Twitter files: Toutes les caractéristiques classiques d’une opération de désinformation (What classic earmarks of an information operation when Big Tech colludes with intelligence officials to interfere in elections by suppressing or restricting information ?)

10 décembre, 2022

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Versement du FBI de 3,5 millions de dollars à Twitter pour censurer les conservateurs…
Pression du FBI sur Twitter pour leur donner des informations qui nécessiteraient légalement des mandats, bien qu’ils n’aient pas de mandats…
Réunions hebdomadaires du FBI avec Twitter avant les élections de 2020 pour leur dire quels tweets étouffer et quels comptes ils suspendre…
Etouffement pa rle FBI FBI de l’histoire de l’ordinateur portable de Hunter Biden était réelle, ils savaient qu’elle sortirait – des semaines avant les élections de 2020 …
Sur-représentation d’anciens employés du FBI sur Twitter …

Quelles caractéristiques classiques d’une opération de désinformation ?

Comme viennent de le confirmer la publication sur Twitter …

D’une série d’échanges entre différents officiels du réseau social au petit oiseau bleu …

Quand après la mise sur écoute de la campagne Trump …

Le faux dossier Steele …

Quatre ans de procédures pour pas moins de deux tentatives de destitution …

Huit mois d’émeutes de rue …

Sans compter, cerise sur le gâteau, le dévoiement de la présidentielle de 2020 …

Et le bannissement, toujours effectif à l’exception de Twitter récemment racheté par Elon Musk, du président et nouveau candidat déclaré Trump lui-même…

Big Tech s’immisce dans les élections américaines …

Ou même le débat sur l’épidémie de Covid …

Avec la complicité  de responsables du renseignement..

En supprimant ou en restreignant l’information ?

On vous explique ce que sont les « Twitter Files » relayés par Elon Musk et censés révéler un scandale avec le fils de Joe Biden
La publication de documents internes ne fait que confirmer les éléments connus sur la politique de modération du réseau social, mis en cause après la censure d’un article en pleine campagne présidentielle.
Quang Pham
France Télévisions
08/12/2022

Elon Musk promettait une révélation « incroyable ». Samedi 3 décembre, le milliardaire, qui a racheté le réseau social à la fin octobre, a permis la publication des « Twitter Files ». Derrière ce nom se cache un ensemble de documents internes diffusés pour faire la lumière, selon le milliardaire, sur la politique de modération du réseau dans le cadre de la suppression d’un article visant Hunter Biden, le fils de Joe Biden. Cette censure d’un papier du New York Post, intervenue en pleine campagne électorale pour la présidentielle de 2020, avait scandalisé le camp républicain, le sénateur du Texas Ted Cruz dénonçant un « biais anticonservateur » sur Twitter. Mais que révèlent vraiment les « Twitter Files » ? Franceinfo fait le point sur cette affaire qui enflamme le réseau social.

D’où viennent ces « Twitter Files »?

Diffusés dans un long fil sur Twitter par le journaliste américain Matt Taibbi, les « Twitter Files » exposent le contenu d’e-mails et de discussions internes censés illustrer, selon Elon Musk, la politique de « suppression de la liberté d’expression » en vigueur par le passé sur le réseau social. La première partie de ces révélations revient donc sur l’épisode controversé de la censure sur Twitter d’un article du New York Post* publié en octobre 2020, trois semaines avant la présidentielle américaine. Sur la base d’e-mails présentés comme provenant de l’ordinateur portable d’Hunter Biden, le tabloïd accusait le fils du président américain d’avoir tiré profit de la position de son père pour ses relations d’affaires avec Burisma, un géant de l’énergie ukrainien.

Les circonstances à l’origine de cette fuite sont rocambolesques : les informations ont d’abord été recueillies par un réparateur informatique qui a pu accéder au portable d’Hunter Biden, avant d’être transmises à l’avocat de Rudolf Giulani, l’ancien maire de New York, puis à Steve Bannon, l’ex-conseiller de Donald Trump. De quoi, à l’époque, laisser craindre que les documents présentés par le New York Post aient été manipulés ou acquis de manière illégale. Dans un document officiel diffusé par Politico  le 19 octobre 2020, plusieurs anciens hauts responsables du renseignement américain indiquaient que ces courriels présentaient «  toutes les caractéristiques classiques d’une opération de désinformation russe » . Depuis, ces fameux documents ont fini par être authentifiés, en mars 2022, par le Washington Post* et le New York Times*mais à ce jour, selon Le Point , aucun conflit d’intérêts impliquant directement Joe Biden n’a pu être démontré. Reste que les soupçons sur la véracité de l’information avaient poussé Twitter, mais aussi Facebook, à restreindre la diffusion de l’article. Les « Twitter Files » décrivent les coulisses de cette décision.

Que révèlent ces documents?

Sur Twitter, le journaliste Matt Taibbi révèle que Twitter a pris des « mesures extraordinaires » pour empêcher la diffusion de l’article du New York Post, telles que la suppression des liens, la publication d’avertissements indiquant que la publication pourrait être « dangereuse » et le blocage de sa transmission par messages directs, « un outil jusqu’alors réservé aux cas extrêmes, comme la pédopornographie ». La décision est alors justifiée par la politique de modération de Twitter qui proscrit la diffusion de contenus issus d’un piratage informatique – ce dont était soupçonné le New York Post – et pouvant être utilisés, d’après le règlement du réseau*, à des fins de « manipulation du débat public ».

Mais cette procédure est loin de faire l’unanimité au sein du groupe, assure Matt Taibbi. Plusieurs employés soulignent ainsi l’absence de certitudes quant à la réalité du piratage. « J’ai du mal à comprendre sur la base de quelle disposition de notre politique, nous pouvons signaler cela comme ‘non sûr’. Je pense que le meilleur argument [pour expliquer] cette affaire en externe serait que nous attendons de comprendre si cette histoire est le résultat de contenus piratés », écrit Trenton Kennedy, responsable de la communication, dans un mail interne publié par Matt Taibbi. Nous ferons face à des questions difficiles à ce sujet, si nous ne disposons pas d’une argumentation solide. »

Plus largement, Matt Taibbi révèle que les demandes de modération du réseau social étaient devenues « routinières », émanant aussi bien du parti républicain que du parti démocrate. En 2020, des requêtes provenant de la Maison Blanche, occupée alors par Donald Trump, comme de l’équipe de campagne de Joe Biden ont ainsi été honorées, remarque le journaliste. Sans en apporter la preuve, Matt Taibbi affirme toutefois que le système était « déséquilibré » en faveur des démocrates en raison des orientations politiques « à gauche » des employés de Twitter.

S’agit-il de nouvelles révélations ?

Non, pas vraiment, car les « Twitter Files » ne font en fait que corroborer des éléments déjà rendus publics à l’époque de l’affaire. Devant la bronca des républicains, le réseau social était revenu sur sa décision de bloquer l’article du New York Post au bout de deux jours. Par ailleurs, en novembre 2020, Jack Dorsey, l’ancien patron de Twitter, avait dû s’expliquer lors d’une audition devant le Sénat (PDF, en anglais) sur les dysfonctionnements de la politique de modération du réseau social et le contexte de la censure de l’article sur le fils de Joe Biden.

Quelles sont les réactions?

Sur Truth Social*, le réseau social alternatif fondé par Donald Trump après avoir été banni de Twitter, l’ancien président des Etats-Unis a réagi en dénonçant une « fraude massive » pendant l’élection présidentielle, accusant les « Big Tech » de collusion avec les démocrates. La Maison Blanche*, quant à elle, a commenté la publication des « Twitter Files » en considérant que ces derniers ne représentaient qu’une « distraction » ne révélant que de « vieilles histoires ».

« Ce n’est pas vraiment la preuve irréfutable, que nous espérions », a reconnu Miranda Devine, éditorialiste au New York Post, sur Fox News*. « J’ai le sentiment qu’Elon Musk a retenu certains documents » a-t-elle ajouté, suggérant (sans les apporter) que des preuves existeraient sur l’implication du FBI et des services de sécurité dans la censure de l’article du New York Post. Elon Musk a promis la publication d’un second volet des « Twitter Files », sans préciser s’ils seront en lien avec l’affaire Hunter Biden.

* Les liens signalés par un astérisque renvoient vers des contenus en anglais.

‘I’m treated worse than Hamas’: Fury at Twitter’s ‘secret blacklist’ and ‘visibility filtering’ as new tranche of files reveal conservatives were marked ‘do not amplify’ and COVID lockdown skeptics ‘shadow banned’
Journalist Bari Weiss revealed Thursday night that conservatives and lockdown skeptics were deliberately down-ranked by Twitter
Fox News’s Dan Bongino, youth activist Charlie Kirk, and Stanford CDC critic Dr Jay Bhattacharya were targeted to stop their accounts from gaining prominence
Weiss and journalist Matt Taibbi have been handed a trove of documents from Twitter, detailing why the company censored the story of Hunter Biden’s laptop
The documents from Taibbi showed panic among senior Twitter staff in October 2020 when the New York Post reported on the contents of Hunter’s computer
Jack Dorsey and his head of legal, Vijaya Gadde, both denied that Twitter ever deliberately downgraded or ‘shadow banned’ any accounts
Harriet Alexander
The Daily Mail
9 December 2022

Twitter kept a ‘secret blacklist’ of topics and accounts to prevent them from trending, according to data obtained by journalist Bari Weiss – with conservative commentators deliberately downplayed in what one called ‘Soviet-style bulls***’,’ while another said he was treated ‘with more censorship than Hamas’.

Specialist teams were put to work dealing with 200 cases a day.

Conservative commentators, including Dan Bongino and Charlie Kirk, were deliberately put on a ‘search blacklist’ in Bongino’s case or tabbed ‘do not amplify,’ in the case of Kirk.

‘They’re treating my Twitter account with more scrutiny and censorship than the prime minister of Iran, than Hamas, than people who do actual terroristic type damage,’ said Kirk. ‘Now we have evidence to show that’s exactly why my Twitter account the last couple years has been down 95 percent in engagement.’

Bongino said it was ‘Soviet-style bulls***.’

Those who questioned the prevailing COVID orthodoxy of lockdowns and mask mandates, such as Stanford’s Dr Jay Bhattacharya who argued that lockdowns harmed children, were also placed on a ‘search blacklist.’

Weiss made the revelations on Twitter Thursday night in the second tranche of what has been termed The Twitter Files.

She reported that Twitter used what was termed ‘visibility filtering’ to downplay accounts they objected to, and had teams of people working to reduce the traction gained by individuals or their tweets.

The teams working to minimize certain accounts or topics were backed up by a top-level ‘Site Integrity Policy, Policy Escalation Support’ team – where the CEO and top legal advisors would decide sensitive cases of censorship. Jack Dorsey and his successor as CEO, Parag Agrawal, were on the team.

Top officials such as Yoel Roth, the global head of trust and safety, wrote in internal messages that he wanted more creative ways of censoring and muffling specific accounts and content.

Elon Musk, who bought Twitter in October for $44 billion, was gleeful about the revelations regarding the company he now owns – retweeting Weiss’ thread, with a popcorn emoji.
Dr Jay Bhattacharya, who argued that COVID lockdowns harmed children, was also placed on a ‘search blacklist’ by Twitter, according to Weiss
‘The inmates were running the asylum’: Elon Musk calls out former safety czar Yoel Roth and confirms right-wing accounts were suspended
Elon Musk confirmed that conservatives were banned from Twitter despite not violating any policies.

The latest installment of the Twitter Files showed the scale of censorship and ‘visibility filtering’ on the social media platform.

Musk, who bought Twitter in October for $44 billion, vowed to end the practice of ‘shadow banning’ – secretly downgrading a person’s tweets or trending themes to minimize their reach.

Musk, 51, singled out Yoel Roth, the global head of trust and safety, who wrote in internal messages that he wanted more creative ways of censoring and muffling specific accounts and content.

Yoel Roth was the global head of trust and safety at Twitter. Musk on Thursday highlighted a 2017 tweet in which Roth referred to the Trump White House as being full of ‘actual Nazis

‘As @bariweiss clearly describes, the rules were enforced against the right, but not against the left,’ he said, adding that the company was ‘working on a software update that will show your true account status, so you know clearly if you’ve been shadowbanned, the reason why and how to appeal.’

He added: ‘Truth brings reconciliation.’

Within Twitter, the practice was termed ‘visibility filtering’, Weiss reported.

‘Think about visibility filtering as being a way for us to suppress what people see to different levels. It’s a very powerful tool,’ one senior Twitter employee told her.

Twitter would block searches of individual users, make a specific tweet less easy to find, block posts from the ‘trending’ page, and remove them from hashtag searches.

Another source, a Twitter engineer, told Weiss: ‘We control visibility quite a bit. And we control the amplification of your content quite a bit. And normal people do not know how much we do.’

Weiss said that the matter was dealt with by Twitter’s Strategic Response Team – Global Escalation Team, known as SRT-GET – a group that handled 200 cases a day.

A higher-level team, known as SIP-PES, ‘Site Integrity Policy, Policy Escalation Support,’ dealt with more complex and high-profile cases.

Dorsey and his replacement as CEO, Parag Agrawal, sat on the group, as did Gadde and Yoel Roth, the global head of trust and safety.

Roth messaged colleagues on Slack to say that ‘spam enforcements’ had been used as a way of circumventing the safety team ‘under-enforcing their policies’.

The group would need to intervene if any action was taken to limit the popular account @LibsofTiktok – whose account was tabbed internally: ‘Do Not Take Action on User Without Consulting With SIP-PES.’

Weiss said that account was suspended six times in 2022, and the author, Chaya Raichik, blocked from her account for at least a week each time.

Her account was suspended, they told Raichik, due to violations of Twitter’s ‘hateful conduct’ policy – but internally, Twitter admitted there was no violation.

In an October 2022 memo from SIP-PES obtained by Weiss, the committee concluded that the account ‘has not directly engaged in behavior violative of the Hateful Conduct policy.’

They justified the suspension by saying her posts encouraged online harassment of ‘hospitals and medical providers’ by insinuating ‘that gender-affirming healthcare is equivalent to child abuse or grooming.’

Weiss said that their response was in sharp contrast to that when Raichik was doxxed, with her home addressed published online. Raichik complained, but Twitter refused to take the tweet down, and it remains on the site to this day.

Raichik tweeted: ‘They suspended me multiple times knowing I never violated any policies. This is what happens when you talk about things that they don’t want you to talk about. So glad those days on Twitter are over. Thank you @elonmusk.’

Musk replied: ‘You’re welcome. Twitter won’t be perfect in the future, but it will be *much* better.’

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Weiss also singled out Roth for criticism, saying he was active in censoring accounts.

She noted that he had written to an employee on the Health, Misinformation, Privacy, and Identity research team wanting to improve ‘non-removal policy interventions like disabling engagements and deamplification/visibility filtering.’

Roth wrote: ‘The hypothesis underlying much of what we’ve implemented is that if exposure to, e.g., misinformation directly causes harm, we should use remediations that reduce exposure, and limiting the spread/virality of content is a good way to do that.’

He said that Dorsey was supportive of the censorship.

‘We got Jack on board with implementing this for civic integrity in the near term, but we’re going to need to make a more robust case to get this into our repertoire of policy remediations – especially for other policy domains,’ Roth wrote.

Musk defended Dorsey, however.

‘Controversial decisions were often made without getting Jack’s approval and he was unaware of systemic bias. The inmates were running the asylum,’ he said on Thursday night.

‘Jack has a pure heart imo.’

In October 2020, journalist Dave Rubin asked then-CEO Jack Dorsey: ‘Do you shadow ban based on political beliefs? Simple yes or no will do.’

Dorsey replied: ‘No.’

Vijaya Gadde, Twitter’s head of legal, policy, and trust, also denied that Twitter operated such blacklists.

‘We do not shadow ban,’ she said in 2018, according to Weiss – speaking alongside Kayvon Beykpour, Twitter’s head of product.

They added: ‘And we certainly don’t shadow ban based on political viewpoints or ideology.’

Tucker Carlson, Fox News host, immediately seized on Weiss’ report, saying it ‘confirms what many suspected but none knew for certain – which is that Twitter routinely censored prominent critics of the Biden administration, with no factual justification whatsoever.’

He noted the example of the Stanford doctor who was vocal against COVID lockdowns and was blacklisted, saying it was ‘doubtless at the request of the authorities’.

Carlson continued: ‘They prevented his tweets from trending which meant most of his tweets couldn’t be seen.

‘According to Weiss, at one point they slapped him with a search ban. That made it impossible for users to find tweets by him, because they were inaccurate?

‘No, because they were accurate. That was the crime. That’s always the crime. They never punish you for lying, they only punish you for telling the truth.’

He added: ‘It was strategic. They weren’t censoring people because they were annoying, they were censoring people because they were providing factual information that might have stopped certain policies or election results from happening.

‘So, you know, this was sophisticated – and had an effect on American society, I would say.’

Kirk told Carlson on Thursday night that the report confirmed his long-held suspicions, but said he was angry.

He says he was averaging 115,000 retweets a day at their peak – questioning COVID lockdowns, for example.

‘I was called a conspiracy theorist, I was smeared,’ Kirk told Carlson, adding that he complained and met Dorsey personally. Dorsey assured him that shadow banning was not happening.

Kirk said the social media company was censoring him because ‘they saw what I had to say as a direct threat to the regime.’

He said: ‘They’re treating my Twitter account with more scrutiny and censorship than the prime minister of Iran, than Hamas, than people who do actual terroristic type damage.

‘Now we evidence to show that’s exactly why my Twitter account the last couple years has been down 95 percent in engagement.

‘Were they told to do this by the federal government?’ he asked, describing how he watched the Twitter change from a social media platform into a ‘Democrat super PAC.’

He added: ‘Apparently asking questions about the lockdown policy was a threat. Were they told to do this by Anthony Fauci, by the federal government?

‘We may never know – but Twitter at its best was a place where heterodox ideas were able to spread. Twitter went out of its way to censor it and suffocate our account.’

He said: ‘I’ve been told forever, so weird that I can’t find you on Twitter, you’re a verified account, your name’s not usual, how come you don’t come up?

‘When I spoke about this on my show I was called a conspiracy theorist and a wacko.

‘My website has been banned by Google Ads; I was banned by YouTube for suggesting that cloth masks don’t work, which is now scientifically proven.

‘Now I find I am on a ‘not safe for work’ shadow ban list on Twitter, because I’ve committed the thought crime of being a conservative.’

He added: ‘Tell me again how we live in a free country.’

Raichik, the @LibsOfTikTok founder, told Carlson by phone that she ‘absolutely sensed I was being censored.’

‘I had a very large account. I never was able to trend, and now we find out I was on the trend blacklist.

‘There were sometimes days or weeks at a time where I felt like my tweets were getting much less engagement than usual, than they should.

‘Now it’s clear that there was suppression and shadow banning.’

Raichik added: ‘The craziest part of this whole thing is that they admitted that I’m not even violating the policies, and they still suspended me seven times. Seven times, three of which were for a week at a time.

‘So I was suspended for probably a month altogether – and for what?

‘Not even violating their policies – just because they don’t like their own views. They don’t want you to see it.’

The first tranche of documents, posted by Matt Taibbi last week, detail how Twitter in October 2020 decided to censor the New York Post’s reporting on the contents of Hunter Biden’s laptop.

They feared the contents were obtained through hacking, but had no evidence to prove it, and it quickly emerged that the laptop had simply been left at a repair store.

Jack Dorsey, the then-CEO of Twitter, admitted that censoring the legitimate reporting was a significant error.

Elon Musk, 51, has vowed that ‘everything we find will be released’ as Twitter continues to release the files surrounding Hunter Biden’s laptop scandal

‘If the goal is transparency to build trust, why not just release everything without filter and let people judge for themselves?’ Dorsey wrote on Twitter
Twitter’s new owner and ‘Chief Twit’ Elon Musk on Wednesday claimed the ‘most important’ Twitter data was ‘deleted’ and ‘hidden’ from the Dorsey.

Musk, 51, has vowed that ‘everything we find will be released’ as his newly acquired company continues to release the Twitter Files.

On Wednesday, Dorsey, 46, replied to Musk’s tweet about delaying the second batch of the Twitter Files, calling for the new CEO to ‘release everything’ at once.

‘If the goal is transparency to build trust, why not just release everything without filter and let people judge for themselves? Including all discussions around current and future actions?’ Dorsey wrote.

‘Make everything public now.’

Musk replied that everything would be released, but even the ‘most important data was hidden (from [Dorsey] too) and some may have been deleted.’

Twitter’s general counsel James Baker FIRED for ‘vetting internal files on Hunter Biden laptop scandal and DELAYING release of the second tranche’: Ex-FBI lawyer was James Comey’s deputy and involved in Russian collusion investigation

The delay of the second tranche of Twitter files came after Elon Musk fired James Baker – Twitter’s general counsel and former FBI general counsel – after discovering he vetted the first installment of the Files, which were sent to journalist Matt Taibbi, from Substack, and Common Sense Editor Bari Weiss.

Musk fired Baker ‘in light of concerns about Baker’s possible role in suppressing information important to the public dialogue.’

Taibbi revealed that Baker’s involvement in the first batch of files was ‘without knowledge of new management.’

‘The process for producing the ‘Twitter Files’ involved delivery to two journalists (Bari Weiss and me) via a lawyer close to new management. However, after the initial batch, things became complicated,’ Taibbi wrote on Twitter.

‘Over the weekend, while we both dealt with obstacles to new searches, it was @BariWeiss who discovered that the person in charge of releasing the files was someone named Jim. When she called to ask ‘Jim’s’ last name, the answer came back: ‘Jim Baker.’

Weiss said her ‘jaw hit the floor’ when she found out.

The first batch of files the two journalists received was titled the Spectra Baker Emails.

The first batch of internal documents showed Baker and other executives discussing Twitter’s October 2020 ban on a news report about Hunter’s foreign business deals, based on emails from his abandoned laptop.

Baker, Musk, and the trial of the Democrat lawyer accused of lying to the FBI
James Baker has long been in the crosshairs of Elon Musk.

Baker played a key role in a series of events that led to Democrat lawyer Michael Sussmann going on trial in May, accused of lying to the FBI.

He was not accused of giving the FBI false information, but rather lying about who he worked for.

Elon Musk fired Twitter’s general counsel James Baker (pictured) after discovering he vetted the first installment of the Twitter Files
The saga began when Sussmann was given information from a group of data scientists who analyzed odd internet data they thought might suggest clandestine communications between a server for the Trump Organization and a server for Alfa Bank, a Kremlin-linked Russian financial institution.

Sussmann then texted Baker, at the time the bureau’s general counsel, to say he had information the FBI should be aware of.

‘I’m coming on my own — not on behalf of a client or company — want to help the bureau,’ Sussmann wrote in his text to Baker.

Baker testified that he was certain Sussmann was acting as an individual, and would likely not have met him were he working for the Clinton campaign.

Sussmann, a cybersecurity specialist, had worked for the Democratic Party in the context of Russia’s hacking of its servers, and Russia publishing emails from the servers.

Sussmann was also connected to the Democrats via one of his partners at the law firm Perkins Coie, Marc Elias, who was representing the Clinton campaign and hired Fusion GPS.

Yet multiple people – including Elias – testified that Sussmann was indeed acting on his own accord, and argued that actually going to the FBI was not in the interests of the Clinton campaign, which would have preferred a New York Times story drawing attention to the assertions.

The FBI later decided the allegations of links between the Trump campaign and the Russian bank were unfounded.

Musk tweeted during the trial that he thought Sussmann had ‘created an elaborate hoax’ about Russia, in a bid to help Clinton.

On May 16, staunchly pro-Trump Congressman Jim Jordan tweeted: ‘Christopher Steele created the dossier. Glenn Simpson sold it to the press.

‘Michael Sussman took it to the FBI. And Democrats and the media lied to you about it all.’

Musk then replied in agreement. ‘All true,’ he tweeted on May 20.

‘Bet most people still don’t know that a Clinton campaign lawyer, using campaign funds, created an elaborate hoax about Trump and Russia.

‘Makes you wonder what else is fake.’

On May 31, the jury concluded that Sussmann had not lied to the FBI and cleared him.

On Friday, Taibbi published the batch of internal documents, calling them the ‘Twitter Files,’ which included an exchange between Baker and former VP of Global Comms Brandon Borrman.

Borrman asks, regarding banning an article about Hunter Biden under Twitter’s ‘hacked materials’ policy: ‘Can we truthfully claim that this is part of the policy?’

Baker responded, appearing to argue in favor of maintaining the ban, because ‘caution is warranted.’

At the time, the files were determined to have broken Twitter’s hacked materials policy, but Dorsey has since said the call was a mistake.

Critics accused Twitter of swaying the presidential election toward Biden by covering up the data.

Liberals fume as Elon Musk gives independent journalist Bari Weiss unprecedented access for Twitter Files 2

Weiss and Matt Taibbi were tapped by Musk to report on the ‘Twitter Files’
Joseph A. Wulfsohn
Fox News
December 9, 2022

A report highlighting the unprecedented Twitter access Elon Musk is apparently granting to independent journalist Bari Weiss has sparked fury among their critics.

Insider reported Wednesday that Weiss « has been given access to Twitter’s employee systems, added to its Slack, and given a company laptop, » according to sources.

« The level of access to Twitter systems given to Weiss is typically given only to employees, one of the people familiar said, though it doesn’t seem she is actually working at the company, » Insider wrote.

Weiss shared the second installment of the « Twitter Files » on Thursday, which revealed that Twitter took measures to shadow-ban users like Stanford University’s Dr. Jay Bhattacharya, a longstanding opponent of COVID groupthink during the pandemic who expressed opposition to lockdowns, as well as prominent conservatives like Fox News host Dan Bongino and Turning Point USA’s Charlie Kirk.

She also reported that Twitter internally acknowledged that Libs of TikTok, whose account was repeatedly suspended for allegedly violating its « hateful conduct » policy, « has not directly engaged in behavior violative of the Hateful Conduct policy. »

The Insider report noted that Weiss’ Twitter access appears to have gone beyond that given to Matt Taibbi, the Substack journalist who reported on the first installment of the so-called « Twitter Files » last week.

Liberal media critics on Twitter lambasted Musk’s reported move to bring in Weiss while leveling the same public relations accusation against her that they used on Taibbi last week.

« This is all normal stuff if you’re onboarding a new hire to your comms team, » Washington Post tech columnist Taylor Lorenz reacted.

« The most obvious and hilarious PR campaign masquerading as investigative journalism you will ever see, » Vice News correspondent Roberto Aram Ferdman tweeted.

MSNBC columnist Marisa Kabas wrote, « sure sounds like bari weiss is twitter’s new publicist. »

« [S]o bari weiss is doing: a.) an internal witch-hunt for a private company and b.) external PR for said company, » Smithsonian Magazine senior editor Ted Scheinman wrote, adding « no real journalist would agree to this unholy amalgamation. the basest hackery. »

« Weiss is an opinion writer/activist, not an investigative journalist. Her whole MO is to look for stories that might be generally unrepresentative, but reflect her worldview, and not do any additional digging that challenges that worldview. View the scoops that follow accordingly, » Georgetown Professor Don Moynihan slammed the journalist.

Bari Weiss left The New York Times in 2020 to launch her own Substack and podcast, accusing the paper of allowing Twitter to become its « ultimate editor. » (Getty Images/Bari Weiss)

« Hope media folks don’t get duped by this and refer to anything Weiss or Taibbi are doing as journalism or that they are acting in a capacity as journalists, » Yahoo senior editor Steve Mullis tweeted. « It’s extra ironic considering [Elon Musk] rails against ‘unethical journalism’ and yet this is as unethical as it comes. »

Neither Weiss nor Twitter responded to Fox News’ requests for comment.

Weiss is the founder of new media company « The Free Press » and host of the « Honestly » podcast, which she launched following her dramatic exit from The New York Times in 2020 as its opinion page editor.

Musk announced on Tuesday that he had terminated Deputy General Counsel Jim Baker « in light of concerns about Baker’s possible role in suppression of information important to the public dialogue. »

Taibbi subsequently revealed that Baker had vetted the first batch of the « Twitter Files » without Musk’s knowledge.

Taibbi explained, « The process for producing the ‘Twitter Files’ involved delivery to two journalists (Bari Weiss and me) via a lawyer close to new management. However, after the initial batch, things became complicated. Over the weekend, while we both dealt with obstacles to new searches, it was @BariWeiss who discovered that the person in charge of releasing the files was someone named Jim. When she called to ask ‘Jim’s’ last name, the answer came back: ‘Jim Baker.’

« ‘My jaw hit the floor,’ says Weiss, » Taibbi wrote.

Journalist Matt Taibbi revealed the « Twitter Files » revelations one tweet at a time on Friday. (Daniel Zuchnik/WireImage/Getty Images)

The Substack writer then shared a screenshot of first batch of files both he and Weiss received, which were labeled « Spectra Baker Emails. »

« Baker is a controversial figure. He has been something of a Zelig of FBI controversies dating back to 2016, from the Steele Dossier to the Alfa-Server mess. He resigned in 2018 after an investigation into leaks to the press, » Taibbi told his followers. « The news that Baker was reviewing the ‘Twitter files’ surprised everyone involved, to say the least. New Twitter chief Elon Musk acted quickly to ‘exit’ Baker Tuesday. »

Baker did surface in the first installment of the so-called « Twitter Files » shared by Taibbi Friday night.

While revealing internal discussions over how to explain Twitter’s suppression of the Hunter Biden laptop story during the 2020 election, Baker told his colleagues, « I support the conclusion that we need more facts to assess whether the materials were hacked » but added « it’s reasonable for us to assume that they may have been and that caution is warranted. »

Additionally, Taibbi initially reported, « Although several sources recalled hearing about a ‘general’ warning from federal law enforcement that summer about possible foreign hacks, there’s no evidence – that I’ve seen – of any government involvement in the laptop story. »

It is unclear whether Baker’s involvement in vetting the « Twitter Files » led Taibbi to draw that conclusion and whether Baker omitted files that would have shown the federal government intervening in Twitter’s suppression of the Hunter Biden laptop story.

Musk had been vocal about being transparent when it comes to Twitter’s past and present actions when it comes to curating content on the platform, including censored content.

Twitter infamously blocked its users from sharing the New York Post’s reporting of Hunter Biden’s laptop in tweets and in direct messages.

At the time, Twitter Safety alleged that the articles were in violation of its « hacked materials policy. » Twitter’s then-CEO Jack Dorsey admitted his companies actions were a mistake.

Some critics believe the suppression of the Hunter Biden scandal by Big Tech and the media at large was enough to sway the election in favor of his father.

The Twitter Censorship Files

The mistaken claims in 2020 by former spooks about Hunter Biden’s emails framed the social-media site’s decision to block the news.
The Editorial Board
The Wall Street Journal
Dec. 4, 2022

Elon Musk’s release of internal emails relating to Twitter’s 2020 censorship is news by any definition, even if the mainstream media dismiss it. There will be many threads to unspool as more is released, but a couple of points are already worth making.
The first is that Mr. Musk would do the country a favor by releasing the documents all at once for everyone to inspect. So far he’s dribbled them out piecemeal through journalist Matt Taibbi’s Twitter feed, which makes it easier for the media to claim they can’t report on documents because they can’t independently confirm them.
A second point is an huzzah for Rep. Ro Khanna, the California progressive Democrat, who warned Twitter in 2020 about the free-speech implications and political backlash of censoring the New York Post story about Hunter Biden’s laptop. That was good advice, even if Twitter didn’t take it.
A third point is the confirmation of the central role that former spies played in October 2020 in framing the Hunter Biden story in a way that made it easier for Twitter and Facebook to justify their censorship.
Recall that former Democratic intelligence officials James Clapper and John Brennan led the spooks in issuing a public statement suggesting that the laptop may have been hacked and its content was Russian disinformation. On Oct. 16, 2020, Mr. Clapper told CNN that “to me, this is just classic textbook Soviet Russian tradecraft at work.” On Oct. 19, 51 former spooks released their statement claiming that the arrival of the emails “has all the classic earmarks of a Russian information operation.” (The statement and signers are published nearby.)
We now know that the Clapper-Brennan claims were themselves disinformation and that the laptop was genuine and not part of a Russian operation. CBS News recently waddled in two years later with a forensic analysis of its own and concluded it is real.
But the claims by the spies gave an excuse for the media to ignore the Hunter Biden story and even to dismiss Hunter’s former business partner, Tony Bobulinski, who went on the record before the election to confirm much of the content on the laptop with documentation in the form of voluminous text messages.
We examined those messages ourselves at the time, and our Kimberley Strassel spoke with Mr. Bobulinski and put it all on the record before the election. We also wrote an editorial. But nearly all of the rest of the press ignored or trashed the story.
The Twitter documents published by Mr. Taibbi include part of what appears to be a memo from James Baker, the Twitter deputy general counsel. “I support the conclusion that we need more facts to assess whether the materials were hacked. At this stage, however, it is reasonable for us to assume that they may have been and that caution is warranted,” Mr. Baker wrote.
He continued that “there are some facts that indicate that the materials may have been hacked, while there are others indicating that the computer was either abandoned and/or the owner consented to allow the repair shop to access it for at least some purposes. We simply need more information.”
With an election so close, any delay helped the Biden campaign, which was trying to squelch the Hunter Biden story that raised questions about what Joe Biden knew about Hunter’s foreign business dealings. Twitter went ahead and suppressed the story across its platform, going so far as to suspend the New York Post’s Twitter account.
Readers may recall that Mr. Baker was director Jim Comey’s general counsel at the Federal Bureau of Investigation during the Russia collusion fiasco in 2016. He was the main FBI contact for Michael Sussmann, the Clinton campaign lawyer who spread falsehoods about the Trump campaign regarding Alfa Bank, among other things.
Mr. Baker’s ties to the former intelligence officials who signed the “Russian information operation” statement may have influenced his Twitter memo and the censorship decision. All of this is likely to be fodder for House Republican hearings into the FBI’s role in the Hunter Biden story.
The partisan foray by current and former U.S. intelligence officials in the last two elections should be deeply troubling to Americans on the left and right. They have authority by dint of access to information that isn’t confirmable by the press, which takes their spin as gospel. This is a form of political corruption that needs to be exposed, and perhaps the Twitter documents will help to unlock the story.

‘Twitter Files’ Paint an Ugly Portrait

Jim Geraghty
The National Review
December 5, 2022

On the menu today: Elon Musk and Matt Taibbi team up to offer the “Twitter files,” a look inside the internal deliberations at Twitter when it decided to block access to a New York Post story which revealed all kinds of embarrassing and scandalous information found on Hunter Biden’s laptop. You can quibble with Taibbi’s decisions here and there, but overall, the files paint an ugly portrait of a social-media company’s management unilaterally deciding that its role was to keep breaking news away from the public instead of letting people see the reporting and drawing their own conclusions.

Opening the ‘Twitter Files’

The revelations of the “Twitter Files” paint an ugly portrait of the individuals who made decisions about standards of content on Twitter during the 2020 presidential campaign. The company’s senior management — oddly, without consulting or involving CEO Jack Dorsey — basically decided unilaterally that people shouldn’t be allowed to read the New York Post’s article, which laid out emails indicating that Hunter Biden introduced his father, then-Vice President Joe Biden, to a top executive at a Ukrainian energy firm, “less than a year before the elder Biden pressured government officials in Ukraine to fire a prosecutor who was investigating the company.”

Twitter’s new owner, Elon Musk, gave reporter Matt Taibbi access to internal company emails and records, and Taibbi laid out in a series of tweets how the company “took extraordinary steps to suppress the story, removing links and posting warnings that it may be ‘unsafe.’ They even blocked its transmission via direct message, a tool hitherto reserved for extreme cases, e.g. child pornography.”

The reasoning behind the ban of the article was the contention that it included “hacked materials,” even though there was no evidence of hacking. The Post said the information was obtained from a computer that was dropped off at a repair shop in Biden’s home state of Delaware in April 2019 and never reclaimed. This was not electronic theft; this was old-fashioned reporting — and exceptionally bad judgment on Hunter Biden’s part, which at this point shouldn’t seem implausible to anyone.

Note that Twitter made its decision to restrict access to and distribution of the Post story before more than 50 former senior intelligence officials signed a letter contending that the trove of emails from Hunter Biden “has all the classic earmarks of a Russian information operation.” (In retrospect, the characterization of it as an “information operation” instead of a “disinformation operation” was a revealing admission.)

That letter was an extraordinarily irresponsible act by the likes of Jim Clapper, Michael Hayden, Leon Panetta, John Brennan, et. al., because it assumed facts not in evidence, and effectively cashed in on the reputations of those former intelligence officials to persuade the American public to believe something that wasn’t true. Many Americans likely believed that former CIA staff would know something about Russian operations that the rest of us didn’t.

But Twitter’s management can’t pass the buck to those former intelligence officials, because the company made its decision to block access to the Post’s story five days before their letter was published.

I suppose the revelations of the Twitter Files could have been even worse if the Biden campaign or someone in the government had somehow “ordered” Twitter’s management to take these drastic measures. But it’s still atrocious that just about all of Twitter’s management believed its role was to keep news away from the public instead of letting people see the Post’s reporting and draw their own conclusions.

Recall how Twitter touted its purpose back in 2016: “Twitter connects you with the people you’re interested in — whether that’s someone across the world who shares your love for science-fiction, your friends and family, a politician, or your local sports team.”

If, from the beginning, Twitter had declared that, “We are a progressive company, and we are only interested in connecting progressives with other progressives, and we will suspend the accounts of conservative users with little warning and with vague explanations, and we will block the public’s ability to see news that we think might make them want to vote against Democrats,” well, at least then it would have been honest, and most conservatives never would have bothered to set up accounts on Twitter.

You notice that you don’t see many conservatives complaining that they’re being shut out of Mastodon, the social-media network that many progressives flocked to after Elon Musk purchased Twitter. If progressives want to set up their own online community that conservatives can’t join, that’s their right.

This was one of the complications of the “Twitter is a private company, so they can set whatever rules they like” argument. Twitter changed the deal, so to speak, after it had obtained significant authority over a chunk of online public discourse. Twitter attracted its large user base by being seeming politically neutral, and then gradually ratcheted up its attitudes of limiting and suppressing conservative speech.

Perhaps the lone pleasant surprise in the Twitter Files is Democratic congressman Ro Khanna of California, who reached out to Twitter’s head of legal, policy, and trust, Vijaya Gadde, and tried to gently nudge the company away from its censorious actions. Khanna described himself as a “total Biden partisan,” said he was convinced that Joe Biden had done nothing wrong, and characterized the New York Post as “far right.” (Eh, right of center, pugnacious, populist, tabloid, yes. Far-right, no.)

But credit Khanna for being the only figure to point out that, “This seems a violation of the First Amendment principles. . . . A journalist should not be held accountable for the illegal actions of the source unless they actively aided the hack. So, to restrict the distribution of that material, especially regarding a presidential candidate, seems not in the keeping of [the Supreme Court case] New York Times vs. Sullivan.” Khanna added that, “In the heat of a presidential campaign, restricting dissemination of newspaper articles (even if NY Post is far right) seems like it will invite more backlash than it will do good.”

You can find quibbles and beefs with the way Musk and Taibbi handled the story. There was no need to post the email addresses of figures such as Khanna. There are one or two spots where Taibbi’s characterization isn’t as clear as it ought to be, such as when he wrote, “By 2020, requests from connected actors to delete tweets were routine. One executive would write to another: ‘More to review from the Biden team.’ The reply would come back: ‘Handled.’” Apparently, four of the five tweets in the example Taibbi pointed to included nude photos, which seems like an important detail. Most of us would agree there is a substantive difference between “please remove these nude photos of my son that he did not consent to have released or published” and “please remove this information about my son’s business deals with shady foreign figures that is embarrassing to me and my campaign.”

It would have been helpful to have all of this laid out in one document instead of a long series of tweets, and links to source documents also would have helped paint the fullest picture possible.

Yesterday, Howard Kurtz was kind enough to have me appear on his MediaBuzz program on Fox News Channel, and my co-panelist insisted that there was nothing significant in the Twitter files. Curiously, this is a defense — “None of this matters!” — that not even Twitter CEO Jack Dorsey was willing to attempt, either in November 2020 or in hearings the following March. Dorsey said after the election that his team made the wrong decision:

We recognize it as a mistake that we made, both in terms of the intention of the policy and also the enforcement action of not allowing people to share it publicly or privately. . . . We made a quick interpretation, using no other evidence, that the materials in the article were obtained through hacking and, according to our policy, we blocked them from being spread.

When a social-media company decides to block access to a news article out of ideological and political loyalties, that’s newsworthy and consequential, and it’s worth asking, “How did this happen? Who made the decisions that led to this point?”

Former NYT columnist Bari Weiss releases ‘Twitter Files Part Two’

Former New York Times columnist Bari Weiss released the second installment of the “Twitter Files” on Thursday night, sharing images of accounts that Twitter allegedly placed on various types of “blacklists.”

Weiss posted several images of what appears to be an internal Twitter system that marked certain accounts as being under various kinds of “blacklists,” in addition to flagging other information about the accounts.

Jay Bhattacharya, a health policy professor from Stanford University who opposed COVID-19 lockdowns, appeared to have been placed on a “Trends Blacklist,” as was the right-wing Libs of TikTok account, according to the photos.

The account of conservative commentator Dan Bongino was apparently placed on a “Search Blacklist,” while the photos seemed to show Turning Point USA President Charlie Kirk had his account marked as “Do Not Amplify.”

The images also appeared to show that several of the accounts had been flagged with “Recent Abuse Strike” and that more basic information, such as when the accounts were “Twitter Blue Verified” or “High Profile,” had also been noted.

Weiss also shared purported screenshots of internal messages from Yoel Roth, Twitter’s former head of safety and integrity, including one in which he appeared to ask for research on “non-removal policy interventions like disabling engagements and deamplification/visibility filtering.”

Weiss’s Twitter thread is the second installment in what Twitter CEO Elon Musk has dubbed the “Twitter Files.” The first installment, released by independent journalist Matt Taibbi, appeared to show an internal debate at the social media company over how to handle a New York Post story about Hunter Biden.

While the first installment of the “Twitter Files” sparked outrage across right-wing outlets, it seemed to fall flat otherwise, with some criticizing the release for failing to deliver groundbreaking revelations.

The release of the “Twitter Files” comes just over a month after Musk acquired the social media company. The billionaire, who promised to reshape Twitter into a “free speech” platform, shared the trove of internal documents with Weiss and Taibbi in an apparent effort to show that content moderation under the previous management was biased against the political right.

Voir de plus:

We are disturbed by the day’s events in Washington, D.C. and request three actions of Staff: 1. Permanently suspend @realDonaldTrump over his actions on January 62. Provide a clear account of the day’s decision making process regarding the President’s tweets 3. An investigation into the last several years of corporate actions that led to Twitter’s role in today’s insurrection

For the last four years, we have watched right wing extremists grow on our platform, nurtured by @realDonaldTrump. We have seen Twitter leadership struggle to deal with the violent, hateful rhetoric shared by @realDonaldTrump. We have respected those decisions and had faith in those who make them, knowing that settling policy around hate speech and misinformation is nuanced and difficult. We appreciate stronger measures, like the interstitials recently used on his account and his Jan. 6 timeout.

We do not believe these actions are sufficient. Trump is no longer a legitimate democratic actor. In a video posted on Twitter, he called the election “fraudulent” and a “landslide” in his favor, while referring to his loyalists as “very special” even as they broke into the Capitol building and clashed with police. At no point did the outgoing President unambiguously denounce their actions.

We must examine Twitter’s complicity in what President-Elect Biden has rightly termed insurrection. Those acts jeopardize the wellbeing of the United States, our company, and our employees.

First, we request that @realDonaldTrump’s account be suspended permanently, before he can further harm using our platform.

Second, we request more transparent internal communications around Twitter’s civic integrity policy and how it applied.

Third, we request an independent investigation into Twitter’s role in these events. Despite our efforts to serve the public conversation, as Trump’s megaphone, we helped fuel the deadly events of January 6th. We request an investigation into how our public policy decisions led to the amplification of serious anti-democratic threats. We must learn from our mistakes in order to avoid causing future harm.

We play an unprecedented role in civil society and the world’s eyes are upon us. Our decisions this week will cement our place in history, for better or worse.

We do not claim to speak for any other Tweeps than those who add their names here.

The Undersigned

 

Twitter bans Trump’s account, citing risk of further violence

The suspension amounted to a historic rebuke for a president who had used the social media site to rise to political prominence

 

Twitter on Friday banned President Trump from its site, a punishment for his role in inciting violence at the U.S. Capitol this week, robbing him of the megaphone he used to communicate directly with more than 88 million supporters and critics.

The move amounted to a historic rebuke for a president who had used the social-networking site to fuel his rise to political prominence. Twitter has been Trump’s primary communication tool to push policies, drive news cycles, fire officials, spread falsehoods, savage opponents and praise allies.

A defiant Trump lashed out in response late Friday, accusing Twitter in a statement of having “coordinated with the Democrats and the Radical Left” to remove his account. He threatened regulation, promising a “big announcement” to come, and said he is looking “at the possibilities of building out our own platform in the near future!” The official account for the presidency, @POTUS, also tweeted that message, although the posts were quickly taken down by Twitter.

Twitter had resisted taking action against Trump for years, even as critics called on the company to suspend him, arguing that a world leader should be able to speak to his or her citizens unfettered. But Trump’s escalating tweets casting doubt on the 2020 election — and the riot at the U.S. Capitol his comments helped inspire — led the company to reverse course.

Twitter specifically raised the possibility that Trump’s recent tweets could mobilize his supporters to commit acts of violence around President-elect Joe Biden’s inauguration, an analysis that experts saw as a major expansion in the company’s approach to moderating harmful content online. Its action meant Trump’s tweets disappeared from the site, removing the catalogue of his thoughts except for those preserved by researchers and other documentarians.

The move was especially remarkable for a company that once called itself “the free speech wing of the free speech party.” Many observers noted that this most aggressive enforcement action in Twitter’s history came in the week that political power shifted decisively in Washington, toward Democrats who long have demanded greater policing of hate speech and violent talk on social media — and away from a president and party who long had made effective use of the more freewheeling policies of the past.

“It took blood and glass in the halls of Congress — and a change in the political winds — for the most powerful tech companies in the world to recognize, at the last possible moment, the profound threat of Donald Trump,” said Sen. Richard Blumenthal (D-Conn.), a longtime critic of tech company policies.

Twitter cited two Trump tweets. One stated that the 75 million who voted for him were “American Patriots” who will “not be disrespected or treated unfairly in any way, shape or form!!!” He then announced he would not go to Biden’s swearing-in ceremony later this month.

In a blog post, the company said the two messages violated its policy against glorification of violence since they “could inspire others to replicate violent acts” that took place at the U.S. Capitol on Wednesday. According to Twitter, his second tweet could be read by followers as an encouragement to commit violence during the inauguration, which “would be a ‘safe,’ target as he will not be attending.”

In doing so, Twitter joined Facebook in punishing the president in the waning hours of his first term. Facebook said Thursday its suspension is indefinite, lasting at least the next two weeks, citing a similar belief that the risks are “simply too great” at a moment of transition for the country. Both tech giants previously joined Google-owned YouTube in removing or limiting access to Trump’s posts, including a video he shared earlier this week that once again advanced widely disproved falsehoods about the validity of the 2020 vote.

The White House did not immediately respond to a request for comment. But Trump appeared to try to defy Twitter’s ban by using @POTUS, and later his @TeamTrump campaign account, both of which were suspended.

“We will not be SILENCED!” @POTUS tweeted before it was taken down. The president also charged that in a statement.

Twitter’s punishment is the harshest judgment the site has at its disposal. It appeared to be the first time the company had taken such an action since instituting a broad policy around world leaders last year, illustrating the slow shift in Silicon Valley as the country’s most popular, prominent platforms grew more comfortable in taking on Trump.

Facebook, for example, had its first of many furious internal debates over how to handle Trump in December 2015, when as a presidential candidate he posted a video in which he said he wanted to ban all Muslims from entering the United States. Many employees called it obvious hate speech, but top executives chose to defer, by creating an exemption for content they deemed “newsworthy.”

The challenges kept coming as Trump’s presidency and rhetoric brought to mainstream attention right-wing ideas once considered beyond the fringe of appropriate political rhetoric. A particularly explosive flash point for both Twitter and Facebook came in May, when Trump called protesters after the killing of unarmed Black man George Floyd “THUGS” in social media posts. In response, Twitter opted to label Trump’s tweet as harmful and hide it from public view — and Facebook petitioned for Trump to change his tone in private.

The shift within Silicon Valley began even before that as the coronavirus swept through the world last year, and the stakes of the rampant lies and misinformation on social media platforms were underscored by a rising body count as Trump and others denied the severity of the pandemic. Facebook, Twitter, YouTube and others all took action against viral falsehoods that were clearly contrary to science. Not long after, they dramatically stiffened policies against conspiracy theories, such as QAnon, and the rise of dangerous armed groups, such as the boogaloo, born of largely unrestricted online worlds.

As the national election approached last fall, disinformation researchers, Democrats and civil rights activists demanded tougher action from tech companies whose platforms hosted and spread falsehoods. They gained some traction, but at a time when Trump and other Republicans were loudly claiming that they were being discriminated against by Silicon Valley, critics said it was not nearly enough.

Rashad Robinson, the president of Color of Change, a civil rights group that has been pushing social media companies to police Trump’s behavior more aggressively, fretted on Friday that it took too long for Twitter and its peers to act given the president’s past missteps — and their potential to have touched off real-world violence.

“But kicking him off of Twitter, so he can’t spread disinformation and incite the public, is huge,” he said. “This is way too late, but I do not underestimate or undersell the significance of what this means moving forward without him having a direct line to reach an audience any time that he wanted to.”

In considering how his supporters might read and interpret his messages, Twitter also potentially opened the door for the company to take a more aggressive approach on other content, including tweets from political leaders in the future, experts said.

“That’s a standard that’s never existed,” said Alex Stamos, a former Facebook chief security officer, now head of the Stanford Internet Observatory, a disinformation research group. “The ‘impact’ standard has never existed.”

Stamos added that Twitter’s action — and Facebook’s recent enforcement efforts — meant that “the right-wing social media ecosystem in America has been shattered.”

The move comes amid a wave of criticism from Democratic lawmakers and Twitter’s own employees, who demanded in a letter written this week that the company’s leaders permanently suspend Trump’s account. In an internal letter addressed to chief executive Jack Dorsey and his top executives viewed by The Washington Post, roughly 350 Twitter employees requested an investigation into the past several years of corporate actions that led to Twitter’s role in the riot.

“Despite our efforts to serve the public conversation, as Trump’s megaphone, we helped fuel the deadly events of January 6th,” the employees wrote. “We request an investigation into how our public policy decisions led to the amplification of serious anti-democratic threats. We must learn from our mistakes in order to avoid causing future harm.”

“We play an unprecedented role in civil society and the world’s eyes are upon us. Our decisions this week will cement our place in history, for better or worse,” the employees added.

In a statement earlier Friday, Twitter spokesperson Brandon Borrman wrote, “Twitter encourages an open dialogue between our leadership and employees, and we welcome our employees expressing their thoughts and concerns in whichever manner feels right to them.”

The letter from the Twitter employees is addressed to “Staff,” company lingo for C-suite executives who report directly to Dorsey, including Vijaya Gadde, who leads the company’s legal, policy, and trust and safety divisions. During a virtual meeting on Friday afternoon, Dorsey and Gadde shared their thoughts on Twitter’s response, according to an employee, who spoke on the condition of anonymity for fear of retaliation.

Silicon Valley also took fresh aim Friday at a bevy of other sites and services where Trump’s supporters have congregated. That includes the new social media service Parler, which became popular with the president’s allies in the wake of the 2020 election.

Amid a flood of misinformation — and threats of violence in the wake of the Capitol riot — Google on Friday removed the app from its hub for downloads, called the Play Store. Apple also warned Parler that it could be removed from its App Store, the sole portal through which iPhone and iPad users can obtain such software, if it didn’t remove posts inciting violence and put in place a stronger content moderation system, according to an email obtained by BuzzFeed News.

Parler prides itself on only loosely policing posts on its site, saying it removes only what is illegal or not protected by the First Amendment. After the attack on the Capitol this week, posts on the site voiced support for the rioters and calls to keep fighting. Trump, however, does not currently have an account on Parler.

Parler chief executive John Matze appeared to address the Apple news on his Parler page Friday, writing “We will not cave to pressure from anti-competitive actors!”

Twitter’s move did cause unease in another quarter: Researchers have long complained that when the company suspends a user, valuable records of online conversations essentially vanish into thin air, making it nearly impossible to later reconstruct them — something particularly consequential when a platform is the primary means of communication for a U.S. president.

“It has implications from a historical point of view,” said Darren Linvill, lead researcher for the Clemson University Media Forensics Hub. “If you are the national conversation, they just sucked a big part of the national conversation away.”

Rachel Lerman and Gerrit De Vynck contributed to this report.

Voir par ailleurs:

World Leaders on Twitter: principles & approach

15 October 2019

There continues to be meaningful public conversation about how we think about Tweets from world leaders on our service. We welcome the conversation and want to share more context on our principles and process for reviewing reported Tweets from these accounts.

Context 

When it comes to the actions of world leaders on Twitter, we recognize that this is largely new ground and unprecedented. We understand the desire for our decisions to be “yes/no” binaries, but it’s not that simple. The actions we take and policies we develop will set precedent around online speech and we owe it to the people we serve to be deliberate and considered in what we do.

Our mission is to provide a forum that enables people to be informed and to engage their leaders directly. We also have a responsibility to the people who use Twitter to better explain why we make the decisions we make, which we will do here.

Our approach

  • Everything we do starts with an understanding of our purpose and of the service we provide: a place where people can participate in public conversation and get informed about the world around them.
  • We assess reported Tweets from world leaders against the Twitter Rules, which are designed to ensure people can participate in the public conversation freely and safely.
  • We focus on the language of reported Tweets and do not attempt to determine all potential interpretations of the content or its intent.
  • Presently, direct interactions with fellow public figures, comments on political issues of the day, or foreign policy saber-rattling on economic or military issues are generally not in violation of the Twitter Rules.
  • However, if a Tweet from a world leader does violate the Twitter Rules but there is a clear public interest value to keeping the Tweet on the service, we may place it behind a notice that provides context about the violation and allows people to click through should they wish to see the content. We announced this in June.

Enforcement scenarios 

We want to make it clear today that the accounts of world leaders are not above our policies entirely. The below areas will result in enforcement action for any account on our service (without consideration of the potential public interest value in allowing the Tweet to remain visible behind a notice):

In other cases involving a world leader, we will err on the side of leaving the content up if there is a clear public interest in doing so.

With critical elections and shifting political dynamics around the world, we recognize that we’re operating in an increasingly complex and polarized political culture. These are constantly evolving challenges and we’ll keep our policies and approach under advisement, particularly as we learn more about the relationship between Tweets from world leaders and the potential for offline harm.

This post seeks to provide clear insight into how we address content from world leaders on Twitter today, and will serve as our statement on the decisions we make, rather than our teams providing feedback on individual Tweets and decisions. We’ve also updated our dedicated Help Center page to provide a significantly more detailed breakdown of how we make decisions regarding the use of the public interest notice.

Our goal is to enforce our rules judiciously and impartially. In doing so, we aim to provide direct insight into our enforcement decision-making, to serve public conversation, and protect the public’s right to hear from their leaders and to hold them to account.


Complotisme: Mais qui vérifiera les vérificateurs ? (Who will fact-check the fact-checkers and their own confirmation biases, group-think and need for meaning ?)

19 mai, 2022

https://pbs.twimg.com/media/FTEiZLRXwAA-sN6?format=jpg&name=small

Les âmes perverties se corrigent difficilement, et le nombre des insensés est infini. Ecclésiaste 1: 15
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Blaise Pascal
Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. (…) Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience. (…) Pas plus qu’on ne juge un individu sur l’idée qu’il se fait de lui-même, on ne saurait juger une (…) époque (…) sur sa conscience de soi. Marx (1859)
Le moi n’est pas maitre dans sa propre maison. Freud
Depuis deux siècles environ, les seules pensées vigoureuses sont exclusivement critiques et destructrices. Elles accomplissent, je pense, mais jamais jusqu’au bout, contre le sens mythologique, une certaine lutte dont le premier et le plus essentiel témoignage, dans notre monde, reste ce que nous avons appelé « le texte de persécution ». Ces pensées sont donc inséparables de la domination  qu’exerce sur notre univers le texte judéo-chrétien. Ces pensées se dirigent toutes vers la révélation du mécanisme fondateur; elles tendent toutes, mais sans le savoir, à rejoindre ce qui est déjà formulé dans ce texte et à le rendre manifeste. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la terre, loin d’être le centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle a réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. Les psychanalystes ne sont ni les premiers ni les seuls qui aient lancé cet appel à la modestie et au recueillement, mais c’est à eux que semble échoir la mission d’étendre cette manière de voir avec le plus d’ardeur et de produire à son appui des matériaux empruntés à l’expérience et accessibles à tous. D’où la levée générale de boucliers contre notre science, l’oubli de toutes les règles de politesse académique, le déchaînement d’une opposition qui secoue toutes les entraves d’une logique impartiale. Sigmund Freud (Introduction à la psychanalyse, 1916)
Freud a décrit trois grandes blessures historiques au narcissisme primaire du sujet humain égocentrique, qui essaie de tenir la panique à distance par le fantasme de l’exceptionnalisme humain. La première est la blessure copernicienne qui a enlevé la Terre elle-même, le monde natal de l’homme, du centre du cosmos et a en effet ouvert la voie à ce cosmos pour s’ouvrir dans un univers de temps et d’espaces inhumains et non-mélodiques. La science a fait cette coupe décentrée. La deuxième blessure est la darwinienne, qui a mis l’Homo sapiens fermement dans le monde des autres bestioles, essayant tous de gagner leur vie terrestre et évoluant ainsi les uns par rapport aux autres sans les garanties de panneaux directionnels qui culminent dans l’Homme. La science a également influé sur cette coupure cruelle. La troisième blessure est la freudienne, qui posait un inconscient qui annulait la primauté des processus conscients, y compris la raison qui réconfortait l’homme avec son excellence unique, avec de terribles conséquences pour la téléologie une fois de plus. La science semble aussi tenir cette lame. Je veux ajouter une quatrième blessure, l’informatique ou cyborgienne, qui imprègne la chair organique et technologique et fusionne également ce Grand Partage. Donna J. Haraway
Il est peu probable que les nouvelles religions émergeront des grottes d’Afghanistan ou des madrasas du Moyen-Orient. Elles sortiront plutôt des laboratoires de recherche. De même que le socialisme s’est emparé du monde en lui promettant le salut par la vapeur et l’électricité, dans les prochaines décennies les nouvelles techno-religions conquerront peut-être le monde en promettant le salut par les algorithmes et les gènes. Yuval Harari
Que feront les humains conscients le jour où nous aurons des algorithmes non conscients, capables de presque tout faire mieux que nous ? (…) Ces dernières décennies, les pays ont connu une autre révolution, le déclin des emplois industriels, accompagné d’un essor des services. En 2010, 2 % seulement des Américains travaillaient dans l’agriculture, 20 % dans l’industrie, et 78 % comme enseignants, médecins, web designers, etc. Que ferons-nous quand des algorithmes stupides seront capables d’enseigner, de diagnostiquer et de dessiner mieux que des êtres humains ? (…) Tandis que les algorithmes chassent les hommes du marché du travail, la richesse et le pouvoir pourraient bien se concentrer entre les mains de la minuscule élite qui possède les algorithmes tout-puissants, ce qui créerait une inégalité sociale et politique sans précédent. (…) L’aubaine technologique à venir permettra probablement de nourrir et d’entretenir ces masses inutiles sans qu’elles aient même à lever le petit doigt. Mais qu’est-ce qui pourra les tenir occupées et les satisfaire ? Les gens ont besoin de faire quelque chose, sous peine de devenir fous. Que feront-ils de leurs journées ? La drogue ou les jeux vidéo pourraient être une des réponses. Les inutiles pourraient passer toujours plus de temps dans les mondes de la réalité virtuelle en 3D, qui leur procurerait bien plus d’excitation et d’intensité émotionnelle que la glauque réalité extérieure. Une telle évolution porterait cependant un coup mortel à la croyance libérale au caractère sacré de la vie et des expériences humaines. Qu’y a-t-il de sacré dans des clochards qui passent leurs journées à se gaver d’expériences artificielles dans La La Land ? (…) Google nous conseillera quel film voir, où aller en vacances, quelle matière étudier à la fac, quelle offre d’emploi accepter, voire avec qui sortir et qui épouser. (…) En échange de conseils aussi précieux, il nous faudra simplement renoncer à l’idée que les êtres humains sont des individus, que chaque humain a son libre arbitre pour déterminer ce qui est bien, ce qui est beau, et le sens de la vie. (…) Des coutumes libérales comme les élections démocratiques vont devenir obsolètes : Google saura même représenter mes opinions politiques mieux que moi. (…) Comment Facebook pourrait-il obtenir ces données politiques d’une valeur inestimable ? C’est nous qui les lui donnons gratuitement. À l’apogée de l’impérialisme européen, conquistadors et marchands achetaient des îles et des contrées entières contre des perles de couleur. Au XXIe siècle, nos données personnelles sont probablement la ressource la plus précieuse que la plupart des humains puissent encore offrir, et nous les donnons aux géants de la technologie en échange de services de messagerie et de vidéos de chats. Yuval Hariri
La surmodernité, c’est un peu la démocratisation de l’angoisse pascalienne (…) chaque individu face à l’étendue de la planète, sans le secours des anciennes médiations. Marc Augé
Il y a plus faux que le faux, c’est le mélange du vrai et du faux. Paul Valéry
Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse qu’on enseigne, l’Histoire ad usum delphini puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse. Balzac (Illusions perdues)
Selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. (…) On ne croit plus aux machinations des divinités homériques, auxquelles on imputait les péripéties de la Guerre de Troie. Mais ce sont les Sages de Sion, les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes qui ont pris la place des dieux de l’Olympe homérique. Karl Popper (1948)
Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer. Robert J. Hanlon
Toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La  connerie est courante. Le complot exige un esprit rare. Michel Rocard
Selon le sociologisme — cette perversion de la sociologie — l’individu étant le jouet des structures et des institutions, la seule question intéressante et pertinente est celle de savoir à qui profitent ces structures et ces institutions ? Plus familièrement, qui tire les ficelles ? Par définition, la classe dominante, bien entendu. La popularité de ce schéma a été si grande dans les années 60 et 70 que beaucoup de livres ont porté ou auraient pu porter un titre de type : A qui profite… ? A qui profite l’Ecole ? A qui profite la Justice ? A qui profite la Culture ? A qui profite la Langue ? Bref, le sociologisme utilise toujours de façon plus ou moins subtile, le schéma explicatif familier que Popper appelle la « théorie de la conspiration ». Raymond Boudon (1983)
[Ceux qui votent FN] sont des gens qui sont en bas de l’échelle des revenus mais aussi de l ‘échelle des savoirs. Plus le niveau de culture est élevé, plus on est à l’abri d’un vote Le Pen. Pascal Perrineau
Depuis le début des années 1990, articles, ouvrages et prises de position se sont multipliés en effet sur la progression inquiétante du « virus populiste ». Les interprétations se focalisent sur les élections et les scores inattendus obtenus par des forces au « nationalisme rétrograde » emmenées par un leader « charismatique ». Elles insistent, quels que soient les contextes historiques et nationaux, sur le ralliement massif des « exclus » et notamment des fractions populaires, les plus durement touchées par la « crise sociale », à des démagogues anti-démocrates dont les talents de tribun savent gagner les plus crédules aux solutions simplistes qu’ils proposent. (…) Être trop démocratique en voulant s’appuyer sur le peuple, c’est jouer contre la démocratie. C’est que le peuple, à l’inverse des élites, ne comprend pas bien l’importance des élections et n’est pas protégé grâce à une véritable compétence des tentations pour des solutions à courte vue et dangereuses (...) L’équation entre électorat populaire et démagogie frontiste s’est ainsi banalisée. Elle n’en soulève pas moins quelques paradoxes. Alors qu’il prétend être une catégorie d’analyse, le populisme est d’abord une injure politique. Les multiples commentaires indignés et inquiets qu’il autorise en témoignent : « croisés de la société fermée », « largués, paumés, incultes », « archaïques et rétrogrades » selon les jugements prononcés lors du référendum européen de 2004. Plus surprenant encore : alors qu’elle propose une nouvelle classification du FN bien plus floue et bien moins stigmatisante que les précédentes labellisations de fascisme ou d’extrême droite auxquelles elle se substitue, la désignation rend licites des verdicts d’une extrême violence contre les groupes populaires ayant apporté leur voix à ce parti. Le populisme ouvre sur un blâme du « peuple », tout en retenant la charge du discrédit contre l’organisation frontiste. Un blâme particulier dans lequel alternent cependant mépris et crainte. Les groupes populaires seraient en effet responsables de la survie politique d’une organisation indigne moralement et politiquement ; en même temps, ils auraient des excuses. Leur crédulité, liée à leur manque d’éducation, serait renforcée par la « crise sociale » qui aurait suscité chez eux une anomie et une insatisfaction politique nouvelle et durable les rendant disponibles pour les partis les plus extrêmes (exploitant leurs « malaises sociaux » contre la démocratie). On ne peut que s’étonner devant cette insistance générale à situer dans les classes populaires la source principale de la menace frontiste, à moins de voir en elle une forme de réassurance morale. Il est plus rassurant en effet (mais aussi plus économe scientifiquement et plus médiatiquement spectaculaire) d’affirmer que ce sont les individus ou les groupes les moins légitimes socialement qui se retrouvent dans le programme d’une organisation indigne moralement et politiquement, que de commencer une enquête sur les raisons toujours locales et hétérogènes d’un vote. On découvrirait pourtant par exemple que dans le Sud Est existent un vote idéologiquement constitué pour l’extrême droite (depuis les années 1960 et Tixier-Vignacourt) et un « vote de villas » accompli par des retraités très aisés. De même s’apercevrait-on qu’en Alsace le vote FN l’emporte souvent dans des bourgs où les ouvriers sont aux abonnés absents. (…) Changement de conjoncture politique et intellectuelle sans doute qui, d’abandons en revirements, invite à voir désormais dans le peuple (et les fractions les plus démunies) le principal problème à résoudre pour la démocratie et non plus une cause à défendre et dans « l’appel au peuple » une véritable anomalie mettant en péril l’ordre démocratique installé par les élites compétentes. Autre façon de réaffirmer la supériorité morale de ces dernières. Annie Collovald
La notion de « populisme» a connu un bien étrange voyage qui lui a fait accomplir une totale révolution sur elle-même au point d’en changer complètement la signification et les enjeux intellectuels et politiques qu’elle recouvrait initialement. Valorisant hier le populaire, elle le stigmatise aujourd’hui. Rien n’en témoigne mieux que les usages savants et politiques actuels du « populisme du FN » qui s’imposent, en faisant oublier les autres définitions du populisme qui ont eu cours et l’existence de rapports du populaire au politique fort différents de celui mis désormais en exergue. Sous l’apparente filiation du mot dont l’histoire remonte à la fin du xixe siècle, des ruptures de signification et un renversement de perspective se sont ainsi opérés. Cette reconversion des points de vue signe alors pour les groupes populaires la perte du sens des causes qu’ils ont défendues et porte à méconnaître le rôle de « l’appel au peuple » dans l’histoire sociale de la construction des démocraties. Le « populisme » occupe désormais une place prédominante dans les commentaires politiques et savants pour désigner le Front National et des phénomènes qui, à son instar, ont été longtemps pensés comme relevant de l’extrême droite. (…) Alors qu’il prétend être une catégorie d’analyse, le « populisme » est pourtant également une injure politique. Les multiples commentaires indignés et inquiets qu’il autorise en témoignent : « croisés de la société fermée » (Perrineau, 2001), « largués, paumés, incultes », « archaïques et rétrogrades » selon les jugements prononcés au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Déjà étonnamment double dans son statut, à la fois notion savante et insulte politique, la dénomination de « populisme » surprend encore autrement. Alors même qu’elle propose une nouvelle classification du FN bien plus floue et bien moins stigmatisante que les précédentes labellisations de fascisme ou d’extrême droite auxquelles elle se substitue, la désignation rend licites des verdicts d’une extrême violence contre les groupes populaires ayant apporté leur voix à ce parti. Le « populisme du FN » ouvre sur un blâme du « peuple », tout en retenant la charge du discrédit contre l’organisation frontiste. Un blâme particulier cependant dans lequel alternent mépris et crainte. Les groupes populaires seraient en effet responsables de la survie politique d’une organisation indigne moralement et politiquement ; en même temps, ils auraient des excuses. Leur crédulité, liée à leur manque d’éducation, serait renforcée par la crise sociale qui aurait suscité chez eux une anomie et une insatisfaction politique nouvelle et durable les rendant disponibles pour les partis les plus extrêmes (exploitant leurs « malaises sociaux » contre la démocratie). (…)  Le déplacement opéré sur ces derniers n’est pas innocent pour la compréhension des conditions de réussite politique du FN. Celles-ci ne sont plus recherchées dans le capital politique collectif du parti, dans les pratiques militantes de ses représentants ou encore dans l’offre politique actuelle et la concurrence entre élites politiques, mais dans la seule relation nouée entre Jean-Marie Le Pen et ses troupes électorales et plus précisément encore dans les dispositions préalablement ajustées des électeurs aux thèses idéologiquement autoritaires portées par le FN. En ce sens, l’explication se ferme et, en se simplifiant, se fait tautologique : seuls des électeurs illégitimes socialement peuvent se retrouver dans les idées illégitimes de ce parti. En exonérant d’emblée les élites sociales de tout penchant pour le FN puisque, protégées par leur diplôme et leur niveau de vie, elles sont insoupçonnables de toute crédulité pour des thèses « simplistes » et racistes, l’explication rejoue ainsi sur un plan apparemment descriptif (les résultats de sondages électoraux, (Mayer, 2002) l’idée de la supériorité morale des élites sociales. (…) Il en est ainsi de l’explication des mobilisations électorales dont bénéficie le parti lepéniste par l’anomie et la frustration engendrée par la « crise sociale » et qui frapperait naturellement les plus démunis, principales victimes de la dégradation des conditions de vie. Ou encore de l’explication par l’adhésion naïve aux discours de Jean-Marie Le Pen dont les performances médiatiques de démagogue susciteraient l’engouement des moins « cultivés ». Ces explications qui font presque consensus dans les mondes intellectuels, journalistiques et politiques, justifient et confortent la thèse hautement conservatrice de « l’ingouvernabilité des démocraties lorsqu’elles sont soumises à une surcharge de demandes populaires ». Inventée dans les années 1970 dans un rapport fourni à la Trilatérale et visant explicitement à lutter contes les « excès de démocratie » (grèves, manifestations, droits syndicaux, liberté d’opinion) (Hermet, 1986), cette thèse était restée confinée dans le huis clos des dirigeants. Elle ressurgit désormais sous des formes renouvelées dans les discours politiques soit pour affirmer que les responsables politiques ne peuvent répondre à toutes les « émotions populaires » (Lionel Jospin en 1997 face aux mobilisations des chômeurs) soit pour vanter la « démocratie pacifiée » (Jacques Chirac face au taux d’abstention record lors du référendum sur l’Europe). Ressurgit également la thèse de « l’autoritarisme des classes populaires » qui place d’emblée sous un signe négatif toutes les mobilisations populaires. Elles deviennent même « irrationnelles » en préférant des acteurs politiques hors système et non les partis de gouvernement (confortant la « crise de légitimité » politique supposée frapper et fragiliser la démocratie). (…) Le passage sur la scène publique du « populisme » dans le milieu des années 1980 conserve cette première acception tout en mêlant dans une même dénonciation des représentants de la gauche et de la droite : Edith Cresson, Bernard Tapie, Jacques Chirac en ont chacun fait les frais. En était la cause leur « style » réputé mettre en avant leur personne et non les idées défendues, jouer contre les élites installées en flattant les peurs ou les instincts populaires sans en appeler aux capacités de réflexion des citoyens. Leur vocabulaire « cru » et « grossier » devenait le meilleur indicateur de la dégradation morale du jeu politique qu’ils impulsaient. En désignant maintenant le FN, le mot projette désormais les traits « vulgaires » et « dégradants » prêtés avant aux leaders « populistes » sur les groupes populaires réputés les suivre aveuglément. Cette projection naturalise dans le comportement des groupes populaires, ce qui auparavant était situé dans les rapports que les élites intellectuelles et politiques nouaient avec le peuple et souvent contre lui. Elle trouve une illustration exemplaire dans « l’autoritarisme » prêté aux classes populaires et expliquant leurs rapports subjugués à J.-M. Le Pen alors que cette notion qualifiait précédemment un régime politique accaparé par une collégialité d’élites en concurrence entre elles. L’essentialisme qui en découle empêche alors de percevoir que le « populisme du FN » provient d’une définition importée de débats politiques très localisés idéologiquement aux États-Unis. La notion telle qu’elle est construite par P.-A. Taguieff et reprise par les autres savants français est directement issue des débats portant sur la « nouvelle droite américaine ». Le « populisme » se définit ici contre d’autres définitions en cours aux États-Unis tant dans l’univers savant qu’à gauche de l’échiquier politique. Il vise à donner une apparence populaire et d’éthique philanthropique à une entreprise néo-conservatrice sur le plan économique et politique, pour mieux la présenter comme révolutionnaire et déstabiliser les conservateurs jugés dépassés. L’enjeu n’est pas, on le comprend, de bouleverser l’ordre établi au profit des groupes les plus démunis ; il est de le bouleverser au profit de ces nouveaux prétendants, au profil social décalé par rapport aux membres de la haute bourgeoisie qui tiennent les places fortes de l’économie et de la décision politique, et bien plus radicaux dans le libéralisme économique que l’ancienne élite néo-libérale. Faire du « populisme » pour cette avant-garde radicale ne consiste pas à valoriser le peuple, mais à se servir de lui pour conférer un semblant de légitimité sociale à une cause qui lui est étrangère. C’est dire combien les usages actuels de « populisme » brouillent idéologiquement l’histoire politique de la notion. Elle brouille également l’enjeu politique qu’a constitué initialement « l’appel au peuple ». (...) L’appel au peuple était alors une stratégie visant à donner position, autorité et dignité à des groupes sociaux exclus de toute représentation politique et, avec eux, à faire entendre les causes sociales et politiques qu’ils défendaient et desquelles se désintéressaient ceux qui monopolisaient les postes de pouvoir. Sous cet angle, les « populistes » d’alors, ceux qui « font appel au peuple », ont des positions de gauche remettant en cause le conservatisme dominant. Il en est de même en France où les premiers à tenter de mobiliser les groupes relégués aux marges de l’espace social et politique sont les organisations ouvrières socialisantes. Ce qui était ainsi en jeu c’était une transformation du mode de domination politique reposant sur l’émancipation sociale et politique des groupes populaires. Retournant l’illégitimité sociale en source de légitimation politique, ces entreprises posaient la représentativité sociale en fondement du droit à intervenir en politique, promouvaient, sélectionnaient, formaient, encadraient les membres de la classe ouvrière pour en faire de nouvelles élites politiques (Pudal, 1988). En oubliant cet enjeu politique de démocratisation du jeu politique, se trouvent également oubliées les réactions politiques qu’il a suscitées. Pourtant les contre-offensives des conservateurs ont été nombreuses. Surtout, elles ont contribué, comme l’ont montré S. Barrows (1990) et A. Hirschman (1991) à transformer en pathologie et en menace (les « foules hystériques et criminelles ») ces mouvements voulant rendre la démocratie du moment plus démocratique qu’elle ne l’était : voulant en quelque sorte la « peupler » alors qu’elle était réservée à une étroite élite sociale, et la conformer ainsi aux idéaux professés. La stigmatisation du populaire aujourd’hui via le « populisme du FN » ne serait-elle pas le signe d’une nouvelle conjoncture intellectuelle et politique dans laquelle les élites politiques d’aujourd’hui (et leurs auxiliaires et conseillers) ne voient plus dans les groupes populaires une cause à défendre, mais un « peuple sans classe » devenu un problème à résoudre ? Annie Collovald
Le populisme ressemble aujourd’hui à un inventaire à la Prévert, la poésie en moins. Chirac, Berlusconi, Sarkozy, Tapie, Cresson, Chávez, Le Pen, Haider, Fortuyn, Bové, Lula, Mélenchon ont été rejoints par Orbán, Salvini, Corbyn, Trump, Kaczyński, Strache, Iglesias, dans la longue et multicolore liste des « qualifiés » de populistes. En France, quand son usage s’impose dans les années 1990, le mot renvoie au Front national (FN), considéré comme un « appel au peuple » rassemblant des « mécontents » dressés contre les élites établies et séduits par le charisme de Jean-Marie Le Pen, la magie de son verbe et ses idées xénophobes. (…) Le mot « populisme » attise surtout l’inquiétude pour la démocratie et la suspicion à l’égard des classes populaires, notamment sur leur prédilection supposée pour les hommes politiques aux idées courtes et au racisme affiché. Prétendant expliquer, le mot disqualifie d’emblée en rendant infréquentables ceux qu’il caractérise ; il autorise alors le renvoi au rang de notion vintage le clivage droite/gauche au profit d’un nouveau clivage distinguant les gens raisonnables, ouverts, progressistes vis-à-vis des radicaux, nationalistes, fermés (songeons aux discours de Merkel ou Macron) ; bref, vis-à-vis de tous les « incompatibles » supposés (du fait de leurs « valeurs » et de leurs « attitudes ») avec la démocratie et le progrès. Le mouvement des Gilets jaunes fait aujourd’hui les frais d’une telle stigmatisation et donne involontairement du crédit à de tels jugements. Mais le plus étonnant dans ces usages intempestifs d’un tel label « chamallow » est l’étroite imbrication de la lutte politique et des controverses apparemment savantes. Historiens, philosophes, politistes se mobilisent et prennent explicitement position pour ou contre l’existence d’un populisme de gauche, ou bien sur la filiation populisme-fascisme, et concernant l’instauration de « démocraties illibérales » (comme en Pologne, en Hongrie)… (…)  Le « populisme » attire d’abord le populaire. Son étymologie ne renvoie-t-elle pas au « peuple » ? Rien d’étonnant à ce qu’un parti indigne subjugue surtout les fractions sociales les plus illégitimes socialement : par manque de ressources culturelles et économiques, elles ont une crédulité réceptive aux thèses frustes et simplistes du FN, à l’inverse des plus éduqués et des plus riches, protégés par leur culture de toute adhésion à des idées xénophobes ou intolérantes. Le FN devient alors le premier parti ouvrier en France et le substitut du Parti communiste. Que dire ? Sinon que cette « évidence » confond analyse et préjugés, et que, mêlant injure et explication, elle lève des censures ouvrant sur l’affichage sans fard d’un racisme social sous l’apparence de constats « simplement » descriptifs. « Qui a inventé le terme de bougnoule, si ce n’est les classes populaires ? » s’interrogeait plaisamment un politologue réputé en 2005, lorsque les catégories populaires, au grand scandale des « élites éclairées », ont voté « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen. Les usages du « populisme » ignorent droite et gauche, amalgament des partis aux pratiques et idéologies opposées, confèrent à un parti indigne politiquement et moralement une identité bien moins injurieuse que ses précédentes appellations (ce que le FN va s’empresser de reprendre à son compte à partir du milieu des années 1990, en se déclarant « populiste d’abord »). Ils brouillent également les notions de peuple et de populaire, et font opérer au mot lui-même une complète révolution idéologique entre hier et aujourd’hui. Longtemps absent du vocabulaire public de la polémique politique, où lui étaient préférés des termes comme « démagogie » ou « poujadisme », le « populisme » servait, selon la définition de Lénine, à dénoncer une stratégie dévoyée de mobilisation du peuple contre ses propres intérêts et contre ses principaux défenseurs. S’il stigmatisait, c’était ainsi pour insister moins sur la dangerosité d’une mobilisation politique « directe » du peuple que sur le danger que représentaient pour le peuple des prétentions à le défendre, venues d’intellectuels ou d’hommes politiques ne faisant que projeter sur lui leurs propres aspirations et leurs propres intérêts. En désignant maintenant le FN (ou d’autres extrêmes droites), le mot change de perspectives. Le danger n’est plus dans le jeu des élites ; il est dans les groupes populaires qui, xénophobes et incultes, ne cessent de se rallier à des causes détestables et de démontrer ainsi leurs indispositions pour la démocratie. Le populaire, hier valorisé, est aujourd’hui disqualifié au point d’être passé du statut de cause à défendre à celui de seul vrai « problème » pour la démocratie. À l’inverse, les élites sociales en ressortent tout auréolées de supériorité morale (même si les scandales à répétition les ébranlent un peu ces derniers temps…). La distance morale alors créée avec les plus démunis est telle que, pour les uns, elle justifie tous les abandons passés et futurs quand, pour les autres, elle incite à la récupération bruyante d’un peuple enfin réduit à leur propre image : « sans classe » et sans éthique politique. Mot cynique, injurieux, le « populisme » est triplement trompeur. Sur les partis qu’il désigne, bien moins sensibles idéologiquement aux classes populaires que défenseurs de politiques qui leur sont contraires. Sur le clivage libéraux/populistes, comme si n’existaient plus ni droite ni gauche, ni domination sociale et politique, et que les appétences autoritaires ne concernaient que les seconds et épargnaient les premiers. Sur ce qui menace réellement la démocratie, enfin. En classant les élites sociales à l’écart du « populisme », le mot les exonère du retournement autoritaire que connaît la démocratie dans ses règles pratiques et juridiques ; elle les disculpe de la montée des intolérances et des inégalités dont témoignent les politiques mises en œuvre : contrôle des « mauvais pauvres », licenciements à la pelle, fermetures d’usines qui font pourtant des bénéfices, maltraitance des populations « migrantes » toujours vues comme délinquantes, chasse aux enfants autour des écoles, criminalisation de leurs défenseurs syndicaux, associatifs… Rien n’interdit pourtant de penser que le destin de la démocratie se joue là, dans le cours ordinaire de la compétition et des décisions politiques des acteurs centraux, et non lors des élections ou de la montée d’« extrêmes ». Prétendant expliquer, le mot « populisme » disqualifie d’emblée en rendant infréquentables ceux qu’il caractérise. Le mot attise surtout la suspicion à l’égard des classes populaires, notamment sur leur prédilection supposée pour les hommes politiques aux idées courtes et au racisme affiché. Annie Collovald
S’il convient de pas sous-estimer le rôle joué par les réseaux sociaux, il ne faut pas non plus les surestimer, comme nous y incitent ceux qui croient tout expliquer par l’évolution des technologies de l’information et de la communication. Les réseaux sociaux contribuent puissamment à la propagation des théories du complot, mais dans des contextes où ces dernières satisfont des demandes sociales qu’ils n’ont pas suscitées. Ces demandes dérivent principalement de besoins cognitifs, qui sont des besoins d’ordre, d’intelligibilité et de sens. Or, les réponses trouvées et sélectionnées sont marquées par différents biais cognitifs: de confirmation, d’hypothèse, d’intentionnalité, de disponibilité, etc. On peut y voir autant de façons de réduire la dissonance cognitive suscitée par la coprésence de représentations contradictoires des évènements. Pierre-André Taguieff
Les récits conspirationnistes accusatoires sont structurés selon cinq principes, ou règles d’interprétation des événements. De ces règles et d’un certain nombre de biais cognitifs dérivent les représentations et les croyances composant l’imaginaire conspirationniste. (…) Cet ensemble de règles constitue un modèle d’intelligibilité de la pensée conspirationniste en tant que forme de pensée sociale, tel que je l’ai présenté dans mes travaux récents. Énumérons-les. (1) Rien n’arrive par accident. Rien, dans les séries événementielles qui suscitent de la surprise et de l’anxiété, n’est accidentel ou insensé, ce qui implique une négation du hasard, de la contingence, des coïncidences fortuites. On connaît la formule : « Ce n’est pas un hasard si… » (…) (2) Tout ce qui arrive est le résultat d’intentions ou de volontés cachées. Il s’agit, plus précisément, d’intentions mauvaises ou de volontés malveillantes, les seules qui intéressent les esprits conspirationnistes, qui privilégient les événements malheureux et inquiétants : crises, bouleversements, catastrophes, attentats terroristes, assassinats politiques. Ces événements sont expliqués en répondant à la question magique : « À qui profite le crime ? » D’où la question : « Qui est derrière ? » (3) Rien n’est tel qu’il paraît être. Tout se passe dans les « coulisses » ou les « souterrains » de l’histoire. Les apparences sont donc toujours trompeuses, elles se réduisent à des mises en scène. La vérité historique est dans la « face cachée » des phénomènes. La vérité ne peut être qu’« ailleurs », sa découverte impliquant de déjouer les pièges tendus par les manipulateurs, les experts en « faire-croire ». L’axiome est ici : « On nous manipule. » (…) (4) Tout est lié ou connecté, mais de façon occulte. « Tout se tient », dit le complotiste, prenant la posture de l’initié, incarnant à la fois le contre-expert, l’alter-expert et le super-expert, susceptible de jouer le rôle du voyant, du visionnaire ou du prophète. On rencontre ici le biais de conjonction qui, largement répandu dans la pensée sociale ou le savoir populaire, consiste à percevoir la probabilité de la conjonction de deux événements. (…) (5) Tout ce qui est officiellement tenu pour vrai doit faire l’objet d’un impitoyable examen critique, visant à le réduire à des croyances fausses ou à des mensonges. C’est la règle de la critique dérivant du soupçon systématique, ou plus exactement celle de l’hypercritique s’appliquant à tout discours officiel. (…) Il faut souligner le fait (…) que, pour les complotistes, tout ne doit pas être passé au crible de la critique, mais seulement la version « officielle », perçue comme telle, qui est donnée de l’événement. Il y a donc une frappante « asymétrie cognitive » chez les complotistes qui, surtout depuis le 11 Septembre, font preuve d’un extrême esprit critique envers la version « officielle » d’un quelconque événement en même temps que d’une extrême crédulité à l’égard des « théories du complot » qui se présentent comme des explications « alternatives ». Pierre-André Taguieff
[C’était] une cabale bien financée de personnes puissantes, issues de différents secteurs et idéologies, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, diriger la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations. Ils ne truquaient pas les élections; ils la fortifiaient. (…) En fin de compte, près de la moitié des électeurs ont voté par correspondance en 2020, pratiquement une révolution dans la façon dont les gens votent. Environ un quart ont voté tôt en personne. Seul un quart des électeurs ont voté de manière traditionnelle: en personne le jour du scrutin. (…) La philanthropie privée est entrée en lice. Un assortiment de fondations a contribué des dizaines de millions de dollars en financement de l’administration électorale. L’initiative Chan Zuckerberg a apporté 300 millions de dollars (…) Le soulèvement pour la justice raciale déclenché par l’assassinat de George Floyd en mai n’était pas avant tout un mouvement politique. Les organisateurs qui ont contribué à sa direction voulaient tirer parti de son élan pour les élections sans lui permettre d’être coopté par les politiciens. Nombre de ces organisateurs faisaient partie du réseau de Podhorzer, des militants des États du champ de bataille qui s’est associé à la Democracy Defence Coalition pour des organisations ayant des rôles de premier plan dans le Mouvement pour les vies noires. (…) Le soulèvement de l’été avait montré que le pouvoir du peuple pouvait avoir un impact énorme. Les militants ont commencé à se préparer à reprendre les manifestations si Trump tentait de voler les élections. «Les Américains prévoient des manifestations généralisées si Trump interfère avec les élections», annonçait Reuters en octobre, l’une des nombreuses nouvelles de ce genre. Plus de 150 groupes de gauche, de la Marche des femmes au Sierra Club en passant par Colour of Change, de Democrats.com aux Socialistes démocrates d’Amérique, ont rejoint la coalition «Protégez les résultats». Le site Web du groupe, aujourd’hui disparu, contenait une carte répertoriant 400 manifestations postélectorales prévues, qui devaient être activées par SMS dès le 4 novembre. (…) Fox News a surpris tout le monde en appelant l’Arizona pour Biden. La campagne de sensibilisation du public avait fonctionné: les présentateurs de télévision se mettaient en quatre pour conseiller la prudence et encadrer le décompte des voix avec précision. Time
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Pierre Bourdieu
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Bourdieu
Les privilégiés, prisonniers des filets qu’ils se jetaient réciproquement, se maintenaient pour ainsi dire les uns les autres dans leurs positions, même s’ils ne supportaient qu’à contre-cœur le système. La pression que les inférieurs ou les moins privilégiés exerçaient sur eux les forçait à défendre leurs privilèges. Et vice versa : la pression d’en haut engageait les désavantagés à s’en affranchir en imitant ceux qui avaient accédé à une position plus favorable ; en d’autres termes, ils entraient dans le cercle vicieux de la rivalité de rang. Celui qui avait le droit d’être de la première ‘entrée’, de tendre la chemise au roi, méprisait celui qui ne bénéficiait que de la troisième, ne voulait sous aucun prétexte lui céder, le prince se sentait supérieur au duc, le duc supérieur au marquis, et tous ensemble, en tant que membres de la ‘noblesse’, ne voulaient et ne pouvaient céder le pas aux roturiers soumis à l’impôt. Une attitude en produisait une autre ; grâce aux effets de l’action et de la réaction, le mécanisme social s’équilibrait, se stabilisait dans une sorte d’équilibre instable. Norbert Elias (La société de cour)
Louis XIV est si complètement identifié à la position qu’il occupe dans le champ de gravitation dont il est le soleil qu’il serait aussi vain d’essayer de déterminer ce qui, entre toutes les actions survenant dans le champ, est ou n’est pas le produit de sa volonté que de faire la part, dans une musique, de ce qui est produit par le chef d’orchestre et de ce qui est le fait des musiciens. Sa volonté de dominer elle-même est le produit du champ qu’elle domine et qui fait tourner toute chose à son profit. (…) Ainsi, un «Etat» qui est devenu le symbole. (…) Le roi ne s’en tient pas simplement à l’ordre hiérarchique transmis par ses prédécesseurs. L’étiquette lui laisse une certaine marge de manœuvre, dont il se sert pour déterminer la part de prestige de chacun, même dans les affaires de peu d’importance. Il tire profit des aménagements psychologiques qui reflètent les structures hiérarchiques et aristocratiques de la société ; il tire profit de la rivalité des hommes de cour, toujours en quête de prestige et de faveurs, pour modifier, grâce à un dosage savant de ses marques de faveur, le rang et la considération des membres de la société de cour en fonction des nécessités de son pouvoir, pour créer des tensions internes et déplacer à son gré les centres d’équilibre» de l’absolutisme et qui présente au plus haut degré, pour le monarque absolu lui-même («L’Etat, c’est moi»), le plus directement intéressé à cette représentation, les apparences de l’Appareil, dissimule en réalité un champ de luttes dans lequel le détenteur du «pouvoir absolu» doit lui- même s’engager au moins assez pour entretenir les divisions et les tensions, c’est-à-dire le champ lui-même, et pour mobiliser l’énergie engendrée par l’équilibre des tensions. Le principe du mouvement perpétuel qui agite le champ ne réside pas dans quelque premier moteur immobile, -ici le Roi Soleil-, mais dans la lutte même qui, produite par les structures constitutives du champ, en reproduit les structures, les hiérarchies. Il est dans les actions et les réactions des agents qui, à moins de s’exclure du jeu, et de tomber dans le néant, n’ont pas d’autre choix que de lutter pour maintenir ou améliorer leur position dans le champ, c’est-à-dire pour conserver ou augmenter le capital spécifique qui ne s’engendre que dans le champ, contribuant ainsi à faire peser sur tous les autres les contraintes, souvent vécues comme insupportables, qui naissent de la concurrence. Bref, nul ne peut tirer profit du jeu, pas même ceux qui le dominent, sans s’engager dans le jeu, sans se prendre au jeu : c’est dire qu’il n’y aurait pas de jeu sans la croyance au jeu et sans les volontés, les intentions, les aspirations qui animent les agents et qui, produites par le jeu, dépendent de leur position dans le jeu, et plus précisément de leur pouvoir sur les titres objectivés du capital spécifique -cela même que le roi contrôle et manipule, en jouant de la marge de jeu que lui laisse le jeu. En imputant, comme le fonctionnalisme du pire, les effets de domination à une volonté unique et centrale, on s’interdit d’apercevoir la contribution propre que les agents (dominés inclus) apportent, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou non, à l’exercice de la domination au travers de la relation qui s’établit entre leurs dispositions, liées à leurs conditions sociales de production, et les attentes et les intérêts inscrits dans leurs positions au sein de ces champs de luttes que désignent sténographiquement des mots comme Etat, Eglise ou Parti. En imputant, comme le fonctionnalisme du pire, les effets de domination à une volonté unique et centrale, on s’interdit d’apercevoir la contribution propre que les agents (dominés inclus) apportent, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou non, à l’exercice de la domination au travers de la relation qui s’établit entre leurs dispositions, liées à leurs conditions sociales de production, et les attentes et les intérêts inscrits dans leurs positions au sein de ces champs de luttes que désignent sténographiquement des mots comme Etat, Eglise ou Parti. La soumission à des fins, des significations ou des intérêts transcendants, c’est-à-dire supérieurs et extérieurs aux intérêts individuels, n’est pratiquement jamais l’effet d’une imposition impérative et d’une soumission consciente. Cela parce que les fins dites objectives, qui ne se dévoilent, dans le meilleur des cas, qu’après coup et du dehors, ne sont pratiquement jamais appréhendées et posées comme telles sur le champ, dans la pratique même, par aucun des agents concernés, s’agirait-il des premiers intéressés, c’est-à-dire de ceux qui auraient le plus intérêt à en faire leurs fins conscientes, les dominants. La subordination de l’ensemble des pratiques à une même intention objective, sorte d’orchestration sans chef d’orchestre, ne s’accomplit que par l’intermédiaire de l’accord qui s’instaure comme en dehors des agents et par-dessus leur tête entre ce qu’ils sont et ce qu’ils font, entre leur «vocation» subjective (ce pour quoi ils se sentent «faits») et leur «mission» objective (ce que l’on attend d’eux), entre ce que l’histoire a fait d’eux et ce que l’histoire leur demande de faire, accord qui peut s’exprimer dans le sentiment d’être bien «à leur place», de faire ce qu’ils ont à faire, et de le faire avec bonheur -au sens objectif et subjectif- ou dans la conviction résignée de ne pouvoir pas faire autre chose qui est aussi une manière, moins heureuse, bien sûr, de se sentir fait pour ce qu’on fait. Pierre Bourdieu
Les conditionnements associés a une classe particulière de conditions d`existence produisent des habitus, systèmes de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre, objectivement  « réglées » et « régulières » sans être en rien le produit de l’obéissance à des règles, et, étant tout cela, collectivement orchestrées sans être le produit de l’action organisatrice d’un chef d’orchestre. Pierre Bourdieu
Dans la tradition marxiste, il y a une lutte permanente entre une tendance objectiviste qui cherche les classes dans la réalité (d’où l’éternel problème : «Combien y a-t-il de classes ? ») et une théorie volontariste ou spontanéiste selon laquelle les classes sont quelque chose que l’on fait. D’un côté, on parlera de condition de classe et de l’autre plutôt de conscience de classe. D’un côté, on parlera de position dans les rapports de production. De l’autre, on parlera de « lutte des classes », d’action, de mobilisation. La vision objectiviste sera plutôt une vision de savant. La vision spontanéiste sera plutôt une vision de militant. Pierre Bourdieu
Un des principes de la sociologie est de récuser le fonctionnalisme du pire : les mécanismes sociaux ne sont pas le produit d’une intention machiavélique ; ils sont beaucoup plus intelligents que les plus intelligents des dominants. Pierre Bourdieu
Des leurres bien faits pour détourner des lieux du gouvernement invisible des puissants … Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Un véritable gouvernement mondial invisible, inaperçu et inconnu en tout cas du plus grand nombre, dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes. Cette sorte de Big Brother, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision ou au cinéma, et ainsi de suite. (…) A travers le pouvoir presque absolu qu’ils détiennent sur les grands groupes de communication, c’est-à-dire l’ensemble des instruments de production et de diffusion des biens culturels, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques qui, dans la plupart des sociétés, étaient restés distincts, voire opposés, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu (« La culture est en danger », 2000)
Dans les années 1990, en France, l’air du temps a entretenu – Taguieff l’a bien montré – une forte disposition au conspirationnisme. C’est aussi l’époque où Bourdieu est devenu un maître à penser pour une gauche radicale qui, souvent, l’a peu ou mal lu, et n’en retient que ce qui la caresse dans le sens du poil. Le motif conspirationniste – il faut insister sur ce point – est finalement très marginal dans l’œuvre de Bourdieu, n’apparaissant que rarement et tardivement, dans des textes d’intervention politique. Ses travaux les plus tardifs et les plus politisés sont aussi, à l’évidence, les plus faibles dans son œuvre de sociologue qui, heureusement, possède une force que ne soupçonnent guère, semble-t-il, ceux qui ne connaissent – si tant est qu’ils le connaissent – que le Bourdieu ‘‘militant’’. Ce n’est bien sûr pas un hasard si le conspirationnisme apparaît dans ces travaux-là : car c’est avant tout une grosse faiblesse, à la fois intellectuelle et psychique. Ne réduisons donc pas Bourdieu à ce moment d’égarement.  Nathalie Heinich
Le dérèglement climatique dont les capitalistes, qui ont pillé les ressources naturelles pour s’enrichir, sont les seuls responsables, constitue leur ultime arme pour éliminer la partie la plus pauvre de l’humanité devenue inutile à l’heure des robots et de l’automatisation généralisée. L’intelligence artificielle régnera alors sur une planète au service des riches survivants, une fois que les ouragans, tempêtes, inondations et incendies gigantesques auront fait le sale boulot. C’est ce qui explique que les émissions de gaz à effet de serre augmentent toujours plus et que les milliardaires du monde entier se construisent des bunkers hautement sécurisés. Nous ne sommes pas dans le même bateau ! Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (CNRS, 2019)
Mon curseur politique est simple, c’est celui de la révolution. Celui qui soutient le peuple qui veut se soulever contre ses maîtres est à gauche. A droite, il y a la défense des privilèges. Etienne Chouard
De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans. (…) Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre. Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre. À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais). (…) Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment. Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis. On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ». Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux. Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site. Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément : [Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.] Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite. Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc. En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter. Étienne Chouard (28.11.2014)
Je vais donc remettre un lien, différent, commenté, vers E&R, que je considère comme un portail utile pour comprendre et résister à certains abus de pouvoir terribles, même s’il est évidemment très critiquable par certains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma position ouverte d’avant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que chacun se forge une opinion en adulte, et une vraie démocratie doit laisser une place aux non démocrates. Et pour les ulcérés, faut quand même pas charrier, ce n’est qu’un lien suggéré, pas du tout une identité, une allégeance ou une caution : je ne suis pas « soralien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « complaisant avec le fascisme » que je combats du mieux que je peux, en conscience, librement, à ma façon, et je vous pense tous libres de penser. Soyez gentils de ne pas tout surinterpréter, tâchez de modérer. Vous savez maintenant ce que je pense de l’antisémitisme et du racisme : je les considère comme des fléaux, une honte pour l’humanité. Mais je pense que les combattre en traitant les gens de « racistes » comme si c’était leur nature, et en leur coupant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incendie en jetant de l’essence sur les flammes. Etienne Chouard (29.11.2014)
Inconnu de la plupart des Français, le militant politique est devenu en une grosse dizaine d’années une des étoiles de la contre-culture politique sur Internet. Sa notoriété remonte à 2005, au moment de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Âgé de 48 ans, Etienne Chouard est alors un anonyme prof de lycée à Marseille, électeur sans grande conviction du Parti socialiste (PS). Happé par les débats autour du TCE, il se décide à analyser de près le projet de nouveau traité européen, et en tire une tribune percutante, publiée sur son blog, qui dénonce le projet comme un « secret cancer de notre démocratie ». Fouillé, argumenté, offensif voire excessif, le texte est partagé en masse et se répand comme la poudre. Etienne Chouard devient, à sa propre surprise, un des chefs de file discrets du camp du « non », qui triomphe au référendum. Il change de dimension. Le professeur se fait penseur et militant : lui qui ne s’y était jamais intéressé dévore des milliers de livres sur la politique et économique, partage ses réflexions sur son blog, donne des conférences. Il forme autour de lui une communauté de fidèles qui répandent ses idées, surnommés les « gentils virus ». Chantre de l’éducation populaire, Etienne Chouard élabore de bric et de broc sa propre doctrine politique. Au centre de sa réflexion, la nécessité d’un « processus constituant ». D’après lui, l’origine des maux de nos sociétés est inscrite dans la Constitution : en laissant le soin aux « responsables politiques, aux mains des grands marchands », de « l’écrire à notre place », nous (c’est-à-dire les 99% de moins riches) leur (les 1%) avons cédé le pouvoir. Dans la pensée de Chouard, toutes les dérives du capitalisme financier (inégalités, pauvreté, disparition des services publics, destruction de l’écosystème) sont reliées à ce péché originel : confier le pouvoir à des représentants, acte qui équivaudrait immanquablement à en priver le peuple. (…) Afin d’y remédier, le blogueur exclut logiquement toute élection : il veut former une assemblée constituante tirée au sort, qui définirait par la discussion collective des nouvelles institutions. Celles-ci devraient faire la part belle à la démocratie directe : les responsables seraient tirés au sort, pourraient être révoqués à tout moment, et le peuple prendrait lui-même l’initiative d’écrire les lois… grâce au RIC, évidemment. (…) En attendant cette révolution pacifique, le blogueur s’est attaché à appliquer ses principes au niveau local, en organisant des « ateliers constituants » destinés à faire de simples citoyens des « adultes politiques », souverains et capables de penser le bien commun. Influencé par la pensée anarchiste, il se définit comme un démocrate radical, persuadé que le peuple est « capable de mener lui-même ses affaires » ; convaincu de la nature intrinsèquement bonne des humains, Etienne Chouard est convaincu que « si on prend les décisions ensemble à la majorité, ce ne seront pas les quelques affreux, égoïstes, violents, méchants, qui sont minoritaires, qui vont faire la loi. » A cette pensée politique, le sexagénaire adjoint des idées économiques radicalement opposées au libéralisme de l’Union Européenne. Dénonçant le statut de la Banque centrale européenne, Chouard affirme que « le premier privilège est celui pour un petit nombre de créer la monnaie », et que « les peuples qui ont perdu, renoncé à la création monétaire publique ont perdu en même temps leur souveraineté politique. La création monétaire est actuellement entre les mains des banquiers. » Invité de l’émission de Frédéric Taddeï Ce soir ou jamais en 2014, Etienne Chouard s’y livre à une longue tirade, très partagée sur Internet, qui synthétise ses idées. Elle lui permet d’accroître encore sa notoriété (…) Détournement de la démocratie, désir de représentation des idées populaires, impuissance du politique face aux grands intérêts économiques : les thèmes développés par Etienne Chouard depuis 13 ans sont en parfaite concordance avec le mouvement des gilets jaunes. Il n’est donc pas très étonnant de voir le blogueur, abondamment cité sur les rond-points par des gilets jaunes ayant formé leur réflexion politique sur Internet, soutenir le mouvement et s’afficher à ses côtés. Jacline Mourand, l’une des têtes d’affiches, l’a spontanément mentionné comme influence clé auprès de Marianne. Le 4 décembre, à Saint-Claire du Rhône (Isère), il a tenu une réunion publique sur le RIC en compagnie de plusieurs gilets jaunes, dont Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », un autre leader. Mais Etienne Chouard, ce n’est pas que la démocratie directe et la critique des banques. Entre 2005 et aujourd’hui, dans sa volonté effrénée de dialogue avec tous les pans de la société, le professeur a frayé avec de nombreuses figures controversées… sans s’en détacher clairement, et parfois en les soutenant ouvertement. Ainsi, le 9 décembre 2007, Etienne Chouard conseille sur son blog le visionnage d’un « entretien passionnant » entre Thierry Meyssan (écrivain et diffuseur privilégié de théories du complot concernant le 11 septembre 2001) et l’essayiste Alain Soral, connu pour sa vision conspirationniste et violemment antisémite du monde. Ce dernier, qu’il rencontre en chair et en os dans les années 2010, ne va plus cesser d’empoisonner la réputation d’Etienne Chouard : incapable de s’en détacher clairement, le blogueur s’est longtemps montré d’une complaisance incompréhensible avec ce pamphlétaire virulent, condamné par la justice à de multiples reprises pour injures antisémites ou incitation à la haine raciale. Récusant les propos de Soral concernant les homosexuels et les féministes, Chouard ne le situe pas moins dans L’Express en 2014 comme « à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges », et indique qu’il l’a « rendu sensible » à la problématique du sionisme. Les qualificatifs élogieux pleuvent : « courageux », « résistant », « lanceur d’alerte qui proteste contre l’ordre établi »… Comme un renvoi d’ascenseur, Etienne Chouard est alors mis régulièrement en valeur sur Egalité et Réconciliation (E&R), le site internet qui promeut les idées d’Alain Soral. Culture libre, une association dont l’animateur est un responsable local d’E&R, diffuse et commercialise même certaines des conférences de Chouard. Iconoclaste ou sulfureux, Etienne Chouard brouille en tout cas tous les repères politiques traditionnels : originellement identifié dans les rangs de la gauche radicale, il s’affiche avec des personnalités de l’autre versant : conférence commune sur les Lumières avec Marion Sigaut, militante d’E&R, en novembre 2012. Proximité avec François Asselineau, candidat souverainiste à la présidentielle de 2017 (Chouard a finalement voté pour Jean-Luc Mélenchon) et fondateur de l’Union populaire républicaine (UPR). Il conseille aussi des lectures pour le moins curieuses aux visiteurs de son blog – notamment les ouvrages du conspirationnistes Antony C. Sutton et du négationniste Eustace Mullins. Chouard défend son éthique politique : la volonté de se situer en dehors des clivages partisans et des critères de respectabilité édictés par le mainstream. « Cela fait douze ans que je travaille, parle en public, réfléchis aux pouvoirs et abus de pouvoir ; que je cherche à mettre un processus constituant qui, à mon avis, doit intégrer tout le monde », argumente le prof de gestion, bien décidé à n’exclure personne tout en enjambant le clivage gauche-droite. Mais il ne s’est pas contenté de discuter : au fil des années, les contacts avec la sphère « dissidente » ont semblé infuser dans les analyses d’Etienne Chouard. Dans un entretien vidéo en 2014, il qualifie l’Union européenne de « projet fasciste », et applaudit la manière dont Alain Soral « dénonce le colonialisme guerrier du sionisme, explique que le sionisme est un projet colonial, raciste, militaire (…) ». Ses développements s’apparentent fréquemment au complotisme : on y trouve les mêmes méthodes d’analyse, trouvant dans un grand complot ourdi par les plus riches l’unique explication des malheurs du monde, élaborant des chaînes d’équivalence bancales mais définitives, faisant référence à des faits historiques parfois obscurs (notamment la création de la banque d’Angleterre en 1694) mais considérés comme capitaux… Etienne Chouard a également une manière bien à lui de définir le fascisme : dans un entretien avec le média Internet La Mutinerie, il explique refuser de « lyncher untel ou untel parce qu’il est fasciste, parce qu’il est d’extrême droite ». D’après lui, on commet une erreur en utilisant le vocable ‘fasciste’ pour « désigner ceux qui ont un avis non conforme sur les étrangers, sur la peine de mort, sur l’avortement, sur la religion catholique, sur la nation. » Les vrais fascistes ? Ce sont « les grands propriétaires, les possédants, les ultra-privilégiés, qui veulent bien de la République quand les élections leur donnent tout le pouvoir. Ils se montrent comme fascistes et d’extrême droite quand ils sentent qu’ils vont perdre les élections. C’est les 1% contre les 99%. C’est ça l’extrême droite. » Une classification qui permet notamment à Chouard de ranger le Parti socialiste dans le camp du fascisme… A sa manière, Etienne Chouard est parfaitement représentatif des « gentils virus » qui le soutiennent : comme eux, il a construit sa culture politique sur le tas. Sur Internet et dans les livres plutôt que par l’intermédiaire de professeurs dispensant un savoir officiel. (…) Résultat : les constructions idéologiques traditionnelles sont totalement brouillées. Dans cette « culture YouTube », faite de liberté et de désordre, on a parfois l’impression que tout ce qui se situe en dehors du mainstream est adoubé par principe comme faisant partie du combat pour la démocratie. (…) Dans une longue analyse publiée en 2013, où il était déjà accusé de complaisances avec Etienne Chouard, François Ruffin livrait une lecture similaire, qualifiant la « construction idéologique » du blogueur, bâtie « en accéléré, de bric et de broc, comme tout le monde », de « bien récente, bien fragile, bien confuse ».  Ces errances ont valu de nombreuses excommunications à Chouard, faisant souvent suite à des pressions exercées par des groupes antifascistes. Comme en novembre 2012, où les cinémas Utopia et le Front de gauche annulent la venue du blogueur à une projection, après avoir découvert que le site de Chouard mentionnait dans sa liste de liens le Réseau Voltaire ainsi qu’Egalité & Réconciliation. Un an plus tard survient la première explication avec François Ruffin, que le fondateur de Fakir a donc relatée sur le site de son journal, qui venait alors de faire la promotion de la pièce de théâtre d’Etienne Chouard, La dette expliquée à mon banquier. Après une première rencontre peu productive en 2009, Ruffin aborde frontalement la question de l’antisémitisme d’Alain Soral avec Chouard, qui se borne alors à répondre que l’auteur de Comprendre l’empire évoque l’antisionisme, refuse de « trier selon les appartenances politiques » et affirme sa volonté de « toucher tout le monde de gauche à droite ». Finalement, Ruffin tiendra encore un dialogue avec Etienne Chouard, sans parvenir à se mettre tout à fait d’accord avec lui, mais indiquant qu’il se sent « davantage son ‘ami’, un peu, pas trop mais un peu, après ces échanges. » (…) En novembre 2014, Etienne Chouard s’est nettement éloigné du penseur d’extrême droite. Faisant le constat des « accusations violentes » reçues après avoir posté le lien d’E&R sur son blog, le militant écrivait avoir « rapidement compris que [Soral] n’est pas du tout un démocrate », mais estimait que « une partie de son analyse du monde actuel » lui semblait « utile ». Abordant enfin la question de l’antisémitisme, Chouard regrette que l’injure « antisémite » serve trop souvent « à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont absolument racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien ». Mais il se rend enfin à l’évidence, après avoir découvert une vidéo accablante datée de juin 2014, dans laquelle Soral tient « des propos terribles et dangereux ». Reconnaissant s’être « trompé en publiant un lien sans mise en garde », Chouard retire le lien d’E&R de son site, dénonçant un « mélange toxique » entre une « lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination » et « un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés ». Et aujourd’hui ? A franceinfo, il assure qu’il refuse désormais les invitations d’E&R et a coupé tous les liens avec son leader, tout en objectant : « Le danger pour la société humaine, ça n’est pas Soral ! On n’en a rien à foutre de ces mecs-là, ils ne représentent que des groupuscules ». Il a également publié une nouvelle note de blog ce jeudi 20 décembre, dans laquelle il assure que depuis son billet de 2014, il « ne parle jamais de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui [l’]accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… » Populaire et controversée, la figure d’Etienne Chouard illustre à sa manière les clivages qui minent la France insoumise en interne. Certains, adeptes d’une stratégie « populiste », estiment que LFI a vocation a s’adresser à des figures qui transcendent son électorat traditionnel de gauche radicale, devenu très minoritaire – sans forcément aller jusqu’à prôner un dialogue régulier avec Etienne Chouard. D’autres, qui défendent plutôt une union de la gauche, sont partisans d’un strict « cordon sanitaire » et jugent que LFI se compromettrait en approchant des figures n’étant pas clairement identifiées sur le spectre politique. Les deux conceptions ont leurs raisons d’être, et également leurs dérives. A vouloir ratisser trop large pour ne pas s’enfermer à gauche, on court ainsi le risque de s’acoquiner avec des personnalités a priori peu compatibles avec le « nouvel humanisme » défendu par Jean-Luc Mélenchon ; de l’autre côté, en cherchant à excommunier tous ceux qui ne s’identifient pas à la gauche, la base se rétrécit, et ceux qui cherchent à dialoguer avec d’autres reçoivent des anathèmes insensés. Autre lecture possible : François Ruffin, qui donne des gages à l’une ou l’autre des deux options à intervalles réguliers, a tout simplement pris acte du fait que s’agissant du référendum d’initiative citoyenne, Etienne Chouard est devenu en France une référence incontournable. Qu’on l’apprécie ou non. Hadrien Mathoux (Marianne)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales. La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement. (…) C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. (…) Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse. Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022. (…) Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieue. Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni. Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. (…) Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme. Christophe Guilluy
Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer.  Christophe Guilluy
La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. (…) Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. Christophe Guilluy
Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société, c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respecte culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. Christophe Guilluy
Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter. (…) Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. (…) Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne. (…) Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire 10 fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
Qui pourrait avoir envie d’intégrer une catégorie sociale condamnée par l’histoire économique et présentée par les médias comme une sous-classe  faible, raciste, aigrie et inculte ? (…) On peut débattre sans fin de la pertinence des modèles, de la crise identitaire, de la nécessité de réaffirmer les valeurs républicaines, de définir un commun: tous ces débats sont vains si les modèles ne sont plus incarnés. On ne s’assimile pas, on ne se marie pas, on ne tombe pas amoureux d’un système de valeurs, mais d’individus et d’un mode de vie que l’on souhaite adopter. Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile.  (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de l’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
La diabolisation vise moins les partis populistes ou leur électorat (considéré comme définitivement « perdu » aux yeux de la classe dominante) que la fraction des classes supérieures et intellectuelles qui pourrait être tentée par cette solidarité de classe et ainsi créer les conditions du changement. (…) Si l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis a provoqué autant de réactions violentes dans l’élite mondialisée, ce n’est pas parce qu’il parle comme un « white trash » mais parce que au contraire il est issu de l’hyper-classe. En évoquant le protectionnisme ou la régulation des flux migratoires, Donald Trump brise le consensus idéologique à l’intérieur même de la classe dominante. Il contribue ainsi à un basculement d’une fraction des classes supérieures qui assurent la survie du système. Le 45e président n’a pas gagné parce qu’il a fait le plein de voix dans la « white working class » mais parce qu’il a réalisé l’alliance improbable entre une fraction du monde d’en haut et celui de l’Amérique périphérique. La prise de conscience des réalités populaires par une fraction de l’élite est un vrai risque, elle peut se réaliser à tout moment, dans n’importe quel pays ou région. Christophe Guilluy
Il n’y a aucun complot. Les métropoles ne sont pas un bras armé, mais simplement l’application aux territoires du modèle économique mondialisé et de la loi du marché. Et la loi du marché bénéficie, comme cela a toujours été le cas, à la bourgeoisie. La seule courbe des prix de l’immobilier suffit à le démontrer. Un ouvrier qui économiserait chaque mois 100 euros pour acheter un logement mettrait une vie entière pour acquérir 10 m2 à Paris. [« La société ouverte »] C’est l’autre nom de loi du marché. Les métropoles sont des citadelles imprenables. Elles érigent, grâce à l’argent,  des murs d’enceintes bien plus solides que ceux du moyen âge. Un discret entre soi et un grégarisme social fonctionnent aussi à plein. Cette tendance est renforcée par un mode de vie respectueux de l’environnement qui, in fine, renforce la gentrification. La fermeture des grands axes et la piétonnisation renchérissent le foncier. Déguisés en hipsters, les nouveaux Rougon-Macquart se fondent dans le décorum ouvrier des bars et restaurants des anciens quartiers populaires et se constituent des patrimoines immobiliers considérables. Mais les masques finissent par tomber… (…) Après le Brexit, dont la géographie recouvre celle de « l’Angleterre et la Grande-Bretagne périphérique » et populaire, les classes dominantes ont expliqué que ce vote devait être invalidé car porté par des gens  « peu éduqués » selon Alain Minc ou des « crétins » d’après Bernard-Henri Lévy. Anne Hidalgo et son collègue de Londres Sadiq Khan ont fait par la suite l’apologie des villes-mondes qui doivent damer le pion aux Etats-Nations, en prônant en filigrane une forme d’abandon  des périphéries populaires. Leur projet de « cités-Etats » rappelle paradoxalement les discours séparatistes de partis populistes comme celui de la Ligue du Nord italienne. (…) Les métropoles ont besoin de catégories populaires pour occuper les emplois peu qualifiés (dans les services, le BTP, la restauration). Il leur faut aussi des catégories intermédiaires, des « key workers » qui assurent la continuité du service public. Le logement social permet de maintenir ces travailleurs dans les métropoles gentrifiées. Bertrand Delanoë, tout comme Anne Hidalgo, ont construit beaucoup de logements sociaux pour répondre à ce besoin. Tout cela est rationnel.  Mais si le taux de logements sociaux est passé de 13,4 % en 2001 à 17,6 % aujourd’hui, il ne compense en rien la disparition d’un parc privé, « social de fait », qui accueillait hier les classes populaires. Or, sur le marché de l’emploi métropolitain, on a essentiellement besoin de catégories très qualifiées et, à la marge, de catégories populaires. La majorité des catégories modestes, c’est à dire de la population, n’a donc plus sa place dans ces espaces. (…) S’il reste encore des classes populaires, des ménages pauvres et des chômeurs dans les quartiers de logements sociaux des grandes métropoles, la majorité de ces catégories  vit désormais à l’écart des métropoles dans une « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. Ces territoires sont, en moyenne, marqués par une plus faible création d’emplois et de richesses et sont fragiles socialement. Ce modèle n’est pas spécifique à la France, il constitue l’une des conséquences de l’application d’un modèle économique mondialisé qui repose notamment sur la division internationale du travail. Ce système marche très bien, il crée de la richesse et de l’emploi. Mais il ne fait pas société. (…) En réalité, la « boutique » tourne aujourd’hui sans les catégories populaires. Les territoires de la France périphérique, en particulier ceux de la désindustrialisation du Nord et de l’Est, sont marqués par une grande fragilité économique et sociale. Ils ont bénéficié à ce titre d’une forte redistribution. La péréquation, la création d’emplois publics ont joué le rôle d’amortisseur. La commune et l’hôpital étaient les premiers et les seuls véritables employeurs de ces communes. Mais dans un contexte de raréfaction de l’argent public et des dotations de l’Etat et de désertification de l’emploi, les champs du possible se restreignent. (…)  Le géographe Gérard-François Dumont parle d’une « idéologie de la métropolisation », une idéologie portée par l’ensemble de la classe dominante qui in fine  renforce le poids des métropoles et celui des classes supérieures. Cette idéologie interdit l’évocation d’une France populaire majoritaire comme s’il fallait laisser dans l’invisibilité les perdants de la mondialisation. Dans cette lutte des classes, on assimile sciemment cette France populaire à celle du repli, des ignares. Derrière cette fausse polémique et cette vraie guerre des représentations, il y a tout simplement une lutte des classes non dites qui révèle  la « prolophobie » selon l’expression du politologue Gaël Brustier.  Christophe Guilluy
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
De manière cruelle et brutale, le monde entier – et en particulier les Européens –, se retrouve plongé dans les guerres froides et chaudes du siècle passé, avec ce qui se passe en Ukraine. La vieille théorie politique est reconfirmée : un dirigeant disposant d’un pouvoir sans barrière est toujours une menace pour la paix. (…) Au moment où Poutine s’enfonce dans son propre piège, son allié et ami Xi Jinping s’enlise dans une guerre contre le Covid-19, selon la même logique. (…) il ne s’agit désormais plus d’une affaire concernant la santé publique, cela devient, aux yeux de Xi, le symbole du modèle chinois, voire la preuve civilisationnelle de « l’ascension de l’Est et du déclin de l’Occident », caractéristique de notre monde actuel (…) Tout comme dans la Russie actuelle, où Poutine est confondu avec la nation, en Chine, Xi est identifié au Parti communiste chinois (PCC) et à ce modèle anti-Covid. Ce modèle s’inscrit dans la même logique que le « zéro critique », le « zéro dissident »… que Xi met en pratique depuis des années. (…) Des signes d’impatience et d’incompréhension, de contestation sous formes diverses éclatent partout dans de nombreux endroits du pays, des Chinois brisant l’interdit. (…) La tentative de Poutine et de Xi d’imposer un néototalitarisme, pour contrôler les sociétés et les individus, ne peut que se solder par un échec final, cela malgré de probables réussites temporaires. L’histoire du XXe siècle l’a attesté, et l’histoire de notre siècle le démontrera à son tour. L’enlisement en Ukraine et en Chine de ces deux dirigeants n’en est que la première étape. Lun Zhang (Cergy-Paris-Université)
Vous avez finalement un paradoxe aujourd’hui dans la politique française, qui est presque une tenaille. C’est à dire que nous sommes pris en tenaille entre d’une part une gauche qui dans son ensemble ne reconnait pas le danger de l’islamisme, ou en tout cas ne l’évalue pas à sa juste dimension. (…)  Et puis, (…) une droite qui est incapable de penser la question russe. (…) Il y a un côté, que je dirais presque tragique pour nous Français, de se dire qu’il n’y a pas vraiment sur la scène politique un homme politique qui est capable de penser de manière vraiment sérieuse ces deux menaces en même temps. Laure Mandeville
Quand [Trump] fait de telles affirmations, la presse le prend au pied de la lettre, mais pas au sérieux alors que ses partisans le prennent au sérieux, mais pas au pied de la lettre. Salena Zito
J’ai retiré de cette expérience ces deux certitudes qui me semblent essentielles : n’importe qui peut tomber dans le piège du complotisme ; et il est heureusement possible d’en sortir. Pour ce faire, encore faut-il guérir de la maladie du soupçon. On réduit souvent la question du complotisme à un problème de croyances, de représentations intellectuelles et de biais cognitifs. Comme si les non-complotistes en étaient exempts ! Ils sont en réalité confrontés aux mêmes biais de confirmation, aux mêmes logiques de groupe, au même besoin de trouver un sens à sa vie que les conspirationnistes. William Audureau
On crée une vérité, une aisance cognitive sur le fait que Poutine est un dictateur, que Bachar el-Assad est un monstre, qu’Omar el-Béchir est un génocidaire. […] Plus personne ne se pose de questions sur des chiffres comme 200 000, 400 000 morts au Darfour. […] Moi-même à la tête du renseignement au Darfour pendant deux ans je me suis attaché à compter ces morts, on n’est jamais arrivé à 200 000, on est arrivé au maximum à 2 500 morts. Jacques Baud
Les attaques chimiques […] ne sont certainement pas le fait de Bachar el-Assad. […] [En 2013 à la Ghouta], les services de renseignement militaire américains ont déconseillé à Obama d’intervenir parce que les éléments qu’ils avaient […] indiquaient que c’étaient en fait les rebelles qui avaient utilisé ces armes de destruction massive.  [Dans la Ghouta en 2013, à Khan Cheikhoun en 2017 et à Douma en 2018], il n’y a pas eu d’engagement des armes [chimiques] par l’armée syrienne en revanche il y a eu dans le premier cas [la Ghouta] un engagement par les rebelles. Dans le deuxième cas (Khan Cheikhoun) […] il n’y a pas eu d’armes chimiques utilisées mais des toxiques chimiques libérés par un bombardement ciblé des Syriens. Et dans le cas de Douma, […] il n’y a rien eu du tout, simplement un bombardement « normal », si j’ose dire, d’artillerie et les rebelles ont habilement utilisé les poussières, les effets de ce bombardement pour faire croire qu’il y avait eu un engagement chimique. Il y a eu de nombreux lanceurs d’alerte au sein de l’OIAC qui ont confirmé que les rapports occidentaux ont été falsifiés en quelque sorte pour justifier des frappes. (…) A l’époque des massacres de Homs en 2011, les services de renseignement allemands avaient établi qu’il n’y avait pas eu de massacre causé par l’armée de Bachar el-Assad.  (…) Les organisations humanitaires qui ont vérifié ces photos [d’un déserteur de l’armée syrienne] se sont aperçues que pratiquement toutes les photos en question sont des photos de soldats syriens et non pas d’opposants, il y a déjà quand même quelque chose qui cloche. (…) La fausse vérité, c’est qu’on a un gouvernement qui est une dictature […] et l’idée que Bachar el-Assad tente de massacrer son peuple. Jacques Baud
On n’a pas d’histoire d’empoisonnement de la part des services secrets russes contrairement à ce qu’on dit. […] En réalité, tout porte à croire [que, dans l’affaire Skripal,] on est parti plutôt d’une intoxication alimentaire car toutes les analyses qui ont été faites par la suite n’ont jamais démontré que la Russie était impliquée. […] Dans le meilleur des cas, si des toxiques de combats ont été utilisés, on ne sait même pas s’ils sont originaires de Russie. (…) Navalny, on sait qu’il s’est attaqué à la mafia, à des gens corrompus. […] Navalny dirige des mouvements d’opposition dont les rivalités sont connues, on peut aussi imaginer que quelqu’un de son entourage ait tenté de l’assassiner. […] L’utilisation de poison en Russie dans l’histoire récente est plutôt le fait de la mafia que de l’État russe. Jacques Baud
L’abâtardissement du doute méthodique le transforme dans l’espace public en doute systématique, mécanisme sur lequel toutes les formes de complotisme (qui sont un hyper-criticisme), prolifèrent. Olivier Schmitt
Interviewé par Frédéric Taddéï, l’essayiste, ancien officier des services de renseignement suisses, dénonce ce qu’il présente comme « le gouvernement par les fake news »… mais multiplie lui-même les contre-vérités. La thèse centrale de son nouveau livre est la suivante : les gouvernements occidentaux déforment les réalités géopolitiques pour déclencher des guerres et défendre leurs intérêts. De la Syrie à l’Ukraine, de la Russie à l’Iran, on nous mentirait et la vérité serait ailleurs.  (…) Suite à la publication de cet article, Jacques Baud a réagi dans des interviews données à Hélène Richard-Favre (déboutée en première instance de sa plainte en diffamation contre la chercheuse Cécile Vaissié qui avait évoqué sa proximité avec les réseaux du Kremlin) et à Sputnik France, média contrôlé par Moscou. Sa ligne de défense tient en deux arguments principaux. Premièrement, nous n’aurions pas lu son livre. Ce qui est vrai. [ ?] Mais M. Baud est responsable de ses propos en interview, et nous sommes libres de les critiquer. N’assume-t-il donc pas ce qu’il a raconté pendant une heure à la télévision d’Etat russe ? Si ce qu’il dit en interview ne reflète pas le contenu de son livre (ce dont il est permis de douter) M. Baud ne devrait peut-être pas donner d’interviews – ou mieux les préparer. Deuxièmement, M. Baud ne ferait que poser des questions, il n’affirmerait rien. Cette ligne de défense ne tient pas, car durant son passage sur RT France, M. Baud ne s’est pas contenté de s’interroger, il a affirmé des contre-vérités à de multiples reprises : le pouvoir syrien ne serait pas responsable des principales attaques chimiques en Syrie ; le nombre de victimes  « réelles » au Darfour serait cent fois inférieur aux chiffres avancés par l’ONU ; les photos du rapport César montreraient principalement des cadavres de soldats syriens ; les services secrets russes ne pratiqueraient pas l’empoisonnement d’opposants… Nous avons déjà montré dans l’article, citations à l’appui, que cela n’était pas conforme aux faits tels qu’ils avaient pu être établis par les sources les plus fiables. D’ailleurs, la posture consistant à dire « je ne fais que poser des questions » n’est pas innocente. Lorsque des faits sont établis par un faisceau de preuves concordantes, on peut effectivement les remettre en question si l’on remarque de véritables incohérences et à condition d’apporter de nouvelles preuves suffisamment solides pour ce faire. Cela, c’est le doute méthodique cher à Descartes. C’est ce qui se passe quand la justice rouvre une enquête déjà clôturée. En revanche, remettre en question des faits établis sur la seule base d’un « est-on vraiment sûr que ça s’est passé comme ça ? », en mettant en avant des incohérences mineures dans la version établie (méthode hypercritique), sans apporter de preuves suffisamment solides pour étayer ses affirmations, est une démarche qui n’a plus grand chose à voir avec la scepticisme rationnel, mais relève de la méthodologie complotiste. Antoine Hasday (Conspiracy watch)
Le texte d’Henri Guaino nous invite à prendre du recul sur les événements d’Ukraine. Il a le mérite de convoquer l’histoire tragique du XXe siècle pour nous inciter à réfléchir aux conséquences de nos actions et de nos choix stratégiques. Ce faisant, toutefois, il se trompe d’analogie historique, tire des enseignements erronés de la guerre froide, méconnaît la stratégie américaine, prend peu de distance vis-à-vis du récit russe et établit une fausse symétrie entre deux camps. (…) L’enthousiasme pour la guerre n’existe plus guère en Occident, où les leçons du siècle passé ont été apprises. Du côté russe, tout indique que M. Poutine comprend très bien ce qu’est la «ligne rouge» à ne pas franchir, celle de l’article 5 du traité de Washington. Le système d’alliances n’est plus le même. La Chine, deuxième puissance mondiale, poussera Moscou davantage à la retenue qu’à l’escalade. Enfin, la dynamique des schémas rigides de mobilisation des années 1910 n’a aucune pertinence aujourd’hui. S’il fallait à tout prix trouver une analogie utile dans la première moitié du siècle précédent, ce serait hélas plutôt la fin des années 1930. Se font bel et bien face en Ukraine un agresseur et un agressé, une puissance expansionniste voulant rassembler les «Russes» comme hier une autre les «Allemands», et un État aux frontières reconnues – y compris par Moscou – brutalement envahi. Et le premier avertissement avait été donné en 2014 avec la Crimée, dont les modalités d’annexion ne pouvaient manquer de faire penser à l’Anschluss. Mais avec une différence majeure: il n’y a guère de risque immédiat, aujourd’hui, d’attaque des pays alliés. Le texte de M. Guaino tire des enseignements erronés de la guerre froide, qui vit les deux grands s’affronter indirectement en Corée, au Vietnam ou en Afghanistan: il omet le rôle de la dissuasion nucléaire, qui a tant fait pour qu’ils aient peur de l’affrontement direct. Or cette dissuasion existe encore aujourd’hui, et la Russie en respecte les règles essentielles. En outre, ce que la guerre froide nous a aussi appris, de la crise de Berlin à celle de Cuba, c’est que la fermeté paye. Le partenariat conclu fin 2021 par l’Amérique avec l’Ukraine serait «dirigé explicitement contre la Russie» ? S’il mentionnait Moscou, c’était pour rappeler que Washington soutiendrait les efforts de Kyiv pour recouvrer sa souveraineté, à un moment où l’Ukraine était déjà partiellement occupée et où M. Poutine massait près de 200.000 hommes à ses frontières. Aujourd’hui, il ne s’agit nullement d’«acculer» la Russie, que personne ne souhaite envahir, mais de la faire reculer. Nuance majeure. Le sens de la déclaration malvenue mais spontanée de M. Biden fin mars («M. Poutine doit partir») a été clarifié: Washington n’a pas une politique de «changement de régime». Quant à celle du secrétaire à la Défense, M. Austin, fin avril, selon laquelle les États-Unis souhaitent «voir la Russie affaiblie au point de ne plus pouvoir le genre de choses qu’elle a fait en envahissant l’Ukraine», elle était maladroite mais guère contestable à la lettre, et cohérente avec l’idée maîtresse de Washington de souhaiter que la guerre soit un «échec stratégique» pour M. Poutine. Sans compter que M. Austin appelait quelques jours plus tard son homologue russe à un «cessez-le-feu immédiat»… Une bonne référence est sans doute l’Afghanistan, que l’Union soviétique craignait de voir s’éloigner alors que tout recul du communisme était considéré comme inacceptable par Moscou. L’assistance à la résistance contribua à ce que l’Armée rouge abandonne le pays. Comment peut-on renvoyer dos à dos l’agresseur et ceux qui aident l’État envahi à se défendre? Il ne s’agit pas d’idéaliser l’Ukraine. Comme le disait Arthur Koestler, «nous nous battons contre un mensonge absolu au nom d’une demi-vérité». (…) Mais l’Europe n’est pas [plus] somnambule. Sortie de son long sommeil stratégique, elle a compris le tragique de l’histoire. Réveillée, elle voit la Russie de M. Poutine pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle fait. Le temps n’est pas venu de trouver la «porte de sortie» que M. Guaino appelle de ses vœux: rien n’indique en effet que M. Poutine ait aujourd’hui un quelconque intérêt pour cette idée. Il est temps en revanche de se souvenir des enseignements du gaullisme: ne pas céder à l’agression ; refuser les politiques d’«apaisement» tout autant que les «sphères d’influence» ; soutenir la liberté des peuples et la souveraineté des nations. Bruno Tertrais
Qui peut vouloir cinq ans de plus comme ça ? Je ne comprends pas. Autour de nous, tout le monde vote Marine. Electrice de Marine Le Pen (Saint-Pierre-sur-Dives, Calvados)
Ça va être une boucherie, les gens vont s’abstenir puisque, ici, personne ne vote Macron. Electeur de Jean-Luc Mélenchon (Boboland, Paris)
Le seul sondage auquel je crois c’est ce que me disent les gens (…) : je n’en rencontre aucun qui ait envie de voter Macron ou Hidalgo ou Jadot, j’en connais un grand nombre en revanche qui a envie de voter Zemmour, Le Pen ou Mélenchon. Et un bien plus grand nombre qui ne votera pas. Michel Onfray
Dans une société où les univers se mélangent peu, où les citoyens ont tendance à s’enfermer – et sans doute encore plus depuis le confinement – dans leurs cercles familiaux et amicaux, certains en viennent à ne plus croire que ce qu’ils connaissent. Ils ne se confrontent plus aux idées des autres et se confortent dans leurs certitudes auprès de gens qui pensent de la même manière qu’eux ou auprès de sources d’information qui ne contredisent jamais leur vision du monde. En découle une « vérité du quotidien » que Michel Onfray reprend à son compte dans un récent entretien à Causeur (…) A limiter le vrai au vécu, le risque est pourtant grand de glisser vers la défiance, le soupçon de fraude électorale, voire le complotisme. Dans un contexte où avant même le scrutin, 14 % des Français estimaient que l’élection pourrait être truquée, selon un sondage Ifop pour la fondation Reboot, le terrain est propice. Et il est entretenu par des apprentis sorciers qui espèrent tirer profit du doute semé. Agnès Laurent
Je prends des gens différents de la doxa médiatique. 95 % des médias disent que Poutine, c’est Hitler, et que Zelensky, c’est Jean Moulin. Cette indignation a sens unique me gêne. Le travail de mise en perspective n’est pas fait. Je suis très frappé que personne ne rappelle un certain nombre de traités, d’accords. André Bercoff
C’est toujours le même petit récit que l’on recycle, tel un disque rayé reprenant la propagande russe. La vérité, c’est que la Russie n’est pas là pour se défendre, mais pour prendre l’Ukraine. Jean-Sylvestre Mongrenier (chercheur en géopolitique)
Ces gens sont obsédés par les Etats-Unis, l’OTAN et nourrissent une forme de détestation vis-à-vis de tout ce qui vient d’outre-Atlantique. Jean-Yves Camus
C’est vrai que j’ai évolué, je déteste le deux poids deux mesures de cette gauche de gouvernement qui a oublié les ouvriers, les artisans, les agriculteurs. (…) Je suis plus sévère avec la gauche parce qu’elle est censée être plus éthique. François Mitterrand était un grand artiste, François Hollande est un artisan. (…) A partir des années Mitterrand, j’ai compris que la gauche a adopté l’économie de marché tout en gardant la vulgate révolutionnaire. L’incohérence ne m’a pas plu. (…) Je suis allé voir Assad parce que cela m’intéressait. Il n’est pas de mon bord politique mais il faut aller le voir.  (…) Marine Le Pen est trop protectionniste. Sortir de l’Euro serait une véritable aberration. André Bercoff
On l’avait quitté mitterrandien, on le retrouve vingt ans plus tard à s’acoquiner avec Riposte laïque et à rencontrer Bashar el-Assad. André Bercoff était l’une des figures du journalisme des années 1980, proche de François Mitterrand et de Jacques Attali. A 75 ans, le journaliste, devenu polémiste avec le temps, collabore maintenant presque exclusivement avec des publications de droite, voire très à droite comme Valeurs Actuelles ou le site Boulevard Voltaire, qui a été lancé par Robert Ménard, maire de Béziers. (…) Avant d’être un débateur, André Bercoff, la crinière blanche mais l’oeil toujours alerte, fut un auteur prolifique. Il a publié près d’une quarantaine de livres (sous pseudonyme ou sous son vrai nom). C’est notamment lui qui avait monté avec Jacques Attali en 1983, l’opération Caton, du nom de ce faux « grand dirigeant de la droite » qui estimait que pour « vaincre la gauche, il fallait se débarrasser de la droite ». L’opération de déstabilisation visait à faire écrire un essai par ce faux ténor de la droite qui critiquerait la gauche tout en sulfatant son propre camp. L’ouvrage intitulé De la reconquête (Fayard) s’était extrêmement bien vendu en librairie et avait enflammé le tout-Paris. Pendant des mois, le monde politico-médiatique avait bruissé de rumeurs pour découvrir l’auteur de ce livre qui avait chamboulé la droite (et ravi la gauche). Pour parfaire la manipulation, André Bercoff et l’Elysée avaient même convaincu un jeune conseiller du château, François Hollande, d’aller défendre l’ouvrage à la radio et de se faire passer pour Caton. Lui, au moins, ne serait pas reconnu par les auditeurs, contrairement à André Bercoff, plus connu à l’époque. « Ceux qui pensent que, nous la droite, pouvons revenir au pouvoir se trompent », disait alors le jeune diplômé de l’ENA. Les relations avec François Hollande se sont depuis un peu distendues. « On a été très proches entre 1982 et 1992. Mais je ne l’ai pas revu depuis qu’il est Président ». « C’est quelqu’un de très sympathique et très drôle ». Cela ne l’empêche pas de mitrailler sa politique : « Je suis plus sévère avec la gauche parce qu’elle est censée être plus éthique », justifie-t-il. « François Mitterrand était un grand artiste, François Hollande est un artisan ». S’il ne se revendique pas comme étant de droite, André Bercoff a pourtant beaucoup de choses à reprocher à la gauche : « A partir des années Mitterrand, j’ai compris que la gauche a adopté l’économie de marché tout en gardant la vulgate révolutionnaire. L’incohérence ne m’a pas plu. » Il ne comprend pas aussi qu’on ait « laissé les problèmes d’identité à la droite » même s’il convient que Manuel Valls fait preuve de « bon sens » sur le sujet. « C’est encore l’exception », se lamente-t-il. L’identité, c’est d’ailleurs un sujet qui l’a taraudé toute sa vie. Né au Liban en pleine Seconde Guerre mondiale, il immigre en France avant la guerre civile qui ensanglantera le pays pendant 15 ans, opposant chiites, sunnites et chrétiens. « J’ai baigné dans un Liban pacifié », raconte-t-il, un brin nostalgique. A son arrivée dans la capitale, André Bercoff ne veut pourtant pas s’enfermer dans le sujet des tensions moyen-orientales. Il collabore avec plusieurs grand journaux au fil des ans dont l’Express, France Soir, Actuel, l’Evenement du Jeudi, Libération ou encore Le Monde. Il tâte un peu de la télévision, écrit beaucoup, se fait un nom au milieu de ces années 1980 baignées de mitterrandisme où le politique pensait encore pouvoir “changer la vie”. A 75 ans, André Bercoff continue à faire irruption de temps en temps dans l’actualité. C’est lui qui a interrogé à deux reprises le président syrien Bashar-el-Assad à Damas en Syrie pour Valeurs Actuelles. Malgré les réticences de la diplomatie française ou de certains de ses confrères. « Je suis allé voir Assad parce que cela m’intéressait. Il n’est pas de mon bord politique mais il faut aller le voir », clame-t-il. Avec le recul, il se désole que le Quai d’Orsay ait coupé tout lien avec le régime Assad, au risque de se priver d’informations primordiales sur les djihadistes français présents en Syrie. Il prend l’exemple de Churchill allant voir Staline durant la seconde guerre mondiale. « Vous croyez qu’il ne savait pas ce qu’il se passait en URSS? », interroge-t-il à haute-voix. Il ne la cite pas, mais on croirait entendre la fameuse citation du Premier ministre anglais avant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie : « Si Hitler avait envahi l’enfer, je me serais débrouillé pour avoir un mot gentil pour le Diable à la Chambre des communes. » Lui, a du mal à imaginer quel « diable » il n’irait pas voir. Peut-être Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » de l’Etat islamique : « C’est un fanatique, on ne peut pas discuter avec lui ». Il interroge alors : « Et vous, vous iriez voir par exemple le leader de la Corée du Nord Kim-Jong-Un? ». Manière habile d’obliger son interlocuteur à se positionner. Embarrassé, on réfléchit deux secondes : « Oui bien sûr, si je suis persuadé que je pourrais poser toutes les questions que je souhaite. » André Bercoff n’est pas le seul à avoir interrogé le dictateur syrien ces dernières années. L’AFP et France 2 s’y sont aussi frottées. Mais André Bercoff et l’hebdomadaire droitier Valeurs Actuelles dégagent dorénavant une odeur de souffre qui peut rendre suspicieux sur la démarche.   Lors de son dernier voyage en Syrie pour rencontrer Assad, une photo d’André Bercoff avait circulé sur les réseaux sociaux aux côtés de Julien Rochedy, ancien président du Front national de la Jeunesse (FNJ). André Bercoff assure qu’il ne soutient pas le parti d’extrême-droite. « Marine Le Pen est trop protectionniste. Sortir de l’Euro serait une véritable aberration », explique-t-il. Sa solution pour la France? Enfermer toutes les tendances politiques dans une salle pendant plusieurs jours et les obliger à trouver un compromis. En 2012, il avait signé une série d’entretiens entre Pierre Cassen (Riposte Laïque), Christine Tasin (Riposte Laique) et Fabrice Robert (Bloc identitaire). Un livre qui lui valut un article peu amène sur Rue 89. Lui dit « refuser les étiquettes ». « Dès qu’on creuse, ça ne correspond à rien ». Au bout d’une heure de conversation, on repart tout de même beaucoup moins sûr que l’homme soit aussi à droite qu’on ne le dit. Peut-être est-ce dû à l’époque où on ne parvient plus très bien à distinguer la droite et la gauche sur le plan économique? Peut-être est-il sincère quand il clame sa volonté de penser comme un esprit libre? Peut-être, a-t-on simplement été berné par un homme qui a gardé sa force de conviction malgré l’âge et ses cheveux blancs… Michaël Bloch
Je vais vous dire… d’abord je pense que, hélas, ça se reproduira, je le déplore complètement. Je pense qu’il y a un problème de recherche, il y a un problème de vérification, mais il y a un problème, vous l’avez dit très bien, de concurrence, et la chose la plus terrible, c’est effectivement de savoir faire silence devant tel ou tel événement, de tel ou tel fait, si on n’en est pas sûr, et je crois que faire silence est devenu aujourd’hui la vertu la moins partagée. Je pense qu’il faut effectivement faire silence quand on n’est pas sûr de telle ou telle information. Mais alors ça demande vraiment une espèce de vertu que, à ma connaissance, aucun journal, je dis bien aucun journal, n’a aujourd’hui. André Bercoff
Depuis 2016, André Bercoff distille à longueur d’ondes les thèses favorites de l’extrême droite. Collaborateur des sites fachosphériques Boulevard Voltaire, Riposte laïque, Figarovox et de l’hebdomadaire Valeurs actuelles, il est imprenable en matière d’inversion de la relation dominants/dominés, notamment lorsqu’il enchaîne les insinuations sur la menace du « grand remplacement » et dénonce le racisme « anti-blanc ». Pas une semaine non plus sans qu’il ne relaye l’ » Obamagate » et les autres théories du complot de Donald Trump. Ce polémiste constitue le noyau dur d’une radio qui brandit le « parlons vrai » pour justifier des polémiques sur des « thèmes de société » propres à occulter tout le reste, notamment les enjeux de justice sociale. En 2013, en faillite, Sud-Radio est rachetée par Fiducial SA, un poids lourd de l’expertise comptable. (…) Le nouveau propriétaire, Christian Latouche, 58e fortune française selon l’hebdomadaire Challenges, côtoyait dans les années 2000 le Mouvement national républicain de Bruno Mégret1. À Sud Radio, sous couvert de « non politiquement correct », on dénonce surtout les « idiots utiles », les « bobos » et autres « islamo-gauchistes ». Mal camouflée derrière une obsession « souverainiste », l’accointance de la radio avec l’extrême droite est évidente : le directeur de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune, y a longtemps réalisé des chroniques ; Élisabeth Lévy du magazine Causeur, intervient dans la matinale. Quant à l’émission quotidienne « Les Incorrectibles », elle est réalisée en partenariat avec L’Incorrect, magazine dans le sillage « conservateur » et « identitaire » de Marion Maréchal Le Pen. Comme l’a analysé l’historien Gérard Noiriel, dans un contexte de concurrence acharnée entre les médias, le scandale et la provocation apparaissent comme un moyen sûr d’acquérir de la visibilité dans l’espace public. Didier Maïsto, le patron de la radio, s’en amuse : « On est traités de populistes et complotistes, mais ça ne me dérange pas  ! » Pour preuve, le 30 mars, le professeur Luc Montagnier déballait ses thèses extravagantes sur l’origine de la Covid-19. Le 6 juin, un « grand » débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine opposait Idriss Aberkane, pseudo scientifique au CV dopé, et Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et climatosceptique acharné. En dépit d’une audience limitée (moins de 1 % selon Médiamétrie), l’extrême droite et une fraction de la droite française en perdition savent qu’à Sud Radio, elles bénéficient toujours d’entretiens complaisants : les réacs prétendument anticonformistes comme Éric Zemmour, Michel Onfray, Gilles-William Goldnadel ; des représentants de la Manif pour tous ; les plus coriaces des RN comme Marion Maréchal Le Pen et Jean Messiha ; des souverainistes comme François Asselineau, Paul-Marie Coûteaux, Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot ; des essayistes amoureux du « passé glorieux » de la France comme Dimitri Casali, ou Laurent Obertone, journaliste pourfendeur du multiculturalisme. Sans oublier l’identitaire Damien Rieu et même des allumés virtuels de la fachosphère comme Papacito. Didier Maïsto justifie la diffusion de ces discours identitaires féroces au nom du « pluralisme », en arguant que quelques figures classées à gauche, notamment Juan Branco et Thomas Porcher, se sont déjà égarées à l’antenne. Très actif sur le réseau social Twitter, le patron de Sud Radio surjoue l’indignation dès que l’on évoque le ton ultra droitier de son antenne, au point de menacer de « saisir le CSA ». C’est pourtant lui qui publiait en 2018 une tribune dans Valeurs actuelles intitulée « La chasse à l’homme blanc au CSA : quand un racisme peut en cacher un autre ». Depuis le 30 mars, Didier Maisto anime sa propre émission, intitulée « Toute vérité est bonne à dire », où il recycle le vieux refrain de la censure prétendument exercée par les « bien-pensants ». Déjà, au micro du site Boulevard Voltaire en février 2019, il justifiait son combat pour « permettre au débat d’exister en dehors du politiquement correct » en estimant que « le droit à la différence est l’arme de l’Anti-France qui veut morceler la société française ». Après avoir rencontré fin 2018 ses premiers Gilets jaunes, trémolo dans la voix, le directeur de Sud Radio s’est autoproclamé journaliste de référence du mouvement. Dans Passager clandestin, ouvrage paru en mars, Didier Maïsto alterne récit autobiographique archiromancé et dénonciation des « communautarismes, encouragés par des politiciens sans scrupules venant y cultiver des clientèles in vitro ». Usant et abusant du « nous », il s’y affiche comme le porte-parole de la population française. Mais laquelle ? Vraisemblablement pas celle de la « diversité, minorités visibles, #balancetonporc, covoiturage, transition énergétique… Ces mots sont vides de sens pour cette France, LA France », peut-on y lire. Sa France éternelle, ayant perdu sa « souveraineté », souffrirait d’une « oligarchie corrompue » et des « médias mainstream ». Mais bien entendu, rien de « corrompu » quand Maïsto célèbre son propre patron, Christian Latouche, en des termes équivoques : un « mâle dominant » et un « chef de guerre » qui « dégage des phéromones ». Le « parlons vrai » ou la reconnaissance du ventre ? Jean-Sébastien Mora
Comme pour tout, il y a des effets de mode et de fortes différences d’un pays à l’autre. La France est un vieux pays cartésien, par exemple, et les théories basées sur des faits réels — les grandes affaires criminelles, les attentats, les histoires politiques — ont plus de succès que celles liées à des sujets moins factuels (la Terre plate, Roswell). Le poids de la foi, des croyances, est moins important en France qu’aux États-Unis, et les grandes connaissances scientifiques (la Terre, l’espace, etc.) sont, pour une écrasante majorité de Français, considérées comme acquises. En France, si vous parlez d’un complot à propos de la mort de Coluche, vous allez susciter un peu de curiosité, si vous parlez de complot à propos de la forme de la Lune, vous allez susciter le rire ou la gêne. (…) Je crois que, traditionnellement, les médias français souffrent, dans leur ensemble, d’une trop grande déférence envers le pouvoir et font naître du coup des besoins de contre-feux, de remises en cause, de refus de la parole officielle. L’ampleur des réactions face au film « Hold-up » est de ce point de vue symbolique. Un petit documentaire diffusé sur Internet semblait soudain plus menaçant que les mensonges répétés de l’Exécutif. Cela nourrit bien évidemment le complotisme. (…) Il est salutaire de douter, de vérifier les infos, de remettre en cause le discours gouvernemental, ça c’est la vitalité démocratique. Ce qui l’est moins, c’est quand ces doutes cachent des affirmations insidieusement énoncées reposant, pour la plupart, sur la déformation ou la négation des faits. Le complotisme commence quand les doutes laissent place aux certitudes et que la dénonciation des mensonges engendre la construction de vérités de substitution. (…) l’idée d’un complot dans l’assassinat de Kennedy (…) est l’exemple d’une théorie qui a réussi à s’imposer. Les raisons sont multiples. Elles sont le reflet d’une époque qui voit le développement de la télévision comme média d’info instantané, populaire et mondial et donne ainsi à tous le sentiment d’avoir tous les éléments pour juger et analyser. La période est marquée aussi par de grands mouvements de contestation du pouvoir, qui entraînent une volonté de transparence et la découverte, par ce biais, des turpitudes du FBI et de la CIA, notamment. L’affaire elle-même prête le flanc à ce genre de théories puisque l’assassin, Lee Harvey Oswald, aux motivations assez floues, est abattu dans les locaux de la police par un personnage lui aussi assez mystérieux (Jack Ruby). Il y a là tous les ingrédients propres à créer des théories à succès. Les médias traditionnels — télé, radio, presse écrite et édition — ont joué (et jouent encore) le rôle que l’on attribue aujourd’hui à Internet et aux réseaux sociaux… En manquant de discernement, en refusant de prendre parti au nom de « l’objectivité », en relayant sans cesse des hypothèses douteuses par goût du sensationnel, ils ont contribué à persuader l’opinion de l’existence d’un complot. Cette masse accumulée depuis plus de cinquante ans finit par se nourrir d’elle-même : l’existence de tous ces articles, ces livres, ces reportages, ces films « prouvent » qu’il y a bien un mystère… sinon comment expliquer toute cette littérature ? Aujourd’hui, celui qui défend la thèse du complot peut s’appuyer sur des centaines d’ouvrages et revendiquer des milliers de références allant dans son sens. Vincent Quivy
Chargé de combattre les fausses informations au sein des Décodeurs, la rubrique de factchecking du Monde, je vois chaque jour enfler de nouvelles théories délirantes sur Facebook et Twitter. (…) Cette réalité fait désormais partie de nos vies : qu’on le veuille ou non, il nous faut apprendre à cohabiter avec elle. Mais il nous manque encore un mode d’emploi. Au niveau collectif, les pouvoirs publics comme les médias n’ont toujours pas trouvé le moyen de freiner le développement de ce phénomène. Au niveau individuel, nous sommes nombreux à avoir éprouvé la difficulté à maintenir le fil du dialogue avec des personnes tenant des propos conspirationnistes. Comment se comporter face à elles ? Le premier réflexe consiste à opposer des arguments à leurs théories souvent bancales. Je le sais : j’ai commis cette erreur mille fois, et il m’arrive encore de le faire. (…) J’ai pris de haut des amis antivaccins en méprisant leur manque de maîtrise et de compréhension des études scientifiques, j’ai renvoyé dans leurs cordes des dizaines d’internautes en leur balançant à la figure un lien vers un article de vérification, j’ai comparé une communauté complotiste pro-Trump dont il sera beaucoup question dans ce livre, Les DéQodeurs, à une secte. (…) Choisir la voie du rejet est tentant mais contre-productif. En s’opposant frontalement aux convictions des complotistes, ou, pire, en se moquant de leurs idées, on ne fait que creuser un peu plus le fossé entre eux et nous, et les renforcer dans leurs croyances manichéennes. Pour combattre ce phénomène, il faut commencer par le comprendre. Le complotisme, c’est-à-dire l’explication systématique des événements historiques par l’action consciente, coordonnée et malveillante d’une minorité, n’est pas né avec la crise sanitaire, et il a déjà été largement étudié par le monde académique. Il a ainsi fait l’objet de brillantes analyses de la part du philosophe d’origine autrichienne Karl Popper, qui a popularisé dans les années 1950 l’expression de conspiracy theory, en français « théorie du complot » ; la philosophe germano-américaine Hannah Arendt a éclairé le mode de pensée conspirationniste en déconstruisant les mécanismes de l’antisémitisme ; plus récemment, le politologue français Pierre-André Taguieff a notamment montré comment le complotisme contemporain perpétue des stéréotypes apparus au xixe siècle. Reste que tout ce savoir ne prépare pas vraiment à la difficile épreuve d’une discussion avec un covidosceptique, un antivaccin ou un obsédé des récits « alternatifs » du 11-Septembre, sans parler d’un « platiste », persuadé que la Terre n’a pas la forme d’une sphère mais d’un disque. Si l’on veut maintenir un lien avec eux, et retrouver un même socle de réalité, l’important est de comprendre la mécanique de pensée des complotistes. Telle a été ma démarche dans ce livre. (…) Nombre de complotistes décrivent leur vision du monde en recourant à une métaphore empruntée à la série de films Matrix. Quand Neo, le héros de cette saga de science-fiction, découvre que le monde dans lequel il vit n’est qu’un simulacre de réalité, un choix se présente à lui. S’il avale une pilule bleue, il se rendort et accepte le consensus et le mensonge. Pilule rouge, il se réveille et voit la vérité crue : c’est la voie qu’assurent avoir choisie les complotistes. Ce livre se veut un entre-deux, une sorte de pilule violette, qui offrirait un voyage dans l’univers mental et le mode de pensée des complotistes. Sans le promouvoir, ni nier sa dangerosité, bien sûr. Mais sans rejeter celles et ceux qui véhiculent ces théories. Avec l’ambition première de décrire, raconter, comprendre. William Audureau
Au nihilisme de la célèbre déclamation de Macbeth, « La vie est un conte raconté par un fou, plein de bruit et de fureur, qui ne signifie rien », les chercheurs de vérité opposent l’idée que la vie obéit à un plan, fomenté par une puissance supérieure, fait de signes et d’indices, qui, une fois rapprochés les uns des autres, ont tous une signification.William Audureau
Début 2019, un sondage réalisé par l’Ifop auprès de 1506 personnes pour le compte de la Fondation Jean-Jaurès et de Conspiracy Watch, un site web français qui étudie le conspirationnisme contemporain, établissait encore que le profil type du complotiste était un jeune de 18 à 24 ans, peu ou pas diplômé. Or, un an plus tard, les défenseurs de l’hydroxychloroquine sont loin de se résumer à ce portrait-robot. La crise du Covid-19 a ouvert des brèches au sein d’une population jusqu’alors hermétique à ce type de théories, notamment chez les baby-boomers. Sur Internet, Stéphane se découvre des alliés qui sont docteur en économie, comme Xavier Azalbert, le directeur du site France-Soir ; chercheur en sociologie, comme Laurent Mucchielli ; ou généticienne, comme Alexandra Henrion-Claude. Dans les groupes Facebook des pro-Raoult, on trouve aussi des médecins, des entrepreneurs ou des responsables de communication, au niveau d’éducation a priori inattaquable. Parmi les militants antimasques, une enquête a dénombré un tiers de cadres et professions intellectuelles supérieures, soit le double de leur poids statistique dans la population française. En projetant des milliards d’individus dans le rôle de victimes impuissantes, le Covid-19 a en effet exposé un public très large aux théories du complot. Privation de libertés et de vie sociale, chômage forcé et gel de l’activité professionnelle, enfermement des seniors, mariages et enterrements escamotés… Face à un confinement national, les catégories populaires ont perdu le monopole des frustrations. Soudain, des milliards d’yeux incrédules se sont ouverts, en demande de réponses, même irrationnelles. Le complotisme est moins une affaire de catégorie socio-professionnelle que de situation de vie. Il est l’arme de ceux qui se retrouvent en position d’impuissance. L’explication est connue : les situations de stress psychologique intense accentuent le réflexe de la pensée magique, c’est-à-dire le recours à des explications simplistes relevant de l’occulte, du paranormal et du religieux. (…) Ce phénomène est encore plus prononcé en temps d’épidémie, lorsque n’importe qui peut se sentir menacé par la maladie, non pas seulement des civils vivant près d’un front armé. Il s’agit d’ailleurs d’un invariant de l’histoire humaine : les grands épisodes épidémiques ont presque toujours été associés à une résurgence de la pensée magique, comme s’il fallait coûte que coûte obvier l’angoissante incertitude de la situation en identifiant des coupables. Dans l’Europe médiévale, c’est le juif accusé de répandre la lèpre puis la peste noire en empoisonnant les puits. Dans l’Afrique des années 2000, ce sont les laboratoires occidentaux suspectés d’avoir créé le virus Ebola pour enrayer la croissance démographique de l’Afrique. Et dans l’Occident confronté au coronavirus, c’est au choix « Big Pharma », Bill Gates ou la Chine qui sont soupçonnés de vouloir réduire la population mondiale ; ou bien, pour mieux la contrôler, de lui implanter des puces électroniques par le biais de vaccins ; ou encore, a minima, de faire fortune sur le dos du peuple qu’on prive de son hydroxychloroquine providentielle. William Audureau
Ce dégoût pour l’iniquité, constitutif de l’émotion complotiste, se nourrit prioritairement de scandales et de dérives authentiques. Mensonges d’État, excès du capitalisme financier, entre-soi des élites bourgeoises… Toutes ces entorses à l’idéal démocratique permettent à la maladie du soupçon de se nourrir au goulot de la réalité. Pour Terry, les réponses coercitives à la crise du Covid-19 sont d’autant plus inacceptables qu’elles occultent la part de responsabilité des gouvernements français successifs, qui ont supprimé 70 000 lits d’hôpital en vingt ans. (…) Cette défiance vis-à-vis d’une classe politique accusée de jouer contre les intérêts de la population est profondément répandue en France. Elle a sa blessure originelle, le référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution européenne. À la surprise générale, le « non » l’emporte alors par 54,67 % des suffrages exprimés. Mais deux ans plus tard, le texte est finalement ratifié pour l’essentiel par le traité de Lisbonne, signé par les gouvernements européens en dépit du vote du peuple français. L’épisode est régulièrement cité par les complotistes parmi les grands événements fondateurs “de leur « éveil » personnel.” (…) Ces dernières années, l’idée que l’élite gouvernante joue contre les intérêts du peuple s’est encore un peu plus ancrée dans les esprits avec le mouvement des Gilets jaunes, et la répression autoritariste et sanglante de plusieurs manifestations par les forces de l’ordre. Les violences policières contre des citoyens exerçant leur droit de manifester, parmi lesquels des pompiers et des infirmières, ont figé dans de nombreuses rétines médusées l’image d’un État dystopique et dangereux, dont il faudrait désormais craindre les actions autant que les intentions. (…) Le complotisme est directement indexé sur la crédibilité de la parole publique : le rejet que suscitent les personnalités politiques rend la moindre explication alternative plus plausible qu’une parole institutionnelle dévaluée. William Audureau
C’est la fameuse théorie du complot de « Big Pharma ». Un discours d’autant plus insidieux que les scandales pharmaceutiques existent bel et bien, depuis les publicités mensongères réalisées au début des années 2000 par Pfizer pour plusieurs de ses médicaments jusqu’à celui du Médiator, le coupe-faim commercialisé par les laboratoires Servier jusqu’en 2009 malgré la connaissance depuis 1997 de ses effets secondaires parfois mortels. Mais s’il se fonde en partie sur des événements réels, un tel discours finit par s’empêtrer dans sa propre défiance, au point de refuser de faire confiance à la pneumologue Irène Frachon, la lanceuse d’alerte qui a révélé le scandale Mediator, lorsque celle-ci qualifie les études sur les vaccins anti-Covid-19 de « sérieuses » et appelle à se faire vacciner. William Audureau
Pour moi, dont le factchecking est le métier, ces entretiens avec des complotistes ont été une leçon d’humilité. Littéralement. « Sois humble », m’a prié à plusieurs reprises Leonardo, arguant que les factcheckeurs sont trop définitifs. Il est vrai que certains de nos articles ont pu mal vieillir. En février 2020, j’ai ainsi écrit, citant les recommandations de l’OMS de l’époque, que le port du masque n’était pas conseillé pour se protéger du coronavirus. Raté : avec l’évolution du savoir scientifique, et notamment la découverte des contaminations aéroportées, les autorités sanitaires ont fait machine arrière quelques semaines plus tard. Dans le même esprit, une analyse que j’ai signée en avril 2020 sur « l’étrange obsession pour la thèse complotiste du virus créé en laboratoire », qui énumérait plusieurs infox loufoques comme l’idée que le coronavirus aurait été créé à partir du VIH, m’a été renvoyée à la figure au début de 2021, quand des experts ont relancé la piste d’une possible fuite accidentelle au sein d’un laboratoire de Wuhan. Tant pis si ces deux explications n’ont en réalité rien à voir : pour mes contradicteurs, c’était la preuve définitive que les complotistes avaient raison depuis le départ. William Audureau
Quand je converse avec une personne complotiste, il m’arrive ainsi souvent de parler des contradictions du gouvernement français sur le port du masque, des pratiques commerciales malhonnêtes de certains laboratoires ou encore des violences policières contre les Gilets jaunes. Le fait que nous déplorons tous les deux ces ratés et ces dérives aide à établir un dialogue. William Audureau
Le complotisme est un phénomène complexe. Au niveau individuel, il naît de la rencontre entre un tempérament – souvent idéaliste, indépendant ou encore provocateur –, un écosystème – qu’il s’agisse de « bulles de filtre » exposant à des contenus conspirationnistes sur Internet ou d’un environnement social sensible aux contre-récits – et un moment de vulnérabilité, qu’il soit personnel ou collectif. C’est la conjonction de tous ces facteurs qui peut pousser un individu à recourir à la pensée magique pour donner du sens à son quotidien. Le complotisme présente en effet de nombreux avantages. Il met de la simplicité sur le chaos du monde, offre le sentiment de posséder des clés pour comprendre ou, au moins, enquêter. Il permet de se sentir à la fois moins seul et plus fort. Surtout, il offre des outils narratifs capables de repousser indéfiniment la contradiction, voire, si le besoin s’en fait sentir, de révoquer le réel. Mais il a vite fait, aussi, de se transformer en une méfiance généralisée, potentiellement invivable, ou en une crédulité aveugle, qui peut se révéler extrêmement dangereuse. Reste qu’il n’existe pas deux complotistes identiques. Le caractère stéréotypé et souvent mimétique des propos tenus en public par les conspirationnistes cache des parcours et des motivations hétérogènes. La foi, le besoin de reconnaissance, un drame personnel, l’attirance pour le merveilleux sont autant de portes d’entrée différentes vers le monde des contre-récits. Si l’on veut lutter contre ce phénomène, il faut donc cesser de l’envisager sous le seul angle des idées. Dans l’univers mental d’un complotiste, il existe peu de croyances qui soient fondamentales : toutes ou presque se rapportent à un vouloir-croire central, une thèse primordiale et constitutrice, qui vient répondre à un mal-être. Le reste n’est que feuillage. Pour combattre le complotisme, c’est à ce mal-être qu’il faut s’adresser. Et, pour cela, commencer par l’entendre. Au niveau collectif, le caractère fantasque des contre-récits des chercheurs de vérité ne doit pas occulter le fait que certaines de leurs frustrations fondatrices sont légitimes. Le lobbying des grandes compagnies pharmaceutiques, l’affairisme politicien, les violences policières et autres dénis de démocratie sont d’authentiques problèmes de société. On ne peut pas reprocher aux conspirationnistes de demander plus de respect, de justice, de démocratie. Dans son geste initial, le complotisme est une tentative d’opposer à un État jugé défaillant un contre-État artisanal, populaire, fonctionnel et, surtout, plus juste. La meilleure manière de ne pas laisser se développer un terreau favorable à un populisme aveugle, crédule et potentiellement haineux est donc encore de s’efforcer d’améliorer les fondements de la démocratie, de redonner de l’assise au contrat social, de restaurer la confiance dans les institutions, qu’elles soient politiques, sociales ou sanitaires. William Audureau
Riche de portraits éclairants et nourri d’analyses des meilleurs spécialistes, ce livre dévoile les nombreux chemins qui mènent au complotisme. Et ceux qui permettent d’en sortir. Une plongée fascinante au cœur de la mécanique de pensée conspirationniste et de son pouvoir d’attraction. Pourquoi les théories complotistes séduisent-elles autant ? Collègues, amis, parents… Les discours conspirationnistes progressent dans tous les milieux et entrent aujourd’hui dans notre sphère intime. Notre premier réflexe : contredire. Or cela ne fait que renforcer les croyances de notre interlocuteur.  Mais qui peut se résigner à voir certains de ses proches basculer dans le complotisme ? Comment réagir sans rompre le fil du dialogue ? Cela passe par l’écoute. Une gageure, tant la discussion est viciée, mais c’est à la portée de chacun. La preuve : William Audureau, journaliste au Monde, média honni des complotistes, a réussi à gagner la confiance de stars et d’anonymes de la complosphère pour nouer avec eux un dialogue au long cours. Antivax, « spécialistes » du 11-Septembre et des sociétés secrètes, adeptes de la naturopathie en lutte contre Big Pharma ou sympathisants du mouvement QAnon : ils lui ont tous parlé à coeur ouvert. Le résultat est une plongée fascinante au coeur de la mécanique de pensée conspirationniste et de son pouvoir d’attraction. Babelio

C’est le sociologisme du pauvre, imbécile ! (Et si le complotisme était au sociologisme, ce que la pornographie était à l’érotisme ?)

Alors qu’au moment même où éclatent à la face du monde

Tant l’ineptitude et l’inhumanité avec le traitement du Covid dans leur propre pays …

Que la barbarie et la soif de domination avec la destruction systématique des villes et de la population ukrainiennes …

Des deux régimes qui viennent coup sur coup d’infliger au monde sa nouvelle « grippe espagnole » et sa nouvelle guerre mondiale …

Et qui se trouvent comme par hasard être les seules deux nations …

Qui à la différence des Allemands et des Japonais attendent toujours leurs procès de Nuremberg pour leurs quelque 100 millions de victimes combinées …

Et à l’heure où après les deux longues années d’épidémie de fausses rumeurs …

Qu’avait suscité, sur le traitement de la pandémie, l’aberration des  confinements aveugles et concours Lépine de mesures liberticides de nos gouvernants …

Sans compter, tout récemment entre rumeurs de sondages bidonnés et de scrutin truqué, une nouvelle campagne électorale confisquée ….

Par à la fois le refus de faire campagne du président sortant et la diabolisation de ses principaux candidats à droite …

Repart une deuxième vague de rumeurs complotistes …

Cette fois pour accompagner la guerre d’Ukraine …

Entre petits télégraphistes de Moscou et néo-munichois

Qui voit au nom d’une hyper-critique aussi systématique qu’à sens unique

Les moindres apparences d’incohérence mises au passif de gouvernements occidentaux, Israël bien sûr compris …

Tandis que les dictateurs avérés ont droit eux, tout aussi systématiquement, au bénéfice du doute …

Retour sur le remarquable ouvrage, sorti l’an dernier, d’un vérificateur du Monde (William Audureau, « Dans la tête des complotistes ») …

Qui a l’immense mérite d’avoir accepté de quitter enfin la casquette de « distributeur de bons et de mauvais points » ….

Et l’interminable pinaillage auquel ressemblent tant de vérifications, consistant à assigner pour la moindre erreur factuelle l’infamante étiquette « fake news » ou « théorie du complot »

Et donc ainsi disqualifier a priori et à bon compte toute pensée s’éloignant de la bienpensance et du politiquement correct

Pour enfin faire le travail de comprendre …

Au-delà de la facilité de l’approche habituellement stigmatisante car pathologisante ou criminalisante de la plupart des analyses …

Tout simplement parce que chose rare chez nos donneurs de leçons professionnel …

Il a commencé par reconnaitre, en bon repenti, que non seulement personne n’en est à l’abri …

Mais que face à la « démocratisation de l’angoisse pascalienne » inaugurée par la mise à bas des anciennes médiations par les philosophies du soupçon et la perversion du sociologisme

Comme surtout des destructurations provoquées par la mondialisation …

Qu’il avait lui-même comme nous tous ses propres et mêmes « biais de confirmation, logiques de groupe et besoin de trouver un sens à sa vie » …

William Audureau : comment pensent les complotistes ?
Sonia Devillers
L’instant M
25 octobre 2021

William Audureau, du journal « Le Monde », est spécialiste de la lutte contre la désinformation. Il publie « Dans la tête des complotistes », aux éditions Allary.

L’enquête dont nous parlons ce matin n’aboutit ni à une énième cartographie des théories complotistes, ni à un portrait-robot des femmes et des hommes qui y adhèrent. Il s’agit d’un voyage intime, fondé sur la rencontre, le dialogue, la compréhension, plutôt que sur le rejet et le combat. Un journaliste chargé de la lutte contre les fausses informations au « Monde » passe du temps avec celles et ceux qui s’avèrent complètement immunisés contre la vérité, plus rien n’a de prise sur eux, ils voient des ennemis partout, même là, surtout là où ils sont invisibles.

Avec la pandémie, vous et moi commençons à connaître, dans nos entourages, des gens qui ont d’abord douté du vaccin et qui, maintenant, semblent douter de tout. Les conversations deviennent impossibles.

Justement, le livre de William Audureau constitue un petit manuel pour recréer du lien, un plaidoyer pour tendre la main, car du complotisme, parfois, on revient.

Il n’y a pas un complotisme qui ressemble à l’autre. Il n’y a pas un complotiste qui ressemble à l’autre. Ils ont cependant en commun, qu’ils rejettent en bloc le mot de complotiste. Alors comment se qualifient-ils ? Voilà une liste non exhaustive établie par William Audureau : « Ils ont toute une variété d’expression pour se qualifier : Les questionnistes, les dubitatifs, les éveillés, les chercheurs de vérité, les lanceurs d’alerte, les résistants. Il y en a une dizaine, une quinzaine qui leur permettent de se donner le beau rôle.

Dans le récit qu’on se fait quand on est complotiste, on est un défenseur de la vérité et de la liberté, etc.
Et le terme de complotiste effectivement, ils sont très nombreux à le rejeter. »

Ce geste de la main tendue de la part d’un journaliste qui est souvent une cible, William Audureau l’a tenté. Mais, ils sont d’autant plus difficiles à approcher que, justement, ils ont la sensation de s’être éveillés. Ils ont fait l’effort de se renseigner, de comprendre, de travailler, de se prendre en main. Ils sont fiers de cela et c’est là qu’il est très difficile d’aller les chercher.

« Dans le complotisme, souligne le journaliste, au delà d’avoir l’impression d’avoir découvert la vérité, on s’imagine s’être débarrassé de tout un ensemble de représentations qui seraient fausses et surtout mensongères. Et c’est extrêmement flatteur d’un point de vue narcissique. C’est quelque chose que tous disent, notamment ceux qui en sont sortis. C’est que finalement, ça permet de se sentir meilleur. Et souvent, ça panse des plaies. C’est souvent des personnes qui ont besoin de reconnaissance.

Ces théories du complot, ces contre-récits, comme je les appelle souvent, ce sont des totems qu’on peut brandir en disant ‘Regardez moi, j’ai compris quelque chose que vous n’avez pas compris’.
C’est extrêmement satisfaisant.

Portrait d’un complotiste
Il n’y a pas un seul modèle de complotistes, ils sont tous très différents avec des histoires souvent complexes. Mais c’est vrai qu’il y a certains éléments qui reviennent :

Ce sont tous des idéalistes, des idéalistes qui sont un peu drogués à la déception, drogués à voir le monde en noir.
Ce sont très souvent des personnes qui se vantent d’être rebelle ou qui ont un besoin de s’affirmer dans l’opposition.
Un certain nombre ont besoin de se rassurer, ne supportent pas les périodes d’incertitude, les moments où ils ont du mal à comprendre ce qui se passe.
Le trou du lapin
« C’est ce moment où l’on commence à entrer en contact avec des théories du complot et où l’on se dit ‘jusqu’à présent, tout ce que je croyais savoir était un mensonge’. C’est une métaphore qui vient de Lewis Carroll, d’Alice au pays des merveilles.

Une fois qu’on est de l’autre côté du terrier, on voit la réalité d’une manière complètement différente. Ce qui paraissait vrai devient un mensonge qui paraissait faux commence à devenir vrai. »

L’effet de groupe, cocon protecteur
« Il y a une idéalisation du ‘nous’ qui est extrêmement importante confirme William Audureau. Aujourd’hui, la plupart des personnes qui sont dans des théories du complot et qui ont pu dériver, par exemple, vers des idées anti-vaccin alors qu’ils n’étaient pas du tout anti-vaccins au départ, c’est en suivant le groupe. C’est pour cela qu’il est très, très dur d’en sortir, parce qu’on se crée des amis.

Si on en revient à la question de la pandémie, à un moment où tout le monde s’est retrouvé isolé, ce collectif là a permis de donner l’impression à beaucoup de monde de ne plus être isolé du tout. Et quand on écoute leur discours le ‘nous’ est omniprésent.

Le complotisme repose fondamentalement sur une opposition entre nous et eux
Jamais ‘nous contre vous’ parce que cet ennemi, il n’est jamais tout à fait présent. Il est un peu flou, très changeant. Ils admettent qu’ils ne savent pas exactement qui est l’ennemi. Et quand ils utilisent ces termes ils le font un peu faute de mieux. »

Tendre la main
Le livre de William Audureau est une sorte de manuel pour recréer du lien dans la sphère intime. Le journaliste y raconte des trajectoires ou des gens plus ou moins atteints, voire même programmés pour être totalement phagocités par ce qu’il appelle un « parasite mental » qui protège de tout et notamment de la vérité, en reviennent dans des moments de colère, de déception contre eux mêmes. Et il ajoute :

On en revient parce qu’on a une main qui nous est tendue
« Chaque fois que vous traitez quelqu’un de complotiste, il le vit très mal et ça pousse à une forme de rupture. Cette rupture-là, elle peut être sans retour. Au contraire, il faut réussir à faire fi de cette colère qu’on peut avoir contre un proche qui tombe dans des idées intolérantes. Mais ce qui marche, c’est la bienveillance. »

Il est important d’avoir toujours un lien avec ses proches parce que c’est là qui permet souvent d’éviter de dériver complètement.
« Il faut réussir à dépassionner le débat, voire même à quitter le champ du débat, essayer de revenir à du quotidien, revenir à des souvenirs, juste trouver ce qui nous relie. Dans un premier temps, vraiment faire en sorte qu’il y ait pas de rupture.

Dans un deuxième temps, éventuellement, si on se sent suffisamment armé, essayer d’aller questionner ces croyances, mais il faut réussir à ne pas le faire au niveau idéologique. Il faut essayer de dire : ‘on va voir une affirmation très précise et ensemble, on va essayer de regarder s’il est vrai ou pas.’

Mais ce qui est certain, c’est qu’il faut beaucoup de patience. Il faut réussir à se maîtriser. »

Dans la tête des complotistes de William Audureau (Edition Allary)

 Voir aussi:

Guerre en Ukraine : en France, les voix prorusses tentent de subsister dans les médias traditionnels

Depuis que RT et Sputnik ont été interdits par l’Europe au titre des sanctions économiques, l’argumentaire prorusse se fait plus rare dans les médias traditionnels français. Sauf dans certains supports ou émissions très à droite.
Sandrine Cassini
Le Monde
16 mars 2022

« Cela sert les intérêts des Etats-Unis, qui ont voulu cette guerre, qui l’ont préparée en humiliant la Russie. » Le 8 mars, au micro d’André Bercoff sur Sud Radio, Paul-Marie Coûteaux développait sa vision de la guerre menée en Ukraine par le Kremlin. « Poutine ne veut pas envahir l’Ukraine. L’Ukraine n’est pas vraiment une nation. Il n’y a qu’à regarder l’histoire », appuyait l’ancien conseiller de Marine Le Pen, désormais rallié à Eric Zemmour. Il n’y a pas si longtemps, cette rhétorique n’aurait pas dépareillé sur RT ou sur Sputnik, les deux médias financés par la Russie.

Mais, depuis qu’ils ont été interdits par l’Europe au titre des sanctions économiques, l’argumentaire prorusse se fait plus rare dans les médias traditionnels français. Sauf dans certains supports ou émissions très à droite. Comme chez André Bercoff, où une foule de personnalités se presse depuis le 24 février pour rappeler le « contexte » de cette guerre, et relativiser la responsabilité de Vladimir Poutine tout en rejetant la faute sur l’OTAN, ou les Etats-Unis. Le 3 mars, par exemple, Jean-Pierre Fabre-Bernadac, l’ancien capitaine de gendarmerie à l’origine de la sulfureuse tribune des officiers qui appelait à la guerre civile, affirmait ainsi que « dans l’euphorie, on a décidé qu’il y avait les méchants d’un côté, les Russes, et les bons de l’autre, les Ukrainiens ».

Le « même petit récit que l’on recycle »

« Je prends des gens différents de la doxa médiatique. 95 % des médias disent que Poutine, c’est Hitler, et que Zelensky, c’est Jean Moulin. Cette indignation a sens unique me gêne. Le travail de mise en perspective n’est pas fait. Je suis très frappé que personne ne rappelle un certain nombre de traités, d’accords », justifie André Bercoff, se défendant de « renvoyer dos à dos l’Ukraine et la Russie ». « C’est toujours le même petit récit que l’on recycle, tel un disque rayé reprenant la propagande russe, corrige le chercheur en géopolitique Jean-Sylvestre Mongrenier. La vérité, c’est que la Russie n’est pas là pour se défendre, mais pour prendre l’Ukraine. » Biberonnés à l’anti-occidentalisme, « ces gens sont obsédés par les Etats-Unis, l’OTAN et nourrissent une forme de détestation vis-à-vis de tout ce qui vient d’outre-Atlantique », analyse Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite.

A la tête de Sud Radio, Patrick Roger tente de garder le contrôle sur cet îlot prorusse : « J’ai bien dit à André [Bercoff] que, même s’il y avait eu des erreurs [en Occident] il y en a un qui est l’agresseur, et l’autre qui est agressé, et qu’il ne s’agissait pas de propager mais de comprendre », explique celui qui a tout de même fait le ménage au sein de sa radio. A la rentrée dernière, il n’a pas renouvelé l’émission « Les Incorrectibles », jugée trop incontrôlable. Transférée sur YouTube, son producteur Eric Morillot a reçu, le 6 mars, Kemi Séba : « Zelensky est objectivement au mieux une marionnette, au pire un outil consentant de l’élite néolibérale (…), un agent d’influence de l’impérialisme occidental dans cette région, a lancé l’activiste franco-béninois antisémite. Il a fait partie de ceux qui ont contribué à faire monter ces tensions. »

« Notre part de responsabilité »

Une journaliste fait l’unanimité dans ces cercles restreints. Anne-Laure Bonnel se présente comme une spécialiste du Donbass, territoire où s’affrontent depuis 2014 gouvernement ukrainien et séparatistes prorusses, soutenus par le Kremlin. Cette indépendante prétend dénoncer « les exactions » de Kiev à l’égard de la population locale, sans jamais rappeler que ce conflit a été « déclenché par les Russes en y envoyant leurs hommes », précise Jean-Sylvestre Mongrenier. Ce qui n’a pas empêché André Bercoff, ou Pascal Praud, de CNews, de lui tendre le micro. Ni l’hebdomadaire Valeurs actuelles de publier l’un de ses reportages le 2 mars. L’ancien « gilet jaune » Oliv Oliv l’a même citée en exemple sur le plateau de Cyril Hanouna sur C8, le 4 mars. Auprès du Monde, elle se défend de cautionner « les bombardements de Poutine », mais souligne « notre part de responsabilité ».

Sur Internet, des médias de niche prennent encore moins de gants. Sur TV Libertés, François Asselineau a pointé du doigt « les infos totalement manichéennes sur BFM-TV », traitant Volodymyr Zelensky d’« escroc », « en cheville avec la pègre ». Après quelques jours passés en Ukraine, le cofondateur du média en ligne Livre noir, Erik Tegnér, a fait sensation le 2 mars dans une vidéo résumant ses impressions. « J’ai été dérangé par la distorsion entre ce que l’on entend à la télévision où [est évoquée] une guerre totale en Ukraine alors que, nous, sur 1 600 km, on n’a pas vu la guerre », dit-il au Monde le samedi 12 mars, évoquant une possible « manipulation de la part du gouvernement ukrainien ». « La première semaine, les médias ont exagéré le conflit, assume le directeur de la rédaction du site. Le jour où Poutine exagérera, on le dira. Mais on a la plus grande vague migratoire depuis 1945 alors qu’elle repose sur un conflit qui a fait 600 morts à ce jour. »

Une autre vidéo intitulée « Zelensky vous manipule-t-il ? », et décortiquant trois « fake news » a fait un carton d’audience. « J’essaie d’équilibrer. Je n’ai aucune sympathie pour le régime russe, il y a une complaisance des médias à prendre pour argent comptant tout ce qui vient d’Ukraine », précise le cofondateur François de Voyer. Le duo rétorque que Livre noir a beaucoup donné la parole aux Ukrainiens, à travers des reportages réalisés sur place ou dans des interviews. « On s’est aussi fait attaquer par les pro-Poutine », relativise Erik Tegnér.

Voir également:

Vincent Quivy : « Le complotisme commence quand les doutes laissent place aux certitudes »
Conspiracy watch

7 décembre 2020

Vincent Quivy signe au Seuil un ouvrage, Incroyables mais… faux !*, proposant un panorama de plusieurs dizaines d’« histoires de complots », de JFK au Covid-19 en passant par la mort de Coluche, l’explosion de l’usine AZF, Roswell, « la Terre plate » ou encore « l’État profond ». Entretien.

Conspiracy Watch : Selon vous, les gens croient-ils réellement à ces théories du complot ?

Vincent Quivy : Disons que l’adhésion à ces théories est assez fluctuante… Certaines sont très populaires d’autres moins. Comme pour tout, il y a des effets de mode et de fortes différences d’un pays à l’autre. La France est un vieux pays cartésien, par exemple, et les théories basées sur des faits réels — les grandes affaires criminelles, les attentats, les histoires politiques — ont plus de succès que celles liées à des sujets moins factuels (la Terre plate, Roswell). Le poids de la foi, des croyances, est moins important en France qu’aux États-Unis, et les grandes connaissances scientifiques (la Terre, l’espace, etc.) sont, pour une écrasante majorité de Français, considérées comme acquises. En France, si vous parlez d’un complot à propos de la mort de Coluche, vous allez susciter un peu de curiosité, si vous parlez de complot à propos de la forme de la Lune, vous allez susciter le rire ou la gêne.

CW : Certains voient dans le succès d’une vidéo comme « Hold-up » un signe de vitalité démocratique et appellent à ne surtout pas stigmatiser comme « complotistes » ceux qui adhèrent à des théories du complot. Qu’en pensez-vous ?

V. Q. : Je crois que, traditionnellement, les médias français souffrent, dans leur ensemble, d’une trop grande déférence envers le pouvoir et font naître du coup des besoins de contre-feux, de remises en cause, de refus de la parole officielle. L’ampleur des réactions face au film « Hold-up » est de ce point de vue symbolique. Un petit documentaire diffusé sur Internet semblait soudain plus menaçant que les mensonges répétés de l’Exécutif. Cela nourrit bien évidemment le complotisme. Pour autant, est-ce que ce genre de film est un signe de vitalité démocratique ? Je crois plutôt qu’il est le symptôme d’une démocratie affaiblie. Il est salutaire de douter, de vérifier les infos, de remettre en cause le discours gouvernemental, ça c’est la vitalité démocratique. Ce qui l’est moins, c’est quand ces doutes cachent des affirmations insidieusement énoncées reposant, pour la plupart, sur la déformation ou la négation des faits. Le complotisme commence quand les doutes laissent place aux certitudes et que la dénonciation des mensonges engendre la construction de vérités de substitution. Certes, on peut monter ce genre de démonstration sans adhérer à une idéologie précise mais on ne peut ignorer, comme Monsieur Jourdain, qu’on tombe dans ce qu’il est convenu d’appeler le complotisme.

CW : Le complotisme, est-ce si grave, si préoccupant ?

V. Q. : Oui, pour moi, le complotisme est un phénomène inquiétant. D’abord parce qu’il fonctionne comme une réelle idéologie, offrant, souvent mine de rien, tout un cadre et un schéma de pensées. Adhérer à l’une ou l’autre de ces théories, ce n’est pas simplement se montrer réceptif à une histoire particulière, c’est, forcément, accepter de remettre en cause tout un lot de faits et de connaissances, ainsi que ceux qui les diffusent, c’est-à-dire, bien souvent les autorités, les institutions, les savants, les scientifiques, les dirigeants, les médias, etc. C’est une idéologie qui repose par conséquent sur une défiance de ce qui fonde l’essence des démocraties. De plus, elle oppose le « bon sens », c’est-à-dire l’instinct, à la connaissance et la réflexion. Elle est de ce point de vue extrêmement dangereuse puisqu’elle peut permettre de manipuler l’opinion à partir de fausses informations.

CW : Est-ce que ce n’est pas le pouvoir qui, par ses errements, ses manipulations parfois, porte la véritable responsabilité de la situation dans la montée du complotisme aujourd’hui ?

V. Q. : Oui, pour ma part, je suis assez atterré. Quand j’ai commencé à travailler sur les complots (il y a dix ans), mon argument principal était de dire : faire confiance, croire à l’efficacité de nos institutions et de nos dirigeants est essentiel. Or les premiers à dénigrer, à remettre en cause nos institutions, ce sont ceux, pour paraphraser de Gaulle, dont c’est « le devoir, l’honneur, la raison d’être » de les servir et de les protéger. L’arrivée d’Emmanuel Macron, notamment, en renforçant le refus d’un État-providence tel qu’on l’a connu sous la Ve République, c’est-à-dire fort, centralisé, puissant et donc rassurant, pérenne, sinon infaillible du moins digne de confiance, a accéléré le processus. L’État vu comme une start-up a des conséquences sur la confiance qu’on peut avoir dans les institutions — autant que dans Amazon… D’autant que le Président n’a cessé de remettre en cause les institutions en s’en prenant à l’ENA et aux énarques, par exemple, éléments essentiels de l’organisation de l’État ou en nommant à la Justice un avocat qui a fait sa renommée et sa carrière en attaquant l’institution judiciaire. Et que dire de la façon dont l’Exécutif a géré la crise sanitaire sinon que gouverner, ce n’est plus prévoir mais mentir ? C’est un formidable cadeau fait aux complotistes…

CW : En matière de complotisme, les médias, les professionnels de l’information en général, doivent-ils selon vous balayer devant leurs portes ?

V. Q. : Oui, j’aurais tendance à faire un peu la même réponse que pour nos dirigeants à cette nuance près que le traitement médiatique des complots est quand même complexe. Ne pas en parler ou en parler, c’est faire le jeu des complotistes. Jouer aux donneurs de leçon est contre-productif mais leur donner la parole l’est aussi. Il ne faut pas nier cependant que le comportement des médias est le reflet de l’importance qu’a prise l’info-spectacle. Une bonne théorie du complot attire la curiosité et fait de l’audience. J’ai constaté, en travaillant sur les complots de l’affaire Kennedy, le peu d’intérêt que suscitait un livre (ou un intervenant) démontant les théories les plus incongrues. « Quel ennui ! » semblaient dire les journalistes. « Vous êtes sûr que la CIA, Marilyn Monroe ou la Mafia n’ont rien à voir là-dedans ? » Pour contrer cela, on a essayé, avec mon éditeur, pour ce livre, d’insuffler un peu d’humour et de légèreté afin d’intéresser les médias tout en démontant les théories les plus séduisantes. Je vous laisse juge du résultat, sachant que le livre est sorti quasiment en même temps que le documentaire complotiste « Hold-up »…

CW : Vous êtes l’auteur d’un livre, Qui n’a pas tué John Kennedy ? (Seuil, 2013), qui bat en brèche la thèse selon laquelle l’assassinat du président américain en 1963 à Dallas serait le résultat d’un complot d’État. Or cette idée est majoritaire dans l’opinion publique si l’on en croit l’enquête d’opinion Ifop que nous avons réalisée en décembre 2017 en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès. Comment expliquez-vous la persistance de cette théorie du complot ? Y a-t-il des théories du complot dont on peut dire qu’elles ont triomphé ?

V. Q. : Il est vrai que l’idée d’un complot dans l’assassinat de Kennedy est très largement répandue dans l’opinion mais il faut signaler qu’elle décroit au fil du temps. On peut dire malgré tout que c’est l’exemple d’une théorie qui a réussi à s’imposer. Les raisons sont multiples. Elles sont le reflet d’une époque qui voit le développement de la télévision comme média d’info instantané, populaire et mondial et donne ainsi à tous le sentiment d’avoir tous les éléments pour juger et analyser. La période est marquée aussi par de grands mouvements de contestation du pouvoir, qui entraînent une volonté de transparence et la découverte, par ce biais, des turpitudes du FBI et de la CIA, notamment. L’affaire elle-même prête le flanc à ce genre de théories puisque l’assassin, Lee Harvey Oswald, aux motivations assez floues, est abattu dans les locaux de la police par un personnage lui aussi assez mystérieux (Jack Ruby). Il y a là tous les ingrédients propres à créer des théories à succès. Les médias traditionnels — télé, radio, presse écrite et édition — ont joué (et jouent encore) le rôle que l’on attribue aujourd’hui à Internet et aux réseaux sociaux… En manquant de discernement, en refusant de prendre parti au nom de « l’objectivité », en relayant sans cesse des hypothèses douteuses par goût du sensationnel, ils ont contribué à persuader l’opinion de l’existence d’un complot. Cette masse accumulée depuis plus de cinquante ans finit par se nourrir d’elle-même : l’existence de tous ces articles, ces livres, ces reportages, ces films « prouvent » qu’il y a bien un mystère… sinon comment expliquer toute cette littérature ? Aujourd’hui, celui qui défend la thèse du complot peut s’appuyer sur des centaines d’ouvrages et revendiquer des milliers de références allant dans son sens.

* Vincent Quivy, Incroyables mais… faux ! Histoires de complots de JFK au Covid-19, Seuil, 2020, 348 pages.

Pourquoi Éric Denécé, expert du renseignement, est adulé par les conspis

Fondateur d’un think tank remarqué pour son tropisme pro-Kremlin, l’ancien officier de renseignement fait le bonheur de la complosphère qui veut voir une manipulation médiatique derrière la guerre en Ukraine.

« On doit se défier de l’information, sans sombrer dans le conspirationnisme » : c’est la mise en garde d’Éric Denécé devant son auditoire, le 28 avril dernier. L’ancien officier-analyste au Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN) est ce jour-là l’invité du Dialogue Franco-Russe, une association pro-Kremlin dirigée par l’eurodéputé RN Thierry Mariani et l’ex-député de la Douma russe Sergueï Katasonov, pour une conférence intitulée « Comment s’informer en temps de guerre ». En compagnie de François-Bernard Huyghe et Slobodan Despot, fondateur du site Antipresse, Éric Denécé jette rapidement ses propres recommandations par la fenêtre. Au sujet du massacre de Boutcha en Ukraine, il déclare qu’en attendant une enquête « vraiment indépendante », l’hypothèse d’un « montage ukrainien » serait un « scénario possible ».

Dix jours plus tôt, le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), le think tank qu’il dirige depuis 2000, est justement épinglé par Challenges pour ses analyses sur la guerre en Ukraine toujours très favorables à Moscou. L’un de ses membres, le général Christophe Gomart, patron de la Direction du renseignement militaire (DRM) de 2013 à 2017, claque alors la porte. Le casting du CF2R n’en reste pas moins bien fourni. On y retrouve pèle-mêle Claude Revel, déléguée interministérielle à l’intelligence économique de 2013 à 2015 et membre du Think Tank Geopragama (dont la fondatrice Caroline Galactéros avait rejoint la campagne d’Éric Zemmour) ; Alain Juillet, également membre de Geopragma, ancien de la DGSE et animateur pour la chaîne du Kremlin RT France jusqu’à sa fermeture ; Jacques Myard, ex-député LR qui a rendu visite à Bachar el-Assad en 2015 ; ou encore Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse et désormais essayiste conspirationniste.

« Quand Poutine dit qu’il va dénazifier l’Ukraine, il a raison »

Pour le fondateur du CF2R, le conflit en Ukraine serait le fruit des provocations des États-Unis et du président ukrainien Volodomyr Zelensky contre la Russie, présentée en victime exerçant son droit à se défendre. Une analyse que les médias occidentaux refuseraient de prendre en compte. La complosphère, forcément, adore.

Le 25 mars, Éric Denécé est l’invité d’André Bercoff sur Sud Radio : « On devrait attendre de Zelensky […] qu’il présente des excuses à sa population pour l’avoir entraînée dans cette crise ». Et d’ajouter que l’Ukraine « dispose depuis 2014 en son sein de néo-nazis qui sont présents au plus haut de l’État-Major », sans citer un seul exemple.

Louant sa « valeur ajoutée analytique importante », le site conspirationniste FranceSoir lui accorde quelques jours plus tard un entretien mené par Corinne Reverbel, membre fondatrice du collectif covido-sceptique Bon Sens. Denécé y qualifie la révolution de Maidan de « coup d’État illégitime soutenu par l’Occident ». Pour lui, ce sont « les États-Unis [qui] ont amené Poutine dans ce piège » puisque « beaucoup d’éléments laissent penser qu’il ne voulait pas envahir l’Ukraine », toujours sans préciser la nature de ces « éléments ». Et « quand Poutine dit qu’il va dénazifier l’Ukraine, il a raison ».

L’interview est reprise par des site antisémites et complotistes comme Moutons rebelles, Wikistrike, l’OJIM (fondé par les militants d’extrême droite Jean-Yves Le Gallou et Claude Chollet), ou encore Étienne Chouard. Tous relaient l’accusation d’Éric Denécé selon laquelle la présidente de la Commission européenne aurait profité du conflit ukrainien pour livrer les données personnelles des Européens aux États-Unis. Un gros raccourci, Joe Biden et Ursula von der Leyen n’ayant en fait conclu pour le moment qu’un « accord de principe » concernant un nouveau cadre pour les flux de données transatlantiques.

Mais c’est surtout la chaîne CNews qui a permis à Éric Denécé de trouver son public. Face à Ivan Rioufol, qui le présente comme « un des grands spécialistes de ce genre de conflit », il lâche : « Aujourd’hui on est dans un narratif complètement manichéen […] et ce qui est dangereux c’est que ça exonère de leur responsabilité majeure deux acteurs principaux que sont le régime ukrainien et les États-Unis », ces derniers ayant « poussé l’Ukraine a provoquer la Russie », tandis que « nous sommes tous devenus des auxiliaires des Américains ».

Éric Denécé prévoit aussi que « Poutine va très probablement atteindre ses buts de guerre dans les semaines qui viennent ». Nous sommes alors le 27 mars, et la Russie vient d’annoncer son « redéploiement » vers le Donbass, renonçant de facto à prendre Kiyv. Déjà le 21 février 2022, il avait publié sur le site du CF2R un article dans lequel il accusait les « spins doctors américains » de « mettre en scène une menace et une agression russe qui n’existent pas » (sic)… quelques jours avant que les chars russes ne fondent sur la capitale ukrainienne.  

Adoubé par Soral et l’Ambassade de Russie

Pas de quoi refroidir la complosphère. « Éric Dénécé (spécialiste du renseignement) démonte Zelensky et l’OTAN », s’exclame Égalité & Réconciliation, le site du polémiste antisémite Alain Soral. « Éric Denécé dézingue Zelensky » se réjouit à son tour le site d’extrême droite Profession gendarme où officie notamment le général à la retraite Dominique Delawarde, connu pour ses propos antisémites. « Un spécialiste français du Renseignement accuse Zelensky d’être le vrai responsable de la guerre entre l’Ukraine et la Russie », enchaîne l’autre site d’extrême droite Medias-Presse.info. « Analyse parfaite d’Éric Denécé », clame pour sa part Aymeric Chauprade, ancien eurodéputé d’extrême droite bien implanté dans les réseaux du Kremlin en France.

Un bruit de fond suffisamment puissant pour que l’Ambassade de Russie en France ne finisse elle aussi par relayer la vidéo sur son propre compte Twitter, le 31 mars. Suite à quoi l’ex sénateur centriste et covido-sceptique Yves Pozzo di Borgo souligne lui aussi une « excellente intervention ». La figure antivax Richard Boutry en fera même sa « minute de Ricardo », estimant qu’il s’agit « de la meilleure interview jamais vue sur ce sujet ». Contacté via le CF2R pour discuter de son succès chez les plus importants relais de la propagande russe en France, Éric Denécé n’a pas donné suite.

Il trouve pourtant toujours des micros ouverts, comme sur Radio Courtoisie le 10 mai dernier, où il accuse les États-Unis d’utiliser cette guerre pour « affaiblir et vassaliser l’Europe », ou le 5 mai sur Putsch Media, site fondé par Nicolas Vidal, ex-éditorialiste chez RT France et qui diffuse sur sa chaîne YouTube des entretiens avec des figures antivax et d’extrême droite. Éric Denécé y assure que le CF2R n’est « ni pro-russe ni anti-russe, nous analysons le conflit en Ukraine avec la plus grande indépendance et impartialité possibles ».

Comme le notait Challenges, Éric Denécé s’était déjà fait remarquer par le passé, notamment pour « des thèses peu consensuelles concernant le « Printemps arabe », avec encore une fois l’Otan dans sa ligne de mire ».

Il passe à l’époque dans des médias pourtant tout sauf confidentiels. Comme chez Yves Calvi sur RTL, où il assure en 2014 que « les milices d’extrême-droite qui sont à l’origine de la révolution Maïdan en Ukraine sont venues s’entraîner à Notre-Dame-des-Landes ». Ou encore sur LCI, en 2016, toujours face à Yves Calvi et alors que la ville syrienne d’Alep est en train de s’écrouler sous les bombardements indiscriminés des forces russes et syriennes : « le focus qui est mis sur la Syrie d’une part et sur Alep avec les désinformations qui les accompagnent est une falsification complète de la réalité ». Des propos alors repris par le blog pro-Kremlin Les-Crises.

La complosphère et l’extrême droite n’ont en effet pas attendu l’invasion de l’Ukraine pour faire d’Éric Denécé un de ses porte-voix favoris. À titre d’exemple, le site d’Alain Soral l’a mentionné à lui seul dans une vingtaine d’articles depuis 2008.

RER D – 11. Média culpa (2) : « Le téléphone sonne » et personne ne répond 

Arnaud Rindel

19 août 2004

Le jeudi 15 juillet, à 19h20, le « Téléphone sonne » est consacré à « l’affaire du RER D » [1].

L’autocritique en temps réel des médias dans les médias est un produit médiatique comme les autres. Ici, on répond sans répondre, on s’emballe sur un « emballement », on s’explique sans expliquer, on bat (légèrement) sa coulpe… jusqu’à la prochaine fois. Toutes les tentatives d’aller plus loin (il y en eut…) semblent vouées à l’échec.

En l’absence d’Alain Bédouet, l’émission, intitulée « Quand l’information s’emballe » est présentée par Denis Astagneau et Serge Martin [2]. Avec quatre invités et deux journalistes en studio, il restera, comme souvent, moins de cinq minutes pour laisser s’exprimer une poignée d’auditeurs (voir le post scriptum). La “libre antenne” va être vampirisée par le discours des “spécialistes”. Voyons ce qu’ils ont à nous dire.

Les médias sur la sellette ?

Dès le départ, le terme « d’emballement » choisi pour le titre n’est pas de bon augure. S’agit-il de décrire ou d’expliquer ? Le risque est grand de voir l’emballement expliqué par l’emballement : un processus qui emporte ses acteurs malgré eux.

Surtout, si l’on commence par exonérer les médias des premiers faux pas, comme semble le faire Denis Astagneau sous couvert de présenter une chronologie : 1. « Samedi dernier », la « dépêche de l’AFP […] tombée sur les ordinateurs de tous les médias français » ; 2. le « communiqué de Dominique de Villepin » ; 3. le communiqué « de l’Elysée ».

Puis vient « l’emballement » – « Et à partir de là, tout le monde emboîte le pas de l’indignation » – qui s’effectue sans que la contribution spécifique des journalistes soit mise en évidence. On le pressent : ils ne seraient que les victimes d’un piège qu’ils n’auraient pas contribué à tendre. [3]

C’est ce que tend encore à confirmer Serge Martin quand, prenant la suite de Denis Astagneau, il souligne que l’on assiste alors – et alors seulement – à « une cascade de réactions ».

Englobant l’ensemble des médias dans un seul et même sac, Serge Martin se borne à affirmer que « l’affaire fait la Une des journaux qui prennent ainsi le relais des radios et des télévisions » [4]. Puis, le lundi soir, « le doute commence à s’installer ». C’est alors que « des responsables de la police expriment leur scepticisme. » Une telle présentation atténue encore un peu plus le rôle des médias, puisqu’elle suggère qu’avant le lundi les policiers n’avaient pas de doutes : comment dans ce cas, « les médias » auraient-ils pu en rendre compte plus tôt !

Ces esquives en cascade se poursuivent quand Serge Martin entreprend de répartir les responsabilités : « Les médias sont mis en cause, la gauche accuse le Chef de l’Etat d’avoir parlé trop rapidement. » Mais si « le Président de la République, parle d’un “incident regrettable” », précise l’animateur, «  lui ne regrette pas de s’être précipité pour dénoncer une agression qu’on croyait alors de nature antisémite. » [c’est nous qui soulignons]. Faut-il comprendre que les médias, eux, regrettent ? Question pour l’instant sans réponse, car Denis Atagneau a déjà « complété », la présentation : « Ce soir nous allons nous interroger avec nos invités sur cet emballement, voire : certains d’entre vous parlent même de dérapage. » et suggéré d’ores et déjà d’autres pistes : « Est-ce les médias qui sont en cause, est-ce les politiques, est-ce la police, est-ce la jeune femme elle-même ? »

Et comme pour achever de nous convaincre que la cause est entendue avant même que l’émission proprement dite ne commence, le « hasard » s’en mêle… et ce « hasard » fait bien les choses [5] : le premier auditeur commence par souligner qu’« il est assez intéressant que France Inter fasse une émission suite à cet événement qui s’est passé il y a deux jours… il est des fois arrivé des informations qui étaient complètement fausses, qui sont parues dans la presse, et personne n’a fait de mea culpa dessus… »

Denis Astagneau ne cache pas sa satisfaction : « Bien, ben euh… En tous cas, merci de ce… de ce… de ce début de satisfecit (…) ».

Vient alors le moment de donner la parole aux « invités ».

Parmi eux, au téléphone, André Bercoff, directeur de la rédaction de « France-Soir ». Et en studio, le journaliste Ivan Levaï et Jean-René Doco, secrétaire national du syndicat national des officiers de police, ainsi que Daniel Schneidermann, présenté comme « spécialiste » des médias et auteur du « Cauchemar médiatique ».

Est-ce la faute de l’AFP ?

Avant de donner la parole à André Bercoff, Denis Astagneau lui rappelle que l’emballement a été gé-né-ral : « Vous faites partie de la presse écrite, évidemment, vous êtes un peu moins rapide que la radio, on va pas dire le contraire [ton amusé], mais vous avez participé à l’emballage… »

Les choses étant bien cadrées, le directeur de la rédaction de France Soir a la permission d’entrer en scène :

« En deux mots, il ne faut pas oublier quelque chose, vous l’avez très bien rappelé dans votre historique de cette affaire, c’est que ça a commencé par une dépêche AFP, et cette dépêche AFP, il faut le dire, on l’a tous lue, était au présent de l’indicatif. Il n’y avait même pas un conditionnel ! Il n’y avait même pas “selon les déclarations de la jeune femme”, etc. C’était “six maghrébins armés de couteaux ONT…” Tout était au présent, c’est-à-dire que déjà il y avait une espèce d’affirmation totale de l’AFP.. »

Il rappelle, lui aussi, que c’est alors seulement que « tout le monde s’est emballé sans prendre le temps de vérifier, et sans prendre le temps de vérifier si véritablement il y avait d’autres témoins que cette personne, que la protagoniste de l’affaire… » [6]

Pourtant, Bercoff reconnaît lui-même que « l’AFP n’est pas la Bible, il s’agit pas de la suivre comme ça ». Pourquoi, dans ce cas, la plupart des médias ont-ils malgré tout épousé sans aucun recul la version de l’AFP ? A ce stade, la question reste entière.

Et si c’était la faute de la police ?

Denis Astagneau décide alors d’explorer une autre piste, en introduisant son deuxième invité : « Alors Jean-René Doco, vous êtes secrétaire national du syndicat national des officiers de police, comment est-ce que cette information est arrivée jusqu’à l’Agence France Presse ? »

Le policier commence à raconter le déroulement de l’enquête. Mais il est vite interrompu par Denis Astagneau, qui s’intéresse avant tout à un point très précis : « A partir de quel moment est-ce que la police s’est rendue compte qu’il y avait quelque chose qui clochait ? »

Jean-René Doco tente de reprendre le fil : « Alors là… on peut y revenir, justement… ». Mais il est aussitôt coupé par Astagneau qui conclut déjà « c’est difficile, hein… »

Mais M. Doco ne se laisse pas impressionner. « Non, non », réplique-t-il tranquillement avant d’expliquer que si en effet, « le travail des policiers est de recouper les renseignements, de chercher des témoins », il faut leur en laisser le temps. Car, en l’occurrence, la victime présumée – ayant laissé ses propres coordonnées mais dormi chez son compagnon – a été difficile à joindre, les vérifications auprès de la SNCF difficiles à faire pendant le Week-end…

La faute des services de police ne saute pas aux yeux… alors on change d’invité.

La « sagesse » d’Yvan Levaï

Cela tombe bien : Yvan Levai semble disposé à convenir de la responsabilité des médias :

« Puisqu’un peu de temps est passé, il serait sage… aujourd’hui de… de s’excuser. Ça se faisait autrefois… quand on faisait une erreur dans un journal, on faisait un encadré, on présentait ses excuses au lecteur (…) ».

Yvan Levaï est donc disposé à faire preuve de « sagesse »… mais à condition que tout le monde s’excuse : « Et je crois que non seulement les journalistes doivent s’excuser, mais les politiques devraient s’excuser eux aussi, parce que les deux classes, puisqu’il est convenu de parler de “classe politique” et de “classe médiatique”, dans cette affaire, les deux classes ont failli, et ont failli pour la même raison, qui était évoquée par l’auditeur tout à l’heure : vitesse, précipitation, pas de recul. »

Mais d’excuses, il n’y en aura pas vraiment car Yvan Levaï lui-même est déjà passé à un problème plus grave. « On peut se demander, nous dit-il, pourquoi les filtres de l’information, qui vont jusqu’au pouvoir exécutif, ont si mal fonctionné… ça, c’est une question qui est posée à l’ensemble de nos concitoyens et pas seulement aux journalistes. ». Réponse d’Yvan Levaï : si « on y [a] tous cru », c’est « sur la foi d’une dépêche d’agence, pas au conditionnel… […] vérifiée ! Et, pardon de dire ça : moi, je crois à l’AFP ! Quand je lis une dépêche d’agence, je fais confiance à l’AFP ! »

Denis Astagneau opine aussitôt d’un ton résigné. « On est bien obligés… ».

« De la même manière, poursuit Yvan Levai, je fais confiance au Ministre de l’Intérieur, et je fais confiance au Président de la République parce que je me dis : “Ils ont des sources et des canaux d’information que je n’ai pas”. Voilà. »

« On fait confiance et on est bien obligés » confessent en substance les deux journalistes. Voilà qui mériterait sans doute quelques explications et éclaircissements…

« Il serait sage de s’excuser », « on pourrait se poser des questions »… mais on s’emploie surtout à transformer toutes les maigres explications en illusoires justifications.

Un grand vent d’autocritique ?

Daniel Schneidermann ne semble pourtant pas satisfait par ces justifications résignées. Il commence donc par rapporter les fautes qu’il constatait régulièrement dans les dépêches AFP lorsqu’il les relisait pour le Monde [7]. Puis il se fend d’une longue tirade.

« Ça veut dire quoi ? Ca veut dire que le travail d’un journaliste dans une rédaction, n’importe laquelle, à n’importe quelle place, ça devrait toujours être de tout vérifier […] de vérifier évidemment ce que disent les confrères, parce que les confrères, ils sont comme vous : ils se trompent, ils sont comme nous, ils sont comme tout le monde … ça devrait être de vérifier … ce que disent les officiels, le Ministre de l’Intérieur, le Président de la République.

J’entends aujourd’hui les journalistes qui disent : “Ah oui, mais à partir du moment où le Ministre de l’Intérieur a fait un communiqué et où le Président de la République a fait un communiqué, on ne pouvait pas supposer qu’ils ne savaient pas.” Eh ben, si ! Il faut toujours supposer que tout le monde ne sait pas. Il faut toujours le supposer, et… parfois il arrive que le Ministre de l’Intérieur parle en connaissance de cause – heureusement pour la République – il arrive que le Président de la République parle en connaissance de cause, mais pas forcément ! Et notre boulot à nous, ça doit être de nous dire en permanence : “Bon, ils ont dit ça, c’est la parole du Ministre de l’Intérieur, c’est la parole du Président de la République, c’est important, c’est pas rien, mais au fond, qu’est-ce qu’ils savent ?”

Et au fond, ce samedi soir-là, même après le communiqué du Ministre de l’Intérieur, même après le communiqué du Président de la République, au fond, quelles sources on avait ? On avait encore que la source de la victime elle-même, ou la pseudo-victime, qui racontait une agression, et on n’avait aucune autre source, puisqu’on n’avait retrouvé – et pour cause – aucun témoin de l’agression dans le wagon, on n’avait aucune autre source, on n’en avait qu’une, aucun élément matériel : la prudence s’imposait. »

Il fallait le dire : c’est dit. Retenons notre souffle : l’émission va peut-être aborder les véritables questions. Par exemple, celle-ci : pourquoi les journalistes n’ont-ils pas pu ou voulu faire leur travail et s’imposer la prudence ?

Leçon élémentaire de journalisme …

Après un deuxième appel d’auditeur et une intervention d’André Bercoff, Yvan Levai se lance, sans doute encouragé par le vent d’autocritique qui souffle sur le studio…

« Au fond, le nombre de journalistes qui ont écrit des choses sur ce qui se passait dans le RER et la lâcheté supposée des passagers, et le nombre d’hommes politiques qui en ont parlé aussi, moi j’ai envie de poser la question : est-ce que tous ceux qui ont écrit peuvent dire en se regardant dans la glace : “Je sais ce qui se passe dans le RER et les trains de banlieue parce que je les utilise” ? Voilà. Je voudrais quand même que quand on parle de quelqu’un dans un journal […] je voudrais qu’on respecte un tout petit peu plus la personne. Et ça on ne peut le faire que si on a dans les médias une attitude plus responsable vis-à-vis de la manière dont on parle des gens… […] les “gens d’en bas” mériteraient de la part des médias une attitude de respect que, après tout, nous accordons… hein… plutôt bien aux gens d’en haut… »

Et Daniel Schneidermann de surenchérir en soulignant que les journalistes ont « des devoirs que les autres citoyens n’ont pas ».

Cette fois, ça y est. On va s’expliquer vraiment ! Mais non, car Denis Astagneau ne l’entend pas de cette oreille. « Quand ça s’appuie en plus sur un terreau… où y’a déjà l’action d’une institution, évidemment les médias ont tendance à embrayer davantage… », lance-t-il à Daniel Schneidermann qui heureusement, entend cet appel à la raison : « Voilà. Parce que […] qu’est-ce qui se passe dans cette affaire ? Il se passe qu’à tous les niveaux de la chaîne, et là je parle des policiers, je parle des journalistes, je parle des hommes politiques, à tous les niveaux de la chaîne on s’emballe […] ça vaut pour le gardien de la paix qui recueille le témoignage dans le commissariat […] ça vaut pour le rubricard de l’AFP qui rédige sa dépêche […] ça vaut pour le cabinet de… du Ministre de l’Intérieur, ça vaut pour le cabinet du Président de la République (…) ».

L’emballement s’explique… par l’emballement : CQFD.

Et quand Yvan Levai commence à débattre avec Daniel Schneidermann, il est aussitôt interrompu par la phrase fétiche du présentateur qui souhaite réduire arbitrairement un invité au silence – « on a bien compris ce que vous vouliez dire » – sentence doublée ici d’un argument imparable : « N’oublions pas les auditeurs qui ont beaucoup de questions à poser ». Denis Astagneau reprend les choses en main. Il profite même de l’intervention de l’auditrice suivante pour recadrer un peu le débat :

« Bénédicte » explique qu’elle est « un petit peu étonnée », car lorsqu’elle a entendu « dès dimanche matin […] le récit de cette agression » et que « tout de suite, la journaliste a annoncé les détails […] ça ne paraissait pas du tout vraisemblable… »

Denis Astagneau réussit une pirouette magistrale. L’auditrice met en cause la vraisemblance des informations que les journalistes ont choisit de rapporter à leur auditeurs ? Il rebondit aussitôt : « Oui, effectivement… euh… Est-ce que… les policiers ont bien fait leur travail de vérification Jean-René Doco, dans cette histoire ? »

Retour à la case départ : le tour de force de l’animateur est époustouflant.

Vous avez demandé la police ? Ne quittez pas…

Jean-René Doco, à nouveau sur la sellette tente donc une fois encore de se défendre :

« S’il y a une responsabilité collective au niveau des politiques, au niveau des associatifs, au niveau des journalistes, en tout état de cause, là dans cette affaire, les services de police n’ont absolument rien à se reprocher […] La plainte a été enregistrée dans des conditions tout à fait normales […] Je vous ai expliqué tout à l’heure toutes les difficultés qu’ont eu mes collègues pour recueillir les informations, et c’est la raison pour laquelle je vous dis que dès le départ les policiers ont effectué leur travail […] Bien évidemment, comme la hiérarchie ne communique pas forcément sur une affaire, les journalistes s’adressent à nous, syndicalistes, mais nous avons quand même une certaine déontologie […] nous prenons toujours un certain recul avant de s’adresser à la presse ou avant de communiquer quoi que ce soit. »

C’en est trop. Yvan Levaï lui coupe la parole :

« Non mais là on a tous été abusés … Monsieur, pardonnez-moi, là nous avons tous été abusés, vous l’avez été comme nous (…) », et il enchaîne aussitôt (indiquant ainsi clairement qu’il vient de décréter une vérité qui n’a pas à être discutée…) : « (…) Moi je voudrais dire une chose (…) »

Mais Jean-René Doco s’accroche pour lui reprendre la parole :

– Oui, on a été abusés, M. Levaï…

– On a tort, nous journalistes…

– On a pris du recul… Il faut savoir que les journalistes…

– Oui…

– …étaient présents ; la presse télé, la presse… la radio, étaient présents, et… ça a gêné beaucoup… et… et sur des… les affaires dont on vient de parler, ça gêne quand même, les investigations, et il faut laisser travailler les policiers en toute sérénité. »

Devant l’insistance du policier, Yvan Levaï commence à concéder : « Et là on a eu tort de pas vous laisser(…) », puis il se reprend aussitôt en rappelant la hiérarchie des responsabilités, « (…) les politiques ont eu tort de pas vous laisser travailler en toute sérénité, les journalistes ont eu tort de pas vous laisser travailler en toute sérénité (…) »

Sur sa lancée, il tente de couper court au débat en proposant une autre piste, susceptible de satisfaire tout le monde « (…) Mais si on a été abusés, c’est parce qu’encore une fois, il y a un climat (…) »

Cette hypothèse remporte un franc succès… Denis Astagneau surenchérit : « Oui, parce que cette agression venait trois jours après le discours de Chambon-sur-Lignon ». Et Jean-René Docco, complète : « Voilà ! […] imaginez-vous un instant si… parce que le doute, mes collègues l’ont eu assez rapidement quand ils ont eu la bande vidéo, quand ils ont eu quand même quelques éléments, mais imaginez-vous un instant… […] on ne peut pas mettre en doute la parole d’une victime, elle a un statut de victime… »

Malheureusement, il vient de commettre un faux pas en rappelant que ses collègues ont eu rapidement des doutes. Trop tard, Denis Astagneau revient à la charge : « Juste une précision… attendez… Quand cette jeune femme est venue dans le commissariat, qu’elle a déposé plainte, vous n’aviez pas la possibilité sur l’ordinateur de vérifier qu’elle avait déjà déposé d’autres plaintes avant, etc. ? »

Une nouvelle fois mis en question, Jean René Doco reprend donc son explication. « Si mais ce n’était pas instantané […] le policier est chargé de tout vérifier et… et c’est pour ça que je vous dis qu’il fallait lui laisser le temps (…) »

C’est alors qu’il a une idée de génie pour se sortir de ce guêpier : flatter les journalistes, en les dédouanant. « (…) Bon, les journalistes ont fait leur boulot, on peut par le leur reprocher (…) »

Le stratagème fonctionne parfaitement. Yvan Levaï, attendri, se laisse amadouer. « Mais c’est nous qui sommes coupables » se met-il à concéder, « coupables de trop utiliser les sources policières […] les policiers, ils ont une déontologie, mais euh … j’allais dire, ils sont comme les juges et comme les journalistes, ils ne sont pas infaillibles, et pas totalement purs… »

Une cloche sonne, sonne…

Une belle harmonie s’installe, interrompue par l’intervention d’un autre auditeur. Et c’est le retour remarqué d’André Bercoff :

« Moi je voudrais quand même apporter peut-être une note d’optimisme dans tout ça. Ça va être paradoxal, enfin écoutez… franchement : ça a été dégonflé au bout de trois jours, c’est quand même pas mal, excusez-moi ! Je… ça a duré combien de temps, cette histoire ? Ça a été dégonflé en trois jours, Aberrazak Besseghir, ça a été dégonflé en quinze jours, heureusement […] Je crois quand même que, sans se féliciter, c’est quand même pas mal qu’en trois jours on ait dégonflé la baudruche. Et alors, qu’on se soit emballés… bien sûr, c’est le temps médiatique, vous l’avez tous dit et on le sait, bien sûr que les gens réagissent très fortement… Eh bien, écoutez, ça s’est dégonflé, est-ce que c’est ça le plus grave ? Le grave, c’est pas ça, le… la gravité, c’est vraiment qu’on puisse imaginer, encore une fois, que cette chose-là puisse arriver. Autrement, franchement, je suis pas mécontent que ça s’est dégonflé… que ça se soit dégonflé »

Une vision plutôt désinvolte de la désinformation, et pour le moins indécente de la part de quelqu’un qui n’a probablement jamais (comme Besseghir) enduré dix jours de prison et de lynchage médiatique…

Quelqu’un va-t-il tout de même s’indigner ? Oui, Daniel Schneidermann :

« Bon, ben ça s’est … on n’est pas venus pour rien, hein… on a quand même entendu un de nos confrères nous expliquer que c’est très bien, que la presse pouvait raconter n’importe quel bobard, à partir du moment où trois jours plus tard, ça se dégonflait. D’ailleurs… [André Bercoff tente de protester au téléphone, mais le son est manifestement aussitôt étouffé par la régie] André Bercoff est en cela le digne héritier de Pierre Lazareff, qui était le fondateur de France-Soir, et dont une des phrases légendaires était “Une info, plus un démenti, ça fait deux infos” ! […] Il faut quand même dire sérieusement que ce qui s’est passé est catastrophique pour la crédibilité des médias et des journalistes ! On peut quand même pas … on peut quand même pas laisser dire : “Youkaïdi ! En trois jours on a dégonflé l’affaire” ! (…) »

Yvan Levai renchérit, en lui coupant la parole :

« Outreau, ça c’est… Outreau ! Je plains… moi je plains les gens qui, à Outreau, qui viennent d’entendre notre camarade, confrère et ami, Bercoff, les gens d’Outreau qui se… “Ben écoutez, tout va bien, ça se dégonfle.” Vous avez vu le temps que ça a pris, eux, pour que ça se dégonfle en prison (…) » et, n’oublions pas : pourquoi ces débordements ? « parce qu’il y a un climat » nous rappelle à nouveau Yvan, qui a manifestement une grande expérience de la météo…

Cause, toujours…

Puis Serge Martin revient sur les causes de l’affaire. Il s’adresse au Patron de France Soir  :

« C’est pas la première fois que ce genre d’affaire arrive, ce n’est pas la première fois non plus que des engagements, voire des bonnes résolutions sont prises, et parfois adoptées par la presse […] Mais, lorsque l’on constate que la concurrence est féroce entre les médias, que la surenchère politique est devenue un phénomène qui ne permette plus, on l’a entendu à l’instant, de pouvoir travailler librement, est-ce vous pensez pas que c’est un petit peu utopiste et que ça se reproduira par la force des choses ? »

André Bercoff signalait en effet un peu plus tôt, comme une fatalité, que « des Marie L., pardon, mais y’en aura encore, hélas, beaucoup, parce que les causes qui créent les Marie L., elles disparaîtront pas demain ». Il développe cette fois un peu plus :

« Je vais vous dire… d’abord je pense que, hélas, ça se reproduira, je le déplore complètement. Je pense qu’il y a un problème de recherche, il y a un problème de vérification, mais il y a un problème, vous l’avez dit très bien, de concurrence, et la chose la plus terrible, c’est effectivement de savoir faire silence devant tel ou tel événement, de tel ou tel fait, si on n’en est pas sûr, et je crois que faire silence est devenu aujourd’hui la vertu la moins partagée. Je pense qu’il faut effectivement faire silence quand on n’est pas sûr de telle ou telle information. Mais alors ça demande vraiment une espèce de vertu que, à ma connaissance, aucun journal, je dis bien aucun journal, n’a aujourd’hui. »

On frôle une ébauche d’explication les effets de la concurrence commerciale. Mais c’est aussitôt pour se réfugier derrière la fatalité. Comme s’il n’existait comme seule alternative que le traitement outrancier ou le silence, la désinformation ou la mort commerciale. Comme c’est commode.

Une dernière intervention d’auditeur (il n’y en aura eu que cinq…) et Denis Astagneau reprend la parole, souhaitant visiblement conclure. Au mépris de ce qui a été dit auparavant, notamment sur les responsabilités des journalistes, il lance :

« Voilà, alors je reprendrai le mot du billettiste du Monde, Eric Fottorino, qui hier écrivait en dernière page qu’“après tout, se tromper, être trompé, ce sont les risques du métier”, et ça peut rejoindre un peu… euh, ce que… ce que disait… Jacques Chirac hier, qui estimait que l’erreur était « regrettable », mais qui regrettait pas d’avoir réagi. »

Manque de chance, il est coupé par Daniel Schneidermann qui prend l’exact contre-pied :

« En conclusion de cette émission, au lieu d’accuser on ne sait quelle fatalité, “on pouvait rien faire”, et la prochaine fois on replongera comme si de rien n’était, y’a des garde-fous, les garde-fous s’appellent le conditionnel, Levaï le disait, les garde-fous s’appellent la vérification, et à partir du moment où y’a qu’une seule source, qui est la victime elle-même, on dit pas : “elle a été agressée”, on dit : “elle affirme avoir été agressée”… c’est deux mots de plus, c’est deux mots de plus… (…) »

L’émission touche cette fois définitivement à sa fin. Denis Astagneau sent qu’il serait temps de faire preuve d’un peu de bonne volonté : « Ben écoutez, maintenant nous… euh… on sera d’autant plus vigilants, et en tous cas cette émission était aussi une sorte… peut-être de… d’excuse envers les auditeurs. Il est vingt heures sur France Inter… »

« Peut-être » une « sorte » d’excuse ? Il n’en est même pas sûr…

Ironie mise à part – car il faut bien en rire, pour ne pas désespérer… – il est navrant de constater qu’en dépit de quelques rares passages légèrement autocritiques, nous en sommes toujours au même point : les journalistes nous expliquent pourquoi ils ont fait une erreur, mais ne se sentent comptables d’aucune réflexion sur la façon dont ils traitent l’information, puisque les responsabilités incombent toujours principalement, de leur point de vue, à des sources extérieures.

Et si le lecteur-auditeur-téléspectateur n’est pas content, il peut toujours en faire part aux standardistes du « Téléphone sonne ». Il n’est pas exclu que ceux-ci (ou celles-ci) leur témoignent plus d’intérêt que certains “spécialistes”…

Arnaud Rindel

Post Scriptum : « N’oublions pas les auditeurs qui ont beaucoup de questions à poser ».

L’objet du « Téléphone sonne », d’après sa présentation sur le site de France Inter, est de permettre aux auditeurs de « réagir sur un thème de l’actualité » et de « poser [leurs] questions aux invités  ».

Denis Astagneau ne manque d’ailleurs pas de rappeler à ses invités – et en particulier lorsqu’il souhaite les interrompre – de « [ne pas oublier] les auditeurs qui ont beaucoup de questions à poser ».

Pourtant, lors de cette émission consacrée à « l’emballement », cinq auditeurs seulement seront pris en ligne. Ils disposeront, en cumulant leurs interventions, de 4’48’’ (soit 288 s) d’antenne sur 38’38’’ (soit 2318 s) d’émission, générique compris, soit 12,4 % du temps total de l’émission.

Trois de ces auditeurs interviendront durant environ 30s. Un quatrième, 1’23’’. La dernière, qui dépassera les 1’30, sera interrompue par l’animateur. Denis Astagneau lui coupera la parole – avec une cuistrerie remarquable – d’un « merci » répété et sans appel.

Il faut dire que non contente de dépasser la minute trente de temps de parole, elle avait en outre commencé son intervention par « déjà je voudrais dire merci à Internet pour me donner de véritables informations »…

Un double enseignement à tirer de tout cela. Pour s’exprimer sur l’antenne de France Inter, il est préférable d’éviter de contrarier la mise en scène des contrôleurs d’antenne et être capable de résumer l’ensemble de sa pensée à moins d’une minute trente de parole (en tenant compte des interruptions inévitables des animateurs).

Et pour parler plus librement dans une émission qui s’enorgueillit de donner la parole aux auditeurs, mieux vaut, manifestement être l’un des “spécialistes” invités…

Voir de même:

Depuis le nord, Sud Radio émet vers l’extrême droite 

Conséquence de son rachat par la société Fiducial, mastodonte de l’expertise comptable, « la radio du Sud » est désormais entièrement réalisée à Paris. Sans le moindre accent méridional mais avec la prétention de « parler vrai », ses dirigeants ont ouvert les micros en grand à la « polémique ». Entendez : à la banalisation des idées d’extrême droite.

Gautier Ducatez

«  Vous devez aimer votre mère. Vous êtes en France, c’est notre mère, la France, notre famille », martèle Philippe de Villiers dans les studios de Sud Radio. Ce 10 juin, invité de l’émission « Bercoff dans tous ses états », l’ex-président du Mouvement pour la France assure la promotion de son dernier ouvrage, aussi consistant que plein de fraîcheur : Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde. Furieux à l’égard des manifestants dénonçant les violences policières, De Villiers lance une ritournelle nationaliste bien identifiable : « Si vous n’aimez pas cette famille, cette mère, cette civilisation, si vous n’aimez pas Victor Hugo, Montaigne, Pascal, Péguy et les autres… » Il n’a pas le temps de finir sa phrase, que le journaliste André Bercoff la conclut lui-même :

« Quittez-là  ! »

Un dérapage ? La veille, Bercoff entamait son émission ainsi : » Il y a des petits groupes qui essayent de faire basculer tout le monde dans l’assignation à résidence ethnique, communautariste, religieuse ou autre… » Du velours pour son invité Verlaine Djeni, cadre du parti Les Républicains et proche de Laurent Wauquiez, qui n’eut pas trop à se contenir : « La France a tout donné à plusieurs générations d’Africains […]. Le totalitarisme ne vient pas des Blancs, il vient des minorités. Une minorité qui contrôle et décide ce que tu dois dire… »

Depuis 2016, André Bercoff distille à longueur d’ondes les thèses favorites de l’extrême droite. Collaborateur des sites fachosphériques Boulevard Voltaire, Riposte laïque, Figarovox et de l’hebdomadaire Valeurs actuelles, il est imprenable en matière d’inversion de la relation dominants/dominés, notamment lorsqu’il enchaîne les insinuations sur la menace du « grand remplacement » et dénonce le racisme « anti-blanc ». Pas une semaine non plus sans qu’il ne relaye l’ » Obamagate » et les autres théories du complot de Donald Trump.

Ce polémiste constitue le noyau dur d’une radio qui brandit le « parlons vrai » pour justifier des polémiques sur des « thèmes de société » propres à occulter tout le reste, notamment les enjeux de justice sociale.

Le troupeau du « politiquement incorrect »

En 2013, en faillite, Sud-Radio est rachetée par Fiducial SA, un poids lourd de l’expertise comptable. Première conséquence : si cette radio est principalement diffusée dans le sud de l’Hexagone – du Pays basque jusqu’à Marseille –, les émissions ne sont plus préparées à Toulouse. Depuis 2017, véritable caricature du centralisme français, c’est à Courbevoie, en région parisienne, que son antenne est entièrement réalisée. À Sud Radio, plus rien n’incarne le Sud, ni le contenu des talk-shows entrecoupés de publicités criardes, ni l’accent pointu de ses animateurs.

Deuxième effet, et non des moindres : une dérive très à droite de la ligne éditoriale. Le nouveau propriétaire, Christian Latouche, 58e fortune française selon l’hebdomadaire Challenges, côtoyait dans les années 2000 le Mouvement national républicain de Bruno Mégret1. À Sud Radio, sous couvert de « non politiquement correct », on dénonce surtout les « idiots utiles », les « bobos » et autres « islamo-gauchistes ». Mal camouflée derrière une obsession « souverainiste », l’accointance de la radio avec l’extrême droite est évidente : le directeur de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune2, y a longtemps réalisé des chroniques ; Élisabeth Lévy du magazine Causeur, intervient dans la matinale. Quant à l’émission quotidienne « Les Incorrectibles », elle est réalisée en partenariat avec L’Incorrect, magazine dans le sillage « conservateur » et « identitaire » de Marion Maréchal Le Pen.

Comme l’a analysé l’historien Gérard Noiriel3, dans un contexte de concurrence acharnée entre les médias, le scandale et la provocation apparaissent comme un moyen sûr d’acquérir de la visibilité dans l’espace public. Didier Maïsto, le patron de la radio, s’en amuse : « On est traités de populistes et complotistes, mais ça ne me dérange pas  ! » Pour preuve, le 30 mars, le professeur Luc Montagnier déballait ses thèses extravagantes sur l’origine de la Covid-19. Le 6 juin, un « grand » débat sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine opposait Idriss Aberkane, pseudo scientifique au CV dopé, et Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et climatosceptique acharné.

En dépit d’une audience limitée (moins de 1 % selon Médiamétrie), l’extrême droite et une fraction de la droite française en perdition savent qu’à Sud Radio, elles bénéficient toujours d’entretiens complaisants : les réacs prétendument anticonformistes comme Éric Zemmour, Michel Onfray, Gilles-William Goldnadel ; des représentants de la Manif pour tous ; les plus coriaces des RN comme Marion Maréchal Le Pen et Jean Messiha ; des souverainistes comme François Asselineau, Paul-Marie Coûteaux, Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot ; des essayistes amoureux du « passé glorieux » de la France comme Dimitri Casali, ou Laurent Obertone, journaliste pourfendeur du multiculturalisme. Sans oublier l’identitaire Damien Rieu et même des allumés virtuels de la fachosphère comme Papacito.

L’ode au « mâle dominant »

Didier Maïsto justifie la diffusion de ces discours identitaires féroces au nom du « pluralisme », en arguant que quelques figures classées à gauche, notamment Juan Branco et Thomas Porcher, se sont déjà égarées à l’antenne.

Très actif sur le réseau social Twitter, le patron de Sud Radio surjoue l’indignation dès que l’on évoque le ton ultra droitier de son antenne, au point de menacer de « saisir le CSA ». C’est pourtant lui qui publiait en 2018 une tribune dans Valeurs actuelles intitulée « La chasse à l’homme blanc au CSA : quand un racisme peut en cacher un autre ». Depuis le 30 mars, Didier Maisto anime sa propre émission, intitulée « Toute vérité est bonne à dire », où il recycle le vieux refrain de la censure prétendument exercée par les « bien-pensants ». Déjà, au micro du site Boulevard Voltaire en février 2019, il justifiait son combat pour « permettre au débat d’exister en dehors du politiquement correct » en estimant que « le droit à la différence est l’arme de l’Anti-France qui veut morceler la société française ».

Après avoir rencontré fin 2018 ses premiers Gilets jaunes, trémolo dans la voix, le directeur de Sud Radio s’est autoproclamé journaliste de référence du mouvement. Dans Passager clan destin, ouvrage paru en mars, Didier Maïsto alterne récit autobiographique archiromancé et dénonciation des « communautarismes, encouragés par des politiciens sans scrupules venant y cultiver des clientèles in vitro ».

Usant et abusant du « nous », il s’y affiche comme le porte-parole de la population française. Mais laquelle ? Vraisemblablement pas celle de la « diversité, minorités visibles, #balancetonporc, covoiturage, transition énergétique… Ces mots sont vides de sens pour cette France, LA France », peut-on y lire.

Sa France éternelle, ayant perdu sa « souveraineté », souffrirait d’une « oligarchie corrompue » et des « médias mainstream ». Mais bien entendu, rien de « corrompu » quand Maïsto célèbre son propre patron, Christian Latouche, en des termes équivoques : un « mâle dominant » et un « chef de guerre » qui « dégage des phéromones ». Le « parlons vrai » ou la reconnaissance du ventre ?

Jean-Sébastien Mora

1 « Christian Latouche, un videur de boîtes qui ne verse pas dans le bling-bling », L’Humanité (13/08/2012).

2 Il est l’auteur d’un roman de politique-fic tion imaginant une candidature d’union des droites autour d’Éric Zemmour à la présidentielle de 2017.

3 Le venin dans la plume : Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République, La Découverte, 2019.

Voir de plus:

André Bercoff, de Mitterrand à Assad 

Michaël Bloch

JDD

31 mai 2016

PORTRAIT – Le polémiste André Bercoff, 75 ans, collabore avec plusieurs revues de droite, voire très à droite comme Valeurs Actuelles. Pourtant, il a commencé son parcours à gauche. Rencontre.

On l’avait quitté mitterrandien, on le retrouve vingt ans plus tard à s’acoquiner avec Riposte laïque et à rencontrer Bashar el-Assad. André Bercoff était l’une des figures du journalisme des années 1980, proche de François Mitterrand et de Jacques Attali.

A 75 ans, le journaliste, devenu polémiste avec le temps, collabore maintenant presque exclusivement avec des publications de droite, voire très à droite comme Valeurs Actuelles ou le site Boulevard Voltaire, qui a été lancé par Robert Ménard, maire de Béziers.

La manipulation Caton

Alors, a-t-il changé? « Je considère que ce n’est pas le cas », répond André Bercoff au JDD. « Mais, c’est vrai que j’ai évolué, je déteste le deux poids deux mesures de cette gauche de gouvernement qui a oublié les ouvriers, les artisans, les agriculteurs », explique-t-il dans un café situé près de la radio Europe 1 où il vient de participer à un débat sur le sexisme en politique dans l’émission de Jean-Marc Morandini.

Avant d’être un débateur, André Bercoff, la crinière blanche mais l’oeil toujours alerte, fut un auteur prolifique. Il a publié près d’une quarantaine de livres (sous pseudonyme ou sous son vrai nom). C’est notamment lui qui avait monté avec Jacques Attali en 1983, l’opération Caton, du nom de ce faux « grand dirigeant de la droite » qui estimait que pour « vaincre la gauche, il fallait se débarrasser de la droite ». L’opération de déstabilisation visait à faire écrire un essai par ce faux ténor de la droite qui critiquerait la gauche tout en sulfatant son propre camp.

L’ouvrage intitulé De la reconquête (Fayard) s’était extrêmement bien vendu en librairie et avait enflammé le tout-Paris. Pendant des mois, le monde politico-médiatique avait bruissé de rumeurs pour découvrir l’auteur de ce livre qui avait chamboulé la droite (et ravi la gauche). Pour parfaire la manipulation, André Bercoff et l’Elysée avaient même convaincu un jeune conseiller du château, François Hollande, d’aller défendre l’ouvrage à la radio et de se faire passer pour Caton. Lui, au moins, ne serait pas reconnu par les auditeurs, contrairement à André Bercoff, plus connu à l’époque. « Ceux qui pensent que, nous la droite, pouvons revenir au pouvoir se trompent », disait alors le jeune diplômé de l’ENA.

« Je n’ai pas revu Hollande depuis qu’il est Président »

Les relations avec François Hollande se sont depuis un peu distendues. « On a été très proches entre 1982 et 1992. Mais je ne l’ai pas revu depuis qu’il est Président ». « C’est quelqu’un de très sympathique et très drôle ». Cela ne l’empêche pas de mitrailler sa politique : « Je suis plus sévère avec la gauche parce qu’elle est censée être plus éthique », justifie-t-il. « François Mitterrand était un grand artiste, François Hollande est un artisan ».

S’il ne se revendique pas comme étant de droite, André Bercoff a pourtant beaucoup de choses à reprocher à la gauche : « A partir des années Mitterrand, j’ai compris que la gauche a adopté l’économie de marché tout en gardant la vulgate révolutionnaire. L’incohérence ne m’a pas plu. » Il ne comprend pas aussi qu’on ait « laissé les problèmes d’identité à la droite » même s’il convient que Manuel Valls fait preuve de « bon sens » sur le sujet. « C’est encore l’exception », se lamente-t-il.

L’identité, c’est d’ailleurs un sujet qui l’a taraudé toute sa vie. Né au Liban en pleine Seconde Guerre mondiale, il immigre en France avant la guerre civile qui ensanglantera le pays pendant 15 ans, opposant chiites, sunnites et chrétiens. « J’ai baigné dans un Liban pacifié », raconte-t-il, un brin nostalgique.

A son arrivée dans la capitale, André Bercoff ne veut pourtant pas s’enfermer dans le sujet des tensions moyen-orientales. Il collabore avec plusieurs grand journaux au fil des ans dont l’Express, France Soir, Actuel, l’Evenement du Jeudi, Libération ou encore Le Monde. Il tâte un peu de la télévision, écrit beaucoup, se fait un nom au milieu de ces années 1980 baignées de mitterrandisme où le politique pensait encore pouvoir “changer la vie”.

« Il faut aller voir Assad »

A 75 ans, André Bercoff continue à faire irruption de temps en temps dans l’actualité. C’est lui qui a interrogé à deux reprises le président syrien Bashar-el-Assad à Damas en Syrie pour Valeurs Actuelles. Malgré les réticences de la diplomatie française ou de certains de ses confrères. « Je suis allé voir Assad parce que cela m’intéressait. Il n’est pas de mon bord politique mais il faut aller le voir », clame-t-il.

Avec le recul, il se désole que le Quai d’Orsay ait coupé tout lien avec le régime Assad, au risque de se priver d’informations primordiales sur les djihadistes français présents en Syrie. Il prend l’exemple de Churchill allant voir Staline durant la seconde guerre mondiale. « Vous croyez qu’il ne savait pas ce qu’il se passait en URSS? », interroge-t-il à haute-voix. Il ne la cite pas, mais on croirait entendre la fameuse citation du Premier ministre anglais avant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie : « Si Hitler avait envahi l’enfer, je me serais débrouillé pour avoir un mot gentil pour le Diable à la Chambre des communes. »

« Marine Le Pen est trop protectionniste »

Lui, a du mal à imaginer quel « diable » il n’irait pas voir. Peut-être Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » de l’Etat islamique : « C’est un fanatique, on ne peut pas discuter avec lui ». Il interroge alors : « Et vous, vous iriez voir par exemple le leader de la Corée du Nord Kim-Jong-Un? ». Manière habile d’obliger son interlocuteur à se positionner. Embarrassé, on réfléchit deux secondes : « Oui bien sûr, si je suis persuadé que je pourrais poser toutes les questions que je souhaite. »

André Bercoff n’est pas le seul à avoir interrogé le dictateur syrien ces dernières années. L’AFP et France 2 s’y sont aussi frottées. Mais André Bercoff et l’hebdomadaire droitier Valeurs Actuelles dégagent dorénavant une odeur de souffre qui peut rendre suspicieux sur la démarche.

Lors de son dernier voyage en Syrie pour rencontrer Assad, une photo d’André Bercoff avait circulé sur les réseaux sociaux aux côtés de Julien Rochedy, ancien président du Front national de la Jeunesse (FNJ). André Bercoff assure qu’il ne soutient pas le parti d’extrême-droite. « Marine Le Pen est trop protectionniste. Sortir de l’Euro serait une véritable aberration », explique-t-il. Sa solution pour la France? Enfermer toutes les tendances politiques dans une salle pendant plusieurs jours et les obliger à trouver un compromis.

En 2012, il avait signé une série d’entretiens entre Pierre Cassen (Riposte Laïque), Christine Tasin (Riposte Laique) et Fabrice Robert (Bloc identitaire). Un livre qui lui valut un article peu amène sur Rue 89. Lui dit « refuser les étiquettes ». « Dès qu’on creuse, ça ne correspond à rien ». Au bout d’une heure de conversation, on repart tout de même beaucoup moins sûr que l’homme soit aussi à droite qu’on ne le dit. Peut-être est-ce dû à l’époque où on ne parvient plus très bien à distinguer la droite et la gauche sur le plan économique? Peut-être est-il sincère quand il clame sa volonté de penser comme un esprit libre? Peut-être, a-t-on simplement été berné par un homme qui a gardé sa force de conviction malgré l’âge et ses cheveux blancs…

Voir encore:

Présidentielle 2022 : le fantasme persistant de la fraude électorale

Loin du chaos des élections américaines de 2020, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont reconnu le résultat des urnes, mais tout un front poreux aux théories du complot s’enflamme pour la thèse d’une vaste machination.

William Audureau, Samuel Laurent et Damien Leloup
Le Monde
26 avril 2022

« Macron a volé l’élection. Creusez plus en profondeur, camarades patriotes français ! » Dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 avril, alors que la plupart des chefs d’Etat étrangers félicitent Emmanuel Macron pour sa réélection, l’élue trumpiste de l’Arizona au Sénat, Wendy Rogers, casse l’ambiance : il y aurait eu fraude. Un message qui ne passe pas inaperçu. Alors que Marine Le Pen a annoncé la veille qu’elle « respect[ait] » le sort des urnes, tout un front antisystème, anti-Macron et poreux aux théories du complot, s’enflamme aussitôt pour la thèse d’une grande manipulation.

Encore faut-il pouvoir l’étayer. Lundi, la capture vidéo d’un bug technique sur France 2 lors de la soirée électorale se répand comme une traînée de poudre. A rebours de tous les résultats égrenés depuis 20 heures, et en contradiction avec le score de 58,5 % pour Emmanuel Macron affiché en même temps par la chaîne, la candidate d’extrême droite apparaît fugacement en tête au total des suffrages exprimés. L’erreur technique, reconnue par la chaîne auprès du Monde, est rapidement rectifiée, mais le mal est fait.

« A 21 h 10 Le Pen a 13 899 494 voix. A 22 h 45 Le Pen a 11 558 051 voix. Où sont passées les 2 341 443 voix ? », questionne un certain « Patriote Info », parmi de nombreuses publications suspicieuses. C’est la « preuve » qu’attendaient tant de militants pour accuser la Macronie de fraude. Déjà, en milieu d’après-midi, un sondage dans le canal Telegram conspirationniste « Rester libre ! » (11 000 abonnés) voyait 81 % des 2 500 participants prédire que « le pouvoir va frauder pour imposer une victoire de Macron ». Entre sarcasmes et triomphalisme, ils sont nombreux, depuis, à s’être convaincus eux-mêmes d’avoir vu juste.Inspiration du côté des Etats-Unis

Loin des plateaux de télévision, la petite musique du complotisme électoral était en gestation depuis des mois sur les réseaux sociaux, dans les sphères conspirationnistes comme d’extrême droite. Dès le début d’année, c’est une petite phrase de Brigitte Macron, semblant se demander dans un contexte de reprise du Covid-19 « s’il y [aurait]des élections », qui avait alimentée la rumeur d’un vol électoral dans les sphères antisystème. Cette vigilance exacerbée a été méthodiquement entretenue par certains acteurs politiques antisystème, comme Florian Philippot (Les Patriotes), qui en novembre 2021, déjà, criait sur Twitter à la « fraude et tricherie en marche », ou encore Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui condamnait d’avance une élection « truquée de A à Z », fin mars sur RTL. « On peut le voir comme une manière de préparer le terrain idéologique. C’est presque leur intérêt d’aller sur ce terrain-là, ils savent que ça ne leur coûtera pas d’électeurs », observait alors le fondateur et directeur de Conspiracy Watch, l’observatoire du complotisme, Rudy Reichstadt.

Si cette rhétorique n’est pas nouvelle – on se souvient que François Fillon s’est plaint d’un « cabinet noir » en 2017 –, elle trouve cette fois son inspiration du côté des Etats-Unis. L’idée, très populaire au printemps, de fraudes passant par un piratage ou un détournement des machines à voter, voire d’un complot orchestré par l’éditeur de systèmes de vote Dominion, objet aux Etats-Unis de multiples rumeurs infondées, a ainsi été copiée-collée quasiment mot pour mot par des figures complotistes françaises.

Donald Trump lui-même avait accusé Dominion d’avoir effacé près de trois millions de votes en sa faveur, sans le début d’une preuve. Un « audit » mené en Arizona par ses partisans, qui pensaient mettre au jour un vaste complot, a finalement dû se résoudre à constater une légère erreur de décompte, en faveur de Donald Trump. En France, les machines Dominion ne sont tout simplement pas utilisées. « Le ministère de l’intérieur ne fait pas et n’a jamais fait appel aux services de la société Dominion dans le cadre de l’organisation des élections », nie formellement Beauvau auprès du Monde. Rien qui ait empêché l’argument trumpiste de s’exporter en France, et même de donner naissance à un début de structuration inédit.

Sceptiques convaincus

Contrôle citoyen, Contrôle citoyen élection, Association d’observation des élections par les citoyens, Reciproc.org… Une petite demi-douzaine de collectifs d’apparence citoyenne se montent au printemps pour surveiller la bonne tenue des élections. Derrière eux, le plus souvent, des mouvements contestataires, comme l’organisation BonSens de Xavier Azalbert – patron du site FranceSoir et leader de la lutte contre la politique sanitaire – à l’origine de Contrôle citoyen ou de Réciproc.org. Ils bénéficient également d’importants relais sur les chaînes conspirationnistes, comme celle de l’entrepreneur Silvano Trotta.

Dès le mois de mars, M. Azalbert propose aux militants anti-passe sanitaire de réaliser un « comptage citoyen » pour vérifier les résultats électoraux. Un vœu pieux : avec un peu plus de 4 500 participants au recomptage lors du premier tour, le site est très loin de pouvoir vérifier les 70 000 bureaux de vote français. D’autant que l’expérience du dépouillement a convaincu un certain nombre de sceptiques. « Il y a peut-être fraude mais dans mon bureau de vote, j’étais présente pour assister au dépouillement, Macron était en tête », écrit, au lendemain du premier tour, une internaute dans un canal Telegram conspirationniste proche de la mouvance Qanon. Et de désespérer des résultats : « Il n’y a pas fraude partout… les gens sont justes cons. »

Dans la plupart des espaces de discussion en ligne consacrés aux « fraudes », on jugeait impossible qu’Emmanuel Macron, unanimement détesté, puisse recueillir autant de votes que ce que prévoyaient les sondages. Mais lorsqu’ils participent aux opérations de dépouillement et constatent que tout est en règle, les militants tombent de haut. « J’ai dépouillé moi-même, je n’ai lu que des Macron, Macron, Macron… Il était en tête loin loin loin devant MLP et JLM », constate, encore incrédule, une internaute. « Le scrutin à l’ancienne, c’est ce qui fait la force du suffrage en France, se félicite Anne Jadot, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Lorraine. Les gens sont attachés à ce rituel, notamment les votants réguliers, qui sont les plus âgés, pour qui il s’agit d’un devoir de bon citoyen. C’est à la fois la faiblesse du système électoral américain et la force du système français. »

Soupçons fantaisistes

Le lendemain du scrutin, le collectif Reciproc.org publie un communiqué reconnaissant que « des analyses partielles ne montrent pas, à ce jour d’écart significatif avec les résultats officiels », tout en envoyant un courrier à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe relevant des soucis très mineurs, comme des problématiques de radiations indues, largement rapportées dans la presse dite « mainstream ». Même conclusion pour Contrôle citoyen, qui aboutit à « des chiffres conformes aux chiffres officiels ».

Ce qui n’empêche pas d’autres acteurs de la sphère anti-passe, comme l’avocat Carlo Alberto Brusa, animateur de l’association Réaction19, d’évoquer la possibilité de « recours », sur la foi de soupçons fantaisistes autour de l’hébergement aux Etats-Unis des données électorales… tout en annonçant déjà son « prochain combat », celui des législatives. Au-delà de la relative inutilité de ces actions, il s’agit surtout pour ces structures de montrer à leurs membres leur activité.Dimanche 24 avril à 20 heures, Silvano Trotta, qui a très largement promu ces initiatives de recompte des voix, se couche et reconnaît la victoire du président sortant. Sans pouvoir s’empêcher, dès le lendemain, de relayer chacune des nouvelles rumeurs de fraude.

Voir aussi:

Sur RT France, Jacques Baud coche toutes les cases du conspirationnisme géopolitique 
Antoine Hasday
Conspiracy watch
7 septembre 2020

Interviewé par Frédéric Taddéï, l’essayiste, ancien officier des services de renseignement suisses, dénonce ce qu’il présente comme « le gouvernement par les fake news »… mais multiplie lui-même les contre-vérités.

Un véritable inventaire à la Prévert des théories du complot. Le 3 septembre dernier, Frédéric Taddeï recevait sur RT France, dans son émission « Interdit d’interdire », Jacques Baud, auteur du livre Gouverner par les fake news – conflits internationaux, 30 ans d’infox par les pays occidentaux (Max Milo, 2020) pour une longue interview. Sans contradicteur et pas sans concession.

« Jacques Baud est colonel d’état-major général, ancien analyste des services de renseignement stratégique suisses, spécialiste du renseignement et du terrorisme [et] engagé auprès des Nations unies dans de nombreux conflits », présente son éditeur.

Auteur de plusieurs essais, l’homme est parfois invité par les médias traditionnels pour évoquer les questions de renseignement et de terrorisme – qu’il interprète comme une réponse à « nos interventions au Moyen-Orient ». Mais on l’a récemment vu sur la web-télévision d’extrême droite TV Libertés [archive]. Il était en outre déjà intervenu sur RT France [archive].

La thèse centrale de son nouveau livre est la suivante : les gouvernements occidentaux déforment les réalités géopolitiques pour déclencher des guerres et défendre leurs intérêts. De la Syrie à l’Ukraine, de la Russie à l’Iran, on nous mentirait et la vérité serait ailleurs.

Cette petite musique avait déjà de forts accents de théorie du complot. Et de fait, pendant près d’une heure d’émission, sur de nombreux sujets (terrorisme, Syrie, Poutine, Iran…), Jacques Baud a effectivement coché la plupart des cases du bingo conspirationniste géopolitique.

Une comptabilité révisionniste des victimes au Darfour

L’un des premiers thèmes abordés est la diabolisation (supposée) des dictateurs et l’invention (encore supposée) de faux crimes de masse. Baud n’hésite pas à prétendre que le nombre de civils massacrés au Darfour serait cent fois inférieur aux chiffres communément admis.

« On crée une vérité, une aisance cognitive sur le fait que Poutine est un dictateur, que Bachar el-Assad est un monstre, qu’Omar el-Béchir est un génocidaire. […] Plus personne ne se pose de questions sur des chiffres comme 200 000, 400 000 morts au Darfour. […] Moi-même à la tête du renseignement au Darfour pendant deux ans je me suis attaché à compter ces morts, on n’est jamais arrivé à 200 000, on est arrivé au maximum à 2 500 morts », assène-t-il.

Le chiffre avancé par Jacques Baud est quatre fois inférieur à celui que le gouvernement soudanais de l’époque – responsable du « nettoyage ethnique » au Darfour pour reprendre la terminologie des Nations unies ou de Human Rights Watch – admettait lui-même en 2008, soit environ 10 000 victimes. Un chiffre déjà considéré par les experts de la région comme largement sous-estimé.

Les autres estimations varient ainsi de 100 000 à 500 000 morts. Gérard Prunier, auteur de Darfour : un génocide ambigu (éd. La Table ronde, 2005) retient par exemple le chiffre de 400 000 victimes. Les Nations unies citent le plus souvent le chiffre de 300 000 morts et trois millions de déplacés de force. Il n’y a aucune raison valable de remettre ces données officielles de l’ONU en question pour adhérer aux affirmations de Jacques Baud. La conversation dévie ensuite sur la Syrie.

Foire aux complots sur les attaques chimiques en Syrie

Le conflit syrien a été massivement investi par les conspirationnistes : affirmant que sa couverture médiatique vise à justifier une nouvelle guerre occidentale, ils nient la responsabilité du régime Assad dans les attaques chimiques qu’il perpètre, accusent les « Casques blancs » de complicité avec les djihadistes et contestent ou minimisent les crimes de masse commis par le pouvoir syrien.

« Les attaques chimiques […] ne sont certainement pas le fait de Bachar el-Assad. […] [En 2013 à la Ghouta], les services de renseignement militaire américains ont déconseillé à Obama d’intervenir parce que les éléments qu’ils avaient […] indiquaient que c’étaient en fait les rebelles qui avaient utilisé ces armes de destruction massive », claironne l’invité de Frédéric Taddéï.

Outre la fausseté de cette accusation portée à l’encontre des rebelles syriens et le caractère invérifiable de cette affirmation sur ce qu’auraient dit ses services de renseignement à Barack Obama, il est de notoriété publique que le président américain a surtout fui un nouvel engagement militaire direct des États-Unis au Moyen-Orient, redoutant que la Syrie devienne son Vietnam ou sa guerre d’Irak.

Par ailleurs, selon le Wall Street Journal, Téhéran aurait joué un rôle dans cette décision, en menaçant d’interrompre les négociations – alors en cours – pour l’obtention d’un accord sur le nucléaire iranien si jamais Washington s’attaquait directement au régime syrien.

« [Dans la Ghouta en 2013, à Khan Cheikhoun en 2017 et à Douma en 2018], il n’y a pas eu d’engagement des armes [chimiques] par l’armée syrienne en revanche il y a eu dans le premier cas [la Ghouta] un engagement par les rebelles », poursuit Baud.

Le bombardement chimique de la Ghouta par le régime syrien le 21 août 2013 a donné lieu à un véritable cas d’école de la désinformation conspirationniste. Plusieurs personnalités, généralement proches de la sphère complotiste, ont tenté de démontrer que le lieu de l’attaque était trop éloigné des positions du régime pour que l’armée régulière syrienne puisse l’atteindre et que ce bombardement n’était donc rien d’autre qu’une opération sous faux drapeau orchestrée par les rebelles.

Ces affirmations ont été battues en brèche depuis longtemps. Restent les faits : une zone tenue par les rebelles syriens a été bombardée au sarin à l’aide d’une arme chimique correspondant à l’arsenal du régime syrien, alors que cette zone se trouvait bel et bien à portée des positions du régime syrien. Tout porte donc à penser que le régime syrien est responsable de cette attaque.

« Dans le deuxième cas (Khan Cheikhoun) […] il n’y a pas eu d’armes chimiques utilisées mais des toxiques chimiques libérés [accidentellement] par un bombardement ciblé des Syriens », poursuit-il.

Faux aussi : cette affirmation fantaisiste mise en avant par le journaliste Seymour Hersh a été invalidée par le Mécanisme d’enquête conjoint (MEC ou JIM en anglais) mis en place par l’ONU et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) pour identifier les auteurs des attaques chimiques en Syrie. En octobre 2017, suite à leurs investigations, les enquêteurs ont conclu à un bombardement au sarin effectué par l’armée de Bachar el-Assad.

« Et dans le cas de Douma, […] il n’y a rien eu du tout, simplement un bombardement « normal », si j’ose dire, d’artillerie et les rebelles ont habilement utilisé les poussières, les effets de ce bombardement pour faire croire qu’il y avait eu un engagement chimique », termine-t-il.

Faux encore : selon l’OIAC, un bombardement chimique, probablement au chlore, a bien eu lieu à Douma. Par ailleurs, plusieurs enquêtes open source, réalisées par Bellingcat et le New York Times (avec Forensic Architecture) ont démontré que les munitions retrouvées étaient utilisées par le régime syrien, et qu’elles avaient été larguées depuis le ciel (les rebelles syriens ne disposent pas de force aérienne).

« Il y a eu de nombreux lanceurs d’alerte au sein de l’OIAC qui ont confirmé que les rapports occidentaux ont été falsifiés en quelque sorte pour justifier des frappes », continue Baud.

Ces « révélations » de « lanceurs d’alerte » de l’OIAC sont pourtant bien peu probantes comme l’expliquait il y a quelques mois Conspiracy Watch. En revanche, elles ont été abondamment relayées par des personnalités connues pour diffuser la propagande du Kremlin, notamment sur la question syrienne.

La dénégation des autres crimes de masse du régime syrien

« A l’époque des massacres de Homs en 2011, les services de renseignement allemands avaient établi qu’il n’y avait pas eu de massacre causé par l’armée de Bachar el-Assad », prétend-il. Une fois de plus on ignore d’où sort cette affirmation, la réalité du massacre de la place de l’Horloge (17 morts) le 19 avril 2011 étant par exemple solidement documentée.

Plus tard dans l’émission, Jacques Baud remet en question l’authenticité des photos de « César ». Après avoir déserté, ce photographe militaire syrien a dévoilé en 2013, au moyen des milliers de clichés qu’il avait lui-même pris dans le cadre de ses fonctions dans l’armée gouvernementale, les massacres et la torture dans les prisons du régime Assad. « Les organisations humanitaires qui ont vérifié ces photos se sont aperçues que pratiquement toutes les photos en question sont des photos de soldats syriens et non pas d’opposants, il y a déjà quand même quelque chose qui cloche », assène l’ancien des renseignements suisses.

En réalité, il ne fait que reprendre à son compte l’argumentaire officiel du régime syrien : en plus de « terroristes », les photos montreraient surtout « des civils et des militaires morts sous la torture aux mains de groupes terroristes armés parce qu’ils étaient accusés d’être pro-gouvernement », selon lui. On se demande d’ailleurs quelles sont les « organisations humanitaires » à avoir repris à leur compte cette version comme le prétend Baud. Plusieurs ONG comme Human Rights Watch ont confirmé la validité du document.

« La fausse vérité c’est qu’on a un gouvernement [syrien] qui est une dictature […] et l’idée que Bachar el-Assad tente de massacrer son peuple », affirme aussi l’auteur de Gouverner par les fake news dans l’émission.

Nous sommes ici obligés de rappeler que la grande majorité des 100 à 200 000 civils tués dans le conflit l’ont été par le régime syrien ; que celui-ci les cible intentionnellement ; qu’il a recours à la faim et aux sièges comme stratégie militaire ; qu’il utilise aussi les viols comme arme de guerre ; que 100 000 personnes ont disparu, été enlevées ou emprisonnées, mises au secret dans des prisons où des milliers d’autres sont mortes exécutées ou sous la torture.

Baud évoque ensuite les empoisonnements d’opposants politiques en Russie.

Le Novitchok qui ne venait pas du GRU

« On n’a pas d’histoire d’empoisonnement de la part des services secrets russes contrairement à ce qu’on dit. […] En réalité tout porte à croire [que, dans l’affaire Skripal,] on est parti plutôt d’une intoxication alimentaire car toutes les analyses qui ont été faites par la suite n’ont jamais démontré que la Russie était impliquée. […] Dans le meilleur des cas, si des toxiques de combats ont été utilisés, on ne sait même pas s’ils sont originaires de Russie », assure Baud.

Ce n’est pas tellement la question : le site d’investigation Bellingcat, en partenariat avec le média russe The Insider, a démontré que les principaux suspects de cette affaire étaient des agents du GRU, le renseignement militaire russe. Ce qui tranche a priori la question de l’implication de Moscou.

« Navalny, on sait qu’il s’est attaqué à la mafia, à des gens corrompus. […] Navalny dirige des mouvements d’opposition dont les rivalités sont connues, on peut aussi imaginer que quelqu’un de son entourage ait tenté de l’assassiner. […] L’utilisation de poison en Russie dans l’histoire récente est plutôt le fait de la mafia que de l’État russe », croit-il savoir.

On sait pourtant désormais qu’Alexeï Navalny a été empoisonné au Novitchok, une arme chimique plutôt associée aux services secrets russes (même si l’on ne dispose d’aucune preuve que Vladimir Poutine ait lui-même commandité l’opération). A notre connaissance, l’utilisation de Novitchok par la mafia russe n’a jusqu’à présent pas été constatée ; en revanche, cette substance mortelle apparaît désormais dans trois tentatives d’assassinat où le GRU est très fortement soupçonné.

Ainsi, dans une démarche pour le moins paradoxale, Jacques Baud n’a cessé, pendant près d’une heure d’émission et sans jamais être contredit, d’aligner une sorte de best-of des théories conspirationnistes géopolitiques des dix dernières années pour dénoncer de prétendues manipulations médiatiques des États occidentaux – nous vous avons épargné ses digressions sur la Libye, l’Ukraine et l’Iran. Ne tenterait-il pas lui-même de gouverner ses lecteurs par les fake news ?

Mise à jour (11/09/2020) :

Suite à la publication de cet article, Jacques Baud a réagi dans des interviews données à Hélène Richard-Favre (déboutée en première instance de sa plainte en diffamation contre la chercheuse Cécile Vaissié qui avait évoqué sa proximité avec les réseaux du Kremlin) et à Sputnik France, média contrôlé par Moscou. Sa ligne de défense tient en deux arguments principaux.

Premièrement, nous n’aurions pas lu son livre. Ce qui est vrai. Mais M. Baud est responsable de ses propos en interview, et nous sommes libres de les critiquer. N’assume-t-il donc pas ce qu’il a raconté pendant une heure à la télévision d’Etat russe ? Si ce qu’il dit en interview ne reflète pas le contenu de son livre (ce dont il est permis de douter) M. Baud ne devrait peut-être pas donner d’interviews – ou mieux les préparer.

Deuxièmement, M. Baud ne ferait que poser des questions, il n’affirmerait rien. Cette ligne de défense ne tient pas, car durant son passage sur RT France, M. Baud ne s’est pas contenté de s’interroger, il a affirmé des contre-vérités à de multiples reprises : le pouvoir syrien ne serait pas responsable des principales attaques chimiques en Syrie ; le nombre de victimes  « réelles » au Darfour serait cent fois inférieur aux chiffres avancés par l’ONU ; les photos du rapport César montreraient principalement des cadavres de soldats syriens ; les services secrets russes ne pratiqueraient pas l’empoisonnement d’opposants… Nous avons déjà montré dans l’article, citations à l’appui, que cela n’était pas conforme aux faits tels qu’ils avaient pu être établis par les sources les plus fiables.

D’ailleurs, la posture consistant à dire « je ne fais que poser des questions » n’est pas innocente. Lorsque des faits sont établis par un faisceau de preuves concordantes, on peut effectivement les remettre en question si l’on remarque de véritables incohérences et à condition d’apporter de nouvelles preuves suffisamment solides pour ce faire. Cela, c’est le doute méthodique cher à Descartes. C’est ce qui se passe quand la justice rouvre une enquête déjà clôturée.

En revanche, remettre en question des faits établis sur la seule base d’un « est-on vraiment sûr que ça s’est passé comme ça ? », en mettant en avant des incohérences mineures dans la version établie (méthode hypercritique), sans apporter de preuves suffisamment solides pour étayer ses affirmations, est une démarche qui n’a plus grand chose à voir avec la scepticisme rationnel, mais relève de la méthodologie complotiste.

Comme l’écrit le chercheur Olivier Schmitt, « L’abâtardissement du doute méthodique le transforme dans l’espace public en doute systématique, mécanisme sur lequel toutes les formes de complotisme (qui sont un hyper-criticisme), prolifèrent. » A bon entendeur.

A. H.

Voir par ailleurs:

EXTRAITS (William Audureau. “Dans la tête des complotistes »)

“La première technique employée par ce genre de documentaires est généralement celle du pied dans la porte : dans le premier tiers du film, des éléments relativement inoffensifs amadouent le spectateur, afin de le préparer aux thèses plus subversives à venir. « Ces arguments sont faibles, mais une fois que vous êtes embarqué, engagé dans le documentaire pendant plus de deux heures, vous êtes prêt à entendre des théories complètement fantastiques, qui, si elles vous avaient été présentées dès le début, vous auraient fait arrêter le visionnage », observe Olivier Klein, professeur de psychologie sociale à l’Université libre de Bruxelles.

Deuxième ingrédient : une densité argumentative volontiers décourageante. C’est le fameux « mille-feuille » propre aux théories du complot, ou « conglobation », pour reprendre le terme employé par le politologue Pierre-André Taguieff : une accumulation exténuante de pseudo-preuves, qui, bien souvent, ne résistent pas à l’examen prises individuellement, mais qui, lâchées en masse, submergent la vigilance cognitive du spectateur. Jusqu’à ce que celui-ci s’abandonne de guerre lasse à une posture de spectateur passif.

Le troisième stratagème est enfin « l’argument d’autorité », qui consiste à faire intervenir des experts au CV ou au titre souvent ronflants, en se gardant bien de préciser qu’ils sont aujourd’hui ainsi sur des figures d’autorité supposées telles que Louis Fouché, un médecin réanimateur en réalité dépourvu de références et rejeté par ses confrères, Alexandra Henrion-Claude, une ancienne chercheuse de l’Inserm répudiée par son directeur de thèse, ou encore Luc Montagnier, biologiste français crédité pour avoir co-découvert le virus du sida, devenu un Nobel vieillissant s’oubliant dans des thèses farfelues. Mais lorsque de telles « sommités » lui sont présentées, le spectateur ignore généralement ces éléments biographiques.

Grâce à toutes ces techniques, ces documentaires excellent à diffuser le doute. Ce n’est pas tant qu’ils convainquent, mais ils ébranlent les certitudes. Cela remonte à une dizaine d’années, mais Romain se souvient encore d’avoir eu l’impression de se laisser happer lorsqu’il a visionné Dark Secrets inside Bohemian Grove. La présentation du documentaire, qui mime les codes télévisuels, lui avait donné l’impression d’un travail professionnel sérieux. L’accumulation de références, de citations, d’extraits, d’illustrations, les déclarations péremptoires enchaînées sur un rythme trop rapide pour qu’il ait le temps de les questionner, tout avait contribué à le désarçonner. Dans le même temps, l’atmosphère mystérieuse du film, truffé d’images dérobées d’une cérémonie nocturne fascinante, donnait la valeur d’une vérité secrète à ces séquences en immersion sur les rites satanistes supposément pratiqués par un club occulte.”

– Les six règles de l’échange

Une chose est certaine : chercher à clouer le bec de Karine en la prenant de haut était la pire idée possible. C’est ce que me confirme le Belge Samuel Buisseret, ancien passionné d’ésotérisme qui démonte désormais les rumeurs complotistes sur YouTube, sous le pseudo de Mr. Sam : « Il faut opérer un distinguo entre ce qu’on a envie de faire par pulsion – dire “tais-toi”, fermer le clapet de son interlocuteur avec deux-trois arguments – et ce qu’on a envie de faire après y avoir réfléchi. Le grand tort qu’on a tous, c’est de se fier à notre envie de départ, qui n’est pas toujours la meilleure. »

Face à un proche complotiste, plusieurs postures sont ainsi considérées comme étant à proscrire : l’invective, le – mépris et la condescendance figurent tout en haut de cette liste. Samuel Buisseret en sait quelque chose : il a subi durant des années l’attitude des premiers « zététiciens » de France. Au début des années 2000, ces défenseurs de la rationalité en lutte contre la pensée magique, souvent des étudiants en sciences ou en sciences humaines, pouvaient glisser dans la moquerie et l’humiliation face aux croyants comme lui. « C’était très douloureux, et on a prouvé que cela ne fait que renforcer les croyances », témoigne-t-il. Le Marseillais Stéphane, qui, après sa prise de conscience, a fait le yoyo entre les deux camps durant quelques mois, prône la posture inverse : « Dites juste : “je te respecte”. »
Se placer dans une position d’égal à égal est en effet la meilleure solution pour éviter de tomber dans une impasse. Après tout, comment convaincre quelqu’un qu’il est enfermé dans des idées sectaires si l’on se pose soi-même en prosélyte détenant la vérité ? « Dire “faire entendre raison”, c’est déjà postuler qu’on a raison et que [les complotistes] ont tort, relève le chercheur belge en psychologie Olivier Klein. L’espoir, c’est de faire bouger le curseur. Ce que vous pouvez espérer, c’est qu’après avoir discuté avec vous ils croient un peu moins à leur version des faits et que la version communément admise leur semble un peu plus plausible qu’avant206. »

S’il n’est pas question de cautionner les récits complotistes, il importe donc de respecter la personne qui y croit. Et, en même temps, de ne pas se surestimer, ni de se bercer d’illusions quant à l’issue d’un éventuel débat. C’est la grande leçon du psychologue serbe Jovan Byford, qui travaille depuis deux décennies sur les théories du complot et a régulièrement échangé avec des adeptes de celles-ci. Il s’est fixé six règles pour dialoguer avec un complotiste207 :

1) Ne pas s’attendre à renverser aisément ses croyances, car celles-ci, on l’a vu, sont par nature immunes à la critique.
2) Ne pas rentrer dans la confrontation frontale et le choc d’ego, mais au contraire veiller à maintenir un dialogue apaisé.
3) Cartographier avec précision les théories auxquelles adhère ou n’adhère pas son interlocuteur, tout en mesurant l’intensité de sa croyance. En effet, rares sont ceux qui adhèrent à toutes les théories du complot, et certains sont bien moins convaincus de ce qu’ils affirment qu’ils ne le laissent paraître.
4) Établir un terrain d’entente, en évoquant par exemple des dysfonctionnements avérés de la société208.
5) Dresser un parallèle entre les théories du complot auxquelles il croit et d’anciennes théories similaires. Par exemple, nombre des rumeurs entourant le Covid-19 existaient déjà à l’identique il y a plusieurs décennies au sujet du sida (concernant la création supposée du virus en laboratoire) ou du vaccin contre la polio (concernant la stérilité que pourrait provoquer le vaccin anti-Covid).
6) Rester réaliste et modeste quant à ses attentes : parfois, instiller un peu de doute constitue déjà une belle avancée.

En cas de débat, Jovan Byford recommande également de se concentrer toujours sur des points précis, factuels et vérifiables, et de se référer pour cela à des articles de vérification (il place manifestement plus d’espoir dans le factchecking que je ne le fais moi-même).”

– La méthode socratique

Certains spécialistes recommandent de recourir à la discussion, davantage qu’au débat, pour tenter de guider un complotiste vers la décroyance. Pas n’importe quel type de discussion : l’entretien épistémique, la méthode employée par Socrate dans la plupart des dialogues de Platon. L’idée ? Ne pas s’escrimer à déployer des arguments, mais se contenter de poser des questions à son interlocuteur, avec une forme de naïveté assumée, pour l’amener à remonter aux sources de ses croyances. Le vidéaste américain Anthony Magnabosco s’en est fait une spécialité, filmant ses entretiens avec de parfaits inconnus rencontrés dans la rue. Rassurez-vous : il dialogue en anglais, pas en grec ancien.

Cette technique a été théorisée par un philosophe américain spécialiste des dialogues socratiques, Peter Boghossian. Athée militant, ce dernier se donne pour mission d’offrir des clés pour lutter contre le « virus de la foi » en amenant son interlocuteur à accepter l’aporie, c’est-à-dire le fait qu’il existe des questions irrésolues. Sa méthode n’a donc pas été inventée spécifiquement pour dialoguer avec les théoriciens du complot, et elle demande une certaine disponibilité de la part de son interlocuteur. Néanmoins, si celui-ci joue le jeu, elle peut s’avérer efficace. « Au lieu de s’opposer aux arguments de quelqu’un, on va revisiter avec lui ce qui est à la base de ses croyances, et comparer ces bases avec d’autres croyances qu’il considère comme erronées, détaille Samuel Buisseret, l’ésotériste repenti qui recourt lui-même à cette méthode. Cela conduit au minimum au doute, et parfois à la déconversion. »”

– Conclusion

“Le complotisme est un phénomène complexe. Au niveau individuel, il naît de la rencontre entre un tempérament – sount idéaliste, indépendant ou encore provocateur –, un écosystème – qu’il s’agisse de « bulles de filtre » exposant à des contenus conspirationnistes sur Internet ou d’un environnement social sensible aux contre-récits – et un moment de vulnérabilité, qu’il soit personnel ou collectif. C’est la conjonction de tous ces facteurs qui peut pousser un individu à recourir à la pensée magique pour donner du sens à son quotidien.

Le complotisme présente en effet de nombreux avantages. Il met de la simplicité sur le chaos du monde, offre le sentiment de posséder des clés pour comprendre ou, au moins, enquêter. Il permet de se sentir à la fois moins seul et plus fort. Surtout, il offre des outils narratifs capables de repousser indéfiniment la contradiction, voire, si le besoin s’en fait sentir, de révoquer le réel. Mais il a vite fait, aussi, de se transformer en une méfiance généralisée, potentiellement invivable, ou en une crédulité aveugle, qui peut se révéler extrêmement dangereuse.
Reste qu’il n’existe pas deux complotistes identiques. Le caractère stéréotypé et souvent mimétique des propos tenus en public par les conspirationnistes cache des parcours et des motivations hétérogènes. La foi, le besoin de reconnaissance, un drame personnel, l’attirance pour le merveilleux sont autant de portes d’entrée différentes vers le monde des contre-récits.

Si l’on veut lutter contre ce phénomène, il faut donc cesser de l’envisager sous le seul angle des idées. Dans l’univers mental d’un complotiste, il existe peu de croyances qui soient fondamentales : toutes ou presque se rapportent à un vouloir-croire central, une thèse primordiale et constitutrice, qui vient répondre à un mal-être. Le reste n’est que feuillage.

Pour combattre le complotisme, c’est à ce mal-être qu’il faut s’adresser. Et, pour cela, commencer par l’entendre. Au niveau collectif, le caractère fantasque des contre-récits des chercheurs de vérité ne doit pas occulter le fait que certaines de leurs frustrations fondatrices sont légitimes. Le lobbying des grandes compagnies pharmaceutiques, l’affairisme politicien, les violences policières et autres dénis de démocratie sont d’authentiques problèmes de société. On ne peut pas reprocher aux conspirationnistes de demander plus de respect, de justice, de démocratie.

Dans son geste initial, le complotisme est une tentative d’opposer à un État jugé défaillant un contre-État artisanal, populaire, fonctionnel et, surtout, plus juste. La meilleure manière de ne pas laisser se développer un terreau favorable à un populisme aveugle, crédule et potentiellement haineux est donc encore de s’efforcer d’améliorer les fondements de la démocratie, de redonner de l’assise au contrat social, de restaurer la confiance dans les institutions, qu’elles soient politiques, sociales ou sanitaires. Sans quoi la lutte contre les contre-récits les plus dangereux se réduira toujours à ce qu’elle est déjà, et dont chacun perçoit depuis longtemps les limites : une chasse sisyphéenne aux racontars monstrueux par les journalistes spécialisés dans le fact-checking, et la suppression toujours brutale, tardive et polémique de comptes complotistes par les propriétaires des réseaux sociaux.

Au niveau individuel, le complotisme pose d’autres questions, à commencer par celle du vivre-ensemble. Il n’est pas évident d’accorder de son temps à un interlocuteur à la suspicion insultante. Mais il est encore moins évident d’accepter de voir des proches sombrer dans des contre-discours irréels, hystériques et dangereux, jusqu’à l’enfermement et la rupture. Alors, il faut réussir à restaurer du lien. En commençant peut-être par mettre ces contre-discours de côté. Non parce qu’ils sont tolérables ; ils ne le sont pas. Mais parce qu’ils sont invulnérables au débat et que la critique frontale ne fait au contraire que les renforcer.

Il faut parvenir à recréer un autre terrain d’échange, qui n’est pas celui de l’idéologie ou des faits. Revenir aux souvenirs, aux projets, aux choses simples – passer du temps ensemble, retrouver un peu de gaieté de vivre et de partager. Cela pourrait ressembler à une boutade mais, face au complotisme, je crois plus au pouvoir de la raclette qu’à celui du factcheck. Changer les idées de son interlocuteur, restaurer un terrain de paix, savourer ensemble, donneront toujours de meilleurs résultats que l’affrontement ou le dénigrement – et permettront de retrouver assez de confiance pour, ensuite, si la personne y est prête, parler de ses croyances.”

“Contre-intuitive et paradoxale, la réponse au complotisme doit donc consister à traiter de manière symétriquement opposée le complotisme en tant que phénomène de société et en tant que dérive personnelle. Au niveau collectif, il faut se mettre à l’écoute de ses revendications entendables, tout en le marginalisant. C’est le travail de l’État, des médias, des propriétaires des réseaux sociaux. Au niveau individuel, il faut au contraire faire la sourde oreille aux discours, mais être présent physiquement et émotionnellement. C’est le rôle des collègues, des amis, de la famille. Isoler d’un côté, accompagner de l’autre, exclure du débat public mais réintégrer socialement, tel est le défi ardu que nous lance le complotisme.”

Voir par ailleurs:

« Au moment où Poutine s’enfonce dans son propre piège en Ukraine, Xi Jinping s’enlise dans une guerre anti-Covid »
Lun Zhang
Professeur d’études chinoises à Cergy-Paris-Université
La tentative des dirigeants russe et chinois d’imposer un néototalitarisme pour contrôler les sociétés et les individus ne peut que se solder par un échec, dans une tendance mondiale à la « subjectivisation collective et individuelle », estime le sinologue Lun Zhang, dans une tribune au « Monde ».
Le Monde
18 avril 2022

De manière cruelle et brutale, le monde entier – et en particulier les Européens –, se retrouve plongé dans les guerres froides et chaudes du siècle passé, avec ce qui se passe en Ukraine. La vieille théorie politique est reconfirmée : un dirigeant disposant d’un pouvoir sans barrière est toujours une menace pour la paix. Les décisions qu’il prend selon sa propre logique, irrationnelle pour beaucoup, ne peuvent qu’engendrer des catastrophes humaines.

L’enlisement des troupes russes en Ukraine, comme en Afghanistan, était prévisible, sauf aux yeux de Vladimir Poutine. Il peut, aujourd’hui, se retourner contre les généraux, les ministres qui l’avaient mal renseigné et lui avaient menti dans la réalisation de son projet impérial. Les observateurs étrangers partagent cette analyse pour expliquer le fiasco de la campagne militaire russe.

Mais la raison du présent revers, et même d’un très probable échec final de Poutine, est à chercher ailleurs. Elle se trouve dans sa tentative d’imposer sa vision totalitaire à la nation ukrainienne en construction. Depuis des années, il met en place une politique totalitaire dans sa propre société russe, et l’applique maintenant aux Ukrainiens.

Cette vision totalitaire poutinienne consiste à dire qu’il n’y a pas d’autre possibilité qu’accepter d’être des sujets subordonnés au nouveau tsar du XXIe siècle. Il n’existe aucune différence identitaire entre Russes et Ukrainiens. Alors, quand ces derniers s’opposent, la solution est de mener une « opération spéciale » pour les ramener dans la case préconstruite, comme une opération chirurgicale. A la différence des actions coercitives similaires menées par l’ex-URSS à l’encontre des pays satellites désobéissants, elle ne se fait plus au nom d’un paradis terrestre à venir, mais d’un empire passé.

Si cette tentative totalitaire poutinienne connaît un certain succès en Russie, avec des méthodes staliniennes et mafieuses de gouvernance et une propagande mensongère nationaliste, elle se heurte à une forte résistance des Ukrainiens, qui veulent défendre leur culture et leur liberté individuelle et collective. L’image de la destruction des tanks, ces machines symboliques du totalitarisme du XXe siècle, l’atteste parfaitement.

Pouvoir tout-puissant

Au moment où Poutine s’enfonce dans son propre piège, son allié et ami Xi Jinping s’enlise dans une guerre contre le Covid-19, selon la même logique.

Depuis deux ans, la Chine de Xi applique la méthode zéro Covid à tout prix. Si, en France, le « quoi qu’il en coûte » consiste à sauver les emplois et les vies humaines, et à protéger des dégâts causés par la pandémie, la politique du zéro Covid en Chine ne prend pas en compte ses conséquences. Par exemple, la mort des patients atteints d’autres maux s’explique par la priorité donnée au Covid-19. Malgré le contrôle extrême de l’information, de nombreuses tragédies sont rapportées, témoignant de la gravité de la situation : ainsi, une femme enceinte, sans attestation prouvant qu’elle était négative au Covid-19, a perdu son bébé après avoir attendu des soins pendant des heures ; une infirmière est décédée d’une crise d’asthme à cause du manque de soignants.

Pour Xi, le pouvoir est magique et tout-puissant, s’appuyant sur une organisation de type militaire et sur une sévérité extrême envers les contaminés, visant à éradiquer le virus et à rendre la société « saine » et « purifiée » sans Covid-19.

Malgré la réserve de certains épidémiologistes chinois sur cette méthode, face à la mutation du virus et en particulier le variant Omicron, le modèle du zéro Covid est maintenu. Car il ne s’agit désormais plus d’une affaire concernant la santé publique, cela devient, aux yeux de Xi, le symbole du modèle chinois, voire la preuve civilisationnelle de « l’ascension de l’Est et du déclin de l’Occident », caractéristique de notre monde actuel, vision qu’il a adoptée depuis un certain temps.

La propagande chinoise ne cesse de faire l’éloge de ce modèle, en le comparant à la situation en Occident, en particulier aux Etats-Unis, depuis deux ans. Elle insiste sur le fait que c’est le président lui-même qui « commande personnellement », comme un chef de guerre, vers la victoire. Tout comme dans la Russie actuelle, où Poutine est confondu avec la nation, en Chine, Xi est identifié au Parti communiste chinois (PCC) et à ce modèle anti-Covid. Ce modèle s’inscrit dans la même logique que le « zéro critique », le « zéro dissident »… que Xi met en pratique depuis des années.

Grogne grandissante

A un moment politiquement très sensible – le XXe congrès du PCC aura lieu en fin d’année –, Xi tentera de briguer son troisième quinquennat après avoir aboli la limite des mandats [avant 2018, elle était de deux fois cinq ans]. Il ne peut tolérer la moindre critique. Il utilise l’éradication du Covid-19 pour triompher de ses adversaires potentiels, devant le peuple chinois et le monde entier, et justifier un nouveau mandat.

Même si cette méthode connaît un certain succès temporaire face à la pandémie, elle ne peut pas être un remède permanent et ne peut qu’échouer au final, face à la propagation de nouveaux variants, la pression économique et la grogne sociale grandissante. Des signes d’impatience et d’incompréhension, de contestation sous formes diverses éclatent partout dans de nombreux endroits du pays, des Chinois brisant l’interdit.

La pluralité et le désir de liberté font partie de la vie, incarnent la vie. Une vision totalitaire s’écarte toujours de la vie, de la réalité. La grande tendance mondiale de notre temps, malgré des contre-courants, est une subjectivisation collective et individuelle.

La tentative de Poutine et de Xi d’imposer un néototalitarisme, pour contrôler les sociétés et les individus, ne peut que se solder par un échec final, cela malgré de probables réussites temporaires. L’histoire du XXsiècle l’a attesté, et l’histoire de notre siècle le démontrera à son tour. L’enlisement en Ukraine et en Chine de ces deux dirigeants n’en est que la première étape.

Lun Zhang est professeur d’études chinoises à Cergy-Paris-Université, chercheur au laboratoire Agora (centre de recherche multidisciplinaire en sciences humaines et sociales) et chercheur associé à la Fondation Maison des sciences de l’homme, rédacteur en chef du site intellectuel en chinois « La Chine : histoire et futur ».

Voir aussi:

Covid-19 en Chine : à Shanghaï, les autorités durcissent encore leur politique d’enfermement maximal
Simon Leplâtre (Shanghaï, correspondance)
Le Monde
27 avril 2022

Récit Après un mois de confinement drastique, les autorités de la mégalopole chinoise sont prêtes à tout pour faire baisser le nombre de nouveaux cas. L’application aléatoire de mesures extrêmes épuise les habitants, dont la seule sortie quotidienne autorisée est pour faire un test PCR.
Mme Ren, 34 ans, ne s’attendait pas à recevoir la visite de la police le 22 avril : « Ils sont arrivés à minuit pour nous dire que, parce qu’il y avait beaucoup de cas dans notre résidence, nous serions tous envoyés à l’isolement, témoigne la jeune femme. Dimanche, nous avons tous dû enfiler des combinaisons intégrales et nous avons été mis dans un bus avec une quarantaine de voisins, vers 16 heures. On est arrivés à destination sept heures plus tard, sans la moindre pause. Pour faire nos besoins, on nous avait distribué des couches. Dans le bus, il y avait une femme enceinte de sept mois, une personne âgée de plus de 80 ans et un enfant de 5 ans », raconte-t-elle.

Enfin arrivés à destination, ils apprennent qu’ils se trouvent à Bengbu, dans la province chinoise Anhui, à 500 kilomètres au nord-ouest de Shanghaï. Ils posent leurs valises dans un ancien hôtel transformé en centre de quarantaine deux ans plus tôt, au début de la pandémie de Covid-19. Ses photos montrent des murs rongés par l’humidité, un mobilier couvert de traces de chlore et des cafards qui parcourent la chambre. « Après que j’ai publié des photos sur Weibo, mon comité de quartier m’a appelée pour me dire qu’il n’y avait pas mieux, mais qu’ils pourraient nous distribuer des lingettes désinfectantes pour nettoyer un peu… je suis résignée », dit-elle en soupirant au téléphone.

Après un mois de confinement drastique, les autorités de Shanghaï sont prêtes à tout pour faire baisser le nombre de nouveaux cas de Covid-19. L’objectif est simple : que 100 % des cas contacts se trouvent à l’isolement, de sorte que le virus ne circule plus au sein de la communauté. Pour ce faire, les responsables n’hésitent pas à envoyer des quartiers entiers en quarantaine, parfois dans des provinces voisines. Shanghaï dispose de plus de 300 000 places d’isolement collectif. Mercredi, 12 309 nouveaux cas ont été recensés, après un pic à plus de 27 000 cas mi-avril. Mais la route pour revenir à un niveau acceptable est encore longue, car les autorités centrales le martèlent ces dernières semaines : la Chine n’est pas prête à vivre avec le virus, et seule la politique zéro Covid est correcte. Ces dernières semaines, des villes sont mises sous cloche pour quelques cas seulement.

Barrières métalliques
A Shanghaï, les autorités emploient le slogan d’« embarquer tous ceux qui doivent être embarqués » (« yingshou jinshou »), utilisé également dans le cadre de campagnes contre le terrorisme au Xinjiang. Plusieurs séries de mesures ont été annoncées depuis dix jours : renforcement des contrôles routiers, désinfection des résidences et installation de détecteurs sur les portes des personnes positives, en attendant de les envoyer en centres d’isolement. Samedi 23 avril, la pression est encore montée d’un cran, avec l’apparition de barrières métalliques autour de certaines résidences et bâtiments ayant enregistré des cas depuis moins de sept jours. Une directive du nouveau district de Pudong, dans l’est de la ville, précisait samedi que les barrières doivent utiliser un grillage assez large pour permettre d’effectuer les tests en passant les écouvillons au travers, pour éviter d’avoir à ouvrir les grilles, et que des agents de sécurité devraient monter la garder 24 h sur 24 autour de ces bâtiments.

Dans la ville, la frustration grandit : « Je refuse de descendre faire les tests depuis qu’ils ont mis ces grillages en bas de chez moi », témoigne une habitante du district de Pudong. De plus en plus d’habitants tentent ainsi de désobéir, à la fois par crainte que les tests soient des vecteurs de transmission du virus, et par colère contre les restrictions sans fin dont ils sont victimes. Au point que les autorités diffusent des menaces par SMS : « Rappel amical : les personnes qui ne se soumettent pas aux tests verront leur code de santé changer au jaune », ont été avertis mardi les habitants du district de Huangpu. Les codes QR de santé sont verts quand tout va bien, jaunes pour les cas suspects, et rouges pour les cas confirmés. Perdre son code vert peut avoir des conséquences lourdes, notamment en cas de demande d’accès à des hôpitaux.

Gabrielle Gaillard est une jeune Française installée dans le centre de Shanghaï depuis deux ans. Mardi, vers minuit, elle a reçu un message de son comité de résidents lui demandant son numéro de passeport, en prévision du déplacement de tous les habitants de sa ruelle dans un hôtel pour une période de cinq jours. « Après le départ des habitants négatifs, la ruelle sera entièrement désinfectée », indique le message. Gabrielle hésite, sa résidence de 80 habitants compte déjà une dizaine de cas : « Ce n’est pas une solution de transférer tout le monde, on risque de s’infecter entre nous ! Ce matin à 8 heures, ils ont commencé à emmener les voisins. Quand j’ai demandé plus d’information sur l’hôtel où ce serait situé, on m’a dit que ce ne serait sans doute même pas à Shanghaï », témoigne cette créatrice de vidéos de voyages.

« Allez faire le PCR ! »
Outre les mesures extrêmes, c’est le caractère aléatoire de leur application qui épuise les habitants, maintenus dans une incertitude permanente. Début avril, Gabrielle Gaillard a tout fait pour envoyer son chien chez un ami à Pékin, parce qu’une habitante de sa ruelle placée en centre d’isolement avait dû abandonner ses deux chats chez elle. Vingt jours plus tard, elle n’est toujours pas revenue à son domicile : « Les voisins ont cherché à porter assistance aux deux animaux, mais il y a un scellé sur sa porte, nous avons interdiction formelle de rentrer, et ses fenêtres ne sont pas accessibles. On ne sait pas dans quel état sont les chats », déplore-t-elle. Dans d’autres communautés, les comités de quartier sont plus compréhensifs et laissent les voisins intervenir. De même, certains patients positifs peuvent rester à l’isolement chez eux, alors que la plupart sont envoyés dans des centres d’isolement aux conditions spartiates.

Pour la plupart des habitants de Shanghaï, les tests sont la seule sortie autorisée chaque jour. Dans la matinée, à partir de 7 heures, des volontaires viennent tambouriner aux portes de notre quartier de petites maisons accolées dans le centre ancien de Shanghaï. « Numéro 33, allez faire le PCR », crient les volontaires à plein poumon pour réveiller les habitants jusqu’au deuxième étage. Mardi, Shanghaï avait décidé de nouveau de tester toute la ville en une journée. Le système informatique n’a pas suivi : faute de pouvoir scanner les codes QR des personnes pour les identifier, les employés en combinaison blanche ont prié les habitants qui patientaient sous la pluie de revenir plus tard.

Cette courte sortie donne un aperçu du climat qui règne dans la ville. Si la plupart des habitants sont résignés, certains craquent : enfermé derrière une grille érigée deux jours plus tôt, un quadragénaire trapu, armé d’un tuyau en plastique, frappe tout ce qui passe à sa portée en hurlant : « Je n’ai plus un sou pour vivre ! Et tout ce que vous faites pour nous, c’est de nous envoyer faire des tests. » Sur le chemin du retour, on croise un homme, la cinquantaine, réfugié avec quelques couvertures sous le porche d’un restaurant pour s’abriter de la pluie. Il fait partie des milliers de gardiens placés en faction à l’entrée de chaque ensemble résidentiel de la ville. Mais son dortoir a connu plusieurs cas, alors lui et ses camarades dorment dehors en ce moment : « Mei banfa, dit-il en soupirant (On n’y peut rien). »

Voir également:

Xi Jinping face à l’échec de la stratégie « zéro Covid »
Depuis un mois de Shanghaï, et bientôt peut-être de Pékin, le confinement remet en cause la stratégie zéro Covid imposée par le dirigeant. D’autant que la croissance économique n’est pas au rendez-vous en Chine, à quelques mois du 20e congrès du Parti communiste chinois.
Frédéric Lemaître (Pékin, correspondant)
Challenges
27 avril 2022

Le président chinois Xi Jinping, à Pékin, le 11 mars 2022. LEO RAMIREZ / AFP
Rien ne se passe comme prévu pour Xi Jinping. Depuis environ un an, le président chinois misait sur la croissance économique et la stabilité sociale pour s’assurer une réélection de maréchal lors du 20e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui aura lieu à l’automne.

La réussite des Jeux olympiques d’hiver, en février, était de bon augure. Mais, depuis, rien ne va plus. La guerre lancée par son ami Vladimir Poutine en Ukraine le 24 février s’enlise. Pis, le confinement de Shanghaï depuis un mois et peut-être demain de Pékin remet en cause, aux yeux mêmes de nombreux Chinois, le bien-fondé de sa stratégie zéro Covid. La croissance économique est en berne, tout comme le moral d’une population confinée depuis maintenant plus de deux ans. Malgré la censure, les Shanghaïens n’hésitent plus à crier leur colère et leur désespoir, et nombre d’hommes d’affaires occidentaux installés dans le pays, longtemps thuriféraires du régime, n’aspirent plus qu’à plier bagage.

Or, le 20e congrès du PCC approche. Il se tiendra « au second semestre », selon les autorités. Sans doute en novembre. Les provinces sont en train de désigner les 2 300 délégués. Xi Jinping a été « élu » délégué du Guangxi, une province rurale du sud-ouest du pays, vendredi 22 avril. Ce congrès ne ressemblera pas aux précédents. Ayant obtenu, en 2018, une modification de la Constitution qui lui permet de rester président de la République durant plus de dix ans, Xi Jinping va très vraisemblablement être réélu secrétaire général du PCC puis président de la République.

Mais qu’en est-il des autres dirigeants ? Comment va évoluer le véritable cœur du pouvoir, le comité permanent du bureau politique, qui compte aujourd’hui sept membres mais en a longtemps compté neuf ? Qui va remplacer le premier ministre Li Keqiang, qui quitte son poste en 2023 ? A l’échelon inférieur, qui va intégrer le bureau politique ? Continuera-t-il à comprendre vingt-cinq personnes ? Parmi ses membres actuels, qui sont ceux qui vont intégrer le comité permanent ? Question annexe : la gestion contestée du Covid-19 à Shanghaï va-t-elle avoir des conséquences sur la carrière des dirigeants de la ville, traditionnellement promis aux plus hautes fonctions nationales ?

Climat délétère
Pour le moment, personne n’a de réponse à ces questions essentielles. Le climat est délétère. Il se murmure qu’à Pékin tout le monde ne voit pas d’un mauvais œil les difficultés de Shanghaï l’insolente. Début avril, Pékin a non seulement dépêché dans la deuxième ville du pays 38 000 personnels de santé supplémentaires, mais également plus de deux mille soldats. « Parce que Pékin ne fait pas confiance aux unités de police de Shanghaï – pour des raisons assez évidentes –, les forces de police armées spéciales de [la province de] Shandong ont été envoyées en “renfort” depuis le 31 mars environ. Elles ne répondent pas au bureau de la sécurité publique de Shanghaï », explique Alex Payette, un consultant canadien spécialiste de la Chine, dans un article publié sur le site Asialyst mi-avril.

Episode du 20 avril 2022

Face à ces difficultés, Xi Jinping ne donne aucune indication sur ses intentions, mais reste inébranlable et accuse Washington de tous les maux. Pas un jour ne passe sans que la propagande rappelle que les Etats-Unis et l’OTAN sont à l’origine de la guerre en Ukraine. Selon celle-ci, l’Alliance atlantique n’est plus une alliance défensive mais offensive, dont la Chine risque, si elle n’y prend garde, d’être la prochaine victime.

La « sécurité nationale » est mise à toutes les sauces pour faire taire la moindre voix dissonante. Des Chinois publient, le 22 avril, une vidéo de six minutes reprenant quelques témoignages de Shanghaïens désespérés par le confinement auquel ils sont soumis ? Les censeurs qualifient immédiatement celle-ci de « révolution de couleurs ». Se plaindre qu’un vieillard ne soit pas admis à l’hôpital pour recevoir des soins vitaux, qu’une femme sur le point d’accoucher ne puisse pas accéder à une maternité ou encore qu’une famille manque de nourriture, c’est ourdir un complot et, sous-entendu, être manipulé par les Occidentaux.

Pas de débat possible
En visite à la mi-avril sur l’île de Hainan, Xi Jinping a rappelé qu’il fallait « persévérer pour réussir » et qu’il ne saurait être question de relâcher l’effort dans la lutte contre le Covid-19. Il n’y a donc pas de débat possible, ni sur la politique sanitaire, ni sur l’efficacité des vaccins chinois, ni sur le refus de Pékin d’importer des vaccins à ARN messager, ni sur le faible taux de vaccination des personnes âgées. Seuls 20 % des plus de 80 ans ont reçu trois doses.

Zhong Nanshan, le pape des épidémiologistes chinois, l’a appris à ses dépens. Celui qui avait reçu des mains de Xi Jinping la médaille de la République en 2020 pour son rôle éminent contre le Covid-19 se fait désormais censurer sur Internet parce qu’il a osé écrire qu’à long terme la politique zéro Covid n’était pas viable. « Pékin devrait pourtant savoir à présent que l’isolement total ne fonctionne pas. Pourtant, le pouvoir central demeure, pour ainsi dire, prisonnier de ce modèle : l’abandonner reviendrait à reconnaître que le PCC se trompe depuis le début. Cette option n’est pas envisageable – encore moins à quelques mois du 20e congrès », analyse M. Payette.

Pas davantage que les diplomates ou les experts en politique internationale, les scientifiques n’ont le droit d’interroger la ligne officielle. « Ça me rappelle ce que j’ai connu avant la chute du mur de Berlin. Des diplomates rédigeaient des rapports critiques, mais, parallèlement, les responsables du Parti indiquaient dans leurs notes que tout allait bien, et les dirigeants ne prenaient en compte que ce dernier point de vue. C’est pareil à Pékin », confie un ambassadeur d’un pays d’Europe centrale.

En ces temps de difficulté, le culte de la personnalité atteint des sommets. Lundi 25 avril, Xi Jinping s’est rendu à l’université du Peuple de Chine, à Pékin, pour expliquer que le pays devait « développer des universités de classe mondiale ». Le dernier paragraphe du compte rendu officiel de la visite donne une idée de l’ambiance : « Lorsque Xi a quitté l’université, les deux côtés de la route étaient bondés d’enseignants et d’étudiants qui ont salué le secrétaire général avec excitation. Ils ont acclamé d’une seule voix : “Nous resterons fidèles au Parti et nous serons à la hauteur de la confiance du peuple. Nous travaillerons dur pour devenir les piliers du renouveau national et l’avant-garde d’un grand pays.” Xi les a salués au milieu des applaudissements et des acclamations. »

La relance de l’économie, une priorité
De son côté, le gouverneur du Guangdong, Wang Weizhong, a exprimé sa « gratitude éternelle au secrétaire général » à plus de dix reprises dans son discours d’investiture pour le congrès du PCC. Dans le Guangxi, le numéro un chinois a été qualifié de « pilote du grand renouveau ». Certains parlent de « nord-coréanisation » de la politique chinoise.

Mais le pilote est sans doute plus inquiet que son air bonhomme le laisse supposer. Alors que le taux de chômage des jeunes urbains (16-24 ans) atteint 16 % de la population active, que les ventes au détail ont plongé de 3,5 % à la fin du premier trimestre et que la croissance du pays continue de dépendre en grande partie de ses exportations, Xi Jinping fait de la relance de l’économie une priorité.

Présidant, mardi 26 avril, une réunion du comité central pour les affaires financières et économiques, le secrétaire général du PCC a ordonné d’investir massivement dans les infrastructures. « Nous devons reconnaître qu’elles ne répondent pas aux besoins du développement et de la sécurité nationale. Renforcer la construction d’infrastructures sur tous les plans est d’une grande importance pour assurer la sécurité nationale (…) développer la demande intérieure et promouvoir un développement de haute qualité », indique le compte rendu diffusé par la chaîne CCTV. Transports, énergie bas carbone, cloud computing, intelligence artificielle…, la liste des secteurs concernés semble infinie, mais aucune enveloppe financière n’a été affectée.

Alors que le pays tourne au ralenti – environ soixante-dix des plus grandes villes chinoises restreignent les déplacements en raison de la politique zéro Covid –, cette relance des investissements publics est aussi politique qu’économique. Xi Jinping entend faire taire toute contestation.

Selon le Wall Street Journal, Xi Jinping a clairement indiqué à son entourage qu’il fallait absolument que la Chine atteigne cette année les 5,5 % de croissance comme prévu, car elle doit dépasser le taux de croissance des Etats-Unis afin de prouver la supériorité du modèle économique chinois. « Il [Xi Jinping ] est très franc avec moi. Il ne croit pas que la démocratie puisse fonctionner au XXIe siècle, et [même] dans le second quart de siècle. Parce que les choses vont trop vite », a confié, le 21 avril, le président américain, Joe Biden, devant une assemblée démocrate.

Le 20e congrès du PCC devrait se tenir à peu près au même moment que les élections de mi-mandat américaines – elles se dérouleront en novembre –, qui pourraient mettre Joe Biden en difficulté. Il est essentiel pour Xi Jinping d’en sortir triomphant. C’est peut-être maintenant qu’en coulisse tout se joue.

Voir par ailleurs:

Les cinq règles de la pensée conspirationniste
Pierre-André Taguieff

Les théories du complot

2021

Les récits conspirationnistes accusatoires sont structurés selon cinq principes, ou règles d’interprétation des événements. De ces règles et d’un certain nombre de biais cognitifs dérivent les représentations et les croyances composant l’imaginaire conspirationniste. Certaines d’entre elles ont déjà été identifiées par divers auteurs. Cet ensemble de règles constitue un modèle d’intelligibilité de la pensée conspirationniste en tant que forme de pensée sociale, tel que je l’ai présenté dans mes travaux récents. Énumérons-les.

(1) Rien n’arrive par accident. Rien, dans les séries événementielles qui suscitent de la surprise et de l’anxiété, n’est accidentel ou insensé, ce qui implique une négation du hasard, de la contingence, des coïncidences fortuites. On connaît la formule : « Ce n’est pas un hasard si… » Pour les adeptes du grand récit complotiste, tout s’explique par les complots et les mégacomplots. Ce savoir alternatif confère à celui qui le possède la conviction que la marche du monde est intelligible, et qu’il peut la contrôler dans une certaine mesure. Cette maîtrise imaginaire donnée par les croyances complotistes répond à un besoin d’ordre, à la fois cognitif et affectivo-imaginaire.

(2) Tout ce qui arrive est le résultat d’intentions ou de volontés cachées. Il s’agit, plus précisément, d’intentions mauvaises ou de volontés malveillantes, les seules qui intéressent les esprits conspirationnistes, qui privilégient les événements malheureux et inquiétants : crises, bouleversements, catastrophes, attentats terroristes, assassinats politiques. Ces événements sont expliqués en répondant à la question magique : « À qui profite le crime ? » D’où la question : « Qui est derrière ? »

(3) Rien n’est tel qu’il paraît être. Tout se passe dans les « coulisses » ou les « souterrains » de l’histoire. Les apparences sont donc toujours trompeuses, elles se réduisent à des mises en scène. La vérité historique est dans la « face cachée » des phénomènes. La vérité ne peut être qu’« ailleurs », sa découverte impliquant de déjouer les pièges tendus par les manipulateurs, les experts en « faire-croire ». L’axiome est ici : « On nous manipule. » Dans la perspective conspirationniste, l’historien devient un contre-historien, l’expert un contre-expert ou un alter-expert, un spécialiste des causes invisibles des événements visibles. Il fait du démasquage son opération cognitive principale. Dès lors, l’histoire « officielle » ne peut être qu’une histoire superficielle. La véritable histoire est l’histoire secrète. Les auteurs conspirationnistes « classiques » – par exemple Julius Evola, qui incite à « rechercher les causes secrètes de l’histoire » – se réfèrent volontiers à ce passage de Balzac, extrait d’Illusions perdues : « Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse qu’on enseigne, l’Histoire ad usum Delphini. ; puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse. »

(4) Tout est lié ou connecté, mais de façon occulte. « Tout se tient », dit le complotiste, prenant la posture de l’initié, incarnant à la fois le contre-expert, l’alter-expert et le super-expert, susceptible de jouer le rôle du voyant, du visionnaire ou du prophète. On rencontre ici le biais de conjonction qui, largement répandu dans la pensée sociale ou le savoir populaire, consiste à percevoir la probabilité de la conjonction de deux événements. Les complotistes semblent commettre ce genre d’erreur plus souvent que la moyenne de la population.

(5) Tout ce qui est officiellement tenu pour vrai doit faire l’objet d’un impitoyable examen critique, visant à le réduire à des croyances fausses ou à des mensonges. C’est la règle de la critique dérivant du soupçon systématique, ou plus exactement celle de l’hypercritique s’appliquant à tout discours officiel. Si « tout doit être minutieusement passé au crible de la critique», l’application de cette règle aboutit ordinairement à un dévoilement du vrai occulté ou du réel caché, pour se conclure par l’énoncé : « Au début, je n’y croyais pas mais j’ai dû me rendre à l’évidence. » Il y a là un simulacre de la joie de découvrir une vérité jusque-là dissimulée, rejoignant celles qui circulent dans la complosphère, servant de nourritures psychiques aux addicts des réseaux sociaux.

Il faut souligner le fait, selon une suggestion du psychologue social Pascal Wagner-Egger, que, pour les complotistes, tout ne doit pas être passé au crible de la critique, mais seulement la version « officielle », perçue comme telle, qui est donnée de l’événement. Il y a donc une frappante « asymétrie cognitive » chez les complotistes qui, surtout depuis le 11 Septembre, font preuve d’un extrême esprit critique envers la version « officielle » d’un quelconque événement en même temps que d’une extrême crédulité à l’égard des « théories du complot » qui se présentent comme des explications « alternatives ».

La cinquième règle d’interprétation est donc celle de l’hypercritique du savoir « officiel », tel qu’il est reconnu par le pouvoir étatique et le système médiatique – qui forment, avec le pouvoir financier, « le Système », comme disent désormais la plupart des idéologues complotistes. C’est là une règle interprétative caractérisant plus particulièrement la rhétorique néocomplotiste qui s’est élaborée après le 11 Septembre, et qu’on peut définir comme « sceptico-dogmatique », oxymore soulignant la manière dont l’esprit d’examen et le sens critique sont phagocytés par les tendances paranoïaques qui installent un dogmatisme de second degré. Le nouveau complotiste collectionne des détails « troublants » supposés conduire à une vérité cachée que débusque la question magique : « À qui profite le crime ? » Si la posture dubitative est mise en scène au commencement du raisonnement néocomplotiste, c’est pour conclure sur des croyances dogmatiques. Les événements perturbateurs sont ainsi intégrés dans un ordre du monde qui ne contredit pas les croyances dogmatiques ni les attentes fondamentales des sujets, dont la vision du monde est purifiée de tous les éléments qui pourraient la contredire.

Voir aussi:

Portes ouvertes entretien avec Annie Collovald

Nouveaux fascismes ? enquête sur les droites en Europe
Vacarme 55
15 avril 2011

Le fascisme, antithèse de la démocratie ? Malheureusement, rien n’est moins sûr. S’il y a indiscutablement une vieille haine de la démocratie du côté des droites radicales, haine que leur acclimatation au jeu électoral n’a pas éteinte, il y a aussi — c’est plus inquiétant encore — une porosité accrue des démocraties libérales à des discours et à des pratiques qui ne sont plus le propre de l’extrême droite. Le loup est désormais dans la bergerie. Annie Collovald examine les portes par lesquelles on l’a laissé entrer.

En France, en Italie ou dans des pays de l’Est de l’Europe se développent des pratiques politiques et des comportements qui ne sont pas sans rappeler les années 1930 : dégradation et violence du langage politique, désignation de l’étranger comme bouc émissaire, pratiques autoritaires… Cette comparaison avec les années 1930 vous semble-t-elle pertinente ?

La comparaison avec les années 1930 s’impose en effet d’emblée ; elle a, me semble-t-il, quelque pertinence, mais sous plusieurs conditions. Parler de « renouveau du fascisme » ou qualifier de fasciste le FN (ou certains élus de droite) est problématique pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui. En tant qu’étiquette, la qualification de fasciste peut avoir une certaine efficacité dans la lutte politique : d’abord parce qu’elle est véritablement disqualifiante ; ensuite parce qu’elle n’est guère réappropriable (du moins pour le moment) par ceux qu’elle désigne. Se déclarer fasciste n’est guère envisageable à l’inverse de ce qui s’est produit avec le terme de populisme par exemple. Le FN a revendiqué très vite, dès le milieu des années 1990, l’identité de populisme et a trouvé là un très bon moyen de reclassement pour redorer son blason et faire oublier l’identité beaucoup plus insupportable de fasciste et d’extrême droite qui le qualifiait précédemment. Il a d’ailleurs pu d’autant mieux opérer ce retournement symbolique visant à se désigner comme le « parti du peuple » que les groupes populaires étaient montrés comme voués à tous les errements politiques et moraux et qu’ils trouvaient de moins en moins (à la différence des années 1960-1970) de structures collectives assurant leur défense, qu’ils étaient délaissés jusque dans le vocabulaire employé par les hommes politiques. Le FN est alors l’une des seules organisations à oser proclamer haut et fort qu’elle parle au peuple, à utiliser des mots vieillis et archaïques comme « ouvriers » ou « chômeurs ». Si l’on veut stigmatiser, susciter l’indignation, alerter sur les dérives que connaît la démocratie, le mot de fascisme peut être utile.

Il risque cependant de fonctionner comme un concept écran si l’on veut comprendre la situation présente. On pourrait dire en effet (et la comparaison sert à faire apparaître les différences) qu’à la différence de la conjoncture des années 1930, il n’y a plus besoin de la solution fasciste pour faire advenir des idées et des pratiques contraires aux idéaux de la démocratie : la justice, la tolérance, l’égalité, le pluralisme. Comme le rappelait Georges Orwell au sortir de la Seconde Guerre mondiale, « lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ». Il indiquait par là, me semble-t-il, que le déloyalisme à l’égard de la démocratie peut prendre des visages différents selon les conjonctures et peut être porté par des acteurs respectant les convenances de façade. Sous cet angle, le recours à la violence de rue, l’affichage de marques distinctives (crâne rasé, chemise noire, croix gammée) et d’un racisme brutal dans les discours et les pratiques n’a plus besoin d’avoir cours et d’être promu par des acteurs « marginaux ». Il suffit de laisser faire les acteurs centraux de la politique, les délibérations parlementaires et gouvernementales — de laisser faire, en quelque sorte, la compétition politique telle qu’elle se joue depuis une vingtaine d’années. Un des apports de l’analyse de Michel Dobry, dans l’ouvrage qu’il a dirigé sur le « mythe de l’allergie française au fascisme » [1], est d’avoir attiré l’attention sur ce point. La réussite du fascisme ne dépend pas des seuls fascistes (les plus visibles et les plus reconnaissables), mais des compromis, transactions, relations établis avec les autres compétiteurs politiques. Du coup, il invite à penser qu’il peut y avoir des transformations qui s’opèrent dans le cours même de la lutte politique et du jeu ordinaire des concurrences politiques et qui, en modifiant l’offre politique, entraînent une dégradation des idéaux et des principes démocratiques. Les sociétés les plus formellement démocratiques peuvent se détourner des valeurs dans lesquelles elles se reconnaissent sous l’effet de la dynamique de compétition propre aux élites politiques : elles peuvent ainsi se révéler autoritaires sans emprunter la forme convenue de l’autoritarisme prêté au FN par exemple, et en se conformant aux procédures officiellement démocratiques.

Doit-on parler d’un renouveau du fascisme, ou de sa continuité ?

La différence majeure avec les années 1930 est qu’il n’est plus besoin d’une montée des « extrêmes » pour qu’une radicalisation aux extrêmes se produise. En témoigne le travail d’inculcation idéologique opéré non seulement par le FN depuis 1984 et son entrée sur la scène politique nationale, mais aussi par les autres partis politiques de gauche et de droite quand, chacun à sa façon, ils ont repris dans leurs programmes et dans leurs prises de positions publiques les thèmes défendus par le FN — sécurité, lutte contre l’immigration — et les ont inscrits en préoccupations centrales de la lutte politique. Les politiques actuelles en sont certes l’illustration : néolibéralisme à tout crin se traduisant par des licenciements, fermetures d’usines, délocalisations, humiliations ; lutte contre les « flux migratoires » avec son lot de camps de rétention, renvois forcés par charters (et par bateaux maintenant ?), criminalisation de l’action collective et de l’action syndicale… La liste pourrait être continuée encore notamment dans ces jeux de contournement du droit ou de « déjudiciarisation » des règles démocratiques opérés aux sommets de l’État. Mais ces politiques ne sont possibles et pensables que parce que la configuration et les règles du jeu politique ont changé sous l’effet d’un glissement à droite de l’ensemble du champ politique, d’une forte réorientation sur les enjeux électoraux et d’une modification dans les discours politiques.

Les intérêts sociaux concrets tendent, par exemple, à devenir invisibles dans les débats et discours politiques. On parle ainsi du chômage et non des chômeurs, de l’emploi et non du travail, de la sécurité sociale — et de son « gouffre » — et non des malades ou des accidentés du travail et de la vie. En quelque sorte, les catégories de pensée politiques et bureaucratiques sont prises pour les réalités qui concernent tout un chacun (et plus encore les groupes sociaux les plus défavorisés) dans la vie de tous les jours. Une telle « abstraction » de la réalité sociale renvoie pour une part aux formes actuelles du jeu politique telles que les a mises en évidence l’élection présidentielle de 2007. Les hommes politiques (et leur entourage) sont désormais persuadés qu’une campagne électorale doit d’abord mobiliser les commentateurs et non les électeurs — leur opinion ou les « opinions manifestantes » comptant moins que celle de ceux qui « font l’opinion ». Leur principal « terrain » à travailler est un « terrain de papier » : faire la Une, dépasser dans les sondages le concurrent le plus proche. Vivant cette continuelle « course de chevaux » sur le mode de la prouesse personnelle, ils voient dans les enquêtes d’opinion autant de victoires électives, et dans l’élection un sondage grandeur nature. Plutôt que de chercher des solutions aux problèmes sociaux qui composent la trame des vies ordinaires, ils se réfugient dans un « entre-soi » réconfortant : relations étroites avec les professionnels de la représentation (hommes politiques, conseillers, sondeurs, journalistes) recrutés dans les classes supérieures ; conception commune de ce que doivent être un « bon cheval politique » et une bonne campagne. Un tel type de compétition politique ouvre sur un zapping programmatique incessant et sur des rhétoriques qui confinent au cynisme dès lors que la seule réalité sociale qui mérite d’être prise en charge et retraduite est celle qui occupe les Unes des sondages ou de la presse, et les conversations en ville. Les sujets de société défendus le sont moins pour eux-mêmes (et pour les projets qu’ils véhiculent) que pour le bruit médiatique qu’ils vont déclencher et par lequel se fera la différence.

Le thème de l’identité nationale et de l’immigration (ou celui aujourd’hui de « l’islam » ou de la laïcité) fournit un triste exemple, justement, de cette mise en avant d’un thème entrevu comme rentable électoralement. Énième avatar d’un nationalisme de droite et d’extrême droite apparu dans les années 1930, il a constitué une stratégie de scandalisation mûrement réfléchie par M. Sarkozy – à l’instar de M. Le Pen, modèle en la matière — au mépris des conséquences qu’elle pouvait avoir, notamment en termes de légitimation de discours racistes : ceux que l’on a entendu sans grand étonnement et bien plutôt dans la bouche plutôt d’élus — locaux et nationaux — que dans la bouche des membres des groupes populaires puisqu’ils ont été, sans grand étonnement non plus, absents de ces « débats ». Seules comptent ainsi les « reprises » escomptées qui, en encombrant tous les espaces de discussion, font parler de l’homme politique avec cette particularité de montrer la droite comme ayant simultanément du cœur et du « pragmatisme » : la chasse aux clandestins viserait ainsi à défendre les immigrés eux-mêmes contre les « marchands de sommeil » et contre les passeurs qui « exploitent la détresse » des malheureux. À ce stade, les mots deviennent détachés non seulement de la réalité qu’ils devraient traduire, mais aussi des convictions de ceux qui les disent. On a affaire ainsi à une sorte de novlangue continuellement électorale, qui rejoint ce que décrivent Victor Klemperer ou Jean-Paul Faye à propos de la langue du totalitarisme : le pouvoir des mots à créer l’injustice en travestissant leur sens ordinaire et en colonisant les mentalités. Pour preuve, un ministère de l’Identité nationale a été créé, mais visiblement ceux qui l’ont créé ne savaient pas à quoi il correspondait puisqu’ils ont lancé ensuite des « débats » devant selon eux apporter des lumières sur ce qu’est l’identité nationale ! Si je comprends bien, ils ont donné une existence officielle et institutionnelle à quelque chose qui, même à leurs yeux, était un « truc » sans grande consistance. C’est pour le moins inquiétant comme mode de fonctionnement puisque cela suggère qu’ils ne réussissent plus à distinguer leurs fantasmes et la réalité et qu’il n’y a aucune raison de supposer qu’il n’en est pas de même pour d’autres ministères et d’autres politiques publiques… C’est aussi inquiétant en termes de levée des censures et d’autorisation à tenir des propos qui hier auraient été impensables dans la bouche de responsables de l’État.

L’une des caractéristiques de la configuration politique des années 1930 était le flou des frontières entre les courants politiques d’extrême droite et de droite. Les individus pouvaient passer de l’un à l’autre assez facilement ; il en était de même pour les thèmes idéologiques. On a le sentiment que le principe, hérité du gaullisme que vous avez étudié, d’une frontière étanche entre la droite et l’extrême droite, a de nouveau disparu…

La nouveauté ne réside pas dans le fait que la frontière qui était établie entre droite et extrême droite est en train de s’abaisser. Cela fait quand même longtemps que c’est le cas : les Longuet, Villiers, Madelin, sont passés au parti républicain dans les années 1970, sous Giscard. Le Club de l’horloge s’est crée dans ces mêmes années 1970 comme lieu de rencontre entre droite et extrême droite. Les passages d’un parti à l’autre et la circulation des idées n’ont donc rien de neuf. Mais il y avait une barrière symbolique qui empêchait de l’afficher de manière visible et revendiquée. Il y avait des discours de principe refusant les alliances ou connivences avec le FN. Ces prises de position, même symboliques, étaient très importantes (songeons à Jacques Chirac refusant hautement toute relation avec le Front national). Reste que sur le plan local des alliances étaient possibles : ce fut le cas, par exemple, à Dreux en 1983, ou lors des régionales de 1998. Mais elles étaient désavouées officiellement par les responsables nationaux et souvent entraînaient l’exclusion du parti.

La donne a changé de ce point de vue ; s’il y a rappels à l’ordre, ils sont prononcés du bout des lèvres et sans effet pratique… C’est sans doute lié à ce que j’ai dit plus haut sur le jeu de zapping électoral qui défait tous les principes idéologiques et programmatiques. C’est lié aussi à la transformation qui s’est opérée dans le recrutement du personnel parlementaire et des responsables de l’UMP. Il faudrait faire des analyses plus précises, mais il y a, me semble-t-il, une montée des cadres du privé et un étiolement des hauts fonctionnaires ou des cadres du public (qui formaient le vivier principal de recrutement des gaullistes). Quoi qu’on pense de l’ENA et de l’évolution des formations au sein de cette école, elle n’en était pas moins une instance de socialisation à l’État et au service public. Que Sarkozy soit un avocat d’affaires n’est pas je crois sans importance (et marque une différence avec Villepin). Il incarne parfaitement la recomposition sociale de la droite et sa distance au service public et aux institutions aussi bien dans les manières de penser que dans les façons de faire : les règles de droit sont faites pour être contournées, l’État et ses fonctionnaires sont encombrants, la rationalité de l’action publique est celle du « coup d’éclat » ou du désir du prince, ce qui se traduit par le démantèlement des services publics et la suppression de tous les services de proximité (poste, écoles, hôpitaux, services sociaux, police). Pas sûr, ensuite, que le parler et le penser vulgaires, sans compter le vaudeville comme storytelling, le « fait du prince » comme conduite politique et les considérations pour les « importants », manifestent un sens de l’institution présidentielle !

Selon l’historiographie classique, la participation à la compétition électorale, particulièrement quand elle se solde par des succès, affadirait la radicalité anti-système : plus on gagnerait des voix, moins on serait d’extrême droite. Cette thèse résiste-t-elle à l’étude du Front national que vous avez menée ?

Cette thèse manifeste une vision très rassurante des choses qui d’une certaine façon disculpe le jeu démocratique (et ceux qui y participent) de la production du pire ou d’un monstre. Elle repose sur une conception purement formelle ou normative de la démocratie et fait des élections le moment central et unique où se joue son avenir : la définition de la démocratie ne se jouerait pas dès lors dans les transactions et compromis politiques, dans les réappropriations par des acteurs centraux de manières de dire, de penser et de faire venues de secteurs quelque peu réfractaires aux règles du jeu démocratique. Elle incite aussi à chercher l’explication des comportements ou des phénomènes politiques dans les « valeurs » ou les « idées politiques » proclamées, et non dans les pratiques sociales et politiques concrètes.

Il y aurait pourtant des profits de connaissance à examiner ces pratiques : l’image du FN en ressortirait moins « pacifiée ». À l’inverse des poujadistes par exemple, les porte-parole frontistes sont des professionnels de la politique, aguerris aux règles du jeu démocratique et experts en pratiques anti-démocratiques. Les mêmes qui ont candidaté aux élections et réussi, pour certains, à être élus, ont un long passé de militants dans des groupes radicaux. Les représentants de la nouvelle génération (Marine Le Pen en tête) sont eux aussi des « vieux » militants au sein du FN dont ils maîtrisent à la fois la ligne idéologique et l’orientation tactique. Ils ont appris à participer aux luttes internes dont le règlement se joue sur le terrain idéologique et tactique. Dans l’histoire de l’extrême droite depuis les années 1950 et celle du FN depuis 1972, les débats internes ont toujours porté sur la meilleure façon de réussir à diffuser, dans le champ politique, des idées radicales. L’enjeu n’a jamais été d’atténuer ou d’abandonner le projet hostile à la démocratie, mais de définir une ligne tactique permettant de le faire passer et accepter le plus largement possible, quitte à user de faux semblants. La voie électorale était par exemple défendue par J.M. Le Pen en 1972… Elle n’était pas chez lui un signe d’apaisement d’une hostilité ancienne à la démocratie, mais une contrainte tactique imposée par le ratage passé de certaines solutions (comme les attentats violents de l’OAS, épisode vécu personnellement par un certain nombre de dirigeants du FN).

Il n’y a pas de raisons de penser que cela ait changé aujourd’hui. Ils sont habitués à faire « de la politique une lutte sémantique », comme le déclarait B. Gollnisch en 1996, et sont spécialisés dans le jeu sur le dicible et l’indicible mêlant l’efficacité de la parole avec l’innocence du non-dit : lorsque B. Mégret, par exemple, en appelait à la « libre recherche historique » il fallait entendre la liberté d’expression pour les négationnistes…. S’arrêter à la « façade » présentée par les dirigeants frontistes est ainsi très périlleux, mieux vaut examiner ses pratiques plutôt que ses discours (ou sa participation aux élections). Contrairement aux conclusion hâtives qui le montrent « populaire » à la base (ce qui est faux) et « notabilisé » aux sommets au prétexte qu’il a accepté de se plier au jeu électoral, le FN continue à travailler une radicalité dont il n’a pas refusé l’héritage (voir les prises de positions extrêmistes de ses députés de 1986 à 1988 : la « croisade anti-sida » du médecin François Bachelot ; « l’accouplement des pervers de l’Éducation nationale et des ratés de l’enseignement » de l’universitaire Jean-Claude Martinez). Le FN n’est pas ainsi notable ou bien radical : il est les deux à la fois. Cela lui permet un double jeu sur et avec les règles démocratiques. Et cela lui offre aussi un répertoire d’action et de justification bien plus ouvert qu’il n’y paraît et surtout bien plus corrosif sur les croyances démocratiques selon lesquelles le recours au suffrage universel apprivoiserait à la démocratie. Le précédent du nazisme suffirait pourtant à rappeler qu’il n’en est rien. Son arrivée au pouvoir s’est faite par la voie légale et s’il a maintenu quelque temps les élections, cela n’a pas altéré sa radicalité, bien au contraire.

Post-scriptum

Annie Collovald est professeure de sociologie politique à l’Université de Nantes/CENS. Elle est l’auteure, notamment de Le « populisme du FN » : un dangereux contresens, Bellecombe-en-Bauge, Ed. du Croquant, 2004. Jacques Chirac et le gaullisme. Biographie d’un héritier à histoires, Paris, Belin, en poche, 2010.

Notes

[1Michel Dobry (dir.), Le Mythe de l’allergie française au fascisme, Paris, Albin Michel, 2003.

Voir également:

Le populisme comme stigmatisation
Annie Collovald
Manuel indocile de sciences sociales (2019), pages 429 à 433

Le populisme ressemble aujourd’hui à un inventaire à la Prévert, la poésie en moins. Chirac, Berlusconi, Sarkozy, Tapie, Cresson, Chávez, Le Pen, Haider, Fortuyn, Bové, Lula, Mélenchon ont été rejoints par Orbán, Salvini, Corbyn, Trump, Kaczyński, Strache, Iglesias, dans la longue et multicolore liste des « qualifiés » de populistes.
En France, quand son usage s’impose dans les années 1990, le mot renvoie au Front national (FN), considéré comme un « appel au peuple » rassemblant des « mécontents » dressés contre les élites établies et séduits par le charisme de Jean-Marie Le Pen, la magie de son verbe et ses idées xénophobes. Depuis, succès oblige peut-être, son emploi s’est propagé tel un « virus » ou une « épidémie », selon le lexique pathologique en cours à propos des partis auxquels il est censé renvoyer ; il désigne aussi bien les extrêmes droites que les gauches, il encourage les papiers sensationnels (« Mélenchon-Le Pen : le match des populismes »), les prises de position indignées, les colloques, articles, ouvrages donnant dans la comparaison internationale et appelant à la réaction de l’Union européenne [1]

Des usages disqualifiants

Le mot « populisme » attise surtout l’inquiétude pour la démocratie et la suspicion à l’égard des classes populaires, notamment sur leur prédilection supposée pour les hommes politiques aux idées courtes et au racisme affiché. Prétendant expliquer, le mot disqualifie d’emblée en rendant infréquentables ceux qu’il caractérise ; il autorise alors le renvoi au rang de notion vintage le clivage droite/gauche au profit d’un nouveau clivage distinguant les gens raisonnables, ouverts, progressistes vis-à-vis des radicaux, nationalistes, fermés (songeons aux discours de Merkel ou Macron) ; bref, vis-à-vis de tous les « incompatibles » supposés (du fait de leurs « valeurs » et de leurs « attitudes ») avec la démocratie et le progrès.

Le mouvement des Gilets jaunes fait aujourd’hui les frais d’une telle stigmatisation et donne involontairement du crédit à de tels jugements. Mais le plus étonnant dans ces usages intempestifs d’un tel label « chamallow » est l’étroite imbrication de la lutte politique et des controverses apparemment savantes. Historiens, philosophes, politistes se mobilisent et prennent explicitement position pour ou contre l’existence d’un populisme de gauche, ou bien sur la filiation populisme-fascisme, et concernant l’instauration de « démocraties illibérales » (comme en Pologne, en Hongrie)… Sociologiquement, que faire ? Retracer l’histoire du mot en révèle l’étrange voyage et les préjugés trompeurs qui l’alimentent.

Les méprises des filiations

Les entreprises en filiation ont tort de faire remonter l’origine du populisme aux premières expériences politiques du début du xxe siècle qui s’en revendiquaient (populistes russes, People’s Party américain) pour en suivre logiquement les autres destinations (les régimes latino-américains comme celui de Perón en Argentine, par exemple). Sa signification actuelle est récente et politiquement située. Elle a créé une véritable rupture avec les usages qui la précédaient. Elle vient des débats qui animaient, à la fin des années 1970, l’extrême droite américaine cherchant à se démarquer des libéraux (recrutés dans la grande bourgeoisie WASP), qui se qualifiait elle-même de populiste. Nul « appel au peuple » ou sensibilité populaire ici : simple usage cynique du peuple pour conférer un semblant d’éthique philanthropique à une entreprise ultra-conservatrice sur les plans économique et politique.

C’est cette fiction intéressée qui est importée en France dans les années 1980 pour désigner le FN. Il s’agit alors, pour ses nouveaux utilisateurs (philosophes, historiens surtout), de se distinguer des commentaires alors dominants, voyant dans ce parti un fascisme ou une extrême droite, en lui inventant une nouvelle identité : le FN ne serait qu’une nouvelle droite, certes radicale, mais peu dangereuse, et surtout une droite populaire. Peu plausible les premiers temps, la fiction gagne son (pauvre) réalisme quand, à partir des années 1990, des politologues découvrent, sur la foi des sondages électoraux, un « fait » extraordinaire : ce seraient les classes populaires (ouvriers, employés, chômeurs) qui voteraient Le Pen. Que cette affirmation reçoive de multiples démentis n’empêche rien. La boucle est bouclée, le mot a trouvé sa recette.

Un racisme social

Le « populisme » attire d’abord le populaire. Son étymologie ne renvoie-t-elle pas au « peuple » ? Rien d’étonnant à ce qu’un parti indigne subjugue surtout les fractions sociales les plus illégitimes socialement : par manque de ressources culturelles et économiques, elles ont une crédulité réceptive aux thèses frustes et simplistes du FN, à l’inverse des plus éduqués et des plus riches, protégés par leur culture de toute adhésion à des idées xénophobes ou intolérantes. Le FN devient alors le premier parti ouvrier en France et le substitut du Parti communiste. Que dire ? Sinon que cette « évidence » confond analyse et préjugés, et que, mêlant injure et explication, elle lève des censures ouvrant sur l’affichage sans fard d’un racisme social sous l’apparence de constats « simplement » descriptifs.

« Qui a inventé le terme de bougnoule, si ce n’est les classes populaires ? » s’interrogeait plaisamment un politologue réputé en 2005, lorsque les catégories populaires, au grand scandale des « élites éclairées », ont voté « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen.

Le peuple, ennemi de la démocratie

Les usages du « populisme » ignorent droite et gauche, amalgament des partis aux pratiques et idéologies opposées, confèrent à un parti indigne politiquement et moralement une identité bien moins injurieuse que ses précédentes appellations (ce que le FN va s’empresser de reprendre à son compte à partir du milieu des années 1990, en se déclarant « populiste d’abord »). Ils brouillent également les notions de peuple et de populaire, et font opérer au mot lui-même une complète révolution idéologique entre hier et aujourd’hui. Longtemps absent du vocabulaire public de la polémique politique, où lui étaient préférés des termes comme « démagogie » ou « poujadisme », le « populisme » servait, selon la définition de Lénine, à dénoncer une stratégie dévoyée de mobilisation du peuple contre ses propres intérêts et contre ses principaux défenseurs. S’il stigmatisait, c’était ainsi pour insister moins sur la dangerosité d’une mobilisation politique « directe » du peuple que sur le danger que représentaient pour le peuple des prétentions à le défendre, venues d’intellectuels ou d’hommes politiques ne faisant que projeter sur lui leurs propres aspirations et leurs propres intérêts. En désignant maintenant le FN (ou d’autres extrêmes droites), le mot change de perspectives. Le danger n’est plus dans le jeu des élites ; il est dans les groupes populaires qui, xénophobes et incultes, ne cessent de se rallier à des causes détestables et de démontrer ainsi leurs indispositions pour la démocratie. Le populaire, hier valorisé, est aujourd’hui disqualifié au point d’être passé du statut de cause à défendre à celui de seul vrai « problème » pour la démocratie. À l’inverse, les élites sociales en ressortent tout auréolées de supériorité morale (même si les scandales à répétition les ébranlent un peu ces derniers temps…).

La distance morale alors créée avec les plus démunis est telle que, pour les uns, elle justifie tous les abandons passés et futurs quand, pour les autres, elle incite à la récupération bruyante d’un peuple enfin réduit à leur propre image : « sans classe » et sans éthique politique.

Un terme qui disculpe les élites

Mot cynique, injurieux, le « populisme » est triplement trompeur.

Sur les partis qu’il désigne, bien moins sensibles idéologiquement aux classes populaires que défenseurs de politiques qui leur sont contraires.

Sur le clivage libéraux/populistes, comme si n’existaient plus ni droite ni gauche, ni domination sociale et politique, et que les appétences autoritaires ne concernaient que les seconds et épargnaient les premiers.

Sur ce qui menace réellement la démocratie, enfin. En classant les élites sociales à l’écart du « populisme », le mot les exonère du retournement autoritaire que connaît la démocratie dans ses règles pratiques et juridiques ; elle les disculpe de la montée des intolérances et des inégalités dont témoignent les politiques mises en œuvre : contrôle des « mauvais pauvres », licenciements à la pelle, fermetures d’usines qui font pourtant des bénéfices, maltraitance des populations « migrantes » toujours vues comme délinquantes, chasse aux enfants autour des écoles, criminalisation de leurs défenseurs syndicaux, associatifs… Rien n’interdit pourtant de penser que le destin de la démocratie se joue là, dans le cours ordinaire de la compétition et des décisions politiques des acteurs centraux, et non lors des élections ou de la montée d’« extrêmes ».

Morale de l’histoire

Prétendant expliquer, le mot « populisme » disqualifie d’emblée en rendant infréquentables ceux qu’il caractérise. Le mot attise surtout la suspicion à l’égard des classes populaires, notamment sur leur prédilection supposée pour les hommes politiques aux idées courtes et au racisme affiché.

Notes

  • [1]
    Cette présentation du « populisme » est une reprise d’un article paru dans la revue belge Éduquer, tribune laïque, n° 145, avril 2019.

Voir également:

Pas aussi heureux qu’Ulysse, le mot de populisme a fait un bien étrange voyage. Apparu à la fin du XIXe siècle à la fois en Russie avec des intellectuels « faisant un retour au peuple » pour tenter de mobiliser les masses paysannes contre l’autoritarisme tzariste et aux États-Unis où les petits fermiers du People ‘s Party tentaient de se rebeller contre les impôts trop lourds et l’emprise des grands propriétaires, le terme va se diffuser lentement dans le vocabulaire politique, s’éclipser parfois, et réapparaître aujourd’hui avec éclat pour désigner non seulement le Front national et les extrêmes droites européennes (Vlaams Belong, FPO de Haider, Ligue du Nord, etc.), mais aussi tous ceux qui, de droite ou de gauche, invoquent les classes populaires ou s’opposent aux discours des élites établies.

Depuis le début des années 1990, articles, ouvrages et prises de position se sont multipliés en effet sur la progression inquiétante du « virus populiste ». Les interprétations se focalisent sur les élections et les scores inattendus obtenus par des forces au « nationalisme rétrograde » emmenées par un leader « charismatique ». Elles insistent, quels que soient les contextes historiques et nationaux, sur le ralliement massif des « exclus » et notamment des fractions populaires, les plus durement touchées par la « crise sociale », à des démagogues anti-démocrates dont les talents de tribun savent gagner les plus crédules aux solutions simplistes qu’ils proposent.

Quand les regards se portent sur d’autres régions du monde et le maintien au pouvoir de leaders « anti-mondialisation » grâce aux élections, les conclusions sont tout autant à l ’emporte-pièce : « Sous couleur de modernité, il ne s ‘agit ici de rien d’autre que de l’association classique de l’historicisme marxiste-léniniste, qui croit aux lois tendancielles des rapports économiques et sociaux, et du populisme gauchiste, qui exalte le peuple comme détenteur de la vérité. C’est le nouvel opium des intellectuels, dont le parfum ne vient plus de l ‘Est – Russie et Asie, mais du Sud – Moyen-Orient, Afrique et Amérique latine » (A.-G. Slama, Le Figaro, 30/01/2006). Être trop démocratique en voulant s’appuyer sur le peuple, c’est jouer contre la démocratie. C’est que le peuple, à l’inverse des élites, ne comprend pas bien l’importance des élections et n’est pas protégé grâce à une véritable compétence des tentations pour des solutions à courte vue et dangereuses : « Le Pen fait un tabac chez les couches populaires. Un quart des ouvriers qui sont allés voter ont voté pour Jean-Marie Le Pen. C ‘est le premier électorat ouvrier, mieux que Chirac et Jospin. En revanche c ‘est dans la catégorie des cadres supérieurs et des professions libérales que Le Pen fait ses plus mauvais scores… [Ceux qui votent FN] sont des gens qui sont en bas de l ‘échelle des revenus mais aussi de l ‘échelle des savoirs. Plus le niveau de culture est élevé, plus on est à l’abri d’un vote Le Pen » (P. Perrineau, Le Monde, 2002).

L’équation entre électorat populaire et démagogie frontiste s’est ainsi banalisée. Elle n’en soulève pas moins quelques paradoxes. Alors qu’il prétend être une catégorie d’analyse, le populisme est d’abord une injure politique. Les multiples commentaires indignés et inquiets qu’il autorise en témoignent : « croisés de la société fermée », « largués, paumés, incultes », « archaïques et rétrogrades » selon les jugements prononcés lors du référendum européen de 2004. Plus surprenant encore : alors qu’elle propose une nouvelle classification du FN bien plus floue et bien moins stigmatisante que les précédentes labellisations de fascisme ou d’extrême droite auxquelles elle se substitue, la désignation rend licites des verdicts d’une extrême violence contre les groupes populaires ayant apporté leur voix à ce parti. Le populisme ouvre sur un blâme du « peuple », tout en retenant la charge du discrédit contre l’organisation frontiste. Un blâme particulier dans lequel alternent cependant mépris et crainte. Les groupes populaires seraient en effet responsables de la survie politique d’une organisation indigne moralement et politiquement ; en même temps, ils auraient des excuses. Leur crédulité, liée à leur manque d’éducation, serait renforcée par la « crise sociale » qui aurait suscité chez eux une anomie et une insatisfaction politique nouvelle et durable les rendant disponibles pour les partis les plus extrêmes (exploitant leurs « malaises sociaux » contre la démocratie). On ne peut que s’étonner devant cette insistance générale à situer dans les classes populaires la source principale de la menace frontiste, à moins de voir en elle une forme de réassurance morale. Il est plus rassurant en effet (mais aussi plus économe scientifiquement et plus médiatiquement spectaculaire) d’affirmer que ce sont les individus ou les groupes les moins légitimes socialement qui se retrouvent dans le programme d’une organisation indigne moralement et politiquement, que de commencer une enquête sur les raisons toujours locales et hétérogènes d’un vote. On découvrirait pourtant

par exemple que dans le Sud Est existent un vote idéologiquement constitué pour l’extrême droite (depuis les années 1960 et Tixier-Vignacourt) et un « vote de villas » accompli par des retraités très aisés. De même s’apercevrait-on qu’en Alsace le vote FN l’emporte souvent dans des bourgs où les ouvriers sont aux abonnés absents.

On mesure l’ampleur de la redéfinition de la notion de populisme opérée en se reportant aux usages à la fois politiques et savants qui avaient cours avant que le mot ne devienne une catégorie dominante d’interprétation du parti frontiste. Le terme oscillait alors dans l’univers politique entre valorisation de la culture populaire (il existait ainsi des prix de littérature « populiste », des éloges pour le meilleur porte-parole «populiste ») et stigmatisation des élites cherchant à mobiliser le peuple contre ses propres intérêts ou contre ses principaux défenseurs et dans l’univers savant entre simple description d’une pratique ordinaire de mobilisation du plus grand nombre et qualification des régimes « hybrides » des années 1950-1960 venant tout juste d’accéder à l’indépendance. C’est dire que le mot a accompli une complète révolution. Changement de conjoncture politique et intellectuelle sans doute qui, d’abandons en revirements, invite à voir désormais dans le peuple (et les fractions les plus démunies) le principal problème à résoudre pour la démocratie et non plus une cause à défendre et dans « l’appel au peuple » une véritable anomalie mettant en péril l’ordre démocratique installé par les élites compétentes. Autre façon de réaffirmer la supériorité morale de ces dernières.

Voir également:

Le populisme : de la valorisation à la stigmatisation du populaire
Annie Collovald
p. 123-138
Reprise du no 42 de la revue Hermès, Peuple, populaire, populisme, 2005

La notion de « populisme* » a connu un bien étrange voyage qui lui a fait accomplir une totale révolution sur elle-même au point d’en changer complètement la signification et les enjeux intellectuels et politiques qu’elle recouvrait initialement. Valorisant hier le populaire, elle le stigmatise aujourd’hui. Rien n’en témoigne mieux que les usages savants et politiques actuels du « populisme du FN » qui s’imposent, en faisant oublier les autres définitions du populisme qui ont eu cours et l’existence de rapports du populaire au politique fort différents de celui mis désormais en exergue. Sous l’apparente filiation du mot dont l’histoire remonte à la fin du xixe siècle, des ruptures de signification et un renversement de perspective se sont ainsi opérés. Cette reconversion des points de vue signe alors pour les groupes populaires la perte du sens des causes qu’ils ont défendues et porte à méconnaître le rôle de « l’appel au peuple* » dans l’histoire sociale de la construction des démocraties.

Le « populisme du FN » : la disqualification du populaire

Le « populisme » occupe désormais une place prédominante dans les commentaires politiques et savants pour désigner le Front National et des phénomènes qui, à son instar, ont été longtemps pensés comme relevant de l’extrême droite. Depuis le début des années 1990, les articles, les ouvrages et les prises de position se sont multipliés pour présenter des enquêtes et des analyses de journalistes mais aussi d’historiens, de politologues, de philosophes sur la progression inquiétante du « virus populiste » (selon les mots de Libération, 17/05/02).

Les interprétations, presque toutes à l’identique, se focalisent sur les élections et les scores inattendus obtenus par des forces au « nationalisme rétrograde » emmenées par un leader « charismatique » pour mesurer le danger imminent qu’elles font peser sur la démocratie. Elles insistent, quels que soient les contextes historiques et nationaux, sur le ralliement massif des « exclus » et notamment des groupes populaires, les plus durement touchés par la « crise sociale », à des démagogues dont les talents de tribun savent gagner les plus crédules aux solutions simplistes et frustres qu’ils proposent. Comme l’affirme ainsi en 2002 le politologue Pascal Perrineau : « Le Pen fait un tabac chez les couches populaires. Un quart des ouvriers qui sont allés voter ont voté pour Jean-Marie Le Pen. C’est le premier électorat ouvrier, mieux que Chirac et Jospin. En revanche c’est dans la catégorie des cadres supérieurs et des professions libérales que Le Pen fait ses plus mauvais scores… [Ceux qui votent FN] sont des gens qui sont en bas de l’échelle des revenus mais aussi de l’échelle des savoirs. Plus le niveau de culture est élevé, plus on est à l’abri d’un vote Le Pen. » Le 25 avril 2002, une pleine page « Horizons » du Monde est consacrée aux « Enfants perdus de la classe ouvrière », à partir d’une enquête menée à « Calais, municipalité communiste, où le chef du FN est arrivé en tête et Robert Hue, cinquième ».

Les interprétations faisant du FN un « appel au peuple » rassemblant des « mécontents » séduits par le charisme de Jean-Marie Le Pen, la magie de son verbe et ses idées xénophobes et dressés contre les élites établies se sont ainsi banalisées. On a montré ailleurs (Collovald, 2004) qu’elles n’en soulevaient pas moins quelques paradoxes. Alors qu’il prétend être une catégorie d’analyse, le « populisme » est pourtant également une injure politique. Les multiples commentaires indignés et inquiets qu’il autorise en témoignent : « croisés de la société fermée » (Perrineau, 2001), « largués, paumés, incultes », « archaïques et rétrogrades » selon les jugements prononcés au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Déjà étonnamment double dans son statut, à la fois notion savante et insulte politique, la dénomination de « populisme » surprend encore autrement. Alors même qu’elle propose une nouvelle classification du FN bien plus floue et bien moins stigmatisante que les précédentes labellisations de fascisme ou d’extrême droite* auxquelles elle se substitue, la désignation rend licites des verdicts d’une extrême violence contre les groupes populaires ayant apporté leur voix à ce parti.

Le « populisme du FN » ouvre sur un blâme du « peuple », tout en retenant la charge du discrédit contre l’organisation frontiste. Un blâme particulier cependant dans lequel alternent mépris et crainte. Les groupes populaires seraient en effet responsables de la survie politique d’une organisation indigne moralement et politiquement ; en même temps, ils auraient des excuses. Leur crédulité, liée à leur manque d’éducation, serait renforcée par la crise sociale qui aurait suscité chez eux une anomie et une insatisfaction politique nouvelle et durable les rendant disponibles pour les partis les plus extrêmes (exploitant leurs « malaises sociaux » contre la démocratie). Pourtant une telle dénomination du FN et de telles interprétations ne se sont pas imposées d’emblée lors de l’apparition du parti frontiste en 1983. Leur évidence d’aujourd’hui a été progressivement construite au prix d’une réorientation des analyses originelles.

La construction d’une évidence

Lancée en 1984 par le philosophe politique Pierre-André Taguieff qui la réimportait des débats américains sur la « nouvelle droite »1, (Taguieff, 1985) la notion était alors un simple label du FN parmi d’autres (« national-capitalisme », « national-libéralisme ») ; elle insistait sur un aspect des idées et des valeurs nationalistes du parti frontiste destiné à distinguer la nouveauté de cette « droite radicale » du fascisme et des extrêmes droites passées. Ces autres étiquettes n’en étaient pas moins alors prédominantes dans le débat public. Elles avaient pour particularité d’attirer l’attention sur les dirigeants et militants frontistes (leur passé, leur carrière, leurs ressources politiques) et non sur les électeurs. Le déplacement opéré sur ces derniers n’est pas innocent pour la compréhension des conditions de réussite politique du FN. Celles-ci ne sont plus recherchées dans le capital politique collectif du parti, dans les pratiques militantes de ses représentants ou encore dans l’offre politique actuelle et la concurrence entre élites politiques, mais dans la seule relation nouée entre Jean-Marie Le Pen et ses troupes électorales et plus précisément encore dans les dispositions préalablement ajustées des électeurs aux thèses idéologiquement autoritaires portées par le FN.

En ce sens, l’explication se ferme et, en se simplifiant, se fait tautologique : seuls des électeurs illégitimes socialement peuvent se retrouver dans les idées illégitimes de ce parti. En exonérant d’emblée les élites sociales de tout penchant pour le FN puisque, protégées par leur diplôme et leur niveau de vie, elles sont insoupçonnables de toute crédulité pour des thèses « simplistes » et racistes, l’explication rejoue ainsi sur un plan apparemment descriptif (les résultats de sondages électoraux, (Mayer, 2002) l’idée de la supériorité morale des élites sociales.

Ce n’est que progressivement cependant que de telles constatations sont devenues possibles et plausibles. Successivement, en effet, différents scientifiques de l’analyse politique (historiens, politologues, intellectuels politiques) vont, pour des raisons tenant à leurs enjeux disciplinaires respectifs, s’emparer du terme et créer entre eux une situation d’échanges intellectuels et de reconnaissance croisée. La circulation de savoirs et de manières de penser la politique qui s’opère alors tend à valider à la fois l’existence du populisme du FN et le cadrage interprétatif qu’il convient d’adopter à son égard. Tous partagent, en effet, la même posture intellectuelle cherchant dans les « idées politiques » ou les « valeurs » proclamées et non dans les pratiques sociales et politiques, l’explication des comportements ou des phénomènes politiques. Tous acceptent également, comme grille de compréhension des luttes et des contestations politiques, le même présupposé du postulat démocratique qui veut que la légitimité en démocratie vienne « d’en bas », du « peuple », des élections. C’est pour cet ensemble de raisons que leurs analyses s’entremêlent et se confortent mutuellement.

Leurs points de vue se rejoignent sur un certain nombre de schèmes explicatifs contestables et contestés par les sociologues politiques et les historiens spécialisés dans la question du nazisme, mais qui regagnent un crédit scientifique à la faveur des interprétations populistes du FN. Il en est ainsi de l’explication des mobilisations électorales dont bénéficie le parti lepéniste par l’anomie et la frustration engendrée par la « crise sociale » et qui frapperait naturellement les plus démunis, principales victimes de la dégradation des conditions de vie. Ou encore de l’explication par l’adhésion naïve aux discours de Jean-Marie Le Pen dont les performances médiatiques de démagogue susciteraient l’engouement des moins « cultivés ».

Ces explications qui font presque consensus dans les mondes intellectuels, journalistiques et politiques, justifient et confortent la thèse hautement conservatrice de « l’ingouvernabilité des démocraties lorsqu’elles sont soumises à une surcharge de demandes populaires ». Inventée dans les années 1970 dans un rapport fourni à la Trilatérale et visant explicitement à lutter contes les « excès de démocratie » (grèves, manifestations, droits syndicaux, liberté d’opinion) (Hermet, 1986), cette thèse était restée confinée dans le huis clos des dirigeants. Elle ressurgit désormais sous des formes renouvelées dans les discours politiques soit pour affirmer que les responsables politiques ne peuvent répondre à toutes les « émotions populaires » (Lionel Jospin en 1997 face aux mobilisations des chômeurs) soit pour vanter la « démocratie pacifiée » (Jacques Chirac face au taux d’abstention record lors du référendum sur l’Europe). Ressurgit également la thèse de « l’autoritarisme des classes populaires » qui place d’emblée sous un signe négatif toutes les mobilisations populaires. Elles deviennent même « irrationnelles » en préférant des acteurs politiques hors système et non les partis de gouvernement (confortant la « crise de légitimité » politique supposée frapper et fragiliser la démocratie).

La révolution idéologique du « populisme »

On mesure l’ampleur de la redéfinition de la notion de « populisme » opérée en se reportant aux usages à la fois politiques et savants qui avaient cours avant que le mot ne devienne une catégorie dominante d’interprétation du parti frontiste. S’il a été longtemps absent du vocabulaire public de la polémique politique où étaient préférés des termes comme « démagogie » ou « poujadisme », le « populisme » n’en fonctionnait pas moins comme principe d’accusation dans les débats internes aux organisations de gauche voire d’extrême gauche où, selon la définition que Lénine lui avait conférée en son temps contre les intellectuels russes partis conquérir les masses paysannes, il dénonçait une stratégie dévoyée de mobilisation du peuple contre ses propres intérêts et contre ses principaux défenseurs.

Dans l’univers scientifique traitant de la vie politique, il était essentiellement cantonné dans des travaux anglo-saxons prévalant sur les pays en voie d’accession à la démocratie ou sur les États-Unis ; en France, on en trouvait des occurrences chez des spécialistes du monde communiste pour critiquer son rapport au peuple ou chez d’anciens spécialistes de l’histoire politique latino-américaine pour éreinter, sous ce même angle, la « droite populaire ». Si le mot stigmatisait, c’était moins pour insister sur la dangerosité d’une mobilisation politique « directe » du peuple que sur le danger que représentaient pour le peuple des prétentions à le défendre venues d’intellectuels ou d’hommes politiques ne faisant que projeter sur lui leurs propres aspirations et leurs propres intérêts. Le « populisme » avait pris ainsi une consistance scientifique surtout dans le secteur de la sociologie des intellectuels ou de la culture. Là aussi, la notion (et son versant conjoint, le misérabilisme) visait à montrer combien les écrits des intellectuels sur le peuple étaient des formes de rationalisations de leurs propres rapports au peuple et, qu’à ce titre, elles constituaient autant d’obstacles à un accès véritable à la culture populaire*. Le sociologue, en tant qu’intellectuel, devait s’obliger à se dépendre de ces visions schématiques qui hantaient son regard sur les groupes populaires.

Le passage sur la scène publique du « populisme » dans le milieu des années 1980 conserve cette première acception tout en mêlant dans une même dénonciation des représentants de la gauche et de la droite : Edith Cresson, Bernard Tapie, Jacques Chirac en ont chacun fait les frais. En était la cause leur « style » réputé mettre en avant leur personne et non les idées défendues, jouer contre les élites installées en flattant les peurs ou les instincts populaires sans en appeler aux capacités de réflexion des citoyens. Leur vocabulaire « cru » et « grossier » devenait le meilleur indicateur de la dégradation morale du jeu politique qu’ils impulsaient. En désignant maintenant le FN, le mot projette désormais les traits « vulgaires » et « dégradants » prêtés avant aux leaders « populistes » sur les groupes populaires réputés les suivre aveuglément. Cette projection naturalise dans le comportement des groupes populaires, ce qui auparavant était situé dans les rapports que les élites intellectuelles et politiques nouaient avec le peuple et souvent contre lui.

Elle trouve une illustration exemplaire dans « l’autoritarisme » prêté aux classes populaires et expliquant leurs rapports subjugués à J.-M. Le Pen alors que cette notion qualifiait précédemment un régime politique accaparé par une collégialité d’élites en concurrence entre elles. L’essentialisme qui en découle empêche alors de percevoir que le « populisme du FN » provient d’une définition importée de débats politiques très localisés idéologiquement aux États-Unis. La notion telle qu’elle est construite par P.-A. Taguieff2 et reprise par les autres savants français est directement issue des débats portant sur la « nouvelle droite américaine ». Le « populisme » se définit ici contre d’autres définitions en cours aux États-Unis tant dans l’univers savant qu’à gauche de l’échiquier politique. Il vise à donner une apparence populaire et d’éthique philanthropique à une entreprise néo-conservatrice sur le plan économique et politique, pour mieux la présenter comme révolutionnaire et déstabiliser les conservateurs jugés dépassés.

L’enjeu n’est pas, on le comprend, de bouleverser l’ordre établi au profit des groupes les plus démunis ; il est de le bouleverser au profit de ces nouveaux prétendants, au profil social décalé par rapport aux membres de la haute bourgeoisie qui tiennent les places fortes de l’économie et de la décision politique, et bien plus radicaux dans le libéralisme économique que l’ancienne élite néo-libérale. Faire du « populisme » pour cette avant-garde radicale ne consiste pas à valoriser le peuple, mais à se servir de lui pour conférer un semblant de légitimité sociale à une cause qui lui est étrangère. C’est dire combien les usages actuels de « populisme » brouillent idéologiquement l’histoire politique de la notion. Elle brouille également l’enjeu politique qu’a constitué initialement « l’appel au peuple ».

L’appel au peuple : une émancipation politique

Il faut d’abord réfuter l’idée couramment admise aujourd’hui que le populisme s’applique aussi bien à gauche qu’à droite de l’espace politique (venant accréditer l’idée que le clivage droite/gauche est obsolète pour comprendre les phénomènes politiques nouveaux). Les seules expériences historiques ayant ouvertement revendiqué le label populiste et ouvertement combattu en son nom sont apparues au xixe siècle et ont été promues soit par des intellectuels russes soit par les petits fermiers et ouvriers agricoles américains du People’s Party. Or ces premières incarnations du populisme, d’une part, possédaient une idéologie et une idéologie se voulant progressiste, clairement articulée, cherchant à modifier des situations jugées profondément inégalitaires et injustes et à promouvoir la « cause du peuple » dans un système politique qui l’opprimait ; d’autre part, elles ne jouaient pas sur le charisme d’un leader (Zinn, 2002), mais pratiquaient la mobilisation collective des groupes situés du mauvais côté des rapports de force sociaux et politiques. En clair, « l’appel au peuple » était à la fois une pratique de mobilisation des groupes défavorisés par le système de domination sociale et politique existant et une entreprise (qu’on la juge rétrospectivement erronée, faillie ou illusoire peu importe ici) entendant donner une voix politique à ceux qui n’en avaient pas.

L’appel au peuple était alors une stratégie visant à donner position, autorité et dignité à des groupes sociaux exclus de toute représentation politique et, avec eux, à faire entendre les causes sociales et politiques qu’ils défendaient et desquelles se désintéressaient ceux qui monopolisaient les postes de pouvoir. Sous cet angle, les « populistes » d’alors, ceux qui « font appel au peuple », ont des positions de gauche remettant en cause le conservatisme dominant. Il en est de même en France où les premiers à tenter de mobiliser les groupes relégués aux marges de l’espace social et politique sont les organisations ouvrières socialisantes. Ce qui était ainsi en jeu c’était une transformation du mode de domination politique reposant sur l’émancipation sociale et politique des groupes populaires.

Retournant l’illégitimité sociale en source de légitimation politique, ces entreprises posaient la représentativité sociale en fondement du droit à intervenir en politique, promouvaient, sélectionnaient, formaient, encadraient les membres de la classe ouvrière pour en faire de nouvelles élites politiques3 (Pudal, 1988). En oubliant cet enjeu politique de démocratisation du jeu politique, se trouvent également oubliées les réactions politiques qu’il a suscitées. Pourtant les contre-offensives des conservateurs ont été nombreuses. Surtout, elles ont contribué, comme l’ont montré S. Barrows (1990) et A. Hirschman (1991) à transformer en pathologie et en menace (les « foules hystériques et criminelles ») ces mouvements voulant rendre la démocratie du moment plus démocratique qu’elle ne l’était : voulant en quelque sorte la « peupler » alors qu’elle était réservée à une étroite élite sociale, et la conformer ainsi aux idéaux professés. La stigmatisation du populaire aujourd’hui via le « populisme du FN » ne serait-elle pas le signe d’une nouvelle conjoncture intellectuelle et politique dans laquelle les élites politiques d’aujourd’hui (et leurs auxiliaires et conseillers) ne voient plus dans les groupes populaires une cause à défendre, mais un « peuple sans classe » devenu un problème à résoudre ?

Références bibliographiques

Barrows, S., Miroirs déformants. Réflexions sur la foule en France à la fin du xixe siècle, Paris, Aubier, 1990.

Collovald, A., Le « Populisme du FN » : un dangereux contresens, Broissieux, Ed. du Croquant, 2004.

Hermet, G., Sociologie de la construction démocratique, Paris, Economica, 1986.

Hirschman, A. O., Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Paris, Fayard, 1991.

Mayer, N., Ces Français qui votent Le Pen, Paris, Flammarion, 2002.

Perrineau, P. (dir.), Les Croisés de la société fermée, Paris, Ed. de l’Aube, 2001.

Pudal, B., Prendre parti, Paris, Presses de Science Po, 1989.

Zinn, H., Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Marseille, Agone, 2002.
DOI : 10.3917/agon.zinn.2002.01

Notes

1 Taguieff, P.-A., « Les droites radicales en France », Les Temps modernes, 465, 1985.

2 Taguieff, P.-A., « Le populisme et la science politique. Du mirage conceptuel aux vrais problèmes », Vingtième siècle, 56, 1997, p. 4-33.

3 Voir aussi Offerlé, M., « Illégitimité et légitimation du personnel ouvrier en France avant 1914 », Annales ESC, 4, juillet-août 1984, p. 681-716.


Antisémitisme: Quel nouveau Protocole des sages de Sion ? (Guess how many times the word ‘terrorism’ is mentioned in all these reports and petitions on Israel’s supposed apartheid ?)

25 août, 2021

Fichier:La difesa della razza; Protocolli dei Savi di Sion.jpg — WikipédiaFrance - L'enseignante à la pancarte antisémite reste en garde à vue - Le Matin
Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York Times
President Biden Welcomes WNBA Champions Seattle Storm To The White House

Jews busters ! Who you gonna blame ? (D’après un refrain très connu)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Le sionisme mondial et les puissances impérialistes tentent, à travers des plans bien établis et une stratégie intelligente, d’éliminer un État arabe après l’autre du cercle de la lutte contre le sionisme pour qu’en fin de compte, il ne reste plus que les Palestiniens à combattre. L’Égypte a été éliminée à travers les accords traîtres de Camp David. Ils essayent d’attirer d’autres pays arabes de la même manière. Le Mouvement de la Résistance Islamique appelle les nations arabes et islamiques à adopter une politique sérieuse et à persévérer dans leur action afin d’empêcher l’application du plan horrible de les éloigner du cercle de la lutte contre le sionisme. Aujourd’hui, c’est la Palestine, demain cela pourrait être un autre pays arabe. Le plan sioniste n’a pas de limites. Après la Palestine, les sionistes veulent accaparer la terre, du Nil à l’Euphrate. Quand ils auront digéré la région conquise, ils aspireront à d’autres conquêtes. Leur plan est contenu dans ‘Le Protocole des Sages de Sion’. Charte du Hamas (article 22)
Le retrait militaire soudain des États-Unis inquiète certainement les Irakiens car ils vivent et assistent à une montée de l’impunité des milices qui appellent constamment au retrait des troupes américaines. (…) «La position locale envers un retrait militaire américain a toujours été divisée en fonction de l’expérience géographique de telle ou telle communauté. Cependant, la plupart des communautés en Irak aujourd’hui considèrent qu’un retrait américain pourrait se traduire par un environnement plus violent malgré leur hostilité envers le rôle militaire de Washington dans le pays. Zeidon Alkinani
[Les contextes irakien et afghan] sont comparables en termes d’impact des agendas régionaux sur la politique intérieure. Le rôle que la direction pour le renseignement inter-services pakistanais a joué dans le soutien aux talibans est très similaire au rôle du Corps des gardiens de la révolution iranienne en Irak avec le Hachd el-Chaabi et d’autres milices redevables à l’Iran. (…) La principale question débattue par rapport à un éventuel retrait américain – s’il devait se produire – est l’augmentation du pouvoir des milices liées à l’Iran aux dépens des institutions de l’État. Randa Slim (Middle East Institute)
Le nouvel antisémitisme s’est répandu dans la société et l’incident avec Alain Finkielkraut en est une illustration mais qui n’est pas représentative des « gilets jaunes ». La technique d’invisibilisation et de délégitimisation des classes populaires remonte aux années quatre-vingt, quand la gauche a abandonné la question sociale. La vieille technique de l’antiracisme et de l’antifascisme est devenue une arme de classe : on se protège en délégitimant le diagnostic des gens d’en bas. Il y a autant de racistes, d’antisémites et d’homophobes dans le monde d’en haut sauf qu’ils sont beaucoup plus discrets. L’antisémitisme de gauche, appelé antisionisme, est culturellement très puissant. Ce n’est pas le monde d’en bas qui contourne la carte scolaire à Paris et qui déscolarise ses enfants des collèges à majorité d’immigrés. Ce sont des bons bobos parisiens de gauche. Christophe Guilluy
Leur conduite actuelle est la preuve de ce que nous avançons[L’hypothèse d’une fraude importante appliquée à quelques états clés le jour du scrutin aux Etats-Unis est-elle crédible ?]. Mon intime conviction me dit que oui. Il y a, à mes yeux, trop d’indices concordants pour permettre à la ‘meute médiatique’ occidentale, dont nous savons qui la contrôle, de me convaincre du contraire. (…) Vous savez bien qui contrôle la meute médiatique dans le monde et en France. Qui contrôle le Washington Post, le New York Times, chez nous BFMTV et tous les journaux qui viennent se grouper autour, qui sont ces gens… ? (…) C’est la communauté que vous connaissez bien. Dominique Delawarde
Ils ont beaucoup de ressentiment par rapport aux blancs, ils ont un mauvais fond, ils nous considèrent comme des bêtes, c’est écrit dans le Talmud et ils veulent absolument nous métisser avec des [mot bipé] inférieurs intrinsèquement.Il aurait mieux valu qu’ils n’existent pas. Manifestante anti vaccins
Le gouvernement israélien a démontré son intention de maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et les territoires palestiniens occupés. Cette intention s’est accompagnée d’une oppression systématique des Palestiniens et d’actes inhumains commis à leur encontre. Lorsque ces trois éléments se produisent ensemble, ils constituent le crime d’apartheid. Human Rights Watch
On est dans un moment qui me fait penser à l’époque de l’affaire Dreyfus. Il y a eu quelques années où l’on a vu ça : les anti-républicains des deux rives, de droite et de gauche, unis contre les parlementaires, les journalistes et en fin de compte contre les juifs. Ça a duré quelques années et puis la France s’est ressaisie. Cette violence contre les journalistes, contre les policiers, contre la représentation nationale, a commencé dès les premiers actes de ce mouvement. La violence contre les juifs, les slogans antisémites sont comme le terme de ce mouvement, l’aboutissement de cette distillation. On commence par le référendum d’initiative citoyenne et on finit par l’antisémitisme. On commence avec Rousseau et on finit avec Doriot. Ce ne sont pas les marges ça, c’est le cœur du mouvement ! On ne peut pas dire que le mouvement des ‘gilets jaunes’ est intrinsèquement antisémite. Bien sûr que non. Mais ça veut dire en revanche qu’il serait temps que ceux qui restent des ‘gilets jaunes’ se manifestent fortement pour dire ‘pas en notre nom’. Bernard-Henri Lévy
Trump en a rêvé. Mais c’est Biden qui l’aura fait. Et les historiens n’ont pas fini de s’interroger sur ce qui a bien pu pousser le 46 e président des États-Unis à pareille forfaiture. Est-ce naïveté de politicien qui n’a le sens ni de l’Histoire ni du Tragique et a cru sur parole les talibans nous assurant, à Doha, de leurs intentions pacifiques ? Cynisme d’un président qui pense déjà à sa réélection et flatte les rednecks, blue-collar workers et autres deplorable qui, dans le Kansas ou l’Ohio, sont las des prétendues ‘guerres sans fin’ ? Bernard-Henri Lévy
Un régiment d’intellectuels et d’artistes vient, dans « Libération », de publier une tribune dénonçant l’« apartheid » que fait régner Israël sur le territoire de la « Palestine historique » – c’est-à-dire Israël plus les « territoires palestiniens ». En rappelant que « l’apartheid est un crime ». Il y a Edgar Morin dedans. Sa compétence n’est plus à démontrer. Alors là, je dis bravo. (…) Et en effet, ça crève les yeux, le crime se commet tous les jours, au su et au vu de tous. On en a la gorge serrée, croyez-moi. L’Afrique du Sud en 1960, le Mississipi en 1930, à côté de ça ? Bluettes, contes pour enfants. Jugez-en. Des familles palestiniennes et juives côte à côte sur les plages de Tel Aviv, c’est de l’apartheid. Juifs, druzes, coptes, maronites, catholiques, chiites, sunnites se croisant dans les rues de Jérusalem, c’est de l’apartheid. Les Palestiniens, même non israéliens, soignés dans les hôpitaux juifs, c’est de l’apartheid. Les jeunes filles musulmanes voilées dans les universités israéliennes, c’est de l’apartheid. Les députés arabes musulmans israéliens, c’est de l’apartheid. Les deux millions de citoyens arabes israéliens, c’est de l’apartheid. Les journaux arabes israéliens, c’est de l’apartheid. Les organisations d’aide aux Palestiniens qui ont leur siège en Israël, c’est de l’apartheid. Les milliers de Palestiniens qui viennent travailler en Israël, c’est de l’apartheid. Les Druzes et les Arabes dans l’armée israélienne, c’est de l’apartheid. La liberté de penser, d’écrire, de critiquer, de voter, c’est de l’apartheid. La liberté des femmes, c’est de l’apartheid. Les terroristes palestiniens arrêtés mais jamais exécutés, faute de peine de mort, c’est de l’apartheid. Cinq millions de juifs tentant de survivre au beau milieu de dizaines de millions d’Arabes qui veulent leur anéantissement, c’est de l’apartheid. Une partie des territoires de Cisjordanie est occupée par l’armée israélienne. Les sionistes vous diront que cela fait suite à plusieurs guerres, toutes déclarées, et toutes perdues par les états arabes, dans le but proclamé de détruire Israël.  Ne croyez pas les sionistes. Ils sont fourbes.  Vous les reconnaîtrez à leur nez crochu. L’occupation, c’est donc bien de l’apartheid.  Comme je le disais récemment au roi du Maroc, au premier secrétaire du parti communiste chinois, au premier ministre indien, au premier ministre turc, au premier ministre russe, l’occupation du Sahara occidental, du Tibet, du Cachemire, de l’Arménie, du Kurdistan, de la Tchétchénie, les gars, c’est de l’apartheid.  En revanche, autour d’Israël, pas d’apartheid. Pas une ombre, pas ça. D’accord, ce sont soit des dictatures militaires sanglantes, soit des théocraties cruelles, mais rien à voir avec de l’apartheid. Ils ont d’ailleurs trouvé une excellente solution pour remédier à l’apartheid. Une solution finale, en quelque sorte. Des Juifs, ils n’en ont plus. Comme ça, pas d’apartheid.  Si jamais, toutefois, un reliquat de juif tente de raser les murs au Caire ou à Bagdad, ses chances de survie sont proches du zéro absolu. Mais ça n’est pas de l’apartheid. Deux millions de musulmans citoyens en Israël, disions-nous, c’est de l’apartheid. En revanche, attention, soyons précis sur les notions, pas un Juif dans les rues de Ramallah ou de Naplouse, ça n’est pas du tout de l’apartheid. Et si on trouve des groupes de juifs en Cisjordanie, c’est illégal, ça s’appelle des colonies. D’ailleurs le sort des Coptes et en général des chrétiens dans les pays musulmans ça n’est pas de l’apartheid. Une chrétienne arrêtée, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu (et donc souillé) de l’eau réservée aux musulmans, ça n’est pas de l’apartheid. L’interdiction de toute religion autre que l’Islam en Arabie saoudite, ça n’est pas de l’apartheid. Voilà, je pense que les choses sont claires désormais sur ce qu’est l’apartheid. J’aime bien quand les intellectuels éclairent le monde. Pierre Jourde
Jusqu’ici, l’analogie avec l’apartheid avait plutôt valeur d’avertissement, notamment dans le débat public en Israël. Il s’agissait de mettre en garde la classe politique et l’opinion publique des conséquences liées au maintien du statu quo dans les territoires, susceptible à long terme de créer une situation à la sud-africaine si la majorité israélienne venait à se transformer en minorité du fait des tendances démographiques lourdes, exerçant dès lors son autorité dans les territoires occupés sur une majorité palestinienne exclue du suffrage universel. Aujourd’hui, l’identification d’Israël à l’apartheid prend un tout autre sens : elle n’est plus de l’ordre d’une projection future, mais considérée comme une réalité en action sur le terrain. L’apartheid n’est plus tant associé à l’exemple historique de l’Afrique du Sud qu’à la définition établie par le droit international en vertu de laquelle l’apartheid est la discrimination systématique d’un groupe ethnique par un autre. La seconde innovation dans l’application de la notion d’apartheid à Israël, c’est qu’elle ne s’applique plus seulement au régime exercé par l’autorité militaire dans les territoires occupés.  (…) Cette différence de nature entre Israël dans les lignes de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne est niée tant par les signataires du manifeste que par les défenseurs inconditionnels de la droite israélienne – drôle d’alliance, on en conviendra. Pour les uns et les autres, la ligne verte de 1967 n’existe plus et ne doit plus être ressuscitée. Les premiers en tirent gloire, les seconds en tirent la conclusion que l’apartheid n’est plus seulement institutionnalisé en Cisjordanie, voire à Jérusalem-est, mais bien de la Méditerranée au Jourdain. Le recours à l’apartheid n’est donc plus une pente glissante dangereuse dont il faut alerter à temps les citoyens israéliens pour que la situation grave en soi ne devienne pas désespérée ; l’apartheid est bien là, pas seulement hors-les murs en Cisjordanie, mais dans le sanctuaire même d’Israël, puisque la distinction entre les deux n’a plus cours. Enfin, il est une troisième innovation qui vaut changement de paradigme et constitue l’enjeu de cette nouvelle démarche : balayer l’option de deux Etats pour deux peuples afin qu’il ne reste plus que la solution d’un seul Etat. La référence à l’Afrique du Sud tend, en effet, à supplanter la référence au colonialisme, hégémonique autrefois dans le discours, même si les mots de «colons» et de «colonies» restent encore ça et là en usage. On comprend maintenant les raisons de ce grand remplacement : lorsqu’il y a colonialisme et colonisation, qui est aussi un système de domination exercé par un groupe ethnique sur un autre, il y a comme issue la décolonisation. Celle-ci consiste pour l’Etat colonisateur à se retirer définitivement du territoire contesté pour ne plus avoir à contrôler la population dominée jusque-là afin qu’elle puisse, à son tour, être libre et incarner à elle-même le suffrage universel. Israël, hors territoires occupés, n’est pas l’Afrique du Sud et l’analogie n’est rien moins qu’un amalgame qui balaie tout ce qui ne colle pas à leur démonstration. Ainsi, démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs. De plus, l’apartheid en Afrique du Sud était fondé sur une doctrine de la supériorité de la race blanche débouchant sur une séparation institutionnelle qui réservait aux Blancs tous les privilèges. La discrimination indéniable institutionnalisée sous des régimes divers en Cisjordanie et à Jérusalem-est procède d’une occupation militaire. Si elle résultait d’une discrimination raciale, comment expliquer alors qu’elle ne s’applique pas aux deux millions de Palestiniens détenteurs de la citoyenneté israélienne ? Cette distinction ne signifie guère que la condition arabe en Israël est équivalente sur le plan sociologique à la condition juive, mais la démocratie, foin de toute idéalisation lyrique, est précisément la constitution d’un espace politique dans lequel tous les acteurs sociaux et politiques peuvent s’organiser pour prendre leur part à la distribution de ressources symboliques et matérielles. A cet égard, l’année 2021 restera marquée par une révolution politique que nos signataires se sont bien gardés de mentionner, à savoir l’entrée dans une coalition de gouvernement d’un parti arabe (islamique de surcroît), outre l’alternance démocratique qui a permis la mise en place d’un gouvernement inédit qui réunit la gauche, le centre, la droite et ce parti arabe conservateur. Coalition typique d’un régime d’apartheid, n’est-ce pas ? Il est une autre différence entre Afrique du Sud et Palestine et que négligent nos auteurs : si en un siècle de lutte les Palestiniens ont bien obtenu un acquis, c’est bien leur droit à l’autodétermination, reconnu dans la résolution 181 de l’ONU (le fameux plan de partage de la Palestine en deux Etats), puis repris dans les accords de Camp David en 1978 et la Déclaration de principes d’Oslo en 1993. Ce droit à l’autodétermination, les Noirs d’Afrique du Sud ne l’ont pas réclamé et la communauté internationale ne l’a pas revendiqué à leur place ; il en va de même pour les catholiques d’Irlande du Nord et les musulmans bosniaques. Obsédés par le souci que le nom d’Israël ne soit plus qu’un vestige, les auteurs font passer à la trappe la revendication palestinienne d’un Etat de Palestine pour la diluer dans un ensemble binational. Certes, le droit à l’autodétermination peut ne pas prendre la forme d’un Etat-nation. Mais au nom de quelle autorité morale ou politique, et avec quel aplomb, s’autorise-t-on à ôter aux Israéliens et aux Palestiniens le droit de décider ce qu’ils entendent faire de leur droit à l’autodétermination qu’ils ont conquis de haute lutte ? Denis Charbit
It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime. The Guardian
In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance. Ben Dror-Yemini
The 213-page report claims that, as the Israeli government constitutes a “single authority” exercising control “over the area between the Jordan River and the Mediterranean Sea” and seeks to maintain Jewish “domination” over Palestinians and its own Arab population, the term “apartheid” is an apt description. But that’s not what apartheid means at all. Put simply, apartheid is a policy or system of segregation or discrimination on the grounds of race. Or as the Merriam-Webster dictionary defines it: racial segregation specifically: a former policy of segregation and political, social, and economic discrimination against the nonwhite majority in the Republic of South Africa”. Now compare that description to Israel’s relationship with the Palestinians. Since the Oslo Accords were signed in the 1990s, most Palestinians are governed by the Palestinian Authority. This body was set up with international encouragement, and the Palestinians willingly agreed to adopt a system in which they gained partial autonomy while granting Israel overall security control. Given the many wars Israel had faced in the decades previously — and since — this arrangement made eminent sense as a stepping stone along the road to a more permanent solution. Nevertheless, the HRW report slams Israel — essentially for keeping its citizens safe. “The Israeli government has demonstrated an intent to maintain the domination of Jewish Israelis over Palestinians across Israel and the occupied Palestinian territory,” the report charges. “That intent has been coupled with systematic oppression of Palestinians and inhumane acts committed against them. When these three elements occur together, they amount to the crime of apartheid.” The lengthy report makes only passing reference to the ongoing threats faced by Israel, by focusing on Israel’s response to the numerous Gaza-based terror groups which periodically fire hundreds of rockets into Israeli territory. It completely overlooks the threat posed by Iranian-backed Hezbollah, located primarily in Lebanon and Syria. A quick search of the report for words like “terror” and “rocket” shows that HRW totally fails to describe Palestinian terrorist actions against Israel. In addition, the report totally fails to take into account the longstanding enmity between Hamas, the terror group which rules the coastal territory, and Fatah, which rules the Palestinian population of the West Bank, and what that means for peace negotiations with the Jewish state. Instead, the reports casts Israel as solely responsible for the lack of a resolution to the decades-old conflict, and characterizes its desire to keep the lid on violent Arab uprisings as “apartheid” — a stunning inversion of reality. Why, at the very least, are journalists not asking HRW how Israel’s basic security needs can be met? It is not the first time that the NGO takes a jab at Israel. The particular researcher who compiled the report, Omar Shakir, was forced to leave Israel in November 2019 after his work visa was not renewed due to his support of the controversial Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) movement. Nevertheless, the vast majority of news reports have failed to document either of these important facts. For over a decade, Shakir has fought a campaign denying Israel’s right to exist and smearing the Jewish state with the kind of barbs more typically heard in the cesspit of online discussion. On various occasions, he has stated that Israel has “effectively turned Gaza into an open-air prison.” Moreover, Shakir was involved in compiling a discriminatory UN database of businesses operating across the 1949 Armistice line, aimed at bolstering BDS campaigns against Israel. Consequently, the report largely recycled existing materials from known anti-Israel organizations, without engaging in independent investigative work. As Israeli columnist Ben Dror-Yemini notes: In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance.” This is not the first time in recent memory that Israel has faced such claims. In January this year, Israeli organization B’Tselem made exactly the same case, as it took the dramatic step of publishing an op-ed in The Guardian, and sending press releases to numerous newspapers around the world, accusing Israel of “apartheid.” Just like today, news organizations worldwide gave prominent coverage to the report claiming that Israel is no longer a democracy but an “apartheid regime” devoted to cementing the supremacy of Jews over Palestinians. By uncritically portraying this group as a leading proponent of human rights, the media effectively facilitated the hijacking of the word “apartheid” by anti-Israeli activists whose goal is to foster doubt about Israel’s right to live in peace within secure borders. In January, even the usually stridently anti-Israel The Guardian was taken aback, with a subsequent editorial published, admitting “It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime.” But a few months later, when exactly the same claim resurfaced, the Guardian, amongst others, just couldn’t resist helping spread the baseless libel. As ever, the failure of journalists to do their job and ask tough questions of Israel’s detractors means that the truth is the first casualty of HRW’s ongoing war against the Jewish State. Emmanuel Miller
Cherchez l’erreur  !
A l’heure où après s’être agenouillé pendant des mois devant les émeutiers de Black Lives Matter et des définanceurs de la police …
Qui avaient tant contribué à son élection volée
Le Génuflexeur en chef de la Maison blanche met à nouveau genou à terre devant une équipe de basket ball féminine américaine
Pendant qu’à Kaboul devant la barabarie talibane et peut-être à nouveau à Bagdad, il retire ses forces armées
Devinez …
Dans la nouvelle épidémie de rapports, pétitions, tribunes et même parfois contre-tribunes sur le prétendu ‘apartheid’ israélien …
Qui comme une énième resucée du tristement célèbre faux tsariste dit des Protocole des sages de Sion
Ou nouvelle version intellectuelle des slogans ou pancartes que nos médias dénoncent régulièrement de la part de nos gilets jaunes ou des anti-vaccins
Ou de nos chères têtes blondes des banlieues et quartiers dit sensibles
Vient, sur fond d’épidémie mondiale que l’on sait (surprise !), de repartir cet été …
Combien de fois est mentionné le mot ‘terrorisme » ?

« Apartheid », par Pierre Jourde

CHRONIQUE LIBRE. Écrivain, professeur d’université et critique littéraire, Pierre Jourde se pose ici quelques questions.

La tribune signée par des intellectuels et des artistes est un exercice classique dans la vie intellectuelle (et politique). On ne les compte plus.

Moi-même, j’en signe.

Ça me rassure : je vérifie ainsi que je suis bien un intellectuel (et un artiste).

Et que je continue à m’intéresser au monde.

Certaines sont plus pertinentes que d’autres, certes.

Vous vous souvenez certainement de cette tribune qui, à l’initiative d’Annie Ernaux, a permis de débusquer de son trou le nazi Richard Millet (alias M le maudit). Ce fut un lynchage organisé. L’abject individu en a d’ailleurs perdu son emploi.

Bien fait pour lui.

Pour une fois qu’une tribune est efficace, il y a de quoi se réjouir !

Et puis j’aime bien les comités d’épuration, ils aident à rendre la justice.

La même Ernaux a d’ailleurs appelé depuis au boycott d’Israël.

Ce qui me fournit une excellente transition.

Car, avec la même pertinence, un régiment d’intellectuels et d’artistes vient, dans « Libération », de publier une tribune dénonçant l’« apartheid » que fait régner Israël sur le territoire de la « Palestine historique » – c’est-à-dire Israël plus les « territoires palestiniens ». En rappelant que « l’apartheid est un crime ».

Il y a Edgar Morin dedans.

Sa compétence n’est plus à démontrer.

Alors là, je dis bravo.

Je suis d’autant plus heureux que je connais bien Israël, pour y avoir effectué plusieurs missions (conférences et inspection de centre de recherches) au cours desquels j’ai traversé les territoires palestiniens, le Néguev, et tout ça.

Et en effet, ça crève les yeux, le crime se commet tous les jours, au su et au vu de tous.

On en a la gorge serrée, croyez-moi.

L’Afrique du Sud en 1960, le Mississipi en 1930, à côté de ça ? Bluettes, contes pour enfants.

Jugez-en.

Des familles palestiniennes et juives côte à côte sur les plages de Tel Aviv, c’est de l’apartheid.

Juifs, druzes, coptes, maronites, catholiques, chiites, sunnites se croisant dans les rues de Jérusalem, c’est de l’apartheid.

Les Palestiniens, même non israéliens, soignés dans les hôpitaux juifs, c’est de l’apartheid.

Les jeunes filles musulmanes voilées dans les universités israéliennes, c’est de l’apartheid.

Les députés arabes musulmans israéliens, c’est de l’apartheid.

Les deux millions de citoyens arabes israéliens, c’est de l’apartheid.

Les journaux arabes israéliens, c’est de l’apartheid.

Les organisations d’aide aux Palestiniens qui ont leur siège en Israël, c’est de l’apartheid.

Les milliers de Palestiniens qui viennent travailler en Israël, c’est de l’apartheid.

Les Druzes et les Arabes dans l’armée israélienne, c’est de l’apartheid.

La liberté de penser, d’écrire, de critiquer, de voter, c’est de l’apartheid.

La liberté des femmes, c’est de l’apartheid.

Les terroristes palestiniens arrêtés mais jamais exécutés, faute de peine de mort, c’est de l’apartheid.

Cinq millions de juifs tentant de survivre au beau milieu de dizaines de millions d’Arabes qui veulent leur anéantissement, c’est de l’apartheid.

Une partie des territoires de Cisjordanie est occupée par l’armée israélienne.

Les sionistes vous diront que cela fait suite à plusieurs guerres, toutes déclarées, et toutes perdues par les états arabes, dans le but proclamé de détruire Israël.

Ne croyez pas les sionistes.

Ils sont fourbes.

Vous les reconnaîtrez à leur nez crochu.

L’occupation, c’est donc bien de l’apartheid.

Comme je le disais récemment au roi du Maroc, au premier secrétaire du parti communiste chinois, au premier ministre indien, au premier ministre turc, au premier ministre russe, l’occupation du Sahara occidental, du Tibet, du Cachemire, de l’Arménie, du Kurdistan, de la Tchétchénie, les gars, c’est de l’apartheid.

En revanche, autour d’Israël, pas d’apartheid. Pas une ombre, pas ça.

D’accord, ce sont soit des dictatures militaires sanglantes, soit des théocraties cruelles, mais rien à voir avec de l’apartheid.

Ils ont d’ailleurs trouvé une excellente solution pour remédier à l’apartheid. Une solution finale, en quelque sorte. Des Juifs, ils n’en ont plus. Comme ça, pas d’apartheid.

Si jamais, toutefois, un reliquat de juif tente de raser les murs au Caire ou à Bagdad, ses chances de survie sont proches du zéro absolu. Mais ça n’est pas de l’apartheid.

Deux millions de musulmans citoyens en Israël, disions-nous, c’est de l’apartheid. En revanche, attention, soyons précis sur les notions, pas un Juif dans les rues de Ramallah ou de Naplouse, ça n’est pas du tout de l’apartheid. Et si on trouve des groupes de juifs en Cisjordanie, c’est illégal, ça s’appelle des colonies.

D’ailleurs le sort des Coptes et en général des chrétiens dans les pays musulmans ça n’est pas de l’apartheid.

Une chrétienne arrêtée, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu (et donc souillé) de l’eau réservée aux musulmans, ça n’est pas de l’apartheid.

L’interdiction de toute religion autre que l’Islam en Arabie saoudite, ça n’est pas de l’apartheid.

Voilà, je pense que les choses sont claires désormais sur ce qu’est l’apartheid.

J’aime bien quand les intellectuels éclairent le monde.

Voir aussi:

Israël-apartheid : le contre-sens d’une analogie
Après la publication d’une tribune appelant à faire d’Israël un Etat-apartheid, le professeur de science politique Denis Charbit fait valoir le droit à distinguer l’Etat hébreu dans les frontières de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne.
Denis Charbit, professeur de science politique à l’Open University of Israël
Libération
1er août 2021

Plus de six cents universitaires et artistes ont publié un appel à la communauté internationale pour qu’avant la fin de l’année 2021, Israël soit décrété Etat-apartheid. L’accusation n’est pas récente dans la polémique autour du conflit, mais un tournant a été pris dans la foulée du rapport publié au mois de janvier par l’organisation israélienne des droits de l’homme dans les territoires occupés, B’Tselem, et dont on ne dira jamais assez la mission courageuse et salutaire qu’elle remplit, même si je ne la suis guère dans ce nouveau discours qu’ont repris à leur compte le rapport d’Human Rights Watch et le manifeste en question. Attaché à l’existence de mon pays, je ne peux prétendre avoir le point de vue de Sirius sur la question et il m’est difficile de dissimuler mon trouble devant des accusations de cet ordre. Mais las de ces polémiques qui tournent au dialogue de sourds et consistent, de part et d’autre, à se disputer le monopole de l’indignation et de l’anathème, au moins peut-on s’interroger sur la pertinence de la qualification d’apartheid et son utilité politique dans le contexte actuel.

Jusqu’ici, l’analogie avec l’apartheid avait plutôt valeur d’avertissement, notamment dans le débat public en Israël. Il s’agissait de mettre en garde la classe politique et l’opinion publique des conséquences liées au maintien du statu quo dans les territoires, susceptible à long terme de créer une situation à la sud-africaine si la majorité israélienne venait à se transformer en minorité du fait des tendances démographiques lourdes, exerçant dès lors son autorité dans les territoires occupés sur une majorité palestinienne exclue du suffrage universel. Aujourd’hui, l’identification d’Israël à l’apartheid prend un tout autre sens : elle n’est plus de l’ordre d’une projection future, mais considérée comme une réalité en action sur le terrain. L’apartheid n’est plus tant associé à l’exemple historique de l’Afrique du Sud qu’à la définition établie par le droit international en vertu de laquelle l’apartheid est la discrimination systématique d’un groupe ethnique par un autre.

Démocratie VS régime d’occupation

La seconde innovation dans l’application de la notion d’apartheid à Israël, c’est qu’elle ne s’applique plus seulement au régime exercé par l’autorité militaire dans les territoires occupés. La distinction spatiale est purement et simplement abolie. Qu’importe si Israël répond ou non aux critères nécessaires et suffisants d’une démocratie dans les frontières de 1967, les auteurs leur substituent un critère normatif et moralisateur : le label démocratique ne peut être attribué à un Etat qui en respecte les principes sur son territoire, mais y passe outre en territoire occupé.

Que la coexistence d’un régime démocratique et d’un régime d’occupation militaire soit problématique, que cette démocratie interne soit menacée par cette excroissance qui la mine, on en convient sans difficulté. Cependant, là où il y a suffrage universel, égalité devant la loi et indépendance de la justice, contrôle de l’exécutif, il y a démocratie, pas apartheid. Si l’on suit la logique des signataires, il faudrait considérer, par exemple, que la France de la IIIe et de IVe République n’était ni une démocratie ni une République, puisqu’elle était, hors de l’Hexagone, coloniale. Qu’importe le suffrage universel, les lois sur la liberté de la presse, l’école laïque, la réhabilitation de Dreyfus ou les mesures sociales du Front populaire, ce qui avait lieu hors Hexagone disqualifie de prétendre que la France a été, dans l’Hexagone, une démocratie.

Qu’en deçà de la «ligne verte», tous les citoyens israéliens, Juifs et Arabes, puissent désigner leurs représentants au Parlement et peser sur la composition de la coalition gouvernementale tandis que, de l’autre côté de la ligne verte, seuls les Juifs votent alors que les Palestiniens ne sont guère consultés pour déterminer s’ils consentent à la présence israélienne, ne peut objectivement être considéré comme du pareil au même. Les règles ne sont pas les mêmes lorsque les unes relèvent de la démocratie, et les autres d’un régime d’occupation. Constater cette différence de régime ne revient pas à légitimer l’occupation de même que le respect des règles du jeu démocratique observées en Israël ne signifie guère que ce qui s’y passe est de l’ordre de la perfection. Il suffit que le système puisse être perfectible.

Parti arabe au gouvernement

Cette différence de nature entre Israël dans les lignes de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne est niée tant par les signataires du manifeste que par les défenseurs inconditionnels de la droite israélienne – drôle d’alliance, on en conviendra. Pour les uns et les autres, la ligne verte de 1967 n’existe plus et ne doit plus être ressuscitée. Les premiers en tirent gloire, les seconds en tirent la conclusion que l’apartheid n’est plus seulement institutionnalisé en Cisjordanie, voire à Jérusalem-est, mais bien de la Méditerranée au Jourdain.

Le recours à l’apartheid n’est donc plus une pente glissante dangereuse dont il faut alerter à temps les citoyens israéliens pour que la situation grave en soi ne devienne pas désespérée ; l’apartheid est bien là, pas seulement hors-les murs en Cisjordanie, mais dans le sanctuaire même d’Israël, puisque la distinction entre les deux n’a plus cours.

Enfin, il est une troisième innovation qui vaut changement de paradigme et constitue l’enjeu de cette nouvelle démarche : balayer l’option de deux Etats pour deux peuples afin qu’il ne reste plus que la solution d’un seul Etat. La référence à l’Afrique du Sud tend, en effet, à supplanter la référence au colonialisme, hégémonique autrefois dans le discours, même si les mots de «colons» et de «colonies» restent encore ça et là en usage. On comprend maintenant les raisons de ce grand remplacement : lorsqu’il y a colonialisme et colonisation, qui est aussi un système de domination exercé par un groupe ethnique sur un autre, il y a comme issue la décolonisation. Celle-ci consiste pour l’Etat colonisateur à se retirer définitivement du territoire contesté pour ne plus avoir à contrôler la population dominée jusque-là afin qu’elle puisse, à son tour, être libre et incarner à elle-même le suffrage universel.

Démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs.

Israël, hors territoires occupés, n’est pas l’Afrique du Sud et l’analogie n’est rien moins qu’un amalgame qui balaie tout ce qui ne colle pas à leur démonstration. Ainsi, démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs.

De plus, l’apartheid en Afrique du Sud était fondé sur une doctrine de la supériorité de la race blanche débouchant sur une séparation institutionnelle qui réservait aux Blancs tous les privilèges. La discrimination indéniable institutionnalisée sous des régimes divers en Cisjordanie et à Jérusalem-est procède d’une occupation militaire. Si elle résultait d’une discrimination raciale, comment expliquer alors qu’elle ne s’applique pas aux deux millions de Palestiniens détenteurs de la citoyenneté israélienne ? Cette distinction ne signifie guère que la condition arabe en Israël est équivalente sur le plan sociologique à la condition juive, mais la démocratie, foin de toute idéalisation lyrique, est précisément la constitution d’un espace politique dans lequel tous les acteurs sociaux et politiques peuvent s’organiser pour prendre leur part à la distribution de ressources symboliques et matérielles. A cet égard, l’année 2021 restera marquée par une révolution politique que nos signataires se sont bien gardés de mentionner, à savoir l’entrée dans une coalition de gouvernement d’un parti arabe (islamique de surcroît), outre l’alternance démocratique qui a permis la mise en place d’un gouvernement inédit qui réunit la gauche, le centre, la droite et ce parti arabe conservateur. Coalition typique d’un régime d’apartheid, n’est-ce pas ?

Droit à l’autodétermination

Il est une autre différence entre Afrique du Sud et Palestine et que négligent nos auteurs : si en un siècle de lutte les Palestiniens ont bien obtenu un acquis, c’est bien leur droit à l’autodétermination, reconnu dans la résolution 181 de l’ONU (le fameux plan de partage de la Palestine en deux Etats), puis repris dans les accords de Camp David en 1978 et la Déclaration de principes d’Oslo en 1993. Ce droit à l’autodétermination, les Noirs d’Afrique du Sud ne l’ont pas réclamé et la communauté internationale ne l’a pas revendiqué à leur place ; il en va de même pour les catholiques d’Irlande du Nord et les musulmans bosniaques. Obsédés par le souci que le nom d’Israël ne soit plus qu’un vestige, les auteurs font passer à la trappe la revendication palestinienne d’un Etat de Palestine pour la diluer dans un ensemble binational. Certes, le droit à l’autodétermination peut ne pas prendre la forme d’un Etat-nation. Mais au nom de quelle autorité morale ou politique, et avec quel aplomb, s’autorise-t-on à ôter aux Israéliens et aux Palestiniens le droit de décider ce qu’ils entendent faire de leur droit à l’autodétermination qu’ils ont conquis de haute lutte ? C’est le veto israélien à la création d’un Etat palestinien qui est contestable, pas la revendication elle-même de le créer. Puisque les Israéliens disposent d’un Etat depuis 1948, ce n’est que justice que les Palestiniens puissent également s’en doter puisqu’ils le réclament.

Les signataires ne proposent pas un Etat binational, ils l’exigent. Mais ne voient-ils pas qu’il présente deux versions, celle, optimiste et irénique, qu’ils réclament, et celle qu’eux-mêmes dénoncent ? J’ai une foi raisonnable dans le genre humain pour penser qu’il vaut mieux partager le territoire que le pouvoir. Non que l’on doive s’interdire de mettre en place, une fois les deux Etats constitués, des mécanismes fédéraux ou confédéraux, des arrangements économiques, des dispositifs bilingues, des passerelles culturelles pour préfigurer l’avènement de cet Etat unitaire. Mais n’est-il pas étrange que professant un seul Etat, les auteurs, censés s’adresser aux deux peuples, emploient une rhétorique de l’imprécation envers Israël au lieu d’une pédagogie de la persuasion plus adéquate si l’on entend faire coexister deux populations qui s’estiment, pour l’heure, être des ennemies ? Cette réprobation de l’Etat d’Israël tel qu’il est n’a de chance d’être audible au sein de la population juive israélienne que si elle est précédée d’une reconnaissance de l’attachement des Juifs à cette terre, de la légitimité du choix des Juifs à l’autodétermination nationale, plutôt que de la concéder du bout des lèvres sans la mentionner explicitement.

C’est tout le projet de fraternité judéo-arabe qui s’en trouve vicié dans ses fondements mêmes et transpire l’imposture.

Ce n’est pas nécessairement un nouvel habit de l’antisémitisme que proposer aux Juifs d’Israël une autre forme d’autodétermination que celle de l’Etat-nation ; ce n’est pas être antisémite que de souhaiter un Etat unitaire de la Méditerranée au Jourdain ; mais intimement associé à cette rhétorique de l’imprécation, de la disqualification et de l’injonction pour mettre Israël au ban des Etats, niant tous ses acquis et où vivent aujourd’hui près d’un Juif sur deux dans le monde, qui ont payé cher le droit d’être des autochtones, c’est tout le projet de fraternité judéo-arabe qui s’en trouve vicié dans ses fondements mêmes et transpire l’imposture. C’est, une fois de plus, la rhétorique radicale qui suscite le soupçon sur les bonnes intentions qui, du reste, sont beaucoup plus sous-jacentes qu’explicites et n’apparaissent qu’en pointillé. Est-ce donc cela l’Andalousie du Proche-Orient auquel ce projet est censé aboutir ? Je préfère encore la franchise de la droite israélienne qui ne dissimule guère son refus de tout Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza et préconise l’annexion, voire celle du Hamas qui préconise encore la destruction d’Israël. Qu’on nous épargne enfin le fantasme d’une Palestine démocratique et laïque lorsque tant de Palestiniens et de Juifs tiennent les notions de démocratie, de pluralisme confessionnel, d’égalité et de liberté individuelle, au pire pour des importations étrangères et occidentales, au mieux pour des valeurs instrumentales.

Deux Etats côte à côte

Travaillant actuellement à l’édition scientifique en hébreu du Traité sur la tolérance de Voltaire, avec en tête la boutade du philosophe à propos des Juifs consignée dans son Dictionnaire philosophique – «et pourtant, il ne faut pas les brûler» –, je voudrais, dans cet esprit, m’adresser à ces signataires égarés et leur dire ceci, en commençant par Edgar Morin et Jacques Rancière, qui m’ont appris respectivement l’importance de la complexité dans l’appréhension d’une situation et la relativité du savoir universellement partagé. Auprès d’eux, je suis un parfait ignorant, mais l’élève peut oser dispenser une petite leçon aux maîtres qu’ils restent à mes yeux et dont je continuerai d’enseigner la pensée. Quand l’histoire d’un peuple est marquée par la Nakba [l’exode forcé de 1948, qui signifie «catastrophe» en arabe, ndlr], on ne vient pas dire aux Palestiniens de Cisjordanie, comme le suggèrent trop de mes concitoyens, qu’il y a vingt-deux Etats qui les attendent. Quand l’histoire du mien est marquée par la Shoah, on ne peut sommer les Juifs de liquider ce qu’ils ont créé à la sueur de leur front, dans le sang et les larmes, et qui n’est pas réductible à l’occupation. Un peu d’humilité est toujours une bonne attitude.

Camus disait que les solutions humaines valent toujours mieux que les solutions politiques. Le problème, c’est que les premières, pour être généreuses et idéales sont souvent impraticables, ou plus exactement, en dépit de leurs bonnes intentions, leur application engendre sur le terrain des effets pervers qu’on n’avait pas prévus initialement. Les solutions politiques sont grises, ternes, sans éclat, moins grandioses, mais plus accessibles. C’est pourquoi à la fiction d’une fausse commune, d’une URSS qu’on aurait rebaptisée URJP, l’Union des républiques juive et palestinienne, je préfère, faute d’avoir l’imagination des signataires, avoir deux Etats, côte à côte, qui auraient pour mission de penser d’égal à égal les conditions de leur coexistence et les moyens de transférer des parts de leur souveraineté exclusive à un mécanisme supranational. Cette démarche n’a-t-elle pas guidé l’émergence de l’Union européenne qui, sans être dépourvue de défauts, a chassé la guerre du continent ?

Ne touchez pas à la légitimité d’Israël

Alors, que faire ? C’est contre l’occupation et la colonisation qu’il faut rassembler les opinions publiques dans les territoires palestiniens, en Israël et dans le monde. Ni plus ni moins, mais ne touchez pas à la légitimité d’Israël. On ne convaincra pas les Israéliens de se retirer de Cisjordanie si on ne les rassure pas sur leur droit d’exister dans les frontières de 1967. Cela n’exclut guère de reprendre le dossier de la Nakba, de traiter de la question des réfugiés et de conférer aux Palestiniens d’Israël des garanties constitutionnelles à titre de minorité nationale. Cela implique également de réviser de fond en comble la condition des Palestiniens d’Israël pour tout ce qui a trait à la redistribution des terres. Longtemps, l’impératif sécuritaire a servi de justification ou de prétexte pour ne rien lâcher. Cette objection ne tient plus. A cet égard, distinguons soigneusement le rapport de B’Tselem et la pétition étudiée du rapport effectué par le Human Rights Watch. Le rapport américain est accablant, mais rigoureux et tout sauf militant. D’une part, l’organisation américaine rejette explicitement la notion d’Etat-apartheid qui n’a pas de fondement juridique. D’autre part, elle a l’intelligence et la prudence de ne pas recommander de solution et se montre sceptique sur la solution à un Etat, craignant à juste titre qu’elle ne soit exploitée dans un sens qui accentuerait et approfondirait les inégalités.

C’est contre l’occupation et la colonisation qu’il faut rassembler les opinions publiques dans les territoires palestiniens, en Israël et dans le monde.

Le rapport souligne enfin qu’à côté des droits individuels, politiques, civils, culturels et confessionnels des Palestiniens d’Israël, les pouvoirs publics ont creusé un énorme déficit concernant le partage des ressources et du sol notamment. Et cependant, malgré la réalité des griefs, près de deux millions de Palestiniens citoyens d’Israël disent comme un plébiscite de tous les jours qu’ils n’entendent nullement jeter les Juifs à la mer, que leur existence individuelle est indissociable après plus de soixante-dix ans du maintien d’Israël. Ils réclament plus d’intégration sociale, plus d’égalité, ou plus d’autonomie, la reconnaissance de leur souffrance, et pour leurs frères de Cisjordanie, la liberté. Je serai toujours à leurs côtés dans cette double lutte pour l’égalité et pour la liberté.

Ce sont les Palestiniens d’Israël qui ont été les premiers à revendiquer deux Etats pour deux peuples. Pourquoi ne seraient-ils pas entendus puisque la voix de la gauche sioniste est, à leurs yeux, discréditée ? Et que dire des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui réclament la dignité qu’un Etat de Palestine peut tout à fait conférer autant sinon plus que l’improbable et incertaine solution à un Etat ? La solution à deux Etats ne ferme pas la porte à un partenariat. Elle constitue un consensus minimum qui permettrait d’unir autour de cette revendication élémentaire toutes les bonnes volontés en Israël, en Palestine et dans le monde afin de rétablir aux Palestiniens la plénitude de leurs droits nationaux et de sauver Israël de la catastrophe morale qu’elle refuse de voir. La détresse est grande chez les Palestiniens et les Israéliens, même si assurément elle n’est pas du même ordre : l’une est retentissante, l’autre est niée. L’appui des signataires dans ces combats complémentaires ne sera pas de trop.

Dernier livre paru : Israël et ses paradoxes, Le Cavalier bleu, 2018.

Voir également:

A new report by Human Rights Watch (HRW) released on Tuesday accusing Israel of committing the crime of apartheid, as well as the persecution of Palestinians, is being given extensive media coverage with little to…

A new report by Human Rights Watch (HRW) released on Tuesday accusing Israel of committing the crime of apartheid, as well as the persecution of Palestinians, is being given extensive media coverage with little to no critical journalism.

Unfortunately, Human Rights Watch has an ill-deserved gravitas that serves to disguise its biased methodology. Consequently, pundits and journalists alike have taken the bait, swarming to cover the report without properly analyzing its contents and challenging its absurd claim – which hinges on subverting the term “apartheid” to have an entirely new meaning.

The 213-page report claims that, as the Israeli government constitutes a “single authority” exercising control “over the area between the Jordan River and the Mediterranean Sea” and seeks to maintain Jewish “domination” over Palestinians and its own Arab population, the term “apartheid” is an apt description.

But that’s not what apartheid means at all. Put simply, apartheid is a policy or system of segregation or discrimination on the grounds of race. Or as the Merriam-Webster dictionary defines it:

racial segregation
specificallya former policy of segregation and political, social, and economic discrimination against the nonwhite majority in the Republic of South Africa”

Now compare that description to Israel’s relationship with the Palestinians. Since the Oslo Accords were signed in the 1990s, most Palestinians are governed by the Palestinian Authority. This body was set up with international encouragement, and the Palestinians willingly agreed to adopt a system in which they gained partial autonomy while granting Israel overall security control. Given the many wars Israel had faced in the decades previously — and since — this arrangement made eminent sense as a stepping stone along the road to a more permanent solution.

Nevertheless, the HRW report slams Israel — essentially for keeping its citizens safe. “The Israeli government has demonstrated an intent to maintain the domination of Jewish Israelis over Palestinians across Israel and the occupied Palestinian territory,” the report charges. “That intent has been coupled with systematic oppression of Palestinians and inhumane acts committed against them. When these three elements occur together, they amount to the crime of apartheid.”

Glaring Omissions of Context Left Unchallenged

The lengthy report makes only passing reference to the ongoing threats faced by Israel, by focusing on Israel’s response to the numerous Gaza-based terror groups which periodically fire hundreds of rockets into Israeli territory. It completely overlooks the threat posed by Iranian-backed Hezbollah, located primarily in Lebanon and Syria.

A quick search of the report for words like “terror” and “rocket” shows that HRW totally fails to describe Palestinian terrorist actions against Israel.

In addition, the report totally fails to take into account the longstanding enmity between Hamas, the terror group which rules the coastal territory, and Fatah, which rules the Palestinian population of the West Bank, and what that means for peace negotiations with the Jewish state.

Instead, the reports casts Israel as solely responsible for the lack of a resolution to the decades-old conflict, and characterizes its desire to keep the lid on violent Arab uprisings as “apartheid” — a stunning inversion of reality. Why, at the very least, are journalists not asking HRW how Israel’s basic security needs can be met?

Shakir’s Personal Anti-Israel Vendetta

It is not the first time that the NGO takes a jab at Israel. The particular researcher who compiled the report, Omar Shakir, was forced to leave Israel in November 2019 after his work visa was not renewed due to his support of the controversial Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) movement. Nevertheless, the vast majority of news reports have failed to document either of these important facts.

For over a decade, Shakir has fought a campaign denying Israel’s right to exist and smearing the Jewish state with the kind of barbs more typically heard in the cesspit of online discussion. On various occasions, he has stated that Israel has “effectively turned Gaza into an open-air prison.” Moreover, Shakir was involved in compiling a discriminatory UN database of businesses operating across the 1949 Armistice line, aimed at bolstering BDS campaigns against Israel.

Consequently, the report largely recycled existing materials from known anti-Israel organizations, without engaging in independent investigative work. As Israeli columnist Ben Dror-Yemini notes:
In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance.”

Deliberate Provocation — and Not For the First Time

This is not the first time in recent memory that Israel has faced such claims. In January this year, Israeli organization B’Tselem made exactly the same case, as it took the dramatic step of publishing an op-ed in The Guardian, and sending press releases to numerous newspapers around the world, accusing Israel of “apartheid.”

Just like today, news organizations worldwide gave prominent coverage to the report claiming that Israel is no longer a democracy but an “apartheid regime” devoted to cementing the supremacy of Jews over Palestinians. By uncritically portraying this group as a leading proponent of human rights, the media effectively facilitated the hijacking of the word “apartheid” by anti-Israeli activists whose goal is to foster doubt about Israel’s right to live in peace within secure borders.

In January, even the usually stridently anti-Israel The Guardian was taken aback, with a subsequent editorial published, admitting “It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime.” But a few months later, when exactly the same claim resurfaced, the Guardian, amongst others, just couldn’t resist helping spread the baseless libel.

As ever, the failure of journalists to do their job and ask tough questions of Israel’s detractors means that the truth is the first casualty of HRW’s ongoing war against the Jewish State.

Voir de même:

Pour que 2021 soit l’année de la fin de l’apartheid en Israël
Plus de 1 000 artistes, intellectuels et universitaires de plus de 45 pays appellent à la reconnaissance internationale et au démantèlement du régime d’apartheid mis en place par Israël sur le territoire de la Palestine
par Un collectif de 1000 personnalités internationalement reconnues
Libération
27 juillet 2021

Gageons que, dans quelques années, quand les historiens voudront caractériser les événements marquants de l’année 2021 en ce qui concerne l’Etat d’Israël, ce qui l’emportera ne sera ni la vaccination éclair contre le Covid ni le départ du Premier ministre Benjamin Nétanyahou, mais bel et bien la reconnaissance mondiale de l’état d’apartheid dans tout l’espace de la «Palestine historique». Cela a commencé le 12 janvier par la publication du rapport de B’Tselem (Centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés) intitulé : «Un régime de suprématie juive s’étendant du Jourdain à la Méditerranée, c’est de l’apartheid». Trois mois plus tard, le 27 avril, le rapport de Human Rights Watch, ONG internationale de défense des droits humains mondialement respectée, enfonçait le clou sous le titre : «Un seuil franchi : les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution». Enfin, le 6 juillet, 600 universitaires, artistes et intellectuels venant de 45 pays rendaient publique une déclaration qui appelle au démantèlement du régime d’apartheid dans la Palestine historique.

L’apartheid est un crime, internationalement reconnu comme tel depuis que, le 30 novembre 1973, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Dans le statut de Rome de 2002 instituant la Cour pénale internationale, l’apartheid est caractérisé comme un crime contre l’humanité «commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime».

La coïncidence avec la législation israélienne et les politiques de discrimination envers les Palestiniens est manifeste. Pourtant, pendant des décennies, il fut pratiquement impossible d’en faire état publiquement. Lorsque l’ancien président Carter, dans un livre sur Israël de 2006, osa faire figurer le mot dans son titre (Palestine : la paix, pas l’apartheid), il souleva des clameurs d’indignation. Dix ans après, quand une étude des Nations unies parvint aux mêmes conclusions («Le traitement par Israël du peuple palestinien et la question de l’apartheid», commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale [ESCWA], 2017), la réaction ne fut pas moins violente. Face à la colère des groupes de pression et des Etats pro-israéliens devant cette utilisation à leurs yeux inacceptable du «mot en A», le secrétaire général dut demander le retrait du rapport. La directrice exécutive de l’ESCWA, Rima Khalaf, préféra alors démissionner plutôt que de s’incliner.

Mais en cette année 2021, le verrou vient de sauter. Les sociétés civiles du monde entier ne le supportent plus. D’un continent à l’autre, d’une génération à l’autre, d’une nationalité à l’autre, les manifestations, les prises de position, les tribunes, les motions adoptées à de larges majorités convergent en un même flot de protestation. La reconnaissance du fait qu’Israël a bel et bien instauré un régime d’apartheid dans l’ensemble des territoires qu’il a soumis à sa juridiction, s’ajoutant à d’autres violations du droit international, mène à exiger que la communauté internationale sorte de la complaisance et engage les mesures concrètes qui découlent de ce constat.

Dans cet esprit, la déclaration du 6 juillet sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid dans la Palestine historique, après avoir résumé l’histoire des pratiques israéliennes de discrimination systématique envers les Palestiniens, continues depuis la Nakba, en insistant sur la signification de l’adoption par la Knesset de la loi fondamentale de 2018 qui réserve aux seuls habitants juifs la pleine citoyenneté de l’Etat et le «droit à l’autodétermination», ainsi que sur la responsabilité des puissances occidentales qui protègent et subventionnent ce régime, et rappelé les obligations découlant de la Convention internationale de 1973, énonce quatre grands principes d’action :

– nécessité de condamner en tant que crime au sens du droit international le régime d’apartheid imposé au peuple palestinien résidant en Israël-Palestine ou contraint à l’exil ;

– nécessité du démantèlement de ce régime et de l’établissement d’un ordre constitutionnel respectant le droit international et les conventions de défense des droits humains, qui garantirait l’égalité des droits et devoirs pour les habitants de cette terre indépendamment de toute différence raciale et ethnique, comme de toute appartenance religieuse ou identité sexuelle, et reconnaîtrait le droit au retour de tous les exilés depuis la création de l’Etat d’Israël ;

– nécessité pour les gouvernements complices de mettre fin à leur connivence avec le régime d’apartheid en poussant à son démantèlement et en soutenant une transition sensible au droit à l’autodétermination des deux peuples habitant actuellement la Palestine historique ;

– nécessité enfin d’une commission de paix, de réconciliation et de responsabilité chargée d’accompagner la transition vers une gouvernance respectueuse des droits humains et de la démocratie. En attendant qu’un tel processus soit enclenché, les signataires appellent la Cour pénale internationale à lancer une enquête sur les dirigeants et le personnel de sécurité à qui la perpétuation du crime d’apartheid peut être imputée.

La déclaration (lisible sur le site https://www.aurdip.org/declaration-sur-l-elimination-et.html) est signée à ce jour par plus de 1 000 personnalités internationalement reconnues, en particulier Rima Khalaf (ancienne directrice exécutive de l’ESCWA), les professeurs Richard Falk et Virginia Tilley (auteurs du rapport de l’ESCWA en 2017), les Prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel et Mairead Maguire, le Prix Nobel de chimie George Smith, Nurit Peled-Elhanan (Prix Sakharov 2001 et co-fondatrice du Tribunal Russell pour la Palestine), les juristes Monique Chemillier-Gendreau et John Dugard, les enseignants et chercheurs Bertrand Badie, Hagit Borer, Ivar Ekeland, Souad Joseph, Edgar Morin, Jacques Rancière, Roshdi Rashed et Gayatri Spivak, le biologiste Sir Iain Chalmers, le compositeur Brian Eno, le musicien Roger Waters, l’écrivaine Ahdaf Soueif, l’économiste Sir Richard Jolly (ex-assistant du secrétaire général des Nations-unies), l’ancienne vice-présidente du Parlement européen Luisa Morgantini, le vétéran sud-africain de la lutte anti-apartheid Ronnie Kasrils et la militante pacifiste et ancienne dirigeante des Verts canadiens Joan Russow. Cette liste ne cesse de s’accroître. Espérons qu’elle contribue à faire enfin bouger les choses dans le sens de la justice.

La version originale anglaise de ce texte a été élaborée par Robert Falk et Jonathan Rosenhead. Adaptation française par Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond.

Voir de plus:

DECLARATION OF THE CRIME OF APARTHEID: ISRAEL

7 Jul 2021
[PREFATORY NOTE: The Declaration on Apartheid below is an initiative initiated by the wellknown
Tunisian mathematician, Ahmed Abbes, and endorsed by scholars and artists worldwide. If impressed
please distribute widely as there is a campaign underway to reach 1,000 signatures.]
Declaration on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid in Historic Palestine
6 juillet 2021
Over 700 scholars, artists and intellectuals from more than 45 countries have signed the following declaration calling for the dismantling of the apartheid regime set up on the territory of historic Palestine and the establishment of a democratic constitutional arrangement that grants all its inhabitants equal rights and duties. The signatories include many distinguished figures, including the Nobel Peace Prize laureates Adolfo Pérez Esquivel and Mairead Maguire, academics with legal expertise Monique Chemillier-Gendreau and Richard Falk, scholars Étienne Balibar, Hagit Borer, Ivar Ekeland, Suad Joseph, Jacques Rancière, Roshdi Rashed and Gayatri Spivak, health researcher Sir Iain Chalmers, composer Brian Eno, musician Roger Waters, author Ahdaf Soueif, economist and former Assistant Secretary-General of the UN Sir Richard Jolly, South African politician and veteran anti-apartheid leader Ronnie Kasrils and Canadian peace activist and former national leader of the Green Party of Canada Joan Russow.
Declaration on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid in Historic Palestine
Whereas :
1- Israel has subjected the Palestinian people for 73 years to an ongoing catastrophe, known as the Nakba, a process that included massive displacement, ethnic cleansing, war crimes, and crimes against humanity ;
2- Israel has established an apartheid regime on the entire territory of historic Palestine and directed toward the whole of the deliberately fragmented Palestinian people ; Israel itself no longer seeks to hide its apartheid character, claiming Jewish supremacy and exclusive Jewish rights of self-determination in all of historic Palestine through the adoption in 2018 by the Knesset of a new Basic Law ;
3-The apartheid character of Israel has been confirmed and exhaustively documented by widely respected human rights organizations, Adalah, B’Tselem, Human Rights Watch, and in the UN ESCWA academic study that stresses the importance of defining Israeli apartheid as extending to people rather than limited to space, [“Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid,” UN ESCWA, 2017] ;
4- Israel periodically unleashes massive violence with devastating impacts on Palestinian civilian society, particularly against the population of Gaza, which endures widespread devastation, collective trauma, and many deaths and casualties, aggravated by being kept under an inhuman and unlawful blockade for over 14 years, and throughout the humanitarian emergency brought about by the COVID pandemic ;
5- Western powers have facilitated and even subsidized for more than seven decades this Israeli system of colonization, ethnic cleansing, and apartheid, and continue to do so diplomatically, economically, and even militarily.
Considering :
i- The Universal Declaration of Human Rights which stipulates in its first article that ’all human beings are born free and equal in dignity and rights.’ And taking account that the inalienable right of self-determination is common Article 1 of the International Covenant on Civil and Political Rights and the International Covenant on Economic, Social, and Political Rights, and as such, a legal and ethical entitlement of all peoples.
ii- The International Convention on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid which stipulates in Article I that ’apartheid is a crime against humanity and that inhuman acts resulting from the policies and practices of apartheid and similar policies and practices of racial segregation and discrimination, as defined in article II of the Convention, are crimes violating the principles of international law, in particular the purposes and principles of the Charter of the United Nations, and constituting a serious threat to international peace and security.’ The States Parties to this Convention undertake in accordance with Article IV :
_ “(a) To adopt any legislative or other measures necessary to suppress as well as to prevent any encouragement of the crime of apartheid and similar segregationist policies or their manifestations and to punish persons guilty of that crime ;
_ “(b) To adopt legislative, judicial and administrative measures to prosecute, bring to trial and punish in accordance with their jurisdiction persons responsible for, or accused of, the acts defined in article II of the present Convention, whether or not such persons reside in the territory of the State in which the acts are committed or are nationals of that State or of some other State or are stateless persons.”
The endorsers of this document :
A- Declare their categorical rejection of the apartheid regime set up on the territory of historic Palestine and imposed on the Palestinian people as a whole, including refugees and exiles wherever they might be in the world.
B- Call for the immediate dismantling of this apartheid regime and the establishment of a democratic constitutional arrangement that grants and implements on all the inhabitants of this land equal rights and duties, regardless of their racial, ethnic, and religious identities, or gender preferences, and which respects and enforces international law and human conventions, and in particular gives priority to the long deferred right of return of Palestinian refugees expelled from their towns and villages during the creation of the State of Israel, and subsequently.
C- Urge their governments to cease immediately their complicity with Israel’s apartheid regime, to join in the effort to call for the dismantling of apartheid structures and their replacement by an egalitarian democratic governance that treats everyone subject to its authority in accordance with their rights and with full respect for their humanity, and to make this transition in a manner sensitive to the right of self-determination enjoyed by both peoples presently inhabiting historic Palestine.
D- Call for the establishment of a National Commission of Peace, Reconciliation, and Accountability to accompany the transition from apartheid Israel to a governing process sensitive to human rights and democratic principles and practices. In the interim, until such a process is underway, issue a call for the International Criminal Court to launch a formal investigation of Israeli political leaders and security personnel guilty of perpetuating the crime of apartheid.
* Academics, artists and intellectuals can endorse this declaration by completing this form.
* Endorsed by 723 academics, artists and intellectuals on July 8, 2021 (click here for the full list), including
Ahmed Abbes, mathematician, Director of research in Paris, France
Sinan Antoon, New York University, United States
John Avery, Writer, Denmark
Bertrand Badie, Sciences Po Paris, France
Étienne Balibar, Anniversary Chair of Modern European Philosophy, Kingston University London, United Kingdom
Anthony Barnett, Writer, United Kingdom
Edmond Baudoin, Auteur de bandes dessinées, France
George Bisharat, UC Hastings College of the Law/Professor, musician, United States
Nicolas Boeglin, Professor of Public International Law, University of Costa Rica, Costa Rica
Hagit Borer, Professor, Queen Mary University of London, United Kingdom
Grazia Borrini-Feyerabend, Council of Elders of the ICCA Consortium, Switzerland
Daniel Boyarin, Taubman Professor of Talmudic Culture, UC Berkeley, United States
Anouar Brahem, Musician, Composer, Tunisia
Rony Brauman, Physician, writer, former president of Médecins Sans Frontières, France
Iain Chalmers, Editor, James Lind Library, United Kingdom
Hafidha Chekir, Emeritus Professor of Public Law, Al Manar University, Tunis ; Vice President of the International Federation for Human Rights, Tunisia
Monique Chemillier-Gendreau, Professeure émérite de droit public et de sciences politiques, Université Paris-Diderot, France
David Comedi, National University of Tucumán and National Research Council, Argentina
Laurent Cugny, Professeur, Sorbonne Université, France
Eric David, Emeritus Professor of International Law at the Université libre de Bruxelles, Belgium
Chandler Davis, Professor Emeritus of Mathematics, University of Toronto, Canada
Sonia Dayan-Herzbrun, Professeure émérite à l’Université de Paris, France
Herman De Ley, Emeritus Professor, Ghent University, Belgium
Ivar Ekeland, Professor emeritus of mathematics and former President, University of Paris-Dauphine, France
Brian Eno, Artist/Composer, United Kingdom
Adolfo Esquivel, Premio Nobel de la Paz 1980 (Nobel Peace Prize 1980), Argentina
Richard Falk, Professor of International Law, Emeritus, Princeton University, United States
Emmanuel Farjoun, Emeritus Professor, Hebrew University of Jerusalem, Israel
Jan Fermon, Avocat. Secrétaire général Association Internationale des Juristes Démocrates, Belgium
Domenico Gallo, Chamber President in Supreme Court of Cassazione, Italy
Irene Gendzier, Prof Emeritus in the Dept Political Science, Boston University, United States
Catherine Goldstein, Director of Research, Paris, France
Neve Gordon, Queen Mary University of London, United Kingdom
Penny Green, Queen Mary University of London, United Kingdom
Sondra Hale, Professor Emerita, University of California, Los Angeles, United States
Michael Harris, Professor of Mathematics, Columbia University, United States
Judith Herrin, King’s College London, United Kingdom
Christiane Hessel-Chabry, Présidente d’honneur de l’association EJE (Gaza), France
Shir Hever, Political Economist, Germany
Nicholas Humphrey, Emeritus Professor, London School of Economics, United Kingdom
Abdeen Jabara, Attorney, past president, American-Arab Anti-Discrimination Committee, United States
Richard Jolly, Emeritus Fellow, IDS, University of Sussex, United Kingdom
Suad Joseph, Distinguished Research Professor, University of California, Davis, United States
Mary Kaldor, London School of Economics and Political Science, United Kingdom
Ronnie Kasrils, Former government minister, South Africa
Assaf Kfoury, Computer Science Department, Boston University, United States
Rima Khalaf, Former Executive Secretary of UN ESCWA, Jordan
Daniel Kupferstein, Film director, France
Jean-Marc Lévy-Leblond, Emeritus professor, University of Nice, France
David Lloyd, University of California Riverside, United States
Brinton Lykes, Professor & Co-Director, Boston College Center for Human Rights & International Justice, United States
Moshé Machover, Mathematician, KCL, United Kingdom
Kate Macintosh, Architect, United Kingdom
Mairead Maguire, Nobel peace laureate, Ireland
Dick Marty, Dr. Jur. Dr. H.c., former Chair of the Committee of Human Rights of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe, Switzerland
Georg Meggle, Philosopher, Prof. em. at University of Leipzig, Germany
Jan Oberg, DrHc, peace and future researcher, Transnational Foundation, Sweden
Joseph Oesterlé, Emeritus professor, Sorbonne University, France
Adi Ophir, Professor Emeritus, Tel Aviv University ; Visiting Professor, The Cogut Institute for the Humanities and the center for Middle East Studies, Brown Universities, United States
Karine Parrot, Professeure de droit à l’Université de Cergy-Pontoise, France
Ghislain Poissonnier, Magistrate, France
Susan Power, Head of Legal Research and Advocacy, Al-Haq, Palestine
Prabir Purkayastha, Editor, Newsclick.in, India
Jacques Rancière, Professeur émérite, Université Paris 8, France
Roshdi Rashed, CNRS/Université de Paris, France
Steven Rose, Emeritus Professor of Biology and Neurobiology at the Open University and Gresham College, London, United Kingdom
Hilary Rose, Professor Emerita Sociology University of Bradfor, United Kingdom
Jonathan Rosenhead, Emeritus Professor of Operational Research at the London School of Economics, United Kingdom
Andrew Ross, Professor of Social and Cultural Analysis, New York University, United States
Alice Rothchild, MD, retired, Assistant Professor of Obstetrics and Gynecology, Harvard Medical School, United States
Joan Russow, Researcher, Global Compliance Research Project, Canada
Richard Seaford, Emeritus Professor, University of Exeter, United Kingdom
Leila Shahid, Former Ambassador of Palestine, Palestine
Eyal Sivan, Filmmaker – Essayist, France
John Smith, Filmmaker, Emeritus Professor of Fine Art, University of East London, United Kingdom
Nirit Sommerfeld, Singer, actress, writer, Germany
Ahdaf Soueif, Writer, Egypt
Gayatri Spivak, Columbia University, United States
Jonathan Steele, Author and journalist, United Kingdom
Annick Suzor-Weiner, Professor emeritus, Université Paris-Saclay, France
Salim Tamari, Emeritus Professor of Sociology, Birzeit University, Palestine
Virginia Tilley, Southern Illinois University Carbondale, United States
Salim Vally, Professor, University of Johannesburg, South Africa
Roger Waters, Musician, United Kingdom
Robert Wintemute, Professor of Human Rights Law, King’s College London, United Kingdom
John Womack jr, Harvard University, United States
* Institutional affiliations are given only for identification purposes
* The full list of signatories is available here.
* Academics, artists and intellectuals can endorse this declaration by completing this form.
* Version française ; versión en español ; versione italiana ;
Voir encore:

Des politiques israéliennes abusives constituent des crimes d’apartheid et de persécution
Ces crimes contre l’humanité devraient déclencher des actions pour mettre fin à la répression envers les Palestiniens

(Jérusalem) – Les autorités israéliennes commettent les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui. Cette conclusion se fonde sur une politique globale du gouvernement israélien qui vise à maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens, et sur de graves abus commis contre les Palestiniens vivant dans le territoire occupé, y compris Jérusalem-Est.

27 avril 2021A Threshold Crossed
Israeli Authorities and the Crimes of Apartheid and Persecution

Appendix I: Letter from Human Rights Watch to Israel Prime Minister
Le rapport de 213 pages, intitulé « A Threshold Crossed: Israeli Authorities and the Crimes of Apartheid and Persecution » (« Un seuil franchi : Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution » – résumé en français), examine le traitement réservé aux Palestiniens par Israël. Le rapport présente la réalité actuelle d’une autorité unique, le gouvernement israélien, qui exerce le principal pouvoir sur la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée, peuplée de deux groupes de population de taille à peu près égale, et qui privilégie méthodiquement les Israéliens juifs tout en réprimant les Palestiniens, d’une manière particulièrement sévère dans le territoire occupé.

« Depuis des années, des voix éminentes ont averti du risque d’apartheid si la domination d’Israël sur les Palestiniens se poursuivait », a déclaré Kenneth Roth, le Directeur exécutif de Human Rights Watch. « Cette étude détaillée révèle que les autorités israéliennes ont déjà franchi ce seuil et commettent aujourd’hui les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. »

Le constat d’apartheid et de persécution ne change rien au statut juridique du Territoire palestinien occupé, constitué de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et de Gaza, ni à la réalité factuelle de l’occupation.

Initialement apparu en lien avec l’Afrique du Sud, l’apartheid est aujourd’hui un terme juridique universel. L’interdiction de la discrimination et de l’oppression institutionnelles particulièrement sévères, ou apartheid, constitue un principe fondamental du droit international. La Convention internationale de 1973 sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid et le Statut de Rome de 1998 de la Cour pénale internationale (CPI) définissent l’apartheid comme un crime contre l’humanité constitué de trois éléments principaux :

(1) Une intention de maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre.

(2) Un contexte d’oppression systématique du groupe dominant sur le groupe marginalisé.

(3) Des actes inhumains.

27 avril 2021
Questions-Réponses : Un seuil franchi
Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution

L’allusion à un groupe racial est comprise aujourd’hui comme concernant non seulement le traitement sur la base de traits génétiques mais aussi celui sur la base de l’ascendance et de l’origine nationale ou ethnique, tel que définies dans la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Human Rights Watch utilise cette définition élargie.

Le crime contre l’humanité de persécution, tel que défini dans le Statut de Rome et le droit international coutumier, consiste en une grave privation des droits fondamentaux d’un groupe racial, ethnique ou autre, exercée avec une intention discriminatoire.

Human Rights Watch a constaté que les éléments constitutifs de ces crimes se retrouvent dans le Territoire palestinien occupé, dans le cadre d’une politique gouvernementale israélienne unique. Cette politique consiste à maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et dans le territoire occupé. Elle s’accompagne, dans le territoire occupé, d’une oppression systématique et d’actes inhumains à l’encontre des Palestiniens qui y vivent.

S’appuyant sur des années de recherches sur les droits humains, d’études de cas et l’examen de documents de planification du gouvernement, de déclarations de responsables israéliens et d’autres sources, Human Rights Watch a comparé les politiques et pratiques à l’égard des Palestiniens dans le territoire occupé et en Israël avec celles qui concernent les Israéliens juifs vivant dans les même zones. Human Rights Watch a écrit en juillet 2020 au gouvernement israélien, sollicitant son point de vue sur ces questions, mais n’a pas reçu de réponse à ce jour.

En Israël et dans le Territoire palestinien occupé, les autorités israéliennes ont cherché à maximiser les terres disponibles pour les communautés juives et à regrouper la plupart des Palestiniens dans des zones à forte densité de population. Les autorités ont adopté des politiques visant à atténuer ce qu’elles ont ouvertement décrit comme une « menace démographique » posée par les Palestiniens. À Jérusalem, par exemple, le plan du gouvernement pour la municipalité, tant dans l’ouest de la ville que dans la partie occupée dans l’est, a pour objectif de « maintenir une solide majorité juive dans la ville » et précise même les ratios démographiques que le gouvernement souhaite maintenir.

Pour maintenir cette domination, les autorités israéliennes exercent une discrimination systématique à l’encontre des Palestiniens. La discrimination institutionnelle à laquelle les citoyens palestiniens d’Israël sont confrontés inclut des lois qui permettent à des centaines de petites localités juives d’exclure de facto les Palestiniens, et des budgets qui n’allouent qu’une petite partie des ressources aux écoles palestiniennes comparées à celles destinées aux enfants israéliens juifs. Dans le territoire occupé, la gravité de la répression, marquée notamment par l’imposition d’un régime militaire draconien aux Palestiniens, alors que les Israéliens juifs vivant de manière ségréguée sur le même territoire se voient accordés leurs pleins droits en vertu de la loi civile israélienne, équivaut à l’oppression systématique requise pour constituer le crime d’apartheid.

Les autorités israéliennes se sont livrées à une série d’abus à l’encontre des Palestiniens. Beaucoup de ceux perpétrés dans le Territoire palestinien occupé constituent de graves violations des droits fondamentaux et des actes inhumains, autre élément requis pour constituer le crime d’apartheid : restrictions de mouvement draconiennes, qu’il s’agisse du bouclage de Gaza et d’un régime de permis ; confiscation de plus d’un tiers des terres de Cisjordanie ; conditions de vie difficiles dans certaines parties de la Cisjordanie qui ont conduit au transfert forcé de milliers de Palestiniens hors de leurs foyers ; refus du droit de résidence à des centaines de milliers de Palestiniens et à leurs proches ; et suspension des droits civils fondamentaux de millions de Palestiniens.

Nombre des abus commis dans le cadre de ces crimes, tels que le refus quasi catégorique des permis de construire aux Palestiniens et la démolition de milliers d’habitats sous prétexte qu’un permis n’avait pas été délivré, n’ont aucune justification sécuritaire. D’autres, comme le gel effectif par Israël du registre de la population qu’il contrôle dans le territoire occupé, lequel bloque concrètement le regroupement familial pour les Palestiniens qui y vivent et empêche les habitants de Gaza de vivre en Cisjordanie, utilise la sécurité comme un prétexte pour poursuivre de nouveaux objectifs démographiques. Même lorsque des motifs sécuritaires sont invoqués, ils ne justifient pas davantage l’apartheid et la persécution que ne le feraient le recours à la force excessive ou à la torture, a souligné Human Rights Watch.

« Refuser à des millions de Palestiniens leurs droits fondamentaux, sans justification sécuritaire légitime et uniquement parce qu’ils sont palestiniens et non juifs, n’est pas simplement une question d’occupation abusive », a déclaré Kenneth Roth. « Ces politiques, qui accordent aux Israéliens juifs les mêmes droits et privilèges où qu’ils vivent et discriminent les Palestiniens à des degrés divers où qu’ils vivent, reflètent une volonté de privilégier un peuple au détriment d’un autre. »

Les déclarations et les actions des autorités israéliennes de ces dernières années, notamment  l’adoption en 2018 d’une loi à valeur constitutionnelle établissant Israël comme « l’État-nation du peuple juif », l’ensemble croissant de lois privilégiant davantage encore les colons israéliens en Cisjordanie et ne s’appliquant pas aux Palestiniens vivant sur le même territoire ; et l’expansion massive ces dernières années des colonies et des infrastructures les reliant à Israël ont clairement montré l’intention des autorités de maintenir la domination des Israéliens juifs. La possibilité qu’un futur dirigeant israélien puisse conclure avec les Palestiniens un accord qui démantèle le système discriminatoire en vigueur n’annule pas la réalité actuelle.

Les autorités israéliennes devraient renoncer à toute forme de répression et de discrimination qui privilégie les Israéliens juifs aux dépens des Palestiniens, y compris la liberté de mouvement, l’attribution des terres et des ressources, l’accès à l’eau, à l’électricité et à d’autres services, et la délivrance de permis de construire.

Le Bureau du Procureur de la CPI devrait enquêter et poursuivre les personnes impliquées de manière crédible dans les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. Les autres pays devraient également le faire, conformément à leur législation nationale en vertu du principe de compétence universelle et imposer des sanctions individuelles, y compris des interdictions de voyager et un gel des avoirs, aux fonctionnaires responsables de ces crimes.

Les conclusions relatives aux crimes contre l’humanité devraient inciter la communauté internationale à réévaluer la nature de son engagement en Israël et en Palestine, et à adopter une approche axée sur le respect des droits humains et l’établissement des responsabilités, au lieu d’être basée uniquement sur le « processus de paix », actuellement au point mort. Les États membres des Nations Unies devraient créer une commission d’enquête de l’ONU chargée d’enquêter sur la discrimination et la répression systématiques en Israël et en Palestine. Ils devraient aussi créer un poste d’Envoyé mondial de l’ONU pour les crimes de persécution et d’apartheid, avec pour mandat de mobiliser une action internationale en vue de mettre fin à la persécution et à l’apartheid partout dans le monde.

Les gouvernements devraient conditionner les ventes d’armes et l’assistance militaire et sécuritaire à Israël à des mesures concrètes et vérifiables de la part des autorités israéliennes en vue de mettre fin à la commission de ces crimes. Ils devraient en outre examiner les accords, programmes de coopération et toutes les formes existantes de commerce avec Israël pour identifier ceux qui contribuent directement à la commission des crimes, atténuer leurs incidences sur les droits humains et, lorsque cela n’est pas possible, mettre fin aux activités et aux modes de financement qui facilitent ces graves violations.

« Tandis qu’une grande partie de la communauté internationale considère l’occupation israélienne à l’œuvre depuis un demi-siècle comme une situation temporaire qu’un ‘‘processus de paix’’ vieux de plusieurs décennies résoudra bientôt, l’oppression des Palestiniens dans la région a franchi un seuil et un degré de permanence qui correspondent aux définitions des crimes d’apartheid et de persécution », a conclu Kenneth Roth. « Celles et ceux qui luttent pour la paix israélo-palestinienne, qu’elle prenne la forme d’une solution à un ou à deux États ou d’une confédération, devraient entre temps reconnaître cette réalité pour ce qu’elle est, et mettre en œuvre les instruments relatifs aux droits humains nécessaires pour y mettre fin. »

https://www.hrw.org/report/2021/04/27/threshold-crossed/israeli-authorities-and-crimes-apartheid-and-persecution⁠
Voir par ailleurs:

« Mais qui ? » : que signifie ce slogan antisémite écrit sur les pancartes de manifestants anti-passe sanitaire ?

FOCUS – Une jeune femme qui brandissait une telle pancarte lors de la manifestation anti-passe sanitaire à Metz samedi dernier a été interpellée ce lundi 9 août.

Ce lundi matin, une jeune femme a été interpellée pour avoir brandi une pancarte avec marqué «Mais qui?» en rouge lors de la manifestation contre le passe-sanitaire samedi 7 août dernier. La photo a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, suscitant l’indignation de la classe politique et médiatique du fait de son caractère jugé antisémite.

En effet, il est possible de lire à la suite de slogan «Mais qui?» plusieurs noms de personnalités de la sphère politique et médiatique qualifiés de «traîtres» : «Fabius, Attali, Buzyn, Attal, Véran, BFM Drahi, Macron, Salomon, Sorhos, K. Schwab, BHL, Ferguson…» Que signifie réellement cette pancarte ? D’où vient ce slogan et pourquoi le qualifie-t-on d’antisémite ? Le Figaro fait le point.

D’où vient le slogan «Mais qui » ?

Ce slogan trouve vraisemblablement son origine dans une interview sur CNEWS du général à la retraite Dominique Delawarde – un des signataires de la tribune «des généraux». Le 18 juin dernier, l’ancien général était interrogé par Claude Posternak, membre du bureau politique de LREM, également invité de l’émission. Ce dernier lui demandait «qui», selon lui, contrôlait «la meute médiatique». Ce à quoi Dominique Delawarde avait répondu : «C’est la communauté que vous connaissez bien», sous-entendant la communauté juive.

Sur Twitter, la Licra, l’association SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avaient dénoncé les propos de l’ancien militaire, qui aurait ainsi montré «son visage, raciste et antisémite».

Comment ce slogan est-il arrivé dans les cortèges anti-passe sanitaire ?

À la suite de cette polémique, de nombreux comptes sur les réseaux sociaux ont commencé à reprendre cette vidéo sous le hashtag «#qui». Des comptes radicaux ont ensuite commencé à publier de fausses infographies du paysage médiatique français mettant en scène les responsables «juifs» ou supposés juifs, comme l’a expliqué le journal Libération le 31 juillet dernier.

Conséquence dans la vie réelle, ces dernières semaines il a été possible d’observer quelques pancartes avec écrit «Qui?» dans les mains de certains manifestants anti-passe sanitaire.

Pourquoi ce slogan est-il jugé antisémite ?

Le 24 juillet dernier, après une manifestation qui a réuni plus de 160.000 personnes dans toute la France, des manifestants ont été aperçus brandissant cette pancarte. Certains ont été interrogés par une chaîne YouTube d’extrême droite au Trocadéro à Paris, comme le rapporte le journal Libération . Ceux-là prononcent alors des clichés antisémites en tout genre, dénonçant des «empoisonneurs de puits» ou encore un «appât du gain».

Devant la caméra, une jeune femme s’exprime : «Ils ont beaucoup de ressentiment par rapport aux blancs, ils ont un mauvais fond, ils nous considèrent comme des bêtes, c’est écrit dans le Talmud et ils veulent absolument nous métisser avec des [mot bipé] inférieurs intrinsèquement», poursuit la jeune femme. Et de scander : «Il aurait mieux valu qu’ils n’existent pas», relève le quotidien. Difficile de ne pas comprendre le sens de ces pancartes.

Réactions de la classe politique

Le ministre de l’Intérieur a tout de suite condamné la pancarte brandie à Metz, rappelant que l’antisémitisme est «un délit, en aucun cas une opinion». Il a affirmé que ces «propos ne resteront pas impunis».

L’ancien premier ministre Manuel Valls a rappelé qu’il fallait combattre «avec une fermeté implacable» l’antisémitisme, qui, selon lui, est souvent «annonciateur du pire». Nathalie Loiseau, eurodéputée LREM, a demandé que toute la classe politique dénonce «sans attendre et sans calcul» : «Ceux qui se tairont, s’il y en a, signeront leur indignité. Il n’y a rien à comprendre, seulement à combattre cette haine immonde.» «Il y a chez ces manifestants un antisémitisme assumé. Odieux. Insupportable», a-t-elle écrit sur Twitter.

D’autres personnalités ont répondu, dont Bernard-Henri Lévy qui appelle à ce que «ceux qui, sincèrement, défendent les libertés ouvrent les yeux. Qu’ils cessent de grossir les rangs de factieux qui, plutôt que le vaccin, administreraient bien à la France une double dose de populisme et de haine.»

La Licra a quant à elle annoncé saisir sa commission juridique afin d’examiner si des poursuites pénales sont envisageables.

Voir enfin:

The Guardian view on Israel and apartheid: prophecy or description?

It was a deliberate provocation by B’Tselem, Israel’s largest human rights group, to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime. Many Israelis detest the idea that their country, one they see as a democracy that rose from a genocidal pyre, could be compared to the old racist Afrikaner regime. Yet figures such as Desmond Tutu and Jimmy Carter have done so.
There is a serious argument about injustices to be had. Palestinians – unlike Israeli Jews – live under a fragmented mosaic of laws, often discriminatory, and public authorities which seem indifferent to their plight. Apartheid is a crime against humanity. It is a charge that should not be lightly made, for else it can be shrugged off. Some might agree with the use of such incendiary language, but many will recoil. The crime of apartheid has been defined as “inhumane acts committed in the context of a regime of systematic oppression and domination by one racial group over any other racial group or groups with the intention of maintaining that regime”.
There are nearly 5 million Palestinians in the West Bank and Gaza, all without Israeli citizenship. In the West Bank, Palestinians are bereft of civil rights, while Israelis in the occupied territory enjoy the full support of the state. Hamas won Gaza’s election in 2006, but the blockade that Israel imposes means it is in charge. Egypt has sealed its border, but nothing and nobody can get in or out without Israeli permission. Meeting the needs of Gaza’s growing population, say relief agencies, is at the whim of Israel. About 300,000 Palestinians in the areas formally annexed in 1967 – East Jerusalem and surrounding villages – do not have full citizenship and equal rights. Last year, the Israeli NGO Yesh Din found that Israeli officials were culpable of the crime of apartheid in the West Bank. Such a finding can only be a tragedy for all, including this newspaper, who wish the state of Israel well.
B’Tselem argues that Palestinians are afforded various levels of rights depending on where they live, but always below Jewish people. The group says it is becoming impossible to insulate Israel from its prolonged occupation project, leading it to run an apartheid regime not just outside its sovereign territory but inside it. There are about 2 million Palestinian citizens of Israel, a minority under pressure not to antagonise the Jewish majority. Within Israel, discriminatory policies are not difficult to find. National security is invoked to justify often racist citizenship laws. Jewish-only communities have admission committees that can legally reject Palestinians on the grounds of “cultural incompatibility”. A web of land and planning laws squeeze Palestinians into a shrinking space. There are Israeli Arabs whose prominence in society belies the poverty of the majority.
Israel has a problem of historic discrimination. But under Benjamin Netanyahu’s government there has been the enactment of the nation state law that constitutionally enshrines Jewish supremacy and a plan to formally annex parts of the West Bank. Some prominent Jewish intellectuals, such as the writer Peter Beinart, have given up on the idea of a Jewish state. No government formed after the forthcoming election will support genuine Palestinian statehood or have a viable peace plan.
This begs B’Tselem’s heretical question: what if there is only, in reality, one regime between the Jordan River and the Mediterranean Sea, rather than one political power that controls the territory in which there are distinct regimes? A system of separate and unequal law and systemic discrimination against Palestinians has been justified because it was meant to be temporary. But decades have passed and the situation worsens. If this is a twilight for democracy and equality in the Holy Land, one can only hope that the night will be short.

Virus de Wuhan: Le SARS-CoV-2 a des capacités de mutation hors norme (Guess why the Chinese Army super virus designed in a French laboratory with US funds is so virulent ?)

24 juillet, 2021
COVID lab-leak theory: 'rare' genetic sequence doesn't mean the virus was engineeredCoronavirus : aux origines françaises du laboratoire P4 de Wuhan - Le Parisienhttps://img.buzzfeed.com/buzzfeed-static/static/2020-04/30/13/campaign_images/4409ddeddc8f/past-coronavirus-research-grants-are-being-used-t-2-450-1588254389-6_dblbig.jpg?resize=1200:*Le retour à la normale, c’est peut-être 2022, 2023, mais nous aurons probablement un autre variant qui arrivera dans le courant de l’hiver, car le SARS-CoV-2 a des capacités de mutation hors norme. (…) On aurait pu tout fermer ou tout rouvrir, ça n’aurait rien changé, à cause des particularités du virus Delta. Jean-François Delfraissy (président du Conseil scientifique)
Comme dans toute controverse en science, il faut identifier les points de consensus afin de pouvoir étudier les désaccords. Côté consensus, toute la communauté scientifique reconnaît qu’il existe des Sars coronavirus circulant chez les chauves-souris apparentés au Sars-CoV-2 : ces virus sont des cousins. On trouve une petite dizaine d’entre eux, mais ils sont tous trop distants, génétiquement, pour être le parent direct de l’épidémie. Ces virus circulent majoritairement dans la province du Yunnan, au sud de la Chine, mais également dans des régions limitrophes de la province du Yunnan colonisées par les mêmes espèces de chauves-souris. Il est également établi que l’émergence de cas de pneumonie sévère traduisant la flambée épidémique du virus ont d’abord été détectés dans la ville de Wuhan, début janvier 2020, dans la province du Hubei. Des premiers cas sont décrits en décembre de manière absolument claire et incontestable, ce qui suggère une origine d’épidémie un peu plus précoce – et donc les experts datent le début de l’épidémie entre début septembre et fin octobre 2019. Voilà pour les points d’accord. En revanche, les points de divergence portent sur la succession d’évènements qui ont permis à des virus de chauves-souris d’acquérir, d’une part, la capacité de reconnaître efficacement les récepteurs présents sur les cellules humaines, et d’autre part, la capacité de transmission interhumaine, donc d’homme à homme. On sait que ces deux étapes constituent un goulot d’étranglement important mais, lorsque qu’un virus passe ces barrières successives, il peut alors se propager largement dans les populations humaines, donc devenir éventuellement épidémique ou pandémique. Le débat porte sur les mécanismes ayant permis ce franchissement de la barrière des espèces. Certains l’expliquent par la thèse zoonotique que j’ai évoquée précédemment. Mais d’autres suggèrent que l’épidémie pourrait être liée à la collecte d’échantillons de ces coronavirus dans les grottes du Yunnan où ils circulent. En effet, plusieurs laboratoires chinois travaillaient sur ce virus, afin de comprendre les mécanismes moléculaires permettant à ces derniers des franchissements de la barrière des espèces pour devenir des pathogènes humains. D’où l’hypothèse d’un accident de laboratoire contaminant éventuellement des personnels… et donnant les premiers patients. Cette hypothèse est sous-tendue par plusieurs arguments : d’abord, cette ville concentre les plus gros centres d’étude des coronavirus dans le monde. Par ailleurs, il est paradoxal de voir émerger une épidémie dans une ville de onze millions d’habitants environ, dont les experts chinois sur les coronavirus affirmaient depuis des années que celle-ci, Wuhan, était typiquement une ville où ce type d’émergence zoonotique ne pourrait pas avoir lieu parce qu’il n’y a pas ces contacts indispensables entre espèces sauvages, espèces domestiques et l’homme. (…) [L’hypothèse de l’accident de laboratoire] est basée, entre autres, sur le fait que le virus le plus proche actuellement connu, donc le RaTG13, a été échantillonné par un laboratoire de virologie localisé dans la zone où les premiers cas de Sars-CoV-2 ont été détectés, et où des travaux sur ces coronavirus émergents sont conduits. Des projets de recherche importants visaient à comprendre le mécanisme de franchissement de barrières d’espèces, c’est-à-dire justement à collecter des virus chez les chauves-souris, récolter des échantillons de manière à séquencer ces virus, essayer de mettre en culture ces virus dans des cellules et essayer de comprendre comment ces virus sont potentiellement capables d’infecter des cellules d’autres mammifères, incluant des cellules humaines. (…) Quand on fait de la construction moléculaire, on part évidemment de séquences naturelles dans un premier temps. Une fois qu’on a construit l’existant, on peut éventuellement, modifier une partie du génome ou échanger des morceaux de génome d’un virus avec le génome d’un autre virus, donc faire ce qu’on appelle des chimères – ou virus recombinant – pour essayer de comprendre quelles sont les fonctions spécifiques de tel ou tel fragment de génome, ou comment tel ou tel morceau de génome confère ou ne confère pas la capacité à infecter d’autres types cellulaires. Chez les coronavirus, par exemple, il y a une protéine qui joue un rôle majeur dans le franchissement de la barrière des espèces, c’est la protéine Spike qui est à la surface de la particule virale et donne l’aspect en couronne des virus. Il se trouve que les laboratoires de virologie de Wuhan ont démontré, à partir de 2016, qu’il existe chez certaines chauves-souris des virus avec des protéines Spike potentiellement capables d’infecter directement des cellules humaines sans nécessiter pour autant de passer par des hôtes intermédiaires. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, quand on parle de zoonose, les deux possibilités sont explorées par les scientifiques : soit une infection directe de l’homme par des virus de chauve-souris, qui donnent naissance à l’épidémie, soit une zoonose qui est liée à un mécanisme de débordement via l’infection d’une espèce intermédiaire. (…) Bien sûr, c’est compliqué. De tels travaux ne sont pas à la portée de n’importe quel laboratoire. Cela réclame d’abord de travailler dans des conditions de sécurité suffisantes. Les recommandations européennes sur les coronavirus (Sars-CoV-1 & 2 et Mers-CoV) imposent de travailler en laboratoire de type L3. Mais les méthodologies de modification des génomes avancent à une vitesse tout à fait incroyable, ce qui fait que des expériences qui duraient des mois, il y a encore dix ans, sont réalisables aujourd’hui en moins d’un mois par les laboratoires qui ont l’expertise – d’ailleurs, les autorités chinoises ont publié les premières séquences du Sars-CoV-2 vers le 12 janvier 2020, et un mois plus tard, un laboratoire suisse avait reconstruit un Sars-CoV-2 rigoureusement identique, juste sur la base de ces séquences récupérées dans une base de donnée… (…) Il est crucial, de mon point de vue, de comprendre l’origine de cette pandémie, parce qu’il y a des décisions collectives et mondiales à prendre qui seront complètement différentes si l’origine est zoonotique ou accidentelle. S’il y a eu passage par tel ou tel hôte intermédiaire, il faudra prendre des mesures de surveillance chez les animaux potentiellement infectés, donc potentiellement vecteurs de ces virus, avec à la clef des abattages systématiques, comme c’est le cas régulièrement pour la grippe aviaire. Et s’il s’avère que c’est un accident dû à des manipulations, alors il faut mieux encadrer les conditions expérimentales dans lesquelles sont faites les expériences dont on vient de parler. Par ailleurs, quelle que soit l’origine du virus, avec l’avancée rapide des nouveaux outils de biologie moléculaires, il est peut-être urgent de réfléchir de manière collective aux expériences qu’il est nécessaire de faire dans les laboratoires et à celles qu’il ne faut pas faire parce qu’elles sont trop dangereuses. Est-il raisonnable de construire dans des laboratoires, des virus potentiellement pandémiques chez l’homme qui, au départ, n’existent pas naturellement ? Ce débat éthique existe depuis les années 2010-12, quand des équipes américaines et hollandaises ont cherché à construire des virus de la grippe, potentiellement pandémiques, et cette fois-ci à partir d’un virus qui n’était pas particulièrement adapté à la transmission par aérosol. Le bénéfice qu’on escomptait de ces expériences était-il si important qu’on pouvait s’affranchir du risque de sa diffusion ? Ou, est-ce que, éthiquement, ces travaux devaient être considérés comme trop dangereux et donc interdits ? Voilà ce qui a conduit les États-Unis à décréter à partir de 2014 un moratoire sur ce type d’expérience. Ces arbitrages sont complexes, et il est nécessaire d ’évaluer les risques et les bénéfices potentiels des expériences, afin de définir des limites sans stériliser la recherche. (…) Le cœur du débat est là : les scientifiques sont peu habitués aux limitations a priori de leur domaine de recherche, et encore moins à ce que la société civile scrute leurs travaux. Cette manière de faire change progressivement, car il y a de plus en plus de comités d’éthique – en tout cas, pour tout ce qui concerne le domaine d’expérimentation humain et, désormais, les expérimentations animales. Mais il y a d’autres domaines de la science qui devraient être considérés comme critiques du point de vue éthique, c’est-à-dire dans lesquels on renoncerait éventuellement à la conduite de certaines expériences, ou alors où l’on favoriserait des stratégies alternatives moins dangereuses. Les virus n’ont pas de passeports ! Et donc, la gestion des risques biologiques ne peut plus être envisagée uniquement au niveau national. Cette question doit se traiter de manière internationale, si l’on veut la traiter correctement. Regardez le moratoire américain que j’évoquais : l’une des conséquences de cette nouvelle politique a été l’arrêt des expériences sur les coronavirus par les grands laboratoires sur le territoire américain. Ce qui a conduit, à la place, à l’intensification de ces recherches dans les laboratoires de Wuhan, par exemple, avec des financements américains… notamment, entre autres, via la EcoHealth Alliance ! Paradoxalement, le moratoire américain, qui pourrait être jugé comme une décision limitant les risques biologiques, a donc peut-être eu des effets pervers, en favorisant le déploiement de recherche dans des pays ou le contrôle des risque biologiques est moindre… (…) via l’association que je viens de mentionner. Il y a eu financement d’abord des collectes de virus, pour essayer d’échantillonner davantage les virus présents chez les chauves-souris, entre autres dans le Sud asiatique, mais il y a également eu financement d’expériences visant à être en capacité de cultiver ces virus, en cellules et dans des modèles animaux, pour comprendre les mécanismes de transfert zoonotique et pour essayer concevoir des vaccins permettant de protéger des futures zoonoses. L’intention de telles recherches est donc de prévoir les nouveaux virus potentiellement pandémiques pour mieux s’en prémunir… Sauf que justement, les expériences réalisées comportent des risques potentiels. Quand on réfléchit aux problèmes de pandémies et aux études sur les virus émergents, on ne peut, je le répète, pas envisager la problématique du seul point de vue national ou même continental – il faut nécessairement une vision globale et mondiale. Dans son Destin des maladies infectieuses, le microbiologiste Charles Nicolle écrivait en 1933 que « la connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. » Cette analyse reste étonnamment d’actualité – et l’avenir ne manquera pas de nous rappeler cette vérité dans le contexte du déploiement des vaccins, avec les variants du Covid-19 qui se multiplient actuellement… Sans une stratégie globale et mondiale, on court après le virus avec des vaccinations éventuellement successives permettant de protéger une partie de la population, alors même que l’autre partie de la population, qui serait incorrectement vaccinée, constituerait finalement un réservoir de nouveaux variants. (…) Évidemment, la surpopulation mondiale a des conséquences… La pression sur les écosystèmes et la densification de la population aussi, avec pour répercussions l’augmentation des élevages d’animaux industriels, sources potentielles également de zoonose. On sait aussi que l’évolution des moyens de transport et de communication favorise la dissémination des épidémies, et nous avons vu la dissémination mondiale du Sars-CoV-2 en quelque mois. Donc l’ensemble de ces facteurs favorise l’intensification des zoonoses et la diffusion des maladies infectieuses nouvelles. On peut agir en régulant mieux les élevages industriels et les voyages internationaux. Mais il est également nécessaire d’interroger les pratiques de la biologie moléculaire moderne, qui nous permet de mieux lutter contres les maladies mais qui comporte, comme on vient de le voir, également des risques biologiques. On peut conclure à ce stade que même si l’origine de l’épidémie n’est pas encore élucidée – et même si l’identification risque de prendre du temps –, nous disposons déjà d’informations importantes sur des mécanismes potentiels d’émergence de pandémies. Il est par conséquent possible, dès aujourd’hui, de limiter ces risques en adaptant nos pratiques. Étienne Decroly

Devinez pourquoi le super virus de l’Armée chinoise conçu dans le laboratoire français de Wuhan et financé par les Américains est si virulent ?

Étienne Decroly : “Est-il raisonnable de construire en laboratoire des virus potentiellement pandémiques chez l’homme qui n’existent pas dans la nature ?”
Étienne Decroly, propos recueillis par Sven Ortoli
Philo mag
13 avril 2021

Pour le virologue spécialiste du VIH, directeur de recherche au CNRS et membre de la Société française de virologie Étienne Decroly, la question de l’origine du Covid-19 n’est pas résolue. Et la thèse de la transmission par les chauves-souris (ou par un hôte intermédiaire, tel que le désormais tristement fameux pangolin) souffre de plusieurs incohérences. Le virus se serait-il bel et bien échappé d’un laboratoire de Wuhan ? Entretien sur un mystère toujours non résolu.

L’Organisation mondiale de la santé a rendu son rapport sur l’origine de la pandémie. Qu’en pensez-vous ? Que dit ce rapport – et que ne dit-il pas ?

Étienne Decroly : C’est une bonne nouvelle qu’un premier rapport soit enfin disponible. En un an de pandémie, l’OMS a pu envoyer une équipe en Chine pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et découvrir les origines du virus. 17 experts mandatés par l’OMS ont rejoint 17 experts chinois pour analyser les résultats de l’enquête chinoise. La commission conclut que le mystère reste entier… et suggère que l’origine zoonotique – c’est-à-dire liée à la transmission d’un virus existant dans des espèces animales à l’espèce humaine – est la plus probable. Le virus se serait transmis à l’espèce humaine soit à partir des chauves-souris, qui sont un réservoir important de ces virus, soit en passant par une espèce intermédiaire (chat, lapin, vison, pangolin, civette, etc.). Toutefois, il faut noter que l’échantillonnage massif réalisé par les autorités chinoises n’a pas permis de confirmer cette présomption, ce qui a conduit le directeur de l’OMS à rappeler que toutes les hypothèses restaient sur la table – incluant celle d’un accident de laboratoire – et à proposer de constituer une nouvelle commission dont le pouvoir d’enquête serait élargi. Le processus d’enquête doit donc se poursuivre.

Concernant l’espèce primordiale, on a immédiatement pensé aux chauves-souris ?

L’analyse des émergences précédentes de coronavirus a permis d’identifier les chauves-souris comme un réservoir jouant un rôle clé dans l’origine zoonotique des coronavirus. Dans la nature, des populations importantes de chauves-souris (dont il existe plus de 1 400 espèces) partagent les mêmes grottes, et différentes souches de coronavirus peuvent alors infecter simultanément le même animal, ce qui favorise les recombinaisons génétiques entre virus et décuple les possibilités d’évolution. Certaines souches ainsi générées sont parfois aptes à franchir la barrière des espèces et infectent d’autres espèces animales davantage au contact des population humaines. La transmission ultérieure aux humains est facilitée car ces « hôtes intermédiaires » sont d’une part génétiquement plus proche de l’homme, et d’autre part souvent des animaux d’élevage en contact direct avec les humains. Les virologistes sont capables de comprendre les mécanismes de transmission zoonotique par des analyses « phylogéniques » permettant de reconstruire l’arbre généalogique des virus. En comparant les séquences génomiques d’échantillons viraux de malades infectés par le Sars-CoV-2 [la dénomination officielle du Covid-19] au début de l’épidémie, on a observé un taux d’identité de 99,98 % entre les différents échantillons, ce qui signifiait que le virus avait récemment émergé chez l’humain. On a également constaté que ce génome était à 96 % identique à celui d’un virus de chauve-souris (RaTG13) collecté en 2013 à partir de fèces de l’animal et dont les séquences ne sont connues que depuis le mois de mars 2020. Le virus RaTG13, un cousin du Sars-CoV-2 (mais pas son parent direct) provient d’une mine de la province du Yunnan, où trois mineurs avaient succombé à une pneumonie sévère en 2012. Pour faire bref, le Sars-CoV-2 est génétiquement plus proche de souches virales qui ne se transmettaient jusqu’alors qu’entre chauves-souris. Il ne descend pas de souches humaines connues et n’a acquis que récemment la capacité de sortir de son réservoir animal naturel, donc, en l’occurrence, très probablement de la chauve-souris.

Alors pourquoi est-ce que le rapport n’écarte pas d’autres hypothèses ?

Le rapport évoque en mode mineur la possibilité d’une transmission via de la viande surgelée, infectée on ne sait trop comment, mais qui aurait l’avantage, vu de Chine, d’exonérer l’origine locale. Enfin, il considère l’hypothèse d’un accident de laboratoire comme très improbable. Toutefois, comme mentionné à l’instant, c’est le directeur général de l’OMS lui-même qui a pris le contrepied de la mission OMS-Chine, en déclarant à deux reprises que toutes les hypothèses restaient sur la table, y compris celle d’un virus échappé d’un labo.

Que traduit cette contradiction ?

Elle est le reflet d’une controverse géopolitique, bien sûr, mais également scientifique. Lorsque l’épidémie a émergé, la communauté scientifique a rapidement penché vers l’hypothèse d’une zoonose passant par un intermédiaire animal entre la chauve-souris et l’homme. D’abord, parce qu’aucune épidémie liée à une transmission directe de la chauve-souris à l’homme n’a jamais été démontrée. Ensuite, parce que l’histoire de l’interaction entre l’espèce humaine et les animaux témoigne de nombreux cas de transmissions de virus de certaines espèces animales vers l’espèce humaine en passant par des hôtes intermédiaires – à savoir, des animaux d’élevage ou des animaux sauvages en contact avec les populations. D’où l’hypothèse principale d’une transmission à l’humain via une espèce d’un hôte intermédiaire dans laquelle les virus peuvent évoluer puis être sélectionnés vers des formes susceptibles d’infecter des cellules humaines.

Comment fait-on pour identifier l’hôte et son espèce? 

Habituellement, on analyse les relations phylogénétiques entre le nouveau virus et ceux provenant d’espèces animales vivant dans les régions proches de l’émergence ; cette méthode a permis d’établir que la civette, une sorte de petit félin, a été l’hôte intermédiaire du Sars-CoV en 2002, et que le dromadaire a été celui du Mers-CoV dix ans plus tard en Arabie Saoudite. Il était donc logique de supposer des mécanismes similaires pour le Sars-CoV-2.

Alors, où se situe la controverse que vous évoquiez ?

Comme dans toute controverse en science, il faut identifier les points de consensus afin de pouvoir étudier les désaccords. Côté consensus, toute la communauté scientifique reconnaît qu’il existe des Sars coronavirus circulant chez les chauves-souris apparentés au Sars-CoV-2 : ces virus sont des cousins. On trouve une petite dizaine d’entre eux, mais ils sont tous trop distants, génétiquement, pour être le parent direct de l’épidémie. Ces virus circulent majoritairement dans la province du Yunnan, au sud de la Chine, mais également dans des régions limitrophes de la province du Yunnan colonisées par les mêmes espèces de chauves-souris. Il est également établi que l’émergence de cas de pneumonie sévère traduisant la flambée épidémique du virus ont d’abord été détectés dans la ville de Wuhan, début janvier 2020, dans la province du Hubei. Des premiers cas sont décrits en décembre de manière absolument claire et incontestable, ce qui suggère une origine d’épidémie un peu plus précoce – et donc les experts datent le début de l’épidémie entre début septembre et fin octobre 2019. Voilà pour les points d’accord. En revanche, les points de divergence portent sur la succession d’évènements qui ont permis à des virus de chauves-souris d’acquérir, d’une part, la capacité de reconnaître efficacement les récepteurs présents sur les cellules humaines, et d’autre part, la capacité de transmission interhumaine, donc d’homme à homme. On sait que ces deux étapes constituent un goulot d’étranglement important mais, lorsque qu’un virus passe ces barrières successives, il peut alors se propager largement dans les populations humaines, donc devenir éventuellement épidémique ou pandémique. Le débat porte sur les mécanismes ayant permis ce franchissement de la barrière des espèces. Certains l’expliquent par la thèse zoonotique que j’ai évoquée précédemment. Mais d’autres suggèrent que l’épidémie pourrait être liée à la collecte d’échantillons de ces coronavirus dans les grottes du Yunnan où ils circulent. En effet, plusieurs laboratoires chinois travaillaient sur ce virus, afin de comprendre les mécanismes moléculaires permettant à ces derniers des franchissements de la barrière des espèces pour devenir des pathogènes humains. D’où l’hypothèse d’un accident de laboratoire contaminant éventuellement des personnels… et donnant les premiers patients. Cette hypothèse est sous-tendue par plusieurs arguments : d’abord, cette ville concentre les plus gros centres d’étude des coronavirus dans le monde. Par ailleurs, il est paradoxal de voir émerger une épidémie dans une ville de onze millions d’habitants environ, dont les experts chinois sur les coronavirus affirmaient depuis des années que celle-ci, Wuhan, était typiquement une ville où ce type d’émergence zoonotique ne pourrait pas avoir lieu parce qu’il n’y a pas ces contacts indispensables entre espèces sauvages, espèces domestiques et l’homme.

Y compris sur les marchés ?

Le marché de Wuhan n’est pas un marché où l’on trouve beaucoup d’animaux sauvages. Mais au-delà de ce constat, on a comparé le sérum de personnes habitant à Wuhan avec d’autres dans la province du Yunnan, à 1 500 km de là, pour comparer la présence ou non d’anticorps capables de reconnaître des coronavirus tels que le Sars-CoV-1 [le « premier Sras », soit le syndrome respiratoire aigu sévère de 2002]. Ces études ont montré l’absence d’anticorps contre les Sars-CoV dans les sérums prélevés dans la région de Wuhan – alors que dans la province de Yunnan, on trouve selon les endroits entre 0,6% et 2,7% de sérums positifs. Cette observation indique qu’il y a des franchissements réguliers de la barrière d’espèce dans la province de Yunnan, mais pas à Wuhan. C’est d’ailleurs logique, puisque le Yunnan est une région agricole où les populations sont au contact des animaux sauvages et des chauves-souris. Et pour autant, ces franchissements réguliers de la barrière des espèces ne donnent pas lieu à des épidémies, probablement parce que ces virus ne sont pas adaptés à la transmission interhumaine : c’est le goulot d’étranglement que j’évoquais précédemment. D’où le mystère de cette naissance de l’épidémie à Wuhan puisque, primo, il n’y a pas de chauve-souris porteuses de coronavirus à Wuhan, et secundo, on ne trouve pas l’animal intermédiaire.

Et le pangolin, alors ?

Il est vrai que la découverte dans le génome de coronavirus infectant des pangolins d’une courte séquence génétique apparentée à celle qui permet au Sars-CoV-2 de reconnaître spécifiquement le récepteur ACE2 [l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2] afin pénétrer les cellules humaines (mécanisme dit de clé-serrure), a un temps fait penser qu’on tenait un possible hôte intermédiaire… mais le restant de son génome est trop distant du Sars-CoV-2 pour être un ancêtre direct. En effet, le taux d’identité entre les séquences de Sars-CoV-2 et celles issues du pangolin n’atteint que 90,3 %, ce qui est très inférieur aux taux habituellement observés entre les souches infectant l’humain et celles infectant l’hôte intermédiaire. En d’autres termes, le virus parental de l’épidémie pourrait être une sorte de chimère entre le virus de pangolin et les virus proches du RaTG13 présent dans les provinces du sud de la chine. Mais ces virus n’ont pas été identifiés à ce jour. Par ailleurs, il y a des inconsistances géographiques : les échantillons viraux de chauves-souris ont été recueillis dans le Yunnan, à près de 1 500 km de Wuhan, où a éclaté la pandémie, donc. Et des inconsistances écologiques : chauves-souris et pangolins évoluent dans des écosystèmes différents. Et l’on se demande bien à quelle occasion leurs virus auraient pu se recombiner.

Exit le pangolin, donc. D’autres espèces pourraient-elles donc constituer le chaînon manquant ? 

En tout cas, on ne l’a pas identifiée jusqu’ici, malgré un échantillonnage assez important ! Pour vous donner une idée, le rapport de l’OMS évoque environ 80 000 prélèvements faits entre octobre 2019 et février 2020. Sur l’ensemble de ces prélèvements, aucun n’a été positif au Sars-CoV-2. Ce qui, évidemment, questionne l’hypothèse de l’origine zoonotique, parce qu’on s’attendrait à trouver quelques échantillons positifs au Sars-CoV-2 et soutenant cette hypothèse. Or pour l’instant, ce n’est pas le cas. L’absence de preuve n’est pas une preuve, mais cela invite à regarder avec plus d’attention d’autres hypothèses qui, au départ, étaient considérées comme moins favorables.

Dont le passage par de la viande congelée ?

En effet, il y a cette hypothèse dans le rapport de la Commission OMS-Chine, mais il y a peu d’arguments scientifiques « raisonnables » qui la soutiennent, dans la mesure où, à ma connaissance, il n’y a pas d’épidémie documentée de CoV passant par de la viande congelée. Disons qu’elle permet d’expliquer l’énigme d’une épidémie dans une ville de onze millions d’habitants dans laquelle les animaux infectés potentiellement ne sont pas particulièrement présents… Cela suggère que le virus a été « gelé » à un endroit, éventuellement en dehors de la Chine, avant d’être transporté jusqu’à Wuhan. Cette hypothèse est toutefois étayée par le fait qu’au moment où le CoV-2 circulait très largement dans la population humaine en 2020, des traces de CoV-2 ont été retrouvées sur des emballages de viande congelée… C’est une hypothèse politiquement satisfaisante, vue de Chine, mais scientifiquement, nous manquons d’éléments probants.

Reste l’hypothèse d’un accident ?

Cette hypothèse est basée, entre autres, sur le fait que le virus le plus proche actuellement connu, donc le RaTG13, a été échantillonné par un laboratoire de virologie localisé dans la zone où les premiers cas de Sars-CoV-2 ont été détectés, et où des travaux sur ces coronavirus émergents sont conduits. Des projets de recherche importants visaient à comprendre le mécanisme de franchissement de barrières d’espèces, c’est-à-dire justement à collecter des virus chez les chauves-souris, récolter des échantillons de manière à séquencer ces virus, essayer de mettre en culture ces virus dans des cellules et essayer de comprendre comment ces virus sont potentiellement capables d’infecter des cellules d’autres mammifères, incluant des cellules humaines.

On peut en quelque sorte, passez-moi l’expression, bâtir un virus de toutes pièces ?

Quand on fait de la construction moléculaire, on part évidemment de séquences naturelles dans un premier temps. Une fois qu’on a construit l’existant, on peut éventuellement, modifier une partie du génome ou échanger des morceaux de génome d’un virus avec le génome d’un autre virus, donc faire ce qu’on appelle des chimères – ou virus recombinant – pour essayer de comprendre quelles sont les fonctions spécifiques de tel ou tel fragment de génome, ou comment tel ou tel morceau de génome confère ou ne confère pas la capacité à infecter d’autres types cellulaires. Chez les coronavirus, par exemple, il y a une protéine qui joue un rôle majeur dans le franchissement de la barrière des espèces, c’est la protéine Spike qui est à la surface de la particule virale et donne l’aspect en couronne des virus. Il se trouve que les laboratoires de virologie de Wuhan ont démontré, à partir de 2016, qu’il existe chez certaines chauves-souris des virus avec des protéines Spike potentiellement capables d’infecter directement des cellules humaines sans nécessiter pour autant de passer par des hôtes intermédiaires. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, quand on parle de zoonose, les deux possibilités sont explorées par les scientifiques : soit une infection directe de l’homme par des virus de chauve-souris, qui donnent naissance à l’épidémie, soit une zoonose qui est liée à un mécanisme de débordement via l’infection d’une espèce intermédiaire.

C’est compliqué, en labo, de transformer un virus pour qu’il puisse franchir des barrières ?

Oui, bien sûr, c’est compliqué. De tels travaux ne sont pas à la portée de n’importe quel laboratoire. Cela réclame d’abord de travailler dans des conditions de sécurité suffisantes. Les recommandations européennes sur les coronavirus (Sars-CoV-1 & 2 et Mers-CoV) imposent de travailler en laboratoire de type L3. Mais les méthodologies de modification des génomes avancent à une vitesse tout à fait incroyable, ce qui fait que des expériences qui duraient des mois, il y a encore dix ans, sont réalisables aujourd’hui en moins d’un mois par les laboratoires qui ont l’expertise – d’ailleurs, les autorités chinoises ont publié les premières séquences du Sars-CoV-2 vers le 12 janvier 2020, et un mois plus tard, un laboratoire suisse avait reconstruit un Sars-CoV-2 rigoureusement identique, juste sur la base de ces séquences récupérées dans une base de donnée…

Est-ce si important de déterminer l’origine du virus ?

Il est crucial, de mon point de vue, de comprendre l’origine de cette pandémie, parce qu’il y a des décisions collectives et mondiales à prendre qui seront complètement différentes si l’origine est zoonotique ou accidentelle. S’il y a eu passage par tel ou tel hôte intermédiaire, il faudra prendre des mesures de surveillance chez les animaux potentiellement infectés, donc potentiellement vecteurs de ces virus, avec à la clef des abattages systématiques, comme c’est le cas régulièrement pour la grippe aviaire. Et s’il s’avère que c’est un accident dû à des manipulations, alors il faut mieux encadrer les conditions expérimentales dans lesquelles sont faites les expériences dont on vient de parler. Par ailleurs, quelle que soit l’origine du virus, avec l’avancée rapide des nouveaux outils de biologie moléculaires, il est peut-être urgent de réfléchir de manière collective aux expériences qu’il est nécessaire de faire dans les laboratoires et à celles qu’il ne faut pas faire parce qu’elles sont trop dangereuses. Est-il raisonnable de construire dans des laboratoires, des virus potentiellement pandémiques chez l’homme qui, au départ, n’existent pas naturellement ? Ce débat éthique existe depuis les années 2010-12, quand des équipes américaines et hollandaises ont cherché à construire des virus de la grippe, potentiellement pandémiques, et cette fois-ci à partir d’un virus qui n’était pas particulièrement adapté à la transmission par aérosol. Le bénéfice qu’on escomptait de ces expériences était-il si important qu’on pouvait s’affranchir du risque de sa diffusion ? Ou, est-ce que, éthiquement, ces travaux devaient être considérés comme trop dangereux et donc interdits ? Voilà ce qui a conduit les États-Unis à décréter à partir de 2014 un moratoire sur ce type d’expérience. Ces arbitrages sont complexes, et il est nécessaire d ’évaluer les risques et les bénéfices potentiels des expériences, afin de définir des limites sans stériliser la recherche.

D’où la nécessité d’une autorité transnationale ?

Le cœur du débat est là : les scientifiques sont peu habitués aux limitations a priori de leur domaine de recherche, et encore moins à ce que la société civile scrute leurs travaux. Cette manière de faire change progressivement, car il y a de plus en plus de comités d’éthique – en tout cas, pour tout ce qui concerne le domaine d’expérimentation humain et, désormais, les expérimentations animales. Mais il y a d’autres domaines de la science qui devraient être considérés comme critiques du point de vue éthique, c’est-à-dire dans lesquels on renoncerait éventuellement à la conduite de certaines expériences, ou alors où l’on favoriserait des stratégies alternatives moins dangereuses. Les virus n’ont pas de passeports ! Et donc, la gestion des risques biologiques ne peut plus être envisagée uniquement au niveau national. Cette question doit se traiter de manière internationale, si l’on veut la traiter correctement. Regardez le moratoire américain que j’évoquais : l’une des conséquences de cette nouvelle politique a été l’arrêt des expériences sur les coronavirus par les grands laboratoires sur le territoire américain. Ce qui a conduit, à la place, à l’intensification de ces recherches dans les laboratoires de Wuhan, par exemple, avec des financements américains… notamment, entre autres, via la EcoHealth Alliance ! Paradoxalement, le moratoire américain, qui pourrait être jugé comme une décision limitant les risques biologiques, a donc peut-être eu des effets pervers, en favorisant le déploiement de recherche dans des pays ou le contrôle des risque biologiques est moindre…

Les recherches dans les laboratoires de Wuhan étaient soutenues par des fonds américains ?

Oui, via l’association que je viens de mentionner. Il y a eu financement d’abord des collectes de virus, pour essayer d’échantillonner davantage les virus présents chez les chauves-souris, entre autres dans le Sud asiatique, mais il y a également eu financement d’expériences visant à être en capacité de cultiver ces virus, en cellules et dans des modèles animaux, pour comprendre les mécanismes de transfert zoonotique et pour essayer concevoir des vaccins permettant de protéger des futures zoonoses. L’intention de telles recherches est donc de prévoir les nouveaux virus potentiellement pandémiques pour mieux s’en prémunir… Sauf que justement, les expériences réalisées comportent des risques potentiels. Quand on réfléchit aux problèmes de pandémies et aux études sur les virus émergents, on ne peut, je le répète, pas envisager la problématique du seul point de vue national ou même continental – il faut nécessairement une vision globale et mondiale. Dans son Destin des maladies infectieuses, le microbiologiste Charles Nicolle écrivait en 1933 que « la connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. » Cette analyse reste étonnamment d’actualité – et l’avenir ne manquera pas de nous rappeler cette vérité dans le contexte du déploiement des vaccins, avec les variants du Covid-19 qui se multiplient actuellement… Sans une stratégie globale et mondiale, on court après le virus avec des vaccinations éventuellement successives permettant de protéger une partie de la populatio, alors même que l’autre partie de la population, qui serait incorrectement vaccinée, constituerait finalement un réservoir de nouveaux variants.

Et d’ailleurs – cataloguez-vous le virus dans le règne du vivant ?

C’est, effectivement, aussi un débat scientifique actuel, et la réponse à la question dépend de la définition du vivant. Personnellement, je considère les virus comme vivants, parce qu’ils font partie de l’ensemble des processus biologiques qui sont soumis aux contraintes évolutives de la sélection naturelle. Et donc, ils sont capables d’évoluer sous contrainte.

Quand vous pensez aux dix, vingt ans à venir, comment imaginez-vous la coexistence avec les virus ?

L’espèce humaine a toujours coexisté avec des zoonoses et avec des pathogènes, et nous allons continuer à coexister. Cela fait partie des grands équilibres. Évidemment, la surpopulation mondiale a des conséquences… La pression sur les écosystèmes et la densification de la population aussi, avec pour répercussions l’augmentation des élevages d’animaux industriels, sources potentielles également de zoonose. On sait aussi que l’évolution des moyens de transport et de communication favorise la dissémination des épidémies, et nous avons vu la dissémination mondiale du Sars-CoV-2 en quelque mois. Donc l’ensemble de ces facteurs favorise l’intensification des zoonoses et la diffusion des maladies infectieuses nouvelles. On peut agir en régulant mieux les élevages industriels et les voyages internationaux. Mais il est également nécessaire d’interroger les pratiques de la biologie moléculaire moderne, qui nous permet de mieux lutter contres les maladies mais qui comporte, comme on vient de le voir, également des risques biologiques. On peut conclure à ce stade que même si l’origine de l’épidémie n’est pas encore élucidée – et même si l’identification risque de prendre du temps –, nous disposons déjà d’informations importantes sur des mécanismes potentiels d’émergence de pandémies. Il est par conséquent possible, dès aujourd’hui, de limiter ces risques en adaptant nos pratiques.


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28 mai, 2021

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Ces femmes qui s’avancent, en tenant au bout de leurs bras, ces enfants qui lancent, des pierres vers les soldats, c’est perdu d’avance, les cailloux sur des casques lourds, tout ça pour des billets retour, d’amour, d’amour, d’amour, d’amour… Francis Cabrel (« Tout le monde y pense », 1989)
Alors, pour m’sentir appartenir A un peuple, à une patrie J’porte autour de mon cou sur mon cuir Le keffieh noir et blanc et gris Je m’suis inventé des frangins Des amis qui crèvent aussi. Renaud (1983)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Mein Kamp (…) Tel était le nouveau Coran de la foi et de la guerre: emphatique, fastidieux, sans forme, mais empli de son propre message. Churchill
Les organisations humanitaires et une partie de la gauche occidentale, l’extrême gauche surtout, souffrent d’un complexe post-colonial. Les anciens colonisés sont perçus comme des victimes absolues, pour les uns, comme la force motrice de l’histoire, pour les autres. Ils jouissent d’un droit intangible à la bienveillance morale et au soutien politique, quoi qu’ils disent et quoi qu’ils fassent. Le fanatisme est permis, pourvu qu’il soit tiers-mondiste. La discrimination est justifiée, à condition qu’elle soit pratiquée dans un pays d’Afrique ou d’Asie. Le massacre est excusable, quand il est commis par des États non-européens. On a déjà assisté à cette même veulerie face aux haines, à cette même incapacité à voir le Mal, dans d’autres contextes historiques. Qu’on se souvienne de la complaisance des communistes européens, et notamment français, face à la terreur stalinienne et au goulag. Qu’on se souvienne aussi de l’indulgence de la gauche pacifiste française face à l’Allemagne nazie des années 1930. L’Allemagne était perçue comme victime du militarisme français et du traité de Versailles… Sous l’Occupation, de nombreux collaborateurs enthousiastes, et de très haut rang, proviendront de cette gauche pacifiste et humanitaire. La politique d’apaisement vis-à-vis de l’Iran d’Ahmadinejad est fondée sur la même incompréhension que celle qui fut menée face à Hitler à la fin des années 1930, par l’Angleterre et la France. Ce prétendu réalisme, au nom duquel il faut faire des concessions et pratiquer l’ouverture, procède certes d’un réflexe très humain. Mais il témoigne d’une méconnaissance profonde de l’adversaire. On est en face, dans les deux cas, d’une machine de guerre très habile et très bien organisée, qui connaît et qui exploite fort bien les faiblesses de l’Occident démocratique. (…) Il est des carnavals de rage et d’absurdité auxquels un pays démocratique se doit de rester étranger. Samuel Epstein
Si le Reich allemand s’impose comme protecteur de tous ceux dont le sang allemand coule dans les veines, et bien la foi musulmane impose à chaque Musulman de se considérer comme protecteur de toute personne ayant été imprégnée de l’apprentissage coranique. Hassan el Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père de Tariq et Hani Ramadan)
Depuis les premiers jours de l’islam, le monde musulman a toujours dû affronter des problèmes issus de complots juifs. (…) Leurs intrigues ont continué jusqu’à aujourd’hui et ils continuent à en ourdir de nouvelles. Sayd Qutb (membre des Frères musulmans, Notre combat contre les Juifs)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33, 1964)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Nous devons combattre le Mal à sa source, et la principale racine du Mal c’est l’Amérique. (…) L’imam Khomeyni, notre chef, a assuré à maintes reprises que l’Amérique est la source de tous nos maux et qu’elle est la mère des intrigues. (…) Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé.  (…) Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien honorable qui fait allégeance à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine. (…) Avec leur argent, ils ont mis la main sur les médias du monde entier : presse, maisons d’édition, stations de radio etc… Avec leur argent, ils ont soulevé des révolutions dans plusieurs parties du monde afin de servir leurs intérêts et réaliser leur objectif. Ils sont derrière la Révolution Française, la Révolution Communiste et toutes les révolutions dont nous avons entendu parler. (…) Il n’existe aucune guerre dans n’importe quelle partie du monde dont ils ne soient les instigateurs. Charte du Hamas (préambule, articles 6 et 22, 1988)
Obama (in whose administration I served) had in mind the United States’ extrication from what he considered the broader Middle Eastern quagmire (…) But Obama was a gradualist; he was persuaded that the United States could neither abruptly nor radically shift gears and imperil regional relationships that had been decades in the making. As he once put it to some of us working in the White House, conducting U.S. policy was akin to steering a large vessel: a course correction of a few degrees might not seem like much in the moment, but over time, the destination would differ drastically. What he did, he did in moderation. (…) In a sense, his administration was an experiment that got suspended halfway through. At least when it came to his approach to the Middle East, Obama’s presidency was premised on the belief that someone else would pick up where he left off. It was premised on his being succeeded by someone like him, maybe a Hillary Clinton, but certainly not a Donald Trump. Robert Malley (Nov. 2019)
A better approach requires clarity about U.S. interests and a plan for securing them, changing the United States’ role in a regional order it helped create without leaving behind yet more chaos, suffering, and insecurity. (…) A better strategy would be simultaneously less ambitious and more ambitious than traditional U.S. statecraft in the Middle East: less ambitious in terms of the military ends the United States seeks and in its efforts to remake nations from within, but more ambitious in using U.S. leverage and diplomacy to press for a de-escalation in tensions and eventually a new modus vivendi among the key regional actors. The United States has repeatedly tried using military means to produce unachievable outcomes in the Middle East. Now it’s time to try using aggressive diplomacy to produce more sustainable results. Daniel Benaim and Jake Sullivan (May 22, 2020)
On Sunday, National Security Adviser Jake Sullivan phoned his Israeli counterpart and turned back the hands of time. (…) Sullivan called “to express the United States’ serious concerns” about (…) the pending eviction, by court order, of a number of Palestinian families from their homes in the Sheikh Jarrah neighborhood of Jerusalem, and the weekend’s violent clashes on the Temple Mount between Israeli police and Palestinian rioters. (…) just as Hamas was sending rockets and incendiary devices into Israel with the same message (…) This (…) marked a clear return to the approach of President Barack Obama. (…) In a revealing Foreign Affairs article, written in 2019, Malley expressed regret that Obama failed to arrive at more such accommodations. The direction of Obama’s policy was praiseworthy (…) but his “moderation” was the enemy of his project. Being “a gradualist,” he presided over “an experiment that got suspended halfway through.” Malley, the article leads one to assume, is now advising Biden to go all the way—and fast. (…) The president’s “ultimate goal,” Malley wrote, was “to help the [Middle East] find a more stable balance of power that would make it less dependent on direct U.S. interference or protection.” (…) a roundabout way of saying that Obama dreamed of a new Middle Eastern order—one that relies more on partnership with Iran. (…) Obama, it seems clear, felt his project would advance best with stealth and misdirection, not aggressive salesmanship. Biden, while keeping Obama’s second-term foreign policy team nearly intact, is using the same playbook. He and his aides recognize that confusion about the “ultimate goal” makes achieving it easier. (…) The deceptions surrounding the JCPOA have a clear purpose: to make the administration appear supportive of containment when, in fact, it is ending it. (…) The presentation of the JCPOA as a narrow arms control agreement is the most important of these tactics, but two others are particularly noteworthy. The first is the bear hug: a squeeze that can be presented to the outside world as a gesture of love, but which immobilizes its recipient. (…) But if Iron Dome was the seemingly loving aspect of the bear hug, the immobilizing part was the strong discouragement of Israeli military and intelligence operations against Iran’s nuclear program and its regional military network. (…) The bear hug is also a tool for gaslighting critics who accurately claim that the Realignment guts the policy of containment. (…) The second tactic is the values feint. When Washington tilts toward Iran, it disguises its true motivations with pronouncements of high-minded humanitarianism—ceasing to be a superpower and instead becoming a Florence Nightingale among the nations, decrying human suffering (…) Domestic politics partially explains the hold that this empty theory exercises over otherwise bright minds. (…) Biden won the electoral college by only 45,000 votes spread over three states—a razor thin margin. (…) The political heft of the Realignment derives not just from Obama’s personal support but also from the support of progressives whose cosmology it affirms. It equates a policy of containing Iran with a path to endless war, and transforms a policy of accommodating Iran into the path to peace. It reduces the complexities of the Middle East to a Manichean morality tale that pits the progressives against their mythological foes—Evangelical Christians, “neoconservatives,” and Zionists. The Realignment depicts these foes as co-conspirators with Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, plotting to keep America mired in the Middle East. (…) The same (…) toward Trump’s “maximum pressure” campaign, which it derides as reckless, incoherent, and ineffective. On Trump’s watch, the Iranian economy suffered catastrophic losses. Not only did anti-regime demonstrations break out in every major Iranian city in 2019, but corresponding protests erupted in Iraq, aimed directly or indirectly at Iran’s proxies there. (…) Trump ended the fiction, which had greatly benefited Iran, that its proxies were independent actors rather than direct arms of the IRGC (…) culminated in the killing of Qassem Soleimani, the head of the IRGC’s Quds Force and the second most powerful man in Iran. Meanwhile, (…) By penetrating Iran’s defenses, Israel—with the support of the Trump administration—shredded Obama’s major justification for the JCPOA by demonstrating that the United States can manage the Iran challenge, including its nuclear dimension, with a relatively light American military commitment. (…) “Maximum pressure” (…) a form of collective security (…) encouraged closer cooperation between American allies, and therefore played a major role in the Abraham Accords [with countries] close to Saudi Arabia. (…) the most powerful Arab country and, thanks to its guardianship of Mecca and Medina, one of the most influential countries in the entire Muslim world. (…) Yet the Biden administration has forbidden its officials from even using the term “Abraham Accords,” which, under the influence of the Realignment, it abhors. (…) [because] It refutes the dogma preached by the Obama administration that peace between Israel and the Arab world must begin with a Palestinian-Israeli agreement. More importantly, the accords are also a threat to the Realignment itself.(…) When Biden took office, he faced a fork in the road. On one path stood a multilateral alliance designed to contain Iran. It had a proven track record of success and plans of even better things to come, as the recent act of sabotage at Natanz demonstrated. (…) On the other path stood the Islamic Republic, hated by its own people and, indeed, by most people in the Middle East. It offered nothing but the same vile message it had always espoused. (…) Biden chose Iran, fracturing the U.S. alliance system and setting back the cause of peace. His choice also delivered a victory to China and Russia, who are working with Iran, each in its own way, toward America’s undoing. In a perverse effort to liberate itself from its allies, the United States is soiling its own nest. Michael Doran and Tony Badran
Israël a le droit de se défendre. » sont les mots que nous entendons des gouvernements démocrates et républicains chaque fois que le gouvernement israélien, avec son énorme puissance militaire, réagit aux tirs de roquette de Gaza. Soyons clairs. Personne ne soutient qu’Israël, ou aucun gouvernement, n’a pas le droit de se défendre ou de protéger son peuple. Alors pourquoi ces mots se répètent-ils année après année, guerre après guerre ? Et pourquoi la question n’est-elle presque jamais posée : ′′ Quels sont les droits du peuple palestinien ? ′′Et pourquoi semblons-nous prendre note de la violence en Israël et en Palestine uniquement lorsque des roquettes tombent sur Israël ? (…) même si le Hamas tire des roquettes sur les communautés israéliennes est absolument inacceptable, le conflit d’aujourd’hui n’a pas commencé avec ces roquettes. Les familles palestiniennes dans le quartier de Jérusalem de Sheikh Jarrah vivent sous la menace d’expulsion depuis de nombreuses années, naviguant dans un système juridique conçu pour faciliter leur déplacement forcé. Et au cours des dernières semaines, les colons extrémistes ont intensifié leurs efforts pour les expulser. Et, tragiquement, ces expulsions ne sont qu’une partie d’un système plus large d’oppression politique et économique. Depuis des années, nous avons assisté à une aggravation de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et à un blocus continu sur Gaza qui rend la vie de plus en plus intolérable À Gaza, qui compte environ deux millions d’habitants, 70 % des jeunes sont au chômage et n’ont guère d’espoir pour l’avenir. En outre, nous avons vu le gouvernement de Benjamin Netanyahu travailler à marginaliser et diaboliser les citoyens palestiniens d’Israël, à mener des politiques de colonisation conçues pour exclure la possibilité d’une solution à deux États et adopter des lois qui engendrent les inégalités systémiques entre les citoyens juifs et palestiniens israéliens. (…) Israël reste la seule autorité souveraine au pays d’Israël et de Palestine, et plutôt que de se préparer à la paix et à la justice, il a enraciné son contrôle inégal et antidémocratique. Plus d’une décennie de sa règle de droite en Israël, M. Netanyahu a cultivé un nationalisme raciste de plus en plus intolérant et autoritaire. Dans son effort effréné pour rester au pouvoir et éviter les poursuites judiciaires pour corruption, M. Netanyahu a légitimé ces forces, dont Itamar Ben Gvir et son parti extrémiste du pouvoir juif, en les faisant entrer dans le gouvernement. C’est choquant et attristant que les mensonges racistes qui attaquent les Palestiniens dans les rues de Jérusalem soient maintenant représentés à la Knesset. Ces tendances dangereuses ne sont pas propres à Israël. Partout dans le monde, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et ici aux États-Unis, nous avons vu la montée de mouvements nationalistes autoritaires similaires. Ces mouvements exploitent la haine ethnique et raciale pour construire le pouvoir pour une minorité de corrompus plutôt que la prospérité, la justice et la paix pour le plus grand nombre. Ces quatre dernières années, ces mouvements avaient un ami à la Maison Blanche. En même temps, nous assistons à la montée d’une nouvelle génération d’activistes qui veulent construire des sociétés basées sur les besoins humains et l’égalité politique. Nous avons vu ces militants dans les rues américaines l’été dernier à la suite du meurtre de George Floyd. Nous les voyons en Israël. Nous les voyons dans les territoires palestiniens. Avec un nouveau président, les États-Unis ont maintenant la possibilité de développer une nouvelle approche du monde – fondée sur la justice et la démocratie. (…) Au Moyen-Orient, où nous fournissons une aide de près de 4 milliards de dollars par an à Israël, nous ne pouvons plus être des apologistes du gouvernement de droite de Netanyahu et son comportement antidémocratique et raciste. Nous devons changer de cap et adopter une approche impartiale, une approche qui respecte et renforce le droit international concernant la protection des civils, ainsi que la législation américaine actuelle en vigueur, selon laquelle la fourniture d’aide militaire américaine ne doit pas permettre de respecter les droits de l’homme. Cette approche doit reconnaître qu’Israël a le droit absolu de vivre dans la paix et la sécurité, tout comme les Palestiniens.(…) Nous devons reconnaître que les droits palestiniens sont importants. Les vies palestiniennes comptent. Bernie Sanders
Le combat pour la vie des noirs et le combat pour la libération palestinienne sont interconnectés. Nous nous opposons à ce que notre argent serve à financer la police militarisée, l’occupation et les systèmes d’oppression violente et de traumatisme. Nous sommes contre la guerre, nous sommes contre l’occupation et nous sommes contre l’apartheid. Un point, c’est tout. Congresswoman Cori Bush (Dem., Cal., May 12 2021)
Ce qu’ils font aux Palestiniens, c’est ce qu’ils font à nos frères et sœurs noirs ici. Rep. Rashida Tlaib (Dem., Mich., May 13 2021)
>Nous devons avoir le même niveau de responsabilité et de justice pour toutes les victimes de crimes contre l’humanité. Nous avons vu des atrocités impensables commises par les États-Unis, le Hamas, Israël, l’Afghanistan et les talibans. J’ai demandé à @SecBlinken où les gens sont censés aller pour demander justice. Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (Dem., NY, May 13, 2021)
Nous apprécions les positions de Mme Ilhan Omar dans la défense de la justice et des droits des opprimés dans le monde, au premier rang desquels se trouvent les justes droits de notre peuple palestinien, mais nous déplorons cette combinaison injuste qui est contraire à la justice et au droit international. Dr. Basem Naim (Bureau des relations internationales du Hamas)
I rise today to recognize the deep trauma and loss of life perpetuated by systems of oppression here in the United States and globally. Many times I have stood at this dais and affirmed that our destinies are tied. That was clear when protestors took to the streets in the face of police murders, seeking to build a nation where Black Lives Matter. That was clear when our democracy and our lives were put at risk by violent white supremacists who shattered glass and broke doors, while wearing anti-Semitic phrases on their chest, carrying the confederate flag, erecting a noose on the west lawn. That was clear when students protesting to end poverty and oppression in the streets of Bogota were shot dead. That was clear when families kneeling during this holy month, at the third holiest site in Islam, were met with tear gas, rubber bullets and hand grenades. (…) Last summer, when Black Lives Matter protestors took to the streets to demand justice, they were met with force. They faced tear gas, rubber bullets, and a militarized police just as our Palestinian brothers and sisters are facing in Jerusalem today. Palestinians are being told the same thing as Black folks in America—there is no acceptable form of resistance. We are bearing witness to egregious human rights violations. The pain, trauma, and terror that Palestinians are facing is not just the result of this week’s escalation, but the consequence of years of military occupation. In Sheikh Jarrah, the Israeli government is violently dispossessing yet another neighborhood of Palestinian families from homes they have lived in for decades. We cannot stand idly and complicitly by and allow the occupation and oppression of the Palestinian people to continue. We cannot remain silent when our government sends $3.8 billion of military aid to Israel that is used to demolish Palestinian homes, imprison Palestinian children, and displace Palestinian families. (…) The question at hand is should our taxpayer dollars create conditions for justice, healing and repair, or should those dollars create conditions for oppression and apartheid? (…) Whose lives do we value? We have seen footage of Israeli and Palestinian children, huddled fearfully while rockets blanket their homeland. No child should live in fear. No child should grow up in the midst of a conflict that robs them of a childhood. And Palestinian children do not have the same protections afforded to them (…) Following forceful violence against the Palestinians simply seeking to remain in their family homes, militant groups in Gaza have launched rockets at Israeli cities, resulting in seven deaths, including a child. In response, the Israeli military has launched severe attacks on Gaza, killing 83 people, 17 of whom are children. This is devastating. (…) From Jerusalem to Boston. From Randolph to Gaza. From Colombia to Yemen, our destinies are tied. And everyone deserves to live free from fear and to know peace. Rep. Ayanna Pressley (Dem., Mass., May 13, 2021)
The shift is dramatic; it’s tectonic. There is a non-white population, particularly among Democrats, who are very sensitive to the treatment of fellow non-whites. They see Israel as an aggressor. They don’t know Israel’s early history and odds-defying triumph over adversity. They know post-Intifada; they know the various wars, the asymmetrical bombing that have taken place, the innocent civilians that have been killed. We’ve seen a steady growth in support for Palestinians, but it’s never really been a high-intensity issue. It’s becoming that. It’s becoming a major wedge issue, particularly among Democrats, driven by non-white voters and younger voters, by progressives in general. John Zogby
On May 10, after years of relative quiet between Israel and Gaza, the Hamas terrorists who rule that enclave exploited a long-running legal dispute in Jerusalem as a pretext to launch a barrage of rockets at Israel, unprecedented in its size. The Israel Defense Forces responded with air strikes to knock out terror targets, and one of those micro-wars that periodically spring up in this conflict ensued. As of Thursday night, May 20, a ceasefire had begun; the worst of the fighting is hopefully over. At least, it was in Israel and Gaza. But around the world, Jews were paying the price. (…) Synagogues across the country have been vandalized. Rallies in support of the Palestinian cause in Michigan, Florida, Washington, D.C., and elsewhere have turned anti-Semitic. (…) And almost as bad as the violence is the silence around it from major publications. The New York Times hasn’t deemed news of these attacks on New York Jews « fit to print, » though it did run a short story about the similarly horrific spate of attacks across Europe (…) While anti-Zionist gangs beat up Jews in her city, Rep. Alexandria Ocasio-Cortez was providing a quasi-intellectual basis for their actions, defaming Israel as an apartheid state employing indiscriminate force in what she seems to think is a capricious quest to murder as many Palestinian children as possible, instead of a highly restrained military operation tightly targeted on terrorists. Rep. Ocasio-Cortez didn’t call for violence, but she carved out an area of respectability for a certain type of anti-Semitism, and others were only too happy to rush in, fists flying. (…) Sen. Bernie Sanders published his own dangerous anti-Israel harangue in an Op-Ed which began, « No one is arguing that Israel… does not have the right to self-defense or to protect its people, » even as his own supporters were arguing just that on social media. Comedians John Oliver and Trevor Noah made the same case into their media megaphones, arguing that Israel was wrong to attack the terrorists aiming for Israeli civilians because Israel’s Iron Dome missile defense system can prevent most (but not all) civilian deaths from Hamas rockets. (…) Rep. Mark Pocan and Rep. Betty McCollum are laser-focused on spreading the contemporary blood libel that Israel indiscriminately murders children. And in the same week that the Pew Research Center found that 80 percent of Jews believe caring about Israel to be an « important » or « essential » part of being Jewish, Rep. Ilhan Omar called support for Israel « disgusting and immoral. » Seffi Kogen
When the New York Times finally reported on the plague of nationwide street violence against Jews in the spring of 2021, more than a week after the attacks began in the wake of Hamas using rockets to strike Israel, the tone it took was less one of outrage than of bewilderment. “Until the latest surge,” read a May 26 story, “anti-Semitic violence in recent years was largely considered a right-wing phenomenon, driven by a white supremacist movement emboldened by rhetoric from former President Donald J. Trump, who often trafficked in stereotypes.” This was nonsense: The most common street violence against Jews took place in New York and New Jersey, and it had nothing at all to do with Trump or “right-wing” politics. Par for the course for the Gray Lady, perhaps, but far more concerning was where the reporters seemed to be getting the misinformation. “This is why Jews feel so terrified in this moment,” Anti-Defamation League CEO Jonathan Greenblatt told the paper. “For four years it seemed to be stimulated from the political right, with devastating consequences.” At the scenes of Jew-hunting that began in May, during the war between Israel and Hamas, Greenblatt lamented, “No one is wearing MAGA hats.” If there’s one organization whose responsibility it is to prepare not just the Jewish community but the wider United States public and its government for emerging anti-Semitic threats, it’s the ADL. Instead, the head of the ADL has been spreading a cynical left-wing myth about anti-Semitism while threats to the Jewish community fester. And it’s even worse than it looks, because while there’s long been a willful blindness toward anti-Semitism from the left, the ADL and other partisan groups aren’t the ones experiencing this blindness. They’re the blinders. The ADL (…) issued a list during the latest flare-up with Hamas on May 20 titled “Prominent Voices Demonize Israel Regarding the Conflict.” Demonizing rhetoric, the ADL warned, can “enable an environment whereby hateful actions against Jews and supporters of Israel are accepted more freely, and where anti-Jewish tropes may be normalized.” One category the list featured was of those “Accusing Israel of ‘Attacking al-Aqsa,’” a hoary libel falsely claiming that Jews want to destroy the central Mosque in Jerusalem. It has been used to incite anti-Jewish riots for a century. What was notable here was one name missing from the list, and arguably the worst offender. On May 12, Representative Alexandria Ocasio-Cortez had castigated President Joe Biden on Twitter for expressing Israel’s right to defend itself while noting what supposedly was to blame for the violence: “the expulsions of Palestinians and the attacks on Al Aqsa.” (…) A day later, on May 13, came a chilling session of the House of Representatives, with dark echoes of Jewish history. Several Democratic members of the House took turns standing next to blown-up photos of bloodied Palestinian children and gave fiery speeches denouncing Zionist perfidy—the sorts of words and charges that, since the age of the czars, have been followed by the spilling of Jewish blood. This time was no different, except it wasn’t a Russian backwater or a Munich beer hall. It was on the floor of the United States Congress. One by one, these members of Congress, Democrats all, sought to make the Jewish state the stand-in for “systems of oppression here in the United States and globally,” as Representative Ayanna Pressley of Massachusetts put it. (…) In the days and weeks that followed, even after an Israel–Hamas cease-fire was in place, Jews in America were physically attacked with abandon—diners at restaurants in Los Angeles and Manhattan, Jews on the streets of New York, families in Florida attending synagogue services. The ADL saw a 75 percent uptick in reported incidents. (…) When called out for their silence, progressive Democratic lawmakers condemned “anti-Semitism and Islamophobia” as one, knowing that their audience would interpret any specific denunciation of anti-Semitism as a statement in support of Israel. (…) Throughout this whole affair, not a single congressional Democrat would criticize any of his colleagues by name. (…) Neither the ADL nor the JDCA uttered a peep. (…) On June 7, Omar tweeted a summary of a question she had for Secretary of State Antony Blinken: “We must have the same level of accountability and justice for all victims of crimes against humanity. We have seen unthinkable atrocities committed by the U.S., Hamas, Israel, Afghanistan, and the Taliban. I asked @SecBlinken where people are supposed to go for justice.” (…) The ADL was silent. JDCA was silent. The Democratic Party sided with the Squad. The Jewish community had been abandoned to the rise of the dominant left-of-center ideology according to which Jews are part of a white power structure of which Israel is a prime example. (…) The New Yorker’s Helen Rosner suggested it would be a good tactic not to beat up Jews, as part of an overall strategy to undermine Israel’s legitimacy. (This after the New Yorker’s union put out a statement of solidarity with the Palestinians that included the phrase “from the river to the sea.”) Michelle Goldberg of the New York Times wrote a column with a headline so instantly infamous that the Times eventually and quietly changed it: “Attacks on Jews Over Israel Are a Gift to the Right.” Meanwhile, the comedian Sarah Silverman objected to attacks on Jews in Los Angeles not on the grounds that they were evil acts of anti-Semitic violence but rather because “WE ARE NOT ISRAEL.” For his part, Kenneth Roth, the obsessively anti-Israel executive director of Human Rights Watch, declared, “It is WRONG to equate the Jewish people with the apartheid and deadly bombardment of Prime Minister Netanyahu’s government. » Seth Mandel
You can’t walk very far on an American or European university campus these days without encountering some version of the “Palestinian Land Loss” maps. This series of four—occasionally five—maps purports to show how rapacious Zionists have steadily encroached upon Palestinian land. (…) Taking each map in turn, it is easy to demonstrate that the first one is by far the most dishonest of the lot. (…) It deliberately conflates private property with political control. (…) The next map (…) represents the partition plan adopted by the United Nations General Assembly in 1947 as UN Resolution 181. It called for two independent states to be formed after the end of the British Mandate, one Jewish and one Arab. Needless to say, the resolution was never implemented. It was rejected by a Palestinian Arab leadership that just two years before had still been allied with Nazi Germany.  (…) At this point, with partition rejected by the Arabs and no help from the international community in sight, the Jews declared independence and formed what would become the Israel Defense Forces. The Arab states promptly launched a full-scale invasion, whose aims—depending on which Arab leader you choose to quote—ranged from expulsion to outright genocide. And the Arabs lost. At war’s end in 1949, the situation looked roughly like the third map in the series—the first of the lot that even comes close to describing the political reality on the ground. (…)  But (…) What it shows are the so-called “armistice lines,” i.e., the borders where the Israeli and Arab armies stopped fighting in 1949. These lines held more or less until 1967. (…) But (…) on the other side of the line, (…) the territories that are today called the West Bank and the Gaza Strip (…) were not—not before, during, or after 1967—“Palestinian” in the sense of being controlled by a Palestinian Arab political entity. Both territories were occupied by invading Arab armies when the armistice was declared in 1949, the Gaza Strip by Egypt and the West Bank by Jordan. The latter was soon annexed, while the former remained under Egyptian military administration. This status quo lasted until 1967, when both were captured by Israel. In the 1967 Six Day War, which was marked by Arab rhetoric that was sometimes even more genocidal than 1948, Israel also took the Golan Heights from Syria and the Sinai Peninsula from Egypt, more than trebling the amount of land under its control. Israel has since withdrawn from more than 90 percent of the land it occupied—mostly in the Sinai withdrawal that led to peace with Egypt. The first three maps, then, confuse ethnic and national categories (Jewish and Israeli, Arab and Palestinian), property and sovereignty, and the Palestinian national movement with Arab states that ruled over occupied territory for a generation. (…) As (…) to the fourth map (…) usually labeled either 2005 or “present,” purports to show the distribution of political control following the Oslo process and the Israeli withdrawal from Gaza. The patches of Palestinian land in the West Bank are areas handed over to the Palestinian Authority in the 1990s, mostly under the 1995 Oslo II agreement. Expanding upon the autonomy put in place after previous agreements in the Oslo process since 1993, this agreement created a complex patchwork of administrative and security zones, splitting the West Bank into areas of exclusive Palestinian control, joint control, and Israeli control. It was meant as a five-year interim arrangement, after which a final status agreement would be negotiated. (….) But no agreement was reached. As in 1947, the principal reason was Palestinian rejectionism. This time, the Palestinian leadership rejected a state on over 90 percent of the West Bank and 100 percent of the Gaza Strip. They then broke their pledge not to return to the “armed struggle” and embarked on a campaign of suicide bombings and other terrorist atrocities that were not only morally indefensible but lost them the trappings of sovereignty they had gained over the previous decade. After tamping down the worst of the violence, Israel decided to leave the areas of the Gaza Strip it had not evacuated a decade before. The withdrawal took place in 2005. Two years later, the Islamist group Hamas took over the Strip in a violent coup d’etat. Since then, there have been two Palestinian governments—the Hamas regime in Gaza and the Fatah-led regime in the West Bank. Both of these regimes are marked with the same color on this fourth map, thus failing to acknowledge the split between the two regimes, though it is the first map in the series to correctly label areas under Palestinian Arab political control. Nonetheless, it does not distinguish between the sovereign territory of the State of Israel—or, in the case of East Jerusalem, territory that Israel claims as sovereign without international recognition—and territories in the West Bank that, according to agreements endorsed by both sides, are under Israeli control until a final status agreement. Taken together, what we have is not four maps in a chronological series, but four different categories of territorial control presented with varying degrees of inaccuracy. Those categories are private property (“1946”), political control (“1967” and “2005”), and international partition plans (“1947”). They are presented in a fashion that is either tendentiously inaccurate (“2005”), essentially mendacious (“1947” and “1967”), or radically untrue (“1946”). (…) Perhaps the best way to illustrate the bankruptcy of the “Palestinian Land Loss” myth is to compare it to a similar situation elsewhere. An equally absurd set of maps could be drawn up of the Indian subcontinent before and after the end of British rule. It could start with a 1946 map of the entire subcontinent, labeling any private property owned by Hindus as “Indian” and the rest as “Pakistani.” Hindus, after all, are 80 percent of India’s population today, just as Jews are 80 percent of Israel’s. It is absurd to consider anything not privately owned by Hindus under British rule as “Pakistani” when the state of Pakistan did not yet exist, but that is roughly the same as labeling anything not privately owned by Jews under the Mandate as “Palestinian.” We could then put up a partition map from 1947, with West and East Pakistan next to a much larger India; as well as a post-partition map—perhaps from 1955—showing the land losses along the Radcliffe Line. Finally, we could draw a map from 1971 with East Pakistan shorn off into Bangladesh. A fervently dishonest person might call this series “Pakistani Land Loss,” but it would be such an obvious piece of fiction that no one could possibly take it seriously. Shany Mor
Pour la première fois, on a pu constater une conflictualité dans les localités israéliennes. Les communautés se sont affrontées. Le risque d’apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. L’hypothèse commençait à disparaître. Il faut engager une politique de petits pas. Il faut faire en sorte qu’il y ait une logique de confiance qui puisse s’instaurer. L’Europe est puissante. Pendant cinq ans, l’Europe a dû assumer toute seule le multilatéralisme. Elle joue sa partition au Proche orient. Jean-Yves Le Drian (ministre français des affaires étrangères)
Le ministre a déclaré qu’Israël pourrait devenir un Etat d’apartheid – une affirmation éhontée, fausse et sans fondement. Nous n’accepterons aucune leçon de morale hypocrite et mensongère sur cette question. Dans l’État d’Israël, tous les citoyens sont égaux devant la loi, quelle que soit leur origine ethnique. Israël est un phare de la démocratie et des droits de l’homme dans notre région… Nous ne subirons aucune réprimande morale hypocrite et fausse sur cette question. Benjamin Netanyahu
For those who periodically tune in and tune out of the Israel-Palestine situation, the events of recent days and weeks might seem like a replay of a movie they have seen before: Palestinians are being forced from their homes; Israel drops bombs on Gaza; Palestinians fire rockets from Gaza; Israel destroys most of the rockets with an air defense system that is largely paid for by American taxpayers. All familiar. But the truth is, this moment is different. And it may prove a transformational one in the Palestinian struggle for freedom. Before the world’s attention shifted toward pushing for a cease-fire, Palestinians in Gaza, the West Bank, Jerusalem, inside Israel and in the diaspora had all mobilized simultaneously in a way unseen for decades. They are all working toward the same goal: breaking free from the shackles of Israel’s system of oppression. Reacting to growing Israeli restrictions in Jerusalem and the impending expulsion of Palestinians from their homes in the Jerusalem neighborhood of Sheikh Jarrah, Palestinians across the land who identified with the experience of being dispossessed by Israel rose up, together. Even now, as bombs fall on Gaza, they continue to do so. Palestinians are protesting in huge numbers in cities and towns throughout the land; hundreds of thousands took part in a general strike. With this unified movement, Palestinians have shown Israel that they cannot be ignored. (…) The energy of this moment represents an opportunity to wed Palestinian aspirations with a growing global consensus. According to a 2018 poll by the University of Maryland, 64 percent of Americans would support equal rights in a single state if the two-state solution fails. That number climbs to 78 percent among Democrats. Among scholars and experts on the Middle East, one recent poll found, 66 percent say there is a one-state reality. There is also a growing shift in mainstream organizations that have been hesitant to call for greater change: The Carnegie Endowment for International Peace recently released a report calling for a break from the two-state approach. Many diplomats and analysts around the world I have spoken to in recent years understand that the two-state solution is dead. Israel has killed it. When I ask why they don’t call for equal rights for Palestinians to end what is increasingly obviously a de facto apartheid system, they point out the official Palestinian position remains for a separate state. (…) The Palestinians have moved on, and many people in America and around the world are ready to do so, too. Yousef Munayyer (Arab Center Washington DC)
The fault lines in Israeli society have never been clearer and Jerusalem remains the tinder box that could ignite another catastrophic fire unless the underlying causes — Israel’s occupation of the Palestinian territories and its highly discriminatory policies — are dealt with. (…) The truth is that the Palestinian citizens of Israel and the Jewish majority of the country have never coexisted. We Palestinians living in Israel “sub-exist,” living under a system of discrimination and racism with laws that enshrine our second-class status and with policies that ensure we are never equals. This is not by accident but by design. The violence against Palestinians in Israel, with the backing of the Israeli state, that we witnessed in the past few weeks was only to be expected. Palestinian citizens make up about 20 percent of the Israel’s population. We are those who survived the “nakba,” the ethnic cleansing of Palestine in 1948, when more than 75 percent of the Palestinian population was expelled from their homes to make way for Jewish immigrants during the founding of Israel. (…) When military rule ended in 1966, Israel propagated the myth that Palestinian citizens of Israelis were now full citizens, noting that we can vote for members of the Knesset and that we have representatives there too. But since its establishment, Israel has enacted more than 60 laws entrenching our second-class status. One law makes it possible for Jewish Israelis in many towns to deny me and other Palestinians the right to live alongside them because we are not “socially suitable.” Courts routinely uphold such discriminatory laws and lawmakers have year after year blocked attempts to pass legislation enshrining the equality of Palestinians and Jews. The institutionalized racism and discrimination against Palestinian citizens have pushed almost half of us into poverty and our unemployment rate has soared to 25 percent. Racism against Palestinians is incited and exploited by virtually all major Israeli politicians and parties. (The Labor Party, which has a mere seven seats in the Knesset, is the only exception.) Even “moderates” like the Yesh Atid leader Yair Lapid, who has been tasked with forming a government in the wake of inconclusive parliamentary elections in March, declared that he wants to be “rid of Arabs” and that his most important priority is “to maintain a Jewish majority in the land of Israel.” Politicians call for our citizenship to be revoked, or worse — like the former foreign minister Avigdor Lieberman, who said our heads should be chopped off, or the former education minister Naftali Bennett, who declared that he had killed many Palestinians and had no problem with it. Since 2019, Prime Minister Benjamin Netanyahu has twice made electoral pacts with the overtly racist Jewish Power party, which is made up of followers of the notorious Meir Kahane, whose Kach party and offshoots were labeled terrorist organizations by the United States. Jewish Power is led by Itamar Ben Gvir, who says his hero is Baruch Goldstein, who gunned down 29 Palestinians as they prayed in Hebron in 1994. All of this does not merely garner votes for Mr. Netanyahu, it also normalizes hatred of Palestinians. Young Jews are more radicalized than their parents, with polls showing that they do not want to live next to Palestinians and support revoking our citizenship. This prejudice, racism and violence directed at Palestinians is not limited to the fringe in society — it has become mainstream. In May alone, Mr. Netanyahu’s government allowed marches by violent Jewish supremacists through Palestinian neighborhoods of Jerusalem and into the Aqsa mosque compound. Israeli police officers and Jewish citizens have been offered de facto immunity for attacking Palestinians. Indeed, our mere existence nettles Israel’s ruling elites, who insist on preserving the Jewishness of the state. My father, who is 82, still waits for the day when he does not have to live in fear that we will be evicted from our homeland. To be a Palestinian in Israel is to wait for the day when Israel will decide to forever rid itself of you. How do I explain to my 7-year-old son what being a Palestinian citizen of Israel means? What future can he look toward, when the leaders of the government incite hatred against him? What audacious hope can he have when he is bound to face racism and discrimination in education, employment and housing? For now, I try to shield him from the images on television and on our phones, but there will soon come a time when I cannot shield him from the reality that he is surrounded by people who consider him a second-class citizen. Diana Buttu
En excluant ostensiblement le Hamas, l’administration Biden ne fait que perpétuer le mythe selon lequel le Hamas est le problème central (…) Nous savions que les roquettes décrépites tirées de Gaza étaient tout ce dont les Forces de défense israéliennes et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avaient besoin pour rediriger l’attention du public sur la  légitime défense d’Israël et loin des préjudices infligés aux Palestiniens. (…) Le conflit concerne l’occupation israélienne. Se concentrer sur le Hamas, c’est aussi aseptiser le conflit, et ainsi en devenir complice. Cela permet aux gens d’exprimer leur sympathie pour les Palestiniens ordinaires tout en blâmant quelques personnes au sommet de la direction palestinienne. Mais le droit à la légitime défense contre l’agression continue d’Israël appartient à tous les Palestiniens; la résistance légitime ne peut être un droit que pour les Palestiniens qui croient exclusivement à la légitime défense non violente – pas face à la violence que nous endurons. (…) Qu’attendre d’une personne qui se fait tirer dessus alors qu’elle était enfant et qu’on ne lui donne qu’une prison ou un camp pour vivre en tant qu’adultes, plutôt que chez eux? C’est pas compliqué. Basma Ghalayini
There are two groups that attend anti-Israel rallies. One group styles themselves as being liberal, open-minded, very concerned about human rights, only wanting peace and so, so concerned over Palestinians who are killed during a war their side started. These people swear up and down that they are non-violent, against antisemitism and that they want Israel to go away quietly and peacefully as a result of world pressure and boycotts. The other are young Arab men who grew up with pure Jew-hatred. They are intolerant of women, of gays, they don’t care about the environment. They share none of the supposed principles of the kumbaya crowd, with the exception of wanting to see the Jewish state destroyed and of the role they take of eternal victims with no agency. The latter group is behind the torrent of antisemitic attacks we see happening every day in the West. They are the ones who are driving around in gangs, looking for Jews to intimidate or attack. They are directly threatening Jews on social media thousands of times a day. This is unprecedented. For decades, Jews have been able to walk around safely in most major cities without fear, without even considering hiding their kippot or Star of David necklaces. Jews used to be most afraid of being attacked by blacks, but over time that has become much less of an issue with the exception of the recent uptick of attacks in Brooklyn. Antisemitism has always been there but it definitely lessened. ADL statistics has seen it go down steadily since the 90s. But this is different than even the ’60s. Now Jews have to worry about gangs who are targeting them because they are Jews. Why have these Arab gangs suddenly become so emboldened to form posses to attack Jews? Because of the first group. The fine distinctions that Leftist Israel haters try to make between anti-Zionism and antisemitism are completely invisible to Arabs. They hate Israel because, not despite the fact, it is filled with Jews. Antisemitism is the entire source of the conflict. Their parents and preachers don’t teach them to hate Zionists but Jews. They look at their Jewish allies as tools and as dhimmis, not as role models. The attackers find strength in numbers, they see that they have the Left on their side, they are riled up by thousands of lies about Israel by speaker after speaker and tweet after tweet, they get validation from members of Congress and other liars and bigots who say that Israel is guilty of genocide and apartheid and ethnic cleansing, they are primed to violence from lurid and often faked photos of dead kids, they are whipped up into a frenzy from the hypnotic anti-Israel and antisemitic chants. And they are in large cities with lots of identifiable Jews all around, who must pay for these crimes. It is a recipe for violence. The Arab gangs are engaged in what they know best: terrorism. After all, the point of terrorism isn’t the attacks themselves but the feat that the attacks create among the targets. These Arabs are importing terror from their Middle Eastern cousins, doing everything they can to frighten Jews. They feel, correctly, that they have reached a critical mass with fellow Arabs in their respective Western countries. Crucially, they are being given cover by the secular Left, publishing articles that justify terror and the idea that Palestinians are justified in doing anything they want to Jews because all’s fair in « resistance. » Arabs are sensitive to being shamed. They have not acted like this before in America because the idea of wanton violence against Jews was shameful. Now, and their Leftist allies give them intellectual cover – and they will never, ever shame them. The Leftist anti-Zionists could shame them into stopping their attacks. They could make it clear that they want nothing to do with the antisemites. They could stand up and say that they will not be allies with Jew-haters and will not march with bigots. They could demand that mosques and Muslim leaders clearly denounce the attacks (they certainly will not do that on their own.) But these people who claim to speak truth to power will never, ever call out violence by Arabs They refuse to do that, because they are all about solidarity and allyship and, let’s face it, they don’t want to say anything negative about people of color who want to attack Jews. The Leftist enablers also know that the Arabs would turn on them next if they say anything negative about their antisemitism. Instead, the « progressives » issue weak statements against antisemitism and then return to their « From the river to the sea » chants to incite the next round of attacks. The only solution is to shame the attackers. The only people who can do that are tacitly condoning the attacks. This is a nearly perfect storm that is bringing up an entirely new class of Jew-hatred to America. Elder of zion
Aside from putting forward a peace proposal that was dead on arrival, we don’t think they did anything constructive, really, to bring an end to the longstanding conflict in the Middle East. Jen Psaki (Biden’s spokeswoman)
In the minds of the Iranian leadership and those of their Hamas proxies, the Abraham Accords represent the single greatest military and political threat to Iran’s nuclear and hegemonic ambitions. Destroying them is their strategic goal. The Abraham Accords provide a formal framework for the operational partnership that developed since 2006 between Israel and the Sunni Arab states that, like Israel, are threatened by Iran. In formalizing those ties, the Abraham Accords split the Arab/Islamic world into two camps. The first camp includes Iran and the states and terror groups Iran supports, controls and is allied with. Political forces hostile to Israel in the West support this camp. Members of the Iran camp and its supporters in the West insist the Jewish state is the greatest source of instability and the primary obstacle to peace in the Middle East. The second camp is comprised of Israel and the Arab states that understand that Iran is the greatest threat to peace and security in the Middle East. Arab members of this camp include Saudi Arabia, the UAE, Bahrain, Egypt, Sudan and Morocco. These Arab states believe that in alliance with Israel they will be able to contain and eventually defeat the Iranian regime. Until the Abraham Accords were formalized, only the Iranian camp had an international presence. The anti-Israel, pro-Iran narrative, which claims that Israel is the greatest threat to regional and world peace, had the stage to itself from Tehran to California. Since the Abraham Accords were signed last September, the Iranian camp has been on the defensive. In a press briefing on Tuesday, President Joe Biden’s spokeswoman Jen Psaki indicated that the administration is just as unhappy with the Abraham Accords as the Iranians and Palestinians are. In response to a reporter’s question about the Trump administration’s peace efforts, Psaki pretended that the Abraham Accords don’t exist. “Aside from putting forward a peace proposal that was dead on arrival,” she said derisively, “we don’t think they did anything constructive, really, to bring an end to the longstanding conflict in the Middle East.” This asinine statement put paid the notion that Biden will ever opt for an alliance with the Abraham Accords member nations over the Iran/Hamas axis. Just as the administration refuses to even utter the term “Abraham Accords,” so it insists on ignoring their political significance for the states of the region and their military capacity to contain Iran. Despite the massive pressure that has been exerted against Abraham Accords member states to disavow their ties with Israel since Hamas opened its offensive last week, so far they have not wavered. The UAE, Bahrain and Morocco have put out mild statements on the Hamas war. Morocco sent humanitarian aid to Gaza. There have been no anti-Israel demonstrations in the streets of any of the Abraham Accords member states. Sudan’s leader, Abdel Fattah Al-Burhan discussed the issue in an interview with France 24 in Arabic earlier this week. (…) In his words, “The normalization [of relations between Sudan and Israel] has nothing to do with the Palestinians’ right to establish their own state. The normalization is reconciliation with the international community, and with Israel as part of the international community.” (…) Since it is clear that Israel made clear from the outset that it had no interest in conquering Gaza, Hamas will declare victory no matter how much damage it sustained from Israeli airstrikes. So too, after the Biden administration placed the threat of condemning Israel at the UN Security Council on the table in the first days of the conflict, it was clear that Israel wouldn’t dare defy Biden for long once he publicly demanded a ceasefire. Caroline Glick
Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c’est être, or nous ne pouvons être que si l’autre n’est pas. S’il n’y a pas d’autre solution, alors que cette guerre nucléaire ait lieu et qu’on en finisse une fois pour toutes ! Ben Bella (ancien premier président de l’Algérie, 1982)
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (1992)
L’antisionisme est une incroyable aubaine pour les antisémites. L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est permission d’être démocratiquement antisémite. Valdimir Jankélévitch
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’anti-sémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
L’administration Trump avait ouvert une nouvelle voie vers la paix au Moyen-Orient. Les principes étaient simples: punir les acteurs malveillants avec des sanctions, encourager financièrement la paix et résoudre le conflit au Moyen-Orient de l’extérieur vers l’intérieur. L’Iran avait été sanctionné plus durement que n’importe quelle nation dans l’histoire. L’Autorité palestinienne, ainsi que les agences des Nations Unies qui soutenaient leur programme, comme l’UNRWA, s’étaient vu couper les vivres. Et des accords de normalisation avaient été signés entre Israël et les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc. L’approche avait fonctionné. Les quatre années de l’administration Trump ont été dans l’ensemble parmi les années les plus calmes de l’histoire moderne d’Israël. Pourtant, l’approche était une gifle à l’encontre de l’establishment du département d’État américain qui avait depuis longtemps postulé qu’il ne pouvait y avoir de paix nulle part dans la région tant que le conflit palestinien n’était pas résolu. La dernière flambée a remis la question israélo-palestinienne sur le devant de la scène et dans le territoire familier des auteurs et partisans des Accords d’Oslo, qui commencent à revenir sur le devant de la scène après un bref exil de quatre ans. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken se rend maintenant en Israël, en partie pour renouer les liens avec les dirigeants palestiniens. La communauté internationale promet maintenant des fonds pour «reconstruire Gaza». Quand les acteurs malveillants comme l’Iran, le P.A. et le Hamas étaient privés de fonds et que les modérés étaient financièrement incités à la poursuite de la normalisation, un certain clame était revenu. Maintenant que le flux de fonds s’est inversé, le terrorisme est de retour. (…) L’Iran a joué un rôle clé dans le conflit actuel. Au cours des dernières années, mois et semaines, Israël a frappé secrètement l’infrastructure nucléaire iranienne, attaqué des navires commerciaux et frappé des armes de fabrication iranienne transférées en Syrie. L’Iran a tenté à plusieurs reprises de riposter, ciblant récemment les navires commerciaux israéliens en mer. Malgré les récentes frappes aériennes israéliennes, l’Iran a déjà réussi à stocker plus de 150 000 roquettes et missiles pointés sur Israël par le Hezbollah au sud du Liban. Et contrairement à l’arsenal de roquettes du Hamas à Gaza, nombre des missiles détenus par le Hezbollah sont à longue portée et de haute précision. Dans un «discours de victoire», le chef du Hamas Ismail Haniyeh a publiquement félicité l’Iran pour son soutien pendant le conflit, déclarant: «Je ne peux que remercier ceux qui ont apporté de l’argent et des armes à la vaillante résistance, la République islamique d’Iran; qui ne nous a pas ménagé son argent, ses armes et son soutien technique. Merci. » Un rapport récent du Wall Street Journal a noté que les roquettes du Hamas sont fabriquées à partir de plans iraniens et que les Iraniens ont fourni une assistance supplémentaire au Hamas. Presque toutes les activités malveillantes au Moyen-Orient ont aujourd’hui les empreintes de l’Iran. L’Iran tente de négocier un retour à l’accord nucléaire avec les États-Unis et les puissances occidentales. Ce conflit qui vient de se terminer devrait faire réfléchir l’Occident sur les ambitions iraniennes. Malheureusement, ce ne sera probablement pas le cas. (…) Les Israéliens regardaient de loin et avec étonnement les violentes émeutes qui ont envahi les villes américaines cette année sous le hashtag #BlackLivesMatter. La race est devenue la question la plus importante. Les membres de la communauté anti-israélienne aux États-Unis avaient depuis longtemps des liens avec les causes progressistes – ce qui ne manque pas d’ironie étant donné à quel point la société palestinienne progressiste en est éloignée. Il semble que les Palestiniens ont adopté avec succès la mentalité BLM et y sont accueillis à bras ouverts. Peu importe qu’Israël soit de loin le pays le plus progressiste du Moyen-Orient et l’un des plus progressistes du monde. Selon ce récit, les Israéliens sont les colonialistes blancs et oppressifs, indépendamment du fait que plus de 50% des Israéliens sont d’origine moyen-orientale (c’est-à-dire à la peau brune) dont les familles ont été expulsées de force de leurs maisons hors de presque tous les pays musulmans de la région après avoir vécu dans ces pays en tant que citoyens dhimmis de seconde zone. De plus, il y a un nombre important d’immigrants éthiopiens (à la peau noire), dont beaucoup sont arrivés en tant que réfugiés. Parmi les Israéliens d’origine européenne restants, une grande partie sont des descendants de survivants de l’Holocauste – un véritable génocide. Pourtant, tant que les Palestiniens réussiront à rester la demi-soeur de #BlackLivesMatter, Israël sera dans une période cahoteuse devant le tribunal de l’opinion publique. Alex Traiman
It is certainly true that in the past, conflagrations in the Middle East between Israeli and the Palestinians or its neighbors have created an — or catalyzed an uptick in anti-Semitism in America. But what we are seeing now is more drastic and, frankly, more dangerous. The ADL track between the two weeks of the conflict and the two weeks before a 63 percent increase. And that surge is far greater than what we have seen in prior incidents, like 2014, for example. But what I would also note is not just the quantitative, but the qualitative. The span of these attacks, they spread like wildfire across the country. You mentioned a few, California, Arizona, Wisconsin, Illinois, Michigan, New York, New Jersey, South Carolina, Florida, acts of harassment and vandalism and violence. So, number one, the span is much greater than what we have seen, but secondly the tone, the brazenness, the audacity of these assaults in broad daylight. We have seen people basically say, if you are wearing a Jewish star, you must be a Zionist and you should be killed. We have seen people hurling bottles and objects at homes with mezuzot on the door that were identifiably Jewish. We have seen people driving cars or marauding through Jewish neighborhoods and yelling, « We’re going to rape your women, » right, or yelling things like « Allahu akbar, » and literally then wreaking physical violence on people. And one of the incidents that was captured was in broad daylight in Times Square, a group of people beating and bloodying a Jewish man whose only crime was he was wearing a kippah, to the point where he was left unconscious in the street while people kicked him, bloodied him with like crutches. It was really quite disgusting. And to think that this is happening in America is really unconscionable. The reality is, is, I do believe that political language can have real world consequences. But this is very different kind of political language. (…) today, we have unhinged, fictionalized conspiracies about Israel, that somehow the Jewish state is systematically slaughtering children or committing genocide. And then that leads to real-world attacks on Jewish people in the streets of America, on our campuses, in our communities. (…) And that’s why we think people, regardless of where you are on the spectrum, need to speak out clearly and firmly and forcefully and say, in an unambiguous way, that anti-Semitism is unacceptable, because, again, this isn’t activism. It’s hate, and it should be called out as such. (…) I have heard from Jewish people across the country, and they are feeling scared. They have extremists on the right. They have these, if you might say, radical voices from the left. And they are wondering, is it safe for me to go out wearing a kippah? Is it safe for me to walk to synagogue on a Saturday morning? Again, this is in America in 2021. So we think the leaders, not just President Biden, but members of Congress need to speak out and clearly and consistently call it anti-Semitism, without making equivalence or excuses for any other form of prejudice. You can have fierce debates about Middle East policy, but that is not an excuse to assault and victimize Jewish people in America, in Europe, anywhere. Jonathan Greenblatt (Anti-Defamation League)
Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche. Jacques Julliard
Sans doute, cette remarque de J. Julliard vaut-elle pour notre époque – disons qu’elle s’avère pertinente pour les années 2000-2020 ; pour autant, il me paraît risqué de soutenir que d’« ordinaire », le « parti collabo » était d’« extrême droite », dans la mesure où ladite extrême droite, si l’on pense à la période 39-45, se nourrissait de très nombreux transfuges de gauche, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein dans Un paradoxe français. Pour ce qui est de la droite nationaliste, elle a su voir dans les Juifs des patriotes loyaux, je pense au Barrès des Familles spirituelles de la France, ou à l’engagement de son propre fils dans les rangs de la France libre. Le paradoxe dont rend compte S. Epstein c’est que les antisémites de l’Affaire Dreyfus ont été gaullistes et résistants pendant la Seconde Guerre, tandis que les partis de la collaboration se sont en grande partie recrutés parmi les dreyfusards et la gauche historique. Quant à la gauche demeurée à gauche, après la Seconde Guerre mondiale, elle n’avait pas grand-chose à envier à l’extrême droite sur le chapitre de l’antisémitisme, si l’on considère l’Union soviétique et ses satellites. (…) Il existe en effet une convergence significative entre l’islamisme et le gauchisme qui trouvent un véritable point d’entente sur le sujet de l’antisionisme. Cela paraît absurde, antinomique, et fondé sur un malentendu, puisque ce sont en principe des ennemis que doctrinalement tout oppose. Mais ils ont en commun la volonté d’en découdre avec la civilisation européenne, et communient aujourd’hui dans l’idéologie décoloniale. Leurs motivations initiales diffèrent du tout au tout : l’extrême gauche est antijuive par tradition voltairienne et marxiste, l’islamisme est antisioniste, en raison de la théologie politique de l’islam qui ne souffre pas de souveraineté non-musulmane sur le « dar al-islam ». L’extrême gauche est anticléricale et s’imagine que l’identité juive est « religieuse », tandis que l’islamisme reconduit le vieux débat de la théologie de la substitution en se proclament seule détenteur de la « vraie » révélation. Néanmoins la rencontre de ces deux souches allergiques aux Juifs pour ce qu’ils représentent, n’est somme toute pas récente. L’histoire de cette convergence, du point de vue des matrices doctrinales, remonte aux années 20 du XX siècle. C’est une partie d’échecs : il fallait mettre en échec la possibilité d’un sentiment de sympathie pour un Israël souverain. (…) le discours gaullien de 1967 marque un tournant dans les relations franco-israéliennes, le début d’un véritable renversement d’alliance. Les jeunes générations n’ont pas la moindre idée de la bonne entente qui régnait entre Paris et Jérusalem avant la Guerre des Six Jours. Ce renversement d’alliance a été largement expliqué par la situation géopolitique de la France par rapport au monde arabe : le Maghreb où elle a été longtemps présente, ainsi que le Proche- Orient. (…) Corrélativement, l’existence d’une immigration musulmane souvent peu éduquée, véhiculant le mépris du Juif (al yahoud), voilà qui fait subir une formidable involution à la mentalité issue de l’esprit des Lumières, quoique les Lumières soient elles-mêmes très divisées sur le chapitre de l’égale dignité de tous les hommes. Que de larges fractions de l’opinion soient désormais affectées par le prurit de l’antisémitisme n’a rien de surprenant, cela est le résultat d’une volonté politique, savamment distillée. En matière d’opinion, et de politique de l’opinion, il n’y a pas de génération spontanée. Les grands médias ont été chargés de diffuser la doxa antisioniste, depuis la fin des années 60 du XXe siècle, et trois générations de Français ont bu de ce lait. Cette nouvelle modalité de l’antisémitisme a été sciemment inculquée, et rares sont les esprits qui ont passé l’évidence antisioniste au tamis de l’esprit critique. L’expression antisioniste est d’autant plus désinhibée, qu’elle repose sur des motifs pleins de noblesse : l’antisionisme se présente comme un humaniste et un antiracisme. C’est au nom de l’humanisme et de l’antiracisme que l’on se dit antisioniste. (…) C’est dans la littérature nationale-socialiste que se trouve d’abord le point de mue de l’antisémitisme culturel de la fin du 19è siècle en antisémitisme racial et en antisionisme génocidaire. (…) cette littérature a été traduite en arabe et a trouvé de profonds échos, notamment dans le mouvement national palestinien, à l’époque du Mandat britannique sur la Palestine. C’est dans ce contexte que l’antisémitisme hitlérien entre en symbiose avec l’antijudaïsme des Frères Musulmans. Aujourd’hui la proximité des leaders du mouvement palestinien avec les Frères musulmans, ancêtre de l’OLP de Yasser Arafat, a été mise en exergue par de nombreux historiens (…) Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement palestinien, militairement vaincu, comme toute la coalition arabe qui s’était formée contre Israël, tombe dans l’escarcelle de l’Union Soviétique. À partir de ce moment, l’URSS écrit un nouveau chapitre de l’histoire de l’antisionisme. Ce n’est plus la conspiration juive que fustigent les staliniens, mais le sionisme allié de l’impérialisme américain, le sionisme incarnation du capital. Il s’agit d’une variante du même schéma. (…) L’antisionisme tel que nous le connaissons, et tel que les « progressistes » acquis à sa cause le pratiquent de nos jours, sort directement des officines du KGB. (…) À cela, il faut ajouter le rôle de vecteur de l’extrême gauche, notamment française, qui a battu des records de forgerie à partir de 1968. L’échec des révolutions prolétariennes, les désillusions du soviétisme ont entraîné dans ses rangs une radicalisation de la lutte anticapitaliste, et ses représentants ont joué un rôle considérable dans la promotion et la banalisation d’un antisionisme à visage humain, décorrélé de l’antisémitisme, devenu tabou en Europe, après la Shoah. Les Palestiniens en sont venus à occuper la place qu’occupait le prolétariat dans le marxisme classique. (…) L’extrême gauche a affiné, si je puis dire, le travail de mise en circulation de ce que j’ai appelé des « équation efficaces », destinées à présenter d’Israël une image répulsive. Ces équations idéologiques définissent une pseudo-logie : « sionisme = nazisme », « sionisme = apartheid », « sionisme= racisme », « sionisme=impérialisme », etc. Lorsque l’on connaît l’histoire, la réversibilité des termes sonne faux, et dénonce ces « équivalences » comme des aberrations, historiques aussi bien que sémantiques. Faut-il rappeler que les Sionismes sont nés en réponse à l’antisémitisme du 19è siècle: russe, allemand, français, et ottoman? (…) De plus, que veut dire « être antisioniste » après la Shoah ? Ces antisionistes au grand cœur, feignent d’oublier qu’il n’y avait plus de place sur terre pour le peuple juif. En somme, qu’est-ce que l’antisionisme propose aux Juifs ? Le retour à la situation d’exil, et d’exposition passive à toutes les formes de la persécution ? À quelle sorte de destin historique l’antisionisme promet-il les Juifs ? Au mieux, à leur disparition en tant que représentants d’une identité singulière, porteur d’un message universel, au pire à leur liquidation physique. (…) Pour autant, je ne confonds pas l’antisionisme islamo-gauchiste ou génocidaire avec l’asionisme de nombreux Juifs qui font le choix de l’intégration dans les sociétés démocratiques. Ceux-là ont affirmé un choix conséquent, en se détachant à titre individuel du destin collectif d’Israël. Pour moi, ils le font à leurs risques et périls. (…) Le fait est que l’État d’Israël représente un pôle identitaire affirmé, en tout cas dans les imaginaires collectifs. Et le signifiant « Israël » n’a jamais été compris, il a été combattu, mais pas compris. Le sionisme se trouve dans une situation paradoxale, du fait du caractère anormal ou atypique de l’histoire juive, au regard de la philosophie politique européenne. D’abord, le sionisme est la dernière expression du principe des nationalités, il s’est affirmé pour la première fois, avec un décalage de près d’une génération sur la dynamique d’auto-détermination née du printemps des peuples, en 1848. (…) Comment comprendre le sionisme, dans un contexte où l’idée de peuple suppose des critères précis : la base territoriale, la communauté de langue ? Or les Juifs ne sont nulle part chez eux, ils sont dispersés, n’ont plus de langue commune, et sont réduits depuis près de deux millénaires à supporter le carcan symbolique d’une entité théologique, ils sont « le peuple du Livre ». Voilà que sous la pression d’un mouvement antisémite international -pogromes en Russie, statut de dhimmi et violences antijuives dans l’empire ottoman, affaire Dreyfus en France, pétition des 200 000 en Allemagne, floraison des ligues et des partis antisémites, etc. – ils entendent reconstituer leur nation. (…) Il s’agit pour les penseurs sionistes de rendre au peuple juif sa dimension historico-politique, ni plus ni moins. Or ce n’est pas ainsi que l’entendent les nations, habituées, du fait de la polémique théologique contre le judaïsme, à considérer celui-ci comme une « religion ». (…) Le Judaïsme est une civilisation, qui a été déracinée par les empires. C’est à cette situation que le sionisme a entendu mettre fin. Le second paradoxe tient au fait que la souveraineté juive s’est surtout affirmée concomitamment à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à une époque marquée par le reflux du nationalisme, et bientôt la critique de l’État Nation. Le reflux du nationalisme est forcément assimilé au refus du bellicisme et de la violence doctrinale dont ont fait preuve le national-socialisme et les fascismes. Quant à la critique de l’État-Nation, elle s’est peu à peu déduite de la formation de l’Europe supranationale, dans le contexte de la polarisation Est/Ouest, à l’époque de la guerre froide. Une nouvelle ère culturelle s’est épanouie, fortement favorisée par le développement du post-marxisme et du post-structuralisme, sous le rapport de ce que l’on appelle d’un terme assez vague la philosophie post-moderne. Or cette pensée post-moderne est paradoxalement très marquée par la philosophie de Heidegger, l’artisan de Abbau, la destruction/déconstruction de… l’humanisme européen. (…) Au-delà du champ philosophique, le principe de la déconstruction a fait souche dans le débat idéologique : l’idéologie décoloniale est une métastase du post-marxisme mâtiné de déconstruction. C’est là que les deux souches virulentes se rejoignent : d’un côté la mauvaise conscience de l’Occident, qui, pour s’exprimer, recycle follement les idées du plus grand penseur nazi du XXè siècle, d’autre part l’idéologie du djihad conquérant, qui révèle le principe historique de l’islam primitif. Ces deux souches culminent dans une posture inlassable de ressentiment, dont Max Scheler a explicité les mécanismes, il y a déjà un siècle. Néanmoins, la critique du néo-antisémitisme que représente sciemment l’antisionisme constitue un angle mort du débat public, comme s’il ne s’agissait que d’une « affaire juive ». Or c’est tout le contraire. Par leur complaisance et leur démagogie, les démocraties occidentales ont joué le jeu de la centrale palestinienne, elles l’ont financée, en relayant sa propagande anti-juive, depuis le milieu des années 60. Si des germes d’antisémitisme demeuraient vivaces en Europe, après la Libération, c’est à l’OLP que le monde actuel doit d’avoir été de nouveau submergé par cette vague d’antisémitisme. L’OLP (…) demeure le vecteur de propagation le plus virulent : elle a pris le relais de l’Église en matière de diffusion universelle de l’enseignement du mépris. Le discours canonique de l’antisionisme, sa charte internationale, c’est précisément celle de l’OLP. Par ce texte, l’OLP signe sa double filiation : d’abord nazie et stalinienne, mais aussi par sa tonalité tiers-mondiste qui lui a conféré sa « respectabilité », pendant des décennies, auprès des gauches européennes. A la souche totalitaire, l’OLP emprunte explicitement, le schème conspirationniste des Protocoles des Sages de Sion, au tiers-mondisme, l’OLP emprunte l’idéologie anticolonialiste et l’anti-américanisme. La charte du Hamas, plus récente, campe sur les mêmes positions. (…) De nos jours, dans les manifestations « pro-palestiniennes », les « antisionistes » exhibent de nouveau la croix gammée sur leurs banderoles aux couleurs de la Palestine, ce n’est pas l’expression d’un ‘’dérapage’’, mais la signature d’une authentique filiation…Il y a ensuite la connivence totalement inattendue, mais par un effet de conjoncture, du discours des grands médias et du discours de l’extrême gauche, qui ont servi de relais aux prétentions de l’OLP, en fabriquant un véritable catéchisme – en un mot une vulgate – à destination du grand public : les grands médias, en vertu de l’alignement pro-palestinien des gouvernements successifs, depuis 1967, l’extrême gauche par son action continue sur la société civile, et ses capacités d’entrisme à l’université notamment. (…) L’ensemble de ces paramètres, leur combinatoire historique, liée à des stratégies délibérées, gouvernementales mais aussi militantes – de niveau logique entièrement distinct- contribuent à définir l’espace massif de ce « point mort », de ce que j’appelle l’angle mort du débat public en France, mais pas seulement. (…) Vladimir Jankélévitch avait vu juste, en identifiant le principe génétique de l’antisionisme. L’antisionisme radical est une forgerie du nazisme et du stalinisme, reprise par le nationalisme islamiste des Palestiniens au début du Mandat britannique sur la Palestine, pour s’opposer à la progression du mouvement sioniste. (…) l’antisionisme est la dernière modalité historique connue de la judéophobie, après l’antijudaïsme théologique (chrétien puis musulman), et l’antisémitisme moderne (culturel, raciste et/ou nationaliste). Ces trois modalités sont liées par un même invariant : la criminalisation du fait juif, comme je l’ai écrit au début des années 2000 (…) À cet égard, l’antisionisme de Tarik Ramadan est congruent avec l’idéologie des Frères musulmans. Si nous savons généralement que son grand-père était le fondateur de la confrérie, l’on sait moins en revanche que son père était l’émissaire pour la Palestine du Grand Mufti de Jérusalem. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son antisionisme est celui d’un communiste pro-soviétique reconverti dans le populisme islamo-gauchiste, rien que de très congruent là encore. (…) Ce sont des alliés objectifs du point de vue tactique, et des alliés subjectifs du point de vue de leurs convictions propres : l’islamisme radical du premier, le laïcardisme agressif et l’opportunisme électoraliste de l’autre. (…)  À côté de cela, il faut prendre en considération le cas de la gauche juive, critique du sionisme, modérée ou radicale, qui  s’explique autrement. Cette conception s’origine d’une part dans Marx lui-même, mais très certainement dans les élaborations ultérieures (…) On voit pointer là la perspective d’une résolution de la question juive dans le cadre d’un universalisme de sensibilité révolutionnaire. Un universitaire influent en son temps tel que Maxime Rodinson, a occupé une place central dans ce dispositif. Auteur de Question juive ou problème juif ?, il a fixé pour longtemps la norme de l’interprétation « coloniale » du sionisme, en donnant le ton par son article rédigé pour l’Encyclopaedia Universalis au début des années 70 du vingtième siècle. Simultanément, la descendance idéologique de communistes d’origine juive, tel que Henri Curiel, via Le Monde diplomatique, avec des vecteurs d’opinion comme son fils Alain Greisch, ou Dominique Vidal – tous deux passionnément antisionistes- a contribué et continue encore à brouiller les cartes sur la question de savoir qui est juif et surtout comment l’être. Ce sont ces intellectuels de gauche, « universalistes », qui ont contribué à ethniciser le sionisme, à le défigurer en présentant des versions controuvées de la révolution sioniste. Ces deux journalistes, experts auto-proclamés du Proche Orient ont consacré une bonne partie de leurs écrits et de leurs interventions à tâcher d’apporter la démonstration de l’indépendance de l’antisionisme et de l’antisémitisme. Au regard de la connaissance historique, ce sont des gesticulations sans pertinence, de pures théorisations polémiques qui servent des buts de conquête idéologique de l’espace public. Quant à leur collusion avec l’islamisme radical, elle est une caractéristique intrinsèque de leur engagement. En leur temps, cela ne les a pas empêchés de suggérer à l’OLP de se rapprocher de la gauche européenne, ni de s’aligner eux-mêmes sur le principe du « socialisme dans un seul pays », qui, après tout, est un ultra-nationalisme, un nationalisme impérial au sens obvie de ce terme. (…) Les communistes ont toujours hurlé avec les loups, au nom de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme. Quant aux socialistes ils étaient divisés, ou ambivalents, ou dans le déni. On se souvient du retournement du Parti Socialiste, pour des motifs électoralistes, au début des années 2000 : il suffit de rappeler les positions d’un Pascal Boniface, auteur de : Est-il permis de critiquer Israël ?, mais aussi à l’attitude de Lionel Jospin, alors premier ministre, au moment de la deuxième intifada : il n’y avait pas d’antisémitisme dans les universités, et l’antisionisme était un non-sujet… Le cas des israéliens antisionistes est différent, même si leur discours entre en convergence avec celui des antisionistes radicaux, en leur conférant une précieuse justification (« si ce sont des Juifs qui le disent, alors il est illégitime de nous taxer d’antisémitisme », etc.). L’antisionisme israélien repose sur plusieurs composantes. Il a différentes sources : le Berit Chalom, le sionisme marxiste, le sionisme socialiste, pénétré de moralisme, les nouveaux historiens, et le post-sionisme, qui est la modalité israélienne du post-modernisme. Chez les militants du Berit Chalom, règne une certaine naïveté, qui se condense dans l’impératif d’une éthique sans politique, à l’heure des pogroms antijuifs déclenchés par le mouvement palestinien ! De cette posture, il reste l’essentiel chez les antisionistes israéliens, qui est un moralisme belliciste. Ainsi, le cas de Shlomo Sand est paradigmatique : il cumule la posture moraliste, le rejet de la tradition juive, comme prisme d’intelligibilité de la signification historique du sionisme, et l’adhésion crypto-communiste à la critique anticolonialiste, héritée du prisme de lecture marxiste. Quant à Elie Barnavi, ou à Abraham Bourg, ils sont représentatifs de l’élite du pays, installé, comme beaucoup d’intellectuels, dans la posture du donneur de leçon, également perméables au thème marxiste et post-marxiste de la prétendue culpabilité de l’Occident. Pour moi, ces esprits se leurrent, leur analyse est fausse, car elle prend pour référentiel les catégories de l’historiographie hégélienne : les Juifs ne sauraient avoir d’État, et s’ils en ont un, il ne faut surtout pas que celui-ci se distingue par des traits de caractère juifs. Mais le sionisme, c’est précisément cela. Il a été pensé par le peuple juif dans un moment de grand péril, pour rétablir la souveraineté juive, en assumant l’histoire juive. Le sionisme authentique n’est pas en rupture avec le messianisme juif, il le vivifie mais ne l’abolit pas. Les antisionistes juifs, on peut le présumer, expriment d’abord un besoin de normalisation, qui cache une demande d’amour : « ’Acceptez-nous, aimez-nous, nous ne sommes pas différents de vous, nous sommes comme vous ». (…) On serait tenté, dans le cas de Sand, d’arguer de la haine de soi, dont Théodore Lessing a fait l’analyse.. Mais je ne suis pas favorable à cette analyse psychologique. Il s’agit pour moi d’un problème idéologique qui a sans doute des conséquences psychiques. (…) L’antisionisme d’une partie des Israéliens n’a plus grand-chose à voir avec ce phénomène individuel. Il est le symptôme partiellement collectif d’une volonté de normalisation. (…) Il y a enfin le cas d’intellectuels dont on ne peut pas dire qu’ils soient antisionistes, mais qui du fait de leur adhésion au schéma de l’analyse marxiste de l’histoire tendent à ignorer la singularité de l’histoire juive, en projetant sur l’histoire du sionisme les mécanismes coloniaux. Il est symptomatique que lorsqu’ils sont francophones, ces intellectuels fourbissent leur critique en usant de références qui sont celles de la colonisation française. Ils seront ainsi enclins à analyser le conflit palestino-israélien dans les mêmes termes que des militants du F.L.N analysaient la nécessité de l’indépendance algérienne. (…) Voilà le fonds de commerce idéologique de la gauche israélienne, à l’heure du débat sur l’identité nationale… (…) À partir de ce schème, plusieurs générations d’Israéliens déculturés, ont été éduqués par de mauvais maîtres avec la conviction d’être issus d’une nation d’envahisseurs et de colons, au sens des impérialismes européens. Mais un Juif ne sera jamais un « colon » en Judée ! L’inculcation de ce même schéma dans les universités, et le développement de deux discours concomitants, à partir de grilles de lecture complètement inappropriées, à quoi se sont ajoutées les thèses analogues des « nouveaux historiens » (exception faite de Benny Morris) procède d’une erreur de jugement, qu’il est aisé de repérer. (…)  Ce sont moins les universités en tant que telles que certains universitaires, militants actifs de la cause palestinienne, qui ont considérablement pesé dans la politisation des universités. Au fil des décennies, celles-ci sont devenues des foyers significatifs de promotion de l’antisionisme. Une fois encore cela remonte à la fin des années soixante, lorsque l’extrême gauche a inventé de toute pièce la cause palestinienne, comme un motif clef de la mobilisation du monde étudiant. D’année en année, il s’est créé un profil type de l’universitaire progressiste, nécessairement hostile à Israël, précisément sur le thème anticolonialiste, ce qui en dit long sur l’ignorance ou la mauvaise foi partisane de ces individus. (…) Au début des années 2000, ces mêmes collègues ont été des acteurs actifs du BDS, et nous avions dû faire beaucoup d’efforts pour enrayer une première fois ce mouvement. (…) à bien considérer les positions politiques en jeu, ces mêmes universitaires-militants forment la 5e colonne de l’islam radical. Ils représentent un certain dévoiement de la gauche, puisque par la nature même de leurs actions, ils fédèrent la nouvelle internationale antisémite, en lui offrant une caution académique. (…) Comment des gens qui se prétendent démocrates peuvent cautionner un mouvement dont l’idéologie de référence est celle des Frères musulmans ? Il y a là une sorte de dissociation philosophique que je m’explique mal, puisqu’à tout prendre, ces fonctionnaires de la République cautionnent quand même un projet – si on peut encore user de ce terme – profondément rétrograde : le refus de la souveraineté juive, la diffusion de l’agenda politique du terrorisme, et bien entendu le rejet de la société ouverte. Le discours de cette clique est celui d’une nouvelle forme de  fascisme: désignation de l’ennemi (« l’entité sioniste », « les sionistes »), suivi de son essentialisation (« colons », « occupants », avec toutes les connotations inhérentes à ces termes en Europe), le simplisme idéologique, le révisionnisme historique, l’esprit de délation, etc. Il s’agit d’une véritable institutionnalisation de la délinquance, fondée sur la diffusion d’un nouvel enseignement du mépris qui fait lien avec le modus operandi de l’antisémitisme classique. La péjoration constante du sionisme, ainsi que la délégitimation morale de l’État d’Israël, les mensonges régulièrement distillés n’ont pas peu contribué à la subversion du débat public. En ce sens, le nouvel antisémitisme se trouve alimenté par le discours des ennemis d’Israël entré en convergence avec celui que véhicule, pour des raisons économiques ou électoralistes, les élites gouvernementales. Ce climat fait chorus avec la désinformation qui prévaut en France, si bien que ces enseignants portent une grande part de responsabilité dans l’effondrement du niveau culturel et le décervelage des étudiants dont ils ont la charge. Il y a enfin un paradoxe qui ne laisse de me faire méditer : l’antisionisme s’affirme au nom de l’amour de la paix, mais il faut bien dire qu’en tant que pacifisme de principe, il constitue la forme la plus sournoise du bellicisme. (….) Les intérêts géopolitiques de la France ont amené les régimes et les gouvernements successifs à considérer que le monde arabe était un débouché et un allié naturel : sous la  monarchie, l’empire, la République, c’est un invariant. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, nous savons que la France a offert l’asile au Mufti de Jérusalem, qu’elle a aussi permis sa fuite, sous une fausse identité, ce qui lui a permis d’échapper au Procès de Nuremberg. La France savait ce qu’elle faisait, mais elle l’a fait en songeant au bénéfice qu’elle pourrait un jour tirer de ce geste. Après le renversement d’alliance, le tournant anti-israélien pris par De Gaulle, la France a choisi de s’impliquer en faveur de la cause palestinienne : Arafat, qui avait été l’émule du Mufti (il comptait au nombre de ses proches à l’époque de l’alliance entre le mouvement national palestinien et la diplomatie nazie), est devenu un allié fiable et fidèle. Elle lui a témoigné son soutien, et l’a accueilli dans ses deniers jours à l’hôpital des armées du Val de Grâce, tout un poème. Mais c’est aussi la France, qui a offert l’hospitalité à l’imam Khomeini, en chemin vers Téhéran, au moment de la révolution islamique. C’est cela la realpolitik…C’est encore la France républicaine qui a doté l’Irak antisioniste de Saddam Hussein d’un réacteur nucléaire que l’aviation israélienne a détruit pour ne pas permettre qu’Israël vive sous la menace d’une extermination nucléaire. N’eusse-t-il pas été plus cohérent que la France des Lumières, persiste à s’affirmer l’alliée naturelle d’Israël, après Vichy, après des siècles de présence des communautés juives en France ? C’est aussi la France républicaine qui a délibérément pris le parti de désinformer les citoyens français, en distillant via l’AFP les contre-vérités les plus grossières. Realpolitik, une fois de plus. Selon la même ligne de cohérence diplomatique, c’est encore la France qui détient à l’ONU le record des condamnations d’Israël, aux côtés de la majorité automatique, traditionnellement hostile à Israël (en vertu de la théologie politique de l’islam). Ceci étant, j’attends le moment où les paix d’Abraham, récemment conclues entre Israël et ses principaux ennemis arabes, porteront de tels fruits, que certains secteurs de l’Europe seront les derniers tenants de l’antisionisme, tandis que l’antisionisme sera devenu minoritaire parmi ses principaux tenants historiques. Aujourd’hui le gouvernement de Khartoum demande la « normalisation » avec Israël, alors que c’est à Khartoum que fut proclamé par la Ligue Arabe, en 1967, le programme des « 3 non à Israël » : non à la reconnaissance, non à la négociation, non à la paix… La topologie internationale sera entièrement modifiée : il y aura d’un côté les anciens ennemis ligués dans des alliances de coopération, et de l’autre les antisionistes has been, décoloniaux et post-modernes, emmenés par la France, avec ses mantras du Quai d’Orsay (« la solution à deux États »…). La position intangible de la France participe d’une longue tradition de réalisme politique et de pusillanimité, très bien analysée par David Pryce-Jones (…) À mes yeux, cela est impardonnable, car la France – précisément en tant que puissance impériale et coloniale- a été présente dans le monde arabo-musulman pendant près d’un siècle et demi. N’a-t-elle rien retenu de cette si longue présence ? N’a-t-elle tiré aucune leçon du jusqu’auboutisme du FLN, dont les historiens admettent seulement aujourd’hui les racines islamistes ? En un sens nous avons là le même phénomène qu’avec l’OLP, qui est en réalité une émanation des Frères Musulmans palestiniens, mais qui a eu l’intelligence tactique de se couler dans le tiers-mondisme pour rendre acceptable son antisionisme. Le véritable point de mue se situe là, c’est cela la convergence des luttes… (…) La prétendue « solution à deux États » est la traduction diplomatique du narratif palestinien, de la contre-vérité selon laquelle « le » sionisme, et l’État d’Israël sont fondés sur l’exclusion et l’expulsion des Arabes de Palestine. (…) Lorsqu’ensuite, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU vote le partage de la Palestine, en deux États – l’un juif, l’autre arabe-, les Arabes palestiniens, ont la possibilité d’affirmer leur dignité nationale. Non seulement ils rejettent cette décision internationale, mais ils se lancent avec la Ligue Arabe, dans une guerre d’extermination contre l’État d’Israël, car le mouvement sioniste, quant à lui, a dit « oui » à ce partage, et s’en contente. La possibilité d’un État palestinien faisait donc partie de l’agenda international, et il a été refusé au mépris du droit international. Après la défaite militaire, les Arabes de Palestine, emmenés par le Fatah, ont inventé le terrorisme international, c’était leur alternative au droit international, précisément. Il faut encore rappeler, et cela ne choque personne et n’a jamais choqué personne, que les Britanniques ont créé la « Trans-Jordanie » (l’actuelle Jordanie) en …1922, pour trouver justement une solution nationale au « problème palestinien ». Tout cela est oublié. À la suite de la guerre d’indépendance, les portions territoriales allouées à l’État Arabe de Palestine, ont été annexées, respectivement par l’Égypte (la bande de Gaza) et la Jordanie (la Cisjordanie). Ce n’est qu’à la fin des années soixante-dix que l’Égypte et la Jordanie ont renoncé à leurs annexions, obligeant Israël à se débrouiller avec les populations de ces territoires. Il s’est produit dans l’intervalle deux autres guerres d’extermination – celle de 1967 et celle de 1973- que la Ligue arabe a encore perdues. Puis, l’État d’Israël a cru bon d’engager des négociations avec la centrale palestinienne (OLP), ce qui a conduit aux Accords d’Oslo, parce que depuis la création du Fatah et le ralliement international à « la cause palestinienne », la terre entière exigeait à l’unisson une « solution à deux États ». Nous connaissons la suite : aux termes des Accords de 1993 (Oslo), les « Palestiniens » ont obtenu l’autonomie politique graduelle. C’est la vague d’attentats des années suivantes qui a enrayé ce processus, et l’irrédentisme des mêmes « Palestiniens », bientôt rejoints par la faction plus radicale du Hamas. Depuis 2006, les « Palestiniens » sont gouvernés par deux entités politiques : le Hamas dans la Bande de Gaza, l’Autorité palestinienne en « Judée-Samarie », c’est-à-dire sur le territoire qui est le berceau historique du peuple juif. Voilà pourquoi le principe de « la solution à deux États » est un mantra hypnotique, parce qu’en vérité il existe déjà trois entités nationales palestiniennes : une monarchie (la Jordanie), un mini-État islamique (la Bande de Gaza), et une dictature tiers-mondiste (Jéricho et ses dépendances). En sorte que l’État palestinien que revendique l’antisionisme coïncide avec l’exigence inacceptable de la disparition de l’État d’Israël en tant qu’État du peuple juif. À cet égard, alors que les antisionistes et leurs émules moutonniers se sont fait une spécialité de dénoncer les « crimes de guerre » d’Israël, et les entorses au droit, ce sont eux en vérité qui incarnent le parangon du non- respect du droit international, et ceci depuis le début de l’histoire d’un conflit, dont ils sont les uniques responsables. Si l’antisionisme ainsi compris triomphait, la solution à « deux États », serait en vérité une solution à quatre États : l’État d’Israël, devenu binational, la Bande de Gaza, la Jordanie, et les territoires de l’Autorité palestinienne de M. Abbas. Le principe de la « solution à deux États » est une formule qui n’a qu’une portée et qu’une valeur idéologique, dans un monde désymbolisé. Il est le symptôme manifeste de ce que l’Europe, mais aussi une partie des États-Unis, et par extension tous les partisans de la « solution à deux Etats » ignorent avec l’histoire les rudiments du calcul mental, en se convertissant massivement au narratif palestinien, qui est la version laïque de la sha’ada – la formule religieuse de la conversion à l’Islam. (…) il suffit de ne pas être aveugle pour lire sans le moindre risque d’erreur la signification du logo de l’OLP, ou celui du Hamas. Le logo de l’OLP représente la géographie de l’actuel État d’Israël, couverte par deux fusils croisés, tandis que celui du Hamas, représente la Mosquée d’El Aqsa, auréolée de deux sabres : un beau mélange des deux versions de l’islam, radical avec les cimeterres  de l’expansion des premiers siècles, et « modéré » avec les fusils vendus par la Russie, et la Chine. On ne peut mieux établir le caractère substitutif de la « cause palestinienne », qui est le nouveau cri de ralliement des antisémites, pour toutes les raisons que j’ai dites. (…) Le narratif palestinien donne à reconnaître quelque chose qui ressemble à la passion du Christ. Les « Palestiniens » sont les nouveaux crucifiés… Leur propagande victimaire a su exploiter tous les ressorts de l’âme occidentale, et de la culpabilité européenne. Quoi de plus apaisant pour des nations qui ont été le théâtre de la Shoah de se convaincre, à l’unisson avec les faussaires du Hamas et les négationnistes de l’OLP que « les victimes d’hier, sont les bourreaux d’aujourd’hui », en faisant accroire qu’Israël a mis en œuvre « le génocide du Peuple palestinien » ? Le narratif palestinien reprend mot pour mot les éléments de langage de la mémoire juive : la clef de la maison que l’on a dû abandonner, le thème de l’exil et de la diaspora, celui de la spoliation, des massacres, de la résistance « héroïque » (des « combattants palestiniens »), analogue de celle du ghetto de Varsovie. (…) l’antisionisme a aussi su faire oublier qu’un million de Juifs ont été expulsés des pays arabes, entre 1948 et 1975, et qu’à ce jour il ne subsiste plus une seule communauté juive d’importance significative sous ces latitudes. (…) Quant aux comparaisons outrancières, elles sont des lieux communs bien connus de la presse de gauche et d’extrême gauche, depuis que l’AFP, s’est mise au service de la « cause palestinienne », et qu’elle diffuse journellement les contes et légendes de Palestine à l’intention de populations anesthésiées. On conçoit aisément la part de distorsion, de manipulation et de cynisme qui entre dans cette réécriture intégrale de l’histoire. (…)  pour la coalition islamo-gauchiste, la destruction de l’État-Nation, et le harcèlement d’Israël sont de bonnes et saintes causes. (…) [ aujourd’hui les propagateurs essentiels des idées anti-juives sont] tous ceux qui les diffusent, mais aussi tous ceux qui sont indifférents à leur diffusion et ne s’y opposent pas explicitement ni publiquement. (…) Cela me rappelle le mot du pasteur Niemöller : «  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate ; Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste ; Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »  (…) En agissant comme elles le font, toutes ces personnalités [du néo-féminisme radical] ont la conviction de témoigner publiquement de leur engagement humaniste et universaliste. (…) elles ont intériorisé les équations efficaces dont je parlais tout à l’heure. Mais au fond de leur engagement, il se joue pour elles, un combat éthique de premier plan, très caractéristique de la post-modernité : c’est la lutte contre la civilisation patriarcale. Mieux, c’est la volonté d’en découdre avec le fantasme du patriarcat oppressif. De ce seul point de vue, le féminisme radical se déduit de l’antijudaïsme qui sous-tend l’antisionisme. Le signifiant Israël agrège toutes les figures de l’autorité : le père, le juge, le maître, le guerrier… Ce radicalisme est la marque de l’intolérance à ce que représente la figure archétype du juif. Il n’est donc pas étonnant que la convergence des luttes s’articulent également sur un substrat symbolique qu’il s’agit de contester à sa racine. (…) Il s’agit toujours de tuer le juif symbolique. C’est le principe même de la désymbolisation contemporaine, qui consiste à s’attaquer au cadre du moralisme judéo-chrétien présumé. (…) Le discours que tient J. Butler procède d’une posture typiquement juive, caractéristique de l’Amérique du Nord. N. Chomsky l’a précédée, au nom de la critique de l’impérialisme. Le propre de ces « intellectuels juifs » est précisément de ne plus se rallier au judaïsme au sens historique et culturel de ce terme. (…) Il s’agit d’intellectuels d’origine juive, entièrement déjudaisés. Ils ont été littéralement aspirés par la logique centrifuge du narratif victimaire, distinctif du palestinisme. Ils sont également très représentatifs, à ce titre, des effets clivants de la judéophobie : la culpabilisation des Juifs par la propagande palestinienne, a poussé nombre de bons esprits à se désolidariser du peuple juif et du destin national du peuple juif, en préférant un choix individualiste, plus fortement valorisé dans le contexte d’une culture académique-universaliste. Autrement dit, c’est un ethos. À cet égard, ils sont des incarnations de l’universalisme abstrait, sans se rendre compte qu’en tant qu’idéologie dominante de l’impérium Nord-américain, cette posture est un ethnocentrisme qui s’ignore. Il en résulte que toute identité singulière collective, devient la cible de leur péjoration. Dans la droite ligne de leur choix philosophique, ils naturalisent leur choix existentiel, qui est celui  d’une assimilation provocatrice qui les exonère de toute compromission avec l’Israël historique qu’ils appellent à discriminer. De manière tendancielle, ce sont des figures héroïques de l’identification à l’agresseur, de solides cautions de l’antisionisme, puisque si ce sont des Juifs qui le diffusent, alors c’est que ce doit être « vrai ». Cette façon de donner le change les installe comme des porte-parole de la justice, alors qu’ils pêchent contre l’esprit. Mais ces choix les protègent de l’hostilité d’ennemis inconciliables, puisqu’ils les devancent et les justifient. (…)  La plupart des adversaires doctrinaux d’Israël s’entêtent à critiquer son « particularisme », son « exclusivisme », etc. Notez-bien que cette objection est en phase avec une caractéristique originaire de la judéophobie historique, puisque l’Église, aussi bien que l’Islam visent justement le « séparatisme » juif, son entêtement à refuser de se fondre dans la majorité, en reconnaissant la vérité théologique des deux autres monothéismes. Cette même disposition a conditionné la conception de l’universalisme des sociétés sécularisées. (…) Les présupposés théologiques de la philosophie de l’histoire, ont fait apparaître que la modernité est en effet une sécularisation de la théologie de l’histoire : c’est le principe même de la généralisation d’un modèle de société qui se comprend lui-même comme impliquant l’uniformisation idéologique des membres qui la constituent, même lorsque ces sociétés se fondent sur la séparation des pouvoirs, et que de ce fait elle garantissent les libertés individuelles (de conscience, de religion, notamment). Il est également remarquable, que la plupart des penseurs postmodernistes ont appuyé leur critique socio-politique de la mondialisation capitaliste sur un retour à l’universalisme paulinien, dont l’allergie au « particularisme » juif est emblématique. D’autant qu’il s’agit d’un particularisme coupable (historiquement lié au rejet de la messianité de Jésus). Le thème théologique de la perfidie des Juifs – c’est-à-dire de leur « infidélité »- est constitutif de cette conception. Or, sans la moindre exception, les principaux théoriciens du postmodernisme professent une position antisioniste, en reconduisant à l’encontre d’Israël, l’objection de particularisme, et pour ce faire, ils articulent leur conception sur une référence explicite à l’universalisme de St Paul ! Le tournant altermondialiste des penseurs post-modernes Toni Negri, Alain Badiou, Giorgio Agamben, Slavoj Zižek, signe l’appartenance de leur vues à cette double dépendance matricielle : la promotion de ce que j’appelle « l’universalisme abstrait » coïncidant avec la dénonciation du « particularisme juif », qui s’exprime sous le rapport du « sionisme », notamment chez les trois premiers. Une fois de plus, sous la plume de ces auteurs, Israël s’est rendu coupable de déroger à cette conception d’un universalisme allergique à la différence, d’un universalisme assimilateur. Mais à notre époque, la critique du « particularisme sioniste » étaye une accusation sous-jacente : ce particularisme serait « raciste », et l’État d’Israël formerait une « ethno-démocratie ». Ces thèmes sont des invariants du postmodernisme politique : cette conception de l’universalisme sous-tend la péjoration de l’identité juive, depuis la plus haute antiquité. Le particularisme est toujours l’expression d’une dérogation, l’indice constant du refus d’adhérer à l’ordre de la majorité. Comme tel, il est ressenti comme un pôle d’adversité. Il y a là quelque chose d’un résidu de la mentalité primitive qui consiste à poser a priori que l’autre – du fait de sa différence- représente un danger, qu’il est aussi un ennemi. Le même ethos caractérise le grand nombre d’intellectuels juifs qui se sont éloignés de la culture juive, et qui au nom du post-sionisme font chorus avec leurs homologues non-juifs. Ils ne sont plus ni juifs, ni sionistes – ils dénoncent l’un et l’autre au nom de « l’universalisme », ce sont des « alter-juifs ». (…) En regard de cet activisme qui n’a de juif que le nom, depuis la plus haute antiquité, la tradition hébraïque a affirmé une conception fort différente de l’universalisme. La tradition biblique développe une vision originale qui tranche avec les mythologies des autres civilisations : la diversité humaine procède d’une même souche appelée à se différencier en peuples distincts, chacun ayant une vocation spécifique. Le thème hébraïque du particularisme est toujours l’indice d’un trait positif, puisque la différence est constitutive de l’identité humaine. (…) Dans cette perspective, l’universalisme hébraïque, qui continue d’informer à la fois le Judaïsme, la pensée et l’histoire du peuple juif est un universalisme différentialiste. Ce n’est ni le signe d’un exclusivisme, ni le signe d’une hostilité, mais au contraire la marque distinctive d’une distinction culturelle. La Bible hébraïque est de ce point de vue un modèle de tolérance et de respect des différences personnelles et collectives. Dans le narratif biblique, celui de la Torah (du Premier Testament), il n’existe qu’un peuple indigne, c’est Amalek. Amalek dont toute la spécificité est de haïr Israël et de rechercher sa destruction. Il n’a pas d’autre raison d’être. C’est littéralement un non-peuple, qui se nourrit d’une fausse identité, laquelle n’est que négative et négativité. L’antisionisme mime à s’y méprendre la dialectique du positionnement archétype d’Amalek : il ne dit pas ce qu’il est, il dit seulement qu’Israël ne doit pas être, il projette sur Israël sa propre négativité. Par ailleurs, l’ignorance de la conception hébraïque et juive de la forme différentialiste de l’universalisme ne saurait excuser cette charge permanente contre le sionisme, elle est aussi l’indice de ce que le concept de tolérance, si cher aux « universalistes éclairés » n’est qu’un slogan creux quand il s’agit des Juifs, et d’Israël. (…) Cette incompréhension fondamentale trouve sa principale origine dans ce que j’appelle la conception exogène de l’identité juive, qui est la conception commune, selon laquelle le judaïsme est une religion. J’oppose à cette conception ce que je nomme la conception endogène du fait juif, et qui désigne la manière dont les Juifs qui connaissent leur histoire se conçoivent eux-mêmes, et comprennent leur identité historique. Pour ces derniers – et j’y inclus les Juifs israéliens- ce qu’il est convenu de désigner du terme de « religion » n’est que l’un des paramètres de l’identité juive. C’est sous le coup de la polémique théologique – chrétienne et musulmane – contre le judaïsme, que la civilisation juive, dans une situation prolongée d’exil – c’est-à-dire de perte de souveraineté et de déterritorialisation- s’est trouvée réduite à sa dimension spirituelle et cultuelle. (…) Il s’agit d’une véritable assignation aux catégories théologiques dominantes, en sorte que pour assurer sa pérennité, le peuple juif a en effet tendanciellement intériorisé cette identification. (…) À partir du moment où s’affirme un sentiment national juif – à travers le sionisme, dès la fin du 19è siècle, un certain nombre de questions se posent, qui témoignent de la perturbation que fait naître cet éveil : comment une collectivité « religieuse » peut-elle prétendre à se constituer en État, et de surcroît en État-nation moderne ? L’idée d’un « État juif » n’est-elle pas une contradiction dans les termes ? L’existence d’un tel État n’est-il pas l’indice d’une affirmation théocratique ? Le sionisme est-il autre chose qu’un colonialisme ? Ces questions, qui expriment toutes le point de vue exogène, ignorent de fait la continuité effective du sentiment national juif, inhérent au messianisme juif. Tout l’enseignement du judaïsme repose sur la perspective du retour des enfants d’Israël sur la terre d’Israël, dont le centre se trouve à Sion/Jérusalem. Il faut tout ignorer de l’histoire juive, mais aussi de l’histoire universelle qui a imposé ses rythmes au peuple juif, pour tenir ces questions pour des questions pertinentes. Ce point de cécité est une caractéristique majeure d’une mentalité qui a été façonnée par une écriture de l’histoire universelle qui est celle des vainqueurs. C’est en effet le point de vue de l’empire Romain qui depuis deux millénaires commande aux catégories de l’analyse historique. À commencer par le nom de « Palestine », dont nous savons qu’il a été donné par l’empereur Hadrien en 135 de l’ère commune à la terre d’Israël, pour effacer le nom de la Judée. L’Europe chrétienne a hérité de cette vision, et à sa suite l’historiographie scientifique « laïque ». Cela est passé dans le catéchisme de l’Église de Rome, mais pas seulement, où l’on peut lire que « Jésus est né en Palestine », cela a été naturalisé par les chroniqueurs, les cartographes, les diplomates, les juristes, les biblistes (à commencer par la plupart des spécialistes de « l’Ancien Testament » (sic)), les analystes politiques, et bien entendu les journalistes, etc. (…) Qui sait en ce début du XXIème siècle que les premiers sionistes possédaient un passeport estampillé « Palestine », et qu’ils étaient avant la création de l’État d’Israël ceux auxquels s’appliquaient de manière exclusive, la désignation de « Palestiniens » ? Le sionisme dérange aussi parce qu’il fait voler en éclat les catégories théologico-politiques sur lesquelles se sont édifiées aussi bien le christianisme que l’islam, ainsi que la modernité séculière : le sionisme accomplit l’espérance du Retour à Sion, et de ce fait il met en échec le christianisme – et dans une moindre mesure l’islam-  dont toute la théologie politique s’est édifiée sur l’hypothèse de la disparition des Juifs de la scène de l’histoire. Le sionisme dérange d’autant plus dans un monde sécularisé, puisque dans le contexte de son émergence endogène, il déroge aux conditions de formation des États nations. L’idée d’un Israël national tranche avec l’idée d’un Israël entendu comme catégorie liturgique, « peuple du Livre », ou « peuple témoin », etc. Israël peuple historique de nouveau territorialisé et souverain, cela connote l’archaïsme et suscite une haine archaïque. (…) L’émergence, puis le développement du sionisme, et enfin sa concrétisation dans une réalisation nationale, cela s’apparente à un immense retour du refoulé. C’est l’histoire d’un spectre revenu à la vie, et cela est des plus dérangeants. L’ordre symbolique occidental mais aussi oriental procédait de ce refoulement. Rien n’y a fait, le peuple juif a survécu, non seulement il a survécu, mais de surcroît il a regagné son indépendance. Comment ne pas entrer en guerre contre cette présence que l’on croyait réduite, et sur laquelle nombre d’identité se sont construites ? (…) Le philosophe Eliezer Berkovits a écrit que la survie inexplicable d’Israël a inspiré les théories du complot, et notamment les deux versions les plus délétères : au Moyen Age, l’Église expliquait la persistance du Judaïsme par l’hypothèse théologique que ce dernier était une incarnation du Diable, avec l’essor de la modernité, c’est le mythe des Protocoles des Sages de Sion, qui s’est efforcé d’ « expliquer » par l’existence d’une « conspiration juive », les grandes mutations de l’histoire récente (la Révolution française, la Révolution bolchévique, la première et la seconde guerre mondiales, etc.) Si après tout ce qu’ils ont subi, les Juifs n’ont pas disparu, c’est qu’ils détiennent des pouvoirs occultes, qu’ils sont protégés par une puissance surnaturelle. L’antisionisme, comme les autres formes de la judéophobie, s’alimente à une haine métaphysique. Seule une haine métaphysique a pu inspirer le projet satanique de la Solution finale, et seule une haine métaphysique peut encore et toujours inspirer – après la Shoah- la reviviscence de l’antisémitisme. Cette dimension de l’antisionisme doit être soulignée, elle éclaire ce qu’il y a d’irrationnel et d’irrédentiste dans l’antisémitisme.  (…) L’agression du Hamas, et la réplique entièrement justifiée d’Israël s’inscrivent dans la droite ligne du refus palestinien de l’existence de l’État juif. Contrairement aux antisémites « classiques », habitués à bafouer les Juifs sans qu’ils aient les moyens de se défendre, les nouveaux antisémites que sont les « antisionistes » connaissent le prix de leur propre violence. Quant à ce qui s’est produit à l’intérieur même d’Israël, dans ce que la presse appelle les « villes mixtes », les violences entre Arabes et Juifs sont de précieux indicateurs de la persistance du refus de la souveraineté juive parmi les citoyens israéliens arabes. (…) À mon sens, après la fin de ces violences, il conviendra de mener une réflexion politique très sérieuse, et de tirer les leçons de la situation. Outre qu’elle est résolument révélatrice de l’attitude d’une partie de la population arabe à l’égard de l’État d’Israël, elle est aussi révélatrice de l’échec d’une classe politique qui s’est détournée depuis quelques années des principes du sionisme : un certain irénisme, un certain angélisme avait convaincu les gouvernements successifs – aussi bien de gauche, que de droite- de faire évoluer le pays vers une modèle européen. Les intellectuels post-sionistes ont leur part de responsabilité – la responsabilité des intellectuels est toujours significative, même si elle est discrète. Nous savons que les partisans du post-sionisme sont favorables à un État d’Israël déjudaïsé, un État d’Israël qui renoncerait à son caractère juif. L’expérience historique nous a enseigné à ne pas sous-estimer la virulence du refus palestinien ; et la naïveté de la classe politique et des intellectuels des post-sionistes a été de s’imaginer que leur option favoriserait l’émergence d’une harmonie définitive entre citoyens israéliens d’origine juive et d’origine arabe. Voilà des années que nous entendons parler de la nécessité de transformer Israël en « état de tous ses citoyens », encore l’un de ces mantras à l’efficience hypnotique. Comme si ce n’était pas déjà le cas depuis 1948. Seulement, dans la bouche de ceux qui utilisent cette formule, elle signifie de faire évoluer l’État d’Israël vers la forme d’un État binational, qui serait appelé de surcroît à coexister avec un État palestinien, qui lui, bien entendu, serait judenrein (vide de Juifs).  (…) Or, contrairement à ce que l’opinion majoritaire s’imagine – encore une fois sous les effets de discours du post-sionisme (Sand en est une bonne illustration)-, c’est le fait que l’État d’Israël soit déjà l’État de «tous ses citoyens » qui a permis à ceux qui n’en veulent pas de le faire savoir violemment, à l’occasion de l’agression du Hamas, en mai 2021. Il faudra en tirer les conséquences : condamner les émeutiers – y compris juifs- à de lourdes peines, et rappeler les citoyens arabes récalcitrants à la nature du contrat social du sionisme démocratique : « Vivez en paix et dans la pleine égalité de droits avec vos concitoyens juifs, ou bien quittez le pays, choisissez entre les trois entités nationales palestiniennes qui existent déjà : la Jordanie, depuis 1922, la Bande de Gaza, depuis le coup d’État du Hamas, en 2007, ou la Cisjordanie de l’Autorité palestinienne, consacrée par les Accords d’Oslo, depuis 1993, parce qu’ici vous êtes dans un État à caractère juif. »  Le vote de la « Loi Israël, État nation du peuple juif », adoptée par la Knesset le 19 Juillet 2018 va justement dans ce sens. Elle consiste à rappeler trois principes fondamentaux, et de ce point de vue, elle ne fait que réitérer les grandes thèmes de la Déclaration d’indépendance de 1948, proclamée par David Ben Gourion : (1) Israël est la patrie historique du peuple juif, dans laquelle l’État d’Israël a été établi ;(2) L’État d’Israël est le foyer national du peuple juif dans lequel il satisfait son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination ; (3) Le droit à exercer l’auto-détermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif. D’aucuns – laminés par l’état d’esprit de l’antisionisme- pourraient m’objecter que c’est là un discours « raciste », et bien entendu « fasciste », mais je leur rappellerai une simple prémisse : l’État d’Israël a été fondé par le mouvement sioniste pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, sur un territoire où jamais aucun état palestinien n’a existé, et l’État d’Israël a offert la citoyenneté, avec parité de droits, à tous ses citoyens, depuis sa création. Nous savons, par ailleurs, que pour rien au monde, la majorité des citoyens israéliens arabes ne voudraient vivre sous domination palestinienne. Il est donc aberrant de construire toute une rhétorique, fondée sur la criminalisation de l’État juif, au prétexte qu’il procède du sionisme, puisqu’ainsi conçu il est en effet le fruit du sionisme, et qu’il a été conçu pour les Juifs, avec l’assentiment de la majorité des Nations Unies, par voie de droit. La guerre a été la conséquence du refus arabe, et depuis 1948, la conséquence du refus persistant des « Palestiniens », qui se sont fait une spécialité de violer le droit international. Mais si l’on considère que le caractère juif de l’État d’Israël constitue une discrimination des non-Juifs, c’est que l’on n’a pas l’intelligence élémentaire d’en comprendre la raison d’être. L’originalité et la grandeur de l’État d’Israël réside en effet dans ceci : tout en étant l’État édifié pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, ses lois fondamentales garantissent les droits individuels de tous ses citoyens, sans exception d’origine, de religion, de conviction, etc. C’est un État démocratique : la licence de la violence palestinienne aussi bien que la prospérité du discours post-sioniste en sont deux preuves éloquentes. Les troubles à l’ordre public sont les indices du refus de la loi d’Israël dans l’État d’Israël. Ce n’est pas tolérable. (…) Je crois pour ma part que la meilleure façon de combattre la judéophobie, quelle qu’elle soit, repose sur différentes formes d’enseignement et de processus éducatifs. Il faut commencer par l’enseignement de textes, ceux de la Bible hébraïque, qui ont enseigné au monde le principe de l’unité du genre humain, mais aussi l’égale dignité des êtres humains, et surtout l’idéal universaliste bien compris. L’ironie de l’histoire, c’est que les grands principes de la fonction critique qui sont forgés par l’hébraïsme sont instrumentalisés contre le peuple qui les porte ! (…) La République est un cadre vide si aucune transmission ne garantit la défense et l’inculcation philosophique, culturelle, et citoyenne de ses raisons d’être. Georges-Elia Sarfati
Ce que l’Allemagne nazie avait testé en Espagne en 1936, l’Iran vient de le tester à Gaza : expérimenter ses armes, mettre au point ses méthodes et sa tactique de guerre, autant qu’évaluer la riposte de son ennemi. Le grand allié du Hamas fonctionne à l’identique. L’Allemagne nazie avait aussi pris la mesure de la mollesse des démocraties à se mobiliser en faveur de la République espagnole. Malgré le décalage historique, malgré, les différences politiques, il reste une constante : les régimes totalitaires connaissent les couardises des démocraties, leur lenteur à comprendre l’enjeu pour elles-mêmes. Au conseil de sécurité de l’ONU, qualifier les termes du conflit, nommer l’agresseur a été impossible. À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Castex a prioritairement exprimé son souci pour les malheurs de Gaza. Des salves de roquettes tirées indistinctement sur Israël, il ne fit pas mention. Ici s’arrête la comparaison. À la différence de la République espagnole, Israël a non seulement su contenir son agresseur, il a aussi réussi à l’affaiblir durablement sans pour autant le détruire. Rien n’est donc réglé. Un autre ennemi bien plus redoutable fourbit ses armes qu’il espère définitives. La pluie de roquettes tirées indistinctement sur tout le territoire israélien témoignait d’un projet guerrier exterminateur : sans la protection du dôme de fer, il y aurait eu des milliers de victimes civiles en Israël. Ces attaques indistinctes du Hamas révèlent un modèle stratégique dont on peut tirer la leçon : l’Iran n’hésitera pas à utiliser l’arme nucléaire contre Israël, dès qu’il en aura la capacité. Le djihad nucléaire sera l’étape suivante de l’affrontement. Cette perspective ne procède en rien d’un souci quelconque pour la Palestine. Le sort du peuple palestinien est le dernier souci du pouvoir iranien et de ses créatures Hamas, Hezbollah et autre djihad islamique. Cette rente idéologique n’est que l’alibi de son projet. La vision apocalyptique iranienne obéit à un projet messianique que les ayatollahs au pouvoir n’ont jamais dissimulé : détruire cette enclave juive incrustée au cœur d’un espace tout entier supposé appartenir à la sphère de l’islam. Toutes les démocraties le savent, tous les dirigeants du monde occidental connaissent les données de l’enjeu. Ce qui vient de se dérouler à Gaza sert de test pour elles autant que pour le mentor du Hamas. Sont-elles prêtes à reconnaître que l’idéologie du Hamas est le variant islamisé d’un projet qui a sa source dans un nazisme oriental ? Sont-elles prêtes à l’affronter ? Ou bien estiment-elles au contraire que l’on peut négocier avec cette puissance et sacrifier Israël pour une paix illusoire ? En 1938, à Munich, la France et l’Angleterre estimèrent que sacrifier les Sudètes à l’Allemagne nazie allait sauver la paix. On connaît la suite et le mot de Churchill sur Daladier et Chamberlain : « Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre ». Les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien seront-elles de la même veine ? Ce conflit en annonce un autre qui ne saurait tarder entre Israël et un Iran nucléaire dont la Palestine est l’alibi. (…) Tandis qu’Israël protège sa population des roquettes du Hamas, à la fois par les abris et son système de défense anti-missiles, le Hamas se protège des frappes israéliennes en s’abritant derrière sa population civile pour tirer ses roquettes. Grace à un réseau de souterrains bétonné, le Hamas a enterré ses structures militaires au cœur des villes, au milieu des immeubles civils. Les millions de dollars de l’aide internationale récoltés depuis 2014 ont été utilisés pour bâtir ce « métro » abritant ses armes. (…) Au-delà de sa seule dimension locale, proche-orientale, la récurrence de cette affaire nous concerne, en Europe, en France particulièrement, parce que son écho déchaîne d’autres passions enfouies, nées d’un passé pas si lointain. Le poids de la Shoah d’une part, des culpabilités et d’autre part le poids des relations entre l’Occident et le monde arabo-musulman, entre la France et ses anciennes colonies surdéterminent le regard porté sur le conflit. C’est dans la trace de Vichy, de ses effets mémoriels, autant que dans le reflet de la guerre d’Algérie, de ce qu’elle implique des deux côtés de la Méditerranée, des affects nés de cette mémoire, de ses souffrances, qu’il faut fouiller pour se prémunir, ici, des guerres civiles à venir. Ce Proche-Orient par procuration nous oblige ici même. C’est peut-être en France, à Sarcelles, à Trappes, à Bondy, que pourraient s’imaginer d’autres constructions intellectuelles indispensables pour sortir de ces schizophrénies identitaires qui annoncent le pire. Pour le moment, nous en sommes très loin : ce sont des manifestations de fureur haineuse qui ont déferlé dans les rues de Londres, Montréal, New York, Paris. Cette ivresse répétée apparaît davantage relever d’une pathologie collective inscrite au cœur de l’imaginaire arabo-musulman. Ce ressentiment, cette frustration, vise aussi la France quand la pensée dite décoloniale perpétue ici une guerre d’Algérie jamais finie. Pourtant d’autres voix existent dans le monde arabo-musulman. En Algérie, le Hirak exprime un refus de cette fatalité. Ces voix sont minoritaires, mais elles osent dirent la vérité. Kamel Daoud, Riad Sattouf, Boualem Sansal osent briser cette pensée magique qui dit que son malheur vient d’Israël et des Juifs. « Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant pour les arabes », aimait rappeler judicieusement Hassan II, l’ancien roi du Maroc. Ce pré-pensé idéologique qui enferme le monde arabe dans la régression, la gauche l’a entretenu, en Occident, en France, en particulier. Cette gauche porte une lourde responsabilité dans l’entretien de ce récit, car c’est encore et toujours à travers la grille de lecture de la guerre d’Algérie que s’interprète le conflit israélo-arabe. Dans une surenchère aveugle, la gauche de la gauche fait sienne la rhétorique indigéniste et décoloniale. Jacques Julliard a parfaitement résumé les choses : « Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche ». Bien pire, la nazification d’Israël permet simultanément de délégitimer le droit d’Israël à être : en renversant les termes de l’histoire, en identifiant les Palestiniens comme les nouveaux Juifs et Israël comme le nouveau nazi, le gauchisme retrouve en Palestine une cause exemplaire. Ces banderoles affichant un signe = entre la svastika et l’étoile de David, resteront pour la gauche de la gauche, comme une obscénité symbolique majeure. Jacques Tarnero
Israël emprisonne des enfants – Mohammed Kleib 14 ans, condamné à 15 ans de prison pour jets de pierres présumés. En prison depuis 8 ans. Affiche parisienne (Résistance Palestine, mai 2021)
Mon passe-temps, c’est de jeter des pierres: dans une culture du conflit en Cisjordanie, les garçons se défendent comme ils peuvent. Titre du New York Times (2013)
It was Muhammad’s fourth arrest in three years for throwing stones at Israeli soldiers and settlers. His five brothers — three older and two younger — have all faced similar charges. Last year, three Abu Hashem boys, and their father, were in prison at the same time. “Children have hobbies, and my hobby is throwing stones,” Muhammad explained weeks before his most recent arrest. “A day with a confrontation is better than a free day.” (…) Youths hurling stones has long been the indelible icon — some call it a caricature — of Palestinian pushback against Israel: a recent United Nations report said 7,000 minors, some as young as 9, had been detained between 2002 and 2012. Here in Beit Ommar, a village of 17,000 between Bethlehem and Hebron that is surrounded by Jewish settlements, rock throwing is a rite of passage and an honored act of defiance. The futility of stones bouncing off armored vehicles matters little: confrontation is what counts. (…) Beit Ommar, a farm town with roots in the Roman era, is a hot spot because of its perch off Road 60, the main thoroughfare from Jerusalem south to the settlements of Gush Etzion, which the Palestinians say have taken up to one-third of the village’s original 13 square miles. The military, which since May has been joined by a company of border police to crack down, focuses on 11 prime stone-throwing points along the village’s mile-long stretch of the road. There are “the duo,” two houses teenagers hide between; “the stage,” a raised area; “the triangle,” an open field; and “the Molotov bend.” And then there is the 200-year-old cemetery that slopes up from the road just north of the village entrance. On Thursday, after the burial of a 63-year-old retired teacher, a teenager hurled a rock at a passing car with yellow Israeli plates: whack. Another teenager, two more stones: another direct hit. The settlers stopped their car, got out, and began shouting at the small crowd. Soon, there were soldiers, rifles raised and tear gas at the ready, who eventually hauled a Palestinian taxi driver into a waiting army jeep. Menuha Shvat, who has lived in a settlement near here since 1984, long ago lost count of the stones that have hit her car’s reinforced windows. “It’s crazy: I’m going to get pizza, and I’m driving through a war zone,” said Ms. Shvat, who knew a man and his 1-year-old son who died when their car flipped in 2011 after being pelted with stones on Road 60. “It’s a game that can kill.” For as long as anyone here can remember, the cemetery has been a field for that game. Residents said it was often surrounded by soldiers and filled with tear gas, though the military commander said he stations his troops across the road and instructs them to unleash riot-control measures only if violence erupts. (…) The youths, and their parents, say they are provoked by the situation: soldiers stationed at the village entrance, settlers tending trees beyond. They throw because there is little else to do in Beit Ommar — no pool or cinema, no music lessons after school, no part-time jobs other than peddling produce along the road. The New York Times
Les pierres tuent, mutilent, blessent et changent la vie des gens pour toujours. Des nourrissons israéliens ont été tués, des tout-petits grièvement blessés et des adultes ont également été tués, ont subi de graves blessures à la tête ou ont été hospitalisés pour des blessures plus légères, toutes dues à des lanceurs de pierres palestiniens. Mais l’histoire des victimes israéliennes n’est pas celle que le New York Times préfère raconter et n’est certainement pas celle que Jodi Rudoren, correspondante au Moyen-Orient, a choisi de raconter dans son dernier article en première page sur les lanceurs de pierres palestiniens, intitulé « Mon passe-temps est de lancer des pierres: Dans une culture de conflit en Cisjordanie, les garçons manient l’arme qui leur est la plus accessible. » Bien au contraire, c’était une histoire qui romançait et héroïsait les auteurs palestiniens. Ce sont eux – et non les Israéliens morts et blessés – qui sont présentés comme des victimes, « provoqués par la situation », contraints à ce type de passe-temps « futile », pour être ensuite arrêtés et incarcérés par de féroces et puissants soldats israéliens. Selon Rudoren, les jeunes Palestiniens « jettent [des pierres] parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire dans [leur village] – pas de piscine ni de cinéma, pas de cours de musique après l’école, pas d’emplois à temps partiel autres que le colportage de produits le long de la route ». Son article se concentre sur les excuses des auteurs, les justifications et la fierté de leurs actions, ainsi que les difficultés qu’ils endurent lorsqu’ils sont arrêtés pour leurs activités. (…) Ici, les jets de pierres sont glorifiés en tant que « repoussée contre Israël », un « rite de passage » et un « acte de défi honoré ». Ses résultats violents sont minimisés, blanchis à la chaux. Selon Rudoren, « la futilité des pierres qui rebondissent sur les véhicules blindés importe peu [aux lanceurs de pierres] : la confrontation est ce qui compte ». Mais les pierres ne se contentent pas de « rebondir inutilement sur les véhicules blindés ». Qu’en est-il de Yehuda Shoham, 5 mois, dont le crâne a été écrasé par des pierres lancées sur sa voiture et qui est mort après une lutte pour la vie de six jours en 2001 ? Qu’en est-il d’Adele Biton, 3 ans, qui a passé quatre mois dans l’unité de soins intensifs d’un hôpital à se battre pour sa vie et qui est maintenant confinée dans un hôpital de réadaptation, réapprenant à manger, à parler et à marcher après que des pierres palestiniennes ont heurté la voiture de sa mère en mars passé ? Qu’en est-il de Yonatan Palmer, 1 an, et de son père de 25 ans qui ont été tués en septembre 2011 lorsque leur voiture a été touchée lors d’une attaque à la pierre palestinienne ? Bien que les Palestiniens ne soient presque jamais reconnus coupables de meurtre pour avoir lancé des pierres sur des véhicules israéliens, l’agent de sécurité palestinien Walal al Araja a avoué et a été reconnu coupable des meurtres de Palmer, ainsi que d’une série de tentatives de meurtre similaires impliquant des jets de pierres. Dans le récit de Rudoren, cependant, il n’y a pas de place pour les histoires de nourrissons et de tout-petits malheureux qui sont la cible du « rite de passage » ou du « passe-temps » des Palestiniens, comme leurs auteurs qualifient leurs jets de pierres. L’article ne mentionne le meurtre des Palmer qu’en passant, sans nom, le relayant comme ouï-dire de victimes anonymes (…) En effet, ce bref commentaire est la seule mention d’enfants israéliens victimes des lanceurs de pierres palestiniens. Dans un article de près de 2000 mots, le New York Times ne trouve même pas la place de mentionner Yehuda Shoham ou Adele Biton, et encore moins de raconter leurs histoires. (…) Les photos et les légendes qui accompagnent l’article cachent également la violence et le danger du « passe-temps » palestinien et se concentrent plutôt sur le sport juvénile des Palestiniens et les mesures punitives sévères de la part des soldats israéliens. Tout le monde n’a pas une vision aussi bénigne des adolescents lanceurs de pierres et le traitement sévère des auteurs de telles attaques n’est pas critiqué partout. En 1986, un adolescent américain a été condamné à la prison à vie pour avoir lancé depuis un viaduc une pierre  qui a tué un enfant dans une voiture en contrebas. En 2010, deux adolescents de Caroline du Sud ont été inculpés de meurtre au premier degré après avoir tué une femme assise sur le siège avant d’une voiture avec une pierre lancée depuis un viaduc. Et, en 2002, même lorsque les jets de pierres n’ont fait aucun blessé, les adolescents ont été accusés de coups et blessures avec intention de tuer et d’atteinte malveillante à des biens personnels. (…) Yisrael Medad, sur son blog, « My Right Word », fournit un résumé documentant le nombre d’attaques de jets de pierres palestiniens de janvier à juin de cette année. En plus des 5 144 lapidations, il y a eu 611 attaques au cocktail molotov, 8 coups de feu et 3 coups de couteau. Mais les seules statistiques fournies par Rudoren concernent le nombre d’enfants palestiniens (lanceurs de pierres) incarcérés par Israël. C’est la seule partie de l’histoire que le New York Times veut raconter.  Camera

Condamné à 15 ans de prison pour jets de pierres présumés …

En ces temps de désinformation généralisée …

Où après l’assassinat politique du président Trump

Nos médias en sont à réécrire leurs articles passés

Et au lendemain d’une énième agression du Hamas contre les civils israéliens …

Qui profitant de la complaisance de la nouvelle administration américaine

Obsédée par sa nouvelle religion de  l’antiracisme anti-blanc et anti-occidental

Rien de  moins en fait qu’une véritable « blacklivesmatterisation » de ce conflit comme de tous les autres …

Avec la reprise, pour détricoter, en une sorte de troisième mandat Obama, l’avancée historique des Accords d’Abraham du Président Trump, du calamiteux accord nucléaire avec les génocidaires de Téhéran …

A vu comme d’habitude tant nos médias que nos responsables politiques

Dans des états par ailleurs incapables de protéger leur propre population ou même leurs forces de sécurité

Rivaliser, remettant une nouvelle pièce dans le jukebox antisémite, de désinformation et de remontrances aux autorités israéliennes pour réponse prétendument « disproportionnée » …

Fausses cartes, en une du New York Times, de la « Palestine » comprises…

Comme si une pluie de plus de 4 000 roquettes en 11 jours sur Paris ou New York …

Qui aurait fait 12 morts du côté parisien ou newyorkais …

Et peut-être de l’autre côté, une trentaine directement pour celles qui retombaient sur place …

Aurait pu se terminer autrement …

Sans compter les quelques 200 terroristes éliminés …

Que par la mort, certes regrettable et malheureuse, d’une dizaine de non-combattants utilisés par lesdits terroristes comme boucliers humains …

Retour sur une affiche placardée dans les rues de Paris et probablement de toute l’Ile de France et du reste du pays …

Où Israël n’est plus cette fois représenté comme un Etat tueur d’enfants …

Mais, pour de simples jets de pierres présumés, comme un Etat qui emprisonne les enfants …

Oubliant commodément au passage de préciser non seulement la taille desdites pierres …

Mais la réalité de leur lancement …

Quand on sait les dommages que celles-ci peuvent occasionner …

Lancées, en Israël comme aux Etats-unis ou en France, sur les pare-brises des véhicules passant sous un pont autoroutier …

Et surtout, dans le cas précis, la mort, deux ans plus tard, d’une petite fille alors âgée de 2 ans

Etrangement oubliée d’ailleurs, comme le rappelait alors le site de ré-information Camera

Par un article en une du New York Times de l’époque …

Chantant tranquillement les louanges de ladite pratique …

Sous le titre original quelque peu cavalier de « Mon passe-temps, c’est de jeter des pierres » …

Comme… « rite de passage » et « vénérable acte de défiance » !

The New York Times Romanticizes Palestinian Stone Throwers and Ignores Their Victims
Ricki Hollander
Camera
August 5, 2013

Stones kill, maim, wound and change people’s lives forever. Israeli infants have been slain, toddlers critically wounded and adults too have been killed, sustained severe head injuries or were hospitalized with lighter injuries, all due to Palestinian stone throwers.

But the story of Israeli victims is not the one the New York Times prefers to tell and is certainly not the one Middle East correspondent Jodi Rudoren chose to recount in her latest front page, above-fold article about Palestinian stone throwers, entitled “‘My Hobby Is Throwing Stones’: In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand.”

Quite the contrary, this was a story that romanticized and heroized the Palestinian perpetrators. It is they – not the Israeli dead and injured – who are presented as the victims, “provoked by the situation,” forced into this type of “futile” hobby, only to be arrested and incarcerated by fierce, powerful Israeli soldiers.

According to Rudoren, Palestinian youths “throw [stones] because there is little else to do in [their village] – no pool or cinema, no music lessons after school, no part-time jobs other than peddling produce along the road.”

Her article focuses on the perpetrators’ excuses, justifications for and pride in their actions, as well as the hardships they endure when arrested for their activities. For example:

Youths hurling stones has long been the indelible icon – some call it a caricature – of Palestinian pushback against Israel: a recent United Nations report said 7,000 minors, some as young as 9, had been detained between 2002 and 2012.

Here, stone throwing is glorified as “pushback against Israel,”  a “rite of passage,” and an  “honored act of defiance.” Its violent results are played down, whitewashed. According to Rudoren, “The futility of stones bouncing off armored vehicles matters little [to the stone throwers]: confrontation is what counts.”

But stones do not merely “bounce off armored vehicles” futilely. What about 5-month old Yehuda Shoham whose skull was crushed by stones hurled at his car and who died after a six day struggle for life in 2001?

What about 3-year-old Adele Biton who spent four months in the intensive care unit of a hospital fighting for her life and is now confined at a rehabilitation hospital, relearning how to eat, talk and walk after Palestinian rocks struck her mother’s car this past March?

What about 1-year-old Yonatan Palmer and his 25-year old father who were killed in September 2011 when their car was struck in a Palestinian stone attack? Although Palestinians are almost never convicted of murder for hurling stones at Israeli vehicles, Palestinian security officer Walal al Araja, confessed to and was convicted of the Palmer murders, as well as a series of similar attempted murders involving stone throwing.

In Rudoren’s telling, however, there is no place for the stories of the unfortunate infants and toddlers who are targets of the Palestinians’ “rite of passage” or “hobby,” as the perpetrators view their stone throwing. The article mentions the murder of the Palmers only in passing, without names, relaying it as hearsay about anonymous victims:

“…I’m driving through a war zone,” said Ms. Shvat, who knew a man and his 1-year-old son who died when their car flipped in 2011 after being pelted with stones on Road 60.

Indeed, this brief comment is the only mention of Israeli children who have fallen victim to Palestinian stone-throwers. In a nearly 2000-word article, The New York Times can find no room to even mention Yehuda Shoham or Adele Biton, let alone tell their stories.

And while Israeli children’s funerals and hardship find no place in Rudoren’s article, the funeral of a Palestinian 2-year-old is presented as the event “that led to [Muhammed Abu Hashem’s] most recent arrest,” Abu Hashem being a 17-year-old Palestinian who is the main protagonist of the article, with some 20 paragraphs devoted to his story of self-justification and arrest.

Other elements of the picture are similarly missing. For example, Rudoren describes “Beit Ommar,” the town from which Abu Hashem and other Palestinian stone throwers she interviews are from as “a farm town with roots in the Roman era” that has become

a hot spot because of its perch off Road 60, the main thoroughfare from Jerusalem south to the settlements of Gush Etzion which the Palestinians say have taken up to one-third of the village’s original 13 square miles.

Beit Ummar is actually believed to be the site of the biblical town of Maarath, in the country of Judah, between Gedor and Beth-anoth (Joshua, 15:59).  Of course, the mention of biblical roots may suggest a Jewish history in a place where Rudoren is trying to convey a sense of encroachment by settlements. Accordingly, those “roots” are ignored as she fast-forwards to the village’s supposed roots “in the Roman era.”

Likewise, Rudoren conceals the fact that a red flag with a swastika, reminiscent of the Nazis and their plan to annihilate the Jewish people, was flown in Beit Omar just a couple of months ago. That might evoke the impression of anti-Semitic villagers and undermine the notion that stone throwing is merely a child’s sport or “hobby.”

Flag in Beit Omar flying flag adorned with a swastika. Photo: Shneior Nachum Sochat/ Tazpit News Agency. (From The Algemeiner)

 

The photos and captions that accompany the article, too, hide the violence and danger of the Palestinian “hobby” and focus instead on youthful sport on the part of Palestinians and harsh punitive measures on the part of Israeli soldiers.

1) First photograph: A large colored photo of a boy clutching a stone.

A smaller photo beneath it shows Palestinians teenagers lined up in the act of pitching.

The caption on the two photographs:
 Ready for a target. Below, Palestinian boys in Beit Ommar play Arabs and Army, re-enacting clashes with Israeli soldiers.

2) Third photograph:  A large colored photo of a teenager dressed in a black undershirt and jeans is shown being held by two armed Israeli soldiers.

Fourth photograph: A  large colored photo of a family with children citing on a sofa.

The caption on these photographs:

Recent Arrests in the Abu Hashem Family
The arrest of Ahmad Abu Hashem and his son Muhammad on July 8 was almost routine for a family in which few months have passed recently without at least one member behind bars. Mr. Abu Hashem, an activist in Beit Ommar, and all six of his sons have served time for throwing stones at Israeli soldiers and settlers.

Not everyone takes such a benign view of rock throwing teenagers and not everywhere is the harsh treatment of the perpetrators of such attacks criticized.

In 1986, a U.S. teenager was sentenced to life in prison for throwing a stone from an overpass that killed a toddler in a car below.  In 2010, two South Carolina teenagers were indicted on first degree murder charges after killing a woman sitting in the front seat of a car with a stone hurled from an overpass.  And, in 2002, even when stone throwing resulted in no injuries, the teenaged perpetrators were charged with assault and battery with intent to kill and malicious injury to personal property. As the Sheriff’s Department explained, throwing rocks “is not a prank. This is extremely dangerous. You could kill somebody doing this.”

Yisrael Medad, on his blog, “My Right Word,”  provides a summary documenting the number of Palestinian stone throwing attacks from January-June of this year. In addition to 5,144 stonings, there were 611 molotov cocktail attacks, 8 shootings and 3 stabbings.  But the only statistics provided by Rudoren pertain to the number of Palestinian children (stone throwers) incarcerated by Israel. That  is the only part of the story The New York Times wants to tell.

Last year, CAMERA criticized The New York Times for featuring two separate, front-page stories about Israeli teenagers who had beaten (but not killed) an Arab teenager, but never publishing a front-page story about deadly attacks by Arab teenagers against Jews.

And while the newspaper has now published a front-page article about Arab teenagers who throw stones, the story is completely reframed to remove Israeli victims,  romanticize the Palestinian perpetrators and implicitly criticize their arrests by Israeli police.

The stories last year about the criminal activities of Jewish teenagers focused on the general decline of morals among Israeli youth. The story about the Arab teenagers focuses on their self-declared heroism and victimhood. The disparate coverage provides yet another example of the type of misleading and biased reporting readers have come to expect from The New York Times.

Voir également:

The Death of Adele Biton and The New York Times’ Justification of Lopsided Reporting
Ricki Hollander
Camera
February 20, 2015

In March 2013, three-year-old Adele Biton was travelling with her two sisters in a car driven by their mother, when a Palestinian rock-throwing attack caused the car to slam into a truck ahead. Two of the girls suffered moderate wounds, while Adele was left in critical condition with serious neurological injuries. She underwent extensive treatment in acute and rehabilitation care facilities, but never fully recovered.

Nearly two years later, on Feb. 17, 2015, the pre-schooler died as a result of complications of pneumonia. Her mother told the Israeli newspaperYediot Aharonotthat there was no doubt that Adele’s illness was part of the progression of her neurological injuries “that complicated her ability to cope with medical issues.”

The following day, Voice of Israel’s Josh Hasten interviewed New York Times Jerusalem bureau chief Jodi Rudoren. Asked what she knew about Adele, Rudoren responded:

In any society, I suppose, and certainly here, there are certain individual cases among the victims who become somewhat iconic and I think Adele was one of those. She was two years old, critically injured, spent more than a year, maybe a year and a half, in rehab. Many, many articles were written about her. Her parents, her family, captured Israeli attention, so I was aware of that. Obviously, a two-year-old girl critically injured in the conflict is heart-tugging for any observer and because of that, she had become somewhat iconic. That’s why we wrote a brief item about her death.

But it was not until after Adele had succumbed to her illness that Jodi Rudoren referred to Adele and the stone throwing attack that had maimed her. The reporter wrote about Adele’s death in a 169-word “world briefing” that appeared only in the newspaper’s online edition.

Indeed, in a more than 1900-word feature article about Palestinian stone throwers that was published both online (“In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand“) and prominently on the front page of the print edition (“My Hobby is Throwing Stones,” Aug. 5, 2013), Jodi found no room to mention the attack that had critically injured Adele. Nor did she mention an earlier stone throwing attack that had crushed the skull of 5-year-old Yehuda Shoham, an only child. And her only mention of a similar attack that resulted in the deaths of a young father and his infant son, Asher and Yonatan Palmer, was in passing, presented as hearsay about unnamed victims.

Instead the reporter devoted her feature piece to Palestinian stone throwers’ justifications for, and expressions of pride in, their actions, as well as their hardship in being arrested by Israeli police for these activities. At the time, CAMERA posted a sharp media critique about the article, entitled “The New York Times Romanticizes Palestinian Stone Throwers and Ignores Their Victims.” In it, Rudoren was criticized for explaining the stone throwing by Palestinians as “pushback against Israel,” a “rite of passage,” and an “honored act of defiance” while downplaying the impact of this Palestinian “hobby” on its Israeli victims. The critique pointed out that while the reporter emphasized “the futility of stones bouncing off armored vehicles,” and interviewed one Israeli who had been frightened but uninjured by stone-throwing attacks, she provided almost no information about the deadlier and more injurious results of such attacks.

In the Voice of Israel interview, host Josh Hasten brought up CAMERA’s criticism of Rudoren’s feature. The reporter defended and justified her treatment of the subject matter, dismissing her critics out of hand. According to Rudoren, CAMERA was “not criticizing or scrutinizing or reviewing coverage based on any journalistic values. They’re doing it based on a scorecard of what they think makes their side look good or bad. It’s not based on the kind of building blocks of mainstream journalism that is where our coverage comes from and that most of our vast global readership needs from us.”

But it should be obvious to anyone who claims to understand the “building blocks of journalism” that to downplay and give such short shrift to the catastrophic and sometimes fatal results of stone-throwing is to deprive readers of the context necessary to understand the conflict. Neither Rudoren nor The New York Times provided readers with a parallel feature story about the impact of Palestinian stone throwing on their Israeli victims. So what Rudoren left readers with — what she apparently felt they “needed” — was a one-sided piece about Palestinian victims “provoked by the situation,” and forced into a “futile” hobby (of throwing stones), only to be arrested and incarcerated by fierce Israeli soldiers.

Rudoren’s justification for this lopsided reporting was to claim she was on a “journalistic mission” whose agenda was “to unpack the caricature of Palestinian stone-throwers.” To that end, she asserted, the story “really wasn’t about their victims.”
“Not every story looks at everybody in equal depth because that’s just not how journalism works and it doesn’t need to be that way,” Rudoren declared. But how can a journalist tell the story about stone throwing without thoroughly exploring the consequences? Without any comparative story about the Israeli victims, those victims remained voiceless, their side of the story left untold. Even while she acknowledged that “it was important to make sure that it was clear that people did get killed and that there were victims,” Rudoren justified the virtual absence of this information from her article, apparently deeming her fleeting hearsay reference to two anonymous fatalities sufficient.

As to the article’s misleading implication that the “situation” that provokes Palestinian stone-throwers is one of Israel’s making, Rudoren ignored the fact that hate rhetoric and incitement against Israelis is also a significant factor in encouraging the stone throwers. Nowhere in the article does she even hint at the atmosphere of incitement by Palestinian leaders to attack Israelis by any means.

This type of reporting is characteristic of Rudoren’s “journalistic values.” She routinely conceals relevant information, selectively quotes or cites those whose perspective she agrees with, while downplaying, ignoring or misrepresenting the viewpoints of those with whom she disagrees. In news articles, she tends to cast aspersions on or use pejoratives to discredit those with whom she disagrees. (See, for example, “A Guide to NYT Advocacy Journalism: Focus on Jodi Rudoren.”) And she uses these same tactics in dealing with legitimate criticism of her reporting. Instead of directly addressing the specific complaints about her reporting, she dismisses her critics with wholesale contempt. Those cri
ticizing her articles, she argues, are just checking off a list “of who’s winning the story.” Here, too, Rudoren misrepresents. What CAMERA and many critics of The New York Times demand is that both sides’ perspectives be given voice — something the Society of Professional Journalists urges, but which Rudoren is apparently unwilling to do.

The Society of Professional Journalist’s code of ethics calls on journalists, among other things, to recognize their own cultural values and avoid imposing them on readers, to distinguish between advocacy and news reporting, and to give voice to the voiceless. In addition, it urges journalists to be accountable to their readers, clarify and explain news coverage, invite dialogue and encourage readers to voice their grievances about news reporting.

Many prominent and respected journalists adhere to this code, even when criticized. And they are better journalists for it. But as long as Rudoren continues to wear blinders, block her ears, and insist that it is not necessary to explore both sides of a conflict in equal depth, non-partisan readers who want to genuinely learn about the situation fully and fairly should continue to avoid the New York Times and its partisan Jerusalem bureau chief.

Voir de même:

In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand

The rooftop of the home of Bilal Ayad Awad, 17, was decorated with flags for his release in June after 16 months in prison.

Credit…Rina Castelnuovo for The New York TimesJodi Rudoren
The New York Times
Aug. 4, 2013

BEIT OMMAR, West Bank — Muhammad Abu Hashem, 17, was sleeping in a sleeveless undershirt when the Israeli soldiers stormed into his home here at 4 a.m. on the second Monday in July. As they led him away moments later, Muhammad’s mother rushed after with a long-sleeved shirt: they both knew it would be cold in the interrogation room.

It was Muhammad’s fourth arrest in three years for throwing stones at Israeli soldiers and settlers. His five brothers — three older and two younger — have all faced similar charges. Last year, three Abu Hashem boys, and their father, were in prison at the same time.

“Children have hobbies, and my hobby is throwing stones,” Muhammad explained weeks before his most recent arrest. “A day with a confrontation is better than a free day.”

As Israeli and Palestinian negotiators resumed peace talks last week in Washington, the stone throwers of Beit Ommar are a reminder of the abiding tensions that animate relations between the two peoples that would populate the imagined two states living side by side.

Youths hurling stones has long been the indelible icon — some call it a caricature — of Palestinian pushback against Israel: a recent United Nations report said 7,000 minors, some as young as 9, had been detained between 2002 and 2012. Here in Beit Ommar, a village of 17,000 between Bethlehem and Hebron that is surrounded by Jewish settlements, rock throwing is a rite of passage and an honored act of defiance. The futility of stones bouncing off armored vehicles matters little: confrontation is what counts.

When they are not actually throwing stones, the children here play Arabs and Army, re-enacting the clashes and arrests. And when 17-year-old Bilal Ayad Awad was released in June after 16 months in prison, he was welcomed like a war hero with flags and fireworks, women in wedding finery lining the streets to cheer his motorcade.

Image
Credit…The New York Times

The Israeli Army commander in the area counts 5 to 15 stone-throwing incidents per week, and the July 8 arrest of Muhammad and his father, Ahmad, brought to 45 the number of Beit Ommar residents taken into custody since the beginning of 2013, 35 of them ages 13 to 19. A teacher at the local high school said 20 boys missed class while in prison last year. A few, including Muhammad, were out more than 60 days, forcing them to repeat a grade.

“Here, it is as if the intifada never stopped,” said Musa Abu Hashhash, a field worker for the Israeli human rights group B’tselem.

Beit Ommar, a farm town with roots in the Roman era, is a hot spot because of its perch off Road 60, the main thoroughfare from Jerusalem south to the settlements of Gush Etzion, which the Palestinians say have taken up to one-third of the village’s original 13 square miles.

The military, which since May has been joined by a company of border police to crack down, focuses on 11 prime stone-throwing points along the village’s mile-long stretch of the road. There are “the duo,” two houses teenagers hide between; “the stage,” a raised area; “the triangle,” an open field; and “the Molotov bend.” And then there is the 200-year-old cemetery that slopes up from the road just north of the village entrance.

On Thursday, after the burial of a 63-year-old retired teacher, a teenager hurled a rock at a passing car with yellow Israeli plates: whack. Another teenager, two more stones: another direct hit.

The settlers stopped their car, got out, and began shouting at the small crowd. Soon, there were soldiers, rifles raised and tear gas at the ready, who eventually hauled a Palestinian taxi driver into a waiting army jeep.

Menuha Shvat, who has lived in a settlement near here since 1984, long ago lost count of the stones that have hit her car’s reinforced windows. “It’s crazy: I’m going to get pizza, and I’m driving through a war zone,” said Ms. Shvat, who knew a man and his 1-year-old son who died when their car flipped in 2011 after being pelted with stones on Road 60. “It’s a game that can kill.”

For as long as anyone here can remember, the cemetery has been a field for that game. Residents said it was often surrounded by soldiers and filled with tear gas, though the military commander said he stations his troops across the road and instructs them to unleash riot-control measures only if violence erupts.

Muhammad sees it as his Islamic duty to help bury the dead, and he has his own funeral-preparation ritual. He pulls on boots. He sprays his hands with perfume to counteract the gas. He grabs a face mask, to protect his identity, and his muqlaa — a homemade slingshot.

It was the June funeral of a 2-year-old girl accidentally crushed by a relative’s bulldozer that led to his most recent arrest. “They were shooting gas, and I was with my mother in the car while the soldiers’ jeep was entering the town,” Muhammad admitted to a police officer after the arrest. “So I got out and threw stones at them.”

Musa Awad, a teacher at Beit Ommar’s high school, said that eight generations of his family are buried in the cemetery, but that he is one of many village residents who have stopped following funeral processions there because of the inevitable clashes. Two years ago, Mr. Awad said, he and his brothers offered to donate a patch of land for a new cemetery, far from the main road, but the Islamic authorities declined.

Mr. Awad, like many here, views the stone throwers with a mixture of pride at confronting Israel and fear for their safety. “Nobody dares to criticize them and say, ‘Why are you doing this?”

The youths, and their parents, say they are provoked by the situation: soldiers stationed at the village entrance, settlers tending trees beyond. They throw because there is little else to do in Beit Ommar — no pool or cinema, no music lessons after school, no part-time jobs other than peddling produce along the road. They do it because their brothers and fathers did.

Nasri Sabarna, an English professor who was Beit Ommar’s mayor for much of the past five years, remembers his first arrest vividly, despite the passage of four decades.

He was 14. Israeli soldiers had installed a plaque on his school saying it had been built under their supervision. He took the coins his mother had given him for food and bought black spray paint to cover the Hebrew letters.

A Rite of Passage, an Act of Defiance

Rina Castelnuovo for The New York Times

“When I saw their language, it is not easy to stay and do nothing,” Mr. Sabarna recalled. “When they came on the second day, we have nothing except stones. You revenge for yourself.”

Of Mr. Sabarna’s eight children, only Ahmad, a 21-year-old engineering student, has been arrested: he is serving a six-month sentence that started in May, his fourth prison stay. When the youngest boy, Abdullah, started skipping school and throwing stones at age 7, after a night raid on the family home, his parents took him to see a psychiatrist to work out the anger.

“I want him to go to school, to study and to look for his future, but they are pushing us in the corner,” Mr. Sabarna said, referring to the Israelis.

Now 10, Abdullah uses binoculars a relative bought him for bird watching to monitor military movement. “I feel happy when I throw stones on the soldiers,” he said. “They occupy us.”

One Friday in July, two soldiers stood sentry on a hilltop several hundred yards inside the village. Five border police officers were stationed under an olive tree near the wholesale fruit market. More soldiers were on nearby rooftops, army jeeps in the middle of a road.

Three young men with slingshots crouched between trees, sending a little brother out to scout. They whipped the woven-string contraptions over their shoulders one, two, three, four times, then the stones disappeared in the distance. Two stones, five, seven. The boy reported that soldiers were coming closer. The young men retreated to a lower ridge.

Two soldiers with riot helmets and rifles appeared on a rock wall a few feet from where the stone throwers had been. Too late.

Three people from Beit Ommar were arrested in the wee hours of the following Sunday. That night, Muhammad Abu Hashem slept, while his father and younger siblings sat a vigil on worn couches on their roof.

The patriarch, Ahmad Abu Hashem, is an activist who videotapes arrests and clashes for the Center for Freedom and Justice, an advocacy group. His cellphone rang at 3:45 a.m.: 13 jeeps were entering the village. He was heading out to follow them when the alley filled with shouts of “Soldiers, soldiers!” They were coming for him — and his son.

It had been only a few weeks before when a gaggle of neighborhood children were scurrying around the same alley playing Arabs and Army.

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Muhammad Abu Hashem participates in a role-playing game constructed around being arrested for throwing stones.CreditCredit…Rina Castelnuovo

Boys wearing fatigues and toting toy guns kicked on the front door and Mr. Abu Hashem opened it, smiling. While one of the “soldiers” checked his green ID card, another imitated a defensive military maneuver to secure the house. “It is a wrong ID,” a boy said in a mixture of Arabic and Hebrew. “Where is Muhammad Abu Hashem?”

Muhammad appeared at the doorway, and was blindfolded with a black sweatshirt. “Come with us,” the soldier-boy ordered. “You are under arrest.” Girls’ screams of mock horror were punctuated with giggles as Muhammad vanished into the midnight darkness.

“You are lucky if you meet Muhammad here next week,” his father said. “He can be arrested for real any moment.”

That was what Muhammad told the girl he talks to daily by telephone and sneaks glances at on evening ambles through the village: “ ‘Be careful, I am maybe one month outside and 10 months in prison.’ She said, ‘O.K., I am waiting for you.’ ” He did not tell the girl, in June, when his left leg was sprayed with five rubber-bullet fragments as his stones smacked an army jeep carting away a beloved cousin.

Muhammad captures the contradictions of growing up here. He was tickled at the first salon-slicking of his short hair for a relative’s recent wedding. But he shunned a snack of popcorn outside: prison food.

He recently sneaked into a settlement before dawn to steal apricots he finds especially delicious because they grow on land he sees as stolen from his people. One of his hobbies is rescuing abandoned bird eggs and nurturing them in cages warmed by light bulbs until they hatch.

“When they fly,” he said, “it’s like a person in prison, and he will take his freedom.”

Muhammad’s first arrest was in October 2010: his family paid a fine of about $1,400. He was jailed from April to June of 2012, then returned to prison that September for another seven months. Graffiti welcoming him back remained on the outer wall of the family home as a dozen soldiers arrived July 8.

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Excerpts from Muhammad Abu Hashem’s interrogation by the Israeli police along with photos of his arrest.

Two soldiers crouched in the driveway and 10 crowded the living room. Muhammad crammed on a couch with his two younger brothers and a cousin while the soldiers examined his father’s identification. Then they asked for his.

The whole operation took eight minutes. The jeeps had not left the alley when it erupted in stones.

Defense for Children International, an advocacy group that last year documented 360 cases of arrested Palestinian youths, found that many were blindfolded, beaten and threatened during interrogations. Most confessed, and 90 percent received jail sentences in Israel’s military system, according to the report, compared with 6.5 percent of arrested Israeli children, who are prosecuted in a civil system.

When Muhammad and his father appeared for their first hearing, they raised their wrists — handcuffed together — in something of a salute. The teenager’s face was a mixture of triumph and terror: he could face up to 10 months after a trial scheduled to start Aug. 18.

Their lawyer, Nery Ramati, soon discovered that Muhammad had already admitted throwing a stone during the girl’s funeral.

“I have nothing to do for him now,” Mr. Ramati sighed.

Voir de plus:

Letters

The New York Times
Aug. 5, 2013

To the Editor:

Re “ ‘My Hobby Is Throwing Stones’: In a West Bank Culture of Conflict, Boys Wield the Weapon at Hand” (front page, Aug. 5):

Stones are a lethal weapon, and stone throwers engage in what can be premeditated murder.

My perspective is that of a social worker who worked for 20 years with youths with violent tendencies.

What violent youths seek, more than anything else, are people who will reinforce their tendency to violence.

This article will be posted in Palestinian youth clubs as a badge of encouragement for Palestinian youths and as an incentive to continue their efforts to murder people on the roads. That is a tragedy.

I cannot fathom how and why The New York Times can describe the stoning of people on the roads as a “rite of passage.”

DAVID BEDEIN
Jerusalem, Aug. 5, 2013

The writer is director of the Israel Resource News Agency.

To the Editor:

Having personally been the uniformed target, during the first intifada, of Molotov cocktails and many, many stones, one of which produced a lifetime annuity for my dentist, I know that these clashes are hardly a game for either side.

As peace talks resume, reversing the poisonous effects of the “culture of conflict” is as important as any land compromises in achieving lasting peace.

DANIEL WOLF
Teaneck, N.J., Aug. 5, 2013

To the Editor:

Thank you for the excellent reporting and photography.

As someone who escaped the Holocaust as a child and who saw the conditions in the Palestinian territories more than 20 years ago, I think that it’s way past time to let American Jews especially know what is really going on there.

YVONNE BYRON
Oakland, Calif., Aug. 5, 2013

Voir encore:

Life sentence answers tears over I-75 death

The Associated press
March 31, 1999

An 18-year-old has been arrested and charged with second-degree murder in the death of a driver who was killed on Sunday by a rock that had been tossed from an overpass on Interstate 75 west of Tampa.

The teen-ager Juan G. Cardenas, was arrested on Monday by Highway Patrol officers after they received a tip from someone who told of overhearing him talk about the incident.

The driver, Julie Catherine Laible, 32, was hit in the head by the rock, about the size of a bowling ball, after it smashed the windshield of her Honda Civic, the authorities said.

Voir par ailleurs:

La guerre des dix jours
Jacques Tarnero
La Revue des deux mondes
Mai 26, 2021

Ce que l’Allemagne nazie avait testé en Espagne en 1936, l’Iran vient de le tester à Gaza : expérimenter ses armes, mettre au point ses méthodes et sa tactique de guerre, autant qu’évaluer la riposte de son ennemi. Le grand allié du Hamas fonctionne à l’identique. L’Allemagne nazie avait aussi pris la mesure de la mollesse des démocraties à se mobiliser en faveur de la République espagnole. Malgré le décalage historique, malgré, les différences politiques, il reste une constante : les régimes totalitaires connaissent les couardises des démocraties, leur lenteur à comprendre l’enjeu pour elles-mêmes. Au conseil de sécurité de l’ONU, qualifier les termes du conflit, nommer l’agresseur a été impossible. À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Castex a prioritairement exprimé son souci pour les malheurs de Gaza. Des salves de roquettes tirées indistinctement sur Israël, il ne fit pas mention.
Ici s’arrête la comparaison.

À la différence de la République espagnole, Israël a non seulement su contenir son agresseur, il a aussi réussi à l’affaiblir durablement sans pour autant le détruire. Rien n’est donc réglé. Un autre ennemi bien plus redoutable fourbit ses armes qu’il espère définitives. La pluie de roquettes tirées indistinctement sur tout le territoire israélien témoignait d’un projet guerrier exterminateur : sans la protection du dôme de fer, il y aurait eu des milliers de victimes civiles en Israël. Ces attaques indistinctes du Hamas révèlent un modèle stratégique dont on peut tirer la leçon : l’Iran n’hésitera pas à utiliser l’arme nucléaire contre Israël, dès qu’il en aura la capacité. Le djihad nucléaire sera l’étape suivante de l’affrontement.

Cette perspective ne procède en rien d’un souci quelconque pour la Palestine. Le sort du peuple palestinien est le dernier souci du pouvoir iranien et de ses créatures Hamas, Hezbollah et autre djihad islamique. Cette rente idéologique n’est que l’alibi de son projet. La vision apocalyptique iranienne obéit à un projet messianique que les ayatollahs au pouvoir n’ont jamais dissimulé : détruire cette enclave juive incrustée au cœur d’un espace tout entier supposé appartenir à la sphère de l’islam.

« Ce conflit en annonce un autre qui ne saurait tarder entre Israël et un Iran nucléaire dont la Palestine est l’alibi. »

Toutes les démocraties le savent, tous les dirigeants du monde occidental connaissent les données de l’enjeu. Ce qui vient de se dérouler à Gaza sert de test pour elles autant que pour le mentor du Hamas. Sont-elles prêtes à reconnaître que l’idéologie du Hamas est le variant islamisé d’un projet qui a sa source dans un nazisme oriental ? Sont-elles prêtes à l’affronter ? Ou bien estiment-elles au contraire que l’on peut négocier avec cette puissance et sacrifier Israël pour une paix illusoire ? En 1938, à Munich, la France et l’Angleterre estimèrent que sacrifier les Sudètes à l’Allemagne nazie allait sauver la paix. On connaît la suite et le mot de Churchill sur Daladier et Chamberlain : « Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre ». Les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien seront-elles de la même veine ? Ce conflit en annonce un autre qui ne saurait tarder entre Israël et un Iran nucléaire dont la Palestine est l’alibi.

Après dix jours d’intenses combats entre le Hamas et Israël, un cessez-le-feu a été imposé aux belligérants. Deux cent quarante-huit tués côté palestinien dont soixante-six enfants, dix-neuf morts dont un enfant, côté israélien. Comment interpréter ces chiffres si différents ? Tandis qu’Israël protège sa population des roquettes du Hamas, à la fois par les abris et son système de défense anti-missiles, le Hamas se protège des frappes israéliennes en s’abritant derrière sa population civile pour tirer ses roquettes. Grace à un réseau de souterrains bétonné, le Hamas a enterré ses structures militaires au cœur des villes, au milieu des immeubles civils. Les millions de dollars de l’aide internationale récoltés depuis 2014 ont été utilisés pour bâtir ce « métro » abritant ses armes.

Cet affrontement entre un mouvement islamiste et l’État juif ajoute un nouveau chapitre sanglant à l’histoire déjà longue de cette guerre de cent ans ou de mille ans selon qu’on lise cette histoire dans le registre de la rivalité entre Ismaël et Isaac ou dans celle de l’histoire du siècle dernier et de celui qui commence. Au-delà de sa seule dimension locale, proche-orientale, la récurrence de cette affaire nous concerne, en Europe, en France particulièrement, parce que son écho déchaîne d’autres passions enfouies, nées d’un passé pas si lointain. Le poids de la Shoah d’une part, des culpabilités et d’autre part le poids des relations entre l’Occident et le monde arabo-musulman, entre la France et ses anciennes colonies surdéterminent le regard porté sur le conflit. C’est dans la trace de Vichy, de ses effets mémoriels, autant que dans le reflet de la guerre d’Algérie, de ce qu’elle implique des deux côtés de la Méditerranée, des affects nés de cette mémoire, de ses souffrances, qu’il faut fouiller pour se prémunir, ici, des guerres civiles à venir.

« La nazification d’Israël permet simultanément de délégitimer le droit d’Israël à être : en renversant les termes de l’histoire, en identifiant les Palestiniens comme les nouveaux Juifs et Israël comme le nouveau nazi, le gauchisme retrouve en Palestine une cause exemplaire. »

Ce Proche-Orient par procuration nous oblige ici même. C’est peut-être en France, à Sarcelles, à Trappes, à Bondy, que pourraient s’imaginer d’autres constructions intellectuelles indispensables pour sortir de ces schizophrénies identitaires qui annoncent le pire. Pour le moment, nous en sommes très loin : ce sont des manifestations de fureur haineuse qui ont déferlé dans les rues de Londres, Montréal, New York, Paris. Cette ivresse répétée apparaît davantage relever d’une pathologie collective inscrite au cœur de l’imaginaire arabo-musulman. Ce ressentiment, cette frustration, vise aussi la France quand la pensée dite décoloniale perpétue ici une guerre d’Algérie jamais finie.

Pourtant d’autres voix existent dans le monde arabo-musulman. En Algérie, le Hirak exprime un refus de cette fatalité. Ces voix sont minoritaires, mais elles osent dirent la vérité. Kamel Daoud, Riad Sattouf, Boualem Sansal osent briser cette pensée magique qui dit que son malheur vient d’Israël et des Juifs. « Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant pour les arabes », aimait rappeler judicieusement Hassan II, l’ancien roi du Maroc.

Ce pré-pensé idéologique qui enferme le monde arabe dans la régression, la gauche l’a entretenu, en Occident, en France, en particulier. Cette gauche porte une lourde responsabilité dans l’entretien de ce récit, car c’est encore et toujours à travers la grille de lecture de la guerre d’Algérie que s’interprète le conflit israélo-arabe. Dans une surenchère aveugle, la gauche de la gauche fait sienne la rhétorique indigéniste et décoloniale. Jacques Julliard a parfaitement résumé les choses : « Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche ». Bien pire, la nazification d’Israël permet simultanément de délégitimer le droit d’Israël à être : en renversant les termes de l’histoire, en identifiant les Palestiniens comme les nouveaux Juifs et Israël comme le nouveau nazi, le gauchisme retrouve en Palestine une cause exemplaire. Ces banderoles affichant un signe = entre la svastika et l’étoile de David, resteront pour la gauche de la gauche, comme une obscénité symbolique majeure.

« Depuis plus de vingt ans, la Palestine est sortie de ses frontières au profit du choix de la guerre sainte et du djihad dont se nourrit l’imaginaire arabe. Si ces fantasmes mortifères prennent le pas sur la raison, la guerre des dix jours durera encore mille ans. »

Le pouvoir israélien a ses responsabilités dans l’illusion d’un statu quo dont les effets n’annoncent rien de bon pour l’avenir ; mais ça n’est pas de la politique du gouvernement israélien dont il est question dans ce qui vient de se produire et les cris de victoire du Hamas annonçant sa victoire à venir du fleuve à la mer reprennent tous les slogans matriciels de la rhétorique arabe contre l’entité sioniste. Dans un entretien à Politique Internationale, l’été 1982, Ben Bella, ancien premier président de l’Algérie, signifiait l’importance symbolique de ce conflit pour le monde arabe : « Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c’est être, or nous ne pouvons être que si l’autre n’est pas » et il précisait : « S’il n’y a pas d’autre solution, alors que cette guerre nucléaire ait lieu et qu’on en finisse une fois pour toutes ! »

Depuis la visite de Sadate en 1977, et assassiné pour cela en 1981, c’est toujours le pire qui a eu le dernier mot. Dans un symétrique effrayant, Yitzhak Rabin a aussi été assassiné par un fanatique juif et avec lui, le rêve de la paix d’Oslo. N’était-elle qu’une illusion ?

Le malheur palestinien est réel et il n’y a dans ces mots aucun misérabilisme compassionnel artificiel, mais il faut se poser une autre question : que préfèrent les Palestiniens ? Quel est leur désir majeur : détruire Israël ou avoir un État ? Depuis plus de vingt ans, des opportunités d’arriver à un accord avec l’OLP ont été refusées par le leadership palestinien qui a toujours choisi la surenchère. Depuis plus de vingt ans, la Palestine est sortie de ses frontières au profit du choix de la guerre sainte et du djihad dont se nourrit l’imaginaire arabe. Si ces fantasmes mortifères prennent le pas sur la raison, la guerre des dix jours durera encore mille ans. Tant que dans la sphère musulmane on n’aura pas eu le courage de rompre avec ses mythes régressifs, tant que sera considéré comme une trahison le fait d’oser regarder en face les raisons de l’incurie qui préside aux destinées de ces peuples, le malheur de ce monde deviendra le bien commun de tous.

Voir encore:

La gauche, la droite, l’islamisme et l’antisionisme : entretien avec Georges-Elia Sarfati

Présenté par Yana Grinshpun

La gauche, la droite, l’islamisme et l’antisionisme : entretien avec Georges-Elia Sarfati

Georges-Elia Sarfati est un philosophe, linguiste et psychanayste franco-israélien, auteur de nombreux ouvrages dans les domaines de l’analyse du discours, de l’éthique, de la pensée juive, de la critique sociale. Il est également traducteur de Viktor Frankl, et fondateur de l’EFRATE (École Française d’Analyse et de thérapies existentielles). G.-E. Sarfati est l’un des rares intellectuels français, avec Léon Poliakov, Pierre-André Taguieff et Shmuel Trigano à analyser les ressorts culturels, théologiques, historiques et politiques de ce qu’on appelle le « nouvel antisémitisme ». En tant que spécialiste du discours, Sarfati s’est très tôt intéressé à l’expression contemporaine de la  judéophobie. Pour lui, l’antisémitisme se nourrit surtout de ses enracinements dans l’histoire des mentalités et des discours et forme une sorte de sous-culture qui accompagne depuis quelques décennies le pseudo-progressisme se réclamant de la pensée post-moderniste. Georges-Elia Sarfati est l’auteur d’un ouvrage consacré à la rhétorique antisioniste, LAntisionisme. Israël Palestine : aux miroirs d’Occident (Berg, 2002), et de très nombreux articles sur la perception des Juifs dans l’espace occidental. Le philosophe et linguiste explique que l’essentiel de la rhétorique de la désinformation et de la propagande, qu’elle soit « totalitaire » ou « publicitaire », repose sur l’inversion des valeurs, l’inculcation des mensonges historiques et l’élaboration des mécanismes psycho-affectifs chez les cibles du discours idéologiques anti-juif. Il est aussi le co-fondateur de ce blog.

Dans cet entretien, il propose de revenir sur les jalons historiques et conceptuels essentiels qui ont structuré la nouvelle forme d’antisémitisme appelée « antisionisme », qui est brandie par une partie des membres de l’intelligentsia comme son « droit sacré à la liberté d’opinion et d’expression ». Cet entretien montre implacablement que le roi est toujours antisémite sous la robe antisioniste, même s’il prétend être démocrate et progressiste.

Y.G : En 2016, J. Julliard écrivait « Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche ».  Est-ce que vous êtes d’accord avec ce pronostic ?

GES : Sans doute cette remarque de J. Julliard vaut-elle pour notre époque – disons qu’elle s’avère pertinente pour les années 2000-2020 ; pour autant, il me paraît risqué de soutenir que d’ « ordinaire », le « parti collabo » était d’ « extrême droite », dans la mesure où ladite extrême droite, si l’on pense à la période 39-45, se nourrissait de très nombreux transfuges de gauche, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein dans Un paradoxe français. Pour ce qui est de la droite nationaliste, elle a su voir dans les Juifs des patriotes loyaux, je pense au Barrès des Familles spirituelles de la France, ou à l’engagement de son propre fils dans les rangs de la France libre. Le paradoxe dont rend compte S. Epstein c’est que les antisémites de l’Affaire Dreyfus ont été gaullistes et résistants pendant la Seconde Guerre, tandis que les partis de la collaboration se sont en grande partie recrutés parmi les dreyfusards et la gauche historique. Quant à la gauche demeurée à gauche, après la Seconde Guerre mondiale, elle n’avait pas grand-chose à envier à l’extrême droite sur le chapitre de l’antisémitisme, si l’on considère l’Union soviétique et ses satellites.

YG : Depuis le début des années 2000, l’année de la deuxième Intifada, on observe une montée d’antisémitisme décomplexé qui n’a pas de précédent depuis la deuxième guerre mondiale. Cet antisémitisme est corrélatif à l’antisionisme affiché de l’extrême gauche pour qui l’existence de l’État d’Israël constitue une offense suprême. Ce qui est aussi le cas pour les islamistes qui prônent ouvertement sa destruction. De quand date la rencontre de ces deux idéologies haineuses ?

GES : Il existe en effet une convergence significative entre l’islamisme et le gauchisme qui trouvent un véritable point d’entente sur le sujet de l’antisionisme. Cela paraît absurde, antinomique, et fondé sur un malentendu, puisque ce sont en principe des ennemis que doctrinalement tout oppose. Mais ils ont en commun la volonté d’en découdre avec la civilisation européenne, et communient aujourd’hui dans l’idéologie décoloniale. Leurs motivations initiales diffèrent du tout au tout : l’extrême gauche est antijuive par tradition voltairienne et marxiste, l’islamisme est antisioniste, en raison de la théologie politique de l’islam qui ne souffre pas de souveraineté non-musulmane sur le « dar al-islam ». L’extrême gauche est anticléricale et s’imagine que l’identité juive est « religieuse », tandis que l’islamisme reconduit le vieux débat de la théologie de la substitution en se proclament seule détenteur de la « vraie » révélation. Néanmoins la rencontre de ces deux souches allergiques aux Juifs pour ce qu’ils représentent, n’est somme toute pas récente. L’histoire de cette convergence, du point de vue des matrices doctrinales, remonte aux années 20 du XX siècle . C’est une partie d’échecs : il fallait mettre en échec la possibilité d’un sentiment de sympathie pour un Israël souverain. Aussi, je serai réservé à l’idée de mêler les sentiments à tout cela. Parler d’idéologie haineuse porte à psychologiser les affaires politiques. Or en politique, il n’entre que des calculs, et des intérêts bien compris. Au niveau des élites politiques, en tout cas. Le reste en effet sera une affaire de sentiment où les propagandes prennent le relais pour forger une opinion passionnée ainsi qu’un sens commun sur mesure.

Y.G : Raymond Aron appelle la période qui a suivi la fameuse allocution de De Gaulle après la victoire dans la guerre de 6 jours (1967), où il parle des Juifs comme « d’un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », l’ère de soupçon. Or, depuis quelques années, on entend lors des manifestations « anti-racistes » : « Mort aux Juifs », on entend aussi des appels à la haine d’Israël sur les réseaux sociaux, des discours antisémites assumés du PIR et de la gauche radicale (je pense à la fameuse phrase de Mélenchon sur la crucifixion de Jésus)[1]. Comment expliquer cette disparition de limites et cette prolifération de discours antijuifs ?

GES : Comme vous le rappelez en évoquant les mots de Raymond Aron, le discours gaullien de 1967 marque un tournant dans les relations franco-israéliennes, le début d’un véritable renversement d’alliance. Les jeunes générations n’ont pas la moindre idée de la bonne entente qui régnait entre Paris et Jérusalem avant la Guerre des Six Jours. Ce renversement d’alliance a été largement expliqué par la situation géopolitique de la France par rapport au monde arabe : le Maghreb où elle a été longtemps présente, ainsi que le Proche- Orient. Cet intérêt proprement français, lié à la position de la France, avait déjà été affirmé, aussi bien par François 1er que Napoléon III. François Ier a fondé le Collège de France, introduisant la connaissance de l’arabe, dans un contexte de rivalité avec le monde ottoman. Napoléon III rêvait de faire jouer à la France un rôle de premier plan dans le monde arabo-musulman. Aujourd’hui, l’existence de l’État d’Israël change la donne. Corrélativement, l’existence d’une immigration musulmane souvent peu éduquée, véhiculant le mépris du Juif (al yahoud), voilà qui fait subir une formidable involution à la mentalité issue de l’esprit des Lumières, quoique les Lumières soient elles-mêmes très divisées sur le chapitre de l’égale dignité de tous les hommes. Que de larges fractions de l’opinion soient désormais affectées par le prurit de l’antisémitisme n’a rien de surprenant, cela est le résultat d’une volonté politique, savamment distillée. En matière d’opinion, et de politique de l’opinion, il n’y a pas de génération spontanée. Les grands médias ont été chargés de diffuser la doxa antisioniste, depuis la fin des années 60 du XXe siècle, et trois générations de Français ont bu de ce lait. Cette nouvelle modalité de l’antisémitisme a été sciemment inculquée, et rares sont les esprits qui ont passé l’évidence antisioniste au tamis de l’esprit critique. L’expression antisioniste est d’autant plus désinhibée, qu’elle repose sur des motifs pleins de noblesse : l’antisionisme se présente comme un humaniste et un antiracisme. C’est au nom de l’humanisme et de l’antiracisme que l’on se dit antisioniste.

YG : Pourquoi, dans le discours commun, le « sionisme » est-il présenté comme une idéologie criminelle ?

GES : Votre question me donne l’occasion de faire retour sur la genèse de ce phénomène idéologique. Je viens d’éclairer le versant français de cette affaire. Il faut maintenant éclairer le rôle des principaux vecteurs de cette péjoration. À proprement parler, l’antisionisme est une forgerie des propagandes totalitaires. C’est dans la littérature nationale-socialiste que se trouve d’abord le point de mue de l’antisémitisme culturel de la fin du 19è siècle en antisémitisme racial et en antisionisme génocidaire. Cela est exprimé en toutes lettres dans Mein Kampf. Hitler appuie son « raisonnement » sur l’argumentaire des Protocoles des Sages de Sion ; tout en appelant au gazage des Juifs (dès 1924), il fustige le mouvement sioniste, l’accusant de vouloir susciter un État juif qui sera la tête de pont de la conspiration juive mondiale. Comme nous le savons, cette littérature a été traduite en arabe et a trouvé de profonds échos, notamment dans le mouvement national palestinien, à l’époque du Mandat britannique sur la Palestine. C’est dans ce contexte que l’antisémitisme hitlérien entre en symbiose avec l’antijudaïsme des Frères Musulmans. Aujourd’hui la proximité des leaders du mouvement palestinien avec les Frères musulmans, ancêtre de l’OLP de Yasser Arafat, a été mise en exergue par de nombreux historiens, notamment par Cuppers et Mallmann dans leur étude Croissant fertile et croix gammée[2]. Cette part significative, et toujours vivace, de l’archive judéophobe, ne peut plus être refoulée.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement palestinien, militairement vaincu, comme toute la coalition arabe qui s’était formée contre Israël, tombe dans l’escarcelle de l’Union Soviétique. À partir de ce moment, l’URSS écrit un nouveau chapitre de l’histoire de l’antisionisme. Ce n’est plus la conspiration juive que fustigent les staliniens, mais le sionisme allié de l’impérialisme américain, le sionisme incarnation du capital. Il s’agit d’une variante du même schéma. Léon Poliakov, qui fut mon maître en matière d’analyse des figures de discours de la judéophobie, a été sans doute le premier intellectuel de langue française à souligner cette évolution : De l’antisionisme à l’antisémitisme, ainsi que De Moscou à Beyrouth demeurent des petits chefs-d’oeuvre,  des livres pionniers[3]. Poliakov montre aussi la manière dont la propagande stalinienne reprend purement et simplement les caricatures du Sturmer pour « nazifier » Israël. Comble de l’ironie, Poliakov montre aussi comment les services de la propagande communiste ont utilisé les compétences d’anciens nazis. L’antisionisme tel que nous le connaissons, et tel que les « progressistes » acquis à sa cause le pratiquent de nos jours, sort directement des officines du KGB. Le savent-ils ? Connaissent-ils les différentes étapes de cette évolution ? Peut-être que la plupart l’ignorent. Souhaitons-le ! Ils auraient alors le bénéfice du doute, celui que l’on peut accorder à l’ignorance, qui n’est pas forcément une fatalité… À cela, il faut ajouter le rôle de vecteur de l’extrême gauche, notamment française, qui a battu des records de forgerie à partir de 1968. L’échec des révolutions prolétariennes, les désillusions du soviétisme ont entraîné dans ses rangs une radicalisation de la lutte anticapitaliste, et ses représentants ont joué un rôle considérable dans la promotion et la banalisation d’un antisionisme à visage humain, décorrélé de l’antisémitisme, devenu tabou en Europe, après la Shoah. Les Palestiniens en sont venus à occuper la place qu’occupait le prolétariat dans le marxisme classique. C’est de la part de la gauche un phénomène que l’on pourrait qualifier de colonisation des territoires de l’imaginaire politique européen. L’extrême gauche a affiné, si je puis dire, le travail de mise en circulation de ce que j’ai appelé des « équation efficaces », destinées à présenter d’Israël une image répulsive. Ces équations idéologiques définissent une pseudo-logie : « sionisme = nazisme », « sionisme = apartheid », « sionisme= racisme », « sionisme=impérialisme », etc. Lorsque l’on connaît l’histoire, la réversibilité des termes sonne faux, et dénonce ces « équivalences » comme des aberrations, historiques aussi bien que sémantiques. Faut-il rappeler que les Sionismes sont nés en réponse à l’antisémitisme du 19è siècle: russe, allemand, français, et ottoman?

YG : Qu’en déduisez-vous sur la nature de cet antisionisme, qui se porte si bien aujourd’hui ?

GES : Une compréhension très accessible : lorsque quelqu’un fait profession de foi d’antisionisme, il ne peut s’agir que d’un ignorant, ou d’un crypto-antisémite. D’un ignorant parce que son antisionisme sincère témoigne de sa méconnaissance complète de sa propre histoire, celle de l’Europe – d’Est en Ouest-, et plus grave de son incompréhension foncière de la raison d’être du sionisme, qui fut unanimement conçu par les Juifs qui s’y sont ralliés, comme une issue à l’antisémitisme. De plus, que veut dire « être antisioniste » après la Shoah ? Ces antisionistes au grand cœur, feignent d’oublier qu’il n’y avait plus de place sur terre pour le peuple juif. En somme, qu’est-ce que l’antisionisme propose aux Juifs ? Le retour à la situation d’exil, et d’exposition passive à toutes les formes de la persécution ? À quelle sorte de destin historique l’antisionisme promet-il les Juifs ? Au mieux, à leur disparition en tant que représentants d’une identité singulière, porteur d’un message universel, au pire à leur liquidation physique. L’antisionisme est la nostalgie d’une société où l’on pouvait poursuivre un Juif au cri de Hip ! Hip ! Hip ! (Hieroslima est perdita !/Jérusalem est perdue !), l’humilier et le tuer impunément. Voilà le programme de l’antisionisme. Pour autant, je ne confonds pas l’antisionisme islamo-gauchiste ou génocidaire avec l’asionisme de nombreux Juifs qui font le choix de l’intégration dans les sociétés démocratiques. Ceux-là ont affirmé un choix conséquent, en se détachant à titre individuel du destin collectif d’Israël. Pour moi, ils le font à leurs risques et périls.

YG : La popularisation du terme « islamo-gauchisme » qui désigne la convergence entre certains mouvements de gauche et de l’islam politique permet, pour la première fois depuis des décennies, d’aborder le problème de la désintégration de l’État-Nation à laquelle aspirent les islamistes, les décoloniaux et la gauche radicale. Le sionisme a un statut spécial dans cette constellation. Pourquoi ? Pourquoi n’en parle-t-on pas ou si peu ? Cela semble être le point mort des discussions dans les médias ou entre intellectuels, quand il ne s’agit pas de Pierre-André Taguieff ou de Shmuel Trigano.

GES : Vous avez entièrement raison. Le fait est que l’État d’Israël représente un pôle identitaire affirmé, en tout cas dans les imaginaires collectifs. Et le signifiant « Israël » n’a jamais été compris, il a été combattu, mais pas compris. Le sionisme se trouve dans une situation paradoxale, du fait du caractère anormal ou atypique de l’histoire juive, au regard de la philosophie politique européenne. D’abord, le sionisme est la dernière expression du principe des nationalités, il s’est affirmé pour la première fois, avec un décalage de près d’une génération sur la dynamique d’auto-détermination née du printemps des peuples, en 1848. C’est du reste ainsi que son premier théoricien, Moses Hess, dans Rome et Jérusalem, explicite le titre de son livre en 1862: la dernière question des nationalités. Hess est le premier théoricien du sionisme, en ce sens qu’il renoue avec l’idée du caractère national du peuple juif, idée qui s’est perdue en terre chrétienne. Comment comprendre le sionisme, dans un contexte où l’idée de peuple suppose des critères précis : la base territoriale, la communauté de langue ? Or les Juifs ne sont nulle part chez eux, ils sont dispersés, n’ont plus de langue commune, et sont réduits depuis près de deux millénaires à supporter le carcan symbolique d’une entité théologique, ils sont « le peuple du Livre ». Voilà que sous la pression d’un mouvement antisémite international -pogromes en Russie, statut de dhimmi et violences antijuives dans l’empire ottoman, affaire Dreyfus en France, pétition des 200000 en Allemagne, floraison des ligues et des partis antisémites, etc. – ils entendent reconstituer leur nation. En Allemagne notamment 200000 signataires réclament que les Juifs soient déchus de leurs droits, récemment acquis ; cela se passe plus d’un siècle avant la Shoah, c’est déjà un évènement annonciateur…La dynamique du sionisme est à cet égard constante, depuis Moses Hess, jusqu’à Théodore Herzl, en passant par Léo Pinsker. Il s’agit pour les penseurs sionistes de rendre au peuple juif sa dimension historico-politique, ni plus ni moins.

Or ce n’est pas ainsi que l’entendent les nations, habituées, du fait de la polémique théologique contre le judaïsme, à considérer celui-ci comme une « religion ». Récemment, les travaux de Philippe Borgeaud – en particulier son étude : L’histoire des religions[4], a bien mis en évidence que cette notion de « religion » ne saurait s’appliquer à quelque culture que ce soit, en dehors du christianisme, parce que celui-ci va faire corps avec la « religion impériale » de Rome, et s’en approprier les formes symboliques, en tant que « religion d’État ». Le Judaïsme est une civilisation, qui a été déracinée par les empires. C’est à cette situation que le sionisme a entendu mettre fin. Le second paradoxe tient au fait que la souveraineté juive s’est surtout affirmée concomitamment à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à une époque marquée par le reflux du nationalisme, et bientôt la critique de l’État Nation. Le reflux du nationalisme est forcément assimilé au refus du bellicisme et de la violence doctrinale dont ont fait preuve le national-socialisme et les fascismes. Quant à la critique de l’État-Nation, elle s’est peu à peu déduite de la formation de l’Europe supranationale, dans le contexte de la polarisation Est/Ouest, à l’époque de la guerre froide. Une nouvelle ère culturelle s’est épanouie, fortement favorisée par le développement du post-marxisme et du post-structuralisme, sous le rapport de ce que l’on appelle d’un terme assez vague la philosophie post-moderne. Or cette pensée post-moderne est paradoxalement très marquée par la philosophie de Heidegger, l’artisan de Abbau, la destruction/déconstruction de… l’humanisme européen. À cet égard, les analyses de Jean-Pierre Faye (Le Piège[5], mais aussi la Lettre sur Derrida[6]) et celles de son fils Emmanuel Faye (L’introduction du nazisme dans la philosophie[7]) gagnent à être mieux connues. Au-delà du champ philosophique, le principe de la déconstruction a fait souche dans le débat idéologique : l’idéologie décoloniale est une métastase du post-marxisme mâtiné de déconstruction. C’est là que les deux souches virulentes se rejoignent : d’un côté la mauvaise conscience de l’Occident, qui, pour s’exprimer, recycle follement les idées du plus grand penseur nazi du XXè siècle, d’autre part l’idéologie du djihad conquérant, qui révèle le principe historique de l’islam primitif. Ces deux souches culminent dans une posture inlassable de ressentiment, dont Max Scheler a explicité les mécanismes, il y a déjà un siècle[8]. Néanmoins, la critique du néo-antisémitisme que représente sciemment l’antisionisme constitue un angle mort du débat public, comme s’il ne s’agissait que d’une « affaire juive ». Or c’est tout le contraire. Par leur complaisance et leur démagogie, les démocraties occidentales ont joué le jeu de la centrale palestinienne, elles l’ont financée, en relayant sa propagande anti-juive, depuis le milieu des années 60. Si des germes d’antisémitisme demeuraient vivaces en Europe, après la Libération, c’est à l’OLP que le monde actuel doit d’avoir été de nouveau submergé par cette vague d’antisémitisme. L’OLP dont j’ai naguère analysé la Charte[9], demeure le vecteur de propagation le plus virulent : elle a pris le relais de l’Église en matière de diffusion universelle de l’enseignement du mépris. Le discours canoniquede l’antisionisme, sa charte internationale, c’est précisément celle de l’OLP. Par ce texte, l’OLP signe sa double filiation : d’abord nazie et stalinienne, mais aussi par sa tonalité tiers-mondiste qui lui a conféré sa « respectabilité », pendant des décennies, auprès des gauches européennes. A la souche totalitaire, l’OLP emprunte explicitement, le schème conspirationniste des Protocoles des Sages de Sion, au tiers-mondisme, l’OLP emprunte l’idéologie anticolonialiste et l’anti-américanisme.

La charte du Hamas, plus récente, campe sur les mêmes positions. Voilà comment Y. Arafat, le jeune loup du Mufti, a refait surface, dans les années soixante, sous la guise de l’agnus dei au moment de la création du Fatah. Les anciennes connivences se sont manifestées ouvertement au moment du massacre des athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich : cet attentat avait été rendu possible grâce à la caution logistique d’anciens nazis. De nos jours, dans les manifestations « pro-palestiniennes », les « antisionistes » exhibent de nouveau la croix gammée sur leurs banderoles aux couleurs de la Palestine, ce n’est pas l’expression d’un ‘’dérapage’’, mais la signature d’une authentique filiation…Il y a ensuite la connivence totalement inattendue, mais par un effet de conjoncture, du discours des grands médias et du discours de l’extrême gauche, qui ont servi de relais aux prétentions de l’OLP, en fabriquant un véritable catéchisme – en un mot un vulgate– à destination du grand public : les grands médias, en vertu de l’alignement pro-palestinien des gouvernements successifs, depuis 1967, l’extrême gauche par son action continue sur la société civile, et ses capacités d’entrisme à l’université notamment. Voilà très précisément l’origine de la doxa antisioniste. Ceci tisse une trame très complexe, que l’absence totale de connaissance historique rend difficile à dénouer. D’où l’existence d’un phénomène idéologique globalement très structuré, qui constitue du point de vue cognitif une structure de piège, à laquelle il est presque impossible d’échapper. Lorsque la répétition s’en mêle, cela donne un mécanisme psycho-affectif qui court-circuite la possibilité même de la pensée, et impose au tout venant des conduites-réflexes. Cette doxa crée les conditions d’une véritable inhibition cognitive. L’ensemble de ces paramètres, leur combinatoire historique, liée à des stratégies délibérées, gouvernementales mais aussi militantes – de niveau logique entièrement distinct- contribuent à définir l’espace massif de ce « point mort », de ce que j’appelle l’angle mort du débat public en France, mais pas seulement.

YG : Nous savons depuis l’heureuse formule de Jankélévitch que « l’antisionisme est une incroyable aubaine pour les antisémites. L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est permission d’être démocratiquement antisémite ». Nous avons Tariq Ramadan ou encore  Jean-Luc Mélenchon comme exemples d’antisionisme radical. Mais il existe aussi des Juifs antisionistes en France, et des Israéliens antisionistes aussi : cela va de Shlomo Sand jusqu’à Elie Barnavi. Pourriez-vous faire la distinction entre ces formes d’antisionisme ? Qu’est-ce que c’est d’être antisioniste ?

GES : Vladimir Jankélévitch avait vu juste, en identifiant le principe génétique de l’antisionisme. L’antisionisme radical est une forgerie du nazisme et du stalinisme, reprise par le nationalisme islamiste des Palestiniens au début du Mandat britannique sur la Palestine, pour s’opposer à la progression du mouvement sioniste. Jankélévitch, tout comme Poliakov, qui avaient la mémoire des choses, appartiennent à cette génération qui a été témoin de la mue de la judéophobie traditionnelle. Selon moi, l’antisionisme est la dernière modalité historique connue de la judéophobie, après l’antijudaïsme théologique (chrétien puis musulman), et l’antisémitisme moderne (culturel, raciste et/ou nationaliste). Ces trois modalités sont liées par un même invariant : la criminalisation du fait juif, comme je l’ai écrit au début des années 2000 dans mon essai L’antisionisme. Israël/Palestine aux miroirs d’Occident, que Pierre-André Taguieff avait accueilli dans la collection qu’il dirigeait alors aux éditions Berg. À cet égard, l’antisionisme de Tarik Ramadan est congruent avec l’idéologie des Frères musulmans. Si nous savons généralement que son grand-père était le fondateur de la confrérie, l’on sait moins en revanche que son père était l’émissaire pour la Palestine du Grand Mufti de Jérusalem. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son antisionisme est celui d’un communiste pro-soviétique reconverti dans le populisme islamo-gauchiste, rien que de très congruent là encore. Il existe donc bien ce que j’appelle une archive judéophobe, très étayée, dont la matrice est recyclée au gré des conjonctures. Sous ce rapport, l’antisionisme est un phénomène idéologique très structuré, qui permet de donner le change, sous le prétexte de faire valoir un point de vue anticolonialiste, aujourd’hui « décolonial ».T. Ramadan et J.-L. Mélenchon, sont des incarnations des souches idéologiques que je viens d’évoquer et de situer l’une par rapport à l’autre. Ce sont des alliés objectifs du point de vue tactique, et des alliés subjectifs du point de vue de leurs convictions propres : l’islamisme radical du premier, le laïcardisme agressif et l’opportunisme électoraliste de l’autre. Il existe aussi une genèse intellectuelle de gauche de l’antisionisme français, qui est lié à certaines lectures juives du marxisme, dans le contexte de l’après-guerre mais aussi de la décolonisation. Je vous propose d’examiner cet éventail de positons. Indépendamment d’une affiliation marxiste, pour beaucoup, le sionisme a été vécu comme une assignation, et la réponse élémentaire a consisté à opposer un refus, en cherchant à théoriser une alternative.

Ce fut le cas d’un intellectuel comme Richard Marienstrass, l’auteur d’Etre un peuple en diaspora (1977), qui reconduisait les conceptions diasporistes de l’historien Simon Dubnov, assassiné au moment de la liquidation du ghetto de Riga. À côté de cela, il faut prendre en considération le cas de la gauche juive, critique du sionisme, modérée ou radicale, qui  s’explique autrement. Cette conception s’origine d’une part dans Marx lui-même, mais très certainement dans les élaborations ultérieures – notamment autonomistes (le Bund) spécifiquement juives, ou internationalistes (trotskystes). L’opusculed’Abraham Léon : La conception matérialiste de ma question juive[10], a exercé une influence notable dans de nombreux milieux juifs détachés du judaïsme traditionnel. On voit pointer là la perspective d’une résolution de la question juive dans le cadre d’un universalisme de sensibilité révolutionnaire. Un universitaire influent en son temps tel que Maxime Rodinson, a occupé une place central dans ce dispositif. Auteur de Question juive ou problème juif ? ,il a fixé pour longtemps la norme de l’interprétation « coloniale » du sionisme, en donnant le ton par son article rédigé pour l’Encyclopaedia Universalis au début des années 70 du vingtième siècle. Simultanément, la descendance idéologique de communistes d’origine juive, tel que Henri Curiel, via Le Monde diplomatique, avec des vecteurs d’opinion comme son fils Alain Greisch, ou Dominique Vidal – tous deux passionnément antisionistes- a contribué et continue encore à brouiller les cartes sur la question de savoir qui est juif et surtout comment l’être. Ce sont ces intellectuels de gauche, « universalistes », qui ont contribué à ethniciser le sionisme, à le défigurer en présentant des versions controuvées de la révolution sioniste. Ces deux journalistes, experts auto-proclamés du Proche Orient ont consacré une bonne partie de leurs écrits et de leurs interventions à tâcher d’apporter la démonstration de l’indépendance de l’antisionisme et de l’antisémitisme.

Au regard de la connaissance historiques, ce sont des gesticulations sans pertinence, de pures théorisations polémiques qui servent des buts de conquête idéologique de l’espace public. Quant à leur collusion avec l’islamisme radical, elle est une caractéristique intrinsèque de leur engagement[11]. En leur temps, cela ne les a pas empêchés de suggérer à l’OLP de se rapprocher de la gauche européenne, ni de s’aligner eux-mêmes sur le principe du « socialisme dans un seul pays », qui, après tout, est un ultra-nationalisme, un nationalisme impérial au sens obvie de ce terme. Quelque chose de cette fibre est passé dans la gauche française parlementaire, laquelle entre socialisme et communisme a longtemps balancé pour adopter une position claire sur ce sujet. Les communistes ont toujours hurlé avec les loups, au nom de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme. Quant aux socialistes ils étaient divisés, ou ambivalents, ou dans le déni. On se souvient du retournement du Parti Socialiste, pour des motifs électoralistes, au début des années 2000 : il suffit de rappeler les positions d’un Pascal Boniface, auteur de : Est-il permis de critiquer Israël ?, mais aussi à l’attitude de Lionel Jospin, alors premier ministre, au moment de la deuxième intifada : il n’y avait pas d’antisémitisme dans les universités, et l’antisionisme était un non-sujet… Le cas des israéliens antisionistes est différent, même si leur discours entre en convergence avec celui des antisionistes radicaux, en leur conférant une précieuse justification (« si ce sont des Juifs qui le disent, alors il est illégitime de nous taxer d’antisémitisme », etc.). L’antisionisme israélien repose sur plusieurs composantes. Il a différentes sources : le Berit Chalom[12], le sionisme marxiste, le sionisme socialiste, pé