F for fake (Retour sur la supercherie du « Cauchemar de Darwin »)

29 mars, 2006

Darwins_nightmareRetour, à l’occasion d’une énième « mise au point » du Monde, sur la supercherie du « Cauchemar de Darwin », « documentaire » (il vaudrait mieux parler, comme dans l’excellente analyse d’Olivier Barlet*, d’un formidable numéro « d’auto-flagellation » sur le thème particulièrement mobilisateur du « tous pourris », d’où son extraordinaire succès dans les festivals: Toronto, Venise, Angers, les Césars, etc.) de l’émule autrichien de Michael Moore, Hubert Sauper, qui, sous couvert d’information, nous balance son idéologie anti-moderniste ou anti-occidentale comme une prétendue “accumulation de faits irréfutables”.

« Mise au point » d’ailleurs où, derrière le pudique (ou délibérément ambigu ?) terme de « malentendu » (terme qu’affectionne aussi particulièrement un certain correspondant d’une chaine publique française !) et des références très lettrées à Flaherty ou Bunuel, on semble essentiellement s’occuper à… noyer le poisson.

Alors qu’il serait grand temps que le petit monde de nos documentaristes ainsi que les critiques qui les font connaitre commencent à se rendre compte de tout le mal que les Moore ou Sauper comme les Karel ou Laurent sont en train de faire à leur jusqu’ici honorable profession.

Mais, plus sérieusement car au cœur-même de la source d’informations quotidiennes de millions de nos compatriotes, la profession journalistique (à l’instar des Leconte ou Jeambar) a-t-elle réagi autrement quand a enfin été démasqué… le faussaire de France 2 Charles Enderlin ?

Parce qu’aussi intéressantes que puissent être des remarques sur le cinéma comme « état non pas du monde, mais du rapport du cinéaste au monde qu’il filme ». Ou le rappel des limites d’un Flaherty qui en 1921 « réinvente une réalité dont beaucoup d’éléments étaient au mieux caducs au moment du tournage, au pire inexistants”. Ou celles d’un Buñuel qui en 1933, « prenait le parti de « priver cette population de son humanité » en « rejetant délibérément de son film des
manifestations de solidarité communautaire, de tendresse, d’enthousiasme ». Il n’en reste pas moins que, « jouant sur les seules apparences du reportage et du témoignage filmé »,
Sauper « avance ‘masqué’ dans un film-essai qui se présente comme une enquête froide ».

Et surtout, nos deux journalistes sont bien obligés de reconnaitre que le réalisateur autrichien a clairement menti (pardon: « pose des problèmes » !) sur au moins trois points décisifs: la destination – non-humaine – des carcasses des poissons (contrairement aux têtes, rejetées par les Européens mais… particulièrement prisées par la population locale !), les résultats – bénéfiques – de cette activité économique sur la population et le lien – non prouvé mais littéralement « affiché » – entre le transport du poisson et le trafic d’armes …

D’où l’évidente mauvaise foi, alors qu’on s’est explicitement placé sur le terrain de l’information, d’une défense revendiquant la subjectivité de l’artiste. Défense qui rappelle étrangement (même si son auteur n’officie pas sur une chaine publique depuis… 81 !) une autre argumentation bien connue:

« pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie »

« lors de la réalisation de son reportage, un journaliste doit-il tenir compte de l’usage malhonnête qui pourrait en être fait ultérieurement par des groupes extrémistes ? Une telle exigence signifierait une inacceptable censure à la source. »

Charles Enderlin, Le Figaro, 27/2/05, http://www.laveritemaintenant.org/Members/webmestre/Document.2005-01-27.2421

« Darwin » ou le malentendu documentaire
Michel Guerrin et Jacques Mandelbaum
LE MONDE
27.03.06

Le Cauchemar de Darwin, film documentaire de l’Autrichien Hubert Sauper, a été un des jolis succès de l’année écoulée, avec 400 000 entrées dans les salles de cinéma. Gros succès critique aussi pour un film qui a obtenu un César et était nominé aux Oscars d’Hollywood. Il est vrai que le sujet est attractif : montrer comment l’Occident a tout à gagner de l’exploitation de la perche du Nil, poisson du lac Victoria, en Tanzanie, et comment la région où a été tourné ce film a tout à perdre. Rarement un film aurait aussi bien démonté, à travers un fait local, les mécanismes de la mondialisation et ses méfaits. De nombreux spectateurs ont vu se vérifier sur grand écran des convictions profondes quant à la façon dont l’Occident capitaliste exploite ce qu’on appelait le tiers-monde. Sans doute est-ce la raison principale du succès du Cauchemar de Darwin, film qui existe en DVD et que l’on pourra revoir, le 24 avril, sur Arte.
C’est aussi parce que le film a beaucoup été vu qu’il est devenu objet de polémique. Dans la revue Les Temps Modernes (n° 635-636), l’historien François Garçon a contesté la réalité des faits alignés par Hubert Sauper. Pour se faire sa propre idée, un journaliste du Monde s’est rendu dans la ville de Mwanza, au bord du lac Victoria, où a eu lieu le tournage (Le Monde du 4 mars). Selon notre enquête, trois aspects du film posent problème : après dépeçage des poissons, les carcasses ne seraient pas destinées à la population, mais aux poulets et aux porcs ; cette activité économique participe au développement de la population locale et non à son appauvrissement ; il n’y a aucune preuve du lien entre le transport du poisson et un trafic d’armes, alors que ce lien, suggéré dans le film, figure sur l’affiche et en assurait la promotion.

Pour sa défense, Sauper livre un argument brandi par un nombre toujours plus grand de documentaristes : « Mon langage à moi, c’est celui du cinéma. » Sous-entendu, il faut juger le film au regard de la subjectivité du cinéaste. Sauper a sans doute intellectuellement raison. Pratiquement, ce n’est pas si simple. Le Cauchemar de Darwin participe de l’arrivée en force, dans les salles de cinéma, de films qui se situent sur le terrain de l’actualité et de l’information, plongent dans la politique et l’économie mondiales, décortiquent les pouvoirs en place. On pense aux brûlots de Michael Moore, notamment Fahrenheit 9/11, qui dresse un portrait au vitriol de George Bush, ou Mondovino, de Jonathan Nossiter, qui montre comment la mondialisation formate les exploitations viticoles. Leurs auteurs se placent sur le terrain du journalisme avec d’autres armes, au sens où ils réalisent des enquêtes à charge au nom d’une profession de foi explicite. Mais on voit bien l’ambiguïté de tels sujets au cinéma : si les partis pris ne sont pas clairement affichés sur l’écran, ce qui se veut un projet allégorique peut être perçu par le public comme une accumulation de faits irréfutables.

On peut reprocher à Hubert Sauper d’avoir insuffisamment manifesté cette subjectivité en jouant sur les seules apparences du reportage et du témoignage filmé. Sauper avance « masqué » dans un film-essai qui se présente comme une enquête froide. C’est sans doute ce qui a nourri la polémique, à l’inverse d’autres films qui pourraient être pareillement contestés. Au-delà, les grands cinéastes dits documentaires – Jean Rouch, Johan Van der Keuken, Robert Kramer ou Raymond Depardon – ont montré que le cinéma moderne a depuis longtemps fait sauter les frontières qui séparent le documentaire de la fiction, affirmant ici et là la primauté subjective du point de vue et l’ambiguïté qui lui est liée.

MANIPULATION OU TRAHISON

L’histoire du documentaire, en raison du malentendu qu’entraîne sa définition, est semée de polémiques récurrentes sur la manipulation ou la trahison de la réalité. Rappelons deux exemples célèbres. Nanouk l’Esquimau (1921), de Robert Flaherty, filme la vie quotidienne de Nanouk et de sa famille dans le Grand Nord canadien. La sortie triomphale du film suscite une polémique sur la « mise en scène » de Flaherty, qui aurait reconstitué une scène de pêche fictive, bricolé un igloo aux dimensions extravagantes, fait fabriquer des vêtements pour les acteurs du film, réinventé une réalité dont beaucoup d’éléments étaient au mieux caducs au moment du tournage, au pire inexistants. Cette approche idéologique du réalisateur, sous laquelle se devine une attitude hostile aux mutations de la modernité, n’empêche pas le film d’être un magnifique témoignage, fût-il reconstitué et idéalisé, sur la culture traditionnelle des esquimaux.

Terre sans pain (1933), de Luis Buñuel, est un film de dénonciation poussé au noir de la misère de la population des Hurdes, en Espagne. Le cinéaste et critique Jean-Louis Comolli découvre, en 1996, les rushes du film à la Cinémathèque de Toulouse. Révélant ce que Buñuel a délibérément rejeté (des manifestations de solidarité communautaire, de tendresse, d’enthousiasme…), ceux-ci confirment le parti pris de mise en scène du film, qui consiste à priver cette population de son humanité : « Choix de montage, c’est-à-dire choix de sens et de ton. Noircir le trait. Forcer la note. (…) La misère est insupportable ? Que son spectacle lui aussi le devienne. Car la question du cinéaste est toujours la même (c’est une question politique) : comment réveiller en chaque spectateur les doutes et les crises que le spectacle a plutôt pour mission de refouler et d’éloigner ? », écrit Comolli.

Ces exemples montrent que tout film est d’abord une représentation, une reconstitution de la réalité, un état non pas du monde, mais du rapport du cinéaste au monde qu’il filme, rapport qui ne s’exempte pas des enjeux idéologiques, moraux et culturels de l’époque dans laquelle le film s’inscrit. Tout film, y compris documentaire, est à ce titre un mensonge dont on peut au mieux espérer qu’il soit mis au service d’une vérité.

Avec le film de Sauper, on n’est pas loin du principe selon lequel « la fin justifie les moyens ». Pour certains, ceux qui considèrent sa lecture de l’usine de poissons comme un contresens ou que tout n’est pas à jeter au lac dans la mondialisation, le cinéaste est allé trop loin. D’autres salueront la tonalité allégorique et pamphlétaire d’un film remarquable sur l’exploitation séculaire de l’Afrique. On entre ici dans un débat politique qui dépasse l’objet du litige. Au plan du cinéma, Johan Van der Keuken confessait avant sa mort : « Peu importe la tricherie, le fond doit être sain. » Il ajoutait : « La peste du documentaire, c’est de vouloir expliquer le monde sans cet énorme trou du doute, du non-savoir. »

Michel Guerrin et Jacques Mandelbaum
Article paru dans l’édition du 28.03.06

http://lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0,50-754921,0.html

Voir aussi cet article du Kenya East Standard:

Tuesday December 13, 2005

Experts protest over film on Lake Victoria

By Harold Ayodo

An award-winning documentary that depicts Lake Victoria as a doomed resource has angered environmentalists.

The International Union for Conservation of Nature, Eastern Africa Regional Director, Dr Alice Kaudia, said the documentary: Darwin’s Nightmare mocked the fresh water resource.

Experts believe the film, yet to be shown in East Africa, suggests that poverty, prostitution and HIV/Aids are consequences of the greatest gains of the lake; fishing.

Over 30 million communities in Kenya, Uganda and Tanzania rely directly on the resource for their livelihood, Kaudia said.

The documentary allegedly portrays a close link between fish export and import of weapons to Africa.

Kaudia says the movie sells the ideology that Europe perpetuates war to strip Africa of its fish and other resources.

They are outraged by an alleged depiction that planes from Europe to Africa carry in weapons and fly out with fish.

They claimed the producers left out hundreds of African research advisers who could have given them a different perspective of things.

In a letter to Mille et Une Productions- the producers of the film-IUCN accused the production of misleading audiences.

« Your documentary leads audiences to believe the export of fish to Europe creates poverty in Tanzania, » Kaudia said.

Lake Victoria Fisheries Organisation executive secretary Thomas Maembe, in a letter, said fisheries have increased food security and consequently led to reduced poverty in the region.

The environmentalists said local scientists would have portrayed a balanced story to the European viewers.

The December 8 letter is addressed to Mr Hubert Sauper of the production company.

« There were better sides of the story, but the documentary preferred to confirm the stereotypical image of Europe towards Africa, » Maembe said.

He said the documentary does not depict how East Africa gains from the export of fish.

« The film suggests that poverty, prostitution, HIV/Aids and homelessness are a direct consequence of the fisheries export, » Maembe said.

The experts took issue with Darwin’s Nightmare for not showing fishing communities as benefiting from the natural resource.

http://www.eastandard.net/print/news.php?articleid=33631

Voir aussi le petit compte-rendu dans Libération de la mise en cause du film par l’historien François Garçon dans le numéro 635-636 de la revue les Temps modernes :

Extraits :

– « la perche du Nil a été introduite dans les années 50 dans le cadre d’un programme de développement de l’OCDE, et que les seuls à s’opposer à ce type de politique à l’époque se comptaient dans les rangs de l’extrême droite. »

– « Le film laisse à penser que l’intégralité du poisson file vers les pays riches. Or, selon Garçon, «74 % de ce qui est pêché dans le lac Victoria n’est pas exporté, et 40 % de ce total sera consommé sur place».

– « De même, les magazines de la BBC cadrés en gros plan où l’on voit des photos de soldats noirs portant des caisses (sous-entendu d’armes illégales livrées par les pays occidentaux) dateraient d’octobre-décembre 1997 et seraient des clichés d’une action «inscrite dans le droit international» en soutien au gouvernement du Sierra-Léonais Ahmad Tejan Kabbah, renversé par un putsch. »

– « Enfin, le film montre Mwanza comme une petite ville pourrissante. Or il s’agit de la deuxième plus grosse agglomération urbaine de Tanzanie. «Exit les contrastes sociaux intra-africains, la bourgeoise locale industrieuse, le grand parc d’automobiles, les immeubles modernes, tous signes de modernité industrielle qui contrarient la thèse ultramisérabiliste d’une Afrique scotchée au malheur, cliché conforme il est vrai à l’attente du spectateur occidental.»

Polémique sur «le Cauchemar de Darwin»

Un historien dénonce les manipulations du réalisateur Sauper.

Didier Péron

Libération
18 février 2006

http://www.liberation.fr/page.php?Article=360485

Complément: il y a bien confrmation, comme l’a rappelé Garçon sur le plateau de l’émission de France 5 « Arrêts sur images » du 30/4/06, de l’article du East African (du 2 juillet 2002) présenté dans le film et faisant référence à une saisie (temporaire) d’armes dans un avion ukrainien sur l’aéroport de Mwanza en octobre de l’année précédente, sauf que si (contrairement aux propos de Garçon) il venait bien d’Europe (Slovaquie via Israël), sa cargaison provenait surtout apparemment d’Iran (« RPG’s » iraniens, accompagnés d’équipements militaires slovaque et israélien) et que sa destination était non la Tanzanie mais l’Angola (et non l’Ouganda, comme semble le dire par erreur Garçon).

Mais surtout il semble, d »après Garçon (mais pas du journal) qu’on ait affaire là à un incident isolé et apparemment que l’arrêt à Mwanza n’était pas prévu mais la conséquence fortuite d’un… incident technique ! (ou, après Le Caire, une simple escale technique – ie. ravitallement en kérosène et repos des pilotes ?).

http://www.nationaudio.com/News/EastAfrican/01072002/Regional/Regional35.html

http://hrw.org/reports/2004/slovakia0204/3.htm

___________________

* « un étonnant phénomène d’autoflagellation pousse [le public] à se
précipiter pour voir un film dont il sait pertinemment qu’il va le
déranger et ne pourra s’en extraire. Cela participe de cette fonction
du cinéma d’un partage collectif d’émotion sur des références communes
: vu individuellement hors de ce contexte, le Cauchemar de Darwin
n’aurait pas le même effet, le téléspectateur zapperait peut-être vers
un programme moins sombre et gênant. Dans la salle de cinéma se joue
une sorte de messe où les spectateurs rejouent ensemble mais
confortablement assis leur effroi devant l’horreur du monde. Ils
peuvent ensuite se redire le choc subi, le valoriser auprès d’amis et
leur donner l’envie de le partager. Emmanuel Ethis a montré « qu’il est
rassurant d’avoir peur ensemble.» Et qu’on le fait entre gens qui
se regroupent en fonction de communes sensibilités, ici ceux qui ont
une fibre politico-humaniste. Au cinéma comme ailleurs, les
démonstrations ne convainquent souvent que les convaincus. »

http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=4319

Complément II: voir aussi cet excellent commentaire de Robert Marchenoir sur le blog d’Assouline:

Ce film prétend être une enquête journalistique. C’est parfaitement faux. C’est une opération militante de mauvaise foi.

Il faut entendre les questions parfaitement orientées qui sont posées à un type qui passait par là, qui n’est en rien une source qualifiée, pour lui faire dire qu’il y a du trafic d’armes dans l’air. C’est interminable, la personne interrogée ne dit rien de concret, mais ses silences sont censés peser lourd. Moins il en dit, plus nous sommes priés de trouver cela suspect.

Ce qu’il y a de plus proche d’une enquête sur le sujet, c’est la lecture à haute voix de l’article d’un journal local. Mais à aucun moment, l’auteur ne refait l’enquête, ne contacte les sources mentionnées par le journaliste africain. Recopier ses informations dans les journaux, ça c’est de la super-enquête exclusive!

Finalement, un membre d’équipage d’un avion qui transporte le poisson lui avoue avoir également transporté des armes. Tout ça pour ça! Qui vend ces armes à qui? Avec quel argent? Quel rapport — s’il y en a un — avec la vente des poissons? Tous les pays du monde achètent des armes. La France, le Luxembourg… En quoi, dans ce cas précis, ce commerce est-il répréhensible ou illégal? On n’en saura rien.

Mais le film aura suggéré que l’occident exploite l’Afrique, lui vole son poisson, puis son argent, et est responsable des guerres qui déciment le continent. C’est cela qu’il fallait comprendre, et cela suffit pleinement à l’auteur. La matérialité des faits, la vérification des informations, l’enchaînement des causes, l’analyse des rapports de force, l’établissement des responsabilités, tout cela importe peu.

La lourde responsabilité des gouvernements africains corrompus et dictatoriaux, dans le naufrage de leurs pays, n’est évoquée à aucun moment.

Même chose pour la prostitution. Le film s’étale complaisamment sur les rencontres entre pilotes d’avion et prostituées locales. Mais à qui fera-t-on croire que quelques équipages de cargos russes puissent, à eux seuls, entretenir la prostitution dans toute une région? Les prostituées qu’on voit dans le film se vendaient-elles avant le commerce du poisson? Combien sont-elles? Qui sont leurs autres clients?

Comme si la prostitution n’était pas un phénomène endémique en Afrique, comme si elle était apparue avec les Russes, comme si les hommes africains n’y avaient pas recours!

Et tout est comme ça. Pas un seul responsable interrogé (sauf ceux de l’usine à poisson). Juste des images, des impressions, des émotions, quelques constatations immédiates mises bout à bout, qui ne sont là que pour étayer des préjugés, confirmer que tous les Occidentaux sont des salauds, et tous les Africains leurs victimes exploitées.

La démarche est profondément hypocrite, parce qu’elle prétend à la révélation de faits cachés, et dès qu’on voudrait en savoir un peu plus, tout s’arrête: ah non, on n’a pas pu interroger les vrais responsables, ils n’ont pas voulu nous recevoir, puis on n’avait pas assez de temps, pas assez d’argent, et d’ailleurs nous on fait une enquête au ras des pâquerettes, on dit ce qu’on voit, vous comprenez, on est proches du peuple et des réalités, on n’est pas comme les médias officiels qui frayent avec les pouvoirs…

Effrayant mélange de naïveté et de roublardise, de bonne conscience et de désinvolture.

Et si ça se trouve, la thèse du film est en partie vraie… Mais rien dans l’oeuvre ne permet de le savoir, et tout dans la méthode permet d’en douter.

Une mauvaise action.

Rédigé par: Robert Marchenoir | 22 avr. 06 17:51:06

A comparer avec l’indigent « débat », me dit un ami blogueur (merci madimaxi), qui a suivi la diffusion du film sur Arte et encore visible ici:

Le débat

Lundi 24 avril 2006 à 22h25

Débat sur le thème du néo-colonialisme en Afrique et des effets dévastateurs de la mondialisation.

>> Regardez le débat télévisé en ligne.

cauchemar de darwin débat

Ce débat est animé par Pierre-André Boutang en compagnie du réalisateur Hubert Sauper et de Monsieur Elikia M’Bokolo, directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), congolais spécialiste en Histoire et civilisations de l’Afrique.

>> Regardez le débat télévisé en ligne.

………………………………………………………….
LE CAUCHEMAR DE DARWIN
Lundi 24 avril 2006
à 20h40
Grand format
Documentaire
Réalisé par Hubert Sauper
Production : Mille et une Productions,
Coop99 Film Produktion, Saga Films,
en association avec WDR/ARTE
………………………………………………………….


Comme des barbares: Attention, une face cachée peut en cacher une autre! (D-Day for French revisionists)

27 mars, 2006

Img_2694_4 Img_2717_3

Img_2718_2

Img_2719_3

Img_2722_2

L’occasion était-elle trop belle ? Après Abou Ghraib et Guantanamo, notre quotidien de la gauche bien pensante, pouvait-il résister à l’aubaine de pouvoir rappeler que… « les beaux GI débarqués en 1944 en France se sont comportés comme des barbares » ?

Petit retour sur la critique d’un documentaire diffusé il y a trois jours sur France 3 au sujet des crimes sexuels commis sur notre propre sol français et européen par nos libérateurs américains lors de la dernière guerre (« La face cachée des libérateurs », adapté par Alain Moreau et Patrick Cabouat de l’ouvrage d’il y a trois ans du criminologue américain J. Robert Lilly).

Où après, comme on vient de le voir, nous avoir mis l’eau à la bouche, Libération nous assène, « 2 500 meurtres (?) et viols commis par les GI’s entre 1942 et 1945 sur le seul sol anglais. » * Omettant au passage et contrairement au film, de nous rappeler qu’il s’agissait probablement de la plus forte concentration de troupes de l’Histoire, à savoir 2 millions (et en fait, pour tout l’Europe, jusqu’à un maximum de 4,5 millions) d’hommes, ce qui doit faire un taux de viols pour le seul exemple de l’Angleterre, de… 0, 4 pour 1 000 par an ? Et le tout en période de guerre avec des ratio d’hommes en armes par rapport aux populations civiles de facteur 3 ou plus à des moments et à des endroits.

A titre de comparaison (que se gardent bien de donner nos médias ou même nos chercheurs !), aux EU dans la population civile en temps de paix, on doit être actuellement à 1,5 contre 2,5 en 1973 – les deux tiers, on le sait, par des familiers de la victime – mais, même s’il faut aussi tenir compte du beaucoup plus fort de taux de non-déclaration alors, il devait probablement y en avoir encore moins dans les années 40 ?

Libération rappelle aussi que « comme par hasard, les coupables sont, en majorité, des Noirs ou des Indiens, pour des raisons bien analysées dans le documentaire », raisons qui se résument – hélas un peu vite – à la seule discrimination des autorités américaines envers leurs soldats noirs, laissant totalement dans l’ombre le racisme des Français eux-mêmes** et l’éventualité d’une réelle sur-agressivité sexuelle des 10% de soldats noirs de l’Armée américaine (en subite possibilité, l’uniforme et l’alcool aidant sans parler du mythe  du moindre racisme des « petites femmes faciles de Paris » transmis par les générations de la Première Guerre?), de réaliser le fantasme longtemps réfréné de… « se faire une Blanche  » ?). Sans compter le fait que, affectés aux tâches de transport, ils étaient restés sur place près d’une année après le départ des troupes d’assaut …

Notre courageux journaliste finit quand même, à l’instar du film, par un pudique « On attend encore les travaux d’historiens sur les exactions en Italie des troupes françaises, et celles de l’Armée rouge », mais se garde mystérieusement de donner les chiffres et estimations que donne pourtant le documentaire lui-même. A savoir, des milliers de viols par les troupes coloniales françaises (Marocains apparemment ***) pendant la campagne d’Italie (voir photos ci-contre du film adapté en 1961 par Vittorio De Sica du roman du même nom d’Alberto Moravia, « La Ciociara » – « Two women » en anglais -, avec Sophia Loren – primée à Cannes et Hollywood – et Jean-Paul Belmondo, où, en 1943, une femme originaire de La Ciociora au sud de Rome subit, avec sa fille de 13 ans et dans l’église où elles s’étaient réfugiées, le viol sauvage et collectif d’un corps de soldats marocains de l’armée coloniale française), puis en Allemagne, d’autres milliers pendant les derniers mois de la guerre et dans leur zone d’occupation (Sénégalais ?), dont près de 1200 pour la seule ville de Stuttgart ? Sans parler des centaines de milliers (millions ?) par les troupes soviétiques en Allemagne ?

Mais il faut dire que la critique de l’Humanité est elle encore plus pudique… puisqu’elle n’en dit tout simplement pas mot ! (voir ci-dessous).

Pourtant Le Monde montre lui que ce minimum d’honnêteté intellectuelle était possible puisqu’il mentionne lesdits chiffres… Même s’il aurait peut-être aussi été utile, ce que le livre (mais pas le film) fait, de rappeler qu’en France le viol n’a été reconnu comme crime qu’en… 1978 ?

Télévision

Docu. Retour sur les crimes et viols commis en Angleterre et en France par des soldats américains, entre 1942 et 1945.

Enragés sous les drapeaux

Sophie ROSTAIN
Libération

vendredi 24 mars 2006

(1) Chez Payot. Aucun éditeur américain n’a voulu de son travail (Libération du 2 juillet 2004).

France 3, 23 h 25. «La Face cachée des libérateurs»,
un documentaire d’Alain Moreau et Patrick Cabouat.

lls sont venus, ils ont vaincu, ils ont violé… Sale nouvelle, les beaux GI débarqués en 1944 en France se sont comportés comme des barbares. La chose est courante en temps de guerre, depuis la nuit des temps, il n’empêche…

Tout commence en 1942, sur le sol britannique où débarquent les premiers soldats américains. Anglais et Américains signent le Visiting Forces Act, qui autorise à «occuper le pays tel un pays conquis». Deux millions de soldats, dont 10 % d’Afro-Américains, vont transiter sur le sol anglais. Des films sont tournés pour l’armée américaine qui précisent quelle attitude les soldats noirs (la ségrégation est alors encore vive aux Etats-Unis) doivent avoir face aux ladies. Seulement voilà, les soldats, beaux, riches, se tiennent mal, comme témoigne Claire Chicoteau, engagée dans les Forces françaises libres : «Ils étaient fiers et arrogants. Ils se vantaient que tout était plus grand et mieux aux Etats-Unis, que l’Angleterre était un pays misérable, pauvre, petit.» Paroles d’enfants mal grandis, peut-être. Seulement voilà, les gamins qui arrosent leurs amies de dollars ont aussi des appétits sexuels. Et là, ça commence à déraper. Selon les travaux de J. Robert Lilly, chercheur en criminologie et auteur de la Face cachée des GI. Les viols commis par des soldats américains pendant la Seconde Guerre mondiale (1), on comptera 2 500 meurtres et viols commis par les GI entre 1942 et 1945 sur le seul sol anglais. Et ce n’est encore rien ! Le 6 juin 1944 a lieu le débarquement en Normandie. Le 14 juin 1944, le premier viol est commis, à quatre kilomètres de Sainte-Mère-l’Eglise. Quelques semaines plus tard, le général Juin écrit à Eisenhower pour que «soit mis un terme à l’insécurité permanente à laquelle sont soumises les populations terrorisées par les troupes américaines». En vain. Un an après, le chiffre est effarant : 3 500 crimes ! Encore ne s’agit-il que des plaintes traitées par les autorités militaires. Des cours martiales sont mises sur pied, composée de militaires blancs. Les jugements se succèdent à un rythme fou, les sanctions tombent : les coupables seront pendus. Comme par hasard, les coupables sont, en majorité, des Noirs ou des Indiens, pour des raisons bien analysées dans le documentaire.

Alain Moreau et Patrick Cabouat ont repris certaines de ces affaires et retrouvé des témoins de l’époque que l’on écoute avec stupeur. Les soldats américains franchissent ensuite la frontière allemande, et là, c’est autre chose : les viols ne sont plus des crimes, à peine des actes illicites. La fin de ce film qui jongle fabuleusement avec les archives, met justement les pendules à l’heure en rappelant que ces comportements sont ceux, partout et toujours, des vainqueurs. On attend encore les travaux d’historiens sur les exactions en Italie des troupes françaises, et celles de l’Armée rouge.

Voir aussi:

Médias télé
L’Humanité
24 mars 2006

La face cachée des libérateurs

France 3, 23 h 25.

Lors de l’entrée en guerre de l’Angleterre, Churchill avait promis du sang et des larmes. Il avait oublié le sperme. Mais l’armée américaine, elle aussi, aura été prise de court. Elle n’avait prévu ni les juges ni les bourreaux pour traiter des viols commis par ses soldats. Il y en aurait eu 2 040 en Angleterre, 3 620 en France et plus de 11 000 en Allemagne. Le viol est tant une arme de guerre qu’un dommage collatéral pour cette armée de libérateurs n’osant s’avouer d’occupation. Le documentaire d’Alain Moreau est accablant. Même si l’on sent que, pris dans un sujet trop vaste, il a voulu tout traiter, au risque de laisser des zones d’ombre. Mais l’éclairage apporté n’en est pas moins salutaire.

S. H.

Il apporte toutefois une conclusion fort pertinente, en rappelant que l’armée allemande a pratiqué le viol à grande échelle dans toute l’Europe, que l’armée soviétique est responsable de plusieurs centaines de milliers de crimes sexuels, que les soldats français ont violé des milliers de femmes au cours de la campagne d’Italie et qu’en Allemagne, pour la seule ville de Stuttgart, des documents attestent l’implication des troupes françaises dans 1 098 viols. Et Alain Moreau d’ajouter : « A quand un ouvrage français à l’image de celui publié par le professeur Lilly ? »

23.25 FRANCE 3
La face cachée des libérateurs

Le Monde du 19.03.06

Patrick Cabouat (Fr3, 2005).
Depuis un demi-siècle, combien de fois a-t-on vu ces images idylliques de la Libération avec l’immanquable illustration sonore d’un des airs les plus « swing » de Glenn Miller : ces Françaises arborant leurs plus belles robes à fleurs pour sauter au cou des GI fraîchement débarqués (voir photo en « une ») ? « Elles disent la vérité, ces images, avertit ce documentaire. Mais pas toute la vérité. » Fin juin 1944, en Normandie, trois semaines seulement après le débarquement, 175 soldats américains étaient déjà accusés de viols. Certains ont été pendus sur-le-champ, aussitôt après leur condamnation par un tribunal militaire.

Ancien éditeur audacieux ( Suicide, mode d’emploi ; P comme Police, etc.), Alain Moreau, aujourd’hui scénariste et documentariste, poursuit une démarche toujours aussi singulière. Comme il avait exploré l’ « histoire tourmentée et cachée » d’Interpol, il avait décrit, dans Fusillés pour l’exemple (réalisé aussi par Patrick Cabouat), la répression aveugle des mutineries dans l’armée française durant la première guerre mondiale. Dans ce dernier cas, il s’était fondé sur les travaux d’historiens qui avaient profondément exploité des archives militaires, dont l’accès avaient été longtemps restreint.

Cette fois, Alain Moreau s’est fondé sur les recherches effectuées par J. Robert Lilly, professeur d’université aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, qui a notamment fouillé, à Washington, les documents des cours martiales de la seconde guerre mondiale, récemment déclassifiés. Ce sociologue et criminologue américain a publié en France le résultat de son étude dans un livre intitulé La Face cachée des GI’s (Payot), mais il n’a pu le faire aux Etats-Unis, où les éditeurs se sont récusés pour cause de guerre en Irak…

Robert Lilly guide ce documentaire aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, pour interroger divers témoins. Selon lui et les archives, 2 500 « viols ou meurtres » ont été imputés aux troupes américaines outre-Manche, où elles étaient stationnées de 1942 à 1944, avant le débarquement. Ces exactions ont augmenté en France : 3 500 en un an. Elles se sont considérablement multipliées outre-Rhin : plus de 11 000. Ce documentaire troublant à plus d’un titre révèle que 84 % des condamnés à mort étaient des Noirs alors qu’ils ne représentaient que 10 % des effectifs. Mais l’une des qualités de ce film est de montrer à quel point la ségrégation et la discrimination raciales étaient encore en vigueur, à l’époque, dans l’armée des « libérateurs ».

Ces chiffres et les faits rapportés sont accablants, d’autant plus que Robert Lilly considère que « seulement 5 % des viols ont donné lieu à des plaintes ». Mais ce film démythificateur souffre, par moments, d’imprécision, quand on se demande s’il est question d’estimations, de plaintes enregistrées ou de condamnations. D’autre part, le commentaire lu par Marie-Christine Barrault est parfois un peu trop insistant. Il apporte toutefois une conclusion fort pertinente, en rappelant que l’armée allemande a pratiqué le viol à grande échelle dans toute l’Europe, que l’armée soviétique est responsable de plusieurs centaines de milliers de crimes sexuels, que les soldats français ont violé des milliers de femmes au cours de la campagne d’Italie et qu’en Allemagne, pour la seule ville de Stuttgart, des documents attestent l’implication des troupes françaises dans 1 098 viols. Et Alain Moreau d’ajouter : « A quand un ouvrage français à l’image de celui publié par le professeur Lilly ? »
Francis Cornu

* Lilly estime à 18 000 le nombre de viols (déclarés) perpétrés par les forces américaines pour l’ensemble de leur campagne européenne entre 1942 et 1945

** Voir ci-dessus l’inscription de la pierre tombale normande, d’un mari assassiné en 1944 par un groupe de noirs pour avoir tenté d’empêcher le viol de sa femme (« Tué par des noirs »)

*** les Italiens inventeront même l’expression « se faire maroquiner » et l’Etat italien se verra obligé de verser des pensions aux victimes …

Note:

In case anyone need proof that, outside of Chomsky or Galloway, the French definitely don’t have a monopoly on rabid antiAmericanism, here’s a little sample from the same school who gave America and the world the legendary « Cambridge four » or « five » (Philby, Burgess, Mac Lean, Blunt, Cairncross), who were probably many more (Liddell, Hollis, Rees, Rothschild, Ashby, Long, Symon , etc) .…
An ethical blank check

British and US mythology about the Second World War ignores our own crimes and legitimizes Anglo-American warmaking

By RICHARD DRAYTON*

(10 May 2005) — IN 1945, as at the end of all wars, the victor powers spun the conflict’s history to serve the interests of their elites. Wartime propaganda thus achieved an extraordinary afterlife. As Vladimir Putin showed yesterday, the Great Patriotic War remains a key political resource in Russia. In Britain and the US, too, a certain idea of the second world war is enthusiastically kept alive and less flattering memories suppressed.

Five years ago, Robert Lilly, a distinguished American sociologist, prepared a book based on military archives. Taken by Force is a study of the rapes committed by American soldiers in Europe between 1942 and 1945. He submitted his manuscript in 2001. But after September 11, its US publisher suppressed it, and it first appeared in 2003 in a French translation.

We know from Anthony Beevor about the sexual violence unleashed by the Red Army, but we prefer not to know about mass rape committed by American and British troops. Lilly suggests a minimum of 10,000 American rapes. Contemporaries described a much wider scale of unpunished sex crime. Time Magazine reported in September 1945: « Our own army and the British army along with ours have done their share of looting and raping … we too are considered an army of rapists. »

The British and American publics share a sunny view of the second world war. The evil of Auschwitz and Dachau, turned inside out, clothes the conflict in a shiny virtue. Movies, popular histories and political speeches frame the war as a symbol of Anglo-American courage, with the Red Army’s central role forgotten. This was, we believe, « a war for democracy ». Americans believe that they fought the war to rescue the world. For apologists of the British Empire, such as Niall Ferguson, the war was an ethical bath where the sins of centuries of conquest, slavery and exploitation were expiated. We are marked forever as « the good guys »and can all happily chant « Two world wars and one world cup. »

All this seems innocent fun, but patriotic myths have sharp edges. The « good war » against Hitler has underwritten 60 years of warmaking. It has become an ethical blank check for British and US power. We claim the right to bomb, to maim, to imprison without trial on the basis of direct and implicit appeals to the war against fascism.

When we fall out with such tyrant friends as Noriega, Milosevic or Saddam we rebrand them as « Hitler ». In the « good war » against them, all bad things become forgettable « collateral damage ». The devastation of civilian targets in Serbia or Iraq, torture at Abu Ghraib and Guantánamo, the war crime of collective punishment in Falluja, fade to oblivion as the « price of democracy ».

Our democratic imperialism prefers to forget that fascism had important Anglo-American roots. Hitler’s dream was inspired, in part, by the British Empire. In eastern Europe, the Nazis hoped to make their America and Australia, where ethnic cleansing and slave labor created a frontier for settlement. In western Europe, they sought their India from which revenues, labor and soldiers might be extracted.

American imperialism in Latin America gave explicit precedents for Germany’s and Japan’s claims of supremacy in their neighbouring regions. The British and Americans were key theorists of eugenics and had made racial segregation respectable. The concentration camp was a British invention, and in Iraq and Afghanistan the British were the first to use air power to repress partisan resistance. The Luftwaffe – in its assault on Guernica, and later London and Coventry – paid homage to Bomber Harris’s terror bombing of the Kurds in the 1920s.

We forget, too, that British and US elites gave aid to the fascists. President Bush’s grandfather, prosecuted for « trading with the enemy » in 1942, was one of many powerful Anglo-Americans who liked Mussolini and Hitler and did what they could to help. Appeasement as a state policy was only the tip of an iceberg of practical aid to these dictatorships. Capital and technology flowed freely, and fascist despots received dignified treatment in Washington and London. Henry Ford made Hitler birthday gifts of 50,000 marks.

We least like to remember that our side also committed war crimes in the 1940s. The destruction of Dresden, a city filled with women, children, the elderly and the wounded, and with no military significance, is only the best known of the atrocities committed by our bombers against civilian populations. We know about the notorious Japanese abuse of prisoners of war, but do not remember the torture and murder of captured Japanese. Edgar Jones, an « embedded » Pacific war correspondent, wrote in 1946: « ‘We shot prisoners in cold blood, wiped out hospitals, strafed lifeboats, killed or mistreated enemy civilians, finished off the enemy wounded, tossed the dying into a hole with the dead, and in the Pacific boiled flesh off enemy skulls to make table ornaments. »

After 1945, we borrowed many fascist methods. Nuremberg only punished a handful of the guilty; most walked free with our help. In 1946, Project Paperclip secretly brought more than 1,000 Nazi scientists to the US. Among their ranks were Kurt Blome, who had tested nerve gas at Auschwitz, and Konrad Schaeffer, who forced salt into victims at Dachau. Other experiments at mind control via drugs and surgery were folded into the CIA’s Project Bluebird. Japan’s Dr Shiro Ishii, who had experimented with prisoners in Manchuria, came to Maryland to advise on bio-weapons. Within a decade of British troops liberating Belsen, they were running their own concentration camps in Kenya to crush the Mau Mau. The Gestapo’s torture techniques were borrowed by the French in Algeria, and then disseminated by the Americans to Latin American dictatorships in the 60s and 70s. We see their extension today in the American camps in Cuba and Diego Garcia.

War has a brutalizing momentum. This is the moral of Taken By Force, which shows how American soldiers became increasingly indiscriminate in their sexual violence and military authorities increasingly lax in its prosecution. Even as we remember the evils of nazism, and the courage of those who defeated it, we should begin to remember the second world war with less self-satisfaction. We might, in particular, learn to distrust those who use it to justify contemporary warmongering.

*Richard Drayton is senior lecturer in history at Cambridge University.
Comments to : shunpike@shunpiking.com


Chauvinisme: Chirac’s mentalité Maginot

25 mars, 2006

Aspades_3 Parfaitement désopilant édito du FT ce matin – en franglais, s’il vous plait !

Sur le chauvinisme économico-linguistique de Notre Génie de Corrèze, qui en dit long sur la manière dont sa génération a préparé la France aux défis actuels de la construction européenne et de la mondialisation, autrement dit à la… modernité !

Après, on s’étonne que lesdits Français aient voté contre l’Europe l’an dernier ou soient actuellement en train de refuser, dans la rue comme à leur habitude, le tout petit pas de puce, vers ladite modernité, du…CPE.

Reste l’ironie de voir la modernité incarnée pour l’occasion par celui qui passe en France, notamment dans le poujadisme quotidien des Guignols de Canal +, comme la quintessence de l’archaïsme,… le baron Seillière !

Malheureusement, M. Chirac missed Mr Seillière’s impassioned plea for Europe’s leaders to resist the swelling tide of national protectionism. The French president’s mentalité Maginot is a symptom of that tide, but also a complete failure to recognise that France has been a notable beneficiary of globalisation – precisely because of the language skills of its people.

Parlez-vous anglais?
The Financial Times
March 25 2006

Zut alors! Ernest-Antoine Seillière, head of the European Union’s business organisation, had la témérité to address Thursday night’s meeting of EU leaders en anglais. Naturellement, Jacques Chirac stormed out in protest at what his French compatriot described – rightly – as the language of business.

Malheureusement, M. Chirac missed Mr Seillière’s impassioned plea for Europe’s leaders to resist the swelling tide of national protectionism. The French president’s mentalitéMaginot is a symptom of that tide, but also a complete failure to recognise that France has been a notable beneficiary of globalisation – precisely because of the language skills of its people.

French companies have expanded across the globe, acquiring businesses outside la francophonie in countries such as the UK and the US. Some of the biggest have chosen to adopt English in their boardrooms, since most anglo-saxonsare monoglots – incapable of holding their own in French. Ironically, one such company is Danone, which France’s politicians defended as a symbol of la gloire when a bid from PepsiCo of the US was rumoured.

Meanwhile, Insead, the business school, has become France’s only world-class higher education institution because it works in English.

When not in the trenches crying « Ils ne passeront pas », M. Chirac has campaigned for Europeans to learn two foreign languages, to equip them for globalisation. He is right: as a recent British Council report pointed out, English is becoming une commodité and l’avantage compétitif will soon come from fluency in other tongues. But even then, English will still be the lingua franca for business – one that the French increasingly speak avec assurance.

 

 

 


Caricaturistes: Pour nous, le 11 septembre a été un appel aux armes (Cox and Forkum: Thus always to tyrants !)

20 mars, 2006

Sicsempertyrannis

FallingiconsSeptember 11, 2001, was a watershed moment for everybody. For us as cartoonists, it was a call to arms, a call to challenge complacency and inaction. That’s what we strive to do.  John Cox

Quel meilleur hommage à ceux qui l’ont rendu possible en ce  3e anniversaire de la libération de l’Irak ..

Que ces entretiens de deux des plus éminents représentants, dans le petit monde des dessinateurs de presse, du refus de l’instinct grégaire et de la voix de la foule, John Cox et Allen Forkum …

The Cox and Forkum Interview

John Little
June 1, 2004

John Little: You created your blog to promote your book Black & White World. How is the book  doing and how is the blog impacting the way you work, communicate with fans, and promote yourselves?

Forkum: Sales have been slow but steady — not as good as we’d like, of course, but at this rate we’ll eventually profit from it. We self-published the book, so it was a risky venture from the start. The blog has definitely helped sales. Certainly more people know of us now than before.

Cox: For all the satisfaction the book has offered, our work on the Web site has been a huge adrenaline rush. Speed and responsiveness is rewarded in blogging, and it has given me a chance to do the kind of work that normally doesn’t thrive in conventional outlets. For all the quick reaction time and head-long thrill of instantaneous fan response, I swear there ought to be racing stripes and sponsor decals on my drawing board.

Forkum: As an example of what John means, we were able to post our « In The Dark » cartoon within hours after the blackout happened. Having that kind of freedom is fun.

John Little: « Why aren’t these guys syndicated? » is a question I hear a lot. Is syndication necessarily an indication of success for cartoonists and is it something you’re pursuing aggressively?

Forkum: We’d love to be syndicated, and we’re striving for it. With the blog we’re reaching a couple of thousand viewers a day on average. A syndicated cartoonist has the potential to reach hundreds of thousands. Not only would that much exposure be rewarding professionally, presumably the income would be better, too.

Cox: To me, syndication would be the limo ride of cartooning. Blogging is more like a Ferrari road trip, opened up and blasting through the country-side. So far, the bug parts on my sunglasses seem kind of cool.

John Little: In our two-party system there’s the assumption that we operate from a common pool of values. Is that attachment still there for the Democratic party or is the far-Left enveloping the mainstream Democrat?

Forkum: As far as the Democratic leadership and prominent politicians go, I think the Leftist ideology has taken over. I’m from Tennessee, and here rural Democrats are very different from urban Democrats. I think that’s why Gore couldn’t even carry his home state in 2000. He’d be president right now if he had, but he was too far left.

Cox: Oooooooooh……President Gore.  That’s a case of Bombay Gin and four days in Vegas to a cartoonist.

John Little: The Left really appeared to be gaining momentum in the months leading up to the war in Iraq. The war took a lot of steam out of their movement but they’re slowly gaining traction again. Do you think they will be able to focus the diverse coalition they assembled to oppose the war into defeating George Bush or will they remain fractured by different priorities?

Forkum: I think the Democrats are too fractured right now, but that doesn’t mean they couldn’t come together and pose a threat to Bush. It may simply depend on whether or not the Green Party fields a candidate and takes votes away votes away from the Democrat nominee. I imagine that they will because they won’t be able to resist the opportunity to bash Bush.

John Little: Are there any public figures on the Left that you can respect or that you believe would serve as proper role-models for a « rational Left » or am I dealing in oxymorons here?

Forkum:  I don’t know of anyone today.

Cox: I think you’d have a better chance of seeing Schwarzenegger pass a diction course than witnessing a prominent Leftist spouting a rational approach to world leadership.

John Little: Your work is guided by the philosophy of Objectivism as opposed to a purely politically conservative viewpoint. Political
differences aside, I often find myself most disturbed by the sheer lack of reason, of critical thought, that I find on the Left. Can you relate?

Forkum: Absolutely. As far as they’re concerned, their socialistic ends justify their means. Reason and critical thinking only get in their way.

John Little: What do you think drives a person to associate President Bush, Donald Rumsfeld, or Dick Cheney with a monster like Hitler while simultaneously appearing to be unmoved by the atrocities of a Saddam, bin Laden, Kim Jong Il, or the like? Where does this homegrown assumption of American evil by default come from?

Forkum: From morality. Generally speaking, Leftists think it is morally wrong that America is rich and powerful while other countries are poor and weak. Their morality — altruism — dictates that the haves are morally obligated to sacrifice for the have-nots.  Politically this leads to collectivism and socialism.

America, on the other hand, is still basically individualistic and capitalistic. America is about being self-responsible, pursuing your own happiness and interests, making money and having the freedom to choose how you spend it — even if that means choosing not to give it away to the needy.

What could be more evil by Leftist standards? To them America is propagating the « evil » of capitalism and economic freedom. By comparison, the crimes of Saddam, bin Laden and Kim Jong Il are considered lesser evils (if evil at all), crimes that are further mitigated by the socialistic/anti-American sentiments of the brutes who commit them.

The Leftist moral evaluation of reality is the exact opposite of the truth because their morality is the exact opposite of the good.

John Little: Do you ever find yourselves at odds over creative or philosophical issues? How does the collaborative process work and how do you resolve differences if they arise?

Forkum: As the writer, I have the final say on philosophical and political issues, but it’s extremely rare that John and I find ourselves at odds. Our basic approach is that once we have an idea, whether it’s mine or John’s, whatever serves that idea becomes the standard — that is, whatever helps the cartoon communicate the intended message is good, whatever interferes is bad. Most often that approach is what resolves any differences of opinion in, say, how something looks or how something is written.

Cox: And I would add that having worked with Allen for about 14 years, I can safely say we know each other’s aesthetics. The only time we seem to differ in a cartoon’s direction is when my attempts at exaggeration become « over cooked. » I like prodding and poking the outer limits of what makes a cartoon visually arresting.

John Little: What are your thoughts on your peers at the opposite end of the political spectrum? Can you look at a Ted Rall, for example, and appreciate the work but despise the message?

Forkum: Not in the case of Ted Rall. But there are a lot of excellent cartoonists with left-leaning politics — far more from the left than the right. Just to name a few, Ben Sargent, Pat Oliphant, and Don Wright are all great artists and masters at communicating their ideas with powerful visuals, and that’s true whether I agree with their opinions or not. And from the right there’s the wonderful Michael Ramirez. But far-Left cartoonists tend to merely write screeds with spot illustrations. It’s as if they are so caught up in the words of ideology they can’t even think of visual ways to communicate. I don’t appreciate that type of editorial cartooning no matter what politics it
espouses.

Cox: Peers?  We are the only two-headed, four-eyed, Objectivist visual commando this side of Pluto. We’re a new mutation. I think Allen’s take on the news coupled with my insatiable need for inky fingers make us unique.

John Little: How did the events of 9/11 shape or impact your work?

Forkum: We started editorial cartooning in mid-August 2001. I had written three cartoons but we hadn’t started drawing them yet. September 11 totally changed our approach. Rather than casually pursuing the work, I suddenly had burning desire to speak out. The large majority of our cartoons have since dealt directly or indirectly with what we think is the appropriate response to the 9/11 attacks.

Cox: It also triggered a dictum that Allen and I really treasure: Cartooning is pointless only if you make it pointless. September 11, 2001, was a watershed moment for everybody. For us as cartoonists, it was a call to arms, a call to challenge complacency and inaction. That’s what we strive to do.

Many thanks to: http://www.blogsofwar.com/archives/2004/06/01/the-cox-and-forkum-interview/

______________________________________________________________________________________

INTERVIEW WITH JOHN COX & ALLEN FORKUM
by Ego
December 04, 2003

I have enjoyed Cox & Forkum’s editorial cartoons in The Intellectual Activist for a long time and it was therefore very interesting to read Robert Tracinski’s interview with the dynamic duo in the March 2002 issue of TIA. I was one of the first individuals who had the pleasure to find Cox & Forkum’s virtual home in cyberspace. I have enjoyed their book, Black & White World, very much.

I hope this interview will give you additional insight to the interesting online interviews by Dean Esmay and John Little.

EGO: First of all, I want to thank you very much for your work with the EGO logotype. Do you want to tell my readers how you came up with the logotype?

FORKUM:
The initial idea for the logo was a graphic solution using the word « ego » to form a person’s face, but the results didn’t really connote egoism strongly enough. I knew John could illustrate a heroic, proud man so that is the tack we took. The original drawing had a square border around it. We eliminated that so the man would be the highest graphic element in the logo. The sphere was meant to connote a lofty peak or even the world itself.

COX: Heroic was what I was shooting for. There was power in his stance that I think captured a sense of joy and determination. I really wanted to work simple, simple, simple. You put the logo on a jersey and I’ve worn that shirt out.  [EGO Editor: How about sending a X-mas gift to John & Allen?] I really liked the understated size of the artwork, yet its intent is a real attention-getter. That logo was a fun project.

EGO: Your first war cartoon, « Blend, » was created on September 20, 2001. Please tell me your reactions to what happened on 9/11.

FORKUM:
Disbelief, horror, fear, anger, grief … and under all those feelings was a dismay at my own ignorance that such a threat even existed. Of course I knew that militant fundamentalist Muslims hated America and that they regularly attacked us overseas, from Lebanon to Africa to Yemen. I knew they had attack the WTC once before. I knew the Taliban had destroyed non-Islamic statues in Afghanistan. I recalled the name Osama bin Laden. But I never imagined Islamists’ willingness and capacity to commit an atrocity on the scale of 9/11. It was a wake-up call for me, to better educate myself on the threat and how to defend ourselves against it. In particular I wanted to fight the battle against Islamist jihad ideology. That desire is fundamental to our editorial cartooning today.

COX:
That day changed America. It changed me. How could it not? Now, all I want to do is take the fight to the horrific ideologies that fueled such anti-Americanism. We’re editorial cartoonists, so the battlefield is there.

FORKUM: Along those lines, I elaborated about the « Blend » cartoon in our book: Islamic terrorists share an irrationalism with certain activists in America which results in a common bond — a willingness to use force against those who disagree, a willingness to place their causes above individual rights.

EGO: I think that your cartoon, « Censorship, Berkeley-Style, » is showing how the leftists of the academic world are trying to use dirty tricks as a method in order to stop the freedom of speech at universities. For a background, read my post, ANTI-REASON AT UC BERKELEY. Have you been in contact with many students through your blog?

FORKUM:
Yes, they’ve contacted us. University students have asked permission to use our cartoons on flyers advertising demonstrations and lectures. Some student newspapers have published our cartoons. The cartoon « Affirmative Racism » even caused somewhat of a controversy at Texas A&M. So there’s definitely some interest there.

And I would add regarding the Berkeley cartoon that it also shows what many college leftists are in essence: intolerant, anti-free-speech thugs.

EGO: What’s your favorite source and inspiration for new cartoons?

FORKUM:
Mainly current events, though sometimes we « lead » by commenting on issues we think are important. I spend a lot of time checking the latest news online at CNN, FoxNews and Google News as well as surveying information in the blogosphere, which is abundant and useful. I often wish that I had more time just to keep up with the blogosphere. The op-eds at The Ayn Rand Institute are also inspiring.

EGO: What’s your view on today’s media?

FORKUM:
My general view of them is pretty negative. There’s seems to be a gross lack of objectivity that leads to biases of every sort, from editorializing in « news » articles to the total evasion of important events. Some of this may be laziness, some may be political sympathizing, and some may be out and out propagandizing. But whatever the reason, it is not good journalism. This is not to say that all journalists and every media outlet are corrupt in some way. I don’t know enough to comment on the extent of the problem. But when you have major news organizations like Reuters that even after 9/11 refused to call terrorists « terrorists, » it’s an indication of deep problems.

EGO: During a panel discussion at the Oslo Objectivist Conference, one question was about the fact that several individuals have learned about Ayn Rand’s books and philosophy, through listening to a rock group called Rush. Do you know if you have inspired some of your readers to check out literature by Ayn Rand?

FORKUM:
Yes, a couple of people have mentioned to me that they’ve looked further into Objectivism, and I find that immensely rewarding even though it is not the primary purpose of our cartoons.

EGO: What kind of different feedback have you got from your readers?

FORKUM:
The overwhelming majority of our feedback is positive, but we also regularly receive criticism, from the full political spectrum — conservatives, libertarians and leftists.

COX: The biggest kick I get out of our work is opportunity to hear from folks so fast. I’ve stated it before, but the time between airing the work and hearing what fans think of the work is now down to virtually nothing, and I truly dig the vulnerability… laying it out there and experiencing the response.

EGO:
It was very interesting to read the interview in TIA on how you developed an idea for a cartoon. You refer to Ayn Rand’s book, The Art of Nonfiction. How have you been able to achieve such clarity in your style?

FORKUM:
That’s a tough question. It’s partly a matter of practice. I used to write editorials for my own publications as well as write letters to editors of other newspapers. Effective op-eds and LTEs boil an issue down to its essence and comment on it concisely, often using analogies and metaphors to drive home a point. Creating cartoon ideas is a similar process. Beyond that the execution of the drawing must clearly communicate the idea, which is where John’s skills are so important.

EGO: Could you compare an op-ed with an editorial cartoon? What are the differences and similarities?

FORKUM:
I’ve already mention some similarities above. Of course the main difference is that an editorial cartoon concretizes an opinion with an image. Metaphors and symbolism that are merely handy for an op-ed become essential tools in cartoons. The better editorial cartoons are the ones that emphasize visuals over words and dialogue. That doesn’t mean that word-oriented editorial cartoons can’t be effective — we do those type all the time. But the strongest cartoons essentialize an idea to a quickly perceivable concrete.

This strength in editorial cartoons is a weakness compared to op-eds, which can present full arguments, refer to multiple sources and contexts, and deal easily with high-level abstractions. It’s basically the difference between a book and its cover. One advertises an opinion; the other explains it.

EGO: Have you read Ayn Rand’s book, The Romantic Manifesto?

FORKUM: Yes, I highly recommend the book — all of Ayn Rand’s books are worth reading. The Romantic Manifesto is an excellent, philosophical analysis of art, from television to novels to painting.

COX: The Romantic Manifesto was a fun read. It kind of gave me a beginning point to justify my « throwback » aesthetic. Instead of being an unimaginative hack, I could be a messenger bringing back the joy of Realism. I found her words to be very invigorating. Now I had something to say to all those stiff-necked modernists who prefer barbaric paint globs over humanist values.

EGO: John, for how many years have you been a painter of fine art? Who’s your favorite artist?

COX: I’ve been showing my paintings for 10 years, and I hope to do it for the rest of my life. I consider my fine art goals to be the engine for my cartooning. A lot of the adrenaline rush I get from a sharp cartoon is found in the experience of selling a very personal painting. I’ve come to realize that my two loves are inseparable, and I want to pursue them both with equal passion.

Who are my painting heroes? Andrew Wyeth for his elegant use of the figure in large expanses of landscape. Edward Hopper for his sense of solitude in his work. He found a dignity in physical isolation that I find very romantic. Maxfield Parrish for his sense of design and his magical take on Realism. But for pure bravura and lust for the human experience, I’d have to say writer Ernest Hemingway‘s life is the most inspirational. Not his outrageous fame per se, or his shameless irresponsibility, but how he reveled in physical and intellectual pleasure. I really admire his sense of adventure and the courage to see it through. Although, I think I’ll pass on the shotgun thing.

EGO: Allen, could you provide us with a gag cartoon from your magazine, Automotive Report? How about something on the topic « Amish versus Technology »?

FORKUM: This cartoon is from 1996 and, if I remember correctly, it was entirely John’s idea.

COX:
Yeah… the Amish thing. Loaded with paradoxes that lead to some really funny ideas. Granted, the cartoon was also skirting the meaning of progress, but when I hit upon the idea of a horse crunched in a garage door, it became pure slapstick. The cartoon represents my tendency to make fun of religious dogma… and dumbfounded farm animals.

EGO: What are your plans for the future? When could we purchase your next book?  Another Cox & Forkum product?

FORKUM:
We’re still striving for syndication. We recently sent out submissions and are waiting for reactions. In the mean time, we’re producing cartoons as if we’re syndicated. Publishing a second book is a strong possibility, perhaps sometime next year. But first we want to sell more copies of « Black & White World. »  I have too many stored in my garage! We’ll likely add more t-shirts to our line.  And we’re considering selling some of our original artwork.

COX:
Ultimately, I’d love to see our work in a big gallery show. Think of a nice airy room with cream walls and hundreds of original drawings all matted and glassed. Bottles of cabernets and pinot grigio piled near a bandstand oozing delicious jazz music across the room. Kind of a celebration of art and ideas. Until then, though, I’m thrilled with the possibilities of where the drawings can lead us. I tell everyone, You ain’t seen nothing yet.

For more cartoons like this, check out John Cox & Allen Forkum‘s book, Black & White World.

Autre dessinateur à découvrir, pour ceux qui le connaitraient pas encore, l’anti-Doonesbury Chris Himes: http://www.daybydaycartoon.com/


ADM irakiennes: Les inspecteurs n’ont jamais pu vérifier… (Thérèse Delpech: As the gassing of the Kurds demonstrated, these weapons also had their own domestic uses)

18 mars, 2006

Irak_wmd1_1

Dans l’immédiat, notre attention doit se porter en priorité sur les domaines biologique et chimique. C’est là que nos présomptions vis-à-vis de l’Iraq sont les plus significatives : sur le chimique, nous avons des indices d’une capacité de production de VX et d’ypérite ; sur le biologique, nos indices portent sur la détention possible de stocks significatifs de bacille du charbon et de toxine botulique, et une éventuelle capacité de production.  Dominique De Villepin (05.02.03)
Comme l’exemple d’usage chimique contre les populations kurdes de 1987-1988 en avait apporté la preuve, ces armes avaient aussi un usage interne. Thérèse Delpech

Petite piqûre de rappel, à deux jours du 3e anniversaire de l’Opération Liberté pour l’Irak, pour ceux qui croient toujours à la légende urbaine des « mensonges » de George Bush et Tony Blair sur les ADM irakiennes. Et ce, malgré la conviction à l’époque de la quasi-totalité des services de renseignement occidentaux de leur présence, les milliers de doses d’antidote commandées par Saddam à la veille du conflit ainsi que la promesse des autorités françaises à leurs « alliés » américains d’intervenir ou de fournir au Qatar des équipements anti-ABC au cas où Saddam les aurait utilisées, sans parler des centaines de kilomètres de désert parcourues par les troupes américaines en tenue complète anti-armes chimiques …

Voir ainsi ce bref compte-rendu du Monde d’avril 2004 sur un rapport d’experts internationaux, dont notamment la meilleure spécialiste française de la question, Thérèse Delpech, chercheure au CERI et commissaire de l’Unmovic …

La question de l’armement de l’Irak n’est pas tranchée
Le Monde
02.04.04

Dans la revue « Politique étrangère », cinq experts alimentent le débat sur l’existence des ADM

Partant du postulat avéré selon lequel le groupe (américain) d’inspection en Irak ( Irak Survey Group ) n’a pas réussi, à ce jour, à apporter la preuve que Saddam Hussein ait réussi à dissimuler des armes de destruction massive (ADM) aux inspecteurs de l’ONU ; et loin de la controverse que suscite le fait que la présence supposée de telles armes a servi d’argument à l’administration américaine pour déclencher la guerre en Irak, peut-on d’ores et déjà conclure avec certitude que ces armes n’existent pas ? Non, répondent des spécialistes et experts des ADM dans des articles publiés par la dernière livraison de la revue trimestrielle, Politique étrangère .

Essentiellement parce que, d’une part, pendant onze ans, de 1991 à 2003, le régime irakien n’a cessé de mentir dans un sens ou dans l’autre ; et que, d’autre part, de nombreuses questions posées par les équipes des inspecteurs du désarmement, qui ont opéré en Irak au sein de l’Unscom jusqu’en 1998 et de l’Unmovic à partir de la fin novembre 2002, demeurent sans réponse.

« La défection de Hussein Kamal Hassan et sa fuite en Jordanie firent beaucoup pour la découverte des programmes d’armes biologiques et chimiques. Mais après un flux d’informations fin 1995 et début 1996, les Irakiens cessèrent d’apporter de nouveaux éléments et en revinrent à la vieille tactique consistant à s’arc-bouter sur un mensonge peu convaincant jusqu’à ce que les inspecteurs apportent des preuves contraires », rappelle Tim Trevan, ancien conseiller du directeur exécutif et porte-parole de la commission spéciale de l’ONU pour l’Irak.

Il révèle quelques autres exemples de grossiers mensonges, avancés par certains des plus hauts responsables irakiens. Plus inquiétante est l’ambiguïté délibérément maintenue par l’Irak sur l’entretien de programmes d’ADM. Il ne suffit pas de dire que cette ambiguïté avait un but psychologiquement dissuasif, ou qu’elle visait à satisfaire la mégalomanie du régime, au prix de sanctions internationales et d’inspections intrusives, qui ont fini par l’affaiblir. D’autant qu’à mesure qu’une intervention militaire américaine se précisait, Bagdad a soudain voulu jouer la transparence ou plutôt feindre de le faire, comme le montrent les zones d’ombre relevées par l’Unmovic dans un rapport du début mars 2003.

« 10 000 LITRES D’ANTHRAX »

Thérèse Delpech, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales et commissaire auprès de l’Unmovic, rappelle à cet égard quelques éléments contenus dans le rapport du 6 mars 2003 de l’Unmovic. « Les inspecteurs n’ont jamais pu vérifier ce qu’il était advenu de 3,9 tonnes de VX (…) dont la production entre 1988 et 1990 a été reconnue par l’Irak. Bagdad a déclaré que les destructions avaient eu lieu en 1990 mais n’en a pas fourni de preuves. En février 2003 (…) un document a été fourni [par Bagdad] à l’Unmovic pour tenter d’expliquer le devenir d’environ 63 % du VX manquant. Auparavant, les Irakiens prétendaient ne pas détenir un tel document. »

Idem pour l’anthrax, dont l’Irak affirmait avoir détruit le stock en 1991. Mais, « en mars 2003, l’Unmovic concluait qu’il existait toujours, très probablement, 10 000 litres d’anthrax non détruits par l’Irak... Comme pour le VX, l’Irak a fourni à l’ONU, en février 2003, un document sur ce sujet qui ne pouvait permettre de conclure quelles quantités avaient été détruites ».

Les mêmes interrogations continuent de se poser concernant les missiles Al-Samoud-2, les 6 256 bombes aériennes que l’Irak a finalement admis ne pas avoir utilisées durant la guerre contre l’Iran, de 550 obus d’artillerie qui manqueraient toujours à l’appel et d’une trentaine de bombes biologiques.

Chargé de tirer les conclusions de l’affaire des ADM irakiennes, Leonard S. Spector, directeur adjoint du Center for Nonproliferation Studies du Monterey Institute of International Studies, souligne que les découvertes qui seront faites sur les ADM auront un impact considérable, tant pour la crédibilité des services de renseignement américains et britanniques que pour l’efficacité des inspections internationales et des contrôles à l’export ou encore sur l’utilité des ADM pour des puissances régionales et sur la sécurisation des programmes ADM adverses pendant et après un conflit.
P/

Mouna Naïm

Voir aussi ce rapport de mars 2003 (et donc à la veille de l’intervention) devant les députés français:

Mme Thérèse Delpech a indiqué qu’elle limiterait sa présentation à la question du désarmement, dans les domaines chimique, biologique et conventionnel, soulignant qu’il s’agissait du seul objectif sur lequel il y avait unanimité de la communauté internationale. Même si des débats existent sur l’ampleur de ce désarmement et les modalités à suivre pour y parvenir, cette unanimité est réelle. Elle a fait remarquer que paradoxalement c’est aussi dans ce domaine que l’information était la plus pauvre. Pourtant, la CCVINU a publié la semaine dernière un rapport complet de 170 pages qui fait le point complet sur les questions de désarmement non résolues. Il s’agit du résultat de plus de deux années de travail et d’un document authentiquement onusien, puisqu’il a été réalisé par une équipe multinationale réunie autour de Hans Blix. Sa force de conviction n’en est que plus grande. La présentation de ce document concerne des armes, comme les armes chimiques ou biologiques, dont l’utilisation est envisageable lors de l’intervention militaire qui va commencer. Plusieurs hauts représentants des autorités françaises, dont le Ministre des affaires étrangères, M. de Villepin, l’ambassadeur de France à Washington, M. Levitte, ou le général Henri Bentegeat, chef d’état-major des armées, ont d’ailleurs indiqué qu’une utilisation de telles armes par l’Irak pourrait modifier la position de la France.

Le programme en matière d’armes chimiques est le plus avancé des différents programmes prohibés par le Conseil de Sécurité depuis 1991. Dans ce domaine, les Irakiens ont fait des progrès constants depuis le lancement du programme puis son développement rapide en 1982-83 lors de la guerre contre l’Iran. Ces progrès ont continué après la fin de cette guerre, et ont permis la maîtrise de la production de puissants neurotoxiques dont le gaz VX. L’utilisation massive de ces armes pendant la guerre Iran/Irak, qui a fait des dizaines de milliers de morts dans les rangs iraniens et des milliers de morts dans la population civile kurde, n’a entraîné aucune réaction internationale. Enfin, de nombreuses déclarations irakiennes insistent sur le caractère primordial des armes chimiques dans l’issue de la guerre avec l’Iran.

Mme Thérèse Delpech a également précisé que l’Irak avait acquis une bonne connaissance et une bonne maîtrise du double usage, civil et militaire, de l’industrie chimique lui permettant, par exemple, d’utiliser des usines de pesticides comme façades de ses programmes de production d’armes chimiques. Les inquiétudes les plus grandes concernent les agents chimiques les plus stables, comme le gaz moutarde ou le VX, mais il faut aussi prendre en compte la possibilité que l’Irak ait produit des agents moins stables (comme le sarin) au moment où la probabilité de la guerre est devenue plus grande (été 2002), comme il l’avait fait avant la guerre du Golfe. L’Irak a reconnu avoir équipé de têtes spéciales chimiques une cinquantaine de missiles avant la guerre du Golfe, mais les missiles ne constituent pas les seuls vecteurs possibles de propagation d’éléments chimiques, surtout sur un théâtre d’opérations, où l’on doit aussi prendre en compte des munitions telles que les obus d’artillerie, les roquettes spécialement équipées ou encore les bombes aériennes. Un grand nombre d’entre elles n’ont pu être retrouvées par l’UNSCOM ou la CCVINU, sans que des explications satisfaisantes aient été produites par l’Irak.

Mme Thérèse Delpech a ensuite traité du programme biologique irakien. Il s’agit là du programme irakien le plus secret. L’arme biologique n’a pas été utilisée pendant la guerre Iran/Irak ou pendant la guerre du Golfe, et les installations biologiques n’ont pas été détruites. Les Irakiens ont nié jusqu’en 1995 avoir un programme offensif dans ce domaine. La défection de Hussein Kamel, le gendre de Saddam Hussein, en 1995, a obligé Bagdad à reconnaître le caractère offensif de leur programme et même la militarisation de trois agents. La rapidité des réalisations irakiennes en ce domaine est impressionnante : cinq années (1985-1990) ont suffi pour passer du stade de la recherche de base à la production de milliers de litres d’agents. L’agent le plus dangereux, sur lequel Hans Blix a beaucoup insisté, est le bacille du charbon (anthrax), qui a été produit sous deux formes stables : liquide et sèche en quantité très importante. L’Irak a reconnu avoir militarisé au moins 25 têtes (les déclarations irakiennes ont en fait oscillé entre 25 à 50 têtes) de missiles Scud avec des agents biologiques avant la guerre du Golfe (charbon, toxine botulinique et aflatoxine).

Pour ce qui concerne les activités de l’Irak entre 1998 et 2002, certains renseignements émanant de pays occidentaux et en particulier européens, font état de l’existence de dispositifs mobiles (laboratoires) de production d’armements biologiques. Un grand nombre d’articles a été consacré à ce sujet par la presse allemande et une présentation a été faite au Bundestag sur ce sujet à l’automne 2002.

Abordant le troisième volet relatif à l’arsenal de munitions dont disposerait l’Irak, Mme Thérèse Delpech a indiqué que le nombre de missiles Scud qui pouvait subsister en Irak constituait une question importante. Le ministère français de la Défense et la CCVINU sont d’accord pour dire que l’incertitude porte sur une vingtaine de missiles. En ce qui concerne les missiles Al Samoud 2, 75 d’entre eux ont été détruits avant le départ des inspecteurs sur une centaine qui ont en principe été produits. C’est, il faut le souligner, la troisième tentative de conversion de missiles SA-2 soviétiques en missiles sol-sol, bien que ce type de conversion ait été interdit lors des deux tentatives précédentes en raison du dépassement de la limite autorisée de 150 km. Les programmes de missiles à plus longue portée ne semblent pas être parvenus à achèvement.

Des incertitudes demeurent également dans des domaines autres que les missiles qui peuvent avoir un rôle sur un théâtre d’opérations et qui ont dans le passé été équipés de têtes non conventionnelles. Il s’agit par exemple d’incertitudes sur le sort de 9 000 bombes aériennes, et de 350 bombes dites R-400, construites en 1990. Sur ce dernier point, 2 bombes entières ainsi que des débris correspondant à 118 bombes, selon l’Irak, ont été retrouvés. En ce qui concerne les roquettes recherchées par la CCVINU, 18 ont été trouvées sur 15.000. Un certain nombre de bombes à fragmentation ont également été découvertes lors des inspections récentes qui peuvent avoir une fonction non conventionnelle. Enfin, les Irakiens disposent de plusieurs familles de drones et de méthodes d’épandage aérien, dont une partie semble encore être à l’état de prototype. Tout récemment, les inspecteurs de l’ONU ont pu surprendre les Irakiens en train de démonter des drones non déclarés, d’une envergure de 7,45 m.

En ce qui concerne les précurseurs et agents chimiques et biologiques, Mme Thérèse Delpech a observé qu’une incertitude demeurait sur les produits suivants : 730 tonnes de précurseurs chimiques et 3,5 tonnes de milieux de culture biologique. On ignore par ailleurs la quantité importée après 1998. Enfin, 80 tonnes de gaz moutarde, entre 1 et 10 tonnes de gaz VX, et entre 7 000 et 10 000 litres d’anthrax restent inexpliqués pour la CCVINU.

M. Paul Quilès a fait état de la prise de position de l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis selon laquelle l’utilisation par l’Irak d’armes chimiques contre l’armée américaine constituerait une situation nouvelle de nature à entraîner un changement de la position française. Il s’est demandé en quoi cette situation serait effectivement nouvelle, puisque les Etats-Unis prétendent que l’Irak possède de telles armes. Il a ensuite demandé quelles étaient les motivations de cette déclaration de l’Ambassadeur de France et souhaité savoir si elle augurait d’un changement de position du chef de l’Etat.

M. Edouard Balladur, président de la commission des affaires étrangères, a indiqué qu’il serait préférable de poser cette question à un membre du Gouvernement.

Mme Thérèse Delpech a fait observer que M. Henri Bentegeat, chef d’état-major des armées, avait été le premier à faire une déclaration en ce sens et que M. Dominique de Villepin avait également évoqué une possible « crise chimique » sur Europe 1 avant l’intervention sur CNN de M. Jean David Levitte.

M. Paul Quilès a ensuite posé les questions suivantes : le bombardement de sites contenant des armes biologiques ou chimiques peut-il avoir des conséquences graves ? Alors que la convention de 1993 prohibe la fabrication et le stockage d’armes chimiques, connaît-on les capacités de la quinzaine de pays qui en disposeraient aussi bien que celles de l’Irak ?

M. Jacques Myard a souhaité savoir si l’Irak et le Royaume-Uni avaient été liés par un accord secret en vue de fabriquer des armes chimiques. Après avoir fait remarquer que de telles armes n’avaient pas été utilisées par l’Irak pendant la guerre du Golfe, il a regretté l’arrêt des inspections en 1998. Il a enfin demandé quel jugement porter sur l’affaire de la falsification des documents accréditant l’idée d’un achat d’uranium par l’Irak auprès du Niger.

M. Jean-Michel Boucheron a demandé pour quelle raison, alors que l’armement chimique est censé être au cœur de la stratégie de l’Irak, celui-ci ne l’avait pas utilisé pendant la guerre du Golfe. Si de telles armes sont détenues davantage à des fins politiques qu’en vue d’opérations militaires, ne doit-on pas, en revanche, craindre leur utilisation contre des civils au moyen d’agents pré-positionnés dans d’autres pays ?

Mme Thérèse Delpech a fait remarquer que toute armée, lorsqu’elle conduit des opérations dans des pays soupçonnés de posséder des programmes non conventionnels prend en compte les risques de bombardements sur les sites de production. Dans le cas d’espèce, il n’est pas certain que les Etats-Unis aient même une connaissance précise des emplacements de ces sites ou de ces armes. Des équipes spécialisées accompagneront l’armée américaine pour les localiser.

En ce qui concerne les stocks d’armes chimiques dans le monde, elle a rappelé que la convention d’interdiction des armes chimiques avait pu être conclue – et signée à Paris – en partie à cause de leur terrible utilisation pendant la guerre Iran/Irak. Cette convention est très intrusive et autorise de nombreuses vérifications. Elle impose aussi la déclaration des stocks existants. S’agissant de la Russie, elle a déclaré 40 000 tonnes d’agents chimiques mais de nombreux experts se demandent toujours si l’ensemble des stocks russes et la totalité des programmes chimiques russes ont bien été déclarés à l’organisation internationale de La Haye.

Quant à la « convention secrète » entre la Grande-Bretagne et l’Irak, à laquelle M. Jacques Myard avait fait référence, elle a déclaré ignorer l’existence de ce document.

Selon elle, l’importance des armes chimiques dans la défense de l’Irak ne fait aucun doute dans la guerre Iran/Irak. Ces armes n’ont pas été utilisées pendant la guerre du Golfe, pour de nombreux commentateurs, grâce à la dissuasion. En effet, lors d’une rencontre célèbre entre MM. James Baker et Tarek Aziz à Genève avant le début des hostilités, il avait été signifié à ce dernier que l’utilisation d’armes biologiques ou chimiques aurait des conséquences dévastatrices. A ce moment, le but de la guerre était d’obliger l’Irak à quitter le Koweït, alors qu’il est aujourd’hui ouvertement le changement de régime. Ce dernier objectif, associé à l’infériorité conventionnelle considérable de l’Irak, est ce qui fait craindre un risque plus élevé d’emploi d’armes non conventionnelles. Il faut rappeler que si les troupes alliées avaient été jusqu’à Bagdad en 1991, beaucoup pensent que des armes chimiques ou biologiques auraient pu être utilisées pour défendre le régime. Le problème n’est pas de faire des pronostics, mais d’utiliser un principe de précaution toujours indispensable en matière militaire.

S’agissant de l’évaluation des destructions opérées avant 1998, outre celles qui ont été faites sous la supervision de l’UNSCOM et qui sont connues avec précision, Mme Thérèse Delpech a insisté sur le problème posé par les destructions unilatérales entreprises par l’Irak pendant l’été 1991, en violation de la résolution 687. Ces destructions ont en effet rendu les vérifications très difficiles, particulièrement dans les domaines autres que les vecteurs. L’Irak a par exemple déclaré la destruction de 8.500 litres d’anthrax. Cette quantité est invérifiable et les estimations des inspecteurs sur les capacités de production dans ce domaine sont deux à trois fois supérieures. Un problème comparable se pose pour le VX qui explique la fourchette considérable d’incertitude (entre 1 et 10 tonnes). Plus de dix ans après, il est devenu impossible de quantifier les volumes réellement détruits, à supposer que cet exercice ait jamais été possible.

Quant au nucléaire, l’Irak n’a pas déclaré immédiatement son programme militaire, mais dès les premières inspections, il est apparu que de petites opérations de retraitement non déclarées avaient eu lieu et que l’Irak tentait de camoufler l’existence du procédé électromagnétique d’enrichissement (calutrons). En fait, l’Irak a tenté de développer toutes les méthodes possibles d’enrichissement de l’uranium, et a donné la priorité aux deux procédés, électromagnétique et ultra-centrifugation. En 1998, l’essentiel de ce programme était détruit et l’UNSCOM avait acquis une bonne compréhension du passé ainsi que la conviction que seules les matières fissiles faisaient vraiment défaut à l’Irak au moment de l’intervention militaire de la coalition. Sur ce point, les inspecteurs n’ont trouvé aucune trace d’acquisition de ces matières sur le marché international clandestin.

Ainsi, contrairement aux inspecteurs dirigés par M. Hans Blix, qui doivent répondre à de multiples interrogations, ceux de l’AIEA n’ont qu’une seule question majeure : l’Irak a-t-il repris une activité nucléaire entre 1998 et 2002 ? L’enquête sur la tentative d’acquisition d’uranium au Niger a tourné court (un faux manifeste). Celle qui porte sur les tubes en aluminium est plus complexe car les spécifications de certaines commandes peuvent à la fois correspondre à du matériel destiné à des roquettes ou à des centrifugeuses. De même, 32 tonnes d’explosifs HMX sont portées manquantes. Les Irakiens ont brisé les scellés, ce qui était évidemment interdit et ont prélevé cette quantité d’explosif, ce qui l’était davantage encore. Mais l’utilisation de cet explosif est difficile à vérifier : l’Irak prétend l’avoir utilisé dans des carrières et des traces de leur utilisation ont en effet été découvertes à l’endroit indiqué, mais il est impossible de faire la preuve que les 32 tonnes ont bien été utilisées à cet effet.

Quant au VX, il fait partie de munitions particulièrement dévastatrices sur un théâtre d’opérations.

M. Axel Poniatowski a souligné le grand nombre d’incertitudes qui demeurent sur le désarmement de l’Irak et a demandé quels ont été les progrès accomplis en la matière depuis le retour des inspecteurs en 2002. La pression militaire américaine était-elle indispensable aux résultats obtenus ? Si les inspections s’étaient poursuivies, aurait-il été possible de désarmer l’Irak et dans quel délai ? Enfin, l’objectif américain du changement de régime aurait-il été atteint si l’on était allé au terme du processus de désarmement ?

M. Pierre Lang a demandé sur quelles bases les inspecteurs avaient établi les quantités d’armements en possession de l’Irak. Les autorités irakiennes ont-elles reconnu les informations transmises par les inspecteurs aux Nations unies ? Ont-elles été prises en flagrant délit de mensonge ?

M. Yves Fromion a souhaité savoir si les Etats-Unis disposaient d’informations sur les armements irakiens qui auraient pu échapper aux inspecteurs.

M. René André a demandé s’il était possible de détruire les stocks d’armes chimiques et biologiques sans danger.

Guy Teissier, président de la commission de la défense, a interrogé Mme Delpech sur le degré de liberté dont disposaient les inspecteurs lors des visites de sites et sur l’éventualité de fuites permettant aux autorités irakiennes de se préparer à ces visites.

Mme Thérèse Delpech a estimé que le principal progrès dans le domaine du désarmement depuis le retour des inspecteurs était la destruction de 75 missiles Al Samoud 2. De façon générale, la coopération irakienne a porté surtout sur la procédure, et peu sur la substance. La déclaration irakienne du 7 décembre qui devait être une pièce essentielle du travail de vérification des inspecteurs, n’a permis de répondre à aucune question en suspens pour la CCVINU.

Le point le plus positif a été l’accès aux sites, comme l’a souligné Hans Blix. La liberté d’accès aux sites, y compris aux palais présidentiels, a été totale, mais les incertitudes demeurent quant à l’existence d’éventuelles installations mobiles, évoquées non seulement par plusieurs services occidentaux, mais aussi par au moins trois transfuges irakiens. En ce qui concerne la surveillance aérienne, l’accord des Irakiens n’a été obtenu qu’en février. Le premier vol d’un avion U2 date du 17 février, et celui du premier Mirage IV du 26 février. Les Antonov russes n’ont jamais volé. Rappelant que les inspections avaient repris en novembre et que la question du survol aérien a été posée par Hans Blix dès l’été 2002, Mme Thérèse Delpech a souligné le temps perdu dans ce domaine comme dans celui de la fourniture des documents. Il est patent que la coopération irakienne s’est accélérée à mesure qu’augmentait la pression militaire, ce que chacun reconnaît. Inversement, si la pression militaire avait cessé, la coopération, même limitée (sur les questions de substance notamment) aurait probablement cessé. La question du temps était pour cette raison essentielle dans la résolution 1441, contrairement à la résolution 1284, qui répond à une tout autre logique et que la France n’a d’ailleurs pas votée.

Sur la possibilité de parvenir au désarmement de l’Irak par la voie pacifique des inspections menées sur une longue durée, Mme Thérèse Delpech a rappelé que Hans Blix avait indiqué cet objectif réalisable en quelques mois sous réserve d’une coopération complète et inconditionnelle de l’Irak (les termes de la résolution 1441). Sans une telle coopération, cela aurait pu prendre des années, voire ne jamais se produire. C’est pourquoi, une fois encore, la résolution 1441 insiste sur la coopération indispensable de l’Irak et sur la nécessité de déclarer l’ensemble de ses activités prohibées, ce qui n’a pas eu lieu.

Cela étant, Mme Thérèse Delpech a estimé que l’une des erreurs des Etats-Unis avait été d’insister sur la question du changement de régime, inacceptable en droit international, alors qu’il y avait consensus sur la question du désarmement et qu’en outre, privé de ses armes de destruction massive, Saddam Hussein était aussi privé de moyens importants de pouvoir au sein de son propre pays. Comme l’exemple d’usage chimique contre les populations kurdes de 1987-1988 en avait apporté la preuve, ces armes avaient aussi un usage interne.

En ce qui concerne les évaluations des stocks chimiques ou biologiques faites par les inspecteurs, celles ci sont calculées à partir des déclarations irakiennes – souvent changeantes -, des importations de précurseurs connues (qui ont permis en 1994 d’arriver à la certitude de l’existence d’un programme biologique offensif), et de divers documents dont dispose l’ONU.

En réponse à M. Fromion, Mme Thérèse Delpech a expliqué que la CCVINU n’avait jamais été vraiment considérée par les Etats-Unis comme une structure capable de remplir sa mission et que l’administration Clinton avait adopté une politique de confinement qui se satisfaisait dans les faits de l’absence d’inspecteurs sur le terrain.

Plusieurs pays ont transmis des renseignements à Hans Blix et certains d’entre eux ont même permis de vraies découvertes : c’est le cas de 380 moteurs Volga, de bombes à fragmentation et de documents pour une part classifiés au domicile privé d’un scientifique irakien.

Les armes biologiques et chimiques, fort heureusement, peuvent être détruites sans danger à certaines conditions.

Une intervention militaire ne rendra pas caduques les inspections, qui seront toujours nécessaires à l’issue du conflit, et l’obtention de meilleurs résultats supposera à la fois la compétence des experts et l’accès aux budgets, documents et personnes, qui seront sans doute en mesure de parler plus librement.

Mme Thérèse Delpech a indiqué qu’il ne paraissait pas nécessaire de faire l’hypothèse d’une infiltration de la CCVINU par les services irakiens pour expliquer la connaissance à l’avance de certaines inspections compte tenu du nombre important d’ « observateurs » irakiens lors de chaque mission et de la façon dont la CCVINU avait pris conscience de leurs communications dès que les inspecteurs quittaient l’Hôtel Canal.

M. Guy Teissier, président de la commission de la défense, s’est plus généralement interrogé sur l’utilisation du VX en dehors de vecteurs militarisés par des terroristes.

En ce qui concerne la question plus large de l’utilisation du VX à des fins terroristes, Mme Thérèse Delpech, précisant qu’elle ne parlait plus de l’Irak, a fait valoir que d’une manière générale les nouvelles générations de terroristes étaient parfois de redoutables chimistes. En cas d’attentat terroriste, le risque chimique le plus préoccupant reste sans doute celui qui viserait une installation chimique, mais l’on peut aussi redouter également la dispersion d’un gaz dans un lieu clos, comme l’avait montré l’attentat dans le métro de Tokyo en 1995. Le VX reste toutefois difficile à produire et ne paraît pas aujourd’hui possible dans la panoplie terroriste.

M. Edouard Balladur, président de la commission des affaires étrangères, a remercié Mme Thérèse Delpech pour la grande qualité de son intervention qui, en raison de son intérêt, a suscité de nombreuses questions auxquelles elle a bien voulu apporter des réponses précises.

Mme Thérèse Delpech a finalement à nouveau insisté sur le constat d’incertitude relatif à l’état de l’armement irakien. Ces incertitudes ne doivent pas être interprétées comme des détentions avérées mais comme des points à éclaircir, c’est pourquoi le rapport de Hans Blix et de son équipe est intitulé « questions de désarmement non résolues ».


CPE: On récolte ce qu’on a semé

17 mars, 2006
Antimcdonalds_demoBove1 Bov2_2Certains considèrent l’entreprise privée comme un tigre prédateur à abattre. D’autres y voient une vache à lait. Trop peu la voient comme un cheval sain, tirant un robuste chariot. Churchill

Au moment où nombre d’étudiants, politicards, partis, profs et parents d’élèves nous refont le coup de la nostalgie de 68 et où, effrayé par son propre début d’audace, un gouvernement de capitulards préventifs semble prêt à lâcher une nouvelle fois (via la – grosse – ficelle, comme pour tout récemment le feu texte la colonisation, de la censure éventuelle du Conseil constitutionnel ?), enfin un papier un peu sensé sur le CPE!

Dans le Figaro d’hier et par un prof d’histoire canadien, Timothy B. Smith, et tout récent auteur de “La France injuste : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus”.

Morceaux choisis:

Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois.

On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale.

Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader.

Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels».

La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ?

Lire la suite »


Irak/3e: L’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain (Laurent Murawiec)

13 mars, 2006
Nowar15feb2003marseille_2Les « pacifistes » croient donner une chance à la paix. En fait, s’ils donnent une chance, c’est à l’aveuglement et à lui seul. Les manifestations de samedi dernier c’est l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain. Une naïveté poussée jusqu’à l’absence complète de discernement le dispute au mépris de la réalité. Il n’y a rien à attendre d’une telle alliance. Laurent Murawiec

Un an déjà … !

Un an déjà depuis …

Notre premier « Tintin au pays des Soviets » sur le « Montreuil s’oppose au survol du territoire par les avions militaires des anglo-américains Montreuil dit NON à la guerre de Bush pour le pétrole » du fronton de la Mairie de Montreuil-sous-bois du printemps 2003″ …

Un an depuis le retour de « ce petit souvenir d’un séjour prolongé au pays des Soviets et … l’envie d’en préserver les traces de peur qu’avec le temps on ne me croie tout simplement plus ! » …

Un an déjà que j’ai commencé ce blog, à l’occasion justement du deuxième anniversaire approchant du déclenchement de l’Opération Liberté pour l’Irak.

Et, après 44 notes, 105 commentaires et 600 pages vues (soit la formidable moyenne de… 4 visiteurs par jour !), nouvelle occasion de reprendre la remontée dans le temps que j’avais alors voulu faire, pour tenter de l’éclairer, « sur cette étrange période et cette étrange passion qui nous avaient alors saisis tous ou presque »…

Mais aussi « la volonté de revisiter et de faire (re)connaitre – en une manière d’hommage – les quelques rares textes et articles qui avaient alors tenté de résister à la pression majoritaire, à cette sorte d’hystérie tour à tour anti-américaine et anti-israélienne » …

Comme justement cet entretien du chercheur franco-américain Laurent Murawiec, l’un des rares critiques à l’époque des manifestations pacifistes qui remplissaient alors les rues parisiennes mais aussi nationales et européennes et dont la Patrie auto-proclamée des droits de l’homme était si fière …

Lire la suite »


%d blogueurs aiment cette page :