Phénomènes mimétiques: Quand les villes tombent malades (After Jerusalem, Florence, Paris, Goa and Tahiti, Havana gets its own syndrome)

31 janvier, 2018
L’opprobre me brise le coeur et je suis malade. Psaumes 69: 21
J’étais incapable de voir ce dont le désir n’avait pas été éveillé en moi par quelque lecture (…) Que de fois, je le savais bien, même si cette page de Goncourt ne me l’eût pas appris, je suis resté incapable d’accorder mon attention à des choses ou à des gens qu’ensuite, une fois que leur image m’avait été présentée dans la solitude par un artiste, j’aurais fait des lieues, risqué la mort pour retrouver. Marcel Proust
La violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur. Michel Serres
Plus d’un siècle après que Charcot a démontré que les hystériques n’étaient pas des simulateurs et que Freud a découvert l’inconscient, il nous est difficile d’accepter que nos souffrances puissent être à la fois réelles et sans cause matérielle. Georges Saline (responsable du département santé environnement de l’INVS)
Chacun a bien compris que « syndrome du bâtiment malsain » est la traduction politiquement correcte d’ »hystérie collective ». Le Monde
J’étais dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. Stendhal (1817)
Devant tant de beauté et de spiritualité, je me suis effondré en pleurs. J’avais des tremblements nerveux. C’était une douleur jouissive. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, peut-être un quart d’heure. Pierre Josse (Guide du routard)
Jérusalem attire toutes sortes de gens. Des fanatiques religieux et des excentriques dérangés mentalement à divers degrés, qui semblent être attirés comme par un aimant dans la ville sainte. Certains d’entre-eux […] étaient des hommes et des femmes qui se prenaient pour des saints, des prophètes, des prêtres, des messies et des rois. Bertha Spafford-Vester
Au rythme où l’on va, toutes les capitales auront bientôt leur syndrome. Pourquoi pas le syndrome de Ouagadougou? Youcef Mahmoudia (psychiatre, Hôtel-Dieu)
C’est une fumisterie. Ils s’inscrivent dans deux contextes particuliers. Soit les patients sont déjà atteints d’un trouble psychiatrique et sont dans un processus délirant à thématique persécutive, messianique ou politique. Soit ce sont des sujets qui sont pré-délirants, qui présentent des troubles minimes qui pour l’œil non avisé passent pour un état dépressif, une angoisse, un ras-le-bol, alors que le délire commence à s’élaborer progressivement. Quand ils arrivent à destination, il s’installe au bout de 24 ou 48 heures. Youcef Mahmoudia (Hôtel-Dieu, Paris)
Ce n’est pas le lieu qui est pathogène. Croire qu’un endroit fait qu’on décompense, ce serait nous ramener à la psychiatrie du 19ème, où l’on croyait aux miasmes. Federico A. Caro (psychiatre, Pôle Paris Centre)
Il s’agit d’un petit nombre de touristes, dont la plupart ont des antécédents psychiatriques importants, qui viennent chaque année à Jérusalem et se prennent pour des personnages bibliques ou des messies. Ils utilisent Jérusalem comme une scène ou une arène pour jouer leur rôle. Moshe Kalian
C’est très difficile de poser l’étiquette de « syndrome du voyageur », on ne le reconnaît pas de façon formelle. Des pétages de plombs, on en a partout, dans le monde entier. On en a eu dernièrement en Chine, au Maroc et en Turquie. Il y a des gens qui, dans un contexte hors habitudes, peuvent déclencher un épisode délirant. Catherine Port-Arondelle (Mondial Assistance)
Ils comptent parmi les curiosités locales de Jérusalem. On les croise dans la vieille ville, aux abords du Mur des lamentations et du dôme du Rocher. Certains sont accoutrés comme Jésus ou Abraham, portant une toge ou enroulés dans des draps piqués à l’hôtel, traînent parfois une croix, tandis que d’autres courent nus dans les rues, sur un mode Adam et Ève. Ils errent en prêchant au milieu des touristes et se lancent dans de grands sermons rarement intelligibles, persuadés qu’ils sont investis d’une mission divine. Chaque année, une trentaine de touristes en visite dans la ville trois fois sainte sont hospitalisés au Centre psychiatrique de Kfar Shaul, situé dans la vieille ville. Le «syndrome de Jérusalem» a été identifié dans les années 1930 par le psychiatre Heinz Herman, après avoir vu défiler plusieurs patients en proie au même délire. Deux tiers des victimes sont de confession juive, les autres sont chrétiennes. (…) Contrairement aux psychiatres Graziella Magherini et Régis Airault, qui affirment respectivement que le syndrome de Stendhal et le syndrome indien frapperaient des voyageurs en bonne santé mentale, Yaïr Bar-El considère qu’il touche à la fois des personnes avec et sans antécédents psychiatriques. Il a établi une typologie précise distinguant trois grands profils de victimes: les psychotiques, les personnes présentant divers troubles mentaux —le voyage de ces deux catégories de personnes étant motivé par une conviction délirante ou bizarre—, et enfin celles qui n’avaient pas de pathologie déclarée. Ces dernières sont rares: selon les résultats de l’étude, sur les 470 victimes recensées entre 1979 et 1993, seules 42 n’avaient pas d’antécédents psychiatriques. La plupart venaient de l’Amérique rurale et avaient reçu une éducation protestante très stricte. Le psychiatre a donc émis l’hypothèse que ces personnes auraient eu un choc en arrivant à Jérusalem car la ville ne correspondait pas à la représentation idéalisée qu’elles en avaient. Sept étapes cliniques ont par ailleurs été identifiées, telles que, par exemple, «l’expression du désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul», «l’obsession d’être pur et propre, avec prise de bains et douches, taille compulsive des ongles de mains et de pieds» ou encore «le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals». Après une à deux semaines de traitement, les patients sont en général capables de rentrer chez eux. (…) Mais certains refusent de quitter la ville. (…) Au cours de ses recherches, Moshe Kalian a trouvé des  premières descriptions du syndrome remontant au 19ème siècle, extraites des mémoires d’habitants de Jérusalem et de récits de pèlerins. (…) La «capitale éternelle» d’Israël semble donc condamnée à continuer d’attirer année après année, parmi le flot ininterrompu de pèlerins, une poignée d’illuminés à la recherche d’un décor à la hauteur de leur démesure. Annabelle Georgen
J’ai craqué dans le Palais des Doges. J’étais dans la salle du Grand Conseil, dont les murs et les plafonds sont entièrement recouverts de peintures. Je me suis sentie submergée par la beauté des lieux. Le décalage avec les autres visiteurs, qui passaient dans la salle en regardant à peine les murs, m’a frappée. J’ai fondu en larmes. C’était comme si je devais porter toute cette beauté à moi toute seule. Séverine (hypnothérapeute, 31 ans)
J’applique ce terme à une série d’attaques soudaines de souffrance mentale aiguë, qui peuvent durer quelques heures ou quelques jours. Les crises vont de l’attaque de panique à l’inconfort physique, comme la peur de s’évanouir, de suffoquer, de mourir ou de devenir fou, avec des vertiges ou de la tachycardie, et dans certains cas la sensation extrêmement désagréable de se trouver dans un environnement hostile. Graziella Magherini
Magherini a choisi le terme de syndrome de Stendhal en référence à l’écrivain français, qui fut l’un des premiers à décrire la vive émotion que peut provoquer la contemplation d’une œuvre d’art lorsqu’il partit à la découverte du berceau de la Renaissance en 1816 (…) Après avoir vu défiler à l’hôpital de Florence une centaine de touristes «en bonne condition mentale» et qui étaient pourtant pris d’une bouffée délirante alors qu’ils visitaient un musée, une église ou un monument, Graziella Magherini a élaboré l’hypothèse que ces crises seraient provoquées par la confrontation à la beauté des œuvres d’art. La majorité de ses patients étant européens, la psychiatre est arrivée à la conclusion qu’ils étaient plus susceptibles d’être victimes du syndrome car ils maîtrisaient les références culturelles permettant d’apprécier les œuvres et de percevoir leurs significations cachées, contrairement à d’autres touristes venus de régions éloignées, comme l’Amérique du Nord ou l’Asie, et aux Italiens eux-mêmes, en quelque sorte «immunisés» à force de vivre entourés d’œuvres d’art. Ce syndrome frapperait surtout les touristes qui visitent Florence en raison de sa concentration exceptionnelle de chefs-d’œuvre artistiques, mais aurait aussi été observé à Ravenne et à Venise. (…) La définition du syndrome de Stendhal proposée par Magherini va à l’encontre de celle du voyage pathologique en cela qu’elle considère que ses victimes ne souffraient pas de troubles psychiatriques avant leur voyage. Communément admise en psychiatrie, la notion de voyage pathologique est considérée comme un trouble du comportement. Au regard de cette définition, l’existence du syndrome de Stendhal est vivement contestée par de nombreux psychiatres pour qui les voyages ne peuvent pas rendre fou. «C’est une fumisterie», lance Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu à Paris. Selon lui, seul le concept de voyages pathologiques est pertinent (…) Au-delà du débat, reste une certitude, à voir les foules qui se pressent devant le David à Florence ou devant la Joconde à Paris: l’art peut éblouir et provoquer une émotion intense même chez les plus sceptiques. Annabelle Georgen
Très souvent, cette déception concerne des étudiantes qui viennent avec une vision de la France assez liée aux films de Godard. Philippe Adam
Il y a pas mal de grèves, les gens peuvent être un peu agressifs verbalement, on peut se faire voler son porte-feuille dans le métro, le taxi peut arriver avec un quart d’heure de retard. C’est quelque chose d’inconcevable au Japon car c’est un pays où tout fonctionne dans la vie quotidienne. On peut par exemple se donner rendez-vous à 13h01 sur le quai et être sûr d’arriver à l’heure. Les Japonais qui sont fragiles peuvent donc devenir très dépressifs à Paris, avoir le sentiment d’être rejetés, ignorés. Eriko Thibierge-Nasu (psychanalyste japonaise)
Identifié dans les années 1980 par le psychiatre japonais Hiroaki Ota, ce syndrome frapperait des Japonais choqués par le décalage entre le Paris romantique et raffiné qu’ils pensaient découvrir et la réalité qu’ils arpentent. (…) Qualité de service laissant à désirer, insécurité et impolitesse sont les principaux griefs des Japonais qui séjournent dans la Ville-Lumière. (…) Difficile d’obtenir des informations précises sur les observations d’Hiroaki Ota, ancien médecin-conseil auprès de l’ambassade du Japon à Paris et attaché à l’hôpital Saint-Anne: il se refuse à toute interview depuis plusieurs années et son livre consacré au sujet n’a été publié qu’en japonais. Ses travaux parallèles sur les voyages pathologiques de Japonais à Paris, qui sont le fait de patients souffrant d’un trouble psychiatrique antérieur au voyage, sont en revanche consultables dans la revue psychiatrique Nervure. Une étude publiée en 2004, et dont Ota est co-auteur, indique que 63 patients japonais ont été admis à l’Hôpital Sainte-Anne «dans un état aigu» entre 1988 et 2004. Il s’agissait de personnalités fragiles «en quête d’une liberté ou d’une libération illusoires» ou de personnes souffrant d’une psychose et dont la venue était motivée par des convictions délirantes. La plupart des patients avaient moins de 30 ans, près d’un sur trois était schizophrène. À l’instar d’une Japonaise de 39 ans, qui s’était rendue à Paris après avoir vu une affiche touristique dans le métro de Tokyo avec pour slogan «La France vous attend», persuadée que cette injonction lui était personnellement destinée. L’étude pointe les obstacles auxquels sont confrontés les Japonais qui viennent s’installer à Paris, au-delà de la déception liée à la ville, telles que la barrière de la langue et les différences de comportements en société. «Ces difficultés, qui peuvent créer très vite une incapacité de communication ou être sources d’erreurs grossières, entraînent sentiment d’étrangeté, angoisse, isolement», notent les chercheurs. (…) Le syndrome de Paris continue d’être le sujet de nombreux reportages dans les journaux du monde entier, mais il est largement remis en cause par la communauté psychiatrique française. «Ça n’existe pas», laisse choir avec une pointe de lassitude dans la voix Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu, pour qui «il ne faut pas confondre un état d’angoisse passager qui peut survenir chez quelqu’un qui est en voyage et n’arrive pas à s’adapter et un état délirant entraînant des troubles du comportement sur la voie publique». Sur la cinquantaine de «voyageurs pathologiques» qui sont hospitalisés chaque année à l’Hôtel-Dieu, à deux pas des principaux sites touristiques, la majorité ne sont d’ailleurs pas des Japonais mais des provinciaux, fait remarquer Youcef Mahmoudia: «Il y a aussi des Italiens, des Belges, des Allemands… Seuls 3 à 5 % sont des Japonais. » Annabelle Georgen
Je n’avais plus aucun repères, tout ce que je regardais était différent, les odeurs et les goûts aussi. Je n’étais jamais seule, il se passait toujours quelque chose autour de moi. L’absence d’hygiène m’a aussi rendu dingue car je n’arrivais plus à aller aux toilettes. J’étais saoulée, hypnotisée, je ne me rendais plus compte de la réalité, je me laissais aller. (…) J’étais au bout du rouleau… Je pensais que j’allais mourir, alors j’ai écrit un journal au cas où ma famille retrouverait mon corps… Claire Kaczynski (artiste)
Le syndrome indien peut toucher tout le monde, j’ai vu des gens qui ne prenaient pas de drogue et qui étaient délirants, qui avaient essayé de partir à la nage pour rentrer chez leurs parents. Heureusement que les proches les avaient entendu hurler au téléphone, sinon on aurait pu croire que je me faisais payer un voyage aux frais de la princesse! Chaque culture semble désigner à ses membres des lieux où il est plus facile de « vaciller ». Pour les Occidentaux, c’est l’axe oriental, avec le grand tour en Italie, Jérusalem, les îles et enfin le syndrome indien, sur les traces de Marco Polo. Ce sera la France pour les Japonais, les pays du Nord pour d’autres ou les lieux chargés de mysticisme… Régis Ayraut
L’évocation de l’Inde fait jaillir une ribambelle de clichés hauts en couleur mêlant le merveilleux à l’affreux, des temples somptueux du Rajasthan aux bûchers de Bénarès, des énigmatiques sadous drapés d’orange aux lépreux endormis sur les trottoirs de Bombay. Dans l’imagerie occidentale, l’Inde est aussi associée aux hippies qui s’y installèrent à partir des années 1960, ce qui fait d’elle le décor idéal du voyage initiatique qu’entreprennent chaque année des milliers de jeunes à travers le monde. Le psychiatre Régis Airault la compare au monde enchanté d’Alice au pays des merveilles ou de Peter Pan dans l’imaginaire des jeunes. Ils ont la vingtaine et c’est souvent leur premier grand trip. Et leur premier choc, à en voir les témoignages qui abondent sur les forums de voyage, évoquant «des regards intenses voire un peu effrayants», «une sensation d’insécurité permanente due à un manque de repères» ou encore «un mal-être devant la misère et le harcèlement perpétuel»… Confrontés à la spiritualité qui imprègne le quotidien, à la foule et à la misère, de nombreux touristes sont victimes d’un choc culturel: ils sont angoissés, certains vont jusqu’à ne plus quitter leur chambre d’hôtel. (…) Certains voyageurs seraient eux victimes du «syndrome indien», décrit par le psychiatre Régis Airault comme une «bouffée délirante avec des mécanismes interprétatifs, hallucinatoires, à thématique persécutive, mystique, qui apparaît après un séjour de quelques semaines». Les principales personnes concernées seraient des jeunes d’une vingtaine d’années. Les histoires de touristes persuadés d’entendre la voix de Kali ou Shiva et qui jettent leurs billets dans la rue en faisant vœu de pauvreté sont légion dans les ambassades en Inde. Lorsqu’il travaillait au consulat de France à Bombay dans les années 1980, Airault a rencontré de nombreux illuminés du bord des routes de l’Inde et procédé à plusieurs rapatriements. Une expérience surprenante qu’il raconte dans un livre passionnant, Fous de l’Inde. Comme la psychiatre italienne Graziella Magherini lorsqu’elle décrit le syndrome de Stendhal, il fait l’hypothèse que le voyage n’est pas pathologique mais pathogène, c’est-à-dire que le syndrome indien frappe des personnes qui n’ont pas d’antécédents psychiatriques. L’Inde rendrait donc fou. Une position contestée par de nombreux psychiatres qui considèrent que les pétages de plombs fréquemment observés chez les touristes circulant en Inde sont à imputer à des pathologies préexistantes ou à une fragilité psychologique favorable à l’éclosion d’un délire, ou encore, dans bien des cas, à la prise de drogues, comme à Goa ou Manali. Annabelle Georgen
Il s’agit de gens qui sont en errance, qui débarquent avec un sac à dos et sont souvent en rupture de traitement. Ils viennent sur un nom qui fait rêver, sur un mythe. Ils se disent: « Pourquoi pas essayer de recommencer ailleurs? » Ils espèrent mettre une aussi grande distance entre eux et leurs problèmes que la distance kilométrique qu’il y a entre la métropole et Tahiti. Michel Mardina (infirmier psychiatrique)
L’île telle qu’on la voit représentée sur les dépliants touristiques, avec ses plages de sable blanc et ses eaux turquoises, est un mythe à elle seule. Dans l’imaginaire de ceux qui vivent sur un continent, elle est la destination de rêve par excellence, le symbole absolu du dépaysement. Ce «fantasme occidental» dont parle le psychiatre Régis Airault, qui a lui-même vécu plusieurs années sur une île, à Mayotte, convoque une imagerie assez naïve et désuète. Dans une étude consacrée aux voyages pathologiques à Tahiti, co-écrite en 1993 par des psychiatres du Centre hospitalier de Polynésie française, trois mythes «qui sous-tendent les velléités des voyageurs en partance pour la Polynésie» ont été dégagés. Le mythe du Robinson, tout d’abord, concerne les «exilés volontaires à la recherche de l’île déserte, où ils pourront se retrouver et mesurer l’essentiel de leur être dans un grand face-à-face avec une nature vierge et rebelle». Le mythe du bout du monde fait lui appel aux «lieux mystérieux et lointains, en général difficiles d’accès, qui apparaissent en communication par des canaux, plus ou moins mystérieux, avec les forces vives du cosmos, où se situent les restes de civilisations disparues, civilisations « mères » détentrices du grand secret». Les auteurs citent l’île de Pâques ou celle de Rapa en exemple. Enfin, le mythe de la Nouvelle Cythère, «le plus connu et le plus galvaudé», notent les auteurs, s’inscrit lui dans la pensée rousseauiste: «C’est le mythe de « l’île de Félicité, où règne la volupté », chère à la pensée du XVIIIème siècle; celui du bon sauvage sans vice parce qu’innocent, et encore à l' »état de nature »: l’enfance de l’humanité.» Les auteurs donnent l’exemple d’un Belge en proie à un état délirant qui s’était rendu sur l’île de Rapa pour «redresser l’axe de la Terre» et «conduire le peuple d’Israël sur le continent Antarctique», puis d’un jeune métropolitain sans antécédents psychiatriques qui était venu à Tahiti pour y refaire sa vie, et qui, face à une «désillusion totale», avait sombré dans la dépression et fait une tentative de suicide. «Il s’agit d’un voyage non pathologique chez un sujet ayant développé par la suite une pathologie […] suite à la confrontation avec la réalité des antipodes», estime l’étude. Pour autant, aucun terme spécifique n’a été établi à ce jour pour désigner les voyageurs en proie à un état délirant lors d’un séjour sur une île tropicale. Régis Airault parle ainsi à la fois de «syndrome des îles ou insulaire, d’Hawaï, de Tahiti, de la Réunion et de Mayotte». Au Centre hospitalier de Polynésie française, «environ quatre ou cinq voyageurs ont été admis ces dernières années», estime Michel Mardina, infirmier psychiatrique. Tous avaient un profil semblable: des jeunes métropolitains âgés de 18 à 35 ans, présentant des troubles psychiatriques, instables sur le plan affectif et souvent sans emploi. (…) Des rêves de vie facile et d’abondance plein la tête, ces jeunes routards sont vite confrontés à la réalité à leur arrivée: un marché de l’emploi saturé et un coût de la vie très élevé. «La pathologie refait alors surface parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchaient. Ils décompensent et arrivent à l’hôpital en état de crise, sur un mode qui ressemble à une bouffée délirante», poursuit l’infirmier. Déprime et sentiment de solitude attendraient aussi souvent au tournant les métropolitains sans antécédents psychiatriques qui plaquent tout pour aller vivre au soleil, dans les Dom-Tom. (…) Les forums de métropolitains expatriés sous les tropiques évoquent souvent ce spleen, et il existe même un guide pratique destiné à ceux qui partent s’installer aux Antilles. Là encore, la carte postale s’avère trompeuse. (…) Au terme de ce voyage dans les folies touristiques, de l‘Italie à l’Inde en passant par la France et Israël, une question demeure: sommes-nous donc prédisposés à décompenser dans certains endroits plus qu’ailleurs? Dans des lieux chargés d’histoire, de spiritualité ou tout simplement idéalisés quand on les contemple de loin, depuis chez soi? La communauté psychiatrique est divisée à ce sujet et peu de travaux actuels tentent de l’aborder d’un point de vue global. La classification de «syndrome du voyageur» n’est d’ailleurs pas utilisée aujourd’hui chez les assureurs. (…) L’utilisation du terme de syndrome est considérée comme abusive par de nombreux psychiatres, et son rattachement à des lieux spécifiques fait craindre une surenchère de son emploi. Annabelle Georgen

Après les syndromes de Jérusalem, FlorenceParis, Goa et Tahiti…

Voici, entre  le syndrome de La Havane !

A l’heure où après les diplomates américains à Cuba …

Et entre troubles auditifs et douleurs cérébrales …

C’est à présent aux touristes d’être touchés …

Comment ne pas repenser …

A ces fameux syndromes du voyageur

Dont Anabelle Georgen avait fait il y a quelques années une intéressante recension sur Slate …

Avec naturellement comme pour les bâtiments qui tombent malades

Et derrière les termes médicaux qui se multiplient (hystérie collective ou de masse, contagion comportementale, psychose collective, réaction collective au stress, dérangement psychique transitoire, contextuel et épidémique réaction de conversion collective, psychopathologie de groupe, panique de masse, épidémie de symptômes psychiatriques, malaises de masse sociogéniques ou psychogéniques) …

Les manifestations de somatisation étrangement récurrentes voire stéréotypées (douleurs et malaises musculo-squelettiques, difficultés à respirer, nausées, faiblesses, étourdissements, maux de tête, embrouillement de la vision) …

Le même mode de déroulement: convergence (plusieurs personnes développent des symptômes indépendamment les unes des autres), déclencheur (l’occurrence ou la perception d’un événement précis et inhabituel ou souvent une odeur étrange) et la contagion (propagation soit par rayonnement via les travailleurs-euses voisins soit par le réseau des individus intimement liés, compliqué à nouveau par l’accès à l’internet) …

Et le contexte de tension sociale ou internationale (crises sociales ou économiques, guerres, bouleversement sociaux ou religieux, etc.) …

Depuis les « maladies dansantes » de l’Europe médiévale (danse de Saint-Guy, intoxications ergotées, « feu Saint-Antoine » ou « mal des ardents »),  les épidémies de couvents (manie de morsure dans des couvents allemands au moment de l’éclatement du monde religieux de la Réforme), les renouveaux protestants américains (phénomènes collectifs extatiques), ou européens (sainte Bernadette, sainte Thérèse) …

Les hystéries collectives des établissement d’enseignement et des usines et manufactures (Hodder Bridge, écoles de garçons 1860, réactions de panique dans l’armée, évanouissements en chaîne des campagnes de collecte de sang, suicides collectifs, poussées de violence, émeutes raciales …

Tous les ingrédients des crises mimétiques si bien décrites par René Girard …

A partir de la nature notoirement mimétique des animaux supérieurs que nous sommes (« monkey see monkey do »), comme on le voit quotidiennement autour de nous que ce soit les épidémies de quintes de toux dans les concerts ou de fous rires en classe de nos enfants ou de nos enfances ou, plus contrôlés, pendant les spectacles des humoristes, mais aussi les « épidémies » de symptômes des maladies étudiées dans les écoles de médecine …

Mais surtout sur ce besoin d’exutoire et d’externalisation des surcharges de stress, au niveau individuel comme de tout un groupe social, que l’on retrouve dans toutes les sociétés sacrificielles mais qui, avec la disparition desdits sacrifices ou de leurs substituts sociaux (les pogroms de juifs et autres cagots servant de boucs émissaires) tendraient à s’internaliser et à se somatiser?

Cuba : des touristes se plaignent du même mal que les diplomates américain

Le département d’État des États-Unis a reçu « une poignée » de plaintes de touristes américains à Cuba qui disent avoir souffert de symptômes similaires à ceux des diplomates affectés à La Havane par de mystérieuses « attaques », a annoncé un responsable. Le gouvernement américain n’est cependant pas en mesure de vérifier les informations communiquées par ces ressortissants.

L’administration Trump a ordonné mardi l’expulsion de 15 diplomates de l’ambassade de Cuba à Washington après le rapatriement de la moitié du personnel diplomatique américain en poste à La Havane la semaine passée, en raison de ces « attaques » auditives.

La semaine dernière, le département d’Etat avait émis un avertissement, déconseillant aux touristes américains de se rendre à Cuba en raison de ces attaques inexpliquées, sources de pertes d’audition, de vertiges et de fatigue chez 22 diplomates américains.

Cuba dément toute implication. Les enquêtes lancées sur place n’ont pour le moment donné aucun résultat.

Voir aussi:

Jérusalem ou le choc messianique

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 4/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Quatrième étape de notre cartographie de ce phénomène avec les crises mystiques observées en Israël.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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Ils comptent parmi les curiosités locales de Jérusalem. On les croise dans la vieille ville, aux abords du Mur des lamentations et du dôme du Rocher. Certains sont accoutrés comme Jésus ou Abraham, portant une toge ou enroulés dans des draps piqués à l’hôtel, traînent parfois une croix, tandis que d’autres courent nus dans les rues, sur un mode Adam et Ève. Ils errent en prêchant au milieu des touristes et se lancent dans de grands sermons rarement intelligibles, persuadés qu’ils sont investis d’une mission divine.

Chaque année, une trentaine de touristes en visite dans la ville trois fois sainte sont hospitalisés au Centre psychiatrique de Kfar Shaul, situé dans la vieille ville. Le «syndrome de Jérusalem» a été identifié dans les années 1930 par le psychiatre Heinz Herman, après avoir vu défiler plusieurs patients en proie au même délire. «Il s’agit d’un petit nombre de touristes, dont la plupart ont des antécédents psychiatriques importants, qui viennent chaque année à Jérusalem et se prennent pour des personnages bibliques ou des messies. Ils utilisent Jérusalem comme une scène ou une arène pour jouer leur rôle», explique le docteur Moshe Kalian, psychiatre au ministère de la Santé israélienne et spécialiste du syndrome de Jérusalem.

Deux tiers des victimes sont de confession juive, les autres sont chrétiennes. Contacté afin de savoir si des ressortissants français avaient été touchés par ce syndrome ces dernières années, le consulat général de France à Jérusalem n’a pas souhaité répondre à nos questions.

«Besoin de chanter des psaumes»

Contrairement aux psychiatres Graziella Magherini et Régis Airault, qui affirment respectivement que le syndrome de Stendhal et le syndrome indien frapperaient des voyageurs en bonne santé mentale, Yaïr Bar-El considère qu’il touche à la fois des personnes avec et sans antécédents psychiatriques. Il a établi une typologie précise distinguant trois grands profils de victimes: les psychotiques, les personnes présentant divers troubles mentaux —le voyage de ces deux catégories de personnes étant motivé par une conviction délirante ou bizarre—, et enfin celles qui n’avaient pas de pathologie déclarée.

Ces dernières sont rares: selon les résultats de l’étude, sur les 470 victimes recensées entre 1979 et 1993, seules 42 n’avaient pas d’antécédents psychiatriques. La plupart venaient de l’Amérique rurale et avaient reçu une éducation protestante très stricte. Le psychiatre a donc émis l’hypothèse que ces personnes auraient eu un choc en arrivant à Jérusalem car la ville ne correspondait pas à la représentation idéalisée qu’elles en avaient.

Sept étapes cliniques ont par ailleurs été identifiées, telles que, par exemple, «l’expression du désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul», «l’obsession d’être pur et propre, avec prise de bains et douches, taille compulsive des ongles de mains et de pieds» ou encore «le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals».

Après une à deux semaines de traitement, les patients sont en général capables de rentrer chez eux. «Le traitement dépend de l’état du patient, de son passé psychiatrique et de la capacité d’établir un contact verbal avec lui», explique Moshe Kalian. «Lorsque ceci est possible, nous essayons toujours de l’aider à comprendre le contexte ou la raison de ce qu’il lui est arrivé».

Aimant à fanatiques et excentriques

Mais certains refusent de quitter la ville. Dans un reportage paru dans la revue israélienne Ariel, Leah Abramowitz décrit quelques illuminés qui se sont installés à Jérusalem et qu’on croise aux heures tardive aux abords du Mur des lamentations, à l’instar de Motelé, «toujours de blanc vêtu, portant barbe fleurie et grisonnante»:

«Des fois, pour la frime, il se tient sur le toit du grand rabbinat pour vociférer une prière. Les non-initiés s’imaginent que c’est une voix céleste et on en a vu même qui s’engagent au repentir, du moins pour la demi-heure qui suit.»

Au cours de ses recherches, Moshe Kalian a trouvé des  premières descriptions du syndrome remontant au 19ème siècle, extraites des mémoires d’habitants de Jérusalem et de récits de pèlerins. Bertha Spafford-Vester, fille de colons américains établis en Israël à la fin du 19ème siècle, raconte ainsi dans ses mémoires:

«Jérusalem attire toutes sortes de gens. Des fanatiques religieux et des excentriques dérangés mentalement à divers degrés, qui semblent être attirés comme par un aimant dans la ville sainte. Certains d’entre-eux […] étaient des hommes et des femmes qui se prenaient pour des saints, des prophètes, des prêtes, des messies et des rois.»

La «capitale éternelle» d’Israël semble donc condamnée à continuer d’attirer année après année, parmi le flot ininterrompu de pèlerins, une poignée d’illuminés à la recherche d’un décor à la hauteur de leur démesure.

Voir également:

Florence ou le choc esthétique

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 1/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Première étape de notre cartographie de ce phénomène en Italie.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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Il s’en souvient comme si c’était hier:

«Les couleurs se sont mises à éclater, à exploser!»

Pierre Josse, rédacteur en chef du Routard, le célèbre guide de voyage, a été submergé par une émotion intense lors d’un voyage à Florence il y a vingt-cinq ans, alors qu’il contemplait une vierge à l’enfant peinte par Fra Angelico:

«Devant tant de beauté et de spiritualité, je me suis effondré en pleurs. J’avais des tremblements nerveux. C’était une douleur jouissive. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, peut-être un quart d’heure.»

A-t-il été victime du «syndrome de Stendhal» identifié à la fin des années 1980 par la psychiatre italienne Graziella Magherini? «Je l’ai effectivement vécu. C’est mieux « vécu » plutôt que victime, car j’en garde un souvenir ému!»

«Attaques soudaines»

Sa description est en effet assez éloignée des symptômes signalés par Magherini: «J’applique ce terme à une série d’attaques soudaines de souffrance mentale aiguë, qui peuvent durer quelques heures ou quelques jours», explique la psychiatre. «Les crises vont de l’attaque de panique à l’inconfort physique, comme la peur de s’évanouir, de suffoquer, de mourir ou de devenir fou, avec des vertiges ou de la tachycardie, et dans certains cas la sensation extrêmement désagréable de se trouver dans un environnement hostile.» Dans son livre La Sindrome di Stendhal, elle décrit entre autres le cas d’une jeune femme en état de grande confusion mentale, qui errait dans le jardin de Boboli deux dessins à la main, inspirés par des peintures de Botticelli.

Magherini a choisi le terme de syndrome de Stendhal en référence à l’écrivain français, qui fut l’un des premiers à décrire la vive émotion que peut provoquer la contemplation d’une œuvre d’art lorsqu’il partit à la découverte du berceau de la Renaissance en 1816:

«J’étais dans une sorte d’extase par l’idée d’être à Florence et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.»

Les Européens en première ligne

Après avoir vu défiler à l’hôpital de Florence une centaine de touristes «en bonne condition mentale» et qui étaient pourtant pris d’une bouffée délirante alors qu’ils visitaient un musée, une église ou un monument, Graziella Magherini a élaboré l’hypothèse que ces crises seraient provoquées par la confrontation à la beauté des œuvres d’art.

La majorité de ses patients étant européens, la psychiatre est arrivée à la conclusion qu’ils étaient plus susceptibles d’être victimes du syndrome car ils maîtrisaient les références culturelles permettant d’apprécier les œuvres et de percevoir leurs significations cachées, contrairement à d’autres touristes venus de régions éloignées, comme l’Amérique du Nord ou l’Asie, et aux Italiens eux-mêmes, en quelque sorte «immunisés» à force de vivre entourés d’œuvres d’art.

Ce syndrome frapperait surtout les touristes qui visitent Florence en raison de sa concentration exceptionnelle de chefs-d’œuvre artistiques, mais aurait aussi été observé à Ravenne et à Venise. C’est ainsi que Séverine, hypnothérapeute de 31 ans, a succombé à la beauté de la Sérénissime il y a quatre ans, lors d’un séjour en amoureux:

«J’ai craqué dans le Palais des Doges. J’étais dans la salle du Grand Conseil, dont les murs et les plafonds sont entièrement recouverts de peintures. Je me suis sentie submergée par la beauté des lieux. Le décalage avec les autres visiteurs, qui passaient dans la salle en regardant à peine les murs, m’a frappée. J’ai fondu en larmes. C’était comme si je devais porter toute cette beauté à moi toute seule.»

Mais comme Pierre Josse, elle n’a ni fini à l’hôpital ni été rapatriée en France. Elle préfère parler d’un «choc émotionnel».

Vivement contesté

La définition du syndrome de Stendhal proposée par Magherini va à l’encontre de celle du voyage pathologique en cela qu’elle considère que ses victimes ne souffraient pas de troubles psychiatriques avant leur voyage. Communément admise en psychiatrie, la notion de voyage pathologique est considérée comme un trouble du comportement.

Au regard de cette définition, l’existence du syndrome de Stendhal est vivement contestée par de nombreux psychiatres pour qui les voyages ne peuvent pas rendre fou. «C’est une fumisterie», lance Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu à Paris. Selon lui, seul le concept de voyages pathologiques est pertinent:

«Ils s’inscrivent dans deux contextes particuliers. Soit les patients sont déjà atteints d’un trouble psychiatrique et sont dans un processus délirant à thématique persécutive, messianique ou politique. Soit ce sont des sujets qui sont pré-délirants, qui présentent des troubles minimes qui pour l’œil non avisé passent pour un état dépressif, une angoisse, un ras-le-bol, alors que le délire commence à s’élaborer progressivement. Quand ils arrivent à destination, il s’installe au bout de 24 ou 48 heures.»

Federico A. Caro, psychiatre au Pôle Paris Centre et auteur d’un mémoire consacré au voyage pathologique, enfonce le clou:

«Ce n’est pas le lieu qui est pathogène. Croire qu’un endroit fait qu’on décompense, ce serait nous ramener à la psychiatrie du 19ème, où l’on croyait aux miasmes.»

Au-delà du débat, reste une certitude, à voir les foules qui se pressent devant le David à Florence ou devant la Joconde à Paris: l’art peut éblouir et provoquer une émotion intense même chez les plus sceptiques.

Voir de même:

Paris ou le choc de la réalité

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 3/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Troisième étape de notre cartographie de ce phénomène avec le supposé «syndrome japonais».

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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«Arrêtez de croire que tout le monde vous regarde. Arrêtez de croire que tout le monde vous juge et que tout le monde vous en veut. Vous êtes à Paris, vous avez de la chance», s’entend répéter chaque fois qu’elle se rend à l’ambassade du Japon l’étudiante japonaise déprimée qu’imagine l’écrivain français Philippe Adam dans sa nouvelle Le Syndrome de Paris.

Identifié dans les années 1980 par le psychiatre japonais Hiroaki Ota, ce syndrome frapperait des Japonais choqués par le décalage entre le Paris romantique et raffiné qu’ils pensaient découvrir et la réalité qu’ils arpentent. «Très souvent, cette déception concerne des étudiantes qui viennent avec une vision de la France assez liée aux films de Godard», estime Philippe Adam, qui a séjourné au Japon et rencontré des Japonaises vivant à Paris avant d’écrire sa nouvelle consacrée au sujet. Qualité de service laissant à désirer, insécurité et impolitesse sont les principaux griefs des Japonais qui séjournent dans la Ville-Lumière.

«Il y a pas mal de grèves, les gens peuvent être un peu agressifs verbalement, on peut se faire voler son porte-feuille dans le métro, le taxi peut arriver avec un quart d’heure de retard», indique la psychanalyste japonaise Eriko Thibierge-Nasu. «C’est quelque chose d’inconcevable au Japon car c’est un pays où tout fonctionne dans la vie quotidienne. On peut par exemple se donner rendez-vous à 13h01 sur le quai et être sûr d’arriver à l’heure. Les Japonais qui sont fragiles peuvent donc devenir très dépressifs à Paris, avoir le sentiment d’être rejetés, ignorés», ajoute la psychanalyste, qui trouve le terme de «syndrome» exagéré et lui préfère celui de «malaise».

Différences de comportement

Difficile d’obtenir des informations précises sur les observations d’Hiroaki Ota, ancien médecin-conseil auprès de l’ambassade du Japon à Paris et attaché à l’hôpital Saint-Anne: il se refuse à toute interview depuis plusieurs années et son livre consacré au sujet n’a été publié qu’en japonais. Ses travaux parallèles sur les voyages pathologiques de Japonais à Paris, qui sont le fait de patients souffrant d’un trouble psychiatrique antérieur au voyage, sont en revanche consultables dans la revue psychiatrique Nervure.

Une étude publiée en 2004, et dont Ota est co-auteur, indique que 63 patients japonais ont été admis à l’Hôpital Sainte-Anne «dans un état aigu» entre 1988 et 2004. Il s’agissait de personnalités fragiles «en quête d’une liberté ou d’une libération illusoires» ou de personnes souffrant d’une psychose et dont la venue était motivée par des convictions délirantes. La plupart des patients avaient moins de 30 ans, près d’un sur trois était schizophrène. À l’instar d’une Japonaise de 39 ans, qui s’était rendue à Paris après avoir vu une affiche touristique dans le métro de Tokyo avec pour slogan «La France vous attend», persuadée que cette injonction lui était personnellement destinée.

L’étude pointe les obstacles auxquels sont confrontés les Japonais qui viennent s’installer à Paris, au-delà de la déception liée à la ville, telles que la barrière de la langue et les différences de comportements en société. «Ces difficultés, qui peuvent créer très vite une incapacité de communication ou être sources d’erreurs grossières, entraînent sentiment d’étrangeté, angoisse, isolement», notent les chercheurs.

Le suivi du patient par un psychiatre de langue japonaise et une médication adaptée aux troubles permettent de calmer la crise. La plupart des patients n’étant pas en état de rentrer seuls au Japon, ils sont généralement accompagnés par un proche dépêché à Paris ou bien rapatriés. Contactée à ce sujet, l’ambassade du Japon à Paris indique ne pas avoir «procédé à des rapatriements de ressortissants japonais touchés par ce type de syndrome» en 2011, contrairement à ce qu’affirmait récemment le magazine américain The Atlantic, sans citer ses sources.

«Ça n’existe pas»

Le syndrome de Paris continue d’être le sujet de nombreux reportages dans les journaux du monde entier, mais il est largement remis en cause par la communauté psychiatrique française. «Ça n’existe pas», laisse choir avec une pointe de lassitude dans la voix Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu, pour qui «il ne faut pas confondre un état d’angoisse passager qui peut survenir chez quelqu’un qui est en voyage et n’arrive pas à s’adapter et un état délirant entraînant des troubles du comportement sur la voie publique».

Sur la cinquantaine de «voyageurs pathologiques» qui sont hospitalisés chaque année à l’Hôtel-Dieu, à deux pas des principaux sites touristiques, la majorité ne sont d’ailleurs pas des Japonais mais des provinciaux, fait remarquer Youcef Mahmoudia:

«Il y a aussi des Italiens, des Belges, des Allemands… Seuls 3 à 5 % sont des Japonais.»

Ce phénomène ne semble en tout cas pas décourager les Japonais: 700.000 d’entre eux se sont rendus en France en 2010 et la plupart sont bien informés de la réalité parisienne avant le départ, et munis de plans de Paris mentionnant les quartiers dans lesquels Amélie Poulain n’irait jamais se perdre.

Voir de plus:

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 2/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Deuxième étape de notre cartographie de ce phénomène en Inde.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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L’évocation de l’Inde fait jaillir une ribambelle de clichés hauts en couleur mêlant le merveilleux à l’affreux, des temples somptueux du Rajasthan aux bûchers de Bénarès, des énigmatiques sadous drapés d’orange aux lépreux endormis sur les trottoirs de Bombay. Dans l’imagerie occidentale, l’Inde est aussi associée aux hippies qui s’y installèrent à partir des années 1960, ce qui fait d’elle le décor idéal du voyage initiatique qu’entreprennent chaque année des milliers de jeunes à travers le monde.

Le psychiatre Régis Airault la compare au monde enchanté d’Alice au pays des merveilles ou de Peter Pan dans l’imaginaire des jeunes. Ils ont la vingtaine et c’est souvent leur premier grand trip. Et leur premier choc, à en voir les témoignages qui abondent sur les forums de voyage, évoquant «des regards intenses voire un peu effrayants», «une sensation d’insécurité permanente due à un manque de repères» ou encore «un mal-être devant la misère et le harcèlement perpétuel»…

Confrontés à la spiritualité qui imprègne le quotidien, à la foule et à la misère, de nombreux touristes sont victimes d’un choc culturel: ils sont angoissés, certains vont jusqu’à ne plus quitter leur chambre d’hôtel. L’écrivain anglais William Sutcliffe décrit ce choc d’une façon hilarante dans le roman Vacances indiennes, carnet d’anti-voyage initiatique d’un étudiant cynique, coincé en Inde en compagnie de backpackers en mal de spiritualité.

«Le syndrome peut toucher tout le monde»

Certains voyageurs seraient eux victimes du «syndrome indien», décrit par le psychiatre Régis Airault comme une «bouffée délirante avec des mécanismes interprétatifs, hallucinatoires, à thématique persécutive, mystique, qui apparaît après un séjour de quelques semaines». Les principales personnes concernées seraient des jeunes d’une vingtaine d’années.

Les histoires de touristes persuadés d’entendre la voix de Kali ou Shiva et qui jettent leurs billets dans la rue en faisant vœu de pauvreté sont légion dans les ambassades en Inde. Lorsqu’il travaillait au consulat de France à Bombay dans les années 1980, Airault a rencontré de nombreux illuminés du bord des routes de l’Inde et procédé à plusieurs rapatriements. Une expérience surprenante qu’il raconte dans un livre passionnant, Fous de l’Inde.

Comme la psychiatre italienne Graziella Magherini lorsqu’elle décrit le syndrome de Stendhal, il fait l’hypothèse que le voyage n’est pas pathologique mais pathogène, c’est-à-dire que le syndrome indien frappe des personnes qui n’ont pas d’antécédents psychiatriques. L’Inde rendrait donc fou. Une position contestée par de nombreux psychiatres qui considèrent que les pétages de plombs fréquemment observés chez les touristes circulant en Inde sont à imputer à des pathologies préexistantes ou à une fragilité psychologique favorable à l’éclosion d’un délire, ou encore, dans bien des cas, à la prise de drogues, comme à Goa ou Manali.

«Le syndrome indien peut toucher tout le monde, j’ai vu des gens qui ne prenaient pas de drogue et qui étaient délirants, qui avaient essayé de partir à la nage pour rentrer chez leurs parents», affirme Airault, qui a constaté que les troubles disparaissaient subitement dès que les gens étaient rentrés chez eux, dans leur culture d’origine. «Heureusement que les proches les avaient entendu hurler au téléphone, sinon on aurait pu croire que je me faisais payer un voyage aux frais de la princesse!»

«Des lieux où il est plus facile de « vaciller »»

Le psychiatre va plus loin en émettant l’hypothèse que «chaque culture semble désigner à ses membres des lieux où il est plus facile de « vaciller ». Pour les Occidentaux, c’est l’axe oriental, avec le grand tour en Italie, Jérusalem, les îles et enfin le syndrome indien, sur les traces de Marco Polo. Ce sera la France pour les Japonais, les pays du Nord pour d’autres ou les lieux chargés de mysticisme… »

Amoureuse de l’Inde, Claire Kaczynski, artiste, considère qu’elle n’est plus la même depuis son premier séjour là-bas, en 2007. Elle avait 26 ans:

«Je n’avais plus aucun repères, tout ce que je regardais était différent, les odeurs et les goûts aussi. Je n’étais jamais seule, il se passait toujours quelque chose autour de moi. L’absence d’hygiène m’a aussi rendu dingue car je n’arrivais plus à aller aux toilettes. J’étais saoulée, hypnotisée, je ne me rendais plus compte de la réalité, je me laissais aller».

De cette expérience traumatisante, elle a ramené un livre, Journal d’une parisienne à Jaïpur, qu’elle a commencé à écrire après que sa compagnie d’assurance a refusé de la rapatrier en France. Elle était alors effrayée par l’idée de devoir rester encore plusieurs semaines en Inde, jusqu’à la date de retour inscrite sur son billet:

«J’étais au bout du rouleau… Je pensais que j’allais mourir, alors j’ai écrit un journal au cas où ma famille retrouverait mon corps…»

Étrangement, comme Claire, qui est repartie en Inde six mois à peine après son retour en France, la plupart des voyageurs soumis à «l’épreuve de l’Inde» dont parle Airault n’ont qu’une idée en tête une fois rentrés chez eux: y retourner. Bien que leur voyage ait tourné au cauchemar, l’Inde ne semble pas à leurs yeux avoir perdu de sa force d’attraction.

Voir encore:

Annabelle Georgen

[FOLIES DE VOYAGE 5/5] Chaque année, quelques centaines de touristes craquent à l’étranger, incitant certains spécialistes à parler de «syndromes du voyageur» très contestés. Cinquième et dernière étape de notre cartographie de ce phénomène avec les crises observées sous les tropiques.

Touristes pris d’un étrange accès de folie face à un tableau de maître, routards en plein délire mystique sur les routes de l’Inde, Japonais qui dépriment à Paris, vagabonds se prenant pour le Messie à Jérusalem, Robinsons occidentaux échoués sur les plages de Tahiti… Quelques centaines de voyageurs «décompensent» chaque année à divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent «voyages pathologiques», la grande majorité de ces touristes ou expatriés souffrant déjà d’un trouble psychiatrique avant leur départ. Certains spécialistes font eux l’hypothèse de l’existence d’un «syndrome du voyageur». Au-delà des définitions, une cartographie culturelle se dessine en pointillés, comme si «là où l’on allait» délirer dépendait aussi de «là d’où l’on venait». Tour du monde en cinq étapes.

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L‘île telle qu’on la voit représentée sur les dépliants touristiques, avec ses plages de sable blanc et ses eaux turquoises, est un mythe à elle seule. Dans l’imaginaire de ceux qui vivent sur un continent, elle est la destination de rêve par excellence, le symbole absolu du dépaysement. Ce «fantasme occidental» dont parle le psychiatre Régis Airault, qui a lui-même vécu plusieurs années sur une île, à Mayotte, convoque une imagerie assez naïve et désuète.

Dans une étude consacrée aux voyages pathologiques à Tahiti, co-écrite en 1993 par des psychiatres du Centre hospitalier de Polynésie française, trois mythes «qui sous-tendent les velléités des voyageurs en partance pour la Polynésie» ont été dégagés. Le mythe du Robinson, tout d’abord, concerne les «exilés volontaires à la recherche de l’île déserte, où ils pourront se retrouver et mesurer l’essentiel de leur être dans un grand face-à-face avec une nature vierge et rebelle».

Le mythe du bout du monde fait lui appel aux «lieux mystérieux et lointains, en général difficiles d’accès, qui apparaissent en communication par des canaux, plus ou moins mystérieux, avec les forces vives du cosmos, où se situent les restes de civilisations disparues, civilisations « mères » détentrices du grand secret». Les auteurs citent l’île de Pâques ou celle de Rapa en exemple.

Enfin, le mythe de la Nouvelle Cythère, «le plus connu et le plus galvaudé», notent les auteurs, s’inscrit lui dans la pensée rousseauiste: «C’est le mythe de « l’île de Félicité, où règne la volupté », chère à la pensée du XVIIIème siècle; celui du bon sauvage sans vice parce qu’innocent, et encore à l' »état de nature »: l’enfance de l’humanité.»

Distance kilométrique

Les auteurs donnent l’exemple d’un Belge en proie à un état délirant qui s’était rendu sur l’île de Rapa pour «redresser l’axe de la Terre» et «conduire le peuple d’Israël sur le continent Antarctique», puis d’un jeune métropolitain sans antécédents psychiatriques qui était venu à Tahiti pour y refaire sa vie, et qui, face à une «désillusion totale», avait sombré dans la dépression et fait une tentative de suicide. «Il s’agit d’un voyage non pathologique chez un sujet ayant développé par la suite une pathologie […] suite à la confrontation avec la réalité des antipodes», estime l’étude.

Pour autant, aucun terme spécifique n’a été établi à ce jour pour désigner les voyageurs en proie à un état délirant lors d’un séjour sur une île tropicale. Régis Airault parle ainsi à la fois de «syndrome des îles ou insulaire, d’Hawaï, de Tahiti, de la Réunion et de Mayotte».

Au Centre hospitalier de Polynésie française, «environ quatre ou cinq voyageurs ont été admis ces dernières années», estime Michel Mardina, infirmier psychiatrique. Tous avaient un profil semblable: des jeunes métropolitains âgés de 18 à 35 ans, présentant des troubles psychiatriques, instables sur le plan affectif et souvent sans emploi. «Il s’agit de gens qui sont en errance, qui débarquent avec un sac à dos et sont souvent en rupture de traitement», note l’infirmier. «Ils viennent sur un nom qui fait rêver, sur un mythe. Ils se disent: « Pourquoi pas essayer de recommencer ailleurs? » Ils espèrent mettre une aussi grande distance entre eux et leurs problèmes que la distance kilométrique qu’il y a entre la métropole et Tahiti.»

Absence d’échappatoire

Des rêves de vie facile et d’abondance plein la tête, ces jeunes routards sont vite confrontés à la réalité à leur arrivée: un marché de l’emploi saturé et un coût de la vie très élevé. «La pathologie refait alors surface parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchaient. Ils décompensent et arrivent à l’hôpital en état de crise, sur un mode qui ressemble à une bouffée délirante», poursuit l’infirmier.

Déprime et sentiment de solitude attendraient aussi souvent au tournant les métropolitains sans antécédents psychiatriques qui plaquent tout pour aller vivre au soleil, dans les Dom-Tom. «Si l’on devait identifier un syndrome insulaire, ce serait plutôt un syndrome dépressif réactionnel à l’isolement, le sentiment d’absence d’échappatoire, d’étouffement communautaire, d’impossibilité de communiquer», estime à Tahiti le psychiatre Stéphane Amadeo, co-auteur de l’étude précitée. Les forums de métropolitains expatriés sous les tropiques évoquent souvent ce spleen, et il existe même un guide pratique destiné à ceux qui partent s’installer aux Antilles. Là encore, la carte postale s’avère trompeuse.

«Des pétages de plombs, on en a partout»

Au terme de ce voyage dans les folies touristiques, de l’Italie à l’Inde en passant par la France et Israël, une question demeure: sommes-nous donc prédisposés à décompenser dans certains endroits plus qu’ailleurs? Dans des lieux chargés d’histoire, de spiritualité ou tout simplement idéalisés quand on les contemple de loin, depuis chez soi? La communauté psychiatrique est divisée à ce sujet et peu de travaux actuels tentent de l’aborder d’un point de vue global.

La classification de «syndrome du voyageur» n’est d’ailleurs pas utilisée aujourd’hui chez les assureurs. Catherine Port-Arondelle, directrice médicale adjointe chez Mondial Assistance, utilise les termes d’«épisodes délirants» pour désigner les voyageurs qui sont rapatriés après avoir craqué lors d’un séjour à l’étranger:

«C’est très difficile de poser l’étiquette de « syndrome du voyageur », on ne le reconnaît pas de façon formelle. Des pétages de plombs, on en a partout, dans le monde entier. On en a eu dernièrement en Chine, au Maroc et en Turquie. Il y a des gens qui, dans un contexte hors habitudes, peuvent déclencher un épisode délirant.»

L’utilisation du terme de syndrome est considérée comme abusive par de nombreux psychiatres, et son rattachement à des lieux spécifiques fait craindre une surenchère de son emploi. Comme le dit avec humour Youcef Mahmoudia, psychiatre à l’Hôtel-Dieu:

«Au rythme où l’on va, toutes les capitales auront bientôt leur syndrome. Pourquoi pas le syndrome de Ouagadougou?»

Voir par ailleurs:

American tourists suffered same strange symptoms as diplomats after visiting Cuba

NY Post

January 30, 2018

The State Department did not say whether the U.S. citizens reported hearing strange noises — as some of the 24 diplomats did — nor whether they stayed at the Nacional or Capri hotels. The State Department also did not clarify whether U.S. doctors and investigators have determined that these travelers had suffered the same kind of attacks as the diplomats.

“We are not in a position to medically evaluate or provide individual medical advice,” the spokesperson said. “However, we encourage private U.S. citizens who have traveled to Cuba and are concerned about their symptoms to seek medical attention.”

The State Department representative said they still don’t have “definitive answers” about these attacks and that the investigation continues. U.S. officials, however, have addressed the issue at several bilateral meetings held in Washington this month with members of the Cuban government.

“We take advantage of every opportunity to remind the Cuban government of its obligations under the Vienna Convention to take all appropriate steps to protect our diplomats,” she said.

The Cuban government, which has emphatically denied any responsibility and called the attacks “science fiction,” is trying to counteract the travel alert with a message of its own. In an event titled CubaMediaDay on Monday in Havana, representatives of U.S. travel agencies reiterated to the i

Almost two dozen Americans who traveled to Cuba have reported experiencing similar symptoms to those suffered by US diplomats serving at the American Embassy.

“Since September 29, the Department of State has been contacted by 19 US citizens who reported experiencing symptoms similar to those listed in the Travel Warning after visiting Cuba,” a spokesperson for the State Department’s Bureau of Western Hemisphere Affairs told the Miami Herald via email.

At least 24 US Embassy officials in Cuba had reported hearing loud, grating noises before experiencing ear issues, hearing loss, dizziness, headache, fatigue, cognitive issues and difficulty sleeping.

Doctors reportedly discovered the diplomats suffered from brain abnormalities, as the white matter in their brains had “developed changes.”

The US has stood by their allegations that Cuba in some way deliberately attacked the American officials — which Cuba has adamantly denied — and earlier this month raised the possibility that a virus was deployed intentionally to infect workers.

Voir aussi:

19 American travelers to Cuba report symptoms similar to those suffered by diplomats

The Miami Herald

January 29, 2018

Recording sheds light on Cuba sonic attacks targeting US workers

The Associated Press has obtained a recording of what some U.S. embassy workers heard in Havana as they were attacked by what investigators initially believed was a sonic weapon.

AP

Voir enfin:

 Michael Weissenstein

AP News

Jan. 06, 2018

HAVANA (AP) — Republican Sen. Jeff Flake says the U.S. has found no evidence that American diplomats in Havana were the victims of attacks with an unknown weapon.

Flake, a Senae Foreign Relations Committee member and a longtime leading advocate of detente with Cuba, met Friday with high-ranking Cuban officials including Foreign Minister Bruno Rodriguez and officials from the Interior Ministry, which oversees domestic security and works with foreign law-enforcement agencies.

The Cubans told Flake the FBI has told them that, after four trips to Cuba, its agents have found no evidence that mysterious illnesses suffered by U.S. diplomats were the result of attacks.

Flake told The Associated Press on Saturday morning that classified briefings from U.S. officials have left him with no reason to doubt the Cuban account, although he declined to discuss the contents of those briefings.

Cuban and FBI officials did not immediately respond to requests for comment on Saturday.

Washington says 24 U.S. government officials and spouses fell ill in Havana in their homes and some hotels starting in 2016.

Secretary of State Rex Tillerson has said he’s “convinced these were targeted attacks,” but the U.S. doesn’t know who’s behind them. The U.S. has withdrawn most of its diplomats from Havana, citing a health risk, and forced many Cuban diplomats to leave Washington.

Cuba has decried the reductions as an unjustified blow to U.S.-Cuban relations that were restored under President Barack Obama.

“The Cuban Interior Ministry is saying the FBI has told them there is no evidence of a sonic attack, even though that term is being used, attack, there is no evidence of it,” Flake told the AP. “There’s no evidence that somebody purposefully tried to harm somebody. Nobody is saying that these people didn’t experience some event, but there’s no evidence that that was a deliberate attack by somebody, either the Cubans or anybody else.

“As I said, I won’t talk about what I have seen in a classified setting, but nothing is inconsistent with what the Cubans have said, and I think the FBI would say that.”

Flake, one of President Donald Trump’s toughest Republican critics, announced last year that he would not seek re-election as Senator from Arizona. He has not ruled out running against Trump in 2020.

Several of the 24 U.S. diplomats and spouses reported hearing loud, mysterious sounds followed by hearing loss and ear-ringing, leading some U.S. officials to describe the incidents as “sonic attacks.” But officials are now carefully avoiding that m.

Medical testing has revealed that some embassy workers had apparent abnormalities in their white matter tracts that let different parts of the brain communicate, several U.S. officials said, and acoustic waves have never been shown to alter those tracts

Cuba’s defenders have argued the US can’t be certain anyone was harmed intentionally because no proof has been publicly presented.

It was earlier reported that officials believed the Americans were the victims of “sonic attacks,” but an FBI report, revealed by The Associated Press, said the US has found no evidence that sonic waves were used to harm Americans in Havana.

The State Department’s latest Cuba travel advisory is at a “level 3,” which advises US citizens to avoid traveling to the Caribbean nation “due to serious risks to safety and security.”

The Associated Press contributed to this report.

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Conflit israélo-palestinien: Où est le Sadate palestinien ? (While the truth finally comes out on Obama’s links to Farrakhan and Kerry’s dissemblings on Iran and Palestine, guess who just called out Abbas’ mendacity ?)

27 janvier, 2018
Les lèvres du juste connaissent la grâce et la bouche des méchants la perversité. Proverbes 10: 32
Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c’est la vérité. Talleyrand
Il y avait la vérité, il y avait le mensonge, et si l’on s’accrochait à la vérité, même contre le monde entier, on n’était pas fou. Orwell
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. George Orwell
I hate to agree with Donald Trump, but it doesn’t happen often, but I do. I don’t know why Israel — it has been their capital since 1949. It is where their government is. They’ve won all the wars thrown against them. I don’t understand why they don’t get to have their capital where they want. Bill Maher
L’Amérique a l’un des meilleurs présidents de tous les temps. M. Trump. J’aime Trump. J’adore Trump parce qu’il parle franchement aux Africains. Je ne sais pas s’il a été mal cité ou quoi que ce soit, mais quand il parle, je l’aime parce qu’il parle franchement.(…). Si vous regardez l’Afrique, l’Afrique fait douze fois la taille de l’Inde, en termes de superficie, beaucoup de ressources, et sa population est en croissance. Pourquoi ne pouvons-nous pas rendre l’Afrique forte? Yoweri Museveni
Iran received more than $100 billion in sanctions relief from the nuclear deal. Obama administration officials promised the regime would not use the sanctions relief windfall to underwrite terrorism and war and develop advanced weapons. Instead, Obama and his underlings promised it would go to ordinary Iranians. Iranian prosperity, they offered, would cause the regime to become moderate and peaceful. On Thursday Iran sanctions expert Jonathan Schanzer from the Foundation for Defense of Democracies tweeted, “A US official I spoke to today believes Iranian expenditures on foreign adventures, nuclear research and missiles, coupled with losses from graft and corruption, have cost the regime $150b.-$200b. since the signing of the [initial draft nuclear deal with Iran in late]… in 2013.” In other words, the regime is a parasite that has lived on international welfare and the wealth of its people. Instead of developing Iranian society, Khamenei and his henchmen steal the people’s wealth and national treasure and use both to line their pockets and pay for their wars abroad. In an interview with Lee Smith at RealClearPolitics, Iranian banking expert Saeed Ghasseminejad revealed that in addition to squandering their earnings from sanctions relief, the regime has been stealing the savings of the Iranian middle class. First, regime-controlled banks, (including those that will be barred from the international financial system if Trump reinstates the sanctions) gave large loans to regime officials who never repaid them. The losses were passed to the regular account holders. Second, Ghasseminejad related details of a regime-licensed Ponzi scheme. Private banks offering high interest rates appeared out of nowhere. Their high rates attracted middle class investors who deposited their life savings. When depositors tried to withdraw their money, the banks declared bankruptcy. No one has been prosecuted and a large number of formerly middle class Iranians are now impoverished. According to Ghasseminejad, these newly impoverished Iranians are now in the streets calling for the regime to be overthrown. If Trump decides to keep sanctions frozen, it will serve as a rebuke to the protesters. And if media reports that the protests are dissipating are to be believed, then a decision by Trump to certify regime compliance with the nuclear deal will be their death knell. It isn’t that there is no risk to killing the nuclear deal. As The Jerusalem Post reported this week, in an interview with Iranian television Wednesday, Behrooz Kamalvandi, the deputy chief of Iran’s Atomic Energy Organization, threatened Trump that if he reinstates sanctions, “Iran is ready to increase the speed of its nuclear activities in various areas, especially enrichment, several times more than [in the] pre-nuclear deal era.” And he may be telling the truth. But the financial pressure on the regime will be far greater and the headwinds now facing the protesters calling for its overthrow will become a tailwind if Trump walks away from the deal. Middle class families that have not joined the protesters are more likely to take to the streets if sanctions are reinstated. Not only will they be hurt financially, they will become convinced that the regime is not invincible. Whereas the deal’s proponents insist that leaving killing the deal will harm “moderates” in the regime, if the protests tell us anything, they tell us – once again – that there is no distance between so-called “moderates” like President Hassan Rouhani and Zarif, and so-called “extremists like Revolutionary Guard Corps terror boss Qassem Suleimani. Their theft of the wealth of the Iranian people, their corruption and sponsorship of terrorism is no different than Suleimani’s. The only way to help the Iranians on the streets is to weaken the regime as a whole, because the regime as a whole oppresses the Iranian people and robs them blind. Israeli experts who were close to the Obama administration are calling for Trump to keep the deal alive. A paper published on Thursday by the left-leaning Institute for National Security Studies called for Trump to keep the deal alive, but enforce it fully. Co-authored by Obama’s ambassador to Israel Dan Shapiro and former security brass who oppose the Netanyahu government, the paper claimed that the US should insist that Iran open its military nuclear sites to UN inspectors. The problem with the recommendation is that there is no chance it will be implemented. Iran refuses to open its military sites to inspectors, and the Europeans side with them against the US. Trump is right that he’s damned if he maintains Obama’s nuclear deal with Iran and damned if he kills the deal. But his supporters are right on this issue and the Washington establishment, Europe and the media are wrong. If Trump walks away, he will empower the Iranians calling for a new regime. He will weaken the regime’s ability to maintain its global war against the US and its allies. He will force the Europeans to abandon their love affair with the corruption kings in Tehran by making them choose between the US market and the Iranian market. And he will accomplish all of these things while freeing himself from the quarterly requirement to either lie and pretend Iran is behaving itself and be pilloried by his supporters, or tell the truth about its behavior and be pilloried by the people who always attack him. Most important, by walking away from a deal built on lies, distortion and corruption, Trump can quickly pivot to a policy based on truth. Unlike the nuclear deal, such a policy would have a chance of ending Iran’s nuclear ambitions, its sponsorship of terrorism, and its oppression of its long-suffering people once and for all. Caroline Glick
The problem he’s got there is that what he is just reported to have done in respect of the Palestinian Arabs is so similar to what he did in respect of the Vietnamese communists. That was back in 1970, when, just off active duty from the Navy after his brief tour in Vietnam, he went to Paris and met there with representatives of the Viet Cong. There’s no record — and we are not suggesting — that Mr. Kerry used with the Viet Cong the same words (“be strong” and the like) he reportedly relayed to Mr. Abbas. Then again, he didn’t have to. When Mr. Kerry returned from that long-ago trip to Paris, he started plumping in public for the Viet Cong’s talking points. Then he clambered up Capitol Hill and accused American GIs, still in the field in Vietnam, of acting like Genghis Khan and committing war crimes. Mr. Kerry eventually tried to parlay his Vietnam war story into his first presidential campaign, and for a while it looked like he might get away with it. Then, in one of the most memorable moments in American political history, his ex-comrades among the veterans of the riverine war in the Mekong Delta organized themselves as the Swift Boat Veterans for Truth, and exposed Mr. Kerry’s duplicitous nature. In our opinion, he should have hung up his hat then. Now it seems he wants to try for the presidency again in 2020. Maybe by then we’ll see what Mr. Kerry has been saying to the Iranian ayatollahs as President Trump seeks to fulfill his electoral mandate to unravel the unratified articles of appeasement that Mr. Kerry inked with Iran. Has Mr. Kerry been quietly urging the Iranians, too, to stay strong against America until the former state secretary can ride to the rescue in the next presidential election? The New York Sun
Pas plus tard qu’hier, plus de vingt civils, des enfants pour la plupart, ont été victimes de ce qui ressemble à une attaque au gaz chloré. Ces récentes attaques en Ghouta orientale font craindre que le régime syrien de Bachar al-Assad continue à recourir aux armes chimiques contre son propre peuple. Quels que soient les auteurs de ces attaques, au final c’est à la Russie que revient la responsabilité des victimes de la Ghouta orientale et des innombrables autres civils qui ont été la cible d’armes chimiques depuis que la Russie s’est engagée dans le conflit en Syrie. En septembre 2013, la Russie a poussé, négocié et accepté l’accord-cadre pour l’élimination des armes chimiques en Syrie – un accord diplomatique entre les États-Unis et la Russie qui exigeait la destruction vérifiable de l’ensemble du stock d’armes chimiques de la Syrie. (…) En outre, en mars 2015, la Russie a soutenu l’adoption de la résolution 2209 du Conseil de sécurité de l’ONU, soulignant que ceux qui utilisent comme arme n’importe quel produit chimique toxique, y compris le gaz chloré, devraient rendre des comptes. La Russie n’a pas respecté ces engagements. Depuis 2014 – depuis avril 2014, il y a de plus en plus de preuves que la Syrie continue à posséder illégalement des armes chimiques et à les utiliser contre ses propres citoyens. La mission d’enquête de l’OIAC a confirmé de multiples incidents liés au recours aux armes chimiques en Syrie, notamment l’usage comme arme de gaz chloré, un produit industriel toxique. Certains de ces incidents, dont l’attaque au gaz sarin du 14 avril, ont été après coup attribués à la Syrie par le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU, un groupe d’experts indépendants et impartiaux établi en août 2015 par la résolution 2235 du Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’appui total de la Russie. On ne peut tout simplement pas nier que la Russie, en protégeant son allié syrien, a violé les promesses qu’elle avait faites aux États-Unis en tant que garant de l’accord-cadre. Elle a trahi la Convention sur l’interdiction des armes chimiques ainsi que la résolution 2218 du Conseil de sécurité de l’ONU, et à ces occasions, opposé à deux reprises son veto à l’encontre de résolutions du Conseil de sécurité visant à mettre en œuvre le Mécanisme d’enquête conjoint et à prolonger son mandat. L’incapacité de la Russie à résoudre le problème des armes chimiques en Syrie remet en question son aptitude à résoudre la crise dans son ensemble. Au grand minimum, la Russie devrait cesser d’opposer son veto et à l’avenir, s’abstenir lors des votes du Conseil de sécurité sur ce sujet. (…) Nous en appelons à la communauté des nations responsables et civilisées afin de mettre fin à l’usage des armes chimiques. C’est à vous de choisir. Les habitants de la Ghouta orientale vous observent, le monde entier vous observe. Rex Tillerson
Real peace requires leaders who are willing to step forward, acknowledge hard truths, and make compromises. It requires leaders who look to the future, rather than dwell on past resentments. Above all, such leaders require courage. Egyptian President Anwar Sadat was such a leader. (…) He said to the Israeli legislators, “You want to live with us in this part of the world. In all sincerity, I tell you, we welcome you among us, with full security and safety.” “We used to reject you,” he said. “Yet today, I tell you, and declare it to the whole world, that we accept to live with you in permanent peace based on justice.” (…) Compare those words to what Palestinian President Abbas said to the PLO Central Council 11 days ago. In his speech, President Abbas declared the landmark Oslo Peace Accords dead. He rejected any American role in peace talks. He insulted the American President. He called for suspending recognition of Israel. He invoked an ugly and fictional past, reaching back to the 17th century to paint Israel as a colonialist project engineered by European powers. (…) Curiously, President Abbas’ speech has gotten little attention in the media. I encourage anyone who cares about the cause of a durable and just peace in the Middle East to read President Abbas’ speech for yourself. A speech that indulges in outrageous and discredited conspiracy theories is not the speech of a person with the courage and the will to seek peace. Despite all of this, the United States remains fully prepared and eager to pursue peace. We have done nothing to prejudge the final borders of Jerusalem. We have done nothing to alter the status of the holy sites. We remain committed to the possibility and potential of two states, if agreed to by the parties. Just as it did with Egypt, peace requires compromise. It requires solutions that take into account the core interests of all sides. And that is what the United States is focused on for the Israeli-Palestinian conflict. Hate-filled speeches and end-runs around negotiations take us nowhere. Ultimately, peace will not be achieved without leaders with courage. King Hussein of Jordan was another such leader. In 1994, he ended 46 years of war and entered into a peace agreement with Israel that holds to this day. (…) I ask here today, where is the Palestinian King Hussein? Where is the Palestinian Anwar Sadat? If President Abbas demonstrates he can be that type of leader, we would welcome it. His recent actions demonstrate the total opposite. The United States remains deeply committed to helping the Israelis and the Palestinians reach a historic peace agreement that brings a better future to both peoples, just as we did successfully with the Egyptians and the Jordanians. But we will not chase after a Palestinian leadership that lacks what is needed to achieve peace. To get historic results, we need courageous leaders. History has provided such leaders in the past. For the sake of the Palestinian and Israeli people, we pray it does so again. Nikki Haley

Attention: une prétendue collusion peut en cacher bien d’autres !

A l’heure où se confirment …

Pendant que nos médias nous bassinent avec la prétendue collusion de l’actuelle administration américaine avec la Russie …

Le mensonge, tu par la presse pendant 12 ans, sur les liens avec le leader antisémite noir Farrakhan d’un ancien président américain lui-même passeur de messages secrets à l’ennemi …

Comme avec le Vietcong il y a 40 ans et le régime iranien plus récemment, les trahisons de son ancien secrétaire d’Etat avec cette fois le président Abbas …

Ou, révélé au prix fort par le peuple iranien dans les rues il y a un mois, la corruption sans nom de leurs dirigeants …

Comme, mis au jour par le secrétaire d’Etat Rex Tillerson il ya cinq jours, les dissimulations de Poutine sur l’utilisation d’armes chimiques par ses affidés syriens  …

Ou, de la part d’un président africain même, la réalité des récents propos volés du président américain sur les régimes faillis de la planète

Comment ne pas se réjouir …

Le pauvre Bill Maher compris …

Après la parole de vérité du président Trump sur Jérusalem le mois dernier …

Des paroles libres et fortes de l’ambassadrice américaine à l’ONU il y a deux jours …

Au maitre-faussaire et négationniste Abbas …

Lui posant la seule question qui vaille et que personne n’avait osé lui poser depuis 40 ans :

Ou est le Sadat palestinien ?

L’ambassadrice US clashe ABBAS : “Où est le Anouar el-Sadate palestinien? Où est le Roi Hussein palestinien ?”

L’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Nikki Haley, a critiqué Mahmoud Abbas jeudi en estimant, devant le Conseil de sécurité, que le dirigeant palestinien n’avait pas le courage pour parvenir à un accord de paix.

“Nous n’allons pas courir après une gouvernance palestinienne qui n’a pas ce qu’il faut pour parvenir à la paix”, a estimé la représentante des Etats-Unis à l’ONU. “Pour obtenir des résultats historiques, nous avons besoin de dirigeants courageux”, a dit Nikki Haley.

M. Abbas “a rejeté tout rôle des Etats-Unis…Il a insulté le président américain”, a martelé l’ambassadrice. Tout en assurant que son pays était toujours “profondément engagé” pour parvenir à la paix.

“Où est le Anouar el-Sadate palestinien? Où est le Roi Hussein palestinien ?”, a fustigé la diplomate américaine.

La représentante s’est donc appuyée sur l’exemple de l’ancien Président égyptien Anouar el-Sadate.  Elle a rappelé que, le 19 novembre 1977, il avait été le premier Chef d’État arabe à se rendre en Israël, où il avait pris la parole devant la Knesset pour dire de quelle manière il envisageait la paix.  Elle a ensuite invoqué le Roi Hussein de Jordanie, qui a signé un traité de paix avec Israël le 26 octobre 1994.  À la lumière de ces deux exemples, Mme Haley a désapprouvé les propos tenus récemment par le Président de l’Autorité palestinienne, M. Mahmoud Abbas, selon lesquels les négociations de paix seraient au point mort.

Voir aussi:

Nikki Haley to the Security Council: Where is the Palestinian Anwar Sadat?
Unwatch
January 25, 2018

Click here for YouTube.
Full transcript:

During the past year, as the representative of the United States, I have most often taken the position that this monthly session on the Middle East is miscast. As I’ve pointed out many times, this session spends far too much time on Israel and the Palestinians and far too little time on the terrorist regimes and groups that undermine peace and security in the region, chief among them Iran, ISIS, Hezbollah, and Hamas. That remains my view. And I expect that in future months I will continue to focus on those threats from the Middle East that draw too little attention at the UN.

However, today I will set aside my usual practice. Today, I too will focus on the issue of peace between Israel and the Palestinians. What has changed?

The events of the past month have shed light on a critical aspect of the Israeli-Palestinian problem, and it is important that we do not miss the opportunity here at the UN to bring attention to it. The aspect I will address is the single most critical element to achieving peace. No, it’s not the issues of security, borders, refugees, or settlements. All of those are important parts of a peace agreement. But the single most important element is not any of those. The indispensable element is leaders who have the will to do what’s needed to achieve peace.

Real peace requires leaders who are willing to step forward, acknowledge hard truths, and make compromises. It requires leaders who look to the future, rather than dwell on past resentments. Above all, such leaders require courage. Egyptian President Anwar Sadat was such a leader. Forty years ago, President Sadat did an exceptional thing. Egypt and Israel were still in a state of war. In fact, Sadat himself had led Egypt in war with Israel only a few years before. But Sadat made the courageous decision to pursue peace. And when he made that decision, he went to Jerusalem and delivered a speech before the Israeli Knesset. That he went to the Knesset was courageous in itself.

But what took real courage was what he said there. Sadat did not go to Jerusalem on bended knee. He spoke in no uncertain terms about the hard concessions he expected from the Israelis. And then he said the words that both he and the world knew marked a turning point. He said to the Israeli legislators, “You want to live with us in this part of the world. In all sincerity, I tell you, we welcome you among us, with full security and safety.”

“We used to reject you,” he said. “Yet today, I tell you, and declare it to the whole world, that we accept to live with you in permanent peace based on justice.”

These were the words that led to peace between Egypt and Israel. It was not an easy process. It took another 16 months of tough negotiations to reach a peace treaty, and both sides made difficult compromises. But Sadat’s words helped make Israel understand that it had a partner with whom it could make those painful compromises. Some have said these were the words that got Anwar Sadat killed. But no one can question that generations of Egyptians and Israeli citizens have enjoyed a peace that has stood the test of time.

Compare those words to what Palestinian President Abbas said to the PLO Central Council 11 days ago. In his speech, President Abbas declared the landmark Oslo Peace Accords dead. He rejected any American role in peace talks. He insulted the American President. He called for suspending recognition of Israel. He invoked an ugly and fictional past, reaching back to the 17th century to paint Israel as a colonialist project engineered by European powers.

Once more, let’s contrast Sadat’s words with Abbas’. President Sadat acknowledged that some Arab leaders did not agree with him. But he told them it was his responsibility to, “exhaust all and every means in a bid to save my Egyptian Arab People and the entire Arab Nation, the horrors of new, shocking, and destructive wars.”

President Abbas also acknowledged criticism from other Arab leaders – and he, too, had a message for them. His response was “Get lost.” Curiously, President Abbas’ speech has gotten little attention in the media. I encourage anyone who cares about the cause of a durable and just peace in the Middle East to read President Abbas’ speech for yourself.

A speech that indulges in outrageous and discredited conspiracy theories is not the speech of a person with the courage and the will to seek peace.

Despite all of this, the United States remains fully prepared and eager to pursue peace. We have done nothing to prejudge the final borders of Jerusalem. We have done nothing to alter the status of the holy sites. We remain committed to the possibility and potential of two states, if agreed to by the parties.

Just as it did with Egypt, peace requires compromise. It requires solutions that take into account the core interests of all sides. And that is what the United States is focused on for the Israeli-Palestinian conflict. Hate-filled speeches and end-runs around negotiations take us nowhere. Ultimately, peace will not be achieved without leaders with courage.

King Hussein of Jordan was another such leader. In 1994, he ended 46 years of war and entered into a peace agreement with Israel that holds to this day. When King Hussein signed the peace treaty, he said this: “These are the moments in which we live, the past and the future. When we come to live next to each other, as never before, we will be doing so, Israelis and Jordanians, together, without the need for any to observe our actions or supervise our endeavors. This is peace with dignity; this is peace with commitment.”

I ask here today, where is the Palestinian King Hussein? Where is the Palestinian Anwar Sadat? If President Abbas demonstrates he can be that type of leader, we would welcome it. His recent actions demonstrate the total opposite.

The United States remains deeply committed to helping the Israelis and the Palestinians reach a historic peace agreement that brings a better future to both peoples, just as we did successfully with the Egyptians and the Jordanians. But we will not chase after a Palestinian leadership that lacks what is needed to achieve peace. To get historic results, we need courageous leaders. History has provided such leaders in the past. For the sake of the Palestinian and Israeli people, we pray it does so again.

Thank you.

Voir également:

Département d’État des États-Unis
Allocution du secrétaire d’Etat Rex Tillerson
Le 23 janvier 2018
Paris, France

Allocution sur la responsabilité de la Russie dans l’utilisation passée et présente d’armes chimiques en Syrie

LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT TILLERSON : Encore une fois, je voudrais remercier le ministre des Affaires étrangères, M. Le Drian, d’accueillir aujourd’hui la cérémonie de signatures pour le lancement du Partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques.

Cette rencontre avait deux objectifs : mettre fin aux attaques aux armes chimiques et refuser l’impunité à ceux qui utilisent ou permettent l’utilisation de ce type d’armes. Pour savoir ce que ces armes peuvent causer aux humains, il suffit de regarder tout près de nous, en Ghouta orientale, en Syrie. Pas plus tard qu’hier, plus de vingt civils, des enfants pour la plupart, ont été victimes de ce qui ressemble à une attaque au gaz chloré.

Ces récentes attaques en Ghouta orientale font craindre que le régime syrien de Bachar al-Assad continue à recourir aux armes chimiques contre son propre peuple. Quels que soient les auteurs de ces attaques, au final c’est à la Russie que revient la responsabilité des victimes de la Ghouta orientale et des innombrables autres civils qui ont été la cible d’armes chimiques depuis que la Russie s’est engagée dans le conflit en Syrie.

En septembre 2013, la Russie a poussé, négocié et accepté l’accord-cadre pour l’élimination des armes chimiques en Syrie – un accord diplomatique entre les États-Unis et la Russie qui exigeait la destruction vérifiable de l’ensemble du stock d’armes chimiques de la Syrie.

À travers cet accord, la Russie assumait un rôle de garant, responsable de veiller à ce que son allié syrien cesse toute utilisation d’armes chimiques et déclare sans réserve son stock d’armes chimiques en vue de sa destruction sous contrôle international.

L’accord-cadre diplomatique entre États-Unis et Russie était entériné, sur le plan légal, par une décision du conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et par la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU.

En outre, en mars 2015, la Russie a soutenu l’adoption de la résolution 2209 du Conseil de sécurité de l’ONU, soulignant que ceux qui utilisent comme arme n’importe quel produit chimique toxique, y compris le gaz chloré, devraient rendre des comptes.

La Russie n’a pas respecté ces engagements. Depuis 2014 – depuis avril 2014, il y a de plus en plus de preuves que la Syrie continue à posséder illégalement des armes chimiques et à les utiliser contre ses propres citoyens.

La mission d’enquête de l’OIAC a confirmé de multiples incidents liés au recours aux armes chimiques en Syrie, notamment l’usage comme arme de gaz chloré, un produit industriel toxique. Certains de ces incidents, dont l’attaque au gaz sarin du 14 avril, ont été après coup attribués à la Syrie par le Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU, un groupe d’experts indépendants et impartiaux établi en août 2015 par la résolution 2235 du Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’appui total de la Russie.

On ne peut tout simplement pas nier que la Russie, en protégeant son allié syrien, a violé les promesses qu’elle avait faites aux États-Unis en tant que garant de l’accord-cadre. Elle a trahi la Convention sur l’interdiction des armes chimiques ainsi que la résolution 2218 du Conseil de sécurité de l’ONU[1], et à ces occasions, opposé à deux reprises[2] son veto à l’encontre de résolutions du Conseil de sécurité visant à mettre en œuvre le Mécanisme d’enquête conjoint et à prolonger son mandat.

L’incapacité de la Russie à résoudre le problème des armes chimiques en Syrie remet en question son aptitude à résoudre la crise dans son ensemble. Au grand minimum, la Russie devrait cesser d’opposer son veto et à l’avenir, s’abstenir lors des votes du Conseil de sécurité sur ce sujet.

Plus de 25 pays partageant ces idées sont ici aujourd’hui pour faire en sorte que ceux qui recourent aux armes chimiques en seront un jour tenus responsables. La France, le Royaume-Uni, la Turquie et bien d’autres sont ici aujourd’hui pour faire respecter la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et sa vision d’un monde débarrassé de ces armes abominables.

Nous utiliserons ce Partenariat pour faciliter les échanges de données sur les utilisations d’armes chimiques, y compris des informations sur les sanctions, pour collecter et préserver ces données et pour renforcer les compétences des États afin qu’ils puissent établir les responsabilités des acteurs impliqués. Cette initiative veut adresser un avertissement à ceux qui ont ordonné et exécuté des attaques à l’arme chimique : un jour vous devrez rendre des comptes de vos crimes contre l’humanité et justice sera rendue à vos victimes.

Nous en appelons à la communauté des nations responsables et civilisées afin de mettre fin à l’usage des armes chimiques. C’est à vous de choisir. Les habitants de la Ghouta orientale vous observent, le monde entier vous observe.

Je vous remercie.

[1] Résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU

[2] La Russie a opposé trois fois son veto à ces résolutions de mise en œuvre du Conseil de sécurité

Voir de même:

Our World: Curing Trump’s quarterly Iran headache
Trump is right that he’s damned if he maintains Obama’s nuclear deal with Iran and damned if he kills the deal
Caroline B. Glick
The Jerusalem Post
January 11, 2018

It’s that time of the year again. In accordance with the Iranian Nuclear Agreement Review Act, by Sunday US President Donald Trump must either certify that Iran is complying with the nuclear deal his predecessor Barack Obama concluded with the Iranian regime, or he must announce that Iran is breaching the accord.

Last October, after angrily certifying compliance at his two previous deadlines, Trump decertified Iranian compliance.

Trump could have walked away from the nuclear deal by reinstating the sanctions on Iran’s oil and gas industries, its banking sector and other foundations of Iran’s economy that were lifted when the deal was implemented. Doing so would have effectively killed the nuclear accord.

But Trump opted instead to pass the burden on to Congress. He gave lawmakers 90 days to put together a new sanctions bill that he would sign that could punish Iran’s misbehavior while presumably leaving the nuclear deal intact.

Congress failed to respond. No sanctions were passed. Democrats, keen to protect Obama’s most significant foreign policy legacy, have promised to filibuster any sanctions bill.

So now it is Trump’s problem to deal with, again. And he faces the same options.

Trump can stick with the deal, or he can walk away.

Media reports from the past two days indicate that Trump has opted to stick with the deal. Trump’s National Security Adviser H.R. McMaster has convinced him to certify Iranian compliance.

Reportedly, Trump’s biggest problem with the nuclear deal is not that it gives Iran a clear path to the bomb inside of a decade. It is that the Iranian Nuclear Agreement Review Act requires him to revisit the issue every 90 days.

The certification process puts Trump in a no-win situation. If he certifies Iranian compliance, he angers his supporters and the overwhelming majority of Republican lawmakers. If he refuses to certify Iranian compliance, he will face the wrath of the media, the Washington foreign policy establishment, and the European Union.

All of the deal’s defenders argue that canceling it will destabilize the international security environment while empowering Iran’s “hard-liners.”

On Wednesday The Washington Free Beacon reported that McMaster, together with Sens. Bob Corker and Ben Cardin, the chairman and ranking member of the Senate Foreign Affairs Committee, respectively, are lobbying Trump to agree to a package that would amend the Iranian Nuclear Agreement Review Act to strip him of the need to recertify Iranian compliance every 90 days. As for sanctions, the amended law would call for sanctions to be reinstated in six years, if Iran is not complying with the agreement.

The implications of McMaster’s reported proposal are enormous. Trump would lose his power to abrogate the deal, while Iran would be immune from sanctions until a really long time from now. The US would lose its leverage against the deal in respect not only to Iran but toward the Europeans, Russians and Chinese as well.

On the face of it, McMaster is right to want to keep the Iranian nuclear issue on the back burner. After all, there is the nuclear crisis with North Korea to consider. Moreover, the Europeans are dead set on protecting the deal.

On Thursday, the EU’s Foreign Affairs Commissioner Frederica Mogherini and her French, British and German counterparts met in Brussels with Iranian Foreign Minister Jawad Zarif to pledge their allegiance to the nuclear deal and stand as one against a possible US pullout from the agreement.

The Europeans will certainly be very angry if Trump walks away from the deal they made with Obama. But then, it isn’t clear why that should matter. Aside from passive aggressively voting against the US at the UN, as they did last month, Mogherini and her comrades don’t have much leverage. Will they prefer economic deals with Iran to their trade with the US?

THIS BRINGS us to North Korea.

Iran and North Korea are partners in nuclear and ballistic missile proliferation. They partnered in building the nuclear installation in Syria that Israel reportedly destroyed in September 2007. Iran’s ballistic missiles are based on North Korean designs. Iranians have reportedly been present during North Korea’s nuclear tests.

All of this information is public knowledge, and we can only speculate how much deeper their collaboration actually is. Given what is known and must be assumed about their collaboration, it is beyond foolish to treat the Iranian and North Korean nuclear programs as unrelated to each other.

If North Korea cannot be set aside, neither can Iran.

Then there is the fact that hundreds of thousands of Iranians have been on the streets for weeks calling for the overthrow of the regime due to its squandering of Iran’s national wealth on wars and graft.

Nuclear deal supporters insist that reinstating sanctions will only harm the protesters. The regime, they argue, is not harmed by sanctions. The regime passes the economic losses Iran incurs from sanctions onto ordinary citizens. They suffer while the regime prospers through whatever sanctions busting trades they concoct with the Turks, Qataris, Russians and Chinese.

This claim is both morally repugnant and contradicted by the protests themselves.

If the regime were able to support itself without pilfering from the public, there wouldn’t be any protesters on the streets calling for Iranian dictator Ayatollah Ali Khamenei to die.

Iran received more than $100 billion in sanctions relief from the nuclear deal. Obama administration officials promised the regime would not use the sanctions relief windfall to underwrite terrorism and war and develop advanced weapons. Instead, Obama and his underlings promised it would go to ordinary Iranians. Iranian prosperity, they offered, would cause the regime to become moderate and peaceful.

On Thursday Iran sanctions expert Jonathan Schanzer from the Foundation for Defense of Democracies tweeted, “A US official I spoke to today believes Iranian expenditures on foreign adventures, nuclear research and missiles, coupled with losses from graft and corruption, have cost the regime $150b.-$200b. since the signing of the [initial draft nuclear deal with Iran in late]… in 2013.”

In other words, the regime is a parasite that has lives on international welfare and the wealth of its people. Instead of developing Iranian society, Khamenei and his henchmen steal the people’s wealth and national treasure and use both to line their pockets and pay for their wars abroad.

In an interview with Lee Smith at RealClearPolitics, Iranian banking expert Saeed Ghasseminejad revealed that in addition to squandering their earnings from sanctions relief, the regime has been stealing the savings of the Iranian middle class. First, regime-controlled banks, (including those that will be barred from the international financial system if Trump reinstates the sanctions) gave large loans to regime officials who never repaid them. The losses were passed to the regular account holders.

Second, Ghasseminejad related details of a regime-licensed Ponzi scheme. Private banks offering high interest rates appeared out of nowhere. Their high rates attracted middle class investors who deposited their life savings.

When depositors tried to withdraw their money, the banks declared bankruptcy.

No one has been prosecuted and a large number of formerly middle class Iranians are now impoverished.

According to Ghasseminejad, these newly impoverished Iranians are now in the streets calling for the regime to be overthrown.
If Trump decides to keep sanctions frozen, it will serve as a rebuke to the protesters. And if media reports that the protests are dissipating are to be believed, then a decision by Trump to certify regime compliance with the nuclear deal will be their death knell.

It isn’t that there is no risk to killing the nuclear deal. As The Jerusalem Post reported this week, in an interview with Iranian television Wednesday, Behrooz Kamalvandi, the deputy chief of Iran’s Atomic Energy Organization, threatened Trump that if he reinstates sanctions, “Iran is ready to increase the speed of its nuclear activities in various areas, especially enrichment, several times more than [in the] pre-nuclear deal era.”

And he may be telling the truth.

But the financial pressure on the regime will be far greater and the headwinds now facing the protesters calling for its overthrow will become a tailwind if Trump walks away from the deal. Middle class families that have not joined the protesters are more likely to take to the streets if sanctions are reinstated. Not only will they be hurt financially, they will become convinced that the regime is not invincible.

Whereas the deal’s proponents insist that leaving killing the deal will harm “moderates” in the regime, if the protests tell us anything, they tell us – once again – that there is no distance between so-called “moderates” like President Hassan Rouhani and Zarif, and so-called “extremists like Revolutionary Guard Corps terror boss Qassem Suleimani. Their theft of the wealth of the Iranian people, their corruption and sponsorship of terrorism is no different than Suleimani’s. The only way to help the Iranians on the streets is to weaken the regime as a whole, because the regime as a whole oppresses the Iranian people and robs them blind.

Israeli experts who were close to the Obama administration are calling for Trump to keep the deal alive. A paper published on Thursday by the left-leaning Institute for National Security Studies called for Trump to keep the deal alive, but enforce it fully.
Co-authored by Obama’s ambassador to Israel Dan Shapiro and former security brass who oppose the Netanyahu government, the paper claimed that the US should insist that Iran open its military nuclear sites to UN inspectors.

The problem with the recommendation is that there is no chance it will be implemented. Iran refuses to open its military sites to inspectors, and the Europeans side with them against the US.

Trump is right that he’s damned if he maintains Obama’s nuclear deal with Iran and damned if he kills the deal. But his supporters are right on this issue and the Washington establishment, Europe and the media are wrong.

If Trump walks away, he will empower the Iranians calling for a new regime. He will weaken the regime’s ability to maintain its global war against the US and its allies. He will force the Europeans to abandon their love affair with the corruption kings in Tehran by making them choose between the US market and the Iranian market.

And he will accomplish all of these things while freeing himself from the quarterly requirement to either lie and pretend Iran is behaving itself and be pilloried by his supporters, or tell the truth about its behavior and be pilloried by the people who always attack him.

Most important, by walking away from a deal built on lies, distortion and corruption, Trump can quickly pivot to a policy based on truth. Unlike the nuclear deal, such a policy would have a chance of ending Iran’s nuclear ambitions, its sponsorship of terrorism, and its oppression of its long-suffering people once and for all.

Voir encore:


Chine: Quel deux poids deux mesures ? (Spot the error: China’s Tiananmen butchers brazenly blow up Christian churches but imagine the uproar if a Christian country or Israel had dared touch a mosque)

26 janvier, 2018
 A cross that had been torn down by Chinese government workers at a Protestant church in the village of Taitou in Zhejiang Province last year.In 2014, a church blocked a gate to protect its cross.A Sunday service at a state-sanctioned church in Wenzhou in 2014. There are an estimated 60 million Christians in China. In an image from video, a Catholic church’s cross was toppled by a government worker in Zhejiang Province last year. Over the past two years, officials and residents said, the authorities have had crosses from 1,200 to 1,700 churches torn down.
S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. Jésus (Jean 15 :20)
Les révélations relatives à l’ingérence russe dans le processus électoral de plusieurs pays, y compris la France, ont ramené sur le devant de la scène des pratiques et méthodes que l’on croyait croupissantes dans les oubliettes de la guerre froide. L’ingérence a pour but d’orienter le cours de la politique d’un pays donné dans une direction favorable aux intérêts de la puissance étrangère. Elle s’appuie sur une panoplie d’outils subversifs (corruption, coercition, propagande, désinformation) relayés par des médias, des associations, ou des personnalités publiques, dans le but d’influencer l’opinion publique et les élites. La Russie n’est pas la seule puissance à pratiquer l’art de la guerre politique. La Chine mène le même combat, utilisant des armes similaires. Au cours des derniers mois, les exemples d’ingérence chinoise se sont accumulés : pressions financières exercées sur la prestigieuse Cambridge University Press, lui intimant de retirer de ses bases de données des centaines d’articles dont le contenu déplaisait à Pékin ; atteintes répétées à la liberté d’expression dans plusieurs universités australiennes et américaines opérées par des associations d’étudiants chinois rattachées à des organes centraux du Parti communiste chinois (PCC) ; rachat de journaux locaux ou coproduction de programmes médiatiques. Le monde politique n’est pas épargné : des tycoons liés au PCC ont versé plusieurs millions de dollars sous forme de donations aux principaux partis politiques australiens ; le directeur de la CEFC China Energy, une compagnie chinoise aux origines opaques, est depuis deux ans conseiller personnel du président tchèque. Alors que la Nouvelle-Zélande se prépare à tenir ses élections législatives, les services de contre-espionnage néo-zélandais ont déclaré avoir ouvert une enquête sur un ex-professeur de l’université d’Auckland, devenu député du Parti national en 2011. Avant son arrivée en Nouvelle-Zélande, Yang Jian avait enseigné à l’Institut des langues étrangères de Luoyang, une institution formant les officiers de renseignement du 3e département de l’Armée populaire (l’équivalent de la NSA). Il avait «oublié» de le mentionner. Les objectifs de la guerre politique menée par la Chine sont différents de ceux de Moscou, mais leurs tactiques ont un point commun : la manipulation de la liberté et de l’ouverture offertes par les sociétés démocratiques. Là où la Russie veut diviser l’Europe, détourner son attention et la dissuader de réagir à ses agressions répétées, Pékin souhaite établir sa prépondérance sur une région Asie-Pacifique élargie qu’elle souhaite débarrassée de la présence américaine. Afin d’y parvenir sans déclencher de conflit militaire, elle s’attache à décrédibiliser Washington auprès de ses alliés, à diviser les acteurs régionaux et à les dissuader d’intervenir dans l’espace maritime est-asiatique qu’elle souhaite établir comme son pré carré. Au-delà de la rivalité stratégique sino-américaine, c’est aussi un accès à des marchés, des savoir-faire et des technologies, que recherche une Chine qui s’est donnée pour objectif de dépasser la première puissance économique mondiale. Le rêve du «grand marché chinois» ou la promesse d’opportunités lucratives offertes par son programme des «nouvelles routes de la soie» servent d’appâts à des entreprises et gouvernements souvent prompts à coopérer sans se soucier des potentielles conséquences négatives à long terme. Enfin, le contrôle de l’information et l’effort de propagande chinois ne s’arrêtent pas à la frontière virtuelle créée par la «grande muraille digitale» qui scelle le cyberespace de la République populaire. Xi Jinping souhaite que la «voix de la Chine» résonne dans le monde, martelant les succès de la «solution chinoise» présentée comme une alternative à un modèle de globalisation en faillite. Une alternative dans laquelle les «droits au développement» passent avant le respect des valeurs universelles. Nadège Rolland
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
Depuis l’Holocauste, (…) on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. René Girard
Un gouvernement qui n’est pas responsable face à son propre peuple ne peut être responsable face au reste du monde. (…) Ne pas vouloir offenser la Chine signifie qu’ils ne peuvent pas aider la Chine, ne peuvent pas aider le peuple chinois à jouir de ses droits et ne peuvent pas aider la communauté internationale à intégrer un membre fiable, stable et pacifique. Cela n’est pas une bonne chose. Si le monde est indifférent, il porte une grande part de la responsabilité. Bao Tong (ami personnel de Zhao Ziyang)
Tant que le parti ne reverra pas son jugement sur le 4 juin, et ne reconnaîtra pas que c’était un mouvement patriotique et démocratique, la démocratie ne pourra pas avancer ici. Cela veut dire que tout ce qu’ils nous racontent sur la démocratie en marche et les droits de l’Homme ne sont que mensonges. Qi Zhiyong (ancien étudiant ayant perdu une jambe sous les balles le 4 juin)
Jusqu’à présent la communauté internationale (…) a adopté une politique d’apaisement à l’égard du gouvernement chinois. Ding Zilin (Mère d’une des victimes du 4 juin)
Nous les démocrates chinois, nous sommes comme les Juifs dans l’Allemagne Nazie. Pourquoi les Occidentaux ne viennent pas à notre secours est un grand mystère. Lorsque nous aurons tous été exterminés, vous aurez honte de votre passivité. Vous vous demanderez pourquoi vous ne nous aviez pas vu disparaître? Liu Xia (épouse du dissident emprisonné Liu Xiaobo)
Les évangélistes, c’est aussi des fondamentalistes. Et ils nous emmerdent. Gérard Chaliand
A l’exclusive de l’islam radical répond l’exclusive des évangélistes. Et il faut les voir en Irak (…) comment ils travaillent actuellement, à coups d’arguments sonnants et trébuchants, pour essayer de convertir, en Algérie, en Palestine, au Liban, en Syrie. Antoine Sfeir
Entendre tous les jours que l’Islam est une menace, entendre un jour que 42% des Français le pensent, être amené soi-même à prononcer cette phrase magique, tout cela transforme une subjectivité, engendre des comportements (par exemple des réflexes de méfiance ou de défiance face à toute « manifestation ostensible d’islamité ») et bouleverse donc les interactions futures avec des musulman-e-s de chair et d’os. Pour être plus concret : à force d’entendre, puis de dire soi-même, que l’Islam est une menace, on finit qu’on le veuille ou non, qu’on le sente ou non, par adopter vis-à-vis des musulman-e-s qu’on croise une attitude hostile, distante, craintive ou méprisante, que lesdit-e-s musulman-e-s ne peuvent que ressentir, à laquelle ils ou elles ne peuvent que réagir – et à laquelle ils ne peuvent réagir que d’une manière vive qui sera à son tour décryptée par notre bon français comme la preuve que, décidément, « l’Islam est une menace ». Avec en prime, cette fois-ci, une « expérience » à faire valoir si d’aventure on le sonde sur son rapport personnel avec des musulmans réels. Voilà dans quels cercles vicieux nous ont enfermés plusieurs années de journalisme racoleur et tendancieux (sur « la poussée fondamentaliste », « les filières terroristes » et « les reculs de la laïcité »), d’éditorialisme belliqueux (sur « la défense du modèle républicain »), d’opérations idéologiques (sur « l’identité nationale », « les tournantes » et « les cités du mâle ») et de législations d’exception (sur « le voile » en 2004, sur « la burqa » en 2010). (…c’est tout un système qui porte aujourd’hui l’idée que « l’Islam est une menace ». Un système dont les agents – conscients ou pas – sont des ministres, des partis de droite, des partis de gauche, des patrons de presse, des intellectuels, des journalistes… et des sondeurs. Un système qui a ses petites mains mais aussi ses Grands Commis : Yves Calvi, Christophe Barbier, Éric Zemmour, Élisabeth Lévy, Caroline Fourest, Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter, Fadela Amara, Sihem Habchi, Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Michel Onfray, Philippe Val, Robert Redeker, Claude Lanzmann et Bernard-Henri Lévy… Un système qui constitue, pour le coup, une véritable menace – pour la démocratie, pour la paix civile, mais plus directement, plus immédiatement, plus durement, pour les musulmans. (…) une chose est sûre : la propagande islamophobe bat son plein et porte ses fruits, les injures, violences et discriminations sont quotidiennes, et l’histoire nous a appris que tout cela peut, si on laisse faire, aller encore plus loin. Pierre Tévanian
Reprocher aux musulmans de n’être pas, ou pas assez, intégrés n’a qu’un sens : c’est leur reprocher d’être ce qu’ils sont. Et d’être de trop chez nous. Le rejet des musulmans n’est qu’une variante, la variante actuelle, d’une constante nationale : le rejet de l’étranger, que Montaigne, il y a plus de quatre siècles, dénonçait déjà. Maurice T. Maschino
Dans la représentation d’un corps étranger qui ne serait pas intégrable en France, les Musulmans ont tout simplement remplacé les Juifs. Jean-Marie Le Pen était antisémite, Marine est islamophobe, il n’y a pas rupture mais continuum. On ressort aujourd’hui, sur les Musulmans, le même type d’arguments que l’on réservait aux Juifs dans les années 30. Ils ne sont pas comme nous, ils font peser un danger sur la République. Ils ont un plan secret pour imposer leur loi. Leur religion est incompatible avec notre société. Ils ne seront jamais français et resteront étrangers, et ce, quelle que soit la mention figurant sur leurs passeports. Dans les années 30, même s’il en avait la nationalité, un Juif n’était pas considéré comme tout à fait français. Aujourd’hui, cet argument est servi pour les Musulmans. Pascal Boniface
Il y a un effectivement un risque de radicalisation de groupes qui n’arrivent pas à trouver leur place dans la société, et pour qui les symboles religieux traduisent l’expression d’une identité. Il ne faudrait pas que les différences religieuses deviennent un mode de désignation des différences sociales. A la veille de Noël, nous avons retrouvé sur une église parisienne l’inscription « mort au chrétiens », c’est une première. Cardinal André Vingt-Trois (président de la conférence des évêques de France)
Au VIIe siècle, quand l’islam est arrivé, tout l’espace correspondant à l’Orient arabe, à la Turquie et à la péninsule arabique était habité, à l’exception des communautés juives, par des populations chrétiennes. De nos jours, sur 17 pays et 350 millions d’habitants, les chrétiens sont 14 millions. La Turquie, notamment, comptait 20% de chrétiens vers 1900; ils sont moins de 1% aujourd’hui. (…) Les chrétiens sont porteurs de valeurs universelles, comme la gratuité, le don, l’amour et le pardon. Ils le prouvent par leurs œuvres sociales, écoles ou hôpitaux, qui sont ouvertes à tous, sans distinction de religion. (…) C’est bien d’accueillir les blessés irakiens, mais la compassion n’est pas une politique. Notre crédibilité est en jeu: le monde musulman nous respectera si nous prenons la défense des chrétiens d’Orient, qui sont nos coreligionnaires. Annie Laurent
Plus de 200 millions de chrétiens, partout dans le monde, subissent sous une forme ou une autre la haine, la violence, la menace, la confiscation de leurs biens et d’autres abus, en raison de leur religion, faisant d’eux le groupe religieux le plus discriminé. Mgr Toso (Le Vatican)
De ce tour d’horizon, il ressort que 75 % des cas de persécution religieuse concernent les chrétiens, dont la condition se détériore en de nombreux endroits. En tête de liste, outre le Moyen-Orient, l’AED place la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, l’Inde, le Pakistan, le Soudan et Cuba. Si l’on tente de classer ces phénomènes de christianophobie en fonction de leur origine, il ressort que leur premier vecteur, à l’échelle de la planète, est constitué par l’islam politique ou le fondamentalisme musulman. (…) Même s’il est géographiquement limité, l’hindouisme constitue un deuxième facteur de persécution antichrétienne. Si cette idéologie politico-religieuse est rejetée par le gouvernement central de New Delhi, elle inspire des forces actives dans plusieurs États de la fédération indienne, provoquant des violences qui ont culminé en 2009, mais qui n’ont pas cessé depuis. Troisième vecteur antichrétien: le marxisme. En Corée du Nord, toute activité religieuse est qualifiée de révolte contre les principes socialistes, et des milliers de chrétiens sont emprisonnés. En Chine, le Parti communiste fait paradoxalement bon ménage avec le capitalisme, mais les vieux réflexes sont loin d’avoir disparu: l’État tient à contrôler les religions. (…) Le 10 décembre dernier a été publié, à Vienne, un rapport de l’Observatoire sur l’intolérance et les discriminations contre les chrétiens en Europe, concernant les années 2005-2010. Ce document recense les actes de vandalisme contre les églises et les symboles religieux, les manifestations de haine et les brimades contre les chrétiens observées sur le continent européen au cours des dernières années. La liste est impressionnante, mais les faits incriminés ont suscité une émotion bien discrète ici. Aux facteurs aggravants de la situation des chrétiens dans le monde, peut-être faudrait-il ajouter l’indifférentisme religieux en Occident: si les Européens ne respectent pas le christianisme chez eux, comment aideraient-ils les chrétiens persécutés aux quatre points de l’horizon? Jean Sévillia (Le Figaro)
Un récent rapport de MEMRI, paru début 2017, révélait la diffusion de manuels scolaires de l’Etat islamique sur la plateforme de réseaux sociaux basée en Europe Telegram. Il apparaissait que les manuels scolaires sont, sans surprise, remplis d’images et de textes liés au djihad. Cela n’a rien d’étonnant, de la part de l’organisation terroriste la plus connue du monde. Mais le problème des contenus intolérants, suprématistes et violents des manuels scolaires du monde musulman, d’Afrique du Nord au Pakistan, occupe le débat public depuis déjà plusieurs décennies, depuis avant l’émergence de l’Etat islamique. Les campagnes pour modifier le contenu nuisible des manuels scolaires palestiniens et saoudiens ont suscité de l’intérêt au sein des échelons haut-placés du gouvernement américain. Mais le problème est bien plus étendu et existait bien avant l’avènement des réseaux sociaux, qui ont en grande partie facilité la dernière vague de mobilisation djihadiste. (…) En octobre 2013, MEMRI publiait une étude des manuels scolaires utilisés dans les écoles publiques (et non dans les fameuses madrassas islamistes privées) au Penjab, à Sindh, au Baluchistan et à Khyber Pakhtunkhwa, qui montrait comment de jeunes élèves sont abreuvés de concepts de violence et de martyre et de haine pour les non-musulmans. Trois ans plus tard, l’éditorialiste pakistanais Zubeida Mustafa déplorait la profonde intolérance présente dans ces manuels scolaires, suite à la publication d’un rapport cinglant révélant que « ces manuels glorifient la guerre, singularisent les non musulmans, adoptent une vision unidimensionnelle de la réalité, déforment l’histoire et diffusent des stéréotypes sur les femmes ». MEMRI
Je suis très frappée par les limites de cet enseignement. Je vous le dis très directement. Quand on lit les programmes, c’est un enseignement qui ne respecte pas les règles de l’histoire critique. C’est un enseignement dogmatique. On présente le prophète de l’Islam sans mettre en perspective le contexte socio-culturel. C’est un enseignement qui sacralise. C’est un enseignement qui ne me semble pas servir des faims de connaissances. C’est un enseignement qui vise à flatter, à apaiser, à soutenir des choses qui relèvent du vivre ensemble mais qui n’est pas articulé au souci de vérité. Je vois quelques difficultés. Il faut faire un enseignement qui obéit à toutes les règles de l’histoire critique. Souad Ayada
It is like Taliban/ISIS style of persecution against a peaceful church. It was primarily destroyed because it refused to register. Bob Fu (China Aid)
Ces dernières années, une dizaine d’églises ont été détruites dans le pays, et de nombreuses croix ont été démontées. Dans le Jiangxi, dans le sud du pays, les portraits de Jésus ont même dû être remplacés par ceux du président Xi Jinping. RFI.
Les autorités chinoises ont démoli à l’explosif la monumentale église évangélique Jindengtai, située à Linfen, dans la province du Shanxi, « dans le cadre d’une campagne municipale visant à éliminer les constructions illégales », a précisé un responsable de la ville au journal Global Times, cité par l’AFP. « Un chrétien a donné son terrain agricole à une association chrétienne locale, et ils ont construit secrètement une église, prétextant construire un entrepôt », a indiqué la source municipale, qui a ajouté que les autorités avaient fait stopper la construction du lieu de culte en 2009. À l’époque, des fidèles avaient été arrêtés, des Bibles confisquées et des leaders religieux condamnés à de longues peines de prison. « Une nuée de policiers militaires ont été mobilisés et ont réalisé la démolition grâce à une grande quantité d’explosifs placés sous l’église », s’est insurgé de son côté Bob Fu, président de China Aid, un groupe de défense des droits religieux basé aux États-Unis. « Cette persécution est digne de l’État islamique et des talibans », a-t-il même dénoncé. (…) Le pouvoir communiste de Pékin, qui redoute l’influence des organisations religieuses, les surveille de très près. La Chine, qui compterait 60 millions de chrétiens, fait partie des 50 pays qui les persécutent le plus dans le monde, selon l’index 2018 de l’ONG Portes ouvertes. Valeurs actuelles

Cherchez l’erreur !

A l’heure où de Donald Trump à Emmanuel Macron et gros contrats obligent …

Nos dirigeants déroulent le tapis rouge ou se bousculent chez les bouchers de Tiananmen

Et que pendant que, sur fond de génocide silencieux mondial et d’incitation officielle au meurtre des non-musulmans, les dégradations se multiplient contre nos églises chrétiennes ou nos synagogues …

On en est, paix sociale oblige, à « sacraliser l’islam » dans les manuels de nos enfants …

Devinez qui …

Tout en multipliant à la russe  et à coup de corruption, coercition, propagande et désinformation, les actions subversives contre les démocraties occidentales

Et après l’Etat islamique et à la talibane …

Fait tranquillement sauter des églises chrétiennes (merci Roger) …

Et imaginez le tollé si un pays chrétien ou Israël avait osé toucher à une mosquée !

 Chrétiens. “Cette persécution est digne de l’État islamique et des talibans », a déploré le président de China Aid, un groupe de défense des droits religieux basé aux États-Unis.

Valeurs actuelles

15 janvier 2018

Les autorités chinoises ont démoli à l’explosif la monumentale église évangélique Jindengtai, située à Linfen, dans la province du Shanxi, « dans le cadre d’une campagne municipale visant à éliminer les constructions illégales », a précisé un responsable de la ville au journal Global Times, cité par l’AFP.

« Un chrétien a donné son terrain agricole à une association chrétienne locale, et ils ont construit secrètement une église, prétextant construire un entrepôt », a indiqué la source municipale, qui a ajouté que les autorités avaient fait stopper la construction du lieu de culte en 2009. À l’époque, des fidèles avaient été arrêtés, des Bibles confisquées et des leaders religieux condamnés à de longues peines de prison.

« Une nuée de policiers militaires ont été mobilisés et ont réalisé la démolition grâce à une grande quantité d’explosifs placés sous l’église », s’est insurgé de son côté Bob Fu, président de China Aid, un groupe de défense des droits religieux basé aux États-Unis. « Cette persécution est digne de l’État islamique et des talibans », a-t-il même dénoncé.

« Ces dernières années, une dizaine d’églises ont été détruites dans le pays, et de nombreuses croix ont été démontées. Dans le Jiangxi, dans le sud du pays, les portraits de Jésus ont même dû être remplacés par ceux du président Xi Jinping », rappelle aussi RFI.

Le pouvoir communiste de Pékin, qui redoute l’influence des organisations religieuses, les surveille de très près. La Chine, qui compterait 60 millions de chrétiens, fait partie des 50 pays qui les persécutent le plus dans le monde, selon l’index 2018 de l’ONG Portes ouvertes.

Voir aussi:

Chine: les autorités détruisent une monumentale église évangélique

Avec notre correspondante à Shanghai, Angélique Forget

C’était une église monumentale, surmontée de tourelles et d’une grande croix rouge. Il n’en reste aujourd’hui plus qu’un tas de pierre. L’édifice a été complètement détruit à l’explosif. Construite il y a dix ans grâce aux dons de fidèles, cette église revendiquait 50 000 paroissiens.

En 2009, déjà le gouvernement local avait tenté d’empêcher son édification, une centaine de policiers avaient confisqué les Bibles et plusieurs responsables religieux avaient été condamnés à de longues peines de prison.

Jésus remplacé par Xi Jinping

Ces dernières années, une dizaine d’églises ont été détruites dans le pays, et de nombreuses croix ont été démontées. Dans le Jiangxi, dans le sud du pays, les portraits de Jésus ont même dû être remplacés par ceux du président Xi Jinping.

Officiellement, la liberté de religion est garantie en Chine. Mais les groupes religieux doivent faire allégeance à des associations dirigées par le Parti communiste chinois. L’objectif pour le pouvoir est de ne pas perdre son influence, alors que le nombre de chrétiens en Chine ne cesse d’augmenter. ils seraient aujourd’hui environ 60 millions.

Voir également:

China blows up ‘illegal’ mega-church

January 14, 2018

BEIJING: Authorities in northern China have demolished a Christian megachurch in a move denounced by a religious rights group as “Taliban-style persecution”.

China’s officially atheist Communist authorities are wary of any organised movements outside their control, including religious ones.

The huge evangelical Jindengtai (Golden Lampstand) Church, painted grey and surmounted by turrets and a large red cross, was located in Linfen, Shanxi province.

Its demolition began on Tuesday under “a city-wide campaign to remove illegal buildings”, the Global Times newspaper reported, quoting a local government official who wished to remain anonymous.

“A Christian offered his farmland to a local Christian association and they secretly built a church using the cover of building a warehouse,” the official said.

The local housing department had stopped construction of the church in 2009 when it was almost complete, he added. Several members of the Christian group were then jailed, according to the official.

A “multitude of military police were mobilised and engaged (in) the destruction by burying a large amount of explosives under the church,” Bob Fu, president of the US-based religious rights group ChinaAid Association, said on Saturday.

“It is like Taliban/ISIS style of persecution against a peaceful church,” he said, adding that it had around 50,000 members.

The house of worship was “primarily destroyed because it refused to register” with the Communist authorities, Fu said.

Linfen police and city officials did not answer telephone calls.

Demolition of the church comes as authorities prepare to implement new, stricter regulations on religion which come into force on February 1 as part of a broader effort to put religious practice under the direct supervision of the state.

Beijing has stepped up its crackdown on civil society since President Xi Jinping took power in 2012, tightening restrictions on freedom of speech and jailing hundreds of activists and lawyers.

Chinese citizens officially have freedom of belief under the constitution but the authorities tightly control religious groups and churches, which have to swear allegiance to state-controlled “patriotic” associations to avoid any foreign influence through religion.

In an annual report last year, the US State Department said that in 2016, China “physically abused, detained, arrested, tortured, sentenced to prison, or harassed adherents of both registered and unregistered religious groups”.

Voir de même:

Chinese Police Dynamite Christian Megachurch
Russell Goldman
The New York Times
Jan. 12, 2018

HONG KONG — Chinese police officers demolished one of the country’s largest evangelical churches this week, using heavy machinery and dynamite to raze the building where more than 50,000 Christians worshiped.

The Golden Lampstand Church in Shanxi Province was one of at least two Christian churches demolished by the authorities in recent weeks, part of what critics describe as a national effort to regulate spiritual life in China.

Under President Xi Jinping, the government has destroyed churches or removed their steeples and crosses as part of a campaign that reflects the Communist Party’s longstanding fear that Christianity, viewed as a Western philosophy, is a threat to the party’s authority.

Global Times, a state newspaper, described the building’s destruction as part of a “citywide campaign to remove illegal buildings,” and quoted an unidentified official as saying that the church had been “secretly” constructed without proper permits and was initially disguised as a warehouse.

Members of the megachurch, however, have previously clashed with the authorities, including in 2009 when the police confiscated Bibles and imprisoned several of the congregation’s leaders.

On Tuesday, officers of the People’s Armed Police, a state paramilitary organization, detonated explosives in the church’s underground sanctuary and destroyed the rest of the building, according to ChinaAid, an American watchdog group that monitors religious freedom in China.

“The repeated persecution of Golden Lampstand Church demonstrates that the Chinese government has no respect for religious freedom or human rights,” said Bob Fu, the group’s founder.

Chinese police officers demolished one of the country’s largest evangelical churches this week, using heavy machinery and dynamite to raze the building where more than 50,000 Christians worshiped. The Golden Lampstand Church in Shanxi Province was one of at least two Christian churches demolished by the authorities in recent weeks, part of what critics describe as a national effort to regulate spiritual life in China.

Under President Xi Jinping, the government has destroyed churches or removed their steeples and crosses as part of a campaign that reflects the Communist Party’s longstanding fear that Christianity, viewed as a Western philosophy, is a threat to the party’s authority.
Global Times, a state newspaper, described the building’s destruction as part of a “citywide campaign to remove illegal buildings,” and quoted an unidentified official as saying that the church had been “secretly” constructed without proper permits and was initially disguised as a warehouse.
Members of the megachurch, however, have previously clashed with the authorities, including in 2009 when the police confiscated Bibles and imprisoned several of the congregation’s leaders.
On Tuesday, officers of the People’s Armed Police, a state paramilitary organization, detonated explosives in the church’s underground sanctuary and destroyed the rest of the building, according to ChinaAid, an American watchdog group that monitors religious freedom in China.
“The repeated persecution of Golden Lampstand Church demonstrates that the Chinese government has no respect for religious freedom or human rights,” said Bob Fu, the group’s founder.
ChinaAid said that the building was built by the married evangelists Wang Xiaoguang and Yang Rongli with nearly $3 million in contributions from local Christians, but that it had never been registered with the authorities, a legal requirement.
Officially, Chinese citizens are free to practice the religion of their choice, but the government tightly controls spiritual life, and in some cases bans certain groups, like Falun Gong.
On Dec. 27, the authorities also demolished a Catholic church in Shaanxi Province, southwest of Shanxi Province, destroying an altar and confiscating vestments, according to ChinaAid.
More than 60 million Christians live in China, at least half of whom worship in unregistered churches.
Voir encore:

SHUITOU, China — Along the valleys and mountains hugging the East China Sea, a Chinese government campaign to remove crosses from church spires has left the countryside looking as if a typhoon had raged down the coast, decapitating buildings at random.

In the town of Shuitou, workers used blowtorches to cut a 10-foot-high cross off the 120-foot steeple of the Salvation Church. It now lies in the churchyard, wrapped in a red shroud.

About 10 miles to the east, in Mabu township, riot police officers blocked parishioners from entering the grounds of the Dachang Church while workers erected scaffolding and sawed off the cross. In the nearby villages of Ximei, Aojiang, Shanmen and Tengqiao, crosses now lie toppled on rooftops or in yards, or buried like corpses.

On a four-day journey through this lush swath of China’s Zhejiang Province, I spoke with residents who described in new detail the breathtaking scale of an effort to remove Christianity’s most potent symbol from public view. Over the past two years, officials and residents said, the authorities have torn down crosses from 1,200 to 1,700 churches, sometimes after violent clashes with worshipers trying to stop them.

“It’s been very difficult to deal with,” said one church elder in Shuitou, who like others asked for anonymity in fear of retaliation by the authorities. “We can only get on our knees and pray.”

The campaign has been limited to Zhejiang Province, home to one of China’s largest and most vibrant Christian populations. But people familiar with the government’s deliberations say the removal of crosses here has set the stage for a new, nationwide effort to more strictly regulate spiritual life in China, reflecting the tighter control of society favored by President Xi Jinping.

In a major speech on religious policy last month, Mr. Xi urged the ruling Communist Party to “resolutely guard against overseas infiltrations via religious means,” and he warned that religions in China must “Sinicize,” or become Chinese. The instructions reflect the government’s longstanding fear that Christianity could undermine the party’s authority. Many human rights lawyers in China are Christians, and many dissidents have said they are influenced by the idea that rights are God-given.

In recent decades, the party had tolerated a religious renaissance in China, allowing most Chinese to worship as they chose and even encouraging the construction of churches, mosques and temples, despite regular crackdowns on unregistered congregations and banned spiritual groups such as Falun Gong.

Hundreds of millions of people have embraced the nation’s major faiths: Buddhism, Taoism, Islam and Christianity. There are now about 60 million Christians in China. Many attend churches registered with the government, but at least half worship in unregistered churches, often with local authorities looking the other way.

But Mr. Xi’s decision to convene a “religious affairs work conference” last month — the first such leadership meeting in 15 years — suggested that he was unhappy with some of these policies. People familiar with the party’s discussions say it intends to apply some lessons from the campaign in Zhejiang to rein in religious groups across the country.

While the government is unlikely to begin tearing down crosses across China, the sources say, local authorities are expected to begin scrutinizing the finances and foreign ties of churches and other spiritual institutions as part of an effort to limit the influence of religions the party considers a threat, especially Christianity.

“What has been happening in Zhejiang is a test,” said Fan Yafeng, an independent legal scholar in Beijing. “If the government views it as a success, it will be expanded.”

Broadening the campaign to regulate religion could backfire on Mr. Xi, with worshipers abandoning government-run churches in favor of underground congregations, which typically meet unobtrusively in office buildings or homes. It could also antagonize many of the urban, white-collar professionals who have embraced Christianity.

“Treating it as a foreign religion could alienate these people,” said Fredrik Fallman, a scholar who studies Chinese Christianity at the University of Goteborg in Sweden. “But this might also be the purpose — to be a warning.”

Set in a valley 10 miles from the coast, Shuitou is a small market town of streaked-concrete housing blocks and pell-mell streets. Most of its traditional places of worship — Buddhist, Taoist and ancestral shrines for deceased relatives — are small structures, sometimes built on the side of a mountain and usually hidden from view.

But since the 1980s, 14 churches in Shuitou have been financed with donations from local entrepreneurs eager to show off their newfound prosperity and hard-won faith. The naves are several stories tall, and the spires rise more than 100 feet.

Until recently, most were topped with bright red crosses. But crosses have been removed from half the churches in Shuitou, with orders coming every month for more to come down. Many worshipers interviewed said they feared an era was coming to end.

“For years, we had no problems with the authorities,” a local worshiper said. “Our churches were welcomed by the government.”

The campaign began in 2014, when the government abruptly announced plans to demolish a church in the neighboring city of Wenzhou, saying it had not received the proper building permits. Then the government began issuing orders for churches across the province to remove their crosses.

The Salvation Church, a complex with three spires atop a three-story congregation hall, offices and a parking lot, quickly became a center of resistance. Hundreds of parishioners encircled the church to protect the cross, facing off against hundreds of riot police officers.

In one confrontation, about 50 church members were injured. Pictures of bruised and beaten Christians flooded social media and the websites of overseas Christian advocacy groups.

According to parishioners, the government put pressure on the most active members of the congregation. Some businessmen say their partners were pressured into canceling contracts with them. Others were told by their employers that they would lose their jobs if they continued to participate in protests.

After the church in Wenzhou was demolished, the Salvation Church gave in and agreed to take down its cross.

The government said that it was enforcing building codes and that all structures had been affected, not just churches. But documents reviewed by The New York Times show that provincial officials were worried that churches had begun to dominate the region’s skyline.

The crosses have come down in waves, with at least 1,200 removed as of last summer, according to people working for government-run churches. Many local residents estimate the figure is now close to 1,700.

“It was quiet late last year,” one local Christian said, “but the government is now making it clear that all of the crosses will go.”

As the authorities pressed the campaign, prominent Protestant and Catholic leaders across China, including senior figures in the government’s religious affairs bureaucracy, spoke out against it in sermons and on social media.

One of them was Gu Yuese, the pastor of one of the biggest churches in the Chinese-speaking world, the Chongyi Church in the provincial capital of Hangzhou. As one of the best-known Protestant leaders in China, Mr. Gu was influential, and his criticism resonated beyond the region.

“These actions are a flagrant violation of the policy of religious freedom that the party and the government have been implementing and continuously perfecting for more than 60 years,” he wrote in a statement released on official government letterhead.

Then he was silenced. In January, the police detained Mr. Gu and charged him with misusing church funds. A few days later, another pastor in Zhejiang who had also spoken out was detained on similar charges.

“It’s a method to make us pay attention,” said the pastor of a government-run church in Wenzhou. “None of us have financial training, so if you send in an accountant, they will probably find something wrong.”

Several clergy members in the region said they were under pressure to demonstrate their loyalty to the Communist Party. Some churches, for example, have begun extolling Mr. Xi’s campaign to promote “core socialist values” — a slogan meant to offer a secular belief system that bolsters the party’s legitimacy.

Other churches have begun displaying their building permits, implicitly endorsing the government’s authority to approve or reject church construction, including crosses.

“We have to show that we are loyal Christians,” said an employee of the historic Chengxi Church in Wenzhou, “or else we could face trouble.”

In February, a prominent lawyer was shown on state television confessing to having colluded with foreign forces, especially American organizations, to stir up local Christians. The lawyer, Zhang Kai, had been in Zhejiang providing legal advice to churches that opposed the removal of their crosses.

Unregistered churches appear vulnerable, too. In December, the police detained several members of the unregistered Living Stone church in southern China’s Guizhou Province after they refused to join a government-run Protestant church. The pastor was later arrested on charges of “divulging state secrets.”

“It’s easy for them to fabricate a crime and accuse you,” said the pastor of a large unregistered church in Wenzhou. “We have to be very careful.”

Many worshipers in Shuitou are eager to keep their heads low, in hopes that the storm will blow over.

One Sunday last month, about 300 people attended services at the Salvation Church, women sitting on the left side and men on the right — a reflection of traditional views toward worship. In the front of the church, above a big red cross, were six big characters that read: “Holiness to the Lord.”

Most of the people there were in their 50s or 60s, in part because many of the younger worshipers were boycotting Sunday services to protest the church’s decision to comply with the government’s order to remove the cross.

They have begun attending services on Thursdays instead, to mark the day of the week the cross came down. They used to participate in the church’s Bible study groups, but now study independently. Some wonder if they and others may stop worshiping in registered churches entirely and go underground.

A senior church leader, who spoke on the condition of anonymity, said he and others had agreed to take down the cross because they feared the church would be demolished if they did not. People were on the verge of losing their jobs, he added, and church elders felt they had no choice but to call on parishioners to give in.

“More than three decades ago, we didn’t even have a church,” he said. “Persecution in church history has never stopped. All we can do is pray.”

Enseignement. La nouvelle présidente du conseil supérieur des programmes Souad Ayada a dénoncé un enseignement qui sacralise l’Islam au mépris de l’objectivité historique.

Valeurs actuelles

24 janvier 2018 

Peu connue des syndicats enseignants, Saoud Ayada fait déjà parler d’elle. Nommée le 23 novembre dernier à la tête du conseil supérieur des programmes, cette philosophe spécialiste de spiritualité islamique a vivement critiqué les manuels scolaires. “Je suis très frappée par les limites de cet enseignement, a-t-elle lancé devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée Nationale. Je vous le dis très directement. Quand on lit les programmes, c’est un enseignement qui ne respecte pas les règles de l’histoire critique. »

“C’est un enseignement qui vise à flatter, à apaiser”

Un regard sans concession qui va même beaucoup plus loin. “C’est un enseignement dogmatique. On présente le prophète de l’Islam sans mettre en perspective le contexte socio-culturel, regrette-t-elle. C’est un enseignement qui sacralise. C’est un enseignement qui ne me semble pas servir des faims de connaissances. C’est un enseignement qui vise à flatter, à apaiser, à soutenir des choses qui relèvent du vivre ensemble mais qui n’est pas articulé au souci de vérité. Je vois quelques difficultés. Il faut faire un enseignement qui obéit à toutes les règles de l’histoire critique.

Après la réforme, sous le précédent quinquennat, des programmes de la maternelle au collège, le CSP se penche désormais sur les contenus enseignés au lycée et évalués lors du baccalauréat. Un chantier sensible.

Voir enfin:

« Vous devez être soigneusement éduqués » : le défi des manuels scolaires islamiques suprématistes

Alberto M. Fernandez *

MEMRI

28 mars 2017

Un récent rapport de MEMRI, paru début 2017, révélait la diffusion de manuels scolaires de l’Etat islamique [EI] sur la plateforme de réseaux sociaux basée en Europe Telegram. [1] Il apparaissait que les manuels scolaires sont, sans surprise, remplis d’images et de textes liés au djihad. Cela n’a rien d’étonnant, de la part de l’organisation terroriste la plus connue du monde.

Mais le problème des contenus intolérants, suprématistes et violents des manuels scolaires du monde musulman, d’Afrique du Nord au Pakistan, occupe le débat public depuis déjà plusieurs décennies, depuis avant l’émergence de l’Etat islamique. Les campagnes pour modifier le contenu nuisible des manuels scolaires palestiniens et saoudiens ont suscité de l’intérêt au sein des échelons haut-placés du gouvernement américain. Mais le problème est bien plus étendu et existait bien avant l’avènement des réseaux sociaux, qui ont en grande partie facilité la dernière vague de mobilisation djihadiste.[2] Il demeure un sujet de préoccupation politique. Une étude non publiée sur les manuels scolaires saoudiens datant de 2013, commandée par le Département d’Etat américain, n’a vu le jour qu’en 2016, grâce à la Loi sur la Liberté de l’Information (Freedom of Information Act).[3]

En octobre 2013, MEMRI publiait une étude des manuels scolaires utilisés dans les écoles publiques (et non dans les fameuses madrassas islamistes privées) au Penjab, à Sindh, au Baluchistan et à Khyber Pakhtunkhwa, qui montrait comment de jeunes élèves sont abreuvés de concepts de violence et de martyre et de haine pour les non-musulmans.[4] Trois ans plus tard, l’éditorialiste pakistanais Zubeida Mustafa déplorait la profonde intolérance présente dans ces manuels scolaires, suite à la publication d’un rapport cinglant révélant que « ces manuels glorifient la guerre, singularisent les non musulmans, adoptent une vision unidimensionnelle de la réalité, déforment l’histoire et diffusent des stéréotypes sur les femmes ».[5]

Des tentatives menées en Jordanie en 2016 en vue de rendre les manuels scolaires moins sectaires et intolérants ont déclenché des autodafés de manuels et des réactions hostiles sur les médias sociaux. [6] Certains contenus figurant dans les nouveaux manuels montraient des images de femmes sans voiles et évoquaient la présence de Jordaniens chrétiens. Parmi ceux qui ont fustigé les nouveaux manuels, plus modérés, on trouve l’Association des enseignants jordaniens, longtemps dominée par les islamistes, ainsi que le Front d’action islamique, parti d’opposition (représentant les Frères musulmans en Jordanie). Un porte-parole de l’association des enseignants a déploré que le nombre de versets du Coran dans les manuels d’arabe du CM2 à la seconde soit tombé de 261 à seulement 44. [7]

L’agitation suscitée en Jordanie illustre un problème fondamental lié à la réforme des manuels scolaires. Il ne s’agit pas d’écoles religieuses, mais d’écoles publiques. Le défi ne concerne pas seulement les manuels scolaires, mais également les enseignants et les instituts de formation, qui ont longtemps représenté un terreau fetile pour les islamistes.

Malgré ces problèmes profondément enracinés, quelques progrès ont été réalisés, du moins sur le papier. Des intellectuels progressistes, comme Mustafa, précédemment évoqué, Abdul Hamid Al-Ansari au Qatar, Ibrahim Al-Buleihi en Arabie saoudite et d’autres encore, ont contesté ce statu quo nocif. [8] Des groupes appartenant aux minorités ethniques et religieuses sont aujourd’hui reconnus et moins diabolisés dans certains endroits. Après [la chute de] Kadhafi, la Libye a reconnu les langues parlées par les minorités non arabes, et offert la possibilité de les étudier dans les écoles.

(…)

Alors que l’Etat islamique fustige, non seulement les autres musulmans mais aussi les autres islamistes, sa lecture de l’histoire islamique, de l’expérience vécue par les musulmans au cours des siècles, demeure – comme celle de plusieurs de ses rivaux – une lecture intellectuellement appauvrie. [9] La grande ironie de la controverse autour des manuels scolaires et du poison que les islamistes et les djihadistes injectent, tient au fait qu’ils présentent une image du Moyen-Orient musulman qui pourrait être contestée par une lecture différente de la même histoire et de la même expérience vécue. (…)​

Lire le rapport dans son intégralité en anglais

*Alberto M. Fernandez est Vice-Président de MEMRI

Voir par ailleurs:

La Chine, influenceuse planétaire

On le sait, Moscou a voulu peser sur les élections aux Etats-Unis ou en France. On sait moins que Pékin veut se faire entendre par tous les moyens bien au-delà de l’Asie par la corruption, la coercition ou la désinformation.

Nadège Rolland, directrice de recherches à The National Bureau of Asian Research (NBR)

Les révélations relatives à l’ingérence russe dans le processus électoral de plusieurs pays, y compris la France, ont ramené sur le devant de la scène des pratiques et méthodes que l’on croyait croupissantes dans les oubliettes de la guerre froide. L’ingérence a pour but d’orienter le cours de la politique d’un pays donné dans une direction favorable aux intérêts de la puissance étrangère. Elle s’appuie sur une panoplie d’outils subversifs (corruption, coercition, propagande, désinformation) relayés par des médias, des associations, ou des personnalités publiques, dans le but d’influencer l’opinion publique et les élites.

La Russie n’est pas la seule puissance à pratiquer l’art de la guerre politique. La Chine mène le même combat, utilisant des armes similaires. Au cours des derniers mois, les exemples d’ingérence chinoise se sont accumulés : pressions financières exercées sur la prestigieuse Cambridge University Press, lui intimant de retirer de ses bases de données des centaines d’articles dont le contenu déplaisait à Pékin ; atteintes répétées à la liberté d’expression dans plusieurs universités australiennes et américaines opérées par des associations d’étudiants chinois rattachées à des organes centraux du Parti communiste chinois (PCC) ; rachat de journaux locaux ou coproduction de programmes médiatiques. Le monde politique n’est pas épargné : des tycoons liés au PCC ont versé plusieurs millions de dollars sous forme de donations aux principaux partis politiques australiens ; le directeur de la CEFC China Energy, une compagnie chinoise aux origines opaques, est depuis deux ans conseiller personnel du président tchèque. Alors que la Nouvelle-Zélande se prépare à tenir ses élections législatives, les services de contre-espionnage néo-zélandais ont déclaré avoir ouvert une enquête sur un ex-professeur de l’université d’Auckland, devenu député du Parti national en 2011. Avant son arrivée en Nouvelle-Zélande, Yang Jian avait enseigné à l’Institut des langues étrangères de Luoyang, une institution formant les officiers de renseignement du 3e département de l’Armée populaire (l’équivalent de la NSA). Il avait «oublié» de le mentionner.

Les objectifs de la guerre politique menée par la Chine sont différents de ceux de Moscou, mais leurs tactiques ont un point commun : la manipulation de la liberté et de l’ouverture offertes par les sociétés démocratiques. Là où la Russie veut diviser l’Europe, détourner son attention et la dissuader de réagir à ses agressions répétées, Pékin souhaite établir sa prépondérance sur une région Asie-Pacifique élargie qu’elle souhaite débarrassée de la présence américaine. Afin d’y parvenir sans déclencher de conflit militaire, elle s’attache à décrédibiliser Washington auprès de ses alliés, à diviser les acteurs régionaux et à les dissuader d’intervenir dans l’espace maritime est-asiatique qu’elle souhaite établir comme son pré carré. Au-delà de la rivalité stratégique sino-américaine, c’est aussi un accès à des marchés, des savoir-faire et des technologies, que recherche une Chine qui s’est donnée pour objectif de dépasser la première puissance économique mondiale.

Le rêve du «grand marché chinois» ou la promesse d’opportunités lucratives offertes par son programme des «nouvelles routes de la soie» servent d’appâts à des entreprises et gouvernements souvent prompts à coopérer sans se soucier des potentielles conséquences négatives à long terme.

Enfin, le contrôle de l’information et l’effort de propagande chinois ne s’arrêtent pas à la frontière virtuelle créée par la «grande muraille digitale» qui scelle le cyberespace de la République populaire. Xi Jinping souhaite que la «voix de la Chine» résonne dans le monde, martelant les succès de la «solution chinoise» présentée comme une alternative à un modèle de globalisation en faillite. Une alternative dans laquelle les «droits au développement» passent avant le respect des valeurs universelles. Toutes les démocraties sont concernées et chacune se doit d’être vigilante.


Société: Vous avez dit flocons de neige ? (Guess who created Generation Snowflake ?)

18 janvier, 2018

‘Generation Snowflake’ is a fragile, thin-skinned younger generation that can’t cope with conflicting views
« Avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur, c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. »Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Le mouvement #Metoo est une bonne chose mais (…) ne transformons pas les femmes en flocons de neige. N’infantilisons pas les femmes. Condoleeza Rice
Depuis cet automne et le début de la campagne #MeToo, on pouvait en effet avoir l’impression de vivre dans un monde caractérisé par l’exploitation sexuelle, l’avilissement et la haine des femmes ou les violences qui leur sont faites. Sauf que non, le mouvement #MeToo ne se préoccupait pas des régions du monde où tout cela est vrai. Il n’était pas question de ces pays où les femmes sont la propriété d’hommes, qui peuvent faire ce qu’ils veulent d’elles – les lapider ou les asperger d’acide. Il ne s’agissait pas de celles qui ont urgemment besoin d’aide. On parlait ici des femmes occidentales. C’est à Hollywood, berceau de grandes épopées sur la liberté, l’amour et l’aventure, qu’a commencé le mouvement. Le producteur Harvey Weinstein avait fait une offre implicite à l’actrice Ashley Judd : coucher pour décrocher un rôle. Elle n’était pas la seule. Elles étaient nombreuses dans le même cas, peut-être toutes [à Hollywood]. Mais personne n’avait rien dit. C’est alors que la folie a commencé : des millions de femmes, vivant dans les pays les plus libéraux, les plus éclairés et les plus prospères de la planète, se sont mises à écrire sur Twitter de quels abus elles avaient été victimes. De l’acte le plus grave au plus anodin, tout a été mis sur le même plan. C’était comme si plus aucune femme en Occident ne pouvait prendre l’ascenseur ou entrer dans une salle de réunion sans se retrouver humiliée. Die Welt
There is a bit of a witch hunt happening too. (…) There is a movement happening and it’s healthy and it’s across every industry. The focus seems to be on Hollywood but it’s across every industry. Liam Neeson
Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ! Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie. De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées. En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un « comportement déplacé » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire. La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large. Déjà, des éditeurs ­demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins « sexistes », de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure ou encore de faire en sorte que les « traumatismes subis par les personnages féminins » soient rendus plus évidents ! (…) Le philosophe Ruwen Ogien défendait une liberté d’offenser indispensable à la création artistique. De même, nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle. Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une « salope » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement. En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser. Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités. Collectif
Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé. (…) «J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés. «On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste « Je me suis fait avorter » écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses. Catherine Deneuve
Quelque chose vient de changer dans la dénonciation des agressions sexuelles. Qu’on se rappelle celles de Cologne lors du Nouvel An 2016, ou bien le débat sur la circulation des femmes dans les « quartiers » : la faute était attribuée alors à la culture des agresseurs (en l’occurrence, bien sûr, l’islam). Les agressions commises par des hommes occidentaux bien sous tous les rapports étaient soit minimisées, soit présentées comme relevant d’une pathologie individuelle. Et la solution était de promouvoir les « valeurs occidentales » de respect de la femme. Or avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur (de toutes races et de toutes religions, éduqué, cultivé voire même, en public, grand défenseur des « valeurs occidentales »), c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. Mais on ne soigne pas le mal du mâle de la même manière quand il s’agit d’un retour d’animalité ou d’un conditionnement culturel. Ce changement de perspective (qu’il soit ou non pertinent, qu’il soit une vraie révolution ou bien un coup de mode) a de profondes conséquences anthropologiques. En effet, jusqu’ici, comme l’ont noté depuis longtemps les auteures féministes, toutes les grandes constructions idéologiques expliquant l’origine de la société s’entendaient pour faire de l’homme l’acteur du passage à la culture, et pour voir en la femme celle qui garde un pied (voire plus) dans la nature. Et pas la peine de revenir aux pères de l’Eglise. La philosophie des Lumières, qu’on crédite de nos « valeurs » séculières modernes, faisait de l’homme l’acteur du contrat social, qui arrachait l’humanité à un état de nature dans lequel restait largement immergée la femme, logiquement dépourvue de droits civiques jusqu’à récemment ; cette dernière mettait au monde l’être humain, l’homme en faisait un citoyen. L’anthropologie a longtemps fait de l’échange des femmes la condition (ou le signe) du passage à la société, et donc du passage à la culture (on ne parle jamais d’échange des hommes, et les rares sociétés matriarcales ne remettent pas en cause la domination politique de l’homme). La psychanalyse, dans son versant mythologique (Totem et Tabou), pulsionnel (les aventures du pénis) ou symbolique (que le père soit la métaphore de la loi ou la loi la métaphore du père), a gardé l’homme au centre de la sublimation culturelle. Le seul progrès, c’est que le masculin n’est plus nécessairement un homme biologique mais un principe : les femmes peuvent enfin porter la culotte (même si le salaire ne suit pas). Mais elles ne se transforment pas pour autant en prédatrices sexuelles : cela reste l’apanage du mâle. Evidemment, la violence masculine n’a jamais été ignorée par les cultures. Toutes ont développé des stratégies pour à la fois la canaliser et la légitimer (une fois canalisée) : de l’honneur à la séduction, nos sociétés occidentales ont su socialiser, voire esthétiser, la virilité (juste pour mémoire, ce qu’on appelle aujourd’hui « crime d’honneur » dans les autres sociétés s’appelait chez nous « crime passionnel » et valait circonstances atténuantes ; le meurtre d’une épouse n’a longtemps été, pour les journaux, qu’un « drame familial », comme si, par définition, la société n’était pas concernée). Il suffit de voir la nostalgie des sites conservateurs français où on se gausse discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la « séduction à la française », chère à nos films en noir et blanc, sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood. Question d’« atmosphère », comme dirait Arletty. Cette domestication/valorisation de la violence masculine a donc toujours été transmutée en culture, voire en haute culture. Et la définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage, devenu implicite au point de passer pour une seconde nature. C’est ce que Bourdieu analyse (entérine, pour des auteurs féministes) sous le nom d’habitus, un comportement collectif normé, acquis et inconscient. La transgression et la faute ne font sens qu’à partir de ce système. (…) Mais alors, pourquoi la révolte est-elle possible aujourd’hui, alors qu’elle n’est appuyée par aucune violence, aucune prise de pouvoir, aucune nouvelle gouvernance (au contraire, les cibles se trouvent avant tout dans l’establishment, lequel n’est pas menacé en tant que tel) ? On ne peut même pas parler de mobilisation populaire, encore moins de révolte politique. Comment penser cette vague de fond ? Qu’est-ce qui a changé ? Il faut, bien sûr, revenir aux origines récentes du féminisme comme mouvement social, c’est-à-dire à la grande vague des années 1960 dénonçant l’ordre établi et le patriarcalisme, prônant l’utopie et la libération sexuelle, et faisant de la sexualité une question politique (ce qu’elle est restée). Mai 68 est bien une révolution des mœurs. Mais il y a ici un paradoxe : comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : on ne demande pas au « porc » de se cultiver (il s’agit souvent de gens très cultivés justement, et contraints à la contrition ou à l’exil par l’acharnement judiciaire ou la vox populi : ils ont plus à voir avec l’émigré de Coblence qu’avec l’immigré de Cologne, car comme le premier, ils n’ont souvent rien appris ni rien oublié). Il doit se repentir et apprendre un nouveau code de comportement qui, pour lui, relève d’une langue étrangère. On remarquera par exemple que les artistes, acteurs et auteurs accusés d’agressions sexuelles voient leurs œuvres être soudainement « néantisées », voire, pour des acteurs, leur présence physique effacée des films. Il n’y a plus d’argument culturel pour l’excuser ou pour le sauver, mais une tabula rasa, sur laquelle on pose l’animalité brute. Et le problème surgit alors : comment socialiser cette animalité, comment humaniser le cochon ? On touche ici peut-être le nœud de la question, qui est toujours le lien entre culture et nature. L’apologie philosophique, voire idéologique, de la nature comme désir, c’est-à-dire en fait comme liberté de la pulsion débarrassée du poids de la culture, produit aujourd’hui son contraire : le triomphe de la normativité. Mais d’une normativité débarrassée aussi du poids de la culture. Car il ne s’agit en rien d’un retour à l’ordre moral de l’ancien temps. On a d’ailleurs un intéressant paradoxe : les plus réticents devant cette nouvelle police du corps sont justement les conservateurs traditionnels, chrétiens en particulier. (…) Il y a bien un mouvement de fond car, déjà avant l’affaire Weinstein, les campus américains s’étaient lancés dans la prévention du harcèlement sexuel. Or ces campagnes ont une caractéristique intéressante : elles ne sont pas fondées sur une approche éthique, mais sur une pédagogie autoritaire, où l’on doit mémoriser un nouveau code de gestuelle et d’énoncés, comme si la mise en œuvre des nouvelles normes supposait que les hommes soient incapables de comprendre d’eux-mêmes quel est le problème. Si nous revenons à la comparaison avec Cologne, dans les deux cas, l’étudiant blanc du campus et l’immigré basané sont traités de la même manière par une pédagogie directive et condescendante : en Allemagne, on distribue des affichettes comminatoires (une main aux fesses barré d’un NEIN en noir et d’une croix en rouge, comme un panneau de code de la route) ; dans les campus américains (où l’on peut aussi trouver ce type d’affichettes), on instaure des cours obligatoires avec exercices pratiques où John, immobile (et debout) doit demander à Sarah : « Puis-je poser ma main sur ton épaule ? », attendre un oui clair et explicite puis, de nouveau, : « Sarah, puis-je poser ma deuxième main sur ton autre épaule ? », attendre un oui et ainsi de suite au fil des jours, jusqu’à ce qu’ils se marient et fassent beaucoup d’enfants (on peut toujours rêver). On leur apprend non seulement ce qu’il ne faut pas faire (ce qui est légitime), mais surtout ce qu’il faut faire, comme si, d’un seul coup, l’instinct avait disparu, ou plutôt comme si, entre deux êtres, il n’y avait plus de culture partagée, c’est-à-dire d’implicite et de non-dit. Tout doit être dit, la vie est un contrat à renouveler à chaque instant : c’est la sexualité en CDD (d’ailleurs institutionnalisée de manière plus ludique, et peut-être jouissive, par les sites de rencontres). (…) Surtout, ce glissement de la culture au code n’est pas confiné à la question sexuelle. C’est une caractéristique profonde de la mondialisation, qui entraîne une crise des cultures. (…) Il y a par ailleurs un rapport étroit entre le fondamentalisme religieux et la normativité issue de la culture hippie : pour ceux que cela surprend, l’évangélisme contemporain et le mouvement hippie ont le même lieu et la même date de naissance (et beaucoup sont passés du second au premier) : la Californie des années 1960, qui est devenue aujourd’hui un des lieux où la vie quotidienne est la plus normée de tout le monde occidental, tout en se réclamant d’une utopie libertaire. L’on retrouve dans les fondamentalismes religieux contemporains cette obsession de la normativité des gestes de la vie quotidienne, cette difficulté à gérer le cochon qui sommeille, même si on le baptise du nom de péché originel, cette volonté de contrôler le corps et le sexe. Dans le fond, le hippie et le salafi sont des cousins qui s’ignorent. Olivier Roy
Vous n’êtes pas exceptionnels. Vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes faits de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde, prête à servir à tout. Tyler Durden (Fight club)

Comment « flocon de neige » est devenu une insulte pour toute une génération

Ne pas accepter le Brexit, manifester contre Donald Trump ou être jeune, tout simplement : il n’en faut pas plus pour se faire traiter de « flocon de neige » au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Un flocon de neige, c’est délicat, gracieux, féérique. Ça fait penser à la magie de Noël, au vin chaud dégusté au pied des pistes et à La Reine des Neiges. C’est un terme aux sonorités douces qui renvoie à des images positives, réconfortantes. Mais au Royaume-Uni et aux États-Unis, « flocon de neige » (« snowflake » en VO) est devenu une étiquette péjorative, voire une insulte, qui s’est largement répandue en 2016.

Le mois dernier, Chuck Palahniuk, l’auteur du best-seller Fight Club (1996), s’en octroyait la paternité. Interrogé par l’Evening Standard, il rappelait que son anti-héros Tyler Durden, un anticonformiste qui encourage des hommes à retrouver leur virilité en se battant, dit à ses disciples : « Vous n’êtes pas spécial. Vous n’êtes pas un flocon de neige, beau et unique. » Une réplique reprise nonchalamment par Brad Pitt dans le film de David Fincher (1999) :

Après la victoire du Brexit le 23 juin 2016 et celle de Donald Trump le 8 novembre dernier, le « flocon de neige » s’est répandu telle une trainée de poudre. Dans le discours politique, dans les médias, sur les réseaux sociaux, les grands gagnants utilisent ce mot innocent pour se moquer des pro-européens et des anti-Trump qui n’acceptent pas le nouveau paysage politique. Pour clouer le bec aux manifestants, aux journalistes (comme le site phare de l’alt-right américaine Breitbart), à ceux qui ne pensent pas comme eux… ou tout simplement à ceux qui ne comprennent pas leur humour. Le mois dernier, Michael Gove, l’une des grandes figures de la campagne pro-Brexit, s’en servait pour défendre Boris Johnson, critiqué pour avoir comparé François Hollande à un bourreau de la Seconde Guerre mondiale.

« Les personnes ‘offensées’ par les commentaires du ministre des Affaire étrangères sont des flocons de neige qui manquent d’humour et délibérément obtus. C’est une métaphore pleine d’esprit. »

Le jeune, ce punching ball

Offenser. Ce mot rime désormais avec flocon de neige. Pour les amateurs de cette insulte, les manifestants pro-européens et anti-Trump pleurent, geignent et sont colériques comme des enfants pourris gâtés. D’ailleurs, ce sont souvent les jeunes adultes qui sont visés. Pas étonnant vu que 75 % des 18-24 ans britanniques ont voté pour rester dans l’UE et que 55 % des 18-29 ans américains ont donné leur voix à Hillary Clinton (37 % ont soutenu Donald Trump).

Un mois après le référendum du Brexit, dans une tribune publiée sur le Huffington Post, Janice Atkinson – une députée européenne indépendante (virée du UKIP pour des soupçons de fraude) et membre du groupe coprésidé par Marine Le Pen L’Europe des nations et des libertés – tournait en dérision cette génération « dont les études médiatiques, de cinéma, de chant et de danse sont des pertes de temps » qui « coûtent de l’argent aux contribuables ». Outre-Atlantique, Kellyanne Conway, conseillère du nouveau président américain, se désolait sur Fox News : « Nous traitons les adolescents et les millennials comme des précieux flocons de neige. » Ah, le fameux mythe d’une génération à prendre avec des pincettes !

« Moins résilients, plus susceptibles »

Tous les ans, le Collins English Dictionary dresse la liste des 10 mots ou expressions qui ont marqué l’année. Entre le « Brexit », qui est sans surprise le grand gagnant de 2016, et le « hygge », la recette danoise du bonheur, l’expression « generation snowflake » s’est glissée dans ce top 10. Selon le prestigieux dico britannique, elle désigne « les jeunes adultes des années 2010, qui sont perçus comme moins résilients et plus susceptibles que les générations précédentes ».

En un mot, c’est une énième expression pour qualifier les millennials, les personnes nées dans les années 1980-1990, que les médias anglophones adorent opposer à leurs parents, les baby boomers. Mais si le terme « millennial » est parfois utilisé pour simplement souligner les spécificités du mode de vie des jeunes adultes (par exemple, ils investissent moins dans l’immobilier que leurs parents), l’expression « generation snowflake » ne leur laisse aucune chance. Éditorialistes et écrivains ont trouvé une nouvelle variante lexicale pour leur taper dessus.

Panique sur les campus

De la version britannique de GQ au conservateur The Spectator, en passant par le tabloid très à droite (et très limite) The Daily Mail, un profil se dessine : le millennial de base se plaint et aime se plaindre, ne supporte pas les critiques et est facilement outragé. La Britannique Claire Fox a probablement contribué à sa généralisation au Royaume-Uni en publiant en mai 2016 l’ouvrage (de 200 pages tout de même) I Find That Offensive qui définit, en quelque sorte, la generation snowflake. En prenant un ton volontairement provocateur, et un poil moralisateur, la directrice du think tank Institute of Ideas déplore pêle-mêle que :

  • Dans des universités américaines, « des étudiants demandent des ‘trigger warnings’ [le fait de prévenir qu’un contenu peut s’avérer choquant, ndlr] pour des textes classiques divers comme Mrs Dalloway de Virginia Woolf, en raison de ses ‘tendances suicidaires’, ou Les Métamorphoses d’Ovide, en raison de ses ‘agressions sexuelles’. » ;
  • « les safe spaces [espaces mis en place sur des campus réservés à des groupes spécifiques (femmes, LGBT…), pour que ses membres puissent discuter sans être confrontés à des discours de haine, ndlr] sont devenus une indéniable menace à la liberté d’expression » ;
  • « les étudiants souffrent réellement d’anxiété à cause de désagréments mineurs et d’une pression académique tout à fait normale« .

Les concepts de « trigger warning », « safe space » ou encore de « no-platforming » – le fait d’empêcher une personnalité controversée de participer à un débat public – sont intrinsèquement liés à la generation snowflake. Ils englobent des initiatives qui se sont multipliées sur les campus américains puis britanniques ces dernières années. Au point que certains universitaires et intellectuels, outre-Manche et outre-Atlantique, craignent qu’elles portent atteinte à la liberté d’expression. Il faut reconnaître que certains exemples extrêmes desservent ces concepts facilement tournés en dérision, comme dans cet épisode de South Park.

Frankenstein des temps modernes

« Nous avons, en résumé, créé notre propre monstre de Frankenstein [sic] extrêmement anxieux mais arrogant, facilement offensé mais qui s’en réserve le droit, et très susceptible », conclut Claire Fox, qui insiste sur la responsabilité des baby boomers et leur mode d’éducation trop protecteur. « Il y a eu un changement culturel à la fin du XXe siècle. La société est devenue plus individualiste, les parents plus préoccupés par leurs enfants, ce qui a certainement eu un impact sur leur manière de se sociabiliser », reconnaît Jennie Bristow, professeure de sociologie à l’université de Canterbury.

Pour autant, et c’est toujours le problème avec ce genre d’expression généraliste, la generation snowflake est un gros fourre-tout qui n’est certainement pas représentatif de toute une classe d’âge. Et même s’il y a un fond de vérité, on ne peut pas dire que les millennials, les anti-Brexit et les anti-Trump ont le monopole de la susceptibilité. Après tout, c’est le Donald qui geint sur Twitter quand Alec Baldwin l’imite sur le plateau du Saturday Night Live. C’est qui le flocon de neige maintenant ?

Voir aussi:

« Flocon de neige », l’insulte préférée des Trumpistes

Le Parisien
24 février 2017
Génération « snowflake »: « la génération des personnes devenues adultes dans les années 2010, perçues comme moins résistantes et plus susceptibles de se sentir insultées que les générations précédentes ».
Telle est la définition introduite dans le dictionnaire anglais Collins en 2016 pour ce terme péjoratif, employé aux Etats-Unis par les conservateurs et les partisans de Donald Trump dans le but de railler leurs adversaires de gauche, présentés comme des geignards allergiques à la liberté d’expression. Des « flocons de neige », si sensibles et fragiles qu’ils s’effondreraient à l’écoute du moindre discours antagoniste.
A la grande conférence annuelle des conservateurs américains CPAC, près de Washington, des ateliers forment des étudiants venus des quatre coins du pays à militer dans un climat de plus en plus « politiquement correct ».
« Etre conservateur sur un campus, c’est comme lorsqu’on était gay auparavant », explique Max Ortengren, 23 ans, vice-président des républicains de la Florida Gulf Coast University. « On a peur de faire son coming out ».
Cette guerre culturelle a donné naissance à un nouveau vocabulaire.
Des étudiants issus des minorités ont réclamé ces dernières années des « espaces protégés » (« safe spaces ») sur les campus, où les propos intolérants seraient interdits. D’autres réclament des avertissements (« trigger warnings ») si des idées exprimées dans un cours ou une pièce de théâtre sont susceptibles d’heurter certaines sensibilités.
Ces précautions s’assimilent, pour les défenseurs conservateurs de la liberté d’expression, à un refus de débattre et une tentative de museler les opinions minoritaires chez les étudiants.
Max explique avoir attendu deux semaines avant de promouvoir dans son école un événement organisé avec le lobby des armes à feu, de peur que des étudiants de gauche organisent un blocage.
Chloe, 21 ans, est encore sous le choc de l’invasion d’une poignée d’étudiants à une conférence du provocateur gay conservateur Milo Yiannopoulos, sur un campus de Chicago, l’année dernière, pour dénoncer le racisme de Donald Trump. Les manifestants ont occupé la scène et forcé les organisateurs à annuler la rencontre.
« Ca a complètement dérapé », déplore-t-elle. « Pour nous, CPAC est un espace protégé! »
– « Etudiants dorlotés » –
Dans l’une des salles du centre de convention, Casey Mattox anime un atelier intitulé « Comprendre ses droits sur un campus ».
« Mon travail consiste à poursuivre votre université en justice », annonce-t-il.
Son organisation, l’Alliance de défense de la liberté, se spécialise dans la liberté d’expression et d’association des étudiants chrétiens, républicains, pro-armes… en attaquant les écoles sur leurs règlements intérieurs.
« Les gauchistes qui dominent la plupart des campus savourent l’avantage qu’ils ont sur les étudiants et abusent de leur pouvoir pour les endoctriner dans l’idéologie socialiste », lance-t-il à la quarantaine d’étudiants qui assistent à sa présentation.
L’avocat est particulièrement friand des « zones de liberté d’expression » délimitées par les universités, ou des permis préalables à tout rassemblement. Il clame 300 victoires devant les tribunaux du pays.
Dans une salle voisine, Micah Pearce, étudiant en dernière année à la Liberty University, institution évangélique renommée, présente les tactiques pour militer efficacement: être présent sur le terrain et pas seulement en ligne, éviter les noms d’oiseaux, inviter des conférenciers conservateurs connus… et filmer toute éventuelle confrontation avec des contre-manifestants, car un peu de buzz ne fait jamais de mal.
« Ils veulent vous faire taire », martèle-t-il.
Depuis la victoire de Donald Trump en novembre, la formule « flocons de neige » fait florès.
Lors des manifestations anti-Trump, sa directrice de campagne Kellyanne Conway a raillé les jeunes effondrés par la défaite d’Hillary Clinton comme des « précieux flocons de neige ».
Mais le malaise autour du développement de la culture du politiquement correct se répand à gauche également.
En septembre 2015, le président démocrate Barack Obama avait tancé les étudiants qui cherchent à empêcher des conférenciers provocateurs de s’exprimer.
« Je ne suis pas d’accord avec l’idée que les étudiants doivent être dorlotés et protégés contre des points de vue différents », a-t-il expliqué. « Si vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un, vous devez être capables de débattre avec lui. Vous ne devez pas le faire taire ».
Dans les allées de CPAC, les participants refusaient toutefois d’appliquer le terme « flocon de neige » à Donald Trump lui-même, qui se plaint régulièrement sur Twitter de faire l’objet de critiques des médias ou de célébrités comme l’actrice Meryl Streep.

Voir de plus:

En Angleterre, la génération « flocon de neige » ne supporte pas qu’on la juge douillette
Pauline Mille
7 décembre 2017

Génération des flocons de neige » désigne en Angleterre les ados actuels, hypersensibles et qui ne supportent aucune contradiction : or cette génération douillette ne supporte pas qu’on la désigne ainsi, elle juge cela traumatisant. Au départ de ce cercle vicieux, l’éducation.

Ce sont les assurances AVIVA qui le disent, c’est sérieux les assurances, et elles ont commandité pour cela un sondage péremptoire : 72 % des 16-24 ans jugent injuste qu’on parle de « génération flocon de neige » et 74 % pensent que cela peut avoir un effet nocif sur leur santé mentale. Soit près des trois quarts.

Un flocon de neige ne supporte rien, sinon il fond

L’adolescence est un moment délicat, surtout quand elle se prolonge, et la moitié de la génération flocon de neige affirme subir du stress et de l’angoisse, contre un tiers seulement pour l’ensemble des adultes. Un tiers aussi assure avoir du mal à parler de ces problèmes. Selon le médecin chef d’Aviva, Doug Whright, « nos recherches suggèrent que les jeunes adultes rencontrent plus fréquemment des difficultés psychologiques, et que les mots qui critiquent ce groupe d’âge peuvent aggraver le phénomène. Tout terme désobligeant pour un segment de la population est négatif en soi ». En d’autres termes, juger une génération exagérément douillette peut la traumatiser. Or, à l’origine, c’est précisément à une jeunesse nombriliste et fragile comme un Saxe que l’Américain Chuck Palahniuk s’était adressé en 1996 dans son livre Fight Club : « Vous n’êtes pas spéciaux. Vous n’êtes pas un flocon de neige beau et unique ».

L’Angleterre juge la nouvelle génération douillette

Le mot faisait référence à une génération qui végète doucement à l’ombre maternelle des universités américaines, où chacun, qu’il lise ou écoute, se trouve alerté par un signal d’alarme quand survient un passage potentiellement dérangeant, et fréquente à satiété les « safe spaces » (espaces sûrs) où certaines opinions et idées tenues pour potentiellement « offensantes ». Bref, on a élevé cette génération douillette dans un cocon hyper-protégé, de sorte que tout désaccord lui semble une agression, et qu’elle ne le supporte pas, comme le montre le sondage et comme le confirme le commentaire de Doug Whright. Or cette éducation de serre, lorsqu’elle entre en contact avec un monde de plus en plus violent et polémique, par le biais d’internet, provoque chez cette génération douillette un déséquilibre mental que ses mentors, en Angleterre, n’imaginent de guérir que par encore plus de maternage. Jusqu’à ce que les flocons de neige ne fondent devant la réalité.

Voir encore:

Londoner’s Diary: Fight Club’s Chuck Palahniuk: « I coined ‘snowflake’ and I stand by it »

In today’s Diary: Fight Club author Chuck Palahniuk talks ‘snowflakes’| Fraser Nelson on Eurovision hopefuls | David Miliband return rumours| Scientists meet the media | Moonlight special screening

After Donald Trump’s counsellor, Kellyanne Conway, allegedly biffed a guest at the new President’s inauguration ball on Friday and “snowflake” has become a slur against Trump detractors, The Londoner set to wondering: is this all about Fight Club?

So we called Chuck Palahniuk, author of the original novel, made into a film in 1999, to ask him. Chuck broke the first rule of Fight Club by talking about Fight Club. The term snowflake originates from his book. “It does come from Fight Club,” he confirmed down the phone from his home in Oregon. “There is a line, ‘You are not special. You are not a beautiful and unique snowflake.’”

In Fight Club, Tyler Durden leads a generation of emasculated men to rediscover their inner strength by beating the hell out of each other.

Two decades later, Palahniuk sees the modern generation as delicate flowers more than ever. “There is a kind of new Victorianism,” he said. “Every generation gets offended by different things but my friends who teach in high school tell me that their students are very easily offended.”

Now snowflakes have blown across the Atlantic and entered into British parlance. Last week, Boris Johnson warned François Hollande not to administer “punishment beatings” in the Brexit negotiations. His old friend Michael Gove piled in, saying those offended were “deliberately obtuse snowflakes”. And the term has already been re-appropriated by its targets: at the Women’s March in London on Saturday were signs with slogans such as “Damn right we’re snowflakes: Winter is coming”.

Chuck says this is a problem with the Left, not the Right. “The modern Left is always reacting to things,” he opined. “Once they get their show on the road culturally they will stop being so offended.” He added self-effacingly: “That’s just my bulls**t opinion.”

And what about Donald Trump, The Londoner inquired — are people too offended by him? The writer wouldn’t answer. “I’m going to pass on that one,” he said, which led The Londoner to think he might be enjoying this new pugnacious politics.

More strings to the bow for the Milibands

Could David Miliband return from New York? Last year The Londoner heard talk that David’s violinist wife Louise Shackleton might follow Sir Simon Rattle when he takes up the baton at the London Symphony Orchestra this September.

Now the Big Apple is said to have soured for David after Hillary Clinton, who once hinted at having a “big crush” on the then Foreign Secretary — “he’s vibrant, vital, attractive and smart”, she said — was defeated by Donald Trump.

With their MPs falling like ninepins, Labour might be keen to tempt Miliband back from his job at the International Rescue Committee charity. The man who coveted Britain?

All sunny smiles under the Moonlight

To The Soho Hotel last night, for a special screening of Oscar frontrunner Moonlight, where Alex Hibbert, 12, from sunny Miami, and Naomie Harris, 40, from less sunny Islington, were both there.

Harris recently added an OBE for services to drama to her trophy cabinet but she may need to make room: she missed out on a Golden Globe for Best Supporting Actress but is nominated for  a Bafta.

In Moonlight, Harris plays drug-fuelled single mum Paula, raising her son in  a rough neighbourhood. Bleakness aside,  it was all smiles from the pair. Sometimes you’ve just got to leave the drama on  the set.

Will UK have Eurovision X factor?

Our six candidates to represent the UK at Eurovision have been revealed — a crew of former X Factor contestants all presenting songs of hope and unity.

But there may be a subtext of politics among the schmaltz. The offering from Lucie Jones, who has carved an impressive career on the stage since her appearance on the ITV reality show, is an anthem for someone struggling after a split: “You’re not defeated, you’re in repair… We’ll stand tall so you don’t fall… Together we’ll dance through this storm.”

Salena Mastroianni, meanwhile, calls for listeners to set aside their differences; Nate Simpson complains at having let the future down, and Holly Brewer encourages those in imperfect relationships to make a break for it. The attempts are more subtle than a previous entry by Georgia, though: We Don’t Wanna Put In was disqualified in 2009 for veiled references to old Vlad.

So does Fraser Nelson, editor of The Spectator and unlikely Eurovision expert, fancy our chances? “I’ve given up this year,” he despaired yesterday. “Am assuming BBC will again choose an entry so bad as to be a passive-aggressive insult to a continent.”

The Spectator backed Brexit, and Nelson seems content with his side of the fence. “Only things we need from Europe: free trade, cheap flights and Eurovision,” he tweeted. “All else is bureaucracy.” Nul points, then.

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With news that Bernie Ecclestone will leave his role as chief executive of Formula 1 and be given the title chairman emeritus instead, The Londoner remembered how someone else defined “emeritus”. When Rupert Murdoch replaced Frank Giles with Andrew Neil as editor of The Sunday Times, the joke was that Giles would become editor emeritus: “E means Exit, and meritus means you deserve it.”

Dr Adam does a runner

The Science Museum hosted the 25th Scientists Meet the Media event last night. Guests including first Brit in space Helen Sharman and solar energy specialist Dame Mary Archer interacted with thermal cameras and electric mechanisms, but for Dr Adam Rutherford it was a return to the scene of a crime. Last week the science writer tweeted a photograph of himself walking on the impressive treadmill-desk of Roger Highfield, director of external affairs at the Science Museum, who was out of the office at the time. While the cat’s away…

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Tie of the day for Lord Sumption, the Supreme Court judge noted for his Olympic, polka dot and Art Deco neckpieces. Today’s looked like musical notes. Surely not the notation for the EU anthem, Beethoven’s Ode to Joy?

The term ‘snowflake’ has been thrown around with abandon in the wake of Brexit and the US election, usually to express generic disdain for young people. How can we neutralise its power – and is it a bad metaphor anyway?

Between the immediate aftermath of Brexit and the US presidential election, one insult began to seem inescapable, mostly lobbed from the right to the left: “snowflake.” Independent MEP Janice Atkinson, who was expelled from Ukip over allegations of expenses fraud, wrote a piece for the Huffington Post decrying the “wet, teary and quite frankly ludicrous outpouring of grief emails” she had received post-referendum as “snowflake nonsense”. The far-right news site Breitbart, whose executive chairman Stephen Bannon is now Donald Trump’s chief strategist, threw it around with abandon, using it as a scattershot insult against journalists, celebrities and millennials who objected to Trump’s inflammatory rhetoric; its UK site used it last week to criticise a proposed “class liberation officer” at an Oxford college who would provide more support for working-class students.

On an episode of his long-running podcast in August, Bret Easton Ellis discussed the criticism of a lascivious LA Weekly story about the pop star Sky Ferreira with a furious riposte to what he calls “little snowflake justice warriors”: “Oh, little snowflakes, when did you all become grandmothers and society matrons, clutching your pearls in horror at someone who has an opinion about something, a way of expressing themselves that’s not the mirror image of yours, you snivelling little weak-ass narcissists?”

In September, Breitbart’s Milo Yiannopoulos used it to dismiss a protester at a talk in Houston, declaring that it was his event, not the “silver-haired snowflake show”. “Madam, I’m grateful to you for coming, but to be quite honest with you, fuck your feelings,” he told her, as the crowd roared “USA! USA! USA!” in the background. “Fuck your feelings” is a crude expression of what snowflake has come to mean, but it is succinct and not entirely inaccurate.

The term has undergone a curious journey to become the most combustible insult of 2016. It emerged a few years ago on American campuses as a means of criticising the hypersensitivity of a younger generation, where it was tangled up in the debate over safe spaces and no platforming. A much-memed line from Chuck Palahniuk’s Fight Club expresses a very early version of the sentiment in 1996: “You are not special. You are not a beautiful and unique snowflake. You are the same organic and decaying matter as everyone else.”

But recently it has widened its reach, and in doing so, diluted its meaning. It has been a favoured phrase of some tabloids, which have used it as a means of expressing generic disdain for young people who are behaving differently from people older than them. Whenever a new survey appears that claims young people are having less sex, or drinking less alcohol, or having less fun, it’s there as a handy one-word explanation: they are snowflakes.

Until very recently, to call someone a snowflake would have involved the word “generation”, too, as it was typically used to describe, or insult, a person in their late teens or early 20s. At the start of November, the Collins English Dictionary added “snowflake generation” to its words of the year list, where it sits alongside other vogue-ish new additions such as “Brexit” and “hygge”. The Collins definition is as follows: “The young adults of the 2010s, viewed as being less resilient and more prone to taking offence than previous generations”. Depending on what you read, being part of the “snowflake generation” may be as benign as taking selfies or talking about feelings too much, or it may infer a sense of entitlement, an untamed narcissism, or a form of identity politics that is resistant to free speech.

The phrase came to prominence in the UK at the beginning of 2016, after Claire Fox, director of the thinktank Institute of Ideas, used it in her book I Find That Offensive to address a generation of young people whom she calls “easily offended and thin-skinned”. Fox is clearly a natural provocateur and has written about generation snowflake in bulldozing articles for the Spectator (How We Train Our Kids to Be Censorious Cry-Babies) and for the Daily Mail (Why Today’s Young Women Are Just So Feeble). As intended, both caused considerable debate – which is precisely what Fox claims generation snowflake are losing their ability to do.

On the day we speak, she is bristling over an appearance at a school in Hertfordshire, where some students had objected to her being invited in the first place. “Several of the students said, ‘How dare you invite this terrible woman to speak?’ and said to me that I’d come there and upset them. They were giving a literal demonstration of my very speech,” she says.

Much of the debate around this generation of “whingers”, as she later calls them – slightly naughtily, as she also admits that obviously not every young person is a whinger and the phrase “generation snowflake” is more useful “to demonstrate the closing down of free speech and the demand for attention” – is to do with what has been happening on university campuses in the last decade or so. She is appalled by the move towards “no platforming”, in which speakers who have views deemed by students to be controversial or offensive, from Germaine Greer to Peter Tatchell, have been barred or disinvited from speaking events. Regardless of whether their opinions are objectionable or abhorrent, Fox insists we must hear views that do not agree with our own in order to learn how to tackle them.

“People have given up trying to persuade other people, and trying to win the argument,” she says. “Demands for safe spaces are to ‘stop people coming in here, so we’re not to be exposed to this. We demand our lecturers don’t introduce these ideas.’ It’s infantilising. It’s the opposite of rebellion. It has not got any intellectual weight. I want a generation to come forth with a new philosophy of freedom, rather than playing out in practice that their teachers and parents raised them as cotton-wool kids.”

Try talking to a person whose age puts them into the “generation snowflake” category, however, and it’s apparent that the most offensive thing about the whole offence debate is being called easily offended. In June, in reaction to a slew of articles decrying wimpy, moany millennials, Angus Harrison wrote an article for Vice in which he pointed out that young people were being labelled snowflakes at the same time as being called “Generation Sensible” or “new young fogeys”. “Young people today are really old and boring and sensible. Except, they are also babies, totally unprepared for the adult world. Make sense? No, it doesn’t,” he wrote.

“I’m confused!” says Liv Little, 22-year-old editor-in-chief of the magazine gal-dem, who was recently selected as one of the BBC’s 100 most influential and inspirational women of 2016. She finds the idea that she and her peers are self-obsessed and unable to cope with the world absurd. “I don’t get what they want to happen. Do they want people to be quiet and suck it up? Do they want people to have breakdowns and be really unhappy and accept a political system that doesn’t represent them?”

Little set up gal-dem as a student in 2015, in response to a lack of diversity at her own university. It has since grown to a collective of more than 70 women of colour and recently won a prestigious award for Online Comment Site of the Year. She says that what she sees is people taking that feeling that the world isn’t working for them and turning it into something positive and active. “A lot of offensive stuff is happening. Why should people not be offended? People are offended but they’re using that feeling of being offended to bring about change. Things are so dire sometimes that it’s necessary. If I want to carve out a safe space, why shouldn’t I?”

Much of the disagreement is down to how you define these endlessly complex sticking points of campus debate. For Fox, a “safe space” is a censorious exclusionary zone. For Little, it is a starting point that doesn’t hurt anyone, not least the people who are left out. “Creating safe spaces is good for us, it’s good for our mental health, it’s good for us in terms of preparing and organising, and then when we want to welcome people in to our spaces, we can. How often have women or people of colour been excluded from so many spaces in the world? And then people are crying because we’re creating spaces for us. It doesn’t make sense!”

Often the argument that younger people are weaker and less able to cope feels like a dressed-up way of saying “things were better in my day”. We live in a time of stark generational division and animosity, in which the year’s huge political decisions, the ones that have seemed most cataclysmic – Brexit, Trump – have been decided by older voters whose opinions are vastly different from those of younger voters. Millennials are living in a time of economic uncertainty, without guaranteed access to the affordable housing, free education and decent job market enjoyed by the generations before them. “I think our generation is really under pressure,” says Little. “I look around at my peers, at women around me, and they’re all working themselves into the ground. It’s a difficult climate. We’ve sucked it up for a while and now we’re trying to take control,” says Little. “In our case, it’s for women of colour. And that’s just inherently a good thing.”

I ask her if there’s any sympathetic part of her that can understand why the people who are calling her generation snowflakes might feel inclined to do so. “Err.” There’s a long pause, in which she really does sound like she’s trying. “Um. No. I just see it as an extension of entitlement.”

When the supposedly entitled are calling their detractors entitled for calling them entitled, it’s clear that whatever impact “snowflake” may have had as an insult is in the process of being neutralised. In a remarkably speedy turnaround of its intended usage, the left have started to reclaim it, throwing it back at the people who were using it against them in the first place. Trump was repeatedly labelled a snowflake earlier this month during the row over Mike Pence getting booed during a performance of Hamilton on Broadway. Trump said the theatre should always be a “safe space”, sounding not unlike a university protester himself; the irony was not lost on many commentators, who called him “the most special snowflake of all”. Search Twitter for “snowflake” alongside the name of any prominent political figure on either side of the spectrum and you’ll find a black hole of supporters and detractors barking the word back and forth at each other.

So if the right are calling the left snowflakes for being liberal, and the left are calling the right snowflakes for expressing offence, and the old are calling the young snowflakes for being too thin-skinned, and the young are pointing out that the older generation seem to be the most offended by what they’re doing, then the only winner is the phrase itself. It’s particularly effective given that there’s really no comeback to it: in calling someone a snowflake, you are not just shutting down their opinion, but telling them off for being offended that you are doing so. And if you, the snowflake, are offended, you are simply proving that you’re a snowflake. It’s a handcuff of an insult and nobody has the key.

I called Jim Dale, senior meteorologist at British Weather Services, to see if it was ever an effective analogy in the first place. He says he can see why it was chosen. “On their own, snowflakes are lightweight. Whichever way the wind blows, they will just be taken with it. Collectively, though, it’s a different story. A lot of snowflakes together can make for a blizzard, or they can make for a very big dump of snow. In which case, people will start to look up.”

Voir par ailleurs:

Vu d’Allemagne. La tribune anti-MeToo sonne la fin de la pensée unique
En dénonçant le “climat totalitaire” engendré par #MeToo, Catherine Deneuve et les signataires du texte ont révélé les failles de ce mouvement, pointe cette journaliste allemande.

Kathrin Spoerr

Die Welt/Courrier international

16/01/2018

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, Catherine Deneuve réclame la fin de la “campagne de délations” à l’encontre des hommes. Une centaine de femmes ont cosigné ce texte. Ensemble, elles mettent en garde contre le “climat totalitaire” engendré par le mouvement #MeToo et qui servirait les intérêts des “ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux [et] des pires réactionnaires”. À la lecture de ce texte, tous ceux qui ont cru devenir fous ces trois derniers mois ont enfin poussé un soupir de soulagement.
Depuis cet automne et le début de la campagne #MeToo, on pouvait en effet avoir l’impression de vivre dans un monde caractérisé par l’exploitation sexuelle, l’avilissement et la haine des femmes ou les violences qui leur sont faites. Sauf que non, le mouvement #MeToo ne se préoccupait pas des régions du monde où tout cela est vrai.
Il n’était pas question de ces pays où les femmes sont la propriété d’hommes, qui peuvent faire ce qu’ils veulent d’elles – les lapider ou les asperger d’acide. Il ne s’agissait pas de celles qui ont urgemment besoin d’aide. On parlait ici des femmes occidentales.
Des agressions mises sur le même plan
C’est à Hollywood, berceau de grandes épopées sur la liberté, l’amour et l’aventure, qu’a commencé le mouvement. Le producteur Harvey Weinstein avait fait une offre implicite à l’actrice Ashley Judd : coucher pour décrocher un rôle. Elle n’était pas la seule. Elles étaient nombreuses dans le même cas, peut-être toutes [à Hollywood]. Mais personne n’avait rien dit.
C’est alors que la folie a commencé : des millions de femmes, vivant dans les pays les plus libéraux, les plus éclairés et les plus prospères de la planète, se sont mises à écrire sur Twitter de quels abus elles avaient été victimes. De l’acte le plus grave au plus anodin, tout a été mis sur le même plan. C’était comme si plus aucune femme en Occident ne pouvait prendre l’ascenseur ou entrer dans une salle de réunion sans se retrouver humiliée.
#MeToo était partout. Tous les hommes étaient des porcs, toutes les femmes des victimes. Les femmes expliquaient au monde entier que tout compliment pouvait être vu comme une agression. Les hommes, eux, se mirent à revendiquer leur féminisme, ou à rester à l’écart du débat.
Quiconque voulait se distinguer du mouvement menaçait de faire voler en éclats la pensée unique alors présentée comme une forme de “solidarité féminine”. Cinquante ans d’émancipation et de libération sexuelle étaient ainsi pulvérisés, sans parler de la simple notion de respect et de capacité à se contenir.
Maintenant que le peuple de Hollywood a pu faire son cinéma aux Golden Globes et pointer un doigt accusateur en direction de tout le monde (sauf lui-même), la grande Catherine Deneuve dit “stop”.
Et ça fait tellement de bien.

Voir aussi:

« Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »
Dans une tribune au « Monde », un collectif de 100 femmes, dont Catherine Millet, Ingrid Caven et Catherine Deneuve, affirme son rejet d’un certain féminisme qui exprime une « haine des hommes ».

Collectif

Le Monde

09.01.2018

Tribune. Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.

A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices !

Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie.

Délations et mises en accusation
De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.

Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées.

En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un « comportement déplacé » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire.

La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, « misogyne » et « inacceptable ». A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large.

Déjà, des éditeurs ­demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins « sexistes », de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure ou encore de faire en sorte que les « traumatismes subis par les personnages féminins » soient rendus plus évidents ! Au bord du ridicule, un projet de loi en Suède veut imposer un consentement explicitement notifié à tout candidat à un rapport sexuel ! Encore un effort et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une « appli » de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées.

Indispensable liberté d’offenser
Le philosophe Ruwen Ogien défendait une liberté d’offenser indispensable à la création artistique. De même, nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle.

Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une « salope » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement.

En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie.

Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser.

Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités.

Les rédactrices de ce texte sont : Sarah Chiche (écrivaine, psychologue clinicienne et psychanalyste), Catherine Millet (critique d’art, écrivaine), Catherine Robbe-Grillet (comédienne et écrivaine), Peggy Sastre (auteure, journaliste et traductrice), Abnousse Shalmani (écrivaine et journaliste).

Adhèrent également à cette tribune : Kathy Alliou (curatrice), Marie-Laure Bernadac (conservateur général honoraire), Stéphanie Blake (auteure de livres pour enfants), Ingrid Caven (actrice et chanteuse), Catherine Deneuve (actrice), Gloria Friedmann (artiste plasticienne), Cécile Guilbert (écrivain), Brigitte Jaques-Wajeman (metteuse en scène), Claudine Junien (généticienne), Brigitte Lahaie (actrice et présentatrice radio), Elisabeth Lévy (directrice de la rédaction de Causeur), Joëlle Losfeld (éditrice), Sophie de Menthon (présidente du mouvement ETHIC), Marie Sellier (auteure, présidente de la Société des gens de lettres).

Voir encore:

Tribune
«Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé»
Catherine Deneuve

Libération

14 janvier 2018

Une semaine après avoir signé la tribune qui prône la «liberté d’importuner» pour préserver la «liberté sexuelle», l’actrice assume, tout en prenant ses distances avec certaines signataires. Et s’excuse auprès des victimes d’agression qui auraient pu être choquées.

Catherine Deneuve : «Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon»
Catherine Deneuve nous a transmis ce texte sous forme de lettre, à la suite d’un entretien par téléphone, vendredi. Nous l’avions sollicitée car nous voulions entendre sa voix, savoir si elle était en accord avec l’intégralité de la tribune signée, et savoir comment elle réagissait à la prise de paroles des unes et des autres ; bref, qu’elle clarifie sa position. (You can read this letter in English version here)

«J’ai effectivement signé la pétition titrée dans le journal le Monde, « Nous défendons une liberté… », pétition qui a engendré de nombreuses réactions, nécessitant des précisions.

«Oui, j’aime la liberté. Je n’aime pas cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d’arbitrer, de condamner. Une époque où de simples dénonciations sur réseaux sociaux engendrent punition, démission, et parfois et souvent lynchage médiatique. Un acteur peut être effacé numériquement d’un film, le directeur d’une grande institution new-yorkaise peut être amené à démissionner pour des mains aux fesses mises il y a trente ans sans autre forme de procès. Je n’excuse rien. Je ne tranche pas sur la culpabilité de ces hommes car je ne suis pas qualifiée pour. Et peu le sont.

Non, je n’aime pas ces effets de meute, trop communs aujourd’hui. D’où mes réserves, dès le mois d’octobre sur ce hashtag « Balance ton porc ».

«Il y a, je ne suis pas candide, bien plus d’hommes qui sont sujets à ces comportements que de femmes. Mais en quoi ce hashtag n’est-il pas une invitation à la délation ? Qui peut m’assurer qu’il n’y aura pas de manipulation ou de coup bas ? Qu’il n’y aura pas de suicides d’innocents ? Nous devons vivre ensemble, sans « porcs », ni « salopes », et j’ai, je le confesse, trouvé ce texte « Nous défendons une liberté… » vigoureux, à défaut de le trouver parfaitement juste.

«Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé.

«Je suis actrice depuis mes 17 ans. Je pourrais évidemment dire qu’il m’est arrivé d’être témoin de situations plus qu’indélicates, ou que je sais par d’autres comédiennes que des cinéastes ont abusé lâchement de leur pouvoir. Simplement, ce n’est pas à moi de parler à la place de mes consœurs. Ce qui crée des situations traumatisantes et intenables, c’est toujours le pouvoir, la position hiérarchique, ou une forme d’emprise. Le piège se referme lorsqu’il devient impossible de dire non sans risquer son emploi, ou de subir humiliations et sarcasmes dégradants. Je crois donc que la solution viendra de l’éducation de nos garçons comme de nos filles. Mais aussi éventuellement de protocoles dans les entreprises, qui induisent que s’il y a harcèlement, des poursuites soient immédiatement engagées. Je crois en la justice.

«J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés.

«On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste « Je me suis fait avorter » écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses.

Sincèrement à vous.

Catherine Deneuve

Voir enfin:

Violences sexuelles : « La nature a remplacé la culture comme origine de la violence »

Dans une tribune au « Monde », le politologue Olivier Roy explique que l’affaire Weinstein place la nature du mâle à l’origine de la violence.

Olivier Roy (Politologue, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence)

Le Monde

Tribune. Quelque chose vient de changer dans la dénonciation des agressions sexuelles. Qu’on se rappelle celles de Cologne lors du Nouvel An 2016, ou bien le débat sur la circulation des femmes dans les « quartiers » : la faute était attribuée alors à la culture des agresseurs (en l’occurrence, bien sûr, l’islam). Les agressions commises par des hommes occidentaux bien sous tous les rapports étaient soit minimisées, soit présentées comme relevant d’une pathologie individuelle. Et la solution était de promouvoir les « valeurs occidentales » de respect de la femme.

Or avec l’affaire Weinstein et « balance ton porc », on a un renversement de perspective : le problème n’est plus la culture de l’agresseur (de toutes races et de toutes religions, éduqué, cultivé voire même, en public, grand défenseur des « valeurs occidentales »), c’est sa nature même de mâle, d’animal, de cochon. La nature a remplacé la culture comme origine de la violence. Mais on ne soigne pas le mal du mâle de la même manière quand il s’agit d’un retour d’animalité ou d’un conditionnement culturel.

Ce changement de perspective (qu’il soit ou non pertinent, qu’il soit une vraie révolution ou bien un coup de mode) a de profondes conséquences anthropologiques. En effet, jusqu’ici, comme l’ont noté depuis longtemps les auteures féministes, toutes les grandes constructions idéologiques expliquant l’origine de la société s’entendaient pour faire de l’homme l’acteur du passage à la culture, et pour voir en la femme celle qui garde un pied (voire plus) dans la nature. Et pas la peine de revenir aux pères de l’Eglise.

La philosophie des Lumières, qu’on crédite de nos « valeurs » séculières modernes, faisait de l’homme l’acteur du contrat social, qui arrachait l’humanité à un état de nature dans lequel restait largement immergée la femme, logiquement dépourvue de droits civiques jusqu’à récemment ; cette dernière mettait au monde l’être humain, l’homme en faisait un citoyen.

Domestication de la violence masculine

L’anthropologie a longtemps fait de l’échange des femmes la condition (ou le signe) du passage à la société, et donc du passage à la culture (on ne parle jamais d’échange des hommes, et les rares sociétés matriarcales ne remettent pas en cause la domination politique de l’homme). La psychanalyse, dans son versant mythologique (Totem et Tabou), pulsionnel (les aventures du pénis) ou symbolique (que le père soit la métaphore de la loi ou la loi la métaphore du père), a gardé l’homme au centre de la sublimation culturelle. Le seul progrès, c’est que le masculin n’est plus nécessairement un homme biologique mais un principe : les femmes peuvent enfin porter la culotte (même si le salaire ne suit pas). Mais elles ne se transforment pas pour autant en prédatrices sexuelles : cela reste l’apanage du mâle.

Evidemment, la violence masculine n’a jamais été ignorée par les cultures. Toutes ont développé des stratégies pour à la fois la canaliser et la légitimer (une fois canalisée) : de l’honneur à la séduction, nos sociétés occidentales ont su socialiser, voire esthétiser, la virilité (juste pour mémoire, ce qu’on appelle aujourd’hui « crime d’honneur » dans les autres sociétés s’appelait chez nous « crime passionnel » et valait circonstances atténuantes ; le meurtre d’une épouse n’a longtemps été, pour les journaux, qu’un « drame familial », comme si, par définition, la société n’était pas concernée).

Il suffit de voir la nostalgie des sites conservateurs français où on se gausse discrètement de l’hystérie (si ! si !) des campagnes contre le harcèlement, qui noieraient la « séduction à la française », chère à nos films en noir et blanc, sous la tyrannie du puritanisme américain d’Hollywood. Question d’« atmosphère », comme dirait Arletty.

« La définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage »

Cette domestication/valorisation de la violence masculine a donc toujours été transmutée en culture, voire en haute culture. Et la définition même de la culture, c’est de mettre en ordre la nature, de l’inscrire dans un système partagé de sens, de symboles, de langage, devenu implicite au point de passer pour une seconde nature. C’est ce que Bourdieu analyse (entérine, pour des auteurs féministes) sous le nom d’habitus, un comportement collectif normé, acquis et inconscient. La transgression et la faute ne font sens qu’à partir de ce système.

Le code pénal ne codifie que les violences « pensables », c’est-à-dire celles qui sont un excès de la violence admise : il n’y a de crime de guerre que parce qu’il y a une légitimité de la guerre. Le cannibalisme n’est pas un crime en soi selon le code pénal, parce qu’il n’est pas « pensable » (comme encore, souvent, l’inceste), de même, dans le fond, que le viol conjugal n’existe pas tant que l’intimité du couple échappe au social.

« Servitude volontaire »

Pourquoi les femmes ont-elles pu intérioriser les normes et les valeurs dont elles sont victimes ? Parce que la résistance aussi est presque toujours formulée dans le cadre culturel dominant : « Je ne suis pas celle que vous croyez », disait-on du temps de ma grand-mère, entérinant ainsi le grand partage entre la maman et la putain. C’est tout le problème de ce que La Boétie appelait la « servitude volontaire », qu’on qualifie aujourd’hui d’aliénation : pourquoi adhère-t-on à des normes et à des valeurs qui valident sa propre servitude ?

C’est la vision finalement toujours pessimiste de Bourdieu, où l’habitus rend la révolte improbable et fait donc de la souffrance l’horizon de la survie. Et, pourtant, « on » se révolte, même s’il n’y a pas de révolte absolue, sinon celle de la folie et de la mort. Mais on formule toujours sa révolte dans le cadre d’une culture donnée, des « suffragettes » aux « féministes islamiques ». C’est pourquoi les vraies révolutions, celles où on impose un changement brutal et autoritaire de paradigme, sont toujours sanglantes (en 1789 comme en 1917).

Mais alors, pourquoi la révolte est-elle possible aujourd’hui, alors qu’elle n’est appuyée par aucune violence, aucune prise de pouvoir, aucune nouvelle gouvernance (au contraire, les cibles se trouvent avant tout dans l’establishment, lequel n’est pas menacé en tant que tel) ? On ne peut même pas parler de mobilisation populaire, encore moins de révolte politique. Comment penser cette vague de fond ? Qu’est-ce qui a changé ? Il faut, bien sûr, revenir aux origines récentes du féminisme comme mouvement social, c’est-à-dire à la grande vague des années 1960 dénonçant l’ordre établi et le patriarcalisme, prônant l’utopie et la libération sexuelle, et faisant de la sexualité une question politique (ce qu’elle est restée). Mai 68 est bien une révolution des mœurs.

« Comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? »

Mais il y a ici un paradoxe : comment expliquer qu’un mouvement qui s’est défini par la libération sexuelle se traduise in fine par une entreprise systématique de codification normative des comportements sexuels ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : on ne demande pas au « porc » de se cultiver (il s’agit souvent de gens très cultivés justement, et contraints à la contrition ou à l’exil par l’acharnement judiciaire ou la vox populi : ils ont plus à voir avec l’émigré de Coblence qu’avec l’immigré de Cologne, car comme le premier, ils n’ont souvent rien appris ni rien oublié).

Il doit se repentir et apprendre un nouveau code de comportement qui, pour lui, relève d’une langue étrangère. On remarquera par exemple que les artistes, acteurs et auteurs accusés d’agressions sexuelles voient leurs œuvres être soudainement « néantisées », voire, pour des acteurs, leur présence physique effacée des films. Il n’y a plus d’argument culturel pour l’excuser ou pour le sauver, mais une tabula rasa, sur laquelle on pose l’animalité brute. Et le problème surgit alors : comment socialiser cette animalité, comment humaniser le cochon ?

Pédagogie directive

On touche ici peut-être le nœud de la question, qui est toujours le lien entre culture et nature. L’apologie philosophique, voire idéologique, de la nature comme désir, c’est-à-dire en fait comme liberté de la pulsion débarrassée du poids de la culture, produit aujourd’hui son contraire : le triomphe de la normativité. Mais d’une normativité débarrassée aussi du poids de la culture. Car il ne s’agit en rien d’un retour à l’ordre moral de l’ancien temps. On a d’ailleurs un intéressant paradoxe : les plus réticents devant cette nouvelle police du corps sont justement les conservateurs traditionnels, chrétiens en particulier.

On voit, non sans une joyeuse surprise, Christine Boutin (oui, le Parti chrétien de France, l’égérie du retour de la Bible !) se faire l’apologiste de la « grivoiserie à la française », suivie ou précédée par le site Causeur, le média de la nostalgie grincheuse et du niveau qui baisse (tout est bon dans le passé, et donc tout ne saurait être mauvais dans le cochon).

Alors, ni révolution ni réaction, de quoi le cochon est-il le nom ? Il y a bien un mouvement de fond car, déjà avant l’affaire Weinstein, les campus américains s’étaient lancés dans la prévention du harcèlement sexuel. Or ces campagnes ont une caractéristique intéressante : elles ne sont pas fondées sur une approche éthique, mais sur une pédagogie autoritaire, où l’on doit mémoriser un nouveau code de gestuelle et d’énoncés, comme si la mise en œuvre des nouvelles normes supposait que les hommes soient incapables de comprendre d’eux-mêmes quel est le problème.

Si nous revenons à la comparaison avec Cologne, dans les deux cas, l’étudiant blanc du campus et l’immigré basané sont traités de la même manière par une pédagogie directive et condescendante : en Allemagne, on distribue des affichettes comminatoires (une main aux fesses barré d’un NEIN en noir et d’une croix en rouge, comme un panneau de code de la route) ; dans les campus américains (où l’on peut aussi trouver ce type d’affichettes), on instaure des cours obligatoires avec exercices pratiques où John, immobile (et debout) doit demander à Sarah : « Puis-je poser ma main sur ton épaule ? », attendre un oui clair et explicite puis, de nouveau, : « Sarah, puis-je poser ma deuxième main sur ton autre épaule ? », attendre un oui et ainsi de suite au fil des jours, jusqu’à ce qu’ils se marient et fassent beaucoup d’enfants (on peut toujours rêver).

L’instinct disparu ?

On leur apprend non seulement ce qu’il ne faut pas faire (ce qui est légitime), mais surtout ce qu’il faut faire, comme si, d’un seul coup, l’instinct avait disparu, ou plutôt comme si, entre deux êtres, il n’y avait plus de culture partagée, c’est-à-dire d’implicite et de non-dit. Tout doit être dit, la vie est un contrat à renouveler à chaque instant : c’est la sexualité en CDD (d’ailleurs institutionnalisée de manière plus ludique, et peut-être jouissive, par les sites de rencontres).

« La lutte contre l’agression sexuelle n’est pas porteuse d’utopie. C’est la demande de suppression d’un mal, pas l’espérance d’un monde nouveau »

Le code s’impose pour gérer la nature quand il n’y a plus de culture. On pourrait penser que ce pédagogisme formel est nécessaire le temps qu’une nouvelle culture des relations entre hommes et femmes s’instaure. C’est une vision légitime, mais j’ai des doutes. Une nouvelle culture ne se décrète pas : l’Etat produit des normes, pas des valeurs. La preuve est que la pédagogie se fait sous la menace constante de la sanction pénale.

La lutte contre l’agression sexuelle n’est pas porteuse d’utopie, contrairement aux mouvements révolutionnaires ; peu de gens pensent que l’égalité des sexes est promesse de bonheur. C’est la demande de suppression d’un mal, pas l’espérance d’un monde nouveau. Peut-on espérer qu’avec le temps le code se transformera en culture ? Pas sûr : le code de la route, un siècle après son invention, est toujours un code ; il ne devient pas un habitus et encore moins une culture (on sait tous par expérience que la seconde animalité masculine après le cochon, c’est le conducteur).

Surtout, ce glissement de la culture au code n’est pas confiné à la question sexuelle. C’est une caractéristique profonde de la mondialisation, qui entraîne une crise des cultures. Je l’ai étudié dans l’émergence des nouveaux fondamentalismes religieux (La Sainte Ignorance, Le Seuil, 2008). Il y a par ailleurs un rapport étroit entre le fondamentalisme religieux et la normativité issue de la culture hippie : pour ceux que cela surprend, l’évangélisme contemporain et le mouvement hippie ont le même lieu et la même date de naissance (et beaucoup sont passés du second au premier) : la Californie des années 1960, qui est devenue aujourd’hui un des lieux où la vie quotidienne est la plus normée de tout le monde occidental, tout en se réclamant d’une utopie libertaire.

L’on retrouve dans les fondamentalismes religieux contemporains cette obsession de la normativité des gestes de la vie quotidienne, cette difficulté à gérer le cochon qui sommeille, même si on le baptise du nom de péché originel, cette volonté de contrôler le corps et le sexe. Dans le fond, le hippie et le salafi sont des cousins qui s’ignorent. Mais c’est une autre histoire…

Olivier Roy est l’auteur de « La Peur de l’islam » (Editions de l’Aube, 2015) et « Le Djihad et la Mort » (Le Seuil, 2016).


Diplomatie: Vous avez dit pays de merde ? (It’s not shit holes, it’s shit shows, stupid !)

15 janvier, 2018
Lorsqu’un Sanhédrin s’est déclaré unanime pour condamner, l’accusé sera acquitté. Le Talmud
Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha. La foule sans tête  était à la fête  Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas  C’est plus juste en somme  d’abattre un seul homme.  Ce jeune homme a dit la vérité  Il doit être exécuté… Guy Béart
Tous les problèmes du monde viennent actuellement de ce petit pays de merde Israël. Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là? Daniel Bernard (ambassadeur de France, Londres, décembre 2001)
Over the past few days, I have been the subject of grave accusations because of a comment I am reported to have made during a conversation with Lord Black. The facts are: while we were discussing the Israeli-Palestinian issue, I pointed out to Lord Black that this tragedy was taking place in a geographically limited area (I even specified that it was the equivalent of three French departments) that for 40 years had been suffering from a conflict whose equitable solution seems more out of reach than ever. Of course, I never meant to insult Israel or any other part of that region. The deliberately biased presentation of this conversation in some circles, accompanied by malicious accusations, is deeply shocking and insulting. Daniel Bernard
In the course of the discussion the ambassador referred to ‘little Israel’ in the sense that it is geographically small, but that nevertheless the scale of the consequences is huge and the repercussions around the world are tremendous. Yves Charpentier (French embassy spokesman)
Bernard assure ne pas s’en souvenir et le Quai d’Orsay a qualifié l’attribution de cette phrase à l’ambassadeur de France d’insinuations malveillantes. Libération
Beaucoup de déçus dans la lutte entre le monde islamique et les infidèles ont essayé de rejeter la responsabilité en annonçant qu’il n’est pas possible d’avoir un monde sans les États-Unis et le sionisme. Mais vous savez que ce sont un but et un slogan réalisables. Pour étayer ses propos, le président se réfère à la chute, dans l’histoire récente, de plusieurs régimes que personne ne voyait sombrer. Lorsque notre cher imam (Khomeiny) a annoncé que le régime (du Shah) devait être supprimé, beaucoup de ceux qui prétendaient être politiquement bien informés ont déclaré que ce n’était pas possible. Qui pouvait penser qu’un jour, nous pourrions être témoins de l’effondrement de l’empire de l’Est (Union soviétique) ? L’Imam a annoncé que Saddam devait s’en aller puis a ajouté qu’il s’affaiblirait plus vite que personne ne l’imagine.  L’Imam (Khomeiny) a annoncé que le régime occupant Jérusalem devait disparaître de la page du temps. Ahmadinejad (Conférence du monde sans sionisme, 25 octobre 2005)
L’Imam disait que ce régime qui occupe Jérusalem doit être rayé de la carte. Ahmadinejad (traduction fautive de l’Islamic Republic New Agency)
Mess is the president’s diplomatic term; privately, he calls Libya a “shit show,” in part because it’s subsequently become an isis haven—one that he has already targeted with air strikes. It became a shit show, Obama believes, for reasons that had less to do with American incompetence than with the passivity of America’s allies and with the obdurate power of tribalism. Jeffrey Goldberg (The Atlantic, April 2016)
You said at the outset that we need to phase this. I think the first phase is what Chuck and Steny and I have mentioned, and others as well: We have a deadline looming and a lot of lives hanging. We can agree on some very fundamental and important things together on border security, on chain, on the future of diversity visas. Comprehensive, though, I worked on it for six months with Michael Bennet, and a number of — Bob Menendez, and Schumer, and McCain, and Jeff Flake — and it took us six months to put it together. We don’t have six months for the DACA bill. Dick Durbin
The people coming across the southern border live in hellholes. They don’t like that. They want to come here. Our problem is we can’t have everybody in the world who lives in a hellhole come to America. There are 11 million people coming through the southern border ‘cause they come from countries where they can’t find work, and life is miserable. So it seems to me that if you can control who gets a job you’ve gone a long way in controlling illegal immigration. Because as long as the jobs are available in America you can’t build a fence high enough to stop people. (…) I wasn’t slandering Mexico, I was just talking about all the places people want to leave, for whatever reason. Lindsay Graham (2013)
President Donald Trump is absolutely right. When you have heads of state who mess with the constitutions to perpetuate their power. When you have rebel factions that kill children, disembowel women as saints, who mutilate innocent civilians. Mamady Traore (sociologist, Guinea)
La gauche angélique et irresponsable fait faussement passer Emmanuel Macron pour un opposant déterminé à l’immigration de peuplement. (…) Cet étalement de bons sentiments en dit long sur l’aveuglement face au raidissement de l’opinion. Partout en Europe, et singulièrement en France, les gens rejettent majoritairement une immigration qui ne s’assimile plus et qui porte en elle un nouvel antisémitisme. Reste que Macron n’est pas l’homme à poigne que croient voir les inconditionnels de l’accueil pour tous. Son soutien à la politique d’Angela Merkel, qui a fait entrer en Allemagne plus d’un million de « migrants » musulmans en 2015, ajouté à son mépris des « populistes » qui réclament le retour aux frontières, ne font pas du président un obstacle sérieux à l’idéologie immigrationniste. Tandis que les pays d’Europe de l’Est, qui ont déjà sauvé l’Europe de l’envahisseur ottoman en 1683, sonnent une nouvelle fois l’alarme sur une histoire qui se répète, Macron joint sa voix à celle de l’Union européenne pour accabler la Pologne ou la Hongrie. Le député Guy Verhofstadt a récemment sermonné ces deux nations : « Il n’y a pas de place pour des pays qui rejettent nos valeurs. Toute référence à l’identité nationale est potentiellement fanatique ». Pour sa part, le commissaire européen aux migrations, Dimitris Avramopoulos, a admis (Le Figaro, vendredi), parlant d’ »impératif moral » mais aussi d’impératif « économique et social » : « Il est temps de regarder en face la vérité. Nous ne pourrons pas arrêter la migration ». Macron l’européen demeure, jusqu’à présent, dans cette logique de l’ouverture et du remplacement. Ivan Rioufol
Autant je n’apprecie pas l’homme mais cette fois-ci,Il a dit tout haut ce que les autres pensent tout bas.cette sortie mediatique doit interpeller nos decideurs africains qui appauvrissent leurs peuples.qui sont obligEs d’immigrer a la recherche d’une vie meilleure et certains au peril de leurs vie. Lûcïus L’inusable Ngoy
Il lui fallait un minimum de diplomatie. Il a parlé tout haut ce que les autres pensent tout bas. C est aux presidents africains de faire respecter leurs gouvernés. Madeleine Ngendakumana
J’espère juste que les dirigeants africains qui se plient devant les USA en tireront des leçons et seront agir dorénavant avec dignité sous la dépendance des grandes nations. André Bernard
Les autres utilisent les paroles diplomatiques pour cajoler les maux,mais Trump n’a pas besoin de ca. Il est direct dans ses propos et les diplomates les traitent d’un malade mental.Non,non,non il dit ce que les autres disent tt bas car depuis que les paroles diplomatiques sont prononces les maux ont atteint un niveau inexprimable. Adjuabe Tanzi
Mr Trump peut être qualifié de tous les maux sauf d’être hypocrite. Il reste cohérent ici et ailleurs lorsqu’il parle du système des nations unies , de l’ otan ou autres G5 SAHEL. Amara Tidiani Kante
N a t il pas raison? Pourtant en se retournant la tete on peut voir des presidents a vie, une pauvrete extreme, des pilleurs de l economie, des manipulations constitutionnelle et beaucoup d autres choses, alors si tu veux etre respecter, respecte toi le premier. Balde Moutarou
Ce président est tres important pour l’afrique! il aide les africains à faire l’introspection! il a dit la verité! mais ces africains qui viennent chez-vous cher puissant président ont peur de l’insécurité créée par des dirigeants africains mediocres et qui veulent s’eterniser au pouvoir! comme tu es puissant, aide les africains à faire partir ces dirigeants mediocres et ils ne viendront plus là chez-toi au paradis! je t’admire puisque tu n’est pas hypocrite, donc diplomate comme les autres le disent! Pascal Murhula
c’est que j’aime chez ce monsieur quoi qu’on dise de lui il ne pas hypocrite, il parle tout haut ce que les autres disent tout bas. il est temps de faire comprendre aux médiocres qu’ils sont mesquins. Ntinti Luzolo Junior (RFI)
Trump Is a Racist. Period. I find nothing more useless than debating the existence of racism, particularly when you are surrounded by evidence of its existence. It feels to me like a way to keep you fighting against the water until you drown. The debates themselves, I believe, render a simple concept impossibly complex, making the very meaning of “racism” frustratingly murky. (…) The history of America is one in which white people used racism and white supremacy to develop a racial caste system that advantaged them and disadvantaged others. (…) Trump is a racist. We can put that baby to bed. Charles M. Blow (NYT)
The recent protests by black players in the National Football League were rather sad for their fruitlessness. They may point to the end of an era for black America, and for the country generally—an era in which protest has been the primary means of black advancement in American life. There was a forced and unconvincing solemnity on the faces of these players as they refused to stand for the national anthem. They seemed more dutiful than passionate, as if they were mimicking the courage of earlier black athletes who had protested: Tommie Smith and John Carlos, fists in the air at the 1968 Olympics; Muhammad Ali, fearlessly raging against the Vietnam War; Jackie Robinson, defiantly running the bases in the face of racist taunts. The NFL protesters seemed to hope for a little ennoblement by association.(…) For the NFL players there was no real sacrifice, no risk and no achievement. Still, in black America there remains a great reverence for protest. Through protest—especially in the 1950s and ’60s—we, as a people, touched greatness. Protest, not immigration, was our way into the American Dream. Freedom in this country had always been relative to race, and it was black protest that made freedom an absolute. It is not surprising, then, that these black football players would don the mantle of protest. The surprise was that it didn’t work. They had misread the historic moment. They were not speaking truth to power. Rather, they were figures of pathos, mindlessly loyal to a black identity that had run its course. What they missed is a simple truth that is both obvious and unutterable: The oppression of black people is over with. This is politically incorrect news, but it is true nonetheless. We blacks are, today, a free people. It is as if freedom sneaked up and caught us by surprise. (…) Freedom came to blacks with an overlay of cruelty because it meant we had to look at ourselves without the excuse of oppression. Four centuries of dehumanization had left us underdeveloped in many ways, and within the world’s most highly developed society. When freedom expanded, we became more accountable for that underdevelopment. So freedom put blacks at risk of being judged inferior, the very libel that had always been used against us. To hear, for example, that more than 4,000 people were shot in Chicago in 2016 embarrasses us because this level of largely black-on-black crime cannot be blamed simply on white racism. (…) That’s why, in the face of freedom’s unsparing judgmentalism, we reflexively claim that freedom is a lie. We conjure elaborate narratives that give white racism new life in the present: “systemic” and “structural” racism, racist “microaggressions,” “white privilege,” and so on. All these narratives insist that blacks are still victims of racism, and that freedom’s accountability is an injustice. We end up giving victimization the charisma of black authenticity. Suffering, poverty and underdevelopment are the things that make you “truly black.” Success and achievement throw your authenticity into question. (…) For any formerly oppressed group, there will be an expectation that the past will somehow be an excuse for difficulties in the present. This is the expectation behind the NFL protests and the many protests of groups like Black Lives Matter. The near-hysteria around the deaths of Trayvon Martin, Michael Brown, Freddie Gray and others is also a hunger for the excuse of racial victimization, a determination to keep it alive. To a degree, black America’s self-esteem is invested in the illusion that we live under a cloud of continuing injustice. (…) Watching the antics of Black Lives Matter is like watching people literally aspiring to black victimization, longing for it as for a consummation. But the NFL protests may be a harbinger of change. They elicited considerable resentment. There have been counterprotests. TV viewership has gone down. Ticket sales have dropped. What is remarkable about this response is that it may foretell a new fearlessness in white America—a new willingness in whites (and blacks outside the victim-focused identity) to say to blacks what they really think and feel, to judge blacks fairly by standards that are universal. We blacks have lived in a bubble since the 1960s because whites have been deferential for fear of being seen as racist. The NFL protests reveal the fundamental obsolescence—for both blacks and whites—of a victim-focused approach to racial inequality. It causes whites to retreat into deference and blacks to become nothing more than victims. It makes engaging as human beings and as citizens impermissible, a betrayal of the sacred group identity. Black victimization is not much with us any more as a reality, but it remains all too powerful as a hegemony. Shelby Steele
I have interviewed six presidents of the United States. I have traveled with them. I have been in their homes. They’ve been in my home on multiple occasions. I have flown on Air Force One with them and commercial jets and private jets and car caravans and Winnebagos. Went to Disney World with one. They all have used the ‘S-word.’ Even that old gentleman, Ronald Reagan, would sometimes occasionally, rarely use the ‘F-word.’ So, the White house is going to endure. Doug Wead
Sometimes choice words were reserved for the political opponents. President Reagan famously referred to enemies a few times as “SOBs.” While former President Obama once called Mitt Romney a « bullshitter » in a “Rolling Stone” interview. One of the more profane presidents in recent history was Richard Nixon. Nixon was caught on White House tapes using numerous vulgarities, including some offensive terms about gay people. Likewise, President Johnson was accused of often using the “N-word” when talking about African-Americans. Some of these remarks were caught on video. In 2000, George W. Bush was caught on a hot mic during a campaign rally calling Adam Clymer, a reporter with The New York Times, a « major league asshole. » In fact, both the younger Bush and his father, former President George H.W. Bush, are quoted in Mark Updegrove’s book, “The Last Republicans,” as dropping the “F-bomb.” George W. Bush even had this to say about two former colleagues. « [Former Vice President Dick Cheney and Defense Secretary Donald Rumsfeld] never made one f—-ing decision. » Even the silver-tongued President Clinton had his moments. In 2008, Clinton forgot to hang up a phone call with reporter Susan Phillips before saying he wouldn’t take any « shit » from Obama, then a candidate. The Hill
« Shithole countries » : l’expression grossière utilisée par Donald Trump suscite un tollé mondial depuis vendredi. Mais comment est elle traduite ? Incontestablement vulgaire, le terme « shithole » a nécessité quelques trésors d’imagination aux médias du monde entier pour exprimer de manière fidèle la réalité de la grossièreté de Trump sans trop choquer le public. Car Shithole se réfère aux latrines extérieures pour désigner un endroit particulièrement repoussant. En français, de nombreux médias, dont l’AFP ou LCI, ont retenu la formule très crue de « pays de merde », proche du sens littéral et conforme au style souvent sans fioritures de Donald Trump. Des dictionnaires bilingues comme le Harrap’s suggèrent toutefois des alternatives moins grossières, comme « porcherie », « taudis » ou « trou paumé ». LCI
Dismissing places where human rights abuses, hunger, and disease are rampant as “shitholes” without offering a viable alternative for running their governments is unproductive. But silencing anyone who dares speak the truth about these places – and what that says about their ruling ideologies – is even worse. Frances Martel

Attention: un pays de merde peut en cacher un autre !

Alors qu’après la reconnaissance de Jérusalem

C’est avec la même belle unanimité …

Que nos belles âmes condamnent à nouveau …

Une expression volée du président Trump lors d’une réunion à huis clos avec des sénateurs américains …

Sur les « pays merdiques » – l’anglais étant plus proche de « pays taudis » ou « trous paumés – dont les ressortissants continuent à se bousculer, on se demande bien pourquoi, pour entrer aux Etats-Unis …

Comment ne pas rappeler …

Sans parler au sein même de l’ONU de certains pays appelant explicitement à l’annihilation d’un de ses membres …

A cette tristement fameuse petite phrase, volée elle aussi il y a 17 ans, d’un ambassadeur de France sur le « petit pays de merde Israël » …

Ou à cette allusion en privée de l’ancien président Obama sur le « show de merde » libyen …

Ou à l’évocation il y a quelques semaines par le même sénateur ayant probablement dénoncé M. Trump …

Des termes mêmes d’immigration « en chaine » qu’il lui reprochait quelques jours plus tard …

Ou la référence il y a à peine cinq ans du sénateur Graham aux « trous d’enfer » mexicains ?

Et comment ne pas  repenser …

Alors que contre les derniers défenseurs de la terre plate, l’essouflement du mouvement des droits civiques afro-américain est de plus en plus patent …

Comme le confirme la réaction – « inattendue » dixit RFI –  de nombre de commentateurs africains

A l’instar des millions de migrants des pays évoqués votant ou s’apprêtant à voter avec leurs pieds …

Tandis qu’au niveau de nos élites et face à l’immigration clandestine, c’est l’aveuglement à tous les étages …

A la fameuse chanson de Guy Béart …

Sur les appels, vieux comme le monde, à l’exécution de celui qui dit  la vérité ?

Martel: The Value of Calling a Shithole a ‘Shithole’

In a news cycle full of poverty, war, political intrigue, and all the usual torment, America’s media have wasted valuable time this week debating the value of President Donald Trump’s use of a bad word.

Leftist journalists, politicians, and celebrities have scuttled out of the woodwork to decry that Trump allegedly branded some unspecified nations “shitholes.” The use of the term, they argue, proves the president is racist – and, as we all learned during the Obama era, all “racist” talk must be silenced.

The circumstances surrounding how we got to this point in the news cycle – where a nation is hanging on to every word of the president’s, and this word happens to be “shithole” – matter little in comparison to what this outbreak of decency among the elite liberal left exposes. It is a fact that those of us with family roots in oppressed nations know all too well: the left divides the world into “paradises” and “shitholes” all the time, depending on how much money there is to be had in duping apolitical Americans into buying their classifications.

It takes barely any time to find a handful of examples of profiteers selling naive thrill seekers the notion that any variety of impoverished, exploited underdeveloped country is a secret oasis full of exotic beauty and free of the “stain” of Western luxury.

“North Korea is probably one of the safest places on Earth to visit provided you follow the laws as provided by our documentation and pre-tour briefings,” Young Pioneer Tours, the company that swindled 22-year-old Otto Warmbier into an excruciating state murder, still boasts on its website today. “North Korean’s [sic] are friendly and accommodating, if you let them into your world and avoid insulting their beliefs or ideology.”

“Deeply embedded in the past, Belarus offers a rare insight into a bygone world,” the British travel website Wanderlust boasts of Europe’s last remaining communist nation, which remains heavily contaminated after Soviet negligence resulted in 2.2 million citizens being bombarded with radioactive waste in the 1986 Chernobyl nuclear disaster. “Located in the heart of Europe, Belarus is a living museum to Soviet Communism.”

“For 2,500 years, this powerful country has entranced, mystified and beguiled the world,” the New York Times boasts of the Islamic Republic of Iran (the Times offers its wealthiest subscribers tours to some of the world’s most repressive destinations through its “journeys” travel program). The tour includes a tour of the “family home of the religious leader who engineered Iran’s transition to an Islamic republic,” presumably former Supreme Leader Ruhollah Khomenei.

“Though Iran often rejects Western ways and is frequently under fire for its positions on human rights, its nuclear program and Israel, its role as a birthplace of civilization cannot be denied,” the Times gushes.

“The Republic of Congo is on the cusp of becoming one of the finest ecotourism destinations in Africa,” the travel guide publisher Lonely Planet‘s website claims, listing “a pleasantly laid-back capital city in Brazzaville, some decent beaches on its Atlantic coastline and the warm and welcoming Congolese culture” as its evidence.

Amnesty International’s page on Congo lists repression of dissidents, lack of press freedom, “harsh and inhumane” prison conditions, and widespread discrimination against the Pigmy ethnic minority as human rights concerns in the country. The World Bank found in its 2017 assessment that two-thirds of students who graduate primary school lack basic literacy and mathematical skills and nearly half the nation’s residents live below the poverty line.

Cuba, a nation drowning in garbage where unarmed mothers are beaten and arrested for going to church, you can find a “sexual Disneyland” where, “thankfully,” the Cuban government turns a blind eye to rampant sex trafficking.

Venezuela, where Marxism has forced people to actually eat the garbage laying around everywhere, was a “paradise for $20” in 2015, according to a Reuters headline quoting tourists at the time. “People should come. It’s so cheap, it’s ridiculous,” one tourist is featured as urging in the piece.

Do not be deceived by the earlier date on that piece – In 2015, Venezuela’s maternity wards were already killing infants with vermin infestations and McDonald’s was charging $133 for an order of fries.

Zimbabwe, a tyranny under leftist nonagenarian Robert Mugabe – and now spring chicken Emmerson Mnangagwa, 75 – for decades, isn’t a tragedy, but a profitable investment opportunity. “For companies willing to take on some risks, now is the time to buy local assets, which, though priced in USD [U.S. dollars], are still fairly cheap because of the associated risk,” the Harvard Business Review suggested last week, despite Mnangagwa exhibiting the same signs of authoritarianism as his predecessor and the nation’s impoverished growing impatient.

Silence is complicit in the propaganda of the oppression of these “shitholes.” Silence is necessary to keep the pockets of everyone from Carnival Cruises to the New York Times to the tourism arms of the regimes that welcome them.

President Trump’s alleged “crudening” of the language to describe these places from which so many flee serves as an opportunity to deny those who profit from masking reality the ability to do so.

President Trump is, of course, not the prime vehicle for the message that truth sets nations free in this particular case. His sons have publicly showcased vacations in Zimbabwe, very likely profiting longtime tyrant Robert Mugabe with their presence. Though, conversely, it is worth noting that Trump himself has, on multiple occasions, written about his refusal to build real estate commodities in Cuba citing human rights concerns. And then there’s the fact that the reporting surrounding Trump’s comments during the meeting in question is so convoluted and weaponized that it is difficult to even understand what argument he was trying to make by using the word.

Dismissing places where human rights abuses, hunger, and disease are rampant as “shitholes” without offering a viable alternative for running their governments is unproductive. But silencing anyone who dares speak the truth about these places – and what that says about their ruling ideologies – is even worse.

Voir aussi:

« Pays de merde » : les mille et une manières de traduire les « Shithole countries » de Trump

LCI
TRADUCTION – L’expression « pays de merde » que Donald Trump aurait prononcée alors qu’il abordait le thème de l’immigration venant de pays d’Afrique, du Salvador ou d’Haïti n’est pas traduite de manière équivalente par nos voisins. Certains sont plus poétiques que d’autres.

« Shithole countries » : l’expression grossière utilisée par Donald Trump  suscite un tollé mondial depuis vendredi. Mais comment est elle traduite ?  Incontestablement vulgaire, le terme « shithole » a nécessité quelques trésors d’imagination aux médias du monde entier pour exprimer de manière fidèle la réalité d e la grossièreté de Trump sans trop choquer le public. Car Shithole se réfère aux  latrines extérieures pour  désigner un endroit particulièrement repoussant.

En français, de nombreux médias, dont l’AFP ou LCI, ont retenu la formule très crue de « pays de merde », proche du sens littéral et conforme au style souvent  sans fioritures de Donald Trump. Des dictionnaires bilingues comme le Harrap’s suggèrent toutefois des  alternatives moins grossières, comme « porcherie », « taudis » ou « trou paumé ».

« Pays de chiottes » pour les Grecs, « endroit où les loups copulent » pour les Serbes

 La presse espagnole est à l’unisson de la française avec « paises de  mierda », des médias grecs introduisant quant à eux une nuance : « pays de  chiottes ».   Aux Pays-Bas, le grand quotidien Volkskrant et une bonne partie de la  presse néerlandophone esquivent la vulgarité en utilisant le terme  « achterlijke », ou « arriéré ». En Russie Ria Novosti parle de « trou sale », mais Troud (journal syndical)  va plus loin avec « trou à merde ». En Italie, le Corriere della Sera avance « merdier » (merdaio), et l’agence  tchèque CTK choisit de son côté de parler de « cul du monde ».

Les médias allemands optent souvent pour l’expression « Dreckslöcher », qui  peut se traduire par « trous à rats ». L’allégorie animalière est aussi de mise  dans la presse serbe, avec l’expression « vukojebina », à savoir « l’endroit où  les loups copulent ».

« Pays où les oiseaux ne pondent pas d’oeufs »

En Asie les médias semblent davantage à la peine pour trouver le mot juste  en langue locale, tout en évitant parfois de choquer.  Au Japon, la chaîne NHK a choisi de parler de « pays crasseux », l’agence  Jiji utilisant un terme familier mais pas forcément injurieux pouvant de  traduire par « pays ressemblant à des toilettes ».

Les médias chinois se contentent en général de parler de « mauvais pays »,  évitant de reproduire l’expression originale dans sa grossièreté. La version la plus allusive et la plus imagée revient sans conteste à  l’agence taïwanaise CNA, qui évoque des « pays où les oiseaux ne pondent pas  d’oeufs ».

Voir encore:

WATCH: A history of presidential potty mouths

« I have interviewed six presidents of the United States. I have traveled with them. I have been in their homes. They’ve been in my home on multiple occasions. I have flown on Air Force One with them and commercial jets and private jets and car caravans and Winnebagos. Went to Disney World with one. They all have used the ‘S-word.’ Even that old gentleman, Ronald Reagan, would sometimes occasionally, rarely use the ‘F-word.’ So, the White house is going to endure, » conservative author Doug Wead said.

Let’s take a look at some presidential profanity throughout history.

Sometimes choice words were reserved for the political opponents. President Reagan famously referred to enemies a few times as “SOBs.” While former President Obama once called Mitt Romney a « bullshitter » in a “Rolling Stone” interview.

One of the more profane presidents in recent history was Richard Nixon. Nixon was caught on White House tapes using numerous vulgarities, including some offensive terms about gay people.

Likewise, President Johnson was accused of often using the “N-word” when talking about African-Americans.

Some of these remarks were caught on video.

In 2000, George W. Bush was caught on a hot mic during a campaign rally calling Adam Clymer, a reporter with The New York Times, a « major league asshole. »

In fact, both the younger Bush and his father, former President George H.W. Bush, are quoted in Mark Updegrove’s book, “The Last Republicans,” as dropping the “F-bomb.”

George W. Bush even had this to say about two former colleagues.

« [Former Vice President Dick Cheney and Defense Secretary Donald Rumsfeld] never made one f—-ing decision. »

Even the silver-tongued President Clinton had his moments. In 2008, Clinton forgot to hang up a phone call with reporter Susan Phillips before saying he wouldn’t take any « shit » from Obama, then a candidate.

Voir par ailleurs:

Immigration : Macron, ce faux dur

La gauche angélique et irresponsable fait faussement passer Emmanuel Macron pour un opposant déterminé à l’immigration de peuplement. Ce lundi, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a de nouveau jugé « scandaleux » le « tri » voulu selon lui par le gouvernement entre les « bons » et les « mauvais » migrants. ‘L’histoire de notre pays et le devoir de notre pays c’est d’accueillir des gens qui sont dans la souffrance, les accueillir tous, tous », a déclaré Martinez sur France Inter. Jeudi, sur RTL, l’ancien candidat à la présidentielle, Benoit Hamon, avait déjà asséné : ‘Le tri des migrants, c’est le tri des pauvres ». Dimanche, sur BFMTV, le socialiste Julien Dray a comparé le recensement des migrants dans les centres d’hébergement d’urgence – opérations diligentées par des fonctionnaires et annoncées 48 h à l’avance – à des « rafles », assimilables à celle du Vel d’Hiv organisée en France occupée (1942) contre les juifs étrangers ou apatrides : une outrance inaugurée par L’Obs qui, sur sa une de jeudi, représente le visage de Macron entouré de barbelés. Déjà en 2015, le prix Nobel de littérature Jean-Marie Le Clézio, un des témoins cités dans le dossier de L’Obs, déclarait à l’hebdomadaire argentin Revista N : « Nous devrions éliminer les frontières pour laisser les gens circuler (…) Les restrictions de l’espace Schengen sont une honte. On ferme l’Europe à l’Afrique, l’Orient, l’Amérique latine, on se referme sur nous ».

Cet étalement de bons sentiments en dit long sur l’aveuglement face au raidissement de l’opinion. Partout en Europe, et singulièrement en France, les gens rejettent majoritairement une immigration qui ne s’assimile plus et qui porte en elle un nouvel antisémitisme. Reste que Macron n’est pas l’homme à poigne que croient voir les inconditionnels de l’accueil pour tous. Son soutien à la politique d’Angela Merkel, qui a fait entrer en Allemagne plus d’un million de « migrants » musulmans en 2015, ajouté à son mépris des « populistes » qui réclament le retour aux frontières, ne font pas du président un obstacle sérieux à l’idéologie immigrationniste. Tandis que les pays d’Europe de l’Est, qui ont déjà sauvé l’Europe de l’envahisseur ottoman en 1683, sonnent une nouvelle fois l’alarme sur une histoire qui se répète, Macron joint sa voix à celle de l’Union européenne pour accabler la Pologne ou la Hongrie. Le député Guy Verhofstadt a récemment sermonné ces deux nations : « Il n’y a pas de place pour des pays qui rejettent nos valeurs. Toute référence à l’identité nationale est potentiellement fanatique ». Pour sa part, le commissaire européen aux migrations, Dimitris Avramopoulos, a admis (Le Figaro, vendredi), parlant d’ »impératif moral » mais aussi d’impératif « économique et social » : « Il est temps de regarder en face la vérité. Nous ne pourrons pas arrêter la migration ». Macron l’européen demeure, jusqu’à présent, dans cette logique de l’ouverture et du remplacement.

Voir encore:

Black Protest Has Lost Its Power
Have whites finally found the courage to judge African-Americans fairly by universal standards?
Shelby Steele
WSJ
Jan. 12, 2018

The recent protests by black players in the National Football League were rather sad for their fruitlessness. They may point to the end of an era for black America, and for the country generally—an era in which protest has been the primary means of black advancement in American life.

There was a forced and unconvincing solemnity on the faces of these players as they refused to stand for the national anthem. They seemed more dutiful than passionate, as if they were mimicking the courage of earlier black athletes who had protested: Tommie Smith and John Carlos, fists in the air at the 1968 Olympics; Muhammad Ali, fearlessly raging against the Vietnam War; Jackie Robinson, defiantly running the bases in the face of racist taunts. The NFL protesters seemed to hope for a little ennoblement by association.

And protest has long been an ennobling tradition in black American life. From the Montgomery bus boycott to the march on Selma, from lunch-counter sit-ins and Freedom Rides to the 1963 March on Washington, only protest could open the way to freedom and the acknowledgment of full humanity. So it was a high calling in black life. It required great sacrifice and entailed great risk. Martin Luther King Jr. , the archetypal black protester, made his sacrifices, ennobled all of America, and was then shot dead.

For the NFL players there was no real sacrifice, no risk and no achievement. Still, in black America there remains a great reverence for protest. Through protest—especially in the 1950s and ’60s—we, as a people, touched greatness. Protest, not immigration, was our way into the American Dream. Freedom in this country had always been relative to race, and it was black protest that made freedom an absolute.

It is not surprising, then, that these black football players would don the mantle of protest. The surprise was that it didn’t work. They had misread the historic moment. They were not speaking truth to power. Rather, they were figures of pathos, mindlessly loyal to a black identity that had run its course.

What they missed is a simple truth that is both obvious and unutterable: The oppression of black people is over with. This is politically incorrect news, but it is true nonetheless. We blacks are, today, a free people. It is as if freedom sneaked up and caught us by surprise.

Of course this does not mean there is no racism left in American life. Racism is endemic to the human condition, just as stupidity is. We will always have to be on guard against it. But now it is recognized as a scourge, as the crowning immorality of our age and our history.

Protest always tries to make a point. But what happens when that point already has been made — when, in this case, racism has become anathema and freedom has expanded?

What happened was that black America was confronted with a new problem: the shock of freedom. This is what replaced racism as our primary difficulty. Blacks had survived every form of human debasement with ingenuity, self-reliance, a deep and ironic humor, a capacity for self-reinvention and a heroic fortitude. But we had no experience of wide-open freedom.

Watch out that you get what you ask for, the saying goes. Freedom came to blacks with an overlay of cruelty because it meant we had to look at ourselves without the excuse of oppression. Four centuries of dehumanization had left us underdeveloped in many ways, and within the world’s most highly developed society. When freedom expanded, we became more accountable for that underdevelopment. So freedom put blacks at risk of being judged inferior, the very libel that had always been used against us.

To hear, for example, that more than 4,000 people were shot in Chicago in 2016 embarrasses us because this level of largely black-on-black crime cannot be blamed simply on white racism.

We can say that past oppression left us unprepared for freedom. This is certainly true. But it is no consolation. Freedom is just freedom. It is a condition, not an agent of change. It does not develop or uplift those who win it. Freedom holds us accountable no matter the disadvantages we inherit from the past. The tragedy in Chicago—rightly or wrongly—reflects on black America.

That’s why, in the face of freedom’s unsparing judgmentalism, we reflexively claim that freedom is a lie. We conjure elaborate narratives that give white racism new life in the present: “systemic” and “structural” racism, racist “microaggressions,” “white privilege,” and so on. All these narratives insist that blacks are still victims of racism, and that freedom’s accountability is an injustice.

We end up giving victimization the charisma of black authenticity. Suffering, poverty and underdevelopment are the things that make you “truly black.” Success and achievement throw your authenticity into question.

The NFL protests were not really about injustice. Instead such protests are usually genuflections to today’s victim-focused black identity. Protest is the action arm of this identity. It is not seeking a new and better world; it merely wants documentation that the old racist world still exists. It wants an excuse.

For any formerly oppressed group, there will be an expectation that the past will somehow be an excuse for difficulties in the present. This is the expectation behind the NFL protests and the many protests of groups like Black Lives Matter. The near-hysteria around the deaths of Trayvon Martin, Michael Brown, Freddie Gray and others is also a hunger for the excuse of racial victimization, a determination to keep it alive. To a degree, black America’s self-esteem is invested in the illusion that we live under a cloud of continuing injustice.

When you don’t know how to go forward, you never just sit there; you go backward into what you know, into what is familiar and comfortable and, most of all, exonerating. You rebuild in your own mind the oppression that is fading from the world. And you feel this abstract, fabricated oppression as if it were your personal truth, the truth around which your character is formed. Watching the antics of Black Lives Matter is like watching people literally aspiring to black victimization, longing for it as for a consummation.

But the NFL protests may be a harbinger of change. They elicited considerable resentment. There have been counterprotests. TV viewership has gone down. Ticket sales have dropped. What is remarkable about this response is that it may foretell a new fearlessness in white America—a new willingness in whites (and blacks outside the victim-focused identity) to say to blacks what they really think and feel, to judge blacks fairly by standards that are universal.

We blacks have lived in a bubble since the 1960s because whites have been deferential for fear of being seen as racist. The NFL protests reveal the fundamental obsolescence—for both blacks and whites—of a victim-focused approach to racial inequality. It causes whites to retreat into deference and blacks to become nothing more than victims. It makes engaging as human beings and as citizens impermissible, a betrayal of the sacred group identity. Black victimization is not much with us any more as a reality, but it remains all too powerful as a hegemony.

Mr. Steele, a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is author of “Shame: How America’s Past Sins Have Polarized Our Country” (Basic Books, 2015).

Voir enfin:

Trump Is a Racist. Period.
Charles M. Blow
The NYT
Jan. 14, 2018

I find nothing more useless than debating the existence of racism, particularly when you are surrounded by evidence of its existence. It feels to me like a way to keep you fighting against the water until you drown.

The debates themselves, I believe, render a simple concept impossibly complex, making the very meaning of “racism” frustratingly murky.

So, let’s strip that away here. Let’s be honest and forthright.

Racism is simply the belief that race is an inherent and determining factor in a person’s or a people’s character and capabilities, rendering some inferior and others superior. These beliefs are racial prejudices.

The history of America is one in which white people used racism and white supremacy to develop a racial caste system that advantaged them and disadvantaged others.

Understanding this, it is not a stretch to understand that Donald Trump’s words and deeds over the course of his life have demonstrated a pattern of expressing racial prejudices that demean people who are black and brown and that play to the racial hostilities of other white people.

It is not a stretch to say that Trump is racist. It’s not a stretch to say that he is a white supremacist. It’s not a stretch to say that Trump is a bigot.

Those are just facts, supported by the proof of the words that keep coming directly from him. And, when he is called out for his racism, his response is never to ameliorate his rhetoric, but to double down on it.

I know of no point during his entire life where he has apologized for, repented of, or sought absolution for any of his racist actions or comments.

Instead, he either denies, deflects or amps up the attack.

Trump is a racist. We can put that baby to bed.

“Racism” and “racist” are simply words that have definitions, and Trump comfortably and unambiguously meets those definitions.

We have unfortunately moved away from the simple definition of racism, to the point where the only people to whom the appellation can be safely applied are the vocal, violent racial archetypes.

Racism doesn’t require hatred, constant expression, or even conscious awareness. We want racism to be fringe rather than foundational. But, wishing isn’t an effective method of eradication.

We have to face this thing, stare it down and fight it back.

The simple acknowledgment that Trump is a racist is the easy part. The harder, more substantive part is this: What are we going to do about it?

Every weekday, get thought-provoking commentary from Op-Ed columnists, the Times editorial board and contributing writers from around the world.

First and foremost, although Trump is not the first president to be a racist, we must make him the last. If by some miracle he should serve out his first term, he mustn’t be allowed a second. Voters of good conscience must swarm the polls in 2020.

But before that, those voters must do so later this year, to rid the House and the Senate of as many of Trump’s defenders, apologists and accomplices as possible. Should the time come where impeachment is inevitable, there must be enough votes in the House and Senate to ensure it.

We have to stop thinking that we can somehow separate what racists believe from how they will behave. We must stop believing that any of Trump’s actions are clear of the venom coursing through his convictions. Everything he does is an articulation of who he is and what he believes. Therefore, all policies he supports, positions he takes and appointments he makes are suspect.

And finally, we have to stop giving a pass to the people — whether elected official or average voter — who support and defend his racism. If you defend racism you are part of the racism. It doesn’t matter how much you say that you’re an egalitarian, how much you say that you are race blind, how much you say that you are only interested in people’s policies and not their racist polemics.

As the brilliant James Baldwin once put it: “I can’t believe what you say, because I see what you do.” When I see that in poll after poll a portion of Trump’s base continues to support his behavior, including on race, I can only conclude that there is no real daylight between Trump and his base. They are part of his racism.

When I see the extraordinary hypocrisy of elected officials who either remain silent in the wake of Trump’s continued racist outbursts or who obliquely condemn him, only to in short order return to defending and praising him and supporting his agenda, I see that there is no real daylight between Trump and them either. They too are part of his racism.

When you see it this way, you understand the enormity and the profundity of what we are facing. There were enough Americans who were willing to accept Trump’s racism to elect him. There are enough people in Washington willing to accept Trump’s racism to defend him. Not only is Trump racist, the entire architecture of his support is suffused with that racism. Racism is a fundamental component of the Trump presidency.


Polémique Carmen: A quand une Passion sans crucifixion ? (What if Jesus does not die this time?)

11 janvier, 2018
Carmen assassinée : un final orthodoxe fidèle au livret de l'époque de Bizet.
Carmen à terre mais pas KO | Knight Foundation via Flickr CC License by
"Carmen" par Olivier Py à l'opéra de Lyon, en 2012.
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? (…) De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Psaumes 22: 2-13
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Dieu l’a élevé vers Lui. Le Coran (4 : 157-158)
L’amour est enfant de Bohême, Il n’a jamais, jamais connu de loi; Si tu ne m’aimes pas, je t’aime; Si je t’aime, prends garde à toi! (Prends garde à toi!) Si tu ne m’aimes pas, Si tu ne m’aimes pas, je t’aime; (Prends garde à toi!) Mais si je t’aime, si je t’aime; Prends garde à toi! Carmen
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
Mahomet s’est établi en tuant ; Jésus-Christ en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire; Jésus-Christ en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine. Pascal
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les  » juifs » et les  » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. René Girard
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux : la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. (…) la Bible relate l’histoire du peuple hébreu, narration parfois fastidieuse de mille pérégrinations effectuées sous le regard de Dieu. Que le texte comporte des scènes de massacre collectif, des meurtres, des viols, des supplices et des bains de sang est choquant à l’aune de l’universalisme contemporain tout en étant rigoureusement conforme à la tristesse du champ historique concerné. Christian Makarian
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pour l’islam (…) j’aime bien leur symbole, le croissant de lune, je le trouve beaucoup plus beau que la croix, peut-être parce qu’il n’a pas quelqu’un de cloué dessus. Pat Condell
I do think it’s a cultural catharsis, and it’s a cinematic catharsis. Even — it can even be good for the soul, actually. I mean, not to sound like a brute, but one of the things though that I actually think can be a drag for a whole lot of people about watching a movie about, either dealing with slavery or dealing with the Holocaust, is just, it’s just going to be pain, pain and more pain. And at some point, all those Holocaust TV movies — it’s like, ‘God, I just can’t watch another one of these.’ But to actually take an action story and put it in that kind of backdrop where slavery or the pain of World War II is the backdrop of an exciting adventure story — that can be something else. And then in my adventure story, I can have the people who are historically portrayed as the victims be the victors and the avengers. Tarantino
What happened during slavery times is a thousand times worse than [what] I show. So if I were to show it a thousand times worse, to me, that wouldn’t be exploitative, that would just be how it is. If you can’t take it, you can’t take it. (…) Now, I wasn’t trying to do a Schindler’s List you-are-there-under-the-barbed-wire-of-Auschwitz. I wanted the film to be more entertaining than that. … But there’s two types of violence in this film: There’s the brutal reality that slaves lived under for … 245 years, and then there’s the violence of Django’s retribution. And that’s movie violence, and that’s fun and that’s cool, and that’s really enjoyable and kind of what you’re waiting for. (…) The only thing that I’ve ever watched in a movie that I wished I’d never seen is real-life animal death or real-life insect death in a movie. That’s absolutely, positively where I draw the line. And a lot of European and Asian movies do that, and we even did that in America for a little bit of time. … I don’t like seeing animals murdered on screen. Movies are about make-believe. … I don’t think there’s any place in a movie for real death. (…)There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. (…) There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. Because also there is this kind of level of good taste that they’re trying to deal with … and frankly oftentimes they just feel like dusty textbooks just barely dramatized. (…) I like the idea of telling these stories and taking stories that oftentimes — if played out in the way that they’re normally played out — just end up becoming soul-deadening, because you’re just watching victimization all the time. And now you get a chance to put a spin on it and actually take a slave character and give him a heroic journey, make him heroic, make him give his payback, and actually show this epic journey and give it the kind of folkloric tale that it deserves — the kind of grand-opera stage it deserves. (…) The Westerns of the ’50s definitely have an Eisenhower, birth of suburbia and plentiful times aspect to them. America started little by little catching up with its racist past by the ’50s, at the very, very beginning of [that decade], and that started being reflected in Westerns. Consequently, the late ’60s have a very Vietnam vibe to the Westerns, leading into the ’70s. And by the mid-’70s, you know, most of the Westerns literally could be called ‘Watergate Westerns,’ because it was about disillusionment and tearing down the myths that we have spent so much time building up. Quentin Tarantino
Les films traitant de l’Holocauste représentent toujours les juifs comme des victimes. Je connais cette histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Je veux voir des Allemands qui craignent les juifs. Ne tombons pas dans le misérabilisme et faisons plutôt un film d’action fun. Quentin Tarantino
Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? Quentin Tarantino
Vous savez, nous autres, en Syrie, éprouvons beaucoup d’admiration pour les Allemands ! Vous avez réussi à vous débarrasser de vos juifs, alors que nous, au Proche-Orient, nous subissons encore l’oppression des sionistes ! Migrants syriens
Soixante-dix ans après la défaite du nazisme, l’Allemagne et la Suède découvrent un nouvel antisémitisme. Agressions physiques, menaces et propos douteux : des migrants syriens biberonnés à la haine des juifs rappellent de mauvais souvenirs aux deux pays les plus hospitaliers du continent. (…) C’est donc avec stupéfaction que le public d’outre-Rhin a découvert, ces dernières semaines, qu’il était à nouveau possible de crier « mort aux juifs ! » dans les rues de Berlin. Ces appels au meurtre n’étaient pas hurlés par quelques dizaines de skinheads nostalgiques de Hitler, mais en arabe par plusieurs centaines de manifestants rassemblés devant l’ambassade des États-Unis pour protester contre la reconnaissance, par Donald Trump, de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. Pour la première fois depuis 1947, des drapeaux frappés de l’étoile de David sont incendiés en public dans l’ex-capitale du Reich. (…) En Suède, la situation est encore plus préoccupante. Dans ce pays qui a accueilli plus de réfugiés que l’Allemagne en proportion de sa population lors de la grande vague migratoire de 2015, on ne s’est pas contenté de brailler des slogans antijuifs lors des manifestations contre Trump à Stockholm et à Malmö, mais on est passé à l’acte : le 9 décembre, la synagogue de Göteborg, où se déroulait une fête de Hanoukka pour les jeunes de la communauté juive de la ville, a été attaquée au cocktail Molotov. (…) Ces dernières années, la France est le seul pays occidental où des juifs ont été tués pour ce qu’ils sont, par des gens prétendant mener une guerre sainte au nom de l’islam. En 2000, alors que cette judéophobie agressive s’installait dans les territoires perdus de la République, on aurait aimé que de grands journaux populaires se portent au premier rang de la résistance à cette barbarie. Cela n’a pas été le cas, et la tentation d’une soumission à la suédoise est encore bien présente chez nous. Luc Rosenzweig
J’ai vu avec Bizet [dont Brook donnera Carmen en 1981, NDLR] et c’était passionnant, que Bizet a eu un moment de pif, d’inspiration, quand il a lu cette nouvelle de Mérimée, cette petite histoire extraordinairement forte en quelques pages. Ça a touché quelque chose en Bizet qui a senti, sans pouvoir l’exprimer, que ça pourrait être un opéra. Ensuite, consciemment ou inconsciemment, il a joué le jeu : à l’Opéra-comique, la condition était une partition pour tout l’orchestre ; il y avait un chœur et il fallait le faire travailler ; il y avait aussi un chœur d’enfant… et puis un public, qui venait pour le spectacle alors il fallait des processions. Mais pour moi l’intérêt aujourd’hui est d’écouter d’une oreille aussi attentive et vierge que possible la musique. Faire sortir la pureté, la beauté, et la réalité humaine des rapports dans cette musique qui avaient disparu ensuite. Peter Brook
Le point de départ était que j’étais convaincu exactement comme des années avant, avec « La Tragédie de Carmen » que la tendance de l’opéra est de surajouter couche après couche, de ce qui est devenu figé dans une tradition d’un certain ordre. Avec cette tyrannie de la tradition à l’opéra : le compositeur a donné telle et telle indication, et il faut les suivre. Pour moi, [il s’agissait] de recommencer à zéro. On a fait ça avec « Carmen » [en 1981, aux Bouffes du Nord, NDLR] mais, par respect du travail des autres, on a changé le nom et on a dit “La Tradition de Carmen”. Nous avions fait la même chose avec « Pelléas et Mélisande » et l’avions appelé “Impressions de Pelléas” [en 1992 ndlr] et ici, par respect aux autres, ce n’est pas “LA Flûte” mais “UNE Flûte enchantée”. Peter Brook
 Toute femme est amère comme le fiel, mais elle a deux bonnes heures, une au lit, l’autre à sa mort.  Palladas (épigraphe de la nouvelle de Mérimée)
On ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme. L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen. Il estime qu’à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles. Un mois après la proposition du directeur, je suis revenu avec ma solution où Carmen ne meurt pas mais se défend contre son agresseur d’une façon inattendue, comme n’importe qui le ferait à sa place. (…) Don José se rend compte que le fait d’avoir poussé Carmen à un geste aussi extrême revient à l’avoir tuée et ses dernières paroles Vous pouvez m’arrêter. C’est moi qui l’ai tuée prennent alors une dimension symbolique (…) Bizet avait situé Carmen en 1830, soit quarante-cinq ans avant sa première représentation. J’ai donc mis la même distance entre ma version et le moment où elle est jouée, pour que les spectateurs soient placés dans les mêmes conditions temporelles vis-à-vis de l’œuvre. Mais ce n’est pas une violence gratuite, car on pourrait facilement tomber dans une vision manichéenne des choses avec d’un côté les hommes affreux, sales et méchants, et de l’autre les femmes gentilles. Don José est un homme qui combat ses démons intérieurs, il a des moments de douceur et de générosité puis des accès de grande violence comme cela arrive dans les foyers où sévissent les violences conjugales. Leo Muscato
Dans la version que j’ai faite à l’opéra de Lyon, elle ne mourait pas non plus, elle se relevait et elle partait, comme si le geste de Don José n’avait pas été un geste mortel, elle l’abandonnait à son sort. Je pense qu’il y a dans certains opéras du XIXe, une manière de traiter les personnages féminins qui, dans certains cas, n’est plus acceptable aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une autre fin. Nous allons avoir des difficultés, moi qui ai une Traviata dans les tuyaux, dans la représentation de la femme. Dans ces opéras du XIXe siècle, la femme est très souvent une victime. Pire encore : une victime consentante. C’est très difficile à traiter aujourd’hui. En tout cas, cela nous pose une question. Mais on peut tout faire, il n’y a absolument aucune règle. Evidemment on peut aussi faire quelque chose qui ne plait pas à certains, mais la liberté reste totale pour les artistes heureusement !  Olivier Py
Ce n’est pas la première ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle. Précisons d’abord qu’à l’opéra, tout est convention: le nœud papillon, le duo d’amour, cette idée géniale et impossible que si tout le monde chante ensemble, on s’entend quand même, l’entracte et son champagne obligatoire, jusqu’aux choristes qui annoncent pendant dix minutes qu’ils s’en vont et restent sur place en tapant du pied. Modifiez une de ces conventions et vous trouverez toujours deux ou trois pisse-vinaigre pour crier aussi fort que la Malibran que c’est leurs souvenirs qu’on assassine. À Florence (Teatro del Maggio) donc, où la saison ne brille guère par l’originalité (standards de Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi, Puccini et, donc, Carmen), on s’autorise une sortie de route savamment orchestrée. Le metteur en scène Leo Muscato dit avoir réécrit le final «parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme». «L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen», a-t-il expliqué, ajoutant que le directeur estimait «qu’à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles». Aussitôt, le petit monde de l’opéra, tout comme ceux qui n’y foutent jamais les pieds, s’empare du sujet. Il y a les pour et les contre, c’est aussi simpliste qu’un air de ténor. L’opéra, on l’aime aussi pour ça: en gros, un type change la fin de Carmen et c’est comme s’il avait brûlé la Bibliothèque nationale et infligé à Georges Bizet un deuxième infarctus. Preuve s’il en était besoin que l’opéra est d’abord un musée où le public se précipite pour admirer La Joconde et détourne le regard lorsque Duchamp lui ajoute une moustache. Ce qui explique, à Florence comme ailleurs, que le théâtre lyrique tente souvent de se moderniser contre son public. Celui-ci préfère invariablement Les Noces de Figaro et Carmen à une œuvre de Janáček (hein, quoi?) ou de Berg (qui ça?) et sèche assidûment les créations contemporaines, dont les places sont régulièrement bradées. Raffolant du répertoire, ce public est, par essence, conservateur. Quiconque, dans une carrière de spectateur, a vu dix ou quinze fois Don Giovanni en a une idée assez précise et n’aime pas trop être bousculé dans ses certitudes. (…) Or, dans un monde multiculturel et métissé, cet entre-soi a quelque chose d’anachronique, voire de problématique parce que l’opéra coûte cher et dépend très largement de subventions publiques. Aussi l’institution donne-t-elle des gages. L’opéra est un contributeur net à l’économie locale, assure-t-on. Son public se renouvelle, se rajeunit, il ne serait pas si vieux, et il est vrai qu’on y envoie souvent des hordes de collégiens qui gloussent sous les «chuuuut !» indignés des abonnés. C’est dans ce contexte que s’inscrit un vaste mouvement de «dépoussiérage» des œuvres, sous l’impulsion de metteurs en scène venus du théâtre. Avec, à la clef, de vifs mécontentements. Le scandale le plus connu est celui du Ring de Patrice Chéreau, qui dressa contre le jeune metteur en scène français un public de wagnériens farouchement conservateurs, jusqu’à la xénophobie. Dans les années 1980, Peter Sellars défraya la chronique en transposant Mozart dans le ghetto noir de Harlem: Don Giovanni, noir, mangeant des hamburgers, se shootant à l’héro, vous n’y songez pas! Fort heureusement, c’était à Bobigny. Les théâtres allemands, belges, nééerlandais prirent l’habitude de ce que l’on nomme parfois le RegieTheater (théâtre du metteur en scène). Quelques années plus tard, avec Gérard Mortier, l’Opéra de Paris s’ouvrit à son tour à l’impensable. Et son public adora huer les metteurs en scène, qui y trouvèrent une forme de reconnaissance. Comme le plasticien du début du XXe siècle, le metteur en scène doit être sifflé pour exister. Bref, tout le monde aime le scandale, les dirigeants des théâtres aussi parce que «l’important, c’est qu’on en parle». C’est le minimum syndical que faisait joyeusement observer Lambert Wilson en 2006: «C’est la moindre des choses que des gens soient offusqués!» Le mini scandale florentin est donc bien la moindre des choses que l’opéra doit à son public. Un quart d’heure de gloire lyrique. Exister dans le brouhaha. Ce n’est pas si facile car les mises en scène sulfureuses (…) sont en train de devenir un marronnier de la critique musicale: des nazis comme s’il en pleuvait, des coïts par-ci, un viol par-là et, bien sûr, des figurants à poil. Le talent des metteurs en scène n’est pas en cause. Après tout, trouver des idées neuves lorsqu’une œuvre a été déjà montrée des milliers de fois n’est pas chose aisée. Souvent, le résultat est stimulant. Mais, peu à peu, se glisse insidieusement un déplaisant arrière-goût de marketing dans cette surenchère à la provocation et au détournement. À l’image de l’annonce de l’arrivée de Calixto Bieito à l’Opéra de Paris: «Celui par qui arrive le scandale.» Lisez: celui dont on espère le scandale. À Florence, c’est exactement ce qui est en jeu. Faire oublier qu’on programme une oeuvre archi-connue pour satisfaire son public (conservatisme) et en faire un triple salto de l’innovation bien pensante. Que Carmen refuse de se faire tuer (et c’est souvent dans une pulsion suicidaire) par Don José mais lui résiste et l’abatte, pourquoi pas? (…) De fait, Carmen, qui jouit sans entrave, est une des rares héroïnes d’opéra à refuser la soumission qu’impose l’opéra, cette Défaite des femmes, comme l’expliqua Catherine Clément. (…) Demain, si des metteurs en scène l’imaginent, on pourra aussi applaudir Carmen puritaine, lesbienne, vegan, flic, fabriquant des cigarettes électroniques, couchant avec Prosper Mérimée ou Georges Bizet, ou les deux à la fois, puis les tuant ensuite, déguisée en mante religieuse, présidente des États-Unis ou journaliste à L’Écho des Tziganes. La liberté théâtrale est celle-ci: la vérité d’un instant, la force d’une transposition, le génie d’une situation. Ça peut être sublime –c’est parfois raté– mais ça vit. Il est malheureusement regrettable qu’à Florence, ce geste s’accompagne d’un discours lénifiant et contreproductif. Il ne s’agirait pas d’une audace artistique mais d’une soumission à l’air du temps. On ne pourrait plus applaudir (donc montrer) le meurtre d’une femme aujourd’hui. Cet argument laisse pantois. Qui peut croire qu’en cachant un meurtre, celui-ci n’existe pas? Lorsque la violence faite aux femmes s’impose chaque jour dans le débat public, elle ne devrait plus être visible sur scène? L’opéra cesserait d’être un plateau pour devenir une estrade politique, un école des bonnes moeurs. Ce serait risible s’il n’y avait, hélas, des précédents. En 2006, le Deutsche Oper s’est interdit de montrer une tête de Mahomet, à côté de Bouddha et Jésus. En 2014 et 2015, une mise en scène de Dialogue des Carmélites a été interdite par la justice, jugements heureusement cassés en appel. Réfuter la liberté du metteur en scène de Carmen en la cadenassant dans un discours moral est non seulement absurde mais aussi contreproductif. Dire qu’il est « inconcevable » de montrer quelque chose au théâtre revient à donner raison aux bigots de toutes sortes qui ne rêvent que de censures et d’interdictions. C’est adopter leur langage, faire nôtre leur pauvre argumentation, céder à une peur obscurantiste, s’interdire le libre-arbitre. Jean-Marc Proust
Les transgressions sont souvent sexuelles (mais pas toujours). En 2012, une mise en scène de La Traviata de Verdi faisait polémique à La Monnaie de Bruxelles : la metteure en scène allemande Andrea Breth souhaitait déployer une réflexion sur les classes dirigeantes et l’hypocrisie sociale contemporaine à travers le livret originel, signé Francesco Maria Piave. Le scandale arrive à l’acte III : la présence d’une enfant entre les mains d’un homme bien plus âgé qu’elle, en pleine scène d’orgie, choque. Une polonaise finale dansée par des cow-boys à moitié nus pour l’opéra Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ? C’est la variante que tricotera le metteur en scène Krzysztof Warlikowski en 2007 au Bayerische Staatsoper de Munich à partir du livret Eugène Onéguine. Un livret qui nous vient de la main même du compositeur de l’opéra, dont Warlikowski revendiquera de réinterpréter l’oeuvre à l’aune de l’homosexualité du compositeur russe. Le résultat ? Un Eugène Onéguine, dandy de Saint-Pétersbourg, prenant en duel son ami, le jeune poète Lensky… dans un lit. (…) 2015, un scandale secouera le festival d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène autrichien, Martin Kusej, imaginera un Enlèvement au Sérail transposé à l’époque du terrorisme de Daech. Le sérail est devenu un camp djihadiste. Sans censurer totalement l’oeuvre, la direction du festival d’art lyrique contraint le metteur en scène à supprimer deux images, celle d’une décapitation, et celle d’un drapeau de Daech. (…) Mozart djihadiste et Wagner… nazi ? C’est une tarte à la crème, que le metteur en scène Bukhard Kosminski a visiblement prise au pied de la lettre en 2013, à l’opéra de Düsseldorf. Le public, bouleversé, découvrira à la première du Tannhäuser de Bukhard Kosminski une mise en scène brutale : l’intrigue est transposée dans les années 1940. Les personnages du livret écrit par Wagner lui-même, deviennent des bourreaux SS, ou leurs victimes. Rien n’est épargné aux spectateurs : des chanteurs asphyxiés d’un gaz blanc, jusqu’aux croix gammées, en passant par l’exécution d’une famille juive. (…) Des colonnes surmontées de phallus géants en guise de décor, et un Hercule viril à poil le temps d’une scène. Cette mise en scène de l’opéra de Vivaldi par John Pascoe, en 2006, a marqué les esprits. (…) Un hardeur qui traverse la scène, entièrement nu, pour évoquer la luxure du Venusberg, cette montagne mythique où Vénus retient captif le chevalier Tannhäuser ? C’était sous la houlette d’Olivier Py, à Genève en 2005. Sept ans plus tard, le metteur en scène sera à nouveau hué au lever de rideau pour la Première de sa Carmen, de Bizet, à Lyon. (…) La Carmen vue par Olivier Py est donc meneuse de revue ultra sexy – en tenue d’Ève ou en culotte soutien-gorge rouge vif la plupart du temps – d’un cabaret miteux situé dans un faubourg dangereux. (…) Peut-on passer à la trappe les passages les plus pénibles ? Il est rarissime que le Ring de Wagner soit donné dans son intégralité. En proposant une saison, un opéra cherche aussi à faire le plein et les représentations à rallonge sont réputées faire fuir le public. Aux Bouffes du Nord, Peter Brook donnera une Flûte enchantée d’1 heure 15… au lieu des 2 h 30, voire 3 heures habituelles. « Une version resserrée », dit-on pudiquement ? Un écrémage pour gagner en efficacité quitte à y perdre l’esprit originel, contestent plutôt certains puristes. (…) En décembre 2017, à l’opéra Bastille, c’est dans l’espace que le metteur en scène Claus Guth a envoyé La Bohème de Puccini, s’attirant les sifflets et les foudres des puristes. Le texte des deux librettistes Giacosa et Illica est respecté, mais alors que l’action se passe normalement dans le Paris des années 1830, tout se déroule à l’intérieur d’une navette spatiale à la dérive, puis sur une surface lunaire métaphorisant la mort. A Londres, en 2015, au prestigieux Royal Opera House, une mise en scène du Guillaume Tell de Rossini faisait scandale. Parce que le metteur en scène, Damiano Michieletto, avait décidé de transposer l’argument d’Etienne de Jouy dans la Bosnie des années 1990. Mais aussi pour son insoutenable scène de viol au troisième acte : une femme est jetée à terre, traînée, déshabillée, et vingt soldats lui passent sur le corps durant cinq longues minutes. Lors de la première représentation, les sifflets des spectateurs contraignent l’orchestre à s’interrompre un moment. Peter Brook (…) fera certes scandale à ses débuts, en adaptant Salomé à Covent Garden en 1949, mais pas pour des digressions à base de viols collectifs ou de partouzes. Brook avait alors la vingtaine, et le jeune metteur en scène défrayera la chronique pour avoir tout simplement préféré des décors construits aux habituelles toiles peintes de fond de scène. Décors qu’il confiera à Salvador Dali. Chloé Leprince et Hélène Combis-Schlumberger
Tout le monde accuse les femmes, et moi je les excuse De changer d’amour mille fois par jour ; Les uns appellent cela un vice, les autres une habitude, Quant à moi je crois que c’est une nécessité du cœur. Il ne faut pas que l’amant abusé Condamne les autres, mais se reproche sa propre erreur ; Qu’elles soient jeunes ou vieilles, belles ou laides, Répétez avec moi : elles font toutes ainsi. Cosi fan tutte
C’est une Carmen absolument enragée. Il faudrait la bâillonner et mettre un terme à ses coups de hanche effrénés en l’enfermant dans une camisole de force après l’avoir rafraîchie d’un pot à eau versé sur la tête. Critique de l’époque
Ce livret [de Cosi fan tutte] est particulier parce que, soit on le prend d’un côté très bouffe, soit on peut en faire un marivaudage assez cruel… et moi, ce qui m’a intéressé dans ce livret, c’est la brutalité. La brutalité du rapport homme femme, une espèce d’asservissement au désir. Christophe Honoré
Femme forte ou victime broyée par son amant jaloux sous vos applaudissements ? C’est la question que nous renvoie Leo Mascato, qui a carrément pris une liberté inouïe avec le livret originel en inversant la dramaturgie. Loin, très loin de la version de Carmen donnée par Kasper Holten à l’été 2017 au Bregenz Festival, en Autriche, où Don José noyait Carmen sous l’eau de la scène. Jérôme Clément
A l’opéra, même les rôles de femmes réputées fortes se révèlent souvent ambivalents, révélant combien l’époque a pu discréditer la liberté de la femme, et plus encore l’égalité entre les sexes. (…) Au cœur de la polémique Carmen recréée par le Teatro del Maggio Musicale de Florence, le contre-pied radical du metteur en scène, Leo Muscato, qui réinvente le final « parce on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme ». Ce n’est pas Carmen qui meurt, assassinée sur scène par son ancien amant, jaloux, mais Don José qui se fait tirer dessus par l’héroïne. Qui en sortirait grandie, assure l’opéra de Florence pour qui on ne peut plus tolérer de faire acclamer sur scène un féminicide à notre époque. Soit près de 150 ans après la création de Carmen par Bizet. Opéra le plus joué au monde, Carmen avait été créé par Georges Bizet en 1875 à Paris, à l’Opéra-Comique. L’intrigue se passe un demi-siècle plus tôt, à Séville, dans le livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy qui travaillèrent à partir de la nouvelle de Prosper Mérimée. A l’époque, le final avait fait scandale : faire assassiner une femme volage sur scène au nez et à la barbe du public bon teint de l’Opéra-Comique, réputé “familial”, avait fait des remous. Mais quand on regarde de plus près les archives du journal Le Siècle que France Musique a exhumées l’an dernier, on se rend compte que c’est au moins autant pour sa sensualité échevelée que pour le féminicide que l’on s’indigne dans la société parisienne. (…) Plus d’un siècle plus tard, c’est ce féminicide que l’opéra de Florence cherche à nouveau à dénoncer, à rebours de tout le discours habituel qui tend plutôt à faire passer Carmen la Gitane pour une incarnation de la femme forte. Femme forte ou victime broyée par son amant jaloux sous vos applaudissements ? C’est la question que nous renvoie Leo Mascato, qui a carrément pris une liberté inouïe avec le livret originel en inversant la dramaturgie. Loin, très loin de la version de Carmen donnée par Kasper Holten à l’été 2017 au Bregenz Festival, en Autriche, où Don José noyait Carmen sous l’eau de la scène. L’opéra de Luigi Cherubini, Médée, avait été créé à Paris, au théâtre Feydeau, en 1797 (…) s’inspire (…) de Sénèque et Euripide et réinvente la tragédie grecque sans trop s’en éloigner. L’argument explore en effet les fondements d’une tragédie où la figure de la femme est sacrifiée : trompée par Jason, Médée promet de se venger… et y perd à peu près tout. L’opéra de Cherubini et Hoffman en fait une mère vengeresse qui, bafouée, est prise d’une folie sanguinaire. Elle poignarde ses deux enfants et menace Jason, tandis que brûle le temple auquel elle a mis le feu (…) Figure de femme hystérique et meurtrière finalement réduite à une ombre, le personnage de Médée conférera pourtant à l’opéra du même nom un succès immense : l’accueil de l’oeuvre de Cherubini en Europe est excellent. (…) Chez Wolfgang Amadeus  Mozart, la femme n’est pas toujours une figure aussi forte que la Reine de la Nuit (dans La Flûte enchantée). Entre 1786 et 1790, Mozart livre trois opéras, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte. Écrits par un même librettiste, Lorenzo Da Ponte, visiblement décidé à brosser une image peu flatteuse de la femme ! Futile, bavarde et surtout infidèle, la femme est une vraie mégère. Dans Cosi fan Tutte, c’est carrément le titre de l’oeuvre qui nous raconte le propos : “Cosi fan tutte” signifie, littéralement “Elle font toutes ainsi”. C’est-à-dire : tromper leur moitié allègrement. L’opéra est créé en 1790 dans la foulée de Don Giovanni que Joseph II avait trouvé à son goût. (…) L’histoire se passe à Naples au XVIIIe siècle, et développe une histoire de trahison de leurs maris respectifs par deux fiancées volages. L’intrigue donne raison à Don Alfonso, personnage cynique qui promettait de démontrer l’infidélité des femmes. (…) Deux-cent-vingt ans plus tard, c’est Christophe Honoré qui se frottera au monument lyrique, en 2016, avec au festival d’Aix-en-Provence un Cosi fan tutte décentré dans la bonne société expatriée blanche d’Abyssinie. Ecoutez-le évoquer sa lecture de l’opéra de Mozart dans “La Grande table”, le 4 juillet 2016. Pour lui, le propos principal de cet opéra n’est pas tant la frivolité ou l’infidélité, qu’il regarde comme une lecture naïve de ce qu’a fait Mozart, mais plutôt la xénophobie et le rejet de l’autre dont il parle comme “une bêtise profonde, beaucoup plus idéologique”. Chloé Leprince
L’ouvrière Fantine, acculée misérablement à la prostitution, plutôt que de mourir de faim pourrait, en un geste de révolte féminin autant que citoyen, étrangler l’homme Javert de ses deux pauvres mains. Dans la liste de Schindler, Spielberg, sévèrement chapitré, ferait pendre à présent les SS d’Hitler par des juifs en colère. Gilles William Goldnadel
Carmen avait fait scandale en 1875. Enfin, vous n’y pensez pas, à l’opéra-Comique, le théâtre des familles, montrer la mort d’une femme ! Les conservateurs poussaient de grands cris effarouchés.Les conservateurs d’aujourd’hui, les champions de la censure tous azimuts, se recrutent dans les rangs des « progressistes ». Enfin, vous n’y pensez pas ! Montrer aujourd’hui la mort d’une femme, victime de la « violence masculine » ! Transformant de façon radicale la nouvelle de Mérimée, Meilhac et Halévy, les anciens complices d’Offenbach, avaient fait du personnage de Carmen une femme libre qui refuse justement d’être le jouet des hommes. Carmen est prête à tout pour conserver sa liberté, prête à mourir. Et elle agit, bien qu’elle sache que le destin l’attend. Sans la fatalité qui pèse sur son parcours, l’itinéraire de Carmen perd toute signification. Refusant toutes les conventions de son temps, Bizet introduisait le drame dès le prélude et construisait toute sa partition pour aboutir au duo final, point d’orgue étincelant et brutal. Musicalement les choses sont claires, Don José est un être faible et jaloux. Carmen un personnage tellement fort qu’elle n’a même pas besoin de ces grands solos usuellement employé sur la scène lyrique. Faire tuer José par Carmen c’est tout simplement n’avoir rien compris à l’œuvre. Elle endosse le rôle de Don José : un pauvre type qui n’a d’autre argument que le coup de couteau. Ne pas faire mourir Carmen c’est aussi aller contre la musique. (…) Tout le monde sait cela (…) sauf les metteurs en scène qui ne comprennent rien à la musique et qui confondent l’opéra et le théâtre. Pour eux, les « textes » ne sont que des « prétextes » à imposer la « bonne parole » au public. (…) Ils ne comprennent même pas que c’est la musique qui vient en premier à l’opéra et qu’on ne peut modifier arbitrairement un texte sans incidence sur la musique construite sur ce texte. Gérard-Michel Thermeau

Tarantinisation ou coranisation ?

En ce monde étrange d’idées chrétiennes devenues folles

Où, politiquement correct oblige, on déboulonne les statues, débaptise les rues ou élimine les croix chrétiennes qui fâchent …

Tout en se refusant à reconnaitre que l’antisémitisme des masses musulmanes qui déferlent actuellement dans nos rues …

Est le même que celui qui, sous prétexte d’occupation, assassine depuis des décennies les citoyens israéliens …

Comment ne pas voir …

La dernière lubie et l’énorme contresens d’un metteur en scène en panne de nouveauté

Qui pour dénoncer, à la Tarantino, la « violence masculine » contre les femmes …

En arrive à rien de moins que de transformer la victime en bourreau …

Abolissant du coup, sans compter le droit moral de l’auteur, 2 000 ans de tradition et d’acquis de la culture occidentale …

Fondés justement sur la révélation de la victimisation d’un parfait innocent …

Qui contrairement à la version coranique faisant de sa mort un faux-semblant …

Assume jusqu’à son ultime prix le choix de la non-violence ?

Carmen censuré à Florence

Aujourd’hui, on réécrit les œuvres du passé, comme Carmen de Bizet, pour satisfaire les fantaisies idéologiques des nouveaux moralistes

Gérard-Michel Thermeau

Contrepoints

10 janvier 2018

Aujourd’hui comme hier, Carmen offusque les bien-pensants.

Carmen avait fait scandale en 1875.

Enfin, vous n’y pensez pas, à l’opéra-Comique, le théâtre des familles, montrer la mort d’une femme ! Les conservateurs poussaient de grands cris effarouchés.

Les conservateurs d’aujourd’hui, les champions de la censure tous azimuts, se recrutent dans les rangs des « progressistes ».

Enfin, vous n’y pensez pas ! Montrer aujourd’hui la mort d’une femme, victime de la « violence masculine » !

Ainsi en ont décidé, de concert, le vertueux directeur et le non moins vertueux metteur en scène, Léo Muscato, au Teatro del Maggio (Florence) applaudis des deux mains par l’encore plus vertueux Olivier Py, qui avait déjà sauvé Carmen d’une mort affreuse, à Lyon, en 2012.

Une remarquable incompréhension

Comment peut-on être tombé aussi bas dans la bêtise crasse et l’incompréhension ?

Transformant de façon radicale la nouvelle de Mérimée, Meilhac et Halévy, les anciens complices d’Offenbach, avaient fait du personnage de Carmen une femme libre qui refuse justement d’être le jouet des hommes.

Carmen est prête à tout pour conserver sa liberté, prête à mourir. Et elle agit, bien qu’elle sache que le destin l’attend. Sans la fatalité qui pèse sur son parcours, l’itinéraire de Carmen perd toute signification.

Refusant toutes les conventions de son temps, Bizet introduisait le drame dès le prélude et construisait toute sa partition pour aboutir au duo final, point d’orgue étincelant et brutal. Musicalement les choses sont claires, Don José est un être faible et jaloux. Carmen un personnage tellement fort qu’elle n’a même pas besoin de ces grands solos usuellement employé sur la scène lyrique.

Faire tuer José par Carmen c’est tout simplement n’avoir rien compris à l’œuvre.

Et Carmen dans tout ça ?

Que devient Carmen ? Elle endosse le rôle de Don José : un pauvre type qui n’a d’autre argument que le coup de couteau.

Pardon, le couteau c’est trop sanguinolent pour notre metteur en scène soucieux d’éviter les éclaboussures.

Ne pas faire mourir Carmen c’est aussi aller contre la musique. C’est diminuer, affadir le personnage de Carmen, tomber dans la banalité.

Tout le monde sait cela.

Tout le monde, bien sûr, sauf les metteurs en scène « conscientisés » qui veulent le bonheur des femmes malgré elles.

Tout le monde, bien sûr, sauf les metteurs en scène qui ne comprennent rien à la musique et qui confondent l’opéra et le théâtre. Pour eux, les « textes » ne sont que des « prétextes » à imposer la « bonne parole » au public.

Des violences conjugales ?

Ils ne comprennent même pas que c’est la musique qui vient en premier à l’opéra et qu’on ne peut modifier arbitrairement un texte sans incidence sur la musique construite sur ce texte.

Pour tout dire, notre bon metteur en scène voit dans la relation entre Carmen et Don José un foyer où « sévissent les violences conjugales ».

Misère et désolation !

À quoi ont donc servi les efforts de Bizet pour transcender une intrigue sordide et donner aux personnages des « habits de lumière » pour reprendre l’heureuse expression de Piotr Kaminski ?1

Mais baste.

La réécriture des chefs-d’œuvre du passé est entamée depuis un certain temps déjà.

Bienvenu dans le « meilleur des mondes » ou 1984. C’est au choix.

Big Mother is watching you.

Voir aussi:

Gilles-William Goldnadel : «Ce n’est pas seulement Bizet qu’on assassin
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

08/01/2018

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Gilles-William Goldnadel revient cette semaine sur la réécriture de Carmen par Léo Muscato. Il y voit la marque d’un révisionnisme culturel importé tout droit des États-Unis. La culture de progrès s’arroge désormais tous les droits.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.

Merveilleuse nouvelle pour les femmes, mais moins bonne pour leurs porcs: Carmen ne meurt plus assassinée, car elle donne la mort au postfranquiste Don José.
Par décret directorial du théâtre de Florence, le metteur en scène Léo Muscato a décidé de modifier la fin tragique de la belle cigarettière gitane.

En effet, selon le directeur directif et de progrès du Teatro del Maggio: «à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles».

La même hystérie vengeresse s’est abattue sur le pays à partir de l’affaire hollywoodienne et ses frasques weinsteiniennes.
Je passe, hebdomadairement, mon temps à écrire assez invariablement dans ces colonnes que l’époque est dangereusement névrotique. Depuis la rentrée de septembre et les hystéries électroniques venues de l’Atlantique, je décris désormais un effet d’emballement.

Les émeutes estivales de Charleville et les destructions de statues de généraux sudistes ont traversé l’océan et fait des émules jusque dans Paris où l’on a exigé la mise à bas des suppôts d’esclavagistes Colbert et Dugommier.

La même hystérie vengeresse s’est abattue sur le pays à partir de l’affaire hollywoodienne et ses frasques weinsteiniennes. Non seulement un porc français est publiquement balancé chaque semaine par-dessus bord, mais plus gravement, le discours public est révisé et sévèrement corrigé.

C’est dans ce cadre rien moins que rationnel que j’ai été conduit à plaindre avant les fêtes le sort réservé à un humoriste du nom de Tex, congédié comme un malpropre – et dans l’indifférence – par le service public audiovisuel pour avoir osé faire de l’humour noir sur une femme imaginaire, l’œil au beurre assorti.

Pour ceux qui viendraient à douter de ce que la tragi-comédie de Carmen se situerait dans ce strict cadre révisionniste, la lecture d’un article sans état d’âme publié ce 5 janvier de l’an nouveau sur le site de France Culture est riche d’enseignements. Notamment, les déclarations approbatrices d’Olivier Py qui, comme chacun sait, siège comme un pape de la culture de progrès en Avignon.

À la question, effectivement assez pertinente, peut-on changer la fin d’un opéra datant du XIXe siècle? l’homme qui se vante d’avoir déjà réglé son compte à Don José dans une adaptation pour l’opéra de Lyon en 2012, répond doctement: «dans la version que j’ai faite à l’opéra de Lyon, Carmen ne mourait pas non plus, elle se relevait et partait, comme si le geste de Don José n’avait pas été un geste mortel, elle l’abandonnait à son sort.»

Puis ce décret moralisant pour l’avenir: «je pense qu’il y a dans certains opéras du XIXe, une manière de traiter les personnages féminins, qui, dans certains cas, n’est plus acceptable aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une autre fin»

Pour persuader encore le sceptique que l’œuvre de révision féministe radicalement engagée est à relier indissociablement au gauchisme culturel de toujours, celui-ci sera sans doute édifié d’apprendre que Léo Moscato à Florence, tout à son ardent désir modificateur, a également transposé le récit dans un camp de Roms des années 80 occupé illégalement par des forces de l’ordre en tenues antiémeutes: «Carmen, qui travaille dans une manufacture de cigarettes voisine du camp, est soumise aux coups de matraque répétés de Don José, un policier irascible et violent» (le Monde du 5 janvier).

Halte là! On ne passe plus les gitanes à tabac. Seulement les policiers.

À coups répétés de boutoir, la bêtise idéologique hystérique, en majesté médiatique, est en train de rendre fou, à lier, l’univers intellectuel et culturel occidental.
Ainsi, en prononçant la peine de mort contre Don José, l’homme de théâtre de progrès ne supprime pas seulement un mâle espagnol trop dominant, mais aussi un flic fascisant.

En collaborateur zélé des démiurges de progrès qui veulent désormais réviser la culture aujourd’hui inacceptable d’un passé dépassé, je propose avec empressement les modifications suivantes:

L’ouvrière Fantine, acculée misérablement à la prostitution, plutôt que de mourir de faim pourrait, en un geste de révolte féminin autant que citoyen, étrangler l’homme Javert de ses deux pauvres mains.

Dans la liste de Schindler, Spielberg, sévèrement chapitré, ferait pendre à présent les SS d’Hitler par des juifs en colère.

Je propose, encore plus définitivement, qu’à la fin, ce soit le méchant qui meurt. Donc l’homme, le policier, plutôt européen.

De manière plus générale, je suggère que l’on impose moralement pour tous les-crèves-la-faim, une meilleure fin.

Mais, trêve de persiflage. À coups répétés de boutoir, la bêtise idéologique hystérique, en majesté médiatique, est en train de rendre fou, à lier, l’univers intellectuel et culturel occidental.

Ce n’est pas seulement Bizet qu’on assassine, c’est tout simplement la raison.

Voir également:

Laissez Carmen tuer Don José (mais sans nous prendre pour des crétins)

Scandale à l’opéra de Florence: dans la mise en scène de Leo Muscato, Carmen ne succombe pas aux coups de Don José, mais se défend et l’abat. Pourquoi? Parce qu’on ne pourrait plus aujourd’hui applaudir le meurtre d’une femme. L’idée est excellente, sa justification consternante.

Jean-Marc Proust

Ce n’est pas la première ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle. Précisons d’abord qu’à l’opéra, tout est convention: le nœud papillon, le duo d’amour, cette idée géniale et impossible que si tout le monde chante ensemble, on s’entend quand même, l’entracte et son champagne obligatoire, jusqu’aux choristes qui annoncent pendant dix minutes qu’ils s’en vont et restent sur place en tapant du pied. Modifiez une de ces conventions et vous trouverez toujours deux ou trois pisse-vinaigre pour crier aussi fort que la Malibran que c’est leurs souvenirs qu’on assassine.

En 2017, «on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme»

À Florence (Teatro del Maggio) donc, où la saison ne brille guère par l’originalité (standards de Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi, Puccini et, donc, Carmen), on s’autorise une sortie de route savamment orchestrée.

Le metteur en scène Leo Muscato dit avoir réécrit le final «parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme».

«L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen», a-t-il expliqué, ajoutant que le directeur estimait «qu’à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles».

Aussitôt, le petit monde de l’opéra, tout comme ceux qui n’y foutent jamais les pieds, s’empare du sujet. Il y a les pour et les contre, c’est aussi simpliste qu’un air de ténor. L’opéra, on l’aime aussi pour ça: en gros, un type change la fin de Carmen et c’est comme s’il avait brûlé la Bibliothèque nationale et infligé à Georges Bizet un deuxième infarctus. Preuve s’il en était besoin que l’opéra est d’abord un musée où le public se précipite pour admirer La Joconde et détourne le regard lorsque Duchamp lui ajoute une moustache.

Moderniser les oeuvres pour un public épris de tradition

Ce qui explique, à Florence comme ailleurs, que le théâtre lyrique tente souvent de se moderniser contre son public. Celui-ci préfère invariablement Les Noces de Figaro et Carmen à une œuvre de Janáček (hein, quoi?) ou de Berg (qui ça?) et sèche assidûment les créations contemporaines, dont les places sont régulièrement bradées. Raffolant du répertoire, ce public est, par essence, conservateur. Quiconque, dans une carrière de spectateur, a vu dix ou quinze fois Don Giovanni en a une idée assez précise et n’aime pas trop être bousculé dans ses certitudes. C’est humain: on se fiche bien de savoir, quand on est plutôt vieux et friqué, si le public se renouvelle et se diversifie –ce que tentent de faire vaillamment la plupart des théâtres. On veut sa Bohème dans un atelier d’artiste où on se les pèle, point barre.

Or, dans un monde multiculturel et métissé, cet entre-soi a quelque chose d’anachronique, voire de problématique parce que l’opéra coûte cher et dépend très largement de subventions publiques. Aussi l’institution donne-t-elle des gages. L’opéra est un contributeur net à l’économie locale, assure-t-on. Son public se renouvelle, se rajeunit, il ne serait pas si vieux, et il est vrai qu’on y envoie souvent des hordes de collégiens qui gloussent sous les «chuuuut !» indignés des abonnés.

Le metteur en scène doit être sifflé pour exister

C’est dans ce contexte que s’inscrit un vaste mouvement de «dépoussiérage» des œuvres, sous l’impulsion de metteurs en scène venus du théâtre. Avec, à la clef, de vifs mécontentements. Le scandale le plus connu est celui du Ring de Patrice Chéreau, qui dressa contre le jeune metteur en scène français un public de wagnériens farouchement conservateurs, jusqu’à la xénophobie. Dans les années 1980, Peter Sellars défraya la chronique en transposant Mozart dans le ghetto noir de Harlem: Don Giovanni, noir, mangeant des hamburgers, se shootant à l’héro, vous n’y songez pas! Fort heureusement, c’était à Bobigny. Les théâtres allemands, belges, nééerlandais prirent l’habitude de ce que l’on nomme parfois le RegieTheater (théâtre du metteur en scène).

Quelques années plus tard, avec Gérard Mortier, l’Opéra de Paris s’ouvrit à son tour à l’impensable. Et son public adora huer les metteurs en scène, qui y trouvèrent une forme de reconnaissance. Comme le plasticien du début du XXe siècle, le metteur en scène doit être sifflé pour exister. Bref, tout le monde aime le scandale, les dirigeants des théâtres aussi parce que «l’important, c’est qu’on en parle». C’est le minimum syndical que faisait joyeusement observer Lambert Wilson en 2006: «C’est la moindre des choses que des gens soient offusqués!»  

Le scandale devient une norme

Le mini scandale florentin est donc bien la moindre des choses que l’opéra doit à son public. Un quart d’heure de gloire lyrique. Exister dans le brouhaha. Ce n’est pas si facile car les mises en scène sulfureuses, ici recensées par France musique, sont en train de devenir un marronnier de la critique musicale: des nazis comme s’il en pleuvait, des coïts par-ci, un viol par-là et, bien sûr, des figurants à poil.

Le talent des metteurs en scène n’est pas en cause. Après tout, trouver des idées neuves lorsqu’une œuvre a été déjà montrée des milliers de fois n’est pas chose aisée. Souvent, le résultat est stimulant. Mais, peu à peu, se glisse insidieusement un déplaisant arrière-goût de marketing dans cette surenchère à la provocation et au détournement. À l’image de l’annonce de l’arrivée de Calixto Bieito à l’Opéra de Paris: «Celui par qui arrive le scandale Lisez: celui dont on espère le scandale. À Florence, c’est exactement ce qui est en jeu. Faire oublier qu’on programme une oeuvre archi-connue pour satisfaire son public (conservatisme) et en faire un triple salto de l’innovation bien pensante.

Une belle idée théâtrale noyée dans un déluge de bons sentiments

Que Carmen refuse de se faire tuer (et c’est souvent dans une pulsion suicidaire) par Don José mais lui résiste et l’abatte, pourquoi pas? Certes, le livret ne dit pas cela. Mais cette vision s’apparente à un véritable coup de théâtre. On applaudit.

Et ensuite?

Ensuite, on s’en fout. Mais alors complètement. Le metteur en scène a quelques représentations pour se faire applaudir (10% de chances) ou huer (90%). Sa mise en scène fera date (10% de chances) ou sera oubliée (90%). Et s’il pense que Carmen peut tuer Don José, pourquoi pas? De fait, Carmen, qui jouit sans entrave, est une des rares héroïnes d’opéra à refuser la soumission qu’impose l’opéra, cette Défaite des femmes, comme l’expliqua Catherine Clément.

Ainsi, Carmen tuera Don José. Excellente idée, qui nous bouscule en nous faisant découvrir dans l’œuvre des éléments que nous n’avions pas perçus, qui n’y sont peut-être pas mais pourraient y être, en tirant du livret une interprétation nouvelle, en modifiant la psychologie d’un personnage qu’on croyait définitivement acquise. Demain, si des metteurs en scène l’imaginent, on pourra aussi applaudir Carmen puritaine, lesbienne, vegan, flic, fabriquant des cigarettes électroniques, couchant avec Prosper Mérimée ou Georges Bizet, ou les deux à la fois, puis les tuant ensuite, déguisée en mante religieuse, présidente des États-Unis ou journaliste à L’Écho des Tziganes. La liberté théâtrale est celle-ci: la vérité d’un instant, la force d’une transposition, le génie d’une situation. Ça peut être sublime –c’est parfois raté– mais ça vit.

Il est malheureusement regrettable qu’à Florence, ce geste s’accompagne d’un discours lénifiant et contreproductif.

Le politiquement correct, un catéchisme incompatible avec le théâtre

Il ne s’agirait pas d’une audace artistique mais d’une soumission à l’air du temps. On ne pourrait plus applaudir (donc montrer) le meurtre d’une femme aujourd’hui. Cet argument laisse pantois. Qui peut croire qu’en cachant un meurtre, celui-ci n’existe pas? Lorsque la violence faite aux femmes s’impose chaque jour dans le débat public, elle ne devrait plus être visible sur scène? L’opéra cesserait d’être un plateau pour devenir une estrade politique, un école des bonnes moeurs. Ce serait risible s’il n’y avait, hélas, des précédents. En 2006, le Deutsche Oper s’est interdit de montrer une tête de Mahomet, à côté de Bouddha et Jésus. En 2014 et 2015, une mise en scène de Dialogue des Carmélites a été interdite par la justice, jugements heureusement cassés en appel.

Réfuter la liberté du metteur en scène de Carmen en la cadenassant dans un discours moral est non seulement absurde mais aussi contreproductif. Dire qu’il est « inconcevable » de montrer quelque chose au théâtre revient à donner raison aux bigots de toutes sortes qui ne rêvent que de censures et d’interdictions. C’est adopter leur langage, faire nôtre leur pauvre argumentation, céder à une peur obscurantiste, s’interdire le libre-arbitre.

Répétons-le: la liberté du metteur en scène doit être totale. Il peut tout inventer, imaginer, réécrire et tant pis pour les puristes. Mais nuancer, abriter, justifier un détournement parce que c’est politiquement correct, non, mille fois non. Si l’art n’est plus subversif, il ne dit plus rien, il s’engonce dans l’académisme. Il n’est donc pas du tout  inconcevable qu’on applaudisse le «meurtre» d’une femme, de même qu’il parfaitement «concevable» d’applaudir qu’elle se défende et tue son agresseur. On n’applaudit pas un meurtre, mais un spectacle. Et si celui-ci nous fait réfléchir, tant mieux. Mais qu’il nous interdise à l’avance et avec moult précautions, cette réflexion, en nous disant ce qu’il faut penser, et tout le monde aura envie de vomir ce catéchisme de bien-pensance.

Si le théâtre «ne peut pas», il meurt

Est-ce trop demander que de faire confiance au public? Il peut tout entendre, tout voir, tout comprendre: c’est du théâtre. Et Œdipe? On peut réinventer Sophocle, rêver que son anti-héros couche avec papa et tue maman, on peut imaginer Œdipe tombant enceint et Jocaste avortant, et cela dirait bien notre époque, mais on ne peut pas concevoir un programme nous disant: «nous avons renoncé à montrer un inceste parce que vraiment c’est pas bien, l’inceste, vous voyez». Et je veux bien qu’Agamemnon et Clytemnestre règlent leurs différends chez le juge aux affaires familiales tandis qu’Hélène et Ménélas se réconcilient grâce à un sexologue… sauf si un artiste bigot m’explique que le mariage est un lien sacré qu’il faut préserver à tout prix.

Dans ce formol de gentillesse, que deviendraient nos passions, notre petite catharsis?

Dire qu’au théâtre «on ne peut pas» est une impasse. Une mort programmée. Il faut imaginer, pas s’interdire, pas s’autocensurer. Le théâtre n’est pas là pour nous arranger mais pour déranger. Carmen poignardant Don José peut irriter, choquer, séduire, amuser, mais dit quelque chose de l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. C’est une belle et bonne idée de théâtre. Malheureusement gâchée par un discours lénifiant, une explication de texte qui l’aseptise. Avec de tels discours, l’opéra croit sortir du formol, alors qu’il s’y enfonce.

Mais ne soyons pas naïfs. À l’opéra de Florence, on sait tout cela. Faute de faire entendre un opéra rare, il fallait imaginer un plan média pour cette énième production de Carmen. Dépêches AFP, Reuters, grands quotidiens, radios… Las! Nous sommes tous tombés dans le piège d’un bon plan marketing.

 Voir de plus:

Violences faites aux femmes : un opéra florentin réécrit « Carmen »

Dans cette version, « parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme », la célèbre héroïne de Bizet n’est pas assassinée par Don José.

Source AFP

Le Point
 

Cette archive avait été diffusée sur France Culture le 15 novembre 2017, dans l’émission “Le Réveil culturel”, alors que le film Médée de Pasolini était réédité chez Carlotta. Ecoutez la philosophe Marie-José Mondzain éclairer la manière dont le cinéaste italien avait recréé à sa manière le mythe de Médée dans “ce film énigmatique et compliqué” pour dénoncer l’écrasement du sous-prolétariat.
Sur le tournage, Maria Callas en avait même perdu sa voix : la Médée que vous entendez n’est pas elle mais sa doublure voix ! En revanche, lorsque vous entendez crier Médée à l’écran, c’est bien elle : la Callas avait tenu à se passer de doublure pour les cris (…)

3. Mozart entre marivaudage sexiste et violence idéologique

Chez Wolfgang Amadeus  Mozart, la femme n’est pas toujours une figure aussi forte que la Reine de la Nuit (dans La Flûte enchantée). Entre 1786 et 1790, Mozart livre trois opéras, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte. Écrits par un même librettiste, Lorenzo Da Ponte, visiblement décidé à brosser une image peu flatteuse de la femme ! Futile, bavarde et surtout infidèle, la femme est une vraie mégère. Dans Cosi fan Tutte, c’est carrément le titre de l’oeuvre qui nous raconte le propos : “Cosi fan tutte” signifie, littéralement “Elle font toutes ainsi”. C’est-à-dire : tromper leur moitié allègrement.
L’opéra est créé en 1790 dans la foulée de Don Giovanni que Joseph II avait trouvé à son goût. Le monarque Habsbourg encourage alors Mozart à poursuivre avec cet opéra-bouffe en deux actes. L’affaire ne traîne pas : en un mois, Mozart et Lorenzo Da Ponte créent livret et partition. L’histoire se passe à Naples au XVIIIe siècle, et développe une histoire de trahison de leurs maris respectifs par deux fiancées volages. L’intrigue donne raison à Don Alfonso, personnage cynique qui promettait de démontrer l’infidélité des femmes. Et le même Don Alfonso de conclure, à l’issue du spectacle, sur un air célèbre qui donne son titre à tout l’opéra :

Tout le monde accuse les femmes, et moi je les excuse

De changer d’amour mille fois par jour ;

Les uns appellent cela un vice, les autres une habitude,

Quant à moi je crois que c’est une nécessité du cœur.

Il ne faut pas que l’amant abusé

Condamne les autres, mais se reproche sa propre erreur ;

Qu’elles soient jeunes ou vieilles, belles ou laides,

Répétez avec moi : elles font toutes ainsi (« Cosi fan tutte »)

Deux-cent-vingt ans plus tard, c’est Christophe Honoré qui se frottera au monument lyrique, en 2016, avec au festival d’Aix-en-Provence un Cosi fan tutte décentré dans la bonne société expatriée blanche d’Abyssinie. Ecoutez-le évoquer sa lecture de l’opéra de Mozart dans “La Grande table”, le 4 juillet 2016. Pour lui, le propos principal de cet opéra n’est pas tant la frivolité ou l’infidélité, qu’il regarde comme une lecture naïve de ce qu’a fait Mozart, mais plutôt la xénophobie et le rejet de l’autre dont il parle comme “une bêtise profonde, beaucoup plus idéologique” :

Ce livret est particulier parce que, soit on le prend d’un côté très bouffe, soit on peut en faire un marivaudage assez cruel… et moi, ce qui m’a intéressé dans ce livret, c’est la brutalité. La brutalité du rapport homme femme, une espèce d’asservissement au désir.

 Voir de plus:

Changer la fin « Carmen » de Georges Bizet ? Cette version donnée à l’opéra Florence a fait scandale parce qu’elle entrave le droit moral de l’auteur. Mais encore faut-il réussir à le prouver. Retour sur la liberté qu’on a le droit de prendre vis-à-vis d’une oeuvre lyrique… et ses limites.

En commandant au metteur en scène Leo Muscato une Carmen iconoclaste, le teatro del Maggio Musicale de Florence savait qu’il ferait polémique : le cahier des charges était provocateur puisqu’il s’agissait rien moins qu’inverser la fin de l’intrigue et faire assassiner Don José, l’amant jaloux, à la place de Carmen.

Pour l’opéra toscan, il s’agit de prendre en compte la question de la violence faite aux femmes. Quitte à en passer par cette modification substantielle du répertoire. Car changer la fin de l’histoire revient à bouleverser en profondeur le livret signé Henri Meilhac et Ludovic Halévy, qui livrèrent à Bizet leur adaptation d’une nouvelle de Prosper Mérimée en 1870. Certes, le livret, comme la partition de l’opéra, sont tombés dans le domaine public de longue date : en France, le délai est de 70 ans après la mort de l’auteur (contre 50, par exemple, au Québec). Pourtant, ce n’est pas parce que Georges Bizet est mort en 1875 qu’on peut faire ce qu’on veut de son opéra le plus célèbre (comme des autres, d’ailleurs).

En effet, l’adaptation d’une oeuvre pose moins le problème des droits d’auteur (qui touche les dividendes sur l’exploitation d’une oeuvre) que la question du droit moral : jusqu’où a-t-on le droit d’aller avec l’opéra qu’il nous a légué ? Dans les faits, ce droit moral, qui doit garantir qu’on respecte bien la volonté de l’auteur, entre en conflit avec un autre principe de droit : la liberté de création artistique, corollaire de la liberté d’expression.

C’est la tension entre ces deux pierres angulaires du droit, et la façon dont les tribunaux tranchent le cas échéant, qui explique que certaines adaptations soient interdites… et d’autres, non.

Pour Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste de la propriété intellectuelle et des questions artistiques, le droit moral existe dans la quasi totalité des pays du monde, qui ont en fait calqué leur législation sur la tradition juridique française. Seuls les Etats-Unis y dérogent, il n’y a pas de droit moral outre-Atlantique. Cette tradition française est ancienne : c’est un très vieux principe du droit français, puisque le droit moral trouve ses origines au XVIIIe siècle. Mais il dépend de la démonstration que feront devant les tribunaux ceux qui l’invoquent. Explications en quelques cas pratiques.

1 -Peut-on faire faire n’importe quoi aux personnages ?

Les transgressions sont souvent sexuelles (mais pas toujours). En 2012, une mise en scène de La Traviata de Verdi faisait polémique à La Monnaie de Bruxelles : la metteure en scène allemande Andrea Breth souhaitait déployer une réflexion sur les classes dirigeantes et l’hypocrisie sociale contemporaine à travers le livret originel, signé Francesco Maria Piave. Le scandale arrive à l’acte III : la présence d’une enfant entre les mains d’un homme bien plus âgé qu’elle, en pleine scène d’orgie, choque.

Une polonaise finale dansée par des cow-boys à moitié nus pour l’opéra Eugène Onéguine, de Tchaïkovski ? C’est la variante que tricotera le metteur en scène Krzysztof Warlikowski en 2007 au Bayerische Staatsoper de Munich à partir du livret Eugène Onéguine. Un livret qui nous vient de la main même du compositeur de l’opéra, dont Warlikowski revendiquera de réinterpréter l’oeuvre à l’aune de l’homosexualité du compositeur russe. Le résultat ? Un Eugène Onéguine, dandy de Saint-Pétersbourg, prenant en duel son ami, le jeune poète Lensky… dans un lit.

Sacrilège ? Si rien ne permet de prouver que l’auteur a explicitement écrit qu’il était hostile à une adaptation de l’intrigue, le droit moral ne peut pas être invoqué pour interdire une adaptation ultérieure de son oeuvre. Il revient donc à l’avocat des ayants droit de montrer que l’auteur a laissé des traces montrant qu’il était défavorable. En aucun cas, le tribunal pourra arguer uniquement des « bonnes mœurs » et prêter un refus flou à l’auteur pour faire interdire la pièce. Il faut une trace sans ambiguïté, qu’elle soit publique ou pas.

Ce sera le cas, par exemple, de Victor Hugo qui s’était démarqué d’Alexandre Dumas, son contemporain et ami : alors que Dumas multipliait les suites à ses œuvres, Hugo avait clairement signifié qu’il désapprouvait le procédé. Dans la préface à Notre Dame de Paris, Victor Hugo réclame :

Ni greffon ni soudure.

Devant le juge, Emmanuel Pierrat se saisira (avec succès) de cette préface lorsque les héritiers de Victor Hugo le solliciteront pour faire interdire une suite aux Misérables à laquelle travaillait Plon, il y a quelques années. Si Tchaïkovsky était notoirement connu pour son homophobie, ou si Verdi avait laissé des écrits permettant de sécuriser l’interprétation de son oeuvre, un avocat aurait pu demander à faire interdire ces versions données à Münich ou à Bruxelles. En droit, le ministère public pourrait même prendre l’initiative d’une procédure devant les tribunaux. Mais dans les faits, il est plus fréquent que les procureurs s’en dispensent.

En 2015, la cour d’Appel de Paris avait condamné au nom du droit moral la version du Dialogue des Carmélites, de Francis Poulenc, sur un texte de Georges Bernanos, pour avoir modifié substantiellement l’intrigue. Sous l’oeil du metteur en scène Dmitri Tcherniakov, en 2010 à l’opéra de Bavière, Blanche sauvait les carmélites pour ensuite, se suicider. Sans que Bernanos ou Poulenc n’y aient songé. Une « contradiction totale avec l’espérance, composante cardinale du christianisme », ont alors plaidé les ayants droit. Deux ans plus tard, en juin 2017, La Cour de cassation autorisera finalement cette version du Dialogue des carmélites, arguant que la décision de la cour d’appel violait la liberté de création. Une décision complexe, comme le rappelait alors Telerama :

Dans son arrêt du 22 juin, la Cour de cassation considère d’abord qu’en reconnaissant que « la mise en scène litigieuse ne modifiait ni les dialogues, absents dans cette partie des œuvres préexistantes, ni la musique », et en concluant néanmoins que « loin d’être l’expression d’une interprétation des œuvres des auteurs, elle en modifie la signification et en dénature l’esprit », la cour d’appel de Paris « n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations et a violé l’article sus-visé [l’article L.113-4 du code de la propriété intellectuelle, NDLR] ».

2 – Peut-on transformer un opéra en une ode hitlérienne ?

2015, un scandale secouera le festival d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène autrichien, Martin Kusej, imaginera un Enlèvement au Sérail transposé à l’époque du terrorisme de Daech. Le sérail est devenu un camp djihadiste. Sans censurer totalement l’oeuvre, la direction du festival d’art lyrique contraint le metteur en scène à supprimer deux images, celle d’une décapitation, et celle d’un drapeau de Daech. Et exprime sa désapprobation par la voix de son directeur, Bernard Foccroulle :

Je ne pense pas que l’on puisse aujourd’hui utiliser l’opéra de Mozart pour un message qui est exactement l’inverse de ce que Mozart a voulu dire c’est-à-dire que même dans la civilisation opposée, il y a en fait la même humanité partagée.

Mozart djihadiste et Wagner… nazi ? C’est une tarte à la crème, que le metteur en scène Bukhard Kosminski a visiblement prise au pied de la lettre en 2013, à l’opéra de Düsseldorf. Le public, bouleversé, découvrira à la première du Tannhäuser de Bukhard Kosminski une mise en scène brutale : l’intrigue est transposée dans les années 1940. Les personnages du livret écrit par Wagner lui-même, deviennent des bourreaux SS, ou leurs victimes. Rien n’est épargné aux spectateurs : des chanteurs asphyxiés d’un gaz blanc, jusqu’aux croix gammées, en passant par l’exécution d’une famille juive. La première de cette mise en scène sera aussi la dernière. Le metteur en scène refusant d’amender sa création, l’opéra est transformé de force en version concert, et la mise en scène supprimée, tandis que l’opéra de Düsseldorf tente de se justifier sur son site au lendemain du scandale :

C’est avec la plus grande stupeur que nous constatons que certaines scènes, en particulier les scènes très réalistes d’exécution, ont provoqué chez de nombreux spectateurs une réaction visiblement trop importante sur le plan tant physique que psychique, qui les a conduit à consulter un médecin.

Après cette version SS du Tannhaüser, aucune plainte ne sera déposée en Allemagne et les représentants de la communauté juive, tout en déplorant le « mauvais goût » de Kosminski n’exigeront pas son interdiction. S’ils l’avaient fait, l’avocat de l’opéra de Düsseldorf aurait eu à prouver que, bien que d’un antisémitisme notoire, Richard Wagner n’avait finalement rien à voir avec l’Holocauste. Une ligne de crête qui correspond à ce que Me Pierrat décrit lorsqu’il explique que le tribunal, dans ces affaires de droit moral, doit vraiment faire « de la dentelle« .

Qui n’a dit mot consent, certes, mais tout est souvent question d’interprétation fine en la matière. Le même Hugo, par exemple, n’avait rien dit de l’hypothèse, tout à fait anachronique, de l’adaptation de Notre-Dame de Paris sous forme de dessin animé. Ça donnera Le Bossu de Notre-Dame par Disney, mais Emmanuel Pierrat et Pierre Hugo, l’héritier, obligeront les studios Disney à indiquer dans le générique qu’il s’agit d’une adaptation libre et qu’une oeuvre de Victor Hugo préexistait par ailleurs.

En revanche, les mêmes n’ont pas fait interdire les comédies musicales inspirées de l’oeuvre de Hugo : l’écrivain, dans les traces qu’il a laissées, montre un goût pour l’opéra comique, à son époque. Et Me Pierrat a considéré qu’on pouvait estimer que la comédie musicale était au XXIe siècle ce que l’opéra comique était au XIXe.

3 – Peut-on mettre tout le monde à poil (quand aucune didascalie ne le suggère) ?

Des colonnes surmontées de phallus géants en guise de décor, et un Hercule viril à poil le temps d’une scène. Cette mise en scène de l’opéra de Vivaldi par John Pascoe, en 2006, a marqué les esprits. A la décharge de Pascoe, rappelons que lors de sa création à Rome, cet opéra ne fut joué que par des hommes, et des castrats pour les rôles féminins : la loi pontificale interdisait la présence de femmes sur les planches.

Un hardeur qui traverse la scène, entièrement nu, pour évoquer la luxure du Venusberg, cette montagne mythique où Vénus retient captif le chevalier Tannhäuser ? C’était sous la houlette d’Olivier Py, à Genève en 2005. Sept ans plus tard, le metteur en scène sera à nouveau hué au lever de rideau pour la Première de sa Carmen, de Bizet, à Lyon. La Revue du spectacle titrera : « Les (belles) cuisses de Carmen à l’opéra de Lyon » :

La Carmen vue par Olivier Py est donc meneuse de revue ultra sexy – en tenue d’Ève ou en culotte soutien-gorge rouge vif la plupart du temps – d’un cabaret miteux situé dans un faubourg dangereux.

La question du droit moral ne concerne pas seulement son adaptation plus ou moins fidèle mais aussi sa labellisation ou le contexte dans laquelle une oeuvre est accueillie. Par exemple, un roman gentiment libertin ne peut être republié dans une collection explicitement porno sans risquer de porter atteinte au droit moral de l’auteur. Mais il reviendra alors aux ayants droit, et surtout à leur avocat qui mène alors l’enquête, de prouver qu’il tenait à son label libertin et réprouvait, par exemple, le porno. L’enquête en question peut aller jusqu’à exhumer la correspondance privée de l’artiste, fouiller dans les notes retrouvées au fond d’un tiroir d’une maison familiale.

4. Peut-on passer à la trappe les passages les plus pénibles ?

Il est rarissime que le Ring de Wagner soit donné dans son intégralité. En proposant une saison, un opéra cherche aussi à faire le plein et les représentations à rallonge sont réputées faire fuir le public. Aux Bouffes du Nord, Peter Brook donnera une Flûte enchantée d’1 heure 15… au lieu des 2 h 30, voire 3 heures habituelles. « Une version resserrée« , dit-on pudiquement ? Un écrémage pour gagner en efficacité quitte à y perdre l’esprit originel, contestent plutôt certains puristes.

Dans « Tête à tête », au micro de Frédéric Taddéï, le 16 juin 2013, Peter Brook revenait sur son travail sur Mozart, à l’occasion du retour de « sa » Flûte enchantée aux Bouffes du Nord, à Paris.

Mais cette Flûte enchantée était ce qui était sous-jacent parce que Mozart, comme tous les compositeurs, était prisonnier des conventions de l’époque. C’est exactement comme aujourd’hui : un metteur en scène, à Hollywood, est obligé, avant de commencer, d’accepter toutes les règles du jeu données par le box office, les producteurs etc.

J’ai vu avec Bizet [dont Brook donnera Carmen en 1981, NDLR] et c’était passionnant, que Bizet a eu un moment de pif, d’inspiration, quand il a lu cette nouvelle de Mérimée, cette petite histoire extraordinairement forte en quelques pages. Ça a touché quelque chose en Bizet qui a senti, sans pouvoir l’exprimer, que ça pourrait être un opéra. Ensuite, consciemment ou inconsciemment, il a joué le jeu : à l’Opéra-comique, la condition était une partition pour tout l’orchestre ; il y avait un chœur et il fallait le faire travailler ; il y avait aussi un chœur d’enfant… et puis un public, qui venait pour le spectacle alors il fallait des processions. Mais pour moi l’intérêt aujourd’hui est d’écouter d’une oreille aussi attentive et vierge que possible la musique. Faire sortir la pureté, la beauté, et la réalité humaine des rapports dans cette musique qui avaient disparu ensuite.

5. Peut-on transposer l’intrigue à n’importe quelle époque ?

En décembre 2017, à l’opéra Bastille, c’est dans l’espace que le metteur en scène Claus Guth a envoyé La Bohème de Puccini, s’attirant les sifflets et les foudres des puristes. Le texte des deux librettistes Giacosa et Illica est respecté, mais alors que l’action se passe normalement dans le Paris des années 1830, tout se déroule à l’intérieur d’une navette spatiale à la dérive, puis sur une surface lunaire métaphorisant la mort.

A Londres, en 2015, au prestigieux Royal Opera House, une mise en scène du Guillaume Tell de Rossini faisait scandale. Parce que le metteur en scène, Damiano Michieletto, avait décidé de transposer l’argument d’Etienne de Jouy dans la Bosnie des années 1990. Mais aussi pour son insoutenable scène de viol au troisième acte : une femme est jetée à terre, traînée, déshabillée, et vingt soldats lui passent sur le corps durant cinq longues minutes. Lors de la première représentation, les sifflets des spectateurs contraignent l’orchestre à s’interrompre un moment.

Peter Brook n’aura pas donné dans la version intergalactique lors de son adaptation à l’os de La Flûte enchantée de Mozart, après avoir recréé Carmen (Bizet) et Pelléas et Mélisande (Debussy) aux Bouffes du Nord. Le metteur en scène fera certes scandale à ses débuts, en adaptant Salomé à Covent Garden en 1949, mais pas pour des digressions à base de viols collectifs ou de partouzes. Brook avait alors la vingtaine, et le jeune metteur en scène défrayera la chronique pour avoir tout simplement préféré des décors construits aux habituelles toiles peintes de fond de scène. Décors qu’il confiera à Salvador Dali.

Plus de soixante ans plus tard, tout en revendiquant de s’affranchir du sanctuaire du répertoire, Peter Brook prendra toutefois la précaution d’intituler son adaptation de La Fûte enchantée, de Mozart, Une Flûte enchantée. Il l’expliquait sur France Culture toujours dans « Tête à tête » le 16 juin 2013 :

Le point de départ était que j’étais convaincu exactement comme des années avant, avec « La Tragédie de Carmen » que la tendance de l’opéra est de surajouter couche après couche, de ce qui est devenu figé dans une tradition d’un certain ordre. Avec cette tyrannie de la tradition à l’opéra : le compositeur a donné telle et telle indication, et il faut les suivre. Pour moi, [il s’agissait] de recommencer à zéro. On a fait ça avec « Carmen » [en 1981, aux Bouffes du Nord, NDLR] mais, par respect du travail des autres, on a changé le nom et on a dit “La Tradition de Carmen”.

Nous avions fait la même chose avec « Pelléas et Mélisande » et l’avions appelé “Impressions de Pelléas” [en 1992 ndlr] et ici, par respect aux autres, ce n’est pas “LA Flûte” mais “UNE Flûte enchantée”.

« Respect du travail » de ses pairs, argue Peter Brook ? Pour Me Emmanuel Pierrat, c’est aussi une très bonne approche préventive. L’avocat précise qu’il pourrait d’ailleurs donner cette préconisation juridique… même si elle est « à double détente » :

D’un côté vous montrez que vous êtes conscients d’un problème, et que vous savez que vous portez atteinte à l’oeuvre originelle. De l’autre, vous montrez à des magistrats votre bonne foi en cas de contentieux.

Ce que le juge regardera avant tout, c’est si l’on a bafoué les volontés de l’auteur, mais aussi si l’on a trompé le mélomane qui verrait un opéra modifié. Plus un metteur en scène sera explicite, par exemple dans le titre ou dans l’affiche, en prévenant par exemple le spectateur qu’il ne propose pas une version intégrale de l’oeuvre, et moins il sera attaquable. “Dans les faits en tout cas, car, sur le fond, à chaque fois qu’on modifie ou qu’on tronque, on l’est”, rappelle Me Pierrat. Mais le juge arbitre ensuite pour voir quelle est la mesure de la tromperie.

Dès le XIXe siècle, des auteurs ont attaqué des mises en scène qu’ils estimaient trop commerciales. Et, deux siècles plus tard, les avocats continuent de plaider régulièrement en ce sens, même si les contrats sont aujourd’hui beaucoup plus précis : un metteur en scène de cinéma est prévenu que si son film est diffusé à la télévision, il pourra être interrompu par une coupure pub, de même qu’un opéra stipulera dans le contrat avant de produire un opéra en langue étrangère que le livret est susceptible d’être surtitré sur la scène, même si cela affecte le spectacle.

Voir aussi:

« À Florence, Carmen ne meurt pas » : polémique sur l’adaptation du célèbre opéra
Le metteur en scène Leo Muscatto a réécrit la fin de Carmen pour que le public n’applaudisse pas le meurtre d’une femme. Certains l’accusent de dénaturer l’œuvre de Bizet.

France tv info

09/01/2018

D’un côté, il y a ceux qui crient au sacrilège et, de l’autre, ceux qui saluent la démarche du metteur en scène. L’adaptation de Carmen, le célèbre opéra de Georges Bizet, fait polémique à l’opéra florentin : « À Florence, Carmen ne meurt pas », indique le journaliste italien Gianluca Nicoletti. En effet, au lieu d’être tuée par son ancien amant jaloux Don José comme dans la version originale, Carmen se saisit d’un revolver et lui tire dessus pour se défendre.

« S’il y en a bien un opéra qui est une ode à la femme, à la liberté, c’est Carmen »
Pour le metteur en scène, Leo Muscatto, l’objectif est de sensibiliser sur les les violences faites aux femmes, un thème dans l’ère du temps. À l’origine de cette initiative, le directeur de l’opéra Cristiano Chiarot s’est aussi justifié : « Comment peut-on oser applaudir le meurtre d’une femme ? » Pourtant, c’est davantage la justification de cette réécriture que la fin elle-même qui fait polémique.

La chroniqueuse de France Musique, Aliette de Laleu, regrette leur explication : « S’il y en a bien un opéra qui est une ode à la femme, à la liberté, voire au féminisme, c’est Carmen. Histoire d’une femme libre qui préfère mourir plutôt que de soumettre à un homme. » Cet avis est partagé par Hervé Lacombe, musicologue et spécialiste de l’œuvre : « C’est un opéra qui met en scène une femme libre et qui va contre toutes les formes d’ordres imposés par l’homme ». Dans sa chronique sur Europe 1, la journaliste Nadia Daam estime alors que « quand on va voir Carmen, c’est pas le meurtre qu’on applaudit mais l’oeuvre dans son ensemble ».

Toutefois, Aliette de Laleu relativise et considère que « sur le fond, changer la fin de Carmen n’est ni un crime ni une mauvaise idée. » Certains ont pourtant accusé le metteur en scène de dénaturer cette œuvre vieille de plus de 140 ans avec, parfois, des propos assez violents : « Certains ont dit que je devais pourrir en enfer parce que j’ai osé faire cela. »

En 2012, Carmen se relève après avoir été poignardée
Pourtant, ce n’est pas la première fois que Carmen est adaptée librement. En 2001 Beyonce l’interprétait dans un Hip Hopera. En 2012, dans l’adaptation d’Olivier Py, Carmen se relève après avoir été poignardée. Ou encore dans celle de Dmitri Bertman, dans les années 90, où Carmen est poignardée par la jalouse Micaela.

Voir également:

« Carmengate » : suffit-il que Carmen ne meure pas, pour sauver les femmes ?

France 24

09/01/2018

Pur opportunisme médiatique autour de l’affaire Weinstein ou réel souci éthique ? L’opéra de Florence, en Italie, propose une mise en scène de l’œuvre phare de Bizet où Carmen ne meurt pas sous les coups de Don José, mais se rebiffe.

L’idée est d’abord venue de la direction du Teatro del Maggio, à Florence. Elle suggère au metteur en scène Leo Muscato une mise en scène de ‘Carmen’ qui ne fasse pas l’apologie du féminicide. Que Don José, amoureux d’une Carmen qui elle, est éprise d’un autre, ne lui assène pas des coups de couteau… Sa justification : « À notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles ». Changement de paradigme, donc : Carmen échappe à la mort en tuant Don José d’une balle de revolver, en légitime défense. Résultat, les lyricomanes sont en émoi, les journalistes musicaux y vont chacun de leur analyse, le buzz est assuré, et le but largement atteint : le spectacle affiche complet pour ses six représentations.

La volonté politique du théâtre s’est donc imposée à Leo Muscato, réticent au premier abord. Une conférence sur la maltraitance et les abus sexuels a même été organisée le jour de la générale. ForumOpera s’en fait l’écho. À cette occasion, Rosa Maria Di Giorgi, vice-présidente du Sénat, s’est félicitée de voir le théâtre contribuer à « l’éducation au respect mutuel, une vocation qui fait du Maggio Musicale de Florence un patrimoine mondial non seulement artistique, mais aussi pédagogique ». Et la sénatrice italienne de vouloir faire de Carmen « la voix et la force de toutes ces femmes qui réclament le respect de la dignité et de l’inviolabilité de la personne humaine ».

La réalité des violences faites aux femmes est indéniable. Surtout en Italie, où l’on compte 600 meurtres de femmes au cours des quatre dernières années. Dans 88 % des cas, ils ont été perpétrés par leur époux, leur amant ou ex-amant, ou un autre homme de leur proche entourage, rappelle la correspondante de RFI à Rome, Anne Le Nir. Le décrier est donc un acte politique fort et nécessaire, se justifie le théâtre de Florence.

« Sortir du formol »

L’idée est louable, mais elle ne tourne pas rond. Car cette fin remanie l’intrigue jusqu’à l’absurde, font remarquer certains sur Twitter.

Pour d’autres lyricomanes, la dénaturation n’est même pas le problème. Après tout, « ça râlait moins dans les chaumières quand on a modifié la fin du Petit Chaperon Rouge pour rajouter un chasseur », ironise un autre mélomane.

Et puisque toutes les maisons d’opéra cherchent à se renouveler, à coller à l’actualité, à susciter une réflexion politique, cette mise en scène n’est-elle pas de bonne guerre ? « Ce n’est pas la première, ni la dernière fois que l’opéra tente de sortir du formol en s’offrant une petite polémique, sur fond de mise en scène peu conventionnelle », rappelle Jean-Marc Proust dans Slate, se faisant l’avocat du théâtre de Florence, pour mieux le critiquer : « Ainsi, Carmen tuera Don José. Excellente idée, qui nous bouscule en nous faisant découvrir dans l’œuvre des éléments que nous n’avions pas perçus (…) Le théâtre n’est pas là pour nous arranger mais pour déranger. Carmen poignardant Don José peut irriter, choquer, séduire, amuser, mais dit quelque chose de l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. C’est une belle et bonne idée de théâtre. Malheureusement gâchée par un discours lénifiant, une explication de texte qui l’aseptise. Avec de tels discours, l’opéra croit sortir du formol, alors qu’il s’y enfonce. »

Rires dans la salle

© Teatro del Maggio, Florence

C’est au mieux naïf, au pire méprisant de penser qu’il faut prendre le public par la main pour lui dire ce qui est mal ou immoral, s’insurge à son tour Nadia Daam sur Europe 1. Car la justification du théâtre est tellement appuyée qu’elle n’élève pas le débat. Pire, elle nous « prend pour des idiots, elle masque la violence pour dénoncer la violence », estime Aliette de Laleu sur France Musique, qui fait mine de s’interroger : « Je ne sais pas qui, à la fin de ‘Carmen’, applaudit le geste de Don José en hurlant : ‘Mais qu’elle crève, la bohémienne !’ ? En tout cas moi, j’applaudis la bêtise de ce genre d’argument. Oui, à l’opéra, les femmes n’ont pas toujours le beau rôle, elles sont souvent violentées, tuées, violées, mais s’il y en a bien un qui est une ode à la femme, à la liberté, voire au féminisme, c’est ‘Carmen’, l’histoire d’une femme libre qui préfère mourir plutôt que de se soumettre à un homme ».

« Ce n’est évidemment pas la mort de Carmen qu’on applaudit à la fin de l’opéra, mais l’œuvre tout entière », écrit Valérie Lehoux dans Telerama. « Le révisionnisme artistique, qui surfe sur l’actualité post-Weinstein, tourne surtout au gros coup de pub. Sur le dos des femmes. »

Le théâtre de Florence jouerait-il au héraut de l’éthique, alors que le cynisme est aux commandes ? Jean-Marc Proust prend le pari. « Ne soyons pas naïfs. À l’opéra de Florence, on sait tout cela. Faute de faire entendre un opéra rare, il fallait imaginer un plan média pour cette énième production de ‘Carmen’. Dépêches AFP, Reuters, grands quotidiens, radios… Las ! Nous sommes tous tombés dans le piège d’un bon plan marketing. »

Le théâtre s’est non seulement payé un bon coup de pub, mais aussi un grand moment de gêne, à la première représentation, rapporte ForumOpera. « A la première, alors que Carmen brandissait le pistolet en direction de José, celui-ci s’est enrayé et n’a déclenché aucune détonation. Le public attendait certes un dénouement inédit, mais pas celui-là. L’hilarité est allée crescendo quand José a dû faire mine d’être blessé pour s’effondrer. Inutile de dire que la salle n’a pas été tendre avec l’équipe de production au rideau final. »

Au bout du compte, les médias et les réseaux sociaux n’auront jamais autant débattu d’opéra, et rien que pour cela, les mélomanes remercient le théâtre de Florence pour son magnifique coup de communication raté.

Voir encore:

Carmen : si tu me réécris, prends garde à toi…

Lors de la première, « Carmen » revisitée à l’ère « Balance ton porc » n’a décidément pas connu la fin qui était prévue. Un ultime pied de nez de Georges Bizet ?

De notre correspondant à Rome, Dominique Dunglas

Le Point
 09.01.2018

Octomom: C’est la rivalité, imbécile ! (Baby-hoarding: The reproductive equivalent of your buying 30 giant bottles of ketchup at Costco, even though the cupboard is already overflowing)

3 janvier, 2018
 Voici, des fils sont un héritage de l’Éternel, Le fruit des entrailles est une récompense. Comme les flèches dans la main d’un guerrier, Ainsi sont les fils de la jeunesse. Heureux l’homme qui en a rempli son carquois! Psaumes 127: 3-5
Lorsque Rachel vit qu’elle ne donnait point d’enfants à Jacob, elle porta envie à sa soeur, et elle dit à Jacob: Donne-moi des enfants, ou je meurs! La colère de Jacob s’enflamma contre Rachel, et il dit: Suis-je à la place de Dieu, qui t’empêche d’être féconde? Elle dit: Voici ma servante Bilha; va vers elle; qu’elle enfante sur mes genoux, et que par elle j’aie aussi des fils. (…) Rachel dit: J’ai lutté divinement contre ma soeur, et j’ai vaincu. (…) Ruben (…) trouva des mandragores dans les champs. Il les apporta à Léa, sa mère. Alors Rachel dit à Léa: Donne moi, je te prie, des mandragores de ton fils. Elle lui répondit: Est-ce peu que tu aies pris mon mari, pour que tu prennes aussi les mandragores de mon fils? Et Rachel dit: Eh bien! il couchera avec toi cette nuit pour les mandragores de ton fils. Le soir, comme Jacob revenait des champs, Léa sortit à sa rencontre, et dit: C’est vers moi que tu viendras, car je t’ai acheté pour les mandragores de mon fils. Et il coucha avec elle cette nuit. Dieu exauça Léa, qui devint enceinte, et enfanta un cinquième fils à Jacob. Léa dit: Dieu m’a donné mon salaire parce que j’ai donné ma servante à mon mari. Et elle l’appela du nom d’Issacar. Genèse 30: 1-18
Tout comme d’autres types de comportement humain, l’ascétisme religieux peut être contaminé par l’esprit compétitif. (…) Nous vivons à une époque où les actions les plus saines comme les plus malsaines peuvent avoir la même motivation. (…) Il y a une grande ironie dans le fait que le processus moderne d’éradication de la religion en produit d’innombrables caricatures. On nous dit souvent que nos problèmes sont dus à notre incapacité à nous débarrasser de notre tradition religieuse mais ce n’est pas vrai. Ils sont enracinés dans la débâcle de cette tradition, qui est nécessairement suivie par la réapparition, dans des habits modernes, de divinités plus anciennes et plus féroces nées du processus mimétique. (…) nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions. Ainsi, il existe des rivalités de renoncement plutôt que d’acquisition, de privation plutôt que de jouissance. Dans toute société, la compétition peut assumer des formes paradoxales parce qu’elle peut contaminer les activités qui lui sont en principe les plus étrangères, en particulier le don. Dans le potlatch, comme dans notre société, la course au toujours moins peut se substituer à la course au toujours plus, et signifier en définitive la même chose. Nous avons repéré l’ennemi et c’est nous. Chaque individu finit par trouver son équivalent personnalisé de la folie du potlatch. (…) La rivalité s’intensifie à mesure que le nombre d’imitateurs augmente. René Girard
Often connected with obsessive-compulsive disorder, hoarding involves excessive collecting and an inability to throw things away, a pattern that in severe cases can lead to major health hazards. The syndrome even has its own reality program. A&E’s « Hoarders » takes viewers into homes that are literally collapsing under the weight of their own squalor. One episode featured a woman whose dead cats had been decomposing under her living room debris for a decade. Oh, and it’s doing great in the ratings. Just when we thought we knew everything there was to know about Nadya Suleman, there’s suddenly another Octo-news flash. In an accusation of gross negligence filed by the Medical Board of California against Michael Kamrava, the Beverly Hills doctor who performed the in vitro fertilization procedures that led to the births of Suleman’s 14 children, it’s been revealed that the Octomom demanded the creation of fresh embryos despite having a stockpile of frozen ones. This despite her claim that she pursued multiple pregnancies because she didn’t want her existing embryos to be destroyed or go unused. In other words, what’s disturbing here is not just that Kamrava « went beyond the reasonable judgment of any treating physician. » It’s that Suleman, with Kamrava, engaged in the reproductive equivalent of your buying 30 giant bottles of ketchup at Costco, even though the cupboard is already overflowing. Suleman, as far as I can tell, is a decent housekeeper, but am I the only one who sees her obsession with childbearing as a manifestation of the hoarding impulse? Am I the only one who reads about Suleman returning to the doctor for more embryo transfers just three or four months after giving birth and wonders just how different her mentality is from whatever drives someone to let newspapers pile up so they block the windows? I hear about Angelina Jolie wanting « up to 14 kids » and the Duggars giving all their children names that start with « J » and wonder if, in addition to being magnanimous or true to Scripture or whatever they’d like to think they’re being, they’re not also a little . . . compulsive? Of course, I’m not a psychologist, a fact I was reminded of when I called Gail Steketee, dean of the School of Social Work at Boston University and coauthor of the forthcoming « Stuff: Compulsive Hoarding and the Meaning of Things. » Steketee sees no connection between hoarding and addiction to baby-making or baby-adopting. In fact, she’s never heard the two referenced together. She points instead to hoarders’ problems with decision-making; with fundamental difficulties understanding what they need and don’t need. She thinks that behavior like Suleman’s « no doubt represents some form of need » but that « it’s unlikely to be similar to the need for information [a reason hoarders save years’ worth of newspapers], for keeping sentimental items or for having control over one’s stuff. » OK, so the research community isn’t backing my theory. But when we ask why we’re simultaneously so repelled and captivated by Suleman, perhaps we also need to ask why we’re so drawn in by stockpiling excess: Is it pure voyeurism? Is it strictly us versus them, the rational versus the nut jobs? Or does the notion of acquisition-run-amok resonate with an extreme ketchup buyer in all of us? LA Times

Après la syllogomanie, le syndrome de Noé, le syndrome de Diogène ou la bibliomanie, … la bébémanie ?

Angelina Jolie rêvant tout haut, pour compléter sa collection, de 14 enfants …

Séries de télé-réalité (« Hoarders », « Hoarding Buried alive ») suivant, il y a quelques années, la vie quotidienne de personnes souffrant de syllogomanie, (syndrome de Noé, syndrome de Diogène ou bibliomanie) …

Autre série de téléréalité (récemment arrêtée elle aussi) à la gloire d’une famille à « 19 enfants et ce n’est pas fini »

Incarnation d’un mouvement religieux dit « carquois pleins » anti-contraception et pro-enseignement à domicile et prônant une progéniture nombreuse …

Revndication, après l’aberration du « mariage homosexuel », de la « gestation pour tous » …

A l’heure où l’on reparle de la fameuse Octomom

Qui avait justement avec ses 14 enfants …

Dont une naissance d’octuplés, s’ajoutant, suite à une insémination de douze embryons, à six autres enfants dont une paire de jumeaux …

Défrayé la chronique il y a neuf ans …

Comment ne pas voir …

Dans cette véritable obsession de la gestation qu’elle incarne …

A l’image de l’authentique compétition gestative à laquelle se livrent, y compris via servantes-mères porteuses et mandragores viagra-, les deux proverbiales femmes du Jacob biblique …

Non seulement, avec le LA Times, la énième manifestation de la pulsion accumulatrice …

Mais aussi de cet esprit de compétition et de rivalité …

Qui, comme l’avait si brillamment montré René Girard, peu à peu gagne la moindre de nos conduites ?

Octomom, ‘Hoarders’ and compulsion
Whether it’s having lots of kids or just lots of stuff, Americans are compulsive about watching those who are compulsive.
Meghan Daum
The LA Times
January 07, 2010

Just when we thought we knew everything there was to know about Nadya Suleman, there’s suddenly another Octo-news flash. In an accusation of gross negligence filed by the Medical Board of California against Michael Kamrava, the Beverly Hills doctor who performed the in vitro fertilization procedures that led to the births of Suleman’s 14 children, it’s been revealed that the Octomom demanded the creation of fresh embryos despite having a stockpile of frozen ones. This despite her claim that she pursued multiple pregnancies because she didn’t want her existing embryos to be destroyed or go unused.

In other words, what’s disturbing here is not just that Kamrava « went beyond the reasonable judgment of any treating physician. » It’s that Suleman, with Kamrava, engaged in the reproductive equivalent of your buying 30 giant bottles of ketchup at Costco, even though the cupboard is already overflowing.

I know some of you are probably wagging your fingers at me — for comparing embryos to ketchup (hey, there are worse analogies) and for discussing Octomom at all (believe me, I’m wagging my finger at myself, then stabbing it into my eye). And yes, Sulemania has waned, but it hasn’t disappeared. The paparazzi still follow her every move, and the New York Times Magazine published a cover story in November about the filming of a British documentary series, « My Life As the Octomom. »

Of course, ultra-fecundity is in vogue these days, particularly in the realm of unscripted television. From the unceasing car alarm that is the din of « Jon & Kate Plus Eight » to the more subdued though strangely creepier Duggar family, who’ve added a 19th child to their reality show-making, home-schooling, birth-control-eschewing dynasty, there’s no doubt that large broods attract viewers. And why wouldn’t they? If there’s anything television audiences like watching more than cute kids, it’s adults whose lives are more harried and banal than their own.

Lately, however, I’ve been wondering if some of the interest in mega-families is cut from the same psychological cloth as another phenomenon that’s captured a lot of attention: hoarding. Often connected with obsessive-compulsive disorder, hoarding involves excessive collecting and an inability to throw things away, a pattern that in severe cases can lead to major health hazards.

The syndrome even has its own reality program. A&E’s « Hoarders » takes viewers into homes that are literally collapsing under the weight of their own squalor. One episode featured a woman whose dead cats had been decomposing under her living room debris for a decade. Oh, and it’s doing great in the ratings.

Suleman, as far as I can tell, is a decent housekeeper, but am I the only one who sees her obsession with childbearing as a manifestation of the hoarding impulse? Am I the only one who reads about Suleman returning to the doctor for more embryo transfers just three or four months after giving birth and wonders just how different her mentality is from whatever drives someone to let newspapers pile up so they block the windows? I hear about Angelina Jolie wanting « up to 14 kids » and the Duggars giving all their children names that start with « J » and wonder if, in addition to being magnanimous or true to Scripture or whatever they’d like to think they’re being, they’re not also a little . . . compulsive?

Of course, I’m not a psychologist, a fact I was reminded of when I called Gail Steketee, dean of the School of Social Work at Boston University and coauthor of the forthcoming « Stuff: Compulsive Hoarding and the Meaning of Things. » Steketee sees no connection between hoarding and addiction to baby-making or baby-adopting. In fact, she’s never heard the two referenced together. She points instead to hoarders’ problems with decision-making; with fundamental difficulties understanding what they need and don’t need. She thinks that behavior like Suleman’s « no doubt represents some form of need » but that « it’s unlikely to be similar to the need for information [a reason hoarders save years’ worth of newspapers], for keeping sentimental items or for having control over one’s stuff. »

OK, so the research community isn’t backing my theory. But when we ask why we’re simultaneously so repelled and captivated by Suleman, perhaps we also need to ask why we’re so drawn in by stockpiling excess: Is it pure voyeurism? Is it strictly us versus them, the rational versus the nut jobs? Or does the notion of acquisition-run-amok resonate with an extreme ketchup buyer in all of us?

I’m not sure what’s worse, that we want to gawk at it or that we secretly relate to it (either way, A&E wins). But one thing’s for sure: If Kamrava loses his medical license — a distinct possibility — maybe he could land a job at Costco.

Voir aussi:

EXCLUSIVE: Two bedrooms for 14 kids and living paycheck to paycheck – but Octomom tells how she is FINALLY ‘at peace’ with her octuplets after giving up stripping and searching for a man
Nadya Suleman, who now goes by Natalie, says she wants to share her story with other women after admitting her controversial pregnancy led her to the brink of suicide
Speaking to DailyMail.com the mom of 14 revealed: ‘Every day I would wake up with the ugliest, dead, visceral feeling inside of me’
Suleman’s notoriety landed her roles in porn films which she has now come to deeply regret. Although she admits residuals from the film help pay the bills
She became infamous in 2009 after undergoing IVF treatment and became pregnant with octuplets, even though she already had six and was unemployed
Now Suleman admits she was ‘very foolish, immature and selfish’ to have 14 children but can’t ‘imagine my life at this point in time any different than it is’
The 42-year-old reveals how she decided to make a change after a stranger approached her at a strip club and  told her: ‘You do not have to do this’

Karen Ruiz

The Dailymail

20 December 2017

‘Octomom’ Nadya Suleman says she is now finally ‘at peace’ after her financial problems and strain of trying to look after her 14 children led her to the brink of suicide.

Now, the controversial mother who gave birth to octuplets after in vitro fertilization (IVF), wants to share her story and personal battle with other women, hoping it will inspire them.

Nadya, 42, who now goes by the name of Natalie, has also turned her back on her media persona of ‘Octomom’ who she says ‘nearly destroyed me and my family.’

Speaking to DailyMail.com she revealed: ‘Every day I would wake up with the most ugly, dead, visceral feeling inside of me.

‘I didn’t want to live. I felt less than human as that character I was pretending to be, to survive and provide for my family.

‘What she was disgusted me and I did not want my children to remember me like that. I was forced into doing things I didn’t want to do because I was so terrified I couldn’t support them and give them the life I deserved.

‘When I abandoned it and went back to who I really am I had that sense of peace, internal joy.

‘Struggle is the best teacher. I have become more grateful for every minute of every day – little moments, not material things, can measure up to those times I have with my family.’

Natalie became infamous in 2009 when it was revealed she had undergone IVF treatment to become pregnant with eight children, even though she was already a mother of six and unemployed.

Her notoriety led her to do a pornographic film, which saw her win four Adult Video Network (AVN) awards, and appear in strip clubs.

Recalling the moment she realized she had to turn a corner she said: ‘I was so low I was taking prescription drugs, benzodiazepines.

‘I had to medicate to just get through what I was doing. I would mix it with alcohol which I later found out was what Whitney Houston, died from.

‘I didn’t want to be here anymore, but then I thought about my children and just had to keep going for them.’

She told how her breaking point came after she was approached by a stranger one night while she was working as a stripper.

‘I was in a strip club in Florida in February 2013, and this very tall man, this stranger came in. He walked straight to me and looked straight into my eyes.

‘He took my hand and grabbed my arm and said in a very gentle but firm way: « You do not have to do this. » He repeated it five times.

‘I couldn’t control the tears that were streaming down my face. I had that ugly feeling of nausea. I looked down for a moment, and looked up and he was gone,’ she says.

Natalie says she thought it was possible the man could have been ‘an angel’ and she decided to make a change: ‘I knew I had to be my healthy self again. I didn’t want my kids not to have a mom.’

Natalie has six children from her first five rounds of IVF – Elijah, 16, Amerah, 15, Joshua, 13, Aiden, 11, and 10-year-old twins Calyssa and Caleb.

The octuplets, Makai, Josiah, Isaiah, Jonah, Maliyah, Jeremiah, Nariyah and Noah turn nine in January, and are the only surviving set in the world.

To try and give them a more stable upbringing she moved the family back to Laguna, in Orange County, CA, where she had grown up.

But as she tried to get her life on track, in 2014 she was found guilty of welfare fraud, and ordered to do community service.

Natalie says she was innocent, and claims her management were to blame: ‘The only thing I was guilty of was being desperate and trusting.

‘I gave them my cards and checkbook and that is what happened. I was trying to manage my children instead of my money. The fraud, was totally expunged thankfully.’

Now Natalie works part time as a counselor, speaking to men and women who suffer drug and alcohol issues.

She says despite caring for 14 children on her own, she is not looking for a partner: ‘That’s just not me. My calling was to be a mom. I am happiest at home with the kids. And I knew when I did this I would be sacrificing a social life. But that’s OK because I’m not social.’

She confessed she was ‘very foolish, immature and selfish’ to have 14 children, and didn’t really think through the consequences: ‘I was on a mission. I just wanted to have a bunch of kids. But I couldn’t imagine my life at this point in time any different than it is.’

Natalie admits things are tight but she helps feed the family with food stamps.

The octuplets follow a vegan diet, but her other six children are ‘omnivores.’

She said: ‘We live paycheck to paycheck. It’s a struggle every day. I am very grateful for food stamps, and I do get some residuals from that horrible porn thing. But I am not worried.’

The family live in a two bedroom townhouse in Laguna Niguel, California and have converted the office into a third bedroom so all her children have beds to sleep in.

She says they ‘fight, play, fight and play again’ like any normal family.

A lot of the children are ‘shy and introverted,’ taking after their mom.

And she revealed that the octuplets know that their home life is different to most households: ‘The whole family, we are all kind of different. The kids say, « oh are we weird somehow? » and I say, « it’s OK to be different if there is nothing wrong with it.’ ‘The kids are happy and that is all that matters.’

Natalie’s son Aiden, 12, is autistic, which adds another dimension to family life.

She says his siblings help look after him: ‘Aiden is a challenge. But the other children they are like his guardian angels.

‘His brother Makai, he literally shadows him, and helps give him bites of food – they have a very special bond.

‘Aiden has the mind of an 18-month-old, he’s still non-verbal and in his diapers 24/7.

‘I am open with the kids and I teach them about autism.’Natalie’s son inspired her to write her book which she is hoping to get published.

‘Originally it wasn’t a memoir, it was about raising my son with disabilities and the challenges. But the little kids made it a lot more interesting,’ she says.

‘It’s a story that needs to be told and I think it will encourage a lot of women to draw up strength they didn’t know they had.

‘I believe it will help inspire women to keep pressing forward despite the pain and suffering they may be experiencing. If you set a goal you can achieve anything.

Voir également:

Octomom : finie la galère
Déjà mère célibataire de six enfants, « Octomom » a ensuite accouché d’octuplés. L’Amérique la prenait pour une folle. Aujourd’hui, elle s’en sort.

Karen Isère

Paris Match|

Octomom n’est plus. Natalie dit avoir « tué » l’avatar qui l’a menée en enfer. De ce surnom donné par les médias américains à la naissance de ses octuplés, elle avait pourtant aussitôt fait une marque déposée. En janvier 2009, Nadya Suleman, comme elle s’appelle alors, fait la une des médias pour avoir accouché, par césarienne, de huit prématurés. Minuscules, ils ont vu le jour, ou plutôt les couveuses, à 7 mois et demi. Le plus lourd pèse 1,5 kilo ; le plus léger, moins de 700 grammes. Dans les gazettes de la planète, l’image de mère courage vire illico au phénomène de foire : sans emploi, la parturiente de l’extrême a déjà six enfants de 2 à 7 ans, dont un fils autiste. De quoi séduire les Américains puritains, partisans de familles XXL ? Après tout, les nourrissons portent des prénoms bibliques. Et, lors de sa grossesse, Nadya a refusé qu’on lui retire quelques embryons. Autant de bons points pour les Pro-Life… A un détail près : elle fait des bébés toute seule. Cette pécheresse n’a pas de mari, ni même de compagnon, et sa progéniture est 100 % made in éprouvette. Haro sur l’« Octo » ! Elle assure avoir « juste » voulu donner la vie une septième fois. Mais on lui aurait implanté six « œufs », dont deux se sont divisés. En réalité, il y en avait même douze, alors qu’une procédure normale se limite à deux ou trois. Un « surdosage » qui vaudra au médecin responsable d’être radié. Selon les experts, il aurait aussi dû s’interroger sur la santé mentale de sa patiente. L’Amérique libérale, elle, torpille d’ailleurs la jeune femme à coups de munitions psy. Les talk-shows parlent de narcissisme, de déséquilibre, d’irresponsabilité… Sur le plateau de Whoopi Goldberg, on se repasse en boucle les éclats de rire stridents d’Octomom, tout en susurrant qu’elle devrait faire adopter ses bébés.

Ses confidences ne rassurent personne : fille unique, elle aurait toujours rêvé d’une grande fratrie et « manqué d’attention » de la part de son père, Edward, un ex-militaire irakien, et de sa mère, Angela, enseignante. Alors elle s’est offert une compensation. Et une vengeance inconsciente ? A 33 ans, Nadya loge toujours dans le trois-pièces de ses parents, qui l’aident à élever sa couvée du siècle et y engloutissent leurs pensions de retraite. Angela assure que sa fille dépense ses allocations en jouets : « Elle n’a aucune idée de ce qu’elle nous fait endurer, aux petits et à moi. » En pleine crise des subprimes, ses concitoyens s’étranglent de rage en apprenant aussi le coût de cette naissance à haut risque : quelque 2 millions de dollars, aux frais de l’Oncle Sam. Et ce n’est qu’un début ! Pauvre Trésor public, se lamente l’Amérique.

Dans « Home Alone », Octomom se masturbe sous un fil où sèchent culottes et chaussettes d’enfants

Nadya a de faux airs d’Angelina Jolie, mais ni Brad ni millions. A quelques encablures de Hollywood, elle va produire une version originale du rêve américain. Un show vendeur mais décadent. Si les octuplés portent tous le même deuxième prénom, Angel, « ange », la vie de leur mère n’aura rien d’éthéré. Octomom devient un logo et ses propos une logorrhée sans filet, comme quand elle confie vouloir adopter un petit cochon et lui faire porter des couches. Elle assure qu’elle va travailler. Et le prouve : supermaman pose en Bikini sur un lit couvert de croix, « comme Madonna », sort le single « Sexy Party », tourne dans « 666, The Devil’s Child » (« L’enfant du diable ») puis dans un film porno, « Home Alone » (« Seule à la maison »). Elle s’y masturbe sous un fil où sèchent culottes et chaussettes d’enfant. Le bon goût près de chez vous. La pluie de dollars s’évapore vite, dans un parfum de scandale. La « mom » que les Américains adorent détester sera même condamnée à deux cents heures de travaux d’intérêt général pour fraude aux allocations. Elle les purge encore.

Aujourd’hui, Natalie assure qu’elle avait confié son compte en banque à son agent et ignorait tout de cette malversation. Surtout, elle vomit ses années X : « Un travail honteux et déshumanisant. Certains racontent que je l’ai fait par plaisir, mais c’était juste pour payer les factures. Je n’éprouvais plus que dégoût pour moi-même, alors j’anesthésiais sans cesse mes émotions à l’aide d’anxiolytiques. » Un soir de 2013, elle rentre d’une séance de photos coquines quand elle trouve sa petite Amerah, alors âgée de 10 ans, paradant dans le salon en talons aiguilles. « J’ai eu la nausée et je me suis dit “stop”. J’ai compris que je préférais devenir SDF avec mes 14 enfants que de laisser une de mes filles prendre le même chemin que moi. Dès lors, je me suis sentie aussi libre que si je m’étais évadée de prison. » A l’entendre, la transition est rondement menée : titulaire d’une maîtrise de psychothérapie, elle déménage fissa et trouve un travail social auprès de femmes en difficulté. Exit Octomom, et même Nadya. Désormais, miss Suleman répond au prénom de Natalie.

Je reçois des bons alimentaires de l’Etat, mais ils ne paient qu’un tiers de ce que mes enfants consomment

« On me traite de paresseuse qui profite des allocations, s’insurge-t-elle, alors que je travaille depuis trois ans et demi. Oui, je reçois encore des bons alimentaires de l’Etat, mais ils ne paient qu’un tiers de ce que mes enfants consomment en nourriture. » Elle venait de prendre ce nouveau départ quand sa mère fut atteinte d’un cancer de l’utérus. « Cela nous a beaucoup rapprochées, dit Natalie. Nous avions enfin la relation dont j’avais toujours rêvé. Elle s’est éteinte dans mes bras, fin 2014. Juste après, mon père a annoncé qu’il se soûlerait jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je l’ai accueilli chez moi. Un soir, nous avons entendu un énorme choc. Sous l’empire de l’alcool, il était tombé dans l’escalier. Les pompiers sont arrivés à temps pour le sauver, mais il est resté tétraplégique et sous assistance respiratoire. Il ne peut même plus parler. »

De ses années nases, Natalie veut faire table rase. Tout en assumant ses erreurs. La bouche en cœur, et comme gonflée à l’hélium, elle a longtemps nié avoir eu recours à la chirurgie esthétique, notamment dans l’émission d’Oprah Winfrey. « En fait, dit-elle maintenant, je me suis fait augmenter la poitrine après avoir allaité trois enfants, j’ai subi une abdominoplastie après la naissance des jumeaux et je me suis fait faire par deux fois des injections dans les lèvres. Mais le résultat était si affreux que j’en avais honte. Alors j’ai menti. Je me sens soulagée de l’avouer enfin. » Elle estime aussi ses enfants capables d’entendre la vérité : « Ils savent ce que j’ai fait sous le nom d’Octomom. Je leur dis que j’ai commis des actions honteuses. Ils me répondent qu’ils m’aiment et m’aimeront toujours. » Au programme, donc, des confessions, mais aussi des bénédicités à chaque repas et l’église le dimanche. Le soir, la repentie fait jouer son petit monde au « jeu de la gratitude » : chacun doit trouver dix éléments pour lesquels il se sent reconnaissant. Natalie ne rêve même pas d’un amoureux : « Je ne peux pas prendre de mon temps aux enfants pour l’offrir à un étranger. Je suis mariée avec eux. »


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