Afghanistan: Le vrai bourbier sur lequel nos politiciens et médias sont si discrets

29 novembre, 2006
French coffinOn ne peut pas avoir d’un côté des soldats qui se battent et qui meurent, et de l’autre des troupes qui distribuent des sucettes à Kaboul. Général Richards
Le problème est qu’on ne peut pas dire : laissons-les régler leurs problèmes dans leurs montagnes, car dès qu’on sera partis, Ben Laden reviendra. Officier des renseignements français

Attention: un bourbier peut en cacher un autre.

Au moment de la réunion de l’OTAN à Riga où notre roi-fainéant Chirak crée encore la polémique avec ses encombrants amis-dictateurs (légion d’honneur et maintenant diner d’anniversaire à deux avec le démolisseur de la Tchétchénie et empoisonneur de journalistes Poutine : 21 depuis son arrivée au pouvoir), il faudrait peut-être rappeler à nos politiciens et médias si friands d’étaler à longueur de déclarations et pages le soi-disant « bourbier » irakien, le véritable « bourbier » qu’ils se gardent bien d’évoquer, celui-là,… l’Afghanistan.

Plus de morts de troupes occidentales, en proportion, qu’en Irak (plus de 120 depuis le début de l’année pour des effectifs totaux bien plus faibles).

Effectifs justement trop faibles pour les combats les plus durs depuis la Guerre de Corée face à des talibans qui (merci l’Iran et la Syrie mais aussi… la Russie !) ont maintenant accès à des armes de dernière génération.

« Actions » se limitant le plus souvent à se protéger dans son camp retranché pour ne faire que des sorties éclair avec moult appui aérien suite au manque d’hélicoptères alors qu’on nous avait promis de rompre avec les honnies « méthodes américaines » et qu’on allait « gagner les cœurs et les esprits ».

Dissensions et tirages de maillots entre les différents gouvernements (notamment la France qui s’apprête à retirer ses forces spéciales dès janvier et fanfaronne avec ses… trois avions ! – mais aussi l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Turquie), qui chipotent sur l’emploi de leurs soldats et refusent le déploiement dans les zones les plus dangereuses.

Et, malgré l’installation en cinq ans (comme tente de le rappeler le chef de l’OTAN dans Le Monde) d’une démocratie avec Parlement et président élus, le retour de millions de réfugiés, la multiplication par six du nombre des enfants scolarisés et par dix des étudiants, l’ouverture de 1 000 écoles et l’accès de 80 % de la population aux soins médicaux, la reconstruction (trafic de drogue et corruption exceptés) reste difficile, certaines des écoles étant par exemple aussitôt détruites par les talibans.

Le tout bien sûr, mais justement et contrairement à l’Irak, nos médias aux ordres se gardent bien d’en parler, sur fond d’hyperinformation et de « démocraties avides de victoires pressées ».

Sauf que là nos généraux semblent commencer à comprendre qu’il est, comme Libération se complait à le répéter (comparant déjà la campagne à l’enlisement soviétique des années 80 – merci greg), des « guerres ingagnables » et pourtant… nécessaires!

Lire le reste de cette entrée »


Irak: La fabrication d’un « désastre » (The making of the Iraqi quagmire)

27 novembre, 2006

Au moment où les prises d’otages se mutltiplient en Irak et où on vient d’apprendre que les terroristes palestiniens ont « récolté » 2 millions de dollars pour leur lutte armée avec la capture l’été dernier des deux journalistes de Fox news, il faut lire cette intéressante mise en perspective de l’analyste militaire Ludovic Monnerat, dans la Revue militaire suisse, sur la manière dont nos médias nous fabriquent quotidiennement… le « désastre irakien »:

Extraits:
Le « désastre » irakien est celui qui s’égrène au quotidien dans les dépêches d’agence et sur les images des chaînes TV en continu : une prise d’otage par ci, un attentat suicide par là, un assassinat politique, un massacre de civils, une exécution filmée ou une attaque d’un convoi – soit uniquement des événements violents, de façon répétée, hors de tout contexte stratégique et présentés comme un résumé de la situation. Cette focalisation sur les singularités sécuritaires montre clairement que les médias, de façon à la fois délibérée et contrainte, n’utilisent pas des outils de lecture adaptés à un conflit de basse intensité. Mais elle trahit également l’appui considérable que fournissent les médias aux auteurs de ces actes.
Ce n’est ainsi pas un hasard si la plupart des attentats à l’explosif, notamment à Bagdad, surviennent en matinée (heure locale) : ils fournissent aux chaînes de télévision américaines, avec le délai nécessaire au tournage des rushes et des commentaires, un événement répondant à leurs besoins formels, et qui formera l’empreinte de la couverture médiatique pour la journée entière. Ce n’est pas non plus un hasard si les journalistes en Irak sont personnellement pris pour cibles par des menaces, des kidnappings ou des attaques : la diminution drastique de leur sécurité est immanquablement interprétée comme une détérioration de la situation, et cette interprétation aura d’autant plus d’importance que leur aptitude à obtenir des informations par eux-mêmes se réduit.
Entre ceux qui produisent une violence spectaculaire et ceux qui recherchent un spectacle violent existe une complémentarité logique qui a abouti, de facto, à une interdépendance co-belligérante. La conjonction d’intérêts financiers parmi les faiseurs de guerre et d’intérêts idéologiques dans les faiseurs d’opinion ont encore renforcé ce processus. Et ainsi se fabrique un « désastre » aussi consensuel qu’artificiel.
Les violences spectaculaires qui frappent avant tout la population civile donnent ainsi une image tellement barbare des islamistes et de leurs soutiens qu’il est stupéfiant d’y voir la source d’un « désastre ». De même, les affrontements entre chiites et sunnites – principale cause de violence aujourd’hui – et l’exode progressif de la minorité sunnite réveillent les divisions du monde musulman et s’opposent à son unification sous la bannière du djihad global, tout en soulignant le prix à payer pour tout refus du processus démocratique. Pour des centaines de millions de personnes, l’Irak de l’après-Saddam est une révélation déchirante d’avenirs possibles qui stimule aussi bien l’activité des islamistes – pris à la gorge – que celle des modernistes, et qui contribue à l’évolution des esprits.

Irak : la fabrication d’un « désastre »
Par le lieutenant-colonel EMG Ludovic Monnerat

le 16-11-2006

Impossible ou presque de lire, d’écouter ou d’entendre quelque chose sur l’Irak, dans les médias traditionnels, sans la présentation – ou la dénonciation – du désastre censé s’être abattu sur ce pays, et donc de l’opération avant tout américaine qui en est le déclencheur désigné. Cette réalité médiatique n’est pas nouvelle, loin s’en faut, mais elle a gagné en importance en devenant une réalité politique aux Etats-Unis par l’éviction du Secrétaire à la Défense et son remplacement par un cacique washingtonien – bien plus que par la victoire globalement modeste des démocrates. En d’autres termes, la perception d’un échec manifeste en Irak a abouti à une modification de l’exécutif américain qui favorise, sans le garantir, un changement de stratégie. Dans la mesure où cette perception a été construite et ne reflète pas la situation complète, ce phénomène d’influence des esprits doit être analysé.

La couverture médiatique de l’opération « Iraqi Freedom », avant même son déclenchement officiel en mars 2003, a adopté un caractère partisan et manichéen qu’elle n’a jamais perdu – en particulier sur le continent européen. Les travers des médias ont été dénoncés par quelques voix isolées, comme Alain Hertoghe dans son livre « La guerre à outrances ». Sans entrer dans le détail, il suffit de rappeler ici qu’il a fallu environ une semaine pour que l’invasion soit jugée un échec et comparée au conflit vietnamien ; que le soulèvement généralisé de la population irakienne et le retrait imminent des forces multinationales ont été maintes fois annoncés comme des faits ; ou encore que la présence militaire internationale, malgré les mandats onusiens et les demandes gouvernementales irakiennes, a systématiquement été présentée comme une occupation. L’interprétation de la situation a le plus précédé son occurrence.

Les causes de cette dérive sont multiples : unanimité corporatiste, sensationnalisme commercial, réduction conjoncturelle, mais aussi militantisme inavoué. Pour l’essentiel, jour après jour, l’information donnée de l’Irak dans les médias traditionnels ne s’écarte pas du consensus journalistique, recherche les aspects saillants les plus vendeurs, reste nécessairement superficielle et reproduit ad nauseam les a priori. Les expressions varient, mais le sens demeure : un bourbier à la vietnamienne, une aventure militaire vouée à un échec annoncé, un désastre sans nuance et sans rémission. Rares sont ceux qui remettent périodiquement en cause ce jugement définitif, dans un conflit pourtant en cours, et surtout qui s’interrogent sur les critères qui devraient le fonder. Où est ce bilan paraît-il désastreux ? Quelles sont les mesures du succès ou de l’échec ?

Nul besoin de longue recherche pour constater l’absence généralisée d’un tel bilan, de critères mesurant la situation politique, économique, sociologique et sécuritaire. Le « désastre » irakien est celui qui s’égrène au quotidien dans les dépêches d’agence et sur les images des chaînes TV en continu : une prise d’otage par ci, un attentat suicide par là, un assassinat politique, un massacre de civils, une exécution filmée ou une attaque d’un convoi – soit uniquement des événements violents, de façon répétée, hors de tout contexte stratégique et présentés comme un résumé de la situation. Cette focalisation sur les singularités sécuritaires montre clairement que les médias, de façon à la fois délibérée et contrainte, n’utilisent pas des outils de lecture adaptés à un conflit de basse intensité. Mais elle trahit également l’appui considérable que fournissent les médias aux auteurs de ces actes.

Pour les opposants au processus démocratique et représentatif que connaît l’Irak, c’est-à-dire les sunnites déshérités et les islamistes transnationaux, la violence spectaculaire et symbolique s’est vite avérée le seul moyen de poursuivre la lutte. Et faute de pouvoir défaire les forces armées américaines et les forces irakiennes qu’elles appuient, comme d’obtenir par les urnes les suffrages que la démographie leur refuse, ils se sont résolus à mener un travail de sape visant aussi bien la volonté de leurs ennemis internationaux que la légitimité de leurs ennemis gouvernementaux, et donc à utiliser les médias de masse pour amplifier démesurément l’effet de leurs actions. L’objectif recherché et consensuel étant le retrait des forces étrangères, il s’agit de faire croire à leurs dirigeants politiques que l’échec est consommé, la situation sans espoir, et donc de prendre le contrôle des messages qui leur parviennent.

Cette guerre de l’information est la trame principale des violences armées visibles qui forment aujourd’hui l’Irak des médias. Ce n’est ainsi pas un hasard si la plupart des attentats à l’explosif, notamment à Bagdad, surviennent en matinée (heure locale) : ils fournissent aux chaînes de télévision américaines, avec le délai nécessaire au tournage des rushes et des commentaires, un événement répondant à leurs besoins formels, et qui formera l’empreinte de la couverture médiatique pour la journée entière. Ce n’est pas non plus un hasard si les journalistes en Irak sont personnellement pris pour cibles par des menaces, des kidnappings ou des attaques : la diminution drastique de leur sécurité est immanquablement interprétée comme une détérioration de la situation, et cette interprétation aura d’autant plus d’importance que leur aptitude à obtenir des informations par eux-mêmes se réduit.

La lutte pour le contrôle du message n’est pas à sens unique : la coalition internationale et le gouvernement irakien ont périodiquement réussi à reprendre l’initiative, notamment lors des scrutins électoraux, et à montrer une autre image que celle des violences à répétition. Toutefois, leur message reste la plupart du temps complètement ignoré, et des nombreux communiqués publiés par les forces armées américaines en Irak, par exemple, les médias ne retiennent que les pertes subies et les dommages collatéraux. Entre ceux qui produisent une violence spectaculaire et ceux qui recherchent un spectacle violent existe une complémentarité logique qui a abouti, de facto, à une interdépendance co-belligérante. La conjonction d’intérêts financiers parmi les faiseurs de guerre et d’intérêts idéologiques dans les faiseurs d’opinion ont encore renforcé ce processus. Et ainsi se fabrique un « désastre » aussi consensuel qu’artificiel.

Ceci étant, la création délibérée d’une perception faisant croire au désastre ne suffit pas à prouver l’absence de celui-ci, et le fait que la coalition dirigée par les Etats-Unis ne parvienne pas à contrer le message de ses ennemis ne nous dit rien sur son exactitude. Nous devons en revenir aux critères de succès, et constater que le gouvernement américain n’a jamais établi de tels critères – du moins ouvertement, ce qui compte pourtant immensément vis-à-vis de sa population. L’opération « Iraqi Freedom » avait un nombre donné d’objectifs à court et moyen terme, dont certains ont été atteints et d’autres non, mais il nous manque un effet attendu permettant de la juger plus sûrement. Autrement dit, si les tenants du désastre pêchent par l’absence de tout bilan justifiant leur jugement, les défenseurs à tout crin de l’opération doivent se contenter de présenter un bilan dont le contenu se traduit difficilement en succès ou en échec.

Les uns comme des autres ont avant tout un problème de perspective. A l’immédiateté et à l’effet de loupe qui nourrissent quotidiennement le désastre, et donc à l’incompréhension des facteurs temps et information, répond en effet une vision réductrice et séquentielle, méconnaissant les facteurs espace et forces, qui alimente constamment le flou et l’incertitude. En faisant progressivement de sa présence militaire en Irak une fin en soi, et non une contribution majeure mais partielle à une stratégie globale, le gouvernement américain a renoncé de lui-même à l’initiative qu’il avait prise suite aux attentats du 11 septembre. De ce fait, il a sévèrement réduit le sens de son engagement irakien, soit l’efficacité de son message à l’étranger comme à domicile, et empêché que son bilan, mis en perspective avec d’autres actions parallèles, s’oppose au désastre que ses ennemis idéologiques et ses adversaires politiques se sont ingéniés à fabriquer.

Pourtant, la campagne – et non la guerre – d’Irak remplit une fonction claire : alors que l’Afghanistan est un théâtre périphérique voué à l’interdiction, comme d’autres régions de par le monde, l’Irak est un théâtre central voué à l’attrition, c’est-à-dire à l’usure des ressources physiques, psychologiques et morales, un point d’entrée pour une région tout entière, un symbole historique et religieux qui rend inévitable la réaction, et donc qui crée des conditions favorables à la décision – sans l’être par lui-même. En tant que point focal du conflit opposant les démocraties libérales au fondamentalisme musulman, l’Irak mobilise depuis 3 ans et demi toutes les attentions, mais il ne constitue pas un bras de levier suffisant pour faire basculer des acteurs aussi puissants que l’Iran et l’Arabie Saoudite. Autrement dit, il n’est pas le centre de gravité, mais un point décisif qui en donne l’accès.

C’est d’après un tel contexte qu’il s’agit de juger la situation en Irak et l’opération militaire conduite par les Etats-Unis. Les violences spectaculaires qui frappent avant tout la population civile donnent ainsi une image tellement barbare des islamistes et de leurs soutiens qu’il est stupéfiant d’y voir la source d’un « désastre ». De même, les affrontements entre chiites et sunnites – principale cause de violence aujourd’hui – et l’exode progressif de la minorité sunnite réveillent les divisions du monde musulman et s’opposent à son unification sous la bannière du djihad global, tout en soulignant le prix à payer pour tout refus du processus démocratique. Pour des centaines de millions de personnes, l’Irak de l’après-Saddam est une révélation déchirante d’avenirs possibles qui stimule aussi bien l’activité des islamistes – pris à la gorge – que celle des modernistes, et qui contribue à l’évolution des esprits.

Dans cette perspective, cependant, le bilan de « Iraqi Freedom » reste mitigé. L’action à court terme, en commençant par le renversement de Saddam Hussein et la construction d’un Etat démocratique, se poursuit jour après jour malgré une très forte opposition et des dérapages contre-productifs ; l’action à long terme, avec la libéralisation de l’économie comme de l’information et le développement de l’éducation, s’accomplit avec un succès presque inespéré. En revanche, l’action à moyen terme, c’est-à-dire l’influence concrète sur le conflit global en cours, laisse pour le moins à désirer. Pour utiliser une métaphore empruntée au monde des échecs, on a l’impression que les Etats-Unis ont pris le fou Saddam sans penser au coup suivant, et sans faire de cette prise un tremplin pour les prochaines. Une telle discontinuité réduit forcément la cohérence de l’ensemble.

Peut-être ce manque de cohérence explique-t-il aujourd’hui la faiblesse de l’administration Bush, somme toute coupable de s’être arrêtée en Irak et non d’y être allée, ainsi que sa propension à lâcher du lest politique sans y être contrainte. Peu importe dès lors que le « désastre » américain soit une fabrication à la fois délibérée et contingente, une perception contraire à la réalité quotidienne comme au contexte général : perdre ou méconnaître le sens de sa propre action ne permet que très difficilement d’en convaincre les autres. Et un vrai désastre en Irak, sous la forme d’un retrait précipité, est encore possible.


Cauchemar de Darwin: Sauper-Enderlin, même combat!

26 novembre, 2006
darwins_poster_frPour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. (…) J’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était insupportable… Cela n’aurait rien apporté de plus. Charles Enderlin
Nous étions assis, physiquement, à l’aller, sur les caisses de munitions, et au retour, sur les caisses de poisson. (…) On ne voit pas les armes, parce que je ne voulais pas les montrer. Ça aurait été trop facile. Herbert Sauper

A l’occasion de la sortie du livre que l’historien du cinéma François Garçon a tiré de son enquête (sur place), retour sur la supercherie – très enderlinienne – du film de Sauper – pardon sa…” théorie de l’évolution des espèces revue et corrigée par la mondialisation” (Le principe darwinien s’est appliqué à nos sociétés : le “meilleur” système, le plus fort, a gagné):

Voir notamment la critique de Philippe Meyer sur Radio-France, ainsi qu’un entretien de Sauber et des extraits (merci letel) de l’article de Garçon dans Les Temps modernes »:

Enquête sur la cauchemar de Darwin
François Garçon
Flammarion – 17 novembre 2006

Chronique de Philippe Meyer :

Sorti sur les écrans au début de 2005, « Le Cauchemar de Darwin » a connu un grand succès en salles et auprès de la critique qui rivalisa de dithyrambes et, ne doutant pas de ses compétences en géopolitique, somma les responsables des pays de l’hémisphère Nord de mettre fin aux scandales « révélés » par ce film présenté par son auteur comme un documentaire. Comment accepter, en effet, que les pays européens, après avoir introduit dans les eaux du lac Victoria un redoutable prédateur, la Perche du Nil, prive les populations tanzaniennes riveraines de cette ressource alimentaire riche en protéines, l’exploitent pour leur seul compte et ne leur laissent pour tout potage que la tête, la queue et les déchets. Pis, comment accepter qu’ils exportent ces poissons dans des avions qui débarquent des cargaisons d’armes destinées aux belligérants des nombreux conflits qui ensanglantent et appauvrissent l’Afrique ? Comment accepter que ce troc obscène s’accompagne de l’exploitation de la main d’œuvre locale, de l’organisation de la prostitution des enfants des rues et de la propagation du Sida ?

En janvier 2006, un historien du cinéma, maître de conférences à Paris I, François Garçon, publiait dans « Les Temps modernes » une révocation des affirmations du prétendu documentaire et une analyse du sensationnalisme de son style. La revue faisait suivre cet article d’une réponse du « documentariste » Herbert Sauper. J’avais signalé l’intérêt de l’article de l’historien et la pauvreté de la réponse du cinéaste dans la lignée de laquelle devaient ensuite paraître différentes tentatives de disqualifier non le travail mais la personne de François Garçon. L’historien fut notamment dénoncé comme s’étant occupé il y a 20 ans de la création de Canal + pour le compte du groupe Havas qui, comme le soulignait finement un article des Inrockuptibles, « détient les budgets publicitaires de Carrefour et de Mac Donald, c’est à dire des deux principaux acheteurs de Perches du Nil ». D’autres arguments de la même farine rappelant de sinistres procès furent brandis et mis en scène, mais aucune réponse vérifiable ne fut donnée aux questions de l’historien, et notamment à celles qui portaient sur l’absence complète de preuves d’un trafic d’armes à Mwanza utilisant les avions venant chercher leur cargaison de perches du Nil ou même tout autre moyen de transport.

François Garçon non seulement ne s’est pas découragé de poursuivre son travail de recherche de la vérité, mais, après s’être rendu sur place et avoir rencontré nombre des protagonistes du « Cauchemar de Darwin », après avoir interrogé des spécialistes de l’Afrique et après avoir étudié une documentation impressionnante et toujours référencée, publie aujourd’hui « Enquête sur le cauchemar de Darwin », livre qui se lit comme un roman d’Agatha Christie et qui établit ce que Garçon appelle poliment « le caractère problématique de la démonstration du cinéaste » et que son lecteur appellera plutôt une mystification avérée. L’intérêt de cet ouvrage n’est pas seulement de nous permettre d’analyser un processus de manipulation fondé sur l’efficacité des images et un exemple de l’immaturité d’une grande partie de la presse, si prompte, même après Timisoara, à donner dans un panneau dès lors que cela lui permet de s’indigner, de poser à la belle âme et de faire la leçon.
Le livre de François Garçon nous met aussi en face de notre propre besoin de nous précipiter tête baissée dans un délire compassionnel et un discours hallucinatoire qui bannit et même qui maudit toute raison, dès lors qu’il est question des rapports entre les pays développés et l’Afrique. Comme le fit le directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val, qui compta parmi les journalistes qui reprirent leurs esprits passé un premier mouvement d’adhésion aveugle, on paraphrasera volontiers Jacques Prévert : Qu’importe que je sois de mauvaise foi, puisque c’est pour la bonne cause, qu’importe que je sois pour la mauvaise cause, puisque je suis de bonne foi ?

Un livre de François Garçon :
Enquête sur le cauchemar de Darwin
Flammarion
ISBN: 2-08-210579-2
Date de publication: 02/10/2006
“Le film Le cauchemar de Darwin d’Hubert Sauper dénonce la mondialisation et ses conséquences. François Garcon a mené une enquête dans les différents lieux de tournage et rencontré des témoins écartés. Il en ressort une autre vision de la globalisation plus complexe, contradictoire et moins cauchemardesque. Un décryptage de la puissance de l’image, allié à une réflexion politique et esthétique.”

– Voir aussi l’entretien du réalisateur autrichien sur le site commeaucinéma:

A l’occasion de la sortie en salles de son film LE CAUCHEMAR DE DARWIN,nous avons rencontré à Paris le documentariste Hubert Sauper, qui nous a longuement parlé de son édifiante expérience africaine…

Qu’est-ce qui a mené vos pas en Afrique, et plus particulièrement dans la région des Grands Lacs ?

L’idée s’est développée en 1997, j’étais allé tourner à l’est du Congo, et j’ai découvert la problématique de cette région, pleine de guerres et de crises militaires. A l’époque, je faisais un film sur les réfugiés rwandais qui étaient, soi-disant, nourris par l’ONU, grâce aux avions affrétés d’aide humanitaire américaine. J’étais à bord de ces avions-cargos russes, d’ex-Union Soviétique, et j’ai sympathisé avec l’équipage. J’ai passé plusieurs semaines, plusieurs mois, avec ces aviateurs, qui m’ont très vite confié, hors caméra, qu’ils ne transportaient pas seulement de l’aide humanitaire dans les zones de guerre, mais aussi des armes, des kalachnikovs et des bombes. C’était pour moi un « détail » assez effrayant, et je me suis dit que cela devait faire l’objet d’un nouveau film. J’ai également découvert les rives du Lac Victoria, plaque tournante de ce trafic d’armes, et un autre commerce, cette fois vers le Nord, de filets de poisson. Encore une chose assez bizarre, dans une région où les gens meurent de faim, où les enfants ont le ventre gonflé par le manque de protéines. J’ai alors posé cette question naïve, qui est devenue la base du film : comment se fait-il que cette nourriture s’envole d’un endroit où les gens ne mangent pas ? La réponse était très simple : la bonne nourriture va là où on est capable de payer, et ce sont les supermarchés européens, et non les villages africains, qui ont les moyens de l’acheter !

Vous dénoncez une théorie de l’évolution des espèces revue et corrigée par la mondialisation…

Je considère que je suis réalisateur de films, et non journaliste. Je ne pense pas que je dénonce quelque chose. Je ne raconte rien de nouveau, ce n’est pas à moi de dire qu’en Afrique, il y a des problèmes de guerre, de prostitution, de sida, et des enfants dans la rue. Tout le monde le sait. Mon travail consiste à mettre tous ces phénomènes catastrophiques, y compris écologiques, dans un contexte cinématographique, parce que je pense qu’à travers les images, on intègre mieux la réalité. Je me contente de mettre en forme des informations connues, dont nous ne sommes pas toujours conscients au quotidien. Les millions de morts en Afrique restent un chiffre, mais quand on voit un film comme celui-là, on matérialise mieux l’ampleur du drame. LE CAUCHEMAR DE DARWIN est, me semble-t-il, une étude sur l’état du monde actuel, une image radiologique de notre époque. Si on poursuit cette analogie, je ne suis pas le médecin qui dit au patient qu’il est malade, je suis plutôt celui qui fait l’image des poumons, avec les taches noires dessus, et à ce moment là, le patient va peut-être comprendre qu’il est vraiment malade…

Ce film procède quand même d’une démarche d’investigation. A quelles difficultés avez-vous été confronté ?

Oui, en effet. Avec mon assistant et ma petite équipe africaine, nous nous trouvions toujours là où il ne fallait pas être. On a eu beaucoup de difficultés avec les autorités, les militaires, la police locale, cela faisait partie du « jeu ». Nous étions sans cesse obligés de passer clandestinement, sous de faux papiers d’identité. Par exemple, pour pouvoir voler à bord des avions de transport, nous avons dû nous déguiser en pilotes. C’est une investigation, en quelque sorte, mais le but était surtout de montrer le visage de ceux qui sont impliqués dans ces problèmes de famine, de pauvreté totale. Le film est très intimiste, j’ai essayé d’être aussi proche que possible de ces personnes, des dirigeants de l’entreprise qui travaillent avec les crédits de la Banque Mondiale, jusqu’aux enfants de la rue, qui sniffent des drogues à partir des boîtes de poisson, ou les prostituées du coin, qui sont les petites copines des aviateurs russes. Au fond, ce ne sont pas des « méchants », juste des mecs qui font leur boulot, qui viennent d’une autre partie du monde et à qui, bien souvent, le contexte échappe, alors qu’ils transportent des bombes pour l’Angola et le Soudan…

Comment avez-vous réussi à obtenir des confidences et à connaître la vérité sur ce trafic d’armes ?

J’ai passé plusieurs années avec cet équipage, et je suis devenu très ami avec eux. Evidemment, il y avait un grand tabou : pendant longtemps, je n’ai jamais prononcé le mot « kalachnikov ». Je m’intéressais officiellement aux avions, au poisson et au paysage en Afrique… Puis j’ai commencé à les interroger sur le contenu de ces caisses qui vont vers le Sud. Au début, ils m’ont répondu qu’ils ne savaient pas, mais au bout d’un moment, ils ont fini par avouer. C’était pour eux comme un besoin de confession. Du coup, on se trouve, en tant que spectateur, dans un très grand conflit intellectuel, parce qu’à la fois, on voit cet homme très sympa qui vient d’Ukraine, qui est paumé au fin fond de l’Afrique, et en même temps, on comprend qu’il amène des bombes. Je voulais, avec ce film, provoquer un questionnement. Non pas livrer le « méchant », comme on le fait peut-être au Texas, mais montrer que ce n’est pas si simple. Et d’ailleurs, si on parle de la globalisation, de mondialisation, c’est l’histoire relationnelle la plus compliquée du monde, entre six milliards d’individus. Pourquoi en est-on arrivé là ? C’est précisément la question clef du CAUCHEMAR DE DARWIN. C’est ma façon de voir le monde, mon point de vue, ma vision personnelle, qui est, j’en conviens, assez effrayante !

Qui tire les ficelles ? Peut-on dire que ce sont les autorités des pays européens, du monde occidental ?

On ne peut pas vraiment le définir. Il y a, à mon avis, trop de gens qui développent une idée de conspiration. En fait, nous tirons tous des ficelles dans tous les sens et, ce qui en ressort, c’est un « bordel » général. C’est ce que j’ai essayé de décrire dans ce film : personne n’est responsable de rien et tout le monde est responsable de tout. Surtout nous, dans cette partie du monde, parce que nous sommes capables de recevoir une multitude d’informations. Un enfant tanzanien est beaucoup moins responsable, il ne sait même pas pourquoi il est devenu orphelin, parce que son père était pêcheur, que la Banque Mondiale a investi dans des usines… Et pourquoi les pêcheurs meurent-ils du sida ? C’est parce qu’ils se retrouvent dans les camps de travail avec les prostituées. C’est un enchaînement mortel. Mais à qui la faute ? A celui qui envoie des crédits en Tanzanie, à celui qui tient l’usine, à nous, qui consommons ce poisson ? Le « méchant », c’est finalement le système, duquel nous sommes tous les auteurs. Le capitalisme mondial est une machine qui fonctionne tellement bien qu’on n’en voit pas encore suffisamment le côté vraiment destructeur. Derrière la belle façade d’échange des dollars, c’est une énorme poubelle collective de l’Humanité, et je pense qu’il faut commencer à soulever un peu le couvercle, pour savoir ce qui se cache derrière. Nous ne sommes qu’au début de ce phénomène, et nous n’avons pas la moindre idée d’à quel point il va changer la vie sur la planète.

Il y a, dans votre film, des images terribles de ce désastre humanitaire. Comment s’est passé le tournage sur place ?

C’est le résultat de quatre voyages en Afrique. Nous étions assis, physiquement, à l’aller, sur les caisses de munitions, et au retour, sur les caisses de poisson. Nous étions des spectateurs, des témoins de cette découverte, de cet étonnement, de cet itinéraire de doute et de peur, également. L’une des idées du film était d’exprimer, pas seulement l’extérieur visible, mais aussi un état d’âme. J’ai voulu que le public puisse revivre ce voyage complètement fou. Le fil rouge, c’est le commerce autour du poisson, mais c’est juste un choix, cela aurait pu être une autre matière première, par exemple le pétrole, ou les diamants au Congo, qui coûtent beaucoup d’argent et de vies humaines. C’est une chanson très répétitive. Vivre dans un village au Nigéria et voir qu’à 10 kilomètres, un puit de pétrole a été découvert, est une signature de mort pour les villageois. Parce que, bientôt, viendront des investisseurs, les jeunes garçons du village deviendront soldats pour protéger cette nouvelle richesse, d’autres se rebelleront pour récupérer leur part, les filles partiront en ville pour être servantes et prostituées, les vieux mourront de la déstructuration sociale… On ne sort jamais de cette logique !

Vous croyez au pouvoir du cinéma d’alerter les consciences ?

Je ne crois pas que mon film puisse changer le monde, mais il m’a personnellement beaucoup changé moi, et je pense qu’il peut aussi modifier la vision de chaque spectateur. Il est certain qu’il ne va pas influencer directement les hommes de pouvoir, qui n’aideront pas davantage la Tanzanie, mais il peut avoir un impact très profond sur la conscience collective. Je pense que le cinéma, en tant que médium, est capable, non seulement de transmettre de l’information brute, mais de la traduire dans un langage qui arrive directement au cerveau. On peut lire « 4 millions de morts à l’Est du Congo », c’est beaucoup, mais c’est loin, et ce sont les autres qui meurent… Alors que quand on est exposé à une image, en gros plan et en direct, sans qu’il y ait nécessairement de commentaire, on est obligé de commencer à réfléchir, c’est une vraie expérience de vie, très créative, qui doit donner l’envie d’agir. Bien sûr, ce n’est pas immédiat, tout le monde ne va pas adhérer à Greenpeace ou à Attac à la sortie de la projection. Mais la première action consiste à s’interroger sur son positionnement. Personnellement, je ne donne aucune réponse. Ma tâche se limite à faire des films, ce qui mobilise toute ma vie et toute mon énergie, ensuite, c’est à chacun de tirer ses propres conclusions. On peut aussi ne pas voter pour les mêmes politiciens… Mais, si l’on veut survivre sur cette planète, il faut surtout, d’urgence, un peu plus réfléchir !

Propos recueillis par Laurence Berger – Paris, Mars 2004

– Voir (ou plutôt entendre) également l’entretien totalement biaisé de Sauper sur France Inter (« là-bas si j’y suis ») où Mermet expédie les arguments de Garçon en 30 secondes d’intervention téléphonique …

– Voir enfin quelques extraits de l’article de François Garçon dans Les Temps Modernes:

/…/

“Sauper et son équipe ne suivent-ils pas ensuite le camion jusqu’à cette décharge à la périphérie de Mwanza, qui n’est sans doute pas classée Zone Défense puisque Sauper la filme sous tous les angles à différentes heures du jour et de la nuit ; enfin les responsables du lieu ne doivent pas être loin, intimant (sans succès) l’ordre de se taire à la malheureuse femme que les gaz d’ammoniac ont rendu borgne. Mais l’anecdote ainsi rapportée d’une décharge secrète accentue le côté détective du film. Dans le même ordre d’idée, peut-on vraiment croire un instant que ces pilotes ukrainiens, qui semblent avoir bourlingué dans des univers assez éloi¬gnés de la comtesse de Ségur, aient pu laisser grimper dans leur Ilyushin Sauper et Sandor Rieder, qui se seraient alors fait passer pour des salariés de l’usine de conditionnement? Cet Autrichien et son équipier peuvent-ils un instant croire qu’ils auraient pu passer pour des manutentionnaires locaux, comme Sauper l’a tout bonne¬ment déclaré ? L’équipage ukrainien, qui fixe la caméra lorsqu’il s’exprime, est-il naïf au point de croire qu’en Tanzanie les manipulateurs de palette sont des Blancs, équipés de caméra et qu’ils posent des questions sur la nature du fret embarqué? Evidemment non ! Qui a pu ignorer que pendant leur séjour de six mois sur place Sauper et son équipe tournaient un film ? Il est vrai que les Africains sont de grands naïfs, n’est-ce-pas !

À PROPOS DU POISSON CARN1VORE ET DE SON ARRIVÉE EN TANZANIE

Au plan symbolique, Sauper insiste sur le fait que la perche est un poisson carnassier, dévorant la faune du lac. Le prédateur dénoncé apparaît ainsi redoutable. On fera remarquer d’entrée que la plupart des poissons qui ont un intérêt gastronomique sont aussi des « carnassiers » : truite, saumon, brochet, bar, thon… Dans la famille poisson-carnivore, la perche est en bonne compagnie. Qu’importé, l’onde de terreur va pouvoir se propager.

Le film souligne ensuite la responsabilité des Occidentaux dans l’importation de celte variété de poisson dans le lac Victoria : elle serait le résultat d’une mondialisation devenue folle, d’une marchandisation effrénée de la planète. Les faits sont plus falots et la réalité moins lyrique. La perche a en effet été introduite non pas récemment, mais dans les années 50. Introduction remontant donc à un demi-siècle, ce que le film précise du reste. Ce que le film ne dit pas, c’est que cette action visait alors non pas à alimenter en mets précieux les étals européens mais à permettre à cette partie de l’Afrique de se développer par des logiques de projets. On est très loin du scénario diabolique que décrit un témoin pris en plan serré et qui, dans un anglais approximatif, décrit l’amorce du processus : « Un homme a apporté ce poisson, un après-midi, et l’a mis dans le lac. Un homme, avec un seau, un après-midi ! Et c’était fait ! » Si tel est peut-être le déroulé de l’opération, précisons qu’elle se fondait sur une très grosse logistique. L’entreprise au départ est en effet d’inspiration vertueuse et sera soutenue ultérieurement par le Mwalimu, l’instituteur comme est alors appelé Julius Nyerere, partisan d’une société sans classe et chouchou des adeptes d’un socialisme africain. Sa politique a séduit d’emblée les experts des organismes internationaux. Dans les années 70, la Tanzanie est le pays d’Afrique qui va recevoir le plus fort montant d’aide publique au développement, notamment de l’OCDE. Ses principaux bailleurs de fonds sont les pays Scandinaves, l’Allemagne fédérale, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. Au passage, il n’est pas inintéressant de noter qu’une des conditions fixées par ces experts est la légalisation des partis d’opposition, le multipartisme, en Tanzanie comme ailleurs en Afrique, ayant du mal à s’imposer. La politique de l’OCDE ne peut se lire comme machiavélique. Elle ne vise ni à affamer les populations indigènes en les asservissant à une pêche d’exportation, ni à gaver à faible coût les néo-colonialistes occidentaux. La doctrine de l’OCDE, qui conforte le programme d’introduction de la perche, vise à apprendre à pêcher aux damnés de la terre plutôt que de leur vendre du poisson. La Chine de Mao Tsé Toung, qui a fait sienne la formule, figure alors au rang des principaux bailleurs de fonds de la Tanzanie. En outre, aspect important de cette pisciculture, la perche est une ressource renouvelable et n’attente pas alors à l’écosystème, si tant est qu’elle le fasse aujourd’hui de la façon dont le dépeint l’extrait de documentaire injecté dans le film. Enfin le poisson est traité sitôt sorti du lac.”

“À la différence du pétrole, ressource non renouvelable et raffinée dans les pays importateurs ou encore du café et du clou de girofle, la perche fait, elle, l’objet d’un conditionnement à Mwanza, fixant sur place une valeur ajoutée dont tirent profit les Tanzaniens. Après tout, chez Dimond, mille autochtones découpent les filets de perche. Qui osera nier qu’il s’agit là d’un travail, au même titre que celui qu’effectuent les centaines de salariés qui, en France, chez Duc, à Chailley dans l’Yonne, pratiquent l’abattage et l’éviscération des poulets? En cette fin des années 50, il n’est nullement question d’une pseudo-orthodoxie néo-libérale ou d’« un nouvel ordre mondial », comme ironise le critique de Télérama qui annone les propos du documentaliste . « J’ai essayé de transformer l’histoire du succès d’un poisson et le boom éphémère autour de cet animal en une allégorie ironique et effrayante du nouvel ordre mondial ». Les seuls parmi les Européens à s’opposer alors à ce genre d’investissements productifs se situent dans les rangs d’une droite extrême qui ne se résigne pas au vaste mouvement de décolonisation, et chez ceux qui préféreraient voir ces aides investies en Europe. Nullement « usine de délocalisation destinée à exploiter une rente off-shore », ce type d’investissement profite aussi aux autochtones, quoi qu’en pense le chercheur européen dans le confort de son laboratoire parisien. Sauper en est du reste bien conscient qui, au vu des appels au boycott de la perche du Nil en Europe que son film a suscités, bataille pour arrêter le mouvement. II n’est sans doute pas dupe de son discours et a pu mesurer le bénéfice qu’en tirent les Tanzaniens, même si son documentaire à sens unique vise à démontrer le contraire. Sauper a entrevu les dégâts que son film pouvait faire sur des cervelles altermondialistes promptes au « consumérisme citoyen » et qui bataillent pour que cesse ce commerce. Seul journal français à avoir envoyé un reporter sur place, Libération revient avec ce témoignage de Richard Abila, de l’Institut kenyan de recherche sur la pêche et la marine et « spécialiste du lac Victoria » : « Malgré toutes les conséquences négatives sur la biodiversité et les rapports sociaux, regardez comme le niveau de vie a augmenté. Si l’on venait à manquer de perches du Nil, je serais favorable à sa réintroduction. » Abila, qu’a rencontré Alexis Masciarelli, est probablement mieux placé pour apprécier, sur place, les effets vertueux de celte pisciculture. Son témoignage n’a intéressé personne.

A ce stade, on mesure le fossé entre la politique conduite par les organisations en charge de l’aide au tiers monde et la version qu’en donne le documentaliste. « La domination de la perche du Nil dans les eaux du lac Victoria, qui lui tient tout à la fois de lieu de préhistoire et d’index, sert aussi d’allégorie pour un pays soumis par les puissances occidentales à un pillage en règle ». L’optique de Sauper, sa focalisation sur la perche autorisent même certains à surenchérir à propos de cette monoculture : « La pêche est miraculeuse, des usines subventionnées par l’Europe ont poussé partout, qui transforment le poisson en larges filets à destination des étals des pays riches : la perche est aujourd’hui la première exportation du pays vers l’hémisphère Nord ». Affirmation aussi péremptoire que fausse. Démonstration : en 2000, la Tanzanie a exporté 20 000 tonnes de filets de poissons, essentiellement pêchées dans le lac Victoria. Les zones importatrices sont significativement non pas l’Europe comme le voudrait le critique de L’Humanité mais, dans l’ordre, l’Inde, l’Allemagne et le Japon. L’Europe n’est en outre redevenue un partenaire important qu’en décembre 1999, depuis la levée de l’embargo décrété par l’Union européenne en raison des modes de pêches utilisés et particulièrement destructeurs : dynamite et produits chimiques. Mwanza compte aujourd’hui une dizaine d’usines de traitement du poisson. Si l’on considère que le total annuel de la pêche tanzanienne est de 350 000 tonnes de poissons, que « moins de 20 % de la production provient de l’océan Indien », on en déduira que 280 000 tonnes viennent des lacs et près de 80 % du lac Victoria. De ses eaux, et pour la partie tanzanienne, sont donc tirées, chaque année, environ 220 000 tonnes de poisson.

Sur ces 220 000 tonnes, 20 000 tonnes de perches, sous forme de filets, sont exportées vers les pays de l’hémisphère Nord. Considérant qu’une tonne de filets exportés présuppose une pêche de 2,8 tonnes (35 % du poids du poisson est transformé en filets, 40 % reste sur place pour l’alimentation humaine et animale, le solde, soit 25 %, est jeté), est donc exporté l’équivalent de 57 000 tonnes sorties du lac. Autrement formulé, 74 % de ce qui est pêché dans le lac Victoria n ‘est pas exporté et 40 % de ce total sera consommé sur place. On peut donc en conclure que sur un total de 220 000 tonnes pêchées et après déduction des déchets et des filets pour l’exportation, 65 000 tonnes sont consommées en Tanzanie ; là où le film laisse accroire qu’avec la perche les Occidentaux ont conçu un pillage systématique d’une ressource naturelle africaine, n’abandonnant aux Africains que d’immondes carcasses : « Des fruits de la pêche, la majorité des Tanzaniens ne partage que les restes. » Enfin, à titre d’information et pour rassurer ceux qui sont persuadés que la perche est le premier produit d’exportation tanzanien, on rappellera ce qu’indiquent les statistiques disponibles : la Tanzanie exporte essentiellement du café, du coton, ainsi que des produits minéraux, notamment de l’or. Même à considérer la statistique du représentant de l’OCDE affirmant que la perche du Nil représente 25 % du total des exportations de la Tanzanie vers l’Europe (la bande-son, à ce niveau précis du film, devient inaudible et Sauper cadre en plongée trois enfants qui passent dans la rue, en contrebas de la terrasse où se tient une conférence de presse), il reste que ce poisson demeure un produit d’exportation secondaire qui représentait, en 2002, à peine 5,1 % du total des exportations de la Tanzanie. Les effectifs de perche dans le lac Victoria tendant à baisser, contrairement à la thèse que développe Sauper qui suggère un saurien pullulant, la catastrophe n’est peut-être pas celle qu’annonce le réalisateur. « La perche du Nil a bon dos », remarque un spécialiste qui n’est pas, il est vrai, critique de cinéma.”

“APRÈS LA SPOLIATION, LA MORT MADE IN OCCIDENT

Pour accroître sa charge critique, le film fait encore le lien entre la perche, la présence européenne, en l’occurrence les équipages ukrainiens, la prostitution locale et le sida. « Les pêcheurs affluent, des usines de traitement se montèrent, le tout accompagné d’un cocktail mortifère de prostitution, de sida, d’orphelins des rues. Un condensé des malheurs de l’Afrique”. » Une fois encore, l’équation est démagogique et mensongère. Si le commerce du sexe est effectivement une industrie nationale dans des pays comme la Thaïlande ou la Tunisie dans une moindre mesure, il n’en va pas de même en Tanzanie, et notamment à Mwanza qui ne présente aucun intérêt touristique. Les quelques Occidentaux présents dans la ville travaillent dans l’extraction aurifère. Quant au sida, on rappellera qu’il n’a pas besoin des pilotes russes ou ukrainiens ni des « hommes d’affaires » pour se propager en Tanzanie où 11 % de la population est séropositive, et que nombre de leaders africains ont une écrasante responsabilité dans la progression de la pandémie. A clairement annoncer dans la bande-son que les pilotes sont coupables d’aider à la transmission du sida, le réalisateur reprend à son compte les propos débiles du président zambien Chilula ou les délires franchement racistes d’un Mugabe, pour qui les Occidentaux seraient responsables de tous les maux dont souffre leur pays, qu’ils saccagent eux avec un indéniable esprit de méthode. Même remarque à propos des enfants en déshérence ou de la prostitution locale.

DE LA PERCHE AU TRAFIC D’ARMES : LA SURENCHÈRE DANS L’HORREUR OU DANS LA SUPERCHERIE ?

L’argumentaire de Sauper ne s’arrête pas là. Le summum de l’horreur est à venir et l’affiche du film signale vers quoi tend le réquisitoire: parti du poisson, le spectateur a découvert la charogne.”

…/…“Lui reste à comprendre pourquoi sous le squelette du poisson est dessinée une kalachnikov. « Une question traverse en effet tout le film, dont le cinéaste dit lui-même qu’elle en fut l’origine : ces avions-cargos qui quittent l’Afrique les cales pleines de poisson, que transportaient-ils à l’aller? Nul ne le dira, mais nul ne démentira la conviction du cinéaste : ils acheminaient des armes. » Cette affiche, merveilleuse d’efficacité graphique, résume en effet la thèse de Sauper : au pillage d’une ressource locale, introduite par les Occidentaux et qui détruit l’écosystème du lac Victoria, s’ajoute le trafic d’armes, criminel dans un continent où les guerres sont endémiques. Pour le poisson, la mécanique déployée est d’une grande limpidité, même si rapportés à leurs vraies proportions les volumes exportés annulent la démonstration qui tient ce commerce comme une spoliation irrémédiable dont seraient victimes les Tanzaniens. Lorsqu’on a compris que les trois quarts du produit de la pêche ne montent pas dans les avions-cargos, il devient clair en effet que le réquisitoire s’étiole. Il perd d’autant plus de vigueur que le bref extrait d’un autre documentaire sur la perche du Nil, cité dans Le Cauchemar de Darwin et qui peint un poisson Frankenstein, est infiniment plus terrifiant que ce que Sauper aura pu nous dire et nous montrer du carnassier. Ce documentaire qui bénéficie d’une caméra sous-marine, ce que Sauper lui n’a pas, fonctionne par gros plans de l’animal, mâchoire ouverte, yeux globuleux, sorte de terrifiant alien. Sur le terrain de la diabolisation cinématographique de la perche, le travail a déjà été fait et fait de manière apparemment très convaincante à en juger par le bref extrait montré. Reste donc à Sauper à trouver la mèche et l’explosif pour rendre son propre film détonnant. Sa démonstration s’appuiera sur les armes. Des armes contre du poisson.

Mais Sauper doit apporter les pièces à conviction. L’exercice est complexe. Nonobstant un séjour très long sur place, des conditions d’accès à l’aéroport et au tarmac d’un laxisme inouï, Sauper ne présente en effet aucune image de ces déchargements d’armes. Curieuse carence illustrative en dépit de deux cents heures de rushes tournés, mais, fait pareillement troublant, inexistence de témoignages du côté tanzanien. A sept reprises au cours des 107 minutes que dure son film, le réalisateur pose la question à ses différents interlocuteurs : « Qu’est-ce qu’apportent les avions ? », « Vous avez vu les armes être débarquées? », « Qu’apportent les Russes en arrivant en Afrique? », « Qu’apportent-ils en venant? », « En Afrique, vous apportez aussi des munitions ? », « Que peut-on rapporter d’Europe? », etc. A sept reprises, Sauper reçoit des réponses négatives, sauf d’un pilote ukrainien confessant avoir dans le passé apporté des armes à l’Unita. Mais l’Ukrainien se réfère à un conflit situé en Angola, à des milliers de kilomètres de Mwanza et terminé en 2003 lorsque le film est tourné. Amalgame et extrapolation tout aussi trompeurs avec ce magazine imprimé édité par la BBC consacré à un « Focus on Africa ». Alors que Raphaël, le veilleur de nuit du National Fisheries Institute le feuillette, Sauper cadre en gros plan une double page centrale du magazine : elle illustre des militaires noirs, non identifiés, portant, semble-t-il, des caisses. Raphaël dit qu’il s’agit de « munitions » et de soldats « anglais ». Sauper, qui a donné le magazine à Raphaël, sait très exactement de quoi il retourne mais il ne dit rien au spectateur qui, de cette photo, aura surtout retenu qu’il est question de soldats européens manipulant des caisses d’armes. A supposer qu’il s’agisse de soldats britanniques, ce qui reste à prouver, on peut sans doute deviner à quoi ils s’activent. Le périodique porte en effet une date d’octobre/décembre 1997. Londres soutient alors, avec le reste de la communauté africaine, le gouvernement démocratiquement élu de Ahmad Tejan Kabbah, porté au pouvoir en mars 1996 par 59 % des votants et renversé par des putschistes le 25 mai 1997. Bref, la photographie illustre une action inscrite dans le droit international et se situant à quelques milliers de kilomètres de Mwanza, six ans plus tôt, mais qu’importe ! Toute liberté est laissée au spectateur de faire les associations qu’il souhaite (Afrique, livraison d’armes, soldats britanniques) et de tirer les conclusions qui s’imposent. De fait, Sauper peut légitimement arguer n’avoir rien dit.

Absence d’images ! Autochtones muets ! Côté trafic d’armes, si l’on s’en lient à ce que nous livre le film et non aux déductions logiques à quoi nous invitent des rapprochements photographiques et un questionnement insistant sur l’existence d’un tel commerce, Sauper est manifestement bredouille ! Ces témoignages ou plutôt l’absence de témoignages supposés éclairer le trafic d’armes ont d’autant plus de poids qu’à Mwanza le système policier n’a pas l’air franchement totalitaire.”
…/…

“Les dénégations répétées de tous ces intéressés qui vivent à proximité de l’aéroport ne semblent donc pas dictées par la peur de représailles qui viseraient des témoins trop bavards rompant une omerta. Les autochtones n’ont rien vu et Sauper, pendant les six mois où il est resté sur place, n’a rien vu non plus et n’a rien filmé. Il n’a rien filmé car très probablement ce trafic aérien n’existe pas. Et n’a jamais existé de la manière dont cela est lourdement suggéré et qui a déclenché l’ire dans les rangs de la critique française. Les armes soviétiques ont bien été vendues à l’Unita en Angola. Et ces pilotes ukrainiens, comme ils le confessent, en ont livré. Mais ce conflit est aujourd’hui terminé. Sauper pratique une nouvelle fois un travail d’amalgame : les pilotes à l’écran ont livré des armes qui ont servi dans des conflits où des populations civiles africaines ont été massacrées. Ces mêmes pilotes transportent des filets de poisson. Conclusion logique : les armes qu’ils ont apportées s’échangent contre les filets de perche exportés. Mais à l’image et dans les témoignages oraux tout dément la simultanéité des deux opérations qui est au centre de la thèse culpabilisante du film et que résume l’affiche terrifiante. La plupart des conflits africains sont armés par des belligérants qui se ravitaillent autrement, en kalachnikovs ou en machettes. Il est évident que les armes n’arrivent pas dans ces gros-porteurs, lestés au retour de poisson surgelé. Sur cette question précise, celle de l’acheminement des armes, Sauper pouvait par exemple s’informer auprès du gouvernement français qui, à l’instar des inculpés dans l’Angolagate, possède, à n’en pas douter, des informations sur la question. Mais il y a, peut-on objecter, le témoignage à charge du journaliste tanzanien Richard Mgamba : « Quand l’Afrique meurt, les Européens font des affaires. Ils en tirent un profit en envoyant leurs cadres. » Mgamba rappelle une évidence : un pays comme la Tanzanie, de près d’un million de kilomètres carrés et entouré de huit pays plus ou moins stables, doit s’approvisionner en armes. Quel pays ne le fait pas ? Mais Mgamba ne prouve pas que les armes importées en Tanzanie, qui n’en produit pas, se troquent contre les fameux filets de perche. Il ne conforte en rien l’équation que résume l’affiche du film et qui a déclenché la vague d’indignation sur quoi surfe le documentaire. Fait capital, ces supposés arrivages d’armes ne sont jamais montrés. C’est la voix off, celle du réalisateur, qui nous le suggère de manière obsédante. Une légitime suspicion devrait alors venir à l’esprit de tout spectateur, et notamment de la grande armée des critiques cinématographiques : pourquoi croire Sauper?”

“Et d’abord comment expliquer que le débarquement des armes n’ait pu être filmé? Au vu des conditions de sécurité dans et autour de l’aéroport, et considérant l’extrême longueur du séjour du documentaliste sur place, une telle entreprise ne devait pas être mission impossible. Et ce d’autant plus qu’on nous présente ce trafic affecté d’une fréquence régulière. Dès lors, pourquoi ce trou noir à l’écran ? Un critique, par ailleurs assez crédule, avoue sa réserve : « On a beau être convaincu que la situation de l’Afrique des grands Lacs est à verser au livre noir du capitalisme, difficile de se satisfaire d’un réquisitoire qui ne spécule que sur son intime conviction (1). » Bien vu. Philippe Mangeot est le seul à exprimer un doute sur la réalité du trafic dénoncé. Le seul parmi des dizaines d’autres qui ont avalé le propos du film sans suspecter Sauper. Celui-ci s’explique sur ce trou noir de la façon suivante : « On ne voit pas les armes, parce que je ne voulais pas les montrer. Ça aurait été trop facile (2) ! » Pour les images du trafic, Sauper renvoie le spectateur à la chaîne CNN (4) qui administrerait la preuve de cette « dérive de la mondialisation ». « Pourquoi remplir mon film avec cette connerie? Ça n’est pas la peine ! » S’il ne s’agit que d’une « connerie » pourquoi y revenir de manière obsessionnelle dans la bande-son ? S’il ne s’agit que d’une « connerie » pourquoi la première question de Sauper, sa première intervention en voix-off dans le film, porte-t-elle précisément sur le supposé trafic d’armes ? Pourquoi ne pas apporter cette preuve qu’il affirme détenir et qu’il dit figurer dans les deux-cents heures de rushes tournées ? Comment Sauper parvient-il à nous faire croire qu’ayant vu « dans la soute […] cinquante tonnes de kalachnikovs, des caisses de munitions et des roquettes (4) » et les ayant filmées, il n’en retient pas les images au montage? Pourquoi ces plans, qui sont l’arc-boutant de son réquisitoire, ne figurent-ils pas dans le bonus du DVD ?”

Références de ce passage :
Pierre Murat Télérama, 5 mars 2005.
Hubert Sauper, Le Monde, 3 mars 2005.
Stigmatisation signée Bernard Comte, chercheur au Centre d’études de l’Afrique noire, Le Monde, 2 mars 2005.
Propos recueilli par Alexis Masciarelli, Libération, 2 mars 2005.
Philippe Mangeot, Les Cahiers du cinéma, mars 2005.
L’Humanité, 2 mars 2005.
Mark Turner, Michael Holman, Financial Times, 31 mars 2005.
Anne Gagnaire, Marchés tropicaux, 2 février 2001.
Philippe Mangeot, Les Cahiers du cinéma, mars 2005.
Les 44,8 millions de dollars d’exportation de filets de perche sont à comparer aux 600 millions de dollars d’exportation d’or en 2004, in Marchés Tropicaux, 15 juillet 2005.
Selon une statistique de la Banque mondiale, les exportations de perche, en 1998, représentaient 8 % du total des exportations, in Agriculture in Tanzania Since 1986, Follower or Leader of Growth, rapport n” 20639, juin 2000.
Julien Bourdet, Le Figaro, 12 août 2005. Références précédentes :
Illimité, octobre 2005, n° 138, page 26.
Prix Europa Cinémas (Venise 2004), Grand Prix documentaire (Festival du film sur l’environnement de Paris, 2004), Prix du public (Belfort, 2004), Grand Prix du meilleur film (Copenhague, 2004), Prix du meilleur documentaire (Montréal, 2004), etc.
Au total, le film sort la première semaine sur 30 copies, in Le Cahier des Exploitants, 2 février 2005.
Cinéchiffres, semaine 40, du 28 septembre au 4 octobre 2005, page 5.
Le Film Français, 11 mars 2005.
Certains, comme Denis Duclos et Valérie Jacq, dénoncent « la surexploitation des travailleurs tanzaniens, mourant dans la misère d’épuisement et du sida », in Le Monde Diplomatique, mai 2005.
Samuel Douhaire, Libération, 7 octobre 2005.
François-Guillaume Lorrain, Le Point, 31 mars 2005.
Le Figaro, 2 mars 2005, parle de « Tanzaniens d’origine indienne ».
François-Guillaume Lorrain. Le Point, 31 mars 2005.
Fabrice Pliskin, Le Nouvel Observateur, 28avril-4 mai 2005.
Malhilde Blottière, Télérama, 4 mui 2005.
Barbara Vacher, la Conscience, 8 mars 2005.
Hubert Sauper, Le Cauchemar de Darwin, voir bonus du film, mk2 éditions, octobre 2005.
Hubert Sauper, Liberation.fr, 11 mars 2005.
Michel Alberganti, Le Monde, 11 mars 2005.
Voir J.P. Olowo & L. Chapman, « Trophic Shifts in Predatory Catfishes following the Introduction of Nile Perche in Lake Victoria », in African Journal of Ecology, décembre 1999, vol. 37, pp. 457-470.

Pierre Barthélémy, Le Monde, 3 mars 2005
Philippe Mangeot, Les Cahiers du cinéma, mars 2005
Jean-Philippe Pons-Malartre, Intruders: Animal Invaders, The Fresh Waters Killers, production Espace Vert, la 5 Téléimages nature, 2000
Tobias Grey, Variety, 20-26 juin 2005

1. Philippe Mangeot, Les Cahiers du cinéma, mars 2005
2. Réf. Hubert Sauper, témoignage de l’auteur dans le bonus de l’édition DVD du film, MK2 édition, octobre 2005.
3. A la question des journalistes des Inrockuptibles, 2 mars 2005, « Pourquoi ne voit-on jamais les armes dans le film ? », Sauper rétorque : « C’est une décision de montage. J’ai les images. Si vous voulez voir des armes, vous allumez CNN, vous en verrez tous les jours », propos recueillis par Jean-Marc Lalanne et Jade Lindgaard.
4. Propos repris par Brigitte Baudin, Le Figaro, 2 mars 2005.


Match PSG-Tel Aviv: après Dieudonné-Le Pen, cette convergence que ne veulent pas voir nos médias (More anti-Semitic denial from France)

25 novembre, 2006
Dieudonné-Gollnisch Je soutiendrai sans réserve Dieudonné s’il est poursuivi au nom de la loi Gayssot pour ses derniers propos. Hugues Petit, conseiller régional FN, responsable du comité de soutien à Bruno Gollnisch (février 2005)
Je me suis battu politiquement contre l’extrême droite en France, à Dreux. J’ai des positions politiques qui sont radicalement opposées, mais quand je vois ce qui se passe aussi avec M. Gollnisch, retirer son travail à quelqu’un sans que la justice ait pu se prononcer. On est dans un Etat de droit, sous la pression d’un lobby qui se croit tout permis dans ce pays. Dieudonné (mars 2005)
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)
[Et tu penses qu’en France le Mossad pourrait attaquer les synagogues …?] Je ne sais pas si c’est le cas. Simplement, ce que je dis, c’est qu’il faut savoir à qui peut profiter le crime. José Bové (à Karl Zéro, Canal plus, avril 2002)
La chose la plus bizarre, c’est qu’un Arabe (…) et un nazi se sont mis ensemble pour tabasser un juif … Ahava (Forum du PSG, cité par Le Parisien)

Après la mort par balles d’un supporter du PSG et la blessure grave d’un autre suite au match PSG-Tel Aviv jeudi soir (ils faisaient partie d’une foule de quelque 150 individus qui s’en prenaient à un policier en civil antillais, le forçant à utiliser son arme de service pour se défendre lui-même et le supporter du club israélien qu’il protégeait) …

Et cet étrange silence (voir ci-dessous le site européen ESISC) sur les conditions réelles du match (comme de tant d’autres), ces saluts hitlériens collectifs, ces drapeaux palestiniens, du Hezbollah ou frappés de la croix gammée …

Comment ne pas voir nouvelle confirmation (ils nous avaient déjà fait le coup, Libération excepté, avec la prétendue « visite-surprise » de Dieudonné à la fête du FN dix jours plus tôt) de l’aveuglement volontaire (ou commandé) de nos courageux médias devant l’évidence toujours plus criante de la convergence entre l’antisémitisme d’extrême-droite et celui des jeunes de banlieue d’origine arabe ou musulmane (le supporter et assaillant blessé ne s’appelle-t-il pas Mounir?) ?

Mais il est vrai qu’ils ont déjà bien à faire à attiser les flammes tous les soirs en dénonçant l’Etat d’Israël avec leurs faussaires à la Enderlin et toutes les imprécations qu’ils nous passent en boucle des Chirak-Villepin ou des Bové & co et leurs manifs nauséabondes où cette fois c’est l’extrême-gauche qui fait sa jonction avec l’antisémitisme musulman …

NOUVELLE BREVE DU 24/11/2006
ESISC

France/Antisémitisme : il y a eu d’autres incidents au PSG hier soir

L’incident tragique qui a coûté la vie à un jeune hooligan et au cours duquel un autre a été blessé n’était pas isolé. Nous reproduisons ci-dessous les témoignages recueillis par M. Sammy Ghozlan, du Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme.

« Selon un témoin, un homme de quarante ans, a été pris à partie près du parking, non loin d’une station service. Repéré comme juif, ses agresseurs lui ont cassé le nez. (…) Selon un autre témoin, qui assistait lui aussi au match, près de 400 supporters du PSG ont fait ensemble le salut hitlérien. Il a vu des drapeaux palestiniens, du HEZBOLLAH et d’autres frappés de la croix gammée. Ce même témoin a vu des individus agresser et battre à la sortie du stade, deux jeunes filles juives de 16 ans. (…) ».

Enfin, on est surpris de l’attitude inqualifiable du PSG qui, non content de ne pas assumer ses responsabilités diffuse sur son site un message intitulé « Le PSG en deuil » dans lequel on peut lire : « Suite au drame qui bouleverse l’ensemble des sympathisants du PSG, le club tient à exprimer sa profonde compassion à la famille et aux proches du supporteur décédé à la Porte de Saint-Cloud. Le club souhaite également de tout cœur que son camarade blessé se rétablisse le plus vite possible ».

On rappellera que le drame a été provoqué par l’agressivité incontrôlable de ceux qui sont présentés aujourd’hui comme des victimes et qui participaient, apparemment, à des agressions racistes et antisémites extrêmement violentes.

– Voir aussi Libération sur la fausse surprise de la rencontre Dieudonné-le Pen:

Il y a une semaine, le fantaisiste se rendait à la Fête bleu, blanc, rouge. Le FN se déclarait surpris. Pourtant, leurs connexions sont nombreuses.
Dieudonné à la fête du FN : une visite pas si mystérieuse
Le Pen, le 12 novembre, au Bourget. Les passerelles entre le FN et Dieudonné ne manquent pas.
Par Christophe Forcari Libération: lundi 20 novembre 2006

Tout le monde l’a vu, certains l’ont reçu sur leur stand. Mais officiellement aucun des responsables frontistes n’était au courant de la venue d fantaisiste Dieudonné, samedi 11 novembre, à la convention présidentiell bleu, blanc, rouge de Jean-Marie Le Pen au Bourget. Une «visite spontanée», assure Dieudonné, venu «en homme libre». Il est pourtant difficile de croire que le pourfendeur de Marie-France Stirbois à Dreux en 1997, condamné en mars 2006 en première instance pour avoir déclaré que les juifs «étaient tous des négriers reconvertis dans la banque», ait pu s’inviter au BBR sans s’être assuré auparavant qu’il pourrait effectivement rentrer de manière courtoise. Ou se faire complaisamment photographier à sa sortie du Parc des expositions du Bourget en bonne place au milieu d’une escouade de DPS, les gros bras du FN, hilares.

Une série de photos publiées sur le site d’Allain Jules Meynié (1), un proche de Dieudonné, montre sa proximité avec quelques figures frontistes ou issues de la droite nationale bien connues. L’ex-directeur de campagne de Dieudonné, Marc Robert, de son vrai nom Marc Georges, est un ancien militant frontiste. Candidat aux municipales de 1995 à Eragny (Val d’Oise), photographié au BBR en compagnie de Jean-Michel Dubois, lui-même élu de ce département, il reconnaît avoir été «dans une certaine mesure, la cheville ouvrière de cette rencontre». «L’opération avait été préparée de fraîche date. Des contacts ont été pris pour s’assurer qu’il allait bien pouvoir rentrer», confie Marc Robert.

Conspirateur réjoui.

Pourtant, au FN, tout le monde feint de ne pas avoir été informé. C’est Farid Smahi, ancien conseiller régional FN d’Ile-de-France, «ami de très longue date d’Ahmed Boualek», responsable de l’association La banlieue s’exprime (2), qui a guidé Dieudonné à travers les stands et lui a proposé de se rendre sur celui de l’association de Jany Le Pen, SOS enfants d’Irak. Ce jour-là, il laisse comprendre, à coups de lourds sous-entendus et avec une mine de conspirateur réjoui, qu’il n’est pas pour rien dans cette visite. Une semaine après, Farid Smahi affirme qu’il n’était «pas au courant», qu’il n’y est «pour rien» et qu’il a été «agréablement surpris». L’organisateur des grandes manifestations frontiste, Jean-Michel Dubois, assure lui aussi n’y être pour rien. «La sécurité m’a appelé pour me dire que Dieudonné était à l’entrée et me demander des instructions. Je n’étais pas au courant, pas plus que le président», raconte Jean-Michel Dubois. Même version pour Olivier Martinelli, le directeur de cabinet de Le Pen, à la différence près que c’est une secrétaire qui l’informe. Et s’il est photographié en compagnie de Dieudonné sur le stand de la Corse, c’est que cet insulaire n’a pas voulu faillir «aux traditions d’hospitalité» de l’île de Beauté. Toujours selon son récit, Olivier Martinelli s’est alors empressé de transmettre la nouvelle «au président qui [lui] a dit qu’il pouvait rentrer». Louis Aliot, le secrétaire général du FN et directeur adjoint des campagnes lepénistes, a été prévenu par le directeur national du DPS, Jean-Pierre Chabrut, au moment où Dieudonné payait son billet d’entrée. Peu enthousiasmée par cette présence, Marine Le Pen affirme qu’elle n’en savait rien. «Pas plus que Bruno Gollnisch», ajoute-t-elle .

Marine Le Pen dispose pourtant de personnes dans son proche entourage pour la tenir avertie des intentions de Dieudonné. A commencer par Marie Chatillon, actuellement employée au service de communication du Front. Sur plusieurs photos, elle apparaît aux côtés de Dieudonné, lui claquant la bise au passage. «Je crois qu’elle le connaît parce qu’elle a fait du chant choral», assure Eric Iorio, responsable de la propagande au FN. Surtout, son époux, Frédéric Chatillon, est un ancien responsable du GUD. Aujourd’hui à la tête d’une entreprise baptisée Riwal communication, il a joué les intercesseurs pour le compte de Dieudonné auprès de nombreuses personnalités libanaises, lors d’un voyage organisé fin août 2006 .Au cours de cette escapade, Frédéric Chatillon l’aurait présenté à de nombreuses personnalités, dont Lahoud Aoun, le président du groupe Hezbollah au parlement libanais. L’ex-responsable gudiste a longtemps été considéré comme entretenant des liens assez proches avec le général Tlass, ancien ministre syrien de la Défense et éditeur de brochures révisionnistes en plusieurs langues. «J’ai appelé aussitôt Frédéric Chatillon. Il m’a dit qu’il n’était pas au courant», dit Eric Iorio. Le couple Chatillon connaît bien Dieudonné, puisqu’il avait convié Marine Le Pen à un dîner en compagnie du fantaisiste. «Une invitation que j’ai déclinée», assure celle-ci.

Moulin de Valmy.

Autour de Dieudonné, les passerelles vers le FN ne manquent pas. A commencer par Alain Soral, écrivain pamphlétaire qui s’est fait remarquer par ses prises de positions anticommunautaristes et antisionistes. Il était du voyage au Liban. Alain Soral a été reçu à deux reprises par Le Pen lui-même. Il a même été l’inspirateur d’une partie du discours tenu par le Président du Front national au pied du moulin de Valmy le 20 septembre. Marine Le Pen en a discuté «une demi-douzaine de fois avec lui. On a confronté nos idées et on est tombé d’accord sur la même ligne». Une autre photo, toujours sur le site Allain Jules Meynié, montre Dieudonné, donnant l’accolade à Jean-Emile Néaumet, alias Nicolas Gauthier, journaliste au mensuel le Choc du mois, qui l’a interviewé pour le compte de ce magazine. Dieudonné y déclarait entre autres : «Dorénavant, un antisémite est quelqu’un que le Crif (Conseil représentatif des institutions juives) n’aime pas», se posant ainsi, lui aussi, en victime diabolisée. «Sa présence ne doit rien au hasard, croyez-le bien», affirme un cadre du parti d’extrême droite qui soupçonne, sourire aux lèvres, Le Pen lui-même, d’avoir négocié en direct cette visite avec Dieudonné.
(1) http://allainjules.blogspot.com
(2) http://www.labanlieuesexprime.org

– See also Nidra Poller’s account:
EASY PREY IN PARIS — « A jackpot, a Black and a Jew. »
PJM in Seattle
November 25, 2006
The « Celebrations »
In which a French policeman protects a Jewish fan of Israeli soccer team assaulted by Paris St. Germain hooligans. Score: 1 dead, 1 critically injured. National state of anti-Semitic denial continues in France unabated.
PJM’s Paris editor Nidra Poller’s continuing coverage of events in France. 24 November 2006
The news broke with typical French fuzziness: a plainclothes policeman, who came to the rescue of an Israeli pursued by 150 enraged Paris St. Germain fans, fired into the crowd killing one assailant and critically wounding another. The incident occurred after the Hapoel Tel Aviv soccer team beat Paris St. Germain 4 to 2 at the Parc des Princes stadium near the bois de Boulogne. The first image that came to mind was punk jihadis—the kind who burn buses and smash policemen’s heads, and may also be PSG fans—hot on the heels of an Israeli, breathing smoke and lusting for blood. And finally a policeman does the sensible thing, and shoots before getting his head bashed in. But now what? Won’t the banlieue explode before midnight? This is the incident they all dreaded.
Then the first details squeezed through the tight net that separates a radio broadcast from The Facts: in fact, the bad guys are hooligans from the notorious Kop de Boulogne section of the stands (the punk jihadis occupy the “Auteuil” section at the opposite side of the stadium). Skinheads, racists, high voltage trouble makers, many of them affiliated with the unsavory Front National. By midday TV newsrooms had pulled up archive footage of previous exploits too numerous to mention. Typical hooligan stuff. Plus a new incident that occurred this morning when about forty of the same stripe turned up at the Camp des Loges where the team was training. An official came out to “dialogue” with them (you know, that is the French solution for all the world’s ills) and they attacked him and whoever else they could punch or kick, including journalists and cameramen, before they were subdued. Were they arrested? Come to think of it, I don’t know. Probably not. One of the punchers was a husky black guy. You’ll soon see why I mention this un-PC fact.
The plainclothes policeman who protected the Hapoel TA fan is a French Caribbean, Antoine Granomort. He is presently in police custody, as are five of the hooligans, accused of various charges including racist and anti-Semitic insults. It looks like the policeman will be acquitted on grounds of self defense. But who knows, he might fall into the hands of a judge who has used up his leniency on head-busting racaille and decides to crack down on a “trigger-happy” policeman. Like the French Ministress of Defense who wants to shoot down Israel airplanes flying over Lebanon.
The dead fan, 25 year-old Julien Quemener, and the injured fan, 25 year-old Mounir Bouchaer, were both known as “card-carrying” members of the “Boulogne Boys.” The latest reports say the policeman only fired one shot; the bullet went through Bouchaer’s chest, piercing a lung, and straight into the heart of Quemener. Which would tend to confirm the policeman’s declaration, that he fired upward at a sixty-degree angle, aiming at someone who was about fifty centimeters to a meter away from him…
After carefully gathering and crosschecking every available scrap of information, this is the closest I can get to an accurate account of the chain of events.
Yanniv Hazout—Israeli or more likely a Jewish Frenchman carrying or wrapped tifosi-style in an Israeli flag—was leaving the stadium with four or five friends when a gang of about 150 men described as PSG fans started to chase them. (This was the clue I missed before my morning coffee; the gang was never described as “youths.”) Philippe Broussard of l’Express, former sports journalist and expert on hooliganism, who witnessed the attack, describes the crowd as an extremely violent dangerous horde, shouting racist and anti-Semitic insults. One source claims that Yanniv and his friends decided to break up…but I find that hard to believe. I’ll have to wait until the Jewish media get the full story on that. Yanniv was alone when Broussard saw the policeman trying to protect him, telling him “stay behind me, stay behind me.” Someone else describes Yanniv pulling the policeman’s sleeve, trying to guide him over to a McDonald’s on the far side of Porte St. Cloud Square.
Granomort, who is assigned to the transport brigade, was not on duty at the stadium that night. One report says he was watching over the parked police cars. Hopefully he will tell his side of the story when he is released from police custody. Knowing what we know of people battered senseless or kicked to death, of policemen ambushed, attacked with iron bars, getting their heads smashed, we can measure the courage of Antoine Granomort who risked his life to protect a young man bearing an Israeli flag in Paris in this day and age.
He could have left Yanniv to his sorry fate. No one would have blamed him. Who would have even known there was a plainclothes policeman in the vicinity?
Granomort tried to hold the attackers off with tear gas. He emptied his canister. They advanced, undaunted. They knocked him down, or he tripped and fell. He was kicked in the head and groin. Did he get up, or shoot from the ground at someone who was about to kick him senseless? No reliable eyewitness testimony has been made public on that detail. He says he warned them that he was a policeman. Then fired one shot.
He and his protégé ran into the Macdonald’s on the other side of Porte St. Cloud Square. The enraged mob followed them. Smashed the windows. The policeman, the Hapoel fan, and a few customers ran to the second floor of the restaurant.
Broussard speculates that the mob didn’t come into the restaurant because they were afraid they would be trapped inside. Maybe, maybe not. Were they actually thinking anything? They shouted racist and anti-Semitic insults. Granomort called for help with his walky-talky. Someone said “he’s a cop.” Does this mean they didn’t know before? It’s hard to describe the words and deeds of a mob, even if you are on the scene. Did they all belong to the Kop de Boulogne? Did they know someone had been shot, did they hear Granomort say “Police! Stand back!”? Some of them smashed the windows of the Mcdonald’s and some pasted Front National Jeunesse stickers on what was left of them. And one, shown only from feet to shoulders, gave his version to a TV reporter. He said “we,” not “the horde,” and made “us” sound far too reasonable to be true.
Tonight a small crowd gathered outside the Parc des Princes stadium to honor the fallen fans. Quenemer’s best friend looked right into the camera, all pain and loss and crying for justice. Justice, unfortunately, may well be more of the same stomping, smashing, thrashing.
Claude Barouch, president of the UPJF (Union des patrons et professionnels juifs de France) was at the stadium last night. Of course. He was surprised by the low level of security for a high risk game. Fifteen thousand Jewish fans of an Israeli team. No frisking, no ID control. Député Claude Goasguen drafted a bill last year to combat violence in stadiums. He would like to see it strictly enforced. Interior Minister Sarkozy promised results. The president of PSG, sitting in front of a red background printed with alternating Nike swishes and “Fly Emirates,” made an empty non-committal statement at a brief press conference. He would like this problem to disappear and leave the box office in peace. But something tells me this is one more ongoing thing that is going to just keep going on.
And the French are always bad mouthing Americans. We’re the brutes, the gunslingers, the world class stompers. Michael Ledeen told me last spring that he bought season tickets to the baseball games. Good family fun. People of all sorts and stations in life, peaceably assembled.
What did Paris do to deserve this inopportune clash of civilizations?
UPDATE 25 November
Ok, now we have all done some in-depth investigations. I’ll begin with my own. Eyewitness—a young security guard in front of a synagogue Saturday morning. Of course he had seen the PSG-Hapoel game. The atmosphere was okay during the game…there were so many Jews. But when we came out of the stadium they were harassing us, roughing us up, calling us “sales feujs” [dirty kikes], taunting, “Where are your flags, huh? Afraid to show them now?” It was going on all over the place. The CRS [riot police] just stood there and watched.
He saw the beginnings of the incident at Porte St. Cloud…and didn’t linger. There were no problems in the metro because there were so many transportation security police. He wonders…if Hapoel had lost the game would the PSG fans have been so aggressive?
Interviewed by the AFP, Patrick Bittan, martial arts instructor at the GIGN [elite commando force of the Gendarmerie] gives a more dramatic description of Jews forced to pass through tightly structured gauntlets. “They asked if we were Jewish, or just said ‘Jew’ to see how we reacted, they looked in people’s bags to see if they had an Israeli flag, something Jewish. I saw two or three guys really get hit.”
The missing link. And yet it’s so obvious. Of course it was not one incident, not one or even five Hapoel fans, it was Jews in general who were hassled. Libération reports that the kops of Boulogne, who usually pick fights with the banlieusards of the Auteil tribune, forgot their rivalry and went after the Jews. Rumors had circulated that the Betar and the Jewish Defense League were going to arrive in force. Yeah, sure. That’s what the K tribe said when they marched into the Jewish quarter in paramilitary formation. So the skinheads and the punk jihadis had to rough up Jews to prevent a Betar-JDL massacre?
Yanniv Hazout was interviewed on TV. All they showed was his jeans and shoes—Nikes or Adidas, I couldn’t tell. He expressed his gratitude to the policeman who rescued him. Just looking at his shoes you could tell the young man was still in shock from his brush with death. Hazout says Granomort shouted loud and clear that he was a policeman, and ordered the mob to back off. He showed his gun. Someone mocked him, “it’s not a real gun.” They thought they had easy prey, a jackpot, a Black and a Jew. Granomort warned several times before shooting.
The mother of Julien Quenemer, who worked as a home appliance technician, swears that he was not a hooligan, didn’t pick fights. Mounir, of Moroccan origin, had moved from Paris to the provinces. A friend says he wasn’t violent. It was a mob, and whoever got shot it wasn’t someone in the fifty-fifth row who just happened to be passing by. All kinds of nice kids from decent families who got good grades in school burned cars and attacked policeman last November.
Countless eyewitnesses quoted in the media today concur. It was a savage horde, they were out of control, they shouted “dirty Nigger, dirty Kike, we’re going to kill you.” Some reports say they also shouted “Le Pen for president.” I don’t know why that seems comical. One young man explained that the PSG fans weren’t really out to do a pogrom on Jews, they were just fed up because the team lost but, he added, there was an undercurrent because of the “extreme right, and sympathy for the Palestinian cause.”
Interior Minister Sarkozy met with all concerned parties this morning and solemnly swore to impose draconian measures on soccer clubs and their fans. In case of non compliance, they will play to empty stadiums.
Ségolène Royal said “Amen.”
And Antoine Granomort, presented to the court as a material witness (and not charged with involuntary manslaughter as originally expected), has just been exonerated on the grounds of self-defense and released.
The PSG fans who threw punches yesterday at their team’s training camp, left a graffiti on the wall, promising that justice will be done. Their idea of justice is what we would call revenge. Will they now accept the verdict of the court? Or will our hero, Granomort, have to face that mob again, and again?

COMPLÉMENT:

Malgré la légère baisse ou stabilité des faits antisémites (menaces, insultes, dégradations, violences, notamment suite à une meilleure protection des lieux de culte et écoles) mais l’augmentation des violences physiques, on est est tout de même selon les chiffres de la police à plus d’un par jour !

Avec à nouveau un fort lien à la médiatisation des évènements du Proche-Orient (merci Enderlin !) ou de faits divers en France même.

Voir Le Monde du 1/12/06:

L’étude de l’évolution mois par mois des statistiques montre « une forte élasticité, liée aux événements du Proche-Orient d’une part, à la médiatisation de faits divers en France d’autre part »
Au cours des dix premiers mois de l’année, 436 faits antisémites (menaces, insultes, dégradations, violences) ont été recensés, contre 452 sur la même période en 2005 (504 pour toute l’année). Après le pic de 2004 (974 faits), le volume total est donc en légère décrue. En revanche, les violences physiques sont plus nombreuses, passant de 85 à 97, soit + 14,1 % (200 en 2004).
Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) effectue son propre relevé des actes antisémites, dont les tendances confirment celles de la police : après une baisse très importante de 47 % en 2005 par rapport à 2004, les actes antisémites – toutes catégories confondues – apparaissent en légère hausse (+ 10 %). Les actions – dégradations, vandalismes, mais surtout les agressions physiques – seraient en forte hausse depuis le début de l’année (plus de 25 %). « On assure beaucoup mieux, aujourd’hui, la protection des lieux sensibles, c’est-à-dire des synagogues et des écoles juives, qui ne sont presque plus visées, explique-t-on au CRIF. En revanche, on se trouve face à un grave problème de violences physiques. Il est difficile de mobiliser l’opinion sur ce thème. »

VIOLENCES LES STATISTIQUES 2006 DE LA DIRECTION GÉNÉRALE DE LA POLICE NATIONALE
Stabilité du nombre de faits antisémites, baisse des actes racistes
LE MONDE | 01.12.06 |

Un policier antillais défendant un supporteur de confession juive face à des hooligans du PSG : résumé de façon abrupte, le drame survenu le 23 novembre aux abords du Parc des Princes a remis dans l’actualité les actes antisémites et racistes. Depuis l’enlèvement et la mort d’Ilan Halimi, en février, ce thème était, pourtant, moins souvent évoqué.

Les chiffres de la direction générale de la police nationale (DGPN) indiquent une certaine stabilité entre 2005 et 2006 des faits antisémites (- 3,5 %) et une baisse des faits de racisme (- 24,3 %), comptabilisés distinctement. Au cours des dix premiers mois de l’année, 436 faits antisémites (menaces, insultes, dégradations, violences) ont été recensés, contre 452 sur la même période en 2005 (504 pour toute l’année). Après le pic de 2004 (974 faits), le volume total est donc en légère décrue. En revanche, les violences physiques sont plus nombreuses, passant de 85 à 97, soit + 14,1 % (200 en 2004).

« En 2005, nous avions été déjà frappés par la hausse significative de la gravité des actes, explique Michel Forst, secrétaire général de la Commission nationale consultative des droits de l’homme. On perçoit un faisceau de phénomènes : une hausse générale des violences aux personnes en France, une radicalisation de certaines opinions, une sensibilité toujours très forte aux événements internationaux. »

L’étude de l’évolution mois par mois des statistiques montre « une forte élasticité, liée aux événements du Proche-Orient d’une part, à la médiatisation de faits divers en France d’autre part », souligne la DGPN. Mars a été le mois le plus noir de l’année pour les actes antisémites (72 faits).

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) effectue son propre relevé des actes antisémites, dont les tendances confirment celles de la police : après une baisse très importante de 47 % en 2005 par rapport à 2004, les actes antisémites – toutes catégories confondues – apparaissent en légère hausse (+ 10 %). Les actions – dégradations, vandalismes, mais surtout les agressions physiques – seraient en forte hausse depuis le début de l’année (plus de 25 %). « On assure beaucoup mieux, aujourd’hui, la protection des lieux sensibles, c’est-à-dire des synagogues et des écoles juives, qui ne sont presque plus visées, explique-t-on au CRIF. En revanche, on se trouve face à un grave problème de violences physiques. Il est difficile de mobiliser l’opinion sur ce thème. »

Les statistiques des faits de racisme et de xénophobie de la DGPN indiquent pour leur part une forte décrue de 24,3 % entre 2005 et 2006 (286 contre 378 sur dix mois en 2005). Les actions violentes enregistrent aussi une tendance à la baisse (de 69 à 53). Les années 2002 et 2004 avaient atteint des records, avec 119 et 169 actions violentes. Ces baromètres, non exhaustifs, sont le produit des remontées d’information des services régionaux de police.

Piotr Smolar


Affaire Litvinenko: Back in the USSR

24 novembre, 2006
Litvienko after YuschenkoChirac decorates PutinIt was sadistic, slow murder. It was perpetrated by somebody incredibly cruel, incredibly heartless. (Andrei Nekrasov)
This is what it takes to prove one has been telling the truth. (Alexander Litvinenko)

Comme au bon vieux temps de l’URSS de Staline, lui aussi apparemment victime de la mort-aux-rats, il semble que les réglements de compte aient repris de plus belle dans le pays du dernier chevalier de la Légion d’honneur de Chirak, un certain Vladimir Poutine

Après la tentative d’empoisonnement en 2004 du président ukrainien Viktor Yushchenko, le meurtre le mois dernier de la journaliste Anna Politkovskaïa, voilà le tour d’Alexandre Litvinenko, décédé la nuit dernière à Londres.

Il faut dire que l’ex-lieutenant colonel du FSB (ex-KGB), réfugié à Londres depuis cinq ans et toujours recherché par les autorités russes suite à une condamnation par contumace en 2002 à trois ans et demi de prison, n’y avait pas été avec le dos de la cuillère.

Accusant l’ex-maitre du KGB (beaucoup d’ex dans cette histoire!), devenu depuis maitre du Kremlin (non, il n’a pas empoisonné Eltsine à la vodka), du tout récent meurtre d’une journaliste un peu trop curieuse mais aussi de la tentative d’assassinat de son ex-ami et milliardaire Boris Berezovski (également exilé à Londres), il allait jusqu’à l’accuser d’avoir provoqué les attentats qui en 1999 (près de 300 victimes dans des immeubles d’habitation de Moscou) le propulsèrent, 2e guerre de Tchéchénie aidant, au sommet de l’État.

Spies with history as poison experts
Michael Evan The Times
November 24, 2006

Old habits die hard. Even if the hand of the FSB (KGB) is never proven in the case of Alexander Litvinenko, Russian intelligence services retain an unhealthy interest in developing obscure drugs and chemicals that can kill without trace.

The euphemistic-sounding Operational and Technical Directorate succeeded Kamera (the Russian for chamber), the Cold War poison factory created by Stalin, but it still has a laboratory devoted to finding new ways of killing people.

It supplies the lethal products for Department 12 of Directorate S of the SVR (the Russian foreign intelligence service), which deals with biological warfare.

Oleg Kalugin, who spent 32 years in the KGB and now lives in the West, revealed in his exposé of Russian espionage, Spymaster, that the laboratory invented poisons that agents could slip into drinks, and jellies they could rub on a person to induce a heart attack.

He said that several options were discussed when plans were made to liquidate the Bulgarian dissident Georgi Markov in 1978: using poison jelly, poisoning his food or shooting him with a poison pellet. One plan was to rub poison jelly on to the handle of Markov’s car door, but this was rejected because the wrong person might have opened the door and Markov would have been warned off.

Then it was discovered that Markov was planning a holiday at a seaside resort in Italy and a plot was devised to bump into him and smear him with poison jelly on the beach. But that plan was also scrapped because the weather was cold and Markov never went swimming. So the KGB resorted to the third option: a ricin pellet shot into his leg while Markov was walking across Waterloo Bridge.

The history of Kamera, or Laboratory 12, is peppered with cases where the KGB has turned to the most mysterious and most undetectable poisons. Nikolai Khokhlov, a defector from the KGB, had radioactive thallium slipped into a cup of coffee while he was at a public reception in Germany in 1955. He survived.

Friends who had waited by Mr Litvinenko’s bedside feared that his attackers had developed a new drug to poison him. They said that experts had run through every toxin they knew of, but the doctors had never encountered such a case.


Dernière exception française: l’immobilité sociale! (The still stalled society)

22 novembre, 2006

L'ascenseur social est en panneEn cette « Année européenne de la mobilité professionnelle » et au moment où, après le rejet du CPE de l’an dernier, les candidats du PS proposent une énième augmentation du SMIC, il faut lire l’intéressante note que vient de publier, à la fondation Montaigne, la directrice de recherche suédoise Anna Stellinger sur cette autre « exception française »… l’immobilité sociale.

Bienvenue en cette étrange contrée où, au moment nos voisins, notamment nordiques, font le choix de la souplesse, on renforce à coups de lois et réglementations, la protection de l’emploi, comme on dit.

Où le mouvement est « vécu comme une menace plus que comme une opportunité d’avancer » et où on n’a à la bouche que le mot « précarité », terme inconnu dans les pays non-latins, qui préfèrent eux parler de « dead-end jobs », insistant plus sur les possibilités d’avancement et promotion que sur celles de stabilité.

Bienvenue au pays où on a oublié l’évidence que si la protection de l’emploi (d’une minorité privilégiée en fait de salariés masculins de 25 à 54 ans) freine les licenciements, elle freine aussi les embauches (et d’abord pour les plus défavorisés : nouveaux entrants et réentrants, c’est-à-dire jeunes, femmes et peu qualifiés).

Où on semble ignorer que pour créer des postes pour les chômeurs, il faut nécessairement que les actuels tenants de ces postes les libèrent, d’où l’aberration de concentrer toutes les mesures sur lesdits chômeurs, alors qu’il faudrait les concentrer sur l’incitation des salariés en activité à quitter leurs emplois, c’est-à-dire à la mobilité professionnelle.

Bienvenue au pays où bouger ou déménager se paie au prix fort, que ce soit en droits de mutation (nos fameux « frais de notaire », 6 à 8% du montant de la vente) ou en droits perdus de congés ou d’allocations chômage, alors que nombre de pays non seulement ne connaissent pas ce genre de taxes mais en plus permettent la défiscalisation, voire la prise en charge par l’employeur, de ses frais de déménagements.

Où, coûts astronomiques du travail et de licenciement obligent, les employeurs préfèrent se passer de main d’œuvre et automatiser à tout va, comme ainsi dans le commerce ou les services (hôtellerie ou restauration) où on peut employer jusqu’à trois fois moins d’employés qu’un pays comme les EU et se priver ainsi de quelque… 3 millions d’emplois, soit à peu près le nombre de chômeurs actuel !

Bienvenue à la patrie des emplois et métiers protégés (hôtellerie, transport, presse, tourisme, santé, conseil, finance, fonction publique), que ce soit par des diplômes professionnels aux exigences inutilement élevées , une faible valorisation de l’expérience ou carrément des numerus clausus (eg. vétérinaires, architectes, chauffeurs de taxi, pharmaciens, etc.).

Où on a aucun intérêt à quitter des emplois où on a tant investi en coût et temps de formation, en achat de licence, en temps et effort de démarche administrative pour laisser la place à des nouveaux entrants qui éprouveront, dans l’autre sens et même quand l’accès y serait possible, les mêmes obstacles et coûts pour tenter d’y pénétrer.

Bienvenue en la patrie de la laïcité (autre mot si français et si difficilement traduisible en d’autres langues) et première destination touristique mondiale où on peut ouvrir boutique le dimanche, à condition de ne pas … employer du personnel ce jour-là!

Bienvenue au pays des lois de protection et purification linguistiques, d’où la difficulté si française d’apprendre les langues étrangères et… la si faible mobilité géographique des Français!

Et ce à l’heure où, avec l’élargissement de l’Union européenne, leur langue recule face à l’anglais et à l’allemand (parmi les populations des dix nouveaux États-membres, seuls 3% le maîtrisent, contre 12% dans l’ancienne UE à quinze), et donc… le marché du travail qui va avec!

Bienvenue, pour tout dire, au pays où (de trente ans dans les années 1950) il faut désormais plusieurs centaines d’années à un ouvrier pour rattraper le salaire d’un cadre supérieur et où les plus protégés se sentent en fait les moins en sécurité!

Comment relancer l’ascenseur social
A. R..
Le Figaro
le 22 novembre 2006

Un rapport de l’institut Montaigne avance quinze propositions pour « sortir de l’immobilité sociale à la française ».

LES FRANÇAIS, « qui sont parmi les plus protégés en Europe (…) sont ceux qui se sentent le moins en sécurité », observe Anna Stellinger, dans un rapport intitulé « Sortir de l’immobilité sociale à la française », que vient de publier l’institut Montaigne. Spécialiste du marché du travail et de la réforme de l’État, directrice de la recherche économique et sociale à la Fondation pour l’innovation politique, proche de l’UMP, l’auteur met sur la table quinze propositions pour faire évoluer cette situation et réconcilier les salariés français avec la mobilité.

À ses yeux, celle-ci, même lorsqu’elle est interne à l’entreprise, est trop fréquemment « synonyme de réorganisation ou de restructuration » et est, du coup, « vécue comme une menace plus que comme une opportunité d’avancer dans la vie professionnelle ». Comment sortir du cercle vicieux ? En la valorisant. « La France se trouve comme bloquée dans le mythe de la sécurité par la réglementation » alors que « la mobilité est en réalité souvent le préalable pour un emploi à la fois stable et de qualité. »

Il vaut mieux, estime-t-elle, favoriser les parcours individuels, plutôt que de protéger les emplois. Parmi ses propositions, on relève l’établissement d’une prime à la mobilité professionnelle qui, « pour être efficace, devra être supérieure à 2 000 euros », une diminution des obstacles pratiques tels que le problème des congés la première année, qui pourraient être « cédés gracieusement par l’entreprise », ou encore une « échelle de récompenses pour les entreprises qui soutiennent activement la mobilité interne ascendante ».

Elle préconise aussi que le salarié démissionnaire, qui quitte une entreprise pour travailler dans une autre, puisse conserver ses droits aux allocations d’assurance-chômage même si l’employeur décide de mettre fin à sa période d’essai. Cela faciliterait les réorientations de carrière, souvent risquées. Elle plaide aussi pour qu’une personne qui déménage pour raisons professionnelles puisse bénéficier d’une exonération de droits de mutation, une idée déjà reprise par Nicolas Sarkozy. Elle plaide également pour une défiscalisation des frais de déménagement.

Frontière public-privé

Pour améliorer la fluidité du marché de travail et mieux répartir les chances des uns et des autres de monter dans l’ascenseur social, Anna Stellinger ouvre deux pistes plus controversées : élargir l’accès aux professions lourdement réglementées et réfléchir à une série de réformes pour « réduire la frontière statutaire entre le secteur public et le secteur privé ».

En contrepartie de règles de recrutement et de licenciement moins strictes qu’elles ne le sont actuellement, elle propose enfin un « système de cofinancement salarié-État de la formation professionnelle, impliquant le salarié dans le choix, le financement et la valorisation de ses compétences ».

Voir aussi:

Ouverture dominicale : les commerçants du Marais sanctionnés
Florentin Collomp
Le Figaro
le 21 novembre 2006

Après les Champs-Élysées, la bataille sur l’ouverture du dimanche rebondit dans le centre de Paris.

DANS le quartier, on l’appelle « la rue des deux samedis ». Comprenez : pour les commerçants de la rue des Francs-Bourgeois, à cheval entre les IIIe et IVe arrondissements de Paris, l’ouverture le dimanche permet de réaliser entre 28 et 45 % de leur chiffre d’affaires total. Autant – ou plus – qu’un samedi. Or cette pratique, qui concerne au moins 250 boutiques du Marais, a lieu dans une totale illégalité.

Si une tolérance a régné pendant une dizaine d’années, l’inspection du travail a repris cette année le taureau par les cornes. Et, après une série de contrôles, une quinzaine d’enseignes (Abou Dabi Bazar, Loft, Spontini, Monderer, Et Vous, Ted Baker, Anne Fontaine, Camper, Ventilo…) ont été condamnées début novembre par le tribunal de grande instance de Paris. L’inspection du travail est venue avec un huissier établir le constat de la situation le dimanche 12 novembre. Depuis, les commerçants concernés ouvrent sous la menace d’astreintes de 3 000 à 16 000 euros par infraction.

Mais, alors que la bataille vient de rebondir sur les Champs-Élysées en faveur de l’ouverture dominicale, ils n’entendent pas se laisser faire. Ils ont fait appel des sanctions et demandé l’arrêt provisoire de leur exécution en attendant un nouveau jugement mi-janvier.

« Discrimination »

Réunis au sein du Comité des Francs-Bourgeois, les commerçants dénoncent « l’acharnement et la discrimination » à leur égard de l’inspection du travail. De fait, seule une vingtaine de magasins ont fait l’objet de contrôles. Et certains (Solaris, Body Shop, L’Occitane…) ont obtenu depuis l’autorisation de rester ouverts, en vertu de la législation sur les zones touristiques, applicable à la rue des Francs-Bourgeois – mais pas aux axes adjacents. « Il faut bien commencer quelque part, le reste de la zone suivra », répond l’inspectrice du travail de l’arrondissement, Françoise Rambaud.

«Nous ne sommes pas des hors-la-loi, mais il y a une incohérence dans la définition de cette loi. Il faut uniformiser les dérogations au sein d’une même zone touristique entre un vendeur de chaussures de sport qui peut ouvrir et un magasin de chaussures de détente qui n’en a pas le droit », se fâche Patrick Aboucrat, porte-parole du Comité des Francs-Bourgeois.

En pratique, les commerces peuvent ouvrir le dimanche, ce qui leur est interdit, c’est d’employer du personnel ce jour-là. « Si nous agissons, c’est qu’il y a des plaintes », précise l’inspectrice du travail.

Pour le maire (PS) du IIIe arrondissement, Pierre Aidenbaum, « on est dans une ambiguïté totale. La fermeture le dimanche pourrait avoir des conséquences économiques sérieuses sur cette zone devenue très touristique. La situation actuelle n’est pas tenable ». Les commerçants doivent rencontrer demain le député de Paris Pierre Lelouche, qui prépare un amendement à la loi sur la consommation pour simplifier les règles d’ouverture du dimanche. La Fédération nationale de l’habillement vient d’accepter d’assouplir sa position sur les Champs-Elysées mais juge «inacceptable» l’élargissement des zones touristiques.


Relations France-Israël: Pourquoi tant de haine? (It’s the Quai, stupid!)

18 novembre, 2006
Sûr de lui et dominateurDétestés à mort de toutes les classes de la société, tous enrichis par la guerre, dont ils ont profité sur le dos des Russes, des Boches et des Polonais, et assez disposés à une révolution sociale où ils recueilleraient beaucoup d’argent en échange de quelques mauvais coups. De Gaulle (détaché auprès de l’armée polonaise, sur les juifs de Varsovie, lettre à sa mère, 1919)
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. De Gaulle (conférence de presse du 27 novembre 1967)
Est-ce que tenter de remettre les pieds chez soi constitue forcément une agression imprévue ? Michel Jobert

Comment le pays émancipateur des Juifs a pu devenir (après certes l’Affaire Dreyfus et la collaboration au génocide nazi avec Vichy) ce haut lieu de l’antisionisme et le premier refuge de ses représentants de par le monde, depuis les criminels de guerre comme le moufti de Jérusalem (exfiltré par ses soins de l’Allemagne nazie après guerre) aux chefs terroristes comme Arafat … ?

Comment a-t-il pu s’aveugler au delà de toute raison dans une politique étrangère et notamment arabe qui s’est tant de fois retournée contre ses propres intérêts …

Comment expliquer toutes ces phrases répétées, depuis le « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » du Général, jusqu’à la « parenthèse » de Villepin, en passant par le « tuer des enfants, ce n’est pas une politique » de Chirak ….?

Il semble, si l’on en croit le dernier livre du Britannique Pryce-Jone (« Betrayal », dont le WSJ rendait longuement compte la semaine dernière), que la réponse soit à chercher du côté du Quai d’Orsay et de ses annexes comme l’AFP et Le Quotidien de révérence …

Morceaux choisis:

Under the Fifth Republic the Quai d’Orsay virtually seized the executive’s diplomatic powers. A near monarch, the French president has to be a larger-than-life protagonist in world affairs, which turns him into a hostage of the Quai’s professionals. The Quai also exercises a strong influence over public opinion, as Mr. Pryce-Jones shows, through France’s semi-official newspaper, Le Monde, and through the theoretically independent news service Agence France-Presse (AFP).

Ever since Waterloo, the French foreign service’s self-imposed mission has been to restore French grandeur and to resist Anglo-Saxon « hegemony, » whether British or American.

A corollary to this grand sense of national mission is the Quai’s conception of France as « an Arab power » or « a Muslim power. » During the heyday of European colonialism, such a self-conception meant carving out of Egypt, North Africa and the Levant an equivalent to British India. Today it means nearly the opposite: either serving the interests of radical Arab or Muslim governments or promoting the fusion of Europe

In the course of the 19th century, French Jews were gradually accepted into industry, finance, politics and the arts, and even the military. But the Quai was a different matter.

De Gaulle famously cast aspersions on Israel in 1967, encouraged by his foreign minister, the former Vichy official Couve de Murville. (The Jews, de Gaulle declared at a press conference, are « an elite people, self-assured and domineering, » a people who show « a burning ambition for conquest. ») Any number of bitter episodes have followed since, right down to the one involving Daniel Bernard, the French ambassador to London who in 2003 called Israel a « shitty little country. »

immediately after World War II, senior officers in the French foreign service conspired to rescue Haj Amin Al-Husseini, the former mufti of Jerusalem, who had taken up residence in Nazi Germany during the war and who was answerable, upon Germany’s defeat, for various war crimes, including active support for the extermination of the Jews. The French, having sheltered him in Paris for months, eventually let him escape to Egypt in 1946 carrying a forged passport.

The Quai’s flirtation with Islam over the years resulted in official France turning a blind eye to the mass immigration of Arabs and Muslims. The result, today, is street violence, ethnic rioting and terrorist activity.

It is not just Israel or the Jews who have been betrayed, but France itself.

BETRAYAL
By David Pryce-Jones
(Current Events, 171 pages, $23.95)

Lire le reste de cette entrée »


%d blogueurs aiment cette page :