond : « Vendre tout et le donner aux pauvres », puis, voyant le jeune homme s’éloigner tristement, prononce la phrase fameuse (qui donne son titre à l’ouvrage de Brown) : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Richesse et salut s’excluaient donc ? Le livre de Brown montre comment, peu à peu, l’Église est parvenue à lever cette diffi­culté et à faire passer les riches à travers ce « trou d’aiguille ». La solution consista notamment à redéfinir le concept de « don ». À l’évergétisme, c’est-à-dire à une libéralité s’adressant avant tout à des concitoyens (riches ou pauvres), succéda une générosité dirigée avant tout vers les pauvres (concitoyens ou non). Le terme de « pauvres » fut lui-même défini d’une façon toute particulière : il ne s’appliquait pas seulement aux vrais indigents, mais aux « moins riches », à ceux qui n’étaient ­démunis que par rapport aux très riches ou aux plus riches. Et l’Église ­finit par reven­diquer pour elle-même cette qualifi­cation, si bien que donner au clergé revint à donner aux pauvres. Le célibat des prêtres fut en partie conçu comme un moyen d’attirer les aumônes : il distinguait radi­calement le clergé des profanes et en faisait un groupe révéré qu’il était bon de soutenir ­financièrement. La date charnière pourrait donc être l’élection d’Ambroise comme évêque de ­Milan, en 374. On mesure mal le séisme qu’elle représenta à l’époque. C’était « une anomalie socio­logique », note Brown ; la première fois, dans l’Occident chrétien, qu’un aristocrate accédait à ce poste réservé jusqu’ici aux classes plus modestes. Avec lui émerge une génération nouvelle de dirigeants chrétiens – Paulin de Nole, Jérôme et bien entendu Augustin –, bien plus brillants que les cadres assez ternes qui présidaient jusqu’alors aux destinées de l’Église. C’en est fini du christianisme discret de l’époque constantinienne. C’en est fini, aussi, du dédain des nantis pour la religion nouvelle. La fortune d’un Paulin de Nole égale celle d’un Symmaque, autant dire d’un Rockefeller. Quand, en 395, il décide d’abandonner son existence de grand seigneur pour devenir non pas même évêque, mais simple prêtre, c’est un coup de tonnerre dans l’Empire. Il est le premier super-riche à franchir le pas. (Ambroise faisait certes également partie de l’aristocratie, mais de l’aristocratie récente.) (…) En relativisant le caractère décisif de la fin de l’Empire romain d’Occident, en 476, et en soulignant l’unité des siècles précédant cette date avec ceux qui la suivent, les tenants de l’Antiquité tardive ne proposent pas seulement une nouvelle pério­disation. Ils entendent réha­biliter une époque longtemps présentée comme une simple décadence. L’ouvrage de Brown, fruit du travail de toute une vie, rend compte de la solidité et des ressources étonnantes d’un empire qui, loin d’agoniser pendant des siècles, sut se renouveler, mettre en place un système fiscal sans équivalent avant l’âge moderne et surtout promouvoir de nouvelles élites. Ce n’est que lorsque cette dynamique se grippa que l’Empire vola en éclats : l’ascension sociale s’effectuant désormais mieux à l’échelle locale, les cours des monarques barbares devinrent les nouveaux centres de pouvoir. Les immenses fortunes de jadis s’évaporèrent. Dans ce monde appauvri, conclut Brown, « les chefs des Églises se rendirent compte que c’étaient eux – et non les grands propriétaires terriens laïcs dont les fortunes écrasaient auparavant celle des Églises – qui étaient enfin ­devenus très riches. » Books
 Cachez cette religion que je ne saurai voir !

A l’heure où en cette veille de Pâques l’on se gausse outre-manche d’une Première ministre tentant de défendre via le plus païen de ses symboles …

Les derniers vestiges honteux que le politiquement correct d’une industrie va jusqu’à cacher derrière ses emballages et en petits caractères …

Face à la montée d’un islam qui il y a un mois à peine transformait un Jamaïcain en faucheur de piétons devant Westminster …

Ou plus discrètement outre-atlantique faisait suspendre avant sa réintégration suite aux protestations des réseaux sociaux …

Un étudiant ayant osé protester contre une enseignante ayant, fidèle à une prétendue « religion du Livre » ayant falsifié la plupart des apports dont elle est issue, ravalé au rang de canular la crucifixion du Christ

Tandis que dans une campagne présidentielle dans ce qui est devenu la « fille aînée de l’athéisme »

Où, pour cause de « nationalisme délirant », drapeaux comme hymnes nationaux sont désormais bannis des vidéos de campagne …

Et où entre les cris de haine du riche trostkistes de prétendus représentants de la classe ouvrière …

Et la dernière croisade contre les crèches de Noël d’un bateleur fan de tout ce que la planète peut comporter de dictatures …

Ou encore un candidat qui, parti de la nécropole des rois de France et des hommages à Jeanne d’Arc ou au Puy du fou, en est à présent à nier, sauf pour l’accuser de crimes contre l’humanité,  jusqu’à l’existence même d’une culture française …

L’on rivalise de moralisme et transforme en nouveaux boucs émissaires …

Tant les puissances de l’argent auxquelles on doit justement, derrière ses excès mêmes, un degré de richesse généralisée complètement inédit dans l’histoire de l’humanité …

Qu’une candidate ayant eu le malheur de vouloir rappeler l’attachement de nombre de ses citoyens à la simple dimension culturelle de la fête de Noël …

Ou un autre candidat qui tout en ne s’y montrant pas toujours à la hauteur avait osé faire état de sa foi chrétienne …

Comment ne pas deviner derrière tant de haine exhibée …

Mais aussi cet étrange rapport à l’argent et ce singulier souci universel des victimes

Cette dette irrédimable que notre monde occidental s’évertue tant à cacher …

Que rappelle dans son dernier ouvrage le spécialiste irlandais de l’Antiquité tardive Peter Brown …

Mais sans laquelle deviennent tout simplement incompréhensibles …

Notre passion de l’égalité comme notre méfiance vis à vis de l’argent ?

Et les super-riches imposèrent le christianisme
La nouvelle secte ne triomphe vraiment dans l’Empire qu’à la fin du IVe siècle. Grâce au ralliement des nobles romains et à une génération de prosélytes exceptionnels.

À travers un trou d’aiguille par Peter Brown, Les Belles Lettres, 2016

Baptiste Touverey

Books
janvier / février 2017

Un homme seul mais digne, drapé dans sa toge de sénateur, qui s’oppose, vestige d’une époque révolue, aux flots montant d’un christianisme triomphant et tente en vain de sauver des ­fureurs de la religion nouvelle les anciens dieux de Rome : telle est l’image qu’a laissée Quintus Aurelius Symmachus, dit Symmaque. En 384, il conjure l’empereur Valentinien II de restaurer les privilèges des Vestales – ces gardiennes d’un culte presque aussi vieux que Rome –, supprimés par son prédécesseur Gratien (pour des raisons avant tout financières). Ambroise, l’évêque de Milan, s’insurge contre cette assistance à une religion condamnée, brandit la menace d’une excommunication et obtient gain de cause.

La défaite de Symmaque l’a figé dans ce rôle de grand perdant de l’histoire, d’aristocrate isolé, menant dans ses villas de Campanie une existence coupée d’un monde qu’il ne comprenait plus. Dans son Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, Edward Gibbon en fait une figure quasi tragique, l’ultime défenseur du « paganisme expirant ». L’intéressé aurait pourtant été surpris d’apprendre qu’il était le « dernier des païens ». Comme l’explique Peter Brown dans son nouveau livre, Symmaque n’était pas cet archaïsme vivant, ­encore moins l’ennemi désespéré du christianisme. « Il entretint sans doute des relations personnelles avec Ambroise de Milan ; il patronna le jeune Augustin et fut un grand ami du poète [chrétien] Ausone. » Homme de réseaux, il se voyait avant tout comme un noble romain et portait sur le christianisme un regard bien trop condescendant pour nourrir envers lui une vraie hostilité. Seule comptait à ses yeux la majesté de Rome, conviction qui n’avait rien de marginal et était partagée par la plupart de ses concitoyens.

À la fin du ive siècle, l’opposition entre chrétiens et païens n’avait pas le caractère tranché que nous lui avons longtemps prêté. La victoire du christianisme s’annonçait à peine. Les contemporains ne pouvaient guère la discerner, encore moins s’en inquiéter. Dans À travers un trou d’aiguille, Peter Brown, le plus grand spécialiste de l’Anti­quité tardive, notion qu’il a contribué à forger pour succéder à celle de Bas-Empire, retrace la généalogie de cette lente victoire. Il la replace dans son contexte et rend toute leur épaisseur et toutes leurs ambiguïtés aux personnages qui l’ont rendue possible ou en furent les témoins. Ce triomphe, il le scrute à l’aune du rapport de l’Église à la richesse – une perspective-clé pour comprendre comment le christianisme a fini par s’imposer. Sa thèse pourrait se résumer ainsi : l’Église n’est pas devenue riche parce qu’elle avait pris le pouvoir, elle a pris le pouvoir parce qu’elle était ­devenue riche. C’est parce que les fonds se sont mis à affluer vers elle que l’institution a fini par occuper cette place unique en Occident.

Quand intervient le tournant décisif ? Ce problème n’a cessé d’obséder les historiens. Il est clair que la conversion de l’empereur Constantin, en 312, s’est révélée cruciale. Dans A History of the Later Roman Empire, James Bury, cité par Brown, y voit « l’acte le plus audacieux jamais commis par un autocrate au mépris de la vaste majorité de ses sujets ». Un avis partagé par le grand historien français Paul Veyne : dans Quand notre monde est devenu chrétien, il note l’importance « gigantesque » de Constantin « dans le cours de l’histoire humaine ». Au ­début du IIIe siècle, les chrétiens ne représentent qu’un dixième de la population de l’Empire. Ils seraient, selon toute vraisemblance, restés une secte minoritaire sans la conversion inespérée de l’empereur. Mais celle-ci a-t-elle suffi ? Non. Veyne ­estime que si, en 364, après la mort prématurée de l’empereur Julien l’Apostat (qui était revenu au paganisme), l’armée n’avait pas désigné comme successeur le chrétien Valentinien (« pour mille raisons où la religion n’entrait guère ») plutôt qu’un païen, la nouvelle religion aurait très bien pu n’être qu’une « parenthèse historique ».

Brown situe le point de non-­retour plus tard encore : « C’est l’accélération de l’entrée des riches dans les églises chrétiennes au cours de la période qui suivit 370 qui marqua le vrai début du catholicisme triomphant du Moyen Âge. » L’auteur montre que, si Constantin a protégé le clergé, il lui a refusé « en même temps toute emprise sur les classes supérieures de la société romaine ». Sous son règne, les chrétiens ne s’attendent qu’à demeurer une minorité favorisée. Il s’agit encore d’une religion de classes moyennes. « Les évêques et le clergé étaient privilégiés précisément parce qu’ils n’étaient pas censés être les égaux des riches, remarque Brown. Ils ne devaient pas chercher au-dessus d’eux en recrutant des membres de la classe curiale. Ils n’étaient pas même autorisés à recevoir de riches plébéiens dans le clergé. Leur travail était au contraire de regarder en bas vers les pauvres. » Pourquoi, alors, les plus aisés finirent-ils par se rallier à la religion nouvelle ? Parce que, « en dehors du règne court et glaçant de l’empereur païen Julien l’Apostat, les dirigeants du monde romain demeurèrent chrétiens », explique Brown. On ne doit pas sous-estimer la « douce violence » que fit peser sur la société des classes supérieures la présence permanente d’une cour chrétienne, même en des temps où les politiques des empereurs (et le choix de leurs serviteurs publics) tendirent à demeurer indifférents à la ­religion.

Il n’en demeure pas moins que la richesse posait un problème épineux à la nouvelle croyance. Dans l’Évangile de saint ­Mathieu, un jeune homme riche demande au Christ ce qu’il doit faire pour être sauvé. ­Jésus lui répond : « Vendre tout et le donner aux pauvres », puis, voyant le jeune homme s’éloigner tristement, prononce la phrase fameuse (qui donne son titre à l’ouvrage de Brown) : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Richesse et salut s’excluaient donc ? Le livre de Brown montre comment, peu à peu, l’Église est parvenue à lever cette diffi­culté et à faire passer les riches à travers ce « trou d’aiguille ». La solution consista notamment à redéfinir le concept de « don ». À l’évergétisme, c’est-à-dire à une libéralité s’adressant avant tout à des concitoyens (riches ou pauvres), succéda une générosité dirigée avant tout vers les pauvres (concitoyens ou non). Le terme de « pauvres » fut lui-même défini d’une façon toute particulière : il ne s’appliquait pas seulement aux vrais indigents, mais aux « moins riches », à ceux qui n’étaient ­démunis que par rapport aux très riches ou aux plus riches. Et l’Église ­finit par reven­diquer pour elle-même cette qualifi­cation, si bien que donner au clergé revint à donner aux pauvres. Le célibat des prêtres fut en partie conçu comme un moyen d’attirer les aumônes : il distinguait radi­calement le clergé des profanes et en faisait un groupe révéré qu’il était bon de soutenir ­financièrement.

La date charnière pourrait donc être l’élection d’Ambroise comme évêque de ­Milan, en 374. On mesure mal le séisme qu’elle représenta à l’époque. C’était « une anomalie socio­logique », note Brown ; la première fois, dans l’Occident chrétien, qu’un aristocrate accédait à ce poste réservé jusqu’ici aux classes plus modestes. Avec lui émerge une génération nouvelle de dirigeants chrétiens – Paulin de Nole, Jérôme et bien entendu Augustin –, bien plus brillants que les cadres assez ternes qui présidaient jusqu’alors aux destinées de l’Église. C’en est fini du christianisme discret de l’époque constantinienne. C’en est fini, aussi, du dédain des nantis pour la religion nouvelle. La fortune d’un Paulin de Nole égale celle d’un Symmaque, autant dire d’un Rockefeller. Quand, en 395, il décide d’abandonner son existence de grand seigneur pour devenir non pas même évêque, mais simple prêtre, c’est un coup de tonnerre dans l’Empire. Il est le premier super-riche à franchir le pas. (Ambroise faisait certes également partie de l’aristocratie, mais de l’aristocratie récente.)

Jérôme, qui traduisit la Bible en latin et écrivit des épitres dans lesquelles il fustige la richesse, vient lui aussi d’une bonne ­famille, et Brown montre à que point son image d’ermite correspond peu à la réalité de son existence. Citant une étude de Megan Williams, il relève que Jérôme « semble avoir été plus attiré par l’idée ascétique que par la vie ascétique ». Son existence, il la passa en fait bien moins dans un dénuement complet, écrasé par le soleil du désert, qu’« à l’ombre de grandes bibliothèques ». « Il était irrévocablement attaché à des personnes riches qui payaient les collections dont dépendaient ses entreprises littéraires. […] Mais Jérôme n’aurait pas été Jérôme s’il n’avait pas été ­capable de masquer, sous d’ingénieuses fioritures rhétoriques, le paradoxe que constituait la combinaison d’une persona monastique prônant l’extrême pauvreté et d’un érudit lié à des livres coûteux. »

Dans cette galaxie de riches notables ayant choisi de rejoindre les rangs de l’Église, le plus ­illustre, Augustin, fait figure de parent pauvre. Son statut social est confus. Pour autant, il « ne fut jamais un moins que rien », écrit Brown. Sa famille « était proche du sommet de la petite pyramide de Thagaste », une ville très secondaire d’Afrique du Nord, il est vrai. En fait, le futur évêque d’Hippone ­venait d’un groupe d’autant plus entre­prenant qu’il avait le statut précaire de la petite bourgeoisie. « Loin d’être celle d’un prodige solitaire, la carrière d’Augustin fut représentative des ­espoirs de toute une classe. Tel le bourdonnement d’un essaim de frelons sortant de leur nid, l’effervescence que produisaient les personnes de cette espèce communiqua une énergie inégalée à la vie culturelle et religieuse du monde latin aux ive  et ve siècles. »

En relativisant le caractère décisif de la fin de l’Empire romain d’Occident, en 476, et en soulignant l’unité des siècles précédant cette date avec ceux qui la suivent, les tenants de l’Antiquité tardive ne proposent pas seulement une nouvelle pério­disation. Ils entendent réha­biliter une époque longtemps présentée comme une simple décadence. L’ouvrage de Brown, fruit du travail de toute une vie, rend compte de la solidité et des ressources étonnantes d’un empire qui, loin d’agoniser pendant des siècles, sut se renouveler, mettre en place un système fiscal sans équivalent avant l’âge moderne et surtout promouvoir de nouvelles élites. Ce n’est que lorsque cette dynamique se grippa que l’Empire vola en éclats : l’ascension sociale s’effectuant désormais mieux à l’échelle locale, les cours des monarques barbares devinrent les nouveaux centres de pouvoir. Les immenses fortunes de jadis s’évaporèrent. Dans ce monde appauvri, conclut Brown, « les chefs des Églises se rendirent compte que c’étaient eux – et non les grands propriétaires terriens laïcs dont les fortunes écrasaient auparavant celle des Églises – qui étaient enfin ­devenus très riches. »

Voir aussi:
Histoire

«A travers un trou d’aiguille», le don de foi

Jean-Yves Grenier

Libération

4 janvier 2017 

L’historien Peter Brown raconte comment, dans un Empire romain fraîchement converti, l’impératif de charité a transformé la vision de l’argent et renforcé le pouvoir de l’Eglise.

Dans une somme impressionnante, mais passionnante de bout en bout, Peter Brown, professeur à Princeton et grand spécialiste de l’Antiquité tardive, s’interroge sur la façon dont le christianisme a abordé la question de la richesse entre le IVe et le VIe siècle de notre ère. Depuis la conversion de Constantin en 312, l’Empire romain est devenu chrétien. Un nouveau rapport à l’argent apparaît, marqué par le souci de charité et l’exhortation faite aux riches pour qu’ils donnent aux pauvres. Le don n’est en fait pas une pratique nouvelle pour les riches Romains qui l’ont toujours tenu en haute estime dans le cadre de la cité, sous forme de nourriture ou de divertissement.

Démunis.

La nouveauté réside dans le dépassement de la division entre citoyens et non-citoyens, l’exigence chrétienne initiale étant de donner à tous les pauvres, catégorie universelle censée représenter le Christ, incluant les nombreux migrants et sans-logis vivant aux marges de la cité. Peter Brown montre cependant que, pendant longtemps, le message de l’Eglise n’atteint pas les classes supérieures, pas plus qu’il ne touche les plus démunis. Le christianisme ne fut d’abord que la religion des catégories intermédiaires. «Ce n’est en fin de compte ni en entretenant les très pauvres ni en persuadant les très riches de reporter leur générosité du cirque vers les églises que les évêques chrétiens devinrent prééminents dans la société, mais en gagnant l’entre-deux à leur cause.»

La vraie christianisation de l’Europe ne se réalisa qu’à la fin du IVe siècle quand les riches, jusqu’alors souvent demeurés païens, accaparèrent au sein de l’Eglise les positions dominantes en tant qu’évêques et écrivains chrétiens. «A partir de ce moment les chrétiens, membres d’une religion ralliée par les riches et les puissants, purent commencer à penser l’impensable en envisageant la possibilité d’une société entièrement chrétienne.» L’intégration ne se fit pas sans mal et, entre 370 et 430, sont écrits une multitude de textes sur la richesse et son interprétation dans une perspective chrétienne. C’est aussi l’époque où des super-riches comme Paulin de Nole, habités et troublés par le message évangélique, décident de renoncer à leurs biens et de vivre, seul ou en communauté, dans un état de pauvreté. La crise du Ve siècle et l’appauvrissement général, lié en particulier aux invasions barbares qui fragmentèrent l’Empire romain en de multiples entités indépendantes, conduit à un abandon des critiques radicales contre la richesse.

Au-delà.

Du fait de l’appauvrissement des grands propriétaires et des élites romaines traditionnelles, c’est en effet l’Eglise qui apparaît comme une force riche et puissante, capable plus que l’Etat d’administrer et de garantir une certaine stabilité. Plus que les autres institutions, elle peut assurer l’aide aux pauvres et aux citoyens ordinaires de plus en plus menacés.

C’est l’époque que Peter Brown qualifie d’âge des «évêques-administrateurs», comme Grégoire de Tours, très soucieux de protéger et d’accroître les richesses foncières de l’Eglise. Ces dernières ne cessent d’ailleurs de grossir car les nouvelles aristocraties barbares et romaines de l’Occident post-impérial prennent l’habitude, à partir de 500, de faire des legs au clergé pour s’assurer la paix dans l’au-delà, contribuant de ce fait à doter les clercs d’un nouveau pouvoir politique. C’est ce mouvement qui produisit le passage du monde antique au début du Moyen Age, «grand basculement vers l’autre monde», celui de la civilisation chrétienne.

Peter Brown À travers un trou d’aiguille. La richesse, la chute de Rome et la formation du christianisme Les Belles Lettres, 814 pp., 29,50 €.

Voir de plus:

Through the Eye of a Needle by Peter Brown – review
Tim Whitmarsh on a sparkling book that rethinks the history of the Christian church
Tim Whitmarsh
The Guardian
7 December 2012

Historians, those most cynical students of human behaviour, struggle to explain altruism. Politics, economics and war are the staples of history precisely because they allow for the acquisition, consolidation or failure of power. The genetic code unlocked by the historian is a selfish one. Yet late antiquity poses a baffling problem. Why did Roman society, from the bottom to the very top, progressively adopt a religion that appeared to promote the surrender of worldly goods to the poor? And given that wealth continued to be as important as ever after Christianisation, how did the Roman world reconcile riches and moral austerity?

Peter Brown’s dashing new book explores these questions for the Latin-speaking, western Roman empire. It’s an immensely learned and authoritative study; Brown has been for 40 years the world’s most eminent scholar of late antiquity. Yet it is far from a work of arid scholasticism. His sparkling prose, laced with humour and humanity, brings his subjects to life with an uncommon sympathy and feeling for their situation. But the wider story matters too, for the age he describes saw the making of Europe as we know it, and with it the development of many of our current instincts and anxieties around the compatibility of wealth and social responsibility.

The story is built around two narrative strands, interwoven like a double helix. The first is the rise of Christianity in the fourth century AD from a niche cult in the multi-religious world of the Roman empire to the dominant religion of the west. The second is the collapse of centralised imperial authority in the fifth century, and the transition to what Brown calls a « local Roman empire ». These two combined processes allowed Christianity to move from a counterculture based around an ideology of renunciation of worldly goods to an institutional infrastructure built on corporate wealth.

One of the most decisive hallucinations in history occurred in 312AD, when the hitherto polytheist Emperor Constantine saw a vision of the cross hanging in the sky above a battlefield just outside Rome. We’ll never know what Constantine’s real motives for conversion were; perhaps it was quite simply a religious experience. But this wasn’t the moment when the empire as a whole was transformed: Christianity remained one religion among many for some 60 years. Constantine’s major legacy to the empire was root-and-branch fiscal reform, which put efficient tax-collection at the heart of the entire bureaucratic system. Brown calls the fourth century the « age of gold », after the coin known as the solidus that symbolised the confidence of the imperial treasury.

So, wealth was on everyone’s mind – mostly because 90% of the population didn’t have enough of it, while the remaining 10%, those on the inside of the tight-ravelled nexus of power, had riches beyond compare. Sound familiar? But this is only half of the story. If the imperial heart sucked resources towards the centre in relentless cycles, there was also a corresponding diastolic process that kept the people going. Local agriculture could not always feed local populations, especially in Italy; vast quantities of grain were imported to Rome (mostly from Egypt, the breadbasket of the Mediterranean), and then distributed in annual doles. Provincial elites competed to disburse wealth to the people, whether in the form of doles or the provision of entertainment to a populace as hungry for spectacles as it was for bread.

This culture of largesse, Brown shows, paved the way for the Christian obsession with giving to the needy that gripped the empire from the 370s onwards. Augustine, for example, began a « war of giving » in 403, seeking to outdo the munificent games at Carthage with a huge church-building programme financed by sympathetic locals. The two systems were direct rivals. But Christian charity wasn’t just traditional « bread and circuses » in a new guise; rather, it signified a radically different way of conceptualising relations between individuals and society, and between individuals and their own wealth. When non-Christians gave, they gave to their fellow citizens (and usually expected public honours in return). This was an exercise in civic-mindedness, in generosity towards the state. When Christians gave, by contrast, wealth flowed from « the rich » to « the poor ».

What was at stake in this shift? Why did it matter? These questions go to the heart of Brown’s thesis. « Rich » and « poor » were not, in Brown’s view, objective categories; rather, they were dramatic roles borrowed from the Psalms and the Prophets. There was no systematic redistribution from the 10% to the 90%. One of the book’s recurrent themes is that, while there were certainly super-wealthy Christians engaged in acts of ostentatious self-sacrifice, Christianity’s core clientele lay in the « middling » people. Christianity saw, in effect, the triumph of mediocrity: men and (unusually for the ancient world) women of modest means could now play in their churches the kind of generous role previously reserved only for mighty patrons. Conversely, the genuinely wealthy can be found playing the role of « the poor », as Jerome did in the late fourth century when sneering at Rome’s luxuries from a position of faux-penury; or as the fantastically wealthy Pinianus and Melania did when theatrically enlisting on the poor roll at the church of Jerusalem in 417.

Crucially, Christian giving did not necessarily go directly to « the poor ». When Augustine, Jerome and others counselled the renunciation of worldly goods, they were in practice fundraising for churches and monasteries. The rise of the church as an institution was, initially, dependent on this vital role as a point of redistribution of surplus wealth. But this role was transformed from the fifth century onwards, after successive barbarian invasions had smashed centralised authority in the west. Now that secular authorities in the regions had lost their key tax-collecting role, it was religious institutions that filled the institutional void, and became seats of worldly power too. Bishops such as Gregory of Tours (573-94) were managers of institutional wealth as much as they were spiritual leaders.

It would be easy to see this transformation as a sell-out, a betrayal of the radical spirit of the fourth century, a pragmatic accommodation with mundane power. Churches and monasteries were now not only wealthy in their own right, but also characterised by routines, with a whole panoply of institutional garb (the sixth century saw the arrival of the tonsure and the habit). Brown, characteristically, is not content with such simple explanations. What had happened, rather, was a transformation of the understanding of what wealth was: it was « given a higher purpose », in his words, swept up into a new imagery of the church as the shepherd of the local congregation.

It is hard for modern readers to shed their cynicism towards attempts to justify the hoarding of vast wealth, especially in the context of subsistence economies. What makes this such a fine book is, ultimately, the challenge it issues to overcome that cynicism and to enter a very different imaginative world – one where corporate wealth was not yet tainted with corruption and capitalist acquisitiveness, where the possibility of a divine purpose for riches was still alive.

Tim Whitmarsh’s Narrative and Identity in the Ancient Greek Novel is published by Cambridge.

Voir encore:

Quelles sont nos racines religieuses ?

Paul Veyne : «La question des origines chrétiennes de la France est un faux débat»

Pour l’historien Paul Veyne, la religion n’est qu’un des éléments d’une civilisation, et non sa matrice. Et si le christianisme est omniprésent dans notre paysage, il n’est pour beaucoup d’entre nous qu’un patrimoine venu du passé.

Historien aussi génial qu’hors norme, tant dans son parcours que dans sa personnalité, Paul Veyne est l’un des meilleurs spécialistes du monde antique. Si son domaine de prédilection reste la Rome païenne, le professeur émérite au Collège de France a également publié de passionnants travaux sur le processus qui a conduit l’Occident à devenir chrétien. Et c’est avec le recul de l’érudit que Paul Veyne revisite pour nous les héritages culturels qui ont façonné l’Europe.
Dans votre livre Quand notre monde est devenu chrétien, vous notez qu’au début du IVe siècle, l’Empire romain compte à peine 10 % de chrétiens. Deux siècles plus tard, c’est le paganisme qui est résiduel. Comment expliquer ce formidable succès du christianisme ?

Deux éléments peuvent expliquer ce succès : non seulement, à partir du règne de Constantin, les empereurs – exception faite de Julien l’Apostat (361-363) – soutiennent le christianisme et le financent fortement ; mais le christianisme a aussi une caractéristique exceptionnelle, et qui lui est propre : il est organisé comme une armée, avec un chef, des sous-chefs et des chefs locaux (archevêques, évêques, prêtres). De fait, cette organisation a permis de mettre en place un encadrement militaro-spirituel, si j’ose dire, de la population. J’ignore d’où vient cette organisation si particulière de la religion chrétienne, et qui mériterait d’être étudiée.

À l’inverse, comment expliquer que le paganisme soit aussi rapidement passé aux oubliettes ?

Il faut savoir que le paganisme était en crise depuis six ou sept siècles. Aux yeux des lettrés, il comportait trop de fables et de naïvetés, si bien que le païen lettré ne savait plus ce qu’il devait ou pouvait croire. De plus, l’argent et la puissance hiérarchique avaient changé de bord. Cela dit, le paganisme n’a pas totalement disparu : des régions entières sont restées longtemps païennes sans le dire. Ainsi, les fermiers, métayers et ouvriers agricoles qui travaillaient les grands domaines des seigneurs romains en Sardaigne étaient encore largement païens vers l’an 500. Mais on ne le disait pas trop : cela ne se faisait plus. Notons que l’on demandait à Dieu les mêmes choses qu’aux divinités païennes – de bonnes récoltes, par exemple. Les ex-voto chrétiens sont parfaitement comparables aux ex-voto païens. Néanmoins, pour les lettrés, la religion chrétienne avait une supériorité intellectuelle et spirituelle incomparable avec le paganisme, à tous points de vue. Amour et miséricorde infinie d’un Dieu profondément charismatique, moralisme qui pénètre tous les aspects de la vie du croyant et projet divin de la Création qui donne un sens à l’humanité : autant d’éléments qui ne pouvaient qu’attirer les élites.

Alors que Nietzsche voyait dans le christianisme une « religion d’esclaves », vous voyez une « religion d’élite », un « chef-d’oeuvre ». Pourquoi ?

Le christianisme est à mon sens la religion la plus géniale du monde – je le dis d’autant plus aisément que je ne suis pas croyant. La théologie, la spiritualité, l’inventivité de cette religion sont extraordinaires. Si Nietzsche y voit une « religion d’esclaves », c’est sans doute parce qu’un croyant est soumis à Dieu, à ses commandements, et est en quelque sorte l’esclave de Dieu. Pour ma part, je suis en admiration devant l’incroyable édifice intellectuel et spirituel élaboré par les penseurs chrétiens. Je dis dans un de mes livres que le christianisme est un best-seller qui appartient au genre du thriller. En effet, sa promesse du Paradis se conjugue avec la terreur qu’inspire l’idée de l’Enfer… Les hommes passent leur temps à se demander de quel côté ils vont basculer. Un tel récit ne peut que « prendre aux tripes » ses lecteurs.

La question des origines chrétiennes de la France continue d’agiter le débat public. Quelle est votre opinion sur la question ?

C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte.

Vous allez jusqu’à contester l’idée même de « racines ».

Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.

Vous relayez également l’interrogation du sociologue (pourtant croyant) Gabriel Le Bras, « la France a-t-elle été jamais christianisée ? », tant la pratique religieuse a, de tout temps, été défaillante.

Absolument. Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur.

Néanmoins, on ne peut nier l’apport réel du christianisme à notre culture.

Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle.

Vous écrivez que notre culture est aux antipodes des valeurs chrétiennes. Pourquoi ?

L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes.

Plus que Jésus ou Paul, quels sont, selon vous, les penseurs aux sources de notre culture ?

À l’évidence, cela me semble être l’époque des Lumières et la Révolution. Depuis la Révolution, songez qu’il n’existe plus de roi de droit divin : il s’agit désormais de monarchies constitutionnelles, comme en Angleterre. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, on pourrait nommer Kant ou Spinoza.

Quid de l’apport immense de la culture antique sur nos mentalités ?

Les Grecs ont inventé la philosophie, le théâtre, et tant d’autres choses. Les Romains les ont répandus, ils ont hellénisé le monde en langue latine. Le christianisme lui-même a hérité de cette culture antique, à une différence énorme près : la notion d’un Dieu tout-puissant et éternel, créateur du monde, n’a rien de commun avec les dieux antiques. Ces derniers étaient exactement comme nous, mais immortels ; ils avaient les mêmes vices, les mêmes vertus, et n’étaient pas tout puissants. Le Dieu des juifs et des chrétiens est un apport culturel gigantesque que le paganisme n’a jamais été en mesure d’apporter. Mais si l’héritage chrétien apparaît de façon plus évidente à l’esprit de nos concitoyens, bien que déchristianisés, que l’immense patrimoine antique dont nous sommes aussi les héritiers, c’est que, chez nous, la religion chrétienne est présente visuellement partout.

Comment interprétez-vous le fait que le thème de nos racines religieuses revienne si souvent sur le tapis depuis quelques décennies, malgré la sécularisation de la société ?

Les raisons sontpurementpolitiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés.

Dans votre livre Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, vous écrivez : « Le Moyen Âge n’a rien de romanesque ; il est chrétien et fait donc partie de notre monde ennuyeux. » Voilà un jugement paradoxal au vu de ce que vous dites être le génie du christianisme !

Quand j’étais petit, c’était mon sentiment. Je m’ennuyais à la messe ; par conséquent, à mes yeux, le Moyen Âge chrétien n’avait rien d’exaltant. Le paganisme, au contraire, était un monde totalement autre. J’aurais pu tout aussi bien m’intéresser au Japon, qui est également un monde radicalement autre. La société païenne antique est atroce, cruelle, effrayante. Si les supplices et les massacres ne m’attirent nullement, cette civilisation m’a fasciné. Sur le plan religieux, cependant, les sociétés païennes étaient plus pragmatiques, pour la simple raison que tous les dieux étaient considérés comme vrais : lorsqu’un Romain ou un Grec, en voyage à l’étranger, apprenait qu’on y vénérait tel ou tel dieu, il se disait qu’il serait peut-être utile de l’importer, de la même manière qu’on importait des plantes ou des denrées des pays étrangers. Il ne s’agissait pas de tolérance, mais d’une conception différente de la vérité. L’islam, qui a pris la mauvaise habitude d’être aussi intolérant que le christianisme, ferait bien de s’en inspirer. Car ni l’islam, ni le christianisme, ne disent que les dieux des autres peuples sont aussi vrais que le leur. Non, c’est leur Dieu qui est le vrai, et le seul.

Que vous inspirent les polémiques actuelles sur l’islam ?

Je pense qu’en vertu de la laïcité, de la tolérance et du fait qu’il existe des gens pour qui la religion est importante, il faut intégralement leur ficher la paix dans ce domaine. On a le droit d’avoir une religion. C’est quelque chose de très intime, une sorte de besoin ou de penchant naturel qu’il faut respecter. Pour ma part, comme il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre, j’aimerais me convertir tout à coup : hélas, je n’y arrive pas (rires). Pour autant, il faut évidemment combattre les dérives religieuses, car malheureusement, certains abusent.

Vous qui avez tant étudié l’histoire, comment jugez-vous notre époque ?

Depuis qu’il n’y a plus de guerres mondiales en Occident, l’évolution est très positive. Certes, il y aura toujours des esprits chagrins pour dire que « c’était mieux avant ». Comme cette rengaine éculée est banale ! Rome a été fondée en 753 avant notre ère, et l’idée de la décadence a commencé dès 552… Cela fait 2 000 ans qu’on nous parle de décadence ! Pour ce qui nous concerne, je ne crois pas du tout à la décadence, au contraire. Il ne se passe pas une journée sans que l’on apprenne une bonne nouvelle. Ces cinquante dernières années, les progrès – en matière sociale ou de moeurs, notamment – ont été immenses. Je ne peux que m’en réjouir.

En quelques dates

1930 Naissance à Aix-en-Provence dans un milieu modeste
1951 Entre à l’École normale supérieure
1955-57 Membre de l’École française de Rome
1961-1975  Enseigne à l’université d’Aix-en-Provence
1970 Publie Comment on écrit l’histoire, essai d’épistémologie
1976 Publie Le Pain et le Cirque
1975-1998 Professeur au Collège de France, chaire d’Histoire de Rome
2007 Publie Quand notre monde est devenu chrétien (312-394)

À lire de Paul Veyne

Comment on écrit l’histoire (Seuil, 1970 ; Points histoire, 1996)
Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante (Seuil, 1983 ; Points histoire, 1992)
Quand notre monde est devenu chrétien (Albin Michel, 2007 ; Le Livre de Poche, 2010)
Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, souvenirs (Albin Michel, 2014)
Palmyre, l’irremplaçable trésor (Albin Michel, 2015)

Paul Veyne Historien spécialiste de l’Antiquité romaine, Paul Veyne est professeur émérite au Collège de France, titulaire de la chaire d’Histoire de Rome.

Voir par ailleurs:

Bérénice Levet: «C’est comme civilisation qu’il nous faut renaître et résister»
Propos recueillis par Patrice De Méritens
Le Figaro
30/01/2017

La philosophie peut – elle sauver  le monde ? Dans son nouvel essai, « Le Crépuscule des idoles progressistes », Bérénice Levet  s’y emploie avec énergie, diagnostiquant le mal français de notre XXIe siècle, débusquant ses  origines, démontant ses mécanismes mortifères, pour y apporter des remèdes qu’elle détaille,  au fil des pages, dans une prose de combat. Docteur  en  philosophie,  Bérénice  Levet  s’est  fait  connaître  avec  Le  Musée  imaginaire  d’Hannah Arendt (Stock, 2011) et un essai percutant, La Théorie du genre ou le Monde rêvé  des anges (Grasset, 2014). Elle fait partie de cette relève intellectuelle qui, brisant les chaînes  de l’idéologie progressiste dominante, veut refonder la France.

Les temps ont changé : alors qu’être un intellectuel conservateur équivalait il y a encore peu à  être un demi – fasciste « moisi » et  « nauséabond », cette jeune génération entrée en résistance  est devenue promesse de renaissance. Avec leurs divers ouvrages, les philosophes, sociologues,  économistes, sexologues et essayistes tels que François – Xavier Bellamy, Mathieu Bock – Côté,  Agnès  Verdier – Molinié,  Natacha  Polony,  Marianne  Durano,  Gaultier  Bès,  Laetitia  Strauch – Bonart, Thérèse Hargot et Bérénice Levet ont obtenu de réels succès d’édition. Les projecteurs  des  plateaux  de  télévision  sont  braqués  sur  eux,  car  les  voici  enfin  passés  du  bon  côté  de  l’Histoire : la tyrannie d’une humanité festive, plurielle et métissée célébrant le relativisme  sexuel,  la  reconnaissance  de  droits  sociétaux  infinis  associés  à  un  consumérisme  des  désirs  individuels, a montré ses limites, au point que la survie de la nation elle – même est désormais  en question.

Avec  Le  Crépuscule  des  idoles  progressistes,  Bérénice  Levet  explique  comment  sa  propre  génération  – celle des années 70  – a été le laboratoire d’une idéologie de la désidentification et  d’une renonciation à la transmission du monde sous prétexte de liberté. Un plaidoyer pour la  réhabilitation de la nécessité de frontières, d’histoire, de passé et d’identité que l’idéologie  progressiste a stigmatisée.

Le titre même de votre ouvrage est un clin d’œil au Crépuscule des dieux de Wagner, et,  plus  particulièrement,  au  Crépuscule  des  idoles  de  Nietzsche.  Avez – vous,  comme  lui,  l’intention de « philosopher avec un marteau » ?

Les  coups  de  marteau  de  Nietzsche  visaient  assurément  à  détruire  les  fausses  idoles ! J’ai  d’abord songé, au regard de la catastrophe anthropologique et civilisationnelle causée par  quarante – cinq années de progressisme, à intituler mon livre « C’est de l’homme qu’il s’agit »,  en référence à  Saint – John Perse, mais le plus intéressant et stimulant dans la situation actuelle  est la révolte des peuples, en France mais aussi dans le reste de l’Europe et même aux Etats – Unis. Nous sommes à la fin d’un cycle. Il nous faut nous donner les moyens de fr anchir l’étape  suivante, je tente de poser quelques jalons. Cet essai est né d’une colère, je m’en explique dès  l’abord. Je suis née au début des années 1970, j’appartiens à cette première génération élevée  par des parents, formée par des professeurs qui,  dans le sillage de Mai 68, avaient renoncé à  assumer leur responsabilité d’adultes, à nous inscrire dans un monde plus ancien que nous, pour  faire de nous des cobayes, des sujets d’expérimentation d’une nouvelle figure d’humanité.  Depuis près d’un demi – siè cle, les besoins fondamentaux de l’être humain sont non seulement  méprisés  mais  disqualifiés,  diabolisés  par  l’idéologie  progressiste.  Le  besoin  de  racines  géographiques  et  historiques,  d’identité  nationale,  de  frontières,  toutes  ces  constantes  anthropolog iques  sont  traitées  par  les  idéologues  contemporains  comme  de  la  frilosité,  de  la  crispation sur soi, comme un repli identitaire et xénophobe. Quelles qu’aient été les majorités  politiques depuis, le travail de sape s’est poursuivi, et le quinquennat qui a gonise aujourd’hui  en montre les fruits aboutis les plus délétères. Jusqu’à quand continuerons – nous à sacrifier les  générations à venir ? Au prix du sang versé, les attentats islamistes de janvier et novembre 2015 auraient pu changer  la  donne,  or  rien  de  t el n’est survenu. Alors que les autorités gesticulaient avec drapeau et  Marseillaise, la décomposition de la France s’accélérait, l’émotionnel prenant le pas sur toute  forme de réaction, de volonté de renaissance, ce qui a permis à l’idéologie dominante de se  maintenir  avec  son  cortège  de  mensonges,  d’intoxication,  d’anathèmes  et  de  dénis  politiquement corrects. Personne ne s’est saisi de ce qu’on peut appeler avec Simone Weil « le  patriotisme de compassion » pour lui donner un contenu qui aurait entraîné u n sursaut national.

Comment en est – on arrivé là ?

Par un mélange de mémoire pénitentielle, de tyrannie de la repentance, selon l’expression de  Pascal  Bruckner,  de  politique  de  reconnaissance  des  identités  particulières  venue  des  Etats – Unis, étrangère à not re histoire, et une idéologie progressiste confondant liberté et déliaison.  On a fait le pari que l’individu serait d’autant plus libre qu’on ne lui transmettrait plus l’héritage,  qu’on le laisserait à soi – même, prétendument riche d’une créativité et d’une originalité qui, en  réalité, ne sont pas originelles. Abandonné à lui – même, l’individu est voué au conformisme, il  n’a pas d’autre choix que de se conformer aux usages, à la doxa, il est comme incarcéré dans la  prison du présent. C’est là que la transmiss ion  du  passé  joue  un  rôle  capital,  elle  permet  d’acquérir une épaisseur temporelle qui n’est pas donnée avec la vie. Elle est de surcroît,  émancipatrice en cela que le passé vient rarement ratifier les évidences du présent, il les inquiète  au  contraire.  En ne lui fournissant aucun terreau, le progressisme a fait de l’humanité une  cohorte d’individus hors sol, « sensibilisés » à tout, mais attachés et fidèles à rien. La liberté, l’égalité, la fraternité, dont on nous rebat les oreilles à longueur de célébrat ions  compassionnelles, n’ont plus guère de sens dès lors qu’on fait abstraction de toute singularité  historique. L’homme des « valeurs  républicaines », selon la clochette pavlovienne qu’on ne  cesse de faire retentir, est l’homme des droits de l’homme, il n ’est pas un citoyen français. Ces  valeurs s’incarnent dans une histoire, et c’est à cette histoire qu’il convient de s’identifier. Un  peuple déraciné, sans passé, sans mémoire, périclite, et quand la patrie est à terre, l’islamisme  n’a plus qu’à la ramasse r. En novembre 2015, force fut d’admettre que nous étions visés en tant  que civilisation, et, pour le dire avec les mots de Paul Valéry,  « si la France n’est pas morte,  elle s’est sentie périr » ; c’est donc comme civilisation qu’il nous faut renaître et r ésister. Or,  sur  ce  terrain,  François  Hollande  et  le  gouvernement  Valls  ont  été  désespérément  absents,  comme le sont, pour le moment, les candidats à l’élection présidentielle.

Quelles sont vos solutions ?

Un seul mot d’ordre, l’assimilation pour tous. Pou r tous, c’est – à – dire pour les Français d’origine  immigrée mais non moins pour les Français généalogiques, ou, si j’osais, « de  souche »,  car  voilà quarante – cinq années qu’on ne fabrique plus de Français, l’héritage n’étant plus transmis,  sinon de façon par cellaire et de toute façon jamais comme héritage, identité. Etre français ne  coule pas dans les veines, il ne suffit pas de se donner la peine de naître et rien de plus pour  l’être. Etre français, c’est une mémoire, qui ne commence pas en 1789. La transmis sion est la  condition sine qua non de la continuité d’une civilisation. L’école a un rôle majeur à jouer ici.  Or  le  quinquennat  Hollande,  qui  en  promettait  la  refondation,  ce  qui  aurait  dû  signifier  un  recentrage  sur  ses  missions  fondamentales,  en  a  parach evé  la  destruction.  Entreprise  menée  avec une hargne peu commune par la ministre Najat Vallaud – Belkacem. Notre tâche est double, il s’agit à la fois de soustraire les individus à l’empire du vide, ce vide  existentiel auquel quarante – cinq années d’idéologie progressiste active les a condamnés, et de  refabriquer un peuple français. La République française est assimilationniste, elle se singularise  par la passion du monde commun. C’est là notre exception, travaillons à la refonder. Pour ce  faire,  il  nous  faut  redevenir  accessibles  à  la  saveur  de  notre  héritage,  à  sa  fécondité.  On  ne  transmet pas le passé parce qu’il est passé mais en vertu de sa puissance de signification, des  lumières qu’il jette sur la condition humaine. Les professeurs doivent être restaurés dans leur  droit à donner à aimer la France, à aimer Molière et Balzac pour les trésors d’intelligence, de  vitalité qu’ils recèlent, plutôt que sommés de désosser et dessécher ces chefs – d’œuvre par le  recours aux instruments de linguistique, ou en transfor mant les élèves en tribunal des flagrants  délits de racisme, sexisme, homophobie. Réveillons la passion du sens, du mot qui dit la chose,  aiguisons le sentiment de la langue.

Votre angoisse, n’est – ce pas le monde selon Houellebecq, d’Extension du domaine de la  lutte à Soumission ?

J’ai en effet intitulé un des chapitres de mon essai, « Les protagonistes de Michel Houellebecq,  c’est presque nous ! » Houellebecq nous tend un miroir terriblement ressemblant, il s’est fait le  romancier  de  cette  humanité  atomisé e,  de  ces  voyageurs  sans  bagage  sortis  du  laboratoire  progressiste. Cependant, et c’est ce qu’indique la restriction de mon titre, à la différence des  « héros » de Houellebecq, nos contemporains se révoltent. Ce monde bâti par le progressisme  leur est inam ical, c’est une litote, et ils ne craignent plus de le dire. La France ne se droitise pas  – ce qui aurait peut – être un sens si la droite s’était faite la gardienne de la transmission, de la  continuité historique de la nation, de sa souveraineté, ce qui n’a pas été  – , les Français ne virent  pas au cryptofascisme, ils font de nouveau droit à des besoins essentiels à l’homme en son  humanité, ainsi que je me suis efforcée de l’établir, et au premier d’entre eux, le besoin  d’enracinement,  d’inscription  dans  une  histoire  particulière  qui  donne  sens  à  une  vie,  signification et orientation : une histoire a été commencée qu’il nous appartient de prolonger.

Peut-on,  comme  François  Fillon,  être  un  potentiel  président  de  la  République  et  dire  publiquement : « Je suis catholique » ?

Certaines voix politiques et médiatiques ont crié au scandale, affirmant que jamais un politique  d’envergure nationale n’avait fait valoir son catholicisme. C’est faux. Dans ses vœux pour 1969,  le général de Gaulle choisit de s’adresser à la j eunesse rebelle de 68, il se reproche d’avoir  privilégié les questions économiques, « comme s’il n’y avait que cela qui comptait à mes yeux  et aux vôtres, alors que je suis catholique, l’un des derniers chefs d’Etat à en faire ouvertement  profession ». Rap peler une identité religieuse qui est aussi historiquement celle de la France n’a  pas à heurter, d’autant que François Fillon invoque son christianisme comme une ressource, il  n’entend pas l’ériger en religion d’Etat. Jamais l’invocation de l’identité musu lmane ne suscite  de telles polémiques. Ce deux poids deux mesures est intolérable. D’autant qu’au point où nous en sommes, il faut  restaurer des préséances et refaire l’unité autour de la France et d’elle seule. Interrogé sur la  fonction de la Fondation de l’islam de France qu’il préside, Jean – Pierre Chevènement explique  que l’objectif est de faire connaître l’islam aux Français. Est – ce ainsi que nous reconquerrons  les territoires perdus de la République ? Donnons déjà à connaître et à aimer la France, aprè s  nous verrons. Notre renoncement à fabriquer des Français a offert un terrain fertile à l’islam  radical. C’est en exaltant les identités multiples que nous avons creusé notre tombe. Fidèles à  l’ambition  républicaine,  ne  tenons  aucun  compte  de  qui  sont  nos compatriotes  d’origine  étrangère, ne cherchons pas à savoir d’où ils viennent, soucions – nous seulement de ce qu’ils ont  à devenir : des citoyens français, des êtres ouverts à une responsabilité, une responsabilité pour  notre civilisation.

Que  vous  inspire l’autorisation donnée par le Conseil d’Etat d’installer des crèches de  Noël dans certains lieux publics ?

Cette décision plus qu’ambiguë a été interprétée comme une victoire, « une victoire française »,  saluaient François Fillon et Bruno Retailleau. Si c’ est une victoire, c’est une victoire à la  Pyrrhus. Les crèches sont autorisées au titre d’« éléments de décorations profanes, de symboles  culturels  ou  festifs »  – le  festif  érigé  en  principe  de  légitimation,  Philippe  Muray  doit  se  retourner dans sa tombe ! Que des esprits catholiques ou attachés à l’héritage chrétien puissent  se réjouir de cet abaissement de la Nativité à du folklore est pour le moins frappant. La crèche  renvoie au mystère de l’Incarnation, du Dieu fait homme, et célèbre, pour un chrétien,  la  naissance du Sauveur, du Messie  – réécoutons l’oratorio de Haendel, on mesurera ce que peut  signifier pour l’homme de foi cet Avènement ! Victoire à la Pyrrhus, et même défaite à plate couture. Le Conseil d’Etat, il suffit de se pencher  sur les décision s qu’il a rendues au cours des dernières décennies (se montrant favorable au port  du voile à l’école, à la burqa, au burkini), s’est mis au service de la conversion de la France au  multiculturalisme, c’est – à – dire de sa dislocation en communautés séparées v ivant chacune selon  ses mœurs, son calendrier, ses lois. Toute atteinte à la loi de 1905, au principe de laïcité, à la  neutralité de l’espace public se fera au profit de l’islam, de sa visibilité et de ses revendications  et au détriment de la France « une  et indivisible ». Les  catholiques  doivent  en  outre  comprendre  que  toute  autorisation  de  manifester  son  appartenance religieuse dans l’espace public se retournera contre eux  – le catholicisme ne sera  plus qu’une composante parmi d’autres d’une entité qu’on  continuera d’appeler la France, mais  dont l’histoire aura été réécrite, dont on aura extirpé les racines chrétiennes, ainsi que s’y  emploient déjà des historiens adoubés par les médias, ainsi du médiéviste Patrick Boucheron,  maître d’œuvre d’une Histoire m ondiale de la France, où Jeanne d’Arc par exemple, n’est plus  qu’une « invention de la IIIe République » et ne bénéficie d’aucune entrée à son nom. Bref, un  détail de notre histoire !

Voir de plus:

Ce n’est pas Jésus qui revient, mais les valeurs de la France

Réponse à “Libération”

Théophane Le Méné
Causeur

26 novembre 2016

« Au secours, Jésus revient » titrent nos amis de Libération à quelques heures du second tour des primaires qui oppose François Fillon à Alain Juppé. Depuis que l’homme de la Sarthe a pris l’avantage sur le maire de Bordeaux, la guerre fait rage entre les deux camps mais pas seulement. L’ensemble de la classe politique et le microcosme médiatique a décidé de prendre part à la bataille en soutenant l’agnostique Juppé contre le catholique Fillon. Et dans un fol espoir qui confine au désespoir, voilà que l’on ressort l’épouvantail du religieux comme une objection dirimante au choix d’une large majorité de la droite de voir l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy concourir à la fonction présidentielle. L’Eglise catholique ne s’est-elle pas prononcée contre le mariage pour tous ? L’avortement n’est-il pas considéré comme un péché grave comme l’a récemment rappelé le pape François dans la droite ligne de ses prédécesseurs ? Et, au risque de se répéter, Fillon n’est-il pas catholique ?  (…) Les têtes de gondole de l’idéologie dominante ont beau se contorsionner dans une posture digne de celle de la Lanterne, elles sont hors-sujet. Qu’on le veuille ou non, ce n’est pas un catholicisme de combat qui anime les gens ordinaires mais la volonté d’un retour aux valeurs d’une France qui fut. Qu’on le veuille ou non, ils ne rappellent pas à eux l’Eglise, mais le clocher, le bistrot et l’atelier de la place du village. Qu’on le veuille ou non, ce ne sont pas des règles monastiques qu’ils réclament, mais ce que Orwell appelait de la « common decency », ce sens commun qui nous avertit qu’il y a des choses qui ne se font pas. Le progrès parlait d’un vivre-ensemble que l’on n’a jamais vu, sinon dans l’entre-soi ; le conservatisme en revient à la famille, ultime refuge dans un monde impitoyable, « dernier bastion des modes de pensée et du sentiment précapitalistes » selon l’analyse de Christopher Lasch. « Nous voulons retourner dans l’ancienne demeure / Où nos pères ont vécu sous l’aile d’un archange », semble en définitive chanter une certaine France avec Houellebecq dans sa Poursuite du bonheur. Dans cette critique des mutations métaphysiques détruisant les ordres séculaires, le christianisme médiéval interprété comme un système théologique complet de l’homme et de l’univers dans un gouvernement des peuples ou le distributisme d’un Chesterton refont surface. Et qu’on le veuille ou non, François Fillon, peut-être même malgré lui, incarne cela. Reste à savoir si ceux qui n’ont su prévoir le Brexit, les élections américaines et même l’extraordinaire poussée du député de Paris sont à même de comprendre que nonobstant sa foi qui ne regarde que lui, l’homme entend simplement rendre à la France ce qui est à la France.

Voir également:

La France, fille aînée de l’athéisme

Le catholicisme n’est plus la première religion nationale

Xavier Théry
Causeur

14 mars 2015

Après les attentats du mois de janvier, un débat s’est instauré sur les moyens à envisager pour permettre à la religion musulmane de s’intégrer dans la société française. Parmi les sujets abordés, celui de la laïcité « à la française ». Celle-ci s’oppose à la conception anglo-saxonne (américaine surtout) de la laïcité, notamment par le fait qu’elle privilégie un espace public où les religions doivent se montrer discrètes, voire absentes, à une société où les religions sont à la fois valorisées et mises sur un pied d’égalité. Comment les évolutions sociologiques récentes de la société française peuvent-elles nous amener à réexaminer cette question ?

Le reproche fait à la loi de 1905 repose sur le fait qu’elle a été établie pour contraindre la religion catholique à s’intégrer à la République alors que cette religion avait été ultra-majoritaire pendant des siècles. Et qu’elle ne faisait qu’entériner cette situation de domination en la contraignant à rester dans les limites de la loi. Dans cette logique, l’islam ne pourrait trouver, selon les contempteurs de la loi de 1905, sa place sur un pied d’égalité réelle. Principalement à cause de la quasi-impossibilité de construire des lieux de culte nouveaux.

Mais qu’en est-il de cette situation de domination aujourd’hui ? Regardons de plus près les chiffres. En trente ans, sa pratique, sa pénétration et son influence ont été divisées par trois : le ratio de baptêmes sur le nombre de naissances enregistré est passé de 80% à 36% – le ratio de confirmations est passé de 15% à 5% – le ratio de mariages catholiques sur le nombre d’unions civiles (mariages civils et Pacs) est passé de 35% à 9% – le nombre de prêtres est passé de 38 000 à 13 000 (dont largement plus de la moitié ont dépassé l’âge de la retraite) – le nombre de catholiques pratiquants « une fois par an au moins » est passé de 60% à 27%, celui de pratiquants « une fois par mois au moins » de 40% à 9%. Celui des pratiquants « une fois par semaine » a été divisé par 5, passant à 4%.

La moitié des catholiques déclarés (45% de la population) affirment ne pas croire en Dieu, soit 23% de « catholiques athées » auxquels il faut ajouter une majorité des Français qui se déclarent sans religion (45% de la population aussi). Si on additionne « catholiques athées » et « sans religion athées » (certains « sans religion » sont peut-être déistes), on a sans doute largement plus de 50% des Français qui sont athées. Le reste de la population étant composé de 6 à 8% de musulmans, de 0,5% de juifs religieux (pratiquant ou respectant des prescriptions religieuses), de 1% de protestants déclarés, et de 1% de bouddhistes réguliers.

On est donc passé en trente ans d’une situation où la religion catholique était dominante et incontestée (plus de 80% de la population grosso modo) à une situation ou plus de 50% des Français se déclarent athées, voire près de 70%  si l’on additionne les 23% de catholiques athées (c’est-à-dire des baptisés qui ne pratiquent pas leur religion et qui déclarent ne pas croire en Dieu) et les 45% de « sans religion ». Le « fait catholique », n’est donc plus un fait dominant, loin de là. On peut même imaginer, si l’on prolonge les courbes de tendance, qu’à l’horizon de 20 ou 30 ans, il n’y aura plus en France que 10% de catholiques. À côté de peut-être 10% de musulmans (si l’immigration ne progresse pas démesurément, sinon on peut imaginer un socle de près de 15% de musulmans).
Ceux qui veulent exonérer les musulmans des efforts à faire pour s’adapter à la République française mettent volontiers en avant une situation française où la religion musulmane serait dominée par la religion catholique. Cette situation de domination religieuse étant le reflet d’une situation de domination sociale et culturelle. Mais on a vu que la structure religieuse française n’était plus celle-ci. Et qu’elle le sera encore moins à l’avenir. Le fait religieux dominant, c’est l’athéisme. La France est devenue « fille aînée de l’athéisme » après avoir été celle de l’Église. Il est tout à fait envisageable, on l’a vu, d’imaginer à l’horizon 2050 une France composée de 80% d’athées ou de sans religion, de 10% de catholiques et de 10% de musulmans.

Dans cette situation sans précédent, le catholicisme ne serait plus le fait dominant de notre nation, mais une de ses deux religions minoritaires, à égalité avec l’islam. Le fait dominant sera celui de l’athéisme, ou tout du moins d’une irréligiosité massive de la population. Dans cette perspective, la laïcité change de rôle. Elle n’est plus un instrument de combat pour réduire une religion dominante et la maîtriser mais la base d’un comportement très largement majoritaire qui s’impose à tous. Elle n’essaie plus d’écarter de l’espace public des comportements religieux pour les contraindre à rester dans le domaine privé car ils seront à l’avenir aussi très largement absents du domaine privé. Elle devient un état majoritaire et largement partagé par la population. Le débat ne se pose plus dès lors entre « séparatistes » (au sens de 1905) et « concordataires » (au sens de 1801) , puisqu’il n’y aura plus grand chose à séparer hormis les pratiques minoritaires de 10% de catholiques et de 10% de musulmans et qu’il n’y aura plus grand chose à protéger puisque la religion musulmane sera à égalité avec la religion catholique.

En étant provocateur, on pourrait dire que le déclin de la religion catholique est une grande opportunité pour imposer la laïcité aux musulmans. Car à l’avenir elle n’apparaîtra plus comme l’instrument de domination d’une France blanche et chrétienne sur une France colorée et musulmane, mais comme l’état général et normal de la très grande majorité de la population. C’est pourquoi, ce n’est absolument pas le moment de renoncer ou d’aménager la laïcité au sens où elle a été mise en place en 1905. C’est au contraire le moment de réaffirmer ses valeurs parce qu’elles ont un avenir certain car la laïcité invite tous les Français à se conformer à quelques règles simples de bienséance : ne pas exposer sa religion en public par des signes ostentatoires – tolérer la critique de sa propre religion – ne pas imposer aux autres des règles qui ne les concernent en rien (le fait de dessiner Mahomet par exemple) – et sans doute laïciser aussi les jours fériés (en proposant à chaque français de disposer d’un stock de 5 jours fériés à utiliser à sa propre convenance, religieuse ou pas).

Régis Debray a écrit que la religion chrétienne était en train de laisser la place à une nouvelle religion « athée » qu’il appelle la ROC (Religion de l’Occident Contemporain). Il se trompe sans doute en l’étendant à tout l’Occident car le continent américain en général et les USA en particulier restent très attachés au christianisme. Mais les signes sont très forts en Europe d’une évolution vers la ROC (ou de la REC, Religion de l’Europe Contemporaine). Ils le sont tout particulièrement en France car les 67% de Français qui se déclarent aujourd’hui athées ou sans religion et qui seront sans doute demain 80% de la population sont certainement à l’avant-garde de cette évolution. Sont-ils pour autant sans valeurs ? Non car ils partagent un certain nombre de principes qui sont au cœur de la laïcité : le respect de l’égalité (hommes-femmes) – le respect des minorités (sexuelles en particulier) – la défense des libertés individuelles et collectives – la tolérance. Ce sont les principes fondamentaux de cette religion des droits de l’homme. Ils s’imposent à tous.

Dans un article récent sur Atlantico, Michel Maffesoli décrit une France évoluant vers une forme de tribalisme fondé sur les affinités électives. Il a certainement raison sur le plan culturel, comportemental, vestimentaire, alimentaire… Mais il omet de voir que sur le plan religieux, une tribu dominera très largement les autres : celles des athées sans religion qui représentera 80% de la population. C’est pourquoi il comment une erreur historique en désignant la laïcité comme l’obstacle à l’harmonie globale de la nation. Il veut « une République multiple et tolérante pour que la France ne soit plus une machine à produire des djihadistes ». Oublions le fait qu’il culpabilise inutilement la République laïque comme responsable des crimes commis par ceux qui réfutent la laïcité, nous avons déjà fait un sort à ces mauvaises interprétations du djihadisme, pour considérer qu’il s’interdit d’imaginer que la laïcité peut être vecteur de tolérance. Il n’est pourtant pas difficile d’entrevoir que des citoyens peuvent – doivent – se respecter pour ce qu’ils ont en commun plus que s’interpeller sur ce qui les différencie. Surtout quand 80% d’entre eux n’ont pas de différences à affirmer au plan religieux.

Avec Régis Debray, on peut au contraire envisager la laïcité non pas comme un obstacle à l’épanouissement de l’individu mais comme un projet pour cimenter une nation en déclin spirituel. La laïcité n’est sans doute plus l’ennemie de la religion chrétienne. Elle ne doit pas devenir l’ennemie de la religion musulmane. La France, parce qu’elle a une vocation universelle et parce qu’elle a la première exprimé le désir de liberté, d’égalité et de fraternité sans lesquelles la laïcité n’existe pas, peut jouer un rôle de premier plan pour faire de l’Europe un espace laïc et tolérant dans un monde en proie à l’intolérance et au désordre. Elle peut montrer la voie si elle est sûre d’elle-même et si elle trouve la force de faire partager son projet à tous.

Voir de même:

Plus de la moitié des Français ne se réclament d’aucune religion

La question religieuse est au cœur du débat public depuis les attentats de janvier. Pourtant, la France est l’un des pays qui comptent le plus d’athées au monde.

Le Monde

Leila Marchand

07.05.2015

Les attentats de janvier ont ravivé la question de la place du religieux en France. Comment faire cohabiter différentes croyances ? Comment vivre sa religion dans un pays laïque ? L’importance que prend ce débat est d’autant plus paradoxale que la majorité des Français se sentent aujourd’hui loin de toute appartenance religieuse.

Les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse étant très encadrées en France, le nombre exact de personnes sans religion est inconnu. Mais plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation.

Un tiers des Français « non religieux »

En 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a demandé à plus de 50 000 personnes dans 57 pays si elles se considéraient « religieuses », « non religieuses » ou « athées convaincues ». A cette question, environ un tiers des Français répondent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». On obtient donc 63 % de Français qui ne s’identifient à aucune religion contre seulement 37 % de Français religieux.

La France compte une majorité d’athées et de personnes « sans religion »
Ces résultats ont été obtenus à partir d’une enquête publiée en 2012 à partir des réponses de 1671 personnes

37 %37 %34 %34 %29 %29 %1 %1 %Se déclarant religieuxSe déclarant non religieuxAthée convaincuNe sait pas / pas de réponse

Athée convaincu
● Position face à la religion en France: 29

40 % des Français se considèrent comme athées

En 2010, un autre sondage a permis de dresser un portrait religieux de la France : l’Eurobaromètre commandé par la commission européenne. Les réponses sont assez proches de celle du premier sondage : 40 % des Français se déclarent athées et environ un tiers « croient en un esprit ou une force supérieure ». Un avis plus nuancé mais qui les place tout de même dans les personnes « sans religion ». Près de 70 % des Français sondés ne se réclament donc d’aucune religion précise, même si un tiers d’entre eux croit en une forme de divinité.

4,5 % de Français catholiques vont encore à la messe

La question de la religiosité d’un pays est sensible à aborder et potentiellement source d’erreur car les notions de religion, de foi et de spiritualité peuvent avoir des résonances différentes selon les personnes interrogées. Comme le précise l’étude de Gallup en annexe, une part importante de sondés appartenant à une religion déclarent avoir la foi mais ne pas se vivre comme une « personne religieuse ». De même, les personnes se déclarant athées ne font parfois pas la différence avec l’agnosticisme (personne déclarant ne pas pouvoir trancher sur l’existence d’un dieu) ou le déisme (croyance en un dieu sans se réclamer d’une religion).

Certains chiffres sont en revanche catégoriques, comme ceux concernant le catholicisme collectés par l’IFOP : la part de Français pratiquants est en grande diminution. Seule une petite minorité, 4,5 %, assiste à la messe chaque semaine. Et, même si aujourd’hui encore près de 70 % de la population française est baptisée, les nouvelles générations renoncent pour la plupart à baptiser leurs enfants : on comptait 472 000 baptêmes en 1990, on n’en dénombre plus que 303 000 en 2010 (pour 800 000 naissances).

Concernant l’islam, la pratique religieuse est plus régulière. Selon une enquête IFOP pour La Croix, 41 % des personnes « d’origine musulmane » se disaient « croyantes et pratiquantes » (contre 16 % chez les catholiques), et 34 % « croyantes mais non pratiquantes » (57 % des catholiques), 25 % se disant « sans religion ou seulement d’origine musulmane » (27 % des catholiques). Seuls 25 % des interrogés disaient aller « généralement à la mosquée le vendredi ».

La France, un des pays les plus athées au monde

La tendance à l’athéisme est mondiale d’après les critères établis par l’étude Gallup. Depuis 2005, date de leur précédent sondage, la part de personnes « religieuses » a baissé de 9 % et la part de personnes athées a augmenté de 3 %. Mais la situation française reste une exception dans un monde où la religion garde encore une place de premier plan : plus de la moitié (59 %) de la population mondiale se sent toujours « religieuse » et 13 % seulement se déclarent athée.

Dans le top 5 des pays athées (parmi la cinquantaine de pays interrogés), la France tient la 4e place, derrière la Chine, le Japon et la République tchèque. L’étude met en corrélation ces résultats avec la richesse du pays concerné. Une grande partie des pays les plus religieux comptent également le plus petit revenu national brut : Ghana, Nigeria, Roumanie, Kenya, Afghanistan… A l’inverse,  les moins religieux sont souvent les plus aisés, comme la France, le Japon, la Suède, Hongkong, l’Australie, l’Allemagne ou les Pays-Bas.

Voir encore:

Emmanuel Macron: « La République est ce lieu magique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion »

Dans un débat avec Jean-François Kahn organisé par « Marianne », Emmanuel Macron se positionne sur le sujet de la laïcité, s’opposant vivement aux appels « à la discrétion » des musulmans de Jean-Pierre Chevènement et Manuel Valls. Il estime que la République est « ce lieu magique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion » et pense qu’un catholique pratiquant, par exemple, peut « considérer que les lois de la religion dépassent les lois de la République », « dans sa conscience profonde ». Extrait.

Marianne : Il y a une somme d’angoisses identitaires, liées à la montée du communautarisme et de l’islamisme, qui préoccupent les Français. Beaucoup de responsables politiques mettent en avant la laïcité comme une réponse indispensable. A plusieurs reprises, vous avez mis en garde contre la «laïcité revancharde», celle qui peut «séparer, diviser». C’est quoi, la «laïcité revancharde» ? C’est Manuel Valls ?

Emmanuel Macron : Je ne suis pas dans un débat personnel. La laïcité permet dans l’espace public de vivre ensemble dans le respect les uns les autres et dans le respect des valeurs de la République. Quand je dis qu’il faut se méfier, c’est que le débat politique ne doit pas faire de la laïcité une arme contre un monothéisme. La laïcité est là pour dire : «Je ne veux pas que la société soit soumise aux tentations hégémoniques d’une religion.» Hier, la religion catholique. Aujourd’hui, pour nombre de nos concitoyens, la religion musulmane.

C’est très important de faire respecter la neutralité du service public. La religion ne peut pas être présente à l’école. Toutefois, j’entends peu de gens émus lorsque les conséquences de ce débat envoient de plus en plus d’enfants dans des écoles confessionnelles qui leur enseignent la haine de la République, professent des enseignements essentiellement en arabe ou, ailleurs, enseignent la Torah plus que les savoirs fondamentaux. Quand certains réclament des menus dans les écoles sans aucun accommodement et veulent que tous les enfants mangent du porc, ils pratiquent une laïcité revancharde dangereuse. (…)

« Je suis contre l’interdiction du voile à l’université. »

Même chose sur le voile à l’université. Je suis contre l’interdiction. L’université est le lieu des consciences éclairées et adultes. Ce qui est intolérable dans notre société, c’est que des jeunes femmes soient obligées de porter le voile. Si on pense que c’est le cas, et c’est le cas dans certains quartiers, règle-t-on le sujet en interdisant le port du voile dans les universités ? A un endroit où elles peuvent avoir accès à un savoir, à d’autres individus qui ne les mettraient pas sous pression, on leur dirait : «Tu n’es pas la bienvenue» ? Au titre d’une laïcité revancharde, on en vient à sortir des citoyens des lieux de la République et à les confiner à l’écart, sans enrayer la montée du fondamentalisme, ni conforter la laïcité.

Jean-François Kahn : Ce que vous dites est évident, mais il y a une tendance laxiste, à gauche entre autres, qui accepte de financer des écoles loubavitch, ou des lycées musulmans…

« Demanderait-on à des catholiques d’être modérés ? Non ! »

Emmanuel Macron : Bien sûr, parce qu’on a déplacé le débat politique, on est allé sur des sujets de crispation qui, comme toujours, sont des prurits. La laïcité n’a pas vocation à promouvoir une religion républicaine. La République est ce lieu magique et unique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion. C’est pour ça que je dénonce les considérations qui demandent à des citoyens d’être «discrets», parce que les précédents historiques où l’on a demandé la discrétion en matière de religion ne sont pas à l’honneur de la République. Et qu’on demande à des gens d’être des musulmans modérés ! Demanderait-on à des catholiques d’être modérés ? Non ! On demande à des gens de faire ce qu’ils veulent avec la religion pour eux-mêmes et d’être dans un rapport de respect absolu avec les règles de la République. Comme disait Platon, il faut découper le poulet au bon endroit !

Jean-François Kahn . : Dès lors que les musulmans acceptent que la loi républicaine passe avant la loi de Dieu, par définition, ils sont modérés. S’ils ne l’acceptent pas, ce sont des extrémistes.

Emmanuel Macron : Non, je ne suis pas d’accord. Dans le champ public, je ne leur demande qu’une seule chose : qu’ils respectent absolument les règles. Le rapport religieux renvoie à la transcendance et, dans ce rapport-là, je ne demande pas aux gens d’être modérés, ce n’est pas mon affaire. Dans sa conscience profonde, je pense qu’un catholique pratiquant peut considérer que les lois de la religion dépassent les lois de la République. Simplement, à chaque instant où il est dans le champ public, les lois de la République prévalent sur les lois religieuses. Ce n’est pas une question de modération, c’est un absolu. Le cœur de notre bataille est d’avoir des individus autonomes libres. Ils peuvent avoir besoin d’une transcendance. La République n’a pas à lutter contre la transcendance, elle a à lutter contre le non-respect de ses valeurs.

Voir de même:

Juifs, arrêtez l’étude de la Torah dans vos écoles!

Emmanuel Macron parle dans ce débat des établissements sous contrat avec l’Etat. Il a fait preuve d’une méconnaissance totale du sujet en expliquant que la Torah était plus enseignée que les savoirs fondamentaux.

Aviel Bensabat Vice-Président du Conseil National des Français pour la Diversité et Président de la commission Jeunesse au sein du parti les Républicains Huffington Post.fr
11/10/2016

Dans une interview récente au journal Marianne, l’ancien ministre et futur candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron dit: « C’est très important de faire respecter la neutralité du service public. La religion ne peut pas être présente à l’école. Toutefois, j’entends peu de gens émus lorsque les conséquences de ce débat envoient de plus en plus d’enfants dans des écoles confessionnelles qui leur enseignent la haine de la République, professent des enseignements essentiellement en arabe ou, ailleurs, enseignent la Torah plus que les savoirs fondamentaux.« . Ces propos sont indignes d’un ancien ministre et prouvent sa méconnaissance totale du système éducatif.

  • Quelques rappels

Emmanuel Macron parle « d’écoles confessionnelles […] qui enseignent la Torah plus que les savoirs fondamentaux« . Il est utile de savoir à quel type d’établissement l’ancien ministre fait référence. En effet, il existe plusieurs formes d’établissements privés. La loi du 31 décembre 1959, dite loi Debré, organise les rapports entre l’enseignement privé et l’Etat:

  • Etablissement hors contrat: liberté sans contrôle (sauf vérification de sécurité et de niveau de diplôme de l’enseignement) ni intervention financière de l’Etat.
  • Etablissement sous contrat simple: rémunération des enseignants prise en charge par l’Etat et contrôle pédagogique par l’Etat, obligation de recevoir tout élève sans distinction.
  • Etablissement sous contrat d’association: rémunération des enseignants par l’Etat, aide au fonctionnement par un forfait par élève, contrôle pédagogique et financier, obligation de recevoir tout élève sans distinction.

Le pourcentage d’élèves du primaire et du secondaire dans l’enseignement privé est de 17%. Deux millions d’élèves sont dans le privé. Seuls 2% des élèves sont dans le privé hors contrat.

En 1984, Mitterrand a voulu abroger la loi Debré en voulant faire passer la Loi Savary, alors ministre de l’Education nationale. Deux manifestations ont eu lieu et ont rassemblé près de 2 millions de personnes. L’impact a été immédiat: Mitterrand retire sa loi sans en prévenir ses ministres. Alain Savary démissionne et est suivi par le premier ministre d’alors, Pierre Mauroy.

Emmanuel Macron parle donc dans ce débat des établissements sous contrat avec l’Etat. Il a fait preuve d’une méconnaissance totale du sujet en expliquant que la Torah était plus enseignée que les savoirs fondamentaux.

  • Quelques chiffres

En France, le taux de réussite au Baccalauréat était de 88,5% en 2016. Ce taux mérite d’être comparé aux « écoles confessionnelles », comme les appelle le futur candidat à l’élection présidentielle.

  • Lycée Maïmonide de Boulogne-Billancourt: 100% de réussite
  • Lycée ORT de Villiers-le-Bel: 100% de réussite
  • Lycée Georges Leven à Paris: 100% de réussite
  • Lycée Yabne à Paris: 100% de réussite
  • Lycée Beth Hanna à Paris: 100% de réussite
  • Lycée Sinaï à Paris: 100% de réussite

Ces exemples chiffrés prouvent à Emmanuel Macron que l’enseignement de la Torah ne nuit pas aux enseignements fondamentaux. Ces écoles sont parmi les meilleures de France. Sa méconnaissance du sujet est grave. Il reprend les idées des intellectuels Perses. En effet, au XXe siècle, les intellectuels iraniens se réclamaient des Lumières et tentaient de faire entrer leur pays dans la modernité. Ils ont voulu assimiler les Juifs en leur interdisant l’apprentissage de la Torah dans les écoles. Ils devaient renier leur religion au profit de l’assimilation. La Torah est la base du judaïsme. En interdire son étude a pour effet la destruction du Juif. Les Juifs, qui représentent en valeur la plus petite communauté de France (500 000 individus d’après la North America Jewish Data Bank), sont encore une fois touchés sans raison, sans fondement.

Après avoir fait preuve d’une déloyauté totale envers François Hollande, l’ancien ministre rentre dans la seconde phase de son plan présidentiel, celle de se constituer une clientèle. Derrière son visage juvénile, Emmanuel Macron cache un véritable machiavélisme. Prêt à tout pour obtenir le poste suprême, le futur candidat vient de faire une erreur grave: opposer les français selon un critère communautaire. L’antisémitisme de l’ancien ministre est sur le point d’éclore, au profit de ses ambitions, au détriment de la cohésion nationale.

Suite à la publication de cette tribune, l’équipe d’En Marche a tenu a apporter cette précision.

Dans une interview donnée au magazine Marianne, des propos attribués à Emmanuel Macron ont pu laisser croire qu’il considérait que l’enseignement de la Torah était placé au-dessus des enseignements fondamentaux dans certains établissements juifs.

Ce propos n’a pas été correctement repris. Il s’inscrivait dans une préoccupation globale sur la place des textes sacrés dans une minorité d’écoles se soustrayant aux valeurs de la République, quelle que soit leur confession. Il n’y avait évidemment dans ces propos aucune stigmatisation de la communauté juive ou d’une de ses composantes. Emmanuel Macron a visité en France et en Israël des établissements scolaires juifs dont il a mesuré la qualité et l’engagement au service des valeurs républicaines.

Une Précision a été adressée dès le vendredi 8 octobre aux représentants de la communauté juive qui s’étaient émus de ces propos. Ils ont donné acte à Emmanuel Macron de cette volonté d’apaisement après ce malentendu très regrettable.

Sans drapeau ni trompette

Les clips de campagne, un objet hautement réglementé

A compter du lundi 10 avril, la présidentielle entrera dans la période dite de « campagne officielle » où un certain nombre de règles et traditions entrent en vigueur. Egalité stricte des temps de parole, affichage des panneaux électoraux, envoi des professions de foi et diffusion sur les antennes du service public des clips de campagne des candidats. Un exercice particulièrement surveillé par les autorités de régulation.

A l’heure de YouTube et de l’essor de la vidéo en direct, les onze candidats à la présidence de la République enregistrent cette semaine une série de clips très officiels que diffuseront les antennes du service public. Un exercice presque désuet mais pas sans intérêt. En 2012, les 74 spots diffusés en boucle avant le premier tour et entre les deux tours ont touché 48 % de la population des 4 ans et plus sur France Télévisions. Soit un peu plus de 28 millions de personnes ! Une visibilité exceptionnelle même à l’heure d’Internet. « Cette répétition permet de toucher au-delà de ceux qui suivent notre campagne », reconnaît d’ailleurs Sophia Chikirou, en charge de la communication de Jean-Luc Mélenchon.

Le leader de La France insoumise, à la tête d’une chaîne YouTube à laquelle sont abonnées plus de 260 000 personnes, semble a priori être des mieux armés pour parfaire à cet exercice imposé. Ses revues de la semaine – souvent vues plus de 200 000 fois – ou la présentation de son programme lors d’un direct de cinq heures lui ont permis de trouver son style face à la caméra.

Règlement pointilleux. Sauf qu’avec le début de la campagne officielle, la liberté de création va drastiquement se réduire. Le CSA a en effet donné aux différentes parties un document de onze pages fixant le cadre de production, programmation et diffusion de ces clips de campagne. Au total, 49 articles expliquent par le menu le bon fonctionnement de la période à venir. Le gendarme de l’audiovisuel s’y montre particulièrement pointilleux, au point même de réglementer le nombre de personnes pouvant accompagner le candidat en studio d’enregistrement ou en salle de montage.

Mais ce qui a surpris l’ensemble des équipes de campagne se situe dans l’article 9 : interdiction de « faire apparaître tout emblème national ou européen ». Pas de drapeau donc dans ces vidéos. Ni français, ni étranger et pas plus d’hymne national. Une disposition jugée « incroyable » par Gautier Guignard, qui s’occupe des vidéos de François Fillon, obligé de « jeter un certain nombre d’images que nous avions sélectionnées ».

Si la consigne existait en fait lors des scrutins précédents, le régulateur avait choisi de jouer la carte de la mansuétude. Une période visiblement révolue. La cause de ce changement de pied est la crainte que certaines campagnes ne « misent sur un nationalisme délirant », confie un bon connaisseur du dossier, rappelant qu’en 2012 un clip de Nicolas Sarkozy avait créé la polémique en montrant un panneau « douane » écrit en arabe. En proscrivant l’utilisation de tous les drapeaux, le CSA veut également se prémunir de la possibilité que certains puissent être « maltraités ou utilisés de manière négative ».

Des règles qui mériteraient d’être « assouplies », selon Laurent Jacobelli, porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan. « La télévision et l’administration ont chacune des codes qui lorsqu’ils se rencontrent ne font pas toujours bon ménage », ironise celui qui fut il y a quelques années patron des programmes et des antennes de TV5. Laurent Jacobelli regrette également les délais « très courts » accordés aux équipes pour se préparer : une semaine seulement entre la publication des règles et le tournage et à peine trois jours pour tourner et monter les vidéos.

Esprit de web-série. Debout la France! se contentera pourtant de ne faire que deux clips, un pour chaque format demandé par le CSA. Une vidéo d’une minute trente et une autre de trois minutes trente. Il devrait y en avoir entre trois et cinq dans le camp Fillon et dix-huit pour Jean-Luc Mélenchon ! Celui-ci a décidé d’investir autant que possible cet espace de diffusion. Il s’est attaché les services d’Henri Poulain, un réalisateur de télévision et de cinéma. Coût de l’opération : autour de 30 000 euros. Sophia Chirikou promet de « renouveler l’exercice dans un esprit de web-série ». Quant à Emmanuel Macron, il s’est attaché les services de l’agence de communication Jésus et Gabriel. Sacré programme.

Tous les candidats n’ont pas ce genre de moyens. Pour être certain que les onze soient sur un pied d’égalité, le CSA exige également que les productions pour le premier tour soient pour moitié réalisées avec les moyens de France Télévisions. Au service public de mettre à disposition ses équipes de tournage, ses studios de tournage et de montage ou encore ses infographistes et de jouer, en prime, le rôle de coordinateurs pour permettre à tout ce petit monde de travailler dans les meilleures conditions.

Autant de réglementations qui feraient croire que la France ne vit pas sur la même planète que les Etats-Unis, où tous les coups sont permis. Pour la seule dernière semaine du duel entre Hillary Clinton et Donald Trump, les groupes de soutiens des deux camps ont dépensé en tout 75 millions de dollars pour des publicités télévisées. L’équipe Clinton a mis sur la table 32,4 millions de dollars. Pas de quoi garantir le succès.

Voir encore:

Royaume-Uni: Theresa May, Cadbury et les œufs de la discorde

Véronique le Jeune (avec AFP)

GeopolisFTV

06/04/2017

Shocking! Le choix du géant chocolatier Cadbury d’enlever toute référence à la fête chrétienne de Pâques de sa célèbre chasse aux œufs annuelle a provoqué la colère de la Première ministre Theresa May. «C’est complètement ridicule», a-t-elle lancé à la télévision. Le confiseur a quant à lui expliqué qu’il voulait ouvrir l’événement aux «personnes de toutes les confessions».

La chasse aux œufs de Pâques est depuis des décennies le rendez-vous de centaines de milliers d’enfants à travers tout le Royaume-Uni. Un divertissement traditionnel organisé chaque année pendant le week-end pascal en collaboration avec l’association caritative National Trust.

«Pâques est une fête très importante pour la foi chrétienne, pour des millions de personnes dans le monde. Alors ce que fait le National Trust est complètement ridicule. Je ne sais pas à quoi il pense franchement», a insisté Mme May, elle-même membre de National Trust.

Ouvrir le divertissement à «toutes les confessions»
De son côté, l’archevêque de York, John Sentamu, seconde figure de l’Eglise anglicane, est allé plus loin dans ses accusations tout en rendant hommage à l’hisoire des Cadbury. «Les Cadbury étaient de grands industriels Quaker. Si vous visitez Birmingham aujourd’hui (…), vous verrez combien leur foi religieuse a influencé l’activité industrielle», a-t-il déclaré au Daily Telegraph. «Abandonner la référence à Pâques de la chasse aux œufs de Cadbury revient à cracher sur sa tombe», selon l’ecclésiastique.
Cette année, la chasse s’appelle simplement «Grande chasse aux œufs britannique de Cadbury», au lieu de «Chasse aux œufs de Pâques de Cadbury». Le chocolatier, bientôt centenaire, a répliqué dans le Telegraph que la compagnie souhaitait ouvrir le divertissement «aux personnes de toutes les confessions y compris celles qui n’en ont pas».L’œuf symbole de résurrection pour les chrétiens
Le National Trust a lui jugé «absurdes» les accusations selon lesquelles il rabaisserait l’importance de Pâques. Sur le site de Cadbury, l’exercice est présenté comme un «Easter Fun» (divertissement de Pâques). Quelque 300 chasses aux œufs sont prévues sur les propriétés appartenant au National Trust.Dans la religion chrétienne, l’œuf symbolise la résurrection et indique la fin des des quarante jours de jeûne du Carême. Pendant cette période, les poules continuent à pondre et et on a trouvé à Pâques le moyen de les écouler. L’œuf en chocolat, lui, est apparu au XIXe siècle dans un but commercial et n’a jamais cessé depuis de régaler les palais.

Voir enfin:

 Interviews Thinking in Public

Peter Brown, Author, Through the Eye of the Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making of Christianity in the West

Thinking in Public

December 17, 2012

Mohler:            This is “Thinking in Public”, a program dedicated to intelligent conversation about frontline theological and cultural issues with the people who are shaping them.  I’m Albert Mohler, your host, and President of The Southern Baptist Theological Seminary in Louisville, Kentucky.

Peter Brown is one of the world’s most respected historians. He currently serves as the Philip and Buelah Rollins Professor of History Emeritus at Princeton University. A native of Ireland, Professor Brown taught at Oxford University until 1975 and was a fellow of All Souls College. He joined the Princeton faculty in 1986 after teaching at the University of London and the University of California at Berkeley. He has been the recipient of a MacArthur Fellowship, a GuggenheimFellowship, and the Mellon Foundation’s Distinguished Achievement Award. Professor Brown is credited with having created an entire field of academic study referred to as late antiquity, covering the years from 250 to 800 AD. His latest work is Through the Eye of the Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making of Christianity in the West, 350-550 AD.

Professor Peter Brown, welcome to Thinking in Public.

Mohler:            Professor Brown, when I think of your work I think, first of all, of the fact that you have basically invented an entire new field of history. How did you come up with this designation of “late antiquity?”

Brown:            I tell you why, you know, I’m obviously not the only person; I simply use this as a title of a book at a time when it had been used, but it hadn’t been, you know, turned into a major concept. I was concerned largely because when we look back at the history of the Christian church, particularly, it’s very easy to see Christianity of the Reformation period, Christianity of the Middle Ages, and, obviously, everyone is interested in Christianity in its earliest times—in the times of Jesus, in the times of the gospels. But then, you note, there was a lot of Christianity in between and this was a Christianity which although it was very new in the Roman world somehow grew out of the Roman world. That is, one would put it this way, the sort of air people breathed, even if they were Christians, even if they were very aware that they were living in a time of change, even if many of the more leading ones were heavily committed to bringing about change. Nonetheless, just as we modern people breathe the modern air they breathed an air that was still that of the ancient world.

Mohler:            Yes; you have argued rather convincingly that most of us, not only in terms of the popular imagination, but also in terms of scholarship tend to misread the Roman Empire and its fall, and your work is a massive reconstruction of that history. And I’d love for you to tell the story of how you found your way into that as a historian.

Brown:            Well I think I found into it from sort of two ways. First of all, I wasn’t trained as an ancient historian. My main training wasn’t in what we would call “the classics;” I was much more interested in modern history and in medieval history. So I never regarded the Roman Empire as the absolute apex of history, as indeed some people used to; I was much more interested in as it were what they in the future. That is, what began in the Roman Empire, but kept on happening and became part of the medieval world and then was passed on through the Reformation, through the Renaissance to the modern world.

Mohler:            Well in that work you’ve spent so much time looking at particular figures, such as Aurelius Augustine. And, once again, you have had such a fruitful and long career as a scholar that you’ve had the opportunity to even go back and revisit Augustine. Can you tell us of, first of all, Augustine’s role and how you have reconsidered both August and his role in history?

Brown:            Oh, wow. I mean, since he’s such a large figure that one is always reconsidering him, I think the way one does it, and you know what one’s talking about is the old fashioned thing that one actually grows older, one hopes that one grows wiser. Certainly much more work on Augustine has been done, very important Augustinian documents, 29 totally new letters which I did not know when I first wrote, 27 totally new sermons which we only knew about only ten years ago, so there was always the reason to change one’s mind. And I think also as one grows older there are certain aspects of a person which one was rather blind to.

Mohler:            Well I was amazed in reading your second edition of Augustine and also how you elaborate many of these same themes in your most recent book, and how you demonstrate something about Augustine that is also true of many other figures in history and, in particular, in church history. Many years ago when I was doing my own doctoral work, my major professor in the area historical theology, Dr. Timothy George, required me to do something that I thought was very unusual. He required me to write a paper on Calvin’s doctrinal declarations concerning the providence of God as compared with his pastoral ministry.

Brown:            Oh that’s a wonderful subject.

Mohler:            Yes; it was. And it was a very clever assignment because what I discovered is that in, for instance, his theological declarations, Calvin would say such things as, “You should never say that God permits anything. A Sovereign doesn’t permit; He ordains and He commands,” and, yet, in his pastoral ministry, Calvin would do the very same thing he said you should not do. He would say, “God permitted this awful thing to happen,” and it’s because it’s pastorally necessary and it’s also true. And you demonstrated that Augustine does more or less the same thing. For instance, on issues of sexuality he says incredibly hard things, but then pastorally he makes a more generous application.

Brown:            Oh I think that is absolutely right, and I think that I myself have changed. And, you know, just not only myself, but the whole field in scholarship has changed throughout the period, and not only in relation to Augustine, we’re much more interested in what the preachers actually said. That is, we go back to Augustine’s sermons again and again and again. The new discovered sermons were absolutely wonderful because they were very popular. He preached one sermon two and a half hours long at the height of a major celebration of the pagan calends in Carthage. You could almost hear the noise off the streets and, yet, he’s both got the earthly touch and has no hesitation about dealing with, you know, what we would have thought were very elevated topics at exactly the same time.

Mohler:            I think when people think of Augustine and, for instance, the issue of sexuality, what they recall is his statements on sexuality. For instance, this is found in The City of God in which he makes very clear that even within the context of marriage where he limited, of course, human sexuality, it was to be a matter entirely directed towards procreation and that it was sin for it to have any other purpose or enjoyment. And, yet, as you demonstrated, in his sermons he allowed for the fact that married couples ought to be engaged in a life that included sexuality and, furthermore, that even though it was sin for sex ever to have anything other than a procreative purpose, it was not a major sin.

Brown:            I think you’re very right there, Doctor; you’re absolutely right. And I think it’s something we tend to really misunderstand. I mean, I think one of his most remarkable statements because he himself was somebody who had opted for celibacy after a hard struggle. He had very much opted for a rather high view virginity and celibacy and, yet, he said the Apostle Paul, although he had been swept up into the third heaven, also at other times stooped to view the marriage bed and was concerned with basically average marriage couples.

Mohler:            One of the things that you also point out is something that I think modern people often, even scholars, will just not think about, lacking a certain historical self-consciousness. It’s because we would judge Augustine over against the sexual openness of our society and, where you point out, he actually is modifying those who claimed that what Christianity would require is a complete renunciation of sexuality. Augustine should be seen against that background in which he actually holds a far more holistic and healthy position.

Brown:            Oh, I would certainly, certainly agree with that, and I think one of his real triumphs is that he really could embrace the two options. He himself was part of a very sort of vocal movement. I think the sheer zeal of some Christians for celibacy, for virginity, was extremely strong at this time, and he belonged to that side in part of it, but he knew that as a conscientious pastor, and also somebody who believed that God’s providence extended to everyone, he went out of his way to redress a balance, which he must have felt in his own self.

Mohler:            Well you demonstrate this with amazing historical detail, but also with what I think many people would find to be an amazing self-consciousness as an historian and especially in the appendices. Kind of like Augustine’s own Retracciones, his Retractions, when in the second addition, after a span of decades of studying Augustine and his era, you come back to say, “I think we have to consider the fact that we have been misreading Augustine,” and I found that a very intellectually courageous act.

Brown:            Well this was obviously something, wasn’t it? Don’t forget that Augustine is one’s best exemplar. He himself was constantly aware that his mind was changing. He wrote his retractations simply so as to actually plot the way in which his mind actually had changed, so in some ways if I was to prepare to change my own mind, I’d be, as it were, not living up to the standard which Augustine had set me.

Mohler:            In both the most recent work, which we’re going to discuss, Through the Eye of the Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making of Christianity in the West, and in your work on Augustine, you deal with something I think many of us wouldn’t even be able to picture. And that is the actual preaching context and method of Augustine. You point out that, first of all, in ways that do not mark many living bishops or even medieval bishops, bishops in the early church, especially in Augustine’s era of late antiquity were preachers, first and foremost.

Brown:            First and foremost; absolutely first and foremost.

Mohler:            And you point out that Augustine the preacher did not preach from a pulpit; he did not preach to a calm, seated congregation; he preached to a mass of people standing, coming in and out of the marketplace, bringing their children and who knows what else with him, bringing in spectators. Tell us about what that would have looked and sounded like.

Brown:            Oh, I would have loved—I mean, if you gave me a time machine, that’s one of the first places I would go to. It would be much more like—I mean, I think you have to realize that the Romans were used to people speaking in public in front of big crowds in a real open place. Every Roman law court was an open law court. The Christian churches of this time, you know that design called a basilica design, was very much like what a Roman law court was. That is, the judge would have been at one end and, you know, the accused, the lawyers, they would be grouped round him, and then a huge crowd, like sort of Great Central Station almost, a large, moving crowd under a sort of high roof. So you’ve got to get a sense that a sermon was truly not a performance from a pulpit, but a real dialogue with the crowd.

Mohler:            I can tell you really enjoyed at one point demonstrating an occasion in which Augustine found himself actually on the defensive over against his congregation.

Brown:            I loved that. I loved that and that came from one of those newly published sermons. We had had no inclining of that previously.

Mohler:            You also deal with Augustine the pastor, and I think that most contemporary pastors would immediately identify with the kinds of things that Augustine had to deal with without recognizing when you look at someone like Augustine, he had the pastoral responsibilities dealing with the same human problems. And in two different places in your writings, you, for instance, deal with the fact that he had incredible interest in people. I love the section where you talk about his interest in the homework of a teenage boy, “The Little Greek” he called him.

Brown:            Oh, yeah, that’s extraordinary.

Mohler:            Tell us the story.

Brown:            Well the story’s actually a background for a rather interesting story. Again, it’s a story we couldn’t have told twenty years ago. It came from one of the newly discovered letters. It’s written in almost the last year of Augustine’s life. It’s written to a very well-to-do Carthaginian, who has read a lot of Christianity but hasn’t got baptized. His wife has got baptized; he hasn’t got baptized. So he’s one of these strangely open people and what happened only three years ago is they discovered in an inscription in the Hippodrome of Carthage his name on one of the reserved seats for the town counselors. So here is Augustine, coming regularly to preach from Hippo to Carthage, which is about a ten-day journey at that time, must have met Furnas, must have given Furnas copies of the City of God, and, I think, truly and sincerely was interested in Furnas, Furnas’ family, Furnas’ son, and we suddenly get a glimpse of an influential person who is one of those half-way people. His wife had become a full Christian. His son may well have been baptized. Furnas had read a lot. He’d read Augustine’s City of God up to Book Ten, which is quite a large read, but he still had to be persuaded.

Mohler:            And you see Augustine, the pastor, the evangelist, you might even say the apologist, seeking to convince this man, and, as a sign of pastoral interest, showing interest in his teenage son, and in his school work because Augustine was the reigning intellectual. And by showing that attention to the man’s son, he would be showing the man attention as well. It’s an incredible vignette.

Brown:            And I think that the really lasting message in that interchange is what he says about the son, which is, “Yes, he can go ahead. He can learn Latin rhetoric, Latin grammar [you know, the old fashioned curriculum], as long as he uses it well.”

Mohler:            The conversation thus far is pointing to one of my favorite features of Professor Peter Brown’s new book: how it reveals far more than the economic realities behind the triumph of the Christian church in the Christian West. What he’s talking about here within the context of the Roman Empire is also giving us an understanding of someone like Bishop Augustine, in terms of his pastoral responsibility. We see a window into the early church and, in particular, into this most influential of the church fathers in a way that no previous work has actually helped us to understand. But we shouldn’t be surprised at this. After all, Peter Brown is also the most magisterial biographer of Augustine himself. That’s what makes this new book, in so many ways, a continuation of the story he began telling long ago.

One of the things that you demonstrate in this latest book, and it is a massive exhibition of scholarship, the title again is, Through the Eye of a Needle: Wealth, the Fall of Rome, and the Making Christianity in the West, 350-550 AD. Professor Brown, it seems to me that this is something of the capstone of your work in defining this era known as late antiquity.

Brown:            Well, you know, a big book isn’t always what you first planned; it rather grows upon you. But I had felt for a long time, at least ten years, that this period and these people, some of them like Augustine who I’ve now known for almost 50 years, they sort of needed somebody to actually give them a voice on an important topic. And I think the topic of wealth I chose on purpose because issues of wealth affect everyone: the poor because they feel they don’t have it; the rich because they do.

Mohler:            I think the average person looking at this title would think the book less important than it is, and the reason for that is I think most of us take economics and wealth as something of merely secular importance. I think that’s something that is the fault, the intellectual fault, of many Christians, and, yet, you really demonstrate that the story of wealth and how the church grew to understand how it would handle wealth is indispensable to demonstrating how the church ended up as the church we know it in the medieval world.

Brown:            Oh I would certainly say that. Looking back on this, I found myself asking, “Why hadn’t people seen this so much?” And I think it was partly Christians themselves to blame at that time. Again, as with celibacy and virginity, the people we hear about are usually the more radical. They’re the ones with the really extreme solutions and some of the most passionate Christians and the most articulate Christians were often very wealthy people who had truly, in ways that stunned everyone, thrown away their wealth. That is, they really believed to have followed the command of Christ, “If you wish to be perfect, sell all that you have; come.” So this is a Christianity whose main stars are very much in that camp, but the more I studied it, the more I felt that the actual heroes and heroines were the much more average people, who very much the way Jews at the same time considered their wealth, what wealth they had and it often wasn’t much, a sort of gift from God and that they had to as well pay back, and to renounce one’s wealth actually wasn’t a way of paying back. It was much more important to see your wealth as a way of providentially given to you so that you could do good, so a notion for what we say, you know, nowadays in a rather general way, Christian stewardship, actually summed up a whole attitude to wealth, to the world of money, which, I think, we would gain in a recapturing.

Mohler:            Yes. You know the way you lay this out is with such exquisite detail that in a conversation like this 99% of it is going to be left on the table and just a very small percentage can be possibly be discussed, but I have to tell you that if I were to summarize your thesis, at least in the central part of the book, I think it would come down to this. And, as I was thinking about this conversation, it seems to be that the church had to make a decision in renunciation—the renunciation of sexuality and the renunciation of wealth—and, as you point out, in many ways the histories written of the church in the medieval era and beyond really make the heroes and heroines those who renunciated. But you point out that Augustine in a very sophisticated way, along with others, really modifies that because, in Augustine’s view, to put it simplisticly, you can renunciate once, but you can be a steward for the entirety of your life.

Brown:            I think so. Precisely.

Mohler:            So when you look at Augustine on wealth, Augustine seems to have a very sophisticated economic understanding, he also, as you demonstrate, is a rather agile mind. He is moving along with the culture around him and, of course, it’s a seismically-shifting culture. But the church had to come to an understanding that wealth could be and would have to be used for the glory of God and for the good of people as—if I read your argument correctly—the church began to take on something of the shape of the empire itself. Whereas the empire had been made up of cities with dispersed political power, the bishops took on that role and the churches continued.

Brown:            Yes, very much so, and I think maybe, and here I think it’s important to realize that maybe our relative indifference to wealth isn’t just a sort of inheritance of a view that, you know, any consistent Christian must renounce wealth; therefore, Christians who don’t renounce wealth are sort of second class. I think in an odd way that has continued. I think it is also the economy of the Roman Empire it was a very agrarian economy, a very slow economy. Wealth didn’t consist in large banking concerns, which people actually buried their gold, which is why we can see so much in modern museums. Now this means to say that the care of the poor or, just as important, people like yourself who were in danger of becoming poor, was also summed up, not in sort of grand gestures—alms-giving, you know, huge handouts—but, you know, small gestures—offering low-interest loans, forgivable loans, finding somebody a job. So there is a whole penumbra of Christian charity that is below the sort of radar screen if you’re looking only in terms of banking, cash, checks.

Mohler:            Yes. And, of course, you had a church made up of Christians, many of them newly converted from paganism and, as you point out, some of them not quite so converted from paganism as well, in terms of their worldview, and they’re trying to deal with the teachings of Jesus: how difficult it is for a wealthy person to enter the kingdom of heaven. That’s the title of your book: Through the Eye of the Needle. And so I read your book having recently read some very perceptive economic history as well, and even though you didn’t go in this very direction, you imply it. And, that is, Augustine must have come, along with others, to the conclusion also that to renunciate certain wealth is actually to destroy it because the wealth just evaporates and isn’t any good to anyone.

Brown:            I think that’s what many contemporaries fail to—as you probably noticed in one incident which was initially on his backdoor, that is, the great Roman senatorial lady, Melania, he and a few other African bishops intervened saying, “Hold it, Buddy; don’t throw it away.”

Mohler:            Because it would just be destroyed and could do no good. And Augustine also had a confidence that there were many texts in Scripture that demonstrated how money could be used for great good.

Brown:            Precisely; there I think his readings of Paul was terribly important. You get a real distinction between the extremists who emphasize Jesus’ true challenge to the wealthy but very much in the gospels, very much in Matthew and Luke; then there’s the letters of Paul, which show a fervent fundraiser at work, show somebody who’s determined to be a fully self-supporting member of the community, and, at the same time, has almost a mystique of mutual help.

Mohler:            Professor Brown, you also point out that wealth itself—and you said this just a moment ago—was something that was developed very slowly in an agrarian context, and I want to pull one sentence out of your book because I think this is one of those sentences that resets our imagination of an era. You write, “In the overwhelming majority of cases, wealth was land turned by labor into food, which in the case of the rich was turned into sufficient money to be turned into privilege and power.” I thought that formula was so transformative of understanding that wealth wasn’t the kind of financial speculation that is on the front pages of our newspapers. It was, instead, land turned by labor into food.

Brown:            Oh, yes, of course, when land becomes food all the gods are involved. I think one must never underestimate what the sheer religious aura of every house, whether it’s Christian, Jewish, or pagan.

Mohler:            One of the other very transformative arguments of your book is that as these issues are played out in the culture and in what we might call the political life of the bishops trying to figure these things out administratively, there was a theological dimension here as well and so we shouldn’t be surprised that even as Augustine and Pelagius found themselves involved in one of the most formative theological battles of the church it had to do with wealth as well.

Brown:            Oh yes. Because wealth’s like a sort of barium trace, it goes everywhere, and one of the things which wealth does ask always is, “How free are humans to actually change themselves and to change society?” And there I think Pelagius, because of his extreme view of the freedom of the will, really did think, or at least encouraged others to think, that wealth is just a bad habit and you can get rid of it much as you can as it were kick smoking. Augustine didn’t share that view at all.

Mohler:            That’s a very interesting metaphor. Well you rightly point out that Pelagius saw what we would call Orthodox Christianity as lax, as soft, as he suggested, to say that we need grace is just a cop-out because it just demonstrates a lax commitment. And so for Pelagius, the renunciation of sex and the renunciation of money was one way in which the supposedly absolutely free will could demonstrate its worthiness before a righteous Judge.

Brown:            Precisely.

Mohler:            I wanted to ask, so if Pelagius had won the argument—going back to the great debate between Augustine and Pelagius—had Pelagius won the argument, the history of the church, in terms of its institutional shape, would have been radically different.

Brown:            It could very well have been and I’m constantly wondering—one of my little science-fiction side —one wonders what it actually would have been like. I think it might have ended up with a much more monastic church

Mohler:            Yes; which by definition renunciates.

Brown:            Which by definition renunciates, and if you’re free to do it, do it. It’s interesting that we might have a glimpse of that future—it’s only a glimpse; I don’t want to put too much on it—in Bressian Whales Island at this time where we knew Pelagian ideas continued to circulate and which at exactly this time produced a particularly aphesic form of Christianity where the leaders and the sort of abbots of the great monasteries had much more prestige than the sort of average bishops.

Mohler:            When you look at the entire span of your historical investigation and your scholarship, you really have redefined, in many ways, our understanding of the way the Roman Empire fell and the meaning of its fall. Could you just describe a bit of that because this is where you have actually kind of upset the entire marketplace of ideas, in terms of the world of history?

Brown:            Well, I think there are two ways of seeing it. First of all, one must never idealize the Roman Empire. It did great things, but it was still a very fragile state. It was tied by issues of logistics, of agrarian yield, so we’re looking at an empire which is almost doomed the moment it actually happens. I think one of the wisest things that Edward Gibbon said—this is one of the things that people usually remember—he said, “The fall of Rome was inevitable; what is remarkable is that the empire lasted so long.” I think that’s a much more fair way to see it. What I think, indeed, happened was that with the rise of Christianity there was the rise of what one might call a horizontal way of organizing society, interconnection, city to city, vertical connections rich and poor in each city, which it didn’t bring the empire down, but when the empire did fall for relatively straightforward reasons—you know, it couldn’t defeat the barbarians, it couldn’t bring taxes in—people found that the end of the empire wasn’t as much a disaster. So I think that the rise of Christianity didn’t bring down the empire; if anything it sort of pushed the fall.

Mohler:            Well, one of the points you make very powerfully in many of your works is that the fall of Rome, as an empire, was disastrous for Romans but not necessarily for those in the rest of the empire. Rome suffered greatly but the empire in many ways flourished and gave birth to what we would call the medieval world and Western Christendom.

Brown:            I would think that would be what happens because with Western Christendom you get a world of much smaller political units, which at the same time manages to be thoughtlessly creative. I mean, the great gothic cathedrals of Northern France are as grand as any Hippodrome, any coliseum. They’re built with engineering skills that are quite extraordinary by Roman standards; things Romans never thought of. And yet they’re put up in territories which often are no more than a few departement in France. How has society managed to grow, managed to become a sort of set of such vivid micro-societies, having emerged out of a vast back row of society is one of the great problems.

Mohler:            Let me ask you a question about this most recent work and there are so many questions I’d love to ask you about the book, just in terms of its specific content, but reading it I was prompted to want to ask you: what was your greatest surprise in the writing of this book?

Brown:            I think the greatest surprise—and it only came upon me gradually and it came roughly three years before I finally completed it because until the surprise it didn’t quite make sense. First of all, the conversion of Constantine, though it made a great difference to the public profile of Christianity, you know the emperors really did favor it, did give it funding—the conversion of Constantine did not mark the real beginning of Christianity becoming a majority religion. And the real entry of the truly wealthy into the Christian church happened a whole two generations after the conversion and it was an almost a sort of grassroots movement. So that was a surprise. I think the other surprise was that up until about the year 500, the Christian churches in themselves, that is the actual money available to bishops, was much less than we had previously thought; that the average Christian bishop was still a relatively low-profile person and that the real strength of the church lay not in its upper echelons, although these were very dramatic people, people like Ambrose, people like Augustine, but in the sort of average Christians who I came to know more and more through almost accidental evidence—through inscriptions, through little piles of coins found in churches—so that I found that I was writing a history that had its stars, but the stars were not necessarily the real heroes.

Mohler:            You have been writing in this field, you have pioneered this entire field of history known as late antiquity; you’ve redefined so many of the terms and reset our understanding. This most recent book is massive. It’s about 500 pages of text and 200 pages of notes. I just have to ask you, knowing that a work like this spawns yet another, what is your area of historical interest in and research after this book?

Brown:            I think I’d like—don’t forget this was very much about Western Europe—I’d like to return to the Middle East, that is to the Greek, the Syriac, the Coptic world. In terms of sheer numbers, there were far more Christians in the Middle East at this time than there ever were in the West. And I would like to do two things, I think: deal with the finances of the church in the slightly earlier period, that is, from the time of St. Paul onward, and look at the way in which the rise of Egyptian monasticism, particularly Egyptian monasticism, created an image of the monk as a working person. That is one of the really rather remarkable aspects of Egyptian monasticism is that the monk was expected, as indeed Paul expected, to work with his hands.

Mohler:            Professor Brown, I assure that when this next book comes out, I want to be first in line to read it. We are all in your debt. As I said at the beginning, I began much of my work in historical theology reading your work on Augustine and then following your arguments, and it is a tremendous honor to speak with you today.

Brown:            Well I greatly enjoyed it, Doctor.

Mohler:            God bless you, sir.

One of the most pleasing aspects of the experience of reading a book is discovering that it includes far more than we expect. That’s true of any worthy volume, and it is certainly true of this new work by Professor Peter Brown. It promises to tell us the story of how the Christian church negotiated some of the most difficult issues related to Christian faith and economics during the time the Roman Empire itself was entering that period of late antiquity and going through its own rather remarkable transformation. And what you also discover is what many people, historians and economists included, would often neglect, and that is the fact that there is an intersection between theology and economics. And that tells at least part of the story of how Christianity triumphed in the Roman Empire. For instance, the issue of how the church would be related to wealth was never merely a pragmatic issue; it was deeply theological. And we owe Peter Brown the analysis of understanding how the distinction between Augustine and the Pelagians in matters of the gospel itself led to two different understandings of the role the Christian faith when it came to personal wealth and what it meant to renounce materialism. As Augustine made very clear, you could renounce all wealth one time and then much of it simply disappeared, or that wealth could be put to the service of the church in what can only be described as a faithful stewardship. The triumph of the Christian church, Peter Brown helps us to understand its institutional rise and survival through the demise of the Roman Empire, was at least partly made possible by the fact that the church could own material goods, that it could indeed collect and become the steward of wealth. And even as we can see that the church sometimes failed in what that responsibility would entail, without taking on that responsibility the church institutionally could not have survived through these difficult centuries. But the church did survive and, of course, we can be thankful that Augustine’s theology survived as well. Behind the telling of a great story, and especially at the hands of a great historian, is a mass not only of patterns and theories, but also of incredible documentation.

One of the things I most appreciate about Peter Brown is how much he obviously loves the details, and reading his book is to be immersed in historical details that seem to come alive. You feel like you’re there in Carthage as Augustine is preaching in a city not his own and as he is having to contend with a crowd, a hostile crowd at times, that doesn’t like his message. We can, all of the sudden, understand through his pastoral responsibility, even to a father of a young son, how, indeed, Augustine was negotiating these issues, trying to find a way to be deeply faithful and a good steward of all that Christ had entrusted to him at the very time that the Roman Empire was itself falling apart.

Peter Brown is one of the world’s most respected historians. He’s been generous with his time to involve himself in this conversation about his new book. My hope is that many evangelical Christians will read this book and then want to know more. Well turn to Peter Brown’s biography of Augustine and begin to learn more about this crucial era in the history of the Christian church where we understand that the debate, for example, between Augustine and the Pelagians isn’t over. These great theological debates are never over and that’s why we have to revisit them from time to time to make certain we know what is actually at stake. What’s at stake in terms of reading a book like this is getting everything out of it we possibly can, and that means a book like this one deserves to be read, not only once, but read again.

Thanks again to Professor Peter Brown for joining me and thinking with me today. Before I close I want to direct your attention to my new book, The Conviction to Lead: 25 Principles for Leadership That Matters. My concern is to develop effective leaders who have more than mere administrative skill, who develop more than just vision. Leaders need to be able to change the hearts and minds of those they lead. In other words, they need to develop the conviction to lead.

Thank you for joining me for Thinking in Public. Until next time, keep thinking. I’m Albert Mohler.


Présidentielle 2017: Fillon gagnant dès le premier tour (After Britain and America and maybe soon Germany, guess who’s next in line for real change ?)

14 mars, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C6wz8_WU8AAcOkV.png:largehttps://i0.wp.com/www.valeursactuelles.com/sites/default/files/fichiers/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202017-03-14%20a%CC%80%2010.10.17.pngL’urgence est de libérer notre force économique qui étouffe sous les normes et les charges. Cette libération sera le tremplin de l’emploi. (…) C’est un changement de culture que je propose, qui allie fermeté et justice : le respect des forces de sécurité, concentrées sur leurs missions et déchargées de la bureaucratie ; la fin du laxisme et de l’excuse pénale pour que chacun assume la responsabilité de ses actes ; la lutte sans pitié contre le totalitarisme islamique. (…) La France unie commande de limiter l’immigration à son strict minimum afin que nos capacités d’intégration ne soient plus débordées. Il faut retrouver la fierté nationale. La France doit raffermir son identité et rayonner au-delà de ses frontières. Nous avons trop souvent douté de nous-mêmes alors que peu de nations sont assises sur un socle aussi riche et aussi ancien que le nôtre. Le relativisme culturel et la culpabilisation ont réussi à insinuer le doute sur nos valeurs et sur notre histoire. Nous devons au contraire être une nation rassemblée et sûre d’elle-même. Il ne faut rien renier de notre héritage et de nos racines. Nous sommes un pays avec une histoire, avec des traditions, avec une culture française. François Fillon
C’est l’un des principaux arguments développés par Gilles Boyer: Alain Juppé a perdu parce qu’il était donné gagnant d’avance. En tête de tous les sondages d’opinion, de sa déclaration de candidature à l’été 2014 au premier tour de la primaire en novembre 2016, le maire de Bordeaux ne pouvait voir venir la vague Fillon.  » Jusque très tard, les éléments dont nous disposions étaient objectivement très encourageants « , se rappelle le conseiller pour qui la durée de la campagne a joué contre les ambitions de l’ancien Premier ministre.  » C’est long deux ans, tellement long que l’électorat d’Alain Juppé a cherché une alternative à Alain Juppé aussi  » Dans le camp du candidat, certains tirent pourtant la sonnette d’alarme très tôt, comme cette connaissance de Gilles Boyer, rompue aux campagnes électorales, qui s’inquiète:  » Gilles, on a un problème. On est trop haut, trop tôt « . Mais comment réagir?  » Durant ces 800 jours, il ne s’est pas passé une journée sans que quelqu’un ne me rappelle, comme si je l’ignorais, la malédiction du favori. Et durant 780 jours je pensais qu’ils se trompaient « , regrette Gilles Boyer. (…) Pendant très longtemps, les juppéistes n’ont pas considéré François Fillon comme une menace. Les soutiens du maire de Bordeaux estiment que l’ancien Premier ministre est trop associé au quinquennat de Nicolas Sarkozy, et que son image est écornée depuis la désastreuse guerre Copé-Fillon de 2013. Il sont en outre persuadés que le député de Paris les soutiendra dans l’entre-deux tours.  » J’ai pensé, et toute la France avec moi, que François Fillon et ses partisans nous rejoindraient au second tour pour battre Nicolas Sarkozy. C’était un allié objectif « , concède Gilles Boyer. Tout au long de la campagne, l’entourage du maire de Bordeaux a du mal à décrypter les prises de position de l’ancien Premier ministre. Une première fois lorsque François Fillon attaque très durement Nicolas Sarkozy, fin août 2016, avec sa phrase désormais célèbre  » Imagine-t-on le Général de Gaulle mis en examen? « .  » Sur le moment, j’ai cru que François Fillon commettait une erreur: nos électeurs n’aiment pas les attaques personnelles « , se souvient Boyer. Une seconde fois à l’occasion de l’accord noué par François Fillon avec Sens commun, la branche politique de la Manif pour Tous:  » J’ai sous-estimé la puissance mobilisatrice de l’électorat catholique, qui s’est forgé une unité à l’occasion du débat sur le mariage pour tous (…) et qui avait fait de François Fillon son candidat « , observe-t-il. (..)  Sur les réseaux sociaux, le candidat a été la cible d’une véritable campagne de désinformation menée par la fachosphère pendant la primaire. Grimé en  » grand muphti de Bordeaux « , renommé  » Ali Juppé « ,  le maire de Bordeaux a vu ses positions sur la laïcité – l’identité heureuse, le voile à l’université – dévoyés par ses adversaires. (…) Constat désabusé de Gilles Boyer:  » dans cette campagne, nous avons géré le rationnel de main de maître, et nous nous sommes perdus dans l’irrationnel, qui, comme chacun sait, l’emporte souvent.  » (…) il semble bien que le soutien de François Bayrou ait coûté plus de voix à Alain Juppé qu’il ne lui en a rapporté.  » Beaucoup d’électeurs de droite y ont finalement trouvé une raison de voter pour quelqu’un d’autre, en l’occurrence François Fillon « , juge Gilles Boyer. Il faut dire que depuis qu’il a choisi de voter François Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle de 2012, le président du Modem est honni par toute une partie de la droite. Ironie de l’histoire? Alain Juppé n’a jamais sollicité le soutien de François Bayrou.  » Il l’a annoncé et réitéré sans que nous le lui demandions et sans que lui ne nous demande rien « , rappelle Gilles Boyer. Rétrospectivement, l’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé se demande même s’il ne s’est pas auto-persuadé de l’avantage que représentait le soutien de François Bayrou,  » contraint  » par son ralliement surprise. (…) l’erreur de départ d’Alain Juppé: croire que la primaire se jouera entre lui et Nicolas Sarkozy.  » Toute notre stratégie était basée sur un affrontement avec Nicolas Sarkozy qui n’a pas eu lieu. Toute notre énergie était concentrée sur lui, comme la sienne l’était sur nous. Nous avons joué le second tour avant le premier « , regrette Gilles Boyer. Le directeur de campagne le sait lui-même: à partir du moment où un autre homme sort du chapeau, l’élection est perdue. Tout le malheur des juppéistes, c’est que l’hypothèse d’un troisième homme n’est apparue que dans les derniers jours de la campagne. Longtemps Bruno Le Maire et François Fillon se sont muselés derrière les deux grands favoris. Ce n’est que dans la dernière ligne droite que le vote en faveur de Bruno Le Maire s’est effondré au profit d’un François Fillon porté par ses bonnes prestations lors des débats télévisés. Au lieu de voir venir la menace – et taper sur François Fillon – Alain Juppé et Nicolas Sarkozy continuent leur corps à corps  » tels deux espions qui s’affrontent au bord d’un ravin dans un film de série B et qui s’y entraînent mutuellement, pendant que le troisième, bénéficiant de l’inattention générale, s’empare du microfilm qui contient les plans secrets de l’arme fatale « .  Challenges
A group of environmental activists pulled off a daring act of defiance. The Washington Post
A group of environmental activists pulled off an elaborate act of vandalism at one of President Trump’s premier golf courses early Sunday morning.” (…) Editor’s note: The beginning of this story was changed to more accurately reflect the nature of the actions taken by a protest group against the Trump golf course in Rancho Palos Verdes, Calif. The Washington Post
That new optimism is palpable on social media. As with many social media phenomena, it is hard to pin down who started what, when. Some members of Jusos Mannheim are active in the subreddit forum, point to Zeller. But it is clear that the hype was not planned by SPD headquarters. Yet Zeller underlined the significance of the light-hearted chatter online. « That is important because in social networks, simple, populist statements penetrate very quickly while the other complicated, correct answers to problems don’t travel so well. France 24
L’avènement de Geert Wilders est en partie provoqué par l’érosion des partis traditionnels qui peinent à convaincre et ont perdu une grande partie de leur électorat. De 1994 à 2002, la « coalition violette » est au pouvoir. Elle rassemble le Parti du travail (PvdA, social-démocrate), le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, libéral) et les Démocrates 66 (D’66, social-libéral). A partir de 2002, c’est l’hécatombe : la coalition perd la moitié de son électorat. Les conservateurs du parti chrétien-démocrate (CDA) deviennent la première formation du pays. Et surtout, pour la première fois, un parti islamophobe et anti-immigration fait son entrée fracassante au parlement : la « liste Pim Fortuyn » remporte vingt-trois sièges. Assassiné neuf jours avant ces élections législatives qui ont fait de sa « liste » la deuxième force politique du pays, Pim Fortuyn a posé les bases des revendications du parti de la Liberté. Il est le précurseur de Geert Wilders et du PVV qui ont occupé au fil des années de plus en plus de place dans la vie politique néerlandaise. Avec le meurtre de Fortuyn, la question de la place de l’islam s’est retrouvée projetée au cœur des préoccupations de la société néerlandaise. Un autre événement a profondément marqué les esprits : l’assassinat en 2004, par un islamiste, de Theo van Gogh, réalisateur d’un virulent pamphlet anti- islam. (…) Les voix sont aujourd’hui très dispersées. Le professeur Markus Wilp nous l’explique : « à l’heure actuelle se dessine un duel entre le parti libéral VVD et le PVV populiste de Geert Wilders. Ils ont les cotes de sondage les plus hautes, mais ne dépassent pour le moment pas les 16%. Ils sont tous les deux talonnés par cinq partis ayant chacun 8 à 11% d’intentions de vote ». (…) En cas de victoire, le parti de Geert Wilders ne lui donnera pas forcément les clés du gouvernement. Il pourrait même ne pas y figurer. Pourquoi ? Parce qu’au jeu des coalitions, le PVV aura bien du mal à convaincre les autres partis qui pourraient arriver en tête. (…) Le triomphe de Trump aux Etats-Unis, le Brexit voté au Royaume-Uni : les élections législatives néerlandaises vont-elles suivre le même chemin et faire gagner une nouvelle fois le populisme ? Une chose est certaine, selon le professeur Wilp : ce scrutin va « être observé avec beaucoup d’attention par de nombreux pays qui se demandent si la tendance au populisme va se confirmer ». Car le Parti pour la liberté de Geert Wilders est, selon les derniers sondages, sur le point de devenir le premier parti du pays : les conséquences d’une telle victoire pour « l’Union européenne intéressent forcément les autres pays ». Arte
Pernille Vermund, leader of the Danish far-right party “the New Conservatives” (…) Like Geert Wilders in The Netherlands and Marine Le Pen in France, (…) objects to « establishment politics. » She levels harsh criticism at her political rivals for being « too soft » on immigration and for doing « too much talking. » Vermund’s anti-Islam sentiments and the rhetoric she uses to illustrate the gap between « the people » and « the elites » resonate with Danish voters. They commend her for her « straight talk » and ability to « get things done. » The similarities with Donald Trump are striking. Her party polled at 4.8 percent in late February – impressive for one founded less than two years ago. Similar to her European peers, Vermund’s party refrains from the homophobia, anti-Semitism and religious conservatism expressed by traditional far-right groups, claiming instead to defend liberal values against a new enemy: Islam. Appeals to individual freedoms, calls for Denmark to leave the EU and ultra-liberal economic policies draw in voters who traditionally would have avoided fringe groups such as Vermund’s party. This helps to explain how seven out of 10 of her potential voters are not only male, white and middle-aged, but also reasonably wealthy and in possession of a university degree. Like Wilders, who is expected make substantial gains in the upcoming general elections in the Netherlands, Vermund’s chances of leading the country any time soon are very slim. This is due in part to the system of proportional representation and Denmark’s tendency to form minority coalition governments, but it does not mean that she cannot still gain significant influence. (…)  The home of « hygge », the Danish word for a feeling of cosiness, Denmark has in recent years introduced legislation and initiatives labelled as draconian by both national and international media. This includes most notably the passing of a law in 2016 that permits authorities to confiscate the personal possessions of asylum-seekers, and the government taking out advertisements in a Lebanese newspaper to dissuade refugees from coming to Denmark. More recently, the Danish parliament issued a non-binding statement in February, which suggested that to be considered “Danish”, both of your parents must be Western. Euobserver
Le candidat «en marche» ne promet pourtant rien moins que «la révolution» et la «réconciliation de l’ambition avec le réel». Beau programme. Comment? On verra plus tard. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un? Dans les faits, ce renouveau tonitruant de la social-démocratie par une fusion assumée avec la logique libérale dans tous les domaines assume l’ubérisation de la société et des individus, donc la précarité comme horizon et la stupidité de clivages manichéens entre «ouverture» et «fermeture», entre «progressistes» et «conservateurs», c’est-à-dire en fait entre ceux qui acceptent leur disparition dans un sans-frontièrisme enfiévré et une totale soumission à la dérégulation financière, et ceux qui ne s’y résolvent point. Sans même jouer à se faire peur en imaginant un instant ce que pourrait donner un tel président sur la scène internationale face à des figures telles que D. Trump, V. Poutine ou encore Xi Jing Ping, comment ignorer que sa popularité démontre la gravité de la crise du politique en France. Nos concitoyens sont si désorientés, si dégoûtés qu’ils paraissent prêts à toutes les aventures, même si nombreux sont encore ceux qui sentent combien le choix de mai prochain signera soit l’amorce de notre relèvement collectif, soit l’engloutissement progressif des derniers anticorps sociétaux et culturels protégeant encore notre corps national de l’implosion. Il faut en outre s’inquiéter que cette offensive destructrice trouve un allié inattendu mais de poids dans une partie des «élites» économiques de notre pays. Celles-ci tombent dans le piège évangélisateur macronien avec une déconcertante naïveté, confondant agitation jeuniste et progrès sociétal, se croyant «dans le vent» alors qu’elles risquent de creuser dangereusement les fractures nationales par un vote irresponsable. Il existe en effet, chez une partie de la couche supérieure de la bourgeoisie française, qui travaille beaucoup, contribue énormément, prend des risques et vit bien mais sans opulence, une volonté de s’identifier aux très grands entrepreneurs, notamment ceux du numérique qui prétendent repousser les frontières de la modernité et modeler le futur humain. Ces «e stars» sont leurs héros, qui effectivement vivent eux dans une couche sociale marquée par la fluidité, l’effacement des frontières physiques, financières et politiques et n’ont que mépris pour les États qui gênent leurs ambitions… ou s’y prêtent trop servilement. La couche immédiatement inférieure de cette élite veut croire à ces figures de proue et se figure qu’un Emmanuel Macron peut les en rapprocher. Tout à cette identification valorisante, ces patrons ne voient même plus l’imposture politique colossale que le leader d’En Marche! personnifie et qui devrait suffire à dégonfler sa baudruche, même si l’actuelle transhumance empressée des pachydermes socialistes qui le rallient toute honte bue est déjà à elle seule une terrifiante démonstration. Cette classe moyenne très supérieure ne veut pas voir le gouffre qui la séparera toujours de ses richissimes «modèles 3.0». Emmanuel Macron prétend incarner une modernité radieuse et généreuse alors qu’il est le rejeton tardif prétendument «émancipé» d’une génération politique qui n’a fait que se déconnecter d’avec le monde réel et mentir éhontément à son électorat initial, y compris sur le thème de la souveraineté nationale ou du patriotisme économique. Car il faut enfin évoquer d’autres gravissimes renoncements qui traduisent chez ce courant macroniste une idéologie tenant la défense de nos intérêts nationaux pour inutile voire nocive. Comment oublier en effet que notre «show man», alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, a été l’un des principaux (p)artisans de la grande braderie des intérêts industriels français lors de la cession de la partie la plus rentable et surtout la plus stratégique du groupe Alstom – sa branche énergie – en décembre 2014 à General Electric, au terme d’une opération américaine de ciblage et de déstabilisation que l’Élysée a non seulement laissé faire mais finalement accélérée? A cet égard, l’excellent rapport (ouvert) du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement) de décembre 2014 mérite une lecture attentive. Âmes patriotes s’abstenir. Ces gouvernants, par naïveté ou dogmatisme occidentaliste, veulent ignorer la violence de la guerre économique entre nations, y compris alliées, peut-être parce qu’ils ne croient plus à celles-ci et sont incapables de prendre la mesure des enjeux – en l’espèce la lutte à mort pour la domination du marché mondial de l’énergie. Après Alstom, et peut-être demain Technip, c’est aujourd’hui Airbus qui semble de plus en plus échapper à la France qui en a été pourtant à l’origine, au profit de l’Allemagne et derrière elle, des États-Unis et de la Grande Bretagne. (…) Ce ne sont que deux exemples parmi bien d’autres, mais ne nous y trompons pas: avec un Emmanuel Macron au pouvoir, c’est une idéologie golbalisée qui risque de triompher définitivement. La France finira par devenir elle aussi «une forme vide», un village Potemkine-musée pour touristes aventureux et pour des Français que l’on gavera de blabla sur le «patriotisme économique» tout en défaisant tout ce qui a construit et manifeste encore notre puissance et notre influence. La pâte à modeler des populations et des territoires se substituera alors définitivement aux socles résilients du peuple et de la nation. «C’est le progrès, c’est l’avenir! Ayez confiance!» nous dira le jeune président. Si la boue actuelle échoue à recouvrir totalement la campagne et à la neutraliser jusqu’au vote, il y a fort à parier que l’élection de notre prochain président ne se fera pas (ou peu) sur des enjeux économiques directs (chômage, croissance, impôts,). Les électeurs croient de moins en moins aux promesses politiciennes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Qu’on leur promette de l’argent sans effort ou des réformes sérieuses, ils semblent avoir une foi limitée dans la capacité de leurs représentants à agir en conséquence, ou dans celle d’un président à tenir avec autorité les remuants attelages gouvernementaux. Le choix sera vraiment celui d’une stature présidentielle, d’un homme capable de tenir bon sur des enjeux culturels et régaliens. Le premier d’entre eux, n’en déplaise aux prophètes enfiévrés du multiculturalisme hors sol, c’est celui de l’identité culturelle actuelle et souhaitable de la France, relevant de ce que l’on pourrait appeler le socle charnel, immatériel mais bien concret, de la Nation, ce qui fait que l’on «fait corps» collectif viable, et que l’on peut persister dans l’être et se différencier comme ensemble historique, culturel, politique et social par rapport aux autres acteurs étatiques. Ce sont donc les questions de la cohérence du projet de redressement et de la vision pour notre pays à horizon de 10 ans qui sont premières. Tout le reste en découle. Dans ce cadre, la question de ce que la France doit assumer et conserver de ses racines chrétiennes comme pôle référentiel implicite et structurant de toute notre réalité collective est centrale, et celle de la défense de notre souveraineté, celle enfin de l’indépendance et de notre projection comme État et comme puissance dans le monde sont cardinales. Cela peut paraître stratosphérique à certains mais nos concitoyens eux, font le lien entre l’immédiat et le lointain, entre le local et le global, entre le quotidien et l’horizon. Ils ont besoin de se sentir partie d’un tout plus grand qu’eux et sentent que l’efficacité sociale n’est possible que dans le cadre d’un projet national ambitieux. Peut-être leurs enfants n’auront-ils plus cette exigence et il faut s’en inquiéter, mais le socle actuel tient encore et la perception des menaces diverses est vive. Enfin la question sécuritaire au sens le plus large sera centrale: la place, la solidité, la capacité de défense et de contre-attaque de notre pays n’est pas un sujet réservé aux géostratèges. Cela concerne chacun d’entre nous. Pour l’heure, tout a été démoli avec une ahurissante désinvolture, un dogmatisme et une toute aussi grande morgue. Au terme de ce quinquennat dramatique, nous ne sommes plus écoutés ni attendus, encore moins espérés dans le monde. On nous voit comme des naïfs et des opportunistes. Beau bilan! Tout est donc à rebâtir et c’est impossible sans une idée claire et assumée de ce qui nous constitue, de ce qui doit être préservé et de ce qui fait la singularité française. Cela ne se passera pas comme ça. Nous avons le choix. Pas seulement entre Charybde et Scylla. Catherine Galactéros
TRUMP a bien compris qu’une campagne électorale se gagnait sur le front du buzz. A ce chapitre, nos indicateurs de mesure montrent que TRUMP (53,5%) à  est en avance sur CLINTON (46,5%). Avantage TRUMP, notamment sur les réseaux sociaux qui relaient abondamment toutes ses déclarations et chacun de ses débordements. Les deux candidats sont très vivement dénigrés sur le Web et les réseaux sociaux. CLINTON sort toutefois gagnante, remportant 29% d’avis favorables contre 21% seulement pour TRUMP. En bref, TRUMP remporte la bataille du quantitatif (BUZZ) mais perd celle du qualitatif (SENTIMENTALITÉ). Alors, les jeux sont-ils faits comme semble le mentionner la majorité des analystes ? Rien n’est moins sûr. De nouvelles révélations et la chasse aux soutiens politiques et d’Hollywood pourront encore attiser le buzz, influer sur l’opinion publique et faire bouger les lignes. Véronique Queffélec (Filteris, 10.10.2016)
Que disent le Web et les réseaux sociaux en regard du potentiel de victoire des 10 candidats actuellement déclarés pour la présidentielle ? Sur le Web et les réseaux sociaux, l’image des candidats a considérablement fluctué ces deux dernières semaines en raison des péripéties statistiques et des joutes électorales liées à la primaire de la gauche mais aussi à l’affaire « Pénélope Fillon ». Selon la société Filteris EuroMediations, l’analyse des perceptions et des valeurs qui sont associées à chacun des dix candidats déclarés aujourd’hui indique que François Fillon, reprend la pôle position avec 23,68%, suivi à 3 points par Emmanuel Macron (20,60).  Marine Le Pen (19,22%), au contraire de ce que disent les derniers sondages « traditionnels », stratégiquement assez effacée durant les deux primaires, se tient en embuscade. Il y a fort à parier qu’elle lancera sous peu une offensive pour ne pas se laisser trop distancer. D’autant que son ennemi le plus avéré, Jean-Luc Mélenchon (14,97%), bat campagne de manière disruptive et cadencée sur les médias sociaux et notamment sur Youtube.  Benoit Hamon qui le suit de très près avec 14,55% saura-t-il créer un buzz suffisant pour galvaniser un électorat socialiste plongé dans l’incertitude et courtisé par Emmanuel Macron ? Cette course à l’Élysée, dont les primaires n’auront finalement été qu’un simple échauffement, s’annonce palpitante en termes d’analyse du Big Data sachant que la victoire n’est encore assurée pour personne. La spécificité de la méthodologie exploitée par Filteris EuroMediations réside dans le fait de ne pas constituer d’échantillons, de ne pas poser de questions qui orientent les réponses, de ne pas opérer de redressements hasardeux auxquels les sondeurs doivent inévitablement se plier. Au contraire, la méthodologie de Filteris Euromediations permet de capter et d’analyser les opinions publiques et d’en dégager des tendances certaines à court, moyen et long termes. Entreprendre (30.01.2017)
Une autre étude est régulièrement citée sur Twitter pour conforter l’idée que les instituts de sondage sous-estimeraient le candidat Mélenchon (ce qui est bien évidemment possible) : une étude non-conventionnelle basée sur une «une expertise scientifique développée à l’université Laval de Québec» situerait Mélenchon à 18% (quand François Fillon serait à 22,85% et Marine Le Pen à 20,88%). Attribuée à Filteris (entreprise spécialisée en « web-réputation) et Euromediation (cabinet de conseil), l’étude est «basée sur des calculs différents de ceux qu’utilisent habituellement les sondeurs» explique le site du magazine Entreprendre, l’un des rares médias français à relayer l’étude. Filteris et Euromediation se targuent de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement. Ils préfèrent utiliser «les outils (moteur de recherche et algorithmes d’analyse)» pour «prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de « sentimentalité » rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats». Une méthode encore plus opaque que celle des sondages (on ne sait ici absolument rien de la méthode utilisée, si ce n’est une «mesure du buzz»), brandie donc par les mêmes qui dénoncent le flou qui entoure les instituts de sondage. Concernant les prédictions de Filteris et Euromediation, s’ils se targuent d’avoir tablé sur une victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, ils ont sous-estimé son score de moitié, et prédisait que son adversaire du second tour serait… Nicolas Sarkozy. On peut également s’étonner que leur méthode donnait Jean-Frédéric Poisson à 11,4% (alors qu’il n’a finalement obtenu que 1.4% des suffrages). Mais comme ils l’écrivaient juste avant le premier tour de la primaire de la droite, dans une fulgurance de lucidité que tous les instituts de sondage pourraient reprendre à leur compte : «Force est d’admettre qu’aucun analyste ne peut véritablement savoir qui se déplacera pour aller voter demain. LE SUSPENSE EST DONC À SON COMBLE.» Libération
Contacté par L’Express, le président-fondateur de la société canadienne, Jérôme Coutard, tient à souligner que son entreprise est « totalement apolitique » et n’a « aucun contact avec Les Républicains, ni un autre parti ». D’ailleurs, les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré une belle promotion aux analyses de Filteris, début février, rappelle Libération, lorsqu’il était annoncé à 18% au premier tour par l’entreprise. « Et on a eu le contraire avec des soutiens du PS, mécontent de nos mesures », précise le PDG.  « Notre métier n’est pas de suivre la politique, ajoute Jérôme Coutard. On ne gagne pas d’argent avec ces mesures ». En clair? La présidentielle est un excellent tremplin publicitaire, l’occasion de montrer à ses clients que ses mesures « sont fiables ».  Et justement, comment fonctionnent-elles, ces mesures? Sur son site, Filteris se targue de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement propre aux sondeurs mais « les moteurs de recherche et les algorithmes d’analyse pour prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de ‘sentimentalité’ rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats ».  Interrogé sur ces termes flous, Jérôme Coutard, prévient qu’il compte préserver « le secret industriel » et qu’il y a « beaucoup de détails qu’il ne donnera pas ». Mais il accepte d’expliquer ce qu’il appelle le ‘buzz’. « Nous analysons le ‘poids numérique’, c’est-à-dire l’ensemble des traces numériques qui sont associés au sujet de notre analyse: un article paru sur un site de presse, le nombre de commentaires dans celui-ci, ceux sur les réseaux sociaux, (TwitterFacebook), le nombre de mentions, de hashtag, mais aussi l’engagement, etc. », énumère-t-il.  Quant à « ce que l’on vulgarise par ‘la sentimentalité’, poursuit le PDG, c’est l’ensemble des avis, des opinions et des commentaires positifs ou négatifs, que nous utilisons dans des cartes axiologiques, avec des valeurs positives et négatives associées au candidat ». L’ensemble a permis à Filteris de détecter lors de la présidentielle américaine, « que le poids numérique était à l’avantage de Trump » et que « la sentimentalité associée était à 79% négative ». Bref, que tout le monde parlait -mal- de l’actuel président américain. Paradoxal compte tenu de sa victoire? « Pas forcément, botte Jérôme Coutard, vous connaissez la phrase de Léon Zitrone, Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ».  L’institut de mesures a aussi réussi à prévoir la qualification de François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, contrairement aux sondeurs traditionnels. Filteris s’en est félicité dans un communiqué de presse publié sur Facebook, dans lequel l’entreprise affirme que « les sondages classiques sont désormais déclassés par l’analyse big data ».  Mais, comme les instituts de sondages traditionnels, Filteris n’est pas exempt d’erreurs. D’abord, l’institut a bien prédit la victoire de Fillon au premier tour, mais il l’a sous-estimé de moitié et prédisait que son adversaire serait Nicolas Sarkozy. Ils donnaient également Jean-Frédéric Poisson à 11,4% des voix (1,45% en réalité) et Jean-François Copé à 8,8% (au lieu de 0,30%). La société canadienne s’est aussi lourdement trompée sur la primaire de la gauche, annonçant Manuel Valls premier avec 40,28% des voix (31,9% en réalité) suivi par Arnaud Montebourg à 23,91%, alors que Benoît Hamon s’est imposé avec 36,51% des voix.  Interrogé sur Facebook, Filteris assure que « les dernières mesures effectuées (qui n’avaient pas été publiées) montraient un duo de tête Valls-Hamon avec une forte tendance haussière pour ce dernier ». Un autre problème, lié à la méthode, peut également être soulevé. Qualifier le caractère positif ou négatif de millions de messages publiés sur Internet est une tâche sinon impossible, titanesque, expliquait à L’Express l’agence de modération Netino, interrogée en 2015. L’ironie, par exemple, peut être trompeuse pour les algorithmes, même si des recherches existent sur le sujet. Et comme Filteris ne communique -logiquement- pas les détails de sa méthode, il est délicat de la juger.  Si les instituts de sondages sont loin d’être parfaits, difficile de ne pas noter le paradoxe des fillonistes et mélenchonistes qui saluent les résultats de Filteris, fondés sur une méthode secrète, et qui dénoncent les sondages « classiques ». D’autant que si Jérôme Coutard se vante de « mieux capter les signaux faibles », il avoue que « grosso modo, une à deux semaines avant une élection, on arrive à être au même diapason avec les sondages traditionnels ». L’Express
Selon un sondage Opinionway publié ce mardi, l’écart se resserre entre François Fillon et Emmanuel Macron qui perd un point. Marine Le Pen caracole en tête, toujours. Selon un sondage Opinionway publié ce mardi pour Les Echos, Orpi et Radio Classique, François Fillon et Emmanuel Macron se disputent la deuxième place, loin derrière la présidente du Front national qui cumule 27% d’intentions de vote. Emmanuel Macron perd un point et se positionne à 24% d’intentions de vote face à un François Fillon crédité de 20%, un résultat stable malgré les différentes révélations de cette semaine. Benoît Hamon, quant à lui, poursuit sa chute et perd deux points en une semaine, avec 14% d’intentions de vote. Valeurs actuelles
Selon la société Filteris, le candidat Les Républicains serait qualifié, si le premier tour avait lieu aujourd’hui, en première position ! Filteris a gagné ses galons dans le milieu des projections électorales en prévoyant notamment l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit, contre l’avis de tous les instituts de sondage traditionnels. Mais la société canadienne avait aussi prédit la victoire éclatante d’un certain François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Suffisant pour accorder de la crédibilité aux chiffres diffusés ce lundi par l’entreprise, qui précise avec précaution qu’il ne s’agit pas de sondages mais d’analyse de données. Avec 24,27% des voix, l’ancien Premier ministre devancerait la candidate du Front national Marine Le Pen, à 23,54%. Emmanuel Macron n’est qu’en troisième position, 3 points derrière François Fillon… Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan suivent dans cet ordre. Valeurs actuelles
Attention: une surprise pourrait en cacher une autre !
Brexit, Trump, Pays-Bas, Danemark, Allemagne …
Alors que tous les signes s’accumulent…
Pour ceux qui ont encore des yeux pour voir et des oreilles pour entendre …
Et que devant une résistance prétendument « progressiste » à l’Administration Trump …
Qui en est réduite à vandaliser des terrains de golf …
Nos médias en sont encore eux-mêmes à louer l’audace de l’espoir …
Comment ne pas voir …
Avec, aussi artisanales qu’elles puissent encore apparaitre, les analyses quantitatives de l’entreprise d’analyse de réputation numérique canadienne Filteris
Et contre le véritable complot de nos médias et de nos juges
Jusqu’à, oubliant comme par hasard les robes de luxe de Madame, ses pantalons !
Comme, se dégonflant à la mesure de ses ralliements à gauche, la baudruche du poisson-pilote de François Hollande …
La probable et nouvelle surprise…
Après celle de la primaire de la droite et du centre …
De la victoire du vrai changement …
En la personne de François Fillon en mai prochain ?
Valeurs actuelles

13 mars 2017

Analyse Big Data. La société Filteris, qui avait déjà prédit la victoire de Trump ou le Brexit, place François Fillon en tête au premier tour de l’élection présidentielle.

François Fillon pourrait-il faire mieux que se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle ? Selon la société Filteris, le candidat Les Républicains serait qualifié, si le premier tour avait lieu aujourd’hui, en première position ! Filteris a gagné ses galons dans le milieu des projections électorales en prévoyant notamment l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit, contre l’avis de tous les instituts de sondage traditionnels. Mais la société canadienne avait aussi prédit la victoire éclatante d’un certain François Fillon à la primaire de la droite et du centre.

Fillon trois points devant Macron

Suffisant pour accorder de la crédibilité aux chiffres diffusés ce lundi par l’entreprise, qui précise avec précaution qu’il ne s’agit pas de sondages mais d’analyse de données. Avec 24,27% des voix, l’ancien Premier ministre devancerait la candidate du Front national Marine Le Pen, à 23,54%. Emmanuel Macron n’est qu’en troisième position, 3 points derrière François Fillon… Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan suivent dans cet ordre.

Voir aussi:
Valeurs actuelles

14 mars 2017

Big Data. Selon la société canadienne Filteris, spécialiste des analyses de données, François Fillon arriverait en tête au premier tour de l’élection présidentielle, une courte tête devant Marine Le Pen et plus de deux points devant Emmanuel Macron.

Filteris, la société canadienne qui avait prédit le Brexit et l’élection de Donald Trump, donne des résultats différents des instituts de sondage pour le premier tour de l’élection présidentielle. Si ses méthodes sont contestées par certains, parce que non “scientifiques”, elles ont en tout cas déjà fait leurs preuves, pour les deux rendez-vous électoraux cités, mais aussi pour la primaire de la droite, puisque la société avait prédit longtemps en avance la large victoire de François Fillon. Aujourd’hui, Filteris prédit l’arrivée du candidat LR en tête au premier tour de la prochaine élection présidentielle, avec 24,13% des voix. Il devance la candidate du Front national, Marine Le Pen, qui le suit de très près avec 23,86% des suffrages, ainsi qu’Emmanuel Macron, devancé un peu plus largement (21,98%).

Voir également:

Filteris, la société canadienne d’opinion préférée des fillonistes

Les instituts de sondages sous-estimeraient François Fillon, selon ses partisans, qui préfèrent relayer les analyses de l’entreprise Filteris, qui assure avoir « déclassé » les instituts de sondages traditionnels avec une méthode basée sur « l’analyse du buzz ».

L’Express

09 mars 2017

François Fillon était censé remporter l’élection présidentielle haut la main. Et puis il y a eu l’affaire Pénélopela mise en examen, les défections dans son propre camp et la dégringolade dans les sondages. Le candidat Les Républicains (LR), pourtant, décide de se maintenir jusqu’au bout. « La base, elle, tient », jure-t-il. Les instituts de sondage indiquent le contraire. D’une confortable première place, il est tombé à la troisième.

Ses plus fidèles soutiens ont donc cherché les bonnes nouvelles où ils peuvent. Ils en ont trouvées avec les analyses de Filteris, une entreprise privée canadienne spécialisée en « web-réputation » et d’Euromediation -un cabinet de conseil- qui placent Fillon au second tour dans toutes leurs mesures publiées depuis le 23 février dernier. « Nous avons des sondages (sic) qui sont faits avec ce qu’on appelle le big data et qui placent François Fillon en numéro 2 », se réjouissait Bruno Retailleau sur RMC mercredi 7 mars.

Sur Twitter, les soutiens du candidat de droite ont également relayé cette étude. « L’analyse Filteris démontre la résistance de Fillon auprès des Français », s’est félicité la députée LR Valérie Boyer. « François Fillon reste largement dans la course », l’a imitée Patrick Hetzel, également député LR.

« L’analyse la plus fiable de l’opinion »

Forcément, chez Les Républicains, on ne se prive pas de mettre en avant une étude si favorable, quitte à distordre un peu la réalité. En charge de la campagne digitale de François Fillon, Gautier Guignard, a jugé que les mesures Filteris sont les « plus fiable de l’opinion ». « Filteris avait prédit la victoire de Fillon à la primaire, et le place devant Macron au premier tour », titrait pour sa part lundi 6 mars l’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles.

Contacté par L’Express, le président-fondateur de la société canadienne, Jérôme Coutard, tient à souligner que son entreprise est « totalement apolitique » et n’a « aucun contact avec Les Républicains, ni un autre parti ». D’ailleurs, les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré une belle promotion aux analyses de Filteris, début février, rappelle Libération, lorsqu’il était annoncé à 18% au premier tour par l’entreprise. « Et on a eu le contraire avec des soutiens du PS, mécontent de nos mesures », précise le PDG.

« Notre métier n’est pas de suivre la politique, ajoute Jérôme Coutard. On ne gagne pas d’argent avec ces mesures ». En clair? La présidentielle est un excellent tremplin publicitaire, l’occasion de montrer à ses clients que ses mesures « sont fiables ».

« La méthode? Un secret industriel »

Et justement, comment fonctionnent-elles, ces mesures? Sur son site, Filteris se targue de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement propre aux sondeurs mais « les moteurs de recherche et les algorithmes d’analyse pour prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de ‘sentimentalité’ rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats ».

Interrogé sur ces termes flous, Jérôme Coutard, prévient qu’il compte préserver « le secret industriel » et qu’il y a « beaucoup de détails qu’il ne donnera pas ». Mais il accepte d’expliquer ce qu’il appelle le ‘buzz’. « Nous analysons le ‘poids numérique’, c’est-à-dire l’ensemble des traces numériques qui sont associés au sujet de notre analyse: un article paru sur un site de presse, le nombre de commentaires dans celui-ci, ceux sur les réseaux sociaux, (TwitterFacebook), le nombre de mentions, de hashtag, mais aussi l’engagement, etc. », énumère-t-il.

Quant à « ce que l’on vulgarise par ‘la sentimentalité’, poursuit le PDG, c’est l’ensemble des avis, des opinions et des commentaires positifs ou négatifs, que nous utilisons dans des cartes axiologiques, avec des valeurs positives et négatives associées au candidat ».

Fillon annoncé gagnant à la primaire de droite, oui mais

L’ensemble a permis à Filteris de détecter lors de la présidentielle américaine, « que le poids numérique était à l’avantage de Trump » et que « la sentimentalité associée était à 79% négative ». Bref, que tout le monde parlait -mal- de l’actuel président américain. Paradoxal compte tenu de sa victoire? « Pas forcément, botte Jérôme Coutard, vous connaissez la phrase de Léon Zitrone, Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ».

L’institut de mesures a aussi réussi à prévoir la qualification de François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, contrairement aux sondeurs traditionnels. Filteris s’en est félicité dans un communiqué de presse publié sur Facebook, dans lequel l’entreprise affirme que « les sondages classiques sont désormais déclassés par l’analyse big data ».

Mais, comme les instituts de sondages traditionnels, Filteris n’est pas exempt d’erreurs. D’abord, l’institut a bien prédit la victoire de Fillon au premier tour, mais il l’a sous-estimé de moitié et prédisait que son adversaire serait Nicolas Sarkozy. Ils donnaient également Jean-Frédéric Poisson à 11,4% des voix (1,45% en réalité) et Jean-François Copé à 8,8% (au lieu de 0,30%).

La société canadienne s’est aussi lourdement trompée sur la primaire de la gauche, annonçant Manuel Valls premier avec 40,28% des voix (31,9% en réalité) suivi par Arnaud Montebourg à 23,91%, alors que Benoît Hamon s’est imposé avec 36,51% des voix.

Interrogé sur Facebook, Filteris assure que « les dernières mesures effectuées (qui n’avaient pas été publiées) montraient un duo de tête Valls-Hamon avec une forte tendance haussière pour ce dernier ».

Un autre problème, lié à la méthode, peut également être soulevé. Qualifier le caractère positif ou négatif de millions de messages publiés sur Internet est une tâche sinon impossible, titanesque, expliquait à L’Express l’agence de modération Netino, interrogée en 2015. L’ironie, par exemple, peut-être trompeuse pour les algorithmes, même si des recherches existent sur le sujet. Et comme Filteris ne communique -logiquement- pas les détails de sa méthode, il est délicat de la juger.

Si les instituts de sondages sont loin d’être parfaits, difficile de ne pas noter le paradoxe des fillonistes et mélenchonistes qui saluent les résultats de Filteris, fondés sur une méthode secrète, et qui dénoncent les sondages « classiques ». D’autant que si Jérôme Coutard se vante de « mieux capter les signaux faibles », il avoue que « grosso modo, une à deux semaines avant une élection, on arrive à être au même diapason avec les sondages traditionnels ».

Voir encore:

Présidentielle 2017

Primaire de la droite: les 5 erreurs de la campagne de Juppé selon Gilles Boyer

Jusqu’au 27 novembre 2016, Gilles Boyer était directeur de campagne d’Alain Juppé. Dans « Rase campagne », publié ce 22 février, il tente de comprendre comment une victoire annoncée s’est transformée en lourde défaite.

Comment Alain Juppé a-t-il pu perdre une campagne dont il était le grand favori depuis un an et demi? Cette question hante  » Rase campagne « , le livre du conseiller d’Alain Juppé, Gilles Boyer, publié mercredi 22 février chez JCLattès. Sans prétendre connaître tous les ressorts du vote des électeurs de droite, l’ancien directeur de campagne du maire de Bordeaux formule plusieurs hypothèses pour analyser cette défaite surprise: forte volatilité de l’électorat,  » fake news « , mauvais relais médiatiques, excès de confiance… Il dresse aussi un constat: rien ne préparait l’ancien Premier ministre à affronter un autre candidat que Nicolas Sarkozy au second tour – ni les sondages, ni l’attitude de ses concurrents. Challenges a choisi de retenir pour vous 5 explications avancées par l’ancien conseiller.

1. Juppé trop haut, trop tôt

C’est l’un des principaux arguments développés par Gilles Boyer: Alain Juppé a perdu parce qu’il était donné gagnant d’avance. En tête de tous les sondages d’opinion, de sa déclaration de candidature à l’été 2014 au premier tour de la primaire en novembre 2016, le maire de Bordeaux ne pouvait voir venir la vague Fillon.  » Jusque très tard, les éléments dont nous disposions étaient objectivement très encourageants « , se rappelle le conseiller pour qui la durée de la campagne a joué contre les ambitions de l’ancien Premier ministre.  » C’est long deux ans, tellement long que l’électorat d’Alain Juppé a cherché une alternative à Alain Juppé aussi  »

Dans le camp du candidat, certains tirent pourtant la sonnette d’alarme très tôt, comme cette connaissance de Gilles Boyer, rompue aux campagnes électorales, qui s’inquiète:  » Gilles, on a un problème. On est trop haut, trop tôt « . Mais comment réagir?  » Durant ces 800 jours, il ne s’est pas passé une journée sans que quelqu’un ne me rappelle, comme si je l’ignorais, la malédiction du favori. Et durant 780 jours je pensais qu’ils se trompaient « , regrette Gilles Boyer.

2. Les difficultés à déchiffrer la campagne de Fillon

Pendant très longtemps, les juppéistes n’ont pas considéré François Fillon comme une menace. Les soutiens du maire de Bordeaux estiment que l’ancien Premier ministre est trop associé au quinquennat de Nicolas Sarkozy, et que son image est écornée depuis la désastreuse guerre Copé-Fillon de 2013. Il sont en outre persuadés que le député de Paris les soutiendra dans l’entre-deux tours.  » J’ai pensé, et toute la France avec moi, que François Fillon et ses partisans nous rejoindraient au second tour pour battre Nicolas Sarkozy. C’était un allié objectif « , concède Gilles Boyer.

Tout au long de la campagne, l’entourage du maire de Bordeaux a du mal à décrypter les prises de position de l’ancien Premier ministre. Une première fois lorsque François Fillon attaque très durement Nicolas Sarkozy, fin août 2016, avec sa phrase désormais célèbre  » Imagine-t-on le Général de Gaulle mis en examen? « .  » Sur le moment, j’ai cru que François Fillon commettait une erreur: nos électeurs n’aiment pas les attaques personnelles « , se souvient Boyer. Une seconde fois à l’occasion de l’accord noué par François Fillon avec Sens commun, la branche politique de la Manif pour Tous:  » J’ai sous-estimé la puissance mobilisatrice de l’électorat catholique, qui s’est forgé une unité à l’occasion du débat sur le mariage pour tous (…) et qui avait fait de François Fillon son candidat « , observe-t-il.

3. Les fausses rumeurs sur « Ali Juppé »

Quelques jours après le premier tour de la primaire, Alain Juppé avait dénoncé les  » attaques franchement dégueulasses  » dont il était la victime sur internet. Sur les réseaux sociaux, le candidat a été la cible d’une véritable campagne de désinformation menée par la fachosphère pendant la primaire. Grimé en  » grand muphti de Bordeaux « , renommé  » Ali Juppé « ,  le maire de Bordeaux a vu ses positions sur la laïcité – l’identité heureuse, le voile à l’université – dévoyés par ses adversaires.

Gilles Boyer raconte comment les premières chaînes de mail ont alerté les équipes du candidat. On y faisait état  » d’un projet de mosquée pharaonique à Bordeaux,  » la plus grande d’Europe « , soi-disant financée sur fonds publics sur décision du maire de la ville « . Le camp Juppé a beau démentir de la manière la plus ferme qui soit, la rumeur reste tenace. Ainsi, lorsque Alain Juppé se rend dans son bureau de vote à Bordeaux, le jour du premier tour, des personnes l’interrogent sur son projet de mosquée. Constat désabusé de Gilles Boyer:  » dans cette campagne, nous avons géré le rationnel de main de maître, et nous nous sommes perdus dans l’irrationnel, qui, comme chacun sait, l’emporte souvent.  »

4. Le soutien de François Bayrou

C’est une explication qui prête à sourire tant les juppéistes ont défendu le maire de Pau. Mais il semble bien que le soutien de François Bayrou ait coûté plus de voix à Alain Juppé qu’il ne lui en a rapporté.  » Beaucoup d’électeurs de droite y ont finalement trouvé une raison de voter pour quelqu’un d’autre, en l’occurrence François Fillon « , juge Gilles Boyer. Il faut dire que depuis qu’il a choisi de voter François Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle de 2012, le président du Modem est honni par toute une partie de la droite. Ironie de l’histoire? Alain Juppé n’a jamais sollicité le soutien de François Bayrou.  » Il l’a annoncé et réitéré sans que nous le lui demandions et sans que lui ne nous demande rien « , rappelle Gilles Boyer. Rétrospectivement, l’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé se demande même s’il ne s’est pas auto-persuadé de l’avantage que représentait le soutien de François Bayrou,  » contraint  » par son ralliement surprise. Le maire de Pau devrait apprécier.

5. Un faux postulat de départ

C’est l’erreur de départ d’Alain Juppé: croire que la primaire se jouera entre lui et Nicolas Sarkozy.  » Toute notre stratégie était basée sur un affrontement avec Nicolas Sarkozy qui n’a pas eu lieu. Toute notre énergie était concentrée sur lui, comme la sienne l’était sur nous. Nous avons joué le second tour avant le premier « , regrette Gilles Boyer. Le directeur de campagne le sait lui-même: à partir du moment où un autre homme sort du chapeau, l’élection est perdue.

Tout le malheur des juppéistes, c’est que l’hypothèse d’un troisième homme n’est apparue que dans les derniers jours de la campagne. Longtemps Bruno Le Maire et François Fillon se sont muselés derrière les deux grands favoris. Ce n’est que dans la dernière ligne droite que le vote en faveur de Bruno Le Maire s’est effondré au profit d’un François Fillon porté par ses bonnes prestations lors des débats télévisés. Au lieu de voir venir la menace – et taper sur François Fillon – Alain Juppé et Nicolas Sarkozy continuent leur corps à corps  » tels deux espions qui s’affrontent au bord d’un ravin dans un film de série B et qui s’y entraînent mutuellement, pendant que le troisième, bénéficiant de l’inattention générale, s’empare du microfilm qui contient les plans secrets de l’arme fatale « .

Voir par ailleurs:

France 24
13 March 2017

BERLIN (AFP) – Matthias Zeller, a 21-year-old Social Democratic activist, caused a stir in Germany when he enthused on national television that his party’s new leader Martin Schulz was a « geile Sau » — which loosely translates as « sexy beast ».

Zeller, who heads the youth wing of SPD’s Mannheim chapter, told AFP that he let slip the informal expression « out of sheer exuberant joy » over Schulz’s decision to lead the party into battle against Chancellor

For him, it also « embodies the enthusiasm of young people, especially in the SPD, for Schulz and the new strength of the party ».

Schulz’s decision to leave the European Parliament, which he headed for five years, and run to lead Germany have, at least in the past few weeks, dramatically turned his party’s fortunes around.

A junior coalition partner of Merkel’s conservative alliance CDU and CSU, the SPD had been languishing in the polls under its former leader Sigmar Gabriel.

But Schulz’s arrival has re-energised support, with opinion surveys recording a 10-percentage point jump and some polls putting it ahead of Merkel’s conservative bloc.

His popularity reaches close to 50 percent, compared to the chancellor’s 38 percent.

The enthusiasm for Schulz, a politician who has spent more than two decades in the mega-bureaucracy of Brussels and Strasbourg, may seem odd at a time when an anti-EU populist wave is sweeping the continent.

But his unique life history — he wanted to be a professional footballer, didn’t finish high school, struggled with alcoholism before opening a bookstore and becoming an autodidact with six languages under his belt — gives him a common touch.

« There has been a sort of change in mood, the SPD feels different because it has a new candidate, » said Christopher Lauer, a former member of the Pirate Party who has defected to the SPD.

That new optimism is palpable on social media.

– ‘Schulz train’ –

An active group of Schulz fans have created and harnessed powerful memes, setting Twitter alight with hashtags like #schulzzug (#schulztrain), #keinebremsen (#nobrakes) or #gottkanzler (#godchancellor).

The theme extends to YouTube, where a video called the Schulzzuglied (Schulz train song) features the lyrics, « The Schulz train is rolling, and it has no brakes, it’s running at full steam to the chancellery. »

The video has been viewed more than 100,000 times.

Such creative output has been shared on online forum subreddit in a thread called The_Schulz, which was started as a parody of The_Donald — a pro-Trump thread.

Some of Schulz’s fans style him as the anti-Trump.

The acronym MEGA, which stands for « Make Europe Great Again », has been plastered on a Schulz poster that mimics the style of Barack Obama’s « Hope » campaign poster.

As with many social media phenomena, it is hard to pin down who started what, when.

Some members of Jusos Mannheim are active in the subreddit forum, point to Zeller.

But it is clear that the hype was not planned by SPD headquarters.

Yet Zeller underlined the significance of the light-hearted chatter online.

« That is important because in social networks, simple, populist statements penetrate very quickly while the other complicated, correct answers to problems don’t travel so well.

« We are transferring our party’s content to our target group — we want politics to be cool, sexy and human-centred, » he said.

– ‘Merkel bus’? –

Schulz himself is gamely joining in the fun.

A day after Zeller’s infamous comment on breakfast television, the SPD boss telephoned the young man.

« It was a big surprise, » said Zeller, whose youth group has also posted an online guide on how to make bags featuring the Schulz MEGA poster.

« He gave me a feeling of confidence and appreciation in the phone call. He gets along very well with young people and can relate to the party rank and file. »

Schulz also left a video message thanking his subreddit fans for their support.

In a recent tweet, he wrote, « 10,000 new members, » complete with a smiley face.

That online engagement contrasts sharply with his opponent Merkel, who is one of few world leaders who does not have her own Twitter account.

But Lauer also noted that, as the incumbent leader, « it is impossible to consider something like a ‘Merkel bus' ».

« If Martin Schulz is elected this year as chancellor, then he would certainly not be able to campaign with a ‘Schulz train’ in 2021 because he would be the incumbent, » said Lauer.

He also cautioned against reading too much into the « Internet bubble ».

While these slogans create buzz, they boil down to little content-wise, he said.

« I think all that can fire up young people, but at the end of the day, young people are interested in what kind of perspectives politics or political parties are offering, » he said.

Schulz also seem to be conscious of that, telling the Bild daily in an interview, « I am not a pop star, but a politician … Ultimately, I want to become chancellor. »

Voir également:

Aux législatives néerlandaises du 15 mars prochain, le candidat d’extrême-droite, Geert Wilders, est donné gagnant par les sondages. Ce dernier dénonce le système, veut sortir de l’Europe, stopper l’immigration et renvoyer tous les étrangers dans leur pays. Comment un tel discours peut-il faire mouche aux Pays-Bas ? Les précédentes législatives en 2012 s’étaient pourtant soldées par la victoire nette du VVD (26,5%) – le parti de centre-droit du premier Ministre Mark Rutte. Comment les Pays-Bas en sont-ils arrivés à un tel revirement de situation ? ARTE Info répond à ces questions avec Markus Wilp, directeur du centre d’études des Pays-Bas à l’université de Munster.

« L’islam ou la liberté : c’est notre unique choix » / Slogan de campagne de Geert WIlders.

Qui est Geert Wilders, figure de proue de l’extrême-droite néerlandaise ?

Le programme en onze points de Geert Wilders est simple, tient sur une page A4 et compte bien piocher des voix autant à droite qu’à gauche. Il veut « désislamiser » les Pays-Bas en fermant les mosquées et en interdisant le Coran. Il affirme son objectif sans détour : « rendre les Pays-Bas  aux Néerlandais » en les débarrassant de « la racaille marocaine ». A côté de cela, il milite fermement pour un Nexit – une sortie des Pays-Bas de l’Union européenne – et compte augmenter les budgets de la défense et de la police. Voilà pour les mesures de droite et d’extrême-droite.

Mais son programme tente aussi séduire l’électorat de gauche : l’âge de la retraite n’augmentera pas, les frais de santé seront supprimés et l’impôt sur le revenu réduit. Pour Markus Wilp, « Geert Wilders parvient à lier habilement des thèmes très à droite tout en insistant sur l’obsession de la gauche néerlandaise : la sauvegarde de l’Etat providence ». Pour financer son programme, Geert WIlders projette de supprimer les aides aux immigrés, mais aussi les financements de « passe-temps de gauche » comme l’aide au développement et les subventions culturelles. Selon le leader du PVV, 17,2 milliards d’euros seraient ainsi économisés pour être réinjectés dans l’Etat providence. C’est « cet équilibre qui semble convaincre une partie des électeurs néerlandais », selon Markus Wild.

Pourquoi l’islamophobie a-t-elle pris une telle place dans la société ?

L’avènement de Geert Wilders est en partie provoqué par l’érosion des partis traditionnels qui peinent à convaincre et ont perdu une grande partie de leur électorat. De 1994 à 2002, la « coalition violette » est au pouvoir. Elle rassemble le Parti du travail (PvdA, social-démocrate), le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, libéral) et les Démocrates 66 (D’66, social-libéral).

A partir de 2002, c’est l’hécatombe : la coalition perd la moitié de son électorat. Les conservateurs du parti chrétien-démocrate (CDA) deviennent la première formation du pays. Et surtout, pour la première fois, un parti islamophobe et anti-immigration fait son entrée fracassante au parlement : la « liste Pim Fortuyn » remporte vingt-trois sièges.

Assassiné neuf jours avant ces élections législatives qui ont fait de sa « liste » la deuxième force politique du pays, Pim Fortuyn a posé les bases des revendications du parti de la Liberté. Il est le précurseur de Geert Wilders et du PVV qui ont occupé au fil des années de plus en plus de place dans la vie politique néerlandaise.

Avec le meurtre de Fortuyn, la question de la place de l’islam s’est retrouvée projetée au cœur des préoccupations de la société néerlandaise. Un autre événement a profondément marqué les esprits : l’assassinat en 2004, par un islamiste, de Theo van Gogh, réalisateur d’un virulent pamphlet anti- islam.

Les manifestations et les actes violents xénophobes se sont alors multipliés. A tel point que la fondation Anne-Frank note dans son rapport de décembre 2004 : « Le problème de l’extrême-droite et de la culture raciste parmi les jeunes n’a jamais jusqu’à aujourd’hui atteint de telles proportions aux Pays-Bas« .

Pourquoi l’opposition à Geert Wilders peine à trouver son positionnement ?

Les voix sont aujourd’hui très dispersées. Le professeur Markus Wilp nous l’explique : « à l’heure actuelle se dessine un duel entre le parti libéral VVD et le PVV populiste de Geert Wilders. Ils ont les cotes de sondage les plus hautes, mais ne dépassent pour le moment pas les 16%. Ils sont tous les deux talonnés par cinq partis ayant chacun 8 à 11% d’intentions de vote ».

Cette situation est inédite. Lors des élections législatives de 2012, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre sortant Mark Rutte a obtenu 26,4% des suffrages et le parti de centre gauche PvdA, 24,7%. Ce sont avant tout ces partis qui sont aujourd’hui sanctionnés et qui ont perdu leur crédibilité. Pendant la campagne électorale en 2012, Mark Rutte avait par exemple promis de plus verser « un centime de plus pour la Grèce ». Promesse non tenue. Il s’était aussi engagé à diminuer les impôts de chaque contribuable de 1000 euros. Rebelote, promesse non tenue. Geert Wilders n’a pas hésité à rappeler ces engagements de Mark Rutte tout au long de la campagne :

 « Ce sont les électeurs qui dirigent le pays Mark. A 100%. Et personne aux Pays-Bas ne vous croit. »

Geert Wilders a-t-il une chance de devenir Premier ministre des Pays-Bas ?

En cas de victoire, le parti de Geert Wilders ne lui donnera pas forcément les clés du gouvernement. Il pourrait même ne pas y figurer. Pourquoi ? Parce qu’au jeu des coalitions, le PVV aura bien du mal à convaincre les autres partis qui pourraient arriver en tête. Les conservateurs (CDA), les verts (GroenLinks) ou les centristes (D66) sont tous pro-européens. Quant au parti du premier ministre sortant Mark Rutte, les chances d’une alliance sont quasi-inexistantes :

« 0% de chances, Geert. Zéro pour-cent. Cela ne se produira pas. »

Résultat : même si le PVV parvient à concrétiser les sondages et à remporter le plus de sièges, les chances pour Geert Wilders de figurer dans le futur gouvernement restent minces. En d’autres termes, Geert Wilders est contraint d’obtenir la majorité absolue des sièges du Parlement (76 sur 150) pour pouvoir espérer figurer dans le gouvernement. Et il en est loin.

Son exclusion ne facilitera pas les négociations pour la formation du futur gouvernement. Selon Markus Wilp, « la formation de la nouvelle coalition pourrait prendre beaucoup de temps. Les partis du centre vont jouer un rôle important : vont-ils choisir une coalition avec les partis de gauche ou de droite ? »

Pourquoi l’Europe scrute-t-elle attentivement ce scrutin ?

Le triomphe de Trump aux Etats-Unis, le Brexit voté au Royaume-Uni : les élections législatives néerlandaises vont-elles suivre le même chemin et faire gagner une nouvelle fois le populisme ? Une chose est certaine, selon le professeur Wilp : ce scrutin va « être observé avec beaucoup d’attention par de nombreux pays qui se demandent si la tendance au populisme va se confirmer« . Car le Parti pour la liberté de Geert Wilders est, selon les derniers sondages, sur le point de devenir le premier parti du pays : les conséquences d’une telle victoire pour « l’Union européenne intéressent forcément les autres pays« .

Voir encore:

Opinion

Next Le Pen is Danish and should be taken seriously

Copenhagen, 9. Mar, 2017

Civil war, treason, rape, persecution. Pernille Vermund, leader of the Danish far-right party “the New Conservatives”, has no shortage of words to describe Denmark’s dystopian future if immigrants have their way.

While her predictions seem an unlikely trajectory for the happiest country in the world, which houses fewer immigrants than any of its immediate neighbours – not taking her seriously may just help propel her to the top.

Referring to immigrants as lazy, disloyal, ungrateful and criminals, Vermund regularly lashes out at those who are sympathetic to immigrants because they « accept … the subjugation of women, children, homosexuals and non-Muslims. »

Like Geert Wilders in The Netherlands and Marine Le Pen in France, Vermund objects to « establishment politics. »

She levels harsh criticism at her political rivals for being « too soft » on immigration and for doing « too much talking. »

Vermund’s anti-Islam sentiments and the rhetoric she uses to illustrate the gap between « the people » and « the elites » resonate with Danish voters. They commend her for her « straight talk » and ability to « get things done. »

Rising star

The similarities with Donald Trump are striking. Her party polled at 4.8 percent in late February – impressive for one founded less than two years ago.

Similar to her European peers, Vermund’s party refrains from the homophobia, anti-Semitism and religious conservatism expressed by traditional far-right groups, claiming instead to defend liberal values against a new enemy: Islam.

Appeals to individual freedoms, calls for Denmark to leave the EU and ultra-liberal economic policies draw in voters who traditionally would have avoided fringe groups such as Vermund’s party.

This helps to explain how seven out of 10 of her potential voters are not only male, white and middle-aged, but also reasonably wealthy and in possession of a university degree.

Like Wilders, who is expected make substantial gains in the upcoming general elections in the Netherlands, Vermund’s chances of leading the country any time soon are very slim.

This is due in part to the system of proportional representation and Denmark’s tendency to form minority coalition governments, but it does not mean that she cannot still gain significant influence.

Not yet in parliament, and a relative new-comer on the political scene, Vermund is a talented communicator who comes across as calm, accessible, and to-the-point even when pressed on issues she does not appear particularly knowledgeable on.

A regular participant in mainstream political TV talk shows, and with a column in one of the most widely read tabloid newspapers in Denmark, she is both well-known and a frequent object of derision from much of the liberal left and mainstream media.

Her controversial statements are criticised in the most emphatic of terms, but attractive narratives are seldom offered to those who already agree with her, or those she might win over.

Home of hygge

The home of « hygge », the Danish word for a feeling of cosiness, Denmark has in recent years introduced legislation and initiatives labelled as draconian by both national and international media.

This includes most notably the passing of a law in 2016 that permits authorities to confiscate the personal possessions of asylum-seekers, and the government taking out advertisements in a Lebanese newspaper to dissuade refugees from coming to Denmark.

More recently, the Danish parliament issued a non-binding statement in February, which suggested that to be considered “Danish”, both of your parents must be Western.

Coming across as controversially anti-immigrant in an environment that has moved so far towards the political right might seem like a real challenge.

But Vermund and her party appear to be succeeding with their unusually harsh language, for example comparing the 1951 Refugee Convention to “Sharia law” because it – like sharia law, Vermund contends – is “out of touch with reality” and “a remnant of the past”.

Political outsider

As a charismatic woman in her early forties, she comes across as determined with strong opinions, a strong character and, to some, a charming person.

More importantly, she is a political outsider, much like Wilders and Trump were.

This is a quality that none of Denmark’s other political parties have, no matter where they are on the political spectrum.

It is a quality that appeals to voters who feel disenfranchised and ignored by the political system. A quality that may help her party get nearly 5 percent of the popular vote.

Most importantly, it is a quality that requires those wanting to thwart her political ambitions to take her seriously. Mocking her will do little good, as is clearly evident looking back at the US presidential election campaigns.

Although there are few similarities otherwise, Trump proved that being a political outsider does not mean you will not succeed, but to the contrary.

Ultra-liberal

With ultra-liberal economic policies, appeals to freedom and independence, and voicing a fierce anti-Islam sentiment, Vermund sounds every bit like her peers in the US and Europe.

The Danes must make every effort not to repeat mistakes from elsewhere. They must not discount Vermund. They must take her seriously, because she is being taken seriously by those who agree with her.

Instead of jeering at her, they need to come up with effective counter-narratives.

They have to find common ground with the people they disagree with, and discover new ways of relating to each other, to understand the lives and challenges of those who have become so deeply distrustful of the perceived political elites.

If they fail, Denmark might indeed be on the path toward a true dystopia after all.

Andreas Reventlow is an adviser at the Copenhagen-based non-profit International Media Support and a researcher with the Dangerous Speech Project.

Voir par ailleurs:

Rime El Himani

Gala

2 mars 2017

Certains proches d’Em­ma­nuel Macron tirent la sonnette d’alarme. D’après eux, les prix des vête­ments et acces­soires de luxe de Brigitte Macron fini­raient par porter atteinte à l’image du candi­dat.

S’il fait les beaux jours de la presse fémi­nine, le goût  de Brigitte Macron pour les vête­ments de luxe n’est pas appré­cié de tous. Comme le révèlent Caro­line Derrien et Candice Nede­lec dans Les Macron, dont certains extraits sont publiés dans Gala cette semaine, certains proches du candi­dat à la prési­den­tielle seraient inquiets. Selon eux, les prix exor­bi­tants des tenues de son épouse pour­raient porter atteinte à son imageen pleine campagne élec­to­rale.

Brigitte Macron se justi­fie dans ce livre,  publié le 8 mars chez Fayard, en décla­rant : « Diffé­rentes maisons me proposent des vête­ments chaque semaine. Et pour les soirées de gala, je trouve cela sympa de montrer ce qu’est la créa­tion française ».

Anne Sinclair ne l’en­tend pas non plus de la même oreille. Dans son livre Chro­nique d’une France bles­sée, l’ex-compagne de Domi­nique Strauss-Kahn rapporte elle aussi des propos qu’elle aurait enten­dus au sujet du style vesti­men­taire de l’an­cienne profes­seur de philo­so­phie : « N’ayant pas été à la céré­­mo­­nie pour Michel Rocard aux Inva­­lides, je veux me faire confir­­mer ce qu’on m’a rapporté : Brigitte Macron (…) est arri­­vée dans une tenue trop habillée, avec des stilet­­tos qui, sur les pavés de la cour d’honneur (…) avaient davan­­tage un air de Fashion Week que de recueille­­ment devant le leader de gauche disparu », peut-on lire.

Des remarques auxquelles Brigitte Macron ne semble guère prêter atten­tion. Aperçue au dîner du Crif, le 22 février dernier, l’épouse du leader du mouve­ment En Marche! a une fois de plus été remarquée pour son sens du style

Voir de plus:

Caroline Galactéros : «On imagine mal Emmanuel Macron face à Trump ou Poutine »
Caroline Galactéros
Le Figaro
13/03/2017

FIGAROVOX/HUMEUR- A six semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Caroline Galactéros ne cache pas sa préférence pour le candidat de la droite et du centre. Pour elle, Emmanuel Macron est une illusion de nouveauté, et n’est pas à la hauteur de la fonction présidentielle. Seconde partie.


Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).


À lire également: Première partie, Emmanuel Macron ou l’esthétique du vide

Le candidat «en marche» ne promet pourtant rien moins que «la révolution» et la «réconciliation de l’ambition avec le réel». Beau programme. Comment? On verra plus tard. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un? Dans les faits, ce renouveau tonitruant de la social-démocratie par une fusion assumée avec la logique libérale dans tous les domaines assume l’ubérisation de la société et des individus, donc la précarité comme horizon et la stupidité de clivages manichéens entre «ouverture» et «fermeture», entre «progressistes» et «conservateurs», c’est-à-dire en fait entre ceux qui acceptent leur disparition dans un sans-frontièrisme enfiévré et une totale soumission à la dérégulation financière, et ceux qui ne s’y résolvent point. Sans même jouer à se faire peur en imaginant un instant ce que pourrait donner un tel président sur la scène internationale face à des figures telles que D. Trump, V. Poutine ou encore Xi Jing Ping, comment ignorer que sa popularité démontre la gravité de la crise du politique en France. Nos concitoyens sont si désorientés, si dégoûtés qu’ils paraissent prêts à toutes les aventures, même si nombreux sont encore ceux qui sentent combien le choix de mai prochain signera soit l’amorce de notre relèvement collectif, soit l’engloutissement progressif des derniers anticorps sociétaux et culturels protégeant encore notre corps national de l’implosion.

Il faut en outre s’inquiéter que cette offensive destructrice trouve un allié inattendu mais de poids dans une partie des «élites» économiques de notre pays. Celles-ci tombent dans le piège évangélisateur macronien avec une déconcertante naïveté, confondant agitation jeuniste et progrès sociétal, se croyant «dans le vent» alors qu’elles risquent de creuser dangereusement les fractures nationales par un vote irresponsable. Il existe en effet, chez une partie de la couche supérieure de la bourgeoisie française, qui travaille beaucoup, contribue énormément, prend des risques et vit bien mais sans opulence, une volonté de s’identifier aux très grands entrepreneurs, notamment ceux du numérique qui prétendent repousser les frontières de la modernité et modeler le futur humain. Ces «e stars» sont leurs héros, qui effectivement vivent eux dans une couche sociale marquée par la fluidité, l’effacement des frontières physiques, financières et politiques et n’ont que mépris pour les États qui gênent leurs ambitions… ou s’y prêtent trop servilement. La couche immédiatement inférieure de cette élite veut croire à ces figures de proue et se figure qu’un Emmanuel Macron peut les en rapprocher. Tout à cette identification valorisante, ces patrons ne voient même plus l’imposture politique colossale que le leader d’En Marche! personnifie et qui devrait suffire à dégonfler sa baudruche, même si l’actuelle transhumance empressée des pachydermes socialistes qui le rallient toute honte bue est déjà à elle seule une terrifiante démonstration.

Cette classe moyenne très supérieure ne veut pas voir le gouffre qui la séparera toujours de ses richissimes «modèles 3.0». Emmanuel Macron prétend incarner une modernité radieuse et généreuse alors qu’il est le rejeton tardif prétendument «émancipé» d’une génération politique qui n’a fait que se déconnecter d’avec le monde réel et mentir éhontément à son électorat initial, y compris sur le thème de la souveraineté nationale ou du patriotisme économique. Car il faut enfin évoquer d’autres gravissimes renoncements qui traduisent chez ce courant macroniste une idéologie tenant la défense de nos intérêts nationaux pour inutile voire nocive. Comment oublier en effet que notre «show man», alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, a été l’un des principaux (p)artisans de la grande braderie des intérêts industriels français lors de la cession de la partie la plus rentable et surtout la plus stratégique du groupe Alstom – sa branche énergie – en décembre 2014 à General Electric, au terme d’une opération américaine de ciblage et de déstabilisation que l’Élysée a non seulement laissé faire mais finalement accélérée? A cet égard, l’excellent rapport (ouvert) du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement) de décembre 2014 mérite une lecture attentive. Âmes patriotes s’abstenir. Ces gouvernants, par naïveté ou dogmatisme occidentaliste, veulent ignorer la violence de la guerre économique entre nations, y compris alliées, peut-être parce qu’ils ne croient plus à celles-ci et sont incapables de prendre la mesure des enjeux – en l’espèce la lutte à mort pour la domination du marché mondial de l’énergie.

Après Alstom, et peut-être demain Technip, c’est aujourd’hui Airbus qui semble de plus en plus échapper à la France qui en a été pourtant à l’origine, au profit de l’Allemagne et derrière elle, des États-Unis et de la Grande Bretagne. La récente nomination d’un nouveau directeur technique d’Airbus Group américain et surtout ancien de la DARPA (Defense Advanced Research Program Agency, -annexe du Pentagone en charge des techniques de pointe en matière d’armement: robotique, drones, satellites) laisse songeur et devrait allumer des clignotants à tous les étages du palais de l’Élysée. La réciproque serait inconcevable, les États-Unis ayant prudemment légiféré en ce sens. Désormais les fonctions majeures de la direction du Groupe Airbus sont donc noyautées par les Allemands, Américains et Britanniques. La direction de la Stratégie, déjà en retrait depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014, perd son encombrant et brillant directeur historique français et le tour est joué! Certes le siège est transféré à Toulouse. Pour nous faire plaisir, les Français étant notoirement plus sensibles aux symboles qu’aux réalités. Tom Enders a aussi créé Airbus Defense & Space (ADS), réunion d’Astrium et de Cassidian dont le siège est à Munich avec un management presque exclusivement allemand. La partie électronique de cette entité a été cédée au fond américain KKR alors même que Thalès était candidat. Un fonds qui a recruté en 2013 l’ex-directeur de la CIA David Petraeus…..L’État français est pourtant actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et Airbus est une création française qui doit son essor à des investissements publics très importants… du contribuable français. Mais dès que l’on parle d’intérêts nationaux, on est immédiatement taxé de pensée rétrograde, étriquée et chauvine. Pourtant qui ne comprend que l’évolution du pouvoir au sein d’un tel groupe est essentielle pour notre pays? Rappelons que la désindustrialisation aidant, l’aéronautique représente aujourd’hui – sous-traitants inclus -, le tiers de l’emploi industriel civil français.

Ce ne sont que deux exemples parmi bien d’autres, mais ne nous y trompons pas: avec un Emmanuel Macron au pouvoir, c’est une idéologie golbalisée qui risque de triompher définitivement. La France finira par devenir elle aussi «une forme vide», un village Potemkine-musée pour touristes aventureux et pour des Français que l’on gavera de blabla sur le «patriotisme économique» tout en défaisant tout ce qui a construit et manifeste encore notre puissance et notre influence. La pâte à modeler des populations et des territoires se substituera alors définitivement aux socles résilients du peuple et de la nation. «C’est le progrès, c’est l’avenir! Ayez confiance!» nous dira le jeune président.

Si la boue actuelle échoue à recouvrir totalement la campagne et à la neutraliser jusqu’au vote, il y a fort à parier que l’élection de notre prochain président ne se fera pas (ou peu) sur des enjeux économiques directs (chômage, croissance, impôts,). Les électeurs croient de moins en moins aux promesses politiciennes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Qu’on leur promette de l’argent sans effort ou des réformes sérieuses, ils semblent avoir une foi limitée dans la capacité de leurs représentants à agir en conséquence, ou dans celle d’un président à tenir avec autorité les remuants attelages gouvernementaux. Le choix sera vraiment celui d’une stature présidentielle, d’un homme capable de tenir bon sur des enjeux culturels et régaliens. Le premier d’entre eux, n’en déplaise aux prophètes enfiévrés du multiculturalisme hors sol, c’est celui de l’identité culturelle actuelle et souhaitable de la France, relevant de ce que l’on pourrait appeler le socle charnel, immatériel mais bien concret, de la Nation, ce qui fait que l’on «fait corps» collectif viable, et que l’on peut persister dans l’être et se différencier comme ensemble historique, culturel, politique et social par rapport aux autres acteurs étatiques. Ce sont donc les questions de la cohérence du projet de redressement et de la vision pour notre pays à horizon de 10 ans qui sont premières. Tout le reste en découle. Dans ce cadre, la question de ce que la France doit assumer et conserver de ses racines chrétiennes comme pôle référentiel implicite et structurant de toute notre réalité collective est centrale, et celle de la défense de notre souveraineté, celle enfin de l’indépendance et de notre projection comme État et comme puissance dans le monde sont cardinales. Cela peut paraître stratosphérique à certains mais nos concitoyens eux, font le lien entre l’immédiat et le lointain, entre le local et le global, entre le quotidien et l’horizon. Ils ont besoin de se sentir partie d’un tout plus grand qu’eux et sentent que l’efficacité sociale n’est possible que dans le cadre d’un projet national ambitieux. Peut-être leurs enfants n’auront-ils plus cette exigence et il faut s’en inquiéter, mais le socle actuel tient encore et la perception des menaces diverses est vive. Enfin la question sécuritaire au sens le plus large sera centrale: la place, la solidité, la capacité de défense et de contre-attaque de notre pays n’est pas un sujet réservé aux géostratèges. Cela concerne chacun d’entre nous. Pour l’heure, tout a été démoli avec une ahurissante désinvolture, un dogmatisme et une toute aussi grande morgue. Au terme de ce quinquennat dramatique, nous ne sommes plus écoutés ni attendus, encore moins espérés dans le monde. On nous voit comme des naïfs et des opportunistes. Beau bilan! Tout est donc à rebâtir et c’est impossible sans une idée claire et assumée de ce qui nous constitue, de ce qui doit être préservé et de ce qui fait la singularité française.

Cela ne se passera pas comme ça. Nous avons le choix. Pas seulement entre Charybde et Scylla.

 Voir enfin:

Californie: un golf de Trump vandalisé

  • Le Figaro.fr avec AFP
  • 13/03/2017

Un groupe de militants pro-environnement a vandalisé un golf luxueux appartenant au président américain Donald Trump au sud de la Californie, gravant un message sur sa pelouse, a indiqué la police aujourd’hui.

Le groupe, qui se décrit comme un « collectif écologiste anonyme », a envoyé au quotidien Washington Post une vidéo montrant au moins quatre personnes en train de passer au-dessus d’une clôture au Trump National Golf Club de Rancho Palos Verdes, environ 30 kilomètres au sud de Los Angeles.

La vidéo sous-exposée et légèrement floue d’un peu plus d’une minute montre les intrus vêtus de couleurs sombres utilisant des outils de jardinage pour gratter dans le gazon le message: « PLUS DE TIGRES. PLUS DE BOIS » (en anglais « NO MORE TIGERS. NO MORE WOODS. », allusion probable au joueur de golf vedette Tiger Woods).

Ils ont envoyé au journal un communiqué de presse expliquant que leur action était une réponse au « manque d’attention flagrant (de l’administration Trump) pour l’environnement ».

Le lieutenant David Sprengel du bureau du Shérif de Lomita a précisé que l’acte de vandalisme avait eu lieu vers 8H30 dimanche.

Le golf de 18 trous est classé parmi les 100 meilleurs du pays par Golf Magazine, et a coûté 264 millions de dollars ce qui fait de lui le plus cher jamais bâti aux Etats-Unis d’après le site World Golf. Il est réputé pour son panorama spectaculaire sur l’océan Pacifique et a été utilisé comme décor dans plusieurs films.


Brexit: C’est les sans-dents, imbécile ! (Not thick or racist, but just poor: By forcing Britain to quit the EU, Brexit voters have given a bloody nose to an elite that views them with contempt)

2 juillet, 2016
PeasantsRevoltlevellersChartistsSwingRiotsDeathWatTylerFull
Dolci_MadonnaEUFlag
BrexitToon
king-o‘Savage hordes approached the city like waves of the sea/At their head a peasant captain urged the madmen on/With cruel eagerness for slaughter, he shouted: “Burn and Kill.” John Gower
Je défie le pape et toutes ses lois, et si Dieu me prête vie, je ferai qu’en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l’Écriture mieux que le pape lui-même.William Tyndale
Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme ? John Ball
De quel droit ceux qui s’appellent seigneurs, dominent-ils sur nous ? À quel titre ont-ils mérité cette position ? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs ? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu’ils valent mieux que nous, si ce n’est qu’en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? John Ball
Wat About Di Working Claas? Linton Kwesi Johnson
J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a ‘trahi la confiance du régime’ et ‘devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? Bertolt Brecht
 Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : ‘les sans-dents’, très fier de son trait d’humour. Valérie Trierweiler
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Tout ce que demande aujourd’hui le Kansas, c’est qu’on lui donne un petit coup de main pour se clouer à sa croix d’or.(…) Votez pour interdire l’avortement et vous aurez une bonne réduction de l’impôt sur le capital (…). Votez pour faire la nique à ces universitaires politiquement corrects et vous aurez la déréglementation de l’électricité (…). Votez pour résister au terrorisme et vous aurez la privatisation de la sécurité sociale. Thomas Frank
I do think that when you combine that demographic change with all the economic stresses that people have been going through because of the financial crisis, because of technology, because of globalization, the fact that wages and incomes have been flatlining for some time, and that particularly blue-collar men have had a lot of trouble in this new economy, where they are no longer getting the same bargain that they got when they were going to a factory and able to support their families on a single paycheck. You combine those things, and it means that there is going to be potential anger, frustration, fear. Some of it justified, but just misdirected. I think somebody like Mr. Trump is taking advantage of that. That’s what he’s exploiting during the course of his campaign. Barack Hussein Obama
Trop menacer les gens est en fait une insulte à leur intelligence et la leçon de la visite d’Obama est encore plus fascinante. Voici l’homme le plus puissant du monde en provenance d’un pays pour lequel nous avons toujours eu un respect énorme … et un grand nombre de gens en Grande-Bretagne se sont dits: «Comment le président américain ose-t-il venir ici et nous dire ce qu’il faut faire? Et cela s’est retourné contre lui et je pense que nous avons eu un rebond Obama Brexit parce que les gens ne veulent pas que les dirigeants étrangers leur disent comment penser et comment voter. Nigel Farage
Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him. Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne. The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable. That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’. It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’. (…) The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions. All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’. It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation. It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans. You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband. Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault. Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too. Tim Montgomerie
Wat Tyler (? – 15 juin 1381) est un paysan anglais, soldat démobilisé des guerres de France, qui a pris la tête d’une révolte des siens en lutte contre les impôts excessifs. Il n’est pas l’instigateur de la Révolte des Travailleurs mais il en a été certainement le fer de lance. Depuis le milieu du XIVe siècle, la situation du paysan anglais a sérieusement empiré. C’est lui qui a la lourde charge de payer la guerre du roi d’Angleterre en France. Le Statut des travailleurs de 1351, empêchant une hausse des salaires, a augmenté le mécontentement. En 1380, le Parlement décide la levée d’une nouvelle poll tax et l’envoi de commissaires royaux dans les campagnes pour éviter les fraudes. C’en est trop pour les paysans. Au début de 1381, la révolte éclate en Essex et se répand vite dans le Kent, le Sussex, le Norfolk. Partout, les nobles fuient, les châteaux brûlent. L’un des meneurs, le prédicateur John Ball, prêche l’égalité entre les humains. Arrêté en mai par les gardes de l’archevêque de Cantorbéry, Simon de Sudbury, il annonce: « Il y aura 20 000 hommes qui vont me libérer. » Après la guerre française, Wat Tyler était retourné travailler sur sa terre dans le Kent. Un percepteur royal se présente chez lui et tente de se payer en essayant de violer sa fille de 15 ans. Encouragé par ses voisins, Tyler assassine à coups de marteau l’agresseur de sa fille. Les paysans du Kent, qui connaissent sa valeur, l’élisent chef des rebelles. Celui-ci, qui ne peut plus revenir en arrière, accepte. Leur première direction est Cantorbéry où ils libèrent John Ball. Puis ils décident de marcher sur Londres. Sur leur chemin, ils ouvrent les prisons et décapitent les juges qui tombent entre leurs mains. Le 10 juin, lorsqu’ils arrivent aux portes de la capitale, ils sont près de 100 000 insurgés qui exigent de parler au roi. Wat Tyler ne veut pas renverser le gouvernement mais exige des réformes. C’est pourquoi il veut négocier avec le roi. C’est pourquoi aussi il impose une discipline à ses hommes en interdisant les pillages et en punissant de mort les fautifs. Finalement Richard II accepte de le rencontrer. Le jeune roi de 15 ans arrive à bord d’une barque sur la Tamise, mais il prend peur et décide de rebrousser chemin. Il va se réfugier à la Tour de Londres avec quelques notables, dont Simon Sudbury, l’archevêque de Cantorbéry. Tyler assiège alors la Tour qui est prise entre deux feux. Sudbury est arrêté et assassiné, peut-être à l’instigation de John Ball. Richard II rencontre Tyler à Mile End, un faubourg de Londres. Le capitaine des insurgés exige l’abolition du servage, de la poll tax et du privilège de la chasse et de la pêche de la noblesse. Le roi veut gagner du temps car il sait que Robert Knolles est en train de lever une armée non loin de là. Il accepte tout et fixe rendez-vous au lendemain pour finaliser les détails de l’entente. Le 15 juin, Tyler et le roi se rencontrent donc de nouveau à Smithfield. Richard II s’est entouré de provocateurs qui s’amusent à insulter le chef des insurgés. Celui-ci sort son épée. Prenant prétexte de vouloir défendre son roi, le Lord-maire de Londres, William Walworth, lui porte un coup d’épée qui le renverse. Il est aussitôt achevé par un écuyer. Richard, qui a belle prestance, parvient à calmer les insurgés présents. Il leur fait croire que Tyler est un traître qui a voulu l’assassiner et que lui, le roi, est leur véritable chef. Il leur promet qu’il respectera sa promesse et leur demande de se disperser. Ce sera leur faute. Robert Knolles les attend à la sortie de Londres. Ils sont écrasés. Ceux qui ne sont pas tués s’éparpillent dans toutes les régions. Les représailles suivent. Des milliers de paysans sont exécutés. John Ball, capturé dans une ancienne abbaye, est pendu et écartelé. Ce n’est que le 30 août qu’un ordre royal suspend les représailles. Par la suite, il ne fut plus question avant longtemps d’abolir le servage ni la poll tax. Wikipedia
L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen? Stefan Zweig
Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. Michael Walzer
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) J’aurais moi-même pu penser de la sorte si je n’avais pas croisé la route de grands écrivains d’Europe centrale : Czeslaw Milosz, Kazimierz Brandys et surtout Milan Kundera. Ce sont eux qui ont fait de moi un Européen. Face au communisme russe, ils ne défendaient pas seulement la démocratie et les droits de l’homme, ils défendaient aussi une civilisation. L’Europe était leur identité. Ils m’ont réveillé de mon universalisme facile et ils m’ont fait comprendre que le passé de l’Europe ne se réduisait pas à ses crimes. (…) Il ne faut pas faire le cadeau de l’Europe à Hitler. L’Allemagne, c’est Bach, Goethe, Caspar Friedrich. De même, l’histoire de France ne se réduit pas à la collaboration ou à la guerre d’Algérie. Avec le sens de la continuité historique, les peuples européens doivent retrouver la véritable signification de l’hospitalité. Être hospitalier, c’est offrir quelque chose à celui qu’on reçoit. D’où le rôle névralgique de l’école. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) Je ne considère pas que le fait de vouloir être majoritaire dans son propre pays relève de l’égoïsme. C’est une aspiration absolument légitime, qu’il est absurde de criminaliser. Dans son article capital Un Occident kidnappé, la tragédie de l’Europe centrale, Milan Kundera raconte qu’en septembre 1956, le directeur de l’agence de presse de Hongrie envoya par télex dans le monde entier ce message sur l’offensive russe déclenchée contre Budapest et qui allait écraser son bureau : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. » Il affirmait d’un même souffle son identité nationale et son identité européenne. (…) Il faut arrêter de se payer de mots : nul n’est prêt à mourir. Mais on peut vouloir se défendre. Si renaît le patriotisme en France, si les bobos de la génération Bataclan en viennent à se réconcilier avec le drapeau tricolore et l’hymne national, c’est parce que notre pays est attaqué et, par-delà notre pays, l’Occident « idolâtre », « impie », « dominé par les juifs ». La découverte de cette fragilité peut faire renaître un sentiment européen. Mais nous payons aussi l’enseignement de l’oubli. La culture occupe une place de plus en plus réduite dans nos sociétés. J’éprouve un sentiment de tristesse, d’accablement lorsque je regarde le concours de l’Eurovision. L’Europe, c’était le maximum de diversité dans le minimum d’espace ; l’Eurovision, c’est l’apothéose de l’uniformité. Tous les chanteurs hurlent en anglais et leurs musiques sont devenues indiscernables. L’Europe se vide d’elle-même. (…) l’école ne fait plus son travail. L’enseignement humaniste a créé l’Europe. Nous aurions dû rester fidèles à cette inspiration. Mais la culture, si longtemps garante de l’unité de l’Europe, est maintenant chassée de partout, même des billets de banque, qui ne représentent plus que des aqueducs ou des ponts. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. De là vient qu’un Français éprouve, en Italie ou aux Pays-Bas, un sentiment mêlé d’étrangeté et de familiarité, de dépaysement et de reconnaissance. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Nous sommes en train de passer d’une société où les deux tiers de la population s’estimaient satisfaites de leur sort, à un monde dans lequel ceci n’est plus vrai que pour un tiers de la population. Cette victoire n’a pour moi rien d’inattendu ; elle est le résultat de tendances de fond qui affectent différentes couches du peuple britannique. En leur permettant de se fédérer, le référendum a été pour ces groupes l’occasion d’un contrecoup décisif. Je pense en effet que nous sommes en train de passer d’une société où les deux tiers de la population environ s’estimaient satisfaites de leur sort, à un monde dans lequel ceci n’est plus vrai que pour un tiers de la population. Dit autrement, le vote en faveur du Brexit exprime le plus grand rejet de la mondialisation qu’ait connu dans les urnes le monde occidental. Les bénéficiaires de la mondialisation, tous ceux qui culturellement comme financièrement se trouvent en phase avec le nouvel ordre du monde, sont désormais minoritaires dans la société. Cette révolte contre la mondialisation ne regroupe pas seulement les catégories sociales les plus défavorisées. On y distingue aussi une population plutôt aisée, composée pour l’essentiel de personnes âgées vivant en province et qui se sentent culturellement menacés par l’immigration. Cette même population a le sentiment que le système de valeurs qui a historiquement caractérisé l’Angleterre – sans doute l’un des plus influents et des précieux dans le monde – est aujourd’hui remis en cause par l’arrivée d’une population qui lui est indifférente voire dans certains cas, carrément hostile, et que la Grande-Bretagne a abdiqué sa souveraineté face à une puissance étrangère en adhérant à l’Union Européenne. (…)La tragédie du Brexit, toutefois, c’est que la plupart des dirigeants et promoteurs du camp du «Leave» sont des partisans extrêmes du libre-échange. Ces derniers haïssent une Europe qui s’identifie pour eux à la régulation et la social-démocratie et ils ont convaincu une partie de la gauche de voter la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Nous faisons face à ce paradoxe: des classes populaires en quête de protection face à la mondialisation ont suivi des libertariens qui pensent que la Grande-Bretagne devrait abolir de manière unilatérale ses tarifs douaniers! (…) Ce divorce entre les bobos et les classes populaires se retrouve lui aussi en Grande-Bretagne – de fait, il est à l’œuvre dans l’ensemble du monde occidental. La raison tient en grande partie aux séductions comme aux échecs du libéralisme. Pour les classes moyennes, le libéralisme a plusieurs attraits: économiquement, il leur permet (ou du moins il leur permettait) d’exploiter avantageusement leur position via l’école, les réseaux ou les possibilités de carrière dans l’entreprise ; socialement, il se traduit par une licence totale en matière de choix de vie ou de comportements. Pour les classes populaires au contraire, le libéralisme est un désastre économique et culturel: économique, parce qu’il détruit leur pouvoir de négociation collective et les expose à une concurrence interne sur le marché du travail: dans une telle situation, leurs salaires ne peuvent que baisser ; sociale, parce que le libéralisme a détruit toutes les formes d’allégeance et de stabilité familiale, en laissant pour seul héritage des foyers brisés et des pères absents. En somme, le libéralisme a détruit toute notion de solidarité et c’est cela qui a le plus certainement condamné les plus pauvres à leur sort. (…) Je crois que nous devrions nous poser des questions plus fondamentales, qui de mon point de vue seraient les suivantes: pourquoi nous séparons-nous, pourquoi cherchons-nous la solidarité seulement au sein de groupes composés de personnes qui nous sont proches ou qui nous ressemblent? C’est parce que nous avons perdu nos universaux, nous avons oublié la leçon tant de Platon que d’Aristote pour lesquels il existe des universaux qui s’appliquent aux choses. Dans la mesure où nous avons laissé la croyance dans le monde objectif verser dans le pur subjectivisme, comment espérer un jour nous unir? C’est pourquoi la véritable tâche politique est de retrouver ce qui nous relie, au delà de l’inepte discours contemporain sur les droits de l’homme. Le discours sur les droits est en effet toujours dérivé, il requiert un discours plus fondamental ; c’est pour cela que vous ne pouvez arbitrer entre des droits différents et pourquoi le droit ne peut vous dire ce qui est juste. Aussi, tant que nous n’aurons pas recouvré notre héritage – c’est à dire tant que nous ne serons pas revenus aux universaux – nous ne pourrons jamais aider personne, jamais réduire aucune division ni soigner aucun mal. (…) L’affrontement droite/ gauche appartient au passé: si vous regardez les mouvements qui ont émergé récemment, leur discours emprunte des éléments issus des doctrines des deux côtés de l’échiquier politique. Prenez le Front National, par exemple: son programme nationaliste le porte évidemment à l’extrême-droite, mais ses propositions sur l’Etat-providence et les services publics semblent toutefois exhumées d’un discours socialiste des années 1970. Il en est de même en Angleterre avec UKIP, qui pourrait tout à fait devenir le parti de la classe ouvrière britannique et se substituer au parti Travailliste en offrant un mélange droite/gauche similaire. (…) Dans un certain sens, c’est à une victoire «inversée» du Red Toryism à laquelle nous avons assisté. Ce que je cherchais à promouvoir en effet, c’était l’alliance du meilleur de la tradition de droite et de celle de la gauche dans un nouveau discours positif. Ce qui est à l’œuvre ici, c’est la naissance d’un composé hybride d’une toute autre nature, au sein duquel ce serait au contraire les gènes récessifs des deux traditions qui se seraient associés dans leur mutation. (…) Là où je proposais par exemple un affranchissement économique massif des plus pauvres, au moyen d’une redistribution de l’accès à la propriété, les voilà qui mettent en avant la promotion de l’Etat providence, une politique qui a échoué de manière désastreuse par le passé. Que produit l’Etat providence en effet, sinon la perte de l’autonomie des individus et l’érosion de leur sens de la propriété, ainsi que la légitimation délétère d’une culture de l’assistance. De la droite, je garde l’idée de conservatisme social, à savoir la volonté de tisser à nouveau les liens qui naissent des affections locales comme familiales, et ce afin que la fraternité se re-déploie «par le bas», à travers les communautés concrètes. Ce qu’ils défendent en regard, ce sont les concepts délétères de l’origine, de la classe ou de la couleur de peau. Là où je souhaite un renouveau de la culture civique, ils attendent celui de la culture ethnique. Phillip Blond
It is this man, Wat Tyler, whose name will go down in history. As leader of the Peasants’ Revolt of 1381, he will be remembered for the uprising that saw tens of thousands of his poorest countrymen come close to overthrowing the establishment. Until now, we have had only the illustrations in history books to help us picture their struggle. But thanks to the work of British photographer Red Saunders, we can come closer than ever to appreciating their deadly determination.Saunders specialises in photographing huge tableaux vivants, living pictures in which dozens of actors recreate key moments in British history. His latest creations, showcased in a new exhibition in Bradford, include this depiction of the Peasants’ Revolt, and it offers many fascinating insights into why the uprising happened — and why it took the bloody course that it did. The first lies in the extraordinary array of weapons featured in the photograph. Alongside the swords and pikes, whose steel glints in the fiery glow over London, we see pick-axes, pitchforks and scythes more usually wielded on farms, but put to lethal new use as implements of death. This reminds us that the insurgents were not political saboteurs, but ordinary men and women, usually content to fight only the elements as they struggled to make a living from the land, but driven to mutiny and murder by the actions of their over-bearing and greedy rulers. Just 30 years previously, the Black Death had killed a third of the population — which then numbered between two and three million. Many of those depicted in the photograph will have lost family or friends to a catastrophe unimaginable by modern standards. Though it would not have helped these peasants in their grief, there was one ‘benefit’ of this sudden cull of much of the nation’s workforce. With fewer labourers to work the land, demand for their services was all the higher. Their wages should have risen accordingly, but in the years leading up to the Peasants’ Revolt a series of statutes were introduced imposing an ungenerous limit on the wages farm labourers could be paid. On top of this were the frustrations of serfdom, the centuries-old practice by which some peasants were still forced to work part of the time free of charge for their rich and powerful landlords. And then there was the introduction of a series of poll taxes to help fund the latest wars with France. Everyone had to pay a shilling — a pittance for the ruling classes, but a significant amount for those bound to them in serfdom. As if this was not provocative enough, the commissioners sent out to enforce these payments often abused their power, particularly when it came to investigating whether young girls in a household were over 15, the age at which the poll tax became payable. Frightened girls were forced to lift their skirts while these officials examined them for signs of maturity and sexual experience. If a girl was no longer a virgin, she was deemed old enough to pay the poll tax, whether she had reached 15 or not. Such outrages fomented public opinion, and matters appear to have reached a tipping point in May 1381, following the visit of a tax collector to the Essex village of Fobbing.The residents took great umbrage at his presence and threw him out, later giving the same treatment to soldiers sent to re-establish law and order by the 14-year-old Richard II.Unrest spread quickly throughout the South-East. The following month, a group of men marched on Rochester Castle in Kent and freed a man imprisoned for refusing to work as a serf. They were led by Wat Tyler, a man we know little about except that, as his name suggests, he may have been a roofer by trade. The efficiency with which he led his forces suggests he had experience as a soldier, perhaps as part of a militia raised by the local lord to join in the war against France. Professor John Gillingham
L’Union européenne est calquée, dans son essence, sur l’Eglise de Rome et sur le fonctionnement de la foi catholique (dans sa période moyen-âgeuse): dirigée par un pape président de la Commission européenne désigné et contrôlé par la Curie des Etats-membres, elle est la gardienne d’un dogme profane intransigeant dont elle contrôle la stricte observance par ses fidèles à travers l’Europe, sous peine de procès en hérésie et de mises à l’index. Il est donc évident, pour qui se penche sur le temps long de l’histoire européenne, que le Brexit a un sens éminemment religieux: c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements, de la même façon que le souverain anglais avait tenté de faire annuler son mariage avec Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. L’intransigeance du pape Clément VI n’eut d’égal que celle de l’évêque de Bruxelles Jean-Claude Juncker vis-à-vis des demandes britanniques, la première provoquant la rupture avec la papauté par l’édiction en 1534 de l’Acte de suprématie qui fit du roi d’Angleterre le chef suprême de son Eglise, la seconde amenant les Britanniques à quitter l’Union européenne. Le désarroi qui saisit les Britanniques à la suite du Brexit est d’ailleurs absolument similaire aux doutes qui traversèrent l’Angleterre du XVIème siècle et qui amenèrent Marie Tudor, fille d’Henry VIII, à vainement tenter de restaurer le catholicisme, provoquant à cette occasion de nombreuses violences. C’est peut-être le souvenir inconscient de ces évènements qui poussa David Cameron, pour couper court à tout contre-Brexit belliqueux mais vain, à proclamer haut et fort que ce dernier était définitif. Si l’on admet la similitude de nature entre le dogme bruxellois et le catéchisme romain, alors le Brexit emporte une signification plus profonde, qui nous emmène au-delà de l’épopée d’Albion. L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet: faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire. Seul le libéralisme intégral prôné par Bruxelles peut accueillir une telle ambition, et une telle dévotion, en tant qu’il se propose de remplacer l’homme d’avant, attaché à sa terre, à sa foi, à ses valeurs, à sa culture, à sa liberté politique, autant de forces qui actionnent les leviers tragiques de l’Histoire, par un homme nouveau, qui ne serait plus animé que par une seule préoccupation: la satisfaction consumériste de ses besoins. Le marché européen pourrait donc, dans cette optique, remplacer le politique et ses disputes surannées, et offrir enfin aux hommes européens le Saint Graal de la fin de l’Histoire: l’avènement d’un monde immobile vitrifié par l’échange marchand. La loi de l’offre et de la demande, qui donnerait à tout désir son juste prix, pourrait enfin stopper le cours des guerres, la marche des siècles, voire l’expansion de l’univers. Mais voilà que patatras, le Royaume-Uni vient, à son corps défendant, de briser le mythe! Voilà que l’ «Anglois abominatif», qui a nourri en son sein les pères de l’Eglise du libre-échange (David Ricardo), de la toute-puissance du marché (Adam Smith) et de l’utilitarisme (Jeremy Bentham), piliers idéologiques et religieux de l’Europe de la CECA (ancien testament), du traité de Rome (évangile), de l’Acte (de l’apôtre) unique et de toutes ses directives (canoniques), a subitement décidé de redémarrer l’Histoire, comme on le ferait du moteur poussiéreux d’une vieille Bentley décapotable qui n’aurait ni la climatisation ni le radar de parking, mais qui nous rendrait nos vingt ans et le goût de l’aventure. Ce qu’ont exprimé les Britanniques, ce n’est pas tant le souhait de reprendre leur indépendance vis-à-vis d’une Europe dont il font de toute façon partie que de rompre avec l’idéologie mortifère par laquelle Bruxelles essaie de convaincre les peuples, depuis près de soixante ans, qu’il doivent cesser de désirer quoique ce soit d’autre que de prier dans les supermarchés. Je n’ai aucune fascination pour le tragique de l’Histoire, dont ma famille a, comme beaucoup d’autres, payé le prix. Mais cette Histoire enseigne justement que les plus grandes utopies de paix définitive ont engendré, au nom du Bien et du Progrès, les plus vilains massacres. Pierre-Henri Argenson
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
The most striking thing about Britain’s break with the EU is this: it’s the poor wot done it. Council-estate dwellers, Sun readers, people who didn’t get good GCSE results (which is primarily an indicator of class, not stupidity): they rose up, they tramped to the polling station, and they said no to the EU. It was like a second peasants’ revolt, though no pitchforks this time. The statistics are extraordinary. The well-to-do voted Remain, the down-at-heel demanded to Leave. The Brexiteer/Remainer divide splits almost perfectly, and beautifully, along class lines. (…) of the 50 areas of Britain that have the highest number of people in social classes D and E — semi-skilled and unskilled workers and unemployed people — only three voted Remain. Three. That means 47 very poor areas, in unison, said no to the thing the establishment insisted they should say yes to. Let’s make no bones about this: Britain’s poor and workless have risen up. And in doing so they didn’t just give the EU and its British backers the bloodiest of bloody noses. They also brought crashing down the Blairite myth of a post-class, Third Way Blighty, where the old ideological divide between rich and poor did not exist, since we were all supposed to be ‘stakeholders’ in society. Post-referendum, we know society is still cut in two, not only by economics but by politics too. This isn’t just about the haves and have-nots: it’s a war of views. The wealthier sections of society like it when politics involves detached cosmopolitan institutions and the poorer people don’t. The less well-off have just asserted their stake in society and the chattering classes — who peddled all the nonsense about a ‘stakeholder society’ in the first place — aren’t happy about it. This peasants’ revolt has sent shockwaves through the elite and, like anthropologists investigating some mysterious tribe, they’re now frantically trying to work out why it happened. They’ve come up with two answers — one fuelled by rage, the other by something worse: pity. The ragers say the plebs voted Leave because they’re a bit racist and got hoodwinked by the shiny, xenophobic demagoguery of the likes of Nigel Farage. This idea — that the poor are easy prey for demagogues — is the same claptrap the Chartists had to put up with in the 1840s. Their snooty critics frequently told them that, since the poor do not have a ‘ripened wisdom’ they are ‘more exposed than any other class… to be converted to the vicious ends of faction’. Now, the metropolitan set once again accuse the little people of exactly the same thing. Surveys, however, dent this claim that the anti-EU throng was driven by disdain for foreigners. In a post-vote ComRes poll, only 34 per cent of Leave voters cited concern about immigration as their main reason for voting out (and concern about immigration isn’t necessarily racism). A majority, 53 per cent, said they rejected the EU because they think Britain should make its own laws. So this swath of the country, defamed as a brainless pogrom-in-waiting, was actually voting for democracy. Then came the pitiers. Their diagnosis was a therapeutic one: that the less well-off suffered a spasm of anger. That they felt so ignored they decided to lash out crazily, but understandably. Don’t be sucked in by this seemingly caring, Oprah-esque analysis of the masses, for it is also a way of demeaning their democratic choice by treating it as a primal scream rather than a political statement. It turns a conscious rebellion against the establishment outlook into a soppy plea for more listening exercises. But my take, from talking to numerous Leave voters, is not that they feel slighted by the political class but that they oppose it. Their concern isn’t that the elite is ignoring them but rather that it is interfering too much. They are sick of being castigated for their way of life. People have a strong sense of being ruled over by institutions that fundamentally loathe them, or at least consider them to be in dire need of moral and social correction. (…) They feel patronised, slandered and distrusted, not ignored. They feel their working-class culture and attitudes are viewed with contempt. These are the kind of people looked upon by officialdom as unhealthy and un-PC, too rowdy at the football, too keen to procreate, too fond of booze, too sweary: too attached to the idea of England. This rebellion wasn’t caused by racism or a paroxysm of infantile anger. It was considered. The workers spied an opportunity to take the elite that despises them down a peg or two — and they seized it. They asserted their power, and in the process, blimey: they changed the world. Brendan O’Neill

 C’est les sans-dents, imbécile !

Au lendemain du fiasco électoral que l’on sait …

Comment ne pas voir avec le Spectator et les fameux tableaux vivants de Red Saunders

Derrière la folie tant d’un système de décision

Que de responsables politiques aussi arrogants qu’irresponsables

Et loin des explications faciles de nos belles âmes et de nos beaux esprits …

La même hypocrisie et le même mépris face à des masses laborieuses prétendument racistes et rétrogades

Qui avaient inspiré il y a quelque 600 ans …

Toute une génération de survivants de la Peste noire …

Paysans mais surtout artisans et membres frustrés du clergé ou de la noblesse …

Poussés à bout par la levée de nouvelles taxes pour financer la Guerre dite de cent ans …

A marcher sur Londres jusqu’à faire vaciller un moment  le pouvoir royal lui-même ?

Brexit voters are not thick, not racist: just poor
By forcing Britain to quit the EU they have given a bloody nose to an elite that views them with contempt
Brendan O’Neill
The Spectator
2 July 2016

The most striking thing about Britain’s break with the EU is this: it’s the poor wot done it. Council-estate dwellers, Sun readers, people who didn’t get good GCSE results (which is primarily an indicator of class, not stupidity): they rose up, they tramped to the polling station, and they said no to the EU.

It was like a second peasants’ revolt, though no pitchforks this time. The statistics are extraordinary. The well-to-do voted Remain, the down-at-heel demanded to Leave. The Brexiteer/Remainer divide splits almost perfectly, and beautifully, along class lines. Of local authorities that have a high number of manufacturing jobs, a whopping 86 per cent voted Leave. Of those bits of Britain with low manufacturing, only 42 per cent did so. Of local authorities with average house prices of less than £282,000, 79 per cent voted Leave; where house prices are above that figure, just 28 per cent did so. Of the 240 local authorities that have low education levels — i.e. more than a quarter of adults do not have five A to Cs at GCSE — 83 per cent voted Leave. Then there’s pay, the basic gauge of one’s place in the pecking order: 77 per cent of local authorities in which lots of people earn a low wage (of less than £23,000) voted Leave, compared with only 35 per cent of areas with decent pay packets.

It’s this stark: if you do physical labour, live in a modest home and have never darkened the door of a university, you’re far more likely to have said ‘screw you’ to the EU than the bloke in the leafier neighbouring borough who has a nicer existence. Of course there are discrepancies. The 16 local authorities in Scotland that have high manufacturing levels voted Remain rather than Leave. But for the most part, class was the deciding factor in the vote. This, for me, is the most breathtaking fact: of the 50 areas of Britain that have the highest number of people in social classes D and E — semi-skilled and unskilled workers and unemployed people — only three voted Remain. Three. That means 47 very poor areas, in unison, said no to the thing the establishment insisted they should say yes to.

Let’s make no bones about this: Britain’s poor and workless have risen up. And in doing so they didn’t just give the EU and its British backers the bloodiest of bloody noses. They also brought crashing down the Blairite myth of a post-class, Third Way Blighty, where the old ideological divide between rich and poor did not exist, since we were all supposed to be ‘stakeholders’ in society. Post-referendum, we know society is still cut in two, not only by economics but by politics too. This isn’t just about the haves and have-nots: it’s a war of views. The wealthier sections of society like it when politics involves detached cosmopolitan institutions and the poorer people don’t. The less well-off have just asserted their stake in society and the chattering classes — who peddled all the nonsense about a ‘stakeholder society’ in the first place — aren’t happy about it.

This peasants’ revolt has sent shockwaves through the elite and, like anthropologists investigating some mysterious tribe, they’re now frantically trying to work out why it happened. They’ve come up with two answers — one fuelled by rage, the other by something worse: pity. The ragers say the plebs voted Leave because they’re a bit racist and got hoodwinked by the shiny, xenophobic demagoguery of the likes of Nigel Farage.

This idea — that the poor are easy prey for demagogues — is the same claptrap the Chartists had to put up with in the 1840s. Their snooty critics frequently told them that, since the poor do not have a ‘ripened wisdom’ they are ‘more exposed than any other class… to be converted to the vicious ends of faction’. Now, the metropolitan set once again accuse the little people of exactly the same thing.

Surveys, however, dent this claim that the anti-EU throng was driven by disdain for foreigners. In a post-vote ComRes poll, only 34 per cent of Leave voters cited concern about immigration as their main reason for voting out (and concern about immigration isn’t necessarily racism). A majority, 53 per cent, said they rejected the EU because they think Britain should make its own laws. So this swath of the country, defamed as a brainless pogrom-in-waiting, was actually voting for democracy.

Then came the pitiers. Their diagnosis was a therapeutic one: that the less well-off suffered a spasm of anger. That they felt so ignored they decided to lash out crazily, but understandably. Don’t be sucked in by this seemingly caring, Oprah-esque analysis of the masses, for it is also a way of demeaning their democratic choice by treating it as a primal scream rather than a political statement. It turns a conscious rebellion against the establishment outlook into a soppy plea for more listening exercises.

But my take, from talking to numerous Leave voters, is not that they feel slighted by the political class but that they oppose it. Their concern isn’t that the elite is ignoring them but rather that it is interfering too much. They are sick of being castigated for their way of life. People have a strong sense of being ruled over by institutions that fundamentally loathe them, or at least consider them to be in dire need of moral and social correction.

In Burnt Oak, the tiny working-class suburb in north-west London where I grew up, it wasn’t hard to find Leave voters, even though the borough, Barnet, voted Remain by 100,000 to 61,000 votes. All said a similar thing: ‘They look down on us.’ Everyone I spoke to said they’d had a gutful of being branded racist simply because they feel British. To prove that foreigner-bashing isn’t their thing, many of them point out that they work and socialise with Romanians (of whom there are huge numbers in Burnt Oak).

They feel patronised, slandered and distrusted, not ignored. They feel their working-class culture and attitudes are viewed with contempt. These are the kind of people looked upon by officialdom as unhealthy and un-PC, too rowdy at the football, too keen to procreate, too fond of booze, too sweary: too attached to the idea of England.

This rebellion wasn’t caused by racism or a paroxysm of infantile anger. It was considered. The workers spied an opportunity to take the elite that despises them down a peg or two — and they seized it. They asserted their power, and in the process, blimey: they changed the world.

Voir aussi:

The London Riots 1381: The blood-soaked uprising which changed the face of England forever
Professor John Gillingham
The Daily Mail
30 September 2011

They make for a rag-tag army. One of them is an elderly shepherd armed with nothing more deadly than his crook, another is a young boy who clings for protection to the drum with which he has bravely set the pace of their advance.

Nearby, a fierce-looking youth is spattered with blood from the severed head he carries on top of a long pole.

Others brandish the flaming torches with which they have set London ablaze, and in front of them stands a  thick-set brute, his face glistening with sweat from the battles recently won and his sword drawn ready for those that lie ahead.

Rag-tag army: The Peasants’ Revolt of 1381 was the uprising that saw tens of thousands of England’s poorest countrymen come close to overthrowing the establishment
It is this man, Wat Tyler, whose name will go down in history. As leader of the Peasants’ Revolt of 1381, he will be remembered for the uprising that saw tens of thousands of his poorest countrymen come close to overthrowing the establishment.

Until now, we have had only the illustrations in history books to help  us picture their struggle. But thanks  to the work of British photographer  Red Saunders, we can come closer than ever to appreciating their deadly determination.

Saunders specialises in photographing huge tableaux vivants, living pictures in which dozens of actors recreate key moments in British history.

His latest creations, showcased in a new exhibition in Bradford, include this depiction of the Peasants’ Revolt, and it offers many fascinating insights into why the uprising happened — and why it took the bloody course that it did.

The first lies in the extraordinary array of weapons featured in the photograph. Alongside the swords and pikes, whose steel glints in the fiery glow over London, we see pick-axes, pitchforks and scythes more usually wielded on farms, but put to lethal new use as implements of death.

This reminds us that the insurgents were not political saboteurs, but ordinary men and women, usually content to fight only the elements as they struggled to make a living from the land, but driven to mutiny and murder by the actions of their over-bearing and greedy rulers.

Just 30 years previously, the Black Death had killed a third of the population — which then numbered between two and three million.

Many of those depicted in the photograph will have lost family or friends to a catastrophe unimaginable by modern standards.

Though it would not have helped these peasants in their grief, there was one ‘benefit’ of this sudden cull of much of the nation’s workforce. With fewer labourers to work the land, demand for their services was all  the higher.

Their wages should have risen accordingly, but in the years leading up to the Peasants’ Revolt a series of statutes were introduced imposing an ungenerous limit on the wages farm labourers could be paid.

On top of this were the frustrations  of serfdom, the centuries-old practice by which some peasants were still forced to work part of the time free of charge for their rich and powerful landlords.

And then there was the introduction of a series of poll taxes to help fund the latest wars with France.

Everyone had to pay a shilling — a pittance for the ruling classes, but a significant amount for those bound to them in serfdom.

As if this was not provocative enough, the commissioners sent out to enforce these payments often abused their power, particularly when it came to investigating whether young girls in a household were over 15, the age at which the poll tax became payable.

Frightened girls were forced to lift their skirts while these officials examined them for signs of maturity and sexual experience. If a girl was no longer a virgin, she was deemed old enough to pay the poll tax, whether she had reached 15 or not.

Such outrages fomented public opinion, and matters appear to have reached a tipping point in May 1381, following the visit of a tax collector to the Essex village of Fobbing.

Fascinating insight: Just 30 years previously, the Black Death killed a third of the population. Many of those in the image will have lost family or friends to the catastrophe

The residents took great umbrage at his presence and threw him out, later giving the same treatment to soldiers sent to re-establish law and order by the 14-year-old Richard II.

Unrest spread quickly throughout the South-East. The following month, a group of men marched on Rochester Castle in Kent and freed a man imprisoned for refusing to work as a serf.

They were led by Wat Tyler, a man we know little about except that, as his name suggests, he may have been a roofer by trade.

The efficiency with which he led his forces suggests he had experience as a soldier, perhaps as part of a militia raised by the local lord to join in the war against France.

Deadly: As the drunken in this part of the image suggests, some of the rebels liked a drink. A few were burnt to death when they became too inebriated to escape fire
Soon there were two great  peasant armies marching on London — one led by Tyler, the other a  contingent from Essex under the command of a man called Jack Straw, most likely a thatcher.

Many thousands in number, their ranks included trained soldiers, as suggested by the photograph, but there were many civilians, too, including those like the blood-smeared blacksmith seen on Wat Tyler’s right, the understandably fearful-looking shepherd next to the drummer boy, and the young farmhand placing a protective arm around his pregnant wife, who is presumably a camp follower.

In the words of medieval poet John Gower: ‘Savage hordes approached the city like waves of the sea/At their head a peasant captain urged the madmen on/With cruel eagerness for slaughter, he shouted: “Burn and Kill.” ’

En route, they destroyed many tax records and registers, and beheaded several tax officials who tried to stop them.

Their march must have been a  terrifying prospect for the nation’s rulers, but it’s important to understand these people were not rising up against the young King. They were patriots, as suggested by the flag of St George on the right of the photograph.

Indeed, the Kent contingent gave instructions that no one living within ten miles of the South Coast was allowed to join them because these men were needed to repel any French invaders who might take advantage of their absence.

Their argument was with the King’s advisers and, with the help of Londoners who opened the gates of the city for them, they began their attacks on those they believed responsible for their oppression.

Along the way, their targets included many lawyers, as representatives of the judicial system that had kept peasants in serfdom and wages low — it is perhaps one of these unfortunates whose head is being paraded so proudly by the rebels in the photograph.

Soon they reached their ultimate prize, the Palace of Savoy, the  official residence of John of Gaunt, the King’s uncle and the real power behind the throne.

It is this great fortress — where the Savoy hotel stands today — that can be seen burning in the picture.

Luckily for John of Gaunt, he was away at the time, dealing with border disputes in Scotland, for he would almost certainly have been executed, too.

As it was, his palace was virtually destroyed though not, it’s interesting to note, looted.

As the drunken man to the right of the photograph suggests, some of the rebels liked a drink. A few of them were burnt to death when they invaded the palace’s wine  cellar and became too inebriated to escape the flames from a fire started by their fellow peasants.

But when another raider stole a piece of silver from the treasury and tried to hide it, his companions threw both it and him into the fire, saying they were lovers of truth and justice, not thieves.

The sack of the Savoy Palace must have been an electrifying moment for the rebels. Soon they went on to storm the Tower of London, seizing and beheading the Archbishop of Canterbury and the Prior of St John’s, Clerkenwell.

This was not because these two unfortunates were churchmen, but because they held high political office, being the equivalent of the prime minister and Chancellor of the Exchequer today.

Historical ‘evidence’: Leveller Women in the English Revolution, 1647 is another of Red Saunders’ ‘tableaux vivants’ which recreates famous – and not so famous – scenes from the past
To avoid further trouble, the King agreed to meet Tyler in Smithfield, just outside the eastern city walls.

Whether or not this was a deliberate trap has been debated ever since, but during the meeting the Mayor of London, outraged by Tyler’s demands and his arrogant manner when talking to the King, drew his dagger and stabbed him in the neck.

The rebel leader was taken to St Barts hospital but, on the Mayor’s orders, he was dragged from his bed and beheaded.

Suddenly, the revolt was over, just a few days after it began, and 150 of the protesters were later hanged for treason.

Yet the revolt had not been entirely in vain. The poll tax was abolished soon afterwards and it would be another 300 years before the ministers of Charles I would attempt to reintroduce it.

Successive governments, it seemed, were haunted by the ‘people power’ demonstrated during the Peasants’ Revolt. Looking at the rather fearsome bunch of characters assembled in this photograph, it’s easy to understand why.

Voir également:

Anti-Brexit Elites Aren’t the Ones Who Suffer from Their Policies
Victor Davis Hanson
National Review Online
July 1, 2016

Following the Brexit, Europe may witness even more plebiscites against the undemocratic European Union throughout the continent.

The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes.

But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business.

The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity.

On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania.

Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform.

In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract.

The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention.

Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights.

No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays.

Many Americans were bewildered by the logic. It’s reasonable to conclude that the shooter was conflicted over his religion’s strict prohibitions about his lifestyle — and especially the American brand of tolerance as exemplified by the nightclub. Mateen’s immigrant father from Afghanistan is a crude homophobe who had praised the murderous Taliban. Mateen somehow had cleared all background checks and on at least two occasions had been interviewed and dismissed by the FBI.

In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection.

Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun.

In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant.

The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh.

America’s version of the British antidote to elite hypocrisy is the buffoonish populist Donald Trump. Like the architects of Brexit, he arose not from what he was for, but what he said he was against.

Voir encore:

Obama’s Brexit overreach is typical of his arrogance
The British politicians counting on his endorsement don’t understand the resentment he can cause
Tim Montgomerie
The Spectator
23 April 2016

Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him.

Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne.

The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable.

That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’.

It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’.

It’s natural that Britain’s admirers want us to stay in the EU. As the former Australian PM, Tony Abbott, recently put it, ‘There is no international problem that British involvement doesn’t improve’, and ‘no international organisation that British membership doesn’t help’. Abbott, Obama and countless other global politicians don’t worry much about what EU membership means for the British economy or British democracy. They simply want us to put our national interests second and the wider interest first. Few of them would allow citizens of much poorer neighbouring states to have full rights to live and work in their countries or let foreign courts change their laws. But that, apparently, is what Britain should accept.

The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions.

All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’.

It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation.

It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans.

You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband.

Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault.

Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too.

Voir de plus:

Le Brexit face à Bruxelles, c’est l’Eglise anglicane face au Vatican
Pierre-Henri d’Argenson
Le Figaro
01/07/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE : Pour Pierre-Henri d’Argenson, le Brexit ressemble à la fondation de l’Eglise anglicane par Henry VIII. Portant le «religieux projet européen, Mgr Juncker, évêque de Bruxelles, rêve d’apporter la paix libérale au monde et de suspendre l’histoire».

Pierre-Henri d’Argenson est haut-fonctionnaire, titulaire d’un master de politique européenne ( London School of Economics), fin connaisseur des affaires européennes et ancien maître de conférences à Sciences Po Paris en Questions internationales.

L’Union européenne est calquée, dans son essence, sur l’Eglise de Rome et sur le fonctionnement de la foi catholique (dans sa période moyen-âgeuse): dirigée par un pape président de la Commission européenne désigné et contrôlé par la Curie des Etats-membres, elle est la gardienne d’un dogme profane intransigeant dont elle contrôle la stricte observance par ses fidèles à travers l’Europe, sous peine de procès en hérésie et de mises à l’index.

Il est donc évident, pour qui se penche sur le temps long de l’histoire européenne, que le Brexit a un sens éminemment religieux: c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements, de la même façon que le souverain anglais avait tenté de faire annuler son mariage avec Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. L’intransigeance du pape Clément VII

le Brexit a un sens éminemment religieux : c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements.
n’eut d’égal que celle de l’évêque de Bruxelles Jean-Claude Juncker vis-à-vis des demandes britanniques, la première provoquant la rupture avec la papauté par l’édiction en 1534 de l’Acte de suprématie qui fit du roi d’Angleterre le chef suprême de son Eglise, la seconde amenant les Britanniques à quitter l’Union européenne.

Le désarroi qui saisit les Britanniques à la suite du Brexit est d’ailleurs absolument similaire aux doutes qui traversèrent l’Angleterre du XVIème siècle et qui amenèrent Marie Tudor, fille d’Henry VIII, à vainement tenter de restaurer le catholicisme, provoquant à cette occasion de nombreuses violences. C’est peut-être le souvenir inconscient de ces évènements qui poussa David Cameron, pour couper court à tout contre-Brexit belliqueux mais vain, à proclamer haut et fort que ce dernier était définitif.

Si l’on admet la similitude de nature entre le dogme bruxellois et le catéchisme romain, alors le Brexit emporte une signification plus profonde, qui nous emmène au-delà de l’épopée d’Albion. L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet: faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire. Seul le libéralisme intégral prôné par Bruxelles peut accueillir une telle ambition, et une telle dévotion, en tant qu’il se propose de remplacer l’homme d’avant, attaché à sa terre, à sa foi, à ses valeurs, à sa culture, à sa liberté politique, autant de forces qui actionnent les leviers tragiques de l’Histoire, par un homme nouveau, qui ne serait plus animé que par une seule préoccupation: la satisfaction consumériste de ses besoins.

L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet : faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire.
Le marché européen pourrait donc, dans cette optique, remplacer le politique et ses disputes surannées, et offrir enfin aux hommes européens le Saint Graal de la fin de l’Histoire: l’avènement d’un monde immobile vitrifié par l’échange marchand. La loi de l’offre et de la demande, qui donnerait à tout désir son juste prix, pourrait enfin stopper le cours des guerres, la marche des siècles, voire l’expansion de l’univers.

Mais voilà que patatras, le Royaume-Uni vient, à son corps défendant, de briser le mythe! Voilà que l’ «Anglois abominatif», qui a nourri en son sein les pères de l’Eglise du libre-échange (David Ricardo), de la toute-puissance du marché (Adam Smith) et de l’utilitarisme (Jeremy Bentham), piliers idéologiques et religieux de l’Europe de la CECA (ancien testament), du traité de Rome (évangile), de l’Acte (de l’apôtre) unique et de toutes ses directives (canoniques), a subitement décidé de redémarrer l’Histoire, comme on le ferait du moteur poussiéreux d’une vieille Bentley décapotable qui n’aurait ni la climatisation ni le radar de parking, mais qui nous rendrait nos vingt ans et le goût de l’aventure. Ce qu’ont exprimé les Britanniques, ce n’est pas tant le souhait de reprendre leur indépendance vis-à-vis d’une Europe dont il font de toute façon partie que de rompre avec l’idéologie mortifère par laquelle Bruxelles essaie de convaincre les peuples, depuis près de soixante ans, qu’il doivent cesser de désirer quoique ce soit d’autre que de prier dans les supermarchés. Je n’ai aucune fascination pour le tragique de l’Histoire, dont ma famille a, comme beaucoup d’autres, payé le prix. Mais cette Histoire enseigne justement que les plus grandes utopies de paix définitive ont engendré, au nom du Bien et du Progrès, les plus vilains massacres. La vie est mouvement, et les hommes de paix valent mieux que tous les petits livres.

C’est vrai, finalement, ce Brexit a le goût du péché, et il n’est sûrement pas très raisonnable. Mais Dieu qu’il fait du bien!

Voir de plus:

Alain Finkielkraut : « Nul n’est prêt à mourir pour l’Europe »
Sans essayer de deviner quelle sera la suite pour l’UE et le Royaume-Uni, le philosophe explique les raisons du désaveu anglais de la cause européenne.
Propos recueillis par Saïd Mahrane

Le Point

30 juin 2016

Le Point : Le Brexit n’est-il pas, selon vous, la preuve de la difficulté pour les peuples d’éprouver un sentiment à la fois national et européen ?

Alain Finkielkraut : Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck.

Mais beaucoup d’intellectuels de votre génération, qui ont grandi avec le récit traumatique de la Seconde Guerre mondiale, pensent précisément comme Ulrich Beck…

J’aurais moi-même pu penser de la sorte si je n’avais pas croisé la route de grands écrivains d’Europe centrale : Czeslaw Milosz, Kazimierz Brandys et surtout Milan Kundera. Ce sont eux qui ont fait de moi un Européen. Face au communisme russe, ils ne défendaient pas seulement la démocratie et les droits de l’homme, ils défendaient aussi une civilisation. L’Europe était leur identité. Ils m’ont réveillé de mon universalisme facile et ils m’ont fait comprendre que le passé de l’Europe ne se réduisait pas à ses crimes.

Comment dépasser ces traumatismes historiques qui, selon vous, interdisent la transmission de l’héritage européen ?

Il ne faut pas faire le cadeau de l’Europe à Hitler. L’Allemagne, c’est Bach, Goethe, Caspar Friedrich. De même, l’histoire de France ne se réduit pas à la collaboration ou à la guerre d’Algérie. Avec le sens de la continuité historique, les peuples européens doivent retrouver la véritable signification de l’hospitalité. Être hospitalier, c’est offrir quelque chose à celui qu’on reçoit. D’où le rôle névralgique de l’école.

Quand on habite dans une cité ouvrière d’Everton, dans le nord de l’Angleterre, ou dans une zone périurbaine en France, cet héritage est difficilement perceptible à l’œil nu…

La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe.

Certes, mais durant cette campagne, une hostilité s’est manifestée à l’endroit du travailleur polonais, qui est blanc, européen, chrétien…

L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions.

Que vous inspire cette phrase de Stefan Zweig : « L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen » ?

Je ne considère pas que le fait de vouloir être majoritaire dans son propre pays relève de l’égoïsme. C’est une aspiration absolument légitime, qu’il est absurde de criminaliser. Dans son article capital Un Occident kidnappé, la tragédie de l’Europe centrale, Milan Kundera raconte qu’en septembre 1956, le directeur de l’agence de presse de Hongrie envoya par télex dans le monde entier ce message sur l’offensive russe déclenchée contre Budapest et qui allait écraser son bureau : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. » Il affirmait d’un même souffle son identité nationale et son identité européenne.

Alors, précisément, qui serait prêt aujourd’hui à mourir pour l’Europe ?

Il faut arrêter de se payer de mots : nul n’est prêt à mourir. Mais on peut vouloir se défendre. Si renaît le patriotisme en France, si les bobos de la génération Bataclan en viennent à se réconcilier avec le drapeau tricolore et l’hymne national, c’est parce que notre pays est attaqué et, par-delà notre pays, l’Occident « idolâtre », « impie », « dominé par les juifs ». La découverte de cette fragilité peut faire renaître un sentiment européen. Mais nous payons aussi l’enseignement de l’oubli. La culture occupe une place de plus en plus réduite dans nos sociétés. J’éprouve un sentiment de tristesse, d’accablement lorsque je regarde le concours de l’Eurovision. L’Europe, c’était le maximum de diversité dans le minimum d’espace ; l’Eurovision, c’est l’apothéose de l’uniformité. Tous les chanteurs hurlent en anglais et leurs musiques sont devenues indiscernables. L’Europe se vide d’elle-même.

D’aucuns, tel Daniel Cohn-Bendit, considèrent que l’exaltation de l’identité nationale dessert la cause européenne. Vous sentez-vous fautif ?

Absolument pas. Durant dix ans j’ai dirigé une revue intitulée Le Messager européen. J’ai publié notamment un très beau texte de Ludvik Vaculik, l’un des grands protagonistes du printemps de Prague. Il y disait notamment que « c’est par les différences de langue, de foi, de métier que l’Européen a cultivé sa personnalité ». Cette personnalité multiple ne doit pas mourir. Défaire l’Europe pour faire l’Europe, ce n’est pas le bon chemin.

Qu’y a-t-il de commun, selon vous, entre un Irlandais et un Grec ?

Yeats et Cavafy [William Butler Yeats et Constantin Cavafy, poètes irlandais et grec : NDLR].

Très élitiste !

C’est élitiste, car l’école ne fait plus son travail. L’enseignement humaniste a créé l’Europe. Nous aurions dû rester fidèles à cette inspiration. Mais la culture, si longtemps garante de l’unité de l’Europe, est maintenant chassée de partout, même des billets de banque, qui ne représentent plus que des aqueducs ou des ponts.

La langue n’est-elle pas un frein définitif au sentiment d’appartenance européen ? Hannah Arendt disait : « Chaque langue a une façon d’interpréter le monde et les grandes énigmes, produit des investissements imaginaires qui lui sont propres. Elle crée un trait identitaire entre les personnes qui la parlent. C’est une façon de voir et de sentir. »

La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. De là vient qu’un Français éprouve, en Italie ou aux Pays-Bas, un sentiment mêlé d’étrangeté et de familiarité, de dépaysement et de reconnaissance.

Peut-on faire, selon vous, un lien entre le vote pro-Brexit, le vote trumpiste et le vote lepéniste ?

J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main.

Voir par ailleurs:

La polémique sur les « sans-dents » en cinq actes

France tvinfo

 11/09/2014

C’est l’une des révélations de « Merci pour ce moment » les plus dévastatrices pour François Hollande. Depuis la publication du livre, le chef de l’Etat tente d’éteindre la polémique lancée par son ex-compagne Valérie Trierweiler.

« Je suis catastrophé », a-t-il écrit par SMS à une amie. Selon les dires de son entourage, François Hollande a été « atterré » lorsqu’il a appris la publication, à la surprise générale, de Merci pour ce moment, le livre choc de Valérie Trierweiler. Et pour cause : l’ex-Première dame brosse un portrait accablant du chef de l’Etat qui, selon elle, « n’aime pas les pauvres ». Elle lui attribue même une expression hautement polémique, les « sans-dents », pour parler des plus défavorisés.

Une attaque très dure pour un président de gauche. François Hollande s’est dit blessé par la charge de son ancienne compagne, sans toutefois démentir farouchement l’expression. D’après les informations de L’Express, Valérie Trierweiler se dit maintenant prête à fournir les preuves, en cas de procès pour diffamation, de la véracité de ses propos. Retour sur la vraie bombe à retardement de Merci pour ce moment.

Acte 1 : Trierweiler attribue « les sans-dents » à Hollande

La veille de la sortie du récit du passage éphémère de Valérie Trierweiler à l’Elysée, mercredi 3 septembre, l’hebdomadaire Paris Match, employeur de l’ancienne Première dame, publie les bonnes feuilles de l’ouvrage. Parmi les extraits révélés, un passage en particulier retient l’attention. « Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches, écrit Valérie Trierweiler à propos de François Hollande. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : ‘les sans-dents’, très fier de son trait d’humour. »

Acte 2 : François Hollande s’exprime sur le sujet

Vendredi 5 septembre, à l’issue un sommet de l’Otan à Newport (Royaume-Uni), François Hollande réagit à la publication de Merci pour ce moment« Je n’accepterai jamais, déclare-t-il, que puisse être remis en cause ce qui est l’engagement de toute ma vie. » Et le président de la République d’ajouter, en référence à l’expression « les sans-dents » qui lui est attribuée : « Je suis à leur service, les plus humbles, les plus fragiles, les plus pauvres, c’est ma raison d’être. »

Acte 3 : les proches du président prennent sa défense

Dans la foulée, plusieurs membres de la classe politique contestent les faits rapportés par l’ex-Première dame. C’est « n’importe quoi« , réplique Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, sur BFMTV« C’est le contraire de l’engagement politique d’un grand responsable de gauche, socialiste. C’est le contraire de son identité politique », poursuit-elle. Pour Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, « le portrait implicite qui est décrit de [François Hollande] n’est absolument pas la réalité que l’on peut percevoir ».

Ségolène Royal estime en outre qu’il faut « juger les hommes politiques sur leurs actes », rappelant « l’attention portée aux plus précaires » en Corrèze, lorsque François Hollande était à la tête du département. Sophie Dessus, actuelle députée de Corrèze, fait même visiter la chambre d’étudiant (spartiate) du chef de l’Etat lorsqu’il était maire de Tulle, en espérant sans doute démontrer la simplicité du président.

Acte 4 : François Hollande se dit blessé par ces attaques

Le 10 septembre, François Hollande tente, à nouveau, d’éteindre la polémique déclenchée par la petite phrase. Dans une interview au Nouvel Observateur, il se défend de ne pas aimer les « pauvres ». « Je ne veux pas qu’on puisse dire ou écrire que je me moque de la douleur sociale, car c’est un mensonge qui me blesse, riposte le chef de l’Etat. Cette attaque sur les pauvres, les démunis, je l’ai vécue comme un coup porté à ma vie tout entière. » Et d’ajouter : « Dans toutes mes fonctions, dans tous mes mandats, je n’ai pensé qu’à aider, qu’à représenter ceux qui souffrent. »

Acte 5 : Valérie Trierweiler dit avoir une preuve

Mais le président ne nie pas, dans cet entretien à l’Obs, avoir employé la formule. Et ce n’est pas un hasard, selon L’Express, puisque Valérie Trierweiler détiendrait la preuve de ce qu’elle avance dans son livre. L’hebdomadaire croit savoir que l’ex-Première dame a ainsi confié à des proches qu’elle pourrait la sortir si besoin. Et potentiellement en cas de procès pour diffamation ?

En outre, l’ancienne compagne de Hollande aurait conservé tous les textos du chef de l’Etat. Ce qui représente « une arme nucléaire entre les mains d’une femme prête à tout pour prendre sa revanche », lâche L’Express.


Brexit: Attention, une folie peut en cacher une autre ! (Spot the error: When the international standard for breaking up a country is less demanding than a vote on the drinking age or than the rules for a couple seeking a divorce)

27 juin, 2016
PopulationExchangeBrexitBrexitToonSi vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. Churchill
Les principes républicains n’exigent point qu’on se laisse emporter au moindre vent des passions populaires ni qu’on se hâte d’obéir à toutes les impulsions momentanées que la multitude peut recevoir par la main artificieuse des hommes qui flattent ses préjugés pour trahir ses intérêts. Le peuple ne veut, le plus ordinairement, qu’arriver au bien public, cela est vrai ; mais il se trompe souvent en le cherchant […]. Lorsque les vrais intérêts du peuple sont contraires à ses désirs, le devoir de tous ceux qu’il a préposés à la garde de ses intérêts est de combattre l’erreur dont il est momentanément la victime afin de lui donner le temps de se reconnaître et d’envisager les choses de sang-froid. Et il est arrivé plus d’une fois qu’un peuple, sauvé ainsi des fatales conséquences de ses propres erreurs, s’est plu à élever des monuments de reconnaissance aux hommes qui avaient eu le magnanime courage de s’exposer à lui déplaire pour le servir. Alexander Hamilton (1788)
Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions, alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments. James Madison
Si le public était exclu, il serait toujours amené à supposer que la vérité n’a pas été rapportée, ou qu’une partie était supprimée, et que beaucoup de choses se sont passées dont il n’a pas connaissance. Jeremy Bentham (1791)
Pourquoi le besoin de cohérence serait-il un facteur contraignant dans un débat public ? On peut imaginer deux raisons, l’une relative aux sujets de la décision à prendre et l’autre relative aux observateurs du débat. D’une part, lorsqu’une proposition a été lancée de manière publique, elle devient  facilement irréversible si ceux qui vont en profiter sont capables d’en empêcher le retrait. D’autre part, le besoin de cohérence peut être l’effet conjoint de la présence des observateurs et de la vanité de l’orateur. Abandonner une opinion qu’on a d’abord crue vraie implique qu’on s’est trompé, ce qui crée le sentiment déplaisant de dissonance cognitive. Il est donc normal qu’on hésite à abandonner une opinion, même si elle a été adoptée de manière passive plutôt qu’ active. Je conclus sur ce point que Madison eut tort s’il voulait affirmer, ce qui n’est pas évident, que dans le huis clos il n’ y a aucune force qui s’oppose à l’ argumentation. Même si la pression du public et la vanité devant l’audience ne jouent pas, le désir de l’ applaudissement du public interne garde toute sa force. Il convient de soulever une deuxième objection, plus importante celle-ci, à l’éloge que fait Ma dison du huis clos : le huis clos comporte une tendance à déplacer les échanges vers le terrain de la négociation , et à remplacer le souci du b ien commun par le souci du bien privé ou de l’intérêt du groupe. Par exemple, à Philadelphie, il y a eu un marchandage ouvert concernant l’esclavage, qui fut finalement accepté par les États du Nord sous la menace des États esclavagistes de quitter la Convention. De même, la décision d’accorder à chaque État deux sièges au Sénat fut le résultat de la menace des petits États de se retirer. On peut soulever enfin une troisième objection à l’analyse de Madison, laquelle semble sur un point précis manquer de sincérité – fait curieux dans un texte qui se veut l’éloge de cette vertu même. Son analyse ne suffit pas, en effet, à expliquer l’extrême épaisseur du voile qui fut tiré sur les débats et les votes, qui ne furent rendus publics qu’avec un retard de plusieurs décennies. Il existe de bonnes raisons de croire que les constituants américains ont voulu garder le secret sinon permanent, du moins durable, afin de ne pas avoir à craindre que la postérité n’exploite leurs désaccords, peut-être pour jeter un doute sur la légitimité du document. Nous savons que beaucoup de votes à la Convention furent extrêmement serrés. Jon Elster
Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.) (…) je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. (…) A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée. A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (…). Pour le patriote Bouche (…), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (…). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms. La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (…). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (…). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants. Jon Elster
Une autre question abordée pour éclairer le phénomène du vote est celle des votes sophistiqués (ou stratégiques) et des votes insincères. Il convient de distinguer ces deux catégories puisqu’à la différence d’un vote insincère, un vote sophistiqué n’est pas induit par la publicité de la procédure. Un vote insincère est un vote qui va à l’encontre des préférences sincères de l’ agent qui sait que son vote est observé, et qui est motivé soit par un espoir de gain soit par une crainte de sanctions. Dans le dernier cas, on préfère l’option A à l’option B, mais on vote pour B puisqu’un vote pour A aurait entraîné des sanctions de la part des observateurs du vote, que ceux-ci soient d’ autres votants ou des non votants intéressés. Dans le cas typique du vote sophistiqué, un votant fausse l’expression de ses préférences afin de rendre plus probable la victoire d’un candidat, d’un parti ou d’une proposition qu’il préfère à une alternative qui aurait plus de chances de gagner s’il votait selon ses préférences sincères. Concernant le vote insincère, on peut remarquer que lorsque le vote est public, il s’exerce souvent une pression sociale très forte sur l’individu pour voter dans le sens de la majorité. Quand le vote non seulement est public, mais se fait par appel nominal, cette pression s’en trouve renforcée. À la Constituante par exemple, il arriva souvent qu’une majorité évidente lors du vote par assis et levé se transforma en une minorité lorsqu’on demanda l’appel nominal. (…) Premièrement, les actions d’individus qui sont caractérisées par une fausse sophistication risquent de se retourner contre elles-mêmes. Deuxièmement, des individus vraiment sophistiqués risquent de ne pas être capables de déterminer leur choix optimal. La première conclusion relève de l’irrationalité des individus. Un agent qui base ses choix sur l’hypothèse qu’autrui est moins rationnel que lui-même est, par ce fait même, irrationnel. La deuxième conclusion relève de l’indétermination de la théorie du choix rationnel. Il existe en effet de nombreuses situations, notamment dans un contexte stratégique, dans lesquelles cette théorie est incapable de prescrire et de prédire des actions précises. J ’étudie ensuite une autre modalité du vote, la question du scrutin secret par rapport au vote public. Je cherche à déterminer, pour des contextes divers, les effets de l’une et de l’autre fa çon de voter. La question est intimement liée à celle du débat public par rapport au huis clos. Une première opposition est frappante : la Convention de Philadelphie s’est déroulée totalement à huis clos alors que les sessions plénières de la Convention européenne étaient publiques. Il n’est toutefois pas certain que cette différence ait été décisive.Tout d’abord, les effets du huis clos ne sont pas univoques. D’un côté, comme l’a souligné Madison à Phi