Islam: Un universitaire égyptien prédit l’effondrement du monde musulman (The collapse of a house is a dangerous matter – and not just for its residents, warns Egyptian-German scholar)

31 mai, 2014
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https://i0.wp.com/www.jihadwatch.org/wp-content/uploads/2014/05/Muslims-in-Sweden.jpgMontre-moi que Mahomet ait rien institué de neuf : tu ne trouverais rien que de mauvais et d’inhumain, tel ce qu’il statue en décrétant de faire progresser par l’épée la croyance qu’il prêchait. Manuel II Paléologue (empereur byzantin, 1391)
Dans le septième entretien (dialexis — controverse) édité par le professeur Khoury, l’empereur aborde le thème du djihad, de la guerre sainte. Assurément l’empereur savait que dans la sourate 2, 256 on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! ». C’est l’une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. Sans s’arrêter sur les détails, tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent le « Livre » et les « incrédules », l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. « Dieu n’apprécie pas le sang — dit-il —, ne pas agir selon la raison, sun logô, est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort… L’affirmation décisive dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence est : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. Benoit XVI (université de Ratisbonne, 1é septembre 2006)
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Quand les phénomènes s’exaspèrent, c’est qu’ils vont disparaitre. René Girard
Dire que l’islamisme n’est pas l’islam, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, est faux. Pour le musulman d’hier et d’aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coran comme il n’y a qu’un seul prophète. L’islamiste est autant musulman que le mystique car il s’appuie sur ces deux fondements. Et dans ces deux fondements il y a l’appel au combat. Ici-bas la guerre pour la victoire de l’islam doit être poursuivie tant que l’islam n’est pas entièrement victorieux. La paix n’est envisageable que si la victoire paraît, pour le moment, impossible ou douteuse (sourate 47, verset 35/37). Mais la paix sera plutôt une récompense du paradis, quand toute la terre aura été pacifiée. Comment passer sous silence que pour les musulmans le monde se partage entre le territoire de l’islam (dâr al-Islam) et le territoire non musulman, qualifié de territoire de la guerre (dâr al-harb). (…) Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam. (…) Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. (…) Là où l’islam est particulièrement dangereux, c’est qu’il englobe toute la vie du croyant, du berceau jusqu’à la tombe, dans tous les domaines et qu’il n’y a pas de séparation entre le public et le privé, pas plus qu’il n’y a de séparation entre le politique et le religieux. L’islam est total, global, il englobe la totalité car tout comportement obéit à une règle. Mais en même temps chaque règle est une règle de comportement religieux, que cette règle soit dans le domaine juridique, politique ou intime. C’est le religieux qui recouvre tout. Le système pleinement réalisé devrait s’appeler théocratie et jamais «démocratie». On nous ment quand on nous affirme que l’islam serait une foi qui se pratique dans la sphère privée, comme le christianisme. L’islam est à la fois une foi, une loi, un droit (fiqh), lequel est l’application de la Loi qu’est la charî’a. Et cette charî’a a prescrit de combattre l’infidèle (jihâd ou qitâl), de lui réserver un traitement inégalitaire (dhimmî), d’appliquer aux musulmans des peines fixes (hudûd) pour des crimes bien définis (adultère (zinâ), apostasie (ridda), blasphème(tajdîf), vol (sariqah), brigandage (qat’ al-tarîq), meurtre (qatl) et bien sûr consommation d’alcool. (…) Pour expliquer les attentats, il suffit de se reporter à la vie du prophète, lequel a justifié l’assassinat politique pour le bien de l’islam. De même, faire peur, inspirer la terreur (rahbat) -dont on a tiré le mot moderne “terrorisme” (irhâb)- était la méthode que le noble modèle préconisait pour semer la panique chez les ennemis de l’islam. Anne-Marie Delcambre
L’idée selon laquelle la diffusion de la culture de masse et des biens de consommation dans le monde entier représente le triomphe de la civilisation occidentale repose sur une vision affadie de la culture occidentale. L’essence de la culture occidentale, c’est le droit, pas le MacDo. Le fait que les non-Occidentaux puissent opter pour le second n’implique pas qu’ils acceptent le premier. Samuel Huntington
Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée. Jean Raspail
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. « Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et double conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faiblesse, que la peur d’opposer la légitimité de la force à l’illégitimité de la violence. Jean Raspail
Les pays arabes enregistrent un retard par rapport aux autres régions en matière de gouvernance et de participation aux processus de décision. La vague de démocratisation, qui a transformé la gouvernance dans la plupart des pays d’Amérique latine et d’Asie orientale dans les années quatre-vingts, en Europe centrale et dans une bonne partie de l’Asie centrale à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, a à peine effleuré les États arabes. Ce déficit de liberté va à l’encontre du développement humain et constitue l’une des manifestations les plus douloureuses du retard enregistré en terme de développement politique. La démocratie et les droits de l’homme sont reconnus de droit, inscrits dans les constitutions, les codes et les déclarations gouvernementales, mais leur application est en réalité bien souvent négligée, voire délibérément ignorée. Le plus souvent, le mode de gouvernance dans le monde arabe se caractérise par un exécutif puissant exerçant un contrôle ferme sur toutes les branches de l’État, en l’absence parfois de garde-fous institutionnels. La démocratie représentative n’est pas toujours véritable, et fait même parfois défaut. Les libertés d’expression et d’association sont bien souvent limitées. Des modèles dépassés de légitimité prédominent.(…) La participation politique dans les pays arabes reste faible, ainsi qu’en témoignent l’absence de véritable démocratie représentative et les restrictions imposées aux libertés. Dans le même temps, les aspirations de la population à davantage de liberté et à une plus grande participation à la prise de décisions se font sentir, engendrées par l’augmentation des revenus, l’éducation et les flux d’information. La dichotomie entre les attentes et leur réalisation a parfois conduit à l’aliénation et à ses corollaires, l’apathie et le mécontentement. (…) Deux mécanismes parallèles sont en jeu. La position de l’État tutélaire va en s’amenuisant, en partie du fait de la réduction des avantages qu’il est en mesure d’offrir aujourd’hui sous forme de garantie de l’emploi, de subventions et autres mesures incitatives. Par contre, les citoyens se trouvent de plus en plus en position de force étant donné que l’État dépend d’eux de manière croissante pour se procurer des recettes fiscales, assurer l’investissement du secteur privé et couvrir d’autres besoins essentiels. Par ailleurs, les progrès du développement humain, en dotant les citoyens, en particulier ceux des classes moyennes, d’un nouvel éventail de ressources, les ont placés en meilleure position pour contester les politiques et négocier avec l’État. Rapport arabe sur le développement humain 2002
C’est une expérience profondément émouvante d’être à Jérusalem, la capitale d’Israël. Nos deux nations sont séparées par plus de 5 000 miles. Mais pour un Américain à l’étranger, il n’est pas possible de ressentir un plus grande proximité avec les idéaux et les convictions de son propre pays qu’ici, en Israël. Nous faisons partie de la grande fraternité des démocraties. Nous parlons la même langue de liberté et de justice, et nous incarnons le droit de toute personne à vivre en paix. Nous servons la même cause et provoquons les mêmes haines chez les mêmes ennemis de la civilisation. C’est ma ferme conviction que la sécurité d’Israël est un intérêt vital de la sécurité nationale des États-Unis. Et notre alliance est une alliance fondée non seulement sur des intérêts communs, mais aussi sur des valeurs partagées. (…) Quand on vient ici en Israël et qu’on voit que le PIB par habitant est d’environ 21.000 dollars, alors qu’il est de l’ordre de 10.000 dollars tout juste de l’autre côté dans les secteurs gérés par l’Autorité palestinienne, on constate une différence énorme et dramatique de vitalité économique. (…) C’est la culture qui fait toute la différence. Et lorsque je regarde cette ville (Jérusalem) et tout ce que le peuple de cette nation (Israël) a accompli, je reconnais pour le moins la puissance de la culture et de quelques autres choses. Mitt Romney
Le discours de Mitt Romney à Jérusalem, et les déclarations à la presse qui l’ont accompagné n’en finissent décidément pas de faire des vagues. Mitt Romney a parlé du fait que le développement économique et la liberté qui règnent en Israël étaient dues à la culture, et que les handicaps qui marquent le monde musulman et qui touchent les « Palestiniens » auraient aussi une dimension culturelle. Des accusations de racisme ont aussitôt commencé à fuser. (…) Oui, certaines cultures sont plus propices que d’autres au développement économique et à la liberté sous toutes ses formes, et, n’en déplaise aux relativistes, la culture juive est une culture particulièrement propice. La culture du christianisme protestant est plus propice au développement économique et à la liberté que la culture du christianisme catholique, et lorsque des substrats culturels viennent s’ajouter, tels le caudillisme en Amérique latine, les handicaps peuvent devenir écrasants. Oui, les cultures marquées par le confucianisme peuvent susciter le développement économique, mais se trouver confrontées à des obstacles lorsqu’il s’agit de liberté, et cela explique les difficultés de sociétés asiatiques à passer à un fonctionnement post-industriel et post-asiatique. Et oui, hélas, le monde musulman, et en lui tout particulièrement le monde arabe, sont dans une situation de blocage culturel qui ne cesse de s’aggraver et prennent des allures cataclysmiques. Le monde arabe est aujourd’hui dans une phase d’effondrement économique qui s’accompagne d’un effondrement de ses structures politiques et d’une destruction de ses repères culturels. Il ne reste au milieu des décombres qu’une infime minorité de gens ouverts à l’esprit de civilisation et aux sociétés ouvertes, et une immense déferlante islamiste où se mêlent dans le ressentiment, le sectarisme et le tribalisme des gens désireux de revenir à une lecture littéraliste du Coran, des radicaux mélangeant Coran et texte de Marx, Lénine ou Franz Fanon, d’autres qui relisent leurs textes sacrés à la lumière noire de Hitler. Cet effondrement ne fait que commencer. Il va se poursuivre. La situation qui prévaut en Syrie n’en est qu’un fragment. D’autres fragments sont visibles en Libye, dans le Nord du Mali, au Nigeria où agissent les Boko Haram, en Somalie, au Soudan, au Yemen. Il est criminel de ne pas le comprendre. C’est suicidaire aussi. La Russie et la Chine essaient cyniquement de voir quels avantages elles peuvent tirer de l’effondrement et en quoi il peut leur permettre de parasiter le monde occidental. Les dirigeants européens s’essaient à rafistoler une zone euro et une Union Européenne qui sont elles-mêmes au bord de l’effondrement, et font semblant de croire encore aux « promesses du printemps arabe ». Manuel Valls, qui sortait sans doute d’un hôpital où il venait de subir une lobotomie, a parlé le 6 juillet en inaugurant de manière très laïque une mosquée à Cergy Pontoise de l’islam contemporain comme de l’hériter de celui de Cordoue où foisonnait la connaissance. Les dirigeants européens entendent aussi flatter les « Palestiniens » : s’ils ouvraient les yeux (c’est impossible, je sais), et s’ils actionnaient leurs neurones (ce qui est plus impossible encore, je ne l’ignore pas), ils discerneraient que le « mouvement palestinien » est en train de mourir et ne survit que grâce aux injections financières européennes et, pour partie, américaines. Ils discerneraient que le « mouvement palestinien » s’est développé dans les années mille neuf cent soixante quand le nationalisme arabe était soutenu par l’Union Soviétique. L’Union Soviétique n’existe plus. Le nationalisme arabe agonise dans les décombres de Damas. Guy Millière
La Scandinavie est un ensemble qui a connu une très forte émigration au XIXe siècle, contribuant notamment à peupler les Etats-Unis. Mais il n’y avait jamais eu de vrai phénomène d’immigration. Il est très amusant de comparer la diversité des noms de famille en France, où elle est infinie, et en Scandinavie, où il y a très peu de souches. Là-bas, l’immigration débute, même pas dans les années 50 comme au Royaume-Uni, mais seulement dans les années 70. Au début, ces social-démocraties qui n’ont pas eu de colonies ont accueilli à bras ouverts les immigrés avec des conditions très avantageuses. A ceci près que la masse d’arrivants s’est concentrée dans des zones déjà très peuplées : à l’échelle d’un pays, c’est peu, mais à celle de certains quartiers d’Oslo ou de Copenhague, l’équilibre s’est rompu. Par ailleurs, dans une société très ouverte et très égalitaire, la question du statut des femmes a vite posé problème. Les habitants n’ont pas supporté de voir ces femmes avec le voile noir intégral. Même si ces immigrés ne font rien de mal et vont faire leurs courses chez Ikea, la situation est devenue explosive. (…) [aux élections européennes] …Attendons de voir ces résultats pour en tirer des conclusions, mais on peut s’attendre à une poussée. Le suffrage se fait à la proportionnelle. Beaucoup de partis d’extrême droite sous-représentés en raison d’un scrutin majoritaire national vont donc se révéler. La France n’a que deux députés frontistes pour représenter 16% de la population. Le phénomène est le même en Grande-Bretagne, qui a connu une immigration record ces dernières années. Entre 1991 et 2011, la proportion de la population née à l’étranger est passée de 5,8 à 12,5%. Cela risque d’avoir des répercussions dans les urnes fin mai pour le British National Party [BNP] et le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni [Ukip]. Le vote Front national concerne seulement la partie ouest du Nord-Pas-de-Calais, c’est-à-dire, paradoxalement, la zone la plus développée, la mieux réaménagée, la plus agréable. Les centres-villes de Béthune ou de Lens sont devenus des endroits presque riants, alors qu’ils étaient plutôt déprimants. Tout a bougé, on a cassé des corons, et on a également beaucoup redistribué d’aides sociales. En revanche, la partie nord-est de la région est restée en l’état, fidèle au vote communiste. Cette stagnation n’a pas généré de frustrations. Car si personne n’évolue socialement, il n’y a pas non plus, contrairement à la partie ouest, de sentiment de déclassement. Béatrice Giblin
Les Français ont redit hier que la crise économique et sociale n’était rien à côté de la crise identitaire, liée à l’immigration massive et à la déculturation organisée. Les socialistes corsetés n’ont pas de réponse: Manuel Valls a répété qu’il ne changerait pas sa « feuille de route » et qu’il « demandait du temps ». L’UMP, pour sa part,  avait un temps touché du doigt la bonne stratégie avec la « ligne Buisson », qui consistait à se dégager des interdits de penser. C’est elle qui s’avère plus nécessaire que jamais si la droite veut regagner la confiance. Pour l’UMP, c’est désormais une question de survie. Il n’est en tout cas pas pensable de répondre par l’immobilisme à cette crise de régime. Ceux qui dénoncent dans le FN le « rejet de l’autre » ne peuvent rejeter ce parti devenu majoritaire, à moins d’ostraciser « La France FN » (titre de Libération, ce lundi). D’autant que le procès en antisémitisme qui est fait par certains au mouvement de Marine Le Pen masque la réalité de la haine antijuive  qui s’observe dans des cités (deux jeunes frères portant la kippa ont été agressés samedi soir devant la synagogue de Créteil). Le « populisme » ne menace aucunement la démocratie, comme l’assurent les oligarques contestés par le peuple et qui s’accrochent, eux, à leur pouvoir. Le vrai danger est l’obscurantisme qui, à Bruxelles samedi, a assassiné quatre personnes, dont deux israéliens, au Musée Juif de la ville; or cette menace-là mobilise beaucoup moins les belles âmes. La diabolisation du mouvement de Marine Le Pen est une paresse intellectuelle des politiques et des médias. Ceux-là ont été ses meilleurs alliés, en instituant son parti comme unique formation à l’écoute des gens. L’échec confirmé de cette méthode oblige à y renoncer. Il est devenu, par la volonté des citoyens, un parti comme un autre. Il doit être jugé sur son programme. L’UMP devra s’en inspirer quand le FN parle de la France. Ivan Rioufol
Si les tendances à la fragmentation perdurent, le mouvement islamiste sera condamné, comme le fascisme et le communisme, à n’être rien de plus qu’une menace pour la civilisation, capable de causer des dommages considérables mais sans jamais pouvoir triompher. Ce frein potentiel au pouvoir islamiste, devenu manifeste seulement en 2013, ouvre la voie à l’optimisme mais pas à la complaisance. Même si les choses semblent meilleures qu’il y a un an, la tendance peut à nouveau s’inverser rapidement. La tâche ardue qui consiste à vaincre l’islamisme demeure une priorité. Daniel Pipes
Abdel-Samad avait prédit, avant le déclenchement des révolutions arabes, l’effondrement du monde musulman sous le poids d’un islam incapable de prendre le virage de la modernité, et l’immigration massive vers l’Occident qui s’en suivrait. L’Occident a intérêt à soutenir les forces laïques et démocratiques dans le monde musulman. Et chez nous, il faut encourager la critique de l’islam au lieu de la réprimer sous prétexte de discours de haine. En apaisant les islamistes et en accommodant leurs demandes obscurantistes dans nos institutions, on ne fait que retarder un processus qui serait salutaire pour les musulmans eux-mêmes, et pour l’humanité. Al Masrd
In the western world, an astounding number of people believe that Islam is overpowering and on the rise. Demographic trends, along with bloody attacks and shrill tones of Islamist fundamentalists, seem to confirm that notion. In reality, however, it is the Islamic world which feels on the defensive and determined to protest vehemently against what it perceives as a western, aggressive style of power politics, including in the economic sphere. In short, a stunning pattern of asymmetric communication and mutual paranoia determines the relationship between (Muslim) East and (Christian) West — and has done so for generations. Regarding Islam, I think that in its present condition it may be many things, except for one — that it is powerful. Indeed, I view today’s Islam as seriously ill — and, both culturally and socially, as in retreat. It can offer few, if any, constructive answers to the questions of the 21st century and instead barricades itself behind a wall of anger and protest. The religiously motivated violence, the growing Islamization of public space and the insistence on the visibility of Muslim symbols are merely nervous reactions to this retreat. The rise of Islamism reflects little more than the profound lack of self-awareness and constructive real-life options for many young Muslims. For all the supposed glory and dynamism in the eyes of its acolytes, it is little more than the desperate act to paint a house in seemingly resplendent colors, while the house itself is about to topple onto itself. But no doubt about it, the collapse of a house is a dangerous matter — and not just for its residents. (…)  As far as I can tell, the “clash of civilizations” seized upon by the late Samuel Huntington has long become reality. But it is important to realize that it takes place not only between Islam and the West, as many suspected it, but also within the Islamic world itself. It is an inner-Islamic clash between individualism and conformity pressure, between continuity and innovation, modernity and the past. (…) Perversely, but predictably, the directly related lack of economic productivity and the growing popular discontent over the inability to tap into a gainful economic life help the radical Islamists to advance their cause. (…) When it comes to the future of Islam, I fear that the road to transformation and modernization will only be reached following a period of collapse. This is especially true in the Arab world, where the prospects for both regional and global advancement appear rather daunting, if not — for now — illusory. A rapidly growing, poor and oppressed population, a lagging educational sector, shrinking oil reserves and drastic climate change undermine any prospects for economic progress. In addition, these factors further intensify the existing regional and religious conflicts. The net effect of this could well be an increasing loss of relevance and authority of the state itself, which could lead to a significant spread of violence. The civil wars in Afghanistan, Iraq, Algeria, Pakistan, Somalia and Sudan are just the beginning of it — although already a most ominous one. The present form of spiritual and material calcification leads me to make a prediction: Many Islamic countries will tumble, and Islam will have a hard time surviving as a political and social idea, and as a culture. What this does to the world community is difficult to assess. However, it is quite clear that this disintegration will result in one of the largest migrations in history. (And this is precisely where the circle of fear is getting closed again — from New York to Germany.) The downfall of the Islamic world would automatically mean that the waves of migration to Europe would increase significantly. For young Muslim immigrants, fleeing poverty and terrorism, Europe does indeed represent a hope for them, as does the United States. Still, they will not manage to shed themselves of their friend-foe thinking. They will migrate into a continent that they by and large despise — and that they hold responsible for their plight. Worse, neither the recipient country’s government institutions nor the long-established Muslim immigrants there can help them to integrate themselves. The spreading violence that came to the fore in the wake of the downfall of their home countries will simply be outsourced, mainly to Europe, because of its non-shielded immigrant situation. Saying so has nothing to do with scaremongering, but is an act of recognizing what’s real. In the ultimate analysis, it is the natural result of the imbalance in the world in which we live. The many sins of the West and the corresponding failures of the Islamic world itself, which are already the stuff of history for centuries, will become very visible again. This is the downside of the globalization process. Hard times await us on both sides of the Mediterranean Sea. Meanwhile, we are all running out of time. Hamed Abdel-Samad
Les musulmans ne cessent de se vanter d’avoir transmis la civilisation grecque et romaine aux Occidentaux, mais s’ils étaient vraiment porteurs de cette civilisation pourquoi ne l’ont-ils pas préservée, valorisée et enrichie afin d’en tirer le meilleur profit ? (…)  les diverses cultures contemporaines se fécondent mutuellement et s’épanouissent tout en se faisant concurrence, alors que la culture islamique demeure pétrifiée et hermétiquement fermée à la culture occidentale qu’elle qualifie et accuse d’être infidèle? (…) le caractère infidèle de la civilisation occidentale n’empêche pas les musulmans de jouir de ses réalisations et de ses produits, particulièrement dans les domaines scientifiques, technologiques et médicaux. Ils en jouissent sans réaliser qu’ils ont raté le train de la modernité lequel est opéré et conduit par les infidèles sans contribution aucune des musulmans, au point que ces derniers sont devenus un poids mort pour l’Occident et pour l’humanité entière. (…) comment l’élite éclairée dans le monde islamique et arabe saura-t-elle affronter cette réalité ? Hamed Abdel-Samad

Islam incapable de prendre le virage de la modernité, absence de structures économiques assurant un réel développement, absence d’un système éducatif efficace, limitation sévère de la créativité intellectuelle  …

Alors qu’avance chaque jour un peu plus dans les marges de nos villes la contre-colonisation islamique …

Et qu’alimentées, de la Syrie à l’Afrique, par les pires conflits de la planète, les vagues d’immigration sauvages et massives prophétisées par Jean Raspail ont déjà commencé à atteindre nos rivages …

Pendant qu’entre Mohamed Merah en France et son possible émule il y  a une semaine à Bruxelles, les « soldats perdus du jihad » ont peut-être déjà commencé eux aussi à rapatrier leur violence dans nos centre-villes …

Et qu’après le discours de vérité de Benoit XVI sur l’islam et face à l’inquiétude qui monte de nos populations de souche, le Pape François comme nos belles âmes et nos médias nous ramènent à l’apaisement le plus servile …

Petite remise des pendules à l’heure avec l’universitaire égypto-allemand Hamed Abd el Samad

Qui, bien solitaire et au péril de sa vie, rappelait il y a trois ans  le caractère illusoire de l’apparente résurgence du monde islamique ..

Et confirmant, après le fameux rapport des Nations Unies d’il y a douze ans, les analyses tant critiquées de Huntington sur le choc des civilisations comme le lien décrit par René Girard entre l’exaspération et la disparition prochaine d’un phénomène …

Montrait que ledit conflit se joue aussi à l’intérieur du monde musulman lui-même et prédisait un effondrement dans les décennies à venir de la Maison-islam …

Aussi nécessaire et salutaire qu’hélas hautement risqué et dangereux …

Et ce pas seulement pour ses résidents …

Un universitaire égyptien prédit l’effondrement du monde musulman
Un article paru le 1er décembre 2010 dans le journal Al Marsd au sujet d’un livre du politologue allemand d’origine égyptienne, Abdel-Samad.

Abdel-Samad avait prédit, avant le déclenchement des révolutions arabes, l’effondrement du monde musulman sous le poids d’un islam incapable de prendre le virage de la modernité, et l’immigration massive vers l’Occident qui s’en suivrait.L’Occident a intérêt à soutenir les forces laïques et démocratiques dans le monde musulman. Et chez nous, il faut encourager la critique de l’islam au lieu de la réprimer sous prétexte de discours de haine. En apaisant les islamistes et en accommodant leurs demandes obscurantistes dans nos institutions, on ne fait que retarder un processus qui serait salutaire pour les musulmans eux-mêmes, et pour l’humanité.

Hamed Abd el Samad, chercheur et professeur d’université résidant en Allemagne, a publié en décembre 2010 un ouvrage qu’il a intitulé «la chute du monde islamique». Dans son livre il pose un diagnostic sans concessions sur l’ampleur de la catastrophe qui frappera le monde islamique au cours des trente prochaines années. L’auteur s’attend à ce que cet évènement coïncide avec le tarissement prévisible des puits de pétrole au Moyen-Orient. La désertification progressive contribuerait également au marasme économique tandis qu’on assistera à une exacerbation des nombreux conflits ethniques, religieux et économiques qui ont actuellement cours. Ces désordres s’accompagneront de mouvements massifs de population avec une recrudescence des mouvements migratoires vers l’Occident, particulièrement en direction de l’Europe.

Fort de sa connaissance de la réalité du monde islamique, le professeur Abd el Samad en est venu à cette vision pessimiste. L’arriération intellectuelle, l’immobilisme économique et social, le blocage sur les plans religieux et politiques sont d’après lui les causes principales de la catastrophe appréhendée. Ses origines remontent à un millénaire et elle est en lien avec l’incapacité de l’islam d’offrir des réponses nouvelles ou créatives pour le bénéfice de l’humanité en général et pour ses adeptes en particulier.

À moins d’un miracle ou d’un changement de cap aussi radical que salutaire, Abd el Samad croit que l’effondrement du monde islamique connaîtra son point culminant durant les deux prochaines décennies. L’auteur égyptien a relevé plusieurs éléments lui permettant d’émettre un tel pronostic :

Absence de structures économiques assurant un réel développement
Absence d’un système éducatif efficace
Limitation sévère de la créativité intellectuelle

Ces déficiences ont fragilisé à l’extrême l’édifice du monde islamique, le prédisposant par conséquent à l’effondrement. Le processus de désintégration comme on l’a vu plus haut a débuté depuis longtemps et on serait rendu actuellement à la phase terminale.

L’auteur ne ménage pas ses critiques à l’égard des musulmans : «Ils ne cessent de se vanter d’avoir transmis la civilisation grecque et romaine aux Occidentaux, mais s’ils étaient vraiment porteurs de cette civilisation pourquoi ne l’ont-ils pas préservée, valorisée et enrichie afin d’en tirer le meilleur profit ?» Et il pousse le questionnement d’un cran : «Pourquoi les diverses cultures contemporaines se fécondent mutuellement et s’épanouissent tout en se faisant concurrence, alors que la culture islamique demeure pétrifiée et hermétiquement fermée à la culture occidentale qu’elle qualifie et accuse d’être infidèle?» Et il ajoute : «le caractère infidèle de la civilisation occidentale n’empêche pas les musulmans de jouir de ses réalisations et de ses produits, particulièrement dans les domaines scientifiques, technologiques et médicaux. Ils en jouissent sans réaliser qu’ils ont raté le train de la modernité lequel est opéré et conduit par les infidèles sans contribution aucune des musulmans, au point que ces derniers sont devenus un poids mort pour l’Occident et pour l’humanité entière.»

L’auteur constate l’impossibilité de réformer l’islam tant que la critique du coran, de ses concepts, de ses principes et de son enseignement demeure taboue ; cet état de fait empêche tout progrès, stérilise la pensée et paralyse toute initiative. S’attaquant indirectement au coran. l’auteur se demande quels changements profonds peut-on s’attendre de la part de populations qui sacralisent des textes figés et stériles et qui continuent de croire qu’ils sont valables pour tous les temps et tous les lieux. Ce blocage n’empêche pas les leaders religieux de répéter avec vantardise et arrogance que les musulmans sont le meilleur de l’humanité, que les non-musulmans sont méprisables et ne méritent pas de vivre ! L’ampleur de la schizophrénie qui affecte l’oumma islamique est remarquable.

L’auteur s’interroge : «comment l’élite éclairée dans le monde islamique et arabe saura-t-elle affronter cette réalité ? Malgré le pessimisme qui sévit parmi les penseurs musulmans libéraux, ceux-ci conservent une lueur d’espoir qui les autorise à réclamer qu’une autocritique se fasse dans un premier temps avec franchise, loin du mensonge, de l’hypocrisie, de la dissimulation et de l’orgueil mal placé. Cet effort doit être accompagné de la volonté de se réconcilier avec les autres en reconnaissant et respectant leur supériorité sur le plan civilisationnel et leurs contributions sur les plans scientifiques et technologiques. Le monde islamique doit prendre conscience de sa faiblesse et doit rechercher les causes de son arriération, de son échec et de sa misère en toute franchise afin de trouver un remède à ses maux.

Le professeur Abd el Samad ne perçoit aucune solution magique à la situation de l’oumma islamique tant que celle-ci restera attachée à la charia qui asservit, stérilise les esprits, divise le monde entre croyants musulmans et infidèles non-musulmans ; entre dar el islam et dar el harb (les pays islamiques et les pays à conquérir). L’auteur croit qu’il est impossible pour l’oumma islamique de progresser et d’innover avant qu’elle ne se libère de ses démons, de ses complexes, de ses interdits et avant qu’elle ne transforme l’islam en religion purement spirituelle invitant ses adeptes à une relation personnelle avec le créateur sans interférence de la part de quiconque fusse un prophète, un individu, une institution ou une mafia religieuse dans sa pratique de la religion ou dans sa vie quotidienne.

Source : أستاذ جامعي مصري يتنبأ بسقوط العالم الإسلامي خلال 30 سنة, Al-Masrd, 1 décembre 2010. Traduction de l’arabe par Hélios d’Alexandrie

Voir aussi:

Globalization and the Pending Collapse of the Islamic World

With which tools can Islam, in the eyes of the Islamists, actually conquer the world of today? Or can it?
Hamed Abdel-Samad

The Globalist

September 15, 2010

In the western world, an astounding number of people believe that Islam is overpowering and on the rise. Demographic trends, along with bloody attacks and shrill tones of Islamist fundamentalists, seem to confirm that notion.

In reality, however, it is the Islamic world which feels on the defensive and determined to protest vehemently against what it perceives as a western, aggressive style of power politics, including in the economic sphere.

In short, a stunning pattern of asymmetric communication and mutual paranoia determines the relationship between (Muslim) East and (Christian) West — and has done so for generations.

Regarding Islam, I think that in its present condition it may be many things, except for one — that it is powerful. Indeed, I view today’s Islam as seriously ill — and, both culturally and socially, as in retreat.

It can offer few, if any, constructive answers to the questions of the 21st century and instead barricades itself behind a wall of anger and protest.

The religiously motivated violence, the growing Islamization of public space and the insistence on the visibility of Muslim symbols are merely nervous reactions to this retreat.

The rise of Islamism reflects little more than the profound lack of self-awareness and constructive real-life options for many young Muslims.

For all the supposed glory and dynamism in the eyes of its acolytes, it is little more than the desperate act to paint a house in seemingly resplendent colors, while the house itself is about to topple onto itself.

But no doubt about it, the collapse of a house is a dangerous matter — and not just for its residents.

The key question is this: With which tools can Islam, in the eyes of the Islamists, actually conquer the world of today? After all, in the era of nanotechnology, demographics alone is no longer sufficient to determine the fate of the world.

To the contrary, the rise of half-educated masses without any real prospects for economic and social advancement in too many Muslim countries, in my view, is more of a burden on Islam than on the West.

True, there is a widespread trend which has much of the Islamic world disassociate itself from secular and scientific knowledge in a drastic manner — and which chooses to adopt a profoundly irreconcilable attitude to the spirit of modernity.

At the same time, for all their presumed backwardness and lack of perspective, young Muslims in many countries undergo a distinct individualization process.

True, that development primarily concerns those who are quite intense users of the Internet and who, depending on their personal financial situation, also tend to be devoted to buying modern consumer goods.

Either way, the outcome is a profound shift from the pre-Internet past: They no longer trust the old traditional structures.

These trends can ultimately bring about one of two possible outcomes — a move toward democratization or a step back toward mass fanaticism and violence.

Which outcome it will be depends first and foremost on the frameworks in which these young individuals find themselves.

What is as perplexing as it is remarkable is that, in key countries such as Iran and Egypt, the trend toward radicalization and the opposite outcome of young people managing to free themselves from outdated structures occur simultaneously.

Meanwhile, the battle lines between these two opposing outcomes have hardened more than ever before — and a bitter confrontation has become inevitable.

As far as I can tell, the “clash of civilizations” seized upon by the late Samuel Huntington has long become reality. But it is important to realize that it takes place not only between Islam and the West, as many suspected it, but also within the Islamic world itself.

It is an inner-Islamic clash between individualism and conformity pressure, between continuity and innovation, modernity and the past.

It would be naïve to assume that real political reform — and, along with it, a modernizing reform of Islam — are anything but in the rather distant future.

That will be the case as long as the education systems still favor pure loyalty over freer forms of thinking.

Perversely, but predictably, the directly related lack of economic productivity and the growing popular discontent over the inability to tap into a gainful economic life help the radical Islamists to advance their cause.

Even in the socially and politically better-off Gulf countries, the process of opening up is primarily undertaken by « virtue » of introducing modern consumer culture — rather than as a dynamic renewal of thought. (Hello China.)

The so-called reformers of Islam still dare not approach the fundamental problems of culture and religion. Reform debates are triggered frequently, but never completed.

Hardly anyone asks, “Is there possibly a fundamental shortcoming of our faith?” Hardly anyone dares to attack the sanctity of the Koran.

The Muslim World and the Titanic

Does Islam share the same fate as the Titanic?
Hamed Abdel-Samad

The Globalist

September 16, 2010

Comparing the Muslim world of today with the Titanic just before its sinking, some powerful parallels come to mind — sadly so.

That ship was all alone in the ocean, was considered invincible by its proud makers and yet suddenly became irredeemably tarnished in its oversized ambitions. Within a few seconds, it moved in its self-perception from world dominator to sailing helplessly in the icy ocean of modernity, without any concept of where a rescue crew could come from.

The passengers in the third-class cabins remained asleep, effectively imprisoned, clueless about the looming catastrophe. The rich, meanwhile, managed to rescue themselves in the few lifeboats that were available, while the traveling clergy excelled with heartfelt but empty appeals to those caught in between not to give up fighting.

The so-called Islamic reformers remind me of the salon orchestra, which — in a heroic display of giving the passengers the illusion of normalcy — continued to play on the deck of the Titanic until it went down. Likewise, the reformers are playing an alluring melody, but know full well that no one is listening anyway.

All around the world, we live in times of significant global transformation. The disorienting pressures stemming from that need find a real-life expression in such events as the fight in New York City over the location of a mosque, the abandoned burning of Korans in Florida, or German debates about the presumed economic inferiority of Muslim immigrants (advanced by a central banker, who has since resigned from office).

When it comes to the future of Islam, I fear that the road to transformation and modernization will only be reached following a period of collapse.

This is especially true in the Arab world, where the prospects for both regional and global advancement appear rather daunting, if not — for now — illusory.

A rapidly growing, poor and oppressed population, a lagging educational sector, shrinking oil reserves and drastic climate change undermine any prospects for economic progress. In addition, these factors further intensify the existing regional and religious conflicts.

The net effect of this could well be an increasing loss of relevance and authority of the state itself, which could lead to a significant spread of violence.

The civil wars in Afghanistan, Iraq, Algeria, Pakistan, Somalia and Sudan are just the beginning of it — although already a most ominous one.

The present form of spiritual and material calcification leads me to make a prediction: Many Islamic countries will tumble, and Islam will have a hard time surviving as a political and social idea, and as a culture.

What this does to the world community is difficult to assess. However, it is quite clear that this disintegration will result in one of the largest migrations in history. (And this is precisely where the circle of fear is getting closed again — from New York to Germany.)

The downfall of the Islamic world would automatically mean that the waves of migration to Europe would increase significantly. For young Muslim immigrants, fleeing poverty and terrorism, Europe does indeed represent a hope for them, as does the United States.

Still, they will not manage to shed themselves of their friend-foe thinking. They will migrate into a continent that they by and large despise — and that they hold responsible for their plight.

Worse, neither the recipient country’s government institutions nor the long-established Muslim immigrants there can help them to integrate themselves.

The spreading violence that came to the fore in the wake of the downfall of their home countries will simply be outsourced, mainly to Europe, because of its non-shielded immigrant situation.

Saying so has nothing to do with scaremongering, but is an act of recognizing what’s real. In the ultimate analysis, it is the natural result of the imbalance in the world in which we live.

The many sins of the West and the corresponding failures of the Islamic world itself, which are already the stuff of history for centuries, will become very visible again.

This is the downside of the globalization process. Hard times await us on both sides of the Mediterranean Sea. Meanwhile, we are all running out of time.

Voir également:

L’islamisme probablement condamné à disparaître
Daniel Pipes
The Washington Times
22 juillet 2013

Version originale anglaise: Islamism’s Likely Doom
Adaptation française: Johan Bourlard

Pas plus tard qu’en 2012, les islamistes semblaient pouvoir coopérer en surmontant leurs nombreuses dissensions internes – religieuses (sunnites et chiites), politiques (monarchistes et républicains), tactiques (politiques et violentes), ou encore sur l’attitude face à la modernité (salafistes et Frères musulmans). En Tunisie, par exemple, les salafistes et les Frères musulmans (FM) ont trouvé un terrain d’entente. Les différences entre tous ces groupes étaient réelles mais secondaires car, comme je le disais alors, « tous les islamistes poussent dans la même direction, vers l’application pleine et sévère de la loi islamique (la charia) ».

Ce genre de coopération se poursuit à un niveau relativement modeste, comme on a pu le voir lors de la rencontre entre un membre du parti au pouvoir en Turquie et le chef d’une organisation salafiste en Allemagne. Mais ces derniers mois, les islamistes sont entrés subitement et massivement en conflit les uns avec les autres. Même s’ils constituent toujours un mouvement à part entière caractérisé par des objectifs hégémoniques et utopistes, les islamistes diffèrent entre eux quant à leurs troupes, leurs appartenances ethniques, leurs méthodes et leurs philosophies.

Les luttes intestines que se livrent les islamistes ont éclaté dans plusieurs autres pays à majorité musulmane. Ainsi, on peut observer des tensions entre sunnites et chiites dans l’opposition entre la Turquie et l’Iran due aussi à des approches différentes de l’islamisme. Au Liban, on assiste à une double lutte, d’une part entre sunnites et islamistes chiites et d’autre part entre islamistes sunnites et l’armée. En Syrie c’est la lutte des sunnites contre les islamistes chiites, comme en Irak. En Égypte, on voit les islamistes sunnites contre les chiites alors qu’au Yémen ce sont les houthistes qui s’opposent aux salafistes.

La plupart du temps, toutefois, ce sont les membres d’une même secte qui s’affrontent : Khamenei contre Ahmadinejad en Iran, l’AKP contre les Gülenistes en Turquie, Asa’ib Ahl al-Haq contre Moqtada al-Sadr en Irak, la monarchie contre les Frères musulmans en Arabie Saoudite, le Front islamique de libération contre le Front al-Nosra en Syrie, les Frères musulmans égyptiens contre le Hamas au sujet des hostilités avec Israël, les Frères musulmans contre les salafistes en Égypte, ou encore le choc entre deux idéologues et hommes politiques de premier plan, Omar el-Béchir contre Hassan al-Tourabi au Soudan. En Tunisie, les salafistes (dénommés Ansar al-charia) combattent l’organisation de type Frères musulmans (dénommée Ennahda).

Des différences apparemment mineures peuvent revêtir un caractère complexe. À titre d’exemple, essayons de suivre le récit énigmatique d’un journal de Beyrouth à propos des hostilités à Tripoli, ville du nord du Liban :

Des heurts entre les différents groupes islamistes à Tripoli, divisés entre les mouvements politiques du 8 Mars et du 14 Mars, sont en recrudescence. … Depuis l’assassinat, en octobre, du Général de Brigade Wissam al-Hassan, figure de proue du mouvement du 14 Mars et chef du service des renseignements, des différends entre groupes islamistes à Tripoli ont abouti à une confrontation majeure, surtout après le meurtre du cheikh Abdel-Razzak al-Asmar, un représentant du Mouvement d’unification islamique, quelques heures seulement après la mort d’al-Hassan. Le cheikh a été tué par balles… pendant un échange de tirs survenu lorsque des partisans de Kanaan Naji, islamiste indépendant associé à la Rencontre nationale islamique, ont tenté de s’emparer du quartier général du Mouvement d’unification islamique.

Cet état de fragmentation rappelle les divisions que connaissaient, dans les années 1950, les nationalistes panarabes. Ces derniers aspiraient à l’unification de tous les peuples arabophones « du Golfe [Persique] à l’Océan [Atlantique] » pour reprendre l’expression d’alors. Malgré la grandeur de ce rêve, ses leaders se sont brouillés au moment où le mouvement grandissait, condamnant un nationalisme panarabe qui a fini par s’effondrer sous le poids d’affrontements entre factions toujours plus morcelées. Parmi ces conflits, on note :

Gamal Abdel Nasser en Égypte contre les partis Baas (ou Ba’ath) au pouvoir en Syrie et en Irak.
Le parti Baas syrien contre le parti Baas irakien.
Les baasistes syriens sunnites contre les baasistes syriens alaouites.
Les baasistes syriens alaouites jadidistes contre les baasistes syriens alaouites assadistes.

Et ainsi de suite. En réalité tous les efforts en vue de former une union arabe ont échoué – en particulier la République arabe unie rassemblant l’Égypte et la Syrie (1958-1961) mais également des tentatives plus modestes comme la Fédération arabe (1958), les États arabes unis (1958-1961), la Fédération des Républiques arabes (1972-1977), la domination syrienne du Liban (1976-2005) et l’annexion du Koweït par l’Irak (1990-1991).

Reflet de modèles bien ancrés au Moyen-Orient, les dissensions qui surgissent parmi les islamistes les empêchent en outre de travailler ensemble. Une fois que le mouvement émerge, que ses membres accèdent au pouvoir et l’exercent réellement, les divisions deviennent de plus en plus profondes. Les rivalités, masquées quand les islamistes languissent dans l’opposition, se dévoilent quand ils conquièrent le pouvoir.

Si les tendances à la fragmentation perdurent, le mouvement islamiste sera condamné, comme le fascisme et le communisme, à n’être rien de plus qu’une menace pour la civilisation, capable de causer des dommages considérables mais sans jamais pouvoir triompher. Ce frein potentiel au pouvoir islamiste, devenu manifeste seulement en 2013, ouvre la voie à l’optimisme mais pas à la complaisance. Même si les choses semblent meilleures qu’il y a un an, la tendance peut à nouveau s’inverser rapidement. La tâche ardue qui consiste à vaincre l’islamisme demeure une priorité.

Addendum, 22 juillet 2013. Les subdivisions parmi les nationalistes panarabes des années 1950 me rappellent une parodie du comédien américain Emo Philips (légèrement adaptée pour la lecture) :

Un jour, j’ai vu un type sur un pont, prêt à sauter.

Je lui ai dit. « Ne fais pas ça ! ». Il a répondu : « Personne ne m’aime. »

« Dieu t’aime. Crois-tu en Dieu ? ». Il a répondu : « Oui. »

« Moi aussi ! Es-tu juif ou chrétien ? » Il a répondu : « Chrétien. »

« Moi aussi ! Protestant ou catholique ? » Il a répondu : « Protestant. »

« Moi aussi ! Quelle dénomination ? » Il a répondu : « Baptiste. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord ou du Sud? » Il a répondu : « Baptiste du Nord. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord conservateur ou libéral ? » Il a répondu : « Baptiste du Nord conservateur. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs ou de l’Est ? » Il a répondu : « Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs du Conseil de 1879 ou du Conseil de 1912 ? » Il a répondu : « Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs du Conseil de 1912. »

J’ai répondu : « Meurs, hérétique ! » Et je l’ai poussé en bas du pont.

Voir encore:

Le monde arabe est en phase d’effondrement total
Guy Millière
Dreuz.info
02 août 2012

Le discours de Mitt Romney à Jérusalem, et les déclarations à la presse qui l’ont accompagné n’en finissent décidément pas de faire des vagues. Mitt Romney a parlé du fait que le développement économique et la liberté qui règnent en Israël étaient dues à la culture, et que les handicaps qui marquent le monde musulman et qui touchent les « Palestiniens » auraient aussi une dimension culturelle. Des accusations de racisme ont aussitôt commencé à fuser.

Les gens qui profèrent ces accusations sont-ils si idiots qu’ils confondent race et culture ? Pensent-ils vraiment qu’un Africain noir né chrétien et qui se convertit à l’islam change de race, ou qu’un Suédois blond devenu musulman va soudain devenir un Arabe du Proche-Orient ? Je ne peux imaginer que ces gens sont des idiots, je les pense plutôt pervers et imprégnés de haine envers la réussite. Et je les considère animés d’une aversion envers ce qui peut permettre au genre humain de s’émanciper et de s’accomplir.

L’une des notions économiques essentielles développées ces dernières années par des économistes qui vont de David Landes, auteur de « La richesse et la pauvreté des nations », un livre fondamental, à Thomas Sowell auteur de Migrations and Cultures, Race and Cultures, et Conquests and Cultures, de Lawrence Harrison, auteur de Underdevelopment Is A State of Mind à Samuel Huntington, auteur avec Harrison de Culture Matters, est celle de « capital culturel ». J’ai moi-même introduit et exposé l’importance de cette notion dans La Septième dimension.

Ignorer cette notion est ne rien comprendre au monde contemporain et, dans un contexte de guerre, de famines et de fanatisme, il est criminel de ne rien comprendre au monde contemporain.

Oui, certaines cultures sont plus propices que d’autres au développement économique et à la liberté sous toutes ses formes, et, n’en déplaise aux relativistes, la culture juive est une culture particulièrement propice.

La culture du christianisme protestant est plus propice au développement économique et à la liberté que la culture du christianisme catholique, et lorsque des substrats culturels viennent s’ajouter, tels le caudillisme en Amérique latine, les handicaps peuvent devenir écrasants.

Oui, les cultures marquées par le confucianisme peuvent susciter le développement économique, mais se trouver confrontées à des obstacles lorsqu’il s’agit de liberté, et cela explique les difficultés de sociétés asiatiques à passer à un fonctionnement post-industriel et post-asiatique.

Et oui, hélas, le monde musulman, et en lui tout particulièrement le monde arabe, sont dans une situation de blocage culturel qui ne cesse de s’aggraver et prennent des allures cataclysmiques.

Le monde arabe est aujourd’hui dans une phase d’effondrement économique qui s’accompagne d’un effondrement de ses structures politiques et d’une destruction de ses repères culturels. Il ne reste au milieu des décombres qu’une infime minorité de gens ouverts à l’esprit de civilisation et aux sociétés ouvertes, et une immense déferlante islamiste où se mêlent dans le ressentiment, le sectarisme et le tribalisme des gens désireux de revenir à une lecture littéraliste du Coran, des radicaux mélangeant Coran et texte de Marx, Lénine ou Franz Fanon, d’autres qui relisent leurs textes sacrés à la lumière noire de Hitler.

Cet effondrement ne fait que commencer. Il va se poursuivre. La situation qui prévaut en Syrie n’en est qu’un fragment. D’autres fragments sont visibles en Libye, dans le Nord du Mali, au Nigeria où agissent les Boko Haram, en Somalie, au Soudan, au Yemen.

Il est criminel de ne pas le comprendre. C’est suicidaire aussi.

La Russie et la Chine essaient cyniquement de voir quels avantages elles peuvent tirer de l’effondrement et en quoi il peut leur permettre de parasiter le monde occidental.

Les dirigeants européens s’essaient à rafistoler une zone euro et une Union Européenne qui sont elles-mêmes au bord de l’effondrement, et font semblant de croire encore aux « promesses du printemps arabe ». Manuel Valls, qui sortait sans doute d’un hôpital où il venait de subir une lobotomie, a parlé le 6 juillet en inaugurant de manière très laïque une mosquée à Cergy Pontoise de l’islam contemporain comme de l’hériter de celui de Cordoue où foisonnait la connaissance.

Les dirigeants européens entendent aussi flatter les « Palestiniens » : s’ils ouvraient les yeux (c’est impossible, je sais), et s’ils actionnaient leurs neurones (ce qui est plus impossible encore, je ne l’ignore pas), ils discerneraient que le « mouvement palestinien » est en train de mourir et ne survit que grâce aux injections financières européennes et, pour partie, américaines. Ils discerneraient que le « mouvement palestinien » s’est développé dans les années mille neuf cent soixante quand le nationalisme arabe était soutenu par l’Union Soviétique. L’Union Soviétique n’existe plus. Le nationalisme arabe agonise dans les décombres de Damas.

Les membres de l’administration Obama font preuve d’autant de stupidité que les dirigeants européens. C’est pour cela qu’on les aime bien en Europe.

C’est ainsi en tout cas : les dirigeants de l’Autorité Palestinienne ne représentent plus rien que leur propre imposture et le rôle que les Européens et l’administration Obama veulent bien leur accorder par pur crétinisme.

Le Hamas régit la bande de Gaza qui va peu à peu se fondre dans l’Egypte islamiste et délabrée. Et le Hamas est prêt à s’emparer de l’Autorité Palestinienne. Or, le Hamas n’en a que faire d’un « Etat palestinien » : il rêve de califat. Il raisonne en termes de dar el islam et de dar el harb. Il n’en a rien à faire de la Judée-Samarie que ses larbins appellent Cisjordanie. Il fait partie intégrante de la déferlante islamiste présente.

Au terme de la tempête qui prend forme, le monde musulman sera en ruines, décomposé, chaotique. Une recomposition s’enclenchera peut-être. Il n’y aura pas de place dans cette reconstruction pour l’Autorité Palestinienne. Il n’y en aura pas pour le nationalisme arabe.

Il y aura une place pour Israël, le seul pays qui a les moyens de surnager au milieu de ce grand océan de tourbe.

Je ne sais s’il y aura une place pour l’Europe. Je dois dire que j’en doute.

Je veux espérer qu’il y aura une place pour les Etats-Unis. Ce sera l’un des enjeux de l’élection de novembre prochain. Dois-je dire que j’espère très vivement que Mitt Romney sera élu. Les Etats-Unis ont besoin d’un Président à la Maison Blanche. Et si ce Président comprend non seulement les vertus du libre marché, mais aussi l’importance du capital culturel, c’est un atout supplémentaire.

Voir encore:

L’effondrement de la Civilisation arabe?

Thérèse Zrihen-Dvir

Le 14 Février, 2011

(Inspiré de l’étude de Michael Fraley),

Il y a cinq ans environ, le lieutenant colonel James G. Lacey, publiait un article dans le journal : Marine Institute: Démarches: « L’effondrement Imminent de la Civilisation Arabe ».  » Il y contestait les conclusions de deux livres qui avaient particulièrement influencé la récente politique étrangère et la grande stratégie : La Crise de L’Islam : Guerre Sainte et Terreur Impie, par Bernard Lewis – et « Le Choc des Civilisations et restructuration de l’ordre Mondial, par Samuel P. Huntington.

Il déclarait dans son article : Une compréhension plus perspicace des événements nous dirige vers la conclusion que la civilisation arabe (pas les musulmans) tend à s’effondrer, et par coïncidence la majorité arabe est musulmane. Tout comme la chute de l’empire romain entraina l’effondrement de l’Europe occidentale, sans pour cela effriter le Christianisme.

Sa thèse souligne que, tandis que l’Islam lui-même continue de s’accroître et de prospérer autour du monde (en effet, il poursuit assidûment des percées intelligentes au sein des états occidentaux), comme il fut le cas spécialement dans le monde arabe, là où l’ont notait des troubles de décomposition de civilisation.

Mais Lacey n’est pas le seul – Azmi Bashara écrivait en 2003, dans le journal Al-Ahram, du Caire : Les arabes … sont dans un état double de délabrement qui défie l’esprit même de ceux qui espéraient un été chaud de décadence poste-guerre… La nation (Arabe) sera divisée entre ceux qui dansent à chaque battement de scandale et défaite, et ceux qui se font exploser pour devenir le gong assourdissant et rebondissant des rites religieux.

Écrivant sur le journal Wall Street, Fouad Ajami entamait son article « Autocratie et le déclin des Arabes », par cette étrange vision : « Je me suis senti si jaloux, » disait Abdulmonem Ibrahim, un jeune activiste politicien, sur les récentes émeutes en Iran. « Nous sommes confondus par l’organisation et la diligence par laquelle le mouvement iranien opère. En Égypte, chacun peut compter le nombre d’activistes sur une main. » Ce degré d' »envier l’Iran » nous cite l’état de stagnation des politiques arabes. La révolution iranienne n’est guère plaisante, mais elle rend son dû aux iraniens : ils ont foncé dans les rues pour contester le mandat des théocrates.

Maintenant que Moubarak a été déposé, la question que nous nous posons tous : était-ce en effet la victoire du peuple de l’Égypte, ou une victoire des islamistes radicaux? »

L’effondrement d’une civilisation ?

Les troubles récents dans le monde arabe, révèlent l’insatisfaction des peuples qui se sont érigés depuis plusieurs dizaines d’années. Mais est-ce bien plus profond et plus ample qu’une série d’insurrections? Maintenant que le siège historique de la puissante culture arabe a été basculé, est-ce l’indication d’un renouvellement ou d’une décomposition de la civilisation dans son ensemble? Colonel Lacey avait prédit les soulèvements actuels traitant le cas de ces événements comme les signes précurseurs de la fin de l’ère arabe. Il reste toutefois une revendication monumentale et Lacey reconnait le scepticisme que cette revendication rencontrera.

La question qui suit est : comment se fait-il que le monde libre n’ait pas identifié et prévu l’effondrement d’une civilisation entière? La réponse est simple, aucune personne vivante n’a jamais assisté à un phénomène pareil. L’effondrement d’une civilisation n’a réellement tenu place que durant l’époque de l’obscurantisme. L’effondrement d’une civilisation s’étend sur de nombreuses années et s’effectue presque imperceptiblement dans la mare des événements quotidiens.

Les graines d’un tel effondrement, si c’est bien ce que nous voyons, pourraient avoir été ensemencées il y 600 ans, selon Lacey, avec l’aube de la Renaissance dans toute l’Europe Occidentale. Toutefois, il est fort possible que le sort de la civilisation arabe ait été fixé deux siècles plus tôt, avec l’exil de Ibn Rushd (plus connu en Occident sous Averroes).

Voies différentes

À un temps lorsque les philosophes occidentaux se mesuraient à des questions d’ontologie (la nature d’être) et d’épistémologie (théorie de la connaissance), les califes des états arabes et leurs universitaires choisis manipulaient les débats philosophiques différemment, comme ils n’ont jamais cessé de le faire d’ailleurs: par des accusations d’infidélité aux écritures, des peines d’incarcération, l’exil, et peine de mort. Ibn Rushd contestait la pensée dominante d’Al Ghazali (1059-1111) adoptant plutôt la tradition d’Ibn Sina, philosophe islamique persan du 11ème siècle.

Yousif Fajr Raslan écrivait : Endigué par la résistance aveugle des académiciens du calife, Ibn Rushd tourna vers la philosophie grecque, où il trouva son idéal chez Aristote… Il appliqua le raisonnement rational de la théologie, approche qui souleva ses collègues contre lui et contre la philosophie dans son ensemble, pour ne pas mentionner leur haine particulière envers les philosophes grecques. Ibn Rushd fut banni, mettant fin à tout espoir de renouveau philosophique et introduction de rationalité historique dans la culture arabe.

Les philosophes occidentaux avaient traversé la Renaissance et les périodes d’empirisme, développant la « méthode scientifique ». Les grands penseurs occidentaux, depuis Thomas Aquinas avaient débattu le thème des relations entre la métaphysique et le physique, de concert avec les issues autoritaires et la recherche de la vérité. Les académiciens éclairés chrétiens et séculiers ensemble présentaient des idées de « loi naturelle », droits de propriété, et « contrat social ».

Les érudits arabes, en revanche, soutenaient Ibn Khaldun (1332-1406) né dans ce qui est couramment connu aujourd’hui, la Tunisie moderne, le considérant comme l’un des plus grands penseurs politiques. Sa définition du gouvernement en tant « qu’une institution qui empêche l’injustice autre qu’elle ne la garantie » domine encore la pensée politique arabe.

Choix politiques

Si Lacey disait vrai, et nous sommes réellement les témoins de l’effondrement de la civilisation arabe dans son ensemble, cela n’augure rien de bon pour l’Occident. Les pouvoirs capables et prêts à combler le vide ne sont ni disposés, ni passifs dans leur attitude envers les pays de l’Occident. Ce qui se développe en Égypte pourrait bien présager ce qui se passera dans le reste du monde arabe. La question clef est la suivant : est-ce que l’influence occidentale a été suffisamment instillée chez les égyptiens, au point de les converger vers une démocratie légitime et durable? Sinon, nous verrons probablement une répétition du scénario iranien des années 1970, pas seulement en Egypte, mais dans le monde arabe entier.

Le Colonel Lacey nous a présenté le cas du déclin de la civilisation arabe selon le modèle de la guerre froide: plus précisément, par la tactique de la restriction. Jusqu’à présent, les USA ont largement abusé de cette grande stratégie. Malheureusement, les maladresses de l’administration américaine et ses réactions tempérées face aux événements de l’Égypte, risque de leur faire perdre l’allié le plus important de la région, et conséquemment leur capacité d’inverser le pouvoir d’une vague énorme du radicalisme islamique.

Leurs options uniques pour renforcer leurs relations avec les puissances amies de la région, résident dans leur soutien de ceux qui cherchent la liberté et la démocratie, et leur support des états véritablement libres. Il devient encore plus impératif d’assurer la croissance continuelle de l’Iraq et sa réussite, mais encore plus critique est de restreindre l’Iran et minimiser son ingérence dans les affaires des nations arabes.

Rien dans tout ce programme n’est aisé. Une bonne compréhension de la nature véritable des troubles dans les états arabes devrait produire des mesures plus préventives. Elle doit donner plus de clarté dans la stratégie américaine future de la région. Sinon, nous risquons de voir tantôt l’ascension d’un Islam radical et la déchéance de la civilisation arabe.

Voir enfin:

« Beaucoup de partis d’extrême droite vont se révéler aux européennes »
Catherine CALVET et Jonathan BOUCHET-PETERSEN
Libération
2 mai 2014

INTERVIEW
Entre la crise économique, le rejet des minorités et les blessures historiques, la géographe Béatrice Giblin s’attend à une poussée du Front national et consorts lors du scrutin du 25 mai.

Avec l’émergence électorale du Front national au tournant des années 80, la France a longtemps fait figure d’«exception en Europe», rappelle la géographe Béatrice Giblin, qui a dirigé l’ouvrage collectif l’Extrême droite en Europe. Mais à quelques semaines des élections européennes du 25 mai, la situation est bien différente : l’Autriche, les Pays-Bas et la Belgique, puis l’Europe du Nord ont à leur tour «connu la percée de partis d’extrême droite revendiquant la préférence nationale, dénonçant le cosmopolitisme, le multiculturalisme et, plus directement encore, la présence des étrangers». Même phénomène, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne ou en Espagne. Quant à la Grèce, avec Aube dorée, et surtout la Hongrie, avec la dérive du Premier ministre Viktor Orbán sur fond de montée du Jobbik, elles inquiètent au plus haut point Béatrice Giblin.

Au-delà des particularismes régionaux ou nationaux, souvent liés à des raisons historiques, le rejet des musulmans semble se généraliser dans le discours des extrêmes droites en Europe…

C’est leur principal carburant commun, même si la Hongrie fait exception car il n’y a pas eu l’équivalent d’une arrivée rapide de musulmans dans ce pays. L’antisémitisme y reste dominant, même s’il existe des exemples où islamophobie et antisémitisme cohabitent : au Front national, Jean-Marie Le Pen était pro-irakien par antisémitisme et Marine Le Pen est pro-israélienne car son créneau consiste d’abord à stigmatiser les musulmans. Mais revenons à la Hongrie, qui est un cas très intéressant et très inquiétant. Viktor Orbán a de nouveau presque obtenu la majorité absolue lors du dernier scrutin [deux tiers des sièges aux législatives du 6 avril, ndlr], tandis que la montée du Jobbik se poursuit et, vu ce que véhicule cette formation, il y a de quoi avoir peur. A la manière de Marine Le Pen, les responsables du Jobbik présentent mieux et ont fait le ménage en virant notamment ceux qui osaient s’habiller comme sous la dictature Horthy, mais le fond du discours reste le même. Et parmi les parlementaires du Jobbik exclus, certains ont créé l’Aube hongroise, à l’instar de l’Aube dorée grecque.

En quoi le contexte hongrois est-il à part ?

Un pays qui a perdu deux tiers de son territoire et une grande partie de sa population ne s’en remet pas. Il a ensuite fait la grande erreur de choisir les nazis, précisément pour retrouver la grande Hongrie. Il a payé une deuxième fois, si j’ose dire. Tout ça laisse des traces. Quand j’y suis allée, j’ai été frappée par le fait qu’on voyait partout les cartes de la grande Hongrie : sur les sets de table, des autocollants collés aux vitres des voitures et même dans une pharmacie. Dans des parcs publics, il y a des plates-bandes où le pays actuel est représenté avec des fleurs rouges, autour desquelles il y a la grande Hongrie en blanc, et même du bleu pour montrer qu’à l’époque, elle avait accès à la mer. Cela va jusque-là. C’est sans comparaison avec ce que la France a connu en Alsace-Lorraine : cela nous a pourtant suffisamment marqués pour partir la fleur au fusil en 1914.

Vous évoquez là une époque très lointaine, non ?

En effet, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, cela faisait presque soixante-dix ans que la Hongrie tentait de récupérer sa grandeur perdue. A l’échelle de l’histoire, ce n’est pas grand-chose. Et il faudrait d’ailleurs aller voir comment les manuels scolaires hongrois relatent désormais ce fait. Viktor Orbán entretient à dessein cette mythologie. D’une manière générale, l’extrême droite surfe sur ces blessures historiques.

On voit dans votre livre que toutes les extrêmes droites ne sont pas antieuropéennes. Certains régionalistes sont proeuropéens, manière pour eux de passer au-dessus de leur Etat…

C’est notamment vrai en Flandre ou en Espagne avec Plataforma per Catalunya, même si on ne peut pas dire de manière générale que le régionalisme catalan est d’extrême droite. Plataforma, dont on parle assez peu en France mais avec qui Marine Le Pen entretient des liens, développe clairement un discours anti-immigrés et plus particulièrement antimusulmans. Plataforma mélange cela avec un nationalisme régional sur fond d’ultralibéralisme, ce qui en fait un cocktail étonnant.

En Scandinavie, où cohabitent des pays qui appartiennent à l’Union européenne et d’autres pas, des pays prospères et des pays en crise, l’extrême droite est pourtant chaque fois présente…

La Scandinavie est un ensemble qui a connu une très forte émigration au XIXe siècle, contribuant notamment à peupler les Etats-Unis. Mais il n’y avait jamais eu de vrai phénomène d’immigration. Il est très amusant de comparer la diversité des noms de famille en France, où elle est infinie, et en Scandinavie, où il y a très peu de souches. Là-bas, l’immigration débute, même pas dans les années 50 comme au Royaume-Uni, mais seulement dans les années 70. Au début, ces social-démocraties qui n’ont pas eu de colonies ont accueilli à bras ouverts les immigrés avec des conditions très avantageuses. A ceci près que la masse d’arrivants s’est concentrée dans des zones déjà très peuplées : à l’échelle d’un pays, c’est peu, mais à celle de certains quartiers d’Oslo ou de Copenhague, l’équilibre s’est rompu. Par ailleurs, dans une société très ouverte et très égalitaire, la question du statut des femmes a vite posé problème. Les habitants n’ont pas supporté de voir ces femmes avec le voile noir intégral. Même si ces immigrés ne font rien de mal et vont faire leurs courses chez Ikea, la situation est devenue explosive.

A l’instar des sondages flatteurs pour le Front national, on annonce des scores élevés pour l’extrême droite aux élections européennes…

Attendons de voir ces résultats pour en tirer des conclusions, mais on peut s’attendre à une poussée. Le suffrage se fait à la proportionnelle. Beaucoup de partis d’extrême droite sous-représentés en raison d’un scrutin majoritaire national vont donc se révéler. La France n’a que deux députés frontistes pour représenter 16% de la population. Le phénomène est le même en Grande-Bretagne, qui a connu une immigration record ces dernières années. Entre 1991 et 2011, la proportion de la population née à l’étranger est passée de 5,8 à 12,5%. Cela risque d’avoir des répercussions dans les urnes fin mai pour le British National Party [BNP] et le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni [Ukip].

Ces partis d’extrême droite peuvent-ils avoir une stratégie commune au Parlement européen ?

S’ils sont assez nombreux pour peser, ils se rapprocheront : ça ne posera aucun problème au Jobbik de faire cause commune avec le FN, avec le BNP ou avec les Démocrates suédois. Même si l’Ukip, dirigé par l’eurosceptique Nigel Farage qui compte 13 députés européens, préfère s’allier avec Debout la République du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan plutôt qu’avec le Front national, et que le FN juge le BNP infréquentable, les contacts sont déjà nombreux. Cela passe beaucoup par Internet, un outil que toutes les extrêmes droites d’Europe maîtrisent très bien. Au Parlement, leur ferment sera en premier lieu un discours très antieuropéen. Et tant que la Banque centrale ne desserrera pas l’étau en faisant marcher la planche à billets pour retrouver de la croissance et des emplois, l’europhobie comme le repli national seront porteurs. Et on continuera à aller dans le mur.

Aux élections municipales, la victoire du Front national à Hénin-Beaumont vous a-t-elle surprise ?

Avec toute la couverture médiatique, les journalistes auraient presque été déçus si Steeve Briois, militant d’Hénin depuis très longtemps, n’avait pas gagné ! Mais il ne l’a emporté que de 32 voix dans une ville de plus de 20 000 habitants : il reste donc une bonne partie de gens structurés à gauche. Je suis très prudente avec le concept à la mode de gaucho-lepénisme, ne serait-ce que parce que je le trouve méprisant. Il faut être prudent dans la façon dont on parle de ces électeurs, qui sont souvent désespérés au moment de choisir un bulletin FN. Il est vrai toutefois que le discours antimondialisation et anti-élites de Marine Le Pen rencontre un écho.

Vous avez étudié précisément le vote FN dans le bassin minier de Hénin-Beaumont. Vous en avez une lecture géographique…

Le vote Front national concerne seulement la partie ouest du Nord-Pas-de-Calais, c’est-à-dire, paradoxalement, la zone la plus développée, la mieux réaménagée, la plus agréable. Les centres-villes de Béthune ou de Lens sont devenus des endroits presque riants, alors qu’ils étaient plutôt déprimants. Tout a bougé, on a cassé des corons, et on a également beaucoup redistribué d’aides sociales. En revanche, la partie nord-est de la région est restée en l’état, fidèle au vote communiste. Cette stagnation n’a pas généré de frustrations. Car si personne n’évolue socialement, il n’y a pas non plus, contrairement à la partie ouest, de sentiment de déclassement.


Visite du Pape François en Israël: Attention un mur peut en cacher bien d’autres (Irshad Manji: Before the barrier, wasn’t there the bomber ?)

29 mai, 2014
popeimageMais pourquoi n’appelle-t-on pas ce mur, qui sépare les Gazaouites de leurs frères égyptiens « mur de la honte » ou « de l’apartheid »? Liliane Messika (Primo-Europe)
After all, this barrier, although built by Mr. Sharon, was birthed by « shaheeds, » suicide bombers whom Palestinian leaders have glorified as martyrs. Qassam missiles can kill two or three people at a time. Suicide bombers lay waste to many more. Since the barrier went up, suicide attacks have plunged, which means innocent Arab lives have been spared along with Jewish ones. Does a concrete effort to save civilian lives justify the hardship posed by this structure? The humanitarian in me bristles, but ultimately answers yes. (…) I reflected on this question as I observed an Israeli Army jeep patrol the gap in Abu Dis. The vehicle was crammed with soldiers who, in turn, observed me filming the anti-Israel graffiti scrawled by Western activists — « Scotland hates the blood-sucking Zionists! » I turned my video camera on the soldiers. Nobody ordered me to shut it off or show the tape. My Arab taxi driver stood by, unprotected by a diplomatic license plate or press banner. Like all Muslims, I look forward to the day when neither the jeep nor the wall is in Abu Dis. So will we tell the self-appointed martyrs of Islam that the people — not just Arabs, but Arabs and Jews — « are one »? That before the barrier, there was the bomber? And that the barrier can be dismantled, but the bomber’s victims are gone forever? Irshad Manji
The leaders of Yemen and Saudi Arabia are due to meet today in an effort to settle a dispute over a security barrier the Saudis are building along their shared frontier. Saudi Arabia, which is battling against insurgents sympathetic to Osama bin Laden, says the barrier will stem the flow of militants and weapons from its southern neighbour. Yemeni opposition newspapers have likened it to the barrier that Israel is constructing in the West Bank – though in fact it is a simpler and even odder structure: a pipeline three metres (10ft) high, supported on posts and filled with concrete. The Guardian
What is being constructed inside our borders with Yemen is a sort of screen … which aims to prevent infiltration and smuggling, It does not resemble a wall in any way. Talal Anqawi (head of Saudi Arabia’s border guard)
Le pape …  ne dit bien-sûr pas que la barrière est effectivement une barrière de sécurité érigée parce que ses amis terroristes islamistes sont allés se faire sauter pour tuer des enfants et des adultes juifs ou pour les égorger, et, on n’en est plus à un mensonge près, les communiqués parlent de « barrière de séparation », comme si Israël voulait une barriėre juste pour se séparer des Arabes, alors qu’il y a vingt pour cent d’Arabes en Israël, ce que le pape ne dira pas. Guy Millière

Corée, Irlande du nord, Espagne, Chypre, Maroc, Inde/Bengladesh, Inde/Pakistan, Koweit, Etats-Unis/Mexique, Botswana/Zimbabwe, Arabie saoudite/Yemen, Egypte/Gaza …

Attention: un mur peut en cacher bien d’autres !

Alors que, fidèle à sa réputation, un nouveau pape François surprend à nouveau tout le monde…

En arrêtant sa soi-disant papamobile de sécurité pour toucher le soi-disant mur de sécurité séparant Israël et la Palestine …

Et, nouveau tour de passe passe, nous transforme le mur de sécurité israélien en mur des lamentations palestinien …

Pendant que,  de l’Espagne à l’Arabie saoudite et en passant par l’Egypte, le reste du monde construit tranquillement ses murs de séparation (pardon: « barrière de sécurité ») …

Retour, avec une tribune de 2006 de l’activiste pakistano-canadienne Irshad Manji

Qui, fidèle à sa réputation d’enfant terrible de l’islam et à l’instar de l’enfant d’un fameux conte d’Andersen …

Rappelait déjà la criante évidence oubliée (rançon du succès ?) par toutes nos belles âmes, pape compris …

Avant le mur (et apparemment pas seulement pour Israël), n’y avait-il pas… le terroriste ?

How I Learned to Love the Wall
Irshad Manji
NYT
March 18, 2006

New Haven

ON March 28, Israelis will elect a new prime minister to replace the ailing Ariel Sharon. But I’d bet my last shekel that I’ll continue to hear the phrase « Ariel Sharon’s apartheid wall. » It’s a phrase spoken — make that spewed — on almost every university campus I visit in North America and Europe.

Among a new generation of Muslims, this is what Mr. Sharon will be known for long after he leaves office: unilaterally erecting a barrier, most of it a fence, some of it a wall, that cuts Arab villages in half, chokes the movement of ordinary Palestinians, cripples local economies and, ultimately, separates human beings.

The critics have a point — up to a point.

They’re right that Palestinians are virtually wailing at « the wall. » When I went to see its towering cement slabs in the West Bank town of Abu Dis last year, an Arab man approached me to unload his sadness. « It’s no good, » he said. « It’s hard. »

« Why do you think they built it? » I asked.

The man shook his head and repeated, « It’s hard. » After some silence, he added, « We are not two people. We are one. »

« How do you explain that to suicide bombers? » I wondered aloud.

The man smiled. « No understand, » he replied. « No English. Thank you. Goodbye. »

Was it something I said? Maybe my impolite mention of Palestinian martyrs? Then again, how could I not mention them?

After all, this barrier, although built by Mr. Sharon, was birthed by « shaheeds, » suicide bombers whom Palestinian leaders have glorified as martyrs. Qassam missiles can kill two or three people at a time. Suicide bombers lay waste to many more. Since the barrier went up, suicide attacks have plunged, which means innocent Arab lives have been spared along with Jewish ones. Does a concrete effort to save civilian lives justify the hardship posed by this structure? The humanitarian in me bristles, but ultimately answers yes.

That’s not to deny or even diminish Arab pain. I had to twist myself like an amateur gymnast when I helped a Palestinian woman carry her grocery bags through a gap in the wall (such gaps, closely watched by Israeli soldiers, do exist). It made me wonder how much more difficult the obstacle course must be for people twice my age, who must travel to one of the wider official checkpoints nearby.

I appreciate that Israel’s intent is not to keep Palestinians « in » so much as to keep suicide bombers « out. » But in the minds of many Palestinians, Ariel Sharon never adequately acknowledged the humiliation felt by a 60-year-old Arab whose family has harvested the Holy Land for generations when she has to show her identity card to an 18-year-old Ethiopian immigrant in an Israeli Army uniform who’s been in the country for eight months. In that context, fences and walls come off as cruelly gratuitous.

For all the closings, however, Israel is open enough to tolerate lawsuits by civil society groups who despise every mile of the barrier. Mr. Sharon himself agreed to reroute sections of it when the Israel High Court ruled in favor of the complainants. Where else in the Middle East can Arabs and Jews work together so visibly to contest, and change, state policies?

I reflected on this question as I observed an Israeli Army jeep patrol the gap in Abu Dis. The vehicle was crammed with soldiers who, in turn, observed me filming the anti-Israel graffiti scrawled by Western activists — « Scotland hates the blood-sucking Zionists! » I turned my video camera on the soldiers. Nobody ordered me to shut it off or show the tape. My Arab taxi driver stood by, unprotected by a diplomatic license plate or press banner.

Like all Muslims, I look forward to the day when neither the jeep nor the wall is in Abu Dis. So will we tell the self-appointed martyrs of Islam that the people — not just Arabs, but Arabs and Jews — « are one »? That before the barrier, there was the bomber? And that the barrier can be dismantled, but the bomber’s victims are gone forever?

Young Muslims, especially those privileged with a good education, cannot walk away from these questions as my interlocutor in Abu Dis did. If we follow in his footsteps, we are only conspiring against ourselves. After all, once the election is over, we won’t have Ariel Sharon to kick around anymore.

Irshad Manji, a fellow at Yale, is the author of « The Trouble With Islam Today: A Muslim’s Call for Reform in Her Faith. »

Voir aussi:

L’imposture du pape François
Guy Millière
Dreuz info
25 mai 2014

J’entendais attendre la fin de la visite du pape François au Proche Orient pour réagir. Je pense utile de le faire dès aujourd’hui, de Jérusalem où je me trouve.

Le pape a donc choisi de commencer son voyage en Jordanie, Etat arabe palestinien créé sur quatre vingt pour cent du territoire confié au Royaume Uni pour y permettre la renaissance d’un foyer national juif. Il a rencontré le roi, héritier d’une dynastie venue d’Arabie et transplantée là par les soins des Britanniques. Il n’a pas eu un mot pour les Arabes palestiniens vivant en Jordanie comme des citoyens de seconde zone. Il a célébré une messe dans un pays où les Chrétiens sont persécutés, comme dans tous les pays musulmans, et traités en citoyens de seconde zone. Il s’est conduit en bon dhimmi.

Le pape n’a ensuite pas franchi la frontière séparant la Jordanie d’Israël, et s’est rendu en hélicoptère à Bethlehem.

Le programme du Vatican dit, Bethlehem, Palestine, et précise qu’à Bethlehem le pape a rencontré le Président de l’Etat palestinien. Il s’agit de Mahmoud Abbas, qui n’est pas Président, puisque son mandat, non renouvelé, a expiré il y a cinq ans, donc dictateur conviendrait mieux. Et il s’agit de l’Autorité palestinienne, qui n’est pas un Etat.

Le pape traite donc un dictateur comme s’il était Président

Le pape traite donc un dictateur comme s’il était Président. Et il confère le statut d’Etat à une entité corrompue et criminelle qui sera bientôt régie par le Hamas, groupe terroriste, antisémite et négationniste. Il n’a pas un seul mot pour les Arabes chrétiens persécutés et chassés des terres occupées par l’Autorité palestinienne, et cautionne l’idée que Bethlehem est encore une ville chrétienne.

En appelant Jésus, juif né en terre juive, que les Chrétiens considèrent comme le Fils de Dieu, « prince de la paix », il utilise un vocabulaire qui retire à Jésus ses racines juives, et lui donne une dimension politique hors de propos.

En parlant devant un déploiement d’illustrations mêlant scènes de la vie de Jésus, et « oppression des Palestiniens », et en se plaçant devant une présentation de Jésus enveloppé d’un keffieh, il se fait propagandiste « anti-sioniste » et militant du négationnisme « palestinien » anti-juif.

En rendant visite à des « réfugiés » qui ne sont pas des réfugiés, mais les otages du monde arabe depuis quatre générations, il cautionne le fait que ces gens ont été maintenus dans des camps depuis quatre générations par décision du monde arabe.

Il cautionne le lavage de cerveau qui transforme ces gens en outils de la haine anti-juive.

En s’arrêtant ensuite devant la barrière de sécurité à l’endroit où il y a des graffitis disant Free Palestine, il devient militant de la « cause palestinienne » que le Hamas incarne désormais. Il ne dit bien-sûr pas que la barrière est effectivement une barrière de sécurité érigée parce que ses amis terroristes islamistes sont allés se faire sauter pour tuer des enfants et des adultes juifs ou pour les égorger, et, on n’en est plus à un mensonge près, les communiqués parlent de « barrière de séparation », comme si Israël voulait une barriėre juste pour se séparer des Arabes, alors qu’il y a vingt pour cent d’Arabes en Israël, ce que le pape ne dira pas.

Le pape se rend ensuite, en hélicoptère à nouveau, à l’aéroport de Tel Aviv. Il évite à nouveau de franchir la frontière vers Jérusalem, geste montrant qu’il ne reconnait pas Jérusalem comme ville israélienne, et, a fortiori, comme capitale d’Israël.

Le programme prévoit qu’il se rendra à Jérusalem par la route. Il y rencontrera des représentants de la religion orthodoxe, le mufti de Jérusalem sur « l’esplanade des mosquées » (parleront ils du mufti Amin Al Husseini?), des rabbins. Il se rendra, entre autres, à Yad Vashem.

Certains parleront de voyage équilibré. Je ne vois rien d’équilibré dans tout cela, strictement rien.

Certains diront que le pape oeuvre pour la paix. On n’oeuvre pas pour la paix en cautionnant la propagande anti-juive et les idées exterminationnistes des dirigeants « palestiniens ». On oeuvre pour la transformation d’Arabes en assassins, pour un gang de crapules sanguinaires appelé Autorité palestinienne, pour l’assassinat de Juifs, contre la démocratie et la liberté qu’Israël incarne.

L’Eglise a derrière elle deux mille ans, ou presque, d’antisémitisme. Elle a retiré des catéchismes il y a quelques décennies seulement la mention de « peuple déïcide ». Il lui faudra encore faire des efforts pour cesser d’être antisémite.

L’Eglise a mis plus de quarante ans pour reconnaître l’existence d’Israël. Elle a toujours du mal à reconnaitre l’existence d’Israël. Elle trahit ce faisant l’éthique qu’elle prétend incarner.

La presse internationale cautionne tout cela, et après, on voudrait s’étonner qu’il y ait des Mohamed Merah, et des assassins tels ceux qui viennent de frapper Bruxelles!

Voir également:

Saudi security barrier stirs anger in Yemen
Brian Whitaker
The Guardian
17 February 2004

The leaders of Yemen and Saudi Arabia are due to meet today in an effort to settle a dispute over a security barrier the Saudis are building along their shared frontier.

Saudi Arabia, which is battling against insurgents sympathetic to Osama bin Laden, says the barrier will stem the flow of militants and weapons from its southern neighbour.

Yemeni opposition newspapers have likened it to the barrier that Israel is constructing in the West Bank – though in fact it is a simpler and even odder structure: a pipeline three metres (10ft) high, supported on posts and filled with concrete.

Yemen, which is said to have three times as many guns as people, has several flourishing markets where rocket-propelled grenades and other items are sold openly.

In remote areas, most men carry weapons for their own protection and some tribes have well-armed militias capable of putting up a serious fight against the Yemeni army.

Saudi border patrols say they intercept weapons smuggled into the kingdom from Yemen almost every day. These include 90,000 rounds of ammunition and 2,000 sticks of dynamite seized since the bombings in Riyadh last May.

The 1,500-mile frontier, which runs through mountains in the west and the barren Empty Quarter in the east, has always been relatively easy to cross unnoticed for those with local knowledge.

It was not until 2000, after more than 65 years of sporadic conflict, that Yemen and Saudi Arabia finally agreed on where the border lay and began marking it with concrete posts.

Smuggling, not just of weapons, has long been a valuable source of income for Yemen’s border tribes. Among the most important unofficial exports, thought to earn more than £100m a year from Saudi Arabia, is qat – whose leaves are chewed by millions of Yemenis for their amphetamine-like effect, and which is illegal in the kingdom.

Amid Saudi efforts to tighten border controls in order to prevent terrorism, the smugglers have also become more resourceful. According to a senior Yemeni official, they have begun using « smart » donkeys which can not only find their way across unaccompanied but can also recognise the uniform of Saudi border guards and avoid them.

So far, the Yemeni government has downplayed the smuggling aspects. When President Ali Abdullah Salih meets Crown Prince Abdullah in the Saudi capital today, he is likely to seek assurances that the barrier will not breach the terms of the border treaty signed almost four years ago.

The treaty provided grazing rights for shepherds in a 13-mile strip on both sides of the frontier and stipulated that no armed forces could be stationed in the zone.

According to a Yemeni newspaper, the first 25-mile stretch of the barrier, erected in the last month, is less than 100 metres from the border line.

The head of Saudi Arabia’s border guard, Talal Anqawi, told an Arab newspaper last week that the barrier was being constructed inside Saudi territory but did not specify the exact location. He also dismissed comparisons with Israel’s West Bank barrier, which has sparked international condemnation.

« What is being constructed inside our borders with Yemen is a sort of screen … which aims to prevent infiltration and smuggling, » he said. « It does not resemble a wall in any way. »

Voir encore:
The List
Security Fences
Abigail Cutler
The Atlantic monthly
Mar 1 2005

This spring Israel is scheduled to withdraw from the Gaza Strip, but it plans to continue building a controversial 400-mile anti-terrorist barrier between itself and the West Bank. Though the International Court of Justice has ruled that the fence violates international law, it remains highly popular among Israelis—attacks have declined by as much as 90 percent in certain areas since construction began, two years ago. Similar security barriers have been constructed throughout history, from the Great Wall of China to the lesser-known wall between Israel and Gaza that was built in 1994. Today the West Bank barrier is just one of many partitions around the world aimed at repelling invaders—whether terrorists, guerrillas, or immigrants. Here are the sites of other notable security barriers, in chronological order of inception.

1. North Korea/South Korea: Called « the scariest place on earth » by President Bill Clinton, this 151-mile-long demilitarized zone has separated the two Koreas since 1953 and is the most heavily fortified border in the world.

2. Belfast, Northern Ireland: Nicknamed the « Peace Line, » this series of brick, iron, and steel barriers was first erected in the 1970s to curb escalating violence between Catholic and Protestant neighborhoods. The barriers have more than doubled in number over the past decade, and currently stretch over thirteen miles of Northern Ireland.

3. Cyprus: A 112-mile-long construction of concrete, barbed wire, watchtowers, minefields, and ditches has separated the island’s Turks from its Greeks since 1974. The Turkish Cypriot government reduced restrictions on cross-border travel in April of 2003.

4. Morocco/Western Sahara: Known as « The Wall of Shame, » these ten-foot-high sand and stone barriers, some mined, run for at least 1,500 miles through the Western Sahara. Built in the 1980s, they are intended to keep West Saharan guerrilla fighters out of Morocco.

5. India/Bangladesh: Aiming to curb infiltration from its neighbor, India in 1986 sanctioned what will ultimately be a 2,043-mile barbed-wire barrier. It’s expected to cost $1 billion by the time it is completed, next year.

6. India/Pakistan: In 1989 India began erecting a fence to stem the flow of arms from Pakistan. So far it has installed more than 700 miles of fencing, much of which is electrified and stands in the disputed Kashmir region. The anti-terrorist barriers will eventually run the entire 1,800-mile border with Pakistan.

7. Kuwait/Iraq: The 120-mile demilitarized zone along this border has been manned by UN soldiers and observers since the Gulf War ended, in 1991. Made of electric fencing and wire, and supplemented by fifteen-foot-wide trenches, the barrier extends from Saudi Arabia to the Persian Gulf. Last year Kuwait decided to install an additional 135-mile iron partition.

8. United States/Mexico: In the mid-1990s President Clinton initiated two programs, Operation Gatekeeper and Operation Hold the Line, to crack down on illegal immigration from Mexico. They produced a system of high-tech barriers, including a fourteen-mile fence separating San Diego from Tijuana. All told, security barriers stretch along at least seventy miles of the border.

9. Botswana/Zimbabwe: The government of Botswana claims to have started building a ten-foot-high electric fence along its border with Zimbabwe to control the spread of foot-and-mouth disease. However, most Zimbabweans believe that the fence—begun in 2003 and intended to stretch up to 300 miles—really aims to stanch the immigration flow from troubled Zimbabwe into calmer Botswana.

10. Saudi Arabia/Yemen: In 2003 Saudi Arabia began building a ten-foot-high barrier along its border with Yemen to prevent terrorist infiltration (you read that correctly). Heeding Yemeni protests that the fence violated a border treaty, the Saudi government vowed last year to complete the project in cooperation with Yemen.

Voir enfin:

Death toll of Israeli civilians killed by Palestinians hit a low in 2006

Dion Nissenbaum

McClatchy Newspapers

June 14, 2007

JERUSALEM — JERUSALEM—Israel’s summer war with Hezbollah in the north and small rocket attacks from the Gaza Strip in the south have overshadowed a striking reality: Fewer Israeli civilians died in Palestinian attacks in 2006 than in any year since the Palestinian uprising began in 2000.

Palestinian militants killed 23 Israelis and foreign visitors in 2006, down from a high of 289 in 2002 during the height of the uprising.

Most significant, successful suicide bombings in Israel nearly came to a halt. Last year, only two Palestinian suicide bombers managed to sneak into Israel for attacks that killed 11 people and wounded 30 others. Israel has gone nearly nine months without a suicide bombing inside its borders, the longest period without such an attack since 2000.

The figures highlight Israel’s success in insulating most of its citizens from the unresolved conflict with the Palestinians, largely by containing battles to the predominantly Palestinian West Bank and Gaza Strip.

The drop in Israeli casualties was accompanied by a dramatic rise in Palestinian deaths, which more than tripled, to 660 from 197 in 2005—28 Palestinian deaths for every Israeli killed. Most of those deaths came in the second half of the year, during an unsuccessful Israeli military campaign in Gaza sparked by the capture of an Israeli soldier last June.

An Israeli military spokeswoman said one major factor in that success had been Israel’s controversial separation barrier, a still-growing 250-mile network of concrete walls, high-tech fencing and other obstacles that cuts through parts of the West Bank.

« The security fence was put up to stop terror, and that’s what it’s doing, » said Capt. Noa Meir, a spokeswoman for the Israel Defense Forces.

Israel began building the barrier in 2002 when Palestinian suicide bombings were at their peak. It’s pressed ahead with construction despite an international court opinion criticizing the route as cutting across wide swaths of Palestinian land. About 10 percent of the land that Palestinians want for a state now lies on the Israeli side of the wall, and several large Palestinian settlements have been divided by 25-foot-tall concrete slabs.

Opponents of the wall grudgingly acknowledge that it’s been effective in stopping bombers, though they complain that its route should have followed the border between Israel and the Palestinian territories known as the Green Line.

« Although undoubtedly it has had an effect in blocking suicide bombers, the point is that it still would have had that impact if it had been built legally under international law on the Green Line or inside Israel, » said Ray Dolphin, the author of « The West Bank Wall: Unmaking Palestine. »

Jeff Halper, an Israeli activist and longtime critic of the barrier, said it was doing more harm than good.

« I suppose that the wall has a certain effect, but the damage is disproportionate to the advantages, » said Halper, the coordinator of The Israeli Committee Against House Demolitions. « The only way Israel is going to have peace is by giving up territories, not annexing them. »

Halper and Dolphin also said Israel’s security had been aided by a decision last year by the leading Palestinian groups to declare a cease-fire that largely was still holding.

IDF spokeswoman Meir said Israeli military operations that disrupted militants planning attacks from the West Bank also deserved credit for the drop in Israeli fatalities.

She cautioned that the decline might be misleading. While successful suicide bombings are at a low, the number of attempts is rising, she said. The Israeli army arrested 187 potential suicide bombers last year, up from 96 in 2005, according to Israeli military statistics.

« The motivation is there, but thanks to our activity we have managed to thwart it and spare many, many Israeli lives, » Meir said.

As the Israeli-Palestinian conflict dragged on last year, Israelis faced a more immediate threat from the north when Hezbollah militants from Lebanon captured two Israeli soldiers in a mid-July cross-border attack that sparked a 34-day war.

During that time, Hezbollah fired hundreds of rockets into Israel, killing 43 civilians. In response, Israel staged a widespread air and ground operation that claimed more than 1,100 Lebanese lives. Before a cease-fire took hold in mid-August, 119 Israeli soldiers also were killed.

COMPLEMENT

http://www.dailymail.co.uk/news/article-3205724/How-65-countries-erected-security-walls-borders.html


Libertés: A quand la signalisation contenu sensible pour la Bible ? (Should the Bible come with trigger warnings ?)

28 mai, 2014
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/05/84bf3-trigger-warning.jpghttps://fbexternal-a.akamaihd.net/safe_image.php?d=AQD8Fkvt3yUMcsiP&w=377&h=197&url=http%3A%2F%2Fwww.newrepublic.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fblindfolded.jpg&cfs=1&sx=123&sy=0&sw=989&sh=517
Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Si un homme des enfants d’Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloc l’un de ses enfants, il sera puni de mort: le peuple du pays le lapidera. Si un homme couche avec la femme de son père, et découvre ainsi la nudité de son père, cet homme et cette femme seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec sa belle-fille, ils seront tous deux punis de mort; ils ont fait une confusion: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Lévitique 20:2 et 11-13
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins
 Parmi tous les écrits présents dans l’Index, la Bible avec ses adaptations, ses commentaires et les études bibliques, est de loin le livre le plus censuré jusqu’à la suppression de l’Index. Les éditions de la Bible en latin, en grec, dans les langues vulgaires en tout ou en partie, ainsi que des commentaires bibliques figurent nombreux dans le premier index roman. L’interdiction, maintenue pendant deux siècles, d’adapter la bible en langue vulgaire finit par assimiler dans l’imaginaire collectif les traductions bibliques aux livres hérétiques dits « Gigliola Fragnito ». Plusieurs raisons justifiaient ces interdictions aux yeux des censeurs, principalement l’existence d’éditions altérées et commentées par des hérétiques, et la méfiance à l’égard d’une interprétation personnelle du texte révélé, que seule l’Église pouvait interpréter d’une façon authentique. Le contact direct avec les sources de la foi pouvait provoquer des remises en question et altérer la doctrine, la morale, et l’organisation de l’Église. Wikipedia
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard 
Ce qui apparait comme une faiblesse est peut-être la clé de son succès. La Bible donne à chaque génération une liberté essentielle d’appropriation et de relecture. (…) La Bible, c’est tout le contraire de « L’Odyssée ». Son imperfection formelle est la preuve de sa véracité. Dieu ne peut être un poète, les poètes mentent, Dieu, Lui, dit le vrai … Jean-Christophe Attias
Une « trigger », ou en français un déclencheur, c’est un contenu — des mots, des images, un son, parfois même une odeur — qui déclenche chez quelqu’un ayant vécu un évènement traumatisant le souvenir de cet évènement, parfois suivi de moments très difficiles comme des crises d’angoisse, des flashbacks et d’autres éléments qui se retrouvent notamment dans le trouble de stress post-traumatique. Pour prendre un exemple qui risque de ne pas déranger trop de monde : si vous êtes phobique, disons, des lapins et que vous étiez dans un parc à boire un Coca quand une boule de poils à oreilles vous a soudain sauté sur le pied, il est possible que le goût ou la vue du Coca vous cause un sentiment de malaise, sans forcément que vous ne vous en rendiez compte. La plupart des déclencheurs concernent des choses plus sérieuses, comme des agressions, des viols, et d’autres traumatismes très violents. Mademoizelle.com
Frankly it seems this is sort of an inevitable movement toward people increasingly expecting physical comfort and intellectual comfort in their lives. It is only going to get harder to teach people that there is a real important and serious value to being offended. Part of that is talking about deadly serious and uncomfortable subjects. Greg Lukianoff (president of the Foundation for Individual Rights in Education)
On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. » (… and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? (…) Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are. (…)  Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them. Jenny Jarvie
For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on. Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. (…) Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals. Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed. (…) University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint. The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education? Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority. Joseph Epstein
The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance. Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves. It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in. (…) I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from? If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?” If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings. The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow. Elissa Strauss

Ames sensibles s’abstenir !

Violence massive (déluge, apocalypse), lapidation, épuration ethnique, sacrifice humain et animal, génocide, infanticide, fillicide, suicide (Saül, Samson et Judas), racisme, colonialisme, hétérosexisme, cisexisme, handicapisme, sadomasochisme, misogynie, homophobie, transphobie, viols, inceste, sexe, sang, insectes …

Alors qu’après les pays musulmans et l’Italie et avec ses places de stationnement réservées (et plus larges et plus longues, s’il vous plait !), la Corée traite la féminité comme un handicap …

Et après le test féministe dit de Bechdel et la signalisation interdit au moins de 14 ans pour le film …

Et alors qu’après les sites féminins et qu’entre Shakespeare, Twain, Dickens, Tolstoy et Stendahl, les universités américaines s’y mettent à leur tour…

Pendant que la Licra fait interdire, pour cause d’antisémitisme, certains commentaires d’une traduction catholique de la Bible …

Ne devrions-nous pas réfléchir, avant son interdiction ou incinération définitive, à une signalisation contenu sensible systématique (« trigger warnings » en anglais) pour l’un des plus violents et pernicieux livres de la planète et de l’histoire ?

Should the Bible Have a Trigger Warning?
The Good Book Exposes Our Vulnerabilities — As It Should
Warning: May contain war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting or apocalypse.
Elissa Strauss
May 25, 2014

You know what could use a trigger warning? The bible. If any book merits a note of caution it is the one that is colloquially referred to as good.

In the recent debate over whether colleges should warn students of material that deals with potentially post-traumatic stress syndrome inducing topics like war, sexual violence, racism, and anti-Semitism, I couldn’t help but think about how the raw and vulgar bible has sat warning-less for centuries.

Students at the University of California Santa Barbara and Oberlin College believe novels like Chinua Achebe’s “Things Fall Apart” (for racial violence) and “The Great Gatsby” (for misogynistic violence) should be presented with a warning label, all the while the world’s most popular book, easily found at safe-seeming places like churches, synagogues and hotel rooms, is brimming with much worse.

The bible is a book without heroes or hagiography; there’s hardly a character who fails to misstep. Instead we get war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting, apocalypses and, in some ways the most threatening of them all: soul-crushing doubt in the Almighty. And yet, historically speaking, how many soldiers, victims of sexual assault and believers have found comfort in its words?

For many of us today the bible is the stuff of myth or tribal tales, but in previous generations many took it as God’s word. Imagine the horror of reading about not just people but also God’s capacity for violence while also believing that God was the author.

So why didn’t the architects of the bible (you might believe it is God, I believe it was various people over time) try to do some damage control? If not by way of slapping a warning on the cover, at least in the editing of the text?

Thank God they didn’t.

The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance.

Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves.

It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in.

Until five years ago, I had never read the bible and knew of it only through the second-hand sanitized versions I learned at Hebrew school or from watching Disney movies. If I hadn’t been invited to be an artist fellow at LABA, a laboratory for Jewish culture which hosts a non-religious house of study, I am not sure I would have ever gotten around to it. So entranced I became with the unsparing nature of the text on human behavior, I eventually became co-director of the house of study.

Every year as new fellows come study with us, many of whom who have also never read the text, I see them go through the same experience of being caught off guard and shaken up by the piercing directness of the bible. They are triggered, and it is from that place that they are inspired to create.

I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from?

If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?”

If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings.

The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow.

Elissa Strauss is a contributing editor to the Forward.

Voir aussi:

What ‘trigger warning’ would the Bible get?
Valerie Strauss
WP
May 23 2014

A ”trigger warning” is a short statement on a written piece of work or even a television show ( think Law and Order: Special Victims Unit) noting that the material may be sexually graphic, violent or in some other way upsetting. This month The New York Times ran a story by Jennifer Medina about the warnings that has sparked a stream of articles in magazines, newspapers and blogs about the subject, many of them ridiculing the idea.

The article, which noted that these warnings ”have their ideological roots in feminist thought,” discussed the traction that “trigger warnings” have gotten on some college campuses this year, with students pushing administrators to institute them. For example, a piece written by Philip Wythe, a sophomore, in the student newspaper at Rutgers University last February, said:

[L]iterature courses often examine works with grotesque, disturbing and gruesome imagery within their narratives. For instance, F. Scott Fitzgerald’s critically acclaimed novel, “The Great Gatsby,” possesses a variety of scenes that reference gory, abusive and misogynistic violence. Virginia Woolf’s famous cerebral narrative, “Mrs. Dalloway,” paints a disturbing narrative that examines the suicidal inclinations and post-traumatic experiences of an English war veteran. And Junot Diaz’s critically acclaimed work, “This is How You Lose Her,” observes domestic violence and misogynistic culture in disturbing first-person narrations….

Reaching a compromise between protecting students and defending their civil liberties is imperative to fulfilling the educational potential of our University’s undergraduates. Within social justice circles, many activists have reached this compromise by implementing “trauma trigger warnings:” a safety system that allows full artistic expression, as well as psychological protection for those who need it.

Trauma trigger warnings are a minimalistic description that tag articles, literature and other works of art for traumatic content. These triggers can cover a variety of topics — from graphic violence to drug abuse — and are intended as vague, abstract descriptions of a work’s content. For instance, one trigger warning for “The Great Gatsby” might be: (TW: “suicide,” “domestic abuse” and “graphic violence.”)

Also in February, members of the student government at the University of California at Santa Barbara passed a resolution called “A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings,” (see text below) that urges “the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.” It urges school officials to meet with students to develop a way for professors to create “trigger warnings” for material including “Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.”

There was trigger activity on some other campuses too. The Times story reports, for example, that Oberlin College wrote a draft guide on “trigger warnings” that said, before it was withdrawn for further work:

Triggers are not only relevant to sexual misconduct, but also to anything that might cause trauma. Be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression. Realize that all forms of violence are traumatic, and that your students have lives before and outside your classroom, experiences you may not expect or understand.

In March, the student newspaper at the University of California Santa Barbara, The Daily Nexus, published a letter by the student who initiated the resolution, Bailey Loverin, explaining her reasons for taking the action. In early April, the student newspaper published another article, by Marissa Wenzke, further explaining the resolution, saying:

… even while protecting freedoms so crucial to higher education, we must recognize the legitimacy behind the intentions that lie behind this resolution. One of the arguments against this bill claims it would act as a crutch for students who do not wish to be challenged with potentially offensive material, essentially boiling it down to “just get over it.” We’d invite everyone who stands behind this to imagine the most terrifying or painful moment of your life, and then imagine being spontaneously forced to relive that moment in the middle of a lecture in Campbell Hall.

Two days after The New York Times article was posted to the newspaper website on May 17, the newspaper published a piece on its website by Loverin defending the resolution again. What followed was a flood of negative commentary by critics concerned that trigger warnings would amount to censorship, prior restraint and an assault on academic freedom, including an editorial by The Los Angeles Times with this title: “Warning: College students, this editorial may upset you.” It said in part:

The student resolution is only advisory, a recommendation that campus authorities can turn into policy or reject. They should not only choose the latter course but should explain firmly to students why such a policy would be antithetical to all that college is supposed to provide: a rich and diverse body of study that often requires students to confront difficult or uncomfortable material, and encourages them to discuss such topics openly. Trigger warnings are part of a campus culture that is increasingly overprotective and hypersensitive in its efforts to ensure that no student is ever offended or made to feel uncomfortable.

A piece in The New Yorker by Jay Caspian Kang noted other reaction:

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance [at the idea of trigger warnings]. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Then there was this reaction on the blog of the UCLA Faculty Association, which raises an issue that may put the idea of trigger warnings in some perspective: What kind of trigger warning would be put on the Bible. It would, the post says, start “with nudity and fratricide in the Garden of Eden and moving on to mass drowning (Noah), polygamy, adultery, etc.”

Sarah Dictum wrote in New Statesman that Shakespeare would surely need a trigger warning too, if trigger warnings ever became policy anywhere:

There are the obvious horrors, like Titus Andronicus with its hideous maternally-directed rape (“Away with her and use her as you will./The worse to her, the better loved of me”) and subsequent mutilation of the victim. But then there are the comedies, which even at their merriest contain intimations of rape. Measure for Measure hinges entirely on a woman being coerced into intercourse to save her brother’s life. Problem play? More like problematic play. Get behind the tape.

Here’s a draft version of the resolution that the UC Santa Barbara students passed in late February:

A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings (02262014:61) – February 25, 2014

Resolution #805

by Nikki Calderon & Second: Derek Wakefield

Student Sponsor: Bailey Loverin

Resolution Liaison:

Whereas: UCSB CARE (Campus Advocacy Resources & Education) reports that: 1 in 4 college women will be sexually assaulted during her academic career,; 1 in 4 women will experience domestic violence; and 1 in 33 men will experience attempted or completed rape. Therefore this is a pertinent and widespread issue that should be acknowledged on campus. (maybe, but this may be better as a separate whereas at the end)

Whereas: Triggers are not limited to sexual assault and violence.

Whereas: Trigger Warnings should be used for content not covered by the rating system used by the MPAA or TV warnings (such as contains violence, nudity or, language).

Whereas: The current suggested list of Trigger Warnings includes Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.

Whereas: Triggers are a symptom of PTSD (Post Traumatic Stress Disorder).

Whereas: UCSB Disabled Students Program recognizes PTSD as a disability.

Whereas: Having memories or flashbacks triggered can cause the person severe emotional, mental, and even physical distress. These reactions can affect a student’s ability to perform academically.

Whereas: College level courses may contain materials with mature content. These particularly affect students if material is being read in the classroom or a film is being screened, as the student cannot choose to stop being exposed to the material.

Whereas: Including trigger warnings is not a form of criticism or censorship of content. In addition, it does not restrict academic freedom but simply requests the respect and acknowledgement of the affect of triggering content on students with PTSD, both diagnosed and undiagnosed.

Whereas: Being informed well in advance of triggering content allows students to avoid a potentially triggering situation without public attention. Having a trigger warning on a syllabus allows a student the choice to be presentgives a student advance notice of possible triggers and the choice to be present or not instead of having to leave in the middle of a class or lecture.

Therefore let it be resolved by the Associated Students in the Senate Assembled:

That the Associated Students of UC Santa Barbara urge the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.

Let it further be resolved that: AS Senate urges the instructor of any course that includes triggering content to not dock points from a student’s overall grade for being absent or leaving class early if the reason for the absence is the triggering content.

Let it further be resolved that: AS Senate directs the Student Advocate General Kristian Whittaker to appoint a staff member to review and update the list of Trigger Warnings as needed in collaboration with RCSGD (Resource Center for Sexual and Gender Diversity) and The Women’s Center.

Let it further be resolved that: AS Senate direct External Vice President of Statewide Affairs Alex Choate to bring this to the attention of the UCSA Board at the next board meeting and to advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution on a UC wide level.

Let it further be resolved that: AS Senate directs AS President Jonathon Abboud to bring this to the attention of the Academic Senate and advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution.

Let it finally be resolved that: AS Senate recognizes the support and passing of this resolution as a stronger stance taken by UCSB against issues of sexual harassment and violence.

Fiscal Impact: $0 from the account.

A New Entry in the Annals of Academic Cravenness
If colleges won’t stick up for free speech, why would they oppose the implicit censorship of ‘trigger warnings’?
Joseph Epstein
WSJ
May 27, 2014

For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on.

Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. At the University of California at Santa Barbara, the student government suggested that all course syllabi contain trigger warnings. At Oberlin College the Office of Equity Concerns advised professors to steer clear of works that might be interpreted as sexist or racist or as vaunting violence.

Movies have of course long been rated and required to note such items as Adult Language, Violence, Nudity—ratings that are themselves a form of trigger warning. Why not books, even great classic books? The short answer is that doing so insults the intelligence of those supposedly serious enough to attend college by suggesting they must not be asked to read anything that fails to comport with their own beliefs or takes full account of their troubled past experiences.

Trigger warnings logically follow from the recent history of American academic life. This is a history in which demographic diversity has triumphed over intellectual standards and the display of virtue over the search for truth. So much of this history begins in good intentions and ends in the tyranny of conformity.

Sometime in the 1950s, American universities determined to acquire students from less populous parts of the country to give their institutions the feeling of geographical diversity. In the 1960s, after the great moral victories of the civil-rights movement, the next obvious step was racial preferences, which allowed special concessions to admit African-American students. In conjunction with this, black professors were felt to be needed to teach these students and, some said, serve as role models. Before long the minority of women among the professoriate was noted. This, too, would soon be amended. « Harvard, » I remember hearing around this time, « is looking for a good feminist. »

All this, most reasonable people would concur, was fair enough. Then things took a radical twist. Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals.

Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed.

Meanwhile many of those students who in the late 1960s arose in protest have themselves come to prominence and even to eminence as professors in their 60s and early 70s. Having fought in their youth against what they thought the professorial old-boy network, they now find themselves old boys. Unable to discover a way to replace the presumably unjust society that they once sought to topple, they currently tend to stand aside when students and younger professors cavort in bumptious protest, lest they themselves be thought, God forfend, part of the problem.

University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint.

The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education?

Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority.

Mr. Epstein’s latest book is « A Literary Education and Other Essays, » published this week by Axios Press.

Voir aussi:

Trigger Happy The « trigger warning » has spread from blogs to college classes. Can it be stopped?
Jenny Jarvie
The New Republic
March 3, 2014

The headline above would, if some readers had their way, include a « trigger warning »—a disclaimer to alert you that this article contains potentially traumatic subject matter. Such warnings, which are most commonly applied to discussions about rape, sexual abuse, and mental illness, have appeared on message boards since the early days of the Web. Some consider them an irksome tic of the blogosphere’s most hypersensitive fringes, and yet they’ve spread from feminist forums and social media to sites as large as the The Huffington Post. Now, the trigger warning is gaining momentum beyond the Internet—at some of the nation’s most prestigious universities.

Last week, student leaders at the University of California, Santa Barbara, passed a resolution urging officials to institute mandatory trigger warnings on class syllabi. Professors who present « content that may trigger the onset of symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder » would be required to issue advance alerts and allow students to skip those classes. According to UCSB newspaper The Daily Nexus, Bailey Loverin, the student who sponsored the proposal, decided to push the issue after attending a class in which she “felt forced” to sit through a film that featured an “insinuation” of sexual assault and a graphic depiction of rape. A victim of sexual abuse, she did not want to remain in the room, but she feared she would only draw attention to herself by walking out.

On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. »

What began as a way of moderating Internet forums for the vulnerable and mentally ill now threatens to define public discussion both online and off. The trigger warning signals not only the growing precautionary approach to words and ideas in the university, but a wider cultural hypersensitivity to harm and a paranoia about giving offense. And yet, for all the debate about the warnings on campuses and on the Internet, few are grappling with the ramifications for society as a whole.

Not everyone seems to agree on what the trigger warning is, let alone how it should be applied. Initially, trigger warnings were used in self-help and feminist forums to help readers who might have post traumatic stress disorder to avoid graphic content that might cause painful memories, flashbacks, or panic attacks. Some websites, like Bodies Under Siege, a self-injury support message board, developed systems of adding abbreviated topic tags—from SI (self injury) to ED (eating disorders)—to particularly explicit posts. As the Internet grew, warnings became more popular, and critics began to question their use. In 2010, Susannah Breslin wrote in True/Slant that feminists were applying the term « like a Southern cook applies Pam cooking spray to an overused nonstick frying pan »—prompting Feministing to call her a « certifiable asshole, » and Jezebel to lament that the debate has « been totally clouded by ridiculous inflammatory rhetoric. »

The term only spread with the advent of social media. In 2012, The Awl’s Choire Sicha argued that it had « lost all its meaning. » Since then, alerts have been applied to topics as diverse as sex, pregnancy, addiction, bullying, suicide, sizeism, ableism, homophobia, transphobia, slut shaming, victim-blaming, alcohol, blood, insects, small holes, and animals in wigs. Certain people, from rapper Chris Brown to sex columnist Dan Savage, have been dubbed “triggering.” Some have called for trigger warnings for television shows such as « Scandal » and « Downton Abbey. » Even The New Republic has suggested the satirical news site, The Onion, carry trigger warnings.

At the end of last year, Slate declared 2013 the « Year of the Trigger Warning,” noting that such alerts had become the target of humor. Jezebel, which does not issue trigger warnings, raised hackles in August by using the term as a headline joke: « It’s Time To Talk About Bug Infestations [TRIGGER WARNING]. » Such usage, one critic argued, amounted to « trivializing » such alerts and « trolling people who believe in them. » And in Britain, Suzanne Moore, a feminist columnist for The Guardian, was taken to task when she put a trigger warning on her Twitter bioline, mocking those who followed her feeds only to claim offense. Some critics have ridiculed her in turn: « Trigger warning, @Suzanne_moore is talking again. » (Moore’s Twitter bio now reads, « Media Whore. »)

The backlash has not stopped the growth of the trigger warning, and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? Could they even become a regular feature of speech? « I was walking down Main Street last night when—trigger warning—I saw an elderly woman get mugged. »

The « Geek Feminism Wiki » states that trigger warnings should be used for « graphic descriptions or extensive discussion » of abuse, torture, self-harm, suicide, eating disorders, body shaming, and even « psychologically realistic » depictions of the mental state of people suffering from those; it notes that some have gone further, arguing for warnings before the « depiction or discussion of any consensual sexual activity [and] of discriminatory attitudes or actions, such as sexism or racism. » The definition on the Queer Dictionary Tumblr is similar, but expands warnings even to discussion of statistics on hate crimes and self-harming.

As the list of trigger warning–worthy topics continues to grow, there’s scant research demonstrating how words « trigger » or how warnings might help. Most psychological research on P.T.S.D. suggests that, for those who have experienced trauma, « triggers » can be complex and unpredictable, appearing in many forms, from sounds to smells to weather conditions and times of the year. In this sense, anything can be a trigger—a musky cologne, a ditsy pop song, a footprint in the snow.

As a means of navigating the Internet, or setting the tone for academic discussion, the trigger warning is unhelpful. Once we start imposing alerts on the basis of potential trauma, where do we stop? One of the problems with the concept of triggering—understanding words as devices that activate a mechanism or cause a situation—is it promotes a rigid, overly deterministic approach to language. There is no rational basis for applying warnings because there is no objective measure of words’ potential harm. Of course, words can inspire intense reactions, but they have no intrinsic danger. Two people who have endured similarly painful experiences, from rape to war, can read the same material and respond in wholly different ways.

Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are.

What’s more, the fear of triggers risks narrowing what we’re exposed to. Raechel Tiffe, an assistant professor in Communication Arts and Sciences at Merrimack College, Massachusetts, described a lesson in which she thought everything had gone well, until a student approached her about a clip from the television musical comedy, « Glee, » in which a student commits suicide. For Tiffe, who uses trigger warnings for sexual assault and rape, the incident was a « teaching moment »—not for the students, but for her to be more aware of the breadth of students’ sensitivities.

As academics become more preoccupied with students’ feelings of harm, they risk opening the door to a never-ending litany of requests. Last month, students at Wellesley College protested a sculpture of a man in his underwear because, according to the Change.org petition, it was a source of « triggering thoughts regarding sexual assault. » While the petition acknowledged the sculpture may not disturb everyone on campus, it insisted we share a “responsibility to pay attention to and attempt to answer the needs of all of our community members. » Even after the artist explained that the figure was supposed to be sleepwalking, students continued to insist it be moved indoors.

Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them.

Jenny Jarvie is an Atlanta-based writer whose work has appeared in the Los Angeles Times, Atlantic Cities, Poetry Magazine, and the Sunday Telegraph.

Voir également:

Trigger Warnings and the Novelist’s Mind
Jay Caspian Kang
The New Yorker
May 22, 2014

During a graduate-school lecture on “Lolita,” my professor stood up in front of a crowded classroom and said something I have never been able to shake: “When you read ‘Lolita,’ keep in mind that what you’re reading about is the systematic rape of a young girl.”

I had read “Lolita” in high school and then again in college, when it became my personal literary liquor store—whenever I got stuck in a scene, or whenever my prose felt flat or typical, I’d open “Lolita” to a random page and steal something. My professor’s pronouncement felt too didactic, too political, and, although I tried to put it out of my mind and enjoy “Lolita” ’s cunning, surprising games with language, I could no longer pick up the book without feeling the weight of his judgment. The professor wasn’t wrong to point out the obvious about Humbert and Dolores Haze, and I don’t believe—at least not completely—that literature should only be examined as an object unto itself, detached from time and history, but I haven’t read “Lolita” since.

I thought of that professor and his unwelcome intrusion when I read a page-one story in last week’s Times about how several colleges across the country have considered placing “trigger warnings” in front of works of art and literature that may cause a student to relive a traumatic experience. For example, a student might be forewarned that J. M. Coetzee’s “Disgrace” details colonial violence, racism, and rape with a note on the class syllabus that would read something like “Trigger Warning: This book contains scenes of colonialism, racism, and rape, which may be upsetting to students who have experienced colonialism, racism, or rape.”

The story’s headline, “WARNING: THE LITERARY CANON COULD MAKE STUDENTS SQUIRM,” and the inclusion of some seemingly innocuous titles, like “The Great Gatsby,” as candidates for such warnings, dredged up all my distaste for my professor’s prescriptive reading of “Lolita.” If he could produce such a chilling effect, what harm could a swarm of trigger warnings—each one reducing a work of literature to its ugliest plot points—inflict on the literary canon? What would “Trigger Warning: This novel contains racism” do to a reading of Ralph Ellison’s “Invisible Man”? What would “Trigger Warning: Rape, racism, and sexual assault” do to a reading of Toni Morrison’s “Beloved”?

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Out on the far end of the agreement machine, feminist writers and academics defended the use of trigger warnings, and tried to explain their utility and their history. The modern iteration of “trigger warning,” or “TW,” as it’s commonly written, came out of the feminist blogosphere, and, like many other terms used within insular, politically active communities, addressed a specific need. Roughly ten years ago, editors at feminist and progressive Web sites realized that they needed a way of encouraging frank and candid conversation about sexual assault without catching readers unaware. Many survivors of sexual assault experience symptoms of post-traumatic stress; graphic depictions of rape or violent attacks can trigger flashbacks, nightmares, and crippling anxiety. The editors theorized that a warning posted before disturbing narratives could allow readers to prepare for what might be an upsetting but, ultimately, necessary conversation.

“Censorship was never the point,” Alexandra Brodsky, an editor at the Web site Feministing, told me. “We knew that violent and traumatic narratives could have a grave effect on the reader, so we, working together as a community, created guideposts for people to navigate what has always been a tricky terrain.” Those guideposts helped. Trigger warnings “made people feel like they could write explicitly and honestly about things that they may have not written about under different circumstances,” Brodsky said. “They let people know that this was going to be a different type of conversation.”

That logic eventually found its way into the academy. Last year, Bailey Shoemaker-Richards, a master’s student at the University of Findlay, in Ohio, started using trigger warnings in her academic presentations on cyber sexism and online abuse. The warning, she said, takes up roughly fifteen seconds at the start of a talk, and serves only as a reminder that those who are uncomfortable discussing online abuse are free to leave the room. “I don’t think a trigger warning will prevent conversations that may be upsetting,” Shoemaker-Richards told me. “But they might force people in the class to think through their reactions a little more.” Shoemaker-Richards’s use of trigger warnings largely mirrors the way that they have been implemented in classrooms across the country, and, although the term itself sounds forbidding and censorious, in practice these warnings are meant to protect students from public traumatic flashbacks. “If you know you’re about to read a graphic depiction of state racism, and you know that you’d rather be at home than in the library, the trigger warning is just information you need to make that decision,” Brodsky explained.

Brodsky feels conflicted about university-mandated trigger warnings for potentially troubling works of art and literature, as do other feminist thinkers I spoke to, but she still thinks that they should be used in the classroom. “You can’t copy the language from a Jezebel post and paste it onto a syllabus,” Brodsky explained. “With that being said, literature is important, and has effects beyond momentary pleasure and discomfort. ‘Trigger Warning: Colonialism,’ seems a bit reductive, but there should be a way that we acknowledge that what we’re going to read will have a significant impact.” The expansion of higher education onto the Internet has depersonalized the classroom, Brodsky argued, and with fewer settings in which a professor can adequately prepare a class for a potentially disturbing work of literature or art, trigger warnings could stand in, at least in part, for a nuanced and sensitive introduction.

It should be noted that none of the schools cited in the Times article have actually implemented a policy that would mandate trigger warnings, and that college classrooms have often served as testing grounds for vital policies that might at first have seemed apocalyptic or Pollyannaish. Trigger warnings could eventually become part of academic environments, as unobtrusive and beneficial as wheelchair ramps and kosher toaster ovens.

Many of the op-eds and articles on trigger warnings published this week have argued on behalf of the sanctity of the relationship between the reader and the text. For the most part, I have agreed with them. A trigger warning reduces a work of art down to what amounts to plot points. If a novel like José Saramago’s “Blindness” succeeds because it sews up small yet essential pockets of human normalcy against a horrific backdrop, a preëmptive label like “Trigger Warning: Violence and internment” strips it down to one idea.

I relayed these thoughts to Brodsky, along with the anecdote about my professor and “Lolita.” “What a delight it must be to read a book full of graphic accounts of sexual violence and still have the book not be about sexual violence to you!” she said. “Why is the depersonalized, apolitical reading the one we should fight for?” I admit, this was an angle I had not yet considered, and I recalled the severe annoyance I’d felt in college seminars and coffeehouse conversations whenever a white person would say a bit too ringingly that a book written by a person of color somehow “transcended race,” as if that was the highest compliment that could be paid to a work written by one of us poor, striving minorities. Every reliable figure, whether from academic study or from the Obama Administration, says that somewhere between one in four and one in five women are sexually assaulted during their time in college. To argue that their concerns are somehow marginal does not correlate with the math or the ethos of the classroom.

And yet, as a novelist who spent seven years writing an ultimately unpublished novel and two years writing another, I wonder about the effect a trigger warning—even a discreet, well-placed one—might have on the creative process. I kept thinking of the professor’s pronouncement about “Lolita,” and how difficult it had been for me to get it out of my head. After a few phone calls to fellow former classmates who had attended the same lecture, and who remember the professor’s comments with the same clarity, I finally figured out why. We had all enrolled in this particular graduate program because we wanted to write fiction. This was a foolish, likely doomed endeavor, sure, but if we were to have any chance at writing anything worthwhile, our commitment to the task would have to be irrational and unrelenting. Every young writer has to go through a stage of relating to works of literature as if they’re planets, with their own elegant ecosystems and gravitational pull.

A good reader may very well finish “Lolita” and conclude that the book is about the systematic rape of a young girl, or that such a troubling text should require a trigger warning, but a writer should have the freedom to look at “Lolita” as nothing more than a series of sentences that exist only for their own sake. If reading, as Joyce Carol Oates wrote, is the “sole means by which we slip, involuntarily, often helplessly, into another’s skin, another’s voice, another’s soul,” a trigger warning, even through gentle suggestion, guides us into that skin. For writers, who cull everything from what they read, any amount of guidance will lead to dull conformity.

In a good novel—it hardly needs to be said—every word matters. Dedications matter. Epigraphs matter. The size of the font on the Library of Congress listing matters. The order of the names on the acknowledgment page matters. A writer friend of mine once likened a completed novel to a pressure cooker—the weight placed on every stylistic decision should be extraordinary and evenly distributed. A trigger warning or, really, any sort of preface, would disrupt the creation of those highly pressurized, vital moments in literature that shock a reader into a higher consciousness. I cannot be the only person who believes that James Baldwin’s “Notes of a Native Son” has the power to radically change the way all people look at race in this country—Baldwin’s brutal treatment of himself, his perfect choice of detail, and his mode of dragging the reader through Harlem elevate the story of a young man preparing himself to attend the funeral of his father to a complete, gorgeous whole. Any excess language—in the form of a trigger warning—amounts to a preëmptive defacement. It’s worth considering how the next Baldwin would react to the possibility that his account would be stamped with “Trigger Warning: Child abuse.” How does that moment, when he picks up his head and stares out at his future reader, change the words he chooses? Can we really afford to have “Notes of a Native Son” be three, four, or even one word worse?

Voir encore:

Trigger warnings: What do they do?
BBC
25 February 2014

A bit like a spoiler alert, the phrase « trigger warning » is now often seen online but it has a more serious motive than stopping you from accidentally ruining the enjoyment of a TV show you’ve not seen yet.

What is a trigger warning?

Seen on the web, in tweets and on blogs, it usually takes the form of a sentence or a few words to caution readers about the content which will follow. The author adds a warning in recognition of strong writing or images which could unsettle those with mental health difficulties. They exist so readers can choose whether or not to read any further.

It usually starts with « trigger warning » in bold. It has to be carefully written so it isn’t a trigger itself.

TRIGGER WARNING – rather ironically, this article could be a trigger. If you feel your mental health could be affected by reading stories about how others can be affected, we advise you read no further.
So, what exactly is a trigger?

In the area of mental health, a trigger is something which causes instant distress in a vulnerable person. If you know what can trigger a bad reaction, you can try to avoid those triggers in the same way that someone with an allergy might take steps to avoid dogs.

What kind of things can act as a trigger?

Different things trigger trauma in different people. There is no set list.

The website for Young Minds youth mental health charity uses trigger warnings. A spokesman for the charity, Chris Leaman, says: « If they are feeling particularly vulnerable, illustrative bits of the site like personal accounts, might trigger young people into an action or remind them of a time when they were struggling. »

A woman who wants to remain anonymous tells us that a recent news story about the search for a man who stopped someone from jumping off a bridge in London, was a trigger for her. She says: « What he was doing, raising awareness of suicide, was really great and so positive. But every time I crossed that bridge I thought of jumping off – it triggered suicidal thoughts for me. »

Does everyone appreciate the warnings?

Writing in the New Statesman, Rhiannon Lucy Cosslett says she doesn’t like trigger warnings because they smack of « victimhood ». She says she has post-traumatic stress disorder (PTSD) and feels that people she doesn’t know are trying to wrap her in cotton wool.

At the other end of the scale, the mental health charity Samaritans has produced guidelines for journalists which advise against publishing details of how people kill themselves. It also calls for dramatic phrasing to be avoided. Samaritans says reading about the subject can trigger copycat behaviour.

Where did trigger warnings start?

Disabled occupational therapist Claire Jones works in the area of mental health. She says that trigger warnings first appeared on feminist websites to flag up accounts of abuse. The term was adopted by various other groups, particularly the wider mental health community. This happened in the early days of the internet, when the warnings were especially common in online forums.

Viewers of Hollywood films portraying the lives of former soldiers will be used to scenes where characters experience flashbacks brought on by a loud noise, perhaps. Jones says: « A car backfiring can trigger a memory of conflict. It is a very visceral experience, almost like reliving the trauma. »

Are trigger warnings ever considered unhelpful?

The thing about the internet is, if you use the word « trigger » it makes troubling content more findable because you can just type it into a search engine. Before the warning existed, « triggering » content, as it’s referred to, was harder to find.

On some websites, users share pictures of their self-harm scars and write about their suicidal thoughts. They place trigger warnings in front so people can avoid this strong material.

Service user and mental health policy expert Liz Main says that « if someone is feeling particularly grim, they might search out triggers because they want a nudge ». In other words, they might look for material which will inspire them to move from thinking about harming themselves, to actually doing it – which is obviously not positive.

Jones says online forums can be helpful and believes people with mental health difficulties are more likely to seek support if they know there are warnings which will prevent them from seeing traumatic material on their computer screen. She says: « That’s why I think that trigger warnings are broadly a good thing. »

Voir de même:

Suicide reporting – 10 things to remember

Samaritans

Leave out technical details about the method of suicide, such as describing the type of ligature used or the number and types of pills taken in an overdose. Never suggest that a method is quick, easy, painless or certain to result in death.
Language matters. Avoid dramatic headlines and terms such as ‘suicide epidemic’ or ‘hot spot’.
Include references to support groups and places where suicidal people can find help – it really does make a difference.
Treat social media with particular caution and refrain from mentioning websites or networks that promote or glamorise suicide.
Avoid dramatic or sensationalist pictures or video.
Young people are especially vulnerable to negative suicide coverage. Do not give undue prominence to photographs of a young person who has died and avoid repeated use of images such as galleries.
Try not to give a story undue prominence, for example with a front cover splash.
Don’t brush over the complex realities of suicide and its impact on those left behind. Remember that people bereaved by suicide are often vulnerable and are more likely to take their own lives than the general population.
Speculation about the ‘trigger’ for a suicide, even if provided by a close family member, should be avoided.
Use statistics with caution. Check with Samaritans or the relevant national statistical agency to make sure you have the most recent data and are comparing like with like.

Voir enfin:

Bible des Peuples

01/01/1970

LA BIBLE DES PEUPLES :

Une bible nostalgique de la théorie de la «substitution»

M.R. Macina

Debriefing

Rappel des faits

C’est dans le ciel presque serein de relations judéo-chrétiennes en développement positif exponentiel (si l’on en juge par les dizaines de textes pontificaux et épiscopaux concernant le peuple juif, issus depuis le Concile), et après l’apaisement du conflit autour du Carmel d’Au­sch­witz, qu’éclata, dans les premiers mois de l’an­née 1995, ce qu’on a appelé «l’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes».

Peu de temps après sa parution en France (mai 1994), un certain nombre de catholiques impliqués dans le dia­logue judéo-chrétien avaient été choqués par le contenu et le ton, blessants pour les juifs, de quelques commentaires de cette nouvelle bible, dif­fusée en plusieurs langues par les éditions catholiques interna­tionales Médiaspaul, et dont les ventes, toutes versions confondues, dépassaient alors les vingt millions d’exemplaires.

Un examen attentif de l’ouvrage révéla que les passages incriminés ne constituaient pas un faux pas fortuit, mais s’inscrivaient dans la ligne d’une apologétique chrétienne an­cienne manière, très négative à l’égard des juifs.

On y apprenait, entre autres inepties du même acabit,  que la cul­ture juive était «machiste». Que cette religion était «fanatique». Qu’Esdras «encourageait le racisme». Que la désaffection des juifs pour les écrits des pro­phètes «expliquait bien des erreurs commises au nom du sio­nisme». Que «le pharisien ne veut rien devoir à Dieu et qu’il ne veut pas pécher pour ne pas avoir à être par­donné». Que, pour les juifs, «aucun procédé ne sera mau­vais si cela sert les intérêts de leur groupe». Que «le peuple juif soupçonnait que Jésus venait de Dieu», mais ne voulait pas «croire». Que la circonci­sion «ouvrait au païen toutes les portes de la société juive avec ses bonnes affaires». Que «Dieu ne peut nous en­fermer dans des obligations folkloriques de circonci­sion ou de chapeau, ni s’enfermer lui-même dans les problèmes de notre cuisine et de nos temps de prière». Qu’on était fondé à parler du peuple juif «comme de celui qui avait tué Dieu, puisque ce peuple n’avait pu dominer son fanatisme, lié à toute son his­toire». Qu’avant la venue de l’Antichrist, «le peuple juif dé­versera toute sa méchanceté sur l’Église», mais qu’«à la fin, la Colère [de Dieu] va se décharger sur eux», et qu’«ils seront jugés». Enfin, que les fléaux dé­crits dans le chapitre huit de l’Apoca­lypse «évoquent le châti­ment du peuple juif qui n’a pas accueilli le Christ», châ­timent qui «vient des forces de la na­ture qui se retournent contre le peuple coupable.»

Ce n’est pas ici le lieu de relater en détail les péripé­ties tumultueuses de cette affaire. On n’en résumera donc que les grandes lignes.

Devant le tollé soulevé par les commentaires antiju­daïques de cette bible et le large écho médiatique qui lui fut donné, Monseigneur Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles, qui avait imprudemment ap­prouvé et même chau­dement recommandé cette Bible, présenta d’abord des excuses publiques à la Communauté Juive de France. Puis, comme le scan­dale ne s’apaisait pas, il retira son Imprimatur et enjoi­gnit à l’éditeur de cesser la diffusion, jusqu’à la réali­sa­tion d’une édition amendée qui devrait alors obtenir un nouveau Nihil obstat (février 1995).

C’est alors que se produisit l’inconcevable. Alors qu’on se fût attendu à ce qu’il adoptât un profil bas, surtout après le désaveu de la hiérarchie ecclésiastique, l’édi­teur – qui s’esti­mait diffamé par la campagne de presse qui faisait rage – ré­pliqua, par la bouche du su­périeur romain de la Congrégation religieuse fonda­trice des éditions Médiaspaul, par un communiqué belliqueux (21 mars 1995). Invoquant le droit canonique, il exprimait son refus caté­gorique de stop­per les ventes de sa bible. Cette attitude «insurrectionnelle» face à l’injonction d’un évêque, d’ail­leurs soutenu par les plus hautes au­torités de l’Église, déclencha, comme on pouvait s’y attendre, l’ire des insti­tutions juives repré­sen­tatives, qui sui­vaient attentivement l’évolution de l’affaire.

Jean Kahn, président du Consistoire Central des Juifs de France, interpella énergiquement les instances ro­maines de dialogue entre l’Église et le judaïsme pour qu’elles mettent fin à ce qu’il considérait comme un scan­dale. De son côté, la Ligue contre le racisme et l’antisé­mitisme (LICRA), assignait en référé la société éditrice.

Le 11 avril 1995, une Ordonnance de référé du Tribunal de Grande Instance de Paris condamnait l’éditeur à sup­primer deux passages, considérés comme «de nature à raviver l’antijudaïsme», et «interdisait la dif­fusion et la vente de l’ouvrage, à défaut de ces sup­pres­sions.»

D’abord résolu à interjeter appel du jugement, l’édi­teur condamné finit par se résoudre à accepter la sen­tence ci­vile. C’est ainsi que, dans un communiqué conjoint (octobre 1995), la LICRA, Médiaspaul et la Société Biblique Catholique Internationale faisaient part d’un ac­cord intervenu entre les parties en conflit. Il était convenu que l’édition en cours «ne serait plus dif­fusée, à compter du 21 novembre 1995, qu’avec sup­pression des passages contestés» (au nombre de 19).

En fait, sur décision de l’autorité ecclésiastique, la vente ne reprit pas et les éditeurs durent, pour obtenir un nou­vel Imprimatur, soumettre à un comité d’experts une ré­édition amendée. Ce n’est qu’après une attente de près d’un an, que la décision négative fut rendue pu­blique par un bref communiqué du cardinal Pierre Eyt, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France :

 «La Commission doctrinale a demandé à plusieurs exégètes ca­tholiques reconnus de procéder à une étude complète de la deuxième édition de cette Bible ainsi que des corrections propo­sées par les au­teurs pour une troisième édition. L’étude des avis présentés par les exégètes désignés par notre Commission a conduit celle-ci à voter, le 21 mars 1996, le refus de l’imprimatur pour la troisième édition de la Bible des Communautés Chrétiennes.» (Texte intégral de la décision, suivi de quelques exemples de textes rejetés par les experts, dans SNOP, Service catholique de presse et d’information, n° 994, Paris, 4 octobre 1996).

L’affaire semblait donc close lorsqu’elle rebondit soudain. En septembre 1998, les éditions Fayard tenaient une conférence de presse pour annoncer qu’ils éditaient une version corrigée de la Bible des Communautés Chrétiennes, sous le titre de Bible des Peuples. À la surprise générale, et surtout à celle du cardinal P. Eyt et de sa Commission doctrinale, qui avaient sanctionné cette bible deux ans plus tôt, cette nouvelle version était munie d’un Imprimatur de la Conférences des Évêques du Congo. Après une violente polémique, par journaux interposés, entre les respon­sables éditoriaux du Cerf (Bible de Jérusalem) et de Desclée de Brouwer (TOB) – qui avaient sévèrement critiqué la Bible des Peuples – et Cl. Durand, directeur de Fayard, qui accusait ces éditeurs de diffamer SA bible pour des motifs bassement financiers, les esprits se sont quelque peu calmés, sans que le contentieux soit liquidé pour autant.

Il reste que cette bible, qui a tant fait parler d’elle, continue sa carrière, qui, si l’on tient compte des versions en langues étrangères (espagnol surtout), est un immense succès éditorial, puisque, aux dires de ses éditeurs, plus de 32 millions d’exemplaires ont été vendus depuis le lancement de la version originale en langue espagnole, en 1973.

Ci-après, on pourra lire un florilège de 22 passages qui, s’ils ne peuvent être qualifiés, d’«antisémites», méritent cependant, nous semble-t-il, le label d’«antijudaïques», et sont, en tout état de cause, fortement dépréciateurs, voire diabolisateurs du peuple juif, de sa foi et de ses traditions.

Un florilège de stéréotypes antijudaïques
Ancien Testament

NOTA : N’ont été retenus ici, parmi bien d’autres, que les passages dont le caractère dépréciateur du peuple juif ne découle ni de la théologie ni de la doctrine chrétiennes, mais trouve son origine dans des a priori et des stéréotypes que l’enseigne­ment post-conciliaire de l’Église a répudiés, même s’ils ont longtemps fait partie de son discours. Les citations sont extraites de La Bible des peuples, Fayard, Paris,1998).

Abréviation : BCC:Bible des Communautés Chrétiennes, SOBICAI et Médiaspaul, Arpajon, 1995.

Introduction à l’Ancien Testament, pp. 25* et 26*

“Condamnation d’Israël pour ses infidélités sans nombre […] C’est le temps où Dieu se prépare un “petit reste” au milieu d’une nation sollicitée et emportée par toutes les tentations du pouvoir et la confusion entre royaume de ce monde et Royaume de Dieu.”

• Toujours la même présentation péjorative de la religion juive, sans doute dans le but de mieux exalter la chré­tienne. Ici, l’ignorance du judaïsme se révèle crûment. En effet, quiconque connaît un tant soit peu la Tradition juive sait que les juifs pieux n’attendent rien de bon de “ce monde-ci”, mais soupirent après les temps du Messie, où, ainsi que le leur promet l’Écriture, Dieu régnera, et où ils vivront en paix, à l’ombre de leur Messie, en attendant le “monde à venir”, lorsque la création toute entière sera renouvelée. Il est dommage qu’un commentateur chrétien qui proclame son souci pastoral, non content de passer sous silence ce qui fait le cœur même du message de l’Évan­gile – et qui, repris par sa religion, fut et est toujours le cœur et l’âme de la foi juive – croie bon de discréditer ainsi le peuple dont, spirituellement, il est lui-même issu (cf. Pie XI : «Spirituellement, nous sommes des Sémites!», ne serait-ce que par la relation quasi organique que la foi chrétienne établit entre les chrétiens et Jésus le juif.

2) Sur Esdras 9, pp. 469-470

 «Esdras encourage donc la ségrégation raciale malgré les leçons des pro­phètes qui, un siècle avant, avaient proclamé que toutes les nations feraient partie du peuple de Dieu. Au début, la stricte observance de la Loi est une garantie contre les païens, mais avec le temps, elle de­viendra le mur qui isolera les juifs des autres peuples.»

• Dans cette présentation simpliste de la spécificité du peuple de Dieu, on omet de rappeler les textes bibliques qui enjoignent au juif de se marier avec d’autres juifs et même dans sa parenté (cf. Gn 24, 9 ss.; Ex 2, 1; To 1, 9). Quant à l’accusation de “ségrégation raciale”, outre qu’elle est ridiculement anachronique, elle procède d’une manie de l’amal­game, qui est l’une des plus graves faiblesses de ces Commentaires actualisants et réducteurs, qui font feu de tout bois pour faire du judaïsme et de ses coutumes, auxquels il est visible que l’on ne comprend pas grand chose, le repoussoir pa­radigmatique de tout ce qui est socialement, politiquement et religieusement haïssable, de nos jours. À ce compte, il fau­drait qualifier de “ségrégationnistes” les responsables religieux et les parents chré­tiens, musulmans et autres, qui recom­mandent à leurs fidèles ou à leurs enfants de ne se marier qu’avec un conjoint qui partage leur foi!

3) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

 «Puisque les désastres précédents n’ont pas été suffisants pour corriger Israël, Amos en annonce un autre : ce sera le Jour de Yahvé. Quand les Israélites [en] parlaient… ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies»

• Désinformation choquante. Maints passages de l’Ancien Testament utilisent l’expression “Jour de YHWH” (Is 13, 6.9; Ez 13, 5; Jl 1, 15; 2, 1.11; 3, 4; 4, 14; Am 5, 18.20; Ab 15; So 1, 7.14; Ml 3, 23. Cf. aussi Is 2, 12; Ez 30, 3; Za 14, 1; etc.). Quiconque voudra bien se donner la peine de les vérifier se convaincra de l’inexactitude des af­firmations du Commentateur. Il est facile de constater que les prophètes, qui l’ont annoncé, ne considèrent pas le “Jour de Yahvé” comme un “triomphe” d’Israël devant la déconfiture des nations. Cet état d’esprit est d’ailleurs ré­prouvé par l’AT: “Si ton ennemi tombe, ne te réjouis pas, que ton cœur n’exulte pas de ce qu’il trébuche” (Pr 24, 17). Tous les passages évoqués disent exactement le contraire, et la perspective de jugement qu’ils annoncent est, à l’évidence universelle (cf. Ab 15 : “le Jour de Yahvé contre tous les peuples”). Le texte d’Amos 5, 18.20 ne signifie nullement, comme l’affirme le Commentateur, que “Dieu vient demander des comptes à son peuple” (et le renvoi à So 2 est trompeur, car ce texte ne vise pas Israël, mais toutes les nations, comme l’indique l’expression du v. 3 : “tous les humbles de la terre”). Il s’adresse à ceux qui appellent la venue de ce Jour, pour voir la fin de leur oppression. Le prophète leur répond que ce Jour sera terrible pour tout le monde, car Dieu viendra alors juger tous les pécheurs, et le peuple de Dieu en premier. Reconnaissons toutefois que le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), sous Amos 5, 18, conforte, avec quelques nuances plus positives, l’exégèse de la BCC. Par contre, celui de la Bible de Jérusalem, à cet endroit, est beaucoup plus objectif, nous semble-t-il.

4) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

«Quand les Israélites parlaient du Jour de Yahvé, ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies. Amos en inverse le sens et, après lui, dans la bouche des prophètes, le Jour de Yahvé signifiera que Dieu vient demander des comptes à son peuple (voir So 2). Dansl’évangile et les autres livres du Nouveau Testament, le Jour du Seigneur signifie de même le jugement universel (voir Rm 1, 18); mais le terme aura alors un sens plus précis : la venue du Christ. Il jugera ceux qui ont rejeté sa parole et il réalisera les espoirs de ceux qui ont mis leur foi en lui.»

• Quand on lit ce commentaire en relation avec le précédent (dont il fait d’ailleurs partie), on ne peut guère douter de la pensée de son auteur : les juifs “qui ont rejeté la parole” du Christ, seront condamnés lors de la Parousie de ce dernier.

5) Sur Job 29, p. 834

 «Paradoxalement, c’est la défense de Job qui montre le côté faible de cette intégrité, cette “justice” devant Dieu dont il était si fier. Je faisais de la justice mon vêtement. Job était un homme juste, conscient d’être juste, et il remerciait Dieu qui l’avait fait bon. Tout cela ressemble énormément à la “justice”, aux mérites des Pharisiens. Tout en montrant un grand respect pour un Dieu éloigné, Job avait bâti seul sa vie, ses vertus et sa propre image. Finalement, sa perfection n‘existait pas aux yeux de Dieu parce que, sans le dire, Job se faisait un rival de Dieu.»

• Exégèse inouïe! Aucun Père ni écrivain ecclésiastique n’a jamais tiré une telle conclusion. Au contraire, dans la littérature chrétienne, Job est généralement présenté comme le type du Juste éprouvé, qui ne se révolte pas contre Dieu, même s’il crie sous la douleur et l’injustice apparente de son sort. Ses récriminations sont surtout contre l’at­titude de ses faux amis qui l’accablent et l’accusent d’être la cause de ses maux, réputés être la sanction de ses fautes cachées. On ne sait de quoi on doit s’étonner le plus : de l’ignorance dont fait preuve le Commentateur – qui semble n’avoir pas compris que la métaphore de la justice que l’on revêt comme un vêtement est biblique (cf. Is 59, 14; Ps 132, 9, remarquons, au passage, l’absence quasi totale de références bibliques dans les marges du Livre de Job!) –, ou de sa propension à médire des personnages de l’Ancien Testament, au travers desquels, à l’évidence, c’est le ju­daïsme, biblique et rabbinique, qui est visé. Pourtant, le fait même que Dieu reconnaisse, à la fin du livre, que “Job a bien parlé” de lui, au contraire de ses “amis” (Jb 42, 7), témoigne éloquemment de la “justice” –au sens bi­blique du terme et non au sens “pharisaïque” – de ce persécuté. Mais un examen approfondi de la littérature de la BCC aide à comprendre l’intention de ce sermon anti-Job. Il est dans le droit fil de maints commentaires de cette bible, à savoir, que les hommes et les femmes de l’Ancien Testament, en général, et les Juifs contemporains de Jésus et des apôtres, en particulier, si vertueux ou admirables qu’ils aient pu être, ne peuvent arriver à la cheville des chrétiens, à cause de leur “carnalité”, de leur “certitude orgueilleuse d’être des justes”, et de leur “pharisaïsme”.

6) Sur Job 32, p. 837

«Élihu pressent qu’il y a quelque chose de faux dans la justice de Job, mais il ne sait pas le dire, et comme les amis de Job, il cherche des péchés secrets que Job aurait pu commettre. Le fait est que Job n’a pas la justice évangélique qui est l’humble amour de Dieu.»

• Énorme anachronisme missionnaire chrétien de la “justice évangélique” (dont notre Commentateur déplore que Job soit dépourvu). Il devrait suffire à faire classer l’exégèse de la Bible des Peuples au rang de l’aveuglement spiri­tuel le plus notoire de la littérature apologétique chrétienne contemporaine.

7) Sur Esther 3, p. 907

 «L’auteur laisse apparaître les tensions qui opposaient les Juifs aux autres peuples au milieu des­quels ils vivaient. Ils avaient habituellement une supériorité culturelle, et leur étroite solidarité était une véritable force : cela leur valait tout à la fois admiration et envie. Leur mode de vie semblait étrange (Sg 2, 14-15), ce qui fai­sait naître des soupçons dont les conséquences pouvaient être tragiques. La fin du livre montrera que la confiance en Dieu de nos pères dans la foi n’avait pas encore éliminé la violence et la soif de vengeance.»

• Cette “autre lecture” n’est, à l’évidence, pas celle de l’exégète soucieux de replacer les choses dans leur contexte par une analyse historico-littéraire rigoureuse. Au contraire, le contexte lui-même montre que cette lettre n’était qu’un tissu de calomnies, imaginées par Aman, ennemi de la nation juive, qui fut d’ailleurs pendu par le même roi qui avait rédigé ce firman. C’est donc bien ce que pense le Commentateur qui est exprimé ici.

8) Sur Esther 9, p. 913

 «Nous avons bien du mal à comprendre comment le peuple de Dieu peut commettre de tels mas­sacres, et comment ce livre sacré peut les applaudir. C’est qu’à l’origine le fanatisme de nos ancêtres était à la mesure même de leur certitude d’être le peuple élu de Dieu. Dieu a su patiemment les éduquer tout au long de l’histoire, mais ce qui lui a été le plus difficile, semble-t-il, a été de retirer du cœur humain la violence et l’esprit de vengeance. Les prophètes eux-mêmes n’ont guère pris conscience de la violence qui les habitait en dépit de leur communion si étroite avec Dieu. Dans Genèse 34, l’auteur nous montre le scandale qu’avait été le viol de la fille de Jacob, mais il ne porte pas de jugement sur les représailles qui suivirent. L’histoire nous montre que dans tous les groupes humains la solidarité, la justice et la morale ne valaient qu’à l’intérieur d’un groupe […] c’est en­core chez les disciples du Christ qu’on trouvera plus facilement des exemples de pardon.»

• Est-il nécessaire de rappeler qu’au temps de Patriarches, où eut lieu la vengeance sur le clan des violeurs de Sichem, il n’y avait pas de «religion juive», et que les membres d’une tribu ou d’un clan, quels que fussent leur race ou leur appartenance religieuse, pratiquaient la loi du talion, lorsqu’un des leurs était l’objet de sévices?

9) Sur Siracide 42, 9, p. 1002

 «Le texte original, écrit en hébreu, était beaucoup plus long au verset 9 et disait : “Sa chambre ne doit pas avoir de fenêtres et elle ne doit pas voir les portes d’accès de la maison”. Ce conseil est une preuve de plus de la domination des hommes dans la culturehébraïque…»

• “Dans la culture hébraïque” : La moindre honnêteté eût été d’écrire, “dans la civilisation de l’époque”, ou “dans la culture juive, tributaire de la mentalité d’alors”. Toujours la même méthode qui consiste à épingler tout ce qui peut porter atteinte à la crédibilité et à la dignité du judaïsme. Ici, on est en droit de suspecter une véritable intention de le déprécier. En effet, de l’aveu du Commentateur lui-même, le passage évoqué pour fustiger, une fois de plus, la culture juive, ne figure dans le texte d’aucune bible moderne (où le texte de ce livre est une traduction du grec), étant donné qu’il n’existe que dans une très ancienne version hébraïque du Livre de Ben Sira, découverte, à la fin du XIXe s. dans la Guénizah du Caire. Pour relativiser ce commentaire malveillant, signalons que, jusqu’à notre époque, dans de nombreux peuples, le statut de la jeune femme non mariée a toujours été très sévère. On veillait sur elle avec ja­lousie (cf. la duègne, en Espagne). De nos jours encore, dans les contrées européennes et méditerranéennes, il n’est pas rare que certains membres de la famille (père, frère, ou oncle généralement), vengent par le sang l’honneur d’une fille, d’une sœur ou d’une nièce séduites.

Nouveau Testament
10) Sur Matthieu 23, 29, p. 58

 «Le peuple juif, harcelé par les étrangers, serrait les rangs autour du Temple, de la pratique reli­gieuse et du groupe des Pharisiens. Sous l’emprise de la peur, les juifs faisaient ce que fait toute société qui se sent menacée : ils devenaient fanatiquement conservateurs et se sentaient à l’abri dans les institutions que Dieu leur avait données dans le passé.»

• On aura remarqué la généralisation abusive. Dans le texte néotestamentaire, ce sont uniquement les dirigeants religieux qui sont l’objet des objurgations de Jésus, et non le peuple juif dans son ensemble. L’adverbe «fanatiquement» est inutilement blessant. Dira-t-on, aujourd’hui, que certains courants protestants sont «fanatiquement» fondamentalistes parce qu’il pratiquent une lecture littérale des Écritures? Ou que les catholiques at­tachés à l’ancienne liturgie sont «fanatiquement» traditionalistes? Certains émettent de telles appréciations, certes, mais ce n’est pas à leur honneur.

11) Sur Marc 7, 24, p. 91

 «Car ce que Jésus reproche aux Pharisiens se retrouve bien souvent chez ceux qui se tournent vers les institutions religieuses considérées. Au départ, on a un désir de perfection morale qui s’allie inconsciemment au besoin d’être reconnu par la société. On a conscience de sa propre responsabilité, ce qui est excellent et qui était au cœur du pharisaïsme. Ce peut être un point de départ. Mais le temps passe et l’on ne se rend pas compte qu’on s’est attaché moins à Dieu qu’à ses propres vertus : l’amour nous aurait enfoncés dans l’humilité. Confiant en ses propres mérites (en sa “justice” : Lc 17, 9), le Pharisien vise une forme de sainteté à partir de règles, jeûnes, aumônes, et il attend de Dieu, en retour de ses mérites, un traitement privi­légié. Nous voici loin de la grâce et de l’Évangile. Car nous ne pouvons rencontrer Dieu que si nous prenons la mesure de notre faiblesse et de son pardon. Alors nous l’aimons vraiment, humblement, et nous nous sentons frères des plus pauvres et des pécheurs. Le fait d’appartenir à une élite vraie ou prétendue telle nous amène à cultiver notre image, et donc les apparences, de plus en plus à l’écart des “pécheurs” et des gens ordinaires (comme par hasard, Pharisien veut dire : séparé). Ce milieu plus “select” offre une chance à toutes les ambitions, et dès lors, comme dit Jésus, c’est l’hypocrisie qui règne.»

• La dépréciation systématique des Pharisiens, on le sait, est un locus classicus de l’enseignement chrétien tradi­tionnel, qui, de ce fait, mérite bien le label, que lui décernait l’historien juif Jules Isaac, d’«enseignement du mé­pris». Ce thème a tellement fait florès, qu’il est passé dans la langue, au point que l’adjectif “pharisien” – qui signi­fie “séparé”, en hébreu – a fini par devenir le paradigme de la prétention et de l’orgueil de celui qui se targue de sa vertu ou de son impeccabilité au regard de l’observance rigide et de la foi intransigeante. À l’évidence, il y avait de mauvais pharisiens. La tradition rabbinique elle-même, fort critique envers certains d’entre eux, qui devaient être du même acabit que ceux que stigmatisait Jésus, en témoigne par ce texte du Talmud (Talmud de Babylone, traité Sota, 26 a) :

“Le roi Yannaï disait à sa femme : Ne crains ni les Pharisiens ni ceux qui ne le sont pas. Mais redoute les hypocrites, qui ressemblent à des Pharisiens, et dont les actes sont ceux de Zimri [l’Israélite qui avait forniqué avec la prostituée madianite], mais qui réclament la récompense de Pinhas [fils d’Aaron qui, rempli du zèle de Dieu, tua les dévoyés et mérita pour cet acte la prêtrise perpétuelle]”.

 Quant à l’assimilation de la caste pharisienne à un club «select», elle serait risible si elle ne témoignait d’une affligeante ignorance de l’histoire du judaïsme de la période du Second Temple. Loin d’appartenir à un milieu privilégié, la majorité des pharisiens étaient issus du peuple – dont ils avaient d’ailleurs la faveur. Entièrement voués à l’étude et à la prière, ils pourvoyaient à leur subsistance en exerçant de petits métiers, tels que porteurs d’eau, tailleurs de tente (comme Paul). Il n’est évidemment pas exclus que quelques uns d’entre eux aient été de milieu aisé, mais la tradition talmudique, qui n’estimait que la science et la piété, ne leur a pas accordé plus de considération pour autant.

12) Sur Marc 15, 6, p. 115

 «La foule a choisi Barrabas. Pourquoi? Parce que le chemin de libération que Jésus propose exige du temps, un sens des responsabilités et du sacrifice. Barrabas, au contraire, représentait la violence irresponsable qui satisfait notre désir de vengeance. Ici, l’Évangile ne pré­tend pas rendre tous les Juifs du temps de Jésus responsables de sa mort. L’Évangile témoigne d’un fait : l’en­semble du peuple, et non seulement les chefs, avait déjà rejeté Jésus, comme il allait bientôt rejeter la prédication chrétienne (Rm 10, 19) […] Jésus est la victime pour le péché du monde (1 J 4, 10). Il y avait mille façons pour lui d’être victime et de donner sa vie pour ceux qu’il aimait, mais ce rejet du Messie par les siens don­nait à son sacrifice une signification nouvelle. Le reniement de Jésus par son peuple prolonge l’his­toire passée du peuple de Dieu qui tant de fois s’est refusé à entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait. Dieu avait dit : «C’est moi qu’ils rejettent, ils ne veulent pas que je règne sur eux” (1 Sa 8, 7). Or voici que Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens.»

• Les accusations et les procès d’intention les plus arbitraires côtoient ici les explications les plus absurdes vi­sant, comme toujours, à déconsidérer le peuple juif, pour mieux exalter le christianisme. Certes, il y a plus de ridi­cule que de méchanceté dans certaines assertions – évidemment infondées, mais d’autant plus sûres d’elles-mêmes qu’il suffit, semble-t-il, de les émettre avec assurance pour qu’elles fasse figure de vérités premières. C’est le cas, par exemple, de celle qui prétend expliquer, par la propension à la violence et à la vengeance, le choix fait par la foule d’épargner Barrabas au lieu de Jésus. C’est également cas de l’affirmation selon laquelle «l’Évangile» lui-même «témoignerait» (où, en quels termes?) que «l’ensemble du peuple avait déjà rejeté Jésus», alors que nous lisons, en Mc 14, 1-2 : “La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cher­chaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. Car ils se disaient: Pas en pleine fête, de peur qu’il n’y ait du tumulte parmi le peuple.” C’est surtout le cas de la présentation scandaleusement accusatrice de l’incrédu­lité des juifs. En effet, on ne leur donne pas la chance que Jésus a accordée à Thomas (cf. Jn 20, 24ss). On ne dit pas : «Il leur a été impossible de croire». On ne leur accorde pas le bénéfice du doute, mais on affirme au contraire, sans hésitation, que s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils n’ont pas voulu croire. D’où le choix du vocabulaire. «Reniement de Jésus», présenté comme une suite logique et fatale de tous les reniements de «l’histoire passée du peuple de Dieu». Refus «d’entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait». Rejet de Dieu, «refus» de “le laisser régner sur eux” (avec référence tendancieuse à 1 S 8, 7). Et ce lieu commun presque bimillénaire, qui serait risible s’il n’avait eu les conséquences tragiques que l’on sait, et toujours si terriblement efficace : «Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens». La «communauté», donc tous les juifs de l’époque : y compris ceux d’Alexandrie, de Babylonie, et de tout l’empire romain d’alors, qui, bien sûr, suivaient en direct les événements de Palestine dans leurs journaux et sur leurs écrans de télévision! De cet acte d’accusation délirant, il ressort que, bien que la filiation divine et la messianité de Jésus fussent inscrites sur son front, les juifs (tous les juifs), désireux d’entrer dans l’his­toire comme le peuple le plus stupide, le plus ingrat, le plus sceptique et le plus entêté qui soit au monde, ont commis l’irréparable, le péché de démesure : défier et narguer Dieu lui-même en refusant de croire à celui qu’à l’évi­dence ils avaient reconnu comme son Fils et Messie! On croit rêver…

13) Sur Luc 24, 44, p. 184

 «Il fallait que s’accomplisse ce que les prophètes avaient annoncé d’un sauveur qui serait rejeté et qui prendrait sur lui le péché de son peuple. Quel péché? Les péchés de tout le monde évidemment, mais aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus. C’est ce péché qui de façon plus immé­diate l’a conduit à la croix. En réalité ce chemin de mort et de résurrection n’était pas réservé à Jésus, mais aussi à son peuple. À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions terrestres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples… pour renaître comme peuple de Dieu dispersé parmi toutes les nations et devenir témoin actif du salut. Une minorité est entrée dansce chemin que Jésus indiquait et cela a été le commencement de l’Église : prêchez en son nom à toutes les nations.»

• En progrès notable sur la version antérieure, qui figurait, en son temps, dans la Bible des Communautés Chrétiennes, et reprenait à son compte l’accusation de déicide, ce commentaire, quoique moins violent, n’en est pas moins préjudiciable au peuple juif. Qu’on en juge. Obligé d’admettre l’enseignement de son Église, déjà présent dans le Catéchisme du Concile de Trente (XVIe s.), – selon lequel «les chrétiens pécheurs sont plus coupables de la mort du Christ que les quelques juifs qui y ont pris part – ceux-ci, en effet, « ne savaient pas ce qu’ils faisaient » (Lc 23, 24), et nous, nous ne le savons que trop bien.» (Pars I, caput V, Quaest. XI) – le Commentateur n’en persiste pas moins à remettre en course la culpabilité particulière du peuple juif dans ce drame. D’après lui, le péché qui a causé la mort de Jésus, c’est «aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus». Et l’expression «de façon plus immédiate» laisse percevoir l’adverbe “surtout”. À lire ce texte, on croirait que l’essentiel de la prédication de Jésus était consacré à combattre la violence de son peuple. Or, il n’en est rien. Même la fameuse phrase du Sermon sur la montagne “Heureux les doux, car ils hériteront de la terre”, souvent alléguée pour accréditer l’image du «doux pécheur galiléen» (Renan), ne corrobore pas cette vue de l’esprit. En effet, elle est une cita­tion du Ps 37, 11, où le terme hébreu employé est ‘anawim, qui signifie, ‘pauvres’, ‘démuni’, et au sens moral : ‘humble’. Il est rendu en grec (tant dans la Septante que dans le NT, qui la cite, par praus, qui connote les mêmes sens, mais aussi celui de ‘doux’. En sens inverse, l’Évangile met dans la bouche de Jésus ces propos inquiétants (Mt 10, 34ss) : “N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive” (et cf. Mt 26, 51-52; Lc 22, 36.51s, etc.). C’est donc une contrevérité que d’imputer à la violence de la société juive de l’époque de Jésus la responsabilité, même partielle, ou «immédiate» de la mise en croix de ce der­nier.

Quant à la phrase : «À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions ter­restres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples», outre qu’elle permet, au passage, de faire un catalogue des défauts (en italiques, ci-dessus) traditionnellement attribués au peuple juif de tous les temps, elle aussi serait risible si elle n’avait pour conséquence de rendre, une fois de plus, les juifs responsables de leurs propres malheurs. Pour un chrétien, il est facile, deux mille ans post eventum, de se mettre artificiellement à la place du peuple juif de l’époque, et doctus cum libro (l’Évangile), de décréter : «Israël devait accepter la fin de ses ambitions terrestres». L’historiographie religieuse rapporte un fait analogue – réel ou légendaire : Clovis, à qui l’on faisait la lecture de la Passion du Christ, se serait écrié avec colère : «Que n’étais-je là avec mes braves!». Telle est, peu ou prou, la nature de la “vertueuse” et anachronique indignation du Commentateur. Malheureusement, même si l’on admettait la légitimité de cette dernière, encore faudrait-il savoir de quoi l’on parle en qualifiant les attentes messianiques juives d’«ambitions terrestres». Il n’est pas possible d’esquisser ici un historique, même sommaire, de la notion de Temps messianiques ni de l’attente juive, qui lui est sous-jacente, d’un règne de Dieu lui-même ou par l’entremise de son Oint (Messie), sur la terre. On sait que les chrétiens ont entièrement “spiritualisé”, voire allégo­risé – et donc désincarné et ‘anhistorisé’ – ces perspectives contenues dans l’Écriture sainte et spécialement dans les écrits des Prophètes. Or, il est indéniable que cette dernière annonce un rétablissement et un retour en grâce d’Israël sur son territoire de jadis (cf. Jr 31, 15-17; Is 60 à 62, 12; etc.), après que Dieu ait pris parti pour son peuple en butte à l’assaut des nations coalisées contre lui (cf. Ps 2 = Ap 11, 18; Is 17, 12; 29, 1-8; 30-32; 31, 4-5; 39, 8; 54, 11-17; 63, 1-6; Ez 38-39 = Ap 20, 7-9; Jl 3-4; Mi 4; Ha 3; Za 1, 14-17; 12-14; Lc 21, 20-28; Ap 10, 11 à 11, 18; etc.). Cette conception d’un Royaume de Dieu sur la terre, avec accomplissement littéral des promesses de paix uni­verselle et d’abondance matérielle, étaient prises au sérieux par les presbytres (anciens) des premiers siècles de l’Église. Elles furent ensuite qualifiées de «charnelles» et taxées de «millénarisme grossier», dans l’enseignement d’une Église devenue impériale et, partant, complètement oublieuse des perspectives eschatologiques prêchées par Jésus, conformément aux Écritures et à la tradition juive. Des Pères de l’Église aussi orthodoxes que Justin et Irénée de Lyon (IIe s.) professaient ces croyances et en défendaient le réalisme contre les détracteurs de leur époque. Irénée a même consacré au règne messianique de Jésus sur la terre, durant une période traditionnellement fixée à mille ans (Ap 20, 2-7, d’où la dénomination de ‘millénarisme’), la totalité du Livre V de son Traité des héré­sies.

Quant à la «minorité» qui, selon notre Commentateur, «est entrée dansce chemin que Jésus indiquait», il s’agit des juifs de l’époque qui crurent à Jésus. Ils ont été rapidement noyés, avec les traditions messianiques et eschatolo­giques qu’ils véhiculaient, dans la masse d’un christianisme issu du paganisme. Et il n’a pas fallu plus de deux siècles pour qu’elles soient estimées hétérodoxes, puis, ultérieurement, qualifiées de «rêveries judaïques», ou, plus poliment, mais non moins catégoriquement, dans les commentaires bibliques et théologiques subséquents, comme «irrecevables». Témoin ces deux commentaires :

• Bible de Jérusalem (édition 1981), sur Ac 1, 6-7 : «L’établissement du royaume messianique apparaît encore aux apôtres comme une restauration temporelle de la royauté davidique».

• Bible des peuples, sur He 7 (NT 431) : «Quand les chrétiens lisent l’Ancien Testament maintenant, ils ne peuvent plus le considérer comme font les juifs qui y voient leur propre histoire sur la terre de Palestine et en attendent une réalisation que Jésus a écartée. Pour nous la vérité de l’Ancien Testament a sa clé dans la personne de Jésus : sans lui le livre ne rejoint plus le message de Dieu.»

Dieu merci, les évêques allemands se sont montrés mieux inspirés en prenant au sérieux ce passage, au point d’y lire le rétablissement eschatologique d’Israël (L’Église et les Juifs, Document de la Conférence des Évêques alle­mands, III, 1, Bonn 1980) :

«Dans les Actes des Apôtres, on trouve l’affirmation prophétique du rétablissement eschatologique d’Israël. Ainsi, les apôtres interrogent le Ressuscité : “Est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël?” Dans sa réponse, Jésus ne disqualifie pas cette question des Apôtres comme étant absurde, il fait seulement allusion au fait que le Père seul, dans sa Toute-Puissance, a décidé du temps fixé pour ce “rétablissement” du royaume pour Israël.»

14) Sur Jean 19, p. 229

 «Pilate voulait sauver la vie de son prisonnier quand il le présentait si défiguré. Mais en présen­tant un roihumilié, il offensait profondément le peuple opprimé : ils ne pouvaient que se rebeller.»

• Passons sur le beau rôle si complaisamment donné à Pilate. On sait, par l’histoire, combien ce procurateur était cruel et à quel point il haïssait les juifs et méprisait leurs coutumes. Certains exégètes modernes pensent même que Pilate se livra à cette mise en scène pour humilier et mettre en rage les juifs. Passons aussi sur l’insulte concer­nant “l’orgueil du peuple juif”, poncif éculé. Par contre, il convient de corriger l’erreur très répandue, réitérée ici, se­lon laquelle la possibilité d’un Messie souffrant et méprisé n’ait pu être envisagée par les juifs. S’il est vrai que le thème d’un Messie souffrant, voire tué, n’est pas fréquent dans la littérature rabbinique, il figure cependant en plu­sieurs endroits du Talmud et des Midrashim. Il a même paru assez important aux yeux d’un érudit catholique pour qu’il lui consacre un volume de 180 pages (Jean-Joseph Brierre-Narbonne, Le Messie souffrant dans la littéra­ture rabbinique, Paris 1940). Ajoutons que Justin Martyr (110-167 environ) atteste indirectement que ce n’était pas par orgueil que le peuple juif répugnait à envisager un Messie crucifié. Dans son dialogue avec Tryphon le Juif, le cé­lèbre apologiste chrétien fait dire à son interlocuteur :

«Mais sur la question de savoir si le Messie doit être désho­noré jusqu’au crucifiement, nous doutons; car dans la Loi il est dit du crucifié qu’il est maudit [cf. Dt 21, 23]… C’est un Messie souffrant que les Écritures annoncent, évidemment; mais que ce soit une souffrance maudite dans la Loi, nous voudrions savoir si tu peux le démontrer aussi.» (Dialogue, 89; cité d’après Justin martyr, Oeuvres com­plètes, éditions Migne, Paris 1994, pp. 241-243. C’est moi qui souligne).

À la lumière de ce texte patristique, on comprend que le problème des juifs n’était pas la possibilité d’une déréliction extrême du Messie, mais la formula­tion du Deutéronome : “un pendu [crucifié au bois] est une malédiction de Dieu”. Il se pourrait même que les juifs l’aient utilisée, dès la fin du Ier siècle, dans leur polémique avec le christianisme naissant, comme un oracle scriptu­raire qu’ils estimaient fatal à la messianité de Jésus.

15) Sur Actes 5, 11, p. 247

 «Nous trouvons ici, pour la première fois, le terme Église… Son sens exact est l’assemblée convoquée [par Dieu]. Avant Jésus, les juifs employaient ce terme pour désigner la nouvelle communauté dont Dieu ferait le choix aux jours du Messie. Venus du Judaïsme ou du Paganisme, les croyants ont conscience d’être cette nouvelle communauté : ils sont les vrais juifs, le véritable Israël. Peu à peu l’Esprit Saint va les séparer de la communauté officielle…»

• On ne voit pas très bien d’où le Commentateur tire cette affirmation selon laquelle le terme d’Église désignerait la nouvelle communauté messianique. Sans doute fait-il une vague allusion aux textes de Qumran (Manuscrits du désert de Juda). On ne s’étonnera pas des poncifs habituels de la théologie de la “substitution”, consacrés par un usage presque bimillénaire : “Verus Israel”, “vrais juifs”, “ancien Israël”. Par contre, même un chrétien devrait rester stupéfait face à l’affirmation énorme selon laquelle c’est «l’Esprit Saint [qui] va séparer [les croyants chrétiens] de la communauté officielle». En fait, c’est tout le contraire que dit l’Apôtre Paul, dans un passage célèbre de l’Épître aux Éphésiens : “Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux [peuples] n’a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix: en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches: par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père.” (Ep 2, 14-18). Une fois de plus, la formulation de notre Commentateur semble ne laisser aucune chance aux juifs : de fait, à le lire, il ressort que ceux-ci l’auraient-ils voulu, qu’ils n’eussent pu avoir foi au Messie Jésus, puisque l’Esprit Saint lui-même en avait décidé autrement!

16) Sur 1 Corinthiens 11, 1ss., p. 335

 «Dans un paragraphe antérieur (9, 20) Paul a dit qu’il s’était fait tout à tous. Mais ici nous re­marquons qu’il [Paul] n’avait pas toujours un regard juste sur les coutumes contraires aux traditions juives. Il n’ap­préciait guère la plus grande liberté en public des femmes grecques. Paul laisse parler sa formation juive, très masculine (même dans la Bible, voir Qo 7, 28 et Sir 25), et il répète les arguments des maîtres juifs (5-10) diffici­lement compréhensibles pour nous qui font allusion à Genèse 6, 2. Mais tout à coup il s’aperçoit qu’il est en train de nier l’égalité proclamée par Jésus, et il essaie de revenir en arrière (11, 12). À voir la manière dont Paul termine, il devait se rendre compte du peu de force de son raisonnement. Croyait-il vraiment que les anges, chargés de l’ordre dans le monde, seraient choqués de voir la libération des femmes.»

• Toujours le même procédé qui consiste à porter un sévère jugement rétrospectif sur une situation du passé, en partant de nos conceptions actuelles, façonnées par des siècles d’évolution et d’affinement des mentalités. Il est clair que les sociétés anciennes étaient presque toutes patriarcales et que la place de la femme y était inférieure à celle de l’homme, voire, dans certaines civilisations, quasiment inexistante. Ce n’est pas une raison pour jeter l’opprobre sur la seule société juive, comme si ce “machisme” (c’est le terme employé par la Biblia Latino-america, original espagnol de cette bible) était son apa­nage. Ce n’est pas une raison non plus pour insinuer que la pensée de Paul est incohérente, ou, à tout le moins, pleine de contradictions embarrassées. Et mieux vaut passer pieusement sur la prétention qu’a le Commentateur d’avoir un «regard juste», contrairement à Paul qui, lui, ne l’«avait pas toujours»!

17) Sur 2 Corinthiens 3, p. 349

 «Paul souligne au passage l’aveuglement des juifs qui ne reconnaissent pas le Christ comme le Sauveur : pour lui, ils ont perdu la clé de leur histoire et la Bible leur reste un livre fermé jus­qu’au jour où Dieu, par le Christ, en livre le véritable sens (Lc 24, 27; Ap 5, 1). Toute cette histoire devait être comprise comme un mystère de mort et de résurrection : pour entrer dans la nouvelle Alliance, il leur fallait accueillir le Christ sans plus penser à leurs privilèges, et se faire ses disciples avec les autres peuples.»

• À cette condamnation audacieuse et arbitraire, on préférera ce texte d’une des plus hautes instances de l’Église :

«Il est vrai donc et il faut aussi le souligner, que l’Église et les Chrétiens lisent l’Ancien Testament à la lumière de l’événement du Christ mort et ressuscité, et que, à ce titre, il y a une lecture chrétienne de l’Ancien Testament qui ne coïncide pas nécessairement avec la lecture juive. Identité chrétienne et identité juive doivent être chacune soigneu­sement distinguées dans leur lecture respective de la Bible. Mais ceci n’ôte rien à la valeur de l’Ancien Testament dans l’Église et n’empêche pas que les Chrétiens puissent à leur tour profiter avec discernement de la lecture juive.» (Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la pré­dication et la catéchèse de l’Église catholique, en date du 24 juin 1985, I, 3. Texte publié dans Documentation Catholique, n° LIX, 1985. Les mises en exergue sont de mon fait).

18) Sur Galates 3, 15ss., p. 365

 «Aussi Paul déclare-t-il que la plupart des juifs se trompent quand ils se préoccu­pent tant d’observer la Loi, et si peu d’ouvrir leur cœur.»

• Paul n’a jamais rien dit de tel, ni ici, ni nulle part dans ses lettres. Et si une grande partie de l’Épître aux Romains semble très critique à l’égard de la Loi, c’est une perception erronée due à une lecture chrétienne des com­plexes méditations de l’Apôtre sur ce point difficile. Paul s’efforce de convaincre les destinataires de sa lettre (des juifs, à l’évidence) de ne pas faire prévaloir l’observance de la Loi sur la foi au Christ. Ce faisant, il ne déprécie pas la Loi, tant s’en faut : il la qualifie, au contraire, de «sainte» (Rm 7, 12) et «bonne» (7, 16). Ce qu’il reproche aux juifs n’est pas leur préoccupation excessive d’«observer la Loi», aux dépens de la charité («ouvrir leur cœur»), comme le prétend le Commentateur, mais de refuser la voie nouvelle que, selon lui, le Christ Jésus a inaugurée par “sa mort au péché une fois pour toutes” (cf. Rm 6, 10). Il craint que le zèle jaloux de se coreligionnaires pour l’ac­complissement des prescriptions de la Loi les remplisse de l’assurance fallacieuse qu’ils ont ainsi atteint la perfec­tion. D’où cette exclamation à saveur scandaleusement hérétique pour un juif convaincu : “si la justice [= perfection] vient de la loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien!” (Ga 2, 21). Mais son but est de convaincre ses coreligionnaires que seule “la voie récente inaugurée pour nous” par le Christ (cf. He 10, 20) pourra faire d’eux des “adorateurs parfaits” de Dieu, ce qui n’est pas le cas des “sacrifices et des offrandes” (cf. He 9, 9), puisque, toujours selon Paul, “la Loi n’a rien amené à la perfection” (He 7, 9) et que ses “sacrifices… sont absolument impuissants à enlever les péchés” (cf. He 10, 11). On voit que cette dialectique théologique complexe n’a rien à voir avec l’opposi­tion manichéenne, que croient voir tant de chrétiens, entre la Loi et l’amour (= la charité).

19) Traduction de 1 Thessaloniciens 2, 16,p. 399

 «Ce sont eux qui ont tué Jésus et les prophètes, et maintenant ils nous poursuivent. Ils ne plaisent sûrement pas à Dieu, et ils se font les ennemis de tous les hommes, quand ils nous empêchent de prêcher aux païens pour qu’ils soient sauvés. Ils font tout pour mettre le comble à leurs péchés, mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux.»

• Il s’agit d’un passage très dur de l’apôtre Paul, dans lequel il stigmatise ceux de son peuple qui s’opposent violem­ment à la prédication de l’Évangile, en général, et à la conversion des païens, en particulier. L’Apôtre conclut sa dia­tribe par cette phrase terrible : “elle est tombée sur eux, la colère, pour en finir” (Bible de Jérusalem). À titre in­dicatif, voici quelques autres traductions : “Mais la Colère est tombée sur eux, à la fin” (TOB); ou encore : “Mais la Colère est arrivée sur eux pour toujours” (Osty); ou enfin : “Mais la colère a fini par les atteindre” (Segond=Colombe). On remarquera que toutes ces traductions, sans exception, rendent le verbe au passé, confor­mément à l’original grec, qui porte ephtasen, verbe à l’aoriste, temps qui connote, sans le moindre doute, une ac­tion qui s’est produite dans le passé. Or, notre Commentateur n’a pas le même respect du texte reçu, puisqu’il n’hésite pas à rendre ce passage au futur : “mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux” (anglais : is co­ming ; espagnol : está para caer ; formules de même signification, avec connotation future également). Cette in­novation – qui ne peut s’appuyer sur aucune autorité, ni aucun précédent sérieux – a, on le comprendra aisément, des implications redoutables. Et si – ce qu’à Dieu ne plaise! – elle était prise au sérieux par un grand nombre de chré­tiens sans connaissances bibliques ou linguistiques suffisantes, elle pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Sur le plan doctrinal, elle introduirait un élément radicalement destructeur du “nouveau regard” que porte l’Église sur le peuple juif, depuis Vatican II. Quant aux conséquences pour le peuple juif, on ose à peine penser à l’ampleur pré­visible du regain de l’antisémitisme théologique susceptible de découler d’une perspective spirituellement aussi néga­tive pour le peuple juif, et qui deviendrait désormais d’autant plus crédible, qu’elle semblerait authentifiée par le sceau d’une prétendue prophétie néotestamentaire du destin final catastrophique du “peuple qui a tué Dieu” (l’original espagnol a l’expression terrible : «asesinos de Dios»)! Remarquons que cette traduction fallacieuse n’est assortie d’aucun commentaire. Par contre, la BCC, dans son commentaire de 2 Th 2, 3.6 (p. 401), s’y ré­fère explicitement comme s’il s’agissait d’une prophétie de malheur eschatologique prononcée par Paul contre les juifs exactement en ces termes. Enfin, il paraît utile de citer ici le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), à propos de ces versets (édition 1988, pp. 2873-2874. Les mises en exergue sont de mon fait) :

«Ce jugement sévère contre les Juifs doit être bien compris. Paul revendique toujours avec fierté sa qualité de Juif, et sou­ligne à maintes reprises le privilège d’Israël. La colère et la gloire sont pour le Juif d’abord, et pour le Grec. Cf. Rm 2, 9-10. Au cours de sa mission, c’est aux Juifs d’abord qu’il adresse le message de salut […] Mais chaque fois… des Juifs, non dé­pourvus d’influence dans les cités grecques, empêchent sa prédication aux païens et lui créent des difficultés graves, qui vont jusqu’aux mauvais traitements… C’est ce qui explique la violence des termes employés ici par Paul qui, Juif lui-même, s’in­digne de l’aveuglement de ses frères. Les Juifs, qui eussent dû être les porteurs de l’Évangile, lui font partout obstacle, comme ils ont jadis fait obstacle au message des prophètes, puis à celui de Jésus. Pourtant, lorsque Paul envisage le sort du peuple élu, il n’invoque jamais comme cause du rejet temporaire d’Israël la condamnation et la mort du Christ à Jérusalem ou la persécution contre les chrétiens.»

20) L’enseignement biblique, p. 504, § 84

 «Comment doivent être l’homme et la femme? L’égalité de l’homme et de la femme est affirmée au commencement de la Bible : commentaire de Gn 1, 26 et 2, 20. Mais cela va contre toute l’attitude de la culture hébraïque. Infériorité de la femme, consacrée par la Loi (Dt 24, 1); Nb 5, 11-31; Lv 27, 3-7), acceptée par les sages : Qo 7, 27-28. La femme est tenue pour responsable des péchés des hommes (Pr 7, 5-27; Si 25, 24); il faut la surveiller (Si 36, 42, 9-12), et on la loue pour autant qu’elle sert bien son mari : Pr 31, 10-31; Si 36, 23-25.»

• Tous les textes bibliques invoqués peuvent, en effet, relus avec notre mentalité actuelle, être interprétés comme une preuve de dépréciation de la femme. Mais, outre que, méthodologiquement parlant, c’est une erreur de juger du passé à la lumière du présent, est-il besoin de rappeler que le peuple juif ne faisait qu’appliquer les règles qui régis­saient toutes les sociétés du monde antique? On remarquera enfin la mauvaise foi qui caractérise le commentaire dés­obligeant concernant le texte de l’hymne à la femme parfaite (Pr 31, 10-31), qui – soit dit en passant – est récité chaque Sabbat par les Israélites pieux!

21) L’enseignement biblique, p. 508, § 119

“Le peuple juif, dans son ensemble, ne répond pas à cet appel… des factions fanatiques le mènent à la catastrophe annoncée…”

• La version précédente (BCC) portait : «Une religion fanatique», ce qui était évidemment inadmissible. Mais le remplacement de «religion» par «factions» ne corrige en rien l’injustice du propos. Tout d’abord, s’il est indéniable, en effet, que les factions dont il est question ont eu une part non négligeable de responsabilité dans la révolte déses­pérée contre Rome, la puissance occupante, de son côté, a tout de même été pour quelque chose dans ce soulèvement. En outre, celui-ci a eu lieu en 130-135, alors que les textes scripturaires auxquels fait référence le Commentateur ont trait à la prise de Jérusalem, en 70. Dans les passages apocalyptiques de Mt 24 et parallèles, cette catastrophe histo­rique constitue une typologie prophétique de l’assaut eschatologique des nations coalisées contre la Ville sainte (cf. Is 29, 1-8; Jl 4, 14ss; Za 12; etc. = Ac 4, 24-28)). Mais, à l’évidence, elle n’est pas, comme le prétend le Commentateur, une sanc­tion divine des révoltes juives, dont on ne trouve d’ailleurs aucun écho dans le NT.

22) L’enseignement biblique, p. 509, § 131

“Le Dieu qui punitchassait les pécheurs (Gn 3, 22-23); le Dieu-fait-homme vient sauver les méchants (Jn 1, 11; Mt 21, 37)…”

• Outre l’antithèse à forte saveur marcionite (et très éloignée de l’orthodoxie chrétienne) entre l’action punitive de Dieu, dans l’Ancien Testament, et la sotériologique du “Dieu-fait-homme”, dans le Nouveau, on remarquera que «les méchants» dont il est question sont les juifs. En effet tant Jn 1, 11 (“Finalement il [Dieu] leur envoya son fils, en se disant: Ils respecteront mon fils.”) que Mt 21, 37 (“Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.”) mettent clairement en cause les juifs.

En guise de Conclusion (provisoire) à l’attention des chrétiens

Les polémiques ont ceci de bon qu’elles obligent les antagonistes à réfléchir et parfois à nuancer leurs positions. C’est ce que j’ai fait, pour ma part. Et puisque j’ai joué un rôle actif dans la dénonciation publique des commentaires, per­çus comme dépréciateurs du peuple juif, contenus dans la Bible des Communautés Chrétiennes, je saisis l’occasion de cet article, pour faire une mise au point. Une longue fréquentation des différentes versions de cette bible m’a convaincu que, s’il n’est pas question de qualifier d’antisémites les commentaires de cette bible, par contre on peut, sans injustice, leur reprocher d’être en porte-à-faux, voire en totale opposition avec la réévaluation positive, opérée par l’Église, de la spécificité du peuple juif et de la signification religieuse de sa permanence, malgré toutes les persécutions et tentatives d’assimilation dont il a été victime au fil des siècles.

J’exposerai donc franchement ce qui me heurte encore dans la nouvelle édition de cette bible. Quelques chiffres tout d’abord. Sur 87 passages de la Bible des Communautés chrétiennes, qui témoignaient, à des degrés divers, d’une résurgence de l’«enseignement du mépris», 19 ont été supprimés. Sur les 68 qui se retrouvent dans la Bible des peuples, 15 seulement ont été amendés. À l’exception d’une quinzaine que l’on peut considérer comme acceptables, les autres contiennent des inexactitudes préjudiciables au peuple juif, et au moins 22 d’entre eux émettent des considérations blessantes ou dévalorisantes pour ce dernier (voir plus haut).

 Enfin, il faut savoir que les passages les plus gravement préjudiciables à la dignité du peuple juif, éliminés de la Bible des Peuples, figurent encore dans les centaines de milliers d’exemplaires de la version anglaise (1983) de la Bible des Communautés Chrétiennes. Tandis que ce commentaire inadmissible de 2 Th 2, 6 subsiste dans les quelque 30 millions d’exemplaires de l’édition espagnole, qui circulent dans le monde depuis 1973 : «[Avant la ma­nifesta­tion de l’Antéchrist] le peuple juif doit déverser toute sa méchanceté sur l’Église» (Biblia Latinoamerica, Commentaire du NT, p. 315).

J’en viens à ce qui me paraît être le cœur du malentendu. Puisqu’il semble acquis que les commentaires contestés ne procèdent ni d’une intention maligne, ni d’un antijudaïsme militant, quelle en est donc la raison? C’est, me semble-t-il, la conviction que l’incrédulité des juifs à l’égard de la messianité et de la divinité de Jésus fut une faute, sanctionnée par la déchéance de leur élection, cette dernière devenant le privilège exclusif des chrétiens. C’est ce que les spécialistes nomment la «théorie de la substitution». Selon celle-ci, l’Église a supplanté la Synagogue, et l’«Ancien Testament» est désormais lu uniquement comme une typologie préfigurant le Christ, l’Église et le «véritable Israël» – entendez : les chrétiens. Il faut savoir que tel fut, durant des siècles et jusqu’à Vatican II, l’en­seignement ordinaire de l’Église, dans la ligne de la lecture fondamentaliste et accusatrice des juifs, pratiquée par des “Pères” et des écrivains ecclésiastiques vénérables.

L’histoire de l’Église offre maints exemples des conséquences dommageables qu’ont eues, pour l’unité de l’É­glise, des interprétations réductrices de ce type. C’est ainsi que l’antipape Novatien (IIIe s.) fut à l’origine d’un long schisme en refusant la pénitence aux pécheurs, sur base d’une lecture littérale de ce passage d’Hébreux 6, 4-7 :

“Il est impossible, en effet, pour ceux qui une fois ont été illuminés… de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu’ils crucifient pour leur compte le Fils de Dieu et le bafouent publiquement.”

 Sans se laisser impressionner par la “lettre”, apparemment irrécusable, du texte invoqué, les évêques d’alors ob­jectèrent que l’épître faisait allusion à un second baptême pour la purification des péchés. Ils remontrèrent à Novatien qu’à ce compte, le Christ serait mort pour rien et que Pierre, qui avait renié son Maître, n’aurait pas été absous. Sans ce discernement ecclésial, nul chrétien ne pourrait, aujourd’hui, recourir au sacrement de pénitence.

Il semble que les commentateurs catholiques de la bible contestée aient lu, de manière analogue, les textes scripturaires accusa­teurs des juifs, sans prise en compte critique du contexte polémique dans lequel ils ont vu le jour, et sans tenir compte, comme le fait aujourd’hui leur Église, de la méditation de l’apôtre Paul (Rm 9-11), ni de la déculpabilisation des chefs des juifs, proclamée par Pierre (cf. Ac 3, 17), ni de la formule de Jean-Paul II (Mayence, 1980) : «Le peuple de l’Ancienne Alliance que Dieu n’a jamais révoquée» (alors que la «lettre» d’He 8, 13 semble affirmer le contraire). Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’un a priori confessionnel aussi négatif ait donné lieu à une interprétation exagérément actualisante des Écritures, où les fautes et les châtiments des juifs, puis leur refus du message chrétien, dûment consignés dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, sont perçus et utilisés comme un pa­radigme de l’attitude religieuse qui déplaît à Dieu. De là à présenter le judaïsme comme le mauvais élève du Royaume de Dieu, et à l’utiliser comme le faire-valoir du christianisme, il n’y a qu’un pas, que les commentateurs ont apparemment franchi, certes sans malice, mais non sans conséquences.

En conclusion, mon avis personnel est que les commentaires de la Bible des Peuples et de ses versions anté­rieures ont droit de cité, à côté de ceux d’autres bibles. Toutefois, leurs auteurs ne doivent pas se scandaliser de ce que des critiques légitimes leur soient adressées, pourvu qu’elles ne s’apparentent pas à un lynchage médiatique, mais s’en tiennent à des recensions objectives. Dans ce climat dépassionnalisé, on peut espérer que les auteurs et leurs édi­teurs accepteront, sans crainte d’être infidèles aux Écritures, de faire disparaître de leurs bibles tous les commentaires dépréciateurs du peuple juif,

afin que la Parole de Dieu ne soit plus source de discorde entre ses enfants.


Patrick Fandio: Le drame avec notre profession, c’est cet esprit suiviste où chacun répète ce que l’autre raconte (Israel-bashing on French TV: Who needs Charles Enderlin when you’ve got Patrick Fandio ?)

25 mai, 2014
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https://i2.wp.com/www.europe-israel.org/wp-content/uploads/2012/03/Gaza-une-prison-a-ciel-ouvert.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/05/afb64-melilla-storming-fence-mar18-2014.jpgJ’attends de la pitié, mais en vain, des consolateurs, et je n’en trouve aucun. Psaumes 69: 20
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased. (…) The immediate reason for Jewish pessimism in France (…) may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population. There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year. (…) The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same. (…) Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first. (…)  to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system. But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). (…) And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business. (…) Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. (…) In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children. Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it. In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam. (…) The second half of the 20th century was a golden age for French Jews, both in terms of numbers (from 250,000 souls in 1945 to 700,000 in 1970 due to population transfers and natural growth) and in terms of religious and cultural revival. There was only one shadow: the French government’s anti-Israel switch engineered by Charles de Gaulle in 1966, in part as a consequence of a more global anti-American switch. The 21st century may however be a much darker age. After a first wave of anti-Jewish violence in the early 2000s, some Jews left for Israel or North America. Emigration never really ceased since then, and may soon reach much more important proportions. Michel Gurfinkiel
Quand nous pensons à ce qui s’est passé aujourd’hui à Toulouse, quand nous nous souvenons de ce qui s’est passé en Norvège il y a un an, quand nous savons ce qui se passe en Syrie, quand nous voyons ce qui se passe à Gaza et dans différentes parties du monde, nous pensons aux jeunes et aux enfants qui perdent leur vie. Catherine Ashton (en marge d’une réunion sur la jeunesse palestinienne à Bruxelles)
Il faut toujours se méfier des mots, mais [Gaza] c’est d’une certaine manière une prison à ciel ouvert, puisque ces gens ne peuvent pas rentrer, ne peuvent pas sortir, ne peuvent pas se baigner dans la mer. (…) J’ai vu la vie à Gaza. Ce n’est pas une situation qui peut perdurer (…) C’est la position de la France et de la grande majorité des pays qui sont par ailleurs amis d’Israël. Henri Guaino (plume du président Sarkozy, Radio J, 25.03.12)
Pope we need to see someone to speak about justice. Bethlehem look like Warsaw ghetto. Free Palestine (Graffiti devant lequel le Pape s’est arrêté)
Un arrêt imprévu à la dimension symbolique très forte. Dimanche 25 mai, dans le cadre de son voyage en Terre sainte, le pape François s’est arrêté dans la ville palestinienne de Bethléem devant la barrière de séparation édifiée par Israël en Cisjordanie. Il est descendu de sa voiture découverte pour effectuer une halte de quelques minutes au pied de ce haut mur de béton, sur lequel il a posé ses mains, au-dessus de graffiti récents, dont l’un, en anglais, lui était directement destiné : « Pape, nous avons besoin de quelqu’un pour parler de justice. » François a accompli ce geste impromptu à l’emplacement d’une tour de guet sur le chemin de la place de la Mangeoire, où il a célébré une messe, peu après une rencontre avec le président palestinien Mahmoud Abbas qui l’avait pris à témoin du « mur hideux que construit Israël par la force brutale sur notre terre ». Le chef de l’Eglise catholique a appelé à « la reconnaissance de la part de tous du droit de deux Etats à exister et jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues ». (…) L’édification de la barrière, baptisée « mur de l’apartheid » par les Palestiniens et « clôture de sécurité » pour empêcher les attentats par Israël, a commencé en 2002. Achevée aux deux tiers, elle doit atteindre à terme environ 712 km. Son tracé se trouve à 85% en Cisjordanie, isolant 9,4% du territoire palestinien, dont Jérusalem-Est, selon l’ONU. La Cour internationale de justice (CIJ) a jugé le 9 juillet 2004 sa construction illégale et exigé son démantèlement. L’image du pape priant sur ce mur est qualifiée « d’historique » par de nombreux commentateurs, dans le monde. Francetv info
Un message éloquent et clair au monde entier, en particulier à Israël, qu’on ne peut parvenir à la paix tant qu’Israël continue à construire des murs de séparation racistes entre les peuples palestinien et israélien. Conseiller politique de Mahmoud Abbas
Dieu, source de tensions, précisément au-dessus de ce mur, surplombé par la coupole du Dome, un lieu saint islamique contrôlé par la police israélienne. Cette Esplanade des mosquées interdite de fait à des milliers de musulmans exclus de la ville par cet autre mur érigé par Israël à l’est des remparts.  (…) Le dernier-né des murs de Jérusalem travesti en toile géante par des artistes de rue, rêvant de faire tomber cette muraille un jour prochain peut-être … Patrick Fandio
J’ai un petit côté rebelle qui ressurgit de temps à autre. Disons que c’est très souvent une insolence maîtrisée que je ne maîtrise pas toujours… (…) À la base j’ai le parcours classique de l’Africain qui débarque en France après son bac. Une licence en information et communication obtenue à la fac de Nancy, ensuite l’obtention du concours du Celsa où j’étais le seul africain de la promo. J’ai eu la chance d’avoir pour intervenant au Celsa Rachid Arhab avec qui j’ai noué d’excellentes relations. Alors que je me voyais plutôt à la radio, c’est lui qui m’a poussé vers la télé en fin de cursus. Il a envoyé ma cassette au comité de sélection des stages en 1998 et j’ai été retenu sur France 2. Ce métier est très souvent un mélange de chances et d’opportunités au-delà des compétences, il faut être là au moment M. Ce moment a été pour moi le Tour de France 1998, où j’ai remplacé au pied levé un journaliste. Or c’était la fameuse année du dopage qui a eu une grande exposition médiatique. Mes chefs ont été contents de mon travail et j’ai alors été embauché sur France 2 comme rédacteur et reporter. Au fil des années on m’a fait confiance et j’ai commencé à couvrir l’actualité internationale et les grands évènements médiatiques: le tremblement de terre en Turquie, les coulées de boue en Algérie, le 11 septembre, l’Erika, le Concorde, etc.…C’est alors que TF1 me fait une proposition en janvier 2003, qui aboutit à mon intégration en tant que Grand reporter en septembre de la même année. (…) Il faut souvent avoir le courage d’être politiquement incorrect. Je n’aime pas hurler avec les loups. (…)  Dans toute cette affaire que j’ai suivi de loin comme un citoyen lambda, ce qui m’a manqué c’est de lire, ou de voir une contre enquête sur le sujet ! C’est d’avoir d’autres sources d’informations que certains ne semblent pas s’être donné la peine d’aller chercher…Et c’est bien souvent le drame avec notre profession, cet esprit suiviste où chacun répète ce que l’autre raconte, des radios internationales aux journaux prétendument d’expression libre… Je pense que les lecteurs, internautes, téléspectateurs, citoyens ont droit au dessous des cartes…Qu’on ne se contente pas de leur servir un scénario aussi simplet… (…) La vérité est souvent grise. Et les enjeux diplomatico -économiques qui n’ont rien à voir avec le Cameroun, ne doivent pas être sous estimés ! Quand la tempête passera, il sera toujours temps d’en tirer les leçons à froid. Je pense que nous avons encore alimenté un discours médiatique condescendant sur l’Afrique, sur ces malheureux africains qui se sont encore fait manipuler par les Américains…et qui, décidément, ne comprendront jamais rien à la jungle de la modernité ! (…) Il y a un principe qui est ma règle d’hygiène professionnelle : c’est de s’efforcer de ne pas être en empathie totale avec les personnes interviewées. Il faut avoir la distance nécessaire qui permet de garder à l’esprit que c’est un sujet! Mais en se disant que la meilleure manière de faire partager cette souffrance c’est de l’exprimer le mieux possible dans un reportage. Il faut au maximum rester témoin, même si la vue d’un cadavre ne laisse pas indifférent. Après avoir couvert ces tragédies, il y a forcément des séquelles: des rêves morbides, la morgue, l’impression d’être toujours en tournage….Mais bon, en général ça s’arrête au bout d’une semaine de vie parisienne. (…) Dans ce métier il vaut mieux ne pas faire de plan de carrière, ça aide à rester lucide et à garder les pieds sur terre. Pour l’instant mon objectif est de continuer à m’amuser, couvrir encore les évènements internationaux pour TF1. Peut-être que dans un proche avenir j’aurai envie de faire des reportages un peu plus longs… Et puis j’envisage de m’investir un peu plus pour l’Afrique. Avec quelques confrères et amis africains, on étudie différentes possibilités dans ce sens… (…)  Je considère qu’il n y a pas de modèles, et je n’en ai jamais eu. Il y a des parcours qui peuvent inspirer, et c’est à chacun de trouver sa voie en picorant un peu partout. Si je peux en inspirer certains tant mieux. Et c’est visiblement le cas parce que je reçois énormément de courriers dans ce sens. Je suis toujours disponible du mieux que je peux, mais il va de soi que c’est d’abord un métier d’épanouissement personnel et tout le monde ne le sera pas forcément en étant Grand reporter sur TF1. Chacun doit trouver son chemin en fonction de ses aptitudes, de ses goûts, de ses envies, de ses compétences, de ses hobbies… Patrick Fandio
C’était drôle de voir la réaction des gens sur le terrain. Un journaliste noir en zone de guerre, il n’y en a pas beaucoup. Et un journaliste noir filmé par un caméraman blanc, encore moins. Au début, en Irak, j’étais un peu une curiosité [Mais] Je refuse de me polluer l’esprit avec des questions de minorité à l’écran. Si on le veut vraiment, il est parfaitement possible de dénicher d’autres journalistes noirs expérimentés, doués, ou même, pourquoi pas, médiocres, comme il en existe dans toutes les rédactions. La vraie égalité, ce sera quand nous aurons aussi le droit d’être moyens. Patrick Fandio
On comprend que P. Fandio ne parle ni l’anglais, ni l’hébreu ni l’arabe (au fait qui l’a introduit dans la clase d’une école palestinienne d’un village perdu ?). C’est plus facile pour lui d’interviewer un francophone mais s’est-il rendu compte que son petit film est vu en France et que son cocktail télégénique possède tous les ingrédients pour susciter la haine de secteurs entiers de l’opinion arabo-musulmane de ce pays, envers les Juifs de France que l’Israélien interviewé semble incarner si parfaitement. ? A-t-il oublié que Mérah voulait venger , disait-il, « les enfants de Gaza » ? P. Fandio aurait pu aussi nous parler de l’enseignement de la haine dans les écoles de l’Autorité Palestinienne ou de l’exaltation du terrorisme contre les civils par Mahmoud Abbas, ou encore de l’antisémitisme quotidien sur la télévision palestienne. De celà le télespectateur français n’en saura rien. Il a préféré une « story » toute faite, prête à filmer, un kit de désinformation (dans la série « enfants ») produit par la propagande palestinienne. On peut supposer en effet qu’il a accédé à ces fillettes d’une école islamiste d’un village perdu par un de ces assistants palestiniens qui introduisent les journalistes occidentaux dans la société palestinienne, en prenant leurs ordres au passage auprès de l’information de l’Autorité palestienne. On se souvient de Talal Abou Rahman, le cameraman de Charles Enderlin. Comment le gouvernement français peut-il d’un côté proclamer qu’il lutte contre l’antisémitisme – et nous pouvons le croire – et autoriser un discours qui incite à la haine et qui se fonde sur des mensonges ou des caricatures ? Les médias français se sont-ils sentis obligés de se livrer à un contre-feu à la visite de François Hollande ? On ne voit aucun autre pays au monde traité de cette façon là et un tel manque de responsabilité quant aux retombées de ce discours sur la société française. Shmuel Trigano

TFI a trouvé son Enderlin et en plus il est noir !

Occupation, colonisation, mur, exclusion …

Alors qu’entamant son premier voyage en Israël (pardon: en Terre sainte !), le Pape François y va de sa petite prière, devant comme par hasard un graffiti comparant Bethléem au ghetto de Varsovie, sur la barrière anti-terroriste (pardon: du « mur de l’apartheid » !) …

Et qu’à Bruxelles, un possible émule de Mohamed Mérah se fait lui aussi son carton de juifs en pleine ville …

Pendant que sur sa frontière sud ou même ouest, une Europe si volontiers donneuse de leçons peine à repousser les vagues de plus en massives des nouveaux damnés de la terre contre ses murs à elle (pardon: ses « barrières« ) …

Comment avec le véritable petit joyau de désinformation et de haine d’Israël que vient de nous concocter au journal de 13h de TFI le noir de service de la télévision française, le Grand reporter franco-camerounais Patrick Fandio

Un véritable tour de force en fait (et ultime preuve d’égalité: quand, comme pour le Carter noir actuellement à la Maison Blanche, les noirs obtiennent enfin le droit d’être aussi nuls que les blancs): tout un reportage tournant jusqu’à l’obsession sur  la barrière de sécurité – pardon: le « mur » ! – sans jamais – même pas une fois – en évoquer la fonction, à savoir les attentats terroristes auxquels il a quasi-définitivement mis fin !)  …

Ne pas repenser à son précédent petit morceau de bravoure, à l’occasion de la première visite en Israël du président français en novembre dernier, sur « la route de la peur pour les enfants palestiniens » (où, sans parler des meurtres, disparaissaient comme par magie les caillassages quotidiens des juifs israéliens par nos petites têtes blondes palestiniennes) …

Et dont le « scénario intentionnel » s’était déjà, comme l’avait bien analysé Shmuel Trigano, montré largement à la hauteur de ceux de son indéboulonnable confrère de France 2, le maitre-faussaire Charles Enderlin ?

TF1 rivalise avec France 2 dans la haine d’Israël
Shmuel Trigano
Huffington blog
26 novembre 2013

Le kit journalistique « écolières palestiniennes » : alors que TF1 rendait compte de la visite de François Hollande en Israël, il nous a été donné de voir au journal télévisé un chef d’œuvre en matière de manipulation symbolique.

Je ne suis même pas sûr que son auteur, le journaliste Patrick Fandio en ait maîtrisé lui même la conception et le sens tant ce petit film ressortit du réflexe automatique de la classe médiatique.

On peut supposer par contre que la rédaction de TF1, pourtant en général beaucoup plus sobre en la matière que celle de France2 fut, elle, totalement consciente de l’intention idéologique de cette opération.

Pour illustrer la visite de Hollande dans l’Israël des start-up et du progrès, TF1 a choisi en effet de faire un reportage sur la persécution par les colons israéliens des petites filles palestiniennes sur la route de leur école.

Ce pseudo reportage était déjà en fait déjà ficelé avant même d’être illustré. Le cocktail est très télégénique : des enfants – dont on sait depuis l’affaire Al Dura qu’Israël aime particulièrement les tuer – de surcroît des filles, de surcroît des écolières, face à la cruauté des colons, toujours des hommes, forcément insensibles.

On nous montre leur chemin de croix quotidien entre barrières et barbelés, avec un angle de caméra qui accentue les cailloux du chemin. Elles disent combien elles souffrent et combien celà perturbe leurs études et leur concentration. Une fillette nous dit même qu’elle a de mauvaises notes à cause de la terreur qu’elle subit.

Ici le journaliste n’est pas un reporter mais un metteur en scène d’un scénario intentionnel.

On sait parfaitement que la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants – surtout chez les Palestiniens, comme l’histoire récente nous l’a montré – et que l’éducation palestinienne diffuse la haine à longueur de manuels et de cérémonies. Bizarrement, à ce propos, on remarque que toutes ces fillettes portent l’uniforme noir des femmes iraniennes. Sans doute appartiennent -elles à un milieu pro-Hamas ? De tout celà nous ne saurons rien.

Le plus grave vient après, lorsque – pour être équitable bien sûr – le journaliste donne voix à un colon persécuteur. Grave, non pas parce qu’il dénie l’accusation portée par les fillettes mais parce qu’il est francophone et porte un nom qui sonne bien l’Afrique du Nord.

On comprend que P. Fandio ne parle ni l’anglais, ni l’hébreu ni l’arabe (au fait qui l’a introduit dans la clase d’une école palestinienne d’un village perdu ?).

C’est plus facile pour lui d’interviewer un francophone mais s’est-il rendu compte que son petit film est vu en France et que son cocktail télégénique possède tous les ingrédients pour susciter la haine de secteurs entiers de l’opinion arabo-musulmane de ce pays, envers les Juifs de France que l’Israélien interviewé semble incarner si parfaitement. ?

A-t-il oublié que Mérah voulait venger , disait-il, « les enfants de Gaza » ?

P. Fandio aurait pu aussi nous parler de l’enseignement de la haine dans les écoles de l’Autorité Palestinienne ou de l’exaltation du terrorisme contre les civils par Mahmoud Abbas, ou encore de l’antisémitisme quotidien sur la télévision palestienne.

De celà le télespectateur français n’en saura rien. Il a préféré une « story » toute faite, prête à filmer, un kit de désinformation (dans la série « enfants ») produit par la propagande palestinienne.

On peut supposer en effet qu’il a accédé à ces fillettes d’une école islamiste d’un village perdu par un de ces assistants palestiniens qui introduisent les journalistes occidentaux dans la société palestinienne, en prenant leurs ordres au passage auprès de l’information de l’Autorité palestienne.

On se souvient de Talal Abou Rahman, le cameraman de Charles Enderlin.

Comment le gouvernement français peut-il d’un côté proclamer qu’il lutte contre l’antisémitisme – et nous pouvons le croire – et autoriser un discours qui incite à la haine et qui se fonde sur des mensonges ou des caricatures ? Les médias français se sont-ils sentis obligés de se livrer à un contre-feu à la visite de François Hollande ? On ne voit aucun autre pays au monde traité de cette façon là et un tel manque de responsabilité quant aux retombées de ce discours sur la société française.

Voir aussi:

Rencontre – Patrick FANDIO: «Je rêve d’une autre Afrique, d’un autre Cameroun» !
Cameroon-Info.Net’
Paris, le 10 Fevrier 2005

Patrick FANDIO est l’un des rares Africains qui illuminent le Paysage Audiovisuel Français. Envoyé spécial sur la première chaîne de télévision française, il parcourt le monde pour rapporter au Journal le plus regardé de France les évènements les plus importants… Les Tsunamis, l’Irak, la Turquie, le 11 septembre…I’enfant de Bamena est sur tous les fronts. Grand reporter sur TF1, le Monde est désormais le théâtre de sa vie !

Mais loin des cameras de TF1, le journaliste à l’abord sympathique se révèle être un Africain enragé, qui fustige sans détours les récentes actualités de son Cameroun natal: Le Ténofovir, la fin du règne Mendo Ze, l’incendie de la Chefferie Bandjoun, etc…Entre deux avions le journaliste a posé son micro. Le temps d’une « interview- revue de presse »…

Cameroon-Info.Net: Votre visage est désormais familier à la France entière, mais pour les Camerounais du monde entier qui est Patrick FANDIO ?

Patrick FANDIO: Je suis un Camerounais… (d’origine comme on dit), né le 14 mars 1975 dans la charmante ville de Garoua. J’ai vécu à Yaoundé où j’ai effectué maternelle et primaire à l’école publique de Messa. Ma scolarité s’est poursuivie au CES de Ngoa Ekelle, puis au lycée de Bagangté. Mon enfance a été très heureuse, dans un excellent cadre familial. J’ai gardé énormément d’attaches surtout familiales au Cameroun, et j’y vais assez souvent. J’essaie autant que possible de me tenir au courant de tout ce qui s’y passe…

Cameroon-Info.Net: Vous avez obtenu un baccalauréat scientifique au Cameroun. Comment en êtes-vous arrivé au journalisme ?

Patrick FANDIO: En réalité je n’ai jamais été branché par les études scientifiques, c’était essentiellement pour faire plaisir aux parents. J’avais quelques capacités, mais j’étais plus intéressé par l’histoire, la géographie ou la philosophie en terminale, que par les maths ou la physique. Mais le bac D était finalement un bon compromis, c’était un cursus aux coefficients littéraires et scientifiques assez équilibrés. Après son obtention, je suis arrivé en France où je me suis enfin dirigé vers l’univers qui m’attirait le plus…Le journalisme.

Cameroon-Info.Net: Mais vous aviez déjà flirté avec cet univers malgré vos études scientifiques…

Patrick FANDIO: Oui, pendant mes trois dernières années de lycée à Bagangté, j’étais un membre très actif du club Unesco où je m’occupais de la section communication. Elle avait entre autres tâches celle du journal hebdomadaire (assez prétentieux d’ailleurs), une grande feuille de papier « kraft » regroupant les informations internationales, nationales, la vie du lycée, les derniers ragots, c’était marrant. On était une bande de copains qui s’amusaient, quelques fois au détriment de leurs devoirs le week-end. On était réellement des passionnés. J’en ai gardé d’excellents souvenirs, dont celui d’une grève des élèves dont on était le fer de lance. C’était une première expérience journalistique un peu « hard », puisqu’elle nous a valu l’ultimatum du Proviseur: soit on passait nos examens, soit on était renvoyés. Ayant passé la majeure partie de l’année à faire les activistes au lieu de travailler, on les a bien entendu ratés, et on a bien entendu été renvoyés.

Cameroon-Info.Net: On vous imagine difficilement dans la peau d’un activiste…

Patrick FANDIO: …C’est pourtant le cas! J’ai un petit côté rebelle qui ressurgit de temps à autre. Disons que c’est très souvent une insolence maîtrisée que je ne maîtrise pas toujours…

Cameroon-Info.Net: Vous aurez 30 ans le mois prochain. Comment un si jeune Africain a-t-il réussi à être Grand reporter sur la 1ere chaîne de télévision française?

Patrick FANDIO: À la base j’ai le parcours classique de l’Africain qui débarque en France après son bac. Une licence en information et communication obtenue à la fac de Nancy, ensuite l’obtention du concours du Celsa où j’étais le seul africain de la promo. J’ai eu la chance d’avoir pour intervenant au Celsa Rachid Arhab avec qui j’ai noué d’excellentes relations. Alors que je me voyais plutôt à la radio, c’est lui qui m’a poussé vers la télé en fin de cursus. Il a envoyé ma cassette au comité de sélection des stages en 1998 et j’ai été retenu sur France 2.

Ce métier est très souvent un mélange de chances et d’opportunités au-delà des compétences, il faut être là au moment M. Ce moment a été pour moi le Tour de France 1998, où j’ai remplacé au pied levé un journaliste. Or c’était la fameuse année du dopage qui a eu une grande exposition médiatique. Mes chefs ont été contents de mon travail et j’ai alors été embauché sur France 2 comme rédacteur et reporter. Au fil des années on m’a fait confiance et j’ai commencé à couvrir l’actualité internationale et les grands évènements médiatiques: le tremblement de terre en Turquie, les coulées de boue en Algérie, le 11 septembre, l’Erika, le Concorde, etc.…C’est alors que TF1 me fait une proposition en janvier 2003, qui aboutit à mon intégration en tant que Grand reporter en septembre de la même année.

Cameroon-Info.Net: C’était il y a deux ans. Comment ça se passe aujourd’hui ?

Patrick FANDIO: Ca se passe plutôt bien…il est vrai que j’ai la nostalgie d’une certaine ambiance que j’avais crée avec mes amis sur France 2. C’est très important pour moi de travailler sans en avoir l’impression, et en cela mes amis me manquent. Mais on s’arrange toujours pour se voir, donc ça va…Et puis j’ai retrouvé sur TF1 mon ancienne responsable de service sur France 2, ça se passe très bien.

Cameroon-Info.Net: Le torchon brûle vivement entre France 2 et les autorités camerounaises au sujet du fameux Viread désormais suspendu. Quel regard le journaliste et l’Africain portent-ils sur ce reportage ? Le sol Africain est –il l’éternel cobaye des grandes puissances avec la complicité de ses propres dirigeants ?

Patrick FANDIO: Je n’ai pas vu le reportage et d’ailleurs peu de gens ont dû le voir en France, vu l’heure confidentielle à laquelle l’émission est diffusée. J’en ai beaucoup entendu parler, j’ai lu quelques commentaires et j’ai pris un peu de temps pour me faire une opinion, loin du brouhaha médiatique, politique et médical! Mes remarques ne sont pas celles de l’ancien reporter de France 2 qui a travaillé quelques fois pour cette émission, mais celles de l’homme, qui s’intéresse depuis longtemps à ce sujet qui le touche particulièrement. J’ai d’ailleurs réalisé en 2000 pour les journaux de France 2 quatre reportages sur le sida au Cameroun !

J’ai été surpris de réaliser à quel point cette « enquête » a suscité fantasmes, rumeurs, et au final plus de doutes et de soupçons que de certitudes… Que n’a-t-on pas entendu ? Des gens sont sincèrement persuadés dans ce pays que des médecins injectent sciemment le virus du sida à des prostituées avec la complicité d’un laboratoire qui a le tort d’être américain ! Bravo pour l’information !

Il faut souvent avoir le courage d’être politiquement incorrect. Je n’aime pas hurler avec les loups. Dans un touchant réflexe d’indignation, j’ai entendu certains dire qu’il fallait dénoncer l’utilisation de « cobayes africains »…comme si ailleurs dans le monde des milliers d’européens, de latino, de nord-américains, d’asiatiques ne se livraient pas à des essais cliniques pour la recherche biomédicale avec des protocoles éthiques standards. Comme si des malades africains ne profitaient pas ou ne profiteront pas des médicaments ainsi testés.

J’ai été choqué comme tout le monde d’apprendre qu’il n’ y avait pas de prise en charge pour celles qui pourraient devenir séropositives. France 2 assure que rien n’avait été prévu comme traitement pour ces prostituées. Les autorités jurent que la question allait être traitée dans une seconde phase du projet. Sachant qu’un éventuel traitement n’est pas déclenché avant un à deux ans chez les personnes nouvellement contaminées. A chacun de se faire son jugement !

Ce qui ne me semble pas juste, c’est d’insinuer que ce projet (qui ne concerne pas que le Cameroun, mais aussi d’autres pays africains, asiatiques et …les Etats –Unis) aurait encouragé ou incité les prostituées (qui sont d’ailleurs des étudiantes, des secrétaires, des employées…) à ne pas utiliser des préservatifs…Si ça a été le cas, pourquoi seulement 3 cas de contamination sur les 406 filles du programme ? D’après des sources médicales, deux de ces filles ont été infectées juste avant le démarrage du projet et la troisième prétend connaître celui qui lui a transmis le virus, le seul avec qui elle n’a pas mis de préservatif: son petit ami ! Visiblement, et jusqu’à preuve du contraire, la plupart de ces femmes continuent à utiliser les préservatifs. Avec ou sans ce programme, une proportion d’entre elles aura des relations non protégées. C’est affreux, mais c’est statistique. Et c’est justement parce que ces comportements risqués surviennent qu’on teste ce type de médicament pour améliorer la prévention.

Dans toute cette affaire que j’ai suivi de loin comme un citoyen lambda, ce qui m’a manqué c’est de lire, ou de voir une contre enquête sur le sujet ! C’est d’avoir d’autres sources d’informations que certains ne semblent pas s’être donné la peine d’aller chercher…Et c’est bien souvent le drame avec notre profession, cet esprit suiviste où chacun répète ce que l’autre raconte, des radios internationales aux journaux prétendument d’expression libre…

Je pense que les lecteurs, internautes, téléspectateurs, citoyens ont droit au dessous des cartes…Qu’on ne se contente pas de leur servir un scénario aussi simplet… Un méchant (forcément) laboratoire américain, traqué par une ONG française médiatiquement puissante, testant un médicament bizarre (quoique en vente en France, aux Etats-Unis…) sur de pauvres prostituées noires, dans un obscur pays africain où sévissent deux pandémies: un sida massif et une corruption qui gangrène l’Etat !

La vérité est souvent grise. Et les enjeux diplomatico -économiques qui n’ont rien à voir avec le Cameroun, ne doivent pas être sous estimés ! Quand la tempête passera, il sera toujours temps d’en tirer les leçons à froid. Je pense que nous avons encore alimenté un discours médiatique condescendant sur l’Afrique, sur ces malheureux africains qui se sont encore fait manipuler par les américains…et qui, décidément, ne comprendront jamais rien à la jungle de la modernité !

Cameroon-Info.Net: Vous dernièrement avez assuré la couverture des Tsunamis en Thaïlande. D’après vous ce formidable élan de solidarité aurait-il été aussi fort sans la présence des touristes occidentaux?

Patrick FANDIO: J’ai couvert de gros tremblements de terre (plus de 20 000 morts en Turquie en 1999, plus de 35 000 morts en Iran en 2003), l’Algérie, Haïti, etc…Mais les Tsunamis…Une telle violence des flots ! On se demande comment la nature peut faire autant de dégâts en si peu de temps et de manière aussi inattendue. Passer des jours dans une morgue avec des cadavres qui sont ouverts et dépecés était très difficile à gérer sur le plan émotionnel. La mobilisation mondiale est donc effectivement à saluer.

Vous savez…dix morts à Paris mobiliseront beaucoup plus l’opinion française que cents morts au Burundi. C’est hélas la triste réalité. L’Asie est une destination assez évocatrice pour les européens qui sont des vacanciers potentiels, passés ou à venir. Ca ne pouvait susciter qu’une grande émotion. Mais il faut souligner que c’est aussi le pouvoir de l’image qui mobilise autant l’opinion. C’était une catastrophe filmée, il y a eu énormément de documents amateurs. Et c’est ce qui manque souvent aux catastrophes et guerres oubliées en Afrique notamment. L’opinion publique est comme un ressort, il faut appuyer dessus avec des images fortes. C’est ce qui s’est passé en Asie….bien sûr en plus du fait qu’elle est l’une des principales destinations touristiques occidentales !

Cameroon-Info.Net: Vous admettez donc que la compassion peut être sélective ? On n’a pas beaucoup fait mention des 300 morts de la Somalie, pourtant les 80 des Maldives ou les 68 de la Malaisie étaient présents dans les média.

Patrick FANDIO: Il ne faut pas systématiquement y voir une volonté délibérée d’occulter les morts africains. Il y a une réelle difficulté logistique quant à la couverture d’un évènement en Somalie. Ce n’est pas un territoire où l’on débarque aussi facilement, Il n y a pas de relais, pas de structures. D’autre part Il faut retenir qu’il y a un mécanisme de phagocytose qui fait que les gros évènements absorbent les petits, et on concentre les forces là où les besoins sont les plus accrus. Mais il est vrai qu’au final, c’est une question de choix, de disponibilité, de pouvoir, de politique.

Cameroon-Info.Net: Avez-vous l’impression que les populations sinistrées réagissent différemment selon qu’il s’agit d’une catastrophe naturelle ou d’une guerre?

Patrick FANDIO: Il me semble que lorsque la mort frappe, la douleur est la même, quelle que soit la cause. Ce qui diffère c’est l’expression de cette douleur selon les cultures. En Thaïlande des systèmes locaux de solidarité existaient bien avant l’arrivée de l’aide internationale. Et ce qui m’a justement frappé en Asie c’est la force de cette Culture de survie. Elle a un côté amortisseur des chocs émotionnels, un mode particulier de gestion de la douleur. Elle ne s’apitoie pas sur son sort, tout au plus affiche un silence résigné.

Cameroon-Info.Net: Et comment le journaliste (de culture africaine) confronté à cet enfer fait-il ensuite pour réaliser un banal reportage sur l’économie souterraine des banlieues?

Patrick FANDIO: Il y a un principe qui est ma règle d’hygiène professionnelle : c’est de s’efforcer de ne pas être en empathie totale avec les personnes interviewées. Il faut avoir la distance nécessaire qui permet de garder à l’esprit que c’est un sujet! Mais en se disant que la meilleure manière de faire partager cette souffrance c’est de l’exprimer le mieux possible dans un reportage. Il faut au maximum rester témoin, même si la vue d’un cadavre ne laisse pas indifférent. Après avoir couvert ces tragédies, il y a forcément des séquelles: des rêves morbides, la morgue, l’impression d’être toujours en tournage….Mais bon, en général ça s’arrête au bout d’une semaine de vie parisienne.

Cameroon-Info.Net: Quel est votre plan de carrière aujourd’hui? L’émission de vos rêves ?

Patrick FANDIO: Dans ce métier il vaut mieux ne pas faire de plan de carrière, ça aide à rester lucide et à garder les pieds sur terre. Pour l’instant mon objectif est de continuer à m’amuser, couvrir encore les évènements internationaux pour TF1. Peut-être que dans un proche avenir j’aurai envie de faire des reportages un peu plus longs… Et puis j’envisage de m’investir un peu plus pour l’Afrique. Avec quelques confrères et amis africains, on étudie différentes possibilités dans ce sens…

Cameroon-Info.Net:…Justement vous précédez ma question, qui était de savoir quelle place l’Afrique tient dans votre vie et si vous envisagez un jour de mettre vos compétences professionnelles à son service ?

Patrick FANDIO: Absolument. Dans l’immédiat ça va être épisodique, mais à long terme j’ai quelques projets assez précis. J’envisage de m’installer (au moins partiellement) quelque part en Afrique. Je ne sais pas encore où, mais j’y travaille ardemment. Enormément de projets se bousculent dans ma tête; Notre Afrique est encore une terre vierge et il y a plein de choses à y faire. Alors avis à toutes les bonnes volontés…

Cameroon-Info.Net: La fin du règne Mendo Ze à la CRTV pourrait-elle provoquer un renouveau médiatique susceptible de ramener au pays des professionnels comme vous ?

Patrick FANDIO: Si on me fait des propositions sérieuses, je les étudierai! Il y a tant à faire ! Nous avions une chaîne de télévision parmi les plus prestigieuses d’Afrique, du moins sur le plan technique. Le Professeur en a fait un canal folklorique qui entretenait un culte ésotérique de sa personne, suscitant les ricanements des camerounais et la pitié des confrères étrangers…Je rêve toujours du jour où le Journal ne ressemblera plus au récit invraisemblable de nouvelles venues d’une autre planète, si loin des préoccupations des citoyens. Et vivement des programmes qui parlent aux gens de leur vie, et non pas des fonds de tiroirs de télés européennes qui sont une insulte permanente à l’intelligence du spectateur !

Je ne sais pas s’il y aura renouveau, je l’espère! On a bien mis 17 ans à se rendre compte qu’un homme avait obligé les camerounais à s’abonner en masse au câble et à ne se fier qu’aux chaînes étrangères. Tout finit par arriver ! Si on avait cessé d’espérer, il y a bien longtemps que ce pays se serait suicidé!

Cameroon-Info.Net: 800 pièces volées sur un site archéologique du Niger provoquent l’indignation en France et font l’objet d’une exposition, alors même que la Chefferie Bandjoun est incendiée. Quel regard le journaliste Africain jette t-il sur la destruction de notre patrimoine historique et culturel?

Patrick FANDIO: Nous qui ne savons déjà pas protéger, entretenir, faire découvrir notre patrimoine, si en plus on le brûle! C’est une tragédie! Mais est-ce si surprenant ? Pourquoi ces pièces inestimables ne sont pas répertoriées et conservées dans un Musée national sous la surveillance des forces de l’ordre ! C’est vrai qu’elles sont débordées ! Il y a d’autres chats à fouetter ! Tous ces « dangereux » chauffeurs de cars qui risquent de franchir les barrages sans laisser leur billet de 500F CFA ! Si l’incendie est criminel, il faut trouver et châtier les coupables. Si c’est accidentel, il est urgent de mettre à l’abri ce qui reste de notre patrimoine. Et cesser de fermer les yeux sur le pillage des œuvres par les réseaux de trafiquants d’art internationaux avec la complicité de quelques fonctionnaires véreux…
Cameroon-Info.Net: Quels sont vos vœux pour la terre de nos ancêtres en cette année 2005 ?

Patrick FANDIO: Qu’elle soit un peu moins une terre de misère et un peu plus une terre de prospérité. Que les gens puissent un peu plus librement exprimer leurs opinions…

Cameroon-Info.Net: …En 2005 ?

Patrick FANDIO: …d’accord je n’y crois pas beaucoup mais ce ne sont que des vœux ! J’aimerais surtout que les Africains se bougent pour sortir de la spirale d’aliénation dans laquelle on s’emploie à les plonger. Qu’ils aient le regard ouvert sur le Monde. Pas seulement sur l’Occident, mais aussi et surtout sur les autres pays d’Afrique.

Cameroon-Info.Net: Au regard de votre parcours vous considérez-vous comme un modèle pour la jeunesse Africaine?

Patrick FANDIO: Ah non! Je considère qu’il n y a pas de modèles, et je n’en ai jamais eu. Il y a des parcours qui peuvent inspirer, et c’est à chacun de trouver sa voie en picorant un peu partout. Si je peux en inspirer certains tant mieux. Et c’est visiblement le cas parce que je reçois énormément de courriers dans ce sens. Je suis toujours disponible du mieux que je peux, mais il va de soi que c’est d’abord un métier d’épanouissement personnel et tout le monde ne le sera pas forcément en étant Grand reporter sur TF1. Chacun doit trouver son chemin en fonction de ses aptitudes, de ses goûts, de ses envies, de ses compétences, de ses hobbies…

Cameroon-Info.Net: Si le professionnel que vous êtes avait dû réaliser cette interview, quelle est la question clé qu’il aurait posée ?

Patrick FANDIO: Elle a été posée. C’est la question sur mon engagement Africain. C’est une terre qui me tient particulièrement à cœur. J’ai pour elle des projets que je mature doucement, lentement, mais sûrement. Parce que je suis un rêveur, je rêve d’une autre Afrique, d’un autre Cameroun…

Cameroon-Info.Net: Un dernier mot pour nos internautes ?

Patrick FANDIO: Continuez à surfer, éclatez-vous sur le net qui est un véritable puits d’informations. Je ne travaille pratiquement plus qu’avec ça, c’est une toile qui peut ouvrir des milliers de possibilités.

Voir encore:

Patrick Fandio : « Je refuse de me polluer l’esprit avec des questions de minorité »
Fabienne Pompey
Jeune Afrique
29/07/2009

Grand reporter à TF1, ce Camerounais de 34 ans a tout plaqué pour retourner vivre en Afrique. Et créer sa propre société de production, baptisée Impala.

Il avait tout. Tout ce dont un journaliste peut rêver. Un formidable job de reporter sur la chaîne la plus regardée de France, des voyages aux quatre coins du monde, la confiance totale de sa hiérarchie et un salaire que bien de ses confrères lui enviaient. Il a tout laissé tomber. Patrick Fandio va enfin faire ce dont il avait vraiment envie : retourner travailler en Afrique.

Attablé devant une bière à la terrasse d’un café lors d’un bref passage dans la capitale française, il prend visiblement plaisir à parler de lui et de son nouveau projet. Il n’a plus rien d’une star de la télé. Désormais, il est un jeune chef d’entreprise qui doit à nouveau faire ses preuves. Mais il a confiance, et ça se voit.

Depuis le mois de mars, ce Camerounais de 34 ans a mis les voiles et quitté TF1. Direction Johannesburg. Avec une équipe de quatre ou cinq permanents, il est en train de créer sa propre société de production, baptisée Impala. À partir de l’Afrique du Sud, il envisage de produire des reportages et des documentaires pour l’ensemble du continent. « J’ai toujours su qu’un jour je repartirais », explique-t-il. Il était établi en France depuis 1993.

Pendant les six premières semaines, il a réalisé une quinzaine de sujets. Le premier était consacré à la visite du pape au Cameroun. Un choix dicté par l’actualité, mais porteur d’une forte charge symbolique. Pour lui, c’était un retour aux sources. Patrick Fandio a grandi, pour l’essentiel, à Yaoundé, avant de rentrer avec ses parents au village, à Bangangte, à l’âge de 14 ans. « J’ai eu une enfance très heureuse, j’étais le petit dernier, surprotégé et chouchouté », raconte-t-il.

Ce n’est que vers l’âge de 10 ans qu’il comprend que ceux qu’il considère comme ses parents sont en réalité ses grands-parents. On lui explique alors, avec les mots qu’il faut, la mort de sa mère et de son père dans des circonstances qu’il préfère garder pour lui.

Quand il passe son bac, ses « parents » sont déjà des retraités. Son grand-père, qui est de la « génération des bâtisseurs », est diplômé de l’Institut des études d’outre-mer, à Paris. Il a été directeur de cabinet de John Ngu Foncha, vice-président et Premier ministre de l’État fédéré du Cameroun occidental, mais aussi premier consul du Cameroun en France.

Tous les enfants de la famille ont fait de bonnes études. Il ne déroge pas à la règle, même s’il se fait virer pour avoir lancé un appel à la grève, puis rate, une fois, son bac. Nous sommes en 1993. Au Cameroun, l’université est perturbée par des mouvements de grève. On parle d’année blanche. Ses grands-parents décident de l’envoyer étudier en France et, pour cela, « font des sacrifices énormes ». Sa « grande sœur », en réalité une tante médecin, contribuera des années durant à sa formation, qui commence à l’université de Nancy, en Lorraine.

« Une arrivée catastrophique, se souvient-il. Je ne connaissais personne, il faisait gris et froid, je devais squatter chez des gens que je ne connaissais pas. » La vérité est qu’il ne s’est jamais vraiment acclimaté en France.

Après sa licence en communication, il veut une formation « plus concrète et plus pro ». Il n’a pas les moyens de se présenter, comme le font les autres, aux concours de plusieurs écoles de journalisme. Il n’en passe qu’un, celui du Celsa (école de communication dépendant de la Sorbonne). Il y a une petite vingtaine de places pour plus de mille postulants. Il est admis.

Son diplôme en poche, Fandio veut faire de la radio. Pas n’importe laquelle, celle des Africains, Radio France Internationale. Il tente d’obtenir la bourse annuelle qu’offre la « radio mondiale » aux étudiants en journalisme. Une fois n’est pas coutume, il échoue. Un de ses profs, Rachid Arhab, qui travaille alors à France 2, le pousse à présenter sa candidature… et lui donne un petit coup de pouce, souvent si précieux en début de carrière.

Nous sommes en 1998 et, dans l’audiovisuel, il n’est pas encore question de « diversité ». « Patrick a progressé comme n’importe quel jeune journaliste », se souvient Pascal Doucet-Bon, l’un de ses supérieurs de l’époque. S’il a réussi, ce n’est pas parce qu’il était noir, mais parce qu’il « apprenait avec une vitesse déconcertante ». « Des gars comme lui, je n’en ai pas vu souvent », ajoute Doucet-Bon.

À France 2, il parcourt le pays en tous sens et fait ses armes de reporter. Surviennent les attentats du 11 Septembre. Il a 26 ans et se retrouve propulsé dans les coins les plus chauds de la planète. En Irak, notamment.

« C’était drôle de voir la réaction des gens sur le terrain. Un journaliste noir en zone de guerre, il n’y en a pas beaucoup. Et un journaliste noir filmé par un caméraman blanc, encore moins. Au début, en Irak, j’étais un peu une curiosité », se souvient Fandio.

Mais sa carrière, il le maintient, ne doit rien à la discrimination positive. « Je refuse de me polluer l’esprit avec des questions de minorité à l’écran », insiste-t-il. Cela ne l’empêche pas de relever que, pendant dix ans, il a été le seul Noir du journal télévisé. « Si on le veut vraiment, il est parfaitement possible de dénicher d’autres journalistes noirs expérimentés, doués, ou même, pourquoi pas, médiocres, comme il en existe dans toutes les rédactions. La vraie égalité, ce sera quand nous aurons aussi le droit d’être moyens », plaide-t-il.

Il n’empêche : quand, en 2003, TF1 entreprend de le courtiser, ce n’est pas seulement parce qu’il est très bon, mais aussi parce que « la diversité » à l’écran est devenue une politique. « TF1 lui proposait un salaire hallucinant sur lequel nous n’avons pu nous aligner », regrette son ancien collègue de France 2. « Être recruté au nom de la diversité, ce n’est pas être le Noir de service ! Patrick a toujours été perçu à TF1 comme un journaliste à part entière, avec du talent et des capacités. On lui a fait confiance », commente le présentateur Harry Roselmack, originaire de la Martinique. Pour Harry, Patrick est « un type simple, accessible, très spontané, sans calcul dans ses relations ».

En 2009, ce dernier décide pourtant de « rentrer » et choisit l’Afrique du Sud, parce que « ce pays nous a fait rêver pendant toute notre jeunesse », dit-il, mais aussi parce que c’est un carrefour africain, une plate-forme. Et puis c’est là que se déroulera en 2010 la Coupe du monde de foot… « Il fallait qu’il le fasse. C’est un choix de cœur, un choix de raison, un choix militant », estime Roselmack.

Comme Patrick, il pense que si l’Afrique n’est pas très présente dans les médias audiovisuels français, c’est surtout une question d’offre : il n’y a pas assez de reportages montrant autre chose que des crises. « Je souhaite que les Africains racontent eux-mêmes leur histoire au monde », confie Fandio. Mais cette fois, il ne s’agira pas seulement d’être un bon journaliste. Pour réussir son pari, il lui faudra aussi faire la preuve de ses capacités de manager et de chef d’entreprise. Et ça, c’est une autre affaire.


Langues: L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ? (Why English is so hard: it’s the French’s fault, stupid !)

25 mai, 2014
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À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimes qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. 
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Le nom « Boko Haram » signifie « L’éducation occidentale est un péché ». Boko (de book, « livre » en anglais, mais l’explication est contestée) est un alphabet latin, créé par les autorités coloniales anglaises (principalement) et françaises, pour transcrire la langue haoussa et, par dérivation, il désigne l’école laïque. Haram est un mot arabe signifiant « interdit » ou « illicite » dans l’islam. Wikipedia
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de la conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français. Jon-Kriss Mason
Le terme de pidgin (nom masculin) désigne différentes langues véhiculaires simplifiées créées sur le vocabulaire et certaines structures d’une langue de base, en général européenne (anglais, espagnol, français, néerlandais, portugais, etc.) Les linguistes distinguent le pidgin du créole en fonction du niveau de structuration de la langue. Toutefois, il est courant de réserver le terme « pidgin » aux langues issues de l’anglais et le terme « créole » aux langues issues du français. C’est cependant un emploi abusif. (…) Le mot pidgin proviendrait du mot business en pidgin anglo-chinois. D’abord utilisé pour désigner celui-ci, il s’est ensuite généralisé à toutes les langues de contact aux caractéristiques comparables. Le pidgin est considéré par les sociolinguistes comme une langue d’appoint. Wikipedia
Par jargon ou pidgin, terme plus technique, on entend un système d’expression qui fonctionne en dehors de la grammaire interne innée. Un pidgin comporte un vocabulaire, mais les éléments de celui-ci, de forme souvent peu stable, sont assemblés, non selon les principes qui règlent les syntaxes des langues naturelles, mais selon d’autres principes, plus primitifs peut-être, plus pragmatiques en tout cas. Pour certains auteurs (…), ces principes définiraient le « protolangage », faculté antérieure au langage dans l’évolution de l’espèce humaine, que l’émergence de ce dernier n’a pas supprimée, mais a reléguée aux situations d’urgence où le langage complexe, entravé par sa diversité, ne marche plus. Des adultes peuvent s’en contenter, mais pas des enfants. Voilà l’articulation cruciale de la théorie: les enfants pré-pubères se distinguent des adolescents et des adultes par le fait que leur capacité d’acquisition linguistique, qui n’est pas autre chose que leur faculté de langage ou grammaire interne même, est en pleine activité, elle n’a pas encore été frappée d’inhibition. Pour cette capacité, le pidgin qu’ils se voient contraints de reprendre de leurs aînés – car c’est le seul médium commun – n’est pas assimilable puisqu’il n’a pas de grammaire, ou du moins pas une grammaire conforme à la grammaire interne. La tâche des enfants – qu’ils accomplissent bien sûr « sans y penser » – consiste donc à conformer le pidgin aux prescriptions de la grammaire interne, par définition la même chez tous, créant ainsi un créole, c’est-à-dire une nouvelle langue naturelle. On prendra garde que certaines langues sont appelées par tradition des pidgins, qui sont en réalité des créoles ou des pidgins dits « développés » (expanded pidgins) qui, pour manquer de locuteurs natifs, n’en sont pas moins de vraies langues. Le Pidgin English ou tok pisin de Papouasie-Nouvelle-Guinée en est un cas typique. Véronique Khim
Le développement d’une langue étant fonction de la puissance politique, militaire et économique des peuples qui la parlent, les écrivains francophones et les penseurs de langue française dont les œuvres ne sont pas traduites en anglais sont, de fait, de plus en plus isolés sur la scène mondiale. Aujourd’hui, la langue des affaires multinationales, des transports, des états-majors, de la finance, de la publicité, des organisations internationales est l’anglo-américain. L’anglo-américain est également la langue des images, du cinéma, des grands médias électroniques, de la world music. Elle est le véhicule privilégié de la seule culture populaire dont le rayonnement aujourd’hui est véritablement global. C’est aussi la langue des grands sports de masse, à l’exemple du basket-ball, voire, plus près de nous, du football, du cricket ou du rugby. Mais par anglo-américain, il faut bien comprendre tous les dialectes de transaction qui, sous l’appellation générique de l’anglais, participent à la création d’un immense monde créole et cosmopolite de Mumbai en Inde à Kingston en Jamaïque, du Bronx (New York) à Lagos au Nigeria, de Karachi (Pakistan) à Toronto (Canada), de Sydney en Australie à Johannesburg (Afrique du Sud) et Nairobi (Kenya). (…) Pour renaître au monde qui se construit sous nos yeux, et qui est très différent du monde ancien, chaque grande langue est appelée à se dénationaliser ou, si vous voulez, à se vernaculariser. Or, de ce point de vue, le plus grand obstacle au développement de la langue française dans le monde aujourd’hui est ce qu’il faut bien appeler le narcissisme culturel français et son corollaire, le parisianisme. Je veux dire que la France a toujours pensé le français en relation avec une géographie imaginaire qui faisait de la France le centre du monde. Au cœur de cette géographie mythique, la langue française était supposée véhiculer, par nature et par essence, des valeurs universelles. Sa tache était de représenter la pensée qui, se mettant à distance d’elle-même, se réfléchit et se pense elle-même. Dans cet éclat lumineux devait se manifester une certaine démarche de l’esprit – celle qui, dans un mouvement ininterrompu, devait conduire au triomphe de la raison humaine. On le sait, ce rapport quasi-métaphysique à la langue s’explique par la double contradiction sur laquelle repose l’Etat-nation français. Il s’agit de la tension entre le cosmopolitisme et l’universalisme. Cette tension, je pense, est au fondement du narcissisme culturel français. Or, le triomphe de l’anglo-américain comme langue dominante du monde contemporain devrait entraîner la réalisation selon laquelle à trop nationaliser le français, on finit nécessairement par faire de cette langue un idiome local, sans grand intérêt pour le monde au large. Il est tout à fait significatif qu’à Paris, à la télévision, dans les grandes maisons d’édition et dans les grandes institutions culturelles, l’on continue de penser et d’agir comme si la France avait l’exclusive propriété d’une langue dont on sait par ailleurs qu’elle est aujourd’hui davantage parlée hors de France que dans l’Hexagone. L’on tarde donc à comprendre qu’elle est désormais une langue au pluriel qui, en se déployant hors de l’Hexagone, s’est enrichie, s’est infléchie et a pris du champ par rapport à ses origines. Je crois donc que si l’on veut aller loin et ouvrir un futur à la langue française, il faut définitivement sortir de l’illusion selon laquelle elle appartient à la France. Il faut, par exemple, ouvrir l’Académie française à des non Français. Il faut dénationaliser les instances qui accordent les grands prix littéraires aux meilleures œuvres du genre. Il faut inviter aux grandes émissions littéraires les Alain Mabanckou, Véronique Tadjo, Ken Bugul, Abdourahman Waberi, Samy Tchak, Efoui Kossi et ainsi de suite – les auteurs des banlieues, ceux et celles de la Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe. Il faut décloisonner non seulement les prix, mais aussi les genres artistiques francophones, favoriser les métissages et les collaborations entre créateurs français et francophones ; en matière cinématographique, donner la voix autant à un Basseck ba Kobhio qu’à une Eliane de la Tour au lieu de continuer de les opposer quand il s’agit des mécanismes de financement. Faisons donc comme les Anglais avec le Booker Prize par exemple ! Que les grands quotidiens et hebdomadaires et les grandes institutions culturelles accordent toute l’attention qu’il faut, non pas seulement à la pensée française, mais à la pensée de langue française. Achille Mbembe
Un poème écrit par Gérard Nolst Trenite, hollandais connu sous le pseudonyme de Charivarius ( 1870-1946) est une démonstration de toutes les exceptions et irrégularités de la langue anglaise entre l’orthographe et la prononciation . Ce poême est tiré du livre : Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (…) Le Chaos représente un exploit de virtuose en composition, un catalogue de mammouth d’Environ 800 des irrégularités les plus les plus célèbres d’orthographe anglaise traditionnelle, habilement versifiée (si avec quelques lignes maladroites) dans des distiques avec l’alternance de rimes féminines et masculines. La sélection d’exemples apparaît maintenant quelque peu désuète, tout comme quelques-unes de leurs prononciations, en effet quelques mots peuvent même être inconnus aux lecteurs d’aujourd’hui (combien à savoir ce qu’ « une studding-voile » est, ou que sa prononciation nautique est « stunsail » ?) . Le poids de la poésie représente un acte d’accusation aussi valable du chaos orthographique en anglais. La créature la plus chère dans création » s’adressant à la première ligne, est comme « Susy  » à la ligne 5. Ce pourrait être une anonyme quoiqu’une version ronéotypée de la poésie appartenant à Harry Cohen soit consacrée « à Mlle Susanne Delacroix, Paris ». Vraisemblablement elle fut l’une des étudiantes de Nolst Trenité. Chris Upward

L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ?

A l’heure où, outre-Atlantique, la traduction anglaise du pavé d’un économiste français – néo-marxiste de surcroit ! – caracole en tête des ventes

Et où, semant le chaos dans le plus grand pays africain, une bande de psychopathes en sont sous les couleurs de la religion la plus rétrograde de la planète à déclarer péché le dernier lien qui les rattachait encore à la civilisation, à savoir l’alphabet latin et l’éducation que leur avaient légué leurs colonisateurs anglais …

Pendant que, malgré les efforts de plus en plus pathétiques du landerneau germanopratin, la langue de Guillaume continue sa dénationalisation

Démonstration avec cette véritable ode à la difficulté de l’anglais qui circule sur l’internet

A savoir le Chaos, le fameux poème de 1922 du néerlandais Gérard Nolst Trenité qui compile quelque 800 des irrégularités les plus les plus célèbres de l’orthographe anglaise traditionnelle …

Et confirmation d’un des secrets les mieux gardés des deux côtés de la Manche …

A savoir, comme nous le rappelions il y a quelques années, qu’avec plus de 85% de vocabulaire d’origine française ou latine

Mais aussi de toutes sortes d’apports ramenés des quatre coins de l’Empire où le soleil ne se couchait jamais …

Et à peine 60% de correspondance phonique …

La langue de Shakespeare n’est en fait qu’un pidgin français qui a réussi au-delà de toutes les espérances …

The Chaos by Gerard Nolst Trenité

This is a classic English poem containing about 800 of the worst irregularities in English spelling and pronunciation.

Gerard Nolst Trenité – The Chaos (1922)

Dearest creature in creation
Studying English pronunciation,
   I will teach you in my verse
   Sounds like corpse, corps, horse and worse.

I will keep you, Susy, busy,
Make your head with heat grow dizzy;
   Tear in eye, your dress you’ll tear;
   Queer, fair seer, hear my prayer.

Pray, console your loving poet,
Make my coat look new, dear, sew it!
   Just compare heart, hear and heard,
   Dies and diet, lord and word.

Sword and sward, retain and Britain
(Mind the latter how it’s written).
   Made has not the sound of bade,
   Saysaid, paypaid, laid but plaid.

Now I surely will not plague you
With such words as vague and ague,
   But be careful how you speak,
   Say: gush, bush, steak, streak, break, bleak ,

Previous, precious, fuchsia, via
Recipe, pipe, studding-sail, choir;
   Woven, oven, how and low,
   Script, receipt, shoe, poem, toe.

Say, expecting fraud and trickery:
Daughter, laughter and Terpsichore,
   Branch, ranch, measles, topsails, aisles,
   Missiles, similes, reviles.

Wholly, holly, signal, signing,
Same, examining, but mining,
   Scholar, vicar, and cigar,
   Solar, mica, war and far.

From « desire »: desirableadmirable from « admire »,
Lumber, plumber, bier, but brier,
   Topsham, brougham, renown, but known,
   Knowledge, done, lone, gone, none, tone,

One, anemone, Balmoral,
Kitchen, lichen, laundry, laurel.
   Gertrude, German, wind and wind,
   Beau, kind, kindred, queue, mankind,

Tortoise, turquoise, chamois-leather,
Reading, Reading, heathen, heather.
   This phonetic labyrinth
   Gives moss, gross, brook, brooch, ninth, plinth.

Have you ever yet endeavoured
To pronounce revered and severed,
   Demon, lemon, ghoul, foul, soul,
   Peter, petrol and patrol?

Billet does not end like ballet;
Bouquet, wallet, mallet, chalet.
   Blood and flood are not like food,
   Nor is mould like should and would.

Banquet is not nearly parquet,
Which exactly rhymes with khaki.
   Discount, viscount, load and broad,
   Toward, to forward, to reward,

Ricocheted and crocheting, croquet?
Right! Your pronunciation’s OK.
   Rounded, wounded, grieve and sieve,
   Friend and fiend, alive and live.

Is your r correct in higher?
Keats asserts it rhymes Thalia.
   Hugh, but hug, and hood, but hoot,
   Buoyant, minute, but minute.

Say abscission with precision,
Now: position and transition;
   Would it tally with my rhyme
   If I mentioned paradigm?

Twopence, threepence, tease are easy,
But cease, crease, grease and greasy?
   Cornice, nice, valise, revise,
   Rabies, but lullabies.

Of such puzzling words as nauseous,
Rhyming well with cautious, tortious,
   You’ll envelop lists, I hope,
   In a linen envelope.

Would you like some more? You’ll have it!
Affidavit, David, davit.
   To abjure, to perjure. Sheik
   Does not sound like Czech but ache.

Liberty, library, heave and heaven,
Rachel, loch, moustache, eleven.
   We say hallowed, but allowed,
   People, leopard, towed but vowed.

Mark the difference, moreover,
Between mover, plover, Dover.
   Leeches, breeches, wise, precise,
   Chalice, but police and lice,

Camel, constable, unstable,
Principle, disciple, label.
   Petal, penal, and canal,
   Wait, surmise, plait, promise, pal,

Suit, suite, ruin. Circuit, conduit
Rhyme with « shirk it » and « beyond it »,
   But it is not hard to tell
   Why it’s pall, mall, but Pall Mall.

Muscle, muscular, gaol, iron,
Timber, climber, bullion, lion,
   Worm and storm, chaise, chaos, chair,
   Senator, spectator, mayor,

Ivy, privy, famous; clamour
Has the a of drachm and hammer.
   Pussy, hussy and possess,
   Desert, but desert, address.

Golf, wolf, countenance, lieutenants
Hoist in lieu of flags left pennants.
   Courier, courtier, tomb, bomb, comb,
   Cow, but Cowper, some and home.

« Solder, soldier! Blood is thicker« ,
Quoth he, « than liqueur or liquor« ,
   Making, it is sad but true,
   In bravado, much ado.

Stranger does not rhyme with anger,
Neither does devour with clangour.
   Pilot, pivot, gaunt, but aunt,
   Font, front, wont, want, grand and grant.

Arsenic, specific, scenic,
Relic, rhetoric, hygienic.
   Gooseberry, goose, and close, but close,
   Paradise, rise, rose, and dose.

Say inveigh, neigh, but inveigle,
Make the latter rhyme with eagle.
   Mind! Meandering but mean,
   Valentine and magazine.

And I bet you, dear, a penny,
You say mani-(fold) like many,
   Which is wrong. Say rapier, pier,
   Tier (one who ties), but tier.

Arch, archangel; pray, does erring
Rhyme with herring or with stirring?
   Prison, bison, treasure trove,
   Treason, hover, cover, cove,

Perseverance, severance. Ribald
Rhymes (but piebald doesn’t) with nibbled.
   Phaeton, paean, gnat, ghat, gnaw,
   Lien, psychic, shone, bone, pshaw.

Don’t be down, my own, but rough it,
And distinguish buffet, buffet;
   Brood, stood, roof, rook, school, wool, boon,
   Worcester, Boleyn, to impugn.

Say in sounds correct and sterling
Hearse, hear, hearken, year and yearling.
   Evil, devil, mezzotint,
   Mind the z! (A gentle hint.)

Now you need not pay attention
To such sounds as I don’t mention,
   Sounds like pores, pause, pours and paws,
   Rhyming with the pronoun yours;

Nor are proper names included,
Though I often heard, as you did,
   Funny rhymes to unicorn,
   Yes, you know them, Vaughan and Strachan.

No, my maiden, coy and comely,
I don’t want to speak of Cholmondeley.
   No. Yet Froude compared with proud
   Is no better than McLeod.

But mind trivial and vial,
Tripod, menial, denial,
   Troll and trolley, realm and ream,
   Schedule, mischief, schism, and scheme.

Argil, gill, Argyll, gill. Surely
May be made to rhyme with Raleigh,
   But you’re not supposed to say
   Piquet rhymes with sobriquet.

Had this invalid invalid
Worthless documents? How pallid,
   How uncouth he, couchant, looked,
   When for Portsmouth I had booked!

Zeus, Thebes, Thales, Aphrodite,
Paramour, enamoured, flighty,
   Episodes, antipodes,
   Acquiesce, and obsequies.

Please don’t monkey with the geyser,
Don’t peel ‘taters with my razor,
   Rather say in accents pure:
   Nature, stature and mature.

Pious, impious, limb, climb, glumly,
Worsted, worsted, crumbly, dumbly,
   Conquer, conquest, vase, phase, fan,
   Wan, sedan and artisan.

The th will surely trouble you
More than r, ch or w.
   Say then these phonetic gems:
   Thomas, thyme, Theresa, Thames.

Thompson, Chatham, Waltham, Streatham,
There are more but I forget ’em
   Wait! I’ve got it: Anthony,
   Lighten your anxiety.

The archaic word albeit
Does not rhyme with eight-you see it;
   With and forthwith, one has voice,
   One has not, you make your choice.

Shoes, goes, does *. Now first say: finger;
Then say: singer, ginger, linger.
   Real, zeal, mauve, gauze and gauge,
   Marriage, foliage, mirage, age,

Hero, heron, query, very,
Parry, tarry fury, bury,
   Dost, lost, post, and doth, cloth, loth,
   Job, Job, blossom, bosom, oath.

Faugh, oppugnant, keen oppugners,
Bowing, bowing, banjo-tuners
   Holm you know, but noes, canoes,
   Puisne, truism, use, to use?

Though the difference seems little,
We say actual, but victual,
   Seat, sweat, chaste, caste, Leigh, eight, height,
   Put, nut, granite, and unite.

Reefer does not rhyme with deafer,
Feoffer does, and zephyr, heifer.
   Dull, bull, Geoffrey, George, ate, late,
   Hint, pint, senate, but sedate.

Gaelic, Arabic, pacific,
Science, conscience, scientific;
   Tour, but our, dour, succour, four,
   Gas, alas, and Arkansas.

Say manoeuvre, yacht and vomit,
Next omit, which differs from it
   Bona fide, alibi
   Gyrate, dowry and awry.

Sea, idea, guinea, area,
Psalm, Maria, but malaria.
   Youth, south, southern, cleanse and clean,
   Doctrine, turpentine, marine.

Compare alien with Italian,
Dandelion with battalion,
   Rally with ally; yea, ye,
   Eye, I, ay, aye, whey, key, quay!

Say aver, but ever, fever,
Neither, leisure, skein, receiver.
   Never guess-it is not safe,
   We say calves, valves, half, but Ralf.

Starry, granary, canary,
Crevice, but device, and eyrie,
   Face, but preface, then grimace,
   Phlegm, phlegmatic, ass, glass, bass.

Bass, large, target, gin, give, verging,
Ought, oust, joust, and scour, but scourging;
   Ear, but earn; and ere and tear
   Do not rhyme with here but heir.

Mind the o of off and often
Which may be pronounced as orphan,
   With the sound of saw and sauce;
   Also soft, lost, cloth and cross.

Pudding, puddle, putting. Putting?
Yes: at golf it rhymes with shutting.
   Respite, spite, consent, resent.
   Liable, but Parliament.

Seven is right, but so is even,
Hyphen, roughen, nephew, Stephen,
   Monkey, donkey, clerk and jerk,
   Asp, grasp, wasp, demesne, cork, work.

A of valour, vapid vapour,
S of news (compare newspaper),
   G of gibbet, gibbon, gist,
   I of antichrist and grist,

Differ like diverse and divers,
Rivers, strivers, shivers, fivers.
   Once, but nonce, toll, doll, but roll,
   Polish, Polish, poll and poll.

Pronunciation-think of Psyche!-
Is a paling, stout and spiky.
   Won’t it make you lose your wits
   Writing groats and saying « grits »?

It’s a dark abyss or tunnel
Strewn with stones like rowlock, gunwale,
   Islington, and Isle of Wight,
   Housewife, verdict and indict.

Don’t you think so, reader, rather,
Saying lather, bather, father?
   Finally, which rhymes with enough,
   Though, through, bough, cough, hough, sough, tough??

Hiccough has the sound of sup
My advice is: GIVE IT UP!

Phonetic version (British pronunciation)

ˌdɪəɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹɪ.ˈeɪʃn̩
ˌstʌdɪ.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ jʊ ɪn maɪ ˈvɜːs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːps ˈkɔː ˈhɔːs ənd ˈwɜːs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp jʊ ˈsuːzɪ ˈbɪzɪ
ˌmeɪk jə ˈhɛd wɪð ˈhiːt ɡɹəʊ ˈdɪzɪ
ˈtɪəɹ ɪn ˌaɪ jə ˈdɹɛs wɪl ˈtɛə
ˈkwɪə ˌfɛə ˈsɪə ˈhɪə maɪ ˈpɹɛə

ˈpɹeɪ kənˈsəʊl jə ˈlʌvɪŋ ˈpəʊ.ɪt
ˈmeɪk maɪ ˈkəʊt ˌlʊk ˈnjuː ˌdɪə ˈsəʊ ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛə ˈhɑːt ˈhɪəɹ ənd ˈhɜːd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːd ənd ˈwɜːd

ˈsɔːd ənd ˈswɔːd ɹɪˈteɪn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlætə ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeɪd həz ˈnɒt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseɪ ˈsɛd ˈpeɪ ˈpeɪd ˈleɪd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃɔːlɪ wɪl nɒt ˈpleɪɡ juː
ˌwɪð sʌʧ ˈwɜːdz æz ˈveɪɡ ənd ˈeɪɡjuː
ˌbʌt bɪ ˈkɛəfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseɪ ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteɪk ˈstɹiːk ˈbɹeɪk ˈbliːk

ˈpɹiːvɪ.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpɪ ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ə
ˈwəʊvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈləʊ
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpəʊ.ɪm ˈtəʊ

ˈseɪ ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹɪ
ˈdɔːtə ˈlɑːftəɹ ˌænd tɜːpˈsɪkəɹɪ
ˈbɹɑːnʧ ˈɹɑːnʧ ˈmiːzl̩z ˈtɒpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməlɪz ɹɪˈvaɪlz

ˈhəʊllɪ ˈhɒlɪ ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseɪm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɒlə ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑː
ˈsəʊlə ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑː

ˌfɹɒm dɪˈzaɪ.ə dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ə
ˈlʌmbə ˈplʌmə ˈbɪə bət ˈbɹaɪ.ə
ˈtɒpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnəʊn
ˈnɒlɪʤ ˈdʌn ˈləʊn ˈɡɒn ˈnʌn ˈtəʊn

ˈwʌn əˈnɛmənɪ bælˈmɒɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹɪ ˈlɒɹəl
ˈɡɜːtɹuːd ˈʤɜːmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈbəʊ ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːtəs ˈtɜːkwɔɪz ˈʃæmɪ ˌlɛðə
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðə
ˌðɪs fəˈnɛtɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɒs ˈɡɹəʊs ˈbɹʊk ˈbɹəʊʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv jʊ ˈɛvə jɛt ɪnˈdɛvəd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪəd ənd ˈsɛvəd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsəʊl
ˈpiːtə ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹəʊl

ˈbɪlɪt dʌz ˈnɒt ˌɛnd laɪk ˈbæleɪ
bʊˈkeɪ ˈwɒlɪt ˈmælɪt ˈʃæleɪ
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑː ˈnɒt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈməʊld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɒt ˈnɪəlɪ ˈpɑːkeɪ
ˌwɪʧ ɪɡˈzæktlɪ ˈɹaɪmz wɪð ˈkɑːkɪ
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈləʊd ənd ˈbɹɔːd
ˈtəʊ.ədd tə ˈfɔːwəd tə ɹɪˈwɔːd

ˈɹɪkəʃeɪd ˌænd ˈkɹəʊʃeɪɪŋ ˈkɹəʊkɪ
ˈɹaɪt jə pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩z əʊˈkeɪ
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

Phonetic version (American pronunciation)

ˌdɪɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹi.ˈeːʃn̩
ˌstʌɾi.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ ju ɪn maɪ ˈvɝs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːɹps ˈkɔːɹ ˈhɔːɹs ənd ˈwɝs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp ju ˈsuːzi ˈbɪzi
ˌmeːk jɚ ˈhɛd wɪθ ˈhiːt ɡɹoː ˈdɪzi
ˈtɪɹ ɪn ˌaɪ jɚ ˈdɹɛs wɪl ˈtɛɹ
ˈkwɪɹ ˌfɛɹ ˈsɪɹ ˈhɪɹ maɪ ˈpɹɛɹ

ˈpɹeː kənˈsoːl jɚ ˈlʌvɪŋ ˈpoː.ət
ˈmeːk maɪ ˈkoːt ˌlʊk ˈnuː ˌdɪɹ ˈsoː ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛɹ ˈhɑːɹt ˈhɪɹ ənd ˈhɝd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːɹd ənd ˈwɝd

ˈsɔːɹd ənd ˈswɔːɹd ɹɪˈteːn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlæɾɚ ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeːd həz ˈnɑːt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseː ˈsɛd ˈpeː ˈpeːd ˈleːd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃʊɹli wɪl nɑːt ˈpleːɡ juː
ˌwɪθ sʌʧ ˈwɝdz æz ˈveːɡ ənd ˈeːɡjuː
ˌbʌt bi ˈkɛɹfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseː ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteːk ˈstɹiːk ˈbɹeːk ˈbliːk

ˈpɹiːvi.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpi ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ɚ
ˈwoːvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈloː
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpoː.əm ˈtoː

ˈseː ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹi
ˈdɔːɾɚ ˈlæftəɹ ˌænd tɝpˈsɪkəɹi
ˈbɹænʧ ˈɹænʧ ˈmiːzl̩z ˈtɑːpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməliz ɹɪˈvaɪlz

ˈhoːlli ˈhɑːli ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseːm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɑːlɚ ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑːɹ
ˈsoːlɚ ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑːɹ

ˌfɹʌm dɪˈzaɪ.ɚ dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ɚ
ˈlʌmbɚ ˈplʌmɚ ˈbɪɹ bət ˈbɹaɪ.ɚ
ˈtɑːpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnoːn
ˈnɑːlɪʤ ˈdʌn ˈloːn ˈɡɔːn ˈnʌn ˈtoːn

ˈwʌn əˈnɛməni bælˈmɔːɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹi ˈlɔːɹəl
ˈɡɝtɹuːd ˈʤɝmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈboː ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːɹɾəs ˈtɝkwɔɪz ˈʃæmi ˌlɛðɚ
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðɚ
ˌðɪs fəˈnɛɾɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɑːs ˈɡɹoːs ˈbɹʊk ˈbɹoːʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv ju ˈɛvɚ jɛt ɪnˈdɛvɚd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪɹd ənd ˈsɛvɚd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsoːl
ˈpiːɾɚ ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹoːl

ˈbɪlət dʌz ˈnɑːt ˌɛnd laɪk bæˈleː
buˈkeː ˈwɑːlət ˈmælɪt ʃæˈleː
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑːɹ ˈnɑːt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈmoːld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɑːt ˈnɪɹli pɑːɹˈkeː
ˌʍɪʧ ɪɡˈzæktli ˈɹaɪmz wɪθ ˈkæki
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈloːd ənd ˈbɹɔːd
ˈtɔːɹd tə ˈfɔːɹwɚd tə ɹɪˈwɔːɹd

ˈɹɪkəʃeːd ˌænd kɹoːˈʃeːɪŋ kɹoːˈkeː
ˈɹaɪt jɚ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩z oːˈkeː
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

[ENS] [ENS students] [David Madore]


Notes on The Chaos

« The Chaos » is a poem which demonstrates the irregularity of English spelling and pronunciation, written by Gerard Nolst Trenité (1870-1946), also known under the pseudonym Charivarius. It first appeared in an appendix to the author’s 1920 textbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen. (From Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/The_Chaos)

Chris Upward introduces
The Classic Concordance of Cacographic Chaos

http://www.spellingsociety.org/journals/j17/caos.php

[Journal of the Simplified Spelling Society, 1994/2 pp27-30 later designated J17]

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

A number of readers have been urging republication of The Chaos, the well-known versified catalogue of English spelling irregularities. The SSS Newsletter carried an incomplete, rather rough version in the summer of 1986 (pp.17-21) under the heading « Author Unknown », with a parallel transcription into an early form of Cut Spelling. Since then a stream of further information and textual variants has come our way, culminating in 1993-94 with the most complete and authoritative version ever likely to emerge. The time is therefore now truly ripe for republication in the JSSS.

Our stuttering progress towards the present version is of interest, as it testifies to the poem’s continuing international impact. Parts of it turned up from the mid-1980s onwards, with trails leading from France, Canada, Denmark, Germany, the Netherlands, Portugal, Spain, Sweden and Turkey. The chequered career of the first version we received was typical: it consisted of a tattered typescript found in a girls’ High School in Germany in 1945 by a British soldier, from whom it passed through various hands eventually to reach Terry De’Ath, who passed it to the SSS; but it did not mention who its author was. A rather sad instance of the mystery that has long surrounded the poem is seen in Hubert A Greven’s Elements of English Phonology, published in Paris in 1972: its introduction quoted 48 lines of the poem to demonstrate to French students how impossible English is to pronounce (ie, to read aloud), and by way of acknowledgment said that the author « would like to pay a suitable tribute to Mr G Nolst Trenité for permission to copy his poem The Chaos. As he could not find out his whereabouts, the author presents his warmest thanks, should the latter happen to read this book ». Alas, the poet in question had died over a quarter of a century earlier.

For the varied materials and information sent us over the years we are particularly indebted to: Terry De’Ath of Newcastle-upon-Tyne; Tom McArthur (Editor of English Today) of Cambridge; Benno Jost-Westendorf of Recklinghausen, Germany; Professor Che Kan Leong of the University of Saskatchewan, Canada; the Editor of Perfect Your English, Barcelona; and SSS committee member Nick Atkinson for the French reference. From them we learnt who the author was and that numerous versions of the poem were in circulation; but many tantalizing questions remained unanswered.

Three contributions in 1993-94 then largely filled in the gaps in the picture. The first of these contributions was due to the diligent research of Belgian SSS member Harry Cohen of Tervuren which outlined the author’s life and told us a good deal about the successive editions of the poem. The second came from Bob Cobbing of New River Project (89a Petherton Road, London N5 2QT), who sent the SSS a handsome new edition (ISBN 1 870750 07 1) he had just published in conjunction with the author’s nephew, Jan Nolst Trenité, who owns the copyright. This edition had been based on the final version published by the author in his lifetime (1944), and must therefore be considered particularly authoritative. Finally, Jan Nolst Trenité himself went to considerable trouble to correct and fill out the details of his uncle’s biography and the poem’s publishing history which the SSS had previously been able to compile.

The author of The Chaos was a Dutchman, the writer and traveller Dr Gerard Nolst Trenité. Born in 1870, he studied classics, then law, then political science at the University of Utrecht, but without graduating (his Doctorate came later, in 1901). From 1894 he was for a while a private teacher in California, where he taught the sons of the Netherlands Consul-General. From 1901 to 1918 he worked as a schoolteacher in Haarlem, and published several schoolbooks in English and French, as well as a study of the Dutch constitution. From 1909 until his death in 1946 he wrote frequently for an Amsterdam weekly paper, with a linguistic column under the pseudonym Charivarius.

The first known version of The Chaos appeared as an appendix (Aanhangsel) to the 4th edition of Nolst Trenité’s schoolbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (Haarlem: H D Tjeenk Willink & Zoon, 1920). The book itself naturally used the Dutch spelling current before the 1947 reform (see JSSS 1987/2, pp14-16). That first version of the poem is entitled De Chaos, and gives words with problematic spellings in italics, but it has only 146 lines, compared with the 274 lines we now give (four more than in our 1986 version). The general importance of Drop your foreign accent is clear from the number of editions it went through, from the first (without the poem) in 1909, to a posthumous 11th revised edition in 1961. The last edition to appear during the author’s life was the 7th (1944), by which time the poem had nearly doubled its original length. It is not surprising, in view of the numerous editions and the poem’s steady expansion, that so many different versions have been in circulation in so many different countries.

The Chaos represents a virtuoso feat of composition, a mammoth catalogue of about 800 of the most notorious irregularities of traditional English orthography, skilfully versified (if with a few awkward lines) into couplets with alternating feminine and masculine rhymes. The selection of examples now appears somewhat dated, as do a few of their pronunciations, indeed a few words may even be unknown to today’s readers (how many will know what a « studding-sail » is, or that its nautical pronunciation is « stunsail »?), and not every rhyme will immediately « click » (« grits » for « groats »?); but the overwhelming bulk of the poem represents as valid an indictment of the chaos of English spelling as it ever did. Who the « dearest creature in creation » addressed in the first line, also addressed as « Susy » in line 5, might have been is unknown, though a mimeographed version of the poem in Harry Cohen’s possession is dedicated to « Miss Susanne Delacruix, Paris ». Presumably she was one of Nolst Trenité’s students.

Readers will notice that The Chaos is written from the viewpoint of the foreign learner of English: it is not so much the spelling as such that is lamented, as the fact that the poor learner can never tell how to pronounce words encountered in writing (the poem was, after all, appended to a book of pronunciation exercises). With English today the prime language of international communication, this unpredictability of symbol-sound correspondence constitutes no less of a problem than the unpredictability of sound-symbol correspondence which is so bewailed by native speakers of English. Nevertheless, many native English-speaking readers will find the poem a revelation: the juxtaposition of so many differently pronounced parallel spellings brings home the sheer illogicality of the writing system in countless instances that such readers may have never previously noticed.

It would be interesting to know if Gerard Nolst Trenité, or anyone else, has ever actually used The Chaos to teach English pronunciation, since the tight rhythmic and rhyming structure of the poem might prove a valuable mnemonic aid. There could be material for experiments here: non-English- speaking learners who had practised reading parts of the poem aloud could be tested in reading the same problematic words in a plain prose context, and their success measured against a control group who had not practised them through The Chaos.

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

Voir aussi:

Fun poem about English pronunciation

ETNI (English Teachers Network)

I take it you already know
Of tough and bough and cough and dough?
Others may stumble, but not you
On hiccough, thorough, slough, and through.
Well don’t! And now you wish, perhaps,
To learn of less familiar traps.
Beware of heard, a dreadful word
That looks like beard but sounds like bird.
And dead: it’s said like bed, not bead,
For goodness sake don’t call it deed!
Watch out for meat and great and threat
(They rhyme with suite and straight and debt).
A moth is not a moth as in mother
Nor both as in bother, nor broth as in brother,
And here is not a match for there,
Nor dear and fear, for bear and pear.
And then there’s dose and rose and lose–
Just look them up–and goose and choose
And cork and work and card and ward
And font and front and word and sword
And do and go, then thwart and cart,
Come, come! I’ve hardly made a start.
A dreadful Language? Why man alive!
I learned to talk it when I was five.
And yet to write it, the more I tried,
I hadn’t learned it at fifty-five.

Voir également:

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem
This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

Anonymous (unless you know better)
– See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Voir encore:

WHY ENGLISH IS SO HARD

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox becomes oxen, not oxes.
One fowl is a goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.
You may find a lone mouse or a nest full of mice,
Yet the plural of house is houses, not hice.

If the plural of man is always called men,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?
If I speak of my foot and show you my feet,
And I give you a boot, would a pair be called beet?
If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?

Then one may be that, and three would be those,
Yet hat in the plural would never be hose,
And the plural of cat is cats, not cose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
Then the masculine pronouns are he, his and him,
But imagine the feminine: she, shis and shim!

Let’s face it – English is a crazy language.
There is no egg in eggplant nor ham in hamburger;
neither apple nor pine in pineapple.
English muffins weren’t invented in England.
We take English for granted, but if we explore its paradoxes, we find
that quicksand can work slowly, boxing rings are square, and a guinea
pig is neither from Guinea nor is it a pig.

And why is it that writers write but fingers don’t fing, grocers don’t
groce and hammers don’t ham?

Doesn’t it seem crazy that you can make amends but not one amend.If
you have a bunch of odds and ends and get rid of all but one of them, what do
you call it?

If teachers taught, why didn’t preachers praught?
If a vegetarian eats vegetables, what does a humanitarian eat?

Sometimes I think all the folks who grew up speaking English should be
committed to an asylum for the verbally insane.

In what other language do people recite at a play and play at a recital?
We ship by truck but send cargo by ship.
We have noses that run and feet that smell.
We park in a driveway and drive in a parkway.
And how can a slim chance and a fat chance be the same, while a wise
man and a wise guy are opposites?

You have to marvel at the unique lunacy of a language in which your
house can burn up as it burns
down, in which you fill in a form by filling it out,
and in which an alarm goes off by going on.

And, in closing, if Father is Pop, how come Mother’s not Mop?

That’s all for now.

Voir enfin:

Why English is so Hard (a poem)
Posted on February 13, 2013 by kitqat

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox should be oxen, not oxes.
Then one fowl is goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.

You may find a lone mouse or a whole lot of mice,
But the plural of house is houses, not hice.
If the plural of man is always called me,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?

The cow in the plural may be cows or kine,
But the plural pf vow is vows, not vine.
And I speak of a foot, and you show me your feet,
But I give you a boot — would a pair be called beet?

If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?
Then one may be that, and three may be those,
Yet the plural of hat would never be hose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
So our English, I think you will agree,
Is the trickiest language you ever did see.

Voir enfin:

Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

Par Michel Feltin-Palas (L’Express), publié le 28/03/2012 à 11:00, mis à jour le 03/04/2012 à 10:26

Faut-il s’inquiéter de la domination de la langue anglaise? Les langues nationales vont-elles disparaître? Sans chauvinisme ni ringardise, le linguiste Claude Hagège dresse un constat lucide de la situation. Rencontre.

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Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

En amoureux des langues,Claude Hagège défend la diversité et s’oppose fermemement à la domination de l’anglais.

Yann Rabarier/L’Express

Claude Hagège en 5 dates

1955 Entrée à l’Ecole normale supérieure

1966 Première enquête linguistique de terrain, au Cameroun

Depuis 1988 Professeur au Collège de France

2009Dictionnaire amoureux des langues (Plon).

2012Contre la pensée unique (Odile Jacob)

La Semaine de la langue française, qui vient de s’achever, n’aura pas suffi à mettre du baume au coeur de Claude Hagège. Car le constat du grand linguiste est sans appel : jamais, dans l’histoire de l’humanité, une langue n’a été « comparable en extension dans le monde à ce qu’est aujourd’hui l’anglais ». Oh ! il sait bien ce que l’on va dire. Que la défense du français est un combat ranci, franchouillard, passéiste. Une lubie de vieux ronchon réfractaire à la modernité. Il n’en a cure. Car, à ses yeux, cette domination constitue une menace pour le patrimoine de l’humanité. Et fait peser sur elle un risque plus grave encore : voir cette « langue unique » déboucher sur une « pensée unique » obsédée par l’argent et le consumérisme. Que l’on se rassure, cependant : si Hagège est inquiet, il n’est pas défaitiste. La preuve, avec cet entretien où chacun en prend pour son grade…

Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues?

Je l’ignore. Je suis né et j’ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n’ont pas du tout emprunté cette voie.

Enfant, quelles langues avez-vous apprises?

A la maison, nous utilisions le français. Mais mes parents m’ont fait suivre une partie de ma scolarité en arabe – ce qui montre leur ouverture d’esprit, car l’arabe était alors considéré comme une langue de colonisés. J’ai également appris l’hébreu sous ses deux formes, biblique et israélienne. Et je connaissais l’italien, qu’employaient notamment plusieurs de mes maîtres de musique.

Combien de langues parlez-vous?

S’il s’agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S’il s’agit de recenser ceux dans lesquels je sais m’exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu’elle serait « supérieure » aux autres. Est-ce vraiment le cas?

Pas du tout. En premier lieu, il n’existe pas de langue « supérieure ». Le français ne s’est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu’il s’agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. C’est toujours comme cela, d’ailleurs : un parler ne se développe jamais en raison de la richesse de son vocabulaire ou de la complexité de sa grammaire, mais parce que l’Etat qui l’utilise est puissant militairement – ce fut, entre autres choses, la colonisation – ou économiquement – c’est la « mondialisation ». En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l’arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l’anglais.

L’anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l’utilise!

Beaucoup parlent un anglais d’aéroport, ce qui est très différent ! Mais l’anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s’écrit « ou » se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s’agit d’une langue imprécise, qui rend d’autant moins acceptable sa prétention à l’universalité.

Imprécise?

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s’est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : « Turn left, right now », c’est-à-dire « Tournez à gauche, immédiatement ! » Mais le pilote avait traduit « right now » par « à droite maintenant », ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l’ONU de 1967, qui recommande le « withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict ». Les pays arabes estiment qu’Israël doit se retirer « des » territoires occupés – sous-entendu : de tous. Tandis qu’Israël considère qu’il lui suffit de se retirer « de » territoires occupés, c’est-à-dire d’une partie d’entre eux seulement.

Est-ce une raison pour partir si violemment en guerre contre l’anglais ?

Je ne pars pas en guerre contre l’anglais. Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l’anglais une langue universelle, car cette domination risque d’entraîner la disparition d’autres idiomes. Je combattrais avec autant d’ énergie le japonais, le chinois ou encore le français s’ils avaient la même ambition. Il se trouve que c’est aujourd’hui l’anglais qui menace les autres, puisque jamais, dans l’Histoire, une langue n’a été en usage dans une telle proportion sur les cinq continents.

En quoi est-ce gênant ? La rencontre des cultures n’est-elle pas toujours enrichissante ?

La rencontre des cultures, oui. Le problème est que la plupart des gens qui affirment « Il faut apprendre des langues étrangères » n’en apprennent qu’une : l’anglais. Ce qui fait peser une menace pour l’humanité tout entière.

A ce point ?

Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour « hier » et « demain ». Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd’hui – et ce qui n’est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie. Tout idiome qui disparaît représente une perte inestimable, au même titre qu’un monument ou une oeuvre d’art.

Avec 27 pays dans l’Union européenne, n’est-il pas bien utile d’avoir l’anglais pour converser ? Nous dépensons des fortunes en traduction!

Cette idée est stupide ! La richesse de l’Europe réside précisément dans sa diversité. Comme le dit l’écrivain Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction ». Car la traduction – qui coûte moins cher qu’on ne le prétend – met en relief les différences entre les cultures, les exalte, permet de comprendre la richesse de l’autre.

Mais une langue commune est bien pratique quand on voyage. Et cela ne conduit en rien à éliminer les autres!

Détrompez-vous. Toute l’Histoire le montre : les idiomes des Etats dominants conduisent souvent à la disparition de ceux des Etats dominés. Le grec a englouti le phrygien. Le latin a tué l’ibère et le gaulois. A l’heure actuelle, 25 langues disparaissent chaque année ! Comprenez bien une chose : je ne me bats pas contre l’anglais ; je me bats pour la diversité. Un proverbe arménien résume merveilleusement ma pensée : « Autant tu connais de langues, autant de fois tu es un homme. »

Vous allez plus loin, en affirmant qu’une langue unique aboutirait à une « pensée unique »…

Ce point est fondamental. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu. Certains croient qu’on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. Comme l’explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n’est pas parce que l’école de mathématiques française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français qu’elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

Vous estimez aussi que l’anglais est porteur d’une certaine idéologie néolibérale…

Oui. Et celle-ci menace de détruire nos cultures dans la mesure où elle est axée essentiellement sur le profit.

Je ne vous suis pas…

Prenez le débat sur l’exception culturelle. Les Américains ont voulu imposer l’idée selon laquelle un livre ou un film devaient être considérés comme n’importe quel objet commercial. Car eux ont compris qu’à côté de l’armée, de la diplomatie et du commerce il existe aussi une guerre culturelle. Un combat qu’ils entendent gagner à la fois pour des raisons nobles – les Etats-Unis ont toujours estimé que leurs valeurs sont universelles – et moins nobles : le formatage des esprits est le meilleur moyen d’écouler les produits américains. Songez que le cinéma représente leur poste d’exportation le plus important, bien avant les armes, l’aéronautique ou l’informatique ! D’où leur volonté d’imposer l’anglais comme langue mondiale. Même si l’on note depuis deux décennies un certain recul de leur influence.

Pour quelles raisons?

D’abord, parce que les Américains ont connu une série d’échecs, en Irak et en Afghanistan, qui leur a fait prendre conscience que certaines guerres se perdaient aussi faute de compréhension des autres cultures. Ensuite, parce qu’Internet favorise la diversité : dans les dix dernières années, les langues qui ont connu la croissance la plus rapide sur la Toile sont l’arabe, le chinois, le portugais, l’espagnol et le français. Enfin, parce que les peuples se montrent attachés à leurs idiomes maternels et se révoltent peu à peu contre cette politique.

Pas en France, à vous lire… Vous vous en prenez même de manière violente aux « élites vassalisées » qui mèneraient un travail de sape contre le français.

Je maintiens. C’est d’ailleurs un invariant de l’Histoire. Le gaulois a disparu parce que les élites gauloises se sont empressées d’envoyer leurs enfants à l’école romaine. Tout comme les élites provinciales, plus tard, ont appris à leur progéniture le français au détriment des langues régionales. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l’envahisseur. Elles font de même aujourd’hui avec l’anglais.

Comment l’expliquez-vous?

En adoptant la langue de l’ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s’assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. La situation devient grave quand certains se convainquent de l’infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là. Dans certains milieux sensibles à la mode – la publicité, notamment, mais aussi, pardonnez-moi de vous le dire, le journalisme – on recourt aux anglicismes sans aucune raison. Pourquoi dire « planning » au lieu d' »emploi du temps » ? « Coach » au lieu d' »entraîneur » ? « Lifestyle » au lieu de « mode de vie » ? « Challenge » au lieu de « défi » ?

Pour se distinguer du peuple?

Sans doute. Mais ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes, alors qu’ils ne sont qu’américanisés. Et l’on en arrive à ce paradoxe : ce sont souvent les immigrés qui se disent les plus fiers de la culture française ! Il est vrai qu’eux se sont battus pour l’acquérir : ils en mesurent apparemment mieux la valeur que ceux qui se sont contentés d’en hériter.

Mais que dites-vous aux parents qui pensent bien faire en envoyant leurs enfants suivre un séjour linguistique en Angleterre ou aux Etats-Unis?

Je leur réponds : « Pourquoi pas la Russie ou l’Allemagne ? Ce sont des marchés porteurs et beaucoup moins concurrentiels, où vos enfants trouveront plus facilement de l’emploi. »

Ne craignez-vous pas d’être taxé de ringardise, voire de pétainisme?

Mais en quoi est-il ringard d’employer les mots de sa propre langue ? Et en quoi le fait de défendre la diversité devrait-il être assimilé à une idéologie fascisante ? Le français est à la base même de notre Révolution et de notre République !

Pourquoi les Québécois défendent-ils le français avec plus d’acharnement que nous-mêmes?

Parce qu’ils sont davantage conscients de la menace : ils forment un îlot de 6 millions de francophones au milieu d’un océan de 260 millions d’anglophones ! D’où leur activité néologique extraordinaire. Ce sont eux qui, par exemple, ont inventé le terme « courriel », que j’invite les lecteurs de L’Express à adopter !
Des limites de l’anglais en entreprise

En 1999, le PDG de Renault, Louis Schweitzer, impose l’anglais dans les comptes rendus de réunions de direction. Une mesure sur laquelle il sera obligé de revenir, à la plus grande satisfaction de Claude Hagège. « Les entreprises qui ont adopté cette mesure ont perdu en efficacité. Pour une raison simple, que décrit très bien l’ancien patron de Sanofi-Aventis, Jean- François Dehecq : « Si nous imposons l’anglais à tous, les natifs anglophones fonctionneront à 100 % de leur potentiel, ceux qui le parlent bien en seconde langue, à 50 %, et les autres, à 10 %. » » « Par ailleurs, il est faux de croire que l’anglais soit indispensable pour le commerce, reprend Hagège. C’est parfois le contraire. Quand on veut vendre un produit à un étranger, mieux vaut utiliser la langue de son client, qui n’est pas toujours l’anglais ! Une grande compagnie d’eau française est allée récemment à Brasilia. Quand ses représentants ont commencé à recourir à l’anglais, cela a rendu furieux les Brésiliens, qui possèdent, comme nous, une langue d’origine latine. Par anglomanie, nos commerciaux ont transformé un avantage culturel en handicap ! »

La victoire de l’anglais est-elle irréversible?

Pas du tout. Des mesures positives ont d’ailleurs déjà été prises : les quotas de musique française sur les radios et les télévisions, les aides au cinéma français, etc. Hélas, l’Etat ne joue pas toujours son rôle. Il complique l’accès au marché du travail des diplômés étrangers formés chez nous, il soutient insuffisamment la francophonie, il ferme des Alliances françaises… Les Chinois, eux, ont ouvert 1 100 instituts Confucius à travers le monde. Il y en a même un à Arras !

Si une seule mesure était à prendre, quelle serait-elle?

Tout commence à l’école primaire, où il faut enseigner non pas une, mais deux langues vivantes. Car, si on n’en propose qu’une, tout le monde se ruera sur l’anglais et nous aggraverons le problème. En offrir deux, c’est s’ouvrir à la diversité.

Nicolas Sarkozy est coutumier des fautes de syntaxe : « On se demande c’est à quoi ça leur a servi… » ou encore « J’écoute, mais je tiens pas compte ». Est-ce grave, de la part d’un chef d’Etat?

Peut-être moins qu’on ne le croit. Regardez : il a relancé les ventes de La Princesse de Clèves depuis qu’il a critiqué ce livre de Mme de La Fayette ! Mais il est certain que de Gaulle et Mitterrand étaient plus cultivés et avaient un plus grand respect pour la langue.

Le français pourrait-il être le porte-étendard de la diversité culturelle dans le monde?

J’en suis persuadé, car il dispose de tous les atouts d’une grande langue internationale. Par sa diffusion sur les cinq continents, par le prestige de sa culture, par son statut de langue officielle à l’ONU, à la Commission européenne ou aux Jeux olympiques. Et aussi par la voix singulière de la France. Songez qu’après le discours de M. de Villepin à l’ONU, s’opposant à la guerre en Irak, on a assisté à un afflux d’inscriptions dans les Alliances françaises.

N’est-il pas contradictoire de vouloir promouvoir le français à l’international et de laisser mourir les langues régionales?

Vous avez raison. On ne peut pas défendre la diversité dans le monde et l’uniformité en France ! Depuis peu, notre pays a commencé d’accorder aux langues régionales la reconnaissance qu’elles méritent. Mais il aura fallu attendre qu’elles soient moribondes et ne représentent plus aucun danger pour l’unité nationale.

Il est donc bien tard…

Il est bien tard, mais il n’est pas trop tard. Il faut augmenter les moyens qui sont consacrés à ces langues, les sauver, avant que l’on ne s’aperçoive que nous avons laissé sombrer l’une des grandes richesses culturelles de la France. l

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-hagege-imposer-sa-langue-c-est-imposer-sa-pensee_1098440.html?xtmc=Imposer_sa_langue_c%5C%27est_imposer_sa_pens%E9e&xtcr=10#MLog9ETJ03zoT8IK.99

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem

This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

 

Anonymous (unless you know better)

– See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Anonymous (unless you know better)


Eurovision: La deuxième gay pride du monde sort définitivement du placard (Second biggest gay pride in the world confirms its coming out with first bearded transvestite winner)

15 mai, 2014
https://i0.wp.com/img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/20140514/ob_a2a19a_10366134-682350328469425-9057308200883.jpg https://i2.wp.com/kristasiegfrids.com/wp-content/uploads/2014/02/Satellite.jpeg
 
https://i2.wp.com/userserve-ak.last.fm/serve/252/50058289.jpg
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/75/ESC_2010_influences1.png
I feel sorry for those Americans … they’ve got everything: New York, McDonald’s, Hollywood, Madonna, Tom Cruise, and Chelsea, Clinton’s daughter. But what’s all that without the Eurovision ? Nohav (character in Gotta have heart, israeli film)
Camp est un terme utilisé pour désigner un style esthétique et culturel lié au mauvais goût, mais teinté d’ironie. Le concept de camp est étroitement lié au kitsch et les choses relevant du style campy sont généralement qualifiées de campy ou cheesy (« kitsch »). Lorsque le terme est apparu, il était connoté : ostentation, exagération, affectation, théâtralité, comportement efféminé. À partir du milieu des années 1970, cependant, la définition a aussi commencé à intégrer la banalité, l’artificialité, la médiocrité, et l’ostentation si extrême qu’elle exerce un attrait perversement sophistiqué. L’écrivaine américaine Susan Sontag, dans son article Notes on “Camp” de 1964, a souligné les éléments culturels clés du camp comme l’artificialité, la frivolité, la demande naïve de la classe moyenne et les débordements causés par le choc[pas clair][réf. nécessaire]. L’esthétique camp est populaire depuis les années 1960 jusqu’à nos jours et a atteint son apogée dans les années 1970, 1980 et au début des années 1990. Le cinéma camp a été popularisé par des cinéastes comme George Kuchar (en) et Mike Kuchar (en), Andy Warhol et John Waters, principalement par Pink Flamingos et Hairspray de celui-ci. Les célébrités associées avec la culture camp[Quoi ?] incluent des drag queens comme Dame Edna Everage, Divine, RuPaul et Liberace. La culture camp[Quoi ?] s’est forgée, dans les années 1960, en tant que défense de la culture populaire contre la critique académique et élitiste. Cependant, dans les années 1980, cette culture camp a gagné en popularité, et a été récupérée par les milieux académiques et institutionnels qui ont analysé et légitimé cette culture, de manière concomitante à l’adoption des vues postmodernes dans les milieux de l’art et de la culture. Wikipedia
We’re Slavic girls
We know how to use our charming beauty
Now, shake what your mama gave ya!’ Slavic girls (Poland)
Beaucoup de gens disent: je suis homo aussi mais je n’ai pas besoin de barbe et de robe pour l’exprimer. Je peux simplement dire à ceux qui ne se rendent pas encore compte s’ils sont homo ou pas, et craignent un peu ce changement, que je ne veux pas les effrayer. Je veux juste leur montrer qu’ils peuvent être acceptés de toutes les manières. Ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent. Conchita Wurst
J’ai créé cette femme à barbe pour montrer au monde qu’on peut faire ce qu’on veut », disait-elle lors d’une conférence de presse avant la finale de samedi. »Tant qu’on ne blesse personne on peut faire ce qu’on veut de sa vie et, même si c’est cliché, on n’en a qu’une. Conchita Wurst
Cette soirée est dédiée à tous ceux qui croient à un avenir qui se construira grâce à la paix et à la liberté. (…) L’Eurovision est un projet qui célèbre la tolérance, l’acceptation et l’amour. Nous sommes l’unité, et rien ne peut nous arrêter !  Conchita Wurst
Come on #eurovision The Iraq invasion was over 10 years ago. It’s ok to vote for the #uk now!” Glen Oglaza (former political correspondent for Sky News)
There has been plenty of progressive backslapping this morning because Britain was one of the many countries to award the full 12 points to the bearded Austrian drag act Conchita Wurst in Saturday night’s Eurovision Song Contest. We showed those bigots over in Eastern Europe and Russia a thing or two, the chatterati say. Mr S hates to be a party-pooper, but he has news for you. The British public actually voted for some Polish girls in milkmaid outfits, seductively churning butter and cleaning clothes. The Polish ladies were very self-confident, if a little old fashioned: (…) The blushes of our progressive elite were spared by the suspiciously complex voting system. There is a 50/50 split between unelected and unaccountable judges and the votes of the public; Poland topped the UK’s public voting tally, but were awarded zero points by the UK overall because the unelected judges ranked Poland 25th. Can readers think of any other examples where an out of touch, unelected euro-elite have defied the will of the people? The Spectator
Tonight, tens of millions of Europeans will go to the polls to make one of the most important decisions facing the continent: who will win this year’s Eurovision Song Contest? For those who are unfamiliar with how it works, every country who is a member of the European Broadcast Union enters a song that falls into one of these categories: really camp, utterly dreadful or completely weird. Then thirty-two countries compete in the semi-finals to go through to the final, which is tonight. They are joined in the final by the “Big 5” countries who pay so much to broadcast Eurovision that if they pulled out the competition would have to be abolished (UK, Germany, France, Spain and Italy) and the host country. On Eurovision night the twenty-six finalists will all perform their songs to a studio audience of 11,000 on Eurovision Island (previously known as the Burmeister and Wain Shipyard) in Copenhagen, Denmark. At the end people get to vote for their favourite, and when the results are tallied up each country awards points ranging from 1 to 10. They then award 12 points to their favourite. When the polls open almost everyone outside the gay community will completely ignore what the song was like and vote for a country they have an affinity to. (…) In order to stem the tactical voting each country now has a jury of experts. The final result is half phone vote and half expert opinion: this injects a competitive element to it. In the days of 100 percent phone voting, anyone with an interest in psephology could predict the winner without listening to any of the songs! (…) Of course with all this tactical voting, glitter and bizarre dance routines it is easy to write off the Eurovision Song Contest as a complete joke. But there is a serious side to it. With 180 million viewers it is one of the biggest talent shows in the world and for small countries it may be the only time they get to say anything about themselves to the whole of Europe. A win at Eurovision is sought after by smaller countries because it comes with a huge public relations prize: the right to host the competition the following year. For countries that most Europeans know very little about like, for example Moldova, winning three and a half hours of prime time Saturday night television live from your country and beamed to 45 others is a seriously worthwhile prize. Andrew Walker
Il existe un lien très étroit entre l’Eurovision et le fait d’être gay. Je suis persuadé que 80 % des gens qui visitent mon site web sont gay. Je ne sais pas exactement pourquoi il y a en a tant qui aiment le Concours. Peut-être pour les mêmes raisons que tous ces gens qui détestent le foot. Peut-être parce que l’Eurovision est une compétition internationale mais sans combat : il est question de musique, c’est artistique. Et les gays sont très sensibles à l’art. Le strass et les paillettes, le glamour, ça intéresse beaucoup les gays. Musique, danse, théâtre, spectacle et compétition… Et c’est justement les ingrédients de l’Eurovision. Fan hollandais
Certains pays jouent là dessus. Tout ce qui était organisé par la délégation islandaise, en 1997 à Dublin, allait dans ce sens là. Les soirées islandaises étaient quasi officiellement gay. Le candidat anglais, l’an passé, a fait sa partie dans une boite gay en espérant mobiliser les gays par le TV voting. La candidate espagnole à Jérusalem portait une robe arc en ciel. Et il y a des choses presque subliminales dans les clips, celui des turcs par exemple. Commentateur belge
Interrogée sur le phénomène d’« homosexualisation » des fans clubs, la scrutatrice montre son embarras : tout en reconnaissant cette évolution, elle ne souhaite pas que cela soit publiquement évoqué, par crainte de ternir l’image du Concours auprès du grand public. Comme l’a bien montré Dafna Lemish, il semble que ce phénomène reste largement ignoré parmi la population hétérosexuelle : C’est comme si la culture mainstream restait aveugle face à une expression culturelle sous-jacente et pourtant si importante pour les membres de cette communauté (…) . Cet aveuglement n’est d’ailleurs pas propre à l’Eurovision : comme j’en ai eu confirmation au cours de discussions avec mes étudiants à l’Université, nombre d’entre eux sont très étonnés lorsqu’on leur apprend que le style vestimentaire ou la coupe de cheveux qu’ils ont massivement adopté renvoie à des codes valorisés par la communauté homosexuelle. Cette « homosexualisation » de l’Eurovision est perceptible sur internet et les sites de discussion, dans le discours des fans et des concurrents ou dans les commentaires télévisés : le chef de délégation n’hésite pas à qualifier le Concours et son environnement de « second biggest gay pride in the world ! » (…) En France, cette évolution a été accompagnée à la télévision par l’apparition de commentateurs revendiquant parfois ouvertement leur homosexualité. Leurs interventions sont émaillées d’allusions plus ou moins perceptibles pour le grand public (…) De manière générale, cette « homosexualisation » accompagne l’émergence des gays dans l’espace public et médiatique (…)  , depuis le milieu des années 1990 en France : on a vu apparaître des émissions et séries télévisées qui prennent pour sujet ou mettent en scène des homosexuels ; la Gay Pride est une fête célébrée et médiatisée ; plusieurs personnalités publiques, en particulier politiques, ont révélé leur homosexualité ; des mouvements actifs – notamment Act Up – ont inscrit dans l’espace public la question du sida ; la question de l’homoparentalité est devenue un enjeu de société. Et en devenant, avec la victoire de la candidate transexuelle israélienne Dana International en 1998, une caisse de résonance de l’affirmation homosexuelle, l’Eurovision a sans doute accompagné ce mouvement de publicisation : en l’occurrence, elle a pris une valeur symbolique exceptionnelle parce que la candidate, transexuelle stigmatisée par la fraction la plus religieuse et conservatrice de la population, métaphorisait les principaux enjeux de la société israélienne (la place d’Israël dans un espace géopolitique international/les conflits de valeurs entre traditionnalistes et modernistes, dont la rivalité Jérusalem vs Tel Aviv est métonymique). C’est à ce titre que la presse et le public israélien ont pu parler d’« Israeli Pride », de « fierté israélienne ». Plus généralement, l’affirmation d’une identité sexuelle traditionnellement réprouvée, dans le cadre d’un Concours assez peu à la pointe en matière de révolution esthétique et d’avant-gardisme musical et télévisuel mais qui touchait des publics nombreux et variés, prenait une valeur emblématique et pouvait être reçue favorablement par tous ceux qui à un titre ou un autre se sentaient marginalisés ou inférieurs : ce qui est le cas de bon nombre de pays au sein de l’Europe ou de minorités linguistiques ou culturelles. Et comme l’atteste le courrier reçu à l’UER, le souci d’être reconnu à sa juste valeur sur la scène européenne, d’affirmer son identité nationale et de ne pas être marginalisé, reste le principal enjeu de l’Eurovision aux yeux du public.  Philippe Le Guern

Attention: une apothéose peut en cacher une autre !

Au lendemain d’un concours de l’Eurovision qui, après l’élection il y a 16 ans de la première candidate travestie (l’Israélienne Dana International) et les baisers ou demande en mariage de même sexe (le groupe israélien PingPong, 2000 et la finnoise Krista Siegfrids, 2013), a donné au monde son premier travesti à barbe  …

Salué comme il se doit, en ces temps bénis de « mariage pour tous« , « théorie du genre » et journée de la jupe pour garçons à l’école et après les huées et les sifflets de rigueur contre les candidates russes, par la plupart de nos belles âmes comme l’apothéose de la tolérance …

Comment ne pas voir, derrière les querelles byzantines et les votes tactiques entre blocs d’affinité culturelle (scandinaves, ex-yougoslaves ou ex-soviétiques) et ce qui en 58 ans est devenu un monument du « camp » (terme lui-même d’origine homosexuelle légitimé par l’intellectuelle américaine Susan Sontag correspondant à une sorte de kitsch au deuxième degré) et l’élection de l’Autrichien Thomas Neuwirth dit « Conchita Wurst » (soit « petite vulve saucisse »en espagnol et allemand) …

A la fois la confirmation et l’apothéose en fait de ce processus d’homosexualisation qu’avait repéré  le sociologue Philippe Le Guern dans une enquête il y a une dizaine d’années, d’un concours décrit par un commentateur belge comme « la deuxième gay pride du monde »  ?

Aimer l’eurovision, une faute de goût ? Une approche sociologique du fan club français de l’eurovision
Philippe Le Guern
Réseaux
2007

En France, la sociologie du goût a été particulièrement marquée par la théorie de la domination et de la distinction telle qu’elle est exposée chez Pierre Bourdieu : pour ce dernier, il existerait une relation d’homologie entre l’espace des positions sociales et l’espace des styles de vie, entre la place qu’occupe l’individu dans la hiérarchie sociale et ses goûts et pratiques culturelles. De ce point de vue, le fan fournirait un bon exemple de ces publics dominés, petit-bourgeois pour reprendre l’expression de Bourdieu, condamnés à singer le goût dominant mais sans en posséder les compétences, voués à une recherche de la distinction mais sans en posséder les moyens : multipliant les erreurs d’identification, confondant par exemple un vulgaire chanteur d’opérette avec un maître de l’opéra, le fan est décrit comme celui qui traite « des objets insignifiants comme des oeuvres d’art [1] BOURDIEU, 1979. [1] ».

Se démarquant de la théorie de la domination, plusieurs auteurs ont cherché à produire une analyse moins déterministe des publics [2] LAHIRE, 2004. [2] et des fans [3] PASQUIER, 1999 ; MAIGRET, 1995,1999. [3] : ils ont notamment montré comment les fans pouvaient apprécier simultanément des formes légitimes et illégitimes de la culture, et ont souligné l’existence d’un éclectisme culturel et parallèlement, un déclin du pouvoir distinctif de certaines pratiques, en particulier la lecture. Ils ont également indiqué comment la culture dite populaire offrait un ensemble de ressources qui permettent aux publics de construire et d’affirmer leur identité [4] LE BART, 2000 ; LE GUERN, 2002. [4] . Enfin, ils ont montré qu’en matière de pratiques culturelles, l’appartenance générationnelle et le genre sont des variables significatives au moins aussi puissantes que la position sociale ou le niveau de diplôme [5] PASQUIER, 2005. [5] .

Dans ce contexte, un objet tel que le fan club français de l’Eurovision pouvait se révéler particulièrement intéressant pour renouveler la question des mécanismes de légitimité culturelle : ses membres, comme nous le verrons presque exclusivement masculins et homosexuels, sont en effet attachés à un programme généralement qualifié de kitsch [6] On peut définir le kitsch comme un style et une attitude… [6] , de ringard ou de vulgaire [7] « Comment avec de telles chansons ringardes arrive-t-on… [7] . C’est donc la question du goût – ou plus exactement de la faute de goût – qui est ici en jeu.

Dans l’article qui va suivre, je m’intéresserai à la question suivante [8] Mes remerciements vont à Hugh Dauncey qui m’a donné… [8] : comment expliquer sociologiquement que, si tous les homosexuels ne sont bien entendu pas fans, la presque totalité des membres du fan club français de l’Eurovision sont homosexuels ? Comment expliquer leur passion pour un programme déconsidéré ? Pour comprendre le lien – qui a priori ne va pas de soi – entre le goût pour l’Eurovision et l’homosexualité, je m’appuierai sur une enquête que j’ai menée entre 2000 et 2003 : il s’agit de l’observation d’assemblées générales, de conventions du fan club français de l’Eurovision et d’entretiens formels ou informels avec une trentaine de ses membres ; la plupart de ces entretiens se sont déroulés au domicile des fans car je souhaitais avoir accès à leurs collections et voir dans quelle mesure l’Eurovision imprégnait leur quotidien. J’ai également assisté à une soirée « spécial Eurovision » dans un bar homo parisien ; j’ai pu observer le déroulement du concours durant une semaine à Copenhague ainsi que l’organisation de la sélection nationale la même année [9] Cette partie de l’enquête a été menée avec la collaboration… [9] . J’ai passé une semaine au siège de l’Union Européenne des Radios et Télévisions (UER) à Genève, notamment en compagnie de l’équipe supervisant l’organisation du Concours : j’ai notamment eu accès au courrier postal ou mail adressés par le public et archivé depuis 1998.

Je dois ajouter que j’ai à coup sûr parfois manqué la signification et la portée de situations que mon hétérosexualité – affirmée à chaque début d’entretien pour éviter toute relation de drague – rendait incompréhensible. Accepter de se faire draguer n’est certes pas indispensable pour mener à bien ce type d’enquête, mais la drague est un comportement dans lequel les homosexuels sont plus fortement ou explicitement engagés que les hétérosexuels, sans doute parce que, comme cela a été expliqué par ailleurs, « parmi toutes les sexualités, l’homosexualité masculine est sans doute celle dont le fonctionnement rappelle le plus l’image d’un marché (…), les institutions-clés de la vie homosexuelle (étant) tout d’abord les lieux de drague : bars, saunas, cinémas et restaurants spécialisés, parcs » [10] POLLAK, 1984, p. 60. [10] . D’autre part, certains de mes interlocuteurs ont sans doute cherché à en rajouter, à me provoquer, en accentuant les traits d’un univers homosexuel qui ne m’était pas familier : untel, goguenard, lascivement assis sur les genoux d’un autre, multipliait les allusions obscènes, alors que j’essayais de mener à bien l’observation d’une réunion entre fans dans une boîte homo. Ce fut lorsqu’on me proposa de descendre au sous-sol – j’imaginais qu’il s’agissait de backrooms sans en être certain et j’hésitai un instant entre la valeur des observations que je pourrais y recueillir et la crainte de sembler acquiescer à ce qui n’était pas que l’amour de la science – que je décidais d’interrompre l’observation. Ce type d’anecdote, qui fut monnaie courante, pourra faire sourire : elle montre cependant les hésitations de l’ethnographe face à un terrain complexe à investir et à cerner. Soit je considérais que les codes du monde homosexuel – mais parler de « monde homosexuel » en lui attribuant un statut d’homogénéité et d’exception a-t-il seulement un sens ? – étaient similaires à ceux du monde hétérosexuel, soit je les considérais comme totalement différents et par conséquent difficiles à appréhender : mais dans les deux cas, je risquai fort de faire fausse route en attribuant aux situations et aux individus que j’observais une cohérence qui en réalité n’existait pas ou était sans doute plus subtile. Comme tout un chacun dans les interactions les plus ordinaires de la vie quotidienne, on peut revendiquer sa couleur de peau, ses origines ethniques, son métier, etc., selon les circonstances, les opinions des interlocuteurs auxquels on a affaire, en parler ou non de façon positive, appuyer tel ou tel trait. Il en va de même avec les fans rencontrés : certains mettaient par exemple en avant leur orientation sexuelle, tandis que d’autres se refusaient à considérer leur sexualité comme un élément identitaire. Dit autrement, une des difficultés de l’enquête tenait à ce que la question du genre pouvait être surdéterminée autant que sous-déterminée : comment par exemple devais-je intégrer l’idée de « styles de vie » [11] A ce propos, voir BUSSCHER, MENDES-LEITE et PROTH,… [11] homosexuels, ou la construction d’une identité sociale homosexuelle dans mon enquête ? Plus largement, de telles questions traduisent assez bien l’embarras que j’éprouvais face au risque d’une « rationalisation de la sexualité », pour reprendre l’expression de Béjin et Pollak [12] BEJIN et POLLAK, 1977. [12] .

Néanmoins, trois éléments ont facilité mon insertion sur le terrain et mon acceptation : mon statut d’universitaire qui apportait une légitimité à leurs pratiques culturelles ; mon séjour au siège de l’Union Européenne des Radios et Télévisions (UER), dont certains espéraient tirer parti pour obtenir des documents qui compléteraient leurs collections ; mon engagement dans l’enquête, et en particulier mon déplacement à Copenhague pour assister au déroulement du Concours, qui me dota d’un « brevet de sérieux » fort utile pour la suite de l’enquête [13] J’ai raconté ailleurs comment, en d’autres circonstances,… [13] .

Un autre aspect problématique de cette enquête tenait aussi au genre de musique dont il était question : en effet, si les publications sur ce qu’on appellera par commodité « le rock », et ses publics, sont aujourd’hui bien répandues, le grand absent des travaux sur les musiques populaires est incontestablement ce qu’on range sous la catégorie « musique de variété ». La raison principale en est sans doute que, alors que le rock à la suite du jazz a acquis ses lettres de noblesse au fur et à mesure qu’il cessait de devenir l’expression de la rébellion postadolescente et que les politiques publiques le consacraient comme nouveau territoire légitime d’intervention, la variété reste considérée comme le vilain petit canard de la portée : au mieux, une musique à faire pleurer à bon compte dans les chaumières, une sorte d’équivalent du roman à l’eau de rose pour ménagères rêvant d’évasion ; au pire, la version la plus aboutie et donc idéologiquement la moins défendable de l’industrie musicale, une machine à vendre du disque et à asséner des tubes sur les radios, des tubes forcément simplistes qui puissent plaire au plus grand nombre. Cette légitimité inexistante de la variété est probablement accentuée par le fait que les valeurs qu’elle met en scène – dans les textes des chansons autant que par certains arrangements « dégoulinants » – sont l’expression d’un certain romantisme, valeur que la division sexuelle des loisirs a pendant longtemps et sans doute encore aujourd’hui attribué préférentiellement aux femmes (alors que le rock est plutôt du côté des pratiques et des représentations masculines) [14] On trouvera de nombreux échos à cette bi-partition… [14] . Il était donc tentant – pour une sociologie spontanée – de voir dans la variété et dans les chansons de l’Eurovision un genre musical en phase avec les goûts et les imaginaires féminins, et par extrapolation, homosexuels. Bien entendu, les préconceptions de ce type ne nous disent rien de la façon dont les imaginaires et les goûts dominants se structurent, et comment s’opèrent les interactions entre les différents déterminants – professionnels, relationnels, culturels, sexuels… – qui façonnent une identité. Dit autrement, existe-t-il un espace des loisirs spécifiquement homosexuel ? Et en quoi l’orientation sexuelle déterminerait-elle plus cet espace des loisirs que les autres variables ? C’est à de telles questions, particulièrement complexes, que l’observation des fans de l’Eurovision pouvait apporter un éventuel éclairage.

Enfin, je voudrais dire un mot sur les raisons qui m’ont conduit à ne publier qu’aujourd’hui des éléments d’enquête et des observations menées voici plusieurs années : il me semble en effet que, faisant cela, je ne m’éloigne pas de l’exigence réflexive que les ethnographes désignent généralement comme une des caractéristiques de leur démarche : pour qui se contente de stéréotypes sur le mode de vie homosexuels, il est facile de croire qu’on a affaire à des individus branchés, vivant dans le Marais parisien, dotés de forts revenus, bénéficiant de réseaux favorisant leur ascension sociale, et pour lesquels la drague et le sexe sont des activités prédominantes. Un ghetto, pour reprendre l’expression de Pollak, mais un ghetto doré. Or, comme ne le montrera que très partiellement cet article, il n’en allait pas ainsi pour un bon nombre de ces fans homosexuels que j’ai rencontrés, et avec certains desquels j’ai sympathisé [15] Sauf à être totalement naïf et à faire de la neutralité… [15] : plusieurs d’entre eux étaient dans des situations économiques catastrophiques, sans emplois, souffraient d’une profonde détresse liée à leur solitude, voire de dépression grave, habitaient des appartements miteux de la banlieue parisienne. Cela n’était bien entendu pas la conséquence directe de leur homosexualité, bien que leur homosexualité en les conduisant à fuir leur province pour échapper à la stigmatisation, a sans doute joué un rôle : contrairement à ce que bon nombre de ces personnes imaginaient ou espéraient, l’expérience de la capitale pouvait se révéler désenchantée. Comme sociologue mais aussi parfois comme ami, je suis devenu celui qui écoutait, celui à qui on pouvait parler de sa solitude et de son désarroi. C’est parce que je ne supportais plus le récit de ces vies de galère, et parce que j’avais le sentiment d’être coincé entre ma position d’observateur et l’affection ou l’amitié que je portais à certains, que j’ai renoncé ces dernières années à terminer cette enquête et à en publier des éléments. Toute impudique qu’elle puisse paraître, et jetant une lumière crûe sur les affects du chercheur, cette précision montre si besoin était que la neutralité axiologique n’est souvent au mieux qu’un horizon épistémologiquement régulateur, au pire une ignorance naïve de la réalité des situations d’enquête [16] Voir par exemple BIZEUL, 1998, vol. 39, n° 4, p. 751-787…. [16] .
Ce que les fans font à l’Eurovision : la diversité des engagements

Avant d’évoquer le fan club français de l’Eurovision, il est important de souligner le rôle croissant joué par les fans en général – et pas seulement les membres adhérents au fan club – dans le dispositif du Concours et auprès de ses organisateurs. Cette reconnaissance des fans est en effet un phénomène relativement récent : un entretien avec Franck Naef, responsable de l’organisation de l’Eurovision (scrutateur) de 1978 à 1993, indique qu’à cette époque les fans ne représentent pas un enjeu. Cependant, dès le milieu des années 1990, l’intérêt porté aux fans par les responsables du Concours au sein de l’UER devient visible : par exemple, dans un document interne qui définit la répartition annuelle des tâches, on voit que la scrutatrice prévoit de consacrer 8 % de son temps aux fans ; on atteint 35 % dans le cas de son assistante. Un autre signe de cette attention accordée au public en général et aux fans en particulier est la décision d’archiver le volumineux courrier adressé à l’UER. Une analyse de ce courrier montre que l’usage de l’internet est le moyen de communication le plus utilisé (neuf fois sur dix), et que cette production épistolaire est presque exclusivement masculine (neuf fois sur dix) ; ainsi, lorsque ce sont les femmes qui écrivent, c’est le plus souvent parce qu’elles souhaitent participer au Concours. Cette requête n’est cependant pas propre à la population féminine et revient dans un courrier sur cinq. La majorité des courriers sont adressés en anglais (sept fois sur dix) : ils portent généralement sur des demandes de renseignement ou de publicity matériel (gadgets, autocollants, CD…), et sont souvent très pratiques (quel est le prix du ticket d’entrée pour le prochain Concours ? Où se les procurer ? Quelle est l’adresse du fan club dans mon pays ?). La liste des participants au Concours et le titre des chansons est également une demande récurrente (deux lettres sur quatre). Dans l’ensemble, les messages sont brefs et les demandes précises. Les courriers débutent souvent par une formule rituelle – « I like ESC » ou « I am a big fan » – comme s’il s’agissait avant tout de manifester sa sincérité et sa bienveillance. De façon plus occasionnelle, ils contiennent des appréciations personnelles sur le Concours (une fois sur dix) : la plupart regrette la disparition des orchestres ou conteste des points de règlement.

Lors de mon séjour à l’UER, je note que la scrutatrice reçoit régulièrement des appels de fans :

Ca fait six fois dans la journée qu’ils m’appellent, mais il faut leur répondre quand même !

Elle m’indique également que, par manque de temps ou par ignorance, elle réoriente les demandes en direction des pays organisateurs ou des fans clubs. Certains fans peuvent devenir des interlocuteurs privilégiés de l’UER ; c’est par exemple le cas du chef de la délégation française :

Il a fait le boulot de contacter toutes les chaînes pour obtenir les droits de diffusion des extraits. Je le connais depuis 1992. Quand les résultats devenaient mauvais pour la France, il est devenu chef de délégation. Les fans sont très dépendants de lui pour obtenir des billets d’entrée,

m’explique t-elle, et je constate qu’elle le tutoie. En l’occurrence, cette « ascension sociale » [17] Depuis, ce chef de délégation est devenu coprésentateur… [17] dans l’univers du Concours suppose une affirmation permanente de son pouvoir : lors de notre première rencontre, sur le site du Concours, le chef de délégation me regarde avec défiance parce que je possède une accréditation sans être passé par lui pour l’obtenir.

Tu n’aurais pas dû, normalement, les français qui veulent être accrédités doivent passer par moi !

me dit-il sur un ton agressif. Je lui fais remarquer que je suis universitaire et non pas fan. Régnant sur une petite société de cours où les fans sont ses obligés, il veut aussitôt éviter de perdre la face et il tente aussitôt de me mettre mal à l’aise en me demandant si j’ai remarqué que :

ici, tous les fans sont homosexuels !

Tout au long du Concours, et notamment lors des conférences de presse quotidiennes – un simulacre très insipide de pseudo-interviews des différents candidats –, il cherchera à se mettre en valeur : par exemple, en déclarant à la cantonade qu’il connaît le producteur de Pascal Obispo [18] Il s’agit d’un chanteur français de variété, compositeur… [18] et qu’il peut aider tel candidat étranger à distribuer son disque en France. Cette prise de pouvoir s’est faite au prix d’une rupture (relative) avec les fans : il m’explique qu’il a quitté le fan club français et affiche son mépris pour ses anciens pairs

qui se battent pour les teasers que je veux bien leur distribuer,

qu’il qualifie de « hooligans ». Son comportement suscite des réactions ambivalentes chez les fans, à la fois envieux de sa promotion mais trop dépendants de son bon vouloir pour prendre le risque de lui déplaire. Ainsi, dans l’espace social de l’Eurovision, la hiérarchie des fans apparaît très clairement. Un des vecteurs de différenciation est la possession ou non d’une accréditation ; au moins de ce point de vue, le Concours est assez comparable au festival de Cannes avec ses trois cercles de spectateurs [19] ETHIS, 2001. [19] : il y a tout d’abord ceux qui, dans le troisième cercle, restent à l’extérieur et qui parfois n’ont même pas de billet pour assister au Concours, mais qu’on croise plusieurs jours de suite et qui séjournent tout au long de la semaine. Ceux-là ont planifié leur voyage de longue date et doivent lever quantités d’obstacles, souvent à grands frais : compte tenu de l’affluence sur le lieu du Concours, réserver un mode de transport ou un hébergement peut s’avérer particulièrement ardu. Pour ces raisons, la question de savoir dans quels pays et ville sera organisée la prochaine édition du Concours est un enjeu primordial : les villes à faible capacité d’hébergement mais aussi à la vie nocturne réduite sont redoutées. Ceux qui ont une occupation professionnelle font généralement coïncider la semaine de Concours avec une demande de congés auprès de leur employeur. Dans tous les cas, appartenir à un fan club peut faciliter les démarches : cela permet d’obtenir plus aisément une place pour assister au Concours, voire de regrouper des dépenses et d’échanger de bons tuyaux. Nombre de fans cherchent à se faire remarquer en arborant des drapeaux, des banderoles ou des tenues provocantes (vêtements aux couleurs criardes, tenues de travestis), et le spectacle est autant aux environs du stade que dans l’enceinte. S’ils s’agglutinent autour du stade où se déroulent l’Eurovision et ses préparatifs, c’est que ce lieu constitue l’épicentre du Concours et qu’il est un repère à partir duquel la journée du fan s’organise : on guette des vedettes, on s’échange des informations notamment sur les soirées organisées par chaque délégation dans une boite de nuit de la ville, on retrouve ses compères, on se livre au troc de produits dérivés.

On éprouve aussi, face aux barrières et aux vigiles qui canalisent l’entrée, la réalité d’un monde à la fois proche et inaccessible ; cette mise à distance contribue à la croyance générale et à l’adhésion qui se cristallise autour du Concours. La distinction du deuxième et troisième cercle de spectateurs est moins aisée à établir, du moins pour le profane : une fois muni de la précieuse accréditation, on réalise cependant très vite que tous ne sont pas logés à la même enseigne. D’un seul coup d’œil, chacun peut jauger l’autre à son niveau d’accréditation, évaluer son statut et ce à quoi il a droit, les lieux auxquels il a ou non accès.

Le cas des fans illustre bien les tentatives qui existent pour quitter le troisième cercle et obtenir un laisser passer : pour l’essentiel, il s’agit de faire usage de tactiques relationnelles. Une façon d’accéder aux coulisses du Concours consiste à obtenir une accréditation de journaliste :

A 80 %, les fans sont des pseudo-journalistes. Je ne suis pas journaliste officiel. Je fais des photos, de l’événementiel. Je connais le directeur d’un journal qui s’adresse à la communauté homo en Belgique. Il m’a permis d’avoir la carte de presse. On envoie une copie de la carte à l’organisation danoise qui l’adresse à l’UER,

témoigne un fan rencontré dans la salle de presse à Copenhague. Il ajoute qu’il a dû financer son voyage et son séjour et n’a pas de place pour la soirée du Concours :

Ici, c’est à mes frais, mais c’est mes vacances quoi !

Un fan français décrit un stratagème à peu près identique où la drague à pris une place importante :

J’ai assisté au Concours en 1996. Le président du fan club a donné mon nom au chef de délégation qui voulait me voir avant : c’est show-bizz and co ! le critère, c’est ‘ il a une belle gueule, il passe, sinon, non !’. On a diné ensemble et j’ai eu une accréditation, ça s’est joué à la triche. Il m’a dit de prendre mon appareil photo et il m’a fait passer pour un photographe de France 2. Un fan belge m’a dit ‘avec ça, tu pourras pas aller aux conférences de presse et avoir des disques’. Mais ça a marché » (30 ans, enseignant).

La motivation principale est en effet l’accès à la salle de presse : car dans les casiers des journalistes, l’organisation et les délégations distribuent chaque jour des produits dérivés, particulièrement convoités des fans parce qu’ils ne sont pas en vente, sont édités en nombre limité et constituent donc des collectors particulièrement prisés. De la même façon, à la fin d’une conférence de presse à laquelle j’assistais, j’ai pu observer des pseudo-journalistes se ruer sur les teasers distribués par un membre de l’UER. Les vrais journalistes sont d’autant plus enclins à se plaindre du comportement des fans (ils sont là pour voler du matériel), de leur manque de professionnalisme (en salle de presse, c’est n’importe quoi) et de leur attitude (les gays ont parfois un comportement outrancier) que ces derniers, en usurpateurs plus ou moins adroits, brouillent les repères du métier et accentuent du même coup l’aspect un peu dérisoire de ce type de sujet, peu prestigieux et à la limite de la presse people. Ceci permet sans doute d’expliquer, a contrario, la relative complaisance de l’UER pour accorder des accréditations et donner l’illusion de l’importance médiatique de cette manifestation, ce que résume très bien un fan-journaliste :

Quel journaliste sérieux viendrait passer une semaine en conférence de presse ?

D’ailleurs, personne ne semble être dupe :

On se connaît tous. On se revoit tous les ans. Ce sont toujours les mêmes qui posent les même questions ennuyeuses.

En résumé, l’attention accordée aux fans par l’équipe organisatrice peut s’expliquer par le sens des intérêts bien compris : d’une part, le Concours souffre d’un déficit de légitimité au sein de l’UER même si sa visibilité médiatique est incontestable ; il est considéré selon l’expression de l’un de ses responsables comme « un mal nécessaire ». Or, les fans constituent un public particulièrement actif et leur seule présence confère un statut particulier à la manifestation : lors de la sélection nationale française qui se déroulait à l’Olympia ou lors du Concours à Copenhague, j’ai pu constater que les membres des fans clubs – repérables à leurs drapeaux, à leurs accoutrements, ou vus les jours précédents déambulant en groupe – constituent une partie importante du public. Dans la salle, ce sont eux qui font le spectacle et qui créent l’ambiance. Ils contribuent également à la ritualisation de sa réception en organisant des « Eurovisions parties » où les fans revêtent les costumes des différentes nationalités et votent entre eux, en louant des salles et en visionnant en groupe le Concours sur écran géant, en organisant des quizz sur internet. Leur implication donne du sens au Concours comme le reconnaît d’ailleurs la scrutatrice

Ce sont eux qui font le Concours. Ils ont des billets réservés à chaque édition.

D’autre part, leur érudition en matière de chansons et d’Eurovision les désigne tout naturellement comme des experts auxquels l’UER et les chaînes de télévision peuvent faire appel : certains préparent les fiches des commentateurs ; d’autres servent de caisse de résonance aux appréciations du public ou assurent la promotion du Concours dans leur pays :

On a du mal à regarder ce qui se passe dans les 25 pays mais on a surtout un feed-back par les fans et internet. Les fans ont un vrai réseau. Ils sont informés souvent avant moi. Je n’ai pas encore reçu les paroles des chansons qu’ils les ont déjà (entretien avec la scrutatrice).

Enfin, l’existence d’une organisation fédérant les fans clubs des différents pays – l’OGAE (Organisation Générale des Amateurs d’Eurovision) – et relayant leur opinion grâce à internet la constitue en groupe de pression dont l’UER doit tenir compte :

Avec les fans, on a souvent des intérêts contradictoires. Ils sont attachés à la nostalgie et ne veulent pas que le Concours évolue. Conserver l’orchestre est un point d’achoppement avec les fans. Ils souhaitent également que chaque candidat chante dans la langue de son pays.

Ceci peut également expliquer pourquoi les chefs de délégation peuvent être recrutés parmi les fans, faisant alors office de médiateurs entre l’UER et le fan club.

L’homosexualisation du Concours

Interrogée sur le phénomène d’« homosexualisation » des fans clubs, la scrutatrice montre son embarras : tout en reconnaissant cette évolution, elle ne souhaite pas que cela soit publiquement évoqué, par crainte de ternir l’image du Concours auprès du grand public. Comme l’a bien montré Dafna Lemish, il semble que ce phénomène reste largement ignoré parmi la population hétérosexuelle :

C’est comme si la culture mainstream restait aveugle face à une expression culturelle sous-jacente et pourtant si importante pour les membres de cette communauté [20] LEMISH, 2004, p. 41-63. [20] .

Cet aveuglement n’est d’ailleurs pas propre à l’Eurovision : comme j’en ai eu confirmation au cours de discussions avec mes étudiants à l’Université, nombre d’entre eux sont très étonnés lorsqu’on leur apprend que le style vestimentaire ou la coupe de cheveux qu’ils ont massivement adopté renvoie à des codes valorisés par la communauté homosexuelle. Cette « homosexualisation » de l’Eurovision est perceptible sur internet et les sites de discussion, dans le discours des fans et des concurrents ou dans les commentaires télévisés : le chef de délégation n’hésite pas à qualifier le Concours et son environnement de « second biggest gay pride in the world ! » ; dans un courrier qu’il m’adresse en mai 2000, un fan hollandais (26 ans, homosexuel, travaillant dans un liquorshop, titulaire d’un lower profession education selon ses dires) souligne le succès du site qu’il a créé en août 1998, et qui a été visité par 150 000 personnes en deux ans :

Il existe un lien très étroit entre l’Eurovision et le fait d’être gay. Je suis persuadé que 80 % des gens qui visitent mon site web sont gay. Je ne sais pas exactement pourquoi il y a en a tant qui aiment le Concours. Peut-être pour les mêmes raisons que tous ces gens qui détestent le foot. Peut-être parce que l’Eurovision est une compétition internationale mais sans combat : il est question de musique, c’est artistique. Et les gays sont très sensibles à l’art. Le strass et les paillettes, le glamour, ça intéresse beaucoup les gays. Musique, danse, théâtre, spectacle et compétition… Et c’est justement les ingrédients de l’Eurovision.

En France, cette évolution a été accompagnée à la télévision par l’apparition de commentateurs revendiquant parfois ouvertement leur homosexualité. Leurs interventions sont émaillées d’allusions plus ou moins perceptibles pour le grand public :

C’est un véritable marais ici ; on n’est jamais trop aidé (trop pd) dans la vie.

La chaîne Canal + a développé des sites sur le net consacrés à l’Eurovision et à destination du public gay :

Ils sont conscients du côté fan et gay. C’est un public captif, célibataire, avec un gros pouvoir d’achat (scrutatrice).

Les candidats eux-mêmes, jugés par le public et non par un jury, semblent avoir pris conscience de l’importance de cette population, particulièrement mobilisée : au cours d’un entretien, un commentateur belge m’explique que :

Certains pays jouent là dessus. Tout ce qui était organisé par la délégation islandaise, en 1997 à Dublin, allait dans ce sens là. Les soirées islandaises étaient quasi officiellement gay. Le candidat anglais, l’an passé, a fait sa partie dans une boite gay en espérant mobiliser les gays par le TV voting. La candidate espagnole à Jérusalem portait une robe arc en ciel. Et il y a des choses presque subliminales dans les clips, celui des turcs par exemple.

De manière générale, cette « homosexualisation » accompagne l’émergence des gays dans l’espace public et médiatique [21] MARTEL, 1996. [21] , depuis le milieu des années 1990 en France : on a vu apparaître des émissions et séries télévisées qui prennent pour sujet ou mettent en scène des homosexuels ; la Gay Pride est une fête célébrée et médiatisée ; plusieurs personnalités publiques, en particulier politiques, ont révélé leur homosexualité ; des mouvements actifs – notamment Act Up – ont inscrit dans l’espace public la question du sida ; la question de l’homoparentalité est devenue un enjeu de société. Et en devenant, avec la victoire de la candidate transexuelle israélienne Dana International en 1998, une caisse de résonance de l’affirmation homosexuelle, l’Eurovision a sans doute accompagné ce mouvement de publicisation : en l’occurrence, elle a pris une valeur symbolique exceptionnelle parce que la candidate, transexuelle stigmatisée par la fraction la plus religieuse et conservatrice de la population, métaphorisait les principaux enjeux de la société israélienne (la place d’Israël dans un espace géopolitique international/les conflits de valeurs entre traditionnalistes et modernistes, dont la rivalité Jérusalem vs Tel Aviv est métonymique). C’est à ce titre que la presse et le public israélien ont pu parler d’« Israeli Pride », de « fierté israélienne ». Plus généralement, l’affirmation d’une identité sexuelle traditionnellement réprouvée, dans le cadre d’un Concours assez peu à la pointe en matière de révolution esthétique et d’avant-gardisme musical et télévisuel mais qui touchait des publics nombreux et variés, prenait une valeur emblématique et pouvait être reçue favorablement par tous ceux qui à un titre ou un autre se sentaient marginalisés ou inférieurs : ce qui est le cas de bon nombre de pays au sein de l’Europe ou de minorités linguistiques ou culturelles. Et comme l’atteste le courrier reçu à l’UER, le souci d’être reconnu à sa juste valeur sur la scène européenne, d’affirmer son identité nationale et de ne pas être marginalisé, reste le principal enjeu de l’Eurovision aux yeux du public [22] LE GUERN et LEMISH, 2004. [22] .

Il apparaît donc qu’en termes de pratiques, le Concours de l’Eurovision occupe une place particulière pour les fans : ils sont au cœur de l’événement et le vivent comme une sorte de pèlerinage ; ils peuvent enrichir leur collection d’objets dérivés ; ils rencontrent d’autres fans avec qui partager leur passion ; ces rencontre entre pairs, venant de toute l’Europe, participent du processus de socialisation et d’élaboration des identités individuelles et collectives, tant comme fans que comme homosexuels. Enfin, ils peuvent se livrer à la drague : selon un fan israélien rencontré à Copenhague,

Tous les soirs, des parties sont organisées par les délégations. La plupart des délégations sont homosexuelles et elles vont dans les clubs gays.

De ce point de vue, l’Eurovision peut être vécue comme une expérience de socialisation, un processus de modelage des identités : en effet, si on admet qu’on ne naît pas fan [23] LE GUERN, 2002. [23] ou homosexuel [24] POLLAK, 1982,1988. [24] mais qu’on apprend à l’être, le répertoire de situations que propose l’Eurovision, qui ne se limite pas au seul Concours, fournit un cadre favorable pour tester et élaborer tout à la fois son identité de fan et d’homosexuel. Or, comme l’a bien montré Pollak, cet apprentissage passe par la reconnaissance de désirs singuliers et la découverte des lieux et façons de rencontrer des partenaires : ce qui est vrai pour les fans homosexuels qui doivent justifier de goûts (pour une musique disqualifiée : la variété) et de désirs excluants ou moqués. Ainsi, appartenir à un fan club ou se rendre à l’Eurovision peut être envisagé comme une expérience de construction de l’identité sociale du sujet en terme d’appartenance à un groupe ou à un collectif, les festivals s’apparentant à des « lieux de rencontre et de convivialité : la plupart des spectateurs savent qu’ils vont y retrouver des spectateurs comme eux [25] ETHIS, 2001, p. 160. [25] .

Fan et homosexuel : une relation d’homologie ?

Pour comprendre qui sont les fans, il est important de repérer leurs pratiques : quels types de relations entretiennent-ils avec l’Eurovision dans leur existence quotidienne ? Comment expriment-ils et justifient-ils leurs goûts ? Comment leur passion les situe-t-elle socialement ? Pour le dire très simplement, que font-ils avec l’Eurovision ? Or, ces questions ne sont pas aussi simples qu’il y paraît : d’une part, parce que les pratiques expressives du goût sont résistantes à l’idéal compréhensif de la sociologie, quelques soient les dispositifs d’enquête retenus [26] LE GRIGNOU, 2003. [26] . D’autre part, parce que ceux qui étudient la culture populaire en général et les musiques dîtes populaires en particulier prennent la plupart du temps pour exemple le rock mais presque jamais la chanson de variété : du même coup, la réception du rock s’en est trouvée légitimée, ou du moins, le rock vient à point pour qui veut démontrer que les frontières entre l’art et la culture de masse se sont estompées. En réalité, les choses sont plus compliquées, entre autres raisons parce que ce type d’opposition binaire n’est pas conforme à la réalité, parce qu’il existe un rock esthétisant truffé de références à la musique savante et un rock résolument commercial, et parce que la culture populaire n’est elle-même pas étanche aux processus de distinction et de légitimation [27] LE GUERN, 2002. [27] qui opposent entre eux producteurs, critiques et fans. Au bout du compte, s’il existe des degrés ou des niveaux dans le populaire – et peu importe qu’ils résultent de conventions –, on voit bien que les théoriciens font plus souvent appel à Franck Zappa ou à Philipp Glass qu’aux chansons de l’Eurovision pour asseoir leur démonstration ; en définitive, comme le montre Andrew Goodwin [28] GOODWIN, 2001. [28] , c’est souvent « l’‘inauthentic’ popular culture », autrement dit la « mainstream pop » qui fait les frais de l’opération. Ce qui soulève à son tour un autre problème : comment analyser les goûts des publics populaires et la nature des plaisirs qu’ils éprouvent ? Comment redonner au sentiment, voire au sentimentalisme, son importance sans redouter de prendre le spectateur pour un idiot culturel ? Comment articuler la dimension intime de l’expérience esthétique avec son expression collective, notamment entre fans ? C’est à ces questions que nous confronte un Concours comme l’Eurovision . Pour tenter d’y répondre, je décrirai brièvement la population du fan club et ses principales caractéristiques, en m’appuyant sur des observations menées lors d’assemblées générales et des conventions du fan club et sur des entretiens avec ses membres.

Tout d’abord, la population du club est majoritairement masculine. Lors de l’assemblée générale de 2001, il y a quinze hommes pour une seule femme. Lors de la convention du 25 novembre 2002, je dénombre soixante-cinq personnes, dont neuf femmes. L’annuaire du club confirme cette prédominance du masculin. En 1995, on comptait une soixantaine de membres. Six ans plus tard, ils sont environ deux-cent-soixante-dix. Si la question n’est jamais publiquement évoquée, tous les entretiens confirment la sur-représentation des homosexuels masculins. L’attention portée à l’apparence est manifeste : tee-shirts moulants qui laissent deviner la pratique du body-building, cheveux courts et plaqués avec du gel…

Ensuite, les activités du fan club sont multiples et très comparables à celles d’autres fans clubs : édition d’un fanzine (320 exemplaires par an) et d’une lettre d’information ; mise en place d’une vidéothèque consacrée à l’Eurovision (sélections, Concours, previews, reportages) qui contient plus de 200 cassettes ; service de commandes groupées de disques et de recherche de disques rares ; organisation de meetings pour visionner les previews ou de journées à thèmes (par exemple, une spéciale années 1970) ; création d’un site internet ; démarches pour obtenir des places qui permettent aux fans d’assister aux Concours (76 demandes pour Copenhague), ce qui suppose une coopération avec les fans clubs du réseau OGAE ; organisation de concours internes au club (2 par an) et participation aux concours OGAE et second chance. Ce sont les fans clubs des pays vainqueurs qui en ont la responsabilité. Calqués sur le modèle de l’Eurovision, ils permettent cependant aux fans d’introduire des variantes, par exemple en votant pour des chansons présentées en sélection nationale mais qui n’ont pas été retenues et qui ont leur préférence. Enfin, collaborations exceptionnelles où les fans deviennent consultants sur des projets de compilations (« Eurovision, les plus belles chansons françaises » en trois cd pour les éditions du Reader’s Digest) ou de disques karaoké. En échange, les coordonnés du fan club sont mentionnées dans le livret.

Comment alors caractériser les formes de sociabilité et les interactions à l’œuvre au sein du fan club ? Tout d’abord, comme tous les fans en général, ceux de l’Eurovision font preuve d’une érudition impressionnante sur leurs sujets de prédilection. Ce savoir commun fonctionne comme un facteur de cohésion, marquant la frontière entre les insiders et les outsiders, les vrais fans et les autres. En même temps, il règle le jeu subtil des hiérarchies internes, distinguant les experts et les généralistes, les érudits et les béotiens. L’autre fait remarquable tient à la fragilité et à l’instabilité des identités individuelles et collectives : l’individu doit constamment affirmer, consolider ou négocier ses identités, en puisant dans un répertoire d’attitudes et de justifications qui lui semblent les plus adaptées selon les situations et les interlocuteurs.

J’ai pu constater ce fait à de très nombreuses reprises et je me limiterai ici à en donner de brèves illustrations : lors de la convention de novembre 2002, une des rares femmes présentes, une quarantaine d’années, toute habillée de rose, très décalée, demande un autographe à l’invitée du jour et ancienne vedette française de l’Eurovision, Catherine Ferry. Elle essuie alors les quolibets des fans présents. Je suis étonné car ces mêmes fans se dirigent eux aussi vers Ferry pour demander un autographe. L’un d’eux dit à son voisin en quittant son siège et en raillant ce qui ressemble un peu, par sa solennité, à un cérémonial liturgique :

Allez, n’aie pas honte. On dirait l’hostie !

Je comprends alors que cette femme pathétique, toute entière prise par sa passion, incarne l’image que les fans se refusent à donner d’eux-même. Marquer ses distances ou pratiquer la dérision permet de préserver une image de soi acceptable [29] Sur la relation ambivalente au légitime et à l’illégitime,… [29] : s’adressant à moi, un fan commente :

Tu as vu qu’il y avait plein de degrés de fans. Je me disais, si le monsieur de l’Université est là, il va voir de drôles de cas de fans.

Un autre fan se vante d’avoir un diplôme de 3e cycle universitaire et raille l’assemblée :

Il y en a ici qui ont dû avoir une autorisation exceptionnelle de sortie de l’hôpital psychiatrique. Sur les 65 personnes, il y en a 60 qu’on devrait interner !

Cela ne l’empêche pas d’aller à son tour demander un autographe et de m’avouer qu’il collectionne les éditions de l’Eurovision en vidéo. Au bout du compte, faire tenir ensemble ou séparément son identité de fan et d’homosexuel s’apparente à un jeu d’équilibriste. Qu’il s’agisse d’affirmer sa passion de fan ou son homosexualité, ce jeu permanent de rôle et cette distanciation par rapport à soi peuvent être lus comme une réponse à des situations potentiellement stigmatisantes. Ceci permet de comprendre les paradoxes avec lesquels les fans doivent composer. L’un d’eux, dont le comportement maniéré est ostentatoire et qui est très investi dans sa passion m’explique que :

les fans sont homos ou neu-neu. La vie de l’homo est de toute façon un peu ridicule. Il y a les fans deuxième degré, et les autres, les neu-neu, les fans du premier degré.

Un autre fan, qui ne fait pas mystère de son homosexualité, note qu’au fan club :

Il y a une catégorie d’homo spécifique. Beaucoup de folles qui aiment le déguisement, le spectacle et les paillettes. Mais moi, j’ai pas d’atomes crochus avec eux. Je fais pas gonzesse ! La première fois que je vais au fan club, je vois toutes ces folles, j’étais mal, je me croyais à une association gay !

S’il admet que « les drag queen au Concours, c’est trop », il reconnaît que c’est « un formidable terrain de chasse ». Une autre des attitudes observées consiste à surjouer en faisant la « folle ». Une des interprétations possibles de ce comportement est que la personne se soumet ainsi à la caricature qui lui semble être celle que la majorité impose à la minorité [30] POLLAK, 1982. [30] .
Observation menée lors de la convention du fan club, à Paris, le 25 novembre 2002 (extraits d’une note de terrain)

Ils sont tous homos ?!

Les fans dans la salle

78 rue Jeanne d’Arc, je suis venu avec mon amie. Salle en contrebas d’un ensemble de tours du 13e arrondissement, métro Nationale. Des rideaux de fer baissés, et de l’extérieur on ne voit rien. Volonté de discrétion ? Rien ne laisse deviner qu’un tel événement est organisé ici. La lourde porte en fer est également fermée et il faut que je m’accroupisse au niveau du dernier rideau pas totalement baissé pour être vu et obtenir l’ouverture de la porte. Sur une table, une feuille sur laquelle les arrivants doivent s’inscrire. La personne qui nous accueille (François, enseignant-chercheur en électronique à Jussieu me dit-il, insistant manifestement sur sa position sociale)

vérifie sur un listing que nous sommes bien inscrits, et nous réclame le droit d’entrée, qui normalement aurait dû être acquitté au préalable pour obtenir l’adresse de la convention. On paye 60 francs par personne. Sur la table près de l’entrée, on trouve des fiches qui serviront aux participants à jouer un peu plus tard à une sorte de pastiche du Concours de l’Eurovision.

J’apprends que la salle appartient à un parc immobilier réservé à des fonctionnaires résidant sur Paris. Elle a été gratuitement mise à la disposition des organisateurs grâce à un des membres du fan club, organisateur principal de cet événement (employé à France Télécom, il est lui-même résidant dans l’une de ces tours). Depuis maintenant deux ans, les fans ont pris l’habitude de se réunir ici, pour ce qu’ils appellent le meeting d’hiver et les previews de printemps.

La salle est sombre, les rideaux sont descendus jusqu’en bas. Tout en longueur, elle est occupée pour moitié par des rangées de bancs et de chaises presque tous occupés lorsque nous arrivons. Un autre côté de la pièce fait office de déambulatoire : le mur est décoré d’une centaine de pochettes de disques 45 tours des années 1970. Le thème de la convention porte sur les chansons de l’Eurovision dans les années 70. Je m’approche : les pochettes ne sont en réalité que des photocopies couleur et non des originaux ; « avec tous ces fans, on ne sait jamais » m’expliquera en fin de journée l’organisateur de la convention, au moment où il les retire du mur. Le décor est d’une grande austérité : murs gris-blancs et chaises plastique. Au fond de la salle, j’avise une affiche manifestement destinée à d’autres occupants du lieu, dans le cadre de l’aide aux devoirs. Je ne peux m’empêcher d’en sourire en imaginant que ces consignes puissent être adressées aux fans : « Toute sortie est définitive » ; « On ne fait pas entrer de personnes extérieures » ; « les toilettes ne sont pas un refuge »…

Le public maintenant : la salle est pleine, l’assemblée est silencieuse, nous sommes parmi les tous derniers à arriver. Ce qui frappe tout d’abord, c’est le silence et la concentration du public présent, qui écoute religieusement l’invitée surprise, en l’occurrence Catherine Ferry (une ancienne représentante française au Concours) qui raconte dans un micro sa détermination à revenir aujourd’hui vers son public. La population paraît homogène : des hommes jeunes pour la plupart, une trentaine d’années, les cheveux courts, beaucoup de tee-shirts. Je reconnais un fan avec lequel j’ai voyagé en avion lors de mon retour de Copenhague où s’est déroulé la dernière édition de l’Eurovision (30 ans, enseignant certifié d’anglais, cheveux coupés très courts, tee-shirt blanc et pantalon de cuir). Je dénombre soixante-cinq personnes, dont neuf femmes.

Le show de Catherine Ferry

La vedette du jour est entourée d’un photographe, d’un journaliste de NRJ, de sa fille âgée d’une dizaine d’années (c’est elle qui les présente à la salle : « j’ai quitté la scène pour élever ma fille à Boulogne et être tranquille ») et d’une femme dont elle explique à la cantonade qu’elle va réaliser son prochain clip. Catherine Ferry harangue la salle, met en valeur son côté « je suis encore pas mal non ? », son amour du public qui la connaît et qui l’attend – « partout on me demande encore de chanter, les gens ne m’ont pas oublié » –, sa détermination, son professionnalisme, ses anciennes amitiés dans le milieu et ses soutiens (« Daniel Balavoine, mais qui est mort maintenant »), et les raisons pour lesquelles elle a quitté jadis la scène (« élever ma fille ; la mort de Daniel »). Elle explique qu’au début, elle n’avait pas voulu faire l’Eurovision, car elle n’était pas certaine d’être libre de choisir ce qu’elle chanterait. Silence accrû dans la salle. A la fin, elle se livre à une séance de dédicaces : chacun veut y aller, on se croirait vraiment à la messe où chacun attend son tour. Puis elle s’éclipse, emportant avec elle une énorme gerbe de fleurs offerte par les fans. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle connaît l’importance des fans de l’Eurovision alors qu’elle tente son come-back.

Les questions posées à C. Ferry

La sono utilisée est médiocre, un micro passe dans le public, mais il n’est pas sans fil et le fil est très court : ce qui donne lieu à une plaisanterie sur le mode de l’autodérision et oblige le public à se déplacer lorsqu’il veut prendre la parole. A certains moments, le son est coupé. Au fond, on n’entend plus rien, mais personne ne proteste. Les questions portent pour l’essentiel sur ce que ça lui a fait d’être classée deuxième à l’Eurovision ou sur des aspects techniques du Concours ou des points de détail. On est entre experts de la chose.

Reste que peu de fans prennent la parole. Ceux qui osent la tutoient, sauf une jeune femme « un peu bizarre », qui dénote parmi les fans et peut sembler mentalement dérangée : lorsqu’elle prend la parole, des signes sont échangés dans la salle, on ressent de la raillerie. La jeune femme brise une sorte de consensus tacite en posant à C. Ferry des questions qui portent systématiquement sur sa prestation en 1976 et en ignorant l’actualité de la « vedette » ; érudite obsessionnelle de l’Eurovision, elle semble ne pas voir que Ferry est aussi là pour présenter ses nouveaux projets. Ferry fait pourtant tout pour ça : elle évoque la maquette de son nouveau single (pas encore signé), son amertume vis à vis des jeunettes qui tiennent le haut du pavé, de l’oubli dans lequel la tiennent les maisons de disques (« quelle erreur si on regarde Henri Salvador ! »). Elle insiste sur sa volonté d’avoir une production « dance » pour son disque mais pas techno, car « sinon on ne me reconnaîtra plus, les gens qui m’aiment ne me suivront plus ». Enfin, elle se décide à faire écouter une chanson inédite au public : silence dans la salle…

Pas dupe, mon voisin me glisse à l’oreille : « ces gens ils nous parlent toujours du prochain disque qu’ils vont se remettre à faire et on ne les revoit plus ensuite ».

Reste que cette explication identitaire est insuffisante si on ne tient pas compte de la position et des caractéristiques sociales des fans : les interviews et l’étude du fichier du fan club montrent que la plupart sont originaires de la province. Beaucoup occupent un emploi de fonctionnaire (Postes, Education Nationale, Police) et se situent dans les rangs inférieurs ou intermédiaires de l’administration. Certains occupent des professions ou ont une activité non rémunérée aux marges du show-business ou de l’artistique, dans des secteurs dénués de légitimité (magazines consacrés à la variété française ; éditeurs réalisant des compilations de chansons). Dans les faits, nombreux sont ceux pour qui le départ de la province et la venue à Paris a été rendu possible par l’obtention d’un emploi, fuir la province étant bien souvent envisagé comme la meilleure manière de régler les problèmes d’acceptation de leur homosexualité, en particulier pour ceux issus des milieux les plus modestes. Cette dimension me semble importante à souligner : dans les interviews, les fans insistent sur leur origine sociale souvent modeste et provinciale et on retrouve de nombreux traits communs dans la relation de leurs parcours. Mais le récit de leur arrivée à Paris et de leur installation dans la capitale témoigne aussi de leur difficulté à intégrer un milieu homosexuel auquel ils souhaitent se rattacher mais dont ils peinent à comprendre les codes. D’un certain point de vue, il est sans doute exact de décrire le monde homosexuel comme un marché des échanges sexuels qui contribue à abolir ou transcender les différences sociales. Cependant, dans les récits que m’en font les fans, on voit que cet univers est plus complexe et n’échappe que partiellement aux logiques de domination et distinction, défavorables à ceux qui disposent d’un capital physique ou symbolique réduit, c’est à dire les moins beaux ou les moins informés, ceux aussi qui éprouvent le plus de difficultés à s’insérer sur ce marché sexuel [31] A plusieurs reprises, des fans me font savoir que « si… [31] ; en ce sens, il apparaît très éloigné de l’image idéalisée d’une communauté homosexuelle homogène et intégratrice. A contrario, le fan club apparaît comme un lieu de sociabilité où les droits d’entrée sont inexistants et par conséquent très accessible. Ainsi, un habitué du fan club me décrit-il un nouvel arrivant en comparant leurs trajectoires respectives :

Il y avait un fan, la trentaine, il était comme moi au même âge. Un ancien provincial, à peine sorti de chez ses parents, archi couvé et qui voulait des conseils pour faire son coming-out. Moi, quand je suis arrivé à Paris, j’avais plus de contraintes, mais j’ai mis deux ans et demi à me libérer.

La place marginale qu’occupent les membres du fan club dans l’espace social homosexuel parisien est spontanément théorisée par un de ses membres :

J’ai beaucoup fréquenté le Marais depuis 1983. Je m’en lasse un peu. Je n’ai jamais rencontré des fans dans ce milieu. C’est sans doute pas dans les hautes sphères culturelles ou sociales qu’on les trouve. Ils viennent plutôt de la classe moyenne. Monsieur tout le monde, mais rassemblés par un même goût. Je lis la presse dans les bars gays mais on parle peu de l’Eurovision. On y parle plutôt des icônes gays actuelles, branchées.

Selon lui, le profil social des fans conditionne leur conception de la sexualité et du couple :

Au fan club, il y a pas mal de gens qui vivent en couple, ils sont plus stables. Il y a beaucoup de fonctionnaires. Dans les milieux branchés, c’est plus immédiat.

On voit également que, interrogés sur leur relation à la culture, les fans privilégient les pratiques domestiques (la télévision et le disque), les concerts de variété et de chanson française, le cinéma, c’est à dire des pratiques a priori peu susceptibles de procurer des profits de distinction.

Sans doute faudrait-il ici insister sur l’importance particulière de la télévision pour les fans : elle est un élément central de leur équipement domestique, comme j’ai pu le constater lorsque je me rendais à leur domicile. Sur le plan symbolique, elle occupe une place centrale dans l’évocation de leurs souvenirs de jeunesse : d’une part, elle a contribué à les ouvrir au monde extérieur. D’autre part, les témoignages des fans montrent bien comment leurs goûts se structurent durant l’enfance et pourquoi le spectacle télévisé de l’Eurovision y tient une place privilégiée : programme consensuel, il peut être vu en famille ; il faut d’ailleurs souligner ici que dans les années 1960-70, la valeur économique, sociale et symbolique du petit écran n’est pas du tout la même qu’aujourd’hui. Regarder l’Eurovision dans ce contexte peut avoir une valeur particulière et de nombreux récits de fans en témoignent : ces récits – que je ne présenterai pas ici en détail faute de place – insistent tous sur l’expérience structurante de l’Eurovision comme spectacle télévisuel qui sert de borne, de repère par rapport à leurs souvenirs de jeunesse. Pour beaucoup, s’il leur était interdit de regarder tard le soir la télévision, l’Eurovision constituait une exception notable, un temps fort dans l’agenda familial. La dimension internationale du concours est un autre élément fréquemment évoqué :

J’ai eu un coup de foudre immédiat pour cette émission. On voyageait, on entendait des langues étrangères, je sortais de ma petite vie et on a l’impression que les problèmes s’effaçaient » (homme, homosexuel, 41 ans, habite en banlieue nord de Paris et vit du RMI).

Dans ces propos, c’est en filigrane la capacité du concours à extirper les individus d’un quotidien banal et provincial jugé pesant qu’on devine. En outre, l’Eurovision offre aussi des ressources pour poser les premières interrogations sur l’orientation de leur sexualité. Plus généralement, les entretiens suggèrent que les genres musicaux sont différentiellement investis selon le sexe. Ainsi, l’Eurovision est-elle associée aux personnages féminins au sein de la famille (la sœur, la mère, la grand-mère) et la chanson de variété à l’environnement et aux valeurs féminines. C’est du moins comme cela que plusieurs fans expliquent la naissance de leur goût pour la variété :

A l’école, j’avais pas de copains. Je ne me sentais pas à ma place. A partir de la seconde, je me suis retrouvé dans un lycée mixte et je me sentais mieux. Je m’entendais mieux avec les filles. Sheila, l’Eurovision, c’était pour moi.

Sheila, elle faisait partie de la famille. C’était comme une grande sœur.

J’avais besoin de gaieté.

L’assignation au silence qui est faite à un grand nombre de fans homosexuels, au moins dans leur jeunesse, peut aussi expliquer la naissance du goût pour l’Eurovision. L’attrait pour les paillettes, les costumes est également souvent invoqué : on peut se demander jusqu’à quel point il n’y a pas ici intériorisation d’un univers et de valeurs sentimentales, selon un modèle très proche du type de rapport que les filles entretiennent avec la culture et qu’elles refoulent « vers les scènes sociales intimes » parce qu’elles « sont l’objet d’un fort discrédit [32] PASQUIER, 2005, p. 165. [32] ». Enfin, l’exemple retenu – Sheila – n’est sûrement pas un hasard : chanteuse de variété à succès dès les années 60, elle symbolise la provinciale issue d’un milieu populaire et qui, en montant à Paris, sort de l’anonymat et accède au vedettariat. D’ailleurs, tombée dans l’oubli, elle renouera avec le succès à la fin des années 90 en devenant une icône gay.

En cela, plus proche du pôle féminin, le goût pour la musique de variété – traditionnellement discréditée – constituerait une des premières expériences significatives au cours de l’enfance ou de l’adolescence, liée à la fois à la reconnaissance de sa sexualité et à la prise de conscience de la pression sociale qui s’exerce sur de tels goûts.
Conclusion

Pour expliquer cet attrait d’un public composé de fans homosexuels pour un programme a priori peu valorisant, il était tentant d’appréhender l’homosexualité comme un univers de signes et l’homosexuel comme un producteur et consommateur de signes. Exclu des codes dominants, celui-ci est continuellement à la recherche de sens, d’images (…), de significations cachées, implicites, potentielles, ambiguës, tout en étant constamment confronté à une figure négative et fantomatique de l’homosexualité qui hante toutes les représentations de la culture occidentale du XXe siècle [33] CHAMBERLAND, 1997, p. 12. [33] . Cette thèse, dominée par l’apport des théories Queer, est évidemment séduisante : d’une part, elle suggère que l’Eurovision constitue un réservoir de signes qui offrent leur signification voilée à ceux qui savent les lire ; d’autre part, elle permet à peu de frais d’expliquer le goût du kitsch par son potentiel subversif. Dit autrement, si les homosexuels apprécient à ce point l’Eurovision, ce serait en raison de leur position à la marge du social qui les incite à déconstruire les systèmes de catégories et les codes culturels. Que leurs choix se portent sur les productions culturelles les plus déconsidérées ne serait pas l’effet du hasard, mais plutôt un rappel de leur propre position de dominés au sein de la société. Transposant la critique du caractère socialement construit des sexualités au domaine des valeurs culturelles, les homosexuels jetteraient un regard neuf et subversif sur la culture : aimer l’Eurovision reviendrait alors à dénoncer le caractère socialement construit de la domination culturelle, et métaphoriquement, de l’hétérocentrisme.

De mon point de vue, si cette lecture est stimulante, elle suscite au moins deux réserves : premièrement, elle repose sur la vision idéalisée d’une communauté homosexuelle qui transcende les différences sociales. Or, l’enquête menée auprès des fans de l’Eurovision montre que la population homosexuelle n’est pas homogène et que si tous les membres du fan club sont homosexuels, tous les homosexuels ne sont pas fans. On ne peut donc pas totalement comprendre la passion qu’éprouvent certains fans si on ne le met pas en relation avec l’appartenance de classe ou la trajectoire culturelle : on le voit bien, lorsqu’ils se situent socialement et lorsqu’ils situent leurs goûts, c’est autant par rapport à l’ensemble de la société qu’en se référant à un espace déterminé par l’appartenance homosexuelle ; or, ils décrivent cet espace à la fois comme une communauté de destin mais aussi comme un espace où les formes de la domination ne sont pas absentes et où le rapport à la culture n’est pas nécessairement plus égalitaire ou moins hiérarchisé. A l’instar de ce que montre Dominique Pasquier à propos des participants aux sous-cultures, il y a ceux qui sont au centre (les amateurs de musique techno d’avant-garde qui organisent des raves entre initiés et lancent les modes vestimentaires) et ceux qui sont à la périphérie – toutes sortes d’individus, à commencer par les filles, qui adhèrent aux dimensions les moins légitimes de la sous-culture ou accomplissent un travail de stylisation incomplet [34] PASQUIER, 2005, p. 67. [34] .

Deuxièmement, la question du goût est traitée de façon réductrice, essentiellement comme une faculté de subversion des hiérarchies culturelles : je ne nie pas que les fans puissent apprécier l’Eurovision parce qu’ils décodent les significations homosexuelles inscrites dans ce programme et qu’ils en font une lecture parodique. Mais pourquoi ne pas considérer qu’ils peuvent aussi aimer avec intensité et sérieux les formes les plus commerciales ou les plus sentimentales de la culture ? Les notion d’« amour », de « passion pour », rendent très imparfaitement compte de ces situations où je me retrouvais en présence de fans manifestement cultivés, dont l’appartement était encombrés de petits cochons de toutes formes et de toutes tailles ou autres objets fétiches collectionnés, qui consacraient une pièce entière de leur appartement à des collections stupéfiantes de disques de variété par milliers, classés, archivés, accumulés depuis des années, et qui m’expliquaient ce qui les faisaient vibrer dans telle ou telle version japonaise ou israélienne d’une chanson de Sylvie Vartan ou de Sheila. Ceci devrait nous conduire à retravailler – encore et encore – ce que les sociologues des pratiques culturelles entendent lorsqu’ils prêtent en particulier aux publics populaires cette capacité d’éprouver du plaisir tout en étant capable de prendre du recul lorsque le besoin s’en fait sentir. Si l’on marque ses distances en fonction des scènes sociale sur lesquelles on apparaît tour à tour, que dire néanmoins de ce plaisir éprouvé à écouter de la variété ? Il est frappant de ce point de vue que les rares travaux sur les fans aient jusqu’ici porté sur les formes les plus nobles, les plus intellectuelles ou les plus légitimes des cultures populaires – la série Le Prisonnier [35] LE GUERN, 2002. [35] , Elvis Presley [36] SEGRE, 2003. [36] , Les Beatles [37] LE BART, 2000. [37] – alors que rien ou presque n’est dit sur les amoureux de Claude François ou de Johnny Halliday.

Enfin, dans ses analyses de la vie homosexuelle, Michael Pollak – tout en insistant sur le rôle central de la drague et du sexe dans ce qu’il décrivait comme un véritable marché des échanges homosexuels – mettait aussi l’accent sur l’influence des facteurs sociaux dans la plus ou moins grande capacité à exprimer et vivre son « destin homosexuel ». Pollak arrivait à la conclusion que les homosexuels socialement favorisés accédaient plus facilement au modèle communautaire – caractérisé par le rôle prééminent de la drague et sur une sociabilité majoritairement homosexuelle – que les homosexuels des milieux populaires pour lesquels il restait souvent un modèle inatteignable. Même si l’analyse a sensiblement évolué [38] Voir le remarquable article de ADAM, 1999. [38] – sous l’effet des modifications de la structure sociale et aussi d’une plus grande acceptation de l’homosexualité – entre le début des années 1980 et aujourd’hui, il n’en reste pas moins vrai que la position de classe continue de marquer ce destin homosexuel : on sait par exemple que l’expérience du rejet est plus fréquente pour les hommes issus ou appartenant aux milieux sociaux les moins favorisés. Et on peut être frappé par la similitude qui semble exister entre le récit d’homosexuels d’origine populaire et provinciale étudiés par Philippe Adam et les homosexuels aux trajectoires sociales proches ou identiques que j’ai moi-même interviewés et observés : L’affiliation communautaire constitue donc un véritable moyen d’exister pour l’homosexuel issu d’un milieu social modeste ayant rencontré des problèmes d’acceptation [39] Voir l’exemple de Yves, homosexuel interviewé par ADAM,… [39] , tout comme pour ces fans marqués par le rejet parental, un nombre réduit d’amis et de rares occasions de rencontres avec d’autres homosexuels, qui décident alors de venir vivre à Paris, Le fan club de l’Eurovision, parce qu’il renvoie à un fond commun de culture populaire (la chanson de variété) et parce qu’il se prête particulièrement bien à une lecture homo-référencée, peut alors constituer un de ces lieux communautaires favorisant l’expression de leur homosexualité pour des personnes aux trajectoires sociales souvent comparables. Resterait alors à voir comment, à l’échelle européenne, fonctionnent les autres fans clubs de l’Eurovision, dont plusieurs de mes observations récentes invitent à penser qu’ils sont organisés autour de noyaux durs homosexuels. Si les fans homosexuels de l’Eurovision inscrivent leur passion dans un cadre plus communautariste qu’universaliste, puisque le fan club relève plus de la sphère intime que de la sphère publique et que leurs prises de position sont inexistantes et ne rencontrent guère les grands thèmes mobilisateurs de l’agenda gay, étudier la façon dont ces fans clubs s’organisent dans un cadre supra-national pourrait apporter une contribution intéressante à une sociologie des frontières entre espaces privés et espaces publics.
– Photographie des membres du fan club (à partir d’un des premiers annuaires établi par le club sur un total de 92 fans recensés en France en 1999) <image id= »im5″ typeimage= »tableau » typemime= »image:png » xlink:href= »RES_id9782746218598_2007-02d_pa01-da12_09_art09_img005.png » xlink:actuate= »onRequest » xlink:title= »graphique « />

RÉFÉRENCES

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Notes
[1]

BOURDIEU, 1979.
[2]

LAHIRE, 2004.
[3]

PASQUIER, 1999 ; MAIGRET, 1995,1999.
[4]

LE BART, 2000 ; LE GUERN, 2002.
[5]

PASQUIER, 2005.
[6]

On peut définir le kitsch comme un style et une attitude esthétique caractérisés par l’usage hétéroclite d’éléments démodés ou populaires considérés comme de mauvais goût par la culture établie et produits par l’économie industrielle. Voir GREENBERG, 1934 ; BAUDRILLARD, 1970 ; BOURDIEU, 1979.
[7]

« Comment avec de telles chansons ringardes arrive-t-on encore à susciter une certaine curiosité ? ( France Soir, 21 mai 1999) ; « La vieille dame de la chansonnette kitsch… » (Le Figaro, 31 mai 1999) ; « La sélection française pour l’Eurovision est à la musique ce que le concours des Miss France, auquel il ressemble, est à l’intelligence » ( Libération, 17 février 2000).
[8]

Mes remerciements vont à Hugh Dauncey qui m’a donné le temps et l’espace nécessaires à la rédaction de cet article, lors d’un séjour à l’Université de Newcastle. Mes remerciements vont aussi à tous les fans qui ont accepté de m’accorder de leur temps et leur confiance lors de cette enquête.
[9]

Cette partie de l’enquête a été menée avec la collaboration de Dafna Lemish, dans le cadre d’un contrat de recherche sur les médias et l’Europe.
[10]

POLLAK, 1984, p. 60.
[11]

A ce propos, voir BUSSCHER, MENDES-LEITE et PROTH, 1999, p. 24-28.
[12]

BEJIN et POLLAK, 1977.
[13]

J’ai raconté ailleurs comment, en d’autres circonstances, c’est le fait de connaître toutes les chansons et génériques des séries télévisées, qui me permit d’être adoubé au sein d’un fan club pourtant jusqu’alors peu disposé à me compter parmi les siens. LE GUERN, 2002.
[14]

On trouvera de nombreux échos à cette bi-partition des loisirs en fonction des sexes dans les différentes enquêtes menées par le DEPS sur les pratiques culturelles des Français.
[15]

Sauf à être totalement naïf et à faire de la neutralité la condition ultime de l’enquête réussie, il est évident – comme le montrent de nombreux travaux ethnographiques – que la relation enquêteur/enquêtés est le plus souvent soumise aux mêmes aléas, aux mêmes types d’interactions que n’importe quelle relation de la vie quotidienne.
[16]

Voir par exemple BIZEUL, 1998, vol. 39, n° 4, p. 751-787.
[17]

Depuis, ce chef de délégation est devenu coprésentateur d’un programme de variétés à succès à la télévision française.
[18]

Il s’agit d’un chanteur français de variété, compositeur de chansons pour de nombreux artistes à succès et lui-même gros vendeur de disques.
[19]

ETHIS, 2001.
[20]

LEMISH, 2004, p. 41-63.
[21]

MARTEL, 1996.
[22]

LE GUERN et LEMISH, 2004.
[23]

LE GUERN, 2002.
[24]

POLLAK, 1982,1988.
[25]

ETHIS, 2001, p. 160.
[26]

LE GRIGNOU, 2003.
[27]

LE GUERN, 2002.
[28]

GOODWIN, 2001.
[29]

Sur la relation ambivalente au légitime et à l’illégitime, sorte de « déchirement » de la conscience pour un même individu, voir LAHIRE, 2005.
[30]

POLLAK, 1982.
[31]

A plusieurs reprises, des fans me font savoir que « si tu n’en as pas une grande, et si tu n’es pas beau, tu souffres vraiment dans ce milieu ».
[32]

PASQUIER, 2005, p. 165.
[33]

CHAMBERLAND, 1997, p. 12.
[34]

PASQUIER, 2005, p. 67.
[35]

LE GUERN, 2002.
[36]

SEGRE, 2003.
[37]

LE BART, 2000.
[38]

Voir le remarquable article de ADAM, 1999.
[39]

Voir l’exemple de Yves, homosexuel interviewé par ADAM, op. cit. p. 65.

Voir aussi:

Top 5 des polémiques à l’Eurovision

Emilie Geffray

Le Figaro

12/05/2014

Depuis sa création en 1956, le Concours Eurovision de la chanson est régulièrement le théâtre de polémiques. TV Magazine recense dans ce Top 5 les controverses qui ont marqué cet événement.

Conchita Wurst

Avec sa robe moulante, sa longue chevelure, son rouge à lèvres flamboyant, ses faux cils et sa barbe, Conchita Wurst n’est pas passé pas inaperçu. Le candidat autrichien traversti, dont le vrai nom est Tom Neuwirth, n’a eu de cesse de créer la polémique depuis l’annonce de sa participation à l’Eurovision. En effet, quelques semaines auparavant, plusieurs pétitions avaient été lancées en Russie, en Biélorussie et en Arménie pour empêcher l’artiste de 25 ans de participer au concours ou encore que sa prestation ne soit pas diffusée à la télévision dans ces pays ce soir-là. Depuis sa victoire samedi dernier avec Rise Like a Phoenix, la polémique autour de la femme à barbe ne désenfle pas. En France, l’ex-présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin, a vivement critiqué Conchita Wurst via Twitter: «malaise devant #conchitawurtz image d une société en perte de repère niant la réalité de la nature humaine Non à cette #Europe là». En Russie, le politicien Vladimir Jirinovski a déclaré: «Notre indignation est sans limites. C’est la fin de l’Europe. Elle est devenue dingue. Ils n’ont plus de femmes et d’hommes là-bas, mais un « ça » à la place». De son côté, le président du parti libéral-démocrate russe a ajouté: «Il y a cinquante ans, l’armée soviétique a occupé l’Autriche. La libérer a été une erreur. On aurait dû rester».

Dana International

En 1998, la candidate transsexuelle Dana International offre à Israël une troisième victoire avec la chanson Diva. Si sa modification de sexe n’a, à l’époque, pas provoqué de polémique, sa participation au concours Eurovision de la chanson a tout de même marqué les esprits. Son single lui permit de connaître un véritable succès en Europe où il s’écoula à 400.000 exemplaires. Pour les 50 ans du concours en 2005, la chanteuse faisait partie des nombreux invités. Et en 2011, Dana International s’est à nouveau représentée mais sans succès. La chanteuse a été éliminée lors de la seconde demi-finale.

Krista Siegfrid

Choisie pour représenter la Finlande à l’Eurovision 2013, Krista Siegfrid est une star dans son pays. Candidate à The Voice finlandais en 2011, la chanteuse est aussi jurée de la version junior du télécrochet. Mais c’est surtout sa participation au Concours Eurovision en 2013 que les gens retiendront le plus. Interprète de Marry Me, chanson inspirée de la crise grecque et véritable hymne au mariage homosexuel, Krista Siegfrid est devenue le fer de lance de la communauté lesbienne en donnant un baiser à une de ses danseuses à la fin de sa performance.

Ping Pong

En 2000, la prestation des représentants israéliens suscita une vive polémique. Les deux membres masculins du groupe Ping Pong n’ont pas hésité à échanger un baiser pendant le refrain de Sameyakh. À la fin du dernier couplet, le groupe a également souhaité promouvoir la paix entre leur pays et la Syrie et a ainsi brandi des drapeaux aux couleurs des deux nations en conflit.

L’Azerbaïdjan

En 2012, l’Azerbaïdjan accueilla le 57ème Concours Eurovision de la chanson. Vivement critiqué, le gouvernement a été la cible de nombreuses polémiques. Parmi elles, il a été reproché à l’État d’avoir délogé un millier d’habitants, victime d’expropriations forcées, de la capitale Bakou pour y construire le Crystal Hall afin d’y recevoir le concours. De plus, les médias présents sur place ont constaté de nombreuses atteintes aux droits de l’homme. Après une rencontre avec des militants de l’opposition, la chanteuse suédoise Loreen n’a pas hésité à prendre position: «Les droits de l’homme sont violés quotidiennement en Azerbaïdjan. On ne doit pas garder le silence face à de telles choses», suscitant un peu plus la controverse. Alors que leurs relations sont particulièrent tendues depuis plusieurs années, l’Arménie préférera se retirer du concours craignant que la sécurité de sa déléguation ne puisse pas être assurée par les autorités azerbaïdjanaises.

Notes On « Camp »
Susan Sontag
1964.
Many things in the world have not been named; and many things, even if they have been named, have never been described. One of these is the sensibility — unmistakably modern, a variant of sophistication but hardly identical with it — that goes by the cult name of « Camp. »

A sensibility (as distinct from an idea) is one of the hardest things to talk about; but there are special reasons why Camp, in particular, has never been discussed. It is not a natural mode of sensibility, if there be any such. Indeed the essence of Camp is its love of the unnatural: of artifice and exaggeration. And Camp is esoteric — something of a private code, a badge of identity even, among small urban cliques. Apart from a lazy two-page sketch in Christopher Isherwood’s novel The World in the Evening (1954), it has hardly broken into print. To talk about Camp is therefore to betray it. If the betrayal can be defended, it will be for the edification it provides, or the dignity of the conflict it resolves. For myself, I plead the goal of self-edification, and the goad of a sharp conflict in my own sensibility. I am strongly drawn to Camp, and almost as strongly offended by it. That is why I want to talk about it, and why I can. For no one who wholeheartedly shares in a given sensibility can analyze it; he can only, whatever his intention, exhibit it. To name a sensibility, to draw its contours and to recount its history, requires a deep sympathy modified by revulsion.

Though I am speaking about sensibility only — and about a sensibility that, among other things, converts the serious into the frivolous — these are grave matters. Most people think of sensibility or taste as the realm of purely subjective preferences, those mysterious attractions, mainly sensual, that have not been brought under the sovereignty of reason. They allow that considerations of taste play a part in their reactions to people and to works of art. But this attitude is naïve. And even worse. To patronize the faculty of taste is to patronize oneself. For taste governs every free — as opposed to rote — human response. Nothing is more decisive. There is taste in people, visual taste, taste in emotion – and there is taste in acts, taste in morality. Intelligence, as well, is really a kind of taste: taste in ideas. (One of the facts to be reckoned with is that taste tends to develop very unevenly. It’s rare that the same person has good visual taste and good taste in people and taste in ideas.)

Taste has no system and no proofs. But there is something like a logic of taste: the consistent sensibility which underlies and gives rise to a certain taste. A sensibility is almost, but not quite, ineffable. Any sensibility which can be crammed into the mold of a system, or handled with the rough tools of proof, is no longer a sensibility at all. It has hardened into an idea . . .

To snare a sensibility in words, especially one that is alive and powerful,1 one must be tentative and nimble. The form of jottings, rather than an essay (with its claim to a linear, consecutive argument), seemed more appropriate for getting down something of this particular fugitive sensibility. It’s embarrassing to be solemn and treatise-like about Camp. One runs the risk of having, oneself, produced a very inferior piece of Camp.

These notes are for Oscar Wilde.

« One should either be a work of art, or wear a work of art. »
– Phrases & Philosophies for the Use of the Young

1. To start very generally: Camp is a certain mode of aestheticism. It is one way of seeing the world as an aesthetic phenomenon. That way, the way of Camp, is not in terms of beauty, but in terms of the degree of artifice, of stylization.

2. To emphasize style is to slight content, or to introduce an attitude which is neutral with respect to content. It goes without saying that the Camp sensibility is disengaged, depoliticized — or at least apolitical.

3. Not only is there a Camp vision, a Camp way of looking at things. Camp is as well a quality discoverable in objects and the behavior of persons. There are « campy » movies, clothes, furniture, popular songs, novels, people, buildings. . . . This distinction is important. True, the Camp eye has the power to transform experience. But not everything can be seen as Camp. It’s not all in the eye of the beholder.

4. Random examples of items which are part of the canon of Camp:

Zuleika Dobson
Tiffany lamps
Scopitone films
The Brown Derby restaurant on Sunset Boulevard in LA
The Enquirer, headlines and stories
Aubrey Beardsley drawings
Swan Lake
Bellini’s operas
Visconti’s direction of Salome and ‘Tis Pity She’s a Whore
certain turn-of-the-century picture postcards
Schoedsack’s King Kong
the Cuban pop singer La Lupe
Lynn Ward’s novel in woodcuts, God’s Man
the old Flash Gordon comics
women’s clothes of the twenties (feather boas, fringed and beaded dresses, etc.)
the novels of Ronald Firbank and Ivy Compton-Burnett
stag movies seen without lust

5. Camp taste has an affinity for certain arts rather than others. Clothes, furniture, all the elements of visual décor, for instance, make up a large part of Camp. For Camp art is often decorative art, emphasizing texture, sensuous surface, and style at the expense of content. Concert music, though, because it is contentless, is rarely Camp. It offers no opportunity, say, for a contrast between silly or extravagant content and rich form. . . . Sometimes whole art forms become saturated with Camp. Classical ballet, opera, movies have seemed so for a long time. In the last two years, popular music (post rock-‘n’-roll, what the French call yé yé) has been annexed. And movie criticism (like lists of « The 10 Best Bad Movies I Have Seen ») is probably the greatest popularizer of Camp taste today, because most people still go to the movies in a high-spirited and unpretentious way.

6. There is a sense in which it is correct to say: « It’s too good to be Camp. » Or « too important, » not marginal enough. (More on this later.) Thus, the personality and many of the works of Jean Cocteau are Camp, but not those of André Gide; the operas of Richard Strauss, but not those of Wagner; concoctions of Tin Pan Alley and Liverpool, but not jazz. Many examples of Camp are things which, from a « serious » point of view, are either bad art or kitsch. Not all, though. Not only is Camp not necessarily bad art, but some art which can be approached as Camp (example: the major films of Louis Feuillade) merits the most serious admiration and study.

« The more we study Art, the less we care for Nature. »
– The Decay of Lying

7. All Camp objects, and persons, contain a large element of artifice. Nothing in nature can be campy . . . Rural Camp is still man-made, and most campy objects are urban. (Yet, they often have a serenity — or a naiveté — which is the equivalent of pastoral. A great deal of Camp suggests Empson’s phrase, « urban pastoral. »)

8. Camp is a vision of the world in terms of style — but a particular kind of style. It is the love of the exaggerated, the « off, » of things-being-what-they-are-not. The best example is in Art Nouveau, the most typical and fully developed Camp style. Art Nouveau objects, typically, convert one thing into something else: the lighting fixtures in the form of flowering plants, the living room which is really a grotto. A remarkable example: the Paris Métro entrances designed by Hector Guimard in the late 1890s in the shape of cast-iron orchid stalks.

9. As a taste in persons, Camp responds particularly to the markedly attenuated and to the strongly exaggerated. The androgyne is certainly one of the great images of Camp sensibility. Examples: the swooning, slim, sinuous figures of pre-Raphaelite painting and poetry; the thin, flowing, sexless bodies in Art Nouveau prints and posters, presented in relief on lamps and ashtrays; the haunting androgynous vacancy behind the perfect beauty of Greta Garbo. Here, Camp taste draws on a mostly unacknowledged truth of taste: the most refined form of sexual attractiveness (as well as the most refined form of sexual pleasure) consists in going against the grain of one’s sex. What is most beautiful in virile men is something feminine; what is most beautiful in feminine women is something masculine. . . . Allied to the Camp taste for the androgynous is something that seems quite different but isn’t: a relish for the exaggeration of sexual characteristics and personality mannerisms. For obvious reasons, the best examples that can be cited are movie stars. The corny flamboyant female-ness of Jayne Mansfield, Gina Lollobrigida, Jane Russell, Virginia Mayo; the exaggerated he-man-ness of Steve Reeves, Victor Mature. The great stylists of temperament and mannerism, like Bette Davis, Barbara Stanwyck, Tallulah Bankhead, Edwige Feuillière.

10. Camp sees everything in quotation marks. It’s not a lamp, but a « lamp »; not a woman, but a « woman. » To perceive Camp in objects and persons is to understand Being-as-Playing-a-Role. It is the farthest extension, in sensibility, of the metaphor of life as theater.

11. Camp is the triumph of the epicene style. (The convertibility of « man » and « woman, » « person » and « thing. ») But all style, that is, artifice, is, ultimately, epicene. Life is not stylish. Neither is nature.

12. The question isn’t, « Why travesty, impersonation, theatricality? » The question is, rather, « When does travesty, impersonation, theatricality acquire the special flavor of Camp? » Why is the atmosphere of Shakespeare’s comedies (As You Like It, etc.) not epicene, while that of Der Rosenkavalier is?

13. The dividing line seems to fall in the 18th century; there the origins of Camp taste are to be found (Gothic novels, Chinoiserie, caricature, artificial ruins, and so forth.) But the relation to nature was quite different then. In the 18th century, people of taste either patronized nature (Strawberry Hill) or attempted to remake it into something artificial (Versailles). They also indefatigably patronized the past. Today’s Camp taste effaces nature, or else contradicts it outright. And the relation of Camp taste to the past is extremely sentimental.

14. A pocket history of Camp might, of course, begin farther back — with the mannerist artists like Pontormo, Rosso, and Caravaggio, or the extraordinarily theatrical painting of Georges de La Tour, or Euphuism (Lyly, etc.) in literature. Still, the soundest starting point seems to be the late 17th and early 18th century, because of that period’s extraordinary feeling for artifice, for surface, for symmetry; its taste for the picturesque and the thrilling, its elegant conventions for representing instant feeling and the total presence of character — the epigram and the rhymed couplet (in words), the flourish (in gesture and in music). The late 17th and early 18th century is the great period of Camp: Pope, Congreve, Walpole, etc, but not Swift; les précieux in France; the rococo churches of Munich; Pergolesi. Somewhat later: much of Mozart. But in the 19th century, what had been distributed throughout all of high culture now becomes a special taste; it takes on overtones of the acute, the esoteric, the perverse. Confining the story to England alone, we see Camp continuing wanly through 19th century aestheticism (Bume-Jones, Pater, Ruskin, Tennyson), emerging full-blown with the Art Nouveau movement in the visual and decorative arts, and finding its conscious ideologists in such « wits » as Wilde and Firbank.

15. Of course, to say all these things are Camp is not to argue they are simply that. A full analysis of Art Nouveau, for instance, would scarcely equate it with Camp. But such an analysis cannot ignore what in Art Nouveau allows it to be experienced as Camp. Art Nouveau is full of « content, » even of a political-moral sort; it was a revolutionary movement in the arts, spurred on by a Utopian vision (somewhere between William Morris and the Bauhaus group) of an organic politics and taste. Yet there is also a feature of the Art Nouveau objects which suggests a disengaged, unserious, « aesthete’s » vision. This tells us something important about Art Nouveau — and about what the lens of Camp, which blocks out content, is.

16. Thus, the Camp sensibility is one that is alive to a double sense in which some things can be taken. But this is not the familiar split-level construction of a literal meaning, on the one hand, and a symbolic meaning, on the other. It is the difference, rather, between the thing as meaning something, anything, and the thing as pure artifice.

17. This comes out clearly in the vulgar use of the word Camp as a verb, « to camp, » something that people do. To camp is a mode of seduction — one which employs flamboyant mannerisms susceptible of a double interpretation; gestures full of duplicity, with a witty meaning for cognoscenti and another, more impersonal, for outsiders. Equally and by extension, when the word becomes a noun, when a person or a thing is « a camp, » a duplicity is involved. Behind the « straight » public sense in which something can be taken, one has found a private zany experience of the thing.

« To be natural is such a very difficult pose to keep up. »
– An Ideal Husband

18. One must distinguish between naïve and deliberate Camp. Pure Camp is always naive. Camp which knows itself to be Camp (« camping ») is usually less satisfying.

19. The pure examples of Camp are unintentional; they are dead serious. The Art Nouveau craftsman who makes a lamp with a snake coiled around it is not kidding, nor is he trying to be charming. He is saying, in all earnestness: Voilà! the Orient! Genuine Camp — for instance, the numbers devised for the Warner Brothers musicals of the early thirties (42nd Street; The Golddiggers of 1933; … of 1935; … of 1937; etc.) by Busby Berkeley — does not mean to be funny. Camping — say, the plays of Noel Coward — does. It seems unlikely that much of the traditional opera repertoire could be such satisfying Camp if the melodramatic absurdities of most opera plots had not been taken seriously by their composers. One doesn’t need to know the artist’s private intentions. The work tells all. (Compare a typical 19th century opera with Samuel Barber’s Vanessa, a piece of manufactured, calculated Camp, and the difference is clear.)

20. Probably, intending to be campy is always harmful. The perfection of Trouble in Paradise and The Maltese Falcon, among the greatest Camp movies ever made, comes from the effortless smooth way in which tone is maintained. This is not so with such famous would-be Camp films of the fifties as All About Eve and Beat the Devil. These more recent movies have their fine moments, but the first is so slick and the second so hysterical; they want so badly to be campy that they’re continually losing the beat. . . . Perhaps, though, it is not so much a question of the unintended effect versus the conscious intention, as of the delicate relation between parody and self-parody in Camp. The films of Hitchcock are a showcase for this problem. When self-parody lacks ebullience but instead reveals (even sporadically) a contempt for one’s themes and one’s materials – as in To Catch a Thief, Rear Window, North by Northwest — the results are forced and heavy-handed, rarely Camp. Successful Camp — a movie like Carné’s Drôle de Drame; the film performances of Mae West and Edward Everett Horton; portions of the Goon Show — even when it reveals self-parody, reeks of self-love.

21. So, again, Camp rests on innocence. That means Camp discloses innocence, but also, when it can, corrupts it. Objects, being objects, don’t change when they are singled out by the Camp vision. Persons, however, respond to their audiences. Persons begin « camping »: Mae West, Bea Lillie, La Lupe, Tallulah Bankhead in Lifeboat, Bette Davis in All About Eve. (Persons can even be induced to camp without their knowing it. Consider the way Fellini got Anita Ekberg to parody herself in La Dolce Vita.)

22. Considered a little less strictly, Camp is either completely naive or else wholly conscious (when one plays at being campy). An example of the latter: Wilde’s epigrams themselves.

« It’s absurd to divide people into good and bad. People are either charming or tedious. »
– Lady Windemere’s Fan

23. In naïve, or pure, Camp, the essential element is seriousness, a seriousness that fails. Of course, not all seriousness that fails can be redeemed as Camp. Only that which has the proper mixture of the exaggerated, the fantastic, the passionate, and the naïve.

24. When something is just bad (rather than Camp), it’s often because it is too mediocre in its ambition. The artist hasn’t attempted to do anything really outlandish. (« It’s too much, » « It’s too fantastic, » « It’s not to be believed, » are standard phrases of Camp enthusiasm.)

25. The hallmark of Camp is the spirit of extravagance. Camp is a woman walking around in a dress made of three million feathers. Camp is the paintings of Carlo Crivelli, with their real jewels and trompe-l’oeil insects and cracks in the masonry. Camp is the outrageous aestheticism of Steinberg’s six American movies with Dietrich, all six, but especially the last, The Devil Is a Woman. . . . In Camp there is often something démesuré in the quality of the ambition, not only in the style of the work itself. Gaudí’s lurid and beautiful buildings in Barcelona are Camp not only because of their style but because they reveal — most notably in the Cathedral of the Sagrada Familia — the ambition on the part of one man to do what it takes a generation, a whole culture to accomplish.

26. Camp is art that proposes itself seriously, but cannot be taken altogether seriously because it is « too much. » Titus Andronicus and Strange Interlude are almost Camp, or could be played as Camp. The public manner and rhetoric of de Gaulle, often, are pure Camp.

27. A work can come close to Camp, but not make it, because it succeeds. Eisenstein’s films are seldom Camp because, despite all exaggeration, they do succeed (dramatically) without surplus. If they were a little more « off, » they could be great Camp – particularly Ivan the Terrible I & II. The same for Blake’s drawings and paintings, weird and mannered as they are. They aren’t Camp; though Art Nouveau, influenced by Blake, is.

What is extravagant in an inconsistent or an unpassionate way is not Camp. Neither can anything be Camp that does not seem to spring from an irrepressible, a virtually uncontrolled sensibility. Without passion, one gets pseudo-Camp — what is merely decorative, safe, in a word, chic. On the barren edge of Camp lie a number of attractive things: the sleek fantasies of Dali, the haute couture preciosity of Albicocco’s The Girl with the Golden Eyes. But the two things – Camp and preciosity – must not be confused.

28. Again, Camp is the attempt to do something extraordinary. But extraordinary in the sense, often, of being special, glamorous. (The curved line, the extravagant gesture.) Not extraordinary merely in the sense of effort. Ripley’s Believe-It-Or-Not items are rarely campy. These items, either natural oddities (the two-headed rooster, the eggplant in the shape of a cross) or else the products of immense labor (the man who walked from here to China on his hands, the woman who engraved the New Testament on the head of a pin), lack the visual reward – the glamour, the theatricality – that marks off certain extravagances as Camp.

29. The reason a movie like On the Beach, books like Winesburg, Ohio and For Whom the Bell Tolls are bad to the point of being laughable, but not bad to the point of being enjoyable, is that they are too dogged and pretentious. They lack fantasy. There is Camp in such bad movies as The Prodigal and Samson and Delilah, the series of Italian color spectacles featuring the super-hero Maciste, numerous Japanese science fiction films (Rodan, The Mysterians, The H-Man) because, in their relative unpretentiousness and vulgarity, they are more extreme and irresponsible in their fantasy – and therefore touching and quite enjoyable.

30. Of course, the canon of Camp can change. Time has a great deal to do with it. Time may enhance what seems simply dogged or lacking in fantasy now because we are too close to it, because it resembles too closely our own everyday fantasies, the fantastic nature of which we don’t perceive. We are better able to enjoy a fantasy as fantasy when it is not our own.

31. This is why so many of the objects prized by Camp taste are old-fashioned, out-of-date, démodé. It’s not a love of the old as such. It’s simply that the process of aging or deterioration provides the necessary detachment — or arouses a necessary sympathy. When the theme is important, and contemporary, the failure of a work of art may make us indignant. Time can change that. Time liberates the work of art from moral relevance, delivering it over to the Camp sensibility. . . . Another effect: time contracts the sphere of banality. (Banality is, strictly speaking, always a category of the contemporary.) What was banal can, with the passage of time, become fantastic. Many people who listen with delight to the style of Rudy Vallee revived by the English pop group, The Temperance Seven, would have been driven up the wall by Rudy Vallee in his heyday.

Thus, things are campy, not when they become old – but when we become less involved in them, and can enjoy, instead of be frustrated by, the failure of the attempt. But the effect of time is unpredictable. Maybe Method acting (James Dean, Rod Steiger, Warren Beatty) will seem as Camp some day as Ruby Keeler’s does now – or as Sarah Bernhardt’s does, in the films she made at the end of her career. And maybe not.

32. Camp is the glorification of « character. » The statement is of no importance – except, of course, to the person (Loie Fuller, Gaudí, Cecil B. De Mille, Crivelli, de Gaulle, etc.) who makes it. What the Camp eye appreciates is the unity, the force of the person. In every move the aging Martha Graham makes she’s being Martha Graham, etc., etc. . . . This is clear in the case of the great serious idol of Camp taste, Greta Garbo. Garbo’s incompetence (at the least, lack of depth) as an actress enhances her beauty. She’s always herself.

33. What Camp taste responds to is « instant character » (this is, of course, very 18th century); and, conversely, what it is not stirred by is the sense of the development of character. Character is understood as a state of continual incandescence – a person being one, very intense thing. This attitude toward character is a key element of the theatricalization of experience embodied in the Camp sensibility. And it helps account for the fact that opera and ballet are experienced as such rich treasures of Camp, for neither of these forms can easily do justice to the complexity of human nature. Wherever there is development of character, Camp is reduced. Among operas, for example, La Traviata (which has some small development of character) is less campy than Il Trovatore (which has none).

« Life is too important a thing ever to talk seriously about it. »
– Vera, or The Nihilists

34. Camp taste turns its back on the good-bad axis of ordinary aesthetic judgment. Camp doesn’t reverse things. It doesn’t argue that the good is bad, or the bad is good. What it does is to offer for art (and life) a different — a supplementary — set of standards.

35. Ordinarily we value a work of art because of the seriousness and dignity of what it achieves. We value it because it succeeds – in being what it is and, presumably, in fulfilling the intention that lies behind it. We assume a proper, that is to say, straightforward relation between intention and performance. By such standards, we appraise The Iliad, Aristophanes’ plays, The Art of the Fugue, Middlemarch, the paintings of Rembrandt, Chartres, the poetry of Donne, The Divine Comedy, Beethoven’s quartets, and – among people – Socrates, Jesus, St. Francis, Napoleon, Savonarola. In short, the pantheon of high culture: truth, beauty, and seriousness.

36. But there are other creative sensibilities besides the seriousness (both tragic and comic) of high culture and of the high style of evaluating people. And one cheats oneself, as a human being, if one has respect only for the style of high culture, whatever else one may do or feel on the sly.

For instance, there is the kind of seriousness whose trademark is anguish, cruelty, derangement. Here we do accept a disparity between intention and result. I am speaking, obviously, of a style of personal existence as well as of a style in art; but the examples had best come from art. Think of Bosch, Sade, Rimbaud, Jarry, Kafka, Artaud, think of most of the important works of art of the 20th century, that is, art whose goal is not that of creating harmonies but of overstraining the medium and introducing more and more violent, and unresolvable, subject-matter. This sensibility also insists on the principle that an oeuvre in the old sense (again, in art, but also in life) is not possible. Only « fragments » are possible. . . . Clearly, different standards apply here than to traditional high culture. Something is good not because it is achieved, but because another kind of truth about the human situation, another experience of what it is to be human – in short, another valid sensibility — is being revealed.

And third among the great creative sensibilities is Camp: the sensibility of failed seriousness, of the theatricalization of experience. Camp refuses both the harmonies of traditional seriousness, and the risks of fully identifying with extreme states of feeling.

37. The first sensibility, that of high culture, is basically moralistic. The second sensibility, that of extreme states of feeling, represented in much contemporary « avant-garde » art, gains power by a tension between moral and aesthetic passion. The third, Camp, is wholly aesthetic.

38. Camp is the consistently aesthetic experience of the world. It incarnates a victory of « style » over « content, » « aesthetics » over « morality, » of irony over tragedy.

39. Camp and tragedy are antitheses. There is seriousness in Camp (seriousness in the degree of the artist’s involvement) and, often, pathos. The excruciating is also one of the tonalities of Camp; it is the quality of excruciation in much of Henry James (for instance, The Europeans, The Awkward Age, The Wings of the Dove) that is responsible for the large element of Camp in his writings. But there is never, never tragedy.

40. Style is everything. Genet’s ideas, for instance, are very Camp. Genet’s statement that « the only criterion of an act is its elegance »2 is virtually interchangeable, as a statement, with Wilde’s « in matters of great importance, the vital element is not sincerity, but style. » But what counts, finally, is the style in which ideas are held. The ideas about morality and politics in, say, Lady Windemere’s Fan and in Major Barbara are Camp, but not just because of the nature of the ideas themselves. It is those ideas, held in a special playful way. The Camp ideas in Our Lady of the Flowers are maintained too grimly, and the writing itself is too successfully elevated and serious, for Genet’s books to be Camp.

41. The whole point of Camp is to dethrone the serious. Camp is playful, anti-serious. More precisely, Camp involves a new, more complex relation to « the serious. » One can be serious about the frivolous, frivolous about the serious.

42. One is drawn to Camp when one realizes that « sincerity » is not enough. Sincerity can be simple philistinism, intellectual narrowness.

43. The traditional means for going beyond straight seriousness – irony, satire – seem feeble today, inadequate to the culturally oversaturated medium in which contemporary sensibility is schooled. Camp introduces a new standard: artifice as an ideal, theatricality.

44. Camp proposes a comic vision of the world. But not a bitter or polemical comedy. If tragedy is an experience of hyperinvolvement, comedy is an experience of underinvolvement, of detachment.

« I adore simple pleasures, they are the last refuge of the complex. »
– A Woman of No Importance

45. Detachment is the prerogative of an elite; and as the dandy is the 19th century’s surrogate for the aristocrat in matters of culture, so Camp is the modern dandyism. Camp is the answer to the problem: how to be a dandy in the age of mass culture.

46. The dandy was overbred. His posture was disdain, or else ennui. He sought rare sensations, undefiled by mass appreciation. (Models: Des Esseintes in Huysmans’ À Rebours, Marius the Epicurean, Valéry’s Monsieur Teste.) He was dedicated to « good taste. »

The connoisseur of Camp has found more ingenious pleasures. Not in Latin poetry and rare wines and velvet jackets, but in the coarsest, commonest pleasures, in the arts of the masses. Mere use does not defile the objects of his pleasure, since he learns to possess them in a rare way. Camp — Dandyism in the age of mass culture — makes no distinction between the unique object and the mass-produced object. Camp taste transcends the nausea of the replica.

47. Wilde himself is a transitional figure. The man who, when he first came to London, sported a velvet beret, lace shirts, velveteen knee-breeches and black silk stockings, could never depart too far in his life from the pleasures of the old-style dandy; this conservatism is reflected in The Picture of Dorian Gray. But many of his attitudes suggest something more modern. It was Wilde who formulated an important element of the Camp sensibility — the equivalence of all objects — when he announced his intention of « living up » to his blue-and-white china, or declared that a doorknob could be as admirable as a painting. When he proclaimed the importance of the necktie, the boutonniere, the chair, Wilde was anticipating the democratic esprit of Camp.

48. The old-style dandy hated vulgarity. The new-style dandy, the lover of Camp, appreciates vulgarity. Where the dandy would be continually offended or bored, the connoisseur of Camp is continually amused, delighted. The dandy held a perfumed handkerchief to his nostrils and was liable to swoon; the connoisseur of Camp sniffs the stink and prides himself on his strong nerves.

49. It is a feat, of course. A feat goaded on, in the last analysis, by the threat of boredom. The relation between boredom and Camp taste cannot be overestimated. Camp taste is by its nature possible only in affluent societies, in societies or circles capable of experiencing the psychopathology of affluence.

« What is abnormal in Life stands in normal relations to Art. It is the only thing in Life that stands in normal relations to Art. »
– A Few Maxims for the Instruction of the Over-Educated

50. Aristocracy is a position vis-à-vis culture (as well as vis-à-vis power), and the history of Camp taste is part of the history of snob taste. But since no authentic aristocrats in the old sense exist today to sponsor special tastes, who is the bearer of this taste? Answer: an improvised self-elected class, mainly homosexuals, who constitute themselves as aristocrats of taste.

51. The peculiar relation between Camp taste and homosexuality has to be explained. While it’s not true that Camp taste is homosexual taste, there is no doubt a peculiar affinity and overlap. Not all liberals are Jews, but Jews have shown a peculiar affinity for liberal and reformist causes. So, not all homosexuals have Camp taste. But homosexuals, by and large, constitute the vanguard — and the most articulate audience — of Camp. (The analogy is not frivolously chosen. Jews and homosexuals are the outstanding creative minorities in contemporary urban culture. Creative, that is, in the truest sense: they are creators of sensibilities. The two pioneering forces of modern sensibility are Jewish moral seriousness and homosexual aestheticism and irony.)

52. The reason for the flourishing of the aristocratic posture among homosexuals also seems to parallel the Jewish case. For every sensibility is self-serving to the group that promotes it. Jewish liberalism is a gesture of self-legitimization. So is Camp taste, which definitely has something propagandistic about it. Needless to say, the propaganda operates in exactly the opposite direction. The Jews pinned their hopes for integrating into modern society on promoting the moral sense. Homosexuals have pinned their integration into society on promoting the aesthetic sense. Camp is a solvent of morality. It neutralizes moral indignation, sponsors playfulness.

53. Nevertheless, even though homosexuals have been its vanguard, Camp taste is much more than homosexual taste. Obviously, its metaphor of life as theater is peculiarly suited as a justification and projection of a certain aspect of the situation of homosexuals. (The Camp insistence on not being « serious, » on playing, also connects with the homosexual’s desire to remain youthful.) Yet one feels that if homosexuals hadn’t more or less invented Camp, someone else would. For the aristocratic posture with relation to culture cannot die, though it may persist only in increasingly arbitrary and ingenious ways. Camp is (to repeat) the relation to style in a time in which the adoption of style — as such — has become altogether questionable. (In the modem era, each new style, unless frankly anachronistic, has come on the scene as an anti-style.)

« One must have a heart of stone to read the death of Little Nell without laughing. »
– In conversation

54. The experiences of Camp are based on the great discovery that the sensibility of high culture has no monopoly upon refinement. Camp asserts that good taste is not simply good taste; that there exists, indeed, a good taste of bad taste. (Genet talks about this in Our Lady of the Flowers.) The discovery of the good taste of bad taste can be very liberating. The man who insists on high and serious pleasures is depriving himself of pleasure; he continually restricts what he can enjoy; in the constant exercise of his good taste he will eventually price himself out of the market, so to speak. Here Camp taste supervenes upon good taste as a daring and witty hedonism. It makes the man of good taste cheerful, where before he ran the risk of being chronically frustrated. It is good for the digestion.

55. Camp taste is, above all, a mode of enjoyment, of appreciation – not judgment. Camp is generous. It wants to enjoy. It only seems like malice, cynicism. (Or, if it is cynicism, it’s not a ruthless but a sweet cynicism.) Camp taste doesn’t propose that it is in bad taste to be serious; it doesn’t sneer at someone who succeeds in being seriously dramatic. What it does is to find the success in certain passionate failures.

56. Camp taste is a kind of love, love for human nature. It relishes, rather than judges, the little triumphs and awkward intensities of « character. » . . . Camp taste identifies with what it is enjoying. People who share this sensibility are not laughing at the thing they label as « a camp, » they’re enjoying it. Camp is a tender feeling.

(Here, one may compare Camp with much of Pop Art, which — when it is not just Camp — embodies an attitude that is related, but still very different. Pop Art is more flat and more dry, more serious, more detached, ultimately nihilistic.)

57. Camp taste nourishes itself on the love that has gone into certain objects and personal styles. The absence of this love is the reason why such kitsch items as Peyton Place (the book) and the Tishman Building aren’t Camp.

58. The ultimate Camp statement: it’s good because it’s awful . . . Of course, one can’t always say that. Only under certain conditions, those which I’ve tried to sketch in these notes.
1 The sensibility of an era is not only its most decisive, but also its most perishable, aspect. One may capture the ideas (intellectual history) and the behavior (social history) of an epoch without ever touching upon the sensibility or taste which informed those ideas, that behavior. Rare are those historical studies — like Huizinga on the late Middle Ages, Febvre on 16th century France — which do tell us something about the sensibility of the period.

2 Sartre’s gloss on this in Saint Genet is: « Elegance is the quality of conduct which transforms the greatest amount of being into appearing. »

Voir également:

Sorry, Britain didn’t vote for the Austrian ‘Bearded Lady’
Steerpike
The Spectator
11 May 2014

There has been plenty of progressive backslapping this morning because Britain was one of the many countries to award the full 12 points to the bearded Austrian drag act Conchita Wurst in Saturday night’s Eurovision Song Contest. We showed those bigots over in Eastern Europe and Russia a thing or two, the chatterati say.

Mr S hates to be a party-pooper, but he has news for you. The British public actually voted for some Polish girls in milkmaid outfits, seductively churning butter and cleaning clothes.

The Polish ladies were very self-confident, if a little old fashioned:

‘We’re Slavic girls
We know how to use our charming beauty
Now, shake what your mama gave ya!’

The blushes of our progressive elite were spared by the suspiciously complex voting system. There is a 50/50 split between unelected and unaccountable judges and the votes of the public; Poland topped the UK’s public voting tally, but were awarded zero points by the UK overall because the unelected judges ranked Poland 25th.

Can readers think of any other examples where an out of touch, unelected euro-elite have defied the will of the people?

Voir encore:

Britain Didn’t Really Vote For The Eurovision Bearded Lady: We Voted For The Hot Polish Girls
Andre Walker
12 May 2014

Ever since Conchita Wurst won the Eurovision Song Contest on Saturday, progressives in countries like Britain have been pretty smug because they gave her the full 12 points. But The Spectator reports that they have missed an important point: the British public’s favourite act was in fact Poland.

As previously explained on Breitbart London, the phone vote is combined 50/50 with the views of some faceless judges to produce the final result. The British judges put Poland 25th, which meant that they got no points at all despite topping the phone vote. To make matters worse, the judges scores are put together at the dress rehearsal the night before, meaning that there was no point in calling in for Poland by the time the voting started.

The half judge, half phone vote was brought in because people were voting for their favourite country not their favourite song. It may well be that the relatively poor Polish entry did well on the phone vote because of influxes of immigrants from the country in recent years. But whatever the reason for Poland’s unexpected win, let us not fool ourselves into saying the British public wanted Conchita to win: they did not.

In fact the British public’s favourite act was everything the progressives would hate: a group of good looking ladies in traditional clothing. Some of them did traditional dancing, whilst others used things like scrubbing boards to move in a sexually suggestive way.

The song was entitled “We Are Slavic” and was basically an in joke about how hot Slavic women are. Amusing therefore that we are now being told that Saturday’s result proves that we in the West of Europe are teaching those backward easterners a thing or two about modern equality and gender stereotypes!

Voir de même:

Glitter, Bad Costumes, Campness And Tactical Voting: Europe Goes To The Polls In Song Contest
Andre Walker
10 May 2014
Tonight, tens of millions of Europeans will go to the polls to make one of the most important decisions facing the continent: who will win this year’s Eurovision Song Contest?

For those who are unfamiliar with how it works, every country who is a member of the European Broadcast Union enters a song that falls into one of these categories: really camp, utterly dreadful or completely weird.

Then thirty-two countries compete in the semi-finals to go through to the final, which is tonight. They are joined in the final by the “Big 5” countries who pay so much to broadcast Eurovision that if they pulled out the competition would have to be abolished (UK, Germany, France, Spain and Italy) and the host country.

On Eurovision night the twenty-six finalists will all perform their songs to a studio audience of 11,000 on Eurovision Island (previously known as the Burmeister and Wain Shipyard) in Copenhagen, Denmark. At the end people get to vote for their favourite, and when the results are tallied up each country awards points ranging from 1 to 10. They then award 12 points to their favourite.

When the polls open almost everyone outside the gay community will completely ignore what the song was like and vote for a country they have an affinity to. As an example, the largest ethnic minority grouping in Germany is Turkish, and so unsurprisingly Germany often gives twelve points to Turkey.

There are two Greek Orthodox countries in the competition: Cyprus and Greece, and by some miracle they also tend to vote for each other. Then there is the famous ‘Baltic Bloc’ of Estonia, Latvia and Lithuania who also rarely give top marks to anyone but each other.

Then there is the ‘Viking Empire’: Sweden, Norway, Finland, Denmark, and Iceland. United by their cold weather, shared history, and a love of high tax on alcohol they still tend to stick together on Eurovision night.

But tactical voting cuts both ways. One of this year’s favourites to win is Aram MP3 from Armenia, his nod to dub-step music has been popular across the continent. But no matter what he does, he will not get any votes from neighbouring Azerbaijan. One year they cut the broadcast when Armenia was on, and another year Azeri police reportedly arrested and questioned everyone who called in to vote for their neighbour and rival. They lost a war with Armenia in 1994 and are still not happy about it!

Similarly, no matter how good the United Kingdom’s entry is no-one ever votes for it. It’s been years since the UK came anywhere near winning, and since the war on Iraq the country has done embarrassingly badly almost every year.

In order to stem the tactical voting each country now has a jury of experts. The final result is half phone vote and half expert opinion: this injects a competitive element to it. In the days of 100 percent phone voting, anyone with an interest in psephology could predict the winner without listening to any of the songs!

At Tuesday’s semi-final Ukraine went up against Russia and whilst both got through to the final there was no love for Russia in Copenhagen. The country is being represented by the Tolmachevy Sisters, 17-year-old twins who sing whilst bouncing up and down on alternative ends of a see-saw (yes it does look strange). When the announcement came that they had got through to the final there was audible booing by the audience, in contrast to the ecstatic support for Ukraine.

Of course with all this tactical voting, glitter and bizarre dance routines it is easy to write off the Eurovision Song Contest as a complete joke. But there is a serious side to it.

With 180 million viewers it is one of the biggest talent shows in the world and for small countries it may be the only time they get to say anything about themselves to the whole of Europe.

A win at Eurovision is sought after by smaller countries because it comes with a huge public relations prize: the right to host the competition the following year. For countries that most Europeans know very little about like, for example Moldova, winning three and a half hours of prime time Saturday night television live from your country and beamed to 45 others is a seriously worthwhile prize.

Tonight as ever the Brits will all tune in hoping that our song does not come last despite being easily the best. Sadly our hopes will probably be dashed. Europeans just don’t like us enough to support us… I hear David Cameron’s having similar problems!

P.S. In 2009 Georgia entered this song (below), shortly after part of their territory was invaded by Russia.

The song is about a boring person who gatecrashes parties and ruins the mood (something they called a ‘Put In’).

They had to pull out even though they denied the song was about the Russian President. The video is below so you can decide:

Voir aussi:

Trannies vs. Drag Queens: How the Gay Left is Tearing Itself Apart
Milo Yiannopoulos
12 May 2014

You’d have needed a heart of stone to resist whooping with joy when Austria’s Eurovision entry, a bearded drag queen called Conchita Wurst, snatched the tiara on Saturday night. Wurst’s version of “Rise Like A Phoenix” is what would happen if a talented Mariah Carey drag act landed a Bond theme… in other words, ethereal, theatrical perfection. But one thing it wasn’t, as some people are supposing, was a victory for “transgender acceptance”.

That’s not just because Britain didn’t, in fact, vote for her. (U.K. voters preferred the Polish girls with the big boobs and lascivious smirks.) It’s because catty, absurd, melodramatic drag queens like Wurst have next to nothing in common with transsexuals — that is, people who believe they were born with the wrong genitals — and if there’s one thing transgender campaigners can’t stand, it’s someone else hogging the limelight.

What you might not realise is that Conchita’s victory was the latest turn in a burgeoning war that threatens to rip apart the gay Left, pitting gay men in dresses against self-appointed tranny spokeswomen in a savage spectacle of back-stabbing and hair-pulling. And I’m setting my stall out now on the side of the drag queens, who stand for liberation, free expression and a glorious « fuck-you » attitude to which I think readers of this website will relate.

A few weeks ago, runaway hit RuPaul’s Drag Race, now in its sixth season, was forced to censor a weekly feature called “she-mail.” Transsexual rights campaigners said the show was perpetuating transphobia with this innocent bit of wordplay.

Once you get over the obvious, self-defeating absurdity of this ally-on-ally carping — Lefty campaigners like nothing so much as defecating where they dine — you start to realise how fundamentally unalike these two groups of people are.

It had most likely never even occurred to the producers of Drag Race that the phrase “she-mail” might be offensive. Drag queens are encouraged to be sexually and socially fearless. Self-effacing humour is central to drag culture because it’s only when you can laugh at yourself that you are able to come to terms with deep private grief. Drag performers are clowns with souls.

But that attitude is antithetical to the hair-triggered, censorious instincts of today’s trans campaigners, who see in every throwaway line about “bed-wetters in bad wigs” deep-seated fear and loathing of gender dysmorphia. The slow clapping from some transsexual campaigners on Saturday night was a thing to behold. (I should say at this point that there are plenty of normal transgender people embarrassed by the antics of those who claim to represent them.)

Many were outright disappointed with Wurst’s win — which is almost clinically absurd when you think about it. Who else in the public eye has so triumphantly disrupted gender stereotypes in recent years, and on so grand a scale? Wurst, the bearded babe who won Eurovision, ought to be celebrated as the face of the progressive, omnisexual Left. Surely only a hateful, zealous bigot would look such a gift horse in the mouth?

Witness too, the poor chap who operates the Sunday People’s Twitter account, who was forced to apologise for pointing out the obvious truth that Conchita Wurst is not a woman — a “she” — but a bearded man in a dress. The nominally “tolerant” professional offence brigade grabbed their pitchforks and started running.

There’s a perfectly respectable argument — one that some feminist campaigners make — that even post-op transsexuals aren’t really women. But with so much in the air and so much personal tragedy involved, it’s only transgender activists who assume certainty enough to persecute other people for their attitudes and lifestyle choices.

The truth is, most people don’t give a stuff about your personal struggles with sexual identity. No offence, but your private life simply isn’t that interesting. Folks are pretty relaxed these days — especially ideological allies like gays and drag queens. What people do object to is frothing, insistent demands for off-the-wall pronouns (or else!) and the angry denunciation of anyone who dares crack a joke about a subject that is — and this is an unavoidable truth — very funny in certain circumstances.

But today’s public transsexual campaigners and their journalistic shock troops… well, I don’t mean to be unkind, but they seem permanently furious and irredeemably humourless. They don’t seem to realise that if you want to garner sympathy and understanding, being angry and annoying isn’t the way to do it. It’s the self-effacing quirkiness and the charisma of drag culture that people warm to — and even admire.

Is there anything more annoying than “male feminists” policing language on the internet and bleating about “everyday sexism?” The same is true of feminist writers who have suddenly discovered that transgender people exist. With all the fervour of converts, they now go about regulating the language and lifestyles of those around them. (Feminists, like gay rights campaigners, have been struggling to find things to get angry about for nearly a decade.)

To my mind, this war is a bit like the skirmish between The X Factor and The Voice: one encourages brassy, courageous triumphs over adversity; the other panders to victimhood and special pleading. No prizes for guessing which one produces the global megastars.

Drag queens deal with their trauma in a way we can all relate to and admire. Kicked out of the house for nicking their sisters’ frocks or powdering their faces with the Chanel mum saves for special occasions, they respond with electrifying levels of defiance. Trans activists, on the other hand, claim a uniquely privileged status while denying the tolerance they demand for themselves, even to ideological allies, and making a thorough nuisance of themselves with spurious, disingenuous complaints.

You’ll forgive me for rubbing my hands together. I don’t want it to seem as though I’m enjoying what will be painful for some people. But the coming war between Left-wing rent-a-quotes (most of whom, as I say, aren’t even transsexual) demanding censorship of phrases such as “she-mail” versus the towering stilettos and opalescent lippy of the drag army is going to make for compulsive viewing.

In the blue corner, the wigs and wit of battle-hardened superstars of the stage, who will bring the most powerful weapon of all to the skirmish: white-hot, waspish ridicule. In the red corner, trans activists and their Guardian allies, banging on about pronoun use until people give them what they want, just for a quiet life.

Drag opens the world up: its humour knows no limits of taste or propriety. No subject is taboo. Trans campaigners, as we know them today, want to shut the world down: to restrict language and to punish transgressors with threats and public humiliation. Where trannies seek to oppress and police, drag culture liberates and empowers. Is it any wonder we cheer Conchita, but roll our eyes at Chelsea Manning?

Milo Yiannopoulos is the former Editor-in-Chief of the Kernel Magazine and author of the forthcoming book The Sociopaths of Silicon Valley. He tweets at @Nero

Voir enfin:

Eurovision 2014: the booing of Russia was a disgrace
Fraser Nelson
11 May 2014

Yet again, the best Eurovision entries rose to the top on the night. Sweden, the Netherlands and Austria were the bookies’ favourites before the betting started, and no amount of ‘buddy voting’ upended that. What did disappoint me was the booing of the teenaged girls representing Russia. I felt desperately sorry for the Tolmachevy twins, who had a decent song and pulled off an impressive stage performance. I can’t remember the last time I heard a Eurovision audience boo anyone; during the Iraq war in 2003, no one booed Britain. We just came last with no votes from anyone. The acrimony should be in the voting: Poland didn’t have to say ‘nul points‘ to Russia, it just happened and everyone enjoyed it.

So what explains the viciousness? Even before Russia’s moves in Ukraine, Putin’s abridgement of gay rights won him fresh enemies in the West and made him a hate figure amongst LGBT audiences. And anyone watching Eurovision last night could see that there were — how to put it? — a lot of men in that audience who had forgotten to bring their wives. But to actually boo the 17-year-old Tolmachevy twins, and boo countries who gave then 10 or 12 points, was an unedifying spectacle. There’s a difference between the Russian government and the Russian people, and the girls were there to represent the latter. They didn’t deserve the obloquy. And the Danes were wrong to have made the booing so audible.

Eurovison was broadcast to the Chinese this year — what they’d have made of it I don’t know. Perhaps they’d have seen another side to Israel, who in giving 12 points to Austria reminded the world that there is an avant-garde side to the country normally known only for conflict. A side also shown to the world in when Dana International triumphed in Birmingham in 1998. They’ll have seen a continent where a drag queen can win the world’s biggest talent contest – but not because she’s a drag queen. Austria’s Conchita Wurst had a superb melody: close your eyes, and you would have heard the best vocal performance of the evening.

And Britain? There are those who say that Britain can never win because we are on a different cultural wavelength; that we would never have chosen a drag queen in a beard to win such a contest. But if so, why did we give Conchita Wurst the full 12 points*? And why did seven million of us tune in? We have one of the best music industries in the world — we could win every year if the BBC handled this properly. Their commissars picked Molly, then dropped her in front of the world’s biggest TV audience for any musical event even though she had no experience of performing under such circumstances.

I’m not down on Molly, the song (which she wrote it herself) was our first half-decent entry for years. But the BBC can’t just pick a tune, then order people to like it. Molly’s entry peaked at a lowly no48 in the UK charts, most Brits had never heard it before last night – never mind the foreign audiences who decide these events. How can Britain field a song that Brits don’t really like? Austria, Sweden, the Netherlands all had laid on songs last night that went to no1 in their own domestic charts; songs chosen by audiences in television vote.

You win these competitions by laying on a pretty good stage performance, for a TV audience. As Austria knew, the stage performance is a clincher. That’s why Armenia went from bookies’ favourite to loser: as soon as Aram MP3 stood on stage it exposed the fact that he had no stage performance to go with his expensive video. As Camilla Long puts it in today’s Sunday Times, he looked like a recently-exhumed corpse. By no coincidence, Armenia’s entry – like Britain’s – is chosen by a state broadcaster with no competition.

Compare Molly’s rather startled performance (“look what the BBC has made me wear!” her face seemed to say) with the assurance of Sweden’s Sanna Nielsen, who a veteran of six MelodyFestival TV finals where she had failed to qualify. Molly was not given the training that the candidates from almost all other countries had: her song was good, I thought it deserved to finish in the top half. But the people she was up against were, to borrow a phrase from The History Boys, thoroughbreds — groomed for this one particular race.

Graham Norton, by the way, was a great host. My only complaint is that he could have spoken more — there was so much to send up last night. The Danes were out of their depth, the jokes were awful – at times it looked like a bad episode of Borgen. The BBC present a Eurovision. But no bureaucracy can pick pop hits. Bureaucracies don’t know the nature or the location of talent.

Britain does have talent, world-beating talent, and the BBC ought to find some for 2015. And if it can’t, then had Eurovision over to a broadcaster who can.

* My colleague Mr Steerpike points out that the British public voted for Carry On Poland, but expert jury votes put it last. The Times has today devoted a page to this. But of 25 Eurovision entries, the British public (and the jury) also put Conchita Wurst in third place (results breakdown here) and the Netherlands in 2nd place (it finished second overall). So there was a good deal of harmony between the UK public voting and the overall finishing positions of Eurovision. As so often, Eurovision’s voting system works far better than any run in Brussels for the EU.

Poland’s popularity in Britain will be in part explained by our large Polish population. Until the jury system, Germany never rated the Turkish entry highly – that changed under televoting, when there was a mechanism for Turkish immigrate in Germany to show support. It’s a fun story, but does not alter the fundamental point that Britain is plenty capable of producing a Eurovision winner if someone like Simon Fuller would take over the selection process.


Syndrome du passant: Attention, un effet de foule peut en cacher un autre (Kitty Genovese 50 years on: From Queens to Guangzhou, the Good Neighbor question reaches the ends of the earth)

3 mai, 2014
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Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Un docteur de la loi (…) voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. Jésus (Luc 10 : 25-37)
Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Of course I heard the screams. But there was nothing I could do. I was afraid. My hands were trembling. I couldn’t have dialed for an operator if I’d tried. Woman
At one point I thought maybe a girl was being raped – but if she was out alone at that hour, it served her right. Woman
That was none of my business. I attend to my own affairs. Woman
For the most part, the witnesses, crouching in darkened windows like watchers of a Late Show, looked on until the play had passed from their view.
Loudon Wainwright (Life magazine)
Yeah, there was a murder. Yeah, people heard something. You can question how a few people behaved. But this wasn’t 38 people watching a woman be slaughtered for 35 minutes and saying, ‘Oh, I don’t want to be involved.’Joseph De May Jr.
I don’t think 38 people witnessed it. I don’t know where that came from, the 38. I didn’t count 38. We only found half a dozen that saw what was going on, that we could use. I believe that many people heard the screams It could have been more than 38. And anyone that heard the screams had to know there was a vicious crime taking place. There’s no doubt in my mind about that. Charles Skoller (former assistant district attorney)
Where others might have seen them as villains, psychologists see these people as normal. Professor Takooshian
According to police reports, 62 people admitted hearing Kitty’s screams. Many of them did not see anything when they looked out their windows (or told police they hadn’t looked). But about 30 admitted seeing part of Kitty’s ordeal. What and how much they saw varied, but two things are certain: All those who went to their windows did so in response to the screams of Genovese, and many remained for a prolonged period of time. Testimony from trial witnesses confirms this, as do the contemporary press interviews. As one man (who did not testify at trial) told LIFE magazine, “I woke up about the third scream . . . I forgot the [window]screen was there and I almost put my head through it trying to get a better look. I could see people with their heads out and hear windows going up and down all along the street.” One thing even the revisionists concede is that a great number of reporters descended on Kew Gardens in the wake of the explosive Times article. This long-lost news coverage from defunct papers such as the New York Journal-American and Long Island Star-Journal, to name but two, supplements rather than contradicts the Times account. They contain many interviews and quotes, gathered while memories were fresh and consciences hurting. (…) Completely absent are any claims that anyone called the police before the single call noted at 3:50 a.m., a half-hour after all sides agree that Genovese was first attacked. Don’t believe the mythbusters. A young woman was attacked. She screamed. She wept. She cried out, “Help me. Please, if somebody doesn’t help me I am going to die.” That’s what at least one witness heard, according to a statement she gave police. Dozens of her neighbors who had good reason to know full well that a crime was in progress chose not to get involved. Even so, the stigma on Kew Gardens is the only thing worth reconsidering. The witnesses weren’t chronically hard-hearted New Yorkers who couldn’t bother with intervening while a neighbor was murdered. They were normal people hobbled by a mix of fear, self-interest and apathy. We all fail at times, and how bravely we behave varies from day to day, moment to moment. Herein lies the value in recalling the murder of Kitty Genovese in all its disturbing, depressing reality: not to engage in pointless debates about how many witnesses, but to inspire us to fail less often. Catherine Pelonero
J’en appelle à la conscience collective, en tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là l’effroi aujourd’hui…, poursuit le procureur. Se dire que dans notre société, on ne pourra pas compter sur la collectivité. Cette société m’inquiète et me questionne, c’est vraiment chacun pour soi, même dans les moments difficiles.  Mehidine Faroudj (procureur)
Parfois, il suffit de dire: « stop, arrêtez », s’approcher, faire un pas, sortir son téléphone, appeler la police. Il suffirait qu’une seule personne se Ieve dans le métro pour que les autres accompagnent. Luc Belvaux
Chacun pense que quelqu’un d’autre va intervenir. Ce qui serait simple à faire pour un témoin, c’est se tourner vers les autres témoins, et non pas aller directement vers l’agresseur. Essayer de recruter d’autres témoins pour intervenir à plusieurs. Pierre-Yves Cusset
Il y a une dilution de la responsabilité qui fait que chacun reporte sur l’autre la responsabilité d’intervenir, et n’intervient pas lui-même. Clothilde Lizion (psychologue)
La Chine, ta moralité fout le camp… Mais alors pourquoi me permets-je d’être aussi virulent, me direz-vous ? Tout simplement après ce que j’ai vu et entendu récemment au sujet d’un jeune homme, qui a porté assistance à une personne âgée qui avait chuté, et qui s’est vu traîner en justice par sa prétendue victime, qui l’a accusé de l’avoir fait chuter lui-même… hallucinant, vous exclamerez-vous, et vous aurez bien raison. Si l’on se retrouve en justice pour avoir tendu une main secourable, où va t-on ? Si l’affaire en était restée là, et ce serait déjà beaucoup, on n’en aurait peut-être plus parlé. Mais que croyez-vous qu’il arrivât ? Le jeune homme a été condamné à prendre en charge les soins de la vieille dame indigne, par un juge visiblement mal inspiré, dont le verdict a reçu une volée de bois vert de la part des internautes chinois. Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’affaire Peng Yu. Si cette affaire était restée unique, elle serait demeurée comme une curiosité des annales judiciaires et on n’en aurait bientôt plus parlé après quelques semaines, quelques mois tout au plus. Sauf que… sauf qu’il s’avère que ce genre d’affaires s’est multiplié depuis, et que comme nous sommes à une époque de l’information, où beaucoup d’informations circulent, et plus encore si elles sont insolites ou sensationnelles, le pays tout entier l’a su. Ce qui fait que désormais, nombreux sont ceux qui hésitent à porter secours à quelqu’un en difficulté, bien que leur nature humaine, leur coeur, les porteraient naturellement à tendre la main sans réfléchir aux conséquences. Résultat pervers, un vieil homme est mort il y a quelques jours dans une rue de Wuhan après avoir fait une chute, sans que personne ne lui porte secours avant l’arrivée d’une ambulance. (…) Certains journalistes et commentateurs ont abondamment commenté cette affaire, et ils en ont tiré la conclusion que d’une part, devant la légèreté manifeste avec laquelle le premier juge s’est prononcé, il serait peut-être bon que la Cour suprême se penche sur le cas et tranche d’une façon plus équitable, plus conforme à la justice. Et j’approuve tout à fait ces commentateurs et journalistes, car cette première décision a servi d’exemple, elle a fait jurisprudence, et ce n’est pas un bon exemple, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque depuis, plus d’une personne mal intentionnée, mais pas bête, a compris tout le parti que l’on pouvait en tirer et s’est engouffrée dans la brèche créée par ce juge qui a clairement fait preuve de légèreté et n’a pas mesuré les conséquences de sa décision. Leur deuxième idée, et là encore je les approuve pleinement, est d’appeler à l’adoption d’un texte législatif qui d’un côté protège les bons samaritains et de l’autre punisse sévèrement ceux qui se seraient livrés à une fausse accusation. Car pour eux, ces personnes pour le moins indélicates se rendent coupables d’au moins deux fautes : d’une part ils encombrent les tribunaux, déjà suffisamment chargés par des affaires autrement sérieuses, et d’autre part, agissant ainsi ils se livrent à une véritable extorsion de fonds, dans laquelle les rôles deviennent inversés et où le bon samaritain devient un coupable. Le monde à l’envers. Une fois de plus ces journalistes et commentateurs ont tout à fait raison, mais quant à moi, je rajouterais une troisième faute, et pas des moindres : ces fausses victimes, par leur plainte injustifiée, se moquent de la justice. Donc de l’Etat. Et du peuple, au nom de qui la justice est rendue. Il est donc évident qu’une loi s’impose, mais comme cela ne se fera pas du jour au lendemain, on ne peut que souhaiter que la Cour Suprême, en attendant, donne instruction aux juridictions inférieures de se montrer particulièrement vigilantes et circonspectes dans l’hypothèse où elles auraient à juger ce genre d’affaires. Faute de quoi, les personnes qui n’osent plus intervenir face à un accident risquent d’être de plus nombreuses, et que les conséquences fatales que nous avons connues à Wuhan risquent de se multiplier. Laurent Devaux

Attention: un effet de foule peut en cacher un autre !

Au lendemain de l’agression sexuelle la semaine dernière d’une jeune femme dans le métro de Lille qui a vu apparemment une dizaine de témoins refuser d’intervenir …

Comment ne pas repenser à la tristement fameuse affaire Genovese qui il y a exactement 50 ans avait tant choqué l’Amérique et mené, suite aux expériences de Darley et Latane quatre ans plus tard, à la création d’un syndrome du même nom (le syndrome Genovese dit aussi syndrome du passant) et toute une branche de la psychologie collective …

Et où, après la mise en cause morale de tout un quartier puis les tentatives plus ou moins sérieuses de relativisation, on découvrait en fait l’effet d’un mécanisme psychologique général …

A savoir que, cas particulier des phénomènes de foule bien étudiés par Le Bon et Tarde, le groupe qui par mimétisme peut conduire au lynchage ou à l’action bienfaitrice ou héroïque (le pharisien qui, suite à l’interpellation du Christ, refuse de jeter la première pierre, rompant ainsi par son exemple l’unanimité violente prête à se déchainer contre la femme adultère) peut aussi induire la plus pure passivité fasse à l’agression d’un tiers ?

Mais comment aussi ne pas s’émerveiller, à l’heure où la Chine elle-même commence à se poser la question de lois contre la non-assistance à personne en danger et même pour la protection du bon samaritain, de cette incroyable mondialisation de ce souci judéo-chrétien de la victime devenu désormais planétaire ?

The truth about Kitty Genovese
50 years after the infamous Queens murder, dangerous revisionism is rampant
Catherine Pelonero
NEW YORK DAILY NEWS
March 2, 2014

A little knowledge is a dangerous thing.

The 21st century revisionism of the iconic and infamous 1964 murder of Kitty Genovese, the young woman attacked on a street in Kew Gardens, Queens and slain in a hallway of her apartment building while her pleas for help went unanswered, gives a glaring example of this old maxim.

Indeed, little bits of knowledge about what happened the night Genovese died – a fact here, a factoid there; speculation, spin and select pieces of a larger narrative – have been variously patched together in recent years by would-be debunkers.

They have sought to transform the horrifying ordeal of this woman dying while her unresponsive neighbors failed to act into something far more sanitized than what was reported at the time. Their new-and-improved, it-really-wasn’t-so-bad-after-all version is based on a stubborn insistence that the original account was a myth invented by an overzealous reporter.

As the author of a new book on the killing, on which I devoted seven years of research and inquiry, I want people to know: Though some details of the initial story may have been incorrect, the fundamental narrative holds up to scrutiny. Genovese’s neighbors failed her, and that likely cost her her life.

Genovese’s murder gained instant notoriety and worldwide attention back in March of 1964 when The New York Times printed an article on its front page with the headline, “37 Who Saw Murder Didn’t Call the Police.” Written by reporter Martin Gansberg, who had spent two days in Kew Gardens researching the story, the article gave a detailed account (attributed to detectives and witnesses found and interviewed by Gansberg) of the harrowing final half-hour of 28-year-old Genovese’s life.

Driving home to Kew Gardens in the wee hours of March 13, 1964, Genovese had been followed by a man named Winston Moseley, a stranger, who later told police he had been driving around that night looking for a woman to kill.

Gansberg’s article recounted Moseley’s stalking and stabbing of Kitty, her screams for help, Moseley’s retreat after a neighbor yelled at him to “leave that girl alone,” and his return to hunt and kill her. The article claimed Kitty had been attacked three times over a half-hour period while 38 of her neighbors heard her screams and watched parts of her ordeal, but failed to help or call police until it was too late.

Only one of the 38 eventually called police; the other 37 did not. Emphasized was the fact that this happened not in a crime-ridden ghetto, but in a good, clean, middle class neighborhood populated by, in Gansberg’s words, “respectable, law-abiding citizens.”

It was a shocking story, horrible to contemplate in its implications of the human condition (or the inhuman condition of New Yorkers, as some saw it.) It caused a sensation. It left a mark of shame on the quiet community of Kew Gardens. Explaining the chilling collective callousness of Genovese’s neighbors would become a staple of psychology classes for decades to come.

Then, over the years, came the debunkers — attempting to turn a stain on New York City’s conscience into something far more innocuous.

The debunkers claim far fewer than 38 people saw what was happening to Kitty.

They insist that most who saw or heard didn’t understand she needed help.

Additionally, they claim some people did call the police that night, although this seems to contradict the claim that the witnesses didn’t know Genovese needed help in the first place.

My closer look at the actual existing evidence via police reports, trial transcripts (in their entirety as opposed to select bits), and, perhaps most telling of all, statements made by witnesses and residents at the time to reporters from long forgotten newspapers, suggests that rather than shedding new light on an iconic crime, so-called debunkers have instead produced a PG-13 version of the Genovese murder, edited for content — and obscuring the truth.

To be fair, there are errors in the famous New York Times article. Gansberg wrote there were three attacks, but Winston Moseley’s confession and court testimony claimed only two. This discrepancy was acknowledged by the Times in 1964 in their coverage of Moseley’s trial.

Gansberg did not fabricate an extra attack; at least two witnesses told police they thought Kitty had been assaulted an additional time. It’s also true – and this is a major point to the revisionists, the smoking gun that supposedly proves the whole story is a myth – that all 38 people did not watch for all 30 minutes. The problem with this “revelation” is that the famous Times article not only described Kitty’s final journey around to the back of her apartment building; it also included an overhead photograph with arrows showing her path.

Obviously, Genovese did not remain in view of witnesses in the front of Austin Street after she finally managed to stagger around the corner. To say that the New York Times attempted to fool people into thinking otherwise is disingenuous.

At any rate, perhaps the best response to the stubborn effort to debunk comes from one of the original case detectives who was there that morning, questioning these witnesses. He said to me: “Come on, the woman has been screaming, staggering down the street. How much do you need to see?”
error; EXP; Handout What happened here?

The origin of the number 38—which has also been hotly disputed by those seeking to unravel what they believe is a myth — falls in a gray area. Months after the publication of Gansberg’s article, New York Times editor A.M. Rosenthal wrote a short book, “Thirty-Eight Witnesses,” in which he claimed it was Police Commissioner Michael Murphy who first mentioned the number. People close to Gansberg, who passed away in 1995, say that Gansberg counted the witnesses for his article himself. At this point it is likely impossible to discern exactly where the notorious number came from.

In his book, Rosenthal also diminished Gansberg’s standing, referring to him as a “copy editor” and “new at reporting.” In doing so, Rosenthal unwittingly lent fuel to the latter-day revisionists who cite this as proof that Martin Gansberg was a cub reporter eager to make a name for himself.

In reality, Gansberg at the time was a 22-year veteran of the New York Times, neither inexperienced nor in need of a career boost. Gansberg had served as managing editor of the Times international edition. He had asked to step down from management to return to reporting, a profession he revered.

The more important point is: If anything, the number 38 is in some sense an understatement.

According to police reports, 62 people admitted hearing Kitty’s screams. Many of them did not see anything when they looked out their windows (or told police they hadn’t looked). But about 30 admitted seeing part of Kitty’s ordeal. What and how much they saw varied, but two things are certain: All those who went to their windows did so in response to the screams of Genovese, and many remained for a prolonged period of time. Testimony from trial witnesses confirms this, as do the contemporary press interviews.

As one man (who did not testify at trial) told LIFE magazine, “I woke up about the third scream . . . I forgot the [window]screen was there and I almost put my head through it trying to get a better look. I could see people with their heads out and hear windows going up and down all along the street.”

One thing even the revisionists concede is that a great number of reporters descended on Kew Gardens in the wake of the explosive Times article. This long-lost news coverage from defunct papers such as the New York Journal-American and Long Island Star-Journal, to name but two, supplements rather than contradicts the Times account. They contain many interviews and quotes, gathered while memories were fresh and consciences hurting.

“Of course I heard the screams,” one woman told the Long Island Star-Journal. “But there was nothing I could do. I was afraid. My hands were trembling. I couldn’t have dialed for an operator if I’d tried.”

Others took a defiant tack, such as the woman who told reporters from the New York Journal-American, “That was none of my business. I attend to my own affairs.”

At the chilling end of the spectrum was the man who, according to the Journal-American, said of Genovese’s screams: “At one point I thought maybe a girl was being raped – but if she was out alone at that hour, it served her right.”

Completely absent are any claims that anyone called the police before the single call noted at 3:50 a.m., a half-hour after all sides agree that Genovese was first attacked.

The first rumblings of a suggestion that maybe someone called the police after all seems to have coincided with the 20-year anniversary of the murder in 1984. By this time, most of the witnesses had died or moved away, so it was not they but their former neighbors who made blanket statements to reporters — without giving any names or specifics — that the cops had been called.

If anyone really did call the police that night, we have to wonder why none of them said so back in 1964, when Kew Gardens was crawling with reporters from rival newspapers, hounding residents for any new tidbits of information. That would have been quite the scoop.

Don’t believe the mythbusters. A young woman was attacked. She screamed. She wept. She cried out, “Help me. Please, if somebody doesn’t help me I am going to die.” That’s what at least one witness heard, according to a statement she gave police. Dozens of her neighbors who had good reason to know full well that a crime was in progress chose not to get involved.

Even so, the stigma on Kew Gardens is the only thing worth reconsidering. The witnesses weren’t chronically hard-hearted New Yorkers who couldn’t bother with intervening while a neighbor was murdered. They were normal people hobbled by a mix of fear, self-interest and apathy. We all fail at times, and how bravely we behave varies from day to day, moment to moment.

Herein lies the value in recalling the murder of Kitty Genovese in all its disturbing, depressing reality: not to engage in pointless debates about how many witnesses, but to inspire us to fail less often.

Pelonero is author of “Kitty Genovese: A True Account of a Public Murder and its Private Consequences.”

Voir aussi:

Kitty, 40 Years Later
Jim Rasenberger
NYT
February 8, 2004

KEW Gardens does not look much like the setting of an urban horror story. Nestled along the tracks of the Long Island Rail Road, 16 minutes by train from Pennsylvania Station, the Queens neighborhood is quiet and well kept, its streets shaded by tall oaks and bordered by handsome red-brick and wood-frame houses. At first glance, the surroundings appear as remote from big-city clamor as a far-flung Westchester suburb.

Forty years ago, on March 13, 1964, the picturesque tranquillity of Kew Gardens was shattered by the murder of 28-year-old Catherine Genovese, known as Kitty. The murder was grisly, but it wasn’t the particulars of the killing that became the focus of the case. It was the response of her neighbors. As Ms. Genovese screamed —  »Please help me! Please help me! » — 38 witnesses did nothing to intervene, according to reports; nobody even bothered to call the police. One witness later explained himself with a phrase that has passed into infamy:  »I didn’t want to get involved. »

Seldom has a crime in New York City galvanized public outrage so intensely. Newspapers spread the story across the nation and as far away as Istanbul and Moscow. Clergymen and politicians decried the events, while psychologists scrambled to comprehend them.

At a time when the world seemed to be unraveling — Kennedy had been assassinated four months earlier, Harlem was on the verge of race riots, crime rates were suddenly taking off — the case quickly expanded into an all-consuming metaphor for the ills of contemporary urban life. A psychiatrist speculated that television had rendered the witnesses inactive by making them almost delusional. Other observers cited a general moral collapse of modern society.

 »When you have this general sense that things are going wrong, you look for events that are going to confirm that, » said Neal Gabler, author of  »Life: The Movie: How Entertainment Conquered Reality. »  »A society in which people are indifferent to one another; a society in which no one cares; a society in which we are all atomized. Here you had a story that confirmed all of those anxieties and fears. »

But for all that has been said and written about Ms. Genovese’s murder, important questions persist. Some Kew Gardens residents maintain, even now, that there were fewer than 38 witnesses and that many of them could not have seen much of the killing — in other words, that there was less cold-heartedness in Kew Gardens than has been commonly portrayed. Psychologists continue to grapple with the social implications of the neighbors’ response. And then there is the woman who occupies the tragic center of this landmark case: some of the details of Ms. Genovese’s life have tended to get lost beneath the appalling circumstances of her death.

A Peaceful Life

Kitty Genovese, the petite eldest child of an Italian-American family, grew up in Park Slope, Brooklyn. When her family moved to New Canaan, Conn., she stayed in the city and, in the spring of 1963, settled in Kew Gardens. With a roommate, Mary Ann Zielonko, she took an apartment in a two-story Tudor-style building on Austin Street, near the village, as residents referred to the central cluster of shops. Across the street rose one of the few high-rises in the neighborhood, an elegant 10-story apartment house called the Mowbray.

Tony Corrado, an 84-year-old upholsterer who has owned a small shop on Austin Street since the 1950’s, recalls the day a cheerful Ms. Genovese moved in. She knocked on his door and asked him to give her help carrying a sofa up the stairs.  »That was my introduction to Kitty, » Mr. Corrado said.  »I remember saying, boy, gonna be a lot of wild parties up there. I thought they were airline stewardesses, which we had a lot coming in. »

In fact, Ms. Genovese worked as manager at a tavern in Hollis, Queens, called Ev’s 11th Hour, and she and Ms. Zielonko lived a quiet, peaceful life over Mr. Corrado’s shop. Crime rates were still low in the spring of 1963, and many residents slept with their doors unlocked. A cat burglar had recently made the rounds, and occasionally a loud drunk stumbled out of the Old Bailey bar, but these were minor disturbances.  »I used to say, gee, nothing ever happens in Kew Gardens, » Mr. Corrado recalled.  »And all of a sudden, this nightmare. »

The nightmare struck a year after Ms. Genovese moved in. Shortly after 3 a.m. on that night in March, she was driving home from Ev’s 11th Hour. As she stopped her Fiat at a red light, she caught the eye of Winston Moseley, a business machine operator from Ozone Park. He had been cruising the streets in his white Corvair, searching for a woman to mutilate.

Mr. Moseley tailed Ms. Genovese to Kew Gardens, to the paved lot of the railroad station. When she got out of her car, he followed on foot. Ms. Genovese began to run up Austin Street, but he quickly caught up and stabbed her in the back. As she screamed, he stabbed her again, then twice more. A window opened in the Mowbray and a man’s voice called out:  »Leave that girl alone! »

Mr. Moseley later told the police he was not that concerned about the voice —  »I had a feeling this man would close his window and go back to sleep, » he said — but he ran off upon hearing it. He moved his car to a more discreet location, changed his hat, then returned. He found Ms. Genovese collapsed in a foyer in the back of her building and finished what he’d begun on Austin Street, stabbing and slashing her repeatedly, then leaving her to die.

The Community as Villain

Kitty Genovese’s murder did not initially attract much attention from the press — The New York Times gave it four paragraphs — but 10 days later, A.M. Rosenthal, then metropolitan editor of The Times, happened to meet Police Commissioner Michael J. Murphy for lunch. Mr. Moseley had just been arrested and had confessed to the murders of both Ms. Genovese and another young woman. When the subject turned to Mr. Moseley’s double confession, Mr. Murphy, who is dead, mentioned the 38 witnesses.  »Brother, » he said,  »that Queens story is one for the books. »

As Mr. Rosenthal later recounted in his own book about the Genovese case,  »Thirty-Eight Witnesses, » he knew he’d just been handed a startling scoop, and he assigned it to a reporter, Martin Gansberg, that afternoon. A few days later, Mr. Gansberg, who died in 1995, filed his story, and it soon appeared on the front page.

 »For more than half an hour 38 respectable, law-abiding citizens in Queens watched a killer stalk and stab a woman in three separate attacks in Kew Gardens, » the article began.  »Twice the sound of their voices and the sudden glow of their bedroom lights interrupted him and frightened him off. Each time he returned, sought her out and stabbed her again. »

Beginning with its plain but indelible first sentence, the article suggested that 38 eyewitnesses had seen all, or at least a substantial part, of the killing; that they had  »watched » it for half an hour, almost as if gaping at a performance. The Times was first to describe this horrifying spectacle, but it would soon have plenty of company. Writing in Life magazine, Loudon Wainwright put it like this:  »For the most part, the witnesses, crouching in darkened windows like watchers of a Late Show, looked on until the play had passed from their view. »

A pall fell over Kew Gardens in the months after the murder.  »People had an impression of Kew Gardens that was unbelievable, » said Charles Skoller, a Queens assistant district attorney at the time who would help prosecute the killer at his insanity trial.  »The entire community was villainous. »

Slowly, though, life returned to its tranquil ways in Kew Gardens. Slowly, the residents began to shake off their stigma. And slowly, some of them began to insist that the portrayal of their neighborhood had been unfair, based on exaggerated accounts by police and journalists. As Mr. Corrado said,  »Kew Gardens got a bad rap. »

In the years since Ms. Genovese’s death, this charge has been repeated a handful of times in newspaper articles, including a Daily News column by John Melia in 1984 and, more briefly, a 1995 account in The Times. No one, though, has ever undertaken the task of defending Kew Gardens as assiduously as Joseph De May Jr.

A More Complex View

It was never the intention of Mr. De May, a 54-year-old maritime lawyer, to spend hundreds of hours analyzing a decades-old murder. Indeed, he had little interest in the subject of Kitty Genovese’s death until two years ago. That is when he decided, as a hobby, to create a nostalgic Web site devoted to Kew Gardens, where he’d lived for almost 30 years. If he was going to delve into his neighborhood’s past, he reasoned, he’d certainly have to consider its most notorious episode.

In the end, Mr. De May’s conclusion about the murder is that, while the behavior of the witnesses was hardly beyond reproach, the common conception of exactly what occurred that night is not in fact what occurred. What did occur, he argues, is far more complex and far less damning to the residents of Kew Gardens.

 »Yeah, there was a murder, » Mr. De May said.  »Yeah, people heard something. You can question how a few people behaved. But this wasn’t 38 people watching a woman be slaughtered for 35 minutes and saying, ‘Oh, I don’t want to be involved. »’

Mr. De May began his research with the seminal Times article of March 27, 1964.  »I remember reading through it, then putting it down and thinking, ‘Well, this doesn’t hang together at all, »’ he said.  »And then I read it again carefully. I knew the area. I knew the crime scene because I go by there every day. »

Mr. De May soon found himself poring through legal documents related to the case, scouring books and articles, and interviewing neighbors. At one point, he even ran the route of Ms. Genovese’s flight up Austin Street, timing it with a watch. He became convinced that his first impression was correct.  »Here’s something that everyone thinks happened, » he said,  »that isn’t so. »

His argument, made in full at oldkewgardens.com, boils down to two claims: that the great majority of the 38 so-called witnesses did not see any part of the actual killing; and that what most of them did see, or hear, was fleeting and vague.

To begin, he points out that there were two attacks on Kitty Genovese, not three, as The Times initially indicated. The newspaper later acknowledged the discrepancy — it was caused by confused police accounts — but three is still given as the number of attacks, recently in  »The Tipping Point » by Malcolm Gladwell and  »New York: An Illustrated History » by Ric Burns and James Sanders. Since the extra attack was supposed to have occurred in full view of surrounding windows, it added to an impression of callous disregard by neighbors.

Of the two attacks that did occur, the first was on Austin Street, across from the Mowbray. Contrary to what some accounts imply, Mr. De May, citing courtroom testimony, contends that this first attack must have lasted only minutes before Mr. Moseley jogged off to his car. By the time most witnesses heard the screams and made it to their windows, Mr. De May argues, they saw just a young woman walking or stumbling alone down Austin Street toward the side of her building, then vanishing around the corner.

Every bit as significant as the brevity of the first attack, Mr. De May believes, was the location of the second, more sustained attack. This occurred in a narrow foyer at the back of Ms. Genovese’s building, indoors and facing away from the Mowbray toward the railroad tracks. This is where Kitty had gone to seek safety, and where Mr. Moseley discovered her. Only one witness, a man who lived at the top of the stairs, could have seen what occurred in that foyer, Mr. De May said.

Charles Skoller, the former assistant district attorney, supports part of Mr. De May’s conclusion.  »I don’t think 38 people witnessed it, » said Mr. Skoller, now retired.  »I don’t know where that came from, the 38. I didn’t count 38. We only found half a dozen that saw what was going on, that we could use. »

But Mr. Skoller is far less willing than Mr. De May to forgive the neighbors. Even if not all saw the crime, Mr. Skoller is convinced they heard it.  »I believe that many people heard the screams, » he said.  »It could have been more than 38. And anyone that heard the screams had to know there was a vicious crime taking place. There’s no doubt in my mind about that. »

Many witnesses claimed they thought it was a lovers’ quarrel or a drunken argument spilling out of the Old Bailey. Mr. De May points out that a good number of the witnesses were elderly, and nearly all awoke from deep slumbers, their brains befogged, their windows shut to the cold. Furthermore, he raises the possibility that several witnesses did call the police after the first attack, but that their calls were ignored and never recorded.

A.M. Rosenthal, who went on to become executive editor of The Times, stands by the article he assigned to Mr. Gansberg 40 years ago, right down to the word  »watched » in its opening sentence. This questioning of details, he said, is to be expected.

 »In a story that gets a lot of attention, there’s always somebody who’s saying, ‘Well, that’s not really what it’s supposed to be, »’ said Mr. Rosenthal, who is retired from The Times and now writes a column for The Daily News. There may have been minor inaccuracies, he allows, but none that alter the story’s essential meaning.  »There may have been 38, there may have been 39, » he said,  »but the whole picture, as I saw it, was very affecting. »

Theory, Guilt and Loss

Nowhere was the case more affecting than among America’s psychologists.  »It was monumental, » said Harold Takooshian, a professor of urban psychology at Fordham University. Before the murder, he added,  »nobody really had any idea why people did not help, and conversely why people did help. The psychologists were really stunned by their lack of information on this. »

The first major studies prompted by the murder, conducted in the 1960’s by the psychologists Bibb Latane and John Darley, arrived at a counterintuitive conclusion: the greater the number of bystanders who view an emergency, the smaller the chance that any will intervene. People tend to feel a  »diffusion of responsibility » in groups, the two concluded. Kitty Genovese would have been better off, in other words, had one witness seen or heard her attack, rather than the reputed 38.

In the years since these experiments, the study of human altruism has developed into a whole new branch of psychology, now known as prosocial behavior.  »That area did not exist before, » Professor Takooshian said. And, still, Ms. Genovese’s death continues to haunt the field. On March 9, Professor Takooshian will host a symposium at Fordham to revisit many of the conundrums posed by that night 40 years ago.

It is psychology that probably offers the best explanation of the issues the case raised. A raft of behavioral studies performed over the last 40 years suggests that Ms. Genovese’s neighbors reacted as they reportedly did not because they were apathetic or cold-hearted, but because they were confused, uncertain and afraid.  »Where others might have seen them as villains, » Professor Takooshian said,  »psychologists see these people as normal. »

Normal or not, many of the 38 were consumed by guilt after the crime. Others simply got fed up with the negative attention, and many of them moved away from Kew Gardens.  »It was just too much for them, I guess, » said Mr. Corrado, sitting in his shop, looking out over the spot where Ms. Genovese was first attacked.

Ms. Genovese’s death hit hardest, of course, among those who loved her. This includes Mary Ann Zielonko, the young woman who moved with her to Kew Gardens — and who had the grim task of identifying her remains. One of the many little-known facts about Ms. Genovese was her close relationship with Ms. Zielonko, an omission that perhaps was understandable in 1964.  »She was actually my partner, » said Ms. Zielonko, who now lives in Vermont.  »We were lovers together. Everybody tried to hush that up. »

Ms. Zielonko still becomes emotional remembering the horror of Ms. Genovese’s death, but brightens as she recalls what she cherished.  »It sounds trite, » she said,  »but it was her smile. She had a great smile. »

William Genovese, one of Kitty’s four younger siblings, offers other memories of his sister. He remembers how she would sweep into New Canaan to visit the family in her Nash Rambler, or later in her red Fiat, fresh from the city and bubbling with new ambitions and ideas. He remembers how the two of them would stay up late into the night talking about subjects as esoteric as solipsism and Einstein’s theory of relativity.  »She and I had a special affinity, » Mr. Genovese said.

Two years after his sister’s murder, Mr. Genovese volunteered for the Marines, a decision he attributes to his disgust with public apathy.  »I became obsessed with saving people, » he said.  »When I got to Vietnam, I would have flashbacks of my sister all the time. I’d find myself in situations where I’d think, ‘This is a test.’ That’s the way I viewed it. »

Photos: Kitty Genovese, a young bar manager who lived in Kew Gardens, Queens, was attacked late one night in March 1964 as she returned from work. After the killer, Winston Moseley, stabbed her, she fled down a path, above center. But he found her in a foyer and finished the job. (Photos by Genovese, illustration by The New York Times; Moseley, United Press International; building, Joyce Dopkeen/The New York Times)(pg. 1); Ms. Genovese died in a foyer of her apartment house, second door from the corner.; The behavior of the witnesses was the focus of the Genovese case. The Mowbray, an elegant apartment house, sits across the street from where the first attack occurred. (Photo by Edward Hausner/The New York Times, 1965); (Photo by Joyce Dopkeen/The New York Times)(pg. 9)

Jim Rasenberger’s book,  »High Steel: The Daring Men Who Built the World’s Greatest Skyline, » will be published in April by HarperCollins.

Voir également:

Thirty-Eight Who Saw Murder Didn’t Call the Police
Martin Gansberg
New York Times
March 27, 1964

For more than half an hour 38 respectable, law-abiding citizens in Queens watched a killer stalk and stab a woman in three separate attacks in Kew Gardens.

Twice their chatter and the sudden glow of their bedroom lights interrupted him and frightened him off. Each time he returned, sought her out, and stabbed her again. Not one person telephoned the police during the assault; one witness called after the woman was dead.

That was two weeks ago today.

Still shocked is Assistant Chief Inspector Frederick M. Lussen, in charge of the borough’s detectives and a veteran of 25 years of homicide investigations. He can give a matter-of-fact recitation on many murders. But the Kew Gardens slaying baffles him–not because it is a murder, but because the « good people » failed to call the police.

« As we have reconstructed the crime, » he said, « the assailant had three chances to kill this woman during a 35-minute period. He returned twice to complete the job. If we had been called when he first attacked, the woman might not be dead now. »

This is what the police say happened at 3:20 A.M. in the staid, middle-class, tree-lined Austin Street area:

Twenty-eight-year-old Catherine Genovese, who was called Kitty by almost everyone in the neighborhood, was returning home from her job as manager of a bar in Hollis. She parked her red Fiat in a lot adjacent to the Kew Gardens Long Island Railroad Station, facing Mowbray Place. Like many residents of the neighborhood, she had parked there day after day  since her arrival from Connecticut a year ago, although the railroad frowns on the practice.

She turned off the lights of her car, locked the door, and started to walk the 100 feet to the entrance of her apartment  at 82-70 Austin Street, which is in a Tudor building, with  stores in the first floor and apartments on the second.

The entrance to the apartment is in the rear of the building  because the front is rented to retail stores. At night the quiet
neigborhood is shrouded in the slumbering darkness that  marks most residential areas.

Miss Genovese noticed a man at the far end of the lot, near a  seven-story apartment house at 82-40 Austin Street. She  halted. Then, nervously, she headed up Austin Street toward  Lefferts Boulevard, where there is a call box to the 102nd Police Precinct in nearby Richmond Hill.

She got as far as a street light in front of a bookstore before the man grabbed her. She screamed. Lights went on in the 10-story apartment house at 82-67 Austin Street, which faces the bookstore. Windows slid open and voices punctuated the early-morning stillness.

Miss Genovese screamed: « Oh, my God, he stabbed me! Please help me! Please help me! »

From one of the upper windows in the apartment house, a man called down: « Let that girl alone! »

The assailant looked up at him, shrugged, and walked down Austin Street toward a white sedan parked a short distance
away. Miss Genovese struggled to her feet.

Lights went out. The killer returned to Miss Genovese, now trying to make her way around the side of the building by the
parking lot to get to her apartment. The assailant stabbed her again.

« I’m dying! » she shrieked. « I’m dying! »

Windows were opened again, and lights went on in many apartments. The assailant got into his car and drove away. Miss Genovese staggered to her feet. A city bus, 0-10, the Lefferts Boulevard line to Kennedy International Airport, passed. It was 3:35 A.M.

The assailant returned. By then, Miss Genovese had crawled to the back of the building, where the freshly painted brown
doors to the apartment house held out hope for safety. The killer tried the first door; she wasn’t there. At the second door, 82-62 Austin Street, he saw her slumped on the floor at  the foot of the stairs. He stabbed her a third time–fatally.

It was 3:50 by the time the police received their first call, from a man who was a neighbor of Miss Genovese. In two minutes they were at the scene. The neighbor, a 70-year-old woman, and another woman were the only persons on the street. Nobody else came forward.

The man explained that he had called the police after much deliberation. He had phoned a friend in Nassau County for  advice and then he had crossed the roof of the building to the  apartment of the elderly woman to get her to make the call.

« I didn’t want to get involved, » he sheepishly told police.

Six days later, the police arrested Winston Moseley, a 29-year-old business machine operator, and charged him with homicide. Moseley had no previous record. He is married, has two children and owns a home at 133-19 Sutter Avenue, South Ozone Park, Queens. On Wednesday, a court committed him to Kings County Hospital for psychiatric observation.

When questioned by the police, Moseley also said he had slain Mrs. Annie May Johnson, 24, of 146-12 133d Avenue, Jamaica, on Feb. 29 and Barbara Kralik, 15, of 174-17 140th Avenue, Springfield Gardens, last July. In  the Kralik case, the police are holding Alvin L. Mitchell, who is said to have confessed to that slaying.

The police stressed how simple it would have been to have gotten in touch with them. « A phone call, » said one  of the detectives, « would have done it. » The police may  be reached by dialing « 0 » for operator or SPring 7-3100.

Today witnesses  from the   neighborhood, which is  made up of one-family  homes in the $35,000 to $60,000  range with the exception of the two  apartment houses near  the railroad  station, find it difficult to explain why  they didn’t call the police.

A housewife, knowingly if quite casually, said, « We thought it was a lovers’ quarrel. » A husband and wife both said, « Frankly, we were afraid. » They seemed aware of the fact that events might have been different. A distraught woman, wiping her hands in her apron, said, « I didn’t want my husband to get involved. »

One couple, now willing to talk about that night, said they heard the first screams. The husband looked thoughtfully at the bookstore where the killer first grabbed Miss Genovese.

« We went to the window to see what was happening, » he  said, « but the light from our bedroom made it difficult to see the street. » The wife, still apprehensive, added: « I put out the light and we were able to see better. »

Asked why they hadn’t called the police, she shrugged and replied: « I don’t know. »

A man peeked out from a slight opening in the doorway to his  apartment and rattled off an  account of the killer’s second attack. Why hadn’t he called the police at the time? « I was tired, » he said without emotion. « I went back to bed. »

It was 4:25 A.M. when the ambulance arrived to take the  body of Miss Genovese. It drove off. « Then, » a solemn police detective said, « the people came out. »

The above reported events are true and took place on March 14, 1964.

The brutal murder of Kitty Genovese and the disturbing lack of action by her neighbors became emblematic in what many perceived as an evolving culture of violence and apathy in the United States. In fact, social scientists still debate the causes of what is now known as « the Genovese Syndrome. »

Voir encore:

http://archives.lesoir.be/non-intervention-un-phenomene-de-groupe-bien-connu-pays_t-19930827-Z0756G.html

Non-intervention: un phénomène de groupe bien connu
Pays-Bas: noyade classée «sans suite»
Mark Deppennningen
Le Soir
27 août 1993

La noyade d’une jeune Marocaine de 9 ans, samedi, devant 200 personnes apathiques massées sur la berge d’un lac proche de Rotterdam (nos éditions d’hier) continue à susciter une vive émotion aux Pays-Bas, même si le parquet de Rotterdam, après avoir annoncé son intention de poursuivre les témoins passifs de la noyade, a finalement dû se résoudre à classer l’affaire «sans suite».

Les chances d’identifier des suspects sont extrêmement minces, a déclaré un porte-parole du parquet. Ces témoins, qui n’avaient pas répondu aux appels au secours lancés par une amie de la victime et n’avaient pas jugé utile, par la suite, de prêter main-forte aux pompiers, étaient susceptibles d’être poursuivis pour non-assistance à personne en danger de mort. Certains «spectateurs» s’étaient en outre livrés, durant la noyade, à des réflexions déplacées sur les immigrés clandestins et avaient tenus des propos racistes «indignes d’être répétés», selon la police.

L’apathie d’une foule face à une situation de danger a souvent été l’objet d’études psycho-sociales. Les premières études, explique le professeur de psychologie sociale Jacques Leyens (UCL), ont été menées aux États-Unis après qu’un meurtre, précédé de violences durant une demi-heure, a été commis sur une serveuse de bar. La scène s’était déroulée devant 28 témoins, massés à la fenêtre de leurs appartements. Aucun n’était intervenu ni n’avait prévenu la police. Selon le professeur Leyens, le fait pour un individu d’être confronté à une situation d’urgence alors qu’il se trouve dans une foule diminue la perception de l’urgence à intervenir. On assiste, dit-il, à un phénomène de dilution de la responsabilité. Les gens se regardent mutuellement, croyant que l’autre va intervenir. Des expériences ont ainsi été tentées, principalement aux États-Unis. Elles ont permis de constater que le même individu confronté à une situation d’urgence réagissait «normalement» lorsqu’il était seul et faisait preuve de retard à la réaction dès lors qu’il était en groupe. Par contre, ajoute le professeur Leyens, si le groupe est constitué de personnes qui se connaissent bien, les réactions des individus qui le composent sont promptes.

Selon notre interlocuteur, ce n’est pas la perception individuelle du danger que courrait éventuellement le sauveteur (se faire tuer, se noyer soi-même…) qui motiverait l’apathie des membres d’un groupe, mais bien la situation de groupe dans laquelle ils se trouvent au moment où l’événement dont ils sont les témoins se produit.

http://www.francesoir.fr/actualite/societe/etats-unis-indignation-apres-viol-collectif-d-une-adolescente-15-ans-44752.html

Etats-Unis – Indignation après le viol collectif d’une adolescente de 15 ans
Sylvain Chazot
France Soir
1/11/09

La Californie s’interroge après le viol, la semaine dernière, d’une adolescente de 15 ans sous l’œil de plusieurs témoins. Ces derniers pourraient ne pas être poursuivis par la justice.

L’affaire fait grand bruit aux Etats-Unis. Les journalistes américains s’interrogent pendant que CNN multiplie les débats entre experts. La cause de ce déchaînement médiatique ? Le viol, la semaine dernière d’une adolescente de 15 ans, dans la ville prolétaire de Richmond, en Californie. La jeune fille aurait été violée pendant deux heures et demi par plusieurs individus dans l’enceinte même de l’école Richmond High où était organisée une soirée pour les étudiants. Selon la police, dix personnes au moins auraient participé au viol de manière active.

Dimanche, six individus avaient déjà été arrêtés. L’un d’eux pourrait être relâché, faute de preuve. La plupart des garçons incriminés sont mineurs, âgés entre 15 et 19 ans. Seul l’un d’entre eux a 21 ans. Pourtant, si les charges sont retenues contre eux, ils devraient être poursuivis comme des adultes, eut égard de la gravité du crime.
Ce fait divers sordide fait d’autant plus polémique que plusieurs dizaines d’individus auraient assisté au viol sans pour autant intervenir. Certains d’entre eux auraient pris des photos avec leur téléphone portable pendant que d’autres riaient, selon la police. Aucun n’a appelé à l’aide.
Indignation collective

Tout le débat est là : en Californie, la non-assistance à personne en danger n’est pas un délit. Depuis 1999 et l’adoption du Sherrice Iverson Child Victim Protection Act, seuls les témoins de violences portées envers un enfant ont obligation d’en faire part aux autorités. La loi concerne les enfants âgés de 14 ans ou moins et ne s’applique donc pas au viol collectif de Richmond High, la jeune fille attaquée étant âgée de 15 ans. Autrement dit, les témoins du viol ne sauraient être attaqués.

Depuis plusieurs jours, les témoignages se succèdent dans les médias. On s’indigne. Comment des témoins passif d’un viol ne pourrait-ils pas être inquiétés ? Dans l’école concernée, les élèves tentent d’expliquer ce comportement lâche, rapporte le Los Angeles Times. Certains y voient la peur de représailles. Pour d’autres, les témoins ont pu penser que la fille était consentante ou qu’il s’agissait d’une sorte « d’initiation ». Restent une envie populaire, relayée par les télés et journaux américains : l’extension du Sherrice Iverson Child Victim Protection Act à toutes les personnes, et non plus seulement aux enfants.

Samedi, les parents de la jeune fille ont appelé au calme. Par la voix de leur pasteur, ils ont souhaité que l’on ne « réponde à cet événement tragique en faisant la promotion de la haine ou en causant plus de violence. (…) Si vous devez exprimer votre outrage, enterrez votre haine sous des actions positives ». De son côté, l’adolescente est sortie de l’hôpital après quatre jours de soins.

http://www.unpeudedroit.fr/droit-penal/edito-agression-sexuelle-dans-le-metro-lillois-retour-sur-les-consequences-penales-dune-indifference-generalisee/

Agression sexuelle dans le métro lillois : retour sur les conséquences pénales d’une indifférence généralisée
Sophie Corioland
Un peu de droit

Billet d’humeur – Agression sexuelle dans le métro lillois : retour sur les conséquences pénales d’une indifférence généralisée2…

30 minutes ! Il lui faudra 30 interminables minutes pour  parvenir à trouver une personne prête à l’aider… 30 minutes pendant lesquelles elle devra se débattre, seule, pour se défaire de son agresseur, manifestement alcoolisé, dans une rame du métro. Elle appellera au secours en vain, parviendra à s’enfuir, tentera d’arrêter plusieurs voitures avant qu’enfin un automobiliste ne s’arrête. C’est vrai, la scène n’est malheureusement pas exceptionnelle sauf que cette fois-ci, elle se déroule sous les yeux de personnes qui n’ont pas voulu voir, qui n’ont pas bougé, qui ont laissé faire dans une indifférence totale…

Ces quelques lignes pourraient faire penser à l’introduction d’un roman policier ou au scénario d’une énième série policière dont nos chaines de télé nous abreuvent … sauf que cette fois, il n’est pas question de fiction. Les faits sont bien réels. Ils se sont produits mardi soir, vers 22h30, dans une rame du métro de Lille. La victime, une jeune trentenaire qui rentrait tranquillement chez elle. L’agresseur, un jeune homme de 19 ans, ivre, qui aborde la jeune femme « pour la draguer » aurait-il dit, avant de l’agresser sexuellement3. Les indifférents, les passagers de la rame du métro, plusieurs semble-t-il, selon les caméras de vidéosurveillance.
L’infraction de non-assistance à personne en danger

Alors forcément, il y a matière à la réflexion … D’autant plus, d’ailleurs, qu’il est utile de rappeler que cette « politique de l’autruche », trouve une traduction dans notre Code pénal : la non assistance à personne en danger. La non-assistance à personne en danger est prévue par l’article 223-6 du Code pénal. Selon ce texte, « quiconque pouvait empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne, s’abstient volontairement de le faire est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende. Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit pas son action personnelle, soit en provoquant un secours ». Or, en l’occurrence si les faits sont confirmés, le comportement des témoins de l’agression semble bien entrer dans les prévisions de cette incrimination et plus précisément dans celles de l’alinéa 2. Tentons de décortiquer les éléments constitutifs de cette non assistance, au regard des éléments factuels dont nous disposons, afin de voir si l’incrimination peut être envisagée4.
L’élément matériel

Au niveau de l’élément matériel, le texte suppose deux choses : une personne est en péril d’une part, et d’autre part, une autre personne ne lui porte aucune assistance alors qu’elle pouvait le faire soit en agissant directement, soit en appelant les secours.

Concernant la première composante matérielle, dans l’affaire évoquée, la victime était manifestement en danger puisqu’elle était en train de subir une agression de nature sexuelle par des attouchements répétés. Traditionnellement, la jurisprudence enseigne que peu importe la nature du péril, celui-ci pouvant résulter d’un évènement quelconque (Cass. crim., 31 mai 1949, JCP 49, II, 4945, note Magnol ; Rev sc. crim. 1949, p. 746 et s., note Hugueney. On notera d’ailleurs que dans des affaires aux faits approchants, les juges ont déjà retenu la situation de « péril ». Il en fut ainsi dans une affaire d’attentat à la pudeur (CA Bourges, 21 juin 1990 : Dr. pén. 1991, comm. 135) ou encore dans une affaire de viol (Cass. crim., 8 oct. 1997 : Bull. crim. 1997, n° 329 ; Rev. sc. crim. 1998, p. 320, obs. Y. Mayaud). A cette exigence d’existence d’un péril, la jurisprudence a ajouté une autre condition, non prévue par le texte, l’imminence du péril. Sans le caractère immédiat du péril, l’infraction de non assistance en danger n’est pas retenue (par ex. : Cass. crim., 11 avril 1964, Bull. crim. n° 113). Or, là encore la condition parait remplie. L’agression était en cours.

Deuxième composante de l’élément matériel, l’omission de porter secours. Cette omission suppose une abstention, c’est-à-dire un comportement négatif : s’abstenir de faire quelque chose que la loi nous oblige à faire. En l’occurrence, il s’agit plus précisément de l’obligation de porter assistance à une personne soit par une intervention personnelle, soit en appelant les secours, voire les deux. Les juges considèrent en effet que bien que l’intervention personnelle doive être d’abord privilégiée, la nature et les circonstances de la situation peuvent imposer le recours à un tiers, voire le cumul des deux modes d’assistance ( par ex : Cass. crim., 26 juillet 1954, Bull. crim. n° 276). Pour autant, il n’est pas question de jouer les « héros », tout est question de cas par cas. Ainsi, le fait d’avoir simplement cherché de l’aide ne suffira pas forcément s’il est établi que l’intervention personnelle était possible sans risque (Trib. corr. Aix en Provence, 27 mars 1947, D. 1947, p. 304). En outre, si obligation d’assistance il y a, celle-ci ne joue que si l’assistance est possible sans risque pour soi ou pour les tiers. Enfin, il ne s’agit nullement de ce que l’on pourrait appeler une obligation de résultat. Autrement dit, peu importe que l’assistance ait été efficace ou non (V. par ex, Cass. crim., 23 mars 1953, bull. crim. n° 104 : dans cette décision, la Cour de cassation retient que celui qui s’est abstenu en raison de la gravité des blessures de la victime de porter secours, ne peut ensuite invoquer l’inefficacité de son intervention éventuelle pour justifier son comportement et contester les poursuites).

Si l’on confronte ses exigences aux faits dont nous disposons, il y a tout lieu de penser qu’une intervention était possible : soit par plusieurs témoins, soit au moins en appelant les autorités compétentes.

L’élément moral

Au niveau de l’élément moral, le délit est intentionnel. Cela veut dire qu’il faut démontrer que l’omission de porter secours a été commise volontairement. Le raisonnement doit se faire en deux temps. Il faut d’abord prouver que la personne avait conscience du péril auquel était exposée la victime (par ex : Cass. crim., 17 févr. 1972 : Bull. crim. 1972, n° 68), faute de quoi, le délit ne saurait être retenu. Dans un second temps, il faut prouver qu’en dépit de cette connaissance, la personne n’est pas intervenue volontairement. Le plus souvent, les juges déduisent l’intention des circonstances factuelles et du comportement de l’intéressé (par ex. : Cass. crim., 23 mars 1953, JCP 53, II, 7598).

Là encore, on peut supposer que les témoins de l’agression ne pouvaient pas ignorer la situation de péril dans laquelle se trouvait la victime, cette dernière appelant au secours. Reste à savoir si les juges considéreront que leur comportement traduit leur intention de ne pas intervenir …

Pour conclure, je me permettrai simplement de reprendre les propos du Procureur de la République du tribunal correctionnel de Lille lors de ses réquisitions : « en tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là l’effroi aujourd’hui… »5. Car effectivement, c’est certainement le qualificatif approprié pour cette indifférence généralisée : effrayante…

La Chine, ta moralité fout le camp !
Laurent Devaux
Le Quotidien du peuple en ligne
08.09.2011

La Chine, ta moralité fout le camp… ce titre un peu provocateur, qui paraphrase une phrase célèbre attribuée à Mme du Barry, favorite du Roi Louis XV, à la vue de son café qui débordait, va peut-être faire bondir plus d’un lecteur. Quoique, à la réflexion…

Mais alors pourquoi me permets-je d’être aussi virulent, me direz-vous ? Tout simplement après ce que j’ai vu et entendu récemment au sujet d’un jeune homme, qui a porté assistance à une personne âgée qui avait chuté, et qui s’est vu traîner en justice par sa prétendue victime, qui l’a accusé de l’avoir fait chuter lui-même… hallucinant, vous exclamerez-vous, et vous aurez bien raison. Si l’on se retrouve en justice pour avoir tendu une main secourable, où va t-on ? Si l’affaire en était restée là, et ce serait déjà beaucoup, on n’en aurait peut-être plus parlé. Mais que croyez-vous qu’il arrivât ? Le jeune homme a été condamné à prendre en charge les soins de la vieille dame indigne, par un juge visiblement mal inspiré, dont le verdict a reçu une volée de bois vert de la part des internautes chinois. Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’affaire Peng Yu.

Si cette affaire était restée unique, elle serait demeurée comme une curiosité des annales judiciaires et on n’en aurait bientôt plus parlé après quelques semaines, quelques mois tout au plus. Sauf que… sauf qu’il s’avère que ce genre d’affaires s’est multiplié depuis, et que comme nous sommes à une époque de l’information, où beaucoup d’informations circulent, et plus encore si elles sont insolites ou sensationnelles, le pays tout entier l’a su. Ce qui fait que désormais, nombreux sont ceux qui hésitent à porter secours à quelqu’un en difficulté, bien que leur nature humaine, leur coeur, les porteraient naturellement à tendre la main sans réfléchir aux conséquences. Résultat pervers, un vieil homme est mort il y a quelques jours dans une rue de Wuhan après avoir fait une chute, sans que personne ne lui porte secours avant l’arrivée d’une ambulance. La première réflexion que tout un chacun se fait à l’évocation d’une telle tragédie, c’est de se dire que le comportement des passants a été lâche et sans coeur, et que nous, nous ne serions certainement pas restés de glace. Lui eût-on tendu la main que ce malheureux serait peut-être encore en vie aujourd’hui, et bien évidemment on ne peut que regretter un immobilisme qui a conduit à une tragédie. Les enfants de la victime s’en sont plaints devant les caméras de télévision, et on ne peut que les comprendre. Et de fait ce genre de situation est sans doute, heureusement, très rare. Mais il faut aussi, à la réflexion, essayer de comprendre les témoins de la scène. Sachant les nombreux cas récents de victimes ingrates accusant leur sauveur, qui pouvait dire si ce vieil homme, ou sa famille, n’auraient pas fait de même ?

Et c’est là que nous touchons une partie du problème, mais à mon avis elle n’est pas unique, il y a peut-être d’autres explications.

Certains journalistes et commentateurs ont abondamment commenté cette affaire, et ils en ont tiré la conclusion que d’une part, devant la légèreté manifeste avec laquelle le premier juge s’est prononcé, il serait peut-être bon que la Cour suprême se penche sur le cas et tranche d’une façon plus équitable, plus conforme à la justice. Et j’approuve tout à fait ces commentateurs et journalistes, car cette première décision a servi d’exemple, elle a fait jurisprudence, et ce n’est pas un bon exemple, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque depuis, plus d’une personne mal intentionnée, mais pas bête, a compris tout le parti que l’on pouvait en tirer et s’est engouffrée dans la brèche créée par ce juge qui a clairement fait preuve de légèreté et n’a pas mesuré les conséquences de sa décision.

Leur deuxième idée, et là encore je les approuve pleinement, est d’appeler à l’adoption d’un texte législatif qui d’un côté protège les bons samaritains et de l’autre punisse sévèrement ceux qui se seraient livrés à une fausse accusation. Car pour eux, ces personnes pour le moins indélicates se rendent coupables d’au moins deux fautes : d’une part ils encombrent les tribunaux, déjà suffisamment chargés par des affaires autrement sérieuses, et d’autre part, agissant ainsi ils se livrent à une véritable extorsion de fonds, dans laquelle les rôles deviennent inversés et où le bon samaritain devient un coupable. Le monde à l’envers. Une fois de plus ces journalistes et commentateurs ont tout à fait raison, mais quant à moi, je rajouterais une troisième faute, et pas des moindres : ces fausses victimes, par leur plainte injustifiée, se moquent de la justice. Donc de l’Etat. Et du peuple, au nom de qui la justice est rendue. Il est donc évident qu’une loi s’impose, mais comme cela ne se fera pas du jour au lendemain, on ne peut que souhaiter que la Cour Suprême, en attendant, donne instruction aux juridictions inférieures de se montrer particulièrement vigilantes et circonspectes dans l’hypothèse où elles auraient à juger ce genre d’affaires. Faute de quoi, les personnes qui n’osent plus intervenir face à un accident risquent d’être de plus nombreuses, et que les conséquences fatales que nous avons connues à Wuhan risquent de se multiplier.

A ce sujet, qu’il me soit permis de suggérer au législateur chinois de s’inspirer du droit français en la matière ; le Code pénal français vous rend en effet passible de sanctions si vous n’avez rien fait pour porter secours à une personne en danger, sauf à ce que vous soyez vous-même mis en danger de ce fait, mais si vous intervenez, votre responsabilité ne pourra être mise en cause. Plus simplement, la loi vous oblige à aider une personne en danger, si c’est sans risque pour vous ; si vous ne le faites pas, vous risquez d’être condamné, mais si vous le faites, rien ne pourra vous être reproché. Clair et net…

Je reviens maintenant sur le choix de mon titre : voir des personnes en difficulté secourues et se retourner contre leur sauveur, n’y a t-il pas là un vrai problème de moralité ? Plus encore, il s’avère même que certaines personnes n’avaient pour ainsi dire rien, quand elles n’ont pas elles-mêmes cherché volontairement un accrochage ou simulé, comme cette personne âgée qui, à côté de son tricycle renversé, a tenté d’accuser un chauffeur de bus innocent qui s’était porté à son secours à Rugao, dans le Jiangsu. Si je me faisais l’avocat du diable, je dirais qu’en l’état actuel de la législation chinoise, elle aurait eu tort de s’en priver ! Dame, c’était tout bénéfice pour elle… au pire, elle ne risquait rien, même en ayant accusé à tort et en s’étant moqué de la justice, et au mieux, elle y aurait gagné quelque argent. Il y a là de quoi inciter quelques personnes malhonnêtes à se livrer à des manoeuvres pour le moins douteuses, ne croyez-vous pas ? Le pire a été de voir en plus ces vieilles dames indignes se pavaner ensuite devant les caméras de télévision, versant des larmes de crocodile, toute honte bue. Proprement répugnant. Cependant, je crains que ces personnes malhonnêtes n’aient pas bien réfléchi aux conséquences de leur acte, et elles pourraient bien, un jour, en payer le prix. Car imaginez un peu… la prochaine fois qu’elles chuteront dans leur escalier ou la cour de leur résidence, il y a fort à parier que personne ne lèvera le petit doigt, et qu’à se moment là, elles s’en mordront les doigts. On serait tenté de dire « bien fait pour elles », mais ce serait par trop cruel, mais le pire est que leur acte indigne risque de porter préjudice à d’autres personnes vraiment en difficulté, et honnêtes, celles-là.

Je comprends maintenant mieux pourquoi, il y a quelque temps, alors que j’étais en voiture avec une amie chinoise et que je lui faisais remarquer qu’il y avait des personnes, d’un certain âge, attendant dangereusement au bord de la route, elle me répondit : « Méfie toi, ces gens-là cherchent volontairement un accrochage pour te soutirer de l’argent ». La secrétaire de mon ancienne patronne à l’université m’avait aussi fait la même remarque, me voyant circuler tous les jours en scooter. A l’époque, j’avais trouvé ces réflexions étonnantes et choquantes. Mais je mesure aujourd’hui combien elles étaient exactes, hélas. Et comme par un fait exprès –le hasard fait bien les choses, si je puis m’exprimer ainsi- ce matin, alors que je prenais mon bus pour le rendre au bureau, que vois-je ? En travers de la chaussée, un vélo renversé, et un homme faisant des gestes pour qu’on vienne à son secours. En d’autres temps, nul doute que les passants, le chauffeur de bus, ou moi-même, serions intervenus. Mais ce matin, personne n’a bougé, et le chauffeur de bus a soigneusement contourné cet « obstacle », qui, soit dit en passant, m’a paru fort agité et bien portant pour quelqu’un qui aurait fait une chute… de là à penser que cet individu simulait et jouait la fausse victime pour en chercher une vraie sous la forme d’un bon samaritain, il n’y avait qu’un pas.

Moralité douteuse donc… mais qu’arrive t-il donc à la Chine, pourtant pétrie depuis les temps les plus anciens de règles de respect et d’honnêté ? Sans doute faut-il y voir là un reflet de notre époque, où l’argent est le sésame suprême, sans lequel on n’est rien. Une Chine, où malgré les efforts incessants du Gouvernement, la corruption est trop présente. Et quand certains fonctionnaires donnent le mauvais exemple, comment s’étonner que leurs administrés fassent à leur tour preuve d’un comportement douteux ? Une Chine où les disparités de revenus, là aussi malgré les efforts du Gouvernement, sont de plus en plus criantes. Et quand il en est ainsi, comment s’étonner que des personnes moins favorisées, ne souhaitant pas se livrer au vol, pour lequel elles seraient punies, recourent à cet artifice tout aussi malhonnête, mais non sanctionné, pour soutirer quelqu’argent ? Le problème me parait donc plus large que l’adoption d’une simple loi, et symptomatique des problèmes que connaît la Chine aujourd’hui. Pour autant, cela ne rend aucunement excusable ces façons détestables et répugnantes d’agir de ces gens indignes se retournant contre leur sauveur.

Fait notable, il s’avère aussi que la plupart de ces « victimes » sont des personnes d’un certain âge, suffisamment respectable pour sans doute avoir reçu un fonds d’éducation confucéenne et vu il y a soixante ans les soldats de l’Armée Populaire de Libération libérer la Chine de la tyrannie du Guomindang, soldats qui étonnèrent alors le monde et suscitèrent son admiration par leur probité, leur honnêteté, leur discipline, et leur rigueur. « Ne prendre au peuple ni une aiguille, ni un fil », disait-on alors. Ces temps semblent désormais bien loin… Chine, où est passée ta moralité ?

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

La petite Wang Yue écrasée par deux camionnettes est décédée

Wang Yue, la fillette de deux ans percutée par deux véhicules et ignorée par 18 passants, est décédée vendredi à l’hôpital, ont annoncé ses médecins.

Sa mort a provoqué une vague de chagrin dans tout le pays, l’incident ayant été suivi de près par les gens choqués par l’absence apparente de morale dans la société chinoise.

La petite Wang Yue est morte à 12h32 d’un infarctus cérébral à l’Hôpital général du commandement militaire de Guangzhou, dans la province du Guangdong (sud), selon les médecins.

Elle était dans un état critique depuis son hospitalisation vendredi dernier.

Le décès de la petite fille a été le sujet le plus évoqué de la journée sur le site de microblogging Weibo, attirant plus de 1,9 million de réactions en une heure. De nombreux microbloggueurs ont décrié l’apathie et la cruauté des chauffeurs et des passants qui ne lui sont pas venus en aide.

Le public a appris cette nouvelle le 13 octobre, grâce à une vidéo filmée par une caméra de surveillance et diffusée sur internet. La vidéo montre la fillette se faisant percutée par deux véhicules qui ont ensuite pris la fuite en la laissant en sang dans la rue étroite d’un marché de la ville de Foshan, dans le Guangdong.

La vidéo révèle également que 18 personnes sont passées à côté d’elle au cours des six minutes qui ont suivi, sans toutefois lui venir en aide. La 19e passante, une femme âgée qui ramassait des ordures, a traîné son corps hors du passage des véhicules et a crié à l’aide.

Un grand nombre d’internautes ont répondu à cette vidéo en critiquant les chauffeurs et les passants, appelant à davantage de bons Samaritains et s’engageant à porter assistance aux personnes dans le besoin.

Beaucoup de gens ont envoyé des dons pour payer les soins de la fillette. Selon les informations locales, son père avait reçu jeudi 270 100 yuans (42 468 dollars). Certains donneurs sont des petits élèves de jardins d’enfants, et d’autres sont des ressortissants chinois en Australie et en Thaïlande.

Cet incident a fait réfléchir de nombreuses personnes, qui se demandent si le développement économique rapide de la Chine a eu un effet sur l’éthique et la morale du public.

Wang Yang, gouverneur de la province du Guangdong, a indiqué lors d’une réunion provinciale de haut niveau que la tragédie devait servir de sonnette d’alarme pour toute la société et que de tels incidents ne devaient plus être tolérés.

« Nous devons regarder notre laideur intérieure avec honnêteté et faire l’examen douloureux de notre conscience », a-t-il rappelé.

Source: xinhua

Comment le bon Samaritain a occis Aristote
Olivier Klein
Nous et les autres
10 février 2012

Parmi les expériences de psychologie sociale, celle qui est rapportée par John Darley et Daniel Batson dans un article intitulé « De Jerusalem à Jericho » (1973) est sans doute une des plus stimulantes. Tout d’abord, par son inspiration: la parabole du bon Samaritain provenant de l’évangile de Luc:

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant : « Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour. » Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? » Il dit : « Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui. » Et Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même ».

Darley et Batson cherchent à reproduire cette situation expérimentalement et, là est le second intérêt de leur étude, en utilisant comme sujets 47 séminaristes, à savoir des individus qui devraient avoir souscrit aux valeurs et aux idéaux évangéliques à tel point qu’ils en aient faire leur vocation. Si quelqu’un est susceptible d’aider un homme en détresse, ce devrait précisément être eux.

Ces étudiants en théologie pensent participer à une étude sur le sentiment religieux. Après une présentation rapide du questionnaire, on leur dit qu’ils vont devoir écouter un court texte et seront ensuite invités à s’exprimer sur celui-ci. Le contenu du texte est manipulé: soit il s’agit d’un texte très général sur la vocation des prêtres, soit il s’agit de la parabole du bon samaritain telle que reproduite précédemment.

Suite à l’écoute de ce texte, on leur signale qu’ils  doivent se rendre dans un autre bâtiment. Toutefois, on manipule le temps dont ils disposent: soit ils peuvent prendre tout leur temps, soit ils doivent y aller rapidement, soit très rapidement. Le sujet s’éclipse. Alors qu’il se trouve sur l’allée qui sépare les deux bâtiments, voici le spectacle qui l’attend (je ne résiste pas au plaisir de reprendre le texte de l’article – on le croirait extrait d’un roman policier!):

« La victime (en fait un complice de l’expérimentateur) était assise, pliée en deux à travers  le passage de la porte, la tête baissée, les yeux fermés, immobiles. Alors que le sujet passait, la victime toussait à deux reprises, gardant la tête baissée. Si le sujet s’arrêtait et demandait si quelque chose n’allait pas, ou offrait de l’aide, la victime, étonnée, et presque groggy, disait: « Oh, merci [toussotement]…Non, ça va. [Pause] J’ai ces problèmes respiratoires [toussotement]…Le docteur m’a administré ces pilules et je n’en n’ai prise qu’une…Si je m’asseyais et me rereposais juste pour quelques minutes, tout irait bien…Merci pour votre aide [sourire] » (p. 104)

Une fois le sujet passé, la victime évaluait son comportement selon son degré d’aide de 0 à 4:

0 = n’a même pas remarqué que la victime était peut-être en détresse
1 = A perçu que la victime était peut-être en détresse mais n’a pas offert de l’aider.
2 = Ne s’est pas arrêté mais a aidé indirectement (par exemple en prévenant un assistant).
3 = S’est arrêté et a demandé si la victime avait besoin d’aide?
4 = Après s’être arrêtée, a insisté pour emmener la victime à l’intérieur et l’a ensuite aidée.
5 = Après s’être arrêté, refuse de quitter la victime et/ou insiste pour l’emmener en dehors du contexte de l’expérience (infirmerie, caféraria…).

On examine ensuite comment les deux variables (la lecture de la parabole et le degré de pression temporelle) influencent le comportement d’aide des séminaristes. En toute logique, la lecture de la parabole devrait favoriser le comportement d’aide et le degré d’empressement ne devrait guère interférer avec la vertu (ou la foi) de nos sujets. Or, que se passe-t-il?

Comment on le voit ci-dessus, les séminaristes sont plus susceptibles de venir en aide lorsqu’ils sont peu pressés que lorsqu’ils sont fort pressés. En fait, dans ce dernier cas, ils aperçoivent à peine que la victime a peut-être besoin d’aide. La vertu est donc fortement limitée par le chronomètre.

Par ailleurs, on constate que la lecture de la parabole a relativement peu d’effet: c’est uniquement lorsqu’ils sont peu pressés qu’elle les rend plus altruiste mais cet effet n’est pas statistiquement significatif (on ne peut pas exclure qu’il soit dû au hasard avec suffisamment de certitude).

Darley et Batson ont également mesuré différents indices de « religiosité » évaluant l’intensité de la foi des sujets et également leur vision de la religion (comme une quête, comme un moyen comme une fin en soi, etc.). Ces variables ne prédisent en rien l’aide à la victime. Comme si le fait d’aider son prochain n’avait moins de rapport avec les convictions religieuses qu’avec la vitesse d’une trotteuse…

Ces résultats suggèrent que la différence entre ceux qui aident et ceux qui n’aident pas dépend bien plus de facteurs situationnels que de leur personnalité (leur « vertu », leur « foi », etc.). A son tour, voici une expérience qui raconte une histoire, une parabole, comme la « légende » biblique. Mais c’est cette fois une parabole quelque peu désenchantée, dont on peut même être tenté de faire une lecture anticléricale (et ce serait une grosse erreur car il y a fort à parier que les « apôtres » de la générosité laïque tomberaient dans le même piège).

Et comme les paraboles, elle fait l’objet d’exégèses. Nous devons l’une des plus récentes à Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale qui a récemment publié un passionnant volume intitulé L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale (Grasset). Pour Ogier, cette expérience, comme d’autres études classiques en psychologie, permet d’alimenter (sinon de trancher) certaines controverses dans son domaine d’étude et en particulier la validité d’une « éthique des vertus » chère à Aristote:

« Dans ses versions les plus récentes, l’éthique des vertus repose sur l’idée qu’il existe des ‘personnalités’ tellement vertueuses qu’elles pourraient nous servir d’exemples moraux.
Pour savoir ce qu’il faut faire, il suffirait de se demander qu’aurait fait X ou Y (plutôt que Socrate ou Ghandi qu’un serial killer!).
Mais les théories psychologiques dites ‘situationnistes’ affirment que l’idée d’une ‘personnalité vertueuse’ n’a pas de signification très claire.
Ces façons de définir les gens par leur ‘personnalité » proviendrait d’une tendance plutôt irrationnelle à les juger de façon globale.
En réalité, il n’y aurait ni unité ni continuité empirique significative dans les attitudes et les conduites des gens » (p. 221)

Ogien passe en revue les arguments empiriques à l’appui de cette vision des choses. Il le met en balance avec l’existence de « Justes » qui, en dépit d’une situation qui aurait dû les conduire à se comporter comme des agents du mal, se sont rebellés et ont aidé (par exemple) des Juifs pendant l’occupation allemande. Si on souscrit à une explication situationniste pour ceux qui nuisent à autrui, il faut également en trouver une pour les autres (comme les séminaristes de l’étude précitée). Et Ogier montre qu’en fait, on peut y parvenir en soulignant que

1- Les Justes ont généralement été confrontés à un facteur situationnel puissant: une demande explicite d’aide de la part des victimes.
2 – Leur aide aide ne reflète généralement pas l’expression pleine, immédiate, et entière d’une vertu débordante. Au contraire, ils ont généralement aidé petit à petit: en rendant d’abord des services mineurs dénués de risques pour progressivement se montrer de plus en plus généreux et se dévouer totalement aux victimes. Ceci plaide à nouveau pour une explication situationnelle. Ce type d’aide fait un remarquable écho à l’escalade des sujets de l’expérience de Stanley Milgram qui délivrent des chocs de plus en plus puissants à la victime. Ces sujets n’envisageraient jamais de délivrer des chocs aussi puissants s’ils n’en n’avaient pas délivré de moins puissants préalablement. Comme si 15 volts de plus, ça ne faisait guère de différence…et par la règle des « petits pas », on arrive ainsi à l’extrémité du mal.

Voici donc comment Ogien utilise ce type de résultats pour remettre Aristote à sa place (et Jésus par la même occasion). En  attendant la prochaine exégèse de l’expérience du bon Samaritain…

La morale du croissant
Robert Maggiori
Libération
15 septembre 2011

CRITIQUE
Le bien et le mal à travers les casse-tête du philosophe Ruwen Ogien

Peu importe que ce soient des croissants ou des pains au chocolat. L’important, c’est l’arôme, l’effluve odorant qui, vers 10-11 heures, émane de la boulangerie, se répand dans la rue, les trottoirs, affole les narines et fait glouglouter le ventre. Que quelqu’un s’installe à proximité, pour quémander une cigarette, mendier quelques euros ou simplement demander un renseignement, et un autre dans un endroit anodin ou peu amène, pour faire la même chose. Une équipe de psychologues a fait l’expérience pour tester objectivement, avec force statistiques, les «comportements d’aide» : la «bonne humeur» liée à la perception de la suave odeur de pain ou de viennoiseries accroît sensiblement la gentillesse et la générosité des passants ! Voilà expliqué le titre du livre de Ruwen Ogien : l’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, qui paraît aujourd’hui chez Grasset. Qu’on se rassure (ou s’inquiète) cependant : de croissants, il n’est question que dans une seule page – quand de la bonté, ou de la méchanceté, du bien et du mal, bref de morale, il est question dans les 325 autres.

«Ne pas mentir».

Vous êtes impatient d’hériter de votre oncle. Premier cas : vous allez chez lui, et vous le trouvez gisant dans la baignoire, victime d’un infarctus. Le Samu pourrait encore le sauver. Vous ne l’appelez pas. Deuxième cas : vous attendez que votre oncle traverse la rue, et vous l’écrasez avec votre voiture. Une petite enquête d’opinion montrerait sûrement que les gens (et le droit pénal aussi bien) sont plus indulgents pour celui qui laisse mourir que pour celui qui tue. Qu’il y ait ou non équivalence (l’exemple eût pu être celui du médecin qui fait une piqûre mortelle à son patient en fin de vie ou qui n’intervient pas et laisse venir l’issue mortelle) suscite néanmoins bien des débats parmi les philosophes. C’est qu’on ne voit pas les choses de la même manière, selon qu’on adopte telle ou telle conception de la morale. Si on suit, même sans le savoir, le «conséquentialisme» (dont l’option la plus connue est l’utilitarisme), c’est-à-dire si on pense que ce qui compte moralement n’est pas tant de respecter en aveugle des règles ou des contraintes («Ne pas mentir», «Ne pas traiter une personne humaine comme un simple moyen», etc.) que de faire en sorte qu’«il y ait au total le plus de bien ou le moins de mal possible dans l’univers», on ne verra pas de différence morale profonde entre tuer et laisser mourir : le résultat est le même.

Si l’on est «arétiste», c’est-à-dire ami de l’«éthique des vertus» façon Aristote, et si on estime que la morale ne concerne pas seulement le rapport aux autres mais aussi le souci de soi, la perfection personnelle, le fait de vouloir être quelqu’un de bien, probe, courageux, généreux, etc., alors on établira une différence capitale – mais qui apparaît plus psychologique que morale – entre l’horrible individu qui tue de ses mains et celui qui, «sans être particulièrement répugnant», laisse mourir quelqu’un «par calcul ou négligence». Si l’on est «déontologiste», si l’on tient, en disciple de Kant, à l’impératif catégorique du «tu dois» (ou ne dois pas), et si l’on retient qu’il existe «des contraintes absolues sur nos actions», on pointera une différence au niveau des intentions.

Il est vrai que l’intention est un marqueur moral : si un gradé oblige des pauvres militaires à faire des centaines de pompes dans la cour de la caserne, l’ordre qu’il donne ne pourra être évalué moralement que si on connaît ses intentions, soit humilier les militaires, pour son plaisir sadique, soit les préparer à une épreuve physique difficile, pour leur bien ou bénéfice. Mais dans le cas du neveu avide ? On voit bien que s’il laisse mourir ou tue, son intention est la même : se débarrasser de son oncle pour avoir l’héritage. De plus, quand on parle d’intention, on n’envisage souvent que le point de vue de l’acteur, et non de la victime. Pour un patient incurable qui veut continuer à vivre, «peu importe que les médecins interviennent pour le faire mourir ou qu’ils le laissent mourir en mettant fin aux soins qui le maintiennent en vie» : lui «ne veut ni l’un ni l’autre», et juge les actes aussi mauvais. Pour un patient incurable, qui ne veut plus vivre, peu importe que les médecins le piquent ou laissent la maladie faire son œuvre : «il veut l’un et l’autre», et, juge les actes aussi bons. Où est la différence morale ?

L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine traite d’une vingtaine de problèmes, dilemmes, paradoxes et «casse-tête moraux», relevant d’une éthique «expérimentale». Ruwen Ogien les expose dans le style de la philosophie analytique anglo-saxonne, avec cette façon claire et légère, parfois ironique, de poser les hypothèses, de les démontrer une à une, de comparer la valeur des conclusions, de toujours tenir compte du point de vue contraire à celui qu’on défend. Mais qu’on ne songe pas à un ouvrage purement théorique, froid et abscons. Il est composé, répétons-le, d’études de cas, ou plutôt d’«expériences de pensée» ou de «petites fictions» inventées spécialement «pour susciter la perplexité» et peut-être mettre à l’épreuve, sinon obliger à réviser les «avis» que chacun a spontanément sur elles.

Ces «petites fictions» tournent en effet autour de thèmes auxquels personne ne peut se dire totalement indifférent : sexualité, euthanasie, avortement, assistance à personne en danger, entraide, transplantation d’organes, «clonage reproductif humain», suicide, «amélioration génétique des capacités physiques et mentales humaines», traitement des animaux, excision, blasphème, inceste… Et elles donnent tellement à réfléchir qu’on se prend à rêver qu’elles puissent être méditées par tous ceux et celles qui interviennent sur ces sujets dans l’espace public (hommes politiques, intellectuels médiatiques, journalistes…) et qui n’avancent souvent que des opinions bien légères, partisanes, dictées par des raisons tactiques ou idéologiques. Que des exemplaires gratuits de l’Influence des croissants chauds soient placés à l’entrée de l’Assemblée et du Sénat ! Il n’est cependant pas sûr que les opinion makers emboîtent le pas de Ruwen Ogien, homme réservé, timide, prompt à se mettre au dernier rang plutôt qu’en avant, mais dont le propos est au contraire provocant, plein d’audace, radical, d’un «libéralisme» (ou d’une libéralité) extrême.

Né à Hofgeismar (Allemagne), venu très tôt en France, Ruwen Ogien, directeur de recherche au CNRS, commence ses études universitaires à Tel-Aviv. C’est là qu’il découvre la philosophie analytique, lit John Rawls, et s’approche des positions, par exemple, de Thomas Nagel ou Charles Larmore. Après une année à Cambridge (1984-1985), il revient à Paris, à la Sorbonne. C’est sous la direction de Jacques Bouveresse qu’il fait sa thèse de doctorat, publiée sous le titre la Faiblesse de la volonté (PUF, 1993).

Hygiène.

Si ses premières recherches d’anthropologie sociale ont porté sur l’immigration et la pauvreté, il s’est peu à peu orienté, travaillant sur les émotions, la haine, la honte, le sexe, la pornographie, la bioéthique (proche, sur ce point, de John Harris) ou l’argent, vers ce qu’il nomme une «éthique minimale», minibombe placée sous le moralisme, le paternalisme et toutes les formes de prohibitionnisme, laquelle se caractérise par une sorte de neutralité à l’égard des diverses conceptions du Bien, et pose que nos croyances morales n’ont pas besoin de se fonder «sur un principe unique et incontestable (Dieu, la Nature, le Plaisir, les Sentiments, la Raison, ou quoi que ce soit d’autre du même genre)».

Un tel minimalisme fait en fin de compte tenir toute la morale dans deux petits (mais essentiels) impératifs, «rien de plus» : accorder la même valeur à la voix de chacun, et «ne pas nuire aux autres». Ce qui implique qu’il n’y a pas de devoirs envers soi-même, et qu’on peut mener la vie qu’on veut du moment qu’on ne porte pas tort à autrui : «Les torts qu’on se cause à soi-même, qu’on cause aux choses abstraites ou à des adultes consentants n’ont pas d’importance morale.» Il n’est certes pas simple de s’en tenir à cette éthique minimale. N’ayant aucun devoir envers moi-même, je peux évidemment me laisser aller, ne plus prendre soin de mon hygiène ou de ma santé, me laisser détruire par de néfastes addictions, céder à toutes les indignités – mais est-il certain que, me comportant ainsi, je ne nuise pas à autrui, je ne fasse pas du tort à ceux qui m’estiment ou m’aiment, et qui se sentent tristes, humiliés, blessés de me voir me dégrader de la sorte ? Ruwen Ogien, sans la mettre en jeu expressément, montre cependant, en exploitant les «petites fictions» infernales de l’Influence des croissants chauds, non seulement qu’elle est praticable mais apte à protéger des grands discours moralisateurs qui, comme disait Pascal, «se moquent de la morale».

«Est-il permis de tuer une personne pour prélever ses organes et sauver ainsi la vie de cinq autres personnes en attente de greffe ?»«Est-il permis [ce cas, et toutes ses variantes, a provoqué un véritable hourvari sur Internet, au point de créer une sorte de «tramwaylogie» !] de détourner un tramway qui risque de tuer cinq personnes vers une voie d’évitement où une seule sera écrasée ?» Est-il juste, quand quatre personnes et un chien sont sur un canot qui coulerait s’il n’était délesté, de jeter le chien à la mer ? La réponse changerait-elle si les quatre hommes étaient des nazis en fuite, coupables des crimes les plus atroces, et le chien un chien de sauvetage qui a permis à des dizaines de personnes de sauver leur vie après un tremblement de terre ? Pourquoi ? «Est-il immoral de nettoyer les toilettes avec le drapeau national ?»«L’inceste peut-il être pratiqué en toute innocence ?» Posée à «des échantillons de populations différentes par la « culture », l’origine sociale, l’âge, le sexe, la religion, etc.», cette dernière question suscite des réponses très majoritairement négatives. La fiction présentée par Ogien – Julie et son frère Mark décident de faire l’amour, elle prend déjà la pilule, lui met un préservatif, ils gardent leur union d’un soir secrète et, depuis, se sentent plus proches et bien dans leur peau – exclut certains arguments : leur enfant serait handicapé, la relation pourrait laisser un traumatisme psychologique, ou offenser la société. A quels arguments rationnels doit-on alors faire appel pour justifier la réprobation spontanée ? Le rejet de l’inceste est-il universel ? Non, «de nombreuses sociétés le tolèrent ou le recommandent (à des degrés de proximité familiale divers)». La réaction intuitive de blâme est-elle innée ? Non, les sociétés ont institué la prohibition de l’inceste pour élargir le cercle des échanges… Doit-on se contenter de «Je sais que c’est mal, mais je ne peux pas dire pourquoi» ?

Blasphème.

En réalité, la question est cachée par une autre, plus ample, qui, outre l’inceste volontaire ou d’autres relations entre adultes consentants, concernerait les actions dirigées vers soi-même (y compris le mal qu’on tient à se faire et les bizarreries qu’on veut faire subir à son corps) ou les atteintes aux «entités abstraites» (blasphème contre les dieux ou les ancêtres) : à savoir les «crimes moraux sans victimes» et les «fautes morales sans victimes». En vertu de quoi un comportement est-il jugé immoral s’il «ne cause aucun tort concret à personne» ? Est-on «permissif» si on limite «le domaine du jugement moral légitime aux fautes avec victime» et «moralisateur» si on «étend ce domaine à certaines fautes sans victime» ? On laisse deviner la position d’Ogien. Mais il est clair qu’aux yeux du «permissif» ni les relations sexuelles de tout genre entre adultes consentants, ni le blasphème, ni la consommation de nourriture impure, ni la profanation de sépultures, ni les façons «scandaleuses» de s’habiller ou de (mal)traiter son corps en le perçant, en le tatouant, en le «vendant en pièces détachées», voire en le mutilant volontairement, n’ont à être jugées «immorales» : elles peuvent être simplement contraires à des règles religieuses (variables selon les sociétés et ne touchant pas ceux qui n’ont pas de religion) ou des règles sociales (variables selon les sociétés et les époques).

On l’a dit : l’éthique expérimentale d’Ogien veut susciter la «perplexité», la critique de nos intuitions morales spontanées, la mise en cause de «politiques» qui, au nom du moralisme, et en faisant appel à des notions qui semblent intouchables, telle la «dignité humaine», freinent et rognent la liberté des personnes. Reste à savoir si une «morale minimale», appelant uniquement à «ne pas nuire à autrui», comme le voulait déjà John Stuart Mill, suffit à faire vivre une société. Les hommes, écrit Ruwen Ogien, sont «non seulement plus moraux qu’on a tendance à le dire, mais beaucoup trop moraux, c’est-à-dire beaucoup trop enclins à juger les autres, à faire la police morale, à fouiner dans la vie des gens, et à se prendre pour des saints».

Ruwen Ogien L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine Grasset, 326 pp., 18,50 €.

Voir enfin:

« L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale », de Ruwen Ogien : loufoque éthique
Roger-Pol Droit
Le Monde des livres
15.09.2011

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit – ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d’autres liquides – ce qui est quand même plus rare. L’homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d’une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n’avez vraiment rien demandé. En un sens, c’est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu’on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’elle sera transposable à la question de l’avortement…

Ne vous croyez pas trop vite sorti d’affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu’un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d’un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu’il n’a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l’amour un soir d’été en étant sûrs de n’avoir pas d’enfant et que personne n’en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d’évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

C’est échevelé, mais seulement en apparence. Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale, chercheur au CNRS, auteur d’une douzaine d’essais incisifs, est un délirant méthodique. Les machineries mentales qu’il construit sont des expériences de pensée, des praticables destinés à vous faire réfléchir. Dire qu’on ne trouve jamais de violoniste branché dans son dos le matin serait donc la meilleure façon de montrer qu’on n’a rien compris. Car ce qui est réel, dans ces loufoques histoires, ce ne sont évidemment pas les circonstances, mais les problèmes qu’elles posent. Ce sont des casse-tête, mais à solutions multiples, avec presse-évidences intégré.

But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu’on croit ni si assurées qu’on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l’entraide et la bénévolence tiennent à peu de chose : dans un centre commercial, montre une étude savante, les gens exposés aux effluves du four du boulanger rendent significativement plus de menus services que les autres. On pourrait en tirer cette conclusion économique : ne donnez pas de croissants aux gens bons, l’odeur suffit à les moraliser. On attend l’aérosol.

L’INFLUENCE DE L’ODEUR DES CROISSANTS CHAUDS SUR LA BONTÉ HUMAINE ET AUTRES QUESTIONS DE PHILOSOPHIE MORALE EXPÉRIMENTALE de Ruwen Ogien. Grasset, 326 p., 18, 50 €.


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